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L’histoire des trois portes de la sagesse

Le jeune roi d’un royaume souffrant avait entendu parler d’un Sage qui vivait dans la plus éloignée
des montagnes de la chaîne des quatre pics. Ses efforts pour trouver des solutions aux problèmes de
son royaume semblaient ne porter aucun fruit. D’année en année les mêmes problèmes persistaient,
et de nouveaux problèmes voyaient le jour à cause des conséquences involontaires de ses tentatives
diverses. "Mon royaume se porte bien mal, se disait le jeune roi, et je ne vois pas comment je peux
le guérir de cette souffrance". Certes, il y avait quelques rares personnes et quelques rares groupes
de personnes qui se portaient très bien, mais le plus grand nombre connaissait des problèmes à
répétition. Il semblait que la vie avait les souffrances et les problèmes pour essence. En y
réfléchissant de plus en plus, et ne voyant aucune solution par lui-même, le jeune roi finit par
prendre la décision de quitter son royaume pour quelque temps afin de se rendre auprès du Sage : "
Peut-être que le Sage, se disait-il, pourra me dire comment faire"…

Mais cette décision était l’ultime conclusion du jeune roi. Durant des années, il avait discuté avec
ses meilleurs conseillers. Lorsque le jeune roi, épuisé par des années d’efforts sans résultat profond,
et prêt à baisser les bras, demandait : "Peut-on vraiment changer le monde ?" ; ses conseillers,
renforcés par une apparente et verbale sagesse, lui répondaient : "Seigneur, on ne peut changer le
monde, il faut l’accepter tel qu’il est". Lorsque le jeune roi, écoutant son intuition, suggérait : "Peut-
être que la solution est de changer les hommes" ; ses conseillers, éclairés par une illusoire et
superficielle sagesse, lui répondaient : "Seigneur, on ne peut changer les hommes, il faut les
accepter tels qu’ils sont". Lorsque le jeune roi, percevant quelques soubresauts de son cœur,
suggérait encore : "Peut-être que la solution est de se changer soi-même" ; ses conseillers, nourris
par une paresseuse et résignée sagesse, lui répondaient : "Seigneur, on ne peut se changer soi-même,
il faut s’accepter tel que l’on est". Alors le jeune roi concluait, interrogatif : "Il n’y a donc rien à
faire ?"…

Le jeune roi prit donc le départ pour la montagne du quatrième pic. Mais, pour arriver à la
montagne du quatrième pic, il fallait franchir les trois premiers pics. Lorsqu’il arriva au pied de la
montagne du premier pic, le jeune roi constata qu’une porte marquait l’entrée de la montagne. Sur
cette porte il était écrit : "On peut changer le monde". Le jeune roi se dit : "C’est bien étrange, mes
conseillers me disaient exactement le contraire, il faudra donc que j’y réfléchisse encore. Cet
écriteau doit être l’œuvre du Sage, et je pense que le Sage s’y connaît mieux que mes conseillers".
Tout au long de son chemin de montagne, le jeune roi ne cessait de réfléchir. La traversée de la
montagne du premier pic dura trois jours. Le premier jour, le jeune roi évoqua ses premières
tentatives pour changer son royaume. Il avait changé le système juridique, instauré une nouvelle
manière de juger les litiges entre les citoyens de son royaume, mais cela n’avait eu aucun effet
profond. Le second jour, le jeune roi évoqua ses secondes tentatives pour changer son royaume. Il
avait changé le système économique, instauré une nouvelle manière de faire de l’économie : il avait
changé la monnaie, baissé les impôts et les diverses taxes, réglementé différemment les entreprises
et les sociétés… mais cela n’avait eu aucun effet profond. Le troisième jour, le jeune roi évoqua ses
troisièmes tentatives pour changer son royaume. Il avait changé le système social, instauré une
nouvelle manière de faire du social : il avait changé les systèmes d’assurance, il avait créé de
nouvelles aides sociales et de nouveaux systèmes de remboursement… mais cela n’avait eu aucun
effet profond. A la fin du troisième jour, alors qu’il finissait de traverser la montagne du premier pic,
il se dit : "J’ai bien essayé de changer le monde en lui-même, mais ma conclusion a été que c’était
les hommes qu’il fallait changer, et je crois qu’en cela j’avais raison".

