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Journal of Islamic Manuscripts 5 (2014) 170–197

brill.com/jim

Une chronique de Zabid et du Yémen jusqu’ en 1562 :


le manuscrit or. 2545 de Sofia (Bulgarie)

Stoyanka Kenderova
Chef du Département Oriental, Bibliothèque nationale de Bulgarie
s.kenderova@nationallibrary.bg

Résumé

Cette contribution présente un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Bul-


garie (cote or. 2545), son histoire et son contenu. Précieux pour l’histoire chronolo-
gique du Yémen, il contient trois livres écrits par le savant yéménite Ibn al-Daybaʿ (m.
1537), intitulés: Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat Zabīd, al-Faḍl al-mazīd ʿalā Buġyat
al-mustafīd et Aḥsan al-sulūk fī [naẓm]-man waliya madīnat Zabīd min al-mulūk. Le
copiste, qui a achevé son travail en 969/1561–1562, y a ajouté deux urǧūza-s datant du
Yémen ottoman, inconnues jusqu’alors du milieu scientifique.

Mots-clés

Manuscrits – Yémen – Zabid – Ibn Daybaʿ – waqf – Bibliothèque nationale de Bulgarie –


ʿOsman Pazvāntoġlu

Keywords

Manuscripts – Yemen – Zabīd – Ibn Daybaʿ – waqf – National Library of Bulgaria –


ʿOsman Pazvāntoġlu

© koninklijke brill nv, leiden, 2014 | doi: 10.1163/1878464X-00502005


une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 171

Introduction

Le Fonds oriental de la Bibliothèque nationale « St. St. Cyrille et Méthode »


comprend des documents en turc ottoman, en arabe et en persan1, des livres
manuscrits et des impressions anciennes dans ces trois langues. Ouvert à
l’ usage des ottomanistes, arabisants, iranisants, historiens, ethnographes, entre
autre spécialistes, il constitue une base importante pour leurs recherches dans
le domaine de l’histoire politique, sociale et culturelle de la péninsule balka-
nique, de la Turquie et du Proche et Moyen-Orient.
La collection de livres manuscrits compte 3700 volumes. Dans leur grande
majorité, il s’agit de livres en langue arabe qui traitent surtout de questions
liées à la religion musulmane. En deuxième lieu, viennent les manuscrits de
philologie (grammaire, littérature, lexicographie). Le pourcentage des livres
historiques est plus modeste: sans chercher à être exhaustif, ils vont des his-
toires universelles, des histoires des dynasties et des conquêtes, aux histoires
de villes du monde arabe. C’est à l’un de ces manuscrits, portant sur l’ histoire
du Yémen et de la ville de Zabid, que l’on s’attachera ici. Avant d’ être acquis par
la Bibliothèque nationale en 18882, le manuscrit appartenait à la Bibliothèque
en waqf de la famille de Pazvāntoġlu, située dans la ville de Vidin, au Nord-Est
de la Bulgarie, sur les rives du Danube.

1 Les documents du fonds concernant l’ histoire du Yémen à l’époque ottomane ont été présen-
tés dans : Stoyanka Kenderova, « Les documents sur l’ histoire du Yémen à l’époque ottomane
conservés à la Bibliothèque nationale de Bulgarie, à Sofia. 1e partie: Les documents en langue
turque ottomane à caractère financier », Chroniques du manuscrit au Yémen, 12 (2011); id., «Les
documents sur l’ histoire du Yémen à l’ époque ottomane conservés à la Bibliothèque natio-
nale de Bulgarie, à Sofia. 2e partie : Les documents en langue turque ottomane à caractère
financier », Chroniques du manuscrit au Yémen, 13 (2011); id., «Les documents sur l’histoire
du Yémen à l’ époque ottomane conservés à la Bibliothèque nationale de Bulgarie, à Sofia. 3e
partie : Les documents en langue turque ottomane du fonds de Sanaa et documents en langue
arabe », Chroniques du manuscrit au Yémen, 14 (2012). En ligne, cefas, http://www.cefas.com
.ye/spip.php?rubrique36 et bientôt, http://cmy.revues.org/1916, http://cmy.revues.org/1930, et
http://cmy.revues.org/1929.
2 En 1888, de Vidin à Sofia, ont été expédiées vingt-quatre caisses contenant 2664 volumes. Une
commission turco-bulgare a été créée qui a remis au gouvernement turc 2014 volumes et à la
Bibliothèque nationale de Sofia, les 650 autres. Voir Veliko Yordanov, Istoriya na Narodnata
biblioteka v Sofia. Po slutchay 50-godišninata yi. 1879–1929, Sofia, 1930.

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ʿOsmān Pazvāntoġlu, sa famille et son activité

Vers le milieu du xviiie siècle, au temps du sultan Mahmud i (1730–1754), naît


un mouvement assez important de création de bibliothèques dans l’ Empire
ottoman3, y compris dans sa partie européenne – les Balkans4. C’ est alors
qu’est fondée, à Vidin, l’une des plus grandes bibliothèques de waqf pour la
période. Elle est liée au nom du gouverneur local, le célèbre ʿOsmān Pazvān-
toġlu, et de son père, ʿÖmer aġa Pāsbān-zāde. La majorité des livres de cette
bibliothèque a été donnée à titre de waqf par ʿÖmer aġa. Son cachet est présent
sur les fol. 1r et 118r du manuscrit: «waqafa hāḏā al-kitāb ʿÖmer aġa al-mašhūr
Pāsbān-zāde».
ʿOsmān Pazvāntoġlu est issu d’une riche famille originaire de Bosnie. En
récompense de ses mérites pendant la guerre de l’ Empire ottoman contre
l’Autriche en 1789, son père, ʿÖmer aġa Pāsbān-zāde, a obtenu le titre de gou-
verneur (ou notable, aʿyān). Le fils s’établit dans la région de Vidin à la tête d’ un
détachement de derbenǧī5. En 1794, aspirant à obtenir son indépendance de la
Sublime Porte, il s’empare de la ville et la transforme en centre de résistance
contre le sultan Selim iii (1789–1807) sur le prétexte de rejeter ses réformes.
Cependant, entre 1800 et 1803, nombre de féodaux locaux se révoltent contre
lui. En 1803–1804, son armée est défaite par l’ aʿyān de Rousse, Trısteniklioġlu,

3 Şemim Emsem, « Osmanlı Imparatorluğu devrinde Türkiye kütüphanelerinin tarihçesi. i»,


Türk Kütüphaneciler Derneği Bulteni, 8/1–2 (1969), p. 14–35; Ismail Erünsal, Türk kütüphaneleri
tarihi. ii. Kuruluştan Tanzimat’a kadar Osmanli vakif kütüphaneleri, Ankara, 1988.
4 Mihaila Stajnova, Osmanskite biblioteki v balgarskite zemi. Studii, Sofia, Narodna biblioteka
« Kiril i Metodiy» (nbkm), 1982; S. Kenderova, « Golemite obshtestveni (vakafski) biblioteki
po balgarskite zemi v svetlinata na novoizdireni izvori», dans Krassimira Daskalova (éd.),
Istoriya na knigata – natchin na jivot. Sbornik v tchest na prof. Ani Gergova, Izdatelska kachta
« lik », Sofia, 2002, p. 115–151 ; id., Knigi, biblioteki i tchitatelski interesi sred samokovskite myu-
syulmani (xviii- parva polovina na xix vek), Sofia, nbkm, 2002, et Bibliothèques et livres musul-
mans dans les territoires balkaniques de l’ Empire ottoman. Le cas de Samokov (xviiie-première
moitié du xxe siècle), Thèse de doctorat, Lille, Atelier national de reproduction des thèses,
2002 ; S. Kenderova & Zorka Ivanova, From the collections of Ottoman Libraries in Bulgaria
during the 18th–19th centuries. Catalogue of the Exhibition, Sofia, nbkm, 1999, p. 20–25.
5 Derbenǧī : gardien d’ un défilé. Pour plus de détail sur cette catégorie de la population balka-
nique, cf. Machiel Kiel, Art and Society of Bulgaria in the Turkish Period. A New Interpretation,
Assen/Maastricht, Van Gorcum, 1985, p. 93–101; Elena Grozdanova, «Problemat za taka naret-
chenata privilegirovana raya v istoritcheskata knijnina», dans Balgariya prez xv–xviii vek
Istoriogrqfski izsledvaniya Balgariya xv–xix vek, Sofia, Balgarska Akademiya na naukite, 1987,
t. i., p. 135–154.

