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PAUL HUSON

GUIDE PRATIQUE

des sorciers, sorcières

et

couvents de sorciers

Traduit de l’anglais par

Raymond Albeck

FAYARD

Copy by LEVIATHAN

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Préface.

Puisque nous voici dans l’ère du Verseau, des portes s’ouvrent plus que jamais sur les
travaux mystérieux des praticiens de la magie noire. Aucune disposition du droit commun ne
nous contraint plus à dissimuler nos actes. La corde et le bûcher appartiennent à un passé
révolu, et nous pouvons comme autrefois choisir nos dieux, qu’ils soient de la clarté ou de
l’ombre. Les jours du pale Galiléen ont fui à jamais, et les restrictions qu’imposaient ses
dévots ont perdu leur pouvoir sur l’esprit humain. Une fois de plus, l’homme est libre
d’écouter les voix qui lui ont enseigné jadis la joie et l’amour, et d’approcher un art
longtemps interdit.
C’est à vous seul de décider si vous voulez continuer à croire aux croque-mitaines du
christianisme en pensant que la conquête des pouvoirs causera la perte de votre âme, ou si
vous êtes prêts à considérer, comme nous, que le jeu en vaut la chandelle.
Dans le premiers cas, ne lisez pas plus en avant. Le but de ce livre est de vous aider dans les
premiers pas qui feront de vous un sorcier ou une sorcière, et rien d’autre.
Mais souvenez-vous-en: ce choix, c’est vous qui le faites.
Nous refusons d’assumer une responsabilité quelconque dans les conséquences, bonnes ou
mauvaises, de votre quête. La sorcellerie est la sorcellerie. Les germes de votre succès ou de
votre échec ne sont en personne d’autre qu’en vous. La nuit, jalouse de ses secrets, les
protèges de bien des manières, mais ceux dont l’approche lui agrée peuvent tirer d’elle de
nombreux avantages.
Or, ceux qui, par timidité, fuient les ténèbres n’y gagnent jamais qu’un répit éphémère: un
jour, au moment où ils s’y attendent le moins, les ténèbres elles-mêmes viennent à eux et les
engloutissent.

INTRODUCTION

Avant d’avancer sur le ténébreux sentier de la magie noire, il serait bon de vous familiariser
avec les phases essentielles de l’histoire de la sorcellerie.
Cette histoire s’enfonce dans la légende. Il existe peu de sources écrites; celles dont nous
disposons sont obscures. Nous en avons un exemple, pour la création du monde, dans le récit
suivant que nous offre la tradition italienne:
Au commencement, Diane, la Grande Obscurité, se divisa en deux forces contraires et égales,
la nuit et le jour. Diane, la lune, continua à régner sur la nuit, tandis que le jour devint le
domaine de son alter ego et frère, Lucifer, le soleil. Diane, en poursuivant sans cesse le soleil
à travers le ciel, tomba amoureuse de lui et le séduisit sous la forme de son chat familier. Le
fruit de ces amours fut une fille, Aradia ou Hérodias, l’archétype de tous les avatars futurs et
la patronne de toutes les sorcières.
Dans cette légende de Diane avec tous ces prolongements gnostiques, on découvre un reflet
de la tradition cabalistique de Naamah, qui séduisit Azael, l’Ange déchu. Naamah est l’un

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des noms de Lilith la Babylonienne, et Azael n’est autre que Shamash, le dieu Soleil de
Babylone sous son aspect souterrain de seigneur des Richesses et maître des Métaux. En fait,
il est l’alter ego de Tubal Caïn, le propre frère de Naamah. Azael, ou Azazel, est l’un des
dieux de nos sorciers et sorcières modernes.
Selon une antique légende magique, Azael fut l’un de ces êtres nés du feu primordial, créés en
premier lieu pour habiter le plus haut des cieux, que l’Église chrétienne considère comme des
messagers ou anges, tandis que les Grecs les désignaient sous le nom de daimones. Azael et
ses semblables, défiant leurs maîtres, décidèrent, il y a des milliers d’années, de descendre
sur cette terre afin d’élever et de civiliser les hommes primitifs qui y vivaient alors. On ne
sait si cela faisait partie ou non du plan primitif, mais ces êtres angéliques, « fils de Dieu » ou
« gardien des Cieux », se mêlèrent charnellement aux hommes. Le livre de la Genèse
mentionne brièvement cette histoire:

« Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles
leur furent nées, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en
prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent... »

Le livre de Noé, rédigé plusieurs centaines d’années avant la naissance du Christ, est plus
explicite:

« ... Et les anges, les enfants du ciel, les virent et les désirèrent (les filles des hommes), et se
dirent les une aux autres: « Allons choisir des femmes parmi les enfants des hommes et ayons
d’elles des enfants »... Et tous les autres prirent des femmes, chacun choisissant la sienne, et
ils commencèrent à pénétrer en elles et à se souiller avec elles, et il leur enseignèrent des
charmes et des enchantements, et comment couper les racines et la connaissance des plantes...
« Et Azazel (Azael) leur enseigna à fabriquer des épées, et des couteaux, et des boucliers, et
des cuirasses, et il leur fit connaître les métaux (de la terre) et la manière de les travailler.
« Semjaza leur enseigna les enchantements et comment couper les racines; Armaros,
comment dissiper les enchantements; Baraqijel, l’astrologie; Kokabel, les constellations;
Ezeqeel, la connaissance des nuages (la magie du temps); Araqiel, les signes de la terre
(l’agriculture); Shamsiel, les signes du soleil; Sariel, le cours de la lune... (« Livre de Noé » de
George Canon, Le Livre d’Enoch, Édition anglaise Book of Enoch, Londres, Society for Promoting Christian
Knoweldge, 1962. Réimpression de l’édition de 1912 de l’Oxford University Press.

Selon le Zohar, recueil d’antiques légendes cabalistiques, le grand Azael et ses cohortes ont
du revêtir une forme matérielle pour pouvoir descendre sur terre. A la suite de leur révolte
contre les autorités supérieures et parce que des liens s’étaient établis entre eux et notre
monde, ils ne purent se débarrasser de leurs enveloppes charnelles et regagner les espaces
célestes. De ces êtres exilés procéderaient, dit-on toute connaissance et tout pouvoir vraiment
magiques. Laban, connu comme l’un des grands adeptes antédiluviens de la magie, aurait
visité le sommet montagneux où ils vivaient, afin d’acquérir leur savoir. Ce récit, à force de
se transmettre, est devenu partie intégrante de toutes les légendes concernant l’initiation
magique, et cela dans le monde entier, de la Chaldée au Tibet. Les descendants des fils du
Ciel n’ont pas été pour notre univers une bénédiction exempte de maux. Ils avaient hérité de
leurs pères une sature gigantesque... « de grands géants dont la hauteur était de trois mille
aunes... » Certains de ces Néphélim, comme on les appelait, furent des êtres de grand renom
et de grande sagesse, tel Nemrod. D’autres, cependant, suivirent la pente contraire et se
livrèrent de plus en plus passionnément à des plaisirs et à des passe-temps sinistres auprès
desquels ceux de Gilles de Rais sont d’insignifiantes bouffonneries.

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« ... Et ils [les Géants] commencèrent è pécher avec les oiseaux, et les bêtes, et les reptiles et
les poissons, et à dévorer mutuellement leur chair et à boire leur sang. Alors la terre mit en
accusation ces êtres sans foi ni loi... (Livre d’Enoch).

D’après la légende, les gardiens des Cieux, désespérés du mal, qui à cause d’eux, s’était
déchaîné sur terre, tinrent conseil et utilisèrent leur puissance pour détruire les pays habités
par les Néphélims. Ils en anéantirent toute la population en un seul jour et en une seule nuit
au moyen d’éruptions volcaniques et de raz de marée d’une ampleur planétaire; aujourd’hui
encore, dans de nombreuses parties du globe, il demeure des preuves de cet effrayant
cataclysme sous la forme de vestiges enfouis profondément sous terre. Le souvenir nous en a
été transmis par les légendes, qu’on retrouve dans tout l’hémisphère occidental, du Déluge et
de l’Atlantide.
Dans la saga de Beowulf, le premier des écrivains chrétiens anglo-saxons nous apprend que
Hrothgar, roi de Danemark, lut sur la garde d’une épée enchantée, qui aurait été forgée par les
Néphélim eux-mêmes, les runes suivantes:
L’histoire des anciennes guerres
Entre le bien et le mal, l’ouverture des eaux,
Le Déluge qui a balayé les Géants, comment ils ont souffert,
Et sont morts, ceux de la race qui haïssent le Maître
De nous tous, et ont reçu leur jugement de ses mains,
Vagues surgissant qui les trouvaient partout où ils fuyaient... (Beowulf, traduction en anglais de
Burton Raffel : Mentor Books, U.S.A., 1963)
Il y a aussi des traces de cette tradition dans la légende norvégienne de la révolte des Géants,
ainsi que dans la mythologie grecque de la lutte que les dieux soutinrent contre les Titans.
Toutefois, le Zohar nous apprend que, malgré l’anéantissement de la plupart de ces monstres
lors du Déluge, l’esprit de nombre d’entre eux, qui participaient encore à la nature angélique
de leur père, était d’essence indestructible et a subsidié, invisible, mais toujours puissant bien
que désincarné. Il arrive, dit-on, que ces ombres reviennent dans le monde des hommes et
reprennent une forme humaine: ce sont des intrus, des âmes étrangères venues d’un lointain
passé. Sous leur forme immatérielle, ces esprits pris collectivement constituent la hiérarchie
dite démoniaque avec laquelle le sorcier ou la sorcière modernes traitent éventuellement. Ces
gardiens, ces puissances des lieux célestes, pères des géants et des humains en tant que formes
symboliques et archétypes des ancêtres de l’humanité, maîtres de la sagesse et de l’amour ou
simplement forces bienveillantes de la fertilité et de la chasse, sont les véritables dieux du
sorcier.
Dans la légende que nous avons mentionnée, Diane et Lucifer ne sont que des aspects
figuratifs de ces puissances. Certes, les prolongements gnostiques de cette tradition, les noms
latinisés, Diane et Lucifer par exemple, la dissimulent parfois, mais il ne sont pas absolument
impropres et recèlent même de nombreuses semences de vérité. Dans son sens étymologique,
le mot « gnostique » veut dire « celui qui sait », qui s’intéresse à la connaissance cachée. Les
vestiges de la connaissance des gardiens, des dieux, constituent la tradition de la sorcellerie.
On dit également que cette science à été sauvée du désastre des pays engloutis grâce à
certains survivants qui, connaissant les intentions des gardiens, ont échappé à
l’anéantissement. Et ils auraient conservée pour la réintroduire secrètement, peu à peu et par
des voies détournées, dans les connaissances humaines.
La légende babylonienne d’Uta-Naphihtim, celles de Noé dans la Bible et de son homologue
grec, Deucalion, sont toutes des échos différents de cette tradition antique. Les récits des
sorciers, de plus, évoquent l’arrivée d’habitants des pays engloutis dans les contrées du Nord
de l’Europe. La Grande-Bretagne, par exemple, le Milieu de la Terre, disait-on en vieil
anglais, où ils se seraient mêlés aux civilisations néolithiques de l’époque. Les descendants

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de ces alliances auraient formé les peuples que les Celtes, travailleurs du fer, ont découverts
en Europe septentrionale et en Grande Bretagne vers 500 av: J.C., au cours de leur migration
vers l’ouest.
Les Bretons indigènes, les Prytani comme on les appelait, étaient un peuple étrange. Ils
ensevelissaient leurs morts dans de grands monticules ou tumulus. Le bronze était le seul
métal qu’ils utilisaient; leur arme préférée, l’arc tirait des flèches élégantes dont ils
travaillaient délicatement la pointe de silex en forme de pointe de sureau. Leur religion se
trouvait liée d’une certaine manière à la lune et aux étoiles; ils célébraient leur culte au centre
d’un cercle de pierres qu’entouraient une levée de terre et un fossé ( en fait, c’est le cercle
primordial des sorciers). Les Prytani semblent avoir vécu surtout à l’écart, dans des enceintes
fortifiées ou vastes camps circulaires, et le seul contact entre les deux races parait avoir été
assuré par des chaman celtes, ou druides, mot qui signifie probablement « sage », c’est à dire
celui qui sait. Une grande partie de la tradition druidique, la totalité peut-être, provient, croit-
on des contacts avec les Prytani. En réalité, nombreux ont du être les druides nés d’un père
Prytani et d’une mère celte. Le légendaire Merlin a peut-être été l’un d’eux, né d’une mère
« mortelle » fécondée par un « démon » ou « elfe ». d’ailleurs, le mot « elfe » n’est que
l’appellation germanique que les saxons, lorsqu’ils envahirent la Grande-Bretagne cinq siècle
plus tard, ont donnée aux
Prytani qui subsistaient encore.
Le cycle du roi Arthur nous apprend que la demi soeur de ce roi, Morganne la Fée, était
(comme Merlin) fille d’un elfe, ce qui explique ses prouesses magiques. Nimué, la Dame du
lac, et Viviane, l’enchanteresse de Merlin, furent naturellement des elfes pur sang. Certaines
familles écossaises prétendent encore aujourd’hui qu’elles comptent des elfes parmi leurs
ancêtres: en effet, à l’époque de l’invasion romaine, c’est à dire au 1er siècle après J.C., les
Prytani avaient presque tous battu en retraite et occupaient les pays au nord des comtés
actuels d’Argyll et de Perth, en Écosse.
C’est là peut être l’explication d’une vielle croyance des sorciers: pour eux, le nord est la
direction sacrée. Les demeures des chefs de Pictes, nom que les Romains donnèrent aux
Prytani, étaient souvent de mystérieuses forteresses vitrifiées, des tours dont les pierres
extérieures se soudaient au moyen du feu, ce qui les rendaient pratiquement inexpugnables.
C’est là sans doute l’origine du Château de verre des sorciers, dont nous parlerons plus tard.
Nous savons de source sure que de telles forteresses vitrifiées ont existé à Craig Phadrick, à
Inverness, Dun Fionn, Achterawe et Dundbairdghal.
Au XIe siècle, après les invasions successives de la Grande-Bretagne par les Angles, les
Saxons, les Jutes, les Danois et enfin les Normands, la tradition était complètement recouverte
par les apports de croyances celtiques, romaines, saxonnes, puis par le christianisme avec ses
prolongements gnostiques et autres. Les Prytani eux mêmes, qu’on ne désignait plus que par
leur appellation saxonne, le peuple des Elfes, ou le peuple des bruyères (heath en anglais,
d’où le mot heathen, païen), sombraient rapidement dans la légende. Le roi et la reine des
Elfes, leur colline enchantée qui s’ouvrait lors des vieilles fêtes d’Halloween et de Beltane,
c’est-à-dire à la veille de la Toussaint et le 1er mai, disparurent bientôt des souvenirs
populaires. Seuls les sages, les Wicce et les Wicca, en vieil anglais, ceux qui savent, d’où en
en anglais actuel Wizard et Witch (sorcier et sorcière), s’en souvenaient encore. Toutefois, la
légende des elfes survécut sous une forme christianisée : ils étaient les descendants des anges
déchus, ni des démons, comme Satan et ses armées, ni des anges, mais des êtres à un stade
intermédiaire, ni bons ni mauvais, simplement indifférents.
Et c’est alors que la chrétienté organisée a commencé à se mêler de cette affaire et à frapper
lourdement tous ceux qu’elle suspectait d’avoir un commerce quelconque avec les elfes ou le
peuple des fées, ou d’en faire eux même partie.

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Les persécutions des hérétiques, qu’ils fussent Vaudois, Albigeois, ou chevaliers du Temple,
se sont prolongées tout au long des XIIe, XIIIe, et XIVe siècles. L’Église, de plus en plus
forte, menait une guerre inlassable à toutes les forces de subversion qui se manifestaient dans
l’ombre, à l’intérieur d’elle-même, factions aux doctrines rivales. Ce ne fut qu’au XVe siècle
que « l’instrument de justice » de L’Église, l’Inquisition, commença à considérer le culte de la
sorcellerie comme une entité, un fait bien établi. Ce culte se fondait sur des croyances
traditionnelles, mais arrangées d’une manière qui évoquait les comtes rendus que L’Église
avait faits des rites religieux, des défuntes hérésies des siècles passés.
Jeanne d’Arc fut brûlée en 1431 comme sorcière, pour avoir eu commerce avec le peuple des
fées, et, en 1481, le pape innocent VIII, dans une bulle spéciale déclara la guerre à tous,
sorciers et sorcières. En 1486, les célèbres inquisiteurs Kramer et Sprenger rédigèrent
l’infâme manuel qu’est le Malleus Maleficarum, ou « marteau des sorciers », ouvrage
d’ailleurs aussi bien employé par les « chasseurs » protestants que par les catholiques.
Au XVIe siècle, sous la forme de la Renaissance, dans une véritable explosion d’intérêt pour
tout ce qui est le passé, les érudits commencent à étudier l’Antiquité classique et, avec elle,
plusieurs des vielles pratiques magiques, mais en les insérant toujours dans un cadre chrétien,
au moins pour des raisons de sécurité. En Italie, Pic de la Mirandole, Ficino et Giordano
Bruno se livrent à des expériences sur l’emploi des archétypes magiques, tandis qu’en Europe
du Nord, l’abbé Trithème et ses disciples Paracelse, Cornélius Agrippa et Wierus, touchent
avec prudence à l’Ars Niger, ou art noir. En Angleterre, le Dr John Dee, que préoccupaient
les pays perdus de Logres et le temple à l’Étoile de Glastonburry, utilisa un « grand globe de
cristal », ou pierre de voyance, pour interroger l’avenir. Au cours de ces expériences, certains
éléments du langage antédiluvien, c’est-à-dire de la langue d’Enoch, celle que parlaient les
Néphélim, seraient revenus à la surface.
Au XVIIe siècle, protestants et catholiques persécutent sorciers et sorcières, et il semble bien
qu’ils aient réussi à détruire leurs centres traditionnels, sauf ceux qui se déguisent lourdement
sous les oripeaux de la science cabalistique ou de l’alchimie. Mais bientôt ils deviendront
suspects eux aussi, ce qui provoquera la formation de fraternités secrètes, tels les Rose Croix
ou les Francs Maçons, dans le but de conserver vivante la flamme de l’ancienne sagesse.
Vient le XVIIIe siècle. Les loges maçonniques et hermétiques se répandent partout, le
pouvoir de L’Église a considérablement diminué. A l’intérieur de ces loges, on redécouvre
bien des secrets magiques. Swedenborg expose le concept de ce qu’on connaît sous le nom
de clairvoyance, ou perception extrasensorielle, et Mesmer étudie le « magnétisme animal »,
ou plus simplement la puissance magique, comme disent les sorciers d’aujourd’hui. Ainsi, les
pouvoirs des profondeurs de l’esprit redevenaient enfin nôtres.
Le XIXe siècle, bien que tendu vers la science matérialiste, connut un essor important (sous
des noms différents) de la connaissance magique. En 1801, un Anglais, Francis Baratt, créa
une école où douze étudiants constituèrent un « foyer » traditionnel de sorcellerie. C’est
probablement à cette association qu’ont appartenu Eliphas Levi, alias l’abbé Constant, le
grand occultiste français, et Lord Buwler Lytton: tous deux divulguèrent au grand public
l’univers merveilleux que dévoilait le pouvoir magique enfin redécouvert et auquel ils
donnèrent un nom particulier: la « Lumière astrale » pour Levi, et le « Vril » pour Lytton. Le
baron Reichenbach mit également à l’épreuve cette mystérieuse énergie en se servant de
médiums tels que D.D. Home, Eusapia Palladino et les soeurs Fox, en tentant de donner une
base scientifique aux phénomènes suscités par ce qu’il appela l’ « od », ou « force odylique »,
tache qui fut reprise très sérieusement par la société anglaise de recherche psychique, fondée
en 1882.
Cependant, il fallut attendre la fin du XIXe siècle et le début du XXe pour que le monde de
l’occultisme abandonne une recherche « scientifique » quelque peu forcée, pour consacrer son
attention, une fois de plus après tant de siècles, aux anciens dieux.

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En 1851, Héléna Pétrovna Blavatsky avait fait la connaissance de Bulwer Lytton, le mage
rose croix dont nous venons de parler. Impressionnée par cette rencontre, elle créa en 1875 la
Société théosophique dans le but d’en faire le noyau d’une fraternité universelle de
l’humanité. La société théosophique avait pour objet d’étudier la source suprême de toutes
les religions mondiales, ou « religions de la Sagesse », que chaque peuple avait interprétée de
manière à l’accorder au mieux de son époque et aux conditions géographiques, et qui, d’après
Helena Blavatsky, existait depuis des temps immémoriaux: en fait, l’antique Connaissance
des gardiens. Ce fut la branche orientale de cette Connaissance, avec les enseignements du
Vedanta et du Bouddhisme ésotérique, qui fournit à la société théosophique sa principale
inspiration.
Parallèlement à ce mouvement, et tout proche de lui, l’ordre hermétique de l’Aube d’or se
constitua en Angleterre quelques années plus tard. Son idéal était semblable, mais, pour y
parvenir, l’Ordre proposait de suivre la voie occidentale, rosicrucienne, en s’aidant d’un
cérémonial magique comprenant l’invocation des anciens dieux d’Égypte, un formulaire
cabalistique et les recherches énochiennes faites au XVIe siècle par le Dr John Dee. Cette
institution savante attira beaucoup d’esprits généreux, entre autre le poète W.B. Yeats, Arthur
Machen et Algernon Blackwood; tous touchaient de près ou de loin, au mouvement de l’aube
celtique » et étaient passionnés par la résurrection des anciens dieux, comme l’observera
facilement quiconque lit leurs livres. Puis l’ordre de l’Aube d’or donna naissance à une
excroissance chrétienne, la « Stella matutina », qui intéressa profondément des gens tels que
A.E Waite, Evelyn Underhill et Charles Williams.
Toutefois, dans les cercles magiques, on se souvient plus spécialement d’Aleister Crowley et
de Dion Fortune, tous deux disciples de ces écoles du mystère et, comme Yeats leur
prédécesseur, plongés dans la découverte des secrets perdus grâce au retour des anciens
dieux. Les études de Freud, puis de Jung, ont elles aussi contribuer à nous relier au passé par
l’utilisation de la magie des images, retrouvée par Trithème et Giordano Bruno. Puis Dion
Fortune elle même compléta cette liaison en faisant connaître publiquement que tous les dieux
ne sont qu’un dieu, toutes les déesses une seule déesse, et que les panthéons et les hiérarchies
divines ne sont que des interprétations locales des mêmes antiques archétypes.
En 1951, en Angleterre, la dernière loi sur la répression de la sorcellerie devait être enfin
abolie; c’était du moins dans ce pays, la disparition de la flétrissure officielle qui s’était
attachée jusqu’alors à l’étude et à l’exercice de cet art.
Trois ans plus tard, Gérald Gardner, un anthropologue, publia Witchraft Today (La sorcellerie
aujourd’hui) : pour la première fois dans l’histoire, on admettait l’existence d’un culte
magique bien défini, semblable à celui que Margaret Murray avait soupçonné dans les années
1920. Ce culte serait pratiqué par un cercle réduit de praticiens de la magie, lesquels ne
dissimulent pas les opérations occultes sous un déguisement scientifique, chrétien ou
cabalistique, mais préfèrent recourir aux méthodes venues du fond des âges, sous la bannière
des anciens dieux. La plupart des procédés magiques qui nous restent sont bien simples et
élémentaires en comparaison de la Connaissance perdue des gardiens, mais, tous les jours, les
recherches de la science « légitime » nous restituent des fragments de cette tradition
étincelante.
En fait, notre magie actuelle est l’aboutissement d’une décadence. C’est un ramassis de
pièces diverses, de bizarreries et d’impasses historiques, de religions jetées à la mer et
d’épaves recouvrées au hasard. Mais le chaos de ce symbolisme où l’on se perd contient
encore une somme suffisante d’anciens secrets pour que nos opérations réussissent, si nous
les conduisons bien. Ces méthodes peuvent nous paraître quelque peu enfantines,
hasardeuses - toujours en comparaison de la connaissance perdue -, mais les sorciers
modernes croient qu’en dépit des alluvions et probablement des distorsions qu’explique une

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éclipse de soixante siècles, il demeure au centre de ces scories une étincelle du sombre et
mystérieux feu angélique qui a insufflé la vie à l’argile de notre monde.
Les pages qui suivent vont nous présenter les vestiges de la Connaissance ancienne sous leur
aspect le plus pratique.

CHAPITRE PREMIER

Les premiers pas.

Les pouvoirs et leurs acquisition.


Êtes-vous maintenant prêt à vous engager, pratiquement, sur la voie de la sorcellerie? Si oui,
il vous suffira de faire un geste, un signe. Vous prouverez ainsi officiellement que vous
rompez avec les inhibitions et les entraves qui ont été dans le passé les principaux obstacles
au développement de vos pouvoirs. Fondamentalement, ces entraves représentent le joug
imposé par un système établi, fondés sur les conceptions irrationnelles d’une religion
organisée: christianisme, judaïsme, bouddhisme, etc. J’insiste sur le mot « organisée ».
Naturellement, il existe bien d’autres systèmes aussi rigoureux, dont les fondements n’ont
rien d’occulte, et qui triomphent de façon temporaire - le communisme, le fascisme ou le
capitalisme -, mais ils ont au moins l’excuse d’agir, prétendent-ils, pour le bénéfice matériel
de l’humanité et non pour le bien de notre âme.
Mais finissons-en avec la tartuferie religieuse, politique, nationaliste, etc. Jetons tout cela par
dessus bord. Et c’est là qu’interviendra votre petit geste. Non, nous ne vous demanderons
pas de brûler votre livret militaire ou le drapeau national; tout ce que vous aurez à faire est de
vous soumettre à la tradition de toujours: réciter la prière fondamentale à l’envers! Peu
importe votre religion! Vous vivez dans un pays chrétien, ce geste symbolique sera le plus
efficace.
Voici le processus:
Allumez une bougie trois soirs de suite, en vous assurant que personne ne vous observe, et
prononcez le texte que vous trouverez ci après. Ce charabia est, en réalité, le Notre Père
transcrit à l’envers. (Il y a une légère différence avec l’orthographe courante, car je l’ai
simplifiée pour des raisons phonétiques.):

Nema!
Lam ud suon erviled siam,
Noitatnet ne sap siudni suon en,
Sesneffo tno suon iuk xuec à
Snonnodrap suon issua suon emmoc
sesneffo son suon-ennedrap,
Neiditouq niap erton iuhdruojua suon-ennod
Lei ua emmoc al rus etiaf tios etnolov at euk;

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Enneiv enger not euk;
Eifitcnas tois mon not euk;
Xueic xuas se iuk erep erton.

En psalmodiant ces mots, imaginez-vous que des éclairs libèrent vos poignets et vos chevilles
des fers pesants qui les entravent jusqu’à ce qu’ils n’y ait plus de chaque coté de vous que
deux tas de ferrailles fondue. Entendez le fracas de cette foudre brûlante en train d’anéantir la
charge qui pesait sur votre dos. Essayez de vous sentir débarrassé de ces responsabilités
qu’on vous a imposé dès votre naissance et qui ne sont qu’un vaste édifice de verbiage et de
sottises.
Quand vous aurez fini, soufflez la bougie en prononçant la phrase sacramentelle du sorcier:
« Que ma volonté soit faite! »
Si quelques frissons de peur vous courent le long de l’échine et si cette cérémonie vous parait
blasphématoire, tant mieux. C’est un processus de purification, de catharsis, qu’accompagne
souvent l’écho des craintes enfantines. Ne vous en inquiétez pas. Ces manifestations
signifient que votre esprit profond est atteint et qu’il s’éveille.
L’impression de délivrance qui devrait accompagner la répétition de ce petit rite vous
indiquera que vous avez dégagé la voie par laquelle les pouvoirs afflueront en vous. C’est
aussi simple que cela. Pas de copulations hasardeuses avec des collègues initiés et initiées sur
la dalle humide d’une tombe. Aucune crucifixion écoeurante de crapauds ! Juste le simple
geste de desserrer le noeud du monde, une façon sacrée de délier...
Comme nous le disons, nous autres sorciers, je vous dis maintenant: « Béni sois-tu ! »
A Présent, si vous voulez commencer à développer vos pouvoirs, lisez attentivement.

La pyramide des sorciers.


L’acquisition d’un pouvoir magique fondamental est liée à l’observation de quatre règles
simples, connues sous le nom de « pyramide des sorciers ». Voici ces quatre pierres
angulaires de la magie, sur laquelle l’édifice repose:
- une imagination extrême,
- une volonté de feu,
- une foi inébranlable,
- le sens du mystère
D’abord, puisque vous voilà sorcier ou sorcière, abandonnez-vous à votre imagination. Plus
les racines de vos visions secrètes plongeront dans votre sensibilité et s’y noueront, plus elles
auront de puissance pour réaliser vos charmes. Le succès de vos incantations en dépend.
Soyez prêt à vous rouler au sol et à grincer des dents d’extase ou de haine dès que vous
entrerez dans le cercle enchanté de la pratique.
Dans ce but, beaucoup de sorciers modernes recourent aux méthodes de mémorisation
sensible utilisées par les acteurs. Toutefois, comte tenu de tous les souvenirs utilisables, on
peut employer n’importe quelle excitation pour mettre le contact et déclencher le courent :
parfums, sons, lumières périodiques se succédant rapidement, danse éperdue, sexe, mantras,
hymnes, etc., peu importe, pourvu que l’imagination de l’officiant explose !
Tout ceci est la substructure rationnelle des pièges classiques de la sorcellerie, abstraction
faite des implications para-physique des rites. Dans tout acte magique, un décor convenable
est l’un des stimulants primordiaux de l’imagination.
Si vous ne disposez que d’une salle de séjour ou d’un petit cabinet de travail, votre
imagination devra conférer à cet endroit le mystère qui fera bouillonner vos humeurs noires.
Une statuette grotesque ou une gravure bizarre sont d’excellents supports. En tant que
sorcier, il vous faudra rassembler, au cours des années, toute une série d’objets. Certes, il est
difficile de se procurer certains articles traditionnels tels que des crânes véritables et des

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chandelles en graisse de pied de bouc (sans compter leur prix !), mais il est bon d’investir
quelques économies dans un masque démoniaque, étrange, des îles du Pacifique, ou dans une
reproduction de quelque graphiques astrologique du Moyen-Age.
Le second coté de la pyramide des sorciers porte un signe unique : volonté. Il va presque sans
dire que la formation d’une volonté puissante est l’un des buts principaux du praticien de l’art
noir.
Au cours d’une opération magique réelle, la volonté ne doit pas défaillir un instant, car elle
est la lentille qui concentre les ardeurs brûlantes des émotions. Pour l’aiguiser, on peut
recourir à des exercices très simples destinés à faciliter la concentration d’esprit, comme par
exemple quelques positions de yoga et les disciplines orientales. C’est profondément
ennuyeux, mais très efficace si l’on persévère. On peut aussi méditer en fixant la flamme
d’une bougie ou concentrer son attention sur un point situé à l’intérieur d’un cercle, cela
pendant une demi-heure. Les sorciers et sorcières pratiquent fréquemment cet exercice pour
tonifier leur volonté.
Pour débuter, vous exercerez votre volonté dans des affaire de peu d’importance. Il est inutile
de vous acharner à vouloir quelque chose que vous savez, au fond de vous même, être
impossible. Vous ne l’obtiendrez pas, ce qui ne peut manquer d’affaiblir la confiance que
vous devez avoir en vous. Commencez par de petites choses susceptibles de s’accomplir.
Laissez aux initiés, pour l’instant, le soin d’éteindre une flamme de bougie par pure action
mentale ou de faire léviter un cendrier.
Rappelez-vous : le but est de soumettre à votre volonté tout ce qui peut l’être. Vous avez
l’ambition de devenir un sorcier ou une sorcière, et non Dieu. Cultiver votre volonté magique
signifie avant tout que vous devez savoir ce que vous voulez, c’est-à-dire rétrécir le champ de
votre attention pour l’adapter juste à une seule chose. Cette obstination et l’attitude spirituelle
qu’elle engendre doivent être parties intégrante de votre personnalité magique.
« Que ma volonté soit faite ! » Tout est là.
J’arrive au troisième coté de la pyramide : en énormes lettres d’or, un mot unique se détache:
« FOI ». Peut-être trouvera-t-on étrange qu’un sorcier ait à tenir compte de la foi. Il est
pourtant exact que toute puissance magique dépend largement d’elle. Que vous vous livriez à
une incantation pour le compte de l’église, de vous même ou de quelqu’un d’autre, ne faite
aucune différence. L’incantation demeure incantation, qu’elle soit prière ou charme.
Paracelse a résumé cette question en quelques mots. « Grâce à la foi, l’imagination est
renforcée et complétée, car tout doute quel qu’il soit porte réellement atteinte à sa
réalisation... »
Si vous ne possédez pas une foi inébranlable dans vos propres pouvoirs vous ne parviendrez
jamais à vous hisser au niveau d’intensité requis, tant de volonté que d’imagination, pour une
opération magique. Si vous y réfléchissez, vous verrez que l’imagination et la foi sont
intimement liées à la volonté. Balayant toutes objections, la foi vous prépare à l’action
immédiate, elle vous permet d’atteindre cet état spécial de mégalomanie voulue et
heureusement temporaire, condition sine qua non de succès dans tous les véritables actes de
sorcellerie.
Vous devez être parfaitement conscient du rôle capital que joue la foi pour ceux qui, d’une
manière ou d’une autre, ont engagé la lutte avec le destin dans ses aspects les plus secrets. Un
guérisseur, un maître joueur, seraient incapables d’approcher un patient éventuel ou la table
de jeu dans un état de froideur absolue, sans être enflammés, guidés par la foi dans les
pouvoirs dont ils disposent. Ce serait demander à un savant de procéder à une microscopie
sans microscope.
Puisque nous voici sur le chapitre de la foi, mentionnons qu’en tant que sorcier vous devez
toujours tenir parole. Ne promettez rien si vous ne prévoyez ne serait-ce qu’une toute petite
chance d’insuccès. Voici pourquoi : vous êtes en train de cultiver un état d’esprit que vous

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ferez naître en vous à volonté, et grâce auquel la réalisation de tout ce que vous direz
deviendra conforme à la nature des choses. Chaque fois que vous ne tiendrez pas parole, que
la cause de cet échec vous incombe ou non, vous porterez atteinte au monument de foi que
vous essayez d’édifier en vous-même. C’est tout, et cela n’a rien à voir, bien sur, avec la
morale courante ou les sommets de l’éthique.
Le quatrième coté de la pyramide est le secret. La sorcellerie est savoir, et le savoir est
puissance. Partager sa puissance, c’est en perdre. Bien que nous soyons entrés dans l’ère du
Verseau, avec la liberté qu’elle offre aux sorciers, il est de leur intérêt de dissimuler certains
de leurs actes derrière un voile de secret. Abstraction faite du plaisir et de la fascination
qu’exerce toujours le mystère, une ou deux considérations pratiques expliquent combien il est
important d’agir en véritable occultiste, c’est-à-dire clandestinement. Si quelqu’un apprend
indirectement que vous vous occupez de sorcellerie et que vous êtes en train d’utiliser votre
puissance magique pour ou contre lui, qu’il croie ou non en vos pouvoirs, cette nouvelle
atteindra le plus profond de son esprit. Et, du coup, la bataille est à moitié gagnée : rien
n’éveille plus l’attention de notre psyché profonde que l’appel de tout ce qui est ténèbres,
arcanes, et mystère.
La profondeur appelle la profondeur ; il existe dans l’ame de tous les hommes une affinité
naturelle pour ce qui se dissimule dans le monde crépusculaire. Si vous éveillez l’attention de
la psyché profonde d’un être, vous pourrez l’utiliser pour établir une communication grâce à
laquelle vous réaliserez vos désirs.
Ainsi, insinuer à votre victime que vous allez vous livrer sur elle à une incantation, peut faire
des miracles. Voilà qui explique le voile, toujours un peu transparent, dont s’entoure une
opération de sorcellerie. Ce n’est donc pas seulement une question d’amusement et de
plaisanterie.
Mais il est une autre raison positive pour que vous vous entouriez d’un minimum de secret :
bien que les bûchers n’existent plus, faites attention, ne vous exposez pas aux rigueurs de la
loi. Si par exemple, on présentait à un tribunal quelques-unes des poupées de cire que vous
utilisez dans vos envoûtements, témoignages de vos processus d’intimidation psychologique à
l’égard de vos semblables, vous pourriez avoir de graves ennuis et même être condamné à
payer à vos victimes des sommes importantes pour la pression morale que vous avez exercée
sur elles.
Si la sorcellerie pure et simple n’est plus illégale dans certains pays occidentaux, un sorcier
ou une sorcière un peu imprudents peuvent risquer de se brûler les ailes. Votre premier
devoir est donc de vous familiariser avec la législation existante.
Autre recommandation : si au cours de votre carrière de sorcier, un ami vous demande de lui
rendre un service spécial, prenez garde à ne jamais exiger la moindre rémunération pour votre
intervention, même si la tentation est très forte. Vous pouvez lui faire acheter lui-même tout
ce qui est nécessaire à votre incantation. Une fois l’opération réussie, rien ne vous interdit de
recevoir un témoignage de sa reconnaissance, mais faites preuve de sagesse, n’exigez jamais
d’argent. En dehors de l’aspect légal de ce qui serait alors une transaction financière, une très
antique loi magique vous le déconseille fortement. Pour une raison inconnue, il semble que
toute implication d’ordre financier corrompe l’exercice de la puissance magique. Si vous ne
me croyez pas, essayez.
Abandonnons ces considérations pratiques pour revenir à l’étude de la quatrième et dernière
pierre angulaire de notre pyramide des sorciers : le secret magique.
En procédant à une incantation, on déclenche un « mécanisme » extrêmement délicat. Ce
mécanisme est fait de la même substance que nos rêves, le courant qui l’anime est celui de
nos émotions et de nos désirs. Pour créer et monter ce mécanisme, puis le mettre en action,
vous devez employer toute l’ardeur de votre volonté, toute votre foi inébranlable, tout l’élan
de votre imagination, le tout simultanément et également. Vous peinerez donc et durement,

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pour vous mettre dans cet état d’intensité et de fièvre où il est inconcevable que votre magie
n’agisse pas.
Supposez maintenant qu’à ce moment précis la porte de votre retraite s’ouvre, et que votre
mari ou votre femme, votre belle-mère peut-être, entre et s’exclame: « Mais qu’est-ce que ce
drôle de costume que tu as mis? Et pourquoi es-tu dans l’obscurité? Tu vas t’abîmer les
yeux... Et qu’est-ce que cette terrible fumée? Tu vas mettre le feu partout... »
C’est le meilleur moyen de se retrouver sur terre! Vous pouvez évidemment tenter d’utiliser
sur l’intrus la puissance de votre regard de basilic: à moins que votre volonté magique soit
vraiment au point, cela ne vous servira à rien.
Aussi, faut-il supprimer rigoureusement toute possibilité d’intrusion fortuite au cours d’une
incantation. Ne soumettez pas votre ego sorcier à de tels chocs, surtout lorsque vous êtes en
début de formation. Un désastre semblable peut anéantir des mois et des mois de dur travail.
En tenant compte de ces conseils, entourez-vous de secret, raisonnablement, particulièrement
quant à l’endroit et à l’heure où vous vous livrez à vos opérations magiques. Certes, si des
sorciers rivaux veulent vous faire échouer, s’ils sont renseignés sur la nature de la magie que
vous devez utiliser, il y a beaucoup de risques qu’ils en déduisent l’époque. Et s’ils sont à la
hauteur de leurs prétentions, ils peuvent même par un procédé de divination, découvrir votre
retraite. Dans ce cas, c’est le meilleur qui gagne. (Nous traiterons de ce sujet dans les
chapitres V et VI). Pour l’instant, faites en sorte, sans devenir pour cela paranoïaque, d’éviter
tout dérangement dans toutes vos activités magiques.

Pour procéder à une incantation.


Pour réussir une opération de sorcellerie, il est toujours préférable de fondre votre volonté
intense, votre foi et votre imagination en un seul éclair qui aille droit au but. Cela, en
prononçant une formule faite de mots consacrés: le charme ou l’incantation.
Dans l’exercice de leur art, les sorciers, comme les poètes, les peintres et les chefs cuisiniers,
ont toujours ajouté un peu à l’enseignement du passé, si bien que dans de nombreux cas la
sagesse originale est presque complètement recouverte par ces apports successifs.
Tout ce qui semble posséder une puissance inhérente et qui suscite fortement nos émotions est
utilisable pour les besoins de la magie. Éléments de folklore, de religion, de mythe, savoir
traditionnel des simples, tout y figure avec une indifférence frappante pour les mélanges de
styles et de culture. Seul compte l’effet produit sur vous et votre psyché profonde.
L’incantation idéale, quant à la forme, est celle qui détient un certain rythme. Certains
praticiens insistent sur ce point en y ajoutant la nécessité de la rime ou de l’assonance. Je
dirais que rien ne vaut un petit couplet rimé sur un simple rythme métrique. Il est
extrêmement facile d’en composer.
Pour boiteux et mauvais qu’ils soient, des vers ont toujours le pouvoir d’atteindre les
profondeurs de votre esprit, surtout quand il entre dans leur répétition une certaine dose de
frénésie.
Les formules d’incantations qui nous proviennent de la sorcellerie du Moyen-Age paraissent
souvent extrêmement grossières au sorcier moyen de notre époque et ne peuvent, par
conséquent, l’aider en rien. Interminables et monotones, non seulement elles sont incapables
d’éveiller l’esprit du sorcier qui opère, mais elles constituent un moyen infaillible de
l’endormir.
A propos des croyances religieuses, la sorcellerie moderne est très réservée. Certains sorciers
et sorcières se vouent entièrement au culte de la fertilité que représente Habondia et son
époux cornu. Ce n’est pas le cas de tous. Disons que les dieux sont à votre disposition quand
vous avez besoin d’eux. Nous reviendrons sur ce point plus loin.
En tant que sorcier, vous êtes pas tenu d’adorer une hiérarchie quelconque d’êtres surnaturels.
Il existe simplement des sources de puissance qui peuvent aider le sorcier dans ses charmes.

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Quant à ce que sont ces entités, qu’elles aient été antérieures à l’homme ou que l’homme les
aient créées, nous l’ignorons. Vous pouvez leur donner le nom que vous voudrez, les appeler
dieux, esprits, ou gardiens, ou les dépersonnaliser en voyant en elles des forces anonymes,
peu importe, pourvu que vous compreniez qu’elles dépendent des attentions que vous aurez
pour elles autant que vous dépendez de leurs services au cours de vos invocations. Quelles
que soient les relations que vous entretenez avec elles, rappelez-vous toujours que c’est vous
qui décidez de tout, en les convoquant. Certaines vous seront utiles pour un type donné
d’opération, tel un charme d’amour, mais inopérantes pour d’autres, une vengeance par
exemple.
De même nous ne savons pas quel est l’ordre de préséance de ces êtres surnaturels dans le lieu
ou dans l’état qui est le leur. A peine pouvons-nous le supposer, par les indications que
fournit, à ce sujet, la tradition.
Nous avons au sommet les Grandes Entités, connues sous le nom de Gardien ou de Puissants
ou de dieux par les sorciers et sorcières férus de classicisme. Parmi elles figurent Habondia et
Cernunos, les dieux des sorciers, dont vous ferez la connaissance plus tard. Ce sont des
pouvoirs qui existent dans la psyché profonde de tous les êtres humains, ou, si vous préférez
les archétypes de Jung, que vous pouvez mobiliser afin d’apporter à vos rites une plus grande
puissance.
Puis il y a les esprits, ou démons, dont la constitution est à mi-chemin de celles de l’homme et
du dieu, dont l’évolution, traditionnellement, à précédé la notre, et qui sont en fait les restes
des Néphélim. Vassago, dont vous ferez aussi la connaissance dans un prochain chapitre, est
l’une de ces entités.
Enfin, vous disposez des esprits, des ombres des morts, dont nous parlerons en évoquant les
rites de la nécromancie dans les chapitres III et IV.
Dieux, démons, ombres, voici les principaux habitants du panthéon des sorciers. Il en est
d’autres, moins importants, des esprits élémentaires auxquels vous aurez affaire, mais ce
seront, en règle générale, ceux que vous aurez créés vous-mêmes. Tout talisman, image,
pentacle ou mandragore que vous produirez acquerra par cela même la nature d’un esprit
élémentaire. Ce sont les répliques invisibles des homunculi de la légende alchimique, des
serveurs de votre volonté, appelés à la vie par votre puissance magique pour accomplir la
tache que vous leur destinez. Il faut les traiter avec fermeté, contrairement à la déférence qui
est due aux dieux et aux démons. Dans aucun cas, il ne faut leur permettre d’échapper à
l’emprise de leur créateur. Le balai de l’apprenti sorcier, cette vieille légende magique que
Goethe a reprise d’après le Philopseudes de Lucien et le Poème de Saint-Dunstan, pour être
mis en image par Walt Disney, dans Fantasia ,symbolise parfaitement ce qui peut vous
arriver psychiquement si vous permettez à vos serviteurs élémentaires d’échapper à votre
contrôle.

Périodes et saisons magiques.


Un sorcier novice doit connaître quelles sont, dans l’année magique, les périodes et les
saisons à observer, c’est-à-dire celles où il pourra le mieux recharger ses batteries et aspirer
de nouveaux courants de puissance élémentaire pour assurer la réussite de ses incantations.
Ces marées sont marquées par les mouvements des étoiles et des planètes, surtout par ceux du
soleil et de la lune. Bien que ces corps célestes ne soient pas les sources réelles du pouvoir,
ils sont les principaux indicateurs du flux et du reflux qui se succèdent dans notre univers et il
faut en tenir compte de même qu’un navigateur cherche à tirer profit des va-et-vient de la
mer.
Le soleil et la lune constituent les deux grandes aiguilles de notre horloge cosmique. Tandis
que l’aiguille des heures, ou soleil, gouverne les saisons de l’année, l’aiguille des minutes ou
la lune, agit sur les marées et sur les travaux secrets de la psyché profonde. Aussi est-ce ce

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dernier corps céleste, plus que l’astre du jour, qui intéresse spécialement sorcières et sorciers.
Dans la mythologie européenne, le soleil a toujours été considéré comme le symbole d’une
divinité mâle, la lune étant sa contrepartie femelle. Toutefois, le culte de la lune, en tant que
divinité suprême, a précédé de beaucoup celui du soleil. C’est ainsi qu’en Angleterre la
tradition prétend que le culte de la lune est antérieur è celui, solaire, des druides.
Cette première religion prytanique serait à l’origine des quatre grandes fêtes annuelles que
tiennent les sorcières.
Elles ont lieu les nuits du 31 octobre, du 2 f2vrier, du 30 avril et du 1er août, c’est-à-dire la
veille de la Toussaint, la Chandeleur, le 1er mai et la fête de Saint-Pierre-aux-Liens. On
observe également, mais à un degré moindre, les quatre fêtes solaires des druides: solstices et
équinoxes. En les réunissants, nous avons les huit sabbats, ou fêtes, de l’année des sorciers.
Ces sabbats ont chacun un signification: la Toussaint, la Chandeleur, le 1er mai et la fête de
Saint-Pierre-aux-Liens marquent le début d’un quart de cycle de la marée solaire. La
Toussaint inaugure la destruction et l’hiver: c’est la fête des morts, le premier jour de l’année
magique. Cette marée noire de la destruction atteint son apogée au solstice d’hiver. La
Chandeleur marque la fin de ce règne et les premiers signes de l’éclatante marée de l’été.
Lors de l’équinoxe vernal, le flux et le reflux, la lumière et l’ombre s’équilibrent, mais la
lumière commence son essor. Le 1er mai marque le début de la grande marée qui atteindra
son apogée au solstice d’été. Mais dès lors le reflux s’amorce, et à Saint-Pierre-aux-Liens, au
moment où les fruits mûrissent et où l’on rentre les moissons, on sent déjà l’approche de
l’ombre.
Nous revenons ainsi à la Toussaint, début de la grande marée sombre dont l’apogée sera
marqué, une fois de plus, par le solstice d’hiver, nouveau départ du cycle qui recommence
éternellement.
Pour les agriculteurs, comme pour tous ceux dont les travaux sont rythmés par les saisons, le
flux et le reflux du cycle solaire sont une seconde nature, car ils déterminent tout le cycle
végétal. Sorciers et sorcières l’observent principalement dans leurs activités de « couvent »
destinés surtout à acquérir des pouvoirs de groupe. Par couvent de sorciers ou de sorcières,
nous entendons un groupe dont il est nécessaire de recharger, périodiquement, la puissance.
C’est là une croyance commune à quantité de cultes organisés, et c’est l’une des raisons pour
lesquelles les fêtes des sorciers coïncident souvent avec les jours sanctifiés par les chrétiens
ou les druides.
Dans tous les objectifs purement magiques, les phases de la lune sont de beaucoup les plus
importantes, et vous devez les observer. Leur emploi est extrêmement simple. La lune
présente deux caractéristiques fondamentales: elle croit, et elle décroît. La lune croissante est
la « lune de lumière » ; la lune décroissante, la « lune d’ombre ».
Tous les charmes, toutes les incantations de caractère constructif, doivent avoir lieu sous la
« lune de lumière ». Cela compte pour tout charme d’amour, pour toute incantation destinée à
assurer la chance ou le succès, la fertilité, la protection, la riposte à toute agression magique.
Voici ce que dit un vieux dicton de sorcière:
Prie quand la lune s’arrondira,
La chance alors abondera,
Ce que tu cherches, trouveras Au ciel, sur terre, tu l’auras... »

Dès que la pleine lune est passée, nous avons affaire à la « lune d’ombre », car sa lumière
diminue et les nuits s’obscurcissent. C’est au cours de cette période que vous entreprendrez
toutes les opérations de caractère destructif, de magie noire: incantations agressives,
vengeance, anéantissement de récoltes et autres calamités, charmes pour éliminer une passion,
ainsi que les rites nécromanciens.

