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Revue des Études Anciennes

Étude sur la ville de Tours du Ier au IVe siècle


J. Boussard

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Boussard J. Étude sur la ville de Tours du Ier au IVe siècle. In: Revue des Études Anciennes. Tome 50, 1948, n°3-4. pp. 313-
329;

doi : 10.3406/rea.1948.3407

http://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1948_num_50_3_3407

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ETUDE SUR LA VILLE DE TOURS

DU Ier AU IVe SIÈCLE

L'origine de la ville de Tours est obscure. Existait-elle à l'époque


gauloise? Aucun texte, aucun monument ne permet de l'affirmer. On
n'y a pas retrouvé de vestiges proprement celtiques, comme ceux qu'on
rencontre en abondance au camp des Châtelliers, près d'Amboise \ ni
aucun objet appartenant aux civilisations préhistoriques8. César et
Lucain parlent des Turons 3 sans mentionner leur oppidum. Les objets
que les travaux de terrassement ont mis au jour jusqu'à maintenant
remontent tous, sauf une médaille trouvée dans le quartier de Saint-
Martin4, à la période de l'occupation romaine.
L'existence d'une ville florissante sur cet emplacement est attestée
pour la fin du Ier siècle et le début du ιιθ. En effet, on a trouvé en 1658
dans les caves de l'Archevêché, dont les fondations se confondent avec
le soubassement de la muraille gallo-romaine, une pierre remployée

1. Dictionnaire archéologique de la Gaule (inachevé), Paris, 1875-1878, in-fol., t. I, p. 53.


Cependant, il est question d'objets celtiques et même de pilotis trouvés au moyen âge dans
le sous-sol de la ville, dans £. Giraudet, Histoire de la ville de Tours,Tours, 1873, in-8°, 2 vol.,
t. I, p. 6 ; mais l'absence de références empêche de contrôler cette assertion. Nous ne
connaissons pas d'objets proprement gaulois trouvés à Tours ; on y a découvert quelques
objets en bronze (cf. D1 Louis Dubreuil-Chambardel, La Touraine préhistorique, Paris, 1923,
in-4°, viH-144 p. et pi. p. 58).
2. Π ne semble pas que des trouvailles de ce genre aient été faites à Tours même ;
cependant, la Touraine est riche en stations paléolithiques, notamment celle du Grand-Pres-
signy.
3. En 57, les légions prennent leurs quartiers d'hiver chez les Garnutes, les Andes et les
Turons (César, Guerre des Gaules, texte établi et traduit par L.-A. Constane, Paris, 1926,
in-8°, 2 vol. (Coll. des Universités de France)', livre II, ch. xxxv, t. I, p. 71) ; en 52, les
Turons participent à la levée générale de la Gaule sous la conduite de Vercingétorix (Ibid.,
1. VII, ch. iv, t. II, p. 212) ; Vercingétorix leur demande, pour débloquer Alésia, un
contingent de 8,000 hommes (Ibid., 1. VII, ch. lxxv, t. H, p. 266) ; en 51, deux légions sont
cantonnées sur leur territoire (Ibid., 1. Vili, eh. xlvi, t. II, p. 215). Deux vers de Lucain, peut-
être interpolés, mentionnent les Turons comme un peuple particulièrement belliqueux :
« Pictones inmunes subigunt sua rura ; nec ultra
instabiles Turones circumsita castra coercent. »
(Lucain, La guerre civile, texte établi et traduit par A. Bourgery, Paris, 1926-1929, in-8°,
2 vol. (Coü. des Universités de France), 1. I, v. 436-437, t. I, p. 20).
4. Monnaie trouvée en 1811 dans les démolitions de la collégiale Saint-Martin (cf. J.-M.
Dufour, Dissertation historique sur une médaille des Turones dont le revers est inédit, dans les
Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. 1, 1817, p. 37-53).
Rev. Et. anc. 21
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portant une inscription fort lisible : imp. caesari divi traiani par-
THICI FILIO DIVI NERVAE NEPOTI TRAIANO HADRIANO AUG. PONTIFICI
max. TRiB. pot. cos. m1. Cette pierre n'a malheureusement pas été
conservée. Une autre inscription, beaucoup plus mutilée que la
première, pourrait être une dédicace à Britannicus, fils de l'empereur
Claude, ce qui reporterait au milieu du ier siècle le premier monument
daté de Tours ; la lecture et la restitution qui en ont été faites sont
brillantes2, trop conjecturales cependant pour qu'on puisse rien affirmer
en se fondant sur elles. Néanmoins, étant donné la certitude que nous
avons de l'existence d'une ville sous Hadrien, l'ensemble de monuments
qu'elle contenait et dont nous allons parler, et les monnaies d'Auguste
trouvées au niveau de l'arène de l'amphithéâtre, il est hors de doute que
Caesarodunum existait dès le début du ier siècle, et fut probablement
fondé fort peu de temps après la conquête romaine.
Nous ne savons d'ailleurs pas quelle était la condition de cette ville.
D'après la seconde des inscriptions que nous venons de citer, la Cwitas
Turonorum était libre, c'est-à-dire qu'elle recrutait elle-même ses
magistrats8, mais ceci ne nous renseigne que très imparfaitement sur
l'administration de Caesarodunum. D'autre part, une autre inscription,
également restituée par R. Mowat, semble indiquer que la ville possédait
un flaminium au gustai féminin 4. A ces quelques données se borne à peu

