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DRUIDCRAFT

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DRUIDCRAFT

La Magie de
la wicca et du druidisme
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Philip Carr-Gomm
Traduit de l’anglais par Dany Seignabou

Édition française publiée par The Oak Tree Press 2014


Pour l’édition originale en langue anglaise
Publié par The Oak Tree Press 2013
© Philip Carr-Gomm 2013
Philip Carr-Gomm asserts the moral right to be
identified as the author of this work
A catalogue record for this book
is available from the British Library
Couverture : illustration ‘Nimue’ de Will Worthington
All rights reserved. No part of this publication
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photocopying, recording or otherwise, without the prior
permission of the publisher.

Pour Stephanie, ma muse et mon amoureuse,


source d’inspiration de tant d’idées,
ici et dans mes autres livres

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Sommaire

Remerciements & Préface


Avant-propos de Vivienne Crowley

CHAPITRE I
Une Vallée cachée - 10

CHAPITRE II
Le Secret du Retour de Marée - 25

CHAPITRE III
La Grotte aux rêves - 46

CHAPITRE IV

5
Le Bosquet des Étoiles d’Été - 68

CHAPITRE V
Le Jardin des herbes et de la guérison - 89

CHAPITRE VI
Le Cercle de pierres - 111

CHAPITRE VII
Les Eaux du puits - 139

Ressources - 146

Bibliographie - 153

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Remerciements
Cela fait des années que je voulais écrire ce livre – le sujet de la relation entre la
wicca et le druidisme n’a cessé de m’intriguer depuis le moment où, il y a plus de
30 ans, j’ai commencé à étudier le druidisme, avec mon maître Ross Nichols.
J’aimerais remercier Ross pour tous les encouragements qu’il a prodigués à son
jeune élève – je n’avais aucune idée à l’époque, de l’importance et de la valeur
qu’ils auraient pour moi aujourd’hui.
Le soutien constant de ma femme Stephanie et sa sagacité pendant toute la durée
de la rédaction de ce livre se sont également avérés inestimables, et sont
profondément appréciés.
Je souhaite aussi remercier Susan Henssler, pour ses nombreuses remarques sur la
version préliminaire du manuscrit et pour le choix inspiré des termes dont je me
suis servi dans un grand nombre de passages dans les rituels. Ma profonde gratitude
à Ronald Hutton, qui avec une exactitude minutieuse et l’enthousiasme qui le
caractérise, a abondamment commenté le manuscrit. Son sens aigu du détail et sa
vaste érudition dans le domaine de l’histoire de la sorcellerie et de la wicca m’ont
donné le courage de m’aventurer dans ce territoire quasiment vierge. Mes
remerciements s’adressent à Ellen Evert Hopman pour le récit de la cérémonie d’un
bateau-bougie dont je me suis inspiré, et pour son aide dans les recherches
d’informations élusives ; à Carole Nielsen pour sa connaissance des plantes et à
Erynn Laurie pour l’élucidation des versions irlandaises du terme Druidcraft. Je
remercie également Cairisthea Worthington pour l’inspiration que j’ai puisée dans sa
vision des quatre visages de la Déesse, et Vivienne Crowley pour sa contribution à
ce livre ainsi que pour l’inspiration que j’ai reçue de ses écrits. Et un grand merci à
Matthew Cory, éditeur de ce livre, pour la sensibilité et la persistance dont il a fait
preuve dans ses rapports avec un auteur très obstiné.
Finalement, je désire mentionner l’inspiration que j’ai reçue des camps organisés
par l’Ordre des Bardes Ovates et Druides dans la vallée du Cheval Blanc durant les
huit dernières années. Là, nous avons exploré la pratique d’une nouvelle forme de
druidisme sauvage – un Druidcraft terreux, très vivant –, qui nous permet d’aller
au-delà des étiquettes de druide, wiccain ou païen, et qui nous rapproche de la
Voie sans Nom, Voie ancestrale toujours nouvelle et toujours changeante.
Philip Carr-Gomm 2002

Préface
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Quand j’ai écrit ce livre en 2001, Avronelle, l’école de la forêt de
Druidcraft, que vous découvrirez d’ici quelques pages, n’était qu’un rêve.
Quelques années plus tard, cependant, elle est née : école ambulante ou
nomade, qui se réunissait lors des pleines lunes, dans le Pays du Long
Nuage blanc (Aotearoa, Nouvelle-Zélande).

En 2004, les réunions d’Avronelle débutèrent avec vingt-deux d’entre nous :


la première eut lieu sur une petite île de la côte est de l’île du Nord. Voici
comment j’ai décrit l’école dans une lettre envoyée à tous ceux qui avaient
témoigné de l’intérêt : « Avronelle est née du désir ardent de se connecter à
la sagesse ancestrale et à la sagesse de la terre. De poursuivre une voie
spirituelle et magique enracinée dans une tradition, mais non entravée par
des idées ou des pratiques désuètes. Elle puise son inspiration non pas dans
les dogmes, mais de maîtres spirituels, de la Nature et de l’Autre Monde. »
Notre deuxième réunion s’est tenue, à l’ouest, juste en dessous de la limite
des neiges sur le mont Taranki. La troisième, au sud de l’île du Nord, au
bord de la rivière d’Otaki Forks et la quatrième, au nord, à côté de la mer
de Coromandel. C’est là que nous avons reçu notre initiation, nous servant
du rituel offert dans le chapitre II. Nous commençâmes en suivant la racine
d’un vieil arbre Pohutukawa qui descendait dans une grotte remplie de vers
luisants. Nous restâmes assis sans parler jusqu’à ce que, un par un, nous
nous sentions poussés à grimper hors de la grotte et à marcher en silence à
travers une zone boisée jusqu’à la plage blanche déserte illuminée par la
pleine lune. Abandonnant nos vêtements, nous avançâmes dans la mer pour
recevoir, d’un membre de notre groupe, les Neuf Vagues de Bénédiction.
Puis, marchant sur le sable, nous rentrâmes pour nous réunir autour d’un feu
de joie, boire de l’hydromel et nous ouvrir à la magie de cette nuit.
Quelques mois plus tard eut lieu notre dernière réunion, au centre Tauhara, à
côté du lac Taupo en forme de cœur, dans le centre de l’île du Nord.

Le Centre s’était développé à partir de la tradition de la Golden Dawn


(Ordre hermétique de l’Aube dorée).
Donc bien que nos réunions se tiennent dans le Pacifique et que nous ayons
établi de nombreux contacts avec les traditions indigènes d’Aoteraroa, nous
nous sentions quand même reliés aux pays sources de la Tradition

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occidentale du Mystère.
Outre les remerciements de 2002 cités ci-dessus, j’aimerais également
témoigner ma reconnaissance pour les bénédictions, la camaraderie, le
savoir et la magie que nous avons partagés tous ensemble – en tant que
Compagnons d’Avronelle – lors de cette aventure il y a près de dix ans.
Philip Carr-Gomm 2013

Avant-propos

Ce livre de Philip, très beau et très éloquent, offre une vision à la fois
nouvelle et ancienne qui sera source d’inspiration pour les druides, les
wiccains et tous ceux attirés par une spiritualité basée sur la Nature et la
Magie. Dans Druidcraft, nous voyons le druidisme restaurer sa tradition de
magie et de voyance, persécutée et réprimée, et se rapprocher de la wicca.

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L’écart est de plus en plus faible, car les deux traditions cherchent à
réveiller la culture contemporaine à ce que l’on pourrait appeler la religion
naturelle, soit notre désir instinctif de vénérer la planète qui est notre
maison, de célébrer le divin en nous et en toute création, et d’honorer les
saisons et les cycles en perpétuel changement, de la nature et de la vie
humaine.

Le druidisme et la wicca possèdent en commun l’amour et la vénération du


monde naturel et ont un rôle important à jouer dans la restauration d’aspects
trop longtemps négligés, à nos dépens, de la tradition spirituelle. Cela inclut
la vision du divin comme immanent et présent tout autour de nous dans la
glorieuse merveille qu’est le monde naturel de notre propre planète et celui
du cosmos. Cela inclut également cette vision non pas en tant que Dieu,
mais bien en tant que Dieu et Déesse. Ces représentations du divin
s’unissent dans une harmonie réciproque pour créer un échange d’énergies
qui donne naissance à une nouvelle vie ; car la somme du tout est vraiment
supérieure à la somme des différentes composantes. Druidcraft reflète cette
synthèse, intégrant d’une manière inédite, rafraîchissante et unique,
spiritualité de la nature et vision magique, vénération du divin à travers
Dieu et Déesse, et intégration du corps et de l’esprit – engagement et joie
dans ce monde, en même temps que le voyage vers l’unification avec
l’Ultime Réalité qui est au cœur de l’existence humaine.

Ma propre voie est celle de la wicca, mais le druidisme m’a aussi fortement
attiré. J’avais rendu visite, il y a 30 ans, au prédécesseur de Philip, Ross
Nichols, Chef élu de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides. Homme
bienveillant et sage, il prit le temps, malgré un emploi du temps chargé,
d’expliquer le druidisme à une adolescente en quête de spiritualité, et
tentant de trouver la bonne voie.

Le druidisme avait beaucoup à offrir, mais l’orientation vers la Déesse, une


présence directrice féminine plus importante, et l’attention portée au
développement des pouvoirs de la psyché humaine que nous appelons en
wicca la magie exercèrent sur moi un plus grand attrait. Depuis, beaucoup
de choses ont changé. Le druidisme a développé un plus grand intérêt pour
les arts et les dons de la magie traditionnelle de ses ancêtres, et le rôle des
femmes dans le druidisme est maintenant égal à celui des hommes. La wicca
s’est rapprochée du druidisme grâce à une plus grande disposition à inclure
la participation des familles et à ouvrir cette voie à un public plus large,

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plutôt qu’en faveur d’une minorité. L’évolution de ces deux traditions les a
amenées à prendre part à une spiritualité contemporaine grandissante,
préoccupée par l’engagement social et la responsabilité envers notre
planète et offrant une philosophie et une éthique sérieuse grâce à laquelle il
nous est possible de vivre dans un monde multiculturel de plus en plus
complexe.

Druidcraft reflète une tendance grandissante dans le paganisme


contemporain, un renforcement de chacune des traditions païennes alors
qu’elles apprennent les unes des autres, et la fertilisation croisée qui est le
fruit de ceux qui ont exploré les deux traditions pour les réunir dans une
synthèse personnelle unique.

Vivianne Crowley 2002

Chapitre I

Une Vallée cachée

Les Mondes de
la sorcière & du druide

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La terre et ses pierres, étoiles scintillantes du ciel nocturne,
rivières tumultueuses, chaudrons, magie, sagesse ancestrale, étrange
beauté cachée, savoir intuitif, voyant au-delà du voile du
Temps, sachant que je reviendrai à nouveau sur la Terre après ma mort
aimant mes compagnons humains, mon corps et tous les animaux, volant
comme un oiseau vers le soleil, comme une chauve-souris vers la lune,
embrassant la pierre dressée, buvant au Graal.

Ô que je puisse être au service de l’Autre Royaume –


que je puisse apprendre la magie des Anciens.
Ô que les secrets des druides et des sorcières
puissent être murmurés à mes oreilles, que je connaisse leur beauté et
leur pouvoir –
que je puisse aimer à nouveau cette terre
et entendre les voix de la Déesse et du Dieu
dans les arbres et dans les rivières.

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Si un jour, vous passez par Avalon, au sud-ouest de l’Angleterre, vous
découvrirez, casé entre la bête accroupie qu’est le Tor de Glastonbury et le
sein arrondi de Chalice Hill, un jardin magique entourant un puits baigné de
légendes. Là, entre les deux collines – l’une si vigoureusement masculine et
l’autre si clairement féminine – le puits et son jardin exsudent un sentiment
de paix extraordinaire et un pouvoir profondément évocateur. Si vous
deviez y pénétrer maintenant, vous longeriez pelouses et bordures de fleurs,
haies basses et ifs noueux jusqu’à ce qu’en suivant le chemin en pente
douce, vous arriviez à la tête du puits. Et là, vous le trouveriez, protégé par
un couvercle de fer forgé finement ouvragé représentant un symbole ancien
– le vesica piscis.
Deux cercles se chevauchent dans ce symbole, créant ainsi une image
évoquant pour certains, le Christ, pour d’autres, la pierre philosophale et
pour d’autres encore le Saint-Graal ou la vulve sacrée de la Déesse. Cet
emblème dépeint l’union de deux principes, deux êtres, deux pouvoirs.
Chaque cercle reste intact, complet et entier, mais là où ils se rencontrent,
leur alliance donne naissance à quelque chose de différent et d’unique.

Ce livre prend deux mondes en eux-mêmes complets et entiers, et les


associe. C’est à l’endroit où ils se rejoignent que nous pouvons, si nous le
souhaitons, trouver une voie de grande profondeur et de pouvoir.

Les mondes qui sont réunis ici sont ceux de la wicca et du druidisme. J’ai
nommé la voie qu’ils créent ensemble Druidcraft, du mot irlandais
Druidecht , et en m’inspirant du poète irlandais W.B. Yeats qui utilise ce
terme dans sa poésie.

Beaucoup pratiquent maintenant soit le druidisme soit la wicca (comme la


sorcellerie est souvent appelée de nos jours) et trouvent dans le cadre de
leur chemin spirituel tout ce dont ils ont besoin. Chaque tradition est
complète en soi, et je n’insinue pas que l’une ou l’autre soit incomplète ou
inadéquate. Cependant, au fil des ans, j’ai remarqué que beaucoup de
wiccains ont commencé à s’intéresser au druidisme, tout comme d’ailleurs
bien des druides à la wicca. Le fait est que désormais, les deux cercles de
la wicca et du druidisme se chevauchent alors que beaucoup commencent à
associer leurs connaissances et leur expérience de chaque voie pour

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façonner un art qui leur est personnel : leur propre chemin spirituel. Pour
ceux-là, la synthèse explorée dans ce livre existe déjà.
Il y a quelque temps encore, une différence réelle existait entre les centres
d’intérêt des wiccains et ceux des druides. Les wiccains s’intéressaient à la
magie et aux sorts pendant que les druides préféraient l’Histoire, les
anciens mythes celtiques et une approche de la vie plus spirituelle que
magique. Mais cela a changé au cours de ces dernières années. Beaucoup
de wiccains se sont pris de curiosité pour l’histoire des druides, les mythes
celtiques et les traditions druidiques des animaux et des arbres. En même
temps, de nombreux druides ont commencé à s’intéresser aux démarches de
vie plus intuitives et plus magiques qui se retrouvent dans la wicca. Si vous
parlez aux personnes intéressées par la wicca ou le druidisme, vous
découvrirez que la plupart d’entre elles sont attirées par ces voies
spirituelles pour des raisons identiques.
Dans le passé, sujets et disciplines étaient cantonnés dans des limites bien
définies. Aujourd’hui, nous comprenons la valeur d’une synthèse, d’une
synergie et d’études interdisciplinaires. C’est dans cet esprit que ce livre
est écrit – pour contribuer à ce domaine, et non pour amoindrir la
singularité de chaque approche. Je respecte profondément ces deux voies et,
pour moi, chacune est en elle-même complète, mais cela ne veut pas dire
que leur relation et leurs points communs ne puissent pas être explorés. Et
nous pourrions même être amenés à découvrir que la wicca et le druidisme
ont des dons à nous offrir que nous pouvons combiner de manières créatives
et bénéfiques.
La plupart des gens pensent que le druidisme et la wicca, tel qu’ils se
pratiquent aujourd’hui, représentent deux courants de tradition païenne qui
ont évolué séparément depuis des siècles, voire des millénaires. En réalité,
deux amis, Ross Nichols et Gerald Gardner sont à l’origine, il y a cinquante
ans seulement, du développement des versions modernes de ces traditions.
C’est grâce aux échanges d’idées et de connaissances entre les deux amis
que ces deux voies spirituelles partagent de nombreuses similarités et
affinités. Jusqu’à un certain point, les différences entre les deux voies sont
attribuables à leurs caractères distincts, même si, au cours du dernier demi-
siècle, elles ont considérablement évolué en donnant lieu à de multiples
variétés et styles de pratique wiccaine et druidique.

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Le druidisme et la wicca sont à présent des spiritualités fortes et vibrantes,
et si l’une ou l’autre vous offre tout ce dont vous avez besoin, nulle
exploration supplémentaire n’est nécessaire.

Mais si, comme moi, vous ne pouvez pas résister à l’envie irrépressible
d’explorer une vallée secrète où deux mondes se rencontrent, alors, aussi
grands soient les risques, vous pourriez bien choisir d’enfiler vos
chaussures de randonnée, de saisir votre sac à dos et de vous mettre en
route !

Mots lourds de sens et sectes dangereuses


Pour beaucoup d’entre nous, les mots sorcière et druide évoquent la
nostalgie du passé et de nos ancêtres. Ils suscitent en nous des images de
mystère, et de magie, de connaissances anciennes de la terre et de ses
saisons, des étoiles et des plantes, de sagesse primitive et de savoir
instinctif. Mais ce sont des mots qui peuvent aussi générer de l’anxiété.
Certains croient les sorcières et les druides membres de sectes dangereuses
et bien que nous sachions que ceci est absurde, il est inutile de prétendre
que les termes sorcière et druide ne sont pas lourds de sens. Quelques-uns
pensent aussitôt à la sorcellerie et au satanisme. Ils imaginent les sorcières
du Macbeth de Shakespeare jetant des ailes de chauve-souris dans des
chaudrons bouillonnants, et des prêtres-druides, levant des lames brillantes
au-dessus de corps de vierges étendues sur la Pierre à Sacrifices de
Stonehenge.

Les images négatives de la sorcellerie et du druidisme proviennent surtout


de l’alarmisme de groupes chrétiens fondamentalistes et des produits de
mauvais goût des industries du film et de l’édition. Les films d’horreur
forment un genre ayant constamment besoin de nouveautés, et Shakespeare,
ainsi qu’après lui des auteurs de sorcellerie sinistre, y ont amplement
contribué.
Il est vrai que les écrivains romains parlent de druides présents lors de
sacrifices humains. Mais il est nécessaire d’examiner le contexte : des
prêtres chrétiens sont de nos jours présents durant les exécutions, et dans

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l’antiquité, le sacrifice humain était partie intégrante de nombreuses
sociétés. Les Romains eux-mêmes pratiquèrent les sacrifices humains
jusqu’au 1ᵉͬ siècle av. J.-C.
Après cela, ils rendirent laïque cette activité, construisirent le Colisée et
firent de la mort un divertissement public.
Il est également vrai que durant les chasses aux sorcières du XVᵉ, XVIᵉ et
XVIIᵉ siècle certaines personnes avouèrent être des sorcières, avoir jeté des
sorts sur autrui et avoir eu des rapports sexuels avec le diable. Mais seules
les personnes les plus obtuses refusent de reconnaître le lien entre ces
confessions et le fait qu’elles aient été extraites par la torture.

Toute religion ou voie spirituelle à son lot de malades mentaux et


d’individus antipathiques, et il est probable que des sorcières et des druides
malveillants aient existé de même qu’il y a eu des chrétiens malveillants.
Mais il ne fait aucun doute qu’avec l’Inquisition et les Croisades, un
décompte des morts pèserait défavorablement pour ces derniers.

Autre idée erronée, celle que les druides et les sorcières pratiquent le
Satanisme. Pour cela, il faut croire en un être du nom de Satan, ce qui
implique la pratique d’un rituel chrétien inversé, connu sous le nom de
Messe noire. Les druides et les sorcières ne croient ni en une entité nommée
Satan ni en quelqu’un d’autre agissant de la manière dont il est supposé se
comporter. Ils ne pratiquent absolument aucune forme de cérémonies
chrétiennes inversées. En fait, certains druides sont chrétiens et pendant
plusieurs années j’ai assisté à des conférences sur le druidisme et sur le
christianisme, dans une abbaye du Gloucestershire en Angleterre. Des
conférences se sont également tenues où sorcières, chrétiens et druides ont
pu échanger leurs idées dans un esprit de tolérance et de compréhension.
Les deux penseurs phares qui ont développé le druidisme et la sorcellerie
de l’ère moderne, Nichols et Gardner, tous deux des chrétiens, avaient été
ordonnés. Donc, si vous êtes amateur de frayeurs, c’est ailleurs qu’il vous
faut aller les chercher !

Le Monde du Peuple Sage


Les wiccains appellent leur tradition L’Art des Sages. Les figures

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historiques auxquelles beaucoup s’identifient le plus sont celles d’une
communauté qui était amenée à offrir des remèdes, à aider les enfants à
venir au monde, et à assister les mourants. Ils localisaient les êtres ou les
objets grâce à leurs dons de voyance, et ils apportaient de l’aide aux
individus ou aux groupes en cas de difficultés. Votre conjoint vous trompe,
il n’a pas plu sur votre terre depuis des mois, votre bétail se meurt d’une
maladie mystérieuse, on a volé votre meilleur couteau, la toux de votre bébé
persiste, vous vous savez mourante et vous avez peur – tout cela
représentait alors, comme de nos jours, des problèmes auxquels nous
sommes confrontés. Aujourd’hui, nous avons recours aux scientifiques,
conseillers, docteurs, vétérinaires, officiers de police et prêtres. Au temps
jadis, nous allions voir les hommes et les femmes qui connaissaient les
mystères de la vie, qui étaient appelés pour guérir et aider. Grâce à leurs
propres expériences, à leur communion avec les esprits et les maîtres
enseignants de l’Autre Monde et grâce au savoir de ceux qui, avant eux,
avaient été attirés par ces traditions, ces femmes et ces hommes savants
étaient tous destinés à devenir respectés et reconnus au sein de leur
communauté. Dans certains endroits de la Grande-Bretagne ils étaient
connus sous le nom d’Hommes et Femmes Cunning, de la racine con ou
ken, signifiant connaître. Ils étaient les sages, les gens possédant la
Connaissance.
À l’heure actuelle, les historiens pensent qu’il est peu probable que ces
personnes se soient rencontrées dans des covens (assemblées de sorcières)
pour pratiquer la magie de la manière décrite par les trouveurs de sorcières
et les écrivains modernes. Au lieu de cela, il semble plus vraisemblable
qu’elles aient travaillé en qualité de Sage local, exerçant leurs
connaissances de l’art des sorts, des herbes et de la magie naturelle pour
aider leur communauté des différentes manières décrites. Il est également
probable qu’elles aient formé à leur art une ou deux autres personnes,
souvent au sein de leur propre famille. De toute évidence, le peuple
Cunning jouissait d’une position extrêmement influente dans leur
communauté. Ils semblaient posséder le pouvoir de vie et de mort et du
savoir secret, et s’ils ne pouvaient sauver une vie ou si un villageois
empirait malgré leurs soins, nous pouvons imaginer la haine que cela
pouvait provoquer. Les êtres puissants suscitent le respect et l’admiration,
mais cela peut aussi se retourner contre eux avec une fureur d’une intensité
égale à la déférence qu’ils avaient reçue. Devenir un être Cunning exigeait
dévouement et courage ainsi que des compétences pratiques et psychiques.
Comme chez toutes les professions nécessitant le maniement du pouvoir, il

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existe toujours des pratiquants sans scrupules qui profitent de la crédulité et
des superstitions d’autrui. Ils feraient n’importe quoi pour de l’argent, ou
pour gagner de l’influence, d’où la peur des sorcières maléfiques, des
magiciens malveillants, des gens qui, par appât du gain, se servent de leur
savoir-faire non pas pour guérir, mais pour nuire.

Le Monde du druide
Alors que les individus Cunning, étant les sages et les guérisseurs locaux
des communautés rurales, travaillaient seuls ou en petits groupes, les
druides formaient quant à eux, une élite organisée, exemptée de guerre et
d’impôts qui officiait en tant que juges, professeurs, philosophes et
conseillers auprès des chefs, des rois, et des reines. Ils semblent très
différents de l’image que nous avons des sorcières, jusqu’à ce qu’on les
examine plus en détail.

Les origines du druidisme se perdent dans les brumes du temps. Tout ce que
nous pouvons en dire est que graduellement, au fur et à mesure que des
migrations successives de peuples de provenances aussi lointaines que
l’Anatolie et le Caucase arrivaient en Irlande et sur les îles Britanniques,
leurs croyances spirituelles et leurs pratiques magiques se sont mêlées à
celles de la population indigène. Elles se sont concentrées, à un moment
donné, à l’intérieur des grands cercles de pierres. Par la suite, lors d’autres
migrations, les tribus que nous avons été amenées à nommer celtiques se
sont installées dans ces terres. Le druidisme a évolué à la fois en tant que
force spirituelle et culturelle, présente de l’Irlande à l’ouest jusqu’à la
Bretagne à l’est, et, peut-être, même aussi loin que l’Anatolie, la Turquie
d’aujourd’hui. Le druidisme prospéra durant plus de mille ans jusqu’à
l’arrivée du christianisme. Au VIᵉ siècle, il avait cessé d’exister sous sa
forme complète et ce n’est qu’après mille ans, au XVIIᵉ siècle, qu’il connut
sa renaissance.
Du temps où le druidisme prospérait, les auteurs classiques nous informent
que les druides étaient organisés en trois groupements – bardes, ovates et
druides. Les druides étaient professeurs et philosophes.

Les bardes étaient poètes, conteurs et musiciens, utilisant leur connaissance

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du pouvoir du mot et du son pour inspirer et captiver, pour divertir et
charmer – et même pour ensorceler.

Les ovates étaient des voyants et des devins et il est probable qu’ils étaient
également guérisseurs, herboristes et sages-femmes. Les auteurs classiques
les ont appelés Vates, Uatis ou Euhages et le mot ovate pourrait provenir
de la racine indo-européenne uat signifiant être inspiré ou possédé.
L’auteur classique Strabon décrivait l’ovate comme un interprète de la
nature. C’étaient eux qui étaient compétents dans la lecture des présages et
des augures – qu’ils proviennent du vol des oiseaux, de la forme des nuages
ou du comportement des animaux ou du temps. Et c’était à eux qu’il
incombait de guérir, usant de leurs connaissances des herbes et des sorts
pour soigner les maladies des humains et du bétail. L’ovate semblait, de
bien des façons, identique au type de personne que beaucoup décriraient
comme une sorcière. Mais que sont devenus les ovates ?
Avec, aux alentours du VIᵉ siècle, le christianisme triomphant de toutes les
croyances indigènes de la Grande-Bretagne, la tradition des bardes
continua, jusqu’au XVIIᵉ siècle, grâce à des écoles de bardes présentes en
Irlande, aux Pays de Galles et en Écosse. Les druides, étant l’élite
professionnelle, furent absorbés dans le nouveau régime. On n’entendit plus
parler des ovates qui semblent disparaître totalement. Mais ont-ils vraiment
disparu ? Si vous aviez la faculté de guérir quelqu’un, vous arrêteriez-vous
de le faire sous un ordre religieux différent ? Vous abstiendrez-vous de
transmettre votre science à vos enfants ou à vos élèves afin qu’ils puissent
être, eux aussi, compétents pour soigner les gens ? Il en est de même pour le
savoir des sages-femmes, les connaissances traditionnelles des arbres, des
plantes et des animaux et la capacité d’utiliser la magie, créer des sorts et
des potions. Avec l’arrivée du christianisme, le courant ovate du druidisme
est probablement passé dans la clandestinité, mais n’est pas mort : on ne
peut pas empêcher cette sorte de connaissance d’être transmise – même si
elle peut être modifiée durant ce transfert.

Il se peut, grâce à la tradition du bouche-à-oreille, que la spécialisation


d’ovate du druidisme se soit transformée en l’une des sources ayant nourri
les générations ultérieures de guérisseurs et d’adeptes de l’Ancienne
Tradition jusqu’à ce qu’ils deviennent connus sous le nom de Peuple
Cunning. Et c’est principalement ce peuple des Cunning qui, dans la
perception populaire d’aujourd’hui, est considéré comme des sorciers.

À l’époque actuelle, ceux qui étudient le druidisme découvrent à l’entrée de

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la période des études de l’ovate, qu’ils semblent développer et entrer en
contact avec ces parties d’eux-mêmes que l’on associe de nos jours avec la
sorcière et que d’autres associent avec le chaman, y compris la faculté de
naviguer dans le monde intérieur et de développer des dons de voyance.
Quand on réunit les deux mondes de la sorcellerie et du druidisme, nous
trouvons à l’endroit où ils se rencontrent le personnage de l’ovate-
sorcière : celui présidant à la connaissance des mystères de la Vie et de la
Mort et dont le chaudron offre la sagesse connue dans le druidisme comme
la Connaissance Lumineuse.

Ovate et sorcière
Les mots du barde nous entraînent dans le monde intérieur, l’Autre Monde,
ce territoire situé au-delà de la mort que nous visitons parfois dans nos
rêves et dans nos méditations. Et même si les images, les sons et les idées
dont nous faisons là l’expérience peuvent sembler moins solides que la
réalité de notre monde physique, ils nous apportent souvent de l’inspiration
et nous offrent des idées et des sentiments qui nous guident en nous aidant à
vivre nos vies. Nous nous trouvons, après avoir appris comment prendre les
chemins nous menant à l’Autre Monde, dans le royaume de l’ovate, –
sorcière –, un royaume présidé par la Déesse et son conjoint l’omniprésent
Dieu fertile Cernunnos comme il est parfois appelé. C’est ici que nous
apprenons les mystères de la mort et de la renaissance et de la force nous
guidant pendant ce processus, la force vitale elle-même – l’énergie
sexuelle.

Imaginez cette force, remuée par le Dieu, tel un pétillant liquide cristallin
dans le chaudron de la Déesse. La personne ou la chose que les gouttelettes
touchent en tombant du chaudron reçoit énergie et pouvoir créatif.
Échangez l’image du chaudron par celle du puits sacré – une source. L’eau
du puits est la même énergie, transmet le même pouvoir et vous voyez l’eau
s’écoulant de la mare sacrée en un ruisseau qui rejoint une rivière, laquelle

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se jette dans la mer. L’eau coule à travers le monde et à travers nos corps et
nous apporte la vie. Et, à notre mort, nous sommes transportés de l’autre
côté de l’eau, vers les îles Bénites de l’Ouest, jusqu’à ce qu’après avoir
passé un moment dans les Summerlands, nous renaissions des eaux de la
matrice pour une nouvelle vie sur la Terre.

Ce royaume de l’eau, du chaudron, de la force de vie, nous apporte non


seulement le plaisir sensuel et la renaissance, mais aussi la guérison et un
intense rafraîchissement. Si vous fixez votre regard sur la surface de cette
mare sacrée une nuit de pleine lune, vous pourriez être capable de voir au-
delà du temps, à travers le temps, d’acquérir une connaissance plus
profonde de votre propre être et du destin du monde.
Ceci est le royaume de l’ovate et je crois que c’est également le royaume de
la sorcière. Les formes extérieures de l’ovate et de la sorcière, ou les
pratiques des druides et des wiccains peuvent bien être différentes, c’est à
la même mare, à la même source vive que chacun espère pouvoir accéder.
Et la manière dont nous pouvons y parvenir est d’être à l’écoute des vieilles
histoires, car c’est la méthode utilisée, dans une tradition orale, pour
transmettre les enseignements spirituels.

L’École de la Forêt du Druidcraft


Avec l’arrivée du christianisme en Irlande, de nombreuses méthodes
païennes ne disparurent pas – elles revêtirent simplement un vernis chrétien.
Heureusement, l’art ancien du conte ne s’éteint pas.

Le nouveau régime autorisa les écoles des bardes déjà établies à continuer
à accepter des élèves. Elles prospérèrent jusqu’au XVIIᵉ siècle en Irlande,
au Pays de Galles et en Écosse, conservant en mémoire les histoires
anciennes et leurs enseignements du pouvoir créatif de la musique et de la
voix.

Et donc il se passe ici la chose la plus extraordinaire : la tradition


spirituelle des druides et des ovates, incarnée dans les bardes et leurs
contes, est enseignée sous une forme modifiée et christianisée, pendant plus
de mille ans, au sein des écoles de bardes. Au moment où la dernière de ces

21
écoles ferma ses portes, les anciens contes étaient bel et bien ancrés dans
l’inconscient collectif – dans le folklore et dans l’imagination populaire. Le
paysage même de l’Irlande et des îles Britanniques est imprégné de ses
contes et la seule chose que nous ayons besoin de faire, afin de nous relier
une fois de plus à leur pouvoir et aux enseignements qu’ils transmettent, est
de voyager à travers le pays et d’écouter à nouveau les vieilles histoires.

Les contes deviennent alors notre maître, la nature sauvage et la forêt, notre
école.

Une invitation
Au cours des cinq prochains chapitres, vous êtes donc invité à rejoindre une
telle école, où nous aurons la possibilité d’écouter les chansons de la Terre
et les contes anciens, et d’explorer le territoire magique partagé à la fois
par l’ovate et la sorcière, le druidisme et la wicca.

Le Conte du barde
Chaque chapitre est semblable à une leçon de cette école de la Forêt. Il
débute avec la narration d’une histoire par un barde, à l’instar des maîtres
des anciennes écoles de bardes qui contèrent les vieilles histoires à des
générations d’étudiants, reliant ceux rassemblés autour d’eux au courant de
sagesse ancestrale transmis à travers les images vivides et les descriptions
d’événements extraordinaires.

Dans les histoires suivantes, j’ai repris, en maintenant les structures et


thèmes centraux de ces vieilles histoires, quelques-uns de ces anciens
contes celtiques, pour en faire encore une fois le récit, mais de ma propre
manière. Ces contes sont censés être contés et contés à nouveau de façons
différentes et non d’être lus comme s’ils étaient gravés dans la pierre. Je me
suis également abstenu de trop expliquer ces histoires. Leur pouvoir réside

22
dans leur faculté d’éluder furtivement notre esprit rationnel et trop
d’explications détruiraient cette capacité.

Le Colloque
Chaque conte est suivi d’un dialogue entre un professeur et son élève. Le
dialogue, utilisé dans la Grèce antique, est une méthode d’enseignement très
efficace. Reconnu comme étant la méthode d’enseignement de prédilection
de Socrate, il a pris le nom de : Dialogue socratique. Il était également
employé par les druides et dans les textes irlandais un tel dialogue est
nommé Colloque. Le plus célèbre raconte la conversation entre deux
poètes-chamans dans Le Colloque des Deux Sages.