Le jeune roi arriva au pied de la montagne du second pic, et il constata qu’une porte marquait là
aussi l’entrée de la montagne. Sur cette porte il était écrit : "On peut changer les hommes". Le jeune
roi se dit : "C’est vraiment étrange, mes conseillers me disaient exactement le contraire, il faudra
donc que j’y réfléchisse encore. Cet écriteau doit être, lui aussi, l’œuvre du Sage, et je pense que le
Sage s’y connaît mieux que mes conseillers". Tout au long de son chemin de montagne, le jeune roi
ne cessait de réfléchir. La traversée de la montagne du second pic dura également trois jours. Le
premier jour, le jeune roi évoqua ses premières tentatives pour changer les citoyens de son royaume.
Il avait changé les religions et les philosophies, instauré un nouveau système de cultes et de
paradigmes afin que les hommes suivent de nouveaux commandements et adoptent de nouveaux
principes, mais cela n’avait eu aucun effet profond. Le second jour, le jeune roi évoqua ses secondes
tentatives pour changer les citoyens de son royaume. Il avait changé le système éducatif, instauré
une nouvelle manière d’enseigner, de nouveaux enseignements et de nouveaux principes éducatifs,
mais cela n’avait eu aucun effet profond. Le troisième jour, le jeune roi évoqua ses troisièmes
tentatives pour changer les citoyens de son royaume. Il avait changé le système de vie, instauré de
nouveaux régimes alimentaires, de nouvelles formes de thérapie et de nouvelles formes artistiques,
mais cela n’avait eu aucun effet profond. A la fin du troisième jour, alors qu’il finissait de traverser
la montagne du second pic, il se dit : "J’ai bien essayé de changer les citoyens de mon royaume,
mais ma conclusion a été que c’était d’abord moi-même qu’il fallait changer, et je crois qu’en cela
j’avais raison".

Le jeune roi arriva au pied de la montagne du troisième pic, et il constata qu’une porte marquait là
aussi l’entrée de la montagne. Sur cette porte il était écrit : "On peut se changer soi-même". Le
jeune roi se dit : "C’est parfaitement étrange, mes conseillers me disaient exactement le contraire, il
faudra donc que j’y réfléchisse encore. Cet écriteau doit être également l’œuvre du Sage, et je pense
que le Sage s’y connaît mieux que mes conseillers ". Tout au long de son chemin de montagne, le
jeune roi ne cessait de réfléchir. La traversée de la montagne du troisième pic dura aussi trois jours.
Le premier jour, le jeune roi évoqua ses premières tentatives pour se changer lui-même. Il avait
changé sa manière de penser, ses idées et ses convictions, mais cela n’avait eu aucun effet profond.
Le second jour, le jeune roi évoqua ses secondes tentatives pour se changer lui-même. Il avait
changé ses sentiments, ses penchants et ses habitudes, il avait même changé son régime alimentaire,
ses habitudes vestimentaires et son cadre de vie, mais cela n’avait eu aucun effet profond. Le
troisième jour, le jeune roi évoqua ses troisièmes tentatives pour se changer lui-même. Il avait
changé son comportement, ses activités et ses actions, mais cela n’avait eu aucun effet profond. A la
fin du troisième jour, alors qu’il finissait de traverser la montagne du troisième pic, il se dit : "J’ai
bien essayé de me changer moi-même, mais cela ne semble servir à rien. Le royaume, les citoyens
et moi-même… nous n’avons pas accédé au bonheur inconditionnel et à la liberté véritable. C’est
bien parce que je ne sais absolument plus quoi faire que j’ai décidé d’aller voir le Sage. Je ne pense
pas qu’il faille se résigner à accepter l’absence de bonheur inconditionnel et de liberté véritable
comme une loi inviolable de la Nature".

Le jeune roi arriva enfin au pied de la montagne du quatrième pic. Il y avait là aussi une porte qui
marquait l’entrée de la montagne. Sur la porte il était écrit : " Attendez-ici, le Sage viendra à vous
dans un moment". Le jeune roi se demandait combien de temps il fallait attendre, mais il n’eut pas
le loisir de s’appesantir sur ses interrogations, car une masse de lumière se forma rapidement à
l’embrasure de la porte, et en quelques secondes le Sage se matérialisa. Le Sage se dirigea vers le
jeune roi, en souriant paisiblement. Alors que le jeune roi allait s’agenouiller en signe de respect, le
Sage le retint en riant de bon cœur. Il émanait du Sage un paisible rayonnement. D’une voix chaude
et cristalline, le Sage expliqua brièvement au jeune roi : "C’est une bonne idée d’être venu me voir.
Je réside au pied de l’autre versant de la montagne, et je suis venu t’accompagner pour la dernière
partie du voyage jusqu’à ma résidence. Je dois te prévenir tout de suite que la traversée de cette
dernière montagne te prendra plusieurs années et te conduira à la solution que tu recherches".

