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LES BASES NEURALES DE L’HABITUS

par Jean Pierre Changeux

Le Colloque de rentrée du Collége de France Croyance, raison, déraison me donne l'occasion


de rendre hommage á un aspect peu reconnu et cependant sous-jacent á l'ensemble de l'oeuvre
de Pierre Bourdieu: son authentique intérét pour les sciences du cerveau. Sans doute est-ce
encore dans l’habitus des épigones de Bourdieu, dans les champs sociologique, historique et
philosophique, que de rester insensibles á ces savoirs que lui-méme cependant respectait
vraiment; et c'est pour-quoi j'ai pris le risque d'écrire un premier et bref essai sur les « Bases
neurales de l’habitus». De plus, le concept d’habitus, central dans la pensée de Bourdieu, offre,
me semble-t-il, une grille d'interprétation adéquate au théme de ce colloque. Aux structures
objectives des champs, qui s'examinent de maniere rationnelle et consciente, Bourdieu
n'oppose-t-il pas l’habitus, qui mobilise la subjectivité des systémes de croyance et des
mémoires symboliques de l'individu?
Que les spécialistes pardonnent ma méthode, certainement trop réductrice. J'ai tout
simplement recherché dans l'oeuvre écrite de Bourdieu les passages oú le cerveau et les
processus qui l'investissent sont mentionnés explicitement. Ces textes ont ensuite servi de point
de départ á un nouvel examen de ses réflexions, á un enracinement de leur contexte dans les
connaissances scientifiques recentes, quitte á mener le débat au-delá de sa propre visée
philosophique, quitte á se trouver confronté au probléme classique, oú le systéme qui produit de
l'objectivité est lui-méme l'objet d'un travail collectif de confrontation critique, constitutif de
l’objectivité qu'il est censé produire... Á ma connaissance, Bourdieu ne s'est pas embarrassé de
cette difficulté. Penseur du concret, fidéle á une «physique sociale» bien ancrée dans ses
synapses, Bourdieu examine les faits sociaux comme des «objets physiques». Au point que l'on
peut méme se demander s'il n'a pas délibérément étendu le concept aux authentiques états
physiques cérébraux que sont les assemblées de neurones que nous formons dans notre cerveau
: les «objets mentaux»! En d'autres termes, il ne me semble pas nécessaire de «naturaliser» la
pensée de Bourdieu, puisqu'elle l'est dejá!
«Le monde est compréhensible, écrit-il dans les Méditations pascaliennes (1997),
immédiatement doté de sens, parce que le corps qui, gráce á ses sens et á son cerveau, a la
capacité d'étre présent á l'extérieur de lui-ménie, dans le monde, et d'étre impressionné et
durablement modifié par lui, a été longuement (des l'origine) exposé á ses regularites» (MP, p.
163). Bourdieu adopte non seulement la position du neurobiologiste naturaliste, mais celle du
naturaliste évolutionniste - méme si ce dernier aspect reste peu développé dans son ceuvre.
Examinons en préliminaire deux passages oú Bourdieu situé d'emblée la notion d'habitus dans
un contexte neurobiologique et évolutionniste. Dans les Méditations pascaliennes, il mentionne
«une prédisposition naturelle des corps humains, la seule [...] qu'une anthropologie rigoureuse
soit en droit de présupposer, la conditionnabilité comme capacité naturelle d'acquérir des
capacites non naturelles, arbitraires» (MP, p. 163), et il poursuit ainsi: «Nier l'existence de
dispositions acquises, c'est [...] nier l'existence de l'apprentissage comme transformation
sélective et durable des corps qui s'opere par renforcement ou affaiblissement des connexions
synaptiques (Changeux, 1983) [...]. C'est la fonction de la notion d'habitus qui restitue a l'agent
un pouvoir générateur et unificateur, constructeur et classificateur [...], capacité [...] d'un corps
socialisé» (MP, p. 164).