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Bien des sorciers et des sorcières, quand ils constituent leur couvent tendent à tenir des
réunions officieuses, mensuelles ou bimensuelles, pour lesquelles ils ont gardé le vieux mot
d’ »esbats » ou ébats. Ces séances ont lieu généralement à la pleine lune et à la nouvelle lune.
Autour d’une tasse de café, on procède parfois à un rite collectif destiné à aider l’un des
affilié ou un ami extérieur qui a demandé à être secouru d’une manière ou d’une autre.
Voici donc les jours que vous allez marquer en rouge sur votre calendrier de sorcier: treize
pleines lunes, treize nouvelles lunes, et huit sabbats. Aucun d’eux n’est obligatoire.
Sorciers et sorcières découvriront rapidement qu’on s’amuse aux sabbats, et qu’ils valent la
peine qu’on se mette en frais pour eux, surtout aux Grands Sabbats de la nuit du 1er mai, et de
la veille de la Toussaint.

CHAPITRE II
Préparations préliminaires.
Votre nom de sorcier (ou de sorcière).
Puisque vous voici praticien de l’art noir, il faut maintenant vous choisir un nom magique.
Certains critiques peu charitable disent que c’est le nom du diable. Rien de semblable. Votre
nom est une partie importante de votre personnalité magique qui commence à bourgeonner.
Comme de nombreux sorciers, vous pouvez choisir le nom de l’un des grands praticiens de
l’art noir. Si vous êtes homme, vous vous baptiserez : Zyto, Balaam, Elymas, Cyprien, ou
encore Merlin, Althotas, Vandermast. Une sorcière pourra s’appeler Morgane, Armide,
Viviane ou Mélusine; ou encore Srisène, Hellawes, Frédégonde, Nocticula, etc.
Vous pouvez aussi vous laisser inspirer par l’Antiquité classique : Apollonius, Médée, Circé;
ou encore par l’Egypte: Nectanébo ou Anubis: ou par des noms aussi compliqués que
Diancecht, Osmandine, Ansupéromine !
Si vous me voulez pas d’un nom tiré de la légende des sorciers, recourez à ceux des dieux et
des demi-dieux de la mythologie. A vous de choisir. Trouvez un nom qui vous plaise, qui
évoque en vous la sensation de l’inconnu, qui vous confère un sentiment de puissance
formidable et même un peu inquiétant.
Un excellent fil conducteur est votre signe ou votre planète de naissance et les légendes qui
les entourent.
Vous avez également à votre disposition la numérologie. Additionnez les nombres
correspondants aux lettres qui composent votre prénom courant et votre nom, en utilisant le
schéma suivant.
1. A. J. S
2. B. K. T.
3. C. L. U.
4. D. M. V.
5. E. N. W.
6. F. O. X.
7. G. P. Y.
8. H. Q. Z.
9. I. R
Additionnez ensuite les nombres obtenus jusqu’à ce qu’ils n’en forment plus qu’un seul. Soit
:

J O H N S M I T H
1 +6 + 8 +5 1 +4+ 9 +2+ 8
= 20 + = 24 = 44 = 4 + 4 = 8

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Les chiffres ont une attribution astrologique :
1 = le Soleil
2 = la Lune
3 = Mars
4 = Mercure
5 = Jupiter
6 = Vénus
7 = Saturne
8 = Uranus
9 = Neptune

Dans le cas de John Smith, sa planète est Uranus. Il lui suffit de consulter un livre de
mythologie et de parcourir tout ce qui la concerne pour trouver un nom qui lui convient.
Si aucune de ces méthodes ne vous enchante, inventez un nom qui vous plaise, ou choisissez-
le sans aucune raison, en vous laissant guider par votre intuition. En réalité, là est le seul
critère valable.
Certains sorciers aiment prendre une devise latine telle que Sapiens dominabitur astris ou
Omnia vincam. C’est peut-être un peu ecclésiastique, mais tout à fait légitime, bien qu’à mon
avis une devise soit mois efficace qu’un nom légendaire, dont le pouvoir évocateur est
beaucoup plus grand.
Trouver un nom peut vous prendre assez de temps, mais le jeu en vaut la chandelle, car, une
fois que vous l’aurez inscrit sur votre équipement de sorcier, vous ne pourrez plus en changer.
Ne galvaudez pas votre nom, gardez-le secret. Par la suite il deviendra l’une des clés de votre
psyché profonde. Vous l’utiliserez chaque fois que vous voudrez « embrayer » pour procéder
à une incantation, en le prononçant silencieusement au moment où vous commencerez à
utiliser les quatre pouvoirs de votre pyramide.

Les runes magiques des sorciers. (Fig. 1)


Le tableau ci contre contient les lettres utilisées par les sorciers. Lorsque vous écrivez votre
nom sur l’un de vos outils magique, employez-les.
On les appelle indifféremment les runes d’Honorius ou l’Écriture thébaine. Certains sorciers
estiment qu’elles sont un vestige de l’époque atlanthéenne, tandis que d’autres y voient des
rapports avec l’Écriture cabalistique d’Enoch, de John Dee, cet astrologue et magicien de
l’époque élisabéthaine. De toute manière, elles sont extrêmement anciennes, et les sorciers
les utilisent depuis un temps immémorial pour toutes leurs inscriptions et incantations.

Les joyaux des sorciers et des sorcières.


Le Collier: Les sorciers, membres d’une cellule, portent leur collier magique seulement pour
les sabbats et les réunions officieuses (esbats). Le collier magique a sans doute la même
origine que la ceinture et la jarretière. Certains prétendent qu’il symbolise le
« Brisingamen », le collier de fée que possédait Freya, la déesse nordique de l’amour.
D’autres estiment qu’il provient du culte de Diane à Ephèse, où l’on présentait aux assistants,
sous la forme d’un gland de chêne, la tête de leur déesse surmontée d’une touffe de cheveux.
Un collier se compose généralement de neuf ou treize grains. En dehors des glands, on peut
employer différentes matières (métal, pierre ou bois), la caractéristique unique des éléments
étant d’être assez gros et rustiques. L’ambre est souvent préféré, ainsi que la turquoise et le
jais.

Le bracelet: Il est généralement en cuivre ou en argent, et sorciers et sorcières le considèrent


comme un signe de reconnaissance. Contrairement au collier, il est gravé du nom magique de

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l’intéressé, du symbole de son couvent (fréquemment un animal, chouette, chat ou serpent) et
du rang qu’il y occupe. Il y a généralement deux grades, l’un représenté par le triangle et
l’autre, supérieur, par le pentacle. Dans une cellule, le sorcier-chef porte quelquefois le nom
de maître, la sorcière-chef étant la grande prêtresse. Ces grades ne sont presque toujours que
des titres honoraires, et correspondent la plupart du temps à l’ancienneté de l’initié dans son
couvent.
Si vous n’appartenez pas à une cellule magique, vous n’avez besoin que de votre nom inscrit
en runes et de quelques amulettes porte-bonheur (par exemple, votre signe astrologique et la
planète directrice de votre thème).

La bague et le pendentif: sont comme le bracelet. A l’exception du collier, ce sont les seuls
joyaux magiques qui comportent des gemmes ou des pierres. Leur principal objet étant de
fasciner, plus ils seront complexes et bizarres, mieux ils atteindront leur but. Quant à leur
composition, c’est affaire de goût individuel et de moyens financiers. Traditionnellement, les
meilleurs pierres magiques sont le saphir et l’opale, mais la plupart des pierres précieuses et
semi-précieuses agissent aussi bien.
En réalité, elles constituent de véritables accumulateurs de puissance magique, et si jamais
vous en avez porté une comme porte-bonheur, vous avez, sans le savoir peut-être, bénéficié
d’un pouvoir de fascination et même de celui de jeter un charme, c’est-à-dire, en fin de
compte, de combattre le feu par le feu.
Voici, classée par ordre alphabétique, quelques-unes des pierres que vous pouvez utiliser en
pendentif ou comme bague:

PIERRES POUR LA FASCINATION

Agathe Escarbouche Péridot


Ambre Jade Pierre de croix
Béryl Jais Pierre de lune
Cornaline Jaspe Rubis
Corail Lazulite Sanguine
Diamant Oeil de chat Turquoise
Emeraude Onyx zircon

Vous pouvez faire graver votre nom de sorcier soit sur la bague soit sur le pendentif, autour
de la pierre ou au verso. Parfois il est accompagné du signe zodiacal de l’intéressé, et même
d’un mot cabalistique, chargé de pouvoir, tel Ararita, Tetragrammaton, Méhafélon,
Semhamphorash.
Pour la monture, vous pouvez employer le métal de votre choix, mais beaucoup de sorciers
prennent garde à la qualité particulière que possède chaque métal pour stimuler magiquement
certains traits de leur caractère:
Or: énergie et succès en général.
Argent: faculté d’intuition et possibilités magiques.
Cuivre: succès en amour:
Laiton ou mercure fixé: agilité mentale.
Étain: expansivité et générosité.
Fer: courage et instincts agressifs.
Plomb: stabilité
Parfois, on amalgame tous ces métaux. L’alliage qui en résulte porte le nom d’électrum
magique. Mais c’est là une affaire de spécialiste. En général, on se contente de l’or, de
l’argent ou du cuivre.

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Comme tous les autres joyaux, la bague ou le pendentif seront d’abord exorcisés et consacrés
au feu et à l’eau pendant une période de lune croissante, puis chargés de la puissance du nom
magique de son propriétaire.

La ceinture et la jarretière : Ce sont des insignes cachés. La ceinture est fréquemment rouge.
Elle a différents emplois pratiques, dont le moindre est de faire partie de votre tabard, ou robe
rituelle de sorcier. Elle a une longueur spécifique, comporte un certain nombre de noeuds.
Elle vous sert également à mesurer le diamètre de votre cercle magique lorsque vous
commencez une opération. Il en est qui l’utilisent comme une sorte de rosaire rituel quand ils
procèdent à une incantation, en répétant les paroles voulues autant de fois qu’il y a de noeuds.
La jarretière est peut-être l’insigne le plus bizarre des sorciers et sorcières. Aussi est-il secret,
et on ne le porte au grand jours qu’aux réunions de couvent. Les autres peuvent passer pour
des joyaux ordinaires aux yeux des non-initiés, aussi n’y a-t-il aucune raison de les cacher.
Il existe des jarretières de styles divers. Leur couleur traditionnelle est rouge vif, bien qu’on
en voie parfois des noires, des bleues et des vertes. Souvent celle d’une sorcière sera en
velours doublé de soie, celle du sorcier en peau de serpent ou de crocodile, ou en cuir souple
doublé de soie bleue. Ces jarretières sont fixée par des boucles d’argent ou d’or. On y ajoute
parfois de petites clochettes, elles aussi d’or et d’argent, comme dans certaines vielles danses
anglaises dites danses Morris.
Le nom magique du sorcier, le symbole du couvent et le rang qu’il y tient figurent sur la
surface extérieure de la jarretière. On y ajoute parfois les signes gravés sur l’athamé, ou
couteau magique à manche - ou garde - noir.
Aucun de ces joyaux magiques n’est obligatoire, sauf le collier pour les sorcières. On ignore
pourquoi. Mais, puisqu’il s’agit d’une pratique traditionnelle dans tous les couvents, une
sorcière qui veut réellement observer non seulement l’esprit, mais la lettre doit s’y plier.

Habillement.
Ce sujet est très controversé dans le monde de la sorcellerie. De nombreux sorciers et
sorcières affirment que la meilleure manière de se livrer à une opération magique est de suivre
rigoureusement la tradition qui veut qu’on soit alors nu.
D’autres, se réclamant aussi de la tradition, prétendent qu’on peut revêtir une robe rituelle, ou
tabard. La nudité s’explique rationnellement: tout vêtement freinerait l’émanation de votre
pouvoir magique. Personnellement, je n’ai jamais constaté que cette croyance reposât sur
quelque chose de fondé. Comment un vêtement pourrait-il s’opposer au passage de
quelque chose que ni les murs, ni la distance ne parviennent à arrêter ou à affaiblir?
Non, ce qui plaide en faveur de la nudité absolue est une raison purement psychologique: on
cherche de cette façon à se libérer des tensions et des soucis de ce monde ainsi que de toutes
les inhibitions sexuelles.
Pour ceux qui vivent sous des climats réfrigérants ou que l’idée de gambader nu n’enchante
pas, il reste l’usage du tabard. Ce tabard, sous sa forme la plus simple, est une grande pièce
de tissu noir pliée en deux, avec en haut un trou pour la tête comme dans un poncho, mais les
cotés, qui sont cousus sur environ trente centimètres à partir du haut comportent des fentes
pour le passage des bras. Il tombe jusqu’aux chevilles et est serré à la taille par la ceinture
magique.
Certains sorciers et sorcières préfèrent des tissus de couleur, bleus, violets, rouges, verts ou
blancs, et ajoutent au tabard un capuchon qu’ils rabattent sur leur tête pour parvenir à plus
d’impersonnalité au cours de la célébration d’un rite. Les uns portent des sandales spéciales,
d’autres sont pieds nus. Là encore, faites ce que vous voulez. Toutefois, un conseil: si vous
constituez un couvent, une certaine uniformité d’aspect est désirable.

18
Votre nom magique et les signes appropriés pourront figurer, généralement brodés, sur
l’ourlet ou la poitrine de votre tabard, mais ce n’est pas nécessaire. En fait le tabard lui-même
est superflu. C’est uniquement un stimulant psychologique qui aidera à vous plonger dans
l’état d’esprit approprié pour réussir une opération magique.

Vos outils de sorcier.


Pour être à même de mener à bien une opération rituelle de sorcellerie, vous devez disposer
d’un jeu d’outils magiques commandés par la tradition. Sans eux, le sorcier le plus redoutable
est impuissant dès qu’il veut influencer sa victime - ou son sujet - à distance. Ce sont des
outils professionnels, comme le sont le chevalet et les pinceaux d’un peintre.
Les outils fondamentaux sont au nombre de cinq :
Le couteau magique, appelé également « athamé » ou « bolline ».
La corde magique, que nous avons mentionnée comme ceinture ou cingulum.
L’encensoir magique, où vous brûlerez de l’encens.
La coupe magique, appelée également calice.
Le manuel de travail, qu’on appelle aussi la Bible des Sorciers, Liber spirituum, ou livre des
esprits.
Avec ces cinq instruments vous serez capable de fabriquer tous les autres objets magiques
mentionnés dans les pages qui suivent : la baguette, le miroir ou speculum, les chandeliers, le
pentacle, la mandragore, le talisman fait de bois de sorbier ou aldraun, et tous les autres
talismans, philtres, encens, images et amulettes.
Avant de confectionner ces instruments, vous devez savoir comment purifier et consacrer les
matériaux bruts que vous acquérez, au moyen du sel, de l’eau et de l’encens.
Théoriquement, le sel, l’eau et l’encens, avec l’air, représentent les quatre éléments du Sage :
la terre, l’eau, le feu et l’air.
Symboliquement, dans le langage de l’alchimie et de la sorcellerie, ces quatre éléments
constituent la base de l’univers physique. Quand vous exorcisez un objet, vous les employés
symboliquement pour débarrasser cet objet de toutes vibrations étrangères, de sorte que vous
puissiez le recharger ensuite de votre propre volonté et de la puissance magique que vous y
concentrerez. Cette purification doit précéder la transformation de l’objet en un instrument
qui vous permettra de mener à bien une tache magique donnée. Nous emploierons pour ce
processus fondamental soit le terme d’exorcisme, soit l’expression habituelle: « passer un
objet par le feu et l’eau. ».

Formule d’exorcisme par le sel, l’eau et l’encens


Fondamentalement, on peut employer n’importe quel assemblage de mots pour exorciser
quelque chose, depuis une longue invocation en latin jusqu’à une locution des plus simples.
Les sorciers s’en tiennent généralement à ce dernier genre. Voici comment procéder:
Prenez une poignée de nouveau sel et jetez-là dans un bol d’eau fraîche. Puis, en expirant sur
la surface de l’eau et en vous représentant - c’est la chose la plus importante - avec toute la
foi, toute la volonté et toute l’imagination dont vous disposez, qu’une légère lueur blanchâtre
se dégage en même temps du liquide, murmurez les mots suivants:

Terre et Eau, Eau et Terre,


Que rien ne soit à moi contraire
Là où maintenant je vous jette !
Que ma volonté soit faite !

Ce sel et cette eau, réservés aux exorcismes, vous permettront de confectionner votre
équipement et vos instruments de travail.

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De même, jetez quelques graina d’encens d’église d’excellente qualité sur un morceau de
charbon de bois brûlant déposé préalablement dans un cendrier. La main étendue au dessus
de lui, psalmodiez :

Créature du feu,
Écoute e que je veux.
Par cet encens que je verse
Détruis ce qui m’est adverse.
Et vous ajoutez, naturellement : « Que ma volonté soit faite ! »

Terre, eau et feu mêlés à l’air, vous aurez dès lors complété l’exorcisme de vos substances
primordiales.
Les premiers instruments de travail auxquels vous devez penser sont la coupe, ou le calice, et
l’encensoir. Lorsque vous les aurez acquis et passés par le feu et l’eau, vous vous en servirez
pour contenir respectivement votre eau et votre feu, plutôt que de recourir aux services d’un
cendrier et d’un bol de cuisine.

La coupe des sorciers.


Cette coupe est une variante du chaudron de Ceridwen, ou chaudron des sorcières. Quant à ce
chaudron, il provient lui-même de l’ancien mythe prytanique devenu le thème central de
toutes les légendes qui se rapportent au Saint-Graal, cette relique mystérieuse du cycle du roi
Arthur.
Chaudron, bol ou coupe symbolisent la grande matrice de la nature d’où sont sorties toutes
choses et où toutes choses doivent revenir. Leur essence est féminine, analogue à la nuit, à
l’obscurité, à l’espace et, naturellement, à la mer qui embrasse tout. L’eau est celui des quatre
éléments traditionnels qui est relié à la coupe des sorciers, ou calice magique.
On emploie cette coupe tantôt pour l’eau salée des exorcismes, tantôt pour le vin des
libations. C’est également dans cette coupe que vous composerez vos philtres.
Pour avoir votre propre coupe, achetez d’abord sans marchander (cette condition
s’appliquera à toutes vos acquisitions de sorcier) un gobelet d’environ sept à treize centimètre
de diamètre. Peu imports a matière pourvu qu’il ne doit pas poreux et qu’il ne fuie pas.
Certaines vieilles coupes magiques sont en corne animale, d’autres en argent ou en vermeil
comme la plupart des calices de l’Église, et même en cuivre étamé. Si vous choisissez un
gobelet en cuivre ou en laiton, assurez-vous que l’intérieur est bien émaillé, car ces métaux
peuvent devenir extrêmement vénéneux en réagissant au contact de certains liquides, le vin
par exemple.
La consécration de votre gobelet est extrêmement simple.
Lors de la lune croissante, versez dans un bol un peu de sel et d’eau. Ajoutez-y les simples
suivants, réduits préalablement en poudre: verveine, menthe, basilic, romarin, hysope,
lavande, sauge, valériane, fenouil. Jetez ensuite un peu d’encens sur uns braise de charbon de
bois, puis psalmodiez les incantations que je vous ai déjà indiquées, toujours en vous
efforçant de concentrer toute votre volonté, votre foi et votre imagination pour apercevoir ce
mélange élémentaire de feu et d’air, la lumière bleuâtre vibrante et purifiante. Vous arroserez
alors le gobelet de votre eau et le passerez dans la fumée de l’encens en continuant à « voir »
la flamme bleue en et psalmodiant la conjuration suivante:
Par l’eau et le feu,
Exauce mon voeu !
Que rien de contraire à moi
Ne reste ou ne vienne en toi !
Que ma volonté soit faite !

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Vous dessinerez ensuite autour de votre coupe, avec un pinceau neuf et de la peinture fraîche,
les runes du tableau qui suit. Employez de préférence de l’émail blanc ou noir ou encore du
noir émaillé. Pour ce rite, vous pouvez aussi mêler à votre peinture une pincée de vos herbes
en poudre, verveine, etc.
En dessinant les runes, imaginez que chaque signe resplendit de lumière magique, en
psalmodiant chaque fois :
Coupe, sois bénie !
Vous n’aurez plus qu’à dessiner les runes de votre nom de sorcier autour de la base de la
coupe devenue magique, en prononçant chaque lettre d’une voix forte.
Pour finir, dites la formule sacramentelle : « Que ma volonté soit faite ! » Puis déposez votre
coupe enfin achevée dans un endroit sur.

L’encensoir.
Achetez un réchaud de métal, un brûle-parfum ou un encensoir neuf, de préférence d’un type
surélevé, afin d’éviter de brûler la table où vous le placerez.
Remplissez-le de deux à trois centimètres de sable, excellent isolant de la chaleur qui se
dégagera de la braise de charbon de bois. Dans une période de lune croissante, exorcisez
votre encensoir en chargeant magiquement le feu et l’eau comme vous l’avez fait pour votre
coupe. Puis dessinez autour de l’encensoir les symboles indiqués en psalmodiant autour de
chacun d’eux:
Sois bénie, créature de feu !
Vous imaginez que vous les chargez de lumière. Pour obtenir plus de pouvoir, vous pouvez
ajouter à votre peinture un peu de sang de dragon, cette résine extraite du palmier rotang et
utilisée comme hémostatique.
Dessinez votre nom de sorcier autour de la base de votre encensoir en prononçant les lettres à
haute voix et terminez l’incantation par la formule habituelle : « Que ma volonté soit faite ! »
Voici votre encensoir terminé. Avec lui et avec votre coupe, vous pourrez désormais mener à
bien tous les exorcismes de l’eau et du feu:

L’athamé.
L’athamé, ou couteau à manche noir des sorciers, vous permettra de tracer des cercles
magiques et autres diagrammes. Certains sorciers, suivant la tradition cabalistique d’un vieux
grimoire, la Clef de Salomon, emploient également un couteau à manche blanc. Ils destinent
celui à manche noir exclusivement au traçage du cercle tandis que le second est utilisé pour
ce qui doit être rituellement creusé, gravé, coupé ou percé.
Achetez un couteau d’acier à manche noir, dont la lame a de treize à dix-huit centimètre de
long. Lorsque la lune est décroissante, préparez avec de l’eau distillée une infusion d’une des
herbes martiales énumérées à la fin du chapitre VI. Mélangez-y quelques gouttes de votre
sang.
Exorcisez le couteau avec l’infusion de votre coupe et l’encens auquel vous aurez mêlé
quelques-uns des simples mentionnés ci-dessus et que vous brûlerez dans votre encensoir.
Puis chauffez la lame de votre couteau sur les braises de l’encensoir jusqu’à ce qu’elle
devienne aussi chaude que possible. Lorsque la lame est à point, plongez-la dans l’infusion.
A chaque immersion, imaginez que la lame brille du pouvoir qui s’y accumule en psalmodiant
l’incantation suivante:
Lame d’acier, je t’ordonne
De bannir ce que je te nomme.
Que ma volonté sois faite !
Vous répéterez trois fois le processus de la trempe. Après quoi, vous magnétiserez le lame du
couteau en la frottant contre un aimant. Tenez l’athamé de la main gauche, une extrémité de

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l’aimant de la main droite, et commencez à frotter de la poignée du couteau jusqu’à la pointe
de la lame, toujours dans ce sens, en psalmodiant chaque fois:
Lame d’acier, je t’ordonne D’attirer ce que je te nomme.
Que ma volonté soit faite!
Finalement, dessinez sur la poignée, en blanc, les runes appropriées. Vous aurez également
mélangé à cette peinture une pincée de poudre des simples que vous avez employées dans
votre infusion. En dessinant chaque rune, psalmodiez:
Bénie sois-tu, rune du pouvoir!
Vous n’aurez plus qu’à dessiner les runes de votre nom de sorcier au revers de la poignée de
votre couteau, en prononçant chaque lettre à haute voix et en terminant, comme d’habitude,
par ; « Que ma volonté soit faite! »
Vous enterrerez ensuite votre athamé pendant trois jours et trois nuits, en pleine terre, la
pointe en bas. Vous pouvez le faire dans la cour, derrière votre maison. Pour terminer,
enveloppez-le dans un morceau de tissu que vous aurez préalablement exorcisé et gardez-le
dans un endroit sur.

La corde.
La corde, qu’on appelle également ceinture, cingulum, ou câble, vous aidera pour mesurer le
diamètre de vos cercles, pour « nouer » les choses et, éventuellement, pour vous « lier » vous
même! (Voir chapitre VI, le paragraphe intitulé: « Nouage »).
Pour la confectionner, l’idéal serait de filer votre propre lin ou de cueillir vos propres joncs.
Mais peu importe: faites comme la plupart des sorciers de nos villes et achetez un écheveau
de ruban rouge. Vous en mesurerez trois longueurs, chacun d’environ 1,80 m. Lorsque la
lune sera croissante, exorcisez-les à l’eau et au feu, nouez leurs extrémités et commencez à les
tresser en psalmodiant à chaque entrelacement
Toi qui es faite sur mesure,
Toi qui es faite pour nouer
Corde tressée, je t’en conjure,
Obéis à ma volonté!
Faites avec les extrémités des trois rubans que vous avez tressés un grand noeud très serré, en
disant: « Que ma volonté soit faite! » Pour finir faites un noeud à environ 1,05 m de votre
noeud de début, puis un second à environ 1,20 m, un troisième à 1,35m, un quatrième à
1,50m, et le dernier à 1’65 m. (Ce sont les mesures qui correspondent le mieux aux anciennes
mesures en toises, aunes et pouces.)

Le manuel de travail.
Vous y consignerez toutes vos recettes magiques, vos incantations, vos rites, avant de les
entreprendre. Ceux qui demeurent attachés à la lettre de la tradition estiment que les feuillets
de ce livre doivent être en parchemin et qu’il faut les coudre et les relier soi-même.
Si cela vous semble trop compliqué, achetez un cahier épais de papier à dessin de bonne
qualité, de la dimension d’un cahier ordinaire. Puis, lorsque la lune sera en pleine croissance,
recouvrez-en le dos et la couverture d’un matériau de votre choix. Beaucoup de praticiens
préfèrent le velours ou une soie moirée, d’autres choisissent le cuir, souvent de la peau de
serpent. La couleur, elle aussi, dépend de votre goût.
Vous exorciserez votre recueil à l’eau et au feu. Puis, avec une encre achetée spécialement
dans ce but, vous dessinerez avec une plume neuve le pentacle, cela sur le recto de la
première page. Vous répéterez le dessin au verso de la dernière. En écrivant chacune des
runes, psalmodiez:
Livre de paroles,
Paroles qui sont des faits,

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Béni sois-tu,
Livre magique!
Vous écrirez aussi votre nom de sorcier au centre du pentacle, en runes, et vous prononcerez
chaque lettre à haute voix pour la charger d’intensité et de pouvoir. En terminant, vous direz:
« Que ma volonté soit faite! »

Comment faire votre cercle magique.


Voici votre première opération de sorcellerie. Pour la réalise, vous utiliserez tous vos
instruments.
Ceux qui ont des notions de sorcellerie cabalistique considèrent généralement le cercle
magique comme un moyen de défense contre les entités spirituelles hostiles. Mais pour le
véritable sorcier, il forme en fait une chaudière magique dans laquelle la vapeur se trouve
comprimée au plus haut point en vue d’une activité précise. Dans ce sens, il existe un rapport
étroit entre le cercle magique des sorciers et le mandala, ou dkyilhkhor, qu’on trace sur le sol
dans les magies hindoues et tibétaine.
En magie cabalistique, le cercle se compose fondamentalement de deux ou trois
circonférences, concentriques avec, entre leurs lignes des noms hébraiques, divins et
angéliques. Au centre lui-même, on voit souvent des figures géométriques, carré ou
pentagramme, dont les cotés ou le nombre de pointes correspondent numériquement au type
de l’incantation qu’on va prononcer.
A moins d’habiter une maison où vous disposez d’un nombre de pièces suffisant pour en
consacrer une à l’usage exclusif de vos opérations magiques, il est totalement hors de
question de peindre sur le plancher un cercle magique complet avec ses ramifications
géométriques. Dans ce cas, vous tracerez temporairement un triple cercle avec un ruban sur
le plancher ou sur le tapis. Si vous travaillez seul, vous pouvez vous en passer et utiliser une
limite imaginaire, à condition de ne pas en sortir.
Déblayez dans votre cabinet de travail un espace suffisant pour y tracer un cercle d’environ
2,75 m de diamètre (3,35 m pour le travail en cellule). Fixez une extrémité de votre corde sur
le plancher, approximativement au centre de la pièce, au moyen d’un objet lourd (disons pied
de chaise ou de table). Vous enroulerez ensuite votre corde autour de votre athamé, ou
couteau magique, à hauteur du premier noeud (celui qui se trouve à 1,35 m de l’extrémité que
vous avez fixé au sol), et de la pointe du couteau, tracez légèrement sur le plancher un cercle
dont le centre sera l’objet qui vous sert de fixation.
Vous décrirez ce cercle dans le sens des aiguilles d’une montre, en tournant toujours sur votre
droite. Vous partirez de l’est pour finir également à l’est. Essayez de « voir » la lueur bleue
qui se dégage, comme le jet d’une lampe à souder, de la pointe de votre athamé. Prêtez
l’oreille au crépitement, au grésillement des flammes: vous vous entourez d’un cercle de
lumière magique.
Votre premier cercle tracé, vous répéterez l’opération en fixant votre athamé au seconds
noeud (celui de 1,20 m), obtenant ainsi un cercle de 2,40 m de diamètre. Puis vous tracerez
votre troisième cercle à hauteur du troisième noeud (celui de 1,05 m), ce qui correspondra à
un diamètre de 2,10 m. Dès lors, vous pourrez commencer à exorciser l’intérieur en l’arrosant
d’eau et en le passant au feu par quatre fois, à l’est, au sud, à l’ouest et au nord, en vous
déplaçant toujours dans le sens des aiguilles d’une montre.
L’opération achevée, vous disposerez d’un véritable cercle magique, c’est à dire d’une lentille
capable de concentrer tout votre pouvoir magique. Vous serez alors en mesure de procéder à
l’incantation elle-même.

Fournitures de bases d’un sorcier.

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Avant de clore ce chapitre, voici une liste des articles et des ingrédients qui vous seront utiles
dans l’exercice de votre art. Achetez-les sans marchander, naturellement. Mettez-les à part
de tout le reste. Avant de les utiliser dans une incantation, n’oubliez jamais de les passer à
l’eau et au feu.
1. Charbon de bois pour l’encensoir. Celui à allumage automatique est préférable, mais le
type habituel suffira si vous y ajoutez, pour le faire brûler, quelques gouttes d’alcool ou d’eau
de Cologne bon marché. N’importe quel magasin d’articles religieux vend ces petits blocs de
charbon de bois, de même que beaucoup de boutiques spécialisées dans la vente de produits
exotiques. Prenez garde, ils ne doivent pas être parfumés.
2. Un stock de bougies blanches sans aucune décoration, de quinze à vingt-trois centimètres
de long. La cire d’abeilles est excellente, mais la stéarine et même le suif feront aussi
l’affaire.
3. Du sel. Le sel de gemme est préférable, mais le sel de table ordinaire peut également servir
aux exorcismes.
4. De l’eau. L’eau du robinet suffira pour les exorcismes, mais il vous faudra de l’eau
distillée - comme celle des fers à vapeur - pour vos philtres et élixirs.
5. Un ruban blanc, que vous fourniront la plupart des magasins spécialisés dans la magie. Il
vous sera très utile pour tracer temporairement vos cercles et vos triangles, particulièrement
quand il s’agira de travaux de groupe.
6. Du papier à dessin blanc de bonne qualité pour vos talismans. L’idéal serait le parchemin
en peau de mouton, mais c’est un article trop cher, et le papier est tout aussi bien.
7. Un jeu élémentaire de compas d’écolier, y compris la règle, le rapporteur et l’équerre, afin
de tracer vos talismans et vos sceaux (symboles magiques).
8. Un petit nécessaire à coudre comportant des ciseaux, des aiguilles et du fil.
9. Un porte plume et une plume (pas de stylo à bille) à plonger dans l’encre dont nous
parlerons ci-après. Vous vous en servirez pour dessiner talismans et symboles dans votre
manuel de travail.ù10. un pinceau de bonne qualité (en poil d’écureuil ou de martre) pour
dessiner vos runes sur vos outils magiques.
11. De l’encre indélébile, noire et épaisse, pour y tremper votre plume spéciale. Ce sera votre
« encre magique ». Vous y ajouterez du parfum ou des simples au moment de prononcer
votre incantation.
Les sorciers attachés à la tradition préfèrent confectionner eux-mêmes leur encre à partir des
deux formules suivantes, la plus courante étant la seconde:
de la noix de galle en poudre,
du vitriol bleu ou vert,
de l’alun ou de la gomme arabique;
ou
de la gomme arabique,
de la poudre de noyaux de pêches brûlés,
de la suie ou du noir de fumée (recueillez-le en tenant le dos d’une cuiller au-dessus de
la flamme d’une bougie),
de l’eau distillée.
12. Un choix de colles courantes.
13. De la peinture, noire et blanche, qui sera votre « peinture magique ». La plupart des
sorciers estiment que l’émail au four est préférable parce qu’il prend aussi bien sur la
céramique et sur le verre que sur le métal. Vous l’utiliserez pour inscrire vos runes sur vos
instruments de travail.
14. Une petite table carrée, de la dimension d’une table à jeu, pour vos opérations, et que
nous nommerons désormais « table de pratique » ou « autel ».
15. Un bon assortiment de pots et de bouteilles.

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16. Enfin, un stock important d’étiquettes collantes pour identifier vos préparations. Un
philtre d’amour peut ressembler è tout autre chose.
17. Sans oublier un couteau à manche blanc, bien aiguisé, pour couper ou graver.
Tels seront vos articles et ingrédients de base. Vous pouvez constituer votre stock au fur et à
mesure de vos besoins.
Arrangez-vous pour garder au même endroit tout ce qui sert à votre magie, de préférence un
tiroir ou un placard bien fermé que vous réserverez à cet usage. L’idéal étant naturellement
une pièce entièrement consacrée à la sorcellerie.

CHAPITRE III

Divination.

Pour savoir.
Aujourd’hui, comme par le passé, lorsqu’un sorcier est consulté par un profane il commence
obligatoirement par établir un diagnostique occulte de la situation. De nombreux procédés
permettent actuellement de porter ce diagnostique magique, depuis les processus divinatoires
compliqués du Tarot jusqu’à l’analyse numérologique en passant par la lecture du marc de
café ou des feuilles de thé. Mais les véritables méthodes de divination employées par les
sorciers traditionnels demeurent relativement inconnues.
C’est donc à elles que nous nous intéresserons.
Pour l’initié conscient, le temps n’est pas un ruban continu qui défile dans la fourchette d’une
machine à écrire céleste, mais un champ complexe s’étendant dans une quantité de directions
et de dimensions. Tout le processus de la divination de l’avenir repose sur la compréhension
de la vraie nature du temps. Paradoxalement, bien que l’avenir soit déjà « là », l’initié ne
croit pas que ses actions doivent suivre une voie tracée d’avance par une prédestination
absolument rigide: chacun de nous, à chaque instant, voit s’ouvrir devant lui différentes voies.
Il est sur que nous prendrons l’une d’elle, car toutes sont déjà « là ».
Il est certain également, que nous pouvons choisir entre elles, faire que ce qui nous attend
« là » soit bon ou mauvais. Cela dépend de nos talents et des occasions qui se présentent à
nous. Lorsqu’un sorcier versé dans l’art de la prophétie prédit à quelqu’un le destin qui sera
le sien, il se fonde seulement sur la connaissance intuitive de la psyché profonde de son
consultant. Ce qu’il y lit, c’est l’avenir possible. Les « lignes directrices » de cet avenir.
Mais ces lignes, elles aussi sont sujettes à des interprétations et offrent de nouveaux choix qui
dépendent de la volonté et des tendances de l’intéressé, de son « flair », de son karma si vous
préférez.
Comment pratiquer la divination?

Comment pratiquer la divination?


Avant d’entreprendre une opération quelconque, commencez par explorer le terrain
a) en étudiant les vraies données de la situation
b) en déterminant vos chances de succès dans l’incantation que vous projetez.
Il n’y a aucune raison, par exemple d’employer toute la puissance d’une contre offensive
magique sur un ennemi imaginaire, alors qu’une simple amulette de protection suffit. Nous
devons savoir ce que nous faisons, d’où la nécessité de la divination.

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Pour les entreprises de divination, on recourt à une puissance dont le symbole est depuis
toujours le signe astrologique de Mercure. Cette puissance, les Grecs l’ont appelée Hermès,
les Égyptiens Thot, les Scandinaves Odin, les Anglo-saxons primitifs Woden. On considère
généralement qu’elle est liée au ciel étoilé, à l’air, aux vents tempétueux, aux croisements de
routes également. Dans le panthéon vaudou, cette puissance mercurienne est fréquemment
appelée « Maître Carrefour ». Elle est la grande médiatrice entre les différents mondes, aussi
Hermès portait-il le surnom de psychopompos, ou Guide des Âmes. Pour les Saxons, il était
« Earendel, l’Étoile du Matin ». Sorciers et sorcières le nomment « Herne ».
En premier lieu, l’esprit profond du sorcier doit donc établir le contact avec Mercure, soit
pour interroger les entités relativement rudimentaires qui dirigent les lamelles runiques, soit
pour s’adresser à une puissance aussi complexe que Vassago par l’intermédiaire d’un miroir.
Vous disposez de plusieurs méthodes pour ce faire, depuis une simple méditation sur les
représentations classiques du Mercure ailé jusqu’à la grande cérémonie rituelle de
l’invocation. En ce qui me concerne, rien ne me parait plus satisfaisant, au point de vue
esthétique, que de recourir au carré magique de Mercure: bien que d’origine cabalistique, il
fait vraiment partie du domaine de la sorcellerie par la manière dont nous l’emploierons. Le
voici

LE CARRE DE MERCURE

8 58 59 5 4 62 63 1

49 15 14 52 53 11 10 56

41 23 22 44 48 19 18 45

32 34 38 29 25 35 39 28

40 26 27 37 36 30 31 33

17 47 46 20 21 43 42 24

9 55 54 12 13 51 50 16

64 2 3 61 60 6 7 57

Précisons que les carrés magiques, connus depuis toujours de la plupart des mathématiciens,
présente une particularité : les chiffres de chaque lignes, verticale ou horizontale, donnent, si
on les additionnent le même total (ici le total est 260). Les carrés magiques, quel qu’ils
soient, sont des sortes de signaux d’appel, de numéros de téléphone psychique qui permettent
de communiquer avec l’invisible. Pour utiliser ce carré de Mercure, prenez une feuille vierge
de papier blanc, exorcisez-là à l’eau salée et avec un encens mercurien (cf. La liste des
simples et encens). Tracez-y un carré de soixante quatre cases, comme ci-dessus, en utilisant
votre plume et votre encre magiques. Puis complétez soigneusement le carré en y inscrivant
les chiffres dans leur ordre numérique, c’est à dire 1, 2, 3, 4, et ainsi de suite, jusqu’à 64. En
écrivant chaque chiffre, invoquez brièvement Mercure en disant par exemple: « Mercure,
sois-moi propice », ou « Herne, Seigneur des Carrefours, Guide des Morts », Earendel, Étoile
du matin », ou encore une file de noms mercuriens tirés des différents panthéons: « Mercure -
Hermès - Odin - Toth », tous ceux qui vous plairont.

26
Cette incantation doit susciter en vous une image mentale qui frappe votre imagination et relie
le travail que vous réalisez à des représentations mercuriennes: sagesse 8au sens de savoir),
rapidité, lumière des étoiles, air, croisement de routes la nuit, ou des images classiques du
dieu. Vous ferez bien de consulter un livre de mythologie pour vous familiariser avec les
formes et les attributs traditionnels de Mercure.
En arrivant au dernier nombre, 64, « scellez » votre travail par les mots consacrés: « Que ma
volonté soit faite! » et tracez en l’air, au dessus de lui, avec l’index droit, trois croix. (C’est
un « scellement », ou bénédiction, extrêmement ancien dont l’Église chrétienne a hérité des
temps du paganisme.) Votre carré de Mercure est désormais chargé de puissance.
Chaque fois que vous entreprendrez une opération de « voyance », vous devrez tenir dans les
mains et regarder les chiffres dans leur ordre numérique, en répétant votre formule sur chacun
d’eux. Il ne vous sera pas nécessaire de « sceller » cette lecture, vous pourrez vous livrer
immédiatement après votre divination. Conservez votre carré de Mercure dans une boite
neuve, ou enveloppez-le dans un linge ou de la soie propres, vous le rangerez avec vos autres
instruments magiques. Vous l’utiliserez constamment.
Je passerai maintenant à un type fort simple de divination, connue sous le nom de « tirer les
runes ».
C’est l’une des méthodes magiques les plus anciennes et les plus célèbres pour prévoir
l’avenir. Elle remonte au moins aux temps druidiques et probablement à une époque
antérieure.
Les runes sont quatre plaques rectangulaires en bois d’arbre fruitier. Elles mesurent à peu
près treize centimètres de long et un centimètre à un centimètre et demi de large. Égalisez-en
les bords et polissez-les jusqu’à ce qu’elles soient douces et agréables au toucher. Aspergez-
les de sel et d’eau, passez-les à travers une fumigation d’encens mercurien, le tout à
l’intérieur d’un cercle que vous aurez projeté pour cette opération. Puis, avec votre pinceau et
votre peinture magique, vous ferez un point au centre de chacune des plaques. Quand la
peinture sera sèche, vous retournerez les plaques et vous les marquerez au verso de deux
points espacés, de sorte qu’ils divisent la fiche en trois parties égales.
Vous voici en possession de vos plaques runiques. Avant de les utiliser, portez-les quelque
temps sur vous afin de les charger de votre magnétisme, de votre puissance de sorcier.
Vous les emploierez de la manière suivante:
prenez avec vous quelques feuilles de papier blanc et vierge, votre plume et votre encre
magique, une bonne quantité d’encens mercurien, votre carré de Mercure, une table à surface
plane, votre encensoir et votre coupe de sel et ‘eau. Enfermez-vous dans votre pièce de
travail, et tirez les rideaux si vous croyez qu’on peut vous observer. Puis purifiez votre pièce
à l’eau et au feu, en utilisant votre encens mercurien.
Pour brancher votre esprit profond sur le registre des vibrations de l’avenir, commencez par le
rite du carré de Mercure. Puis, avec votre plume et votre encre magiques, formulez sur l’une
des feuilles de papier la question que vous voulez poser. Prenez alors vos plaques runiques
dans la main droite et jetez-les sur la table de sorte qu’elles y retombent au hasard, mais en
formation parallèle. Ce faisant, vous prononcerez l’incantation suivante:
En ton nom, Herne
Seigneur des carrefours, Je consulte ces runes.
De mot en mot,
Mène-moi au mot.
De fait en fait,
Mène-moi au fait.
Jetez vos plaques trois fois et répétez chaque fois l’incantation. Notez sur votre papier, sous
la question que vous avez posée, les figures formées par vos plaques, mais de droite à gauche.

27
La seconde opération consiste à relever le point (ou les deux points) du haut de la première
figure (celle de droite), et de le (ou les) transférer au-dessous, toujours à droite. Puis vous
relèverez le point (ou les points) du haut de la seconde figure (à partir de la droite), que vous
mettrez en dessous des premiers, pour former une nouvelle colonne. Vous agirez de même
avec les premiers points des troisième et quatrième figures, que vous reporterez pour
compléter la colonne commencée. Vous aurez finalement prélevé les points du haut de vos
quatre première figures pour en constituer une nouvelle. Agissez de même avec les
deuxième, troisième et quatrième échelons de points de vos quatre figures primaires (ou
« Mères », comme on les nomme). Les quatre nouvelles figures ainsi formées portent le nom
de « Filles ».
Reportez maintenant les huit figures ainsi obtenues en commençant par les Mères et en
terminant par les Filles, toujours de droite à gauche et sur une seule ligne. Vous allez en tirer
les quatre dernières figures, ou « Résultantes », au moyen d’une série d’additions latérales
des points, première et deuxième figures ensemble, puis troisième et quatrième, ensuite
cinquième et sixième, et finalement septième et huitième.
Cette addition se fait de la manière suivante:
Si le nombre total des points est impair, la « Résultante » est un seul point: s’il est pair, vous
inscrirez deux points. Vous obtiendrez ainsi quatre nouvelles figures, soit douze en tout entre
Mères, Filles et Résultantes.
A vos quatre Résultantes, vous ferez subir le même sort en additionnant latéralement les
points de la neuvième et de la dixième figure, puis ceux de la onzième et de la douzième. Les
deux nouvelles figures ainsi obtenues, ou « Témoins ». Vous fourniront à lier tour une
quinzième dite « le Juge ». et vous ajouterez, toujours latéralement, les points de cette
quinzième figure à ceux de la première Mère pour confectionner une seizième et dernière
figure, celle du « Réconciliateur ».
Au premier abord, ce processus peut paraître extrêmement compliqué, mais il est d’une
facilité remarquable dès qu’on a compris le principe de l’addition dinaire, qui régit toutes les
opérations. Avec un peu de pratique, vous serez en mesure de dresser ce « thème » en mois
de quelques minutes.
Viendra ensuite l’interprétation des figures:
Fondamentalement, les deux témoins symbolisent les deux facteurs principaux que comporte
le choix entre deux partis à prendre. Le juge, puisqu’il est la synthèse de tout, indique la
nature du problème lui-même, et le Réconciliateur ce qui sera à long terme le résultat final.
Selon la manière dont vous aurez formulé votre question, vous pourrez interpréter la réponse.
Aussi est-il important de poser votre question d’une manière absolument précise.
Certains sorciers modernes placent les douze premières figures dans les douze maisons de
l’horoscope du consultant. Cela fonctionne parfaitement, d’après quelques-uns. Pour ma
part, ce système ne m’a jamais donné entière satisfaction.
Si vous désirez l’essayer, voici la méthode à suivre. Vous placerez:

La figure 1 sur la maison 10


2 1
3 4
4 7
5 11
6 2
7 5
8 8
9 12
la figure 10 sur la maison 3

28
11 6
12 9

L’interprétation suit alors les règles astrologiques valables pour chacune des maisons. Par
exemple, la maison 1 symbolise le consultant, la maison 2 les questions d’argent, la maison 3
les nouvelles et les voyages, et ainsi de suite.
Le tableau suivant vous permettra d’interpréter chacune des runes en vous indiquant leur
signification fondamentale. en fait, les symboles de ce système de divination sont ceux qui
figurent chez Cornélius Agrippa, un sorcier du XVe siècle, et le système lui-même porte le
nom de géomancie. Mais au lieu des plaques runiques utilisées, la géomancie se fonde sur les
figures formées sur la sable que contient un plateau. Le principe toutefois est semblable et
implique l’idée que le ciel influence la terre, ce qui nous permet d’y lire une réponse.

