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Sommaire

I. La transmission que j’ai reçue


I.1. Les années d’apprentissage
I.2. L’invitation à enseigner

II. L’enseignement que je propose


II.1. Le chamanisme de nos terres
1. Le chamanisme de nos terres : racines et oralité
2. Le chamanisme de nos terres : l’harmonie pour essence
– Une pratique pour vivre en harmonie avec tous les êtres vivants qui
nous entourent
– Une pratique pour vivre en harmonie avec le lieu où l’on vit
– Une pratique pour vivre en harmonie avec soi-même
3. Le chamanisme de nos terres :la source, origine et aboutissement de
tout
– Une Source unique
– L’essence de la Source qui nous anime
II.2. La pratique du chamanisme de nos terres
1. Le canevas
– Le chaman, le praticien chamanique : une différence fondamentale
- La préparation
- Le voyage chamanique
- Le tambour
- L’intention
- Les trois mondes chamaniques
– Les notions d’esprit dans le chamanisme celtique
- Les animaux de pouvoir
- Les guides et maîtres spirituels

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2. Les jalons principaux
– Les trois pans majeurs : autoguérison, travail avec les esprits,
divination
- Cérémonies et rituels
- Rites de passages
3. L’éthique
4. Petit aperçu de pratique appliquée

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© Éditions Véga, 2013

Tous droits d’adaptation, de diffusion ou de traduction réservés.

ISBN : 978-2-8132-1076-0

www.editions-tredaniel.com
info@guytredaniel.fr

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À mon mentor

Sous quels auspices nos routes se sont-elles croisées ?


Tu me le répétais assez : il n’y a pas de hasard.

Mon apprentissage auprès de toi n’était pas facile


et bien des fois j’ai failli abandonner.
Les difficultés et les obstacles me semblaient parfois
trop grands pour moi.
Les avoir traversés et surmontés avec ton aide et
ta patience m’ont donné une force et une expérience
dont je nourris aujourd’hui mon enseignement.

Plus le temps passe et plus je me rends compte


de l’importance de ce que tu m’as transmis.
Des éléments de ton enseignement ne cessent
de m’apparaître sous un jour nouveau,
je les comprends autrement, je les vis autrement.
Ce que tu as semé en moi ne cesse de grandir
et de porter de nouveaux fruits.
Et je sais que cela durera jusqu’à la fin de mes jours.

J’aime me rappeler les moments très intenses


que nous avons vécus ensemble.
J’aime me rappeler les nombreuses marches de nuit
en forêt pendant la lune noire.

Tu m’apprenais à développer mon ressenti :


nous marchions dans le noir, il fallait éviter les arbres.
Tu te déplaçais comme en plein jour, je trébuchais
et tombais souvent, j’ai récolté plus d’une bosse.
Et nous avions de nombreux fous rires.
J’aime me rappeler les moments dehors où la pluie
ou l’orage étaient sur le point de tomber.
Tu m’invitais à faire halte et à prier le ciel ensemble.

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Jamais la pluie n’est tombée sur nous.
J’aime me rappeler les rencontres avec les animaux
lors des exercices de métamorphose.
Se retrouver au milieu d’une compagnie de sangliers
ou laisser le chevreuil venir à soi jusqu’à pouvoir
toucher son flan.

Merci à toi de m’avoir choisi pour vivre ces années


d’apprentissage ensemble.
Merci à toi d’avoir su me mettre en confiance
et d’avoir cru en moi.
Merci pour ta patience.
Merci à toi d’avoir été là.
Merci mon amie.

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À ma femme

Qui, chaque fois que j’en ai besoin,


met sa plume habile au service de ma dyslexie,
pour la traduire en un langage clair et précis,
toujours dans le respect de mon souci de simplicité.

janvier 2012

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Si le chamanisme se pratique toujours aux quatre coins de notre
monde, c’est grâce à sa faculté d’évolution, d’adaptation. Car le
chamanisme est une pratique des hommes ; les hommes évoluent, la
pratique chamanique évolue avec eux. Ce petit traité de chamanisme
celtique a été écrit en 2012, il contient les concepts d’une pratique
chamanique celtique de ce moment-là. Or, l’évolution étant
changement perpétuel, les vérités d’aujourd’hui ne seront pas les
vérités de demain. Certaines notions expliquées dans ces pages
peuvent et doivent se transformer pour poursuivre sur cette lancée
dont les origines sont si lointaines. Et cette même évolution, par
essence, nous emmène tout droit vers un inconnu passionnant.

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I
La transmission que j’ai reçue

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1
Les années d’apprentissage
Tout a commencé dans les années 1990. À l’époque, j’habitais dans un petit
village du Sundgau, dans le sud de l’Alsace, à la frontière suisse, près de
l’Allemagne. J’ai rencontré la dame qui allait me faire découvrir son savoir
et qui vivait dans mon village, par l’intermédiaire de son petit-fils, que je
connaissais bien. Il m’arrivait d’aborder avec lui des sujets moins
conventionnels et c’est lors de l’une de ces discussions qu’il m’a dit que sa
grand-mère était une personne hors du commun et il m’a proposé de la
rencontrer, car, selon lui, nous nous entendrions bien. Il n’était pas très
courant à l’époque, surtout dans un petit village, de parler de spiritualité ou
de choses ne relevant pas directement du quotidien. J’ai accepté. Je me suis
donc rendu chez la grand-mère de mon ami, un dimanche, en début d’après-
midi. Quand je suis parti de chez elle, il était vingt heures passées et je
n’avais prononcé que quelques mots à peine. Elle avait parlé tout le temps,
me racontant ce côté de sa vie dont elle n’avait fait part à personne. Ce
soir-là, comme j’étais sur le point de m’en aller, elle a ajouté : « à la
semaine prochaine, donc », comme si nous étions de vieux amis habitués à
nous voir régulièrement.
Ce jour-là fut le premier de notre amitié très spéciale que vint
interrompre, un peu plus de six années plus tard, la mort de celle qui
pendant tout ce temps m’a enseigné et transmis le savoir chamanique dont
elle était la dépositaire.

Bien vite, nos rencontres se sont multipliées et je passais chez ma nouvelle


amie, à sa demande, presque tous les soirs de la semaine, après mon travail.
Un long apprentissage venait de commencer. Au début, je le vivais comme
autant de nouvelles découvertes et de moments privilégiés de partage. À tel
point que je lui consacrais tous mes week-ends et mes jours de congé. Elle
m’a bien expliqué, dès les premiers jours, qu’elle ne souhaitait pas que je
parle d’elle à quiconque, ni de ce que nous faisions, afin de ne pas nous
heurter aux mauvaises langues promptes à jeter le discrédit sur ce qu’elles

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ne connaissent pas. Elle tenait à garder l’anonymat, même après son départ.
C’est pour cela que je ne la nommerai pas dans ces pages. Je choisis de
parler d’elle comme de mon mentor.

Ce qu’elle me transmettait, elle le tenait d’un aïeul qui lui-même l’avait


reçu de sa grand-mère. Et celle-ci l’avait reçu d’un aïeul. Il n’y a pas eu de
coupure dans cette retransmission exclusivement orale depuis de
nombreuses générations. J’apprenais au fur et à mesure les bases de sa
tradition chamanique celtique et je devais beaucoup pratiquer pour me
familiariser avec le monde des esprits, m’exercer à communiquer avec eux
en toute sincérité, en toute ouverture. Pour reconnaître et donner la juste
place à mon mental et à mon ego pour que, peu à peu, ils n’influencent plus
ma pratique. Ce travail, je le fais encore aujourd’hui et je le ferai jusqu’à la
fin.
Au début, tous les exercices que je pratiquais, dont les voyages
chamaniques, m’étaient extrêmement pénibles, je les trouvais très laborieux.
Je pensais qu’il s’agissait d’autant d’échecs car je ne ressentais rien, je ne
voyais rien, je n’entendais rien, je ne sentais rien… Je me fâchais. Je
perdais vite patience. Souvent, j’ai eu envie de tout laisser tomber.
Puis, un soir, après de nombreuses tentatives que je prenais pour
infructueuses, j’ai capté une première image dans un voyage chamanique. La
silhouette d’un de mes animaux de pouvoir m’est apparue et a aussitôt
disparu. Cela a duré une fraction de seconde. C’était suffisant pour me
laisser une impression bouleversante. Depuis ce jour, j’ai compris que la
plupart des images dans mes voyages chamaniques ne sont pas des images
visuelles ordinaires mais des « images ressenties ». C’était formidable. J’ai
repris ma pratique avec une ardeur nouvelle. Et au fil des jours, les voyages
devenaient de plus en plus riches.

Soir après soir, voyage après voyage, les messages devenaient de plus en
plus longs et clairs. J’ai appris à me familiariser avec de nombreux esprits
comme mes propres animaux de pouvoir, certains esprits d’ancêtres de la
tradition de nos terres, et des guides et des maîtres spirituels. Je pratiquais
quotidiennement. J’ai appris ainsi à bien les connaître. Et ce sont plus
particulièrement les esprits d’ancêtres, qui, les uns après les autres, ont
commencé à proposer de me retransmettre un certain savoir et certaines
connaissances de leur pratique chamanique : c’est-à-dire comment ils
pratiquaient, ce qu’ils faisaient, dans quel but, à quel moment, etc.
Parallèlement, tous les soirs après mon travail, je retournais chez mon

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mentor qui continuait à me prodiguer son enseignement. Et lorsque je
rentrais chez moi, tard, je faisais ma propre pratique, mes propres voyages,
pour aller retrouver mes esprits et guides. Plusieurs mois puis années se
sont écoulés ainsi ; en début de soirée, je recevais l’enseignement de mon
mentor et ensuite, je recevais l’enseignement de mes esprits lors de ma
propre pratique. Je notais scrupuleusement tout ce que je recevais de mes
esprits mais je ne le partageais avec personne, pas même avec mon mentor.
En effet, elle me répétait assez souvent que la pratique personnelle ne
regarde que celui qui s’y astreint et, au début de mon apprentissage, elle
m’avait signifié très clairement qu’elle ne souhaitait pas savoir ce que je
vivais au cours de ma propre pratique. Elle la considérait comme un
véritable jardin secret, dont l’intimité doit à tout prix être respectée pour
être préservée de toute atteinte extérieure, même faite en toute bonne foi ou
avec bonne conscience. Elle-même, avec toute son expérience, ne voulait
surtout pas prendre le risque d’interpréter quoi que ce soit venant de mes
propres voyages avec mes esprits et guides. Au bout de six années
d’assiduité, d’apprentissage régulier, l’esprit d’un ancêtre qui se faisait le
porte-parole de tous les autres, est venu me voir lors d’un voyage
chamanique pour m’inviter à réfléchir sérieusement dorénavant à
retransmettre ces savoirs, ces outils, ces connaissances à ceux qui
voudraient les réutiliser pour travailler sur eux-mêmes, c’est-à-dire mieux
se connaître et se prendre en main personnellement. Car les outils et les
façons de faire que me montraient les esprits étaient simples et destinés, à
l’époque, à servir chaque membre d’une communauté : chacun pouvait les
apprendre pour ensuite les utiliser sur lui. Il ne s’agissait donc pas de la
pratique ou des outils plus approfondis qui visent alors à travailler sur
autrui et qui nécessitent un apprentissage tout différent, bien plus long et
plus poussé, et qu’il n’est pas concevable de mettre en place dans un cadre
de stages de deux jours ou d’une formation longue de plusieurs années axée
sur quelques semaines de réunions annuelles d’un groupe de travail. Ce
genre d’apprentissage ne peut être qu’individuel, il doit être nourri d’une
pratique quotidienne de plusieurs heures pendant des années, en compagnie
et sous la guidance du maître d’apprentissage. Ce qui est aujourd’hui
quasiment impossible à réaliser, dans nos rythmes ordinaires de vie.

Les messages des esprits étaient incontestables : ce qu’ils me demandaient


de retransmettre était uniquement des outils que chacun, à leur époque, avait
pour habitude d’utiliser couramment, simplement. Je ne devais pas redonner
les pratiques spécialisées que je recevais de mon mentor ni de mes esprits,
car cela aurait exigé une tout autre approche, une tout autre démarche. En

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effet, mon mentor m’a formé quotidiennement, pendant plusieurs années,
j’aurais donc dû, pour retransmettre une pratique « spécialisée », procéder
à mon tour de la même manière.

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L’invitation à enseigner
Devant la portée de la demande de cet esprit, j’ai eu la désagréable et vive
sensation d’avoir été pris au piège. Ma première réaction émotionnelle fut
une grande colère immédiatement suivie d’un rejet catégorique de cette
invitation à enseigner. À l’époque, je me sentais très mal à l’aise lorsque je
devais prendre la parole dans un groupe, je devenais cramoisi, je n’arrivais
pas à articuler correctement, et je devais toujours lutter pour refouler les
larmes qui me montaient aux yeux. Je me suis fâché et j’ai répondu à cet
esprit qu’il s’était trompé de personne et que je n’avais pas la fibre d’un
enseignant. Le lendemain soir, je suis retourné comme chaque jour chez mon
mentor, et avant de commencer, elle a déclaré : « D’abord, ce soir, je dois
te dire une chose importante. » Et elle a poursuivi : « Tu sais, ce que les
esprits t’ont transmis, parallèlement à moi durant ces six années, et dont je
t’ai demandé de ne pas me parler, je te fais maintenant la même invitation
que l’esprit d’hier soir ; à mon tour, je te demande de penser sérieusement à
redonner ces outils simples et accessibles à tous, pour ceux qui voudraient
les réutiliser pour eux-mêmes. » En entendant ces mots, j’étais ahuri. Et je
me suis dit que je devais prendre au sérieux cette invitation à enseigner. Car
la façon dont elle m’avait été faite est conforme à la manière dont elle se
fait dans la plupart des traditions chamaniques de par le monde. De tout
temps, tout le village, toute la communauté, enfants, femmes, hommes,
jeunes, vieux, pratiquent le chamanisme, à titre personnel et quotidien. Et
très régulièrement, ils se rassemblent pour des pratiques communes,
collectives, sous forme de rituels, de cérémonies. C’est à ces occasions-là
que, souvent, une partie de l’assemblée présente remarque la fluidité
particulière d’un individu à communiquer avec les esprits. Ensuite, les
doyens et doyennes de la communauté, considérés comme des sages,
reçoivent la visite de leurs propres esprits qui leur font remarquer que cet
individu présente un potentiel et pourrait succéder au chaman, au guérisseur,
au devin, à l’astrologue, etc., déjà en place. Les sages vont alors se réunir et
discuter de ce choix avant de le valider. Lors de la cérémonie collective
suivante, les anciens formulent l’invitation à la personne concernée. Et elle

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a le choix d’accepter ou de refuser. Si elle refuse, tout continue comme
avant. Si elle accepte, cela signifie souvent que dans les jours à venir, elle
va déménager et aller vivre sous le même toit que le chaman. Celui-ci va
commencer à lui transmettre son savoir, ce qui prend de longues années.
L’élément fondamental qui valide cette invitation est qu’elle vient du monde
des esprits d’abord et ensuite seulement du monde ordinaire, des humains.
Si cette invitation ne se produit pas dans cet ordre, ou si elle ne vient que
d’un des deux mondes, elle n’est pas valide. Car il y a interférence, souvent
due à l’ego ou à un désir profond. Mon mentor me répétait d’ailleurs très
souvent la même mise en garde : « Si tu rencontres des personnes qui se
présentent au premier abord comme chamans ou guérisseurs, fais demi-tour
et éloigne-toi. » Il est important de savoir qu’aucun individu ne choisit de
devenir chaman ou guérisseur ou autre. L’invitation vient toujours du monde
des esprits d’abord et ensuite du monde ordinaire. Il n’est donc ni cohérent
ni vraisemblable de se proclamer chaman après quelques stages, et encore
moins de venir faire un stage pour devenir chaman. C’est contraire à la
pratique. Car qui dit pratique, dit assiduité, longue durée, connaissance de
soi, connaissance approfondie de ses esprits. Le tout dans la simplicité et
l’humilité. C’est le premier précepte de notre tradition qui en compte trois.
Les deux autres sont « ne rien attendre, se détacher de tout résultat » et
« travailler son ego et voir quelle place il prend ». Pour compléter, ajoutons
que dans la plupart des traditions chamaniques, ainsi que dans la nôtre,
personne ne se targue d’être chaman ou guérisseur, car dans ce cas, on ne
serait déjà plus dans la simplicité ni l’humilité. J’ai rencontré à ce jour
plusieurs chamans de traditions diverses dans le monde, aucun d’eux ne se
dit d’emblée chaman ou guérisseur. Ils s’estiment simplement au service de
leur village, des membres de leur communauté et ce sont ceux-ci qui leur
attribuent ce qualificatif distinctif.

J’ai donc réfléchi pendant plusieurs jours à cette invitation que je venais de
recevoir, car sur le coup, j’étais troublé. Ensuite, j’ai informé mon mentor
de mon intention de me préparer et de faire une première tentative. Et si
celle-ci s’avérait concluante, je poursuivrais. Sinon, je me détournerais tout
simplement de l’enseignement pour continuer ma pratique, mais seul avec
moi-même, comme avant. Je m’y suis mis : j’ai construit un premier atelier,
pour transmettre les bases de cette pratique celtique, selon les
enseignements que j’avais reçus pendant toutes ces années. Cela m’a
demandé des efforts considérables. Et le premier jour de l’atelier, j’étais
stressé, pris par la peur de mal m’y prendre, de ne pas arriver à
communiquer correctement, de ne pas trouver les mots justes. À l’issue du

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deuxième jour, les participants avaient notamment appris à faire des
voyages chamaniques au son du tambour selon notre tradition celtique, à la
rencontre de leurs animaux de pouvoir et de leurs guides et maîtres
spirituels. Les réactions positives des participants m’ont encouragé à
recommencer l’expérience, puis petit à petit, comme les personnes
intéressées souhaitaient approfondir leurs relations avec leurs animaux de
pouvoir et leurs esprits, mais aussi avec la nature qui nous entoure, j’ai
développé des ateliers ou des stages avancés sur des thèmes bien précis,
toujours constitués d’exercices, de rituels, de cérémonies que m’avaient
enseignés et m’enseignaient encore mon mentor et mes propres esprits.
Aujourd’hui encore, je continue ma pratique et je reçois des enseignements
de mes esprits.

Presque une année après mon premier atelier, mon mentor m’a dit qu’elle
arrivait au bout de ce qu’elle pouvait me retransmettre mais que je devais
toujours continuer ma pratique et rester attentif à mes esprits. Trois
semaines plus tard, je l’ai revue, c’était un dimanche après-midi. Cette nuit-
là, elle nous a quittés. J’étais la dernière personne à l’avoir vue vivante.
Elle n’était pas malade, elle n’avait aucun problème de santé. Tout
simplement, elle avait senti que l’heure était venue pour elle.

18
II
L’enseignement que je propose

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1
Le chamanisme de nos terres

Le chamanisme de nos terres : racines et oralité


Le chamanisme est sans doute la pratique spirituelle la plus ancienne
connue de l’humanité, c’est du moins ma conviction. Notre lointain ancêtre
commence à se redresser sur ses membres postérieurs il y a un peu plus de
10 millions d’années. Puis, la découverte du galet de jaspe rouge retrouvé à
Makapansgat, en Afrique du Sud, évoque pour certains chercheurs les
origines de la pensée symbolique. L’homo apparaît. Il évolue. L’homo
sapiens enterre ses défunts et dispose des offrandes près de leurs restes.
Ces objets ont une valeur symbolique. J’y vois le signe que l’homme prend
donc progressivement conscience d’un monde des esprits. Il a des songes,
puis il fait des voyages chamaniques, il entre en transe, il découvre et se
familiarise avec ses animaux de pouvoir et les esprits de la nature qui
l’entourent. Des traces archéologiques le prouvent avec trois éléments qu’il
m’est difficile de ne pas ressentir comme chamaniques et que l’on retrouve
dans les peintures et les gravures préservées par le temps dans les grottes et
les cavernes. Il s’agit de dessins d’animaux, très nombreux par ailleurs.
Comment ne pas se demander si ces dessins représentent, outre les animaux
que ces hommes voyaient dans leur quotidien, des animaux de pouvoir, des
animaux totem, animaux qu’ils voyaient dans leurs songes, dans leurs
voyages chamaniques et qu’ils ont peints ? Le deuxième élément est la
représentation d’êtres humains lors de cérémonies, de rituels. Soit en
cercle, une cérémonie autour d’un feu. Soit en file indienne, en procession,
en marche vers un autel, comme pour y déposer une offrande. Pour ma part,
il est clair que certains de ces dessins tout simples sont des traces qui
démontrent que les hommes opéraient déjà des pratiques dans ce domaine-
là. Et troisième élément très chamanique, le phénomène de la
métamorphose. Certains dessins ou sculptures représentent une créature
moitié homme moitié animal, ou des animaux recomposés, un cheval avec
des ailes par exemple. Ce n’est pas usuel. On ne voit pas tous les jours un

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dragon, une licorne dans les prés. Ces animaux, toutes les traditions les ont
dessinés ou décrits dans leurs récits oraux depuis le début des temps. On les
retrouve sur toute la planète, même dans des cultures qui n’ont pas
forcément eu de contacts entre elles. Et aujourd’hui, on peut se demander :
« Tiens, si toutes ces traditions, ces cultures, partout sur la planète, en ont
parlé, n’existeraient-ils pas quelque part ? Sur un autre plan ? »

Aujourd’hui, le chamanisme est une pratique spirituelle toujours bien


vivante sur l’ensemble de la planète. Il est intéressant de remarquer que le
chamanisme existe depuis que l’homme a commencé à prendre conscience
de sa condition et qu’il existe toujours alors que, depuis nos premiers
balbutiements, la Terre a vu apparaître et disparaître de nombreuses
civilisations, dotées de leurs croyances propres qui se sont éteintes avec
elles. Le chamanisme a traversé le temps. La raison en est que dans le
chamanisme, il n’y a pas de hiérarchie. Toute hiérarchie est une structure
pyramidale, souvent dominée en son faîte par un seul individu ou un groupe
restreint de personnes. Le chamanisme authentique, tel qu’il est pratiqué par
les peuples naturels, n’est pas soumis à une hiérarchie. Dans les
communautés où l’on pratique le chamanisme, le chaman n’occupe pas un
rang de choix ni une position privilégiée. Il se situe au même niveau que
tous les autres membres de la communauté. Il ne détient pas d’autorité
particulière. Simplement, il est doté d’une compétence spécifique au même
titre que le forgeron ou la sage-femme qui détiennent un savoir et une
expérience propres. De ce fait, dans les stages que je propose, nous sommes
toujours assis en cercle, car dans un cercle, il n’y a pas de place plus ou
moins avantagée ; tout le monde est au même niveau, tout le monde a la
même importance. Tout le monde est à la meilleure place. Et de plus, chacun
se voit.

Qui sont les ancêtres de nos terres ? Comme toutes les régions habitées du
monde, nos terres ont connu des mouvements de population ; invasions,
déplacements en masse pour des causes diverses. Il ne s’agit pas ici d’en
donner un aperçu élaboré et nous nous contenterons de comprendre que les
ancêtres de nos terres ne présentent pas une seule et unique souche ou
origine. Si leurs pratiques du sacré différaient en fonction des régions ou
des ethnies, elles reposaient sur les mêmes fondements. Pour n’en citer
qu’un : leur amour et leur respect des esprits de la nature avec lesquels ils
entretenaient des liens particuliers. Le chamanisme de nos terres est donc
issu de ces anciennes pratiques du sacré. N’oublions pas que de tous temps,

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les mots utilisés pour décrire le chamanisme ont évolué. À l’époque des
Celtes, le terme « chamanisme » n’existait pas. Pour rappel, il provient de
l’appellation « saman », et serait apparu pour la première fois en 16721.
C’est un terme emprunté à la langue toungouse. Plusieurs étymologies sont
avancées pour sa signification : « celui qui voit », « celui qui saute, qui
bondit ».

Nous savons que les Gaulois ont été envahis par les Romains, que cette
invasion a duré plusieurs siècles, et que, au cours de ces siècles, les
Romains se sont de plus en plus christianisés. Au IVe siècle après Jésus-
Christ, le christianisme devient la religion officielle en Gaule, alors que
jusque-là ses adeptes étaient persécutés par les Romains. On sait aussi
aujourd’hui que certaines fêtes païennes ont été incorporées au calendrier
chrétien et que les rites et symboles cultuels de nos ancêtres ont souvent été
diabolisés par la nouvelle religion officielle qui en a détourné les
significations profondes. Le cas du corbeau est révélateur. Si saint Benoît
avait un corbeau comme compagnon familier, aujourd’hui, nous sommes
bien loin de lui attribuer une aura positive. Il est surtout associé à la mort ;
il porte malheur, il est de mauvais augure. Jadis, il était effectivement lié à
la mort, mais il avait un rôle bénéfique. Lors de rites funéraires, lorsque les
officiants et les participants apercevaient ou entendaient des corbeaux,
c’était un excellent présage : l’essence de la Source qui venait de quitter le
défunt était prise en charge par les corbeaux qui la conduisaient à la Source.
Cet animal était pour nos ancêtres un animal psychopompe, c’est-à-dire un
passeur. Il était donc tenu en très haute estime. Autre assimilation
intéressante : Halloween. À la simple évocation de ce nom, aujourd’hui, on
voit surgir une citrouille au sourire ricanant et au regard vide et effrayant. À
l’origine, les Celtes célébraient la fête de Samain, le 31 octobre. Ce jour-là
était le dernier jour de l’été et le premier jour de leur année nouvelle. C’est
aussi ce jour-là que le voile séparant le monde des vivants de celui des
défunts est le plus ténu. La citrouille était utilisée lors d’un rituel de passage
pour les défunts. La citrouille était évidée et on y creusait un visage
souriant, accueillant. Le dessus restait ouvert. À l’intérieur, on y déposait
une bougie, allumée avec une intention précise. Une veillée était organisée
dès la tombée de la nuit ; les citrouilles étaient placées sur les rebords des
fenêtres, le visage tourné vers l’extérieur. Elles rayonnaient comme des
phares, guidant les défunts. Pendant cette veillée, des prières étaient
récitées à l’intention des défunts, pour les appeler et les exhorter à quitter le
monde des vivants. C’est aussi à ce moment de l’année que le houx

22
apparaissait au-dessus des portes et des fenêtres des maisons. Le houx était
une plante qui repoussait les mauvais esprits. Les habitants l’utilisaient pour
se protéger pendant ce moment crucial. Le gui était très présent lui aussi,
au-dessus des portes et des fenêtres, mais on ne s’embrassait pas dessous ;
il empêchait la maladie d’entrer dans la maison et préservait la bonne santé
de la maisonnée.