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et, un an après, définitivement écrasée. Il se réfugie alors dans la forteresse de


Vidin où il meurt en 18076.
Des informations intéressantes sur la vie de Pazvāntoġlu sont par ailleurs
contenues dans un livre imprimé en 1800 chez le typographe Franciscos Patzko
à Pest et conservé au Musée de Miskolc en Hongrie.7 Son auteur, Konstantinos
Georgiadis Kutzikos, d’origine grecque, a vécu et écrit en Hongrie, à la fin du
xviiie siècle et au début du xixe siècle8. Édité du vivant de Pazvāntoġlu, le livre
est considéré de ce fait comme une source importante.
L’intérêt de Patzko pour la personnalité de Pazvāntoġlu pourrait s’ expliquer
par l’espoir caressé par les peuples balkaniques d’ obtenir leur liberté en se
rebellant. On suppose aussi que Pazvāntoġlu entretenait des contacts avec
la France et que les chefs de l’insurrection serbe demandaient de l’ argent
et des armes à ce pays, en promettant de faire participer les Bulgares à la
lutte pour l’indépendance nationale. Était aussi en relation avec Pazvāntoġlu,
le fameux révolutionnaire grec Rigas Velestinlis, qui comptait sur son aide
et son prestige pour organiser un soulèvement balkanique général contre la
domination étrangère.
La puissance économique de l’ancienne famille de janissaires ( yeničeri)9
originaire de Bosnie dont Pazvāntoġlu était issu, a été un facteur essentiel dans
l’ assise de son autorité et dans son activité de construction et de création
de waqf. ʿOsmān Pazvāntoġlu a en effet entrepris de construire une fontaine
avec réservoir, une glacière10, mais aussi de restaurer les remparts de Vidin et

6 Maria Teofilova, Buntat na Pazvant-oglu i negovoto znatchenie za balgarskoto osvoboditelno


dvijenie v xix vek. Prinos kam predistoriyata na bagarskoto osvoboditelno dvijenie, Sofia,
Hemus, 1932 (Thèse de doctorat soutenue à l’ Université de Bern); Vera Mutafchieva,
Kardjaliysko vreme, Sofia, Nauka i izkustvo, 1977; George Castellan, Histoire des Balkans
(xiv–xxe s.), Paris, Fayard, 1991, p. 214, 231.
7 Βίογραφία τοῦ Πασβαντόγλου, τριῶν τουϊῶν Πασιᾶ Ὀθωμανικῆς αὐτοκρατορίας, καὶ πληρεξουσίου
ἀρχηγοῦ εἰς Βιδίνι καὶ ὅλον τὸ παραδούναβο συλλεχθεῖσα ἀπὸ τὰ Γερμανικά. ̓Εν Πέστη. Τύποις
Φραγκίσκου Πάτξκου 1800.
8 Varban Todorov, « Malko izvestno izdanie za Osman Pazvantoğlu», Istoritcheski pregled,
3 (1990), p. 84–91. La même année, K.G. Kutzikos a publié un livre consacré à la vie de
Napoléon ier. For his biography, see: Andreas Papadopulos-Bretos, Neoellēnikē philologia,
ētoi katalogos tōn apo ptōseōs tēs Byzantinēs autokratorias mechri enkathidryseōs tēs en
Helladi basileias: typothentōn biblion par’ Hellēnōn eis tēn homilumenēn ē eis tēn archaian
Hellēnikēn glōssan Meros 2, Athens 1857, vol. 2. pp. 111–112, 119, 289.
9 Sur les yeniçeri à Vidin, voir Hristian Atanasov, « Opit za ikonomitcheski i sotsialen portret
na vidinskite enitchari prez vtorata polovina na xviii vek», Istoriya, 5–6 (2005), p. 50–60.
10 Glacière: fosse profonde refroidie par de la glace, couverte de paille, servant à conserver
les denrées même en été.

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d’édifier la caserne cruciforme de la ville. Il a fait placer encore un tekke11 et un


zāviye12 bektaši près de la tombe de Ṣalāḥ al-Dīn Bābā13, dans le village de Šeyḫ
Çiftlik (aujourd’hui, Tchiftlik, district de Kula)14. Pazvāntoġlu a donné à titre de
waqf dix-neuf de ses boutiques (dükkān) pour la construction de la fontaine
(mosluq) et l’entretien du point d’eau.
Bien plus tard, en 1860, le voyageur et savant autrichien Felix Kanitz (1829–
1904) écrira: «(…) Pazvantoġlu possédait une énergie exceptionnelle et de
grands dons. L’aspect quelque peu européanisé de Vidin, sa puissance défen-
sive, l’aménagement de rues nouvelles, l’édification de bâtiments monumen-
taux, dont la mosquée de Pazvantoġlu avec un medrese et une bibliothèque,
ainsi que les initiatives humanitaires que l’on vient de mentionner dans la ville,
tout cela était son œuvre (…)»15.

La bibliothèque de la famille de Pazvāntoġlu

Nos informations sur cette bibliothèque s’appuient sur son catalogue détaillé
et non publié, daté du 23 ḏū al-ḥiǧǧa 1252/31 mars 1837 et conservé à la Biblio-
thèque nationale à Sofia (cote s 52a). Grâce à ce catalogue, nous sommes en
mesure de déterminer le volume et la thématique du fonds de la bibliothèque,
quelques 30 ans après la mort de Pazvāntoġlu16. Un autre catalogue, assez

11 Tekke (tekiye) : petit couvent de derviches ; place dans laquelle un saint a été enterré.
12 Zaviye : couvent de derviches ; domicile d’ un cheikh soufi dans lequel il prêche et enseigne
à ses élèves.
13 Ṣalāḥ al-Dīn Bābā était un cheikh bektaši qui, accompagné de 1000 volontaires, a essayé
de faire une trouée dans le siège autrichien de Vidin en 1689. À l’endroit où il a péri,
Pazvāntoġlu a fait édifier une tombe et un tekke. Sur le rôle social des Bektašis, cf. Irène
Melikoff, « Un ordre de derviches colonisateurs: Les Bektašis. Leur rôle social et leurs
rapports avec les premiers sultans ottomans», dans Irène Melikoff (éd.), Sur les traces
du soufisme turc. Recherches sur l’ Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Isis (« Analecta
isisiana », x), 1992, p. 116–125.
14 Quatre-vingt-trois hommes ont assisté à l’ inauguration du waqf Ṣalāḥ ed-Dīn Bābā, tous
des militaires occupant différents postes dans le corps de Janissaires de Vidin. Deux copies
de documents de waqf faisant partie d’ un registre (siǧill) de Vidin (s 53), l’une du 14
septembre 1806 et l’ autre du 31 novembre 1807, l’attestent. Cf. Mihaila Stajnova, «Za
vakafskata deynost na ʿOsmân Pazvantoğlu vav Vidin i Vidinskiya kray», Vekove, 6 (1982),
p. 72–78.
15 Felix Kanitz, Dunavska Balgariya i Balkanat. Istoritchesko-geografsko-etnografski patepisni
proutchvaniya ot 1860 do 1879 g., Sofia, Borina, 1995 [2. éd.], t. i, p. 46.
16 S. Kenderova, « Bibliotekata na Osman Pazvantoġlu po vremeto na Sofroniy (spored no-

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court, a été envoyé en 1860 à Vienne par le Vice-Consul autrichien de Vidin,


