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MÉDITATIONS

··CARTESIENNES
INTRODU.CT·ION.
A LA

laDMO.ND· HUSSER·L.

· Traduit de t•anemand par M"•· GABRIELLE PEIFF'f:-R


ET

M. EM/MANU~L LEVtN·AS.
Oôcteur .d• a•Universitlt de. Str.abourg

PARIS
LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE J. VRIN
6, Place de la. Sorbonne (Ve)
1953
. . ·.

AVERTISSEMENT ·

~es 23 et 25 . f~vrier .. i 929, sur l'invitation de l' /1u;titut


d'Études ,qermaniques et de la Société française de Philoso-
phie, le Profe~seur Edino.nd. Husserl fit l Ja Sorbonne·, ·dans
l' amphithéâtr~ Descartes, quatr,e conférences sur l'ln(ro4_uc-
tion à la /!llén~ménologie {ranscendenta!e. Il les fit en alle-.
rn and.
M. Xavier Léon, administrateur de hi SociétA française- de
Philosophie, lui adres~a rallocution suivante :
« Quand nous avons été. averHs que l'Institut d'.Études· ger-
maniques avait invité !;illustre Profess~ur E. Husserl, qui veut
bien nous honorer aujourd'hui. de sa présence; à exposer en
Sorbonne l'essence de la Phénoménologie trànscendentale, ]a
Société française de Philosophie a saisi avec· empressem·ent
. l'occasion qui lui était offerte de rendre· hommage au niaître
le plus éminent de la. pensée allemande.
«Monsieur le Professeur et cher collègue, yous me permet-
trez bien de voüs .donner c.e ·nom, car, par votre coll~b~ration
<lU Vocabulaire philosophique _dont. notre 3:mi Làlande .·a
· pris l'initiative et qui est :un des actes dont. notre S[Jciété p~.ut.
être légitimement fière, ,vous êtes depuis lo~gtemps des
nôtres, Monsieur le .Professeur et cher collègue, not-re- Société,
depuis l'origine, s"est donné pour objet de rapprocher Science
et Philosophie; ce même effort, que- vous représent~z ex cel- .
. lemment, vous avez eu la délicatesse de le mettre sousl'égide
142244'
-VI- -VU-

· de. Descartes et, ·dans cet amphithéâtre, c'est" un .peri lui qui humaine, l'universalité de la vérité·. Tous nous communions
vous teço(t aujourd'h1Ji... · avec le même désintére.ssement et la mêÎne · sincérité dans le
<c-Dès,l9it, dans un article publié par la Revue de·Métapky- culte de la seienee pure et nous allons ainsi vers cette huma-
SÏfJUe et de_. ·Mor(J,/e, notre cher et regretté'" Victor ·nelbos nité véritable à laquelle la Soci~té des Nations apporte le plus
signalait l'originàlité des Logische Vnte~suchungen : la phi- précieux des appuis extérieu~s et·dont la réalité demeure liée
losophie de la logique pure opposée au psychologisme, le pro- au renouvellement sans 'trève et à l'approfondissement de la .
. blème fondamental de la Jogique ramené· à l'examen, Jes con- vie spirituelle. ·
ditions de la possibilité de ·la seienee en général, l'étroite « Dansces.sentimentsj~tiensà honneur d'être l'interprète de
parenté de la m~thode logique et de. la mathématique. Je n'ai . la Société franÇaise de Philosophie pour vous adresser, cher
.pas·, hél~s! >la compétence nécessaire pour souligner dans le . etillustre Professeur; -nos souhaits de .bienvenue, et, puisque
, ·détail l'influence d:une pensée originale et profonde comme !a vous allez célébrer bientôt le soixante-sixième 'anniversaire. de
. vôtre sur 1~ développement des théories physiques . dont l'essor votre naissance, permettez-moi d'y ajouter èordialement nos
merveilleux est un· des plus grands spectaele·a de notre te~ps. souhaits. de longue vie et de fécond labeur. »
Le nom d'H~rmann Weyl, l'hommage qu'a a tenu à vous
rendre dans l'introduction de son livre célèbre : Raum~ Zeit,
Materie, qua~d il écrit : .Oié pra2is~ Fassung dieser Gedanken
le4nt sich au{ engste an Husserl an (Ideen·,$u einer rei'nen L'ouvrage que nous publions aujourd'hui sous le titre de
Plûi,~omenologie unt! plûinomenologischen/ Philosophie),.· les Méditations cartésiennes est le fruit de ces eonférei1ces. L'au-
beaux.· travaux, d'Heis·enherg di~ent .assez ce que_ la. ·science· teur les ·a développé~s et profondément remaniées; il a tenu
vous ~oit. Et je :&'.énumérerai pas non plus ces recher~hes de · à les. présenter au p~blfc français sous une forme dèfin~tive,
premier ordre fécondant tour à tour les différents. domaines.de comme dans une sorte de message philÇ)sophique. Qu,H reçoive
la psychologie et de la philosophie, de la morale et de la -reli- iei, pour l' ~ffort qu'il a fait~· l'expression renouvelée de notre
..g-ratitude.· · .
giop qui répandent· votre !nspiration par le rnonde ·; je ne
décrirai pas cette concentration touchante et continue de vos Le texte a,-Bté .traduit de l'allemand par Mlle l?eiffer et par
disciples qui' donne la valeur -d'un monumé~t à la série. ds vos M. E. Levinas, docteur de l'Université de Stra-sbourg; cette
Ja,~rhücher (fir· Philosophie und phanom~nolqgi~che For~ traduction~ été revue pa:f M. A·. Koyré, professeur à. l'U11iver-
scltung. Je rapp~!lerai seulement la mémoire de Max Schelei-, sité .de Montpellier. Què ·tous reçoivent ici no a remerciements
et
dont l'ouvrage clas~ique : L'Essence les Formes de la Sym,- reconnaissants.
pat~ie, vi~nt préeis~ment d'être traduit dans notre langue.
Nous t~ua~ et particulièrement èeux qui'l'avaientvuréeemment _
à. ·Paris, nous -~e nous '·consolons p~s de sa disparition préma-
turée~ ·
_« Enfin, sommes. reconnaissants de 'f'occasion
DOUS ·VOUS
·~'avoi_r à dire,_ une fois ·deplus,, comme· c'est pour notre
Soeiété un privilège qui lui est ·cher de donner la parole à
_ nos collègues étrangers et d'affirmer. ain~jJ~unité de la pensée
A LA

PHÉNOMÉNOLOGIE

..

IN'IRODUC'l'iO.N.

t. Les« .Meditations» de:Descat"tes; prototype· du retour


philosophique sur soi-mdme.
Je suis .!leureux de pouvoir ·parler de la .phénoménologie trans-
cendantale da1;1s cette maison vénérable entre toutes où s'épanouit
la science française. J'en ai des rafsons spéciales. Les impulsions
nouvelles· que.la 'phé~oménologie a reçues, elle les doit à René
Descartes, le plu's grand penseur' de la· France~ C'est par l'étude de
· ·s~.s Méditations· que la· phénoménologie naissant& s'est trans.-
formée· e·n un type·. nouveau de philosophi~ transcendentale. On
pourrait presque l'appeler un néo-.cartésianisme, bien qu'elle se
. soit vue obligée de r·ejeter à p~..:ou près tout le contenu doctrinal .
connu du· cartésianisme, pour cette raison même qu'elle a donné
·à certains thèmes cartésiens un développement radical.
Dans é.es circonstances je crois pouvoir être sû:r d'avance de trou-
ver chez vous un accueil favorable. si je choisis coxnme point .de
. · départ, parmi les thèmes des Jleditationes de prima philosophia,
. ceux qui ont à mon sens un~ portée éternelle, et si j'essaie de
caractériser ensuite les transformations et ~es innovations qui ont
.. donné naissanèe à la méthode et aux problèmes tra:riscendentaux.
To.ut débutant en philosophie cQnnait ·la remarquable et surpre-
nante suite de pensées des .llfédîtations;. Rappelons-en t'idée direc-
trice. Elle visè à une réforme totale de la philosophie, pour faire
de celle-ci une scienc~ à ·fondements absolus. Ce qui implique
pour D~scartes 'une réforme parallèle~de toutes les science~~ car, à
2·- .. ......; 3 --
ses yeux;. ces ~ciences ne sont qùe des membres d'une· science uni~ ~xisW,.nt ce qui· ~!est pas· t()'~t à fait' à l'abri d~ t~ute possibilité
. ._verselle qui. n'est autre que .1~ philosophie~- ee··n'est que dans d:être .mis en_ do~te. ~l SOUlllet donc ~ ..une critique. méthodique,
- l'unité systématique de celle-ci qu'elles peuvent devenir véritable- · C{~ant ·~':IX·.· po~~.bilit~ dû doute ·qu'il peul présenter, tout" ce
ment des sciences. Or, si l'on considère ces scieilees· dans leùr q~j d~ns la-vie dél'e~péri.ence et dela pensée· se présente· pour~er- .·
devenir histodqrie, on &'aperçoit qu'ii leur manque. ce. caractère- tain, ·et il·cnerche à gagner,- sf possible -.par l'exclusion de.:tout ·
de vérité qui. permet ·de les ramener intégralement et en der- ·ce .qui._ pou"r:a:·ai~ ·p!é.senter une· possibilÜ;é' de .doute, t..n ensemble
. niere analyse à des intuitions abso1ùes au
delà- desquelles on ne ·de donn~es absolument évidentes~ Si l'on :applique cette méthode
peut remonter. C'est pourquoi il devient nécessaire de recon.struire à la. :cert.itùde :de l'ex.périe.nce ·.sensible, dans. laqueile le·-- m:ond~'
l'édifice qui pourr8.it correspondre. à l'idée de la philosophie, eon.;.. ~ous est ·d.onné dans la vie courante, êÎle. ne ré~iste·point ·à la_ cri..
çue comme unHé universelle des .sciences s'élevant sur un fondement tique. Il faudra: don~ qu"'à ce stade du début rexistence du
.monde
d'un earactère abs.olu. Cette nécessité de. reconstruction, qui s'im- 1
so~t mise
• ·~
en :suspens...En-"fait de réalité absolu~ ét mdubitable le
•• • • • • ' ~ • '.

posait à. Descartes, se .véalise chez Descartes sous la form~ d'v.ne sujet méd~tant .·ne .retient qùelui-même en t.ant qu.~ego pur de ses
philosophi~ orientée v-ers le sujet. . ·CQ_gitationes, comme .existant indubjta})lem-ent et ne: pouva~.t êtfe
En premier Heu,. quiconque veut vraiment devenir philosophe ·supprimé: même-si ce monde n~exista_jt pas. Dès lors le moJ.. ainsi
devr-a « une fois dans. sa vie )) se repHer sur soi-m.èmeet, au-de;;.; réduit réal_is_e:ra: un mode de-philos6pher·-sôlipsîste. n se ruettra, en·
dan~ de soi, tenter de renverser toutes les sciences 'admises jus- . 9~ête de voies d'un caractère apodictique par lesquelles il pourra .
qu 'ici et tenter de les· reconstruire. La phllo.sophie ~ la. sagesse . ret:rcmver,.dans son i:ntéri()rité .pùre, une, extériorité objective.· On
- est en. quelque sorte une .affaire personnelle du philosôphe. Elle ·sait comment~ Destaftes procède en déduisant d'abord l'existence
doit se constitue~ en tant. que sienne, être sa sagesse., son savoir · et la véracité de..Dieû;,puis, grâçé à elle;s,- la ~ature. ~hjeetive; le
qui, bien·· qu'il ten_de vers l'universel, .soit acquis par lui. et · du~isme .des sUbsta~ees ·finies, d'un moi le terrain objeeti! de: la.
qu'il doit pouvoir justifier dès rorigi,ne et à chac"Une de .sés étapes? méta~hysique et des sciences positiv~s, ainsi que cès sciences elles..;
en lappuyant SU!' ses· intuitions abs@lues. Du moment que j'ai mêmes. Toutes ces inferences ·s'accomplissent comme. dè·Juste en
pris la déc\sion de tendre vers cette ~n, décision qui seule ·peut .suivànt-les principes· immanents à'l~ego, qui.lui so-nt· «·innés,)),_
m'amener à.la vie et au développement philosophiqne, fai donc
2: .tyécessité d'un recom~encemen't ra.dical en philosophie.
·par là même fait !e yœu de pauvreté en matière de connaissance.
Dès lors il est manifeste qu'il faudra d'abord·me demandei· comment TQut cela, c'est du Descartes. Mais vaut-~1 bien la peine, deman·
je pourrais trouver une méthode qui me don12~rait la marche à sui- · 4erons-nous maintenant, de ehereher à découvrir un sens éternel
vre pour arriver au savoir véritable. Les méditations de Descartes se. cachant sous ces idees?.. S~mi-elles encore capables, .de commu-
ne veulent donc pas être une affaire purement privée d.u seul philo- ' niquer à notre temps des forces\ nou:velles et :vivantes? ·
s.ophe Descartes, encore moins une simplè forme littéraire dont il · . Un fait, certes, porte à ré.Q.éehir : les..scie~ees positfv~s se sont fcrt
.usera_it pour exposer ses vues ph.ilosopbiques. Au
contraire, ces .peu soQciées ·de· ces- Méditations qui, cependant, ..devaient le,ur
·médit&~ions. dessinent le prototype 4-û genre de ·méditations- néces- fo~rnir un fo~dement ra.tionn~l absolu., Il e~t vrai_. qu~ap:rès s'être
s~ires à tout philosophe qui -commence son œuvre; méditations qui br1llamment développées pendant trois· siècles, ces sciences se
seules peuvent donner naissance à une philosophie 1 • sentent aujourd'hui entr~vées dans leur progr~s ·par l'obscurité
Si nous· considérons maintenant le contenu, des. Méditation.~, qui règne dans leurs fondements mêmes .. Mais là même où elles
bien étrange pour :nous, nous y relevQns un. second retour .au moi essaient, de r.enouveler · ces fondements, elles ne songent pâs à
. d\1 philos-ophe, en u~ sens nouveau et plus profond : le retour au remonter au:x. 1Yéditationg de Descartes. C'est1 'par ailleur.s, un fait
moi des cogitationes pures. Ce retour sr opère· par-la méthode bien considérable qu'en philosophie les Méditations aiént fait époque,
connue et fort étra~ge du doute. N~ ·con~aissant ~'autre but que et cela de manière to1;1te particulière, préciséme11t en· vertu de· leur
celui d'une connaissance'absolue, il s'interdit d'admet~re comme retour à l'ego.cogito pur~ Descartes inaugure un type nouveau. de
philosophie. Avee lui la philosop~ie change totalement d'allure et
!. Pour confirmer cette inte~rétation, cf. la Lettre de l'auteur au tratfuc:... passe radicalement de l'objectivisme na'if au subjectivisme trans-.
teur des Principe: (Desea.rt9a}. ·· cendental, subjecti~sme .qui, ·en_dépit d'ess~is sans cesse renouve-
-:- 5 -·
lés, toujours ·insuffisants,· .parait tendre pourtant à une forme _défi~
nitive. Cette ~endànce constante n'aurait-ëlle pa.S un sens éternel, celle que Desc~rtes a ~encon~rée dans sa jeunesse? N'-est-ce pas Ié
n'implique;rait,...elle pas une· tâ.che éminente à nom~· imposée par moment- de faire revivre son radicalisme philosophiqué? L'im-
!'.histoire elle-même, et .à laquelle tous noùs se:rions . appelés 'à. ~ense production philosophi.que d'aùjourd,hui, avec son mélan-ge
çollaborer? desordon~é de grandes traditions; d~ recommencements et d'essais
. ·L'état-de -division dans lequel se trouve aetuelleme~t la· philo- littéraires à la mode - visant non à-l'effort, mais à 1'« effe~ »; -
sophie, l'activité .déso~donnée qu_'elle d~ploie -donnent à réfléchir. ne devrons-nous pas à notre toul~ ïes soumettre. à rin renversement
Du point de vue de l'unité scientifique, _la. philoso-phie occidentale cal"tésien et entreprendre de· nouvelles Meditationes de prima phf..,
est, dep~is le milieu du siècle· dernier, dans uil ·état· de décadence losophia? .Le dés~rroi.de la situation actuelle ne viendrait-il pas.de
. manifeste par rapport aux âges p:récédents. L'unité .à disparu par-· ce_ que les ~mpulswns Issues. de ces Méditations ont perdu leur vita-
tout : dans la détermination d.u·but autant que dans la position. lité .primiti~e, parce que l'espr~t de responsabilité philosophique ,
des problèmes et de la méthode. Au comm:en,cement de l'ère moderne radicale a disparu? Quel est-le sens fondamental de toute philoso-·
la foireligieusè se transforma dè plus en plus e:n convention éxté- phie véritable? N'est-ce pas de tent~"':"e à libérer. la philosophie de tout
rieure, une foi nouvelle saisit ·et releva l'humailitâ intellectuelle : préjugé possible •. pour faire d·ene une science vraiment autono~e
la foi Em une p1lilosophie, ·en une 'scienee autonomes. Dès lors tout~ réalisée en vertu d'évidences dernières -tirées; du sujet lui-même'
la culture humaine devait être guidée et éclairée par des vues et trouvant dans ·ces évidences sa j ùstification absolue? Cette exi: ·
. scientifique_s· et pa~ là même réformée et transfo;rmé~ en une culture gence, que d,aucuns croient' exagérée, n'appartient-elle pas à l'es-
nouvelle et autonome. . . . sence même de toute philosophie véritable? - · ·
Entre temps cette foittouve}le s~ e~t appauvrie; elle a cessé d'être . La nostalgie. d~·une philosophie vivante a conduit de nos jours à
une f6i véritabie. Non $anS rai~mi. En effet, au lieu·d'une philo-~o­ hien des renaissaiiCes. Nous demandons : la seule renaissance
phie une et vivante, que pQssédons-nous? Une production dtœu- vraiment féconde ne consisterait-elle pas à ressusciter les JJfédita-
vres philosophiques croissant à -l'infini, mais à laquelle manque · . tio~s cartésienn~s, non certes pour les adopter de· toutes pièces,
·tout lien interne~ Au. lieu d'une lutte sérieuse entre théories diver- ma1s pour dévoiler tout d'abord la signification profonde -d'un
gentes, dont l'antagonisme même proûve· assez la solidarité retour radical à l'ego cogito pur, et faire revivre ensuite les valeurs
interne, 1~ comri:mnauté d~. bases et la. foi· inébTanlable de leurs éternelles qui en jaillisseil.t? C'est du ·moins le chemin ,.qui a con-
auteurs ·en une' philosophie véritable, nous a'vmis des ·semblants duit à la phénoménologie transcendantale. _
--d'exposés et de critiques, un seÎnblant de collaboration .véritabie et .~e chemi~, nous l'allons parcourir· ensemble. En philosophes
d'entr'a~de dans le ti~avan· _phîlosophique. Efforts réciproques; ql.u ··cherchent. un premier point de départ et n'en possèdent pas
conscience des responsabilités, esprit de. collaboration sérieuse encore~ nous allons essayer de méditer à la manière cartésienne.
en. vu.e de résultats objectivement valables, c'est-à-dire. purifiés Il v~ de soi.que· nous observerons. une extrême prudence critique,
par ~a critique' mutuelle et capables. de résister à to·ute critique toujours prets à transformer l'ancien cartésianisme partout où la·
.ultérieure, -rien de· cela' n~exisie .. Gomment aussi une reclwrche nécessité s'en fera sentir. ·Nous devrons aussi tirer au clair·et évi--
et une collaboration véritables seraient-elles possibles? N'y' a-t-il ter certaines erreurs séduisantes dont ni Descartes ni- ses succes-
pas presque autant de .philosophies que 'de philosophes? Il y a .. seurs n'ont su éviter le piège.
bien encore des Congrès. philosophiques; les. philosophes s'y. ren-
contrent, mais non les· philosophies~ .Ce qui manque à celles-ci.
C~ést un « ·iieù n spirituel_commun, OÙ elles puissent se toucher et
se féconder mutuellement. L'unité· est, peut-être, mieux, sauve-. •
gardée à.l'intérieur_ de _c~rtaines « écoles-» ou <<·tendances ~)·~·mais ·
èe. particularisme même .Permet de maintenir notre . caractéris-
tique de l'éta·t général de la philosophie,' au moins en ses points
.essentiels. ··
Cette situation présente, si funeste; n'est-elle .pas analogue à
-6;,;... -7-
·n:·a.dmettons. comme valable aucun idéal de science· normati~e;
nous n'en pourrons avoir que dans la mesure où nous le créerons
nous-même. · ·
. t'.!cuEîtiNEH"SNt VERS, L' . « Ë4o » TRA~sctNDBNTAt. •. _;
. . Mais nous n'aban~onnons .pas pour cela notre but gé~éra!, qui
.3. La .revolution .ca1·tésienne . est de donner aux sciences un fondement absolu. Comme èhez Des-
tt l'iti~e-fl~ d'un fiJPde~n(~b'solu de~ la co~naiss~nce~ cartes, ce but va orienter sans cesse le cours de nos méditations
se faisant plus précis et' plus concret à mes;ure q~e nous avàne~
·. E~ philosophes qui ado-ptent p~ur principe ce que nous pouvons rons~ Mais il faudra. user de·prudence quant~ la façon de le poser
appeler le radir~lisme du point de· d~t, ll.ùus àllons com~en . · en tant que but, et éviter pour··1'i11stant-d'en préjuger. même la
cer; .chacun. pqur soi et en aoi, par ne pàs t_enir compte de nos possibilité. Comment élucider et, par là mêmet fixer maintenant
.convictions jusqu'ici admises .et, én pa_rtieulier~·par ne pas accepter ce mode de position ? ·
...comme données les vérit~s dela seien.ce. Çomine l'a fait Descartes, Il est chlir qu~ n9us· empruntons l'idée générale de s~ience.~ux
laissons~ nous. guider dans . no~ méditations ~ par .l'idée d'une sci~nc.es existantes. Or, dans notre attitude de· critique. radicale,
sèienee authentique, possédani des fondements abso!mnent cer::- ces scte~ces sont devenues d_~s sciences h-ypothétiques. Donc l'idée
tains, par l'idée de la sc~ence universelle~ Mais une difficulté· s~ d~ leur nn gé~~rale est hypothétique· aussi et nous ne savons pas
présente .. Les sciences mises à récart (nous n'admettons la valeur SI elle est réalisable. Néanmoins, sous forme d'hypothèse et à titre
d;aucune), il ne resté plus rien qui puisse no-us,servir d'exemple de de généralité fluide et ·indéterminée, nous possédons cèite idée.
science v-éritable·. Ne p-ourra-:-t-on alors douter d~ .cette idée el~e­ Donc nous tenons aussi, ignorant si elle. est réalh;ahle et de «p~elle
même, à savoir de l'idée d'unè science à fondement absolu ?··· . ~anière elle l'es~, l'idée d'une philosophie. Nous accepterons cette
Désigne-t-elle une idée-fin légitbne, une fin J;>Ossible · préposée à 1d~e comme une h~otb~se. provisoire~. à titre d'e~ai, pour no~s
quelque discipline pratique possible·? ll est, évident que n!>us. ne gmder dans nos médttahons, et nous pèserons dans. quelle mesure
pouvons. l'admettre dès- le début; encore moins. pouvO'ns-nous ell~ est possible et réalisable. Certes, nous entrerons ainsi dàns
recorinaltre u.ne norme quelconque régissant la structure préten- d'étranges compHcat.ions, du moins aù début; mais elles sont inévi-
due ·naturelle devant appartenir à l~ science véritable· comme teHe~. ~bles,_ si notre radicalisme doit passer à l'acte et ·ne pàs demeurer
Cela reviendrait à se donner. d'avance tout un. système logique et un -simple geste. ·Poursuivon.; donc patiemment notre route.
toute une théorie des scie.nces, tandis qu'elles doivent à leur· _tour ·
.~tre englobées dans la révolution cartésienne~ . .. . · . 4. RévélatiQn du.aens·final de la scienc(! par l'effort dè la
Descartes lui-même s'était donné 4'avance un idéal sci~ntiijque, (( vivt-e •> co1nme_phénomène noématique.t.
celui de la. géométrie, ou, plus exactement, .de la. physiquè mathé- En premier l~e~, ~~ s.,agira de_ pré~iser l'idée directrice q11i, au ·
matique. Cet idéal a exercê pendant des siècles une influ,ence-néf~te. début, ne nous était présente qu'en une généralité vague. Bien
Du fa.it qu'il a été adopté par Descartes sans critiq:ue préala~le, ses· ~ntendQ. U. ne s'a~it pas jci de la ~ormation du concept _de science
Méditations se· ressentent aussi. Il semblait naturel à Desc~rtes par qne. abstraction comparative quLprend les sciences réellement
que la science universelle dtlt avoir la form.~ d'un système déd_uc-· données pour point de départ-. Il n.,y a pas identité entre les sciences
tif, système dont_ to"Q.t l'édifice reposerait o'rdine geometrico su_~ 11n -ré~llement donnée~ {données à titre de phénomène culturel) et I~s
fondement axiomatique servant de b~se absolue ·à la déductu:m. ï;CU~nces. << au ·sens vrai et strict » : le sens même de nos considé.;.:
L'axiome de la certitude· absolue du moi et de ses principes axio-· ~ations implique cette affirmation. Les premières renferment en
~atiques innés jou~ chez, Descartes, par rapport à la scie.nce uni-. elles? a~ de~à de leur existence en fait, une prétention qui n'est·
verselle un rôle analogue à celui des axiomes géométriques en p~s JUStifiée par le fait m~me de leur existence en tani que phé-
géom~t;ie. Mais le fondement est. encore ·.plus profond . ic~ qu'en n~mèn~ de cu~~ure~ C'es! juste~ent dans cette prétention qu'est
·géométrie et est appelé à constituer le dernier fondement de la. <t- 1mphquée »!Idée de science, l'Idée de science véritable.
sciénce géométrique .elle-même. · Comment_expliciter cette idée et comment la saisir?
Quant à nous; tout cela ne doit aucunement nous influencer~
philt?sophes qui cherchons encore notre point de départ, ~ous 't. Lé sens exact_ de ce term~ nous sen. r6vêlé dans la suite.. (N. dut.)
-8-
--9-
Tout jugement.peut nous être intèrdit quant à la valeur des
sciences existantes .(quelles que soient leurs prétentions ·à cet {Ve~m~inèn) _qu'une chose est telle. En ce cas, le jugement, c'est-
égard), quant à l'exactitude de leurs théories et, corrél.ativement, à-dire ce qu1 est posé par le jugement, est seulement chose ·ou-
il fait » ( « ét~t de choses », Sachverhalt) pré~umé, ou ~ncore
1
quant à la solidité de leur méthodes constructiv.es. En revanche, rien
ne saurait nous empêcher de « vivre » les tendances et l'activité cho~e ou <( fait » vi~é.~ Mais, e~ regard de cela; il peut y
scientiiiques, et de rious faire une opinion chtire et distincte du but avoir un autre ty?e ~e. Jugement Intentionnel_, très particulier,·.
poursuivi. S.i, agissant de la sorte, notis saisissons progressive~ . ~n~ al.,ltre façon d avo1r ]a chose présente à notre conscience :
ment 1'<< intention » 1 de la tendance scienti'fique,. nous finissops 1 év1denc~. ,D~ns l'évid:e~c~, _la.. chos~ ou le « fait » n'est pas seule-
p~r découvrir les éléments copstitutif.s de l'idée téléologique géné- ment <t VIse.», qe façon 1omtame et Inadéquate;· elle nous _est pré-
rale qui est propre à toute science véritable. ~ente « elle-.m~me 2 », le sujet qui juge en a donc la conscience
Avant tout il s'agit d'élucider l'acte de <<juger» elle ujugemenb> · 1~ro.anente. Un jugement qui .se borne à une sim.ple présomption,
lui-même. Distinguon~ tout d'abord entre jugements immé9,iats et · s d pas3e dans la conscience à l'évidence corrélative, se conforme
jugementsmé-diats. Le sens des jugements médiats entretient avec aux choses et auK « faits ;) eUx-mêmes. Ce passage a un caractère
celui d'autres jugements une rela.Üon telle que lacroyance(Glaube), $pécial. Par lui la simple intention~ (Meinung) vide « se remnJit »
qui leur est inhére·nte, «présuppose» e~lle de ces autres jugements: et {(se parfait~> (Erfüllung); il .est synthèse par le recouvre~ent .
une croyance est admise parce qu'une autre _l'est. Ensuite il faut ex~ct de l'intuition et de l'évidence correspondante, l'intuition
élucider le sens de la tendance de la science à« fonder >> ses juge- ?;l.d~nte que cette intention jusqu'alors « éloignée de la chose))
ments, -respectivement, le ·sens de l'acte de « fonder» (prouver), <\t= :madéquate], sachfern) est exacte~ · ·
acte où ·doit se « démontrer >> (sir.h àusweiSen) 2 ~ l'<< exactitude,, Procédàn t de la sorte, nous voyons apparattre aussitôt certains
ou la <<·vérité >> d'un jugement, ou, au contraire, son « inexacti- é~éme~ts f~~damentaux de ridée téléologique qui régit toute acti-
tude\) ou<< fausseté». Dans les jugements médiats, cette «démons- ~lté scaentlfxque.Nous voyons, par exemple, que le savant veut non
tration » est eUe-même médiate~ elle s'appuie sur celle des juge- seu~e1p~~t porter d?s j~gements, mais les fonder.- Ou, plus exacte-
. ments immédiats enveloppés. d"-ns le. seiu~ du· jugement et englobe men tf Il refuse d attribuer à un jugement le titre ae << vérité
égaleinènt la justification de ·ceux~ci. On peut « revenir » à volonté scien~~fique ~' po\,11" soi et pour autrui, s'il ne l'a pas auparavant .
à une justification une fois établie ou à la vérité une fois « démon- . parfaitement fondé, et s'il ne peut à tout· moment revenir libre-
trée ». Cette liberté que nous avons de reproduire et de réaliser ·. ment s~~ .cette· dénion~~ration pour la 'justifier jusqu'en· ·ses élé-
à nouveau dans notre conscience une '\'érité conçue, cornille étant ~ents urtlmes~ En· fa1t; cette exigence petit rester à l)état de
identiquement «la même »,fait que cette vérité ·est pour 'nous un .simple· prétention; il s'y cache cependant une fin idéale. _
· bi-en définitivement acquis, appel~ en tant que tel une connais- .. A_ ti~re complémentaire, soulignons enc9re ceci.: il impPrte de
sance. ,d1stmguer entre jugement (au sens très large d'intention existen- ·
Si, continuant de la sorte (il est hie~ entendu .que. nous nous , .· ti_elM,. Seinsmein~ung) et évidence, d'une part, et jugement -et évi-
bornons ici évidemment à de simple~ indications), nous analysons ~e·n.ce anté~prédicat~fs, ~e l'aut.r.e. L'évidence prédicative implique.
avec plus d'exactitude le sens même de la justification ou de la 1évidence ~nté-préd:wat1ve. Toute chose visée, :respectivement toute
connaissance, nous sommes amenés à l'idée .d'é.vidence. Dans la. chose vùe dans. Févidence~ est exprimée. :,La science veut en géné~ ·
justification véritable, les jugements démontrent leur,» e,xacti- ·~al :porter de~ ~ugeme~ts ex~rin:és et fixet•le jugement, la vérité,
tude », leur « accord ;•, .c'est-à-dire l'accord de notre jugement - ·-a. htre de verlté exprimée. Mais l'expression en tant que telle
avec la chose jugée elle-même {Urteilsverhalt, Sache, Saclzver- · COrrespond plus 'OU moins ·bi eu à la chose visée OU donnée <( elle-
hall « selbst » ): Ou, plus exactement : l'acte de juger est une - . même.)); pa~ta.nt. ~ son évidenée ·ou à sa non-évidence propres,
« -intention )) (Meinen). 3 et en général. une simple présomption élément~ const1tutl~s de la prédication. Ceci précise l'~dée de vérité
L C'est-à-dire le but final. (N. du t.) · · . · - i .. ~e terme .3ta.nt compris :non seLilement â~ sens de fait empirique mai!':
2. Au ·sens p.rimitif de c·montrer •· impliquant de plus une idée de légiti- de· fa1t en général. (N. du t.) · · · · ' ~
mation, !;Le justification• (N. du. t.). . .
· 3. Il ne s'agit pa~ ici; évidemment, de l'intention a.u sen_s morat (N. flu t.)
2. C'est-à-dire immédiatement, « en chair et en os » (Leibh~ft;, eomme dit
l!usserl dans ~es lde~n.; aut~s synonymes: originairement, « en original».
(Cf. Ideen-eu emer remen Phanomenologie undphanom. Philosophie.) (N. dut.)
HttssEnL. --: Phénoménologie. 2
-tl--.
scientifique, conçue comme . un ensemble de rapports~ prédicatif~ . en· soi postét-ie.ures ~t, en fin de· coID,pte, un commencemen-t et ·un
fondés ou à fonder de manière ahsolue. , · progrès' commenc~inent et. progrès non pas fortuits, mais au. con-
traire fondés« dans la nature des choses elles-mêmes».
5. L'évi.dence et. l'idée de science véritable. ' Ainsi. sans que nous ayons préjugé quoi qP.e soit sur la. possi-
Méditant·ainsi, nous reconnaissons, que Tidée cartés.ienne de la .bilité d'une scjence. véritable ou sur un idéal scièntifique prétendu-.
scie~c~, à savoir d'une science universelle fondée e~ justifiée en - ment« naturel·», du seul (ait que nous vivons par notre méditation
toute rigueur, n 'ést autre chose que l'idéal qui guide constam- ··l'effortscientifique·en ce qu'il a de plus général, nous voyons sur-
·ment toutes les sciences dans leur tendance à: l'universalité, quel .gir certains éléments fondamentaux de l'id.ée téléologique .de science
que soit le degré de sa réalisation pratique. · .. véritable;· idée qui, encore que d'une manière très vague au début-,
Dans l'évidence, au s~ns lé plus large de ce terme, nous· aYons guide cet ~ffort de la pensée.scien.tifique. Qu'on nfaille ·pas di,.-e ici :
. rexpérience d'un être et de sa manière d'être; c'est donc qu'en elle A quol bon s'i~pQrtuner de constatations semblables? Elles appar.;.
le regard de notre esprit atteint la chose elle-mê:aie. La contradic.. tiennent manifestement à l'épistémologie générale ou àl~ togique.
ti on entre notre « intention » et la chose que nous· montre cette Il.suffirait·d'appliquer fout simplement celle..;ci, ici comme dans la
(( expérience )) produit la négative de révidence ou l'évidence stiite. 'Or c'est justement ct»ntre ce « simplement.» qu'il fa11t nous
négative, dont le contenu est la fausseté évidente. L'évidence - qui mettre en· garde~ . . .
embrasse en réalite: toute expérience au· sens ordinaire., plus ~troit .. Soulfgno~s ee que. nQus avions· déjà 'dit à· propos de Descartes :
du•term.e -:peut être plus.ou moins parfaite, L'évidence pd:rfaite la révolution .généràle que,nous avons opérée a·niis à l'êcart toutes
et son corrélatif, la vérité pure (!t stricte, se présentent comme. urie ·.les .se~~nces, .et par. consé~~ent la logique elle-même. Tout ce qui
idée, jnhérente à la tendance de connaître, de remplir (erfüUèn ') · pourrait nous serv~r. d~ l)o~nt de départ ·possible en p·hilosophie,
l'int'ention signifiante (meinende); idée qu'il est possible d'obtenir D()US devons-d'abord l'a~qu'étir par nos propres forces. Une sCience
.en essayant de vivre cette tendance. L~ vérité ou la fausseté, la. cri-. ;rigoureusè. ~u type de la logique traditionnelle nous sera-t-elle
tique et l'adéqliation critique à des données évidentes, vollà autant d~nnéè -par la suite'!Wous n'e~ pouvons rien savoir aujourd'hui.
. de thèmes banals qui déjà joue~t sans ce~se dans~~ vie pr'é;..scien- Gràce au >travail pl."éparatoire, .-esquissé plutôt qu'effeètué ou
tifique. ~a vie quotidienne, pour ses fins variables et relatives, peut même ql:l'exp~icité,.- qùe ·no'!S venons d'accomplir, nolis avons .
se contenter d'ê.Yidences et de vérités relatives. La scie~ce, elle, .acquis ~ssez d~..~umièr~·s.pou:r pouvoir fl~er un prem.i'er principe
veut des v~rités val~bles .une fois pour· toutes et pour tous, défi- 1ftéthoduJu,e., destmé à régir t9utes. JlOS démarches ultérieures. Pre-
nitives, partant des vérifications nouvelles at ultimes. Si, en fait, .· nant comme pliilo.sophe ~on point.de départ,.je tends vers le but
Cf>mme eUe-même rloit. finir par s'en, convaincre~ la science ne · :Rrésumé d'unç. science véritabl~.. En ~onséquence, je ·ne pourrai évi-
réussit pas .à .édifier un .système dè vérité.s «absolues », si elle doit demÇ}ent ni porter ni admettre comme valable aucun ;jv,gement si
sans arrêt modi.fier ~< les ·vérités » acquises, elle obéit cependant à je ne l'a.ipuisé dans févid(!nce, c'est..;à-dire dans des« expérienc~s »
l'idée devérit.é absolue, de vérité scientifique, et . élie tend' par1 là . où les ((choses ». et <c.faits .)) .en ·question me sont présents «eux-
vers un horizon infini_ d'approximations qui éonvergent toutes :vers . niêmes ~>. Je deVI-ai alors, il est,vrai, faire réflexion sul' l'évidence
cette idée. A l'aide de ces approximations,. eile Cl;'oit pouvoir dépas 6 en qù~stion, évaluèr ·sa portee et me. re.ndre .évidents ses limites
ser la connaissance naïvé et aussi se dépasser infiniment elle--même. ·et son 9egré âe « perfection >),.c'est-à-dire voir à quet· degré les
Elle croit le pouvoir aussi par la fin qu'elle se pose, à sav~!I- l'uni~ choses me sont réelleiD.ent données e~les-mêmes... Tant que l'évi-
· versalité systématique de la· corinaissànce,- universalité rf}lative dence, fera défaut; je ne saurais prétendre· à rien de dé·finitif·1 toui
soit à tel domaine scientifique fermé, soit à l'unite universelle de· · . ~tr· plus ~~urrai..,j~ ~~corder· au juge~ent.la valeur d'u~e étape
l'être en géri~ral, qu'elle doit présupposer, s'il s'~git d'une ((phi-lo- .In.t~rméd1a1re possible· sur le trajet qui ·mène à elle. .
sophie» et si elle doit être possible. Par conséquent,· du p(}int de . . Les s~ie~ces visent à des prédJcations destinées à donner de
vue de ·l'intention finale, l'idée de science et de philosophie hnpliquè ~'intui~ion (das:!Jr:.scltaute)' ·anté;...prédicative une expres.sion com-
un qrdre de connaissances an-térieures ensoi;rapportées à d'autres, - .. :plète et adéquat~. Jl est clair: què cet aspect·de l'évidenèe ~cienti-

