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Bertrand

Dufour
Les Tontons flingueurs
décryptés
Les références et le langage des Tontons
ABD éditions
Les Tontons flingueurs décryptés de Bertrand Dufour

Première édition : Mars 2016

ABD éditions
abdeditions@gmail.com
http://abd-editions.wix.com/abdeditions
https://www.facebook.com/ABD-éditions-536628819836347/
https://twitter.com/abdeditions
ISBN
979-10-95247-10-4
Chez le même éditeur
Sciences et techniques
Comprendre les moteurs d'avions , Romain Arcis, ABD éditions, Juillet 2015
Humour
Brèves de boulot , Adrien Simon, ABD éditions, Septembre 2015
Communication
Le guide du tutorat en entreprise , Bertrand Dufour, ABD éditions, Septembre
2015
Théâtre
Le Procès de Julien Sureau , Jean-Jacques Dufour, ABD éditions, Octobre 2015
Meg , Jean-Jacques Dufour, ABD éditions, Novembre 2015
Monsieur Joseph , Jean-Jacques Dufour, ABD éditions, Février 2016
Du même auteur
Le guide du tutorat en entreprise , ABD éditions, Septembre 2015
Les Tontons flingueurs
décryptés
Les références et le langage des Tontons
Bertrand Dufour
Mars 2016
Vous ne ferez rire personne avec un truc pareil.
(La production, avant le tournage des Tontons flingueurs )

Avant propos
Les Tontons flingueurs restent un OVNI du cinéma français. Un mystère. Film
culte pour des générations de français, il fut pourtant tourné avec un budget
serré, faisant face au scepticisme des producteurs, au désistement de sa vedette
pressentie, Jean Gabin, et à un accueil très mitigé de la presse. Le succès n'est
d'ailleurs pas totalement au rendez-vous lors de sa sortie sur les écrans. La magie
du temps le fera pourtant passer à la postérité et rentrer dans la légende du
cinéma. Mais on s'interroge: pourquoi le film fonctionne si bien ? On résume
souvent Les Tontons flingueurs à une comédie burlesque et simpliste d'une bande
de potaches tournée par Georges Lautner et assaisonnée des bons mots d'argot de
Michel Audiard. Mais en y regardant de près, l'argot n'y est pourtant pas si
fréquent, et en décortiquant la réalisation, le jeu d'acteur se révèle extrêmement
précis.
Bien plus complexe et élaboré qu'il n'y parait, le film tient en réalité beaucoup
par la grande force de ses dialogues millimétrés. A la manœuvre, Michel
Audiard, un autodidacte de la rue au savoir encyclopédique et à la culture
littéraire digne d'un agrégé de lettres. Pour construire ses dialogues, il s'appuie
constamment sur des références artistiques, musicales, philosophiques,
littéraires, historiques, tout en faisant des clins d’œil à l'actualité. Loin des seuls
« bourre pifs » et autres formules mémorables, Audiard peut aussi bien faire
référence à l'horloger d'un roi, aux théories de Freud, à un écrivain polonais
rescapé des camps de la mort, au conflit séculaire entre Corneille et Racine, au
concile Vatican 2, à la succession de Charlemagne, ou encore au général de
Gaulle !
Mais l'écriture de Michel Audiard, c'est aussi une langue à part entière. Elle
emprunte à tous les lexiques, à toutes les professions, mélange tous les registres
de langue, remanie la syntaxe, invente des expressions, fait usage de métaphores
improbables qu'il utilise de façon incongrue...
Cet ouvrage propose donc de revenir au texte d'Audiard, de décortiquer les
dialogues du film, d'en analyser son vocabulaire, son registre de langue, sa
syntaxe, mais aussi ses nombreuses références culturelles et historiques. Une
invitation à redécouvrir le film sous un jour nouveau, en se replongeant dans les
citations les plus savoureuses mais aussi les plus méconnues, en revisitant notre
Histoire, tout en s'imprégnant du parfum d'une époque.
Mais de quoi sera-t-il question exactement ? D'argot, de cours de français
revisités, voire dynamités, de cours d'Histoire revus et corrigés, de Napoléon et
la Berezina, de l'occupation allemande, de la guerre d'Indochine et d'Algérie, des
meubles de style Louis XV et Louis XVI, du rapport de Michel Audiard avec la
gauche, la droite, la nouvelle vague ou le général de Gaulle, de la porcelaine de
Paris, de l'œuvre de Plutarque, du Lido, de la carrière sportive de Lino Ventura,
de l'église de Saint Germain de Charonne, de la Légion, du marché de
l'automobile dans les années 1950 et 1960, des bons mots d'Alphonse Allais, de
l'arsenal des Tontons, des théories freudiennes sur les rêves en couleur (ou non),
de l'influence d'Orson Welles sur le film, du lien entre Jacques Lacan et Alfred
Hitchcock, de la querelle des Anciens et les Modernes, de l'alambic du père Jo,
de la recette du « bizarre », de sandwichs à la purée d'anchois, d'un théoricien du
taôisme au IVème siècle avant Jésus Christ...
Pour aborder tout cela, nous allons d'abord revenir à la genèse du film, pour en
comprendre la paternité et l'origine. Puis, nous examinerons les ressorts des
dialogues écrits par Michel Audiard. Par quels moyens le dialoguiste a-t-il rendu
les répliques de ce film irrésistibles et inoubliables pour l'éternité ? Ensuite, nous
allons revenir plus en détail sur l'origine et l'étymologie du vocabulaire utilisé et
des expressions les plus insolites du film. Nous nous replongerons également
dans l'Histoire de France, puisque les références nous y invitent constamment.
Mais, Les Tontons flingueurs , c'est aussi le reflet d'une époque, le début des
années 1960, une période en plein bouleversement où cohabitent le monde
ancien, celui des Tontons, et le monde moderne, celui de Patricia et d'Antoine.
Nous examinerons également la question de l'argent, dont il est souvent question
dans le film, ainsi que les méthodes de management et de leadership appliquées
aux Tontons. Sans oublier un petit détour par les différents « lieux » qui
incarnent Les Tontons flingueurs , ainsi qu'une réflexion sur les valeurs véhiculées
par le film, pour terminer par quelques anecdotes sur les acteurs, un sondage sur
le rapport particulier des français avec Les Tontons, mais aussi un point sur sa
carrière internationale.
Sommaire
Aux origines des Tontons
Albert Simonin, l'argot et Max le menteur
Georges Lautner et les Monocles
Michel Audiard, le dialoguiste de Jean Gabin
Le secret des dialogues
Un peu d’argot
L'utilisation du parler populaire...
... et du langage soutenu
Des formules déjà bien rodées
Parler anglais comme une vache espagnole
Une opposition de registre linguistique
Des répétitions pour donner du rythme
La syntaxe remaniée
Ridiculiser les personnages
Inadéquation du ton et des termes
Des inventions sorties de nulle part
Des personnages aux noms atypiques
L’art de la métaphore
Des expressions inappropriées
Savoir relativiser et minimiser
Jouer sur la dualité du langage
Des situations qui nous parlent
Soulager nos instincts les plus bas
Avoir de la répartie
Des emprunts à tous les univers
Cours d’argot et de parler populaire
Les expressions
Cours d'Histoire
L'Antiquité
Le Moyen Âge
L'Ancien régime
La Révolution française
Le Premier Empire
La Monarchie de Juillet
La Colonisation
La Première Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale
L'Après guerre
La Cinquième République
La Guerre d'Algérie
La Guerre froide
La culture des Tontons
Arts et littérature
L'homosexualité
La peine de mort
La prostitution
La télévision
L’automobile
Les armes
L'économie
La politique
L'éducation
Le cinéma
Les spécialités culinaires
Les boissons
Les jeux
L'argent
Cours de leadership et de management
Soigner sa prise de fonction
Bien connaitre ses équipes
S’entourer d’une garde rapprochée
Travailler sa communication
Soigner son image
Se rendre disponible
Manier la politesse
Manifester son empathie
Monter au front
Savoir déléguer
Motiver ses équipes
Bien conduire une réunion
Avoir une vision
Négocier les objectifs
Surveiller le planning
Surveiller le budget
Surveiller le périmètre d’activité
Savoir accepter la critique
Prendre une décision
Savoir sanctionner
Entretenir ses réseaux
Gérer le recrutement et les carrières
Les lieux
L'Eglise Saint-Germain de Charonne
Le bowling de la Matène
Villa Seurat
Les studios Eclair
Le feu rouge d'Epinay
La villa du mexicain
La clinique Dugoineau
Le « clapier » de Tomate
Le Château de Vigny
Le cimetière de Pantin
Les Champs-Elysées
Rue Godot
Montauban
Les contradictions des Tontons
Un problème dans la chronologie
Quelques erreurs
Les valeurs des Tontons
L’autorité
L’amitié
Machisme et condition féminine
La virilité
La violence
L’honneur
L’argent
Des hommes d'action
La nostalgie
L'anti-modernité
Conservatisme social
La tradition
La religion
La famille
Anecdotes sur les acteurs
Lino Ventura (alias Fernand Naudin)
Francis Blanche (alias Maitre Folace)
Bernard Blier (alias Raoul Volfoni)
Jean Lefebvre (alias Paul Volfoni)
Robert Dalban (alias Jean)
Jacques Dumesnil (alias Louis le mexicain)
Horst Frank (alias Théo)
Sabine Sinjen (alias Patricia)
Venantino Venantini (alias Pascal)
Claude Rich (alias Antoine Delafoy)
Pierre Bertin (alias Adolphe Amédée Delafoy)
Mac Ronay (alias Bastien)
Paul Mercey (alias Henri)
Dominique Davray (alias madame Mado)
Charles Regnier (alias Tomate)
Henri Cogan (alias Freddy)
Les Tontons et nous
La carrière internationale des Tontons
Remerciements
Bibliographie
Crédits photos
Aux origines des Tontons
Les Tontons flingueurs , c’est d’abord la rencontre de trois hommes, de trois
parcours singuliers qui vont se retrouver entre 1962 et 1963 pour écrire le
scénario, élaborer les dialogues et réaliser le film. Ces trois hommes sont Albert
Simonin, un romancier de série noire, Michel Audiard, déjà dialoguiste de
référence, et Georges Lautner, un cinéaste déjà reconnu mais qui n'est encore
qu'à l'aube de sa carrière.
Albert Simonin, l'argot et Max le menteur
Albert Simonin est né en 1905 à Paris dans le 18ème arrondissement. Très jeune,
il exerce différents métiers, notamment électricien ou chauffeur de taxi, avant
d'entamer une carrière de journaliste à L'Intransigeant . Après la défaite de 1940,
il écrit pour le journal pétainiste La France au travail , sous la direction d'Henri
Coston. S'ensuit une période au « Centre d'action et de documentation ». Cette
officine de la collaboration, financée par les allemands, se charge de diffuser la
propagande antisémite et antimaçonnique, très à la mode en ce temps là.
Simonin y retrouve d'ailleurs Henri Coston et rédige avec lui une brochure de
propagande, Le bourrage de crâne . Condamné à 5 ans de prison après la
libération, il n'est libéré qu'en 1950 à la suite d'une amnistie.
Après cette période de détention, Albert Simonin publie une série de romans
policiers inspirés de ses multiples expériences de la rue. Il fait notamment
paraître une trilogie des aventures de « Max-le-Menteur », un truand certes
vieillissant mais pas au point de raccrocher les gants. Touchez pas au Grisbi ,
publié en 1953, en constitue le premier volet, suivi en 1954 par Le Cave se rebiffe
, et enfin en 1955 par Grisbi or not grisbi .
Publiée dans la collection Série noire, la trilogie rencontre aussi un grand succès
lors de ses adaptations au cinéma. Dès 1954, le réalisateur Jacques Becker tourne
Touchez pas au grisbi , avec Jean Gabin dans le rôle de « Max-le-menteur ». Un
acteur débutant lui donne la réplique, un certain... Lino Ventura. En 1961, c'est
un autre cinéaste de premier plan, Gilles Grangier, qui adapte et réalise Le Cave
se rebiffe , le deuxième volet de la trilogie. Le personnage de Max-le-Menteur a
entre temps disparu de l'adaptation, mais c'est de nouveau Jean Gabin qui officie
dans le rôle principal, celui du « Dabe », un gangster retiré des « affaires », et
qui revient dans le circuit pour un dernier coup. Pour lui donner la réplique, un
de ses amis et par ailleurs un second rôle confirmé, un certain... Bernard Blier.
Pour les dialogues du film, un personnage qui commence à faire beaucoup parler
de lui : Michel Audiard. Quant au dernier opus de la trilogie « Max », Grisbi or
not Grisbi , il sera adapté avec beaucoup de liberté par rapport au roman sous un
titre provisoire, Le terminus des prétentieux . Son titre définitif sera... Les Tontons
flingueurs !
C'est donc un roman d'Albert Simonin qui constitue l'origine lointaine des
Tontons flingueurs . Le scénario sera d'ailleurs écrit conjointement par l'auteur de
la trilogie du « Grisbi » et par le dialoguiste vedette du Cave se rebiffe , Michel
Audiard. Quelques éléments du roman y sont conservés : sur son lit de mort, «
Fernand-le mexicain » (Louis le mexicain dans le film), demande à son ami
d'enfance Max-le-menteur (Fernand Naudin dans le film) de protéger les revenus
de sa femme (de sa fille Patricia dans le film) contre les « malfaisants ». Max-le-
menteur a notamment maille à partir avec les frères Volfoni, deux truands certes
un peu ridicules (Robert Volfoni porte des charentaises presque en permanence),
mais méchants et meurtriers (dans le film, les frères Volfoni ne sont ni méchants
ni meurtriers, ils sont juste ridicules). Comme dans les deux précédents volets de
la trilogie de Simonin, Max est secondé par son ami fidèle, le « Gros Pierrot »
(ce personnage n'a pas d'équivalent dans le film, ni dans Le Cave se rebiffe .
Fernand Naudin est toutefois secondé par Maitre Folace et Pascal, deux
nouveaux personnages). Une lutte s'engage alors entre les deux clans, Max et le
« Gros Pierrot » d'un côté, les Volfoni de l'autre (comme dans le film, sauf qu'il y
aura aussi le rôle important de Théo et sa bande qui sont absents du polar de
Simonin). Dans le roman, le terrain de cette lutte sans merci est celui du milieu
hippique et des courses de chevaux, ce qui n'est pas le cas dans le film (la
bataille se déroule sur une péniche, dans une distillerie, sur la route de
Fontainebleau, dans le parc de la villa du mexicain...). Dans Grisbi or not Grisbi ,
le personnage de « Florence » tient également un rôle de premier plan dans
l'histoire. Max-le-menteur va en effet tomber amoureux de cette prostituée de
luxe, qui joue aussi les rabatteuses pour des casinos clandestins. Cette femme de
caractère est la seule à tenir tête à Max, le chef de clan. Dans le film, le
personnage de « Florence » a disparu, et il n'y a aucun rôle féminin de premier
plan pour la remplacer. Il n'est d'ailleurs à aucun moment question de la vie
privée ou intime de Fernand Naudin.
Albert Simonin s'est ainsi spécialisé dans les histoires de gangsters à la française.
L'auteur dépeint dans ses romans l'univers des « Affranchis », qui tourne
toujours autour de trois activités : le jeu dans les casinos ou les tripots
clandestins (principalement la roulette et le poker), la prostitution dans des
maisons closes clandestines (les « clandés »), et enfin la production d'alcools
forts de contrefaçon (pastis, whisky, eau de vie... le tout souvent frelaté). Dans le
film, nous constatons effectivement que ce sont bien là les trois branches de
l'organisation du mexicain (Madame Mado tient une maison close, les Volfoni et
Tomate les casinos clandestins et Théo la distillerie). Dès lors, les « Affranchis »
n'ont de cesse de s'entretuer pour protéger leurs chiffres d'affaires ou pour
étendre leurs parts de marché. A cet univers des affranchis, Simonin oppose celui
des « caves », ces braves gens dont il dit lui-même : « lecteurs, venons nous
encanailler en lisant des romans qui mettent en scène des truands ».
Mais Albert Simonin n'est pas le seul à prospérer sur le créneau du polar à la
française. L'ancien collabo, repris de justice et condamné à mort, José Giovanni,
va connaitre le succès avec des romans noirs tels que Le Trou , publié en 1957, et
dont Jacques Becker tournera l'adaptation au cinéma en 1960. En 1958,
Giovanni publie également Le Deuxième Souffle dans la collection Série noire.
Livre qui sera porté sur les écrans en 1966 par Jean-Pierre Melville avec en
vedette le duo Lino Ventura et Paul Meurisse.
Autre personnage peu recommandable, Auguste Le Breton. Cet ancien
délinquant publie Razzia sur la Chnouf en 1954 qui sera adapté au cinéma par le
réalisateur Henri Decoin en 1955. Jean Gabin campant le rôle d'Henri Ferré,
alias « le Nantais », venu restructurer un réseau de drogue. C'est aussi à Auguste
Le Breton que l'on doit l'invention du mot « Rififi », tiré de son célèbre polar Du
Rififi chez les hommes , également publié à la collection Série noire. Quelques
années plus tard, en 1967, il publie Le clan des siciliens qui servira de scénario
pour le mythique film d'Henri Verneuil, réunissant à l'écran Jean Gabin, Lino
Ventura et Alain Delon.
Là où Albert Simonin révolutionne l'écriture du polar, c'est en transcrivant à
l'écrit le phrasé et le vocabulaire de la langue populaire, en truffant ses romans
de mots d'argot empruntés aux truands parisiens. Mais l'auteur ne se contente pas
de transcrire certains passages de ses romans dans la langue argotique des
affranchis. Non, c'est l'intégralité du livre qui est écrit en argot et dans le langage
faubourien.
Si l'auteur a donné une dimension nouvelle au polar en l'écrivant entièrement en
argot et dans la langue du peuple, il s'inscrit lui-même dans la lignée de quelques
précurseurs célèbres. Des suites de la guerre de 14-18 tout d'abord, qui a vu se
côtoyer dans les tranchées de la Somme et de Verdun le petit peuple et les
écrivains issus de la bourgeoisie. Roland Dorgelès dans Les Croix de Bois (1919)
ou Henri Barbusse avec Le Feu (1916) vont ainsi témoigner des horreurs de la
Grande Guerre en écrivant pour la première fois dans le langage du peuple, et en
lui donnant la parole.
Mais le grand dynamiteur de la syntaxe, celui qui va complètement transposer le
langage parlé et populaire dans la narration, c'est Louis Ferdinand Céline, auteur
en 1932 du révolutionnaire Voyage au bout de la nuit , puis en 1936 de Mort à
Crédit , et qui inspirera des auteurs comme Albert Simonin ou Michel Audiard.
Moins connu, le premier roman de Raymond Queneau, Le Chiendent , publié en
1933, introduit également l'écriture en parler populaire. Le style « Simonin » va
lui-même faire école et légitimer l'utilisation du langage de la rue en littérature,
comme le fera Frédéric Dard avec la série des San-Antonio , ou encore l'auteur de
Série noire, Jean Vautrin.
Après les Tontons, Albert Simonin travaillera essentiellement comme scénariste,
collaborant avec les plus grands réalisateurs : Marcel Carné, Henri Verneuil,
Gilles Grangier, Edouard Molinaro. Il reconstituera avec Georges Lautner et
Michel Audiard leur trio magique à deux reprises : fin 1963 pour Les Barbouzes ,
et en 1967 pour le Pacha .
Georges Lautner et les Monocles
Natif de Nice en 1926, Georges Lautner monta à Paris dans les années 1930 pour
y suivre sa mère, la comédienne Renée Saint-Cyr (de son vrai nom Marie-Louise
Vittore), qui s'illustra notamment en 1937 dans L'Opéra de quat'sous . Il débute sa
carrière au cinéma comme assistant réalisateur à partir de la fin des années 1940
( Le Trésor de Cantenac de Sacha Guitry, Les Chiffonniers d'Emmaüs de Robert
Darène ou encore Courte Tête de Norbert Carbonnaux). En 1958, Georges
Lautner réalise son premier film, La Môme aux boutons . Au même moment,
démarre le courant de la « Nouvelle Vague » : en 1958, Claude Chabrol tourne Le
beau Serge , suivi en 1959 par Les quatre cents coups de François Truffaut, et par
bout de souffle de Jean-Luc Godard en 1960.
Se démarquant nettement du cinéma de la « Nouvelle Vague », Georges Lautner
va mettre au point un genre nouveau à l'aube des années 1960 : le polar
burlesque. Il réalise ainsi en 1961 Le Monocle noir , une parodie des films
d'espionnage. Le film s'inspire pourtant du très sérieux roman du même nom
publié en 1960 par le Colonel Rémy, Compagnon de la Libération et ancien
agent secret. Ce grand résistant de la France Libre, en froid avec le général de
Gaulle sur la question du « résistantialisme » et sur le rôle du Maréchal Pétain
pendant la guerre, puise dans ses souvenirs de guerre pour écrire ses romans
d'espionnage.
Mais Georges Lautner va dynamiter le genre en rendant ce roman d'espionnage
comique et parodique, ce qu'il n'était pas du tout à l'origine. Dans le rôle
principal, l'acteur Paul Meurisse incarne un agent secret flegmatique et pince
sans rire, séducteur auprès des femmes, et à l'allure aristocratique et raffinée
jusque dans sa façon de tenir un revolver. Le polar burlesque façon Lautner est
né, mélangeant habilement les codes du film noir et de la comédie. L'écriture du
scénario impose un ton et un rythme particulier, avec un enchainement rapide
des séquences, beaucoup de gags et des dialogues teintés d'humour noir.
Le réalisateur et son acteur fétiche reconduisent avec succès le « Monocle » en
tournant L'œil du monocle en 1962, suivi par Le monocle rit jaune en 1964. Ces
parodies de films d'espionnage vont fortement inspirer d'autres films de Lautner
de cette période, particulièrement Les Barbouzes (sorti sur les écrans fin 1964)
mais aussi bien évidemment... Les Tontons flingueurs .
Lautner adopte par ailleurs une vision souple et dynamique de la réalisation et du
cadrage, s'inscrivant ici dans la lignée des réalisateurs de la Nouvelle Vague. Il
s'oppose en cela à la réalisation à l'ancienne et très statique de ses prédécesseurs,
Jacques Becker et Gilles Grangier, qui avaient porté à l'écran les deux premiers
volets de la trilogie du « Grisbi » avec Jean Gabin.
Si les Tontons restent assurément le plus grand succès populaire de sa
filmographie, Georges Lautner a cependant réalisé de nombreux films
mémorables, du début des années 1960 aux années 1980. Après la série des «
Monocles », les Tontons flingueurs et Les Barbouzes , le cinéaste réalise
notamment Des pissenlits par la racine (1963), Les Bons vivants (1965), Ne nous
fâchons pas (1966), Le Pacha (1968), Sur la route de Salina (1969), Laisse aller,
c'est une valse (1970), Flic ou voyou (1979), Le Guignolo (1980), Le Professionnel
(1981)... Aux côtés de la plupart de ces grands succès de Georges Lautner, le
grand dialoguiste du cinéma populaire, un certain... Michel Audiard.
Michel Audiard, le dialoguiste de Jean Gabin
Michel Audiard est né en 1920 dans le 14ème arrondissement de Paris. Titi
parisien des quartiers populaires, il arrête rapidement ses études après un CAP de
soudeur. Mais Audiard a une vraie passion pour la littérature qui le conduit à
dévorer les œuvres de Bossuet, Balzac, Proust, Céline, Rimbaud et beaucoup
d'autres. Parallèlement, il s'intéresse au cinéma et notamment aux dialoguistes
vedettes de l'époque, Jacques Prévert et Henri Jeanson. Ce passionné de vélo, qui
renonce toutefois à en faire sa carrière (« il ne monte pas les côtes »), traverse la
période de l'occupation sans prendre part à la guerre, rebuté à la fin de la guerre
par les règlements de comptes de l'épuration. Livreur de journaux après la
libération, il commence une carrière de journaliste à L'Etoile du soir , puis comme
critique pour Cinévie . Se rapprochant du milieu du cinéma, Michel Audiard
débute en 1949 comme scénariste et dialoguiste du film d'André Hunebelle,
Mission à Tanger . Les succès s'enchainent : Méfiez vous des Blondes, à nouveau
avec André Hunebelle, Le Passe-muraille de Jean Boyer, Les Trois Mousquetaires
encore avec André Hunebelle, Poisson d'Avril de Gilles Grangier ou encore Gas-
oil, à nouveau avec Grangier. C'est d'ailleurs sur ce dernier tournage, Gas-oil ,
qu'Audiard fait une rencontre déterminante : Gabin.
Jean Gabin, de retour au premier plan après le tournage de Touchez pas au grisbi
en 1954, et Michel Audiard, le scénariste et dialoguiste montant des années
1950, vont enchainer ensemble les succès à partir de la fin des années 1950 : Les
Grandes Familles de Denys de la Patellière en 1958, Archimède Le Clochard de
Gilles Grangier en 1959, Les Vieux de la vieille toujours avec Gilles Grangier en
1960, Le président d'Henri Verneuil en 1961, Le Baron de l'écluse de Jean
Delannoy en 1960, Le cave se rebiffe de Gilles Grangier en 1961, Le gentleman
d'Epsom également de Gilles Grangier en 1962, Un singe en hiver d'Henri
Verneuil encore en 1962 et Mélodie en sous sol du même Henri Verneuil en
1963... Une collaboration qui comptera en tout 17 films, parmi les plus grands
succès de l'époque.
Face aux jeunes réalisateurs, les Chabrol, Truffaut ou Godard, Michel Audiard
fait figure de repoussoir, de scénariste à l'ancienne. Ses thèmes de prédilection,
les champs de courses, le cyclisme, les maisons closes, le petit peuple parisien,
les combines de petits truands... en font une icone du cinéma populaire. «
Cinéma de papa » s'insurgent en cœur les cinéastes de la Nouvelle Vague et les
Cahiers du cinéma . Audiard réplique à sa manière, par un bon mot : « Nouvelle
Vague ? Plus vague que nouvelle ». Qu'importe les critiques, les films du
dialoguiste font un tabac. Sa recette ? Une solide culture littéraire et une
connaissance sans pareil du langage des faubourgs. Audiard fréquente
inlassablement les bistrots, les libraires, les trottoirs parisiens et les chauffeurs de
taxi. Il sait mieux que personne faire parler le petit peuple dans ses films.
La participation de Jean Gabin à l'adaptation du troisième volet de la trilogie de
Simonin, Grisbi or not grisbi , semble naturelle. Il avait déjà interprété le rôle
vedette dans les deux précédents opus de « Max-le-menteur », Touchez pas au
grisbi et Le cave se rebiffe . D'autant qu'après ce dernier succès, la paire Simonin-
Audiard est reconduite par Gaumont (le producteur du film) pour travailler sur le
scénario et les dialogues. La réalisation est confiée à un jeune réalisateur qui a
fait ses preuves : Georges Lautner.
Lautner, Simonin et Audiard ont d'ailleurs déjà travaillé ensemble quelques
années auparavant. C'était sur le tournage de Courte tête , un film sorti en 1956 et
réalisé par Norbert Carbonnaux. Au scénario, Albert Simonin, aux dialogues,
Michel Audiard. Déjà une fructueuse collaboration. Assistant réalisateur du film
: Georges Lautner. La future équipe des Tontons est là.
Mais Jean Gabin pose des difficultés pour participer au projet. Georges Lautner
souhaite en effet imposer sa propre équipe technique, avec laquelle il a l'habitude
de travailler (Maurice Fellous, Antoine Archimbaud, Claude Vital...). L'acteur
veut lui aussi travailler avec ses techniciens habituels. Dans un premier temps, la
production écarte le réalisateur au profit de son acteur vedette. Mais ce dernier
finit par jeter l'éponge définitivement, ce qui signe le retour de Lautner et de son
équipe technique dans le projet.
Que s'est-il réellement passé avec Gabin ? Officiellement, il prétexte un scénario
trop faible pour engager sa participation. Mais officieusement, les relations entre
l'acteur et son ami dialoguiste, Michel Audiard, se sont détériorées lors du
tournage de leur dernier film, Mélodie en sous sol . Jean Gabin estime qu'il a été
moins bien servi que son jeune partenaire, Alain Delon, qui aurait hérité des
meilleures répliques et des meilleures scènes du film. En froid, il ne souhaite
donc pas collaborer à nouveau avec Audiard. A la place, il rejoint l'équipe de
tournage du dernier opus d'une autre célèbre trilogie, celle du commissaire
Maigret. Gabin tient ainsi le rôle titre dans Maigret voit rouge , réalisé par Gilles
Grangier en 1963, en même temps que les Tontons. Il officiait déjà dans le rôle
du commissaire dans les deux précédents volets, Maigret tend un piège , réalisé en
1958 par Jean Delannoy, et Maigret et l'affaire du Saint-Fiacre , réalisé en 1959
par ce même réalisateur. Dans Maigret voit rouge , Gabin travaille avec Jacques
Robert, le scénariste et dialoguiste habituel de... Georges Lautner (il a
notamment écrit le scénario et les dialogues des « Monocles »). De son côté,
l'équipe du « gribi » doit trouver une solution de rechange, et c'est finalement
Lino Ventura, le rival de Jean Gabin dans le premier volet de la trilogie, Touchez
pas au grisbi , qui reprendra le rôle principal.
Michel Audiard et Jean Gabin finiront par se réconcilier et par travailler à
nouveau ensemble en 1967 sur le tournage du film Le Pacha . A la réalisation,
Georges Lautner, et pour le scénario, Albert Simonin. L'équipe complète qui
aurait dû officier pour Les Tontons flingueurs .
Un scénariste qui manie l'argot et écrit la trilogie Max-le-menteur en langage de
la rue, un réalisateur qui s'est rodé à la réalisation de films noirs burlesques avec
Paul Meurisse, et un dialoguiste qui distille ses expressions faubouriennes depuis
des années avec Jean Gabin. Voilà pour la genèse des Tontons.
Le secret des dialogues
L'efficacité des dialogues font incontestablement la force des Tontons flingueurs .
Si le film a autant marqué les esprits, beaucoup plus que la série des « Monocles
» du même Georges Lautner reposant pourtant sur le même genre
cinématographique et tournée à la même période, c’est parce que l’écriture des
dialogues a été confié à un Michel Audiard probablement au sommet de son art.
Car il y un style « Audiard », ce sens de la formule qui fait mouche, et qui repose
non pas tant sur l'usage de l'argot (plus occasionnel qu'on ne le pense), que sur
cette manière inimitable de triturer la langue française dans tous les sens pour en
chambouler la syntaxe et sans cesse la réinventer. La recette du dialoguiste, c'est
toujours un savant dosage entre la gouaille faubourienne (de son 14ème
arrondissement) et des références permanentes empruntées à la culture classique
(à laquelle était très attaché cet autodidacte de la rue qui connaissait tout et avait
tout lu, même les 12 tomes de A la recherche du temps perdu ).
Nous allons donc examiner plus en détail les différentes ficelles du professeur
Audiard pour construire les dialogues des Tontons, et en faire ce chef d'œuvre de
la culture populaire française.
Un peu d’argot
On pense généralement que le succès des Tontons flingueurs tient essentiellement
à l'argot qu'utiliserait constamment Michel Audiard pour nourrir ses dialogues.
C’est pourtant une erreur. Si le dialoguiste emprunte bien ici ou là quelques mots
ou expressions à la langue argotique, la langue des faubourgs parisien (celle des
truands et du petit peuple de Paris), ils ne sont pas si nombreux. Sans commune
mesure en tout cas avec les romans d'Albert Simonin, chefs d'œuvre d'argot,
mais qui ne sont pas transposables en l'état pour le cinéma et le grand public.
Michel Audiard s'est d'ailleurs toujours défendu d'écrire ses dialogues en argot,
langue qu'il jugeait lui-même incompréhensible, privilégiant plutôt l'utilisation
d'un langage mixte. L'argot lui servant à marquer une rupture dans une phrase
plutôt soutenue. Néanmoins, sa collaboration avec Albert Simonin, le pousse à
introduire certaines expressions argotiques qui font mouche. Dans la même veine
qu'Audiard, Simonin joue d'ailleurs lui aussi sur les différents registres de langue
dans ses romans, mélangeant l'argot, omniprésent, avec quelques formulations
précieuses. Audiard a également compris l'usage qu'il pouvait tirer de l'utilisation
de l'argot. Dans son écriture, ce langage de caïd permet souvent d'asseoir
l'autorité naturelle des chefs qui veulent en imposer, tout en maniant une forme
d'humour. L'avantage est double, celui de faire rire et de renforcer la crédibilité
des personnages.
Si les formules argotiques sont très loin de faire le style « Audiard », elles sont
néanmoins fréquentes dans le film, plus que ne veut bien l'affirmer en tout cas le
dialoguiste qui n'en utiliserait pratiquement pas selon ses dires. En voici donc
quelques-unes.
Louis le mexicain : « 60% de velours. »
[...]
Henri : « Y’a du suif chez Tomate… »
[...]
Pascal : « … flingue en pogne… »
[...]
Maitre Folace : « Touche pas au grisbi… »
[...]
Raoul Volfoni : « … un petit cave est venu me chercher… »
« Velours », « suif », « flingue », « pogne », « grisbi », « cave »… On peut
constater que l’argot s’utilise essentiellement pour parler d’argent (velours,
grisbi) ou de combines de voyous (suif, cave, flingue…).
Nous verrons dans le chapitre suivant l'étymologie et la signification exacte de
tous les mots ou expressions argotiques que nous avons trouvé dans la bouche
des Tontons.
Il est toutefois intéressant de noter que certains mots autrefois d'argot sont
aujourd'hui rentrés dans le langage familier, voire dans le langage courant. En
voici quelques-uns (que l'on retrouve ou non dans le film) : taule, être en rogne,
troquet, fastoche, fortiche, pote, se magner, c'est dans la poche...
L'utilisation du parler populaire...
Bien plus que la langue argotique, c'est le parler populaire que Michel Audiard
introduit dans les dialogues de ses films, et notamment dans les propos de la
plupart des Tontons. Il donne ainsi la parole au peuple des faubourgs, réutilisant
le langage et les expressions des bistrots, des artisans et des ouvriers qu'il côtoie
dans son quartier.
Louis le mexicain : « ... mais question de laisser ses os, y'a que la France... »
Le parler populaire se nourrit, comme l'argot, d'expressions souvent imagées. «
Laisser ses os » au lieu de « se faire enterrer » en est un exemple dans la bouche
du mexicain. Et au lieu de prononcer les phrases en entier, on les contracte : « y'a
que la France ». Le tout avec l'accent titi parisien.
Fernand Naudin : « ... Depuis plus de vingt piges que je te connais, je te l'ai vu
faire 100 fois ton guignol alors hein ? Et à propos de tout : de cigarettes, de
came, de nanas, ça toujours été ton truc à toi. Et une fois je t'ai même vu
chialer, alors tu vas pas me servir ça à moi non ? »
Cette fois-ci, c'est le Fernand provincial, le Fernand de Montauban, qui retrouve
sa langue des faubourgs, cette langue qu'il partageait encore avec son ami Louis
15 ans auparavant. Dans son propos, on relève de nombreuses expressions
familières : « piges », « guignol », « came », « nanas », « chialer ».
Mais ce n'est pas seulement le vocabulaire utilisé par Fernand Naudin qui inscrit
ses propos dans le parler populaire. La syntaxe de ses phrases s'en ressent aussi.
L'inversion des locutions de la phrase par exemple avec « Depuis plus de vingt
piges que je te connais » au lieu de « je te connais depuis plus de vingt piges »
qui serait plutôt du registre courant. Ici, l'utilisation du « que » souligne
particulièrement la familiarité. Autre expression, « ça a toujours été ton truc »,
avec le « ça » en début de phrase, spécifique au langage parler populaire. Enfin,
l'expression « tu vas pas me servir ça », où la négation « ne » a disparu, et avec
l'emploi du verbe « servir » qui, dans ce contexte, devient familier.
Fernand Naudin : « Voilà dix ans que t'es barré... »
Encore une tournure familière dans la bouche de Fernand Naudin, qui
décidemment les accumulent en ce début de film au contact de son ami retrouvé.
« Tu es parti depuis 10 ans » sonne trop parfaitement le registre courant. Mais
cette phrase est d'une banalité à mourir, et n'a aucune chance de marquer les
esprits. En renversant sa structure, en remplaçant le verbe « partir » par « se
barrer », formulation beaucoup plus familière, et en contractant « tu es » par «
t'es », le dialoguiste remanie la phrase de fond en comble pour l'ancrer dans le
langage parlé.
... et du langage soutenu
Mais la langue des Tontons ne tient pas au seul registre populaire. Ce serait là
aussi réducteur par rapport à la qualité d'écriture d'Audiard. Une analyse plus
fine des dialogues nous montre au contraire que le registre de langue peut
changer radicalement et nous surprendre. Il n'est ainsi pas rare de voir les mêmes
personnages utiliser tour à tour le langage populaire, puis soutenu.
Fernand Naudin : « Souhaiteriez-vous nous fournir quelques explications ? »
Reprenons l'exemple de Fernand Naudin, dont nous avons entendu les propos
très familiers lorsqu'il parle avec son ami Louis. C'est pourtant le même
personnage qui s'adresse quelques minutes plus tard à Madame Mado dans un
registre beaucoup plus soutenu, donnant même du « Souhaiteriez-vous... ». Le
dialoguiste crée donc la surprise et brouille les pistes sur le personnage de
Naudin, capable de jouer sur plusieurs registres, d'employer des mots d'argot,
suivies de tournures très soutenues.
Antoine Delafoy : « ... je ferai donc mon panégyrique moi-même, c'est parfois
assez édifiant et souvent assez drôle... »
Moins surprenant, c'est finalement la famille Delafoy qui défend le plus le
langage châtié de la haute bourgeoisie. Il faut dire qu'Antoine Delafoy a des
lettres et qu'il aime le faire savoir. Combien de films avez-vous vu où l'un des
personnages utilise le mot « panégyrique » ? Etonnamment, c'est dans le cinéma
d'Audiard que l'on peut trouver des mots d'un registre aussi particulier. Le
vocabulaire d'Antoine reste toujours volontiers précieux et un peu élitiste dans la
bouche d'Antoine, avec ici aussi l'emploi du mot « édifiant ».
Adolphe-Amédée Delafoy : « Voyez-vous monsieur, rien ne vaut ces vieilles
demeures de familles »
De la même façon, monsieur Delafoy père manie volontiers des tournures
recherchées, engageant ainsi la conversation avec Fernand Naudin par du «
Voyez-vous Monsieur ». Compte tenu de son milieu d'origine et de son âge, il
n'est du coup pas très étonnant qu'Adolphe-Amédée Delafoy utilise aussi le
terme « vieilles demeures de familles », expression aujourd'hui plutôt désuète.
Sur le registre de langue, on est loin du vocabulaire des Tontons dans la cuisine,
parlant de « petite taule » pour évoquer une toute autre maison, celle de Lulu « la
nantaise ».
Des formules déjà bien rodées
Les formules de la paire Audiard/Simonin font presque toujours mouche dans Les
Tontons flingueurs . L’un des secrets, c’est que beaucoup des expressions
utilisées ont déjà été employées et testées dans les précédents films dialogués par
Michel Audiard, ou dans les romans publiés par Albert Simonin avant le
tournage.
Raoul Volfoni : « En pleine paix, il chante et puis crac, un bourre-pif ! »
« Bourre-pif » en voilà une drôle d’expression. Elle est maintenant entrée au
panthéon de la langue française. Grâce aux Tontons flingueurs ? Pas tout à fait.
Dans le roman d’Albert Simonin, La balle dans le canon , publié en 1958, il y est
déjà question de « bourre-pif ». De même, l’expression est utilisée dans Le cave
se rebiffe , le film de Gilles Grangier sorti sur les écrans en 1961, d'après un
scénario d’Albert Simonin et sur des dialogues de Michel Audiard.
Si on comprend facilement la signification de l’expression grâce aux
démonstrations très convaincantes de Fernand Naudin, son analyse est
finalement tout aussi explicite. Dans le langage familier, « bourrer » signifie «
maltraiter », et « pif » désigne évidemment le nez. Mais « bourre-pif », ça sonne
quand même mieux que « maltraiter le nez » semble-t-il ?
Bastien : « Le prix s'oublie, la qualité reste »
Discussion rapport qualité/prix au sujet du petit dernier de chez Beretta entre les
cousins Bastien et Pascal. La formule vient en réalité du film Poisson d’avril , du
réalisateur Gilles Grangier, qui sort dans les salles en 1954, sur des dialogues
signés Michel Audiard. L’expression sera d’ailleurs reprise à nouveau en 1957
dans Maigret tend un piège , film franco-italien de Jean Delannoy, sorti en 1958.
C’est encore Michel Audiard qui travaille sur les dialogues de cette adaptation à
l'écran du roman de Georges Simenon. Le dialoguiste réutilise la formule. Dans
les Tontons, il s’agit donc du recyclage d'un recyclage.
Raoul Volfoni : « Tu ne sais pas ce qu'il me rappelle ? C't'espèce de drôlerie
qu'on buvait dans une petite taule de Bien Hoa, pas tellement loin de Saigon.
Les volets rouges et la taulière, une blonde comaque. Comment qu'elle
s'appelait non de Dieu ? »
Fernand Naudin : « Lulu la nantaise. »
« Comment tu l'as connu ? »
« Oh, dans un coup idiot, à Shanghai, un soir en rentrant dans le bistrot de
Maria-la-nantaise sur la route de Bien Hoa. »
« Maria-la-nantaise », « Bien Hoa ». Comme le monde est petit. Si la nantaise
est devenu Lulu, il semble décidément qu'il s'en soit passé des choses à Bien
Hoa. Ce dialogue est tiré du film d’Henri Decoin Le feu aux poudres , sorti en
1957. Aux dialogues, un romancier de polar... Albert Simonin.
Louis le mexicain : « ... chez moi quand les hommes parlent, les gonzesses se
taillent. »
Dans le roman d’Albert Simonin, Touchez pas au grisbi , l’écrivain, qui travaillera
quelques années plus tard à l’adaptation de la fameuse suite ( Grisbi or not grisbi
), introduit la formule « Quand je parle aux hommes, les gonzesses se taisent ».
Simonin n’est donc pas allé chercher bien loin les réflexions viriles de Louis. A
noter que dans le roman, ce sont bien les femmes qui sont visées par cette
réplique, et non un couple d’homosexuel comme dans Les Tontons flingueurs .
Mais pour le caïd du Mexique, femmes ou homosexuels, quelle différence ?
Bastien : « ... c'est pas l'arme de tout le monde, ça ! »
La formule a là aussi déjà servi sous une forme très proche, dans Le cave se
rebiffe : « C'est pas le flingue de tout le monde ».
Raoul Volfoni : « Moi, je suis objectif »
Raoul Volfoni est objectif sur le mexicain. Mais la formule qu'il utilise date peut-
être aussi des « grandes heures du mexicain », quelques années plus tôt.
L'expression est en effet une réutilisation du roman Méfiez vous des blondes , sorti
en 1950.
Raoul Volfoni : « Aux quat' coins d'Paris qu'on va l'retrouver éparpillé par
petits bouts, façon Puzzle. Moi, quand on m'en fait trop j'correctionne plus :
j'dynamite, j'disperse, j'ventile. »
La même année que Les Tontons flingueurs , en 1963, sort sur les écrans le film
de Marcel Bluwal, Carambolages . Il met en scène un jeune homme ambitieux
(Paul Martin alias Jean-Claude Brialy) qui rêve d'accéder au poste de directeur
général occupé par un homme volontiers colérique (Norbert Charolais alias
Louis de Funès). Pour arriver à ses fins, Paul décide d’employer les grands
moyens et de confectionner une bombe artisanale. Pendant sa préparation, il
déclare fiévreusement, comme possédé : « Je vais lui dynamiter la tronche, à ce
con, le disperser aux quatre vents, le réduire en fumée ». Ça ne vous rappelle pas
quelqu’un de connu ? Raoul Volfoni ? Aux dialogues de Carambolages , on
retrouve bien évidemment Michel Audiard.
Maitre Folace : « ... un vrai magicien le Jo... »
Pour sortir « 25 litres de 3 étoiles à l’alambic » avec des patates et de la sciure de
bois, il faut en être un sacré de magicien en effet. Et visiblement, la réputation de
Jo traverse le temps et… les films. En effet, ce magicien de la distillation
clandestine est déjà évoqué dans Courte tête , un film de Norbert Carbonnaux
sorti en 1956. Au scénario, Albert Simonin. Pour les dialogues, Michel Audiard.
Et comme assistant réalisateur, Georges Lautner.
Raoul Volfoni : « .. .toute une époque... »
Ah, la nostalgie ! Elle est constamment évoquée dans l’écriture d’Audiard. «
Toute une époque » se souvient rêveur Raoul Volfoni. Déjà, dans Le Gentleman
d’Epsom , un film de Gilles Grangier sorti en 1962, sur un scénario d’Albert
Simonin et des dialogues de Michel Audiard (encore eux), les victimes
consentantes du fameux gentleman (Richard Briand-Charmery alias le
commandant, alias… Jean Gabin) disait de lui : « ça c’est un monsieur, un vrai.
Et oui, le style d’autrefois, toute une époque ». Cocu mais content en fin de
compte.
Théo : « Je ne dis pas que c'est pas injuste, je t'ai dit que ça soulage ! »
Le « soulagement » assez singulier de Théo, qui vient de « flinguer » les Volfoni
à bout portant devant la clinique, puise en partie son origine dans l'œuvre de
Simonin là aussi. En effet, dans Touchez pas au grisbi , l'auteur écrivait déjà la
formule « ça nous détendait les nerfs » dans de pareilles circonstances...
Fernand Naudin : « Faut quand même admettre que c'est plutôt une boisson
d'homme »
Dans le même opus de Simonin, Touchez pas au grisbi , il est aussi question de
boisson, mais pas de boisson d'homme. L'auteur écrit « Ce devait être une
boisson pour intellectuels », par contraste avec les vraies « boissons d'hommes »,
du genre « le bizarre ». Le dialoguiste a en tout cas repris la syntaxe de la phrase
de Simonin pour l'adapter aux Tontons.
Raoul Volfoni : « Faut reconnaître, c'est du brutal ! »
Le fameux « brutal » est lui aussi une récupération de Simonin. Toujours dans
Touchez pas au grisbi , qui semble décidemment une source inépuisable de
dialogues d'anthologie, l'auteur y écrit « même le brutal lui donnait pas la
moindre sensation ».
Parler anglais comme une vache espagnole
Un autre secret d’Audiard, c’est d’introduire par petites touches quelques mots
d’anglais dans ses dialogues. Les acteurs ayant bien évidemment pour consignes
de les prononcer avec l’accent le plus épouvantable et le plus « frenchy » qui
soit. Finalement, le dialoguiste est presque en avance sur notre époque qui a vu
l’anglais envahir par exemple le monde du travail et l'univers du « management
» (Steering commitee, planning, briefing, Return on investment…).
Jean : « Welcome sir, my name is John »
[...]
Jean : « Your room is ready sir ! »
Dans le film, le majordome de la maison du mexicain, Jean alias John, est
préposé à parler ponctuellement anglais. L’accent est « so french », et l’emploi
d’autant plus incongru que ni lui ni ses interlocuteurs ne parlent la langue de
Shakespeare. Si Jean connait dix phrases, c’est bien le bout du monde. Peut-être
parle-t-il un peu anglais avec Patricia. Le mexicain, sur son lit de mort, n’a-t-il
pas précisé à son ami Fernand qu’il lui avait fait apprendre l’anglais, chez les
sœurs.
Paul Volfoni : « ... des nervous breakdown comme on dit de nos jours »
Le cadet des Volfoni ne fait vraiment aucun effort d'accentuation en évoquant la
maladie dépressive des chefs d'entreprise, « le nervous breakdown ». Il prend en
effet bien le temps de prononcer lentement chaque syllabe de l’expression,
détruisant la moindre notion d’anglais de la phrase.
Raoul Volfoni : « … éparpillé par petits bouts, façon puzzle »
L’ainé des Volfoni ne sauve pas vraiment l’honneur de la famille. Sa
prononciation de « puzzle » restera probablement unique dans les annales de
l’accent pourri. Une belle trouvaille de Michel Audiard là encore.
Une opposition de registre linguistique
Une autre clé du succès des dialogues d’Audiard, c’est d’introduire en
permanence des oppositions de registres linguistiques. Et souvent pour un même
personnage.
Maitre Folace : « … Allons mademoiselle ! L’oncle de Patricia vous dit qu’il
n’y a plus de scotch, un point c’est tout. »
Une invitée : « Vous n’avez qu’à en acheter, avec ça ! »
Maitre Folace : « Touche pas au grisbi, salope !! »
Maitre Folace a de l'éducation. Il sait se tenir en société. Il répond donc
calmement à l'interpellation de la jeune fille saoul, donnant même du «
mademoiselle », et employant un langage tout à faite convenable, sans faute de
syntaxe. Digne d'un vrai notaire. Mais il ne faut pas le titiller beaucoup pour que
ce voyou de la comptabilité bascule dans la langue des truands. Avec « Touche
pas », on passe directement au tutoiement et à une construction de phrase des
plus simplifiée. Suivi par l'utilisation de l'argot « grisbi ». Pour finir par une
injure grossière avec « salope ». A noter le spasme quasi hystérique qui s'empare
du notaire juste après avoir prononcé cette phrase. Tout son visage semble saisi
d'une furie indescriptible. La « mademoiselle » fait d'ailleurs demi-tour aussi sec,
effrayée par l'ambiance et les personnages de la cuisine.
Fernand Naudin : « ... l'homme de la pampa, parfois rude reste toujours
courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les
briser menu ! »
Là encore, l'oncle Fernand fait d'abord montre d'une grande maitrise de soi, en
appelant même à la « courtoisie ». Mais les facéties du petit ami de Patricia l'ont
poussé dans ses retranchements. Il est à bout et cela se lit sur son visage. C'est
donc avec courtoisie, en utilisant une phrase à la syntaxe parfaite, et sur un ton
posé presque jusqu'à la fin, que monsieur Naudin va exprimer ses impressions,
pour finalement exploser et terminer sur un registre « grossier ». Le contraste
entre le début et la fin des propos de l'oncle de Patricia fonctionne à merveille.
Encore une formule culte du film qui a marqué les esprits.
Fernand Naudin : « Sur le plan des emmerdements... »
Fernand n'est pas très chaud, c'est le moins que l'on puisse dire, pour reprendre
les affaires de son ami d'enfance. En utilisant la formule « sur le plan », le futur
oncle de Patricia emploie presque un langage technocratique, appelant à une
analyse technique et nuancée. Mais non, il va directement à l'essentiel et change
encore de registre de langue en parlant des « emmerdements ».
Maitre Folace : « Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes »
A l'expression vieillie de « tout venant » (qui désigne des marchandises à
proximité immédiate, non triées, en vrac), le dialoguiste associe le verbe «
pirater » assez peu approprié au contexte mais dont la signification est on ne peut
plus claire. « Pirater » signifie pourtant à l'origine exercer une activité de pirate
sur les mers. On est donc loin de l'idée évoquée ici d'une bande d'étudiant vidant
le bar de la maison de famille. Le verbe « pirater » a pourtant, depuis les années
1960, retrouvé un usage courant, mais dans le monde de l'informatique.
Fernand Naudin : « Et vous avez rien remarqué ? »
Jean : « Si monsieur, les valises. »
Fernand Naudin : « ... Comment une môme qui s'en va soit disant à l'école
avec des valoches et vous, vous trouvez ça naturel ? »
Encore un étrange contraste linguistique dans cet échange entre Fernand et Jean.
On observe en effet une inversion des rapports, avec un Fernand Naudin qui
multiplie les tournures familières, contrastant avec le registre courant, voire
soutenu de Jean. L'homme de Montauban parle de « môme », Jean appelle son
maitre « monsieur ». Le domestique parle de « valises » là où monsieur Fernand
utilise le terme familier de « valoches ».
Des répétitions pour donner du rythme
A plusieurs reprises, Michel Audiard va faire usage de la figure de style de la
répétition dans son écriture. Ce procédé rhétorique appliqué à la syntaxe des
phrases donne ainsi un rythme rapide et soutenu aux dialogues, et est également
approprié pour enchainer les images, et particulièrement efficace pour dynamiser
les répliques des personnages.
Antoine Delafoy : « Antoine Delafoy, le plus respectueux, le plus ancien, le
plus fidèle ami de Patricia. »
Sans surprise, c'est le verbeux Antoine Delafoy qui utilise le plus ce type de
formulation. Pour se qualifier, il enchaine ainsi à trois reprises « le plus ».
Audiard utilise ici la figure de style de l'anaphore, ce qui permet de mieux
souligner à quel point le petit ami de Patricia, en fait des tonnes avec Fernand.
Ajouté à la diction rapide et au jeu personnel de l'acteur, cela lui donne
immédiatement un côté encore plus énervant.
Antoine Delafoy : « Patricia vous évoque, vous cite, vous vante en toute
occasion. »
Toujours Antoine et là encore la figure de l'anaphore, mais cette fois-ci pour
vanter les mérites de l'oncle Fernand. Pour le plus grand agacement du nouveau
« taulier » de la maison.
Raoul Volfoni : « Moi, quand on m’en fait trop j’correctionne plus :
j’dynamite, j’disperse, j’ventile »
Cette fois-ci c'est Raoul Volfoni qui est pris d'un accès de fureur après avoir reçu
un nouveau bourre-pif. En s'essayant à la préparation d'explosifs, il décrit le
scénario prévu pour en finir avec le « gugus de Montauban ». En utilisant
toujours une anaphore, il va détailler chaque étape de son projet, mais en
utilisant un tout autre registre de langue par rapport à Antoine. D'abord «
j'dynamite », puis « j'disperse » et enfin « j'ventile ».
La syntaxe remaniée
Louis le mexicain : « Oui, oh, maintenant que t’es dans l’honnête »
[...]
Maitre Folace : « Qu’est ce qu’on fait, on s’risque sur le bizarre »
[...]
Madame Mado : « Le furtif, par exemple, a complètement disparu. »
Que ce soit dans la bouche du mexicain, de son notaire ou de madame Mado,
ceux-ci font un usage parfois très particulier de la syntaxe. L'usage de « honnête
», « bizarre » et « furtif » est ici détourné pour en faire des noms, commençant
par un article, et non plus des adjectifs. Ce procédé aide ainsi à personnifier des
choses habituellement peu claires. Ici, « l'honnête » va désigner une entreprise
officiellement déclarée au fisc et au registre du commerce, à l'opposé des affaires
du mexicain.
De la même façon, « le bizarre » se matérialise ici dans une gnole plus que
douteuse des « grandes heures du mexicain ». Quant au « furtif », c'est un client,
le profil de l'homme marié qui vient donc discrètement rendre visite à madame
Mado et à ses demoiselles « après dîner ».
Raoul Volfoni : « … flingué à la surprise »
Là aussi, le dialoguiste a quelque peu remanié la phrase. La tournure classique
aurait plutôt été de dire « flingué par surprise ». On dira en revanche « gagné à la
surprise générale ». En mélangeant les deux tournures, Audiard trouve de
nouvelles formulations qui permettent de rendre drôle une phrase qui aurait été
tout ce qu'il y a de plus banal autrement.
Fernand Naudin : « … ça part sévère les droits de succession »
Là encore, la structure de la phrase est chamboulée pour donner une autre
dimension au propos de Fernand. Tout d'abord en débutant la phrase par « ça »,
emprunté au registre familier. Puis en faisant logiquement passer le sujet « droits
de succession » en fin de phrase. Ce propos, emprunté au lexique des notaires,
est d'ailleurs un des nombreux emprunts d'Audiard à des univers très variés.
Louis le mexicain : « … fais tomber 100 sacs au toubib. »
Cette phrase de Louis est construite aussi par un détournement de la syntaxe.
L'expression « faire tomber » a bel et bien un sens habituellement, mais pas du
tout celui que lui donne Audiard dans cette phrase. On est plutôt dans une
utilisation imagée de l'expression.
Raoul Volfoni : « C't'espèce de drôlerie qu'on buvait.. »
Le dialoguiste détourne ici totalement le mot de son sens premier.
Habituellement, « drôlerie » s'emploie pour désigner une parole ou une action
drôle. Audiard prend donc encore une fois certaines largesses avec la langue
française, utilisant le qualificatif de « drôlerie » à la place du nom de l'alcool
qu'il est censé désigner. Malgré ce bouleversement lexical, le dialogue
fonctionne parfaitement, et nous comprenons ce que l'auteur a voulu dire. Il
aurait également pu utiliser le terme « curiosité », d'un sens proche, mais avec «
drôlerie », cela sonne encore mieux.
Fernand Naudin : « Voilà dix ans que t'es barré »
Ici, le dialogue déforme même ce qui relève du registre familier. En effet, dans le
langage populaire, le verbe pronominal « se barrer » signifie évidemment partir.
Sauf que dans le propos de Fernand Naudin, le verbe n'est plus pronominal et «
se barrer » devient simplement « barrer », ce qui renforce encore la familiarité
des échanges entre Fernand et son vieux pote Louis.
Ridiculiser les personnages
Raoul Volfoni : « On est quand même pas venu pour beurrer des sandwichs »
Des caïds de la trempe de Raoul Volfoni (du moins ce qu'il croit être) ne sont pas
venus pour faire la « tambouille » à la surprise-partie de Patricia. D'où
l'expression de Volfoni senior « beurrer des sandwichs » lorsqu'il voit les
sandwichs à la purée d'anchois que sont en train de préparer monsieur Fernand et
son notaire (« il aide lui »).
Raoul Volfoni : « Il a osé me frapper. Il se rend pas compte... »
Raoul Volfoni a beau jouer les chefs de bandes, il ne s'attire guère que les
moqueries de madame Mado (« un vrai chef ») et surtout les bourre pifs à
répétition de Monsieur Fernand. A l'autorité naturelle du nouveau patron
s'oppose tout au long du film la posture faussement martiale du très sanguin chef
du clan Volfoni.
Inadéquation du ton et des termes
Paul Volfoni : « Écoute, on te connaît pas, mais laisse nous te dire que tu te
prépares des nuits blanches, des migraines, des nervous breakdown, comme on
dit de nos jours »
A peine Fernand Naudin a-t-il repris la succession du mexicain qu'il doit subir
les menaces à peine voilées des frères Volfoni. Alors que le nouveau patron est
en train de manger un morceau au bowling, Paul Volfoni lui lance cet
avertissement sur les futurs problèmes qu'il ne manquera pas de rencontrer s'il
accepte de s'occuper de l'organisation. Sauf que Paul Volfoni lance cet
avertissement très lentement, d'une façon terne et sur un ton doucereux. Prenant
presque l'air d'un chien battu. Cette absence totale de conviction et d'énergie
contredit ainsi totalement le contenu de ses propos qui se veulent menaçants. Ce
qui rend dès le début du film les frères Volfoni ridicules et peu crédibles dans
leur course à la succession.
Maitre Folace : « je me permets d'intimer l’ordre à certains salisseurs de
mémoire… »
Les Tontons sont dans la cuisine, en train de se saouler au « bizarre » tout en
évoquant avec nostalgie le temps passé, et notamment la période de l'occupation.
Maitre Folace, qui semble le plus bavard de la bande en état d'ébriété, se lance
dans une plaidoirie en faveur de l'un de ces amis de l'époque, un certain « Jo le
trembleur » dont on comprend qu'il était spécialisé dans la distillation
clandestine, qui plus est avec des ingrédients peu communs (des pommes de
terre...). Dans son délire alcoolique, il évoque les détracteurs de son ami Jo, et
c'est avec une solennité totalement inappropriée qu'il prend la défense de son
ami : « je me permets d'intimer l'ordre... ». Solennité inappropriée étant donné le
personnage qui est défendu, solennité inappropriée étant donné l'état éthylique
de celui qui se prétend son avocat, et solennité inappropriée étant donné le lieu et
le contexte, une discussion d'ivrogne dans une arrière-cuisine lors d'une surprise-
partie à 2 000 francs nouveaux. On a connu plus bel hommage.
Fernand Naudin : « Dehors et les familles françaises, ça se respecte monsieur
»
Fernand Naudin est passablement éméché par la beuverie dans la cuisine. Sur un
malentendu, en raison d'un excès de boisson, l'oncle de Patricia va chasser
Antoine de la maison et mettre un terme à la petite « sauterie ». Dans son
emportement, Fernand Naudin invoque la défense d'une certaine idée de la
famille française, exigeant même le « respect », rien que ça ! C'est peu de dire
qu'il est à ce moment précis plutôt mal placé pour donner des leçons sur les
valeurs familiales.
Des inventions sorties de nulle part
Raoul Volfoni : « … au terminus des prétentieux »
Audiard avait déjà trouvé « la maison mère », une belle métaphore pour désigner
le ciel. Mais en voici ici une autre tout aussi magnifique, à classer dans le
registre des inventions improbables : « le terminus des prétentieux ».
Patricia : « Je civette, je bainmarise, je ragougnasse »
Le dialoguiste fait ici le jackpot avec l’enchainement de trois verbes conjugués à
la première personne du singulier, et qui sont autant de verbes purement
inventés.
Raoul Volfoni : « Moi, quand on m’en fait trop j’correctionne plus... »
Michel Audiard poursuite dans sa découverte linguistique et invente le verbe «
correctionner » qui sonne très bien et veut bien dire ce qu’il veut dire, mais qui
reste inconnu des dictionnaires. Une petite merveille.
Raoul Volfoni : « ... endosser le massacre. »
Encore une trouvaille savoureuse et magnifiquement interprétée par Bernard
Blier. L'art d'associer un verbe totalement sorti de son contexte, « endosser »,
avec le terme de « massacre », inadapté à la situation.
Raoul Volfoni : « j'vais le travailler en férocité »
Même idée de Michel Audiard : prendre un verbe existant (et courant) pour
l'associer à une expression sans aucun rapport. Et ça fonctionne.
Maitre Folace : « Curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases »
La formule du notaire de l'organisation est une phrase sortie de nulle part. Une
fois de plus, de la pure invention du duo Simonin-Audiard. Toute la phrase
semble hors contexte, comme tirée subitement d'un autre film. C’est d'ailleurs
une des phrases les plus connues du film, jouant sur le registre de l’absurde.
Autrement dit, pour le notaire, « trêve de blabla inutile ». Mais la version
Audiard reste pour la postérité la meilleure
Le chauffeur de taxi : « Moi j'ai un collègue comme ça, transporteur de cocus
»
« Transporteur de cocus » ! En voilà un beau métier et une belle invention. A
noter l'utilisation de « transporteur » plutôt que « chauffeur », ce qui rajoute à
l'incongruité de l'expression. On imagine relativement bien ce curieux attelage
du chauffeur et du cocu, lancé à la poursuite de la femme infidèle.
Des personnages aux noms atypiques
Fernand Naudin : « Lulu la nantaise. »
[...]
Raoul Volfoni : « Et bien c'est devant chez elle que Lucien le cheval s'est fait
dessoudé. »
[...]
Monsieur Fernand : « Par Teddy de Montréal, un fondu qui travaillait qu'à la
dynamite. »
[...]
Maitre Folace : « D’accord, d'accord, je dis pas qu'à la fin de sa vie Jo le
trembleur il avait pas un peu baissé. »
Curieux attelage que tous ces amis évoqués par Fernand Naudin, Raoul Volfoni
et maitre Folace dans la séquence souvenir de la cuisine. Ils ont tous hérité de
surnoms qui incarnent un certain milieu et une certaine époque. Audiard sait là
encore faire rire en affublant à certains personnages des noms risibles et en
adéquation avec l'univers un peu particulier des Tontons. Leurs prénoms laissent
tout d'abord la place à des diminutifs : Lulu, vraisemblablement pour Lucienne,
Teddy, sans doute pour Edouard, ou encore Jo, pour Joseph ou Georges.
A chacun de ses diminutifs est aussitôt accolé un qualificatif généralement
explicite sur l'identité ou les caractéristiques de la personne. Souvent la ville
d'origine : Nantes pour Lulu, Montréal pour Teddy. Mais le terme peut aussi
désigner l'activité de la personne. Ainsi, « cheval » désigne en argot l'héroïne. Le
nommé Lucien pourrait donc s'être fait connaitre dans le trafic de drogue, et non
celui de chevaux. Quant au qualificatif « trembleur » se rapportant à Jo, il
s'utilise pour parler d'une personne particulièrement craintive. Serait-ce le cas du
fameux magicien en distillerie ? A moins que ce ne soit lui qui inspire cette
crainte à ces concurrents bistrotiers ?
L’art de la métaphore
Un autre ressort du succès des dialogues d’Audiard, c’est sa maitrise de l’art si
subtile de la métaphore comique.
Raoul Volfoni : « Voilà quinze ans qu’on fait le trottoir pour le mexicain, j’ai
pas l’intention de continuer à tapiner pour son fantôme. »
Au lieu de dire « Voilà quinze ans qu’on paye notre redevance au mexicain, j’ai
pas l’intention de continuer à payer pour son successeur », phrase sans intérêt,
l’ainé des Volfoni emploie des « images », comme dirait Paul Volfoni, en faisant
d'un bout à l'autre de la phrase une parfaite analogie avec le monde de la
prostitution. Dis avec la gouaille de Bernard Blier, la métaphore fonctionne à
merveille. Ça a quand même une autre « gueule » que la version policée.
Raoul Volfoni : « … j’vais l’renvoyer tout droit à la maison mère… »
Une trouvaille géniale du dialoguiste pour désigner la maison de Dieu. Qui plus
est en parfaite cohérence avec la parole biblique. Un comble pour ces truands,
malgré tout souvent empreints d’une forme de religiosité. Qui est encore
aujourd'hui capable de se recueillir à l'église de façon aussi habitée que les
Tontons pendant la cérémonie de mariage de Patricia ?
Pascal : « Le Mexicain l'avait achetée en viager à un procureur à la retraite.
Après trois mois l'accident bête ... Une affaire ! »
Connaissant le principe du viager, et la réputation du mexicain, on imagine assez
bien le type d'accident bête qui a dû arriver à ce pauvre procureur à la retraite. Il
ne fallait quand même pas que l'affaire prenne la même tournure que dans le film
Le viager avec Michel Serrault en en arrière grand-père increvable.
Raoul Volfoni : « Ah ? Il était dans les chars ? »
Maitre Folace : « Non, dans la limonade, soit à c’qu’on t’dis. »
Ici, maitre Folace emploie le terme générique de « limonade » pour désigner ce
qui est vraisemblablement tout sauf de la limonade (et des eaux de régime). En
parler populaire, l’expression est utilisée pour la consommation de boissons
alcoolisées ou de vin dans un bistrot. De l’alcool de mauvaise qualité en général.
Voire de très mauvaise qualité, car pour « décimer tout une division de panzers
», il faut y aller…
Des expressions inappropriées
Pascal : « Ça doit pouvoir se régler à l’amiable »
Et voici la première gâchette du mexicain, Pascal, qui emploie un vocabulaire
presque juridique (« règlement à l’amiable ») pour signifier qu'il va, « flingue en
pogne », remettre de l’ordre dans une partie clandestine d'un tripot tout aussi
clandestin. Curieux chez les truands ce besoin de réciter des cours de droit,
pourrait-on dire pour paraphraser quelqu'un de connu...
Pascal : « A la fin de sa vie, il s'était penché sur le reclassement des
légionnaires. »
Fernand Naudin : « Ah ! Si c'est une œuvre, alors là !! Là, c'est autre chose. »
Fernand Naudin assimile sans sourcilier le recrutement chez les légionnaires à
quelques bonnes œuvres de Louis « le mexicain ». Les bonnes œuvres, pour ce
chef de clan, n'ont pourtant pas grand-chose à voir avec les œuvres sociales de la
paroisse ou les collectes pour banques alimentaires. Dans le langage actuel, on
pourrait dire que Louis « fait du social » en recrutant chez Tonton ou chez les
rescapés de la Légion.
Raoul Volfoni : « Je m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère… »
Raoul Volfoni n’est jamais à court d’inspiration et sait lui aussi piocher dans
différents registres, même (et surtout) les plus inappropriés. Le docteur Volfoni,
à moins qu’il ne soit pharmacien, est en effet en train de préparer une «
ordonnance » maison qu'il compte bien administrer à Fernand Naudin. On avait
pourtant dit de ne pas jouer avec les produits ménagers et les pétards.
Théo : « Mais maintenant, on a le droit pour nous »
L’ami de Théo : « Le droit ? »
Théo : « Légitime défense, avec moi, ça pardonne pas »
Echange étonnant là encore, et totalement incongru, entre Théo et son ami
Vincent. Le patron de la distillerie clandestine invoque ainsi tout naturellement «
le droit », et même « la légitime défense », situation juridiquement très codifiée
par le droit. Le dialoguiste ne peut ici que nous faire rire, car comment prendre
au sérieux un fou de la gâchette comme Théo, sans foi ni loi, qui invoque son
bon droit et sa légitime défense après un règlement de compte qui lui n'est
codifié nulle part dans la loi. Même Vincent a dû mal à comprendre.
Savoir relativiser et minimiser
Maitre Folace : « … on a dû arrêter la fabrication, y’a des clients qui
devenaient aveugles. Oh. Ça faisait des histoires »
Un autre des ressorts comiques de l'écriture d'Audiard, c'est aussi de savoir
relativiser ce qui est grave. Ainsi, maitre Folace semble évoquer le fait que les
clients devenaient aveugles avec le « bizarre » comme un simple désagrément.
Un problème d'importance mineure, de la tambouille de service après-vente pour
clients râleurs ou mauvais coucheurs.
Pascal : « ... des fois que la réunion devienne houleuse ; j’ai une présence
tranquillisante… »
Pascal, le porte flingue du clan de Fernand Naudin, enchaîne ici ce que l'on peut
appeler des « euphémismes de bienséances ». Peut-on sérieusement parler de «
réunion houleuse » pour de pareils maniaques du pistolet ? Pour en plus en
rajouter jusqu'à se considérer comme une présence tranquillisante »…
Maitre Folace : « ... Monsieur Naudin a quelque peu bousculé Monsieur
Volfoni senior. »
Est-ce que distribuer des « bourre-pifs » à répétition signifie bien « quelque peu
bousculé » quelqu'un ? Chacun jugera. Mais là encore, nous ne sommes pas loin,
en toute bonne foi, de l'euphémisme...
Jouer sur la dualité du langage
Antoine Delafoy : « Je vous connais monsieur et je vous admire. Patricia vous
évoque, vous cite, vous vante en toute occasion, vous êtes le gaucho, le
centaure des pampas, l’oncle légendaire… »
Fernand Naudin : « Et moi, elle ne m’a jamais parlé de vous. »
[...]
Antoine Delafoy : « Quoi ? Vous n’allez pas dîner avec nous ? Moi qui venais
de dire à Jean de monter du champagne. »
Fernand Naudin : « Votre invitation me bouleverse ! »
Dans ces deux échanges, Audiard joue sur le contraste entre la personnalité
d'Antoine Delafoy et celle de Fernand Naudin. Ce qu'il va traduire dans leur
façon de s'exprimer. D'un côté, Antoine Delafoy, le fils de bonne famille,
flamboyant, bavard et cultivé, frôlant parfois l'insolence au point d'agacer. De
l'autre Fernand Naudin, l'ancien voyou des faubourgs parisiens, reconverti en
honnête chef d'entreprise provincial, volontiers renfermé et brut de décoffrage.
Les échanges entre ces deux personnages que tout oppose, s'en ressent. Et pas
seulement dans le registre de langue. Dans ses propos, l'oncle Fernand n'emploie
pas de mots argots et n'utilise pas non plus le langage populaire. Non, ce qui
contraste, c'est le ton exalté et le « besoin de faire des phrases » d'Antoine face
au ton sec et aux propos brefs et cassants de Fernand. C'est le choc des
civilisations, le choc de deux mondes, de deux façons de s'exprimer. Entre une
langue riche et flamboyante et une parole économe et efficace.
Des situations qui nous parlent
Jean : « Il aide, lui ! »
Situation incongrue du majordome qui reproche presque explicitement à son
patron de ne pas aider « à beurrer les sandwiches » de la surprise-partie de
Patricia. « Il aide, lui » lance Jean à son patron médusé, parlant de maitre Folace
qui est en cuisine. En plus de cette surprenante inversion des relations entre «
maitre » et « esclave », chacun étant resté jusqu'à présent bien dans son rôle, la
formule de Jean a cette particularité de parler à tout le monde. Qui en effet n'a
jamais été l'objet de ce reproche à la maison : « il aide, lui » ? La situation sent
évidemment le vécu pour la plupart d'entre nous.
Soulager nos instincts les plus bas
Théo : « Je ne dis pas que c’est pas injuste, je dis que ça soulage… »
Théo campe dans le film un ancien soldat nazi, rescapé de Stalingrad, et
reconverti assez mystérieusement dans les activités de distillerie clandestine du
mexicain. On comprend très rapidement le côté manipulateur et sadique du
personnage, tentant à plusieurs reprises d'assassiner son nouveau patron tout en
faisant porter le chapeau aux Volfoni. Dans cette séquence, Théo est sans doute
au sommet de son art en matière de cynisme. L'opération commando contre la
maison du mexicain ayant échouée, il se rabat sur les frères Volfoni qu'il flingue
à bout portant à la sortie de la clinique. Avec son sens inimitable de la formule, Il
nous décrit ce sentiment de délectation sadique après l'opération, ce qui peut
aussi parler à nos pulsions revanchardes et malsaines les plus enfouies. La
jouissance triomphant de la justice.
Avoir de la répartie
Dans Les Tontons Flingueurs , Michel Audiard a très bien servi le rôle de Fernand
Naudin en matière de répartie. En effet, à plusieurs reprises, l'homme de la
pampa va moucher les propos de ses interlocuteurs par quelques répliques bien
senties. Faisant de lui un as de la répartie.
Raoul Volfoni : « Qu'est ce qu'on peut faire qui t'obligerait ? »
Fernand Naudin : « Décarrer d'ici »
Premier exemple assez brut de décoffrage : « Décarrer d'ici ». Simple, ferme et
définitif. N'appelant à aucune discussion, aucune négociation. La place de patron
n'est plus à prendre, même employant un ton obséquieux.
Tomate : « On ne se serait pas permis de vous flinguer sur le domaine ? »
Fernand Naudin : « Et ben, on s’est permis. »
Fernand répond ici à la question de Tomate en reprenant précisément les termes
de la question, « on ne se serait pas permis ? », mais pour les tourner à
l'affirmative « on s'est permis ». Cet usage de la répétition donne ici plus de
poids à sa réponse, qui en devient du coup plus marquante que s'il s'était
contenté d'un : « Et ben, si ».
Fernand Naudin : « Les Volfoni ont essayé de me flinguer, oui maitre. »
Maitre Folace : « Ce n’est pourtant pas leur genre. »
Fernand Naudin : « Et ben ça prouve qu’ils ont changé de genre. Voilà. »
Là encore, dans sa dernière réplique, monsieur Fernand reprend partiellement les
propos du notaire dans sa réponse avec la réutilisation du mot « genre ». Audiard
utilise à nouveau la figure de la répétition pour construire une répartie efficace.
Antoine Delafoy : « Ne vous donnez pas la peine, je connais le chemin… »
Fernand Naudin : « Justement, faudrait voir à l’oublier »
Les relations entre l'oncle Fernand et « monsieur Antoine » ne sont jamais au
beau fixe. Le pourtant bavard Antoine va être soufflé par le tonton de Patricia
qui répond du tac au tac par « faudrait voir à l'oublier ». Simple, brutal et
définitif. Antoine et les Volfoni, même combat, même traitement syntaxique.
Expéditif.
Des emprunts à tous les univers
Ce qui fait également le succès des dialogues d'Audiard, c'est que celui-ci
n'hésite jamais à emprunter des expressions à des univers très différents, comme
par exemple aux lexiques de certaines professions ou par l'emploi de termes
techniques qui font autorité. Pour les réutiliser bien entendu dans un tout autre
contexte. C'est là encore un moyen de bouleverser la construction des dialogues,
en innovant sans cesse.
Fernand Naudin : « Et sur le plan des emmerdements 36 fois la mise »
Le futur repreneur des affaires du mexicain fait encore preuve d'une belle
répartie. Alors que l'ami d'enfance de Fernand Naudin lui vante les bénéfices que
rapportent sa roulette clandestine, ce dernier lui réplique sèchement par cette
formule inventée qui fait écho au jeu de la roulette, puisqu'il correspond au gain
possible lorsqu'on mise sur un numéro du tapis vert.
Raoul Volfoni : « ... tout le monde l’aurait donné à cent contre un... »
Michel Audiard fait ici appel à un autre champ lexical qu'il connait bien : celui
des courses de chevaux. Passionné de turf et fréquentant assidument les
hippodromes, le dialoguiste a déjà travaillé sur les dialogues de deux films
tournant autour des courses hippiques : Courte tête (sorti en 1956) et Le gentleman
d'Epsom (sorti en 1962). Dans Les Tontons flingueurs , il n'est pas question d'un
des grand « dada » de Michel Audiard, avec le vélo, mais il y fait néanmoins
cette brève allusion dans la bouche de Raoul Volfoni.
Raoul Volfoni : « ... J'vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un
croiseur... »
[...]
Raoul Volfoni : « ... Et vous verrez qu'il demandera pardon et au garde à vous
»
Le très belliqueux et va-t-en guerre Raoul Volfoni emploie à plusieurs reprises
des expressions de l'armée : « croiseur », « garde à vous ». Le tout prononcé sur
un ton faussement martial qui ne fait qu'en rajouter sur le peu de crédibilité du
personnage. Bien que Michel Audiard ne soit pas très porté sur la chose (nous
parlons de l'armée bien sûr), on peut aussi y voir dans cette allusion une volonté
de se moquer de la grande muette.
Jean : « Je serais pas étonné qu'on ferme ! »
Alors que la surprise-partie de Patricia dégénère... du côté de la cuisine, l'oncle
Fernand, qui a abusé du vitriol, s'est enfin décidé à mettre un terme à ce qui ne
devait être qu'une « dinette au coin du feu ». En commençant par virer sans
ménagement Antoine Delafoy de la maison. John, alias Jean, le domestique tient
alors ce propos lucide, malgré son taux d'alcoolémie, et fait ainsi une analogie
avec l'univers des bistrots, des restaurants ou des boites de nuit. Pas très étonnant
puisque la maison s'est transformée le temps d'une soirée en ce genre
d'établissement. Michel Audiard, qui fréquentait beaucoup les bistrots du 14ème
arrondissement, fait ici appel un monde qu'il connait bien. Et peut être a-t-il fait
lui aussi quelques fermetures de café ?
Fernand Naudin : « Ouais, quand la protection de l'enfance coïncide avec la
crise du personnel, faut plus comprendre, faut prier ! »
L'oncle Fernand est songeur, et un brin fataliste. Il vient de recevoir la démission
de sa première gâchette, Pascal, alors qu'il vient tout juste de faire connaissance
avec sa turbulente nièce Patricia.
Pour évoquer cette situation, il utilise des expressions habituellement propres au
domaine économique et social. Le terme de « crise du personnel » vient par
exemple du vocabulaire de l'entreprise, ce que l'on peut comprendre car Fernand
Naudin est avant tout entrepreneur en machine agricole. Quant à la « protection
de l'enfance », le terme fait sourire à double titre. D'une part, si Patricia n'est pas
encore majeure, elle est déjà une grande et belle jeune fille. D'autre part, dis dans
la bouche d'un chef d'organisation pseudo-mafieuse, cela peut faire sourire. Qui
aurait cru que l'oncle de Montauban était aussi sensible à ce sujet ? Quoiqu'il en
soit, « protection de l'enfance » désigne bien évidemment l'ensemble des règles
et des législations pour assurer l'éducation et le droit des enfants.
Antoine Delafoy : « Monsieur Naudin, vous faites sans doute autorité en
matière de Bulldozer, de tracteur et Caterpillar »
Antoine Delafoy désigne, non sans une pointe de mépris, les activités de chef
d'entreprise de Fernand Naudin à Montauban : « bulldozer », « tracteur », «
Caterpillar ». En s'appuyant sur ce vocabulaire technique, il semble comparer, un
brin dédaigneux, les activités de « motoculture » de l'oncle Fernand avec ses
activités hautement artistiques et par essence plus nobles. Entre l'univers des
machines agricoles de Fernand Naudin et celui de la musique expérimentale
d'Antoine Delafoy, il y a un monde semble signifier l'insolent compositeur.
Les citations évoquées ici sont loin d'être exhaustives, mais donnent néanmoins
la plupart des clés pour comprendre le fonctionnement des dialogues d'Audiard.
Dans la suite de notre analyse, nous allons voir que les dialogues empruntent à
davantage d'univers encore : l'Histoire, la politique, la religion, l'actualité, la
prostitution.... Nous n'avons vu là que quelques exemples.
Cours d’argot et de parler populaire
Fernand Naudin : « ... faut vraiment qu'il ait besoin de mon pognon, ou qu'il
soit tombé dans une béchamel infernale »
Tout d'abord, d'où vient « pognon » ? Eh bien il vient de... pogne ! Oui, de
prendre dans la « pogne » (donc de « pogner »), c'est à dire de prendre dans la
main. Le « pognon » désigne donc l'argent qui permet d'acheter ce que l'on met
en « pogne » pour manger.
Une autre origine qui se recoupe avec cette première explication serait que
pognon est un dérivé de « poignon », c'est à dire de « poignée », comme la
poignée d'argent. On en revient bien à la « pogne ».
Par ailleurs, « pogne » a une signification particulière dans la région lyonnaise.
Elle désigne en effet une brioche nature, parfumée à la fleur d'oranger, et
originaire de Romans, dans la Drôme.
Comme c'est le cas pour « pognon » avec « pogne », il est à noter que beaucoup
d'autres mots d'argot désignant l'argent font directement ou indirectement
référence à la nourriture : oseille (feuilles ressemblant à des épinards), flouze
(herbes, plantes ou légumes), galette (gâteau rond et plat), fric (fricot ou
fricassée), pèze (haricot), artiche (troncature de l'artichaut), trèfle (plante
herbacée), blé (comme son nom l'indique). Normal non ? L'argent ne sert-il pas
en premier lieu à manger ?
Quelques mots d'argot en signifiant aussi argent n'ont cependant pas de rapport
direct avec la nourriture : auber (vient de blanc en vieux français, la couleur de
l'argent), braise (en vieux français, provient de flambe ou flamboyant), douille
(enveloppe d'une cartouche d'armes à feu), osier (servant à faire les paniers à
provision), morlingue (dérivé de monnaie, pour désigner le portefeuille).
Une autre racine de l'expression « pognon » viendrait d'un certain Henri Pognon,
chef comptable pour des usines au Creusot. Plus originale et amusante, cette
version n'est cependant pas vérifiée.
Qu'en est-il maintenant de l'expression argotique « béchamel » ? Elle est dérivée
bien entendu de la fameuse sauce blanche, à base de farine de lait et de beurre.
Cette sauce tient son nom du marquis de Nointel, un certain Louis de Béchameil.
Financier, il sera successivement surintendant du duc d'Orléans, puis maitre
d'hôtel du roi Louis XIV. Amateur de cuisine, c'est dans son château de Nointel
qu'il perfectionnera une sauce déjà existante et lui laissera son nom.
Comme nous l'avons vu pour « pognon », l'argot est une langue imagée faisant
souvent appel à la nourriture. L'expression « béchamel » signifie donc dans ce
contexte avoir des problèmes. Ce qui peut avoir un sens, car cuisiner une
béchamel n'est pas sans poser quelques problèmes en effet...
Henri : « Eh bien ma vieille, tu nous fais attendre, la route a pas été trop toc ?
»
Après l'expression familière mais amicale de « vieille », c'est bien sûr la formule
« la route a pas été trop toc ? » qui pose question. Là encore, l'expression est
plutôt familière et prend un sens péjoratif. On l'emploie couramment pour
désigner quelquechose de faux, comme par exemple des bijoux, de la verrerie...
A l'origine, la formule a une connotation méprisante, indiquant ce qui est sans
valeur, ce qui est faux, laid ou défectueux.
L'originalité d'Audiard est d'utiliser le mot « toc » pour désigner une route, ce
qui n'est pas son usage habituel.
Fernand Naudin : « La preuve qu'il est revenu, c'est pas un char »
Dans Les Tontons flingueurs , il est à plusieurs reprises question de chars.
Notamment de char Patton et de char Panzer. Ici, il est aussi question de « char
», mais pas du tout dans le même sens
L'étymologie de char vient du Latin « Carrus » qui désignait à l'époque un char
romain à quatre roues. On retrouvait cette origine dans la langue gauloise avec «
carros » et en breton avec « karr ». L’orthographe a cependant évolué, et on écrit
parfois « charr » ou « charre ». Depuis le début du XXème siècle, le mot « char »
et ses dérivés orthographiques prennent une autre signification, et désignent ce
qui est faux, ce qui relève du bluff, de la plaisanterie ou du mensonge. C'est en
ce sens que les expressions « arrête ton char ! » ou « monter un char » signifient
mentir ou raconter des histoires pour plaisanter ou non.
Fernand Naudin : « Tu sais, 900 bornes, faut quand même les tailler »
Ici, le dialoguiste chamboule la syntaxe pour y introduire de l'argot. Au lieu de
dire de façon familière « faut quand même les faire », il utilise le verbe « tailler
». En réalité, « tailler » est une contraction du verbe pronominal « se tailler »,
une expression d'argot qui signifie partir rapidement ou déguerpir. Le verbe est
donc utilisé sans sa forme pronominale, mais en conservant l'idée de « partir », et
donc de faire des kilomètres, si on reprend le sens qu'en donne Fernand Naudin.
Louis le mexicain : « Et j'ai eu souvent peur de clamser là-bas au milieu des
macaques sans jamais avoir revu une tronche amie»
Le verbe « clamser » appartient au registre populaire. Il a plusieurs dérivés
orthographiques tels que « clamcer » ou « clamecer » qui signifient mourir. Nous
retrouvons deux étymologies possibles pour expliquer l'origine du verbe «
clamser ». D'un côté, on trouve « crampe », qui désigne une forte douleur, et qui
serait à l'origine de « crampser », signifiant également mourir. L'autre
explication serait à chercher dans « clamps », qui désignait un instrument de
chirurgie particulièrement sensible à manier, et pouvant entrainer la mort du
patient en cas d'erreur.
Le mot « tronche » est une expression populaire couramment utilisée bien qu'à
connotation familière. Elle désigne la tête depuis le XVIème siècle. Son origine
semble venir du latin « trunca », et désignait alors la « poutre ».
Louis le mexicain : « Henri, fais tomber 100 sacs au toubib ! »
Comme nous l'avons vu précédemment, l'expression « faire tomber » tient autant
de l'invention que du détournement, puisque le dialoguiste l'emploi plutôt dans le
sens de « confier » ou de « donner ».
Le terme de « sac » est l'une des nombreuses expressions d'argot pour désigner
l'argent. L'étymologie du mot sac vient du latin « saccus » qui désignait le sac ou
la bourse. L'argot a finalement conservé partiellement son usage d'origine, en
désignant le contenu (l'argent) par le nom du contenant (sac).
Le terme de « sac » était très utilisé à l'époque des anciens francs. Un sac valait
alors mille francs anciens, c'est à dire 10 francs nouveaux.
Louis le mexicain : « Je suis revenu pour caner ici et pour me faire enterrer à
pantin avec mes viocs »
Autre locution argotique, le verbe « caner ». Il signifie également mourir,
agoniser ou être sur le point de mourir. On l'utilise encore de nos jours pour
signifier être mort de fatigue. L'origine de cette expression vient du mot « cane »
(la femelle du canard), et de l'expression familière « faire la cane », c'est à dire
avoir peur et reculer devant le danger ou s'enfuir, comme le ferait une cane. «
Caner » découle logiquement de la suite possible à une fuite face au danger :
mourir. Une autre expression d'argot proche de « caner » signifie également
mourir : « calancher ». Elle tient son origine de « caler », c'est à dire de baisser la
voile d'un bateau (dans le vocabulaire maritime). Ce qui est interprété comme un
aveu de faiblesse. On connait la suite...
Les parents du mexicain sont désignés par le terme de « vioques » ou « viocs »,
selon les orthographes. Logiquement, « vioc » est une contraction de « vieux »
avec les suffixes tirés de l'argot « oc » ou « oque ». Certaines sources y voient
aussi un rapprochement avec le terme provençal « velhaco », qui signifie « vieux
».
Louis le mexicain : « Les Amériques c'est chouette pour prendre du carbure »
L'expression « carbure », prononcée par le mexicain, vient du mot « carburant »
et désigne à nouveau l'argent. C'est assez logique, car dans l'imaginaire collectif,
le carburant, c'est ce qui permet d'avancer, comme l'argent dans le monde du
mexicain.
Louis le mexicain : « Je décambute bêtement, et je laisse une mouflette à la
traîne »
« Décambuter » est encore une expression argotique qui a plusieurs
significations : sortir, sortir de prison, s'enfuir ou encore mourir. C'est
évidemment dans le sens de « mourir » que le mexicain emploie « décambuter ».
Avec « mouflette », nous sommes plutôt sur le registre familier. « Moufflet » est
une expression populaire pour désigner un enfant, et « moufflette » son
équivalent féminin. L'origine de moufflet vient de l'ancien français « mouflet »
qui signifiait « tendre ».
Enfin, l'expression familière « à la traine » signifie dans ce contexte « toute seule
» ou « sans protection ». Nous sommes quand même dans le monde dangereux
des Tontons.
Louis le mexicain : « Bah, tu sais combien ça laisse une roulette, 60% de
velours »
Le mexicain utilise une nouvelle fois une expression d'argot avec « velours »
pour parler d'argent. On comprend en effet facilement que Louis désigne par là
le taux de rentabilité des roulettes de ses tripots clandestins. Mais l'utilisation de
l'expression « velours » n'est pas totalement anodine. En effet, dans l'argot des
joueurs, « velours » désigne le tapis, c'est à dire l'endroit où sont déposées les
mises des joueurs. L'expression « éclairer le velours » signifie effectivement «
déposer sa mise sur le tapis ».
La roulette qui laisse « 60% de velours », cela signifie qu'une fois les gains
payés, c'est tout de même 60% qui vont dans la poche du « gérant de la partie »,
en l'occurrence Tomate et les Volfoni. Comme quoi, pour faire fortune, plutôt
que de jouer, il vaut mieux carrément acheter la roulette ou le casino.
Dans un tout autre registre, l'expression « velours » peut aussi s'employer pour
désigner le plaisir, ce qui est agréable. Velours = argent, velours = plaisir. Argent
et plaisir, rien de totalement irréconciliable...
Raoul Volfoni : « Plus 30 briques de moyenne par an sur le flambe… »
Le terme de « flambe » a deux significations en argot. La première, la plus
connue sans doute, désigne une épée, en référence au « flamboiement » de la
lame. Mais, dans son deuxième sens, l'expression sert aussi à parler d'un « tripot
». L'origine de « flambe » vient du verbe « flamber », ce que l'on fait dans tous
les casinos, clandestins ou non.
Louis le mexicain : « Tu livrerais ma petite Patricia aux vautours »
Le mexicain emploie ici le mot « vautours » au sens figuré pour désigner des
personnes avides et surtout motivées par l'appât du gain. L'expression peut aussi
s'employer pour parler des usuriers ou des escrocs. « Vautours » fait évidemment
référence à ces rapaces qui se nourrissent de carcasses d'animaux.
Fernand Naudin : « Et à propos de tout : de cigarettes, de came, de nanas… »
En argot, came désigne en premier lieu la « cocaïne » ou toutes autres drogues.
On utilise aussi ce terme pour désigner plus généralement de la marchandise de
mauvaise qualité. On savait que les Tontons trempaient dans les activités du jeu,
de la prostitution et des alcools clandestins. Qu'ont-ils trafiqué avec la « came »
? Nous n'en saurons pas plus, mais cette activité ne semble plus avoir cours. On
peut en tout cas penser à la piste indochinoise. En effet, à l'époque coloniale, la
consommation d'opium était courante en Indochine française. Il existait même
une Régie de l'Opium, qui détenait le monopole de l'activité. De là à imaginer
que Louis et Fernand se soient lancés dans une activité clandestine concurrente...
Le mot « came » vient bien évidemment de l'apocope de « Camelote ». Ce mot
de « camelote » ou « camelotte » (une variante orthographique) provenant
vraisemblablement de « Camelotier », du latin « camelus », dérivé lui-même de
l'arabe « Chameau ». A l'origine, le « camelot », qui désigne maintenant un
marchand ambulant, était en effet un bibelot réalisé en poils de chameau.
Louis le mexicain : « chez moi, quand les hommes parlent… »
Le terme « homme » a ici une double signification. En effet, en plus de désigner
le sexe des personnes présentes dans la chambre (des hommes par opposition à
des femmes), l'expression « les hommes » est aussi à comprendre dans le
langage du « Milieu ». Les affranchis se nomment en effet entre eux les «
Hommes », par opposition à ceux qui ne sont pas du « Milieu ». Les honnêtes
gens, qui sont aussi appelés les « caves », ne sont donc pas considérés des «
Hommes ». Ne sont ainsi dignes d'être des « Hommes » que les affranchis, ces
hommes d'honneur qui se sont mis en marge de la loi.
Louis le mexicain : « … les gonzesses se taillent. »
L'ami de Théo, homosexuel, est désigné par le mexicain sous le vocable péjoratif
de « gonzesse ». Dans le monde des « Hommes », il n'y a pas de différence entre
les femmes et les homosexuels : tous des gonzesses. Le reste étant les « caves ».
Ce mot est aujourd'hui fréquemment utilisé dans le langage familier. « Gonzesse
» désigne le plus souvent une femme, mais aussi quelquefois un homme que l'on
considère efféminé ou lâche. Etymologiquement, « Gonzesse » est le féminin de
gonze, synonyme de « mec », d'homme quelconque. Une sorte de « beauf » ou
de « cave » dans la langue du milieu. « Gonze » peut ainsi désigner aussi bien un
« bon chaland », facile à plumer, qu'un honnête chrétien. Gonze vient à l'origine
de l'italien « Gonzo » qui désignait un « paysan ».
Raoul Volfoni : « ... le mexicain, ça été une épée, un cador »
L’utilisation de « cador » vient vraisemblablement du verbe arabe « qadir »
signifiant être capable ou être puissant. On l’utilise donc pour qualifier
quelqu’un de particulièrement expert ou renommé dans son domaine. Le
mexicain semble bien de la trempe des cadors aux dires des Tontons qui parlent
de lui avec nostalgie. « Les grandes heures du mexicain » se rappelle maitre
Folace. « Dans 100 ans on en parlera encore » prédit même Raoul Volfoni.
Synonyme de cador, le mot « épée ». L’expression vient du latin spatha, qui
désignait une épée longue, et de l’ancien français « espee ». Si le mot épée est
surtout utilisé dans le monde militaire pour qualifier l’arme, « épée » s’utilisait
aussi en langage populaire pour qualifier un homme qui donne beaucoup de
plaisir à ses partenaires lors de relations sexuelles. Le bon coup quoi ! Un
homme de grand talent qui, par association d’idée, est vraisemblablement un «
cador » dans ce domaine.
Pascal : « La psychologie, y'en a qu'une : défourailler le premier »
L’origine de l’expression « défourailler » est à chercher du côté de « fourailler »
qui est presque un synonyme de « fouiller » ou de « chercher au hasard ». En
langage populaire, « défourailler » s’entend comme dégainer ou sortir une arme
à feu et l’utiliser. C’est dans ce sens que Pascal l’utilise pour expliquer sa
psychologie (commentaire de Théo : « c’est un peu sommaire, mais ça peut être
efficace »).
Le terme a cependant d’autres significations. En argot ancien, il signifiait sortir
de prison. Plus vulgairement, le verbe s’emploie aussi pour qualifier de façon
assez crue des relations sexuelles, disons… sauvages.
Raoul Volfoni : « Y'a vingt piges, le Mexicain, tout le monde l'aurait donné à
cent contre un : flingué à la surprise »
Le mot « pige » est dérivé du verbe « piger » qui signifie en langage populaire
comprendre. Mais le mot pige a une autre signification en langage plus
technique. Il désigne une longueur conventionnelle pour une mesure. De façon
plus générale, une pige est associée à un nombre. En langage familier, « pige »
est donc utilisé pour compter le nombre d'années, mais ce n'est que l'exemple le
plus connu d'utilisation de « pige ». A noter que « pige » désigne de la même
façon la rétribution reçue pour une tâche donnée. C'est notamment le cas dans le
journalisme (les pigistes).
Paul Volfoni : « Il avait comme des vapes, des caprices d'enfants »
Etre dans les « vapes » est passé dans le langage courant. C’est néanmoins une
contraction argotique du mot « vapeur ». Au pluriel, « avoir des vapeurs »
qualifiaient autrefois le fait d’avoir des troubles de santé mentaux ou des pensées
morbides.
Dans un sens plus actuel, les « vapes » du mexicain signifierait plutôt être dans
un état second ou d’hébétude, proche de la perte de connaissance. En cause, la
fatigue ou la consommation de médicaments. Ce qui peut expliquer les «
caprices d’enfants » du mexicain.
Raoul Volfoni : « Qu'est ce qu'on peut faire qui t'obligerait ?
Fernand Naudin : « Décarrer d'ici »
Le verbe « décarrer » peut aussi prendre l’orthographe « décarer ». Ce verbe
vient lui aussi de l’argot et signifie dans son sens premier (et dans le sens de
Fernand Naudin) partir, s’en aller au plus vite ou décamper.
Dans l’argot des voyous, « décarrer » s’entendait aussi dans le sens de sortir de
prison ou d'être acquitté par la justice. La prison a d'ailleurs en argot ses petits
noms. Si on parle souvent de « taule », on peut aussi en parler de « ballon », de «
cabane », de « trou », de « gnouf », de « violon », de « placard »...
Henri : « Y'a du suif chez Tomate, trois voyous qui chahutent la partie ; les
croupiers ont les foies pour la caisse »
Le mot « suif » désigne à l’origine de la graisse animale dont on se sert
principalement pour faire des chandelles et des bougies. En argot, se faire
réprimander fortement (ou plus couramment violement engueuler) par quelqu’un
se dit aussi « recevoir un gras ». Par association d’idée, on dit aussi « recevoir un
suif ». A contrario, « donner un suif » signifie réprimander soi-même quelqu’un.
Par association d'idée, le terme « suif » veut donc dire qu’il y a un problème, un
scandale ou un conflit. L’argot va parfois chercher loin !
L’origine du mot « chahut » n’est pas certaine, mais pourrait venir du nom d’un
oiseau qui s’appelait autrefois le « chahu ». Ce mot signifie en ce sens faire du
bruit (du chahut) dans le but de perturber une personne ou une situation.
Littéralement, il signifie même crier comme un « chat huant », ce qui donne une
petite idée de l’intensité du chahut en question. Dans le sens qu’en donne ici
Henri, cela a plutôt à voir avec du tapage ou du scandale.
Autre expression d’argot dans la phrase d’Henri : « avoir les foies ». Dans cette
utilisation très imagée, le patron du bowling faire comprendre à monsieur
Fernand que les croupiers ont la trouille pour la recette de la soirée. Dans le
même registre, on pourrait parler d’avoir la « frousse », « les boules », « les
chocottes », « les chtouilles ». « Avoir les foies » peut se voir aussi comme «
avoir la chiasse », conséquence d'une très grande peur. A l’origine, on disait
même « avoir les foies blancs », car quelqu’un dans un état normal a le foie
rouge, et non blanc. L’expression « avoir les foies blancs » s’est ensuite
raccourci pour devenir plus simplement «avoir les foies ». Et on comprend la
suite...
Ami de Théo : « A ton avis, c'est un faux caïd ou un vrai branque ? »
« Caïd » est un mot d’origine arabe, qui désigne le chef. Dans le langage de la
rue, c’est devenu le chef de bande, le chef des voyous. Un cador dans sa branche
en somme...
A l’opposé, le terme de « branque » désigne une personne naïve ou stupide. A
l’origine, ce mot vient de l’argot des voyous. C’est un dérivé de « brancard » qui
désignait à l’époque un « cacolet », sorte de panier qui servait à transporter les
gueux à l’hospice. Les voyous, qui n’avaient que du mépris pour ces pauvres, les
ont ainsi associés à ce conteneur un peu particulier.
A noter que l’interrogation de l’ami de Théo n’a pas vraiment de sens. « Faux
caïd » ou « vrai branque », il n’y a que très peu de différence en réalité. Dans les
apparences peut être...
Fernand Naudin : « Je m'attendais à quelque chose de plus important. Mais
c'est un clapier ! »
En langage péjoratif, « clapier » désigne un logement misérable, un taudis ou un
lieu où sont entassés les pauvres. Une sorte de bidonville. Il peut s’employer
également dans le sens de maison mal famée ou encore de maison de tolérance
sordide. Fernand Naudin s’attendait peut être à trouver une belle demeure,
presque un casino. Et c’est une vieille maison délabrée, située dans un trou
perdu, qu’il trouve en face de lui.
Le mot est d’origine occitane, composé de « clap » (qui désigne un tas de
pierres) et de « ier ». Sa première utilisation est donc logiquement de désigner un
éboulis, un tas de pierre. Ce n’est que par extension que le mot est par la suite
employé pour parler d'une cage pour élevage de lapins. Pas forcément le grand
confort effectivement.
Pascal : « Je serais d'avis qu'on aborde mollo »
« Mollo » est un dérivé de « mou » ou « mol » mais à consonance italienne. En
langage populaire ou familier, cela signifie y aller doucement, tranquillement, en
douceur ou avec prudence pour ne pas prendre de risque. On remarque que «
Mollo » est ici employé avec le verbe « aborder » (« aborde mollo ») alors que «
Mollo » s'utilise généralement avec le verbe « aller ». Michel Audiard prend là
encore certaines libertés avec la syntaxe.
Un roman policier publié en 1955 par Zep Cassini (de son vrai nom Victor Marie
Lepage), Mollo sur la joncaille , reprend ainsi ce mot dans le titre. A noter que «
joncaille » signifie en argot de l'or ou des bijoux. Bref, de quoi prendre du «
carbure ». Lepage est, avec Albert Simonin, un des grands romanciers à écrire
des polars dans l'argot du milieu. Echappant de justesse à l'épuration (il aurait
fait parti de l'équipe de la rue Lauriston et se serait engagé dans la Milice)
contrairement à Simonin, il inspira au prix Nobel Patrick Modiano une partie du
roman Dans le café de la jeunesse perdue .
Pascal : « L'ami fritz ? »
Fritz était un prénom courant en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Le terme de
« frisé », très utilisé pendant l’occupation allemande de la France entre 1940 et
1944, est dérivé de « Fritz ».
C’est aussi le titre d’un roman du même nom d’Erckmann-Chatrian, publié en
1864. Sous le pseudonyme Erckmann-Chatrian se cache deux auteurs, Emile
Erckmann et Alexandre Chatrian, deux écrivains français originaires de la
Moselle. A l’origine de récits régionalistes et nationalistes, ils situent l’action de
L’ami fritz en Alsace mais dans une zone rattachée au palatinat (région ouest de
l’Allemagne) depuis le congrès de Vienne en 1815.