Pratique
Faisant suite au Colloque, la partie pratique de la leçon suggère des
manières de travailler avec les idées présentées. De même que les histoires
ne sont pas gravées dans la pierre, ces méthodes ne le sont pas non plus.
Je conçois le Druidcraft comme une voie de liberté et de créativité. La
wicca et le druidisme offrent tous deux des outils, des perspectives et des
sources d’inspiration pour nous permettre de créer notre propre pratique
spirituelle. Nous pouvons continuer d’honorer la tradition, tout en honorant
nos propres talents et besoins, en utilisant le matériel et l’inspiration dont
nous disposons, non seulement ici, mais aussi dans les mondes
merveilleusement variés de la wicca, du druidisme et des sujets associés.

Histoire
En conclusion de chacun de ces chapitres, la section Histoire répond à la
question : « D’où provient tout cela ? » Comme vous le verrez, les matières
présentées sont basées sur des faits solides et des sources historiques. À la

23
fin du livre se trouve une section de documentation des ressources
fournissant notes et autres pistes d’études.
Avronelle
J’ai appelé notre école Avronelle, un nom ancien désignant les terres
entourant une grande silhouette de craie, dans le Sussex – le Géant de
Wilmington. Mais Avronelle se trouve en réalité quelque part dans l’Autre
Monde, à la fois très loin, mais aussi très près.
C’est un endroit à côté de la mer, un lieu qui peut vous amener à franchir le
seuil entre le Connu et l’Inconnu afin que circulent dans votre vie une
énergie nouvelle, des idées neuves, aussi aisément que le va-et-vient de la
marée déferlante sur la rive…

Chapitre II

Le Secret
du Retour de Marée

24
Les Voies de la bénédiction

Laisse-moi te tremper dans l’eau.


Toi, belle pierre jaune pleine de pouvoir !
Dans l’eau de la vague la plus pure,
Dont la pureté fut préservée par Brighid.

Une bénédiction sur la pierre,


Une bénédiction sur l’eau.
Et une guérison de tous les maux des corps
Pour chaque créature en souffrance !

Extrait de The Silver Bough, (édité par Marian McNeill)

25
Le Druidcraft peut-être considéré à la fois comme une voie spirituelle et
comme une voie de magie. L’art de bien vivre implique de savoir être à la
fois actif et passif : pouvoir s’engager dans la vie et y apporter sa
contribution, et être capable de se détendre et laisser la vie circuler autour
de soi. Il en est de même avec l’art de la magie. Il nécessite d’apprendre à
être passif ou réceptif – à laisser les bénédictions de la vie flotter vers soi
sans effort – et à être actif, influer sur son existence positivement pour
devenir une force du bien, pour la créativité et la guérison dans le monde.
La bénédiction ci-dessus est ancienne, et était utilisée en Irlande et en
Écosse pour charger magiquement, à des fins de guérison, à la fois les
cristaux et l’eau. Apprendre à donner et à recevoir une bénédiction est le
premier pas dans l’apprentissage d’un magicien.

LE CONTE DU BARDE
Imaginez que vous venez d’arriver pour la première fois à Avronelle. On
vous invite à pénétrer dans une chaumière ronde où vous vous asseyez à
côté du feu. Peu à peu, vous vous détendez complètement. En même temps,
un barde prend sa harpe et joue jusqu’au moment où vous vous sentez
entrer dans ce merveilleux état à mi-chemin entre le monde éveillé et le
monde des rêves. C’est alors que son conte débute :

L’histoire de la Selkie
Sur les îles Shetlands et les Hébrides extérieures, il était dit qu’un grand
malheur frapperait celui qui tuerait un phoque – que ce soit par accident ou
par malveillance. Les phoques étaient réputés être des créatures magiques
qui apportaient des bénédictions à la mer et à la terre. L’on disait même que

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certains clans descendaient directement des phoques – quand bien avant,
dans un passé lointain, les animaux et les humains pouvaient parler entre
eux et partageaient ensemble le même monde. Mais plus récemment, de
nombreux récits font également part d’humains, hommes et femmes, qui
asservirent des phoques et les prirent en mariage, afin qu’ils s’occupent de
leurs maisons et leur donnent des enfants.

Ce n’étaient pas des phoques ordinaires. C’étaient des créatures mi-


humaine, mi-phoque, et elles étaient connues sous le nom de Silkies ou
Selkies. À minuit, chaque année, la veille du solstice d’été où de Beltaine,
une douzaine d’entre elles nageaient jusqu’au rivage où elles enlevaient
leurs peaux argentées – laissées sur les rochers, pour se transformer en
homme et en femme un certain temps et danser ensemble en cercle, au clair
de lune. Cette danse était menée par un mystérieux vieillard, sorcier, qui
chantait et marquait la cadence jusqu’à ce que finalement les phoques se
mettent en couples (car il y avait six mâles et six femelles) pour faire l
´amour au bord de la mer, sous le clair de lune. Puis ils renfilaient leurs
peaux argentées et retournaient vers la mer, les femmes portant la prochaine
couvée de Selkies dans leurs ventres.
Une année, Taggart, un vieux pécheur, s’était endormi sur sa veste, au soleil
couchant, après avoir ramassé des coques parmi les rochers. À minuit, il se
réveilla pour découvrir la danse mystérieuse se déroulant au clair de lune et
fut captivé par la beauté des Selkies. Ils étaient superbes et grands avec de
fins cheveux dorés. Et leurs connaissances de la terre et de la mer rendaient
leurs yeux étincelants ce qui était aussi beau qu’étrange.
La danse terminée, le treizième membre du groupe, l’homme Cunning, qui
se tenait en leur centre, s’éloigna à grands pas de la plage pour disparaître
rapidement au lointain. Taggart pouvait à peine en croire ses yeux quand il
vit six couples marcher main dans la main vers différents endroits de la
plage avant finalement de s’allonger ensemble, s’entrelaçant dans des
étreintes chaleureuses et passionnées. Taggart, muet d’étonnement, yeux
écarquillés et bouche mi-ouverte, observa la scène jusqu’à ce que
finalement, chaque Selkie retourne vers son petit tas de peau, argentée et
froissée, gisant sur les rochers, et, en renfilant la peau se transforme
instantanément en phoque pour ensuite glisser gracieusement dans la mer,
plongeant et disparaissant sans laisser de trace.

Mais il y avait une Selkie qui ne pouvait pas se retransformer en phoque.


Elle cherchait en vain sa peau, sans pouvoir la trouver. Taggard sortit de sa

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cachette dans les rochers, la surprenant par son apparition soudaine. Il avait
caché la peau et la tenait maintenant entre ses mains. Elle le fixa d’un regard
limpide de ses yeux noirs et elle étendit simplement ses bras vers lui en
disant :
« S’il vous plaît, rendez-moi ma peau. Sans elle je ne peux rejoindre la mer.
– Jolie femme, dit Taggart, ne retournez pas à la mer. Vous êtes si belle que
je suis tombé amoureux de vous et que je veux que vous soyez ma femme.
Restez ici avec moi et épousez-moi.

– Je ne peux pas rester trop longtemps sur la terre, ma peau se dessèche et


se fissure, et je me languis de la mer », répliqua-t-elle. Mais Taggart insista,
et finalement elle accepta de rester avec lui pendant sept années, à condition
qu’elle puisse alors retourner à la mer où était sa place.

Neuf mois plus tard, elle donna naissance à un enfant et Taggart ne sut
jamais s’il en était le père ou s’il provenait du partenaire de la Selkie. Mais
le garçon était beau et robuste, et la mère et l’enfant s’aimaient d’un amour
fervent qui rendait le pêcheur, qui avait caché la peau parmi le chaume de la
petite maison, à la fois heureux et soucieux.

À la fin de sa septième année sur la terre ferme, la Selkie demanda sa peau


à son mari : « Je dois maintenant retourner dans la mer », dit-elle tristement.
Elle aimait tellement son fils qu’elle ne supportait pas l’idée de
l’abandonner et elle ressentait même de l’affection et de l’intérêt pour
Taggart bien que cela ne soit pas vraiment de l’amour.
Mais à sa surprise, la réponse de Taggart fut rapide et violente : « Comment
osez-vous demander cela ? N’aimez-vous pas assez votre mari et votre fils
pour rester avec eux ? s’écria-t-il.

– Bien sûr que si, plaida-t-elle, mais regardez donc ma peau qui pèle et se
fissure. Et regardez mes yeux qui pleurent sans cesse. Si je ne retourne pas
dans l’eau, je vais mourir avant peu.

– Ne dites donc pas de bêtises ! » dit Taggart qui claqua la porte et se


dirigea furieux vers son bateau. Leur fils observa sa mère pleurant à la table
de la cuisine, et ayant entendu leur dispute il comprit ce qu’il lui restait à
faire. Sans aucune hésitation, il s’assura que son père soit hors de vue, puis
il grimpa dans le chaume et retira soigneusement la peau de phoque de sa
mère. Il s’émerveilla de la manière dont elle brillait dans la lumière du

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soleil et de sa douceur au toucher. Il courut vers sa mère et dit : « Tiens,
enfile cela et pars avant qu’il ne revienne ! »

Regardant son fils à travers ses yeux pleins de larmes, elle savait qu’il avait
raison, pourtant elle ne supportait pas l’idée de l’abandonner. Mais elle le
suivit quand il l’entraîna vers le rivage. Là, elle déboutonna sa robe et la
laissa tomber dans le sable. À ce moment-là, ils entendirent un cri furieux
« Non ! » et ils se retournèrent vers Taggart qui courait dans leur direction
en criant continuellement « Non ! Non ! »
Elle regarda son fils. « Vas-y ! », lui cria-t-il — avec amour et sans colère.
Rapidement, elle enfila son habit argenté, se précipita dans l’eau et disparut
en un instant.
Mais après cela, chaque nuit un phoque nageait jusqu’à la rive à côté de
leur maison et laissait deux gros poissons sur les rochers plats. Et chaque
nuit, au soleil couchant, Taggart et le garçon s’asseyaient tous deux pour
regarder l’arrivée du phoque et durant un instant le phoque les fixait de ses
grands yeux sombres et l’on aurait dit que des larmes s’en écoulaient.

LE COLLOQUE
Une fois son histoire terminée, le barde joue de nouveau de sa harpe
jusqu’au moment où vous vous réveillez comme au sortir d’un rêve.

« Votre professeur se trouve au bord de la mer » annonce le barde au groupe


assemblé, et sans un mot vous quittez la chaumière ronde avec les autres
élèves et vous empruntez le chemin qui descend à la plage. Il fait nuit et,
chemin faisant, vous pouvez voir la lune grimpant dans le ciel. Vous passez
devant les hauts pins sylvestres qui se dressent au-delà des dernières
maisons d’Avronelle, et vous retournant vous apercevez les lumières de
celles-ci scintillantes dans l’obscurité grandissante.

Devant vous s’étendent la nature sauvage et la vaste étendue de l’océan.


Vous continuez de descendre le long du chemin escarpé, à travers les
buissons d’ajonc, jusqu’à ce que finalement vous arriviez au bord de la mer.

Seule, sa silhouette dessinée sur l’eau par le clair de lune, se tient votre
professeur – Elidir. Vous vous asseyez avec les autres élèves, autour d’elle,
sur les rochers lisses et elle invite un jeune homme à s’avancer.

29
Il s’appelle Brendan. Elidir déploie une couverture brodée d’entrelacs
celtiques et s’asseyant ensemble ils entament une conversation – une
discussion formelle entre maître et élève que l’on nomme un Colloque.
« Je suis heureuse que vous soyez venu ici par une si belle nuit. C’est le
meilleur endroit pour apprendre la magie de Druidcraft, commence Elidir.
Ici, à tout moment, la Nature vous montre la loi fondamentale de la vie et de
la magie – la Loi du Retour de Marée ». Elidir garde le silence un moment
et vous vous surprenez à regarder le doux mouvement des vagues en
écoutant leurs sons rythmiques sur la plage.
Puis, Elidir poursuit : « La Loi du Retour de Marée dit que quoique vous
jetiez dans l’océan de la vie vous reviendra – souvent modifié, la plupart du
temps sous une forme méconnaissable, mais que néanmoins ce qui vous
arrive dans la vie est généralement le résultat direct de ce que vous y avez
contribué. La plupart des gens ne sont que vaguement conscients de cette
loi, ou ne l’acceptent pas entièrement, mais les magiciens l’utilisent tout le
temps. Délibérément et sciemment, ils projettent des choses positives :
idées, énergies, images, sentiments, pensées, prières, chants et sorts,
sachant fort bien qu’ils en retireront les bénéfices – quelquefois rapidement,
mais parfois seulement des années plus tard ou même dans d’autres
existences. En vous servant de votre connaissance de cette loi et des
techniques de Druidcraft, vous pouvez en fait œuvrer à créer vos vies
futures.

– Voulez-vous dire que la vie des gens est tout simplement le résultat de
leurs pensées et actions dans le passé ? – que nous créons tous notre propre
réalité ? » demande Brendan.

Elidir sourit à Brendan, mais son sourire est empreint d’une certaine
tristesse : « Je vois bien que cette idée vous a fait réfléchir, dit-elle. Il est
vrai que nous créons notre propre réalité – que la manière dont nous
percevons le monde est basée sur notre manière de penser, de ressentir et
d’agir et sur le résultat que ces pensées, sentiments et actions ont sur notre
vie. Mais si vous considérez que la réalité n’est faite que de cela, alors
vous êtes en train d’accuser la plupart des gens d’être responsables de leurs
propres souffrances – tous les adultes et les enfants mourant de maladies ou
de famine, tous les individus piégés dans un génocide ou un conflit armé,
toute personne qui souffre, quelle que soit la cause de cette souffrance. Le
fait est que, non seulement nous créons notre propre réalité, mais que nous
créons aussi celle des autres.

30
Nos expériences, nos vies sont faites d’un mélange d’influences et
d’événements que nous avons créés et également d’expériences et
d’événements que d’autres ont créés. C’est beaucoup trop simple de dire
que nous créons notre propre réalité. Nous sommes des êtres sociables et
actifs et nous exerçons une influence sur le monde et les gens autour de
nous, tout comme ils produisent un effet sur nous. Par exemple, malgré tous
les efforts des personnes souffrant de la famine pour avoir des pensées et
des sentiments positifs, elles sont prises dans un courant plus fort que le
leur – elles sont dans une réalité de groupe due aux conditions
météorologiques, économiques et politiques. Nous vivons dans un océan de
conscience et d’expérience et nous avons souvent une influence
considérable sur notre milieu le plus proche – la parcelle de mer autour de
nous –, mais parfois les courants profonds de l’océan peuvent nous
emporter ou changer nos vies pour toujours. »

Elle s’interrompt un instant, comme pour rassembler ses pensées, cette fois,
sans regarder Brendan, mais l’océan. Puis elle continue : « Dès que vous
comprenez que nous créons notre propre réalité et que nous faisons
également partie d’une réalité collective, que nous participons à la réalité
des autres aussi bien qu’à la nôtre, alors vous pouvez comprendre la Loi du
Retour de Marée. C’est une loi qui se joue dans le monde de la Nature
autour de nous à tout instant : nous récoltons ce que nous avons semé et la
récolte provenant des graines que nous avons semées n’est pas seulement la
nôtre. Cette loi a été citée depuis des milliers d’années par divers maîtres
spirituels. Dans le texte égyptien du Livre des Morts, le dieu Thoth déclare
que “la Vérité est la faux de la récolte. Ce qui est semé – amour ou colère
ou amertume – deviendra votre pain. Le blé n’est pas meilleur que sa
graine, alors prenez soin de ne faire que de bonnes plantations.” Des
milliers d’années plus tard, Jésus dit : “Ce que vous semez, vous
récolterez”. Le concept oriental de karma transmet la même idée : dans une
très large mesure, notre expérience actuelle est la conséquence de nos
pensées, sentiments et actions passées.
« Le Druidcraft se sert de cette idée en lui appliquant une connaissance et
une pratique relevant de la magie – l’idée de semer consciemment des
graines pour nous et pour les autres. Dès que vous vous rendez compte que
vous contribuez à créer la réalité d’autres personnes, vous devenez
responsable socialement et écologiquement – et vous créez de la magie non
seulement pour vous-même, mais aussi pour les autres et pour le monde.

« Je me suis servie de l’analogie de la mer et du retour de marée, mais une

31
analogie tout aussi utile implique de voir que tout est relié dans la vie par
une toile invisible. Les anciens magiciens anglo-saxons appelaient cela the
Web of Wyrd (la Toile de Wyrd) et le Chef amérindien Seattle parlait de la
façon dont tout est interconnecté. : « All is connected ». Faire de la magie
nécessite de savoir travailler avec cette toile, de savoir comment rayonner
le long de cette toile pour créer des effets bénéfiques pour vous-même et
pour les autres. En Druidcraft, la méthode que nous utilisons à cette fin est
l’art de la bénédiction. Tant que vous ne comprendrez pas le pouvoir des
bénédictions, cela peut vous paraître vague et inefficace. Après tout
comment le seul acte de bénir quelque chose peut-il vraiment avoir un
quelconque effet ?

– On dirait que pour pratiquer le Druidcraft il me faudra agir comme un


prêtre disant : “Soyez béni mon enfant”, réplique Brendan.
– Non, non, dit Elidir en souriant. Pensez aux sorcières quand elles se
disent les unes aux autres “Blessed Be”. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est
simplement une manière archaïque de dire “Soyez béni” ou “Que vous
soyez béni”. Pensez-y autrement – considérez une bénédiction comme un
baiser ou un sourire. En fait, dans les cérémonies wiccaines, les
participants se disent souvent “Soyez béni” en y ajoutant un baiser. Dans ce
sens, le terme bénédiction signifie “amour” et “énergie positive”. La magie
dont je parle est tout simplement l’art de semer des graines consciemment et
avec amour. C’est du jardinage spirituel où nous semons des graines qui
apportent de l’inspiration et de la joie aux autres et dont nous récoltons par
la suite ce qui est le fruit de nos ensemencements – et qui procure de
l’abondance à nos vies.

« Le principe des bénédictions est qu’il existe une énergie bien réelle ou un
courant de force bienveillante dans l’Univers et que nous pouvons
consciemment et délibérément reconnaître, honorer et utiliser ce courant
pour en faire profiter les autres et nous-mêmes. Comme tout, dans la vie, ce
que vous négligez tend à disparaître. Mais ce à quoi vous prêtez attention a
tendance à entrer dans votre vie. Il en est de même avec ce courant
magique.

– Oui, mais c’est quoi ? demande Brendan.

– Vous pourriez l’appeler l’amour de la Déesse ou du Dieu, ou la force


fondamentale de construction de la Création par opposition à la force
fondamentale de destruction. Certains pourraient même voir cela comme le

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Bien, opposé au Mal. Bientôt, nous explorerons son origine. Mais que nous
sachions ou non ce que c’est, nous sommes tous en mesure de nous rendre
compte quand notre vie semble bénie et quand parfois, ce n’en est
absolument pas le cas. Certains clairvoyants prétendent savoir différencier
entre des objets bénis et d’autres qui ne le sont pas. Nous pensons que ce
courant est incontestablement réel et qu’il est également une source de
guérison.
« Souvenez-vous d’une occasion quand, après avoir été touché par
quelqu’un, vous avez ressenti de l’amour et de la chaleur provenant de leurs
mains ou de leur étreinte ? C’était comme si une énergie pénétrait en vous
n’est-ce pas ? La magie dit que c’est une énergie et que vous pouvez la
diriger sciemment.
« Et en rayonnant cette énergie, vous ne perdez, d’une manière ou d’une
autre, pas d’énergie vous-même. Et en fait, vous en recevez même en plus
grande quantité : plus vous donnez, plus vous recevez. C’est la Loi du
Retour de Marée. C’est facile à démontrer avec le phénomène du retour de
sourire. Essayez de sourire à quelqu’un sans raison particulière. La plupart
du temps, on vous sourira en retour. Ceci n’est qu’un simple exemple. Au
sens le plus large, la voie de la magie nous enseigne que nous pouvons, sans
effort et joyeusement, émettre des bénédictions et qu’en échange, nous
recevrons, durant notre existence, des bénédictions d’une abondance
croissante.

« Le sourire de retour vous revient rapidement, mais les bénédictions


peuvent prendre des années, voire plusieurs vies, pour vous parvenir. Il est
primordial d’émettre des bénédictions sans penser à leur retour, sinon elles
ne sont pas vraiment émises – elles restent attachées à votre ego, à vos
propres besoins et désirs, et semblent ne pas se propager dans l’espace.
L’astuce est simplement d’émettre de la bonne volonté et de l’énergie
positive tout en sachant que la Loi du Retour de Marée signifie qu’au bout
du compte vous en profiterez. Mais ce n’est pas le but que vous recherchez
lors de leurs émissions. Vous vous détachez entièrement de tout espoir de
recevoir, et vous jouissez de la joie de donner.

« L’art de bénir, voyez-vous, n’est que l’opposé de l’art de maudire. En un


mot, c’est la différence entre la bonne et la mauvaise magie.

« Un magicien est quelqu’un conscient de son pouvoir de diriger sciemment


cette force pour le bien ou pour le mal. Seuls les sots et les malades

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mentaux l’utilisent dans le but de nuire ; s’ils étaient intelligents ou sains
d’esprit, ils connaîtraient la Loi du Retour de Marée et seraient conscients
que tôt ou tard les conséquences de leurs actions leur reviendront, souvent
avec une intensité accrue. Vous découvrirez bientôt cette autre loi : comme
un raz-de-marée qui augmente en vitesse et en taille, plus il voyage, de
même, l’intensité des vagues d’énergie s’amplifie parfois énormément, en
fonction de la distance et du temps.
« Repensez à votre vie et vous pourriez trouver à un moment donné qu’une
simple chose — un sourire, une conversation avec quelqu’un, une décision
qui vous paraissait sans grande importance — a eu en fait, des années plus
tard, de grandes conséquences et a profondément changé votre vie. C’est
ainsi que fonctionne cette loi, et c’est pourquoi il est essentiel de
comprendre cela dès le début de votre formation, afin de vous éviter de
faire des erreurs vraiment bêtes et malheureuses. L’histoire de la Selkie
relatait cela ainsi que beaucoup d’autres choses. Elle traitait de la
différence entre une approche de la vie généreuse et compatissante – celle
montrée par la Selkie et son fils – et une attitude égoïste et avide – celle
démontrée par Taggard.
« Être humain : c’est le sujet de cette histoire. Nous sommes tous confrontés
dans la vie à des dilemmes et à des moments de tristesse, et devons, d’une
manière ou d’une autre, nous fier à notre cœur envers et contre tout. Et
pourtant, nous devons malgré tout continuer de donner et de bénir – comme
l’a fait la Selkie en laissant chaque jour du poisson sur les rochers. Il n’y a
finalement peut-être aucune différence en substance, entre don et
compassion, amour et bénédiction. »

PRATIQUE
Au début de ce chapitre, nous avons appris que la voie du Druidcraft
enseigne l’art d’être à la fois magiquement réceptif et magiquement actif.
Dans un premier temps, vous aimeriez peut-être vous ouvrir à la réception
de bénédictions. Vous découvrirez, pendant votre étude de ce livre, que la
Déesse Brighid y est souvent mentionnée.
C’est, parce qu’elle est une Déesse du Feu et de l’Eau, de la Flamme et du
Puits – les deux éléments magiques et alchimiques de transformation et de
transmutation – et elle est également une Déesse de la Créativité, de la
Poésie et de la Guérison. Pour cette raison, elle constitue une déesse idéale

34
à qui faire appel. Elle est invoquée, dans la bénédiction des eaux et cristaux
de guérison, au début de ce chapitre, et elle est invoquée dans les
cérémonies suivantes que vous pouvez effectuer. Si vous le préférez, vous
pouvez adresser la cérémonie à une autre déité, Dieu ou Déesse, ou
simplement à l’Esprit ou Grand Esprit. La première vous aide à devenir
réceptif aux bénédictions ; la deuxième développe votre capacité à donner
des bénédictions – à émettre de l’énergie positive dans le monde, de
manière active.

AUTO-BÉNÉDICTION ET CÉRÉMONIE DE DÉDICACE


Ce qui est proposé ici est une auto-initiation aux méthodes du Druidcraft.
Elle est basée sur un rite ancien et vous pouvez découvrir son origine dans
la section Histoire ci-dessous. À la maison, vous pouvez l’interpréter en
remplaçant la mer par un bol d’eau. Mais, l’idéal serait d’effectuer ce rituel
à côté de la mer, une nuit de lune croissante avec un petit feu sur la plage. Si
vous avez la chance de vivre près de la mer, quelque part où il ne fait pas
trop froid la nuit, vous pourriez exécuter la partie Vagues de Bénédiction de
la cérémonie en avançant un peu dans l’eau et en vous aspergeant neuf fois
à pleines mains avec l’eau des vagues. Commencez par lire la cérémonie et
décider de la faire habillée ou – habillé de ciel – skyclad, le très beau
terme utilisé dans la wicca pour dire : être nu, un mot issu de la tradition du
jaïnisme. Votre choix pourrait dépendre du nombre d’aspersions que vous
comptez vous donner !

Si vous faites cette cérémonie chez vous, placez un bol d’eau et une bougie
au centre de votre pièce – ils représentent le feu et l’eau. Afin de créer une
atmosphère évocatrice, vous pouvez allumer d’autres bougies et brûler de
l’encens. Pendant que vous exécutez la cérémonie, rappelez-vous que c’est
l’esprit dans lequel vous faites ce rituel qui est important et non pas les
détails. Prenez tout le temps nécessaire pour vous ouvrir aux bénédictions
suscitées par cette cérémonie conçue dans ce but.

Marquez plusieurs pauses, et laissez-vous ressentir ce qui vous arrive, dans


votre corps et dans votre âme.
Une fois les préparatifs accomplis, et que vous vous sentez prêt, placez-
vous à côté du feu ou de la bougie, face à la lune, que vous puissiez la voir
ou non, et dites :

Ô Déesse Brighid, Gardienne de la Flamme sacrée, Gardienne du Puits

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sacré. Mère du Chant et de la Poésie, des Sages et des Talentueux, je
sollicite vos bénédictions sur ceci, ma cérémonie. Je sollicite vos
bénédictions sur ce chercheur des voies de la magie et du Druidcraft. Que
je puisse être béni par le pouvoir de la terre en dessous de moi, de la mer
autour de moi et du ciel au-dessus de moi !

Tenez-vous à présent les jambes légèrement écartées, et étendez vos bras de


chaque côté, votre corps en forme de pentagramme, et dites :
Ô Déesse de la Lune, Déesse du ciel nocturne, de la brillance et de
l’obscurité, je vous prie de bénir ce chercheur des Anciennes Traditions !

Maintenant, marchez trois fois dans le sens du soleil autour du feu ou de la


bougie en répétant trois fois, à chaque tour du cercle (le sens du soleil est le
sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère nord et le sens contraire
dans l’hémisphère sud) :
Ô Déesse de la Flamme, Déesse du Feu Sacré qui brûle dans mon cœur,
mon âme et mon corps, bénissez ce chercheur des Traditions !
Puis, asseyez-vous, accroupissez-vous ou couchez-vous sur le sol et sentez
que votre vie – et toutes vos vies – vous ont amenées à ce moment précis.
Puis, si vous vous sentez prête à continuer, concrétisez votre engagement sur
cette voie en répétant la requête et la dédicace suivantes. Ou bien, mieux
encore, créer vos propres affirmations avec vos paroles les plus sincères.
Au premier paragraphe, vous vous adressez à vous-même, dans le deuxième
vous en appelez au Dieu et à la Déesse.

Ô que je puisse voir jusqu’à dans l’Autre Royaume – que je puisse


apprendre la magie des Anciens. Ô que les secrets des Sages soient
murmurés à mes oreilles, que je connaisse leur beauté et leur puissance –
que je puisse aimer à nouveau cette terre et entendre les voix de la Déesse
et du Dieu dans les arbres et dans les rivières.

Ô Déesse de la Flamme et du Puits, Dieu du Vent et de la Mer, de l’Étoile


et de la Pierre, Dieu et Déesse de toute vie, je demande à pouvoir
connaître les méthodes du Druidcraft pour semer les graines d’amour et
de beauté dans le monde et dans ma vie. J’utiliserai la connaissance que

36
je gagnerai, la magie que j’apprendrai, pour aider et pour guérir, pour
grandir et pour changer. J’élèverai l’enfant, je soignerai les plantes et les
animaux autour de moi, j’encouragerai la force et le courage dans le
cœur de tous.
Maintenant, sentez votre vie entière et toutes vos vies futures s’étalant
devant vous et ressentez un sentiment de liberté et de joie face aux
possibilités sans fin et à l’aventure que cette découverte vous apporte. Puis
marchez vers le bord de la mer ou placez vos mains autour du bol d’eau et
dites :
Nouveau-né dans les voies de la magie et du Druidcraft. Je sollicite Neuf
Vagues de bénédiction !
Joignez vos mains en forme de coupe dans la mer ou dans le bol et
aspergez-vous d’eau, neuf fois de suite. Accompagnez chaque aspersion
d’une ligne de la bénédiction suivante et accordez-vous vraiment le temps
de recevoir chaque bénédiction avec chaque vague :

Une vague de bénédiction pour mon corps – puisse-t-il se sentir fort et


libre !

Une vague de bénédiction pour ma voix – puisse-t-elle être forte et


claire !
Une vague de bénédiction pour ma parole – que je sois entendu et
compris !

Une vague de bénédiction pour mes moyens d’existence – que je trouve la


joie dans mon travail !
Une vague de bénédiction pour ma générosité – qu’elle s’écoule de mon
cœur et de mes mains !
Une vague de bénédiction pour mes désirs – qu’ils se réalisent pour le
plus grand bien de tous !

Une vague de bénédiction pour ma richesse – que ma vie soit abondante !


Une vague de bénédiction pour ma santé – qu’elle soit vigoureuse et
pleine de vitalité !

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Une vague de bénédiction pour ma vie – qu’elle apporte joie et
bénédictions à d’autres !

Maintenant, exclamez-vous :
Que neuf vagues de grâce et de bénédiction soient sur moi, vagues du
Donneur de Santé, de Joie et de Vie !

Remercier le Dieu et la Déesse pour les bénédictions de cette cérémonie et


si vous êtes au bord de la mer, terminez par une méditation à côté du feu, en
écoutant les crépitations des flammes et les vagues de la mer et en
ressentant les bénédictions qui inondent votre être. Si vous êtes à l’intérieur,
vous pouvez choisir de méditer, d’écouter de la musique ou de vous
endormir afin de laisser les bénédictions s’écouler en vous sans
l’interférence de pensées du quotidien.

CÉRÉMONIE DE BÉNÉDICTION D’UNE MAISON


L’auto-bénédiction vous a aidé à être réceptif à la magie.
La cérémonie suivante vous aide à développer votre faculté d’utilisation de
la magie de manière active.

Pour être capable de travailler avec la magie, il est nécessaire de vous


sentir à l’aise dans le monde – avoir le sentiment d’être centré et stable.
L’action de bénir consciemment votre maison afin que votre environnement
vous apporte soutien, protection et clarté peut vous aider à y parvenir.

Lorsque le moment vous paraîtra bien choisi, de jour ou de nuit, remplissez


un bol d’eau et munissez-vous d’encens (éteint pour commencer) aisément
transportable. Si l’encens gêne votre respiration ou si tout simplement vous
ne l’aimez pas, remplacez-le par une bougie. Quand vous vous sentez prêt à
débuter, décidez de la place de l’âtre, représentant le centre de votre
maison, et assis à cet endroit, fermez les yeux et imaginez-vous dans le
cosmos observant la terre. Elle vous apparaît flottante dans l’immensité de

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l’univers, avec le soleil, la lune et les étoiles qui brillent. Puis, descendez
vers la région de la terre où vous habitez, et imaginez-vous observant les
alentours de votre maison. Sentez, la terre et le ciel, les rivières et les
étoiles, qui émettent tous leurs énergies si particulières vers votre habitation
et les terres autour d’elle. Maintenant, contemplez votre maison et
visualisez-la cernée d’un cercle de lumière dorée. Puis entrez dans la
maison, ouvrez les yeux et regardez autour de vous. Dites à voix haute :
Ô Grand Esprit (ou Déesse et/ou Dieu), je sollicite vos
bénédictions sur ceci, ma maison, mon âtre, ma famille.
Puis allumez l’encens ou la bougie et dites :

Ô Brighid, Déesse de l’âtre et de la maison. Je demande que cet


encens (cette flamme) soit béni en votre nom pour qu’il puisse
purifier et nettoyer cette maison, ce lieu.
Puis parcourez votre maison en promenant la fumée de l’encens, ou la
lumière de la bougie, autour du périmètre de chaque pièce, travaillant dans
le sens du soleil (dans le sens des aiguilles d’une montre si vous êtes dans
l’hémisphère nord et dans le sens opposé si vous êtes dans l’hémisphère
sud), et faites le tour de toute la maison et de toutes les pièces. Puis
ramassez le bol d’eau et dites :

Ô Brighid, Déesse du puits et de la flamme, je demande que


cette eau soit consacrée en votre nom, qu’elle puisse
nettoyer, purifier et bénir cette maison.
Puis, marchez dans votre maison en aspergeant d’eau le périmètre de
chaque pièce, une fois encore, uniquement dans le sens du soleil, et faites le
tour de toute la maison et de toutes les pièces.

(Si vous voulez être vraiment traditionnel, et qu’il est possible de tourner
dehors tout autour de votre habitation, vous pouvez alors asperger neuf fois
de suite le tour de la maison, puis retournez à l’âtre pour allumer le feu.)
Dites alors :

Ô Brighid, veuillez bénir cette maison : du site à l’étai, de


la solive au mur, d’un bout à l’autre, de la crête à la cave,
du jambage au faîtage, de fond en comble, de fond en comble.

Puis prenez place à l’endroit qui vous semble le plus central, l’âtre de votre

39
maison, et asseyez-vous et lisez ou dites à voix haute la bénédiction
suivante. Et ce faisant, imaginez que les bénédictions de Brighid ou de
l’Esprit voyagent à travers vous vers votre maison. Ressentez l’énergie de
l’acte de bénir qui rayonne pleinement à travers vous vers le monde lorsque
vous dites :

Une bénédiction sur cette maison,


Une bénédiction sur cet âtre
Une bénédiction sur ce…
(Si vous avez créé un espace sacré ou un sanctuaire à l’intérieur ou à
l’extérieur de votre maison, le moment est maintenant venu de le mentionner.
Servez-vous de n’importe quel terme vous plaisant tel que Sanctuaire,
Espace sacré, Cercle sacré ou Lieu de
Transformation/Méditation/Dévotion)

Une bénédiction sur mon herbe la plus haute.