Et dans Réponses de 1992, Bourdieu poursuit en nous expliquant que «l'esprit humain est
socialement limité [...] enfermé dans les limites du cerveau», c'est-á-dire «dans les limites du
systéme de catégories qu'il doit á sa formation. L'objet propre de la science sociale [...] est la
relation entre deux réalisations de l'action historique: les habitus, systémes durables et
transposables de schémas de perception, d'appréciation et d’action qui résultent de l'institution
du social dans les corps [...] l’habitus est une subjectivité socialisée [...], et les champs,
systémes de relations objectives qui sont le produit de l'institution du social dans les choses ou
dans les mécanismes qui ont la quasi-réalité des objets physiques» (R, p. 102).
Notons tout de suite que Bourdieu utilise deux termes qui nous concernent et ne sont pas
nécessairement interchangeables dans ses écrits: celui de corps et celui de cerveau. Certes, il n'y
a pas de cerveau sans corps, ni de corps sans cerveau. Si, pour le sociologue, l'interface critique
entre individu et société est d'abord l'enveloppe corporelle, il nous faut cependant admettre que
tant appareils sensoriels et vécu proprioceptif que processus d'apprentissage relévent en
définitive d'états cérébraux qui, pour reprendre les termes mémes de Bourdieu, ont la « quasi-
réalité des objets physiques». Les bases neurales de l’habitus, dont il sera question ici,
s'appliqueront donc a priori au corps et au cerveau. Méme si la distinction corps-cerveau dans
l’oeuvre de Bourdieu pourrait mériter á elle seule un débat.

«L 'esprit humain est socialement limité... enfermé dans les limites de son cerveau»
La position du Bourdieu est singuliére pour un sociologue. Il n'adopte pas, on s'y attend, le
cadre dualiste d'un esprit immatériel sans bornes, indépendant du cerveau, et de 1'idéalisme
constructiviste quí l'accompagne. II ne suit pas non plus la conception empiriste traditionnelle
de Locke ou d'Helvétius, qu'il qualifie de matérialisme mécaniste et qui renvoie á une
adaptabilité infinie et passive des moyens d'apprentissage. Il faut élaborer, écrit-íl, une théorie
matérialiste qui adopte «le coté actif» de la connaissance pratique, en quelque sorte l'aspect
«exploratoire» du comportement de l'individu (voir Changeux 2005). Fort á propos pour le
neurobiologiste aujourd'hui, les positions radicalement empiristes (E. Kandel) ou innéistes (S.
Pinker) ont encore cours dans l'univers de la neuroscience.
La réalité sur laquelle on s'accorde aisément avec Bourdieu est celle d'une interaction
profonde et précoce entre prédispositions innées et dispositifs acquis. II est indiscutable que
l’Homo sapiens sapiens posséde de multiples traits dans son comportement et ses activités
mentales qui ne se retrouvent chez aucune autre espéce vivante, méme les plus proches, comme
le chimpanzé ou le bonobo. Citons par exemple les capacités de communication par le langage,
le raisonnement conscient ou le partage social des intentions. Ces traits propres á l'espéce sont
les conséquences de 1'évolution génétique et, de ce fait, sont sous le pouvoir des genes. Ils
accompagnent un remarquable accroissement de taille mais, surtout, de complexité de
l'organisation du cerveau, des mammíferes...

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primitifs á l´homme (voir Changeux 1983, 2002). En particulier, la surface du cortex cérébral
augmente de maniére fulgurante, et dans celui-ci la part qui revient au cortex préfrontal aussi.
Les aires de langage se différencient également. Á l’heure du séquencage complet du génome
humain et de celui d’autres espéces animales (celui du chimpanzé est en curs), cette
complexification évolutive de l’”appareil de connaissance” –le terme est de Desanti (1968)-
soulpeve un sérieux paradoxe. Le nombre de génes est resté globalement constant, voire aurait
légérement diminué, de la souris á l’homme. La séquence aurait elle-méme peu bougé dans le
détail. Une premiére explication se situe au niveau de l’expression des génes qui concourent au
développement ontogénétique du cerveau. Ces génes de développement s’expriment
progressivement, se déploient dans l’espace et dans le temps, de maniére combinatoire et
séquentielle, de l’oeuf á l’adulte. Mais des modifications minimes de leur séquence ou de leur
disposition chromosomique peuvent, en principe, suffire pour modifier quantitativement la mise
en place des ébauches de la plaque neurale embryonnaire, en particulier la surface des territoires
présomptifs du cortex cérébral et plus particuliérement du cortex préfrontal. Une évolution
quantitative du patron d’expression des génes aura d’importantes conséquences “qualitatives”
sur ce que, couramment, on appelle la “nature humaine”.
Cette évolution ontogénétique se trouve “encadrée” et donc limitée par une enveloppe
génétique conséquence de l’evolution biologique, mais avec une dynamique beaucoup plus
rapide que les millions d’années de l’évolution paléontologique: celle des jours et mois du
développement embryonnaire s’ajoutent les limites de l’enveloppe des connexions. Méme si
leur combinatoire devient gigantesque!
Une évolution supplémentaire intervient encore avec l’ocurrence de changements d’efficacit’e
gradués des connexions synaptiques. La dynamique évolutive temporelle passe des jours et
heures de la mise en place des connexions aux minutes et fractions de secondes des temps
psychologiques. Cette nouvelle évolution, qui s’emboíte dans les précédents, ouvre notre
cerveau au monde social et culturel, et á l’immense répertoire des mémoires extra-cérébrales.
Elle n’échappe cependant pas –elle non plus- á des limites biologiques fondamentales. Celles-ci
vont de la cinétique de propagation et de traitement des signaux dans le réseau nerveux, jusqu’á
la stabilité et á la rémanence des traces des expériences passées. Enfin, le traitment des objets de
pensée dans l’espace conscient est lui-méme soumis á d’importantes contraintes. Comme le
notait Alain..