Le pendule.
Les sorciers emploient souvent un autre instrument de divination, la baguette de sourcier ou
plus simplement le pendule. Comme son nom l’indique, c’est un poids attaché au bout d’une
ficelle. Son avantage est d’exiger très peu de préparation rituelle. Son inconvénient: de ne
répondre que par « oui » ou par « non » aux questions posées. Mais souvent cela suffit.
Pour fabriquer un pendule, procurez-vous un aimant naturel, ou à défaut un morceau d’acier
aimanté et une ficelle solide d’une longueur d’environ vingt-trois centimètres. Assurez-vous
bien qu’il n’y ait de poussière d’aucune sorte sur votre aimant, pas une trace de graisse sur
l’acier, et collez-le à l’une des extrémités de votre ficelle au moyen d’une colle qui s’applique
sur le métal. Quand la colle est sèche, aspergez le pendule d’eau salée, encensez-le en faisant
brûler de l’armoise à laquelle vous aurez ajouté quelques grains de mastic.
Pour employer votre pendule, tenez le fil entre l’index et le pouce de la main droite (la main
gauche si vous êtes gaucher), et laissez-le pendre librement, le coude décollé du corps. Vous
pourrez encore attacher la corde au milieu d’un crayon ou d’un bout de bois quelconque, puis
les deux coudes appuyés sur une table, tenant le crayon ou le bout de bois aux deux
extrémités, vous permettrez au pendule de se balancer entre vos coudes. Interrogez alors le
pendule. S’il se balance d’avant en arrière, face à vous, la réponse est « oui », elle est « non »
s’il bouge latéralement.
Certaines sorcières utilisent le pendule comme « sourciers » pour découvrir une nappe d’eau
cachée, du pétrole, des minéraux ou des objets perdus. Cette recherche se fait alors au-dessus
d’une carte du territoire en question et qu’on « explore » jusqu’à l’obtention d’une réponse.
On se transporte ensuite avec le pendule sur le terrain même, et l’on resserre le champ
d’investigation jusqu’à l’endroit précis où l’on doit trouver ce qu’on désire.
Ce dernier est un travail complexe. Le débutant devrait se contenter d’utiliser le pendule dans
de simples divination. D’une manière générale, toute divination se déroule beaucoup mieux
quand on a recourt d’abord au carré de Mercure. Le pendule ne fait pas exception à cette
règle, bien que beaucoup de sorciers estiment pouvoir se passer de toute orientation préalable.

La baguette de sorcier.
La baguette est l’instrument magique, l’emblème par excellence du pouvoir de divination.
Bâton du prophète, baguette de coudrier du sourcier (au lieu de pendule), baguette divinatoire
du nécromancien ne sont que des vibrations du même thème. C’est manifestement un
symbole phallique; on l’a toujours associé à la sagesse divine, qu’il soit le Dorji, sceptre du
tonnerre du panthéon tibétain, ou le caducée, bâton ailé de Mercure, etc. Depuis les temps
bibliques, tous les sorciers ont porté un bâton, une verge, où se concentrait fréquemment la
totalité de leur puissance: Jannes et Jambres chez les Egyptiens, Moise, Aaron et Elie chez
les Hébreux, Merlin, Virgilus ou Roger Bacon, parmi tant d’autres.

29
Dans leurs rites, les sorciers recourent à deux types de bâton: l’un, dont on a souvent fait
dans le passé un « manche à balai », est le « bâton de chevauchement » pour tous les rites
concernant la fertilité; la baguette proprement dite est plus petite, on l’appelle parfois
verendum ou baculum,et elle sert au cours des divinations à interroger les esprits. Souvent le
bâton de chevauchement est sculpté et se termine par un gland de phallus. Le baculum, de
composition plus cabalistique, est fréquemment gravé de noms divins hébraïques.
Mais la moitié des sorciers d’aujourd’hui n’emploient plus qu’une baguette dans laquelle se
combinent les deux types d’autrefois, et il n’est plus besoin de donner au bâton de
chevauchement la forme trompeuse d’un manche à balai. La baguette de divination peut
mesurer de trente centimètre à presque deux mètres. Elle devrait être en ébène ou en bois
d’arbre fruitier, de préférence le noisetier et l’amandier, très droite naturellement et si
possible due à la croissance d’une seule année. Si vous coupez la branche vous-même, tachez
de le faire un mercredi lorsque la lune croit, soit vers minuit ou à midi, ou encore au lever ou
au coucher du soleil, car ce sont les moments dans la journée où la marée occulte bat son
plein. Pour détacher la branche, utilisez votre athamé en affirmant mentalement votre
intention de confectionner une baguette de divination, si vous ne pouvez procédés vous-
même à cette opération, n’ayez pas de regrets: la valeur de votre baguette proviendra de la
cérémonie qui suit. Elle aussi doit avoir lieu un mercredi, toujours dans une période de lune
croissante et à l’un des moments de la journée que nous venons d’indiquer.
D’abord tracez votre cercle magique et purifiez-le en brûlant dans votre encensoir un encens
mercurien qui convienne. Avant d’entreprendre l’opération elle-même, recourez au service
du carré de Mercure. Puis débarrassez votre branche de toutes les excroissances et rameaux
adjacents et, toujours avec votre athamé, dénudez-la de son écorce, en répétant, pour
concentrer votre attention, une formule comme « Sois bénie, baguette de divination! » et en
vous représentant constamment, ainsi que pour le carré de Mercure, l’imagerie symbolique du
dieu: la vitesse, l’air, le vol etc.:
après avoir poli votre branche au maximum, vous pouvez sculpter l’une des extrémités en
forme de phallus, ou bien la laisser telle quelle, le symbolisme sexuel restant seulement
implicite.
Puis de la pointe de votre athamé, gravez sur votre baguette, en partant de la droite, les runes
spéciales, en répétant votre incantation à chacune des figures. Ensuite, passez les runes à
l’encre ou à la peinture magique. Pour renforcer le pouvoir de votre baguette, il est
recommandé de mêler à votre encre ou à votre peinture un peu de poudre d’herbe
mercurienne. Finalement, passez votre baguette au feu, c’est à dire à la fumée de l’encens,
mais ne l’aspergez pas car vous la démagnétiseriez. Scellez avec la triple croix et avec
l’injonction habituelle:
« Que ma volonté soit faite ! »
Rangez votre baguette dans un coffret neuf, ou enveloppez-la d’un linge de lin ou de soie
absolument propre. Dans tous les rites de divination, que ce soit avec la boule de cristal ou le
miroir, que vous recouriez à la nécromancie ou au triangle de manifestation, vous devrez
l’employer.

Les lampes magiques.


Ici, je voudrais mentionner certains objets ouvrés, dont vous aurez besoin, et auxquels on ne
pense souvent qu’au tout dernier moment, alors il est nécessaire de les consacrer avec soin.
Ce sont les chandeliers ou lampes magiques. Sans parler du sens profond que prend la
lumière dans toute opération de sorcellerie, ils ont un coté pratique non négligeable, ne serait-
ce qu’en vous permettant de lire une longue incantation de mots étranges et compliqués qu’il
est impossible d’apprendre par coeur.

30
Ces chandeliers sont d’une facture très simple. Achetez-en autant qu’il sera nécessaire pour
mener à bien vos rites; achetez sans marchander, comme toujours, c’est une chose importante.
Certains sorciers en placent un à chaque point cardinal de leur cercle magique, un autre au
centre de leur table, soit cinq en tout. Si votre rite implique une pierre de voyance, boule de
cristal ou spéculum, vous aurez besoin de deux ou trois bougies sur votre table. Avec celles
des quatre points cardinaux, cela fera sept ou huit bougies. Toutefois, on n’éclaire les points
cardinaux qu’aux grandes cérémonies rituelles des cellules, chandeliers et bougies étant alors
la propriété du groupe.
Pour le sorcier individuel, deux chandeliers sont suffisants.
Si vous désirez les confectionner vous-même, exorcisez d’abord les matériaux bruts, argile,
bois ou métal, en les passant au feu et à l’eau à l’intérieur d’un cercle tracé. Il est préférable
de se livrer à e travail un dimanche, jour consacré au soleil, vers midi. Après avoir projeté
votre cercle à l’heure dite et tandis que vous ferez brûler un encens solaire, purifiez vos
matériaux ou les chandeliers que vous avez achetés. Puis représentez-vous en esprit la
lumière brillante, consumante, du soleil de midi et, en répétant inlassablement à chaque rune
une formule telle que « Bénie sois-tu, créature de lumière », peignez à la peinture magique, de
droite à gauche comme d’habitude, les caractères que vous trouverez au tableau. Pour
terminer, vous scellerez votre ouvrage avec le triple signe de croix en disant « Que ma
volonté soit faite ». Rangez alors vos instruments de lumière dans un endroit sur pour les en
tirer le moment venu.
A moins d’indications contraires, pendant tous ces rites, les chandeliers doivent être munis de
bougies blanches.

Boule de cristal et miroir magique.


Depuis des temps immémoriaux, sorciers et sorcières ont utilisés des boules de cristal (ou de
verre), connues aussi sous le nom de « pierres de voyances », pour interroger les entités
spirituelles. Dans le passé, ces boules étaient en quartz ou en béryl, mais avec les progrès
réalisés dans les instruments d’optique de haute qualité, le cristal naturel ne s’impose plus, et
serait d’ailleurs trop coûteux. Vous pouvez aussi vous servir d’un miroir magique, ou
spéculum, dont la fabrication est économique et qui est très efficace.
Que vous choisissiez l’un ou l’autre article, voici quelques conseils pour vos débuts. Prenez
un morceau de tissu noir, ou une planche noire, pour couvrir votre table de travail. Vous y
peindrez un triangle de manifestation en blanc, ou bien vous le marquerez avec une tresse de
coton blanc. Chaque coté de ce triangle doit mesurer environ trente centimètres. Le triangle
est en lui même un très vieux symbole magique, qui représente la matérialisation de la forme
à partir du chaos. Il est présent partout où l’on a besoin d’un type quelconque de
manifestation physique ou magnétique.
Certains sorciers attirés par la Cabale entourent leur triangle d’un double cercle pour inscrire,
entre les deux circonférences, le nom et le sceau de chacun des sept anges planétaires et des
démons qui règnent sur les quatre quartiers de la terre. D’autres cherchent à accroître la
puissance de la figure en fortifiant ses trois cotés de noms divins de la tradition hébraïque, tel
que nous les ont transmis les Grecs: Primeumaton, Anaphaxeton, Tetragrammaton, et en
plaçant à l’intérieur le nom de Michel, chef des légions célestes. Rien de tout cela n’est à
proprement parler nécessaire.
Tout ce qu’il faut, c’est préparer votre triangle intentionnellement. En utilisant vos autres
outils magiques, vous exorciserez et consacrerez vos matériaux en les passant à l’eau et au feu
(l’encens utilisé doit être mercurien), tandis que vous vous tiendrez à l’intérieur d’un cercle
projeté de façon régulière. Pendant ce travail, répétez une incantation qui confirme votre
intention comme, par exemple: « Béni sois-tu, foyer de puissance! » Finalement, vous

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scellerez votre ouvrage avec trois signes de croix en prononçant la formule consacrée: « Que
ma volonté soit faite! »
Tout en confectionnant le triangle, vous pouvez également fabriquer votre pierre de voyance,
simple plaque de bois exorcisée, carrée, d’environ quinze centimètres de coté et de deux à
trois centimètres d’épaisseur (selon les dimensions de votre bloc de verre ou de cristal):
Creusez-en le centre pour y placer votre pierre de voyance sans qu’elle puisse rouler au-
dehors. Cette plaque devrait être tachetée de noir ou peinte entièrement en noir avec une
peinture préalablement exorcisée et à laquelle vous aurez mélangé de la poudre d’armoise.
Vous pouvez orner le cercle des noms des quatre archanges de la Cabale: Michel, Gabriel,
Raphaël, Uriel, et de leurs représentants symboliques, les signes zodiacaux du Lion, du
Scorpion, du Verseau et du Taureau. Mais cela n’est pas indispensable.
Finalement, lavez votre pierre de voyance dans une infusion d’armoise, placez-la sur son
socle pour l’y laisser sécher, et « scellez » les deux ensemble de la manière habituelle.
Si vous choisissez le miroir, ou speculum, à la place de la boule de verre ou de cristal,
procurez-vous un verre d’horloge concave, ou encore un verre de montre. Utilisant la même
forme que pour le triangle, vous exorciserez et consacrerez ce verre. Puis revêtez-en le coté
convexe de deux couches d’émail noir et d’armoise. Vous creuserez votre socle comme pour
une boule de cristal, vous le peindrez (ou le tachetterez) en noir (toujours avec de la poudre
d’armoise) et vous y fixerez votre miroir, le coté incurvé en dedans.
Vous aurez ainsi fabriqué votre speculum que vous emploierez exactement comme une boule
de cristal. Miroir ou pierre de voyance doivent être enveloppés dans un morceau d’étoffe
noire, de préférence de la soie, lorsque vous ne les utilisez pas.

Le pentacle de protection.
Vous êtes maintenant en possession de tous vos instruments, sauf du pentacle qui vous servira
pour les plus importants de vos processus de divination. Je vous conseillerai de le porter au
cours de tout rite qui comporte une conjuration d’esprits, sans aucune exception, que ce soit
pour une communication ou une divination. Si la puissance déchaînée par vos formules fait
long feu et rebondir sur vous, ou en cas d’échec imprévisible, le pentacle de protection
demeurera votre seul moyen de « conduire à terre » la force émise par votre psyché profonde.
(Pour confectionner votre pentacle, voir chapitre V.)

La conjuration de Vassago.
Vos instruments primordiaux vous permettront de vous livrer aux conjurations les plus
poussées, qu’elles s’adressent aux entités non humaines, ou aux esprits des morts. Ce dernier
type de conjuration porte le nom de nécromancie, ou encore sciomancie. Certains sorciers
distinguent ces deux termes: pour eux, la sciomancie exige toujours une relique du défunt
qu’on invoque, pour faire apparaître, sous une forme visible quelconque, son esprit ou son
fantôme; et la nécromancie implique la réanimation d’un cadavre récent. Cette distinction est,
nous semble-t-il, purement scolastique, et la majorité des sorciers d’aujourd’hui appellent
nécromancie ce que seuls les pédants nomment encore sciomancie, c’est-à-dire l’évocation
des esprits, telle qu’Eliphas Levi, au XIXe siècle, à tenté de le faire. Quant à la réanimation
des cadavres, pour des raisons évidentes, il est rare qu’on s’y attaque aujourd’hui.
Commençons par la conjuration des entités non humaines. Celle qu’évoquent depuis toujours
la plupart des sorciers est connue sous le nom de « Vassago ». Cette entité mâle fait partie
des soixante-douze esprits démoniaques qu’énumère un grimoire moyenâgeux, le Lemegeton,
ou Petite clef de Salomon. Wierus, disciple de Cornélius Agrippa, fait aussi mention de lui
dans sa Pseudomonaria Demonorum:

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« ... Vassago, prince puissant, de la nature d’Agares, qui dit les choses passées, présentes et à
venir et découvre ce qui fut perdu ou caché. Il naturellement bon, et commande à vingt-six
légions d’esprits... »
Mais on le connaissait déjà avant même l’époque babylonienne. Il fut l’un des Néphélim et,
dans les fables orientales, il est devenu l’un des soixante-douze seigneurs des Djinns.
Entreprenez l’expérience par temps clair, lorsque la lune croit, mais seulement au deuxième,
quatrième, sixième, huitième, dixième, douzième et quatorzième jour de sa croissance.
Toutefois, la puissance de Vassago est telle - il est l’un des « princes » de la hiérarchie -
qu’aucune règle sidérale ou solaire ne peut le lier, et qu’on peut l’invoquer à n’importe quelle
heure du jour ou de la nuit. Ne l’appelez que dans les cas graves, lorsque toutes les autres
méthodes de divination ont échoué. Bien que « naturellement bon », souvenez-vous qu’il est
aussi l’un des soixante-douze « anciens », un être issu des quatre éons du feu primordial bien
avant que l’homme eut accédé à sa forme actuelle, que son intelligence est bien supérieure à
celle des hommes. Aussi, lorsque vous le conjurerez, faites-le toujours avec le plus grand
respect: cette opération ne doit pas être prise à la légère.
Le jour fixé, avec un compagnon qui enregistrera vos visions, enfermez-vous dans votre pièce
de travail.
Quels seront vos instruments?
Votre table-autel avec son triangle, la pointe dirigée vers l’est; des chaises à l’ouest, face à
l’est, derrière votre table, si vous désirez demeurer assis au cours de l’évocation; votre
athamé, votre corde, votre brûle-parfum ou encensoir, votre livre de travail, votre carré de
Mercure, votre plume et votre encre magique, une réserve d’encens mercuriens, et une boite
d’encens qui s’accorde avec la nature de Vassago (voir à la fin de ce chapitre « simples et
encens »).
Sur votre table, vous aurez disposé votre pierre de voyance, ou speculum, à l’intérieur du
triangle, avec de chaque coté et à environ trente centimètres derrière lui, deux de vos
chandeliers contenant des bougies blanches exorcisées. La personne qui accomplira le rite
doit tenir la baguette à la main (droite): sur sa poitrine - et sur celle de ses assistants - devrait
pendre le pentacle de protection.
Lorsque tout est prêt, allumez vos bougies et faites brûler votre encens mercurien. Tracez sur
le sol un triangle avec la pointe de votre athamé. Puis projetez votre cercle selon les rites et
exorcisez-le, comme d’habitude, à l’eau et au feu.
Afin de vus brancher sur la gamme d’ondes de Mercure, parcourez les chiffres de son carré de
la manière que nous avons indiquée. Puis, emplissez votre encensoir avec de l’encens
« Vassago ».
Prenez deux feuilles vierges de votre papier blanc; sur l’une d’elles, tracez le sceau de
Vassago tel que vous le voyez dans l’illustration en respectant les dimensions indiquées;
tracez-le également sur l’autre, mais en petit cette fois, et dans le coin supérieur droit de la
feuille. C’est sur cette dernière que vous écrirez soigneusement la question à laquelle vous
désirez avoir une réponse et que vous consignerez la nature de vos visions.
Mettez-la de coté pour l’instant et reprenez la première feuille, celle qui porte le sceau de
Vassago, dans droite. Puis aspergez-la d’eau salée et encensez-la, le tout trois fois, avec
l’encens de Vassago, en affirmant à chaque reprise votre intention magique: « Créature de
papier, je te nomme Vassago. Tu es Vassago ».
Puis tracez trois croix dans l’air, au dessus du symbole avec votre baguette, et prononcez la
phrase consacrée: « que ma volonté soit faite! »
Faites alors le tour de votre cercle dans le sens des aiguilles d’une montre en portant le sceau
de Vassago dans la main gauche, la baguette dans la droite. Commencez et finissez ce tour à
l’est du cercle, face à l’est. Tenez votre baguette au dessus du sceau et, pour invoquer
Vassago, prononcez ces mots:

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Par Satandar et Asentacer,
Je t’en conjure,
Toi, le grand et saint
Vassago! Vassago! Vassago!
Daigne descendre de ta haute demeure,
Que ta présence anime le verre,
Laisse-nous contempler ta splendeur,
Sois notre aide et notre secours!
Là, vous referez un tour de cercle, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, pour vous
immobiliser de nouveau et reprendre:
Par Satandar et Asentacer,
Je t’en conjure,
Toi le grand et saint
Vassago! Vassago! Vassago!
Toi qui sait les secrets d’Elanel,
Toi qui du vent chevauches les ailes,
Plus rapide que rayon de lune,
Descends parmi nous, je t’en conjure.
Faites un troisième tour de cercle et achevez l’invocation par ces mots:
Par Satandar et Asentacer
Je t’ai appelé trois fois trois fois,
Vassago! Vassago! Vassago!
Descend, dans ce verre apparais-moi,
Ce qui est vrai, révèle-moi!
Vous vous placerez à l’ouest de votre table-autel, face à l’est, et vous poserez le sceau dans le
triangle sous le speculum ou la pierre de voyance, sur le socle.
Asseyez-vous alors confortablement devant votre table. Tenant votre baguette à deux mains,
fixez votre regard sur la surface de votre speculum, et répétez, de sorte que tous l’entendent,
la question que vous voulez poser à Vassago. Après un instant, tandis que vous continuerez à
fixer le verre réfléchissant, il vous semblera que sa surface s’enfonce, s’évanouit. D’un
effort, ressaisissez-vous.
Cet effet se poursuivra pendant quelque temps à cause du changement de perspectives qui a
lieu constamment dans votre miroir. Peut-être serez-vous aussi sujet à une curieuse
sensation, comme si quelque chose pesait entre vos yeux. Le moment est venu: si vous avez
accompli parfaitement tous les rites, vous verrez la surface de votre speculum s’embuer d’une
brume d’un gris bleu. C’est le signe que vous attendiez: la vision est proche, Vassago est prêt
à intervenir et à vous dévoiler une partie de son mystère.
Il peut commencer par se montrer, soit sous une forme humaine, soit sous son aspect éthéré.
Il peut également répondre de but en blanc à votre question dans une série de tableaux
symboliques, sans aucune complication. Nais que le sorcier débutant n’oublie jamais qu’il ne
doit pas détourner son attention du speculum, car il romprait ainsi le lien délicat qui s’est créé
entre sa conscience de tous les jours et le seuil de son esprit.
Résistez à la tentation, n’essayez pas de mieux voir, il faut que ces images viennent d’elles
mêmes se placer dans votre champ visuel. Parfois, elles vous sembleront n’avoir aucun sens,
décrivez-les à haute voix telles qu’elles sont, de sorte que votre compagnon puisse les noter
sur le papier où vous avez consigné votre question.
Lorsque le courant d’images semblera s’épuiser, il se produira un nouvel obscurcissement du
speculum, puis il vous paraîtra revenir à son état normal. A ce moment, remettez de l’encens
de Vassago dans votre encensoir et proférez ce qu’on appelle le « congé de Vassago », qui
rompt le charme et met fin à l’incantation. Sous aucun prétexte, vous ne devez omettre ce

34
dernier rite. Vous risqueriez de provoquer un désastre magique de la pire espèce, comme
celui qui coûta la vie, en Angleterre, au XVIIe siècle, à Chiancungi, célèbre devin égyptien.
A la suite d’un paris, il s’était efforcé, avec l’aide de sa soeur Napula, d’appeler l’esprit
Bokim et de le faire apparaître sous forme visible. Après avoir répété plusieurs fois
l’incantation, sans succès, tous deux s’impatientèrent et oublièrent de congédier l’esprit
suivant les prescriptions. Au moment où ils sortaient du cercle, les témoins assistèrent à un
spectacle extraordinaire: ils furent « instantanément saisis et écrasés jusqu’à la mort par cet
esprit infernal qui jusqu’alors n’avait pas été suffisamment soumis pour se manifester à des
yeux humains ».

Le congé.
O grand et saint Vassago,
Regagne la demeure qui est tienne,
Que rien ici ne te retienne.
Par Satandar et Asentacer,
Paix soit entre Toi et nous,
A jamais et pour toujours!
Que ma volonté soit faite!
Gardez soigneusement les notes de visions obtenues au cours de l’invocation. Il arrive
fréquemment que les moins évidentes soient plus tard extrêmement révélatrices, et que parfois
un événement inattendu, une nouvelle information, vienne s’y ajouter et éclairer ce qui vous
semblait incompréhensible.
D’autre part, ne désespérez pas si l’opération n’est pas immédiatement couronnée de succès.
La porte des visions, qui s’ouvre lentement, cède toujours à la persévérance. Rappelez-vous
le conseil des oracles chaldéens: « Invoque souvent! »
Pour terminer, brûlez le sceau de Vassago jusqu’à ce que le papier ne soit plus que cendres.
Contrairement au carré Mercure, ce sceau ne s’utilise qu’une seule fois.

Rêves véritables.
L’acquisition des rêves vraiment prophétiques relève, au point de vue général, de cette
rubrique mercurienne. Nous traiterons plus particulièrement au chapitre IV, dans la
subdivision « La coupe d’amour », des rêves dont le sujet est l’amour, présent ou futur. Mais
pour apprendre quelque chose sans recourir à la consultation des runes ou à un autre rite de
conjuration, il existe un moyen très simple, et parfois très efficace, d’obtenir le renseignement
souhaité en provoquant l’apparition chez vous d’un rêve prophétique.
Pour cela, avant de vous mettre au lit, prenez un bain chaud auquel vous aurez ajouté
quelques gouttes du mélange suivant:
- huile de lavande,
- huile de romarin,
- huile de menthe,
- huile de thym,
- poudre de graines de pavot.
Pendant que vous prendrez votre bain, faites brûler dans votre chambre un encens composé
de:
- camphre,
- poudre de bois d’aloès,
- jasmin,
- poudre de graines de concombre,
- poudre de bois de santal blanc.

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Tous ces ingrédients doivent être utilisés par quantités égales. Il s’agit là d’un encens lunaire,
la lune étant la maîtresse du sommeil et des rêves.
Avant de vous coucher, inscrivez votre question sur un morceau de papier blanc, avec votre
plume et votre encre magiques, et placez ce papier sous votre oreiller avec un petit sachet
d’armoise. Si ce charme réussit, vous connaîtrez le lendemain la réponse à votre question.

Nécromancie.
Les sorciers ont toujours considéré l’acte d’évoquer les morts comme l’une des opérations les
plus dangereuses, plus encore parfois que l’évocation des démons. La vérité est qu’il s’agit
d’un des rites les plus éprouvants qui soient si le motif invoqué est autre que l’amour, et
qu’on exige une manifestation matérielle, comme c’est le cas lorsque le défunt est prié
d’apparaître sous une forme visible.
En l’absence de quelqu’un capable d’un tel transfert d’énergie, d’un médium expert dans les
matérialisations, l’épuisement physique et nerveux provoqué chez les participants peut être
particulièrement pénible et, dans des cas extrêmement rares, fatal. Aussi ce rite est-il réservé
fréquemment aux assemblées plénières des couvents, lors du Sabbat, c’est-à-dire à un moment
où le nombre des donneurs d’énergie est assez considérable pour éliminer tout danger.
Si l’on veut pratiquer la nécromancie, la meilleure période de l’année est celle qui s’étend de
l’équinoxe d’automne au solstice d’hiver, lorsque la puissance du soleil ne fait que décroître
pour atteindre son point le plus bas. Cela explique le choix de la veille de la Toussaint pour la
grande fête traditionnelle des sorciers, où la nécromancie est alors à l’honneur. Deux motifs
légitiment cette opération: la recherche d’un enseignement et l’amour. On peut recourir à
elle, dans le premier cas, quand tous les autres procédés, les feuilles de thé, marc de café ou
tarots donnent des réponses inintelligibles, quand les runes ne disent que des énigmes, quand
Vassago lui-même garde le silence, quand la seule personne qui pourrait vous fournir cette
réponse est morte.
La nécromancie amoureuse permet d’évoquer aussi bien l’ombre de la future épouse que celle
d’une femme aimée qui est morte. Je parlerai de cette opération au chapitre IV consacré à ce
qui concerne l’amour.
Nécromancie du renseignement
C’est à proprement parler une besogne des ténèbres, malgré la recherche de l’information
qu’elle comporte, aussi faudrait-il la réserver pour la nuit de la nouvelle lune ou l’une de
celles qui suivent immédiatement. Elle demande treize jours de préparation, comme la
nécromancie amoureuse, mais il ne s’agit que d’une brève méditation nocturne, vers minuit,
sur la photographie ou le portrait du mort que vous désirez invoquer. Faites en sorte que la
quatorzième nuit soit celle de la nouvelle lune. Alors, juste avant minuit, projetez votre cercle
et purifiez-le avec un encens mercurien. Les outils dont vous aurez besoin sont votre athamé,
votre corde, votre coupe, votre encensoir: cela pour projeter votre cercle; puis votre baguette,
votre table-autel avec votre triangle d’étoffe, vos lumières magiques, et un triangle équilatéral
de ruban ou de cordonnet blanc (assez grand pour que vous puissiez vous tenir à l’intérieur)
que vous placerez sur le sol à l’ouest de votre cercle. Dans ce dernier triangle, vous mettrez
un crâne, soit un crâne réel si vous pouvez vous en procurer un, soit une réplique quelconque
que vous confectionnerez vous même, ou un dessin, pour grossier qu’il soit, pourvu qu’il
sorte de votre main.
Sur le petit triangle de table-autel, disposez une photographie du défunt flanquée de vos
lampes magiques ou chandeliers, et d’un sablier. Vous devriez avoir sous la main une forte
quantité d’encens nécromancien (voir à la fin de ce chapitre la partie consacrée aux « simples
et encens »), ainsi que le matériel indispensable pour consigner par écrit les réponses de
l’esprit. N’oubliez pas, bien sur, de porter sur votre poitrine le pentacle de protection.

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Au premier coup de minuit, rapprochez-vous de l’ouest de la table autel, face à l’est, et
consacrez la photographie posée sur le triangle de la table en la passant à l’eau et au feu.
Décrivez avec votre baguette, au dessus de la photographie, une croix à bras égaux entourée
d’un cercle, en vous représentant que ce symbole rayonne d’un feu bleu. A chacune de ces
consécrations, prononcez ces mots:
Colpriziana Offina Alta Nestera Fuaro Menut
Je te nomme (le nom du défunt)
Tu es (le nom du défunt)
La croix encerclée que vous tracez au-dessus de la photo est, comme le triangle et le pentacle,
un symbole magique de la plus haute antiquité. Certains adeptes de l’hermétisme prétendent
qu’il s’agit d’une version abrégée de la rose-croix des alchimistes, tandis que d’autres y
voient le rappel de la crux ansata, ou ankh, des Égyptiens, qui symbolise la vie divine.
Toutefois, ici, ce symbole a une autre signification, car il dérive également de l’emblème
familier à tous les lecteurs de l’Île au Trésor, de stevenson: le crâne et les tibias disposés en
croix. Dans un contexte plus sérieux, on retrouve cet emblème dans le symbolisme des
Templiers et des Francs-Maçons, comme dans toute la tradition de la sorcellerie. C’est le
signe d’Osiris. Son sens véritable est celui de la mort (qu’accompagne parfois la
résurrection), et il figure dans la plupart des opérations de nécromancie. On l’emploie
également pour proférer une malédiction contre telle ou telle personne, comme vous le verrez
au chapitre VI.
Après avoir tracé ce symbole au-dessus de la photographie, la baguette dans la main droite et
la photo dans la main gauche, reculez dans le sens des aiguilles d’une montre, jusqu’au bord
de votre cercle magique, à l’est, et, tenant votre baguette au-dessus de la photo, prononcez,
tourné vers l’est, la conjuration suivante:
Esprit de (nom du défunt), toi qui es mort,
Approche-toi des portes de l’Orient,
Réponds à ce que je demande loyalement.
Bérald, Béroald, Balbin!
Gab, Gabor, Agaba!
Lève-toi, comme je le veux et l’ordonne.
Vous répéterez cette invocation au sud, puis à l’ouest et finalement au nord, en vous
déplaçant, toujours à reculons, le long du périmètre intérieur de votre cercle, et en changeant
chaque fois le nom de la porte qui correspond au point cardinal. Puis, toujours à reculons,
vous retournerez à l’est de votre table autel et, faisant face à l’ouest au-dessus d’elle, vous
replacerez la photographie sur le triangle (celui de l’autel naturellement). Faites une pause
d’une minute ou deux, pendant laquelle vous observerez le plus profond silence.
Brûlez alors l’encens de nécromancie dans votre encensoir ou navette, et, lorsque la fumée
s’en dégagera, psalmodiez la grande invocation en frappant la photographie doucement, à la
fin de chaque ligne, du bout de votre baguette:
Par les mystères de la profondeur (frappez),
Par les flammes de Banal (frappez),
Par le pouvoir de l’Est (frappez)
Et par le silence de la nuit (frappez),
Par les rites sacrés d’Hécate (frappez),
Je te conjure, je t’exorcise, esprit de (son nom et frappez),
De te présenter de toi-meme en ce lieu (frappez).
Et de répondre franchement à nos demandes (frappez).
Que ma volonté soit faite! (Frappez).

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(L’Hécate invoquée ici est la déesse classique de la sorcellerie chez les Grecs. Elle a trois
aspects différents, celui d’Hécate proprement dite, celui de Perséphone, déesse des morts, et
celui de Séléné, déesse lunaire.)
Lorsque vous en serez là, rechargez votre brûle-parfum d’encens de nécromancie, éteignez
toutes les lumières de votre table-autel de sorte que la pièce soit plongée dans les ténèbres,
puis, vous plaçant de nouveau à reculons le long du périmètre intérieur de votre cercle,
gagnez avec précaution l’ouest et agenouillez-vous face au triangle de manifestations qui se
trouve sur le sol. Croisez lentement les bras sur votre poitrine (c’est le geste magique par
lequel sorciers et sorcières symbolisent le crâne et les deux os en forme de crois), en répétant
simultanément la formule suivante: « Allay Fortission, Fortissio, Allynsen Roa! »
Fermez les yeux et faites de nouveau silence pendant quelques minutes. Accueillez
calmement l’esprit que vous avez invoqué comme s’il était devant vous. Puis, faisant appel à
tout votre courage, prononcez trois fois, à voix claire et haute, le nom du défunt, en croisant
les bras en en ouvrant les yeux. Si l’opération a réussi, vous distinguerez peu à peu, dans le
triangle juste devant vous, une forme brumeuse qu’on dirait composée de la fumée de votre
encens et qu’illumine parfois, de l’intérieur, une très faible phosphorescence bleuâtre. Ce
genre d’apparition est-il du à un phénomène magnétique, physique, ou au contraire purement
psychique? Tout dépend de votre qualité de sorcier ou de sorcière. Quoi qu’il en soit, quelles
puissent être vos réactions, formulez alors votre question, en sachant que si la réponse ne
vous parvient pas sur le champ elle vous sera révélée plus tard, généralement au moyen d’un
enchaînement de coïncidences curieuses et inexplicables.
Lorsque la forme commencera à s’évanouir, ce qui signifie que le pouvoir mis en oeuvre par
le rite reflue, il sera temps de conclure l’opération. Toujours à reculons, regagnez l’est,
tournez-vous vers l’ouest au dessus de votre table-autel. Rallumez vos lampes (et l’encensoir
si cela est nécessaire), faites une dernière offrande d’encens sur les charbons de bois, et
proférez la formule suivante, celle du « congé » que vous donnerez au mort:
Pars, pars, toi qui as quitté cette vie,
Par Omgroma Epin Sayoc
Satony, Degony, Eparigon,
Galigamon, Zagogène, Festigon,
Rrgagne la demeure qui est tienne,
Que rien ici ne te retienne,
Paix soit entre Toi et nous
A jamais et pour toujours!
Que ma volonté soit faite!
Finalement, ainsi que pour toutes vos expériences mercuriennes, notez fidèlement les résultats
de l’opération. Le meilleur moyen d’arriver à ses fins est de s’en tenir à une méthode
purement expérimentale, où les erreurs commises deviennent d’autant plus claires qu’on a
consigné avec précision les différentes phases de l’opération. De tels comptes rendus
devraient constituer une partie importante de votre livre des travaux magiques.

Simples et encens.
Pour toutes les divinations, grandes et petites, il est extrêmement utile de disposer de deux
ingrédients mercuriens pour l’encens dont vous aurez besoin: l’un est du mastic - ou gomme
de lentisque - et l’autre de la cannelle (de préférence sous sa forme d’essence ou de solution
huileuse).
Vous pourrez acquérir le mastic dans n’importe quelle quincaillerie, tel qu’il est utilisé pour
le vernissage des tableaux, et l’huile ou l’essence de cannelle dans une pharmacie. Ces deux
ingrédients seront brûlés en tant qu’encens sur les charbons de bois de votre encensoir ou

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brûle-parfum, ou encore mêlés, pour acquérir plus de puissance, à divers produits. Voici les
formules les plus courantes.

1) armoise 2) racines d’iris,


lin fenouil
cardamome peau de grenade
anis bois de santal rouge
camphre graine de pavot
chicorée

3) racine de valériane 4) graines de lin


safran psalliote
armoise
herbe de Saint-Jean

5) racines de violettes 6) anis


persil graines de pavot
camphre

7) girofle (en poudre)


oliban
mastic
quintefeuille

Pour augmenter l’effet de chacune de ces préparations ajoutez du charbon, ou encore du sceau
de Salomon. A vous d’expérimenter pour juger de la formule qui vous convient le mieux.
Ainsi, partout où l’on recherche une matérialisation quelconque, on ajoutera à l’encens du
dictame de Crète, ou fraxinelle.
Conjuration de l’encens de Vassago.
Il s’agit d’un type d’encens jupitérien, car bien que ses fonctions soient mercuriennes,
Vassago est, par sa nature essentiellement jupitérien. Son encens devrait être composé selon
la formule suivante:
6 parties d’oliban, ou encens mâle;
6 parties de baume de La Mecque (ou térébenthine de Judée)
6 parties de poivre de Guinée
Une demi partie de safran
Une touche d’ambre gris (une teinture artificielle suffit)
Si vous ne trouvez pas ces ingrédients chez les herboristes, vous pouvez substituer à cette
formule un mélange d’oliban, de safran et d’huile de bois de cèdre.

Encens pour une nécromancie.


3 parties d’armoise (finement réduite)
3 parties d’encens d’église, résineux et de bonne qualité
3 parties de mastic, ou gomme de lentisque
3 parties de dictame de Crète (finement réduit)
1 demi partie d’Huile d’Olive pure
1 demi partie de vin
1 demi partie de miel
- quelques gouttes du sang de l’opérateur.

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Mélangez le tout et laissez le mélange reposer toute une nuit. L’encens qui en résulte devrait
être d’une consistance assez forte, friable; s’il est par trop liquide, ajoutez encore du dictame
de Crète et de l’armoise.

CHAPITRE IV

CHARMES POUR AMANTS.

I. LA COUPE D’AMOUR.
Je m’adresse ici aux amoureux romantiques. Les autres se reporteront tout de suite à la
seconde partie de ce chapitre intitulée: « Magie sexuelle ».
Si vous voulez recourir à un charme pour gagner les faveurs d’une personne, n’oubliez jamais
cette grande règle de la sorcellerie pratique: il est plus facile de réussir si vous « fermez le
circuit », j’entends par là: si vous recourez à un objet-lien, comme par exemple la
photographie de la personne que vous désirez atteindre, ou un objet lui appartenant.
A un objet-lien, vous pouvez substituer un objet-pouvoir, c’est-à-dire quelque article
manufacturé que vous aurez chargé de votre volonté et de votre magnétisme, et qui sera mis
au contact de la « victime ». C’est une sorte de talisman qui fonctionne comme une batterie
ou un accumulateur de puissance magique. La plupart des philtres relèvent de cette seconde
définition.
L’envoutement, ou charme par figurine interposée, dont nous parlerons plus loin, est un
excellent exemple de « la fermeture totale du circuit », puisqu’il utilise à la fois l’objet lien et
l’objet pouvoir.
La coupe, ou le calice, dont vous vous servirez pour préparer votre philtre, est consacrée à
certaines puissances subtiles du monde invisible. Elles sont invoquées par toute une série de
symboles qui rappellent ceux des divinité classiques de l’amour, tels Vénus et Amour. En
fait, le calice est manifestement féminin dans ses implications sexuelles: il reçoit passivement
les ingrédients qu’on lui impose, et on peut l’opposer à l’agressivité mâle de la baguette et de
l’athamé.
Mais il serait encore plus exact de dire que le symbolisme magique du calice est d’une
essence similaire à celle qui entoure le peuple des elfes, les fées, les enchanteresses des
légendes médiévales, Viviane, Nimue, la Dame du Lac, la fée Morgane et naturellement

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Mélusine. Les Reines de Mai et les Vierges des Moissons du folklore européen participent
également à ce symbolisme, ainsi que Perséphone et Eurydice que leur périple ramène au
monde souterrain pendant les mois froids de l’hiver.
Les noms magiques ne manquent pas à la date des Délices: quelques-uns sont d’inspiration
classique, Diane et Hécate, ou celtique comme Rhiannon. On l’appelle également Habondia,
Huldia et Hérodias, ou encore Aradia, Ariadne ou Ariane. Maîtresse de la lune, cette entité
l’est aussi du royaume de l’amour.
C’est sa présence que vous devez invoquer dans toutes vos opérations romanesques, en lui
donnant l’un des noms précédents. Efforcez-vous, avant de jeter vos charmes, d’établir le
contact avec elle en l’imaginant revêtue de ses habits d’argent, avec ses longs cheveux
flottants, enveloppée d’une obscurité que seule perce la faible lueur des étoiles. Elle porte
une couronne de fleurs et des tiges de blé; au-dessus de sa tête brille le disque lunaire flanqué
de deux serpents à la tête redressée. Une colombe blanche, son oiseau symbolique, se tient
perchée sur sa main droite.
Tout ce qui est fleur lui est consacré. Je vous conseille donc d’en parsemer votre autel avant
d’entreprendre votre opération d’amour. Vous n’avez pas besoin ici de cercle magique, car la
force que vous invoquez est bienveillante et non hostile. Il vous suffit de purifier votre lieu
de travail et de prononcer l’incantation voulue.
Vous devrez procéder à toutes les opérations indiquées dans ce chapitre (le vendredi, vers huit
heures du matin, trois heures de l’après midi ou dix heures du soir, pendant une période de
lune croissante). Certains sorciers affirment que la lune doit alors transiter par les dix
premiers degrés du Taureau ou de la Vierge, et qu’il convient également qu’elle soit bien
aspectée par Vénus et Saturne. En réalité seul importe d’observer:
a) la phase de la lune,
b) le jour de la semaine,
c) les heures propices de la journée.
Parmi les premiers charmes d’amour avec lesquels vous devez vous familiariser, nous
parlerons d’abord des « philtres ».
Voici la manière de les composer:
Votre table-autel doit occuper sa position centrale habituelle, recouverte de son triangle, avec
l’une des pointes tournées vers l’est. Au centre de ce triangle, vous placerez votre coupe ou
calice, que flanqueront deux chandeliers ou lampes magiques. Votre encensoir - ou brûle-
parfum - sera aussi présent sur l’autel ainsi qu’une boite d’encens dont vous trouverez la
composition à la fin de ce chapitre. Il vous faudra encore les substances avec lesquelles vous
confectionnerez votre philtre, un mortier et un pilon, et, naturellement, votre manuel des
travaux magiques sur lequel vous aurez au préalable consigné l’incantation que vous devez
prononcer.
Vous enfoncerez le triangle de votre autel d’un cercle de fleurs fraîches, dont l’odeur, de
préférence, sera douce: narcisses, lilas, oeillets, etc. La rose attire beaucoup de sorciers, car
elle a toujours été considérée comme un symbole de l’amour et de la femme. Dans les anales
de l’amour courtois et entre tous les symboles de l’alchimie, elle était l’emblème de la Dame.
Quant au lis, le catholicisme, en l’adoptant, l’a transformé en attribut exclusif de la Vierge
Marie, ce qui s’explique parfaitement puisque la Vierge est la Dame chrétienne par
excellence. Toutefois, à cause de cette association, le lis est devenu le symbole de la pureté et
de la chasteté, perdant ainsi son reflet d’amour et de passion.
Après ces préparatifs, allumez vos bougies, ou lampes magiques, et faites brûler l’encens en
psalmodiant une formule de consécration comme par exemple: « C’est en ton nom,
Habondia, et c’est au nom de tes ministres d’amour, que j’entreprend cette oeuvre d’amour. »

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Gardez l’image de la Dame présente à l’esprit, en évoquant des souvenirs d’amour pour vous
aider à vous brancher sur la longueur d’onde convenable, vous pourrez alors procéder à la
composition de votre philtre.
Le premier charme d’amour, le plus simple de tous, auquel vous vous attaquerez d’abord, est
utilisé par les sorciers depuis des siècles.

Le charme de la coriandre.
Versez une petite quantité d’eau pure distillée dans votre calice, et mettez dans votre mortier
sept graines de coriandre. Écrasez-les biens avec votre pilon en vous représentant l’image de
la personne que ce charme doit influencer, prononcez son nom par trois fois, à voix haute,
puis psalmodiez:
Semence chaude, coeur chaud,
Que jamais rien ne les sépare.
Versez la poudre de coriandre dans votre calice, imaginez que cette poudre, en descendant se
poser sur la surface du liquide, devient une sorte de flamme. Complétez le charme par la
formule consacrée: « Que ma volonté soit faite! », scellez votre ouvrage en traçant au-dessus
de la coupe, avec l’index droit, le triple signe de croix. Laissez votre poudre de coriandre
macérer dans l’eau pendant environ douze heures, filtrez à travers un linge ou de la
mousseline fine et, en grand secret, mélangez votre philtre aux aliments ou à la boisson de la
personne aimée.
Ce charme est un exemple de l’usage d’un objet-pouvoir de même que tous les philtres
suivants. Quel est le plus efficace? C’est là une question personnelle que vous ne pouvez
résoudre que par l’expérimentation.

Le charme de la pervenche
(ou violettes des sorciers)
Après avoir préparé votre lieu de travail comme pour le charme de la coriandre, faites brûler
de l’encens et invoquez Habondia.
Prenez des feuilles séchées de pervenche, ou de violette des sorciers (Vinca major ou minor),
de la mercuriale, de la quintefeuille, de la verveine et des pétales de rose, mettez le tout dans
votre mortier et réduisez en poudre très fine. Vous répéterez sana arrêt une formule où vous
énoncerez clairement votre intention, comme par exemple:
« par cet acte, je lie (nom de la première personne) et (nom de la seconde personne) par le lien
du désir et de l’amour. »
vous prendrez deux petites pincées de la poudre préparée et vous mélangerez à l’eau de votre
calice, en chargeant cette opération de toute la puissance de votre libido ainsi cristallisée;
scellez par le triple signe de croix et par la phrase consacrée: « Que ma volonté soit faite! »
Laissez macérer pendant douze heures, filtrez à travers un linge ou une fins mousseline, et
faites en sorte que ceux dont vous avez répété inlassablement les noms au cours de votre
incantation absorbent votre philtre avec leurs aliments ou dans leur boisson. Cela toujours
dans le plus grand des secrets.
D’après mes expériences, ce second philtre est plus efficace que le premier.
Il existe un autre philtre, dit de l’« amour vrai », employé depuis toujours, dont la puissance
ne le cède en rien à celui de la violette des sorciers, mais son usage est moins courant car il
est difficile de se procurer l’un de ses éléments, à savoir des baies de gui.
Son processus de composition ne diffère des précédents que par ses ingrédients qui sont:
- Graines ou fleurs séchées d’aunée,
- Feuilles séchées de verveine,
- Baies séchées de gui.