Erckmann et Chatrian, co-auteur de l'Ami Fritz


L’atmosphère du livre dépeint le personnage de Fritz Kobus, un bon vivant
évoluant dans une Alsace où les communautés religieuses (juifs, protestants,
catholiques) vivent en harmonie. Le livre pose aussi la question de l’unité
allemande, sur fond de rivalité entre la Bavière et la Prusse. La guerre de 1870,
n’est plus très loin, et l’unité non plus…
Tomate : « C'est toi qui fait tout ce foin ? »
A l'origine, « foin » se rapporte évidemment aux herbes fauchées et séchées qui
servaient de base à l'alimentation des bêtes dans les fermes. En argot populaire, «
foin » (comme souvent ce qui désigne de la nourriture) est aussi synonyme
d'argent. En langage du peuple, « avoir du foin » signifie donc avoir de la
fortune. L'expression « Mettre du foin dans ses bottes » évoque de la même
façon l'idée de faire des économies. Toujours en argot, « faire du foin » signifie
aussi faire du tapage, du vacarme, ou beaucoup de bruit. L'emploi de « faire du
foin » en ce sens est probablement en rapport avec l'activité économique,
notamment dans les champs, qui génère forcément du bruit et du vacarme,
troublant ainsi la quiétude de la campagne.
Tomate : « On ne se serait pas permis de vous flinguer sur le domaine »
Le verbe flinguer évoque forcément le fait de tirer sur quelqu'un avec une arme à
feu, évidemment dans le but de l'assassiner. Ce verbe est un dérivé du mot «
flingue », lui-même dérivé de « flinte » ou « flincke » dans les dialectes du Sud
de l'Allemagne. A l'origine, « flincke » désignait le silex ou la pierre servant à
amorcer l'explosion de poudres.
Pascal : « Y'a une charrette dans le parc avec deux gars dedans, ça fait
désordre »
En langage populaire, « charrette » désigne une voiture (dans le sens
automobile). A l'origine une « charrette » était une petite voiture à deux roues
munie de brancards et tirée le plus souvent par un cheval (ou plus rarement par
des bœufs), et qui servait au transport de fardeaux ou de personnes. C'est
évidemment un ancêtre direct de l'automobile.
De nos jours, dans un tout autre registre, on utilise régulièrement l'expression «
être charrette » pour signifier que l'on est débordé de travail ou en retard.
L'expression « être charrette » nous vient des étudiants en architecture de l'école
des Beaux-arts. Lorsqu'ils rendaient leurs projets, ils devaient transporter sur des
charrettes leur travail depuis les ateliers jusqu'à la salle des rendus. Et pendant ce
trajet en charrette, ils en profitaient pour finir leurs dessins.
Fernand Naudin : « Vous allez quand même pas dire que mademoiselle
Patricia s'est fait éjecter non ? »
En langage familier, et au sens figuré, « se faire éjecter » signifie se faire
expulser ou sortir brutalement de quelque part. Par exemple de pensions pour
jeunes filles tenues par des sœurs.
Maitre Folace : « Jean est resté ici trois mois au pair comme larbin pour
régler la petite note »
En langage populaire, un « larbin » désigne un domestique ou un serviteur. C'est
le cas de Jean qui a fini par trouver sa vocation en jouant au majordome pendant
trois mois pour le mexicain, le temps d'une période d'essai finalement
renouvelée. A l'origine, « larbin » est un dérivé de « habin ». En vieux français,
une « habin » était alors un chien.
Fernand Naudin : « Je sais que c'est la coutume d'emmener l'oncle de
province au cirque »
Non, vraiment, l'oncle Fernand n'ira pas au cirque. Même si ce n'est pas au
cirque avec les lions, les clowns et les acrobates dont nous parlons ici.
Le terme de « cirque » vient du Latin « circus » qui signifiait le « cercle ». Dans
l'Antiquité, chez les Romains, c'était bien-sûr le lieu destiné à accueillir les jeux
en publics : combats de gladiateurs, courses de chars, luttes... Par extension, et
c'est dans ce sens que Fernand Naudin emploie ce terme, « cirque » englobe plus
généralement théâtre, salle de concert, hippodrome, stade ou, pourquoi pas, un
vrai cirque...
Raoul Volfoni : « Voilà quinze ans qu'on fait le trottoir pour le mexicain, j'ai
pas l'intention de continuer à tapiner pour son fantôme »
Dans le langage familier, l'expression « faire le trottoir » signifie pour une
femme (au sens figuré) se promener, généralement en début de soirée et apprêtée
de façon sexy, à la recherche de clients pour le bordel du coin. La prostituée
arpente logiquement le trottoir pour faire du racolage sur la voie publique, à la
recherche du « micheton » (qui désigne en argot le client des prostituées).
Le verbe « tapiner » est lui d'origine purement argotique. Sa traduction la plus
immédiate, et qui est celle de Raoul Volfoni, serait « travailler ». L'aîné des
Volfoni fait cependant encore référence à la prostitution, « tapiner » signifiant à
l'origine se prostituer, faire le tapin, c'est à dire rechercher le client.
L'expression « faire le tapin » (signifiant donc faire du racolage sur la voie
publique) vient du verbe taper, auquel on a substitué le suffixe pour « in ». A
l'origine le mot « tapin » désignait celui qui battait du tambour pour ameuter la
population. Ces soldats qui tapaient sur le tambour étaient ainsi surnommés des
« tapins ».
Raoul Volfoni : « Ben moi j'dis que j'lâcherais plus une thune »
Le verbe « lâcher » est utilisé ici au sens figuré et signifie dans ce contexte «
donner » ou « céder ».
La « thune » désigne de l'argent en langage familier, et plus précisément une
petite somme d'argent. Couramment utilisé, « thune » vient pourtant de l'argot
très ancien qui signifiait « aumône » au XVIIème siècle. Au XIXème, la « thune
» était la pièce de cinq francs (qui équivalait à l'époque à 100 sous).
A l'origine, le mot viendrait de « tunes », la forme ancienne du mot « Tunis »
(pour la ville de Tunis). Sous l'ancien régime, les rois des mendiants dans les
cours des miracles parisiennes étaient élus, et prenaient le titre de « grand coesre
» ou « roi de Thunes ». Ce qui expliquerait l'origine et l'emploi du mot. La «
thune » équivalait alors à une petite somme d'argent récoltée par la mendicité.
Jusqu'au début du XXème siècle (dans les années 1910), le mot « thune » a une
vraie signification dans le monde du travail puisque la thune correspond au
salaire minimum de 5 francs réclamé par les syndicats pour la rémunération de la
journée de travail. Une sorte de SMIC avant l'heure.
Par la suite, avec le passage au nouveau franc à la fin des années 1950, la thune
ne vaut plus que 5 centimes (nouveau) et non plus 5 francs (ancien). L'utilisation
du mot « thune » reste malgré tout fréquente dans le langage courant, mais cesse
d'avoir une réelle valeur.
Madame Mado : « Une bonne pensionnaire, ça devient plus rare qu'une
femme de ménage. »
Ici, pensionnaire est à comprendre dans un sens un peu particulier on s'en doute.
Dans son sens premier, un ou une pensionnaire est quelqu'un qui habite une
pension en échange d'un loyer. S'agissant de jeunes filles, on pourrait aussi
penser à des pensionnaires d'une école, d'un collège ou d'un lycée. Patricia, la
nièce par adoption de Fernand, est par exemple pensionnaire chez les sœurs.
Mais les pensionnaires de l'établissement de madame Mado sont d'un tout autre
genre. Dans l'univers des maisons closes, une pensionnaire était une prostituée
qui officiait à plein temps dans l'établissement, logée, nourrie.
Raoul Volfoni : « J'vais le travailler en férocité, l'faire marcher à coup de
lattes, à ma pogne j'veux le voir »
En voulant « faire marcher à coups de lattes » Fernand Naudin, Raoul Volfoni
veut bien évidemment lui asséner quelques bons coups de pieds.
Etymologiquement, « lattes » vient du latin et correspond à des lames ou des
planches de bois. Mais en langage populaire, « latte » s'utilise pour parler des
chaussures et, par extension, de pieds. Ce n'est donc pas en distribuant des coups
de bâtons, mais des coups de pieds, que Raoul Volfoni espère parvenir à ses fins.
Ne pas confondre avec l'expression argotique « latte » qui signifie dans ce cas
tirer sur une cigarette ou autre substance illicite...
« Pogne » vient tout simplement de « poigne » et désigne en argot le poing ou la
main comme nous l'avons vu précédemment. Par extension, avoir quelqu'un à sa
pogne revient donc à avoir quelqu'un à sa main, à sa disposition, ou sous ses
ordres.
Fernand Naudin : « Non mais, ces mecs auraient quand même pas la
prétention d'engourdir le pognon de ma nièce, non ? »
Dans le langage familier, « engourdir » est synonyme de dérober ou prendre de
façon malhonnête. Il existe quelques termes argots pour désigner ce type
d'opération frauduleuse qu'est le vol : « chourer », « chouraver », « lever », «
soulever », « barboter », « secouer », « piquer »...
Fernand Naudin : « ... ton Antoine commence à me les briser menu ! »
Au sens premier, « briser » signifie casser ou rompre quelque chose. Le verbe
s'emploie aussi dans un sens plus figuré pour dire que l'on se sent fatigué.
L'expression de Fernand Naudin reprend ce sens figuré, mais pour en décupler
largement la signification. En langage très familier, cela exprime l'irritation au
plus haut point, l'exaspération. Nous voyons dans cette scène que l'oncle de
Patricia prend beaucoup sur lui pour se contenir, et garder cette formulation
relativement soutenue. Mais la vérité profonde, c'est qu'Antoine Delafoy lui «
casse les couilles », ce qui est la vraie signification des propos du tonton, même
si ce « n'est pas du tout gentil ».
Fernand Naudin : « Vous êtes louf non ? »
« Louf » peut se voir comme une contraction de « loufoque ». Le mot désigne
quelqu'un d'un peu fou, dont le comportement est bizarre et contraire au bon
sens.
L'origine de « Louf » vient à l'origine de « Loucherbem » ou « louchébem »,
orthographe alternative. L'expression « Loucherbem » nous vient de l'argot des
bouchers et désigne tout à la fois le boucher lui-même et l'argot des bouchers
parisiens et lyonnais. Et dans cet argot un peu particulier, « louf » correspond à
celui qui est fou. L'argot « louchebem » fut par la suite repris dans le langage des
voyous. La « louchebem » n'est en réalité que l'application particulière d'une
autre forme d'argot, le largonji (c'est à dire le « jargon »). Le largonji, a
notamment inventé le mot « loucedé » qui signifie « douce » ou « en douce », ou
encore le terme « labatem » utilisé pour parler du « tabac » en louchebem.
Fernand Naudin : « Asseyez vous, j'suis en train de becter »
Tirant son origine du mot « bec », le verbe « becter » (ou « becqueter », variante
orthographique) signifie tout simplement manger en langage familier et
argotique. Dans son sens premier, « becqueter » veut surtout dire « donner des
coups de becs », comme le fait un animal pour récupérer sa nourriture.
Bastien : « On en a trop vu qui se sont gâtés la main aux alcools »
Etre première gâchette, chez Volfoni ou chez le mexicain, c'est une discipline de
vie, presque un sacerdoce. « Chez nous, santé, sobriété » résume Pascal.
L'expression « se gâter la main » est souvent utilisé dans le monde artistique
(nous avons ici affaire à de drôles d'artistes tout de même...) pour signifier que
l'on néglige les règles de l'art ou que l'on prend trop souvent l'habitude de rendre
des travaux bâclés. Dans le sens premier, « gâter » veut également dire
endommager ou abîmer. Dans le monde des portes flingues, on imagine assez
bien ce que signifie le fait de « se gâter la main ». A force de boire des alcools,
les gâchettes attrapent la tremblote, et c'est la fin du métier.
Bastien : « Première gâchette chez Volfoni »
A l'origine, la gâchette correspond, sur l'arme à feu, à la pièce intermédiaire entre
la détente (sur laquelle on presse le doigt) et le chien (qui sert de percuteur pour
faire partir la munition). En argot, la gâchette désigne le tireur lui-même, celui
qui presse sur la détente. Il y a d'ailleurs quelque part une erreur, puisque la
gâchette et la détente sont deux pièces biens distinctes sur la plupart des armes.
Bastien devrait donc plutôt être « 1ère détente chez Volfoni ». Mais ça sonne
moins bien bizarrement.

Pascal, première gâchette du mexicain


Pascal : « Dans le monde des caves, on appelle ça un cas de conscience »
« Cave » est une expression purement argotique qui a deux significations. Elle
désigne tout d'abord un individu honnête, qui travaille légalement, qui ne fait
donc pas partie du « Milieu », et n'en partage pas les valeurs. D'où la distinction
de Pascal pour qui il n'existe que deux mondes : « le monde des caves » et le
leur. L'autre signification, qui en découle, est que le mot « cave » s'utilise pour
parler d'une personne que l'on peut facilement tromper ou duper, et donc par
conséquent d'un niais, d'une victime potentielle ou d'un imbécile.
Le mot « cave » vient de « cavé », qui désignait déjà au XIXème siècle un
homme naïf, et le plus souvent client d'une prostituée. Le « cave » a, par ailleurs,
son équivalent féminin : « cavette ». Dans un sens large les « caves » sont
potentiellement nombreux. Sont ainsi réputés caves : ceux qui assurent leur
subsistance en exerçant une activité légale, ceux qui s'interdisent toutes actions
malhonnêtes même lorsqu'elles se présentent sur un plateau, ceux qui offrent des
cadeaux à une femme (alors que c'est elle qui doit rapporter de l'argent à
l'homme), ceux qui se refusent à jouer aux proxénètes avec leurs femmes ou
leurs maitresses, et tout simplement ceux que l'on peut facilement arnaquer.
Dans le langage des « Hommes », il ne faut pas confondre les « caves » avec les
« demi-sels ». En effet, entre les « affranchis » et les « caves », il existe une
catégorie intermédiaire : le « demi-sel ». Le « demi-sel » est une sorte de truand,
mais seulement à temps partiel. Un intermittent du « Milieu » si l'on veut. Il n'a
donc pas l'envergue d'un « affranchi » et peut facilement lui aussi, se faire «
caver ». Etymologiquement, « demi-sel » vient du fait que ce type d'individu est
à moitié dessalé. Le verbe « dessaler » correspondant en argot à « déniaiser », à
s'affranchir un peu en quelque sorte.
Fernand Naudin : « Qu'est ce que ça veut dire ? Y'aurait du coulage ? »
Le terme « coulage » fait référence au vol de marchandises ou de fournitures par
les propres employés d'une entreprise. « Couler le patron » signifie donc le
ruiner petit à petit, le conduire progressivement à la faillite suite à des petits vols
commis par ses employés, ses ouvriers ou ses domestiques. L'expression s'utilise
tout particulièrement pour parler des garçons de café, que l'on accuse de « couler
» l'établissement (en versant gratuitement quelques verres aux habitués par
exemple). L'expression « veiller à la coule » signifie donc surveiller les
domestiques et les employés pour empêcher ces petits larcins. « Etre à la coule »
se comprend du coup comme être malin, être au courant.
Fernand Naudin : « Alors, on a enfin compris, on casque ! »
Dans ce contexte, le verbe « casquer » signifie payer, et payer visiblement une
forte somme d'argent. Dans un autre contexte, ce verbe peut également vouloir
dire faire les frais de quelque chose.
On retrouve cette expression dans l'argot des voyous. Cependant, l'origine vient
de Bélisaire, un général Byzantin, fidèle soutien de l'empereur Justinien. Le
serviteur de l'empereur connu pourtant de nombreuses déconvenues et dû faire
face à l'ingratitude de son maitre. Il se trouva régulièrement dans la gêne, obligé
de demander l'aumône. Bélisaire tendait donc son casque de soldat dans lequel
les âmes charitable de l'époque venaient y déposer des offrandes. Depuis, «
casquer » signifie donner de l'argent, mais de mauvaise grâce généralement.

Bélisaire, général Byzantin, le premier à faire « casquer »


Raoul Volfoni : « Je te téléphonais seulement pour t'avertir qu'à la distillerie y
sont en plein baccara »
Le baccara est un mot d'origine occitane qui a donné son nom à un jeu de cartes.
Dans ce jeu, le terme « baccara » est utilisé pour désigner le plus mauvais point
possible à ce jeu, c'est à dire le point zéro. En argot, et notamment dans l'argot
provençal, ce mot est du coup synonyme de faillite, d'échec. Ainsi, l'expression
qu'emploie Raoul Volfoni, « être en plein baccara », signifie avoir de sérieux
ennuis.

Une palette de baccara


Théo : « En voilà un qui est pratiquement sorti du bagne »
« Bagne » tient son origine de l'italien « bagno » qui signifie « bain ». A
l'origine, il désignait le bagne de Livourne, construit sur d'anciens bains romains.
En langage courant, il correspond à un lieu où des condamnés de droit commun
effectuaient des travaux forcés. Souvent à Cayenne, en Guyane. Les forçats
étaient enchainés pendant leur travail, et restaient enfermés le reste du temps.
Dans la phrase de Théo, « bagne » est plutôt à comprendre au sens hyperbolique,
et évoque plutôt une situation difficile. Amateur de philosophie, Théo fait
probablement référence à la situation agitée qui entoure la succession du
mexicain ou alors à la vie en générale, considérée comme un bagne pour lui...
Fernand Naudin : « Tu prends le bout de bois et tu livres. »
A l'origine, le terme « bout de bois » est devenu synonyme de « jambe » dans
l'argot des poilus, pour beaucoup des mutilés de la Grande Guerre. Dans le
langage figuré et populaire, l'expression « mettre les bouts de bois » signifie
donc s'en aller, partir ou même s'enfuir. Pour simplifier, on dit aussi parfois «
mettre les bois », ou « mettre les bouts ». Cette dernière formulation est restée. A
noter qu'au XIXème, « avoir son bout de bois » voulait dire être ivre.
Dans le sens utilisé par Fernand Naudin « bout de bois » est du coup synonyme
en langage argotique de « tacot ». Le véhicule remplaçant avantageusement les
jambes lorsqu'il s'agit de « mettre les bouts ». On parle aussi de « bout de bois »
pour désigner une « vieille voiture » ou encore un « taxi ».
Fernand Naudin : « Bon, les papiers du bahut sont en règles au moins ? »
En langage populaire, « bahut » désignait à l’époque indifféremment un fiacre,
un taxi ou un poids lourd (comme c’est le cas ici).
Si « bahut » n’est plus guère utilisé pour parler d'un « véhicule », le mot est
toujours employé par les élèves pour parler de leur lycée ou de leur collège. A
l’origine, « bahut » désignait alors essentiellement un internat ou la pension d’un
établissement scolaire.
Initialement, c’est le verbe « bahuter », signifiant littéralement « mettre en fût »,
qui donne son sens familier au mot « bahut » (mettre dans un véhicule, dans une
pension ou dans un fût, quelle différence ?).
Paul Volfoni : « T'es sûr que tu t'es pas gouré de crèche »
Le verbe « gourer » ou plutôt « se gourer » a une origine très ancienne. Son
origine remonterait au du Moyen Âge, époque où l'on utilisait déjà « gorré »
dans le sens « trompé » ou « dupé ». Il s’agit vraisemblablement d’un dérivé de
« gore » (la truie) ou de « goret », et signifiait alors « agir comme un porc »,
d’une manière sale ou incorrecte. Le goret, jeune porcelet, est resté, et « gourer »
ou « goret » également. Aujourd’hui, le verbe n’a plus tout à fait son sens
d'origine. Mais l'idée que l'on est dans l''erreur est restée.
Le terme de « crèche » a également plusieurs significations. Initialement, la «
crèche » désignait la mangeoire de étable, dans lequel venaient se nourrir les
animaux de la ferme (les bœufs, les ânes, les brebis…). La crèche a connu son
heure de gloire aux environs de l’an 0, puisque c’est dans la crèche d’une étable
de Bethléem qu’est né Jésus-Christ. En ancien français, le mot crèche s’écrivait
alors « grebbe », venant de la langue franque « krippia ». Crèche se dit d’ailleurs
« krippe » en allemand.
Par la suite, le terme désigna en langage familier tout type d’habitation : une
maison, une pièce, une chambre, une baraque, un abri dans les tranchés, une
salle de spectacle et même une prison.
Le verbe « crécher » qui lui est associé évoque logiquement l’idée de loger,
d’habiter. Il garde la particularité de désigner en principe l’endroit où l’on dort
Maitre Folace : « Touche pas au grisbi, salope !! »
Voilà qui est envoyé maitre Folace ! Le terme « grisbi » désigne de l’argent en
argot et s’écrivait aussi « crisby ». Son origine vient vraisemblablement de
l’association de « gris » et de « bis ». Anciennement, « gris » venait de « griset »
qui désignait une pièce de six liards, une vieille monnaie qui eut cours en France
entre le XVIIème et le XIXème siècle.
Jean : « Tiens, vous avez sorti le vitriol ? »
« Vitriol » vient du latin « vitriolum » et de « vitrum », c'est-à-dire de « verre ».
Si « vitriol » désigne ici le contenu, il doit donc son nom au contenant. En
langage familier, un « vitriol » est le plus souvent une eau-de-vie, généralement
forte et de mauvaise qualité. Un truc « bizarre » à en rendre aveugle les clients !
Maitre Folace : « Et c'est pour ça que je me permets d'intimer l'ordre à
certains salisseurs de mémoire qu'ils feraient mieux de fermer leur claque
merde ! »
En voilà une belle expression d’argot comme on les aime. « Claque merde » est
en effet une formulation très imagée qui dit bien ce qu’elle veut dire. En langage
courant, on dira de « se taire ». Et pour les plus téméraires, de « fermer sa gueule
».
Raoul Volfoni : « Les volets rouges et la taulière, une blonde comaque »
En langage populaire, une « taulière » peut avoir différentes significations, allant
de la maitresse de maison jusqu’à la tenancière d’une maison close.
Logiquement, taulière vient de « taule » ou « tôle ». Dans le langage courant, la
« tôle » désigne un produit sidérurgique qui subit ensuite un laminage et que l’on
utilise dans le bâtiment. En argot, on parle de « tôle » pour parler d'une prison.
Y-a-t-il une différence entre tôlier et taulier ? Et bien oui et non. Le tôlier
désigne l’ouvrier qui travaille la tôle. Mais on peut dire indifféremment « tôlier »
ou « taulier » lorsque l’on parle en argot du patron d’une entreprise ou d’un
hôtel. Y-a-t-il une différence entre tôlard et taulard du coup ? Et bien là non,
aucune différence. Dans les deux cas, il s'agit d'un prisonnier.
En argot, l’expression « taule » ou « tôle » désigne aussi toute forme d’habitation
(une maison) ou de pièce (une chambre d’hôtel). Dans le langage des tontons,
nous avons évidemment une petite idée du genre de taule que tenait Lulu « la
nantaise ». La « taule » dont il est question est bien évidemment une maison
close. Le lexique de l'argot est d'ailleurs riche en expression pour désigner un «
bordel ». On parle aussi de « clandé », de « poulailler », de « volière », de «
chabanais », de « bobinard », de « boxon » ou encore de « bouiboui ». Dans le
même registre on pourrait également parler de « piaule » ou de « crèche », même
si c’est un peu moins connoté.
Le terme de « comaque » peut se voir comme une contraction de « comme ça ».
Etant donné le souvenir ému qu’en a gardé Raoul Volfoni, il n’est pas usurpé de
traduire cette expression par quelque chose comme « magnifique » ou plus
familièrement « bien foutue ». En tout cas qui marque les esprits. Reprise par
l’argot, l’expression vient à l’origine du terme occitan et finalement très proche,
« coma aquo ». En contractant, cela nous « com’aquo ».
Raoul Volfoni : « Et bien c'est devant chez elle que Lucien le cheval s'est fait
dessoudé »
D’origine argotique, « se faire dessouder » signifie bien sûr « se faire assassiner
», dans le sens se faire tuer. « Dessouder » voulant dire littéralement disjoindre
ce qui était soudé. « Souder » étant lui-même un dérivé du latin « solidus » qui a
donné « solide ». Bref, Lucien le cheval a dû connaitre un bien triste sort. Quand
il s'agit d'assassiner, l'argot aussi s'y connait. Les expressions sont innombrables
: « buter », « dégommer », « repasser », « descendre », « assaisonner », «
dézinguer », « dévisser », « estourbir », « plomber », « poivrer », « poinçonner
»... Tout un lexique, toujours très imagé.
Fernand Naudin : « Teddy de Montréal, un fondu qui travaillait à la dynamite
»
« Fondu » est un terme pour parler d'un fou, dans le sens le plus fanatique et
excessif du terme. Il y a des « fondus » agressifs. Teddy de Montréal en fait
probablement parti. On n’a pas idée de travailler à la dynamite. Moins dangereux
pour les autres mais davantage pour eux-mêmes, nous avons aussi les fondus
déraisonnables, qui prennent trop de risques, ou encore les fondus « suicidaires
». Enfin, il reste les fondus « amoureux », en principe moins nuisibles…
Le terme est encore utilisé aujourd'hui, mais dans un sens plus modéré, pour
parler de quelqu'un de « passionné » par une activité.
Raoul Volfoni : « Dis donc, elle est maquée à un jaloux ta nièce ? »
Le verbe « maquer » vient de l’ancien français « mascher ». C’est un dérivé de
l’italien « maccare ». A l’origine « mascher » ou « maccare » signifiait frapper
ou battre quelqu’un. Par la suite, « mascher » se transforma en « maquer » et
rentre dans la langue des voyous pour désigner le fait de soutenir une femme
dans une activité de prostitution, d’assurer son contrôle et sa protection, tout en
l’exploitant. En résumé, être le « mac » ou le « souteneur » de la fille.
En langage familier, « être maquer » signifie plus généralement être en couple,
en concubinage, et de façon plus institutionnel, être marié. C’est dans ce sens
que l’ainé des Volfoni emploie le terme de maquer pour qualifier le couple
d'Antoine et Patricia. Mais en proposant une tournée en Egypte ou au Liban, il
espérait bien évidemment la « maquer » à lui, dans le premier sens du terme.
Fernand Naudin : « J'vais vous apprendre le tact, moi, monsieur Antoine... et
à coups d'lattes dans l'oigne, encore !!! »
Le mot « oigne » vient de l'apocope « oignon ». A partir du XIXème, « oigne »
désignait en argot l'anus ou le cul. On comprend donc mieux sur quelle partie
anatomique d'Antoine l'oncle Fernand va envoyer ses coups de lattes. Le terme
s'utilise par ailleurs dans l'expression « se le mettre dans l'oigne » qui veut dire «
mépriser ». « Oigne » peut également, toujours en argot, s'utiliser pour parler des
pieds. On comprend donc mieux que les expressions « occupe-toi de tes fesses »
ou « occupe-toi de tes pieds » se soit progressivement transformé en « occupe-
toi de tes oignons ». Sauf que ce n'est pas la plante à bulbe qui est évoquée.
D'autres sources avancent cependant une toute autre origine à l'expression «
occupe-toi de tes oignons ». L'expression remonterait du temps où les femmes,
dans certaines régions de France, pouvaient cultiver des oignons dans un coin de
jardin, marquant ainsi leur indépendance. Les hommes répliquaient alors aux
femmes imprudentes voulant se mêler d'un peu trop près de leur histoire : «
occupe-toi de tes oignons ».
Pour en revenir à l'argot et à « anus », cette langue est évidemment très riche en
termes imagés pour évoquer le sexe ou le postérieur : « berlingot », « boite à
caca », « chambre noire », « culasse », « cul-de-sac »...
Fernand Naudin : « ... les foyers c'est pas des bouics... »
Le terme de « bouic » vient aussi de l'argot et désigne le plus souvent un bordel,
une maison close. Par extension, on l'utilise aussi pour qualifier un endroit sale
ou mal organisé, ou encore pour parler d'un café mal famé.
Fernand Naudin : « Sa fille recherchée par les perdreaux »
Par le terme « perdreaux », l’oncle de Patricia désigne la police. La référence à
cet oiseau peut se voir comme un synonyme de « poulet », plus couramment
utilisé pour qualifier les représentants de l'ordre public. Par « perdreau » on
désignerait plus particulièrement un jeune policier ou un policier en tenue. Mais
l'origine de « perdreau » est encore plus originale. Il s'agit du verlan d'un autre
mot d'argot qui désigne également un policier (généralement un inspecteur en
civil) : « drauper ».
Comme on s'en doute, l'argot est aussi très inspiré quand il s'agit de trouver des
petits noms pour évoquer la police. Parmi les expressions favorites : « archer », «
bignolon », « bourdille », « condé », « coyotte », « royco », « schmidt », «
reniflette », « marchand de lacets », « pandore », « pèlerine »...
Le chauffeur de taxi : « Un peu, j'ai coltiné les bagages à la troisième baraque
»
Le verbe « se coltiner » est une déclinaison de « coltin ». Le mot « coltin » (ou «
colletin » en ancien français) étant lui-même dérivé de « col ». On comprend
mieux le sens du verbe, qui signifie donc familièrement transporter quelque
chose de lourd et dans des conditions difficiles, dignes de l’ascension d’un col
avec armes et bagages. D’ailleurs, il existe une profession pour cela, même si le
nom n’est plus utilisé : les « coltineurs ». Ces personnes étaient chargées de
transporter des fardeaux, de décharger des bateaux, des trains… Des dockers ou
des déménageurs en d’autres termes.
Le chauffeur de taxi : « ... comprenez cafarder c'est pas beau. »
Le verbe « cafarder » vient de « cafard », un mot francisé mais d'origine arabe
venant de « kafir », et qui désignait au XVIème siècle un incroyant ou un
homme converti à une autre religion. Il prend par la suite le sens de « personne
qui rapporte », et devient synonyme du verbe « mouchard ». Ce dernier terme
tient d'ailleurs son origine d'Antoine Démocharès, originaire du village de
Mouchy en Picardie, et qui officiait comme inquisiteur de la loi sous le règne du
roi François II. Les hommes de mains de Mouchy, chargés d'espionner, étaient
ainsi appelés les « mouchards ».
Le sens premier de « cafarder » est d'avoir le cafard ou de déprimer. Mais dans le
sens plus argotique (et devenu courant) qu'utilise le chauffeur de taxi, cela
signifie rapporter des paroles ou des faits pour dénoncer quelqu'un, comme du
temps d'Antoine Démocharès de Mouchy...
Le chauffeur de taxi : « toutes les fluctuations de la fesse, on préfère pas s’en
mêler »
L’expression d’Audiard « fluctuation de la fesse » est ici irrésistible bien que peu
connue. Le dialoguiste associe en effet astucieusement le terme recherché de «
fluctuation » (comme pour parler de l’évolution de la bourse ou du pétrole) avec
le mot « fesse ». Dans l’argot faubourien et le jargon des voyous, le terme de «
fesse » est synonyme de « femme ». On voit ainsi comment celles-ci sont
réduites à la partie sexuelle de leur anatomie. Ce chauffeur de taxi parle le vrai
langage des « macs »
Pascal : « si les Volfoni vous avaient seringué, vous et Henri, qui aurait été
aux commandes, hein ? »
Dans le contexte, on comprend le sens de « seringuer ». Il s’agit bien sûr de tirer
sur quelqu’un avec une arme à feu. « Seringuer » vient de l’argot « seringue »
qui évoque tout ce qui est relatif aux armes à feu à savoir les fusils, les revolvers,
les pistolets, les mitraillettes. Mais pourquoi « seringue » ? Vraisemblablement à
cause du canon, dont la longueur rappelle la forme de la seringue médicale. Oui,
l’argot emprunte partout, même à la médecine, et avec beaucoup d’imagination.
Dans un tout autre registre, on utilise aussi « seringue » dans l’expression «
chanter comme une seringue », qui veut dire chanter faux. Effectivement, pas
plus la seringue du docteur que l’arme à feu de Pascal ne savent à priori chanter
juste.
Pascal : « Nous, si les Volfoni sont plus dans le tourbillon ! »
Le mot « tourbillon » fait référence à tout ce qui entraine un mouvement rapide.
Il vient de l’ancien français « torbel » qui signifiait alors la mêlée. C’est un
dérivé de l’espagnol « torbellino », qui lui-même vient du latin « turbo », « turba
» signifiant « trouble ». Pascal, la première gâchette, fait donc un usage de «
tourbillon » au sens latin du terme, désignant ainsi les quelques péripéties entre
les Volfoni et Fernand Naudin.
Pascal : « Ou alors, ce serait carrément le goût de taquiner ! »
L'utilisation du verbe « taquiner » dans le contexte et la bouche de Pascal est
plutôt curieuse. Il faut y voir un décalage et une certaine liberté prise par
Audiard avec la signification des mots. Cependant, nous pouvons comprendre «
taquiner » dans un sens figuré, tel que « irriter », « s'opposer » ou « jouer », mais
avec le feu.
Quand on sait ce qu'il advient par la suite du pauvre Tomate dont il est question,
il est peu probable qu'il ait eu le loisir de « taquiner » beaucoup Pascal et
Bastien. Ou alors c'est qu'ils sont très susceptibles.
Pascal : « Ils démontent le matériel. On dirait qu'ils vont se faire la malle. »
L’expression « se faire la malle » signifie familièrement s’enfuir ou partir
précipitamment. Une malle était autrefois utilisée pour transporter ses affaires
pendant de longs voyages. Lorsque l’on envisage de prendre la fuite, c’est
généralement pour très longtemps et pour faire un long trajet. D’où la nécessité
de faire sa malle.
L’expression « se faire la malle » est apparue dans les prisons dans les années
1930, et désignait alors un projet d’évasion. Ce n’est cependant pas une
expression argotique, mais plutôt une allusion humoristique et décalée pour
signifier qu’un prisonnier avait pris des vacances, et donc emporté avec lui sa «
malle », qui ne peut se résumer fatalement qu'à quelques bibelots tout au plus...
Jean : « si Monsieur me permet, de ne pas partir la musette vide »
La « musette » est un sac que l’on porte en bandoulière. Il peut contenir son
ravitaillement comme c’est le cas des ouvriers qui partent à l'usine avec le
déjeuner de midi, ou encore les coureurs du Tour de France. La musette est
généralement en toile. A l’origine elle servait pour attacher le museau des
chevaux. D’où son nom. On comprend cependant ici que le terme de musette est
une expression imagée, et qu'elle aura un contenu un peu particulier...
Pascal : « ... t'es pas en âge d'arrêter tes momeries ? »
Le terme de « momerie » n'est plus tellement utilisé. On retrouve sa trace entre le
XVème et le XVIème siècle. S'écrivant « mommerie », il désignait à l'époque
une mascarade, un divertissement ou une comédie. Le mot semble également
avoir eu un sens plus religieux, désignant une forme de « bigoterie » ou de
pratique religieuse jugée ridicule.
Etymologiquement, il n'y a pas de certitude quant à l'origine exacte de ce mot. «
Mommerie » pourrait venir de l'ancien français, pour parler d'une « mascarade »,
mais aussi de « mahomerie », venant de Mahomet, le prophète de l'Islam. Il
désignait alors une pratique religieuse inhabituelle pour un pays alors catholique
comme la France.
Pascal : « On fait un fermé ou un rabat ? »
Ici, le dialoguiste emprunte au registre de la chasse avec une expression assez
obscure pour les non-initiés. « Fermé » signifie que l'animal qui est chassé est «
au ferme », c'est à dire qu'il est tenu sur place par la meute. Il est donc encerclé,
ce qui va permettre au chasseur de progresser inexorablement sur l'animal. Pour
ce dernier, le temps joue contre lui, car il n'a plus d'échappatoire. A l'inverse, «
faire un rabat » veut dire rabattre le gibier. La stratégie adoptée est donc
différente. La meute est lancée vers l'animal pour rabattre celui-ci en direction
des chasseurs. Cette dernière stratégie est plus offensive, mais laisse aussi une
petite chance au gibier de s'échapper.
Que vont choisir Monsieur Fernand, Pascal et Bastien ? Le patron est de
mariage, il n'a pas le temps. Ce ne sera pas un « fermé ». Mais comme il est
vraiment pressé, ce ne sera pas non plus un « rabat ». Fernand Naudin va lui
même au front et à la castagne en compagnie de ses deux portes flingues. La
stratégie est des plus sommaires, il n'y en a aucune. Mais cela semble efficace en
tout cas.
Les expressions
Fernand Naudin : « Depuis plus de vingt piges que je te connais, je te l'ai vu
faire 100 fois ton guignol alors hein ? »
Guignol, c'est bien sûr ce célèbre personnage du théâtre de marionnettes qui
n'aime rien temps que taper sur les gendarmes et faire des blagues, pour le plus
grand bonheur de son public, les petits et les grands. Si Guignol est le
personnage principal, il n'en est pas moins indissociable de Madelon, souvent
présentée comme l'épouse de Guignol, ainsi que de Gnafron, compagnon de
Guignol et le plus souvent le père de Madelon.
Guignol puise ses origines à Lyon, ville dont il est devenu l'emblème. C'est le
marionnettiste Laurent Mourguet qui a créé le personnage en 1808. Le spectacle
repose principalement sur le comique de situation et peut s'apparenter à la
commedia dell'arte. A moitié improvisée, la représentation fait généralement la
part belle à une gestuelle caricaturale et aux accessoires. On parle alors de
gestuelle à gaine. Le spectacle reprend le plus souvent les traditions et le parler
lyonnais.
Couramment utilisée, l'expression « faire le guignol » signifie indifféremment
faire l'idiot, faire rire, mais aussi emmerder Fernand Naudin en jouant la
comédie pour arriver à ses fins...
A noter que par extension, on parle aussi en langage familier de « tenir un
guignol », ce qui signifie tenir une boutique ou diriger une entreprise (peu
importe la taille).

Louis et Fernand ont-ils souvent joué au guignol par le passé ?


