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Revue Organisation et Territoire n°2, 2016

L’intelligence territoriale et l’Offshoring :


Cas de CasaNearshore.

Najat El Maskini
FSJES Settat- Université Hassan 1er Settat

Résumé :

L’objectif de cet article est d’essayer de cerner les notions d’intelligence territoriale et
d’attractivité. Ceci afin de comprendre comment les territoires peuvent participer à la
compétitivité des acteurs économiques qui les composent. Dans ce cadre, on va prendre le cas
du grand Casablanca qui doit contribuer à faire progresser le territoire vers plus d’attractivité
et surtout grâce à la place stratégique de tous ses acteurs. La démarche d’intelligence
territoriale implique une coordination de tous les acteurs pour réaliser des actions qui vont
développer le bien-être collectif (citoyens, entreprises,…). Parmi ces actions, on trouve la
stratégie de l’Offshoring qui consiste à délocaliser une partie des activités des entreprises
étrangères vers certaines régions du territoire marocain. Afin de démontrer l’importance de
l’attractivité du territoire de Casablanca, on va prendre comme exemple le parc
CasaNearShore.

Mots clés : Intelligence territoriale, attractivité des investissements, offshoring,


CasaNearshore.
Introduction
Dans un contexte économique et social imprégné par la globalisation des économies,
l’internationalisation des échanges qui sont devenus de plus en plus virtuels par l’usage des
nouvelles technologies de l’information, les territoires sont désormais considérés comme
«acteurs du développement» et de changement profond. A côté de leurs rôles classiques de
garant d’équipement et d’infrastructures, les territoires deviennent de véritables systèmes
créant eux-mêmes du développement, avec ses multiples conséquences induites et gérés par
les nouvelles formes de gouvernance. Selon cette approche, les territoires doivent générer de
la richesse et de la valeur ajoutée. L’intelligence économique consiste, dans ce cadre, à
prendre conscience de ces nouveaux changements, à valoriser les territoires, et organiser en
conséquence les réseaux d’informations et leur traitement pertinent. Selon C. Dechamps et N.
Moinet (2011), l’intelligence économique a six dimensions :
- Intégrer et orienter une démarche d’intelligence économique
- Surveiller son environnement pertinent
- Traiter et analyser l’information stratégique
- Manager l’information et la connaissance
- Protéger son environnement immatériel
- Influencer son environnement.
L’intelligence économique et les outils méthodologiques associés constituent une démarche
innovante pour engager des stratégies modernes et novatrices de développement des
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territoires. Ce qui crée de nouvelles approches spécifiques «d’intelligence» liées aux