Une bénédiction sur mes amis fidèles

Si vous avez des enfants dites :

Une bénédiction sur la croissance de mon fils/ma fille (mes)


Puis dites :
Une bénédiction sur les aides de la maisonnée
Une bénédiction sur mes parents,
Une bénédiction sur mon métier.
Une bénédiction sur mes biens et mes revenus,
Une bénédiction sur ceux de mon sang et ma famille par alliance,
Une bénédiction sur ce lieu de magie,
Une bénédiction sur le travail que j’accomplis.
Une bénédiction sur moi et sur ma maison dans la lumière
Ou dans l’obscurité.
Chaque jour et nuit de ma vie.

Passez quelque temps à ressentir les bénédictions invoquées infusant votre


maison et votre sanctuaire, et puis sentez ces bénédictions rayonner vers
l’extérieur, vers votre voisinage et vers le monde, comme des ronds dans
une mare. Puis, pour conclure, dites à voix haute :

Ô Grand Esprit/Dieu/Déesse. Ô Brighid de l’Âtre,

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Je vous remercie de vos bénédictions.
Soufflez la bougie et célébrez !

HISTOIRE
La bénédiction de cristal du début de ce chapitre est une bénédiction
traditionnelle écossaise, traduite du gaélique (en langue anglaise) et publiée
dans une collection en quatre volumes intitulée The Silver Bough (la
branche d’Argent), éditée par la spécialiste du folklore écossais, Marian
McNeill.

Les deux cérémonies sont basées sur des rites traditionnels, enregistrés
depuis la tradition orale en Écosse et retravaillés d’une très belle manière
par le spécialiste en folklore Alexander Carmichael dans son recueil,
Carmina Gadelica – Hymns and Incantations. Tout comme Carmichael a
adapté les versions originales, j’ai adapté sa version, car toute tradition qui
est vivante doit grandir et changer – et non se fossiliser. Le Carmina
Gadelica représente une des nombreuses sources d’inspiration de la forme
moderne de la wicca et de celle du druidisme.
L’auto-bénédiction a pour base une bénédiction destinée aux nouveau-nés,
laquelle était sans aucun doute d’origine druidique. Elle était utilisée en
Irlande aussi bien qu’en Écosse où elle a été enregistrée dans les Hautes
Terres sous sa forme chrétienne plus tardive. Elle y était encore pratiquée
jusqu’à il y a une centaine d’années et pourrait bien être encore en usage
aujourd’hui. Une fois le bébé né, il (ou elle) était passé par trois fois au-
dessus du feu, puis porté trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre
autour du feu, avant de recevoir de la sage-femme neuf aspersions d’eau.
Celle-ci récitait, avec chaque aspersion, un vers de cette bénédiction :

Une petite vague pour ta forme


Une petite vague pour ta voix
Une petite vague pour ton langage
Une petite vague pour tes moyens
Une petite vague pour ta générosité

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Une petite vague pour ton appétit
Une petite vague pour ta richesse
Une petite vague pour ta vie
Une petite vague pour ta santé
Neuf petites vagues de grâce pour toi,
Vagues du Donneur de Santé.

C’était la Bénédiction des Neuf Vagues. Neuf était un nombre sacré pour les
Celtes et la Déesse. Si vous aviez commis un crime horrible, vous étiez
placé dans un coracle et jeté à la mer – au-delà de la Neuvième Vague. Être
rejeté au-delà de la Neuvième Vague signifiait l’exil – la pire de toutes les
punitions. Mais à l’intérieur du cercle des neuf vagues, vous étiez chez
vous, proche de la terre de votre naissance qui vous protégerait et vous
nourrirait toujours, comme la Déesse elle-même. J’ai adapté les mots de
cette cérémonie pour convenir à la venue au monde non pas d’un bébé-
enfant, mais d’un bébé-disciple de la Tradition.
Demander la triple bénédiction de la terre, de la mer et du ciel est une
pratique profondément ancrée dans la tradition celtique. On prêtait
également serment sur ces éléments, comme le montre ce Serment des
Éléments venu de l’Irlande : « Si j’enfreins à votre confiance, que le ciel
me tombe sur la tête, que la mer me noie, que la terre se soulève et
m’engloutisse. »

La deuxième cérémonie est basée sur deux Bénédictions d’une Maison et là


aussi les mots des versions de Carmichael, qui peuvent être trouvées dans
le Carmina Gadelica, n’ont été que très légèrement modifiés.

Si vous connaissez la wicca ou le druidisme, vous pourriez souhaiter


effectuer cette initiation à l’intérieur d’un cercle sacré. Nous pouvons
remarquer ici quelques différences d’approche : la wicca tend à utiliser un
concept du cercle magique provenant des grimoires de la magie médiévale,
le concevant comme un objet protecteur pour séparer la sphère d’opération
sacrée du monde extérieur banal. Le druidisme tend, quant à lui, à
considérer le cercle comme étant symbolique de toute la Terre transformant
l’espace sacré en un microcosme de toute la Terre. Au lieu de voir cela
comme deux concepts distincts, en Druidcraft nous pouvons les inclure tous
les deux dans notre pratique, le cercle protégeant à la fois notre espace
sacré d’influences non désirées et en même temps considéré comme inclusif
– créant un microcosme du macrocosme.

42
Si vous ne savez ni tracer le cercle ni comment procéder à l’appel des
quartiers, la cérémonie sera, sans ces ajouts, tout aussi efficace.

Chapitre III

La Grotte
aux rêves

Les Voies de l’amour

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Je suis la Fertilité du Sillon,
dans lequel vous laissez tomber la graine de vie au temps des semailles.
Je suis co-créateur avec les Déesses et les Dieux,
Faisant naître la vie de mon sein puissant et sacré.
Boann et Bile
remplissent mes entrailles de semence et d’œuf fertile,
et la charrue taille mon image en la forme sacrée de
la Mère.
Je reçois la graine, je porte la vie
Créant art, et pensée, invention,
et humain à l’image du divin.

Oak Wyse

Au cœur de la magie et du désir de donner et de recevoir des bénédictions

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réside le pouvoir de l’amour. L’accent se porte de plus en plus, dans la
société moderne, sur l’amour romantique. Mais en réalité, notre amour peut
s’exprimer de nombreuses manières et une de nos tâches dans la poursuite
d’un chemin spirituel et dans l’apprentissage de la magie est d’élargir notre
compréhension et notre expression de l’amour. Suivre une voie spirituelle
basée sur la nature telle que la wicca, le druidisme ou le Druidcraft nous
encourage à aimer à une plus grande échelle. Cela favorise l’amour de la
terre, de la planète, du monde sauvage ; l’amour de la paix et de la beauté ;
l’amour du conte et du mythe ; l’amour de l’histoire et de la vénération des
ancêtres ; l’amour des arbres, des pierres et des animaux ; l’amour du corps
et de la sexualité ; l’amour du soleil, de la lune, des étoiles et du ciel ;
l’amour les uns des autres et l’amour de la vie. La grande contribution de la
wicca a été de suggérer une croyance commune à celle de l’alchimie de
l’Occident et des philosophies taoïstes et tantriques de l’Orient : c’est que
la création provient de l’amour entre deux aspects de la Déité, le féminin et
le masculin, le Dieu et la Déesse. Notre monde, toute vie, vient de cet
amour et est une expression d’amour. Nous nous relions à la force centrale
et au but de la création chaque fois que nous exprimons notre amour. Quand
nous faisons l’amour, nous reproduisons les débuts primordiaux de la
création. Le résultat de cette croyance est que la création et la sexualité sont
considérées comme étant sacrées et que toutes les étapes de notre vie
sexuelle peuvent être vécues comme des rites de passage et célébrées à
l’aide de rituels – rituels de naissance, de puberté, de mariage ou de
handfasting, de séparation et de mort. Ainsi, notre sexualité est reconnue
comme faisant partie intégrante de notre existence et elle est honorée,
célébrée et appréciée au lieu d’être considérée comme une source de honte.
Abordée ainsi, notre sexualité devient une source d’énergie et de guérison.

Le druidisme moderne, contrairement à la wicca, a eu tendance à porter son


attention sur le produit de l’union des deux principes divins, la créativité,
sous toutes ses formes. Mais une étude des anciennes histoires de la
tradition des bardes montre qu’une compréhension de l’importance de
l’amour et de la sexualité existait également dans la tradition druidique, de
sorte qu’aujourd’hui, la wicca et le druidisme peuvent tous deux partager la
croyance de leur sacralité.

LE CONTE DU BARDE
LE RÊVE D’AENGUS

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Dans l’Antiquité, le dieu de l’amour irlandais était connu sous le nom
d’Aengus Og. Né du puissant Dieu-père Dagda et de la Déesse Boanna de
la rivière Boyne, il possédait le plus beau visage jamais contemplé. Quatre
oiseaux radieux volaient au-dessus de sa tête, et leur chant était si tendre
que quiconque entendait cette mélodie tombait amoureux instantanément. Il
était dit que chaque oiseau était en réalité un baiser d’Aengus. Et les
femmes de toutes les régions de l’Irlande se languissaient d’apercevoir les
ailes aux couleurs vives de ces créatures magiques planant à leur côté, les
assurant de l’arrivée imminente de leur bien-aimé.

Cashel Aengus, la maison du dieu de l’Amour, n’était autre que le grand


temple de New Grange, qui se situe dans la vallée de sa mère, la Déesse
Boanna. Et il n’est pas étonnant que le plus magnifique de tous les temples
d’Irlande soit le palais du dieu de l’amour, car l’amour n’est-il pas le plus
magnifique des pouvoirs ?
La maison d’Aengus était bâtie d’énormes blocs de granit et de quartz blanc
qui étincelaient sous la lumière du soleil. Et tout comme l’amour naît de la
matrice de la mère tel un nouvel enfant pour la planète, la maison d’Aengus
était elle aussi construite à l’image de la matrice d’une femme. Et tout
comme l’amour d’un homme et d’une femme entraîne la conception d’un
enfant, c’était la maison d’Aengus qui dès l’aube attirait les rayons du soleil
du solstice d’hiver au plus profond de la matrice de cette colline sacrée.

Et là, à l’intérieur de cette colline, une nuit, alors qu’Aengus dormait, il fit
un rêve qui allait le hanter jour et nuit pendant les trois années suivantes.
Dans ce rêve, il vit d’abord un puissant dragon, et il grimpa sur son dos
avant de s’envoler vers le soleil. Puis d’un seul coup, ils dégringolèrent
vers la Terre pour survoler les eaux profondes d’un vaste lac. Et soudain, la
vision changea. Aengus se tenait seul sur le rivage du lac et s’avançant vers
lui avec dignité et majesté, était une femme d’une radiance et d’un calme
tels qu’il fut saisi de la plus profonde passion jamais éprouvée de mémoire
d’homme pour une femme.

Il étendit sa main vers elle et aussitôt ses mains et ses bras se


transformèrent en ailes de cygne. Et quand il regarda vers elle, elle aussi
avait acquis des ailes de cygne, jusqu’à ce que tout d’un coup ils se soient
tous deux complètement métamorphosés et qu’ils s’envolent ensemble, deux
cygnes blancs dans le ciel, planant et fondant sur le lac avant de voler vers
l’ouest, en direction du soleil couchant. À ce moment-là, il se réveilla,
sachant dans son âme qu’il ne pourrait s’arrêter avant d’avoir retrouvé cette

46
femme et de pouvoir la tenir serrée contre son cœur.
Pendant toute une année Aengus rêva chaque nuit de cette jeune fille,
jusqu’à s’en rendre malade d’amour et qu’aucune nourriture ne puisse plus
franchir ses lèvres. En apprenant la maladie de son fils, Boanna parcourut
l’Irlande à la recherche de la jeune fille qui hantait les rêves d’Aengus,
mais après qu’une autre année se soit écoulée, elle rentra sans avoir pu
retrouver la jeune fille. Alors le père du dieu, le Dagda, demanda au roi du
Sidhe de Mumu de la rechercher. Pendant toute une autre année, les hommes
de ce dernier fouillèrent l’île verte en long et en large jusqu’à ce que
finalement ils la découvrent marchant sur les bords du lac de la Bouche du
Dragon.
Aengus fut soulevé de son lit et transporté par chariot dans un château près
du lac. Pendant trois jours et trois nuits, ils festoyèrent avant qu’il soit
emmené au bord du lac. Et là, ils virent cent cinquante jeunes filles avançant
deux à deux au bord de l’eau, chaque paire jointe par une chaîne d’argent.
Mais il y avait une belle jeune fille plus grande que le reste, qui portait un
collier d’argent et qui était jointe à sa partenaire par une chaîne d’or.

« C’est elle ! C’est elle ! s’écria Aengus. Elle est la jeune fille de mes
rêves. Elle est ma dame de cœur ! »

Mais le Roi de Sidhe de Mumu éloigna Aengus. « C’est Yewberry, Caer


Ibormeith. Vous ne pouvez pas l’avoir. Elle est d’une autre tribu. »
Quand le Dagda entendit les nouvelles, il envoya un message au père de
Yewberry lui demandant une rencontre que celui-ci refusa répondant qu’il
ne donnerait jamais sa fille à Aengus. Et c’est ainsi que le Dagda et son
peuple attaquèrent la tribu du père de Yewberry tuant une soixantaine de ces
hommes et faisant captif le père de Yewberry.
Depuis son cachot suintant d’humidité, on lui demanda une fois de plus s’il
était prêt à céder Yewberry à Aengus, mais il refusa à nouveau en ajoutant :
« Je ne le peux pas, car ses pouvoirs sont plus grands que les miens. » Sous
la pression, il révéla qu’une année sur deux, au temps de Samhuinn,
Yewberry se transformait en cygne blanc en même temps que toutes ses
compagnes qu’Aengus avait vues à côté du lac.

La paix et l’amitié furent restaurées entre le Dagda et le père de Yewberry


et ce dernier fut libéré sur-le-champ. Comme Samhuinn approchait, Aengus
partit vers le lac de la Bouche du Dragon pour découvrir, quand le soleil

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commença sa descente vers l’horizon, cent cinquante cygnes réunis sur les
eaux tranquilles. Et se tenant debout sur le bord du lac il aperçut le plus
beau d’entre eux, paré d’un collier d’argent. « Yewberry ! Caer
Ibormeith ! », s’écria-t-il. Elle vola jusqu’à lui et il la prit dans ses bras.
Aussitôt ceux-ci se changèrent en ailes et son corps se transforma en celui
d’un cygne. Ils volèrent ensemble trois fois autour du lac, jusqu’à ce que
dans les derniers rayons du soleil couchant, ils se hâtent vers sa demeure de
Cashel Aengus.

Lorsque les deux cygnes se posèrent sur New Grange, ils chantèrent une
chanson d’une telle beauté que d’un seul coup les habitants du palais
tombèrent dans un sommeil profond et dormirent trois jours et trois nuits
comme s’ils étaient en transe pendant qu’Aengus et Yewberry partageaient
leur lit d’amour.
Et bien que Samhuinn ait pris fin, leur amour perdura et ils s’aimèrent pour
l’éternité.

LE COLLOQUE
Alors que la lune s’élève une fois de plus dans le ciel nocturne, vous
retournez avec vos compagnons d’études de l’École de la Forêt au bord de
la mer. À un bout de la plage, vous apercevez un feu allumé à côté de
l’entrée d’une grotte. Vous remontez le long de la plage et en vous
rapprochant vous distinguez Elidir assise près du feu.
Elle vous invite à prendre place et reste silencieuse un moment.

Assis, vous écoutez le bruit du crépitement des flammes et des vagues


déferlantes, sentant la chaleur du feu sur votre figure et votre corps, jusqu’à
ce qu’enfin Elidir se tourne vers Brendan et dise :
« Si vous voulez vraiment suivre cette voie, cela ne sert à rien de ne
travailler que superficiellement – en vous imaginant qu’il suffit de faire
brûler quelques herbes, de réciter quelques formules magiques afin de
pouvoir faire des miracles. Pour être capable de faire de la magie, vous
devez comprendre ce qui est au cœur de la vie, ce qui en est le moteur. »

Ayant dit cela, elle se penche et ramasse un morceau de bois qui gisait à
côté d’elle. Un bout d’étoffe enroulé à l’extrémité du bâton a été trempé

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dans du goudron. Elle plonge le bâton dans le feu et il s’enflamme
instantanément. « Venez avec moi », dit-elle, et vous la suivez tous à
l’intérieur de la grotte.
Le sable fin fait bientôt place aux cailloux et aux rochers lorsque vous
pénétrez plus en avant dans la grotte en pente douce.
Soudain Elidir se retourne et crie, « Regardez ! » Elle s’écarte pour révéler
un squelette dont les os sont à moitié enfouis dans le sable. « Beaucoup de
gens ont peur des squelettes. Ils ont peur que nous ne soyons que cela, que
la mort soit réellement la fin et qu’il n’existe en fait aucun sens profond à la
vie.

– Qu’en pensez-vous ? demande Brendan.

– Oh, il y a un sens ! », réplique-t-elle, en s’avançant de quelques pas et en


brandissant sa torche pour révéler le fond de la grotte. Et là, sur un rebord
rocheux, se trouvent deux formes – un homme et une femme. Ils sont tous
deux grands d’environ un mètre et sont sculptés dans des blocs d’un gros
tronc d’arbre. Bien que grossièrement taillés, vous vous apercevez que le
personnage masculin ressemble un peu au géant de Cerne Abbas – érection
comprise, et la forme féminine à la Vénus de Willendorf – une femme de
forte corpulence à l’ample poitrine.

Elidir pointe du doigt vers le squelette puis de nouveau vers les


personnages. « Ces os ne sont là que par leur amour l’un pour l’autre », dit-
elle fermement, puis elle se retourne et marche en direction de l’entrée de la
grotte. Vous la suivez jusqu’à ce que vous soyez de nouveau assis près du
feu.
« Ces deux personnages représentent le Dieu et la Déesse – les deux
grandes forces qui ensemble créent la vie. Au bout du compte, toute Vie
n’est qu’Une, mais la création n’aboutit que lorsque cet Un se polarise en
deux énergies. En Orient on appelle ces forces Yin et Yang. En Druidcraft, on
les nomme Dieu et Déesse. La même idée s’exprime dans la Qabalah, par
le fait que l’Arbre de Vie possède deux piliers, et un pilier au milieu
représentant l’endroit où ils s’unissent.

« C’est ce qui est à l’origine de la vie, continue Elidir. C’est ce que la


tradition tantrique orientale enseigne depuis des milliers d’années. Bien
entendu, de nombreuses mythologies à travers le monde parlent également
de ceci. Les Maoris de la Nouvelle-Zélande croient que le monde a été créé

49
par l’union du Dieu Ciel et de la Déesse Terre. Quand ils avaient des
enfants, il n’y avait pas de place pour qu’ils se tiennent debout parce que
leurs parents s’enlaçaient tellement fougueusement qu’ils étaient coincés
assis sur le ventre de leur mère ! Et donc Tane, l’aîné des frères et le dieu
des arbres, se dressa et sépara leurs corps de force permettant à la vie de
s’épanouir sur la Terre. C’est la même idée – la vie provient de l’union du
Dieu et de la Déesse.
– Cela veut-il dire que les monothéistes, tel que les chrétiens ont tort ?
demande Brendan.
– Pas nécessairement, répond Elidir. Par exemple, l’électricité est une
chose, une force unique, mais elle fonctionne en se divisant en deux
courants : positif et négatif. Si vous le considérez de cette manière, vous
pouvez dire que toute vie est Une, donc il n’existe qu’une déité représentant
le tout. Mais cette déité unique se manifeste sous forme de deux forces
complémentaires ou polarisées que nous pouvons appeler Dieu et Déesse.

– Mais pourquoi cette érection sur la statue ? Pourquoi mettre l’accent sur
la sexualité – ce n’est sûrement qu’un seul niveau de la vie – purement
biologique ? Cela ne peut sûrement pas être une image spirituelle ?
demande Brendan de nouveau.

– N’avez vous jamais vu les images des dieux égyptiens avant qu’ils ne
soient défigurés par la pudibonderie des Français et des Britanniques,
forces occupantes de l’Égypte ? demande Elidir. Quelques un échappèrent à
leur vandalisme et nous voyons des images des dieux les représentant
exactement de la même manière.

D’ailleurs, tout comme les anciens Égyptiens et les adeptes du taoïsme, du


tantrisme et de l’hindouisme, les druides autant que les wiccains
considèrent la sexualité comme étant sacrée et non pas sale ou néfaste. Les
gens qui pensent que la manière dont nous faisons l’amour et dont nous
concevons les enfants est dégoûtante sont simplement des ignorants. Les
manières dont l’amour se manifeste et dont la vie est créée sont belles et
sacrées – c’est pourquoi ces statues sont ici. »
Elidir observe une petite pause avant de continuer : « Aussi bien les
sorcières que les druides croient en la réincarnation – que nous entrons et
ressortons plusieurs fois de nos vies sur terre. Et quelle est la force motrice
de ce processus éducatif ? C’est le sexe bien sûr. Nous ne mourons que
parce que nous sommes nés. Et nous ne naissons que parce que nos parents

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ont fait l’amour. En nous donnant naissance, nos parents garantissent aussi
notre mort. L’acte d’union du masculin et du féminin est la cause à la fois de
la naissance et de la mort. Il conduit le processus de réincarnation, la Roue
de la Vie, encore et encore. Et là, au centre de cette roue de la Vie, se
trouvent le Dieu et la Déesse, la Mère et le Père éternels, unis par leur
amour, donnant naissance à la Création.

« De nombreux contes de bardes d’antan évoquent l’union du Dieu et de la


Déesse et l’un d’entre eux – le Conte de Taliesin – se situe au cœur même
de la tradition druidique. Le sujet de cette histoire traite d’une telle union et
de la manière dont elle donne naissance à la créativité sous forme du
meilleur barde du pays – Taliesin.
« Ces histoires sont précieuses et sacrées et vous pouvez les utiliser pour
unir dans votre cœur le Dieu et la Déesse – pour donner naissance à votre
Magicien Intérieur, votre Moi Créatif, votre propre Taliesin. »

PRATIQUE
Au cours du chapitre précédent nous avons appris à bénir et à être béni. Et
Elidir y concluait en disant : « Il n’y a finalement, en substance, peut-être
aucune différence entre donner et compassion, amour et bénédiction. ».
Dans ce chapitre, nous avons voyagé au cœur de ces qualités pour observer
leur source dans la relation avec deux aspects de la Déité, entre le Dieu et
la Déesse.
Ces deux aspects du divin existent en chacun d’entre nous. Pour devenir
magicien, et pour poursuivre une voie telle que le Druidcraft, un élément du
travail requis implique de prendre conscience de notre Dieu et de notre
Déesse Intérieurs, et de ressentir leur union en notre âme. En alchimie, c’est
un processus connu sous le nom de Mariage Alchimique ou de Conjunctio.

Dans la wicca, l’union du Dieu et de la Déesse est mise en scène par le


Grand Prêtre et la Grande Prêtresse au cours de ce qui s’appelle le Grand
Rite. La cérémonie suivante travaille avec le concept à l’origine de ce rite
bien qu’elle ne le rattache pas à l’union externe du Grand Prêtre et de la
Grande Prêtresse, mais à l’union alchimique du Dieu et de la Déesse au sein
de l’âme individuelle. Nous éludons ainsi d’emblée tous les problèmes

51
d’appartenance à un sexe ou à un autre, d’orientation sexuelle, de capacité à
occuper la position de Grand Prêtre ou de Grande Prêtresse, ou même de
savoir si quelqu’un dispose d’un partenaire avec qui exécuter un tel rituel.
De telles préoccupations deviennent immatérielles quand nous nous
concentrons sur la signification plus profonde du Dieu, de la Déesse et de
leur union. Cela est, dans la wicca, l’esprit véritable de La Charge de la
Déesse qui dit : « Si tu ne trouves pas ce que tu cherches à l’intérieur de
toi-même, tu ne le trouveras pas non plus hors de toi. Car, regarde, je
suis avec toi depuis le début et je suis ce que tu atteindras tout au bout du
désir. »

Cette cérémonie est adaptée de la Cérémonie en solitaire de Bealteinne de


l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides. Le festival de Bealteinne au 1er mai
dans l’hémisphère nord et au 31 octobre dans l’hémisphère sud est
traditionnellement le moment quand l’union du Dieu et de la Déesse est
célébrée dans la ronde païenne des huit fêtes saisonnières, mais le rituel
suivant peut être mis en scène à n’importe quelle date.

LE RITUEL D’UNION
Prenez une assez grande bougie et fixez-la au centre d’un bol. Remplissez le
bol d’eau – vous allumerez la bougie pendant la cérémonie. Placez, à un
mètre derrière le bol, deux bougies dans des bougeoirs. Ces deux bougies
doivent se trouver à un mètre l’une de l’autre afin de former un triangle
équilatéral comportant une bougie à chaque pointe. Commencez votre
cérémonie à environ un mètre des deux bougies normales de sorte que le bol
se situe à environ deux mètres devant vous. Si vous le souhaitez, utilisez des
fleurs et de l’encens pour mettre en valeur votre lieu sacré.

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Si vous savez tracer le cercle et invoquer les quatre directions, vous pouvez
avoir envie de le faire. Ou bien alors, commencez tout simplement par une
prière telle que:

Ô, Déesse de la Flamme et du Puits, Dieu du Vent et de la Mer, de l’Étoile


et de la Pierre, Dieu et Déesse de toute vie, je sollicite vos bénédictions
sur ceci, ma cérémonie. Je sollicite vos bénédictions sur ce chercheur des
méthodes de magie et de Druidcraft. Que je sois béni par le pouvoir de la
terre en dessous de moi, la mer autour de moi, et du ciel au-dessus de
moi !
Ou bien peut-être préférerez-vous :

Ô Déesse Brighid, Gardienne de la Flamme Sacrée, Gardienne du Puits


Sacré, Mère du Chant et de la Poésie, des Sages et des Talentueux, je
sollicite vos bénédictions sur ceci ma cérémonie. Je sollicite vos
bénédictions sur ce chercheur des méthodes de magie et de Druidcraft.
Que je sois béni par le pouvoir de la terre en dessous de moi, la mer
autour de moi, et du ciel au-dessus de moi !

Asseyez-vous et méditez un moment sur la manière dont vous êtes venu à


exister. Si cela vous convient, imaginez votre mère et votre père derrière
vous, et, derrière eux, leurs mères et leurs pères, et ainsi de suite afin de
pouvoir former le sommet d’un grand triangle de personnes s’étalant sur
plusieurs générations. Sentez comment la vie a voyagé à travers tous ces
êtres pour en arriver jusqu’à vous. Ressentez l’interaction entre le Masculin
et le Féminin, le sperme et l’œuf, le Dieu et la Déesse ayant pris place
durant des millénaires. Quelle en est l’origine ? Quand cela a-t-il
commencé ? Laissez ces questions sans réponses résonner en votre être.

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Puis ouvrez-vous à la Déesse, au divin Féminin, à tout ce que le terme
Femme ou Mère signifie pour vous et, intuitivement, dirigez-vous vers l’une
ou l’autre des bougies. Dites à voix haute :
Je me tourne vers la Lune
Je m’ouvre à la Déesse en moi.
Allumez la bougie et en le faisant, imaginez que vous activez l’aspect
féminin de votre propre être. Faites le choix conscient de vous ouvrir à cet
aspect de votre nature, et, quelles que soient vos sensations, émotions,
images et pensées, laissez-les apparaître, sans les questionner et sans les
juger.

Accordez-vous suffisamment le temps, puis une fois prêt, dirigez-vous vers


la bougie qui lui fait face et dites :

Je me tourne vers le Soleil.


Je m’ouvre au Dieu en moi.

Allumez la bougie et en le faisant, imaginez que vous activez l’aspect


masculin de votre propre être. Faites le choix conscient de vous ouvrir à cet
aspect de votre nature et, quelles que soient vos sensations, émotions,
images et pensées laissez-les se présenter, sans les questionner et sans les
juger.
Accordez-vous amplement le temps. Puis, une fois prêt, asseyez-vous,
tenez-vous debout ou agenouillez-vous, exactement entre les deux bougies
allumées, et ressentez les deux énergies s’écoulant en vous, stimulant et
réveillant les qualités correspondantes dans votre corps, votre esprit et
votre cœur.

Peut-être ressentirez-vous la présence de personnages, l’un masculin,


l’autre féminin, de part et d’autre, ou il se peut que vous déceliez une
présence animale à vos côtés. Vous pourriez visualiser les deux énergies
comme des rayons de couleurs différentes vous pénétrant. N’essayez pas de
forcer quoi que ce soit, ouvrez-vous simplement au flux de ces deux
énergies.

Puis, lorsque vous ressentirez ces deux énergies se rencontrant et se fondant


au sein de votre être, déplacez lentement votre main du côté que vous avez
associé avec le Féminin, afin qu’elle forme une sorte de bol, et pointez les
doigts de l’autre main (un ou deux doigts pointés et les autres repliés).

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Maintenez ces deux positions, aussi longtemps que vous le souhaitez, en les
ressentant en vous. En Orient, les mouvements sacrés des mains, comme
ceux-ci, en rituel ou en méditation, sont connus sous le nom de mudras.
Ensuite, lentement et délibérément, abaissez vos doigts pointés dans le bol
formé par votre autre main et dites :

J’unis les pouvoirs du Soleil et de la Lune en moi. De ma baguette je


deviens le père de l’Enfant, de ma coupe j’en deviens la mère. En moi vit
l’alchimie de cette union d’opposés. Que l’enfant magique de ma nature
créative fleurisse et s’épanouisse dans les mondes intérieur et extérieur.

Maintenez vos mains dans cette position aussi longtemps que vous le
désirez pour vous permettre d’être pleinement investi dans ce moment
d‘union. Puis séparez vos mains, passez les deux bougies et approchez-vous
du bol. Allumez la bougie dans le bol en disant :

Cette union est complète. Que Dieu et Déesse soient unis à jamais dans
mon âme. Que l’amour et les bénédictions, la créativité et la joie
s’écoulent de mon cœur et de mes mains, de mon corps et de tout mon
être. Tout est Un, Tout est Un, Tout est Un.

Méditez ou asseyez-vous en silence aussi longtemps que vous le souhaitez,


puis finissez la cérémonie en éteignant les trois bougies tout en disant :
Comme la radiance de cette cérémonie s’estompe, qu’elle puisse
s’allumer
comme une lumière en mon cœur. Que ma mémoire se souvienne de ce que
mes yeux et mes oreilles ont acquis.

Puis prononcez vos remerciements pour cette cérémonie, utilisant ces mots
ou vos propres paroles :

Ô Dieu et Déesse, je vous remercie de vos bénédictions et votre


inspiration. Cette cérémonie s’achève dans le Monde apparent. Que son
inspiration continue au sein de mon être.

Si vous aviez commencé votre cérémonie en traçant le cercle, il est temps


maintenant de le défaire.

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HISTOIRE
Le fait que la demeure d’Aengus Og, Dieu irlandais de l’Amour, soit le
temple mégalithique de New Grange est profondément important. À
l’intérieur de New Grange, chaque année lors du solstice d’hiver, Le Grand
Rite a lieu – un rayon de soleil pénètre jusqu’au cœur du temple, empruntant
un conduit spécifiquement construit à cet effet, et orienté précisément dans
la direction du lever de soleil du plein hiver. L’amour, la sexualité, la
création, la naissance et la relation indissoluble entre le Ciel et la Terre
sont représentés d’une manière qui réussit à unir le plus tangible des
éléments, la pierre, avec l’un des plus intangibles, la lumière.

Ces lointains ancêtres qui construisirent les monuments en pierre qui ornent
toujours l’Irlande et les îles Britanniques comprenaient que le processus
sexuel était sacré et fondamental à toute vie. Il est indéniable que New
Grange, Brugh na Boinne, fut bâti en tant que représentation symbolique de
la Déesse qui était fécondée par le Dieu, chaque année, lors du solstice
d’hiver. Cette imagerie se répète à Stonehenge lors du solstice d’été, les
premiers rayons pénétrant non pas une pièce close, mais un fer à cheval, un
chaudron, ou un trilithe. Le symbolisme sexuel de l’antique culture
mégalithique comprend les nombreuses pierres dressées qui sont clairement
phalliques, et les nombreux dolmens représentant la matrice de la Déesse.

En Cumbrie, près du Mur d’Hadrien, à la frontière entre l’Angleterre


et l’Écosse, a été découvert un autel druidique, du temps de l’Occupation
romaine. Il consiste en un phallus en érection taillé d’un seul bloc de pierre.
Sur son côté est gravée la représentation d’un serpent mordant un œuf. C’est
précisément la même image que l’on retrouve représentée par les tertres à
serpent des Amérindiens, dont le meilleur exemple se situe dans l’Ohio.
L’image d’un serpent tenant un œuf dans sa bouche suggère que les Anciens
connaissaient les détails de la conception – avec le serpent représentant le
sperme, et l’œuf, l’ovule. D’une manière ou d’une autre, peut-être
intuitivement, peut-être grâce à la voyance, il semble que les druides et les
tribus des Amérindiens qui construisirent les tertres à serpent auraient
deviné les mécanismes de la fécondation.

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Cette idée est corroborée par les anciennes pierres gravées découvertes en
Écosse ressemblantes exactement, observées à l’aide d’un microscope, à
des vues de sperme pénétrant l’ovule.
Les formations de roches naturelles d’Australie fournissent un ensemble
similaire d’associations symboliques correspondant aux populations
indigènes de ce continent. Des sites d’initiation masculine près d’Uluru en
Australie centrale, par exemple, sont situés à côté de pitons rocheux en
forme naturelle de phallus, alors que l’on trouve des sites d’initiation
féminine près de formations rocheuses ou d’ouvertures de grottes en forme
de vulve. La religion de l’ancienne Égypte était basée sur une
compréhension de la sacralité de la sexualité tout comme l’étaient
l’hindouisme, le taoïsme de la Chine, la Kabbale du Moyen-Orient et
l’alchimie de l’Europe.
Les religions patriarcales du judaïsme, de l’islam et du christianisme se
sont opposées vigoureusement à cette vision des choses et ont introduit des
cultures de culpabilité et de honte concernant les plaisirs et les joies du
corps. Cela résulta en une sexualité refoulée et déformée avec pour
conséquences d’intenses souffrances, la répression des femmes et des
punitions pour les actes de plaisirs physiques.