Fernand Naudin : « ... pension au bagne avec le réveil au clairon et tout le
toutim, non mais sans blague ? »
Toutim. En voilà un terme à l'origine obscur. Il peut s'écrire indifféremment «
toutim » ou « toutime ». On en trouve trace dès le XVIème siècle. C'est
évidemment un dérivé de « tout » qui signifie « tout le reste » en langage
familier.
Théo : « La bave du crapaud n'empêche pas la caravane de passer »
Trouvaille géniale du dialoguiste qui mélange ici deux expressions bien connues
pour n'en faire qu'une seule, complètement absurde, mais bel et bien
compréhensible par tous. Prononcée avec un accent allemand par l'inquiétant
Théo, cette citation n'en devient que plus drôle et incongrue.
« La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe » fait ainsi allusion aux
possibles médisances des uns et des autres, notamment des Volfoni, sur la
succession menée de façon expéditive par Louis, et sur le nouveau « taulier »,
Fernand Naudin. Théo n'a peut-être pas osé comparer l'entrepreneur de
Montauban à une « blanche colombe ». Etant donné son passé et certaines
fréquentations douteuses, c'était un peu fort de café tout de même.
L'étrange formule de Théo reprend ensuite la deuxième partie de l'expression «
Les chiens aboient, la caravane passe », signifiant globalement la même chose.
Rassurant, Théo prédit à monsieur Fernand Naudin de ne pas s'en faire pour sa
caravane. C'est pourtant dans une « charrette » que les tueurs de l'équipe à Théo
vont tenter d'éliminer le nouveau patron.
Maitre Folace : « Il joue les centaures quelque part dans les sierras
mexicaines »
Le notaire véreux du mexicain semble avoir des lettres et une culture solide
classique. Nous nous en apercevons à plusieurs reprises dans le film (« les fils de
Charlemagne », « non sire, une révolution »). Il semble aussi avoir de l'intérêt
pour la mythologie grecque, comparant le mexicain à un centaure.
Dans la mythologie, le centaure est une créature, mi-homme, mi-cheval. Il doit
son nom à « Centauros », le fils d’Ixion (un Lapithe) et Néphélé (un nuage
auquel Zeus donne l'apparence d'une femme). C'est l'ancêtre de tous les
centaures. Etymologiquement « centaure » viendrait du dérivé du mot « kentein
» (piquer) avec « tauros » (le taureau). Dans l'Iliade, « centaure » désigne
uniquement le plus juste des centaures, Chiron (fils de Cronos et Philyra).
Le mexicain joue les centaures
A l'origine, les centaures vivent avec Chiron sur le Mont Pélion en Thessalie. Ils
sont régulièrement pourchassés, notamment après l'épisode du mariage du roi
Pirithoos avec Hippodamie où certains centaures (ivres) tentent de violer la reine
et d'autres Lapithes. Chassés, ils se réfugient sur le mont Pholoé autour de
Pholos. S'ensuit ensuite un combat contre Héraclès qui les traquent pour une
sombre histoire de vin... Après la mort de Chiron, les derniers centaures
survivants se dispersent dans le Péloponnèse, cachés notamment par Poséidon.
On retrouve donc bien certaines similitudes entre le sort du mexicain, interdit de
séjour et qui doit se faire discret vis à vis des autorités françaises. Mais le
centaure jouit aussi d'une image très positive dans la mythologie. Ce sont de
magnifiques créatures, d'aspect humanoïde au dessus de la taille et doté d'un
corps de cheval en-dessous. Leur exposition au soleil rend par ailleurs leur peau
bronzée. Ils incarnent une certaine forme de noblesse et de majesté que leur
envie les autres créatures. Ils cherchent avant tout la liberté et vivent en
harmonie avec la nature. Si leur vie est courte (rarement plus de 40 ans), leur
existence est heureuse. Voilà qui n'est pas sans rappeler, là encore, un mexicain
en cavale.
Maitre Folace : « Pensez, c'est moi qui l'ai tenu sur les fonts baptismaux »
Maitre Folace n’est pas seulement un notaire douteux pour affaires douteuses
d'un interdit de séjour. Il semble être aussi le tuteur par intérim de Patricia, avant
l’arrivée de l’oncle Fernand. Il rappelle d'ailleurs lui-même les épisodes des «
visites aux directrices, les mots d'excuses, les billets de renvoi... ». Et voilà en
plus que nous apprenons qu’à ses heures perdues, il est aussi le parrain (dans le
sens religieux du terme bien entendu) de la petite.
Le notaire évoque en effet les « fonts baptismaux ». Construits sous la forme
d’un bassin d’eau porté par un pilier, ils peuvent être sculptés, en métal ou en
marbre. Certains ont une forme à trois côtés (représentant le Père, le Fils, et
l’Esprit Saint), d’autres à huit côtés (pour symboliser la création). Dans l’église,
ils sont généralement situés devant la nef, ou dans une chapelle. Le bassin
contient de l’eau bénite qui va servir pour la cérémonie du baptême.

Les fonts baptismaux. Maitre Folace y a porté Patricia


Les fonts baptismaux sont utilisés pour des baptêmes par « aspersion », c'est-à-
dire par versement de l’eau sur le baptisé (il est aspergé). D’autres formes de
baptêmes existent cependant. Le baptême par immersion (le baptisé rentre ainsi
partiellement ou totalement dans l’eau), ou encore le baptême par effusion (de
l’eau est versée sur le front).
Patricia : « Le bachot sans relations, c'est la charrue sans les bœufs. Le tenon
sans la mortaise »
Ici, allusion improbable de la jeune fille de famille à des termes de menuiserie.
Pour ceux qui ne seraient pas au fait des techniques de travail du bois, petit
rappel :
Le tenon peut se voir comme une prise mâle, tandis que la mortaise est
constituée d'un trou de même forme que le tenon (souvent une forme
rectangulaire). Les deux pièces s'emboitent l'une dans l'autre (le tenon dans la
mortaise). L'assemblage tenon/mortaise est la technique la plus classique de la
menuiserie. Cet assemblage constitue ce que l'on appelle un embrèvement.
Antoine Delafoy : « Je ferai donc mon panégyrique moi-même »
La première rencontre entre Antoine Delafoy et oncle Fernand, c'est un vrai choc
des civilisations entre deux cultures, mais aussi entre deux langages. Au parler
populaire et argotique de Fernand Naudin s'oppose celui très châtié d'Antoine,
incarnation de la jeunesse BCBG que fréquente Patricia.
L'opposition entre les deux hommes est immédiate. Face à un Antoine qui en fait
des caisses (« je vous admire », « vous êtes l'oncle légendaire ») s'oppose la
réaction pour le moins glaciale de « l'homme de la Pampa » (« elle ne m'a jamais
parlé de vous »).
Antoine envisage donc de faire son propre « panégyrique ». Voilà bien une
expression peu commune et que l’on n’attend pas forcément à trouver dans ce
film. Le mot panégyrique a pour origine le grec ancien panegurikos qui signifie
« éloge public ». L'éloge panégyrique consiste donc à faire un éloge en public de
quelqu'un (en l'occurrence ici d'Antoine envers lui-même). Si le terme qualifie
aujourd'hui toujours une forme de louange ou d'apologie, il s'utilise aussi dans un
sens plus péjoratif lorsque cet éloge tend à l'exagération.
Les panégyriques apparaissent dans la Grèce antique, à Athènes, vers le IVème
siècle avant Jésus Christ. De grands orateurs tels qu'Isocrate cherchent ainsi à
convaincre leurs concitoyens. Dans le monde romain, les discours panégyriques
sont fréquemment utilisés, notamment destinés à l'empereur. Des auteurs comme
Pline le jeune seront même publiés pour des discours panégyriques fameux. Le
genre se prolongera jusqu'au Moyen Âge.
En utilisant cette formule précieuse et savante, Audiard casse les codes établis en
changeant de registre de langue. Rendant le film particulièrement riche et plus
complexe qu'une simple parodie.
Pascal : « Ben, c'est pas blanc-bleu »
Voilà l'opinion de Pascal au sujet de Théo alias « l'ami Fritz ». Mais qu'est-ce
que cela signifie exactement ?
Cette expression vient du monde de la peinture, du temps où les peintres
mettaient une pointe de bleu dans le blanc pour rendre la couleur plus éclatante.
Ce qui n'est pas « blanc bleu » n'est donc pas clair.
L'expression s'est, par la suite, plus largement répandue, notamment dans le
domaine judiciaire. Quelqu'un qui n'est pas blanc bleu n'est pas irréprochable,
pas honnête et ne présente généralement pas un casier judiciaire vierge.
Fernand Naudin : « Ou sinon, je vais la filer chez les dresseurs, les vrais,
pension au bagne avec le réveil au clairon et tout le toutim, non mais sans
blague !? »
La description de l'oncle Fernand ressemble beaucoup à la Légion étrangère ou à
un quelconque régiment disciplinaire. Il sera sans doute, malgré tout, difficile d'y
faire incorporer sa chère nièce.
La Légion étrangère, future pension de Patricia ?
Cours d'Histoire
L'Antiquité

Théo : « (Tirade en allemand) ... Chine IV siècle avant Jésus Christ »


Nous sommes au bowling d'Henri, sur les champs Elysées, et Louis le mexicain
vient de rendre son dernier soupir. Après quelques considérations générales sur
la difficulté de mourir ou non dans son lit plutôt que « flingué à la surprise »,
Théo se lance dans une tirade en allemand. Celle-ci n'est malheureusement pas
traduite en français dans le film.
En version originale, cela donne : « Das Leben eines Mannes, zwischen Himmel
und Erde, vergeht wie der Sprung eines jungen weissen Pferdes über einen
Graben : ein Blitz... pfft, es ist vorbei... »
Ce qui en français nous donne : « La vie d'un homme, entre ciel et terre, passe
comme le bond d'un poulain blanc au-dessus d'un fossé : un éclair... pfft... c'est
fini... »
Dans les retranscriptions des dialogues que l'on peut trouver à droite à gauche,
certains indiquent la source donnée par Théo à la fin de sa citation : Eschyle. Et
la situe au IVème siècle avant Jésus Christ.
Mais qui est Eschyle ?
Eschyle est un des grands dramaturges grecs au même titre que Thespis ou
Patrinas. Il serait né vers 526 avant J-C et mort en 456 av JC. Il a donné
naissance au genre tragique. La tragédie grecque voit en effet le jour à Athènes
au Vème siècle avant J-C. Il est d'ailleurs l'auteur de la première tragédie
grecque conservée à ce jour : les Perses , que l'on date vers 472 avant J-C. Il serait
également l'auteur de 90 tragédies, dont seulement sept nous sont connus (dont
Les Perses , Les Sept contre Thèbes , Les Suppliantes , L'Orestie , Prométhée
enchainée ). Malheureusement, Eschyle est presque davantage connu pour sa
mort, plutôt stupide. Selon la légende, le tragédien grec se serait rendu en Sicile
à l'invitation de Hiéron, le roi de Syracuse. Se promenant pour contempler le
paysage, il s'assoit sur un rocher. Or c'est sur ce rocher qu'un rapace a
précisément choisi d'y lâcher sa proie, une tortue, pour lui briser sa carapace et
ainsi se nourrir. Eschyle reçoit la carapace sur son crâne et meurt sur le coup.
Une mort qui défie toutes les probabilités des polices d'assurances. A propos de
cette histoire, Pline l'ancien en rajoute d'ailleurs une couche. Apparemment, un
oracle aurait prédit à Eschyle qu'il allait mourir à cause de la chute d'une
maison... C'est pourquoi justement le dramaturge préférait du coup rester le plus
clair de son temps dehors. Vraiment, quand ça veut pas...
Il y a malgré tout une petite erreur dans tout cela. Comme nous venons de le
voir, Eschyle est né au VIème siècle et mort au Vème siècle. Il ne peut donc pas
avoir écrit cette pensée hautement philosophique au IVème siècle avant JC...
D'autres retranscriptions indiquent que ce serait une citation d'Eschine (à ne pas
confondre avec Eschyle, le premier nommé), ce qui correspondrait mieux à la
phrase prononcé (avec un fort accent allemand) par le patron de la distillerie.
Eschine était quant à lui un grand homme politique athénien, connu pour ses
talents d'orateur et d'improvisateur. Grand rival de Démosthène, il compta parmi
les dix orateurs attiques (grands orateurs s'inscrivant dans le respect strict de la
tradition rhétorique grecque). Respectant scrupuleusement les règles de la
rhétorique classique, Eschine maniait aussi l'ironie pour tourner au ridicule le
discours de ses adversaires. Né vers 390 avant J-C et mort aux environs de 314
avant J-C (le IVème siècle), cela pourrait concorder effectivement. Ce n'est
pourtant pas non plus Eschine qui est l'auteur de cette phrase.
La source de Théo est en réalité à comprendre comme « Chine, IVème siècle
avant Jésus-Christ ». Et l'auteur serait en fait Tchouang-Tseu dit aussi Zhuangzi,
de son vrai nom Zhuang-Zhou. Ce penseur chinois du IVème siècle avant Jésus-
Christ (ouf !) serait l'un des fondateurs du Taoïsme, et l'auteur d'un de ses textes
essentiels, Le Zhuangzi , dit aussi « le classique véritable de Nanhua » (ou Nanhau
zhenjing).
On ne sait que très peu de chose sur ce philosophe chinois, et nous n'avons
même pas de certitudes quant à son existence réelle. Il aurait vécu à Meng, situé
au Sud du fleuve jaune et à proximité de la capitale de l'État de Song. Refusant
des fonctions politiques de premier plan (comme le poste de premier ministre), il
termina sa vie retiré du monde, menant une vie de nomade.
Tchouang-Tseu, le maitre à penser de Théo
Sa pensée s'inscrit en opposition au confucianisme. Il prône en effet
l'individualisme et, d'un certain point de vue, l'anarchisme. Ne déclare-t-il pas
que le monde « n'a pas besoin d'être gouverné, en fait il ne devrait pas être
gouverné » ? Promoteur du concept du Dao, il croit davantage au cours naturel et
à l'ordre spontané : « le bon ordre résulte spontanément quand les choses sont
laissées à leur cours ». Sa pensée est marquée par un profond déterminisme, qui
lui fait privilégier le « dépouillement » et l'absence d'action.
La citation de Théo à propos de la mort semble donc bien dans la lignée
philosophique de la pensée taoïste de Tchouang-Tseu. Le philosophe chinois du
IVème siècle n’a-t-il pas également déclaré : « Mort et vie, conservation et
destruction, succès et échec, pauvreté et richesse, compétence et incompétence,
calomnie et apologie, faim et soif. Ce sont toutes les alternances du destin. Elles
opèrent jour et nuit et on ne peut connaître leurs sources. À quoi bon donc, les
laisser troubler notre paix » ?
Quant à savoir si la philosophie taoïste est en adéquation avec les méthodes de
Théo ou avec celles des tontons, c'est une autre histoire. Leur philosophie,
comme le dit Pascal, c'est plutôt de « défourailler le premier »...
Le Moyen Âge

Maitre Folace : « Quand le lion est mort, les chacals se disputent l'empire.
Enfin, on ne peut pas demander plus aux Volfoni qu'aux fils de Charlemagne
»
Pour décrire la succession difficile de Louis le mexicain (« trois morts subites en
moins d'une demi-heure » dixit Fernand), Maitre Folace fait référence à la
succession oh combien houleuse de Charlemagne, qui déboucha finalement sur
le fameux traité de Verdun.
Cet épisode historique mérite que l'on revienne dessus. Tout d'abord parce
qu'une petite erreur s'est glissée dans le propos du notaire. En effet, ce ne sont
pas les fils de Charlemagne qui ont posé problème, mais ses petits fils !
Pour cela, petit retour au IXème siècle. L'empereur Charlemagne meurt d'une
pleurésie (complication suite à une pneumonie) le 28 janvier 814 à Aix la
Chapelle. Il se fait d'ailleurs enterrer là-bas, dans son palais. Pour sa succession,
le problème va se régler avant sa mort. Son fils ainé Pépin, roi d'Italie, meurt en
810 et le cadet, Charles, en 811. Pour régler sa succession, l'empereur prend
donc la sage décision d'organiser en 813 pas moins de 5 synodes (assemblée
d'ecclésiastiques) pour régler la question de sa succession et l'organisation de
l'Empire. C'est notamment l'objet des conciles de Tours, de Mayence, d'Arles ou
encore de Chalon. Charlemagne prend soin de faire ratifier les décisions de ces
conciles en assemblée générale, à Aix la Chapelle. La succession revient donc
logiquement à l'unique survivant de ses fils : Louis.

Comme pour le mexicain, succession difficile pour Charlemagne


Le 3ème fils de Charlemagne, et unique héritier, lui succède donc sous le nom de
Louis-le-pieux (dit aussi Louis-le-Débonnaire). Il avait en réalité déjà été
nommé empereur dès 813, du vivant de son père. Il se fait néanmoins sacrer en
816 par le pape, complété par un couronnement laïc par un sacre religieux.
Pour régler sa propre succession et assurer à son tour l'unité de l'Empire à sa
mort, Louis-le-pieux va promulguer en 817 le capitulaire « Ordinatio Imperii »,
sorte d'ordonnance législative pour régler sa succession entre les 3 fils qu'il a eu
avec sa 1ere femme, Ermengarde. Par cette décision, le fils ainé, Lothaire Ier est
proclamé empereur et partage le pouvoir avec son père. Pépin 1er est
subordonné à son frère Lothaire et reçoit l'Aquitaine. Enfin, Louis le
Germanique, également subordonné à Lothaire, se voit confier la Bavière.
Malgré les précautions de Louis le Pieux, rien ne va se passer comme prévu. En
effet, Louis le Pieux va avoir un nouveau fils en 823, Charles le Chauve, avec sa
nouvelle femme, Judith de Bavière, ce qui va rompre l'équilibre trouvé par le
capitulaire et remettre en cause le partage entre les trois fils de son premier
mariage. Judith de Bavière n'accepte pas que son fils Charles n’obtienne pas lui
aussi sa part du royaume comme ses demi-frères. Ses derniers vont alors
s'opposer à leur père, refusant de remettre en cause le partage initial.
De son côté, Bernard, roi d'Italie, fils de Pépin d'Italie, petit fils de Charlemagne
et neveu du roi, refuse également le partage décidé entre ses 3 cousins. Louis-le-
pieux lui fera crever les yeux, et Bernard mourra des suites de cette torture. Face
à l'indignation suscitée, l'empereur doit faire pénitence.
Finalement, Louis-le-Pieux fait abolir l'Ordinatio Imperii. Ses 3 premiers fils
vont alors s'unir et finissent par déposer le roi. Il est enfermé dans un monastère
(à Soissons). Sa femme, Judith de Bavière, et son dernier fils, Charles-le-
Chauve, sont également enfermés dans un couvent.
Lothaire 1er, l’ainé, prend alors sa succession et se considère comme le nouvel
empereur. Au point de rendre jaloux ses frères. Ces derniers s'unissent contre lui,
ce qui le force à s'enfuir en Italie. Louis-le-Pieux est finalement rétabli dans ses
fonctions de roi avec l'aide de deux de ses fils qui l'avaient précédemment
déposé ! Vous suivez ? Car ce n'est pas fini.
En effet, Pépin Ier puis Louis-le-Pieux meurent respectivement en 838 et 840.
Lothaire Ier revient et tente de s'emparer à nouveau de la succession. C'est une
nouvelle guerre de succession qui s'annonce. Logiquement, les deux demi-frères,
Louis-le-Germanique et Charles -le-Chauve vont s'unir contre lui. Suite à une
écrasante défaite à Fontenoy-en-Puisaye (près d'Auxerre), Lothaire est contraint
de négocier avec ses frères, ce qui aboutira au partage de l'Empire conclu par la
signature du traité de Verdun en 843.
Dans ce partage, Charles-le-Chauve obtient la partie occidentale de l'Empire, que
l'on nomme la France (ou Francie Occidentale). Louis-le-Germanique hérite
quant à lui des territoires de l’Est de l'Empire, à l'est du Rhin, la Germanie (ou
Francie orientale). Lothaire, enfin, reçoit la partie située entre ces deux francies,
avec notamment l'ex-capitale Aix-la-Chapelle. Ce que l'on nomme la Lotharingie
(ou Francie Mediane).
Le traité de Verdun, partage entre les petits fils de Charlemagne
La guerre de succession de Charlemagne est enfin terminée. Mais à ce moment
du film, celle du Mexicain ne fait que commencer. Et gare au retournement
d'alliances.
Fernand Naudin : « Qu'est ce que t'organises ? Un concile ? »
Comme nous venons de le voir précédemment, Charlemagne était un grand
organisateur de conciles lorsqu'il avait dû régler sa succession. Lorsque Fernand
Naudin débarque avec Pascal et Maitre Folace sur la péniche des Volfoni, il
interrompt ce qui ressemble fort à un « meeting » (dixit Pascal) par cette formule
cinglante. Mais qu'est-ce qu'un concile finalement ?
Le mot « concile » vient du latin « concilium », qui signifie « assemblée ». Le
mot « synode » est un quasi synonyme de concile, qui vient du grec ancien «
sun-odos », c'est à dire « chemin commun ». Un concile est ainsi une assemblée
d'évêques dans l'Eglise catholique ou orthodoxe. Cette assemblée a une
dimension essentielle dans l'église chrétienne car elle permet de régler
l'organisation hiérarchique et de prendre des décisions sur les règles de la foi et
la discipline commune, ces décisions pouvant déboucher sur des canons ou des
lois. Un concile est convoqué à la demande du pape ou du patriarche, c'est à dire
le supérieur hiérarchique des évêques. L'histoire des conciles remonterait à l'an
49, avec le Concile de Jérusalem, assemblée qui fut la première à déclarer que
les chrétiens n'étaient pas soumis à la loi judaïque (par exemple à la
circoncision).
Un autre genre de concile que celui des Volfoni, le Concile de Nicée
L'allusion de Fernand Naudin au mot « concile » peut cependant prêter à sourire.
En effet, comment peut-on sérieusement comparer une assemblée d'évêques avec
cette soirée sur une péniche où sont réunis autour de la table, entre autre, une
mère maquerelle (Madame Mado), un responsable de distillerie clandestine
(Théo) et des gérants de tripots clandestins (Tomate et les Volfoni). Quoiqu’il en
soit, monsieur Fernand préside finalement le conseil d'administration en sa
qualité de nouveau « Pape », distribuant au passage quelques « bourre-pifs ».
Mais enfin, si Fernand Naudin avait vraiment voulu « taquiner » les esprits, il
aurait aussi pu parler de « conclave » (ce qui signifie littéralement « pièce
fermée à clef »). Cette assemblée de cardinaux, enfermée dans un pièce, est en
effet en charge d’élire le nouveau Pape. Heureusement que le « mexicain » n’
était pas tombé dans ce genre de pratique.
Avec l’utilisation du terme « concile », Michel Audiard fait aussi écho à
l'actualité immédiate. En effet, le Pape Jean XXIII venait à l'époque d'ouvrir le
fameux concile Vatican II (IIème concile œcuménique du Vatican, après l'échec
du 1er, en 1870) le 11 octobre 1962. Celui-ci prendra fin sous le pontificat de
Paul VI, le 8 décembre 1965. Pendant le tournage des Tontons Flingueurs , nous
sommes en plein concile Vatican II, ce qui en fait donc un habile clin d'œil. Au
cours des 3 ans que dura le Concile, qui fut l'évènement le plus important de
l'église Catholique au XXème siècle, le Vatican va faire d'importantes ouvertures
et adaptations au monde moderne. En découlera une simplification de la liturgie
(avec l'abandon du Latin), le retour aux origines du christianisme avec l'égalité
du « peuple de Dieu », la liberté religieuse (nul ne doit être empêché ou contraint
de pratiquer une religion), le renforcement des relations avec les autres religions
(notamment dans l'enseignement du judaïsme)...
Hasard du calendrier, c’est en 1963, l’année du tournage et de la sortie du film
sur les écrans, que le Vatican connait un changement de pape. En pleine période
de concile, Jean XXIII s’éteint. Commence alors le pontificat de Paul VI, élu le
21 juin 1963, et qui sera Pape jusqu’à sa mort, en août 1978.

Le nouveau pape Paul VI au concile Vatican 2


L'Ancien régime

Fernand Naudin : « Ah parce que c'est peut-être pas du Louis XVI ? »


Antoine Delafoy : « C'est du Louis XV ».
Mais au fait, quelles différences entre les styles Louis XV et Louis XVI ?
Le « Louis XV », tout d'abord, apparait dans un premier temps comme un
renouvellement du style des sièges, avant de révolutionner l’ensemble du
mobilier. Ces principales caractéristiques sont d'utiliser des lignes courbes pour
la forme, et principalement le bois pour matériau. Ce style apparait sous sa
forme extrême dans ce que l'on appelle le « rococo », et s'inspire du classicisme
et d'une ornementation très riche.

Un fauteuil de style Louis XV


Le style « Louis XVI » qui va lui succéder est en opposition avec le « Louis XV
». Les formes « rococo » sont rejetées et laissent place à des formes
géométriques plus rigoureuses et proches du néoclassicisme (rectangle, carré,
rond). De même, aux ornementations très riches du style « Louis XV », s'oppose
la sobriété et la décoration minimaliste du « Louis XVI ». La décoration du
mobilier joue davantage sur les formes symétriques, s'inspirant largement de la
nature ainsi que de l'époque antique. Les dorures ne décorent alors le mobilier
que par petites touches.
Par comparaison, un fauteuil de style Louis XVI
Effectivement, le fauteuil sur lequel s'assoie Antoine Delafoy pour remettre ses
chaussures (sic) nous semble, par sa forme et sa décoration appartenir plutôt au
style Louis XV. Au grand désespoir de l’oncle Fernand qui a décidément bien du
mal à lui clouer le bec.
La Révolution française

Fernand Naudin : « Mais qu'est-ce que c'est ? Une révolte ? »


Maitre Folace : « Non sire, une révolution ! »
C'est l'une des citations les plus célèbres de l'histoire de France. Ici, Michel
Audiard retranscrit presque dans son jus ce dialogue historique. Mais qui donc
fit ainsi preuve d'une telle lucidité ? Et à quel moment précisément ?
Petit retour en 1789, à la veille de la révolution française. Le 5 mai, débutent à
Versailles les Etats Généraux qui réunissent autour du Roi les trois ordres
distincts : le tiers état (600 membres environ), la noblesse (300 membres
environ) et le clergé (300 membres environ). Le 17 juin, les représentants du
tiers état se proclament Assemblée Nationale. Trois jours plus tard, ils se
réunissent dans la salle du Jeu de Paume, leur salle de réunion habituelle étant
interdite d'accès sur ordre du Roi. A l'initiative de Bailly, futur maire de Paris, ils
prêtent serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution solide
au royaume. Le 22 juin, 150 députés du clergé se joignent à ceux du tiers état. Le
23 juin, Louis XVI récuse la réunion des trois ordres et demande aux députés de
se retirer. C'est à cette occasion que Mirabeau, s'adressant au Marquis de Brézé,
le représentant du Roi, déclare « allez dire à votre maitre que nous sommes ici
par la puissance du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance des
baïonnettes ». Le 24 juin, la grande majorité du clergé rejoint le tiers état. Le 25
juin, c'est au tour d'une cinquantaine de députés de la noblesse de faire de même.
Dont un certain duc de la Rochefoucauld-Liancourt. Le 27 juin, le roi lui même
invite ce qu'il reste du clergé et de la noblesse à se joindre également au tiers
état. Le 9 juillet l'Assemblée se déclare Constituante. Le 12 juillet, des incidents
surviennent à Paris et des électeurs forment une milice, la garde nationale. Le 14
juillet, le peuple de Paris cherche des armes et se rend à la Bastille qui fait figure
d'arsenal. Le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, est massacré. Sa
tête est fixée au bout d'une pique et est promenée au Palais-Royal. Le 14 juillet
au soir, la Bastille est tenue par les insurgés. Le roi Louis XVI, revenant d'une
partie de chasse écrira de cette journée dans son journal intime : « Rien ». Il est
en effet revenu bredouille de la chasse. Le roi n'ayant pu être tenu informé le
jour même des évènements survenus, cette assertion dans son journal intime peut
se comprendre, Mais elle garde pour l’éternité la trace d’un total décalage de la
monarchie avec les aspirations de l’époque.
Ce n'est que le 15 juillet au matin, vers 8h, que le duc de la Rochefoucauld-
Liancourt vient informer le roi des évènements de la veille et de la prise de la
Bastille. Celui-ci officie en effet à Versailles comme grand maitre de la garde
robe. Louis XVI lui demanda alors : « C'est une révolte ? ». Et le Duc de La
Rochefoucauld-Liancourt de lui répondre avec lucidité sa prémonition « Non
sire, ce n'est pas une révolte, c'est une révolution ».

Duc de la Rochefoucauld-Liancourt : « Non sire, une révolution »


Néanmoins, d'autres sources, comme le récit de la marquise de la
Rochejaquelein, semble accréditer l'idée que Versailles et la cour avait eu vent,
dans la journée du 14 juillet, des évènements survenus à Paris. Quoiqu'il en soit,
la prise de la Bastille restera le grand mythe fondateur de la révolution. Une
partie de la noblesse ne s'y trompa d'ailleurs pas. On note en effet une importante
vague d'émigration dès le lendemain de la prise de la Bastille. Et le 16 juillet, ce
sont d'importantes figures du royaume qui choisissent de se réfugier aux
frontières du royaume, tel le Comte d'Artois (frère du roi Louis XVI, et futur roi
Charles X) ou encore le prince de Condé. Politiquement, la prise de la Bastille
entraine le départ des principaux ministres (De Villedeuil, De Broglie, De La
Vauguyon).
La fameuse phrase de La Rochefoucauld-Liancourt réapparaitra quelques années
plus tard, en juillet 1833, lors d'un débat à la chambre des députés entre La
Fayette et le fils du duc de La Rochefoucauld-Liancourt au sujet d'une pension
pour les vainqueurs de la Bastille. La Rochefoucauld fils s'opposant à ce projet,
La Fayette lui rappela alors les mots de son Père à Louis XVI.
Le scénario des Tontons flingueurs n'aura pas la même issue fatale pour le
nouveau roi du royaume du mexicain, Fernand Naudin. Ce dernier mettra fin à la
révolte. Les récalcitrants seront soit éliminés (Théo et sa bande) soit rentreront
dans le rang (les Volfoni). Michel Audiard était-il légitimiste ?
Tomate : « J'ai l'impression qu'on annonce monsieur Dugommier »
C'est une des références les plus étranges et improbables du film. Mais qui est
donc ce monsieur Dugommier ? Dugommier ? A Paris, sur la ligne 6, il y a bien
une station de Métro qui s'appelle Dugommier, à côté de la mairie du 12ème
arrondissement.
Le pire, c'est qu'à la naissance, ce monsieur ne s'appelle même pas Dugommier,
mais Jacques-François Coquille. Natif de Trois-Rivières en 1738, il s'engage
dans une carrière militaire, et participe aux guerres contre l'Angleterre, pour
défendre la Guadeloupe et la Martinique. Retiré en Guadeloupe comme
exploitant agricole, il est élu à l'Assemblée coloniale pendant la révolution
française, et devient commandant de la garde nationale en Martinique.
Elu député de la convention à partir de 1792, il siège ensuite en métropole puis
repend du service dans l’armée et participe, avec le jeune Bonaparte, à la prise
de la ville de Toulon en 1793, alors aux mains des anglais. En 1794, il prend la
tête de l'armée dans les Pyrénées pour combattre les espagnols. Il enchaine
rapidement les victoires (Tech, Albères, Collioure, fort de Bellegarde). Il est
finalement tué le 17 ou 18 novembre 1794 lors de la bataille de la Sierra Negra
en Catalogne. Il y reçoit un éclat d'obus alors qu'il surveillait ses troupes depuis
le sommet de la montagne. Napoléon lui rendra hommage en mémoire du siège
de Toulon. Et son nom est inscrit sur les murs du Panthéon.
« J'ai l'impression qu'on annonce l'arrivée de monsieur Dugommier »
Il fallait néanmoins une grande culture historique pour dénicher le nom de ce
général de la révolution. La comparaison n'annonce en tout cas rien de bon pour
Fernand Naudin, qui conduit alors le camion de pastis clandestin.
Le Premier Empire

Fernand Naudin : « Ouais, n'empêche qu'à la retraite de Russie, c'est les mecs
qu'étaient à la traîne qu'ont été repassés »
La retraite de Russie. On n'évoque plus tellement ce qui fut pourtant l’un des
épisodes les plus marquants et tragiques de l'Histoire de France. Même pour les
années 1960, cette référence semble venir de très loin. On peut y voir sans doute
la patte de Michel Audiard, grand lecteur et amoureux de littérature. Nous
associons en effet le plus souvent la retraite de l'armée napoléonienne au roman-
feuilleton de Tolstoï, Guerre et Paix . Mais, pour Audiard, il faut plutôt chercher
ses sources d'inspiration du côté de Balzac, dont il dévore les romans. Le grand
romancier français du XIXème, dont l'œuvre est fortement marquée par l'épopée
napoléonienne, fait en effet à plusieurs reprises de la campagne de Russie le
sujet de ses romans. Dans L'Adieu , Balzac dresse ainsi le portrait déchirant d'une
femme séparée du militaire français qu'elle aimait lors du passage de la
Berezina. Bataille de la Berezina que l'on retrouve également dans La Peau de
Chagrin . L'atmosphère de débandade de la retraite de Russie est également
largement dépeinte dans Le médecin de campagne .
Si Michel Audiard n'a aucun mal à trouver des récits de cet épisode tragique
dans la littérature, qu'en est-il de la réalité historique ?
Tout commence en 1812 avec la campagne de Russie. Napoléon rassemble 450
000 hommes dans ce que l’on appelle la Grande Armée. C'est d'ailleurs,
effectivement, la plus grande armée jamais rassemblée pour l'époque. Elle est
commandée par les plus grands maréchaux de l'Empire : Murat, Davout, Mortier,
Lefebvre, Ney, Gouvion Saint-Cyr, Poniatowski... presque de quoi faire le tour
complet des boulevards des Maréchaux à Paris ! Après avoir conquis toute
l'Europe, Napoléon 1er est au fait de sa gloire en 1812. Il a conquis toute
l'Europe, de l'Espagne à la Russie. Le traité de Tilsit fait de Napoléon et de la
Russie des alliés. Seule l'Angleterre résiste. Napoléon espère donc atteindre
l'Angleterre, qui possède alors la maitrise des mers, en s'emparant de sa colonie
anglaise de l’époque : l'Inde. Et pour atteindre l'Inde, il faut passer par la Russie.
Mais la Russie n'est plus un allié fiable, car elle continue de faire du commerce
avec l'Angleterre, en violation avec le traité d’alliance. Napoléon lance donc sa
grande coalition (composée de français, d'autrichiens, de Prussiens, de Saxons,
de Polonais...) contre l'empereur Alexandre 1er de Russie.
Les russes sont surpris, et la grande armée avance rapidement en territoire russe
jusqu'à Moscou. Pour finalement s'emparer de la ville après la victoire de la
Moskova sur l'armée de Koutouzov. Napoléon s'installe au Kremlin, le palais des
tsars, et ses troupes occupent Moscou. Le Maréchal Mortier est nommé
gouverneur de la ville.
Coup de génie, coup de bluff ou suicide, les russes vont alors incendier la ville,
qui sera détruite au trois-quarts, privant ainsi l'armée napoléonienne de vivres.
La Grande Armée doit donc faire demi-tour et commence alors cette fameuse
retraite, qui restera comme un des plus grands désastres de l'Histoire militaire.
Les troupes de Napoléon quittent en effet Moscou le 18 octobre 1812. Mais c'est
trop tard, le froid s'abat sur des soldats mal équipés pour ce climat et mal
encadrés par des officiers dépassés. La retraite est désordonnée, marquée par les
pillages de troupes indisciplinées, qui ont faim et froid. Napoléon commet aussi
l'erreur de passer par le même chemin qu'à l'aller. Les russes y avaient pourtant
détruit les vivres et les récoltes avoisinantes, privant les troupes napoléoniennes
de ravitaillement au retour. Les chevaux ne résistent pas non plus et sont mangés
par des hommes affamés.
Au passage de la Berezina, il ne fallait pas être à l'arrière en effet
Le 25 novembre, c'est une troupe de seulement 50 000 hommes qui se présente
pour traverser la Bérézina. Le fleuve n'est pas gelé, et les troupes russes
occupent le seul pont de la région. Napoléon fait construire deux ponts pour faire
passer ce qu'il reste de son armée. Entre le 26 et le 28 novembre, soldats,
voitures et marchandises vont traverser la Bérézina dans des conditions
difficiles. C'est justement le 28 que les russes passent à l'attaque. Les ponts sont
détruits par les pontonniers français pour empêcher les russes de passer. Laissant
environ 10 000 hommes, qui n'avaient pas encore traversé le fleuve, à la merci
des russes. Donc Fernand Naudin fait bien d'être sur ses gardes. A la Bérézina, il
ne fallait pas être à la traine...
Pour la petite histoire, des chercheurs ont récemment exhumé, du côté de
Vilnius, des squelettes de soldats de la grande armée (ils avaient sur eux des
pièces de 20 francs). Et ce qu'ils ont mis en évidence est assez incroyable.
L'armée de Napoléon n’aurait pas été vaincue par le froid, ni par la faim, ni par
les russes... mais par les poux ! En effet, la grande armée, en traversant des
régions et des routes sales, auraient pour beaucoup d’entre eux contracté le
typhus, diffusé par des poux. Beaucoup de soldats sont alors victimes de fortes
fièvres et de plaques rouges. Vinrent s'ajouter à cela des problèmes de
dysenterie, dus à des problèmes de ravitaillement en eau potable. Un mois
seulement après le début de la campagne de Russie, 80 000 soldats sont déjà
frappés par le typhus et sont morts ou invalides. L'épidémie va se diffuser, et
faire des ravages pendant tout le reste de la campagne.
A noter que Monsieur Fernand emploie ici l'expression « se faire repasser »,
utilisée encore fréquemment aujourd’hui dans le langage populaire. L'expression
signifie à l'origine se faire arnaquer, escroquer ou berner par quelqu'un. Dans le
cas présent, cela signifierait plutôt « retourner tout droit à la maison mère », ou
six pieds sous terre.
La Monarchie de Juillet
Antoine Delafoy : « L’ironie du primate, l'humour Louis-philippard... »
Le qualificatif « Louis-philippard » est loin d'être un compliment adressé à oncle
Fernand qui vient de critiquer Antoine et ses « instruments de ménage » destinés
à faire de la musique expérimentale. L'expression se réfère, bien-sûr, au règne du
roi des français, Louis-Philippe 1er, entre 1830 et 1848. « Louis-philippard » est
ainsi relatif à une politique « petite-bourgeoise », répressive pour les classes
populaires, mais libérale et bienveillante pour la bourgeoisie. Rapporté à
Fernand Naudin et à son humour, le terme qualifiera donc un certain
conformisme et une étroitesse d’esprit.
Revenons pour cela quelques instants sur le règne de Louis-Philippe. Il est le fils
de Philippe « Egalité », le cousin du roi Louis XVI, de la branche des Orléans, et
qui vota sa mort. A la faveur de l'abdication de Charles X, suite à la révolution
dite des « Trois Glorieuses » en juillet 1830, Louis-Philippe arrive au pouvoir et
prend le nom de Louis-Philippe 1er. Il devient roi des français, et non plus roi de
France, et instaure ce qui s'appellera « la monarchie de juillet ».
Sa légitimité est pourtant dès le départ contestée par les tendances politiques de
tous bords. A sa droite, les légitimistes contestent l'abdication de Charles X, qu'il
considère toujours comme le vrai roi de France. A la mort de « leur » roi, il
prenne le parti de « Henri V », plus connu sous le nom de Comte de Chambord.
Petit fils de Charles X, il est aux yeux des royalistes ultras le seul descendant
légitime. de la couronne de France. Louis-Philippe n'est donc qu'un usurpateur,
un « Orléans », qui plus est le fils d’un régicide. A sa gauche, ce sont les
républicains modérés qui contestent son autorité. L'opposition est notamment
incarnée par Alphonse de Lamartine, un ancien monarchiste passé dans le camp
républicain. Plus à gauche encore, l'opposition républicaine s'incarne aussi par
des figures comme les socialistes Armand Barbès ou Auguste Blanqui.
Fernand Naudin a un humour Louis-philippard
Louis-Philippe gouverne donc au centre, et va asseoir sa légitimité sur sa base
orléaniste, incarnant une monarchie libérale et modernisée. Le roi va s'appuyer
successivement, tout au long de ses 18 ans de règne, sur quelques grandes
figures du régime : François Guizot et le Duc de Broglie pour le parti orléaniste
(centre droit), Odilon Barrot et Adolphe Thiers (centre gauche) ou des figures
glorieuses de l'époque impériale, comme le Maréchal Soult.
Pendant les premières années de son règne, Louis-Philippe est apprécié et aimé
de ses concitoyens qui l’appellent même le « Roi Citoyen ». Son train de vie
modeste et son exercice du pouvoir modéré tranchent avec ses prédécesseurs. Le
roi entreprend un rapprochement avec l'Angleterre et la reine Victoria. L'heure
est à l'entente cordiale. Victor Hugo lui est reconnaissant d'avoir gracié pendant
son règne tous les condamnés à mort.
Mais, sa popularité va progressivement se dégrader avec l'arrivée au pouvoir des
conservateurs, rassemblés autour de la figure de François Guizot, en
remplacement des réformistes incarnés par Adolphe Thiers. Le pouvoir ne
parvient pas à empêcher la paupérisation des classes populaires, la baisse du
niveau de vie et l'accroissement des inégalités. Dès 1831, Honoré Daumier
croque le roi des français, le représentant en forme de poire, tel un Gargantua,
insistant particulièrement sur sa bedaine et ses rouflaquettes. Le pouvoir, déjà
fragilisé par l'opposition conjointe du camp républicain et des légitimistes, est de
plus mis en cause dans plusieurs scandales retentissant (l'affaire Choiseul
notamment). Par ailleurs, la crise économique de 1846-1848 frappe de plein
fouet le pays. A partir de 1847, les républicains organisent une campagne dite
des « banquets ». Cette campagne, qui prend la forme de « banquets » leur
permet de contourner l'interdiction des réunions politiques.
Louis-Philippe, caricaturé en forme de Poire par Daumier
L'interdiction des « banquets » en février 1848 suscite dans la foulée la
démission de François Guizot et l'abdication du roi Louis-Philippe. Ce dernier
part en exil pour l'Angleterre avec sa famille. La reine Victoria lui met à
disposition le château de Claremont. Comme quoi, l'entente cordiale avec
l'Angleterre lui aura servi à quelquechose. Il meurt en exil deux ans plus tard.
Entre temps, la deuxième République est proclamée le 24 février 1848. Elle sera
présidée par Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III. Pour prendre le
pouvoir, il rentre de son exil... en Angleterre.
La Colonisation

Raoul Volfoni : « C't'espèce de drôlerie qu'on buvait dans une petite taule de
Biên Hoa pas tellement loin de Saigon »
Nous sommes dans la cuisine avec les Tontons. Après s'être risqué au « bizarre
», à cette « boisson d'homme », l'atmosphère se détend, et on se laisse aller à
l’évocation des souvenirs et aux confidences. Visiblement, les Tontons ont des
références communes quand il est question de « taule » ou alcool. Et les
souvenirs sont coloniaux. Ils ont apparemment fait étape quelques temps à Biên
Hoa, au Sud du Viêt Nam. Cette ville proche de Saigon (située à 30 km) est
surtout connue pour avoir abrité une base aérienne de l'Armée de l'air française,
ayant notamment servi lors de la guerre d'Indochine. Les américains en feront
par la suite une de leur base militaire pendant de la guerre du Viet Nam.
« Bien Hoa, pas tellement loin de Saigon »
Et Saigon ? C'est l'ancien nom d'Hô-Chi-Minh-Ville, rebaptisée en 1975 du nom
du leader communiste suite à la prise de la ville par les troupes du nord Viêt
Nam. Grande ville du Sud du pays, c'est le vrai poumon économique du pays
devant Hanoi, la capitale. Saigon, joua un rôle essentiel sous l'ère coloniale
française (l'époque dont parlent les Tontons). A partir de 1887, au début de l'ère
coloniale, elle devient en effet la capitale de la province de la Cochinchine, puis
de toute l'Indochine française (qui regroupe alors la Cochinchine, l'Annam, le
Tonkin, le Laos et le Cambodge). Après l'indépendance en 1954 et la partition de
l'Indochine française en trois pays, (le Laos, le Cambodge et le Viet Nam),
Saigon devient la capitale du Viet Nam (pays qui regroupe la Cochinchine,
l'Annam et le Tonkin). Siège du commandement américain pendant la guerre du
Viet Nam et centre économique du Sud Viet Nam, elle perdra son statut de
capitale pour Hanoi suite à sa chute en 1975.
Fernand Naudin et Raoul Volfoni évoquent leur jeunesse en Indochine. Mais que
faisaient-ils là-bas ? Nous n'en saurons pas plus. Leur passage à Biên Hoa, qui
constituait alors une grande base aérienne militaire, peut cependant nous donner
quelques indices. Ou bien ils effectuaient leur service militaire sur cette base
française, ou alors ils trempaient déjà dans des affaires douteuses. La proximité
de la base aérienne procurait aux trafiquants une clientèle nombreuse de jeunes
hommes, susceptibles de claquer leur solde dans des alcools de fabrication
maison, dans l'opium (alors très répandu en Indochine française) ou encore dans
des maisons closes comme celle à « volets rouges » de Lulu la nantaise.
D'ailleurs, les Tontons venaient ils fréquenter l’établissement de la belle taulière
en tant que client ou comme hommes de mains pour en assurer la protection ?
Mystère...
Antoine Delafoy : « Bref seul rescapé d'une famille ébranlé par les guerres
coloniales »
Quand Antoine Delafoy parle de « guerres coloniales » de quelles guerres parle-
t-il ? Pour comprendre, petit retour en arrière sur les deux principales périodes de
constitution de l’empire colonial français.
La première période se situe à partir du XVIème pour se terminer à l’époque
napoléonienne, au début du XIXème siècle, avec la perte de l’essentiel de ce
premier empire colonial. Ce dernier était constitué à partir du XVIème siècle
avec la conquête de territoires nord-américains (la Louisiane, le Canada…), d’un
certain nombre d’îles aux Antilles, par l’archipel des Mascareignes dans l’Océan
Indien, et enfin par des conquêtes en Afrique et en Inde, avec l’établissement de
comptoirs. La France du XVIIIème siècle, affaiblie par la guerre de sept ans, est
contrainte de renoncer à un certain nombre de territoires en Amérique et en Inde,
pour ne conserver que quelques territoires antillais (Saint-Domingue,
Martinique, Guadeloupe), et des comptoirs (Pondichéry). Le commerce avec les
îles va d’ailleurs prospérer, notamment grâce au café et au sucre au XVIIIème.
Mais aussi malheureusement avec le trafic d’esclaves. Bien que marié à une
béké martiniquaise, Joséphine de Beauharnais, Napoléon délaisse ces colonies
pour se consacrer à ses conquêtes en Europe.
Ce n’est qu’à partir de 1830 que la France repart à la conquête de nouveaux
espaces pour à nouveau bâtir un vaste empire jusqu’à la fin du XIXème siècle.
Tout d’abord en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Elle se tourne aussi
vers l’Asie, avec la conquête de la péninsule Indochinoise, et en Océanie
(Polynésie, Nouvelle-Calédonie). Ce vaste empire, le deuxième plus étendu
après l’empire colonial britannique, couvrira à son apogée près de 1/10ème de la
surface de la terre.
En 1963, la France achève son processus de décolonisation entamé au lendemain
de la Seconde Guerre Mondiale. Le sujet est donc encore brûlant. Le Maroc, la
Tunisie, l’AOF (Afrique Occidentale Française), l’AEF (Afrique Equatoriale
Française)...
En faisant référence aux guerres coloniales, Antoine Delafoy fait ici
indirectement référence aux récents conflits dans laquelle la France a été
durement engagée dans les années d’après-guerre, et qui se sont soldés par le
processus de décolonisation : Guerre d’Indochine (1945-1954), Guerre d’Algérie
(1954-1962). Quant aux aïeux de « monsieur Antoine », ils ont
vraisemblablement participé aux conquêtes de la fin du XIXème et du début
XXème, que ce soit en Afrique de l’ouest, au Maroc ou encore en Indochine.
La Première Guerre mondiale

Raoul Volfoni : « Il faut dire Monsieur Raoul vous avez buté Henri, vous avez
même buté les deux autres mecs ; vous avez peut être aussi buté le Mexicain,
puis aussi l'archiduc d'Autriche... »
Raoul Volfoni s'emporte. Il sent les accusations portées contre lui par Théo puis
Fernand Naudin à propos des « trois morts subites en moins d'une demi-heure ».
Mais que vient faire là cet Archiduc d'Autriche ?
Il est question ici de François-Ferdinand de Habsbourg-Este. Ouf ! Oui, rien que
ça ! Né en 1863 à Graz, il est le fils de Charles-Louis d'Autriche, le frère de
l'empereur François-Joseph. Neveu de l'empereur, prince royal de Hongrie et de
Bohême, il est aussi l'héritier du trône de l'Empire austro-hongrois.
Nommé inspecteur général des armées par l'empereur, il participe à des
manœuvres en Bosnie au mois de juin 1914. Le 28 juin, François-Ferdinand est
en visite à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, et à l’époque une des
composantes multiples de l’Empire Austro-hongrois. Le parcours en voiture de
l'Archiduc à travers la ville est l'objet d'un attentat à la grenade. Si François-
Ferdinand n'est pas blessé directement, les occupants de la voiture suivante le
sont. Il demande donc à aller les visiter à l'hôpital. Ce changement d'itinéraire
imprévu oblige la voiture à s’engager et à s'arrêter au milieu de la foule. Un
jeune militant nationaliste serbe, Gavrilo Princip, en profite pour tirer sur
l'archiduc et sur sa femme Sophie. Le couple décède quelques minutes plus tard.
En Serbie, on observe des manifestations de joie à l'annonce de la nouvelle. Le
28 juillet, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre contre la Serbie, accusée d'avoir
organisé l'attentat. L'Allemagne apporte son soutien à son allié autrichien, tandis
que la Russie lance une mobilisation générale pour soutenir la Serbie.
L'Allemagne déclare la guerre à la Russie. En vertu de l'accord de triple entente
entre les trois pays, la France et l'Angleterre soutiennent la Russie et déclare la
guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. C'est l'embrasement de toute
l'Europe, pour une guerre qui ne devait durer que quelques semaines (elle dura
plus de 4 ans), et devait être « la der des ders » (on connait la suite).
Non, ce n'est pas Raoul Volfoni qui a tué l'Archiduc d'Autriche
Raoul Volfoni en rajoute donc pour notre plus grand plaisir, d'autant que le
coupable de cette affaire est parfaitement connu. Hasard des évènements,
quelques jours seulement avant la sortie du film, un autre assassinat va marquer
l'histoire : celui de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963. Et
pour celui-là, niveau coupable, il y a encore des zones d'ombres : Lee Harvey
Oswald seul, pas seul, la mafia, les cubains, les castristes, les anticastristes, le
KGB, la CIA, les sudistes, le Vice-président Johnson, et pourquoi pas... Raoul
Volfoni finalement ? On pourrait donc remplacer l'archiduc par JFK dans le
dialogue, cela aurait aussi très bien fonctionné.
La Seconde Guerre mondiale

Raoul Volfoni : « Qu'est ce qui te gêne toi ? »


Théo : « Le climat : trois morts depuis hier, si ça doit tomber comme à
Stalingrad... Une fois ça suffit. J'aime autant garder mes distances »
Théo, « l'ami fritz » et ancien légionnaire fait ici allusion à sa participation à la
bataille de Stalingrad. Celle-ci s'est en effet déroulée exactement 20 ans avant le
tournage du film, et il est donc crédible d'en retrouver encore des vétérans.
Stalingrad fut l'objet de ce qui a été probablement la bataille la plus féroce de la
Seconde Guerre mondiale. De par son nom, celui du maitre de l'URSS à
l'époque, elle revêt un enjeu stratégique majeur pour les deux camps. Le gain ou
la perte de cette ville était symboliquement très fort pour Hitler comme pour
Staline. Anciennement appelée Tsaritsyne (jusqu'en 1925), puis Stalingrad (de
1925 à 1961), elle est désormais connue sous le nom de Volgograd.
Petit retour sur l’une des batailles les plus sanglantes de la guerre et d'abord sur
son contexte. Nous sommes en 1941. Le 22 juin, Adolf Hitler lance l'opération
Barbarossa (en référence à Frédéric Barberousse, l’illustre Roi de Prusse). C'est
à ce jour la plus grande invasion de l'histoire militaire avec pas moins de 4
millions d'hommes, 600 000 chevaux et 600 000 véhicules qui pénètrent ainsi en
URSS.
Les troupes de la Wehrmacht progressent rapidement, profitant de l'effet de
surprise et d’une supériorité (momentanée) en hommes et en matériels. D'autant
que du côté russe, l'armée rouge a subit les grandes purges de Staline, et se
trouve encore très désorganisée. La progression allemande est marquée par de
nombreuses atrocités. En effet, la convention de Genève ne s'applique pas sur le
front de l'Est. Les populations et les prisonniers sont affamés tandis que les
einsatzgruppen procèdent aux exécutions sommaires des juifs, des tziganes, des
handicapés et des opposants.
Le principal objectif d'Hitler est de prendre Moscou pour décapiter le pouvoir
soviétique qui siège au Kremlin. En novembre 1941, la ville est proche de
l'encerclement, et la Wehrmacht est à seulement 30 km de Moscou. Les pertes de
l'armée rouge sont considérables. Finalement, profitant du terrible hiver russe de
cette année-là, c’est une armée soviétique galvanisée qui lance une contre-
offensive en décembre et parvient à faire reculer les allemands jusqu'en janvier.
Il faut dire que les soldats russes n'ont pas le choix, ils sont terrorisés. Les
instructions de Staline sont claires. Ceux qui refusent d'avancer seront exécutés.
La bataille de Moscou est évaluée par les historiens comme la plus grande
bataille de tous les temps, avec environ 7 millions d'hommes mobilisés, dont 2,5
millions tués, blessés ou fait prisonniers.
Hitler, mis en échec dans la conquête de Moscou, va changer son objectif pour
Stalingrad. Si la visée est hautement symbolique, l'objectif est aussi de faire
main basse sur le Sud de l'URSS, riche en gaz et en hydrocarbures. C'est ainsi
que commence la bataille de Stalingrad, en juillet 1942, avec une lutte acharnée
pour le contrôle de la ville. Pendant plus de 6 mois, les deux armées vont se faire
face dans des combats urbains, dans les décombres d'une ville en ruine. Les
soviétiques lancent une contre-offensive et vont finalement encercler les troupes
allemandes. La bataille prend fin en janvier 1943 avec la réédition du Maréchal
Von Paulus le 31 janvier, allant à l'encontre des ordres d'Hitler qui lui interdisait
pourtant de se rendre. C'est donc une armée allemande épuisée et affamée qui se
rend, avec environ 380 000 soldats tués, blessés ou fait prisonniers. Du côté
soviétique, on en compte plus d'un million.

Capitulation du Maréchal Von Paulus à Stalingrad


Constituant un des tournants stratégiques majeurs de la Seconde Guerre
Mondiale, la Wehrmacht ne cessera plus de reculer malgré une nouvelle
offensive symbolique sur Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg). La bataille
de Koursk, en juillet 1943, portera un nouveau coup sévère aux soldats
allemands et à leurs alliés qui avaient pourtant réussi à se réorganiser et à
prendre Kharkov.

Effectivement, si ça doit tomber comme à Stalingrad...


Théo s'est-il enfuit à temps de Stalingrad encerclé ? A-t-il été fait prisonnier lors
de la capitulation ? Nous ne saurons pas. Mais quoiqu'il en soit, les prisonniers
allemands sur le front de l'Est auraient été environ 3 millions. Dont 1 million
sont morts en captivité. A Stalingrad, c'est la 6ème armée, commandée par
Friedrich Von Paulus, qui est engagée pour porter l'assaut, et qui se est encerclée.
Lorsque celle-ci se rend, 91 000 soldats allemands sont faits prisonniers. Ils
n'auraient été que 6000 rescapés à revenir des camps russes. Les prisonniers de
guerre allemands n'étant libérés que progressivement par l'URSS, de la fin des
années 1940 au milieu des années 1950. Théo doit donc avoir un sacré parcours
pour en être arrivé là. D’autant qu’il aurait peut être aussi été légionnaire (nous
allons y revenir). La distillerie clandestine, c'est sûr, ça doit lui paraitre presque
reposant en comparaison.
Théo : « Vous n'avez peut être pas les mêmes raisons. Vous avez gagné la
guerre, vous »
Théo rappelle ici à son nouveau « taulier » qu'il a gagné la guerre, ce qui n'est
pas son cas. Mais étant donné le passé pour le moins obscur de Fernand Naudin
du temps du mexicain, on peut s'interroger plus généralement sur le
comportement du « Milieu » sous l'occupation. Résistance ou collaboration ?
Petite revue des principales figures du banditisme pendant les années noires et
leur comportement face à l’occupant.
Commençons par les rois de la pègre marseillaise, Paul Carbone et François
Spirito. Ce sont les maîtres de Marseille dans les années 30, et rien ne dépeint
mieux cette atmosphère que le film Borsalino , avec Alain Delon et Jean-Paul
Belmondo dans des rôles très proches des deux bandits. Pour eux, pas de
changement dans leurs « affaires » sous l'occupation. Les deux associés préfèrent
se ranger du côté du pouvoir en place et des occupants allemands pour préserver
leurs intérêts. Ils sont notamment proches du nouveau Maire de Marseille,
Simon Sabiani, responsable du PPF (Parti Populaire Français) de Jacques Doriot,
et très engagé dans la collaboration. Carbone et Spirito vont même prêter main
forte à la Gestapo lors de l'occupation de la zone libre à partir de novembre
1942.
Paul Carbone va cependant disparaitre en décembre 1943 à la suite d'un sabotage
par la résistance des voies de chemin de fer. Le sabotage visait des soldats
allemands en permission à bord d'un train, mais il sera lui-même également
touché, avec les deux jambes sectionnées. Il agonisera, avant de mourir quelques
heures plus tard.
A la libération, François Spirito, qui a choisi le mauvais camp, va s'enfuir en
Espagne, en Amérique du Sud puis aux Etats-Unis. Il se consacrera jusque dans
les années 1960 au trafic d'héroïne, continuant d'œuvrer pour la fameuse «
French Connection ». Arrêté et emprisonné aux Etats-Unis, il est extradé en
France pour être jugé pour faits de collaboration. Mais le procès n'aura jamais
lieu.

Carbone et Spirito, du « Milieu » marseillais


Restons à Marseille, et parlons maintenant des frères Guérini. Les frères Guérini
? Alexandre et Jean-Noël ? Ils étaient déjà là sous l'occupation ? Impossible !
En effet, nous parlons ici de deux grandes figures du « Milieu » de l'après guerre
à Marseille, et non d'un homme politique marseillais et de son frère entrepreneur
qui ont eu récemment quelques explications à fournir à la justice... Parlons plutôt
d'Antoine et de Barthélémy Guérini (dit « Mémé »). L'arrivée des troupes
allemandes d'occupation perturbe fortement leurs activités. Dans ce contexte, les
frères Guérini vont plutôt opter pour la résistance, mais à des degrés divers. Si
Antoine, l'ainé, cache des juifs dans les caves de ses établissements, il sait aussi
faire des affaires avec l'occupant. « Mémé » part quant à lui se battre au front
dans les rangs de la résistance. C'est d'ailleurs dans la résistance qu'il rencontre
un personnage décisif pour la suite de leurs affaires : un certain Gaston Defferre,
futur maire de Marseille après la guerre. Jusqu'à la fin de la guerre, les frères
Guérini sont très en pointe dans les embuscades, les assassinats et les sabotages
contre les troupes allemandes.
A la libération, Carbone et Spirito hors-jeux, les Guérini ont le champ libre pour
faire main basse sur les établissements de jeux, les discothèques et la
contrebande des cigarettes. Bénéficiant de soutiens politique (leur ami Gaston
Defferre est élu maire de Marseille en 1947) et dans la police (le commissaire
Blémant les informe sur des faits de collaboration de leurs rivaux), les deux
frères prennent le pouvoir à Marseille pour 20 ans, jouant un rôle de premier
plan dans le trafic de cigarette avec Lucky Luciano, entretenant la mythique
French Connection avec le trafic d'héroïne.
Partons maintenant à Paris pour y retrouver de sacrés clients. Et notamment
Henri Chamberlin, qui se fera bientôt connaitre sous le nom d'Henri Lafont. Ce
bandit au passé trouble (il a fait de la prison et a été condamné au bagne, à
Cayenne avant de réussir à s'enfuir) va être interné en juin 1940 en compagnie
d'allemands qui se révèlent faire partie de l'Abwehr (le service de renseignement
allemand). Par opportunisme, plus que par conviction, il se met à travailler pour
les allemands. Il s'occupe d'abord de divers trafics pour le compte de la
Wehrmacht. Les affaires marchent si bien qu'il va bientôt s'installer rue
Lauriston, au numéro 93. Il recrute alors ses hommes de main dans les prisons et
rejoint la police allemande. Lafont va maintenant s'occuper de démanteler des
réseaux de résistance. Pour diriger cette Gestapo française, Lafont s'adjoint les
services de Pierre Bonny, l'ancien premier flic de France avant la guerre, et le
plus célèbre, avec notamment ses enquêtes sur l'affaire Seznec, sur Stavisky ou
encore le démantèlement de la Cagoule. Le policier avait été révoqué de la
police pour corruption en 1935. La « Carlingue » de Bonny-Lafont se révèle
efficace pour démanteler les réseaux de résistances, avec une méthode
d'interrogatoire basée essentiellement sur le tabassage et la torture (baignoire
glacée, brûlure à la cigarette ou à la lampe à souder...).

Henri Lafont et Pierre Bonny, de la rue Lauriston


Si la bande à Lafont fait la chasse aux trafiquants, c'est aussi et surtout pour
prendre leur part du gâteau. Ainsi ils font notamment main basse sur les biens
des juifs arrêtés et amassent un trésor considérable rue Lauriston. Si la «
Carlingue » mène la grande vie, des réseaux de résistance comme Défense de la
France sont démantelés et Geneviève de Gaulle est ainsi arrêtée et déportée.
Lafont mettra même sur pied une brigade nord-africaine pour des opérations
sanglantes dans le maquis, sous l'uniforme des miliciens. La brigade s'illustre de
triste mémoire dans le Limousin, et notamment celles perpétrées contre le
maquis de Tulle. Arrêté avec ses complices en août 1944, Lafont est jugé et
fusillé en décembre 1944.
Quelques membres éminents du « Milieu » de l'époque ont également fréquenté
la rue Lauriston. C'est le cas d'Abel Danos, inculpé à de multiples reprises pour
des délits de droit commun, qui devient un des hommes de main de la Gestapo
française. Sous-officier de la légion nord-africaine en 1944, il sera fusillé après
la guerre.
Autre grande figure du gangstérisme, le fameux « Pierrot le fou ». De son vrai
nom Pierre Loutrel, il rejoint la Gestapo française de l'avenue Foch. Il va
pourchasser les résistants tout en s'enrichissant par divers trafics avec l'occupant
grâce au marché noir et aux confiscations de biens. En lien avec la « Carlingue »
de Bonny et Lafont, il y côtoie son ami Jo Attia, homme de main du 93 rue
Lauriston, et qui deviendra plus tard barbouze du gaullisme. En juillet 1944,
Loutrel rejoint opportunément le réseau Morhange, un réseau toulousain de
contre-espionnage contre les allemands. Reprenant rapidement ses activités de
voyous, il sera un des chefs du fameux « Gang des tractions avant » qui écumera
les banques en 1946. Gang réunissant aussi bien d'anciens collaborateurs
(Loutrel, Danos, Attia) que des résistants (Naudy, Ruard).
Fernand Naudin : « ... et toi qui parlais de guerre, j'ai même conduit un char
Patton.
Théo : « C'est pas ma marque préférée »
Dans cet échange entre Fernand et Théo, il est à nouveau question de souvenirs
de guerre. Nous comprenons ainsi que Fernand Naudin a bien participé à des
combats, qui plus est comme conducteur de char « Patton ». Evidemment, la
marque dont il est question, « Patton », ne peut pas être la marque préférée de
Théo, plus habitué aux fameux « Panzers ».
Mais d'où vient ce nom de Patton ? Et bien du général Patton tout simplement,
qui fut l'un des plus grands généraux américains, artisan de la victoire des forces
américaines en Europe.
Issu d'une famille à forte tradition militaire, il combattit déjà Pancho Villa au
Mexique en 1916, avant de prendre part à l'offensive américaine contre les
allemands pendant la première guerre mondiale lors de l'entrée en guerre des
Etats-Unis en 1917.
Pendant la seconde guerre mondiale, il dirige d'abord la 2ème division blindée et
mène l'opération Torch au Maroc en 1942. Il prend ensuite le commandement de
la 7ème armée qui débarque en Sicile. En juillet 1944, il est cette fois à la tête de
la 3ème armée au cours de la bataille de Normandie et mène une offensive
jusqu'en Lorraine. Il prend part ensuite à la difficile bataille des Ardennes. A la
fin de la guerre, il est nommé gouverneur militaire en Bavière, puis à la tête de la
15ème armée qui occupe alors l'Allemagne. Ironie de l'histoire, il est finalement
victime d'un banal accident de la circulation fin 1945 à Heidelberg. En route
pour une partie de chasse, il est à bord de sa Cadillac, assis à l'arrière, lorsque
son véhicule percute un camion suite à un refus de priorité. Tous les passagers
sont indemnes, sauf le général dont la tête a malencontreusement heurté la barre
métallique séparant l'avant de l'arrière de la voiture. Mort curieuse pour un héros
de la guerre qui aurait pu mourir à maintes reprises au combat.
Si le général Patton a parfois détonné par son style et ses déclarations
maladroites ou grossières, il s'est beaucoup intéressé à la tactique, prônant bien
avant la guerre, des offensives rapides à l'aide d'engins mécaniques. Au point
que la première série de chars américains, conçue après la guerre, fut baptisée «
Patton ».
Le M46 Patton est le premier de la série. Il est développé par les américains dans
les années 1948-1949 sur la base d'un M26 Pershing muni d'un nouveau moteur
et d'une nouvelle transmission. Ce premier modèle de « Patton » est utilisé lors
de la guerre de Corée. Le suivant, le M47 Patton, fut lancé dans l'urgence en
1952 pour répondre aux carences du M46, entrevues lors de ce conflit. Il n'est
cependant pas utilisé par l'US Army, mais vendu aux pays de l'OTAN. Le M48
Patton voit donc le jour à partir de 1953. Suivi du M60 en 1960.

Ne pas confondre un Char Patton...


D'où quelques interrogations. Le char Patton n'est pas sorti des usines
américaines avant 1948, et le M46, n'est entrée en service qu'à partir de la guerre
de Corée. De même pour les séries suivantes. Pendant la seconde guerre
mondiale, les américains ont utilisé principalement le M4 Sherman, le M24
Chaffee et le M26 Pershing. Michel Audiard aurait-il fait une erreur en évoquant
un peu trop tôt de char Patton ? Fernand Naudin confond-il le M26 Pershing
avec le char Patton qui en est une évolution en réalité?

... avec un char M26 Pershing


Deux hypothèses :
Fernand Naudin a peut être eu l'occasion de conduire un M26 Pershing pendant
la Seconde Guerre Mondiale, lors d'un éventuel engagement dans la 2ème DB du
général Leclerc ou dans la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny. Sauf que
les chars dans ces unités sont pratiquement tous que des M4 Sherman. Un
modèle pour le coup très différent du char Patton.
Autre possibilité, Fernand Naudin faisait partie du bataillon français de l'ONU
qui est parti faire la guerre en Corée au côté des américains et qui a rejoint la
deuxième division d'infanterie américaine. Là-bas, il aura peut être aperçu le
Graal, un char Patton ! Mais chronologiquement, à cette époque, il est déjà
installé à Montauban. C'est donc peu plausible. Cette anecdote sur la vie de
Fernand Naudin reste assez mystérieuse, et historiquement difficile à expliquer.
Quoiqu'il en soit, si Fernand Naudin a « gagné la guerre », il y a des chances
pour qu'il ait combattu dans la 2ème DB.
Fantastique épopée que celle de la 2ème Division Blindée. Cette unité militaire
est évidemment indissociable de Philippe de Hautecloque, alias le général
Leclerc. Prisonnier des allemands en juin 1940, il parvient à s'évader, et traverse
la France pour gagner l'Angleterre. Le 25 juillet 1940, il est à Londres et se
présente au général de Gaulle. C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de «
François Leclerc », pour éviter des représailles envers sa famille. Le général de
Gaulle le charge de rallier les colonies africaines de l'AEF (Afrique Equatoriale
Française) à la France libre. Il est promu au grade de capitaine et débarque à
Douala un mois plus tard. Le Cameroun, le Congo et le Tchad rallient la France
libre, suivi bientôt par le Gabon. En récompense, le général de Gaulle le fait
colonel, ainsi que commandant militaire du Tchad. A partir de cette base
militaire et coloniale, la France libre va tenter de regagner du terrain.