L’Histoire montre que la coupure avec ces racines qui étaient les nôtres n’a
donc pas été radicale ni immédiate. Ce processus progressif d’aliénation
culturelle s’est étendu sur plusieurs siècles. Et cette tradition spirituelle de
nos terres, qui se fondait entièrement sur l’oralité, s’est éteinte ; ses
détenteurs ne pouvaient plus la transmettre sous peine ou par peur d’être
victimes, entre autres, d’accusations de sorcellerie, qui conduisaient
souvent tout droit à une mort certaine. Rares sont donc, aujourd’hui dans nos
régions, les récipiendaires de cette tradition orale, tandis que, dans d’autres
régions du globe, des anciens détiennent encore un savoir ancestral, issu
d’une transmission continue, qu’ils perpétuent tout naturellement à leur tour.

Le chamanisme de nos terres :


l’harmonie pour essence
La première question que se posent les participants au stage de base, c’est :
« le chamanisme de nos terres, qu’est-ce que c’est ? » Ainsi que me l’ont
enseigné les esprits des ancêtres et mon mentor, le chamanisme authentique,
c’est une manière de vivre en harmonie avec tous les êtres vivants qui nous
entourent. Le chamanisme est une façon d’être en harmonie avec le lieu où
l’on vit. Le chamanisme est un moyen d’apprendre à mieux se connaître soi-
même. Il est fondamental de prendre conscience que chacun est maître et
responsable de lui-même et que chaque acte que nous posons a un impact.
Tout ce que l’on dit, fait ou pense, positif ou négatif, a un effet, que celui-ci
soit immédiat ou non.

– Une pratique pour vivre en harmonie avec tous les êtres


vivants qui nous entourent
Le chamanisme de nos terres, comme toute pratique de chamanisme
authentique, nous permet de vivre en harmonie avec ceux qui vivent sous le
même toit que nous, dans notre voisinage, dans notre village ou ville, pays,

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continent et, finalement, sur toute la planète. Vivre en harmonie avec tous
les êtres vivants. Et quand on parle d’êtres vivants, attention, il ne s’agit pas
que des êtres humains. Dans le chamanisme, plusieurs règnes sont dotés de
la vie : l’homme, le règne animal (que l’on soit partisan de les associer ou
non car, pour citer le paléoanthropologue Pascal Picq, l’homme n’est pas le
seul animal qui pense, mais il est le seul qui pense qu’il n’est pas un
animal), le règne végétal et le règne minéral. Ce règne minéral aussi est
vivant même si l’on a plus de mal à le concevoir. Une pierre est tout aussi
vivante qu’un animal, qu’une plante, ou que nous-mêmes. Elle a une durée
de vie plus longue et un rythme de vie beaucoup plus lent, c’est pour cela
qu’on ne le perçoit pas au premier abord. Dans un état non ordinaire de
conscience, il est possible de le ressentir, d’en faire soi-même l’expérience.

– Une pratique pour vivre en harmonie avec le lieu où l’on


vit
La pratique chamanique nous permet également de vivre en harmonie avec
le lieu où l’on vit, dans sa propre maison ou son appartement, en tout
premier. Puis dans notre quartier, dans notre village ou ville, dans notre
pays, sur notre continent, pour finir de nouveau avec la planète entière qui
est la grande maison de la communauté humaine. Comment vivre en
harmonie sur notre Terre. Et aujourd’hui, tout nous rappelle qu’il est capital
de vivre en harmonie avec la Terre. L’homme a besoin de la Terre, il est
complètement dépendant de la Terre pour vivre. Elle nous donne
absolument tout ce dont nous avons besoin pour vivre sainement,
agréablement, confortablement. Sans elle, nous ne serions rien. En
revanche, la Terre – et les hommes ont aujourd’hui tendance à l’oublier –
n’a pas besoin de nous pour vivre. Pour preuve, elle a vécu longtemps sans
nous. Petit rappel, comme l’explique Yves Coppens, si l’on admet que nous
sommes le 31 décembre à minuit et que nous envisageons l’existence de la
Terre à l’échelle d’une année, la vie est apparue sur Terre le 8 mars, sous la
forme des premières bactéries. Les premiers poissons et vertébrés sont
apparus le 24 novembre. Les dinosaures y ont vécu du 12 au 25 décembre et
l’homme est arrivé le 31 décembre, quelques heures avant minuit. Cela fait
à peine quelques heures que nous sommes là, que la Terre vit avec l’homme.
Si un jour nous sommes appelés à disparaître, la Terre vivra très bien sans
nous. En revanche, si la Terre ne nous donne plus ce dont nous avons besoin
pour vivre, nous en souffrirons immédiatement. On le voit très bien en ce
moment. C’est plus d’actualité que jamais. Ces dernières années, nous en

24
prenons de plus en plus conscience. Il est important de revenir à des notions
plus saines. Ce qui ne veut pas dire régresser. Mais bien s’adapter et se
rééquilibrer. C’est tout simplement l’une des bases même du chamanisme.
La préservation de cet équilibre, de cette harmonie dans leur environnement
de vie a toujours été l’un des premiers soucis des hommes. Les cueilleurs,
les chasseurs, les pêcheurs veillaient à maintenir l’équilibre des ressources
naturelles, seul garant de leur propre survie.

– Une pratique pour vivre en harmonie avec soi-même


Que connaissons-nous de nous-même ? En réalité, nous ne nous connaissons
pas vraiment. Pas entièrement. Loin de là. On estime qu’un individu connaît
15 à 20 % de lui-même.
Nous sommes comme un iceberg, ces 15 à 20 % sont la partie émergée de
l’iceberg, le gros est sous l’eau, on ne le soupçonne pas, mais il est bien là
pourtant. Ces 15 à 20 % que l’on connaît de nous-même, c’est notre
intellect, notre psychisme : nous savons ce que nous aimons, ce que nous
n’aimons pas dans la vie, nous connaissons nos propres goûts… Nous
savons à quoi nous réagissons, à quoi nous sommes ouverts, à quoi nous
sommes plutôt fermés ou opposés. Nous savons aussi tout ce que nous avons
appris au cours de notre vie : à l’école, lire, écrire, compter, mais aussi ce
que nos parents, nos grands-parents, tous ceux que nous avons cotoyés, nous
ont appris. Ainsi que le métier ou le savoir-faire que nous avons acquis. Et
l’expérience. Tout cela, c’est ce que nous connaissons de nous-même. Soit
15 à 20 %. Le reste, le vocabulaire moderne le désigne volontiers par
inconscient. Et le terme est clair : nous savons qu’il y a quelque chose mais
nous ne savons pas ce que c’est. La pratique chamanique, et entre autres les
voyages chamaniques, permet d’aller explorer cet inconscient, de partir à la
découverte de soi-même afin de comprendre les mécanismes profonds qui
nous animent. Comprendre les facettes de notre caractère, désamorcer les
blocages ou les malaises qui nous font souffrir, qui provoquent en nous de la
colère, de la tristesse ou des peurs qui à leur tour peuvent provoquer des
maladies. La pratique chamanique nous permet de travailler sur nous-même,
de découvrir nos points névralgiques et de contribuer à rétablir un juste
équilibre, celui qui nous convient en propre. Et ainsi nous pouvons évoluer,
avancer sur notre chemin spirituel. La pratique authentique du chamanisme
est donc une aide quotidienne sur notre chemin de vie. Elle peut nous
apprendre à mieux nous connaître pour nous permettre de mieux vivre en
harmonie avec notre être profond.

25
Le chamanisme de nos terres : la Source, origine et
aboutissement de tout
– Une Source unique
Le but de tout individu, dans notre tradition chamanique, est d’atteindre
l’éveil de la conscience pure, par la pratique. Cet éveil de la conscience
passe par la Source. La Source est pour nous l’ultime référence. D’autres
l’appellent Dieu, Allah, Bouddha, Krishna, lumière, Amour, Conscience,
Grand Esprit, etc. Pour nous, tout est issu d’une seule Source, tout est relié
et il n’y a pas de séparation. Chaque élément de l’univers fait partie d’un
tout et le tout fait partie de chaque élément. Nous faisons donc partie d’un
tout et le tout se retrouve en nous. Nous avons coutume d’utiliser trois
termes pour décrire la Source ; pure lumière, pur amour et pure conscience.

La Source, origine de tout : pour expliquer cela, j’utilise toujours le même


exemple très simple et très éloquent à propos de l’eau, l’un de nos éléments
vitaux. Nous lui connaissons trois aspects. Premier aspect : quand le
thermomètre descend en dessous de zéro, l’eau gèle. Elle devient glace,
dure et solide. Mais elle est toujours eau. Quand la température monte, cette
eau fond et devient liquide. C’est sous cet aspect qu’on la connaît le mieux,
mais elle est toujours eau. De solide, elle est devenue liquide. C’est tout.
Finalement, la troisième forme qu’elle peut avoir, c’est quand la
température monte encore et qu’elle s’évapore. Elle se trouve alors dans
l’air. Mais c’est toujours la même eau. Par exemple, nous ne nous doutons
pas qu’il y a des particules d’eau autour nous. Et pourtant, nous en
absorbons à chaque inspir. En ce moment-même. Nous ne la voyons pas
forcément, nous ne la sentons pas forcément et pourtant elle est vitale pour
nous. S’il n’y en avait pas dans l’air que l’on respire, nous aurions très vite
des problèmes de santé. Donc, cette eau a trois aspects. Maintenant, pour
comprendre le fondement de notre tradition chamanique, il faut remplacer
cette eau par la lumière pure qui vient de la Source. À la place de l’eau
gelée, admettons que c’est de la « lumière gelée » qui vient de la Source. À
notre échelle humaine, cela donne la matière, celle qui nous constitue et
celle qui constitue tout ce qui nous entoure, êtres vivants ou objets inertes.
La Terre elle-même est composée de cette lumière-matière. Selon notre
tradition chamanique, tout n’est que pure lumière qui vient de cette Source.
Cette lumière, à ce stade « de glace », sous sa vibration la plus basse, est

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tellement dense, compacte, compressée, qu’elle en devient solide, donc
matière. Nous sommes donc de la lumière-matière, bien concrète. Et cela
vaut pour n’importe quelle forme, substance, vivante ou pas. Il n’y a pas de
niveau « inférieur » à celui-ci : En effet, la lumière dans sa vibration la plus
basse est matière. Cela signifie donc que nous ne pouvons que nous
« élever », progresser. Mais ce stade où la lumière est matière –
l’incarnation – est capital, car dans ce stade-là aussi, la lumière de la
Source doit faire ses expériences. L’incarnation, ou la concrétisation de la
lumière de la Source, est un moment privilégié pour nous d’aller de l’avant.
Avoir conscience de cet ordre des choses nous permet de concevoir notre
existence avec un regard complètement neuf. Une évidence s’impose alors :
« Tout ce qui m’entoure, tout ce que je vois autour de moi, c’est de la
lumière, et moi aussi je suis lumière. Donc, oui, je fais partie du tout et le
tout est en moi. En réalité, il n’y a pas de dissociation. »
À partir de là, nous comprenons sans effort notre participation, notre
responsabilité dans ce grand tout au sein duquel nous vivons.

Abordons maintenant les deux autres aspects de la lumière : l’état de vapeur


et l’état de liquide. Commençons par la lumière à l’état de vapeur. C’est
d’elle qu’est constitué le monde des esprits, des animaux de pouvoir, des
guides et maîtres spirituels que nous allons rencontrer, notamment dans des
voyages chamaniques. Ces esprits ne sont pas des incarnations, ils ne sont
pas de la lumière-matière. Dans notre monde ordinaire, nous ne les voyons
ou ne les sentons pas forcément. Mais cela ne signifie pas qu’ils n’existent
pas. C’est comme les particules d’eau que nous inspirons sans cesse ; nous
n’en avons pas conscience, et pourtant elles sont bien présentes. C’est la
pratique chamanique qui nous permet d’aller à leur rencontre.

Et enfin, le stade intermédiaire où la lumière est à l’état liquide. Dans notre


vie d’être humain, ce stade est très bref : c’est celui où l’on passe de la
mort à la vie et de la vie à la mort. C’est le moment de notre dernier souffle,
de notre mort, lorsque nous passons à un autre cycle. C’est juste l’instant du
passage. Et l’élément liquide, fugace par essence, symbolise parfaitement
ce passage.

Certains phénomènes réels, plusieurs mythes et légendes montrent bien que


la matière est lumière et que lorsqu’un individu élève sa conscience et
établit un rapport de lumière à lumière avec un objet face à lui, il peut alors
le traverser ; c’est le cas notamment des guérisseurs philippins qui opèrent

27
à main nue. Toute anesthésie ou opération conventionnelle n’est plus
nécessaire puisqu’il s’agit d’un rapport de lumière à lumière et pas de
matière à matière. C’est aussi le cas, en Amérique du Nord, pendant la
conquête de l’Ouest, des nombreux Indiens qui s’étaient évadés de leur
cachot. Leurs gardiens avaient vu un animal s’enfuir, sans toutefois détecter
la moindre marque d’effraction. Il s’agit là de maîtres de métamorphose. Ils
traversaient la matière, les murs de leur prison, et prenaient la forme d’un
animal pour couvrir leur fuite. Il existe de nombreux récits semblables.
Plus près de nous, nos ancêtres celtiques étaient de grands spécialistes en
la matière : Merlin l’Enchanteur, probablement le plus connu, était un maître
de métamorphose. La mythologie celtique relate de nombreux cas de
métamorphoses ; nous n’en citerons que deux : les métamorphoses
successives qu’enchaînent Cerridwen et Gwion Bach lors de leur
légendaire course-poursuite et Gwyddion qui, en plein combat, a
métamorphosé une troupe de Bretons en arbres et en plantes pour les sauver
d’une mort certaine.

– L’essence de la Source qui nous anime


Un fondement essentiel de la tradition de nos terres se dégage ici très
clairement : l’essence de la Source qui nous anime. Cette essence vient, à
travers nous, faire l’expérience de la lumière incarnée, elle fait évoluer nos
consciences. En langage moderne, cette essence de la Source qui nous
anime est notre âme et notre esprit ensemble, reliés. Elle est pure, elle n’est
jamais en péril, ni en difficulté, ni fractionnée, ni séparée, ni fragmentée, ni
malade. Elle est. Tout simplement. L’essence pure, originelle, de la Source.

Elle poursuit son chemin d’évolution, d’apprentissage à travers la matière


que nous sommes. L’âme et l’esprit sont inséparables, indissociables.
Ensemble, ils sont l’essence de la Source qui nous anime. Ils sont issus de
la Source : l’âme est la lumière pure de la Source, l’esprit est la conscience
pure de la Source. Il est également le lien entre notre corps et notre âme.
L’amour imprègne tout.

Notre essence pure ne peut donc être malade, elle nous anime, elle est vie
en nous. Et le jour où elle se sépare de notre corps physique, elle ne nous
anime plus, c’est le jour de notre mort, le jour du départ de notre essence
vers un ailleurs de lumière. Des termes comme recouvrement d’âme ou
guérisseurs d’âme désignent donc pour nous une réalité impossible.

28
Recouvrer son âme ou une partie de son âme, ou bien la guérir, relève tout
simplement de l’aberration. En revanche, bien entendu, nous avons des
disharmonies, des troubles énergétiques, des fuites énergétiques, des nœuds
énergétiques, etc. dans les différents corps énergétiques qui nous
composent, mais pas dans notre âme ni dans notre esprit, ces différents
corps qui nous composent n’étant pas notre âme, ni notre esprit.

Cette essence pure de la Source qui nous anime revient autant de fois qu’il
le faut, jusqu’à atteindre son but ultime. Notre tradition considère que tout
est cyclique dans l’univers, qu’il y a donc constamment naissance, vie et
mort. Nous croyons en la réincarnation. Nous croyons qu’après notre mort,
ce n’est pas fini. Au contraire, c’est un nouveau départ. Nous passons à une
étape suivante, pour nous rapprocher toujours plus de notre but. Les cycles
qui régissent la vie sont nombreux, il y a une multitude de cycles divers
dans notre corps, à notre échelle d’être humain, comme la reproduction et la
mort de nos cellules mais aussi la respiration, le sommeil, la digestion, la
jeunesse et la vieillesse, etc. Les cycles de la nature liés à ceux de la Terre,
comme les saisons, le jour et la nuit, les marées, les années qui sont autant
de révolutions de la Terre autour du soleil. Le grand cycle que représente
notre système solaire. Les cycles lunaires, etc. Tout est cycle, tout est
transformation, rien ne disparaît jamais, tout évolue.

Cet enseignement vise à mettre en place une pratique personnelle qui se


nourrit d’actes chamaniques quotidiens ou ponctuels, individuels ou
collectifs ; prières, cérémonies et rituels, rites de passage… permettant à
chacun d’entre nous de se prendre en main et de participer activement à sa
propre évolution sur ce chemin entamé ici-bas, qui nous reconduit vers la
Source.

1 Avvakum Petrovich, La vie de l’archiprêtre Avvakum écrite par lui-même,


1672, trad. du russe par Pierre Pascal, Gallimard, 1938. A. Petrovich était un
dirigeant du clergé conservateur russe, exilé en Sibérie en 1661 par le tsar Alexis Ier.

29
2
La pratique du chamanisme de nos terres

Le canevas
Notre pratique chamanique se fonde sur une éthique que nous aborderons
par la suite. Cependant, il me semble judicieux d’évoquer ici ses préceptes
majeurs : rester simple et humble, travailler son ego, voir où est sa place
dans l’instant présent, ne rien attendre, se détacher du résultat.

Soulignons que le terme « pratique » est très clair : il s’agit de pratiquer,


encore et encore, assidûment, pour progresser. Sans cela, la pratique n’en
est plus une.
J’entends souvent remarquer que le premier et le troisième précepte
semblent identiques. Ce n’est pas le cas. Rester simple et humble, la
simplicité et l’humilité comme états d’être, juste être soi-même, sans
apprêts, se présenter tel que l’on est. L’humilité, c’est accepter sa condition
d’être humain, avec toutes les facettes qui la composent. Sans en valoriser
ni en mésestimer aucune. Travailler son ego, voir où est sa place dans
l’instant présent, demande une remise en question sincère. Ce que je dis ou
fais est-il en harmonie avec mon être authentique, ou cela m’est-il dicté par
un désir profond de paraître ce que je ne suis pas ? Ou suis-je venu
travailler sur moi en toute franchise face à moi-même ?
Ne rien attendre, se détacher du résultat signifie ne pas permettre à notre
mental de forcer les choses en lui laissant les rênes. Car tout le travail en
serait biaisé. Il ne faut donc pas s’imposer d’exigence de résultat. En
d’autres termes, il faut lâcher prise pour pouvoir entrer dans un état de
réceptivité totale.
Or, beaucoup d’entre nous sont incapables de lâcher prise, de ne pas
avoir une certaine emprise sur ce qui se passe, de laisser faire les esprits.
Au début, la pratique implique un gros effort qui consiste à lâcher cette
envie de contrôle que nous avons.

30
– Le chaman, le praticien chamanique : une différence
fondamentale
De tous temps, dans tous les peuples naturels, chaque membre de la
communauté est apte à pratiquer le chamanisme. Nous l’avons vu, ce n’est
pas un individu qui s’autoproclame chaman, la communauté et les esprits le
choisissent en fonction de ses aptitudes. Ses activités spirituelles consistent
notamment en la guérison, la divination et les conseils, dans le respect
constant de l’harmonie sacrée de l’univers. Les esprits procurent au chaman
des connaissances, de l’aide, des conseils, des aptitudes, selon l’intention
avec laquelle celui-ci va les trouver. Ils lui transmettent également d’autres
ressources pour aider d’autres personnes, sa communauté, la planète ainsi
que pour avancer sur son propre chemin spirituel. Cependant, il faut bien
remettre chaque chose à sa place : il s’agit là de chamans qui ont grandi et
mûri dans une réelle pratique chamanique quotidienne. Il ne s’agit pas de
transposer cela à notre réalité occidentale et de croire que l’on peut devenir
chaman ou guérisseur à l’issue de quelques jours de stages ou après avoir
suivi une formation longue comme celles qui prolifèrent aujourd’hui en
Occident pour tous genres confondus de disciplines spirituelles.

C’est pour cela que dans notre tradition, nous parlons de praticiens
chamaniques, d’individus qui pratiquent le chamanisme pour eux-mêmes, en
utilisant des outils simples et efficaces à la portée de tous et qui ne
nécessitent pas un apprentissage assidu de longue haleine tel que celui que
connaît le chaman qui se fait former pour le bien de sa communauté et pour
travailler notamment pour autrui. Ce qui n’est pas la même optique. Dans
notre monde occidental, le chamanisme a beaucoup de mal à être crédible et
sérieux, parce qu’il n’y a plus toutes ces bases léguées par les aïeux. Et l’on
voit même certaines personnes se proclamer chaman après avoir lu
quelques livres ou après avoir fait un ou deux stages, suivis de quelques
voyages chamaniques qui passent pour suffisamment édifiants pour les
lancer dans cette voie.

Il est impossible de retransmettre dans des stages collectifs des outils


destinés à être utilisés sur autrui. On ne peut pas acquérir un outil de
guérison par exemple que l’on irait ensuite utiliser à l’identique sur
plusieurs personnes. Chaque cas est unique. Chaque soin est donc taillé sur
mesure pour chaque personne en demande ; on ne peut tout simplement pas
appliquer un soin identique à plusieurs personnes. Car chaque individu est

31
différent, unique. Le bon sens le plus élémentaire veut donc que chaque
individu nécessite une approche unique, qu’il est impossible d’apprendre
dans un stage. Même dans un stage de longue durée, ou au cours d’une
formation comportant plusieurs stages. Le seul moyen d’apprendre cela est
une pratique quotidienne, assidue, avec la personne qui forme, souvent
pendant plusieurs années. Le praticien authentique ne propose pas
d’apprendre dans un stage à travailler sur autrui. Un chaman non plus
n’enseignera pas en deux jours des techniques de guérison sur autrui. Il sait
que dans le cadre d’un apprentissage à court terme, c’est une aberration.

Dans la plupart des peuples naturels, un chaman, un guérisseur dans un


village, n’est pas au-dessus des autres. Il ne jouit pas d’un prestige plus
grand que les autres habitants du village. En journée, il a souvent un travail
nourricier comme tout le monde, il travaille ses champs, soigne ses bêtes…
Et le soir, quand ces travaux sont finis, les gens viennent le voir et le
solliciter pour consulter les esprits, recevoir un soin, demander un rituel ou
une cérémonie pour s’attirer l’aide des esprits, etc. Et il est intéressant de
faire remarquer qu’aucun des chamans que nous avons rencontrés au cours
de nos voyages ne pratique de soins sur ses proches ; tous expliquent qu’ils
se savent trop impliqués émotionnellement et qu’ils ne sont pas dans le
détachement nécessaire. Eux-mêmes font alors appel à d’autres chamans.
Soulignons aussi que très peu d’ethnies sur la planète vous comprennent
si vous leur demandez : « Qui est votre chaman ? » En effet, chaque ethnie a
son propre nom pour désigner celui qui communique et interagit avec les
esprits. En Mongolie, chez les Tsaatan, on parle de dzaïran, au Népal, par
exemple, on parle de jhankri, de dhami, en Amérique du Nord, d’hommes
ou de femmes médecine, chez les lapons, de noaide, etc.

– La préparation
La pratique du chamanisme de nos terres se fait dans le cadre du chemin
personnel de chacun. Et avant toute pratique chamanique, il est important de
se préparer à entrer en relation avec le monde des esprits. Cette préparation
s’effectue en quatre phases : l’enracinement, une prière pour soi, une
protection et l’appel aux esprits.

L’enracinement sert à être bien présent, bien centré. Il nous pose. Plus
l’enracinement est bon, plus la communication avec les esprits sera claire.
Il ne s’agit donc surtout pas de planer, d’avoir la tête dans les nuages… Au

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contraire, l’enracinement est là pour bien nous ancrer, les deux pieds sur
terre. Il nous ouvre à la lucidité et à notre présence. L’enracinement se fait
en position verticale. Debout, assis sur une chaise ou assis par terre. Il ne
peut se faire couché. Le but de l’enracinement est de se sentir, s’imaginer
devenir un arbre – le ressentir – qui plonge d’abord toujours ses racines
dans la terre, pour la stabilité, et ensuite seulement se relie à la Source, par
ses branches. Nous pouvons pratiquer un enracinement différent tous les
jours, mais l’arbre est essentiel. De même que le fait de s’enraciner d’abord
dans la Terre, et de se relier ensuite à la Source. L’enracinement ne doit pas
nécessairement durer longtemps. Il est conseillé, au début, de prendre son
temps, pour le faire consciencieusement et bien l’inscrire dans son corps.
Par la suite, avec la pratique et l’assiduité, l’enracinement peut être très
rapide. Le mieux est de ressentir son propre besoin du moment.

Dans la prière pour soi, nous prenons un moment pour nous concentrer sur
nous-même, nous parler à nous-même pour bien prendre conscience du
travail que nous sommes sur le point d’entreprendre. Dans notre pratique,
prier signifie parler avec son cœur, dans l’instant présent, en toute sincérité.
Notre prière peut donc être sans cesse différente puisque nous la faisons
dans l’inspiration du moment. Cette prière particulière contient les
préceptes de notre pratique chamanique celtique : je reste simple et humble,
dans la pratique chamanique ainsi que dans la vie, je n’attends rien, je me
détache de tout résultat, je prends le temps de travailler mon ego, de
prendre conscience de la place qu’il occupe dans l’instant présent. Le fait
de se répéter ces préceptes quotidiennement, dans une prière, va nous aider
à les installer, à les laisser mûrir en nous progressivement, jour après jour,
prière après prière. Dans cette même prière, il est bon de se dire et de se
demander : « Pour quoi suis-je là ? Que suis-je en train de faire ? » Je suis
là car je consacre du temps à ma pratique chamanique et je suis sur le point
de faire un voyage chamanique. Je le fais pour moi, pour mon chemin, ma
quête spirituelle, pour mes guérisons. On peut aussi ajouter que l’on se
réjouit de retrouver ses esprits, ses animaux de pouvoir, ses guides. Et
enfin, que l’on fait entièrement confiance à l’essence de la Source qui nous
anime, car elle sait parfaitement ce qui est bon pour nous.