t. C'èst_.à-dire d'acoozriplîr. de remplir. (N. du t.} i. EXactement: d~ é& qÙiest iilt~itic)nné de manière ·anté-prédicative. (N. dut.)
-:13-
-12-
choses ou les « faits » y sont· donnés « eux-Î;nêmes ». L'« expé-
fique ne devra pas être négligé. LeJangage commun est fuyant, rience ;, y est donc viciée par des éléments d'int-ention signifiarf,te ,
équivoque, trop p{m exigeant quant à l'adéquation des termes. C'est non rem[Jljs, encore par unf!. intuition correspondante. Le perfec-
pourquoi; là même où ses mùyens d'expression· seront employés~ tionnement s 1opère alors· dans une progression synthétique d'expé-
H· faudra donner àux significations un fondement nouyeau, les .riences concordantes (einstimittig), où ces intentions signifiantes
orienter de façon· Qriginelle ·sur les évidences- acquises dans le parvienn-ent. au stade de' l'e~périence réelle qui les confirme _etJe~
·travail scientifique,· et fixer dans le làngage ces significations· remplit. L'idée correspondante de perfection serait l'idée d'évidence
nouvellement fondées. Le principe méthodique de l'évidence qui, fldéqu.ate,. sans que nous recherchions si, en pri,ncipe.~ cet.te. idée
dès maintenant, doit régir toutes nos démarches, nous prescrit est og ·n'est pas situae à l'infini ..
cette tâche.· · Bien qll:·e cette idée ne cesse de guider lès préoccupations sc-ien-
Mais à quoi nous serviraient ce principe ét to_utes les méditations tifiques, un· autre type de perfectio.n de l'évidence reyêt aux yeo.x.
effectùées, s'ils ne ·nous fournissaient pas le moyen de prendre dn sav~nt une dignité pÏus haute. Nous saisiss_ons ceci, si, comme
un point de départ réel, nous pèrmettant de réaliser l'idée de science nous l'avons dit, nous essayori~ de ..« vivre )) ses _préoccupations
vé~itahle'? ·cette idée implique celle .d'un ordre systématique de scientifiques. ll s'agit de l'apoàiclicité. L'apodicticité peut, selon
connaissances, et de connaissances véritables. Par conséquent, 'le le cas, appartenir à des· évidences ina(~équates. Elle possède une
. ·véritable problème du début est celui-ci· : quelles sont les vérités inditbitabilité absolue d'un· ordre spécial et bien déterminé, celle
·premières en soi qui devront et :pourroqt soutenir tout l'édifice de q~e ·le savant attribue à tous les principeg~ Elle manifeste la supé-
Ja science Universelle? f'i Je but que DOU3 présumons doit être pra- riorité de sa valeur dans la tendance qu'a 'le savant de justifier à
tiquement réalisable, il faut que nous, qui' méqitons dans l'absol':l nouveau et sur tin plan sup-érieur des raisonnements déjà évia~nts
dépouillemènt de toute connaissance scientifique, puissions en soi eri les ramenan.t à des principes., et de leur procurer_ par là-
atteindre de~ évidences qui portent en elles-mêmes la marque de même la dignité sq.prême de l'apodicticité. L~ èaractèrè fondamen-
cette priorité, en ce sens qu 'elleg soient conÎiaissables comme tai de cette évidence doit être décrit comme il suit :
.antérieures à toutes les. autres évidences imaginables. ftfais l'évi- Dans chaque évidence,, l'être ou la détermination d'une chose
dence q.e cette priorité même devra comporter aussi une certaine est saisie par l'esprit en elle-même dàns le mode «.la chose elle-
perfection, une certitud--e absolue.· C'est chose indispensable, si le. même» (im Modus-« es selbst »)et av~c la certitude absolue que cet
progrès et l'édification, à partir de ces évid~nces primitiYes, d'une être exist~, certitude qui exclut dès_lors toute possibilité de douter .
. science conforme à l'idée d'un système- de connaissances - avec Toutefois l'évidence n'exclut pas la possibilité pour son. objet de.
l'infinité présomptive qu'implique cette idée ~ doit avoir un sens devenir ensuite objet d'un doute; l'être peut se révéler une simple
quel.conque. · · · apparence; l'expérience sensible nous en fQurnit maint exemple ..
.. Çette possibilité, toùjours ouverte à l'objet de l'évidence de devenir
6·. /Jifférenciation.s de l'évidence. ·L'exigence philosophique ensuite objet de doute, de pouvoir n être pas,·- malgrf[l'évidence,
1

d'une évidence 'apodictique et première- en soi. ~ llous pouvons du reste la prévoir par une réflexion critique. En
-revanche, une évidence apodictique acette particularité de n'être
.Mais, à ce point initial ·et décis_if ()Ù nous nous trouvons, il pas seulement, .d'une manière générale, certit1lde de l'existence des
import~ d'entrer plus avant dans nos méditations. Il faut.élucider· choses ou (( faits )) évidents; elle se' révèle en même temps à la
l'expressio,n_ de certitude absolue ou, ce gui revient au _même, · réflexion critique comme. inconcevabilité absolue de leur non.:exis-
d'indubiiàbiUté absolue. Elle attire notre attention sur ce fait tence et, partant, exclut. d'avance tout doute imaginabh~ comme
qu-;à la lumière .d'une explicitation plùs . complète za
per./ection dépourvu ae sens. De plus, .J'évidence de cette- réflexion critique
idéale exigée pour l'évidence se différencie. Nous voici sur le seuil elle-même, est encore une évidence apodictique; par con~équent, '
de la méditation philosophique et nous avons devant ~ous l'infinité 'l'évidence de l'existence de cette inconcevabilité, à savoir-de l'in-
illimitée des expériences ou évidehces pré-sèientifiques. Or·tout~s concevabilité du non-être de ce qui est donné en- une certitude
sont plus ou moins· parfaifes. Imperfection veut dir~ ici, en règle ëvidente, l'est aussi. Et il en est de même pour toute réflexion
gènérale, insuffisance~ Les évidences imparfaites ~so-nt unilatérales., critique d'ordre plus élevé .
. rélativement obscures, indistinctes quant à _la façon -'dont les
. .

En ce qui con~erne le premier point, il est.clair que· rexpérience .


· · Rappelons..,nous ina.in~enani le principe cartésien de l'indubita- sensible universelle, .dans J'évidence de laquelle le monde··nous est
billté· àbsolue, par lequ~l devait être èxclu tout doute cencevable perpétueJlement donné (vorgeyeben} ne ·saurait être considérée
et même tout. doute non justifié, et. ·:r~ppe~ons-nous-le dans la sans plus comme apodi~tique,. c'est-à-dire comme excluant de façon ·
m.esure oh il sert à l'éd-ification d'une science véritable. Grâ.ce. à absolue la possibilité de douter de l'exist~Iice dt! monde, e'est-
notre méditation, ce princip~ s'.est dégagé progressivement et a à-direla.possibîlité Q_e sa non-existence. Une expérience individuelle
pris ul).e forme plus claire. Il s'agit maintenant de savoir s'il peut . ,peut pé~dre sa valeur ·et se voir dégra.der_à une simplé apparence .
·nous aider à prendre. un départ réel, et de quelle manière ille peut. sensible. Bien plus, tout l'ensemble d'expériences, dont nous pou-
Conf6rmément.à. nos affirmations précé~entes,Ja première questipn . vons embrasser l'unité, peut se révéler simple apparence-et n'être.
à- fôr:inuler par une philosophie à son début est celle-ci : no_us est- 'qu'un << rêve cohérent ~· Ces remarques que nous ve.nons de.
il p.ossi~le de << découvrir 1 » des évidences qui contiennent l'évi- ·raire sur les revirem~nts (Umschltige) possibles et réels del'évi-·
dence « apodictique », de .devancer, comme« premières en soi » de.nc~, point n'est besoin d'y voir· déjà une critique suffisante de
toutes les autres évidences conc_evables, et peut-on dù -même coup cettè éVidence même, ni tine' preuve péremptoire que nous pouvons
les per~evoir elles-mêmes comme apodictiqu~s? Si elles: _étaient concevoir la non;.existence du monde en dépit de .l'expérience· con- -
inadéquates; au ·moins devraie·nt-elles avoir un contenu apodic- tinuelle qu~ nous. èn avons. Qu'il suffise de retenir ceci : si nous
tique connai~sable, un colltenu~(Seinsgehalt) assuré, grâ.ce à l'apo• ·voulons fonder les sciences de façon radicale, l'évid~nce qué nous
dicticité, << une fois pour toutes·>>, c'est-à-dire d'une façon absolue donne l'expérienée du mondé néc~ssite de toute façon une critique .
et inébranlable. Mais comment avancer ensuite? Serà-t-il seule- préâlable de .Son ~utorité et-de -sa portée; donc nous ne .pouvons
. me~t po$sible de le fa1re et d'arriver à poursuivre sur des bases .sans contestations la considérer comme apodictique. n ne. suffit
apodictiqùès l'édification d'une philosophie? De tels problèmes donc pas de suspendre notre adhésion à toutes les sciences et de
doivent nécessairement rester cura posterior. les trait~r de préjugés (pré-jugés, Vor-Urteile 1)- pour _nous inad-
missibles. Jl faut aussi enlever au terrain universel OÙ elles s'ali~
7. L'évidence de l'exisÙ~c; du monde n'est pas apodictique. mentent, au terrain du monde empidque, son autQrité naïve.
Que cette évidence est comprise dans la révolution cart~sienne. L'existencedu inonde, fondée sur ·l'évidence de l'expérience natu-
Le problè~e ·concernant-le~ évidences premières en soi parait se re~le, ile peut plu_s être pour nous un fait qui va de. soi; elle n'est
·résoudre ~ans pei~e. L'existence d'un monde ne se donne~t-~lle plus ·pour nous. elle"'même qu'un' objet d'affirmation (Geltungs-
pas comme une évid.ence de ce genre? Au mo.nde se raP.porte 1 ac~ phtlnomen ).- ·
tivité de la vie courante, ainsi que Vensemble des sctences, les Mais, si nous nous_ en .tenons là, nous restera-t-il encQre une
$iences de fait i~médiatement, les sciences aprioriques· médiate- · ba~ pour des jugements quelconques, voire des évidenèes, base
ment en tant. qu'instruments de méthode. L' existe.nce .du mon_qe va qui,..·puisse servir de fondement, et de· fondement apodictique, ·à
·.cie soi elle est tellemènt natùrelle que nul ne songera à l'énoncer une philosophie universelle? Le monde n'englobe-t-il pas l'univer-
explicitement dans· une proposition. N'avons-nous pas la continuité , salité de tout ce qui est? Pourrons~nous dès -lors éviter d'entre-
de l'expériencet où le mo ride est sans cesse présent à .nos yeux prendre quand même, in extenso et à titre de tâ.che première, la
d'une faeon incontestable? Cette évidence est en elle•m.ême ~nté- . critique de l'expérience du monde que nous venons d'esquis_ser?.
rieure, t~nt aux. évidences de la vie courante qui se rapportent au Et si le résultat de cette critique s'affirmait tel que nous l'avions
-monde, qu~à celles de. toutes les sciences· ayant le monde· pour supposé, serait-ce alor~ l'échec de toute notre entreprise philoso--
objet, scienc~s dont la vie_ est d'ailleurs le fondement et le ~upport phique? Mais que dire si le monde n'était pas en fin de compte
permanent. Néanmoins nous pouvons nous demander SI, dans le ~out premier domaine de jugement, et si a.ve~ l'existence de ce
cette fonction d'antériorité qui est siennet elle peut prétendre. à un mQnde était déjà présupposé un domaine ~'être en sol antérieur?
caractère à.podictique .. Poursuivant ce doute, nous trouvons qu:eue
ne peut mêine pas prétendre au privilège de l'évidence premtère !. Préjugé a îclle_ sens, non d'idée préconçue, mais de jugement.· (N. du 't,) ..

