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Garfinkel, Harold.

“Recherches en ethnométhodologie” [1967] Presses universi-


taires de France. 2007. Paris. (Sélection des chapitres du 1 au 4)

Notice bio-bibliographique

Garfinkel s’est intéressé à la sociologie de l’école de Chicago, la phénoménologie hus-


serlienne et la psychologie de la forme. La problématique des « accounts » retient son
attention, aussi le livre de Parsons « The structure of social action ». À la fin de son
travail il s’est reconnu héritier direct de Durkheim, puisque aussi que lui, la réalité
sociale est d’abord et avant tout une réalité morale. Mais il propose surtout com-
prendre l’aphorisme de Durkheim « La réalité objective des faits sociaux est le phé-
nomène fondamental de la sociologie », autrement que ne le fait la sociologie clas-
sique, c’est-à-dire en montrant comment cette objectivité est constituée dans le coirs
même de la vie sociale par les activités er les pratiques ordinaires des membres.

Relation avec le travail de Alfred Schültz,

Présentation par Michel Barthélemy et Louis Quéré

Garfinkel, il s’efforce d’emblée de circonscrire un phénomène, celui de la production


par les agents sociaux, dans leur activités concertées de la vie quotidienne, de la réali-
té objective des faits sociaux. Au cœur de cela, se trouve la rationalité pratique, c’est-à-
dire la réalisation et la reconnaissance ordinaires du caractère rationnellement or-
donné des pratiques et conduits sociales. Les traits distinctifs de cette rationalité sont
produits in situ et in vivo par des opérations socialement organisées, en honorant les
exigences d’une description rationnelle satisfaisante compte tenu des circonstances
concrètes de son effectuation. Ainsi, il ne dissociera les formes de la connaissance de
leur environnement socialement organisé, ni des circonstances pratiques dont elles
traitent et dont elles sont issues, en associant de cette manière la connaissance –quelle
qu’elle soit- au champ phénoménal où elle se manifeste et s’élabore.

À ce but, Garfinkel fera aussi spéciale attention à l’arrière-plan non formulable qui
assure le sens de ce qui est dit, lequel excède ce qui peut être expressément énoncé.

Il en résulte que pour lui, l’activité la plus routinière, familière, n’est jamais donnée à
l’avance, n’est jamais tenue pour une copie d’un modèle plus ou moins formalisé. Elle
est toujours une production réalisée à nouveaux frais, dans des circonstances toujours
singulières, étayée sur une connaissance ordinaire des structures sociales. « Bref, ce
qui donne sens à une activité … c’est la capacité de ceux qui sont engagés dans sa réa-
lisation de pourvoir, en l’ordonnant, à son identité de l’intérieur de son effectuation, à
chaque moment de celle-ci et à travers les détails de son élaboration située.

Le point central qui ressort de cette constitution intersubjective de l’ordre et du sens


de ce que font et disent les membres d’une communauté de langage et de pratiques,
c’est un mode de compréhension et d’accord partagé qui se réalise sur le fondement
des seules ressources et exigences d’intelligibilité internes aux cours d’action en train
de se réaliser en situation.
Une des difficultés de cette méthode : l’écart entre la manière que quelqu’un agit de
façon compétente dans un situation et la description qu’il peut donner de cela , cette
dernière ne peut pas être tenue pour un compte rendu fidèle de la première. Les parti-
cipants tiennent pour allant de soi qu’ils agissent comme l’exige la situation dans la-
quelle ils se trouvent. Là il y a un composante morale, normative et collective qui
opère dessous les activités sociales.

Critiques aux modèles d’analyse de la sociologie

Préface

« Quand on fait de la sociologie … toute référence au « monde réel » … c’est une réfé-
rence aux activités organisées de la vie courante. »

« Nous affirmons, à titre de politique de recherche, que la réalité objective des faits
sociaux, en tant que réalisation continue des activités concertées de la vie courante –
étant entendu que les membres connaissent, utilisent et prennent comme allant de soi
les manières ordinaires et ingénieuses de l’accomplir- est un phénomène fondamental
pour ceux qui font de la sociologie. »

« (Las recherches en ethnométhodologie) analysent les activités de la vie quotidienne


en tant que méthodes des membres pour rendre ces mêmes activités visiblement-
rationnelles-et-rapportables-à-toutes-fins-pratiques, c’est-à-dire « descriptibles » (ac-
countable) comme organisations des activités ordinaires».

La réflexivité de ce phénomène, qui est une propriété singulière des actions, des cir-
constances et du raisonnement pratique, permet de situer et d’examiner l’occurrence
de ces différents éléments fondant la possibilité de leur analyse.

