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Frasques et prédation des enfants de la nomenklatura

La république des «Fils de…» (1re


partie)

MOHAND AZIRI
28 JUILLET 2018 À 23 H 48 MIN

22801

Frasques, voracité, prédation, succession… Rejetons conçus dans le dos de la


République égalitaire, les enfants terribles de la nomenklatura sont les nouveaux
seigneurs de cette«Algérie de papa», la version bâtarde de l’«Etat algérien restauré».
Pour désigner les fils de généraux et hauts gradés de l’armée, des services de
sécurité, ministres, pontes de la haute administration…, l’humour populaire est
intarissable de génie créatif : ouled al qiada, meqla, qaloi, chouaker, ouled douk
douk, qemqoum, les rejetons des pontes font valoir chaque jour leur droit de
cuissage sur les ressources du pays. De Toufik Benjedid à Saïd Bouteflika, de Adel
Gaïd à Sid Ali Mediene, de Abdelmoumen Khalifa à Farid Bedjaoui, de Rym et
Farès Sellal à Amine Zerhouni, de Réda Habour à Khaled Tebboune, des fils de
Meziane au fils Ould Kaddour, des fille et fils de Saadani au fils Ould Abbès, de
Mehdi Remaoun à Lamine Ouyahia, de Amel Bouchouareb à Khaldoun et Sina
Khelil…, des échantillons représentatifs de la caste de compradores et de fabricants
d’hégémonie qui réécrit l’histoire d’un «seul héros, le pouvoir». Plongée dans les
dessous putrides de la reproduction en marche de la classe des dirigeants.

Ils sont dans l’import-import (60 milliards de factures d’importation), dans l’immobilier
(?), dans les «services» (12 milliards/an), dans la com’ et l’événementiel, les bureaux
d’études, le consulting, les centres commerciaux et grandes surfaces, le catering, le
contrôle et concessions automobiles, les franchises, les sociétés de gardiennage et de
sécurité, 7 milliards de dollars que se partagent quelques sociétés appartenant à des
généraux à la retraite et/ou en activité, comme celle d’un des fils de Gaïd Salah, Adel, et à
des personnalités du gouvernement et de la haute administration, à l’image de Vigie Plus,
société à 50 000 agents, apparentée au fils de l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal.
Aucun créneau juteux, aucune opportunité d’affaires, aucun business florissant n’échappe
à leur appétit vorace.

Shootés à l’argent public, addicts aux privilèges et rente de «l’Etat pompeur», les «fils de»
ont un «couloir vert» dans les ports, les tapis rouges des salons d’honneur, occupent des
postes (fictifs de préférence, mais rémunérés en devises) dans les grandes compagnies
(Air Algérie, Sonatrach…), postés dans les grandes capitales mondiales. Ils sont dans la
diplomatie, dans les agences et organismes internationaux. Ils ont des ports secs pour
cocaïne pure (fils du général Hamel) et quincaillerie de luxe, des flottes (navires de la
Cnan rachetés en partie par Réda Habour).

Ils sont dans le négoce des matières premières (Sina Khelil…), dans la distribution,
souvent en situation de monopole (Mouloud Djebbar, fils du général M’henna Djebbar),
«bien nés» et as du trafic d’influence, ils ont les clés des coffres-forts de l’Etat social,
dépecés, en bandes organisées, lors des soirées banquet. D’affriolantes saisons algériennes
pour une jet-set fâchée avec le Projet national et le principe d’égalité des chances.

Boucherie du peuple vs caudillo du régime


Kouba. «Marché des 13 salopards». «La boucherie du peuple». Il porte bien son nom, le
très «modeste» magasin de Kamel «Le Boucher», gros sous-traitant présumé des cartels
de la cocaïne, scellé depuis plus d’un mois. L’homme aux 701 kg de coke a entraîné dans
sa chute spectaculaire deux caudillos du régime : Abdelghani Hamel et Menad Nouba,
tout puissants patrons de la police et de la gendarmerie.