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Connes (Changeux & Connes 1989), la dynamique de ce traitement paraît étonnamment lente
comparée aux vitesses de calcul des ordinateurs d'aujourd'hui. La cinétique des transitions
moléculaires des canaux ioniques présents dans nos nerfs et des récepteurs intégrés à nos
synapses - eux-mêmes hérités d'ancêtres aussi lointains que les bacteries - impose des vitesses
de propagation inférieures à la vitesse du son, vitesses immensément plus lentes que celle des
ondes électromagnétiques étudiées par nos physiciens!
Ces multiples évolutions emboîtées, dont les échelles dynamiques sont largement réparties dans
le temps, imposent des contraintes naturelles qui vont elles-mêmes se répercuter sur l'activité
mentale et donc sociale de chaque être humain. Cela justifie pleinement la position de Bourdieu
selon laquelle «1'esprit humain est socialement limité [...] enfermé dans les limites de son
cerveau ». Et encore :

II faut prendre acte de tout ce que le social incorporé [...] doit au fait qu'il est lié à l'individu
biologique [...] et tout ce qu'il doit à la logique spécifique du fonctionnement de 1'organisme,
qui n'est pas celle d'un organisme simple, mais celle d'une structure fondée sur l'intégration de
niveaux d'organisation de plus en plus complexes (MP, p. 186).

Habitus et phylogenèse
Dans Réponses, Bourdieu définit ainsi l'habitus:

L'habitus engage [...] des schémas pratiques issus de l'incorporation — à travers le processus
historique de socialisation, l'ontogenèse - de structures sociales elles-mêmes issues du travail
historique des générations successives, la phylogenèse (R, p. 113).

Je ne retiendrai pour le moment que le dernier mot: « phylogenèse ». Ce passage souligne un


aspect essentiel des fonctions cérébrales de 1'homme : leur capacité d'« incorporer » 1'histoire.
Cette aptitude n'est pas (ou très peu) partagée avec d'autres espèces animales et se trouve
également inscrite dans le génome humain du fait de son histoire évolutive et c'est la
phylogenese. L'organisation du cerveau s'ouvre certes à 1'empreinte de 1'environnement social
et culturel, au «processus historique de socialisation », au «travail historique des générations
successives ». Mais je voudrais mettre en relief, à ce stade, un concept singulier.
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Le cadre anatomique et fonctionnel dans lequel elle se produit n'est ni minimal ni rationnel, et
encore moins optimal. Je m'explique. Le cerveau s'ouvre á l'«incorporation de l'histoire», certes.
Mais il n'intervient ni comme un «morceau de cire» qui se moulerait parfaitement á
l'événement, ni comme une machine organisée de maniére idéale qui capturerait un tracé
objectif de l'histoire. Le cerveau conserve, en effet, dans sa structure anatomique des
organisations qui témoignent d'un passé évolutif erratique plutót que d'une «conception
optimale» sur le plan fonctionnel ou d'un quelconque «dessein intelligent». C'est ainsi que, en
se développant, le cortex cerebral a enveloppé et repoussé vers l'intérieur des architectures
limbiques ou thalamiques qui avaient une signification comportementale majeure dans
l’anatomie des espéces qui ont précédé. L'arbitraire des circonstances auxquelles l'organisme a
été confronté au cours de son évolution se trouve conservé avec, de ce fait, une sorte de
«déraison» organisationnelle et fonctionnelle de son architecture cérébrale. La «déraison» est
inscrite dans nos neurones au méme titre que notre capacité á raisonner!
L'hyperdéveloppement du cortex cerebral a été, certes, une maniere efficace et rapide de
court-circuiter ces anciennes structures et de «gagner» de nouveaux dispositifs sans bouleverser
les anciens tout en les asservissant. II a permis, par exemplc, l'augmemation de la capacité et
des performances de l’espace conscient, l'aptitude á la reconnaissance des membres du groupe
social, la capacité d'imitation et les moyens de comprendre les interactons sociales. Le territoire
cérébral le plus directement concerné par cette évolution a été le cortex préfrontal que le célébre
neuropsychologue russe Alexandre Luria (1978) qualifiait déjá «d'organe de la civilisation».
Son expansion s'accompagne d'une contribution accrue de la connectivité á longue distance —
la substance blanche — qui va de pair avec le développement des fonctions cognitives, de la
conscience et de la vie sociale. Mais, si performant soit-il, il ne peut tocalement occulter - ce
sera souvent le contraire - les fonctions des structures sous-jacentes, plus anciennes, parfois
antagonistes. Il pourra cependant les «inhiber» de maniére sélective (Jackson), laissant la raison
remporter sur la déraison!
L'histoire n'est pas incorporée au cerveau en terrain vierge. Comme le souligne Bourdieu, les
traces de sa phylogenése sont présentes comme celles qui dérivent de l'histoire épigénétique de
l'individu.