1. Cf. Ghalmel, Histoire de Touraine, Paris et Tours, 1828, in-8°, 4 vol., t. I, p. 68;
R. Mowat, Étude sur une inscription romaine inédite et sur le monument dont eue révèle
l'existence, dans Bulletin monumental, 1873, p. 11-37 ; Corpus inscriptionum latinorum,
n° 3078, vol. XIII, lre partie, p. 477. Pour tous les vestiges gallo-romains existant encore
et tous les renseignements qu'on peut encore avoir sur les trouvailles faites à Tours, un
inventaire minutieux a été dressé par le baron Henry Auvray : La Touraine gallo-romaine,
dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XXVII, 1938, p. 161-204, et
1939, p. 235-300.
2. C. /. L., n°" 3076 et 3077, p. 477. Cf. la restitution de cette inscription par R. Mowat,
Une inscription de Britannicus dans la cité des Turones, dans les Comptes-rendus de
l'Académie des Inscriptions, 1877, p. 34-45 ; d'après cet auteur, l'inscription aurait pu être, par
exemple : britannico cabsari avovsti filio dhvsi nepoti civitas tvronoh . lib. ; cf.
auqsi comte de Galembert, Rapport de L· commission chargée d'examiner les substructions
présumées appartenir à l'ancien amphithéâtre de Tours, dans les Mémoires de la Société
archéologique de Touraine, t. V, 1855, p. 234-255, et L. Palustre, Catalogue du Musée de la
Société archéologique de Touraine, Tours, 1871, in-8°, vm-79 p., n° 130.
3. Cf. R. Mowat, op. cit., p. 35; V. Chapot, Le monde romain, Paris, 1927, in-8°, xv-
504 p. (Coll. L'Évolution de l'Humanité), p. 359-361 ; sur l'administration des cités libres,
privilège qui se confondait avec un droit d'immunité, et sur les colonies libres, cf. Walter
Henze, De civitatibus liber is, quae fuerunt in provinciis populi romani, Diss. Berlin, 1892,
in-8°, 92 p., p. 3 et 12. Cet ouvrage reproduit, p. 21, les conclusions de R. Mowat sur la cité
libre des Turons ; cf. aussi E. Giraudet, op. cit., t. I, p. 12 ; voir aussi Camille Jullian,
Histoire de WGaule, t. IV, 1913, in-8°, p. 320.
4. Corpus inscriptionum latinorum, t. XIII, Ira partie, p. 477, n° 3079 ; cf.
l'interprétation de Robert Mowat, dans le Bulletin monumental, 1873, p. 11-37. Sur l'administration
de Tours, voir aussi Ernest Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule
romaine, t. III, 1885, in-4°, p. 441. Ptolémée mentionne le nom de Caesarodunum : «... πάλιν
ύπο τα είρημένα έθνη παρά μ£ν τον Λίγειρα τυγχάνουσι Τουρόνιοι, κ«\ πόλις αυτών
Καισαρόδουνον » (Ptolémée, Géographie, éd. C. Müller, Paris, 1901, in-4° (coll. Didot),
t. I, p. 216), et la Notitia provinciarum et civitatum Galliae indique que la cité des Turons
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIÈCLE 315

près tout ce que nous savons, pour la période du Haut-Empire, de cette


ville qui devait être appelée à se développer si considérablement au
cours des âges dans sa banlieue ouest et sud.

La ville de Tours, telle qu'elle existait jusqu'au xvine siècle, époque


à laquelle elle fut remaniée selon les plans de l'intendant Ducluzel, était
le résultat de la réunion dans une même enceinte bâtie à partir de 1354 1
de l'antique cité de Caesarodunum et du bourg construit à moins d'un
kilomètre à l'ouest, autour de la collégiale Saint-Martin : ce bourg,
après avoir porté au temps carolingien le nom de Martinopolis, s'appela
pendant tout le moyen âge Châteauneuf 2.
Caesarodunum, qui n'«est déjà plus connu de Grégoire de Tours que
sous le nom de Urbs Turonica*, était limité à la fin des temps antiques
dans un espace fort exigu, borné par une enceinte connue depuis
longtemps, étudiée maintes fois par de nombreux archéologues depuis le
milieu du xixe siècle, et encore apparente sur les plans de la ville
d'après le tracé des rues et la configuration du quartier*. Cette enceinte
de murailles épaisses de 4m30, bâties en petit appareil sur des fondations
formées de gros blocs assemblés sans mortier, parmi lesquels on trouve
un grand nombre de pierres sculptées, des débris importants d'anciens
monuments, des fûts de colonnes de grandes dimensions, est encore
visible en plus d'un point de la ville actuelle5. On a même retrouvé la
trace d'une brèche qui pourrait être celle qu'y firent les Normands
pendant le siège de 903, brèche réparée en moyen appareil·, Cette enceinte,
percée de deux portes, l'une à l'ouest, l'autre à l'est, est fixée avec
précision : la face nord longeait la Loire ; la face ouest était presque
exactement parallèle à la rue Lavoisier ; la face sud formait avec elle un

était la métropole de la IIIe Lyonnaise (Notitia dignitatum, éd. Otto Seeck, Berlin, 1876,
in-8°, p. 264).
1. E. Giraudet, op. cit., 1. 1, p. 142-146 et 164-168.
2. S. Bellanger, La Touraine ancienne et moderne, Paris, 1845, in-8°, 615 p., p. 147.
3. Auguste Longnon, Géographie de la Gaule au VIe siècle, Paris, 1878, in-4°, x-653 p.,
p. 243.
4. Sur l'enceinte gallo-romaine da Tours, cf. Massé, Rapport sur les monuments du
département d'Indre-et-Loire, dans Bulletin monumental, 1838, p. 279-282 ; comte de Galembert,
op. cit.; A. de Gaumont, Rapport verbal fait à la Société française d'archéologie dans ses
séance» des 20 novembre 18SS et 2 septembre 1866 sur divers monuments et sur plusieurs
excursions archéologiques, dans Bulletin monumental, 1856, p. 491-497, et Rapport verbal sur une
excursion archéologique faite au Mans, en Touraine et en Poitou, et sur d'autres inspections,
Ibid., 1857, p. 533-537; A. Salmon, L'amphithéâtre gallo-romain de Tours d'après les
chartes, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. III, 1857, p. 217-227 ; Gh. de Grandmai-
son, Note sur la construction de l'enceinte antique de Tours, dans Mémoires de la Société
archéologique de Touraine, t. XI, 1859, p. 232-235, et Tours archéologique, histoire et
monuments, Paris, 1879, in-8°, vm-248 p., p. 9 ; Adrien Blanchet, Les enceintes romaines de la
Gaule, élude sur l'origine d'un grand nombre de villes françaises, Paris, 1907, in-8°, m-326 p.
et 21 pi., p. 39-44 et pi. XVI ; H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, dans Bulletin de la
Société archéologique de Touraine, t. XXVII, 1938, p. 175-199.
5. R. Ranjard, La Touraine archéologique, Tours, 1930, in-12, 659 p., p. 41-46.
6. Ibid., p. 41.
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angle légèrement obtus, et, après un tracé rectiligne assez court,


s'infléchissait au sud en une ligne semi-circulaire, avant de rejoindre par
un autre segment droit le mur est. L'hémicycle du sud, après avoir
longtemps intrigué les archéologues^ a été étudié par la Société
archéologique de Touraine qui y a reconnu de façon indubitable la moitié
méridionale d'un amphithéâtre de grandes dimensions1. L'enceinte
gallo-romaine de Tours se présente donc comme une muraille bâtie à
une époque assez tardive, peut-être au moment ou à la suite de la
grande invasion barbare de 275 2, en se servant des matériaux fournis
par la destruction de monuments de toutes sortes, pour parer au plus
urgent. C'est ainsi que le massif constitué par la muraille méridionale
de l'amphithéâtre fut utilisé pour former une portion considérable de
cette enceinte. Outre les deux portes déjà citées, qui correspondaient
aux accès d'une voie très importante allant d'Orléans à Candes et
traversant la ville3, la muraille était percée de deux poternes situées de
part et d'autre de l'amphithéâtre ; l'une d'elles, la plus à l'est, a été
retrouvée dans un état de conservation à peu près parfait4.
Les monuments qui étaient inclus dans cette enceinte sont, eux aussi,
assez bien connus. C'étaient l'amphithéâtre6, la basilique située à
l'emplacement de l'église Notre-Dame-de-la-Basochee, c'est-à-dire dans la
partie sud-est de la ville ; le palais du gouverneur, situé dans l'angle
nord-est où se trouvent actuellement les vestiges de l'ancienne
chapelle Saint- Libert '; les thermes situés au nord de l'actuelle place
Grégoire de Tours, et dont le souvenir fut perpétué au moyen âge
par l'existence du siège de la Justice des Bains appartenant au
chapitre de la cathédrale8. Nous pouvons encore conjecturer qu'il
existait dans la ville un château, fort probablement situé là où s'éleva
jusqu'au xviii6 siècle le château de Tours, à proximité immédiate du
passage de la Loire9. Enfin, la présence dans les fondations de la muraille