Au ministère de la Défense, gros client de la viande importée par «le Boucher», deux
généraux-majors, Boudouaour Boudjemaa, le directeur des finances, et Mokdad Benziane,
directeur du personnel du MDN, sont éjectés, «admis à la retraite». Le menu fretin (26
inculpés-1, le fils de l’ex-Premier ministre Tebboune) est envoyé au cachot. L’Algérie, ses
attributs de pouvoir, ses autorités régaliennes, flirte dangereusement avec narco-Etat.

Dans le Vieux Kouba, c’est encore la consternation. La colère. De l’incompréhension


aussi. «Kouba, ce sont toutes ces personnalités qui ont fait l’histoire. De Ferhat Abbas qui
y a vécu (en résidence surveillée) au colonel Mohamedi Saïd, de Cheikh Soltani à Ali
Benhadj et j’en passe. Mais des ”cavés” comme ça, on en avait pas.» Yazid, spécimen de
cette petite bourgeoisie de Kouba qui se sent «salie» par l’érection dans son paysage de ce
sulfureux personnage. «Ce berani (étranger) qui a débarqué ici presque avec son seul vélo
et qui s’achètera, en un temps record, pas moins de 26 villas.»
A Alger, les gendarmes de la section de recherches ont mis au jour 22 promotions
immobilières, dont les appartements de standing sont cédés à des hauts fonctionnaires de
l’Etat. «L’homme aurait juré de raser toute la ville et de ne laisser au peuple de Kouba que
l’Hôtel de la mairie pour ses papiers d’identité.» Au chemin Calvaire, dans le bas Kouba,
il aurait offert quelque 130 milliards pour s’adjuger un djenane de 6000 m2. «La famille,
une grande famille de militants nationalistes qui y résidait depuis plusieurs générations,
voulait préserver la valeur patrimoniale de la résidence.

Le Boucher ne voulait rien savoir. ”Dites-moi plutôt combien elle fait en longueur,
combien en largueur et combien vous en voulez !”» Le Boucher a, selon ce riverain, mis
tout le monde dans sa poche, «distribuant des cadeaux et liasses de billets par-ci, des kilos
de viande par-là, offrant une voiture au commissaire, de petits pécules pour les
fonctionnaires des mairies, de la daïra et de la wilaya et même des omra aux fidèles de la
mosquée».

Le «gueux» quadra, fils d’un boucher venu de sa «gueuse» province de Palestro


(Lakhdaria), s’est blanchi sous le harnais du pouvoir et de ses camorra. Sa résidence à
Kouba, située en face du commissariat de police (qui n’a rien vu) ; les bureaux de ses
sociétés à La Croix et à Aïn Naâdja ne désemplissaient pas de visiteurs de haut rang qui
lui mangeaient avidement dans la main. «Les magistrats sont en train de compiler les
écoutes téléphoniques et quelque 3 ans de vidéo-surveillance», rapporte la journaliste
Salima Tlemçani, qui enquête sur l’affaire.

Des enregistrements «compromettants pour la longue liste de personnalités civiles et


militaires qui y apparaissent». 30 ans après le scandale impliquant un des fils du président
Chadli – en association avec un roturier du quartier La Montagne (Bourrouba) – dans la
ruine d’une banque publique, l’affaire dite «Testosa» – du nom de la célèbre Ferrari
Testarossa – a fait des «petits». Beaucoup de «petits».

La patrie pour les riches, le patriotisme pour les pauvres


Portrait d’un fils de… De l’élevage ovin dans les Hauts-Plateaux à la technologie de
pointe, Lotfi Nezar est un entrepreneur aussi polyvalent que coriace. «Il est impitoyable
en affaires», témoigne HKM*, un employé de SLC (Smart Link Communication), la
«petite» boîte familiale devenue grande (plus de 150 employés), nichée au chemin
Gadouche (Ben Aknoun) sur le domaine d’une ancienne coopérative militaire.

PDG de la société, Lotfi, l’aîné, y est actionnaire au même titre que sa fratrie et son
généralisme paternel, aussi président de son conseil d’administration. Pionniers dans la
technologie wimax (solution internet haut débit par ondes hertziennes), les fils du général
affichaient un carnet de commandes plein.