Philippe « Leclerc » de Hautecloque


Leclerc s'appuie pour cela sur une petite armée. Tellement petite que l'on parle
de « colonne ». Dans cette colonne, un certain capitaine Massu, promis à un
grand avenir. Egalement de nombreux républicains espagnols qui ont fui le
franquisme. En mars 1941, à la tête de seulement quelques centaines d'hommes
(pour beaucoup des africains), il va reprendre Koufra en Libye, infligeant une
défaite à l'Italie, engagée aux côtés de l'Allemagne nazie. C'est à l'issue de cette
bataille que Leclerc et ses hommes prêtent le « Serment de Koufra » : « Jurez de
ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur
la cathédrale de Strasbourg. ». Serment qui sera respecté par Leclerc. La 2ème
DB continue ses combats en Libye, puis participe avec l'armée britannique à la
campagne de Tunisie. Stationnée au Maroc, elle embarque en 1944 pour le
Royaume-Uni et reçoit des renforts en armement et en véhicules. L’unité
débarque finalement à Utah Beach le 1er août 1944, rattachée à la 3ème armée
du général Patton, et participe à la libération du Cotentin et de la région du
Mans. En désaccord avec le commandement militaire américain qui veut chasser
les allemands vers l’Est, De Gaulle et Leclerc arrachent finalement l'autorisation
d'Eisenhower de faire route vers Paris. La ville est rentrée en insurrection contre
l'occupant et sa prise constituerait un beau symbole. Le 24 août et le 25 août, la
2ème DB rentre sur Paris et reçoit la réédition de Von Choltitz, le gouverneur
militaire de Paris.
Fernand Naudin a-t-il servi dans la 2ème DB pendant la guerre ?
L'unité de Leclerc poursuit sa route vers Strasbourg, libérée en novembre 1944.
La 2ème DB essuie ensuite une violente opposition de la Wehrmacht dans la
poche de Colmar en janvier et février 1945. En mai 1945, un détachement de la
2ème DB arrive à Berchtesgaden. Les hommes de Leclerc auraient été les
premiers à pénétrer dans le nid d'aigle du Führer. Les troupes américaines
prétendront le contraire. De Douala à Berchtesgaden, la 2ème Division Blindée
aura incarné l'engagement de la France pendant la guerre, et contribué à asseoir
la France en vainqueur à la table des négociations, en dépit de la politique de
collaboration du gouvernement de Vichy.
Si Fernand Naudin n'était pas dans la 2ème DB de Leclerc, il a alors
vraisemblablement combattu dans la 1ère armée, sous les ordres du général de
Lattre de Tassigny.
Contrairement à Leclerc, De Lattre fera un temps confiance à Vichy et occupera
des fonctions de commandement dans l'armée d'armistice. Il bascule en
novembre 1942 avec l'occupation de la zone libre par l'armée allemande. Le
gouvernement de Vichy lui ordonne de laisser faire, ce qu'il refuse. Il est arrêté et
emprisonné à la prison de Lyon. Il est condamné à 10 ans de prison, mais s'évade
en septembre 1943 de la prison de Riom avec l'aide de sa femme, de son fils et
de la résistance. Il gagne Londres, puis Alger. En décembre 1943, il prend le
commandement de l'armée B, la future 1ère armée.
Le général Jean de Lattre de Tassigny, de la première armée
La 1ère Armée (qui ne s’appelle encore que 2ème Armée) ne voit le jour qu'en
juillet 1943, résultat de la fusion de l'armée d'Afrique et des Forces Françaises
Libres (FFL). La 2ème DB du général Leclerc restera toujours en dehors de cette
unité, bien que constituée elle aussi d'éléments des FFL et de l'Armée d'Afrique.
En août 1944, De Lattre et ses troupes débarquent en Provence aux côtés des
américains. Il est à la tête d'environ 260 000 hommes, pour beaucoup des soldats
venus d'Afrique du nord (Maghrébins et Pieds-Noirs) et d'Afrique noire, mais
aussi venus de métropole. L'opération, baptisée « Anvil-Dragoon », est le
pendant de l'opération « Overlord » en Normandie. Les armées du débarquement
de Provence prennent le contrôle de Marseille et de Toulon puis remontent la
vallée du Rhône, libérant notamment Lyon et Saint-Etienne. La 1ère armée
incorpore dans ses rangs des résistants FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) et
fait la jonction avec la 2ème DB à Dijon en septembre 1944.
L’armée de De Lattre est ensuite engagée dans la bataille des Vosges, puis libère
Mulhouse et Belfort. En mars 1945, De Lattre et ses troupes franchissent le Rhin
et pénètrent dans la Forêt-Noire. Ils vont prendre successivement Karlsruhe,
Stuttgart, Sigmaringen (où sont réfugiés les exilés de Vichy autour du Maréchal
Pétain et de Pierre Laval) et enfin Ulm. En raison des nombreuses victoires de la
1ère armée en Allemagne, celle-ci fut surnommée l'armée « Rhin et Danube ».
Le 8 mais 1945, le général de Lattre représente la France à la signature de la
capitulation de l'Allemagne à Berlin.
L'insigne de la 1ère armée après les combats en Allemagne
Théo : « Il faut bien reconnaitre qu'exceptionnellement, Dieu n'est pas avec
nous »
Après l'attaque manquée de la maison du mexicain avec sa bande, Théo
philosophe dans la voiture sur l'absence de Dieu à leur côté dans leur équipée.
Mais cette phrase ne doit rien au hasard. Elle fait en effet référence à la devise de
l'armée allemande « Gott mit uns » qui signifie littéralement « Dieu avec nous ».
Les soldats de la Wehrmacht, dont faisait partie Théo lors de la bataille de
Stalingrad, avaient cette devise gravée sur leurs boucles de ceintures.

Parodie de la devise des soldats allemands


Pascal : « C'est marrant que t'ai gardé ce côté maquisard »
Dans cet échange, Pascal se moque gentiment de son cousin Bastien qui a
visiblement sorti l'artillerie lourde (un MP35) et rêve de prendre d'assaut la
distillerie. Cela permet de rappeler à cette occasion son passage dans les maquis
de la résistance pendant la seconde guerre mondiale.
Le mot « maquis » fait d'abord référence à une forme de végétation typiquement
méditerranéenne. L'expression « prendre le maquis », d'origine Corse ayant pris
récemment tout son sens avec l'affaire Colonna, puisqu'elle signifie se soustraire
aux autorités. Pendant la guerre les maquis se situent dans les régions
montagneuses, principalement en Bretagne, dans le Massif Central et dans les
Alpes, le premier maquis à s'installer étant celui dans le Vercors.
Rassemblant des groupes de résistants d'horizons politiques très variées (allant
des communistes à la droite nationaliste), ils constituent les FFI (Force Française
de l'Intérieur) et vivent dans la clandestinité, menant des opérations de guérilla
contre les forces d'occupations allemandes et contre la Milice Française de
Joseph Darnand, qui les pourchasse. Ces maquis servent également de refuges
pour les aviateurs alliés dont l'avion a été abattu, pour les réfractaires du STO ou
pour les personnes pourchassées. Ils constituent enfin une zone relativement sûre
pour les parachutages alliés.

La Milice pourchasse et capture les résistants


Mais les maquisards rentreront pleinement en action après le débarquement en
Normandie (le 6 juin 1944), puis celui de Provence (le 15 août 1944). Les
opérations de sabotage permettront notamment de ralentir la retraite des troupes
allemandes. Pendant l'été 1944, le combat entre les maquisards d'un côté, les
allemands et les miliciens de l'autre est terrible. Des deux côtés, on ne fait
souvent pas de prisonniers. Dissous à la libération par le général de Gaulle, les
FFI rejoindront pour certains la 1ère armée française, l'armée de Lattre pour aller
se battre en Alsace puis en Allemagne.
Bastien se trouve-t-il dans le maquis de Haute-Savoie ?
Pour la petite Histoire, la France comptera même, en Lozère, un maquis...
allemand, dirigé par Otto Kühne, un communiste engagé contre le nazisme.
Dans cette séquence, Michel Audiard prend quelques risques en se moquant un
peu de la résistance. Le maquisard dont il est question s'est en effet reconverti en
porte flingue pour truands, et « fondu » de la gâchette. Pas vraiment l'image que
l'on voudrait, et voulait donner de la résistance.
Maitre Folace : « Mais n'empêche que pendant les années terribles, sous
l'occup', il butait à tout va. Il a quand même décimé toute une division de
panzers »
« Sous l'occup », c'est par ce raccourci que Maitre Folace évoque les années
noires et les exploits du fameux « Jo le trembleur », l'homme qui aurait décimé à
lui tout seul « toute une division de panzers ».
Parlons un peu des « Panzers » justement, qui doivent surement être cette fois les
chars préférés de Théo, contrairement aux « Patton » de Fernand Naudin. En
allemand, le terme signifie justement « blindé ». ll peut avoir divers emplois,
même si dans les faits, on retient ce mot comme un nom propre, et comme le
char de référence de la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale.
Le concept de Blitzkrieg, principe de la « guerre éclair », combinant l'utilisation
massive de chars avec un fort appui aérien, est théorisé en France, notamment
par le Colonel De Gaulle. Mais c'est le général allemand Heinz Guderian qui
l'appliquera avec succès pour envahir la France et la Belgique en juin 1940, puis
l'Union Soviétique en juin 1941.
La Wehrmacht s'appuie en cela sur un savoir-faire développé dans la
construction de chars « Panzers », développés à partir de 1918. Suivent au cours
des années 1930, les modèles Panzers I, Panzers II, Panzers III, Panzers IV,
etc.... Le Panzer IV étant le blindé allemand le plus utilisé au cours de la guerre.
Mais, à partir de 1941, les Panzers n'arrivent plus à rivaliser avec les nouveaux
chars alliés tels que le M4 Sherman américain ou le T-34 russe. En 1943, les
allemands lancent alors les redoutables Panzer Panther, Tigre et Tigre II.
Un Panzer IV, Jo en a décimé toute une division avec sa limonade
Une « PanzerDivision » de l'armée allemande de l'époque pouvait être constituée
de 120 à 220 unités environ (chars légers et chars lourds confondus). La
prouesse réalisée par Jo le trembleur d'en décimer une division complète nous
parait donc d'autant plus spectaculaire, même par empoisonnement avec un
vitriol digne du bizarre. A moins que ce ne soit, comme le dit si justement
Antoine Delafoy, « l'excès de boisson ». Après plusieurs « jus de pomme », le
notaire douteux en a peut être un peu rajouté, pour ne pas en dire plus. Là
encore, Audiard prend quelques risques avec ce propos en se moquant une
nouvelle fois délibérément de certaines prouesses, avérées ou non, de la
résistance.
Le dialoguiste croque ici, dans une France pourtant très gaullienne, les
exagérations des récits de la résistance qui sont à foison à la libération. En
tournant au ridicule les exploits de Jo le trembleur avec sa limonade, il dénonce
certains faits d'armes qui n'étaient peut-être pas aussi glorieux qu'on le prétend. Il
sous-entend qu'il n'y a peut-être pas eu que des résistants. Dans son livre Le P’tit
cheval de retour , Michel Audiard déclara d’ailleurs à propos de l'occupation: «
Finalement, t'as eu une poignée de collabos, une poignée de résistants, mais faut
bien se dire que l'ensemble de la population était impassible, des pauv'mecs...
paumés qui pensaient à essayer de trouver à becqueter... Je me refuse à entendre
dire que la France était résistante ou collabo... C'est des conneries, ça, des cartes
postales. » Le dialoguiste se risque ainsi à briser un tabou, un consensus national
Ce que l'historien Henri Rousso appellera le « Résistantialisme », sorte de mythe
d'une France unanimement résistante, mythe entretenu conjointement par les
communistes et les gaullistes après la guerre. Il faudra attendre 1971 et la sortie
sur les écrans du film de Marcel Ophüls, Le chagrin et la pitié , pour ébranler le
mythe. Et c'est un historien américain, Robert Paxton, qui avec son essai La
France de Vichy (publié en 1972, traduit en 1973) va porter le coup de grâce et
faire voler en éclat cette idée d'une France résistante.
Quant aux histoires de Maitre Folace, peut-être le notaire applique-t-il la grande
leçon du Film de John Ford, L'homme qui tua Liberty Valence (sortie en 1962) : «
Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». D'où la guerre
déclarée par le notaire à tous les « salisseurs de mémoire ». Au fond, Audiard-
Paxton, même combat ?

Paris sous l'occup. Heureusement que Jo butait à tout va


Théo : « ... la jeunesse française boit des eaux pétillantes, et les anciens
combattants, des eaux de régime »
Les eaux de régime ? Les eaux de Vichy par exemple ? Ou plutôt les eaux du
régime de Vichy ? Petite allusion sans doute de l'ancien soldat de la Wehrmacht
aux accointances d'un certain nombre de français, même des supposés « anciens
combattants » (alias maquisard de la résistance), avec le régime de Vichy du
Maréchal Pétain et de Pierre Laval, du moins jusqu'en 1942. Avant 1942, les
résistants étaient très peu nombreux, et nombre de futurs responsables de la
résistance fréquentaient encore Vichy et ses alentours.

Les anciens combattants, aiment les eaux de régime... de Vichy ?


On retrouve là encore un Michel Audiard féroce avec l'attitude des français sous
l'occupation. Voilà qui ne risque pas d'arranger le cas du dialoguiste avec les
autorités politiques.
Maitre Folace : « Et c'est pour ça que je me permets d'intimer l'ordre à
certains salisseurs de mémoire qu'ils feraient mieux de fermer leur claque
merde ! »
Nous avons déjà vu la solennité assez ridicule qu'adopte Maitre Folace pour
défendre son ami Jo-le-trembleur. En déclarant la guerre aux « salisseurs de
mémoire », le notaire semble évoquer à mots couverts ceux qui dénigrent ou ont
dénigré l'œuvre de Jo, « un magicien » à ce qu'on dit. Mais, « salisseurs de
mémoire » à propos de quoi ?
Dans son précédent propos, juste avant cet hommage inattendu, Maitre Folace
semble apparemment vouloir réhabiliter la qualité des alcools de Jo : « ... 50
kilos de patates, un sac de sciure de bois, il te sortait 25 litres de 3 étoiles à
l'alambic. Un vrai magicien Jo ». Il faut dire que vu la composition de ses
alcools (50 kilos de patates...) on peut s'interroger. La polémique que vient de
rouvrir le notaire serait donc liée à la qualité des alcools sortant de l'alambic de
Jo.
A moins que ce ne soit une plus vaste affaire d'épuration, à la fin de la guerre.
Maitre Folace le rappelle, Jo était dans « la limonade », ce qui signifie qu'il était
cafetier ou du moins tenancier d'un établissement clandestin qui distillait son
propre alcool dans d'obscures arrières salles, en infraction avec la loi. Il faut dire
que, malgré l'occupation, les « affaires » continuent de tourner, notamment place
Pigalle et dans le Montmartre canaille. Que ce soit les soldats de la Wehrmacht,
les membres de la Gestapo, le gratin de la collaboration ou les simples curieux,
tout le monde se pressaient encore dans les cabarets (Le Dante, Le Chapiteau...),
les dancings, les maisons closes, les tripots clandestins ou les cafés servant de
l'alcool d'origine douteuse. Car en dépit de la présence allemande, le quartier
Pigalle reste sous la coupe des truands, principalement des gangs parisiens et
corses, sur fond de rivalité et de trafic d'héroïne.
Mais, les cabarets et les autres établissements montmartrois ont peut-être un peu
trop prospéré sous l'occupation. A la libération, certains sont obligés de fermer,
comme celui de Suzy Solidor, qui se voit interdit d'exercer le métier après la
guerre. Jo « le trembleur » a-t-il eu quelques ennuis à la fin de la guerre, victime
lui aussi d'un comité l'épuration ? Son alambic trois étoiles a-t-il eu trop de
succès auprès des troupes allemandes ? A moins qu'il ne soit victime de jalousies
ou de ragots malveillants de ses fameux « salisseurs de mémoire ». Quoi qu'il en
soit, le notaire prend bien soin de rappeler qu'avec sa limonade, il a « décimé
toute une division de panzers ». Si cela, ça ne vaut pas toutes les médailles de la
résistance ! Les « salisseurs de mémoire » peuvent aller au diable !

Montmartre sous l'occupation, entre cabarets et prostitution


L'Après guerre

Antoine Delafoy : « Il vient de se faire bombarder Vice-président du Fond


Monétaire International »
Fernand Naudin n'en revient pas. Ce jeune insolent qui commence à les lui «
briser menu » est le fils d'une haute personnalité du monde politique et financier.
Le « président Delafoy » est en effet « Vice-président » du Fond Monétaire
International (FMI).
Il faut tout d'abord rappeler que cette noble institution internationale a souvent
été dirigée par des français. Dans son histoire, on compte en effet pas moins de 5
présidents : Pierre-Paul Schweitzer (1963-1973), Jacques de Larosière (1978-
1987), Michel Camdessus (1987-2000), Dominique Strauss Kahn (2007-2011) et
enfin Christine Lagarde, en poste depuis 2011.

Le FMI, pour amateurs de soubrettes... comme le président Delafoy


Cette grande institution internationale regroupe près de 190 pays, et fut créée à
l'origine lors de la conférence qui se tient à Bretton Woods (New Hampshire) en
1944. L'accord est définitivement signé le 22 juillet 1944. Les deux personnages
clés de cette conférence sont John Maynard Keynes, l'économiste britannique de
référence à l'époque et Harry Dexter White, économiste américain et
représentant du département du Trésor des Etats-Unis. La France y joue un rôle
plus modeste, mais elle est néanmoins représentée par Pierre Mendès-France.
L'objectif de la conférence était principalement de garantir la stabilité du
nouveau système monétaire d'après-guerre, qui voit le dollar prendre
progressivement la place de l'or en tant que monnaie de référence (le dollar est «
as good as gold »). Le FMI prendra même une importance plus grande à partir
des accords de la Jamaïque, en 1976, qui entérine définitivement le dollar
comme monnaie de référence à la place de l'or et met un terme au système de
change fixe, qui laisse la place au change flottant. Lutte contre l'endettement,
lutte contre les dévaluations compétitives, l'institution a vu son rôle se renforcer
progressivement. Au point de jouer un rôle central dans la crise de 2008, étant
notamment parti prenante de la désormais fameuse « Troïka », bien connue du
gouvernement grecque.

Dexter White et Keynes, artisans de Bretton Woods


Bref, le papa Delafoy, c'est « pas bête ça » pour monsieur Fernand qui ne semble
plus très loin d'accorder enfin la main de « Mademoiselle Patricia » à « son
Antoine ». Le jeune homme se révèle en fin de compte un très bon parti pour sa
nièce.
Fernand Naudin : « 15 ans d'interdiction de séjour »
[...]
Fernand Naudin : « J’ai pas entendu dire que le gouvernement t’avait
rappelé, qu’est ce qui ta pris de revenir ? »
Au début du film, Fernand Naudin s’étonne que son « pote » soit rentré en
France malgré l’interdiction de séjour qui le frappe. Mais qu’est-ce que c'est
qu'une « interdiction de séjour » ?
L’interdiction de séjour était une peine prononcée par les tribunaux. Elle interdit
au condamné d’apparaitre sur un certain territoire qui est défini par juge, et qui
correspond à priori aux lieux où les crimes et délits ont été commis. A l’origine,
la « relégation » (à ne pas confondre avec la « déportation », qui est une peine
pour crimes politiques, ou avec la « transportation », qui est un mode
d’exécution des travaux forcés) s’applique à partir de la loi de mai 1885,
spécialement pour les récidivistes. Les « relégués » sont alors envoyés
principalement vers la Guyane. En 1907, la peine de relégation est abrogée pour
les femmes, et remplacée par l’interdiction de séjour pendant 20 ans. Ce n’est
qu’en 1970 que relégation et l'interdiction de séjour sont abrogées par la loi. En
1963, le mexicain est donc bien toujours susceptible d’être frappé d’une
interdiction de séjour. Si nous ne savons pas pour quelles raisons le mexicain a
été condamné, nous nous doutons bien que ce n’est pas pour simple
vagabondage, pourtant longtemps considéré comme un délit à l'époque, et donc
susceptible (en cas de récidive) de conduire aussi à une peine de relégation.
La Cinquième République

Maitre Folace : « Charmante soirée, n'est-ce pas ? Vous savez combien ça va


nous coûter ? 2 000 francs, nouveaux »
Nous sommes peut-être passés à l'euro depuis janvier 2002, cela n'empêche pas
les plus anciens de parler encore en francs, enfin en francs... anciens. Mais
comment en est-on arrivé là ?
Petit retour en arrière, et plus précisément en juin 1945, quelques mois après la
libération. Le gouvernement provisoire décide en effet de procéder à l'échange
des francs émis par l'Etat Français (le régime de Vichy) contre de nouvelles
coupures de franc. Mais, le taux de change est l'objet d'une controverse. Le
ministre des finances, René Pleven, plaide pour un taux de 1 pour 1, alors que le
ministre de l'économie, Pierre Mendès-France, préconise un rapport de 2 pour 1
et un plan de rigueur. Pleven obtient finalement gain de cause auprès de De
Gaulle et Mendès-France démissionne. Une nouvelle monnaie apparait. Mais, le
jour même de son lancement, le franc est dévalué de plus de 50% face au dollar,
devenu la nouvelle monnaie de référence avec le système de Bretton Woods.
Cette dévaluation donne ainsi à postériori raison à Mendès-France. En 1948, le
franc est de nouveau dévalué de presque 50% par le gouvernement Schuman,
suivi en 1949 par une nouvelle dévaluation du gouvernement Queuille. Malgré
l'amélioration de la situation économique, l'inflation et l'endettement poussent à
une nouvelle dévaluation en 1957. En 10 ans, 1 dollar passe de 120 à 420 francs.
Rappelé au pouvoir en 1958 en raison des « évènements » en Algérie, le général
de Gaulle souhaite lancer une réforme économique et monétaire, et prône le
retour d'un franc fort et à nouveau convertible. Il est conseillé pour cela par
l'économiste libéral Jacques Rueff. Et c'est le nouveau ministre des finances,
Antoine Pinay, qui a la charge de mettre sur pied cette nouvelle monnaie. Après
une dernière dévaluation de plus de 15%, le « nouveau franc » est adopté. Il
équivaut à 100 « anciens francs ». Le nouveau franc (on parle aussi de franc
Pinay) est mis en circulation à partir du 1er janvier 1960. La réforme permet
ainsi de redonner de la force monétaire au franc qui retrouve en partie son pesant
en or par rapport au franc germinal (celui sous Napoléon). A partir de 1963, on
ne parle plus de « nouveau franc », mais de « franc ». Celui-ci connaitra dans les
années qui suivent une relative stabilité. Avant les perturbations des années 1970
(crise pétrolière) et 1980 (crise de l'endettement, balance commerciale en
déficit).

Antoine Pinay, à qui l'on doit le nouveau franc


Louis le mexicain : « J'aurais pu aussi organiser un référendum, mais j'ai
préféré faire comme ça. Pas d'objection ? »
Présenté comme ça, il y a effectivement peu de chance qu'un référendum se
tienne dans un avenir proche. L'organisation du mexicain n'est en effet pas
franchement un modèle de démocratie ni d'assemblée du peuple.
Cette allusion au « referendum » est en fait encore un clin d'œil à l'actualité. En
ce début des années 1960, dans la République gaullienne, le référendum est une
pratique régulièrement employée par le général de Gaulle pour faire ratifier par
les français ses principales décisions. Au grand dam des parlementaires qui y
voient à l'époque une atteinte à leur pouvoir législatif. Ce mode représentatif de
scrutin est pourtant reconnu depuis 1958 et le principe est inscrit dans la
constitution de la Cinquième République.
Le référendum est d'ailleurs un héritage de la révolution française. Son principe
est en effet inventé en France en 1793, et inscrit dans la constitution par les
jacobins. Constitution qui sera elle-même adoptée en juillet 1793... par
référendum. Mais celle-ci ne rentrera cependant pas en vigueur avec la chute de
Robespierre et de ses partisans le 9 thermidor 1794.
C'est Napoléon Bonaparte qui va reprendre cette idée d'un appel direct au
peuple. Il va l'utiliser à plusieurs reprises sous le nom de « plébiscite », mais
pour en faire un instrument de conquête puis d'assise de son pouvoir. Il fera ainsi
approuver son titre de Consul à vie, puis son titre d'empereur, et fera même
valider par cette voie son retour pour l'épisode des Cent-Jours. Son neveu
Napoléon III reprendra la formule du plébiscite pour asseoir son pouvoir après le
coup d'Etat du 2 décembre 1851 et l'établissement du Second Empire.
Discrédité par un usage despotique, le référendum et le plébiscite ne seront plus
utilisés sous la IIIème ni sous la IVème République, régimes reposant
essentiellement sur le pouvoir du parlement.
A la libération, le général de Gaulle en avait brièvement rétabli l'usage en 1945
et 1946 pour entériner la fin de la IIIème République, puis faire ratifier la
constitution de la IVème République.
Le référendum ne sera pleinement de retour qu'en 1958 avec le rappel au pouvoir
de De Gaulle, qui fera ainsi ratifier la constitution de la Vème République.
Constitution qui introduit elle-même le principe du référendum. L'homme du 18
juin sera mis en accusation par ses opposants et les partisans du régime
parlementaire, comme voulant rétablir un régime autoritaire, incarnant en cela
une droite « bonapartiste ». Dans les années qui suivront, le général utilisera à
plusieurs reprises cette pratique, populaire auprès des français, mais aussi moyen
de réaffirmer sa légitimité. Au cours de la Vème République, les successeurs du
général de Gaulle y auront recours à différentes reprises, même si les français
auront tendance à répondre de moins en moins à la question posée, et à en faire
de plus en plus un vote contestataire.

Le général de Gaulle, un grand habitué des référendums


Quand Louis le mexicain parle référendum, il est donc bien dans l'air du temps.
Depuis 1958, le général y a déjà eu recours 4 fois : en septembre 1958 sur la
constitution de la Vème République (Oui à 82%), en janvier 1960 sur
l'autodétermination en Algérie (Oui à 75%), en avril 1962 sur les accords
d'Evian (Oui à 91%) et enfin octobre 1962 sur l'élection du président de la
République au suffrage universel (Oui à 62%). Pourtant, si le référendum est une
forme de la démocratie, dans le « Milieu », cette pratique n'a évidemment pas
cours. Et c'est le mexicain, ce « cador », qui désigne seul, sur son lit de mort, le
nouveau patron de l'organisation, Fernand Naudin. Ce dernier s'en serait pourtant
volontiers passé, contrairement à Raoul Volfoni. Comme quoi, la vie est mal
faite !
Raoul Volfoni : « Petit frère crois-moi, le monde moderne va vers la
centralisation ! »
Centralisation versus décentralisation. Le débat que lance Raoul Volfoni n'est pas
nouveau, même s'il a probablement pour lui une signification bien différente des
considérations politiques habituelles. Sa vision de la centralisation consiste
surtout à faire le ménage des personnages qui pourraient déranger son pouvoir au
sein de l'organisation. « Si faut virer Tomate on virera ». Quoi qu'il en soit, si
Michel Audiard utilise ce mot technique du vocabulaire politique, ce n'est peut
être pas tout à fait par hasard.
Politiquement, le concept de centralisation se traduit par une volonté unique qui
doit partir du sommet de l'État et s'imposer à l'ensemble de l'administration du
pays. Ce qui suppose une organisation des pouvoirs publics extrêmement
disciplinée et hiérarchisée.
Classiquement, on peut faire remonter la tradition française de la centralisation
au Grand Siècle, le XVIIème siècle. Si le Cardinal de Richelieu, le grand
ministre de Louis XIII, avait déjà renforcé la centralisation des pouvoirs c'est
Louis XIV, le roi soleil, qui est l'incarnation de la Monarchie absolue et qui va
lui donner toute son ampleur. Le Roi collecte désormais directement les impôts
et envoie lui-même ses représentants auprès des sujets, établissant ainsi un lien,
mais aussi un contrôle direct sur le royaume, au détriment de ses vassaux, les
seigneurs locaux. Sur le plan économique, c'est son surintendant des finances,
Jean-Baptiste Colbert, qui contribue à la mainmise par l'état de la production
manufacturière en créant des manufactures et en instaurant des monopoles
d'Etat.
Le Cardinal de Richelieu, pour la centralisation des pouvoirs...

... tout comme Colbert en économie...


Si la révolution française est une remise en cause de la monarchie absolue et de
la société des trois ordres (Noblesse, Clergé, Tiers-état), elle ne remet pas en
cause l'édifice de centralisation construit depuis déjà deux siècles par les
souverains successifs. La révolution voit d'ailleurs s'imposer progressivement
une doctrine prônant la souveraineté populaire dans une République indivisible,
le jacobinisme (du nom du Club des Jacobins). Cette doctrine prône en effet une
organisation administrative, bureaucratique et centralisée des pouvoirs. L'autorité
est exercée par une élite au sommet du pouvoir. La décision de l'autorité centrale
s'impose donc à l'ensemble du territoire et des citoyens.
L'œuvre centralisatrice de la France se poursuit bien après la révolution, sous
l'autorité de Napoléon Bonaparte, Premier consul puis empereur des français. La
France hérite de la période napoléonienne un découpage administratif calqué sur
l'administration romaine, avec la création des préfectures. En ce début du
XIXème siècle, le pays voit la création de la Banque de France (banque centrale
du pays) et l'instauration d'un code civil (dit aussi Code Napoléon). La fin du
XIXème siècle et le début du XXème siècle est au contraire marquée par une
pause dans la politique de centralisation.

... Bonaparte pour le droit... et Raoul Volfoni pour le grisbi !


La période du tournage des Tontons, le début des années 1960, est marquée par
le retour au pouvoir du général de Gaulle, et avec lui une certaine vision
colbertiste et centralisatrice du pouvoir. Cette volonté d'un Etat fort et stratège
sur le plan économique marquera pour plusieurs décennies les politiques
économiques en France. Le dialoguiste envoie-t-il un message au général de
Gaulle pour se plaindre du mouvement de centralisation qu'il a engagé. Ou bien
est-ce une attaque contre un pouvoir jugé par ses détracteurs comme trop
personnel, voire dictatorial ? On sait que Michel Audiard, volontiers anarchisant,
n'appréciait pas particulièrement le général et détestait l'autorité, notamment
venant des militaires. Quoi qu'il en soit, de Gaulle répondra avec humour à ses
opposants en 1965, lors de l'élection présidentielle, dans laquelle il est mis en
ballotage : « Un dictateur ? A-t-on déjà vu un dictateur en ballotage ? »
Le mouvement de décentralisation en France ne s'amorcera qu'à partir des
années 1980 avec les lois Defferre instaurées en 1982. Elles se traduisent par un
transfert progressif de certaines compétences administratives de l'État vers les
collectivités locales. Ce qui n'empêche pas la République française d'être encore,
à l'heure actuelle, un état très centralisé par rapport à ses voisins.
La Guerre d'Algérie

Fernand Naudin : « ... vous êtes des hommes d'action et je vous ai compris... »
Volontairement ou non, le dialoguiste a glissé une des phrases les plus connues
de l'histoire de France, et qui résonne encore tout particulièrement dans
l'actualité de l'époque. Fernand Naudin déclare en effet lors du conseil
d'administration à l'adresse des Volfoni : « je vous ai compris » comme un
certain Charles de Gaulle quelques années plus tôt...
Quelques explications s'imposent quant à la signification de cette phrase. Elle est
prononcée lors d'un discours du général de gaulle à Alger, le 4 juin 1958, depuis
le balcon du gouvernement général, sous les acclamations de la foule des pieds
noirs et partisans de l'Algérie Française.

Le « je vous ai compris » du général de Gaulle


Depuis plusieurs années, les troubles en Algérie tournent à la guerre civile. Dans
ce contexte de crise, le Président du conseil, Pierre Pflimlin, démissionne,
assurant le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958, répondant ainsi
à l'appel du président René Coty et à la pression de ses nombreux partisans. Le 2
juin, il obtient de l'Assemblée le vote des pleins pouvoirs et se rend dans la
foulée à Alger pour rencontrer le « Comité de Salut Public », constituée sous la
présidence du général Massu.

1958, période troublée à Alger


Son « je vous ai compris » est interprété par la communauté pieds-noirs comme
un soutien de la part du pouvoir à la cause de l'Algérie Française. La phrase est
cependant ambigüe, sans doute volontairement de la part du général. La décision
d'un vote en 1960 sur l'autodétermination de l'Algérie est dès lors perçue comme
une trahison par les partisans de l'Algérie Française. A partir de ce moment là,
les activistes de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète) organisent plusieurs
attentats contre la personne du général de Gaulle, notamment l'attentat du petit-
Clamart.
Tomate : « Qu’est-ce que t’attend ? Allume-le ! »
Dans cette scène, nous voyons les complotistes de la bande à Théo faire feu sur
Fernand Naudin et son camion au moyen d’un fusil mitrailleur. Cette scène n’est
évidemment pas sans rappeler certaines actualités récentes, faisant écho à la
guerre d’Algérie. En effet, la période de 1961-1962 est marquée par de
nombreux attentats de l’OAS, notamment contre le général de Gaulle. Ces ultras,
partisans jusqu’au-boutistes de l’Algérie Française s’enfonceront dans la
violence contre le pouvoir en place, coupable à leurs yeux d’avoir lâché ce
département français et bradé l’empire colonial. Un des épisodes les plus connus
est l’attentat du Petit-Clamart.
L'attentat du Petit-Clamart est organisé par le Lieutenant-colonel Jean-Marie
Bastien-Thiry, à la tête d'un groupe d'action de l'OAS-Métropole. Son nom de
code est l'opération « Charlotte Corday », et vise à assassiner le général de
Gaulle. Bastien-Thiry est secondé dans l'opération par un membre du comité de
salut public d'Alger, Alain de La Tocnaye, ainsi que par un groupe de hongrois
anticommunistes : Lajos Marton, Gyula Sari, Laszlo Varga. Les autres activistes
de l'équipe sont des Pieds-Noirs et des métropolitains, membres de l'OAS. Une
douzaine de personnes en tout.
L'opération est mise en place par le commando dans la soirée du 22 août 1962 au
carrefour du Petit-Clamart, sur la commune de Clamart. Le général part de
l'Elysée vers 19h45 pour se rendre à l'aérodrome de Villacoublay à bord de sa
DS19 présidentielle. Le président part comme à son habitude pour Colombey-
les-Deux-Eglises. Il est en compagnie de son épouse, Yvonne de Gaulle, et de
son gendre, le Colonel Alain de Boissieu. Le chauffeur du véhicule est un sous-
officier de gendarmerie, François Marroux. La voiture est escortée par deux
motards ainsi que par une autre DS, avec à bord les gardes du corps et le
médecin. A 20h20, le convoi s'engage vers le carrefour du Petit-Clamart. Juste
avant le rond-point, une Estafette Renault est garée. Une partie du commando est
à bord. Le véhicule présidentiel arrive à sa hauteur et essuie une première rafale
de balles, tirée par des armes automatiques. La carrosserie de la DS est trouée et
deux pneus sont crevés. François Marroux accélère. Cent mètres plus loin,
d'autres tireurs entrent bientôt en action depuis une Citroën ID19 qui prend en
chasse la DS présidentielle. Une balle frôle le général de quelques centimètres
seulement. L'ID19 finit par lâcher prise et la voiture du général arrive tant bien
que mal à Villacoublay. On dénombre 150 cartouches tirées dont au moins une
dizaine aurait touché directement la voiture du président.

Se méfier des Estafette Renault garées au bord des routes


Dans les semaines qui suivent, la plupart des membres du commando sont
arrêtés et passent aux aveux. On en apprend alors un peu plus sur le déroulement
de l'opération. Dans l'Estafette, cinq hommes, équipés de deux fusils-
mitrailleurs. A bord de l'ID19, trois hommes supplémentaires, armés de pistolets-
mitrailleurs. Le responsable de l'opération, Bastien-Thiry, se trouvait quelques
centaines de mètres en amont, et devait agiter un journal au passage du cortège.
A ce signal, les tireurs de l'Estafette devaient arroser la voiture présidentielle
d'un feu nourri. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. A 20h
passé, il faisait sombre et la visibilité était mauvaise. Les tireurs de l'Estafette
n'ont vu le signal de Bastien-Thiry que trop tardivement. Ils n'ouvrirent le feu
qu'au tout dernier moment. Le véhicule présidentiel ne fut donc sous le feu des
tireurs que quelques instants. De même, la cadence de tir des pistolets-
mitrailleurs de l'équipe de l'ID19 étaient beaucoup trop lente pour espérer faire
mouche à coup sûr.
La DS présidentielle, qui échappa de peu à l'attentat du petit Clamart
Jean-Marie Bastien-Thiry sera incarcéré à la prison de Fresnes, jugé, condamné
à mort et exécuté le 11 mars 1963 au Fort d'Ivry. Il est reste le dernier condamné
à mort fusillé en France. Les autres membres du commando arrêtés seront
également condamnés mais graciés quelques années plus tard. L’oncle Fernand
en train de se faire canarder, c’est donc tout sauf original tant les dernières
années sont marquées par des épisodes semblables.
Paul Volfoni : « Au contraire, les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse.
Surtout lorsqu'elles constituent le premier pas vers des négociations
fructueuses »
Ici, le terme de « négociation » ne doit probablement rien au hasard. En 1963,
nous ne sommes qu'un an après les accords d'Evian, signés le 18 mars 1962, et
qui mettent fin à la guerre d'Algérie. Ces accords sont le fruit de longues
tractations entre d'un côté les représentants du FLN (Front de Libération
National), et de l'autre les représentants du gouvernement français. Les «
négociations » fructueuses, accordant l'indépendance à l'Algérie, se dérouleront à
Evian entre le 7 et le 17 mars 1962. 10 jours pour la paix. Il faudra au moins ça
pour régler les différents entre les Tontons.

La délégation du FLN lors des accords d'Evian, mars 1962


Patricia : « D'anciens paras ? Vous avez évoqué le bon vieux temps,
cooptation, close combat, vous avez joué au lance-flammes »
Entre la première guerre mondiale, la deuxième, la guerre d'Indochine et la
guerre d'Algérie, ce ne sont pas les conflits qui ont manqué dans les décennies
précédentes.
Patricia évoque notamment les « anciens paras » comme possible camarades de
jeu et de lance-flammes de son tonton qui revient à la maison en pleine surprise-
partie avec un costume brûlé et déchiré. L'oncle Fernand a-t-il fait partie de ces
unités au cours d'un des conflits évoqués ? Si l'on en croit ses propres dires : «
Voilà quinze ans que je vis à la campagne », c'est peu probable. Il peut aussi
avoir combattu dans les parachutistes français libres du Spécial Air Service
(SAS), aussi connu sous le nom de 2ème régiment de chasseurs parachutistes.
Ces derniers sont parachutés le 6 juin 1944 en Bretagne. Ils combattront à la fin
de la guerre contre les allemands dans les Ardennes et en Hollande.

Les français du SAS, avec Fernand Naudin ?


Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas les anciens parachutistes qui manquent. Il y a
d'une part les « paras » de la guerre d'Indochine, notamment le 6 ème bataillon
colonial, commandé par Marcel Bigeard, qui a été parachuté lors de l'opération
castor pour s'emparer de la plaine de Diên Biên Phu. L'objectif du bataillon est
ensuite la conquête du nord du Laos à partir de ce point jugé stratégique. Bigeard
et ses hommes, en protégeant la cuvette jusqu'au bout, deviendront des héros,
mais n'empêcheront pas la défaite.

Les paras en Indochine


De l'autre, les « paras » de la guerre d'Algérie. Il y a d'abord la 10 ème division,
commandée par le général Massu, envoyée lors de la bataille d'Alger en 1957
pour mettre fin à la vague d'attentats. Mais au prix de méthodes brutales, faisant
usage de la torture et par des exécutions sommaires. Est également présent sur le
terrain le fameux premier régiment étranger de parachutiste (le 1er REP en
abrégé, crée en 1948). Engagé avec la 10ème division dans la bataille d'Alger, il
s'occupe par la suite de la sécurisation du djebel. Le 1er REP sera dissout en
1961 après le putsch d'Alger. Le 2ème REP (crée aussi en 1948), qui est resté
fidèle au pouvoir en place, continuera à assurer sa mission de sécurisation dans
le djebel jusqu'au cessez-le-feu du 18 mars 1962. Il quittera l'Algérie en août
1962. Ce régiment est toujours en activité, et stationne à Calvi. Depuis la
dissolution du 1er REP, il est le seul régiment parachutiste de la Légion
étrangère.

Les paras de la 10ème division défilent à Alger


Coïncidence ou pas, en 1963, l'année du tournage et de la sortie du film, une
association regroupant les anciens « paras » est d'ailleurs crée, l'Union Nationale
des parachutistes (UNP). Fernand Naudin en est-il membre ? Là encore, difficile
de savoir, mais il semble visiblement peu enclin à quitter ses tracteurs et sa chère
ville de Montauban pour participer à des banquets d'anciens combattants.
Pascal : « A la fin de sa vie, il s'était penché sur le reclassement des
légionnaires »
Nous entrons ici dans le chapitre des bonnes œuvres du mexicain, qui faisait
donc dans le reclassement des légionnaires. Mais de quels légionnaires parle-t-
on ici ? A priori pas les légionnaires de la LVF (Légion des Volontaires Français)
partis combattre « le bolchevisme » aux côtés des allemands sur le front de l'Est
à partir de juillet 1941. Cette légion a été fondée à l'initiative de quelques
dirigeants politiques de la collaboration (notamment Marcel Déat, Jacques
Doriot et Eugène Deloncle), ils seront très peu nombreux à revenir du front
russe. Les derniers éléments étant rebasculés à la fin de la guerre dans la division
SS Charlemagne pour défendre un Berlin en ruine et au bord de la capitulation,
dans une ambiance de fin du monde. Et puis, en 1963, la guerre est trop
éloignée. Si reclassement il devait y avoir, il aurait déjà eu lieu. Théo, ancien
soldat de la Wehrmacht a bien été reclassé par le mexicain à la distillerie. Mais il
n'a pas pu être légionnaire à la LVF auparavant, puisque cette légion était
réservée (par définition) aux français, et non aux allemands.
L'autre piste serait que Théo se soit engagé, à la fin de la seconde guerre
mondiale, dans la Légion étrangère française. Aussi surprenant que cela puisse
paraitre, c'est tout à fait possible. C'est un épisode peu connu de l'histoire, mais
après la guerre, des milliers de soldats allemands, faits prisonniers en France,
vont s'engager avec les képis blancs de la Légion étrangère pour aller combattre
en Indochine. Ils seraient ainsi entre 20 000 et 30 000 à avoir intégré le
contingent de la Légion. Et 2 600 à être du coup « mort pour la France » au
cours de cette guerre coloniale qui débuta en 1945, au lendemain de la seconde
guerre mondiale.
Plus curieux encore, la Légion étrangère compta même dans ses rangs des
Waffen SS, les anciennes troupes d'élite du IIIème Reich. Si la Légion étrangère
ne constituait pas particulièrement un refuge pour d'anciens nazis, quelques SS,
qui cherchaient comme les autres soldats allemands à s'en sortir ont pu intégrer
la Légion. Certains légionnaires allemands ont même servis comme cadres ou
comme instructeurs chez les képis blancs. La Légion étrangère est en réalité de
tradition germanophone depuis sa création, en 1831, ce qui explique d'ailleurs
ses chants et ses rites, d'origine souvent germanique. Plus étonnant encore,
certains légionnaires allemands déserteront pendant le conflit en Indochine et se
mettront au service... du Vietminh, l'ennemi Vietnamien qui se bat contre la
France et le colonialisme.
Théo est-il rentré dans la Légion étrangère pour combattre en Indochine ?
Le film est tourné en 1963, et Théo dirige la distillerie depuis déjà 10 ans d'après
ses dires. Donc depuis 1953. La guerre d'Indochine se termine en mai 1954, avec
la défaite française à Diên Biên Phu. C'est un peu tôt, mais l'allemand a très bien
pu effectivement signer un engagement de 5 ans dans la Légion (après son retour
de Stalingrad), et ne pas le renouveler par la suite, ce qui nous amène au début
des années 1950. De retour à la vie civile, il aurait rencontré Louis le mexicain, «
qui fait dans le reclassement de légionnaires », et l'aurait ainsi recruté.
Mais les légionnaires dont il est aussi question ici, ce sont sans doute les soldats
perdus du 1er REP. Ces parachutistes de la Légion étrangère qui ont opéré en
Algérie à partir de 1957 lors de la bataille d'Alger.
En avril 1961, le régiment est sous les ordres, par intérim, du commandant Hélie
de Saint Marc, le lieutenant-colonel Guiraud étant en permission. Le
commandant engage le 1er REP aux côtés des généraux putschistes (le fameux «
quarteron de généraux en retraite » selon la formule célèbre de De Gaulle). Le
21 avril, le régiment quitte son campement de Zéralda et marche sur Alger pour
prendre le contrôle du gouvernement général et l'immeuble de télévision.
Mais, le putsch est un échec, et le régiment est dissout sur demande du ministre
des Armées, Pierre Mesmer. Episode resté célèbre, les légionnaires quitteront le
camp de Zéralda en chantant la chanson d'Edith Piaf, Non je ne regrette rien . Les
officiers sont ramenés en métropole pour être détenus au Fort de Nogent. Mais,
une partie du 1er REP a déjà déserté et bascule dans l'activisme en passant à
l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète).

Le mexicain fait-il aussi du reclassement de légionnaire du 1er REP ?


Cette organisation clandestine est fondée en février 1961 à l'initiative des
activistes Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde pour la défense de la
présence française en Algérie. Et pour arriver à ses fins, le groupuscule politico-
militaire bascule dans la violence et commet des attentats, en Algérie et en
métropole. La direction militaire de l'organisation est assurée par Raoul Salan,
un des quatre généraux putschistes.
Ces soldats perdus du régiment parachutiste se joignent donc à la cause des
derniers partisans de l'Algérie française qui se battent encore contre le FLN.
Parmi eux, le capitaine Pierre Sergent, chef de la branche OAS métro, condamné
à mort par contumace, et qui deviendra par la suite écrivain, mais aussi Roger
Degueldre et Albert Dovecar, qui seront fusillés pour leur participation à
l'attentat du Petit-Clamart.

Opération terroriste de l'OAS à Alger


Dans les années 1962-1963, au moment de la préparation et du tournage du film,
il y a donc un certain nombre d'anciens légionnaires du 1er REP « à reclasser ».
Cette période correspond d'ailleurs bien à la fin de la vie du mexicain. Il a dû
penser que des légionnaires formés au maniement des armes, et parfois même
aux explosifs (pour les anciens de l'OAS) pouvaient être des recrues
intéressantes pour en faire les « gâchettes » de son organisation. Nous pouvons
noter que du point de vue politique, le mexicain cultive un certain éclectisme. Il
va en effet chercher ses recrues aussi bien parmi les anciens maquisards
(Bastien) que chez des anciens de la Wehrmacht (Théo). Sans problème
particulier de conscience...
La Guerre froide
Paul Volfoni : « Au fond, maintenant, les diplomates prendraient plutôt le pas
sur les hommes d'action. L'époque serait aux tables rondes et à la détente »
Paul Volfoni, que l'on ne sent pas des plus à l'aise d'avoir un flingue en pogne,
introduit ici le mot de « détente ». Et comme dirait Fernand Naudin, c'est «
finement observé ». Le mot de « détente » n'est pas choisi par hasard bien
évidemment. C'est un clin d'œil de plus à l'actualité. Nous sommes en effet en
1963, en pleine guerre froide entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est. L'année
précédente, le monde est passé tout près d'un affrontement majeur avec la crise
des missiles de Cuba. Après 1962, une période qualifiée de « détente » va en
effet s'amorcer, caractérisée principalement par le refus de d'un affrontement
direct, et par une forme de coexistence pacifique. Le monde n'est cependant pas
en paix, loin de là. La guerre continue, notamment au travers de conflits par
alliés interposés dans les pays du tiers monde, avec bien sûr la guerre du Viêt
Nam qui commence à cette époque.
La période de détente se caractérise néanmoins par des échanges culturels et
commerciaux, ainsi que par des accords entre les deux blocs. Cette période est
marquée par un rapprochement entre les Etats Unis et l'URSS, sous la houlette
d'Henri Kissinger, expert en realpolitik, et qui fait se rencontrer Richard Nixon et
Leonid Brejnev. Le chancelier de la République Fédérale Allemande (Ouest)
Willy Brandt entreprend lui aussi une politique d'ouverture avec la République
Démocratique Allemande (Est). Ce qui abouti, en 1972, à une reconnaissance
mutuelle.

1963, période de détente entre Khrouchtchev et Kennedy


A la détente succédera une période de regain de tension, à partir de 1979, avec
l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Les années 1980 seront marquées par
une course aux armements, lancée par le président américain Ronald Reagan, ce
qui contribuera, avec la manipulation des cours du pétrole, à la chute de l'URSS
en 1991
Pour le moment, dans la cuisine des Tontons, on applique en tout cas la mode de
l'époque, c'est à dire l'ouverture et la coexistence pacifique autour de tâches
ménagères, « qui ne sont pas sans noblesse », mais surtout autour de la bouteille
de vitriol.
La culture des Tontons
Arts et littérature

Antoine Delafoy : « Franck Emile jouera pour la première fois Bliel. Corelli,
Beethoven, Chopin, tout ça c'est très dépassé, c'est très con, mais avec Bliel :
ça peut devenir féroce, tigresque. Bref tout le monde y sera. »
En opposant avec vigueur un compositeur contemporain (Bliel) avec les «
classiques » Corelli, Beethoven et Chopin, Antoine Delafoy semble rejouer
l’éternelle querelle des anciens et des modernes. Cette allusion à la grande
controverse du XVIIème n’est probablement pas fortuite, tant Michel Audiard
était fin connaisseur de la littérature française.
La célébrissime querelle des Anciens et des Modernes remonte en effet au Grand
Siècle, le siècle de Louis XIV (le XVIIème) et qui opposa les écrivains français
de l'époque entre deux conceptions de la création littéraire.
Les « Anciens » d’un côté, que l’on peut aussi qualifier de « Classiques », sont
menés par Nicolas Boileau, (poète, écrivain et critique littéraire) et défendent
l’idée que la création littéraire ne peut s'appuyer que sur les grandes œuvres
classiques des auteurs de l’Antiquité. En effet, les « Anciens » estiment que
l’Antiquité Grecque et Romaine représentent la création littéraire la plus aboutie
qui soit, et doit donc constituer un horizon indépassable pour les auteurs du
Grand Siècle. Les auteurs doivent donc puiser leurs sujets de tragédies parmi les
sujets antiques et respecter les règles classiques du théâtre édictées par Aristote
dans La Poétique .

Nicolas Boileau, chef de file des « Anciens »


De l’autre, les « Modernes » qui soutiennent au contraire que les auteurs de
l’Antiquité ne doivent pas constituer la seule source de la création littéraire. Ils
ont pour fer de lance Charles Perrault, resté célèbre pour ses contes. Celui-ci
considère que les hommes de lettres du Grand Siècle ont le talent pour
s’affranchir des règles de l’Antiquité. La création littéraire consistant d’ailleurs
avant tout à innover et à rechercher des formes artistiques nouvelles.

Charles Perrault, qui prend la tête du combat des « Modernes »


C’est d'ailleurs Charles Perrault qui lança le premier les hostilités, en janvier
1687, écrivant un poème, Le siècle de Louis le Grand , qui fait l’éloge de
l’époque, remettant ainsi en question l’Antiquité, supposé être l'âge d'or de la
création artistique. Nicolas Boileau réplique pour défendre l'héritage antique, et
il faudra plusieurs années de disputes pour trouver enfin un compromis, qui
n'éteindra jamais vraiment la controverse. Le débat reprendra même par la suite
à cause d'une traduction d'Homère remis au goût du jour par Houdar de la Motte,
ou encore suite à l'œuvre et aux pensées de Marivaux qui réveillent l'opposition
des « Anciens ».
Les modernes semblent néanmoins avoir obtenu gain de cause. Les œuvres des
auteurs du Grand Siècle (Corneille, Racine, Molière...) triomphent, bien qu'elles
s'affranchissent des codes chers aux « Anciens ». Blaise Pascal l'affirme
d'ailleurs : ce que nous considérons comme étant les anciens étaient hier des
modernes. Et ainsi de suite.
Cette opposition dans les arts entre ce que nous appelons les œuvres classiques
et les œuvres modernes se poursuit encore aujourd'hui autour de la même
controverse : il est ainsi reproché aux « modernes » de céder trop facilement aux
effets de mode, au dépend de la qualité artistique, alors que les « anciens »
seraient coupables d'un trop grand élitisme.
Mais au fait, qui est donc ce Franck Emile ? Et ce Bliel ? Eh bien tout
simplement... des inventions de Michel Audiard. Le grand interprète, Franck
Emile, et le compositeur préféré d'Antoine, Bliel, n'existent tout simplement pas.
Le seul rapprochement que l'on pourrait trouver avec « Bliel » est « Blier ». Le
dialoguiste en aurait-il profité pour faire une allusion à son ami Bernard Blier,
alias Raoul Volfoni ?
Pour le reste du propos d'Antoine sur Corelli, Beethoven et Chopin, nous
laissons au « brillant jeune homme », digne représentant des « modernes », le
soin de prendre ses responsabilités face à ses possibles détracteurs du camp des «
anciens » et déclinons toute responsabilité. Mais c'est peut-être tirer un peu vite
un trait sur plusieurs siècles de musique que de les considérer comme « très
dépassés » ou « très cons ».

Corelli

Beethoven

Chopin... dépassés !
Antoine Delafoy : « Les sonates de Corelli ne sont pas de la musique douce »
Fernand Naudin : « Mais pour moi ça en est. Et je suis chez moi ! »
Antoine Delafoy : « Ah j'aime ça, la thèse est osée mais comme toutes les
thèses parfaitement défendable. »
Arcangelo Corelli était un violoniste italien du XVIIème siècle qui passa
l'essentiel de sa vie à Rome. Professeur, il devient aussi compositeur,
uniquement pour violon et orchestre, il accède de son vivant à une grande
reconnaissance dans toute l'Europe. Admiré par ses pairs, il est représentatif du
style baroque italien et perfectionne la technique du violon. Il influença de
nombreux compositeurs à l'instar de Bach, Haendel ou encore Vivaldi. François
Couperin lui dédia même son Apothéose (ou Apothéose de Corelli ). Exigeant, il
refusa de nombreuses commandes officielles pour se consacrer à son œuvre. Il
ne laissa à la postérité que quelques sonates pour les églises ainsi que des sonates
de chambre. Un temps retiré à Naples, il tente un retour à Rome. Mais celui-ci
passe inaperçu. Alessandro Scarlatti lui fait un jour remarquer qu'il a fait une
fausse note. Il en meurt de chagrin.
Mais quelle sonate écoutent donc Antoine et Patricia au moment où l'oncle
Fernand rentre dans le salon ? Nous savons qu'il y a, dans cette sonate, une «
petite flûte » qui « allait répondre aux cordes ». Fernand Naudin lui-même dîne
tout en s'initiant à Corelli, avec la pochette du disque entre les mains. C'est le
compositeur Michel Magne qui a travaillé sur les musiques du film. De quelle
sonate s'est-il donc inspirée ? Réponse : aucune ! Le morceau que nous
entendons n'est en réalité pas du tout de Corelli. Michel Magne s'est en fait
inspiré du tube d'un groupe des années 60, Le Carillon de Notre Dame , dont on
entend d'ailleurs la version originale lors de la boum de Patricia. La soi-disant
sonate de Corelli, chef d'œuvre qui a traversé trois siècles d'Histoire de la
musique, n'est autre que l'adaptation d'une musique twist pour la jeunesse yéyé !
Quelle déception ! Mais en même temps, c'est bien joué de la part de Magne,
Audiard et Lautner. Avec la pochette du disque qui apparait à l'écran, on y
croyait.
Pour en revenir au débat qui agite Fernand Naudin et Antoine Delafoy, on ne
peut effectivement pas parler de musique douce pour les sonates de Corelli.
L'œuvre du compositeur italien se rattache en effet au style baroque, très en
vogue au XVIIème et au XVIIIème siècle pour la musique ou l'opéra.
Le style baroque vient d'Italie et a d'abord qualifié un nouveau style
architectural. En musique, la période baroque fait ainsi suite au « contrepoint »
de la Renaissance, qui consistait alors à superposer des lignes mélodiques
distinctes. Le baroque se caractérise notamment par une improvisation à partir
d'un chiffrage des accords. Les instruments jouant la partie improvisée formant
le « continuo ». Cette technique musicale est aussi connue sous le nom de «
basse continue ».
Ce jeune freluquet d'Antoine, qui se permet de répondre avec insolence à l'oncle
Fernand, a donc raison. Mais comble de l'agacement, il laisse malgré tout la
porte ouverte à la discussion: « la thèse est osée, mais comme toutes les thèses,
parfaitement défendable ». L'intitulé du débat : les sonates de Corelli sont-elles
de la musique douce ou de la musique baroque dans la maison de Fernand
Naudin ? Ambiance garantie pour une fin de soirée mouvementée.
Antoine Delafoy : « ... défenseur de Puvis de Chavannes... »
Antoine Delafoy évoque le goût de son père pour la peinture de Puvis de
Chavannes. S'il affiche un certain mépris pour ce grand peintre symboliste du
XIXème, le fils de bonne famille n'en connait pas moins ses classiques.
Evidemment, pour lui, Puvis de Chavannes c'est comme Corelli, Beethoven et
Chopin, c'est « très dépassé » et « très con ». Néanmoins, petit retour sur la vie et
l'œuvre du peintre.
Lors de plusieurs séjours en Italie, Pierre Puvis de Chavannes étudie la peinture
auprès de grands maitres de l'époque comme Henry Scheffer, Eugène Delacroix
ou encore Thomas Couture. Il est également influencé par l'œuvre de Théodore
Chassériau et ses peintures murales.

Puvis de Chavannes, peintre préféré du « président » Delafoy


Après avoir essuyé plusieurs refus dans les salons, Puvis de Chavannes connait
enfin ses premiers succès avec ses œuvres La guerre et La paix ou encore Les
Quatre Saisons . Le peintre présente un style novateur, faisant usage de l'allégorie
dont il devient le grand maitre de la fin du XIXème siècle. Sa compagne, la
princesse Marie Cantacuzène, lui sert également de modèle à plusieurs reprises.
Peintre très en vue, il réalise de nombreux décors dans des palais (Longchamp à
Marseille), des hôtels de ville (à Paris), au Panthéon (avec La vie de Sainte-
Geneviève ) ou encore à la Sorbonne (le grand amphithéâtre). Son style donne un
renouveau au symbolisme, et va influencer de nombreux peintres du début du
XXème siècle (Paul Gauguin, Maurice Denis et même... Picasso).

L'allégorie du travail, par Puvis de Chavannes


Si son style peut paraitre suranné et dépassé pour les jeunes esthètes branchés
des années 1960, comme Antoine, le style de Puvis de Chavannes n'en a pas
moins profondément marqué son époque et les générations suivantes.
Antoine Delafoy : « ... et de Reynaldo Hahn »
Mais qui est donc Reynaldo Hahn, le compositeur favori d'Adolphe-Amédée
Delafoy ?
D'origine vénézuélienne, Reynaldo Hahn arrive à Paris avec sa famille à l'âge de
trois ans. Ses parents s'installent rue du cirque (rue qui a fait récemment parlé
d'elle suite aux fredaines en scooter de François Hollande chez Julie Gayet...).
Reynaldo Hahn rentre par la suite au conservatoire de Paris et devient entre autre
l'élève du compositeur Jules Massenet. Il va mettre en musique des poèmes et
des pièces de théâtre de Victor Hugo et d'Alphonse Daudet. Par ailleurs, il joue
du piano et chante dans les salons parisiens où il rencontre quelques grands
noms du milieu artistique : Paul Verlaine, Edmont de Goncourt, Stéphane
Mallarmé et surtout... Marcel Proust dont il devient l'amant pendant quelques
années, et dont il restera un ami fidèle. Un compositeur qui entretient une
relation homosexuelle avec Marcel Proust, voilà qui démontre une certaine
largesse d'esprit dans les goûts du pourtant très vieille France « Président »
Delafoy.
Reynaldo Hahn, compositeur préféré de monsieur Delafoy
Touche à tout, Reynaldo Hahn compose des poèmes symphoniques, met en
musique des pièces de théâtre des grands auteurs (Pierre Loti, Francis de
Croisset...) travaille pour l'opéra-comique, publie des recueils de mélodies et de
pièces pour pianos, des chansons, des valses, des ballets (notamment pour les
ballets russes de Diaghilev).
Naturalisé français peu de temps avant la guerre, il part au front jusqu'en 1916 et
reçoit la Légion d'honneur pour ses faits d'armes (il semble collectionner les
médailles comme son disciple et admirateur le président Delafoy).
Dans l'entre-deux-guerres, il compose ses opérettes les plus connues ( Ciboulette
Malvin ) ainsi que des comédies musicales ( Mozart , O mon bel inconnu ...).
Parallèlement, il revient à la musique de chambre en composant un quintette
pour piano ou deux quatuors à cordes. Ces mêmes années, il donne des concertos
pour piano et violon.
D'origine juive, il doit quitter Paris en 1940 et se refugie sur la Côte d'Azur. Il est
de retour à Paris en 1945 où il est élu à l'Académie des beaux-arts et devient
également directeur de l'Opéra de Paris. Il est parallèlement critique musical au
Figaro . Il disparait en janvier 1947, atteint d'une tumeur au cerveau.
Son œuvre considérable et son génie de l'invention mélodique laisse une trace
importante dans l'histoire de la musique, même si ses compositions ont beaucoup
vieilli. S'il peut compter sur des admirateurs inconditionnels, comme le président
Delafoy, la génération d'Antoine et Patricia le considère depuis longtemps
comme dépassé, supplanté par la musique expérimentale, Bliel, ainsi que
l'avènement du twist et des yéyés.
Antoine Delafoy : « Il m'arrive de m'attribuer des mots qui sont en général
d'Alphonse Allais... »
Alphonse Allais, l’une des nombreuses références citées par Antoine Delafoy,
s’est rendu célèbre à la fin du XIXème pour ses traits d'esprits et son humour. Il
n’était pourtant pas vraiment destiné à une carrière artistique et littéraire. Fils
d’un pharmacien de Honfleur, il est alors davantage attiré par les sciences que
par le maniement du verbe. Un temps stagiaire dans la pharmacie paternelle, il
s'y adonne à l'invention de faux médicaments. Envoyé à Paris par son père pour
y faire ses études de pharmacie, il ne se présente pas à un examen. Se rendant
compte des dérives de la vie étudiante de son fils, celui-ci lui coupe les vivres.
C’est ce qui va lancer la véritable carrière d’Alphonse Allais qui s’essaye au
journalisme en publiant des chroniques humoristiques dans la presse parisienne,
mettant ainsi un terme à ses études de pharmacie. A partir de 1883, Alphonse
Allais publie des nouvelles et des chroniques humoristiques dans le journal Le
Chat noir , et connait rapidement le succès. Il devient par la suite le directeur de
la revue, tout en continuant à publier des contes et des nouvelles pour d’autres
journaux. Avec ses écrits décalés, ses théories absurdes et ses calembours, il
accède à la célébrité dans la France de la Belle Epoque. Par la suite, il ne cessera
de publier recueils et chroniques. Son style narquois et son humour acide
croquent volontiers ses têtes de turcs favorites : les hommes politiques, l’armée,
le clergé.

Antoine Delafoy s'inspire beaucoup des bons mots d'Alphonse Allais


Si Alphonse Allais est resté célèbre pour son humour décapant proche de
l'absurde et pour ses chroniques, c’était en réalité un touche à tout. Il est ainsi
l’auteur de recherches scientifiques sur la photographie couleur. Dans un tout
autre registre, il a aussi déposé un brevet, en mars 1881, pour sa découverte du
café soluble lyophilisé. L’écrivain était très en avance sur son temps. Ce n’est en
effet que dans les années 1930 que Nestlé lancera le Nescafé auprès du grand
public. Encore plus surprenant, Alphonse Allais a inspiré, sans le savoir, la
politique française sur le plan économique. Il est en effet l’auteur de la fameuse
formule sur le « patriotisme économique ». Concept qui fera les beaux jours de
nombreux politiques à l’instar de Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy,
François Hollande, Marine Le Pen.... Pourtant, c’était à l’origine une formule
ironique, utilisée par l'écrivain dans une lettre fiction adressée au militant
nationaliste français, Paul Déroulède, dont il moquait l'esprit revanchard...
Il est bien évidemment impossible de conclure ce passage sur Alphonse Allais
sans quelques-unes de ses citations les plus marquantes et souvent pleines de bon
sens. Et si vous les entendez dans la bouche d'Antoine, vous saurez qui en est
l'auteur en réalité :
« La justice sans la force est une dérision pire que la force sans la justice. A quoi
me sert d'avoir raison si celui qui a tort me tue ? »
« Ah ! Le vieux rêve des gens honnêtes: pouvoir tuer quelqu'un en état de
légitime défense. »
« C'est curieux comme l'argent aide à supporter la pauvreté... »
« Deux époux doivent se garder de se quereller quand ils ne s'aiment plus assez
pour se réconcilier. »
« Il vaut mieux passer à La Poste hériter qu'à la postérité ! »
« Il ne faut compter que sur soi-même. Et encore, pas beaucoup… »
« Rouge: récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer
Rouge . »
« Par les bois du djinn où s' entasse de l' effroi . Parle et bois du gin ou cent tasses
de lait froid . »
« La misère a cela de bon qu' elle supprime la crainte des voleurs . »
Antoine Delafoy : « ... et des aventures puisées dans La Vie des Hommes
illustres. »
La vie des hommes illustres ? Vous pensez sans doute à Clovis, Louis XIV,
Napoléon, Pasteur ou Clémenceau ? Vous n'y êtes pas ! Antoine Delafoy, génie
de la musique et fin lettré, fait ici référence à la grande œuvre de Plutarque, La
vie des hommes illustres ou Les vies parallèles des hommes illustres .
Plutarque est un philosophe, un moraliste et un biographe majeur de la Rome
Antique. Il est connu pour son opposition aux courants stoïciens (qui prônaient
la tempérance et le détachement de ce qu'on ne maitrise pas pour vivre heureux
et libre) et épicuriens (la recherche du bonheur et de la tranquillité de l'âme avant
tout), en étant un précurseur du néoplatonisme (courant très axé sur le premier
principe, c'est à dire par l'existence de Dieu comme explication à l'existence de
l'univers).

Plutarque, auteur de La vie des hommes Illustres


Originaire de Grèce, c'est en grec ancien qu'il rédige l'intégralité de son œuvre.
La vie des hommes illustres rassemble cinquante biographies de grandes
personnalités de l'Antiquité. L'originalité et la force de cette œuvre est de
présenter la quasi-totalité de ces biographies (46 exactement) par paire, en
comparant à chaque fois la vie d'un Grec avec un Romain. Ainsi, les vies de
Thésée et de Romulus sont décrites en parallèle, tout comme celles de
Démosthène et Cicéron, ou encore d'Alexandre Le Grand et Jules César. Seule
manque la première paire, qui présentait les vies parallèles d'Epaminondas avec
Scipion l'africain. Ces biographies auraient été écrites entre 100 à 115 après
Jésus Christ.

Alexandre Le Grand...
... Jules César. Une paire d'hommes illustres
Ce chef d'œuvre de Plutarque a, par la suite, inspiré de nombreux auteurs,
notamment Corneille et Shakespeare, pour les sujets de tragédie. Ou encore
Beethoven pour sa 3ème symphonie . Et même un certain... Michel Audiard, qui
fait ainsi référence à l'œuvre dans les Tontons.
Fernand Naudin : « Et bien, les génies se baladent pas pieds nus, figure toi !
Hein ? »
Patricia : « Et Sagan ? »
Patricia est une sale gosse, et elle a en plus de la répartie lorsqu'il s'agit de
répliquer à son oncle. « Et Sagan ? ». Patricia fait bien sûr allusion à Françoise
Sagan (de son vrai nom Françoise Quoirez), une des personnalités littéraires les
plus en vue de l'époque.
Mais l'allusion à Sagan n'est pas anodine. Il y a en effet des similitudes entre le
personnage de Patricia et celui de Françoise Sagan. On devine d'ailleurs que
l'écrivaine aux origines bourgeoises suscite l'admiration des jeunes filles de la
bourgeoisie française comme Patricia. Celle qu'on a qualifiée de « charmant petit
monstre », a en effet souvent défrayé la chronique mondaine et judiciaire au
cours de sa vie. Premier point commun avec Patricia : une scolarité agitée. Sagan
aussi s'est fait « éjecter de partout », de tous les cours privés pour jeunes filles de
la bonne société parisienne (couvent des oiseaux, cours Hattemer...). Comme
Patricia, qui a écrit une brillante dissertation sur Dieu, Sagan lit beaucoup et a de
solides références littéraires (Cocteau, Flaubert, Malraux, Proust, Hemingway...).
Et comme Patricia, la préparation au baccalauréat est difficile. Après un échec en
1951, elle réussira finalement l'épreuve à la rentrée de septembre.
Françoise Sagan est plus assidue pour faire la fête dans les boites de nuit et clubs
de Jazz de Saint-Germain-des-Prés, que pour fréquenter les amphithéâtres de la
Sorbonne. Patricia aussi semble plus intéressée par l'organisation de boums à la
maison ou par les sorties avec la bourgeoisie friquée parisienne pour voir Franck
Emile en concert. Fille (sans le savoir) d'un truand interdit de séjour et d'une
ancienne « sujet vedette chez madame Reine », Patricia semble avoir
parfaitement intégré tous les codes de la société bourgeoise.
A l'été 1953, Sagan écrit son premier roman, Bonjour tristesse , qui est publié en
1954. Celle qui s'appelle encore Françoise Quoirez prend « Françoise Sagan »
pour nom d'auteur, un emprunt au personnage du prince de Sagan dans l'œuvre
de Proust. Bonjour tristesse dépeint une bourgeoisie riche et désabusée, menant
une vie facile, un père enchainant les conquêtes, une fille cynique et
manipulatrice. A 19 ans, seulement, l'ouvrage connait un immense succès. Mais
c'est aussi un énorme scandale. Une fille qui couche sans tomber enceinte, une
structure familiale qui se disloque. Ça fait désordre...