territoires. Par conséquent, l'intelligence territoriale se propose de relier la veille et l'action
publique au service du développement économique et sociale d'un territoire, dans le cadre
d'un espace de cohérence ou d'excellence territoriale par exemple. Les collectivités locales
devraient utiliser des outils d'analyse de plus en plus en plus opérationnels pour mieux gérer
leurs territoires notamment les systèmes d’information communale stipulés dans la nouvelle
charte communal et les systèmes d'informations géographiques pour synthétiser et représenter
l’information sur des cartes afin d’aider à la prise de décision.
Ce travail de recherche tend à répondre à la question suivante : comment l’intelligence
territoriale peut développer l’attractivité des investissements ? A travers cette problématique,
et par une revue de littérature, on va essayer d’expliciter la notion d’intelligence territoriale
tout en insistant sur l’exemple de la stratégie adoptée par le Maroc en matière d’attraction des
investissements étrangers liée au pôle de l’offshoring. Notre objectif à travers l’analyse de
cette action est de cerner les points suivants :
1. L’intelligence territoriale et l’attractivité des investissements : objectifs et outils
2. La stratégie de l’Offshoring : contexte, atouts et limites (Cas de CasaNearshore).
1-L’intelligence territoriale et l’attractivité des investissements
1-1 - Notion d’intelligence territoriale
Le géographe Alexandre MOINE (2006) définit le territoire comme « un système complexe
qui évolue dans le temps en relation avec la boucle de rétroaction qui lie un ensemble
d’acteurs et l’espace géographique qu’ils utilisent, aménagent et gèrent ». Cette définition
montre la complexité du territoire puisqu’il y a plusieurs intervenants et parties prenantes (Les
élus municipaux, le personnel administratif, les citoyens, les groupes et associations, les
entreprises, les commerçants, etc), qui doivent contribuer à la gestion du territoire par une
démarche qui permet un partage des idées, des préoccupations et des décisions de chacun vers
un but commun. Ce qui implique une acceptabilité sociale en plus de développer un sentiment
d’appartenance envers le territoire. Dans ce contexte, et ayant une responsabilité dans le
développement économique du territoire, et pour mettre en place des dispositifs pour attirer et
soutenir les entreprises, les grandes villes doivent faire face au changement grandissant des
implantations des entreprises et les mouvements organisationnels tout en engageant des
investissements d’infrastructures, de transports, et de logistique sur le long terme pour rester
compétitives. Dans cet environnement d’incertitude et de turbulence, la concurrence entre les
territoires devient de plus en plus forte. D’où la nécessité d’être en veille permanente pour
surveiller l’environnement afin d’être plus réactives. Dans ce cadre est né un concept nouveau
qu’est l’intelligence territoriale.
Selon PELISSIER Maud (2009), la notion d’intelligence territoriale est apparue au début des
années 2000. Elle s’est développée sur le modèle de l’intelligence économique ou
«compétitive intelligence» aux États-Unis. En effet, l'intelligence territoriale permet à un
territoire donné de bénéficier des avantages que retirent les entreprises privées des concepts
d'intelligence économique, de la veille technologique, du transfert technologique et d'activités
de recherches et développements. Par ailleurs, Selon Jean-Jacques GIRARDOT,
« l’intelligence territoriale ambitionne d’être la science pluridisciplinaire dont l’objet est le
développement durable (…) dans une société de la connaissance » pour une meilleure
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gouvernance. Il a été un des premiers économistes à en donner une définition prospective qui
donne plus d’importance à la connaissance du territoire et de son développement et aussi à
l’appropriation de l’information et de la communication qui constituent une étape
indispensable dans le processus d’apprentissage afin d’agir de façon pertinente et efficiente.
En effet, pour lui « L'intelligence territoriale est notamment utile pour aider les acteurs
territoriaux à projeter, définir, animer et évaluer les politiques et les actions de développement
territorial durable ». Dans cette définition, on remarque le rapport entre la connaissance et
l’action, en effet pour agir, le territoire doit disposer d’un arsenal d’informations et de
connaissances. Ainsi, la maîtrise de la connaissance est la garantie de toute politique efficace
de l’Aménagement et du développement des Territoires. Afin d’initier une démarche de veille
et d’intelligence territoriale au service des territoires et de ses acteurs, il faut faire appel au
savoir-faire de tous les intervenants. Par ailleurs, et pour Y. Bertacchini (2010),
« l’intelligence territoriale implique des processus d’interaction, des méthodes et des outils de
connaissance et d’action. Elle a notamment pour objectif de contribuer à la rénovation de la
gouvernance locale ». On remarque une place importante donnée à la notion de gouvernance
locale afin de disposer d’outil d’aide à la prise de décision et à la définition des politiques
publiques territorialisées. L’intelligence territoriale doit, dans ce cas, suivre les politiques
publiques à l’œuvre et comprendre leurs impacts sur le territoire en prenant en considération
des indicateurs et des données fiables et pertinentes. Tout en ayant une capacité d'anticipation,
de maîtrise du renseignement économique et technique, et l'utilisation organisée des réseaux
d'influence et d'actions, l'intelligence économique territoriale contribue à profiter toute la
collectivité locale. Si l’intelligence économique est aujourd'hui assez habituelle dans les
entreprises ou autres organisations, elle occupe progressivement une place dans des projets
structurants des territoires. Le concept émergent d’intelligence territoriale souligne la capacité
des territoires à accomplir des coopérations et à développer leur intelligence collective au
travers d’une gouvernance participative. Selon F. Ludovic (2008), un dispositif de
l’intelligence territoriale doit :
- Améliorer les performances des entreprises installées localement
- Permettre l’émergence de nouvelles entreprises
- Attirer des investissements étrangers.
Connaitre et mobiliser les ressources du territoire reste un facteur déterminant dans
l’intelligence territoriale. Par conséquent, et pour répondre à ce défi majeur, un nouveau
modèle de gouvernance, souple et basé sur les concepts de projets, de collaboration, de
participation et de contractualisation, doit être mis en place. Cette gouvernance doit répondre
aux besoins des acteurs et doit envisager la gestion des territoires comme un processus qui
assure équité et efficience. Pour R. Février et P. Raymond « Le concept d’intelligence
territoriale, décliné en termes de stratégie globale ou de recommandations opérationnelles,
constitue, pour les élus municipaux, un moyen efficient et peu onéreux de s’approprier un
ensemble d’outils et de dispositifs pratiques susceptibles de contribuer efficacement à la
valorisation du territoire dont ils ont la charge ». Par conséquent, les outils développés par
l’intelligence territoriale nécessitent une adaptation par les acteurs. Ce qui implique une
nouvelle culture du développement, basée sur une confiance et une vision commune et
systémique du territoire et inscrite dans un ensemble de valeurs partagées qui va accompagner
les projets soutenus par les acteurs. Dans cette démarche, il faut développer, d’une part, la
connaissance du territoire pour mieux maitriser les ressources et les infrastructures et se
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préparer pour les situations de crise. Et d’autre part, chercher les bonnes pratiques dans
d’autres territoires pour se comparer et réaliser un benchmarking et par la suite assurer plus
d’attractivité des investissements.