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La plupart des charmes d’amour, dont fourmillent les anciens grimoires, sont des
compositions rurales bien embarrassantes pour un citadin. Mais comment ne pas mentionner
ces charmes, qui conservent tout le bouquet de la sorcellerie de jadis?

Le charme du saule.
Un vendredi matin (vers huit heures), dans une période de lune croissante, prélevez de la terre
à l’endroit où celui ou celle dont vous voulez être aimé à laissé l’empreinte de son pied, et
enfouissez-la au pied d’un saule en psalmodiant l’incantation qui suit:
Terre sur terre il y aura,
Qui j’aime, mon amant (e) sera.
Saule, saule, crois toujours,
Que rien n’empêche mon amour.
Manche pour trou et trou pour manche,
femme pour homme, homme pour femme.
Que ma volonté soit faite!

Le charme de la pomme.
La pomme est un fruit consacré à Habondia, aussi figure-t-elle fréquemment dans les
incantations d’amour. Voici la traduction de celle qu’on a retrouvée dans le Livre des
Travaux magiques d’une sorcière allemande:
Vendredi matin comme il se doit,
La plus belle pomme cueilleras,
Puis de ton sang, sur papier blanc,
Ton nom et l’autre nom écriras.
La pomme en deux tu couperas,
Entre deux, ton papier mettras.
Les deux moitiés tu fixeras
Par deux aiguilles de bois de myrte.
Dans le four, le tout sécheras.
De feuilles de myrte, l’envelopperas.
Sous l’oreiller de qui tu aimes
Sans qu’il (elle) le sache tu le mettras.
Si tu gardes pour toi le secret,
Son amour bientôt tu auras.

Le charme de la tormentille.
Cette incantation peut être menée à bien très simplement ou avec tout le cérémonial,
préparation du calice, etc., utilisé pour les autres philtres. Bien que les herboristes d’autrefois
en aient eu en réserve à cause de ses propriétés astringentes, la tormentille est devenue
presque introuvable aujourd’hui, nous ne la mentionnons que par curiosité. Je ne l’ai jamais
expérimentée.
Réduisez en poudre de la racine de tormentille (Potentilla tormentilla), en répétant le nom de
la personne dont vous désirez l’amour.
Prenez une pincée de cette poudre. Vous pouvez soit en composer un philtre avec de l’eau
distillée, soit la mêler directement aux aliments de celui ou de celle qui doit vous aimer en
prononçant l’incantation suivante:
Tormentilla, Tormentilla,
Fais que (nom) soit à moi.
Libre ou non, qu’il (elle) le soit.
Que ma volonté soit faite

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Le charme Sator.
Ce charme d’amour n’utilise qu’un simple talisman, lequel doit être porté par la personne qui
désire être aimée. Il ne recourt pas aux lois de transmission, mais agit plutôt comme un
« survolteur » au niveau de la psyché profonde du suppliant.
Voici longtemps qu’on l’emploie - dix neuf siècles - ce qui lui garantit un pouvoir
d’accumulation qui, en tant que charme d’amour, est totalement indépendant de son origine
ecclésiastique. Le nom qu’il porte, « Sator », dérive probablement d’un assemblage de
lettres, les unes tirées de Pater noster, et d’ A.O. qui ont pris la place d’alpha et oméga
« Notre père » est, comme on le sait, début de la prière fondamentale des chrétiens, et les
premiers chrétiens avaient l’habitude de dire que le Christ, entre autres titres, était l’alpha et
l’oméga, c’est à dire le début et le commencement de tout, ce qui était une manière comme
une autre de se référer à sa divinité. On a alors disposé ces lettres en croix grecque, symbole
qui fut d’abord païen, mais qui convenait parfaitement au culte de la crucifixion. Les
nouveaux convertis prirent donc l’habitude de l’utiliser.
P
A
A T O
E
R
PATERNOSTER
O
S
O T A
E
R

Toutefois, avant que Constantin eut fait du christianisme la religion d’Etat de l’Empire
romain, les premiers chrétiens eux mêmes persécutés, avaient découvert une méthode
ingénieuse de continuer à employer symboliquement le signe de la croix en utilisant toutes les
lettres précédentes disposées à la fois en acrostiche et en palindrome, c’est à dire en formant
un carré de mots qui demeurent les mêmes si on les lit à l’endroit ou à l’envers.

SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS

Cette formule eut tant de succès et étant si satisfaisants que les praticiens de l’art noir l’ont
adoptée et se sont aperçus qu’elle faisait des merveilles comme charme d’amour.
Son processus de préparation est le suivant: vous dresserez votre table autel de la manière
habituelle, vous purifierez votre pièce à l’eau et au feu, tout en invoquant Habondia et en
gardant son image présente à l’esprit. Puis vous prendrez une feuille vierge de papier blanc et
après l’avoir exorcisée à l’eau et au feu, vous la diviserez en vingt cinq carrés égaux, sur rang
de cinq, avec votre plume et votre encre magiques. Psalmodiant une formule qui affirme
votre intention, vous inscrirez dans chaque carré une des lettres du talisman. N’oubliez pas
de prononcer, pour chaque lettre, le nom du requérant ou de la requérante.
En même temps, vous insufflerez au talisman tout votre désir et toute la volonté de réussir que
vous possédez:

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SATOR 9 1 4 13 19
AREPO 3 12 24 15 21
TENET 23 18 20/7 5 10
OPERA 8 2 11 25 16
ROTAS 6 26 17 14 22

Commencez au nombre 1, A, et terminez par le nombre 26, O. N, au centre du carré, devrait


être le septième, et être récrit une fois de plus à vingt. Puis scellez votre charme de la triple
croix en prononçant « Que ma volonté soit faite! » Enveloppez-le dans un morceau d’étoffe
propre ou mettez-le dans une boite, et enterrez-le, si possible, à une croisée de chemins;
cependant votre corbeille de fleurs ou un bout de terrain quelconque où se croisent deux
sentiers feront l’affaire. Lorsque vingt-quatre heures seront écoulées, déterrez votre talisman
et remettez-le à la personne qu’il doit servir.
Pendant le temps qu’elle désire recevoir cette aide, qu’elle le porte sur elle et le place sous
son oreiller quand elle dort. L’enchantement n’est pas éternel, malgré tout. Sa durée est de
vingt-huit jours, et il faudra alors confectionner un nouveau talisman.

Le charme de la jacinthe.
Vous pouvez en fait vous servir de n’importe quel type de bulbe (une variété odorofiante,
d’après moi, vous apporte plus aisément le succès).
Plantez le bulbe dans un pot neuf, en lui donnant le nom de la personne que vous aimez. En
l’arrosant matin et soir psalmodiez ces mots en les chargeant de votre bonté:
Comme plante devient,
Comme fleur s’épanouit,
Que son coeur vers moi se tourne.
Que ma volonté soit faite!

Un charme planétaire.
Ce charme traditionnel, cabalistique, opère grâce à l’invocation des Sarum, princes ou
intelligences qu’on attribue aux corps célestes, dans ces cas Mercure, la Lune, et la Terre elle-
même, car tous trois gouvernent les cohortes des démons. Les titres cabalistiques conférés à
ces puissances sont un masque quasi transparent: il s’agit des gardiens originels, des entités
de la sorcellerie. Cous en avez déjà rencontré deux, Herne, le sage, et Habondia, la Dame des
Délices, qui règne sur ce chapitre. En voici un troisième, la Puissance Terrestre dont nous
vous parlerons en détail au cours du chapitre suivant.
Vous avez besoin d’une feuille vierge de votre papier à talisman, de votre plume et de votre
encre magique, d’une de vos lampes - ou bougies - consacrées, de votre coupe d’eau, de sel et
de romarin, et votre encensoir ou brûle-parfum sera chargé d’un encens convenant aux choses
de l’amour.
Choisissez une nuit claire alors que la lune croit et que le ciel est dégagé. Placez votre feuille
de papier à l’intérieur du triangle de votre autel, et dessinez le diagramme suivant:
Passez-le ensuite au feu et à l’eau en lui donnant le nom de la personne que vous volez
influencer. Et n’oubliez pas, sur l’autre face du talisman, d’écrire ces deux mots:
« Melchidael Baresches. »
Si vous avez un jardin ou une cour bien isolée, vous pouvez accomplir le début de la
cérémonie à l’air libre. Sinon, agissez comme d’habitude dans votre pièce de travail, mais ce
qui suit doit être accompli à l’extérieur.
Regardez le ciel et cherchez l’étoile la plus brillante, proche de la lune. Déposez votre
parchemin sur le sol, plutôt de la terre ou de l’herbe que du ciment ou de l’asphalte. Puis,

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recouvrez le parchemin de votre pied droit et mettez à terre le genou gauche. Tenez de la
main gauche votre manuel de travail où vous aurez inscrit l’incantation. Dans la main droite,
vous aurez votre lampe - ou chandelier - consacrée. Puis, les yeux fixés sur l’étoile, dites par
trois fois l’incantation suivante:
« Je vous salue et vous conjure,
« O lune, o étoile qui êtes belles,
« O lumière brillante que je tiens à la main,
« Par l’air que je respire, par le souffle qui est en moi, par la terre que je touche, je vous
conjure. Et par les noms des esprits, ces princes qui résident en vous, par le nom ineffable de
l’Unique qui vous a tous créés; par Toi, o resplendissant ange Gabriel, ensemble avec les
princes de Mercure et de la Terre, Michel et Melchidael!
« Je vous conjure de nouveau par tous les divins noms de Dieu, descendez, venez obséder,
tourmenter, harasser le corps, l’esprit, l’ame et les cinq sens naturels de (ici le nom de la
personne que vous volez influencer), si bien que ce corps, cet esprit, cette âme et ces cinq
sens se tournent vers (ici le nom du requérant) au jour et à l’heure que voici (spécifiez le
moment exact), afin d’accomplir la volonté de (une fois de plus le nom du requérant). Aussi
longtemps qu’il (ou elle) restera indifférant (e) à (une troisième fois le nom du requérant),
obsédez-le (la), persécutez-le (la), tourmentez-le (la). Accourez, Gabriel, Michel, Melchdael,
Baresches, Zazel, Tiriel, Malcha, et tous ceux qui sont avec vous. Je vous conjure par le
Grand Dieu Vivant d’accomplir ma volonté, et moi (vous dites votre nom de sorcier ou de
sorcière), je vous promets de vous satisfaire comme il se doit! »

Quand vous aurez répété trois fois cette incantation, jetez l’encens d’amour sur les charbons
de votre encensoir ou brûle-parfum. Puis vous vous relèverez, vous placerez votre lampe
magique sur le papier et l’y abandonnerez jusqu’à ce qu’elle s’éteigne d’elle même.
Le lendemain, vous remettrez le talisman à celui ou celle qui vous en a fait la demande. Qu’il
(ou elle) le mette dans son soulier gauche, ou encore qu’il (elle) le porte sur lui (elle) jusqu’au
moment où l’enchantement fera son effet et que la personne visée vienne d’elle même le voir.
A mon avis, ce charme est un peu verbeux. Il risque de bercer et d’endormir l’activité de
votre esprit. Mais il a des qualités qui rachètent ce défaut: il s’appuie fermement sur les
principes de la sorcellerie avec ses invocations aux pouvoirs de la Terre, de la Lune et de
l’étoile Earendel qui, avec la Lune, représente la Dame initiatrice du Désir. N’oubliez pas ,
bien sur, au cours de votre invocation à l’étoile, de faire appel au symbolisme mercurien
défini au chapitre III. De même, quand vous invoquerez la Lune, concentrez-vous sur
Habondia et sur les images qui lui correspondent. Pour la Terre, représentez-vous tout ce qui
pousse: les plantes, les mousses, les grandes forets de jadis; l’odeur du terreau et de la tourbe;
l’obscurité des celliers et des caves, le silence des jardins la nuit, un cimetière abandonné
recouvert par la végétation, les animaux cornus et à sabots.

Le rêve d’amour.
Voici une variante traditionnelle du vrai Charme des Rêves. D’après la tradition, elle devrait
avoir lieu la veille de Sainte-Marie-Madeleine, le 22 juillet. Son but est de faire rêver de
l’aimé(e), bien plus que de savoir quelque chose à son sujet. Préparez un bain comme indiqué
au chapitre précédent, puis placez sous votre oreiller un sachet d’herbe de la Saint-Jean
(hypéricum perforatum) (millepertuis) et une feuille de papier sur laquelle vous aurez écrit le
nom de votre bien aimé(e).
Avant d’éteindre la lumière, buvez une potion composée d’une demi-coupe d’eau distillée,
trois gouttes de vin blanc. Trois gouttes d’eau de vie, trois gouttes de vinaigre remué avec une
brindille de romarin, le tout étant mélangé dans votre calice magique.
Et faites de beaux rêves!

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Nécromancie amoureuse. La Cène muette.
Pour terminer cette partie consacrée à l’amour romanesque, j’aborderai le second type
d’opération connu sous le nom de nécromancie. Les sorciers l’appellent la Cène muette. On
peut l’utiliser pour évoquer l’esprit d’un bien aimé disparu à jamais; ou pour faire apparaître
l’eidolon, ou le double de la personne qu’on aimera, ou épousera plus tard.
L’opération, dans les deux cas est la même quant au rituel fondamental, c’est à dire la Cène
muette elle même. La seule différence est qu’il faut pour la nécromancie amoureuse une
longue préparation de treize jours.
Si donc vous désirez faire apparaître l’esprit de quelqu’un que vous avez aimé, choisissez une
date, un anniversaire qui représente pour lui quelque chose de personnel, d’émouvant: sa
naissance, votre rencontre, votre mariage, sa mort même, quoi que ce soit, pourvu que vous
ayez l’impression que l’ame du défunt (ou de la défunte) y sera sensible.
Avant d’entreprendre l’évocation, disposez du coté ouest de la pièce, face à l’est, une sorte de
reliquaire commémoratif: photographie ou portrait de la personne défunte, voilée de noir et
encadrée de fleurs que vous changerez de temps à autre, ainsi que des objets qui lui sont
personnels.
La treizième nuit de votre préparation, à minuit juste, enfermez-vous dans votre pièce de
travail, allumez l’une des lampes - ou l’un des chandeliers - magiques à l’est de votre pièce,
dévoilez la photographie, brûlez un peu d’encens amoureux dans votre encensoir ou brûle-
parfum, et asseyez-vous face au portrait, la lumière vous éclairant de dos. Appelez
intérieurement le défunt en fixant les yeux sur son image. Essayez de vous rappeler les
circonstances dans lesquelles vous avez partagé avec lui (ou elle) des moments de tendresse,
d’amour. Poursuivez cette méditation aussi longtemps que cela vous conviendra, entre dix
minutes et une heure, avant d’éteindre la lumière, de revoiler le portrait, et d’y mettre ainsi
fin.
Pendant les treize jours et treize nuits de préparation, efforcez-vous de vous tenir autant que
possible, à l’écart de toute compagnie, même celle d’autres sorciers, en concentrant vos
pensées et votre affection sur la personne que vous avez chérie. La chose vous sera sans
doute difficile, mais persévérez.
La nuit de la cérémonie, ne mangez rien, ne buvez rien après le coucher du soleil et disposez
votre lieu de travail de la manière suivante:
Vous recouvrerez votre autel d’un tissu neuf, blanc, exorcisé; vous placerez une chaise à
l’ouest, face à l’est, et une seconde chaise à l’opposé, face à l’ouest. Sur la table, qu’il y ait
un bouquet de fleurs au doux parfum. Puis allumez deux de vos lampes - ou chandeliers -
magiques que vous placerez devant le portrait, et brûlez dans votre encensoir ou brûle-parfum
un peu d’encens qui convient à votre nécromancie amoureuse.
En demandant à Habondia de vous aider, purifiez votre lieu de travail, faites le tour en
marchant à reculons à partir de l’est, par le sud, l’ouest et le nord. Cette cérémonie doit se
dérouler dans le plus profond silence, car ce n’est qu’ainsi que nous pouvons pénétrer dans
les sentiers qui mènent aux morts.
Vous disposerez deux couverts sur votre table, le votre à l’est, celui du défunt à l’ouest, en
utilisant les assiettes, couteaux et fourchettes que vous employez tous les jours, mais que vous
aurez préalablement passés au feu et à l’eau. Les aliments choisis seront ceux que le défunt
préférait de son vivant. Puis, commencez à servir aussi silencieusement que possible. Les
quantités servies doivent être minimes, à peine le quart des portions habituelles. Il s’agit d’un
geste symbolique: les morts ne sont pas de gros mangeurs!
Calculez bien votre temps pour que cette première moitié de l’opération s’achève au moment
où doit sonner le premier coup de minuit. Levez-vous alors, approchez-vous du portrait

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toujours à reculons, dévoilez-le lentement, et répétez mentalement la grande invocation
nécromantique:
Par les mystères de la profondeur,
Par les flammes de Banal,
Par le pouvoir de l’Est,
Par le silence de la nuit,
Par les rites sacrés d’Hécate,
Je te conjure, par les liens de l’amour,
Esprit de (nom du défunt),
De rompre avec moi ton jeune éternel.
Que ma volonté soit faite!
Après avoir renouvelé votre provision d’encens, faites à reculons le tour de la table, dans le
sens des aiguilles d’une montre, jusqu’à votre siège. Asseyez-vous et commencez à manger,
mais en évitant de regarder directement la chaise en face de vous. Cette recommandation est
des plus importantes.
A enfreindre cette règle, vous risquez d’annuler tous vos efforts. La tentation est grande,
résistez-y de toute votre force.
Quand vous aurez fini votre repas, laissez les plats et les assiettes où ils se trouvent.
Marchant toujours à reculons, vous renouvellerez l’encens, éteindrez les lampes devant le
portrait. Revenez vous asseoir. Fermez les yeux. Appelez trois fois le défunt par son nom, et
répétez mentalement la grande exhortation: « Allay Fortission Fortissio Allynson Roa ».
Les yeux toujours fermés, accueillez mentalement le bien aimé. Selon la tradition, l’ombre se
manifestera. Ouvrez lentement les yeux et vous distinguerez quelque chose. Comme dans la
nécromancie du renseignement, tout dépendra de votre degré de développement psychique.
Théoriquement, la communication avec l’esprit s’établit au niveau mental. La plupart des
sorciers trouvent cette communication prend la forme d’une communion spéciale, muette,
sorte d’osmose spirituelle où les idées du défunt se mêlent aux leurs. Même si votre regard
intérieur n’est pas assez sensible pour percevoir une forme quelconque, ou que le courant
provoqué par l’opération manque de la force indispensable à une matérialisation, ce peut être
nerveusement pour vous une expérience presque insupportable de vous trouver confronté avec
l’être aimé et mort depuis longtemps, dans un contact si étroit que vos pensées et les siennes
ne font qu’une. Livrez-vous sans aucune réserve à la joie de cette communion silencieuse.
Ce temps ne s’écroulera que trop vite. Lorsque l’expérience commencera à s’affaiblir comme
dans un rêve au fur et à mesure que minuit passe et que le courant magique se relâche, donnez
silencieusement au mort la permission de se retirer en récitant la formule du congé:
Pars, pars, toi qui as quitté cette vie,
Par Omgroma Epin Sayoc,
Satony, Degony, Eparigon,
Galiganon, Zogogène, Ferstigon,
Regagne la demeure qui est tienne,
Que l’Amour nous lie à jamais,
A jamais et pour toujours!
Que ma volonté soit faite!
Jetez encore quelques graines d’encens sur les charbons en lui disant mentalement adieu.
Enfin, avant de terminer, comme toujours, consignez par écrit votre expérience magique.
Comme je vous l’ai déjà dit, certains sorciers prétendent que ce rituel peut-être utilisé pour
évoquer l’eidolon, le double, de votre amour futur. La seule différence avec la version
nécromantique est que les treize jours de préparation ne sont pas indispensables. Mais c’est
une opération difficile pour un débutant, et malaisément vérifiable puisqu’il n’existe d’autre
lien avec l’invisible que le fil très mince qui relie l’opérateur à l’avenir.

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Certains trouveront qu’il s’agit là d’une absurdité totale, mais si vous considérez un instant
les phénomènes parapsychiques de précognition, vous comprendrez que les lois qui
gouvernent l’espace et le temps, dans notre vie de tous les jours, ne s’appliquent pas
nécessairement à un sorcier qui communique directement avec le monde surnaturel.
La date à laquelle il est préférable de se livrer à ce rite de l’évocation amoureuse de l’eidolon
est, d’après la tradition, juste avant le solstice d’été, la nuit du 20 juin.

II. MAGIE SEXUELLE.


Vous n’avez peut être pas la patience exigée pour les approches de la « Coupe d’Amour ».
Attaquez-vous alors à l’art même de l’ensorcellement, celui qui touche à ce que l’on appelle
parfois le « mauvais oeil », qui est en réalité: l’art de la fascination. Vous pourrez ainsi
satisfaire vos appétits les plus charnels.

L’art de la fascination.
L’art de la fascination peut avoir de nombreuses formes, depuis la manière « d’assujettir »
quelqu’un (faire valoir sa volonté), jusqu’à des tours plus exotiques et plus difficiles comme
celui d’assujettir un animal (charmer un serpent, par exemple) ou commander à certains
phénomènes physiques comme l’amoncellement et la dispersion des nuages (contrôle du
temps) ou même aux esprits frappeurs et autres (ouverture et fermeture de portes et fenêtres,
lévitation de cendriers, etc.:)

le corps humain irradie de l’énergie sous forme d’un cocon ovale que les occultistes modernes
nomment l’aura. Nul ne connaît exactement la nature de cette énergie ni son origine. Elle
serait produite par notre système nerveux. On lui a donné bien d’autres noms: od, odyle,
magnétisme, télergie. Nous dirons simplement puissance magique.
On dit que les personnes rousses disposent plus que d’autres cette énergie à l’état flottant, ce
qui leur permet de mieux la projeter, d’où le respect mystérieux et la crainte qui les a
entourées depuis les temps de l’Égypte antique jusqu’à nos jours. Seth, le frère sorcier
d’Osiris, était roux, parait-il. Dans la vieille Angleterre, au XIe siècle, le fils de Guillaume le
Conquérant, William Rufus - ou Guillaume le Roux - avait la réputation redoutable de
posséder le mauvais oeil et de pratiquer la sorcellerie.
Cette puissance magique est l’énergie que vous avez utilisée pour insuffler de la force à vos
rites. Vous pouvez naturellement l’employer sans recourir à l’aide d’une incantation ou d’un
charme, grâce à une puissante action mentale. Toutefois, la plupart des praticiens trouvent
plus commode de l’accompagner d’un geste.
Chose étrange, l’émission de cette puissance magique semble se concentrer sur certaines
régions du corps: les yeux, la bouche, les mains et les organes génitaux. De ce fait, le geste
pour le praticien, n’est pas qu’un soutien psychologique. Donc, si vous désirez exercer
directement votre puissance magique, spécialement en matière de sexualité, vous devez vous
efforcer de parvenir à:
- fixer votre sujet;
- le toucher de votre main;
- expirer d’une façon ou d’une autre, sur lui.
Certes, chez le séducteur endurci, ces trois actions sont une seconde nature, mais, au point de
vue magique, elles vous permettent d’entrer plus aisément en contact avec votre sujet ou votre
victime.
Voici un extrait d’un vieux livre de magie qui décrit cette fascination par le regard.

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« Car lorsque vos yeux [ceux du sorcier et de sa victime] sont réciproquement attachés les uns
aux autres et réunis rayons par rayons et lumières par lumières, alors l’esprit de l’un est joint à
l’esprit de l’autre par des liens puissants... Et le plus violent amour est seulement suscité par
un tel regard soudain, comme par un dard qui pénétrerait jusqu’au plus profond du coeur! »

Tout en essayant de remplir ces trois conditions essentielles, descendez en vous, déchaînez
tous les pouvoirs de la pyramide en laissant votre imagination battre la campagne de vos
fantaisies charnelles, fixez sur votre victime votre regard de basilic, sans cesser d’arborer un
instant ce sourire énigmatique qui est la caractéristique des maîtres de l’art.
La manière idéale d’exercer votre pouvoir de fascination est, naturellement, d’avoir chez vous
votre victime. Tenez-la à votre merci dans votre repaire de sorcier. Invitez-la à boire un
verre ou à dîner, un vendredi, lorsque la lune est croissante. Vendredi, en dehors de toute
considération magique, est un bon choix, car elle ne sera probablement pas tentée de se sauver
aussitôt après dîner en prétextant qu’elle travaille de bonne heure le lendemain matin.
Mettez-la à l’aise; si vous le voulez, servez-lui des cocktails avant le repas, mais que tout
demeure intime, comme imprévu.
Si possible, éclairez-vous aux bougies. Mettez un peu de votre parfum Cernunnos (voir à la
fin du chapitre).
Préparez le diner vous-même. Vous aurez ainsi une occasion unique d’utiliser vos philtres.
Mais n’exagérez pas: ni les aliments ni les boissons ne doivent avoir un goût étrange.
Voici un exemple de menu:
Un plat de viande juteuse, abondamment garnie de sauge, de thym, de poudre de coriandre,
accompagnée d’une salade croustillante contenant des aphrodisiaques (tels l’endive, le persil,
des carottes crues, des pommes), ou bien des tomates farcies au basilic. Au dessert, vous
délivrerez votre direct du droit favori: compote de pommes à la cardamome! (Cardamomes et
pommes constituent déjà séparément un philtre d’amour puissant.) N’oubliez pas le
champagne.... L’un des chemins qui conduisent le plus sûrement au coeur passe par
l’estomac. Vous trouverez, à la fin de ce chapitre, la liste de simples et de plantes amis de
l’amour que vous pourrez mêler à votre cuisine.
Après diner, rien n’empêchent que vos alcools contiennent un peu de vos philtres. Vous vous
installerez dans une pièce où vous aurez préalablement fait brûler un encens amoureux.
Lumières tamisées et, à l’arrière-plan, musique douce.
Placez votre victime le dos à l’ouest. Vous vous tiendrez à l’est, d’où vient le pouvoir. Vous
pourrez alors entreprendre votre processus de fascination.
D’abord, la technique des yeux. Comment saisir son regard? Certaines sorcières utilisent
encore le vieux truc de la poussière dans l’oeil. D’autres, sans autre forme de procès, vous
fixent juste entre les deux yeux. A mon avis, c’est la meilleure méthode: rien ne vaut
l’attaque de front.
Si votre victime résistait, si elle fuyait obstinément votre regard, concluez-en qu’elle est « au
parfum » et sait ce que vous lui réservez. Passez immédiatement à la phase numéro deux, dite
technique manuelle. Pour cela, tendez-lui, pour qu’elle l’examine de près, un objet
délicatement travaillé. Votre bijou de sorcière, si vous êtes une femme, sera l’idéal. Profitez
de ce qu’elle le tient et l’étudie, pour vous approcher afin de lui montrer tel ou tel détail, et
aussi pour assurer quelque contact manuel avec son corps, en concentrant toute votre force
magnétique dans la liaison ainsi établie avec lui par l’intermédiaire de son épaule, de sa taille,
ou de quelque partie encore plus intime.
Si par une voie détournée votre victime, mâle ou femelle, arrivait à se dégager de votre prise,
passez directement à la phase numéro trois, la technique du souffle. Placez-vous de telle sorte
que vous puissiez expirer sur elle, le plus près possible de son visage (l’idéal serait dans la
bouche). Il y a de fortes chances pour que vous ayez alors établi le contact oculaire que vous

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désiriez et que votre puissance s’exprime simultanément des deux façons. Il ne vous reste
plus qu’à mettre le cap sur ce qui vous intéresse.
Tout le monde ne réussit pas tout de suite en matière de fascination, car l’exercice des
pouvoirs de la pyramide doit faire l’objet d’un long apprentissage avant qu’on puisse les
mobiliser à volonté. Continuez à vous entraîner! Tout cède à la persévérance, l’amour
comme le reste.
De toute façon, l’un des charmes suivants vous aidera à mieux disposer vos pièges. Les deux
derniers surtout sont d’une grande puissance et peuvent être d’un secours considérable au
praticien voluptueux qui n’est pas encore passé maître dans l’art de fasciner.
Dans ce domaine de la magie, le rituel obéit à un esprit très différent de celui d’Habondia. En
fait, nous avons affaire au Grand Cornu, son époux, celui qu’on prenait au Moyen Âge pour
Satan lui-même. C’est là une attribution purement érudite, car le Cornu existait bien avant le
christianisme et la conception chrétienne du diable. Si le symbole d’Habondia est la colombe,
celui du Vieux Cornu est le bouc. Le bouc représente depuis toujours le désir et la débauche,
et Cernunnos lui -même, car c’est son nom magique, est souvent représenté avec des sabots et
des cornes de bouc, le phallus en érection. Son symbolisme ressemble à celui du dieu grec
Pan, avec sa suite de satyres et de silènes, et évoque également les géants phalliques de la
préhistoire tels qu’on les retrouves gravés à différents endroits en Angleterre, par exemple au
Cerne Giant et au Long Man of Wilmington. Il est le dieu des morts, de l’hiver, du chaos,
aussi l’a-t-on appelé le Seigneur de la Confusion, comme il est pour nous le Roi de la
Débauche et de la Licence. Les Saturnales du milieu de l’hiver lui sont consacrées, et sorciers
et sorcières les célèbrent toujours à peu près quand les chrétiens fêtent Noël.
Au lieu des fleurs d’Habondia que le Grand Cornu foule joyeusement aux pieds, entourez le
triangle de votre autel de pommes de pin, de feuillage toujours vert, de cornes, de dents ou de
sabots d’animaux, tout spécialement consacrés au dieu
il ne s’agit plus des gentils mystères et de l’influence crépusculaire des enchantements
féminins d’Habondia, mais plutôt des ténèbres des grandes forets sauvages, des galopades et
des ébrouements du dieu des bêtes, des faits rudes et primordiaux de la vie, du phallus qui se
cabre, de la vulve toujours avide.
Pour commencer, voici un petit charme traditionnel qui convient d’avantage au sorcier qu’à la
sorcière, quand il veut exciter chez une femme une vile passion. On ne l’emploie plus
beaucoup aujourd’hui pour des raisons évidentes, mais il illustre de façon étrange l’utilisation
du principe de la transmission directe.
Les éléments de cette opération sont simples: une chienne en chaleur, un chien mâle, et un
petit miroir plaisant que l’objet du désir du sorcier acceptera sans trop se faire prier.
Tout ce qu’il faut, c’est que les deux chiens s’accouplent un jeudi soir, soit à huit heures du
matin, ou à trois heures de l’après midi ou à dix heures du soir. Capturez dans votre miroir la
scène qui se déroule devant vous en psalmodiant avec force l’incantation suivante:
Moi le chien et elle la chienne,
Moi le manche et elle la cognée,
Moi le coq et elle la poule,
Que ma volonté soit faite!
Vous vous arrangerez pour ne pas éveiller, espérons-le, l’attention de vos voisins. Vous
offrirez ce miroir à la femme de votre désir. Si elle le refuse, arrangez-vous pour qu’elle y
jette au moins un regard. Un seul, et elle sera à vous. Soyez prêt à ce qu’elle déchire vos
vêtements de ses mains.
Les rites de cette opération doivent de préférence s’accomplir le jeudi, jour que sorciers et
sorcières tiennent pour voué à l’approche violente de l’amour, plutôt vers huit heures du
matin, trois heures de l’après midi et dix heures le soir. Contrairement aux charmes que vous
avez pratiqués jusqu’ici, vous aurez besoin de votre grand triangle de manifestation, et vos

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instruments de pouvoir seront votre athamé et votre calice. Votre autel sera parsemé de
cornes de bêtes, de feuillages toujours verts, etc.

Le charme du Noeud d’Amour.


Ce premier charme, qui utilise la puissance redoutable de Cernunos, comporte au moins
cinquante variantes dans le monde de la sorcellerie. Il est d’une puissance redoutable pour
inspirer à une personne précise le désir irrésistible de l’exécutant. Cette opération est
réversible, destructrice. (Nous y reviendrons au chapitre suivant). Pour l’instant, tenons
nous-en à l’opération positive.
Vous aurez besoin de quelques cheveux de la personne que vous voulez influencer. Un
peigne ou une brosse à cheveux seront probablement vos sources d’approvisionnements.
Vous risqueriez d’éveiller les soupçons si vous approchiez de votre victime, avec un grand
sourire, une paire de ciseaux à la main, pour lui couper une mèche de cheveux.
Préparez votre lieu de travail, avec des pommes de pin, du lierre, des feuilles d’arbres
toujours verts, des cornes. Dans votre encensoir ou brûle-parfum, brûlez l’un des encens de
Cernunnos. Dans votre calice, versez quelques gouttes de vin rouge. Sur le sol, avec la
pointe de votre athamé, tracez les cotés d’un triangle équilatéral assez vaste pour que vous
puissiez aller et venir librement autour de votre autel. Marquez-le bien au préalable avec du
ruban ou cordonnet blanc.
Commencez en psalmodiant l’antique invocation au Cornu, que vous trouverez-ci après.
Partant de l’est, vous décrirez un cercle en marchant à reculons dans le sens des aiguilles
d’une montre et en vous arrêtant à chaque point cardinal pour répéter l’invocation.
Ce faisant, encensez et aspergez de quelques gouttes de vin chaque coin de votre table-autel.
Vous vouerez ainsi le triangle au service de Cernunnos:
en même temps, imaginez que vous êtes debout au milieu d’une petite clairière perdue dans
une vaste foret. Vous entendez au loin la galopade et le cri d’une bête sauvage qui fonce è
travers les halliers. Elle s’approche de la clairière où vous attendez, comme si elle était
guidée vers vous par chacune de vos invocations. Respirez: la bête est si près que vous sentez
maintenant son relent de fauve. C’est Cernunnos lui-même, le Grand Cornu, dans sa forme
semi animale, avec sa tête couronnée d’andouillers et son phallus dressé, ses yeux brûlants
qui luisent dans l’ombre de la foret. Après avoir lancé votre dernière invocation face au nord,
voyez-le: il est là, debout, hors du périmètre de votre triangle enchanté. Son aspect est celui
de Pan, ou du bouc des Sabbats. Il peut différer, car Cernunnos, le dieu des sorciers et des
sorcières, est également le Puck des légendes élisabéthaines et de Shakespaere:

L’INVOCATION AU GRAND CORNU.

Eko ! Eko Azarak ! Eko ! Eko ! Zanelak


Eko ! Eko Cernunnos ! Eko ! Eko, Arada !
Bagabi lacha bachabe ;
Lamac cahi achababa
Karellyos !
Lamac Lamac Bachalyas ;
Cabahagy Sabalyas,
Baryolas !
Lagoz atha Cabyolas
Samahac atha femyolas,
Harrahya !
Revenez è l’est, derrière votre autel, face à l’ouest. Prenez vos trois morceaux de corde,
consacrez-les à l’encens et au vin au nom du Cornu. Nouez-en les extrémités et tressez les

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trois bouts en introduisant dans la tresse les cheveux de votre victime. Gardez son image
présente à l’esprit en répétant sans cesse l’invocation suivante:
Cernunnos, Seigneur Cernunnos, je t’en supplie
Que (ici le nom) n’ait ni repos ni répit
si de corps et de coeur il ne m’obéit.
Une fois la corde tressée, nouez les deux bouts ensemble en prononçant avec force:
« Que ma volonté soit faite ! »
Il n’est pas nécessaire ici de sceller l’opération par la triple croix, elle est assez puissante par
elle-même. Enroulez votre corde autour du haut de la cuisse si vous êtes une femme,
directement autour des organes génitaux si vous êtes un homme, serrez assez pour qu’elle
tienne sans pour cela arrêter la circulation du sang, ce qui compromettrait le succès de votre
charme. Vous porterez cette corde, ou cingulum comme nous l’appelons, pendant vingt-huit
jours, en ne l’ôtant que pour faire votre toilette.
Si vous n’enregistrez aucun résultat appréciable au bout de cette première phase, il vous
faudra redoubler la mise et sceller l’opération de la manière suivante:
Vous préparerez votre lieu de travail en traçant de nouveau un grand triangle sur le sol, vous
décorerez votre autel de la manière habituelle en veillant à avoir dans votre encensoir ou
brûle-parfum une quantité suffisante de braise brûlante. Vous remettrez votre calice à
l’intérieur du triangle, mais il contiendra cette fois quelques gouttes d’huile d’olive, de vin
rouge, de miel et de votre propre sang ou de votre urine.
Vous invoquerez Cernunnos aux quatre points cardinaux, ainsi que lors de la première
opération. Vous ôterez votre corde et y ferez neuf noeuds, par paires, les deux premiers à
chacune des extrémités et ainsi de suite en vous rapprochant du centre où vous ferez le
neuvième noeud. A chaque noeud, vous répéterez l’incantation que vous connaissez déjà:
Cernunnos, Seigneur Cernunnos, je t’en supplie,
Que (le nom) n’ait ni repos ni répit
si de corps et de coeur il ne m’obéit!
Au dernier noeud, celui du centre, vous direz:
« Que ma volonté soit faite »
Vous tremperez ensuite votre corde dans le calice pour qu’elle s’imprègne de quelques
gouttes de liquide que vous projetterez, avec quelques grains de votre encens spécial, sur les
charbons de bois brûlants, en répétant, avec toute la force de votre désir sexuel, les mots
suivants:
Ure Spiritus Igne
Renes nostros et or nostrum
Fiat! Fiat! Fiat!
Cette seconde phase du processus renforce l’effet subtil de la première dans la psyché
profonde de votre victime et ravive violemment le feu qui y couve.
Certains sorciers et sorcières s’amusent à les accomplie à l’envers, sur des couples d’époux
ou d’amants. C’est ce qu’on appelle en français « nouer l’aiguillette », c’est à dire que le
couple en question devient incapable d’avoir des rapports sexuels. On « noue l’aiguillette »
depuis des siècles, et les théologiens du XVIe siècle, tels Del Rio, De Lancre et Bodin, en
citent plusieurs cas dans leurs écrits. Rien n’a plus enflammé l’imagination hystérique du
public que cette accusation portée parfois contre des innocents et qui est l’une des causes
principales des grandes persécutions des XVIe et XVIIe siècles.

L’envoûtement, ou charme de la figurine.


En dernier ressort, vous pouvez utiliser le charme de la figurine, l’ « envoûtement d’Amour »
disent certains.

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Décorez votre table-autel comme pour les expériences précédentes. Vous placerez votre
calice de vin en dehors du triangle de l’autel, vous préparerez vos lampes ou chandeliers
magiques ainsi que votre encensoir que vous chargerez d’encens de Cernunnos. A l’intérieur
du triangle, vous disposerez de la pâte à modeler ou de la cire d’abeille. Vous y ajouterez
quelques cheveux ou rognures d’ongle de la personne que vous allez ensorceler, ou bien une
partie quelconque de l’habillement de votre victime: un mouchoir, une cravate, une chaussette
ou un bas, n’importe quoi pourvu qu’elle l’ait porté.
Vous commencerez à opérer en psalmodiant de part et d’autre de votre autel l’incantation à
Cernunnos, en l’aspergeant d’un peu de vin de votre calice.
Un frisson glacé parcourra soudain votre dos: le Cornu sera là, près de vous. Prenez alors la
cire ou la glaise et modelez-la pour en faire une poupée, une figurine, dont les traits
ressemblent autant que possible à ceux de votre victime. N’oubliez pas de bien marquer ses
organes et ses caractères sexuels.
Fixez ensuite les cheveux au sommet du crâne ou, si ce sont des rognures d’ongles, aux
extrémités des bras et des jambes. S’il s’agit d’un vêtement quelconque, attendez la phase
suivante de l’opération. Puis prenez votre athamé, et gravez de la pointe, sur la figurine, le
nom de la victime, fils ou fille de X et de Y. Retournez la figurine et écrivez: N (le nom de la
victime) désire charnellement M (le nom du suppliant). Vous enroulerez votre pièce
d’habillement autour de votre poupée de cire ou d’argile. Vous la consacrerez ensuite à
l’huile et au vin, en psalmodiant chaque fois en en projetant de toute la force de votre désir
l’image mentale de votre victime dans sa reproduction ainsi achevée.
Au nom de Cernunnos le Cornu,
Je te baptise, créature de terre (ou de cire),
N (nom), fils (ou fille) d’X et d’Y.
Te voici maintenant à jamais devenue
N (nom), fils (ou fille) d’X et d’Y
Vous scellerez cette opération par la triple croix en prononçant la formule habituelle:
« Que ma volonté soit faite »
Placez alors votre figurine à l’intérieur du triangle de votre autel, la tête tournée vers l’est.
Prenez votre athamé de la main droite, levez-le très haut au dessus de la figurine, appuyez la
pointe à l’emplacement du coeur en projetant avec force l’image de votre victime, en vous
imaginant que vous la tenez ainsi en votre pouvoir. Et quand vous y serez parvenu, laissez-
vous emporter par le courant de vos émotions en psalmodiant:
Ce n’est pas ma main qui agit,
Mais celle de Cernunnos, le Cornu.
Comme cette lame perce ton coeur,
Que brûlent de désir pour M (Nom du suppliant)
Les reins de N (nom de la victime).
Plongez avec force votre athamé dans le coeur de la figurine, en disant:
« Que ma volonté soit faite ! »
Après avoir retiré votre athamé, vous envelopperez la malheureuse figurine dans un linge de
lin que vous aurez préalablement purifié.
Pour renforcer le pouvoir de l’incantation, vous devrez cacher votre figurine, enveloppée dans
son linge consacré, dans le voisinage de la victime, ou quelque part chez elle où elle ne la
découvrira pas. Sinon, enterrez-la à l’endroit où vous êtes certains qu’elle passera. Surtout,
qu’elle ne la trouve jamais, cela pour deux raisons incontestables. La première est qu’il faut à
tout pris éviter que l’ensorcelé ne se méprenne sur la sorte de magie exercée contre lui. S’il
recèle au fond de lui une crainte secrète de tout ce qui est occulte, nul ne sait ce que pourra
être sa réaction devant la blessure au coeur que porte cette figurine. Loin d’être enflammé de

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désir, l’ensorcellé pourrait ressentir pour son persécuteur, votre client - et pour vous et pour
toute l’opération - une répugnance justifiée.
La seconde raison est moins évidente mais bien plus importante. Si votre victime est elle-
même versée dans la magie noire, ou si elle est en relation avec l’un de ses adeptes, rien ne lui
sera plus aisé que de déclencher contre l’opérateur c’est-à-dire vous, un « choc en retour »: il
lui suffira d’employer votre figurine chargée de votre puissance pour entreprendre contre
vous toute une série de manoeuvres préjudiciables. J’insiste donc sur la prudence qui doit
être la votre.

Les simples et les encens d’amour.


Pour conclure ce chapitre sur l’amour et le désir charnel, voici les recettes des divers encens
mentionnés dans les pages qui précèdent, avec en plus une liste d’ingrédients que vous
désirerez peut-être expérimenter.

ENCENS D’AMOUR
Cet encens est utilisable pour tous les charmes d’amour, composition de philtres , charmes
planétaire, etc.
Traditionnellement, les sorciers y emploient le musc, le bois d’aloès, la poudre de corail
rouge, la teinture d’ambre gris et des pétales de rose, le tout mélangé avec quelques gouttes de
sang de pigeon et la cervelle desséchée d’un moineau! Les sorciers modernes omettent
généralement les deux derniers composants et les remplacent par du blanc d’oeuf. En plus de
son effet magique, c’est un excellent liant pour vos poudres au cas où vous désireriez en faire
des pastilles ou des cônes et disposer ainsi d’un encens tout prêt.
Tous les parfums de fleurs peuvent servir à ces opérations. Si vous reculez devant l’ambre
gris, assez coûteux, même sous sa forme synthétique pour recourir aux huiles de myrtes, de
jasmin, de romarin, de violette, de verveine, ou encore de bois de santal. Il peut être très
avantageux de mêler à cet encens un parfum qui vous a frappé au cours d’une de vos
expériences amoureuses. Les pétales de rose et le bois d’aloès constituent une base excellente
pour tous vos mélanges d’huiles et d’essences. Le musc et la civette sont particulièrement
indiqués, mais, comme l’ambre gris, sont plutôt dispendieux. De nombreux parfumeurs de la
haute couture moderne utilisent couramment ces trois essences ou leurs remplaçants de
synthèse dans la composition de leurs parfums les plus secrets.

ENCENS POUR LA NÉCROMANCIE AMOUREUSE.


1 partie de verveine, finement moulue,
1 partie d’armoise amère, finement moulue,
1 partie de bois de santal, de bois d’aloès ou de pétales de roses,
1 partie de dictame de Crète, finement moulu,
1 partie de gomme de benjoin.
Humidifiez avec quelques gouttes de:
huile d’olive pure,
vin rouge,
miel,
sang de l’opérateur.
Ajoutez un peu d’huile ou d’essence de fleur pour parfumer (autant que possible un parfum
qu’aimait le disparu).
Mélangez le tout un vendredi quand la lune croit, et laissez macérer toute la nuit. Si
nécessaire, ajoutez quelques herbes pour arriver au degré de sécheresse convenable.

Autres simples pour les philtres.

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Voici une liste d’herbes - de simples - que vous trouverez dans le commerce et qui, d’après la
tradition, sont particulièrement agissantes dans les philtres d’amour. Achetez-en quelques-
unes (en plus de celles déjà mentionnées) pour les expérimenter prudemment.

LISTE SUPPLÉMENTAIRE DE SIMPLES.


Fenouil,
erynge
cardamome,
aneth,
gingembre,
cumin,
marjolaine,
primevère,
chicorée (utilisée en sachet, son pouvoir dure sept jours),
fleurs de tilleul,
molène,
malaguette (ou poivre de guinée)
cardiaire,
racine de ginseng (beaucoup utilisée par les praticiens d’Extrême-Orient),
pétales de violette,
souchet odorant (acorus calamus),
verveine,
thym,
anis,
basilic, pétales de rose (peuvent être utilisées sous forme de sirop),
pomme (la fleur ou le fruit),
ache de montagne,
romarin,
miel,
genièvre,
valériane.
Après avoir consacré ces simples, vous pourrez les mettre en sachets que vous donnerez à la
personne qui veut inspirer un désir et qu’elle portera sur elle et mettra la nuit sous son oreiller.
Ces sachets seront confectionnés avec une mince étoffe blanche et fermés avec du fil ou du
ruban rouge. C’est la manière traditionnelle dont opèrent les sorciers. (Pour plus de détails à
ce sujet, voir le prochain chapitre).
Enfin, voici encore vingt simples amoureux utilisables seulement en sachets. Dans tous les
cas, mélangés ou employés séparément, ces simples devront être consacrés au nom
d’Habondia ou de Cernunnos, et vous ne devrez pas oublier d’énoncer fermement votre
intention au moment où vous fermerez le sachet au moyen d’un ruban ou d’un fil rouge.
Certains de ces ingrédients doivent être étiquetés soigneusement, mis sous clé, car sous aucun
prétexte ils ne peuvent être administrés oralement, comme philtre. Ils pourraient se révéler
extrêmement vénéneux.

SIMPLES A EMPLOYER EN POUDRE OU EN SACHETS.