et absolue.
i. Au sens primitif de : mettre à découvert. (N. du ·t.)
~·i6 - ·17-
8. L' « ego çogzto )) comme. "$Ubjectivité. transcendetitale. scümtes con1 me '<<. cesforD?-es passées elles~mêmes·» ...,x·~ puis à tout .
Faisons ici, sur les traces de Descartes, le grand retour sur soi .. la
.moment, dans réflexion, diriger un regard de mo~ àhention sur
même qui, correctement ac.compli, mène à la su,bjectivit.é transcen- cetie vie ·spontanée, saisir le présent ~~mme présent, le ·passé
dantale: le retour à l'ego cogito, domaine ultime ~t apodictiquemEmt comme passé, tels qu'ils .sont eux-mêm~s·. Et je le fais maintenant·
certain sur lec,p1el doit P.tre fondée toute philosophie radicale. en ·tant que <<moi)) philosophique pratiquant ladite abstention.
Réfléchisso~s. En philosophes qui méditent de façon radicale,
-.. /Le mo~de ·perçu dans cette' vie réflexive est, en un. cer~
nous ne possédons à présent ni une scJence valable ni un monde tain. sens, toujours là pour moi; il est perçu comme auparavant,
·~·avec le· contenu qui, en chaque _cas, lui·est.propre. Il continue de
e~ist~nt. Au lieu d'exister simplement, c'est-à-dire de ~e présen~r
m'~pparaitre·-~omme il m'apparaissait jusque-là'; mais, dans l'atti-
à nous tout simplement da~s la croyance existentielle (naturelle-
ment valable) de l'expérience, ce monde n'est pour nous qu'un tude réflexive è{iii in' est propre en tant que philosophe, je n'effec-
·simple ·phénomène élevant une prétention d'existence (Seinsan- tue plus l'acte de croyance existentielle de l'expérience naturelle;
jen'ad~ets plus ~ette croyance comme·valable, bien que, en même·
spruch). Ceci concerne aussi l'existence de tous les autre~ « moi ))'
dans la mesure où ils font partie du monde environnant, si bieh temps, ~'elle soit toujours là et soit même saisie par le regard de
que nous n'_avons plus 'le droit, au fond, de parler au pluriel. Les l'attention. Il en est de même· de toutes les autres intentions (.Jfeî-
autres hommes_ ~t les animaux ne sont pour moi des données nungen) qui appartiennent à mon courant de vie et qui dépassent
d'expériènce qu'en vertu de l'expérience sensibl~ que j'cii de leurs les intuitions empiriques : représentations abstraites, jU:gements
eorps; or, je ne puis me servir de l'autorité de celle-ci, puisque sa d'existence et de valeur, déterminations, positions dé fins et 'de
valeur est mise en question:J Avec les autres « moi» disparaissent moyens, etc.; je n'effectue. pas non plus:d'act~s d'auto-détermina-.
natureltement toutes les formes sociales et culturelles. Bref, non tion, je ne <<prènds pas position>> (Stellungnahme) -:actes qui sont
seulement la Pature corporelle, mais l'ensemble du monde con ... naturellement et nécessairement exécutés dans Fattitude irréfléchie
cret qui m'environne n'est plus pour moi, désormais, un monde et naïve de la· v.ie courante; je m'en abstiens précisément dans la
existant, mais seulement« phénomène d'existence )) (Seinsphüno- mesure oü ces attitudes présupposent le monde et, partant, con-
men). . _ . tiennent en elles. une croyance existentielle 'relative au monde. Là
Cependant, quoi qu'il en soif de la prétention d'existence réelle· encore l'abstention et la mise hors valeur ,des attitudes détermina-
inhérente à ce phénomène, et quelle que soit, en ce q!li le concerne, . tives par le moi réflexif du philosophe ne signifient pas qu'elles
ma décision critique _ _.;qua j'opte pour l'être ou pour l'apparence disparaissent de son, champ d'expérience. Les états psychiques
-ce phénomène, en tant que mien, n'est pas un pur néant. Il est," concrets, répétons-le, sont bien l'objet visé par le..reg_ard de l'atten-
au contraire, justement ce qui me rend: possible une telle d~cision ;· tion; mais le moi attentionnel1 .. en. tant que moi'. p.hilosophique,
c'est donc aussi ce qui rend possible qu'il y ait pour moi une cri- pratique l'abstention envers ce donné intuitif (das 'Angesch'aute).
tique de l"être <<vrai P, qui détermine le sens même• de la validité De même tout ce qui dans des états vécus de ce genre était, au
d'une telle assertion .. sein de la conscience· sigl)ifiante (Geltungshewusstsein ), présent à
Disons ceci encore. Si, comme je puis le faire librement et comme titre de. chose visée (Geméintes), c'est-à-dire un jugement déter--
je viens réellement de le. faire, je m'abstiens .de toute croyance . miné, une, théorie des valeurs vu des fins, rien de tout cela n'est
empirique, de façop. que'o1'existence du monde\ empirique" ne soit supprimé: Mais tous ces phénomènes ont. perdu leur <t validité »
plus valable pour moi, cette abstention est ce qu'elle est, èt elle et subissent une « modification de· valeur)); ils ne sont plus que
est incluse dans tout le courant de la .viti perceptive 1 .-A~~tte vie de « simples phénorp.ènes >' (in der Geltungsmodi.fikation « blosse
est continuellement là pour m-oi,' j'en ai constamment la conscience : Phlinomen.e )) ). . ·
.perceptive dans un champ de perception présente; tantôt elle m'est .Par conséquent, cette universelle mise hors valeur, cette « inhi-
prése~te dans ~on originà.lit~ la .plus ~ori.crète, tantôt telles. où bition », cette « mise. hors jeu·,, de toutes les attitud~s . que nous
telles formes passées de cette vie me « redeViennent)) conscientes P"-JVons prendre vis-à-vis du monde objectif - et d'abord des
par la mémoirë, et ceci implique qu'elles me redeviennent con- attitudes· concernant :. existeD,ce, apparence, existence ·possible,
hypothétique, proba])le et autres, .:..._ ou encore, comme on a
i. Cest-~~ire de la. vie qui vit_, qui pratique l'expérlence. fN.-du t.)
coutume de ·dire : cette « s'7toz~ _phénoménologique », cette
-18- --- 19-
«mis~ .enire p~renthè!ses_.» du monde obJectif, ne nous placent pas .même ·apodictique.. C'est' alors seulement qu'une .philosophie ~era
d~vant un pur néànt:···Ce-·qui,· en-revanche et par là-·même, deVIent p:O~sible~ c'est-à-dire qu'il- sera possible d'élever, à -pa!!tir de ce
·nôtre, ou mieux, ce qui par 1~ devi!3nt mien, à moi sujet' méditant, champ d'exp_ériences et dejugements originel, un édifice systé-
c'est ma vie pure avec l'ensemble de ses états vécus purs f3f de ses matique de· connaissances apodictiques. Que l'ego sum ou le sum
objets hïtentionnels (reine Gemeintheiten), c'est-à-dire 'l'univP-rsa~ ·cogitans doive êt~e regardé corp.me apodictiq~e, donc qu'avec lui
lité des (( phénomènes )) au ~sens spécial et élargi de la phénomé- nous ayons sous les pieds un domaine d'être apodictique eLpre-
nologie. On peut dire aussi que l'Hto].~ est la méthode universelle mier, Descartes, on le sait, l'a déjà vu. Il souligne b~en le car_actère
_et radicale par laquelle je me saisis comme moi pur, avec la vie de indubitable de ce tt~ .proposition et affirme "hautement que même le
conscience pure qui m~est propre, .vie dans et par l~qiielle le , << j.è doute» suppose déjà le « je suis ». Il s'agit bien, chez lui
monde objecti-f tout entier existe pour moi, tel jusiement qu'il .aussi, du moi qui se saisit lui-même, àJ}rès avoir mis hors valeur
existe pour moi. Tout ·ce qui· est.« mondê »,·tout. être _spatiaJ. et le moride enwirique comme l?ouvailt .être objet du doute, Il est
temporel. existe pour moi, c'est-à-dire. vaut ·.pour moi, du fait clair, après ~nos précisions, que le sens . de la certitude dans
même que j'èn fais l'expédence, le .perçois, le rémémore, y pense laquelle, grâce à la réduction transceridentale, l'ego parvient à se
de quelque manière, porte s_ur lui des jugements d'existence ou d~ · révéler à nous," correspond réellement au concept d'apodicticité
valeur, le désire, et ainsi de suite. Tout c~la, ·Descartes le désigne;_ que nous avons explicité plus bau~. ,
:On le saft, par ie·termE}de cogito. A vrai dire, le monde. n'est pas Certes, le problème de l'apodicticité et, par là mêmf3, celur dti fon~
pour moi autre chose què cê qui _e-xiste et v~ ut J?OUr ma conseience dement premier d'une philosophie n'est point encore résolu. En
. dans un pareil cogito~ Tout son sens universel ~t_particulier, toute effet, des doutes s'éveillent aussitôt. Par exemple, la subjectivité
sa validité existentielle~ il les. tire exclusivement de telles cogita- . · transcendantale ne contient-elle pas nécessairement son. passé
tionés. En .elles s'écoule toute ma vie intra-:tnondaine, dône aussi les éventuel 1 accessibl~, lui, par~ la mémoire seulement? Peut-on pré-
recherches et les démarches ayant trait à ma vie scientifique. ·l.e ne tendre. pour celle-ci à une évidence apodictique? Certes, il serait
puis vivre; expériii?-enter, penser; je ne puis agir et porter des juge: faux. de vouloir nier -à caùse de cela l'apodicticité du « je suis»;
ments d·e valeur 'dans un mo_nde autre que celui· qui trouve en mo1 ceci n'est possible que si, au lieu .de se la rendre présente, l'on
et tire de moi-même son sens et sa validité. Si' je me place au- se borne à argumenter. d'une manière -tout extérieure. Mais il y
dessus de .eette vie tout en Hère et :tn'abstiens ·d;effectuer la moindre ·a uri autre problème qui va se poser maintenant: celui de la por-
croyance existenti~lle qui' pose « le. monde >) c~me existant, si je tée de notre évidence apodiétique.
vise .exclusivement cette vie elle-même, dans la me~ure où elle est ·Nous nous· rappellerons ici une _remarque antérieure. Da~s une
conscience de <c ce » ~oncle, alors je me retroltve en ~ant qu'ego évidence, disions-non$ alors, l'adéquation.et l'apodicticité ne vont
pur avec le courant pur de mes cogitationes. . ·. ·pas nécessairement de pair. Pèut..:être ~ette remarque yisait-elle
· Par conséquent, en fait, l'existence naturelle .du monde _:..... du au fond le ca~ de l'expérience transceudentale du moi. Dans cette
mond~ dont je puis parler - présuppose, comme une existenc~ en expérience, l'ego ~'atteint lui-même de. façom. originelle. Mais,
soi antérieur~, celle de l'ego pur et de ses cogitationes. L~ d.omaine dans chaque cas, cette expérience n'offre ·qu'un noyaU d'e;x.pé-
d'existence naturelle n'a ·donc qu'une autOrité de second ordre et riences « proprement adéquates.,. Cè noyau, c'est la présence
·présuppose toujours le -domaine tran·scendentaL C'est pourquoi la vivante du moi à lui-même, telle que l'exprime le sens grani-
démarche phénoménologique fondamentale, c'e.st-à-dire l'ènoz11 . matical de la proposition: Ego cogito. Au delà de ce noyau ne
· transc(-.nde,ntale, dans la mesure où elle nous mène à ce domaine s'étend qu'un horizon indéterminé, d·une généralité vague, hori- .
originel, s'app~lle rédu.ction phénoménologique transcendantale. ·zon de ce qui, en .réalité, n'est pas objet immédiat d'expériences,
mais seulement objet de pensée, qui, nécessairement, l'accompagne.
9. Portée del'ét•idence apodictique du «je suis».
A cet -horizon appartiennent le passé du· moi, presque toujours
La question suivante est de savoir si cette réduction re1.1d pos- ·totalement obscur, ainsi que les facultés transcendentales propres .
sible ·une évidence apodictique de l'existence de -la subjecti~ité du moi et les particularités qui, dans chaque cas, lui sont habi-
transcendentale. L'expérience transcendantale du moi ne vourra · tuelles. La perception extérieure (qlii, certes, n'est pas apodictique)
servil' de. support à des jugements apodictiqt~es que si eUe· est elle- , est bien une expérience dé l'objet lui-même -l'objet est lui-même
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là [devant. moi], -mais, dans cette présence.(in diesem Selbstda•
stehen), l'objet possède, pour le sujet percevant~- un énsem,ble science « nomologique » et procédant ordine geomètrico, ·anal9gue
()UVert ét inflni·de possibilités fndéter~inées qui D'é SOnt pas elleS• jufl;temeht aux sc!e~nces mathématiques. Corrélativement, on ne devra
mêmes :actuellement perçues. Ce halo, cet « horizon » est tel qu..il p~nser ~ aucun titre que, dans notre moi pur apodictique, nous
implique la possibilité d'être déterminé dans et. par des expériences ayons réussi à .sauver une petite parcelle du Ill onde, parcelle qui,
possibles .. ·D'une manière tout analogùe, la certitu.de apodictique pour le moi philosophique, seraft la seu~e chose du monde non
de~ l'expéricnc~ transcendantale saisit mon « je suis » transcend_en- sujette au doute, et qu'il s'agisse m:a.intenant de reconquérir, par·
tal comme impliquant l'indétermination d'un horizon ouvert. La des déductions bien menées et suivant-les principes innés à l'~go 1 .
réalité du domaine de connaissance originelle est donc absolum~ilt tout le reste du monde. ·. ·
établie, mais aussi sa limitation qui e~clut tout ce qui ne s'est Malheureusement, ç'est ce qui arrive à Descartes, par suite d'une
pas .encore présenté à découvert « lui-même >> dans l'évidence confusi9tl, qui 'Semble ·peu importa~te, mais n'ên est que plus
vivante du ·« Je- suis ». Tous les àctes de pensée signifiànte qui funeste, qui fait de l'ego. une substantia· cogitans séparée; un mens
accompagnent rexpérience de l'évidence transcendentale -:-:--. et . sive animus humain, point de départ de raisonnements de causa-
sont impliqués par elle - ne participent .donc paS. à son apodicti- lité. C'est cette confusion qui a fait.de Des~artes le père de ce con-
c~tP,, ·et ·la possib~lité qu'ils possèdent -ou prétendent pôs.séder tresens philosophique qu'est le r-é~lisme transcenderital, ce que,
_ - de pouvoir être «remplis » par unè intuition correspondante rependant, nous ne pouvons voir encore. Rien de par,eilne nous
doit être._s~:mmise à la critique. qui, év~Jn~uêllement)·en limitera apo- arrivera, si nous res~ons fidèle au radicalisme du retour sur nous-
dictiquement là portée. Dans quelle mesure le moi transcendental· et
même 'par là au principe de l' (( intuition )) (ou évidence) pure,
peut-il se tromper sur luj-même, et jusqu'où s'étendent~ en dépit et si, par conséquent, nous ne 'faisons valoir que ce qui nous e~t
de cette illusion possible, les donn~es ~bsolues et indubitableS? donné réellement~ et immédiatement- dans le champ de l'ego
. D'ailleurs, en posant !'.ego transcÉmdental, ~ et même si nous· cogito quèl'è1toz~ nous a.' ouvert, .donc sf nous évitons d'énonc·er
négligeons polir !'.instant les problèmes-difficiles touchant rapodic- ce que nous 11-e << voyons >> pas nous-même. A ce princip.e Descartes
tidté, ~ nous s~mmes arrivés à' mi point dangereux. ne s'est pas entièrement,conformé~ C'est pourquoi, ayant; en m1 cer-
t.ain sens, déjà fait la plus grande des découvertes, Descartes n'en
iO. Digression·. Coniment .Descartes a· manqué l'orientation ·saisit pas le sens propre, celui de la subjectivité transcendent~le. ·
transcendentale. Il ne franchit _pas le portique qui mène à la philosophie transcen~
dentale véritable. ·
Il peut paraître facile, en suivant Descartes, de saisir le moi
pur et ses cogitationes. Et cependant, il semble bien· que nous 11. Le moi psychologique et le moi transcendéntal.
soyons arrivé sur une crête abrupte. Ava.ncer avec calme et sûreté La transcendance du monde. ·
· sur cette crête·, c'est une question devieou de mort·pour lacphi~.:.
Si je garde -dans sa pureté ce qui, par la iibre. i~ox~· à l'égard.
sophie. Descartes avait la volonté ferme de se débarrasser radicale:-
de l' existenc.e du- monde empirique, s'offre à mon regard à moi, sujet
. ment de tou( préjugé. Mais· nous savons, grâce à. des recherches
méditant, je saisis un fait sig.nificatif: c'est que moi-mêm.e et ma vie
récentes. et notamment. grâce ·aux beaux et profonds trava1,1x de
propre denieuren t intacts (quant à là position de leur être qui reste
MM. Gilson et Koyré; .combien de « préjugés » non éclaircis,
valable) quoi qu'il en soit de· l'existence ou 'de la non-existence .
hérités de 1a scolastique, contiènnent. en cote les JJ/éditations. Mais
du monde-, et q~el que puisse être .le Jugement que je porterai sur
ce n'est pas tout; il s'y ajoute encore le préjugé que nous avons
ce· suj~t. Ce m:oî~et savie psychique, ..que je garde nécessairement
~entibnné plus haut, issu de son .admiration pour les sciences
malgré. l'Èr.o;pL ne sont pas une partie du monde; et si ce_:moi dit:
mathématiques. Nous-mêmes nous subissons encore l'influence de
.Je suis,. Ego cogito, cela ne veut plus dire : J~, en ta~t que. cet
cet héritage ancien dont nous devons nous garder. Je parle de la
homme) suis.(< Moi.>~, ce n'estplus l'homme quise sa.isit dans Î'in-.
tendance à envis_ager l'ego cogito comme un « axiome » apodic-
tuition naturelle de soi ·~n tant qu'homme natluel, ni encore
tique, axiome qui, réuni à d'autres non encore dévoilés, voire
l'homme qui, limité par abstraction aux données pure~ de l'expé-
à des hypothèses trouvées par ·.voie inductive, doit servir de
rience « interne » et p~_rement psychol.ogique 7 ·saisit son propre
fondement à une science « dédüctive )) et explicàtîvé du monde,
mens sive animus sive intellectus, · ni mêmeyâ.m~ elle-même prise
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. séparément. Dans ce mode. d'aperception ù ·naturelle ))' moi et irréelle (irrv!ellen · Beschlossenseins) àppartient au sens propre du
tous les autre~ hommes· servent d' o}Jjet aux sci-enees positives, ou monde, alors le moi lui-même, qtü porte le monde en lui à titre
objectives au sens ordina:ire du te:rme, telles la biologie, l'ailthropo- d'unité de sens ( Sinneseinheit) et qui par là même en ~st une
logie et la psychologie empirique; La vie nsychique, dont parle la prémisse né~essaire, ce m9i s'appelle transcendental. au sens
psychologie, a toujours été. conçue comme vie psychique dan,s ie phénoménologique de ce terme, -et les problèmes philosophiques
monde. Cela vaut manifestement aussi pour ma vie· propre, telle issus de cette corrélatipn, problèmes philosophiques transcenden-
que nous pouvons Iasaisir.et l'analyser dans l'e:cpérience purement taux. · ·
. interne. l\lais l'~7tox_1) phénoménologique, telle que l'exige de nous
la ·marche des. Méditations càrtésiennes p~dfiées,. inhibe la valeur
existentielle du monde objectif et par là. l'exclut totalement du DEUXlÈME M~DlTATlON
champ de. nos jugements. Il en est de même d-e la valeur existen-
. tielle de tous.les faits objectivement constatés par rexpérience LE CHAMP ·n'EXPÉRIENCÈ TRANSCENDENTAL
externe aussi bien que de ceux <le l'expérience interne~ Pour moi, . :E1' SES STRUCTURES GÉNÉRALES.
sujet méditant, placé et persistant dans l'èr.ox_~, et me posant ainsi
·comme source ·exclusive de toutes les affirmatio:ns èt. de toutes f.2. Idée d'un fondement transceiu:tental de la connafssance.
les justifica"tions objectives, iln'est donè ni moi psychologique ni Donnons mairiteh~nt à notre méditation une direction nouvelle.
phénornèJ?.eS psychiques au s~ns d~ la psychologie, c-'est-à-dire C'est par là seulement que les résultats de nos considerations pré-
compris ,comme des éléments réels d'êtres humai~s {psychophym cédentes pourront porter leurs fruits. Moi qui médite selon le
siques). , · · mode cartésien, que puis-je tirer du moi transcendental au point
Pal' l'è'ltoz~ phénoménologique, je réduis·mon moi humain na:turel de vue phHosQphique ? Certes, du point de vue de la ·connais·sance,
et ·ma vie psychique -domaine ~ mon expérience psychologique l'être de ce moi précède toute existence objective~ Il est en un cer-
interne·..;._ à mon moi transcendantal et phén·oménologique, ·domaine tain sens le domaine où se forme toute connaissance objective au
de I'e~périence interne. transcendèntale et phénominologirpû!. Le . sens hah.ituel donné à ce terme. Mais -ce fait de «précéder.» toute
monde objectif qui existe pour. moi~ .qui a. existé ou qui existera . eon?aissance objective'vfmt--,il dire' simplement en former une·« pré-
pour moi, ·ce monde objectif avec tous, ses· obj~ts puise en moi;.. misse>>? N:on qu'Il s'agisse d'abandon"ner la grande idée cartésienne
mime, ai:-je dit plu~ haut, tout le sens e_t :toute la valêur eiisten- d'aller chercher dans la subjectivité transcendantale la justifica~
tiellè qu~il a: pour moi ; il les puise dans mon _moi t1~anscendenta.l~ tiQn ultime de toutes les s.ciences, voire de l'~xistence d~un monde
que seule révèle l'.~1rox~ phénoménologique transcendantale. · :objectif. Dans ce cas..;là nous n'aurions pas donné une modification
Ce concept detranscende.ntal.et son corrl:Ùaif,le concept de tram~­ critique à lft marche des Méditations; nous n'en suivrions plus .du
. œridant, nous' devrons les puiser eiClusivement dans notre propre tout la trace. Mais il se peut qQ.e la découverte .cartésienne du moi
méditation p:hilosophiqu,e ..Remarquons à cet égard que, si le moi transc~ndentàl révèle aussi une idée nouvelle du fondement de la
, réduit n'est p~s un.e parÜe d1!.monde;. de nième~ inv.ersemE:mt, le connaissance, à savo_ir d'un fondement :d'ordre. transcendantal. En.
monde et les ·objets du· monde -ne spnt pas 9es parties réelles de effet, au lieu d'utiliser l'ego coqito comme une prémisse apodicti-
peut
mort moi... Qn n.e les.trouverdans ma--vie psychique. à· titre ·de., quement certaine.pour des rai_sonnements-devant nous mener à une
pa.r.t~~s réeU~ de .cette .vie, c_onime un. complexus de. don~ées ~e11-: subjecti~ité transcendante, ·voici sur quoi nous porterons notre
sorielles Qü d'actes psychiques •. C.ette transcendance at-·)artieut att~ntion =.aux yeux du philosoph~ qui médite, l'i~oz~ phénomén.o-
au sens· spécifique · rêtre · , du: lJ?.On_de (des Weltlichen), encore ·logiqlle degage une sphère nouvelle_ etinfinie d'exf,~tenc~ que peut
_que no.us ne puissions.doriner à ce (( monde·:>: et à ses. détermi- atteindre une expérience nou::vellet l'expérience transcendentale.
nations aucmf ati.tr"e sens que celui qne nous tirons de nos expé- . Remarqùons une chose : à C-~aque genre d?expérience~·reelle" et aux
'rieD.ces, rep~esentations·, p~n.~ées, jugefi\ents de valeur- et actions; modes généraux .de, sa spécification..-.. perception, rétention) sou-
même
~e que n,ous -ne. pouvons justifier l'attril>u~ion à ce monde · ·venir et autres, --- correspond aussi une fiction. pure, ûne ·<< quasi-
;_d~une e#stence_ évidente qu~en :partant de nos propres évidences· . expérience» (eine« Erfahrung als oln>), possédant de~ modes de
ét d-e nos propres actes.· Si cette t< traR~cendance » · d'inhër~nce· spécification parallèles (perception·, rét~ntion, souvenir fictifs). S'i.l
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en esf ainsi, nous· sommes- en droit· de nous .attendre à ce qu~il_ critique qui porterait sur les formes individuelles et déterminées de
existe aussi, dans le domaine de la possibilité pl,lre .(r-ure représen- , cette expérience. Cette tâche, on le voit, est d'ordre supérieur et
. ta1ion ou imagination), une science spéciale d'ordre·. apriorique, s~pposerait l'accomplissement d'une premièr~ démarche : il fau-
dont les. juge'ments portent non sur des réalit~s tr~nscendentales, drait quê, en suivant l'évidence concordante de l'expérience trans-
mais sur des· possibilités ·aprioriques, · et qui presc1;it ainsi. à _ces cendentale dans son jeu pour ainsi dire naïf, nous nous soyons
réalité des règles a pt·iori. d'abord orienté dans ses données et 1es ayons décrites dans -leurs
, Mais en no:us laissant aller de la sorte à concevoir Tidée d'une caractères généraux.
science' phénoménologique appelée à <;Ieve'nir philosophie, nous L'élargissement dès méditations cartésiennes que nous venons
retrouvons bien vite, avec laprétention méthodique fondamentale d'e.ffeetuer va détermine.r corrélativement nos démarches futures.
d'un'e _évidence qui serait apodictiq~e, les difficultés mentionnées Nous prévoyons dès maintenant que .les. travaux scientifiques
plus h.aut. Car, nous l'avon$ vu, si absolue que soit cette évidence groupés sous le titre collectif de phénoménologie transcendentale
pour l'existence de. l'ego et pour cetego lui-r11ême, il n'e~ est Ji>8:S devront s'effectuer en deux étapes.
de même pour les multiples données de l'expérience transeenden- -Dans la première_, il faudra parcourir une premiè1·e fois le ·
tale. En .effet, les cogitation~$ données. dans l'?ttitude de la rétluc- domaine - immense, cpmme nous allons voir- de l'expérience
tion tl'&nscendentale comme objets de perception, de souvenir, etc., transcendentale du moi~ Nous allons tout d'abord nous aban-
ne saura~ent pas être. ten.ues. pour .absolul!lent certaines quant à- .. donner purement et simplem(!nt à l'évidence propre au dé1'oule-
1eur être présent ou pàssé.nestcependantpossiblede montrer que- ment concordant de cette- expirience. Nous réserverons d'one pour
l'évidènce ânsolue du je suis s'étend aus~i, ·nécessairement, aux l'ayenir les. problè:.;n.P.s d'une critique de la portée des principes
multip1ieités de I:expérience interne que nous avons de la _vie trans- apodictiques. Cette premièJ:'e étape n'est pas en(~ore philosophique
cendentale et des particuldrités-habit?ûlles du moi, bi~n qu'elle se au s'èns plein du· terme. Nous y procéderons à la manière du
tienne· dans -ce:rtain~s limites· déterminées par la portée d? telles naturaliste qui s'abandonne à l'évidence de l'expérience naturelle,
évidences_ (par exemple, celles du souV'enirmédiat ouimmédiat, ... et qui, en tanf que naturaliste, exclut- du thèi:ne de ses ·recherches
etc.). ·Précisons notre pensée. Le cont~nu absolument ~ertain qui les questions ayant trait à une -critique générale de cette expérience
noqs est donné .-dans l'expérience interne. transcertdentale ne se ·même .
réduit pas uniqueme-nt à ri4entité du «je suis ».'.A ·travers toutes . La seconde étape aurait pour objet la critique m~me de texpé-
les données singulièr~s de l'expérience interne réelle et possible~ 1'ience transcendentale, et consécutivement celle de la connaissance
quoiqu'ellesne ·soient' pas .absolmnènt certaines dans le 'détail - tran·scendental,e en qénéral~
s'étend une structure unit;erselle et apodictique de .l'expérience Ainsi s'offre à nous ·urie science d'une ·singularité inouïe. Elle
du m-o-i 1, ai~si, pa~- exemple, 1~ formé temporelle immanente du - a pour ·objet la subjectivité transcendantale concrète en tant qué
courant qe :consCienCe. En vertù de cette structure,~ et c'est un. de donnée dans une expérience transcendentàle effective ou possible.
ses caractères prop~es,_-.:.:le moi· possède :de lui"'même 'un schéma Elle s'oppose radicalement aux sciences telles·qu'o.n_les concevait
apodictique, schéiba ind:~termi_né qui' le fait apparattre à lui-mêm~ jusqu'ici, c'est~à-dire au_x Sciences objectives: Cèlles..,ci comprennent
comme. moî êo11trei, existant avec un contenU individuel d'états égalemen-t une science dè la subjectivité, mais de la subjectivité
vécus, de·'f.aeultés et ·de tendances, donc- comme un obJet d'expé.:. objective,. animale; faisant partie dti monde. Nais ici il s'agit d'une
:riencè, ~àct~ssi~le~à une-expé:ri~lice interne possible, q~Lpeut être 'science. en quelque sorte « absolument subjective))' dont l'objet
élargi~ et enric~i_e à_l'iiifmi. . . . est indépendant de ce que nous ·pouvoris décider quant à l'exis-
tence ou à la non-existence du_monde. Ce ·n'est pas tout~ Il sem-
ta. Qu'il 'est néctssai~e d~exclure provisoi~emèn.t tes pno!Jlèmes blerait que -mon moi~ le moi -transcendental du philosophe, qui
. -t.oncern(uit la pm·tée de_ld, con.n~issa_n.ce· trânscenden(ale. ·est le premier 'Objet de cette scien.ce, en soit aussi nécessairement
· La·. réaiisatiôn effective dé cette . <i découverte» serait· la· td.ch·e l'obJet unique. Certes,. il est conf9rme au· sens de la réduction
éminente d'une critiq_üe dè l'e~~périence: #iterne ·transéend_entale, . transcendentale de ne pouvoir poser au début aucun autre être
. . que le moî et. ce qui lui es~ inhérent, et ·cela avec un halo de déter-
L .Au sens d'e/_xpêrienèe. .·«.tra.nseendentale », ~o~ d'èxpérience_ se:risib.e. minations· possibles, ma_is._non-encôre effectuées. La dite science coli;l-
. . .