1-2- L’attractivité des investissements


Pour être attractive, un territoire doit avoir la capacité à captiver et retenir diverses activités
économiques et facteurs de production. Plusieurs questions restent posées comme : pourquoi
certaines entreprises choisissent de s’implanter dans un territoire plutôt que dans un autre ?
Qu’est ce qui fait qu’un territoire est plus attractif qu’un autre ?
Pierre Veltz (2004) définit l’attractivité comme « une notion complexe qui, appliquée aux
territoires, doit tenir compte des interactions entre trois facteurs :
• la mondialisation industrielle en parallèle de la globalisation financière, dans un
univers d’échanges et de production de plus en plus transnationaux
• la métropolisation (polarisation de l’économie)
• le mode d’organisation des firmes (et pas seulement des grandes firmes) ».
L’attractivité d’un territoire implique le degré de performance dans une période donnée. De ce
fait, accroître le niveau de l’activité économique, doit passer par la recherche des investisseurs
et l’accueil d’activités nouvelles afin d’accroitre le développement économique d’une ville ou
d’une région. En effet, l’investissement reste une condition préalable et nécessaire à la
croissance économique. Il est l’acteur principal pour développer l’activité économique en
permettant aux entrepreneurs de réunir les ressources nécessaires pour produire des biens et
des services. Ce qui favorise, par conséquent, une évolution de la création d’emplois et
l’apparition de technologies nouvelles en offrant au processus de croissance une base sociale
et géographique plus large qui permet à tous les citoyens la possibilité d’y prendre part et d’en
tirer profit. De ce fait, le territoire doit créer les mesures d’accompagnement qui permettent en
même temps de développer les avantages de productivité qui sont le fruit de la rationalisation
et de la modernisation des moyens de production. Pour se faire, le territoire doit anticiper les
changements socio-économiques d'une part et gérer les connaissances qui en découlent d'autre
part, en vue de créer des centres de compétences et permettre la compétitivité des entreprises
qui y sont établies. Pour A. Knauf (2010) « Etre compétitif et toujours présent sur le marché
pour une entreprise ou un secteur d’activités et parallèlement être attractif pour un territoire ».
L'attractivité du territoire se trouve donc liée à sa compétitivité. Une question importante reste
posée : comment les territoires peuvent participer à la compétitivité des acteurs
économiques ? Le concept de compétitivité trouve son origine en économie internationale
lorsqu’on parle d’économie mondiale, échelles nationales et échanges transfrontaliers,
marchés monétaires, etc.…, et en économie de l’entreprise, lorsqu’on parle d’organisation de
la performance, politiques d’investissement et d’innovation, etc... En économie de
l’entreprise, la compétitivité désigne la capacité d'une entité (entreprise, secteur économique,
etc.) à affronter la concurrence tout en se protégeant (Koenig, 1996). Elle se définie sous deux
formes:

o La compétitivité prix, qui est liée à la valeur du bien ou du service.


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o La compétitivité structurelle ou hors prix, qui est liée à des caractéristiques du bien ou du
service autres que le prix telles que la qualité des produits, la qualité des services
englobant le produit ou la qualité de la production.
Ainsi, et pour être compétitive, avec les conditions modernes de la technologie et l’évolution
des marchés, toute entreprise doit construire un avantage concurrentiel pour se développer et
rester sur le marché. Pour se faire, elle doit développer une organisation performante se basant
sur la création de liens avec touts les acteurs économiques que constitue le territoire. Ce
dernier doit jouer un rôle prépondérant dans le développement de ces liens avec la
mobilisation des ressources tant matérielles qu’humaines nécessaires à la compétitivité des
acteurs. Par conséquent, la compétitivité des territoires nécessite l’existence d’avantages
spécifiques de localisation. Parmi les ressources du territoire, on trouve le travail, le
capital et les matières premières. De nos jours, et avec le développement de l’économie de la
connaissance d’autre ressources dites cognitives sont de plus en plus importantes dans la
compétitivité des acteurs. L’intérêt à ces ressources s’explique par des raisons d’ordre
économique, social et environnemental. Ainsi, de nouvelles préoccupations sont apparues, le
développement ne s’attache plus aux questions seulement économiques et marchandes, mais
s’intéresse aussi à l’équité sociale, la préservation de la nature et des ressources. Par
conséquent, les acteurs du territoire doivent faire attention à l’exploitation raisonnable et à la
durabilité de leurs ressources. Dans ce cadre, et lors de la Conférence des Nations Unies sur
l’environnement et le développement, tenue à Rio en 1992, que l’« Agenda 21 », dit aussi «
Action 21 », soit un document comprenant 2500 mesures pour le XXIème siècle, a été
accepté. Un agenda 21 local vise à transcrire au plan local les principes du développement
durable tels qu’ils figurent dans le rapport Brundtland de 1987 (Gérard Granier 2010) : un
développement économique qui soit compatible avec la préservation de l’environnement et
qui cherche à promouvoir plus d’équité sociale. En effet, l’agenda 21 donne une grande place
à la gouvernance participative et l’implication de toutes les parties prenantes afin d’élaborer
les plans d’actions fondamentales.
Afin de promouvoir la bonne gouvernance locale et le développement durable, le Maroc a
adapté des « Agendas 21 locaux » dans plusieurs villes et centres urbains avec le soutien
financier du Ministère marocain de l’aménagement du territoire, de l’eau et de
l’environnement et le concours du PNUD pour lutter contre la pauvreté, l’exclusion et la
marginalisation, et surtout avec la mobilisation de l’ensemble des acteurs locaux concernés. A
coté de l’agenda 21, il y a le Plan Communal de Développement (PCD) : Selon l’article 36 de
la charte communale, le PCD décrit pour six années, dans une perspective de développement
durable et sur la base d'une démarche participative prenant en considération notamment
l'approche genre, les actions de développement dont la réalisation est prévue sur le territoire
de la commune1.
Afin de définir les objectifs de développement durable au niveau du territoire, le PCD doit
mobiliser les moyens à mettre en œuvre, pour cela il doit se baser sur un diagnostic de la
situation initiale et des perspectives futures, ce qui va améliorer les conditions et la qualité de
vie des populations tout en protégeant et valorisant les ressources naturelles et le patrimoine
culturel. En étant un instrument de gestion quotidienne, le PCD donne une idée précise sur les

