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Distillation.

Absorption
Généralités sur les colonnes de fractionnement
par Jean-Charles CICILE
Ingénieur IGC (Institut de Génie Chimique de Toulouse)
Ingénieur de Procédés à la Division Technip-Speichim de la société Technip

1. Contacteurs gaz-liquide ......................................................................... J 2 621 - 2


2. Équipement interne ................................................................................. — 2
2.1 Plateaux ........................................................................................................ — 2
2.2 Garnissage ................................................................................................... — 2
3. Choix des équipements internes ......................................................... — 2
3.1 Contraintes opératoires............................................................................... — 3
3.2 Contraintes extérieures ............................................................................... — 3
3.2.1 Hauteur maximale .............................................................................. — 3
3.2.2 Fabrication........................................................................................... — 3
3.2.3 Maintenance........................................................................................ — 3
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. J 2 621

a distillation et l’absorption sont deux opérations unitaires de génie des pro-


L cédés caractérisées par des transferts de matière et de chaleur entre une
phase liquide et une phase gazeuse.
L’appareil principal permettant de réaliser ces transferts est le plus souvent
une colonne, appelée aussi tour de fractionnement.
L’objet de ce premier article [J 2 621] est de présenter les généralités sur les
colonnes de fractionnement. Les articles suivants [J 2 622] [J 2 623] [J 2 626]
[J 2 627] présentent de façon détaillée les principales familles de colonnes uti-
lisées en distillation et absorption :
— colonnes à plateaux : technologie ;
— colonnes à plateaux : hydrodynamique, efficacité, dimensionnement ;
— colonnes garnies ;
— colonnes pilotes.
Cet ensemble s’adresse aux utilisateurs de colonnes de distillation ou d’absorp-
tion qui veulent mieux connaître le fonctionnement de leur matériel et aux futurs
utilisateurs qui désirent prédimensionner ou dimensionner leurs colonnes ou
simplement bien poser leur problème aux spécialistes. Il a pour objet de guider
le choix des dispositions pratiques et de dimensionner les colonnes nécessaires
pour effectuer les séparations désirées dans les conditions opératoires prévues
(températures, pressions, débits).
9 - 1994

Signalons que l’établissement du schéma et le choix des conditions


opératoires à adopter pour résoudre un problème de séparation par distillation
ou absorption sont traités dans le chapitre [J 2 610] Distillation. Absorption :
Étude pratique.
Par ailleurs, le chapitre [J 2 615] Distillation. Absorption : Contrôle et régulation
J 2 621

s’efforce, le plus simplement possible, d’expliquer l’influence des divers para-


mètres sur le fonctionnement des colonnes et d’exposer les principes de base
de la régulation.

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie des procédés J 2 621 − 1
DISTILLATION. ABSORPTION _____________________________________________________________________________________________________________

1. Contacteurs gaz-liquide 2.1 Plateaux


Au cours de ce développement, de nombreuses variantes des
Les unités de distillation, d’absorption et de désorption peuvent plateaux à calottes et perforés sont apparues, l’étape la plus impor-
comporter des appareils divers : tante étant l’apparition industrielle des plateaux à soupapes dans
— des échangeurs de chaleur (rebouilleurs, condenseurs, réfrigé- les années 50.
rants) de tous types ; L’ouvrage de E. KIRSCHBAUM et sa publication en langue
— des pompes, des turbines, des compresseurs, des pompes à anglaise [1] a permis une large diffusion du savoir en distillation et
vide ; de la façon dont les colonnes à plateaux fonctionnent.
— des séparateurs gaz-liquide, des décanteurs, des filtres ;
mais l’appareil vraiment spécifique est constitué par le contacteur Les méthodes de dimensionnement des plateaux ont atteint un
gaz-liquide. stade très avancé bien qu’elles s’appuient sur un support plus expé-
rimental que théorique. Il suffit d’observer un plateau en fonction-
Le phénomène physique qui régit la distillation et l’absorption nement et l’aspect aléatoire de l’émulsion sur le plateau pour
est la diffusion à contre-courant qui s’instaure entre la phase comprendre que l’empirisme est nécessaire. Les études ont porté
liquide et la phase gazeuse. Les transferts de matière et de chaleur essentiellement sur les plateaux perforés à courants croisés, qui sont
s’établissent au moyen de dispositifs de contact qui engendrent de dans le domaine public et dont la banalité des organes de barbotage
grandes surfaces d’échange entre les deux phases. Pour ce faire, est garante de la validité générale des résultats obtenus. L’interpré-
on disperse une phase dans l’autre et il n’existe qu’une alternative. tation des résultats est un autre problème.
a) Dispersion du gaz dans une phase liquide continue.
b) Dispersion du liquide dans une phase gazeuse continue.
La figure 1 illustre les deux principaux types de dispositifs utili- 2.2 Garnissage
sés pour assurer le contact du liquide et de la vapeur sans apport
d’énergie mécanique. Le cas (a ) de la phase liquide continue Les garnissages en vrac se sont développés à partir des deux
correspond aux colonnes à plateaux et le cas (b ) de la phase formes d’origine (anneaux et selles). Une étape importante dans la
gazeuse continue aux colonnes à garnissage. connaissance du fonctionnement des colonnes à garnissage a été
la publication de l’ouvrage de M. LEVA [2].
L’apparition des garnissages structurés en toile métallique, à la fin
des années 50, bien que plus discrète, a marqué une étape aussi
importante que celle des soupapes dans le domaine des colonnes à
plateaux. Ces garnissages, développés à l’origine par la société
Sulzer, sont devenus le dispositif d’échange des années 80. En plus
de leurs qualités intrinsèques (faible perte de charge et haute effica-
cité), le caractère ordonné de ces garnissages a pour conséquence
une meilleure prédictabilité de leurs performances.
Parallèlement, l’amélioration de la connaissance des mécanismes
de l’écoulement dans les colonnes à garnissages en vrac a permis
de réduire les marges de sécurité appliquées lors du dimensionne-
ment de ces appareils.