En Europe, lorsque le XIXᵉ siècle céda la place au XXᵉ siècle, de nombreux


intellectuels commencèrent à remettre en question les valeurs de leurs
cultures. Ils se tournèrent vers le paganisme pour obtenir l’inspiration d’une
spiritualité basée sur la célébration et l’appréciation, au lieu de la peur et
du dégoût, du corps physique et de ses instincts. Déjà dès 1889, l’écrivain
Edward Carpenter, dans Civilisation, Cause et Remède, avait exprimé le
sentiment de cette recherche d’une spiritualité de liberté et de sensualité en
écrivant :

Sur les hauts sommets, une fois de plus l’homme célébrera


avec des danses nues, la gloire de la forme humaine et de la
grande procession des étoiles. Et il acclamera la corne
brillante de la jeune lune qui, après une centaine de siècles,
revient chargée de tant de merveilleuses associations ; tous
les désirs ardents et tous les rêves et l’émerveillement de
générations de l’humanité, le culte d’Astarte et de Diane et
d’Isis ; de nouveau il réunira dans les bosquets sacrés la
passion et le plaisir de l’amour humain, avec ses sentiments
profonds du caractère sacré et de la beauté de la nature et

57
dehors, se présentant dénudé face au soleil, adorera
l’emblème de la splendeur éternelle qui brille au-dedans. Ce
même sens de perfection vitale et d’exaltation que l’on peut
retrouver chez les premiers peuples primitifs retournera un
millier de fois plus intense, défini, illustré et purifié, pour
irradier l’homme racheté et délivré.

Il suggère ici, dans un langage chargé et exagéré, que l’ancienne


compréhension préchrétienne de la sacralité du corps humain et de la
sexualité reviendrait pour nous libérer et nous inspirer. C’est exactement ce
qui est arrivé avec la réapparition du paganisme durant les dernières
décennies, en grande partie, grâce à l’initiative de Gerald Gardner.
Gardner était le père fondateur du mouvement de la sorcellerie moderne,
tout comme Ross Nichols était, d’une autre manière, le père fondateur du
druidisme moderne. Ils se sont probablement rencontrés pour la première
fois dans la Station Naturiste de Spielplatz, près de St Alban en Angleterre,
durant la Seconde Guerre mondiale. Bien que près d’une vingtaine d’années
les séparât, ils partageaient une fascination pour la mythologie, le folklore,
la religion et l’occultisme. Et ils aimaient tous les deux parler –
interminablement.

Le Naturisme était une idée qui se développa, dans les années 1920,
relevant du processus de libération des individus vis-à-vis des restrictions
sociales démodées qui avaient vu le jour à la suite de la Première Guerre
mondiale. Tout cela appartenait au mouvement du retour à la Nature dans
lequel les gens essayaient d’échapper aux horreurs de la guerre, à
l’aliénation de la vie urbaine et à l’industrialisation rampante. Ils ne
voulaient absolument rien, pas même de vêtements, entre eux et les forces
élémentaires de la Nature – l’eau, l’air et le soleil.

Nichols, professeur, végétarien et pacifiste était fasciné par la mythologie


de la Grande-Bretagne. Il aimait la procession des saisons au long de
l’année et avait publié, avant la guerre, de la poésie riche en images
saisonnières. Gardner, fonctionnaire à la retraite, avait passé la plus grande
partie de sa vie à l’étranger, en Malaisie. Il était lui aussi intrigué par la
mythologie – il était membre de la Société du Folklore et avait étudié les
spiritualités indigènes en Malaisie – et il était membre de l’Ancient Order
of Druids. Des années plus tard, en 1954, son ami Ross rejoignit l’Ordre à
son tour.

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Quand Nichols et Gardner se rencontrèrent dans les années 1930, dans la
Station Naturiste de Speilplatz, ils étaient déjà convaincus des dangers de la
répression sexuelle. Nichols écrivait que l’attitude chrétienne envers la
sexualité rendait en fait celle-ci diabolique, et ce faisant retardait le
développement humain. Il étudiait l’œuvre de Freud – pionnier de la
compréhension de l’importance de la sexualité et des dangers de sa
répression et lisait également les travaux de Jung, qui était fasciné par
l’alchimie et sa compréhension de la nature profonde et sacrée de la
sexualité en tant que véhicule du développement spirituel humain et de la
créativité.

Nichols s’intéressait également à la religion indienne du jaïnisme – il


aimait sa philosophie de non-violence, de non-attachement et son
végétarisme. Il écrivit une fois : « De toutes les communautés culturelles
connues, il semblerait le plus probable que l’origine du druidisme
provienne de la société des Jains. » Il expliqua ensuite leurs deux
divisions ; ceux qui ne portent pas de vêtements et qui sont appelés
Digambara, ce qui signifie littéralement habillé avec les quartiers du ciel,
habituellement traduit vêtu d’atmosphère ou vêtu de ciel ; et ceux connus
comme Shvetambara, habillé de blanc ou vêtu de blanc.
Nichols et Gardner étaient tous deux convaincus des bienfaits du Naturisme,
et ils avaient découvert que se libérer des vêtements dans un cadre naturel
libérait également l’esprit et l’âme. Tandis que Gardner prit la décision
osée d’introduire une spiritualité qui intégrait ce sens de la liberté dans les
manifestations du culte en décrétant que la wicca devait être pratiquée
skyclad soit vêtu de ciel, Nichols, quant à lui, confina le Naturisme à sa vie
privée et aux rencontres de ses amis druides dans sa retraite privée dans les
bois. Dans son druidisme public, il était vêtu de blanc.
Gardner était convaincu que l’union du Dieu et de la Déesse trônait au
centre de la création et ce thème se retrouve aussi au cœur de la wicca.
Dans le Grand Rite de la wicca, l’union du Dieu et de la Déesse est mise en
scène soit symboliquement, en plongeant l’athame (le poignard cérémonial)
dans le calice, soit explicitement, à travers l’union physique de la Grande
Prêtresse et du Grand Prêtre. Certains pensent que Gardner lui-même
introduisit ce thème et ce rite dans la wicca en raison de sa connaissance du
tantrisme et de la magie sexuelle du Deu Ordo Templi Orientis, car avant
Gardner, aucune évidence de cette pratique ne se retrouve dans la
sorcellerie populaire en Grande-Bretagne.

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Même si le Grand Rite est une contribution moderne, la culture
préchrétienne et la spiritualité en Grande-Bretagne et en Irlande étaient
imbues d’une compréhension de la centralité et de la sacralité de l’union
sexuelle. Les Anciens l’ont écrit dans la Terre comme le dit un proverbe
druidique, et les sites mégalithiques se caractérisent par une sexualité
inhérente dans leur symbolique. De plus, beaucoup d’histoires ancestrales,
comme celle du rêve d’Aengus, du conte de Taliesin et de l’histoire de
Kulwch et d’Olwen, traitent de l’union entre le Masculin et le Féminin.

Gardner avait compris instinctivement l’idée qu’une spiritualité destinée au


New Age, si elle aspirait à se libérer de la violence et de la répression des
religions patriarcales, avait besoin de célébrer le corps et la sexualité, et
l’union des principes masculin et féminin. Cette idée n’avait pas besoin
d’être importée de l’Orient – elle existait déjà au sein des pierres et de la
mythologie de l’Occident.
Il est également évident que les Anciens considéraient au sens le plus large
la sexualité, l’amour et la procréation. Leurs vies spirituelles et magiques
étaient vues comme cultivant la fécondité et l’abondance à tous les niveaux,
des actes physiques d’amour, à la création de beaux enfants, de belles
œuvres d’art, de récoltes riches et de bétail en bonne santé. Sur un plan
culturel, on en trouvait l’une des plus belles manifestations dans le travail
des bardes, qui pour incuber des poèmes, cherchaient l’inspiration de la
Déesse Ceridwen du Pays de Galles et de Brighid en Irlande du Sud, à
l’intérieur de pièces sombres et closes comme des matrices simulées,
desquelles ils émergeaient pour réciter leurs vers.
Nichols, lui-même poète, choisit de se concentrer sur les résultats de
l’Union Divine à l’intérieur de l’âme – la créativité sous toutes ses formes.
Gardner choisit pour sa part de se concentrer sur leur union. C’était comme
s’ils avaient chacun prêté attention au côté de l’équation qui correspondait
le mieux à leurs intérêts et à leurs personnalités et maintenant, 50 ans plus
tard, nous pouvons considérer la situation objectivement et voir que, bien
loin d’être contradictoires, les deux approches représentent en réalité deux
parties d’un tout. Cependant, séparément, leurs approches peuvent se
révéler problématiques.

Faire du mariage sacré du Dieu et de la Déesse le point de mire de la


wicca, et introduire l’idée d’une pratique du culte vêtu de ciel résultèrent
pour Gardner et ses adeptes en une série de problèmes.

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La wicca devint une cible facile, victime de l’attention des journalistes qui
révélaient les célébrations nues et qui évoquaient l’image scandaleuse de
rites sexuels derrière les rideaux fermés des banlieues. Et cela ne
s’arrangea en rien lorsque certains prirent le devant de la scène dans le but
de profiter de cet intérêt.

Un autre problème, plus créatif, émergea lorsque les païens qui n’étaient
pas hétérosexuels protestèrent contre la proéminence donnée par la wicca
de Gardner à la polarité des sexes. Par la suite, des auteurs mirent l’accent
sur une interprétation symbolique plutôt que littérale de cette polarité, en
disant que l’union sacrée exécutée dans le Grand Rite ne nécessite pas une
représentation physique de personnes de sexe opposé, mais une
représentation du Masculin et du Féminin en tant que principes divins ou
comme aspects intérieurs du Moi. Cela suffit à satisfaire certains wiccains
gays et lesbiennes. Mais lorsque l’idée initiale se révélât ne pas être une
tradition authentique et ancienne de la sorcellerie, de nombreux wiccains se
sentirent alors libres de créer des versions de la wicca excluant
complètement le Grand Rite et le concept de la polarité des sexes. Le
résultat fut le développement de la wicca Féministe, la wicca de la Déesse,
d’assemblées réservées aux hommes et de tout un assortiment de variations
diverses en théorie et en pratique de la wicca. De la même manière, quand
l’insistance d’être vêtu de ciel commença à être perçue, non pas comme un
dictat divin, mais une question de choix personnel, de nombreux wiccains
décidèrent de pratiquer habillés au lieu de nus.
Le druidisme évolua sans de tels problèmes. Le druidisme vêtu de ciel
n’avait jamais été suggéré ouvertement et Nichols ainsi que la plupart des
autres auteurs du druidisme, n’évoquèrent que rarement la question de la
sexualité ou des genres sexuels. De plus, les adeptes homosexuels et les
lesbiennes se sentaient tout autant les bienvenus dans le druidisme que les
hétérosexuels, de même que ceux qui auraient pu se sentir menacés par
l’idée d’avoir à participer nus aux célébrations. Les journalistes ne pouvant
photographier les druides de Stonehenge que solennellement vêtus, aucun
d’entre eux ne prit la peine d’infiltrer les groupes druidiques puisque dans
aucun des rites ne figurait cet objet de fascination perpétuelle – le sexe. Il
en résulta que le druidisme vint à être perçu comme une occupation plutôt
guindée et les images des druides à Stonehenge, comme celles des
hallebardiers de la Tour de Londres ou des régates des étudiants de
Cambridge sont devenues une des représentations typiques de la culture
britannique.

61
L’inconvénient pour le druidisme était qu’en évitant la sexualité, il en arriva
à être perçu par certains comme étant asexué, particulièrement par ceux qui
étaient libres de toute inhibition sexuelle ou de hontes corporelles, et cela
en contraste avec la sexualité évidente de la wicca. La nature inhérente de
la sexualité dans toute vie semblait être ignorée, ayant pour conséquence
l’absence parfois, d’une certaine joie de vivre dans les idées et le
cérémonial du druidisme.
Ces dernières années, la situation a changé et les problèmes rencontrés par
la wicca à ses débuts sont moins fréquents. Une familiarité plus grande des
concepts psychologiques entraîne que l’association simpliste du Dieu et de
la Déesse à un genre sexuel ne prévale plus si souvent. Alors que dans les
années 50, la nudité et la sexualité constituaient des idées explosives, elles
sont devenues à présent des sujets acceptables de culture populaire. Même
si la majorité des druides et de nombreux wiccains préfèrent rester habillés,
un certain nombre d’entre eux ont découvert que travailler vêtu de ciel, loin
d’encourager un voyeurisme salace, de l’exhibitionnisme ou des écarts de
conduite sexuelle, engendre, de fait, un sentiment de communauté, de
rapprochement à la Nature et, suscite des sentiments d’humilité,
d’innocence et de liberté. Que les druides d’antan tout comme les jaïns aient
pu ou non travailler nus reste à débattre et essentiellement dénué
d’importance. Le druidisme se développe et évolue constamment et les
idéaux du Naturisme adoptés par Nichols sont en complet accord avec ceux
du druidisme. De plus, une étude attentive des anciens contes bardiques
évoque une spiritualité fondamentalement alchimique et qui partage une
compréhension de la sacralité de la sexualité avec des traditions telles que
le taoïsme et le tantrisme. L’introduction dans la wicca moderne du thème
de l’union du Dieu et de la Déesse crée une passerelle intéressante entre les
deux traditions, car, si le druidisme peut fournir grâce aux contes des bardes
la base historique de ce thème central de la wicca moderne, alors l’une des
plus importantes différences entre les deux traditions s’évapore tout
simplement.

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Chapitre IV

Le Bosquet
des Étoiles d’Été
Les Voies de la terre
et de ses saisons

Trois bonnes choses en celui qui tient à une bonne santé :


Suffisamment de sommeil à Bealtinna (au printemps),
Suffisamment de nourriture à Meansamhradh (au plein été),
Suffisamment de feu à Geambradh (en hiver)

Triade irlandaise

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Travailler avec les forces de la nature constitue une des activités
principales à la fois du druidisme et de la wicca – et donc du Druidcraft.
Savoir travailler avec les marées de la Terre, de la lune et du soleil est
d’une importance vitale si nous souhaitons le faire avec la Nature et non
contre Elle. Lorsque nous vivons dans un monde de béton et de verre,
coupés des cycles et des énergies du monde naturel, nous perdons notre
énergie et nous nous sentons fatigués ou déprimés. Mais si nous réussissons
à rétablir le contact avec la nature et ses saisons, nous nous sentons plus
vivants, plus joyeux. La wicca et le druidisme célèbrent tous deux huit
moments de l’année pour nous aider à y parvenir. Il existe plusieurs façons
de marquer ces huit occasions, allant des rituels complets partagés avec
d’autres sur un site sacré comme à Stonehenge ou Glastonbury, jusqu’aux
pratiques informelles, en solitaire, en famille ou entre amis. Au cœur des
pratiques druidiques, wiccaines et du Druidcraft, on trouve la célébration
des fêtes saisonnières et dans cette leçon nous apprenons ce qu’est ce cycle
des huit fêtes et comment nous pouvons utiliser les énergies des saisons en
magie pratique.

LE CONTE DU BARDE
LA VIE DE BRIGHID
Le grand Dieu-père des druides d’Irlande était connu sous le nom du Dagda.
C’était un être puissant qui possédait un vaste chaudron tellement immense
que des mondes entiers pouvaient être brassés dans ses profondeurs. Il

64
tailla une énorme cuillère afin de pouvoir remuer le chaudron et, parmi les
dieux, il existait un sport consistant à s’allonger ensemble dans la cuillère
de leur père pendant qu’il la tournait en rond autour de la masse
tourbillonnante des atomes que l’on nomme le cosmos.
Une nuit, alors que la foudre zébrait le ciel et que tous les cieux semblaient
s’ouvrir, la fille du Dagda fit son entrée dans le monde. Personne ne connaît
le nom de sa mère. Peut-être était-elle la voûte céleste elle-même ou la lune
qui brille d’un tel éclat dans nos cieux. C’était peut-être la Déesse de la
Forêt et de la Terre profonde. Peut-être venait-elle de la constellation de la
Grande Ourse dans le ciel septentrional.
Bien que certains murmurent que c’était Anu, Danu ou Dana de la Tuatha de
Danaan, en réalité nous ne connaîtrons jamais son nom. Mais de sa matrice,
naquit un enfant d’une beauté intemporelle aux longs cheveux dorés et aux
yeux sombres noisette, aux membres solides et d’un tempérament à la fois
fougueux et aussi profond que le plus profond des océans.

Le Dagda sut immédiatement son nom. « Nous t’appellerons Brighid ! »


déclara-t-il à la petite fille qui était née sur la Terre au moment où les
premiers perce-neiges commençaient à y faire leur apparition. Sa force et sa
beauté décuplaient avec chaque jour qui passait, jusqu’à ce que finalement
elle se tienne, face à son père, devenue une jeune femme – une jeune déesse.
« Père, laissez-moi maintenant aller dans le monde, dit-elle au Dagda.
Regardez mes frères. Déjà ils sont à l’œuvre : Ogma inspirant les écrits des
hommes et des femmes, Aengus ouvrant leurs cœurs à l’amour, Donn les
guidant à leur mort vers les îles Bénies. Je veux moi aussi inspirer le cœur
des gens de la Terre.

– Ton frère Ogma a enseigné l’art de l’écriture et de la littérature, répliqua


son père, mais tu dois leur apprendre comment aller au plus profond des
choses grâce à leurs mots – comment trouver le chant de leurs âmes. Tu dois
leur apprendre à chanter avec leur cœur. Tu dois introduire l’art de la
poésie au monde. »

Cela plut à Brighid, car elle n’aimait rien davantage que de donner au mot
parlé sa mélodie – faisant rimer et scander les mots jusqu’à ce qu’ils
s’envolent et dansent dans l’air devant elle. Mais elle désirait encore plus.
Elle savait qu’elle avait bien plus à offrir. « Donnez-moi plus de tâches à
accomplir, père ! le pria-t-elle.
– Très bien, répliqua-t-il. Apprends-leur non seulement comment faire

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naître la poésie, mais également comment donner naissance à eux-mêmes.
Apprends-leur l’art de la sage-femme. Montre-leur comment donner
naissance non seulement à la beauté du langage, mais aussi à la beauté de
leurs propres corps. Deviens la Déesse de la Naissance, tout comme ton
frère Donn est le Dieu de la Mort.

– Mais je veux encore plus de choses ! s’écria Brighid à nouveau. Je peux


faire mieux, car mes membres et mon cœur sont habités de feu et je voudrais
aider le monde et ses créatures.
– Si tu souhaites les aider, dit le Dagda, alors prends soin de leurs maux,
soigne les maladies de leurs corps et de leurs âmes et deviens la Déesse de
la Guérison. »
Et c’est ainsi que Brighid devint la Déesse des Poètes, des Sages-femmes et
des Guérisseurs.
Un jour, pendant qu’elle s’en allait de par la terre touchant de son
inspiration le cœur des gens, et leurs corps de guérison, elle rencontra le
grand dieu-forgeron Goibniu.

Elle se tenait à la porte de sa forge, captivée par les flammes rugissant dans
son fourneau. À chaque coup de son puissant marteau sur l’épée qu’il
forgeait, Brighid sentait une poussée d’envie dans son cœur. Elle aussi
languissait d’envie de manier le marteau et de forger de belles choses sur
l’enclume.
Goibniu se tourna vers la porte et sourit en la découvrant là. Il lui tendit son
marteau en disant : « Déesse du Puits de la Guérison, vous êtes aussi la
Déesse du feu punitif. Pas de guérison possible sans le feu de la vie, pas de
beauté sans la source de souffrance et de renaissance. Tenez, prenez mon
marteau, forgez l’épée. Refaites à neuf le monde chaque jour ! » Et alors la
Déesse saisit le marteau et devint la Déesse de tous les Forgerons ; elle
forgerait le fer aussi bien que les poèmes et les naissances, elle inspirerait
les artisans tout comme les poètes, et les sages-femmes et les guérisseurs.

Et c’est ainsi en l’an 455 apr. J.-C., à Faughart, dans le comté de Down, en
Irlande, que la sage-femme mettant au monde la petite fille du druide
Dubhtach et de sa femme sollicita les bénédictions de la Déesse Brighid.
Elle saisit le nouveau-né et, louant Brighid, elle passa le bébé par trois fois
au-dessus du feu de l’âtre pendant que Dubhach et sa femme regardaient la
scène avec joie. Puis portant l’enfant, elle tourna trois fois autour du feu, en

66
appelant de nouveau Brighid, pour la remercier et pour en faire l’éloge.
Finalement, elle apporta le petit être à ses parents qui, embrassant l’enfant,
acquiescèrent d’un signe de tête lorsque Dubhtach leva un bol d’eau puisée,
près de là, du puits sacré de la Déesse Brighid. La sage-femme trempa ses
doigts neuf fois de suite dans le bol et sollicita à chaque fois des
bénédictions pour l’enfant.

Ils appelèrent l’enfant Brighid en signe de reconnaissance pour la Déesse


qui lui avait donné une telle santé et tant de beauté. Certains prétendaient
que Dubhach la nourrissait du lait des vaches de l’Autre Monde. Ils le
voyaient disparaître la nuit dans la forêt avec des seaux vides et certains qui
l’avaient suivi rapportèrent qu’ils le voyaient pénétrer dans une clairière où
se trouvait une grande vache sous un rayon de clair de lune. Dubhtach
trayait la vache jusqu’à ce que les deux seaux débordent, puis, après avoir
tapoté les flancs de l’animal, il quittait la clairière, laquelle se volatilisait
par la suite purement et simplement.
Pendant que l’enfant grandissait, la nouvelle foi du christianisme se
disséminait à travers le pays, jusqu’à ce que Brighid elle-même devienne
une chrétienne, et soit finalement ordonnée religieuse par l’Évêque
d’Ardagh. Elle fonda, à l’ombre d’un chêne puissant, une communauté
religieuse qu’elle nomma l’église du Chêne, un nom inspiré par la foi dans
laquelle elle était née – la foi des sages du chêne, les druides.

La capacité de Brighid à guérir et la compassion qui émanait de son cœur


furent telles que moins d’un siècle après sa mort elle fut béatifiée. Les puits
consacrés à la Déesse Brighid devinrent les puits consacrés de sainte
Brighid. La fête d’Imbolc le 1er février, qui avait toujours été consacrée à la
Déesse Brighid, devint alors le jour de la sainte Brighid.

La déesse et la sainte, l’humain et le divin, se mélangeait dans la mémoire


et dans la compréhension des gens. Et, au fur et à mesure que sainte Brighid
vieillissait, elle le faisait avec la rotation lente de la Terre, de manière que
dans sa jeunesse elle fut comme le printemps tiède, apparaissant pour la
première fois de l’année en février. Puis, dansant, à Bealteinne, au passage
du printemps en été, comme sa jeunesse se transformait en l’âge adulte, elle
devint connue comme la mère des âmes, certains l’appelant même la mère
nourricière du Christ. Quand l’été de sa vie se transforma en automne, elle
passa de Bealteinne et du plein été au temps de Lammas, ou Lughnasadh,
l’époque des récoltes. Les blés dorés des champs étaient assortis à la
couleur dorée de ses cheveux qui encore maintenant brillaient aussi

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vivement au soleil que lorsqu’elle était jeune fille.
Puis, alors que le temps de la récolte avait apporté l’automne, Brighid
devint la Guérisseuse des Âmes, la Femme Sage.
Et, en tant que sage-femme, elle assista d’autres à donner naissance aux
enfants de leur amour et de leur esprit créatif, jusqu’à ce qu’à la fin, à
Samhuinn, alors que l’hiver arpentait la terre, Brighid devienne enfin la
Vieille Femme, la crone, la Cailleach. Finalement, en l’an 525 après J.-C,
entourée de ses dévoués disciples, sainte Brighid décéda, voyageant jusqu’à
l’Autre Monde pour y rencontrer peut-être non seulement le Christ auquel
elle avait voué sa vie, mais aussi la Déesse Brighid à laquelle elle resterait
toujours liée par le nom et par l’esprit.

LE COLLOQUE
On trouve en Avronelle un Bois sacré – un lieu réservé à l’enseignement et
aux rituels. Là, assise près du feu au centre du Bosquet, se trouve Elidir et
son colloque avec Brendan débute :
« Je voulais que nous nous rencontrions ici, pour vous parler d’un des plus
importants aspects de Druidcraft. Ici, nous appelons notre bosquet : le
Bosquet des Étoiles d’Été. Au temps jadis, les occultistes pensaient que la
magie était ce qui avait lieu dans un temple. Nous, par contre, croyons que
la magie est ce qui se déroule tout autour de nous dans le monde de la
Nature. Et une des manières de nous ouvrir à cette magie est de célébrer les
huit fêtes saisonnières dans des endroits comme ce Bois sacré.

– Est-ce la seule sorte de magie avec laquelle vous travaillez ? demande


Brendan.

– Non, répond aussitôt Elidir. Différentes sortes de magie existent visant à


vous transformer, ou à influencer le monde, mais j’en parlerai une autre
fois. Et comme vous le découvrirez, il est essentiel de comprendre d’abord
la sorte de magie dont je vais vous parler maintenant, car si vous voulez
poursuivre le genre de magie pratique que je vous enseignerai plus tard,
vous aurez besoin de savoir comment travailler avec les énergies du soleil,
de la lune et de la Terre – et non pas contre elles.

« Donc, laissez-moi vous parler des huit fêtes, et pendant que je vous en

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parle je vous enseignerai également un petit peu de la magie saisonnière
dont vous aurez besoin quand vous commencerez, dans une autre leçon, le
travail de la magie pratique. » Elidir ramasse alors sa baguette, qu’elle
avait posée sur le sol près d’elle, et trace un cercle dans la terre devant
Brendan.

« Toutes les six semaines à peu près, nous réalisons une cérémonie, en
solitaire ou avec d’autres, pour nous ouvrir à la magie du moment de
l’année dans lequel nous nous trouvons.
Cela constitue un cycle annuel de huit cérémonies : les deux solstices et les
deux équinoxes, et les quatre cérémonies de quartier croisé, comme on les
appelle. Il existe plusieurs noms pour ces cérémonies, mais voici eux que
nous utilisons. »Elidir trace alors ce qui ressemble à une roue à huit rayons,
et puis, pointant vers chaque rayon, elle énonce les noms et les dates de
chaque fête.« Les dates des solstices et des équinoxes sont fixes
puisqu’elles marquent des événements astronomiques précis. Mais celles
des célébrations des autres fêtes peuvent être modifiées, car elles indiquent
les changements des saisons, variant un peu d’un endroit à l’autre et selon
les différents climats.
« Une des meilleures manières pour comprendre ce cycle des huit fêtes est
de suivre le voyage de la Terre Mère, ou Mère Nature tout au long de
l’année.

Nous pouvons, bien sûr, commencer à partir de n’importe quel moment


parce que tout comme la Terre, l’année continue toujours à tourner en rond.
Mais commençons par le moment que l’on est venu à connaître comme la
fête de Brighid, Imbolc, le 1er février – le moment où le printemps
commence tout juste à se réveiller dans nos terres. Si vous viviez dans
l’hémisphère sud, vous auriez à inverser toutes les dates. Là-bas, Imbolc
débute le 1er août.– Dans l’hémisphère nord, tout au moins en Grande-
Bretagne, il gèle en février ! Le printemps ne peut

69
sûrement pas
commencer à ce moment-là ? demande Brendan.

– Prêtez-y attention au prochain février si vous ne me croyez pas, répond en


souriant Elidir. Le printemps, à ce moment-là, commence à peine à
s’avancer vers nous sur la pointe des pieds. Les premières fleurs de l’année
– les perce-neiges – commencent à apparaître, et il y a un changement
d’énergie sous la terre, car toutes les plantes commencent à remuer, comme
des créatures sortant lentement de leur hibernation. Puis l’équinoxe de
printemps arrive en mars, et le printemps est alors officiellement avec nous
– bien que mars puisse parfois être horriblement froid.
Finalement, le printemps est pleinement en vigueur le 1er mai lorsque toutes
les fleurs sont écloses et que la sève monte partout – même chez les gens !

« C’est le moment de la Déesse Terre, quand l’Enfant se développe en


Jeune Fille », dit-elle, traçant un autre cercle dans la Terre, le découpant en
quatre à l’aide de deux traits épais perpendiculaires, comme un hotcross
bun, (petit pain sucré aux fruits confits marqué d’une croix en sucre et qui
se mange le vendredi saint). Puis elle continue, pointant vers le quartier
droit : « Tout comme la lune naît de l’obscurité et croît à partir du plus petit
morceau, jusqu’à la pleine lune, la Nature semble également renaître à ce
moment, en surgissant de l’obscurité de l’hiver. Alors que la chaleur
augmente, les plantes recommencent à pousser et cette activité se poursuit
jusqu’au moment où la fertilité atteint son maximum à Bealteinne.

« Essayez de saisir maintenant, juste hors de portée de votre esprit

70
rationnel, la relation entre la Terre, la Lune et le Soleil. Ressentez la force
graduellement croissante du Soleil alors que la roue de l’année passe de
février à mai.
Et, au fil de son mouvement, vous pouvez voir la Terre devenant plus verte,
les fleurs s’ouvrant et les animaux et les gens s’accouplant.
Les statistiques montrent que, chez les couples dans l’hémisphère nord, la
fréquence d’accouplement est la plus haute entre mars et juin, avec son
niveau maximal en mai, et que l’activité sexuelle augmente également de
fréquence à l’approche de la pleine lune. Toute cette période – la période
de croissance de l’année – est gouvernée par la Marée des Semailles. C’est
le moment où la Nature nous presse de semer des graines physiques ou des
graines de projets, d’idées et de sentiments, qui se réaliseront dans la
prochaine phase de l’année.

« La phase suivante, continue Elidir, est gouvernée par la Marée de la


Croissance – du printemps à l’été. Elle commence au moment de
Bealteinne, que vous pourriez aussi considérer comme la première lueur de
l’été, et elle culmine au moment du solstice d’été en juin, finissant au
moment de Lughnasadh, le 1er août. C’est le moment où les graines plantées
lors de la marée précédente grandissent dans le ventre de la Déesse Terre.
Elle n’est maintenant plus la Jeune Fille – elle est devenue la Mère.

Comme la pleine lune, sa matrice se remplit, jusqu’à ce qu’à Lughnasadh


elle donne naissance, et que nous recevions d’elle ses récoltes et ses fruits.

« La première phase des Semailles est bonne pour la magie qui encourage

71
les nouveaux projets – quand quelque chose est nouveau ou débute et
nécessite un peu d’aide. Maintenant, dans cette seconde phase de
Croissance, nous utilisons la magie pour les gens ou les choses qui ont
besoin de nourriture et de soutien. C’est le moment du maternage, donc
également un bon moment pour pratiquer la magie de guérison.

« Puis la troisième phase débute, qui est gouvernée par la Marée de la


Récolte. Elle commence à Lughnasadh, qui marque le début de la saison des
moissons, culmine à l’équinoxe d’automne en septembre et se termine
finalement fin octobre à la Samhuinn – Halloween (Veille de la Toussaint).
Elle correspond au moment de la lune décroissante, quand la Mère a rempli
son rôle et peut passer à la phase mûre représentée par la Femme Sage –
possédant toujours en elle le pouvoir de la Jeune Fille et de la Mère, mais
ayant maintenant la maturité et l’expérience pour réussir la transformation
de ces énergies en sagesse.

– Je croyais qu’il n’y avait que trois aspects de la Déesse – Jeune Fille,
Mère et Vieille Femme ? demande Brendan, l’air perplexe.
– Il n’y a pas que trois phases de la lune n’est-ce pas ? répond Elidir.
Demandez à n’importe quelle femme qui est en train de quitter la phase de
la maternité si elle est prête à devenir la Vieille Femme et elle répondra :
“Non merci, pas tout de suite !”

« Non, cette troisième phase est le temps de la moisson, ce joli temps


d’automne quand on peut s’asseoir et jouir des fruits de son travail effectué
au printemps et en été. Nous ne sommes pas encore vieilles, nous sommes
simplement adultes – entre deux âges si vous préférez !

72
« Comme c’est l’époque
de la diminution – des pouvoirs décroissants du soleil –, il est aussi associé
à la lune décroissante. C’est le moment d’utiliser la magie pour conclure les
choses, les amener à leur fin ou à leur réalisation. C’est le moment choisi
pour ceux d’entre nous qui peinent à terminer quoi que ce soit, et un bon
moment aussi pour un divorce ou une séparation.

– Et le dernier quartier ? l’interroge Brendan.


– Ah, c’est le Temps Sombre, répond Elidir, le temps gouverné par la
Marée de la Mort et du Renouvellement. C’est le moment de la Lune
Sombre (Nouvelle Lune), quand on ne peut pas la voir dans le ciel. Elle
commence à Samhuinn en novembre, culmine au solstice d’hiver en
décembre et se termine à Imbolc au moment où la Déesse renaît en enfant.

« D’ici novembre, tout a l’air mort – les feuilles sont tombées des arbres, les
neiges atteignent les hauteurs. La Déesse ne parcourt plus le pays sous les
traits de la Femme Sage, mais en Vieille Femme.
« Nous évitons d’utiliser la magie pendant ce temps de l’année. C’est le
moment d’intérioriser nos énergies, de laisser le pouvoir nutritif de
l’obscurité nous soutenir, tout comme le sol nourrit la plante tout au long de
l’hiver. Et puis, bien sûr, c’est le retour d’Imbolc et la Déesse de la Terre
renaît avec les premières fleurs du printemps.

73
– Mais pourquoi seulement la Déesse ? Qu’est-il advenu du Dieu ?
demande Brendan, l’air déconcerté que le Dieu semble avoir été totalement
tenu à l’écart.
– Je parle symboliquement et non pas au sens propre, répond Elidir. Je
pourrais parler de tout cela en terme du Dieu, étant né enfant à Imbolc, se
transformant en Jeune Amant à Bealteinne, devenant le Père jusqu’au
moment de la moisson à Lughnasadh, puis prenant la forme du Sage ou de
l’Homme Mûr pendant l’automne, jusqu’à ce qu’il devienne l’Ancien durant
l’hiver.
« Ou bien, je pourrais complètement omettre l’appartenance à un genre
sexuel et parler du printemps étant le Temps de l’Enfant grandissant pour
atteindre le Temps de l’Amour, l’été comme le temps du Parent, l’automne
comme le temps de la Maturité et de la Sagesse et l’hiver comme le temps
des Aînés.

C’est simplement que plus vous rendez les choses abstraites, et plus elles
perdent en couleur et en pouvoir évocateur.

– Je comprends, répond Brendan, mais il y a une chose que je n’ai pas tout à
fait comprise. Vous avez parlé des phases de la lune et des saisons, mais la
lune traverse ses quatre phases treize fois par an, donc chaque saison
comprendra plusieurs fois toutes les phases de la lune.