Ensuite, il est important d’installer, de mettre en place une protection. Cette


protection nous permet de demeurer dans notre propre énergie, sans
perturbations extérieures. Cette protection se met en place à partir de
l’intérieur de soi, vers l’extérieur. On fait appel à l’essence de la Source

33
qui nous anime, dont on peut se représenter le siège dans notre cœur. Elle
peut être alors perçue comme une lumière qui brille de plus en plus fort,
émanant de notre for intérieur et rayonnant à l’extérieur, tel un soleil
éclatant. Cette lumière repousse alors en dehors de nous et en dehors de
notre champ d’énergie tout ce dont nous n’avons plus besoin et tout ce qui
ne nous appartient pas. Cette même lumière crée alors un véritable cylindre
de lumière dans lequel nous restons enracinés, centrés et reliés. Il est
important de ne pas s’enfermer dans une bulle ou une sphère de lumière.
Une fois encore, c’est logique : la bulle ou la sphère sont des espaces clos,
elles nous isolent donc entièrement du monde extérieur, elles coupent nos
racines sous nos pieds et font barrage à notre reliance à la Source.

L’enracinement, la prière pour soi-même et la protection sont des


ingrédients essentiels de toute bonne hygiène de vie quotidienne. Il est bon
de s’y consacrer avant d’entamer une journée de travail par exemple, mais
aussi chaque matin, quelle que soit la journée qui va suivre. Cela nous
permet d’être bien présents. De même, lorsque nous en ressentons le besoin,
nous pouvons les répéter, même brièvement, au cours de la journée. Ils nous
permettent de nous recentrer.

L’appel des esprits est une véritable prière dédiée aux esprits. Ici aussi, il
s’agit de parler avec son cœur, dans l’inspiration du moment. Dans l’appel
aux esprits, comme son nom l’indique, nous appelons les esprits à venir
nous aider, nous conseiller, nous soutenir, nous enseigner dans notre travail
chamanique. En tout premier, nous appelons l’esprit du lieu dans lequel se
fait la pratique chamanique. Il est très important d’honorer l’esprit du lieu.
Si la pratique se fait dans une salle, une chambre, un salon ou une forêt,
chacun de ces espaces a un esprit auquel il est tout naturel de se présenter,
puis de l’honorer, de le remercier et de lui expliquer ce que nous avons
l’intention de faire. De cette manière, cet esprit est respecté et impliqué, il
apportera sa contribution positive à notre travail. Après tout, nous ne
rentrons pas non plus chez des inconnus sans dire bonjour et en allant tout
droit nous installer au salon comme si nous étions chez nous. De plus, un tel
esprit a son caractère, sa personnalité. Inutile de le froisser en jouant les
intrus. Car alors, il pourrait brouiller notre pratique par un simple réflexe
de protection. Il pourrait faire barrage aux esprits qui viennent dans nos
voyages chamaniques. Pour donner une image : on pourrait comparer ce
« brouillage » à celui d’une conversation téléphonique mobile hachée à
cause d’un mauvais réseau.

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Lors de l’appel aux esprits, il faut aussi, bien évidemment, appeler les
esprits que nous connaissons déjà, les animaux de pouvoir et les guides que
nous avons déjà rencontrés, et tout spécialement ceux que nous voulons
aller voir, si nous savons qui ils sont.
Enfin, il est également bon d’appeler les esprits des directions. Notre
tradition chamanique connaît sept directions, dans cet ordre : l’est, le sud,
l’ouest, le nord, le bas, le haut et notre propre centre, là où siège l’essence
pure de la Source qui nous anime. Quand nous parlons du bas, il ne s’agit
pas de la Terre, mais de ce qui se trouve en-dessous de nous. Effectivement,
si nous traversons la Terre, nous ressortons dans l’espace. La direction du
bas est infinie, ainsi que les six autres directions. La direction du haut est
donc elle aussi infinie, il ne s’agit pas juste du ciel, ni de la Source, mais
bien de l’espace qui s’étend là.
Il est possible que des sons ou des chants de pouvoir se manifestent
durant cet appel aux esprits. Mais si cela survient, c’est d’une manière
spontanée, non réfléchie. Ces chants de pouvoir sont des sons, des
murmures, des fredonnements, des harmoniques, des mélopées, et bien sûr
des cris d’animaux. Les cris d’animaux viennent spontanément, soit parce
que nous sentons la présence d’un animal de pouvoir, et pousser son cri est
alors une manière de l’accueillir, de l’honorer et de le remercier ; soit,
lorsque nous avons une relation familière avec un animal de pouvoir, son
cri monte en nous de lui-même pour l’appeler. Dans notre tradition
chamanique, lorsque nous pratiquons en groupe, les cris tonitruants, les
hurlements à glacer le sang, les borborygmes qui effrayent, les imitations
effrénées de comportements animaliers n’ont pas leur place. En effet, ce
genre de manifestations ne relèvent plus d’une prière respectueuse dans le
cadre d’une pratique chamanique, mais d’un étalage de l’ego, qu’un de nos
préceptes, rappelons-le, a justement pour but d’éviter.

– Le voyage chamanique

Le tambour
Depuis des millénaires, les différents peuples naturels ont développé des
méthodes variées pour faciliter le passage dans l’état de conscience
chamanique. Une large majorité compte sur le son de toutes sortes
d’instruments, selon les traditions et les cultures, comme les percussions,
mais aussi sur la voix humaine : sons de gorge, chants diphoniques. Certains
peuples, dont la plupart se trouvent à proximité de l’équateur, là où le
climat est tropical, ont recours à des substances psychotropes. Dans tous les
cas, c’est le contact avec l’esprit du tambour ou de la plante sacrée qui est

35
la clé de l’expérience chamanique. D’autres encore ont recours à la transe,
c’est-à-dire le mouvement répétitif, qu’il s’agisse d’une danse ou d’une
gestuelle particulière. Sans oublier la méditation pratiquée dans
l’immobilité totale du corps physique, la plupart du temps dans le silence.

Fidèle à la tradition chamanique de nos ancêtres européens, notre pratique


chamanique celtique se fait à l’aide du son du tambour. Et lorsque le
praticien bat lui-même son tambour, le battement répétitif induit
automatiquement une transe, qui s’accompagne spontanément d’un
balancement régulier du corps.

Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux le fonctionnement de notre


cerveau. Très schématiquement, il est composé de deux lobes, l’hémisphère
droit et l’hémisphère gauche. Ils fonctionnent de manière croisée. Notre
lobe gauche contrôle la partie droite de notre corps qui est plutôt d’énergie
masculine, l’énergie du calculateur, du rationnel, de la réflexion, ce qui
domine notre quotidien finalement. Ensuite, il y a le lobe droit qui contrôle
notre partie gauche et qui est plutôt d’énergie féminine, de l’ordre de
l’intuition, de la créativité, de la sensibilité. Et ce, que l’on soit homme ou
femme. Dans notre quotidien, ce cerveau droit fonctionne à bas régime. La
balance de nos ondes cérébrales est plutôt déséquilibrée. (Voici ce que nous
révèle aujourd’hui l’EEG. En mode d’éveil, les yeux ouverts, ce sont les
ondes bêta qui sont actives. En relaxation, détente, yoga, les yeux fermés, ce
sont les ondes alpha. En méditation profonde, en plein éveil, les ondes
thêta. En mode de sommeil, nous passons des ondes bêta [vigilance qui
précède le sommeil] aux ondes alpha [état hypnagogique] puis lors des
phases d’endormissement et de sommeil lent léger, aux ondes thêta et enfin,
pendant le sommeil établi et le sommeil lent profond, aux ondes delta. Dans
le créneau du sommeil paradoxal, l’EEG révèle l’activité des ondes alpha
et bêta. Profitons-en pour signaler au passage que l’on parle aujourd’hui
d’ondes gamma, qui témoigneraient d’une plus grande activité cérébrale
encore et qui apparaîtraient chez les sujets en état de méditation ou de
prière profonde.) Quand le tambour commence à battre, les chercheurs ont
remarqué que chez certaines personnes, la synchronisation se produit en
quelques secondes, chez d’autres, elle prend plus de temps. Mais chez
toutes, sans exception, la balance s’équilibre. Or, quand les ondes
cérébrales de nos deux hémisphères se synchronisent, nous sommes
automatiquement plongés dans un état second, un état non ordinaire. Le son
monocorde du tambour nous amène donc naturellement dans un état second.

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Le tambour chamanique est le passeur qui guide vers le monde non
ordinaire. Il est le métronome qui rythme le voyage chamanique. Il est ce
que l’on appelle un objet de pouvoir, car au fil du temps et de la pratique,
son esprit devient de plus en plus puissant et efficace. Il est un compagnon
sacré : il est unique et a son propre esprit. Chaque praticien entretient avec
lui une relation unique et exclusive. Tout d’abord, on cherche le cœur de
son tambour : l’endroit précis où le son et les vibrations produits par
l’instrument entrent en résonance particulière avec nous. Ensuite, on
contacte l’esprit de son tambour pour faire connaissance et demander
conseil pour nourrir notre relation. Cette relation s’approfondit et
s’intensifie au fur et à mesure de la pratique. Chaque fois que le praticien
utilise son tambour, il le charge. C’est-à-dire qu’il nourrit l’esprit du
tambour avec sa propre énergie. Guidé par l’esprit du tambour, il peut
également le charger avec des dessins, des petits objets de pouvoir
(sachets-médecine, plumes, osselets, pierres, rubans, fragments de métal,
morceaux de bois, plantes…) qui ont une signification pour lui. Charger son
propre tambour, c’est entretenir un sanctuaire en harmonie avec soi-même,
pour le sentir vivre entre ses mains.

Le voyage chamanique s’opère au-delà des dimensions physiques d’espace


et de temps qui nous sont familières. On parle d’un état non ordinaire ou
modifié de conscience. Car, très souvent, les personnes qui font des voyages
chamaniques n’ont plus la notion de temps réel durant le voyage. Il est donc
très fréquent d’entendre, après un voyage chamanique qui a duré vingt
minutes en temps réel, que certaines personnes ont eu l’impression qu’il n’a
duré que cinq minutes et que d’autres, à l’inverse, ont eu la sensation qu’il
s’était écoulé plusieurs heures, voire des jours, puisqu’elles ont vu le soleil
se lever et se coucher à plusieurs reprises.

Nous portons tous en nous cette faculté de faire des voyages chamaniques.
C’est avéré. Tout le monde y arrive. En revanche, là où c’est un peu plus
subtil, c’est que tout le monde ne s’aperçoit pas qu’il y arrive. Il y a des
gens dans des stages qui disent : « Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu, il ne
s’est rien passé. » Et pourtant si, cela a bel et bien eu lieu, mais à un niveau
inconscient. Force est de constater que nous sommes parasités par des
attentes – quelle que soit leur nature – et au début, c’était également mon
cas. Les personnes se font une idée précise de ce qui va leur arriver, après
avoir notamment lu des relations d’expériences. Et ces personnes sont

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tellement persuadées qu’elles vont vivre la même chose qu’elles ne se
mettent pas dans les bonnes dispositions d’ouverture, de réceptivité
nécessaire pour accueillir leur propre expérience. Personnellement, au
début, j’étais focalisé sur le fait que j’allais voir des images : tout le monde
veut voir des images. Alors que pour plus de la moitié d’entre nous, il n’y a
pas d’images, cela se passe autrement. J’étais bien braqué, je voulais
tellement voir des images que je suis passé à côté de ce que je recevais. Le
voyage était tellement ténu, tellement subtil que je ne m’en suis même pas
rendu compte. Je n’ai donc rien perçu alors qu’il s’était bel et bien passé
quelque chose. Ce n’est que par la suite, avec du recul, que je me suis rendu
compte que dès le départ, je voyageais. Si je n’avais pas eu d’attentes, si je
m’étais détaché de tout résultat, je ne serais pas passé à côté de ces
premiers résultats véritables. Il faut donc apprendre à lâcher prise et laisser
le champ libre à toutes nos perceptions, pas uniquement à celles qui nous
sont si familières. Le voyage chamanique est une expérience spirituelle
profonde et puissante, sans cesse nouvelle. Chacun le vit et le perçoit avec
tous ses sens. On peut voir des images, entendre des sons, avoir des
sensations tactiles diverses, connaître des émotions comme la joie ou la
tristesse, recevoir des informations par le goût, l’odorat ou par des
« images ressenties » que nous ne pouvons décrire avec nos mots, mais qui
sont pourtant bien présentes. Chacun peut également se mettre à voler, se
mouvoir dans les profondeurs sous-marines ou changer de forme au cours
d’un voyage chamanique.

Dans le voyage chamanique, chacun va à la rencontre de ses esprits, pour


communiquer et interagir avec eux. Il y a une multitude d’esprits ; les esprits
de la nature (des directions, des éléments…), les ancêtres, les animaux de
pouvoir, les maîtres et guides spirituels.

Le voyage chamanique est donc interactif. Tout praticien décide


d’entreprendre un voyage quand il le souhaite, il peut aussi l’interrompre
quand il le souhaite. Le praticien qui fait un voyage chamanique est toujours
éveillé, il est lucide, il est bien là. D’ailleurs, nous faisons toujours un
ancrage avant toute pratique. Car mieux on est ancré, mieux on peut voyager.

Un voyage chamanique n’est pas une sortie hors du corps, ni ce que certains
appellent un voyage astral. Dans un voyage chamanique, le praticien reste
bien présent, même s’il peut se voir ailleurs. Même s’il vole, comme on l’a
dit, et même s’il se voit ou se perçoit transformé en animal par exemple.

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On le voit bien, la pratique du voyage chamanique nous permet d’accéder à
d’autres mondes. Pour être en phase avec cette réalité non ordinaire, comme
on l’appelle souvent, il faut donc nous départir de nos repères quotidiens et
nous ouvrir à un mode de fonctionnement différent de notre mode habituel. Il
faut être prêt à découvrir et à apprendre une nouvelle façon d’appréhender
ce que l’on va « voir » ou « ressentir » ou « vivre » dans les voyages
chamaniques. Mais aussi être prêt à apprendre un nouveau langage, une
nouvelle façon de communiquer avec nos animaux de pouvoir et guides
spirituels. Il faut en quelque sorte apprendre à parler une nouvelle langue,
celle des esprits. Or, cette langue est unique pour chacun d’entre nous. La
relation que chacun entretient avec ses animaux de pouvoir et guides
spirituels est spéciale. Pour reprendre une expression que j’aime
beaucoup : cette relation est taillée sur mesure pour chacun d’entre nous.
Chacun doit donc la découvrir par et pour lui-même.
Cette nouvelle langue est souvent, dans un premier temps, énigmatique et
symbolique. On parle d’un premier degré d’informations, qui semblent
souvent, pour ceux qui commencent leur pratique, cryptées et totalement
incompréhensibles. Tout le contraire d’une réponse ou d’un enseignement
clair et précis. Il ne faut pas oublier que les esprits ont une vision des
choses sans limites, beaucoup plus large que la nôtre. Nous sommes
formatés par notre éducation, par les normes qui régissent notre société et
restreignent notre vision des choses. Les symboles et énigmes que les
esprits emploient pour nous parler s’éclairent avec le temps, lorsque nous
les laissons se poser en nous pendant un, deux, trois ou quatre jours. Et
lorsque nous relisons ce premier degré d’informations obtenu, il apparaît
alors comme une évidence et la réponse peut être très claire, car nous
venons d’accéder à un second degré de compréhension. Cela ne peut se
faire que par un autre chemin que cérébral. En effet, une interprétation
intellectuelle ne représente que le reflet de notre intellect. Or, ici, il s’agit
de laisser monter la réponse du plus profond de notre être, de la laisser
émerger à la surface. Sans qu’elle soit forgée ni influencée par la tête, par
le mental. Et c’est ce qui constitue l’un des plus grands obstacles pour
nombre d’entre nous. Car il nous est très difficile d’admettre qu’il faut
lâcher prise intellectuellement. Une analyse rationnelle précipitée d’un
premier degré d’informations nous induit en erreur, car il s’agit d’un
dialogue de notre mental avec nos désirs profonds. Ce que le voyage
chamanique nous permet justement de dépasser, si on met les bonnes
conditions en place.
Lorsque les informations reçues au cours d’un voyage chamanique ou

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d’un autre exercice chamanique sont énigmatiques, symboliques, cryptées,
incompréhensibles, elles ne viennent pas de notre mental. Et au début, cela
peut nous troubler. Car le déroulement du voyage chamanique peut nous
sembler n’avoir ni queue ni tête, n’avoir aucun rapport avec l’intention
posée par exemple et nous dérouter complètement. Et pourtant, la
succession d’informations, aussi dépouillées ou riches qu’elles soient, sont
bel et bien autant d’éléments de réponse à l’intention posée au départ. Et
souvent, et c’est bien dommage, les personnes veulent alors à tout prix
interpréter ou expliquer rationnellement ce qui vient de se produire et qui
les met mal à l’aise, puisque notre intellect n’aime pas ce genre de
confusion. Et en faisant cela, elles s’éloignent du vrai sens du message reçu.
Celui-ci fera surface un peu plus tard, il nous viendra à l’esprit comme une
évidence. Souvent à un moment où nous n’y pensons plus, où nous avons
justement relâché notre emprise sur lui. Il se produira alors comme un
déclic, un rideau qui tombe. Et l’évidence nous apparaît, sans l’emprise de
notre mental.

Il faut être bien conscient, quand on pratique les voyages chamaniques,


qu’on ne peut pas supprimer ses pensées, on ne peut que les apaiser. Il faut
donc apprendre à ne pas se laisser envahir par elles pendant les voyages
chamaniques ; il ne s’agit surtout pas de se battre contre ses pensées. Au
contraire, il faut composer avec elles. L’un des problèmes majeurs que
rencontrent les praticiens, surtout au début, est qu’ils sont confrontés à des
pensées parasites qui viennent s’immiscer dans le voyage chamanique. Ces
pensées sont tout à fait naturelles, elles sont inévitables. C’est précisément
cela qu’il faut accepter. On ne peut tout simplement pas supprimer ses
pensées, il n’existe pas de petit bouton qui nous permet de les éteindre.
Lorsqu’elles surgissent, il faut les laisser passer, nous traverser. Si nous
luttons contre elles, elles se mettent alors à prendre de l’ampleur et de la
place, brouillent le voyage chamanique, nous empêchant de recevoir le
message subtil, celui qui ne vient pas de notre mental. J’aime répéter que
les pensées sont comme les nuages qui passent dans le ciel. Au début, on ne
voit que les nuages, on oublie de voir le paysage dans son ensemble. Or, le
paysage, c’est justement le voyage chamanique. Mais au fur et à mesure de
la pratique, notre regard s’élargit, s’approfondit et on apprend à voir tout le
paysage, dans lequel défilent toujours les nuages. Mais ceux-ci n’ont plus
notre attention exclusive. On peut donc tout à fait vivre un voyage
chamanique, tout en étant traversé par des pensées qui ne le perturbent plus.
Ce qui est dans l’ordre naturel des choses.
J’ai eu l’occasion d’assister à des enseignements du Dalaï-Lama. Un

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jour, après un exercice de méditation, une dame était énervée d’avoir été
submergée par ses pensées. Elle lui a alors demandé s’il ne connaissait pas
une bonne méthode pour faire le vide, pour ne plus avoir de pensées. Le
Dalaï-Lama a ri et lui a répondu qu’il était impossible de faire le vide, de
supprimer ses pensées. Et il a souligné que c’était une erreur de parler de la
méditation en termes de vide : tout le travail de la méditation, justement,
consistait à apprendre à calmer, à apaiser nos pensées pour
automatiquement permettre à notre conscience de s’ouvrir davantage. Et il
nous a dit de nous imaginer sur une plage, face à l’immensité du ciel et de
l’océan. Cet océan et ce ciel, qui s’étendent à perte de vue, sont nos
pensées. Ils ne disparaîtront jamais. Au départ, cet océan et ce ciel peuvent
être déchaînés, assaillis par une tempête. Au fur et à mesure de la pratique,
tout se calme, le ciel se dégage, les vagues se font plus petites. Un jour, le
ciel est tout bleu et la mer est d’huile. À ce moment-là – mais à ce moment-
là seulement – on peut constater deux phénomènes. Tout d’abord, l’eau lisse
et transparente révèle nettement notre propre reflet. Autrement dit, nous
pouvons voir qui nous sommes vraiment. Ensuite, nous voyons jusqu’au
fond de l’eau. C’est-à-dire au fond de nous-même. Cette partie de nous que
nous ne connaissons pas.

Dans notre tradition, au début de la pratique, on entame un voyage


chamanique en ayant posé clairement son intention avant le départ. Quelle
que soit la nature de l’intention. Le but est simple : il s’agit de ne plus avoir
à réfléchir dès que le voyage chamanique commence. À ce moment, nous
pouvons être pleinement témoin, observateur de ce qui se passe. Mais un
témoin neutre évidemment, qui ne cherche pas à comprendre ni à interpréter
ses observations. Cela permet de calmer le mental. En revanche, devoir
réfléchir pendant un voyage chamanique, se demander quelle question on va
poser à un animal de pouvoir par exemple, ne fait qu’activer notre mental,
notre réflexion, ce qui interrompt alors le processus subtil du voyage
chamanique. Dans ce cas en effet, le mental prend le relais et construit de
toutes pièces ce qu’au plus profond de nous, nous désirons voir ou entendre.
Ce n’est donc plus la réalité subtile mais une illusion que nous avons
forgée.
Par la suite, lorsque nous sommes bien familiarisés avec notre propre
mode de fonctionnement, dans notre pratique chamanique, nous sommes
capables de discerner si nous avons accédé à ce que je qualifie de lucidité
d’esprit – qui n’est pas de l’ordre du mental – et qui permet, pendant le
voyage chamanique même, de poser des questions qui n’étaient pas prévues
à l’origine, d’approfondir une conversation avec son guide ou maître

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présent dans le voyage, bref, d’interagir. Mais ce n’est pas le mental qui
prend le dessus. On interagit alors dans la réalité subtile du voyage
chamanique.

Bien sûr, notre tête est notre décodeur rationnel principal. Elle nous permet
d’avoir une certaine conscience des choses. Mais elle n’est pas pour autant
la cause de tout notre vécu. Une fois que nous sommes bien avancés dans
notre pratique chamanique, nous comprenons que notre tête ne fait que
constater, prendre acte de choses extérieures à elle. Et au début, cela
précisément constitue aussi un gros écueil pour beaucoup d’entre nous qui
ne peuvent pas concevoir, voire admettre, que des informations puissent
venir d’ailleurs que de notre tête, que nous puissions interagir dans la
réalité subtile du voyage chamanique avec cette lucidité d’esprit, qui est
toute différente de notre intellect à l’œuvre dans notre vie quotidienne. Il
s’agit encore d’admettre que le rôle de notre intellect se limite alors juste à
nous permettre d’avoir une certaine conscience de cette réalité subtile qui
lui échappe. Quand on fait un voyage chamanique et que les animaux de
pouvoir ou nos esprits aidants nous transmettent un message ou un
enseignement, cela ne vient pas de notre tête. Elle est le récepteur qui nous
permet de recevoir l’information. Mais ce n’est pas elle qui forge cette
information. Elle nous aide simplement à en avoir une certaine conscience.
Cette question nourrit un éternel débat entre les défenseurs de la rationalité
pure et les autres. Toutefois, il est bon de souligner que chacun d’entre nous
porte en lui ces deux aspects. La pratique assidue permet de s’en rendre
compte et de les dépasser pour ouvrir pleinement notre être à tous ses
niveaux de conscience.

L’intention
La pratique du voyage chamanique est essentiellement une question
d’intention, de confiance et de lâcher prise. D’intention claire et sans attente
de résultat et de confiance dans les esprits et dans l’aide qu’ils apportent.
Tout voyage débute par une intention. Il faut toujours avoir une intention
claire avant d’entreprendre un voyage chamanique. L’intention du tout
premier voyage dans un stage de base est : « Je voyage dans le monde d’en
bas pour rencontrer un de mes animaux de pouvoir. » L’intention doit
impérativement comporter deux éléments : où je vais et dans quel but. Ma
destination est donc : je voyage dans le monde d’en bas et mon but :
rencontrer l’un de mes animaux de pouvoir. Plus l’intention est courte,
claire et précise, mieux c’est. Plus elle est longue et diffuse, moins le
voyage sera précis. Ensuite, une fois l’intention formulée, il faut se rappeler

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l’un de nos préceptes : ne rien attendre, se détacher du résultat. Car ce n’est
pas nous qui décidons de ce que nous allons recevoir. Il est inutile de faire
un voyage chamanique dans le seul but de donner libre cours à notre ego ou
nous complaire dans des désirs superficiels. La plupart des personnes, au
début, qui ne sont pas encore familiarisées avec le voyage chamanique,
tombent systématiquement dans le piège de vouloir absolument un résultat.
Cette attitude leur impose un stress, une pression qui les empêche de lâcher
prise. Malheureusement, notre société nous a habitués et formatés pour cette
exigence de résultat. Au début, je devais aussi faire des efforts pour ne rien
attendre. Et un jour, un esprit m’a expliqué que « vouloir c’est le pouvoir, et
le pouvoir c’est se faire avoir ». Nous nous piégeons nous-même lorsque
nous voulons absolument un résultat.

Il est donc essentiel que notre intention soit claire et dénuée de toute attente.

Les trois mondes chamaniques


Dans l’intention précédente, nous avons parlé de voyager dans le monde
d’en bas. Cette précision laisse entendre qu’il y a d’autres mondes.
Effectivement, dans notre tradition, nous voyageons dans trois mondes.
Trois plans subtils dans lesquels nous allons à la rencontre d’esprits
différents. Il s’agit du monde d’en bas, du monde du milieu et du monde
d’en haut.