Von Walcher17.
Le catalogue nous apprend qu’aux alentours de 183718, il y avait, dans la
bibliothèque, 2332 volumes de manuscrits et 73 volumes de livres anciens
imprimés19. Ils sont présentés dans vingt-deux rubriques thématiques20.
Les livres qui prédominent concernent le droit musulman (y compris le droit
successoral et les recueils de fetvá), soit 518 volumes au total. Les livres de
grammaire arabe viennent en deuxième position (256 volumes)21. Les livres
historiques et biographiques sont également nombreux (186 volumes), tradui-
sant l’intérêt du propriétaire22. À l’appui, on citera une histoire de la conquête
de la Syrie au temps du calife ʿUmar, la Terǧüme-i Futūḥ eš-Šaʾm, composée par
Muḥammad b. ʿUmar al-Wāqidī (m. en 823), dans une copie du xvie siècle ; le
Tāʾrīẖ al-ẖamīs fī aḥwāl anfas al-nafīs d’al-Ḥusayn b. Muḥammad al-Diyārbakrī
(m. en 1582), qui relate la vie du Prophète Muhammad et l’ histoire des premiers

vootkrit nein opis) », dans Sofroniy Vratchanski. Sbornik Izsledvaniya, Sofia, Akademitchno
izdatelstvo « Marin Drinov », 2004, p. 304–311.
17 Ce catalogue est conservé à la Bibliothèque nationale autrichienne. Voir Gustav Flügel,
Die arabischen, persischen, türkischen Handschriften der Kaiserlichen und königlichen Hof-
bibliothek zu Wien, Hildesheim/New York, Georg Olms, 1977 [réimp.], t. i, p. 56–57, sous le
nº 45.
18 Il y a quelques descriptions supplémentaires, d’ où l’ incertitude autour de la date.
19 Sur le catalogage des livres dans les bibliothèques de waqf ottomanes, voir S. Kenderova,
Knigi, biblioteki, p. 150–174; id., « Traditions et innovations dans le catalogage des livres
des Bibliothèques de waqf en Bulgarie», dans Studia in Honorem Professoris Verae Mutaf-
cieva, Sofia, Amicitia, 2001, p. 147–174; id., « Le catalogage dans les bibliothèques de waqf
ottomanes. Traditions et innovations», dans Zenit e nadir ii. I manoscritti dell’area del
Mediterraneo : la catalogazione come base della ricerca. Atti del Seminarion internazionale
Montepulciano, 6–8 Luglio 2007, Montepulciano, Thesan & Turan, 2007, p. 47–62.
20 Coran, Exégèses coraniques, Traditions, Principes essentiels des Traditions, Droit musul-
man et recueils de fetvá, Droit successoral, Soufisme, morale et sermons, Théologie et
dogmatique, Lecture et récitation du Coran, Principes essentiels du droit, Stylistique, rhé-
torique et poétique, Syntaxe, Morphologie, Lexicographie, Logique et rhétorique, Philoso-
phie et astronomie, Médecine, Livres littéraires et lectures, Métrique, Recueils de poèmes
et livres en persan, Hagiographie, enfin Biographies et histoire.
21 Voir, S. Kenderova, « Arabskata gramatika, predstavena v bibliotekata na Osman Pazvan-
toglu (1837 g.)», dans Nautchni prinosi v pamet na prof. Konstantin Popov. Materiali ot
nautchna konferentsiya « Sto godini ot rojdenieto na prof. K. Popov», Sofia, 2007, Sofia, Veliko
Tarnovo, Izdatelska kachta « Znak », 2007, p. 206–216.
22 S. Kenderova, « Istoriceskata literatura v bibliotekata na familiya Pazvantoglu», dans
Istoriya na grad Vidin (sous presse).

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califes, puis passe en revue différentes dynasties, à partir des Omeyyades, pour
s’arrêter en 1574, l’année de l’ascension au trône du sultan Murad iii. Une copie
du Talqīḥ fuhūm Ahl al-aṯar fī ʿuyūn al-tāʾrīḫ wa-al-siyar d’ Ibn al-Ǧawzī (m. en
1220) renferme des biographies des adeptes du Prophète Muhammad. Parmi
ces livres, on trouve également une collection (maǧmūʿ) de cinq livres, dont
trois de l’historien yéménite Ibn al-Daybaʿ (866/1461–944/1537) sur l’ histoire
du Yémen et de la ville de Zabid. C’est ce manuscrit qui fait l’ objet de notre
étude ici (cote or 2545).
Du fait que dans le catalogue figurent aussi les noms des donateurs, au
nombre de soixante-cinq23, il est possible de dire avec certitude que la plupart
des livres, soit 1580 volumes, représentant 65,6 % de son fonds, ont été donnés
à titre de waqf par Pāsbān-zāde ʿÖmer aġa. C’est donc bien le père qui a jeté les
bases de la bibliothèque. Mais son fils ʿOsmān est celui sans qui le fonds n’ aurait
pu être sauvegardé, grâce notamment à la construction de la bibliothèque, qu’ il
a consacrée à la mémoire de son père. Cet édifice a subsisté jusqu’à nos jours,
à Vidin.

Le manuscrit conservé à Sofia (cote or. 2545)24

Le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Bulgarie contient au total


i+118 feuillets dont les dimensions sont 290–293× 202–205mm ; les dimensions
de la surface écrite sont de 208–210 par 138–142mm pour un nombre de 21
lignes par page. Le papier, de couleur blanche, est d’ origine européenne. Son
filigrane se compose d’une ancre dans un cercle surmonté d’ une étoile. La
contremarque représente un trèfle avec des lettres Ʒ/|/ (les lignes diagonales
de la deuxième lettre sont liées avec la ligne verticale). Un seul copiste, dont
le nom n’est pas mentionné, a produit l’ensemble du manuscrit. Selon le

23 Voir S. Kenderova, « À propos des donateurs de livres à la Bibliothèque d’Osman Pazvan-


toğlu à Vidin », dans Meropi Anastassiadou (éd.), Sociétés et cultures musulmanes d’hier
et d’aujourd’hui. Les Chantiers de la recherche. Strasbourg, 30 juin–3 juillet 1994. Actes de la
ixe réunion des chercheurs sur le monde arabe et musulman, Paris, Université des Sciences
Humaines de Strasbourg et cnrs, 1996, p. 182–185; id., «Daritelite za bibliotekata na fami-
liya Pasban-zade », Biblioteka, 1/2008, p. 17–30.
24 Il a été fait allusion à ce manuscrit dans id., « Les documents sur l’histoire du Yémen à
l’ époque ottomane conservés à la Bibliothèque nationale de Bulgarie, à Sofia. 3e partie:
Les documents en langue turque ottomane du fonds de Sanaa et documents en langue
arabe », Chroniques du manuscrit au Yémen, 14 (2012).

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colophon, il a achevé son travail en 969/1561–1562, c’ est-à-dire quelques 25


ans après la mort d’Ibn al-Daybaʿ (fol. 118r) [voir ill. 11]25. L’écriture est une
variété de nasḫ, lisible, et l’encre utilisée, noire. Les titres des chapitres et
certains mots, points et virgules de décoration sont rubriqués en rouge. Le
texte n’est pas vocalisé, mais il est diacrité. On note la présence régulière de
réclames.
La reliure du codex est composée d’aies de carton sur lesquelles un cuir
rouge a été collé. Les côtés intérieurs des feuilles de garde sont colorés en
orange. Le codex, tout entier, est enveloppé d’un tissu de lin de couleur verte.
Dans le but de mieux conserver les manuscrits, tous les volumes de la biblio-
thèque de Vidin ont été enveloppés de cette manière. Ceci montre le respect
des personnes responsables de la bibliothèque à l’ égard du livre manuscrit. En
dépit de la présence de quelques petits trous dus à des vers, perceptibles sur les
feuillets, le manuscrit est en bon état.
Le fol. 1r porte la page de titre, écrite par le même copiste, en lettres plus
grandes [ill. 1]. Il a indiqué uniquement le titre du premier livre du volume, le
Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat Zabīd, ainsi que le nom de l’ auteur. Ce titre
figure également sur la rognure inférieure du codex et sur le recto du premier
feuillet de garde, écrit d’une autre main.
Sur le fol. 1r figurent aussi le cachet du donateur et une note de possession,
écrite en langue arabe et sans date. Elle donne le nom de « al-Sayyid Yaʿqūb b.
al-Sayyid ʿAbd al-Qādir al-Sayyid Ibrāhīm b. al-Sayyid Šaraf al-Dīn al-Kilānī (ou
al-Gilānī) nasaban wa-al-Ḥamawī mawlidan wa-al-Qādirī ṭarīqatan wa-al-Rūmī
waṭanan » (c’est nous qui soulignons). Les nisba-s nous informent que l’ ancien
possesseur du manuscrit est né dans la ville de Hama, en Syrie, mais que sa
famille est originaire de la région de Guilan26. Il appartient également à la
confrérie religieuse de la Qādiriyya27, dont le fondateur, ʿAbd al-Qādir al-Ǧilānī
(i. e. al-Guilānī, m. 561/1166), est de la même région. Al-Sayyid Yaʿqūb habite
dans la partie européenne de l’Empire ottoman (al-Rūmī waṭanan).