Ses abonnés clients allant des ministères de la Défense, de la Santé, de l’Enseignement


supérieur aux compagnies pétrolières (Becker, Schlumberger, Sonatrach…), les banques
(BNP Paris Bas…), Alstom, Peugeot. «Une véritable machine à cash dont une partie des
revenus générés est perçue en devise, en Espagne, notamment», décrit la gorge profonde.
Le pouvoir, la réputation du père, le général Khaled Nezzar (sauveur de la République ou
fossoyeur de son peuple, c’est

selon), parmi les premiers promus sous Chadli au grade d’officier général, a fait exploser
littéralement le plan de charge de la SPA, créée en 1997. «Aujourd’hui, les affaires
tournent de moins en moins bien. A cause de la concurrence soutenue par deux autres
fournisseurs de services, Anwar Net et Icosnet, tout aussi puissants et adossés à des pontes
mais surtout à cause des déboires de la famille avec le clan présidentiel.» Le général a dû,
selon la même source, rembourser quelque 40 milliards de crédits alors que d’autres ont
vu leurs ardoises effacées. La patrie pour les riches, le patriotisme pour les pauvres.

«Hna fi hna, el barani yasamhna»


Déclinaison locale de «Entrepreneurs de progrès», la devise chère au FCE, le cercle des
bonnes affaires sis à El Mouradia, au fond d’une impasse, rue Sylvain Fourastier, du nom
du maire de Bir Mourad Raïs dans les années 1940. C’est ici, dans la proximité charnelle
du pouvoir et de l’argent, à quelques centaines de mètres du Palais présidentiel, que se
trouve la fine fleur du CAC 40 algérien, les Kouninef, Bairi, Mazouz, Benabdeslam,
Benamar, Tahkout et consorts, empires biberonnés aux marchés publics.

«150 millions pour réserver sa place à la table du Premier ministre.» H. Imad*, témoin
ulcéré par les turpitudes de cette business class «made in bladi», jeune loup de la finance,
a été dans le staff de Ali Haddad, le président du Forum des chefs d’entreprise, le FCE.
«Self made man» comme sait en «fabriquer» à la chaîne le cercle présidentiel, le patron du
groupe ETRHB, petite société de BTP fondée en 1997, est propulsé, 20 ans après, à la tête
d’un empire engrangeant quelque 400 millions de dollars de revenus annuel (Forbes).
«Rebrab ? C’est rien. Mon chiffre d’affaires à moi, c’est 5 à 6 fois plus», se vanterait Ali
Haddad.

Le groupe Cevital, propriété d’Issad Rebrab, affiche un chiffre d’affaires de 3,5 milliards
de dollars. Agence parapublique orientée vers la captation des contrats publics, le FCE
possède sa version «fils de». Jil FCE, ce pouls de jeunes entrepreneurs connectés aux
centres de décisions. Comme Allégories, la boîte de com’ et événementiel, drivée par le
tandem Lourari/Marhoun Rougab, fils de Mohamed Rougab, secrétaire particulier du
président Bouteflika.

C’est Allégorie qui, le 3 décembre 2016, a organisé, pour le compte du FCE, le Forum
africain d’investissements et d’affaires au Centre international de conférences (CIC) et qui
a tourné au fiasco. Ce jour-là, le gouvernement Sellal, arguant les «entorses au protocole»,
se retira, sous les regards médusés de centaines d’invités étrangers. «Tout n’a pas été dit
sur cette affaire du CIC, raconte Imad. Il y avait une forme de mise en scène, puisque le
gouvernement était la veille en possession du programme des interventions et aurait pu
décliner sa participation.»

Les enjeux se superposaient, selon lui. Dans les coulisses du CIC, aux manettes, ce fut
Saïd Bouteflika, tout puissant frère et conseiller plénipotentiaire du Président. «Il fallait à
la fois happer le destin de Lamamra, le MAE qui était présidentiable, saper l’autorité du
gouvernement au profit d’un patronat paraissant tout puissant, et troisio, renverser la table
des négociations des contrats qui s’amorçaient dans la salle (…).»