Commençons par le monde du milieu, car il est notre réalité. Nos ancêtres
le définissaient comme étant « sur terre », tout ce qui fait partie de notre
réalité ordinaire. Le monde du milieu c’est notre quotidien, le monde dans
lequel nous vivons, le monde des vivants, le monde de la matière. C’est
dans ce monde que nous passons toute notre existence, notre vie. Attention,
« sur terre » ne veut pas dire bien entendu que l’on se limite à la croûte
terrestre. Le soleil, la lune, les étoiles, les autres astres qui font partie de
notre réalité, même s’ils sont séparés de nous par des distances que nous ne
pouvons pas concevoir, font aussi partie de notre monde du milieu. Le
monde du milieu est donc le plan là où la lumière est la plus compacte, là
où elle est matière. Nous pourrions penser spontanément que le soleil et la
lune seraient dans le monde d’en haut, mais ce n’est pas le cas. Ils sont bien
concrets, ils sont matière, ils font donc partie du monde du milieu. Et c’est
dans ce monde que nous pouvons par exemple, à travers le voyage
chamanique, interroger une plante pour connaître ses vertus, puisque la
plante est bien là, avec nous, sur notre plan. C’est aussi dans le monde du

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milieu qu’on va aller rencontrer un arbre pour parler avec lui ou lui poser
une question. Dans ce monde, on peut donc travailler avec les esprits de la
nature, les esprits des différents règnes vivants, les esprits des éléments, la
terre, l’eau, l’air, le feu, et l’esprit de toute chose qui nous entoure. On peut
donc dans le monde du milieu, aller à la rencontre de différents esprits pour
pratiquer la divination, acquérir des savoirs, des connaissances, demander
conseil…
Le monde du milieu est le monde de la vibration la plus basse de cette
lumière, là où cette lumière devient matière. Autrement dit, nous ne pouvons
aller plus bas. Nous ne pouvons que nous élever. Ce monde du milieu est
une étape cruciale dans le cheminement de l’essence de la Source qui nous
anime, car en devenant matière, la lumière peut faire son expérience et
permettre à nos consciences d’évoluer. Une fois que l’on a compris ce
principe fondamental, on entrevoit toute l’importance de la réincarnation
dans notre tradition.

Le monde d’en bas et le monde d’en haut sont comme des miroirs. Ce sont
des domaines spirituels beaucoup plus élevés que le monde du milieu. Le
monde d’en bas et le monde d’en haut sont les plans subtils où la lumière
n’est pas matière. Ces plans sont pure lumière. Ils sont donc plus difficiles à
concevoir pour nos intellects rationnels.
Ici aussi, il faut se défaire des clichés que l’on pourrait avoir : le monde
d’en bas n’est pas un quelconque enfer ou lieu de ténèbres négatives. Il est
un domaine de lumière, tout aussi lumineux que celui d’en haut. Et le monde
d’en haut n’est pas non plus un paradis par exemple. Il est tout simplement
un monde de pure lumière. Identique à celui d’en bas. Ces deux mondes sont
sans limites. Ils partent de la Source et la rejoignent, formant ainsi une
boucle.
Pourquoi alors deux mondes, puisque l’aboutissement est le même ? Pour
comprendre ces mondes d’en bas et d’en haut, il faut remonter aux premiers
temps de l’humanité. Quand les tout premiers hommes ont commencé à faire
du chamanisme, ils ont reçu des esprits de la Source, cette structure qui
fondait leurs premières relations avec ces êtres de lumière. Notre tradition
parle du monde d’en bas l’appelant la mère-terre, le ventre de la mère, la
matrice. Cela veut aussi dire à l’intérieur de soi-même. Cet inconscient au
fond de nous, notre monde d’en bas, nos profondeurs à nous, celles qui ont
besoin d’être explorées, pour apprendre à mieux nous connaître, à connaître
nos entraves, nos blocages, nos peurs, nos désirs profonds, pour guérir,
pour aller de l’avant. C’est dans ce monde d’en bas que nous allons à la
rencontre de nos animaux de pouvoir. Mais aussi des esprits de nos

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ancêtres, des empreintes énergétiques qu’ils ont laissées là avant nous.
Nous allons dans le monde d’en bas quand il s’agit de travailler sur nous-
même. Donc, la plupart de notre pratique chamanique se fait dans le monde
d’en bas : pour se libérer d’une entrave, pour se guérir d’un problème,
d’une colère, d’une peur, d’une tristesse… quand on veut en savoir plus sur
soi-même. C’est en soi qu’il faut descendre pour y voir plus clair.

Le monde d’en haut est donc un plan spirituel identique au monde d’en bas.
Dans ce monde, nous allons à la rencontre d’autres êtres de lumière : les
guides, les maîtres spirituels, des êtres de lumière qui peuvent se montrer
sous des formes ou des apparences différentes. Il faut ici aussi se départir
du cliché qui veut que le monde d’en haut est tout lumineux et qu’il se
déploie dans le ciel au-delà des nuages, ou qu’il est d’une qualité
spirituelle supérieure… non, il est la réplique du monde d’en bas, mais
nous allons simplement y rencontrer d’autres aides spirituelles pour
travailler d’autres choses : on peut leur poser des questions, leur demander
des conseils, des enseignements dans des domaines précis de notre vie.
C’est donc plus dans un esprit de connaissance, d’apprentissage, pas
forcément sur soi-même.

Selon le travail que nous voulons entreprendre dans notre pratique, il faut
donc que notre intention – claire et dénuée de toute attente – contienne notre
destination et notre objectif.

– Les notions d’esprit dans le chamanisme celtique


Dans le chamanisme, on utilise beaucoup le mot « esprit », puisqu’une
partie importante de la pratique chamanique consiste à communiquer avec
les esprits. Or, ce mot recouvre des notions très différentes révélant la
pauvreté de notre vocabulaire. (De même, nous n’avons que deux ou trois
mots pour désigner la neige ou le sable alors que les Inuits disposent de
quantité de termes pour la première et les Touaregs pour le second.)
Dans le chamanisme, toute chose ou objet à forme unique a un esprit. Et
ce, qu’il s’agisse d’un objet naturel ou artificiel, moderne ou ancien, grand
ou petit… Mais aussi tout lieu, confiné ou étendu, a un esprit. Ainsi que tout
ce qui compose les différents règnes vivants ; les minéraux, les végétaux,
les animaux et les êtres humains. Une première distinction s’impose déjà :
l’esprit des êtres vivants fait partie de l’essence de la Source qui les anime,
il est donc différent de l’esprit des objets ou des lieux. Chaque lieu, quelle

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que soit son étendue, a un esprit propre. Bien sûr, chaque élément du lieu a
aussi son esprit propre. Une forêt a donc son esprit propre, et chaque arbre,
rocher, rivière, etc., qui la composent ont eux aussi leur esprit propre. De
même, chaque maison, appartement, salle a son esprit propre.

Qu’en est-il de l’esprit d’un objet, comme notre tambour chamanique ? La


plupart des tambours chamaniques sont constitués d’un arceau en bois et
sont revêtus d’une peau d’animal. Le tambour se compose donc d’un
élément du règne végétal, le bois, et d’un élément du règne animal, la peau.
Lorsque ces deux éléments étaient vivants, ils avaient chacun leur esprit. Or,
maintenant, ils sont réunis et forment un objet unique, le tambour. Ce
tambour a donc également un esprit, distinct de ses deux esprits initiaux. Le
jour où l’arbre a été prélevé et le jour où l’animal est mort, leurs essences à
tous deux les ont quittés pour poursuivre leur route. Il restait donc du bois et
de la peau, mais toute vie avait disparu. À partir de là, ces deux objets
inertes sont devenus un nouvel objet, qui a donc acquis son esprit propre.
Dans notre tradition, seuls les êtres vivants ont une âme et un esprit,
l’essence pure de la Source qui les anime. Les objets inertes ont uniquement
un esprit, différent bien sûr de celui des êtres vivants.

Voici une autre notion d’esprit : l’esprit d’un ancêtre. L’esprit d’un ancêtre
est l’empreinte énergétique qu’une personne laisse après sa mort. Cette
empreinte est alors accessible, pour toujours, elle contient tous les savoirs,
toutes les connaissances que la personne a accumulés au cours de cette vie
qui vient de se terminer. Attention, il ne s’agit donc pas de l’essence pure
de la Source qui animait cette personne durant sa vie, non. Cette essence, à
la mort, est repartie vers la Source et elle poursuit ses réincarnations, son
évolution. Il s’agit donc bien d’une trace, d’une sauvegarde de cette vie-là.
Et cette empreinte, nous pouvons aller la consulter, notamment pour
apprendre des choses. Nous pouvons le faire dans un voyage chamanique, et
il est fréquent alors de rencontrer l’empreinte de cette personne sous les
traits qu’elle avait au cours de cette vie. On retrouvera aussi son
comportement et son caractère par exemple. Et bien sûr, la rencontre peut
être un échange, donc interactive. Les esprits des ancêtres constituent une
véritable bibliothèque universelle où nous pouvons aller puiser des
connaissances.
Une précision s’impose ici : l’esprit d’un ancêtre n’est donc pas ce que
le vocabulaire moderne désigne par une « âme en peine », une entité qui
serait restée coincée sur notre plan et qui peut être en détresse, car elle

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n’arrive pas à rejoindre la lumière de la Source.

Enfin, il m’est difficile de clore ce passage sur les esprits sans parler de ce
que le langage courant aime qualifier de « mauvais esprits ». Dans la
pratique chamanique aussi, bien sûr, on reconnaît l’existence de la lumière
et de l’ombre. L’une et l’autre permettent l’évolution, la progression. Sans
l’une, l’autre n’existe pas. Mais dans notre pratique, nous ne versons pas
dans le sensationnel : l’ombre ne vient pas perturber quelqu’un aussi
aisément que cela car nous avons tous nos propres protections naturelles.
Une personne saine de corps et d’esprit, bien ancrée, n’a aucun souci à se
faire. Et il est vrai aussi que nos défenses naturelles s’estompent lorsque
nous souffrons de dépendance à la drogue, par exemple, ou de dépression
profonde, et que nous sommes donc fragilisés de diverses manières, car
beaucoup plus vulnérables.

Ces protections naturelles dont nous sommes tous dotés barrent aussi la
route aux projections d’autrui. Cela signifie par exemple que personne ne
peut entrer dans votre intimité sans y être autorisé, et que si quelqu’un vous
déclare avoir vu des choses pour vous – favorables ou moins favorables –
il s’agit très probablement de projections de sa part. Ces projections n’ont
d’autre réalité que celle que lui donne la personne qui les génère et ne
devraient vous affecter en rien.

Dans notre pratique chamanique, l’intention est essentielle, ainsi qu’un bon
ancrage. Nous travaillons avec la lumière de la Source. Dans le cas
contraire, il ne s’agit plus du chamanisme celtique de nos terres.

« Esprit » est une notion qui désigne donc, dans le chamanisme, plusieurs
réalités subtiles très différentes, dont les principales sont peut-être bien nos
esprits aidants, c’est-à-dire nos animaux de pouvoir, nos guides et maîtres
spirituels, dont nous allons parler à présent.

– Les animaux de pouvoir


Les termes animaux de pouvoir ou animaux totem ou animaux tutélaires
désignent les mêmes esprits aidants. Dans notre tradition, nous utilisons
celui d’animaux de pouvoir. Mais il ne faut surtout pas se méprendre sur le
sens du mot pouvoir. Ces animaux ne prennent pas le pouvoir sur quelque

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chose ou sur quelqu’un. Pouvoir désigne ici la force, l’efficacité que les
animaux apportent à celui ou celle qui travaille avec eux. Ils sont des êtres
de lumière, ils viennent directement de la Source. Leur particularité est de
se montrer sous la forme d’animaux. Ils sont propres à nous, taillés sur
mesure pour chaque personne. Ils sont donc affiliés à chaque individu pour
toute sa vie. Ils sont distincts de l’essence pure de la Source qui nous
anime. Ils sont des aides, des soutiens, de réels auxiliaires au service de
l’essence de la Source qui nous anime. Traditionnellement, nous allons à
leur rencontre dans le monde d’en bas. Mais s’ils veulent venir à nous dans
le monde du milieu ou dans le monde d’en haut, aucune barrière ne les en
empêche puisqu’ils sont des êtres de lumière. Leur seul but est de nous
aider au mieux à vivre, à accomplir ce que notre propre essence a choisi de
vivre et d’expérimenter dans cette vie présente. Ils sont donc en parfaite
relation, en parfaite adéquation avec notre essence. Ils sont toujours à nos
côtés : ils nous sont affiliés et ne nous quittent jamais. Ils repartiront le jour
de notre mort, quand nous expirerons notre dernier souffle, quand notre
essence retournera à la Source. Ils ont choisi d’être présents dès notre
premier instant jusqu’au dernier. Chaque être humain est donc accompagné
d’aides spirituelles diverses, quelles que soient ses croyances et quelle que
soit sa disposition à accueillir leur aide bénéfique. Chaque être humain est
également animé de l’essence de la Source. Ces animaux sont tous des
spécialistes, dans des domaines différents. L’un nous aide à travailler la
confiance en nous, dans le domaine familial, professionnel, spirituel, etc.
Avec un autre, nous installerons la force dans notre vie. Avec un troisième,
la joie de vivre. Un autre encore nous aidera à nous libérer de colères ou de
peurs, précises ou non. Chacun de nos animaux de pouvoir est taillé sur
mesure pour chacun d’entre nous, selon nos besoins. Nul ne peut donc dire à
l’avance ce que sera tel ou tel animal pour lui avant d’avoir travaillé avec
lui. Car chaque animal peut avoir une ou plusieurs spécialités. De plus,
nous ne saurons probablement jamais combien d’animaux de pouvoir nous
avons, leur nombre est indéfini et il varie d’une personne à l’autre. Sans
doute ne les connaîtrons-nous donc jamais tous. Il se peut très bien qu’une
personne en connaisse deux ou trois et qu’une autre personne en connaisse
vingt ou trente, mais cela n’a aucune incidence sur la qualité du travail que
toutes deux peuvent faire avec leurs animaux respectifs. Cela veut dire que
pour la personne qui n’en connaît que deux, ces deux animaux font le même
travail que les trente de celle qui en connaît trente. Mais celle qui en
connaît trente n’est pas plus avancée ou plus évoluée ou mieux lotie que
celle qui n’en connaît que deux. Le nombre n’a aucune importance. Ils sont
en parfaite adéquation avec nous. Quels que soient les animaux de pouvoir

48
qui se présentent à nous, ce sont toujours les plus appropriés dans l’instant.
Pour savoir ce que signifient nos animaux, ce qu’ils nous amènent, c’est à
chacun d’entre nous d’effectuer le travail. Personne ne peut le faire à notre
place. Il faut entreprendre nous-même un voyage chamanique pour poser
directement la question à notre animal de pouvoir ; c’est la seule et unique
manière de savoir ce que notre animal nous amène. Vous ne trouverez pas ce
que veut dire votre animal de pouvoir dans un livre ni dans un jeu de cartes.
Un jeu de cartes sur les animaux donne leurs vertus universelles et non
personnelles. Certains de ces jeux de cartes donnent l’essence universelle
qu’attribuent des traditions chamaniques à des animaux. Dans ce cas, il
s’agit aussi de généralités et non de renseignements ciblés pour vous-même.
Ces renseignements, si vous vous y fiez, risquent bien de vous faire passer à
côté de la véritable fonction de vos propres animaux de pouvoir, celle qui
est taillée à votre mesure. C’est pour cela que le seul moyen de travailler à
notre tour en parfaite adéquation avec chacun de nos animaux de pouvoir est
de faire des voyages chamaniques pour aller les rencontrer, encore et
encore, et apprendre à les connaître de mieux en mieux.
Si lors d’un stage, dans un groupe, chacun voyait un animal qui se montre
sous la même apparence – l’ours, par exemple – il est évident que chacun
d’entre nous verrait un ours différent. Et que tous ces ours auraient une
fonction différente pour chacun, particulière, taillée sur mesure, selon notre
bagage, notre vécu, notre présent, etc.
Nous pouvons bien sûr avoir des premières pistes sur ce que nous
apporte un animal de pouvoir en sachant qui il est, tout simplement. Par
exemple, un ours n’est pas un écureuil, tous deux ont des particularités
différentes. En s’interrogeant sur les qualités d’un animal de pouvoir qu’on
vient de rencontrer, il arrive qu’on se rende compte que ce sont justement
ces qualités-là qui nous font défaut, qui nous seraient très utiles… Mais la
ou les qualités précises que nos animaux de pouvoir nous apportent, ainsi
que la manière dont ils procèdent, demeurent propres à nous-même. C’est là
que la pratique prend tout son sens : elle permet à chacun de profiter des
bénéfices particuliers, personnels, que ces animaux de pouvoir nous
apportent.
Lorsqu’un animal de pouvoir s’est montré à nous sous une certaine forme,
il reste fidèle à cette forme tout le reste de notre vie. Si aujourd’hui il a pris
la forme d’un ours, demain il ne se changera pas en un autre animal. Il
restera toujours un ours. En revanche, cet animal qui gardera toujours les
mêmes traits, par exemple ceux de l’ours, dans vos voyages, peut rajeunir,
peut vieillir, peut être malade, peut être en pleine forme, peut même avoir
des couleurs improbables dans notre réalité quotidienne, ou avoir une taille

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disproportionnée, être aussi grand qu’une montagne ou aussi petit qu’une
fourmi, c’est possible. Mais il sera toujours un ours.
Pourquoi prend-il alors différentes apparences, alors que nos animaux de
pouvoir ne sont jamais malades ? Ils peuvent mettre en scène une attitude
malade ou agressive, mais il ne faut jamais oublier que c’est juste une forme
de communication. Que c’est le meilleur moyen pour nous de saisir ce
qu’ils veulent nous faire comprendre. Par exemple, un animal agressif peut
tout à fait nous montrer ainsi une de nos propres colères. Lorsqu’ils
modifient leur taille ou leur âge par exemple, c’est toujours dans le but de
communiquer avec nous, c’est pour nous dire, nous montrer, nous expliquer
quelque chose. Et bien sûr, c’est toujours de nous-mêmes qu’il s’agit. De
qui nous sommes, de ce que nous avons à travailler.
Nous ne choisissons pas l’apparence de nos animaux de pouvoir, ce sont
eux qui viennent d’eux-mêmes. Il ne s’agit donc pas de souhaiter très fort
rencontrer tel ou tel animal, mais bien d’être réceptif et accueillant envers
celui qui va se présenter, car nous ne savons pas quel animal est le plus
approprié à travailler avec nous dans l’instant, même si nous avons des
désirs très profonds qui influencent alors notre mental, qui risque à son tour
de s’imposer dans le déroulement du voyage chamanique. Il faut vraiment
rester ouvert à toute possibilité et écarter ses repères positifs et négatifs
familiers. Pour preuve : certaines personnes qui ont des phobies peuvent se
retrouver dans un voyage avec l’animal qui leur fait peur. S’il a choisi de se
montrer sous cette apparence, c’est qu’il a une excellente raison, qui n’est
pas d’effrayer la personne. Il est fréquent que des personnes rencontrent
justement l’animal dont elles ont la phobie. Non seulement cet animal les
aide à guérir leur phobie mais il leur apporte aussi tout son
accompagnement bénéfique. Un jour, une personne qui avait la phobie des
serpents en a rencontré un lors de son premier voyage dans un stage de
base. Elle a essayé de le chasser pendant tout le voyage et lui a fait savoir
qu’elle ne voulait pas de lui, puisqu’elle en avait très peur. Le serpent s’est
de son côté montré le plus doux et le plus affectueux possible en lui répétant
sans cesse qu’il était bien l’un de ses animaux de pouvoir et qu’il avait
beaucoup à lui apprendre. Durant tout le stage de base, ce serpent n’a cessé
de revenir dans les différents voyages chamaniques. Au fur et à mesure des
voyages et des rencontres avec ce serpent, la personne a peu à peu changé
d’avis sur cet animal. Elle s’est rendu compte qu’il n’était pas du tout
malveillant, et qu’au contraire, il lui communiquait des choses qu’elle
sentait très justes et bonnes pour elle. À la fin du stage, très touchée, la
personne a fait savoir que cet animal était pour elle une aide très puissante
qui lui inspirait désormais toute confiance et une grande affection. Et elle a

50
ajouté qu’elle se sentait guérie de sa phobie. Le lendemain, elle est allée
dans une animalerie et a demandé à un soigneur de lui mettre un serpent
dans les mains pour avoir un contact physique avec cet animal. Elle a
constaté qu’elle n’avait plus aucune peur et que toutes les idées qu’elle
avait nourries à son sujet étaient fausses, comme par exemple qu’un serpent
n’est pas du tout froid et visqueux mais qu’il est doux et chaud…
Beaucoup d’animaux dont aujourd’hui nombre d’entre nous ont peur
occupent souvent des places importantes, bénéfiques et respectées dans
différentes traditions chamaniques. Le serpent est le grand symbole de la
médecine. L’araignée est le merveilleux symbole qui représente la Source
dans notre tradition. La plupart des araignées tissent une toile. Elles
commencent par relier à un point central plusieurs autres points dans un
périmètre choisi, créant ainsi des rayons. Ensuite, à partir de ce point
central, elles tissent une spirale, reliant les rayons. Le centre de la toile
symbolise la Source dont tout est issu. Et à laquelle tout est relié. L’araignée
nous montre qu’il n’existe aucune séparation entre tout ce qui est. Et
pourtant, notre vocabulaire moderne a forgé le terme d’arachnophobie…
Nous avons déjà évoqué le corbeau et tout ce que notre tradition lui
reconnaît de bénéfique. La chauve-souris, qui a donné lieu à tout
l’imaginaire entourant les vampires, est dans notre tradition l’animal qui
représente notre capacité à sortir de nos ténèbres les plus obscures. Grâce à
l’écholocalisation, principe du sonar, elle peut éviter les obstacles et grâce
à sa boussole, la magnétite, elle peut s’orienter.
Donc, le seul moyen de savoir ce que nous apporte un animal de pouvoir
est de le lui demander en direct. Nous sommes tous uniques. Et pourtant, à
ce jour, nous venons de passer le cap des sept milliards d’êtres humains sur
la Terre.

Lorsque nous allons rencontrer nos animaux de pouvoir, nous pouvons


donc leur demander : « Qui es-tu pour moi ? », « Comment puis-je travailler
avec toi ? », « As-tu déjà des conseils à me donner ? »… Nous allons
ensuite recevoir des réponses, que nous percevons par nos différents sens :
que ce soit l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher ou par la télépathie ou par le
ressenti d’une présence à côté de soi, qu’il y ait contact ou non, ou en soi.
Une fois que nous connaissons nos animaux de pouvoir, nous allons
régulièrement les revoir à travers des voyages chamaniques pour
approfondir notre relation afin de continuer à progresser avec eux, recevoir
des enseignements, travailler sur nous-même. Ce n’est pas en un voyage
qu’ils vont tout dévoiler. Souvent, ils nous amènent tellement de choses
qu’ils ne peuvent pas tout dire en une fois. Ce serait beaucoup trop pour

51
nous. Ils vont donc y aller petit à petit, en fonction de chaque personne. La
relation à nos animaux de pouvoir est comparable à celle avec d’autres
personnes : c’est au fil du temps et des rencontres que la connaissance de
l’autre – et de soi-même en la présence de l’autre – s’approfondit.

Deux de nos animaux de pouvoir ont des fonctions bien précises. Et chacun
de nous a ces deux animaux de pouvoir : il s’agit de l’animal gardien et de
l’animal guide. L’animal gardien veille sur nous, comme le dit son nom, il
nous protège. Notre animal guide nous accompagne dans un domaine bien
précis : notre parcours spirituel, peu importe notre discipline spirituelle. Il
nous encourage à toujours aller de l’avant. Nous traversons tous des hauts et
des bas dans notre vie, et quand nous sommes au creux de la vague, il est
toujours là pour nous galvaniser, nous encourager, il va nous conseiller,
nous aider, à condition bien sûr que nous voulions travailler avec lui.

Donc, tous nos animaux de pouvoir sont taillés sur mesure pour nous, selon
nos besoins du moment. Mais ils sont plus que cela ; nos animaux de
pouvoir sont aussi les gardiens de nos mémoires, de nos savoirs, de nos
connaissances, de tout ce que nous avons accumulé dans nos vies passées ;
ils sont de vraies sauvegardes. Et si cela peut nous rendre service
maintenant, dans cette vie, alors pourquoi pas, ils peuvent faire monter dans
un voyage chamanique certains de ces savoirs, alors que nous ne les avons
peut-être même jamais acquis ou étudiés dans cette vie-ci. Cela peut
surprendre mais cela a toujours un sens. Voici deux exemples. Un jour,
après un stage de base, une participante qui a continué sa pratique
individuelle à la maison, rencontre un nouvel animal de pouvoir dans un
voyage chamanique. Le lendemain matin, elle se réveille avec la vague
impression que quelque chose a changé en elle. Sans savoir quoi. Elle part
travailler, elle avait un poste dans une grande entreprise et c’est au cours de
la journée qu’elle a compris ce qui avait changé : elle savait désormais
parler, écrire et lire le japonais, une langue étrangère qu’elle n’avait jamais
apprise ni étudiée à l’école ni ailleurs. Elle ne l’a dit à personne, ne sachant
quel genre de réactions cela susciterait. Cet animal était sans aucun doute
gardien d’une mémoire, et cette personne, dans une ou plusieurs vies
précédentes, avait dû vivre au Japon ou dans un lieu où le japonais était
d’usage. L’animal a fait monter en elle ces connaissances. Les animaux de
pouvoir ne font rien sans but précis : à peine un mois après, cette personne a
été convoquée par la direction de son entreprise qui lui a annoncé la
décision de créer une filiale au Japon, pour huit mois, et qui lui en proposait

52
la responsabilité, sans même savoir qu’elle maîtrisait désormais la langue.
Elle a accepté. On comprend aisément que son séjour en a été grandement
facilité, et sur le plan professionnel et sur le plan privé : une fois là-bas,
pendant ses congés, elle a pu rencontrer des personnes dans le domaine
spirituel avec lesquelles elle a pu s’entretenir directement. Les bénéfices
qu’elle a retirés de ces rencontres n’auraient pas été les mêmes s’il y avait
eu un interprète, un intermédiaire pour traduire. Cela lui a donc ouvert des
portes et permis des rencontres qui n’auraient pas pu se faire autrement.
Elle a pu vivre une expérience spirituelle enrichissante grâce à sa
connaissance de la langue. Elle était donc doublement gagnante.
Spirituellement et professionnellement. Cet exemple montre bien que nos
animaux de pouvoir nous connaissent parfaitement, qu’ils nous
accompagnent à chaque instant, et qu’ils agissent toujours selon nos besoins.
Nos animaux de pouvoir nous préservent, avant tout. Si cette personne
n’avait pas été prête à recevoir cela, ils ne l’auraient pas fait. Car leur but
n’est pas de nous destabiliser, mais de nous aider. De même, si cela ne nous
est d’aucune utilité, ils ne font pas monter en nous une mémoire de savoir.
C’est donc très rassurant : si l’on reçoit un tel enseignement, c’est que l’on
est prêt, dans les dispositions parfaites pour l’accueillir. Voici un autre
exemple : un jour, une autre personne, après un voyage chamanique qu’elle
venait de faire chez elle, s’est rendu compte qu’elle connaissait les noms et
les vertus des plantes qu’elle avait autour d’elle dans la pièce. Elle a
compris ensuite que son savoir ne se limitait pas aux seules plantes de sa
maison… Par la suite, elle a quitté son emploi pour travailler dans une
entreprise spécialisée qui élabore des produits sains à base de plantes.
Avant cela, cette personne citadine ne connaissait absolument rien aux
plantes et ne s’y intéressait pas vraiment.