– Une fois de plus, je ne parlais pas littéralement, réplique Elidir. Par

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association, la marée croissante de chaleur et d’énergie que nous
connaissons au printemps est comme l’énergie et les sensations de la lune
croissante. L’énergie généreuse et puissante de la pleine lune est comme le
moment en été où l’énergie atteint son maximum. Puis, comme nous amorçons
la descente vers l’automne, cela ressemble au déclin de la lune dans sa
phase décroissante. L’énergie baisse graduellement jusqu’à ce que nous
entrions la période sombre de l’année, qui est comme le temps de la Lune
Sombre ou Nouvelle Lune comme certains l’appellent.

« Donc, le meilleur moment pour utiliser la magie qui nécessite un pouvoir


croissant, un pouvoir grandissant est au printemps pendant la lune
croissante. Le meilleur moment pour la magie de guérison ou de soins est en
été pendant la pleine lune.
Et celui pour la magie qui aide à réaliser et à achever est en automne
pendant une lune décroissante. Vous travaillez alors avec le flux des
énergies de la Lune, du Soleil et de la Terre – s’écoulant toutes dans la
même direction. Mais parfois, vous ne pouvez pas attendre l’arrivée de la
saison appropriée, auquel cas vous n’utilisez que le cycle de la lune.

« Vous pouvez vous rendre compte que nous travaillons ainsi d’une manière
magique avec le pouvoir des saisons – avec le pouvoir de la Terre, du
Soleil et de la Lune. Mais même si vous ne souhaitez pas faire appel à la
magie pratique, vous pouvez toujours fêter le cycle de l’année, car en vous
arrêtant, de temps en temps, et en tenant compte des saisons, en vous
ouvrant à leurs dons, vous créez l’occasion d’effectuer votre propre mise à
jour.

La plupart des gens sont trop occupés pour prendre le temps de s’arrêter et
de jouir de la vie autour d’eux et de s’en émerveiller.

Donc, pourquoi ne pas faire une pause, d’une ou deux heures, lors de ces
huit moments de l’année au moins et vous rendre compte de l’endroit où
vous vous trouvez dans la grande roue de l’année ?
Ouvrez-vous aux énergies de la Terre, du ciel, du soleil, de la lune et des
étoiles et respirez profondément.

Célébrez avec famille et amis et partagez ensemble un repas spécial. Et si


vous le pouvez, faites une cérémonie qui vous aidera à vous remettre au
diapason des rythmes de la vie et de la Nature. »

75
PRATIQUE
UNE CÉRÉMONIE DE BRIGHID
Vous travaillerez dans cette cérémonie avec l’énergie de la Déesse. Bien
que cette cérémonie se concentre sur l’archétype de la déesse celtique
Brighid, n’hésitez pas à travailler avec un autre archétype si vous le
préférez, ou choisissez simplement une force féminine de pouvoir de
guérison. Laissez vos propres images/sentiments apparaître.

Préparez, d’un côté de votre pièce ou de votre lieu sacré, un autel ou une
table, avec des perce-neiges ou d’autres fleurs, un bol de lait, ainsi que tout
symbole et offrande vous semblant approprié. Placez également dessus ou
devant sur le sol, un large récipient rempli d’eau avec huit bougies
flottantes éteintes. Idéalement, disposez votre autel dans la direction du
nord-est. Ceci n’est pas essentiel et il peut vous être plus pratique de le
disposer dans une direction différente.
Au centre, allumez une seule bougie. Vous pouvez encore, si vous le
souhaitez, allumer une bougie aux Nord, Sud, Est et Ouest.

Préparer un instrument à vent quelconque – si ce n’est pas un véritable


instrument comme une flûte, une bouteille d’eau à moitié pleine dans
laquelle vous pourrez souffler sera idéale. Trouver aussi une prière, un
poème ou un texte à lire faisant l’éloge du Féminin, ou de la Déesse, à
utiliser pendant la cérémonie.
Lorsque vous êtes prêt à commencer, asseyez-vous de l’autre côté de votre
cercle ou de la pièce afin de faire face à votre autel par-delà la bougie
centrale.

Si vous savez tracer le cercle et invoquer les quatre directions, vous pouvez
le faire. Sinon, commencez simplement par cette prière :

76
Ô Déesse de la Flamme et du Puits. Dieu du Vent et de la Mer, de l’Étoile
et de la Pierre, Dieu et Déesse de toute vie, je sollicite vos bénédictions
sur ceci ma cérémonie. Je sollicite vos bénédictions sur ce chercheur des
méthodes de magie et de Druidcraft. Que je sois béni par le pouvoir de la
terre en dessous de moi, de la mer autour de moi, et du ciel au-dessus de
moi !

Ou vous préférerez peut-être :


Ô Déesse Brighid, Gardienne de la Flamme Sacrée, Gardienne du Puits
Sacré, Mère du chant et de la Poésie, des Sages et des Talentueux, je
sollicite vos bénédictions sur ceci ma cérémonie.

Je sollicite vos bénédictions sur ce chercheur des méthodes de magie et


de Druidcraft. Que je sois béni par le pouvoir de la terre en dessous de
moi, la mer autour de moi, et du ciel au-dessus de moi !
Méditez sur ce qui dans votre vie a besoin de guérison ou de
renouvellement.
Lorsque vous vous sentez prêt, regardez vers le nord-est et appelez la
Déesse à l’aide de vos propres mots ou de ceux-ci :
Dame des Eaux, Dame des Flammes, Dame des Vents, Brillante Dame de
la Terre qui tourne, Dame de la Terre renaissante, Jeune Fille et Mère,
douce porteuse de lumière, j’en appelle à vous.
Puis continuez avec une lecture ou une invocation à la Déesse de votre
choix, suivi d’une méditation silencieuse sur elle.

Lorsque vous serez prêt, levez-vous et allez au centre, juste devant la


bougie centrale allumée. Soufflez dans votre flûte/bouteille et visualisez une
porte s’entrebâillant lentement. Prenant la bougie centrale avec vous,
franchissez la porte et asseyez-vous ou agenouillez-vous devant le récipient
aux bougies. Allumez-les grâce à celle que vous avez apportée. Les
allumant, visualisez ou ressentez la Dame Brighid qui apparaît devant vous
dans la lumière scintillante. Dites :

Ô Dame Brighid, Ô Déesse, douce Jeune Fille, baignée dans le lait blanc
nourricier. Le feu de l’esprit luit à travers vos yeux. Je vous salue et je
vous souhaite la bienvenue et je vous demande de me bénir de vos eaux de
guérison et de renouveau.

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Écoutez sa réponse : il se pourrait qu’elle souhaite vous dire quelque chose
ou vous poser une question. Laissez-vous ressentir la bénédiction de sa
présence. Sentez-vous guéri et renouvelé.
Trempez vos doigts dans l’eau, puis touchez votre front en disant :
Dame, vous bénissez mes pensées.

Puis vos lèvres, en disant :

Dame, vous bénissez mes paroles.


Puis votre cœur, en disant :
Dame, vous bénissez mes sentiments.

Puis vos organes génitaux, en disant :

Dame, vous bénissez mes désirs.

Puis le sol, en disant :


Dame, vous bénissez ma vie.

Répétez et/ou développez ces paroles et ces gestes à votre guise.

Soyez à l’écoute de tout autre message que la Dame pourrait avoir pour
vous. Lorsque vous serez prêt, exprimez vos remerciements et vos adieux.
Éteignez les bougies dans le récipient et retournez au centre de votre cercle
en portant la bougie centrale, toujours allumée. Tenez-vous debout face à la
Porte, et dites :
Dame, je vous remercie de vos bénédictions sur ma vie. Bien que je
referme cette porte (esquissez un geste de fermeture de la porte), je sais
que votre radiance continue à couler en moi.
Éteignez maintenant la bougie centrale, et dites :

Comme la radiance de cette cérémonie s’estompe, qu’elle puisse


continuer comme une lumière en mon cœur. Que ma mémoire retienne de
ce que mes yeux et mes oreilles ont acquis.

Puis prononcez vos remerciements pour cette cérémonie, l’exprimant en ces


mots ou avec ceux qui vous sont propres :

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Ô Dieu et Déesse, je vous remercie de vos bénédictions et de votre
inspiration. Cette cérémonie s’achève à présent dans le Monde apparent.
Que son inspiration continue au sein de mon être.
Si vous aviez commencé votre cérémonie en traçant le cercle, il est temps à
présent de le défaire.

HISTOIRE
La célébration des huit cérémonies est devenue la pierre angulaire de la
pratique moderne païenne. Les sorcières, les wiccains et les druides, fêtent
tous ces périodes de l’année.

Bien que pouvant trouver des traces et des récits d’anciennes pratiques et
de folklore associés avec ces périodes spécifiques, nous ne pouvons être
certains de l’existence d’une communauté ayant jadis fêté les huit périodes.
Dans les temps modernes, ce n’est que depuis le milieu du siècle dernier
que Ross Nichols et Gerald Gardner introduisirent la célébration du cycle
complet des huit festivals –coutume qui s’est généralisée depuis. Ces
hommes étaient tous deux membres de l’Ancient Druid Order (Ancien
Ordre des Druides), mais ils constatèrent, que leurs compagnons druides
célébraient uniquement le solstice d’été et les deux équinoxes. Quand
Nichols fonda en 1964 l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides, il introduisit
la célébration du solstice d’hiver et des quatre fêtes celtiques du feu.
Depuis, la plupart des druides marquent l’ensemble de ces huit périodes
spéciales. Le coven (assemblée) de Gardner commença à célébrer le cycle
des huit fêtes au milieu des années 1950, combinant les quatre Fêtes
celtiques du Feu, ou Sabbats comme on les appelle en wicca, avec les rites
des solstices et des équinoxes.

Les deux hommes commencèrent à discuter de l’importance et de la valeur


de la célébration de ces périodes à partir des années 1930. Gardner écrivit
à ce sujet dans son livre The Meaning of Witchcraft (la signification de la
sorcellerie) :

79
Les sorcières et les druides partagent clairement plusieurs
croyances : en la vie future et en la réincarnation ; en
l’efficacité du cercle magique ; dans les formes de prophétie
(ou, comme nous l’appellerions, la clairvoyance), en la
sacralité de Stonehenge et d’autres cercles de pierre, qui
devinrent plus tard les lieux de rencontre traditionnels des
sorcières ; et dans une aversion aiguë à l’idée de coucher
leurs enseignements par écrit. Mais, le lien le plus frappant,
entre les druides et les sorcières est peut-être celui des quatre
grandes occasions de rituels que les sorcières nomment les
Sabbats.

Dans la pratique, ces quatre occasions devinrent huit lorsque Gardner


décida d’inclure les célébrations des solstices et des équinoxes dans le
calendrier des sorcières.

Chapitre V
80
Le Jardin
des herbes et de la guérison

Les Voies
de la santé et du rajeunissement

L’île offrait ses lignes pures à notre vue, et ses sons si doux ; en
son milieu, un lac, et de nombreux moutons cernés par une palissade. De
la
mer surgit un grand aigle au vol fougueux ; une branche dans ses talons,
il atterrit sur le bord du lac. D’autres beaux oiseaux enlevèrent l’écorce
de l’arbre merveilleux, ses branches communiquant la vertu du rouge
aux eaux.

Ils accueillirent avec joie l’aigle merveilleux, le plus noble des oiseaux,
qui était vaillamment venu en ce lieu. Le grand oiseau plongea dans
le lac se libérant du poids des ans ; il s’éleva à nouveau avec la vigueur
de la jeunesse, plus fort que jamais auparavant. Diuran le barde y
plongea lui aussi
et grâce à ce saut bien avisé, son corps se maintient en excellente santé
sans perte ni de cheveux ni de dents.

81
Extrait du Voyage de Maelduin (Irlandais VIIIᵉ siècle)
Traduction anglaise de Caitlin Matthews

Jadis, les sorcières et les druides développèrent sans aucun doute un grand
nombre de méthodes pour préserver santé et longue vie. Certaines ont pu
être efficaces et d’autres pas, mais de nos jours nous possédons une
occasion unique. Si notre ouverture d’esprit nous l’autorise, nous pouvons
profiter à la fois des méthodes des Anciens et des acquis de la science
moderne. Et, de cette manière, nous pouvons développer des méthodes de
santé et de guérison basées non pas sur les superstitions du passé, ni sur le
culte malavisé du réductionnisme scientifique moderne, mais sur des
méthodes tenant en compte les fonctionnements de la Nature – méthodes qui
travaillent avec au lieu de contre Elle.

LE CONTE DU BARDE
LA CAPE D’AIRMID
L’histoire que je vais vous conter provient du pays irlandais. Imaginez-vous
dans le Mead Hall (salle de l’hydromel) de Tara. Vous pouvez voir le Roi
et la Reine installés à la table d’honneur. Et là, assis à la droite du Roi,
vous remarquez son Chef Druide – grand, à la barbe longue et au visage
empreint de sagesse. Il est en grand conseil avec le Roi. Le barde agite sa
baguette dorée garnie de clochettes qui tintent gaiement. Le silence se fait
dans l’assemblée et le barde commence à jouer de sa harpe. Au bout d’un
moment, le barde arrête de jouer et son conte débute :

« Je vais vous raconter, dit-il, pourquoi nous ne sommes pas immortels et

82
pourquoi parfois les docteurs ne peuvent pas nous guérir. Cela s’est passé il
y a bien longtemps, quand les Dieux marchaient avec nous sur nos terres. Le
Dieu de la Guérison s’appelait Diancecht et c’était un homme fort et
puissant aux yeux brun sombre, aux longs cheveux et à la barbe fournie qui
lui descendait jusqu’à la taille. C’était un tel guérisseur qu’une blessure se
fermait au seul contact de ses mains et qu’il guérissait les maux de l’âme
d’une simple chanson. Mais il était en grande demande et il était d’un
tempérament fort coléreux.

« Un jour, il entendit quelqu’un remarquer que son fils Miach était meilleur
guérisseur que lui. Il n’y prêta pas attention.
Il avait lui-même formé le garçon et savait que nul n’était supérieur dans les
arts de la guérison au grand Diancecht. Mais au cours des semaines et des
mois suivants, il commença à entendre de plus en plus de rumeurs et de
récits comme quoi son fils l’avait vraiment surpassé – que Miach, et non
lui, devrait être reconnu désormais comme le roi des guérisseurs.
Diancecht trouva son fils et le frappa à la tête avec une épée. Miach guérit
instantanément son cou blessé par l’arme. Alors Diancecht le frappa à
nouveau, encore plus fort, le coupant jusqu’à l’os. Mais encore une fois,
Miach se guérit immédiatement.

« Une troisième fois, le grand Dieu de la Guérison ayant saisi son épée,
frappa cette fois son fils au sommet de la tête, lui perçant le crâne et
tranchant son cerveau. Mais une fois de plus Miach fut capable de guérir la
plaie. Finalement, Diancecht leva son arme pour la quatrième fois et
l’abattant sur la tête il lui fendit le crâne et le cerveau en deux. Même le
plus grand guérisseur n’aurait pu se guérir et encore moins sauver quelqu’un
d’autre. Miach mourut donc sur-le-champ, dans les bras de son père. Ses
larmes de chagrin et de regret, dû à son orgueil fou et à sa jalousie, se
mêlèrent au sang de son propre enfant dont l’âme avait déjà rejoint les
Summerlands.
« Pleurant encore, Diancecht creusa une tombe et y déposa le corps de son
fils, le recouvrant de terre, tout en récitant une prière pour le voyage de
l’âme de son fils vers l’Autre Monde.

« Au printemps suivant, un miracle se produisit. À l’endroit où Miach avait


été enterré poussa un jardin d’herbes – non pas un jardin ordinaire, mais un
jardin en forme du corps de Miach. Et de cette forme jaillirent trois cent
soixante-cinq espèces différentes, dont chacune était, un remède pour les

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maladies des trois cent soixante-cinq nerfs du corps humain.
« Airmid, la sœur de Miach, découvrit le miracle en visitant la tombe de
son frère. Elle se rendit compte que Miach avait trouvé un moyen pour
transmettre au monde sa connaissance de la guérison. Elle décida
immédiatement de préserver pour toujours son savoir en récoltant les
herbes et en les déployant sur sa cape qu’elle étala à côté de la tombe. Au
fur et à mesure qu’elle cueillait chaque plante, elle l’installa soigneusement
à sa bonne place sur la cape jusqu’à ce que finalement elle obtienne sous
ses pieds la forme composée de fleurs et de feuilles de son frère.
Elle avait pensé laisser sécher les herbes pendant qu’elle cataloguerait
chacune d’entre elles, la reliant à la partie du corps sur laquelle elle se
trouvait jusqu’à ce qu’enfin elle possède une pharmacie complète
susceptible de guérir chaque mal reconnu. Mais son plan ne se déroula pas
comme prévu. Bien que Diancecht, son père, regrettât amèrement d’avoir
tué son propre fils, il restait un dieu jaloux qui ne supportait aucune rivalité.
Il découvrit Airmid à côté de la tombe au moment même où elle déposait la
toute dernière plante sur sa cape. Il comprit aussitôt son projet et dans un
accès de rage jalouse, il s’empara de la cape, la souleva dans l’air et l’agita
furieusement, éparpillant aux quatre vents toutes les herbes.

« Et voilà pourquoi même les plus doués de nos guérisseurs ne sont pas
toujours capables de vous guérir de vos maux, dit le barde en se remettant à
jouer de sa harpe. Et c’est pour cela que nous devons tous mourir un jour
puisque les connaissances des herbes de guérison et de rajeunissement ont
été perdues suite à la mort de Miach. »

LE COLLOQUE (1ᵉͬᵉ PARTIE)


Le moment est venu de parler de santé et de guérison. Vous rejoignez Elidir
devant la maison ronde de l’École Solitaire et avec vos compagnons
d’études, vous suivez un sentier étroit laissant derrière vous les jardins qui
entourent l’école. Celui-ci conduit vers la partie des terres où vivent les
membres de la communauté appartenant à l’école. Entre les arbres et les
haies, vous commencez à apercevoir un certain nombre de petites maisons
en bois chacune avec son propre jardin, chacune différente. Certaines sont
peintes de couleurs vives, ou de teintes pastel ocrées, alors que d’autres
sont simplement finies en bois teints ou vernis.

84
Elidir s’arrête et ajoute, pointant vers les maisons : « Il est impossible,
voyez-vous, de séparer la manière dont vous vivez de la totalité du sujet de
la guérison. Les gens pensent qu’ils peuvent vivre dans des boîtes en béton,
isolés de la Nature, mangeant de la nourriture récoltée des mois auparavant
et momifiée avec des conservateurs tout en restant en bonne santé. Ici, nous
croyons que pour être vraiment en bonne santé vous avez besoin de vivre
près de la terre. C’est pourquoi aucune de nos maisons n’a plus de deux
étages.

La terre libère une énergie qui nourrit nos corps énergétiques. Et la


nourriture, elle aussi, contient cette force vitale, mais pas si elle a été
manipulée, si elle a reçu des additifs, ou si elle a été conservée trop
longtemps. Donc la première chose que nous faisons pour être en bonne
santé et pour vivre plus longtemps est d’avoir des maisons près de la terre
idéalement sans béton en dessous de nous, et de préférence nous alimenter
avec une nourriture que nous avons nous-mêmes cultivée.
« Regardez les maisons – remarquez le nombre de fenêtres. Nous croyons
au pouvoir énergétique des quatre éléments – terre, air, feu et eau – donc
nous voulons que nos maisons reçoivent autant d’air et de lumière du soleil
que possible en même temps que les vibrations terrestres. Et nous recevons
notre énergie d’eau de la pluie et du ruisseau qui coule ici sur nos terres. »

Elidir reprend sa marche et pendant que le groupe la suit vous remarquez


que les maisons possèdent de grandes baies vitrées, avec des terrasses en
bois qui mènent directement au jardin où l’on trouve toujours un bassin.
Certains des jardins ont la chance d’être traversés par le ruisseau dont elle
a parlé. Chaque maison dispose de panneaux solaires sur le toit et d’un petit
générateur de vent.

Finalement après un dernier tournant, vous découvrez le jardin des herbes,


et en son centre, un grand parterre d’herbes en forme de pentagramme.
Elidir vous invite tous à vous asseoir et appelle à elle Brendan pour
entamer le colloque.

« Vous connaissez sans aucun doute ce symbole ? lui demande-t-elle.


– Un petit peu seulement, répond-il.

– C’est le symbole parfait à avoir dans un jardin de guérison, car il


symbolise l’être humain. Couchez-vous ici sur l’herbe, dit Elidir à Brendan
qui s’allonge tout de suite.

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– Étendez-vous, les bras et les jambes écartés », ordonne Elidir pendant
qu’elle commence à ramasser des cailloux du chemin. Elle place alors une
pierre sous chaque pied de Brendan, une autre à chacune de ses mains et une
au-dessus de sa tête. « Maintenant, levez-vous ! » lui dit-elle.
Pendant que vous regardez les cinq cailloux qui sont sur l’herbe, Elidir
ramasse un bâton et trace lentement une ligne d’une pierre à l’autre, jusqu’à
ce que vous puissiez voir qu’en effet ce qu’elle a créé est bien un
pentagramme – une étoile à cinq branches.
« Outre cette figure symbolisant l’être humain, commence Elidir, il
symbolise aussi les cinq éléments magiques nous composant – terre, eau,
air, feu et esprit.
– Et il symbolise aussi les cinq sens, n’est-ce pas ? demande Brendan.

– Oui, c’est exact. Somme toute, un pentagramme finement tracé est tout à
fait le bon symbole pour un individu en bonne santé et équilibré, c’est
pourquoi tant d’entre nous portent des pentacles. » Elidir, après une pause,
continue : « Maintenant, j’aimerais vous parler du conte du barde que vous
venez juste d’entendre. Sous sa forme symbolique, c’est vraiment l’histoire
de l’origine de notre savoir-faire, car nous croyons que nous sommes en
train de lentement regagner la connaissance perdue de Miach. Nous sommes
en train petit à petit, tout comme Airmid, de joindre les pièces du puzzle, et
bien entendu tous les herboristes du monde entier en ont fait de même.
« Et ici, dit-elle, indiquant d’un geste de la main ce qui l’entoure, est le
résultat de notre travail. Par là est une reine-des-prés dont on se sert pour
diminuer les fièvres et en tant qu’antidouleur naturel. Et là, il y a la
verveine, l’herbe la plus importante pour les druides. Elle fait tomber la
fièvre, réduit les maux de tête, nettoie le foie et les reins et elle peut faire
des miracles pour l’eczéma, les rhumatismes et les otites. Savoir comment
utiliser ces herbes exige des compétences et des connaissances que vous
pouvez obtenir en étudiant dans notre Collège de la Guérison. Néanmoins,
vous pouvez commencer dès maintenant si vous le souhaitez, à travailler
avec les herbes.
« La première chose que vous devez savoir est que, contrairement à la
médecine scientifique conventionnelle, notre travail de guérison a ses
racines dans une compréhension spirituelle et magique du monde. Nous
croyons qu’en tant qu’humains, nous sommes divins en substance, et que la
vraie guérison émane de ce centre divin en nous-mêmes. Autrement dit, elle

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provient du Dieu ou de la Déesse. Donc, au moment où vous ramassez une
herbe, préparez un remède ou l’administrez, récitez une prière au Divin – au
Dieu, à la Déesse ou aux deux.
« Voici une prière qui vient d’un Herbal (manuel des simples) du XIIᵉ
siècle. Vous constaterez que même en ce temps-là les vieux herboristes et
guérisseurs adressaient à la Déesse des prières pour leurs remèdes.
Écoutez-la et imaginez que vous venez juste de préparer un élixir d’herbes
pour votre patient et que vous priez la Déesse pour que le remède soit
efficace :
Terre, divine déesse, Mère Nature, donne naissance à toutes choses et
amène toujours de nouveau le soleil que tu as donné aux peuples ;
Gardienne du ciel de la mer et de tous les Dieux et de toutes les
puissances, sous ton influence toute la nature s’apaise et s’endort.

De nouveau, quand tu le souhaites, tu projettes la lumière joyeuse du


soleil et tu nourris la vie de ton éternelle sûreté ; et quand l’âme de
l’homme meurt, c’est à toi qu’elle retourne. Tu es vraiment bien nommée
la Grande Mère des Dieux, Victoire est en ton nom divin. Tu es la source
de la puissance des peuples et des dieux ; sans toi, rien ne peut voir le
jour ni être perfectionné, toi puissante Mère des Dieux. Ô Déesse, je
t’adore en être divin, j’invoque ton nom ; accepte de m’accorder ce que je
te demande ; aussi reconnaîtrai-je ta divinité, avec la foi qui est ton dû.

Maintenant, j’intercède aussi auprès de vous, toutes les puissances et les


simples, et de Votre Majesté. Je vous supplie, vous, nés de la Terre, parent
universel et donné en tant que remède de santé à tous les peuples et sur
qui la majesté a été déposée, soyez maintenant du plus grand bienfait
pour l’humanité. Ceci je vous en prie et je vous implore : soyez présents
ici avec vos vertus, car celle qui vous a crée a elle-même fait en sorte que
je puisse vous solliciter avec la bonne volonté de celui qui avait reçu l’art
de la médecine ; accordez donc, par la grâce de ces pouvoirs que nous
avons évoqués, de bons remèdes de guérison.

« Vous pouvez utiliser une telle prière, ou bien vous pouvez dire la même
chose de vos propres mots, en communiquant le sens principal qui est :
Chère Déesse, je vous prie de bien vouloir bénir cette plante, remplissez-
la de vos pouvoirs et accordez la guérison à quiconque est votre patient.

« Ainsi, le moment où vous cueillez une plante est très important, continue

87
Elidir en changeant de sujet.

Les vertus d’une plante varient en fonction de l’heure de la journée, des


phases de la lune et même de la position des étoiles. Naturellement, elles
varient énormément en fonction de leur propre cycle de vie. Vous ne voulez
pas les ramasser avant qu’elles n’aient atteint leurs pleins pouvoirs ou bien
au moment où ces pouvoirs sont en baisse. Vous devrez prendre le temps
d’apprendre ce savoir peu à peu, mais en règle générale, fiez-vous à votre
bon sens et à votre intuition. Si vous sentez qu’une plante n’est pas assez
mûre ou qu’elle est faible lorsque vous tenez votre main au-dessus d’elle,
laissez-la tranquille et trouvez-en une qui vous paraît meilleure. Cueillez-la
tôt le matin encore recouverte de rosée fraîche, et si possible pendant la
lune croissante, quand ses vertus seront en train d’augmenter.
« Les sorcières et les druides d’antan accordaient une grande importance au
moment de la cueillette parce que c’est à ce moment-là que vous tuez la
plante. Elle sacrifie sa vie pour vous et le pouvoir de guérison de cette vie
est transféré dans votre remède et à travers lui à votre patient.

« Il est donc approprié – et nécessaire – de dire une prière. Si vous n’avez


pas besoin de la plante entière, mais seulement de quelques feuilles ou
baies, elle vous donne quand même quelques petits paquets de sa vie et
vous devez donc tout de même faire une prière. Au moment où vous
cueillez cette plante, ressentez la vie en elle et remerciez la Déesse pour le
don de cette vie.

« Laissez vos herbes sécher au soleil plutôt qu’artificiellement. Tous les


pratiquants du Druidcraft devraient faire pousser de la verveine. Même si
vous ne possédez pas de jardin, vous pouvez la faire pousser dans une
jardinière ou dans un petit pot. Utilisez les feuilles sèches comme des
feuilles de thé pour faire une boisson qui vous purifiera et quand vous faites
une cérémonie, utilisez les feuilles sèches en encens. La verveine est
l’équivalent de la sauge utilisée par de nombreux Amérindiens dans leurs
cérémonies. Elle est purificatrice et purgative et vous pouvez donc
promener sa fumée autour de votre cercle magique et autour des auras de
ceux avec qui vous travaillez. Il est également bon d’en avoir quelques
brins sur votre autel que vous devrez changer régulièrement. »

Elidir indique ensuite les arbres entourant le jardin d’herbes, les vieux
chênes noueux, les saules pleureurs, les bouleaux et les hêtres.
« Toute chose vivante – pierre, étoile, arbre, animal, fleur, tige, feuille –

88
nous apporte des dons de vie et d’énergie, et en Druidcraft nous apprenons
comment les recevoir et à notre tour, comment transmettre à d’autres ces dons
de vie, d’inspiration et de guérison.
« Lorsque vous vous sentez bien, l’énergie circule à travers vous et quand
vous êtes malade ou quand vous vous sentez en baisse de forme vous avez
l’impression de n’avoir aucune énergie. Un des grands avantages à travailler
de cette manière est que vous pouvez apprendre comment récolter,
conserver et intensifier l’énergie dans votre corps. Les druides appellent
cette énergie Nwyvre (prononcez Noui-vre) qui provient d’un ancien mot
celtique signifiant firmament. En Yoga, on appelle cette force prana, en
Soufisme, baraka. Certains la nomment simplement force de vie.
« La Nwyvre existe dans toute chose vivante et dans chaque partie de la
Nature, et elle est plus puissante à certains endroits qu’à d’autres. C’est
pourquoi certains lieux en particulier ont émergé au fil des années comme
de véritables centres de pouvoir, ou centres de guérison – le magnétisme de
la Terre varie en intensité d’un endroit à l’autre, et il en est de même pour le
niveau d’ions négatifs. Les endroits tels que les bords de mer, les cascades
et les montagnes possèdent dans leurs atmosphères un plus grand nombre
d’ions négatifs et ils contiennent des niveaux élevés de Nwyvre. C’est la
raison pour laquelle les gens les visitent dans le but de se sentir mieux. Il
existe d’autres lieux qui drainent notre énergie. En général, ce sont des
endroits tels que les bureaux haut perchés des gratte-ciels avec air
conditionné et lampes au néon, ayant banni la Nature, ou bien encore des
lieux qui semblent usés ou bien épuisés. Il existe parfois des endroits où le
ressenti est encore pire, peut-être parce que quelque chose d’horrible s’y
est déroulé et que la tragédie semble encore être dans l’air.

« Nwyvre se trouve également dans la nourriture. Plus on la consomme tôt


après sa récolte de la terre ou de l’arbre, et mieux c’est, car plus la
nourriture est conservée longtemps plus la force d’énergie se réduit en elle.
De même que plus la nourriture est transformée, plus elle perd de Nwyvre.
C’est pourquoi vous devriez cultiver au moins une partie de votre propre
nourriture.

– Mais je n’ai ni le temps ni la place pour faire cela Elidir, dit Brendan.

– Mais si ! » Et elle vous invite tous à la suivre. Vous arrivez bientôt à une
petite maison à côté du jardin d’herbe. « C’est ici que j’habite, et je veux
vous montrer comment vous pouvez obtenir chaque jour une bonne réserve

89
de Nwyvre même si vous n’avez que peu de temps et pas de jardin. » Elle
vous invite alors à pénétrer dans sa cuisine.

« Regardez ici ! » dit-elle, indiquant une rangée de bocaux et de pots sur le


rebord de la fenêtre à côté de l’évier. À l’intérieur se trouvent des haricots
à des stades différents de croissance. Le haut des bocaux est recouvert de
mousseline tenue en place par des élastiques. « Il suffit de jeter une
poignée de graines de luzerne dans un récipient, et dans un autre une
poignée de haricots mungo ; rincez-les à l’eau chaque jour et en quatre jours
vous pourrez déjà manger des pousses pleines à craquer de vitamines et de
minéraux.
– Mais les anciens druides et sorcières ne faisaient pas cela ! s’exclame
Brendan.

– Qui dit que nous essayons de vivre nos vies exactement comme eux ? Ce
que nous faisons ici c’est vivre avec l’inspiration et l’éthos de nos ancêtres
spirituels, mais nous devons, à chaque époque, créer la spiritualité
répondant aux besoins et à l’Esprit du temps. Si nous pouvions conjurer un
vieux sage, druide ou sorcière des temps anciens et lui expliquer les
avantages à manger ces choses, je pense qu’il serait d’accord avec nous,
n’est-ce pas ? Souvenez-vous de la tâche d’Airmid quand elle devait
reconstituer le puzzle ? Nous devrions notre vie entière adopter cette
approche – en ajoutant à nos réserves de connaissances des manières de
vivre sagement, pleinement, passionnément – et par la suite transmettre ces
réserves à nos enfants.

« Maintenant, si vous disposez d’un peu plus d’espace et de temps, vous


pouvez ajouter quelques pots de terre à votre petite ferme miniature.
Enterrez quelques gousses d’ail dans un pot et cultivez du persil et de la
ciboulette dans d’autres. Quand ils poussent, coupez-en quelques brins avec
une paire de ciseaux et ajoutez-les à vos pousses quand vous mangez une
salade. Vous pouvez aussi cultiver de cette manière des germes de lentilles
dans la terre et utiliser des betteraves et des oignons pour obtenir d’autres
pousses vertes. Tous produiront des pousses vertes fraîches pleines de
vitamines et de minéraux tous les deux ou trois jours. Votre santé
bénéficiera grandement si vous mangez chaque jour une salade composée de
ces pousses vertes faites maison.

Vous pouvez également cultiver des aromates à l’intérieur – du basilic, du


thym, de la marjolaine, de la mélisse, de la bourrache, du cumin, du cerfeuil,

90
de la coriandre, de l’aneth, du romarin et de la sarriette, entre autres. Les
enfants adorent aider à faire cela – ils peuvent voir la magie de la vie
pousser sous leurs yeux. »
Puis Elidir change de sujet : « Mais de temps en temps, ne pas manger est
aussi important que de manger ! » Ayant dit cela, elle vous entraîne hors de
la cuisine, à travers le jardin et vers un verger qui se trouve du côté ouest
du jardin d’herbes.
En vous approchant du verger, vous découvrez qu’il est consacré à la
culture des pommes. Elle en cueille une d’un arbre, et s’exclame :
« Regardez ! » Elle prend un couteau de sa poche et elle la coupe en deux
dans le sens de la largeur. Là, au centre du fruit, se dessine un parfait
pentagramme qui renferme les pépins. « Les druides croient que la pomme
nous a été donnée par les Dieux – c’est la nourriture du paradis, des
Summerlands, où nous nous rendons quand nous mourrons. C’est pourquoi
elle est bénite, en son cœur, du sceau du pentagramme. Ici, en Avronelle,
chaque année, à l’approche de l’automne, beaucoup d’entre nous entament
un jeûne purificateur pour nous préparer à l’hiver et pour alimenter notre
réserve interne de Nwyvre. Nous ne consommons que des pommes pendant
trois jours, c’est tout ! À chaque fois que nous avons faim, nous en mangeons
une ou deux. La fibre douce de la pomme agit sur nos intestins et notre
côlon, comme un agent de nettoyage, et le jus nous procure des minéraux et
des vitamines indispensables. Certains membres de la communauté pressent
les pommes pour faire du jus et ils le boivent en plus de manger les fruits.
D’autres aiment ajouter à la diète des noisettes crues – ils en apprécient les
protéines et les minéraux supplémentaires qu’elles apportent et de plus les
noisettes sont une autre nourriture sacrée des anciens druides. Ils ont donc
l’impression, en combinant les pommes avec les noisettes, de consommer la
nourriture des dieux. Comme vous le voyez, notre relation avec la pomme
est très différente de celle des nombreux chrétiens qui croient qu’Ève l’a
utilisée pour tenter Adam. Si vous souhaitez un jour essayer ceci, vérifiez
bien que les pommes n’ont pas été traitées aux produits chimiques. Vous ne
voulez pas passer trois jours à avaler des pesticides.