Lavande,
verveine,
racine d’iris,
mélisse officinale, rue (pour garder la tête froide dans les affaires d’amour),
fleurs d’aubépine,

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fleurs de pervenche (Vinca major et minor),
achillée (son pouvoir dure sept ans. Excellente pour les mariages.)
rameau de dracéna (très employé aux États Unis pour ramener les amants égarés),
racine de mandragore (surtout n’en mangez pas - très indiqué pour Cernunnos),
feuilles d’olivier (apaise des différends),
fleurs de primevère,
racine de satyrion (et tous les types d’orchidées. A ne pas consommer oralement. Très
indiquée pour Cernunnos),
feuilles ou fleurs de myrte,
ulmaire,
fleurs de jasmin,
pétales de violette,
bergamote
bois d’aloès,
bois de santal,
souci,
aurore (artemesia abrotanum).
Vous pourrez trouver la plupart de ces simples dans toutes les herboristeries. Prenez garde
qu’ils soient en bon état; d’autre part, certains commerçants peu consciencieux tenteront de
vous donner du laurier pour du myrte, etc.
Voici un excellent sachet d’amour à utiliser dans votre bain avant toute rencontre amoureuse,
qu’il s’agisse de sorcellerie ou non. Vous le préparerez un vendredi, comme toujours, lorsque
la lune croit. Il vous faudra mélanger:
7 parties de lavande,
6 parties de romarin,
5 parties de pétales de rose,
3 parties d’ache de montagne,
2 parties de feuilles de verveine,
1 pincée de racine d’iris,
1 pincée de thym,
1 pincée de menthe,
1 pincée de sauge,
1 pincée de marjolaine.
Mettez le tout dans de la mousseline fine et faites macérer dans l’eau de votre bain. Vous
aurez peut-être l’impression qu’il s’agit d’un excellent bouquet de cuisine, mais je peux vous
assurer que beaucoup de sorciers se sont rendu compte de son effet exceptionnel sur la
puissance masculine dans les joutes d’amour!
On peut aussi faire tremper du romarin dans de l’eau pure, dont on se servira ensuite pour se
laver les mains ou pour arroser les quatre points cardinaux de sa chambre avant toute
invocation romanesque à Habondia. Mais cette eau de romarin est parfaitement inefficace
avec Cernunnos.

L’ENCENS DE CERNUNNOS.
A utiliser dans toute invocation à Cernunnos ou dans tout charme dont le but est d’exiter un
désir charnel:
- Quelques gouttes d’essence de patchouli ou un peu de poudre de feuilles de patchouli,
- 1 partie d’encens d’église au grain fin et de très bonne qualité,
- 1 partie de feuilles de laurier finement moulues,
- 1 partie de bois de cyprès ou aiguilles de pin, finement moulus,
- 1 partie d’armoise amère, finement moulue,

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- 1 partie de verveine.
Humidifiez le tout avec quelques gouttes d’huile de girofle,
d’huile de pin (gomme de térébenthine),
d’huile d’olive,
du miel,
du sang de l’opérateur,
du vin rouge.
Vous terminerez en ajoutant un peu de civette ou de musc si vous en avez. Sinon, vous
pouvez très bien vous en passer.
Ainsi que pour tous vos autres encens, laissez ce mélange macérer une nuit durant, en le
complétant, si nécessaire, par des ingrédients solides afin de lui donner la consistance et la
sécheresse convenables. Vous le préparerez un jeudi, aux heures indiquées déjà, lorsque la
lune croit. Cet encens est très fort, et vous devrez l’utiliser par petites quantités.

PARFUM DE CERNUNNOS.
Vous en mettrez pour toute opération ou aventure comportant du désir et de la séduction
charnels.
Il existe plusieurs variantes de la même formule. La plus courante est la suivante (des
essences synthétiques peuvent remplacer les produits indiqués):
5 parties de musc,
5 parties de civette,
1 partie d’ambre gris,
1 partie de patchouli ou de casse.
Les trois premiers ingrédients sont très coûteux. Aussi je vous donne à la suite une formule
excellente. Le résultat est extrêmement puissant, vous devrez donc en faire un usage modéré:
1/3 d’huile de patchouli,
1/3 d’huile de bois de cèdre,
1/3 de pin (ou de gomme de térébenthine de bonne qualité),
1 goutte de vanille,
1 goutte d’huile de jasmin ou d’ilang-ilang,
1 goutte d’huile de girofle,
1 goutte d’essence de rose,
1 goutte d’huile de géranium.
Mélangez ce parfum à de l’alcool pur si vous voulez en faire une eau de toilette. Si jamais
cette recette elle-même vous semblait trop ardue, vous pourriez vous servir seulement d’huile
de patchouli.
Pour avoir un mélange vraiment détonant, vous pourrez ajouter à votre huile sabbatique
quelques gouttes de parfum de Cernunnos. Vous trouverez au chapitre VII la composition de
l’huile sabbatique.
Comme pour l’encens d’amour, je vous conseille d’aller de l’avant et d’expérimenter vous-
même ces compositions.
Toutefois, quand il s’agit de désir charnel, n’oubliez pas de vous en tenir aux odeurs amères,
genre aiguilles de pin. Laissez à Habondia et à ses amours éthérés le doux parfum des fleurs.

CHAPITRE V
CONTRE - MAGIE ET PROTECTION.

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Ne vous y trompez pas. A la minute même où vous avez posé le pied sur le sentier de la
sorcellerie, le monde invisible à été prévenu. Tôt ou tard, vous aurez à vous protéger contre
les carreaux d’arbalète magiques que vous décocheront des praticiens mal intentionnés. Une
mauvaise chance persistante, vraiment surnaturelle, qu’elle soit provoquée par le regard acéré
d’une personne au « mauvais oeil » ou par une agression organisée et plus puissante, est la
conséquence d’un point faible dans la psyché profonde de la victime.
Il est possible de détourné cette « persécution » en créant un champ de force magique, grâce à
des objets - pouvoirs bénéfiques connus sous le nom d’amulettes. La charge de ces objets a
pour but d’engendrer un état d’harmonie, de générosité, d’expansion, de sécurité et
d’optimisme, dans votre psyché profonde comme dans celle de vos proches.
La plupart des novices en sorcellerie portent évidemment des amulettes et en suspendent un
peu partout chez eux. Elles peuvent être confectionnées à partir d’un grand nombre de
substances. Celles que nous mentionnerons ici sont toutes d’origine minérale ou végétale, et
leur puissance se fonde sur la troisième puissance magique: la terre elle même.
Pour le sorcier, l’archétype de la Terre représente la source de toute existence, de toute
guérison, de toute fertilité. Le symbolisme magique de la Terre est celui qu’on retrouve dans
toute les divinités classiques agricoles et domestiques, les féminines surtout, telles Cérès,
Vesta, Égérie, Ops, Cybèle, Rhéa, en fait toutes les grandes mères terrestres. De nombreux
sorciers se réfèrent à elles sous les noms d’Hulda, d’Erda ou d’Hertha, toutes d’origine
germanique.
Hertha, par exemple, est liée si étroitement à Habondia que ces deux déesses, dans la légende
magique, sont considérées comme la mère et la fille. La plupart des sorciers et sorcières
modernes voient en elles deux aspects différents de la même puissance, et la nomment tout
simplement la Déesse.
Si vous voulez devenir sorcier, il est indispensable que vous vous placiez tout de suite sous la
protection d’un charme quelconque. Vous avez à votre disposition un choix d’amulettes. En
voici deux, dont le premier ne peut servir que si vous vivez dans une maison, et non en
appartement.
Vous choisissez le jour de la nouvelle lune. Vous achèterez ce jour-là un oeuf de poule frais.
Plus l’oeuf sera frais, mieux cela vaudra, mais un oeuf fécondé est le meilleur de tous. Puis, à
minuit, chargez votre encensoir ou votre brûle-parfum d’un encens tellurique (voir fin de ce
chapitre), et mettez de l’eau et du sel dans votre coupe, et dédiez clairement tous ces actes à
Hertha en prononçant par exemple plusieurs fois la formule: « Au nom d’Hertha ».
Tenant l’athamé dans la main droite, l’oeuf dans la gauche, faites trois fois le tour de votre
maison ou de votre terrain (toujours le même itinéraire), en vous concentrant fortement sur
l’image d’Hertha, soit en invoquant simplement son nom, soit en employant l’incantation qui
suit:
Hertha, Grande Mère, Génitrice de toute vie.
Toi qui engendres tous et tout,
Toi à qui l’on doit le soleil de tous les jours
Et sa lumière répartie également sur tout et tous;
Gardienne du ciel et de la terre et de tous les pouvoirs,
Toi par qui la nature repose et s’endort,
Toi qui ramènes la lumière et dissipes les ténèbres
Pour nous recouvrir plus sûrement de ton ombre.
Toi qui contiens l’éternel chaos
Le vent, la pluie et la tempête,
Toi dont la voix soulève l’océan,
Déchaîne les éléments et obscurcit le jour
Pour le rendre ensuite dans sa plénitude de joie.

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Toi, gardienne fidèle de toute vie
Toi vers qui s’envolent nos âmes quand elles partent
Pour que tu les ramènes à leur point de départ,
Avec raison on te nomme la Mère de toutes choses,
Et ton nom seul t’assure la domination de tout.
Source de force pour tous, hommes et dieux,
Toi sana qui nul ne serait né ni accompli,
Je t’appelle, maîtresse de la création.
Je t’appelle, toi la Divine,
Je t’appelle par ton saint nom.
Hertha, veuille m’accorder ce que je te demande:
Protège cette maison, ce foyer,
Et tous ceux qui y vivent,
Toujours je t’en rendrai grâce.
Représentez-vous Hertha sous la forme d’une grande femme brune, d’âge mur, sculpturale,
vêtue d’une robe de bure brune et verte. Elle porte dans les bras une gerbe de blé doré
parsemée de coquelicots d’un rouge éclatant. Ses poignets et ses chevilles, s’ornent de deux
serpents verts entrelacés. Ses yeux chatoyants sont de couleurs d’or sombre. Sur sa haute
chevelure de teinte fer foncé, elle arbore une couronne carrée, crénelée, comme quatre tours
réunies. Ce sont les quatre châteaux, les quatre tours de guet de la sorcellerie, qui veillent aux
quatre coins du monde. Sous ses pieds, croit une végétation luxuriante. Derrière elle, une
immense caverne s’ouvre dans un flanc de montagne, couvert de plantes grimpantes.
A chaque pas, imaginez que votre pied laisse une empreinte lumineuse d’un bleu éclatant.
C’est la puissance magique qui entoure votre maison d’un cercle protecteur de lumière.
Lorsque vous aurez décrit vos trois tours rituels (sans avoir rencontré, espérons-le, quelque
ennui comme celui d’être arrêté par la police locale pour tapage nocturne), mettez votre oeuf
à l’intérieur d’une boite noire, préalablement exorcisée, que vous aurez doublé d’un tissu noir
provenant de votre garde-robe. Enterrez ensuite cette boite profondément et pour toujours,
aussi près que possible du seuil de votre demeure. L’important est d’incorporer l’oeuf à la
structure fondamentale du bâtiment, à défaut des fondations.
Exorcisez l’endroit choisi au sel et à l’eau et avec votre encens terrestre. Puis placez-y la
boite en conjurant trois fois Hertha qu’elle protège votre demeure contre toute mésaventure et
qu’elle bénisse ceux qui y vivent. Crachez trois fois dans le trou avant de le remplir
solidement et pour toujours.
Ce rite est en fait un abrégé d’un rituel où l’on sacrifiait à la terre, il est d’une efficacité
certaine en tant que bénédiction et défense contre tout mal. Dans le passé, les sorciers
campagnards l’employaient pour bénir les pâturages et labours ainsi que les demeures
particulières.
Tout aussi efficace quant à ses effets, est le carré de Saturne. Il s’agit là d’un talisman et non
plus d’une amulette. Ce carré magique est similaire à celui de Mercure, mais tout à fait autre
dans sa composition. Et quant aux pouvoirs de Saturne et de Mercure, ils sont
diamétralement opposés. Mercure est le principe de tout ce qui est aérien, intellectuel, et
Saturne, celui terrestre, chtonien, de la matière.
Pour faire un carré de Saturne, attendez un samedi de nouvelle lune ou juste après la nouvelle
lune. Vous pourrez choisir entre huit heures du matin, trois heure de l’après midi et dix
heures du soir. Allumez dans votre encensoir ou brûle-parfum de l’encens tellurien et
remplissez votre calice d’eau salée. Exorcisez une feuille de votre papier-talisman en le
passant au feu et à l’eau, puis, avec votre plume et votre encre magiques, divisez-le en neuf
compartiments.

60
Écrivez dans chaque compartiment ainsi formé le chiffre correspondant avec le 1 et en
finissant par 9.
Carré de Saturne.

4 9 2
3 5 7
8 1 6
Ce faisant, concentrez-vous sur l’image d’Herta, en psalmodiant une incantation qui vous
suggère le pouvoir de la Terre. Puis retournez le papier et tracez-y le plan de votre maison
que vous entourerez de trois cercles dessinés dans le sens des aiguilles d’une montre, en
commençant par le cercle extérieur. A chacun d’eux, répétez votre formule. Magiquement,
vous avez représenté la sécurité qui entoure désormais votre demeure. Encensez et scellez
comme d’habitude.
Vous mettrez ensuite ce papier dans un paquet que vous entourerez d’un ruban rouge noué
trois fois. Et aussitôt après, comme votre oeuf, vous le dissimulerez dans un lieu de vorte
maison que vous aurez consacré au nom d’Hertha.
Ces deux objets, l’oeuf et le carré de Saturne, devraient suffire pour protéger votre famille
contre tous les hasards quotidiens. Toutefois, bien des sorciers préfèrent renforcer encore les
courants telluriques protecteurs de leur maison en suspendant un peu partout certains objets,
pierres consacrées et sachets d’herbes magiques, aux points stratégiques: le foyer, le seuil de
la porte d’entrée, les autres portes et fenêtres, sous les combles, dans la cave, et naturellement
au dessus des lits. Boules de verre, fers à cheval, clés et autres objets en fer sont indiqués: par
nature, le fer est plus défensif qu’à proprement parler bénéfique. De même, le pentacle est
irremplaçable: placé au-dessus d’une porte, il en assure la défense. (Nous y reviendrons plus
tard).
Les amulettes étaient à l’origine de simples pierres percées d’un trou. Pour être efficaces, il
faut qu’elles aient été formées naturellement, par l’érosion du vent et de l’eau, et il est
préférable de les trouver plutôt que de les acheter. Les silex abondent dans certains champs
ou sur les plages de galets. En ramassants une de ces « pierres sacrées », n’oubliez pas de
spécifier que vous accomplissez cet acte « au nom d’Hértha ». Vous la placerez ensuite aussi
près que possible de votre cheminée, ou, si vous n’en avez pas, vous la suspendrez dans la
pièce où vous êtes le plus souvent.
Comme l’oeuf, ne passez pas votre « pierre sacrée » au feu et à l’eau; il s’agit d’une amulette
et non d’un talisman, et vous l’utiliserez telle qu’elle sort de terre.
La « boule des sorciers » est une autre amulette. Elle peut adopter la forme d’un énorme
globe de verre creux de la taille d’un ballon de plage, argenté à l’intérieur , et qui ressemble,
en beaucoup plus grand, à ces boules qui décorent les arbres de Noël. Elle à la même
fonction qu’un accessoire de fascination, tout comme un joyau de sorcier ou de sorcière. On
la suspend généralement au centre du plafond de la salle de séjour, ou encore dans l’entrée,
pour qu’elle y « monte la garde » et protège l’accès de la maison. Ces ballons se trouvent
dans les magasins d’antiquités. A une époque, ils ont été à la mode parmi les non-initiés qui
s’en sont servis comme décoration.
Il existe également une seconde variété plus traditionnelle de « boule des sorciers »: c’est la
boule de verre dont les pécheurs se servent comme flotteurs pour leurs filets. On en trouve
chez certains brocanteurs.
Pour terminer avec les généralités de la protection magique, voici brièvement quelques-unes
des amulettes les plus courantes. La plupart des sorciers les collectionnent et disposent d’un
véritable arsenal dans lequel ils puisent à leur convenance. En tant que talisman, la bague et
le pendentif assurent généralement la protection de base mais on peut combiner leur effet
avec celui des amulettes. Personnellement, je trouve déraisonnable de garder sur soi, au

61
hasard, des quantités d’amulettes sans les avoir essayées au préalable une par unes. Puisque
vous êtes débutant, résistez à la tentation et ne portez jamais qu’une amulette à la fois (en plus
de votre joyau). Au fur et à mesure que vous acquerrez plus de puissance, apprenez à vous
passer de ces sortes de « batteries » portables. Finalement, vous deviendrez capable d’écarter
des auxiliaires artificiels et de vous fier à votre seul pouvoir magique pour éloigner de vous
toute vibration ou tout courant hostiles.

Amulettes portables.
La pierre de croix, ou macle, ou croisette de Bretagne, est un cristal de silicate ferreux
d’aluminium, ou staurolite, qui a naturellement une forme orthorhombique, c’est à dire celle
d’un prisme droit dont la base est un losange. Cette forme est donc celle d’une croix grecque
tridimensionnelle, la plus haute expression de la croix dans la nature. Elle symbolise les sept
dimensions mystique de l’espace: le nord, le sud, l’est et l’ouest, l’abîme supérieur, l’abîme
inférieur et le centre sacré. C’est le germe de la formule cabalistique complexe: Ararita. Il
faut la placer dans un sachet de tissu rouge et la suspendre à son cou par un fil également
rouge, en se plaçant « sous le charme de la protection d’Hertha ».
Une autre amulette terrestre puissante est la représentation de la main dans le signe phallique
dit « de la figue ». C’est à dire le poing fermé, le pouce apparaissant entre l’index et le
majeur. L’objet est sculpté dans le jade ou dans l’ambre, le corail, le jais, la coralline. Cette
amulette doit, elle aussi, être suspendue par un fil rouge et on n’oubliera pas, en la mettant,
d’invoquer le nom d’Hertha. Une vielle clé de fer peut servir au même but, ses implications
sexuelles étant les mêmes.
Les pointes de flèches en silex ou en pierre, d’origine pré-celtique, ont toujours été
considérées comme des instruments de protection d’une extrême puissance, et les sorciers les
emploient comme les deux amulettes précédentes.
Enfin, une amulette hautement prisée est la fameuse sidérite, pierre d’oxyde de fer
magnétique, qui porte également le nom d’aimant naturel ou magnétite. Depuis des temps
immémoriaux, sorciers et sorcières s’en servent, et bien que sa confection et son entretien
soient plus compliqués que pour les précédentes, vous trouverez sans doute que le résultat en
vaut la peine.
Si vous accomplissez le rite chez vous, n’oubliez pas d’ouvrir votre fenêtre: à la lueur de la
pleine lune, placez votre sidérite sur une feuille de papier-parchemin, laquelle recouvre votre
manuel de travail. Consacrez la pierre avec votre huile sabbatique (voir chapitre VII). Vous
verserez autant de gouttes d’huile que le porteur éventuel compte d’années d’existence, plus
une pour l’année en cours, en psalmodiant à chaque goutte l’invocation suivante: « Puisse
Hertha te bénie (nom du porteur), de toute sa haute puissance: »
Regardez les gouttes d’huile briller sur la pierre qu’elles imprègnent de puissance magique.
Puis mettez la sidérite dans un sac de flanelle rouge ou de cuir de chamois, muni d’un ruban
rouge, et prononcez ces mots: « Que ma volonté soit faite! » A chaque pleine lune, vous
devrez ôter la pierre de son sac, la plonger dans un bol d’eau, l’essuyer, la parsemer d’une
pincée de pyrite ou de limaille de fer, « au nom d’Hertha », naturellement. C’est ce que les
sorciers appellent « nourrir la pierre ». on porte cette sidérite suspendue au cou ou
simplement dans la poche.

Le familier du sorcier.
Pour pratiquer la sorcellerie, il vous faut un « familier ». Ne sursautez pas: je ne vous oblige
pas à avoir chez vous un chien ou un chat si vous n’en voulez pas. Il existe différents types
de « familiers », de magistelli, pour leur donner un nom plus exact: Magistellus est un mot
latin qui veut dire « petit maître », et sorciers et sorcières l’emploient assez curieusement pour
désigner l’un de leurs petits serviteurs magiques. Le terme « familier » a été inventé par les

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autorités ecclésiastiques pendant les persécutions, quand il s’agissait d’établir que le sorcier
avait un rapport quelconque avec un démon, son démon « familier », par l’intermédiaire d’un
animal « familier ».
Fondamentalement, il existe trois types de magistellus.
D’abord, l’animal « totem » qui symbolise le courant de sorciers dont vous pourrez faire
partie. Le type de cet animal est adopté par les membres du couvent lors de sa formation,
après de nombreuses séances d’introspection et de divination.
Le second type de magistellus qu’on trouve dans le répertoire magique est simplement
l’animal favori, mentionné plus haut. En le chargeant d’une malédiction - ou d’une
bénédiction - dirigée contre une personne, il suffira que cette dernière entre en contact avec
l’animal pour recevoir votre décharge. Méfiez-vous du chien ou du chat de vos amis,
n’oubliez pas de porter une amulette de quelque sorte avant de le dorloter!
Le troisième type de magistellus, le serviteur magique, est le plus important de tous. Nous en
avons déjà parlé dans le chapitre I. Ce peut être une entité démoniaque, Vassago par
exemple, que vous aurez assujettie par quelques instrument magique, boule de cristal ou
miroir. Ou encore une créature élémentaire résultant de la combinaison de votre puissance
magique et de quelque phénomène naturel. Ce type de magistellus devient votre esprit
protecteur. Il faut énormément de temps pour lui donner naissance et vie, mais son utilité est
vraiment énorme, car il est capable d’intervenir pour vous protéger de toute sorcellerie
déclenchée contre vous. C’est un type magique et vigilant de robot programmé pour vous
aider et vous soutenir: le chien de garde idéal du sorcier. Il existe deux types de magistelli
fabriqués à partir de plantes: la mandragore et le rameau de sorbier.

La mandragore et le rameau de sorbier.


Les sorciers font leur mandragore magique avec deux genres de plantes: la mandragora
officinalis, solanacée des pays chauds, et la bryone, qui appartient à la famille des
cucurbitacées. La pomme de terre et la tomate sont des solanacées, le melon, la courge et la
citrouille des cucurbitacées. Si vous utilisez les racines de solanacées, prenez garde, elles
sont toutes extrêmement vénéneuses. Rabattez-vous plutôt sur la bryone, comme la tradition
vous y autorise.
Voici le processus de sa préparation:
vous choisirez un jour où la lune croit, immédiatement après la nouvelle lune, à une période
de l’année comprise entre le solstice d’hiver et l’équinoxe d’été, pour repérer dans une haie
ou un terrain en friche, un plant de bryone. Au cours de la nuit, après avoir pris les
précautions nécessaires pour que nul ne vous observe, tracez, dans le sens des aiguilles d’une
montre avec votre athamé, un cercle autour de la plante. Puis, toujours avec votre athamé,
creusez la terre et dégagez les racines sans endommager la principale. Peu à peu, faites venir
la plante à vous. Peut-être entendrez-vous le « grognement » traditionnel de la mandragore au
moment où vous l’arracherez de terre.
Débarrassez-la de son feuillage, en ne laissant que la tige principale à laquelle restera attaché
un petit bout de racine que vous replanterez à l’endroit où vous l’avez arrachée. Vous
garderez le reste et, une fois chez vous, avec votre athamé, vous le sculpterez en lui donnant
les caractéristiques du sexe opposé au votre, en en faisant une sorte de figurine. Tout en
travaillant, répétez inlassablement une incantation telle que « Protège cette demeure au nom
d’Hertha ».
vous n’aurez plus qu’à replanter la racine dans un cimetière ou à la croisée de deux sentiers
ou chemins pour lui assurer le maximum de puissance. Avant de la replanter, n’oubliez pas
de tracer, du bout de votre athamé, un cercle sur le sol, toujours dans le sens des aiguilles
d’une montre. Puis, tout au long du mois lunaire, c’est-à-dire vingt-huit jours à partir de celui
où vous aurez déraciné la plante, vous arroserez régulièrement votre mandragore. Certains

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sorciers utilisent un mélange d’eau distillée et de sang, d’autres remplacent le sang par du lait.
Dans les deux cas, l’eau distillée doit prédominer dans les proportions suivantes: douze
parties d’eau pour une partie de sang ou de lait, soit treize parties en tout.
A la fin du mois lunaire et à l’approche de minuit, vous tracerez une fois de plus un cercle
autour de l’endroit où est enterrée votre racine, et vous la déterrerez, toujours avec votre
athamé. Si la chance vous accompagne, vous découvrirez que les plaies que vous avez
provoquées en la sculptant sont guéries et qu’une nouvelle écorce les recouvre: votre
mandragore aura pris l’aspect d’un mannequin.
Pour terminer, vous nettoierez la racine et vous la sécherez, soit en la mettant dans un four
contenant de la fumée de feuilles de verveine, soit en la passant quotidiennement dans un
encens de verveine que vous ferez brûler dans votre encensoir ou brûle-parfum. Cette
dernière méthode demande environ trois mois, car la racine sèche très lentement. Si vous ne
pouvez vous procurer de la verveine (Verbena officinalis), il en existe dans nos jardins des
formes décoratives qui feront parfaitement l’affaire.
L’opération terminée, gardez votre magistellus dans un endroit aussi proche que possible de
votre foyer ou dans votre salle de séjour.
Le seconds type de magistellus est confectionné à partir d’un rameau de sorbier.
Le but et le processus sont identiques. Vous devez commencer par repérer un sorbier, qu’on
appelait dans certains pays: « arbre à sorciers ». Tous le magiciens tiennent son bois comme
le plus puissant de tous en matière de contre-magie. (Traditionnellement, le bois de sorbier
était employé pour fabriquer l’épieu qui servait à tuer un vampire.) L’arbre immense des
légendes scandinaves, Yggdrasil, aurait été un sorbier, et la légende cabalistique voit en lui
l’arbre de Vie qui a causé notre perte et produit notre science.
Selon la tradition, ce sont les sorciers, et non les sorcières, qui se servent du rameau de
sorbier. Vous devez opérer comme pour la mandragore. A la fin du mois, vous détacherez le
rameau que vous avez choisi avec votre athamé. Puis vous lui donnerez une forme féminine.
Votre figurine devra avoir de quinze à trente-cinq centimètres de long. En travaillant, vous
répéterez une incantation qui précisera votre objectif. Lorsque vous l’aurez terminé, passez la
figurine à la fumée de verveine. Vous pouvez dormir avec votre figurine lorsque la lune sera
pleine, et, les vieux grimoires le stipulent, vous devrez la considérer cette nuit-là, « comme
votre épouse ».
Ainsi que la mandragore, votre figurine en bois de sorbier devra être placée près de votre
foyer pour que l’incantation soit parfaite et pour qu’elle assure la protection de votre
demeure.

Défense magique.
Vous êtes un nouveau venu dans ce domaine. Il vous est donc nécessaire de reconnaître les
signes qui vous indiqueront avec certitude que quelqu’un se livre contre vous à une opération
magique.
En plus des vibrations déplaisantes et de miasmes d’un ordre général, d’impressions
d’hostilité et de crainte, ces symptômes peuvent comporter des cauchemars, des séries
invraisemblables de mauvaise chance, des troubles psychosomatiques, des allergies, le tout
accompagné souvent de manifestations de « poltergeist », déplacement et chutes d’objets, etc.
Dans les cas les plus extrêmes, la folie et la mort soudaine ne sont pas à exclure. Si vous
attendez d’en arriver là, il est évident que la contre-magie ne vous servira pas à grand chose.
Le premier signe vraiment frappant est le retour périodique de cauchemars qui s’articulent sur
le même thème, répété ad nauseam, avec quelques variations mineures. Si leur cause est
vraiment magique, ils correspondront d’une manière ou d’une autre aux phases lunaires, avec
un maximum d’intensité à la nouvelle lune.

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Ces cauchemars sont des appels au secours que votre psyché profonde lance à votre
conscience, car c’est à elle qu’on en veut. Si l’agression se précise, ces appels vont se
précipiter, devenir frénétiques, parfois ils se transformeront en rêves éveillés, en véritables
hallucinations: impressions auditives ou olfactives, voix désincarnées, passages musicaux,
souvent une sorte de hululement que les occultistes du passé appelaient « cloche astrale ». Si
vous êtes de ces sorciers qui possèdent une puissance magique du genre flottant - comme
c’est le cas pour les médiums capables de matérialisations - vous commencerez à être le
témoin de certains phénomènes malicieux, apparemment inexplicables: disparition ou bris de
divers objets, feu qui prends « spontanément » etc. Bref, vous serez « hanté » au sens
traditionnel du mot.
De longues séries de malchance peuvent être le symptôme d’une malédiction vraiment
réussie, mais, comme nous l’avons dit au chapitre II, ce ne sont souvent que des
manifestations d’une tendance personnelle de la psyché profonde, ce que les psychologues
appellent la psychopathologie de l’échec. Et c’est sur soi même qu’il faut alors agir.
En tout cas, dès qu’on a l’impression d’être la cible d’une attaque de type occulte, il faut
avant tout éviter de perdre son sang froid et de s’abandonner à la peur. Bien des sorciers et
sorcières ont sombré dans la fosse aux serpents de la paranoïa. Le meilleur moyen de vous en
défendre est de vous confier à un sorcier de vos amis et de lui demander de prendre les
mesures indiquées, en lui recommandant expressément d’agir avec tout le scepticisme
possible. C’est à lui - ou à elle - que vous devrez vous adresser pour les divinations qui
s’imposent dans un cas pareil. Votre premier objectif doit être de deviner la nature, et si
possible la source, de l’hostilité dont vous croyez ressentir les atteintes. Votre ami peut
recourir au pendule, invoquer Vassago, jeter les runes. Ce sont les meilleures méthodes, tout
comme le tarot et le I Ching.
Un antagoniste éventuel, s’il est magicien de quelque envergure, se paiera le luxe de jouir, en
personne, du résultat de ses attaques. Dans ce cas, il condensera sa puissance magique dans
une « forme » définie pour y transférer sa conscience: selon le processus connu aujourd’hui
sous le nom de « projection astrale ou éthérée ». Cette apparition est souvent d’aspect animal
et la victime en prend conscience soudain au plus profond d’elle même. Dans de très rares
occasions, elle la voit devant elle, avec les yeux, quand l’ennemi est un « médium
matérialisant ».
Ces apparitions sont le fondement de toutes les légendes genre loup-garou et vampire. Dans
les cas où il y a matérialisation de loup-garou, le praticien projette sa rage destructrice, tandis
que dans ceux où il apparaît un vampire, ou encore un incube, c’est son désir sexuel qu’il
manifeste et assouvit peut-être de la sorte.
D’après la tradition, si le praticien habitué à matérialiser ainsi son désir de haine ou de luxure
meurt entre-temps, cette matérialisation, vampire ou loup-garou, peut lui survivre comme une
sorte de robot, en tant que fragment de la psyché du disparu, en s’alimentant du magnétisme
de la victime endormie et inconsciente. (Cette survie à donné naissance au thème de folklore
connu sous le nom de lycanthropie.) Si le degré de matérialisation est assez poussé, la forme
projetée est dans certains cas aussi vulnérable que le corps du praticien, lui aussi endormi, qui
la projette, et le phénomène de répercussion, ou « choc en retour », explique l’apparition
subite des blessures et des maux qui frappent alors le sorcier victime de sa propre puissance.
La difficulté de mener à bien de telles opérations font que ces procédés demeurent l’apanage
d’un petit nombre de pratiquants hautement qualifiés.
Si vous êtes certain d’être la victime d’une telle agression, tant par la répétition des
symptômes que du fait qu’aspirine, laxatifs et médicaments divers n’apportent aucune
amélioration, dépêchez-vous de trouver un système de défense adéquat, en utilisant votre
propre contre-magie pour détourner la tempête et, si possible, la renvoyer sur votre
adversaire.

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A ce sujet, voici l’une des règles fondamentales en matière de sorcellerie: la défense passive
est le type le plus efficace de représailles.
Lorsqu’un sorcier se livre à une agression magique qui échoue ou si la victime est protégée de
manière adéquate, les malédictions égarées reviendront à leur lieu de départ, c’est à dire droit
sur l’émetteur. Si donc vous êtes bien défendu rituellement au moment où se déclenche
contre vous un assaut de magie noire, le jeteur de sorts ne fera qu’aider à sa propre
destruction. Souvenez-vous que vous ne pouvez avoir de compassion pour qui décoche ses
traits contre vous. Recourrez à tous vos moyens de défense et barricadez votre maison
comme si on allait se trouver sur le passage d’un typhon.
Pour défenses principales, vous avez votre grand cercle magique et votre pentacle de
protection. Vous recourrez également au pouvoir magique de fer et de certains simples, ainsi
qu’à un ou deux autres petits dispositifs. Et, naturellement, toutes vos amulettes terrestres et
vos magistelli sont eux aussi mobilisés.
D’abord, veillez à ce que la victime - ou les victimes - portent sur leur poitrine le pentacle de
protection. Voici la façon de le confectionner.

Le pentacle de protection.
Un mardi ou un samedi, à minuit, alors que la lune croit, projetez et purifiez votre cercle
régulier, en utilisant un encens composé soit de pure résine de sang de dragon, soit d’un
mélange d’une partie d’encens d’église, d’une partie de bois d’aloès, d’une partie d’alun en
poudre et de cinq gouttes d’huile de bois de cèdre. Dans votre papier-talisman, découpez
trois carrés de dix centimètres de coté, que vous passerez au feu et à l’eau.
Puis, avec votre plume et votre encre magique, dessinez sur le premier de vos carrés l’étoile à
cinq branche représentée dans l’illustration ci-dessous. C’est, vous le constaterez, une
version plus compliquée que celle de votre manuel de travail et qu’on appelle parfois le
pentagramme de Salomon. Vous le dessinerez aussi soigneusement que possible (prenez
votre compas). Vous vous attaquerez ensuite aux symboles et aux mots magiques, en
commençant par le haut et en descendant dans le sens des aiguilles d’une montre pour
terminer par le centre. En écrivant chacun de ces mots et en dessinant chacun de ces
symboles, psalmodiez à voix haute l’incantation suivante:
1. « Loin, loin de nous, hostilité, tromperie, illusion, au nom d’Abdia! »
2. « Loin, loin de nous, hostilité, tromperie, illusion, au nom de Ballater. »
Lorsque vous aurez fini, refaites l’opération en entier, mais cette fois en utilisant votre athamé
pour tracer l’étoile, les symboles et les mots sur votre carré de papier. Faites appel à toute
votre imagination magique pour « voir » le feu bleu qui parcourt alors tous vos signes.
Prenez votre second carré de parchemin, et dessinez-y l’étoile à six branches qu’on appelle
l’hexagramme de Salomon, en inscrivant en dernier la croix magique en forme de T que vous
voyez au centre de l’illustration correspondante. Cette croix, les sorciers du siècle dernier
l’appelaient « le triple Tau de l’arche de Mosms »; c’est une variante de la triple croix que
vous faites pour sceller une opération. Combinée avec les six taus extérieurs, elle est le
talisman protecteur par excellence.
Quand votre encre sera bien sèche, retracez seulement le triangle inversé avec l’eau salée de
votre coupe magique en psalmodiant une nouvelle incantation:
« Voilà pourquoi qui veut maîtriser les arts du feu doit d’abord se servir de l’eau lustrale
tirée de la grande mer résonnante. »
Puis avec votre encensoir ou votre brûle parfum, tracez dans l’air, au-dessus de l’étoile, le
second triangle, avec l’incantation suivante:
« Et après avoir banni tous les fantasmes, tu percevras le feu sacré qui n’a point de forme,
qui darde ses traits et qui étincelle dans les profondeurs secrètes de l’univers: écoute la voix
du feu! »

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Finalement, vous referez tout le dessin de l’étoile à six branches avec la pointe de votre
athamé, en vous imaginant une fois de plus la flamme bleue qui le parcourt.
Sur le troisième carré, le dessin correspondant doit être fait avec du sang. Ce dessin porte le
nom de « sceau secret de Salomon ». Traditionnellement, c’est le symbole par lequel le roi
mage à emprisonné les soixante-douze seigneurs des démons ou djinns dans un vaisseau
d’airain qu’il a ensuite jeté au plus profond de l’océan.
Laissez sécher le sang, repassez les contours à la pointe de votre athamé en prononçant les
mots suivants:
Liés, liés, liés,
Liés soient tous les démons et les puissances adverses
Du nord, du sud, de l’est et de l’ouest!
Liés, liés, liés,
Liés soient tous les mauvais conjureurs,
Lié quiconque use de la violence contre qui te portera!
Liés, liés, liés,
Liés soient-ils tous!
Liés et scellés par N (le nom du sorcier ou de la sorcière), fils (ou fille) de M et L (les noms de
ses parents).
Liés et soumis à jamais à sa volonté!
Après avoir complété les trois dessins, mettez le dernier, celui du sceau secret, en sandwich
entre le pentagramme et l’exagramme dont les faces doivent être tournées vers l’extérieur,
c’est à dire les étoiles visibles. Puis, après avoir exorcisé convenablement une aiguille et du
fil rouge, cousez les quatre bords pour faire des trois carrés de papier un seul talisman.
L’opération achevée, passez votre pentacle dans la fumée de votre encens en appuyant contre
lui la pointe de votre athamé et en prononçant la dernière incantation:
O Pentacle de puissance,
Sois la forteresse et la défense de
(Ici le nom complet du bénéficiaire)
Contre tous ennemis visibles et invisibles
Dans toute oeuvre de magie!
Naturellement, vous n’oublierez pas d’imaginer le feu bleu, la force que dégage votre athamé
et qui, passant par sa pointe, charge finalement le pentacle. Vous tracerez dans l’air, toujours
avec votre athamé, la triple croix qui scellera l’opération en disant la phrase consacrée: « Que
ma volonté soit faite! »
Vous aurez préparé un petit sachet en peau de chamois ou en soie rouge pour y mettre votre
talisman, et vous n’aurez plus qu’à fermer ce sachet avec un ruban ou un cordonnet rouge que
le bénéficiaire passera à son cou. De cette manière, le pentacle demeure caché aux yeux de
tous.
Si vous organisez un couvent de sorciers, vous devrez vous procurer une assiette ou une
soucoupe de métal, ronde , soit en étain ou en cuivre (même en aluminium), sur laquelle vous
aurez simplement gravé ou peint une étoile à cinq branches ou pentagramme. Cette assiète
sera utilisée de la même manière que la patène des prêtres. Pendant le sabbat, vous y placerez
le pain, les gâteaux ou le sel que vous aurez à utiliser à l’occasion de cette fête.
Après avoir mis au cou votre talisman aux trois pantacles, commencez à tracer autour de vous
le grand cercle magique. En principe, ce cercle est identique à celui que vous dessinez
normalement pour vous protéger, mais il utilise des invocations spéciales ainsi que la ligne
habituelle de lumière bleue. Il va agir comme un rempart qui repoussera les forces
extérieures, les maintiendra dehors. Aussi, n’oubliez rien dont vous puissiez avoir besoin:
amulettes, vêtements supplémentaires, coussins, cigarettes, aliments et même l’eau.

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Comme d’habitude, marquez le pourtour du cercle avec du ruban blanc et décrivez avec votre
athamé la triple circonférence lumineuse. Puis exorcisez le sol au feu et à l’eau en employant
dans votre encensoir ou brûle-parfum un encens tellurique. Ayant ainsi démagnétisé
l’intérieur de votre cercle, il vous faudra placer aux quatre points cardinaux une garde
magique, montée par quatre entités devenues chrétiennes au cours des âges, à la suite d’une
confusion; l’incantation nocturne que vous prononcerez est connue sous le nom de « Pater
Noster noir ». La voici:
« Quatre anges sacrés aux quatre coins
Une colonne au milieu, c’est Jésus-Christ
Luc, Marc, Mathieu et Jean,
Dieu est ici et tout m’appartient. »
Ces anges et ces évangélistes sont les entités qui régissent les quatre éléments du sage: Michel
dit Marc, le feu; Raphaël dit Jean, l’air; Gabriel dit Matthieu, l’eau; et enfin Uriel dit Luc, la
terre.
Vous remonterez jusqu’au symbolisme le plus antique, celui des quatre « tours de guets du
monde ». Certains occultistes vous diront que ce symbole a été inventé au XIXe siècle par les
Rose-Croix de l’Ordre hermétique de l’Aube dorée, d’autres qu’il n’est apparu qu’à l’époque
élisabéthaine avec le mage John Dee. Pour nous, ces tours représentent les quatre
« châteaux » préceltiques, ceux-là mêmes qui, dans ce folklore, montent la garde aux quatre
coins du monde. A chacune d’elle est assigné l’un des éléments: à celle de l’est, l’air et
l’enfance; à celle du sud, le feu et la jeunesse; à celle de l’ouest, l’eau et la maturité; et à celle
du nord, la terre et la vieillesse.
Sorciers et sorcières nomment parfois le nord « la résidence de la mort », et la tour de guet de
ce point cardinal est alors pour eux le « château de verre ». Ce verre est symboliquement
l’analogue du diamant que rien n’entame, et le « pays au delà du vent du nord » est le vaste
abîme de mort que nous devons tous franchir avant de renaître et de revenir au monde des
hommes. C’est également une allusion directe aux tours vitrifiées des elfes. Vos instruments,
ou « armes » magiques, relèvent des différentes tours de guet, mais les opinions diffèrent
quant à leur assignation correcte. Beaucoup de sorciers ont tendance à suivre les
identifications de la cabale: la baguette et le feu vont ensemble, comme le glaive et l’air, le
pentacle et la terre, la coupe et l’eau. La coupe semble toutefois être le seul de vos outils sur
lequel il ne peut y avoir aucun doute. Il existe une affectation, plus traditionnelle, du glaive
au feu, de la baguette à l’air (la baguette est parfois une flèche ou une lance qui fend
justement l’air), de la coupe - ou du chaudron - à l’eau, et du pentacle - assiette ou bouclier - à
la terre. Ces quatre instruments sont alors identiques aux quatre trésors magiques du folklore
préceltique dont nous avons déjà parlé. Dans les mythes celtiques, ils sont devenus le glaive
de Nuada, la lance de Lugh, le chaudron de Ceridwen et la pierre de Fal. (Cette dernière n’est
autre que la célèbre « stone of Scone », placée de nos jours sous le trône du roi Edouard dans
l’abbaye de Westminster).
Pour invoquer les Seigneurs ou entités dominantes des quatre tours de guet du monde, vous
procéderez comme suit:
Placez l’une de vos lampes - ou chandeliers - magiques à l’est, juste à coté de votre cercle, et
allumez-là. Puis, prenant votre baguette dans les mains, élevez-la au-dessus de votre tête,
fermez les yeux et psalmodiez à voix lente et haute une invocation aux puissances de l’air, par
exemple celle qui suit:
Aigle qui sait tout, Grand Maître des tourments,
Des orages et des tourbillons, Souverain de la voûte céleste,
Grand prince des puissances de l’air,
Accours, sois présent, nous t’en prions, et garde ce cercle contre tous les périls venant de
l’est

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Ce faisant, imaginez qu’un vent venant de l’est commence à souffler sur votre visage, que sa
force augmente au fur et à mesure que vous répétez l’incantation. De même, « voyez » une
lumière qui, jaillissant de l’est, vous éclaire peu à peu. Écoutez le craquement des branches
de l’arbre du monde, cet arbre de la Science sur lequel le Seigneur de la Sagesse est demeuré
assis pendant neuf nuits d’orage; percevez le battement de ces ailes gigantesques! Tous les
sorciers et sorcières qui sont avec vous dans le cercle doivent faire le même effort tandis que
vous psalmodiez.

Laissez votre baguette et, dans le sens des aiguilles d’une montre, gagnez le sud pour y
allumer une seconde lampe - ou chandelier - magique. Prenez votre athamé et levez-le haut
au dessus de la tête. Imaginez que le soleil brille soudain intensément, comme au milieu de
l’été, et que de ce globe de feu jaillisse subitement un « glaive ardent », qu’un éclair sillonne
l’air embrasé pour s’abattre au sud de votre cercle, obéissant au commandement de votre
athamé, de votre glaive de sorcier, dressé vers les cieux.
Voyez le pilier incandescent qui se dresse au bord du cercle. Entendez le fracas de la foudre
tandis que vous continuez à invoquer le « seigneur du feu ». Sentez la chaleur qu’il irradie au
moment où il assume la garde du point sud:
Lion, Seigneur des éclairs, Maître du globe solaire,
Grand prince des puissances du Feu,
Accours, sois présent, et garde ce cercle
De tous les périls venant du sud!

Vous invoquerez ensuite les puissances de l’ouest, le calice à la main, puisqu’il représente le
pouvoir élémentaire de l’eau.
Lancez quelques gouttes de l’eau salée contenue dans votre calice en direction de l’ouest, en
imaginant que se déploie devant vous, subitement, à vos pieds mêmes, une mer immense,
houleuse et glauque. Très bas au-dessus des eaux, la lune est pleine. Sentez la fraîcheur de la
brume et entendez le clapotis des remous, du ressac sur le rivage. Invoquez la puissance
dominatrice de l’ouest:
Serpents des vieilles légendes, Seigneurs des profondeurs,
Gardien de l’eau amère, Prince des puissances des ondes,
Accours, sois présent, nous t’en prions, et garde ce cercle
Contre tous les périls venant de l’ouest!

Finalement, gagnez le nord, allumez la quatrième lampe magique, prenez dans une main la
patène-pentacle, fermez les yeux et lancez quelques grains de sel de votre patène en dehors de
votre cercle. Imaginez, au moment où vous commencez à proférer votre incantation, que la
terre tremble sous vos pieds, se soulève jusqu’à éclater littéralement devant vous, s’ouvrant
en un gouffre énorme:
Taureau noir du nord, toi le Cornu,
Sombre maître des montagnes et de tout ce qu’elles recouvrent,
Prince des puissances de la Terre,
Accours, sois présent, nous t’en prions, et garde ce cercle
Contre tous les périls venant du nord!