Hu!iai:aL. - Phénom,énologie. 3
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~.!6- -27- 'iJ


mencera done à -coup· sür comine égqlogie pure .et, _de ce fait, elle
·1.4. Le. courant des-« cogitationes . ». « CogÛfJ » et« cogitatum. ».
semble nom~ eon damner au s()lips~sine•. du moins transcendantal~
Nous ne vpyons nullement encore com~ent, . dans rattitude de la Nous n'allons pas, pour: le moment, nous occuper des questions· -
rédu-ction, d'~utres « xn.oi » pOurraient être· posée .-.... nou comme . touchant la P.ortée de l'apodlcticité du «je suis.». Nous allons donê
simples phénomènes d'li· « ·tntmde »,.mais comme d'autres « moi')) diriger la lumîère .de l'évidence transcendantale non plus sur
_tran·scendentaux, - donë commen( .de tels « moi >>·pourraient l'ego cogito, _..:. ce terme pris au sens ca;rtésien le plus large, ~
devenir à le.ur tour sujets· CJUalifiés ~'une égolQgie phéno~énolÔ• mais sur ~es cogitationes multiples, c'est-à-dire sur le courant de
gique. la conscie-nce qui forme la vie .~e ce moi (mon moi, le moi du
-Novices en philo~ophie; des· doutes de ce genre :Q.e. doivent pas _sujet méditant): Le moi. ide~ tique peut à to~lt moment porter son.
_nous effrayer.· La réduction au moi transcendantal· n'a. peut·être regard réflexif sur cette vie, qu'elle s·oit perception ou représenta-
que l'apparence d'un solipsisme; :le ·développement .systématique tion, jugement d'e~istence, de valeur, ou volition. Il peut à tout
et conséquent de l'aitalyse égologique . nous conduira peut-être, moment l'obser:ver, en expliciter ét en décrire le contenu.
bien .au _contraire, à une phénoménologie detl'intersubjectivité Màis, dira-t-on peut-être, suivre cette direction de recherches,
transcendentale, et - par là ·même ~ à une philosopl).ie transcen- c'est faire tout simpleJ!lent de la description psychologique; fono
. dentale en général. Nous verrons, en effet, qu'un solipsismé trans- dée' sur l'expérience purement interne de· ma propre ·vie con-
. -cendental n'est qu'un échèlo:il iD:féri~ur de la philosophie·. ·n faut . sc~ ente; bJen entendu, pour être pure, cette desëription doit exclure
-le développer en tant qùe tel pour des raisons méthodiques, notam- -toute positio'~:t d'une. réalité pyschophysique. · Mais une psycho-
lflerit pour poser .d'une manière conv-ena-ble les problèll1eS · de logie purem.ent descriptive, encore que nous devion~ à la nouvelle
l'intersubjectivité transcendantale. teux-Ci appartiennent, en effet.; · science phénoménologique d'en avoir révélé le sens méthodique
à un; ordre su:périeur: Mais, au stade aetuel· de· nos méditations~ véritable, n'est pas elle-m~me phénoménologie trd.nscendentale, au
no~s ne pouvons encore donn~r là-dessus de ·précisiOI;tS quelcon- s~n.s où nou_s a"<ons défini celle~ci par . la réduction phénoménolo- _
ques .. D'ailleurs, le~·anticipations que nous venons de· fajre ne gique transcendentale. ·La psychologie pure forme, il est .wai,
prendront tout leur sens que dans la suite. . un· p,arallèle stricte à. la. phénoménologie transcendentale de-·la
_· En tous cas,. nous venons de marquer très nettement 1~. point où conscience. Néanmoins il faut bien les distinguer; leur confusion
nous nous écartons de manière· essentielle de la marche des 11-Jédi'- caractérise.le psychologisme transcendental; qui rend toute philo..
. tatio,ns cartésiennes,- ce· qui sera d~une portée déCisive pour le sophie véritable impossible. Il s'agit ici d'une de ces· nuances ·---
développement ultérièur de· n_os. méditatîons. Contrairement à ."négligeables en apparence. - qui décident de l'orientation de la
·nescat:tès,.,nous nous proposerons poù.Ptâche de dégager le chanip philpsophie~ L'ensemble de la recherche phénom~nologique· trans· ·
infini de l'e:r:périencetranscendentale ..Si l'évidence eartésif;mne :..._ cendentale est li~, ne l'oublions pas, à l'observance inviolable de
celle de •la pr9p.ositiori :-Ego cogito~ ego sum ~ est demeurée stérÜe~ la rédu'ction transcendantale, réduction qu'il ne fa~t pas confondre
c'èst parce que Descartes a négligé .·4,eux choses :. d}abord ·d'élu- avec la limitation par abstraction del 'in~stigati9n anthropologique
cid-et une: fois· pou;r toutes·le sens· p'u~einent méthodiq~e ·de 1'~-:roz~ à la seule ;vie psychique. En co.nséquence, ·l'investiga:ticn phéno-
transcendentale, ..;._et, ensuite, de tenir compte du· tàit.que l'ego ménplogiqV:e transcendentale de la conscience .et l'investigation
pet1t; grâce à l'exp~rience· .transcèndentale,: s'expliciter lÙi·même psychologique diffèrent profondément, encore que les éléments à
·indéfiniment et systématiqu~mént; que, de ce fai~, ·ce moi constituè décrire d.e part et d'autre puissent coïncider.. D'un. côté · nous
un champ d'investiga'(ion possible, particulière ei propre. En effet, avons des donn.ées qui appartiènnent _au (( mo~de )) , au monde posé
tout en. se .rapportant à. l'P.nsemble du monde et :des sciences comme existant, conçues comme des éléments psychiques de
();bjectives, l'expérience trans·cen.dentale du. moi n'en présuppose ·l'homme. De l'~utre,. même .avec des domiées parallèles et de con- _
pou,rtant pas l'existence et la valeur;·__:;. elle· se distingue par·l~ t.enuideniique; il n'y .a rien de t.el; le monde, d4ns l'attitude phé--
niêrrie·. de ·toutes .ces· sciences, sans pourtant. qu'elles ~e limitent noménolog~que, n'est pas· une existenc~, mais un simple phéno;..
:jalllais ~.utuellement. · mène. -
M~i.s si nous évitons. cette confu~ion psychologiste,· il reste u~
c- · autre ·p'oint.d'une_ im,portaJtce décishre. (Il joue, d'ailleurs~ mutatis
-28 ~-
ou encore : « Je me rappelle avoir_ entend-.. cette mélodie·», et ainsi
mutandis, un rôle tout aussi important dans le domaine de l'expé- cie suite. Au contraire, dans la reflexion. phénoménologique trans-
rience natm~elle·, psychologie de la conscience véritable.) Il est une . cendentale, nous quittons c.e terrain, en pratiquant l'i'itox~_ uni ver-·
chose que l'l'ltox.~ concernant l'existence du mO.nde ne .saurait selle quant à l'existence ouJa ilon-existepce du monde.· On peut
changer: c'est -que les multiples cogitationes qui_se rapportent _ dire que l'expé~ienceainsi modifiée, l'expériênce transcendentale,
au·« monde» portent en elles-m€mes ce rapport; ainsi,:par exem- - ·consiste alors en ceci·:_ nous examinons le cog-ïto·transcendenta-
ple, fa perception de cette table est, avant comme après, perception_
de cette table. Ainsi, tout état de conscience eù général est, en
. lement réduit et. nous le décrivons sans effectuer-, par_ surcroît, la
position,d'existence naturelle impliquée dans la perception spon-.
iui-même, conscience de quelque ch,ose, quoi qu'il en soit de - tariément accomplie (ou dans quelque autre cogito), position
i' existence réelle de cet objet -et quelque abstention que je fasse, d'existenèe que le moi « nâturel » avait en fait _'spontanement·
dans l'attitude transcendentale qui est.mienne, de la posïtion .d~ ·effectué. Un état essentiellement différent vient rémplacer ainsi, n·
cette existence et de tous les actes de rattitude naturelle; Par con- est "Vrai, l'état primitif, et o~ ·peut dire en ce sens que. la_ réflexion·
séquent, il faudra élargir le contenu de l'ego cogito transcendental, altèra l'état prîmi,tif. Mais· -cela: est vrai 'de ch3:que ré.fl.ex-ion, _
lui ajouter un élément nouveau et dire que tout cogito ~m encore donc· ~u$s( dê. la rétlex1on naturelle. L'altération est essen-~elle:,
tout état de conscience « vise » quelque chose, et qu'il porte en lui- car;l"étatvécü,·n·ajf d'abord, perd sa~( spo~tanéité >>primitive pré-_
même,en tant que« visé)) (en tantqu'objetd'uneintenÜon)soncogi- cisément du fait que la. réflexion prend pour objet ce qui d'~bord_
tatum respeètif.· Chaque cogito, du reste, le fait à sa manière. La _ -était état et non objet. La réflexion a pou-~-tâche non -de reproduire
perception de la « maison» « vise» (se rapporte à) une m_aison -ou, -. une seco-nde fois' l'état primitif, mais ·de l'observer, et d'en expli-'
plus exactement, telle maison individuelle -dela manière perc~p­ citer le· contenu.. _Le passage à cêtte attitude )"éflexive. donne
tive; le souvenir de la ma:ison « vise » la maison comme souvemr; naturellement nais~an·ce à un --nouvel état'intentioniiêl, état qui,
l'imagination, comme image; un jugement prédicatif ayant pour dans ~1~- si~gul~rité intentionnelle q.lii lui est- pro_pre de ·«-se rap-
objet la maison <~ placée là devant moi >> la vise de la façon propre - porter à l'état antérieur », rend conscient, voire évident; non pas
au jugement prédicatif; un jugement de valeur surajouté la_ vise- _quelque ~utre état, mais cet état lui-~ême. Et-c 'est par là- seulement
rait encore à sa manière, et ainsi de suite. Ces états de con- que devient possible cette .expérience descrip~ive., à laquelle ~ous
science sont aussi appelés états- intentionnels. Le mot intentio- sommes redevables de tout savoir et de toute éonnaissance --conce-
nalité ne signifie rieri d'autre que cette particularité foncière et vables touchantnotre vie intentionnelle. Il en est de m~me pour la -
générale qu'a la -conscience d'être consciene_e de quel'lue chose, de. réflexion phénoméuologique trànscendèntale. Le fait que Je ni~i
porter, en sa qualité de cogito,_ son cogitatum en· ~lle'7même. ~éflexif n'effectue pas l'affirmation exislentie_lle (die Sei~s_stel,..

i5. Réflexion naturelle et réflexion transcendentale.- _lungnahme) de la perception S-p(mtanée de-la maison, ne. change-
rien au fait que cette expérience réflexive est e-x.p~ri~nce ·réflexive
Ajoutons pour plus de clarté qu'i! faut disting.uer deux cp.oses : ·de la perception (( de. la maison », avec tous les éléments qui lui
d'une part, les actes de conscience -:- perception extérieure, _sou- étaien~ et .qui- con-tinuent à lui être. propres. Or, parmi ces élé-
venir, prédication, jugemep.t de valeur, position d'une firi,. etc., ments, figurent, dans_ no~ré exemple, .et les éléments de la percep-. \
- accomplis spontanément, et, d'autre part, les réflexions (actes tion elle-même en tant qu~ flux ·vécu, et ceux. dela maison perçue
réflexifs) qui nou·s révèlent ces actes spontanés et qui sont elles- en tant que t-elle. U y a bien, d'un côté, la posi_tion ~xis_tEmtielle
mêmes des actes perceptifs (erfassend) d'un ordre nouveau. Dans la
perception spontanée, nous saisissons la maison, non la perl!eptio_n-
la
propre à. perception normale (e'est-à-dire la certitude jnhérente ·
à la perception), ·de même qu'il y a hie~; ·du côté ~ela n;1aison qui
de la maison. Dans la ri>tlexion seulement, nous nous. «-tournons appara:ît; le caractère de l'-«. existence » pur~ et simple~ L'l1rox'l),
vers » cet acte lui-même et son orientation pe.~ceptiv~ « sur " la l'abstention du moi dans· !'.attitude phérwménologiq~e, .est· son
maison. Dans la réflexion naturelle qui s'effectue dans la vie cou-- affaire à _lui, non l'affaire de la perception: qu'il observe dans et
rante, mais aussi en psychologie (donc d.ans l'expérience psycholo- par la réflexion~ Elle est du :reste accessible elJe-même à une
_- "Ïque de mes propres états psychiques), nous sommes placés su.r le réflexion de ce genre, et· par eUe seulement_ nous en savon~
~erra in du monde, du monde posé comme ex-istant._C'esl ainsi qu.e quelque chose. ·
·nous énonçons· dans la vie courante:« Je vois là-bas une maison>>.,
...:. ~(;: _.;:. ~ 31'~-

.. Ce qui a lieu ièipeut aussl se .déèrire dela· faco.n ~uivante ·:·· Si et dans les directio~~:s·corrélatives~ A ces dèsc:ripti.on,s appartiennent .
. nous dison~ du ~oi qui perçoit.le <<· m!Jnde >>. è~ y. vit tout naturel- d'un côté eelles.de l'objetintentionnelco~e tel, quànt aux déter-.
l~ent,. qu d est-zntéres$é. au ·monde, a1or.s nous aurons· dans l'atti- minations que le moi lui. attribue··~a.ns·. des'·mod~it~s de-la eon~
~ude phénomènologique:g).e~t modifiée,_ un dédoùblem;~t du moi· science déte~inées' et aux modes . p_ropres,. qui appa.rai,ssent au
au•dessùs du ~oi naïvement· intéressé· aù ·monde s'éiablira e~ regard investiga~:Ur -quand celui-ti~ 'se' pese- sur:. ces modalftés.
spectateu'l'· d~sinté'l'essé le IQ.oi pb:énoménologique. Ce dédouble- Exemple :_les<~ cmQdes >> existéntielste!a ·qu.~ :.« existénee· certaine,
ment .. t;lu m~z est· à so~ tour . accessible à une réflexion nouvelle, ~xistence possible ou_sup~ée »,etC., ou encore les «modes tem-'·
r,éfl~xton qui, ~n tant ;que trnnsèendentale,_ exigera encore une fois porels-subjectifs » :· existen.ce pf.ésente, passée, f~ture. Cette diree- ·
l a!titude u dés~ntéressée du spectateur », préoccupé seulement de • tion de la description s'appelle noétiuztique.. A ellà, s'oppose la. ,
VOir et de décru·e .de manière- adéqtia.te. .direction noétique.· Elle conèern:e les xnodaHtés du cogi_to lui-même,·
C'est ainsi q~e _les ·événements de la vif~ .(p.sychique) ~< tournée. par exemple les modalilés de :la co~sciencé tel~es que :. perception,
· ver~ le mon~e.», ave~ toutes-leurs affirmations existentielles pri- souvenir,- mémoire. immédiate, àvec"les' différeuces modales _qui
. maires et. med1at~s et .I~s ~odes ex_isten~iels corrélatifs -:tels que : . leur sont inhérentes,' telles.la cl~rié ei-la· distinction. . . .
être certain, possible, ·probable, être beau et bon utile etc. - sont Nous co~prenons m8.inienant.que par J ~1toz:il.· universelle quant à_· .
rendus a~?essibles à la description pure. q~est d~ns cette pu~eté seu-. i'existeri..ce ou à l'in'existence. du .monde;. la ph.énoménologi~ .. ne.
_ lement quelles ~ourront fournir d~s~ éléments à une critique géné;. -nous ~ pas. en· ré.'ai1té; fait perdre.le ~onde ~omme obje~ pbéno.mé-,
Pal~ de la fonscze~ce, comme l'exigent ~vec nécessité nos préoccu- nologique. No_us le gardons' en ~t :'lue _cogitatum_, et; cela non ~eu­
~~twns phtl?sophtques. ·Rappelons-nous le radicalis.Qle inhérent à lelllent quant ~ux r~alités particulières visées et telles qu'elles sc:mt
l1dée cartéslen.ne de la philosophie, en tant que science univer- vise~s, ou, mieux, '. objectivées -'d?-ns tels ~çtes parti~uliè~s de-._la ·
selle,. f?ndée ~us~u'.en ses ~ernières déma~;ches sur l'évidence ·consci~nce. ·èar leut particuiarisation ·est Ul;\e .Particularisation_ a~
apodiCtique. Amsi ~onçue, ,c~t~e ·science exige une critique génê~
9
sein d uti univers, uil!vers.dont'runité.noùs « appa.ralt )) toujours,.
rale et absolue; _mats. cette crJtujue devra, de son côté, en s'abste-. mênudorsque nous sommes tournés~ dans 1~ per~èpti9p~ vers le sin:..
nant de toutes l~s .attitudes -~ffirmatives d'existence· se,créer tout guliér. En d'autres termes .: :la conseieneé de. cet· unjvers · est t_9u·
~abor~ u?e aUi~u?e d'~bS.olu~ iqdépendance de' tou~e p.ré-co~cep.;. jo.urs présente .(mitbew.usst) · dà.ns l'unité .· d'uii~ eoi:J.scie.iice, qùi
tion.. _L umve:~ahte d_e 1 expérience et de la_ description transc~n­ peut elle-même -deTenir perc~ptive -et,. en. fait; 1e. devient .SOUVent.
dent.ale~ attm?t c·e but, du fai~ .qu'elle inh~bê le « préjugé>; univer- L;ensemble du monde . est ici objêt de èonscience sous.·la forme
sel. d? _ l exp~r1ence du monde (c'est·à-dire la croyancè au monde de.l'infinité spatiale et. ie·mpo~e~le qtt~, lui est p~_ppre._'A travers~
qui, msen~~blement, pênètr~ ~out acte ·et toute attitude -naturels). toutes les tluctua._tions de la c~nscience, cet univers~ un et,unique, ~
~yant attemt ~a sphère égolQgtque absolue non tou~hée par la réduc- · ·---: encore que s~s,particularités perçues ou a~ti·eme.nt obje~tivées
t!on -:-. ~phère .des infe~tions pures- elle .aspire à en donner une ·soient soumises à variation-, demeure éomme:le·fqnd sur lequel
a~scrtpt~o~ umversel~e, <Jui, _à son tour, dewa constituer la base se projette notre.vie natur~lle. Donc, .en effectuant la réduction phé-
d une çrlttqu~ radicale et universelle._ Tout ·dépendrâ évidet!!ment noménologique dans ~ou te sa rigu~ur, nous gardons à titre noé-
de l'o~servati~n- striéte de .l'impartialité ~bsolue de. .cette desc~ip­ . tique le champ llbre et iliimjté .de la vie pure de1a. ·coliscjence, et,
~ion, c est-à-dtre de la fi?él~té au principe de.l'éviden~~ pure po~é ~ ~lu côté de $On cor~él.atif noématique,.le monde-phénomène, en tant
plus, haut. Autrement dit, 11 faudra s'en .tenir strictement. aux que son objet· intentionneL Ainsi .le. moi de la ·méditation phéno- ·
données pures de la réflexion trarisc~ndentale, les 'prena~e exac- ménologique peut devenir 'èn toute u~iv~rsalité spectateur impar-..
t~ment comme elles se donnent 4âns i~intuition de l'évidence 'tiàl ife lui-mt!me, .non' seuleril~nt dans des ca~ pa:rticuîiers, mais en
due~te, et écarter d'elles toutes les interprétations dépassant . général~- et ce << lui;..même » comprend toute·objectivit4 qui « existe •
ce donné. pour lui, telle qu'elle. existe pour lui. Donc il sera. possible de~
Si no~s observons ce principe méthodiqu~en ce qui co~cerne la. dire: Moi; :qui demeure·daD,s l'attitude naturelle, je suis aussi et à
corrélatw.n co~i~o:c~gitatum (entant que~cogitatum), nous décou- tout instant liioi tr.anscenden.tal, mais je ~e m'en rends co~pte
vro~s en premJer;.heu quelJes descriptions gén~rales dôivent être exé- qu'en effectuant la réduction _phénoménologique. Or, cette· attitude
--cutees d'abord, et cela toujours sur les cogitationes particulières, · nouvelle me. fait voir que l'ensem~le du monde ~t tout ce·qui est en
-32"- -·33-
général n'est po:nr moi que quelq-pe ehose qui .« vaut » pour que par l'ego cogito. Étant donné -i'ééhec de toutes les ten:tativ~s
:rppi, c'est-à--dire n'existe pour moi _que.. éomnie cogitatum- de. mes modernes pour distmgue:r: entre théorie _psychologique et th'éor~e
cogitationes variables et liées e,:ttrè elles dans cette var.iation philosophique de 1a conscience~- cette r_emarq:ne est ·d'une impor-
même~ C'est dans cette acception seulement que ·je' lni attribue tance c~pitale. · Commencer· par une tnêorie de ·la sen,satioil, en
une validité~ Pàr conséquent,.: moip.hénoménologlre transcendental; . cédant à l'influence de la tradition du sensualisme, encore si puis-
je ne ·possède, coni.me objets. de mes observations descriptives .· .sante, c'est donc se fermer l'accès:à·ces deux disciplines. Partir des
universelles - qu'elles concernent des particularisations· ou· des sensations, en effet,. implique Ün~: interprétatio'n - qui semble ·à
ensembles générauxi - que· des corrélatifs intentionnels d~ moda- . tort:tov,te naturelle.~· de la vie psychique.cotp.me un complexus de
lités de la conscience. · données ·du ·sr-ms « externe » et --- à la rigueur - cc Interne », ·
données pQur ~'unification desquelles Ôn fera intervenir ensuite les .
i6. Digression. Nécessité, pour la. réflexf.on t< purement psycho- · ·qualités· dè fornie- (Gestaltquali(aten}. .On· ajoute: encore·, pour.
logique » comme pour là réflexit;n ·« ~ranscendentale ·», de réfuter l'<< aiomisme )>,·que les formes (Gestiûten) sont nécessaire-
comm.encer par l'« ego cogi'to ». me.nt impliq:uées dans ces données, donc què· les tou~s sont en soi .
D'après. ces -développements, -le « je su-js )) transcendental . autérieurs aùx parties ..Mais la theorie descriptive de la conscience,·
embrasse dans l'universalité de sà vie· une multiplicité ind~finiè et . si .elle pr~cède avee un radicalisme absolu·, ne connatt pas de ~on~
inachevée d'états concrets individuels... « Révéler )~ ces états et sai- nées et de touts: de ce genre, sauf à titre d'idées préconçues. Le
sir par la desèription leurs structu"res variables,. teile sera uné. de. début, c'est l'expérience pure et,· pour ainsi dire, nniette encore,-
s~s premières tâches~ Il en serà de -~êmé pour les modes. de qu'il s'agit d'amener à l'expression pure de son propre sens. Or
<< liaison » p·ropres à ces états,. qui en forment· des. unités .com- .l'expression véritablement première~ c'est~_elle du« je suis » car-
plexes, jusqu·'à Tu.n.H.é du ·moi concret .lui-mëine. C~ moi n'e·st -tésien;- par exemple : je perçois -cette maison; je me souViens
con_crèt, bien entendu~, que dans l'ê.nsemble. infi-ni et illimÙé. de sa ·-de tel rassemblement, etc., et la tâche première et générale de
vie intentionnelle une- quj forme . un:e unité bîen « liée )>:, et qui la description consiste à dis.tin.guer cogito, _d'une part, et cogit!ltum
. Implique à titre de .cogitata les objets .intentiQnne1s. corrélatifs·," en ta~t -que cogitatum, de rautre; Mais dans_·quel-cas et dans quelles
qui forment à leur tour des ensembles bien liés,.des touts, jusques significations . différentes les .données· sensorielles- pourront-elles
et y compris le monde phénoménal eii tant. 'que tel. Le moi être envisagées comme des éléments consiitutifs de lâ conscienc.e?
concret lui-même ést le sujet universel de la deséription~ Ou,. pour L&a réponse à· cette question présuppose un travail descriptif spé-
mieux dire : la tâche que je propose. à. mes méditations. phéno- cial de << découverte >>, dont la psychologie iraditionnelle,· à son
ménologiques, c'est de me révéler moi-mdme comme moi trans~ ·grand ·dommage_, s'est entièrement désirit.éressée. Ayant laissé
cendental et cela dans ma pleine concrétion, donc y compris tous. dans l'Qbscurité les principes. ~e sa. méthode, elie a totalement
_les objets intentionnels corrélatifs des actes de-ce :moi. C~mme nous perdu de vue l'immense tâche que reyrésente la description "des
l'avons mentionné déjà. cette « révêlation n transceildentale de cogitata en tantque cogitata. Elle a perdu:en même temps la notion
·mon moi a pour parallèlé la révéla_tion p~yçhologique de mon . exacte d"l1 sens de la. description des cogitatione~ elles-mêmes,
moi à lui-m~me, j'entends âe mori. être purement psychique conçues. comme _formes. de la co.nscience_, et des tâches ·pa:rtièu-
(âme) au sein de .ma vie psychique: Mais, dans .ce ·:cas-là, cet. être lières qui incombent à cette descri_ption..
est « l'objet·)) d'une aperception naturelle, comme -élérp.ent cons-
titutif de mon être psychophysique réel (animal}~. don·c. comme 17. Le caractère bi-latéral de l'investigation ile_ la conscience; le
élément constitutif du' monde, du monde vahtble pour moi, natu-. caractère corrélatif de sès problèmes. Direc~ions ·de 'ta descrip- ·
rellement. · iion. La synthèse, fol'rite br:iginel~e.de_ la cons~ièn,ce . .
On le voit, pour ·urie égologie transcendantale . descriptive, Mais si, dès le débui, no-qs pdssédons là clarté ·sur le point ini~
comme aussi pour une psyc!wlogie de_ fintérioPité pure, c'est- tial et les directions· de .nos r~cherches,. il est possible d'en tirer;
à-dire une psychologie descriptive basée réellement et exclusive- dansl·at:titu~e ~rânscendentale qut·est la n.ôire; :tfimportant~ direç7
ment sur l'expérience interne (lndispensahle comme. di§cipline- tives poUr la position· ultérieure· des problèmes.. Sans ·toucher
psychologique fondamentale), il n'est_ de commencement possible encore au:pr{>-blème de l'identité du moi, on poùrra ·~aractéri~er le