Ces deux anecdotes sont impressionnantes et elles ne sont pas du tout


représentatives de nos expériences habituelles, mais elles se produisent.
Dans notre pratique, bien souvent, ce que nous recevons de nos animaux de
pouvoir passe beaucoup plus inaperçu. Et pourtant, les changements n’en
sont pas moins profonds. Par exemple, nous rencontrons dans notre
quotidien une situation dans laquelle d’habitude nous ne réagissons pas
comme nous venons de le faire. Pour la première fois, nous avons réagi tout
différemment, mais sans préméditation. Et nous nous surprenons nous-même
sans pouvoir précisément cerner d’où vient le changement bénéfique. Ce
changement est toutefois bien réel, instinctif, puisque nous ne l’avons pas
commandé consciemment. Cela vient bien souvent de là, de ces mémoires
anciennes, dont nos animaux de pouvoir sont détenteurs : dans une situation

53
qui nous a toujours mis mal à l’aise par exemple, un jour, tout malaise a
disparu et nous avons la parole juste, l’acte juste, la réaction juste, qui est
bénéfique pour nous, mais aussi pour ceux qui nous entourent.

Au début, quand nos animaux de pouvoir se présentent à nous, ils nous


donnent toujours des indices pour les identifier. Nous les percevons bel et
bien : soit nous les entendons, soit nous les sentons, soit nous les ressentons
ou bien nous les voyons, complètement ou en partie.

Pourquoi ces esprits aidants, si proches, si intimes, se montrent-ils sous la


forme d’animaux ? Il y a deux raisons à cela. Pour les comprendre, il faut
revenir au tout premier âge de la pratique chamanique. Les hommes avaient
pour repères leur environnement naturel et tout ce qui le composait ; le
désert, des contreforts rocheux, le bord de l’océan ou la banquise, peu
importe. L’homme dépendait de la nature dans laquelle il vivait et des
animaux qui partageaient cette nature avec lui, qu’il a parfois chassés puis
qu’il s’est mis à élever. Et quand ces premiers hommes ont commencé une
pratique chamanique, les guides, les êtres de lumière, pour ne pas les
effrayer, ont décidé de se montrer à eux dans leurs premiers contacts sous
une forme qui leur était familière : les animaux qu’ils côtoyaient. Ainsi ces
hommes qui côtoyaient des chevaux dans leur quotidien n’étaient-ils pas
effrayés d’avoir affaire à des chevaux dans leur pratique chamanique. Le
simple fait de connaître l’identité de l’animal leur indiquait déjà
instinctivement des pistes quant à ce que cet animal pouvait leur apporter et
comment travailler avec lui.

Ces alliés si proches de nous se sont donc montrés aux premiers hommes
sous la forme d’animaux parce que c’étaient leurs repères.

La deuxième raison pour laquelle ils se sont montrés sous la forme


d’animaux, c’était pour signifier qu’un animal est un être vivant, bien
terrestre, qui vit avec nous, sur le même plan, sur terre, dans notre réalité
ordinaire. C’était une façon pour eux de nous dire : « Voilà, nous sommes
bel et bien là, pour vous. »

Ces quelques lignes ne donnent qu’un aperçu très bref des animaux de
pouvoir et de ce qu’ils peuvent donner à chacun de nous. C’est la pratique
individuelle et régulière qui permet d’affiner les perceptions que nous

54
avons d’eux, d’avoir une idée de l’ampleur des bénéfices qu’ils ont à nous
apporter et d’approfondir notre travail ensemble.

– Les guides et maîtres spirituels


Les animaux de pouvoir ne sont pas nos seuls aides, nous pouvons aller en
consulter d’autres dans les voyages chamaniques : nos guides et maîtres
spirituels. Ils ont une autre fonction que nos animaux de pouvoir et se
montrent sous un autre aspect. Ils viennent de la Source unique, ils sont donc
également des êtres de lumière. Traditionnellement, nous allons à leur
rencontre dans le monde d’en haut. À l’instar de nos animaux de pouvoir,
nos guides et maîtres spirituels peuvent venir à nous dans le monde du
milieu ou dans le monde d’en bas lorsqu’ils l’estiment judicieux. Plusieurs
caractéristiques les distinguent de nos animaux de pouvoir.
La première est qu’ils ne sont pas affiliés à nous. Les guides et maîtres
spirituels sont indépendants de nous. Cela signifie qu’ils peuvent être
guides ou maîtres spirituels d’autres personnes, pas uniquement pour nous,
contrairement à nos animaux de pouvoir qui ne sont là que pour nous.
Nous avons plusieurs guides et maîtres spirituels, tout comme nous avons
plusieurs animaux de pouvoir, et nous ne saurons peut-être jamais vraiment
combien.
Certains peuvent être des conseillers sur le plan spirituel, d’autres
peuvent nous apporter un enseignement précis, etc. Nos guides et maîtres
spirituels sont également des spécialistes dans des domaines précis.

La deuxième distinction par rapport à nos animaux de pouvoir est que les
guides, les maîtres spirituels peuvent se montrer à nous sous n’importe
quelle forme. Sauf une : celle d’un animal.
Ils peuvent se montrer à nous sous la forme d’un personnage, d’un objet,
d’un arbre, d’une fleur, d’une montagne, d’un cristal, d’un parfum, d’une
couleur, d’une forme géométrique, d’une présence invisible, d’une voix qui
nous parle…

Nos guides, qui peuvent prendre une multitude de formes, peuvent


également changer de forme d’un voyage chamanique à l’autre.
Contrairement aux animaux qui se montrent sous les mêmes traits tout au
long de notre pratique, ces guides spirituels, s’ils le désirent, peuvent
changer de forme à chaque voyage chamanique, et pourtant il s’agit toujours
bien des mêmes guides. Parce que la forme qu’ils choisissent de prendre

55
participe au message qu’ils veulent nous confier, ou au travail qu’il
convient de faire avec eux dans l’instant présent. Tout comme le décor dans
lequel le voyage chamanique va se dérouler. Dans tout voyage chamanique,
tout est élément d’information, tout est important et tout contribue au
message que le guide, le maître spirituel ou l’animal de pouvoir veut nous
faire passer. C’est pour cela qu’il est essentiel d’entreprendre chacun de
nos voyages chamaniques dans l’ouverture d’esprit la plus totale possible,
sinon, nos attentes, la pression de notre mental ou nos projections interfèrent
et empêchent le véritable message de nous parvenir dans son intégrité et
dans son intégralité. C’est pourquoi, je le répète, il faut bien se départir de
tout cliché familier qui forgerait, dans notre imaginaire personnel, un
hypothétique monde d’en haut. Le monde chamanique d’en haut peut se
présenter comme un décor semblable à celui du monde chamanique d’en
bas. La nature, une forêt, un océan, les profondeurs d’une grotte ou d’une
caverne, les airs, ou tout ce qui ne s’exprime pas par notre vocabulaire
conventionnel mais qui se perçoit par notre ressenti. En effet, beaucoup
d’entre nous vivent les voyages chamaniques par le biais du ressenti. Et
nous avons peu de mots pour décrire ce genre de perceptions, très
différentes des images visuelles. Pourtant, les voyages chamaniques vécus
par des « images ressenties » sont évidemment tout aussi pertinents que
ceux qui comportent des images visuelles. Simplement, ces « images
ressenties », comme elles nous sont moins familières dans nos expériences
quotidiennes, demandent peut-être un peu plus de temps pour que nous nous
y accoutumions. Mais elles sont tout aussi pertinentes qu’un autre mode de
perception plus habituel. Il s’agit tout simplement d’une information qui est
parvenue à notre cerveau, notre décodeur, qui nous la retransmet sous forme
d’image.
On voit donc bien tout l’intérêt de rester ouvert et accueillant dans sa
pratique, afin de ne pas passer à côté d’éléments d’information essentiels
qui pourraient bien nous parvenir sous une forme nouvelle, insolite même.

Nos guides et maîtres spirituels peuvent donc changer de forme, et s’ils


choisissent de le faire, ils nous le font comprendre. Soit ils nous
préviennent, tout simplement, soit nous le sentons, nous reconnaissons leur
signature énergétique, leur présence unique dans laquelle nous baignons et
sur laquelle nous ne pouvons nous méprendre. Il s’agit là de nouveau d’un
ressenti, qu’il faut avoir expérimenté soi-même pour vraiment savoir ce
dont il s’agit.

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Parfois, nos guides ou maîtres spirituels, s’ils ont changé de forme, portent
un signe, toujours le même. Un jour, dans un voyage chamanique, j’ai vu un
personnage avec une pâquerette fichée dans ses vêtements. Dans un autre
voyage chamanique, il avait la forme d’un arbre, la pâquerette était plantée
dans son écorce. C’est un signe, un clin d’œil. Et une troisième fois, j’ai vu
ce guide sous la forme d’un vase et sur ce vase, un bouquet de fleurs était
peint avec la pâquerette en plein milieu. Par ce signe, il voulait me dire
clairement que c’était bien lui. Mais, je parle ici d’un signe visuel, or, de
nouveau, nous pouvons aussi bien sûr recevoir des « signes ressentis », de
l’ordre de l’odorat, de l’ouïe, etc.

Certains de nos guides cependant ne changent jamais de forme et il se peut


aussi que nous ne voyions certains de nos guides ou maîtres spirituels
qu’une seule fois au cours de toute notre pratique.

Et enfin, il est bon de connaître quatre autres particularités essentielles de


nos guides ; ces particularités sont de bons indicateurs pour nous.
Commençons par la plus délicate : quelqu’un que nous avons connu, qui
était bien vivant, que nous avons aimé, apprécié, et qui est parti dans la
lumière peut-il être l’un de nos guides ou maîtres spirituels ? La réponse est
oui. Mais attention, ce n’est pas très fréquent. Il ne s’agit pas de tomber tout
droit dans le piège et d’entreprendre un voyage chamanique en espérant ou
en voulant absolument revoir quelqu’un. Faire un voyage chamanique avec
une telle intention n’est bénéfique ni pour le défunt ni pour vous. Pourquoi
ne va-t-on pas intentionnellement à la rencontre de quelqu’un qui est parti ?
Parce que c’est une manière de retenir le défunt, de l’empêcher de continuer
à s’élever vers la Source. Admettons que l’essence de la Source qui anime
une personne sur le départ soit comme un ballon. Et qu’à ce ballon soit
attachée une ficelle que vous tenez en main. Ce ballon va monter mais quand
la ficelle sera tendue, le ballon ne pourra plus monter, il sera retenu tant que
vous ne lâchez pas la ficelle.

C’est symboliquement ce qui se passe quand on s’accroche à des défunts. À


un certain niveau, ils peuvent avoir du mal à aller plus loin. Ils risquent
d’être bloqués, tant que nous n’avons pas fait notre deuil, tant que nous
n’avons pas lâché la ficelle. Cependant, contrairement à nous, vivants, qui
ne pouvons faire notre deuil, les défunts que nous retenons ne souffrent pas
car ils ne connaissent plus nos notions de temps et d’espace. Tant que nous
n’avons pas accepté de couper le lien de notre côté, certains ne peuvent

57
donc progresser sur ce nouveau chemin qui est le leur. Il arrive même que
nous ne puissions jamais faire un ou plusieurs deuils. Ce qui signifie alors
que ce lien ou ces liens, qui sont en réalité des entraves, ne sont déliés que
lorsque nous mourons à notre tour. Bien accomplir tout deuil est donc
bénéfique : une fois le lien coupé, la personne qui reste ne souffre plus de
l’absence et la personne décédée peut poursuivre son chemin pour se
préparer à revenir.
Tant que penser à une personne qui est partie provoque encore en nous de
la tristesse, de la douleur ou d’autres émotions fortes et négatives, notre
deuil n’est pas accompli.
Bien sûr, nous pouvons toujours prier pour nos défunts, pour qu’ils
cheminent bien, que cette étape suivante leur soit la plus favorable possible.
Il ne s’agit plus alors de les retenir, au contraire : par la prière, nous les
aidons, nous les encourageons à rejoindre la Source. Prier, dans notre
tradition du chamanisme de nos terres, c’est parler avec son cœur, dans
l’instant présent. Il ne faut donc pas se lamenter dans la prière, ni adresser
des reproches au défunt. Car ce ne serait plus une prière mais une libération
d’émotions. Il est parfois nécessaire, c’est vrai, de faire ce travail, lorsque
le deuil est encore trop pénible, douloureux ou éprouvant. La prière, elle, se
fait lorsque nous avons déjà trouvé un certain apaisement, une certaine
sérénité qui nous permet de voir que le défunt – aussi cher nous soit-il – et
nous-même sommes deux personnes distinctes avec deux chemins distincts à
parcourir.

Dans notre tradition, comme dans la plupart d’autres traditions à travers le


monde, lors d’un décès, la première chose à faire est la libération
émotionnelle de toute la douleur, de toute la tristesse face à la perte de
l’être cher. Il ne nous faut garder ni nourrir aucune émotion négative, car
elle nous deviendrait néfaste. Après le décès, le défunt est veillé
constamment, accompagné, encouragé par des prières qui l’aident à partir
vers la Source.

Ces veillées, qui dans notre tradition ne duraient jamais moins de trois ou
quatre jours, permettaient aux vivants de venir dire un adieu individuel au
défunt et de couper tous liens avec lui. Ensuite venait le temps du rite
funéraire, au cours duquel le responsable spirituel de la communauté du
défunt confiait celui-ci à la Source, dans un adieu collectif au nom de toute
la communauté. La fin de ce rite funéraire clôturait le deuil. Venait alors un
moment de fête où tous mangeaient et buvaient en l’honneur du défunt. Cette

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célébration était accompagnée de musique, de chants et de danses à travers
lesquels la communauté se réjouissait de ce nouveau cycle entamé par le
défunt.

Mais, comme il a été dit, toute personne de notre entourage qui nous quitte
ne devient pas nécessairement un de nos guides ou maîtres spirituels. Ce
n’est pas très fréquent. Simplement, je mentionne ce cas, car il est possible.
Et s’il se produit, cette personne n’est alors que brièvement notre guide.
Après son départ, le défunt passe différents caps pour rejoindre la Source.
Tant qu’il est dans les premiers paliers, il peut encore venir à nous. Mais
une fois qu’il a passé un certain cap, il ne le peut plus. Il est alors dans une
autre étape et se prépare à revenir, s’il doit le faire. Mais je le répète, ce
cas n’est pas le plus fréquent dans la pratique chamanique, loin de là. Rares
sont ceux qui sont là pour nous pendant des années ou pour tout le reste de
notre vie, car cela signifie alors qu’ils ont choisi délibérément de ne pas
franchir certains paliers et donc de ne pas avancer sur leur propre chemin
durant ce temps-là.

Deuxième particularité : quelqu’un qu’on aime bien, qu’on apprécie


particulièrement et qui fait partie de notre entourage, peut-il être un de nos
guides, un de nos maîtres spirituels ? Non, ce n’est pas possible. Cependant,
il peut arriver que dans nos voyages chamaniques, nous rencontrions des
personnages, des amis ou des gens de la famille, des gens que nous
connaissons ; il ne s’agit bien sûr pas de guides, ni de maîtres spirituels.
Dans nos rêves aussi, nous voyons des personnes que nous connaissons.
Mais il ne faut pas pour autant se méprendre sur ce qui se passe. Dans notre
vie, dans notre quotidien, nous rencontrons des gens et une partie
inconsciente de nous-même leur attribue – rapidement ou non – des
étiquettes, les classifie. Un exemple : peut-être avons-nous quelqu’un dans
notre entourage qui symbolise la confiance, l’assurance. Peut-être
connaissons-nous aussi une personne qui symbolise l’insatisfaction, la
frustration constante. Contrairement à la personne précédente, celle-ci
critique tout et n’est jamais contente. Un autre exemple d’étiquettes
courantes : les dynamiques, les courageux infatigables. Nos étiquettes,
positives ou négatives, nous les attribuons automatiquement, même à notre
insu. Dans nos voyages chamaniques, nos animaux de pouvoir, nos guides et
nos esprits, qui nous connaissent au plus intime de nous-même, utilisent ces
figurants comme éléments d’information dans les messages qu’ils veulent
nous confier. Dans nos rêves, où notre inconscient dialogue avec nous-

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mêmes, c’est lui aussi qui utilise ces figurants, nos étiquettes. Lorsque nous
voyons l’image d’une personne connue dans un voyage chamanique, il ne
faut pas croire que la personne en question est venue de son propre chef. La
plupart des voyages chamaniques parlent de nous-mêmes. Il faut donc bien
garder les pieds sur terre lorsque ce genre de choses arrive. Il serait
vraiment dommage de croire à un phénomène extraordinaire et de contacter
la personne en question, en lui disant qu’elle vient par exemple de nous
délivrer un message essentiel ou que nous avons reçu un message essentiel à
son intention. Ou que nous avons reçu un soin à lui faire ou inversement.
Attention, il faut à tout prix éviter de l’impliquer dans quelque chose qui ne
la concerne pas : les voyages chamaniques parlent de nous-mêmes.
L’apparence de la personne connue doit nous aider à comprendre quelque
chose à propos de nous-même. Il ne s’agit pas de croire que la personne
réelle est venue : lui dire cela pourrait même lui donner un ascendant
négatif, une emprise sur nous, qu’elle soit suscitée par une demande de
notre part ou un désir de la sienne. Tout voyage chamanique est intime et
personnel. En le racontant, forcément, on prend déjà une certaine distance.
Et dans ce cas précis, on risque bien de le « déformer », sous la pression –
consciente ou non – de notre désir profond.

Troisième particularité : nos guides et maîtres spirituels peuvent être des


personnes vivantes. Il s’agit alors d’êtres d’exception comme le Dalaï lama,
le Karmapa, Mère Mera, Amma… qui ont déjà atteint l’éveil. Ils reviennent
pour aider à éveiller les consciences et les cœurs. Car leur présence et ce
qu’ils véhiculent, ce qu’ils dégagent, nous donne un élan bénéfique. Quand
nous allons les voir, quand nous suivons leurs enseignements, quand nous
sommes en contact avec eux, ils ouvrent nos consciences, nous aident à faire
de grands pas en avant. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à leurs croyances,
le simple fait de se trouver en leur présence nous est bénéfique. Ces guides
et maîtres spirituels toujours vivants ne sont pas nombreux, il s’agit donc
bien d’êtres aux qualités exceptionnelles.

Quatrième particularité : nos guides et maîtres spirituels peuvent être des


personnages clés de grands mouvements spirituels comme le Christ, la
Vierge, Bouddha, de grands prophètes… C’est même fréquent. Ces grandes
figures spirituelles sont venues pour l’ensemble de l’humanité. Pour ouvrir
la conscience et le cœur de l’être humain, sans distinction. Il est même
courant qu’ils se manifestent dans nos voyages chamaniques parmi nos
guides et maîtres spirituels. Alors là aussi, il faut garder les pieds sur terre

60
et ne pas croire que c’est exceptionnel ou incroyable. Si cela nous arrive,
c’est qu’ils ont estimé que le moment était propice, tout simplement. Il ne
faut pas s’estimer privilégiés, ils sont venus pour nous tous. Bien sûr, cela
ne doit pas nous empêcher d’être reconnaissants, d’éprouver de la gratitude,
comme nous le faisons envers tous nos autres guides et animaux de pouvoir.

Sur notre chemin sur cette Terre, nous sommes donc accompagnés, guidés et
soutenus par de nombreux esprits aidants qu’il ne tient qu’à nous de
rencontrer, de connaître, puis de consulter, de solliciter pour profiter de
leurs conseils et enseignements bénéfiques.
Et nous pouvons le faire par une pratique individuelle, régulière et
assidue. C’est pourquoi, lors du stage de base, nous découvrons des moyens
d’accéder au monde d’en bas et au monde d’en haut, nous apprenons
également à travailler avec des éléments composant le monde du milieu.
Nous allons aussi notamment à la rencontre de nos animaux de pouvoir, de
nos guides et maîtres spirituels pour ensuite pouvoir nous familiariser et
entamer un travail en profondeur avec eux. Enfin, nous apprenons un
exercice, un outil à utiliser dans le cadre de la pratique de l’autoguérison
(qui fait l’objet du chapitre suivant).

Chaque praticien et praticienne chamanique, c’est-à-dire toute personne qui


a fait le stage de base et a appris les fondements du chamanisme de nos
terres ainsi que ses premiers outils, peut ensuite les appliquer à son propre
rythme, en fonction de ses propres besoins. Ces outils permettent d’asseoir
la pratique individuelle. Par la suite, ceux et celles qui le désirent peuvent
nourrir et enrichir leur pratique d’outils supplémentaires proposés dans les
stages avancés et les rites de passage selon le ou les thèmes qui parlent à
chacun et chacune. Car les ressources de la pratique du chamanisme de nos
terres, comme de toute pratique authentique du chamanisme, sont
inépuisables.

Les jalons principaux


– Les trois pans majeurs : autoguérison, travail avec les
esprits, divination
La pratique du chamanisme celtique consiste en trois pans majeurs. Le
premier est la guérison. Notre propre guérison ou autoguérison. Il s’agit

61
donc d’un travail sur soi. Et ce travail touche à tous les aspects de la
guérison : problèmes physiques – maladies, douleurs, anciennes
blessures… – problèmes psychologiques – état dépressif, peurs, colères,
tristesses… Certaines situations dans notre vie nous affectent
particulièrement, nous font perdre nos moyens, notre confiance, notre
assurance, elles peuvent déclencher un réflexe de peur, de fuite ou de
colère. Nos réactions ont une source, une origine que nous ne connaissons
pas toujours. Elles sont souvent dues à des événements antérieurs marquants
dans notre vie qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire de retracer pour guérir,
libérer et transformer. Nous pouvons également travailler à d’autres
niveaux, comme les troubles énergétiques – dus par exemple à une énergie
perturbatrice extérieure à la nôtre restant dans nos corps énergétiques – qui
peuvent eux aussi causer diverses maladies ou problèmes psychologiques.

Selon notre tradition, lorsque survient un problème, une maladie ou un


dysfonctionnement, on considère qu’il faut travailler tous les plans qui nous
composent, pour guérir correctement et efficacement. La clé est de travailler
le physique et le spirituel en même temps. Généralement, en faisant cela, le
mental et l’émotionnel sont également touchés, traités. Il est bon de
travailler sur tous ces niveaux car nous contribuons ainsi à une libération, à
une guérison plus complète de notre être (qui est, nous l’avons dit, animé
par l’essence pure de la Source que rien ne peut affecter, ni rendre malade,
ni morceler).

Une maladie, un dysfonctionnement naît, prend ses racines, dans le côté


subtil de notre être. Nous sommes des êtres vivants, des êtres humains, cela
est bien concret. Mais nous sommes bien plus que notre corps physique :
différents corps énergétiques nous composent, des chakras – ces centres
énergétiques que nos ancêtres appelaient l’arc-en-ciel intérieur ou l’arc-en-
ciel humain puisqu’ils ont les mêmes couleurs que l’arc-en-ciel et qu’ils
sont disposés dans le même ordre –, une aura, une énergie personnelle qui
rayonne dans un certain diamètre, etc. Nous sommes donc constitués de
plusieurs strates.
Tout dysfonctionnement démarre toujours dans notre plan subtil.
Mais attention, ce n’est pas l’essence pure de la Source qui nous anime –
composée de notre âme et de notre esprit – qui est affectée. Cette essence
est l’étincelle pure de la Source qui vient faire son expérience à travers
nous et qui, une fois cette expérience terminée, retourne à la Source pour
ensuite venir se réincarner. Cette essence pure n’est jamais malade,

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fatiguée, en difficulté, fragmentée, divisée, elle échappe à toutes ces
contingences terrestres, puisqu’elle est un fragment de la Source. Elle ne
peut pas non plus quitter notre corps physique pendant notre vie, car le jour
où elle le quitte, nous mourons. Il ne faut pas la confondre avec notre esprit
– la conscience de la Source qui nous anime – qui, lui, peut voyager, se
déployer sans limites et se percevoir comme hors du corps, mais sans en
être détaché. Certains témoignages de praticiens chamaniques, après des
voyages, rejoignent ceux des personnes ayant traversé des expériences de
mort imminente : ces témoignages parlent d’un cordon souvent doré qui lie
le corps physique de ces personnes à leur conscience qui les voit d’en haut.