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Habitus et apprentissage, épigenése et variabilité individuelle

Une disposition cérébrale marquante de l'évolution du cerveau, exceptionnellement


développée chez l'espéce humaine, est la capacité d'apprentissage que Bourdieu, dans le texte
deja cité, présente comme « la conditionnalité comme capacité naturelle d'acquérir des capacités
non naturelles, arbitraires ». Bourdieu, averti des avancées de la neuroscience dans ce domaine,
fait méme référence explicite á l'Homme neuronal (1983), en proposant une définition de «
1'apprentissage comme transformation sélective et durable des corps qui s'opére par
renforcement ou affaiblissement des connexions synaptiques ». Bourdieu s'inspire ici de la
théorie des processus épigénétiques d'apprentissage par stabilisation sélective de synapses
(Changeux, Courréges & Danchin 1973; Changeux & Danchin 1976).

Les connexions synaptiques entre cellules nerveuses ne se mettent pas en place comme les
circuits imprimés d'un ordinateur, mais par des processus d'essais et erreurs faisant intervenir
des sélections. Le modéle proposé ne suppose pas non plus un processus de sélection en une
étape mais un mécanisme local qui s'appliquerait aux multiples circuits qui s'interconnectent
progressivement depuis le stade embryonnaire du tube neural (oú les premiéres connexions se
forment) jusqu'á l’adulte chez lequel neurones et synapses continuent de se développer.
Circonscrites par l'enveloppe génétique de l'espéce, les principales voies nerveuses se mettent
en place progressivement dans l’espace et dans le temps de maniére «innée». Mais les premiers
contacts ne s'établissent pas avec la précision exacte des contacts définitifs. Une exubérance
transitoire des connexions a lieu, qui crée une étape du développement, oú la diversité et done
les possibilités comportementales sont maximales. Á ce stade, l'activité du réseau, spontanée
endogéne ou évoquée par l'interaction avec le monde extérieur, stabilise, de maniére sélective,
des distributions particuliéres de synapses et en élimine d'autres. Le processus débute chez le
foetus au sein de la mére mais s'épanouit aprés la naissance. De ce fait, un apprentissage, un
stockage d'information par sélection épigénétique de synapses a lieu, «une transformation
sélective et durable des corps s'opére». Bourdieu emploie les termes adéquats. «Sélective»: le
processus de stabilisation sélective se traduit par des organisations anatomiques et
fonctionnelles propres aux dispositifs mis en place. «Des corps» :