,!
·-34- -35--
~~aetèœ bilatéral d·e l'investigation_ de la eons_cience e_n le décri..: plÏeités » à c~raetère ·QoéÙque et noéxnatique bien-déterminé, struc-
vant comme une eoordinatj.on -inséparable·. D~ plus,_ on pourra. ture coordonnée de .. façon essentielle à. l'identit~- de -ce .;Cogitatum
caractériser le mode dë liaison qui unit un « état~. de consci~nce·: à déterminé. · .
un autre en le décrivant-comme lille ((synthèse», forme de liaison - _Les descriptions fa:ites ·pour. la. ··per~ption -sensible, -nous pou-
appartenant exclusivement à là: région de la conscience. Je.prends, vons l~s faire parallèlement poùr. toutes les modalités de l'intuition,
·pa.r exemple~ pour objet de description la perception d'un cube. J~ et leurs cogitalt:z corrélatifs ttel;. par exemple, le souv_e!lïi· reproduc-
v~is alors, dans la'réflexion pure, qùe ((.ce)) cube individuel m'ést teur d'une intuition ancienne, ·et l'attente qui guette d'avance une
donné d'une façon continue comme une unité. objective, et. cela intuition à ~enir). L'objet remémoré apparait, lui aussi, sous
dans une multiplicité :variable èt multiforme d'aspects (modes de.· diverses faces~ da~s dive·rses perspectives, etc. Comme on-s'en rend
p:rèsentatlons) lies· pai:' .des r~pports ·déterminés. Ces ·mo4es ne. . COmpte lorsqu'on en entreprend l'exécution, C~$ descriptions vont
sont pas, --danf leur écoulement; une suite d'états vécus sans · . éxtr~meme~t loin·. Mais, pour pouvoir différencie:rles modalités d~
iiaison entre .eux. Ils s'écoulent, au cont:taire, dans l'unité d'une. l'intuition- (par exempl~ le donné de_ la mémoire et celui de la.
· << synthèse », conformément à laquelle· c'est toujours du même . perception); ·la description devrajt faire ~ppel à des dimension-s
objet- :en t-ant qu'il se p:résente :_ que nous prenons conscience~.· nouv~Hes~ Un fait général subsiste néanmoins, qui. vaut pour
Le -cube un et identique se présente de façon et sous des aspeets toute conscjènce en général,- entendue ·comme <( · conscieçce de
diver~ : tantôt de «-proximité », tantôt d' « éloignement » (Nali- quelque chose »~,_Ce quelque chose; ~ savoir ·son « objet intention-
und f!'ernèrscheinungen), dans des modes variables, ~<.d'ici»._ et nel comme .tel » qui est cc en elle ,, nous en avons conscience
«là-bas », opposés à un «ici-» absolu (qui se trouve -pour moi- comme d'une unité identique d'une multiplicité de modalités de
-:-·dans <<mon .propre corps >l qui m'apparaît en même temps), dont consèience poémato~f.).oétiques, peu importe qu'il s'agisse de· m. ~da­
la con-science, encore qu'elle reste inaperçue, les accompagne ton-. lités intuitives ou non. ..
jours. Chaque «.aspect » qûê, retient 1'esprii, par exeto.ple « ce cube_- Une fois que la tâche phénoménologique d'une description con~
la
ci dans sphère de proximité )) ' se révèle à son tour eomme unité crète de la conscience a été -hien prise en mairi, nous voyons ·
~ynthétiq"ue d'une multiplic~té de modes de prés·en.tation corres- s'ouVrir à· nôus de véritables mondes de faits. Jamais ·ces faits
-pondants. L'objet p:roche t_das Nahding) peU-t se présenter comme n'avaient été étudiés avant l'apparition de la phénoménologie~ -
«le même)) mais soustelle-ou telle ((face)); ilpet;J.t y avoir" variation . -·Tous ces faits .peuvent aussi être appelés « faits de le. structu.re
non seulement des « perspecti.ves .visuelles »·, mais d·es plléno- synthétique ))' appeiés ainsi parèe qu'ils cont'èrent r\lnité noémato-
mène.s <( taétiles i), « ·aeoustïques »·et autres « n:m~es de présenta..: noétique non seulement aux cogitatf,ones particulières (prises en
tion », comme nous p-Ouvons l'observer -en donnant à notre atten~ eUes·-mênies,. comme f]es touts synthétiques concrets), mai& la leur
tion la directio~ con~enable. Si.maintênant, dans la description de con!è.rent aussrdansleur rapport ave·c d'autres.
ce cube, nous considérons spéciale~nent tel de ses _caractères, par La ·« démQnstration )> (A ufw~isung) qùe le _èogitq, c'est-à-dire
·exemple sa forme, .sa (!Ouleur,-.ou une ·de· _ses surfàcesprise à part, l'état intentionnel, est ·conscience de quelque chose n'est rendue
ou eneore la forniè 'éarré~- ·de cetie surface, ou. sa couleur à part, féconde'. que .par l'élucidation du caractère originel de . cette
Pt ·aipsi. de suite, ·le même phénomène se répète. Toujours ledit ·syntltèse·. C'estùire que seule cette << démonstration » rend féconde
. caractère- se presente comme ~( ~nité >) de ((. multiplicités )) .. qui l'importante .découverte de Frant Brentano, à savoir que l'inten-
~·écorilenL Dans ht vision dirigée sur l'objet, nous aurons, par tionalité est le· caràctère ;:\escriptif fondamental des <<" phénomènes
êxemple, une· form~ ou. une coul~ur quï'reste identiquement la psychiques ». ~e'Jle elle- permet de dégager réellement la méthode
même. Dans ra_ttitude réfie.xive, nous aurons le~ aspects ou ~< appa~ d'une science descripti-ve de la conscience, tant philosophique et
renees )) correspondants, modaJités d'orientation, de perspective transcendantale que psychologique.
etc., qui se succèdent en unè suite continue .• Chacun de ces . /.

« aspects», considéré en .lui~m~me, par exemple la forme ou la · 1&. L'identification, forme fondamentale de la synthèse.
-~:uanèe en elle-même, est, de plus, représentation de sa forllie, de _La synthèse universelle du temps transcendent al .
.Sa .couleur, etc. Ainsile cogito :a :!Onseience -de son cogitatum non
p~s ·en un acte non dÜI'éreneié, mais en u:ne << ~tructure ·.de··multi- Examinons la forme fondamentale de la synthèse, à savoir celle -
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-37-
de l'identification.· Elle se~pré~nte d~abord è~mme· synthèse d•un:e~.
·portée universelle s'écoulant passivement; s.ous'formè. d~ la con... cogitatum .qui lui est pr9pre (multiplicité~ re!ation, etc.), que cette
science interne contin..ue du temps~ Tout étàt vécu a: ea durée vécue. · opération syntaxique soit .à caractériser d''aiUeurs comme u~e
s·n s'agit d'un état de conscience' dont-le ·cogîtatum' est un obje_t.' pùre passivité ou comr:ne une act!vité du moi. Même les contradtc-
du monde ---' comme dans la perception du cube -, il y a lieu ·de . · tions et' les incompatibilités sont des formes de « synthèses »'
distinguer la durée objective qui apparatt (par exemple~ celle de ce . encore que d'une tout .a:ùtre espèce. - .
ctJbe) de la durée «interne » du processus de la conscience (par · . Mais. la synthèse n'est pas seulement le propre de chaque état de
exemple, celle de la perception ~du cu~e). Celle-ci· s'« écoule ,>· eq conscience individuel, et elle ne lie pas seulement par occasion des
des périodes et des phases .temporelles 11ui· sont ·siennes, et· ·qui états individuels à d'autres Au contraire, nous l'avons dit dès le
sont elles-mêmes des. préseÏltB:tions, se modifiant d'une· façon con- début, toute la vie psychique dans son ensemble est unifiée de
tinue; du seul- et même cube. ·Leur unité est celle d'une synthèse. manière synthétique. U s'e.nsuit que cette vie est un cogito univer- .
Elle ·n'estpas une simple liaiso,n continue de cogitatîones pour sel, qui embrasse de manière synthétique tous les états de la con-
ainsi dire extérieurement accolêes les unes aux autres, mais elle science individu-els pouvant émerger de cette vie, et qui a son cogi-
·.est une unité de conscienc'e une, et dans cette CQnscien.ce se cons- tatum universel, fondé de manières différentes dans de multiples
titue l'unité d'une entite (Gegenstandlichkeit) intelitioni:telie; préci- cogitata particuliers. Mais ce fait· d'être fondé ne doit pas s~entendre. ·
sément comme .étant la Illême entité. .sé' présentant. de manières dans le sens de la succession temporelle, d'une genèse; car chaque.
variées et mültiples. L'existence réelle d'un ·_monde-~. ~ donc état individuel, que nous pouvons concevoir n'émerge que sur le
celle du cube ici présent·.-·est·mise, parl'btoxl},.<<éntre pa~en­ . fond d'une conscience globale, unifiée, qu'il présuppose toujours. L~ .
thèse~ »; mais Ie -cube donné apparaissant ·coilline un et identjque · cogito universel, c'est la vie universelle elle-même -dans son unité .
_est toujours<< immanent ,) au courant de conscience:, . est d:escripti-. et sa totalité indéfinies et illimitées. C'est parce qu'elle appar~it
vement « en ,~.lui, comme l'est descriptivemÉmfle càractère d'~t.re toujours. comme une totalité qu'on peut l' (( observer )) de ~~
« identiquement le ~ême ,, . Celte immanence à la conscience a un mànière expresse dans des actes per?eptifs de l'attention, et qu'on·
caractère· tout particulier~ L.e cube n'·est pas c(}ntenu dans la con- peut· en faire le thème d'une connaissance universelle. La {ormf!
science à .titr'e d'élémeni. réel, n'l'est'(( idéaleme.nt )) comme objet fondamentale de cette synthèse universelle, qui rend possibles ·
intentionnel, comme ce qui apparaît ou, en d'autres termes, êom- toutes les aùtres synthèses de la conscience, est la con.science
/m? son (( sens objectif.)) immanent. L'bbjèt de 1~ conscience·, qui immanente du temp.s. Corrélativement lui correspond la· durée
garde son identité << avec lul-~même ·.» pendant que· s'ècoufe la· vie immànente elle-même, en vertu de laquelle tous les états du moi,.
. p_sychique, ne luivieni pas du dehors. Çètte vie elle-même l'impli- aeeessibles à la réflexion, doivent s~ présenter ·comme· QrdoD:nés.
. que à titre. de sens, c~est-à.-dire ·d' «·opération inttmtio:Qnelle » dans le temps - simultanés ou successifs, - ayant un coin-
(in'tentionàle Leistung) de la syntb.èse de la e«;msèience. - mencement et . unè fin dans le teinps, au sein de l'horizon·
Mais le même cubé -'le même pour la conscience -·peut être· infini et permanent du temps immanent << lui-même ». La dis-
présent à la consCience. (en' même- temps ou 'sùc~essivement},. eri· tinction entre la conscience du temp$ et le temps lui-même
~es môdes de: consCience 'séparés .ettrès diffé'rent~, par exemple peut aussi s'exprimer comme une. distinction entre l'étilt de con-
dans des perceptions, souvenirs, attentes, jugements de valeur. etc., scienc.e intra-temporel (respectivement sa forme temporelle) et ses
isolés les uns des· autres. Là encore c'est une synthèse qui réalise.· modes temporels d'apparition, en tant que« multiplicités »-corres-
la conscience de l'identité dans i'un}té d'une~·conseience, dépass~nt pondantes ttant donné q\J.e ces modes de ·présentation ~e la ~on­
et embrassant ses états isolés, et rend ainsi possibl~ toute coim"ais- science temporelle interne sont eux-mêmes des u états mtenbon-
sance -de l'identité. · · · · nélsn, ils doivent nécessairement- dans la ré,tlexion -se· présen-
Mais fin.aleme~t, en ce sens, toute_. conscience - (pa_r exemple, · ter à leur tour comme des durées. Nous rencontrons ici une par-
toute conscience que_ nous pouvons avoir <t'une .m.ultiplicité, d'une . ticularité fondamentale et paradoxale de la vie de la consc~encer
relation, etc.) -:- où d·u non-identique ~st perÇupar la conscience. qui .semble ainsi être affectée d'une régressi9n à l'infini. L'éluci-
comme un ensemble, peut être qualifiée de synthèse, êonstituant. dation de ce fait et ·sa compréhension créent des difficultés ~x­
synthétiquement~ ou, dirons-nous encore; syntaxiquement, '-.1~ traordinaires. Mais, quoi qu'il en soit, ce fait est évi~ent;
i voi~e apodictique, ef i1 désigne· un des éôtés du merveilleux
- 38·-
« être pour soi-même ~ de 1'e(}P, à savoir en pren:1ier lieu, que la ·puis agir- _autrement que je n'agis en fait >),-peu importes d'ail-
vie de la consci~~ce se· rappor-te ·intentionnellement à elle-m~me~ leurs, les inhibitjons toujours possibles qui peuvent enrayer cette
<< liberté ,»; comme toute << liberté » en gé.néral.
.19. Aètualité et potentialité d,e la·vi.e intentionnelle.
Les « halos » ou ~< horizons·>, sont des potentialités pr;é-t'l'atées.
La multiplicité inhérente :à l'intentio.nalité de tout cogito, -- et Nous di~ons aussi qu'on peut interroger chaque horizon s~r « ce
de· tout cogito.: se rapportant au monde .du seul fàit ·q~'il à. con- qui est impliqué en lui'», .qu'on peutl'expliciter, dévoiler les ·
science non· seulement d'un monde, mais aÙssJ de lui-même, en potentialités éventuelles de la vie:psychique. Or, justement par là
ta~t que cogii:-o dans là conscience immanente du tèmps,_ ~ cette nous dévoilons aussi son sens objectif qui n'est jamais qu'indiqué
- multiplicité n'est pas épui~ée par la d~scription. des co_gitata dans le cogito actuel et n'est jamais présent que diune manière
ac~Û:els. Au contraire; cl;laque actualité. implique se.s potentialit.és· implicite. Ce sens objectif, c'est~à-dire le cogitaturrt en tant que cogi-
propres. Celles-ci; loin ~~être .des possihil~tés absolument indéte_r- tatùm, ne se présente jam~:is c~_mme di!fir#tivement don'né;. il.fie
minées, sont; quant à leur ·COntenu, inientionnellement pré-·traCéi!$ s'êclaire qu'à mesure que s'explicite l'hori~on et les horizons nou-
da:ris l'étatactuelluÎ~IIlême. Elles·o.nt en plus ~e caractère de« devoir veaux (et ·cependant prétracés) qui. se découvrent sans cesse. Certes,
êtré ·réalisées ·par le _moi·»::
Ceci. d~signe u!) no~~eau trai.t essentiel de ·z'intentiona_!.ité~
· ce ((tracé )) lui-même est_ toujours imparfait, mais il a,·en dépit _de'
.. . . -·
son indétermination, un~ certaine ·strùc.ture de _détermination
. '.
· Ch::ujue état de _conscience poss~dè un « horiion » variant confor..; (Stru~tur der 13estimmtheit)~ Afnsilé cube-: vu, d~!!_n côté - ne
mém.ent à la modification-de ses connexions avec d'autres états et « dit» rien sur la détermination concrète de ses côtés_non visibles;
.. avec se~ propres phases d'é~oùlém~nt: c:est un horizon i1itent~on-· néanmoins il est. d'avance« saisi)) com:me cube, puis en particulier
. nel,-.dont te· pr-opre e~t -~e ·rent)oyer_ à. -des. p()tentialités- de la èon.; comme coloré, rugueùx, etc., chacune de ~es déte~inations lais-
sCience-qui apparti~nnent à cet horizon mêmè. _Ainsi, p·ar exemple, sant. toujours. d'a:ut~es parti~ularîtés .dans i'indé~erminati~n. -C!
dans c;tiaque- pet:ception· extérieur.è; l~s côté~ ~e l'objet qui sont (< laisser-dans rindétermination )) des particul~ités, ,:;__ antérieu-
(( réellement.perçus::n .renvoient aux côtés qui ne le sontpasenc_9re. rement a:qx détèrminations effecthes pl:us; précises qui, peut-être,_
·et ne ·sont qu'anticipés dails l'attenté d'une façon non-in~uitive n'a11ronfj~maisiieu, ..-est uri mome~teonteriu dans·laconscié.n~e
comme aspects -<< à ven:r » ·daris·la. perception. C'est là 1ine << pro- · perceptive ellè..,mêrrie; il . est préci~êinent ce qui constitue
tèntion » ·continuelle qui, pour •. chaque nouyellé. phase perceptive, r (( 'horizon ~>. . .
prend. un sens nouveau.· _De pl~s _la perception poss~<;fe des fio'rizons .. · C'est par le progrès réel de la·,p.erception··- opposée• au simple
· q~i embrassent d"autres possibil-ités pêrceptives, fen-tends les pos- (( éclàircissement )) par d~s <<·_ représ~n,t~tions » antlcipant~s- qu~
sibilités .. que .nous pourrions= a'\Toir ,_:si,_ activem.ent, ··nous. donnion.s s'effectue. la détermination plus pr~cise, en COlifirmant. OU eri fnfir-
au cours dela perception unè autre directio~, ~i, par exemple, au, lieu mant les ((anticipations», mais touj-ours i~liquant de nouveaux
~e tourner les yeux de ce~te.Jnarilèr.e; nousles tournions autrement,. «·-horizons)>, et. ouvrant des persp~ctives· nouvelles·~ .t\ toute CQn.,..
si nous f~isi9ns un ~pas. ..tm·avant bu·sur.le côté; et ainsi qe ·suite. scie.ncequi est conscience dequelque~hoseappartie~t donc cette pro-.
·Dans le •souvenir correspondant nous retrQuvons· toutes ces varia~· · priéié essentielle :non seulement elie pe1:1t, d'une manière tÇénérale,
tion~ en .une certairié modifieatio.n; ainsi j'ai conscienc.e. que .se trllnsformer dans des modes de· conscience toujours nouveaux;·
j'eusse pu, alors,- percevoir- d'autr~s côtés· que cèux que-j'ai·vus en tout en restant conscience d'.un objet-identiq~e., obJet.intentionnelle-
fait,. - ..si, évidemment, j'avais. autrement·dirigé mon activité pe:r~ .ment. ·inhérent, comme sen~ objectif i'dentique;· à ses modes-. dans
eeptîve.. De plus ~ et nou_s ·allonl::l ici combler une ·lacunè -. à l'imité de la synthèse, mais tou.te " conscience dQ quelque chose ».
chaque. perception appàrÎien.t. ~oujours .un halo de perceptions pêut le faire et ne peut le· faire que dan,S et par ces horiz~ns d'inten-
passées,· qu'il faut conc_evoir·ëomme uile potelltialité de souvenirs Üonalité. I.~obj~t est pour ainsi dire un pôlè d'identité, ·donné
susceptibles d•être rapp~lés, et à chaque souveni~: lui-m.ême appar- · ·toujours a.vec·uu « seris » << pre-co.nçu » et« à>> réaliser. Il est, dans·
tient, en tant que.·« __ halo >~, Yinte1,1tionalité médiate et continue de · ~haque moment de la conscience, l'index d'.une intentionalïté noé-
souvenirs pQssih(les. (réalisables par n)OÎ activem~nt), souv·enirs qui tiqu.e luî appartenant de par son $ens~ intent!~nalité _qu'on. peu(
s~échelonnent jusqu'à l'instant .de ma per_ception actuelle. Partout r~cherclter, et qui peut itre explicitée. Tout celQ. estacces~ible -~
ici se mêle à ·ces possibilités un <<je puis·>> 'e.t un «j'agis >>, ù~ ,« jè l'investigation concrète~ ' · · ·
-41-·
-40~
titutives la:tè~tes; grâce auxquell~(si l'observati.on.se prolonge. par
20~ L'originalité de l'ana·lyse intentionnelle. l'éxplicitation) nous sommes .à même de trouver.dans des choses, -
-.. On~oit que l'a.nalyse de la co:nscien~e, ent~ndu~.com~e analyse
co~me \<. caractère · », « partie », « propriété >) - - :une expl_ici.:.
· tabon du se~s ·objectif d.e l'intention, ou bien.de les ·saisir intuitivé-
Intentionnelle, diffère totalement de son analyse au sens ordinaire.
e~ naturel du. (e1'1(te, La _vie de la ~onscienee~ avo.li~;;.Iious déjà: dit, ·
ine~t comme ce que nous avons implicitement visé •. Quand. lé phé-
noménolo~ue étudie toute entité (alles, Gegenstllndliche) ·et tout
n est~pas un simple tout composé de·« données· »,·susceptible, par
ce qu'on y peut d~couvrir, exclusivement comme « correlatum de
eons.équent, d~être <c an·alysé » .et, en ·un sens très large,· divisé
la eonsciev~e )) (B_ewusstseinskorrelat), n i'ob~erve et la décrft
~en éléments primaires ou secondaires, auquel cas on rangerait ies
no~ seulement eri elle·même,.et non seulement en. la rapporta~t au .
.formes d'unité (les « qualîiés 'de· forme », d.ie Einheitsformen,
mo~ .correspondant, c'est-à-dire à 1:euo cogito dont elle est le cogi-
~~stal!qualitàten) parmi les éléments secondaires. Cer-tes, l'analyse
.· tatum. Au •contraire,· son regard ·réflexif .pénè.tre la vie anony~e
~ntentwnnelle, - dans certaines r~cherches, ~nous mène aussi à.
de ]a pensée, it découvre n les phases ( Verlaufe) synthétiques déter-
·des divisions, et .là \e terllie· d' «analyse» ·pourra. servir encùre.
·mmées des divers modes de conscienc~, _et les mQdes plus ·reculés
M?is ~oit opération origitU!-·(e ·est de d~voile'r les·. potentialités
en?~re de la structure du· moi (des ichl~chen Verhaltens)~ qui font
« ~mpllq.uées, >> dans les act mdi tés (états actuels) de "la· con-science.
sa1s1r .le ·sens de ce qui est intuitivement ou ·non intuitivement
kt c'6.sl :earlà que·s'opétera, au·point 9é vùe noématique, l'expti-
<csignifié'» par~ou présent pour-:-le inoi. ôu encore, q1.1ifont com-
cit~ti~~,, la -prtJ.cisidn et l?élucidation_ éven.t:uelle de ce qui- est
prendre comment la conscience, d'elle-mémé et en've~tu· de .telle
. ~ s1gmfié ·» par la conscience, c,est.-à-dire de ·son sens objectif.
structQre intentionnelle, fait que, nécessair~ment, iel objet (( exis~
. L'analys~inte.ntiohnell~ se laisse g1.1ider par une évidence fonda:.
ment~Ie:: toufc!}.gito, en tan~ que ·con~cience, est, en un· sens très
et·
tant>> OU~ ainsi qualifié » lui soit' conseiént. que ·Se trouve en
elle tel« sens>> déterminé. Le phéno~énologue étudiera-ainsi dans
l~rge,., (( significatio,n )> de la ehose q~'ilvise., mais cette (( significa- .
1~ eas de la perception spatiale - en faisant· abstraction, -d'abord,
tl on >>. dlpasse à,tout i:nsta.nt .ce qui,. à l'instant même, est donné
-~~- tqus les prêdi~ts de_~(_ signification ?> et en se tenant purement .
comme -<< expliciteJl1eilt vis_é ».• Il-le !fépasse, c'est-à-dire qu'il.est ·
a la -res extensa. - les « objets visuels ->> 'variahies ·et les autres
gros d'un. ((~lus)) qui s'éten(i_ ,au d~là. Da;DS -.notre exemple, cha~
((. objets .sensoriels . », eri tant qu'il~ se donnent en eux,-mêmes
que ·phase de la ~rceptioli n'était qu'un aspect de l'objet cdui-
même ·»,en tant que visé·~~ns la percep'tion·. Ce dépasst!ment. de
commè des présentations de ·«;eÜe nième res ex~_ensa. Il: étudiera
pour chacune d'elles les variations de_ perspectire, puis; concer-
l'intention dans l'inte1ition ella-rnime-, inhérent à toute conscience
nant leurs mod~s de· présenc~ (d:'être .donn~; Gegebenhejtsweisen)
. doit être_consi~éré comme.essentiël.(Wesensmoment)• à ·cette éon-
temporels, dans la percèption,·le souvenir, et la mémoire immé-
science. Mais. le fait _que le << dépassement. » de ·la signification
diate; enfin, du- côté· du inoi,. les modes ·d'attention, et âinsi de
actuelle-se rapporte a.u «même >> objet, se « révèle » dans l'évi-
.suit~. Remarquons cepe~da11t que rinterprétati.On phénoménolo-
dence de pouvoir ·préciser notre intention et~ finalement, de·.la
.Sique du perçù commè tel·n'est pas liée· à fexplicitation p;erceptivè
<< re~plir >> intuitivem~nt au moye-n de percepttons ·ultérieures ou
de c~ même_ perÇu quant. à ses propriétés, telle _qu'e.lle s~aceompiït
de :sonvenjrs ·que je puis effectuer· moi-même.
. . au. coprs de la perception réelle. L'explicitation ph~nom_énologique
; Or l'ac.~ivité du. ,Ph?-no~énol~gue ne·s~: borne pas à une descrip-
.-élucide ce· qui est « impliqué » par lé sens· du cogitatum sap.s être
tion << na1ve » de l obJe.t 11,1tenbo~nel comme· tel; il ne se contente
intuitiV:ement· donné (p-~i' exemple-T« envé~s. » de l'objet), en. se-
pas d.e l'observerdire~tement, d'expliciier ses.éaraetères, ses parties .
re~résentant les perceptions potentielles qui. rendraient iè rion-
et ses propriétés. S'il en était ainsi, l'intentionalité, qui .corrsti-·
~~s!ble -visibl_e. Ceci s'appliqu~ en· gén~ral à toute analyse inten-:-
t~e la. conscience intuitive ou non· intuitive ainsi q~è l'observation
. tiQn,nelle.·'En tant qu'inte~tionnellé, elle depasse les états singuliers
explicitante elle-In.ême, resterait .« anon-yme ». En d'âutres
q~i s~t obJets df! l'analyse. En ~xplfcitant leurs horizons corréla~
termes, on n~aperèevrait nLles mulitplicités noétiques de. la con~
tÜ$, .ell&_p~ace les. états anonymes· extrêmement variés dans le
scienc_e, ni leur u~_é synthé-tique, en vert Il de laquelle nous pouvons .. ·
. èham~: dèée•tx· qui.jouènt un rôle·« c'onstitutit », pour·la forma..
avoir consc_ience du «même» objet intentionnel déterminé que nous
tion~ti'U. sens objectif du --cogitatum. èn question.-Ils'agii-donc non•.
avons pour'ain-si dire devant ~ous·en tant que signifié de telle ou
. seulement des états _vécus-actue~,.mal~ aussi des états potentiels,'
. telJe façon. D~ mêmè résteraient.voilées:tou.tes ~es o})érations cons-
H:u$SBBJ..·.~ ·Phénomé~ologie. 4
~-42- -43.:...
qui sont_ impliqués, dessinés, pré-tracés dans rïntentio_nalité des -naUre que les états de· ~onscience n'ont -pas de relations et d'élé-
états aetmils, et qui ·portent le caractère éVident d~en expliciter le ~ ments derniers, qui soient susceptibles d'une définition fixe par
sens JmpUcite. De cette manière s·éulem:ent le pbénomé~ologue des con:eepts; ·cela leur manque a prim·i, et.la tâche de définir
peut se· rendre compte comment et dans -quels modes déterminés· lipproximativement de tels élémeJ;J.~S par des concepts fixes ne sau-
de ce courant de consCience. des unités objectives ((les objets) ·-rait raisonnablement se poser. L'idée d'une analyse intentionnelle
fi~es e.t permanentes peuvent devenir ·conscientes .. C'est en partig · n'en sübsiste pas moins à bon droit. Car le flux de 1a synthèse
culier ainsi seulement qu 'H peut comprendre comment cette mer- - _intentionnelle, synthèse qui, dans toute conscience, crée l'unité -et·-
veilleuse opération, à savoir la (< ~onstitution )> d'objets identiques~ constitue n-oé~àtiquel1le'nt et noétiquemen't l'unité du -sens .objec...
$e réalise pour chaque catégorie d'objets, c'est-à..,dire quel est tifJ est le règne de structures typiques, de nature essentielle, s.us-
l'aspect pour chacune d'elles de la vie dela conscience ·consJituante, ceptibles d' ~tre serrées en des co~cep~s rigoureux.
et quel est l'aspect·qu'elle' doit avoir conformément aux modifica..:'
tions i1oétiques et noéma:,Üques corrélatives du même objet~ _Par
· conséquent,le fait que la structure de toute intentional~té impliq~e _2f •. L'objet intentionnel, « guid,e transc(!ndental ».
un (( horizon )) (die llorizontstruktur), prescrit à l'analyse et à la La· structure la plus générale -qm, -eh tant que forme, embrasse
description phéiloniénologiques une méthode absolument. nouvelle~ tous les cas ;particuliei"s, est -désigné~- par notre- schéma. général .
Cett~ méthode joue partout -où conscience et objet, intention et ego-éogito-cagitatuin. A elle se rapportent les descriptio"ns très
sens, être réel et idéal, possibilité, nécessité, apparence, vérité, générales~ que nous avons tenté de faite d~ rintentionalit~, de sa
mais aussi expérience; jugeiD:elit, évidence~ etc~, figurent comme . :Synthèse propre, ... etc~ nans Ia· singularisation et la description de .
des éno-ncés de problèmes transcendentaux et d~ivent être traités cette structure, l'objet if!,ten(ionnel situé du cqté du coyitatum
comme des problème~ de la « genèse )) subjective. joue· -_pour des ·raisons faciles._ à saisir ~ l~ r61e. d"un guide
_U est évident que, mutatl$ ~mutandis,'_ tout cela vaut pour une . (ranscendental, partout ·où il s'agit-de découvrir les type-s mul-
(( psychologie interpe » pure, ou .pour une psychologie « puremeut ·.. üples.de cogitation_es qui, eri une synthèse possible, le 'Contiennent,
intentiannelle >;qui reste sur .le terrain naturel et· positif. Nous eri-tant qu'état de· conscience d'un même obj-et. Le péint·de départ
·avons fàit.ressortir, pa-r quelques indic.ations sommaires., qu'elle est est li~cessairemen.t·l'objet ~( siuipieinént)) :donné; de là, la réflexion
la parallèle de la phénoménologie 'Constitutive en même··teiilps· que- 'remonté au mode de cons.cience correspondant et .aux· horizons, de
. transcendentale'. La seule.rêformevéri~ablement ra~icale·de la psy- - ' mod.es potenti~ls: impliqués dans ce mode, puis aux a~tres _modes·
chologie ré~ide dans 'l'élaboration d'~ne psychologie intentionnelle. _ d't!~e V.ie de conscien.ce possib~e dans lesquels l'objët pQurr~it' se
Brentano la réclamait déjà, mais il ne vit pas malheureusement ce, présenter comme « le ,même .>>. Si, restant encore dans le cadre
qui fait le sens fondamental d'une analyse intentionnellè, donc de â~ la g~nér.alité formelle, nous ~oncev~ns un. objei en', général
la rnéthode _qui seule rend- possible une psychologie de ce· genre, à titre de cogitatum;.
·sa~s :DOUS- 'lier pâr 'Ull COntenu déte-rminé_,
.