25 Colophon :
‫ﻗﺪ اﻧﳤـﻰ ﰲ اﻟﺘﺎرﱗ اﱃ ﻋﺎم ﺳـﻨﺔ ﺗﺴﻊ وﺳـﺘﲔ وﺳـﺒﻌﲈﺋﯿﻪ ﻣﻦ اﻟﻬﺠﺮة اﻟﻨﺒﻮﯾﺔ ﻋﲆ ﺻﺎﺣﳢﺎ اﴍف‬
.‫ﺳﻼم وازﰽ ﲢﯿﻪ وﻋﲆ ا ٓ󰏳 وﲱﺒﻪ وﺳﲅ ﻣﺴﻠﲈ‬
26 La région de Guilan se trouve en Iran du Nord, voir Ch. Samy-Bey Fraschery, Dictionnaire
universel d’histoire et de géographie, Constantinople, 1896, t. v, p. 3943–3945; T. Yazıcı,
« Gīlān », Türkiye Diyanet Vaqfı Islâm Ansiklopedisi, Istanbul, İslam Araştırmaları Merkezi,
1996, t. 14, p. 68–69.
27 Sur cette confrérie, voir D.S. Margoliouth, « Ḳādiriyya», ei2.

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La première description du manuscrit, très courte, a été faite par A. Šišmaniv,


en 1913, dans une revue russe28. Le livre a aussi attiré l’ attention du savant
irakien Yūsuf ʿIzz al-Dīn qui l’a inclut dans son catalogue, publié en 1968 à
Bagdad29.

Contenu du manuscrit
L’auteur des trois premiers livres manuscrits de notre collection, Waǧīh al-Dīn
Abū al-Faraǧ ʿAbd al-Raḥmān b. ʿAlī b. Muḥammad b. ʿUmar b. Aḥmad b. Yūsuf
al-Šaybānī al-ʿAbdarī al-Zabīdī al-Yamanī al-Šāfiʿī, connu sous le nom d’ Ibn al-
Daybaʿ, est né le 2 muḥarram 866/7 octobre 1461 à Zabid. Il fait ses études
dans sa ville natale et à Bayt al-faqīh. Il commence son Buġyat al-mustafīd fī
aḫbār madīnat Zabīd après son troisième pèlerinage à La Mecque, entrepris
en 896/149030. Le livre présente l’histoire de Zabid et des dynasties qui ont
gouverné la ville à partir du ziyādide Muḥammad b. ʿAbd Allāh (204–245/819–
859). L’exposé s’étend jusqu’à l’an 900/1494, l’ époque du gouvernement du
sultan ṭāhiride Ṣalāḥ al-Dīn al-Malik al-Muẓaffar (al-Ẓāfir) ʿĀmir b. Ṭāhir (894–
923/1489–1517). En remerciement pour avoir réalisé une œuvre sur l’ histoire de
sa dynastie, al-ʿIqd al-bāhir fī tāʾrīḫ dawlat Banī Ṭāhir, malheureusement per-
due, Ibn al-Daybaʿ reçoit du Sultan une palmeraie à côté de Zabid. Il est aussi
nommé professeur de traditions (ḥadīt) à la Grande mosquée de la ville. Il
meurt le 17 raǧab 944/21 décembre 1537, à Zabid31.
Ibn al-Daybaʿ rédige trois autres livres sur l’ histoire du Yémen. Il sera ques-
tion plus loin de deux d’entre eux, al-Faḍl al-mazīd ʿalā Buġyat al-mustafīd et
Aḥsan al-sulūk fī [naẓm]-man waliyā madīnat Zabīd min al-mulūk, une urǧūza.
Le troisième s’intitule Qurrat al-ʿuyūn fī aḫbār al-Yaman al-maymūn32. Carl
Brockelmann cite deux autres livres de l’auteur, mais portant sur les tradi-
tions. Toujours sur sujet religieux, on lui connaît une al-Tuḥfa al-laṭīfa fī ḥādiṯāt

28 A. Šišmanov, « Sobranie vostočnih rukopisey v Sofii», Zapiski Vostočnogo otdeleniya Russ-


kogo arheologičeskogo obštestva, 1913/23, p. 67–68, nº 8.
29 Yousif Izzidien, Arabic Manuscripts in the National Library of Sofia «Cyrille et Méthode »,
Bagdad, Iraq Academy Press, 1968, p. 26–28.
30 Une partie de ce livre a été publié par C.Th. Johansen à Bonne en 1828. Voir Yousuf Alian
Sarkis, Dictionary of Arabic printed books from the beginning of Arabic printing until the end
of 1339 a.h.–1919 a.d., Le Caire, 1928, p. 105.
31 Ḥāǧǧī Ḫalīfa, Kašf al-ẓunūn ʿan asāmī al-kutub wa-al-funūn, Istanbul, 1360/1941, t. i, p. 250;
gal ii 401, 1 ; sb ii, s. 548–549 ; ʿUmar Riḍā Kaḥḥāla, Muʿǧam al-muʾallifīn. Tarāǧim muṣan-
nafī al-kutub al-ʿarabiyya, Beirut, Maktabat al-muṯanna et Dār iḥyāʾ al-turāṯ al-ʿarabī, s.d.,
t. v, p. 159 ; Ḫayr al-Dīn al-Ziriklī, al-Aʿlam. Biographical Dictionary, s.l., s.d., t. iv, p. 91–92.
32 Éd. par Muḥammad al-Akwaʿ, Le Caire, 1971–1977, 2 vols.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 179

al-biʿṯa al-šarīfa, une autre urǧūza, plus récemment mise à jour dans une biblio-
thèque privée de Zabid33.
Comme indiqué, le premier livre de la collection est le Buġyat al-mustafīd fī
aḫbār madīnat Zabīd (fol. 1v–58r, l. 1–3) [ill. 2]34. La Bibliothèque nationale de
France en possède deux copies. L’une d’elles (n 6069), exécutée en 985/1557, est
très précieuse du fait qu’elle a été collationnée sur l’ exemplaire de l’ auteur35.
Les deux manuscrits de la Bibliothèque municipale de Berlin sont encore plus
anciens. Le premier a été achevé en 941/1534 et le deuxième, en 942/153636.
C’ est sur les manuscrits de Paris (celui de 985h) et de Berlin que Joseph Chel-
hod s’appuie dans son édition de la Buġyat al-mustafīd, ajoutant une copie
microfilmée de Dār al-Kutub, Le Caire, non datée, mais suivie d’ un supplément
(al-ḏayl) à la date de 1185h37.