Figure 1 – Principe du contact entre phases

3. Choix des équipements


2. Équipement interne internes
Les premières unités de distillation apparurent il y a environ Actuellement (1994), les colonnes installées sont le plus souvent :
150 ans. L’appareil de Cellier-Blumenthal comporte deux types de — soit des colonnes à plateaux perforés ou à soupapes ;
plateaux. La partie basse de la colonne renferme un empilement de — soit des colonnes à garnissages en vrac modernes (dérivés
disques en forme de calottes sphériques dont la concavité est tour- des anneaux Pall et des selles de Berl ) ou à garnissages structurés
née alternativement vers le haut et vers le bas ; les disques ayant à faible perte de charge et de grande efficacité.
la concavité vers le bas sont perforés de façon à accroître l’aire de
contact des phases liquide et vapeur. La partie supérieure de la Cela n’exclut pas par ailleurs l’emploi d’autres types d’équipe-
colonne est équipée de plateaux munis d’une calotte unique. ments mieux adaptés dans des cas particuliers ou simplement par
tradition.
Au début du vingtième siècle, si les plateaux à calotte unique sont
encore le type le plus courant, on voit apparaître les plateaux à Les méthodes à utiliser pour la conception générale et le dimen-
tunnels rectangulaires de Savalle, les plateaux à calottes multiples sionnement des colonnes à plateaux sont exposées dans les articles
(Egrot) et les plateaux perforés (Siemens). [J 2 622] et [J 2 623]. L’article [J 2 626] traite des mêmes sujets en
ce qui concerne les colonnes garnies.
Les garnissages furent d’abord constitués par des morceaux de
coke, des galets, des silex et des billes de céramique. Le premier L’article [J 2 627] est consacré aux colonnes pilotes dont la mise
garnissage manufacturé et utilisé largement fut l’anneau Raschig, en œuvre est souvent nécessaire pour résoudre des problèmes
simple tronçon de tube dont la hauteur est égale au diamètre. Par nouveaux de séparation ; les problèmes particuliers posés par ce
la suite sont apparus les anneaux cloisonnés (anneaux de Lessing ) type d’installation y sont exposés.
et la selle de Berl qui a la forme d’un paraboloïde hyperbolique. Nous donnons ici quelques directives d’ordre général pour un pre-
La phase de développement des connaissances en distillation a mier choix entre les différents dispositifs de contact entre phases,
commencé dans les années trente et approche maintenant de la en se fondant sur les conditions opératoires requises ou les
maturité. contraintes extérieures. Les équipements sont classés par ordre de
performances décroissantes.
En l’absence de contrainte, il faut envisager l’emploi de plateaux
perforés.

