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Le contrôle juridictionnel des finances publiques

Fait par : Lamhidi Younes


Le système de contrôle supérieur des finances publiques au Maroc a connu
une évolution importante, passant d’un simple mécanisme administratif de
contrôle des comptes des comptables publics à un vrai dispositif de contrôle,
porté par la Cour des comptes et orienté de plus en plus vers la performance et
la bonne gouvernance publique.
Ce contrôle revêt un caractère important puisque les deniers publics forment
une partie très importante et essentielle de la chose publique. La performance
et la confiance dans la gestion des finances publiques se trouvent parfois
entachées par les erreurs, les fraudes, les gaspillages qui sont imputables non
seulement aux comportements des gestionnaires publics, mais également aux
choix politiques de ceux qui agissent au nom de l’Etat.
L’existence d’un dispositif efficace de contrôle des finances publiques est à
même de permettre de rétablir la confiance des citoyens dans l’Etat et les
autres entités publiques (collectivités territoriales, établissements publics). Le
rôle de la Cour des comptes à ce niveau n’est plus à démontrer. La Constitution
de 2011 a renforcé son rang d’institution supérieure de contrôle des finances
publiques du Royaume, qui garantit son indépendance, elle est davantage
impliquée dans la protection des principes et valeurs de bonne gouvernance,
de transparence et de reddition des comptes de l’Etat et des organismes
publics, de même, les exigences de la nouvelle constitution et des réformes
touchant les finances publiques, ainsi que les attentes des citoyens poussent à
une réflexion sur le rôle que devra jouer la Cour des comptes et les cours
régionales des comptes dans ce domaine.
Plan :

Introduction

Partie 1 : la cour des comptes


A- Le contrôle des comptes des comptables publics

B- Le contrôle de la gestion

Partie 2 : les cours régionales des comptes


A- Vérification et jugement des comptes

B- Le contrôle de la gestion
Partie 1 : la cour des comptes :

La cour des comptes est une juridiction financière prévue par l’article 171 de la
constitution et chargée principalement de contrôler la régularité des comptes
publics de l’Etat, des entreprises publiques, les communes et les partis
politiques. la Cour des Comptes, indépendante des pouvoirs législatif et
exécutif, autonome dans sa programmation des thématiques et gestions à
contrôler et outillée par les méthodes modernes d’Audit, largement inspirées
des normes techniques internationalement reconnues, s’adjuge la mission
d’auditer la performance des entités publiques, de contrôler et de faire suivi
des déclarations de patrimoine, d’auditer les comptes des partis politiques et
vérifier la régularité des dépenses des opérations électorales, sollicitée
d’assister les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, en sus de la publication
de ses travaux via les rapports particuliers et les décisions juridictionnelles ainsi
que la présentation de son rapport annuel à Sa Majesté le Roi qu’elle transmet
au Chef du Gouvernement et aux Présidents des deux Chambres du Parlement
et enfin, la présentation d’un exposé de ses activités par le Premier Président
devant le Parlement suivi d’un débat.
La cour des comptes dispose de deux attributions classiques entant que
juridiction spécialisée en matière des finances publiques sont caractérisées par
leur aspect Juridictionnel avec ses multiples facettes , portant sur la régularité
des opérations et la conformité des états financiers et budgétaires, elles
concernent le Jugement des comptes des comptables publics ainsi que les
comptes des comptables de fait qui usurpent les fonctions de comptables, puis
la Discipline Budgétaire et Financière exercée sur les décideurs de la gestion
publique ainsi que sur leurs subalternes dont la responsabilité peut s’avérer
engagée devant la Cour.
A- Le contrôle des comptes des comptables publics :

- La responsabilité du comptable public :

La cour des comptes exerce un contrôle sur les comptes des comptables
publics, ces derniers supportent une responsabilité pécuniaire personnelle sur
l’ensemble des opérations du poste qu’ils dirigent. Une responsabilité engagée
dès lors qu’un déficit ou un manquement en deniers ou en valeurs a été
constaté.
La responsabilité supporté par le comptable public est en effet une
responsabilité objective qui induit qu’a une irrégularité constatée, soit
prononcé la mise en débet du comptable (le débet se définit comme le
montant mis à la charge du comptable public, montant qui s’élève au total des
irrégularités constatées dans la tenue du compte public).