Françoise Sagan, qui ne se baladait pas pieds nus


Son deuxième roman, Un certain sourire , qui parait en 1956, est à nouveau un
succès. Sagan incarne alors l'argent facile et conduit à vive allure les plus belles
voitures de sport. Elle devient le symbole de la jeunesse dorée et insouciante,
mais aussi de la révolution sexuelle avant l'heure. La jeune écrivaine choque les
bonnes mœurs jusque dans ses tenues vestimentaires, préférant les jeans et les
tee-shirts aux robes classiques des jeunes filles de bonnes familles. Dans une
moindre mesure, Patricia incarne également une certaine rébellion de cette jeune
bourgeoisie désinvolte. Les invités de Patricia roulent en voitures de sport
(Austin, Chevrolet Corvette...), ils dansent sur les rythmes nouveaux des années
yéyés, ils boivent de l'alcool. La question de la libération sexuelle n'est pas
absente. L'invité en retard à la boum ne se demande-t-il pas à propos d'Antoine :
« je me demande s'il la saute ». L'oncle de Patricia, moins moderne, corrigera le
grossier personnage par quelques bourre-pifs bien sentis. Reste la mode
vestimentaire. Patricia, Antoine et les invités incarnent encore le classicisme.
Robes et costumes cravates restent de rigueur.
Mais qu'en est-il alors de cette histoire de génies qui se baladeraient pieds nus ?
Nous y venons. En 1957, Françoise Sagan est victime d'un grave accident de la
route au volant de son Aston Martin. Lancée à 160 km/h dans un virage, elle
perd le contrôle de sa voiture qui va s'écraser dans un champ de blé. Elle restera
entre la vie et la mort plusieurs jours. Un prêtre est d'ailleurs appelé sur les lieux
de l'accident pour lui administrer l'extrême-onction. Elle gardera d'ailleurs de ses
prises de morphine une accoutumance aux drogues et aux médicaments, ainsi
qu'à l'alcool. Or la légende voulait que Françoise Sagan conduise ses voitures, et
notamment sa précédente Jaguar, pieds nus. Mais il semble que ce soit une idée
reçue à cause de l'interprétation d'une photo où elle posait dans sa voiture les
pieds nus (mais à l'arrêt). En tout cas, elle ne conduisait pas pieds nus son Aston
Martin le jour de l'accident. Mais ce cliché est resté... jusque dans les dialogues
de Michel Audiard.
Françoise Sagan publiera par la suite de nombreux romans, publiés et traduits
dans une quinzaine de langues. Elle continuera d'aborder les mêmes thèmes qui
ont fait le succès de Bonjour Tristesse : la vie bourgeoise, la Côte d'Azur, les
voitures, l'oisiveté et le cynisme.
Inclassable, la romancière a souvent fait scandale. Bisexuelle, elle entretenait
une liaison avec la styliste Peggy Roche. Politiquement engagée à gauche, elle
revient d'un reportage à Cuba, en 1960, avec un récit lucide et visionnaire sur les
futures dérives totalitaires du régime castriste. En opposition avec les
révolutionnaires de Saint-Germain-des-Prés et de la Sorbonne. Pendant la guerre
d'Algérie, elle prône l'insoumission des appelés. En réponse, le domicile de ses
parents est plastiqué par l'OAS en 1961. Provocatrice, elle est interpellée en mai
1968 au théâtre de l'Odéon lors d'un meeting étudiant : « La camarade Sagan est
venue dans sa Ferrari pour encourager la révolution ? ». Elle réplique : « C'est
faux, dans une Maserati ». Sur le problème de l'avortement, elle fait partie des
signataires du manifeste des 343 salopes. Engagée dans la lutte contre le
totalitarisme, elle apporte aussi son soutien à Solidarnosc, le syndicat polonais
de Lech Walesa en lutte contre le général Jaruzelski.
Fernand Naudin : « Et si la vieille définition n'avait pas tant servi à propos de
Racine et de Corneille, nous dirions que Bossuet a peint Dieu tel qu'il devrait
être et que Pascal l'a peint tel qu'il est »
La dissertation de Patricia fait allusion à la célèbre citation de La Bruyère : «
Corneille peint les hommes tels qu'ils devraient être. Racine les peint tels qu'ils
sont ». Pour être tout à fait exact, la citation complète, telle qu'elle apparait dans
Les Caractères, est la suivante « Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses
idées, Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes tels qu’ils
devraient être, celui-ci les peint tels qu’ils sont ».

La Bruyère. Sa citation a mis le feu aux poudres


Ces considérations sur Racine et Corneille font écho à l'opposition classique
entre les deux grands dramaturges français du XVIIème siècle. La confrontation
entre ces deux personnages et leur conception opposée de l'art dramatique
suscite aujourd'hui moins de débats. Mais, il n'en fut pas toujours ainsi. Le
monde s'est longtemps partagé entre les partisans de tel ou tel maitre. On était
pour Racine et contre Corneille, ou pour Corneille et contre Racine. De la même
façon que dans les années 1950, on était pour Sartre ou pour Camus, et dans les
années 1960, pour Sartre ou pour Aron. C'est à dire à devoir choisir entre deux
écoles de pensée parfaitement irréconciliables. Cette querelle ne date d'ailleurs
pas du Grand Siècle (le XVIIème siècle). Aristote faisait déjà la distinction entre
les œuvres de Sophocle (qui peignait les hommes tels qu'ils devraient être) et
celles d'Euripide (qui les peignait tels qu'ils étaient).
Entre Corneille et Racine, l'opposition nait en 1664 avec la première de La
Thébaïde , écrite par le jeune Racine. Elle se poursuit quelques années plus tard
avec le Bérénice de Racine, en opposition avec le Tite et Bérénice de Corneille. Au
sublime et à la grandiloquence de Corneille, s'oppose l'incertitude et le
classicisme de Racine. Corneille face à Racine, c'est Polyeucte contre Phèdre .
C'est d'un côté la tragédie sans action, juste par les mots, et de l'autre, la
magnificence de l'action et l'éblouissement du public.
Selon La Bruyère, Corneille peint les hommes tels qu'ils devraient être...
Car tout semble opposer Pierre Corneille et Jean Racine. Le premier fut élevé
par les jésuites, le second par les jansénistes. Corneille est influencé par le
baroque et l'âge d'or espagnol, Racine par le classicisme et les tragédies
grecques. Le premier préfère l'invraisemblable et une intrigue à rebondissement,
le second ce qui est vraisemblable et simple. Pourtant, alors que Corneille place
l'ambition avant l'amour et la raison avant la passion, c'est Racine qui
précisément fait de l'amour le sujet de ses tragédies, la passion l'emportant alors
sur toute raison. Corneille développe une vision positive de l'homme, capable de
maitriser ses sentiments, doté d'une grande noblesse d'âme. Racine présente une
vision négative de l'homme, peu à même de se maitriser, et faisant transparaitre
ses doutes et ses émotions.

... et Racine les peint tels qu'ils sont !


Ainsi, les héros de Corneille, « tels qu'il faudrait qu'ils soient », se distinguent
par un esprit chevaleresque, un courage exceptionnel ou encore un grand sens
moral. L'homme, selon Corneille, c'est le Rodrigue du Cid , un homme de très
grande valeur et un héros national. A l'opposé, les héros de Racine, « tels qu'ils
sont », nous parlent peut-être davantage parce qu'ils nous ressemblent de par
leurs caractères, leurs forces mais aussi leurs faiblesses. Quitte à parfois
décevoir.
La Bruyère, auteur de la citation qui fait tant débat, semble d'ailleurs trancher et
prendre le parti de Corneille : « L'on est plus occupé aux pièces de Corneille;
l'on est plus ébranlé et plus attendri à celles de Racine. Corneille est plus moral,
Racine plus naturel ».
La bataille entre partisans de Corneille et ceux de Racine se poursuivra jusqu'au
XXème siècle. Si Charles Péguy prend le parti de l'auteur de Phèdre , Roland
Barthes soutient les conceptions de Corneille. Le débat persiste toujours
implicitement, entre la volonté d'ancrer l'art dans le réalisme, quitte à ennuyer, et
le désir d'aller vers le sublime, au prix de l'invraisemblance. Une part de réalité,
une part de rêve, et si finalement Corneille et Racine avait tous les deux raison ?
Venons-en maintenant à Bossuet et à Pascal, dont la conception de Dieu les
oppose apparemment à la manière de Corneille et Racine.

Et pour Patricia, Bossuet a peint Dieu tel qu'il est...


Jacques Bossuet est avant tout un ecclésiastique, qui deviendra évêque de
Meaux. Il est aussi connu pour avoir été le précepteur de Louis de France, le fils
du roi Louis XIV. C'est justement pour le Dauphin que Bossuet va écrire Le
Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même . Dans sa démonstration de
l'existence de Dieu, il va reprendre les arguments de René Descartes.
Pour Descartes, il existe quatre preuves de l'existence de Dieu. Tout d'abord, en
tant qu'être fini, je ne peux pas être à l'origine de l'idée d'un être infini, incarnant
la perfection, et qui serait Dieu. En effet un être fini n'a qu'une perception limitée
par rapport à Dieu, qui est « infiniment compréhensible ». Deuxièmement, en
cherchant parmi toutes les possibilités, seul Dieu peut être à l'origine de
l'existence de mon être. Troisièmement, non seulement Dieu est à l'origine de
l'existence de mon être, mais je ne peux exister à chaque instant que grâce à lui.
Enfin, la quatrième preuve, qui s'appuie sur la définition même de Dieu, celle
d'un être absolument parfait. Son absence d'existence entrainerait une
imperfection, ce qui serait contradictoire avec sa définition. Cette dernière
preuve est la plus forte des quatre pour Descartes, puisqu'elle fait appel à une
logique presque mathématique. Ce qui n'a finalement rien d'étonnant pour une
démonstration « cartésienne ».
Le rapport de Bossuet à Dieu, dans la lignée de Descartes, s'appuie donc sur une
approche à la fois philosophique et scientifique. Dieu est l'être absolu, infini et
parfait. Pour plusieurs raisons, philosophiques et rationnelles, son existence ne
fait aucun doute.
L'approche de Blaise Pascal sur l'existence de Dieu est très différente.
Philosophe, moraliste et théologien, Pascal est aussi mathématicien et physicien.
Il va présenter le problème de l'existence de Dieu sous la forme d'un pari. C'est
ce qu'on appelle le fameux « pari de Pascal ».

... et Pascal l'a peint tel qu'il est !


Dans ses Pensées , Blaise Pascal va en effet décrire la nature de son pari sur
l'existence de Dieu. Il formule le problème de l'existence de Dieu sous la forme
d'un modèle qui met en balance les gains et les pertes que l'on retire de croire ou
de ne pas croire en Dieu. L'objectif de sa démonstration étant de convaincre qu'il
y a tout simplement plus de gains que de pertes à croire en l'existence de Dieu
que de ne pas y croire. Il formule du coup son pari de la façon suivante : «
Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas :
si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez
donc qu'il est, sans hésiter ». En d'autres termes, Pascal distingue quatre
situations : Dieu existe et vous croyez en Dieu, Dieu existe et vous ne croyez pas
en Dieu, Dieu n'existe pas et vous croyez en Dieu, Dieu n'existe pas et vous ne
croyez pas en Dieu. Le philosophe démontre du coup que seul le premier cas
vous permet de gagner. Mais que dans les autres cas de figure, vous ne perdez
rien. Dès lors, s'il n'y a rien à perdre et tout à gagner, comment ne pas croire en
l'existence de Dieu ?
Blaise Pascal, en ayant recours à la théorie des jeux, tente ainsi de convaincre ses
contemporains de l'existence de Dieu d'une façon plus simple que par des
arguments théologiques trop abstraits. Autre bouleversement, son approche fait
de la foi en Dieu un acte avant tout de raison, l'objet d'un habile et pragmatique
calcul, en contradiction avec la démonstration de Descartes et de Bossuet, qui
font de Dieu l'être absolu, dont l'absence correspondrait au néant, et dont
l'inexistence ne se conçoit même pas.
Bossuet a donc peint Dieu tel qu'il devrait être, infini, doué de toutes les
perfections, alors que Pascal l'a peint tel qu'il est, un pari sans risque qu'il est
plus intéressant de faire que le pari inverse. La querelle entre Corneille et Racine
peut donc à nouveau se prolonger, sur le plan théologique cette fois.
Patricia : « ... ça méritait une liaison malheureuse, tragique, quelque chose
d'espagnol, même de russe »
Malgré un oncle Fernand très circonspect de la relation de sa nièce avec Antoine
Delafoy, on ne peut pas dire que Patricia vive des amours vraiment contrariées.
Pourtant, celle-ci rêverait presque d'une histoire d'amour malheureuse et tragique
tant elle semble vouer un amour passionné à « son » Antoine. Mais quelles
tragédies espagnoles ou russes, à la Roméo et Juliette, Patricia a-t-elle donc en
tête ?
Du côté de la littérature espagnole, on peut tout d'abord évoquer la comédie
tragique, publiée par Fernando de Rojas à Burgos en 1499, La Célestine : Tragi-
comédie de Calixte et de Mélibée . Cette œuvre écrite en prose, à la frontière du
théâtre et du genre romanesque évoque la folle passion d'un jeune noble, Calixte,
pour la fille d'un riche marchand Mélibée. Pour parvenir à ses fins et briser les
barrières qui le séparent de sa bien-aimée, Calixte fait appel à Célestine, une
entremetteuse qui sait fort bien arranger les « choses de l'amour ». Si Célestine
parvient à faire naitre un amour réciproque de Mélibée pour Calixte, l'histoire se
terminera en tragédie.
Plus récemment, et dans un tout autre genre, on peut aussi penser au poète et
dramaturge du XIXème siècle, Antonio Garcia Gutierrez qui signe en 1836 avec
El Trovador ( Le Trouvère ) un éclatant succès. Cette œuvre pleine de passion, très
lyrique, met en scène les amours infortunées d'un trouvère (un poète), Manrique,
avec sa bien aimée Léonor. L'œuvre connait surtout un succès planétaire grâce à
Verdi qui porte cette œuvre sur scène pour en faire l'un de ses plus célèbres
opéras.
Du côté des tragédies russes qui ont pu inspirer Patricia, on peut tout d'abord
penser à Guerre et Paix de Léon Tolstoï. Ce roman fleuve, publié en feuilleton
entre 1865 et 1869 sur fond d'histoire de la Russie à l'époque napoléonienne,
développe une vision très fataliste des événements historiques et amoureux, où le
déterminisme semble avoir pris le dessus. Guerre et Paix met notamment en scène
les amours sans cesse contrariées de Nicolas et de Sonia.
Autre roman tragique de Tolstoï, Anna Karénine , paru en 1877 en roman
feuilleton et considéré comme son autre grand chef-d'œuvre. Dans ce roman,
l'auteur y dépeint le destin tragique d'une jeune femme, Anna Karénine, mariée à
Alexis Karénine et mère d'un jeune garçon, Serge. Anna rencontre un officier,
Alexis Vronski, dont elle tombe amoureuse. Ne pouvant lutter contre sa passion,
elle doit l'avouer à son mari et vivre son amour coupable avec ce tumultueux
Vronski. Par contraste Tolstoï dépeint le bonheur d'un ménage honnête et fidèle
formé par Lévine et Kitty Stcherbtski.
Autre chef-d'œuvre de la littérature russe, Le Docteur Jivago de Boris Pasternak.
Publié pour la première fois dans la langue russe en Italie en 1957, il sera interdit
en URSS jusqu'en 1985. Sa première édition française date de 1958. L'action se
déroule sur fond de guerre civile russe et de construction de l'URSS après la
révolution bolchévique. Le roman est d'ailleurs porté à l'écran dès 1965 par le
réalisateur David Lean, et enregistre un des plus gros succès au box-office. Dans
l'histoire, il y est encore question d'amours contrariées, celles du docteur Youri
Jivago et de Lara Antipova, Youri restant finalement fidèle à sa femme Tonya
qu'il vient d'épouser.
Dans Crime et Châtiment , un roman feuilleton publié en 1866 par Féodor
Dostoïevski, c'est cette fois-ci Rodion Raskolnilov, un étudiant en droit fauché,
qui est rattrapé par son passé de meurtrier et déporté en Sibérie, le séparant à tout
jamais de l'amour qu'il avait pourtant enfin trouvé avec une jeune prostituée,
Sonia Semionovna.
La fatalité, l'échec, les amours impossibles, voici là encore le thème de La
mouette d'Anton Tchekhov. Cette pièce de théâtre, publiée en 1896, met en scène
Konstantin et Nina. Konstantin aime Nina, mais Nina croit en sa vocation
d'actrice et préfère s'enfuir avec Trigorine, un grand écrivain, amant de la mère
de Konstantin. Mais ce sera l'échec pour Nina, qui sera aussi délaissée par
l'artiste. Konstantin se noie alors dans l'espoir vain de retrouver sa bien-aimée.
Une dramaturgie centrée sur des personnages en quête d'amour, mais qui le
laissent fuir et passent à côté.
Patricia a peut être enfin en tête le roman d'Ivan Tourgueniev, publié en 1860,
Premier Amour . L'auteur décrit avec pessimisme des amours contrariées et
inachevées, envisageant plutôt l'amour comme un mal, comme une sorte de
maladie. Son roman met en scène Vladimir Petrovitch, un étudiant âgé de seize
ans qui tombe fou amoureux de Zénaïde, une jeune femme de vingt-et-un ans,
qu'il observe derrière la palissade de sa maison. Mais, cette voisine tant désirée
va tomber amoureuse du propre père de Vladimir. Fou de rage, Vladimir va se
plonger dans ses études pour oublier et échapper à cette passion dévastatrice.
Raoul Volfoni : « J’faisais un brin de causette, le genre réservé, tu m’connais,
mousse et pampre, voilà tout d’un coup qu’un petit cave est venu me chercher,
les gros mots et tout ! »
De retour dans la cuisine, après avoir proposé à Patricia de faire la traite des
blanches, l’ainé des Volfoni, sous le coup du « bizarre », affabule auprès de
tonton Fernand à propos d’Antoine. Ce qui va sonner la fin de la surprise-partie
de la jeunesse BCBG. Mais dans son propos, s’est glissé un terme obscur : «
mousse et pampre ». Mais où diable Michel Audiard a-t-il déniché une
expression pareille ? Grand lecteur et admirateur du sulfureux mais génial
écrivain Louis-Ferdinand Céline, le dialoguiste des Tontons flingueurs tire ce
propos de la préface de Guignol’s Band , roman publié en 1944. Céline y parle en
effet de son grand père, Auguste Destouches, en ces termes :
« Je possède tous ses écrits de grand-père, ses liasses, ses brouillons, des pleins
tiroirs ! Ah ! Redoutables ! Il faisait les discours du Préfet, je vous assure dans
un sacré style ! Si il l’avait l’adjectif sû ! s’il la piquait bien la fleurette ! Jamais
un faux pas ! Mousse et pampre ! Fils des Gracques ! La sentence et tout ! En
vers comme en prose ! Il remportait toutes les médailles de l’Académie française
».
Louis-Ferdinand Céline, qui a inspiré les dialogues des Tontons
Mais « mousse et pampre », qu’est ce que cela signifie ? Qu’à voulu dire par là
l'écrivain maudit de la littérature française du 20 ème siècle ?
Le « pampre » est une tige ou un rameau de vigne qui porte les feuilles et les
grappes de raisins. Quant au terme de « mousse », il peut faire référence à la
plante verte qui pousse sur les arbres, sur les murs, et un peu partout en formant
un tapis. Constituée de courtes tiges extrêmement serrées, la mousse est très
douce au toucher. L'expression « mousse et pampre » peut donc se voir comme
une évocation de la délicatesse et de la douceur. Le portrait tout craché de Raoul
Volfoni en somme... En réalité, l'origine de cette expression célinienne reste
assez obscure, mais Audiard n'a pas hésité à associer ainsi Raoul Volfoni au
grand père de Louis-Ferdinand.
Passionné par l’œuvre de Céline, Michel Audiard entreprendra même une
adaptation de son chef d’œuvre Voyage au bout de la nuit . Jean-Luc Godard à la
réalisation et Jean-Paul Belmondo dans le rôle de Ferdinand Bardamu. En vain,
tant la petite musique célinienne est difficile à mettre en image. Quelques années
plus tard, Audiard s’attaqua cette fois à l’adaptation de Mort à Crédit (il en avait
acquis les droits) avec dans le rôle principal son acteur fétiche, Jean Gabin. Là
encore, le projet ne verra pas le jour.
Antoine Delafoy : « ... le sarcasme Prudhommesque »
« Prudhommesque » est un dérivé du nom du personnage de Joseph Prudhomme.
Créé par Henry Monnier, un dramaturge et illustrateur du XIXème siècle, ce
personnage était la caricature du bourgeois français du milieu du XIXème siècle,
typiquement sous les règnes de Louis-Philippe et Napoléon III.
Le personnage de Monsieur Prudhomme apparait à partir de 1830 sous la plume
et le trait de crayon d'Henry Monnier. Il est en effet à la fois un sujet de dessins
et de caricatures, mais aussi de pièces de théâtre. Représenté sous la forme d'un
personnage grassouillet, c'est un petit bourgeois conformiste, avec des idées
banales, voire stupides. Se donnant des airs importants, il fait aussi montre d'une
certaine solennité. Peu au fait des idées nouvelles, monsieur Prudhomme a, dans
bien des domaines, un jugement expéditif et sentencieux, comme par exemple
sur la musique des sphères...

Henry Monnier, déguisé en monsieur Prudhomme


Honoré de Balzac s'inspira de ce personnage pour dépeindre la bourgeoisie du
XIXème siècle dans son œuvre La comédie humaine . Le poète Paul Verlaine
écrira un poème sur ce personnage dans les Poèmes saturniens , tandis que Sacha
Guitry a écrit une pièce de théâtre sur Henry Monnier qui s'intitulait Monsieur
Prudhomme a t-il vécu ? .
L'oncle Fernand, dépeint en petit bourgeois inculte aux idées courtes, Voilà qui a
dû beaucoup plaire.
Antoine Delafoy : « Pour en revenir à vos rêves en couleur, savez vous que
Borowski les attribuent au phosphore qui est contenu dans le poisson ? »
Tadeusz Borowski. Voilà bien la référence la plus improbable du film, même
dans la bouche d'Antoine Delafoy. Comment Audiard a-t-il pu caser une
référence à cet écrivain et journaliste polonais ?
Borowski, c'est un peu l'histoire de celui qui est né au mauvais endroit au
mauvais moment. C'est finalement toute l'histoire de ces peuples d'Europe de
l'Est qui ont été pris en tenaille par les deux plus effroyables totalitarismes du
XXème siècle, le nazisme et le stalinisme. Né en novembre 1922, il est issu de la
communauté polonaise de Jytomir dans une Ukraine, alors soviétique. A la fin
des années 1920, ses parents sont accusés d'espionnage et envoyés pour plusieurs
années au goulag. Finalement rapatriés après quelques années d'internement,
Borowski, son frère, puis le reste de sa famille s'installent à Varsovie dans les
années 1930. Mais, la Pologne est envahie en 1939 par l'armée Allemande, sous
la bienveillance de Staline. Malgré l'occupation, Tadeusz Borowski poursuit
clandestinement ses études de littérature à l'Université de Varsovie. Il est arrêté
en 1943 pour être envoyé aux camps d’Auschwitz, puis de Natzweiler-Stuthof, et
enfin à Dachau. Il décrit son expérience de la vie dans les camps dans deux
ouvrages, L'Adieu à Maria et Le Monde de pierre , qui seront publiés en Pologne
en 1948. Survivant des camps, il est libéré en 1945 par les américains, et
retourne en Pologne en 1946. Il publie alors une série de nouvelles sous le titre
Au revoir Maria , et adhère parallèlement au Parti Communiste Polonais. En
1950, il est récompensé par un Prix national de littérature. Il se rend néanmoins
compte que loin de faire oublier les horreurs commises par les nazis, le nouveau
pouvoir communiste emprisonne, torture et expédie au goulag ses propres amis.
Dans une impasse idéologique, devenu très pessimiste sur le genre humain,
Borowski se suicide en juillet 1951, à l'âge de 28 ans seulement.

Tadeusz Borowski, qui n'a rien à voir avec le phosphore


L'œuvre de Borowski tient pour l'essentiel dans ses récits sur les camps de
concentration Adieu à Maria et Le Monde de Pierre . Dans un style brutal,
l'écrivain décrit sa perception d'Auschwitz, se plaçant dans le registre de
l'absurde et du grotesque. En contradiction avec la majorité des polonais,
dévastés mais fiers d'être restés debout face à l'occupant allemand, Borowski
dépeint crument les réflexes de survie les plus primitifs des prisonniers dans les
camps et l'égoïsme extrême qui resurgit alors. En opposition avec la morale
judéo-chrétienne rendue inopérante dans les camps de concentration, il décrit
finalement une vision très noire du genre humain. Pour lui, Auschwitz a fait
ressortir la vraie normalité du genre humain, loin d'une vision morale, chrétienne
ou solidaire de l'humanité. En revanche, en cherchant bien dans l'œuvre très
sombre de l'écrivain polonais, nous n'avons rien trouvé sur le phosphore et les
rêves en couleurs...
Antoine Delafoy : « ... Moi je préfère m'en tenir à Freud, c'est plus rigolo »
Mais que dit exactement Freud dans ses travaux au sujet des rêves qui est à ce
point rigolo ?
Le médecin neurologue viennois, fondateur de la psychanalyse, a en effet
profondément bouleversé sa discipline, notamment dans l'interprétation des
rêves. L'inconscient est ainsi vu comme une représentation approfondie du
psychisme, tandis que le psychanalyste met en lumière les concepts du « Moi »,
du refoulement, de la censure, des pulsions, ou encore le complexe d'Oedipe ou
l'angoisse de castration. Aux dires même de Sigmund Freud, « l'interprétation
des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient ». Dans
l'interprétation qu'en fait le psychanalyste, les rêves représentent les désirs
refoulés dans l'inconscient par la censure (que Freud appelle le « Surmoi »).
Ainsi, nos désirs profonds se manifestent à l'état de rêve, déjouant ainsi le «
Surmoi » qui agit en état d'éveil.
Par ailleurs, le professeur autrichien a mis en évidence dans ses travaux quatre
idées fondamentales dans l'étude des rêves. Tout d'abord, le rêve est un
condensé. Une seule représentation peut concentrer plusieurs idées ou images.
Ensuite, le rêve déforme. Le désir peut être déplacé sur un autre objet que celui
visé, avec une intensité qui peut changer. Le rêve est par ailleurs purement
visuel. Ce n'est qu'une illustration du désir en images, sans aucun mot, ce qui lui
donne un caractère universel. Enfin, le rêve garde une apparence de
vraisemblance, d'organisation et de logique.
« Freud, c'est plus rigolo »
Par ses travaux, Freud va à l'encontre de l'interprétation classiquement admise
des rêves. Non, le rêve ne cache pas un mystère ou un secret quelconque mais
s'explique par le « travail du rêve », c'est à dire un travail à partir des pulsions et
représentations inconscientes pour produire le contenu du rêve, tel qu'il nous
apparait. C'est ce processus complexe que la théorie des rêves de Freud se
propose de décortiquer de façon à l'interpréter. Pour le professeur neurologue, le
rêve est la base la plus importante de sa théorie de la psychanalyse en ce sens
qu'il démontre l'existence et le travail de l'inconscient de chaque individu.
« Moi », « Surmoi », « censure », « Pulsion », « Complexe d'Oedipe », «
Angoisse de la castration ». Effectivement, l'interprétation des rêves par Freud,
c'est peut-être un peu « plus rigolo » que l'univers de Borowski.
Antoine Delafoy: « Mais nous allons si vous le voulez bien discuter de la
musique par rapport au local, de l'élixir et du flacon, du contenu et du
contenant »
Nous avons vu précédemment que Fernand Naudin s'était vu contredit par
Antoine au sujet des sonates de Corelli qui ne seraient pas de la musique douce.
Mais, Fernand Naudin a un argument implacable : « je suis chez moi ! ». Ce à
quoi l'impétueux jeune homme réplique encore, souhaitant engager sur le champ
un débat sur le rapport entre le « contenu » et le « contenant ». Avec deux cas
pratiques à examiner : « la musique par rapport au local » d'une part, et le
rapport « de l'élixir et du flacon » de l'autre. Excédé, l'oncle Fernand préfère
mettre le « brillant jeune homme » à la porte.
Antoine pose pourtant un débat qui mérite qu'on s'y attarde : celui de la dualité
entre contenu et contenant. Ainsi, chez les êtres vivants, tout corps est forcément
formé d'une partie contenante et d'une partie contenue. S'agissant de musique ou
d'élixir, la relation est un peu différente mais cette dualité existe également.
Sur la question de la musique, Antoine a certainement des idées à faire partager
sur l'acoustique architecturale, le domaine technologique qui vise à maitriser la
qualité sonore d'un bâtiment pour en assurer la meilleure acoustique possible.
Pour apprécier un bon concert, il faut en effet que la salle soit parfaitement
adaptée, notamment pour accueillir un orchestre symphonique. Et comme si ce
n'était pas suffisamment complexe, la qualité de l'acoustique varie aussi selon le
genre de musique qui y est joué. Il n'y a donc pas réellement de salle avec une
l'acoustique parfaite, mais plutôt des salles en fonctions des différentes
musiques. Les acousticiens des salles de concert travaillent donc à obtenir un son
volumineux, riche, avec une bonne réverbération sur les côtés, assurant ainsi une
bonne qualité d'écoute en tous points de la salle.
Dès l'Antiquité, les grecs étudiaient déjà les propriétés des matériaux et la
propagation des ondes sonores pour comprendre la réfraction des sons. D'où la
forme circulaire des théâtres grecs de plein air. Par la suite, l'architecture des
bâtiments va s'adapter aux différents styles de musique. Les églises romanes sont
ainsi plus adaptées aux chants grégoriens, avec des temps de réverbération très
longs. La musique baroque, de par son tempo rapide, se doit d'être jouée dans de
petites salles de bal, avec un temps de réverbération plus court.
C'est au XVIIIème siècle que sont construites en Europe les premières grandes
salles de concert, sortes de reproductions à grande échelle des salons de musique
des palais royaux. Fin XIXème, l'orchestre symphonique prend de l'importance.
On dépasse la centaine de musiciens. L'ère du romantisme suppose une musique
avec des temps de réverbération plus longs, ce qui demande d'agrandir les salles,
tout en prenant garde de ne pas rencontrer d'échos.
A partir du XXème siècle, la physique maîtrise de mieux en mieux l'acoustique,
et notamment la réverbération de l'onde sonore. Il devient possible de calculer le
temps de réverbération en fonction du volume de la salle et des matériaux
utilisés. La connaissances de ces paramètres permet ainsi de mieux en mieux
dimensionner une salle de concert. Aujourd'hui, des programmes de simulation
acoustique permettent de calculer précisément les caractéristiques sonores d'une
salle de musique et de dimensionner au mieux la construction de philharmonies
comme récemment celle de Paris. Sans pour autant atteindre l'acoustique idéale,
impossible compte tenu de la variété des musiques.

Philharmonie de Paris, la musique par rapport au local


Qu'en est-il à présent de la théorie de l'élixir et du flacon ? Le flacon a-t-il une
influence sur la saveur de l'élixir ? Et bien oui ! Ce n'est pas un hasard si l'on sert
du champagne dans des flûtes, ou si plusieurs types de verres à vin sont disposés
sur les tables des grands restaurants.
En effet, le diamètre du verre, son épaisseur ou encore sa taille peuvent
grandement influencer la dégustation d'un vin. Un grand flacon assure par
exemple une meilleure aération du vin rouge, puisqu'il est davantage en contact
avec l'air, ce qui l'amène à libérer ses arômes. Pour un vin blanc, au contraire, les
arômes sont fragiles. Pour les préserver, il est préférable d'utiliser un petit flacon.
De la même façon, la forme du verre influence le goût d'un vin. Un verre étroit,
comme une flûte à champagne nécessite, de lever davantage la tête qu'un verre
ouvert comme une coupe. Le liquide n'arrive pas en bouche ni sur la langue dans
la même zone, ce qui influence la perception du vin. Le taux de sucre se ressent
en effet plutôt sur le bout de la langue, alors que le degré d'acidité se perçoit
d'avantage au fond de la langue. Un verre largement ouvert favorisera donc la
sensation sucrée de l'alcool, alors qu’un flacon plus fin permettra de mieux
ressentir l'acidité.
Voici donc quelques arguments que l'on peut donner à Fernand Naudin pour
débattre avec Antoine sur ce vaste sujet, au milieu de fauteuils Louis XV ou
Louis XVI. Comme dirait maitre Folace, « Charmante soirée n'est-ce pas ? ».
Adolphe-Amédée Delafoy : « Mon Dieu, fin XVIIIème, de Ferdinand
Berthoud »
Mais qui est ce Ferdinand Berthoud dont Adolphe-Amédée Delafoy semble
admirer tant les œuvres ?
D'origine Suisse, Berthoud apprend l'horlogerie à partir de 1745 dans l'atelier de
Julien Le Roy, alors horloger du Roi Louis XV. Reconnu pour ses innovations
techniques, il accède à la maitrise d'horloger en 1753. A partir de 1755 Il rédige
même des articles de référence sur l'horlogerie dans L'Encyclopédie de Diderot
et D'Alembert, ainsi qu'un ouvrage sur l'art de régler les montres. Il va ensuite se
spécialiser dans les montres marines.
Ferdinand Berthoud, horloger du roi en 1773
Preuve faite de ses grandes compétences, Berthoud est nommé Horloger du Roi
à partir de 1770. Membre de l'Institut (Institut de France) et de la Royal Society
(Académie des Sciences britanniques), il est considéré comme l'un des
inventeurs du chronomètre de marine (montre permettant de calculer la longitude
en mer). A noter que le frère et le neveu de Ferdinand Berthoud étaient
également horlogers. Une affaire de famille donc.

Une montre marine de Ferdinand Berthoud


Fernand Naudin : « C'est pas du toc au moins ? »
Jean : « Monsieur Fernand ! Du Vieux Paris »
Jean rassure Fernand Naudin sur la qualité des cadeaux offerts pour le mariage
de Patricia. Le «Vieux Paris», dans le langage des antiquaires, cela désigne la
porcelaine de Paris. Il s'agit d'une porcelaine à pâte dure, d'un blanc très pur,
laiteux et brillant, souvent décorée par de la peinture ou de l'or. Jean, majordome
de style mais aussi ancien cambrioleur de profession (le mexicain l'a retrouvé
devant son coffre fort), se montre ici fin connaisseur.
Quantité de pièces de table sont ainsi sorties des manufactures parisiennes de
porcelaine : des services à café, des services de table, des pots, des encriers, des
vases... La marque de fabrique de ces porcelaines parisiennes était souvent le
bleu sous émail.

Du « Vieux Paris », de la manufacture de Monsieur


Ces porcelaines de Paris que reçoit Patricia pour son mariage viennent peut être
de la manufacture de porcelaine de Clignancourt (sinon, elles viennent
probablement de la manufacture de Sèvres). Cette fabrique produisit en effet de
la porcelaine typique « Vieux Paris » à partir de 1771, quelques années
seulement après la découverte de gisement de kaolin sur les pentes de
Montmartre (argiles blanches et friables, à la base de la fabrication de la
porcelaine). La manufacture est reprise en 1775 par un certain Pierre Deruelle
qui en achète les bâtiments. Elle est située dans le quartier de Clignancourt, à
l'angle de la rue du Mont-Cenis et de la rue Marcadet. Jouissant de la protection
du frère du roi Louis XVI, le Comte de Provence (et futur roi Louis XVIII), la
porcelaine de Clignancourt adopte la marque L.S.X (pour Louis Stanislas
Xavier, les prénoms du Comte de Provence). On parle alors de la « Manufacture
de Monsieur ». Celle-ci est réputée pour la qualité de sa pâte et la finesse de ses
peintures. Avec l'autorisation en 1787 d'utiliser la polychromie et l'or (comme à
Sèvres) pour décorer les porcelaines, la manufacture de Clignancourt connait son
âge d'or, et sort ses plus belles pièces (vases, assiettes, cafetières, tasses,
sucriers...)
« Monsieur », frère de Louis XVI et futur Louis XVIII
Mais, à partir des années 1790, la manufacture périclite avec la disparition ou
l'exode de la clientèle fortunée, chassée par la terreur et la révolution. Ce qui
conduit à sa fermeture en 1799. Active de 1771 à 1799, elle produisit une
vaisselle de style néoclassique, souvent très décorée.

Les restes de la manufacture de porcelaine de Clignancourt


La manufacture est aujourd'hui une des plus vieilles maisons de Montmartre.
Partiellement démolie en 1909, il en reste encore quelques éléments particuliers
dont la tourelle d'angle, classée au patrimoine des monuments historiques. Peinte
à plusieurs reprises par Maurice Utrillo, dans la première moitié du XXème
siècle, la manufacture s'était alors reconvertie en café, hôtel, restaurant qui prit
comme nom « A la tourelle ». Cette tour justement, qui faisait probablement
office de moulin, et dont les meules broyaient les pierres pour faire de la pâte à
porcelaine. Après la porcelaine et l'hôtellerie, l'ancienne manufacture s'est
reconvertie dans une activité d'un tout autre genre. Devenu « Le Château des Lys
», c'est un club privé, mai pas tout à fait comme les autres, car en plus d'être
réservé à un public d'habitués, c'est aussi et surtout un club échangiste! Est-ce
que Louis XVIII, ancien (et peut être toujours) bienfaiteur des lieux cautionne ce
virage inattendu ?
Théo : « Je ne dis pas que c'est pas injuste, je t'ai dit que ça soulage ! »

Le mitraillage « injuste » des frères Volfoni par Théo devant la clinique


Dugoineau n'est pas sans rappeler les mésaventures de deux autres frères
célèbres qui ont subi exactement le même sort à peine sorti eux aussi d'une
clinique. Vous avez bien sûr reconnu Dupont et Dupond dans Tintin . Il est
amusant de constater que dans les Tontons comme dans Tintin , les deux frères
sont dans les deux cas tournés en ridicule. Jusque dans le nom d'ailleurs. Volfoni
ou « Wolfoni », cela sonne en anglais comme un jeu de mot : Loup Honni.
Simonin et Audiard serait-il aussi des lecteurs d'Hergé ?
Patricia : « Tu sais mon oncle, si tes amis veulent danser»
On ne peut que rire de la proposition certes prévenante mais incongrue de la
jeune fille de la maison. En effet, comment imaginer un instant Fernand, le
notaire et les Volfoni se déhancher sur de la musique twist, se mêlant à la
jeunesse BCBG des années yéyés.

Françoise Hardy...
Le « yéyé » est d’abord un courant musical qui voit le jour en Europe au tout
début des années 1960. Dérivé de l’anglais « yeah » ou « yé », fréquent dans les
chansons rock de l’époque, il se transforme en « yéyé ». La musique yéyé adapte
pour l’essentiel les rythmes et les codes de la musique anglo-saxonne de
l’époque. A partir de là, on désignera les artistes et les fans de cette musique par
l’expression « les yéyés », qui prend alors une connotation péjorative. Les yéyés
deviennent même un sujet d’étude pour les sociologues. La société découvre une
jeunesse, née après la guerre, qui veut avant tout s’amuser, loin de la politique,
de la décolonisation, des anciens combattants et horreurs du passé.
... Claude François...
La vague yéyé gagne bientôt tous les grands artistes de l’époque : Antoine,
Claude François, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Sheila, Dalida Johnny Hallyday,
Salvatore Adamo, France Gall, Françoise Hardy, Jacques Dutronc et bien
d’autres. 1963, année de la sortie du film, c’est la grande époque de Salut les
Copains , un magazine mais aussi une émission culte sur Europe n°1 qui donne le
ton à la génération yéyé. A côté, les Brassens ou Gainsbourg font figure de
résistants face à cette déferlante.

... Sylvie Vartan...


Le phénomène culmine probablement avec le concert gratuit du 22 juin 1963,
donné à Paris Place de la Nation pour fêter le premier anniversaire du magazine
Salut Les copains . Répondant à l'appel de l'animateur de l'émission du même
nom sur Europe n°1 , Daniel Filipacchi (« Venez tous samedi soir à 9 heures,
place de la Nation »), une foule de plus de 150 000 jeunes se presse pour venir
applaudir entre autres Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Dick Rivers ou encore
Richard Anthony.
... Johnny Hallyday, icones des années yéyés
Devant la foule considérable et le succès inattendu (on n'attendait au maximum
50 000 personnes), les organisateurs doivent appeler la police en renfort pour
encadrer l'évènement. Les artistes chantent dans un climat d'hystérie, et dans ce
qui restera la « folle nuit de la nation ». La fête sera cependant gâchée par
l'arrivée de quelques centaines de blousons noirs. Le bilan est lourd : boutiques
pillées, voitures saccagées, adolescentes agressées...

Daniel Filipacchi, au micro de Salut Les Copains


Le lendemain, c'est surtout l'incompréhension qui domine dans la presse.
Philippe Bouvard s'interroge dans Le Figaro : « Quelle différence entre le twist de
Vincennes et les discours d'Hitler au Reichstag ? ». Ou la formule lapidaire de
Pierre Charpy dans Paris-Presse : « Salut les voyous ! ». Pour le sociologue
Edgar Morin, nous sommes rentrés dans le « temps des yéyés ». Le général de
Gaulle déclare quant à lui : « Les jeunes ont de l'énergie à revendre. Qu'on leur
fasse construire des routes ».
Et le twist alors ? La danse favorite des amis de Patricia ? Le mot « twist » vient
de l’anglais « se tordre », ce qui donne une bonne idée sur la manière de se
déhancher sur la piste. Dérivé du rock ’n’ roll, le twist est né en 1959 avec le
morceau The Twist de l’américain Hank Ballard. C'est cependant la reprise de
cette chanson par Chubby Checker en 1960 qui déclenche un engouement
fulgurant et sans précédent pour une danse : le twist. Ce succès est suivi d'un
autre, à l'échelle internationale, dès 1961, avec le morceau Let's Twist Again du
même Chubby Checker. Le twist devient alors un phénomène de société dans les
années 1961-1962. Dans la foulée, une autre danse connait à l'époque un succès
durable, le madison. En France, Johnny Hallyday surfe sur la mode du twist
venu d'Amérique avec une adaptation française de Let's Twist Again , intitulée
Vient danser le twist . Les reprises de The Twist et Let's Twist Again vont se
multiplier en 1961 (Les chats Sauvages, Les chaussettes Noires...).
Musicalement, le twist puise aussi ses origines dans le rythm and blues. Les
temps sont néanmoins davantage marqués et les rythmes swing sont absents.
Côté instrumentation, la rythmique repose essentiellement sur les claviers et par
un solo de saxophone.

Enfants et parents dansent le twist au début des années 1960


La danse twist connait d'autant plus de succès qu'elle est beaucoup plus simple à
danser que le Rock'n Roll ou les danses de salon. Selon la célèbre formule, la
danse peut se résumer à « Faire comme si on s'essuyait les fesses avec une
serviette de bain tout en écrasant une cigarette avec le pied ». Si cette danse
convient à toutes les catégories de danseurs, elle est aussi très suggestive dans
une époque encore très sage sur le plan des mœurs. Elle annonce peut être avec
quelques années d'avance la libération sexuelle de la fin des années 1960. Le
phénomène n'échappe cependant pas à la critique. Si le rock 'n' roll contenait les
germes d'une révolte de la jeunesse face à l'autorité et au conformisme, le twist
véhicule plutôt une image consensuelle, bon enfant et trans-générationnelle.
C'est d'ailleurs bien sur du twist que dansent les amis de Patricia qui sont « tous
d'excellentes familles ».
Antoine : « j'allais toucher l'anti-accord absolu, vous entendez... ABSOLU. La
musique des sphères... »
Quand l'oncle Fernand pénètre dans l'appartement d'Antoine, il découvre une
installation invraisemblable, faite de machines en tout genre, de robinets, de
balles de ping-pong rebondissant sur des cymbales. Le chef d'entreprise
montalbanais ne peut s'empêcher de parler « d'instruments de ménage »,
provoquant la fureur du compositeur.
Le film se moque ici allègrement de la musique expérimentale alors en vogue en
ce début des années 1960. Antoine Delafoy, bien qu'ayant du génie, n'est
cependant pas très en avance par rapport à ces confrères de l'époque, Pierre
Henry ou Pierre Schaeffer par exemple, qui utilisent depuis quelques années déjà
des bandes magnétiques pour remplacer les « instruments de ménage » chers à
l'entrepreneur en Caterpillar.
Le compositeur des musiques du film lui-même, Michel Magne, est ici parodié.
Magne fut en effet un temps adepte de la musique « concrète », parlant aussi de
musique « à regarder ». En 1957, il se produisit salle Gaveau pour un concert de
musique « inaudible » (de la musique que l'on ressent). Toujours dans la même
salle, il interpréta en 1958, un morceau à l'aide de carillons plongés dans de l'eau
bouillante.
L'homosexualité

Fernand Naudin : « Quand je l'ai connu le mexicain, il recrutait pas Chez


Tonton »
Mais de quel tonton parle-t-on ? C’est une des confusions possibles du film,
notamment au niveau du titre. Il y a le « tonton », c'est-à-dire l’oncle Fernand,
auquel on peut joindre Pascal, la première gâchette du mexicain, Maitre Folace,
le notaire, Jean, le majordome et par la suite les frères Volfoni. A ne pas
confondre avec Gaston Baheux, surnommé à l’époque « Tonton », et qui était
l'une des figures des nuits parisiennes à partir des années 30. Baheux, alias «
Tonton » se produisait alors comme travesti dans un cabaret de Pigalle, La petite
chaumière. Par la suite, il organisa des revues d'un genre un peu particulier : des
revues de « tantes » dans ses deux cabarets montmartrois : Au Mimi Pinson, puis
Chez Tonton. Le propos de l'oncle Fernand fait donc référence ici au nom de
l'établissement de Gaston Baheux. On comprend ainsi que dans la bouche de
l'entrepreneur de Montauban, comme pour le public de l'époque, un homosexuel
est assimilé à quelqu'un qui vient de « Chez Tonton ». De chez Tonton Gaston.
Gaston Baheux, Chez Tonton
Louis le mexicain : « Oui, chez moi quand les hommes parlent, les gonzesses
se taillent »
[...]
Fernand Naudin : « Mais ... Et l'autre là ? Le coquet ? »
[...]
Théo : « Des mégots à la pommade rose l'homme de Cro-Magnon pourrait
trouver ça amusant »
« Les gonzesses se taillent », « le coquet », « mégots à la pommade rose »...
L'une des surprises du film est de voir à l'écran, ce qui est plutôt précurseur pour
l'époque, une relation homosexuelle ouvertement affichée entre Théo et de son
ami Vincent. Surprenant, car la tonalité donnée au film n'a rien de
particulièrement progressiste, ni transgressif. Si la relation est relativement
discrète et les personnages de Théo et de Vincent tout sauf caricaturaux, leur
liaison n'en est pas moins fréquemment évoquée. Elle pose d'ailleurs problème
au mexicain, qui a pourtant lui-même recruté Théo, puisqu'il qualifie Vincent de
« gonzesse ». Elle interroge aussi Fernand Naudin. Mais pourquoi le mexicain a-
t-il recruté « Chez Tonton » ? C'est pourtant pas son genre. Et qu'est-ce que c'est
que ce « coquet » ?
Cette relation semble singulièrement en décalage avec le culte de la virilité et de
la violence que véhicule ce film par ailleurs. C'est un peu une opposition de style
entre un Fernand Naudin, alias « l'homme de Cro-Magnon », et un Théo qui
fume des « mégots à la pommade rose » et cite volontiers des pensées
philosophiques de la Chine antique.
Néanmoins, « l'homme singe » et le « coquet » font jeu égal au niveau des
règlements de compte et de la violence s'agissant de leur guerre des gangs.
La peine de mort

Maitre Folace : « Un tuteur, c'est pas pareil. »


Fernand Naudin « Ça se guillotine aussi bien qu'un papa ! »
Si Fernand Naudin fait ainsi référence à la guillotine, ce n'est pas simplement en
souvenir du régime de la terreur sous la République thermidorienne. Il se trouve
qu'en 1963, la peine de mort est toujours en vigueur en France et qu'elle est
encore régulièrement appliquée, notamment par l'usage de la guillotine.
La guillotine est une invention et une conception française, qui s'inspire de
certaines machines à « décollation » plus anciennes. Cela peut paraitre
surprenant, mais la guillotine a d'abord constitué un progrès. Le condamné à
mort par décapitation voyait en effet ses souffrances abrégées car, d'après les
médecins, la machine sectionnait la moelle épinière instantanément, entrainant
une perte de connaissance immédiate.
La machine, qui doit son nom au docteur Guillotin, a connu la célébrité en
France sous la Révolution. Le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, mais
aussi les principaux révolutionnaires (Robespierre, Danton, Mirabeau, Fouquier-
Tinville) connurent tous le même sort en passant à la guillotine, alors installée
place de la Révolution (l'actuelle place de la Concorde). La fin du régime de la
terreur ne mit pas pour autant un terme à l'usage de la guillotine. Comploteurs et
opposants politiques (le général royaliste Georges Cadoudal en 1804 par
exemple) ont encore régulièrement la tête tranchée dans les règles de l'art.
Au cours du XIXème siècle, la guillotine est transférée successivement place de
Grève (actuelle place de L'hôtel de ville), devant la barrière Saint-Jacques
(actuelle place Saint-Jacques), puis devant la prison de la Grande Roquette
(située à l'époque dans l'actuelle rue de la Roquette). Les auteurs d'attentats
contre les souverains de l'époque (Fieschi contre Louis-Philippe, Orsini contre
Napoléon III) ont également la tête tranchée, de même que des assassins et des
tueurs en série. Au début du XXème siècle, la guillotine est de nouveau déplacée
pour s'installer devant la prison de la Santé (rue de la Santé). C'est notamment à
cet endroit que sont guillotinés les membres de la Bande à Bonnot. Par la suite,
les exécutions ne sont plus publiques et la guillotine est rentrée à l'intérieur de la
cour de la prison de la Santé.
Exécution à la guillotine dans la cour d'une prison
Elle continuera d'être utilisée jusqu'à la fin des années 1970 pour divers motifs
(avorteuses, assassins, terroristes, preneurs d'otages...). La guillotine
fonctionnera une dernière fois en septembre 1977 avec l'exécution de Hamida
Djandoubi, reconnu coupable de tortures et d'assassinats. Son utilisation cesse
définitivement en 1981, avec l'abolition de la peine de mort.
Presque étonnamment, Fernand Naudin n'a pas employé un mot d'argot pour
désigner la « guillotine ». Ce ne sont pourtant pas les surnoms qui manquent : la
« faucheuse », le « gillette », « l'abattoir », la « mécanique », la « bascule à
Charlot », la « veuve rasibus », le « coupe cigare national »...
La prostitution

Madame Mado : « Le client qui vient en voisin : bonjour mesdemoiselles, au


revoir madame »
Les tentatives de réglementation de la prostitution ne datent pas de l'époque des
Tontons. Dès 1254, une ordonnance de Saint Louis proclame l'interdiction de la
prostitution. Les prostituées sont expulsées des villes, et leurs biens sont
confisqués. Les proxénètes sont également sévèrement punis. Dès 1256, Saint
Louis fait cependant en partie machine arrière. Les prostituées peuvent
finalement exercer, mais hors des villes et loin des églises (Louis IX n'est quand
même pas « Saint » Louis par hasard).
Saint Louis avait déjà tenté d'interdire la prostitution
En 1561, sous Charles IX, la prostitution est de nouveau rendue illégale.
L'exercice de l'activité est sévèrement réprimé. Ce n'est qu'en 1802, sous le
régime du consulat de Bonaparte, qu'une réglementation est mise en place. La
prostitution est considérée comme inévitable. Le choix est donc fait d'encadrer
l'activité, notamment par des visites médicales, pour éviter la propagation de
maladies comme la syphilis. Les maisons closes font ainsi leur apparition. Le
XIXème siècle et le début du XXème siècle seront leur d'âge d'or. Dès 1935, une
loi sur la fermeture des maisons closes est votée à la chambre des députés. Elle
n'est cependant pas adoptée au Sénat. Il faudra attendre 1945 et une certaine
Marthe Richard.
Marthe Richard fut tour à tour prostituée, aviatrice, prétendue espionne et femme
politique. Prétendument espionne, en effet, puisqu'elle a des tendances à
l'affabulation, soutenant par exemple à la Gestapo qu'elle était une espionne
pendant la première guerre mondiale, sans qu'on en trouve la moindre trace. Un
temps proche de la gestapo française, elle ne bascule qu'in extremis dans les FFI
(Forces françaises de l'Intérieur), à l'été 1944, se forgeant ainsi un destin de
grande résistante, tendance 25ème heure... Héroïne nationale au prix de bien des
arrangements avec la vérité, elle sera élue au conseil municipal de Paris en 1945
sous l'étiquette MRP (Mouvement Républicain Populaire, centriste). Elle y
dépose un projet de loi pour la fermeture des maisons closes, s'en prenant à la
fois à la société de débauche et aux réseaux mafieux. Une des raisons officieuses
est plutôt hygiénique : la lutte contre la tuberculose. La proposition est votée et
les maisons closes parisiennes sont fermées en mars 1946. Le projet de loi est
voté quelques mois plus tard à la chambre des députés sous le nom de loi «
Marthe Richard ». Un vote soutenu par une coalition hétéroclite de
parlementaires communistes, socialistes et démocrates chrétien (MRP) qui
étaient habituellement d'accord sur peu de choses, mais qui se sont au moins
accordés là dessus.

Marthe Richard, également aviatrice


Fin 1946, toutes les maisons closes de France sont fermées. Ce qui inspire à la
comédienne Arletty sa célèbre formule : « Fermer les maisons closes, c'est plus
qu'un crime, c'est un pléonasme ». Ne vont survivre que les bordels clandestins,
comme celui de madame Mado. On les appelle des « clandés ». Les anciens
établissements vont pour beaucoup se reconvertir en hôtels de passe, les
prostituées travaillant désormais en indépendante, à leur compte. Cette loi va
cependant jeter brutalement sur le trottoir des milliers de jeunes femmes. Les
filles vont ainsi passer du cadre glauque mais sécurisé des maisons closes à la
misère et à l'insécurité de la rue. Dès 1951, Marthe Richard militera d'ailleurs
pour la réouverture des maisons closes, proposant même de doter les prostituées
d'un statut de fonctionnaire !

1946, fermeture des maisons closes


Antoine Delafoy : « Si tu veux mon avis, l'oncle va courir la gueuse »
Par ce propos, Antoine désigne évidemment une prostituée. L'oncle de province
préfèrerait-il aller s'encanailler au bordel plutôt qu'au « cirque » à écouter Franck
Emile ? Nous savons pourtant que ce sont de toutes autres réjouissances qui
l'attendent sur la péniche.
Le terme de « gueux » vient à l'origine du monde de la... cuisine. En effet, dès le
XVème siècle, on emploi ce terme de « gueux » au sens de « cuisinier ». «
Gueux » serait ainsi un dérivé de « coquin ». Par la suite, on entend par « gueux
» un mendiant, un nécessiteux, quelqu'un qui demande l'aumône. Le terme
évolue ensuite et « courir la gueuse » signifie donc mener une vie de débauche,
une vie dissolue, en recherchant des aventures, essentiellement auprès de filles
prostituées. Les royalistes de l'Action Française de Charles Maurras reprendront
aussi l'expression de « gueuse » pour désigner de façon injurieuse la République.
Patricia : « Monsieur fait la traite des blanches, c'est courant »
On connaissait les frères Volfoni pour leurs activités dans le jeu, comme
tenanciers de tripots clandestins. Mais voilà que l'on découvre l'ainé des Volfoni,
certes, dans un état d'ivresse très avancé, en train de proposer tout naturellement
à Patricia une carrière internationale, en Egypte ou au Liban, pour faire la « traite
des blanches ». A noter la tête hallucinée de Raoul Volfoni en maquereau
mielleux, en décalage complet avec l’air affreusement outré d’Antoine. La jeune
fille concernée le prend étonnamment bien et rassure presque son futur fiancé : «
c’est courant tu sais ». Encore une scène surréaliste, mais totalement irrésistible.
La traite des blanches désignait le trafic et l'esclavage sexuel de femmes
européennes vers l'Afrique ou le Moyen-Orient principalement. La pratique n'est
pas récente, puisqu'elle se pratiquait déjà dans la Rome impériale sous
l'Antiquité. Par la suite, les femmes sont capturées au cours d'expéditions dans
les pays méditerranéens sous domination ottomane, ou dans les pays du Sud de
l'Europe. Les femmes raflées sont alors excisées et vendues sur les marchés pour
y rejoindre ensuite les harems des sultans. Certaines peintures orientalistes du
XIXème, tel que L'Odalisque à esclave de Jean-Dominique Ingres, représentent
ainsi ses femmes blanches d'Orients, esclaves sexuelles de harems.

L'odalisque à l'esclave de Jean-Dominique Ingres


A l'époque des Tontons, la « traite des blanches » est organisée par des
proxénètes européens qui s'occupent de recruter et d'envoyer les prostituées dans
des maisons closes, notamment en Amérique latine. Avec la fermeture des
maisons closes en France, le phénomène s'accélère, avec une reprise en main de
l'activité par le « Milieu » et par des entrepreneurs de la trempe d'un Raoul
Volfoni sur fond d'économie mondialisée.
Fernand Naudin : « Suzanne beau sourire a été élevée à Bagneux dans la
zone »
Le terme de « zone » est resté dans le langage courant et désigne des lieux mal
famés, voire carrément craignos, essentiellement en banlieue. On parle aussi de «
zones » pour des quartiers peu animés et loin de tout.
A l'origine, ce mot désignait surtout des quartiers pauvres, et plus précisément
les zones des anciennes fortifications qui entouraient Paris, à l'emplacement de
l'actuel Boulevard Périphérique. Cette enceinte, dite « l'enceinte Thiers »,
achevée en 1859 pour protéger Paris, sera progressivement démolie dans les
années 1920. Son emplacement sera occupé un temps par de quasi bidonvilles.
Par extension, les communes de la proche banlieue, dont la population vivait
également dans des conditions très modestes, seront aussi associées à « la zone
».

La « zone » de Suzanne beau sourire


La « zone » de Suzanne « beau sourire », c'est Bagneux, à l'époque commune du
département de la Seine (et maintenant des Hauts-de-Seine). Ville limitrophe de
Montrouge, commune elle-même en bordure de Paris, notamment au niveau de
la Porte d'Orléans, elle fait donc partie de la proche banlieue et de ce qu'on a
appelé la « ceinture rouge » de la région parisienne. Elle pouvait, comme
beaucoup d'autres villes, se voir qualifier de « zone ».
Fernand Naudin : « ... et à seize ans elle était sujet vedette chez Mme Reine »
En évoquant avec le notaire la mère de Patricia, Suzanne « beau sourire », et sa
propension à la fugue, monsieur Fernand nous rappelle son passé chez «
Madame Reine ». Nous comprenons qu'elle travaillait donc comme « vedette »
de ses messieurs dans une maison close. Simonin et Audiard ont repris le nom
d'un bordel qui existait réellement, rue Saint-Lazare, dans le 9ème
arrondissement de Paris. Ils évoquaient déjà « Chez Reine » dans Le Cave se
rebiffe , tourné en 1961.
Attention, rien à voir avec l'enseigne de tissu « Reine », au marché Saint-Pierre,
à Montmartre.
Fernand Naudin : « Je commence par le commencement. Honneur aux
dames. Madame Mado je présume ? »
Au conseil d'administration de l'organisation du mexicain siège notamment
madame Mado, qui en est d'ailleurs la seule femme. On comprend rapidement
que c'est une mère maquerelle et tenancière d'une maison close devenue
clandestine, la loi Marthe Richard étant passée par là.
Concernant le personnage de madame Mado, il faut chercher l'origine de son
nom dans les maisons closes de l'époque. En effet, deux établissements ont porté
le nom de « Chez Mado ».
La télévision
Madame Mado : « Au lieu de descendre maintenant après le dîner, il reste
devant sa télé... »
L'ennemi de madame Mado, c'est visiblement la télévision, qui est encore une
relative nouveauté pour l'époque.
Son arrivée en France date des années 1930, même si c'est encore à titre
expérimental. La première retransmission semble dater de 1931, avec la
transmission d'une image entre Montrouge et Malakoff par l'ingénieur et pionner
de la télévision, René Barthélemy. L'année suivante, il parvient à diffuser un
programme expérimental en noir et blanc pendant une heure, Paris Télévision . En
novembre 1935, le ministre des PTT, Georges Mandel, lance la première
émission officielle à la télévision française. Un émetteur est alors installé en haut
de la tour Eiffel. A partir de 1937, une émission est diffusée tous les soirs entre
20h et 20h30. Mais il n'y a guère plus d'une centaine de postes de télévisions
chez les particuliers. C'est finalement sous l'occupation allemande que la
télévision va réaliser d'importants progrès techniques. Les studios s'installent à
partir de 1943 rue Cognacq-Jay (ils y resteront jusqu'en 1992 et le départ de TF1
pour Boulogne). En 1944, on compte un millier de récepteurs. En novembre
1948, le standard de l'image pour la diffusion est fixé par décret. On compte
alors une heure de diffusion par jour. En 1949, la RDF (Radiodiffusion française)
laisse la place à la Radiodiffusion-Télévision Française, la RTF. A l'époque, on
ne compte encore que trois mille récepteurs en France. Pierre Sabbagh, Georges
De Caunes, Jean Nohain, Pierre Desgraupes et Pierre Dumayel seront quelques-
uns des grands pionniers de la télévision des années 1950. Des relais locaux sont
installés progressivement dans toutes les moyennes et grandes villes de France.
Déjà, en 1956, on atteint les cinq cent mille récepteurs de télévision. Le réseau
national de diffusion est achevé en 1961. En 1964, une deuxième chaine est
même inaugurée pour rejoindre le réseau européen, la France étant le seul pays à
utiliser une fréquence différente. En juillet 1964, la RTF prend le nom d'ORTF
(Office de Radiodiffusion Télévision Française) jusqu'en 1975.

Dénonciation de la mainmise du pouvoir sur l'ORTF


Voilà comment les ennuis ont commencé pour madame Mado et ses filles. Ce
thème est d'ailleurs récurrent chez Audiard. Dans le film Un idiot à Paris , c'est le
sport à la télé qui est le coupable d'après les filles qui font le trottoir : « Pendant
le Tournoi des V Nations, comme ils l'appellent, est-ce que tu vois encore un
client dans la rue le samedi ? Et quand c'est pas le Rugby c'est le vélo ! Quand
c'est pas le vélo, c'est Longchamp... Le micheton d'aujourd'hui... c'est avec
Couderc, Chapatte et Zitrone qu'il s'envoie en l'air ».
La télévision est donc bel et bien le grand mal de l'époque pour le monde de
prostitution. Elle l'est d'ailleurs peut être aussi pour Les Tontons flingueurs . Avec
470 000 entrées en six mois en région parisienne, le film connait un succès
correct, mais sans plus. Les téléspectateurs restent-ils chez eux à regarder leur
poste de télé plutôt qu'à sortir ? C'est possible. Néanmoins, la critique était aussi
très mitigée à la sortie du film. Si Le Figaro salue un « modèle de conte noir traité
sur le mode burlesque », Le Monde le qualifie de « cinéma digestif », et dénonce
la « dégradation du comique cinématographique ». Plus lapidaire, Combat
condamne ce nouveau genre : « Vous pavoisez haut, mais vous visez bas ». En
résumé, pour la presse de l'époque, on est plutôt sur la tendance « le niveau
baisse » et « c'était mieux avant ». Les journalistes n'ont alors d'yeux que pour le
cinéma de la « Nouvelle Vague ».
Madame Mado : « ... pour voir si par hasard il serait pas un peu l'homme du
XXème siècle »
L'homme du XXème siècle ne désigne pas le français moyen parfaitement en
phase avec son époque. Non, il s'agit d'une émission de télévision qui a fait les
grandes heures de la RTF puis de l'ORTF entre novembre 1961 et décembre
1964. Crée par Armand Jammot (également l'inventeur de l'émission Des chiffres
et les lettres en 1972) et Pierre Cardinal en 1961, ce jeu se rapproche de
l'émission Questions pour un champion , et sera à l'origine de la plupart des jeux
télévisés basés sur des questions de culture générale et sur la participation
interactive des téléspectateurs. De par la qualité du format de l'émission et des
candidats, l'émission passionne rapidement la France entière. Au cours des
différentes saisons, le jeu est retransmis plusieurs soirs par semaine, avec parfois
une finale un jeudi sur deux ou un dimanche après-midi sur deux. Certaines
émissions spéciales, Le Super Homme du XXème siècle furent même organisées
avec les anciens meilleurs vainqueurs.
A la présentation, Pierre Sabbagh, épaulé par Sidonie, une machine électronique
pour gérer en temps réels les boitiers de réponses. Les questions portaient sur des
domaines variés : Histoire, Géographie, Littérature, Sciences, Arts ou encore
l'Actualité, c'est à dire sur tout ce que doit (normalement) savoir l'homme idéal
du XXème siècle.
L'autre ressort du succès de ce jeu, c'est que pour la première fois, les
téléspectateurs peuvent jouer et gagner par tirage au sort le double de la somme
gagnée par les candidats.
Questions de culture générale, participation des téléspectateurs... Finalement,
tous les ingrédients des jeux télévisés modernes sont déjà là.
Maitre Folace : « Ah ! maitre Folace, notaire. »
La présence et le nom du personnage de maitre Folace n’est pas tout à fait le
fruit de l’imagination des scénaristes. Maitre Folace fait en effet référence, en
forme de clin d’œil, à maitre Lesage, l’huissier star du petit écran, puisqu’il
officiait lors des jeux et des tirages au sort à la RTF pour attester de leur bon
déroulement.
L’automobile

Madame Mado : « L'auto Monsieur Fernand ! L'auto ! »


Ah l'auto ! Voilà bien l'autre grand malheur de madame Mado et de ses filles.
Il faut dire que la production automobile a connu une très forte augmentation
dans les années 1950. L'appareil productif est à nouveau opérationnel, et le
niveau de vie s'améliore. Cette augmentation du pouvoir d'achat est favorable
aux biens de consommation jusqu'ici réservés à une élite. Le prix des véhicules
baisse et le système du crédit auto se met en place à la fin des années 1950. Les
fifties marquent l'envolée de la vente de voitures. D'abord aux Etats Unis, puis
dans le reste de l'Europe.
Le secteur est en pleine internationalisation et, des deux côtés de l'atlantique, une
grande variété de modèles voit le jour. La « Firebird » de General Motors, ou
encore la première voiture de sport, la Chevrolet Corvette, en 1953. En France,
c'est la DS de Citroën qui retient l'attention. Produite à partir de 1955, elle
marque les esprits par son profil très aérodynamique pour l'époque. Côté
allemand, Mercedes-Benz affiche un positionnement haut de gamme et présente
en 1954 la 300SL. A l'est, c'est le constructeur Est-allemand AWZ qui lance la
P50 Traban pour la nomenklatura soviétique.
A la fin des fifties, deux styles s'opposent clairement. Aux grandes voitures des
américains, très consommatrices, s'opposent les voitures plus compactes et
économiques en Europe. Il faut dire que la nationalisation du Canal de Suez en
1956 par Nasser provoque la première crise de l'automobile, avec la hausse des
prix du carburant. L'automobile n'est plus seulement le rêve et le plaisir mais se
doit d'être plus réaliste. Les américains eux-mêmes commencent à produire dans
les années 1950 des modèles plus petits, notamment la Chevrolet Corvair et la
Ford Falcon.
Les années 1960, la grande décennie de l'automobile
Dans Les Tontons Flingueurs , si l'automobile n'est pas explicitement évoquée,
elle est néanmoins omniprésente à l'écran. Petit tour d'horizon des différentes
voitures utilisées :
L'oncle Fernand roule français. Il conduit une Peugeot 404, voiture qui a connu
un immense succès dans les années 1960. Le film démarre d’ailleurs par la
montée à Paris de l’entrepreneur montalbanais à bord de sa Peugeot 404 noire
intérieur rouge. Sa plaque d’immatriculation est 117FJ82. 82, pour le
département du Tarn-et-Garonne, dont la préfecture est bien évidemment…
Montauban !

La Peugeot 404 de Fernand Naudin


Cette voiture fut dessinée par l’entreprise automobile italienne Pininfarina, qui a
entamé dès 1951 une collaboration avec Peugeot pour le design de la 403. La
404 va prendre sa suite, déclinée en plusieurs versions (berline, break, cabriolet,
coupé…). Réputée robuste, elle connait des motorisations à essence, au gasoil et
s’illustre dans les rallyes, notamment en Afrique. La 404 fait aussi un tabac chez
les taxis parisiens. Le Radio-taxi que prend Patricia, puis son oncle quelques
heures plus tard, est d’ailleurs une Peugeot… 404.
Pascal, la première gâchette qui habite chez sa mère, conduit une Simca Vedette
Régence. C’est à bord de cette voiture que Fernand Naudin, tout juste nommé
nouveau patron de l’organisation, se rend au « clapier » de Tomate. En 1963,
cette voiture française au look des belles américaines est pourtant en fin de vie.
Produite à l’origine par Ford et équipée d’un moteur V8, c’est la firme SIMCA
(Société Industrielle de Mécanique et de Carrosserie Automobile), installée à
Poissy, qui repend sa production en France. La Simca Vedette de Pascal est
immatriculée 4839EZ75. 75, ne correspond alors pas forcément à Paris comme
c'est le cas maintenant. En effet, jusqu’en janvier 1968, 75 correspond au
numéro de département de la Seine (crée en 1790). A l’époque, le département
de la Seine regroupe les 4 futurs départements de l'agglomération parisienne :
Paris (75), Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93) et le Val-de-Marne (94).

Pascal roule en Simca Vedette pour rentrer chez sa mère


A peine arrivé devant la maison de Tomate qu'une équipe de tueurs tente de «
flinguer » Fernand Naudin. Ils conduisent une Buick Super Height (ou Buick
Super Sedan). Cette voiture de gangsters par excellence est lancée dans les
années 1940, disposant d’un moteur V8 comme la plupart des américaines. Ce
modèle de 1950 est un peu dépassé pour 1963, mais l’effet « voyou » est garanti.
Immatriculée 8850BB75, le commando envoyé par Théo vient à priori de la
région parisienne.

La Buick Super Sedan des tueurs devant le clapier de Tomate


Pour éviter les tueurs, avant de les liquider, Fernand Naudin et Pascal se cachent
derrière une 2CV, voiture mythique du constructeur Citroën (immatriculation
1227KC75). Appelée plus familièrement « deudeuche », c'est une des voitures
les plus populaires jamais produite en France, malgré un démarrage très lent par
manque d'acier. Pour preuve, sa longévité, puisque le constructeur français en
produira de 1948 à 1990, soit plus de 5 millions d'exemplaires vendus.

