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Revue Organisation et Territoire n°1, 2015

L’attractivité des régions marocaines : Atouts et faiblesses dans le cadre du


plan de régionalisation avancée
Abdelaziz KHALFAOUI : Enseignant-Chercheur en Sciences Economiques, Département
Sciences Economiques et Gestion à la Faculté Pluridisciplinaire de Nador, Université
Mohamed I, Oujda.
Siham LAMARI : Enseignant-Chercheur en Sciences Economiques à la Faculté des Sciences
Juridiques, Economiques et Sociales, Université Hassan II, Casablanca.

Résumé

En termes d’attractivité des régions marocaines, l’analyse statistique a révélé, excepté la


région du Grand-Casablanca et la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïre, un déficit dans la
plupart des régions, ce manque d’attractivité aggravé par un déséquilibre entre régions,
engendrent un déphasage avec les objectifs assignés par le projet de la régionalisation avancée
aux régions qui se trouvent handicapées pour pouvoir remplir les missions d’acteur de
développement intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et
environnemental des territoires. Donc avant de déléguer cette mission de relayeur aux régions,
le pouvoir central doit s’atteler à leur préparer le chemin pour qu’elles puissent réussir la
mission qui leur incombe désormais, en parallèle, l’adhésion et l’engagement de la part de
toutes les composantes de la population locale (citoyens, entreprises, autorités locales, société
civile) sont également requises pour atteindre les objectifs assignés à la région.

Mots clés : attractivité régionale, développement des régions marocaines, analyse en


composante principale, classification.
Abstract in terms of attractiveness of Moroccan regions, statistical analysis revealed except
the Grand Casablanca region and the Rabat-Salé-Zemmour-Zaire, a deficit in most areas,
compounded by lack of attractiveness an imbalance between regions, generate a phase shift
with the objectives set by the project of regionalization advanced regions that are disabled in
order to meet the actor missions integrated and sustainable development in economic, social,
cultural and environmental territories. So before delegating the task of relaying the regions,
the central government needs to address in preparing their way so they can achieve the
mission which is now up to them, in parallel, the support and commitment from all
components of the local population (citizens, businesses, local authorities, civil society) are
also required to achieve the objectives of the region.

Keywords: regional attractiveness, development of Moroccan regions, principal


component analysis, classification.
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De l’attractivité des régions marocaines : Analyse comparative et les voies


d’amélioration

Résumé

En termes d’attractivité des régions marocaines, l’analyse statistique a révélé, excepté la


région du Grand-Casablanca et la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïre, un déficit dans la
plupart des régions. Ce manque d’attractivité aggravé par un déséquilibre entre régions,
engendre un déphasage avec les objectifs assignés par le projet de la régionalisation avancée
aux régions qui se trouvent handicapées pour pouvoir remplir les missions d’acteur de
développement intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et
environnemental des territoires. Donc avant de déléguer cette mission de relayeur aux régions,
le pouvoir central doit s’atteler à leur préparer le chemin pour qu’elles puissent réussir la
mission qui leur incombe désormais. En parallèle, l’adhésion et l’engagement de la part de
toutes les composantes de la population locale (citoyens, entreprises, autorités locales, société
civile) sont également requises pour atteindre les objectifs assignés à la région.

Mots clés : attractivité régionale, développement des régions marocaines, analyse en


composante principale, classification.
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Introduction