1. Comte de Galembert, op. cit., p. 237-255.


2. Cf. L. Homo, Essai sur le règne de l'empereur Aurélien (270-276), Paris, 1904, in-8°,
393 p. et pi. [Bibliothèque dea Écoles françaises d'Athènes et de Rome, t. LXXXIX), p. 210-
213.
3. Sur cette voie, cf. Jacques Soyer, Les foies antiques de l'Orléanais, dans Mémoires de
la Société archéologique et historique de l'Orléanais, t. XXXVII, 1936, p. 1-108, et tirage à
part, et J. Boussard, Les voies romaines de la Civitas Turonum, communication à la Société
des Antiquaires de France, 1946.
4. A. de Caumont, Rapport verbal sur une excursion archéologique faite au Mans, en
Touraine et en Poitou..., p. 533-537 ; H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, p. 198-199.
5. Cf. Massé, Rapport sur les monuments..., p. 279-282; comte de Galembert, op. cit.;
A. de Caumont, Rapport verbal.. . sur divers monuments et sur plusieurs excursions...,
p. 491-497; A. Salmon, op. cit.; H. Auvray, op. cit., p. 236-242.
6. Ch. de Grandmaison, lac. cit.; H. Auvray, op. cit., p. 251-253 : l'auteur semble ajouter
foi à l'hypothèse d'un palais impérial contigu à la basilique, d'après une légende rapportée
par Maan.
7. A. Salmon, loe. cit.
8. Note manuscrite de Dom Housseau publiée par Lambron de Lignim, dans Mémoires
de la Société archéologique de Touraine, t. III, 1847, p. 59-60 ; H. Auvray, op. cit., p. 254-255.
9. Le seul vestige subsistant du château de Tours est la Tour de Guise.
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des me-ive siècles, à l'angle nord-est, de débris d'un édifice de grandes
dimensions, blocs de pierre énormes et difficilement transportables,
permet de supposer que cette partie de la ville renfermait peut-être un
temple *.
Quant aux environs de la ville ainsi délimitée, nous savons seulement
qu'un édifice se trouvait sans doute à peu de distance à l'ouest : des
vestiges en ont été retrouvés dans les fondations du Crédit lyonnais,
dans l'actuelle rue Nationale, et les comptes de la ville de Tours pour les
années 1363-1364, époque de la construction de l'enceinte qui réunit
Tours et Châteauneuf, mentionnent peut-être l'existence d'un temple
qui subsista jusqu'à cette époque, où il fut abattu 2.
Il faut enfin mentionner, dans la banlieue assez éloignée, de l'autre
côté de la Loire, les très importantes ruines de la villa gallo-romaine
de Châtigny, dont la décoration a été étudiée par M. A. Blanchet3, et
nombre d'autres villas dont l'existence a été signalée par M. Lhuillier4.

Nous sommes également assez bien renseignés sur la topographie de


la plaine au milieu de laquelle était bâtie la ville de Caesarodunum.
Nous savons, par le niveau auquel a été retrouvée en 1857 la poterne
sud-est du mur gallo-romain, que le sol de la ville s'est élevé depuis le
ive siècle de l^O environ6. La ville était bâtie sur une faible eminence
qui n'était jamais submergée par les crues de la Loire et du Cher6. A
1,000 ou 1,200 mètres au sud, dans une légère dépression marquée
encore aujourd'hui par la courbe de niveau de 46 mètres, qui est
jalonnée grossièrement par la gare de triage, le jardin des Prébendes et la

1. Cf. communication de Ch. de Grandmaison, dans le Bulletin archéologique du Comité


des travaux historiques, 1883, p. 124-127.
2. Ch. de Grandmaison, Corniche antique trouvée à l'ouest de la rue Nationale à Tours, en
janvier 1894, dans Bulletin monumental, 1896, p. 482-486 ; H. Auvray (op. cit., p. 264)
conteste l'existence d'un temple en ce lieu. D'après lui, il s'agirait non d'un temple antique,
mais d'un établissement des Templiers. Quoi qu'il en soit, la découverte d'une corniche
laisse supposer l'existence d'un édifice à cet emplacement.
3. Cf. Ch. de Beaumont, La villa gallo-romaine de Châtigny, dans Bulletin de la Société
archéologique de Τouraine, t. XI, 1898, p. 155-162, et communication à la même Société,
Ibid., t. XIII, 1802, p. 84-85 ; du même, note dans le Bulletin monumental, 1893, p. 73-76 ;
Adrien Blanchet, Étude sur la décoration des édifices de la Gaule romaine, Paris, 1913, in-8°,
p. 164.
4. Lhuillier, Les viuas gallo-romaines, dans Bulletin de la Société archéologique de Tou-
raine, t. X, 1896, p. 291-300.
5. A. de Caumont, Rapport verbal sur une excursion archéologique faite au Mans, en Tou-
raine et en Poitou..., p. 533-537 ; Emile Mabille, Notice sur les divisions territoriales et la
topographie de l'ancienne province de Touraine, dans Bibliothèque de l'École des chartes,
1862, p. 309-332 ; 1863, p. 388-428 ; 1864, p. 232-258 et 321-366 ; 1865, p. 303-337. Il y a
peu de chose à tirer de l'article d'Auguste Chauvigné, Topographie de la plaine de
Caesarodunum, dans Bulletin de géographie historique et descriptive du Comité des travaux historiques,
t. XXIV, 1909, p. 37-47, qui suit les conclusions de Mabille, sans le nommer.
6. Chauvigné, Ibid. Les explorations menées par le baron H. Auvray dans les
substructions de l'amphithéâtre l'ont amené à découvrir que le sol avait été exhaussé d'environ
deux mètres dès l'époque romane, sans doute pour parer à une élévation du cours de la
Loire, qui, en temps de crue, baigne aujourd'hui le dallage des couloirs de l'amphithéâtre
(La Touraine gallo-romaine, p. 242).
318 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES

place Rabelais, coulait jusqu'au χνΐπθ siècle un bras du Cher, appelé


le Filet, qui ee jetait ensuite dans la Loire par le ruau Sa in te- Anne, à
l'ouest de Châteauneuf. L'ensemble de la plaine devait donc revêtir
l'aspect d'une prairie marécageuse sillonnée de ruisseaux. Il est
étonnant que la ville ait été bâtie sur cette rive de la Loire qui, sauf en cas
de crue, ne présentait pas de défense naturelle et devait avoir un climat
humide, alors que la rive nord, beaucoup plus élevée, et formant un
escarpement naturel d'une cinquantaine de mètres, devait offrir un
séjour plus agréable et au moins aussi sûr. Il semble que la véritable
raison du choix de cet emplacement fût la présence du carrefour de la
voie qui longeait la Loire sur la rive gauche, allant d'Orléans à Candes,
et de celles qui se dirigeaient vers Poitiers et vers le Berry1.
La connaissance du tracé exact des voies romaines dans cette région
est, en effet, très importante pour restituer la topographie de Tours à
l'époque gallo-romaine.
Sur la rive droite de la Loire, en un point fixé en face du pont de Saint-
Symphorien, se trouvait un carrefour où se rejoignaient les voies
menant à Angers, au Mans, à Vendôme et à Orléans2. Cet éventail de
routes se trouvant juste en face de la ville, il y avait certainement un
moyen de passage régulier d'une rive à l'autre. Ce passage n'était
sûrement pas un gué, la Loire étant alors beaucoup plus profonde
qu'aujourd'hui. Un bac est peu probable, car le fleuve était en cet endroit
coupé d'îles qu'il eût fallu contourner. Nous inclinons à penser, quoi
qu'on en ait dit, qu'il y avait à Tours un pont fixe, probablement en
bois. On a contesté son existence à l'époque mérovingienne, et on a
opiné pour un pont de bateaux, en se fondant sur un texte de Grégoire
de Tours, qui n'a jamais rien signifié de semblable8. Il est à peu près

1. Cf. J. Soyer, loc. cit., et J. Bouesard, loc. cit, ; H. Auvray, loc. cit., p. 171 et 174,
s'appuie sur l'existence de pilotis trouvés dans des fouilles pour avancer que la ville devait être
bâtie en plein marécage. Nous croyons que les pilotis se trouvaient seulement près du
ruisseau du Filet, La ville proprement dite était sur une eminence visible.
2. Ces voies ont été étudiées en détail dans J. Boussard, communication citée.
3. Cf. Lhuillier, La voie romaine d'Orléans à Tours, dans Bulletin archéologique du Comité
des travaux historiques, 1928-1929, p. 527-531. L'auteur s'appuie sur le texte de Grégoire
de Tours qui relate l'aventure du comte Leudaste emmenant ses prisonniers sur la Loire,
« super pontem qui duabus lintribus tenebatur » (Grégoire de Tours, Histoire des Francs,
livres J à VI, texte du manuscrit de Corbie, Β. Ν., ms. lat. 17665..., publié par Henri Omont,
Paris, 1886, in-8°, et livres VII-X, texte du ms. de Bruxelles, Bibliothèque royale de Bruxelles,
ms. 9403..., publié par Gaston Collón, Parie, 1893, in-8° [Collection de textes pour servir à
l'étude et à l'enseignement de l'histoire), 1. V, ch. xxxn, t. I, p. 192) ; il en conclut que
Leudaste se servait pour traverser la Loire d'un pont de bateaux, et que c'est un pont de ce
genre qui existait à Tours à l'époque mérovingienne. Mais ce texte ne dit rien de tel : rien
n'indique que Leudaste voulait traverser la Loire ; il voulait emmener ses prisonniers
auprès d" Frédégonde, et Grégoire de Tours ne dit pas où se trouvait la reine qui, d'après
la suite du récit, semble avoir séjourné à ce moment auprès de Soissons. Il ne s'agissait
probablement pas pour Leudaste de traverser la Loire d'une rive à l'autre, mais de faire
effectuer à ses prisonniers un voyage qui commençait par la voie fluviale. D'ailleurs, le
texte parle de deux bateaux, ce qui serait bien insuffisant pour constituer un pont sur la
_ CX.

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L·.
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIECLE 319

certain que la ville de Tours, comme Orléans, cité moins importante,


mais située comme elle au passage d'une route d'intérêt majeur,
possédait un pont1. Nous avons la bonne fortune de posséder un plan du
xvne siècle 2 donnant le relevé du tracé des remparts à cette époque, et
celui des principaux chemins qui sillonnaient la banlieue immédiate de
Tours. Rapproché d'un plan levé en 1751 et publié par Auguste Chau-
vigné8, il nous fournit de précieuses indications. Nous voyons d'après
ce plan que la voie venant de Déols, après avoir traversé le Cher à Saint-
Avertin et longé à l'est le château de Beaujardin, passait à l'ouest de la
maladrerie Saint-Lazare, située à peu de distance de la gare actuelle,
et se dirigeait vers le nord-est par le début de l'actuelle rue Bernard-
Palissy, pour entrer à Tours par une porte située dans l'alignement
exact de la rue Jules-Simon (ancienne rue Saint-Étienne), qui forme une
ligne droite sud-nord avec la rue Lavoisier (ancienne rue
Saint-Maurice), longeant le rempart ouest de Caesarodunum*.
Perpendiculairement à cet axe, la ville était traversée d'est en ouest
par la voie d'Orléans à Candes, marquée aujourd'hui par les rues Blan-
qui (ancienne rue Saint-Pierre-des-Corps), Albert-Thomas (ancienne
rue de la Caserne), Colbert et du Commerce. Au xvne siècle encore,
l'artère constituée par cette enfilade de rues portait le nom de Grande-
Rue5.
D'après le plan de la Bibliothèque de l'Arsenal, la voie venant de
Poitiers, après avoir traversé le Cher au pont Saint-Sauveur et franchi
le Filet, entrait à Tours par l'angle sud-ouest de l'enceinte. Or, il est
possible de la suivre à l'intérieur de l'enceinte de Tours sur le plan
d'Etienne Fouquet. Elle empruntait le tracé de la rue Saint-Éloi,
aujourd'hui rue Jules-Charpentier, dirigée Sud-ouest-Nord-est, longeait les
anciens remparts de Châteauneuf et suivait toujours dans la même
direction la rue de Clocheville. Si l'on prolonge cette dernière rue par la
pensée à travers les groupes de maisons bâties postérieurement, on
aboutit à l'ancienne Grande-Rue en un point situé à proximité
immédiate et à l'est de l'abbaye de Saint- Julien, fondée au temps de Grégoire
de Tours6.