Fernand et Pascal se cache derrière une 2CV


Sont également présentes sur le parking du tripot de Tomate : une Simca
Versailles, une Peugeot 403 et une Renault Dauphine.
Le dernier chauffeur de Théo étant parti pour le Sahara (ah déjà, le manque de
main d'œuvre) et celui-ci étant sous le coup d'une suspension de permis (pour
avoir écrasé un gendarme vraisemblablement, ce qui en dit long sur le
personnage), c'est Fernand Naudin qui se charge de la livraison à Fontainebleau.
Il tombe ainsi dans le piège du patron de la distillerie. Mais dans le camion, il y
en a quand même pour 6 briques de Pastis. Le camion justement, c'est un
Renault 2,5T Galion. Pour l'époque, c'est le « best-seller » du camion de
livraison. La publicité de Renault le présentait ainsi : « Aussi robuste et spacieux
qu'un camion de fort tonnage, aussi rapide et économique qu'une camionnette ».
Déclinable en de nombreuses versions (plateau, bâche, citerne, bétaillère...), il
fut notamment utilisé par les pompiers et même par la... police.
Petit détail intéressant à noter. Au lendemain de son « accident » de camion,
monsieur Naudin lit dans le journal le récit d'une affaire de camion incendié. A la
« Une » du journal, la photo d'une carcasse de camion. C'est à première vu un
Berliet GLC de 13,5T (moyen tonnage) qui ne correspond pas du tout au gabarit
du Renault Galion 2,5T (petit tonnage). Mais il était quand même difficile de
trouver une « Une » avec exactement l'incendie d'un Renault Galion 2,5T
Théo, alias « l’ami Fritz », roule quant à lui dans une ID19. Le modèle ID, du
constructeur Citroën, arrive sur le marché en 1957. C’est une révolution
technique avec sa suspension hydraulique et sa coupe aérodynamique. Le
constructeur français lance simultanément sa mythique DS, une version plus
luxueuse par rapport à l’ID, mais partageant la même architecture. A l’origine le
toit des ID était en fibre de verre translucide non peint. Ils seront peints en blanc
à partir de 1962 (comme c’est le cas sur les DS). C’est à bord d’une ID19 à toit
blanc que Théo s’enfuit de la distillerie pour attendre Fernand Naudin à la sortie
de l’Eglise. Sa voiture sera plastiquée par Pascal et Bastien, les deux gâchettes
du patron. Un attentat sur une voiture très similaire à la DS noire présidentielle à
toit blanc. Ne serait-ce pas, là encore, une petite allusion à l’attentat du Petit-
Clamart contre la DS du général de Gaulle ?

Théo roule en DS noire, comme le général de Gaulle


Passons maintenant aux voitures de la jeunesse dorée, celles qui encombrent le
parc de la villa du mexicain lors de la surprise partie de Patricia. A son arrivée,
Fernand Naudin est de retour d'une livraison de pastis clandestin qui a mal
tourné (il a manqué de périr brûlé dans le camion), puis d'une opération de
recouvrement de dettes quelque peu musclée chez les Volfoni. Il n'est donc pas
d'humeur à entendre les allusions scabreuses de l'invité en retard. Ce dernier
finira par conséquent salement amoché dans sa superbe voiture, une Austin
Healey 100/4. Produite au milieu des années 1950, l'Austin Healey 100 doit son
nom à sa pointe de vitesse, 100 miles (c'est à dire 160 km/h), pour une puissance
de 90 chevaux (équipée du moteur à 4 cylindres de l'Austin A90 Atlantic).

L'Austin Healey de l'invité en retard


D'autres superbes bolides peuplent le parking tout autour de la maison.
Notamment une Chevrolet Corvette C1. Voiture de rêve par excellence, elle
envoie jusqu'à 360 chevaux pour une motorisation V8.
Les invités friqués de Patricia roulent en Chevrolet corvette
Autre voiture aperçue à la surprise-partie, la Fiat 1100 TV Trasformabile, jolie
petite voiture dans la droite lignée du design italien.

Fiat 1100 TV Trasformabile, une belle carrosserie italienne


Remarque amusante, lorsque Fernand Naudin arrive en taxi (Peugeot 404) pour
retrouver sa nièce chez Antoine, nous apercevons une Jaguar MKII garée dans la
rue. Il s'agit de la propre voiture de Lino Ventura, qui l'avait d'ailleurs plutôt mal
garée puisqu'elle est dans le champ de la caméra.
Tout au long du film nous apercevons encore d'autres modèles qui reflètent le
marché et les goûts de l'époque. Comme nous l'avons vu, l'époque est à la
démocratisation de l'automobile, alors synonyme de liberté. Vous pouvez ainsi
apercevoir dans les arrières plans (en plus des voitures déjà citées) : Citroën Ami
6, Citroën Type H, Renault 4CV, Renault Frégate, Grand Pavois, Renault R8,
Simca Aronde Deluxe, Simca Aronde Océane, Simca Vedette Chambord,
Citroën 11B, Fiat 1300, Peugeot 203, ou encore une moto Triumph 5TA...
Peugeot 403, best-seller de Peugeot à la fin des années 1950

Renault Dauphine, best-seller de Renault... à la fin des années 1950


Encore un petit détail. En observant attentivement, vous pouvez constater
qu'aucune voiture du film n'est équipée de rétroviseurs.
Les armes
Pascal : « C'est le petit dernier de chez Beretta »
Avec tous les règlements de compte entre les Tontons, il en circule des armes. Il
y a donc vraisemblablement quelques infractions à la législation sur les armes
dans ce film. Ou alors certains Tontons ont oublié de rendre leurs armes à la fin
de la guerre. En effet, les décrets de lois datant de mars 1939 (renforcés par
Vichy, puis abrogés en 1944, avant d'être réactualisés à la libération) interdisent
de détenir des armes de catégorie 1 (armes à feu destinées à faire la guerre),
catégorie 2 (matériel destiné à porter des armes), catégorie 3 (matériel de
protection) et catégorie 4 (armes à feu de défense) sans autorisation.
Quoiqu'il en soit, petite revue de l'arsenal en question :
Lors de l'attaque de la villa par Théo, Jean va se servir d'un Colt 45. Créé par la
firme Browning, c'est le pistolet qui équipait les forces américaines dans les
années 1940. Les « Boys » en étaient notamment équipés lors du débarquement
en Normandie. Ce gros calibre est aussi connu sous le nom technique de
M1911A1. Ce sont aussi deux colts M1911 que possédaient Louis le mexicain
dans sa chambre, cachés sous les couvertures. C'est Pascal qui retire les deux
calibres du lit à la mort de son patron.

Le colt 45 des soldats US, également utilisé par Jean


Pendant le conseil d'administration, Pascal montre à son cousin Bastien « le petit
dernier de chez Beretta », un revolver de poche pour « le combat de près » et «
les coups à travers la poche ». Sauf qu'en y regardant de plus près, le « Beretta »
n'en est pas un !

Ce qu'aurait dû être « Le petit dernier de chez Beretta »


L'arme que montre Pascal c'est en réalité un Mauser HSc, un pistolet de poche de
la firme Mauser. Rien à voir avec Beretta donc, si ce n'est une vague
ressemblance. Nous apercevons cette arme à plusieurs reprises dans la suite du
film. Théo et son ami Vincent l'utilisent aussi pendant le film. Monsieur Fernand
en tient également un dans la scène finale, à la distillerie.

Le Mauser HSc de Pascal


Mais, l'arme préférée de Pascal semble bien être le Mauser C-96 « Broomhandle
» Il l'utilise à de nombreuses reprises au cours du film, généralement muni d'un
silencieux.
Un mauser C-96 appartenant à Pascal
Autre arme de légende également utilisée, le modèle 10 de Smith & Wesson. Ce
pistolet est notamment utilisé par Maitre Folace pendant l'attaque de la villa par
Théo et sa bande. Une petite erreur s'est d'ailleurs glissée dans cette scène avec
cette arme. Elle est en effet munie d'un silencieux alors que c'est une arme à
barillet. Or, les silencieux ne réduisent le bruit de déflagration que sur les
revolvers automatiques ou semi-automatiques, pas les pistolets à barillet...

Un model 10 de Smith & Wesson


Devant le « clapier » de Tomate, les tueurs envoyés par Théo pour éliminer le
nouveau taulier sont équipés du pistolet-mitrailleur PPSH 41, construit la firme
soviétique Tokarev.

Un PPSH-41 soviétique pour les tueurs de la bande à Théo


Toujours pour tenter d'assassiner Fernand Naudin (« Fernand l'emmerdeur »
disent certains) lorsqu'il est à bord du camion de Pastis, Théo et Tomate se
servent d'un fusil mitrailleur de la Wehrmacht, le Maschinengewehr 42 (alias «
MG42 »), qui possède une cadence de tir de plus de 1500 coups à la minute. Les
alliés le surnommaient d’ailleurs « la tronçonneuse de Hitler », car il avait un
bruit très particulier. Cette arme allemande était produite par la firme Mauser.
« La tronçonneuse de Hitler », arme fétiche de Théo
Les Volfoni préparent un attentat dans le garage de Fernand Naudin. Mais, ce
dernier se doute de quelque chose. Par sécurité, il va chercher une arme dans sa
cachette, un revolver Webley Bulldog, de la firme britannique Webley & Scott.

Le Webley Bulldog de Fernand Naudin


A plusieurs reprises, Théo est également armé d'un Luger P08. Notamment dans
la scène de l'attaque de la villa. Le revolver est alors équipé d'un silencieux.
Dans la scène finale de la distillerie, contre Fernand Naudin, c'est encore cette
arme qu'il utilise.

Un Luger P08, comme celui de Théo


Toujours lors de l'attaque de la villa, Jean confie à son patron un Vis wz 35 pour
assurer lui aussi la protection de la maison. Ce pistolet semi-automatique
s'inspire du Browning GP 9mm, il a été produit par la société polonaise FB
Radom.
Un Vis wz 35 fournit par Jean
L'arme de Paul Volfoni, lors de la scène de la cuisine, est le FN Model 1910.
Conçu par Browning, ce revolver semi-automatique a été fabriqué par la firme
Fabrique Nationale, installée en Belgique. Il en existe aussi une version
améliorée, le FN Model 1910/1922. C'est notamment cette arme qu'utilise Jean
pour défendre la villa.

Le FN Model 1910 de Paul Volfoni

La version améliorée de Théo, Le FN Model 1910 1922


Jean, qui en plus d'être majordome semble décidément faire office d'armurier,
utilise également le model Liberty des revolvers Star Ruby. Proche réplique du
M1903 de Browning, ce semi-automatique était fabriqué en Espagne par
Gabilondo y Urresti .
Un model star Ruby
Les frères Volfoni sortent à peine de la clinique Dugoineau, après
l'hospitalisation de Raoul, qu'ils ont le malheur de croiser la route de Théo et sa
bande. Ces derniers n'ont peut-être pas eu Dieu avec eux (« Gott Mitt Uns »),
mais ils n'ont pas sorti les armes pour rien. L'ancien soldat de la Wehrmacht
utilise en effet un Bergmann MP35 pour mitrailler comme il se doit les deux
frères. Ce fusil mitrailleur ou SMG (SubMachine Gun) a été conçu et produit par
la firme Bergmann sous l'Allemagne nazie pour équiper précisément les soldats.
Théo, l'ancien combattant, doit donc parfaitement connaitre le maniement de
cette arme. Dans la scène à la distillerie, c'est Bastien qui est à son tour équipé
d'un MP35, suscitant les moqueries de son cousin Pascal. En tant qu'ancien «
maquisard », Bastien connait aussi vraisemblablement le fonctionnement de
cette arme. Peut-être une prise de guerre aux soldats allemands quand il était
dans la résistance ?

Bergmann MP35, le fusil mitrailleur de Théo... et de Bastien


Toujours dans la scène finale à la distillerie, Théo utilise également un autre
pistolet mitrailleur, le MP40. Cette arme équipa l'armée nazie pendant la guerre.
Elle fut produite par les firmes autrichiennes et allemandes d'armement Steyr-
Mannlicher et Erma Werke

Le MP40 de Théo à la distillerie


L'économie
Madame Mado : « Ces dames s'exportent, le mirage africain nous fait un tort
terrible ; et si ça continue, elles iront à Tombouctou à la nage »
Ah, la mondialisation ! La concurrence déloyale, le dumping social et fiscal des
pays du Sud... Elle touchait même les maisons closes clandestines dans les
années 1960. Il n'y a donc pas seulement un problème de demande (« ce n'est pas
que la clientèle boude, c'est qu'elle a l'esprit ailleurs »), il y a aussi un problème
d'offre et de « pénurie de main d'œuvre » pour reprendre les termes exacts de
madame Mado. Au moins, il n'y a pas de chômage non plus dans le secteur (nous
sommes encore au temps du plein emploi des années 1960). En faisant référence
à Tombouctou, la mère maquerelle nous rappelle que si le Mali a obtenu son
indépendance récemment (en septembre 1960), cela n'a rien changé quant aux
habitudes des colons tenanciers de maisons closes sur place.

Tombouctou, les filles de Madame Mado iront bientôt à la nage


Théo : « Notre dernier chauffeur est parti hier pour le Sahara, dans le pétrole
»
Pour Théo aussi, il y a pénurie de main d'œuvre apparemment. Et pour lui aussi,
le « mirage africain » lui fait un « tort terrible ». Il faut rappeler que dans les
années 1960 la France connait une croissance économique spectaculaire, boostée
par l'économie de la reconstruction, le plan Marshall et la génération du baby
boom. Du coup, en 1963, il y a seulement 200 000 chômeurs en France, soit
1,4%. Autrement dit, il n'y a pas de chômage mais clairement une pénurie de
main d'œuvre. Parallèlement, les pays d'Afrique récemment décolonisés offrent
des perspectives de carrières beaucoup mieux rémunérées qu'en France. Le
départ d'un chauffeur, qui plus est spécialisé en transport clandestin, n'est donc
pas vraiment une surprise.
Jean : « C'est le numéro du radio-taxi qu'elle a pris »
Jean sort fièrement le numéro du radio-taxi que Patricia a pris pour fuguer de la
maison. Mais, pourquoi « radio » taxi ? L'appellation n'est plus utilisée. Pourtant,
les grandes sociétés de taxis fonctionnent toujours en « radio ». En 1956, le
premier standard radio est ainsi mis en place pour gérer les réservations. C'est
pour cela que l'on parle de « radio-taxi ». A noter enfin qu'en 1956, le nombre de
taxis en service en région parisienne était d'environ 12 500. 50 ans plus tard, on
n'en dénombre pas beaucoup plus (15 300), alors que la population francilienne a
largement explosé.
Antoine Delafoy : « Porté sur la morale et les soubrettes, la religion et les
jetons de présence »
Antoine Delafoy dresse un portrait tout en contraste de son père, le président
Adolphe-Amédée Delafoy, par ailleurs Vice-président du Fond Monétaire
International. Antoine, toujours très porté sur le maniement du verbe, nous fait
une longue énumération des qualités de son père. Porté sur la morale, mais aussi
sur les soubrettes (est-ce bien compatible avec la morale ?), la religion mais
aussi les jetons de présence (l'argent et la religion font-ils vraiment bon ménage
?).
Comme un clin d'œil improbable de l'histoire, ou quand la réalité dépasse la
fiction, on ne peut qu'être stupéfait par la prémonition d'Audiard après l'affaire
DSK au Sofitel de New York. Ainsi donc, en 1963, il y a plus de 50 ans,
d'éminentes personnalités françaises du FMI comme Adolphe-Amédée Delafoy
fréquentaient déjà intimement des femmes de chambres ?! Heureusement que
nous n'en avons rien su...
Si Adolphe-Amédée s'intéresse beaucoup à la religion, il semble l'être bien
davantage par l'argent. Fort logiquement, son poste de grand commis de l'état le
conduit donc à prendre part à des conseils d'administration de grandes sociétés.
Il perçoit donc une indemnité sous la forme de jetons de présence. La somme
globale est normalement fixée par les actionnaires en assemblée générale.
L'ensemble est ensuite réparti selon l'assiduité de chaque administrateur aux
comités d'administration de l'entreprise. Mais que penserait Saint-Thomas
d'Aquin de tout ça ?
On a beaucoup critiqué ces dernières années les énarques et les inspecteurs des
finances, faisant des allers et retours entre la haute fonction publique
(notamment à Bercy, au ministère des Finances) et les conseils d'administration
des grandes sociétés du CAC 40. Un bon moyen de se faire de l'argent
facilement grâce à leur proximité avec le pouvoir. On ne statuera pas ici sur ce
débat, mais l'honorable Adolphe-Amédée Delafoy semble nous démontrer que ce
fait n'est pas totalement nouveau...
Fernand Naudin : « Si je devais pas être à la foire d'Avignon dans 48 heures,
j'dirais non »
La foire d’Avignon se tient chaque année pendant la première quinzaine d’Avril.
Cela nous donne donc un premier repère temporel sur le déroulement du film.
Par ailleurs, avant de quitter Montauban, le contremaitre fait allusion à la météo
du moment, plutôt fraîche : « si le vent est frisquet, vous avez une couverture à
l'arrière ». Nous sommes donc bien début avril, à la fin d'un hiver assez rude.
Nous avons quelques repères supplémentaires pendant le film pour situer l'action
dans le temps. Fernand Naudin reste quelques jours de plus que prévu pour
s'occuper de la scolarité de sa nièce, puis des créances non honorées par les
Volfoni, Théo et toute la bande. Nous comprenons lors d'un coup de téléphone
avec son contremaitre qu'il a manqué la foire d'Avignon. Par la suite, les démêlés
avec les Volfoni conduisent ces derniers (Paul une fois, Raoul deux fois) à la
clinique Ducoigneau pour hospitalisation. Le temps de convalescence prend bien
quelques semaines, voire quelques mois. Le bachot que prépare Patricia, entre
deux boums, se passe fin juin. Bref, son mariage avec Antoine n'a pas dû être
célébré avant septembre (une bonne période pour les mariages). En somme, il est
donc fort possible que Fernand Naudin n'ait pas revu Montauban avant le mois
d'octobre. Lui qui en avait pour « 48 heures maximum ».
Fernand Naudin : « Louis de retour : présence indispensable »
Le film débute par la lecture d'un télégramme de Louis le mexicain. Au début
des années 1960, il est en effet encore fréquent de communiquer par télégramme.
Le télégramme se présente alors sous la forme d'un message écrit qui est
transmis par un télégraphe électrique. La communication des messages par un
appareil télégraphique s'appuie sur le code Morse, dont le mérite est d'être
facilement décodable « à l'oreille » (le principe du signal étant « tout ou rien »)
par l'opérateur radiotélégraphiste qui recevait le message, et collait la bande de
papier recueillie sur un formulaire spécial. Le télégramme était alors remis en
main propre au domicile du destinataire par le service des PTT. En France, le
formulaire des télégrammes était bleu clair, ce qui donna son surnom aux
télégrammes, le « petit bleu ».
L'envoi d'un télégramme était relativement coûteux pour l'expéditeur, qui payait
au nombre de mots. C'est pourquoi le texte était réduit à son strict minimum,
chaque phrase étant séparée par le mot « Stop ». « Louis de retour stop présence
indispensable », voilà bien un message dans le pur style télégraphique. Le
télégramme était à l'époque le meilleur moyen d'annoncer rapidement et de façon
fiable une grande nouvelle ou un imprévu.
Le principe de la transmission par un système télégraphique fut mis au point par
Samuel Morse dès les années 1830, s'inspirant des travaux des français Ampère
et Arago. S'appuyant sur un électro-aimant et un code de transmission (le code
Morse), le système est breveté en 1840. La première ligne télégraphique voit le
jour en 1843 entre Baltimore et Washington. C'est l'essor de l'exploitation
commerciale du télégraphe. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les lignes
se multiplient : ligne Douvres-Calais en 1851, ligne transatlantique en 1866... En
France, le réseau s'installe, et le service est assuré de la fin du XIXème siècle
jusqu'aux années 1960. L'époque des Tontons vit donc aussi la fin du
télégramme. Le système est en effet progressivement remplacé par des
téléscripteurs automatiques, capables de reproduire à distance un texte tapé sur le
clavier d'une machine à écrire. Cette transmission moderne s'appelle le Telex, et
annonce l'arrivée du fax, et plus tard du courrier électronique. Mais c'est surtout
la généralisation du téléphone dans les années 1960-1970 qui met
progressivement à la retraite le télégramme.
Le télégramme n'a pourtant pas tout à fait disparu. L'entreprise Orange continue
d'en assurer le service. Le contenu de ce « petit bleu » new look reste en effet
certifié pour des échanges à caractère juridique. Et il reste un moyen original de
communication pour annoncer de grandes nouvelles.
Fernand Naudin : « Le numéro d'Henri ? »
Pascal : « Balzac 44 05 »
Dans l'échange entre Fernand et Pascal, il est ici fait allusion à l'ancien système
d'indicatifs téléphoniques en vigueur à Paris. A l'époque, en effet, la capitale était
découpée en une trentaine de centraux téléphoniques. Un central téléphonique
était ainsi installé dans chaque quartier de Paris. Le système a vu le jour à Paris
en 1912. Il s'est progressivement étendu à toute la capitale et à sa proche
agglomération, ainsi que dans certaines villes de province. Le principe reposait
sur les trois premières lettres du central par lequel transitait la communication.
Fernand veut appeler Balzac 44 05. Sur les anciens téléphones à cadran, il fallait
donc composer les trois premières lettres, ici BAL puis le numéro demandé, 44
05.
Le système présente ici l'avantage de pouvoir localiser assez précisément le
bowling d’Henri. Nous savons qu'il se trouve sur les champs Elysées, dans le
8ème arrondissement. L'indicatif Balzac nous informe qu'il n'est donc pas loin de
la rue Balzac, qui croise les Champs-Elysées. Le bowling d'Henri dépend donc
du central téléphonique Elysées, dont l'adresse se situait aux 106-108 rue de la
Boétie. Ce central a été ouvert en 1932, et couvre donc le secteur situé
actuellement autour du métro George V. Le choix du numéro d'Henri n'est peut-
être pas tout à fait le fruit du hasard. En effet, le numéro de la Gaumont, société
coproductrice de ce film, est Balzac 44 04 ! Juste à côté du Bowling.
Certainement une pure coïncidence... Les habitués des salles de cinéma
reconnaitront le numéro Balzac 00 01. C'est celui de la société de publicité Jean
Mineur. Son numéro de téléphone se termine d'ailleurs toujours en 00 01.
Coïncidence là encore, au moment de la sortie du film en novembre 1963, les
Tontons utilisent un système d'indicatifs téléphoniques qui n'existe plus depuis
le... 1er octobre 1963. En effet, le système n'avait pas que des avantages
(multiplications des centraux téléphoniques, choix limité avec seulement trois
lettres, incompatibilité, phonétique trop proche...). Ce système à numérotation
alphanumérique est remplacé uniquement par un système à chiffres. Quelques
indicatifs seront malgré tout encore inaugurés début 1964, mais seront mis en
service sous forme de chiffres. Le système à indicatif restera malgré tout
disponible dans un certain nombre de cas jusqu'à octobre... 1985, date à laquelle
la numérotation passe à 8 chiffres.
Cette allusion à « Balzac 44 05 » est, là encore, comme une survivance du
monde ancien.
Fernand Naudin : « Enigme dans l'affaire du camion incendié, parmi les
bouteilles de pastis clandestin transportées par les fraudeurs, certaines
contenaient de l'essence. Evidemment ça brûle mieux »
Après avoir manqué de peu de se faire flinguer dans le camion de pastis pas
seulement rempli de pastis, monsieur Fernand parcourt le journal pour connaitre
les détails de la tentative d'attentat. Le journal qu'il lit, France-Soir , n'existe plus
aujourd'hui que sous la forme d'un e-mag 100% numérique. C'était pourtant, à
l'époque, le grand quotidien de référence, dépassant le million d'exemplaires
vendus, culminant même à près de 1,5 million lors des troubles en Algérie en
1958. France-Soir fut fondé en novembre 1944 par Robert Salmon et Philippe
Viannay (des FFI) sur les vestiges du journal de la résistance Défense de la
France . Racheté en 1949 par les éditions Hachette, le journal va connaitre son
âge d'or sous la houlette de Pierre Lazareff jusque dans les années 1970, avant
d'amorcer un lent déclin. Sous l'ère Lazareff, le quotidien s'offre en effet parmi
les plus prestigieuses signatures, tels que Joseph Kessel, Lucien Bodard ou
encore Philippe Labro, inaugurant l'ère des grands reporters.

France-Soir, le quotidien de référence des années 1960


La une que tient entre les mains monsieur Fernand est bien sûr arrangée pour les
besoins du film, mais se base sur un numéro authentique, daté du 19 avril 1963.
On y trouve ainsi un encart intitulé « Ben Bella, maitre absolu en Algérie ». Un
an après les accords d'Evian, l'indépendance algérienne se met en place sur fond
de rivalité au sein du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République
Algérienne). Ahmed Ben Bella est, depuis 1962, président du conseil. En avril
1963, il devient aussi secrétaire général du bureau politique du FLN. D'où le titre
du journal. Il est élu en septembre 1963 à la présidence de la République
algérienne. Favorable à un rapprochement avec les puissances communistes
(URSS, Chine) et au panarabisme, il se rapproche du président égyptien Nasser.

Ben Bella, premier président de la République algérienne


Ben Bella sera renversé en juin 1965 par son dauphin, le colonel Houari
Boumédiene, à la suite d'un coup d'état. Boumédiene prend le pouvoir avec l'aide
des opposants de Ben Bella, dont un certain Abdellaziz Bouteflika...
La politique
Madame Mado : « J'dis pas que Louis était toujours très social, non, il avait
l'esprit de droite »
A rebours du cinéma de la « Nouvelle Vague » qui se veut volontiers engagé, et
plutôt de gauche, Michel Audiard incarne au contraire une certaine tradition, ne
prenant partie pour aucune cause de l'époque (condition sociale, dénonciation de
la guerre d'Algérie, condition féminine...). Il met au contraire en scène des
personnages tels que Louis le mexicain, incarnant « l'esprit de droite » aux dires
de Madame Mado. Et il n'entend aucunement remettre en cause l'ordre établi. Le
successeur du mexicain, Fernand Naudin, est de la même veine. Nous le voyons
tout au long du film. Pas d'ouverture progressiste prévue dans la gestion des
affaires par l'entrepreneur de Montauban.
En 1976, Michel Audiard déclare dans une interview : « Sans aller à dire que je
suis de droite, je ne suis en tout cas pas de gauche ». Pour le dialoguiste, ce qui
le pousse vers la droite, c'est la gauche. Il prend en exemple son ami Jean Gabin
qu'il décrit comme « un homme de gauche à qui les gens de gauche ont fini par
donner des idées de droite ».
Il ajoute par ailleurs : « l'intelligence, on ne peut le contester, est à droite ». Une
excellente manière de se mettre près de la moitié de la France à dos. Mais en ce
début des années 1960, nous sommes à la grande époque des « Hussards ». Cette
jeune garde littéraire, talentueuse et anticonformiste se fait connaitre par son
opposition à la mouvance existentialiste, à Jean-Paul Sartre, et à la figure de
l'intellectuel engagé. Le mouvement « Hussard » sera donc classé à droite, mais
plus par leur « désengagement » que pour leur engagement. Il compte en tout cas
quelques unes des grandes plumes de l'époque : Roger Nimier, le chef de file
(qui disparait dans un accident de voiture en 1962), Antoine Blondin, Michel
Déon ou encore Jacques Laurent.
Audiard est dans cette veine. A force de faire du cinéma de « papa », à force de
tourner des films non engagés et à force de se moquer du « résistantialisme » (ce
mythe inventé par les communistes et les gaullistes pour donner l'image d'une
France unanimement résistante pendant la guerre), il s'est attiré les foudres des
mouvements de gauche, à l'époque sous la forte influence du parti communiste.
Audiard, pas en odeur de sainteté avec Saint-Germain des prés
Michel Audiard a cependant une arme imparable contre ses contradicteurs qui
lui donnent des leçons sur le prolétariat. Le prolétariat, il en vient, il en est : « Le
prolétariat, je l'ai connu à quatorze ans, quand j'ai quitté l'école. Alors faut quand
même pas venir me l'enseigner sur une chaire à la Sorbonne ». Une pierre jetée
dans le jardin des mandarins qui gravitent autour de Jean-Paul Sartre et des
maoïstes, sans jamais quitter le cadre cossu de Saint-Germain-des-Prés et du
quartier latin.
Si le dialoguiste n'est pas de gauche, il ne s'entend pas beaucoup mieux avec la
droite dont il moque volontiers le côté petit bourgeois dans ses films. Dans les
années 1960, la droite s'incarne autour de la personne du général de Gaulle. Son
rejet du mythe de la France résistante et sa dénonciation de l'épuration sauvage
l'éloigne fatalement des gaullistes.
Au fil du temps, on a pu qualifier Michel Audiard d'anarchiste de droite. Il est
vrai que le personnage est trop libre pour être classé aussi facilement dans un
camp ou dans un autre. L'homme était d'ailleurs un grand admirateur du tout
aussi inclassable Louis-Ferdinand Céline, au grand dam de ses détracteurs qui y
trouvaient une raison supplémentaire de le suspecter. Comment en effet admirer
un tel personnage, antisémite notoire et proche des milieux de la collaboration
pendant la guerre. Mais Audiard ne s'intéressait qu'à l'œuvre de l'écrivain. Et il
avait deviné avant tout le monde qu'elle était immense.
Fernand Naudin : « Bien ! Messieurs, il ne me reste plus qu’à vous remercier
pour votre attention »
Pour conclure le conseil d’administration improvisé sur la péniche des Volfoni,
le nouveau patron des affaires du mexicain conclut par cette formule qui fait
forcément écho à l’actualité de l’époque.
En effet, en 1963, la France est présidée par le Général de Gaulle qui a instauré
le rituel des conférences de presse. C’est à l’occasion de l’une d’elle, lors de son
retour en 1958, qu’il lança l'une de ses célèbres formules : « Pourquoi voulez-
vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur », ou encore en 1968 : «
Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir ».
Retransmises en direct par l’ORTF, l’homme du 18 juin manie le verbe et
l’humour avec brio. Et pour conclure ses interventions devant la presse, il
termine toujours par cette phrase rituelle « Bien ! Messieurs, il ne me reste plus
qu’à vous remercier pour votre attention ».
Lino Ventura, sous la plume d’Audiard, fait donc un clin d’œil appuyé au
général. Ce dernier lui renvoie d’ailleurs l’ascenseur en parlant ainsi des
évènements de mai 1968 « ... grâce à l'étrange illusion qui faisait croire à
beaucoup que l'arrêt stérile de la vie pouvait devenir fécond, que le néant allait,
tout à coup, engendrer le renouveau, que les canards sauvages étaient les enfants
du Bon Dieu », faisant une allusion évidente au premier film de Michel Audiard
Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages , qui venait
de sortir sur les écrans cette même année.
Les relations entre le général de Gaulle et Michel Audiard seront pourtant
toujours compliquées. Ce dernier lui reprochera toujours d'avoir fait croire que la
France entière était dans la résistance, alors que le titi du 14ème avait bien
constaté pendant les 4 ans d'occupation de Paris qu'il n'en était rien.

Audiard ne croit pas à une France résistante


Le dialoguiste ne supporta pas non plus la période de l'épuration, à la libération,
et décrira avec amertume la justice sommaire et sauvage de certains résistants
(souvent de la 25ème heure) avec les filles qui avaient couché avec les
allemands. Dans son roman en partie autobiographique, La nuit, le jour et toutes
les autres nuits , il dévoilera d'ailleurs son amertume en se remémorant la période
de la libération. Parlant d'une amie prostituée, victime de l'épuration sauvage : «
Elle avait les bras et les jambes brisés lorsqu'ils la tirèrent sur la petite place et
l'attachèrent au tronc d'un acacia. C'est là qu'ils la tuèrent ». Ce qui lui inspira
cette phrase assassine mais désopilante : « Un type qui porte un brassard est
toujours une ordure, sauf s'il est en deuil. Un type qui porte un béret basque est
toujours une ordure, sauf s'il est Basque ».

Audiard a détesté l'épisode de l'épuration


Antoine Delafoy : « il ne comprend rien au passé, rien au présent, rien à
l’avenir, enfin, rien à la France, rien à l’Europe enfin rien à rien, mais il
comprendrait l’incompréhensible dès qu’il s’agit d’argent »
Toute ressemblance avec des dirigeants politiques français actuels ne saurait être
qu’une pure coïncidence ! Blague à part, le mot qui doit retenir notre attention,
surtout pour l’époque, est le mot « Europe ». Là encore, Michel Audiard fait des
emprunts à l’actualité pour ses besoins d’écriture. Mais nous sommes à l'époque
encore bien loin de l’idée que nous avons aujourd'hui de l'Europe, sur un
continent ravagé par la guerre moins de 20 ans avant le tournage du film.
Quelques années après l’armistice, le 23 juillet 1952, une fois la reconstruction
des pays engagée, l’économie relancée et les plaies en partie cicatrisées, les
principaux pays démocratiques européens s’engagent avec le Traité de Paris,
dans la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). La
Belgique, La Hollande, Le Luxembourg, La France, l’Italie et L’Allemagne
jettent ainsi les bases du futur marché commun en instaurant, dans un premier
temps, un marché unique du charbon et de l’acier. Avec pour objectif de soutenir
massivement la modernisation et la production du charbon et de l’acier.
Cette union débouche le 25 mars 1957 sur le Traité de Rome, engageant ces
mêmes pays vers un renforcement de leurs relations économiques. Acte
fondateur de la Communauté Economique Européenne (CEE), il entre en
vigueur le 1 er janvier 1958 et institue le marché commun européen, une union
douanière assurant la libre circulation des produits. Il définit également les
contours et les objectifs de la fameuse Politique Agricole Commune (PAC) qui
se met en place en 1962. Avec la PAC, Adolphe-Amédée Delafoy n’a
probablement pas fini de ne rien comprendre à l’Europe.
L’Europe, c’est aussi la réconciliation Franco-allemande. Dans les années 1958-
1963, sous l’impulsion du Chancelier allemand Konrad Adenauer et du président
de la République, Charles de Gaulle, les deux pays vont se rapprocher, donnant
l’impulsion d’une Europe de la paix et d’un fort leadership franco-allemand dans
la construction européenne. Ce rapprochement sera d’ailleurs acté par le Traité
de l’Elysée, signé précisément le 22 janvier 1963, l'année fétiche des Tontons.
Cet accord jette les bases d’une coopération renforcée dans les domaines de la
diplomatie et de la défense.

1963, traité de l'Elysée


L'éducation
Louis le mexicain : « Je l’avais faite élever chez les sœurs, apprendre l’anglais
enfin… tout »
Si Patricia a été élevée chez les sœurs, et si elle a été « éjectée de partout » dixit
maitre Folace, elle est forcément passée par le Couvent des Oiseaux, un des
établissements les plus prisés par la bourgeoisie parisienne pour l'éducation des
jeunes filles. C'est d'ailleurs là que Françoise Sagan (elle aussi « éjectée de
partout ») y a fait une partie de ses études.
Situé rue de Sèvres à Paris, le couvent des oiseaux était à l'origine un hôtel
particulier, l'Hôtel des Oiseaux. Pendant la révolution française, sous le régime
de la terreur, il fit office de prison. Il devient un pensionnat pour jeune fille à
partir de 1818. Suite à la loi de juillet 1904, relative à la suppression de
l'enseignement congréganiste, l'établissement ferme ses portes et le domaine rue
de Sèvres est rasé.
Cependant, un externat secondaire, conservant le nom de « Couvent des Oiseaux
», ouvre ensuite rue de Ponthieu, dans le 8ème arrondissement, à côté de
l'avenue Matignon C'est sur ce site que Françoise Sagan y fait sa scolarité. Mais
l'établissement déménage à nouveau en 1960, et s'installe cette fois rue Michel-
Ange, dans le 16ème arrondissement.
Si Patricia a bien fréquenté cet établissement, son déménagement récent (1960)
par rapport à la date du film (1963) ne nous permet pas de dire avec certitude si
elle s'est rendue rue de Ponthieu ou rue Michel-Ange.
Patricia : « Ecoute, tu tiens toujours à ce que je passe mon bachot »
C'est une grande année pour Patricia puisqu'elle passe son baccalauréat malgré,
visiblement, une scolarité des plus mouvementées. Revenons un peu sur
l'histoire du bac et le contexte de l'époque.
Le baccalauréat est instauré en 1808 par Napoléon 1er. Etymologiquement, le
terme signifie en latin « baie de laurier », un emblème de victoire. A l'époque
toutes les épreuves sont passées à l'oral : Grec, Latin, Rhétorique, Histoire,
Géographie et Philosophie. Pour la première année, on compte 31 bacheliers. A
partir de 1821, le bac compte aussi une filière scientifique : c'est le baccalauréat
« ès sciences ».
Progressivement, l'épreuve va subir quelques modifications. Aux épreuves orales
va s'ajouter une épreuve écrite à partir de 1830. En 1853, est également au
programme une épreuve de langue vivante. Puis, en 1859, le candidat se voit
proposer de passer le baccalauréat en deux parties. En 1864, le ministre de
l'instruction publique de Napoléon III, Victor Duruy, instaure l'épreuve de
Philosophie à l'écrit et non plus à l'oral. En 1891, le bac comporte des épreuves
écrites et des épreuves orales avec trois options possibles (Philosophie,
Mathématiques ou Sciences). En 1927, trois séries sont proposées : A (Latin-
Grec), A' (latin-Langue vivante) et B (Langues vivantes). Une série technique
vient s'ajouter en 1945.
En 1963, l'année où justement Patricia passe son baccalauréat, l'épreuve subit un
nouveau bouleversement puisque la première et la deuxième partie sont
supprimées et réunies en une seule partie, passée en terminale. Auparavant,
l'obtention de la première partie était obligatoire pour passer en terminale et se
présenter à l'épreuve du baccalauréat. Avec cette réforme du baccalauréat, quatre
séries sont désormais proposées aux candidats : Philosophie (A), Sciences
économiques (B), Mathématiques et techniques (C) et Sciences expérimentales
(D). Ce découpage sera conservé jusqu'en 1995, date à laquelle les filières L, ES
et S voient le jour (pour le bac général). Petit retour en arrière cependant, en
1965, puisque les épreuves de français vont finalement se dérouler en classe de
première, à la place de l'ancienne première partie. Un découpage qui est toujours
en vigueur. En 1963 toujours, pour gérer cette période de transition entre les
deux systèmes, un « examen probatoire » est instauré (il durera deux ans,
jusqu'en 1964) pour remplacer la première partie. Un oral de rattrapage est
également mis en place pour les candidats n'ayant pas obtenu la moyenne. Les
réformes de l'éducation nationale ne datent donc pas d'hier.
Patricia passe-t-elle sa première ou sa deuxième partie ? Etant donnée la réforme
en cours, ce n'est pas très clair. Il est même peu probable que les scénaristes aient
étudié en profondeur les réformes scolaires en cours au moment du tournage. Il
semble malgré tout que Patricia prépare l'épreuve de Philosophie de la filière
littéraire, voire Latin-Grec (d'après la lecture de la dissertation de Patricia par
son oncle). Equivalent à la série A du baccalauréat.
Nous ne saurons pas si, cette année-là, Patricia a obtenu ou non son bachot (on
peut en douter, entre l'organisation des surprises-parties et la préparation du
mariage). Mais, pour information, sur 121 972 candidats, ils sont 75 471
bacheliers, ce qui fait un taux de réussite (toutes séries confondues) de 61,9 %.
On dénombre 39 271 bacheliers contre 36 203 bachelières. Mais c'est l'une des
dernières années où davantage de garçons que de filles obtiennent le diplôme.
Ces 75 471 bacheliers ne représentent, à l'époque, que 12% d'une classe d'âge à
obtenir le sésame pour l'enseignement supérieur.
A titre de comparaison, le taux de réussite au baccalauréat 2015 était de 87,8%
(Filières générale, technologique et professionnelle confondues), ce qui porte à
environ 617 900 le nombre de bacheliers cette année (sur 684 734 candidats).
Cela représente environ 77% d'une classe d'âge diplômée (37% si l'on ne
considère que le bac général).
Le cinéma
La scène de la cuisine
Michel Audiard jugeait inutile la fameuse scène de la cuisine. Heureusement,
Georges Lautner a eu l'intuition géniale de la conserver dans le scénario. Il était
en cela inspiré par une scène relativement analogue du film Key Largo se
déroulant dans un bar. Sorti en 1948, le film de John Huston met notamment en
scène Edward G. Robinson qui évoque avec nostalgie le temps de la prohibition
en compagnie de ses acolytes.

Edward G Robinson nostalgique dans Key Largo


Dans Les Tontons flingueurs , le tournage dans la cuisine est délicat. Obligée de
filmer dans une petite cuisine d'une villa de Rueil Malmaison (elle devait faire
quatre mètres sur trois), l'équipe de tournage doit se serrer d'un côté. C'est pour
cela que tous les acteurs sont installés de l'autre côté de la table. Il n'y a, en effet,
aucun recul pour l'équipe technique.
Georges Lautner s'inspire d'Orson Welles…
Cela peut surprendre, mais Georges Lautner a beaucoup appris du grand
réalisateur américain Orson Welles. Il réutilise ainsi sa technique d'associer
différentes focales, ce qui permet d'obtenir une image nette des personnages au
premier plan comme en arrière-plan, donnant ainsi de la profondeur de champ.
De la même façon, le réalisateur fait référence au réalisateur américain avec son
utilisation de la cage d'escalier pour marquer la rupture entre Patricia, débout sur
les marches de l'escalier, et son oncle, resté sur le palier.

Lautner s'inspire d'Orson Welles et ses cages d'escaliers


Lors du tournage, le réalisateur prend aussi le parti de filmer certaines scènes en
gros plans, notamment pour des raisons pratiques, car cela lui permet de cacher
des décors souvent médiocres, voire inexistants (faute de budget). Ces gros plans
permettent au final de mieux servir et apprécier le texte d'Audiard et Simonin.
Grand technicien du cinéma, Georges Lautner puisait également certaines idées
de cadrage en décortiquant les films d'Alfred Hitchcock.
Louis le mexicain : « Voilà je serai bref. Je viens de céder mes parts à Fernand
ici présent. C'est lui qui me succède. »
Raoul Volfoni : « Mais, tu m'avais promis de m'en parler en premier ! »
Par ce bref échange entre Louis le mexicain et Raoul Volfoni, le réalisateur et
son scénariste lancent le film en donnant un prétexte au développement du
scénario. On comprend à cet instant précis que le calme ne va pas durer, et que
l'enjeu du film va reposer sur la rivalité entre les différents protagonistes pour la
direction de l'organisation du mexicain (et accessoirement le « pognon » qui va
avec). On sait, à partir de cet instant, que le scénario va se construire sur cette
opposition de Raoul Volfoni à la décision de Louis.
Si le principe remonte pratiquement au début du cinéma, c'est Alfred Hitchcock
qui va en théoriser le concept, appelé « MacGuffin ». Matériel (de l'argent, un
diamant, un microfilm...) ou immatériel (le pouvoir, un secret, l'amour...), le «
MacGuffin » représente ce qui nous manque, et ce après quoi tout le monde
court pendant le film. C'est autour de lui que va s'articuler le scénario de façon à
maintenir un rythme soutenu et ainsi préserver l'intérêt du spectateur.

Alfred Hitchcock, théoricien du MacGuffin


Ce principe de « MacGuffin » fut d'ailleurs étudié par le psychanalyste Jacques
Lacan qui développa cette idée sous le nom de « objet a », s'inspirant en cela des
travaux de Sigmund Freud sur « l'objet de pulsion ». Lacan reprend aussi de
Platon la notion d'Agalma, objet représentant l'idée du bien et va développer
l'idée d'un désir inconscient. Le principe général étant qu'il nous manque
toujours quelque chose, mais que nous n'arrivons jamais à le matérialiser par un
objet réel.

Jacques Lacan, du MacGuffin à l'objet a


Hommage à Scarface
Alors que Fernand Naudin et Pascal interrogent Tomate, le garde du corps du
nouveau patron s'amuse avec un dé qu'il jette en l'air à plusieurs reprises. C'est
un petit clin d'œil au film de Howard Hawks, Scarface , sorti sur les écrans en
1932. Dans ce film, George Raft faisait en effet la même chose que Pascal, mais
en lançant une pièce. Ce simple petit geste rendit l'acteur célèbre, celui-ci
incarnant du coup l'assurance et l'autorité naturelle.
Clin d'oeil à George Raft et sa pièce
Antoine Delafoy : « Mais qu'est ce que j'essaie de vous faire comprendre,
homme singe !»
Antoine, réagissant vivement aux propos de l'oncle Fernand sur les « instruments
de ménages », traite celui-ci « d'homme singe ». Cette allusion n'est autre qu'un
clin d'œil au rôle qui rendit Lino Ventura célèbre, celui de l’agent du contre-
espionnage Géo Paquet, dit « le gorille », dans le film Le Gorille vous salue bien
de Bernard Borderie, sorti en 1958. Au moment du tournage des Tontons
flingueurs , l'acteur est toujours associé dans l'esprit du public à ce rôle du gorille.
La distribution de bourre-pifs en chaine à l'encontre de Raoul Volfoni n'a
certainement pas contribué à casser cette image.

Lino Ventura s'est fait connaitre pour son rôle de « gorille »


Georges Lautner, Paul Meurisse et les monocles
Mais que vient faire Paul Meurisse, dans les Tontons flingueurs ? Il apparait en
effet quelques secondes à la fin du film, saluant Fernand Naudin, un peu médusé,
sur les marches de l'Eglise, juste avant la cérémonie de mariage.
Cette apparition, presque hitchcockienne, de Paul Meurisse est un clin d'œil du
réalisateur, Georges Lautner, à ses films précédents, Le monocle noir (tourné en
1961) et L'œil du monocle (tourné en 1962). Ces deux films (le troisième de la
série, Le monocle rit jaune sera tourné en 1964) mettent en scène le commandant
Théobald Dromard, dit « le monocle » (alias Paul Meurisse) dans cette parodie
de film d'espionnage. Ces films connurent certes le succès, sans cependant égaler
la postérité des Tontons flingueurs . Peut-être manquait-il pour les dialogues un
certain Michel Audiard ?
Dans Le monocle noir, Théobald Dromard infiltre un groupe de nostalgiques du
nazisme qui sont réunis dans le Château de Villemaur pour y rencontrer un
rescapé du IIIème Reich. Le commandant va trouver face à lui le marquis de
Villemaur, organisateur de cette réunion d'un genre un peu particulier. Comme
un hasard de la vie, l'acteur qui joue le rôle du marquis de Villemaur, Pierre
Blanchar, décède le 21 novembre 1963, quelques jours avant la sortie des Tontons
flingueurs sur les écrans (le 27 novembre). Or, il se trouve que Pierre Blanchar
est enterré au cimetière de Charonne, qui est accolé à l'église Saint-Germain de
Charonne, là où Paul Meurisse (alias le commandant Dromard) vient saluer
Fernand Naudin. Comme si la rencontre n'était pas totalement le fruit du hasard.
Théobald Dromar est-il venu au cimetière rendre un dernier hommage à son
ancien adversaire ?

Georges Lautner a aussi tourné la série des monocles avec Paul Meurisse
A noter que Paul Meurisse fut un temps pressenti pour jouer le rôle de Fernand
Naudin, suite au forfait de Jean Gabin. Il déclina cependant la proposition pour
des raisons de santé. Et c'est Lino Ventura qui récupérera finalement le rôle.
L'oncle Fernand n'aurait à l'évidence pas du tout eu le même style avec Paul
Meurisse. Difficile en effet d'imaginer l'élégant acteur, toujours très distingué,
toujours tiré à quatre épingle toujours propre sur lui, distribuant des bourre-pifs
en veux tu en voilà... Le tout en maniant la langue des faubourgs. Non, ça
n'aurait jamais fonctionné.
Pour l'anecdote, dans le dernier film de la série, Le monocle rit jaune , c'est Lino
Ventura qui fait une courte apparition auprès de Paul Meurisse, alias le
commandant Dromard. Comme un clin d'œil au clin d'œil ?
Maitre Folace : « Touche pas au grisbi, salope »
Par cette mythique saillie contre une invitée de la surprise-partie, Maitre Folace
fait bien évidemment allusion au film Touchez pas au grisbi , réalisé par Jacques
Becker et sorti dans les salles en 1954. La suite, Le cave se rebiffe , est également
portée sur les écrans sous le même titre par Gilles Grangier, en 1961.
Dans Touchez pas au grisbi , Jacques Becker et Albert Simonin vont assurer
l'écriture du scénario et proposer une adaptation fidèle au roman. Simonin assure
lui-même l'écriture des dialogues du film.
Touchez pas au grisbi met en scène Max le menteur (Jean Gabin) et Henri
Ducros, alias Riton (René Dary) deux « associés » qui viennent de réaliser un de
leurs plus beaux coups, avec le vol de lingots d'une valeur de 50 millions de
francs. Oui mais voilà, Riton parle malencontreusement à sa maitresse de ce
magot, qui balance le tuyau à Angelo Fraisier (Lino Ventura), rival des deux
associés. Angelo kidnappe alors Riton et propose de le libérer en échange des
lingots. Max et sa bande vont alors tenter de récupérer leur ami des griffes
d'Angelo, tout en conservant aussi les lingots. Au prix de multiples fusillades,
Riton est mortellement blessé et les lingots brulent malencontreusement lors de
l'explosion de la voiture d'Angelo. Angelo et Max ont tous les deux perdu le «
grisbi » dans la bataille.

Jean Gabin a tourné dans les deux premiers volets du « grisbi »


Grand succès dans les salles, Touchez pas au grisbi marque les débuts au cinéma
de Lino Ventura, qui plus est au côté d'un Jean Gabin qui s'essaye avec succès
dans un nouveau genre pour lui, le film d'action et le polar. En effet, fini pour
Gabin les rôles de jeunes premiers et d'icône du Front Populaire. A rebours de
son image des années 30, il va incarner pendant deux décennies le « cinéma de
papa » et l'anti « Nouvelle Vague ».
Un an après Les Vieux de la vieille , Jean Gabin retrouve Gilles Grangier pour le
tournage du Cave se Rebiffe . Si le scénario reste entre les mains d'Albert
Simonin, l'auteur du roman homonyme, l'adaptation et surtout les dialogues
prennent une grande liberté avec l'histoire d'origine, sous la houlette de Michel
Audiard.

Michel Audiard, l'orfèvre des dialogues du grisbi


Ce deuxième volet de la trilogie « Max le menteur » voit ainsi disparaitre le
personnage de Max. Mais la trame de l'histoire reste la même. Charles Lepicard
(Bernard Blier), Maitre Malvoisie (Antoine Balpêtré) et Eric Masson (Franck
Villard) projettent de monter une affaire de fausse monnaie. Eric a trouvé le
graveur, Robert Mideau (Maurice Biraud), qui sera le « cave » de l'histoire,
ignorant tout du projet pour lequel il est recruté. Charles parvient quant à lui à
convaincre Ferdinand Maréchal alias le « Dabe » (Jean Gabin), un ancien faux-
monnayeur de légende, de prêter son concours à l'affaire. Mais tout ne se passe
pas exactement comme prévu : Dissensions entre le « Dabe » et ses associés, un
« cave » pas si « cave » que ça... L'affaire va se retourner contre ses instigateurs.

Maurice Biraud, un « cave » qui va se rebiffer


Raoul Volfoni « j'vais l'renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des
prétentieux »
L'ainé des frères Volfoni emploie le terme improbable et inventé de toute pièce
de « terminus des prétentieux ». C'est ici un clin d'œil au titre initialement prévu
pour le film par Georges Lautner et Michel Audiard. A la demande de Gaumont,
« terminus des prétentieux » sera finalement remplacé par le titre que l'on
connait, Les Tontons flingueurs . Le terme sera finalement repris quelques années
plus tard par les mêmes Lautner et Audiard dans Flic ou Voyou . Belmondo sort
en effet d'une salle de cinéma qui passe sur les écrans Le terminus des prétentieux
.

Belmondo dans Flic ou Voyou


Les spécialités culinaires
La dualité entre le monde ancien des Tontons et celui de la jeunesse BCBG
d'Antoine et Patricia se poursuit jusque dans la nourriture.
Patricia : « Vous préférez le foie gras pour commencer ou pour finir ? »
[...]
Antoine : « Moi qui venais de dire à Jean de monter du champagne ? »
La jeunesse dorée ne se refuse rien. Pour Antoine et Patricia, c'est foie gras et
champagne, un jour pourtant ordinaire. Et on dépense sans compter
apparemment. Patricia l'admet d'ailleurs : « on le paie un prix fou ».
Fernand Naudin : « Dis donc, j'tiens plus en l'air moi, t'aurais pas une bricole
à grignoter là ? »
Au bowling d'Henri, autre ambiance culinaire. Après sa dernière entrevue avec
le mexicain, Fernand Naudin « grignote » un sandwich, et boit une bière. L'oncle
de province n'a visiblement pas les mêmes goûts ni les mêmes moyens que sa
nièce. Pas les mêmes adresses non plus.
Jean : « Faudrait encore des sandwichs à la purée d'anchois »
Les sandwichs à la purée d'anchois de la surprise-partie « partent bien » d'après
Jean. Tellement, que ce sont les Tontons eux-mêmes qui sont obligés de s'y
coller pour en préparer d'autres.
Si vous êtes à la recherche d'une recette qui a fait ses preuves, voici quelques
conseils de préparation :
1. Placer les anchois crus dans le bol d'un mixeur.
2. Faire tourner le mixeur 30 à 40 secondes.
3. Ajouter l'ail (préalablement épluché) dans le bol du mixeur.
4. Mixer à nouveau pendant 30 secondes.
5. Verser la mixture dans un bol et ajouter 1 cuillère à soupe de vinaigre et du
poivre.
6. Mélanger bien.
7. Ajouter 3 à 4 cuillères à soupe d'huile.
8. Mélanger à nouveau. C'est prêt !
9. Servez sur des toasts.
Vous pouvez faire appel à des extras pour préparer les toasts. Cette tâche qui
n'est pas sans noblesse. Attention toutefois, on ne boit pas pendant le service.
Fernand Naudin : « j'aimerais bien avoir un petit peu de thé et du pain, du
beurre et peut être des œufs au bacon aussi »
L'oncle Fernand, à peine investi dans sa nouvelle charge de tuteur, fait la
connaissance de sa nièce adoptive Patricia. Il lui demande un petit déjeuner à 7h
du soir. C'est un peu tard en effet. Mais surtout, ce petit déjeuner n'a rien de très
« frenchy » (des œufs au bacon...). D'où lui vient ce goût pour le breakfast
anglais ? Pas de Montauban vraisemblablement. Peut-être un souvenir de
Londres. Cet « oncle légendaire » serait donc bien ancien « para » de la France
libre, ou conducteur de char de la 2ème DB ? Quoiqu'il en soit, il a visiblement
hérité de certaines habitudes alimentaires anglaises. Nul doute que le très british
Jean (alias John) saura lui préparer ça !
Les gâteaux Bornéo
Lors de la scène de la cuisine, nous apercevons sur la table, à côté du « grisbi »
une boite de gâteau Bornéo. Des biscuits aux pépites de chocolats. On doute que
cela suffise pour encaisser quelques verres de « bizarre ».
Les Biscuits la basquaise
A l'annonce de l'arrivée probable des Volfoni dans la villa du mexicain, Jean va
chercher son colt dans une boite à biscuit de la marque « La basquaise ».
La basquaise est une firme spécialisée dans la biscuiterie, de son nom complet la
biscuiterie Gomez-la-basquaise. Créée par les frères Gomez à Montreuil dans les
années 1920, la firme est spécialisée plus particulièrement dans la gaufrette, et
notamment pour les cônes de glaces. A l'origine, les glaces se consommaient
entre deux gaufrettes, donc difficilement. L'idée des deux espagnols était de faire
de la pâte à gaufre en forme de cône. Ils introduisent également, pour la
consommation de glace, une invention récemment brevetée : la cuillère à glace.
A la fin des années 1920 puis dans les années 1930, l'entreprise est récompensée
à plusieurs reprises pour ses innovations. La production des gaufrettes va ensuite
largement s'industrialiser dans les années 1950. L'entreprise cesse son activité en
1980, et son site de Montreuil est transformé en hôtel industriel.
Les boissons
Théo : « C'est le drame ça, le whisky »
[...]
L'invitée : « Pas de jus de fruit, du scotch »
En cette après-guerre, la grande mode est au scotch whisky. C'est normal,
honneur aux libérateurs britanniques et américains. Ces grands producteurs et
consommateurs de whisky font rayonner leur culture, y compris éthylique,
jusqu'à supplanter le bon vieux pastis, bien de chez nous, mais qui n'a pas
empêché la défaite de juin 1940. Si les anciens, notamment les Tontons, sont
restés au pastis, les jeunes ne jurent plus que par le scotch, comme le prouve
l'invitée saoule qui fait irruption dans la cuisine. Comme pour les voitures,
l'heure est à l'américanisation de la jeune génération, qui boit du whisky et roule
en Chevrolet, pendant que Fernand et ses amis roulent et boivent français.
Maitre Folace : « 50 kilos de patates, un sac de sciure de bois, il te sortait 25
litres de 3 étoiles à l'alambic »
Mais comment Jo le trembleur parvenait-il à sortir du « 3 étoiles à l'alambic »
avec son installation et ses ingrédients ? De la même façon, comment Théo
produit-il son faux pastis à l'usine ? Petit cours de distillerie clandestine d'après
les Tontons.
Et tout d'abord, pourquoi l'organisation du mexicain produit de l'alcool
clandestin ? Il faut rappeler que d'après la législation française, sont autorisés à
produire les bouilleurs de cru professionnels (qui paient des taxes) et les
personnes ayant obtenu, par transmission, le privilège de bouilleurs de cru (qui
ne paient pas de taxes sur les 1000 premiers degrés d'alcool). Logiquement, il est
donc interdit en France de fabriquer, de posséder et d'utiliser un alambic sans
une autorisation préalable. L'alambic doit ainsi être enregistré auprès des
douanes. Inutile donc de préciser que tout le « business » du mexicain et de Théo
repose sur le fait que les alambics ne sont pas déclarés et qu'ils ne paient aucunes
taxes. Sans compter que le pastis est une marque déposée, et qu'elle ne peut pas
être copiée ou vendue comme ça.

Une distillerie (clandestine ou non) comment ça marche ?


Après ce rappel à la loi sur la distillation réglementée, l'auteur de cet ouvrage ne
saurait être tenu pour responsable de l'utilisation qui pourrait être faite des
informations qui vont suivre.
Intéressons-nous au « 3 étoiles » du père Jo le trembleur. Pourquoi des pommes
de terre déjà ? Maitre Folace évoque la période de l'occupation. En cette période
de pénurie et de restriction, on se rabat sur tous types de denrées pour continuer
à produire de l'eau de vie. Et notamment sur de la pomme de terre, produit de
base. Si l'eau de vie de pommes de terre n'est pas très réputée, la tubercule a
néanmoins servi pendant très longtemps à la distillation d'eaux de vie en Europe
du Nord, où l'on souffrait du froid. Les techniques de distillation de la pomme de
terre se sont progressivement améliorées, au point de servir pendant très
longtemps de base à la production de Vodka, remplacée à présent par des grains
de blés principalement. L'ami de maitre Folace semble donc avoir distillé sous
l'occupation un alcool apparenté à de la Vodka.
Mais comment a-t-il procédé ? Tout d'abord, il faut prendre soin de bien choisir
ses pommes de terre lorsque c'est possible (sous l'occupation, le père Jo n'a sans
doute guère eu le choix). Il est ensuite préférable d'éplucher les patates ou de les
laver, surtout si la peau est amère.
La production d'alcool repose ensuite toujours sur le même principe : l'ajout de
levures qui permet de transformer le sucre en alcool en dégageant du C02. La
pomme de terre contenant du sucre, elle peut donc servir à produire de l'alcool.
Le processus se décompose toujours en 4 étapes : le brassage, la fermentation, la
distillation et enfin la finition.
Lors du brassage, il s'agit de mélanger les ingrédients de façon à obtenir un
liquide sucré, mûr pour la fermentation. Pour les fruits et légumes, il suffit de les
broyer et de les écraser pour en récupérer le jus, alors que pour les grains, le
brassage nécessite de transformer l'amidon des grains en sucres fermentables, ce
qu'on appelle le maltage, et qui permet de déclencher la germination. Jo n'a donc
eu qu'à broyer et écraser les pommes de terre. Il n'est pas concerné par le
maltage.
Pour démarrer la fermentation, on ajoute des levures au « moût » obtenu lors du
brassage. Ces champignons microscopiques vont transformer le sucre contenu
dans les pommes de terre en alcool, ce qui peut durer de plusieurs jours à
plusieurs semaines. Si la fermentation peut dans certains cas se faire à l'air libre,
elle sera néanmoins plus lente qu'avec l'ajout de levures. Lors de la fermentation,
on observe ainsi un dégagement de CO2, et une élévation de température. A
noter que Jo a dû réaliser sa fermentation dans un espace fermé, ni trop chaud ni
trop froid pour que les levures puissent survivre et agir.
Le « moût » contient donc maintenant de l'alcool, mais pas seulement. Le liquide
se compose aussi d'eau, d'acides, de sels minéraux, de divers alcools autres que
l'éthanol... Chacun possédant sa température propre d'ébullition. La distillation
va permettre de séparer ces différents constituants pour ne récupérer que
l'éthanol et pas le reste. Pour cela, on dispose le « moût » dans un alambic que
l'on chauffe et dont on contrôle la température d'ébullition. Jo a justement sous la
main son sac de sciure de bois pour assurer l'opération. Il va l'utiliser pour
assurer une « chauffe » lente et régulière de l'alambic de façon à atteindre un
palier de température. Il ne faut en effet pas chauffer trop fort ni trop vite pour ne
pas dépasser la température d'ébullition de l'éthanol. Pour collecter l'éthanol,
l'ami de Maitre Folace doit en effet viser la plage de température entre 78 et
82°C (contre 100°C pour l'ébullition de l'eau). A partir de 78°C, l'éthanol va
s'évaporer et passer dans un tuyau pour être refroidi afin de condenser dans un
second récipient. Ce liquide d'éthanol constitue ce que l'on appelle le distillat. La
substance restante dans le premier récipient de l'alambic, le résidu, reste à l'état
liquide et n'est donc pas condensée. La distillation a ainsi séparé l'éthanol du
reste des composants liquides. A noter que si Jo officiait sous l'occup sur la butte
Montmartre, la température d'ébullition a pu très légèrement varier, altitude
oblige.

Jo le trembleur sortait du « 3 étoiles à l'alambic »


L'éthanol ainsi collecté est un alcool dit « neutre » ou « incolore ». La finition va
permettre de définir le goût de l'alcool, notamment par filtration, dilution,
aromatisation ou encore le vieillissement. Dans le cas de Jo le trembleur, nous
n'avons pas plus d'information de la part du notaire sur les ingrédients
d'aromatisation. Si l'alcool a probablement été filtré à l'aide de charbon de bois
(le plus fréquent), il n'a sans doute pas été aromatisé et est resté à l'état neutre, ce
qui en fait bien une gnôle très proche de la Vodka.
Concernant l'activité de Théo, la production de pastis clandestin, c'est à la
finition que la production se différencie. Le patron de la distillerie doit en effet
procéder à l'aromatisation de l'alcool neutre obtenu par distillation en ajoutant
notamment des extraits d'anis étoilé, d'anis vert, de fenouil ou encore de réglisse.
Pour assurer un degré d'alcool d'au moins 40% et une teneur en sucre inférieure
à 100 g/L.
Dernière recommandation des Tontons après une cuite mémorable dans une
cuisine : l'alcool est dangereux pour la santé. Il est donc à consommer avec
modération.
Théo : « Moins qu'avant, la jeunesse française boit des eaux pétillantes... »
Théo subit la forte concurrence des eaux pétillantes que les jeunes semblent
préférer à ses alcools frelatés. Il entend par là les sodas. En effet, les marques
américaines comme Coca (fondé en 1886), Pepsi (1898), Seven-Up (1920),
Sprite (1961), ou encore le français Orangina (1936) envahissent le marché
d'après-guerre. La firme Coca-Cola était quant à elle implantée en France dès
1919. Les ventes sont lancées dans un premier temps grâce à la présence des «
boys » américains, arrivés en France en 1917.

Coca fait de l'ombre au faux pastis de Théo


La production va débuter à partir de 1921. Pendant la seconde guerre mondiale,
la firme d'Atlanta est devenue carrément fournisseur de guerre pour l'armée
américaine. Elle approvisionne donc les soldats américains sur tous les théâtres
d'opérations. Encore une belle opération de la firme aux eaux pétillantes.
Paul Volfoni : « L'alcool à c't'âge là ! »
Les Tontons qui s'indignent des amis de Patricia mélangeant scotch et jus de
Fruit, c'est un peu comme si... Maitre Folace donnait des leçons de comptabilité
dans le pensionnat pour jeunes filles de Patricia. Eux, qui sont sur le point de
s'intoxiquer le foie (et le reste) avec le « bizarre » ne savent pas encore comment
la soirée va se terminer. Néanmoins, l'allusion de Paul Volfoni n'est pas sans
rappeler la récente prise de conscience dans la lutte contre l'alcoolisme. Ainsi, en
1954, le gouvernement de Pierre Mendès-France va prendre des mesures d'action
publique pour lutter contre la consommation excessive d'alcool. D'abord par une
réduction de l'offre, avec la fermeture de débits de boissons, l'obligation de servir
de l'eau potable sur les lieux de travail, ou encore la disparition des « privilèges »
du bouilleur de cru en 1960 (statut autorisant à produire sa propre eau de vie
pour les propriétaires récoltants). En parallèle, la prévention routière se
développe, ainsi que des campagnes publicitaires contre l'alcool. Puis,
progressivement, la réglementation de la publicité.
Mendès France a pris des mesures contre l'alcool
A partir de là, vont se développer de nouveaux modes de consommation chez les
jeunes et les cols blancs, privilégiant l'eau en semaine et l'alcool le week end.
Entre les invités de Patricia et les Tontons, même sur la consommation d'alcool,
la cohabitation est vraiment difficile.
Maitre Folace : « Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes. Qu'est
ce qu'on fait ? On s'risque sur le bizarre. Ça ne va pas nous rajeunir »
Ah le « bizarre » ! La fameuse gnole laissée par le mexicain, celle qui rendait
aveugle les clients. Mais au fait, en sait-on plus sur le « brutal », cette « boisson
d'homme », quoiqu'une « polonaise en buvait au petit déjeuner » ?
En regardant l'étiquette sur la bouteille (une bonbonne de whisky), nous
connaissons déjà son nom commercial : The Three Kings, avec l'image de trois
cartes à jouer représentant trois rois. C'est à dire un brelan pour les amateurs de
poker. Un clin d'œil aux activités de tripot clandestin du mexicain via les Volfoni
?

Les Tontons se risquent sur le « bizarre »


Quant à sa composition, nous pouvons lire distinctement « Scotch whisky ».
Comme dirait Fernand, du whisky, « y en a ». Les dialogues entre les Tontons
nous donnent progressivement des éléments sur la recette. Il y a d'abord un «
goût de pomme ». Maitre Folace, qui semble le plus au fait de l'histoire de cette
boisson le confirme, « y'en a ». Du jus de pomme donc ? Plutôt du Calvados
vraisemblablement...
Mais il y a autre chose. Il a aussi un « goût de betterave », d'après Paul Volfoni
qui semble avoir du mal à encaisser. Monsieur Fernand, qui semble en savoir
plus qu'on ne le croit sur cette boisson, le confirme. De l'alcool de betterave ?
Yes, sir ! Cela existe bien sûr. Une fois distillé, l'alcool de betterave n'a aucun
goût particulier mais présente en revanche un degré d'alcool entre 95° et 97°. Sa
vocation principale est d'être à nouveau distillée pour en faire de l'absinthe. Pour
le reste, c'est de l'alcool pour désinfecter. Bref, le mexicain et ses sbires ont
probablement ajouté à la recette de l'alcool plus destiné à la pharmacie qu'à la
dégustation. En effet, dans ces alcools à usage médicaux, un dénaturant (par
exemple du méthanol) est rajouté à l'alcool de betterave pour le rendre impropre
à la consommation. D'ailleurs, c'est précisément le méthanol qui rend aveugle. A
moins que ce ne soit une erreur de distillation, tout s'explique. Et on se demande
pourquoi les clients se plaignent...
Récapitulons : un tiers de whisky, un tiers de calvados, un tiers d'alcool de
betterave, et nous approchons la gnole du mexicain. Qui sait, peut-être qu'en exil
il a adapté la recette, pour y ajouter de la tequila ou du mezcal ?
Pour l'anecdote, l'étiquette du « The Three Kings » a été dessinée par... Georges
Lautner lui-même.
Les jeux
Maitre Folace et les échecs
Lorsque Fernand Naudin pénètre pour la première fois dans la cuisine, il fait la
connaissance de Maitre Folace, en robe de chambre, et en train de prendre son
petit déjeuner. Sur la table, on peut rapidement y apercevoir un jeu d’échec.
Passion cachée du notaire ? Mais avec qui joue-t-il ? Jean ? Patricia ?
Rallye de France
En pénétrant avec Fernand Naudin au bowling d'Henri, on aperçoit une sorte de
flipper, mais équipé d'un volant de voiture. Ce jeu d'arcade s'appelait à l'époque
« Rallye de France ». L'objectif était de conduire une petite voiture en modèle
réduit sur une route défilant de plus en plus rapidement. Le but étant surtout de
rester sur la chaussée en s'aidant du volant. La route qui défilait était montée sur
un tapis roulant. Ce n'est pas encore les jeux de consoles très réalistes comme
Colin McRae rallye, mais pour l'époque, c'était un bon début.
L'argent
Dans les romans de Balzac, il est souvent question d’argent. Cela n’a pas
échappé à Michel Audiard, grand lecteur de la comédie humaine, et qui fait de la
question du « grisbi » une question récurrente dans les Tontons. « Coulage », «
problème de trésorerie », « argent qui ne rentre pas », « encaissements en retard
»... Pourtant, Louis l'avait promis sur son lit de mort « j'ai des affaires qui
tournent toutes seules ». Mais, comme souvent lorsqu'on prend un nouveau
poste, on ne nous dit pas tout. Surtout si un notaire met sous le tapis les
problèmes pour ne pas subir les foudres d'un patron qui a la fâcheuse tendance
de sortir son flingue.
Louis le mexicain : « Henri, fais tomber 100 sacs au toubib ! »
Pour rappel, un « sac » en argot correspond à un billet ou à une pièce de mille
francs (anciens). Ce qui en nouveau franc correspond donc à dix francs.
Le mexicain demande donc à son ami Henri de donner 100 sacs, c'est à dire 1000
nouveaux francs à son médecin pour service rendu. En euros actualisés par
rapport à 1963, en tenant compte de l'inflation cumulée (858%), cela fait la
coquette somme de 1460 euros. Cela valait le dérangement en pleine nuit pour
assister dans ses derniers instants un bandit interdit de séjour.
Pascal : « Le mexicain l'avait achetée en viager à un procureur à la retraite.
Après trois mois l'accident bête ... Une affaire ! »
Vraiment l'accident bête en effet quand on connait le principe du viager. Ce
système est une forme de vente immobilière où une personne (généralement
âgée) vend sa maison à un prix très intéressant en contrepartie du versement
d'une rente viagère (et éventuellement d'une somme initiale, le bouquet). Le
vendeur en conserve généralement l'usufruit (l'usage et le droit d'en percevoir les
loyers par exemple). L'acheteur s'engage donc à verser une rente viagère
(mensuelle, trimestrielle ou annuelle) qui est garantie à vie. Comme toute vente
de biens immobiliers, l'acte est rédigé par un notaire. Tiens, ça tombe bien, le
mexicain en a justement un de premier ordre sous la main... Effectivement, le
procureur qui a un « accident » après trois mois, quelle belle affaire... Pascal, qui
nous raconte toute cette histoire, en saurait-il plus ? La première gâchette aurait-
elle quelque chose à voir dans tout ça ?
A noter que le concept de viager est ancien, et se pratiquait déjà sous l'empire
Romain ou à Babylone. En France, il n'apparait qu'au IXème siècle. Et c'est au
XVIIème siècle qu'apparaissent les premières tables de mortalité et les premiers
modes de calculs des rentes viagères. Même le roi de l'époque, Louis XIV, fait
l'acquisition du duché de Lorraine contre le versement d'une rente viagère. Sous
Napoléon, le code civil de 1804 va légiférer sur la vente en viager.