« Ce qui à tendance à arriver de nos jours, est qu’il y a si peu de Nwyvre


dans la nourriture et les boissons qui ont été transformées que nous en
consommons de plus en plus dans une tentative désespérée d’obtenir la
force de vie dont nous avons besoin.

Au lieu de cela, il est bien meilleur de casser le rythme en faisant pendant

91
plusieurs jours un jeûne mono tel celui-ci, puis de commencer à manger
d’une manière plus saine – avec autant de nourriture crue que possible.
Cuire les aliments tend à en retirer un grand nombre de vitamines, et les
fibres et enzymes des plantes procurent plus d’effet sur notre organisme si
elles n’ont pas été bouillies ou frites vigoureusement au préalable.

– Et en ce qui concerne la viande ? Pensez-vous que nous devrions devenir


végétariens ? demande Brendan.
– Ce qui est merveilleux dans une méthode telle que celle-ci c’est que c’est
une manière de vivre que vous créez pour vous-même. Ce n’est pas une
religion vous dictant comment vous devriez vous comporter. C’est un style
de vie, et une manière de travailler magiquement qui vous aident à
découvrir la source de votre propre pouvoir et de votre propre façon de
comprendre la vie. Lorsqu’ils prennent contact au plus profond d’eux-
mêmes avec ce pouvoir et cette compréhension, la plupart des gens
éprouvent une vénération grandissante pour la vie et un désir de vivre d’une
façon aussi simple et naturelle que possible. Donc, beaucoup de gens qui
suivent cette voie sont végétariens parce qu’ils considèrent qu’il est mal de
tuer les animaux et ils énumèrent tous les problèmes de santé associés à la
consommation de viande. Mais d’autres pensent que la solution réside dans
un élevage basé sur la compassion. Un grand nombre d’entre eux ont essayé
le végétarisme et ont conclu que cela ne leur convenait pas. Nous aimerions
tous que l’on nous dise ce que nous devons faire, mais il semble que chacun
d’entre nous doit découvrir ce dont son corps a besoin et ce qui lui procure
la meilleure santé et le plus d’énergie. J’ai bien peur que cela ne soit une de
ces questions dont vous êtes le seul à pouvoir trouver la bonne réponse.

– Parlez-moi encore de la Nwyvre. Cela a l’air d’un concept tellement


important, demande Brendan.

– Je vous ai expliqué comment nous recueillons la Nwyvre de notre


nourriture, commence Elidir, laissez-moi maintenant vous dire comment
l’obtenir de sources différentes. Le pentagramme peut nous aider à nouveau.
Nous recevons beaucoup d’énergie des quatre éléments, continue-t-elle en
indiquant l’étoile au centre de la pomme, ainsi que du cinquième élément :
l’Esprit. Celui-ci est présent dans tous les autres éléments, mais la plupart
d’entre nous n’utilisent pas consciemment cette énergie.

Une fois que vous vous servez de cette conscience, cela change tout. Je
présume que vous avez entendu parler des centres énergétiques du corps ?

92
– Vous voulez dire les chakras ? interroge Brendan.

– Oui, c’est le terme employé en Orient. Nous les appelons simplement


centres énergétiques. En fait, le corps entier est un centre énergétique dans
le sens où nous recevons et émettons de l’énergie de tout notre corps. Les
physiologistes peuvent mesurer une partie de cette énergie sous forme des
décharges bioélectriques de notre corps, et un ingénieur nommé Semyon
Kirlian a développé un appareil photo pouvant les photographier. Mais
certaines parties de notre corps semblent fonctionner comme des récepteurs
et distributeurs spécialisés. Les bons guérisseurs savent comment travailler
avec ces centres pour les nettoyer et les équilibrer. Mais il existe une
manière permettant à chacun de faire en grande partie la même chose pour
soi-même, et cela se fait en utilisant la Nature et les éléments. »
Ayant dit cela, Elidir indique à tous de se lever. « Une expérience vaut
mieux que mille mots : suivez-moi ! », déclare-t-elle. Et avec ça, elle repart
vers la maison ronde, suivant le chemin qui longe le jardin du pentagramme
d’herbes et l’allée serpentant le long des habitations et des jardins.

Au lieu de continuer jusqu’à la maison ronde, Elidir vous fait pénétrer par
un petit portail sur un côté du chemin et vous la suivez jusqu’à ce que vous
finissiez par atteindre un jardin isolé, tout ensoleillé. Au milieu siège un
pavillon en bois et elle vous conduit directement vers lui. Ouvrant la porte,
elle vous fait entrer. Dans cette pièce règne une atmosphère merveilleuse.
Le soleil perce à travers les fenêtres ouvertes, un parfum de fleurs fraîches
et d’herbes aromatiques y flotte et au centre, à côté d’un canapé bas se
trouve une harpe. Elidir vous invite à vous asseoir autour de la pièce
pendant qu’elle dit à Brendan : « Allongez-vous donc ici et je vais vous
guider dans une méditation de guérison que nous utilisons, pour apporter de
l’énergie à nos corps – pour nous recharger et nous équilibrer en absorbant
plus de Nwyvre. »

Elidir commence à jouer, et par-dessus le son de la musique elle explique :


« La harpe est le meilleur instrument de guérison.sur Terre.

C’est pourquoi les bardes d’autrefois utilisaient la harpe non seulement


pour conter leurs histoires, mais également pour guérir les gens. Pendant
que vous écoutez la musique, oubliez vos problèmes et vos soucis. Laissez-
les s’envoler avec la musique. »

93
PRATIQUE
Pour mettre en pratique l’exercice suivant, vous aurez besoin soit d’un ami
pour lire le texte pendant que vous vous allongez et écoutez, soit de lire
l’exercice, de vous souvenir du bon ordre du déroulement puis de le faire
de mémoire. Une autre possibilité est d’enregistrer vous-même l’exercice
sur un appareil d’enregistrement.

LA BÉNÉDICTION DES ÉLÉMENTS


Pour commencer, écoutez un morceau de musique de harpe ou imaginez
cette musique tandis que vous êtes allongé sur le sol ou sur votre lit. Puis,
quand le morceau se termine, concentrez-vous sur votre respiration. Prenez
conscience de vos inspirations et de vos expirations. Sentez que vous
inspirez énergie, calme et tranquillité. Pendant que vous expirez, ressentez
que toutes vos tensions et vos anxiétés vous abandonnent.

Faites cela aussi longtemps que vous le désirez en vous contentant


d’inspirer et d’expirer.

Puis prenez conscience de la terre en dessous de vous. Ressentez son


énergie s’élevant dans votre corps et pendant que vous ressentez l’énergie
qui monte en vous c’est comme si vous vous sentiez vous enfoncer.
Détendez-vous et laissez-vous aller, sentant que vous ne faites qu’un avec la
Planète, uni à la terre riche et sombre, aux rochers et aux pierres de la
terre, aux cristaux et aux pierres précieuses dans la terre. Prolongez cette
expérience aussi longtemps que vous le désirez.
Puis, vous sentant énergisé, calmé, ancré et revigoré, prenez conscience que
vous êtes à nouveau allongé par terre.

En imagination, asseyez-vous lentement. Là devant vous est un lac d’une eau


cristalline. Imaginez-vous plongeant dans ce lac. Sentez l’eau sur votre
peau, sur vos cheveux. Sentez comme l’eau vous soutient, tout en vous
invitant en même temps à vous enfoncer plus profondément dans ses
mystères, sa vie. Vous commencez à nager dans les profondeurs du lac et

94
miraculeusement vous découvrez que vous pouvez aisément respirer sous
l’eau. Vous découvrez près du fond du lac une grotte sous-marine et vous
pénétrez à la nage à l’intérieur de la grotte qui devient un passage, un tunnel
vous emmenant vers l’océan. Croisant des poissons et des coraux aux
couleurs brillantes, vous remontez à la surface, et tel un poisson volant,
vous jaillissez vers un ciel du même bleu que le bleu de l’eau qui est
maintenant en dessous de vous. Puis vous replongez dans la mer, savourant
la sensation de votre corps retrouvant le contact de l’eau, plongeant plus
profondément dans l’océan, discernant le son des baleines et des dauphins
que vous apercevez à distance à travers les profondeurs bleutées. Ouvrez-
vous à tout le pouvoir et à l’émerveillement que nager dans l’océan vous
procure – toute la sauvagerie et la beauté – puis nagez à nouveau vers le
tunnel sous la mer, sortez de la grotte pour pénétrer dans le lac. Sentez
l’énergie plus douce, plus calme que le lac vous apporte puis sortez et
allongez-vous sur le rivage vous sentant revigoré et énergisé, calme et
centré.

Au bout d’un moment, les yeux fermés, vous commencez à sentir la plus
douce des brises sur votre visage et votre corps. C’est fort agréable.
Maintenant, en imagination, ouvrez les yeux et regardez le ciel. Il est d’un
bleu azur parfait, avec un ou deux nuages y flottant délicatement. Laissez-
vous respirer l’énergie et la clarté du ciel. En inspirant l’énergie du ciel
dans votre corps, vous vous sentez planer dans l’air comme si vous étiez
aussi léger qu’une plume. Laissez-vous porter vers l’un de ces nuages
blancs et flotter dessus.
Maintenant, allongez-vous sur ce doux nuage blanc. Il est tel le lit le plus
moelleux du monde. Quand vous regardez au-dessus de vous, vous voyez le
ciel d’un bleu profond. Imbibez-vous de cette couleur bleue, laissez-la
s’écouler sur vous et en vous.

Prolongez cette expérience aussi longtemps que vous le souhaitez puis


sentez le nuage atterrir doucement sur le rivage du lac.

Descendez du nuage et étendez-vous près du lac, pendant que le nuage


s’envole de nouveau dans le ciel.

Vous vous sentez maintenant si calme et décontracté, tellement rempli


d’énergie et de force. Allongé par terre, vous commencez à prendre
conscience de la chaleur du soleil sur votre visage et votre corps. Cette
lumière dorée qui vous tient chaud est si agréable. Et, pendant que vous

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vous détendez et prenez plaisir à la sensation du soleil sur votre corps, vous
avez la sensation d’être vous-même le soleil, de rayonner d’une énergie
rayonnant de lumière. Chaque cellule de votre corps est si vibrante –
remplie de chaleur, de vitalité et de force.
Conservez cette sensation aussi longtemps que vous le souhaitez puis
graduellement sentez-vous à nouveau allongé sur le bord du lac. Sentez la
terre sous vous, l’eau claire du lac devant vous, le ciel bleu au-dessus de
vous et le soleil brillant sur vous. Puis lentement, prenez conscience d’être
dans le moment présent. Prenez conscience de votre corps, étirez vos doigts
et vos orteils puis ouvrez les yeux.

Cet exercice de visualisation peut vous apporter une détente et une


sensation de bien-être considérable, mais vous pouvez le rendre encore plus
efficace en l’ancrant dans votre corps, soit en allant vous promener, nager
ou vous faire masser – soit, si vous pouvez l’organiser, en prenant un bain
de boue !

Durant les camps d’été de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides, nous
creusons toujours un bain de boue afin que nous puissions, après un
exercice comme celui-ci, nous débarrasser de nos vêtements, nous balader
au soleil et nous plonger dans la boue chaude et revigorante. Beaucoup de
personnes, après un bain de boue, se rendent dans une loge à sudation.
Rejoignons de nouveau Elidir pour en apprendre plus à ce sujet :

LE COLLOQUE (2e PARTIE)


Elidir explique : « Tout comme les Amérindiens travaillent dans les loges à
sudation, les Celtes et sans aucun doute, les anciens druides, découvrirent,
comme beaucoup de cultures, le pouvoir de guérison que procure le fait
d’associer l’eau et le feu, et ils développèrent des loges à sudation. Des
archéologues ont découvert, dans de nombreux sites préhistoriques en
Grande-Bretagne, des tas de pierres ayant été chauffés et des traces de trous
de poteaux. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les Irlandais utilisaient des loges à
sudation fonctionnant avec de la tourbe, qu’ils appelaient Tigh n’Alluis.
Nous avons ici repris cette coutume, et chaque semaine un membre

96
expérimenté organise une cérémonie de sudation là-bas, » dit-elle, indiquant
une construction en forme de dôme. Elle se compose, comme vous
l’apprenez, d’une structure faite de tiges de noisetier et recouverte de
bâches.
« Je ne vais pas vous en parler trop longtemps parce que ces cérémonies
sont pour nous sacrées et vous devez d’abord en comprendre la
signification. De plus, elles comportent une part de risques pour votre santé,
si vous souffrez, par exemple, d’une des formes de maladie du cœur. Nous
dédions toute la cérémonie à la Déesse Brighid, parce qu’elle est la Déesse
de la Guérison. Elle est aussi la Déesse du puits et de la flamme sacrés – de
l’eau et du feu –, il est donc approprié qu’une cérémonie utilisant le pouvoir
de l’eau et du feu lui soit dédiée. Imaginez comment vous vous sentiriez, si
après votre méditation de Bénédiction des Éléments et votre expérience du
bain de boue, vous faisiez en plus l’expérience d’une cérémonie de loge à
sudation.
« Vous comprenez, avec toutes ces explications, à quel point la Nwyvre est
fondamentale pour notre santé et notre bien-être. Imaginez-vous vivant près
de la terre, dans une simple cabane en bois, entouré de jardins et de gens
comme vous. Imaginez-vous aussi, mangeant de la nourriture que vous avez
cultivée, buvant beaucoup d’eau pure, et exposant votre corps au soleil, à
l’air, au vent et à la pluie sans avoir le sentiment de toujours devoir être
couvert de vêtements au nom de la soi-disant décence. Imaginez-vous de
temps en temps prenant un bain de boue et pratiquant une cérémonie de
sudation, et effectuant chaque automne une cure de trois jours de nettoyage à
la pomme.

« Si jamais vous tombiez malade, il y aurait des aromathérapeutes et des


guérisseurs près de vous pour vous masser avec des herbes et des huiles,
pour vous traiter avec des élixirs, des infusions et des cataplasmes, et pour
écouter vos problèmes – parce que souvent, comme vous le savez, nos
problèmes physiques sont causés par des troubles sentimentaux et mentaux.
Voici pourquoi nous devons enseigner aux gens à devenir des Amis de
l’Âme – Anam Caras, comme on les appelle dans la spiritualité celtique –
pour agir en conseillers, en personnes attentives capables de réellement
prêter attention, sans interférence de leur part, à la voix de votre âme.

« Finalement, laissez-moi vous dire comment la célébration des fêtes


saisonnières peut vous aider à vivre longtemps et à rester en bonne santé.

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Chacun souhaite une solution rapide pour regagner une bonne santé, mais en
réalité cela prend du temps et une des raisons pour laquelle beaucoup de
gens sont en mauvaise santé est parce qu’ils se sont dissociés des rythmes
de la Nature. Mais si vous fêtez les huit cérémonies saisonnières, vous vous
connectez consciemment au rythme des saisons et du monde naturel. Avec le
temps, leur magie commence à opérer – vous êtes au diapason des cycles
de la Terre et cela a un impact profond sur vos sensations de santé et de
bien-être. »

HISTOIRE
Jusqu’à récemment, la plupart des médecins et des scientifiques se
moquaient de l’idée de la nécessité d’une approche spirituelle de la
guérison. Leur approche très rationnelle de la médecine avait apporté
d’énormes progrès dans leur compréhension et le traitement des maladies et
avait balayé bon nombre de superstitions et d’ignorance. Mais ils avaient
également refusé de considérer la validité de méthodes de guérison
alternatives, en particulier quand celles-ci étaient basées sur une
compréhension spirituelle de l’être humain. Au cours des dernières années,
ils ont cependant commencé à modifier leurs opinions. Peu à peu, l’étude
scientifique de la médecine douce commence à démontrer qu’un grand
nombre de ces méthodes fonctionnent effectivement : acupuncture, soins par
les plantes (méthodes occidentales et orientales), ostéopathie et
aromathérapie. On a constaté les bienfaits de toutes ces méthodes
alternatives et elles sont de plus en plus souvent recommandées par les
médecins orthodoxes et sont désormais introduites dans les grands hôpitaux.

Mais le Druidcraft, comme le taoïsme de la Chine nous enseigne que l’on


peut viser au-delà de simples moyens pour réparer nos corps s’ils tombent
malades. Il nous dit que nous pouvons aspirer à une meilleure santé et à un
rajeunissement, à une certaine jeunesse. Dans les pays Celtiques il existe
encore des Puits de Jeunesse éternelle où l’on nous recommande de nous
baigner à l’aube du matin de Midsummer (milieu de l’été) et les récits
anciens nous inspirent avec des histoires de Tir n’an Og – le Pays de la
Jeunesse éternelle. Si nous pouvions déterrer une recette de jeunesse
éternelle, que nous dirait-elle ? Et si en fait nos ancêtres nous avaient déjà
donné les indications nécessaires pour générer une santé éclatante dans
leurs vieilles histoires et dans les remèdes maison qui nous ont été transmis

98
de génération en génération ?
Bien que nous ne puissions probablement pas trouver de recette intégrale de
rajeunissement et bien qu’il n’existe aucun rapport d’un système complet de
guérison provenant exclusivement des pratiques des anciens druides ou du
peuple Cunning, les sorcières, il est néanmoins possible d’effectuer des
recherches, de pratiquer et de développer des méthodes de guérison
compatibles et même dérivées de ces sources. De récentes découvertes,
comme celles citées dans le livre de Mary Beith : Healing threads –
Traditional Medicines of the Highlands and Islands (Fils de guérison –
Médecines traditionnelles des Hautes Terres et des îles écossaises),
montrent qu’aujourd’hui encore nous pouvons faire remonter jusqu’aux
anciens druides l’origine de techniques de guérison de valeur. Les
connaissances découvertes dans l’Herbal of the Welsh Physicians of Mydvai
(Manuel des herbes des Médecins gallois de Mydvai – publié par la Société
du Manuscript Gallois, 1861) proviennent certainement de sources bien
plus anciennes qui pourraient avoir leurs origines chez les ovates ou les
sorcières de jadis. Ce manuel des herbes écrit au XIIIᵉ siècle pourrait
inclure du matériel datant d’aussi loin que le VIᵉ siècle – période pendant
laquelle le druidisme était en train de céder la place au christianisme. Il est
possible qu’au moment où la porte se fermait entre deux ères différentes,
une partie des connaissances des Anciens ait réussi à s’infiltrer.
La maladie est omniprésente et toute méthode ou tout remède ayant fait ses
preuves est probablement transmis de génération en génération. Dans son
livre : A Dictionary of Sussex Folk Medicine (un Dictionnaire de la
Médecine populaire du Sussex), Docteur Andrew Allen, chercheur
biologiste, explique que la majorité des gens de la campagne jusqu’à la fin
du XIXᵉ siècle n’avait pas recours au traitement médical professionnel.
Son prix était prohibitif, il était fréquemment géographiquement éloigné, et
souvent il ne marchait pas ou pouvait même s’avérer dangereux. À sa place,
ils dépendaient de traitements faits maison basés sur des remèdes familiaux
traditionnels. Le Docteur Allen poursuit :

« Si le traitement maison échouait, ou si la maladie


appartenait à une catégorie spécifique (ils) pouvaient
s’adresser à une “sorcière blanche”, “une femme sage”,
“une femme Cunning” ou un “homme Cunning”, souvent
compétent en médecine des herbes, qui pouvait guérir la
maladie en leur prescrivant un remède populaire, ou par de

99
la magie blanche thérapeutique, des charmes ou des
enchantements (ou en enlevant les malédictions ou sortilèges
infligés par des sorcières). C’était le plus souvent un
mélange des deux.
De tels individus, basés dans la communauté locale,
proclamaient souvent avoir un “don” pour la guérison,
acquis ou hérité. Ils agissaient dans le contexte de
l’économie locale et demandaient rarement à être rétribués
pour leurs services, préférant être payés d’une manière
tangible ou intangible en nature. “Le peuple Cunning” des
deux sexes était, selon la rumeur publique, aussi courant
autrefois que le clergé de la paroisse et était présent dans
chaque paroisse du pays. »
En Angleterre, on pouvait encore trouver le peuple Cunning jusque dans les
années 1930 et certaines de leurs méthodes de traitement ont été consignées
et testées par la science moderne (comme celles de la Grand-Mère
Huggett). Si étancher le sang d’une plaie avec des toiles d’araignées, par
exemple, est une notion bien fondée, les filaments contenant des protéines
coagulatrices de sang – le vin au ver luisant, quant à lui, n’a pas de qualité
de guérison apparente !

La tradition ne s’est pas entièrement perdue. Tel que le motif de Miach sur
la cape d’Airmid, elle a été dispersée, et c’est à nous d’associer les
rigueurs de la compréhension moderne au respect des connaissances
anciennes afin de créer à notre usage des méthodes de guérison efficaces
dans le monde d’aujourd’hui.

Chapitre VI

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Le Cercle de pierres

Les Voies de la magie


et des sorts

You have a Druid craft of wicked sound


Wrung from the cold women of the sea

W.B. Yeats

(Vous possédez une connaissance druidique des sons maléfiques


arrachés aux créatures froides de la mer)

Adne, fils d’Uthider, des tribus de Connaught, possédait la plus grande


connaissance de la sagesse et de la poésie de toute l’Irlande. Il avait un
fils, Nede qui s’était rendu en Écosse pour apprendre avec Eochu
Horsemouth, auprès duquel il resta jusqu’à ce qu’il soit devenu très
compétent.
Un jour, le jeune homme s’avança le long de la mer – les poètes ont
toujours cru que le bord de l’eau était un lieu de révélation. Et pendant
qu’il se tenait là, il entendit un son tel un chant de lamentation triste qui

101
lui parut étrange. Alors il lança un sort sur l’eau provoquant la
révélation de ce qui en était la cause. Et la vague déclara que les
lamentations qu’il avait entendues annonçaient la mort d’Adne, son père.

Le Colloque des Deux Sages

Le druidisme, la wicca et le Druidcraft sont des voies de magie, mais


l’utilisation de la magie exige une attitude responsable. Ici, dans la citation
précédente provenant d’un vieux texte irlandais décrivant un dialogue entre
deux magiciens – deux bardes-chamans –, nous voyons Nede jetant un sort
de Magie de Quête afin de déterminer la cause de ce qui se déroule derrière
le monde des apparences. La magie peut en effet transcender les limites de
l’espace et du temps, mais elle ne devrait être entreprise que par ceux qui
sont vraiment préparés à recevoir l’information qu’ils pourraient acquérir et
à assumer les conséquences de leurs actes.

LE CONTE DU BARDE
LUGAID LE FAISEUR DE FEU
Si vous vous promeniez le long du Loch Lugh-phorta, ce loch ombrageux
qui se situe à quelques kilomètres à l’est du Shannon alors qu’il serpente
après Ballina en direction de la mer, vous découvririez, dans la prairie qui
descend vers le bord sud du loch, un tertre bas et plat : un ancien dolmen. Et
c’est dans ce dolmen que repose le corps de Lugaid Delbaeth, le druide
craint de tous, surnommé Producteur de Feu parce qu’il pouvait faire naître
le feu par le seul pouvoir de son esprit et la brillance de son discours.

C’était Lugaid qui savait aussi lire le feu comme nul autre. Il pouvait fixer
n’importe quelles flammes – dans un violent feu de joie, un feu de cheminée
rougeoyant ou la lueur sensuelle d’une bougie au chevet d’un lit. Et se

102
basant sur ces visions il pouvait parler du futur. Lorsque deux bûches
incandescentes s’effondraient ensemble en un petit tas sur la grille de l’âtre,
il prédisait la chute de deux grandes maisons dans une conflagration de
haine et de guerre. Lorsque les flammes jaillissaient des branches d’un très
vieux frêne, abattu dans les forêts du roi, il parlait de l’amour né dans la
chaleur de l’été, et des descendants du roi qui arriveraient triomphalement à
cheval à la cour de Tara en apportant honneurs et richesses à sa tribu et à sa
famille.

Si vous allez maintenant vous asseoir sur le dolmen de Lugaid le Prophète


du Feu, le Faiseur de Feu, et que vous regardez le Loch de Lugh-phorta, il
se pourrait qu’après un moment vous vous endormiez. C’est exactement ce
que l’on disait de faire, jadis, à l’apprenti magicien. Il devait aller dormir
dehors sur les vieux dolmens, sur les tombes des héros et des héroïnes de la
tribu, à la recherche d’un rêve, pour entrer dans le monde des héros, pour
recevoir conseil et courage, inspiration et clairvoyance quant au monde
d’au-delà du temps. Et si vous faisiez ceci, si vous vous endormiez, vous
auriez alors peut-être la chance de rencontrer le fantôme de Lugaid, qui de
son bras droit tendu créerait un feu violent de son seul doigt pointé vers la
terre. Et d’un sourire mélancolique et désabusé, mais bienveillant, il vous
inviterait à vous asseoir près du feu à ses côtés et il commencerait à vous
conter l’histoire de la terre qui vous entoure et du sort de sa famille de sept
enfants :

« Nos vies changèrent pour toujours le jour où notre fille Deidre épousa ce
misérable Trad », dirait-il, vous fixant de ces yeux habités d’un chagrin
d’un autre monde, qui pendant que vous attendiez ces prochaines paroles se
transformerait déjà en un sourire de sagesse profonde.

« Elle l’aimait pourtant profondément, et en fin de compte c’est l’amour qui


compte. Et aussi difficile que votre sort puisse vous paraître, il dissimule
quand même un bijou, un but caché – comme nous étions sur le point de le
découvrir.
« Trad était sans-le-sou et il ne possédait que quelques arpents de terre sur
le coteau de la colline qu’il essayait de cultiver du mieux qu’il le pouvait.
Mais c’était un homme qui aimait labourer et semer dans l’étreinte
chaleureuse de sa femme plutôt que dans la terre rocailleuse du versant nord
de la colline. Et donc sa famille s’agrandissait de plus en plus. On aurait dit

103
qu’aucune année ne pouvait s’écouler sans que Deirdre donne naissance à
un autre de mes petits-enfants. Finalement, un jour, en désespoir de cause,
Trad vint me trouver pour me demander d’utiliser mes pouvoirs druidiques
afin de chercher à savoir comment il pourrait obtenir plus de terrain à
cultiver.

« Comment refuser à mon propre beau-fils ? Il avait besoin de terre pour


nourrir ses enfants – mes petits-enfants ! Je lui dis de faire ses offrandes à
la Déesse – à Brighid de la Flamme et des Eaux.
À l’aube du jour suivant, il jeta dans son puits des pièces d’or et d’argent,
prononçant la Prière des Vœux, avant de venir me trouver dans mon
ermitage de la forêt. C’était là que je faisais ma magie, consultant les
oracles et voyageant vers l’Autre Monde. C’était un endroit que j’avais
construit de mes propres mains, loin du brouhaha de la famille, des disputes
et des bagarres de mes six fils – et des attentions de mes trois femmes !

« Quand Trad arriva, je l’invitai à s’asseoir à côté de mon autel. J’appelai


les dieux de la Mer, du Ciel et de la Terre. J’appelai Brighid pour qu’elle
amène sa flamme à mon aide, et quand je sentis son pouvoir surgir à travers
moi, j’étendis brusquement mon bras et dans un cri je pointai vers le centre
de mon autel. Et là jaillit d’un seul coup une flamme rugissante. Les yeux
fixés en plein cœur de la flamme, comme je l’avais appris de mon Maître, il
y a si longtemps, j’entrais – pratiquement en un instant – en l’état de transe
de Imbas. Le pouvoir de la Déesse circulait maintenant en moi – non pas en
tant que feu, mais en tant qu’inspiration. Et, ouvrant ma bouche pour la
laisser s’exprimer à travers moi et me tournant en direction de Trad, je
criais : “Sache aujourd’hui ceci. Demande à n’importe quel homme de
renoncer à ses terres et son honneur l’obligera à obéir ! "

« Sur mon autel, la flamme baissa et s’éteignit. L’imbas avait coulé et


m’avait quitté. Je m’effondrais à côté de l’autel, respirant profondément,
remerciant la Déesse, attendant de regagner mes forces. Quand je fus
capable de me remettre debout, je me tournai pour faire face à Trad. Mais il
y avait une lueur diabolique dans ses yeux lorsqu’il me fixa avec un air de
défiance en disant : “En ce jour qui est le mien, je demande que toi, Lugaid
m’abandonne tes terres !” Et ainsi, en un seul instant, mon destin fut changé
pour toujours. Mon honneur m’obligeait à céder immédiatement mon
domaine à Trad.

« Que de pensées ragèrent dans mon esprit ! Bien que mon cœur se

104
réjouisse de savoir que ma fille et mes petits-enfants seraient à l’abri du
besoin grâce à l’abondance de mes champs et forêts, je savais que Trad
n’apporterait à ces terres que peu des soins dont elles avaient besoin.. Et
pourquoi ne demandait-il pas à un autre homme d’abandonner ses terres au
lieu qu’à son propre beau-père ? Qu’allais-je faire avec mes six fils et mes
trois femmes ? Où aller ? Où cultiver la terre et vieillir en paix ? Mais je
faisais confiance à la Déesse. J’avais assez vécu pour savoir qu’aussi
sombre que le futur puisse paraître, Elle est présente, même dans
l’obscurité, nous montrant de sa main le chemin.

« En l’espace de quelques jours Trad révéla sa vraie nature. Malgré les


protestations de notre fille et de nos petits-enfants, il nous ordonna de vider
les lieux. Avec des yeux cruels et des mots féroces, il nous jeta hors de
notre maison. Je n’oublierai jamais l’expression d’horreur sur le visage de
ma fille et les cris de douleur de ses enfants, lorsque le chariot contenant
notre famille et notre peu de biens quitta notre ferme pour se diriger vers la
rivière.
« Nous traversâmes le Shannon à Ballina, et prîmes la direction de l’est
vers les collines et Cam Fiacha. Nous atteignîmes le bord du lac à la nuit
tombante et alors que nous contemplions ses eaux, trois cygnes s’envolèrent
de la surface du lac. Ils firent trois fois le tour du lac, puis volèrent vers le
soleil couchant à l’ouest. Et c’est là que je sus que cela serait l’endroit où
je deviendrai vieux et où je trouverai la mort. C’était un lieu d’une grande
beauté et très calme, et je compris alors pourquoi la Déesse nous avait
guidés ici. Mes femmes comprirent aussi cela d’elles-mêmes et comme
personne n’avait encore pris possession de ces terres, nous commençâmes à
bâtir notre maison et à labourer la terre. Mais depuis le début, nous savions
que nos fils avaient besoin de trouver leurs propres terres à cultiver, et un
matin, à l’aube, mes guides spirituels me réveillèrent avec l’idée résonnant
dans ma tête que je devais allumer un grand feu et prier Brighid de trouver
des terres pour mes fils.

« Toute cette journée, nous ramassâmes du bois de tous les côtés, jusqu’à ce
qu’à la nuit tombante, nous ayons construit le plus grand feu de joie que je
n’ai encore jamais vu. Nous nous tenions tous les dix, debout en cercle,
autour du feu. Nous appelâmes les esprits de l’Est, de l’Ouest, du Sud et du
Nord. Nous appelâmes les quatre vents. Nous appelâmes les Esprits de la
Montagne et de la Plaine, de la Rivière, du Lac et de la Mer. Et puis
j’appelai Brighid et une fois de plus son pouvoir surgit à travers moi et je
pus étendre mon bras et avec l’incantation du feu sur mes lèvres, je pointai

105
vers le centre de l’amas de bois. D’un seul coup, des flammes rouges,
vertes, bleues et dorées jaillirent du cœur du tas de bois et c’était comme si
chaque lutin du feu de l’Erin y dansait. J’appelai alors Brighid pour lui
demander que l’on nous montre de nouvelles terres pour mes fils et à cet
instant même tout le bois s’embrasa dans une magnifique flambée et cinq
traînées de feu jaillirent et se propagèrent comme des coulées de lave en
fusion sur le sol vers les horizons lointains.
« Dans la beauté sauvage de ce moment, mon cœur se remplit de silence. Et
dans ce silence, je crus entendre la voix d’une femme qui, d’un timbre
sonore et profond me parla en disant : "Garde Nos, ton benjamin, près de
toi. Il doit rester avec toi ici jusqu’à ta mort. Mais envoie tes cinq fils aînés
suivre chacun une des traînées de feu. Chaque fils devra s’établir là où la
traînée prend fin. Et tel le Puits Sacré qui alimente les cinq courants de
l’eau, donneuse de vie, coulant à travers Tir nán Og, ton feu deviendra le
feu de l’âtre de la tribu qui grandira de la semence de tes enfants. Et des
cinq directions, ils viendront se réunir aux époques de fête – Bealteinne et
Lughnasadh, Samhain et Imbolc."
Et lorsque vous entendez ceci, la forme de Lugaid, assise près du feu, vous
parlant de sa vie et de ses terres, de l’histoire de l’origine de sa tribu et de
leurs pays, commence lentement à s’estomper jusqu’à ce que vous vous
retrouviez, vous éveillant sur le bas et plat tertre herbu à côté du Loch Lugh-
phorta, le soleil se levant à l’est au moment où trois cygnes blancs viennent
se poser sur les eaux calmes du lac.

LE COLLOQUE
Vous réveillant comme d’un songe de la rêverie provoquée par le conte du
barde, vous vous dirigez, en compagnie de vos compagnons, vers l’ancien
cercle de pierres situé sur la colline dominant les maisons et les champs
d’Avronelle jusqu’à ce qu’enfin vous aperceviez votre maître Elidir qui
regarde la mer.
En vous entendant approcher, elle se tourne vers vous et vous invite à vous
asseoir près d’elle sur l’herbe, hors du cercle.

