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UNIVERSITÉ ALI LOUNICI/BLIDA 2

L’ANALYSE DISCURSIVE
Réalisé par :
-Benabid Houssam eddine
-Nekkache Rachida
Groupe 03
L’analyse discursive

L’analyse discursive ou bien l’analyse du discours est une technique de recherche en


sciences sociales permettant de questionner ce qu’on fait en parlant, au-delà de ce
qu’on dit. Du point de vue de Maingueneau (2005), il s'agit de l'analyse de
l'articulation du texte et du lieu social dans lequel il est produit.

Les principales questions auxquelles l’analyse du discours est censée répondre, sont
celles du "Comment" et du « Pourquoi » de l’activité langagière, par opposition aux
méthodes traditionnelles d’analyse qui plaçaient au centre de leur problématique les
questions "Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? ».

L’analyse du discours est née dans les années 50 à la suite de la publication de


l’article de Zellig Harris "Discourse Analysis" dans la revue ''Language #28, 1952'',
[trad. fr. Langages #13, 1969].

L’analyse du discours se veut en réaction, d’une part, à la tradition philologique des


études de textes et, d’autre part, à la linguistique de la langue cantonnée dans la
description de la phrase en tant que plus grande unité de la communication.

Dans la conception traditionnelle, un sens stable et unique est attribué au


discours/texte. Cette logique fait du discours un objet clos.

Dans la conception linguistique classique assortie de l’œuvre de Saussure, l’attention


porte sur les structures de langue : phonologie, syntaxe, morphologie, sémantique
structurale. Aucune considération n’est faite du sujet de la communication. La
fonction objective du langage est mise au premier plan. La linguistique classique se
veut donc descriptive et immanentiste.

Par contre, avec l’analyse du discours, l’accent porte sur l’articulation du langage et
du contexte, sur les activités du locuteur.

Dans cette approche, le sujet est considéré comme un acteur sociohistorique


agissant par le langage, et la fonction subjective est considérée comme fonction
fondamentale de la communication langagière.

Il existe diverses approches d’analyse du discours, chacune prenant en


considération des aspects particuliers de l'objet discours.

Le champ de l’analyse du discours est d'autant plus vaste et morcelé qu'on pourrait
même parler d’éclatement dans ce domaine.Par exemple, Benveniste s’intéresse aux
phénomènes d’énonciation, Austin et Searle aux actes de langage, Ducrot aux
connecteurs, à la présupposition et la polyphonie, Sperber et Wilson aux processus
inférentiels, le Groupe Saint-Cloud au lexique, pour ne citer que ceux-là.

De plus, dans certains modèles, l'analyse du discours porte sur des énoncés isolés
et/ou fabriqués pour les besoins de la démonstration. C’est le cas des analyses de
Ducrot, de la théorie des actes de langage et de la théorie de la pertinence, entre
autres. Pour les tenants de cette dernière théorie, le discours 'n’est pas une
catégorie pertinente" (Moeschler et Reboul, 1998, p.40), en sorte que l’analyse de la
production langagière doit porter sur des énoncés, de manière indépendante.

Dans d'autres modèles, comme le modèle modulaire de l'école de Genève, l'analyse


porte sur le discours dans sa globalité.

Étant donné ces difficultés, l’analyse du discours a un défi de taille à relever : celui de
constituer son unité. Toutefois les problèmes de vues divergentes n’empêchent pas
que l’analyse du discours soit possible en tant que technique permettant de
questionner ce qu’on fait en parlant au-delà de ce qu’on dit.

Parmi les approches du discours les plus en vue ces 50 dernières années, on peut
retenir l’analyse textuelle du discours, l’analyse de contenu du discours, l’analyse
énonciative du discours, l’analyse modulaire du discours, l’analyse pragmatique du
discours …

Essai de définition du terme « discours » :

Le terme « discours » s applique couramment à toutes sortes de production


langagière. Dans cette perspective, on peut l opposer à l action - sans cependant
oublier que le discours, performatif notamment, est aussi action - au fait, à la preuve
matérielle. Mais à suivre cette voie, il y a risque de s écarter trop longtemps du sujet.
Aussi, nous contenterons-nous des emplois les plus courants du mot en sciences du
langage. Maingueneau en propose six parmi les plus courants :
1) Discours : synonyme de la parole saussurienne, surtout en linguistique structurale.
2) Discours : unité linguistique transphrastique indépendante du sujet.
3) Au sens harrissien, « discours désigne des suites de phrases considérées du point
des règles de leur enchaînement. Il s agit donc de l intégration de « discours 2 » à l
analyse linguistique.
4) Discours, suite de phrases rapportée à ses conditions de production, se définit par
opposition à« énoncé », qui exclut de telles conditions. Cette acception est la plus
courante en analyse dudiscours, spécialement dans l approche française.
5) Dans la théorie de l énonciation (Benveniste : 1966), « discours » réfère à la mise
en fonctionnement de la langue et est donc inséparable de l instance d énonciation
(tout ce qui réfère au je-tu, ici, maintenant du locuteur). Dans cette approche, «
discours » soppose à« récit » (histoire), qui se caractérise par l absence de marque
de subjectivité.
6) Enfin on trouve souvent l opposition langue/discours. Benveniste (1966 : 129-
130) la pose en ces termes : « avec la phrase on quitte le domaine de la langue
comme système de signes, et l on entre dans un autre univers, celui de la langue
comme instrument de communication, dont l expression est le discours. »