Comme nous l’avons dit plus haut, les notions de recouvrement d’âme et de
guérisseur d’âme sont donc étrangères à la tradition du chamanisme de nos
terres. Elles sont en fait une aberration. Peut-être viennent-elles d’une
confusion, d’un choix malencontreux de mots pour traduire un certain travail
chamanique observé par des anthropologues, des ethnologues et des
explorateurs parmi des peuples naturels. Ces observateurs ont assisté à des
séances de travail chamanique, individuelles ou collectives, et ont constaté
que les personnes traitées lors de ces rites ou cérémonies se portaient mieux
par la suite, voire guérissaient. L’étape suivante logique pour ces
observateurs extérieurs était d’essayer d’expliquer ces phénomènes de
l’impalpable. Or, la seule référence, le seul repère dans l’immatériel dont
ils disposaient se trouvait souvent être ce que l’on nomme « âme », avec les
différentes significations qu’on lui a attribuées au cours des siècles. Et
aujourd’hui, cette confusion dans les interprétations des différents récits
donne lieu à des notions erronées.

Ce plan subtil dont il est question et dans lequel nous travaillons pour
favoriser notre autoguérison est l’ensemble des différents corps subtils qui
composent l’être humain (et non notre âme et notre esprit, cette essence pure
de la Source qui nous anime.)

Tout dysfonctionnement démarre souvent dans le corps subtil le plus éloigné


de notre corps physique. Ensuite, il « descend », traverse nos différents
corps subtils pour arriver enfin dans notre corps physique ou psychique. Et
c’est bien souvent à ce stade que nous remarquons que nous sommes
malades. Or, ce stade est le dernier : le dysfonctionnement est passé par
tous nos corps subtils en amont. Cette conception signifie qu’une maladie
qui se déclenche, indique que le processus de dysfonctionnement est installé

63
depuis parfois longtemps déjà. Elle signifie pourtant également que nous
pouvons traiter, travailler des dysfonctionnements avant qu’ils n’arrivent
dans le corps physique ou psychique. Une pratique régulière, assidue, nous
permet littéralement de faire le ménage en nous, de procéder à un entretien
préventif régulier et salutaire. C’est d’une véritable hygiène de vie qu’il
s’agit ici, au sens plein du terme : il s’agit de tendre à préserver, à
améliorer sa santé. Et dans notre tradition, il s’agit bien sûr de la santé de
tous les corps qui nous composent, de l’intégralité de notre être. Car plus
nous préservons notre santé, plus nous assurons notre propre harmonie et
par voie directe de conséquence, l’harmonie du Tout dans lequel nous
vivons et dont nous sommes une composante.

Pour que nos efforts de guérison, nos soins soient efficaces, il faut cibler les
racines de nos dysfonctionnements. Car les racines, si nous les laissons,
qu’elles soient subtiles ou physiques, immatérielles ou bien concrètes,
repoussent, à plus ou moins long terme en fonction du terrain. Il est peut-être
difficile de concevoir cela, puisque sur les quatre plans – physique, mental,
émotionnel, spirituel – qui sont affectés et que nous devons travailler, seul
l’un d’entre eux est du domaine du concret, du visible, c’est le corps
physique. Pourtant, ne pas traiter les racines favorise bel et bien le risque
de rechute.

Dans nos sociétés modernes, nous présentons trois grands types de


comportement. Une petite précision s’impose : ces comportements sont les
tendances les plus couramment constatées, elles ne visent en aucun cas à
exclure les autres tendances, plus faiblement représentées. Ces trois grands
comportements ont une certaine efficacité qui pourrait cependant être
optimalisée.

Dans le premier cas, lorsque nous constatons une maladie, une douleur dans
notre corps physique, nous allons consulter notre médecin, généraliste ou
spécialiste. Le médecin établit un diagnostic et un traitement pour soigner ce
dysfonctionnement physique. Dans ce cas, seul un plan de notre être est
traité et le mental, l’émotionnel et le spirituel ne sont pas pris en compte.

Dans le deuxième cas, lorsque nous souffrons de problèmes d’ordre


psychologique, de peurs, de colères, de tristesses, d’états dépressifs, etc.,
nous allons consulter des spécialistes dans ce domaine ; psychiatres,
psychologues, psychothérapeutes, qui eux vont plutôt nous traiter sur le plan

64
mental et sur le plan émotionnel, puisque ce sont ces domaines-là qui sont
surtout concernés. Le corps physique est alors moins pris en compte, ainsi
que le côté spirituel qui ne l’est parfois pas du tout. Dans ce cas, comme
dans le précédent, nous voyons que nous n’avons pas traité l’intégralité des
plans qui nous composent.

Enfin, troisième et dernier cas, lorsque nous sommes littéralement investis à


corps perdu dans la spiritualité qui devient alors notre seul et unique jalon,
à l’exclusivité de tout autre et notamment de la médecine traditionnelle.
Nous avons alors tendance à vouloir travailler uniquement notre côté
spirituel pour guérir de nos dysfonctionnements, mais c’est ignorer l’impact
que ceux-ci ont sur nos autres plans et surtout sur notre plan physique si la
maladie est déjà arrivée jusqu’à lui. Car le travail spirituel entrepris se
révèle souvent bénéfique sur le plan mental et le plan émotionnel. Et
malheureusement, c’est le corps physique qui est négligé. Or, en tant que
véhicule sur cette terre de l’expérience de l’essence pure de la Source qui
nous anime, il nous revient d’en prendre soin.

Ces trois cas, comme ils n’englobent pas la totalité de notre être, ne
présentent pas une efficacité optimale. Celle-ci s’obtient en travaillant
simultanément sur les quatre plans de notre être. Comment faire ? En traitant
à la fois le plan spirituel et le plan physique. Car en faisant cela, le plan
mental et le plan émotionnel, pris entre les deux, sont automatiquement
impliqués. On le constate très bien dans les stages, ou dans la pratique
individuelle : lors d’un voyage chamanique, des émotions inattendues
peuvent se manifester, et on peut se mettre soudain à rire ou à pleurer, ou
ressentir une grande joie ou une grande tristesse que chacun exprimera à sa
manière. Un voyage chamanique est un travail profond sur soi, qui touche à
des choses dont nous n’avons souvent pas conscience et dont il n’est pas
toujours nécessaire d’avoir conscience pour les travailler, les libérer, les
guérir. Ce qui peut se traduire, surtout à l’issue d’une journée de stage
pendant laquelle nous faisons un gros travail soutenu, par des maux de tête
ou une grande fatigue. C’est la façon qu’a le corps physique de s’ajuster aux
changements vécus sur nos autres plans.

De nos jours, dans plusieurs états du Canada ainsi que dans plusieurs États
d’Amérique du Nord, certains hôpitaux accueillent de temps en temps ou
quotidiennement des hommes ou femmes-médecine pour que les patients qui
le souhaitent puissent bénéficier d’un soin dans le domaine énergétique et

65
spirituel, complémentaire aux soins médicaux pourvus sur place. En
Sibérie, certains hôpitaux font aussi appel de manière permanente à des
chamans locaux. Dans quelques établissements parfois, le chaman est
présent dans le bloc opératoire et il fait son travail pendant que le
chirurgien intervient avec son équipe. Des statistiques montrent que lorsque
les patients combinent les deux modes de traitement : physique, médical et
énergétique, spirituel, les rechutes sont beaucoup moins fréquentes que dans
le cas des patients qui ne s’occupent que du plan physique. La
convalescence, la cicatrisation… sont également plus rapides.

Lors d’un séjour au Népal, nous avons pu assister, ma femme et moi, au


travail de guérison pratiqué par un jhankri (chaman) sur des habitants de son
village. Le chaman prescrivait des infusions de plantes adaptées à chaque
cas et il conseillait aussi à ces personnes d’aller consulter le médecin dans
le relais médical le plus proche (parfois à deux ou trois jours de marche).
Là où je veux en venir, c’est simplement montrer que la prise en compte de
l’homme dans son intégralité n’est donc pas une idée nouvelle, ni moderne.
Elle a toujours existé, depuis que l’homme est. Les tout premiers hommes
savaient déjà se soigner, se soulager, se guérir avec l’aide des trois règnes
principaux : le règne minéral, le règne végétal, le règne animal. Ils faisaient
donc déjà un travail énergétique, spirituel, avec le chaman de la
communauté et parallèlement, ils savaient utiliser des plantes ou autres
ingrédients de la nature, pour renforcer, sur un plan physique, le processus
énergétique mis en œuvre.

Après la guérison, la seconde composante majeure de la pratique du


chamanisme de nos terres est le travail avec les esprits dans le but
d’apprendre, de recevoir leurs enseignements.
Et ce dans de nombreux domaines, comme par exemple les premières
connaissances sur les vertus des plantes qui nous sont parvenues par ce
biais. Comment l’homme savait-il que telle plante ou tel minéral allait
l’aider à soigner ou soulager tel problème ou telle maladie ? Il n’apprenait
pas cela par hasard. Il communiquait avec l’esprit de la plante à travers un
voyage chamanique par exemple, car il y a plusieurs manières de
communiquer avec les esprits. Il consultait l’esprit de la plante qui lui
révélait ses vertus, ses parties à récolter, fleurs, feuilles, racines, graines…
L’époque la plus propice pour la cueillir, les conditions pour la préparer,
les plantes ou extraits minéraux ou animaux auxquels l’associer. Son
utilisation, son mode d’ingestion, d’application, etc. Les doses, les

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quantités, les proportions. Tout cela est très vaste. Et bien sûr, toujours
adapté à la personne qui en a besoin, puisque chacun de nous est unique et
chacun de nous nécessite une approche et un traitement uniques. C’est
l’esprit de la plante qui va nous indiquer tout cela. Voilà donc l’un des
domaines dans lequel nous pouvons travailler avec le monde des esprits
pour recevoir leurs enseignements.

De même, nous pouvons communiquer avec l’esprit d’un lieu. Ce lieu peut
être une maison ou une forêt ou une terre par exemple. L’esprit du lieu peut
alors nous révéler l’histoire de ce lieu depuis ses origines.
Nos ancêtres consultaient aussi régulièrement les esprits des éléments,
pour ensuite s’adapter aux enseignements qu’ils recevaient. C’est ainsi par
exemple qu’ils savaient qu’ils devraient se préparer à un hiver rude ou au
contraire clément.

Nous pouvons aussi entrer en relation avec un objet contemporain, comme


une montre. Lorsque nous allons communiquer avec l’esprit de cette montre,
il ne va pas nous donner l’heure, puisque l’écran nous l’indique déjà.
L’esprit de la montre va, en revanche, nous faire faire un véritable voyage
dans le temps et nous montrer les origines de ses composantes actuelles et
le parcours qu’elles ont suivi pour devenir cet objet que nous portons
aujourd’hui au poignet. S’il y a du plastique dans cette montre, nous
pouvons revivre tout le chemin depuis les origines de la matière première,
présente même dans le pétrole dont il est issu, jusqu’à aujourd’hui. Ou les
composants métalliques qui ont aussi toute une histoire et un parcours. Ce
qui peut représenter un véritable voyage dans le temps autour du monde, une
expérience très riche et très instructive.

Une troisième activité majeure de la pratique du chamanisme de nos terres


est la divination. Commençons par ce que la divination, telle que nous
l’entendons, n’est pas, nous verrons ensuite ce qu’elle est. Dans notre
pratique, la divination n’est pas de la voyance, ni de la médiumnité, ni du
channelling. Alors, qu’est-ce que c’est ? Puisqu’il s’agit aussi d’aller poser
des questions aux esprits sur notre passé, notre présent, notre futur.
Avant tout, la divination se fait par une personne pour elle-même. Il ne
s’agit donc pas de consulter quelqu’un d’autre comme un devin, par
exemple. Il s’agit d’un procédé, d’un travail chamanique que chacun fait
pour soi et qui ne peut être fait pour quelqu’un d’autre. La divination, c’est
donc interroger le monde des esprits, leur poser des questions. Questions

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qui doivent impérativement concerner la personne qui les pose. Les
procédés sont multiples et très simples, ils sont accessibles à tous : dans la
pratique, on en apprend un dès le stage de base, mais chacun ne peut les
mettre en œuvre que pour soi. Il faut une grande expérience de sa propre
pratique, de sa propre communication avec ses esprits pour commencer à
discerner la différence entre ses propres attentes et les messages des
esprits. Dans notre pratique, nous ne travaillons pas pour ou sur quelqu’un
d’autre, justement pour éviter ce risque de se laisser influencer par son
désir profond, conscient ou non, de bien faire, d’apporter de bonnes
nouvelles ou des nouvelles que nous croyons bonnes, etc., à l’autre. De
plus, ce qui est bon pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Et comme
chacun de nous le pressent très bien, plus les personnes sur lesquelles on
travaille sont proches, plus notre propre désir de bien faire, d’être de bon
augure, est présent et influence la réalité (les chamans que nous avons
rencontrés lors de nos voyages sont unanimes : aucun ne travaille sur ses
proches. Tous font appel à un autre chaman pour cela).

Pourquoi pratiquer la divination ? À quoi sert-elle ? Dans notre vie,


souvent, nous devons faire des choix, prendre des décisions. Or, certains de
ces choix peuvent être fondamentaux et avoir de grandes répercussions sur
notre vie ; ils peuvent la changer du tout au tout : vivre avec quelqu’un,
attendre une naissance, envisager un déménagement, un changement de
travail, et pour les plus jeunes d’entre nous, quitter le nid familial, choisir
une orientation professionnelle…
Face à ces choix, selon notre personnalité, notre caractère, notre situation
passée et présente, nous avons des difficultés plus ou moins grandes à nous
décider. La cause en est la peur, consciente ou inconsciente, qu’après notre
décision, notre situation soit moins favorable qu’avant, la peur de régresser,
la peur d’aller non vers du meilleur, mais vers du moins bien. Dans ces cas-
là, la divination peut nous aider. Nous pouvons demander conseil aux
esprits, les interroger. Ils donneront alors leur(s) réponse(s). Il faut savoir
que les esprits ne donnent pas d’ordre. Ils ne commandent pas. Les esprits
vont nous donner une réponse très ouverte à notre question, car ils ne sont
pas limités par nos notions restrictives d’espace et de temps. Leur vision
des choses est donc beaucoup plus large que la nôtre, puisqu’elle ne connaît
pas de limite. Pour nous répondre, les esprits vont prendre en considération
la globalité de la question et de ses implications. Ils ne peuvent donc pas
dire : « Fais ceci » ou « Ne fais surtout pas ça. » Ils vont nous conseiller,
nous montrer l’éventail des possibles. Ils peuvent par exemple nous faire
comprendre que si nous choisissons de dire non, telle situation sera

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susceptible de se mettre en place, et si nous disons oui, telle autre situation
pourra alors émerger. Et nous, nous sommes alors libres et maîtres de nous-
même, libres de choisir ce que nous pensons être le mieux pour nous. Les
esprits n’essayeront jamais de nous pousser dans telle ou telle direction. De
même, les esprits ne donnent jamais de date précise par exemple. C’est tout
simplement impossible, une fois encore, c’est logique. En effet, les esprits
ont une vision non limitée par nos perspectives spatiales et temporelles. Ils
voient les possibles. Et surtout, ils s’adressent à nous dans l’instant présent
où nous avons sollicité leurs conseils, c’est-à-dire par rapport à notre état
d’esprit du moment, à notre évolution sur notre chemin, etc. Bien sûr, les
possibles qu’ils peuvent nous faire entrevoir dans leurs réponses ne
pourront se réaliser que si nous nous prenons en main, que si par nous-
même, nous agissons. Il ne faut pas attendre que les esprits fassent tout le
travail à notre place, car ils ne le feront pas. Eux nous donnent des
informations. À nous d’assumer ensuite notre part. Ils peuvent bien sûr nous
soutenir, nous aider, nous conseiller chaque fois que nous en ressentons le
besoin. Par exemple, quelqu’un souhaite déménager et cherche un nouveau
logement. Les esprits peuvent lui donner des pistes pour ses recherches, ou
des conseils. Mais si cette personne n’assume pas sa part, c’est-à-dire si
elle n’effectue pas toutes les recherches à sa portée, si elle ne fait pas
passer le message qu’elle cherche un logement, si elle ne consulte pas les
annonces, etc., les esprits ne vont pas lui présenter sa nouvelle adresse sur
un plateau. La personne doit assumer sa part active dans son monde
ordinaire, dans sa réalité. La divination peut beaucoup nous rassurer, nous
tranquilliser et nous aider face à des choix difficiles.
Et si, par la suite, nous considérons que la décision que nous avons prise
a été une erreur ? Dans ce cas, les esprits ne nous jugeront pas lorsque nous
retournerons leur demander conseil. Car dans le monde des esprits, le
jugement n’existe pas, contrairement à notre réalité, où le jugement est un
lot quotidien. Ils vont donc continuer tout simplement avec nous le travail
entrepris, en nous prenant là où nous en sommes dans notre vie.

Pratiquer la divination va aider à développer en nous une paix et une


sérénité quant à la décision à prendre. Cette paix naît au fond de nous-
même, du ventre ou du cœur. C’est comme un grand calme qui s’est installé
en nous. D’un instant à l’autre, ou du jour au lendemain. Sans que nous
l’ayons vraiment senti venir. Mais soudain, c’est là. Et à ce moment-là, nous
pouvons prendre sereinement la décision qui nous apparaît, tout
naturellement, comme appropriée. Et par la suite, avec du recul, nous
pouvons constater que nous avons pris la bonne décision. La pratique de la

69
divination nous aide à faire monter cette assurance sereine plus aisément,
plus rapidement. Nous avons déjà tous vécu cela naturellement aussi dans la
vie de tous les jours sans même avoir pratiqué la divination. Cette
assurance calme est en fait un phénomène naturel, qui vient des profondeurs
et que l’on peut clairement ressentir quand on est à l’écoute de soi-même.
La divination nous permet d’y accéder plus vite.

L’autoguérison, le travail avec les esprits, la divination peuvent se faire


dans le cadre de la pratique chamanique individuelle quotidienne. Ils
peuvent aussi se faire dans un cadre plus ponctuel, lors de cérémonies ou de
rites appropriés. Dans les chapitres suivants, nous verrons toute
l’importance des cérémonies et des rituels, puis des grands rites de passage
dans la pratique du chamanisme de nos terres.

– Cérémonies et rituels
Les peuples naturels ont toujours vécu et vivent encore dans le respect de
leur milieu ambiant et en harmonie avec lui, en pleine conscience. Des
rituels et des rites nous permettent de renouer avec cet état de conscience.

Nos ancêtres européens et celtiques vivaient eux aussi en harmonie avec la


terre, la nature, les animaux et les éléments. Ils respectaient les rituels et
accomplissaient des cérémonies pour maintenir cette stabilité vitale. Cet art
de vivre contribuait également à préserver un équilibre individuel et
l’harmonie au sein de la communauté et de la famille. Leurs rituels et
cérémonies avaient des buts divers : célébrer un événement particulier, une
naissance, un deuil, prévenir ou résoudre un problème, la divination, la
guérison, faire des offrandes aux esprits de la nature pour solliciter leurs
faveurs ou les honorer et leur exprimer de la gratitude pour des récoltes
généreuses ou une chasse fructueuse, purifier ou guérir une terre, fêter un
rite de passage accompli, se préparer à la guerre ou accueillir la paix
nouvelle, s’inscrire dans le temps et marquer le passage des saisons…

Un rituel sert à rendre visible ce que l’on fait dans l’invisible. Rendre
concret ce qui se fait dans le plan subtil. Tout notre être participe au rituel et
notre mental, notre intellect, nos émotions ne peuvent que prendre acte du
travail accompli par notre corps : poser une offrande, prier, délimiter un
endroit sacré, se préparer à un travail de guérison, formuler une intention
claire et précise… Un petit rituel tout simple permet de bien illustrer ce

70
processus d’intégration par tout notre être : pour purifier un lieu, on utilise
les vertus énergétiques de la sauge. Il s’agit d’un nettoyage subtil. Ce n’est
pas la fumée qui purifie, ni la quantité de sauge utilisée. Il ne sert donc à
rien d’enfumer le lieu. C’est l’esprit de la plante qui purifie. Or, l’esprit de
la plante se déploie et se répand, sans limites. Et puisque c’est l’esprit de la
plante qui purifie, il n’est pas nécessaire de faire brûler la plante. Un plant
de sauge ou de la sauge séchée cueillie depuis longtemps a le même effet,
car l’esprit de la plante ne s’altère pas, il reste le même. Cependant, le
rituel consiste à faire brûler des feuilles de sauge. Pourquoi ? Parce que, en
le faisant, nous inscrivons l’acte dans notre plan physique, et ensuite,
l’odeur et la fumée qui se dégagent sont des preuves tangibles et rassurantes
pour notre mental. Ces signes concrets nous permettent en effet de dépasser
nos résistances rationnelles naturelles qui nous empêchent souvent
d’admettre l’existence d’un processus à l’œuvre dans le plan subtil. Les
rituels sont donc très importants dans tout le travail chamanique car ils
permettent à tout notre être d’accepter les bienfaits de ce travail. Sans cette
acceptation, le travail chamanique ne peut faire pleinement son œuvre.

Tous ces rituels peuvent se faire de manière individuelle ou collective. À


l’intérieur ou à l’extérieur, dans la nature. Généralement, ils se pratiquent
dans des lieux sacrés, prévus à cet effet. Ces lieux pouvaient donc être des
lieux sacrés pour toute la communauté ou des lieux sacrés pour un individu.
Nombreuses étaient les personnes qui avaient un lieu intime réservé à leur
propre pratique et dont elles ne révélaient pas l’emplacement. Aucune
indication ne marquait donc ces endroits privilégiés pour les préserver de
toute visite ou intrusion. Chaque lieu sacré est unique, porteur de l’énergie,
de l’empreinte de celui ou celle qui vient y faire sa pratique.
Certains lieux sacrés étaient destinés à des pratiques spécifiques :
offrandes aux esprits, divination, guérison… Les lieux réservés à la
pratique collective étaient marqués et connus de tous. Chacun pouvait y
venir tout le long de l’année pour faire des offrandes et prier.
Tous ces lieux étaient chargés par des plantes dotées de différentes
vertus : médecine, purification… qui sont des supports pour la personne ou
la communauté dans sa pratique.
Beaucoup de ces lieux sacrés de pratique collective étaient connus
depuis longtemps pour avoir été utilisés jadis, par des civilisations
antérieures. Nos ancêtres se les sont tout naturellement réappropriés, vu la
charge spirituelle dont ces lieux étaient imprégnés. Il pouvait s’agir d’un
arbre à l’âge vénérable, d’une source sacrée, d’un lac, d’un rocher, d’une
montagne. Les Celtes accomplissaient aussi leurs cérémonies dans des lieux

71
où s’alignaient des menhirs, où se dressaient des dolmens que des
peuplades néolithiques avaient érigés bien avant eux.

Suivant l’exemple de nos ancêtres, nous réapprenons à accomplir certains


de ces rituels. En effet, à notre époque, ces anciens rituels sont toujours
riches d’enseignements, de bienfaits, que nous les fassions pour nous ou
pour la Terre. Et c’est d’autant plus important qu’ils ont quasiment disparu
de nos jours. Ils nous font prendre conscience, tout d’abord, que nous
vivons en communauté et qu’œuvrer ensemble dans une même direction
soude cette communauté. Que, s’il est essentiel de travailler au bien-être de
chaque membre de la communauté pour que celle-ci évolue bien, l’inverse
est tout aussi important.
La pratique collective a en outre un effet de catalyseur qui aide l’individu
à passer des caps difficiles : chacun peut y puiser une force, un élan qui
peut parfois lui faire défaut lorsqu’il est seul.
Les rituels et les cérémonies nous rappellent que nous faisons partie d’un
tout. Et que chacun d’entre nous, à son niveau, peut favoriser sa propre
harmonie et l’harmonie de ce tout.

Les cérémonies et rituels majeurs qui nous viennent de loin et que nous
revivons aujourd’hui sont nombreux : huttes de sudation, mandalas, roues-
médecine, bâtons de parole, bâtons de prière, célébrations des solstices et
des équinoxes, fête du printemps, passage des morts…

Aujourd’hui, le terme « hutte de sudation » est très répandu. Beaucoup


l’associent aux huttes de sudation que l’on retrouve dans les traditions
amérindiennes. Les expressions « hutte de sudation » ou « loge de
sudation » ou « tente de sudation » sont en effet des traductions de l’anglais
« sweat lodge » utilisé dans ces traditions. Pourtant, cette cérémonie antique
se fait aux quatre coins du globe. Notre monde occidental contemporain
s’en est inspiré pour n’en garder qu’une version physique bénéfique et
thérapeutique : sauna, hammam… Le sauna nous vient des traditions
d’Europe du Nord.

Lors de cette cérémonie, les ancêtres de nos terres se libéraient d’entraves


qu’ils confiaient au feu de la Terre Mère pour mieux s’ouvrir à eux-mêmes.
La hutte de sudation est donc une cérémonie de soin, de guérison et de
purification. Par son action de purification sur les plans physique, mental,
émotionnel et spirituel, elle revitalise le corps et l’esprit. Le rituel de la

72
hutte favorise une régénération à tous les niveaux. Il n’est pas nécessaire
que la hutte soit brûlante pour être efficace. Elle nous permet de nous
connecter avec les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu. Elle
symbolise le ventre de la Terre Mère dans lequel la vapeur produite par
l’eau versée sur les pierres chaudes nous unit à tous ces éléments. Le rituel
de la hutte génère un véritable procédé de transformation, individuel et
collectif.

Nous construisons chaque hutte, nous la vivons et la rendons ensuite à la


terre. Nous bâtissons un dôme de perches que nous recouvrons de
couvertures. La porte est petite et basse, on ne peut la franchir qu’à quatre
pattes. Tout le groupe appelé à vivre cette cérémonie participe à la
confection de la hutte. Il est important que chacun contribue à créer la hutte.
Celle-ci est chaque fois chargée par deux plantes sacrées : le gui, pour ses
vertus de médecine, et la sauge, pour ses vertus de purification. Quand tous
les éléments – le feu, les pierres, etc. – de la cérémonie sont en place, les
deux gardiens du feu – un homme et une femme – allument le feu. C’est le
début de la cérémonie. Nous la vivons ponctuée de prières, de chants, du
battement du tambour et des intentions de chacun qui y prennent pleinement
leur place en tant qu’énergies sacrées. Nous la terminons toujours selon la
tradition de nos ancêtres : nous démontons la hutte et nous en rendons
chaque élément à la terre. Enfin, nous effaçons toute trace de notre présence
sur le lieu, afin de l’honorer et de le respecter en le quittant tel qu’il nous a
accueillis.