Les objectifs de cette analyse : Apprendre comment les activités réelles sont faites de
méthodes pour rendre analysable les actions, les circonstances, la connaissance de
sens commun et le raisonnement pratique ; découvrir les propriétés formelles des
actions pratiques courantes « de l’intérieur » des situations réelles, en tant que réali-
sations continues de celles-ci.
Ch.1 Qu’est-ce que l’ethnométhodologie?

L’idée qui guide ces études est que les activités par lesquelles les membres organisent
et gèrent les situations de leur vie courante sont identiques aux procédures utilisées
pour rendre ces situations « descriptibles ». Le caractère « réflexif » et « incarné » des
pratiques de description et des descriptions constitue le cœur de cette approche.

Par descriptible on entend « observable et rapportable » : les membres disposent de


leurs activités et situations à travers ces pratiques situées. Aussi, telles pratiques con-
sistent en un accomplissement sans fin, continu et contingent : elles sont réalisées et
provoquées comme événements, elles sont l’œuvre d’agents qui y participent d’une
manière telle qu’ils tablent sur leur compétence, la reconnaissent, l’utilisent, la consi-
dèrent comme allant de soi. Par compétence on entend la connaissance qu’ils ont de
ces situations, leur habilité à les traiter et le fait qu’ils ont la qualité de faire le travail.

« Les quasi-lois » des pratiques concrètes : « les habituellement » ou « toutes choses


étant égales par ailleurs » qui sont limitées sur le plan spatio-temporel et approxima-
tives, c’est-à-dire, elle ne peuvent pas être formulées de façon complète et exhaustive,
et qui, en plus, ce n’est pas nécessaire qu’aucune exception apparente ne se produise,
mais dans le cas où une exception se produirait, un explication puisse être donnée,
celles peuvent décrire très exactement les pratique de compte rendu des membres.
Ainsi :

a) quand un membre fait une description d’une situation concrète, il va faire


usages de clauses telles que « et cetera », « à moins que », « passons », pour
démontrer la rationalité de sa réalisation.
b) Ce qui est rapporté trouve son sens défini et perceptible par le biais d’une at-
tribution que locuteur et auditeur se font l’une à l’autre mobilisant des élé-
ments de compréhension non-dits.
c) Dans le cours même de l’effectuation, les comptes rendus requièrent des « au-
diteurs » qu’ils veuillent bien attendre ce qui sera dit par la suite pour que de-
vienne claire la signification de ce qui a été dit, au moment où cela a été dit.
d) Les détails des comptes rendus sont élaborés pas à pas, comme les conversa-
tions, au moment où l’on en fait usage et où l’on s’y réfère.
e) Il est habituel que les sens des éléments d’un compte rendu dépende de leur
pertinence par rapport aux projets de l’auditeur, et du cours de développement
des occasions organisationnelles de leur usage.

« En bref, le sens ou le fait reconnaissable des comptes rendus, aussi que leur objecti-
vité, impersonnalité et caractère méthodique ne sont pas indépendants des occasions
socialement organisées de leur usage. Leurs caractéristiques rationnelles résident
dans ce que les membres font avec eux, dans ce qu’ils en font dans les occasions de
leur usage. C’est pour cette raison qu’ils sont des éléments de ces occasions. »

C’est ce lien –celui des comptes rendus avec les activités et les occasions dites- qui
fonde le thème central de nos études « la descriptibilité rationnelle des actions pra-
tiques, en tant qu’elle est un accomplissement continu et pratique. On spécifiera ce
thème en passant en revue trois phénomènes qui le constituent : a) la impossibilité de
réaliser le projet de distinguer expressions objectives (indépendants du contexte) et
expressions indexicales, et de substituer les premières aux secondes ; b) la réflexivité
essentielle mais « non remarquée » des descriptions des actions pratiques ; c)
l’analysabilité des actions-en-contexte comme accomplissement pratique.

Expressions objectives et expressions indexicales. Pourquoi il est impos-


sible de les distinguer et de substituer les unes aux autres

Les propriétés des phrases indexicales sont les mêmes des comptes rendus. Qu’est-ce
qu’elles sont ? Husserl a entendu pour elles comme les expressions dont le sens ne
peut pas être décidé par un auditeur sans qu’il sache ou qu’il présume nécessairement
quelque chose au sujet de la biographie ou des objectifs de l’utilisateur de
l’expression, de ses circonstances, du cours antérieur de la conversation, et de la rela-
tion entre l’auditeur et le locuteur ; Russell a observé que les descriptions qui compor-
taient des expression indexicales ne s’appliquaient dans chaque occasion d’usage qu’à
une seule et que ces choses auxquelles elles s’appliquent ne sont plus les mêmes dans
des occasions différents ; et Goodman (1951) d’ailleurs dit que telles expressions sont
utilisées pour produire des affirmations non équivoques dont la valeur de vérité
semble néanmoins soumise au changement.