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Bourdieu inclut sous ce terme le cerveau” (méme s’il pren soin souvent de le distinguer du
corps). Examinons l’exemple de l’acquisition de l’ecriture. L’imagerie fonctionnelle des
cerveaux d’adultes illettrés et d’adultes alphabétisés révéle en effet des organisations
connexionnelles différentes, représentatives de l’apprentissage du langage écrit. Cette invention
de l’histoire de l’humanité (ou plutot de ses histoires sociales), perpétuée par le travail
historique des générations successives”, se trouve matérialisée sous la forme d’”objets
physiques”, de distributions neuronales qui résultent de láppropiation épigénétique de réseaux
de neurones en développement. Le cerveau de l’individu capture par l’apprentissage des traits
propres á l’histoire sociales et culturelle du groupe humain auquel il appartient. L’épigenése
connexionnelle assure la genése de la culture et sa transmission ´travers les générations
successives. Une disposition biologique majeure, encore une fois exceptionnellement
développée chez l’omme, favorise cette évolution: le développement postnatal prolongé, oú la
prolifération et l’élimination synaptique se poursuivent bien au-delá de la puberté (voir
Bourgeois 2001).
De nombreuses observations expérimentales ont apporté et apportent encore confirmation de
ces vues théoriques. Deux faits supplémentaires majeurs retiendront notre attention. D’une part
l’experience particuliére –ou l’absence d’expérience- á laquelle le sujet a été soumis laisse des
traces –des lésions- pratiquement irréversibles dans le cerveau de l’adulte. On peut méme
penser qu’une trace épigénétique –d’origine sociale ou culturelle- peut marquer le cerveau plus
profondément qu’une altération génétique, souvent compensée (de maniére “épigénétique”) au
cours du développement. D’autre part, le développement de l’individu se triuve singularisé par
l’expérience vécue au cours de ses premiéres années, soit au sein du groupe social auquel il
appartient, soit d’un groupe social á l’autre. Á la variabilité génétique se superpose une
variabilité épigénétique individuelle, importante et tout aussi irréversible. Cela renouvelle la
problématique de Lévi-Strauss dans Race et culture, en mettant en valeur “cette capacité
naturelle”, dejá mentionnée par Bourdieu, “d’acquerir des capacités non naturelles, arbitraires”.
Le lamarckisme neuronal qui encombre les sciences humaines se trouve remplacé par des
appropiations sélectives par sélection neuronale et synaptique sur le mode darwinien.
Cela souligne, une fois encore, le caractére circonstanciel et “arbitraire” de l’acquisition par le
sujet de la langue maternelle parlée puis écrite, ou des systémes symboliques religieux ou
philosophiques et des régles morales propres á laquelle il se trouve appartenir. Cela illustre le
caractére “”totalitaire”, que j’ai souvent mentionné, de

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l'empreinte culturelle et de l'éducation prétendument «libre» auxquelles le jeune enfant se


trouve soumis. Ainsi se construit l’habitus, ainsi se produit «1'institution du social dans les
corps» (et bien entendu dans les cerveaux) - «[...] l'immense travail préalable qui est nécessaire
pour opérer une transformation durable des corps et produire les dispositions permanentes que
1'action symbolique réveille et réactive» (MP, p. 202).

Systemes de recompense et regles sociales

Bourdieu avec sa conception de l’habitus ne fait cependant pas du sujet un automate


simplement programmé par sa «conditionnalité» á son environnement social et culturel
L'habitus «restitue á l'agent un pouvoir générateur et unificateur, constructeur et classificateur».
Par exemple, la mise en place des traces neuronales qui déterminent l'usage d'une langue
particuliére, parlée ou écrite, ne signifie pas que, si le caractére génératif du langage s'y trouve
inscrit, tous les produirs de cetre générativité y sont a priori engrammés. D'autre pan, la mise en
place de dispositifs épigénétiques, par sélection, n'implique pas une stabilisation «au hasard».
La proposition a été faire (Dehaene & Changeux 1989, 1995, 2000; Gisiger, Kerszberg &
Changeux 2005) que des systémes neuronaux de récompense présents dans le cerveau de
l'animal comme dans celui de l'homme participaient á cetté sélection. Bourdieu l'avait-il déjá
pressenti? Il avait déjá, selon moi, percu l'existence de ces systémes d'évaluation lorsqu'il
écrivait que «les agents sociaux n'obéissent á la régle que dans la mesure oú leur inrérét á lui
obéir l'emporte sur l'intérét á lui désobéir». Le mot «intérét» est central. Bourdieu, soyons clair,
n'entend le mot «intérét» ni dans le cadre finaliste de la théorie de l'action rationnelle, «l'action
étant le produit d'un calcul des chances et des profits», ni dans le cadre mécaniste, qui tient que
«l'action est l'effet mécanique de la contrainte des causes externes». II oppose á l’une et á l'autre
l'interpretación de «l’habitus, inscrit dans les corps par les expériences passées» (MP, p. 166).
Le neurobiologiste propose une «incorporation» de l'intérét sous la forme de systémes
d'évaluations, intrinséques á notre cerveau, et dont Bourdieu n'avait sans doute pas
connaissance. II apporte une composante essentielle tant aux processus d'acquisition des régles
qu'á celui de la mise en application de celles-ci. Un des éléments critiques du processus de
sélection des connexions synaptiques pourrait precisément étre ces systémes de neurones du
mésencéphale qui libérent des substances modulatrices — par exemple dopamine, sérotonine,
acétyl

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choline - qui signent le caractére positif ou négatif pour la survie de l'organisme, en réponse á
une action (voire une anticipation d'actions) sur le monde (voir Gisiger et al. 2005). Au cours du
développement, comme chez l'adulte, ces systémes de récompense peuvent contribuer non
seulement á l'«incorporation» de régles conformes aux pratiques du monde social et culturel,
mais également á celle de «représentations» plus élémentaires, adéquates tout simplement au
monde physique puis á l'univers de sens, qui peuplent le monde extérieur de l'enfant.

