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Revue Marocaine de Gestion et d’Economie, N°6, Janvier- Juin 2016

Analyse de la relation entre ouverture et croissance économique dans les


pays en développement.

Par : Hassan KHALOUKI.1


My Ali RACHIDI 2

Résumé :

Le présent article analyse l’impact de l’ouverture sur la croissance économique dans les
pays en développement entre 2000 et 2010. Intégrant plusieurs mesures de l’ouverture et
corrigeant les biais liés à l’hétérogénéité individuelle non observée, les tests montrent que
l’ouverture commerciale a un effet positif sur la croissance contrairement à l’investissement
direct étranger. L’absence d’impact de ce dernier facteur pourrait être expliquée par la
faiblesse du niveau du capital humain des pays arabes, nécessaire pour assimiler la
technologie apportée par les firmes étrangères.

Mots clés : Ouverture, croissance économique, capital humain, économétrie de Panel, pays
arabes.

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Enseignant Chercheur., Université Moulay Ismail, - Meknès- Maroc
2
Enseignant Chercheur., Université Moulay Ismail, - Meknès- Maroc

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Revue Marocaine de Gestion et d’Economie, N°6, Janvier- Juin 2016

1. Introduction
Un certain nombre de pays, notamment ceux du Sud-est asiatique, ont réussi leur
décollage économique grâce essentiellement à une politique d’ouverture. Leurs performances
ont séduit les nouveaux pays en développement qui ont adopté cette politique depuis le début
des années 80 avec les programmes d’ajustement structurels, les accords de l’OMC et les
accords régionaux. Cependant, ils n’ont pas récolté les fruits escomptés. Ainsi, la relation
entre l’ouverture et la croissance apparaît plus complexe que ne le proclament les apôtres du
modèle libérale.
D’une manière générale, partant des travaux de (Romer, 1986, 1990) et de (Lucas,
1998), (Rivera-Batiz et Romer 1991a, 1991b), il est montré les influences que peuvent avoir
sur la croissance ; le capital humain, les activités de recherche et développement, la politique
du commerce extérieur, le cadre macroéconomique et l’action des pouvoirs publics en
général.
S’il est admis que les gains dynamiques sont liés en particulier aux économies d’échelle
et à la diffusion du progrès technique favorisé par l’ouverture, les pays en voie de
développement (PVD) peuvent alors combler leur retard de développement en tirant profit de
la technologie existante. Ainsi, comme le soulignent de nombreux auteurs (Rivera-Batiz et
Romer, 1991a) ; (Grossman et Helpman, 1991a) ; (Barro et Sala-I-Martin, 1995), les pays les
plus ouverts démontrent une capacité plus élevée d’absorption des technologies générées par
les pays développés. En revanche d’autres auteurs comme (Lucas, 1988) ; (Young, 1991),
(Rodriguez et Rodrick, 2000) montrent que l’ouverture peut engendrer pour les pays
concernés une spécialisation peu bénéfique pour la croissance.
Sur le plan empirique, on retrouve la même ambiguïté qui entache les développements
théoriques dans la mesure où un certain nombre de travaux trouvent une relation positive
entre ouverture et croissance (Feder, 1983) ; (Edwards, 1998) ; (Sachs et Warner, 1995), alors
que d’autres auteurs restent sceptiques quant à l’existence d’une telle relation (Rodriguez et
Rodrick, 2000) ; (Brock et Durlauf, 2001) et (Greenaway, Morgan et Wright ; 2002). Ce
doute est justifié par un certain nombre de limites dont souffrent ces travaux. Les plus
importantes à notre connaissance sont celles qui sont liées à des problèmes conceptuels et
économétriques. En effet, au niveau conceptuel, les indicateurs utilisés ne permettent pas
d’identifier de manière exhaustive une politique d’ouverture d’une économie donnée. Au
niveau économétrique, les méthodes utilisées ne permettent pas d’éliminer tous les biais liés à
l’hétérogénéité individuelle non observée.