Jeunesse dorée, jeunesse offshore


De SwissLeaks à Panama Papers, une orgie à coups de centaines de millions de dollars.
Les listings des propriétaires algériens de comptes dans les banques suisses (HSBC) et de
sociétés offshore au Panama renseignent sur la fraude à grande échelle et sur les pratiques
des faunes au pouvoir. Le scandale planétaire des Panama Papers est aussi celui de cette
caste d’Algériens dont les fortunes mal acquises transhument à travers les paradis fiscaux,
lavées, blanchies, «réinvesties».

Des Îles Vierges britanniques au Panama, des îles Caïman à la République suisse, de la
Barbade à Maurice, de Hong Kong à Dubaï, la toute nouvelle plaque tournante du
blanchiment de l’argent algérien. Aux Emirats, une société offshore, c’est 30 000 dollars
de capital avec droit de succession garanti pour les ayants droit en cas de décès du
propriétaire.

Dans les Panama Papers, les Algériens y sont souvent en famille : les Khelil (Chakib),
père, épouse et fils, les Sellal (père et fille), les Bouchouareb, les Habour, les Chadli, les
frères Bedjaoui, les Zerhouni – entre autres cités –, paraissant en qualité de propriétaires,
bénéficiaires et/ou ayants droit de sociétés offshore. Journaliste d’investigation, membre
du réseau ICIJ – le Consortium international des journalistes d’investigation qui révéla le
scandale Panama Papers –, Lyès Hallas a eu accès à certains documents fuités de la
société fiduciaire panaméenne Mossack Fonseca.

Ne se distinguant ni par des «compétences reconnues» ni par un «savoir-faire particulier»,


les «fils de», observe le journaliste, excellent par contre dans la «fructification des carnets
d’adresses» de leurs parents, dans la mise en relation d’affaires d’entreprises étrangères
intéressées par le marché algérien. Ils sont dans «l’intermédiation internationale».

Farid Bedjaoui, neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères, est de ceux-là. «Ce ne
sont certainement pas les 75 000 dollars canadiens de revenus annuels générés par son
ancienne société de négoce qui ont permis à Bedjaoui de s’offrir des tableaux de Salvador
Dali ou des biens immobiliers à Montréal et à New York, mais, les placements de
Sonatrach.

Pourquoi n’a-t-il pas pu décrocher la gestion des portefeuilles de BP ou ExxonMobil,


génie en placements financiers qu’il est ?» Impliqué dans les affaires Saipem, Sonatrach,
SNC Lavalin (suit une longue liste), Farid Bedjaoui passe pour celui qui sait ouvrir les
portes blindées des décideurs algériens, sécurisant, via un système de commissions/rétro-
commissions, les gros contrats de compagnies étrangères.
«Le drame de ce pays est que son élite dirigeante n’imagine pas son avenir, l’avenir de ses
enfants, en Algérie. Son principal souci est de trouver des alternatives pour financer
l’éducation, les soins ou s’offrir une douce retraite à l’étranger, parce que les salaires
perçus ne sont pas en mesure de prendre en charge son train de vie. Comment un Pdg de
Sonatrach qui touche 300 000 DA de salaire mensuel pourrait s’acheter une résidence à
Neuilly-sur-Seine ?»

Les Gated communities du Mont Sidi Yaya


Mont Sidi Yaya… Hydra. Le «Beverly Hills» algérois, une houma branchée au grille-pain
et à la compteuse à billets, n’a rien d’un quartier pour ouled bouchia. Gosses de riches,
gosses de maqla (pontes) et résidus du lumpenprolétariat s’y côtoient intimement dans ce
lit d’oued (oued Hydra) où la jet-set s’est offert, par flots d’argent ininterrompus, son
quartier de «luxe»…

Enfant de la cité Sellier, populace suspendue aux flancs des Crêtes, Nadir a vu le quartier
se transfigurer. En seulement quelques années d’économie de bazar. «Vous voyez ce pâté
de villas, désigne-t-il de la main. Elles appartiennent toutes à des généraux. Le terrain sur
lequel elles sont construites devait accueillir à l’origine une coopérative pour
enseignants.» Banques étrangères, restaurants sélects, magasins de grandes marques, Sidi
Yahia est le quartier des affranchis du pouvoir et des franchises qui prolifèrent.