« Parlons de la magie, commence-t-elle. Les gens ont tendance à croire que


la magie n’est qu’une seule chose alors qu’en fait c’est un ensemble de
plusieurs choses. En tant que disciples de cette voie, notre but est de vivre

106
une vie magique, d’avoir une expérience magique de la vie. Vous avez déjà
pu constater que nous travaillons beaucoup dans ce sens. Pour nous mettre
au diapason de la magie des saisons, nous organisons des cérémonies huit
fois par an, nous faisons en état de conscience des voyages magiques pour
explorer l’Autre Monde, nous interprétons des Rites de Passage pour
marquer les moments importants de nos vies et nous nous relions au courant
magique de la Nwyvre pour apporter énergie et vitalité à nos vies.
« Voyez-vous, la vie est fondamentalement magique et pour faire
l’expérience de cette magie nous devons juste nous mettre à l’unisson avec
elle et alors la magie circule en nous. Et lorsque cela arrive, quand vous
vous harmonisez avec le flux de la vie, les synchronismes se produisent
plus souvent. Vous rencontrez la bonne personne au bon moment, vous
ouvrez un livre précisément au bon endroit pour y trouver les conseils dont
vous avez besoin, vous recevez une offre de travail juste au moment où vous
en avez besoin.
« C’est une manière de considérer la magie – l’observer tout autour de vous
dans la Nature, et en vous y ouvrant en vivant de cette manière. Mais il
existe également d’autres sortes de magie. La plus évidente que tout le
monde connaît étant la Magie de Scène.

« Les bons magiciens de spectacle vous surprennent constamment. Ils vous


montrent que vous ne pouvez pas faire confiance à vos sens. Ils jouent avec
votre sens de la réalité jusqu’à ce que vous ne sachiez plus ce qui est réel et
ce qui est une illusion. Leur but est de vous divertir et de vous amuser en
vous présentant toute une série d’illusions et cela vous enchante parce que
cela révèle les limites de vos sens et de votre esprit.

« Mais cela ne va pas plus loin. Il y a un rapport avec ce que nous faisons
dans la mesure où nous essayons de dépasser les illusions générées par
notre esprit, mais c’est à peu près tout. Donc, en mettant de côté la Magie de
Scène, il n’y a que deux types de magies qui nous intéressent – pratique et
alchimique.

« La Magie Alchimique implique le travail sur soi. Alchimique, car l’idée


en alchimie est de transformer le métal de base en or, et l’ordinaire en
extraordinaire. Notre but est d’accomplir ceci avec nos propres vies, avec
nous-mêmes. C’est en grande partie la raison de suivre une voie telle que le
Druidcraft. À chaque étape, nous nous développons, et nous développons
nos aptitudes, nos compétences, nos pouvoirs, de manière à, graduellement,

107
nous développer, évoluer et nous transformer en tant qu’être humain. Vous
pourriez utiliser un terme moins évocateur, tel que la magie de
développement personnel ou spirituel, mais l’alchimie transmet le pouvoir
que cette manière de travailler a de provoquer des changements profonds et
des transformations graduelles.

« Le principe en alchimie est que vous démarrez avec le métal de base ce


qui est l’équivalent de toutes les matières premières que possèdent votre
personnalité et votre âme. Puis, en suivant une voie spirituelle, vous
transformez ceci graduellement en une qualité d’être littéralement
rayonnante. C’est pourquoi, souvent, les gens qui suivent cette voie
possèdent un air de jeunesse et une vivacité presque tangibles. Et en accord
avec la Loi du Retour de Marée, si vous commencez à rayonner de l’énergie
positive vers le monde, elle reviendra dans votre propre vie de plusieurs
manières.
« Les personnes clairvoyantes ou qui possèdent un sixième sens peuvent
voir ou sentir ceci chez les autres. L’aura de certaines personnes est grise et
l’énergie qu’ils rayonnent est minimale alors que d’autres personnes ont des
auras positivement brillantes et l’énergie qu’elles projettent est forte et
positive, ce qui attire tout naturellement vers eux les gens et les situations
répondant à cette énergie.

« Toutes les techniques et les idées décrites dans nos discussions peuvent
être utilisées dans la Magie Alchimique – les visualisations, les
cérémonies, les bains de boue et les cérémonies de sudation, toutes sont
conçues pour nous aider à devenir radieux, nous aider à nous développer
spirituellement et nous aider à rester en bonne santé physique et
psychologique.

« En plus de cette manière de travailler, il existe une autre forme de magie –


la Magie Pratique. Mais avant que vous ne commenciez à étudier ceci, il est
important de savoir pourquoi la magie vous intéresse et ce que vous feriez
des compétences et des connaissances de la magie que vous pourriez
obtenir. » Elidir indique à Brendan de s’avancer. Il s’assoit près d’elle et
ils commencent leur colloque.

« Pourquoi êtes-vous intéressé par la Magie ? demande Elidir.


– Parce que je sais que la vie est bien plus que ce que nous en voyons,
répond Brendan. Je sais que toutes sortes d’influences opèrent derrière le
monde des apparences. J’aimerais savoir ce qu’elles sont ainsi que

108
comment travailler avec elles pour améliorer ma vie et celle des autres.

– Oui, mais si vous deveniez un magicien que souhaiteriez-vous faire


précisément ? l'interroge Elidir en le fixant intensément.
– J’aimerais être capable de voyager dans l’Autre Monde pour rencontrer
des êtres éthérés – des personnes mortes ou qui ne sont pas encore nées –,
et des animaux de pouvoir et ces êtres qu’on appelle Fées et Devas. Je ne
suis même pas sûr si tous existent ou pas, donc je voudrais aussi vérifier
cela, répond Brendan.

– Mais pourquoi voudriez-vous faire cela – à part de le faire par curiosité ?


demande Elidir, levant les sourcils d’un regard interrogateur.

– J’aimerais entendre leur sagesse, répond Brendan. Je souhaiterais leur


demander de me guider dans ma vie... et pour savoir comment nous
pourrions aider à résoudre les problèmes du monde. Et, bien entendu, je suis
fasciné par l’idée d’explorer leurs mondes et d’apprendre comment ils
vivent.
– Y a-t-il d’autres choses que vous aimeriez faire ? demande Elidir.
– Et bien, j’aimerais être capable de faire de la magie pour aider les gens et
pour influencer positivement certaines choses, mais je suis un peu méfiant
par rapport à cette sorte de magie parce que quand les gens en parlent j’ai
souvent l’impression que c’est une forme d’interférence, répond Brendan.
– Je suis d’accord avec vous, mais regardons ceci plus en détail » dit Elidir
qui se saisissant de sa baguette, dessine un symbole sur la terre. C’est le
triple nœud celtique. En Druidcraft, nous divisons la magie pratique en trois
sortes : la Quête, la Transformation et la Réalisation. Elles ont toutes des
buts très différents, mais il y a des recoupements – d’où le symbole que
nous utilisons, dit-elle en se tournant vers Brendan.

« Généralement parlant, il existe trois raisons de faire de la magie. L’une est


pour la recherche – obtenir des informations, découvrir des réponses à nos
questions. Nous utilisons la Magie de Quête pour cela. Une autre est pour
effectuer une transformation – encourager certains résultats, changer les
choses pour le meilleur. Nous utilisons la Magie de Transformation pour
ceci. Et la troisième raison de faire de la magie est pour la réalisation, qui
implique de faire naître quelque chose dans le monde. Nous utilisons la
Magie de Réalisation à cet effet.

109
LA MAGIE DE QUÊTE
« Commençons par la recherche. C’est la première raison que vous avez
donnée pour vouloir faire de la magie – vous souhaitiez vous instruire sur le
sujet de l’Autre Monde –. C’est ce qui attire beaucoup de gens vers la
magie. Ils ont entendu parler de voyage astral, ou bien peut-être de
régression de vie antérieure, et ils veulent explorer leurs vies antérieures
sur la Terre, ou ils veulent rencontrer leurs animaux de pouvoir ou parler
avec des êtres d’autres planètes ou des anges et des fées. C’est un domaine
très important à étudier, que la science vient tout juste de commencer à
examiner. Mais les traditions de magie utilisent depuis des années leurs
propres techniques pour explorer ce domaine, se servant de la divination,
du voyage, de la métamorphose, du rappel de vie antérieure et de
l’exploration de vie future, pour obtenir des informations, des idées, de
l’inspiration et des perceptions.

« En divination, nous utilisons un outil tel que les cartes de Tarot ou


l’astrologie pour essayer de scruter au-delà du voile des apparences, pour
étudier plus profondément le sens des choses.

Nous pouvons également nous servir de l’Ogham qui est le langage des
arbres, ou des animaux totems en guise d’oracle, soit faire un voyage dans
l’Autre Monde.
Pour cela, nous nous aidons d’une cérémonie magique pour créer
l’atmosphère adéquate et pour attirer les énergies favorables à cette
initiative, et puis nous faisons appel au pouvoir de la musique et de la voix
humaine pour transporter notre conscience dans d’autres royaumes. En
réalité, cette manière de travailler est du chamanisme parce qu’un chaman

110
est quelqu’un qui voyage, qui entre en transe ou dans des états de
conscience modifiés afin d’obtenir des informations dans un but de guérison
ou de conseil.
« Donc lorsque quelqu’un souhaite utiliser la magie pour sa recherche,
entreprendre une Quête dans l’Autre Monde, il choisit l’outil à utiliser dans
ce but – divination ou voyage – puis il emploie un ou deux supports, comme
le rituel, la musique, la danse ou la voix d’une autre personne, pour l’aider
dans sa quête. Grâce à ces moyens, il peut alors s’orienter vers
l’exploration, soit du passé, soit du futur, ou bien vers la rencontre
d’animaux de pouvoir ou d’êtres de l’Autre Monde.
« Il existe également des méthodes plus ésotériques, comme de vous
enrouler dans une peau de taureau et vous envoyer dormir près d’une
cascade. C’était de cette manière que dans l’ancien temps, les druides
irlandais déterminaient parfois leur prochain roi. Ils utilisaient cette magie
pour envoyer leur druide-chaman dans l’Autre Monde pour obtenir
l’information dont ils avaient besoin.

– Pourquoi devait-il être enveloppé dans une peau et pourquoi près d’une
cascade ? demande Brendan.

– Vous pourriez l’expliquer en disant que l’étrange sensation physique de se


sentir fermement enroulé et celle de votre cerveau bombardé par le
grondement de la cascade créaient un puissant état d’altération de
conscience, répond Elidir. Mais ce n’est qu’une partie de l’explication –
celle du moyen utilisé pour projeter le druide dans l’Autre Monde. La réelle
compétence du druide-chaman réside dans le choix du lieu à visiter dans
l’Autre Monde et de la personne à qui demander conseil une fois sur
place. »

Elidir se tait un instant, regardant vers la mer puis vers le cercle de pierres.
Au bout d’un moment, elle vous invite tous à pénétrer dans le cercle. En la
suivant, vous remarquez qu’elle s’arrête à l’Ouest, à l’entrée du cercle,
touchant légèrement de chaque côté d’elle les pierres de la porte avant de
franchir le seuil.
En pénétrant dans le cercle, vous remarquez immédiatement un changement
dans l’atmosphère. Il y règne une sensation forte et profonde comme si vous
étiez en présence de Pouvoirs Supérieurs. Elidir vous signale d’un geste de
vous rendre tous au côté nord du cercle, puis s’assoit devant une pierre et
poursuit :

111
LA MAGIE DE RÉALISATION
« Les anciens druides découvrirent une forme de magie très spéciale –
comment faire apparaître des objets de nulle part ! annonce-t-elle
dramatiquement.
« Et ceci est le genre de chose qu’ils produisaient. » Elle ouvre sa main
pour révéler une vieille boucle de ceinture celtique en argent ornée
d'entrelacs s’enroulant tout autour d’elle. Vous la regardez, perplexe.
Suggère-t-elle qu’ils faisaient apparaître de telles choses littéralement de
nulle part ?
« D’abord ils capturaient l’idée, ils recevaient l’inspiration de créer une
telle chose. Ils pouvaient même avoir utilisé la Magie de Quête dans ce but
et avoir reçu le modèle de l’objet d’un gardien spirituel dans l’Autre
Monde, dit Elidir. Puis ils le nourrissaient et le développaient dans le
chaudron de leurs esprits et de leurs cœurs. Puis, précisément au bon
moment et exactement de la bonne manière, ils donnaient naissance à cet
objet dans la forge.

– Donc ils ne le faisaient pas littéralement apparaître de nulle part, dit


Brendan.

– Si, insiste Elidir. Mais ce n’était pas un procédé instantané, c’est tout.
Lorsque vous avez une idée pour créer ou faire quelque chose, cela part de
rien – comme une pensée intangible. Mais un jour, un mois ou une année
plus tard, voici le repas, le bâtiment, le tableau. La magie de réalisation est
précisément la magie de la création.
– Mais qu’y a-t-il de si spécial là-dedans ? Les gens sont toujours en train
de créer quelque chose, répond Brendan.

– Vous avez raison. Mais il s’agit d’autre chose, répond Elidir.

Il est certain que les trois activités de Quête, Réalisation et Transformation


ont lieu constamment. Les gens font des recherches, créent des choses et
influencent des événements tous les jours. Vue ainsi, La Magie n’est guère
différente. Mais ce qui la singularise, c’est qu’avec la magie nous
travaillons dans le monde intérieur. Nous n’œuvrons pas uniquement dans le
monde extérieur des effets, nous nous rendons à un niveau plus profond,
plus causal où nous pouvons au bout du compte être plus efficaces.

112
« Une fois que vous comprenez le concept de la toile – la manière dont tout
est connecté –, cela veut dire que vous pouvez littéralement travailler la
toile pour obtenir un résultat magique. C’est comme s’il existait entre toutes
les choses, un réseau invisible de connexions. La plupart des gens
l’ignorent, et ils essaient de créer ou d’influencer les choses à la surface
tandis que le magicien se rend tranquillement dans un cercle magique, se
connecte à la toile, puis envoie des impulsions ou des messages le long des
bons filaments pour obtenir le résultat souhaité.

« La première magie à apprendre en Druidcraft est la Magie de Réalisation.


C’est la magie du barde, la magie de créativité – du chant, de la musique,
des contes, de la peinture, de l’écriture, de l’interprétation, de la sculpture
et de la danse. Naturellement, vous pouvez faire toutes ces choses sans
aucune connaissance de la magie, mais la connaître vous permet d’être
encore plus créatif.
« Vous pouvez prendre l’ensemble du processus créatif et faire intervenir la
magie à chaque stade. La première étape dans la création de quelque chose,
dans son apparition dans notre monde, c’est de recevoir l’idée, d’en avoir
l’inspiration. Que souhaitez-vous créer ? Nous avons souvent plein d’idées,
mais l’art est d’obtenir la bonne idée, bonne d’un point de vue éthique et
bonne dans le sens d’une idée ayant besoin de voir le jour.

« Pour nous aider à accomplir ceci, notre magie est tellement vaste qu’elle
ne peut pas être confinée à une seule technique. Cela implique de
développer notre conscience, nous-mêmes, en tant que récipients et
récepteurs pouvant capter les meilleures idées. Pensez à ces grands
radiotélescopes qui peuvent recevoir des signaux radiophoniques d’étoiles
lointaines. Graduellement, grâce à notre développement en tant qu’êtres
spirituels et humains, nous pouvons devenir semblables à ces grands
récepteurs, captant des signaux éloignés.

– D’où viennent-ils ? demande Brendan.

– Une meilleure question est de qui proviennent-ils, lui répond Elidir. Peut-
être pouvons-nous capter des signaux – idées et inspiration – d’êtres plus
avancés que nous sur d’autres planètes, d’anges, d’âmes sages qui vivent
maintenant dans d’autres dimensions ou dans des corps physiques à l’autre
bout du monde. Peut-être ont-ils leurs origines au plus profond de notre
propre subconscient, peut-être flottent-ils comme des nuages dans
l’inconscient collectif de l’humanité, peut-être sont-ils diffusés sur nous par

113
de très lointaines intelligences incroyablement supérieures. Quelles que
soient leurs provenances, nous croyons que plus nous méditons et vivons
nos vies en harmonie avec la Nature et avec l’Esprit, plus nous avons de
chances de recevoir ces messages et ces idées.
« La manière dont nous vivons nous prépare magiquement pour
l’inspiration, que l’on appelle en druidisme Awen. Awen est le mot gallois
pour cadeau des dieux, bénédictions des dieux ou simplement inspiration.
C’était l’Awen que la déesse Ceridwen prépara dans son chaudron. Dans
nos cérémonies, nous pouvons chanter afin d’obtenir de l’Awen et nous
pouvons également utiliser une technique qui était encore en usage jusqu’au
XVIIᵉ siècle parmi les bardes écossais. Ils avaient coutume de cultiver
l’inspiration en allant dans de sombres bothies – chaumières – fermant
toutes les fenêtres et s’allongeant sur un lit, un foulard noué autour des yeux.
C’était afin d’éliminer toute lumière pouvant les déranger et bien entendu, le
silence était total dans ces lieux sauvages des hautes Terres d’Écosse.
Parfois, ils se mettaient également une pierre sur la poitrine. Ils faisaient
cela dans le but de créer une sorte de privation sensorielle. De nos jours,
les chercheurs ont découvert que nous pouvons ressentir, dans ses
conditions, toutes sortes d’expériences extra-sensorielles. Donc, vous
pouvez constater que les bardes-chamans utilisaient ces techniques pour
voyager dans l’Autre Monde afin d’y obtenir leur inspiration, leur
information. Voilà le recoupement, entre les différentes sortes de magie, que
j’ai mentionné lorsque je vous ai montré le triple nœud. Ils font appel à la
Magie de Quête pour les premiers stades de la Magie de Réalisation.
– Je peux voir comment vous recherchez l’inspiration grâce à toutes ces
différentes méthodes, mais une fois que vous l’avez trouvée, que faites-vous
alors ? demande Brendan.
– Vous essayez de réaliser un rêve, dit Elidir. Une fois l’inspiration reçue,
vous devez nourrir le bébé qui grandit intérieurement. La Magie de
Réalisation n’est pas différente de la venue d’un enfant au monde, ou de la
semence d’une graine et des soins apportés au jeune plant qui émerge de
cette graine. Votre rêve, votre désir ou votre but est la graine. N’en faites
rien et il mourra.

« Vous devez prendre soin de ce rêve, alors n’essayez pas de le faire naître
trop tôt. Les rêves ont besoin de soins et d’être entouré de ruminations et de
rêveries. Ils nécessitent même qu’on les ignore un moment, afin de grandir
et d’être incubé dans l’obscurité. Ne passez pas votre temps à déterrer la

114
graine pour voir comment elle se porte. Concentrez-vous sur autre chose
tout en vous sentant heureux et persuadé que votre graine est en train de
germer – nourrissez-vous d’art et de musique, de poésie et de chant.
Promenez-vous dans les bois, parlez avec vos amis, soyez heureux d’être en
vie.

« Quand le moment sera venu de nourrir la graine de pensées, procédez de


manière indirecte. Faites un collage de photos, de dessins et de poèmes à
son sujet. Créez un autel ou un endroit sacré dans votre maison ou dans
votre jardin, avec des objets et des images qui y sont associés. Lisez des
livres à ce sujet. Soyez réceptif aux nouvelles idées et sentiments s’y
rapportant. Demandez à vos amis de se faire l’avocat du diable. Argumentez
avec passion le pour et le contre. Soyez prêt à perdre votre rêve et à en
trouver un autre. Ce ne sont pas tous les enfants qui peuvent venir au monde.
Ne pensez pas avoir immanquablement raison ou forcément savoir ce qui
est mieux pour vous ou pour le monde. Mais, après tout ça, si votre passion
est encore là et vous voulez toujours la même chose, passez au stade
suivant.
« Voyez-vous, l’art de cette sorte de magie – la Magie de Réalisation – est
complètement naturel, continue Elidir. C’est une Magie qui suit une
séquence ou des étapes identiques à celles de la création d’un bébé :
d’abord la conception, puis la gestation, puis la naissance, puis les soins
apportés au nouveau-né avant enfin de le laisser partir dans le monde.

Et tous les désastres qui peuvent advenir durant une grossesse physique
peuvent aussi survenir pendant ce genre de grossesse spirituelle ou créative
– vous pouvez avorter à n’importe quel moment ou accoucher d’un enfant
mort-né.

« Les gens donnent souvent naissance prématurément à leurs idées et donc


le projet dépérit et il meurt parce qu’il n’est pas assez fort pour survivre
dans le monde extérieur. Ils auraient dû le garder un peu plus longtemps, à
l’intérieur de leur cœur et de leur imagination – y réfléchir plus longuement,
lui donner le temps de mieux se développer.
« Dans cette sorte de magie, l’art est celui d’être parents, l’art d’apprendre
comment être la mère et le père de l’idée à mettre au monde. Vous devez
développer vos capacités d’instinct nourricier, de protection, de soutien et
de maîtrise et savoir les exploiter toutes afin d’amener cette idée à se
manifester dans notre monde. Toute la question est d’apprendre à utiliser le

115
calice et la baguette. La baguette représente le principe masculin de
concentration et de direction et le calice, le principe féminin de contenir et
de nourrir. Ensemble ils mettent au monde vie et créativité.
– Le Dieu et la Déesse de nouveau ? demande Brendan.
– Exactement, répond Elidir. Les wiccains concrétisent ceci en laissant, au
moment culminant de leurs cérémonies, la Grande Prêtresse plonger un
poignard dans le calice. Ceci symbolise l’union des principes masculin et
féminin, l’union du Dieu et de la Déesse, union qui crée le monde. C’est la
même chose également dans nos propres mondes ; c’est l’union de notre
capacité à diriger et à concentrer nos intentions avec nos compétences à les
nourrir et à les contenir. Notre aptitude à joindre ces deux capacités
détermine si nous pouvons ou pas faire venir au monde nos idées.

« Certains ne peuvent qu’agiter leur baguette, se concentrant et étant en


contrôle, mais sans jamais obtenir rien de bien valable. D’autres peuvent
être d’un grand soutien et possèdent l’instinct nourricier, mais ils manquent
de concentration. Le magicien réussit à unir ces deux capacités en elles-
mêmes pour être créatif dans le monde.

– Parlez-moi de la troisième forme de magie, la magie qui essaie de


changer les choses », ajoute Brendan après une pause.

LA MAGIE DE TRANSFORMATION
Elidir regarde autour du cercle de pierres puis au loin avant de se tourner à
nouveau vers Brendan et de dire : « La plupart des gens se sentent à la
merci des circonstances. Le monde est trop imprévisible, trop grand et il
existe trop de gens et trop de pouvoir en exercice pour qu’ils se sentent en
contrôle de leurs vies. Mais la magie dit que le monde que vous voyez est le
résultat de forces cachées et d’influences que vous pouvez apprendre à
comprendre et à changer. Vous pouvez apprendre à vous rendre,
symboliquement, dans les coulisses, et ouvrir une fenêtre pour laisser entrer
plus d’air et de lumière.

– Mais n’est-ce pas dangereux ? demande Brendan.

– Pourquoi cela serait-il plus dangereux que d’être une victime sans défense
dans le monde apparent ? réplique Elidir.
– Parce que là au moins vous êtes innocent. Dès que vous commencez à

116
vous mêler des influences cachées, vous prenez le risque que les choses
tournent mal, répond Brendan.

– Vous avez raison, répond Elidir, c’est pourquoi vous devez être très
prudent avec la Magie de Transformation. Vous devez être parfaitement
conscient de la Loi du Retour de Marée et vous devez comprendre comment
travailler la magie précisément de la bonne manière. Ce n’est pas pour les
débutants. Il vous faut d’abord avoir travaillé avec les deux autres formes
de magie en faisant l’expérience de l’Autre Monde pendant des voyages et
en travaillant avec chaque étape de la Magie de Réalisation, en apprenant
comment recevoir l’Awen et comment la faire se manifester dans le monde.
Alors seulement êtes-vous prêt à travailler avec cette sorte de magie qui
implique de produire des influences dans le monde.
« Donc bien que je ne puisse pas encore vous former complètement à cette
dernière forme de magie, je peux au moins vous en dire quelque chose,
ajoute Elidir en indiquant les pierres autour de vous. Un cercle de pierre est
comme un accumulateur électrique.

Il peut conserver et émettre de l’énergie et c’est pour cela que c’est un bon
endroit pour travailler avec la Magie de Transformation. L’outil principal
pour ce genre de magie est l’incantation et celle-ci prend normalement la
forme d’un chant magique exprimant une intention ou un désir.

Donc, nous effectuons une cérémonie dont le centre est l’incantation. Nous
dansons en tournant en rond et en chantant cette incantation, et au même
moment l’énergie du cercle grandit de plus en plus, les pierres contribuant à
cet effet en aidant à conserver, et en augmentant l’efficacité de la charge de
la même manière dont un accumulateur le fait avec l’électricité. Nous nous
laissons tous tomber à terre – en général épuisés – au moment où le pic
d’intensité est atteint, et tout en faisant cela nous nous libérons de toutes
pensées et de tous désirs, ayant simplement confiance dans l’aboutissement
de ce sort qui est porté par l’énergie que nous avons générée et que le
cercle de pierres a intensifiée.

« Si vous êtes seul, il est un peu plus difficile de développer cette énergie,
mais vous pouvez quand même y arriver en visualisant votre intention
intensément et en vous concentrant sur le pouvoir véhiculé par les mots
composant ce sort. Et vous pouvez également, si vous le désirez, danser
seul.
– Mais qu’est-ce qu’un sort ? demande Brendan.

117
– Un sort n’est qu’un souhait exprimé d’une manière magique. Un sort
sollicite une guérison ou une bénédiction ou bien encore l’obtention de
quelque chose de concret et de spécifique comme une nouvelle maison ou
un nouvel emploi. Malheureusement, il peut aussi être utilisé pour demander
quelque chose de désagréable, comme une malédiction qui est aussi un
souhait, mais un souhait destructeur.

« Il est, bien entendu, hors de question de lancer des sorts dans le but de
nuire ou de maudire – vous le saurez, dès que vous aurez vraiment compris
la Loi du Retour de Marée. Mais employer l’art des sorts, pour ce qui peut
sembler de bonnes raisons, peut également se révéler être une source de
problèmes et à moins d’y réussir parfaitement, les résultats peuvent s’avérer
désastreux. La plupart des gens pensent que tout ce qu’ils ont à faire est de
s’assurer que leurs sorts ont pour but des choses positives, mais ce n’est
pas aussi simple que ça.
Parfois, nous ne savons pas ce qui est réellement bon pour nous, ou bien les
conséquences que pourrait avoir l’aboutissement de notre souhait.

« Je connais quelqu’un qui jeta un sort pour obtenir plus de temps dans sa
vie bien remplie. Cela a marché – elle fut licenciée quelques jours après et
se retrouva avec beaucoup de temps libre, mais sans argent.

Et j’ai entendu l’histoire d’une femme qui en avait utilisé un pour recevoir
un million de dollars. Cela a marché également – quelques jours après, son
mari fit une chute dans une cage d’ascenseur. Sa vie était assurée pour un
million de dollars et sa femme reçut cet argent dans les semaines qui
suivirent.

« Donc, même demander ce que vous voulez peut être une affaire délicate.
La difficulté d’enseigner l’art des sorts aux novices réside dans le fait
qu’ils veulent tout de suite commencer par obtenir toutes les choses dont ils
pensent avoir besoin – petit ami ou petite amie, voiture, travail et argent.
Cela devient une espèce de consumérisme spirituel et cela provient d’un
état de manque – ou ce qu’on perçoit comme tel. Ce n’est pas un bon point
de départ pour établir votre intention magique parce que d’après la Loi de
Résonance, si vous croyez être en manque de quelque chose, vous attirerez
encore plus de ce sentiment de manque dans votre vie. Dans le premier
exemple que je viens de donner, la jeteuse de sort a échangé un manque de
temps contre un manque d’argent. Dans la deuxième histoire, cette femme a
troqué un manque d’argent contre un manque de mari.

118
« Au lieu de travailler de cette façon, vous avez besoin d’aborder l’art des
sorts en partant confiant et avec l’assurance que tout évolue encore plus
parfaitement que vous n’auriez pu vous l’imaginer et que vous utilisez vos
prières et vos sorts afin de vous aligner plus pleinement avec le courant
d’abondance et d’intégrité qui irrigue la vie. Les meilleures guérisons
s’opèrent également de cette manière, vous vous réalignez avec le courant
guérisseur et bienveillant de la vie.
– Mais comment fait-on pour jeter un sort ? demande Brendan. Je ne suis
toujours pas certain de comprendre ce qu’est un sort au juste ou de quelle
manière en faire un !
– Un sort est simplement l’expression d’un souhait, d’un désir ou d’une
intention, mais exprimée d’une manière telle que vous croyez ou espérer
qu’il se réalisera, répond Elidir. En fait, c’est vraiment comme une prière,
où vous présentez votre demande à un Pouvoir Supérieur.

Mais les techniques magiques utilisées avec un sort peuvent le rendre plus
efficace qu’une prière.

SOUHAITS, PRIÈRES ET SORTS


« Considérons maintenant les souhaits, les prières et les sorts et voyons
comment ils sont apparentés – et comment ils sont chacun, d’une certaine
manière, différents. Au temps des anciens druides, souvent les sorts étaient
jetés, en lançant des objets précieux dans des lacs ou des puits sacrés. Nous
mettons encore en pratique cette coutume, d’une moindre manière, quand
nous croisons un puits à souhaits. Nous jetons une pièce de monnaie dans le
puits et demandons ce que nous désirons. C’est un exemple d’une coutume
ancienne qui existe aujourd’hui encore, même si la plupart des gens ignorent
ses origines véritables. Au temps jadis, c’était un acte magique, alors
qu’aujourd’hui nous faisons un vœu sans nécessairement croire aux chances
qu’il a de se réaliser. C’est ça un souhait, vous le dites ou le pensez
simplement, sans aucune technique spéciale ou croyance en ses chances
d’être exaucé.

– Une prière, quant à elle, est également un souhait, mais vous demandez
réellement à un Pouvoir Supérieur, tel que Dieu ou la Déesse que votre
souhait se réalise : “Ô Déesse, que la paix soit sur Terre !” est un exemple
de prière courte, alors qu’un souhait serait simplement : “Je souhaiterais
qu’il y ait la paix sur la Terre.” Pour changer une prière en sort, vous auriez

119
besoin d’ajouter une étape supplémentaire, comme de le répéter neuf fois
pendant que vous tapez sur une cloche tout en visualisant des vagues de paix
ondulant vers l’extérieur.
« Un sort prend le désir qui pourrait être exprimé par un souhait ou une
prière et se sert du pouvoir de la cérémonie, du pouvoir des mots qu’on
emploie, du pouvoir de l’incantation ou du chant et parfois également de la
danse et combine tout cela avec le pouvoir de la visualisation. Vous pouvez
donc constater que c’est plus compliqué, mais que cela peut aussi être bien
plus efficace.
« Par ailleurs, les jeteurs de sorts peuvent faire leur travail pendant
certaines phases de la lune ou à certains moments de l’année pour profiter
des marées ou des énergies naturelles qui circulent dans le monde telles que
les marées des semailles et de la croissance, de la récolte, de la mort, et de
renouvellement que vous avez déjà étudiées. Certaines personnes utilisent
également l’astrologie pour déterminer précisément le bon instant pour
réaliser un sort particulier.

« Un sort fonctionne avec le pouvoir de la voix, idéalement chanté,


psalmodié ou récité avec grande émotion. Et il travaille aussi avec la
capacité du faiseur de sorts à visualiser avec conviction le résultat désiré.
Un magicien expert peut se contenter de psalmodier ce sort en visualisant
puissamment sa réalisation dans le monde et cela suffira. Parfois, le
magicien fabriquera également un objet physique pour augmenter l’effet du
sort. Il ou elle peut écrire sur un morceau de parchemin le sort pendant qu’il
est psalmodié. Puis il peut le brûler rituellement pour diffuser son message
dans le monde, ou bien l’enterrer dans le sol, le laisser s’envoler avec le
vent ou il peut le jeter dans un ruisseau – utilisant à chaque fois le pouvoir
de l’un des Quatre Éléments. Il peut conserver le morceau de parchemin et
en faire un charme, le pliant pour le glisser dans un médaillon ou le cousant
dans un vêtement. Ceci est effectivement basé sur la même idée que les
clouties, qui sont de petits rubans ou bouts de chiffons que les gens, en
particulier en Cornouailles et en Irlande, attachent aux arbres près des puits
sacrés après avoir dit leurs prières – faisant leurs souhaits à côté du puits.
Ils fonctionnent selon un principe identique et ce qui est intéressant est que
l’on observe la même chose partout dans le monde. Dans les loges à
sudation des Amérindiens, ils créent parfois de petits paquets de prières,
composés de pincées de tabac liées par des rubans qu’ils attachent à la
structure de la hutte. En Inde et au Tibet, ils confectionnent des petits
drapeaux de prière et ils nouent des rubans aux arbres.

120
« Le principe est que l’objet physique que vous fabriquez pendant que vous
récitez le sort ou la prière se charge alors de la vibration de votre intention
et continue à émettre cette vibration longtemps après la fin du rituel de sort.
Vous pouvez également faire ceci avec des cristaux et des pierres, mais il
est essentiel que vous ne fassiez pas une fixation sur l’objet physique – le
charme. La plupart des gens qui commencent à travailler avec des sorts
deviennent tellement préoccupés par le calcul du moment le plus propice
pour les faire, et puis par la préparation du rite et du charme qui sera créé,
qu’il ne leur reste pas beaucoup d’énergie pour formuler les mots du sort et
pour le visualiser puissamment pendant qu’ils le psalmodient. Et ils peuvent
manquer de perspective. Ils feront, par exemple, un sort pour obtenir un
amant et oublient d’ajouter l’idée cruciale que tout ce qui est demandé
devrait l’être pour le plus grand bien de tous. Et donc l’amant apparaît,
mais leur rend la vie impossible.

« Demander qu’un type précis de personne ou d’objet physique apparaisse


dans votre vie peut s’avérer désastreux.
Il vaut bien mieux demander l’essence de ce dont vous avez besoin –
l’amour, plutôt qu’un amant, par exemple. Cela donne à la vie l’occasion de
vous fournir ce dont vous avez besoin de la meilleure manière possible, au
lieu de celle que vous, avec votre point de vue limité, avez pu envisager.