Loire. Nous ne pouvons donc ríen inférer de ce récit qui ne nous donne la certitude ni de
l'existence ni de l'absence d'un pont fixe à Tours au vie siècle.
1. Orléans possédait un pont antérieurement à la conquête romaine (cf. César, Guerre
des Gaules, éd. Constane, 1. VII, eh. xi, t. II, p. 217 : « ... quod oppidum Cenabum pons
fluminis Ligeris contingebat »).
2. Bibliothèque de l'Arsenal, Estampes, 952, fol. 49.
3. Auguste Cbauvigné, Le plan de Tours de Estienne Fouquet en 1751, dans Bulletin de
géographie historique et descriptive du Comité des travaux historiques, 1901, p. 213-216 et
hors texte.
4. C'est à peu près le tracé donné d'après les fouilles par H. Auvxay, La Touraine gallo-
romaine, p. 258-259.
5. Cf. plan publié par le Dr Ranjard, op. cit., pi. I, en face la p. 10.
6. Une voie antique qui devait réunir, à l'époque chrétienne, Saint-Martin à la voie de
Poitiers a été découverte rue Descartes (H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, p. 265-266).
320 REVUE DES ETUDES ANCIENNES

Nous connaissons aussi par des trouvailles et des fouilles qui furent
faites au xixe siècle l'emplacement de plusieurs cimetières. Le plus
important semble avoir été situé au sud de la ville, le long de la voie de
Déols, à l'emplacement de la gare actuelle. Les travaux exécutés en

Fig. 1. — Les voies dans la plaine de Caesarodunum

1845 et en 1868 pour l'établissement du chemin de fer, mirent à jour un


grand nombre de vases, urnes et autres objets 1. Tout porte à croire que
ce cimetière est assez ancien et que les sépultures qu'il contenait étaient
païennes. Néanmoins le baron H. Auvray a fait remarquer qu'il contient

1. Cf. L. Palustre, op. cit., nos 24, 85, 164, 165, 177, 191, 193, 200 à 203, 205, 213 à 215,
219 à 223, 236, 275, 295 ; Pécard, Sépultures de l'âge de l'incinération découvertes à Tours,
dans Bulletin monumental, 1868, p. 350-351 ; H. Auvray, La Touraine gallo-romaine,
p. 293-296.
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIÈCLE 321

presque uniquement des poteries de Lezoux, ce qui doit le faire placer


seulement au 11e siècle. Un autre cimetière païen a été découvert à l'est
de Tours, en creusant le canal de la Loire au Cher1. Le long de la voie de
Candes se trouvait un cimetière qui, dès le me siècle, fut celui des
chrétiens. C'est, en effet, le lieu de la sépulture de saint Gatien, premier
évêque de Tours, qui, d'après Grégoire de Tours, y aurait été inhumé
vers l'an 300 2 ; il était situé dans le quartier actuel de la Riche, c'est-
à-dire à 1,200 ou 1,300 mètres de la ville. Enfin, un autre cimetière de
chrétiens, sans doute postérieur, se trouvait à peu près à égale distance
des voies de Candes et de Poitiers, à 800 mètres de la ville : c'est celui
où fut déposé le corps de saint Martin3. C'est autour de la basilique et
du tombeau du saint que se bâtit par la suite le monastère, puis
l'important bourg de Châteauneuf, dont l'enceinte, au moyen âge, formait
un carré parfait situé aux abords immédiats des deux grandes voies.
Il est à présumer que cette situation, outre l'attrait du pèlerinage et des
miracles, favorisa beaucoup le développement de cette agglomération.
Il est bon de remarquer également que l'abbaye de Saint-Julien fut
aussi construite tout près de ces deux voies, immédiatement au nord-
ouest de leur point de jonction. On pourrait, croyons-nous, faire une
étude suggestive des lieux où ont été fondées les abbayes tourangelles,
lieux qui semblent avoir été choisis de préférence à proximité des
routes, par exemple l'abbaye de Noyers près d'un important carrefour
au passage de la Vienne, et la Chartreuse du Liget fondée en 1173 par
Henri Π Plantegenet, dans la forêt de Loches, près de la voie d'Orléans
à Poitiers. En ce qui concerne les cimetières, nous ne pensons pas
qu'on puisse se fonder sur leur emplacement pour délimiter la ville
du Haut-Empire4, car ils pouvaient ne pas se trouver immédiatement
en dehors de ses limites.

L'importance du réseau routier qui rayonnait autour de Caesaro-


dunum et sa disposition spéciale suggèrent quelques réflexions.
On constate, en effet, que la ville, telle qu'elle est limitée par
l'enceinte du ΐνθ siècle, est traversée seulement par une voie, celle
d'Orléans à Candes, et que la voie menant au sud vers le Berry, et se raccor-

1. Cf. L. Palustre, op. cit., nos 165 et 221. Ce cimetière fut découvert près de l'hospice
de la Madeleine (Giraudet, op. cit., t. I, p. 31) ; H. Auvray, op. cit., p. 255-256.
2. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, éd. Omont et Collón, 1. X, eh. xxxi, t. II,
p. 197-198. Cf. communication de Mgr Chevalier dans le Bulletin de la Société archéologique
de Touraine, t. 1, 1870, p. 328-329.
3. S. Ratei, Du lieu de sépulture de saint Martin à Tours, dans le Bulletin de la Société
archéologique de Touraine, t. VII, 1888, p. 81-128 ; cet article s'appuie- sur les
renseignements fournis par Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours. Au temps de Grégoire, même
après l'érection de la basilique élevée par saint Perpet, le terrain 'environnant était encore
un cimetière, puisqu'il relate que des voleurs réussirent à entrer dans la basilique en
dressant sous une fenêtre une pierre tombale (Histoire des Francs, 1. VI, eh. vi, éd. Omont et
Collón, t. I, p. 206-207).
4. H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, p. 293-296.
322 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES
I
dant au nord, après le passage de la Loire, à l'éventail de routes qui |
partent de la rive droite dans toutes les directions, c'est-à-dire une
artère de la plus grande importance, se trouve en dehors du rempart
qui la suit à quelques mètres de distance. Serait-ce aussi par hasard
que l'embranchement de Poitiers se trouve à 400 mètres de la porte
ouest, c'est-à-dire à une distance à peu près égale à la longueur du
quadrilatère circonscrit par l'enceinte? Rapprochons ces observations du
fait que la ville de la fin du me siècle est occupée pour une grande
partie par la moitié septentrionale des arènes, et que le reste de sa
superficie contenait un certain nombre de monuments importants, que
tous ces monuments, enfin, n'ont pu, à partir de la construction des
remparts, être utilisés à leurs fins normales, mais ont dû être détruits
ou aménagés pour servir de logements. La conclusion s'impose : à la
suite d'une catastrophe, qui est probablement l'invasion barbare de
275, la population survivante s'est rassemblée dans un quartier de la
ville primitive qu'elle a aménagé pour pouvoir y vivre, mais qui était
loin de représenter la totalité de l'espace habité antérieurement. Bien
plus, ce quartier auquel était réduite l'agglomération tourangelle, était
celui des monuments publics et officiels, dans lequel des constructions
massives, comme l'amphithéâtre ou le palais, offraient au milieu de la
destruction environnante des parties de murailles suffisamment solides
pour avoir résisté et pour devenir les points d'appui de la nouvelle
défense.
Il est caractéristique que l'ensemble de monuments que les vestiges,
la toponymie et la tradition historique nous font connaître, se trouvent
concentrés dans cet espace, et on peut avoir la quasi-certitude que ce
quartier officiel de la cité était celui du forum de la ville du ier siècle.
Cette hypothèse est renforcée si l'on s'appuie sur les données exposées
jusqu'ici. En effet, si la ville du ΐΘΓ siècle était, comme il est hors de
doute, plus étendue que celle du ive, le carrefour des voies nord-sud et
est-ouest se trouvait compris dans son aire. On peut affirmer que la voie
nord-sud figurée aujourd'hui par les rues Lavoisier et Jules-Simon était
le cardo, et que la voie est-ouest représentée par les rues Blanqui, Albert-
Thomas et Colbert était le decumanus. Dans ces conditions,
l'embranchement des voies de Candes et de Poitiers devait se placer à proximité
immédiate de la porte ouest de la cité, qui aurait eu ainsi une superficie
environ quadruple de celle de la ville du ive siècle, le quart nord-est de
son aire étant réservé au quartier des monuments publics : thermes,
palais, amphithéâtre et basilique. Le forum devait s'étendre
immédiatement au sud du decumanus, entre cette voie, l'amphithéâtre et la
basilique.
Seules, des fouilles opérées dans les terrains actuellement déblayés à
la suite des destructions de 1940 dans le quartier de Saint-Julien
pourraient apporter une véritable certitude quant à l'étendue de la ville du
ÉTUDE SUB LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIECLE 323