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C’est essentiellement pour ces deux raisons que nous allons estimer, sur un panel de
nouveaux pays en développement3 entre 2000 et 2010, notre équation de croissance en
intégrant plusieurs indicateurs en même temps dans cette équation. Par ailleurs, nous allons
spécifier trois modèles d’économétrie de Panel : Il s’agit du modèle sans facteur, du modèle
effet individuel fixe et du modèle à effet individuel aléatoire. Enfin, nous utilisons les tests de
Fisher et Breush-Pagan qui permettent de tester l’existence de l'hétérogénéité individuelle non
observée et le test de Hausman qui précise la manière dont elle spécifiée.
La suite de l’article est organisée de la manière suivante. Dans la section 2, nous
présentons une synthèse des travaux théoriques et empiriques autour de la relation ouverture-
croissance économique. Nous rappelons dans la section 3 quelques faits stylisés sur les pays
sud de la méditerranée. Enfin, nous spécifions notre équation de croissance à estimer dans la
section 4 avant de conclure.
2. Ouverture et croissance : revue de la littérature
2.1. Littérature théorique.
Si les gains tirés de l’ouverture identifiés dans le cadre des théories du commerce
internationale (Smith, Ricardo, Heckscher-Ohlin-Samuelson) sont statiques, des gains
dynamiques sont apparus avec la naissance de la théorie de la croissance endogène. Les
travaux de (Romer, 1986, 1990) et de (Lucas, 1988) sont à l’origine de ce courant de pensée4.
A partir de là, il est devenu possible d’envisager des gains dynamiques de l’ouverture
liés en particulier aux économies d’échelle (hypothèse de rendements croissants) et à la
diffusion du progrès technique (pour une revue de la littérature complète voir thèse de A.
Abdouni 2003).
Dans ce cadre, certains auteurs comme (Rivera-Batiz et Romer, 1991a, 1991b),
(Grossman et Helpman, 1991a, 1991b, 1991c), (Feenstra, 1990) considèrent l'innovation
comme source de croissance et encouragent une politique d'ouverture. En effet, ils montrent
que l'intégration complète de deux pays identiques permet de doubler leurs taux de croissance
par rapport à ceux de l'autarcie. Cependant, les tarifs douaniers agissent négativement sur la
croissance dans la mesure où ils ne font qu'encourager l'activité d'imitation. Cette dernière

3
Notre panel est constitué uniquement des pays du Maghreb et du proche orient. Le choix des pays et de la
période d’estimation est imposé par la disponibilité des données.
4
Ces auteurs ont cherché à compléter le modèle de (Solow, 1956) afin de le rendre compatible avec la réalité
économique et ce, de deux manières. En premier lieu, ils remettent en question l’idée des rendements
décroissants, ce qui permet d’avoir une croissance entretenue. En second lieu, ils « endogénéisent » le progrès
technique, en l’expliquant à l’aide de facteurs internes à l’économie, comme l’accumulation du capital humain,
les investissements publics….etc.
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occupe une partie du capital humain, qui devrait être consacrée à la R&D, et diminue par
conséquent le taux de croissance économique.
Si les pays n’échangent que les biens, Rivera-Batiz et Romer (1991a) trouvent que le
taux de croissance ne varie pas et reste à son niveau de l'autarcie. Cependant, Feenstra (1990)
et Grossman et Helpman (1991e) mettent en évidence l’existence de deux effets en sens
opposés. D'une part, l’augmentation de la taille du marché due à l’ouverture incite les firmes à
investir et à innover (effet positif). D'autre part, avec cette augmentation de la taille, le
nombre de concurrents augmente également et cela pourrait réduire les incitations à innover
(effet négatif). Lorsque les deux pays sont identiques, ces deux effets s'annulent : un
doublement de la taille du marché est exactement compensé par un doublement du nombre de
concurrents. Dans ce cas l’ouverture n’a aucun effet sur la croissance.
Si les deux pays ne sont pas identiques, Barro et Sala-I-Martin (1995), démontrent que
le taux de croissance du PVD dépend du coût d’imitation de l’innovation du pays développé.
En effet, si le coût d’imitation et inférieur à celui d’innovation, le PVD enregistre un taux de
croissance supérieur à celui du pays développé et on assistera donc à un phénomène de
convergence. Dans le même cadre d’analyse, Askenzy (1997) démontre que l’ouverture à un
effet positif sur la croissance du pays développé puisqu’elle conduit au déplacement de son
capital humain vers le secteur de R&D qui produit les innovations (source de la croissance).
Quant à (Aubin, 1994), il a montré que l'intégration des marchés ne suffit pas pour obtenir une
croissance optimale et doit être accompagnée d'une coordination des politiques économiques.
Contrairement à ces travaux, d’autres auteurs comme Krugman (1987) ; (Lucas (1988) ;
Young (1991) ; Rodriguez et Rodrick (2000) ; Acemoglu et Zilibotti (2001) et Banerjee et
Newman (2004) montrent que l’ouverture n’est pas toujours favorable à la croissance. Elle
peut pousser les pays concernés (notamment les PVD) vers une spécialisation dans les
secteurs peu productifs avec au total un impact négatif sur la croissance. Les dotations
initiales des pays, l’utilisation de l’apprentissage par la pratique comme source de la
croissance, le manque de développement financier et la mobilité limitée des facteurs de
production sont les principales explications de ces résultats. Dans ce cadre, l’ouverture peut
enfoncer une petite économie dans le sous-développement.
Nous remarquons que les résultats des travaux théoriques sont hétérogènes. Un effet
positif ou négatif de l’ouverture sur la croissance dépend de la structure de chaque modèle, du
niveau de capital humain des pays, des sources de la croissance.