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____________________________________________________________________________________________________________ DISTILLATION. ABSORPTION

3.1 Contraintes opératoires L’ordre de préférence est le suivant :


— plateaux Turbogrid ;
— garnissage en vrac ;
■ Les débits sont faibles — plateaux perforés ou à soupapes.
La colonne sera donc de faible diamètre. Au-dessous de 400 mm ■ Le produit est très chargé en solides
de diamètre, il est plus facile d’installer un garnissage que des pla-
teaux dans une colonne. Il faut choisir des plateaux sans déversoir (plateaux perforés,
Turbogrid ou Kittel ).
■ Une faible perte de charge est nécessaire Pour les lavages de gaz, on pourra adopter des anneaux Raschig.
C’est le cas des distillations sous vide avec ou sans recompres-
sion mécanique de vapeur. Si nous excluons les cas particuliers ■ Le produit mousse
constitués par la distillation moléculaire et les colonnes tournantes, Les colonnes garnies sont à préférer à cause de l’absence de bul-
l’ordre de préférence est le suivant : lage du gaz au sein du liquide.
— garnissage structuré ; ■ Le produit est très corrosif vis-à-vis des métaux
— garnissage moderne en vrac ;
— plateaux à calottes. Il faudra envisager l’utilisation de matières plastiques, céramique,
porcelaine, verre ou graphite pour les équipements internes, de
■ Une grande souplesse de marche est nécessaire préférence :
(Nous définissons la souplesse comme le rapport entre les débits — garnissages structurés ou en vrac ;
maximal et minimal de fonctionnement possibles en conservant une — plateaux Turbogrid ;
efficacité acceptable pour la séparation). — plateaux à calottes en céramique ou en PTFE.
L’ordre de préférence est le suivant :
— garnissages structurés ;
— plateaux à soupapes ; 3.2 Contraintes extérieures
— plateaux à calottes ou tunnels ;
— plateaux perforés et garnissage en vrac.
Dans tous les cas, il sera bon de se demander s’il vaut mieux inves- 3.2.1 Hauteur maximale
tir davantage dans une colonne ayant une grande souplesse ou
accepter des dépenses de fonctionnement (chauffage) plus impor- L’installation de la colonne dans un bâtiment impose une faible
tantes par moment pour rester dans une fourchette de débits de fonc- hauteur de plateau théorique.
tionnement relativement étroite.
On envisage de préférence :
■ Une faible retenue de liquide est nécessaire — un garnissage structuré ;
C’est le cas de la distillation des produits thermosensibles, ou celui — des plateaux à fentes ;
des distillations discontinues quand il faut limiter le volume des frac- — des plateaux perforés ou à soupapes ;
tions intermédiaires. — des plateaux à calottes ou tunnels.
L’ordre de préférence est le suivant :
— garnissages structurés ; 3.2.2 Fabrication
— garnissages modernes en vrac ;
— plateaux perforés (sans souplesse) ;
L’approvisionnement des garnissages, sauf peut-être celui des
— plateaux à soupapes ;
anneaux Raschig métalliques, passe obligatoirement par les fabri-
— plateaux à calottes.
cants spécialisés. Il en est de même des plateaux autres que les pla-
■ Une grande retenue de liquide est nécessaire teaux perforés. Par contre, ces derniers peuvent être construits par
tout bon chaudronnier pourvu qu’il en reçoive les plans et les spé-
C’est le cas de la distillation et de l’absorption avec réaction chi-
cifications détaillés. Ces plateaux seront donc choisis de préférence
mique par exemple.
pour les installations dans des pays en état de développement
L’ordre de préférence des dispositifs sera l’inverse du précédent. avancé, désirant limiter le plus possible l’importation de matériel et
■ Le débit de liquide est très faible par rapport à celui de la vapeur disposant de chaudronniers compétents.
(En règle générale, un débit de liquide inférieur à 0,5 litre par mètre
cube de gaz est considéré comme très faible.) 3.2.3 Maintenance
L’ordre de préférence est le suivant :
— garnissage structuré ; Une colonne à plateaux, disposant d’un nombre suffisant de trous
— plateaux à calottes, à tunnels, à soupapes ; d’homme ou de trous de poing, pourra être examinée plus facile-
— plateaux perforés ; ment que l’intérieur d’un garnissage.
— garnissage en vrac. En revanche, le remplacement total de l’aménagement intérieur
■ Le débit de liquide est très important par rapport au débit de gaz d’une colonne sera un peu plus rapide avec un garnissage qu’avec
des plateaux.
(Par exemple, un débit supérieur à 50 litres de liquide par mètre
cube de gaz.)

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Distillation. Absorption R
Généralités sur les colonnes de fractionnement E
par Jean-Charles CICILE N
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Références
bibliographiques A
[1] KIRSCHBAUM (E.). – Distillation and rectifica-
tion. Chemical Publishing Co. Brooklyn New
York (1948).
V
[2] LEVA (M.). – Tower packings and packed tower
design. 2e édition, U.S. Stoneware Co. Akron,
O
Ohio (1953).
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9 - 1994
Doc. J 2 621

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