Le mexicain fait comme Louis XIV, il achète en viager


Paul Volfoni : « A 500 sacs par mois, rien que de loyer, ça fait 6 briques par an
: 90 briques en 15 ans »
Paul Volfoni fait ici un petit calcul à coup de « sacs » et de « briques » pour
estimer ce qu'ils doivent « casquer » auprès du mexicain pour couvrir leurs
activités clandestines.
Comme « sac », le terme de « brique » vient de l’argot. Mais il n’a pas du tout la
même valeur. Il correspond à un million d'anciens francs, soit dix mille
nouveaux francs.
500 sacs par mois de loyer, cela revient donc à 500 000 anciens francs.
Multiplier par 12 mois, cela fait donc 6 millions d'anciens francs, ce qui fait donc
bien « 6 briques par an ». Et multiplié par 15 ans, cela correspond effectivement
à 90 millions d'anciens francs, donc 90 briques.
500 sacs par mois de loyer pour la péniche, cela reviendrait en 2015 (en prenant
en compte une inflation de 864% par rapport à 1963) à 7 350 euros. Soit plus de
88 000 euros par an (et plus de 1,3 million d'euros sur 15 ans).
Raoul Volfoni : « Plus 30 briques de moyenne par an sur le flambe. Vous savez
à combien on arrive ? Un demi-milliard ! »
Et l’exercice de comptabilité continue, cette fois avec le grand frère Raoul. « 30
briques de moyenne par an » à « casquer » pour ce qu’on comprend être le
paiement d’une redevance au mexicain. Multiplié par 15 ans là encore, nous en
sommes à 450 briques (450 millions) en 15 ans. Auxquelles on ajoute les 90
briques de loyer. Nous en sommes à 540 millions d’anciens francs, c'est-à-dire à
plus d’un demi-milliard effectivement, ou 5,4 millions de nouveaux francs.
Si nous actualisons là aussi le calcul à 2015, avec la même inflation cumulée, les
Volfoni ont versé en tout sur 15 ans pratiquement 8 millions d’euros à leur
patron.
A ce tarif-là évidemment, soit les Volfoni ne font que « ramasser les miettes »
comme le prétend Raoul, soit le « jeu n'a jamais aussi bien marché » comme le
constate Monsieur Fernand
On remarque d'ailleurs que malgré le passage récent aux nouveaux francs, les
frères Volfoni continuent de faire tous les calculs en anciens francs. Ils ne sont
pas les seuls. 50 ans après, et malgré le passage à l'euro, les plus anciens arrivent
encore à compter en anciens francs.
Maitre Folace : « Vous savez combien il reste au compte courant ? 60 000, 6
briques... »
Le notaire de Fernand Naudin fait état d'une somme de 60 000 sur le compte
courant. Il n'a pas précisé, mais si tout le monde a bien retenu la leçon, il parle
bien entendu en nouveaux francs, ce qui fait donc 6 millions d'anciens francs,
autrement dit 6 briques. Le compte est bon.
Maitre Folace : « Y'a que l'éducation de la princesse, cheval, musique,
peinture, etc... Atteint un budget « Elyséen » »
Ah, le budget de l'État, les gaspillages et la dérive des dépenses publiques ! Le
débat n'est visiblement pas nouveau. En ce début des années 1960, un « budget
Elyséen » signifiait déjà un train de vie dispendieux visiblement. Qu'en était-il
réellement ?
En 1960, deux ans après le retour au pouvoir du général de Gaulle, le budget de
l'Elysée était estimé à 1.8 millions de francs (nouveaux). Avec une inflation
cumulée de 980%, cela reviendrait aujourd'hui à un budget équivalent à un peu
moins de 3 millions d'euros. En 1969, l'année où de Gaulle quitte le pouvoir, le
budget de l'Elysée est passé à 2,5 millions de francs. En inflation cumulée
(687%) nous sommes toujours sur un budget (actualisé) d'un peu moins de 3
millions d'euros. Dans les décennies suivantes, le budget de l'Elysée va
sensiblement augmenter : 4 millions de francs sous Georges Pompidou, 10
millions sous Valéry Giscard d'Estaing, 20 millions sous Mitterrand. C'est
finalement sous les ères de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François
Hollande que le budget élyséen va atteindre des sommets, avec plus de 100
millions d'euros par an.
En francs actualisés de 1963, le budget actuel de l'Elysée d'environ 100 millions
d'euros reviendrait à plus de 63 millions de francs (nouveaux). Au lieu de 2
millions de francs à l'époque. Finalement, le train de vie de l'Elysée sous de
Gaulle nous parait étrangement modeste...
Maitre Folace : « ... Et y'a que vos dépenses somptuaires ont presque des
allures africaines »
La période coloniale, suivie de la décolonisation, fut propice à tous les excès et
aux dépenses excessives. Des colons d'une part qui y menaient un grand train de
vie et partaient souvent en Afrique pour y faire fortune, mais aussi certains
dirigeants africains, notamment dans la période postcoloniale. Le notaire fait
sans doute référence à des régimes où la corruption était endémique comme sous
le règne de Félix Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire. Président de la
République de 1960 à 1993, celui-ci se livra en effet tout au long de ses mandats
à des dépenses somptuaires, se constituant par ailleurs une immense fortune
personnelle. Autre personnalité qui profita de ses responsabilités pour s'enrichir,
Léon Mba, premier président du Gabon indépendant. Celui s'adonna à des
détournements et à des malversations dès la période coloniale de façon à couvrir
ses dépenses faramineuses. L'administration coloniale préféra fermer les yeux, et
ne l'empêcha pas d'exercer des responsabilités politiques de premier plan lors de
la décolonisation. Mais ce n'est pas grand chose à côté de Jean-Bedel Bokassa,
président de la République centrafricaine à partir de 1966, puis empereur
autoproclamé jusqu'en 1976. En matière de dépenses somptuaires, le notaire
n'avait décidément encore rien vu...
Fernand Naudin : « Vous êtes sur le pente fatale, les gars ! Vous vous endettez,
trois briques de camion plus six briques de pastis. »
Trois briques de camion ? Trois millions d'anciens francs donc. Ce qui ferait
aujourd'hui en tenant compte de l'inflation une somme de 43 815 euros. Une
coquette somme, même pour un camion. Fernand Naudin a peut-être quelque
peu arrondi la note, déjà salée, des Volfoni.
Six briques de pastis, ce qui ferait donc maintenant près de 88 000 euros ! Une
sacré livraison tout de même !
Maitre Folace : « Charmante soirée, n'est-ce pas ? Vous savez combien ça va
nous coûter ? 2 000 francs, nouveaux »
La charmante soirée où même les Volfoni sont venus « beurrer des sandwichs »
comme extras a coûté 2 000 francs nouveaux, c'est à dire 200 000 francs anciens.
Mais cela équivaut à combien en euros de nos jours ? En tenant compte de
l'inflation annuelle entre 1963 (date du film) et aujourd'hui, on atteint la somme
2 939 euros (pour une inflation cumulée et actualisée de 864%). A 3 000 euros la
soirée, heureusement que monsieur Fernand est passé avant faire une collecte
chez les Volfoni.
Maitre Folace : « Allez ! Les piqueurs de dot, dehors !!! »
Si l'oncle Fernand est profondément agacé par le trop bavard Antoine, qui
l'assomme avec sa culture classique et ses « grands airs » d'artiste mondain, il
semble craindre aussi pour l'argent de sa nièce. Pour preuve cette réflexion sur
les « piqueurs de dot » alors qu'il est en train de le chasser de la maison.
C'est que Fernand Naudin a quelques raisons de s'inquiéter. Dans la tradition
européenne jusqu'au début du XXème siècle, et dans certaines cultures encore
aujourd'hui, le père de la mariée (ou son « petit oncle ») doit constituer un apport
en biens au moment du mariage qui sera affecté au futur ménage. Dans
l'ancienne société patriarcale, la mariée est en effet placée sous la responsabilité
de son époux. Pour participer à l'entretien de l'épouse, le père de la mariée
versait donc à la famille du marié une certaine contrepartie financière ou
patrimoniale, sorte de mise de départ pour aider le couple à démarrer dans la vie.
La dot est également une contrepartie du « douaire », un terme de droit
fondamental sous l'Ancien Régime, qui désignait la portion de biens réservée à
l'épouse à la mort de son mari. Simple trousseau de mariage pour les familles
modestes, la dot pouvait être conséquente en fonction des différences de niveau
social entre époux.
Le système de la dot remonte aux temps anciens. Il en est déjà question dans la
Grèce antique puis bientôt dans toute l'Europe antique où domine le système
patriarcal. En Grèce, la coutume voulait que le père de la mariée aille chercher
des coquillages en mer Egée pour les offrir comme cadeau au mari. Mais c'est le
droit romain qui institutionnalise la dot, la femme étant reconnue juridiquement
non responsable, elle ne possède aucun bien. La transmission repose donc sur le
versement de la dot par le père de la mariée envers le mari. Ce qui rend le
mariage légitime. Le système dotal est aussi un moyen d'exclure les femmes de
l'héritage, et va donc perdurer. En contrepartie, la dot doit servir à faire vivre
l'épouse et les enfants en cas de décès du mari. Par ailleurs, de nombreuses
cultures ont pratiqué (et pratiquent encore) le « prix de la fiancée », sorte de
contrepartie à la dot et versée à la famille de la mariée (à la différence du
douaire, versée directement à l'épouse à la mort de son mari). Certains peuples
germaniques ont même pratiqué au Moyen Âge le « don du matin », un don
versé à la famille de la mariée si celle-ci était vierge lors du mariage...
Si la pratique de la dot a complètement disparu en France, il est possible d'en
trouver encore quelques traces dans certaines familles, comme par exemple la
fête de mariage organisée par la famille de la mariée. Par ailleurs, la liste de
mariage peut également se voir comme le descendant du trousseau.
En introduisant cette histoire de dot, le dialoguiste a-t-il pensé à L'Avare de
Molière ? Il y est là aussi question de dot. Harpagon, riche mais avare, n'est-il
pas tout heureux de donner sa jeune fille Elise en mariage à Anselme plutôt qu'à
Valère, justement parce que le vieillard accepte d'épouser Elise sans dot, pour le
plus grand bonheur d'Harpagon.
Cours de leadership et de management
Les Tontons flingueurs mettent finalement en scène une lutte intestine pour le
pouvoir au sein d'une organisation mafieuse. Dans le contexte d'une succession
houleuse et contestée, celle de Louis « le mexicain », le nouveau patron, Fernand
Naudin, doit rapidement asseoir son autorité et développer ses qualités de
leadership ainsi qu’un sens aigu du management. En effet, la conquête du
pouvoir ne passe pas que par les flingues, mais par d'autres ressorts, beaucoup
plus psychologiques. Si la plupart du temps, monsieur Fernand a les bons
réflexes du leader, il lui arrive aussi de commettre quelques erreurs. Si pour vous
aussi l'exercice du management n'est pas de tout repos, voici quelques bonnes ou
mauvaises pratiques mises en œuvre par les Tontons. Résultat (presque) garanti.
Soigner sa prise de fonction
Madame Mado : « Toi Raoul Volfoni, on peut dire que tu en est un ? »
Raoul Volfoni : « Un quoi ? »
Madame Mado : « Un vrai chef. »
Madame Mado qui se moque de Raoul Volfoni lorsque celui-ci entreprend de
jouer les petits chefs, c’est exactement l'exemple à ne pas suivre. Un vrai leader
ne peut pas laisser impunément pareil affront impuni. Ni le doute, ni les
moqueries ne sont permis en de pareilles circonstances. Contrairement à Raoul
Volfoni, ne laissez jamais se développer ce genre d'attitude. Recadrer vos troupes
dès le départ.
Raoul Volfoni : « Y'en a qui abuserait de la situation, mais mon frère et moi
c'est pas notre genre. Qu'est ce qu'on peut faire qui t'obligerait ? »
Fernand Naudin : « Décarrer d'ici. J'ai promis à mon pote de m'occuper de
ses affaires. Seulement puisque je vous dis que j'ai eu tort, là. Seulement tort
ou pas tort, maintenant, c'est moi le patron. Voilà. »
C'est un peu brutal, mais c'est plutôt la bonne attitude à adopter. Alors que les
frères Volfoni cherchent à comprendre à qui ils ont à faire et tentent de
décrédibiliser la succession de Louis, Fernand Naudin coupe immédiatement
court à la discussion. Et il a parfaitement raison de ne pas aller sur ce terrain du
procès en légitimité. Sa légitimité, il la tient de l'ancien chef de l'organisation qui
a fait de lui le nouveau patron, qui plus est devant tout le monde. Comme
monsieur Fernand, ne laissez personne mettre en doute votre statut et votre
poste. Vous le tenez de décisions hiérarchiques, donc par définition non
contestables.
Bien connaitre ses équipes
Pascal : « J’admets qu'ils ont l'air de deux branques, mais je n'irais pas
jusqu'à m'y fier, non ? C'est quand même des spécialistes. Le jeu, ils ont
toujours été là dedans les Volfoni-bernés : à Naples, à Las Vegas, partout où il
y a des jetons à racler, ils tenaient les râteaux hein ? »
Fernand Naudin : « Mais ... Et l'autre là ? Le coquet ? »
Pascal : « L'ami fritz ? Il s'occupe de la distillerie clandestine. »
Fernand Naudin vient à peine d'être proclamé chef de l'organisation, qu'il se
renseigne déjà sur ses membres, notamment les frères Volfoni et Théo. Il
interroge pour cela Pascal, ancienne « gâchette » du mexicain, et devenu son
nouveau porte-flingue. Monsieur Naudin a le bon réflexe de tout nouveau
responsable : celui de s'intéresser et de mieux connaitre ses futurs collaborateurs.
Pascal : « Je m'excuse. Monsieur Fernand, le nouveau taulier. »
Tomate : « J'étais pas au courant. »
Pascal : « Comme ça, tu l'es ! »
Tomate : « Je suis Tomate, le gérant de la partie. »
Fernand Naudin : « Bonjour. »
Fernand Naudin se fait même présenter d'autres membres de l'organisation en se
rendant lui-même dans une des « agences » de son groupe, en l'occurrence le
cercle de jeu de Tomate. Pascal en profite pour faire les présentations entre les
deux hommes. De la même façon, n'oubliez pas de vous présenter à l'ensemble
de vos collaborateurs, y compris ceux qui sont localisés sur d'autres sites.
S’entourer d’une garde rapprochée
Fernand Naudin : « Dis donc ça te gêne pas qu'on y aille ensemble ? »
Pascal : « C'est pas que vous me gênez Monsieur Fernand, mais je ne sais pas
si ça va bien vous plaire ? »
Fernand Naudin vient tout juste d'apprendre qu'il hérite de l'organisation
mafieuse de Louis, mais aussi de la charge de tuteur de sa fille Patricia. Il doit se
sentir vraiment très seul. Il va donc se chercher des alliés pour constituer une
garde rapprochée. Fernand va tout d'abord solliciter Pascal, fin connaisseur de
l'organisateur, mais aussi fine gâchette. Il n'est pas inutile d'être accompagné d'un
tel individu pour remettre de l'ordre dans un tripot clandestin.
Maitre Folace : « … Ah ! Maître Folace, notaire. »
Fernand Naudin : « Bonjour monsieur. »
Quelques heures plus tard, en arrivant à la villa du mexicain, il est présenté à
maitre Folace, officiellement notaire, et officieusement une sorte de fondé de
pouvoir ou de comptable de l'organisation. Lui aussi est un vieil ami de Louis, et
bon connaisseur des rouages de la petite entreprise. Encore un allié précieux en
prévision de la tempête qui s'annonce. D'autant plus que maitre Folace garde un
œil attentif sur les comptes.
Jean : « Welcome sir, my name is John ! »
Fernand : ?
Jean, le majordome, se présente à son nouveau patron d'une façon plutôt
originale, puisqu'il le fait en anglais, avec un fort accent français. Laissant sans
voix Fernand Naudin qui se demande bien à qui il a à faire. Le domestique de la
maison lui sera à plusieurs reprises d’une aide précieuse : dans la cuisine pour
neutraliser les Volfoni, en notant le numéro du Radio-taxi de Patricia, ou encore
comme armurier lors de l'attaque de la maison par Théo et son clan. De la même
façon, tout « manager » doit se constituer une garde rapprochée, formée de
quelques personnes fiables et complémentaires, et sur qui vous pourrez compter
en cas de coup dur.
Travailler sa communication
Fernand Naudin : « Les cons ça ose tout ! C'est même à ça qu'on les
reconnaît. »
Aie ! Non ça c'est plutôt le contre exemple. Le nouveau manager doit travailler
sa communication et savoir en tout temps et en tout lieu rester calme et surtout
factuel. La formule de Fernand Naudin est absolument magnifique et sans doute
vrai, mais elle ne contribue pas à apaiser une situation fragile et conflictuelle.
D’autant que certains prétendent que la connerie, ce n’est pas quelque chose
d’objectif, et que nous sommes tous le con de quelqu’un d’autre…
Fernand Naudin : « Patricia, mon petit... je ne voudrais pas te paraître vieux
jeu ni encore moins grossier, l'homme de la pampa, parfois rude reste toujours
courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les
briser menu ! »
Nouvelle tentative, et c'est presque ça. Fernand Naudin prend énormément sur
lui. Les mots sont soigneusement choisis, la volonté est là, le ton est calme et
posé. Mais le naturel revient au galop et dans la dernière ligne droite, l'oncle de
Patricia craque.
Soigner son image
Fernand Naudin : « Dis moi, tu comptes rentrer pas trop tard. Oui, il faudrait
pas que la future belle famille aille s'imaginer que nous menons une vie de
bohème quand même. »
Des surprises-parties à répétition à la maison, un oncle qui revient d'une tournée
d'inspection dans un costume à moitié brûlé, des amis du tonton qui se saoulent
au vitriol dans la cuisine au point de chasser les invités de la maison, et une
nièce qui fugue du foyer familial pour aller s'installer chez son ami. Voilà qui fait
beaucoup. Fernand Naudin a en effet raison de s'inquiéter pour l'image de la
famille qu'il représente. Comme lui, soignez votre image et soyez autant que
possible exemplaire pour éviter les ragots et les bruits de couloir. C'est toujours
désagréable.
Se rendre disponible
Fernand Naudin : « Asseyez vous, j'suis en train de becter. »
Pascal et son cousin Bastien viennent déranger Fernand Naudin en pleine nuit
alors qu'il est en train de manger, qui plus est en écoutant le disque des sonates
de Corelli. Cela fait beaucoup de bonnes raisons de ne pas être disponible et
d'envoyer balader ces deux gêneurs. Il va pourtant accepter de les recevoir et de
les écouter attentivement, tout en dînant. Un bel exemple de chef qui sait donner
de son temps, y compris pour écouter les états d'âmes et sombres histoires de
famille de ses collaborateurs. Dans la limite de l'acceptable bien sûr, soyez vous
aussi accessible auprès de vos troupes en cas de problèmes, mais peut-être à des
heures un peu plus raisonnables...
Manier la politesse
Louis le mexicain : « Merci toubib, merci pour tout. »
Un grand leader comme le mexicain n'hésite jamais à dire merci, comme par
exemple ici avec ses remerciements envers le toubib qui s'est déplacé en pleine
nuit pour lui prodiguer les derniers soins avant sa mort. Il sera d'ailleurs
généreux pour celui-ci en lui donnant 100 sacs. Peut-être aussi le prix du silence
?
Fernand Naudin : « D'accord, d'accord, je sais que c'est la coutume
d'emmener l'oncle de province au cirque. Je vous remercie d'ailleurs d'y avoir
pensé »
[…]
Fernand Naudin : « Bien je vous remercie madame Mado »
[…]
Fernand Naudin : « Bien, messieurs, il ne me reste plus qu'à vous remercier
de votre attention. »
Fernand Naudin s'inscrit dans la lignée de son ami Louis. Comme vous pouvez
le remarquer tout au long du film, il remercie toujours ses interlocuteurs, même
lorsque c'est pour décliner une invitation, comme celle de Patricia et Antoine qui
proposent d’aller au concert de Franck Emile. Remerciements également pour
ses chers collaborateurs malgré un conseil d’administration quelque peu agité.
La politesse en toute circonstance est l'une des vertus cardinales qui fonde le
leadership. Ne jamais l'oublier.
Fernand Naudin : « Chère madame, maitre Folace m'a fait part de quelques
... Pffff .... Quelques embarras dans votre gestion, momentanés j'espère. »
De même, monsieur Fernand s'adresse ici avec le plus grand respect à madame
Mado, donnant même dans le « chère madame ». Il met ainsi son interlocutrice
dans de bonnes dispositions pour évoquer avec elle le sujet qui fâche : les raisons
de la baisse d'activité dans son secteur.
Manifester son empathie
Fernand Naudin : « Oh tu sais, c'est un petit peu dans tous les domaines
pareil, moi si je te parlais motoculture. »
Théo évoque ses problèmes pour écouler le faux pastis, le changement d'époque,
la clientèle qui est difficile à suivre. Plutôt que de s'emporter contre les mauvais
résultats de la distillerie ou contre les redevances qui ne rentrent plus, Fernand
préfère lui parler de son expérience en motoculture, et lui confier qu'il connait
également les mêmes problèmes. Partager son expérience avec l'autre, montrer
que l'on est à ses côtés, que l’on a connu des situations semblables. Voilà aussi
un point qu'il est important de cultiver pour obtenir la confiance et la coopération
de ses collaborateurs. Avec Théo en l'occurrence ça ne marche pas, mais la
plupart du temps, ça fonctionne…
Pascal : « J'peux pas faire moins Monsieur Fernand, faut comprendre. »
Fernand Naudin : « J'comprends. »
[…]
Fernand Naudin : « J'peux rien vous reprocher, les histoires de famille, ça,
c'est comme une croyance, ça force le respect. »
Alors que Pascal vient avec son cousin annoncer sa démission à monsieur
Fernand, le laissant seul à la merci des Volfoni et des autres, le patron ne
s'emporte pas contre ces fichus principes et autres histoires de famille. Au
contraire, il leur dit bien qu'il « comprend », qu'il ne peut « rien reprocher », et
même que cette attitude pour sauver leur famille « force le respect ». Une
attitude d'une grande classe et d'une grande dignité. Il en sera récompensé à la
fin du film, puisque Pascal et Bastien reviendront lui prêter main forte pour
démanteler le clan de Théo, retranché à la distillerie. Ne vous fâchez pas
inutilement avec les collaborateurs qui vous abandonnent momentanément. La
vie est longue, et vos chemins peuvent à nouveau se croiser. Vous pouvez à
nouveau avoir besoin les uns des autres. Imaginez un peu si Pascal était allé
proposer ses services aux Volfoni pour se battre aux côtés de Bastien ?
Fernand Naudin : « C'qui vous chagrine, c'est la comptabilité, vous êtes des
hommes d'action et je vous ai compris, et je vous ai arrangé votre coup. »
Fernand Naudin est décidément très compréhensif avec tout le monde, y compris
envers son conseil d'administration. Il va même jusqu'à emprunter les formules
historiques du général, et affirme leur avoir « arrangé le coup ». Plutôt
magnanime pour un chef dont les troupes refusent de le reconnaitre et surtout de
payer. Par la suite, il pourra heureusement compter sur la désunion de ses
adversaires, partagés entre le clan des Volfoni et celui de Théo, pour asseoir
définitivement sa légitimité.
Monter au front
Maitre Folace : « Eh bien, y'a deux solutions : ou on se dérange ou on
méprise. Oui, évidemment, n'importe comment, une tournée d'inspection ne
peut jamais nuire, bien sûr ! »
Fernand Naudin : « Eh bien, on va y aller ! »
Une réunion est organisée dans le dos de Fernand Naudin pour parler de l'avenir
de l'organisation et surtout contester le nouveau manager en place. Fernand
Naudin prend évidemment la bonne décision en se rendant lui-même sur place
pour mettre fin en personne à la mutinerie. Ne vous faites pas court-circuiter par
vos troupes, surtout si c'est pour parler de l'équipe et de sujets difficiles comme
son organisation et son mode de fonctionnement.
Pascal : Mais Bastien monte la garde. On aurait pu les flinguer sans douleur,
mais on a pensé que Théo vous revenait de droit. On a déjà vu des patrons se
vexer.
L'élimination de l'ennemi numéro 1 de Fernand Naudin est bien entendu un sujet
important. Il pourrait déléguer cette mission à ses deux nouveaux porte-flingues,
Pascal et Bastien, mais Fernand comprend que c'est son rôle de régler son
compte à Théo. Comme lui, n'hésitez pas à monter au front et à faire face aux
problèmes les plus délicats. Certains dossiers se traitent directement entre chefs.
Vos collaborateurs ont aussi besoin de savoir que leur manager sait s'investir sur
les dossiers les plus chauds.
Fernand Naudin : « Y'en a qui gaspillent, et y'en a d'autres qui collectent ...
Hein ? Qu'est ce que vous dites de ça. »
Parfois, pour résoudre un problème qui traine, il faut savoir s'en occuper soi-
même. Les redevances ne rentrent toujours pas dans les caisses. La mutinerie
continue. Aux grands maux les grands remèdes. Fernand Naudin va lui même se
servir dans le coffre-fort des Volfoni. Problème réglé. Comme lui, votre position
de manager vous donne aussi des obligations et des responsabilités en cas de
problème majeur. Assumez-les, et soyez en première ligne. C'est à cela que l'on
reconnait un vrai leader.

Savoir déléguer
Fernand Naudin : Ouais, c'que j'vois surtout, si on doit arriver à flinguer,
vous préférez que ce soit moi qui m'en charge, c'est ça ?
[...]
Maitre Folace : « Mais qui vous demande d'intervenir personnellement ?
Nous avons Pascal. Je le convoque ou pas ? »
Si Fernand Naudin monte souvent lui-même au front, il sait aussi suivre les
conseils avisés de son notaire, maitre Folace. Oui, quand il s'agit de faire une
descente dans un meeting d'opposants, il est préférable de faire appel à un ami
expert dans le maintien de l'ordre. Par exemple en convoquant Pascal. Inutile que
le grand chef se salisse les mains au maniement des armes. S'il est important de
s'impliquer et de ne pas fuir ses responsabilités, il convient également de savoir
déléguer certaines actions à ses collaborateurs. Notamment lorsqu'ils sont plus
performants que vous dans ce domaine. N'oubliez pas que chacun a besoin de
reconnaissance et de se réaliser. Dans votre équipe, tout le monde doit donc
pouvoir exercer des responsabilités à un moment donné pour pouvoir
s'accomplir.
Théo : « Voilà, j'arrive .... Vous, Monsieur Fernand ? »
Fernand Naudin : « Ben quoi ? Ça a l'air de t'épater ? »
Théo : « Raoul Volfoni est ridicule ! Je lui avais demandé de m'envoyer un
chauffeur, pas de vous déranger. »
[…]
Théo : « Tout est en ordre ! Mais Monsieur Fernand, vous ne prétendez pas ...
»
Fernand Naudin : « ... Quand y'a six briques en jeu, je prétends n'importe
quoi. »
Fernand Naudin est tombé dans le piège tendu par Théo. Probablement à cours
de main d'oeuvre, il se rend lui-même seul à la distillerie et se croit obliger
d'effectuer lui-même la livraison de pastis clandestin. Théo avait bien jugé le
caractère de monsieur Naudin, volontiers « impulsif », et trop souvent adepte du
proverbe « on n'est jamais si bien servi que par soi-même ». Il en paiera les
conséquences sur la route de Fontainebleau. Contrairement à Fernand, ne vous
précipitez pas pour effectuer toutes les activités à la place de vos collaborateurs
au prétexte que vous faites mieux ou que vous savez mieux. Est-il normal que le
chef d'une organisation mafieuse du calibre de celle du mexicain en soit réduit à
conduire lui-même son camion de livraison ? Là encore, n'oubliez pas de
déléguer de temps en temps. D'autant plus si vous sentez qu'il y a un piège.
Fernand Naudin : « Ça vous dirait de faire une petite commission pour moi ?
»
Pascal : « Nous, si les Volfoni sont plus dans le tourbillon ! »
Bastien : « Présenté comme ça, la chose peut nous séduire ! »
A la fin du film, monsieur Fernand semble d'ailleurs avoir bien compris la leçon.
Il propose à ses deux porte-flingues d'aller de sa part voir Théo à la distillerie.
Pour faire une petite « commission » comme il dit sous la forme d'une litote. Car
en réalité, il s'agit surtout de l'éliminer. Mais c'est ce pauvre Tomate qui va y
passer. Comme vous le voyez, il faut toujours faire confiance à des spécialistes
qui trouveront leur intérêt (et même leur plaisir) à effectuer efficacement les
tâches pour lesquelles ils ont été recrutés.
Motiver ses équipes
Fernand Naudin : « Vous avez l'air en pleine forme là ? Gais, entreprenants,
dynamiques ... »
Raoul Volfoni : « Et en plus, tu nous charries, c'est complet. »
Oui, bon, ce n'est peut être pas le meilleur exemple. Il est exact que le patron est
un peu ironique et surtout excessif dans son propos, tant l'ambiance à bord de la
péniche n'est pas des plus détendue. Mais l'idée est là. Prenez garde toutefois à
bien choisir vos mots, n'en faites pas trop, et faites attention au ton que vous
employez. Sinon effectivement, vos collaborateurs pourraient vraiment mal le
prendre.
Bien conduire une réunion
Raoul Volfoni : « J'croyais pas t'avoir invité... »
[...]
Fernand Naudin : « Si c'est des obsèques du Mexicain dont tu veux parler,
c'est moi que ça regarde. Maintenant si c'est celle d'Henri ... Tu pourrais peut
être les prendre à ta charge. »
Raoul Volfoni : « Non, ça ne va pas recommencer, j'vais pas encore endosser
le massacre. »
Fernand Naudin : « On parlera de ça un peu plus tard. Pour l'instant on a
d'autres petits problèmes à régler, priorités aux affaires. Je commence par le
commencement. Honneur aux dames. Mme Mado je présume ? »
[…]
Fernand Naudin : « Bien je vous remercie madame Mado, on recausera de
tout ça ... Qui est ce le mec du jus de pomme ? »
[…]
Fernand Naudin : « Bien, et maintenant à nous, dans votre secteur pas de
problème, le jeu a jamais aussi bien marché. »
Fernand Naudin vient à peine de faire irruption dans la salle qu'il a déjà pris le
contrôle des débats. Et d'emblée, il recadre l'objet de cette réunion à laquelle il
n'était initialement pas convié faut-il le rappeler. Ce qui nous permet de
souligner au passage que le choix des personnes invitées à une réunion est une
étape importante à ne pas négliger, et qui se révèle souvent crucial. Par exemple,
ne pas inviter son chef peut se révéler du plus mauvais effet. Mais revenons à
l'ordre du jour ! On ne parlera donc pas des obsèques du Mexicain, l'action est
du côté du patron. On ne parlera pas non plus des obsèques d'Henri, c'est Raoul
Volfoni qui est cette fois-ci proposé pour prendre en charge le sujet. Non,
Fernand annonce le périmètre de la réunion : « priorités aux affaires ». Ce qui
donne un cadre. Toujours aux commandes, c'est aussi lui qui interroge tour à tour
les différents protagonistes : madame Mado, puis Théo et enfin les Volfoni et
Tomate. Nous pouvons admirer la rigueur et la fermeté de Fernand dans sa
conduite de réunion. Le sujet est bien cadré dès le départ, ce n'est pas la
cacophonie mais un tour de table structuré où chacun intervient lorsque c'est son
tour. Bien définir l'objet de la réunion, faire un tour de table. Quelques bonnes
pratiques trop souvent oubliées. A retenir.

Avoir une vision


Raoul Volfoni : « ... Moi, quand on m'en fait trop j'correctionne plus :
j'dynamite, j'disperse, j'ventile. »
[...]
Raoul Volfoni : « ... j'vais l'renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus
des prétentieux... »
Dans cette séquence, Raoul Volfoni nous montre qu'il a une vision quant à la
réalisation de ses projets. Ses objectifs à court et moyen terme sont les suivants :
« j'dynamite », « j'disperse », « j'ventile », « j'vais l'renvoyer tout droit à la
maison mère ». Tout bon manager se doit d'avoir une vision de ce qu'il veut
entreprendre pour son entreprise avec ses équipes. Et on notera, autre qualité
importante, sa précision sur l'enchainement des objectifs. Un objectif se doit en
effet d'être présenté de façon claire, précise pour qu'il n'y ait aucune ambigüité
sur le résultat attendu. Si l'ainé des Volfoni n'a pas le leadership suffisant, pour
d'autres raisons, il n'en cultive pas moins une certaine vision quant à ses projets.
Négocier les objectifs
Fernand Naudin : « Tu vas voir que c'est pas possible, j'ai adopté le système le
plus simple, regarde ! On prend les chiffres de l'année dernière, et on les
reporte. »
Tomate : « L'année dernière, on a battu des records ! »
Fernand Naudin: « Et bien vous les égalerez cette année ! »
Le nouveau patron vient de définir les objectifs de l'année pour Tomate et les
Volfoni. En adoptant effectivement une règle qui a le mérite de la simplicité :
égaler les résultats de l'année précédente. Et Fernand Naudin semble assez ferme
et définitif quant à la tenue de ces objectifs, faisant fi des protestations de
Tomate qui les juge difficiles, voire impossibles à tenir. Fernand Naudin doit ici
faire attention. Lorsqu'un manager fixe les objectifs de ses collaborateurs, il doit
s'assurer qu'ils sont d'accord avec ces objectifs et qu'ils sont réalistes. En tenant
compte aussi du contexte. L'année précédente était exceptionnelle, mais quelle
est la conjoncture du moment ? Au besoin il convient de le négocier de façon à
ce que les deux parties se mettent d'accord sur un objectif commun. Dans le cas
présent, Fernand ne semble pas tenir compte de l'avertissement de Tomate.
Difficile de faire travailler quelqu'un sur un objectif qu'il n'a lui-même pas
accepté.

Surveiller le planning
Fernand Naudin : « Je t'ai déjà dis que j'en avais pour 48 heures maximum »
Fernand Naudin s'apprête à partir en voiture de Montauban, et il est frappé
comme tout le monde par un biais d'optimisme. A première vue, nous sous-
estimons tous systématiquement l'ampleur d'une tâche par excès d'optimisme et
peut être un manque d'expérience ou d'analyse approfondie. Ce qui nous conduit
à annoncer des dates de fin de projet irréalistes dès le départ. Si Fernand Naudin
ne se doute pas de ce qui l'attend (la reprise des activités de Louis, son nouveau
rôle de tuteur), il s'est néanmoins un peu trop avancé quant à sa date de retour,
sans peut-être se renseigner un minimum sur ce qui l'attend réellement.
Fernand Naudin : « Et bien, vous êtes gentil, je vous remercie, mais ... ce qui
m'arrangerait surtout, c'est si on pouvait régler nos affaires dans la journée. »
L'homme de Montauban est cette fois-ci au courant de ce qui l'attend. Il a vu son
ami Louis. Il sait tout ou presque : les affaires de Louis, le clapier de Tomate, la
distillerie clandestine, les Volfoni, Théo. Il sait même qu'il va devenir tuteur de
Patricia. Ce qui ne l'empêche pas d'être encore beaucoup trop optimiste et
complètement irréaliste lorsqu'il annonce qu'il veut régler les problèmes dans la
journée. Attention, il est important de savoir mettre à jour son planning
régulièrement et de prendre en compte les nouvelles contraintes et charges de
travail imprévues.
Fernand Naudin : « Moi demain à sept heures je ne serais pas loin de
Montauban, quant à mademoiselle Patricia, elle sera à ses études »
Attention, alerte à l'aveuglement. Fernand Naudin persiste dans son optimisme
qui traduit évidemment une volonté de se sortir au plus vite de toutes ces
histoires. Il serait nécessaire qu'il fasse dès à présent une petite analyse des
risques. Cela lui permettrait certainement de se préparer au pire, c'est à dire à
quelques nuits supplémentaires loin de Montauban.
Patricia : « Du thé à sept heures du soir ? »
Fernand Naudin : « C'est à dire qu'en ce moment, j'suis un tantinet décalé
dans mes horaires, oui. »
Fernand Naudin a traversé de nuit presque toute la France pour arriver juste à
temps au chevet de Louis. Il est donc logiquement fatigué et décalé dans ses
horaires. C'est le mal de notre temps que tous ces voyages d'affaires. En plein «
jet lag », l'entrepreneur prend son petit déjeuner à 7h du soir. A tous les
managers qui ont l'habitude de voyager, prévoyez-vous des périodes de repos,
mais n'oubliez pas de vous recalez au plus vite dans les horaires de la zone où
vous vous trouvez.

Surveiller le budget
Fernand Naudin : « Non mais, ces mecs n’auraient pas la prétention
d'engourdir le pognon de ma nièce, non ? »
[…]
Maitre Folace : « Vous savez combien il reste au compte courant ? 60 000, 6
briques ... »
Fernand Naudin : « Qu'est ce que ça veut dire ? Y'aurait du coulage ? »
Tout au long du film, Fernand Naudin garde un œil inquiet sur le budget de
l'organisation. Il faut dire que l'argent ne rentre pas comme il devrait. C'est la
révolte parmi les administrateurs des différentes succursales de l'organisation.
Secondé par maitre Folace qui suit le dossier de près, Fernand Naudin n'hésitera
pas à passer lui-même chez certains mauvais payeurs pour des opérations
sauvages de recouvrement destinées à remplir les caisses. Vous aussi, lorsque
vous êtes à la tête d'un projet ou d'une organisation, gardez constamment un œil
sur le budget. C'est le nerf de la guerre. Moins de budget, c'est moins de
ressources, moins de sous-traitants, moins de qualité. C'est un projet en danger.
Surveiller le périmètre d’activité
Raoul Volfoni : « Je te téléphonais seulement pour t'avertir qu'à la distillerie, y
sont en plein baccara, tu devrais t'en occuper, c'est ton rôle grand chef. »
Fernand Naudin : « Mais de quoi tu t'occupes ? »
Raoul Volfoni se délecte évidemment de téléphoner à son patron pour lui
annoncer des dysfonctionnements dans l’entreprise. Il a même le culot de
suggérer à son chef d’aller s’en occuper lui-même. Il paiera chèrement en
bourre-pifs cet excès de zèle malvenu et surtout imprudent vu le contexte.
Fernand Naudin a donc bien raison de recadrer immédiatement ce collaborateur
trop agité et de lui signifier qu’il n’a pas à se mêler des histoires de la distillerie.
Le domaine d’activité des Volfoni est et reste le jeu, pas le pastis clandestin.
Vous aussi, ayez toujours un œil très attentif sur les domaines d’activités de
chacun de vos collaborateurs. Il existe une tendance naturelle à sortir de son
cadre, et à exercer des activités non prévues. Ou encore de se mêler, même pour
dépanner, de projets qui ne les regardent pas. Eviter les confusions et recadrer
avec eux leurs périmètres au besoin.
Pascal : « Alors voilà, monsieur Fernand, on est passé à la distillerie. Théo
était pas là, on est tombé sur Tomate, curieux non ? »
Fernand Naudin : « Qu'est ce qu'il faisait là ? »
La première réaction de Fernand Naudin est significative. Il ne comprend pas et
ne tolère pas que Tomate, le spécialiste du jeu, soit allé se mêler d’histoires de
distillerie chez Théo. Maintenant, l'ampleur de la sanction administrée par Pascal
et Bastien n’est évidemment pas nécessaire. Un recadrage ferme et factuel
suffira largement.
Savoir accepter la critique
Pascal : « Oui, mais Monsieur Fernand, ce que vous avez fait aux Volfoni,
c'est pas bien ! »
Bastien : « C'est surtout pas juste ! »
Fernand Naudin écoute avec attention les reproches de Pascal et Bastien. Les
deux cousins ont beau parler sur un ton posé et bienveillant, les termes sont forts
: « c’est pas bien », « c’est pas juste ». Pourtant, le patron de l’organisation ne
prend pas mal ces reproches, et accepte au contraire de reconnaitre qu’il a peut-
être eu tort à propos des Volfoni. Nul ne peut prétendre avoir toujours raison et
détenir seul la vérité. A la manière d’un Fernand Naudin, volontiers magnanime,
apprenez à écouter les reproches (constructifs) qui vous sont faits. Pour en tenir
compte et progresser. Après cette explication, l’entrepreneur de Montauban va
enfin prendre les bonnes décisions en se concentrant sur Théo et sa bande, et non
plus sur les Volfoni qui n’y étaient (presque) pour rien depuis le début.
Prendre une décision
Louis le mexicain : « Voilà je serai bref. Je viens de céder mes parts à Fernand
ici présent. C'est lui qui me succède »
Raoul Volfoni : « Mais, tu m'avais promis de m'en parler en premier ! »
Louis le mexicain : « Exact ! J'aurais pu aussi organiser un référendum, mais
j'ai préféré faire comme ça »
Sans être l'exemple idéal pour illustrer la prise de décision, l'organisation du
mexicain est en effet tout sauf une démocratie, cet échange entre Louis et Raoul
montre néanmoins que le chef de l'organisation est capable de trancher, de
prendre une décision ferme, de s'y tenir et de la défendre malgré les
contestations. Sans aller jusqu'à cette fermeté extrême, un leader doit être
capable de prendre une décision même si celle-ci est mal acceptée au départ. En
revanche, il conviendra dans ce cas d'écouter davantage que Louis les
oppositions et de défendre le bien fondé de cette décision. Avec des flingues
cachés sous les couvertures, il y a encore une marge de progression de ce côté là.
Savoir sanctionner
Fernand Naudin : « J'avais oublié : les 10% d'amende. Pour le retard. »
Raoul Volfoni : « Il a osé me frapper. Il se rend pas compte. »
Fernand Naudin revient dans la salle de réunion du conseil d'administration et
administre un magistral bourre-pif à Raoul Volfoni qui a le malheur d'aller lui-
même ouvrir la porte. Premier bourre-pif d'une longue série. Il lui précise au
passage le montant de l'amende à payer pour les retards de paiement. Si le
principe d'une sanction est nécessaire, il convient néanmoins d'éviter deux
choses. D'abord le bourre-pif, qui est à bannir dans le monde du travail (et en
dehors aussi). Et enfin, si sanction il y a, vous devez avertir par avance votre
collaborateur sur les règles à respecter et lui rappeler à quoi il s'expose s'il ne
rectifie pas son comportement. Vous aurez alors fait le maximum pour ne pas en
arriver aux extrémités de monsieur Fernand.
Entretenir ses réseaux
Raoul Volfoni : « Nous par contre, on est des adultes, on pourrait peut être
s'en faire un petit ? »
Fernand Naudin : « Ça le fait est. maître Folace ? »
Maitre Folace : « Seulement, le tout venant a été piraté par les mômes. Qu'est
ce qu'on fait, on s'risque sur le bizarre ? Ça ne va rajeunir personne. »
Raoul Volfoni : « Ben nous voilà sauvés. »
Fernand Naudin, maitre Folace et les frères Volfoni partagent quelques verres de
l'amitié dans la cuisine. Une façon de ressouder les liens et d'oublier les conflits
présents. La méthode fonctionnera d'ailleurs au delà de toutes les espérances.
Fernand et les Volfoni sont, pour un temps, réconciliés et s'associeront même,
sous l'effet de la boisson, pour chasser tous les invités de la boum de Patricia.
Inutile d'en arriver là. Par contre, apprenez à cultiver votre réseau et participer de
temps en temps à des « afterworks » avec d'autres collègues, notamment d'autres
managers. Un moyen d'échanger sur vos méthodes de travail dans une ambiance
conviviale. Et pour l'équipe, pensez à organiser de temps à autre un évènement
pour reconnaitre le travail et l'engagement de chacun ou pour remotiver vos
troupes si elles en ont besoin.
Patricia : « Oui, le bachot sans relations, c'est la charrue sans les bœufs, le
tenon sans la mortaise, bref, une nièce sans son petit oncle ! »
Patricia a bien compris l'importance des réseaux et de travailler son relationnel.
Peut-être un peu trop d'ailleurs. Attention à ne pas tomber dans l'excès inverse.
Passer son temps sur les réseaux sociaux n'est pas non plus votre cœur de métier.
Et l'organisation trop rapprochée d'évènements risque de tuer l'effet recherché.
Trop d'évènements tuent l'évènement.
Patricia : « Mon oncle, c'est merveilleux, je n'aurais jamais pensé qu'on avait
autant d'amis. »
Fernand Naudin : « Nous en avons encore beaucoup plus que tu ne le penses
! »
Votre réseau est sans doute beaucoup plus développé que vous ne le pensez.
Réseau du lycée, de la fac, des écoles, des associations, de vos anciens boulots,
de vos précédents postes dans l'entreprise. Oui, comme le dit si bien Fernand,
des relations, nous en avons beaucoup plus qu'on ne le pense.
Gérer le recrutement et les carrières
Pascal : « A la fin de sa vie, il s'était penché sur le reclassement des
légionnaires. »
En route pour le tripot clandestin de Tomate, Pascal parle à Fernand Naudin des
filières de recrutement plutôt « exotiques » de son ancien patron Louis. Après les
mystères sur l’arrivée de Théo « le coquet » au sein de l’organisation, une autre
source prometteuse en hommes de main semble avoir connu quelques succès : la
Légion étrangère. Dans vos processus de recrutement, inspirez-vous de Louis le
mexicain, et essayez vous aussi de diversifier le profil des candidats recherchés.
Trop d’entreprises souffrent de « cooptation » et vivent sur des cercles d’anciens
des mêmes grandes écoles, ou alors sur des profils très lisses de jeunes
surdiplômés qui ne veulent surtout prendre aucun risque pour leur avancement.
Pensez au contraire à compléter vos équipes par des profils plus autodidactes ou
plus rebelles, susceptibles d’enrichir l’expérience de vos équipes, mais aussi
d’examiner les problèmes sous un angle différent.
Maitre Folace : « Et puis il est pas plus british que vous et moi ; c'est une
découverte du Mexicain. »
Louis est décidément un expert pour dénicher des talents insoupçonnés. N’a-t-il
pas eu une riche idée de recruter Jean ? Cet ancien cambrioleur, sans doute un
peu maladroit puisqu’il s’est fait prendre à de nombreuses reprises, était en
réalité fait pour exercer le métier de majordome de standing. Oui, l’ancien patron
faisait aussi paradoxalement dans la réinsertion de malfaiteurs. Comme lui,
apprenez à trouver le talent qui se cache derrière un candidat aux apparences peu
flatteuses.
Patricia : « Non, monsieur me proposait une tournée en Egypte. »
Antoine Delafoy : « Hein ? »
Raoul Volfoni : « Non, j'disais l'Egypte comme ça ! J'aurais aussi bien pu
dire... Le Liban. »
Vous avez un élément très prometteur dans votre équipe ? Tant mieux pour vous
et apprenez à en tirer parti tant qu’il est là pour faire progresser votre activité.
Mais cela n’aura qu’un temps, et il aspirera forcément à évoluer. Ne cherchez
donc pas à le bloquer ou à le retenir à tout prix. Au contraire, prenez exemple sur
Raoul Volfoni qui a su percevoir la fabuleuse carrière internationale qui attend
Patricia au Moyen-Orient. Comme lui, aidez-le à progresser et à grimper. Il
pourra vous être un allié précieux par la suite pour vos projets ou votre propre
carrière.
Les lieux
L'Eglise Saint-Germain de Charonne
La cérémonie de mariage de Patricia et Antoine, à laquelle Monsieur Fernand
manque d'arriver en retard pour régler quelques affaires courantes, a été filmée
devant, puis à l'intérieur de l'église Saint-Germain de Charonne, dans le 20ème
arrondissement de Paris.
Elle doit son nom à Saint Germain, évêque d'Auxerre vers l'an 430, qui aurait
rencontré Sainte- Geneviève, la future patronne de Paris, à Charonne. Dans le
film, on aperçoit d'ailleurs à l'intérieur de l'Eglise un tableau peint par Joseph-
Benoit Suvée représentant cette rencontre. Dans cette prise de vue, les Tontons
sont alors dans une posture improbable, agenouillés sur des prie-Dieu, en plein
recueillement. Un oratoire aurait été bâti à l'emplacement de cette rencontre. Ce
qui deviendra plus tard l'actuelle église Saint-Germain de Charonne, datant du
XVème et XVIIIème siècle essentiellement, avec même quelques restes du
XIIème siècle.

L'Eglise Saint-Germain de Charonne


Le village de Charonne, situé jusqu'en 1859 à proximité immédiate mais à
l'extérieur de Paris, était bâti sur une colline (la colline de Charonne). Charonne
est construit autour de la rue Saint-Blaise, de la rue de Bagnolet et de l'actuelle
rue d'Avron (située près de la Place de la Nation), avec l'église Saint-Germain
qui en constituait le cœur.
Le village est rattaché à Paris en 1860, sous Napoléon III, suite à la loi Riché du
16 juin 1859 qui porte les limites de Paris jusqu'à l'enceinte Thiers. Cette
enceinte, du nom du Président du Conseil des ministres de l'époque, Adolphe
Thiers, avait été construite entre 1841 et 1844 et entoure Paris entre les
boulevards des Maréchaux et l'actuel boulevard périphérique. En 1860, ce sont
donc 11 communes du département de la Seine qui sont entièrement ou
partiellement supprimées pour intégrer l'enceinte Thiers. Sont ainsi entièrement
absorbés les anciens villages de Grenelle (15ème), de Vaugirard (15ème), de
Belleville (19ème arrondissement) et de la Villette (19ème). Sont partiellement
absorbés les villages d'Auteuil (16ème et Boulogne-Billancourt), de Passy
(16ème et Boulogne-Billancourt), de Batignolles-Monceau (17ème et Clichy-la-
garenne), de Montmartre (18ème et Saint-Ouen), de La Chapelle (18ème, Saint-
Ouen, Saint-Denis et Aubervilliers), de Bercy (12ème et Charenton-le-Pont) et
enfin de Charonne (20ème, Montreuil et Bagnolet).
A Paris, Saint-Germain de Charonne a la particularité, avec l'église Saint-Pierre
de Montmartre, d'avoir son cimetière directement jouxté à l'église. Pratique
courante au moyen-âge, mais qui a progressivement disparu. Le cimetière de
Charonne a la particularité d'avoir miraculeusement échappé au décret de 1804
interdisant les inhumations dans l'enceinte de Paris
Aussi ancien que l'église, le cimetière abrite notamment la tombe du secrétaire
de Robespierre, Bègue Magloire, ou encore de Josette, Gauthier et Vincent
Malraux, respectivement l'épouse et les deux fils de l'écrivain et ancien ministre
de la culture du général de Gaulle. Le cimetière abrite aussi la tombe de
l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach. Rédacteur en chef du grand
hebdomadaire de la collaboration Je suis Partout , auteur de phrases telle que « il
faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits », il sera condamné à
mort à la libération et fusillé le 6 février 1945. Dans son roman Les Sept couleurs
, publié en 1939, Brasillach avait situé une partie de son action dans le quartier,
décrivant tout particulièrement l'église et le cimetière de Charonne.

Cimetière de Charonne
L'église et le cimetière donnent sur une place, la place Saint-Blaise, toute proche
de la rue Saint-Blaise. C'est l'ancienne place de la mairie, lorsque la commune de
Charonne existait encore. Le nom de la rue et de la place est lié à une chapelle de
l'église, consacrée justement à Saint-Blaise (un martyr romain du IIIème siècle).
La place Saint Blaise, dans le quartier de Charonne
Le bowling de la Matène
Au début du film, Fernand Naudin retrouve son ami d'enfance Louis le mexicain
sur son lit de mort. Le mexicain « n'a pas été rappelé ». Il est donc venu
clandestinement et a trouvé refuge chez un ami commun, Henri, qui tient un
bowling sur les champs Elysées. Ça, c'est pour le scénario.
Dans la réalité, les scènes au bowling n'ont pas été tournées aux champs Elysées
bien évidemment (il n'y a pas de bowling sur la plus belle avenue du monde),
mais dans un vrai Bowling, flambant neuf, le bowling de la Matène à Fontenay-
sous-Bois.
Construit en 1961, il est la réplique exacte d'un bowling de Chicago. Son
promoteur, un certain monsieur Dhérin, croit en l'avenir de ce sport encore peu
répandu dans l'hexagone.
L'inauguration en décembre 1961 se fait en grande pompe et réunit quelques
vedettes de l'époque tels que l'acteur Fernandel (qui lancera la première boule, la
boule d'or), Félix Marten (acteur et chanteur), Philippe Clay (acteur) ou encore le
journaliste sportif Roger Couderc.
Fernandel inaugure le bowling de la Matène en 1961
Si le bowling accueille des compétitions sportives (championnats, coupes...), il
est aussi régulièrement utilisé pour le tournage de films, de séries, de clips ou de
publicités. C'est le cas de Monsieur Hire de Patrice Leconte en 1989 (avec
notamment Michel Blanc) ou encore de Jean-Philippe de Laurent Tuel en 2006
(avec Fabrice Lucchini et Johnny Hallyday).
Villa Seurat
Après la fugue de Patricia, l'oncle Fernand se lance à sa recherche, aidé en cela
par le majordome « so british » Jean qui a eu la bonne idée de relever le numéro
du radio-taxi qu'elle a pris (« Yes sir ! »).
Le taxi s'arrête à l'entrée d'une impasse que l'on reconnait être la Villa Seurat.
Située dans le 14ème arrondissement de Paris, elle débute au niveau de la rue de
la Tombe-Issoire. Bâtie dans les années 1920, ce qui s'appelle alors la cité Seurat
a vocation à abriter et regrouper des artistes dans des ateliers et maisons dans le
style de petits hôtels particuliers.

Villa Seurat, la cité des artistes où vit Antoine


Ont notamment vécu dans cette cité des artistes l'écrivain Frank Townshend, la
sculptrice Chana Orloff, le compositeur Maurice Thiriet (connu pour ses
musiques de films) ou encore Henry Miller (qui y écrivit Tropiques ) et Anaïs
Nin.
Les studios Eclair
Les scènes d'intérieurs des Tontons flingueurs sont tournées pour la plupart dans
les studios Eclair. Créés à Epinay-sur-Seine en 1907 par Charles Jourjon et
Ambroise-Françis Parnaland, la société Eclair s'est rapidement consacrée à la
production cinématographique, devenant même la troisième firme en France,
après Gaumont et Pathé. Après l'implantation quelques temps de son activité aux
Etats Unis, l'activité de production cesse dans les années 20 pour s'orienter vers
la fabrication de matériels cinématographiques (projecteurs, caméras...). La
production de films ne reprendra qu'à la fin des années 1920, en parallèle d'une
activité de fabrication de caméras. Les studios Eclair se diversifieront par la suite
dans la restauration de films sur pellicules, et dans le tournage de longs-
métrages.

Tournage dans le studio éclair d'Epinay sur seine


Pour la petite histoire, c'est dans les laboratoires Eclair que le film a été restauré,
en 2009. Près de 50 ans après la sortie du film, celui-ci repasse par l'un de ses
lieux de tournage d'origine, pour entamer une nouvelle vie.
Le feu rouge d'Epinay
En se rendant au cercle de jeu de Tomate, Fernand et Pascal stationnent quelques
instants à un feu rouge. L'occasion de faire plus en détail la présentation des
forces en présence, notamment des Volfoni et surtout de Théo, dont la présence
semble beaucoup intriguer le nouveau patron. Lorsque la voiture repart, nous
apercevons à l'arrière-plan une place bordée d'immeubles. Il s'agit de l'avenue du
18 juin 1940, à Epinay-sur-Seine, à proximité des studios Eclair où se déroule
une partie du tournage du film. Cette place a depuis été détruite.
La villa du mexicain
Cette maison se trouve à Rueil-Malmaison, à deux pas du Château de la
Malmaison. Louée par la société de production Gaumont, elle a servi à filmer un
certain nombre de scènes d'intérieur du film. C'est notamment dans cette maison
qu'est filmée la fameuse scène de la cuisine (dans la propre cuisine, pourtant
minuscule, de la villa). La production Gaumont y tournera par la suite les
intérieurs pour d'autres films (notamment Les Barbouzes et Un idiot à Paris ).
La clinique Dugoineau
A deux reprises, nous voyons les frères Volfoni sortir de la clinique où ils ont été
soignés, suite à un règlement de compte injuste (Théo ne voulant pas avoir sorti
les armes pour rien). Ils effectuent leur convalescence à la clinique Dugoineau
comme nous pouvons le lire à l'entrée. Elle est située au 11 avenue du Château
de Malmaison, à Rueil Malmaison (tout près de la villa du mexicain).
Aujourd'hui, le bâtiment accueille les services municipaux de la ville.
Georges Lautner réutilisera à plusieurs reprises « Dugoineau » dans ses films.
Au début des Barbouzes, c'est un agent secret français du nom de Dugoineau qui
est tué. Dans Le Professionnel, un autre agent, de la DGSE cette fois-ci, est lancé
à la poursuite de Joss Beaumont (alias Jean-Paul Belmondo). Encore un certain
Dugoineau.
Le « clapier » de Tomate
Le cercle de jeu de Tomate est en réalité une maison forestière située dans la
forêt de Marly. Elle est localisée sur la commune de Saint-Nom-la-Bretèche.
Cette maison servait de pavillon de chasse pour le roi. Ce dernier autorisait en
effet « les curieux » à suivre ses parties de chasse depuis cette maison.
Construite sur deux étages, elle comporte également dans son corps de logis une
étable, une remise à bois, ainsi qu'une porcherie, un poulailler, un chenil et des
latrines. Abandonnée à la Révolution, la maison est reconstruite en 1865 par
Napoléon III qui venait souvent chasser dans la forêt de Marly.
A noter la remarque d'Henri à propos du tripot de Tomate : « Si tu tiens à
regagner ta province rapido, t'auras intérêt à aller voir, ce serait toujours ça de
gagné, c'est sur ton chemin. » Dans la réalité, cette maison forestière de Saint-
Nom la Bretèche n'est pas réellement sur la route de Montauban. Cela fait quand
même un petit détour. Dès le départ, Fernand Naudin n'était donc pas sur la
bonne route pour revoir sa chère ville et ses tracteurs.
Le Château de Vigny
Certaines scènes d’intérieur et d’extérieur sont également tournées au Château
de Vigny, situé sur la commune de Vigny dans le Val-d’Oise.
C'est au début de XVIème siècle que le cardinal d'Amboise achète la seigneurie
de Vigny. Il y fait construire un nouveau château pour remplacer le manoir. Le
château est notamment entouré par des pièces d'eau sur les anciennes douves.
Son architecture, tout en symétrie, caractérise le style Renaissance française. Au
milieu du XVIème siècle, le connétable Anne de Montmorency fait l'acquisition
du château. Il passera ensuite notamment entre les mains de la famille de Rohan
à la fin du XVIIème siècle.
Le château de Vigny, pour les extérieurs notamment
Au XIXème siècle, le domaine s'est fortement dégradé. Son nouvel acquéreur, le
compte Philippe Spiridion Vitali le fait restaurer dans le style Viollet-le-Duc. Le
château est également agrandi avec une aile Sud dans le style néogothique (dont
c'est le retour au XIXème siècle). Fin XIXème, sont édifiés le donjon carré et la
chapelle.
En plus des Tontons flingueurs , le château a servi pour le tournage de la plupart
des scènes du film suivant de Georges Lautner, Les Barbouzes .
En 1984, le château est inscrit aux monuments historiques.
Le cimetière de Pantin
Louis le mexicain « pour me faire enterrer à Pantin avec mes viocs. »
Le mexicain évoque le cimetière de Pantin où il projette de se faire enterrer,
restant en cela un titi parisien malgré sa vie d’aventurier. Il s’agit du plus grand
cimetière parisien « extra muros ». Situé sur la commune de Pantin, en Seine-
Saint-Denis, c’est aussi le plus grand cimetière de France. Il y a donc quelques
arguments pour que le mexicain aille s’y faire enterrer.
Pantin, est l’un des cimetières dit « parisiens » bien qu’installé à l’extérieur de
Paris. Ces cimetières ont ouvert à la fin du 19ème siècle dans le but de
désengorger les cimetières « intra muros », qui sont saturés. Pantin ouvre ses
portes en même temps que le cimetière de Bagneux (en banlieue Sud, dans le
département des Hauts-de-Seine), le 15 novembre 1886, avec la vocation
d’accueillir les nouvelles générations de parisiens défunts. Avec environ 200 000
sépultures, plus d’un million de personnes y ont été enterrées depuis son
ouverture.
Cimetière de Pantin, où repose Louis... et ses viocs
Situé dans la banlieue nord-est de Paris, ce cimetière a pour vocation d'accueillir
les habitants des arrondissements du nord de Paris (17ème, 18ème, 19ème et
20ème arrondissements), tandis que Bagneux accueille la population des
arrondissements Sud de la capitale. D’autres cimetières extra-muros sont ouverts
également pour accueillir la population parisienne : le cimetière de la Chapelle à
Saint-Denis à partir de 1850, le cimetière de Saint-Ouen à partir de 1860 et le
cimetière d’Ivry en 1874. Le grand cimetière de Thiais n'ouvrira que plus
tardivement, en 1929.
Les Champs-Elysées
Fernand Naudin : « Les filles sortent du Lido, tiens ! Pareil qu'avant. Tu te
souviens ? C'est à c't'heure là qu'on emballait »
Alors que le mexicain est sur le point de rendre son dernier soupir, son ami
Fernand ouvre la fenêtre de la chambre qui donne sur les Champs-Elysées. Il lui
décrit notamment l’ambiance des petits matins « comme on les aimait ». Nous
devinons que nous ne sommes pas loin du Lido, le mythique cabaret parisien de
la plus belle avenue du monde, et que les deux compères en étaient familiers à
une époque, ou en tout cas familiers des filles qui s’y produisaient. Situé avant la
guerre au numéro 78, le Lido est désormais au 116 bis.
Louis et Fernand emballaient les filles du Lido au petit matin
Mais le Lido d’avant-guerre n’était pas seulement le cabaret qu’on imagine.
Avec une décoration inspirée de la plage de Venise, la fameuse plage du Lido
justement (d’où son nom), l’établissement est aussi un lieu de baignade en vogue
à la Belle Époque et dans l’entre-deux-guerres. On la surnommait même la «
plage de Paris ». Paris plage date donc de bien avant Bertrand Delanoë.
L’établissement va cependant fermer en 1933 et se transformer en salle de
spectacles et en cabaret. Fini l'époque des bains. Nous sommes en 1936, l’année
des congés payés, et il est en vogue de partir découvrir le vrai bord de mer.
Lieu fréquenté par le gratin de la collaboration sous l’occupation allemande, la
salle est vendue en 1946 par son propriétaire, Léon Volterra, aux frères Clerico.
La salle est entièrement transformée et rouvre ses portes pour produire les
fameuses revues du Lido qui font encore son succès. La formule « dîner-
spectacle » verra aussi se produire les grands du music-hall, notamment Laurel
et Hardy, les sœurs Kessler ou encore Shirley MacLaine.
Rue Godot
Le chauffeur de taxi : « Moi j'ai un collègue comme ça, transporteur de cocus,
y s'est retrouvé criblé en plein jour, rue Godot »
Ah, les histoires de chauffeurs de taxi... Les scénaristes, Michel Audiard et
Albert Simonin, de purs titis parisiens (le premier originaire du 14ème, le second
du 18ème), connaissent mieux que personne le Paris populaire et savent donc le
faire parler. Le chauffeur de taxi raconte ici à l'oncle Fernand, inquiet pour sa
nièce et qui n’en a que faire, une histoire sordide qui s’est passée rue Godot.
Le plus amusant, c’est la façon très détachée avec laquelle le chauffeur parle de
son confrère transporteur de cocus (une profession à part entière !) et de son sort
tragique. Mais il faut reconnaitre aussi que la rue en question n’avait
effectivement pas bonne réputation à cette époque. Son nom complet est la rue
Godot-de-Mauroy. Son origine vient d’un certain Monsieur Godot-de-Mauroy
qui, propriétaire du sol, aurait contribué à son ouverture en novembre 1818.
Située dans le quartier de la Chaussée d’Antin, dans le 9ème arrondissement de
Paris, elle est délimitée par le boulevard de la Madeleine d’un côté, et la rue des
Mathurins de l’autre.

Rue Godot de Mauroy, autrefois mal famée...