La région marocaine d’aujourd’hui doit, à la une du projet de la régionalisation


avancée, aspirer à devenir la locomotive du développement économique et social du pays et le
vecteur mobilisateur de son propre potentiel et des énergies de ses composantes. En effet, ce
nouveau projet, à travers les larges pouvoirs qu’il concède au pouvoir régional, constituera
pour celui-ci, à la fois une opportunité inouïe pour prévaloir son savoir-faire en matière
d’autogestion et de pilotage d’affaires, en ancrant par l’occasion le principe de la démocratie
locale dans la pratique politique marocaine mais aussi un défi à relever vis-à-vis d’un citoyen
en quête de prospérité et d’épanouissement et de plus en plus intransigeant. Par conséquent,
pour assurer le développement économique et social qui lui incombe désormais, chaque
région doit s’évertuer à augmenter sa compétitivité1 et pouvoir attirer et retenir des activités
économiques nouvelles et des facteurs de production, c’est-à-dire des entreprises et leurs
emplois, mais aussi des populations et leurs revenus, qu’il s’agisse de résidents permanents ou
de touristes. Or cette course des régions marocaines vers l’amélioration de leur attractivité ne
part par sur des bases égales, illustré par la fameuse expression « le Maroc utile », dans la
mesure où historiquement le territoire marocain se caractérise par une forte disparité
régionale. Il en découle que, sans le concours du pouvoir central qui doit continuer à rattraper
le retard en matière d’infrastructures et de la mise à niveau de tout le territoire marocain et
sans mesures de discriminations positives audacieuses2 en faveur des régions défavorisées, le
déséquilibre régional ne peut que s’accentuer et l’idée d’un développement économique et
social équilibré, harmonieux et diffus qui sous-tend le projet de la régionalisation avancée ne
sera qu’illusoire.

Dans notre travail, nous allons essayer de faire le bilan en terme d’attractivité des 16
régions marocaines pour pouvoir dégager des profils de nos régions, à travers une étude
statistique en analyse en composantes principales (ACP), en explicitant les variables de leur
attractivité, ensuite et en partant de ce diagnostic, nous allons essayer de proposer des mesures

1
Rappelons au passage que la notion de compétitivité et d’attractivité sont très souvent confondues, alors que
la première s’applique à l’entreprise, la deuxième s’applique aux territoires.
2
Même si la constitution de 2011, a instauré le principe de subsidiarité entre régions et a créé un fonds de
solidarité interrégionale et un autre de mise à niveau social, force est de constater que l e déséquilibre entre
les régions est tellement considérable pour qu’il puisse être annihilé par de telles mesures.
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pour accroître l’attractivité globalement et surtout pour réduire les écarts de celle-ci entre les
régions marocaines.

I-L’attractivité des régions marocaines

1-Définitions de l’attractivité

Avec les travaux de L.Davezies3, nous avons assisté à un bouleversement de la théorie


de l’école de la nouvelle géographie économique élaborée par P.Krugman, qui liait le
développement d’un territoire à sa capacité de créer des richesses par l’attraction
d’investissements et la mise en place d’unités de production ou ce qui est connu par
l’économie résidentielle ou productive. Pour le courant de l’économie présentielle, dont le
chef de fil est L.Davezies, le développement d’un territoire ne se réduit pas à ses capacités de
production, mais il faut ajouter sa capacité à capter des populations et leurs revenus, qu’il
s’agisse de résidents permanents (retraités, étudiants…) ou de touristes. En d’autres termes,
toute politique visant à accroître l’attractivité d’un territoire ne doit plus se limiter à
encourager l’affluence de capitaux et des entreprises (l’économie résidentielle), mais elle doit
cibler en parallèle et avec le même degré d’intérêt, l’attraction des revenus de populations non
permanentes comme les touristes et les étudiants (l’économie présentielle). En d’autres
termes, la richesse des territoires ne provient pas uniquement du secteur de la production
(concentré essentiellement dans les espaces métropolitains, dans un contexte de forte
compétition entre métropoles mondiales) mais aussi des dépenses, c’est-à-dire des impôts
locaux, des retraites, des revenus liés à la consommation comme au tourisme4. Cette nouvelle
approche de l’attractivité considère qu’il s’agit d’un phénomène multidimensionnel.