Ier siècle, et à ses limites. Néanmoins, l'examen des routes et les déductions
logiques faites d'après la topographie de Tours et son remaniement au
ive siècle, permettent de penser avec beaucoup de vraisemblance que la
limite ouest de la ville passait à proximité de la rue Voltaire actuelle ;
quant à sa limite sud, les conjectures qu'on peut faire sur sa place sont
beaucoup plus vagues. Le baron Auvray1 pensait que la ville s'étendait
très loin vers le sud et l'ouest, presque jusqu'à Saint-Martin et
jusqu'aux boulevards Béranger et Heurteloup. Les nombreuses découvertes
de vestiges faites en ces points ne prouvent pas que la ville même
s'étendait jusque-là, car des villas importantes avaient pu se construire près
des routes. Au reste, si la ville du Haut-Empire, comme il est probable,
n'avait pas de murailles, la ville primitive a dû normalement s'accroître
sans tenir compte du périmètre et de l'ordonnance établis par ses
fondateurs.

Pouvons-nous, d'après ces données, tenter de reconstituer l'aspect


monumental de Caesarodunum au ier siècle?
L'amphithéâtre est bien connu. La très belle exploration
archéologique qui en a été faite en 1853 par les membres de la Société
archéologique de Touraine et, de nos jours, par le baron Auvray ne laissent
aucun doute sur son plan et ses dimensions2. Cet édifice mesurait
144 mètres sur son grand axe (nord-sud) et 124 mètres sur le petit (est-
ouest). Quatre couloirs voûtés suivaient la direction de ces axes et
menaient à l'arène. Celle-ci mesurait environ 70 mètres sur 50. Les
constructions établies au cours des âges sur l'emplacement de cet
amphithéâtre et appuyées aux pans de murailles qui subsistent ne
permettent pas de se faire une idée exacte de la disposition des gradins,
des couloirs, des substructions et de la décoration. Cependant, en 1858,
les travaux effectués pour établir les fondations d'une chapelle au centre
de l'amphithéâtre mirent à jour un escalier attenant à la paroi
extérieure des murs de précinction, escalier fort bien conservé sur une
longueur de 7 à 8 mètres. Les mêmes travaux permirent de se rendre
compte que les gradins étaient posés sur une masse de falaise, terre
a rgilo -siliceuse de la vallée de la Loire, et firent découvrir deux
médailles de bronze, d'Auguste8. Ces trouvailles permettent donc
'd'affirmer que l'amphithéâtre avait été construit en creusant d'un côté au
moins le sol de la petite eminence sur laquelle était bâtie la ville. Ses
dimensions, ainsi que la disposition des couloirs qui menaient à l'arène,
sont d'une frappante analogie avec celles de l'amphithéâtre d'Arles4.

1. H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, p. 293-296.


2. Cf. eomte de Galembert, op. cit., p. 343-352.
3. Comte de Galembert, Lettre à M. de Caumont sur quelques monuments d'Indre-et-
Loire, dans le Bulletin monumental, 1858, p. 343-352.
4. L.-A. Constane, Arles antique, Paris, 1921, in-8°, xvi-426 p. et hors texte (Bibliothèque
des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, t. CXIX), p. 298-324.
324 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES

U est probable, étant donné la découverte des deux bronzes d'Auguste


faite au centre, que sa construction date au plus tard du milieu du
Ier siècle.
A 100 mètres à l'est de l'amphithéâtre, se trouvait la basilique. De cet
édifice, il ne reste rien que le nom de l'église Notre-Dame-de-la-Basoche,
qui s'est perpétué pendant tout l'Ancien Régime, et subsiste dans la
dénomination de la rue voisine. Au xvine siècle, Dom Housseau, dans

Fig. 2. — Le quartier Nord-Est de Tours


et l'enceinte du ive siècle
(Le pointillé indique les rues actuelles)

une note qui fut publiée en 1847 par Larhbron de Lignim et dont les
conclusions ont été reprises par Salmon, avait fait valoir les arguments
qui fixent l'emplacement de cette basilique. Deux diplômes de Charles
le Simple, dont l'un reprend les termes d'un acte de Louis III,
mentionnent l'échange conclu entre Hugues l'Abbé, comte de Tours, et les
chanoines de Saint-Martin, de 96 perches de terre sises au lieu dit « la
Salle Maudite », qui, depuis que le corps de saint Martin y a été déposé,
s'appelle « la Maison-Dieu » ; ce terrain est situé entre la porte
d'Orléans et les Arènes1. Or, le lieu dans lequel fut déposé le corps de saint

1. Cf. la communication de Lambron de Lignim, dans les Mémoires de ία Société


archéologique de Touraine, t. III, 1847, p. 59-60, contenant le texte de la note de Dom Houeseau ;
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIECLE 325