33 Cf. Anne Regourd (dir.), Catalogue cumulé des bibliothèques de manuscrits de Zabid. i.
Bibliothèque ʿAbd al-Rahman al-Hadhrami, fasc. 1, Sanaa, Centre français d’ archéologie et
de sciences sociales, Fonds social de développement, 2006, en ligne http://www.cefas.com
.ye/spip.php?article377, p. 78–79, m/ḥ 9/1, copié par ʿAbd al-Qādir b. Ḥusayn al-Inbārī en
1317h. Étant donné la date de copie, il y a de fortes chances que le lieu de copie soit Zabid,
les al-Inbārī faisant partie des familles de lettrés de la ville et ayant été investie par les
Ottomans d’ une charge administrative. La même bibliothèque privée, celle de feu ʿAbd
al-Raḥmān al-Ḥadhramī, un historien connu de Zabid, auteur de plusieurs livres sur la
ville, contient une copie récente de la Buġyat al-mustafīd fī aḫbār Zabīd (titre ainsi libellé),
datant de 1375h et copiée, certainement à Zabid, par Muḥammad b. Ismāʿīl al-Ḫalīl, preuve
que cette œuvre d’ Ibn al-Daybaʿ continue d’ être très présente à l’esprit des historiens
yéménites, cf. ibid., m/ḥ 1, p. 25–27.
34 Le début (incipit) du livre est le suivant :
‫ﺑﺴﻤ󰏨 اﶵﺪ 󰏯 رّب اﻟﻌﺎﳌﲔ ا󰏫ي ﻋﻠﻤﻨﺎ ﻣﺎ ﱂ ﻧﻜﻦ ﺑﻪ ﻋﺎﳌﲔ )…( اّﻣﺎ ﺑﻌﺪ ﻓﺎّن ﻣﻦ اﺟﻞ اﻟﻌﻠﻮم ﻣﻘﺪارا‬
‫وارﻓﻌﻬﺎ ﴍﻓﺎ وﻣﻨﺎرا ﻋﲅ اﻟﺘﺎٔرﱗ ا󰏫ي ﺑﻪ ﯾﻌﺮف 󰈇ﻧﺴﺎن اﺣﻮال اﻟﻘﺮون اﳌﺎﺿﯿﺔ ﰲ 󰈇󰈍م اﳋﺎﻟﯿﺔ‬
.(…)
35 Voir Edgard Blochet, Catalogue des Manuscrits Arabes des Nouvelles Acquisitions (1884–
1924), Paris, Ernest Leroux, 1925, nº 5897 et 6069 ; Georges Vajda, Index Général des Manus-
crits Arabes Musulmans de la Bibliothèque Nationale de Paris, Paris, cnrs, 1953, p. 291.
36 Wilhelm Ahlwardt, Verzeichniss der arabischen Handschriften königlichen Bibliothek zu
Berlin, Berlin, A. Asher & c°, 1897, t. ix, nº 9763 et 9764.
37 ʿAbd al-Raḥmān b. ʿAlī al-Daybaʿ, al-Faḍl al-mazīd ʿalā Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat
Zabīd, taḥqīq Yūsuf Šalhud, Ṣanʿāʾ, Markaz al-dirāsāt wa-al-buḥūṯ al-yamanī, 1983, p. 6–
7 [titre en français, Ibn al-Daybaʿ (1461–1537). Neuf siècles d’histoire de l’Arabie du Sud:
622–1517, « Le souhait de celui qui s’ intéresse aux événements de la ville de Zabid», suivi
du supplément, « Le surcroît de mérite», édition critique, avec introduction et notes par
Joseph Chelhod, Sanaa, The Yemeni Center for Research and Studies, suivi d’un préam-

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180 kenderova

La Bibliothèque de l’Institut des manuscrits orientaux de Saint Petersburg


(auparavant, Institut des Études orientales) possède aussi un manuscrit qui
contient les deux livres, la Buġyat al-mustafīd et al-Faḍl al-mazīd, et date du
xvie siècle, i. e. de l’époque de l’auteur38. Le manuscrit de la Bibliothèque
auprès du Musée de Topkapı Sarayı, Istanbul, date, quant à lui, de la fin du xvie
siècle (999/1591)39.
La date de copie du manuscrit Or. 2545 de Sofia en fait donc l’ une des
plus anciennes versions connues de la Buġyat al-mustafīd et des deux autres
textes d’Ibn al-Daybaʿ. Cependant, ce manuscrit revêt un autre intérêt, objet
de notre présent développement. Rappelons brièvement le contenu des cinq
textes rassemblés sous la même reliure et cote Or. 2545 :

Ibn al-Daybaʿ

a Jusque vers 900/1494: Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat Zabīd


( fol. 1v–58r, l. 1–3)
Le livre s’ouvre sur un avant-propos (ici, fol. 1v–2v, l. 1–15). L’auteur y donne sa
vision de la science de l’histoire, ainsi qu’un aperçu du contenu de l’ œuvre.
Fait suite une introduction (muqaddima) présentant l’ histoire du Yémen au
temps du Prophète Muhammad et des premiers califes (fol. 2v, l. 15–6v). Sont
mentionnés les noms des savants et des historiens que l’ auteur a utilisés pour
composer son Buġyat al-mustafīd : ʿUmāra al-Yamanī (m. 569/1174), al-Ǧanadī
(732/1332), Ǧamāl al-Dīn ʿAbd al-Bāqī b. ʿAbd al-Maǧīd al-Qurašī (m. 743/1342),
Abū al-Ḥasan ʿAlī b. al-Ḥasan al-Ḫazraǧī (m. 812/1409), Šaraf al-Dīn Ismāʿīl b.

bule moins détaillé sur l’ édition de texte]. Chelhod indique que l’autre ms. de la BnF,
datant de 1290h est fautif. Sans accès au ms. du Caire, il est difficile de savoir ce que Chel-
hod entend par le supplément (al-ḏayl), avec un article défini (c’est nous qui soulignons),
mais sans guillemet marqueur de titre: peut-être s’agit-il d’ al-Faḍl al-mazīd, étant donné
qu’ il existe un « Ḏayl ʿalā al-Ḏayl», faisant suite au al-Faḍl al-mazīd (ibid., p. 375), contenu
dans le ms. de l’ Académie de l’ Union Soviétique, le nº 62 au Catalogue de A.I. Mihaylova
(voir la note suivante, n. 37). L’édition de Chelhod corrige celle réalisée plus tôt par ʿAbd
Allāh Muḥammad al-Ḥibšī, Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat Zabīd, Ṣanʿāʾ, Markaz al-
dirāsāt wa-al-buḥūṯ al-yamanī, 1979.
38 A.I. Mihaylova, Katalog arabskih rukopisey Instituta Narodov Azii Akademii nauk sssr.
Vipusk 3. Istoriya, Moscou, Nauka, 1965, nº 61 et 62.
39 Voir Fehmi E. Karatay, Topkapı Sarayı Müzesi Kütüphanesi Arapça Yazmalar Kataloğu. Cilt
3, Akaid, Tasavvuf, Mecalis, Ediye, Tarih, Siyer, Teracim, Bilimler: no. 4680–7487, Istanbul,
Topkapı Sarayı Müzesi, 1966, nº 6085.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 181