1-1-Une étude statistique de l’attractivité des régions marocaines

Le déroulement des différentes étapes de notre étude se succédera comme suit :


-Dégager les aspects de l’attractivité d’un territoire : en se référant aux travaux5 effectués
dans le domaine par les instances économiques internationales (Banque mondiale, OCDE et
INSEE), nous allons retenir quatre familles de facteurs d’attractivité : démographiques,
3
Davezies L. (2008), « La République et ses territoires : La circulation invisible des richesses », Seuil, Paris

4
Ingallina P. (2007), « L’attractivité des territoires », in L’attractivité des territoires : regards croisés, séminaire
organisé par le Plan Urbanisme Construction Architecture, février-juillet.
5 Voir par exemple, Dupré A. (2010), « Attractivité : sept familles de territoires en Rhône-Alpes », Étude
réalisée par l'Insee Rhône-Alpes en partenariat avec la Région Rhône-Alpes. Mars 2010.
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sociaux, économique productifs (économie résidentielle) et touristiques (économie


présentielle). Un choix qui prend en considération, en plus de l’aspect purement économique
de l’attractivité, les facteurs historiques, humains et autres.

-Mobilisations des différentes variables disponibles : Fort de la banque de données de plus


en plus intéressantes, mise à la disposition par le Haut Commissariat au Plan (Recensements,
diverses enquêtes socioéconomiques…) et par d’autres sources de données (Observatoire
National du Tourisme, Ministère des Finances, Ministère de l’Enseignement supérieur, Office
Marocain de la Propriété Industriel et Commercial (OMPIC), etc. Nous avons pu constituer
une base de données en regroupant un certain nombre de variables correspondant à chacune
des quatre familles de facteurs d’attractivité.

-Choix et calculs d'indicateurs : Pour chacune des 16 régions, sur la période 2009-2010,
nous avons calculé les indicateurs d’attractivité suivants :

Pour les facteurs d’ordre démographique

-La densité : en rapportant le nombre d’habitant de la région à sa superficie,

-La part de la population régionale dans la population totale,

-La part de la population active dans la population totale,

-La part de la population adulte (âgée entre 19 et 55) dans la population totale,

-Le taux de mortalité infantile,

-La part des immigrés6 dans la population totale,

-Le taux d’accroissement de la population totale entre les deux recensements (1994 et 2004).

Pour les facteurs d’ordre social et des conditions d’habitat

-La proportion de la population analphabète,

-La proportion des bacheliers,

6
Il s’agit des habitants qui ont changé leur région de résidence entre 1999 et le recensement 2004. C’est la
seule donnée qui nous été disponible de calculer pour mesurer l’immigration.
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-L’indicateur de développement humain (IDH),

- L’indicateur de développement social (IDS),

-Le taux d’urbanisation,

-La proportion du réseau routier revêtu,

-La distance moyenne à la route goudronnée pour les zones rurales,

-La part des permis de construction délivrés,

Pour les facteurs d’ordre économique (économie résidentielle et économie présentielle)

-La part du PIB,

-La part du PIB du secteur primaire,

-La part du PIB du secteur secondaire,

-La part du PIB du secteur tertiaire,

-Le taux d’activité économique,

-La proportion des agences bancaires implantées,

-La part des créations d’entreprises,

-La part des intentions de créations d’entreprises pour l’année suivante,

-La part des étudiants inscrits aux établissements de l’enseignement supérieur,

-La proportion des établissements classés de tourisme,

-La proportion d’arrivées de touristes dans les établissements classés,

-Le taux de chômage de longue durée.

Nous aurons souhaité disposer d’autres indicateurs, mais nous n’avons pas pu les mobiliser,
fautes de données, comme par exemple :

-Le solde migratoire interrégional = arrivées à la région – départ de la région,

-Le taux d’immigration régionale des entreprises,

-La part des implantations des entreprises issues des investissements étrangers,

-La part des activités informelles dans chaque région,


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-L’origine des créateurs des entreprises,


Les indicateurs de la migration (des individus comme celle des entreprises) constituent,
par excellence, les mesures de l’attractivité d’un territoire, en effet, une région qui affiche un
solde migratoire positif (entrées – sorties > 0) traduit une attraction de cette région, en
revanche, une région dont le solde migratoire est négatif est répulsive.