Malgré les nombreux interdits dressés par la Banque d’Algérie qui proscrit le transfert des
royalties au franchiseur (la maison mère détentrice de la marque). Comment s’y prennent-
elles ? «D’abord, elles appartiennent toutes à de hauts responsables et/ou à leurs enfants,
ensuite, elles contournent les obstacles de la BA en gonflant le prix d’achat ou en
transférant les devises sous le prétexte de l’assistance technique.»

Tout autour du quartier chic, des résidences gardées. Un phénomène urbanistique en


pleine expansion. Des Gated Communities où gent aisée et gent du pouvoir s’inventent un
«entre-soi», loin des masses qui menacent. Safar Zitoun Madani, spécialiste en sociologie
urbaine, ne hurle pas au loin pour autant. Les Gated Communities sont un phénomène
«universel». De la Chine «communiste» à l’Afrique du Sud, du Maroc aux Etats de
l’Amérique latine. Une tendance mondiale. L’implantation de ces bunkers hautement
sécurisés renseigne toutefois sur les inégalités qui s’accroissent dans un pays. Des
inégalités qui ne sont pas toujours justifiées d’un point de vue économique.

Des «inégalités un peu honteuses» et un «enrichissement pas très transparent». «Dans le


cas algérien, dit le sociologue, il faut un peu le relativiser. Car ce qui le caractérise, c’est
qu’avant l’indépendance, nos villes étaient extrêmement inégalitaires du point de vue de
la répartition des populations dans l’espace. Il y avait d’un côté les quartiers européens,
les quartiers mixtes et les quartiers musulmans où résidaient la majorité des Algériens.

A l’indépendance, cette structure ségrégationniste, inégalitaire, a complètement explosé.


Nos villes se sont mélangées, des populations d’origines modeste, moyenne, ont occupé
des habitations situées dans les quartiers européens. Aujourd’hui, ce que l’on constate,
c’est que les élites, notamment celles qui disposent des ressources, ne se retrouvent plus
dans ce mélange. Alors, elles inventent des espaces d’entre-soi.

On revient, en quelque sorte, contre l’absence de ségrégation, et par des formes inédites, à
une nouvelle façon de ségréguer, de se séparer des autres.» Loin du Fahs algérois, la
proche campagne d’Alger, naguère prisée par les bourgeoisies coloniales, ottomane et
française, les quartiers de l’ancienne plaine de la capitale sont en plein dans le processus
de «gentrification», mot désignant ces quartiers de la noblesse anglaise qui étaient à
l’origine des quartiers populaires d’origine sociale modeste.

Les opérations de relogement, de résorption de l’habitat précaire, menées au pas de


charge, sur fond de spéculation foncière, immobilière, vident le Vieil Alger de sa
population, au profit d’une autre. «Ce sont des processus sociologiques très courants. Ces
quartiers, pour des raisons pratiques, leurs positions dans la ville, la présence
d’opportunités, attirent une clientèle qui prend une coloration sociale bien particulière
(…).

Progressivement donc, il y a un remplacement de population.» Dans ce processus, précise


le spécialiste, l’Etat n’y est pour rien : «Il n’y a pas de volonté derrière, pas de deus ex
machina, pour délimiter les quartiers des riches des quartiers pauvres. Ce sont des
processus objectifs.» Dans le plan d’urbanisme d’Alger, explique-t-il, qui n’est pas
«ségrégatif», la volonté de vider les quartiers populaires n’y est pas.

«Même si derrière un certain vocabulaire très technique, il y a la possibilité de


comprendre que telle zone, par exemple, est destinée à une population fortunée. Mais il
n’y a pas de volonté de déloger les gens du centre-ville, les populations pauvres et
modestes pour la périphérie. Dans les plans, il n’y a rien de cela, dans la pratique, avec les
opérations de relogement en cours. Effectivement, pour certains bidonvilles du centre-
ville d’Alger, les populations sont relogées en périphérie. Est-ce qu’il y a une volonté de
déportation de ces populations ? (…)»

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