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Contribution : Quelques précisions sur Abdelhafid Boussouf

Par Ali Cherif Deroua


Dans son édition du 2 novembre 2014, le Soir d'Algérie rapportait les propos prêtés à M. Saïd Sadi lors d'une conférence tenue
à Iferhounène, à l'occasion de la célébration du 1er Novembre.
Dans cet article, j'ai pu relever plusieurs anomalies et tout particulièrement sur Boussouf.
1- M. Saïd Sadi déclare : «La compréhension exhaustive et saine de la Révolution sera toujours problématique tant que l'on
n'aura pas sereinement et complètement détricoté les origines, les méthodes et les objectifs du système Boussouf.»
Jusque-là il a entièrement raison puisqu'il ne s'agit que du point de vue d'un Algérien, d'un homme politique qui aimerait
comprendre, discerner, détricoter, comme il le dit si bien, l'histoire d'un pan de la Révolution algérienne. Mieux, je dis bien
pourquoi pas et j'adhère à l'idée. Mais il ajoute : «Comment un homme arrivé aux responsabilités politiques à partir d'août 1957
a-t-il pu capter cadres, fonds et finalement doctrine de la Révolution alors même qu'Abane l'avait repéré et démasqué dès sa
sortie du territoire en mai 1957?»
J'aimerai rappeler le parcours politique de Boussouf au lecteur pour qu'il porte son propre jugement. Abdelhafid Boussouf est né
le 17 août 1926 à Mila :
- il a rejoint le Parti du peuple algérien (PPA) en 1943 ;
- il a été à la création de l'Organisation secrète (OS) l'un des plus jeunes éléments de cette organisation avec Didouche Mourad
;
- de 1950 à 1952, il était responsable de la daïra de Skikda, l'une des plus importantes du Mouvement pour le triomphe des
libertés démocratiques (MTLD) avec ses militants, à cette période, tels que Hocine Lahouel, secrétaire général du MTLD,
Messaoud Boukaddoum, député à l'Assemblée française, Larbi Demaghelatrous, délégué à l'Assemblé algérienne, entre
autres.
- Voici ce que Mohamed Harbi dit à son sujet en page 92 de son livre Un homme debout : «Jeune étudiant en 1952 à Skikda,
Boussouf m'a recommandé la lecture de deux livres. Que faire ? de Lénine et L’ère des organisateurs (The Managerial
Révolution) de James Burnham le père de la philosophie du libéralisme.» Mohamed Harbi étant loin de porter Boussouf dans
son cœur et son témoignage se doit d'être apprécié à sa juste valeur.
Si l'on recommande ces livres, c'est qu'on les a au moins lus.
En tant que membre des 22 ayant décidé du déclenchement de la Révolution, il ne peut en aucun cas être ignoré ou «zappé» :
- au 1er novembre 1954, il est l'adjoint de Larbi Ben M’hidi ;
- en juillet 1956, il écrivait, entre autres, dans El Moudjahid, un article sous le titre, «Mission libératrice de l'ALN» : «L'ALN est
venu au monde le même jour que le FLN et la Révolution du 1er Novembre 1954. Alors que le FLN traduit les objectifs
révolutionnaires du peuple algérien et ses aspirations nationales, l'ALN est et demeurera l'outil complémentaire indispensable...
Guidée par le sage et clairvoyant FLN, expression de la nation martyre, l'ALN gagnera cette bataille de l'indépendance comme
celle de l'unité et de l'émancipation nationale.» Après avoir énuméré les positions des différentes forces politiques françaises, il
poursuivra : «Ainsi lorsque le budget destiné à alimenter la guerre d'Algérie a été voté à la Chambre, il n'y a eu aucune réaction
; ce qui caractérise l'opinion en France vis-à-vis de l'Algérie, malgré les pertes françaises en hommes et en argent, c'est
l'indifférence, la passivité...» Il conclut : «Nous accentuerons la pression, c'est-à-dire l'action armée, car l'expérience l'a
démontré, c'est le seul langage que comprennent les impérialistes français pour lâcher leurs tentacules sur la proie algérienne.
Nous sommes sûrs de la chasser définitivement du sol de nos ancêtres. La patrie libérée pourra alors retrouver la paix, la
sécurité et le bonheur et entretenir des relations amicales avec tous les peuples de la terre.» (Recueils des parutions d'EI
Moudjahid pendant la lutte de libération, Tome 1 pages 32,33 et 34).
Il est à signaler que les 3 tomes ont été imprimés en Yougoslavie bien avant la crise de juin 1962. A ce titre, ils n'ont été l'objet
d'aucune manipulation, omission... Quitte à décevoir M. Saïd Sadi, Boussouf, avec un tel parcours, a été de tout temps un
homme politique. Certes, il a exercé un commandement politico-militaire pendant la Révolution au même titre que d'autres
frères et compagnons.
2- M. Saïd Sadi poursuit dans son intervention, révélant : «Dès l'automne 1956, c'est-à-dire un mois après avoir pris ses
fonctions en tant que responsable de la Wilaya V, Boussouf ordonne l'exécution de Lotfi qu'il avait convoqué à son PC basé à
Oujda.»
- Je tiens à signaler au lecteur que Lotfi était à l'automne 1956 en train de combattre l'armée coloniale dans les environs de
Djelfa, avec la structuration de la Wilaya et son partage en 8 zones. A la même date, il a été nommé par Boussouf capitaine de
la zone 8, Wilaya V, puis en 1957 commandant de la Wilaya V puis en 1958 colonel de la Wilaya V. Je ne vois pas comment
Boussouf qu'on présente comme un monstre pouvait en même temps ordonner, sans suite pendant 36 mois, la mort de Lotfi et
le promouvoir. Si l'on prend Boussouf tel que certains veulent le présenter, l'exécution aurait eu lieu et ceux qui s'y opposaient
auraient eu le compte. Pour ma part, je m'excuse, je n'arrive pas à comprendre.
- En janvier 1960, Boussouf invite le colonel Lotfi de passage au Caire et lui déclare en ma présence : «Lotfi, les Français ont
fait en 1789 une Révolution qu'ils exploitent jusqu'à ce jour. Nous, nous avons fait une Révolution aussi grande, et nous ne
sommes pas à sa hauteur, car elle est déjà partie, en nous laissant dans un oued.» En ce qui me concerne je peux témoigner
que Boussouf avait beaucoup de respect et même de l'affection pour Lotfi. La réciproque est plus que vraie.
Tous ceux qui les ont connus peuvent en témoigner.
A. C. D.

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