Vous retournerez alors au centre du cercle, vous ferez face à l’est, les jambes et les bras
écartés, les yeux une fois de plus fermés. Puis psalmodiez les mots qui scellent l’ensemble de
l’opération. « Que ma volonté soit faite! » Ce faisant, imaginez une roue brillante, une roue
de feu qui tourne à l’intérieur de votre poitrine, projetant ses rayons de lumière dans les six

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directions: le nord, le sud, l’est, l’ouest, le haut et le bas. Vous-même, les bras et les jambes
écartés, vous représenterez l’étoile magique à cinq branches, le pentagramme.
C’est la confirmation symbolique d’un fait primordial: en vous, les quatre puissances
élémentaires se sont fondues grâce à un principe spécial, la « quintessence alchimique ».
C’est le centre sacré, le « point immobile de la roue », ce qui en vous est indestructible. Et
alors, vous pouvez crier ce hébreu, « Ararita », celui de la puissance.
Puis placez votre mandragore ou rameau de sorbier juste à la limite de votre cercle, toujours à
l’intérieur au nord, la tête tournée vers le lieu des plus grandes ténèbres. Vous pouvez alors
vous installer commodément pour résister à la rafale magique, car le type le plus dangereux
d’attaque se brisera contre votre cercle.
Pour être capable de percer vos défenses, il faudrait un praticien si expérimenté, si intelligent
et si puissant qu’il aurait dépassé depuis longtemps le stade des batailles et des rixes, fussent-
elles magiques.
Le grand cercle ne devrait être utilisé qu’au moment décisif de l’attaque. Vous constaterez
vous même qu’il vous impose des restrictions très gênantes, puisqu’il vous isole
complètement du monde extérieur.
Si jamais vous en sortez, toute la force magique que vous avez eu tant de mal à accumuler
s’échappera immédiatement par la brèche ouverte dans vos défenses et vous laissera une fois
de plus à la merci de votre ennemi. Aussi est-il heureux que les agressions occultes aient lieu
généralement la nuit. De jour, où il est naturel que vous désiriez aller et venir, vous pouvez
dessiner avec votre athamé, dans le sens des aiguilles d’une montre, un cercle autour de vous
dans l’air, en psalmodiant quelque incantation où vous exprimez le but que vous voulez
atteindre. Par exemple:
Moi (votre nom et prénom),
Je m’entoure de ce cercle de protection,
Qu’aucune puissance hostile ne le franchisse!
Cette précaution sera suffisante pendant environ douze heures et vous devrez la renouveler.
Mais votre adversaire peut décider de vous rendre visite en personne pour lancer directement
sa malédiction. Dans ce cas, vérifiez si vous avez pris les vieilles mesures de protection qui
suivent, et que la tradition vous recommande.
En premier lieu, dessinez ou peignez des pentagrammes, la pointe tournée vers le dehors, sur
le seuil de votre porte d’entrée. Chargez-les de puissance avec votre athamé, puis recouvrez-
les de votre paillasson. Clouez ensuite, au-dessus de tous les accès qui permettent de pénétrer
dans votre demeure, soit des fers à cheval soit des cornes.
Ou bien suspendez un vieux couteau ou une vieille épée au dessus de votre porte principale et
de la porte de service, et entourez-le d’une couronne de feuilles de laurier.
Ou bien, enfoncez au marteau trois clous de fer (la tradition dit: des clous prélevés sur un
cercueil) dans chacune de vos portes, de façon à faire un triangle, la pointe en l’air.
Ou bien, enterrez sous les marches de votre perron une « bouteille de sorcier », c’est à dire
pleine de clous et d’épingles que vous aurez préalablement tordus.
Dans toutes ces matières de défense occulte, l’emploi du fer est important. Il semble qu’il ait
un effet marqué de « freinage » ou de « brouillage » sur tout signal magique, dès qu’on
l’utilise avec cette intention. Aussi, tout candidat à une incantation magique doit-il « laisser
ses métaux » - et par conséquent le fer - à la porte du temple », de sorte que rien ne puisse
s’opposer à la transmission des pouvoirs.
Si jamais vous appreniez que vous ou votre ennemi avez des dons particuliers comme
médium capable d’effectuer des matérialisations, prenez la précaution de placer dans chacune
des pièces où vous vous attendez à être attaqué, une petite soucoupe de vinaigre ou d’acide
nitrique bien dilué. Ce genre de solution acétique à le pouvoir - semble-t-il d’absorber, d’une
manière ou d’une autre, tout influx magique étranger, et, par conséquent, d’écarter les

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phénomènes déplaisants de matérialisation ou de « poltergeist ». Vous pouvez recourir à un
autre procédé: coupez des oignons par moitiés et mettez une moitié d’oignon fraîchement
coupé dans chaque pièce. Le résultat est le même. Mais surtout ne mangez pas ces oignons
ensuite! Débarrassez-vous-en immédiatement!
Enfin, si jamais quelqu’un vient vous voir et que vous le soupçonniez de mauvaises
intentions, et que vous ne puissiez ou ne vouliez pas vous livrer aux incantations, parfois un
peu complexes, qui précèdent, vous avez à votre disposition une mesure très simple: la Croix
de sorbier.
Prenez deux petits rameaux de sorbier, faites-en une croix en les liants avec un peu de fil ou
de ruban rouge, et psalmodiez les mots suivants en accompagnant votre travail de toute votre
lumière bleue magique:
Par cette croix de sorbier, Moi (nom et prénom),
J’interdis à toutes forces adverses et hostiles
De pénétrer dans la demeure de (nom du porteur).
Je vous interdis sa chair et son sang, son corps et son âme
Je vous défends de hanter son esprit, ses craintes et sa force,
Jusqu’à ce que vous ayez traversé tous monts et vallées,
Franchi chaque torrent et rivière,
Compté chaque grain de sable de chaque rivage,
Ainsi que chaque étoile du ciel nocturne!
Puis suspendez cette croix au cou de l’intéressé en prononçant les paroles qui suivent:
A ton cou cette croix je place,
Croix de sorbier, croix de grâce,
Sur ton chemin qu’elle te protège,
Quelle te garde jour et nuit,
Prend soin d’elle, suis mon conseil!
Que ma volonté soit faite!
Pour terminer, voici quelques renseignements sur des simples et des recettes magiques à
utiliser dans toutes nos affaires de protection.
De plus en plus nombreux sont ceux d’entre vous qui font pousser leurs propres herbes, que
ce soit dans un but de protection ou dans un autre. On est ainsi certain d’avoir les simple que
l’on désire sous sa forme la plus pure, comme de le cueillir au moment voulu du cycle lunaire.
Si vous avez envie de cultiver vos plantes sur votre balcon, vous devrez observer certaines
règles:
Si vous plantez un simple dont le produit final sera uniquement la racine, faites-le lorsque la
lune décroît. Au contraire, plantez lorsque la lune croit tous les simples dont vous utiliserez
les feuilles et les fleurs.
Pour les cueillir, n’oubliez pas de vous conformer aux indications que je vous ai données dans
le chapitre I, sous le titre « Périodes et saisons magiques ». la règle générale est: lune
brillante et croissante pour ce qui est constructif, lune invisible et décroissante pour ce qui est
destructif.
Quand vous désirerez composer une poudre pour sachet ou un encens, agissez toujours
suivant un certain processus dit de « trituration ».
Tout d’abord, rassemblez tous vos ingrédients.
Les poudres pour sachet contiennent généralement deux types de simples, les « agents » et la
« base ». La base contient un élément tel que la racine d’iris, des feuilles de patchouli, des
pétales de rose, ou du bois pulvérisé de santal ou d’aloès, ou des copeaux de bois de cèdre,
etc. Il faut toujours les moudre et les mélanger à fond au pilon, dans votre mortier, avant
d’ajouter les agents, c’est-à-dire, en premier lieu, les essences de fleurs ou les parfums de nos
recettes. Eux aussi doivent être moulus assez pour constituer une portion de votre première

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poudre. Puis vous ajouterez, toujours moulues le plus fin possible, des gommes-résines telles
l’encens mâle, la myrrhe ou le benjoin.
Vous mélangerez alors vos deux poudres, en ajoutant en dernier vos huiles et les autres
liquides (miel, vin, sang). Si l’huile est en quantité insuffisante, vous pouvez préalablement
la dissoudre dans un peu d’alcool pur, ce qui permettra de mieux mélanger le tout.
Le mélange final devrait macérer au moins une nuit, et si jamais le résultat demeure par trop
liquide, vous ajouterez la quantité convenable de poudre de base. Ces poudres et vos encens
doivent être conservés dans des flacons non poreux, bien bouchés et bien étiquetés, à l’ombre
et à une température modérée.
Voici quatre compositions que vous pourrez faire vous-même. Toutes quatre constituent des
amulettes de protection.
Tout d’abord, un mélange de simples que vous pouvez placer un peu partout chez vous, soit
en sachets, soit dans des récipients adéquats. Il est à la fois odoriférant et, selon la tradition,
bénéfique. C’est un cadeau que vous pourriez offrir à la veille de la Toussaint, du moins à
ceux qui sauraient l’apprécier.
Choisissez quelques herbes, ou simples, protectrices et ajoutez-y environ deux litres de
pétales de roses, placez le tout dans un récipient fermé, non poreux, avec environ une livre de
sel de table ou de sel gemme, et attendez environ trois semaines que l’humidité ait disparu.
Puis, passez votre mélange au tamis pour en éliminer le sel. Prenez environ soixante
grammes de racines d’iris en poudre, et broyez trente gramme de gomme de benjoin et quatre-
vingt-dix grammes de sucre brun, que vous ajouterez à votre poudre de racine d’iris avant de
mélanger le tout.
Finalement, pesez trente grammes d’alcool pur (si vous n’en avez pas, de l’eau de vie ou du
cognac) auxquels vous ajouterez quatre gouttes d’une essence de votre choix. Versez le tout
dans votre mélange sec et mêlez l’ensemble. Laissez macérer toute la nuit.
De même, vous pouvez protéger votre foyer avec des sachets qui contiendront les ingrédients
que voici:
Racine d’iris en poudre 8 parties.
Bois de santal en poudre 6 parties.
Fleurs ou feuilles de lavande en poudre 4 parties.
Feuilles de patchouli en poudre 2 parties.
Girofle en poudre 1 partie.
Piment en poudre ½ partie.
Une goutte de musc ou d’essence de civette.
Versez cette poudre dans un linge blanc dont vous ferez un sachet attaché avec un fil ou un
ruban rouge, « au nom d’Hertha », comme d’habitude.
Voici finalement la recette d’un encens tellurique pour les incantations à la Terre dont il a été
question dans les pages qui précèdent:
Ou bien:
Bois de genévrier sec en poudre 3 parties.
Ou encore:
Râpures ou feuilles de cyprès 2 parties.
Myrrhe (gomme ou teinture) ½ partie.
Feuilles de patchouli en poudre 1 partie
(ou quelques gouttes d’huile de patchouli)
Sauge en poudre 1 partie.
Réduisez finement par trituration. Si vous désirez faire de ce mélange des cônes d’encens et
non des grains séparés, ajoutez un quart de partie de salpêtre et assez d’huile de patchouli ou
de myrrhe pour avoir une pâte assez épaisse. Modelez vos cônes à la main et laissez-les
sécher.

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Avant de vous engager dans une opération magique de quelque complexité (conjuration de
démon ou processus nécromantique) suivez le conseil des puristes de la tradition: prenez
d’abord un bain purificateur. Faites-le avant chaque ensorcellement, avant d’entrer dans le
grand cercle ou de vous coucher le soir. La composition de ces bains peur varier
énormément, mais voici une recette excellente:
Romarin séché 7 parties
Lavande séchée 7 parties
Basilic séché 4 parties 1 / 2
Verveine séchée ou citronnelle 2 parties
Hysope séchée 1 partie
Valériane séchée 1 partie
Sauge séchée 1 / 2 partie
Fenouil séché 1 / 2 partie
A ces simples, ajoutez une quantité de sel de cuisine ou de table égale à la moitié du volume
de votre composition.
Mettez une poignée de l’ensemble dans un petit sac de mousseline ou de tissu à fromage, jetez
le sac dans l’eau de votre bain en n’oubliant pas de prononcer une consécration, soit celle que
vous utilisez pour tout ce qui est eau, soit la suivante: « Voilà pourquoi qui veut maîtriser les
arts du feu doit d’abord se servir de l’eau lustrale tirée de la grande mer résonnante. »
Si vous n’avez pas sous la main tous les simples nécessaires, vous pouvez employer soit de
l’hysope et du sel, soit de la mélisse officinale et du sel: l’effet sera presque le même.
J’ajouterai maintenant une liste de simples magiques, à utiliser dans des rites de protection,
soit seuls, soit en combinaison avec vos sachets habituels et vos rites:
Baies de sureau, ou fleurs de sureau (doivent être cueillies à la Saint jean)
Alysse
Marjolaine
Estragon
Angélique
Fenouil
Laurier
Férule
Chardon (à remplacer après sept jours)
Bétoine
Fleurs d’ail
Gui (à porter en bague ou en bracelet)
Églantine
Arum
Benoite
Frondes de fougère mâle (à sécher au-dessus du feu du sabbat)
Citons encore les simples qu’on tient depuis un temps immémorial pour tout puissants, ou
presque, contre tous genres de sorcellerie: Aneth, trèfle, verveine et herbe de Saint Jean
« empêchent sorciers d’agir à plaisir et agrément ».
Le trèfle à trois feuilles est amplement suffisant.
Pour apaiser les craintes de quelqu’un qui redoute d’être la victime d’un ensorcellement,
préparez une potion de simple comestibles de la manière suivante:: vous ferez macérer dans
du vin chaud un peu d’angélique en poudre, de la marjolaine et de la graine de fenouil, sans
oublier d’y ajouter quelques mots de bénédiction et de réconfort, et de charger cette mixture
de toute votre puissance magique.
D’autre part, si vous soupçonnez qu’un objet quelconque ou un philtre est ensorcelé d’une
manière ou d’une autre, défendez-vous comme suit:

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Votre tache sera assez facile si vous êtes en possession d’une partie de la substance
ensorcelée ou de la figurine d’envoûtement elle même. Sinon, vous devrez vous contenter
d’un échantillon du sang, des cheveux, de l’urine, de la salive de la victime. Et, si cela est
impossible, il vous faudra alors compter uniquement sur la force et l’intensité de vos pouvoirs
magiques pyramidaux.
Attendez que la lune soit croissante, projetez votre cercle et fixez les échantillons dont vous
pouvez disposer à deux rameaux de genet en croix (vous pouvez) oindre ces derniers de la
cire de la figurine). Puis tracez sur une feuille de votre papier talisman, avec votre plume et
votre encre magiques, l’image simplifiée de la personne que vous soupçonnez de vous avoir
ensorcelé, et écrivez son nom sur sa poitrine. Baptisez ce « portrait » à l’eau et au feu comme
dans le rituel de Vassago, en utilisant votre athamé pour écrire une seconde fois le nom du
suspect dans l’air, au dessus de l’image. Si vous n’avez aucune idée de la personnalité du
malfaiteur, donnez-lui simplement comme nom: « Celui qui m’a voulu du mal. » Puis brûlez
la croix et le papier dans votre encensoir ou brûle parfum en prononçant l’incantation
suivante:
Trois coups tu as porté, trois coups,
Méchant de coeur, d’oeil et de langue,
Ton salaire sera ces trois coups
Revenus sur toi, trois, dix et cent!
Par le feu, par l’eau, par la terre et par l’air,
par ce qui les gouverne et les lie,
Par ton crime tu sera puni!
En prononçant ces derniers mots, tracez avec votre athamé un pentagramme au-dessus de la
flamme, puis frappez le centre de l’étoile en la chargeant de toute votre puissance magique.
Cette opération est dite du « bannissement ».
Si l’ensorcellement a lieu au moyen d’un envoûtement, par une figurine comme celles qui
sont employées dans les cérémonies vaudou et dont le charme agit par leur proximité, ôtez
simplement les épingles ou les aiguilles qui la transpercent, s’il y en a, puis exorcisez la
poupée de cire en la passant à l’eau et au feu. Effacez ensuite le nom de la victime qui figure
sur la poitrine et remplacez-le par celui de l’agresseur. Déjà imprégnée du magnétisme de
celui qui l’a fabriquée, la figurine constitue un excellent agent de liaison, et la malédiction
qu’il a lancée ne peut manquer de l’atteindre. Par trois fois, baptisez-la de son nom, et
passez-la à l’eau et au feu. Récitez ensuite votre contre-charme:
Trois coups tu as portés, trois coups,
Méchant de coeur, d’oeil et de langue,
Ton salaire sera trois coups,
Revenus sur toi, trois, dix et cent...
Poursuivez par l’opération du « bannissement » en employant le signe du pentacle. S’il s’agit
d’une image d’argile ou de pâte à modeler, détruisez-la en tout petits morceaux que vous
écraserez jusqu’à ce qu’ils soient poussière. Vous jetterez cette poudre dans vos W-C. ou
vous l’enterrerez. Si la figurine est en cire ou en chiffon, brûlez-la simplement, et
débarrassez-vous du résidu comme précédemment. Si la personne que vous soupçonnez est
vraiment l’agresseur, le contre charme fera rebondir sur lui la malédiction qu’il a portée et il
ressentira tous les maux et malheurs qu’il a souhaités à sa victime, mais seulement dans la
mesure de sa propre puissance magique. Si sa malédiction a manqué d’efficacité, il en sera de
même du « choc en retour ».
Un mot encore sur les encens de protection. Si vous tombiez sur un cas vraiment pernicieux
d’ensorcellement, aspergez aux quatre points cardinaux les pièces de votre demeure,
encensez-les avec le produit d’une des formules qui suivent, en utilisant votre incantation
habituelle de passage à l’eau et au feu. N’oubliez pas d’ouvrir au préalable toutes vos portes

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et toutes vos fenêtres. Cette mesure a un sens aussi bien pratique que symbolique, comme
vous le constaterez quand vous brûlerez l’un de ces encens.
Fumigations d’exorcisme.
1. Calament
Pivoine
Menthe
Ricin
2. Gomme d’assa Foetida

3. Genièvre
Romarin
Ciguë (est extrêmement vénéneuse)
Prunelle
Encens mâle ou résine de pin
Ail séché

4. Myrrhe
Encens mâle
Hellébore
Herbe de Saint Jean
Souffre

5. Myrrhe
Souffre
Bois de santal rouge
Pommes pourries
Vinaigre
Lie de vin rouge
Arsenic

Les trois derniers encens sont assez vénéneux comme vous avez pu vous en rendre compte
par leur composition, et vous serez on ne peut plus prudent en les employant.
Personnellement, je vous conseillerai donc d’utiliser l’un des deux premiers.

CHAPITRE VI.
Vengeance et attaque.
Vous l’avez vu, il ne faut pas prendre ni entreprendre à la légère une guerre magique, car un
trait mal lancé ou repoussé revient frapper son maître avec la même force. Si malgré tout,
vous voulez accomplir quelques mauvaises oeuvres, ce chapitre vous enseignera les méthodes
actuelles, les plus efficaces en ce domaine.
Conformément aux principes généraux de la sorcellerie, les moyens qui servent à construire
sont précisément ceux qui peuvent aussi détruire, puisqu’il s’agit toujours de lier l’esprit
profond de l’émetteur à l’esprit profond du récepteur. La seule différence est que l’intention
magique et le symbolisme ne sont plus les mêmes.
Dans ce genre d’opération, le type de puissance peut prendre deux formes: la première est du
genre inhibitoire, « liant », productrice d’inertie, comme par exemple « nouer l’aiguillette »:
elle relève de saturne. La seconde toute active, écorche et brûle. Les profanes l’appellent
généralement la malédiction. Ce genre d’attaque relève de Mars.

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Dans les charmes saturniens, Hertha, la Grande Mère assume son aspect négatif. Elle devient
la déesse sombre et terrible, pétrifiante, de l’Inertie, et Dame Habondia se transforme en
Hécate-Nocticole, Maîtresse de la Nuit et de la Mort.
En revanche, les charmes martiens vous présentent une quatrième et dernière entité magique,
celle qui partage la nature de l’élément feu. Il n’est autre que Cernunos, le Cornu. Cernunnos
est un esprit de feu et d’énergie que symbolise la torche qu’il porte parfois dans sa main, maia
comme les cornes ou andouillers dont s’orne son crâne. Mais il est également porteur de
lumière, d’où son titre, Lucifer.
Sorciers et sorcières lui ont donné depuis toujours, des quantités d’appellations. Il n’est pas
seulement Lucifer ou Cernunnos, mais Mamilion, Robin, Dumus, Hu, Janus ou Dianus,
Barabbon ou Barabbas. Son symbolisme est partiellement celui de Thunor ou thor, le dieu
scandinave du tonnerre et de la guerre, et aussi celui de Pan et de Dionysos, les dieux
classiques de la débauche extatique et des orgies. En tant que maître du feu, il évoque la
mémoire de Vulcain (Héphaistos). Et puisque Vulcain poursuit Vénus, et que Pan poursuit
Diane, le Cornu pourchasse, lui aussi, Habondia qui le fuit.

La malédiction.
Dans toute entreprise de fascination ou de projection de près, vous avez à votre disposition
trois types de contacts: pat l’oeil, par la main et par le souffle. C’est généralement à la
première méthode que les sorciers font confiance, d’où l’expression « le mauvais oeil ».
comme dans la magie amoureuse, vous devez saisir le regard de votre victime et ne plus le
lâcher. Ce n’est pas toujours si facile. (Un bon truc pour y parvenir est de dire: « Je ne me
fie jamais à quelqu’un qui ne me regarde pas en face », ou encore: « N’avez-vous jamais
remarqué qu’un de mes yeux est différent de l’autre »)
En prononçant votre malédiction, appuyez-la du geste dit de la « main de puissance »: vous
tendez le bras gauche vers votre victime éventuelle, le poing fermé, mais les deux premiers
doigts dardés contre elle. Ce geste a un effet dramatique, particulièrement quand vous le
combinez avec une certaine méthode druidique de projection de puissance: il s’agit de porter
le poids du corps sur le pied droit, de fermer l’oeil droit, et de viser la victime de l’oeil
gauche, le bras tendu, pour faire feu sur elle de toute la force de votre influx magique.
Ce faisant, articulez distinctement votre malédiction. Il est des sorciers qui préfèrent
l’entourer de mystère, ne rien dire de précis, prédire seulement un malheur et une infortune
générale. D’autres insistent, décrivent exactement les tourments qu’ils vont déchaîner. C’est
à vous d’adapter la manière en fonction du caractère de la victime.
Pour que votre malédiction ne soit pas seulement une menace vide de toute matérialité, vous
devez faire naître un certain courant ténébreux de puissance, le « vortex », en mobilisant tous
les pouvoirs de votre pyramide magique. Il vous faudra affronter l’abîme qui est en vous, en
tirer toutes les hostilités refoulées, toutes les haines noires que vous avez enfouies, depuis
votre plus tendre enfance, dans les profondeurs de votre psyché. Cela peut vous demander du
temps. Ne vous lancez pas dans une telle opération inconsidérément, car les énergies
corrosives que vous aller déclencher peuvent attaquer celui-là même qui les met en jeu. Sans
parler de la possibilité du choc en retour, si votre victime est protégée de façon adéquate.
L’une des manières les plus simples de créer le vortex est de commencer par pratiquer ce
qu’on appelle le « jeune noir », ce que les sorciers et sorcières d’aujourd’hui affectionnent
particulièrement.
Pour cela, vous devriez avoir devant vous, si possible à chaque repas, votre plat favori pour
vous en priver avec toute la rigueur dont vous êtes capable. Contentez-vous d’un tout petit
peu de nourriture et d’un verre d’eau. Vous commencerez ce jeune et le finirez à l’intérieur
d’un cercle convenablement projeté, où vous vous déplacerez à contresens du soleil, de droite
à gauche, en formulant distinctement, à plusieurs reprises, votre désir, à savoir que « telle

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personne (ici son nom) soit atteinte par le malheur »: Répétez cette formule chaque fois que
vous vous refuserez les mets dont vous avez envie. Cette première phase doit s’étendre au
moins sur deux semaines, à partir de la pleine lune ou immédiatement après, pour finir avec la
nouvelle lune. Lorsque la lune décroît, la marée sombre est la plus forte.
Il existe une seconde manière de lancer une malédiction: la « chandelle d’ensorcellement ».
Ici encore, la répétition constante fait office d’instrument magique. Traditionnellement,
l’heure convenable pour une telle opération est minuit, mais, en fait, le meilleur moment est
celui où la victime dort profondément et est par conséquent le plus vulnérable.
Vous commencerez le premier ensorcellement de cette série à la pleine lune ou juste après,
dans la période du mois lunaire où la lune décroît.
Chaque nuit, autant que possible à la même heure, vous projetterez un triangle semblable à
celui décrit au chapitre IV, en faisant brûler dans votre encensoir un encens martien destiné à
éveiller chez vous les sentiment de colère et de vengeance. Sur votre autel vous aurez disposé
un flacon de votre huile sabbatique (voir la dernière partie du chapitre VII), vos lampes ou
chandeliers magiques et naturellement votre calice. Votre corde, votre athamé et votre
manuel de travail doivent être devant vous, comme d’habitude. Selon la nature de
l’opération, la décoration de votre triangle (celui de l’autel) sera différente: pour « lier » à la
manière de Saturne, disposez un cercle de rameaux de cyprès, d’éclats de marbre provenant
d’un cimetière, de fragments d’os; pour une opération de destruction martienne, recourez à
tous les accessoires de Cernunnos: aiguilles de sapin, lierre, houx, et cornes d’animaux. A
l’intérieur du triangle de l’autel, vous aurez placé votre chandelle d’ensorcellement, une
bougie noire pour le rituel de « nouage » et de la suppression saturnienne, une bougie rouge
pour celui du tourment martien. Évidemment, vous l’aurez exorcisé auparavant. Pour les
deux genres d’opération, vous mélangerez un peu de rue odorante en poudre, ou de myrrhe,
au vin de la consécration.
Vous devez alors porter votre psyché profonde sur la longueur d’onde voulue. Pour les
opérations martiennes, prononcez la conjuration de Cernunnos, celle du chapitre IV qui
commence par les mots. « Eko, Eko, Azaraka... »
Imaginez le Grand Tapageur, Cernunnos, avec, entre ses cornes la torche flamboyante. Dans
la main droite, il tient soit un glaive de feu, soit un trident, soit encore un immense bâton d’or
qu’enlacent des serpents et du lierre et que surmonte une pomme de pin rayonnante. C’est le
Seigneur de la Confusion lui-même!
Dès que vous sentirez sa présence, donnez libre cours à toute la rage qui s’est accumulée en
vous. Laissez-vous emporter par ce flot de colère, tandis que vous accomplissez votre tour de
cercle rituel, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Prenez votre bougie rouge
dans la main droite et, de la gauche, oignez-la de votre huile sabbatique, d’abord du centre de
la bougie vers le haut, puis vers le bas. Faites cela pendant au moins cinq minutes, en
prononçant une incantation où vous formulerez votre souhait, incantation que vous aurez
composée vous même. Imaginez de toute votre force l’objet de votre haine se tordre de
douleur devant vous, souffrir toutes les angoisses que vous déchaînez sur lui.
Ce type d’incantation se prête peut-être à l’émission d’ondes de malheur et d’infortune
généralisés plutôt qu’à celles qui comporteraient un désastre précis, car il ne fait appel qu’à
l’imagination renforcée pour établir le contact entre la psyché profonde du sorcier et celle de
la victime. Pour déchaîner un mal spécifique, rien ne vaut un envoûtement comportant un
objet-lien, comme vous le verrez dans ce même chapitre. D’autre part, si vous vous livrez à
une opération saturnienne destinée à induire chez votre ennemi l’inertie, l’oubli, la frustration
quelle qu’elle soit, n’oubliez pas d’invoquer Habondia sous son aspect nocturne: Hécate la
Nocticole.
Le paysage magique que vous devrez imaginer est tout obscurité et mystère. Voici, à titre
d’exemple, l’un de ceux qu’on associe généralement à l’idée de mort:

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La nuit est tombée, c’est l’hiver, le froid est saisissant. Deux piliers monolithiques de granit
s’élèvent au sommet d’un mont à pente douce, et entre eux vous percevez un sentier à la lueur
pale des étoiles. Les deux piliers marquent l’entrée du royaume des morts. Et voici
qu’apparaît, toujours entre eux, l’image de la puissance des ténèbres elle-même. Il est
impossible de distinguer ce qu’elle est vraiment. Drapée de noir, calme silencieuse, elle est à
l’attente. Sa face se cache dans l’ombre du capuchon qui lui recouvre la tête. Dans une de
ses mains fanées, elle tient une branche d’épine noire, dans l’autre une torche à la flamme
enfumée et résineuse. Une chouette symbole de la mort, est perchée sur l’une de ses épaules.
Au loin, très loin, on discerne des hurlements de chiens ou de loups, portés par l’air glacial de
la nuit. Vous avez devant vous Hécate la Nocticole, Maîtresse des morts et gardienne de la
Tour Adamantine.
C’est là l’image saturnienne type. Vous pouvez greffer sur elle toutes les fantaisies de votre
imagination. N’oubliez pas qu’elles doivent s’alimenter de toutes les frayeurs nocturnes de
votre enfance, le cimetière désert la nuit, une tombe qui s’ouvre, et, au fond, la Chose qui
bouge, se dresse...
Vous aurez tracé sur votre plancher, de la manière habituelle, votre grand triangle. Seul le
décor de votre autel est différent. Dans votre encensoir brûle l’encens saturnien, celui de la
colère et du châtiment.
Vous répéterez quatre fois, tourné vers les quatre points cardinaux, l’incantation suivante, en
traçant avec votre athanmé, symbole de mort, la croix circulaire du rituel de nécromancie:
Agent naturel du Nom Ineffable et de la Force Suprême,
Toi, le Vieux des Ténèbres, glacé, solitaire, triste et maléfique,
Toi dont les mots sont de pierre et la vie éternelle,
Toi l’Ancetre unique, seul et impénétrable,
Toi qui tiens tes promesses à travers faiblesse et soucis,
Toi que les chagrins accablent plus que quiconque,
Qui ne connaît ni plaisir ni joie,
Toi le Vieux Rusé, expert suprême en artifices, Toi qui apportes la ruine et le désespoir,
Accours, soi présent, prête-moi aide!
Consacrez votre bougie en l’oignant d’huile sabbatique, en psalmodiant le charme individuel
que vous aurez vous-même composé.
L’onction terminée, quelle que soit la couleur de votre bougie, placez-la à l’intérieur du
triangle de votre autel, et tracez au-dessus d’elle, avec votre athamé, une croix circulaire de
feu bleu. Allumez-la en prononçant les mots: « Que ma volonté soit faite! »
Puis installez-vous pour une longue veille de haine ou de rage concentrée, sans cesser d’en
accabler votre victime tant que la bougie brûlera. L’effort que vous ferez sera tel qu’il est bon
d’employer de petits cierges très minces.
Si vous avez réussi, au cours de cette opération, à accorder votre esprit aux ondes maléfiques
du vortex que vous avez créé, votre victime devrait commencer, dans les deux jours qui
suivent, à éprouver une impression d’angoisse, à se sentir déprimée (l’effet d’un acte de
sorcellerie n’est pas toujours immédiat). Le secret du succès, c’est naturellement le degré
d’excitation que vous pourrez atteindre, l’intensité de votre souhait, et la mise en oeuvre des
profondeur de votre esprit par une concentration et une répétition convenables.
Puisque nous traitons des opérations de type saturnien, il est temps d’entrer dans les détails du
« nouage ». Ces « ligatures », nous l’avons vu, s’effectuent au moyen d’une corde ou d’une
chaîne symboliques. Dans les temps anciens, les nouveaux initiés du maître des ténèbres
étaient souvent couchés à plat sur le sol, pieds et mains liés.
J’ai déjà évoqué l’usage que font certains sorciers et sorcières de leur corde pour s’en
entourer et se lier eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux estiment qu’en bloquant les accès et les
issues de leurs sens, ils peuvent libérer leur puissance magique et lui permettre d’aller et

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venir, soit sous une forme invisible en tant que corps astral désincarné et conscient, soit sous
une forme à demi-dématérialisée et visible. Dans ce cas, le « nouage » de la corde n’est pas
un processus sinistre, maléfique. Il peut même avoir un sens opposé.
Mais il n’en est pas de même du « nouage » proprement dit.
Si vous désirez en tant que sorcier « nouer » quelqu’un pour l’empêcher d’accomplir un acte
quelconque, vous pouvez employer une variante de l’incantation que beaucoup de praticiens
connaissent sous le nom assez vulgaire de « charme du tord-boyaux ».
Il faut vous procurer un objet-lien, quelque chose qui a appartenu à votre victime. Vous
choisirez une nuit lorsque la lune décroît, de préférence un samedi, à minuit, juste avant la
nouvelle lune. Vous projetterez votre triangle en brûlant un encens saturnien. Votre calice
sera rempli de vin aigre, et vous aurez sur votre autel des os, des pierres et des branchages.
Au milieu du triangle de l’autel, vous aurez placé votre corde. Invoquez alors la puissance
des ténèbres en accomplissant le tour du cercle dans le sens inverse des aiguilles d’une
montre et en traçant votre croix encerclée. Ne commencez pas l’incantation proprement dite
avant qu’un grand frisson ne vous prévienne de la présence de l’entité invoquée.
Prenez la corde dans la main gauche (pour toutes les opérations « noires », c’est la gauche
qu’il faut employer). Faites-y neuf noeuds, un d’abord à chaque extrémité, puis en vous
rapprochant alternativement du centre qu’occupera le neuvième. Pendant que vous
procéderez au « nouage », laissez libre cours à votre imagination de sorcier pour « constater »
le résultat de votre magie sur votre victime, devenue soudain incapable, soit de parler, soit
d’accomplir l’acte que vous voulez lui interdire:
N (son nom), je t’ensorcelle:
Par la nuit, j’aveugle tes yeux!
Par l’argile, je bouche tes oreilles!
Par la terre, je scelle ta bouche!
Par le roc, je lie tes membres!
En achevant le neuvième noeud, dites: « Que ma volonté soit faite! »
Prenez la corde à neuf noeuds et enterrez-la quelque part en psalmodiant l’incantation
suivante:
N (nom), noué à jamais!
Jamais tu ne te lèveras plus!
Yeux obscurcis,
Membres liés.
A jamais couché dans la terre,
a jamais immobile et muet!
En réalité, vous êtes en train d’accomplir des funérailles symboliques.
Admettons maintenant que vous désiriez « dénouer » votre victime. Votre rituel sera
exactement le même, mais inversé. Pour libérer celui ou celle qui ne sera plus votre ennemi,
invoquez les puissances de l’air. Déterrez la corde un mercredi alors que la lune croit.
Quand vous projetterez votre cercle, utilisez de l’encens mercurien et votre carré de Mercure
pour invoquer Herne. Vous commencerez par dénouer le noeud central, puis alternativement
ceux qui le touchent et vous finirez par les noeuds des extrémités, en psalmodiant à chaque
noeud une incantation telle que celle-ci:
Par le vent, je libère tes membres,
Par le souffle, j’ouvre ta bouche,
Par mes mots, j’ouvre tes oreilles,
Par la lumière, je fais briller tes yeux:
N (nom), je t’en conjure, réveille-toi, lève-toi!
Que ma volonté soit faite!

79
Le « nouage » est une méthode relativement bénigne de châtiment, à moins que vous ne vous
en serviez, comme ce fut souvent le cas dans le passé, pour rendre quelqu’un impuissant ou
incapable d’uriner.
La méthode la plus maléfique est célèbre, c’est évidemment l’envoûtement, l’immolation
d’une figurine de cire ou de terre à modeler, de la manière spécifiée par l’art noir. Pour y
procéder, on recourt généralement à l’acier ou au fer, soit sous la forme de votre lame
d’athamé, soit sous celle de « dagydes », c’est à dire d’épingles d’acier spécialement
destinées au « dagus », ou figurine de cire. La magie, défensive comme offensive, fait grand
emploi du fer ou de l’acier, symboles du feu et de la destruction. L’athamé est à vrai dire
votre principal instrument d’agression. Toutefois, de nombreux sorciers, lorsqu’ils se
réunissent pour constituer un couvent utilisent une épée véritable comme arme d’attaque. Le
symbolisme est exactement le même.
De toute façon, il faut consacrer l’épée. La cérémonie sera la même que pour l’athamé: vous
l’achèterez sans en discuter le prix pour l’exorciser ensuite. L’astrologie nous apprend que le
fer est le métal gouverné par Mars, et c’est l’énergie brutale de ce principe inexorable que
nous canalisons en invoquant Cernunnos sous son aspect du dieu cornu de la guerre et de la
destruction.
Avant de parler du « Grand Ensorcellement », voici le moyen de contacter Mars en vous
même, que ce soit pour qu’il vous dépêche le Grand Cornu, ou pour déchaîner une tempête,
ou pour le « Grand Ensorcellement » lui-même. Pour commencer, vous ferez usage du carré
de Mars, talisman similaire à ceux de Mercure et de Saturne que vous connaissez déjà:

LE CARRE DE MARS

11 24 7 20 3
4 12 25 8 16
17 5 13 21 9
10 18 1 14 22
23 6 19 2 15

Les nombres de chaque ligne verticale ou horizontale, une fois additionnés, donnent un total
de 65. Il en est de même de ceux des deux diagonales.
Choisissez un jeudi, la nuit, lorsque la lune décroît. Vous prendrez une feuille de votre papier
talisman et la diviserez en vingt cinq compartiments en utilisant votre plume et votre encre
magiques. Vous brûlerez un encens martiens, inspirateur de colère et de châtiment (Reportez-
vous à la fin de ce chapitre). Vous composerez alors vous même une incantation qui vous
semblera représenter convenablement le pouvoir de la guerre ou de la destruction. Par
exemple, une suite de noms de dieu de la guerre empruntés à divers panthéons, « Thunor,
Balor, Arès, Mars! » ou l’un des noms du Grand Cornu lui-meme « Barabbas, Barabbon! »
ou la vieille malédiction des sorciers: « Rentum Tormentum! »
Vous inscrirez ensuite les chiffres de votre carré de Mars, en commençant par le 1, comme
d’habitude, pour finir par le 25. A chaque chiffre, répétez votre incantation pour insuffler à
votre ouvrage tout son contenu de violence, en ayant à l’esprit des pensées agressives et
terrifiantes. Il doit arriver un moment où vous vous sentirez capable de grincer des dents dans
la vague de frénésie qui vous emporte. Lorsque vous aurez inscrit le chiffre 25, scellez votre
carré de Mars avec la triple croix en prononçant la formule habituelle: « Que ma volonté soit
faite! » Si vous ne vous sentez pas épuisé, c’est que votre effort à été insuffisant. Il faut
vraiment vous déchaîner, atteindre à un degré de passion qui dépasse le courant émotif normal
d’un homme ordinaire.

80
Vous envelopperez votre carré dans un morceau de tissu exorcisé et vous le mettrez en lieu
sur, pour l’employer chaque fois que vous désirerez porter votre psyché profonde sur la
longueur d’onde martienne.

Le charme de la croix noire ou du pentagramme inversé.


La croix noire n’est autre que la croix nécromantique encerclée qui signifie purement et
simplement la mort, comme le crâne et les deux tibias croisés. Vous l’utiliserez pour nouer.
Le pentagramme inversé, c’est à dire avec les deux pointes en haut, représente soit les deux
cornes de Cernunnos, soit, plus exactement, l’homme dominé par la puissance des quatre
éléments magiques, et non plus les dominant, comme c’est le cas pour le pentagramme avec
une seule pointe en l’air. Vous l’utiliserez pour maudire.
D’abord, procurez-vous une photographie assez récente de votre victime. Puis, une nuit de
lune décroissante, de préférence pendant le dernier quartier, projetez un cercle en faisant
brûler un encens inspirateur de colère. Sur l’autel, placez votre athamé, votre feu, votre eau,
vos lampes ou chandeliers magiques, votre plume et votre encens magiques, et votre baguette.
La photographie occupera le centre du triangle.
Vous approcherez de l’autel et, faisant face au nord, vous énoncerez votre objectif en
invoquant et en vous représentant intensément Cernunnos ou Hécate la Nocticole, selon que
votre magie est destinée à maudire ou à nouer. Ces divinités seront les témoins de votre
puissance. C’est pourquoi vous avez projeté le cercle plutôt que le grand triangle.
Après avoir signifié votre intention, vous baptiserez la photographie du nom de la personne
qu’elle représente, en la passant trois fois à l’eau et au feu, et en psalmodiant chaque fois:
« Créature de papier, je te nomme ... ! Tu es ... »
Puis avec votre baguette de divination et votre souffle, vous « animerez » symboliquement la
photographie, en inscrivant trois fois au-dessus d’elle, dans l’air, les lettres de son nom que
vous verrez flamboyer en bleu, et en récitant votre incantation à voix forte. Comme dans le
rituel de Vassago ou pour l’invocation nécromantique, vous emporterez la photographie et
accomplirez le tour de votre cercle, à l’intérieur et dans le sens des aiguilles d’une montre, la
baguette à la main droite. Montrez l’image aux quatre points cardinaux, en commençant par
l’est, psalmodiant à chaque point cardinal le nom de votre victime, et en finissant par le nord.
Puis vous entreprendrez la deuxième partie du rituel, la plus ténébreuse. Vous vous
déplacerez, toujours dans la même sens, pour gagner l’ouest de votre cercle et, faisant face à
l’est, au dessus de votre table autel, vous y replacerez votre baguette pour prendre, de la main
gauche, votre plume magique. Avec elle, vous dessinerez sur la photographie la croix
ensorcelée, symbole de mort, ou le pentagramme inversé, cela très lentement et délobérément,
en psalmodiant sans arrêt: « Moi (votre nom de sorcier), je t’inflige (nom de la victime) tel
ou tel chagrin, tel ou tel mal » Puis, abandonnant votre plume magique, vous prendrez votre
athamé, toujours dans la main gauche, et vous répéterez votre formule en repassant avec lui le
dessin fait à la plume. Concentrez alors toute la haine que vous ressentez pour votre victime;
« voyez »- la se matérialiser sous la forme de l’éclair bleu qui s’échappe de la pointe de votre
athamé au moment où vous en frappez la photographie. Frappez et brulez avec l’intention de
tuer!
Complétez le rituel initiatique en montrant la photographie, que vous tiendrez de la main
gauche, aux quatre points cardinaux, cela trois fois de suite et toujours dans le même sens, en
répétant trois fois à chaque point cardinal:
De même que ce symbole dépérit et s’efface,
Que ma volonté triomphe!
Vous avez ainsi parcouru ce qu’on appelle le « sentier des ténèbres », « contre » le soleil. Et
vous avez alors achevé le premier acte du processus, le second étant consacré à la

81
transmission de la puissance accumulée par un objet-pouvoir, selon les principes exposés au
chapitre IV.
Le lendemain (l’idéal serait de le faire au cours de la même nuit), allez secrètement au
domicile de votre victime et, sur le seuil de sa maison, dessinez légèrement la croix encerclée
ou le pentagramme inversé avec de l’huile sabbatique ou de la gomme arabique. Repassez ce
symbole avec votre athamé, en le chargeant de toute votre puissance magique. S’il vous était
impossible d’arriver jusqu’au seuil de sa demeure, tracez le symbole à un endroit où vous
savez que votre victime doit passer. Ce faisant, vous disposez en réalité un piège psychique,
d’où l’utilisation de l’huile ou de la gomme pour former la base du symbole: il faut qu’il
demeure insoupçonné par la victime.
Il ne vous reste plus qu’à détruire la photographie, lentement. La meilleure façon est de la
dissoudre dans une solution d’acide nitrique ou chlorhydrique (le récipient idéal est celui
qu’utilisent les photographes pour développer les clichés). Vous tournerez vers vous la face
de la photographie pour la voir peu à peu disparaître. Vous pouvez encore en déchirer
simplement un petit morceau, chaque nuit, à peu près à l’heure à laquelle vous avez accompli
la première partie du rituel.
Ce processus, qu’on nomme parfois le « petit ensorcellement », est, comme vous l’avez
constaté, plutôt désagréable. Ce sera le cas de la plupart des opérations décrites dans ce
chapitre. Mais si vous êtes prêts à affronter les puissances des ténèbres et décidé à vous faire
respecter en tant que sorcier, quitte à en subir les conséquences, vous trouverez plus loin la
façon de procéder pour arriver à vos fins. Toutefois, n’oubliez pas le proverbe: « Pour souper
avec le diable, prends ta cuiller à long manche... » En matière de magie, le « long manche »,
la distance qui vous assure l’impunité absolue, c’est de laisser faire le « sale » travail par
quelqu’un d’autre, ce qui n’est guère élégant. Là encore, il peut y avoir représailles si jamais
on découvre que vous êtes l’instigateur de l’agression.

Le charme de Barabbas.
Voici un rituel maléfique qui nous vient des sorciers et sorcières de l’Espagne médiévale.
C’est une conjuration du Grand Cornu qui porte ici son nom christianisé « Barabbas », ou
encore Satan, ou plus simplement le Diable. Dans son aspect destructif, Cernunnos s’identifie
à ces représentations, bien que les occultistes d’aujourd’hui sachent parfaitement que cet
arrière-plan chrétien n’a aucun fondement scientifique ou magique. Toutefois, le charme de
Barabbas est impressionnant, et la tradition l’a accepté malgré ses erreurs théologiques.
Projetez un triangle par une nuit de lune décroissante, en utilisant un encens inspirateur de
courroux et de haine. Décorez votre autel de la manière habituelle à Cernunnos. Au centre
du triangle, placez votre encensoir plein de charbons ardents.
Appelez Cernunnos en vous servant de l’invocation consacrée: « Eko, Eko, Azaraka... », etc.
Prenez une petite quantité de sel purifié, de graine de coriandre, et une petite coralline. Non
seulement cette pierre est un accumulateur magique, une gemme de fascination, mais sa
couleur rouge la voue à Mars. Placez-là avec le reste dans votre mortier et broyez le tout.
Vous ferez trois tas du mélange ainsi obtenu.
A minuit, prenez l’un des tas dans la main gauche, faites-le passer d’une main dans l’autre,
plusieurs fois, en prononçant la première partie de l’incantation:
Sel et coriandre, je vous maudis,
Par Barabbas et par Satan,
Que le diable vous maudisse,
Non pas comme sel et comme coriandre,
Mais comme le coeur de (ici le nom de la victime).
Puis, de la main gauche, jetez votre mixture sur les braises de votre encensoir. Au moment où
jaillira la flamme, continuez l’incantation:

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Comme tu brûles, que son coeur brûle,
Et ses cendres apporte-moi,
Par la reine de la sardoine
Par le monde souterrain
Par les marins en mer!
Par Barabbas, et par Satan,
Par le diable qui te maudit,
Je te maudis, N (nom de la victime).
Et par le monde souterrain,
Je t’en conjure, esprit de la sardoine,
Entre dans (N)
Et apporte-le-moi vite!
Puissances de l’abattoir,
Guidez-le jusqu’à moi,
Puissances de Cocodover,
Apportez-le-moi vite!
Que tous mes messages te parviennent,
Par la Reine des Sorciers,
Par la Reine de la demeure des Elfes
Qui parcourt les champs de jour
Et les croisées de chemins la nuit,
semant la guerre et la haine!
Je m’adresse à vous tous et toutes.
Tous ensemble, entrons dans le coeur de (N),
Et que je revienne ici Après avoir torturé son flanc,
ses poumons, les fibres de son coeur!
Vous répéterez trois fois l’incantation précédente, en utilisant le second et le troisième tas de
votre mélange comme le premier. Pour terminer, vous scellerez l’opération par le triple signe
de croix fait de la main gauche, en prononçant la formule consacrée: « Que ma volonté soit
faite! »

Trois charmes très simples à l’usage des sorciers et sorcières délaissés et jaloux.
Un mardi ou un samedi, alors que la lune décroît, levez-vous avant le lever du soleil. Cueillez
une branche (de noisetier, dit la tradition, mais n’importe quel arbre fera l’affaire) d’un an
d’âge seulement. Vous la couperez avec votre athamé en psalmodiant simultanément:
« Je te coupe, o branche vierge, au nom de (nom de votre victime), en vue de son
effondrement. »
Revenez chez vous avec cette branche, attendez la nuit, et, quand vous êtes certains que votre
ennemi est endormi, projetez un cercle en utilisant un encens inspirateur de colère et de
vengeance. Puis, imaginant que vous voyez le visage haï à l’intérieur de votre autel, faites le
tour de ce dernier en commençant par l’est et en tournant autour de votre axe dans le sens
contraire des aiguilles d’une montre. Faites autant de tours sur vous même que possible en
psalmodiant, à chaque fois:
Droch ! Mirroch ! Esenaroth!
Betu! Maroch! Maaroth!
Chaque fois que vous serez face à l’autel, frappez-le fortement avec cotre rameau que vous
tiendrez dans la main gauche. Vous ferez trois fois le tour du cercle. Finalement, quand vous
serez revenu à l’est, laissez-vous tomber sur le sol en proférant: « Que ma volonté soit faite! »
Selon la tradition, la personne qui vous a offensé sentira les coups qui lui seront assénés
rapidement par le destin.

83
Voici une seconde opération magique d’une grande simplicité; comme pouvoir, elle utilise un
philtre qu’on peut ajouter à des gâteaux, des galettes, des petits pains au lait. Vous vous
arrangerez pour les faire parvenir à votre victime et à sa partenaire, par exemple en tant que
cadeau de mariage s’ils en sont arrivés là.

Charme pour susciter la zizanie entre deux amants.