« Malheureusement, les gens sont souvent attirés par la magie parce qu’ils
veulent s’en servir uniquement pour eux-mêmes. Mais lorsque vous vous
connaissez vraiment, vous découvrez que le plus grand bonheur et
épanouissement surviennent non seulement lorsque vos propres besoins sont
satisfaits, mais lorsqu’en plus d’être à votre propre service, vous participez
de manière positive dans le monde.

« Si vous abordez le sujet avec superstition ou des motifs égoïstes, vous


vous empêtrerez dans la peur et le fantasme, et le danger existe, que vous
puissiez essayer d’user de la magie afin de manipuler autrui.

« Cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas employer de sorts pour vos
propres besoins, mais la meilleure manière de faire cela est de ne rien
demander de spécifique. Au contraire, il vaut mieux user d’un sort pour
solliciter des qualités positives ou pour renforcer ces qualités en vous qui,
par résonance, vous apporteront alors ce dont vous avez besoin. Par
exemple, cette version de la Lorica : la prière de Saint-Patrick – également
connue comme la Cuirasse de Saint-Patrick –, développée à partir d’une

121
invocation préchrétienne. Récitée en tant que sort, dès le réveil, elle est
idéale pour vous protéger et pour surmonter tout sentiment de faiblesse et de
vulnérabilité :
« Je me lève aujourd’hui par la force du Ciel : lumière du soleil, éclat de
la lune, splendeur du feu, vitesse de l’éclair, rapidité du vent, profondeur
de la mer, stabilité de la terre, solidité de la pierre !
« Travaillons maintenant avec ces idées, dit alors Elidir en se levant. Je
vous ai parlé du fait que le Druidcraft implique de semer consciemment des
graines pour vous-même et pour les autres. Venez donc avec moi et nous
allons le faire – nous allons créer un sort ensemble ! »

Cela dit, vous la suivez et elle vous entraîne hors du cercle, à travers la
prairie puis en descendant vers la mer. Le soleil se couche à présent, ses
rayons dorés tels des rubans de lumière liquide brillants sur l’océan.
Au moment où vous atteignez le rivage, le soleil disparaît enfin sous
l’horizon et le ciel s’obscurcit.
« Pensez à trois cadeaux, nous dit doucement Elidir. Un que vous
souhaiteriez recevoir dans votre vie, un pour ceux qui vous entourent, et un
que vous aimeriez pour le monde. »
Pendant que vous pensez à chaque cadeau, vous vous souvenez de ses
avertissements et tentez d’atteindre le cœur de vos désirs – et non pas
uniquement la surface. Et pendant ce temps-là, Elidir est occupée à plier du
papier paraffiné. En fait, elle fabrique six petits bateaux en papier, et elle
place, dans chacun d’eux, une petite bougie. « Pour le moment, regardez-
moi et quand vous serez prêt, faites la même chose. Rappelez-vous ce qui
est important, c’est l’esprit dans lequel vous faites ceci, l’intention
magique. La forme extérieure n’est que le véhicule de la magie de votre
sort. » Et en disant cela, elle marche jusqu’au bord de la rive, lève ses
mains vers les premières étoiles du soir et appelle :

« Ô, Déesse de la Terre et des Cieux, Dieu de la Lune et des Étoiles,


Créatures et Êtres de tous Royaumes, Esprits de Terre, d’Air, de Feu et
d’Eau,
Esprits de la Terre et de la Mer, entendez nos prières ! »

Elidir allume alors la bougie de l’un des bateaux et le lance avec précaution
sur la vague qui s’éloigne. Pendant qu’elle fait ceci, vous l’entendez dire,

122
alors, d’une voix plus calme :
« Pour moi-même, Ô Déesse, compassion et sagesse ! »
Lançant son deuxième bateau, elle dit :

« Pour ceux qui m’entourent, bonne santé et joie ! »

Et avec son troisième bateau :

« Pour tous, que la Paix s’impose sur la Terre ! »


Observant la scène un moment pendant que chaque petit bateau s’éloigne
lentement, elle se tourne vers vous, souriante, et vous vous avancez pour
lancer vos bateaux sur la mer des Rêves.

PRATIQUE
Essayez l’exercice suggéré ci-dessus, en demandant ce que vous souhaitez
réellement dans chacun des trois domaines – votre vie personnelle, votre
entourage proche d’amis, de famille et de voisinage, et, finalement, le reste
du monde. En lui-même, l’acte de choisir ces vœux devrait constituer une
expérience très instructive. Efforcez-vous de retrouver les racines de
chaque vœu. Si, par exemple, votre vœu est de vous protéger d’une
personne agressive, creuser plus profondément pour arriver à ce que vous
désirez vraiment, ce qui en fait est un sentiment de sécurité, et demander
donc cela. De même en ce qui concerne le désir d’un objet physique – si
vous souhaitez une voiture, ce que vous voulez réellement c’est d’être
mobile, et derrière cela existe aussi peut-être un désir de liberté. Plus vous
chercherez profondément, plus vous vous approcherez du cœur de votre
désir, et plus votre sort sera efficace. Si votre sort n’a pas pour objet
l’obtention d’une qualité manifestement bienveillante telle que la
compassion, mais plutôt une chose plus précise, ajoutez alors toujours une
clause à votre demande telle que si c’est dans mon meilleur intérêt ou si
cela est pour le plus grand bien de tous.
Jeter votre sort sur l’eau grâce à un bateau en papier, se base sur une
ancienne coutume qui n’est peut-être pas très pratique pour vous. Vous
pourriez, à la place, le faire brûler à la flamme d’une bougie, le lancer dans
le vent sur une plume ou le prononcer dans un lieu qui vous est cher.

123
HISTOIRE
Les sorts et la magie sont des éléments à part entière du druidisme et de la
wicca, bien que les druides des temps modernes soient très prudents dans
l’usage qu’ils font de l’art des sorts. La plupart des groupes druidiques
omettent complètement la formation de cet art ou ils ne l’enseignent que
bien plus tard dans leur formation que le font leurs équivalents dans la
wicca. C’est la raison pour laquelle les gens qui n’apprennent que peu de
choses au sujet du druidisme moderne ne trouvent aucune mention de sorts.

Les anciens druides étaient certainement impliqués dans l’utilisation de l’art


des sorts – nous le savons grâce aux références, dans les textes anciens, aux
sorts des druides. James Joyce dit que « le mot gaélique pour druidique est
presque toujours utilisé là où nous devons employer le mot magique – pour
les sorts, les incantations, les métamorphoses, etc. – », et les récits irlandais
en particulier sont remplis de références aux charmes, sorts et magie
druidiques.
L’eau était considérée comme un moyen idéal pour transmettre les sorts,
prières et souhaits, ce qui explique l’utilisation du puits sacré et de son
dérivé moderne, le puits à souhaits. Les rivières et la mer étaient également
considérées comme étant directement connectées aux Dieux et à l’Autre
Monde. Le druidisme est d’origine indo-européenne avec beaucoup de
parallèles linguistiques et culturels entre les deux pôles d’influence indo-
européenne – l’Irlande et l’Inde. En Inde, à certaines dates, les prières sont
transmises par des bateaux-lumières. L’auteur et herboriste Ellen Evert
Hopman, en décrivant un rite similaire interprété par son groupe druidique,
écrit : « Nous avons ajouté l’herbe de la Saint-Jean à nos bateaux-lumières.
Les Anciens la considéraient la parfaite association du feu et de l’eau (et
dans la manière de penser indo-européenne, l’univers entier est constitué de
feu et d’eau). Donc il semble logique de l’utiliser dans un rituel qui
implique de mettre du feu sacré sur de l’eau sacrée. Tout cela remonte aux
hymnes Agni/Soma que l’on trouve dans le Rig-Veda. Le Rig-Veda possède
des racines proto-indo-européennes tout comme la tradition celtique. C’est
là où le feu et l’eau se rencontrent que la possibilité de faire de la magie est
la plus forte. C’est pourquoi une Déesse du Feu telle que Brighid est
invoquée dans un puits de guérison. »

Il est bien connu que les sorcières dansent en rond pour créer un cône de
pouvoir servant à projeter leurs sorts. Danser dans un cercle sacré est

124
également pratiqué par les druides et Charles Mackay suggère que des
allusions et des traces de vieux chants druidiques peuvent être trouvées
dans des chansons folkloriques. Il cite Rumbelow, un mot peu commun, qui
servait de refrain dans de nombreuses vieilles chansons, tant anglaises
qu’écossaises, telles que dans With heigh and howe, and rumbelow. Dans
une vieille chanson de marins anglaise consignée en 1609, l’expression
danser le rumbelow est traduite :
Allons danser pour tourner, tout autour
Allons danser le rond
Il suggère que ce mot est « apparemment un autre reste de vieux chants
druidiques chantés par les prêtres quand ils marchaient en procession autour
des cercles sacrés de Stonehenge et d’autres endroits. Mot clairement
attribuable au gaélique – riomball, un cercle ; riomballach, détourné ;
riomballachd, rotondité ». Gerald Gardner écrivit également,
dans Witchcraft Today :

« Je me plais à croire que certaines pratiques, telles que l’utilisation du


cercle pour conserver le pouvoir à l’intérieur, étaient des inventions
locales, dérivées de l’utilisation du cercle des druides ou des proto-
druides. »

Dans The Book of Druidry (le livre du druidisme), Ross Nichols écrit :
« Le druidisme est la forme occidentale d’une ancienne philosophie, culture
ou religion universelle, remontant à l’homme primitif quand les trois formes
n’en faisaient qu’une. Il provient de la culture du cercle de pierres, des
bosquets d’arbres sacrés, de la danse circulaire. » Il parle également des
idées de base de la sorcellerie, y compris du cône de pouvoir généré par la
danse en rond dans un cercle de pierres, disant que la sorcellerie s’y
connaît à ce sujet et que « le druidisme a inclus ces idées parmi les siennes
en plus de l’orientation et plus tard de la connaissance du pouvoir du soleil
et de la lune ».

125
126
Chapitre VII

Les Eaux du puits

Druidisme, Wicca et Druidcraft


en tant que Voies de libération

Je viens de l’Ouest vers l’Est


Je proviens du lieu du souvenir et mon cœur est étrangement ému

À ma droite, la place du feu


et à ma gauche, celle de l’eau
Car ma main droite tient le soleil, mon père
et ma main gauche, la lune, ma mère

Devant moi les diamants de lumière…

127
A Human Situation (une situation humaine), Ross Nichols

L’heure est venue de quitter Avronelle. Le soleil s’est couché. On n’aperçoit


plus les bateaux-lumière. Le feu et l’eau se sont fondus dans l’obscurité de
l’océan et un millier d’étoiles sont apparues dans le ciel nocturne.

Pendant qu’en imagination, vous vous éloignez d’Avronelle et revenez au


monde du quotidien, vous passez en revue vos expériences dans l’École de
la Forêt. Là, vous avez appris la magie et l’art des sorts, les rituels des
saisons et des marées. Vous avez appris des rites divers : d’initiation et de
bénédiction d’une maison, d’union intérieure et de bénédictions de la
Déesse. Vous avez étudié la guérison et les herbes et vous avez écouté les
vieux contes.
Tout ce que vous avez appris est tiré du monde de l’inspiration – de l’Autre
Monde et du passé – d’images, d’idées, de contes, de coutumes et de
pratiques folkloriques des temps anciens. Et tout cela tissé d’une façon
particulière et qui vous a été présentée au XXIᵉ siècle. La sorcellerie et le
druidisme tels qu’ils se pratiquent de nos jours sont aussi des formes tissées
créativement dans les temps modernes, mais ce sont des formes s’inspirant
des racines les plus profondes de nos ancêtres spirituels. Le Druidcraft, le
druidisme et la wicca sont avant tout des spiritualités qui encouragent la
créativité et la liberté et chacun d’entre nous est libre de puiser dans ces
mêmes inspirations pour créer des voies spirituelles qui nous conviennent –
à notre situation, à notre époque.

128
Jusqu’à récemment, la plupart des gens pensaient devoir faire un choix entre
être sorciers ou druides. Vous choisissiez entre instinct ou intellect, corps
ou esprit – danse extatique autour d’un feu de joie ou cérémonie solennelle
en grande pompe parmi de vieilles pierres. Cette différence était réelle pour
beaucoup, mais elle était fondamentalement artificielle, basée sur l’idée que
les gens se faisaient de ce que les sorcières et les druides étaient ou
devraient être.
En réalité, le druidisme et la wicca s’inspirent tous deux de la même source
de la Tradition Magique occidentale pour leur manière de travailler : dans
un cercle magique, souvent consacré par le feu et l’eau et où les quatre
directions sont invoquées. Ils s’appuient fortement tous les deux sur le
concept des quatre éléments : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu avec un
cinquième étant l’Esprit. Tous deux possèdent un système à trois degrés
avec trois initiations. Ils célèbrent tous deux les huit stades de l’année.
Mais lorsque dans les temps modernes, ces deux structures virtuellement
identiques ont été développées, elles furent tout d’abord utilisées d’une
manière totalement différente. La wicca travaillait avec le pouvoir de
l’union des opposés. Le travail en assemblée de sorcières était intense,
privé et avait trait aux dieux. Le druidisme utilisait le résultat de cette union
pour la créativité, était moins intense, souvent public et avait moins trait aux
dieux qu’à leur inspiration dans le domaine de la poésie et des contes. Ces
manières de travailler sont toutes deux puissantes et valables, mais il n’y a
aucune raison pour qu’elles ne puissent pas être associées, et c’est ce qui
s’est déjà souvent passé, dans les années récentes, entre des groupes de
druides et wiccains.

Au cœur de la wicca réside le thème du Dieu et de la Déesse ne faisant


qu’un. L’introduction de ce thème, aux temps modernes, fut un choix inspiré.
Il restaura à la spiritualité locale, païenne, la compréhension fondamentale
de l’importance de la relation entre les deux grandes manifestations de la
divinité, que nous appelons le Masculin et le Féminin. Cette compréhension
possède une origine noble, atteignant son plus haut degré de sophistication
dans les philosophies orientales du taoïsme et du tantrisme, et dans la
sagesse alchimique occidentale. Et, c’est là que les deux cercles du
druidisme et de la wicca se rencontrent et fusionnent : dans le mariage
alchimique du Dieu et de la Déesse, dans le mystère de l’Amour divin et
aussi dans les buts identiques de l’ovate et de la sorcière de guérir et de
travailler avec les pouvoirs de la Nature, les pouvoirs de l’étoile et de la
pierre, de l’animal et de la plante.

129
C’est comme si les deux pères fondateurs de la wicca et du druidisme
moderne, Gerald Gardner et Ross Nichols, avaient attrapé différentes
parties du mystère pendant qu’ils trempaient leurs mains dans le puits.
Nichols saisit la magie du barde, la magie de l’histoire et du mot écrit et
parlé, et Gardner celui de la magie du Dieu et de la Déesse, l’exaltation de
la danse en spirale et de l’union de la coupe et du bâton.

En s’associant, ces contributions au paganisme moderne s’épanouissent,


gagnant de l’authenticité et un champ d’action plus large, de la vitalité et de
la profondeur. La wicca de Gardner, enrichie par un sens de continuité et de
tradition provenant des histoires des bardes, peut puiser dans les mythes et
les images d’un pays et d’une culture où elle est née. Le druidisme de
Nichols, enrichi d’une conscience de la sexualité inhérente à la vie dans la
spiritualité, en est rafraîchi à ses racines.
Dans les dernières années de sa vie, pendant que Nichols travaillait sur son
ouvrage The Book of Druidry (le livre du druidisme), partageant la plupart
de ce qu’il avait appris sur cette voie, il sculpta dans deux troncs d’arbre
deux statues du Dieu et de la Déesse. Une fois les statues prêtes, il les
peignit de couleurs vives. Il fit cela devant sa cabane de la station de
naturisme Five Acres là où Gerald Gardner avait développé sa première
assemblée de sorcières.

Pendant qu’il taillait le bois, laissant apparaître les images du Dieu et de la


Déesse sous sa lame, il doit avoir ruminé sur le fait que son ami Gerald ait
bâti une nouvelle religion, basée sur ces deux personnages et leur
interaction, alors que lui, Ross, avait choisi d’agir en défenseur d’un autre
style de Spiritualité de la Nature, qui n’insistait pas tant sur la mère et le
père divins et leur interaction que sur le fruit de cette interaction – la
créativité sous toutes ses formes. Sans s’en rendre compte, ils avaient
développé deux systèmes parfaitement complémentaires qui peuvent être
associés pour créer une voie spirituelle profondément enracinée dans la
mythologie et l’âme de ces pays.

Chaque système, tel chaque cercle du couvercle du puits de Glastonbury, est


complet en soi. Quiconque a réellement travaillé avec l’un ou l’autre le sait.
Mais s’ils peuvent se rencontrer, les deux systèmes interagissent pour créer
une troisième voie – une voie que nous pouvons appeler, si nous le
souhaitons, Druidcraft.

Cette voie est centrée sur l’amour de la vie et du monde naturel, et non sur

130
un désir de le transcender ou d’y échapper. Dans la tradition irlandaise,
l’histoire de la rencontre du Roi Cormac avec le dieu de la mer Manannan
mac Lir décrit parfaitement ce type de spiritualité sensuelle, qui reconnaît
l’existence à la fois de notre monde et de l’Autre Monde et qui préconise de
puiser force et nourriture des deux royaumes. Dans ce conte, une mare de
laquelle s’écoulent cinq cours d’eau est montrée à Cormac. Manannan lui
explique que les gens avisés boivent à chacun des cinq cours d’eau tout
comme à la mare elle-même, et que chaque cours d’eau représente l’un de
nos cinq sens alors que la mare incarne l’Esprit – le centre profond à
l’intérieur de chacun d’entre nous.En nous inspirant des images et des idées
évoquées dans de tels contes et par les mondes de la sorcière et du druide,
nous pouvons suivre, aujourd’hui, une voie esquissée par des auteurs tels
que Nichols et Gardner ainsi que ceux qui leur ont succédé depuis. Le
Druidcraft, le druidisme, et la wicca sont des voies d’autonomisation et de
liberté – et non des systèmes religieux dogmatiques.
Ce sont des spiritualités nouvelles, magiques, qui puisent leur inspiration
dans le passé lointain, tout en proposant des moyens de célébrer et de
travailler qui changent et évoluent constamment. Au lieu de nous présenter
des systèmes tout faits que nous devrions servilement adopter intégralement,
ils nous offrent, à la place, de l’inspiration et des ingrédients que nous
pouvons utiliser de manière créative pour façonner une voie personnelle
adaptée à l’unicité de nos propres vies.
La raison pour laquelle la plupart d’entre nous sont attirés par de telles
voies, plutôt que par les religions toutes faites courantes prodiguant toutes
les réponses, est que quelque part en nous, nous savons que nous ne sommes
pas supposés être des consommateurs passifs de spiritualités, mais bien un
participant actif dans une vie intrinsèquement spirituelle. Nous ne sommes
pas au restaurant, nous sommes dans la cuisine ! Les religions de la Terre,
telles que le druidisme et la wicca, nous offrent les ingrédients – des idées
pour les rituels, les histoires, le folklore, les techniques –, qui peuvent être
associés de douzaines de manières différentes afin de nous procurer, ainsi
que famille et amis, précisément ce dont nous avons besoin. Ce sont des
voies d’autonomisation parce qu’elles nous rendent responsables de nos
vies, et non des voies de privation de pouvoir avec un prêtre ou un gourou
qui nous dicte ce que nous devons faire.

En définitive, tout se résume à ceci. Il y a vous et l’océan ; vous et le ciel ;


vous et la terre ; maintenant et ici. Les traditions anciennes ne sont pas faites
pour être préservées dans des vitrines ; elles sont censées être utilisées,

131
modifiées, développées grâce à des ajouts et améliorées. Elles ne restent
vivantes que si chacun de nous s’en saisit et s’en sert de sa propre manière,
avec nos propres apports créatifs et nos perceptions, pour nous aider à
vivre une vie riche de profondeur et de sens, une vie de beauté et de
célébration, ici et maintenant – sur cette terre, sous ce ciel, à côté de cette
mer.

La brillance des mers a étincelé.


L’aube des bénédictions s’est levée.
Quelle EST cette ancienne sagesse ?
La source de ces eaux vivantes est en votre tête
Et en vos yeux.

Roumi

132
RESSOURCES
CHAPITRE I
Vous trouverez des photos du couvercle du puits et du jardin magique de
Glastonbury, le Chalice Well Garden sur le site internet :
www.chalicewell.org.uk
Erynn Laurie, spécialiste de la culture celtique, écrit : « Le mot pour druide
en ancien irlandais était épelé drui et Druidcraft était druidecht. Plus tard,
il a été écrit draidecht ou draoidheachd. En irlandais moderne, druide est
draoi et Druidcraft est draoidocht. »

Gardner et Nichols s’intéressaient tous deux à l’Église britannique


primitive, et furent ordonnés prêtres dans des ramifications chrétiennes
obscures et peu orthodoxes. Gardner en 1949, dans l’Ancienne Église
Britannique, Nichols en 1963, dans l’Ancienne Église Celtique.

De plus amples informations, sur Nichols et Gardner, sont disponibles dans


In the Grove of the Druids – The Druid Teachings of Ross Nichols, édité
par Philip Carr-Gomm, ainsi que sur le site internet www.druidry.org

Pour explorer comment Gerald Gardner développa la version moderne de


la wicca, consultez le livre de Ronald Hutton The Triumph of the Moon.
Pour une analyse détaillée des sources des rituels de la wicca, consultez le
livre de Janet et Stewart Farrar, Witches’Bible. Pour de plus amples
informations sur la manière dont les enseignements et les rituels ont été
développés, reportez-vous au livre de Doreen Valiente The Rebirth of
Witchcraft. Pour plus de détails sur les différentes formes de wicca qui ont
évolué aux temps modernes, lisez le livre de Margot Adler, Drawing Down
the Moon.
Pour explorer comment Ross Nichols développa la version moderne du
druidisme, consultez le livre édité par Philip Carr-Gomm The Druid
Teachings of Ross Nichols et la biographie de Ross Nichols sur le site
internet : www.druidry.org

Pour explorer les liens entre la sorcellerie, le druidisme et le chamanisme,

133
consultez le livre de Tom Cowan, Fire in the Head – Shamanism and the
Celtic Spirit.

En ce qui concerne l’usage du terme sorcière, Ronald Hutton, Professeur


d’Histoire à l’université de Bristol et expert de l’histoire de la wicca et de
la sorcellerie dit : « La plupart des libéraux occidentaux modernes pensent
peut-être quand ils entendent les termes sorcier ou sorcière, à un sorcier de
tribu, un chaman ou un magicien. Mais la plupart des gens, même dans leur
société, penseraient à une vieille femme méchante et caquetante – et ils
seraient entièrement traditionnels en pensant de cette manière. Les mots
anglo-saxons wicce et wicca signifient une personne qui utilise la magie afin
de nuire à d’autres personnes. En revanche, les wise-folk (les personnes-
Sages) et cunning-folk (les personnes-Cunning), étaient là pour user de la
magie afin d’aider les autres, notamment en enlevant ou détruisant les sorts
des sorcières. Un witch-doctor (sorcier-guérisseur) n’est pas un sorcier qui
est guérisseur, mais un guérisseur qui combat les sorcières, ce qui
correspond au rôle de ces personnages dans les sociétés tribales.
L’appellation sorcières blanches fut d’abord attribuée, en terme d’insulte
aux personnes-Sages, par des puritains du XVIIᵉ siècle résolus à combattre
la magie populaire. » {d’une lettre}.
Dans un revirement total, les termes Sorcière et Wicca sont maintenant
utilisés, dans les cercles païens et du New Age, pour désigner quelqu’un
qui utilise la magie non pas pour nuire aux autres, mais pour les aider et les
guérir, et quelqu’un – qui de plus – suit une voie spirituelle puisant son
inspiration dans le monde naturel. Tout au long de ce livre, c’est de cette
utilisation moderne et positive qu’il s’agit.

Pour la signification d’Avronelle et du Géant de Wilmington, consultez le


livre The Druid Way de Philip Carr-Gomm.

CHAPITRE II
L’histoire des Selkies a été adaptée d’un des nombreux récits du livre The
People of the Sea, de David Thompson. Si vous souhaitez explorer le sens
et la profondeur de quelques-uns de ces contes de Selkies, lisez le chapitre :
Peau de Phoque, Peau d’Âme dans le livre Femmes qui courent avec les
loups de Clarissa Pinkola Estes.

Lire aussi le paragraphe sur le Phoque dans L’Oracle des druides :


comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique de Philip et

134
Stephanie Carr-Gomm.

Dans l’ouvrage Witchcraft Today de Gerald Gardner, un livre produit grâce


à l’aide considérable de Ross Nichols, une dernière note à la fin du livre
(qui fut omise dans certaines éditions ultérieures) dit : « Diana d’Ephesus
portait un collier de glands ; mention est faite de nombreuses déesses
celtiques les portant. Aux assemblées de sorcières, chaque femme doit en
porter un. » Vous aimerez peut-être en faire un pour votre propre cérémonie
de dédicace, puisque le chêne est également profondément lié au druidisme.
(Tous les érudits ne s’accordent pas sur l’étymologie du mot druide, mais la
plupart des spécialistes modernes sont d’accord avec les auteurs
classiques : la dérivation la plus semblable vient du mot pour chêne,
associé à la racine indo-européenne wid – savoir – donnant un avec le
savoir du chêne ou personne savante du chêne).
Si la comparaison entre les styles de la wicca et du druidisme sur la
manière de tracer le cercle et d’appeler les quartiers vous intéresse, lisez
pour le style wiccain : Wicca de Vivianne Crowley et pour le style
druidique : Druidry de Philip Shallcrass. Ces livres donnent également une
bonne vue d’ensemble, à la fois de la wicca et du druidisme, que vous
pouvez juger utile dans le développement de votre propre forme de pratique
de Druidcraft.

CHAPITRE III
Le récit du barde a été adapté à partir de : The Dream from Oengus dans le
livre Early Irish Myths and Sagas traduit et édité par Jeffrey Gantz. À voir
aussi T.W. Rolleston, Myths and Legends of the Celtic Race. Cette histoire
est la source d’inspiration du poème de W. B. Yeats, The Dream of
Wandering Aengus.
Une reproduction de la pierre autel de Cumbria peut être vue sur la carte de
la Vipère de L’Oracle des druides : comment utiliser les animaux sacrés
de la tradition druidique de Philip et Stephanie Carr-Gomm.

En plus de la citation de Nichols sur le jaïnisme, dans l’extrait de In the


Grove of the Druids figurant dans ce chapitre, un autre extrait ci-après est
pertinent pour le thème entier de ce livre. Celui-ci provient du livret
d’introduction qu’il écrivit d’abord pour l’Ancient Druid Order, puis qu’il
adapta pour l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides. :

135
« Les origines des traditions druidiques remontent à un
passé lointain, presque aussi éloigné que la civilisation
même, et au moins jusqu’au Néolithique. Il existe des liens
avec les cultures aryennes et indiennes anciennes et ce qui
est maintenant le culte des sorcières : vénération à la fois du
soleil et de la lune, quintuples et triples bases
d’enseignement, pratique de la danse en rond, incinération
des morts, culte de certains animaux, existence d’une caste
de prêtres dirigeants, transmission du savoir par le biais de
longs poèmes mémorisés. Les “Draus” ou “Druis”, un culte
au sein de la communauté jaïn, présentent des similitudes
frappantes avec les druides de l’Occident (latin drus :
probablement apparenté avec drau). Chez eux, on trouve des
cercles de pierres autour d’autels faits d’une pierre
dressée. »
Le jaïnisme a des racines dravidiennes et certains spécialistes ont autrefois
observé des liens entre les dravidiens et les druides. Cependant, le
druidisme cité par les auteurs classiques, tout comme ses manifestations
modernes, semble présenter peu de ressemblance avec le jaïnisme passé ou
présent.
Pour une exploration historique de l’amour, du mariage et de la sexualité
dans le monde celtique qui examine les influences du druidisme, de la
sorcellerie et du christianisme, voir : Celtic Sexuality – Power, Paradigms
and Passions de Peter Cherici.
Pour une discussion sur la Sexualité sacrée dans la Tradition druidique,
voir Maya Sutton et Nicholas Mann : Druid Magic.

Pour un excellent guide de l’Alchimie basé sur l’expérience, et un aperçu de


la relation entre les approches de la Sexualité sacrée de l’Est et de l’Ouest
à travers Tantra et Alchimie, voir : Alchemy – The Art of Transformation
de Jay Ramsay.

Pour un guide de la Sexualité sacrée dont les pratiques peuvent aisément


être adaptées à un usage dans le cadre du Druidcraft, voir : L’Art de
l’extase sexuelle : La voie de la sexualité sacrée et du Tantra pour les
couples occidentaux de Margot Anand.

CHAPITRE IV

136
Le Conte du barde a été développé des récits de Brighid du livre : The
Druids de Peter Beresford-Ellis.

La plupart des livres d’introduction à la wicca ou au druidisme traitent des


cérémonies saisonnières, et si vous êtes intéressés par l’histoire et le
folklore concernant ces festivals, lisez : The Stations of the Sun de Ronald
Hutton.
Pour plus d’informations sur les quatre aspects de la Déesse, voir : The
Myth of Maiden, Mother and Crone d’Anna Franklin :
www.merciangathering.com/silverwheel/myth_of_maiden.htm

Le cours par correspondance de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides


vous enseigne comment travailler avec les rites des saisons en vous
envoyant le Livret du Rituel, qui explique comment réaliser les cérémonies,
et la signification de chaque partie de ces rituels. Avant la date de chaque
festival, vous recevez du matériel d’enseignement vous renseignant sur
l’histoire, le folklore et la signification spirituelle du moment approchant.
Offert également est un rituel en solitaire ainsi qu’un rituel de groupe que
vous pouvez utiliser ou adapter pour célébrer à votre manière.

CHAPITRE V
Le Conte du barde a été développé d’après un récit du livre : A Druid’s
Herbal for the Sacred Earth Year d’Ellen Evert Hopman.

La prière à la Déesse de l’English Herbal provient de la Bibliothèque


britannique – BMs. MS. Harley, 1585 ffl2v- 13r.

Healing Threads – Traditional Medicines of the Highlands and Islands de


Mary Beith est un excellent livre offrant à la fois un historique des pratiques
de guérison anciennes et un répertoire de remèdes et de cures. Il est basé
sur des recherches dans des manuscrits médicaux médiévaux gaéliques et
des notes de sociétés médicales.

Il n’y a que très peu d’informations publiées sur l’usage des loges à
sudations celtiques, mais un article intéressant s’y rapportant, traitant aussi
du sujet de la guérison par les rêves, s’intitule Auguries, Dreams and
Incubary Sleep de John Matthews, dans le livre de R. J. Stewart (ed) :
Psychology & the Spiritual Tradition.
Voir aussi les livres déjà mentionnés du Dr Andrew Allen et d’Ellen Evert

137
Hopman : Anam Cara Spiritual Wisdom from the Celtic World de John
O’Donohue et la partie concernant la guérison dans le livre édité par Philip
Carr-Gomm : La renaissance druidique.

CHAPITRE VI

Le Conte du barde a été développé à partir d’un récit dans : The Metrical
Dindschenchas, ouvrage médiéval qui raconte la tradition ancienne
associée avec les caractéristiques du paysage irlandais.
La citation du travail sur les chants druidiques de Charles Mackay provient
de : Druidical Chants Preserved in the Choruses of Popular Songs in
England, Scotland, Ireland and France de Charles Mackay dans The
Celtic Magazine, reproduit dans le livre, The Druid Source Book de John
Matthews (ed).

Dans la partie sur la Magie de Quête il est fait mention de divination faisant
intervenir des animaux totems et l’Ogham. Les traditions des animaux et des
Oghams sont enseignées dans le cycle de l’ovate du cours de
correspondance de l’Ordre des Bardes, Ovates et Druides, et des systèmes
d’oracles divers ont été développés – L’Oracle des druides : comment
utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique de Philip et Stéphanie
Carr-Gomm ; un oracle des Oghams avec des cartes est disponible sous le
nom : Le Tarot celte des arbres de Liz et Colin Murray, et un autre
comportant de petits bâtonnets en bois gravés d’Oghams par Caitlin
Matthews : Bâtonnets celtiques de sagesse.
La plupart des livres consacrés à la wicca traitent du sujet des sorts et de la
magie. Un passage portant sur les sorts druidiques se trouve dans le livre de
Lewis Spence : The History and Origins of Druidism. Pour consulter de
nombreux exemples de sorts, voir : Spellcraft de Robin Skelton et : Witch’s
Brew Good Spells for Healing de Witch Bree.

CHAPITRE VII
Le poème : A Human Situation de Ross Nichols apparaît dans l’ouvrage
édité par Jay Ramsay : Prophet Priest and King – The Poetry of Philip
Ross Nichols.

Il existe de nos jours, dans le monde entier, de nombreux groupes de druides


et de wicca, comme pourra le révéler toute recherche sur Internet.

138
Un bon guide sur les groupes de wicca et d’autres groupes païens : The
Circle Guide est disponible auprès de : Circle Sanctuary, PO Box 219, Mt
Horeb, WI 53572 USA
http : //www.circlesanctuary.org

Pour un bon guide sur les groupes druidiques, voir : A Druid Directory de
Philip Shallcrass et Emma Restall Orr, disponible auprès du British Druid
Order, www.druidry.co.uk. Le British Druid Order publie également des
livres et des périodiques et organise ateliers et événements.
L’Ordre des Bardes, Ovates et Druides offre un programme d’enseignement
par correspondance en druidisme et en Druidcraft, ainsi qu’un programme
de plantation de Bosquets Sacrés et d’une campagne menée en faveur de la
responsabilité écologique. Pour de plus amples détails, contactez l’Ordre
à:
The Order of Bards, Ovates and Druids, PO Box 1333, Lewes, East Sussex
BN7 1DX UK
Tél./fax : 44 (0) 1 273 470 email : office@druidry.org. Site Internet :
www.druidry.org

Ce livre est publié en édition de poche et en version livre électronique.


Un livre audio en version anglaise est aussi disponible. Voir
www.audible.com ou www.druidry.org

BIBLIOGRAPHIE
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142
Table des Matières
Remerciements 7
Préface 7
Avant-propos 9
Chapitre I Une Vallée cachée 11
Chapitre II Le Secret du Retour de Marée 24
Chapitre III La Grotte aux rêves 43
Chapitre IV Le Bosquet des Étoiles d’Été 63
Chapitre V Le Jardin des herbes et de la guérison 80
Chapitre VI Le Cercle de pierres 100
Chapitre VII Les Eaux du puits 127
RESSOURCES 133
BIBLIOGRAPHIE 139

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