Ainsi, chacun de ces énoncés, de ces « tokens », constitue un mot et réfère à une cer-
taine personne, à un certain moment et à un certain lieu, mais ce mot nomme quelque
chose qui n’est pas nommé par une réutilisation du mot. Leur dénotation est relative
au locuteur et leur usage dépend de la relation entre l’utilisateur et l’objet concerné
par le mot, ainsi que du temps, dans le cas d’une expression indexicale temporelle, et
du lieu, dans le cas d’une spatiale.

Quelques propriétés accordées sur les expressions indexicales par ceux qui font du
raisonnement sociologique pratique : a) Bien qu’elles soient d’une énorme utilité, elles
sont embarrassantes pour un discours formel ; b) une distinction entre elles et les ex-
pressions objectives est inévitable et souhaitable pour quiconque veut faire de la
science ; c) Au contraire des sciences exactes, la distinctions des expressions indexi-
cales de les objectives demeure – dans le travail concret, dans les pratiques et dans le
résultats, un programme irréalisable ; d) que les termes et les phrases peuvent être
distingués suivant une procédure d’évaluation qui permet de décider de leur caractère
indexical ou objectif ; e) que, dans tous les cas particulier, seules des difficultés pra-
tiques empêchent de substituer une expression objective à une indexicale.

Les caractéristiques des phrases indexicales ont motivé des études méthodologiques
sans fin, destinées à y porter remède. Les applications et les bénéfices promis sont
immenses ; pourtant cette intention reste purement programmatique dès lors qu’il
s’agit de démontrer cette distinction, cette substitution pour chaque cas particulier et
dans chaque occasion réelle. Car, dans chaque cas concret, on citera des conditions
qu’on demandera à un chercheur de reconnaître qui font que dans ce cas particulier
les termes de la démonstration peuvent perdre en précision sans que pour autant il y
ait lieu de contester son adéquation.

Ce qu’on apprend des logiciens et des linguistes sur certaines des ces conditions est
que « Les démonstrations revendiquées par le programme sont réalisées en tant
qu’affaire des gestion sociale pratique »

« Bref, partout où sont impliquées des études d’actions pratiques, la distinction et la


substitution ne sont jamais accomplies qu’à toutes fins pratiques. Par conséquent, le
premier phénomène problématique qui doit retenir l’attention est celui de la réflexivi-
té : celles des pratiques dans les activités organisées de la vie courante ; celles des réa-
lisations des sciences qui leur sont consacrées. Il s’agit d’une réflexivité essentielle. »
(p.59)

La réflexivité essentielle mais « non intéressante » des comptes rendus

Lorsque les membres sont engagés dans le raisonnement sociologique pratique, ils se
préoccupent de ce qui est décidable « à toutes fins pratiques » ; « à a lumière de la si-
tuation », « étant donné la nature des circonstances présentes », etc. Pour eux, les cir-
constances et activités pratiques réfèrent à plusieurs choses importantes liées aux
démarches de leur projet, mais il y a une chose qui se trouve exclue : « les actions pra-
tiques et les circonstances pratiques ne sont pas en elles-mêmes un thème, et encore
moins un thème exclusif de leurs enquêtes… En aucun cas l’investigation des actions
pratiques n’est entreprise de façon à ce que les gens qui les mènent soient capables de
reconnaître et de décrire ce qu’ils sont vraiment en train de faire ».

Ainsi, les actions pratiques ne sont pas étudiées dans le but d’expliquer aux praticiens
leur propre discours à propos de ce qu’ils sont en train de faire. Ex : Les membres du
Centre de prévention du suicide de Los Angeles qui ne trouvaient pas congru de pren-
dre sérieusement en considérer leurs démarches emmenées pour viser à certifier la
manière dont une personne était morte.