1-2- Validation des indicateurs

Certaines variables calculées, seront par la suite abandonnées, car elles ne sont pas
représentatives de la réalité qu’elles sont censées décrire. A titre d’exemple, le PIB qui
mesure la richesse produite, se trouve biaiser par les activités informelles, et vu la part
importante et surtout inégales de celles-ci dans les régions marocaines, la mesure de la
richesse économique régionale par le PIB est faussée. Pareil, pour l’arrivée de touristes, les
statistiques nous renseignent sur la fréquentation des établissements classés, or, en réalité,
nous savons que beaucoup de touristes, surtout les locaux, ne se logent pas tous dans des
hôtels classés. Le même raisonnement s’applique à bien d’autres indicateurs, d’où la nécessité
de procéder à une première sélection des variables retenues.

1-3- Constitution de la base de données

Après l’élimination des indicateurs biaisés (la part du PIB, la part du PIB du secteur
primaire, la part du PIB du secteur secondaire, la part du PIB du secteur tertiaire, la proportion
d’arrivées de touristes dans les établissements classés,). Nous avons retenu in fine 11
variables significatives et représentatives des quatre volets de l’attractivité à savoir : La
densité, la part de la population adulte, le taux de mortalité infantile, la proportion de la
population analphabète, la proportion des bacheliers, l’indicateur de développement humain
(IDH), le taux d’urbanisation, le taux d’activité économique, la proportion des agences
bancaires implantées, la part des créations d’entreprises, la part des étudiants inscrits aux
établissements de l’enseignement supérieur.
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2- l’Analyse en composantes principales (ACP)

Une fois nous avons réuni les variables de l’attractivité, nous avons vérifié au préalable, la
réalisation des conditions sous-jacentes que demande la pertinence de l’ACP7 (voir tableau 1
et annexe 2).

Tableau 1 : Le coefficient KMO et le test de sphéricité

KMO and Bartlett's Test

Kaiser-Meyer-Olkin Measure of Sampling


,805
Adequacy.

Approx. Chi-Square 160,935


Bartlett's Test of
Df 55
Sphericity
Sig. ,000

Le coefficient KMO est de 0,805, c’est un niveau méritoire pour opérer la factorisation, par
ailleurs, le test de sphéricité corrobore la pertinence de la factorisation dans notre cas.

2-1 Choix des axes

Selon la méthode du coude, deux axes factoriels seront retenus, ils expliquent 74 % de la
variance (ils restituent 74 % de l’information, donc un niveau important voir annexe 2) :

7
-Plusieurs variables sont corrélées,
-L’indice de KMO (Kaiser-Meyer-Olkin) qui doit tendre vers 1.

-Le test de sphéricité de Bartlett. : Si la signification (Sig.) tend vers 0.000, c’est très significatif
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Tableau 2 : Corrélation des variables par rapport aux deux axes

Rotated Component Matrixa

Component

1 2

Densité ,292 ,853

Part de la population adulte ,719 ,120

Taux de mortalité infantile -,737 -,299

Proportion des bacheliers ,735 ,545

Part des analphabètes -,822 -,347

IDH ,933 ,076

Taux d’activité -,605 -,114

Taux d’urbanisation ,869 ,270

Proportion des agences bancaires ,250 ,949

Part des créations d’entreprises ,294 ,923

Proportion des étudiants ,067 ,756

Extraction Method: Principal Component Analysis.

Rotation Method: Varimax with Kaiser Normalization.

a. Rotation converged in 3 iterations.

La lecture de tableau montre que :

-Le premier axe est corrélé (positivement ou négativement) avec des variables comme la : la
part de la population adulte, l’indicateur de développement humain (IDH), le taux de mortalité
infantile, la proportion de la population analphabète, le taux d’urbanisation, la proportion des
bacheliers.