1
Voir la NOTE DE CADRAGE DU PROJET DE DECRET FIXANT LA PROCEDURE D'ELABORATION DU PLAN
COMMUNAL DE DEVELOPPEMENT.
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projets de politique communale dans tous les secteurs jugés compétitifs par la commune et
pour les années à venir. Dans cette démarche et tout en occupant un place centrale dans le
développement du Maroc, Casablanca a pris un intérêt particulier pour les acteurs régionaux
et locaux pour lui accorder une stratégie ambitieuse (Casablanca 2030) afin de lui donner sa
place d’une grande métropole mondiale.
1-3- Le grand Casablanca et l’attractivité des investissements
Selon C. Chamard et al. (2014), « La mesure du pouvoir d’une ville ne dépend pas
uniquement des flux constatés, mais aussi de sa propension à générer de nouveaux flux à
l’avenir ». D’une superficie de 1 615 km², et d’une population de 3 897 748 habitants avec un
taux d’urbanisation de 60,2 %, la région du Grand Casablanca, moteur économique du Maroc
par excellence, couvre le plus grand pôle industriel, la place financière nationale et des
secteurs d’activités marqués par les nouvelles technologies et la recherche-développement.
Parmi ces secteurs porteurs, on trouve l’Industrie et Services : Offshoring, Aéronautique,
Automobile, Electronique, Textile, Agro-industrie, Tourisme, BTP. Casablanca se distingue
aussi par des infrastructures qui se hissent aux standards internationaux, des zones
industrielles et une population jeune et qualifiée. Dans notre étude, on va s’intéresser à la
stratégie d’offshoring.

2-La stratégie de l’Offshoring : Cas de CasaNearshore


2-1 La stratégie de l’offshoring
On entend par Offshoring2 la délocalisation de manière optimale de certaines activités ou
process d’entreprises vers le Maroc, eu égard à la disponibilité de ressources humaines
qualifiées et de coûts compétitifs. Les activités concernées par l’offshoring relèvent
principalement de deux grands domaines et six filières :
a. Le domaine du BPO (Business Process Outsourcing ou externalisation des processus
métiers) :
• les activités/fonctions administratives générales ;
• les activités de gestion de la relation client ;
• les activités métiers spécifiques ;
b. Le domaine de l’ITO (Information Technology Outsourcing ou externalisation des
processus liés aux technologies de l’information) :
• les activités de gestion d’infrastructure ;
• les activités de développement de logiciels ;
• les activités de maintenance applicative.
En tant que première destination africaine pour les métiers de l’offshoring, le Maroc veut
concurrencer les géants mondiaux comme l’Inde ou encore les pays de l’Europe de l’Est. Pour
se faire, il doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires afin de réaliser ces objectifs.
Dans le pacte national pour l’émergence industrielle « l'Etat s'engage à maintenir l'Offre
Maroc Offshoring compétitive de façon dynamique. Cette Offre s'articule autour de trois
volets :