p.uisqueseule ell_e nous révèle les problè~es véritables et à vrai ·-dire et si .dans cet~e généralité nous le prenons pour (< _ guide . »; la ·
infinis d'une telle science. . _ _ _ multiplicité des. mqdes de·· co:nseienèe ·possibles qui ·se rapportent
· La possibilité d'une. phénoménologie de la conscience pure- sem- à un tnême ·objet·~ c'est-à-dire là structure formelle générale
ble a priori assez douteuse.· Les:ph:énomènes de la consèi~nce_ ( df!t~ forma le Gésain(typus)-, - se scinde en. une série de structures
n'appartiennent-ils pas au domaine du flux hêra_clitéen? Il serait tgp_e~ noémato-noéÜques ·spéciaux et rigoureusement différenciés~ ·
vain, en effet; ,de vouloir procéder ici par une méthode de formation On _petit:ranger ·parmi :ces structures types de rï.ltentionaliie la
de concepts et de jugements analogue à cell~ quie~t de _mîse dàns perc~ption, ·la mémoi~e -îffi.médiate, le souvenir; l'àttel1te -préper-
· les sciences objectives. Ce se.,..it. folie de vouloir définir·-.un état de ceptive,~la. désignati()il symbolique, l'exemplification ari~O,gique, ~ ..
conscience comme un objet identique et de .s~ fonder- pour. è~là su.r· ~-e~c. ·ces -typ-es ~'~nte~tioo,alitê _appartiennent ·à tout objet ·conc·e-
l'expérience.~ ainsi q_ue pour un objet .de la nature~ donc, a~ fond, -_f)a~f.e, comme aussi les typ.es de coordination synt~ïique quJ leur _
avec la présomption idéale de pouvoir l'expliquer ~n le réduisantà .· · c~~po.rideiit. Tous ces :types se particularisent à leur tour, dans·
deséléments-identiques, ..sai.Sissables par des concepts fixes. Ce n'est ,··toute .leur ~ompos!tion noéma;to-noétique, ·sitôt·que nous déter~i­
pas en vertu d'une imp~rfection inhérente à no~re faculté de con-_ nons.l'objé~ .i~te_ntionnel. Les détermination_s pourront être d'abord
-45-
- 44-'-.
ho~izon libre d'objets possibles en général, en.tant ~u'objets d'une
·logiques for~elles (ontologiq.ues j'orme/les), donc être de~ mo~es_ consci.ence possible. .. · . . . ··
du cc quelque chose » en général, tel, par e){emple, le sms:uber~
Viennent ensuite des théories transcendantales constitutives ·qui
l'individuel, le gén~ral, la plnl-alité, le tout, la relation, ....etc. lc1
ne sont pa~ formelles. Elles se rappo:rtent, par exemp~e, à des obj~tt;,
. apparaît aussi la différence radicale entre entités rée.,Ues, en un
sp.atiaux en général, pris individuellement ou da?s la connexiOn
sens· large, et. entités ca{égorielles. Celles-ci ~anifestent ·un~
univérselle d'une nature, à des êtres psychophysiques,. hommes,
origine, q~i provient d'. « opérations » et d'une activité du m01 ·
comin:.lnautés sociales, o-bjetS de cultùre, enfin à un monde o}>jec-.
qui les élabore et les construit pas. à· pas·; celles-là montrent
tif, en génêr~l, e11: tant que monde ~'une conscience ~os.sible e~,.
qu'elles ont leur. origine· dans les opérations ,d'une synthèse. pure-
transcendentalement, comme se constituant en tant qu obJ,et de la
ment passive. Ailleurs, nous ·avons les déterminat~ons· ontol~giq.ues
conscience dans l'ego transcendantal. Tout- ceci~ naturellement,
matérielles, partant du. concept de .l'individu rée~, concept ql11 se_
dans l'attitude· rigoureusement maintenue de l'l1ro;('J} transcen-
scinde en ses domaines réels, tels, pa~ exempl~, qu'objet spatial
dentale. · . . . · . _.
(pur et simple), être animal, ... etc., ce qui entratne po'ur-~es déter-
· .Mais il ne doit pas nous échapper que les types des objets réels
minations loo-iques formelles correspondantes - telleS que : qua-
lité réelle, pl~ralite., relations réelles, ... etc., - des particularisa-
et i9.éaux, objets dont nous avons une conscience «objective»., ne
tions· corrélative-s. · · sont pas les seuls guicles· p~ssibl.es dans les recherches -d'ordre
.. « constitutif-», c'est..:.à-dire <tans des recherches qui se proposent
Chaque type qui se dégage ains~· doï"t être étù~jé quànt à sà struc~
· de décrire la st_:çücturé universelle des modes de conscience pos- ·
.ture noémato-noétique ; .il doit ·être. systématiquement interprété
sibles de ces· objets. Les structures typiques· propres aux objets
et explicité selon les· modes de son flux intentionnel et selon ses .
purement ~ubjectifs et.à tous les. états vécus imman_e~ts eux-~ê~~s
_ «horizons » typiques et leurs implications, ... etc~· Si l'on fix:e u~
peuvent égalC'rrient jouer ce rôle, dans la mesure oû Ils ont, mdiVI-
objet quelconque dans sa form·e o·u sa catégorie, et si 1'-on maintient
dùelleinent et universellement, leur « constitution>> propre en tant
continuellement en évidence son identit~ à travers les variations
qu'objets de la conscience inte~ne du tem:ps .. A tous ces éga;ds_ on .
des modes de conscience, on s'aperçoit _que ces mo..des, $l o~doyants
voit se poser des problèmes qu1 touchent smt des espèces d obJets.
q.u'Ùs puissent être et si insaisissables qu'en _seient l_es derniers·
considérées individuellement. soit leur univ~rsalité. Ces derniers
élémènts, ne sont pas, cependant~ fort:uitement ou arbitrairement
concernent le moi dans l'uni.versalité de son €tre et de sa vie,
variables. Ils demeuren~ toujours liés à une structure typique qui-
par rapport à.l'univ..ersalité corrélative de ses o~jet~'· Sj nous
est toujours la' même èt qui Île peut être brisée,· tant qu'il doit
s'agir d'une conscience de telle ... entité .déterminée; et tant que prenons pour guide. transceridental- le won9e ObJe~tif. et un!
il nous renvoie à la synthèse des percepbons objectives qm
l'évidence de son identité à travers la variation de§ modes de
- _englobe l'unité de toute notre vie, ainsi qu'à ce_lle det) autres intui-
conscience -doit pouvoir se maintenit-...
tions objeetives possibles, synthèse en vertu .de laquelle le monde
La t.héorie transcendent~le aura paur tdche d'·tt:ipliciter sys-
est à tout instant présent à la conscience· comme unité. et peut en
tématiquetll.ent c~s structÙres typ(ques. s~ cette théorie prend pour
devenir l'objet. Il s'ensuit que le monde est un problème égolo-
guide ûne .généralité obj~ctiv:e (eine gegensttindliche _All~emein­
gique à caractère unive·rsel; il en est de .même, dans l'orient~tion
lteit),-et· s'en qent à cette gén~r~Iit~, elle s'a?pelle théorie' de _Ia
co·nstitution transcendantale de 1 obJet en géneraJ en tant qy. obJet purement immanente, pour l'ensemble de la .vie de la consCI~nce.
- d'une forme ~u d'une catégori.e ou, à un .degré suprême, d'~ne dans sa durée immanente.
1
région .donnèe• . .• ,. . . • . . ,,_.--. ·. _