-Le deuxième axe est positivement corrélé avec les variables suivantes : la densité, la
proportion des agences bancaires implantées, la part des créations d’entreprises, la part des
étudiants inscrits aux établissements de l’enseignement supérieur. En d’autres termes, le
premier axe regroupe les indicateurs d’attractivité démographique et sociale (que nous le
nommerons par la suite, l’axe d’attractivité sociodémographique) alors que le second, est
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constitué par les indicateurs d’attractivité économique (présentielle comme résidentielle) que
nous le désignerons par la suite, l’axe d’attractivité économique.

2-2 Interprétation des résultats

La carte factorielle, quant à elle, permet de tirer les renseignements suivants :

Figure 1 : Carte factorielle des régions marocaines selon les axes d’attractivité

La région du Grand-Casablanca est située en haut et à droite (très éloignée de l’origine)


de la carte factorielle, ce qui signifie qu’elle jouit d’une très bonne attractivité à la fois
économique et sociodémographique. En revanche les trois régions du sud, en particulier, la
région Oued-Dahab-Lagouira se trouvent à droite mais au dessous de du centre, cela signifie
qu’elles exercent une attractivité sociodémographique mais qu’elles sont répulsives
économiquement (leur attractivité économique est négative). Des régions comme Taza-Al-
Hoceima-Taounate, Tadla-Azilal, Chaouia-Ouardigha ne sont attractives, ni socio
démographiquement, ni économiquement. L’attractivité économique des régions de
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Marrakech-Tensift et de la région du Sous-Massa-Darâa est handicapée par un manque


notoire d’attractivité sociodémographique. Quant aux régions qui gravitent autour du centre
(Fès-Boulmane, Tanger-Tétouane, l’Oriental), elles sont généralement mal représentées par le
plan factoriel et donc leur interprétation ne peut pas être effectuée avec confiance.

En somme, excepté la région du Grand-Casablanca et dans une moindre mesure la


région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïre, l’ensemble des régions marocaines souffrent d’un
déficit d’attractivité économique et /ou sociodémographique.

II- Les mesure pour accroître l’attractivité des régions marocaines

L’analyse statistique de l’attractivité des régions marocaine a révélé un net clivage entre
la région du Grand-Casablanca et les reste des régions. Pour juguler le déficit en matière
d’attractivité de la quasi-totalité des régions marocaines, il est évident, qu’au moins dans une
première étape, les pouvoirs publics doivent revoir leurs politiques successives en matière
d’aménagement du territoire qui n’ont fait que creuser les écarts en termes d’attractivité entre
les régions du Grand Casablanca et le reste des régions, en marginalisant ces dernières, en
adoptant une nouvelle politique publique. Le rôle indéniable des pouvoirs publics dans l’effort
d’accroissement de l’attractivité des régions marocaines ne doit pas pour autant exempter la
responsabilité de la composante locale (entrepreneuriats local, pouvoir local, société civile…)
dans l’amélioration des capacités attractives de leur territoire.

1-le rôle des politiques publiques

Le rôle des pouvoirs publics en matière d’attractivité des régions doit, à notre sens
porter sur trois volets principaux, à savoir :

-L’accélération dans la construction des infrastructures et des équipements (routes,


hôpitaux, universités, eau potable, électricité…) au profit des régions défavorisées afin de les
sortir de leur isolement et d’améliorer les conditions de vie de leurs populations ce qui
constituera un début de désenclavement de ces régions et l’installation de leurs populations.
En effet, le développement des infrastructures a un impact direct sur la croissance d’un
territoire, car elles participent à la réduction de la pauvreté, facilitent la mobilité, augmentent
la taille du marché pour les entreprises et le tourisme notamment et contribuent à améliorer la
compétitivité et la productivité des opérateurs économiques, leur permettent de soutenir la
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concurrence sur le marché national et international...Les régions marocaines les moins


attractives (la région Tadla-Azilal et la région Taza-Al-Hoceima entre autres) , le sont parce
qu’elles souffrent d’un déficit monumental en terme d’’infrastructures.