Les roues-médecine sont elles aussi très anciennes et très répandues.


Chaque tradition les matérialise à sa façon. Par des pierres, du bois mort,
de la terre, du feu. Ces « roues » peuvent être sphériques ou non. La plupart
du temps, les quatre points cardinaux sont bien démarqués. Souvent aussi, il
y a un passage, une porte pour entrer dans l’espace sacré de la roue-
médecine. Car entrer dans la roue est une manière symbolique d’entrer dans
le travail, de venir en soi.
Dans la tradition du chamanisme de nos terres, les roues peuvent être
collectives ou individuelles.

Nous les chargeons avec des plantes sacrées qui diffusent leurs vertus
durant tout le travail. Le terme « roue-médecine » renvoie à la notion de
cercle, de cycle, de faire le tour d’un problème par exemple. Elles induisent
à la réflexion, la méditation sur le sens de la vie, de l’être. Elles sont alors

73
des supports de travail pour notre croissance spirituelle. Elles peuvent nous
donner des conseils que nous pouvons appliquer dans notre vie. Elles
peuvent nous enseigner et nous révéler les capacités profondes que nous
avons tous d’accéder à la paix intérieure.
Les roues-médecine aident donc aussi à guérir ou à libérer. Elles agissent
sur le plan physique, psychique, mental, émotionnel ou énergétique :
douleurs ou problèmes physiologiques, mais aussi peur, colère, tristesse…
Ce faisant, elles nous permettent de travailler, de développer et d’installer
les vertus qui nous sont bénéfiques : la confiance, la force, le courage…
Dans la pratique du chamanisme de nos terres, la plupart de ces roues
sont à usage unique. Elles sont donc mises en place le moment venu et
démantelées lorsque le travail est fini. Le but étant toujours de respecter la
nature et de ne pas lui imposer notre empreinte.

La tradition des mandalas se retrouve elle aussi un peu partout sur la


planète. Bien sûr, ce mot évoque tout de suite les fabuleux mandalas de
sable coloré des moines bouddhistes. Et pourtant, il existe autant de modes
de confection de mandalas de par le monde que de traditions, de cultures et
de peuples.

Le mandala est un support physique, le plus souvent un magnifique dessin ou


une fresque, qui aide à incarner un travail spirituel et ses bienfaits. Il permet
de matérialiser méditations, prières, initiations, guérisons… Il apporte un
flux favorable d’énergie dans le lieu où il est réalisé, dont bénéficient aussi
les êtres qui y vivent et qui s’en approchent.
Des mandalas très puissants peuvent ainsi agir à plus ou moins long
terme, sur un site, un village, une ville, une région, un pays, un continent ou
sur la terre, sur une communauté ou sur l’humanité.

Le mandala peut aussi être une offrande pour remercier ou encore pour
invoquer du soutien ou de l’aide.

Les mandalas sont composés de sable, de pierres, de terre, de graines, de


bois, de fleurs et de tous genres de matériaux que la nature offre, mais ils
sont aussi peints ou sculptés.
Les mandalas se font dans la prière, seul ou en groupe ; il faut bien garder
présent à l’esprit que, dans la pratique du chamanisme celtique, « prier,
c’est parler avec son cœur ». Le temps de confection d’un mandala est donc
un moment de recueillement qui peut durer plusieurs heures ou plusieurs

74
jours.
Nos ancêtres celtes et européens faisaient leurs mandalas en pleine
nature, souvent dans la forêt. Ils les confectionnaient avec ce que la nature
leur offrait, uniquement avec des choses inertes qui jonchaient le sol : bois
et branches mortes, pommes de pin, feuilles mortes, pierres, terre, glands,
marrons et tous genres de fruits, de coques ou autres cupules. Pour respecter
la vie, rien de vivant ne devait être arraché ou sacrifié pour créer un
mandala.

La plupart de nos mandalas ne sont pas détruits lorsqu’ils sont achevés. Ils
sont au contraire souvent chargés avec des plantes-médecine et activés par
un rituel, pour diffuser leur médecine dans la terre ou aux hommes, là où ils
ont été créés. Leur finalité est d’attirer les énergies bienfaisantes, soit
cosmiques, soit telluriques, selon leur conception. Une fois un mandala créé
et activé, il est alors offert et confié à la terre et à la nature. Il n’est plus
retouché ni entretenu, mais celui ou ceux qui l’ont créé peuvent revenir se
recueillir ou prier auprès de lui, pour ainsi continuer à le nourrir de bonnes
énergies lui permettant d’agir plus longtemps.
C’est la vie, la nature, les intempéries et les animaux sauvages qui par
leurs actions font disparaître le mandala. Il s’éteint de lui-même, le moment
venu, quand la nature l’a pleinement absorbé.

Une autre cérémonie très fréquente dans la tradition chamanique celtique,


ainsi que dans les diverses traditions chamaniques de par le monde, est le
bâton de parole. Elle est collective et vise à donner à chaque membre du
groupe en présence l’espace et la possibilité de s’exprimer sans retenue, en
toute sincérité, sans crainte d’être interrompu. Seule la personne qui détient
le bâton peut parler. Dans certains bâtons de parole, il est d’usage de faire
plusieurs tours de cercle jusqu’à ce que personne n’ait plus rien à dire. Le
but de cette cérémonie est en effet de permettre à chaque membre de la
communauté de s’exprimer sincèrement, en toute liberté. Elle est donc tout à
fait propice pour aboutir à une décision commune par exemple ou pour
régler des tensions, des conflits puisqu’elle permet à tout le monde de
s’exprimer et d’entendre l’autre en le respectant. Le bâton de parole était
utilisé au sein de communautés de tailles diverses : famille, clan, dirigeants,
etc.

Le bâton de parole peut également clore l’accomplissement d’un rituel


collectif, d’un rite de passage, pour permettre aux personnes concernées de

75
partager leur expérience spirituelle avec la communauté. Si l’on parle de
« bâton de parole », cette cérémonie n’inclut pas nécessairement un bâton.
D’autres objets sacrés sont souvent utilisés.

La cérémonie du bâton de prière est moins usuelle. Elle occupe cependant


une grande place dans la pratique du chamanisme de nos terres. Elle se fait
seul ou en groupe. Lorsqu’elle est collective, tous les individus qui y
participent prient – parlent avec leur cœur – du début à la fin, dans
l’intention fixée au départ. Le bâton de prière circule dans le groupe,
donnant à chacun l’occasion de faire sa prière à voix haute pour alimenter
le flux collectif, permettant à tous de rester centrés sur l’intention et la
prière en cours pour lui donner une force, une intensité continue.
Lorsqu’il est individuel, le bâton de prière est pour celui qui l’utilise un
support physique qui l’aide à rester dans sa prière, centré sur son intention
initiale.

Outre ces cérémonies, des rituels réguliers jalonnent notre pratique, comme
les célébrations des solstices et des équinoxes qui rythment l’année, le
passage du temps, en marquant les saisons. Ces rituels sont autant
d’occasions d’honorer, de solliciter et de remercier les esprits ou les
éléments de la nature qui dominent à ce moment. Ces rituels sont ponctués
de prières, d’offrandes pour que la saison qui commence soit bénéfique et
fructueuse.

L’un des rituels annuels antiques majeurs, nous l’avons déjà abordé, était le
passage des morts. Il avait lieu chaque année vers le début du mois de
novembre et, selon les époques et les lieux, il a porté différents noms :
Samain, Halloween, fête des morts… Il a lieu au moment de l’année où les
énergies sont les plus favorables au passage dans l’au-delà. On parle dans
notre tradition de « passage des morts », car c’est l’occasion, pour ceux qui
sont morts au cours de l’année écoulée et qui n’ont pu rejoindre directement
la Source, de le faire. Des veillées de prière étaient organisées pour
appeler les morts et les encourager à partir vers la Source. Nos ancêtres
utilisaient des citrouilles qu’ils évidaient et dans lesquelles ils sculptaient
des visages très souriants, très accueillants (tout l’inverse de ce qui se fait
aujourd’hui). Ils les posaient ensuite sur les rebords de fenêtres, sans le
couvercle. Une flamme brûlait dans la citrouille, et se voyait de loin dans la
nuit. Elle appelait et attirait les défunts pour les encourager à venir et partir
de l’autre côté. Ce rituel était collectif, il se faisait selon des règles très

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précises qui avaient notamment pour but de protéger les personnes qui y
prenaient part. L’une des mesures préventives consistait à accrocher du
houx au-dessus de chaque porte, pour empêcher toute énergie perturbatrice
de s’installer dans la maison.
Cette cérémonie était menée par une ou plusieurs personnes qui en
avaient tout spécialement la charge, car formées pour bien la canaliser. Elle
ne s’improvisait pas à la légère et ne se faisait pas dans toutes les maisons.
Elle était organisée dans une seule habitation, même si elle concernait, bien
sûr, l’ensemble de la communauté.

Il ne s’agit ici que de quelques exemples, les plus courants, de cérémonies


et rituels que connaît notre tradition européenne celtique. Il y en a d’autres
et nous en pratiquons certains dans les stages avancés et dans les rites de
passage par exemple.

– Rites de passage
Les rites de passage ont une tout autre dimension que les cérémonies et les
rituels. Un rite de passage amène une transformation profonde de la
personne qui l’accomplit. Celle-ci n’est plus la même après le rite de
passage. Les changements sont majeurs et s’opèrent en profondeur : une
conscience plus ouverte, une sérénité plus grande, une vision plus large, un
recul bénéfique, des guérisons, un sentiment plus aigu de responsabilité
dans chaque acte posé… Certains changements sont immédiats, d’autres se
mettent progressivement en place après le rite. En effet, accomplir un rite de
passage, c’est déclencher un processus qui se déroule à très long terme et
qui porte ses fruits et nous amène ses bienfaits pendant parfois de longues
années. Certains rites de passage ne se font qu’une fois dans une vie,
d’autres s’accomplissement régulièrement : une fois par an ou une fois par
cycle bien défini.

L’exemple le plus connu d’un grand rite de passage qui ne se faisait qu’une
fois est la Quête de Vision des jeunes adolescents, qui marquait leur
passage de l’enfance à l’âge adulte. Mais les quêtes de vision se font aussi
dans d’autres circonstances. Elles peuvent donc se faire plusieurs fois,
régulièrement même. On les trouve un peu partout dans différentes traditions
de par le monde, sous des formes diverses. Elles ont toutes en commun
l’isolement de la personne pendant une période variable, le plus souvent
trois ou quatre jours. Certaines durent une semaine ou plus.

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Une quête de vision est le moment idéal pour achever ou entamer une
étape de notre vie (mariage, venue d’un enfant, déménagement, changement
de carrière, départ à la retraite, divorce, perte d’un être cher, remise en
question personnelle spirituelle ou autre…). Ces transitions sont autant
d’expériences de croissance et de maturation. La quête de vision nous
permet de les vivre et de les intégrer comme telles.
Une quête de vision est un rite de passage qui se déroule dans la nature
sauvage et qui, comme la plupart des rites initiatiques, est basé sur la mort
et la renaissance symboliques.
Lors d’une quête de vision, nous prenons le temps de nous retirer et nous
faisons le point, seuls, face à nous-même. Chacun choisit son lieu, s’y retire
et jeûne trois jours et trois nuits, seul, avec pour unique intention de se
retrouver avec et face à lui-même. Ces trois jours se passent sans bouger de
sa place, sans aucune distraction, et les nuits sont à la belle étoile. Dans
cette solitude et ce dénuement, chacun peut ainsi prendre conscience de sa
propre confiance intérieure. Et prendre la pleine mesure de la nature qui
l’entoure. La quête de vision est une expérience intérieure qui nous permet
d’accomplir une transformation intime et personnelle. Elle nous permet
entre autres de contacter notre part d’ombre et de libérer ainsi des émotions
anciennes ou récentes, qui nous empêchent d’avancer. Ou de voir notre vie
et nos projets de vie dans une lumière nouvelle. Et de mieux nous connaître
nous-même. La quête de vision requiert dès lors un engagement réfléchi et
mûri de la part de chacun. La préparation se fait pendant plusieurs jours et
le retour est lui aussi nourri par un travail chamanique adapté.

Le Rite de la Mue par la Voie des Huttes de sudation est un rite de passage
celtique spécifique. Lui aussi est un travail fondamental et fondateur. Cette
longue cérémonie des profondeurs était pratiquée par les ancêtres de nos
terres pour se libérer d’entraves intérieures qu’ils confiaient au feu de la
Terre Mère pour mieux s’ouvrir à eux-mêmes. Aujourd’hui comme jadis,
nous pratiquons ce rite pendant sept jours au cours desquels se succèdent
les neuf huttes de sudation qui symbolisent les neuf mois de maturation d’un
être humain pendant la grossesse.

La mue est une peau, une enveloppe, une carapace qui s’enlève lorsque
l’être qui se développe à l’intérieur grandit, est trop à l’étroit et a besoin de
plus d’espace pour continuer sa croissance. Ce phénomène est très fréquent
dans le monde animal : serpents, lézards, araignées, crabes, nombreux
insectes… Nous aussi nous avons besoin régulièrement d’un nouvel espace

78
pour grandir. La mue intérieure que ce rite nous permet d’accomplir est
donc une véritable transformation de notre être profond. Au fur et à mesure
des huttes, dans la sécurité et la chaleur de la Terre Mère, nous sommes
invités à descendre toujours plus loin en nous et à nous dépouiller de tout ce
qui nous pèse, nous fait souffrir, nous empêche d’évoluer.

Ce rite se pratique en groupe, nous le vivons tous ensemble du début à la fin


car c’est la force et l’esprit du groupe qui aide chacun à passer les caps et
les paliers difficiles. En ce sens, ce grand rite est donc tout autant un
puissant travail collectif qu’individuel, qui aura pour chacun de nous une
portée et un impact particuliers. Pour terminer, nous rendons à la Terre, lors
d’une cérémonie de remerciement, la hutte qui nous a permis d’accomplir
ce travail sacré.

Le Rite de la loge est un autre rite de passage celtique spécifique : nos


ancêtres européens, celtiques le pratiquaient régulièrement. Comme tout rite
de passage, la loge permet une transformation en nous. Et comme tout rite de
passage, son processus est unique.
La loge nous guide vers un devenir autre, un devenir meilleur, un devenir
plus ancré et plus lucide.

Ce rite œuvre à deux niveaux : à notre niveau personnel, individuel, et au


niveau collectif. À notre niveau personnel : dans notre propre vie, pour
notre propre chemin, pour une meilleure harmonie personnelle et avec notre
entourage. Et au niveau collectif : celui de l’ensemble de l’humanité mais
aussi pour la Terre puisque chacun d’entre nous fait partie du Tout dont Elle
permet la vie.

Pendant ce rite, chacun crée et aménage sa propre loge en lien étroit avec la
Terre, avec la nature. Chaque loge est isolée et accueille son occupant dans
sa paix et sa sérénité pour lui permettre de mener à bien ce rite de passage.
Celui-ci dure sept jours et est jalonné de huttes de sudation collectives, de
cérémonies collectives et de rituels individuels qui préparent chacun à
éclore à un devenir meilleur. Ensuite, point culminant de ce rite, chacun se
retire dans l’intimité de sa loge pendant une journée et demie pour y vivre
cette éclosion ritualisée.

Le Rite du Démembrement-Remembrement dure lui aussi sept jours. Le

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démembrement-remembrement en chamanisme est un travail majeur qui
consiste, avec l’aide des esprits, à se démembrer symboliquement, jusqu’à
ce qu’il ne reste aucune trace de nous. Seule notre essence subsiste à travers
notre conscience. Ensuite, vient la phase de remembrement au cours de
laquelle, toujours avec l’aide des esprits, nous sommes remembrés, c’est-à-
dire reconstitués. Le but du procédé est de se libérer des peurs, des
maladies, de tristesse, de colères, d’états de mal-être, d’entraves… et donc,
d’être reconstruits mieux qu’avant. Nous commençons ce rite par une hutte
de sudation au cours de laquelle nous amorçons le démembrement. Le
lendemain, nous effectuons un grand rituel du démembrement. Et les jours
suivants, huttes et rituels se succèdent, en alternance, pour vivre le
démembrement, nous faire prendre conscience que nous faisons partie du
tout avant de vivre le remembrement : la reconstitution de nous-même,
libéré de nos entraves.

La pratique du chamanisme celtique nous offre des ressources inépuisables


pour nous aider à avancer sur notre chemin. Cependant, si l’on veut profiter
pleinement de ses bienfaits, il ne faut pas perdre de vue l’éthique dans
laquelle elle s’inscrit.

L’éthique
Depuis toujours, la pratique du chamanisme celtique est naturelle et à la
portée de tous. Elle est un chemin personnel qui s’effectue pendant des
années, pendant toute une vie. Le chaman est choisi et nommé à ce titre par
les esprits et ensuite par la communauté, jamais par lui-même.

Se proclamer chaman ou guérisseur est donc considéré comme un acte


généré par l’ego et l’envie de pouvoir, consciente ou inconsciente.
L’enseignement que j’ai reçu de mon mentor et de mes esprits, celui que je
propose, la pratique du chamanisme de nos terres, font de moi un praticien
chamanique.

J’enseigne la pratique de ce chamanisme celtique dans le but de redonner


aux participants différents outils chamaniques qui permettent à chacun de
mieux se connaître et de prendre en charge son propre mieux-être. Tout en
respectant le fait que chacun est libre face à ce mieux-être qui lui est
propre.

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La pratique chamanique de nos terres se nourrit d’intentions saines. Elle
s’exerce dans une réceptivité totale, dénuée d’orgueil et d’attente. Dans le
respect du chemin de chacun, il ne s’agit en aucune mesure d’interférer,
d’interpréter, d’imposer ou de convaincre, afin que chacun reste maître de
lui-même. Chacun s’écoute et décide d’appliquer ce qui lui convient. C’est
une pratique utilisée par tous, elle n’est pas réservée à une élite. Tout le
monde est sur un pied d’égalité, c’est pour cela que nos cérémonies et
rituels collectifs se font en cercle. Afin que chacun voie chacun et que
personne n’occupe de place privilégiée. Car cette pratique n’est pas basée
sur une hiérarchie.

Elle est une voie axée sur le cœur et l’esprit. Sur la sincérité par rapport à
soi.
Elle nous apprend à vivre avec la conscience de l’unité de la Vie et donc,
tout logiquement, dans le respect de la nature, vital pour nous.

La pratique du chamanisme celtique est un chemin de la connaissance de soi


compatible avec d’autres voies, qu’elles soient religieuses, philosophiques
ou autres. Elle n’est en aucun cas exclusive ; elle est donc, au besoin,
parfaitement complémentaire d’autres voies de connaissance de soi.

C’est une voie qui a pour but de nous aider à rester libres et maîtres de
nous-même. Humbles et simples.

Petit aperçu de pratique appliquée


J’aimerais conclure cette approche de la pratique du chamanisme celtique
par ce « petit aperçu de pratique appliquée ». Jusqu’ici, je me suis
principalement attaché à décrire en quoi consiste cette pratique chamanique
celtique. Avec ce petit aperçu de « pratique appliquée », j’espère donner
quelques pistes quant au rôle concret qu’elle peut jouer dans notre
quotidien, et à ce qu’elle peut apporter à chacun d’entre nous. Les anecdotes
qui suivent sont issues du quotidien, de ma propre expérience ou de
partages de participants.

Quand on y regarde de près, on voit que notre monde ordinaire, et plus


particulièrement celui des jeunes, est truffé de références chamaniques qui

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ne se déclarent pas comme telles. Parmi les nombreux exemples
disponibles, citons la récente trilogie à la Croisée des mondes de Philip
Pullman (dont le premier volet a été porté à l’écran). Dans cette histoire, les
personnages ont un animal lié à eux pour la vie par un lien subtil, invisible.
Cet animal ne peut quitter la personne à laquelle il est lié, c’est un
compagnon de vie, une aide, un soutien, un confident, un protecteur. Ils sont
donc dotés des attributs identiques à ceux des animaux de pouvoir que nous
avons expliqués plus haut. De plus, certains personnages sont capables
d’ouvrir des portes donnant sur d’autres mondes. Parmi les grands
classiques, il y a aussi le célèbre Narnia de C. S. Lewis (également porté à
l’écran) qui nous donne l’illustration parfaite de voyages dans le monde
d’en bas. Au tout début de cette saga, le premier passage dans le monde
d’en bas est une armoire où les enfants se cachent et dont ils découvrent,
derrière les vêtements, l’absence de fond. L’armoire débouche sur une forêt.
Dans ce monde différent, les animaux parlent et les enfants vont vivre avec
eux toute une série d’aventures. Ensuite, dans la même veine, il y a bien sûr
Le Magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles. Et le conte Jack et le
haricot magique qui est un exemple d’un voyage dans le monde d’en haut.
Une lecture attentive des contes populaires traditionnels révèle en effet
qu’ils sont empreints d’éléments qui semblent familiers au chamanisme.

Au fil des stages, j’ai constaté que beaucoup de personnes comprenaient


avec surprise que certains de leurs animaux de pouvoir étaient déjà
concrètement présents à leurs côtés depuis leur petite enfance : le plus
fréquemment sous les traits de… leur doudou, ou de toute autre peluche ou
jouet favori qu’ils ont gardé longtemps. Personnellement, j’ai découvert
l’un de mes animaux de pouvoir quand j’étais petit. Je devais avoir huit ou
neuf ans. C’était un mercredi matin, au mois d’avril, il pleuvait à verse.
J’étais parti avec ma sœur chercher des escargots. Une fois son sachet
plein, elle a décidé de faire la course jusqu’à la maison. Beaucoup plus
leste que moi, elle m’a vite distancé. Pour rentrer, je devais franchir un
pont, juste au-dessus d’une dénivellation de la rivière qui ces jours-là était
en crue à cause de la pluie abondante. La chute d’eau atteignait les deux
mètres. J’ai glissé et je suis tombé. Deux mètres, c’est haut quand on a huit
ou neuf ans. Un tourbillon me maintenait au fond, je ne savais plus où était
le haut ni le bas. Je paniquais, je buvais la tasse. Puis, j’ai vu défiler des
souvenirs et j’ai senti un grand calme, je n’avais plus peur. Et ensuite, j’ai
entendu une voix qui criait dans ma tête : « Ouvre la main ! » Trois fois. Je
l’ai fait et j’ai senti une branchette de saule. Puis la voix a repris, forte :
« Ferme la main ! » Je l’ai fait. Et j’ai pu sortir de l’eau. J’ai vu que c’était

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la seule branchette de saule qui pendait dans la chute. Et que les trois
escargots que j’avais trouvés avant de tomber étaient toujours dans le sachet
plastique accroché à mon poignet. Ce n’est que plus tard, une fois ma
pratique chamanique entamée, que j’ai compris que l’escargot était l’un de
mes animaux de pouvoir.

Tout ce que nous vivons dans la pratique chamanique peut nous parvenir par
différents canaux : des émotions, des odeurs, des sons, des images, des
perceptions difficiles à décrire avec notre vocabulaire ordinaire. Chacun
doit se familiariser avec son propre mode de fonctionnement, sans se
focaliser sur l’envie de voir des images par exemple. Si beaucoup d’entre
nous voient des images lors de leurs voyages chamaniques, ce n’est de loin
pas le cas de tout le monde. Il faut être ouvert à son propre mode de
fonctionnement, et seule la pratique permet de le découvrir. Il faut être
ouvert et détaché de toute attente. Le mieux, quand on commence, est d’être
libre de tout témoignage extérieur par exemple. Cela permet de ne pas
s’attendre à voir défiler des images et de vivre un voyage comme un film,
même si d’autres le vivent ainsi. Un voyage chamanique peut être très
subtil, parfois presque imperceptible. De nombreuses personnes n’ont pas
d’emblée réalisé avoir vécu un voyage chamanique, tant il était ténu. Il n’y a
pas de voyages chamaniques plus riches que d’autres. Ils sont juste tous
différents, et adaptés à celui qui les fait, à l’intention posée. Or, nombre
d’entre nous qui ne vivent pas leurs voyages chamaniques avec autant
d’images ou d’événements ressemblant à ce qu’ils ont pu lire ou entendre
sur le sujet tombent dans le piège de la comparaison. Ce qui peut provoquer
une certaine frustration ou une certaine colère, certains vont même jusqu’à
se dire que la pratique chamanique n’est pas pour eux. C’est faux. Il faut
juste se faire confiance et trouver son propre mode de fonctionnement.
Personnellement, je ne vis pas mes voyages chamaniques comme des
films en trois dimensions… Au début de ma pratique, je pensais qu’il ne se
passait rien du tout dans mes voyages chamaniques et j’étais convaincu que
cela ne marchait pas. Par la suite, au fil des mois, je me suis rendu compte
de ces petits détails ténus auxquels je n’avais, de prime abord, prêté aucune
attention. J’ai commencé à m’ouvrir à ces petites informations subtiles. Et
petit à petit, j’ai découvert ma manière de faire les voyages chamaniques.
Mais dans les premiers temps, j’étais frustré, énervé et souvent en colère.
Plusieurs fois, j’ai failli tout laisser tomber, persuadé que j’étais inapte à
cette pratique. Puis, dans un voyage chamanique, j’ai rencontré un guide qui
m’a expliqué que tant que je me comparerais, je souffrirais. Le jour où
j’arrêterai de me comparer, ma vie changera. J’ai été bouleversé de

83
m’entendre dire qu’aucun être vivant ne peut se comparer à un autre. Même
si cela peut sembler une évidence. Chacun d’entre nous est unique. À partir
de là, j’ai accepté pleinement la façon dont je voyageais et ce que cela
m’apportait.
Je connais beaucoup de gens maintenant qui disent ne rien vivre dans
leurs voyages chamaniques et qui pourtant continuent à pratiquer avec
assiduité, car ils constatent des améliorations à différents niveaux dans leur
vie ordinaire. Ils savent que ces bénéfices viennent de leurs voyages et
pratiques chamaniques, puisque c’est la seule pratique à laquelle ils
s’adonnent. Ils sont donc chaque fois désireux d’accueillir ces bénéfices,
même s’ils n’en ont pas une conscience bien définie ou s’ils sont incapables
de les décrire.
Il est intéressant de voir qu’à un moment donné, ces personnes se mettent
soudain à partager et racontent en détail un voyage chamanique. Le
déclenchement se fait lorsqu’elles s’y attendent le moins ; leur surprise est
d’autant plus positive qu’elles avaient appris à lâcher prise, à ne pas
attendre de résultat, mais simplement à accueillir ce qui venait, aussi flou
ou incompréhensible ou opaque que ce soit.
Il n’est donc pas essentiel d’avoir une conscience nette de ce qui s’est
passé dans un voyage chamanique. Ce n’est pas du tout un gage de qualité. Il
faut apprendre à se faire confiance et à admettre que les choses se passent à
un niveau dont nous n’avons pas toujours nécessairement conscience. Et
quand, suite à cela, on constate que des améliorations se mettent en place
dans notre vie ordinaire, il s’agit effectivement d’une confirmation
rassurante que le travail subtil se fait bel et bien. De plus, la pratique
chamanique ne se limite pas aux seuls voyages chamaniques. Ceux-ci ne
sont qu’un outil parmi d’autres. Mais ce piège de la comparaison vaut pour
tous les outils, tous les aspects de la pratique chamanique.