Martin en 843 est l'église de la Basoche. Le nom de « Salle Maudite »


nous apprend qu'à cette époque l'édifice antique subsistait et qu'un
souvenir de paganisme lui restait attaché. Ces données situent donc
l'emplacement de la basilique de Caesarodunum.
Les mêmes actes nous renseignent aussi sur la position du palais.
Sur la foi de Maan x — autorité d'ailleurs fort sujette à caution — on a
perpétué la tradition d'un palais impérial où aurait séjourné l'empereur
Valen tinien, palais situé contre la basilique. Sans entrer dans de telles
précisions, le texte des actes de Charles le Simple fixe de façon
indubitable qu'il existait au ΐχθ siècle à Tours une résidence comtale. Le
terrain situé à la Basoche est, en effet, échangé contre un espace
équivalent sis « ad comitatum », près de la Loire, et l'échange s'explique
d'autant mieux que le comte Hugues acquérait ainsi un terrain touchant à
sa résidence. Or, dans une ville aussi exiguë que celle qui était limitée
par les remparts du ΐνθ siècle, il ne devait pas être facile de trouver un
édifice assez vaste pour loger décemment le personnage principal de la
cité. H y a tout lieu de penser que le comte carolingien a résidé à la
même place que son prédécesseur mérovingien, lequel était
vraisemblablement installé dans un ancien palais impérial. Il est donc infiniment
probable que le palais gallo-romain se trouvait à l'emplacement exact
de ce palais comtal qui est fixé avec précision par les textes dans l'angle
nord-est des remparts*, à côté de la chapelle Saint-Libert, dont les
vestiges existent encore8.
De plus, les Thermes, aujourd'hui complètement disparus, ont laissé
leur souvenir dans la dénomination de la Justice des Bains,
appartenant au chapitre de la cathédrale, et dont le siège se trouvait dans les
bâtiments capitulaires situés au nord de l'actuelle place Grégoire-de-
Tours4. On ne peut affirmer avec une entière certitude que le monument
occupait cet emplacement exact, mais c'est là une conjecture fort
vraisemblable.
Enfin, l'angle nord-est des murailles ayant été détruit en 1883 sur
une longueur de 55 mètres6, on trouva là, comme partout ailleurs sur

Salmon, loe. cit. ; les actes citée sont publiée par M. Ph. Lauer, Recueil des actes de Charles III
le Simple, roi de France, Paris, 1940, in-4°, t. I, n° 46, p. 100, et n° 101, p. 237.
1. Jean Maan, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, Tours, 1667, in-fol., préface,
paragraphe XI, parle du palais de Valentinien transformé en une église dédiée à la Sainte
Vierge, mais les données de cet auteur sont des plus confuses.
2. « Ex parte Ligeris, cum ecclesia, et muro, et poaterula » (Actes de Charles III le Simple,
n° 101, t. I, p. 237).
3. Ranjard, op. cit., p. 45.
4. Sur la Justice des Bains, Dom Housaeau avait formulé les mêmes conclusions dans la
note citée plus haut (Lambron de Lignim, loc. cit.). Le Dr Giraudet [op. cit., t. I, p. 24)
mentionne des fragments de voûtes et d'aqueduc qui auraient été retrouvés auprès du siège
de cette justice.
5. Cf. communication de Gh. de Grandmaison, dans Bulletin de la Société archéologique
de Touraine, 1883, p. 124-127.
326 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES

le tracé des remparts, un mur de 4m30 d'épaisseur, en blocage revêtu


de petit appareil à chaînage de briques, reposant sur des fondations de
gros blocs assemblés sans mortier. Parmi ces blocs se trouvaient des
fragments de bas-reliefs, et des fûts de colonnes de 0m85 et 0m95 de
diamètre, un chapiteau composite d'un mètre de haut, et un fragment
de bas-relief représentant la partie inférieure d'un personnage dont le
pied mesure 0m40 de longueur. Étant donné la dimension de ces débris,
il est peu probable qu'ils aient été amenés d'un point éloigné, et il y a
lieu de penser qu'il s'agissait d'un édifice de grandes dimensions,
probablement un temple, qui fut détruit pour bâtir le rempart, et dont les
matériaux furent utilisés sur place. Si l'on appliquait à ces vestiges le
canon des proportions de l'ordre composite, on serait amené à conclure
que ces colonnes devaient avoir une hauteur d'environ 16 à 18 mètres,
en y comprenant la base et le chapiteau, que l'édifice entier pouvait
mesurer à la partie supérieure de l'entablement une hauteur de 19 à
21 mètres, que, s'il avait quatre colonnes en façade, sa largeur pouvait
être de 16 mètres, et de 26 mètres s'il en avait six. Ces dimensione
semblent exagérées, la Gaule n'offrant pas d'exemple de temples de
pareille taille ; le canon n'était d'ailleurs pas toujours respecté, et le
chapiteau trouvé avec les colonnes, quoique leur appartenant
certainement, est loin de présenter avec elles un rapport parfait. Néanmoins,
le personnage dont on a retrouvé le pied, et qui devait mesurer environ
2m70 de hauteur, cadrerait parfaitement avec un fronton haut de 3 à
5 mètres, c'est-à-dire une proportion comprise entre 1 /9e et 1 /5e d'une
façade calculée comme nous l'avons fait1.
Tous ces monuments semblent disséminés autour d'un espace vide,
trapézoïdal, d'une centaine de mètres du nord au sud, et de 80 mètres
de largeur environ à sa partie nord, partie que traversait ou longeait
la voie d'Orléans à Candes. Cet espace, qui n'était pas bâti au ixe siècle 2,
représente sans aucun doute l'ancien forum limité au nord par le palais
et le temple, au sud par la basilique, à l'ouest par l'amphithéâtre, et
sù"r lequel se trouvait certainement aussi une curie, dont tout souvenir
a disparu. On voit donc que la partie nord-est de la ville du Ier siècle,
celle qui fut enclose dans les remparts du ΐνθ siècle, était un quartier
à peu près dépourvu d'habitations, et consacré à un ensemble de
monuments officiels de caractère imposant.
Mais l'aspect monumental de Caesar odunum ne se bornait pas à ce
groupement grandiose. Nous avons mentionné l'existence d'un édifice
qui subsista peut-être assez longtemps. Il devait être situé en dehors
de la ville, et son emplacement se trouve justement à proximité immé-

1. Cagnat et Chapot, Manuel d'archéologie romaine, Paria, 1917-1920, in-8°, 2 vol., t. I,


p. 40 ; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t. I, 2e partie,
Paria, 1887, in-4°, p. 1338-1350.
2. Cf. supra.
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIECLE 327

diate du trajet restitué de la voie de Poitiers, dans l'axe de la rue de


Clocheville, avant la jonction de cette voie antique avec celle de Candes,
c'est-à-dire à 200 ou 300 mètres de la porte ouest de la ville du ier siècle.
C'était sans doute un monument bâti dans la proche banlieue de la
ville ; il n'avait pas les proportions imposantes du temple présumé
situé au nord-est du forum. En effet, on n'a retrouvé de lui qu'un
fragment de corniche sculptée de 0m70 de hauteur1, ce qui conviendrait à
un édifice de 5 mètres de haut à l'entablement, avec des colonnes de
4 mètres.
Quant à la ville elle-même, son aire, nous l'avons vu, n'est pas
nettement délimitée ; noue ne savons même pas quelle était sa forme. Était-
elle rectangulaire, ou, au contraire, ovale, comme celle d'un bon nombre
de cités de la Gaule2? Seules, des fouilles méthodiques pourraient nous
l'apprendre.
Un fait est hors de doute : à côté de l'agglomération proprement dite,
se trouvaient de nombreuses villas, dont les vestiges ont été retrouvés
au cours de travaux exécutés au χΐχθ et au xxe siècle. Nous pouvons,
en effet, grouper sur quelques points précis les trouvailles d'objets
divers, figurines, vases, bronzes, etc., qui ont été mis au jour en dehors
des gisements qui révèlent l'existence de cimetières. Nous pouvons ainsi
fixer un certain nombre de lieux habités situés l'un boulevard Béranger,
près de la Caisse d'épargne ; un autre, non loin de là, sur l'emplacement
du Palais de Justice ; un autre, à proximité du lycée Descartes, sur
l'emplacement du couvent des Minimes ; un autre enfin, boulevard Heurte-
loup s. La disposition de ces gisements permet de penser que ces
habitations se trouvaient échelonnées non loin des routes. En tout cas, la
plaine aux abords de Caesarodunum, de même que les vallées du Cher
et de la Loire, était certainement couverte d'habitations disséminées
formant une sorte de banlieue à la ville, et augmentant la population
d'une foule de suburbains.