Sans minimiser les efforts fournis par le Maroc pour récupérer le retard accusé dans ce
domaine (Programme National des Routes Rurales I et II, la construction de 160 km
d’autoroutes par an, la construction de nouveaux ports et d’aéroports, le Programme
d’Electrification Rurale Globale, La généralisation de l’accès à l’eau potable et l’Initiative
Nationale pour le Développement Humain, etc.), force est de constater que nombreuses
régions restent encore très sous équipées.

-Une redéfinition des contours des régions marocaines fondée sur la métropolisation,
c’est-à-dire, que chaque région doit être constituée autour d’une ou deux villes métropoles. En
effet, les métropoles concentrent les activités de commandement (économiques, politiques,
culturelles...) et les fonctions tertiaires supérieures et l’effort de construction d’infrastructures,
et en cela, elles sont fortement attractives pour les populations et par conséquent, le lien
positif entre métropolisation et attractivité est manifeste8. Par ailleurs, notre analyse a montré
que les régions marocaines les plus attractives, à savoir la région du Grand-Casablanca et la
région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïre sont celles dont le chef-lieu est une métropole
(Casablanca et Rabat) et a contrario les régions ne contenant que des petites et moyennes
villes (Tadla-Azilal et Taza-Al-Hoceima-Taounate, par exemple) sont les moins attractives. Il
en résulte que l’actuel découpage des régions est à revoir, en ce sens, le Maroc doit
commencer par baisser le nombre actuel de région, car il nous semble, qu’un nombre de
moins de dix régions sera plus adapté9 à la réalité marocaine, ensuite, il faut se tâcher à définir
les nouvelles régions de telle sorte que chaque région doit contenir au moins une ville
métropole.

-Une fiscalité discriminatoire au profit des régions défavorisées : si la constitution de 2011


a clairement évoqué la question de la libre administration comme le principe de l’organisation
territoriale, il faut tout de même attendre la loi organique pour savoir l’étendue du pouvoir

8
Geppert A. (2007), « Attractivité en absence de métropolisation : le problème des villes moyennes », in
L’attractivité des territoires : regards croisés, séminaire organisé par le Plan Urbanisme Construction
Architecture, février-juillet, pp 121-123.
9
L’effectif de la population dans la plupart des régions ne justifie pas un tel nombre de région et de toute
façon, un nouveau découpage s’impose, pour regrouper les régions du Sud dans une seule région pour se
conformer à la résolution de l’autonomie élargie proposé par le Maroc.
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régional en matière financière. Même s’il paraît peu probable que la loi va aller jusqu’à
accorder aux régions la liberté de décider leur propre fiscalité. Les pouvoirs publics doivent
être conscients du rôle décisif que pourra jouer une fiscalité différentielle pour combler les
écarts d’attractivité entre les régions marocaines, en instaurant des taux d’imposition
avantageux pour encourager les entreprises d’aller s’installer dans les régions jugées
défavorisées. En d’autres termes, l’Etat va établir une liste des Régions d’Investissement
Prioritaires (RIP) dans lesquelles les taux d’imposition appliqués aux entreprises seront
inférieurs aux taux nationaux. Il ne s’agit pas de porter atteinte, ni à l’Etat jacobin, ni au
principe d’équité et de péréquation entre régions et entre citoyens, dans la mesure où cette
fiscalité discriminatoire doit être limitée dans le temps et ne portera que sur certains impôts
sur les entreprises (notamment l’impôt sur les sociétés et la taxe professionnelle). C’est une
pratique qui s’apparente avec la politique des zones franches instituées en 1995 et qui a en
plus l’avantage de permettre aux régions de drainer l’investissement des nationaux. Et si on
fait un premier bilan des bienfaits économiques et sociaux de l’expérience de la zone franche
de Tanger sur la ville et sur la région du Nord, on ne peut être que favorable à la mise en place
de cette mesure de fiscalité différentielle, qui a bien fait ses preuves dans plusieurs cas10.