Et à l’antipode de la confirmation rassurante se trouve… le doute. Pourtant,


les deux sont beaucoup moins éloignés qu’il n’y paraît. Beaucoup d’entre
nous, après un voyage ou un autre exercice chamanique, doutent de
l’authenticité de ce qui s’est passé. Dans un premier temps, ce doute a un
effet déstabilisant. Mais, au fond, quel est son vrai rôle ? Le doute a pour
but de nous faire tout remettre en question, en un instant. Or, cela peut
provoquer une réaction de frustration, d’insatisfaction, voire de colère. « à
quoi bon, si je n’y crois pas ? À quoi bon tous ces efforts si je ne suis pas
plus avancé, si j’ai même l’impression d’avoir régressé ? » Et pourtant,
c’est tout le contraire qui est en train de se produire. Le doute est un
précieux auxiliaire qui nous encourage à aller un pas plus loin, il nous dit :

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« Cela ne me suffit pas, il m’en faut plus. » Il ne nous dit pas : « Cela n’a
pas de sens, c’est absurde, je ne sais plus où j’en suis. » Il nous pousse au
contraire à approfondir car nous ne sommes pas loin, il suffit juste d’un ou
deux pas de plus. Dans le cadre de la pratique chamanique par exemple,
cela peut vouloir signifier qu’un ou plusieurs voyages chamaniques
supplémentaires sont nécessaires. Combien ? Cela dépend de chacun
d’entre nous, du travail en cours. Car on le sent lorsque le doute fait place à
la sérénité. Chacun d’entre nous en a déjà fait l’expérience : la paix monte
alors de nos profondeurs. Elle ne vient pas de la tête. Beaucoup décrivent
cette sensation comme venant du fond du ventre, de l’être. Dans ce cas, le
but est atteint.

Il n’y a donc pas d’échec dans les voyages chamaniques, tout est
apprentissage. Puisque tout le monde sans exception voyage, même si tout le
monde ne s’en rend pas compte. Nos réactions, pendant ou après un voyage
chamanique qui nous semble raté, sont très instructives. Les émotions
négatives nous montrent bien que nous avions des attentes avant le voyage et
qu’elles ne sont pas satisfaites. Il ne faut donc surtout pas attendre de
résultat, pour éviter toute pression. La pression nous empêche de lâcher
prise.

De plus, il ne faut pas oublier non plus qu’il n’y a pas de hasard. Les esprits
savent très bien ce qu’ils font : puisqu’ils ont une vision des choses
beaucoup plus large et profonde que la nôtre.

Il est bon également de toujours se rappeler que l’expérience ne se réalise


pas dans ce qui nous arrive mais bien de ce que nous faisons de
l’événement vécu. Souvent, nous pensons que l’expérience, c’est vivre
plusieurs fois une même situation et acquérir ainsi une certaine expertise.
C’est vrai dans certains domaines. Mais il nous arrive, dans notre
quotidien, de vivre et revivre des événements dont le scénario change peut-
être un peu, mais dont la trame et le résultat sont invariablement les mêmes
et qui, nous le savons, au fond, vont à l’encontre de notre propre bien-être.
Et pourtant, nous les acceptons, heureux à chaque fois de nous en sortir.
Dans ce cas, il peut être judicieux de se demander s’il ne faut pas en tirer
une leçon. Car une fois que l’on a compris le mécanisme en action et notre
implication, souvent passive, le processus répétitif s’arrête. Puisque la
compréhension a changé notre façon de voir et donc de réagir. Nous
sommes alors prêts à passer à autre chose.

85
Tout est mouvement. Le changement est permanent. Et il est bon de se
rappeler que les vérités d’aujourd’hui ne sont pas les vérités de demain.
Tout est régulièrement remis en question. C’est le seul moyen de continuer à
évoluer. Il nous faut donc être ouverts au doute qui nous pousse à ces
remises en question, car elles sont salutaires et peuvent nous sortir d’un
immobilisme dans lequel nous étions peut-être figés. Même si bien souvent,
cela nous demande de surmonter une peur ; la peur du changement qui nous
fait craindre de quitter un état bien connu, que nous avons fini par trouver
confortable, rassurant puisque familier, en vue d’un nouvel état, inconnu et
qui peut faire peur. Or, évoluer, aller de l’avant, c’est justement quitter,
lâcher le connu en faveur, forcément, de l’inconnu.

Chacun vit une évolution qui lui est propre. De même, chacun détient sa
propre vérité et la pratique du chamanisme celtique permet de s’en
approcher, puisqu’elle est une démarche individuelle, que l’on entreprend
pour soi. C’est un exercice personnel, qui permet de mieux se connaître.
L’idéal est qu’il soit assidu. Or certains caps sont difficiles, longs à passer
seul. Une dynamique collective favorise ces processus, ces prises de
conscience nécessaires mais pourtant éprouvantes. La pratique collective,
comme dans le cas des rites de passage ou des cérémonies de groupe,
renforce le travail individuel. Elle est un véritable catalyseur.

Un jour, une jeune femme terrorisée à l’idée de devoir aller chez le dentiste
est venue faire le stage de base. Elle avait tellement peur qu’elle laissait
dégénérer ses problèmes dentaires plutôt que de les soigner. Dans sa
pratique chamanique, elle est allée à la rencontre de son animal de pouvoir
spécialiste pour l’aider à travailler et à surmonter cette peur intense. Cet
animal s’est présenté à elle, il lui a donné des conseils et a commencé un
travail avec elle. Elle a alors pris un rendez-vous chez le dentiste et a pu se
faire soigner. Depuis, les visites régulières chez le dentiste ne lui posent
plus aucun problème. Des anecdotes de ce genre sont très fréquentes, je
n’en cite ici que quelques-unes.

Les petits enfants souffrent eux aussi de peurs plus ou moins fortes : la peur
du noir, la peur de dormir seul, la peur d’avoir la porte de la chambre
fermée. Certains petits ont peur de monstres, d’animaux ou de personnages
terrifiants qui viennent les empêcher de dormir. Dans ce cas, lorsque les
parents m’appelaient, je demandais à l’enfant d’aller lui-même chercher son

86
animal gardien. Une fois que l’enfant l’avait trouvé, je lui expliquais qu’il
devait appeler son animal gardien tous les soirs pour qu’il se couche au
pied de son lit : car l’animal gardien veille sur lui, le protège pendant la
nuit. Et l’enfant peut dormir tranquille. Ce n’est plus lui qui doit rester en
alerte. Il peut se reposer en toute confiance. Comme ils sont réellement
rassurés, les petits enfants apprennent alors à appeler leur animal gardien
aussi pendant la journée, dans des situations difficiles. Quand ils ont besoin
de sécurité. Et la relation qui naît et se développe entre l’enfant et son
animal gardien est une relation très personnelle, très intime que l’enfant
garde d’instinct pour lui, dans son jardin secret. Il n’en parle pas aux
copains, car il ne veut pas diminuer son pouvoir. Chez les enfants, cet
instinct de protection est beaucoup plus fort que chez les adultes.

Une jeune adolescente, lors de son stage de base, était très renfermée, très
timide. Elle ne partageait jamais. Elle se faisait la plus discrète possible.
Au fil de sa pratique, et des stages avancés, cette jeune fille s’est
transformée, épanouie. Elle s’est mise à partager ses voyages chamaniques.
Et plus d’un an après, toute sa famille est venue faire le stage de base. Au
moment du tour de cercle des présentations, sa mère a dit qu’ils étaient tous
venus parce qu’ils avaient vu leur fille s’ouvrir comme une fleur au fil des
derniers mois et qu’ils étaient curieux et désireux de découvrir cette
expérience si positive.

Le père d’une petite fille faisait son stage de base. Le dimanche, le matin de
la deuxième journée du stage, tous deux étaient attablés pour le petit
déjeuner. La fillette a alors proposé à son papa de lui faire un dessin, avant
qu’il ne parte. Son papa ne lui avait pas expliqué ce qu’il faisait ce week-
end là. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit que sa fille venait de
dessiner leur maison, lui et elle assis à la table de la cuisine, et devant eux,
un trou dans le sol, avec une échelle qui descendait. Au pied de l’échelle
s’étendait un autre monde avec de l’herbe, des fleurs, des arbres, un soleil
et des animaux… La veille, le samedi, nous avions fait les premiers
voyages chamaniques dans le monde d’en bas à la rencontre de nos animaux
de pouvoir.

Un autre père avait reçu d’un de ses enfants un dessin plusieurs mois avant
qu’il ne fasse le stage de base. Ce dessin représentait un animal et l’enfant
lui avait dit, en lui offrant son dessin : « Cet animal est le tien, il est là pour
toi. » Ce n’est qu’au stage, suite à ses premiers voyages chamaniques, que

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cet homme s’est souvenu de ce dessin car il venait de rencontrer l’animal en
question. Entretemps, il avait complètement oublié le dessin et la petite
phrase de son enfant.

Dans un stage de base, lors du dernier exercice, le dimanche, une personne


a cherché un animal de pouvoir spécialiste pour l’aider à travailler sur une
maladie dont elle souffrait depuis plusieurs années. Lorsqu’elle a trouvé cet
animal spécialiste, elle s’est rendu compte qu’elle l’avait peint le jour
même où elle avait appris être atteinte de la maladie. Elle avait encore le
tableau chez elle, et elle l’a ressorti après le stage pour lui donner la place
qui lui revenait désormais dans son quotidien, pour l’aider dans sa pratique
avec cet animal.

Au début de ma pratique, j’ai travaillé aussi sur des problèmes personnels,


notamment d’ordre physique, dont un excédent de cholestérol et de graves
séquelles d’une conjonctivite. Pour le cholestérol, les résultats de la prise
de sang étaient plutôt alarmants et j’ai immédiatement commencé un
traitement médical. Une fois rentré chez moi, j’ai décidé de travailler aussi
tout de suite le côté spirituel de cette maladie. De cette façon, je combinais
le travail sur le plan physique, avec le traitement médical, et le travail sur
le plan spirituel ou subtil, grâce à la pratique chamanique. J’ai appliqué la
méthode que l’on apprend au stage de base, elle est très simple. Je l’ai
pratiquée pendant sept jours. Parallèlement, j’ai fait un travail chamanique
supplémentaire, que je ne vais pas décrire ici. Pas pour entretenir un certain
mystère, mais pour ne pas influencer les personnes souffrant du même
problème. En effet, chaque travail chamanique est différent, adapté à
chacun. Puisque chacun de nous a un profil différent, il est normal que
chacun de nous ait un travail chamanique différent à faire. Même si le
problème à traiter est le même. Au bout de sept jours, l’animal spécialiste
m’a fait comprendre que je pouvais arrêter le travail chamanique. Je l’ai
fait, mais je n’ai pas arrêté le traitement médical, puisque celui-ci n’était
pas de mon ressort. Trois semaines plus tard, je suis retourné consulter mon
médecin et je lui ai demandé une nouvelle prise de sang pour vérifier mon
taux de cholestérol. Il m’a répondu que c’était beaucoup trop tôt, qu’on ne
pouvait pas voir de changement à si bref délai. Mais il a tout de même
accepté et nous avons fait la prise de sang. Nous avons reçu les résultats : il
n’y avait plus de traces de cholestérol. Le médecin m’a alors dit que c’était
excellent mais qu’il ne pouvait l’expliquer, et il hésitait beaucoup quant à la
bonne réaction à avoir. Il a alors décidé de garder les pieds sur terre, il m’a

88
dit de cesser le traitement lourd mais, par mesure de précaution, de suivre
le traitement complet de base, pendant trois mois. Passé ce délai, j’ai fait
une nouvelle prise de sang. Les résultats étaient toujours négatifs. J’ai cessé
le traitement médical mais j’ai refait une prise de sang trois mois plus tard.
Les résultats étaient négatifs, là aussi. Ce n’est qu’à ce stade que le médecin
a conclu que le problème était réglé. Depuis, j’ai dû faire des prises de
sang régulières et chaque fois, je demande de vérifier le cholestérol. À ce
jour, je n’en ai toujours pas. Et je n’ai pas changé de façon de m’alimenter.
En même temps, j’ai travaillé un deuxième problème : une conjonctivite
m’avait affligé de graves séquelles depuis plusieurs années. Avant, j’avais
une vue parfaite. La conjonctivite m’avait laissé 2/10 à l’œil droit et 5/10 à
l’œil gauche. À l’époque, le médecin spécialiste qui m’a examiné m’avait
dit que ces séquelles étaient incurables : avant, mes yeux étaient comme des
vitres parfaites et après, ces vitres étaient toutes griffées de centaines de
micro cicatrices. Ces cicatrices étaient indélébiles. Aucun traitement
médical ni aucune paire de lunettes ne pouvaient m’aider. J’ai dû apprendre
à vivre avec. Ce que j’ai fait pendant de longues années. Jusqu’au jour où
j’ai décidé de travailler cela grâce à ma pratique chamanique. Je suis donc
d’abord retourné chez le même médecin, pour démarrer un éventuel
traitement médical. Le médecin m’a répété qu’il ne pouvait rien faire. Mais
cette démarche était importante dans le processus de guérison. Il fallait la
faire. Ensuite, j’ai de nouveau appliqué la méthode que l’on apprend au
stage de base. Et parallèlement, un autre travail chamanique. Cette fois, il
s’agissait d’un travail de métamorphose avec l’un de mes animaux de
pouvoir dont le sens le plus développé est la vue. J’ai fait ce travail
pendant cinq mois, à l’issue desquels j’avais recouvré une vue parfaite. Je
suis retourné chez le médecin spécialiste, et après examen, il s’est avéré
que ma vue était de 10/10. Mais les cicatrices étaient toujours présentes. Et
pour le médecin, c’était incohérent, inexplicable. Quinze ans plus tard, j’ai
dû aller consulter un ophtalmologue pour un souci d’un tout autre ordre. Je
lui ai demandé si les cicatrices étaient toujours là. Elles avaient disparu.
Alors que pendant toutes ces années, je ne travaillais plus sur ce problème
précis. Un processus avait bel et bien été enclenché.

Les Celtes étaient parmi les plus grands spécialistes de la métamorphose.


Beaucoup de leurs mythes et légendes en parlent très bien. La
métamorphose est utilisée pour des guérisons mais aussi pour se fondre
dans la nature, pour passer inaperçu, pour s’approcher et observer des
animaux sans les faire fuir par les signes habituellement dérangeants de la
présence d’un être humain. Car il est possible de modifier jusqu’à l’odeur

89
que l’on dégage ordinairement. Le but de la métamorphose est de ne faire
qu’un avec l’animal de pouvoir dans le voyage chamanique, pour vivre
pleinement tous ses sens, toutes ses qualités, toutes ses caractéristiques et
essentiellement, celles qui nous sont bénéfiques ou nécessaires pour les
ramener et les installer dans notre vie quotidienne.

Dans l’un des stages avancés, nous confectionnons un attrape-rêves tel que
le faisaient nos ancêtres celtiques avec des coquilles d’escargots, dont la
mise en place est particulière. La fonction de cet attrape-rêves est de
conserver nos rêves pour que nous nous en souvenions à notre réveil.
Pendant le stage, chacun fabrique son attrape-rêves et nous l’activons
ensuite dans un rituel. Quelques jours après un de ces stages, une
participante qui avait expliqué qu’elle ne s’était jamais rappelée aucun de
ses rêves, m’a téléphoné tôt le matin pour me dire que pour la première fois
de sa vie, elle se rappelait d’un rêve. C’était pour elle une grande guérison,
un grand soulagement.

Les guérisons sont de natures très diverses, je pense notamment à ce


monsieur très âgé qui avait toujours eu un sommeil extrêmement riche en
rêves et fort réparateur. Deux ans auparavant, il avait contracté une maladie
suite à laquelle il ne dormait plus bien du tout. Nous étions pendant le stage
avancé « les animaux de pouvoir de nos ancêtres » où nous apprenons à
installer dans notre quotidien des qualités d’animaux précis de nos régions
que connaissaient bien nos ancêtres. Dans un voyage chamanique à la
rencontre d’un animal qui recherche chaque jour un nouveau lieu protégé
pour dormir en toute sécurité, en paix, ce monsieur a fait l’expérience d’un
sommeil comme il n’en avait plus connu depuis sa maladie.

Le lendemain d’une hutte de sudation, une personne qui portait des lunettes
depuis sa petite enfance, et qui ne pouvait vivre sans, a remarqué qu’elle ne
les avait pas mises et que pourtant, elle voyait comme si elle les portait.
Elle a essayé de les remettre, mais elle voyait trouble. En rentrant chez elle,
elle est allée voir son spécialiste qui a constaté qu’elle n’en avait plus
besoin. Elle a encore porté quelque temps une paire de lunettes de faible
correction avant de ne plus en porter du tout. De même, il arrive très
souvent que, suite à des huttes de sudation, des personnes arrêtent de fumer
ou cessent d’être claustrophobes ou d’avoir peur du noir. Les huttes de
sudation sont des rituels très puissants. Et on assiste souvent à des
phénomènes qui nous interpellent. Nous faisions un jour une hutte de

90
sudation dans un pré, en lisière de forêt. Il y avait un cheval dans ce pré.
Lorsque nous sommes tous entrés dans la hutte, ce cheval est venu et s’est
couché contre les couvertures de la hutte. Deux, trois personnes à l’intérieur
sentaient très nettement le contact du cheval. Il est resté tout le temps qu’a
duré la hutte, il ne s’est levé que lorsque nous sommes sortis. Quelques
mois plus tard, le même phénomène s’est reproduit avec un Saint-Bernard.

Certains phénomènes se manifestent aussi à l’intérieur de la hutte, comme le


jour où une seule pierre a chauffé les trois derniers cycles de travail de la
hutte. Il y a quatre cycles de travail dans chaque hutte de sudation et
habituellement, il faut une moyenne de sept pierres pour chauffer un cycle.
Pour trois cycles, il faut donc vingt et une pierres (en fonction de leur taille,
ce nombre peut varier légèrement). Ce jour-là, une seule a suffi. Ce qui, a
priori, relève de l’impossible.

Souvent, les esprits se manifestent lorsque nous sommes en groupe ; ils


veulent alors faire passer un message, nous faire comprendre quelque
chose. Et dans ce cas, c’est au bénéfice de plusieurs personnes et non d’une
seule. Comme lors de ce stage de base, où nous avons entendu très
clairement chanter une mésange à un endroit précis de la salle alors qu’il
n’y avait pas d’oiseau avec nous. Ce chant a duré plusieurs minutes, il
n’était pas répétitif (il ne s’agissait donc pas de la sonnerie d’un
portable…). Dans ce cas, les esprits avaient choisi de donner au groupe une
preuve concrète de leur présence. C’est une manière de nous dire : « Nous
sommes bien là, avec vous. » Les clins d’œil de la part des esprits sont très
fréquents, surtout venant des animaux de pouvoir. De nombreuses
personnes, en rentrant du stage de base, ou les jours qui suivent, reçoivent
un signe de leurs animaux de pouvoir – elles le voient au bord de la route,
traverser devant elles, ou voler, ou sur un panneau publicitaire, ou dans une
vitrine, sous une forme ou une autre… Ils confirment ainsi leur authenticité.

Pendant un stage avancé, en été, les portes de la salle où nous étions


installés étaient ouvertes. Chaque fois que nous jouions du tambour, un gros
matou – véritable seigneur du lieu – entrait dans la salle, pénétrait dans
notre cercle et venait se coucher au centre, près de l’autel. Lorsque le
tambour se taisait, le chat se levait et quittait la pièce. Nous avons
certainement joué plus d’une dizaine de fois du tambour et le chat n’a
manqué aucune séance.

91
La nature nous donne souvent des signes. Pendant un stage avancé, dans un
endroit devenu familier aujourd’hui, je suis allé comme d’habitude saluer
les esprits de la nature et l’esprit du lieu. J’étais à l’emplacement précis où
nous faisons le feu pour la hutte de sudation. C’était en pleine journée, et
une fois mes salutations terminées, un chevreuil est arrivé tout droit sur moi,
en empruntant exactement le tracé de l’axe de nos huttes de sudation. Cet
axe d’à peine six ou sept mètres de long est la ligne qui relie le trou dans la
hutte qui accueille les pierres, la porte, le tertre et le feu. Le chevreuil s’est
avancé jusqu’au niveau imaginaire du tertre, face à moi – nous étions à
moins de deux mètres l’un de l’autre – avant de bifurquer et de partir dans
la forêt. Les animaux, avec leur sensibilité particulière, captent des
éléments subtils : aucune trace n’indiquait de ligne concrète à cet endroit, à
ce moment, mais le tracé énergétique, si souvent activé, demeurait bel et
bien sensible pour ce chevreuil par exemple. Ainsi, la nature répondait-elle
à mes salutations. En réalité, la nature répond toujours. Parfois, par des
voies très subtiles, presqu’imperceptibles, et souvent nous passons à côté
de ces signes. Mais parfois, ceux-ci sont tellement flagrants qu’ils ne
peuvent que nous bouleverser.

Un chevreuil est aussi venu nous rendre visite pendant un autre stage où
nous étions tous assis en forêt. Je jouais du tambour et chacun avait les yeux
fermés, prêt à entamer un voyage chamanique.

De loin, j’ai vu un chevreuil qui, au lieu d’avoir le réflexe de s’éloigner,


s’approchait de nous. Je voulais que les participants voient le chevreuil,
j’ai donc arrêté petit à petit de battre le tambour et j’ai dit à tous,
doucement, d’ouvrir les yeux mais de ne pas bouger. Et tous ont pu voir le
chevreuil qui était maintenant à moins de vingt mètres de nous. Au bout de
quelques minutes, nous avons repris le voyage, j’ai recommencé à jouer du
tambour. Et une fois le voyage chamanique terminé, le chevreuil était
toujours tout près de nous. Il est parti paisiblement, sans s’enfuir. Ce n’était
pas une réaction normale de l’animal dans la réalité ordinaire, il aurait dû
détaler : nous étions nombreux et il y avait le bruit du tambour. Il est rare
que ce genre de phénomène se produise dans un groupe. Ce chevreuil était
un signe qui nous montrait que tous, nous étions unis dans une même
connexion à la nature. Si l’une des personnes n’avait pas été dans cette
présence, dans cet état d’esprit disponible, cela ne se serait pas produit.

Dans le même stage, nous parlions de la salamandre et de ses

92
caractéristiques. Puis nous nous sommes préparés à faire un travail
chamanique pour lequel chacun devait creuser un trou dans la terre devant
lui. Et là, l’une des personnes a trouvé au fond de son trou une salamandre
bien vivante.

Lors d’un bâton de parole, un écureuil qui tournait autour de notre groupe
est venu s’installer entre deux personnes où il est resté un long moment,
assis sur ses petites pattes arrière, comme chacun de nous.

Lors d’un stage avancé, un après-midi alors que nous parlions de


l’importance de l’enracinement, un grand chêne s’est déraciné puis est
tombé. Il avait beaucoup plu et le sol était meuble. Mais au moment où
l’arbre est tombé, il n’y avait pas le moindre souffle de vent. La nature nous
parle par signes. Et en l’occurrence, le signe était fort.

Chacun de nous reçoit des signes, chacun de nous est accompagné d’esprits
qui nous soutiennent à chaque instant. Chaque chemin est unique : chacun de
nous vit sa pratique chamanique à sa manière. Chacun de nous peut
contribuer à favoriser sa propre évolution et par là-même, l’évolution du
Tout dont nous faisons partie.

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www.stage-chamanisme.com
gilles@stage-chamanisme.com

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Table des Matières
Sommaire 2
I. La transmission que j’ai reçue 11
I.1. Les années d’apprentissage 12
I.2. L’invitation à enseigner 16
II. L’enseignement que je propose 19
II.1. Le chamanisme de nos terres 20
1. Le chamanisme de nos terres : racines et oralité 20
2. Le chamanisme de nos terres : l’harmonie pour essence 23
– Une pratique pour vivre en harmonie avec tous les êtres
23
vivants qui nous entourent
– Une pratique pour vivre en harmonie avec le lieu où l’on
24
vit
– Une pratique pour vivre en harmonie avec soi-même 25
3. Le chamanisme de nos terres :la source, origine et
26
aboutissement de tout
– Une Source unique 26
– L’essence de la Source qui nous anime 28
II.2. La pratique du chamanisme de nos terres 30
1. Le canevas 30
– Le chaman, le praticien chamanique : une différence
31
fondamentale
- La préparation 32
- Le voyage chamanique 35
- Le tambour 35
- L’intention 42
- Les trois mondes chamaniques 43
– Les notions d’esprit dans le chamanisme celtique 45
- Les animaux de pouvoir 47
- Les guides et maîtres spirituels 55
2. Les jalons principaux 61
– Les trois pans majeurs : autoguérison, travail avec les
61
esprits, divination

95
- Cérémonies et rituels 70
- Rites de passages 77
3. L’éthique 80
4. Petit aperçu de pratique appliquée 81

96