Abū Bakr al-Muqrī (m. 837/1433) et Muqrī ʿAfīf al-Dīn ʿUṯmān b. ʿUmar al-Nāširī
(m. environ 860/1456). Les événements contemporains d’ Ibn al-Daybaʿ sont
décrits sur la base de ses propres impressions. L’introduction est suivie de dix
chapitres (bāb) et d’une conclusion (ḫātima).
Le premier chapitre est entièrement consacré à Zabid (fol. 6v–7v). L’auteur
y vante les mérites de sa ville natale, aussi bien comme lieu de science (surtout
en droit et religion), que de villégiature. Située entre la montagne et la mer, elle
a une forme circulaire, c’est la plus grande ville du Yémen, dit-il, elle est même
plus grande que Sanaa, dont elle est distante de 40 farsaḫ-s40. Son peuple est
le plus riche du pays; disposant de grands jardins bien arrosés, on y trouve des
fleurs à foison, des fruits (raisin, bananes, citrons, grenades, oranges amères,
etc.). Ibn al-Daybaʿ souligne le rôle d’al-Qāḍī al-Rašīd Abū al-Ḥusayn Aḥmad b.
al-Qāḍī b. al-Ḥasan al-Rašīd ʿAlī b. Ibrāhīm b. Aḥmad b. al-Ḥusayn b. al-Zubayr
al-Ġassānī al-Kātib al-Šāʿir al-Aswānī, mort en Égypte en 563/1168, à qui l’ on
doit d’avoir capté une source et amené l’eau à la ville par l’ aménagement
d’ un canal. Savant éminent en ingénierie (handasa), il l’ était aussi en droit et
littérature (surtout poésie).
Le deuxième chapitre présente la dynastie des Ziyādides (204–409/819–1018)
et leurs vizirs (wazīr-s), qui ont gouverné durant la période de 371/981 à 412/1021
(fol. 8r–9r). Le troisième et le quatrième chapitres sont consacrés à l’ histoire
du Yémen sous la dynastie des Naǧāḥides d’Abyssinie (Ḥabaš) et à leurs visirs
(wazīr-s) à Zabid (412–553/1021–1158, fol. 9r–13r, l. 1–2 et fol. 13r, l. 2–15r, l. 1–
16). Le chapitre suivant est consacré aux successeurs des Naǧāḥides, les Banū
Mahdī (554–569/1159–1174, fol. 15r–16r, l. 1–9). Dans le sixième chapitre, l’ auteur
parle de la conquête du Yémen par les Ayyūbides et de leur administration
durant les années 569–625/1174–1228 (fol. 16r, l. 9–19r, l. 21). Après les Ayyū-
bides, c’est au tour des Rasūlides Ġassānides de gouverner (626–858/1229–1454,
fol. 19r, l. 21–30r, l. 3). Le huitième chapitre porte sur les Ṭāhirides, avec le règne
de Šams al-Dīn ʿAlī (850–883/1446–1478, fol. 30v, l. 3–41r, l. 10). Le chapitre sui-
vant poursuit avec le gouvernement de Manṣūr Tāǧ al-Dīn ʿAbd al-Wahhāb
(883–894/1478–1489, fol. 41r, l. 10–48r, l. 17). Le dixième et dernier chapitre est
contemporain de l’auteur et du règne d’al-Malik al-Ẓāfir Ṣalāḥ al-Dīn ʿĀmir
(894–923/1489–1517, fol. 48r, l. 17–58r, l. 3)41.

40 Farsaḫ : mesure de distance d’ environ 4 milles.


41 Les titres des chapitres en arabe sont les suivants:
‫ ﰲ ذﻛﺮ ﻣﺪﯾﻨﺔ زﺑﯿﺪ وﻓﻀﻠﻬﺎ وﺻﻔﳤﺎ وﳏﻠ ّﻬﺎ واﴭﺎرﻫﺎ واﳖﺎرﻫﺎ واﺧﺘﻄﺎﻃﻬﺎ واﺳﻮارﻫﺎ واﺑﻮاﲠﺎ وﻣﺴﺎﺣﳤﺎ‬.1
‫ ﰲ ذﻛﺮ ﻣﻠﻮك اﳊﺒﺸﺔ 󰈈ﻟﳰﻦ ﻣﻦ ا ٓل‬.3 ‫ ﰲ ذﻛﺮ ﲤ󰏮 ﺑﲏ ز󰈍د ووزراﳞﻢ ﻟﻬﺎ ؛‬.2 ‫وﻋﺪد اﺑﺮاج ﺳﻮرﻫﺎ ؛‬

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182 kenderova

b De 901/1495 à 924/1518: Faḍl al-mazīd ʿalā Buġyat al-mustafīd


( fol. 58r, l. 4–104v, l. 1)
Les dernières lignes du Buġyat al-mustafīd sont suivies du deuxième livre du
même auteur, al-Faḍl al-mazīd ʿalā Buġyat al-mustafīd42. En effet, c’ est un
complément à son premier livre ou une suite, car, sur un plan chronologique,
Ibn Daybaʿ y présente l’histoire politique et culturelle de la ville de Zabid sur
la période de 901–924/1495–1518 [ill. 3]. Il donne également une nécrologie
annuelle de personnes connues du Yémen43.

c Zabid, des Ziyādides aux Ṭāhirides: Aḥsan al-sulūk fī [naẓm]-man


waliya madīnat Zabīd min al-mulūk ( fol. 104v, l. 2–107v, l. 3)
Après avoir fini le texte de son deuxième livre, l’ auteur introduit une urǧūza,
composée de 119 vers et nommée Aḥsan al-sulūk fī [naẓm]-man waliyā madīnat

‫ ﰲ ذﻛﺮ ﻗﯿﺎم اﻟﺴـﯿﺪ ﻋﲇ ﺑﻦ 󰏵ﺪي ]ﺑﻦ ﶊﺪ‬.5 ‫ ﰲ ذﻛﺮ وزراء ا ٓل ﳒﺎح ؛‬.4 ‫ﳒﺎح وذﻛﺮ اﻟﺼﻠﯿﺤﯿﲔ ؛‬
‫ﺑﻦ ﻋﲇ ﺑﻦ داود ﺑﻦ ﶊﺪ اﻟﺮﻋﯿﲏ ﰒ[ اﶵﲑي اﻟﻘﺎﰂ 󰈈ﻟﳰﻦ وزوال ﻣ󰏮 اﳊﺒﺸﺔ واﻧﻘﻀﺎء دوﻟﳤﻢ ؛‬
‫ ﰲ ذﻛﺮ دو󰏧 ]اﳌﻠﻮك[ ﺑﲏ رﺳﻮل اﻟﻐّﺴﺎﻧﯿﲔ‬.7 ‫ ﰲ ذﻛﺮ ]دو󰏧 اﳌﻠﻮك[ ﺑﲏ اﯾ ّﻮب واّول دﺧﻮﳍﻢ اﻟﳰﻦ ؛‬.6
‫ ﰲ ذﻛﺮ ا󰏩و󰏧 اﻟﻐﺮاء اﻟﻄﺎﻫﺮﯾﺔ اﻟﺰﻫﺮاء وذﻛﺮ ﻗﯿﺎم اﻟﺴﻠﻄﺎن اﳌ󰏮 ا󰏱ﺎﻫﺪ‬.8 ‫ّﰒ اﻟﱰﻛﲈﻧﯿﲔ ]󰈈ﻟﳰﻦ[ ؛‬
‫ﴰﺲ ا󰏩ﯾﻦ ﻋﲇ واﺧﯿﻪ اﳌ󰏮 اﻟﻈﺎﻫﺮ ﺻﻼح ا󰏩ﯾﻦ ﻋﺎﻣﺮ اﺑﻦ ﻃﺎﻫﺮ ﺑﻦ ﻣﻌﻮﺿﺔ ﺑﻦ 󰈉ج ا󰏩ﯾﻦ‬
‫]ﺑﻦ ﻣﻌﻮﺿﺔ ﺑﻦ ﶊﺪ ﺑﻦ ﺳﻌﯿﺪ ﺑﻦ ﻋﺎﻣﺮ ﺑﻦ ﻣﺴﻌﻮد ﺑﻦ ﻓﻬﺮ ﺑﻦ وﻫﺐ ﺑﻦ ﺣﺮب[ اﻟﻘﺮﳾ 󰈇ﻣﻮي‬
󰈋‫ ﰲ ذﻛﺮ ا󰏩و󰏧 اﻟﺴﻌﯿﺪة اﳌﺒﺎرﻛﺔ اﶵﯿﺪة اﳌﻨﺼﻮرﯾﺔ اﻟﺘﺎﺣﯿﺔ ا󰏩اودﯾﺔ اﻟﻄﺎﻫﺮﯾﺔ دو󰏧 ﻣﻮﻻ‬.9 ‫اﻟﻌﻤﺮي ؛‬
‫اﻟﺴﻠﻄﺎن 󰈇ﻣﺮ 󰈈ﻟﻌﺪل و󰈇ﺣﺴﺎن اﳌ󰏮 اﳌﻨﺼﻮر ذي اﳌﻌﺎﱄ واﳌﻔﺎﺧﺮ 󰈉ج ا󰏩ﯾﻦ ﻋﺒﺪ اﻟﻮﻫﺎب ﺑﻦ‬
‫ ﰲ ذﻛﺮ ﻣﻮﻻ󰈋 اﻟﺴﻠﻄﺎن ﺑﻦ اﻟﺴﻠﻄﺎن واﺳﻄﺔ ﻋﻘﺪ ﺟﯿﺪ اﻟﺰﻣﺎن اﻧﺴﺎن اﻟﻌﲔ‬.10 ‫داود ﺑﻦ ﻃﺎﻫﺮ ؛‬
.‫وﻋﲔ 󰈇ﻧﺴﺎن ]ﺳـﯿﺪ اﻟﺴﻼﻃﲔ واﳌﻠﻮك اﻟﺒﺎذل ﰲ ﻣﺮﺿﺎت ﷲ اﻟﻠﻜﻮك[ ﺻﻼح ا󰏩ﻧﯿﺎ وا󰏩ﯾﻦ‬
Ils correspondent à ceux de l’ édition de Chelhod. Une lecture ligne à ligne reste à faire si
l’ on veut comparer plus avant les deux textes.
42 Le début (incipit) de ce livre, dans le ms. de Berlin nº 9764, est le suivant:
‫اﶵﺪ 󰏯 ا󰏫ي ﺟﻌﻞ ﻟ󰏬ﯾﻦ اﺣﺴـﻨﻮا اﳊﺴـﲎ وز󰈍دة واﺟﺮي ﻋﺒﺎدة اﳌﻮﻣﻨﲔ ﻣﻦ ﻋﻮاﯾﺪﻩ اﶺﯿ󰏨 ﻋﲆ‬
.(…) ‫اﺣﺴﻦ ﻋﺎدة )…( اّﻣﺎ ﺑﻌﺪ ﻓﺎﻧﻪ ﳌﺎ ﯾّﴪ ﷲ ﺗﻌﺎﱃ و󰏳 اﶵﺪ ﲤﺎم ﻛﺘﺎﰊ ﺑﻐﯿﺔ اﳌﺴـﺘﻔﯿﺪ‬
La copie de Sofia ne comporte pas cet incipit, elle commence directement par la relation
des événements :
‫وﰲ ﯾﻮم اﻟﺜﻼ󰈊 󰈊ﱐ اﶈﺮم اول ﺳـﻨﺔ اﺣﺪى وﺗﺴﻌﲈﯾﺔ اوﻗﻊ ﺟﻨﺪ اﻟﺴﻠﻄﺎن واﻟﺼﻤﯿﻮن 󰈈ﻟﻮاﻋﻈﺎت‬
.(…)
(voir p. 230 de l’ édition de Chelhod).
43 Outre l’ édition de Chelhod déjà citée, utilisant le ms. de Berlin comme texte de référence,
le livre a été publié à Sanaa, Maktabat al-iršād, en 2008.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 183