Projetez votre cercle lorsque la lune décroît. Placez votre calice à l’intérieur du triangle de
l’autel. Décorez ce triangle comme pour les charmes où intervient Hécate la Nocticole.
Placez à l’intérieur une pincée d’écorce d’orange grattée, une pincée de sel, quelques grains
de poivre, des graines de cumin et de la rue en poudre. Versez sur le tout un quart de tasse
d’eau distillée et bouillante. En versant cette eau, représentez-vous fortement les personnes
que vous désignerez dans cette incantation:
Moi (votre nom de sorcier), prépare ce philtre.
Qu’il soit malédiction et affliction profonde
Pour le couple que voici
X et Y (leurs deux noms).
Puissent-ils ne jamais plus s’unir,
Puissent-ils se quereller chaque jour!
Puisse leur union se flétrir
Avant que l’année fut écoulée!
Que ce soit désormais leur vie,
Et qu’elle reste ainsi à jamais!
Scellez votre incantation comme pour le charme précédent. Finalement, introduisez votre
philtre comme vous le feriez pour tout autre dans des chocolats, des galettes, une bouteille de
vin, etc., selon l’occasion qui se présentera à vous.
Vous pouvez en renforcer le pouvoir en vous livrant immédiatement, le même soir, dans le
même cercle, à l’opération suivante

L’envol des huit.


Ce charme nous ramène au Moyen-Age. Il se fonde sur l’envol de « démons » ou petits
serviteurs magiques. Malgré le nom que porte chacun d’eux en latin de cuisine, tel que
Devorator (Dévoreur) et Seductor (Séducteur), ne les considérez pas comme des entités
indépendantes, mais plutôt comme l’objectivation de vos désirs, le scintillement du feu
magique créé par votre imagination et que vous envoyez au loin pour accomplir une tache
déterminée. Cette tache, dans ce cas, consiste à remplacer un amour par le désenchantement.
Voici comment opérer:
Procurez-vous la photographie des prétendus amants. Après avoir projeté votre cercle dans
les règles, vous écrirez sur chaque portrait le nom de la personne qu’il représente, en utilisant
naturellement votre plume et votre encre magiques. Baptisez-les en les passant à l’eau et au
feu, exactement comme vous l’avez fait dans le charme du pentagramme inversé, et
présentez-les de même aux quatre points cardinaux, identifiant ainsi dans votre imagination
photographies et personnes.
Ensuite, vous collerez les deux photos ensemble, indissolublement, mais dos à dos. Vous
vous placerez au sud de votre autel, face au nord, et vous jetterez sur les charbons brûlants de
votre encensoir ou brûle-parfum un peu de souffre en poudre ou de gomme d’assa foetida.
Maintenez les photos de la main droite dans cette fumée écoeurante, en pressant contre elle la
pointe de votre athamé que vous tiendrez de la main gauche. En prononçant chacun des noms
de l’incantation qui suit, imaginez un éclair, jaillit de votre puissance magique, qui descend le
long de la lame pour pénétrer dans ces deux photographies collées à jamais collées dos à dos:
Soignator! Usor! Dilapidator!

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Dentor! Concisor! Devorator!
Seductor et Seminator!
Semeur de discorde, où êtes vous?
Vous qui infusez la haine et propagez l’hostilité,
Je vous en conjure et vous l’ordonne,
Par la Grande Ténébreuse et son époux Cornu,
Allez, partez, volez!
Faites ce que je vous commande!
Scellez l’incantation. Pour compléter le charme, vous devez vous arranger pour que les
photographies reviennent aux deux victimes. L’un des meilleurs moyens est de les dissimuler
dans la reliure d’un livre que vous leur enverrez.
Vous pouvez également les cacher dans le double fond d’une boite de chocolats dans lesquels
vous aurez introduit le philtre qui doit créer la zizanie entre les deux amants.

Le Grand Envoûtement ou Grand Ensorcellement.


Pour atteindre votre but, vous allez faire un usage presque simultané de tous les procédés
magiques: répétition, évocation, objet-lien, objet-pouvoir, puissance magique du fer, encens
inspirateur de colère et de vengeance, carré de Mars, simples néfastes et chandelle
d’ensorcellement! L’opération est très complexe et vous ne devriez y recourir que lorsque
tout le reste à échoué.
Vous agirez un mardi, à minuit, juste avant la nouvelle lune. Autour de votre autel, vous
dessinerez un triangle, que vous marquerez au ruban blanc, la pointe au nord. Vous veillerez
à placer votre table autel de sorte que son triangle lui aussi pointe vers le nord. Le triangle de
votre autel contiendra la patène sur laquelle vous aurez déposé la substance avec laquelle
vous modèlerez votre figurine, argile ou cire; les accessoires de décoration seront ceux que
vous avez déjà employés pour Cernunnos.
En dehors du triangle de votre autel, vous aurez:
votre encensoir brûlant un encens inspirateur de colère et de vengeance,
votre calice de vin aigre (rue ou myrrhe),
votre baguette,
votre corde,
votre athamé,
une chandelle d’ensorcellement non allumée (bougie rouge),
vos lampes - ou chandeliers - magiques,
un flacon d’huile sabbatique,
votre carré de Mars, un ou plusieurs objets-liens,
des simples néfastes et de la poussière de cimetière (voir la fin de ce chapitre),
vos Dagydes, c’est à dire vos aiguilles ou épingles exorcisées.
Commencez votre opération en vous concentrant sur votre carré de Mars: passez de chiffre en
chiffre en suivant la progression arithmétique pour accorder votre psyché profonde à la
longueur d’onde martienne, en utilisant les mêmes mots que pour consacrer le carré. Une fois
que vous vous sentirez comme aspiré sur le plan martien, reposez votre carré sur l’autel et
consacrez au vin le grand triangle du sol, en invoquant Cernunnos: Eko, Eko, Azarak, etc.: »
Puis prenez votre mortier. Mettez-y vos simples néfastes et de la poussière de cimetière,
réduisez-les en poudre en psalmodiant doucement votre intention.
« J’oeuvre à la destruction de (nom de la victime).
Mélangez la poudre qui en résulte avec l’argile ou la cire d’abeille de votre patène, pétrissez
le tout en continuant à affirmer votre intention.
Commencez à modeler votre figurine (sa longueur doit être de douze à vingt centimètres), et
dès lors répétez-vous inlassablement le nom de la victime. Tachez de la faire aussi

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ressemblante que possible, comme pour l’envoûtement d’amour. Assurez-vous qu’elle a bien
les caractéristiques sexuelles voulues: vous accentuerez certains détails pour mieux concevoir
les endroits du corps sur lesquels vous allez faire porter votre attaque. Si c’est le visage,
n’oubliez pas qu’il doit avoir des yeux, un nez, une bouche, des oreilles.
Le modèle achevé, insérez aux endroits voulu les rognures d’ongle ou les cheveux que vous
vous serez procurés. Si votre objet lien est liquide, par exemple de la salive ou du sang, vous
l’aurez mélangé au matériau de la figurine avant d’en entreprendre le modelage. Puis, de la
pointe de votre athamé, inscrivez le nom de la victime et, sous lui, les mots magiques
suivants: « Cabye. Aaaze. Hit Fel. Meltat. »
Consacrez la figurine avec quelques gouttes de vin, en psalmodiant de nouveau votre
intention et en projetant l’image mentale de la victime dans sa représentation. Baptisez-la
alors en disant:
Au nom de Cernunnos, le Grand Cornu,
Créature de cire (ou de terre),
Je te nomme N (nom de la victime)
Tu es N
Prenant la figurine dans la main droite, saisissez votre baguette dans la main gauche, insufflez
à votre ouvrage la « vie » en traçant sur lui, en lettres de feu magiques, le nom de la personne
que vous voulez atteindre. Complétez l’identification en présentant la figurine aux quatre
points cardinaux, nord, ouest, sud et est, en psalmodiant son nom à chacun d’eux. Puis placez
la figurine, désormais votre victime, à l’intérieur du triangle de votre autel, la tête pointant
vers le nord.
Vous aurez alors achevé la première partie du rite.
Prenez maintenant votre chandelle d’ensorcellement (la bougie rouge), et oignez-la d’hile
sabbatique, rythmiquement, en énumérant la liste des tourments, que vous allez infliger à
votre victime.
Lorsque vous aurez terminé la cérémonie de l’onction, placez la bougie rouge à la pointe nord
de votre triangle d’autel, au-dessus de la tête de la figurine, et allumez-la. Puis gagnez le nord
de ce triangle et, faisant face au sud par-dessus l’autel, croisez les bras sur votre poitrine dans
le geste traditionnel du dieu de la Mort. Et psalmodiez la formule d’identification:
Ce n’est pas ma main qui agit,
Mais celle de Cernunnos, le Cornu!
Sentez la présence du Grand Cornu debout derrière vous: il guide votre main gauche
jusqu’aux dagydes, ces aiguilles magiques et enchantées. Sentez-le brûler en vous de toute sa
rage, de toute l’intensité de sa passion! Figurez-vous une fois de plus le visage de votre
victime, « projetez-le » devant vous. Accélérez votre pouls en respirant de plus en plus vite.
Voici que votre main gauche, obéissant au Grand Cornu, saisit une dagyde. Ce n’est plus
vous, mais lui qui par votre bouche commence à murmurer la formule du grand envoûtement
du Moyen Âge. Ce latin de cuisine a fait ses preuves. Au bout de l’aiguille enchantée, des
étincelles bleues crépitent:
Arator, Lapidator, Omtator!
Somiator, Suaberfor, Iquator!
Signator, Sudator, Combustor!
Pugnator, Ductor, Seductor!
Comostor, Onerator!
Vos omnes ministri odey et destructiones
et Seradore discorde,
et qui libiter opera facitis et tractibus
Quod eat noce!
Vos conjurase idec nos conjuro et deprecur

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quod ministrare et consecrare ista imaginem
et odid fiat mier alve (nom de la victime)!
Que le dieu du Courroux plante maintenant avec haine son aiguille dans le corps de la
figurine, à l’endroit précis où vous voulez déclencher le mal; vous accompagnerez son geste
de la formule consacrée: « que ma volonté soit faite! » Si la victime doit avoir
d’épouvantables migraines ou perdre ses cheveux, frappez le dessus du crâne; le plexus
solaire pour l’estomac ou le coeur; les membres, une aiguille à chaque extrémité, pour
d’atroces rhumatismes; et ainsi de suite.
Si vous voulez qu’elle périsse de consomption généralisée, c’est selon la tradition, le coeur
qu’il faut transpercer d’une seule aiguille. Si l’image est faite de cire, vous la ferez fondre
lentement dans le feu. Si elle est d’argile, laissez-la se dissoudre dans l’eau.
Une fois achevée cette cérémonie dite de l’immolation, attendez que votre chandelle
d’ensorcellement se consume complètement.
Pour porter au maximum l’effet de ce rituel, vous devrez le reprendre à plusieurs reprises,
renforçant chaque fois le grand tourbillon maléfique, le vortex, jusqu’à le rendre irrésistible,
faisant ainsi appel à toutes les ressources de votre pyramide de puissance.
Il existe naturellement, bien des variantes à une telle opération. Par exemple, certains se
contentent de planter trois clous de fer, en triangle, sur la face nord d’un arbre, en nommant à
chaque coup de marteau le nom de la victime. C’est je crois, un procédé qu’emploient
aujourd’hui encore les Ozarks. A l’opposé, quelques praticiens ultramodernes du continent
européen mélangent à leur cire ou leur glaise une petite quantité de limaille de fer; ils relient
ensuite la tête et les pieds de la figurine à un générateur. Au moment convenable, le sorcier
met le courant, et peu à peu la cire commence à fondre sous l’effet de la chaleur; si l’image
est en argile sèche, elle s’effrite et tombe en miettes!
D’autres sentent qu’il leur faut renforcer leur propre puissance magique et font appel, par une
conjuration séparée, à un être démoniaque de feu et de destruction, le géant Flauros, dont il
est dit dans le Lemegeton:
« ... C’est un duc fort puissant, qui apparaît d’abord sous la forme d’un léopard, puis
qui revêt le corps d’un homme aux yeux brûlants et à l’aspect terrible quand l’opérateur le
lui ordonne (....) Il détruira et réduira en cendre les ennemis de l’opérateur, si ce dernier le
désire »...
J’insisterai encore sur ce point: le grand envoûtement comporte le plus grand des périls pour
celui qui s’y livre. Il ne faut l’entreprendre qu’à l’intérieur du grand cercle de protection que
fortifieront les quatre tours de guet. Vous devrez aussi tracer au nord un triangle de
manifestation dans lequel vous placerez le sceau de Flauros, dessiné préalablement sur papier
talisman exorcisé.
Vous choisirez soigneusement la date et l’heure, c’est à dire le matin, entre le lever du soleil
et midi, par temps clair, le deuxième, quatrième, sixième, huitième, dixième, douzième ou
quatorzième jour de la nouvelle lune.
Vous brûlerez un encens martien, ou encore de la gomme d’assa foetida pure, et vous porterez
sur la poitrine, en plus de votre pentacle de protection, le sceau de Flauros. Pour ce
processus, les mots de puissance sont: « Themesho - Masanin! »
Pour forcer le démon à leur obéir, après avoir accompli le rituel initial d’identification avec le
feu, l’eau et leur baguette, beaucoup de praticiens incorporent dans la partie incantatoire de
l’opération une fraction du rituel d’initiation que vous trouverez au dernier chapitre.
L’opérateur ôte le sceau de sa poitrine, le lie avec son cingulum, l’« encapuchonne » d’un
voile noir, puis le porte autour du cercle en « défiant » le démon à chaque point cardinal de
son glaive, ou de son athamé. Enfin, après avoir passé le sceau au feu et à l’eau, on le dévoile
et on le place à l’intérieur du triangle de l’autel. Dès lors, Flauros lui-même est obligé de
concentrer sa présence dans le triangle de manifestation.

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Après avoir ordonné au démon d’accomplir sa mission destructrice, l’opérateur ne devrait pas
seulement lui « signifier son congé » dans les formes, mais purifier ensuite la pièce de façon
parfaite, à l’eau et au feu, en brûlant l’un des encens d’exorcisme dont nous avons décrit la
composition au chapitre V.

Faire lever une tempête.


Dans le cours de l’histoire, on a toujours attribué à certains occultistes puissants la faculté de
commander au temps. Depuis les chamans occidentaux de Koubilai jusqu’aux druides de la
Gaule et de la Grande-bretagne, tous ont pu susciter à volonté le vent, la pluie, le brouillard et
le tonnerre. Au Moyen-Age, dans les pays chrétiens, ce pouvoir, lorsque qu’elqu’un
l’utilisait, était considéré comme une manifestation satanique, infernale. La doctrine
chrétienne était alors la suivante:
Pour des raisons qu’il était seul à connaître, Dieu avait provisoirement délégué le pouvoir de
contrôler les éléments à Satan, qui d’ailleurs gouvernait la Terre jusqu’au second avènement
du Christ, d’où l’expression « Satan, prince de ce monde ». ce pouvoir, Satan, à son tour, le
dispensait aux sorciers et sorcières et à tous les praticiens de la magie noire, ses alliés, sinon
ses serviteurs. Il semble que ceux-ci aient réussi à maintenir vivace leur propre croyance à
travers toutes les périodes de persécution. Mais il est incontestable que le secret total observé
pendant des siècles a abouti à une fragmentation et à une hybridation des connaissances qui
expliquent les lacunes de la science occulte aujourd’hui, du moins dans nos pays chrétiens.
En dehors de l’application directe de la puissance magique, qu’elle soi un don inné ou le
résultat d’un apprentissage, les méthodes pour influer sur le temps présentent aujourd’hui un
éventail de rites extrêmement divers. Il existe au moins neuf procédés, tous différents, pour
faire pleuvoir. L’un recommande de brûler le foie desséché d’un caméléon sur le toit d’une
maison. L’autre vous conseille de jeter derrière vous des fragments de silex. Un troisième
obtient des résultats en lançant du sable en l’air. On peut également battre un bras de cours
d’eau avec un balai de jonc, faire bouillir des soies de porc dans un chaudron, remuer
vigoureusement, avec le doigt, l’eau contenue dans un trou, dans la terre. Certains ont essayé
d’asperger d’eau une vierge nue, et d’autres de sacrifier un jeune coq noir de charbon. Ce
sont là des actes que Frazer aurait classés dans la catégorie des « gestes sympathiques », des
processus imaginés pour atteindre un but fixé en partant du principe magique que si vous
accomplissez un ensemble de gestes symboliques, vous suscitez une réaction des forces de la
nature, du fait que l’univers est un, que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », et
qu’il y a interaction entre le macrocosme et le microcosme. C’est la doctrine même des
sorciers, et la base de leur travail. Ce que Frazer n’a pas dit, c’est que ce qui différencie le jeu
de l’enfant d’une opération de sorcellerie, c’est le facteur occulte, d’importance vitale, qu’est
la participation de notre psyché profonde à l’oeuvre entreprise. Sans ce fondement sous-
jacent, sans son éveil et sa participation à notre travail psychique, tout ce que nous pouvons
accomplir demeure individuel, au plus un exercice superficiel d’autosuggestion, au pire un
monde imaginaire où se réfugient ceux qui ne peuvent plus supporter l’hostilité du monde
réel. Il faut atteindre les profondeurs de l’esprit pour qu’il y ait sorcellerie.
Ce principe commande aussi bien les procédés pour influer sur le temps que tout autre acte
magique. Le travail qu’effectuent aujourd’hui quelques couvents de sorciers dans le domaine
de la météorologie consiste principalement à utiliser la force magique de leurs membres pour
défaire ou au contraire matérialiser les formations nuageuses qui sont en vue, et il s’agit le
plus souvent d’un processus improvisé que d’un rite totalement élaboré. C’est l’utilisation de
la pyramide des pouvoirs: si vous voulez faire disparaître des nuages, vous employés toute
votre force magique pour concrétiser l’événement que vous souhaitez, la dissolution de cette
masse de nuages, et rien d’autre. En fait, vous aller « lier », « nouer », des forces naturelles

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et non plus une personne vivante. Et, comme toujours, vous imaginez jusqu’à le voir le
phénomène désiré: les nuages se défont, s’éparpillent dans le ciel comme dans votre esprit.
Toutefois, certains sorciers préféreront une approche plus précise, plus complexe. Dès lors,
ils utiliseront comme fondement de leur processus le symbolisme des archétypes que sont les
quatre éléments du Sage. Pour susciter une tempête ou du vent, que vous vouliez disperser
des nuages ou abattre des arbres, vous devrez vous adresser aux puissances de l’air en
employant autant d’images magiques relevant du principe aérien qu’il vous semblera
convenable. D’abord le carré de Mercure et l’invocation è Herne. Vous appellerez à vous
l’Aigle-Chérubin, ou Grand Oiseau, qui veille sur la tout de guet de l’est. Vous recourrez à
votre baguette, symbole de puissance, et vous évoquerez en vous tous les souvenirs de
tempête, d’ouragan, de typhon, toutes les puissances soufflantes et déferlantes que vous
connaissez. A force d’incantations rythmées prononcées à l’intérieur de votre cercle de
protection en brûlant de l’encens mercuriens, mettez-vous en état de transe.
Pour un zéphyr bienveillant, opérez un mercredi, alors que la lune croit, à huit heures du
matin, trois heures de l’après midi ou dix heures du soir. Pour une tempête destructive, ce
sera un jeudi, aux mêmes heures, mais à la lune décroissante. Si vous désirez un orage
électrique, invoquez Cernunnos et toutes les puissances du feu un mardi, alors que la lune
décroit; vous appellerez à votre aide le Grand Lion de la tour de guet du sud, et vous
brandirez votre glaive ou votre terrible athamé comme emblème magique, en faisant bruler un
encens inspirateur de courroux et de vengeance. Que Thunor et tous les dieux de la tempête
vous servent! Finalement, pour le brouillard, les nuages ou la pluie, adressez-vous à Dame
Habondia, Maîtresse des Grandes Eaux, et au vieux et puissant serpent Tiamat qui veille sur
votre tour de l’ouest. Votre encens lunaire a été décrit au chapitre III, et vous utiliserez votre
calice d’eau salée comme arme magique, le tout un lundi à huit heures du matin, trois heures
de l’après midi ou dix heures du soir.
Il se peut également que vous désiriez déclencher la tempête d’avance pour une heure fixée:
dans ce cas, recourez à un procédé très antique, celui de « lier » la force invoquée en
l’incorporant à un talisman que vous « déchargerez » le moment voulu. Le meilleur talisman
pour une telle opération sera le tressage d’une corde de ruban ou de laine rouge, comme vous
l’avez fait pour votre cingulum, et vous y « lierez » les forces que vous invoquez en répétant
une incantation que vous aurez vous-même composée.
Vous compléterez l’opération en faisant trois noeuds: un à chaque extrémité et le troisième au
centre, en prononçant la formule suivante: « Comme ces noeuds sont liés, que le temps soit
celui que je veux. »
Le moment venu, l’opérateur devra prendre la corde en main, se tourner vers la bonne
direction, è l’est pour les coups de vent, au sud pour les tempêtes avec coups de tonnerre, à
l’ouest pour la pluie. Qu’il évoque alors les puissances de l’élément considéré dans les
profondeurs de son être avec toute la force de sa volonté, de sa foi et de son imagination.
Selon la tradition, il devrait siffler trois fois pour du vent, frapper trois fois dans ses mains
pour le tonnerre et cracher trois fois pour la pluie. Il devrait également avoir composé
d’avance une incantation rythmée qu’il répétera en défaisant selon ce rythme les trois noeuds,
dans l’ordre inverse de celui de leur confection.
Si vous voulez combiner les pouvoirs des trois éléments et soulever ainsi un véritable
ouragan, vous aurez à réaliser ces trois opérations séparément, en faisant vos noeuds sur les
précédents, c’est à dire que vous aurez finalement une corde à trois triples noeuds. Lorsque
vous les déferez, veuillez à le faire dans l’ordre inverse en psalmodiant une incantation
générale où vous énumérez toutes les images élémentaires participant à l’opération.
La chose importante est qu’au cours du processus vous vous sentiez possédé, soulevé « par
une vague de divinité » en vous servant, pour y parvenir, de la représentation mentale de tous
les archétypes que vous aurez précédemment activés au fond de vous même. Tout est là.

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Décider du temps qu’il fera est une entreprise qui demande beaucoup de travail. Le facteur le
plus important est le contact qu’il faut établir avec les archétype des puissances élémentaires
considérés dans la forme la plus essentielle. En tant que novice, faites preuve de sagesse,
commencez à expérimenter pendant une saison où le temps que vous souhaitez n’est pas
d’une rareté excessive. Comme je vous l’ai déjà dit à maintes reprises, ne tentez pas
l’impossible, du moins pas encore! Pour l’instant, tenez-vous-en à l’ « improbable ». Faites
attention à ne pas porter atteinte à votre foi en votre propre puissance magique dès le début de
votre carrière.

Simples et encens.
Pour terminer, voici quelques indications sur les simples maléfiques qu’on doit employer
selon la tradition, dans ce genre d’opérations. Ne recourez pas aux types vraiment vénéneux
quand vous confectionnerez vos sachets et votre encens. N’oubliez pas que vous recherchez
la puissance magique et non physique, et que des simples chimiquement inoffensifs ont autant
d’effet psychique que les autres. Au point de vue pénal il est très difficile de convaincre
quelqu’un de persécution psychique, tandis qu’on pourrait vous reprocher l’emploi de
substances vénéneuses, qu’elle que soit la manière dont vous les ayez traitées et administrées.
Ces compositions, comme le reste de ce chapitre, se répartissent en deux catégories distinctes.
Certaines relèvent de la nature saturnienne des choses et provoquent tout ce qui se rattache à
l’inertie, tandis que les martiennes sont actives et causent des tourments. Je commencerai par
ces dernières.

Encens martiens.
L’encens magique martien inspirateur de colère et de vengeance se compose, d’après la
tradition, des ingrédients suivants: ammoniac sous forme de gomme, euphorbe, bdellium,
racines d’hellébore noir et blanc, aimant naturel en poudre ou limaille de fer magnétisée, le
tout mélangé à quelques gouttes du sang d’un homme et d’un chat noir, et à la cervelle d’un
cerf.
La plupart de ces ingrédients sont vénéneux et les deux derniers ne se trouvent pas facilement,
c’est le moins qu’on puisse dire.
Aussi, voici un encens martien moderne, d’une composition beaucoup plus facile à réaliser:
4 parties de résine de sang de dragon en poudre,
4 parties de rue séchée et pulvérisée,
1 partie de grains de poivre séchés en poudre,
1 partie de gingembre séché et en poudre,
1 pincée de soufre,
1 pincée de limaille de fer magnétisée ou de poudre d’aimant nature.
Vous pouvez encore, alternativement, brûler dans votre encensoir ou brûle-parfum du sang-
de-dragon pur, du soufre ou de l’assa foetida. Ces deux derniers ingrédients ont une odeur
offensive et caustique, et vous ne devrez vous en servir que par faible quantités. Méfiez-vous
surtout de la fumée particulièrement étouffante du souffre, dont il ne faudra vraiment qu’une
pincée.

Sachets de poudres martiennes.


Les amulettes du type maléfique sont souvent des sachets contenant des poudres de simples
qu’on appelle aux États-Unis: « poudres de sorcières ». vous pourrez les composer vous-
même en utilisant soit en combinaison, soit un par un, les poudres de bois et de plantes qui
suivent. Vous les mettrez en sachet que vous fermerez avec un ruban ou un fil de laine rouge,
alors que la lune sera décroissante, de préférence au jours et aux heures de Mars, c’est-à-dire
un mardi à huit heures du matin, trois heures de l’après midi ou dix heures du soir. La plupart

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d’entre elles ne doivent jamais être administrées sous la forme d’un philtre, car elles sont
extrêmement vénéneuses.
Au début de la liste, vous trouverez ceux qui sont inoffensifs, et à la fin, les autres. Tous ceux
mentionnés en premier devraient avoir leur place dans votre cabinet de sorcier.
Feuilles de prunier épineux (Prunus spinosa)
poivre, blanc, rouge, et poivre de Cayenne,
racines de gingembre,
piment séché,
résine de sang de dragon (utilisé comme colorant par les luthiers)
soufre en poudre (fleur de soufre)
copeaux pulvérisés de houx (Ilex aquifolium - non comestible)
copeaux de bois de frêne pulvérisés (Fraxinus excelsior - non comestible)
copeaux de noyer blanc pulvérisés (Carya alba),
ortie brûlante pulvérisée (Urtica dioica - ou toute autre plante ou épice de nature astringente)
euphorbe (Euphorbia corllata - vénéneuse)
gomme de bdellium - balsamodendrum
aconit (aconitum napel - de la même famille que les renoncules - vénéneux)
ammoniac en forme de gomme (jadis utilisé comme ciment - vénéneux)
amanite (Amanita phalloïdes - mortel)
Tous les autres simples maléfiques sont de nature saturnienne.
L’encens saturnien, d’après la tradition, se compose de graines de pavot noir, jusquiame,
racine de mandragore, aimant naturel pulvérisé, et myrrhe. Le tout devrait bien être bien
mélangé et incorporé à la cervelle d’un chat et au sang d’une chauve souris.
En ce qui vous concerne, voici une recette tout à fait satisfaisante:
4 parties de gomme de myrrheù1 partie de bois de genévrier ou d’if séché en poudre,
1 partie de rameaux ou feuilles de sureau, séché et en poudre,
1 partie de rameaux de cyprès séchés et en poudre,
1 partie de feuilles de patchouli (ou quelques gouttes d’huile de patchouli)
1 pincée de limaille de fer magnétisée ou de poudre d’aimant naturel.
Et si cela vous manque, vous pouvez brûler dans votre encensoir de la pure gomme de
myrrhe.

La poussière de cimetière.
Par poussière de cimetière, le praticien expérimenté comprend trois choses différentes:
1. Ou bien de la poussière ou de la terre prélevée dans un cimetière.
2. Ou bien de la molène séchée et réduite en poudre (Verbascum thapsus).
3. Ou bien de la cendre d’os et de l’asphalte, mélange communément appelé « poudre de
momie » et qui en effet a été obtenue à l’origine en broyant des momies égyptiennes. Pour
des raisons évidentes, la poudre de momie est assez rare de nos jours.
Chacune de ces « poussières de cimetière » peut être utilisée à part ou en combinaison dans
des poudres ou des sachets magiques, dans le but de provoquer une inertie, une diminution
d’activité quelconque. Mais vous pouvez employer d’autres simples:
bois de myrrhe pulvérisé
graines de pavot noir
baies, feuilles et fleurs de sureau
rue
aloès
oseille fleurs d’aubépine
fleurs de pervenche
bois et baies de genévrier, pulvérisés

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baies et bois d’if pulvérisés (Taxus baccata)
morelle noire
belladone (atropa belladona - vénéneuse)
circé (Circea lutetiana - vénéneuse)
jusquiame (Hyoscyanus niger - vénéneuse),
stramoine (Datura stramonium - vénéneuse),
ciguë (Conium maculatum - vénéneuse).
Les sept derniers simples sont magiques, mais sont aussi des drogues très puissantes. Comme
pour les simples de Mars, soyez prudent.

CHAPITRE VII
LE COUVENT DE SORCIERS,
ET COMMENT EN CONSTITUER UN.
Tous les praticiens de l’art occulte le savent: une opération accomplie par un groupe réussit
souvent de façon spectaculaire, tandis qu’un effort solitaire n’est suivi fréquemment que d’un
succès modeste. Le vieil adage sur la « force du nombre » se vérifie particulièrement en
magie.
Il y a des conditions préalables, naturellement, à la formation des couvents de sorciers:
d’abord, les membres du groupe doivent être mus par un esprit semblable; et, en second lieu,
il faut qu’il y ait chez eux un certain degré d’application, une communauté d’intention et
d’intensité.
Plus les individus constituant un couvent sont puissants au point de vue magie, plus le
couvent le devient en tant qu’entité pratiquant la sorcellerie. Si les rapports émotifs qui
existent entre les membres du couvent sont assez forts pour combiner leurs pouvoirs
pyramidaux, il se forme un courant, ou vortex, d’énergie qui, soutenu par la célébration
périodique d’un rituel, se transforme non seulement en une « banque d’énergie » où chacun
d’eux peut puiser pour compléter ses propres capacités, mais aussi en une psyché profonde
supérieure à celle des individus qui le créent, indépendante de la leur.
Les rites et les symboles particuliers à un groupe doivent être préservés de l’indiscrétion des
non-initiés, non pas tant pour éviter que des pouvoirs imprudemment conférés soient mal
utilisés, mais surtout parce qu’en appuyant inconsidérément certains leviers psychiques, ces
étrangers peuvent réduire à néant tous les efforts qui ont présidé à la création d’un couvent.
Le nombre des membres d’un couvent est limité par la tradition au chiffre 13, y compris ses
dirigeants. Si les trois dirigeants sont présents, il ne peut dont y avoir que dix autres
membres. Dans les couvents de sorciers orientés vers le culte de la Déesse, avec toutes les
implications sexuelles que cela comporte, l’idéal est d’avoir six couples, six hommes et six
femmes, le chef étant le treizième membre. Dans les couvents de ce type, les initiations
doivent toujours se faire d’un sexe à l’autre, c’est à dire d’un homme à une femme ou d’une
femme à un homme, la seule exception étant celle d’un père ou d’une mère à son enfant.
Mais dans les autres types de couvents, cette règle ne joue pas.
D’après la tradition, il y a au moins une lieur, soit cinq kilomètres, entre les points de
rassemblement de deux couvents. Il semble que ce soit là le vestige d’une ancienne division
territoriale, mais aussi une précaution datant du temps des persécutions, où la répartition par
petites cellules constituait une mesure de sécurité, ce qui explique du même coup la limitation
à treize du nombre de leur membres. Mais il existe d’autres explications magiques à ce
chiffre, ne serai-ce que les treize mois de l’année lunaire. Toutefois, des sorciers modernes
prétendent que ce choix n’est qu’une mesure pratique, car l’on ne voit pas comment on

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pourrait faire tenir beaucoup plus de personnes è l’intérieur d’un cercle de deux mètres
soixante-dix de diamètre.
Le mot « couvent », malgré les résonances religieuses qu’il a en français, doit être pris dans
son sens étymologique, conventus signifiant en latin une réunion ou une assemblée. Dans un
couvent, une réunion non officielle porte le vieux nom d’ « ébats », ou d’ « esbats ». Voilà
qui en dit long sur l’état d’esprit de ceux et de celles qui se rencontraient au Moyen-Age,
malgré toutes les interdictions, et qui trouvaient des ces « esbats » la libération des contraintes
et des superstitions chrétiennes.
Si jamais vous formez un jour votre propre couvent, n’oubliez jamais les deux caractères du
sabbat: il est d’abord l’occasion de renouveler des amitiés communes, de renforcer le pouvoir
des membres d’une cellule magique, mais il est également consacré au plaisir.
Pour créer un couvent, les détails des différents processus peuvent être groupés en sept
catégories bien distinctes:
1. La nature de votre couvent: son « logos », ses totems, et le symbolisme général.
2. La hiérarchie du couvent: si vous décidez qu’il y en ait une.
3. Votre rituel d’initiation (et les différents rites correspondant à la hiérarchie, s’il y en a une),
où vous faites usage du symbolisme conventuel.
4. Un serment irrévocable concernant le secret à observer par tous les membres, qu’ils
prononcent lors de leur admission et qui est renforcé de la menace de représailles d’ordre
magique. Cette menace se concrétise généralement par le fait que le candidat remet
volontairement au couvent un objet-lien tel que quelques gouttes de son sang, un mèche de
cheveux, etc.
5. L’adoption d’un nom de couvent. Ce nom s’ajoute à celui du sorcier ou de la sorcière, à
moins qu’il soit le même, ce qui arrive parfois.
6. L’adoption d’insignes magiques à porter: pendentif, bague, bracelet, collier, ou jarretière.
7. Un rituel, ou plusieurs rituels qu’il faudra observer à chacun des huit sabbats que vous
fêterez, et qui utilisera au maximum le symbolisme conventuel.
Quel est l’objectif d’un couvent? Certains groupes se concentrent sur la guérison des
malades, s’adonnent à la nécromancie, mais le but habituel est la conquête de la connaissance
et du pouvoir sous toutes ses formes. C’est ainsi que certaines cellules poursuivent une action
politique et multiplient les charmes et les incantations pour influencer les personnalités
occupant de hautes fonctions publiques. D’autres vouent la totalité de leur énergie à
l’invocation des entités, des divinités magiques, pour exprimer leur désir de mener une vie
spirituelle plus simple et peut être plus pure, puisée dans des sources antiques, européennes et
préchrétiennes. Ces « culturistes de la sorcellerie » ont fait beaucoup parler d’eux depuis plus
de quinze ans dans les pays anglo saxons.

La nature de votre couvent.


Pour trouver le nom de votre couvent, vous suivrez la méthode que vous avez adoptée pour
choisir votre nom de sorcier. Toutefois, certains magiciens fervents de la tradition vous
diront que vous devez vous restreindre aux mythologies dont le fondement est européen,
puisque c’est avec la tradition magique occidentale que votre groupe va tenter de renouer.
Une conception aussi étroite peut vous déplaire, et vous citerez avec raison la maxime qu’à
popularisée Dion Fortune, l’écrivain cabalistique: « Tous les dieux sont un seul Dieu, toutes
les déesses sont une seule Déesse, et il n’y a qu’un Initiateur. » Il semble bien qu’il n’y a pas
d’objection possible à une telle largeur d’esprit.
Quand vous commencerez à constituer votre couvent, choisissez des symboles qui
représentent son orientation générale.
Recherchez-vous la connaissance? Le symbolisme de l’Air et toutes les manifestations
d’Herne sont appropriées. Si c’est la puissance, utilisez des symboles concernant le Grand

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Cornu,le Maître du Feu et de l’Énergie. Au contraire, la Grande Mère Hertha présidera
convenablement à vos rites de guérison des malades, tandis que rien ne pourra mieux
exprimer votre vénération des divinités de l’amour que l’adoration que vous porterez à dame
Habondia.
Ces êtres magiques, que vous les considériez comme des entités indépendantes ou comme les
aspects de deux divinités uniques, sont entourés traditionnellement d’animaux et de symboles
particuliers, dans lesquels vous puiserez pour choisir le « totem » de votre couvent et son
« logos », ou symbole composite.
Les livres de la mythologie pourront vous être fort utiles, et, pour ceux qui éprouvent un
penchant pour la tradition celtique, voici le Mabigonion gallois; les Irlandais nous ont légué
Le livre de la Vache brune, Le Livre jaune de Lecan,et le Livre de Leinster; nous avons à
notre disposition tous les romans bretons du cycle du roi Arthur, l’histoire du Saint-Graal,
etc.: Désirez-vous suivre une voie plus cabalistique, citons 666 d’Aleister Crowley et la
Cabale mystique de Dion Fortune, manuels très pratique.
Si vous désirez donner à votre couvent une couleur un peu exotique, les mythes de l’ancienne
Égypte sont toujours très sollicités, et vous pourrez y incorporer certains éléments tirés du
vaudou antillais. Fondamentalement, les entités qu’on y retrouve sont exactement les mêmes.
Elles diffèrent seulement dans leurs manifestations culturelles; leurs pouvoirs sont identiques.
De toute façon, qu’elle que soit la tendance de votre couvent, Le Rameau d’Or, ce livre
universellement connu de Frazer, et La Déesse blanche, de Robert Graves, vous seront
infiniment précieux.
Quant au « logos », ou emblème parlant de votre couvent, vous le composerez comme un
cimier héraldique, en incorporant dans un dessin unique les symboles que vous aurez choisis.
Ce dessin doit être assez simple pour pouvoir être gravé ou brodé et pour que sa
contemplation vous aide à méditer sur sa signification.

La hiérarchie de votre couvent.


Depuis les temps les plus primitifs jusqu’à nos jours, les sociétés secrètes magiques, y
compris les couvents de sorciers se sont organisés, comme le clergé la fait, en instituant parmi
leurs membres une certaine hiérarchie. Les chefs étaient généralement élus parce que
considérés comme plus forts, plus sages ou simplement plus vieux. Ils conservaient leur
autorité jusqu’au moment où ils la confiaient d’eux mêmes à leur successeur à moins qu’une
décision de leurs subordonnés vint la leur ôter. Certains sorciers prétendent, à tort d’après
moi, que les chefs des groupements magiques d’autrefois étaient périodiquement mis à mort,
ce qui mettait obligatoirement fin à leurs fonctions. Ce sacrifice était évidemment d’ordre
magique et le reste du couvent en tirait un renouveau et un surcroît de puissance, une sorte de
recharge psychique. Certes, les sociétés primitives nous offrent de nombreux exemples d’un
tel rituel. Mais il semble plutôt faire partie des coutumes engendrées par des croyances
favorisées par des clergés établis, et n’avoir aucun rapport avec le secret des couvents de
sorciers. Les concepts de culpabilité, de boucs émissaires et d’expiation sont totalement
étrangers à la sorcellerie. Les seuls rites où subsiste aujourd’hui une idée de sacrifice sont
l’offre de gâteau et de vin, et les différentes libations. Quant à l’emploi occasionnel de
quelques gouttes de sang, il ne s’agit nullement par là d’apaiser le courroux d’une divinité ou
d’expier un péché, mais de conférer à une opération l’énergie magique qui, selon la tradition,
est contenue dans le sang. Aujourd’hui, les non-violents ont même supprimé le sang pour le
remplacer par du blanc d’oeuf, substitution qui est d’ailleurs un vieux procédé magique.
La tradition nous apprend qu’un couvent doit avoir trois chefs, ce qui nous rappelle la formule
de Dion Fortune: un seul dieu, une seule déesse et un seul initiateur. Le chef mâle représente
le pouvoir masculin, il occupe généralement la première place. Une femme, le principe
féminin tient alors la seconde. Et enfin l’ « exécuteur » ou l’ « officier » , est toujours un

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homme. Les titres de ces personnages changent d’après les couvents, mais ils sont toujours
traditionnels. Dans les cellules où l’on cultive l’amour et où l’on fait porter l’accent sur la
« fertilité », les membres accomplissent toutes les opérations et leur rituel complètement nus
sous la direction d’un « Grand Prêtre » et d’une « Grande Prêtresse ». Les couvents qui
recherchent la connaissance et le pouvoir ont un « magister », ou un « grand maître » ou un
« démon » (ce qui veut dire ici « petit dieu »), tandis que le principe féminin est représenté
par la « Dame - ou Reine - du Sabbat ». Quant à l’exécuteur ou officier, c’est lui qui porte à
la connaissance des membres du couvent les ordres du « magister » ou de la « Reine ». Il est
l’intermédiaire, mais aussi le lieutenant des deux chefs, et la tradition veut qu’il soit vêtu de
noir de la tête aux pieds, d’où son appellation: « L’homme noir ». Toutefois, dans la France
du Moyen Âge, il s’habillait en vert et portait alors le nom de « Verdelet ». Son insigne était
le bâton de pèlerin, fait parfois de prunier épineux, d’où son nom : « Bâton noir ». C’est lui le
maître des cérémonies et des réceptions du couvent; il en est le trésorier et encaisse les
cotisations des membres; il s’occupe aussi des convocations, etc.: En l’absence du magister,
c’est l’exécuteur qui, fréquemment, dirige les travaux.
Dans les couvents consacrés à la recherche de la puissance et des connaissances, la « Dame
du Sabbat » ne détient qu’une parcelle infinie du pouvoir exécutif. Au cours des fêtes, elle
s’assied à la droite du magister, conduit les danses rituelles et préside aux cérémonies.
Parfois, elle remplit la tache de médium ou de voyante, sous le contrôle du magister.
Au contraire dans les couvents qui s’orientent vers le culte et l’adoration des divinités
antiques, la Grande prêtresse tient la première place, le Grand prêtre n’étant guère que son
prince consort.
Le magister porte souvent des fourrures, une peau de mouton ou de chèvre, une robe, à moins
qu’il ne soit complètement nu: tout dépend du type de couvent qu’il dirige. Sa tête peut
s’orner d’un heaume cornu, traditionnel depuis le temps des chamans et qui rappelle celui des
anciens Vikings, ou encore un masque qui représente l’un des totems du groupe: bouc, bélier,
cheval. Chat, etc. Naturellement, il porte tous les joyaux consacrés qui sont les siens.
La « Reine », ou Grande prêtresse, peut, elle aussi, porter une robe, ou rien du tout. La robe
peut être de n’importe quelle couleur; elle est généralement blanche, bien que j’aie vu des
robes noires, vertes, rouges et bleues. Il est permis à la « Reine » de fixer à sa tête un
croissant lunaire d’argent, les pointes en haut, ou de laisser ses cheveux flotter librement sur
ses épaules. Elle portera tous ses joyaux de sorcières, y compris le collier, d’ailleurs
obligatoire.
Pendant les sabbats, le couvre-chef du magister sera orné, en son centre, d’une petite bougie
toute droite qu’on allumera au cours des cérémonies et opérations. C’est le symbole du
Grand Maître en tant que Seigneur du Soleil, Lucifer, le Porte-Lumière. Dans certains
couvents, la grande prêtresse portera de même un couvre-chef illuminé pour conduire la danse
sabbatique, mais cette fois avec toute une couronne de bougies.
Les membres apportent leur robe ou travaillent nus, selon les cas. Une certaine uniformité de
vêtements est souhaitable, et la robe noire à cagoule, ou tabard, est idéale à ce point de vue.
Sorciers et sorcières devraient porter leurs joyaux magiques, ainsi que leur athamé et leur
baguette, pour participer aux cérémonies d’ensemble. Jadis, les gentilshommes avaient
l’épée, et les paysans venaient au couvent avec leur fourche à charger le foin. Quant aux
« bâtons à chevaucher », on les déguisaient habituellement en manches à balais. Nos athamés
et nos baguettes ne sont que des objets de remplacement.
Au cours d’une réunion, on s’adresse au magister et à la Dame en leur donnant leur titre, en
plus de leur nom de sorcier et de couvent.
Enfin, vous devez connaître certains noms traditionnels, ceux des entités magiques dont vous
avez déjà entendu parler dans ce livre, qu’il s’agisse d’êtres véritables ou de simples aspects

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du Couple Divin, le Dieu et la Déesse. Pendant le sabbat, les chefs du couvent sont leurs
représentants directs et doivent être respectés comme tels.
C’est ainsi que les titres de magister sont, entre autres:
Cernunnos: nom d’une ancienne divinité cornue des Celtes qui s’est transmise jusqu’à nous.
Dumus: dérivé de Dumuzi ou Thamouz, le jeune dieu époux de la Grande Mère
Babylonienne.
Barabbas: en hébreu, Bar Abba, signifie le Fils du Père ou le Fils divin, réference au dieu
incarné.
Hu: vient directement d’une divinité celtique dont le souvenir a été conservé au pays de
Galles: Hu Gadarn.
Mamilion: son origine est inconnue.
Dianus ou Janus: Janus était un dieu romain à deux visages, d’origine étrusque, gardien du
seuil des demeures et maître de tous les débuts et de toutes les fins. Certains le nomment
Alpha et Oméga, le Premier et le Dernier. C’est une autre vision du Cornu.
Janicot: Ce diminutif de Janus se rencontre encore en France méridionale.
Le Démon: était à l’origine un « petit dieu », comme le prouve l’anglais devil, dérivé de
l’indo-européen primitif div ou dev qui signifie « sacré » ou « brillant ».
Lucifer: est le porteur de Lumière. Le Dieu est considéré ici comme l’esprit de la lumière et
par conséquent le soleil.
Simon: C’est probablement une allusion à Simon le Magicien, le gnostique qui a fait
chanceler le christianisme à ses débuts.
Herne: Peut-être s’agit-il d’une transformation, au cours des siècles, du dieu scandinave et
germanique Odin ou Wotan. Dieu de la sagesse et de la tempête, mais également guide des
morts, il est devenu pour les chrétiens le « chasseur Maudit » qui parcourt les landes et les
bois accompagnés de sa meute de chiens aboyants et hurlant.
Gomagog: Cité dans la Bible comme Gog et Magog, deux entités différentes, en réalité
version préhistorique du Dieu et de la Déesse revêtu d’une forme géante.
Andras: Ce nom n’est plus guère employé que dans le Sud de l’Angleterre, dans les forets du
Weald.
Adonai ou Adonis: C’est le mot hébreu pour « Seigneur ». Sous sa seconde forme, c’est
l’époux d’Astarté.
Sabaoth: C’est le mot hébreux pour Dieu.
Baphomet: Divinité cornue qu’auraient adoré les Templiers, ordre de moines chevaliers
chrétiens qui connut son apogé2 au XIIe siècle. Le nom Baphomet est expliqué de diverses
manières. Il voudrait dire, d’après certains, « le Père du Temple de la Paix pour tous les
Hommes », ou Templi Omnium Hominum Pacis Abbas, si on lit les initiales à l’envers. Pour
d’autres, ce serait une corruption de Bathos Metis, ou « Purification par la sagesse ». De
nombreux sorciers ou sorcières croient qu’il s’agit d’une référence à « La pierre de Buffo »,
Buffo étant le nom antique de l’île de Chypre, lieu de naissance de la déesse Aphrodite
d’après la légende grecque. C’est de là, affirment-ils que proviennent certains des mystères
féminins de la sorcellerie. Ce qui m’amène aux titres que peut porter le chef féminin du
couvent selon qu’elle est grande prêtresse ou reine de sabbat.
Les voici:
Andred: Ce nom lui a été conservé dans la foret de Wead, au Sud de l’Angleterre.
Bensozia: Nom donné à la déesse en France vers le XIIe sciècle. Cela signifie probablement
« l’incertaine »...
Nocticola ou Nocticula: dans le premier cas, c’est la déesse qui habite la nuit; dans l’autre, un
diminutif de la nuit elle-même.
Rhiannone: Divinité celtique qu’on retrouve au pays de Galles et en Bretagne.