2
Voir circulaire n° : 9/2007 du 7 mai 2007
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 Un cadre incitatif attractif autour d'un Impôt sur le Revenu effectif plafonné à 20% ;
 Un dispositif de développement des Ressources Humaines qualifiées :
• un système d'aide aux opérateurs dans leurs efforts de formation à l'embauche
et continue ;
• un plan de formation adapté aux besoins du secteur de l'Offshoring ;
 Une offre d'infrastructures et de services aux investisseurs aux meilleurs standards
internationaux à travers le développement de six zones Offshoring dédiées »3.
Dès les années 2000, le Maroc a développé la délocalisation des services et surtout les centres
d’appels de Casablanca. Dans le cadre du plan Émergence, plusieurs mesures ont été prises
pour développer cette offre, parmi lesquelles on trouve l’impôt sur le revenu effectif, plafonné
à 20%, et l’exonération de l’IS pendant les cinq premières années ; un dispositif de
développement des ressources humaines qualifiées (aide directe à la formation pour les
entreprises) et des infrastructures et services répondants aux standards internationaux, à
travers le développement de six zones offshoring. Le Maroc a été élu par l'Association
Européenne de l'Offshoring (EOA) en tant que meilleure destination de l'offshoring pour
l'année 2012. Cette distinction vient reconnaitre l'attractivité du Maroc en tant que plateforme
parfaitement adaptée pour l'externalisation des services administratifs et des services IT pour
les entreprises européennes à la recherche de nouvelles destinations compétitives en termes de
coûts et de qualité de service. Le Maroc est le premier pays devant cinq autres
présélectionnées comme l'Afrique du Sud, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie et l'Egypte.
Les membres du jury de l'EOA ont reconnu le développement du Maroc dans la mise en place
d'une industrie attractive de l'offshoring. Ce ci est bien évident avec la présence des grandes
entreprises européennes, qui sont présentes actuellement dans le pays, telles : Dell, Logica,
Deloitte, Hp et Attento. Le chiffre d'affaires du secteur de l'offshoring a atteint 7,3 milliards
de dirhams (MMDH) en 2012, tandis que les emplois du secteur, toutes filières confondues,
sont estimés à 57 000, selon le ministère de l'Industrie, du commerce et des nouvelles
technologies. Près de 90 entreprises, dont une palette de référence internationale, sont déjà
installées dans les plateformes industrielles intégrées offshoring, six ans après le lancement de
la stratégie de développement de ce créneau4. En effet, après un passage à vide entre 2012 et
2014, le secteur a renoué avec la croissance en 2015. Le marché CRM (call center)
revendique 4,7 milliards de DH de chiffre d’affaires (7,9 milliards de DH en incluant BPO et
ITO). Le microcosme des call centers table sur une croissance de 8% en 20165.

2-2- Le Parc Casanearshore


Inauguré par Sa Majesté le Roi Mohamed VI le 16 octobre 2008, Casanearshore est un pilier
du programme Émergence et projet pilote du programme Offshoring. Il s’agit d’un parc
exclusivement ouvert aux entreprises qui travaillent dans les métiers de l’ITO et du BPO tels
que le développement de logiciels, la gestion d’infrastructures, le back office bancaire et
assurance, la relation client…etc. Il bénéficie d’un emplacement stratégique puisqu’il est à
proximité de l’aéroport International Mohammed V, du centre ville et des centres de
formation (Universités, centres de l’OFPPT). Ce projet géré par MEDZ en partenariat avec le

3
Voir le Pacte Nationale pour l’émergence industrielle, contrat programme 2009-2015.
4
Voir le site : http://www.apebi.org.ma/detail-actualite.
5
Selon l’Economiste, Edition N°:4709 Le 16/02/2016
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Groupe CDG, le Ministère de l’Industrie du Commerce et des Nouvelles Technologies ainsi