Zabīd min al-mulūk [ill. 4]44. Y sont présentés les gouverneurs de Zabid des
Ziyādides aux Ṭāhirides, à nouveau de manière chronologique. Le texte de cette
urǧūza est considéré par al-Baġdādī45 et C. Brockelmann comme le troisième
livre d’Ibn al-Daybaʿ, tandis que A. Mihaylova le traite comme la conclusion du
Buġyat al-mustafīd46.

Deux autres urǧūza-s

Les derniers feuillets du manuscrit contiennent encore deux urǧūza-s, consa-


crées elles aussi à l’histoire du Yémen. Aucune information n’a pu être trouvé
sur les deux auteurs, al-ʿUmānī et al-Wāsiṭī.

d De 921/1515 à 955/1548: al-Urǧūza al-waǧīza bi-siyar sayr fī tāʾrīḫ ʿAbr


( fol. 107v, l. 4–115r)
La première des deux uǧūza-s, al-Urǧūza al-waǧīza bi-siyar sayr fī tāʾrīḫ ʿAbr, a
été composée par al-Šayḫ al-Imām Abū al-Faḍl Ḍiyāʾ al-Dīn Aḥmad b. Mūsā
al-Wāsiṭī [ill. 5]47. Elle couvre la période des années 921–955/1515–1548. En
premier lieu, l’auteur y parle de la conquête du Yémen par les Circassiens
d’ Égypte. Mais la plus grande partie du texte est consacrée aux Ottomans, dont
elle donne les émirs et les pachas présents dans le pays.

44 Cette œuvre n’a pas été publiée à notre connaissance; le ms. de Sofia fait l’objet d’un
projet d’ édition. Incipit :
: ‫اﺣﺴﻦ اﻟﺴﻠﻮك ﰲ ]ﻧﻈﻢ[ ﻣﻦ وﱄ زﺑﯿﺪ ﻣﻦ اﳌﻠﻮك ﻻﺑﻦ ا󰏩ﯾﺒﻊ اﻟﺸﯿﺒﺎﱐ وﱓ ارﺟﻮزة اّوﻟﻬﺎ‬

‫ﻗﺎل ﻓﻘﲑ ﷲ ﻋﺒﺪ اﻟﺮﲪﻦ اﺑﻦ ﻋﲇ ا󰏩ﯾﺒﻊ را󰏉 اﻟﻐﻔﺮان‬


‫اﶵﺪ 󰏯 اﻟﻌﲇ 󰈇ﳎﺪ وﺻّﻞ 󰈍 رب ﻋﲆ ﶊﺪ‬
.(…)
45 Ismāʿīl Bāšā al-Baġdādī, Hadiyat al-ʿārifīn. Asmāʾ al-muʾallifīn wa-āṯār al-muṣannifīn, Istan-
bul, Milli Eğitim, 1951, t. i, p. 545.
46 A.I. Mihaylova, Katalog, nº 61, p. 97.
47 Incipit :
‫اﶵﺪ 󰏯 ا󰏫ي 󰏳 اﳌﲍ اﱐ اﻧﺘﻈﻤﺖ ﰲ ﻣﺆر󰏋 اﻟﳰﲏ‬
.(…)

Journal of Islamic Manuscripts 5 (2014) 170–197


184 kenderova

e De 956/1549 à 969/1562: al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya


baʿd Farhād al-Yaman ( fol. 115v–118r)
La deuxième urǧūza, nommée al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd
Farhād al-Yaman, a été composée par al-adīb48 Ǧamāl al-Dīn Muḥammad b.
Barakāt al-ʿUmānī [ill. 6–11]49. Elle poursuit l’histoire du pays pour les années
suivantes, 956–969/1549–1562.
La présence de ces deux dernières urǧūza-s, inconnues jusque-là des spé-
cialistes, distingue le volume de Sofia des autres manuscrits des livres d’ Ibn
al-Daybaʿ en notre possession, en étendant la chronique de l’ histoire du Yémen
aux années 1560. Les informations sur leurs auteurs nous manquent, mais le fait
qu’ils décrivent des événements qui ont eu lieu entre 1515 et 1562, alors que le
colophon du volume manuscrit indique que le scribe a achevé son travail en
969/1561–1562, signifie une contemporanéité certaine par rapport aux événe-
ments décrits.

Conclusion

Le manuscrit or. 2545, objet de notre recherche, a été acquis par la Biblio-
thèque nationale de Bulgarie en 1888. À l’époque ottomane, il appartenait à
la Bibliothèque de waqf fondée dans la ville de Vidin. Elle est liée au nom
du célèbre gouverneur local, ʿOsmān Pazvāntoġlu, et de son père, ʿÖmer aġa
Pāsbān-zāde. Ce manuscrit, contenant trois œuvres d’ Ibn al-Daybaʿ, suivies de
deux urǧūza-s, couvrant partiellement la première période ottomane, par deux
auteurs différents, représente un volume exceptionnel, entièrement consacré
à une histoire chronologique du Yémen.

