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Le microcrédit, partie intégrante de l’économie sociale et solidaire

Martin Gladu
11 août 2018

D ans son article intitulé Que sais-je du ministère de l’Économie Solidaire et de

la Microfinance?, le sociologue sénégalais Souleymane Lo opine que cette institution


« souffre d’un réel problème de nomenclature, » et dénonce, du même coup,
l’« incompréhension manifeste » de ceux qui l’ont désignée ainsi.

Selon cet enseignant à l'École nationale d'économie appliquée de Dakar, il importe de


« signaler la redondance dans le nom de ce ministère. »

Son argument est le suivant. Parce que « l'objectif de cette économie solidaire est de
mettre l’activité économique au service d’une finalité solidaire » et parce que « l’économie
sociale vise à travers l’utilité sociale la construction du lien social de proximité », et que
ces alternatives à l’ultra libéralisme partagent toutes deux le champ d’action du social-
solidaire, nous nous devons de considérer le microcrédit comme une composante de
l’économie sociale et solidaire au même titre que le commerce équitable et l’insertion par
l’activité économique.

Force est d’admettre qu’il a raison.

Parallèlement, dans un article intitulé Microfinance, risques et économie solidaire :


éclairages boliviens, la socioéconomiste Isabelle Hillenkamp critique l’emploi, par les
institutions de microfinance (IMF) des pays du Sud, d’« évaluations conventionnelles de la
microfinance comme simple technique financière, » qui, par l’importance qu’elles
accordent aux performances de soutenabilité et de couverture, « ne permettent pas
d’analyser en profondeur son potentiel anti-risque » pour les clientes de ces IMF. Elle écrit :

La théorie économique orthodoxe présente ce modèle, dominant, de microfinance


comme un marché permettant à des individus, généralement pauvres et vulnérables,
d’accéder à des services financiers de petite taille. Dans une perspective critique, ce
modèle peut être considéré comme relevant du principe de commutation – ou de
« marché » – au sens de Karl Polanyi [1992 (1957)], supposant une sphère des pratiques
de financement, de production et d’échange indépendante de celle des relations
sociales. En dépit des techniques de cautionnement dites « solidaires », ce modèle ne
peut donc être assimilé à celui d’une économie solidaire, qui part de la conception d’un
tout social selon le principe polanyien de réciprocité et revendique le « ré-
encastrement » de l’économique dans le social et le politique. Or, l’ancrage politique de
la microfinance importe particulièrement dans la mesure où un modèle s’inscrivant dans
une économie solidaire, porteur d’un projet de changement institutionnel par les
populations concernées, pourrait contribuer bien plus efficacement à la réduction des
vulnérabilités en modifiant les structures et dynamiques sociales qui les produisent.

Autrement dit, il faudrait que les pays du Sud soustraient le microfinancement de « la


logique de marché, » car celle-ci ne considère pas les relations sociales dans ses pratiques.
Bref, à l’instar de Polanyi, elle propose de (re)mettre l’économie au service des populations,
et donc, du bien commun. Le microcrédit ayant, certes, un rôle déterminant dans la
constitution d’économies locales pérennes, son exclusion, par le politique, des diktats de
la théorie économique orthodoxe préserverait ainsi sa force d’impact au sein d’un
écosystème social-solidaire.

Or elle omet de mentionner que l’envers du microcrédit, c’est l’épargne. Et pour que le
premier soit totalement libéré de la logique de marché, la provenance du second devient
un enjeu majeur. En clair, si les sénégalais se montrent incapables d’investir leur épargne
dans leur économie au moyen de microcrédits, le capital prêté proviendra
vraisemblablement d’intérêts étrangers, voire hostiles aux principes et aux valeurs de
l’économie sociale et solidaire; ce qui viendra invalider l’effort du gouvernement.

Enfin, il revient aux sénégalais eux-mêmes de porter le « projet de changement


institutionnel » qui vient nécessairement avec la mise en place de structures solidaires
comme les coopératives de travailleurs, les mutuelles, les syndicats, etc. Et c’est très bien
qu’il en soit ainsi.