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Quant aux travaux empiriques, ils sont loin d’identifier des résultas homogènes. Cela est
d’autant plus vrai qu’ils souffrent de plusieurs limites. Ce que nous mettons en relief dans le
paragraphe qui suit.
2.2. Littérature empirique
Les années 1990 ont connu la réalisation de nombreuses études empiriques mettant en
relation ouverture et croissance économique. L’étude empirique qui a eu le plus d’influence
sur ce thème est celle de (Sachs et Warner, 1995). Leurs résultats montrent que les PVD
ouverts ont enregistré un taux de croissance de 4.49% par an contre 0.69% pour les PVD
fermés. De même, au sein du groupe des économies ouvertes, les PVD ont cru plus vite que
les pays développés (4.49% contre 2.89% par an). Ce lien positif entre l’ouverture et la
croissance confirme les résultats de certains travaux empiriques précédents (Feder, 1983) ;
(Balassa, 1985) et a été approuvé par des travaux plus récents (Harisson, 1996), (Alcalà et
Ciccone, 2004).
D’autres auteurs ont cherché à identifier des liens indirects entre l’ouverture et la
croissance. Ils trouvent que la croissance est tirée par l'investissement et induite par
l'ouverture5 (Baldwin et Seghezza, 1996) (Lee, 1993, 1994) ou encore une croissance tirée par
la technologie et induite par l'ouverture (Coe et Moghadam, 1993) ; (Coe et Helpman, 1995)
et (Brecher, Choudhri et Schembri, 1996).
Néanmoins, un certain nombre de travaux émettent des doutes sur les travaux arguant
d’un lien positif entre ouverture et croissance. Harrison (1996) utilise différentes mesures de
l’ouverture pour tester la relation entre celle-ci et la croissance. Elle démontre que la
significativité diffère selon l’indicateur utilisé et que même si la corrélation entre les
différents indicateurs est généralement positive, son importance change en fonction des
indicateurs. Ces résultats ont été confirmés par les travaux de (Pritchett, 1996), (Miller et
Upadhyay, 2000), (Brock et Durlauf, 2001), (Greenway et al, 2002) et (Yanikkaya, 2003).
Baldwin (2003) observe que les politiques de libéralisation commerciale ne sont jamais
mises en oeuvre de manière isolée; de ce fait, on ne peut chercher à identifier l’impact de la
libéralisation commerciale seule sur la croissance ; l’objectif serait plutôt d’évaluer l’impact
d’un programme de politique économique macroéconomique et fiscale incluant la
libéralisation commerciale. Dans le même sens, Winters (2004) considère que, pour avoir un
effet durable sur la croissance, les politiques de libéralisation commerciale doivent être