que la Wilaya et la ville de Casablanca. Il se caractérise par une superficie de 53 ha (300 000
m2 plateaux bureaux précâblés en mode Plug & Play), plus de 70 entreprises déjà installées,
avec plus de 26 000 emplois sur site à terme, et un Investissement global de 340 M € et une
architecture avant-gardiste et ergonomique. Le parc prévoit également un complexe socio-
sportif qui s’étalera sur un terrain de 5.000 m2 et qui comprendra différents services culturels
et sportifs pour les habitants des alentours du parc. Ce projet s’inscrit dans le cadre de la
stratégie de développement économique et social et de protection de l’environnement adopté
par Casanearshore depuis son lancement.
Casanearshore est une zone intégrée afin que les opérateurs puissent travailler dans un
environnement exceptionnel. Il s’agit d’un parc boisé, des bâtiments à la pointe de la
technologie, des services et commerces pour multiplier les offres aux employés, avec huit
enseignes de restauration et un restaurant inter-entreprises, un parking d’une capacité de
+ 4 000 places, des Banques, commerces, crèche et médecine d’urgence, un transport assuré
par des lignes de bus et de taxi permanentes, et tramway à proximité, une sécurité et
maintenance sur site 24h/24, 7j/7 et un complexe socio-sportif de huit hectare. Casanearshore
offre à ses entreprises clientes des services World Class, entièrement dédiés à accompagner
leurs performances, un guichet unique (pour les formalités administratives simplifiées) et un
centre Regus de 2000 m² pour accompagner les entreprises en démarrage. L’animation à
Casanearshore Park a pour ambition d’accompagner les entreprises ainsi que leurs employés
dans leur développement personnel, social et citoyen. Il s’agit de mettre en place des
évènements culturels, des activités de loisirs ou de civismes.

4-2 Les contraintes de l’offshoring au Maroc


Tous les acteurs doivent comprendre les dynamiques de leur environnement, les connaître, et
les analyser pour anticiper et mieux agir. Il s’agira d’améliorer et d’affiner les services offerts
aux entreprises qui veulent s’installer dans les parcs de l’offshoring pour leur assurer un cadre
de travail approprié et les aider à rester compétitives. Mais, le plus important est que la
destination Maroc reste compétitive dans la durée car la concurrence devient de plus en plus
acharnée. C’est la raison pour laquelle toute l’Offre Maroc devra être ajustée régulièrement.
En fait, il s’agit de suivre l’évolution des salaires, facteur essentiel dans ce secteur, il faudra
former les candidats demandés par le secteur en nombre suffisant et en qualité. En outre, il
faut prendre en considération que les entreprises qui ont recours à l’offshoring sont
confrontées aux problèmes de communication avec le fournisseur et surtout aux différences
culturelles, aux risques géopolitiques, à la sécurité informatique et aux problèmes des
collaborateurs. En dépit des atouts que détient le Maroc dans le domaine de l’offshoring, il
reste beaucoup de chose à faire comme le développement d'une politique de prospection de
nouveaux marchés et la promotion de l'offre nationale.

Conclusion
L’Etat doit s’engager dans une politique d’intelligence territoriale afin de développer des
projets créateurs d’emploi et de richesses, anticiper les mutations économiques, notamment
les évolutions de marché et les développements des technologies pour promouvoir
l’attractivité des territoires et promouvoir les réseaux de développement économique et social
des territoires. Le Maroc dispose de nombreux atouts pour satisfaire les attentes des
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entreprises francophones, notamment au niveau du domaine culturel et linguistique et a par