Quelle était au juste la population de Caesarodunum au ier et au


ive siècle? Pour cette deuxième période, l'évaluation est rendue moins
malaisée, parce que nous disposons d'une aire franchement délimitée
par le quadrilatère des remparts. La superficie peut en être calculée

1. Gh. de Grandmaison, Corniche antique trouvée... en janvier 1894, p. 428-486.


2. L.-A. Constane, op. cit., p. 219. M. Ferdinand Lot pense que les villes du Haut-Empire
ne devaient pas avoir de remparts et offraient probablement l'aspect de cités rurales, où
les habitations étaient disséminées et entourées de jardins (F. Lot, La Gaule, Parie, 1947,
in-12, 589 p., p. 285).
3. Cf. Palustre, op. cit., n0" 143, 147, 154, 157, 159, 161, 168, 176, Í82, 186, 192, 195, 196,
198, 204, 207, 210, 234, 250, 255, 274, 278, 281, 282. Sur les fouilles du Palais de Justice,
dont les résultats n'ont pas été notés avec le soin désirable, un passage de S. Beilanger
(op. cit., p. 99), qui avait dû les voir, enumere les objets qui y furent trouvés, et qui
appartenaient visiblement à une importante villa. Toutes ces trouvailles ont été classées et
étudiées par H. Auvray, La Touraine gallo-romaine, p. 256-283.
328 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES

exactement : elle est de 9 hectares 23 pour un périmètre de 1,155 mètres1.


Or, dans ses études sur la population urbaine au cours des âges2,
M. Ferdinand Lot a pu établir, grâce à une série de documents très
précis, le chiffre de la population d'une ville de superficie exactement
pareille : denoble. Il conclut que la population de Grenoble dans
l'antiquité n'a jamais dépassé ni peut-être atteint le chiffre de 2,000 à
2,500 habitants3. Nous avons vu que, dans la ville de Tours, les
habitants se sont entassés au ive siècle dans l'espace libre, y compris l'aire
de l'amphithéâtre détruit ; néanmoins, un espace important était
encore désert au ΐχθ siècle, et tout porte à croire qu'il l'était resté depuis
la construction des remparts : c'était le forum ; cette circonstance
réduit de près d'un hectare l'espace laissé libre pour l'habitation. On peut
donc admettre pour la population de Tours depuis le ΐνθ siècle un
chiffre d'environ 2,000 habitants ; nous donnons d'ailleurs ce chiffre
pour fixer un ordre de grandeur, et il va de soi que cette évaluation est
tout à fait approximative. Il n'en est pas de même pour la ville du
ier siècle, pour laquelle l'évaluation est beaucoup plus difficile. Si l'on
admet que son aire était à peu près rectangulaire — ce qui serait
normal pour une ville située en pays plat et sur le bord d'un fleuve — et
qu'elle s'étendait à peu près, en longueur, jusqu'à la rue Voltaire ou à la
place Foire-le-Roi, et en largeur, dépassait assez largement
l'alignement de l'amphithéâtre, on obtiendrait un quadrilatère de 650 mètres
sur 500 environ, englobant une superficie d'une trentaine d'hectares,
soit le triple de la ville du ive siècle. Il faudrait, en outre, tenir compte
du vaste espace dépeuplé que formait le quartier du forum et des
monuments. On arriverait avec assez de vraisemblance à un chiffre voisin
de 6,000 habitants. Ce ne sont évidemment là que des hypothèses, mais
elles acquièrent une certaine vraisemblance, si l'on songe à Tampleur
des monuments que nous avons mentionnés.
Le temple avait des dimensions qui supposent une ville florissante
et prospère, et qui s'harmonisent avec celles de l'amphithéâtre, qui, lui,
nous est connu avec précision. D'après sa taille, on peut, semble-t-il,
évaluer le nombre de places qu'il contenait à 24,000 ou 25,000, comme
à Arles. Ce chiffre était évidemment prévu non seulement pour la
population urbaine, mais aussi pour celle de la banlieue, et même de la
campagne éloignée. Est-il exagéré de penser qu'au moment des fêtes, parmi
les spectateurs qui y prenaient place, l/8e étaient des citadins? C'est
la proportion qui résulte des études faites sur Arles. Nous avons vu que
l'amphithéâtre de Tours était, à très peu près, de mêmes dimensions

1. Adrien Blanchet, Les enceintes romaines..., p. 39-44.


2. Ferdinand Lot, Recherches sur la population et la superficie des cités remontant à la
période gallo-romaine, lre partie, Paris, 1945, in-8°, xv-223 p. (Bibliothèque de l'École des
Hautes-Études, section des sciences historiques et philologiques, fase. 287, p. 44-73).
3. Ibid., p. 73.
ÉTUDE SUR LA VILLE DE TOURS DU Ier AU IVe SIECLE 329

que celui d'Arles· Or, la cité d'Arles avait au Ier siècle une enceinte de
1,640 mètres de tour1 et de 15 à 16 hectares de superficie2, espace grevé,
lui aussi, de nombreuses places inhabitables, mais doté d'un important
faubourg. Or, M. Lot évalue la population de cette cité à 5,000 habitants
environ 8. Il semble que le chiffre de 6,000 soit le maximum auquel on
peut raisonnablement s'arrêter pour la population de Caesarodunum
au Ier siècle.

Telles sont les données conjecturales que l'étude archéologique des


vestiges gallo-romains permet de rassembler. Cette étude, malgré la
rareté des points acquis, permet de reconstituer dans l'ensemble
l'aspect topographique et monumental de cette cité du i3r siècle, fondée
dans un lieu que sa situation au carrefour de deux artères fluviales
importantes et au point de jonction de voies terrestres qui
correspondaient à des régions naturelles diverses devait faire prospérer et devenir
au moyen âge l'enjeu de luttes sans merci entre le comte de Blois, le
comte d'Anjou et le roi de France.
J. BOUSSARD.

1. L.-A. Constane, op. cit., p. 219.


2. F. Lot, Recherches aia· la population..., p. 166.
3. Ibid., p. 170.

Rev. Et. one. 22

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