De toute évidence, en 2), 3) et 6), « discours » s inscrit dans une approche


immanente ; nous n y insisterons pas en conséquence. 1) est trop réducteur, et
partage avec 5) une conception individuelle de la notion de discours. Le sens de 4),
parce qu il implique la situation de communication de façon générale, correspond à
notre compréhension de « discours, à ceci près que les conditions dont il est
question ne nous semblent pas nécessairement soumises à une exigence de
quantité (« suite de phrases »).
Par suite, nous définirons ainsi le terme « discours » : tout énoncé, mot ou plus, d
une languenaturelle, choisi en fonction de ses conditions de production et d échange.
Le mot est l unité minimale du discours.
Ainsi conçu, le discours n est pas un objet empirique mais une construction de l
analyste. Mais quelle que soit la conception du terme discours, il reste que « Toute
tentative d isoler l étude de la langue de celle du discours se révèle, tôt ou tard,
néfaste pour l une et l autre. En les rapprochant, nous ne faisons d ailleurs que
renouer avec une longue tradition, celle de la philologie, qui ne concevait pas la
description d une langue sans une description des oeuvres. » (Ducrot et Todorov
1972 : 8).

Linguistique, analyse du discours et interdisciplinarité

Un facteur décisif de cette ouverture a été l abandon progressif de la perspective


immanente au profit d une conception fondée sur la dualité constitutive du langage,
une réalité à la fois langagière et sociale. Cette hypothèse, largement partagée de
nos jours, est le résultat d un long processus qui a abouti à la naissance de l analyse
du discours et la recherche d une troisième voie - après Saussureet Chomsky - en
linguistique.

Dans les années 1920, un groupe pluridisciplinaire de linguistes, de critiques


littéraires et de folkloristes, les formalistes russes, entreprend d appliquer le modèle
de l analyse linguistique au conte (voir Propp 19702) et au poème avec l idée que le
sens d un texte est un système original de corrélations indépendant du contexte. L
analyse structurale permet ainsi de dépasser la limite de la phrase mais sans
atteindre le discours qui, par définition, est un lieu d inscription des enjeux sociaux et
subjectifs.

En 1958, Benveniste publie « De la subjectivité dans le langage » (Journal de


psychologie), article repris dans Benveniste (1966) auquel nous nous référons dans
le cadre de ce travail. Après avoir rejeté la notion de langue-instrument et insisté sur l
identité de l homme et du langage, C est dans et par le langage que l homme se
constitue comme sujet. Il y parvient au moyen de formes linguistiques appropriées,
dont notamment le pronom « je ». Par la suite,Benveniste élargira l inventaire de ces
formes sous le nom générique d « appareil formel de l’énonciation » comprenant, en
plus des pronoms de pronoms de première et deuxième personnes, les déictiques,
les temps verbaux, dont notamment le présent, les modes et les modalisateurs, mais
aussi l interrogation, l assertion, etc.

Cette (re)découverte de la subjectivité dans la langue marque un tournant important :


elle va introduire dans la linguistique ce qui, jusque là, était rejeté dans l
extralinguistique. Ainsi, les critères de délimitation de l objet d une discipline sont «
relatifs au degré d élaboration des instruments analytiques : la définition du domaine
ne peut se faire à priori, indépendamment de l’édification des procédures
descriptives » Ce point de vue est largement illustré par le passage de la linguistique
du mot (Saussure) à la linguistique de la phrase (Chomsky) ; et plus encore par ces
mots de Blecke (2004 : 5) à propos de TAM (temps, aspect,
mode). L auteur reproche à la conception immanentiste de faire l étude de TAM «
surtout sous la forme d une analyse du système des conjugaisons, qui en tant que
sous-système sémiotique de la langue , est indépendant du discours et de la
situation » ; alors qu en revanche, un examen de TAM dans le cadre de la
sémantique et de la pragmatique pose « la question fondamentale du cadre
descriptif adéquat ». Comment, en effet, l analyse immanente de la langue peut-elle
expliquer l’opposition de modes dans le couple de phrases suivant : Je cherche un
chemin qui conduit à la vérité / Je cherche un chemin qui conduise à la vérité ?

Il n’est donc pas surprenant que, depuis une trentaine d années au moins, la
problématique du discours soit au centre de la réflexion sur le langage. C est dans ce
processus qu il faut inscrire non seulement l existence de l analyse du discours, mais
également les recherches pour une linguistique de troisième génération, après celle
du mot et celle de la phrase.

La conception structurale conçoit la langue comme un système qui doit être étudié en
lui-même et pour lui-même. Malgré ses limites dues - au moins en partie - à l état des
outils d investigation d’une certaine époque, cette approche a contribué au
renouvellement de la réflexion sur le langage, renouvellement dont le point focal est
le discours. Cet objet très complexe est difficile à appréhender de manière
satisfaisante par une seule discipline. C est pourquoi la linguistique a pendant
longtemps tenté de circonscrire son objet à la langue sans parvenir à exclure le
discours de sa réflexion, créant une sorte de blocage. La découverte de la
subjectivité dans le langage va ouvrir de nouvelles perspectives. S appuyant sur les
acquis de la linguistique, l analyse du discours se constitue en discipline en faisant
appel à d autres domaines. S inspirant de la même démarche, la linguistique tente sa
mutation en intégrant des éléments qu elle excluait de son objet. L’interdisciplinarité
apparaît ainsi comme un facteur essentiel du renouvellement de l étude du langage.