conséquent toutes les possibilités pour rester compétitif, quoiqu’il soit moins attractif pour les
activités de développement informatique. Par ailleurs, le royaume n’arrive pas à développer sa
place dans les activités à forte valeur ajoutée. En effet, le manque de personnel qualifié et le
monolinguisme sont deux handicapes majeurs au Maroc et lui font perdre des marchés
potentiels. Il faut savoir que les facteurs du choix du lieu d'implantation sont les coûts, la
disponibilité des compétences et la réglementation. Le Plan Émergence mis en place par le
gouvernement envisage un accroissement de la formation, mais les profils les plus qualifiés
manquent toujours. Les incitations fiscales ne peuvent pas être les seuls recours pour le
Maroc. Ce dernier doit chercher un ensemble d’éléments différenciateurs qui doivent le rendre
très attractif. Dans une situation de banalisation croissante des produits et des services, trouver
sa place est spécialement difficile. Aussi, le Maroc doit développer certains piliers et renforcer
l’industrie des technologies de l’information. En somme, l'offshoring semble être une réalité
irrévocable et répond à un besoin réel des entreprises. Celles-ci doivent avoir une bonne
compréhension des enjeux et des moyens nécessaires à mettre en œuvre pour mener à bien
cette stratégie. Les outils développés par l’intelligence territoriale offrent l’opportunité de
satisfaire les besoins des populations, mais en parallèle demande une nouvelle culture du
développement, qui passe notamment par une gouvernance développée et un environnement
transparent d’échange. Cette évolution nécessite du temps afin de développer des réseaux,
préparer une confiance mutuelle et élaborer une vision partagée et dynamique du territoire
marquée par un ensemble de valeurs partagées. Il faut par la suite provoquer l’émergence de
ces territoires intelligents et de les motiver en adoptant des mesures d’accompagnant des
projets plus attractifs.
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Références
- C. Chamard, J. Gayet et C. Alaux (2014), « Le marketing territorial : comment développer
l’attractivité et l’hospitalité des territoires », édition de Boek, p. 18-19.
- Yann Bertacchini « Intelligence territoriale : une lecture retro-prospective », Revue
internationale d'intelligence économique 1/2010 (Vol 2), p. 65-97 URL
: www.cairn.info/revue-internationale-d-intelligence-economique-2010-1-page-65.htm
- C. Dechamps et N. Moinet (2011), « La boîte à outils de l'intelligence économique »,
édition Dunod, pp 6-7.
- Rémy Février et Patrice Raymond 2010, « Intelligence Economique et collectivités
territoriales », édition Ellipses, p. 231.
- Gérard Granier, 2010, « Les agendas 21 locaux De nouvelles pratiques au service du
développement durable ? », IUFM, Reims, www.cndp.fr/crdp-
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- Jean-Jacques GIRARDOT 2010 « Qu’est-ce que l’intelligence territoriale ? »,
http://www.collaboratif-info.fr.
- Jean-Jacques GIRARDOT, 2000 « Principes, Méthodes et Outils d’Intelligence
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agir melhor, Actes du séminaire européen de la Direction Générale de l’Action Sociale du
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- F. Ludovic (2008), « Intelligence territoriale : l’intelligence économique appliquée au
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- Gérard Koening, 1996, “Management-stratégique-paradoxes-interactions-apprentissages”
édition Nathan Université.
- Audrey Knauf, 2010, « Les dispositifs d’intelligence économique, compétences et
fonctions utiles à leur pilotage » édition l’Harmattan, p. 223.
- PELISSIER Maud, « Étude sur l’origine et les fondements de l’intelligence territoriale :
l’intelligence territoriale comme une simple déclinaison de l’intelligence économique à
l’échelle du territoire ? », Revue internationale d’intelligence.
http://www.markintell.com/introduction-vernon-prior.
- Alexandre MOINE, 2006 « Le territoire comme un système complexe : un concept
opératoire pour l’aménagement et la géographie », L’Espace géographique, tome 35, pp.
115-132.
- P. VELTZ, 2004, « Il faut penser l’attractivité dans une économie relationnelle…. »,
Pouvoirs Locaux N° 61, dossier II.
- NOTE DE CADRAGE DU PROJET DE DECRET FIXANT LA PROCEDURE
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http://www.cites-unies-france.org/IMG/pdf/PCD.pdf.
- l’Economiste, Edition N°:4709 Le 16/02/2016
- Circulaire n° : 9/2007 du 7 mai 2007 : http://www.crifes.ma/pdf/Procdures/circulaire-
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- Pacte Nationale pour l’émergence industrielle, contrat programme 2009-2015,
www.invest.gov.ma
- http://www.apebi.org.ma/detail-actualite.