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Le taux de croissance est estimé tout d’abord en fonction de l’investissement et ensuite ce dernier est estimé en
fonction de l’ouverture, ce qui permet de conclure à un effet indirect de l’ouverture sur la croissance.
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associées à d’autres politiques telles que celles encourageant l’investissement et promouvant


l’accumulation de capital humain.
Les travaux empiriques que nous venons de présenter montrent que les indicateurs de
l’ouverture utilisés ne matérialisent pas de manière exhaustive la politique d’ouverture d’un
pays donné. Pour pallier à cette limite, nous utilisons dans la section qui suit, une
spécification où plusieurs indicateurs de l’ouverture sont utilisés simultanément dans une
équation de croissance.
3. Analyse descriptive
3.1. De la croissance et de l’ouverture dans les pays arabes
En général, la croissance économique dans ce groupe de pays s’est caractérisée par une
faiblesse chronique. Elle a diminué au milieu des années 1980 et ne s’est redressée que depuis
la fin des années 1990. Comparé aux performances réalisées par d’autres PVD et en
particulier les pays d’Asie du Sud Est (Indonésie, Corée du Sud, Malaisie) qui jusqu’au milieu
des années 1970 égalaient les pays sud méditerranéens en termes de croissance.
Une abondante littérature6 traite de la faiblesse de la croissance dans la région et
identifie un certain nombre de facteurs structurels qui peuvent l’expliquer. Dasgupta et al
(2002) avancent que les PSM ont certes réussi à atteindre une stabilité macroéconomique
(réduction des dépenses publiques, baisse de l’inflation) mais, comparés à d’autres PVD, ils
n’ont malheureusement appliqué qu’avec beaucoup de retard les réformes structurelles
(ouverture commerciale, privatisation….). Les auteurs expliquent que la non reprise de la
croissance est due à la faiblesse de l’accumulation du capital physique. En fait, l’effondrement
de l’investissement public en raison de la politique d’ajustement n’a pas été relayé par
l’investissement privé. Sala-I-Martin (2002) explique que la faiblesse de la croissance n’est
pas due à celle de l’investissement mais plutôt à la partie prépondérante et improductive de
l’investissement public dans l’ensemble de la formation brute du capital fixe. En effet sur la
période 1980-2000, le taux d’investissement est supérieur à la moyenne des PVD pour tous
les pays sud méditerranéens. La baisse du taux d’investissement constaté y est postérieure au
fléchissement de l’activité. Elle en est plutôt la conséquence.
Abed (2003) avance que les obstacles aux progrès de la région du moyen orient et de
l’Afrique du Nord s’expliquent par cinq facteurs principaux. Des réformes politiques à la
traîne, des secteurs publics omniprésents, des marchés financiers sous-développés, des
échanges forts limités et des régimes de change inadaptés.

6
Voir rapports FEMISE 1997, 2000, 2001, 2003
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L’ensemble des réformes de « première génération » adoptées par ces pays dans les
années 1980 et 1990 ont permis de retrouver les équilibres macroéconomiques sans pour
autant redresser les régimes de croissance. L’ajustement macroéconomique apparaît ainsi
comme une condition nécessaire mais pas suffisante pour la croissance de long terme. Dans le
cadre du partenariat euro-méditerranéen initié en 1995 à Barcelone, la plupart des pays de
notre panel ont adopté des réformes qualifiées de « seconde génération » en vue de
l’instauration d’une zone de libre échange qui constituent en fait un choc de concurrence
destiné à stimuler l’offre, prolongeant ainsi la logique des plans d’ajustement structurels. Le
désarmement douanier entamé avec plus ou moins de retard selon les pays vient accentuer un
processus d’ouverture préalablement entamé dans le cadre du PAS.
Concernant le capital humain, il s’avère selon les données de la Banque Mondiale que
les pays du sud de la méditerranée ont consacré une part du PIB à l’éducation supérieure à
celle des trois grandes zones en développement sans adéquation avec les véritables besoins de
formation que requiert le marché du travail. De même les résultats en termes
d’alphabétisation, comparés aux autres régions, sont timides eu égard aux efforts de dépenses
d’éducation.
3.2. Définition des variables utilisées
A. La variable endogène : la productivité globale des facteurs
Nous utilisons comme variable endogène la productivité globale des facteurs (PGF).
Nous spécifions une fonction Cobb-Douglas et nous procédons de la même manière que Coe
et Helpman (1995) pour calculer cette variable pour les pays constituant notre échantillon.
Ainsi :
 1 
PGF  Y /K L
où Y est le PIB de chaque pays au prix constant de 2000, K est le capital physique au
prix constant de 2000, L est le travail et  représente la part du capital dans la rémunération
des facteurs7.