Le jeune roi remercia le Sage autant qu’il pouvait. Avant de franchir la porte et de s’engager dans le
voyage final, le Sage invita le jeune roi à poser les questions auxquelles il voulait des réponses
immédiates. Le jeune roi ne s’en priva pas. Il commença par s’interroger sur le monde : "Comment
changer le monde, Maître ? J’ai bien essayé de toutes les manières et je n’ai pas réussi. J’ai fini par
conclure qu’il fallait changer les hommes. Comment changer les hommes, Maître ? J’ai bien essayé
de toutes les manières et je n’ai pas réussi. J’ai fini par conclure qu’il fallait me changer moi-même.
Comment me changer moi-même, Maître ? J’ai tout essayé, et je n’ai pas trouvé l’inconditionnel
bonheur et la véritable liberté. Faut-il donc accepter le monde tel qu’il est, accepter les hommes tels
qu’ils sont, et s’accepter soi-même tel que l’on est ?". Le Sage, souriant avec amusement,
demanda : " Comment est le monde ? Comment sont les hommes ? Comment es-tu ?". Le jeune roi,
qui attendait une réponse et non une question, fut un peu surpris, mais il expliqua quand-même :
"Le monde vit hors du bonheur inconditionnel et de la liberté véritable. Il en est ainsi des hommes.
Il en est ainsi de moi. Pourquoi le bonheur inconditionnel et la liberté véritable semblent-ils
irréalisables ?". Le Sage éclata d’un grand rire joyeux. Avec douceur, il répondit au jeune roi : "Le
bonheur inconditionnel et la liberté véritable sont accessibles, il se passe seulement que tu t’y es
mal pris. Le monde vivra vraiment dans le bonheur et la liberté seulement lorsque chaque homme
aura éveillé sa propre Divinité intérieure. Tu avais donc raison de vouloir changer les hommes pour
changer le monde. Mais comment une personne qui n’a pas éveillé sa propre Divinité intérieure
peut-elle guider les autres vers cet Eveil ? Tu avais donc raison de vouloir te changer toi-même. Le
bonheur inconditionnel et la liberté véritable sont seulement des conséquences naturelles de l’Eveil
de la Divinité intérieure. Il n’est pas impossible d’éveiller sa Divinité intérieure, il suffit de trouver
comment faire, trouver la bonne méthode". Le jeune roi pensait sincèrement avoir tout essayé, aussi
fit-il une mine défaite en entendant les explications du Sage. Voyant le désarroi du jeune roi, le Sage
précisa un peu plus son propos : "La Divinité intérieure est au demeurant une expression maladroite
pour désigner le substrat énergétique de la Conscience. En modifiant ton champ
psychophilosophique, ton champ psychomoral, ton champ psychomental, ton champ psycho-
émotionnel, et ton champ comportemental, tu n’as fait qu’intervenir de manière linéaire sur ton
Être. Aucune de ces modalités ne peut t’amener à l’Eveil. Nous sommes des Entités énergétiques,
rien d’autre. Les différents champs dont je viens de parler, et tous les paramètres qui en découlent,
ne sont que des fonctions émergentes de notre Conscience, agir sur eux ne permet pas d’atteindre le
fondement énergétique de la Conscience. On ne peut éveiller la Divinité intérieure qu’en appliquant
des techniques de travail énergétique, tout le reste est superficiel. Tu as essayé tout le reste, mais tu
n’as jamais fait un véritable travail énergétique sur le substrat concret de ta Conscience. C’est
justement ce travail que tu vas faire tout au long de ce voyage". Le jeune roi retrouvait un sourire
serein et confiant, ses interrogations trouvaient enfin leur réponse. Mais il avait une dernière
interrogation, aussi questionna-t-il une dernière fois le Sage : " Je suis heureux d’apprendre qu’il est
possible de réaliser soi-même le bonheur et la liberté ; je suis également heureux de savoir
qu’ensuite on pourra guider les autres vers la même réalisation. Mais combien de temps faudra-t-il,
dans ces conditions, pour que le monde dans sa totalité réalise le bonheur et la liberté ?". Le Sage
répondit : " Si quelques dizaines de milliers de Maîtres s’occupaient de l’entraînement de tout le
monde sur Terre, il faudrait à peine plus d’une centaine d’années pour que l’Humanité parvienne
dans son ensemble à l’Eveil. Mais il n’y a pas assez de Maîtres, et tout le monde ne semble pas
vouloir s’éveiller réellement, nombreuses sont les personnes qui préfèrent se résigner à l’absence de
bonheur et de liberté réels, plutôt que d’essayer vraiment de transcender ces limitations que sont le
non-bonheur et la non-liberté. Mais il est temps, mettons-nous en route". Le jeune roi et le Sage
s’engagèrent donc sur la montagne.