Mais, Qu’est-ce qu’il veut dire qu’ils ne sont pas intéressés ? « Il existe une dimension
des comptes rendus des membres dont la pertinence pour eux est si singulière et pré-
dominante qu’elle contrôle les autres dans leur caractère spécifique d’éléments re-
connaissables et rationnels d’investigations sociologiques pratiques : Les membres, à
ce propos, considèrent comme « allant de soi » ce qu’ils doivent connaître dès le début
de la situation dans laquelle on a à agir, pour que les praticiens puissent servir des
mesures pour faire entrer des éléments particuliers et localisés de cette situation dans
un compte rendu reconnaissable. En revanche, ils considèrent comme prosaïque le fait
que leur démarches –descriptions, modes logiques et méthodes de composition- sont
constitutifs des situations qu’elles rendent observables. « Les membres connaissent
cette réflexivité, l’exigent, comptent sur elle et en font usage pour produire, accomplir,
reconnaître ou démontrer l’adéquation-rationnelle-à-toutes-fins-pratiques de leur
procédures et découvertes.
Cette réflexivité est une condition inaltérable et inévitable de leurs investigations, ain-
si les membres démontrent et rendent observables à chacun des autres membres le
caractère rationnel de leurs pratiques concrètes.

Or, le fait qu’on dit que les membres « ne sont pas intéresses » à l’étude des actions
pratiques renvoie à des pratiques et à découverts raisonnables, et à des arguments
plausibles. Il renvoie au fait que quand on dit « descriptible à toutes fins pratiques »
on considère exclusivement qu’il se agit de quelque chose qui est à découvrir. Ainsi,
« être intéressé » pour les membres signifierait rendre observable le caractère réflexif
des activités pratiques.

L’analysabilité des actions-en-contexte comme accomplissement pratique

De bien des façons, les enquêtes des membres sont des éléments constitutifs des si-
tuations qu’elles analysent. De bien des façons, aussi, ils se rendent leurs enquêtes
reconnaissables comme adéquates à-toutes-fins-pratiques. Par exemple : Les morts
qui sont rendues descriptible-à-toutes-fins-pratiques est un accomplissement organi-
sationnel pratique, au Centre de prévention de suicide, grâce aux procédures pra-
tiques des membres qui accomplissent les descriptibilité des morts par suicide en tant
qu’éléments reconnaissables des situations dans lesquelles cette descriptibilité est
produite.

Cet accomplissement est pour les membres omniprésent et banal. Or, pour que cet
accomplissement soit un thème d’investigation pour les membres, il exige qu’ils trai-
tent les propriétés rationnelles de ses activités pratiques comme « anthropologique-
ment étranges ». On attire l’attention sur des pratiques réflexives de cette expression :
Le fait que, par ses pratiques de description, le membre rende les activités familières
et banales comme des activités familières et banales…

Dans le cas des membres du Centre, cet accomplissement consistait à produire des
ethnographies, à les reconnaître et à les utiliser. Et l’intérêt que présente pour nous ce
phénomène impressionnant es à la mesure des modalités inconnues selon lesquelles
cet accomplissement est banal, car, en ses modalités inconnues, ce phénomène cor-
respond : a) au fait que les membres ont recours aux activités concertées de la vie
courante comme méthodes pour reconnaître et démontrer les propriétés rationnelles
des expressions et actions indexicales, c’est-à-dire qu’on peut les isoler, les répéter,
qu’elles sont cohérentes, équivalentes… qu’elles ont une orientation, etc. ; b) au fait
que les actions en contexte sont analysables, étant donné que non seulement il
n’existe pas de concept de contexte-en-général, mais que toute référence à un « con-
texte » est elle-même indexicale.

Ainsi, les enquêtes de sens commun des membres ont des propriétés rationnelles. Or,
ces propriétés rationnelles sont d’une manière ou d’une autre les résultats des activi-
tés concertées des membres, à leur travail concerté pour rendre évident, à partir de
fragments et d’autres la manière dont une personne est morte dans la société, etc.
Qu’est-ce que l’ethnométhodologie ?

Politiques de recherche

Ch.2 Le socle routinier des activités ordinaires

Le problème
Rendre visible des scènes banales
Quelques traits essentiels de la compréhension commune
Compréhension d’arrière-plan et reconnaissance « adéquate » des événements
ordinaires
Compréhension d’arrière-plan et affects sociaux
Compréhension d’arrière-plan et désorientation
La pertinence de la compréhension commune face aux modèles de l’homme en
société qui le décrivent comme un idiot en matière de jugement
Remarques pour conclure

Ch.3 La connaissance de sens commun des structures sociales. La méthode documentaire


d’interprétation

La méthode documentaire d’interprétation


Une expérience
Exemples tirés d’enquêtes sociologiques
Les situations sociologiques d’enquête en tant que situations de choix de sens
commun
Le problème

Ch.4 Quelques règles respectées par les jurés dans leur prise de décision

Les activités des jurés en tant que méthode d’enquête sociale


Les règles de décision des jurés
Décider à la manière d’un juré
La prise de décision dans les situations de choix de sens commun