48 Dans la mesure où l’ on ne connaît pas l’ auteur, adīb peut renvoyer ici au sens technique
d’ homme formé aux Belles Lettres (adab) ou bien peut signifier lettré en général.
49 Incipit :
‫اﶵﺪ 󰏯 اﶵﯿﺪ ا󰏩اﱘ اﻟﻮاﺣﺪ اﻟﻔﺮد اﳉﻠﯿﻞ اﻟﻌﺎﱂ‬
(‫ﰒ اﻟﺼﻠﻮة ﺑﻌﺪ ﲪﺪ ﷲ ﻋﲆ اﻟﻨﱯ اﻟﻄﺎﻫﺮ 󰈇ّول )؟‬

.(…)

Journal of Islamic Manuscripts 5 (2014) 170–197


une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 185

Annexe: Résumé de la dernière urǧūza

La deuxième urǧūza50 est nommée al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya


baʿd Farhād al-Yaman. Copiée en écriture nasḫ lisible par le scribe qui a exécuté
les autres livres contenus dans le manuscrit, elle occupe les feuillets 115v à 118r
[ill. 6–11].
Le poème présente une période courte de l’histoire politique du Yémen, de
956/1549 jusqu’à l’an 969/1561–156251. Son auteur, Ǧamāl al-Dīn Muḥammad b.
Barakāt al-ʿUmānī (biographie inconnue), cite Ibn al-Daybaʿ qui narre l’ histoire
de la ville de Zabid jusqu’à l’époque ṭāhiride. Pour les événements de l’ époque
ottomane au Yémen, c’est la brève urǧūza d’al-Wāsiṭī qu’ il utilise52.
Ce sont les opérations menées par Özdemīr53 pacha54, Circassien d’ origine,
qui tiennent la place principale dans le texte. Özdemīr pacha dirige les troupes
ottomanes au Yémen. Avant l’arrivée du nouveau beylerbey55 du Yémen, Ferhād
pacha, il étouffe les révoltes à Sanaa et à Zabid. Sur l’ ordre du Sultan Süleymān
Qānūnī (926–974/1520–1566), Özdemīr pacha devient beylerbey du Yémen en
956/1549. L’auteur du poème indique qu’il établit de bonnes mœurs et cou-
tumes (fol. 116r, l. 11).
Il est soutenu militairement par des renforts de quatre mille personnes
venues du Caire sous le commandement de Muṣṭafā pacha al-Naǧǧār, beylerbey
du Yémen dans les années 947–952/1540–1545. Au début de 958/1551, Özdemīr
pacha, soutenu par Muṣṭafā pacha al-Naǧǧār, assiège la forteresse de l’ imam
zaydite Muṭahhar, dans la ville de Ṯulā. L’auteur de l’ urǧūza mentionne que le
gouverneur de Ṯulā s’est soumis.

50 Urǧūza : poème composé en raǧaz.


51 Pour vérifier les événements décrits dans le poème nous avons utilisé Joseph de Ham-
mer, Histoire de l’ Empire ottoman. Depuis son origine jusqu’à nos jours, Paris, 1836, t. vi;
Nikolay Alekseevitch Ivanov, Osmanskoe zavoevanie arabskih stran 1516–1574 [La conquête
ottomane des pays arabes 1516–1574], Moscou, Nauka, 1984; Galina Mihaylovna Udalova.
Yemen w period perwogo osmanskogo zavoevaniya 1538–1635 [LeYémen durant la période
de la première conquête ottomane 1538–1635], Moscou, Nauka, 1988.
52 Comme indiqué plus haut, nous n’avons trouvé d’ information ni sur al-ʿUmānī, ni sur
al-Wāsiṭī.
53 Selon l’ original du texte qui est en arabe, le nom pourrait être lu comme Urdamīr pacha.
54 Pacha: titre de la première dignité dans l’ Empire ottoman (pāşā, en turc ottoman, bāšā,
en arabe).
55 Beylerbey (turc ottoman): titre du gouverneur d’ une des grandes provinces de l’Empire
ottoman, égal à wālī. En arabe le mot bey se prononce bak. Les beylerbey-s sont en même
temps pachas (voir note précédente).

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186 kenderova

Durant les deux années suivantes (960–962/1552–1554), Özdemīr pacha éta-


blit le pouvoir ottoman sur de nombreuses localités des hauts-plateaux du
Yémen. Parmi elles, al-ʿUmānī cite Kaḥlān, Ḥubayš, al-Šawāfī et al-Miḫlāf. En-
suite il se dirige vers Ḫanfar où se trouve le révolté Ibn ʿAlī. Les habitants de
Ḫanfar se soumettent, ce qui lui permet de prendre aisément en main la for-
teresse et d’assurer la protection de sa population (fol. 116v, l. 4). En 962/1554
Özdemīr pacha est rappelé à Istanbul56. C’est Muṣṭafā pacha al-Naǧǧār (m. en
967/1559) qui devient pour la deuxième fois wālī ottoman du Yémen. Deux ans
après, il est remplacé par un nouveau wālī, un autre Muṣṭafā pacha, d’ origine
bosnienne, connu sous le nom de Faucon noir (Kara Šāhin). Puis c’ est Murtaḍā
Maḥmūd pacha, lui aussi d’origine bosnienne, qui devient beylerbey du Yémen.
Selon le poème, il arrive à Zabid au mois de rabīʿ al-awwal 968/1560. Ensuite il
part pour Jeddah et de là, pour La Mecque afin d’ accomplir le pèlerinage. À la
fin de la même année, les troupes ottomanes, cantonnées à Sanaa, se dirigent
vers le nord-est de Taez. Le poème s’achève sur la bataille du mois de raǧab
969/1561, au terme de laquelle la forteresse de Habb est prise.
Dans ce poème, l’auteur ne donne aucun détail sur les mesures écono-
miques et administratives entreprises au Yémen par les gouverneurs ottomans.
Mais il ne dissimule pas un sentiment favorable à l’ égard des Ottomans. Leur
sultan est appelé «Roi magnifique» («al-Malik al-ʿaẓīm», fol. 116r, l. 7) et « le
Meilleur parmi les gens, Successeur du Très-miséricordieux Dieu » (« Ḫayr al-
warā Ḫalīfat al-Raḥmān»). Dieu, le Maître de l’ univers, est invoqué pour assu-
rer sa victoire dans la durée et prolonger sa vie. (« Ammara Rabb al-ʿĀlamīn
naṣrahu ṭūl al-zamān wa-aṭāla ʿumrahu», fol. 115v, l. 10 et 11).
Dans cette urǧūza, on le voit, les événements politiques de l’ histoire du
Yémen à l’époque ottomane sont rapportés de manière cohérente, organisés
autour d’un sujet principal. Des acteurs de premier rang y sont mentionnés.
L’auteur y dévoile aussi son sentiment par rapport au pouvoir ottoman. Les
clichés du poème permettront à ceux qui le souhaiteraient de pousser plus en
avant l’investigation.

56 En 963/1556, Özdemīr pacha (m. 967/1559–1560) est destitué et nommé beylerbey de


Habeš. Voir Mehmed Süreyya, Sicill-i ʿosmani, Istanbul, 1996, t. iv, p. 1329.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 187

ill. 1 Page de titre ( f. 1r, avec cachet de waqf) du Ms. or 2545 de la Bibliothèque nationale
de Bulgarie, Sofia.

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188 kenderova

ill. 2 Première page de Buġyat al-mustafīd fī aḫbār madīnat Zabīd. ms Bibliothèque


nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 1v.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 189

ill. 3 Première page d’ al-Faḍl al-mazīd fī aḫbār madīnat Zabīd. ms Bibliothèque


nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 58r.

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190 kenderova

ill. 4 Première page d’Aḥsan al-sulūk fī [naẓm]-man waliya madīnat Zabīd min
al-mulūk. ms Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 104v.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 191

ill. 5 Première page d’ al-Urǧūza al-waǧīza bi-siyar sayr fī taʾrīḫ ʿAbr. ms Bibliothèque
nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 107v.

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192 kenderova

ill. 6 Première page d’al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād
al-Yaman. ms Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 115v.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 193

ill. 7 Suite d’ al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād al-Yaman. ms
Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 116r.

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194 kenderova

ill. 8 Suite d’ al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād al-Yaman. ms
Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 116v.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 195

ill. 9 Suite d’ al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād al-Yaman. ms
Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 117r.

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196 kenderova

ill. 10 Suite d’ al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād al-Yaman. ms
Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 117v.

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une chronique de zabid et du yémen jusqu’ en 1562 197

ill. 11 Dernière page d’ al-Mabhaǧ al-wāḍiḥ al-ḥasan fī-man waliya baʿd Farhād al-Yaman.
ms Bibliothèque nationale de Bulgarie, Sofia, or 2545, f. 118r, avec cachet de waqf.

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