2-La responsabilité locale

Les disparités en développement à l’échelle mondiale, continentale et même nationale


ont convaincu la communauté des économistes et des géographes que tous les territoires ne
peuvent pas s’intégrer au fonctionnement économique national et a fortiori mondial et ne
peuvent pas, par conséquent, tirer amplement profit du développement économique. D’où
l’avènement d’une nouvelle approche, à partir des années 1960, appelée le développement
local, qui considère que le développement ne découle pas seulement de la valeur économique
des activités et qu’il ne relève pas seulement des systèmes organisés de production et des
institutions centralisées mais il est aussi lié à de petites initiatives localisées, à la mobilisation
de la population locale autour de projets utilisant des ressources locales. Par conséquent, que
ce soit, l’entrepreneuriat local, le pouvoir politique et le citoyen, ont une part considérable
dans ce processus d’amélioration de l’attractivité :

10
Dans ce domaine l’exemple de l’Irlande est très éloquent, ce pays économiquement modeste dans les années
1980, pratiquera une fiscalité très basse (un taux d’imposition sur les sociétés de 12,5 %) au début des années
1990 et deviendra très attractif aux grandes multinationales, politique qui va avoir un impact très positif sur la
croissance et sur l’emploi et du bien-être dans ce pays.
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-l’entrepreneuriat local :

Le capital doit croire en les capacités et le potentiel de sa propre région par l’investissement et
la création d’entreprises génératrices de revenus et d’emploi pour la région. Cette prise de
conscience de la responsabilité sociétale de l’entreprise envers son territoire est capitale pour
la réussite de ce projet de régionalisation avancée.

-le pouvoir local

Par le pouvoir local, il faut entendre les élus locaux et les autorités locales. Le pouvoir local
est dépositaire de ce grand projet, dans le sens où il doit l’épauler et s’atteler à sa réussite. Car
les bienfaits escomptés toucheront toutes les composantes de son espace, ce pouvoir local en
premier chef. L’amélioration de l’attractivité de la région est synonyme d’une augmentation
du budget local grâce aux recettes issues des impôts sur les entreprises (la patente, l’impôt sur
les sociétés, l’impôt sur le revenu) et les taxes à la consommation et d’autres revenus (du fait
d’une arrivée massive de touristes). En outre, elle constituera un rempart au fléau du
chômage. L’impact positif va au-delà de cet aspect économique.

-le citoyen

Le citoyen doit être au cœur de ce mouvement qui en train de transformer sa région. Car, il
est à la fois :

-l’entrepreneur qui va investir dans les activités parallèles pour augmenter ses revenus et créer
de la richesse et de l’emploi pour ces concitoyens ;

- l’élu local qui doit être au service de projet, qui tachera, par ses décisions à son bon
déroulement et sa réussite qui fera son affaire;

-la force de travail et le capital humain qui participera à édifier cette nouvelle économie;

-et il est enfin, la finalité pour laquelle le projet de la régionalisation avancée à été conçu,
pour constituer un tremplin pour le développement humain de tous les citoyens de la région.
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Conclusion