7
En se référant au travail de (Coe, Helpman et Hoffmaister1996), nous supposons que  = 0.4. Par ailleurs, nous
calculons le stock de capital physique en utilisant la méthode de l’inventaire permanent décrite par (Van
Pottelsberghe de la Potterie, 1996). Ainsi, le stock de capital physique K de l'année t est égale au stock du capital
en t-1 ajusté d'un taux de dépréciation plus l'investissement I en t.
K t  K t 1  I t   K t 1
Où It est la formation brute du capital fixe (FBCF),  est le taux de dépréciation. Le stock de capital physique
initial K0 est égal à l'investissement initial I0 divisé par la somme du taux de croissance annuel g de

l'investissement It et du taux de dépréciation  du capital physique : K 0  I 0 g   
7
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B. Les variables explicatives


i) Les variables représentant l’ouverture : Exportations, Importations et investissement
direct étranger (IDE).
Le commerce international conduit à une meilleure allocation des ressources en
permettant le redéploiement des facteurs de production des secteurs les moins productifs vers
les secteurs les plus productifs. Cette réallocation des ressources conduit à l’augmentation de
la productivité globale des facteurs, (Dowrick et Gemmel, 1991). Il pourrait également agir
sur la croissance économique en augmentant la quantité des biens intermédiaires disponibles
(Romer, 1990) ; (Rivera-Batiz et Romer, 1991) et/ou en favorisant la transmission des
connaissances technologiques (Grossman et Helpman, 1991c) ; (Keller, 1996).
Par ailleurs, l’ouverture d’un pays ne se limite pas à ses échanges internationaux. Elle se
caractérise aussi par sa capacité d’accueil des firmes étrangères. Plusieurs auteurs ont montré
l’effet positif de l’IDE sur la croissance (Blomstrom et Kokko, 1995) et (Borensztein, De
Gregorio et Lee, 1995). Ainsi, pour tenir compte de l'ensemble des canaux par lesquels
l'ouverture pourrait affecter la croissance économique, il nous paraît nécessaire de rajouter les
IDE comme variable explicative.
ii) Le capital humain
Sur le plan théorique, plusieurs auteurs ont clairement identifié l'effet positif du capital
humain sur la croissance (Lucas, 1988), (Azariadis et Drazen, 1990) et (Autume et Michel,
1993). Au niveau empirique en revanche, les résultats obtenus sont contradictoires. Certains
auteurs ont trouvé un effet positif et significatif du capital humain sur la croissance
économique (Barro, 1991), (Mankiw, Romer et Weil, 1992) alors que d'autres ont montré
qu'un tel effet est absent (Benhabib et Spiegel, 1994), (Islam, 1995) voir même négatif selon
(Pritchett, 1996). Quant à Coe, Helpman et Hoffmaister (1996), ils précisent qu’un capital
humain hautement qualifié affecte directement la croissance en améliorant la productivité des
travailleurs et indirectement en attirant les IDE et en permettant aux pays d’assimiler la
technologie de leurs partenaires.
C’est dans cette logique que nous intégrons le capital humain dans notre équation de
croissance. Nous utilisons le taux brut de scolarisation secondaire comme proxy du capital
humain en nous référant aux travaux de (Mankiw Romer et Weil, 1992) et (Coe, Helpman et
Hoffmaister, 1996).
iii) Variables de contrôle
Pour tester la robustesse de nos estimations, nous intégrons deux variables de contrôle.
Il s’agit du taux de croissance de l’aide et des services de la dette.
8
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4. Spécification des modèles et résultats des estimations