. Ainsi naissent, distinctes d abord~ d1vêrses théories transcen~ .22. L'idée de ·l'unité universelle de tous les obJets.,
dentales : une théorie de la perception et des autres. types d'intui- et le problème de leur é~ucidation constitutive.
ti~n une théorie de la signification; du'ju'gement; de la volonté~··· Dans des recherches transcendentales coordonnées à un, même
etc. 'Mais ces .théories· se ·coordon~e.nt et· s'unifient ·lorsqù'il s'agit sujet, des types d'objets nqus ont servi de «.guides >>. Dans la.
. d'élucider les connexicms synthétiques supérieures, e:t t()utes, elles réduction phénoménologique, nous· avions saisi ces types à titre ·
jou~nt leur rôle dans J'élaboration de la 'théorie _constitutive géné- de cogitata purs, sans nous inspirer des «pré-jugés,, d'un·
_rale et formelle d'un obje-t en génért;~l; e_n .d'autres te~mes; d'un système de concepts scientifiques admis d'avance. Car les multi-
·-4.7-
-46-
permet de r:elier entre elles les théories constitutives re!a!ive-
. plicités de la conscience qui sont (( constituante~·)) - c'est-à-dire
ment achevee·s,' en .élueidant non sèulen:t.ent les horizons immâ.~
celles· q.~i sont ou qui peuvent être ramenées"àl'unité de. la synthèse
. nents inhérents aux. objetS .de la éon science, mais aussi ceux qui
dap.s le· .même, - sont liées, quant à la possibilité d'une· telle
· r(m.Yoient vers le dehors, vers des- formes essentielles de ·liaison..
synthèse, par des conditions non accidentelles,~ màis essentiel{e.s. ·
Il. est vrai. que -les probl~IIles quf se posent lQrsque l'on prend ·
Elle sont donc ·soumises .à des principes,. en v~rtu desquels les
pour. guides - pourtant limit~s - les typ~s individuels d'9bjets, .
recherches· p;hénoménologiq1,1es, au lieu des~ perd:re dans des des-
sont d'une complir.ation ~xtrême et nous mène~t, pour peu qu'on
criptions sans lien entre elles, s'ordonnent par des raisons imma:-
lès approfondisse, à des re~herches forf complexes. C'est le cas, par
nentes. Chaque objet en général (et .aussi tout obje.t immanent) exemple, de la théorie transcendentale de la constitution .d'un
··correspond à une règle de ~tr.ucture (eine Règelstrùklur) dU; moi
objet sy.atial, voire dé cell~ d'une nature en général, de ~'ani­
transcendental . .En tant que ·représentation de ce moi, et quelq:ue malité~ de l'humanité en génér~l, de la culture en généraL
conscience ·qu'en ait èelui..:ci; Tobjet désigne aussitôt une règle
universe.lle pour d'autres possibilités de conscience du même objet
et de ,possibilités pré-détermi~ées par essence. Il en- est ainsi pour TROISI~ME MÉDITATION
tout objet« conc·evable », pour tout ce ·que nous pouvons conce-,
voir comme représente. La subjectivité transcendentaie. n'est pas LES PROBLÈMES CONSTITUTIFS. VÉRITÉ ,ET RÉALITÉ.
un êhaos d.'états intentionnels. Elle n'es~ pas davantage un ·chaQs
de types de structure constitutifs; dont ·chacun Rerait prdonné en 23. ·Précision· du concept de constitution transcertdentale
lui-même par ·son rapport -à ·une· espèce ou fo~me -d'objets inten- par l'in.troducUon des notion.s « rais()n )) et « it•raison >>.
tiom1els. Autrement d_it : la totalité des· objets et types d'objets . Jusqu'ici nous avons. entendu par << constitution phéno~énolo­
que je puis concevoir, ou, pour parler en la:n~age transcendantal, gique ,, la constitution d'un objet intentionnel en- géné~al. _Elle
que le :tp.Oi transcendantal. peut concevoir, n'est pa~ un chaos, e~Prassait l'ensemble cogito-cogitatum dans toute son ampleur.
mais un ens·emble ordonné; de ·mêm~, co.rrélativement, la· .totalité Nous allons maintenànt· tenter de différencier.. son domaine selo~
-des types des multiplicités indéfinies (de phénomènes) liées noéti- · s.es.:st~uctures, po~r élaborer ·un concept pl ils précis de: ce que noil$
queme~t' et noématiquement, qui correspondeiJ.t àux types ~'objets. . appelons constitution. Jusqu'ici la questiQn de savoir s'il s'agis-
Ceci nous fait prévoir une synthèse cOnstitutive univ~rselle, où - sait d'objets réels ou irréels·, -d'objets poSsibles· ou impossibles, ne
· touicls les synthèses joûent de cp-nc~rt suivant un ordre déterminé, jouait aucun_ rôle. ·Or, du fait que nous nous sommes .abstenu de
et -qui embrasse par conséquent toutes les entités réelles et porter un jugement sur l'existence .ou l'inexistence du· monde (et
possibles, en tant qu'elles existent pour le moi transcendental, et, de b)ute autre objecti~ité donnée), nous n'avons pas, par_ là même,
-.corrélativement, tous les modes de consciencè correspondant, réels abandonné cette_ différence. Cette différence constitue, au contraire,
où possibles. En d'autres term.es, une tâche formi~able se dessine, _ rangée sous les notions très générales 4è «raison>> et d' << irraison >>,
qui est celle de toute la phénoménologie transcenrlentale. Cette considérées comme corrélatives de l'« être>> et du« non-être », Ull
tâche, la voici: dans l'unité d'un ordre systématique et universel, ~ujet univers~I· d~ la phénoménologie. Par l't1rox:~ nous réduisons
·et en prenant pour guide mobile le $ystème de tous les objets le .donné réel à la simple « intention >> (cogito) ~t à l'objet inten•
d'une conscience possible,- système qu'il s'agira de dégager par tiOnnel pris purem·ent comme 'tel. C'est à cet.objet intentionnel que
degrés - et, dans ce système,. celui de le-urs catégories formelles et se -rapportent les prédicats cc être » et« non-être» et leursvariant~s
matérielles,. effectuer toutes le~ recherches phénoménologiques en modales ; ils se rapportènt non à des. ·objets purs et· simples, ma1s
. tant que reche'l'ches constitutives, en les ordollnant systémati- .au ·sens objectif. A l'intention_(= à l'acte) se rapportent les _p~édi­
quement et rigoureusement les unes par· rapport aux autres. cats t?érité (justesse) et fausseté, encore qu'en u~ s~ns extrême~
Mais ·disons plutôt qu'il s'agit ici d'une idée régula#ve infinie. ment large: Cesprédicats ne sont pas contenus simplement comme
Le systè~e - que nous posons dans une an~icipation évidente - « données phénoménologiques » dans les états ou les obje~s i.~ten­
4'{)~jets possibles donnés. à une conscience. possible, ce système .tionnèls eux-mêmes i néanmoins ils. ont leur « origine phénoméno- ·
est lui-même une idée (mais non une invention ou une_ fiction) logique >). Parmi les multiplicités de modes de conscitmce.synthé-
qu.i nous fournit un principe d'ordre pratique. Ce principe nous
-48- -- 49·-
tiqueme_n_tliés, qui existent pour chaque objet de n'imprrte quelle · dant essentiel. Certes, par rapport à des objets.quelconques, l'~vi- .
· catégorie, et dont on peut étudier la structure phénoménologique den,ee n'est qu'un cas accidentel de la vie de la conscience. Néan-
typique, on peut faire une distinction. On y- trouve, d'une part, ,des . moins ce cas désigne une possibilité, qui est le but vers la réa~l­
sy'rithèses qui manifestent d'une manière évidente,- quant à leur sation duquel tend toute intention pOUl" tout ce qui est ·ou pourrait
sens fi.nal, __;leur conform_ité au type de structtire en question e~, par être son objet. Il désigne par conséquent'uncaractère fondamental
là même, èonfirment et vérifient l'intentiQn ou le sens objectif donné; et essentièl de la vie intentionnPlle en genérf!,i. Tout~ conscience
il y en a, au contraire, d'autres qui l'infirment etle détruisent d,Ü.ne en gén'éral est ou bien elle-même évidenc.e, ~c'est-à-dire telle que'
façon aussi évidente. Alors, corrélativement, l'objet de l'intention · l'objet intentionnel-y est lui-même « donné», ou bien. est, de par
possède le caractère évident d'être un. objet « qui est »'ou « qui son- essence, -ordonnée à des évidences présentant l'objet « lui-
n'est pas )> (c'est-à-dire dont l'être est nié, « biffé »). Ces cas ·de même·.»,. donc à des· synthèses de confirmation et de· vérification
synthèse sont des ii~tentio-nalités d'ordre plus élevé qùi, en dis· appartenant es~entiellement au domaine du «je puis )). A toute
jonction exclusive, divi.F:.P.nt tout le domaine du « sens objectif». conscience vague on peut, dans l'attitude de la· r~duction trans-
Ce sont des actes et des. corre lata de la« ~aison ,, essentiellement cendantale, poser cette question : l'~bjet de l'intention lui corres-
réalisables par le moi transcendéntal. La.raison n'est pas une faculté pond-il OU: peut-illui;_CO!respondredans.lè inode du «_lui même·>,,
ayant le caractère d'un fait accidentel; eUe. n'englobé pas sous sa l'identité de l'objet étant sauvegardée? - Et dans quelle mesure
notion des faits accidentels, niais elle est une forme de· struèture le· fait-il? Ou encore, en d'a.utres termes, quel aspeefprendrait l'ob~ ·
"tniverselle et essentielle de la subjectiv.ité transcendentille en jet visé, s;il se présentait « lui-même » ? __
général. Dans C6. pro'cessus de la vérificationconfirmante, cen~ ..ci peut'
- <{ Raison » renvoie à des possibilités de confirmation et « vérifi- tourner à:la négation. Au lieu de l'objet visé lui-mêine peut appa-
cation», et celles-ci, en: fin d~ compte, renvoient à l'évidence, que ce ràitre un autle objet, et ·celà dans le mode originaire; l'intention
soit l'évidence acquise OJl à acquérir. Nous avons déjà dü_parler de première'(( échoue)) alors dans sa position del' objet et celui-ci prend
ces évidences au cmnmencement de nos méditations, lorsque, en . - de son côté le caractère de << non-existence )) .
toute naïveté·, il nous fallait encore chercher nos directives métlro- Le tion•être n'est qu'une modalité de l'être pur et simple, de la
diques,'lorsqu-e nous·n'étions·p.as encore sur le terrain phénomé- certitude d'être, modalité à· laquelle pour certaines raisons la logique .
nologique propremênt dit. Nous ~lions maintenant faire de l'évidence dorine une place de choix. Mais l'évidence· prfse en un sens très
l'objet de notre recherche phénoménologique. ·large est un conceptcorrélat!fnon seulement aux concepts d'« être n .
et de « n·on-être », mais encore aux autres variations inodales de
24. L'évidence en tant que donnée originaire. Ses variantès. _ l'être, telles que ·: être possible, probable; douteux; et, de plus,
Évidence désigne, au sens très large, un phénom~ne général et aux variations qui n-'appartiennent pas à cette série et qui ont
dernier de la vie intentionnelle·._ Elle s'oppose. alors à cè qu'on leur source dans la sphère ·affective et volitive, telles que'«· être une
· e11.tend d'habitude:par « avoir conscience de quelque chose », cette valeur)> et:« être un .bien ». · ·
éonscience-là pouvant a priori être « vide », -:- purement abs-
~5. -Réalité et quasi-réalité.
traite, symbolique, indirecte, non-expresse. L'évidence est un mode
de conscience d'une distinction particulière. En elle, une chose, un Toutes ces différenciations .;e scindent, de· plus,- en: parallèles.
~< état de chose », une généralité, une valeur, etc., se présentent eux- Elles le font en vertu d'une opposition qui traverse toute la sphère
m~mes, s'offrent et se donnent <<en personne». Dans ce mode final de la conscience, et, corrélativement, to_utes les modalités de l'être.
(Endmodus), la chose est <<présente elle-mdme », donnée << dans C'estTopposition entre le réel et l'imaginaire {=fiction de réalité).
l'intuition immédiate »,originaliter. Pour le moi cela signifie qu'il Du côté de !;imagination surgit un concept nouveau de possibilité,
vise quelque chose -'non pas confusément, pàr des pré-notions· concept général OÙ l'on retrouve d'une façon -modifiée. dans l'aspect
vides, mais qu'il est tout près de la .chose elle~même, qu'il << la de la simple (( concevabilité )) (dans rattitude du. (( comme si )) ), tous
saisit, la voit et la mani~>>_. L'expérience, au sens vulgaire, est un . ·les modes existentiels, à commencer par la simple -certitude_· de
càs spécial rie_ l'évidence. Nous pouvons même dire que~ l'évidence,. l'exi1:1tence (Seinsgewissheit). Cette duplication s'accomplit en des
prise en général, est expérience, en un sens très large et c-epen- modes qui, par opposition àux niodes du « réel )) (tels que : être
-50- -51-
. ré~1, êtreréélprobable, êtrer~eldouteux oupul, etc.), appartiennent Nous savons aussi" qu~ nqus ne. pouvons être assur_é de l'être réel
à des << irréalit_és >) pur.ement imaginaires. Ainsi s~établit une dis- (des Wirklichseins) que par la synthèse de confirmation vérifiante,.
tinction corrélative entre les modes. de ·conscience de position et la. seule qui nous pl"ésente·la réalitévra.ie.·Uest clair qu,on ne peut·
les modes-d.e conscience d·e<< quàsi-position >) (qu ·comme,si, ·_des puis~r la notion de la vérité ou dela réalité vraiedes objets ailleurs..
.Als-ob), de l' 5< imagination))' expression évidemment trop impré- que dans_!' évidence; c'est grâce à l'évidence seule que ·Ia désigna-
ei~e. A leurs .modes .spéciaux correspondent des modes particuliers tion· d'tm objet comme réellement exista·n( vrai, légitimement
· d~évidence, -j'entends de l'évidence des objets qu'ils signifie'nt, .valable, -de quelque form.e o·u espèce que ~e soit,_:. ·acquiert pour
- au sein mé'tne d·e leurs modes d'être respectifs ai~si que des nous un se'fl:s, et il en est de même en ce· qui COI).c,erne toutes ·les
potentialités particulières de :réalisation· de cette é~idence. C'est déterminations qui ·::-:- pour. nou·s ~ lui appartiennent véritable-
à ce domaine qu'appartient ee que nous désignons ~ouvent par - ment. To_ute justification procède de ré"!ïdence et par· conséquen_t
~<élucidation »ou (( éclairçis~ment » (Kltïrung). L' « éclairciss~ trouve . sa· son~:ce dans notre subj~çtivité transcendantale elle"- ·
-ment n désigne toujours un mode de réalisation de ~·évidence~ . même. 'rotite.·adéquation qu~on peut imaginer. se forme comme
l'ètablissemenf d.'·un trajet · synthétiqu~ allant d'u_ne . intention· une confirmation vérifiante, comme une synthèse qui nous appar·
confuse ~ une intuition (( pré-:-figurante )) correspondante (vor-ver!. tient.à nous, et c'est en nous qu'elle a son fondement transcenden-
bildlich'ende Art8chauung), -c'est-à-dire à une intuition au ~ens . tal d-ernier·~ ·
ioipliciie de làquelle il appartient d'apporter à l'intention en· ques-
tion une coilfh:'mation vérifiante de sa signification- existentiell.e et 27. Évidence habituelle et évidence potentielle. Qu'elles jouen_t
de la «.remplir n d'une manière adéquate. L'intuition « préfigu- · un r~le constitutif du << sens » objet e;t;istant ».
(<

ranh:! >;, ia c.onfirmalion originaire (Erfüllung) nous donn~ non Certes, tout comme. celle _de robjet de l'intention en lui7"même,
une éyidence ré<Üisante der être; mais de la possibilité d' êire dè l'identité de l'objet réellement existant ainsi que l'adéquation
-son contenu. entre l'objet intentionnel ·co:rnme tel et l'objet réellement. exis-
tant,. n'est pas un. élément réel de l'évide.ncè et de la confirma-
26. La rêalité, considérée comme c6rrélatif tiop. vérifiante, en tant que phénomènes du jeu de la conscience. Il
de ·la vérification évidente. . s'agit ici d'une immanenc9 d'ordre idéal, qui nous renvoie à des
Nous n'avons touché par ces brèves remarques qu'aux problèmes connexions essentielles de synthèses possibles, nouvelles. Toute
· généraux formels de l'analyse inten~ionnelle, ainsi - qu'aux . évidence «-crée>> pour moi un acquis durable. Je puis« toujours
'recherches- déjà très vastes et difficiles- touçhant l'origine phé· · revenir ·n à la réali~é perçue elle-même, en des chaînes formées par
noménologique des principes .et des concepts fondamentaux d~ la des é_vidences nouvelles qui seront la.<( reproduction » de l'évidence
·logiqueformellequi s'y rattachent.-Ce-n'estpas'tout.Ce~ remarques premjère. Ainsi~ par exemplé, dans l'évidence concernant des don-
nous font.entrevoir une vérité fort importante. Ces concepts, dans nées immanentes, ce sera une chaîne _de souvenirs intuitifs, avec
leur génér~lité ontologique formelle, sont .des indices d'une loi . l'infinité illimitée d_e l'horizon potentieLdti « Je puis toujours la
universelle touchant la structure de la vie de la ·conscience en . · reproduire à nouveaù >>.Sans de telles possibilités, il n'y aurait pas
gênéral, structure en ver,_tu de laqueUe seule les termes de vérit~ pour nous d'~tre stableet durable, pas de. mondë réel ou idéal. Cha-
et de réalité. ont et ·peuvent avoir un sens pour n·ous. En e-ffet, SI cun de ces mondes n'est pour nous que par l'évidence,_ ou par la
des objets (( sont. po'ur moi au sens le plus largé ~ objets réels,
>) ·présomption de pouvoir atteindre cette évidence et de renol.we1er
états vécus, n:om~:res, rel~tio.ns~ lois, théories, etc , - cela n'a tout. l'évidence acquise.
d_'abord rien à voir rvec l'évidence. Cela signifie tout simplement· ~1 suit de. là que l'évidence d'un acte singulier ne suffit pas pour
· que çes objets (< valent » pour .moi ; autrement dit, ils sont .mes créer pour ~ous un ~tre durable. Tout être (iedes Seiende), en
cogitata, et ces cogitata sont présents_ à la conscience dans le un sens très large, est être « en soi » et a pour contre partie le
mode positionne! de la croyance. · · « pour. moi/>> >UccÛlentel des actes singuliers. De même toute ~érité.
Mais nous savons fort bien qu'il nous (audrait bientôt renoncer est, en ce sens très large, « vérité en soi n. Ce sens. très large de
à les considérer comme « valables >> si une synthèse_ d'identité évi- r «en so~ )) renvoie donc à l'évidence, non toutefois ·à une évidence
d~tlte uous amr:mait à une contradiction avec un donné évident. prjse comme fait vécu, mais à certain~s potèntialités fondées dans
-52-
-53-
le nioi transcendantal et sa vie propre, et d'abord à celle de
l'infinité d'intentions se rapportant synthétiquement à. un seul et de sens constituant. ce (( monde», ainsi que celle de (( ce ·monde
même objet, puis aux potentialités de leur confirmation 'vérifi.ante, réellement existant >>• Seule l'explicitation des horizons de l'expé- ·
donc à des évidences potentielles indéfiniment. renouvelables en rience éclaircit, ·en fin de compte, le sens de la « réalité du monde »
tant que faits vécus. et de sa (( transcendance ». Elle nous montre en~uite q1,1e cette
transcendance et cette réalité sont inséparables de Ja subjectivité
28. Évidence présomptive de l'existence du monde. Le monde, transcendentale dans laquelle se constituent toute·espèce de sens et
idét; corrélative d'une évidence.e.mpirique parfaite. toute espèce de réalité. Mais que veut dirè le renvoi à des in·finltés
Les ~vidences ont encore un autr~ mode, bien plus compliqué, de concordantes d'une expérience ultérieure possible, impliquées dans
rnwoyer, pour un mê·me. objet, à des infinités d'évidences. Tel chaque expérience du monde, si «être un objet ré·ellementexistant)>,
est le cas partout où l'objet, originàirement donné en elles, rest donné « en .personne» dans une évidence empirique parfaite, ne
d'une façon unilatérale;· Cela _ne concerne rien moins que l'en- peut signifi_er ·autre chose que : être· l'objet identique des inten- ·
semble dés évidences .qui, dans l'intuition immédiate, nous repré- tions actuelles et . potentielles dans l'unité de la conscience ? Ce ·
sentent un monde objectif réel, aussi bien lorsqu,il s'agit de l'en-· renvoi sig}!ifie ma11ifestement. que. l'« obj~t rée{ >r appartenartt au
semble que lorsqu'il s'agit d'objets singuliers quelconq-qes. monde - et, à plus forte raison, le monde lu~-rn~me, -:- est une .
L'évidence qui correspond à ces objets es.tl'expérience externe; idée infi!lie, se rapportant à des infinités d'~xpériences concor-
et l'on peut se rendre évident. que de tels objets ne peuvent pas dantes et que -cette id.ée est corr.élati~e à l'idée d'une évidence
nous être donnés d'une manière autre qu'unilatérale. Ceci n'est empirique parfaite, d'une '~ynthèse complète d'expériences pos-
même pas concevable. Mais bn. peut aussi se rendre .évident,· par . sibles~ · ·
ailleurs, quë cette· espèce d'évidence possède nécessairement un 29 . .!,.es régions ontologiques matérielles et formelles ·indices
horizon d'anticipations non «remplies» encore,· mais ayant besoin de systèmes transcendentaux d'évidences. , ·
de l'être, donc qu'elle e.nglobe des.'contenus qui ne .sont objets que
d'unè intention signifian~, qui' nous renvoie à dés évidences .· On coniprénd maintenant. què!les sont les ·grandes tf!,cltes de
potentielles cQrrespondrntes .. Cette imperfection,de l'évidence tend l'auto-explication transcendendale du moi ou de sa vie de
à diminuer dans et par la réalisation de chaines d'actes ori·ginaires conscien~e, tâches qui naissent. dàns et par ·la. eonsidératiqn des
conduisant,_ par des passages synthétiques, d'évidence. à évidence. · entités posées. et à poser dans cette vie même; Les· notions <c' être
Mais aucune synthèse concevable ne peut atteindre l'adéquation réel ,, et.« vérité » (dans toutes· leurs ·modalitér)·désign(mt ·po~r
complète et a_chevée, et toujours elle s'accompagne de pré-inten~ . chacun des objets en gé.néral que_, ·_comme moi transcend~·ntal, je
ti ons et de co-intentions. rion (( remplies )) .. 'En outre, il est tcu- (( signifie )) et puis (( signi~er-)) une di·stihction des ·structures au
jours possible. que la croyance existentielle qui anime J'anticipation sein des multiplicités. infiniés de cogitationes réèlles_ et possibles
ne se confirme pas, que ce· qui apparatt dans le mode originaire (du· qui se rapportent à l'objet ~n question: c'est~à-dire qui ne·peuvent
soi-même) ne ·soit pas ou soit autrement. Cependant, l'exp~ience jamais se grouper en l'unité d'une .synthèse d'idenÜté~ Le t~rme
externe, en ce qui ~on cerne ses objets ainsi que toutes les réalités (( objet réèllement existant.» indique, au· sehi de cette mùltiplicité,
objectives, est, par essence, la seule instance de vérification colifir- un système particulier,' à savoir celui qui comprend tout~s les
mante, dans la mesure, évidemment, où l'expérience - s'écou- évidences se rapportant_~ lui; et: ces évidences sont liées synthéti-
lant passivement ou activement - ~ la forme. d'une synthèse de quement de façon à s'unïr en \lne dvidence totale, bien· que· peut:.
concord.ance. L'être du monde (das Sein der. fVe/t) est donc néces- être infinie. Cette éviqence-là serait l'évidence absolum~nt. par-
sairement «·transcendant» à la conscience, même dans l'évidence faite, qui, en fin de èompte, donnerait l'objet.lui-mêrtu~ dans toutë
originaire, et y reste nécessairement transcendant .. Mais ceci ne sa richesse; et, dat;1s la synthèse de_ cet~e évidence, toh~ ce-:q·uî;-dans
chan ge rien au fait que toul.e transcendance se constitue unique..; les évidences singuliè!'eS ·qu~ la fondent, est enco~e pré-intention.
ment dans la vie de la conscience, comme inséparaolement liée à vide et Purement symbolique, ser.ait adéquatement con.fœ~é ·at
cette vie, et que cette vie de la conscience :-prise dans ce cas par- (( i'eplpli )) par l'intuition. Il s'agira, 'pour· nous, non. de réalise'r
ticulier comme conscience du monde- ·porte en elle-même.l'~niM cetté-' évidènce en fait, - pour tous les obj~ts réèls cela ~êrait un
but dépourvu de .sens, car, comme nous l'avons dit, une évidence
' .
--- 55-
empirique absolue est une <c idée »; - mais d'élucider (d'expli-
citer) sa structure essentielle, ainsi que les structures essen- QUATRI~ME M:€DITATION
tielles des dimensions d'infinité qui constituent -et composent de - .
fa.çon s_ystématique sa synthèse idéale infinie~ C'est une tâche formi- 30. Les problimes constitutifs de l'« ego » transcendental lui-
,dable, m~is bien déterminée. C'est celle de CétÛde de la constitution - mime.· - · ·
transcendentale de l'objectivité réelle, ces termes-pris en leur sens-
propre. A côté des recherches générales formelles qui St'en tiennent_ Les objets n'existent pour nous et ne sont ce -qu'ils sont qu.e
au ·concept logique formel \Ontologique formel) de l'objet en géné- comme objets. d'un.e conscience réelle ou possible. Si cette _proposi-
ral, - et qui, par conséquent, sont indifférentes aux détermina~ tion doit être autre chose qu'une affirmation en l'air ou un sujet
tions matérielles des caA.égorîes particulières d'objets, -- nous .· de spéculations vides; elle doit ~tre prouvé~ par une- explicitation
aurons alors, comme nous le -verrons, une série· de problème& de phénoménolQgique corre_spondante. ·
.eo'nstitutio-n d'ordré matériel, c'est--~-dire de problèmes' de consti- Seule une recherche s'attaquant à la const-itution au sen~ -~a~ge,
-tutio:t;l particuliers à chacune des catégories (régions) matérielles indiqué précédemme!!i~ et ensuite i.u sens plus étroit que nous'
suprêmes. ·_ - venons de décrire, peut l'aècompli:r .. Et eelà, -selon la· seule mé;.
Il_faudra élaborer uné thiorie constituti~e de la nat~tre physique, thode possiblet conforme à l'essence de Tintentionalité et dè ses
toujours (( donnée)) et-run impliquant l'autre- touj"ours pre;. horizons. Déjà lès analyses_ préparatoires- qùi nous co-nduisent à
supposée existante; __,... une théorie: de l'hom1ne, de la société l'intelligence du sens du problème tn·ettenten lumière que- l'ego
lrumaine, de la cultu·re,~·· ete. Chacune de- ces notions désigne t;anseendental ~~t, st l'?n- ~onsidère sa répliq~e psychologiq~e, _
·un vaste ensemble de recherches différentes, correspondant aux, l âme) est c~ qu Il est umquement _en rappo~t- avec les objets inten•
tionnels. -· -
concepts de l'.ont'ologie naïv~, tels que :_espace réel, temps réel,
ca:t!salité réelle, o'bjet réel, qualité' réelle, ... ete. Il s'agit" chaque fois . A: ce!'_ derniers apparti~lment également des objets à existence .
· de dévoiler 1'-intentionalité i.~D:pliquée dans l'expérience e.He-~ême nécessaire; et; en tant -que l'ego se rapporté .à un monde, non seu-·
. (en t~t qu'elle est un état vécu transcendenta1); il s'agit d'une expli- J~men~ les .obj?ts- d~ns la sphère te~porelle immanente, su~c~p-
citation systématique des << horizon·s » de l'expérience, c'est-à-dire - t~ble_ d. une Justification adéquate, m_a1s aussi les objets du monde
d'tine explicitation des évid~nces possibles qui p.ourraient en (( rem~ qui justifient leur existe1100 dans le. déroulement concordant d'une
plir n-les intentions, et qui, à leur tou~, conformément à une loi expérie~ce extérieure, inadéquate et pré~omptive ... II apparti~nt
de structure essentielle, feraient renaître autour d'elles· des (( hori- . donc à F~ssence de l'ego de vivre toujours en .des systèm-es â'inten:
zo.ns )) toujour~. nouveau~;:et cela en étudiant. continuellement les· .-ti~nalités et des _systèmes de leurs .concordàncesi- tantôt .s'écoulant
corrélations intentionnelles. Nous apercevons alors que, dans le1n·- da~S l'ego, tantôt_ formant dP~pob:mtialités stablés, pouvant-tou-
. rapport aux objets. l~s unités synthétiques des év·idances consti- . joùrs êtrer~alisées. C~acun des objets que l'ego ait jamàis visé
tuantes possè~ent une ~trueture· fort CQmplexe; parexe!Ilple, n()ùS P-?P~é, ~ut objet_~~ so~ acti?n o~ de son jttgement de valeur., qu'ii
apercevons-que, s'é-levant de la base objective la plus simple, e11e~,. a!t ~~~?·n~é .e~. qu_ ~l· putsse 1~agmer - est. un in_dice d'un tel sys- ·
i~pliquent des échelons formés par des << objets )) purement sub- terne d mtenhonabtés- et n est~que le corrélatif de système. - ce
jectifs. Ce rôle de fo"ndement objectif deraiez: est toujours rempli
3i. ·Le << moi » comme pd le identique des états vécus ».•
par Ja durée- immânenté, c'e~t~à-direpar la vie qui s'écoule et se.
<(