En termes d’attractivité des régions marocaines, l’analyse statistique a révélé, excepté la


région du Grand-Casablanca et la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïre, un déficit dans la
plupart des régions, ce manque d’attractivité aggravé par un déséquilibre entre régions sont en
déphasage avec les objectifs assignés par le projet de la régionalisation avancée aux régions
qui se trouvent handicapées, pour pouvoir remplir les missions d’acteur de développement
intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et environnemental des territoires.
Donc avant de déléguer cette mission de relayeur aux régions, le pouvoir central doit s’atteler
à leur préparer le chemin pour qu’elles puissent réussir la mission qui leur incombe
désormais, un travail qui consiste à accélérer le rattrapage du retard en matière
d’infrastructures et d’équipements qui constitue une condition sine qua non pour désenclaver
les nombreuses régions sinistrées et accroître leur attractivité et leur capacités à maintenir
leurs populations, de repenser l’architecture et le découpage des régions de façon à constituer
chaque région autour de villes métropoles pour améliorer leur attractivité et concentrer les
efforts en matière de construction d’infrastructures (transports, services publics), enfin une
dernière mesure, pourrait être décisive, dans l’effort d’accroître l’attractivité des régions,
consiste à instaurer une fiscalité différentielle à titre temporaire et sélective en faveur des
régions en manque d’attractivité pour leur donner plus de chances de drainer les
investissements aussi bien des marocains que des étrangers. Par ailleurs, dans cette
perspective de bonifier l’attractivité des régions marocaines, suppose également l’adhésion et
l’engagement de la part de toutes les composantes de la population locale (citoyens,
entreprises, autorités locales, société civile) à participer à cette belle aventure et s’évertuer à
sa réussite. Car à travers le monde, nombreuses expériences ont démontré que le
développement local d’un territoire est une stratégie d'organisation de ses propres conditions
de développement. Sans opposer les politiques de développement par le haut aux politiques de
développement par le bas, il faut reconnaitre la pertinence des actions locales pour la
réalisation d'objectifs macroéconomiques nationales.
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Bibliographie

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Revue Organisation et Territoire n°1, 2015

ANNEXE 1 : Tableau des corrélations entre les variables

Correlation Matrix

Densité Part Taux (%) Part Proportio Taux Taux Proport Part (%) des IDH Proporti
(H/Klm* (%) de de (%) des n (%) des d’activité d’urban ion des créations on (%)
Klm la mortalité bacheli analphabè (%) isation agences d’entreprises d’étudia
Populat infantile ers tes (%) bancair nts
ion es (%)
adulte

Densité
1,000 ,383 -,502 ,572 -,530 -,110 ,423 ,917 ,941 ,439 ,420
(H/Klm*Klm)

Part (%) de la
,383 1,000 -,784 ,517 -,403 -,110 ,534 ,308 ,341 ,714 ,109
Population adulte

Taux (%) de
-,502 -,784 1,000 -,659 ,562 ,225 -,543 -,477 -,469 -,744 -,275
mortalité infantile

Part (%) des


,572 ,517 -,659 1,000 -,815 -,552 ,836 ,652 ,675 ,653 ,585
bacheliers

Proportion (%)
-,530 -,403 ,562 -,815 1,000 ,635 -,868 -,525 -,562 -,777 -,288
des analphabètes

Taux d’activité
Corrélation -,110 -,110 ,225 -,552 ,635 1,000 -,677 -,262 -,249 -,449 -,305
(%)

Taux
d’urbanisation ,423 ,534 -,543 ,836 -,868 -,677 1,000 ,453 ,489 ,763 ,330
(%)

Proportion des
agences bancaires ,917 ,308 -,477 ,652 -,525 -,262 ,453 1,000 ,973 ,327 ,660
(%)

Part (%) des


créations ,941 ,341 -,469 ,675 -,562 -,249 ,489 ,973 1,000 ,383 ,584
d’entreprises

1,00
IDH ,439 ,714 -,744 ,653 -,777 -,449 ,763 ,327 ,383 ,003
0
Revue Organisation et Territoire n°1, 2015

Proportion (%)
,420 ,109 -,275 ,585 -,288 -,305 ,330 ,660 ,584 ,003 1,000
d’étudiants

ANNEXE 2 : la part de la variance représentée par les axes

Total Variance Explained

Rotation Sums of Squared Loadings

Total % of Variance Cumulative %

4,508 40,982 40,982

3,666 33,326 74,307