4.1. Présentation des relations à estimer
Nous estimons sur l'ensemble des 10 pays entre 1990 et 2003 la relation suivante :

[4.1] PGFit = f (EXit, IMit, IDEit, KHit)

où PGt est le taux de croissance de la productivité globale des facteurs (PGF), EX le


taux de croissance des exportations, IM le taux de croissance des importations, IDE le taux de
croissance du flux net de l'investissement direct étranger et KH le taux de croissance du
capital humain8.
Par ailleurs, nous introduisons deux variables de contrôle afin de tester la robustesse de
notre estimation. Il s’agit du taux de croissance de l’aide (AID) et du taux de croissance des
services de la dette (DET). Ainsi, nous estimons également les équations suivantes :

[4.2] PGFit = f (EXit, IMit, IDEit, KHit, DETit)

[4.3] PGFit = f (EXit, IMit, IDEit, KHit, AIDit)

[4.4] PGFit = f (EXit, IMit, IDEit, KHit, DETit, AIDit)

Pour estimer chacune de ces équations, nous spécifions trois modèles. Un modèle sans
facteur, un modèle à effet individuel fixe et un modèle à effet individuel aléatoire9. Par
ailleurs, nous utilisons les tests de Fisher et Breush-Pagan qui permettent de tester l’existence
de l'hétérogénéité individuelle non observée et le test de Hausman qui précise la manière dont
elle est spécifiée.
4.2. Résultats des estimations
Pour les quatre équations, les tests de Fisher et Breush-Pagan rejettent une spécification
sous forme d’un modèle sans facteur. Par ailleurs l’hypothèse de l’indépendance de
l’hétérogénéité individuelle non observée par rapport aux variables explicatives dans un
modèle à effet individuel aléatoire est rejetée par le test de Hausman10. Cela montre que les
résultats de l’estimation de ce dernier modèle sont biaisés et non convergents. En revanche,
l’estimateur within permet, en utilisant la différence par rapport à la moyenne, d’éliminer tous

8
Les indices (it) de l’équation indiquent les dimensions individuelles et temporelles.
9
Pour une présentation des modèles théoriques voir S. Hanchane et D. Balsan D. (1999) et thèse de A. Abdouni
(2003).
10
Pour l’équation [4.1] par exemple, ces statistiques sont les suivantes :
Fisher : F(5,126) = 32.67965 with Significance Level 0.00000000
Breush-Pagan : Chi-Squared(1)= 2.818074 with Significance Level 0.09320818
Hausman Chi-Squared(4) = 16.751106 with Significance Level 0.00216043