"Il y a trois foyers de la Conscience, expliqua le Sage, le premier est un centre énergétique situé au
milieu de la tête, c’est le plus accessible. Le second est un centre énergétique situé au milieu de
l’abdomen, il est plus important mais moins accessible que le premier. Le troisième est un centre
énergétique situé au milieu de la poitrine, c’est le plus important mais le moins accessible des trois.
Tu trouveras la solution que tu recherches quand tu auras activé les trois centres énergétiques de ta
Conscience. Maintenant je te laisse choisir ce par quoi tu veux commencer". Le jeune roi, hésitant,
choisit finalement de commencer par le centre le plus accessible et de finir par le centre le moins
accessible. Durant trois années, le jeune roi appliqua les techniques énergétiques du développement
du centre dans la tête, sous la guidance attentive et amusée du Sage. Durant les trois années
suivantes, le jeune roi appliqua les techniques énergétiques du développement du centre dans
l’abdomen, sous la guidance attentive et impeccable du Sage. Durant les trois dernières années, le
jeune roi appliqua les techniques énergétiques du développement du centre dans la poitrine, sous la
guidance attentive et aimante du Sage. Au bout des neuf années, le jeune roi avait activé les trois
centres énergétiques de sa Conscience, et devint un Maître. Il comprit à ce moment là que le centre
dans la poitrine est le Cœur de la Conscience et que la pleine activation de ce centre entraîne
automatiquement l’activation des deux autres. Il demanda à celui qui l’avait guidé jusque là
pourquoi il ne l’avait pas poussé à activer directement son Cœur. Le Maître du quatrième pic fit
remarquer au nouveau Maître que sa volonté d’Eveil était forte au début du voyage, mais pas encore
assez pour lui faire choisir d’emblée le chemin le plus difficile.

Les deux Maîtres arrivèrent alors au pied de l’autre versant de la montagne du quatrième pic. La
résidence du Maître du quatrième pic était une modeste demeure, simple mais élégante. Il fit entrer
le Maître roi et le fit asseoir, puis il lui dit : " A présent tu es un Maître, tu n’as plus besoin de moi.
Que vas-tu faire ?". Le Maître roi se souvenait parfaitement de la raison première qui l’avait conduit
vers le Maître du quatrième pic. Mais il avait aussi compris que l’Eveil de chacun, s’il dépendait en
pratique de l’application de techniques énergétiques pertinentes, dépendait surtout en amont de la
volonté de s’éveiller, c’est-à-dire de la volonté de réaliser le vrai bonheur et la vraie liberté. Or il
avait constaté que les hommes avaient rarement une profonde volonté d’Eveil, ils se contentaient de
leur sommeil et des petites jouissances passagères qu’ils pouvaient récolter. L’étreinte de la
limitation, de la vulnérabilité, de la négativité pensées-émotions-sentiments, de la souffrance, de la
maladie, de la vieillesse et de la mort… l’étreinte de l’ombre semblait une chose que les hommes
acceptaient docilement. Le Maître roi vit aussi que certaines personnes voulaient sincèrement
réaliser le bonheur et la liberté réels, et refusaient de se résigner à accepter docilement l’étreinte de
l’ombre. Aussi sa décision ne fut-elle pas longue à prendre. Il répondit au Maître du quatrième pic :
" Je vais m’installer dans la vallée en retrait de mon royaume, et j’accueillerai volontiers les
hommes qui viendront à moi avec le profond désir de réaliser le bonheur et la liberté. Je ne saurais
forcer les autres ". Puis, le Maître roi disparut… quelques secondes plus tard, il réapparut dans la
vallée, non loin de son royaume, et matérialisa en quelques minutes sa nouvelle demeure. Bientôt
les gens surent qu’un Sage vivait dans la vallée, non loin du royaume. Les gens avaient oublié
l’ancien roi, un nouveau avait pris sa place entre temps.