- Recours :

Les compétences de la cour des comptes en matière de jugement des comptes


des comptables publics s’entendent, sous réserve de la compétence attribuée
en premier ressort aux cours régionales des comptes, sachant que la cour des
comptes statue sur les appels formés contre les jugements prononcés a titre
définitif par les cours régionales des comptes.
Les arrêts rendus par la cour des comptes peuvent faire l’objet d’un pourvoi en
cassation devant le conseil d’Etat.
B- Le contrôle de la gestion :

Le contrôle de la gestion pourrait se définir comme l’appréciation portée sur la


gestion de l’organisme contrôlé, organismes publics essentiellement. Une
compétence qui conduit la cour des comptes de s’assurer du bon emploi des
crédits, fonds et valeurs gérés par les services de l’Etat.
Dans le cadre du contrôle de la gestion, la Cour vérifie tous les aspects de la
gestion, en appréciant :
- la réalisation des objectifs assignés
- les résultats obtenus
- le coût et les conditions d’acquisition et d’utilisation des moyens mis en
œuvre
Le contrôle de la gestion porte également sur la régularité et la sincérité des
opérations réalisées, ainsi que la réalité des prestations fournies, des
fournitures livrés et des travaux effectués. Ensuite l’exercice de cette activité
permet à la Cour de s’assurer que les systèmes et les procédures mis en place
dans les organismes soumis à son contrôle garantissant la gestion optimale de
leurs ressources et de leurs emplois, la protection de leur patrimoine et
l’enregistrement de toutes les opérations réalisées.
- La procédure du contrôle de la gestion :
Le président de la chambre désigne les conseillers qui procèdent au contrôle
de la gestion des organismes inscrits (audit programme), ces derniers sont
habilités à se faire communiquer tous documents ou pièces justificatives
susceptibles de les renseigner sur la gestion de ces organismes et à procéder à
l’audition des personnes dont ils estiment le témoignage nécessaire.
Le Conseiller rapporteur communique ses observations aux responsables des
organismes concernés qui peuvent formuler, le cas échéant, leurs
commentaires dans un délai de deux mois (rapport contradictoire). Passé ce
délai, le Conseiller rapporteur établit son rapport, lequel est délibéré en
présence de cinq membres dont le Président de chambre et le conseiller
rapporteur.

La chambre peut entendre tout responsable, agent ou contrôleur de


l’organisme concerné. Elle peut aussi ordonner des investigations
complémentaires. Elle décide des observations qui peuvent faire l’objet de
lettres du Président de la Chambre aux responsables des organismes
concernés. Les décisions de la Chambre sont prises à la majorité des voix.

Le conseiller rapporteur prépare un projet de rapport particulier qui est soumis


à la délibération de la chambre avant d’être adressé par le Premier Président
au Premier Ministre, au Ministre chargé des Finances et au Ministre de tutelle,
lesquels peuvent formuler leurs observations et exprimer leurs avis dans un
délai fixé par le Premier Président et qui ne peut être inférieur à un mois.

Ces rapports, accompagnés des avis et commentaires reçus, sont ensuite


transmis au Comité des programmes et des rapports en vue de leur insertion, le
cas échéant, au rapport annuel de la Cour et au rapport sur l’exécution de la Loi
de Finances.
Partie 2 : les cours régionales des comptes

Conformément aux dispositions de l’article 149 de la Constitution, les Cours


Régionales des Comptes(CRC) sont chargées d’assurer le contrôle des comptes
et de la gestion des régions et des autres collectivités territoriales et de leurs
groupements. Les Cours Régionales des Comptes, sont entrées en vigueur à
partir du premier janvier 2004. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du
processus de renforcement de la politique de décentralisation et de
déconcentration menée par notre pays ; politique qui attribue un rôle de plus
en plus important aux collectivités locales dans la gestion des affaires
publiques.
Les missions des Cours Régionales des Comptes au niveau local sont le
prolongement de celles de la Cour au niveau national. Ainsi, les attributions de
la Cour et des CRC sont complémentaires et les compétences, les procédures et
l’organisation sont globalement similaires.