Cette rue n’apparait pas seulement dans Les Tontons flingueurs . Dans le roman
d’Emile Zola, Paris , c’est dans cette rue que le banquier Duvillard, par ailleurs
Baron d’empire, y habite dans son hôtel particulier.
Dans un autre registre, la Comtesse de Ségur fait apparaitre cette rue dans son
œuvre, tandis que Frédéric Chopin y jouait du piano au club polonais.
Mais à l’époque d’Audiard et Simonin, la rue jouit d’une toute autre réputation.
Fréquentée par des prostituées (dont une certaine Marthe Richard...), elle fit
parler d'elle à plusieurs reprises pour de sinistres faits divers. En 1891, une
concierge y est assassinée. Deux cadavres sont découverts dans un immeuble de
la rue en 1929, un escroc y est abattu au milieu des années 1950, un crime y est
encore commis en 1958…
Pour l’anecdote, Charles Lavialle, l’acteur qui joue ici le rôle du chauffeur de
taxi titi parisien, n’avait dans la vraie vie… pas le permis de conduire.
Montauban
Fernand Naudin : « A Montauban, on devrait jamais quitter Montauban ! »
Montauban ! Ville chère à Fernand Naudin, et qui constitue son principal
objectif de retour, une fois embarqué dans le « bagne » de son double rôle de
tonton de Patricia et de gérant des affaires de son « pote ». A plusieurs reprises,
monsieur Naudin s’imagine qu’il sera de retour à Montauban dans les 48h, et
qu’il aura réglé ses affaires. Bien que vraisemblablement originaire de la région
parisienne comme son ami Louis, il est maintenant dans « l’honnête », et est
devenu un vrai provincial, gérant d’une main de fer son entreprise de «
motoculture » qui fait même « référence en matière de Caterpillar ». Fini les
nuits parisiennes, quand il « emballait » au petit matin à la sortie du Lido.
Désormais, l’homme d’affaire se « couche avec le soleil » et « se lève avec les
poules ».
Mais une petite chose nous intrigue. Lors de son arrivée au bowling d’Henri,
alors que le mexicain s’impatiente de ne pas le voir arriver plus tôt, Fernand lui
réplique qu’il a quand même dû se « tailler » 900 bornes. Ce qui parait
beaucoup, car la préfecture du département du Tarn-et-Garonne n’est distante de
Paris que d’environ 600 kilomètres. Sauf que l’autoroute A20, qui relie
pratiquement Montauban à la capitale (en terminant par un bout d’A71 puis
d’A10) n'est rentrée en service qu’à la fin des années 1980, et encore, par
tronçons successifs. L’oncle Fernand a donc pris des petites routes pour monter
sur la capitale. Pour éventuellement rejoindre l’autoroute A6, déjà en service à
cette époque, pour finir son trajet.
Mais au fait, pourquoi « on ne devrait jamais quitter Montauban ? Voici quelques
bonnes raisons de ne pas quitter Montauban. Et pour ceux qui n'y sont pas, d'y
aller :
- La visite du musée Ingres, l'ancien hôtel de ville et qui fut jadis un palais
épiscopal. Il fut construit au XVIIème siècle sur les restes du palais du Prince
Noir. Vous y retrouvez les œuvres de deux illustres Montalbanais : Jean
Dominique Ingres (Peintre) et Antoine Bourdelle (Sculpteur).
- Le Pont Vieux, construit sous Philippe Le Bel au XIVème siècle.
- La cathédrale Notre Dame, construite à l'époque de Louis XIV. Contrairement
au reste de la ville, à dominante en brique rouge, elle fut bâtie tout en pierre.
- L'église Saint-Jacques, sur les murs de laquelle nous pouvons encore
apercevoir les boulets lancés par Louis XIII lors du siège de la ville.
- La place nationale, avec ses arcades en croisée d'ogive, et qui fut reconstruite
au XVIIème siècle suite à un incendie.
« On devrait jamais quitter Montauban »
Pour l’anecdote, un rond-point en l’honneur des Tontons flingueurs a même été
inauguré en février 2014… à Montauban, tant le film est devenu une institution
pour la ville. A noter qu’on y trouve aussi le bar « Lulu la nantaise »…
Les contradictions des Tontons
Un problème dans la chronologie
On a beau triturer les chiffres dans tous les sens, le compte n’y est pas. Les
souvenirs évoqués par les uns et les autres d’il y a 10, 15 ou 20 ans, ne collent
pas.
Fernand Naudin : « Quinze ans de silence […] quinze ans d’interdiction de
séjour »
Cela commence dans la voiture de Fernand Naudin, alors qu'il est en route pour
Paris. L’entrepreneur de Montauban songe à son pote Louis qu’il va revoir après
une séparation de 15 ans. 15 ans sans nouvelles, 15 ans d'exil en dehors de la
France.
Fernand Naudin : « Voilà dix ans que t’es barré… »
Fernand Naudin vient d’arriver au chevet de son « pote » et a la mauvaise
surprise de découvrir qu’il va devenir le tuteur de Patricia, sa fille, mais aussi le
repreneur de ses affaires malhonnêtes. Monsieur Fernand s’emporte contre son
ami : « dix ans que t’es barré ! ». Le mexicain a-t-il quitté la France il y a dix ou
quinze ans du coup ? Aurait-il vécu cinq ans de plus en France dans la
clandestinité ?
Fernand Naudin : « Voilà quinze ans que je vis à la campagne… »
Il semble bien en tout cas que Fernand se soit rangé des « affaires » du mexicain
et soit parti pour Montauban voilà déjà quinze ans, date supposée du départ du
mexicain pour les Amériques, ou du moins date où ils se sont perdus de vue.
Fernand Naudin : « Il l'a trouvé où ? »
Maitre Folace : « Ici, il l'a même trouvé devant son coffre fort. Y'a dix sept
ans de ça »
Maitre Folace raconte à Fernand Naudin les conditions assez rocambolesques de
l'embauche de Jean comme majordome par le mexicain. Cela remonte à 17 ans
de cela. Le mexicain était en effet toujours en France. Mais à cette époque, il
côtoyait aussi son pote Fernand Naudin. Comment se fait-il du coup que Fernand
ne connaisse pas l'existence de Jean ? Ils auraient au moins dû se croiser pendant
deux ans, avant le départ supposé de Louis. A moins que Fernand n'ait déjà
coupé les ponts il y a 17 ans ?
Pascal : « Le mexicain l'avait achetée en viager à un procureur à la retraite »
Plus étonnant encore, Fernand Naudin ne connait pas la villa du mexicain. Nous
savons pourtant, suite à l'épisode de Jean devant le coffre-fort, que son
acquisition remonte à il y a plus longtemps encore que 17 ans. Si les deux amis
se voyaient toujours à cette époque, Fernand Naudin n'était alors jamais venu
chez son pote Louis.
Louis le mexicain : « Je décambute bêtement, et je laisse une mouchette à la
traîne, Patricia, c'est d'elle que je voudrais que tu t'occupes. »
A la manière dont Louis demande à son pote de s'occuper de sa fille Patricia, il
mentionne son prénom comme pour la présenter, on comprend que Fernand
Naudin ignorait l'existence de cette fille. Il ne semble connaitre que sa mère,
Suzanne Beau Sourire. Pourtant, Patricia a visiblement 17 ou 18 ans (elle passe
son bachot), ce qui signifie donc que Fernand et Louis se seraient déjà perdus de
vue avant la naissance de Patricia, donc visiblement il y a au moins 17 ou 18 ans.
Maitre Folace : « ... c'est moi qui l'ai tenue sur les fonts baptismaux, alors. »
Jean : « Une belle cérémonie... »
Maitre Folace mentionne d'ailleurs la cérémonie de baptême à laquelle se
trouvaient le notaire (en tant que parrain) et Jean. D'ailleurs, chronologiquement,
il est un peu surprenant que le majordome soit présent, alors qu'il venait tout
juste d'être embauché par le mexicain, 17 ans plus tôt. En tout cas, une chose est
sûre, monsieur Fernand n'était pas de la cérémonie. Déjà parti à Montauban ?
Pourtant, un ami si proche de Louis... Un petit faire-part, « ça se fait ».
Maitre Folace : « Ah ! Maître Folace, notaire. »
Autre surprise, Fernand Naudin ne connait pas non plus maitre Folace puisqu'ils
font les présentations. Il était pourtant visiblement un très proche de Louis, au
point même d'être le parrain de la petite, et accessoirement le comptable de
l'organisation (déguisé en notaire).
Maitre Folace : « Cette petite fête m'a rajeuni de vingt ans. Monsieur Naudin
a quelque peu bousculé Monsieur Volfoni senior. »
Si le notaire se sent rajeunir de vingt ans après l'expédition punitive à la péniche
des Volfoni, c'est pourtant bien qu'il côtoyait le mexicain depuis au moins vingt
ans. Comme Fernand Naudin. Même si c'est un peu une expression toute faite,
curieux qu'ils ne se soient jamais croisés avant.
Fernand Naudin : « Depuis plus de vingt piges que je te connais »
Echangeant avec Louis dans ses derniers instants, Fernand rappelle pourtant bien
qu'il connait son ami depuis plus de 20 ans.
Maitre Folace : « Vous étiez l'ami de Louis depuis longtemps ? »
Fernand Naudin : Depuis toujours.
Quelques heures plus tard, il déclare même au notaire connaitre son ami depuis
toujours. Donc depuis bien plus de 20 ans dans ce cas.
Paul Volfoni : « Ecoute, on te connait pas… »
Aux dires de Paul Volfoni, lui et son frère Raoul ne connaissent pas non plus
Fernand Naudin.
Pascal : « J'admets qu'ils ont l'air de deux branques, mais je n'irais pas
jusqu'à m'y fier, non ? C'est quand même des spécialistes »
En route pour le cercle de jeu clandestin de Tomate, Pascal fait la présentation
des frères Volfoni. Ce qui nous confirme que Fernand Naudin ignorait tout de
leur existence.
Raoul Volfoni : « Voilà quinze ans qu'on fait le trottoir pour le mexicain… »
Lors de la « réunion des cadres façon meeting » sur la péniche, les frères Volfoni
se lamentent sur les redevances astronomiques versées au chef du clan, Louis.
Nous apprenons ainsi que ces spécialistes du jeu sont dans l’organisation depuis
visiblement quinze ans au moins. Quinze ans, c'est précisément à cette période
que Fernand et Louis se seraient séparés. Direction Montauban pour Fernand, et
départ vers l'Amérique pour Louis. S'il est plausible que Fernand Naudin soit
déjà parti pour Montauban sans jamais avoir croisé les Volfoni, il est plus
étonnant que Louis ait recruté ces derniers juste avant de partir, ou alors, ils se
sont à peine croisés. Louis et Raoul semblent pourtant bien se connaitre, comme
le prouve leur dernier échange à propos de la succession : « Tu m'avais promis
de m'en parler en premier ».
Henri : « Ça fait plaisir de te revoir, le mexicain commençait à avoir des
impatiences. »
Fernand Naudin ne connait ni maitre Folace ni les frères Volfoni. En revanche,
surprise, il semble avoir très bien connu Henri, le patron du bowling, un autre
fidèle du mexicain. Celui-ci accueille même l'homme de Montauban d'un cordial
« Eh bien, ma vieille » Louis cloisonnait-il à ce point sa vie pour que même ses
plus proches amis ne se connaissent les uns les autres ?
Théo : « La police tourne autour depuis 10 ans, elle a jamais trouvé. C'est
pour ça que je regretterai cet endroit. »
Concernant Théo, nous apprenons qu'il s'occupe de la distillerie depuis déjà 10
ans. Ce rescapé de l'armée allemande sur le front de l'Est n'a pas été « recruté
Chez Tonton » comme le dit Fernand, mais nous n'en saurons pas plus sur les
détails de son arrivée dans l'organisation. Pour Fernand et Théo en tout cas, pas
de doutes possibles, ils n'ont effectivement jamais eu l'occasion de se croiser.
En revanche, il est plus étonnant de voir que Louis et Théo se connaissent. 10
ans auparavant, Louis était déjà en exil au Mexique, ou du moins censé l'être. Ou
alors, il est parti de France il y a seulement 10 ans. C'est toute l'ambigüité de la
phrase de Fernand Naudin : « voilà 10 ans que t'es barré » qui pose problème ici.
En tout cas, Louis semble en savoir suffisamment sur Théo pour connaitre son
orientation sexuelle et son ami, Vincent. Tout laisse donc à penser que le
mexicain était régulièrement de « retour » des Amériques pour des tournées
d'inspection.
Fernand Naudin : « Bien je vous remercie madame Mado, on recausera de
tout ça ... Qui est-ce le mec du jus de pomme ? »
Théo : Ce doit être de moi dont vous voulez parler !
Plus surprenant encore, Fernand Naudin semble soudain frappé d'amnésie
pendant le conseil d'administration. En effet, il interroge Maitre Folace sur
l'identité d'un des participants de la réunion, qui se trouve effectivement avoir un
verre de jus de pomme. Mais, l'homme dont il est question n'est autre que Théo !
Comment monsieur Fernand a-t-il pu oublier Théo, puisqu'il l'avait déjà
rencontré au chevet du mexicain, quelques heures auparavant ? Il avait même
posé des questions à son sujet à Pascal alors qu'ils étaient en route pour le cercle
de jeux de Tomate, n'en revenant toujours pas que Louis soit allé recruter « Chez
Tontons ».
Fernand Naudin : « Le mexicain était au courant ? »
Maitre Folace : « Ah non non surtout pas ! C'était un homme à tirer au
hasard sans discernement, alors les ragots dans la presse… »
Les propos du notaire semblent ici le confirmer. Si le mexicain prenait du «
carbure » sous la « sierra mexicaine », sa présence était néanmoins palpable. Au
point de pouvoir « tirer au hasard sans discernement » à tout moment. Curieux
pour un mec en exil très loin de sa chère patrie...
Madame Mado : « Quand tu parlais augmentations ou vacances, il sortait son
flingue »
Louis était décidément très présent, au point même de jouer les chefs
d'entreprises à poigne sur la politique sociale et les revendications des salariés.
Un Pierre Gattaz, les armes en plus ?
Louis « le mexicain » : « Et ils m'ont filé directement de l'avion dans
l'ambulance... J'ai rien pu voir. Dis donc »
Pourtant, aux dires du mexicain, alors qu'il est lui-même sur son lit de mort, il
semble être rentré exprès des Amériques pour se faire enterrer à Pantin, « avec
ses viocs ».
Quelques erreurs
Quelques erreurs, mais qui font aussi le charme du film, se sont glissées à la
réalisation ou dans le scénario. Petit passage en revue.
Au début du film, lorsque la Peugeot 404 de Fernand Naudin arrive et se gare sur
les Champs-Elysées, on voit très distinctement que ce n'est pas l'entrepreneur de
Montauban qui est au volant, mais une équipe de tournage.
Dans la chambre du mexicain, quelques minutes avant sa mort, Fernand lui
décrit la vue qu'il a de la fenêtre. On voit alors à l'écran un plan sur l'axe de
l'avenue des Champs-Elysées, avec un gros plan sur l'arc de triomphe. Il n'est
bien sûr pas possible d'avoir une telle vue plein axe sur les Champs-Elysées
depuis un immeuble de cette même avenue.
Lorsque Fernand et Pascal arrivent devant le « clapier » de Tomate, on aperçoit
une femme sortir de la maison, pour faire demi-tour presque immédiatement,
comprenant visiblement un peu tard qu'elle est dans le champ de la caméra, et en
plein tournage.
Par la suite, Fernand Naudin doit livrer du pastis clandestin du côté de
Fontainebleau. Mais on peut apercevoir au loin que ce n'est pas Lino Ventura qui
conduit le Renault Galion 2,5T contenant le faux pastis. D'ailleurs, le camion
ralentit avant même que les clous ne soient balancés sur la route. Mais on
n’entend pas le pneu éclater.
Autre petit problème, cette fois-ci dans le timing. Après s'être fait mitrailler par
Théo dans le camion, comment Fernand Naudin parvient-il à rentrer chez lui ?
Au moment où il tombe dans l'embuscade, il fait déjà nuit noire et il se retrouve
à pied du côté de Fontainebleau. Fernand va pourtant parvenir à rentrer chez lui
avec sa Peugeot 404 qu'il avait pourtant laissée chez Théo, à la distillerie. Ce qui
n'est pas très prudent quand on connait les véritables intentions de « l'ami fritz ».
Et comme si ça ne suffisait pas, il prend même le temps de faire un détour par la
péniche des Volfoni pour récupérer les « encaissements » en retard. Pour
finalement arriver à la surprise-partie de sa nièce avec seulement un peu en
retard : « convocation neuf heures » lui rappelle l'autre invité en retard.
Après la fugue de Patricia, Jean montre fièrement à son patron le papier sur
lequel il a noté le numéro d'immatriculation du Radio-taxi pris par Patricia.
Fernand se fait conduire par le même taxi pour retrouver sa nièce. Mais la plaque
d'immatriculation de la voiture (1027KK75) ne correspond pas au numéro noté
par Jean (3537NA75). Par ailleurs, lors de l'échange entre Fernand et le
chauffeur de taxi, à propos de son confrère assassiné rue Godot « par une
maladroite », nous apercevons dans le reflet de la vitre de la voiture des
personnes de l'équipe du tournage.
De la même façon, lors de la visite de Monsieur Adolphe-Amédée Delafoy pour
la demande en mariage, nous pouvons voir la lumière des projecteurs se refléter
dans ses lunettes.
Lors du règlement de compte à la distillerie, qui oppose Fernand Naudin et ses
gâchettes à Théo et sa bande, Freddy (dans le clan de Théo) utilise un fusil à
double canon. Mais il va pourtant tirer à quatre reprises, sans jamais recharger.
Toujours à la distillerie, Fernand Naudin précise à ses deux gâchettes qu'il est
pressé car il doit assister à la cérémonie de mariage à 10h. Mais, lorsque la
voiture de Théo brûle devant l'église, nous apercevons l'horloge de l'Eglise à
l'arrière-plan. L'heure indiquée est 18h30. La cérémonie a pris beaucoup de
retard visiblement...
Les valeurs des Tontons
L’autorité

Louis le mexicain : « J'aurais pu aussi organiser un référendum, mais j'ai


préféré faire comme ça. Pas d'objection ? Parce que moi, j'ai rien d'autre à
dire. Je crois que tout est en ordre, non ? »
Une des valeurs essentielles des Tontons flingueurs , c'est bien sûr l'autorité. Elle
s'incarnait en la personne de Louis le mexicain, ce sera désormais Fernand
Naudin. A toute organisation, il faut un chef, et Louis n'a pas hésité à trancher,
sans demander à personne, sans organiser de référendum comme l'aurait
certainement fait le général de Gaulle. Le chef a parlé, c'est suffisant. « Pas
d'objection ? », « tout est en ordre, non ? » poursuit le mexicain sur un ton qui
n'admet en réalité aucune contradiction.
Maitre Folace : « Puisque la fermeté a l’air de vous réussir »
Fernand Naudin est du même bois que son ami. Que ce soit pour l'éducation de
sa nièce ou la gestion de ses affaires, la méthode reste la même, la fermeté et
l'autorité venue d'en haut.
Fernand Naudin : « Et je suis chez moi ! »
Le nouveau taulier ne répète-t-il pas d'ailleurs à plusieurs reprises « je suis chez
moi ! » sur un ton assez « brut de décoffrage ». Et même lors de la controverse
avec Antoine à propos de la musique de Corelli, le nouveau maitre des lieux met
immédiatement fin aux débats par un « et je suis chez moi » qui réaffirme la
supériorité de l'autorité légitime et de la propriété privée à toute forme de
contestation.
Madame Mado : « On peut dire que t'en es un [...] un vrai chef »
Si Fernand Naudin n'est pas un « branque », comme le prévoyait Théo et sa
bande, il n'en est pas de même pour Raoul Volfoni qui incarne à la perfection le
petit chef qui voudrait devenir grand, être calife à la place du calife, mais n'en a
pas l'étoffe. Même Madame Mado se moque de lui ouvertement. Les autres «
membres » du conseil d'administration ne semblent pas le prendre au sérieux. Si
son discours est vindicatif et belliqueux envers le patron, il s'écrase dès son
arrivée, inventant un faux ordre du jour pour justifier le « meeting » qu'il a
organisé. Quant à ses menaces elles ne sont jamais suivi d'effet, ou bien sont
déjouées immédiatement. Il ne peut pas y avoir deux chefs chez les Tontons, et
l'autorité naturelle, c'est bien Fernand Naudin qui l'incarne.
Pascal : « C'est quand même des spécialistes. Le jeu, ils ont toujours été là-
dedans les Volfoni-Bernés [...] L'ami fritz ? Il s'occupe de la distillerie
clandestine. »
Si la figure du chef est incontestable, la description que fait Pascal de
l'organisation du mexicain dépeint une forme de système féodal. Comme
souvent chez les truands, chacun a sa spécialité et gère son secteur comme un
seigneur féodal surveillait jadis l'intégrité de son territoire. Ces chefs de guerre
d'un nouveau genre incarnent des vassaux qui ne rapportent qu'au chef de bande,
le nouveau suzerain. L'idéologie et les méthodes restent d'ailleurs les mêmes, la
violence pour protéger, voire étendre son territoire.
L’amitié

Louis le mexicain : « Ouais, j'ai compris : les potes, c'est quand tout va bien. »
Fernand Naudin : « Ça va pas toi, dis ? Hein ? J'ai pas dis ça ! »
Autre valeur importante, l'amitié. Fernand le fait d'ailleurs remarquer à son pote,
il a tout laissé pour venir le voir, juste au moment de la foire d'Avignon. Il
s'offusque donc que son ami puisse douter un instant de son amitié et de sa
fidélité malgré toutes les années passées.
Fernand Naudin : « J’ai promis à mon pote de m’occuper de ses affaires ».
Si la perspective de jouer au tuteur et au gestionnaire en affaires douteuses ne
l'enchante guère, il va néanmoins le faire par amitié et fidélité. Même au prix de
« nervous breakdown » comme le lui prédit Paul Volfoni. Car une promesse est
une promesse.
Maitre Folace : « Et c'est pour ça que je me permets d'intimer l'ordre à
certains salisseurs de mémoire qu'ils feraient mieux de fermer leur claque
merde ! »
La fidélité, le souvenir même après la mort, Fernand Naudin n'est pas le seul à
l'incarner. Ainsi Maitre Folace se lance dans un hommage vibrant envers son ami
Jo le trembleur, victime des ragots de certains salisseurs de mémoire.
Machisme et condition féminine

Fernand Naudin : « Honneur aux dames. »


Si la galanterie est une vertu de l'époque, Les Tontons flingueurs n'est pas un film
franchement progressiste sur la condition féminine. Il est encore un peu tôt, et
Audiard rechigne encore à mettre en scène des femmes. Elles ne sont que deux à
jouer dans le film : Madame Mado, en mère maquerelle, et Patricia, une nièce
charmante mais capricieuse et impossible. Deux personnages assez particuliers
donc pour incarner la gente féminine.
Louis le mexicain : « ... quand les hommes parlent, les gonzesses se taillent »
Même si la remarque s'adresse à Vincent, l'ami homosexuel de Théo, le
vocabulaire employé, le ton et surtout le contexte en disent long sur l'idée que
Louis, et avec lui les autres Tontons, se font des femmes. Quand il s'agit de
discussions sérieuses, les femmes n'ont rien à faire là. Dehors. Quand elles refont
leur apparition, c'est dans les dialogues, pour évoquer généralement des taulières
(Lulu la nantaise) ou des pensionnaires de maisons closes (Suzanne Beau
sourire) ou encore des conquêtes d'un soir, comme les filles du Lido. Nous
restons ici dans la même veine que les personnages féminins des romans d'Albert
Simonin, même si les femmes y sont quand même un peu plus présentes,
puisqu'il s'agit presque toujours de prostituées, d'entraineuses, de tenancières de
maisons closes ou encore de caissières de bistrots.
Maitre Folace : « Touche pas au grisbi, salope »
Si les Tontons parlent généralement des femmes avec respect, même si elles ne
sont pour eux que des accessoires, le dérapage est toujours possible. Alors qu'ils
sont dérangés dans la cuisine par une invitée saoule à la recherche de scotch,
cette dernière se fait violemment invectiver par un « Salope » de Maitre Folace
lorsqu'elle a le malheur de toucher au « grisbi » sur la table.
Patricia : « Tu vois, je civette, je bainmarise, je ragougnasse. »
L'époque n'est donc pas exempte d'un certain machisme. Pour l'heure, le
scénariste et le dialoguiste ne voient à Patricia d'autre destin que le mariage (sa
réussite au baccalauréat semble secondaire, et peu réaliste) et un destin de
maitresse de maison (« je civette, je bainmarise, je ragougnasse »). C'est
d'ailleurs la nièce elle-même qui en exprime la volonté, l'oncle Fernand étant
paradoxalement beaucoup plus attaché à la réussite et à la poursuite de ses
études.
La virilité
Fernand Naudin : « Faut reconnaitre que c’est plutôt une boisson d’hommes.
»
Plutôt que de militer pour la libération des femmes, les Tontons cultivent plutôt
la virilité entre hommes, même si celle-ci est un peu ridiculisée par le côté
burlesque du film.
A l'omniprésence des hommes dans le film vient s'ajouter la scène culte de la
cuisine, et notamment cette petite phrase de Fernand Naudin sur les boissons
d'hommes. Qu'il nuance d'ailleurs très vite lui-même, rapportant qu'il connait «
une polonaise qui en buvait au petit déjeuner ». Quoi qu'il en soit, le terme «
homme » est à prendre dans le sens premier (le « mâle ») mais aussi dans le
langage du milieu, « l'Homme », c'est à dire l'affranchi.
D'ailleurs, toute la scène de la cuisine semble un hymne à la virilité. On y boit
des alcools forts, on y chasse les « gonzesses » qui viennent perturber la
cérémonie, on se rappelle les souvenirs du service militaire ou de trafics en
Indochine, on se vante d'avoir fréquenté une maison close à volets rouges, on
rend hommage à ses relations passées avec de grandes figures de la « limonade »
et de la « résistance »...
Dans le monde des truands, la marque de la virilité, de « l'Homme », est ainsi
sans cesse exaltée. Les Tontons incarnent ainsi l'homme qui va se battre pour
gagner son grisbi, protéger son pouvoir, asseoir son autorité, mais aussi
fréquenter les bordels pour montrer cette virilité au beau sexe.
La violence

Pascal : « La psychologie, y’en a qu’une : Défourailler le premier »


Chez les Tontons, les réactions sont assez sommaires et expéditives. Hormis la
scène des « négociations » dans la cuisine, le reflexe est plutôt de sortir son
flingue, et de préférence le premier, question de vie ou de mort. Pascal, la
première gâchette, incarne d'ailleurs à la perfection le porte flingue qui « bute »
avec un total détachement tous les gêneurs, sans émotions particulières. Il fait
son travail comme s'il allait pointer à l'usine, comme tout le monde.
Maitre Folace : « C'était un homme à tirer au hasard sans discernement... »
Louis, l'ancien patron, sortait lui-même son revolver à la moindre contestation,
ce qui donne une idée de la mentalité et de l'ambiance générale.
Raoul Volfoni : « Moi, j’connais qu’une loi, celle du plus fort. »
Même des sous-fifres comme les Volfoni parlent violence. Mais uniquement
dans le discours s'agissant de ces derniers, l'exécution ne suit pas. Tout le
contraire d'un Théo au discours très polissé, mais qui est sans cesse à la
manœuvre, les armes à la main.
L’honneur
Fernand Naudin : « Et tu tiens ça d'où ? »
Pascal : « Je ne peux pas le dire, j'ai promis, ce serait mal. »
Nous avons déjà vu avec Fernand et Louis que l'amitié, c'est sacrée, et qu'une
promesse est une promesse. Pour les tuyaux entre truands, c'est pareil, on ne
balance pas sa source. Jamais. C'est une question de principe (de truand), une
question d'honneur. Une question de famille aussi ? Ne serait-ce pas le cousin de
Pascal, Bastien, qui a balancé le coup du « meeting » sur la péniche des Volfoni
?
Pascal : « Dans le monde des caves, on appelle ça, un cas de conscience, nous
on dit : un point d'honneur. »
Les « Hommes » nous l'avons vu font une claire distinction entre eux, les «
affranchis », et les « caves ». Dans cette logique, s'estimant être les vrais «
Hommes », ils se sentent seuls dépositaires des questions d'honneur. Le « point
d'honneur » des truands n'a donc qu'un lointain équivalent dans le monde des
honnêtes gens.
L’argent

Fernand Naudin : « Y'en a qui gaspillent, et y'en a d'autres qui collectent »


[...]
Raoul Volfoni : « Si c'est notre pognon qu'ils sont en train d'arroser les petits
comiques, ça va saigner ! »
Les Tontons évoquent très régulièrement l'argent. Dans le film, le « grisbi » est
d'ailleurs bien le nerf de la guerre. Entre les « gaspillages » et les « coulages »,
les redevances astronomiques payées par les Volfoni qui ne rentrent plus, c'est
aussi en grande partie à cause de l'argent que la situation va dégénérer plus
encore qu'elle ne devrait, sur fond de querelles de successions.
Des hommes d'action
Antoine Delafoy : « ... défenseur de Puvis de Chavannes et de Reynaldo Hahn
»
Fernand Naudin : « Connaît pas »
Fernand Naudin et ses amis ne sont pas des intellectuels, c'est une évidence.
Antoine Delafoy ne voit d'ailleurs en Fernand Naudin qu'un « primate ». Celui-ci
ne connait d'ailleurs presque aucune des références évoquées par le brillant mais
trop bavard fiancé de Patricia : Borowski, Freud, Corelli, Puvis de Chavannes,
Reynaldo Hahn... Il est soit perdu soit il avoue de lui même « connait pas ».
Fernand Naudin : « Vous êtes des hommes d’action et je vous ai compris »
Oui, les Tontons sont des hommes d'action. Fernand Naudin le dit lui-même aux
associés de l'organisation lors du conseil d'administration : « vous êtes des
hommes d'action ». Dans les discussions entre tontons, il est d'ailleurs souvent
question de la nostalgie du passé. De culture, d'arts ou de politique, jamais.
Théo : « Y’a des impulsifs qui téléphonent, y’en a d’autres qui se déplacent. »
Fernand en personne incarne lui-même l'homme d'action. Entrepreneur de
profession, il n'hésite pas à se rendre lui même sur place lors du « meeting » à la
péniche, à conduire le camion de pastis clandestin de Théo, à collecter lui même
les loyers en retard des Volfoni ou encore à faire le coup de poing quelques
minutes avant le mariage de sa nièce dans la distillerie.
La nostalgie

Raoul Volfoni : « Tu sais pas ce qu’il me rappelle » ?


La nostalgie justement. Il en est beaucoup question dans la cuisine à mesure que
la bouteille de « bizarre » se vide. Les souvenirs de l'Indochine, de l'occupation,
des vieux amis, d'une taulière, d'un alambic... Après avoir expulsé les jeunes de
la surprise-partie, les compères se rappellent de quoi ils causaient : « de leur
jeunesse ». Comme pour se rappeler de leur propre jeunesse, surement moins
exemplaire que celle des amis de Patricia.
Raoul Volfoni : « Toute une époque... »
A l'évocation des souvenirs, ponctuée par cette phrase nostalgique de Raoul
Volfoni, c'est un peu le monde ancien qui s'éteint, celui des Tontons. L'Indochine
n'est plus une colonie française, les vieux amis qui faisaient des alcools « trois
étoiles à l'alambic » ou de la résistance (question de point de vue) ne sont plus de
ce monde, la taulière de Bien Hoa a définitivement fermé ses volets rouges
comme toutes les taulières de France depuis la loi Marthe-Richard, conduire des
chars Patton ou autres pour libérer la France, c'est du passé... L'ère nouvelle est à
la modernisation, à la mécanisation, à l'urbanisation, à l'américanisation. La
France provinciale et agricole de Fernand Naudin, son « Montauban », est sur le
déclin avec la poursuite de l'exode rural. Fini les camaraderies viriles dans les
tavernes. Les jeunes, hommes ou femmes se déhanchent ensemble sur des
rythmes yéyés en buvant des « eaux pétillantes » ou au mieux du whisky...
Pascal : « L’esprit fantassin n’existe plus… »
Tout se perd, même dans le combat au sol. Pascal pointe ici du doigt les planqués
dans les États-Majors et les hommes de troupes qui restent à l'abri dans leurs
véhicules blindés. L'heure n'est plus à l'héroïsme des grognards de Napoléon ou
des poilus de Verdun. La guerre moderne est une guerre où l'on reste au chaud,
assis confortablement dans sa voiture, même pour flinguer. « C'est un tort »
conclut-il cependant.
Fernand Naudin : « Les filles sortent du Lido, tiens ! Pareil qu'avant. Tu te
souviens ? C'est à c't'heure là qu'on emballait»
Autre grand moment de nostalgie au début du film, alors que le mexicain est
proche de la fin. On évoque les souvenirs de jeunesse, lorsque les deux compères
faisaient les quatre cents coups ensemble, « levant » au petit matin les filles du
Lido...
Faisant partie des sujets récurrents des polars, la nostalgie est donc omniprésente
dans Les Tontons flingueurs . On se souvient, on pleure le temps qui passe et on se
plaint de la décadence du « Milieu », des jeunes, de tout...
L'anti-modernité

Fernand Naudin : « Monsieur Delafoy, quand vous aurez terminé avec vos
instruments de ménage... » ?
Si l'oncle de Montauban et ses amis sont prompts à la nostalgie après quelques
verres de vitriol, ils sont nettement moins ouverts à la modernité. Lors de
l'arrivée de Fernand Naudin chez Antoine, pour retrouver sa nièce, il fait en effet
des réflexions sur l'œuvre d'Antoine (« instruments de ménage ») qui témoignent
d'une absence totale de compréhension de l'art moderne. Déjà que l'oncle de
province n'avait pas d'avis sur la question, le voilà à contempler de la
robinetterie et des balles de ping-pong censées interpréter la musique des «
sphères ». Ici, Audiard se moque à la fois des jeunes créateurs qui se prennent
pour des génies, mais aussi des personnages comme Fernand Naudin, totalement
hermétiques à la culture moderne.
Antoine Delafoy : « Adolphe-Amédée témoigne en matière d'art de perversion
assez voisine des vôtres. »
Le propre père d'Antoine Delafoy, le « Président », ne semble d'ailleurs rien y
comprendre non plus à la modernité. Pétri de culture classique, et issu d'un autre
milieu que Monsieur Fernand, ses références en matière d'art (Puvis de
Chavannes, Reynaldo Hahn) ne rencontrent pas plus d'échos ou de
compréhension chez son fils, qui se moque volontiers des références
complètements dépassées d'Adolphe-Amédée.
Ce conflit entre les anciens et des modernes met en scène le père et le fils
Delafoy d'une part, mais aussi Patricia et son oncle de l'autre, ce dernier ne
semblant guère goûter aux arts de l'époque : le twist, la musique yéyé et les
romans de Françoise Sagan.
Conservatisme social

Fernand Naudin : « Et puis je reconnais que c'est jamais bon de laisser


dormir les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver. »
Fernand Naudin, comme c'était le cas avant avec Louis, l'ancien patron,
n'incarne pas vraiment le progressisme en matière sociale. Entrepreneur à
Montauban, il a l'habitude de traiter avec les contremaitres et les ouvriers en chef
d'entreprise. Promu nouveau « taulier » de l'organisation, il n'a pas du tout
l'intention de changer ses méthodes de « management », et fait clairement la
distinction entre le patron et les autres, qualifiés péjorativement de « petit
personnel ».
Fernand Naudin : « Seulement tort ou pas tort, maintenant, c'est moi le
patron. »
Il l'affirme d'ailleurs aux Volfoni juste après la passation de pouvoir : « c'est moi
le patron ». Un moyen d'affirmer avec fermeté son autorité, et de fermer la porte
à toutes contestations quant à sa légitimité en tant que nouveau patron. Direction
collégiale, autogestion, avec Fernand Naudin aux commandes, c'est hors de
question.
Madame Mado : « Quand tu parlais augmentations ou vacances, il sortait son
flingue... »
Chez les truands, l'autre ennemi après les revendications sociales, c'est le
salariat. Ces affranchis ne vivent pas ainsi dans la clandestinité et n'ont pas
renoncé à un boulot « pépère » pour singer les pratiques du salariat. Ils incarnent
une certaine liberté, celle de ne pas dépendre de l'État ni d'un patron. Ce n'est
donc pas pour mettre en place une organisation, des fiches de salaires, négocier
des augmentations ou le nombre de semaines de congés payés. On peut d'ailleurs
noter que si Fernand Naudin s'est rangé des « affaires » pour travailler dans «
l'honnête », il n'est pas pour autant allé pointer à l'usine. Il a lancé sa propre
affaire de motoculture, dont il est le patron, et qu'il gère d'une main de fer.
La tradition

Antoine Delafoy : « le plus respectueux […] ami de Patricia »


[...]
Antoine Delafoy : « s’embrasser par téléphone deux fois par jour, c’est bien
mignon, mais je suis un homme moi tu comprends ? »
Avec la famille Delafoy père et fils, c'est la tradition qui semble prendre le
dessus à la fin du film. Tout d'abord, avec l'attitude d'Antoine. Il se qualifie lui
même de « plus respectueux ami de Patricia ». Pendant la surprise-partie, il
avoue même une certaine frustration : « s'embrasser par téléphone deux fois par
jour... ». Ce qui nous laisse entendre qu'Antoine n'a pas encore « consommé » sa
liaison avec Patricia. Il s'inscrit donc étonnamment dans la tradition familiale et
catholique, lui qui semblait pourtant rejeter la bourgeoisie à l'esprit étriqué. Mais
il semble ne pas vouloir compromettre son futur mariage avec Patricia (qui a
quand même connu « les fonts baptismaux »). Oui mais voilà, il est plus âgé
qu'elle, et « c'est une homme ». C'est pourquoi il souhaite faire sa demande en
mariage le plus rapidement possible.
Adolphe-Amédée Delafoy : « Et bien, Monsieur, j'ai l'honneur de vous
demander la main de votre nièce Patricia pour mon fils Antoine. »
Voilà une demande en mariage qui se fait dans les règles de l'art de la grande
bourgeoisie française et catholique, puisque c'est le père d'Antoine en personne,
le « Président Delafoy », qui vient faire la demande pour son fils. Pratique qui
déjà, à l'époque, n'avait plus cours que dans les grandes familles de la
bourgeoisie et de l'aristocratie.
Maitre Folace : « Avant d'échouer devant l'argenterie, l'ami Jean avait
fracturé la commode Louis XV... »
Jusque dans l'ameublement et la décoration, la tradition semble être bien
respectée dans le monde des Tontons. Le récit de Maitre Folace nous informe
que le mexicain ne s'est pas meublé chez le premier marchand de meubles du
coin, mais dans le style Louis XV. Et pas seulement pour cette commode Louis
XV, jadis fracturée par Jean. L'échange très tendu qui oppose Fernand Naudin à
Antoine Delafoy dans le salon nous apprend que les fauteuils sont aussi du Louis
XV (au pire du Louis XVI). Quant à la décoration, Louis est allé « chiner » chez
les meilleurs antiquaires : une horloge Ferdinand Berthoud, l'horloger de Louis
XVI en personne...
Fernand Naudin : « ... Et puis quant aux diverses affaires constituant la dot de
notre petite Patricia; votre cher papa a accepté de les prendre en charge. »
La question de la dot de la mariée a visiblement été évoquée entre Fernand
Naudin et le père d'Antoine Delafoy. Voilà bien une pratique ancrée dans la
tradition et qui posait problème lors des mariages. Si cette pratique n'avait plus
court depuis déjà bien longtemps au moment du tournage du film, elle semble
pourtant avoir constitué un sujet de discussion important entre les deux familles.
Même si, en récupérant les « diverses affaires » du mexicain (distillerie
clandestine, tripots dans une ferme et sur une péniche, clandé...), la famille
Delafoy risque surtout de s'asseoir sur une planche pourrie... Patricia est en tout
cas placée par l'oncle Fernand sous la protection d'Antoine et de sa famille en
échange d'une dot, même douteuse, dans la plus pure tradition ancestrale. Encore
une fois, la condition féminine n'est pas franchement des plus progressistes dans
ce film, Patricia étant l'objet d'une transaction, mais Fernand Naudin est trop
content de retrouver enfin ses tracteurs à Montauban.
Adolphe-Amédée Delafoy : « Rien ne vaut ces vieilles demeures de familles,
ces greniers… »
Ce curieux personnage, Adolphe-Amédée Delafoy, semble d'ailleurs tout droit
sorti d'une grande lignée aristocratique. Faut-il d'ailleurs écrire son nom «
Delafoy » ou « De la Foy » ? Antoine ne déclare-t-il pas que plusieurs membres
de sa famille ont servi lors des guerres coloniales ? Comme beaucoup
d'aristocrates qui embrassaient la carrière des armes, dans la tradition du « prix
du sang versée » par la noblesse. Monsieur Delafoy a d'ailleurs confié avoir
grandi dans « ces vieilles demeures » de familles, et pratiquer le « hockey sur
gazon », pas forcément un sport très pratiqué dans la « zone » à Bagneux. Enfin,
l'étrange passion de ce Vice-président du FMI pour les montres marines de
Ferdinand Berthoud n'est pas non plus un « hobby » à la portée de tout le monde.
La religion

Louis le mexicain : « Mais je m'en fous du ciel ... J'y serai un petit homme »
Chez les Tontons, question religion, on est croyant. Peut-être un peu moins
pratiquant, ou alors une pratique un peu particulière... Dans les échanges entre
Fernand et Louis au début du film, on comprend d'ailleurs que le mexicain croit
au ciel, et admet lui-même qu'il y sera peu de chose par rapport à Dieu.
Louis le mexicain : « Je l'avais faite élever chez les sœurs »
Mais sa piété ne s'arrête pas là, car il a voulu le meilleur pour sa petite fille. Il a
donc confié son éducation à des religieuses, dans des pensions tenues par des
sœurs. La dissertation de Patricia, qui lui vaut « seulement » la note de 16 sur 20
ne portait-elle d'ailleurs pas sur l'existence de Dieu, débattue à grand renfort de
Bossuet et de Pascal ?
Maitre Folace : « c'est moi qui l'ai tenue sur les fonts baptismaux »
La jeune fille a bien évidemment été baptisée. Maitre Folace en sait
quelquechose, puisqu'il est lui-même le parrain de la jeune fille.
Les autres Tontons ne sont pas en reste. On peut noter leur recueillement très
solennel lors de la cérémonie à l'Eglise, dans la toute dernière séquence du film,
agenouillés sur leurs prie-Dieu, l'air grave, attentif, Paul Volfoni se prenant
même la tête dans la main, sans doute pour réciter quelques prières à l'intention
des jeunes mariés.
Tout le monde est là, même Pascal et son cousin Bastien qui viennent d'éliminer
Théo en plastiquant sa voiture à la sortie. En rentrant dans l'église, ils prennent
même le temps de prendre de l'eau bénite dans la main pour faire le signe de
croix.
Fernand Naudin : « ... les histoires de famille, ça, c'est comme une croyance,
ça force le respect. »
Fernand Naudin lui-même, dont on ignore le rapport à la religion, admet que les
croyances, au même titre que les histoires de famille, il respecte profondément.
La famille

Raoul Volfoni : « ... mais mon frère et moi, c'est pas notre genre... »
Après la religion, la famille justement pour finir. L'univers des Tontons flingueurs
, c'est en effet une grande famille. A part Fernand Naudin, dont on ne sait rien à
ce sujet, la plupart des autres personnages évoquent à un moment donné leur
famille.
Raoul et Paul Volfoni travaillent ainsi en famille et sont associés (à 50%) dans
toutes les affaires de tripots clandestins.
Pascal : « ... j'habite chez ma mère. »
Pascal, la première gâchette qui n'hésite jamais à sortir son arme, informe de
façon presque touchante qu'il habite chez sa mère. Un « Tanguy » qui pose son
Beretta sur sa table de nuit, ce n'est pas forcément très courant. Il semble
d'ailleurs posséder toutes les qualités d'un bon fils, très prévenant et sans histoire
(« chez nous c'est la règle, santé, sobriété »).
Pascal : « Bastien, c'est le fils de la sœur de mon père, comme qui dirait, un
cousin direct »
Ce même Pascal qui discute d'ailleurs des nouvelles de la famille avec Bastien,
le porte flingue des Volfoni. Nous apprenons par la suite que Bastien n'est autre
que son cousin germain.
Patricia : « Ça ne vous ennuie pas que je vous appelle tonton ? »
Patricia n'a plus ses parents, mais semble vouer un culte et une grande
admiration à son oncle, même si elle lui cause bien des soucis. L'oncle Fernand
semble d'ailleurs peu à son aise dans son nouveau rôle de tonton/tuteur, ne
sachant pas, par exemple, s'il doit embrasser sa nièce lors de leur rencontre. « Ça
se fait » doit-elle lui dire.
Antoine : « Papa, Adolphe-Amédée Delafoy, dit « Le président »
Enfin, nous faisons connaissance lors de la demande en mariage avec le père
d'Antoine, Adolphe-Amédée. Si beaucoup de choses les séparent, notamment
leur conception de l'art, il n'en résulte pas moins qu'ils sont liés par un certain
goût pour la tradition et un certain élitisme.
Fernand Naudin : « Dehors et les familles françaises, ça se respecte monsieur
»
D'ailleurs, Fernand Naudin, alors qu'il chasse Antoine sans ménagement de la
surprise-partie, ne se fait-il pas le porte parole et grand défenseur des valeurs
familiales, exigeant le « respect » pour les familles françaises !
Anecdotes sur les acteurs
Lino Ventura (alias Fernand Naudin)

Avant de faire l'immense carrière que l'on connait au cinéma, Lino Ventura
s'initie d'abord à la lutte gréco-romaine avant d'entamer une grande carrière de
catcheur après la guerre. Il fut même sacré Champion d'Europe des poids
moyens en février 1950. Connu sous le nom de Lino Borrini alias « la fusée
italienne », il a toujours conservé sa nationalité de naissance, la nationalité
italienne.
Lino Ventura est victime d'une double fracture à la jambe droite en mars 1950,
un mois seulement après son sacre européen, lors d'un combat au cirque d'hiver à
Paris. Sa carrière sportive terminée, il se reconvertit un temps comme
organisateur de combats de catch, étant lui-même responsable d'une « écurie » de
catcheurs.
Il est finalement approché par le réalisateur Jacques Becker pour donner la
réplique à Jean Gabin dans Touchez pas au grisbi en 1954. Le film fonctionne,
relançant la carrière de Jean Gabin et lançant par la même occasion celle de Lino
Ventura. Avec l'immense succès du Gorille vous salue bien en 1957, l'acteur
italien devient rapidement une des têtes d'affiche du cinéma français.
Francis Blanche (alias Maitre Folace)

Auteur, acteur, chanteur, humoriste, Francis Blanche avait tous les talents. Mais
ne vous fiez pas trop à sa réputation et à son allure potache, car il est aussi connu
pour avoir été le plus jeune bachelier de France, à l’âge de 14 ans seulement.
Dans les années 1940 et 1950, Francis Blanche fait partie de la célèbre troupe
des Branquignols dirigée par Robert Dhéry et Colette Brosset. Cette compagnie,
spécialiste de l'absurde et de la dérision et dont les spectacles étaient
généralement prétexte à un enchainement de gags loufoques, faisait aussi
scandale avec ses filles nues sur scène. La troupe aux multiples talents lancera la
carrière de beaucoup des grands noms de la comédie d'après guerre, au cinéma
comme au théâtre. Outre Francis Blanche, on y trouvait Jean Lefebvre (un autre
Tonton), Louis de Funès, Michel Serrault, Jacqueline Maillan, Jean Carmet....
Grande figure du music-hall, Francis Blanche excellait dans ses nombreux
sketches joués en duo avec son grand partenaire Pierre Dac, voix de Radio
Londres pendant la guerre, et grand artiste de l'après guerre, créateur notamment
du journal humoriste, L'os à moelle .
Francis Blanche officiera successivement sur Paris Inter (aujourd'hui France
Inter) puis sur Europe 1 pour des feuilletons radiophoniques comme le
célébrissime Signé Furax ou ses irrésistibles canulars téléphoniques.
Auteur de centaines de poèmes et de chansons, il tient étonnamment des rôles
classiques au théâtre (comme Tartuffe ) et même dans une opérette ( Le chevalier
du ciel ) avec Luis Mariano !
Bernard Blier (alias Raoul Volfoni)

Bernard Blier n'est pas seulement une « gueule » du cinéma, celle du français
moyen qui attire à lui tous les bourre-pifs. L'acteur a en effet débuté au
conservatoire sous la direction de Louis Jouvet. Avant les Tontons, Blier a déjà
tourné pour Marcel Carné en 1938 dans Hôtel du Nord , et avec Jean Gabin dans
Le jour se lève en 1939.
Prisonnier de guerre après la défaite de juin 1940, il perd une trentaine de kilos,
ce qui lui permet de tenir enfin des rôles de jeunes premiers et de séducteurs.
Plutôt inattendu pour cet acteur qui n'était pas connu sur ce registre. Après la
guerre, il retrouve ses kilos et ses rôles plus habituels, interprétant régulièrement
des maris cocus. Il déclara lui-même avoir été « le plus grand cocu de l'histoire
du cinéma français ». Fait assez méconnu, si l'acteur est le partenaire régulier de
Jean Gabin, Louis de Funès ou encore Pierre Richard en France, il mène en
parallèle une grande carrière comme second rôle en Italie.
Blier devient à partir des années 1960 l'acteur fétiche d'Audiard. Il affirmait
d'ailleurs que le dialoguiste était un voleur, et qu'il lui piquait ses propres mots
pour les mettre dans ses films. Nous avons donc enfin trouvé la vraie source
d'inspiration de Michel Audiard !
Jean Lefebvre (alias Paul Volfoni)

Elève au conservatoire de Paris, il rejoint la troupe des Branquignols dans les


années 1950, en compagnie notamment de Francis Blanche. Sa carrière
cinématographique s'inscrira toujours dans la comédie et le burlesque, incarnant
le gentil franchouillard pas très malin. Autre acteur fétiche d'Audiard avec Blier,
il joue les seconds rôles dans Le Gentleman d'Epsom , Quand passent les faisans
Ne nous fâchons pas . Il tiendra même un premier rôle avec le rôle titre du film
Un idiot à Paris .
Si Jean Lefebvre tourne avec les plus grands acteurs de son époque (Gabin, de
Funès, Ventura, Meurisse, Belmondo et Blier) et les grands cinéastes (Lautner,
Robert, Molinaro, de Broca, Grangier...) il incarne pour l'éternité le second rôle
un peu stupide et martyrisé dans Le Gendarme de Saint-Tropez et dans La
Septième compagnie .
Très français moyen à l'écran, il l'était un peu moins dans la vie. Flambeur, criblé
de dettes de jeu, il aurait été le « cave » idéal pour le « clapier » de Tomate ou la
péniche des Volfoni. Enfin, pour ne rien arranger, il se maria quatre fois.
Robert Dalban (alias Jean)

Robert Dalban reste l’un des plus grands seconds rôles du cinéma français du
XXème siècle. Dans les années 20, il débuta comme comique troupier, puis en
accompagnant la grande actrice Sarah Bernhardt en tournée aux Etats-Unis dans
un numéro de music hall. Apparaissant dans les revues et les opérettes, sa
carrière au cinéma démarre à partir des années 1940.
En 1950, Robert Dalban est même sélectionné par la Metro Goldwyn Meyer
pour faire la voix de Clark Gabble dans la mythique superproduction, Autant en
emporte le vent .
Il était surnommé parait-il « Big pencil » car son « engin » impressionnait ses
camarades de douche.
Jacques Dumesnil (alias Louis le mexicain)

Avec Les Tontons flingueurs , Jacques Dumesnil signe son dernier rôle au cinéma.
Ouf ! Il aurait été dommage pour lui de ne pas en être. Après les Tontons, il se
consacrera exclusivement au théâtre et à la télévision.
Cet acteur, qui a partagé sa carrière entre le théâtre et le cinéma, était à la base
ingénieur mécanicien et dessinateur industriel, métier qu'il abandonne
rapidement pour le théâtre.
Ancien sociétaire de la Comédie Française, il est aussi la voix française de
Charlie Chaplin dans Monsieur Verdoux et Un roi à New-York .
Horst Frank (alias Théo)
L’inquiétant acteur allemand Horst Frank est surtout connu outre-rhin pour avoir
crée et joué dans la série Airport unité spéciale .
Sabine Sinjen (alias Patricia)

Actrice allemande imposée par la coproduction, au grand dam de Michel


Audiard qui rêvait d'une actrice parisienne gouailleuse de la trempe d'Arletty,
Sabine Sinjen incarne néanmoins la jeune fille de bonne famille et colle au
personnage.
Elle fera une carrière importante en Allemagne en jouant essentiellement pour le
théâtre et la télévision.
Venantino Venantini (alias Pascal)

Etudiant en art, destiné à une carrière de peintre, Venantino Venantini quitte


l'Italie pour l'école des beaux-arts à Paris. Un temps mannequin, il accepte de
faire de la figuration au cinéma pour financer ses études, notamment dans Ben-
Hur .
La rencontre en 1963 avec Georges Lautner le fait basculer définitivement,
incarnant le rôle de Pascal dans les Tontons. Acteur proche du cinéaste,
Venantini tourne avec Lautner dans Des pissenlits par la racine , La Grande
Sauterelle , Il était une fois un flic , Laisse aller, c'est une Valse et Flic ou Voyou . Il
donne également la réplique à Louis de Funès dans Le Corniaud , Le Grand
Restaurant et La Folie des grandeurs .
Venantino Venantini mène en parallèle une carrière en Italie (comme Bernard
Blier) et tourne des westerns, des péplums ou encore des films de guerre. Sa
carrière connaissant un creux dans les années 1970. Il s'essaie même au genre
érotique avec la série des films Emmanuelle .
Fin 2015, Venantino Venantini est encore à l'affiche dans deux films : Un plus
une de Claude Lelouch et La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc.
Claude Rich (alias Antoine Delafoy)

Claude Rich tient une place un peu à part dans l'univers des Tontons. Pour ce
jeune premier, sorti du Conservatoire national supérieur d'art dramatique et
acteur de théâtre de formation, jouer du Michel Audiard avec des « gueules »
comme Lino Ventura, Francis Blanche et Bernard Blier n'est pas chose facile.
D'autant que l'acteur lorgnait plutôt sur le rôle de Pascal, la première gâchette,
tenu par Venantino Venantini.
Au théâtre, le comédien est habitué à jouer Shakespeare, Hugo, Courteline ou
Sagan, il entame pourtant une carrière au cinéma dès 1955 avec Les Grandes
Manœuvres de René Clair. Il tournera par la suite avec Louis de Funès dans Oscar
et dans Paris brûle-t-il de René Clément où il incarne le général Leclerc. Il
tournera au cours de sa carrière pour les plus grands cinéastes, notamment Jean
Renoir, Alain Resnais ( Je t'aime, Je t'aime ) et François Truffaut. Il travaillera
même à nouveau pour Michel Audiard devenu réalisateur, dans Une veuve en or .
Plus récemment, il tient le rôle du druide Panoramix dans Astérix & Obélix :
mission Cléopatre d'Alain Chabat, sorti en 2002.
Pierre Bertin (alias Adolphe Amédée Delafoy)

Sociétaire de la Comédie-Française à partir de 1931, ce grand ami du


compositeur Erik Satie a mené de front une carrière au théâtre et au cinéma. Il
apparait notamment dans La Grande Vadrouille où il joue le rôle du grand père de
Juliette qui tient le Guignol des Champs-Elysées.
Mac Ronay (alias Bastien)

Ce nom ne vous dit peut être pas grand chose, mais Mac Ronay était une vedette
internationale, probablement l'acteur le plus connu du casting du film à travers le
monde. Dans les années 1960, Mac Ronay était en effet surtout connu pour ses
numéros de magicien comique, ratant tous ses tours. Une sorte de Garcimore,
même si ce dernier finissait quand même par les réussir.
Célèbre pour ses numéros de music-hall, comme celui de dresseur de puces, il fit
quelques apparitions au cinéma outre Les Tontons flingueurs , notamment dans
L'Aile ou la Cuisse .
Paul Mercey (alias Henri)

Paul Mercey se fait connaitre à partir des années 1950. Il est notamment le
partenaire de Jean Yanne dans la plupart de ses sketchs, ainsi que dans ses films.
Fidèle second rôle du cinéma d'Audiard, il apparait dans Les Vieux de la vieille de
Gilles Grangier en 1960, dans Un singe en hiver d'Henri Verneuil en 1962 ou
encore dans Mélodie en sous sol du même Henri Verneuil en 1963.
Mais c'est pour quelques apparitions célèbres qu'il reste dans la mémoire des
cinéphiles. Dans Mais où est passé la septième compagnie de Robert Lamoureux,
il tient ainsi le rôle d'un boulanger. Paul Mercey tournera à nouveau avec
Lamoureux dans le deuxième volet de la trilogie, On a retrouvé la septième
compagnie , campant cette fois un réparateur de roue de moulin . Il joue également
un curé qui fait des grimaces avec Louis de Funès dans Le Gendarme en Balade
de Jean Girault. Il est enfin le moustachu des bains turcs dans La Grande
Vadrouille de Jean Girault, intrigué par le manège de Louis de Funès et Bourvil à
la recherche de « Big moustache ».
La grande vadrouille , les Tontons flingueurs , les gendarmes ... Paul Mercey est
finalement au casting de la plupart des grands succès populaires des années 1960
et 1970.
Dominique Davray (alias madame Mado)

De son vrai nom Marie-Louise Gournay, Dominique Davray a souvent joué les
rôles de mères maquerelles à l'écran, notamment dans Les Bons vivants , réalisé
en 1965 par Georges Lautner et Gilles Grangier. Pour le scénario et les dialogues
du film, à nouveau la paire Simonin-Audiard. Elle y incarne, au côté de Bernard
Blier, la tenancière d'une maison close frappée par la loi Marthe-Richard et dont
l'établissement doit fermer, au grand déchirement de tout le monde :
pensionnaires, clients...
Mais c'est en 1952 que l'actrice est révélée à l'écran dans le film de Jacques
Becker , Casque d'or , où elle joue aux côtés de Simone Signoret. C'est encore
sous la direction de Jacques Becker qu'on la remarque en 1954 dans Touchez pas
au grisbi , le premier volet de la trilogie Max-le-menteur de Simonin. En 1963, la
même année que les Tontons, elle joue aussi dans Mélodie en sous-sol , réalisé par
Henri Verneuil, sur des dialogues de Michel Audiard.
L'actrice également a souvent tourné avec Louis de Funès, incarnant sa femme
(dans Le Tatoué de Denys de la Patellière), la tenancière d'un café (dans Les
Grandes Vacances de Jean Girault) ou une religieuse (dans Le Gendarme en
Balade de Jean Girault)
Charles Regnier (alias Tomate)
Cet acteur allemand, comme son nom ne l'indique pas, était doublé dans son rôle
de « Tomate ». Sa carrière se partage par la suite entre la France et l'Allemagne.
En France, il apparait à nouveau aux côtés de Lino Ventura dans Avec la peau des
autres de Jacques Deray en 1966. Il joue aussi le rôle de Conan Bécher, le moine
inquisiteur qui accuse Joffrey de Peyrac de sorcellerie dans Angélique Marquise
des anges . En Allemagne, Charles Regnier tourne notamment avec le grand
cinéaste suédois Ingmar Bergman dans L'Œuf du serpent en 1977.
Henri Cogan (alias Freddy)

Pendant la guerre, Henri Cogan s'engage dans la 2ème Division Blindée du


général Leclerc. Il participera à toutes les campagnes de la division, depuis le
Serment de Koufra jusqu'au nid d'aigle d'Hitler, à Berchtesgaden, en passant par
la libération de Paris et de Strasbourg. Dans la 2ème DB, Cogan côtoie d'ailleurs
une vedette du cinéma, un certain Jean Moncorgé alias... Jean Gabin de son nom
de scène. Il s'initie aussi à la savate, à la lutte gréco-romaine, à la conduite de
jeep et aux cascades.
De retour à la vie civile à la fin de la guerre, il mène en parallèle une carrière de
catcheur et d'acteur, faisant quelques apparitions au cinéma à partir de 1947 dans
des rôles de cascadeur. Au mois de mars 1950, il combat contre un certain Lino
Borrini, alias... Lino Ventura. Cogan va involontairement fracturer la jambe de
Lino, mettant brusquement un terme à sa carrière. Dans Les Tontons flingueurs ,
Lino tiendra sa revanche, expédiant à Cogan un coup de poing à la mâchoire lors
de leur bagarre à la distillerie.
Ami de Georges Lautner, Cogan tournera à nouveau avec le réalisateur,
notamment dans L'Œil du Monocle , Les Barbouzes , Fleur d'oseille ou encore Le
Pacha ...
Les Tontons et nous
En mars 2015, l’institut de sondage BVA a publié une enquête sur les français et
le cinéma. Les Tontons y figurent évidemment en bonne place. A la question «
quels sont vos films préférés ? », les français ont placé en tête La grande
vadrouille , sorti en 1966 avec Bourvil et Louis de Funès. En deuxième position,
Intouchables avec Omar Sy et François Cluzet, sur les écrans en 2011. Vient
ensuite en troisième position Le vieux fusil sorti en 1975 avec un Philippe Noiret
qui restera à jamais associé à ce film. Et Les Tontons flingueurs arrivent juste
derrière, en quatrième position !
Mais le plus intéressant réside sans doute dans les résultats détaillés de
l’enquête. Pour les hommes interrogés, le film préféré reste La grande vadrouille
et en deuxième position, Les Tontons flingueurs , alors que le film préféré des
femmes est Intouchables . Les Tontons flingueurs ne figurant pas dans le top 5
féminin.
Si on regarde maintenant par âge, les Tontons ne figurent pas dans le top 5 des
18-34 ans (film préféré : Les Bronzés font du ski ), alors qu’il arrive en troisième
position chez les 35-64 ans (film préféré : La grande vadrouille ), et quatrième
chez les plus de 65 ans (film préféré : Le vieux fusil ).
Enfin, si on prend les résultats par zone géographique, l’Est de la France
plébiscite en premier La grande vadrouille , l’ouest préfère Intouchables , tandis
que l’Ile de France couronne… Les Tontons flingueurs ! Mais oui !
Concernant maintenant les acteurs préférés des français, c’est Louis de Funès qui
l’emporte d’une courte tête devant… Lino Ventura. Du côté des réalisateurs, Luc
Besson est plébiscité par les français, juste devant Gérard Oury. Georges
Lautner, le réalisateur des Tontons ne figure qu’à la 15 ème place.
Ces résultats sont finalement assez logiques. Un film très masculin, avec très peu
d’actrices, et dont l’action se situe dans les années 1960 en région parisienne
(malgré un hommage appuyé à Montauban) est forcément davantage plébiscité
par un public masculin, francilien et âgé de plus de 35 ans. Cependant, le film
fait paradoxalement un score légèrement meilleur chez les 35-64 ans que chez
les plus de 65 ans. Et son bon classement général prouve que les Tontons
continuent encore à fédérer et à faire rire les plus jeunes.
La carrière internationale des Tontons
Comme Patricia si elle avait accepté la proposition de Raoul Volfoni, le film
connait une carrière internationale. Coproduction oblige, si le film sort dans les
salles parisiennes le 27 novembre 1963, il était déjà à l'écran depuis le 4 octobre
en Allemagne de l'Ouest. Il sort aussi fin 1963 en Italie, également coproductrice
du film. En avril 1964, il est présenté en Argentine, puis en Suède en juillet
1964. En juin 1965, le film est même exporté en Grande-Bretagne.
Selon les pays, le titre du film a beaucoup varié. En Allemagne de l'Ouest, Les
Tontons flingueurs sortent par exemple sous le nom de Mein Onkel, der Gangster
en Italie (l'autre partenaire), ce sera In famiglia si spara , en Espagne Gangster a
la fuerza , en Angleterre Crooks in Clover et aux Etats Unis Monsieur Gangster .
Remerciements
Mes remerciements à Laure pour sa relecture patiente et attentive et pour ses
précieux conseils.
Un grand merci également à Jean-Jacques et à Nicole pour leurs corrections.
Merci à tous les contributeurs des sites Wikimedia commons et Flickr pour leurs
publications d’images libres de droits.
Et enfin, merci à tous les internautes fans des Tontons qui continuent de faire
vivre les dialogues magiques de Michel Audiard sur le web.
Bibliographie
Films cités
Scarface, Howard Hawks, 1932
Hôtel du Nord, Marcel Carné, 1938
Le jour se lève, Marcel Carné, 1939
Autant en emporte le vent, Victor Fleming, 1939
Monsieur Verdoux, Charlie Chaplin, 1947
Key Largo, Warner Bros Pictures , John Huston , 1948
Mission à Tanger, Production Artistique et Cinématographique , André
Hunebelle, 1949
Méfiez vous des blondes, Production Artistique et Cinématographique, Pathé,
André Hunebelle, 1950
Le trésor de Cantenac, BMP Films, Sacha Guitry, 1950
Mollo sur la joncaille, Julliard, Ange Bastiani, 1951
Le Passe Muraille, Cité Films, Silver Films et Fidès, Jean Boyer, 1951
Casque d'or, Jacques Becker, 1952
Les Trois Mousquetaires, Production Artistique et Cinématographique, Pathé,
André Hunebelle, 1953
Poisson d’avril, Victory et Intermondia Films, Gilles Grangier, 1954
Touchez pas au grisbi, Del Duca films et Antarès films, Jacques Becker, 1954
Gas-oil, Intermondia Films, Gilles Grangier, 1955
Les chiffonniers d'Emmaüs, Robert Darène, 1955
Les Grandes Manœuvres, René Clair, 1955
Courte tête, Intermondia Films, Norbert Carbonnaux, 1956
Le Feu aux poudres, Abbey, Gallus, Galliera, Jolly, SLPF et SGGC, Henri
Decoin, 1957
Un roi à New-York, Charlie Chaplin, 1957
Maigret tend un piège, Jolly Films et Intermondia Films, Jean Delannoy, 1958
La môme aux boutons, Alphonse Gimeno, Georges Lautner, 1958
Le Beau Serge, Ajym Films , Coopérative Générale du Cinéma Français , Claude
Chabrol, 1958
Les Grandes Familles, Filmsonor et Intermondia Films, Denys de La Patellière,
1958
Le Gorille vous salue bien, Bernard Borderie, 1958
Archimède le Clochard, Filmsonor et Intermondia Films, Gilles Grangier, 1959
Maigret et l'affaire du saint fiacre, Filmsonor, Intermondia Films et Cinétel,
Jean Delannoy, 1959
Les quatre cents coups, Les Films du Carrosse et la SEDIF, François Truffaut,
1959
Ben-Hur, William Wyler, 1959
Les vieux de la vieilles, Cité Films et Cinetel, Gilles Grangier, 1960
A bout de souffle, SNC, Imperia Films et Georges de Beauregard, Jean-Luc
Godard, 1960
Le Baron de l'écluse, Filmsonor, Intermondia Films et Cinetel, Jean Delannoy,
1960
Le cave se rebiffe, Cité Film et Compagnia Cinematografica Mondiale, Gilles
Grangier, 1961
Le monocle noir, American International Pictures et Orex fils, Georges Lautner,
1961
Le président, Cité Films, Silver Films, Fidès, et Gesi, Henri Verneuil, 1961
Un singe en Hiver, Cipra et Cité Films, Henri Verneuil, 1962
Le gentleman d'Epsom, Cité Films et Compagnia Cinematografica Mondiale,
Gilles Grangier, 1962
L'œil du monocle, les films borderie et Orex films, Georges Lautner, 1962
L'homme qui tua Liberty Valence, John Ford, 1962
Carambolages, Gaumont, Marcel Bluwal, 1963
Les Tontons flingueurs, Gaumont, Georges Lautner, 1963
Mélodie en sous sol, Cipra Films, Cité Films, CCM Films, MGM, Henri
Verneuil, 1963
Maigret voit rouge, Les Films Copernic et Titanus Films, Gilles Grangier, 1963
Les Barbouzes, Gaumont, Georges Lautner, 1964
Le monocle rit jaune, les films Marceau-Cocinor et Laetitia film, Georges
Lautner, 1964
Des pissenlits par la racine, Ardennes Films, Transiter Films et Cocinor,
Georges Lautner, 1964
Le gendarme de Saint-Tropez, Jean Girault, 1964
Angélique, Marquise des anges, Bernard Borderie, 1964
Les Bons vivants, ansier Films, Les Films Corona et Sabcro, Gilles Grangier et
Georges Lautner, 1965
Le Corniaud, Gérard Oury, 1965
Ne nous fâchons pas, Gaumont, Georges Lautner, 1966
Le Grand Restaurant, Jacques Besnard, 1966
Paris brûle-t-il ?, René Clément, 1966
La Grande Vadrouille, Gérard Oury, 1966
Avec la peau des autres, Jacques Deray, 1966
Oscar, Edouard Molinaro, 1967
Un idiot à Paris, Gaumont, Serge Korber, 1967
La Grande Sauterelle, Georges Lautner, 1967
Les Grandes Vacances, Jean Girault, 1967
Le Pacha, Cafer, Gaumont et Rizzoli Films, Georges Lautner, 1968
Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, Michel
Audiard, 1968
Je t'aime, je t'aime, Alain Resnais, 1968
Le Tatoué, Denys de La Patellière, 1968
Une veuve en or, Michel Audiard, 1969
Sur la route de Salina, Fono Roma, Corona, Selenia et Transinter, Georges
Lautner, 1970
Borsalino, Paramount Pictures, Jacques Deray, 1970
Le Gendarme en balade, Jean Girault, 1970
Laisse aller, c'est une valse, Gaumont, Georges Lautner, 1971
Le chagrin et la pitié, Marcel Ophüls, 1971
La Folie des grandeurs, Gérard Oury, 1971
Il était une fois un flic, Georges Lautner, 1972
Mais où est donc passée la septième compagnie ?, Robert Lamoureux, 1973
On a retrouvé la septième compagnie, Robert Lamoureux, 1975
L'Aile ou la Cuisse, Claude Zidi, 1976
L'Œuf du serpent, Ingmar Bergman, 1977
Flic ou voyou, Cerito Films et Gaumont, Georges Lautner, 1979
Le Guignolo, Cerito Films et Gaumont, Georges Lautner, 1980
Le professionnel, Cerito Films et Les Films Ariane, Georges Lautner, 1981
Monsieur Hire, Patrick Leconte, 1989
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Alain Chabat, 2002
Jean-Philippe, Laurent Tuel, 2006
Livres cités
Les Perses, Eschyle, 472 av. J-C
La Poétique, Aristote, 335 av. J-C
Vies parallèles des hommes illustres, Plutarque, 110-115
La Célestine, Fernando de Rojas, 1499
Polyeucte , Pierre Corneille, 1641
La Thébaïde, Jean Racine, 1664
L'Avare, Molière, 1668
Pensées, Blaise Pascal, 1669
Bérénice, Jean Racine, 1670
Tite et Bérénice, Pierre Corneille, 1670
Phèdre, Jean Racine, 1677
Le Siècle de Louis le Grand, Charles Perrault, 1687
Les Caractères, Jean de La Bruyère, 1688
Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, Jacques-Bénigne Bossuet,
1741
L'Adieu, Honoré de Balzac, 1830
Premier amour, Ivan Tourgueniev, 1860
L'ami Fritz, Erckmann-Chatrian , 1864
Crime et châtiment, Féodor Dostoïevski , 1866
Poèmes saturniens, Paul Verlaine, 1866
Guerre et Paix, Léon Tolstoï, 1865-1869
Anna Karénine, Léon Tolstoï, 1877
La Mouette, Anton Tchekhov, 1896
Paris, Emile Zola, 1897-1898
Le Feu, Flammarion, Henri Barbusse, 1916
Les croix de bois, Albin Michel, Roland Dorgelès, 1919
Monsieur Prudhomme a-t-il vécu ? , Sacha Guitry, 1931
Voyage au bout de la nuit, Denoël, Louis-Ferdinand Céline, 1932
Le Chiendent, Gallimard, Raymond Queneau, 1933
Mort à crédit, Denoël, Louis-Ferdinand Céline, 1936
Les Sept Couleurs, Plon, Robert Brasillach, 1939
Guignol's band, Denoël, Louis-Ferdinand Céline, 1944
Touchez pas au grisbi, Série noire, Albert Simonin, 1953
Du rififi chez les hommes, Gallimard, Auguste Le Breton, 1953
Le cave se rebiffe, Série noire, Albert Simonin, 1954
Razzia sur la chnouf, Gallimard, Auguste Le Breton, 1954
Grisbi or not grisbi, Série noire, Albert Simonin, 1955
Le trou, Gallimard, José Giovanni, 1957
Le feu aux poudres, Henri Decoin, 1957
Le docteur Jivago, Boris Pasternak, 1957
Une balle dans le canon, Gallimard, Albert Simonin, 1958
Le deuxième souffle, Gallimard, José Giovanni, 1958
Le clan des siciliens, Plon, Auguste Le Breton, 1967
La France de Vichy, Robert Paxton , 1972
Le p'tit cheval de retour, Michel Audiard, 1975
La Nuit, le jour et toutes les autres nuits, Denoël, Michel Audiard, 1978
(réédition Pocket 2010)
Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard, Patrick Modiano, 2007
Radio
Les Tontons flingueurs, toute une époque, La Marche de l’Histoire, France Inter,
2013
Télévision
Il était une fois… Les Tontons flingueurs, France Télévisions, Gilles Mimouni,
Serge July et Marie Genin, 2010
Ouvrages consultés
L'argent de nos Présidents, éditions Max Milo, Jean-Marc Philibert, 2008
Le petit Audiard illustré par l'exemple, éditions nouveau monde, Philippe
Durant, 2011
Le dico flingueur des tontons, éditions Hugo & Cie, Stéphane Germain & Géga,
2011
La Tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'Histoire, éditions Les arènes,
Collectif, 2012
La France de Michel Audiard, éditions Xenia, Alain Paucard, 2013
L'univers des Tontons flingueurs, First éditions, Philippe Lombard, 2013
Audiard en toutes lettres, éditions Cherche Midi, Philippe Durant, 2013
Le monde des Tontons Flingueurs, City éditions, Marc Lemonier, 2015
Revues consultées
Les Tontons flingueurs, Hors-série Le Point, 2013
Sites internet consultés
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Fonts baptismaux, Marie-Claire, Wikimedia commons, CC-BY 3.0
Légion étrangère, Richard Bareford, Wikimedia commons, domaine public
Tchouang Tseu, Ike no Taiga, Wikimedia commons, domaine public
Charlemagne, Jean-Victor Schnetz, Hello world, Wikimedia commons, domaine public
Traité de Verdun, Andynomite, Wikimedia commons, GNU Free Documentation License
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Dugommier, François Bouchot, Hégésippe Cormier, Wikimedia commons, domaine public
Berezina, Felician Myrbach, Wikimedia commons, domaine public
Louis-Philippe, Franz Xaver Winterhalter, Paris 16, Wikimedia commons, domaine public

Louis-Philippe en Gargantua, Honoré Daumier, Herve1729 Wikimedia commons, domaine public


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Couverture :
Création originale
Quatrième de couverture :
Michel Audiard, Général de Gaulle, Françoise Sagan, Archangelo Corelli,
Eglise Saint-Germain de Charonne, Lino Ventura

Cet ouvrage a été imprimé par Amazon via CreateSpace


Dépôt légal : Mars 2016