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Commentaire Li!

éraire

LE DECAMÉRON, Boccace

Introduction

-> XIVe siècle=siècle charnière, transition entre le Moyen-Âge qui sʼachève et la


Renaissance qui sʼannonce, siècle tourmenté par la Peste Noire et la Guerre de 100 Ans
-> Boccace: écrivain italien, qui étudia le droit canonique, inspiré par les auteurs Dante et
Pétrarque. Les pièces de jeunesse, plutôt légères, (style du théâtre pastoral) laissèrent
place à son oeuvre majeure: le Decaméron (grec déca, 10; héméra, jour) (1349-1353)
-> Florence est ravagée par la peste: dix jeunes gens fuient la cité pour une villa
champêtre, véritable Eden (pastorale), où lʼassemblée décide dʼune règle: chacun est
nommé roi ou reine de la journée, et impose un thème quotidien. Chacun doit raconter
une nouvelle selon le thème choisi. Reine du jour I: Pampinea, qui ouvre le champ des
possibles avec un thème libre: «Où lʼon parle de ce qui sera le plus agréable à chacun».
Lʼoptimiste Filomena choisit alors de narrer le conte de Saladin et de Melchisédech
-> En quoi lʼévocation dʼun conte exotique peut-elle servir de plaidoyer à la tolérance
religieuse?
-> Si la structure de la nouvelle évoque celle dʼun conte à la fois merveilleux et moral (I), il
convient également de sʼinterroger sur la visée engagée et les valeurs de ce récit (II)

I Le conte comme objet merveilleux et moral

1) Les éléments de lʼimaginaire onirique

- Présence dʼune phrase introductive lyrique et imprécise, qui débute le conte («je me
souviens plusieurs fois avoir ouï dire»), à la manière du cliché «Il était une fois...»
- Alternance des temps du récit (passé simple et imparfait)
- Saladin, soudan de Babylone: apparait à la manière du Roi des contes de fées, avec les
hyperboles («plus grande importance»), et le respect, la soumission et la déférence du
Juif à son égard («que vous daignez, permettez-moi»)
- On se retrouve dans une bulle, avec un effet de flottement car les marqueurs dʼespace-
temps semblent brouillés, les repères flous («je ne sais quel pays», «demeura encore»)
- Corrélation entre Les Mille et Une Nuits et le Décaméron par les connotations du luxe et
du clinquant (richesses, présents) : Toute comme lʼodalisque Schéhérazade qui raconte
les histoires au sultan pour se tirer dʼaffaire, Melchisédech narre le conte de lʼanneau au
soudan afin dʼéviter de tomber dans son traquenard.

2) Le conte moralisateur

- champ lexical de la réflexion: «prudence», «sagacité», «présence dʼesprit»=> montre les


qualités morales du récit visé et lʼintelligence du conteur
- Le dilemme duquel le Juif veut échapper est typique: «infailliblement pris pour doute»:
beaucoup de légendes utilisent ce dilemne (Oedipe et le Sphinx, le jugement de
Salomon, Charybde et Scylla)
- Mise en abyme: un conte dans un récit de contes=> accentuation de la visée, du but de
la morale: un enseignement se retient bien mieux sous forme de maximes ou dʼhistoires,
car il est simple de matérialiser la situation.
- Le schéma narratif du conte est complet: les péripéties houleuses se déroulent les unes
à la suite des autres, avec le sentiment de lʼincertitude et le suspense (réseau
sémantique «secret», «mort», «distinguer», «protestation»)
- Fin du conte=> délivrance du Juif, rédemption par la clémence (à la manière du bourreau
qui devient deus ex machina): la raison et la sagesse finissent par lʼemporter
(préfiguration des idéaux de lʼAufklärung, des Lumières)

II Le conte comme plaidoyer de la tolérance religieuse

1) Le conte de lʼanneau, une allégorie des conflits religieux

- Anneau: symbolique du lien et aussi source de tension: cʼest ici la métaphore filée de la
parole de Dieu. Lʼanneau est répliqué en 2 autres bagues qui proviennent du même
moule: connotation directe avec les Trois Religions du Livre, tirant leurs dogmes de la
même croyance, la Révélation de Dieu
- Le chiffre 3 est symbolique de lʼaccomplissement: il y a 3 fils, vertueux comme les
messages originels des croyances, 3 bagues, et par assimilation 3 religions
monothéistes.
- Description de lʼattitude du père, qui chérit de la même façon ses enfants => Dieu se
serait alors révélé de la même manière pour les Trois Religions citées
- métaphore «ce procès, si difficile à juger demeura pendant et pend encore»: cʼest un
souci qui dure et qui persiste au XIVe siècle selon Boccace.

2) Une ode intemporelle à la tolérance religieuse

- Choix du protagoniste Juif non-laissé au hasard: religion mal-aimée, persécutée car


ayant renié le dogme du Messie, associée aux transactions et à aux finances
outracières; lʼattitude de Boccace «pro-judaïque» (personnage sagace, Juif, mais qui ne
prend pas parti pour une des 3 religions, ni même la sienne) annonce un sentiment de
tolérance très élevé
- Chacune des religions croit prodiguer lʼenseignement juste => Boccace, à travers le
personnage le «procès», démontre par là lʼinsolvabilité du problème si chacun reste sur
ses positions; valeur de prophétie
- La victoire de la tolérance est matérialisée par la victoire de Melchisédec sur le Saladin,
qui lui même avoue quʼil nʼaurait pas été si sage.

Conclusion

Boccace utilise le conte afin de délivrer un message clair: abolir les tensions entre les 3
grandes religions monothéistes, et bien sur instaurer un effort de tolérance vis-à-vis des
pratiques respectives de 3 Grandes Religions Révélées