Les Cours Régionales des Comptes exercent une fonction juridictionnelle en


matière de discipline budgétaire et financière, à l’égard de tout responsable,
fonctionnaire ou agent des collectivités locales et de leurs groupements ainsi que
des entreprises et établissements publics qui sont sous leur tutelle. Elle peut
être saisie par le Procureur du Roi, de sa propre initiative ou à la demande de
son Président. Ont également qualité pour saisir la Cour Régionale par
l’intermédiaire du Procureur du Roi et sur la base de rapports de contrôle ou
d’inspection appuyés des pièces justificatives, le Ministre de l’Intérieur ou le
Ministre des Finances.

Dans le cadre du contrôle des actes budgétaires, la Cour Régionale peut être
saisie par le Ministre de l’Intérieur, le Wali ou le Gouverneur, de toute question
concernant l’exécution du budget d’une collectivité locale ou d’un groupement
; en particulier lorsque le compte administratif d’une collectivité locale n’a pas
été adopté par l’organe délibérant compétent.
A- Vérification et jugement des comptes :
La Cour Régionale des Comptes vérifie, instruit et juge, dans la limite de son
ressort, les comptes des collectivités locales et de leurs groupements ainsi que
ceux des établissements publics placés sous leur tutelle. De ce fait les
collectivités locales et leurs groupements produisent annuellement à la CRC
concernée, leurs comptes et trimestriellement les pièces justificatives des
recettes et dépenses. Ainsi Les comptables des autres organismes soumis au
contrôle de la CRC doivent produire annuellement une situation comptable
retraçant les opérations de recettes, de dépenses et de trésorerie tandis que les
pièces justificatives peuvent être consultées sur place.

Concernant la procédure d’instruction est similaire à celle suivie par la Cour des
Comptes. Le Conseiller rapporteur, après avoir accompli ses investigations,
établit deux rapports :

- Le premier présente les résultats de l’instruction du compte et relève s’il


y a lieu des observations sur des faits de nature à mettre en jeu la
responsabilité, notamment de l’ordonnateur, du contrôleur ou du
comptable dans les matières juridictionnelles de la Cour Régionale.
- Le deuxième reprend les observations sur la gestion de la collectivité
locale, du groupement, de l’entreprise ou l’établissement public concerné
et qui ont trait à la compétence de la Cour Régionale en matière de
contrôle de la gestion.

 Jugement :

La Cour Régionale statue sur pièces et à huis clos après examen du rapport, des
réponses du comptable, de l’avis du contre rapporteur et des conclusions du
Procureur du Roi .La formation de jugement est composée de cinq magistrats,
dont le Président. Elle se prononce à la majorité des voix.

Si la Cour Régionale ne retient aucune irrégularité, elle statue sur le compte par
un jugement définitif. Lorsqu’elle établit l’existence d’irrégularités, elle enjoint
au comptable par un jugement provisoire de produire par écrit ses justifications
ou de reverser les sommes qu’elle déclare comme étant dues à l’organisme
public concerné dans un délai de trois mois. La Cour Régionale se prononce par
un jugement définitif dans un délai ne dépassant pas un an à compter de la
date du jugement provisoire.
B- Contrôle de la gestion

Le Contrôle de la gestion : Les Cours régionales des comptes (CRC) contrôlent la


qualité de la gestion des services publics locaux ou décentralisés, des
concessions et gestion déléguée de service public local, et des entreprises dans
lesquelles les collectivités locales, leurs groupements, les établissements
publics locaux possèdent une participation majoritaire au capital ou un pouvoir
prépondérant de décision.

Contrôle de l’emploi des fonds publics : Les CRC contrôlent l’emploi des fonds
publics reçus par les associations ou tout autre organisme bénéficiant
d’apports au capital de la part d’une collectivité locale ou de tout organisme
soumis au contrôle de la CRC.