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Hérodias ou Aradia: C’est le nom que donnent sorciers et sorcières d’Italie à la déesse fille de
la Grande Déesse. Elle porte également les noms de Diane, Dione, Dana ou Gianna. Leland
parle d’elle dans Aradia, l’Evangile des sorcières.
Nabondia, ou encore Dame Habonde: C’est le nom de la Grande Déesse considérée comme
divinité de l’amour et de l’abondance.
Holda ou Hulda: C’est le nom germanique d’Habondia, employé dans l’est de la France
Morgane ou Morrigane: deux noms celtiques pour la Dame de Mort, la classique Hécate,
mais aussi le demi-soeur, fille d’un elfe, du roi Arthur.
Astarté ou Ishtar: Déesse mésopotamienne de l’amour. Epouse d’Adonis-Thamouz.
La Vierge ou La Pucelle: C’est une référence à Perséphone, la déesse grecque du monde
souterrain. Si la Reine ou Grande Prêtresse fait initier sa fille dans son propre couvent, c’est
le titre que portera la jeune fille, mais ce n’est pas une obligation.
Les titres que reçoivent les chefs d’un couvent varient considérablement de groupe en groupe,
et dépendent de la tendance adoptée, de l’accent qui peut porter soit sur le druidisme, le
celtisme ou la Cabale, etc. Parfois, c’est le magister, le Seigneur de la Confusion, qui tient le
sceptre, parfois la Grande Prêtresse, Reine du Bourg des Elfes.

Votre rituel d’initiation.


Votre rituel d’initiation sera le cérémonial prévu pour l’admission, c’est à dire pour la
demande faite par le futur membre de votre couvent, et pour sa réception dans votre cellule.
Il est une raison magique à ce genre de cérémonie: le nouvel adepte doit accepter l’esprit du
couvent et être accepté par lui.
La plupart des initiations conventuelles ont lieu à l’un des huit sabbats, de préférence, à celui
du Premier Mai ou à celui de la veuille de la Toussaint, alors tous les membres du couvent
sont présents. Toutefois, les cérémonies qui ont lieu pendant les « Esbats » sont valables,
bien que généralement moins spectaculaires.
Le rituel d’initiation, et évidemment les autres rites, doivent être en harmonie avec
l’orientation du couvent, et par conséquent distincts, presque individuels. Aussi les initiations
pratiquées aujourd’hui présentent-elles presque toujours de grandes différences, à tel point
qu’on prétend qu’il existe de nos jours autant de cultes que de couvents!
Certaines cellules ont adopté des formes cabalistiques et hermétiques, d’autres laissent aller
leur imagination dans le sens de ce « culte de la liberté et de l’amour » préconisé par les
adeptes de G.B. Gardner, le rénovateur de la sorcellerie anglo-saxonne. D’autres encore sont
attirés par le Moyen Âge, le Grand Cornu et ses attributs, tandis qu’un dernier groupe se
tourne délibérément vers le folklore celtique, druidique (le mot druide étant alors entendu
dans le sens de chaman et de sorcier plutôt que prêtre de la religion solaire).
Vous trouverez à la suite les rudiments de deux types de cérémonies d’initiation. Le premier
est utilisé par les couvents où l’on travaille « en robe » et où les énergies sont concentrées sur
la puissance et la connaissance, c’est à dire sur les réalisations de la divinité mâle. Le second
représente les tendances de couvents où le travail s’effectue dans la nudité et où l’on se
préoccupe surtout des guérisons, de l’amour, des manifestations de la divinité féminine. Vous
pourrez y choisir les éléments de votre goût et les incorporer à ce qui deviendra votre propre
cérémonie initiatique et répondra parfaitement à l’attitude fondamentale de votre groupe.

L’initiation en robe.
Cette cérémonie doit avoir lieu à l’un des huit sabbat. De ce fait, le cercle sera tracé et
consacré par les gardiens de guet. Si l’initiation se fait dans une pièce fermée, on allumera
sur l’autel un petit brasero en céramique; en plein air, un bûcher flambera au centre de
l’emplacement prévu. Vous veillerez à ce que tous les instruments magiques du couvent
soient présents. Le rituel commencera par l’invocation des deux aspects, tant masculin que

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féminin, de la puissance, peut-être avec la formule « Eko Azarak » et l’hymne d’Hertha. Le
grand maître portera son heaume cornu ou son masque d’animal ayant à son sommet la
bougie allumée ou la torche flamboyante. Avec le reste des membres, il se tiendra à
l’intérieur du cercle. Le candidat entrera, conduit par l’extérieur, et s’immobilisera au nord
du périmètre du cercle. Il aura revêtu sa robe. Complètement aveuglé soit par un bandeau,
soit par un capuchon, il devra être débarrassé de tout objet en métal. Un membre du couvent
préalablement choisi l’arrêtera avec la pointe de son athamé ou de son glaive, juste sur la
poitrine, et commencera l’interrogation pour le compte du gardien de la tour de guet du nord,
royaume de l’élément Terre.
Cet interrogatoire peut prendre la forme suivante:
LE GARDIEN - D’où viens-tu?
LE CANDIDAT - Du nord, du lieu où règnent les ténèbres.
LE GARDIEN - Où vas tu?
LE CANDIDAT - Je voyage à la recherche de la lumière.
LE GARDIEN - Quel est ton mot de passe?
LE CANDIDAT - La perfection dans l’amour et la confiance.
LE GARDIEN - Moi, gardien de la tour de guet du nord, je te défends d’entrer. Tu ne peux
pénétrer dans ce saint lieu par le nord avant d’avoir été purifié et consacré. Quel est ton
garant?
L’EXÉCUTEUR- C’est moi, le Guide des âmes.
LE GARDIEN - Enfant des ténèbres, approche de la tour de guet du nord et reçoit de moi les
liens de la mort et la bénédiction de la terre!
L’exécuteur attache alors les mains du candidat, derrière son dos, avec un cingulum de sorcier
dont les extrémités sont relevées et nouées autour de son cou, pendant ensuite librement sur sa
poitrine à la manière d’un fil à plomb. On lui relie aussi la cheville droite à la cheville gauche
avec un bout de corde rouge assez lâche pour lui permettre de marcher, de sorte que ses pieds
« ne soient ni libre ni esclaves ». Puis on aspergera son front de quelques grains de sel
consacré et l’on placera entre ses lèvres une pièce de monnaie, symbole du pentacle
tellurique. L’exécuteur le conduira alors, dans le sens des aiguilles d’une montre, tout autour
du cercle. Avant d’arrêter à l’ouest, il lui retirera la pièce de monnaie d’entre les lèvres. Puis
le gardien de la tour de guet de l’ouest procédera à un nouvel interrogatoire semblable au
premier. A la première question: « D’où viens-tu? », le candidat devra répondre. « Du nord,
de la porte de la mort » De même, le gardien emploiera naturellement le mot « ouest » au lieu
de « nord ». Finalement, il donnera à boire au candidat la « coupe de mémoire », c’est à dire
une gorgée d’eau pure d’un calice, et il le « purifieras à l’eau », en lui versant quelques
gouttes dur le front.
De nouveau, le candidat fera le tour du périmètre, toujours dans le sens des aiguilles d’une
montre, pour s’arrêter au sud où un nouvel interrogatoire aura lieu, cette fois pour le compte
du représentant du feu. A la fin de l’interrogatoire, le gardien, après avoir encensé trois fois
le candidat avec l’encens de Cernunnos, lui frappera l’épaule droite du plat de son glaive, ou
de son athamé, lui conférant ainsi la puissance du feu auquel il est désormais consacré comme
aux deux premiers éléments.
Enfin, après un dernier tour de cercle, le candidat s’arrêtera à l’est, où il sera interrogé par le
représentant de la puissance de l’air. Ce gardien lui soufflera trois fois sur la tête pour lui
donner « le souffle de vie », puis le « don de lumière » symbolisé par le retrait du bandeau ou
du capuchon. La première chose que doit apercevoir le candidat est le Grand Maître sous son
masque illuminé: Lucifer lui-même. Le Soleil de Minuit.
Purifié et consacré aux quatre éléments du Sage, le candidat fait son entrée dans le cercle par
le nord. On lui délie les mains. Le Grand Maître tend la lame de son glaive ou de son athamé

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en direction du candidat qui s’agenouille devant lui, pose sa main droite sur la lame et
prononce le voeu sacramentel:
Moi, (ici son nom de sorcier), en présence de tous ceux qui sont ici assemblé, vivants et
morts, je jure très solennellement, et cela de ma propre volonté, que je garderai toujours
secret tout ce qui me sera confié par ce couvent, si ce n’est à quelqu’un de convenable et de
préparé à cet effet, à l’intérieur d’un cercle semblable à celui dans lequel je me tiens
maintenant. Je jure que je ne refuserai aucun secret à quiconque aura pour garant l’un de
mes confrères membres de ce couvent. Et je jure tout ce qui précède sur ma vie actuelle et
sur celle à venir, et puissent les pouvoirs que je possède et posséderai se retourner contre moi
si jamais je violais ce très solennel serment! Qu’il en soit ainsi et que ma volonté soit faite! »
On présente ensuite au néophyte le manuel de travail du couvent afin qu’il y consigne son
nom de sorcier et la date de son initiation. Dans certains couvents, on mesure alors la taille
du candidat, symbole du fait qu’on a également « pris ses mesures » au point de vue moral.
Dans d’autres, on prélève une goutte de son sang avec une aiguille stérilisée, ou encore une
mèche de ses cheveux, et on archive soigneusement le tout, car ce sont les témoignages du
lien qui l’attache désormais à l’entité du couvent, mais aussi un gage, la menace de
représailles d’ordre magique au cas où il violerait son serment.
Le Grand Maître devrait alors procéder à l’imposition des mains sur la tête du candidat,
appelant sur lui la bénédiction des puissances. C’est l’acceptation définitive: il l’ « investit »
avec son joyau conventuel et le salue en tant que membre de son couvent.
Le nouvel initié se relève et on le présente à tous les autres membres du couvent, un par un,
en les appelants par leur nom de sorcier. Finalement, on lui fait connaître les outils de travail
du couvent.
Puis on revient aux festivités ordinaires du sabbat, telle la fête des gâteaux et du vin, avec un
nouveau membre de plus.

L’initiation à nu, dite « en vêtements célestes »


Dans ce type de rituel utilisé par les couvents dont l’orientation est « féminine », et qui
célèbrent la Grande Mère, la cérémonie est conduite par le Grand Prêtre si le candidat est une
femme et par la Grande Prêtresse s’il est un homme. Là aussi le cercle doit être tracé et gardé
par les quatre tours de guet.
Le candidat fait son entrée, un bandeau sur les yeux ou encapuchonné. Il s’arrête à l’extérieur
du périmètre du cercle la pointe du glaive ou de l’athamé sur la poitrine, et donne le mot de
passe: « Perfection dans l’amour et dans la confiance. » C’est alors que son initiateur le tire à
l’intérieur du cercle où il pénètre à reculons. L’initiateur, pour guider le néophyte, à passé le
bras gauche autour de sa taille, le bras droit autour de son cou, et lui communique alors le
reste du mot de passe, un baiser. On répare et avec l’athamé, la brèche faite dans le cercle, et
on lie le candidat comme précédemment, le cingulum autour des poignets et du cou, une
corde rouge autour des chevilles. Puis on lui fait faire le tour du cercle, mais à l’intérieur, et
on le présente aux puissances et gardiens de l’est, du sud, de l’ouest et du nord. Alors
intervient la Grande Prêtresse. Au nom de la déesse, elle prononce un discours traditionnel:
« Prête l’oreille aux mots de la Grande Mère, celle que les hommes de jadis ont appelée
Artémis, Astarté, Diane, Aphrodite, et par encore bien d’autres noms. A mes autels, la
jeunesse de Lacédémone a sacrifié comme elle le devait. Une fois par mois, de préférence
quand la lune est pleine, assemblez-vous dans quelque secret et adorez-moi, qui suis reine de
toutes les magies.
« A ceux qui s’assemblent, et à tous ceux d<èsireux d’apprendre la sorcellerie, j’enseignerai
des choses encore inconnues. Et vous serez libres, et, pour témoignage de cette liberté réelle,
vous serez nus dans vos rites, en dansant, chantant, festoyant, jouant de la musique et faisant
l’amour. Tout cela pour me louer, car je suis la déesse miséricordieuse qui prodigue la joie

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sur la terre, la certitude et non la foi, pendant que l’homme est en vie; et, après la mort, la paix
indicible, le repos et l’extase de la divinité: je ne demande rien en sacrifice, car je suis la
Mère de tout ce qui vit, et je répands mon amour sur cette terre! »
Le candidat, toujours tenu par la taille, fait le tour du cercle en sautillant pour s’arrêter au sud
de l’autel. Là après qu’une clochette a sonné onze fois, il (ou elle) reçoit les cinq baisers
rituels de son initiateur:
L’initiateur dit en lui baisant les pieds: « Bénis soient ces pieds qui t’ont porté jusqu’ici »
En baisant les genoux: « Bénis soient ces genoux qui se ploieront devant le saint autel »
En baisant son sexe, phallus ou vagin: « Béni soit cet organe de génération sans lequel nous
ne serions pas. »
En baisant s poitrine ou ses seins: « Bénie soit ta poitrine (ou bénis soient tes seins) dans leur
beauté et dans leur force. »
En baisant ses lèvres: « Bénies soient tes lèvres qui proféreront les noms sacrés ».
Le candidat s’agenouillera ensuite devant l’autel, et on attachera les extrémités du cingulum
qui le lie à un anneau qu’on aura fixé, de sorte qu’il soit obligé de se tenir courbé. On lui
attachera complètement les pieds, avant de lui demander s’il veut toujours connaître le grand
art et lui être fidèle ».
S’il répond affirmativement, on agite la clochette pour un glas funèbre de trois, sept, neuf et
vingt et un coups, puis on procède à la purification du candidat en le flagellant quarante fois à
l’aide d’un fouet fait de cordes, dit fouet magique. C’est alors que le néophyte promet
solennellement de toujours aider et défendre ses frères et soeurs en sorcellerie.
On lui délie alors les pieds, on lui ôte son bandeau et on trace sur lui le triangle de
consécration: d’abord avec de l’huile sabbatique, du vin consacré et un baiser, on oint son
sexe, phallus ou vagin, sa poitrine (le sein droit et le sein gauche), puis de nouveau l’organe
génital en l’acceptant pour prêtre et sorcier (prêtresse et sorcière) du couvent.
Enfin on lui délie les mains, on lui montre un par un les outils de travail du couvent, en lui
donnant un baiser chaque fois. Il ne reste plus qu’à le présenter aux quatre points cardinaux
qu’il saluera en tant que nouveau prêtre et sorcier (prêtresse ou sorcière).
Il existe un seconds degré dans l’initiation, lorsqu’on confère à un membre un grade supérieur
dans la hiérarchie du couvent, ou encore pour lui permettre de constituer un couvent différent,
qui émanera du premier. La seule différence est que le candidat, bien que lié, n’a plus les
yeux bandés, qu’il n’a à donner aucun mot de passe et qu’il participe aux cérémonies
initiatiques. Après avoir prêté serment « sur les entrailles de sa mère », il est consacré avec le
pentacle et non le triangle. Après avoir reçu l’imposition des mains de l’initiateur, l’initié
prend connaissance de la manière d’utiliser les instruments et dispositifs magiques, et on lui
confie les mystères que comporte le triple choc en retour, cette loi de la sorcellerie qui
s’applique au bien comme au mal, aux bénédictions comme aux malédictions. Selon cette loi,
la cérémonie se termine par la flagellation de l’initiateur: l’initié lui donne trois fois autant de
coups qu’il en a reçus, soit cent vingt en tout. Puis on le présente aux puissances des quatre
points cardinaux avec son nouveau grade de Grand Prêtre et de sorcier, ou de Grande
Pretresse-reine du Sabbat, selon le cas.
Dans le second rituel, il n’y a pas de progression de l’aspirant à travers les quatre éléments.
Ce qu’on y voit, c’est le vieux mythe où la déesse - Andred, Habondia, Aradia - descend dans
le monde des morts, comme Perséphone dans l’Hadès ou Ishtar dans le royaume d’Ereshkigal,
pour y être purifiée par la flagellation et les baisers du Dieu Cornu et devenir ainsi, à son
image et avec lui, un ferment de puissance. Il arrive parfois que ce mythe soit représenté au
cours du rite d’initiation, à la manière d’un mystère du Moyen Âge, mais il est en lui même
assez explicatif pour qu’on n’ait nul besoin de le mettre en scène et d’en encombrer la
cérémonie.

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Les rituels sabbatiques.
Les rituels réguliers de votre couvent constitueront l’essentiel de votre Livre des Ombres.
L’année des sorciers se divise, comme l’année régulière, en quatre saisons: hiver, printemps,
été et automne. A l’origine, chaque saison était caractérisée par un sabbat; à l’heure actuelle,
chaque saison en compte deux, qui représentent l’un son début et l’autre son apogée.
Le calendrier des sorciers compte donc huit sabbats, entre lesquels vous pouvez choisir ceux
que vous célébrerez. Évidemment, la plupart des sorciers et des sorcières sont restés fidèles
aux grands sabbats de la veille de la Toussaint et au Premier Mai, quand ils ne le sont plus
aux deux autres. Certains praticiens particulièrement fervents fêtent les huit, mais en les
traitants alors plutôt en « esbats ».
L’idéal serait de fêter le sabbat à un endroit consacré par la tradition, par exemple là où l’on a
vénéré les anciens dieux. Il en existe beaucoup en France, et très souvent leur nom ancien a
disparu au bénéfice d’un saint du christianisme. Parfois, on a délibérément construit une
église sur un lieu même du culte païen. C’est pourquoi les sorciers fêtaient jadis le sabbat
dans un cimetière, à défaut de l’église elle-même.
Aujourd’hui, on recherche toujours un dolmen druidique, un tumulus, un cercle de pierre.
Tous ces endroits sont considérés depuis un temps immémorial comme des portes d’accès au
royaume des morts, et ils sont également consacrés aux fées, aux elfes et aux anciens dieux.
Mais un sorcier et une sorcière modernes, s’ils vivent dans les grandes villes éloignées des
lieux sacrés traditionnels, doivent se contenter, comme le font tant d’autres et comme le
recommande Scot dans l’édition de 1665 de la « Découverte de la sorcellerie » d’un lieu
« sombre et solitaire soit dans les bois ou les déserts, sit à une croisée de trois chemin ou dans
les ruines des châteaux, abbayes, monastères, etc., ou encore au bord de la mer lorsque la lune
brille fortement, ou dans quelque vaste salle... »
En fait, plus vous serez éloigné de l’homme et de ses oeuvres, mieux cela vaudra. Mais, à
défaut, votre salon ou votre cabinet de travail suffiront.
Dans les pages qui suivent, vous trouverez des indications générales sur la manière
d’organiser votre sabbat. Vous y ajouterez toutes les innovations que vous inspirera
l’orientation choisie pour votre couvent.

L’huile sabbatique.
Avant de fêter le sabbat, de préférence avant de quitter votre demeure, oignez-vous d’huile
sabbatique. Je vous conseille la recette suivante
racine de persil sauvage
racine de céleri
feuilles de peuplier (baume de la Mecque)
quintefeuille,
safran

voici une formule plus compliquée, utilisée en Amérique


ache,
aconit, quintefeuille,
jusquiame,
ciguë,
mandragore,
botrychium,
tabac,
pavot,
feuilles de peuplier,
safran.

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Il serait idéal de cueillir tous ces simples avec votre athamé alors que la lune croit, mais ce
n’est pas toujours possible. Il faut au moins qu’ils soient écrasés et qu’ils macèrent dans de
l’huile végétale purifiée, entre la nouvelle lune et la pleine lune. Vous taniserez ensuite cette
huile è travers un linge de mousseline très fine pour ôter toutes les impuretés.
Vous pouvez également laisser vos simples, une fois écrasés, macérer dans l’alcool pur que
vous mélangerez ensuite avec de l’huile.
Les sorciers aujourd’hui ont tendance à délaisser ces deux recettes traditionnelles à cause des
plantes vénéneuses qui y figurent; ils emploient plutôt la formule que voici:
baume de la Mecque (feuilles de peuplier),
quintefeuille,
safran,
verveine.
De nombreux sorciers recourent seulement à la verveine, qu’ils remplacent parfois par de la
menthe, mais, pour autant que je sache, la menthe n’a jamais fait partie des recettes
traditionnelles d’huile sabbatique.
Pour augmenter l’effet de ces formules, vous pouvez y ajouter les essences suivantes:
musc,
civette
un soupçon d’ambre gris,
patchouli ou casse.
En fait, ce sont quelques gouttes de votre parfum de Cernunnos. Vous découvrirez que ce
mélange monte fortement à la tête et vous n’en emploierez que fort peu. Si vous désirez
l’épaissir pour en composer une crème ou un onguent, ajoutez-y un peu de poudre d’iris ou de
farine d’avoine au grain très fin. Conservez cette huile dans un petit flacon bien bouché:
habituellement, ce récipient est fait d’une corne d’animal. Pour vous oindre d’une huile
sabbatique, frottez d’un peu d’huile la plante de vos pieds, votre périnée, vos poignets et vos
tempes en psalmodiant l’incantation suivante:
Emen Hétam ! Emen Hétam!
Je suis à toi, tu es à moi,
Je n’ai rien qui ne sois tien.
Par ton nom (Celui du dieu si vous êtes une femme; de la déesse, si vous êtes un homme)
Regarde ton serviteur (ta servante) qui se prépare.
Je voudrais avoir ta grandeur un jour!
Être grand (e) et être toi, être toi et être grand(e)!
Vous savez maintenant qu’il s’agit là d’une simple formule d’identification avec la divinité
des mages et des sorciers; vous affirmez en même temps votre volonté d’acquérir la
puissance, la sagesse ou l’amour, selon la voie que vous avez choisie.
Vous organiserez votre cérémonie sabbatique de sorte que vous mettiez le feu à votre bûcher
à l’heure de minuit. Vous déterminerez exactement l’heure en divisant par deux le temps qui
s’écoule entre le coucher et le lever du soleil. (Selon les saisons, le véritable minuit n’est pas
toujours celui de nos horloges).
Après avoir échangé les salutations rituelles des sorciers et des sorcières, en se souhaitant
mutuellement: « bonheur et joie! », les membres participant au sabbat commenceront à
« projeter le cercle »: Naturellement, le diamètre de ce dernier sera le plus grand possible,
neuf pieds ou deux mètre soixante-dix, que vous mesurerez avec votre cingulum en vous
servant de lui comme rayon pour décrire un cercle parfait. Si vous disposez d’assez d’espace,
doublez ce diamètre. Si vous travaillez à l’intérieur, votre cercle sera similaire à celui que
vous projetez ordinairement en le marquant d’un ruban rouge. Vous placerez alors vos quatre
lampes, ou chandeliers, magiques aux quatre points cardinaux. Lorsque le sabbat se tient à

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l’air libre, la circonférence du cercle est accusée par une petite tranchée étroite, une sorte de
sillon creusé dans le sens des aiguilles d’une montre avec le glaive ou avec l’athamé.
Ce faisant, n’oubliez pas de vous tenir en dehors du périmètre car ce sera toujours en dehors
du cercle que vous procéderez à son triple tracé et aux exorcismes courants de l’eau et du feu.
L’encens que vous brûlerez sera naturellement de l’encens sabbatique (voir à la fin de ce
chapitre). L’arc septentrional du cercle est l’unique porte d’entrée et de sortie de tous les
participants qui l’appelleront simplement « La porte » ou encore « La Porte entre les
mondes ».
l’un après l’autre, tous les membres pénétreront dans le cercle, mais sans rien garder sur eux
de métallique, même leurs joyaux ou leurs insigne. C’est là un point essentiel. Ce n’est
qu’une fois le bûcher allumé que tous pourront passer et repasser par la Porte des mondes
sans porter atteinte à l’efficacité magique du cercle; chacun des assistants pourra alors
récupérer ses joyaux et autres objets métalliques.
Une telle mesure s’explique par trois raisons:
a) les métaux ont un effet inhibiteur sur certaines vibrations délicates produites par le rituel;
b) il s’agit d’arriver à une pureté dont un des éléments important est la pauvreté; pour être
admis en présence des dieux, il faut vous débarrasser de tous vos biens terrestres;
c) ce refus des biens du monde se réfère à une coutume des temps prytaniques.
Le bûcher du sabbat occupera le centre du cercle. C’est le pivot immobile de la roue magique
aux huit rayons, dite Roue de Fortune ou Roue Solaire de Vie. Il représente la rotation
constante des marées élémentaires, du flux et du reflux de la vie elle-même.
Vous composerez votre bûcher de neuf espèces de bois différentes. Peu importe ce qu’elles
seront, mais le chiffre neuf doit être respecté. Les branches et les bûches devront être
disposées en croix les unes sur les autres; « Croise, croise, croise-les » entendait-on répéter
jadis autour des bûchers du sabbat. L’allumage est une cérémonie en soi: vous devrez
recourir è ce que l’on appelle encore dans certaines provinces reculées le « feu de vie », c’est
à dire celui qui provient du frottement de deux branches ou de l’utilisation d’un cierge dont
vous aurez enflammé la mèche en concentrant sur elle les rayons du soleil avec une loupe ou
un miroir concave. Beaucoup de sorciers se servent tout simplement d’allumettes, en partant
du principe qu’il faut éviter l’usage du métal, comme c’eut été le cas jadis avec les briquets à
amadou et à silex. Ce qui convient, c’est du feu provenant de substances non métalliques, ou
du soleil lui-même.
Voici maintenant votre couvent au complet; le cercle est tracé, le bûcher préparé mais pas
allumé, et vous avez tous abandonné vos métaux « à la porte du temple ». Vous appendez
minuit, l’heure des ténèbres les plus profondes. Vous avez éteint les lumières. Si vous fêtez
le sabbat à l’intérieur d’une maison, ce sont toutes ses lampes - ou celles de l’appartement
qu’il faut éteindre.
Vous êtes à la fin d’une saison: la marée des éléments va changer de sens, ce qui est trop
vieux va faire place au renouveau, et la roue de la Vie achève de tourner d’un quart de tour
pour continuer sa révolution. Vous allez maintenant invoquer ce bourgeonnement, demander
qu’un nouvel influx de puissance régénère votre corps, votre esprit, l’entité qu’est devenu
votre couvent.
Vous attendez tous dans le silence le plus complet, soit debout, soit à genoux, soit assis,
formant un cercle, les visages tournés vers le centre et en vous tenant les mains. Le magister
se place à l’est du cercle et salue en inclinant neuf fois le haut du corps vers lest. Il tient à la
main droite un cierge non allumé que vient de lui remettre l’exécuteur, et il entonne lentement
mais à voix haute et puissante, une invocation au soleil:
Tourné vers le levant,
Je réclame ta grâce!
Puissant prince de la lumière,

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Saint Gardien su ciel,
Je t’appelle dans le Ciel
Pour que tu descendes sur terre!
Et l’assemblée tout entière devrai reprendre en choeur:
Tourné vers le levant,
Il réclame ta grâce!
Puissant prince de la lumière
Saint Gardien du Ciel,
Nous t’appelons dans le Ciel
Pour que tu descendes sur terre
C’est le moment où les membres de l’assemblée s’efforcent, de toute leur puissance de
sorcier, de visualiser le pouvoir élémentaire qui descend sur le cierge qu’allume l’exécuteur.
Tous devraient imaginer et « voir » la grande étincelle ou la triple langue de feu qui s’abbat
soudain du haut des nues, sillonner le ciel sombre. Le chef s’approche du bûcher et y met le
feu. Et, au moment où la flamme jaillit, le couvent tout entier, les yeux fixés sur elle, y voit le
symbole, le totem de leur groupe, qui s’élève comme l’oiseaux phénix, et entonne alors le cri
qui a résonné dans toutes les forets d’Europe:
Io Evohé!
Io Evohé!
Sois béni!
Par trois fois, le Grand Prêtre fera le tour du bûcher en commençant pat le sud et en arrêtant
finalement à l’endroit d’où il est parti, c’est à dire à l’est. La Grande Prêtresse se prosterne
alors sur le sol, face à l’ouest. Elle frappe la terre du plat de sa main « trois fois trois fois »,
c’est à dire trois fois chaque fois qu’elle prononce le nom de la déesse dans l’invocation
suivante:
Hertha! (trois coups sur la terre).
Hertha! (trois coups sur la terre).
Hertha! (trois coups sur la terre).
Mère de l’humanité!
Je te salue, Grande Mère!
Sois féconde aux embrassements des dieux;
Remplis-toi de nourriture pour les hommes!
Le couvent doit alors reprendre cette invocation et, tout en psalmodiant, ses membres doivent
sentir sous leur main, sous leur coups, la terre qui leur répond, qui tremble, simultanément, la
Grande Prêtresse écrase dans sa main un gâteau sabbatique et le jette dans le sillon du cercle,
à l’ouest, ou sur la ligne qui le délimite si la cérémonie a lieu à l’intérieur d’une pièce.
Dès lors, le bûcher et le sol où se déroule le sabbat sont consacrés; tous peuvent reprendre
leurs métaux, y compris leurs joyaux de sorciers et leurs insignes personnels, et les porter à
l’intérieur du cercle où ils enteront par le nord. Les dirigeants se coiffent de leur couvre-chef
traditionnel, et le cierge qui figure sur celui du Grand Maître est allumé à partir du bûcher,
pour mieux représenter et affirmer qu’il est bien le représentant direct de la force solaire qui
anime le couvent. Ses membres ont remis tous leurs bijoux individuels. Le magister, debout
à l’est, face à l’ouest et les deux bras croisés sur la poitrine, reçoit alors leur « salut de
minuit ». pour cela, ils lèvent le bras dans le geste traditionnel des cornes, le poing fermé, le
pouce et le petit doigt dressés.
De même, la Grande Prêtresse se tient debout à l’ouest, de l’autre coté du cercle, les deux
pieds écartés et les bras levés formant le signe du croissant pour représenter la déesse sous
son aspect de « Dame de la Lune ».
Puisque le soleil et la lune se trouvent tous deux « dans leur signe de puissance », le magister
et la Grande Prêtresse doivent en profiter pour chercher à se mettre dans une sorte de transe et

104
à « transmettre » ainsi la divinité en personne. Cet acte de dissociation ne peut réussir
qu’après beaucoup d’efforts et de pratique, de méditations et d’exercices de « visualisation ».
Ils doivent se figurer les dieux sous leur forme traditionnelle dans un « temple » ou un
paysage appropriés, pour s’identifier finalement à eux. Le but est d’ « attirer » le soleil et la
lune, de les faire descendre magiquement sur terre.
Les membres du couvent salueront également la Grande Prêtresse du signe des cornes, en tant
que Dame de la Lune.
L’attitude du magister, les bras croisés sur la poitrine, symbolise la résurrection. A l’origine,
ce fut le signe d’Osiris, considéré comme synonyme de l’Hadès, de Dis et du Grand Cornu,
c’est à dire de la Mort sous tous ses aspects. Il représente également le crâne et les deux
tibias croisés, de même que le phallus dressé et flanqué des deux testicules.
L’attitude de la Grande Pretresse reflète comme dans un miroir, celle du magister. Elle est le
croissant lunaire, la matrice de l’espace, les cornes d’Hathor, symboles qui sont ceux d’Isis, la
Grande Déesse Mère des Egyptiens et l’épouse d’Osiris. Ainsi, le magister et la Grande
Prêtresse sont les représentants des deux grands pôles, des deux archétypes de la vie, que
vous les conceviez comme Osiris et Isis, l’été et l’hiver, la vie et la mort, ou le yin et le yang.
Ayant « fait venir » les deux puissances fondamentales, les opérations magiques obligatoires
ont été accomplies par le couvent. L’initiation des nouveaux membres prend alors place, de
sorte que les nouveaux initiés puissent se joindre aux danses qui succéderont.

Les danses des sorciers.


Ces danses sont nombreuses et variées. Elles diffèrent de couvent à couvent et permettent de
donner libre champ à toutes les facultés d’invention.
Les deux principales sont la danse de la Spirale, qu’on connaît également sous le nom de
danse du Labyrinthe, de la Roue, etc, et la danse de la Chaîne:
la première, qu’on appelle aussi la Rencontre, évoque le principe de la mort par la direction,
le nord, qui sert de guide aux danseurs. Le magister se tient au centre du cercle, près du
bûcher, face au nord, les bras croisés sur la poitrine. Le reste du couvent se tient face à lui, au
nord du cercle. Dans une sorte de chaîne, tous décrivent trois circuits en spirale, chaque
membre tournant également trois fois sur lui-même, dans le sens contraire des aiguilles d’une
montre, pour atteindre finalement le magister immobile au centre du cercle et le bûcher
auquel chacun allume son cierge. Puis la chaîne reprend son mouvement inverse en spirale,
chacun, après trois tours et trois révolutions sur lui-même, revenant ainsi à sa place. Cette
spirale représente naturellement l’interaction des forces de la lumière et de l’ombre, mais
aussi la traversée du labyrinthe, du dolmen ou maison de la Mort et de l’Initiation. D’après le
symbolisme des sorciers, elle se réfère au Château de Verre du Nord, Caer Arrianhod, et à
l’aurore boréale.
Pour accompagner la musique de cette danse de la Rencontre, les sorciers scandent leurs
révolutions extatiques en criant « Io Evohé! », d’après les paroles d’une incantation que nous
avons donné au chapitre V.
La danse de la spirale s’achève presque naturellement par la danse de la Chaîne. Cette
chaîne, d’après la tradition, est conduite par une sorcière ou la Grande Prêtresse elle-même, le
magister étant le dernier de tous, d’où le vieux dicton: « Que le diable emporte de dernier! »
Pour cette danse, sorciers et sorcières chevauchent leur baguette redevenue le « bâton de
chevauchement » d’autrefois et portent haut leur cierge allumé. Pendant les sabbats de
tempête, ces cierges étaient souvent remplacés par des lampes à huile ou des lanternes.
La chaîne célèbre probablement la succession et la transformation des saisons, et se déroule
comme la poursuite d’un animal par une bête prédatrice. La saison, que représente soit le
dieu, soit la déesse, change sans cesse de forme pour éviter d’être capturée. Le poursuivi est
parfois homme, parfois femme.

105
L’orientation du couvent indique ce qu’il en est, et, dans ce cas, décide du sexe du poursuivi,
magister ou Grande Prêtresse. Mais le plus souvent, on suit exactement la tradition: la
Grande Prêtresse d’abord, l’exécuteur ensuite, puis tous les membres du couvent, le magister
fermant la marche. La danse débute par un tour de cercle qui s’achève au nord de façon que
la chaîne sorte par la porte entre les mondes. Jadis, cette farandole magique se déroulait en
pleine campagne.
Le poursuivi doit imiter les mouvements de l’animal qu’il (ou elle) représente. Les membres
du couvent s’efforcent à leur tour d’incarner la bête prédatrice qui pourchasse sa proie et
qu’ils citent dans le texte qu’ils récitent. Faites appel à toute votre imagination. Il faut que
vous vous sentiez transformé en animal.
Ces animaux eux-mêmes diffèrent de couvent en couvent, suivant le totem qui est le leur. Le
rythme lui aussi change. Ce sera à vous d’organiser et de composer votre chaîne suivant ce
qui correspond le mieux à l’esprit de votre couvent. Pour exemple, voici un échange de mots
entre Poursuivi et Poursuivants où chaque paire d’animaux cités représente l’une des quatre
saisons:

POURSUIVI:
Je suis comme un roitelet au printemps,
L’ame en peine, l’aile silencieuse,
Je fuis au nom de Notre Dame,
Hélas ! quand reviendrai-je chez moi?
POURSUIVANTS:
Nous autres, les faucons gris,
Te pourchassons, toi notre proie,
Mais c’est au nom de Notre Maître
Pour te ramener chez toi!
POURSUIVI:
Comme en mai fuit la souris
Par vaux le jour, par monts la nuit,
Je fuis au nom de Notre Dame.
Hélas ! quand reviendrai-je chez moi?
POURSUIVANTS:
Nous autres, les grands chats noirs
Te pourchasserons matin et soir,
Mais c’est au nom de Notre Maître
Pour te ramener chez toi:
POURSUIVI:
Comme en automne fuit le lièvre,
Tremblant, sans repos ni trêve,
Je fuis au nom de Notre Dame.
Hélas ! quand reviendrai-je chez-moi?
POURSUIVANTS:
Nous autres, les grands chiens gris
Ne te donnons pas de répit.
Mais c’est au nom de Notre Maître,
Pour te ramener chez toi.
POURSUIVI:
Comme en hiver fait la truite,
Je m’échappe et prends la fuite,
Je fuis au nom de Notre Dame.

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Hélas ! quand reviendrai-je chez moi?
POURSUIVANTS:
Nous autres, les loutres des eaux,
Sommes sourds à tes propos,
Mais c’est au nom de Notre Maître,
Pour te ramener chez toi.

On répète ces strophes - ou des strophes similaires mais symboliques elles aussi - aussi
longtemps que nécessaire. La rentrée dans le cercle doit coïncider avec la répétition de la
dernière strophe, de sorte que tous les membres se retrouvent à leur place.
Au Moyen Âge, la Danse de la Chaîne s’achevait généralement par le « mariage du ciel et de
la Terre », que symbolisait l’accouplement rituel du magister et de la Grande Prêtresse. Les
membres féminins du couvent servaient ensuite de monture au magister qui les pénétraient
parfois au moyen d’un phallus artificiel; il arrivait aussi que chacune d’elles répondit aux
désirs d’un ou plusieurs sorciers présents. Toutefois, dans les couvents modernes, ce rite du
mariage est le plus souvent remplacé par un repas à base de gâteaux et de vin, pris en
commun. La Grande Prêtresse lève très haut son calice au dessus du bûcher, et l’exécuteur y
verse du vin sabbatique. Le magister abaisse alors sa baguette - ou encore son athamé - le
plonge rapidement dans le vin. Puis ils rendent ensemble le calice à l’assistance, et tous en
boivent une gorgée. De même, la Grande Prêtresse présente à tous le gâteau sabbatique sur la
patène-pentacle, le magister le partage avec son athamé et tous procèdent à sa distribution.
En offrant le calice et la patène-pantacle, le sorcier dit fréquemment à son voisin ou à sa
voisine: « Béni (e) sois-tu! »
Cette cérémonie initiale est l’introduction du repas proprement dit. Chacun des membres du
couvent a apporté le met le meilleur qu’il puisse imaginer. Loin de se composer d’yeux de
crapaud et de venin de serpent, la Cène des sorciers est un véritable festin.
Il n’est pas besoin de rester dans le cercle pour ce repas. La seule condition rituelle est que, si
tout le couvent s’assied à table, la place d’honneur soit occupée soit par le magister: c’est
généralement le bout de la table et non la place au centre. Le repas terminé, le sabbat peut se
poursuivre comme une soirée ordinaire, les membres les plus exubérants se livrant à toutes les
variétés de danses modernes et d’ « esbats » qu’ils pourront imaginer, celà à l’intérieur du
cercle, tandis que les couples sautent souvent, la main dans la main, au dessus du bucher,
comme le font les paysans dans certaines contrées, au dessus des feux de la Saint-Jean.
Finalement, lorsque tout a été dit et accompli et que la réunion touche à sa fin, souvent au
moment où l’aube approche, les membres du couvent échangent les souhaits traditionnels:
« Béni sois-tu! » et « Bonheur et joie! ».
Les rites du sabbat doivent demeurer les mêmes tout au long de l’année, seuls diffèrent
quelques détails suivant les saisons. Par exemple, il existe des couvents qui divisent l’année
en deux et qui confient la présidence des sabbats au magister pendant les mois d’hiver et à la
Grande Prêtresse durant l’été.
La fête du solstice d’hiver, qui correspond à Noël, célèbre la résurrection du soleil avec toutes
les décorations et l’atmosphère de foie qu’à empruntée l’Église chrétienne aux traditions
antérieures: le bûcher intérieur, donc la bûche de Noël, les plantes toujours vertes, le houx et
le gui liés par du ruban rouge, et naturellement l’arbre de Noël. Le père Noël et, dans les pays
anglo-saxons, la mère Houx, ne sont que des images à demi christianisées des deux grandes
divinités, le principe Mâle et le principe femelle, le Magister et la Grande Prêtresse. Et la
légende de l’enfant Jésus est inspirée de la résurrection du soleil, lumière du monde.
La Chandeleur (le 2 février) est également la Sainte Brigitte, vieux nom celtique de la Grande
Déesse. Elle correspond au jour où les Romains renouvelaient le feu des Vestales. C’est la

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célébration de la lumière qui ne fait plus que croître depuis le solstice d’hiver, et la Grande
Prêtresse remet à chacun une couronne de chandelles pour accomplir les danses rituelles.
L’équinoxe d’été a lui aussi été consacré à la déesse, et le Premier Mai, avant d’être Fête du
Travail, a été célébré dans toute l’Europe par des danses autour de l’arbre de Mai, auquel on
attachait des guirlandes de fleurs et des rubans blancs.
La fête de la Saint Jean marque le point où le soleil est le plus proche de la terre. Dans
certains pays, on précipitait du haut de la colline une roue, dite la Roue de Catherine, ou
encore un chariot en flammes qui roulait directement jusqu’aux eaux froides d’un lac ou d’un
fleuve: toujours un moyen d’exprimer les noces du ciel et de la terre.
Le 1er août, ou fête de Saint Pierre aux Liens, célèbre la venue de l’époque des moissons, des
baies et des fruits, tandis que l’équinoxe d’automne, ou la Saint Michel, marque son apogée,
avec, pour plat de résistance, jusqu’au solstice d’hiver, l’oie traditionnelle. La veille de la
Toussaint s’achève l’année des sorciers. Dès lors, c’est le règne du Seigneur de la Confusion.
Dans tous les pays celtes, les hommes exécutent la danse des Épées, ici le glaive s’associe
avec la pelle et la charrue, symbole du dieu de la Mort.
La Cène muette se tient en l’honneur des morts bien-aimés. On leur offre cérémonieusement
le pain et le vin, le premier sous la forme d’un gâteau divisé en neuf morceau.
La manière de célébrer le sabbat dépend donc de vos préférences personnelles. Rappelez-
vous seulement les bases symboliques sur lesquelles vous devrez asseoir votre rituel: il
faudra que vous « fassiez descendre » le soleil et la lune, que vous ayez des danses à vous,
que vous célébriez le mariage du ciel et de la terre, et que vous couronniez le tout par une fête
tenue en commun.
Il ne vous manque plus rien pour agir.
Pour terminer, voici quelques détails d’ordre pratique concernant toujours le sabbat.

La musique sabbatique.
Il s’agit souvent d’airs anciens, tirés du folklore populaire. Mais le folklore lui-même, au
point de vue purement magique, n’est pas indispensable. Ce qui compte, c’est la rythme et,
naturellement, la puissance évocatrice de la musique. Là encore, vous aurez à faire appel à
votre jugement, et vous devrez faire preuve de prudence.
Il existe des instruments sabbatiques traditionnels. Ce sont la harpe et le luth, que remplacera
aujourd’hui la guitare; la flûte (dont un flageolet peut très bien tenir lieu) et le tambour. Le
tambour des sorciers se compose habituellement d’un large cerceau de bois sur lequel on a
lacé et tendu une peau d’animal ou du parchemin. Vous y peindrez une étoile à huit branches
composée de deux carrés entrecroisés, ce qui représente une fois de plus les quatre saisons de
l’année et les quatre éléments. Vous la diviserez au centre par une ligne qui reliera les coins
opposés d’un carré: d’un coté la moitié de l’étoile sera peinte en rouge et l’autre moitié en
bleu, ce qui signifiera l’été et l’hiver, la mort et la résurrection, le principe masculin et le
principe féminin.
Certains sorciers, comme les chamans, procèdent à des divinations avec leur tambour. Ils
projettent quelques graines de mandragore sur sa surface et interprètent la manière dont elles
se sont assemblées sur les différentes parties du diagramme.
Finalement, il y a la cloche des sorciers, que vous avez vu utiliser dans certains exorcismes,
pour sonner le glas. Il peut s’agir d’une clochette ancienne - plus elle l’est. Mieux cela vaut -
à moins que vous ne la fassiez confectionner en électrum magique.

L’encens sabbatique:
voici d’abord une formule pour l’encens d’été:
fenouil,
thym,

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rue,
graine de cerfeuil,
camomille,
géranium,
pouliot,
encens d’église de haute qualité.

Puis voici une formule pour l’hiver.


laurier,
verveine,
armoise amère,
feuilles de lierre,
branchage de sapin,
sceau de Salomon (polygonatum multuflorum)
encens d’église de haute qualité.

Gateaux de Sabbat:
Vous pouvez utiliser toute recette qui comportera du miel, du sel, du vin, et de la farine
d’avoine.
En voici une qui est typique:
Mélangez: une cuiller à soupe de miel,
un tiers de tasse de graisse de patisserie,
une demi-tasse de sucre brun,
une cuiller à soupe de vin blanc.
Ajoutez-y: une tasse et demie de farine,
un quart de cuiller à thé de bicarbonate de soude,
une demi cuiller è thé de sel,
une tasse et quart de farine d’avoine.
Vous pouvez aussi ajouter, mais c’est facultatif: de la cannelle, du piment, du girofle, ou de la
cardamome.
Mélangez bien, ajoutez de l’eau si nécessaire pour que la pâte soit bien liée. Découpez la pâte
en forme de petits croissants de lune et faites cuire dans un four chauffé préalablement
jusqu’à ce que les gâteaux soient légèrement bruns, c’est à dire environ quinze minutes.

Le vin sabbatique.
N’importe quel vin fera l’affaire. Pendant l’hiver, dans beaucoup de couvents, on additionne
au vin rouge des herbes aromatiques et des épices. On peur aussi employer un mélange de
cidre doux et sec et d’eau de vie, dans lequel on aura fait mijoter des tiges de cannelles et des
oranges truffées de clou de girofle.
Toutefois, les sorciers ambitieux utilisent un cordial dont la confection est extrêmement
compliquée, puisqu’il faut le distiller. Mais rien ne vaut mieux comme boisson d’été:
prenez environ 170 g de fleurs de jacinthe,
60 g de pétales de violette,
60 g de pétales de giroflées des murailles,
60 g de pétales de jonquille,
60 g de poudre d’iris,
15 g de muscade en poudre,
environ 50 g d’essence d’orange ou de citron,
60 g de fleurs de lis.
Et voici ce que vous en ferez:

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cous écraserez ensemble, vers la fin mars (en fait à la saison de jacinthes) vos pétales de
jacinthe, votre racine d’iris et votre muscade dans environ douze litre d’alcool, en vous
servant d’un récipient en verre. Vers la fin avril, vous ajouterez vos jonquilles puis les
giroflées et les lis. Pendant une semaine vous remuerez le liquide chaque jour, puis vous
procéderez à la distillation de cette liqueur, très lentement, avec beaucoup de soin, en utilisant
de préférence un bain marie.
Cette essence de fleurs est particulièrement puissante et, en réalité il s’agit d’avantage d’un
parfum que d’une vraie liqueur. Toutefois, vous pouvez l’ajouter à votre vin, si vous ne
voulez pas la consommer telle quelle.
Je terminerai ici ce cours élémentaire de sorcellerie. Bien des choses y manquent,
naturellement, mais ce sera pour plus tard. Ce que vous avez ici, ce sont les rudiments.
Les vieux dieux ne sont pas morts. Ils vivent, et ils demeurent prêts à exaucer l’homme et ses
désirs.
Vous n’avez qu’à demander: la voie s’ouvre devant vous.
Célébrons ensemble le retour des Grands Anciens!

Que notre volonté soit faite.

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