Les populacions de neurones qui «représentent» des objets du monde extérieur peuvent étre
ainsi stabilisées par des processus d'apprentissage par récompense. La stabilisation sélective de
préreprésentations labiles et fugaces conduirait á la sélection de cartes de «relations
fonctionnelles communes» propres á un objet de sens. Ainsi, par essais et erreurs, á la suite
d'incessants «jeux cognitifs», le jeune enfant puis l'adulte construiraient progressivement
l'univers sémantique qui leur servira dans leurs communications sociales. L'«intérét», dans le
sens oú Bourdieu l'utilise, assurera donc d'abord la survie de 1'Índividu confronté a son
environnement physique: celle de l'organisme soumis á l’impératif de ses «émotions
primordiales», dans le sens employé par Denton (2005), qui est de satisfaire faim, soif,
reproduction sexuée... Puis ce sera la survie au sein du groupe social, oú le «pouvoir
symbolique» se superpose au précédent sans l'exclure, avec toutefois des intéréts différents. Ces
intéréts vont désormais porter sur l’économie» des relations entre individus dans le groupe
social et, de ce fait, concerner la stabilité et la survie du groupe social lui-méme.
La subjectivité de l'habitus et l'objectivité des champs: «la rencontre de deux histoires»

“Le principe de l'action, écrit Bourdieu (MP, p. 179), réside dans la complicité entre deux
états du social [...] entre l'histoire objectivée dans les choses, sous forme de structures et de
mécanismes (ceux de l’espace social ou des champs) et l'histoire incarnée dans les corps, sous
forme d’habitus.» «L’habitus engendre sans calcul ni projet» suivant les dispositions de
l'individu, alors que les «attentes collectives, la vocation, la mission» s'inscrivent dans la
position, les structures objectives du champ. Bourdieu oppose la subjectivité de l’habitus á
l’objectivité des champs. Si son matérialisme ne l'incline guére á s'intéresser aux philosophies

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idéalistes de la consciene, il utilise néanmoins le mot conscience dans un contexte que l’on
appelle, aujourd’hui, neurocognitif. C’est ainsi qu’il distingue, á propos de l’effet de la
domination symbolique (MP, p. 204), “la logique pure des consciences connaissantes” et
“l’obscurité des dispositions de l’habitus, où sont inscrits les schémas de perception,
d’appréciation et d’action...”. Cette distinction est en parfait accord avec une définition de la
conscience comme un “pénoméne réel, naturel et biologique, litteralement localisé dans le
cerveau” (Revonsuo, 2001): “un espace de simulation d’actions naturelles oú s’évaluent buts,
intentions, programmes d’action [..] en référence avec le monde extérieur, les dispositions
innées, le soi et l’histoire individuelle, les normes normales et les conventions sociales
internalisées” (Changeux 2002; Dehaene & Changeux 2004), en un mot l’habitus. Elle
s’accorde également avec l’hypothése neurocomputationnelle de Dehane, Kersberg &
Changeux (1998) de l’espace de travail neuronal conscient. Cette hypothése postule une
architecture neuronale qui distingue. 1) un espace de travail conscient, qui mobilise des
neurones pyramidaux á long axone, principalement issus des couches II et III du cortex
(notamment préfrontal, cingulaire et pariétal), et qui génére des représentations rassemblant des
territoires distants du cortex cérébral, et 2) des processeurs spécialisés dans le traitment d’une
catégorie particuliére d’information, comme, par exemple, les signaux sensoriels du monde
extérieur (présent), les programmes moteurs (action future), la mémoire á long terme (passé),
l’évaluation (émotion, valeur, “intérét”) et l’attention (amplifiation sélective, inhibition).
Suivant ce schéma, l’habitus s’intégrerait par l’apprentisage au systéme des processeurs, en
particulier ceux de la mémoire á long terme dite non déclarative (Clark et al. 2002). Actions et
délibérations, “consciences connaissantes” se développeraient dans l’espaace de travail
conscient, mobilisant via les neurones á axones longs des ensembles de neurones distribués
dans les processeurs, de maniére soudaine ou “ignition” (Dehaene & Changeux, 2004, 2005),
donnant lieu á un “rapport” conscient. Ce modéle neurocognitif s’accorde parfaitement avec
l’intégration de l’habitus á l’espace “non conscient” des processeurs “en decá des décisions de
la conscience et des controles de la volonté, une relation de connaissance et de reconnaissance
pratiques profondément obscure á elle-méme” (MP, p.204). Le domaine de la subjectivité
auquel appartient l’habitus confére au sujet ce que Bourdieu appelle la “connaissance par corps.
“Nous apprenons par corps [..] sans distance objectivante [..]. L’ordre social s’inscrit dans les
corps” (MP, p.168). “Le corps est dans le monde social mais le monde social est dans le corps”
(MP, p.180).
(page 154-155 are not shown in this preview)
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L'interprétation neurale des idées de Bourdieu est claire. Le corps relève des processus non
conscients de notre cerveau, il présente des dispositions; les attentes collectives, les
représentations conscientes de notre espace de travail neuronal s'inscrivent dans des positions. «
La relation entre les dispositions et les positions ne prend pas toujours la forme de l'ajustement
miraculeux» (MP, p. 186). Les structures et mécanismes de 1'espace social ou des champs qui
accèdent à 1'espace conscient sont produits par une histoire qui ne se retrouve pas
nécessairement dans 1'histoire incarnée - non consciente - des habitus individuels!