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les biais liés aux problèmes de dépendance entre l’hétérogénéité individuelle et les variables
explicatives. Il conduit par conséquent à des estimateurs sans biais et convergents.
C’est la raison pour laquelle nous présentons dans ce paragraphe uniquement les
résultats de l’estimation Within pour toutes les équations.
Tableau1. Relation croissance, ouverture et capital humain. Variable expliquée
(PGF)
Variables explicatives équation [4.1] équation [4.2] équation [4.3] équation [4.4]
0.0736 0.0741 0.0641 0.0649
EX
(1.91)** (1.91)** (1.65)** (1.66)**
0.0449 0.0441 0.0466 0.0449
IM
(1.91)** (1.82)** (1.99)*** (1.86)**
0.0023 0.0023 0.0013 0.0015
IDE
(1.20) (1.20) (0.69) (0.73)
0.00018 0.00017 0.00018 0.00017
KH
(0.49) (0.48) (0.49) (0.47)
-0.00105 -0.0023
DET
(-0.12) (-0.28)
0.0093 0.0095
AID
(1.56)* (1.57)*
Les nombres entre parenthèses sont les valeurs des t-de student.
*** Significatif au seuil de 5%
** Significatif au seuil de 10%
Nous remarquons que pour les quatre équations, les coefficients attachés aux
exportations et aux importations sont positifs et significatifs conformément aux travaux de
(Feder, 1983), (Balassa, 1985), (Harrison, 1996), (Edwards, 1998). Cela montre que
l’ouverture (si on se base que sur ces deux indicateurs) a un effet positif sur la croissance
économique. En effet, les exportations permettent, d’un côté, aux pays d’obtenir les devises
pour financer les importations. D’un autre côté, elles incitent les entreprises exportatrices à
être compétitives, en utilisant une meilleure technologie, pour pouvoir se faire une place dans
le marché mondial. Cette technologie pourrait, si certaines conditions sont remplies, se
diffuser vers les entreprises non exportatrices et améliorer ainsi leur productivité.
Le coefficient attaché à la variable IDE est positif mais non significatif contrairement
aux résultats obtenus par d’autres auteurs comme (Blomstom et Kokko, 1995), (Borensztein,
De Gregorio Lee, 1995). Cela pourrait avoir un lien avec la faiblesse et la non significativité
du coefficient du capital humain. En effet, pour tirer profit des IDE, il faut que les pays soient
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dotés d’une main d’œuvre qualifiée qui permettrait l’assimilation et la transmission de la


technologie des firmes étrangères vers les firmes domestiques. Or, les pays étudiés sont très
mal lotis au niveau mondial en termes de capital humain en particulier et de l’Indicateur de
Développement Humain en général.
Nous soulignons, par ailleurs, que l’introduction des variables de contrôle (les services
de la dette et l’aide étrangère) n’a pas modifié la significativité des coefficients de l’ouverture.
Cela montre la robustesse de nos estimations.
Conclusion
Le présent article analyse de nouveau le rôle de l’ouverture et du capital humain dans le
processus de croissance des nouveaux pays en développement.
Dans le but de dépasser quelques limites dont souffraient la littérature empiriques sur
cette question, en l’occurrence la non exhaustivité des indicateurs de l’ouverture et la
présence de biais liés à l’hétérogénéité individuelle non observée, nous avons intégré dans une
seule équation de croissance plusieurs indicateurs de l’ouverture en même temps. Par ailleurs,
nous avons estimé trois modèles d’économétrie de Panel à savoir, le modèle sans facteurs, le
modèle à effet individuel fixe et le modèle à effet individuel aléatoire.
Les différents tests montrent que les estimateurs du modèle à effet individuel fixe sont
sans biais et convergents. Les résultats de cette estimation identifient un effet positif de
l’ouverture (à travers les exportations et les importations) sur la croissance. Cependant, les
investissements directs étrangers (IDE) n’ont aucun effet. L’absence de l’effet de cette
dernière mesure de l’ouverture pourrait être fortement liée au faible niveau du capital humain
dans les nouveaux pays en développement.
On en déduit donc que pour bénéficier pleinement des avantages de l’ouverture, les
nouveaux pays en développement doivent l’accompagner d’une politique éducative qui
consiste à améliorer leur capital humain quantitativement et qualitativement. Cela confirme
bien les propos de (Fontagné et Guérin, 1997) selon lesquels, l’ouverture ne peut jouer
pleinement son rôle en matière de croissance et développement que si certaines conditions,
internes aux pays, soient remplies tels que l’infrastructure, le capital humain, le cadre
macroéconomique général.
Références bibliographiques

Abdouni Abdeljabbar. 2003. Ouverture et croissance économique dans les pays en voie de
développement: contribution théorique et identification des liens empiriques à l'aide de
l'économétrie des données de panel. Thèse de Doctorat. CEDERS

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Askenzy, P. 1997. « Commerce Nord-Sud, Inégalités et croissance endogène. ». Revue


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Aubin, C. 1994. « Croissance endogène et coopération international ». Revue d'Economie
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