« Un corps socialisé»

Le cerveau de 1'homme se distingue de celui de routes les espèces vivantes (pas nécessairement
de ses ancêtres disparus) par le fait qu'il possède des prédispositions innées, à la fois à la
socialité et à la rationalité. II existe de nombreuses espèces sociales dans le monde animal, où
1'altruisme social peut être beaucoup plus développé que chez 1'homme (par exemple, chez les
abeilles). Mais aucune d'entre elles ne possède un cerveau dont l'espace de travail « rationnel »
est aussi important que chez l’homme. Le développement « explosif» du cortex préfrontal en
est, nous le savons, largement responsable, avec également celui des aires corticales et des
processeurs non corticaux dévolus au langage. Les dispositions innées à une interaction sociale
rationnelle se sont développées au cours de 1'histoire phylogénétique des mammifères comme
elles se développent au cours de 1'histoire ontogénétique et postnatale de 1'enfant.
Barresi & Moore (1996) et Zelazo (1996) ont distingué quatre niveaux de relations
intentionnelles dans l'interaction sociale.
1. La conscience minimale des organismes simples, souris ou rat, se caractérise par la capacité
de créer des représentations, de les stocker dans la mémoire à long terme et de les utiliser de
manière « déclarative » en 1'absence de capacité d'imitation; le bébé prématuré de 25-30
semaines serait à ce stade (Lagercrantz 2005).
2. La conscience récursive, par exemple chez certains singes, se manifeste par 1'utilisation
d'objets et la recherche d'objets cachés, 1'imitation et l’attention partagée; le nouveau-né humain
serait déjà à ce stade.
3. La conscience de soi explicite se développe chez le nourrisson à la fin de la deuxième
année et se caractérise par la reconnaissance dans le miroir et 1'utilisation de règles arbitraires
de conduite dans la relation de soi à autrui; les chimpanzés atteindraient ce niveau.
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4. La conscience réfléchie et la théorie de 1'esprit, avec la capacité de rapport conscient d'une


expérience subjective, se développent exclusivement chez 1'enfant de 3-5 ans. On distingue a ce
stade les dispositions d’empathie: la reconnaissance des états mentaux - intention, émotion...
d'autrui, et la sympathie: la disposition à s'opposer à la violence faite à autrui ou par autrui et à
supprimer la souffrance qui en résulte.
Ces niveaux successifs se calquent sur des stades d'expansion anatomo-fonctionnelle
(phylogenèse) ou de maturation (ontogenèse) du cortex préfrontal. Ils conditionnent chez
l’homme la mise en place d'un espace social défini — selon Bourdieu — par 1'exclusion
naturelle, ou la distinction, des positions qui le constituent (MP, p. 161), mais également, selon
moi, par un tissu complexe de relations positives qui composent les multiples facettes du lien
social. L'espace social coexiste avec 1'espace physique (MP, p. 161) et «s'institue aussi dans les
individus biologiques; il y a donc, en chaque individu socialisé ou collectif, des propriétés
valables pour toute une classe d'agent » (MP, p. 186). L'habitus « entendu comme social
biologiquement individué par 1'incarnation dans un corps, est collectif, ou transindividuel» (MP,
p. 186). Bourdieu n'examine cependant pas le paradoxe que soulève la communication sociale
chez des individus éminemment diversifiés du fait de leur histoire épigénétique. à propos de la
violence symbolique, il écrit que « la force symbolique, celle d'un discours performatif et, en
particulier, d'un ordre, est une forme de pouvoir qui s'exerce sur les corps [...] en s'appuyant sur
des dispositions préalablement constituées, qu'elle "déclenche" comme des ressorts» (MP, p.
202). Certes, cela est en parfait accord avec 1'évocation - « déclarative » - dans 1'espace
conscient des memoires à long terme de l'habitus stockées dans les processeurs non conscients,
mais cela n'explique pas leur compréhension naturelle par les agents sociaux. Bourdieu écrit:

La domination [...] a toujours une dimension symbolique et les actes de soumission,


d'obéissance, sont des actes de connaissance et de reconnaissance qui, en tant que tels, mettent
en œuvre des structures cognitive susceptibles d'être appliquées à toutes les choses du monde et,
en particulier, aux structures sociales (MP, p. 206).

II ne définit cependant pas explicitement les conditions de cette « reconnaissance », se


contentant de mentionner que « ces structures structurantes sont des formes historiquement
constituées, arbitraires, au sens de Saussure et de Mauss, dont on peut retracer la genèse sociale
» (MP, p. 206). Quels peuvent être les dispositifs neuro-cognitifs mis en jeu par la
reconnaissance de la connexion signifiant/signifié du symbole « arbitraire et immotivé » (de
Saussure 1915) en dépit de la

(pag. 156)

diversité culturelle des signifiants et parfois méme des signifiés? Le modele que j'ai suggéré
(Changeux, 2002) est celui d'une «normalisation» par les systémes de recompense présents dans
le cerveau de chaque individu qui participe á un groupe social défini. Ces processus de
récompense partagée supposent une capacité de reconnaissance et de compréhension
individuelle - l'empathie dejá mentionnée - et une communication intentionnelle qui peut ne pas
étre linguistique, comme c'est le cas chez l'enfánt « prélingual». La communication d'états
mentaux peut se faire par des signes non linguistiques - mimiques faciales, cris, etc. Elle se
trouve considérablement facilitée par les sons du langage, l’accés á l’écriture, ou á toutes les
autres « manifestations symboliques, telles que les représentations publiques du pouvoir [...]
robes rouges, hermines [...] fleurs de lis » (MP, p. 205). Attention et récompense partagées
pourraient contribuer aux « bases neurales » du processus de normalisation épigénétique
assurant la mise en commun, le partage, des signifiés par des signifiants conventionnels. Certes,
cela reléve de la « conditionnalité », deja mentionnée, á laquelle Bourdieu attribue la « capacité
naturelle d'acquérir les capacites non naturelles, arbitraires» (MP, p. 163), mais avec une
dimensión supplémentaire - collective, socialisée - assurée par des processus d'acquisition par
récompense partagée.
Ce serait quelque peu trahir la pensée de Bourdieu que de terminer ce trop bref et imparfait
hommage á sa mémoire sans évoquer en quelques mots son intérét profond pour la raison
scientifique. Son entreprise d'historicisation de la raison scientifique - qui n'est certes pas sa
relativisation - le conduit á admettre « que la raison n'est pas tombée du ciel, comme un don
mystérieux et voué á rester inexplicable [... mais qu'elle est] de part en part historique » (MP, p.
180). Cette histoire inclut - implicitement - l'histoire évolutive de l'espéce humaine et de son
cerveau. Certes, Bourdieu n'annonce pas une neuroépistémologie qui reste á élaborer. Mais sa
référence insistante á une « conditionnalité » qui selon lui peut conduire á une certaine forme de
« consensus primordial sur le sens du monde » en est selon moi une anticipación sérieuse. II
écrit dans Réponses (1992) :

Construire un objet scientifique, c'est d'abord et avant tout rompre avec le sens
commun, c'est-á-dire des représentations partagées par tous [...] souvent inscrites
dans des institutions (...) et dans les cerveaux (p. 207).

«La rupture est en fait une conversion du regard» (p. 221) que le neurobiologiste peut désormais
explorer (voir Changeux 2002 ; Berthoz 1997, 2003).

Dans la dédicace de l'exemplaire des Méditations pascaliennes qu'il m'a offert a leur parution,
Pierre Rourdieu mentionnait á mon sujet: « dont la lecture m'a beaucoup aidé ». II faisait
référence sans doute á L 'Homme neuronal. Les années ont passé. La neuroscience a depuis
considérablement progressé et les possibilités d'interface avec les sciences de l'homme se sont
beaucoup développées. Le temps est désormais venu pour les neurobiologistes de lire Bourdieu.
Sa lecture les aidera á affermir la raison scientifíque dans son combat contre une déraison qui
nous accable encore trop souvent.

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