eonsti_tue en sQi~même et po~r soi-même. ÉClairer la constitution de· ·Mais nous de~on~ maintenant attirerTatteniion sur une-.grande-
cette durée estla tâche propre de:· la th_éorle· de· la conscience ·origi-, laeune. de ·notre exposition. L'ego existe pour lui·m~me; il est
nelle ·du teiilps, conscience quiconstitue les ·données temporelies pour lui-même avec une évidence continue et,. par conséquent, il
èlles-mêmes. · se constitue continùellement _lui-m~me coml!te exiStant.·Mais nous
_n1avons touéhé jusqti'à pré_sent q~'à un seul côté de cétte constitu-
tion de soi-mê~e; nous n'~vons_ dirigé notre r.egard.que surie cou~
-rant du cogito._ L'ego ne se saisit pas- soi-même uniquement
comme courant de :vie; mais comm.e moi~·moi qui vit ceci ou cela;
-56 --:57 -
moi identique qui. vit· tel ou tel autrè cogito .. Nous nous sommes m~me, moi qui persévère dans ma volonté permanente, lorsque je
occupés-jusqu'à présent uniquement du rapport intentionnel entre la. « biffe », lo,rsque je renie mes décisions et mes· actes.
conscience et son objet, ep.tre le cogito et le cogitatum, et n'avons La persistance, la .durée de ce·s déterminations du moi et leur
pu dégager .que la synth~se _par laquelle les multiplicités de la « transformation spécifiq~e _n ne signifien_t é,·idemment pas que le
conscience réelle et possiblesont «polarisées» en objets identiques, temps iminanènt en soit. continuellement rempli, car le moi per-
et où l~s objets apparaissent comme« .pôles», comme unités syn- inanen.t lui-même, pôle .des déterminations permanentes du moi,
thétiques.· Une deùxième espèce de potarisation se présente à nous · n'est·pas un état vécu, ni urie continuité d'« états véc.us ;>,bien qu'il
maintenant, une autre espèce de synthèse qui embrasse les multi- ~e "~apporte, par de telles déterminations habituelles, au:courant
plicités partic~lières de$ cogitationes, qui les ·embrasse toutes et des«.étatsvéeus ».·Tout en se constituant soi..:même, comme sub-
d'u'r1.e martière spéciale, à savoir comme cogitationes· du ·moi iden-. strat identique ilè ses propriétés pe1·manentes, le moi se constitue
tiqu_e qui, actif ou- passif, vit dans· tous les états vécus de 1~ con- ultériéurellient comme un moi-personne. permanente,. au sens
science et qui, à trave,rs ~eux-Ci, se rapporte à_J.ous_ le.~ pd/es-objets. le plus large de. ce terme qui no_us autorise à parler de « per-
sonnalités » inférie.uyesà l'hoJ;Dme. Et ~ê.me si, en général,les
.32. Le moi, substrat des_<< habitus.». _convictions· ne sont ·.que _relativement permanentes, même si
elles ont leurs manières de « se transformër » (i~s positions actives
Il faut remarquer cependant que ce moi central n'est pas un.pdle se modifient : elles sont « biffées·», nié~s~· leur valeur est réduite ·
d'identité vide (pas plus que n'importe· quel objet); avec tout acte au néant), le moi, au milieu. de _ces transft>rmations, garde un
qu'U.èffecJue et qui ·a un sens objectif nouveau;. le moi- en Vt}rtu « style>> constant, un « caraetère personnel». ,
dès lois de la. l( genèse t~ànscendentale. », -acquiert une p~oprUté
permanent(!· nouvelle. Si je me décide,.par exemple, pour la pre~. :13. _La plénÛude concrète .du moi coinme ·monade, et le probl~me.
· de:son _auto-constitU,_tion. · ·
mièrefois, dans-un acte de jugement, ,pour l'existence· d'un êt:r.e et
pour telle ou tellè autre détermination de cet être, cet acte passe, Du moi, pôle identique et substrat des. habitus, nous distinguons·.
mais je suis ·et je reste'·désormais un moi qui s'estdécidé de telle l'ego, pris· dans sa plénitude concrète {que nous allons désigner . _
ou de telie autre manière. << J'ai une conviction correspondante. » par le terme leibnitzien.de monade)., en adjoignant au..moi·pôle ce·
· -Or cela ne signifie pas seulement que Je me souviens on. que je sans- quoi il ne saurait ~xister concrète·ment. Il ne saurait notam- ·
pense me souvenir à l'avenir de cet àcte; j'aurais pu le faire même ment êtrè un « moi» atitre~ent· que dans le courant multiforme- de ·.
si j'avais-entre temps « ·pe~du » -cette ·conviction. Après avoir·été sa vie int~nti~nnelle et des objets visés par -elle, s'y constituant
<< biffée~» elle n'e$t plus ma conviction, mais elle l'avait été d'une ·éventuellement comme existant pour .celle-ci. Le caractère d'exîs-
manière permanen_te jusque-là .. Tant qu'.elle est valable pour moi, . ten,ce et- de détermination permânentes _de ces objeis est manifes- .·
je peux« revenir » vers_elle à plusiem·s reprises et je la retrouve teme_nt un corrélatif. de· l'habüus -corresp-ondant qui se. constitue '
toujours comme mienne, comme m'appartenant_eri tant qu'habitus; daÎls le moi-pôle;
·Je me trouve moi~ni~me comme un. ~u)î qui est convaincu, comme n fàut le comprendre de la manière suivante·. En qnalité d'egd,
un moi permanent-déterminé par :cet .habitus persévérant. Il en est je me· trouve dans un monde amb_iant qui:<.<. existe pour moi » d;üne
· ainsi en ce qui concerne to-ute.' décision ·que je prends. Je me _dé·· · manièrè continue~ ·Dans ce monde se .trouvent des objets comme
cide,.l'~ctP._ véêu s'écoule, mais la dé_cision demeure ~ que je m'af- · «< existants pour moi »~ notamment ceux qui J:ne SOI),t déjà connus
faisse, en· devenânt passifi da:psle son:tmeil, ou que je. vive d'autres ,dans leurs artieulations permanentes, et eeüx do'nt Ja ~connaissance
·actes ~.la déci~ion demeure côntinuellement. en vigueur ct, -co~·- · . n~est qu'anticipée. Les ·objets-,qut existeni au premier serts existent
rélativemeut, je 'suis désormais d~terminé d'une. certaine facon;. pour moi, grâce à .une açquisition originélle, c'est-à..,.dire grâce à
et cela aussi· 'longtemps ·que je n'abandonne· pas· ma: -decisioh. · Si u~e perception origin,elle .e:t ·à Texpl.icita_tion en ·intuitions· pal'ti-
poy.r
la décisio~n a objet une àction~ elle n'estpas (( abandonnée » . culières de _ce· qui n'a Jamais.· encore· -~té perçu.· Par: là, l'objet se
avec 1a réalisation. de son· but;. Elle dëmeure ·en ~iguelir ....... dans ·constitue· dans· mon- ·àcti"rité. synth~tique sous -1~ -forme- explicite:
ie modè de i'àccomplisstüpent. - et :s'exprime ainsi': « c'est moD «d'objefidentique ·-de ses propri-étés multiples~)·; il ~e constitue donc
et
:.aeUon je la-reconiuiis mie11J:ie -~ .. ·?viais, je me- transforme moi-. ~omme identique à .lui-même, se déterminant dan_s ses' propriétés
·HussB~L. - PhéiJ,omênologie. ·5
-58-
multiples.. Cètte activité, par laquelle je pose et j'exp}icite'l'exis:.. · méditations, des formations typiques, saisissables pour la descrip-
tence, crée un habitus dans mon .moi; et de par cet habitus, l'ob-:- . tion, dont on pourrait dégager ·Ia struéture intentionnelle, et j'au.:.
jet en question. m'appartient er;t permanence, comme ·objet de se.s rais pu· avan~er graduellement. dans l'élucidation. des directions
déterminations; De telles acquisitions permanentes . constituent essentielles de· l'intentionali~é, de ma « monade ». Des expres~
mon milieu familier, avèc ses horizons d'objets inconnus encore, ·sio-ns comme. «·nécessité essentielle~> ou essentiellement» se
<(

c'est-:à-dire !l'objets que je dois acquérir, mais que j'anticipe déjà gli~sai~·nt &ouVen~~ et pour de bonnes raisons, dans nos descrip-
dans leur structure formelle d'objets·. · . tiops; ces expressions traduisaient un c~ncept déterminé de
. . '
. l'a pi~iori que seule la phénom.énologie délimite et dégage. ·
Je me sui~, dans une expérien~e évidente, constamment donné Des·exemples vont éclaircir ce dont il s'agit. Prenons n'importe
comme m()i-·m~me. GeJa .vaut pour l'ego tr3;11sce~dental _et pour quelle expérience- intentionnelle, - la perception, la memoire
tous .les sens d'ego~ Puisque l'ego monadique concret· contient -immédiate, le ·souvenir, l'assertion, l'aspiration à quelque chose.
l'ensemble de la vie consdente, réelle et potentielle, il est clair que Considérons sa struc-ture ·et sa fonction intentionnelles;~· en l'expli-
le problème de l'explicitation phénoménologiqu-e de cet ego ciiant et ·eit décriv,ant ses aspects noétique et ~oématique: Cela'.
monadique (le pro~lème de sa constitution p·our lui..:.même.) doit peut signifier - et nous l'avons interprété ainsi jusqu'à' présent
embrasser tous les problèmes constitutifs en géntral. Et, en fin de - qu'il était'. question d~ ·raits typiques du moi transce:Qdental
compte, la phénoménologie de cette constitution de sol pour soi- donn~ et que ~es descriptions transcendentales devaient avoir un
même· coïncide avec la ph~riomlnologie: en général. · sens·«. empirique·». Mals~ involontairement, notre description. se
maintenait sur un tel niveau: d'universalité, que ses· r~sultats
~H. L'élaboration des prùtczpes de la méthode phénoménologique. .s;affirment indépendants des faits empiriques de l'ego transcen-
· L' anqiyse transcendentale en tant qu'analyse eidétique. · . dental.
. La théorie du moi, pôle de ses actes et substrat des habitus, no-uR 1;;Jucidons ce ·point et rendons-lé fécond pour notTe 'méthode. En
à: permJs d'atteindre un: poi·nt où/ se pose!lt les problèr(!.eS de· la .·partant de l'e~emple de· cette perception de la table, modifio,ns
genèSe phénoménologique,. et, par là, le plan de l.a phénoménQlogie l'objet de la perception, .;__ la table, - d'une, manière entièrement
genitique. Avant de préciser son sens, faisons une nouvelle. libre, au.gré ile notre ·fan,.taisie, en sauvegardàèit toutefois le ca:rac-.
réflexion sur la méthode phénoménologique. Il. nous faut ·enfin . tère de· perception de ·quelque chose : n'importe quoi, mais •.-.
.mettre en valeur ut1e donnée méthodique fondamentale qui, 'Qne . quelque chose .. Nous commençons par modifier arbitrairement -
.fois saisie, détermine toute la rpéthode de la -phénoménblogie sa
dans l'imagination .;.:_ forme, sa couleur, etc., en ·ne'maintenant
transcendentale (et, sur le terrain naturel, celle d'une psychologie qu~ le' caractère de « présentation perceptive >> .• Autrement dit,-~-~-- ·
. ·iri.trospective authentique). C'est seul~ment po~r ne p.as rendre nous transformons_ le fait· de cette perception, en nous abstenant
l'accès à la phénoménologie trop difficile q.ue notis en par~ons d~affirme;r sa valeur existentielle, en une' pure .possibil~té entre
si tard:· La granè~e multiplicité de faits et de problèmes nouveaux ~utr'es·pures possibilités, parfaitement arbitraires, mais. cependant
d~vai t d'abord ,se présenter sous la forme· plus· simple d'une de.s- tnires possibilités de perceptions. Nous t.ransférons en quelque sorte
crip~ion. empiriqu~ (.bien que d'une description effectuée dans la la pèrcept'ion réelle. dans le royaume des irréalités, dans leroyaume
sphère de l'expérience transcendantale). Par contre, .la méthode de du (( comme SI »,'qui ~ous donne les vossibilités· (( pures», pures
la description ei_détiq.ue 'consiste à faire passer touies-r.es .descrip-. de tout œ. qui les.a;tta.eheraità n~importe quel f;1.it. Dans ce dernier
ti ons dans la ~imension des principes, ce· qui·. aurait 4té difficile s~~s z.tous ne consérvôns pas I~s attach-es·· de :ces possi})ilités à
à comprendre au début; tandis qu'après un-cerl~in nombrede d?S- . l'ego enipiriqt e, p_osé comme existant; nous ent~ndons ces possi-
criptions empiriques on peut le saisir sans peine; bilités :comm': ·purement. ·et li-brement· imagimihleS> de sorte-que.
Chacun de nous, en méditant à-la ·manière cartésienne;:a été nous.aurio~.s. très bien pu, dès.le d.ébut, nous servir, comme d'un
ramené à. s~n ego tra.nscendental· par la méthode de la réduction · exem.ple,· d'ime perception hnaginf}irê sans rappcrt au ~este· de·
phénoménologique, et,:. bien entendu, à c~tegq .de faU, avec ses ·v.ie ·èll}piriqu.~. Le type. général d.e la· perception est de la sorte.
contenus monadiques concrets, -comme à l'ego absolu, seul et -élucidé d:ans la p-Ureté ldéal.e. Privé ainsi de tout rapport au fait,
unique. Moi, en tantq:t:Ièjesuis cetego,je trou_ve, dans la suite de mes il devient l' «'e.iâtis .».dela perceptio~,--doiit l'extension <(idéale~>
-60- . .:.;.... 61 -
embrasse toutes .les perceptions idéalement possibles, en tant que transcendental, qui embrasse .toutes les variantes possÜJlés de
purs imaginaires. Les analyses· de la perception sont alors· des mon. ego empirique et donc cet· ego lui-même, en tant. que possi~ ·-
<( analyses essentielles » ; tout ce que nous avons dit de ·« syn- bilitë pure. La. phénoméÏ10logie eidétique. étudie donc l'a priori
~hèses », d' <i. horizons• », de- « potentialité », etc , propres au universel, sans leq.uei nfmoi, nfaucun autre moi transcendantal~.
type perception vaut -·co;mme il est facile de s'en a,percevoir - ,.en général, ne serait<< Imaginable )) ; et puisque toute. universalité.
(( ~sse~tiellemént )) pour tout ce qui aurait pu être formé à l'aide .. essentielle a·Ia valeur· d'une loi- inviolable, la pnénoménologie
d'une telle modification Ubre, par conséquènt, pour. toutes les-· étudie les lois. essentielles et universelle~ qui .déterminent· d' avan~e
perceptions. imaginables en général. Autrement dit, c'est ùpe le sens poss~ble ·(a~ec son ·opposé :le contre-sens) de ·toutê àsser-
vérité d'une « généralité essentielle » et absolue, essentiellement tion empirique portant sur. d'u transcendantal.
nécessaire pour tout eas particulier, -.~oric pour· tou le perception Je ~uis '!.It\ ego m,éditant ·à la maJiiè~e car,tésienne; je ~uîs -guidé.
domiée en fait, (}ans la Ji:msùreoù tout fait peut ~tre conçu comme ·par l;idée d'une philosophie,. comprise comme scienëe. universelle,
n'étant .qu'un exemple d'une possibilité pure. . fondée d'unê manière: ~bsolument rigoureuse, dont j'ai - à titr&.
Puisque nous supposons la modification évidente, c'est-à-dire :d'ess_ai~- admisJa possibi1jté. Ap~ès. avoir fait le's. réUexions qui
prése:ntant les possibilités comme .tellés dans une intuition pure, .précèdent; j'ai l'é-vidence· d~avoir avant tout à élaborer une phéntr
son corrélatif e·st une conscience intuitive et apodictique de l'uni- ménologie eidétique, se\lle forme ·sous laquelle' se réalise -ou
versel. L'eidos, lui-même, est de l'univers~! v~ ou ·visible; il esL pëut- ~e réaliser ~ une: sciènce philosC?phique, Ia· « p'hilosophie.
de l'« inconditionné», et, plus précisément, du non-:conditionné · première.>>. Bien que -mon intérêt port~ ici-particulièrement sur la
par un fait quelconque et. ceci conformément à son- propre sens. réducti(m transcendantale, sur mon ego pur et l'expli~itation: de :
intuitif. Il est « av·ant » tous .les concepts, entendus comme signi- cet 'ego empirique,_ je ne peû:l.{ l'analyser d'une manière vérifable--
fications verbales; ces derniers doivent bien plutôt, en tant que. ~ent scientifique que par un ~eco urs_ ~ux principes apodictiques ·q~i
concépts purs, être conformes à l'eidos. . . . appart~f:mp.ent_ à l'ego e_n tant qu'ego. en' gén'éràt· Il'·faut que. j'aie
Si un acte particulier est ainsi tra~sformé d'une donnée 9e recours aux ~niv~rsillité_s et·aux.nécessités.essentielles grâ.ce·aux- .. ·
fait d_e l'ego transcendental· en un type ou essbnce. pure, ses· quellès le fait. peut ~tre râpporté aux: ~fondements. ratiormels de sa .
horizons intentionnels, indices de - rapports ~ l'intéri~ur de ~pure po,ssibilité,~ èe qui lui eonfère l'intelligibilité· 1 _et le câraç-
l'ego, ne .disparaissent point. Mais les horizons .des rapports tère scien:titlque~ Ainsi la science .des possibilités_ pures précède en
deviennent eux-memes eidétiques. En d'autres terines : lorsque soi· celles des réalit~s et les rend ·po~sibles ··en. tant ·q_ue ··sciences.
. nous avons affaire au ~ype eidétique pur, nous ne nous trouvons Nous arrivons donc· à la vue- ni~thodique suivante ; à ciJté de la
-plus dev~:rit l'ego empirique., mais devant l'eid(Js ego ;·autrement réduction· phénomé'lùJlogique, l'intuition eidetique .ést ·la forme
-dit, toute constitution· d'une possibilité réellement pure, entre ·- fondamentale de to~tès lf!l1. méthodes .tt-anscentlenialës: p~rticu:...
autres possibilités pures, implique; à· titre d'horizon, un ego fières~. elles. déterminent <Jonc ensemble le rôle•et, la vàiéur d;une
possible~ - au sens d'une pure possi{Jilité, ~pure varîante de P~D:,om~nologie transcendentaÏe. · ·· · ·
mon ego empirique, à moi.
Nous pouvions ainsi, ·dès le début, concevoir cet ego comme 35. Dif!ression ,dans·~~ domaine de. l~ p~yéholo{/ie. · _
librement variable. et nous proposer d'analyser l'es8ence de la · . . i·~terne e.idétique.. · · ··
· cOJistitution explicite d'un ego transcendantal en généraL C'est, ·l'lous sortons du cycle fermé. de nos ·méditaÙons qui nous at.ta.Chent
d'ailleurs, c~ qu~ la nouvelle phénolllénologie a fait dès le début; à 1a :phélwménologie · transcendentale, en· fais.ant ·là.. :remarque
n·s'ensuit que toutes les descriptiOns et toutes les_délimi~ations des suivante : lorsque, dans l'attitude naturelle, nous aspirons à une
problèmesi effectuées par no/us jusqu'ici,· ne sont qu'une retra~s­ psychologie,. science positi~e et, ~vant tout, à la
psyc~ologie pure .
posi~iQn de 1eurs analyses, originellement eidétiques, en descrip-
tions dé types. empiriques. ; t. Il faut faire .~tteritlon au fait su_ivant : dans ie pasfage de· mon .·ego à:
Si 110ns nous représentons donc la phénoménologie sous forme lego en général,. on ne présuppose m la réalité· ni la possibilité d'un "monde ·
des autres. L'ext~nsion .de l'eidos ego est déterminée..par la variation- de_
de sciênce intuitive apriorique, pur~ment eidétique, ses analyses mon ego:· Je me_--m~difie. dans l'imagination, moiomême, je· riîe représente
ne font que dévoiler la structure de l'eidos universel de l'ego comme d11l'érent, _Je n'1magme pas« un autre». -
__;. 63-
-6!-
nelle) et des objets qui s'y constituent comme « réell(}menl
intention~nelle que .cette science positive exige,·- psychologie pre-
existants >>. Mais toutes les possibilités typiques particulières n.e
mière en soi et qui ne puise qu'aux s6urqes de_l'. « expérience sont pas composslbles dans un même _ego, ni dans n'importe quel
interne ~ - nous pouvons utUiser l'e_nsemble des analyse~ .fonda- ordre et à n'importe quel moment de son temps propre. Si je cons-
. mentales que nous venons d'effectuer, en leur faisa~tsubir que~~ truis une théorie scientifique quelconquè, c.ette activité compliquée
ques _petites modifications, qui leur enlèvent, ~ien entendu, le de lâ raison - ainsi que son objet, - sont d'un type essentiel qQ}
sens transeendental. · · n'est pas une possibilJté. de n'importe quel ego, mais uniquem~rit
. · A .l'ego t~~sce:r:tdental concr~t corr~spo~d alor~ le.« moî » de d'un -ego « raisonnab1e >>_, dans le sens particulier· d'un ego devenu
rhomme, l'âme, saisie purement en-elle-meme et pou~_.elle-même, un êh·e du monde dans la forme essentielle d'homme (animal ratio-
âme· polarisée d•ns un moi, pôle .de mes hf!bitus et de mes tr~its · itale). En envisage·ant mon activité théorique empiriquement donnée
de· caractère. .Au lieu d'une phénoménologie transcendantale et dé· dans son type eidétique, je me fais subir à moi-même une modlfica-
tique, nou,s _avons al<?rs une théorie eidétique de l'âme, port~nt sur tion, que j'en sois ou que je n'en sois :tJas conscient; cette variation
l'eidos : ·âme dont les· horizons ·eidétiques ne sont, .toutefois, pas . n'est cependant pas arbitraire, mais contenue dâns le cadr~ dY.
·e~plorés. Car si· on les explorait o:n trouverait la voie pour dépasser type essentiel corrélatif de l'être ra.isonnabl~. Je ne peux~ manifes-
la positivité· de cette psycholo'gie; c'est-à-dire la vQiè vers la phéno- tement, m·ême pas supposer que l'activité théorique que j'exerce ou
ménologie absolue, celle de l'ego transcendantal, qui ne connatt que je p'eux exercer mai-ntenant soit, dans l'unité de n:ia vie, reportée
aucun horizon capable de conduire hors <fe sa sphère transcenden· à n'importe quel moment en~ arrière; et cette impossibilité se tran,s-
·taie et d'en révéler -le caractère relatif~ · · pose également en impossibi1it~ eidétique. ~/idée de ma vie enfan-
ti~e et de, ses possibilités constitutives noos offre un type qui ne
• • • • • / • • ~ < •

36. L'« ego>> transcendental, univers des formes possibles d'expé-


rience. ies·toïs eskentieues qui dèterminent îa compossïbïlité peut contenir « l'activité théorique scientifique )) que dans son
· des . états_ vécus dans ·leur coe::c;istence. et dans leur suc.ce.ssio~. développement ultérieur, mais non dans son contenu actuel. ·Ce~te_
·resfriètion a son fondement dans une structure aprio'rique univer-
~près -r"imporùint~ tr~nsformatjo11. que l'i~ée de la ~éthode·: eidé- selle, dans les lois essentielles et universellès ·de la coexistence et
tique fait subir à l'idée dela phénoménologie transcendantale, nous de la: succession. égologiques. Car toutes les expérienèes, tous les
nous tiendrons dorénavapt, en reprenant l'élaboration des pro· · habitus, toutes les unités constituées qui appartiennent ~on ego
blè~es de la phénoménologie; dans l~s cadres d!une phénom~no:-:. et, au point de vue eidétique, à un ego en géqéral, ont leur caractère
logie purement' eidétique. L'ego transcendent~! donné .en fait et les temporel, et participent au système 4.es formes temporelles univër-
.particularités. _He so~ expérience_ transcenden1ale. ne seront plus se').les, avec lequel tout ego imaginable se constitue po~r lui-mêrne.
que· de simples exemples de pures ~sibilités. · .
_ Les probl~ines a~xquels ·nous avons touché)usqu'i~i seron~ éga- 37. Le temps: forme ?;tnfverselle dê toute genèse égologique.
lement .entendus comme .. eidétiques;. nous\ admet~~ns que la Les lois essentielles de la compos~-ibilité (et,· au point de vue
possibilité de les· ra:mene~ à l' eidos .puJ; - do ni n?.us nop.s somii1~s empirique,- les iois de la coexist~nce et de la possibilité de coexis-.
assUré plus haut à l'~ide d'uri exemple - est U~IVersell~ment réa- tence simultanée et successive) sont· des lois de « causalité'» dans
iisée. Il est· extrêmement difficile de .dégager les structures essen- un seris très.largé du rapport de condition à conséquence; M~is il
tielles d~ l'ego concrét .e'n général d'une manière réellément systé- vaut, riiieux éviter ici le terme dangereux de causalité, et employer .
. malique o·Ù d'élabor~r un en~emble réelle~ent syst~matique de pro- pour la· sphère transcendentale (et pour la sphère psychologiqll:e
. blèmes .ét urte suite systématique de rec/J,erches. '.· . « pure » 1 le ter~e de -rnotivation. L'~nivers du vécu qui compose
C'est se~lement àu· cour·s_ des dernières années que cet ènsemble a le contenu (< réer» de l'ego transcendentat n'est compossible que
commencé à devenir· plu~ cl&r, tout d'_abord, parce que. nous.avons sous la forme universelle ~du flux, unité où s'intègrent tous les élé-
trotrvé :de nouvelles· .voies d'accès. aux p'1'obl~mes :un.iv·ersels spéci- ments particulier-s, comrnè s'écoulant eux-mêmes. Or, cette forme,
. fiq~es dè .la- ,constitution. de 1'ego ti;anscev,denta~. · L'apriori ~ni­ la plus g~riérale de toutes les formes pariiculjè.res des. états vécus
verse!, qui àppartient à l'ego trailscende~tal comme tel,_ est ~ne CQnère.ts et des formations qui, s'écoulant elles-mêmes-, se consti-
forme essè)lti~ll~ eiD:b,rassant une infinit~ de fo:r~es,..types ap.r_J.O- tue.nt dans· ce cQur~nt, est déjà la forme d'une motivation qui
tiques:d'actualités et. d-~ potentialités pos~nbl~s de. la v1e (1ntentton-
-.64-
reHe tous ses éléments et qui domine chaque. élément particulier. déjà la çon$~iênce d'un monde, d'un type ontologique qui nous est
Nous pouvons voir en elles les lois formelles de la genèse univer- familier, contenant une nature, une cUlture (sciences, beaux-arts,
selle, conformément auxquelles, selon une·· certaine structure teehniques, etc.), des personnalitéS d'un ordre supérieur (état,
formelle noético-noématique, se constituent ~t s'unissent continuel- église), etc. La p.hénoménologie élaborée en premier lieu est sta-
lement les modes du flux: passé, présent, avenir. tique, ses descriptions sont analogues -à celles .de l'histoire na~u.;.
Mais, à l'intérieur de cette forme~ la vie se déroule. comme un relie qui étudie les types particuliers et, tout au plus,. les ordonne
enchaine!llènt d'activités constituantes particulières, déterminé par d'une raçon.systématique. On est enCO'!:"e loin des problèmes de la
une multiplicité de ·motifs et de sy~tèmes de motifs particuliers genèse universelle et de la ·structure génétique de l'ego dépassant
qui, ·conformement aux lois générales de la get~;èse, forment l'unité· ,la simple forme du temps.; en effe't, ce sont là dés questions d'un
de la genèse univ,erselle de l'ego. L'ego se constitue ·pour lui- ordre· supérieur. ·Mais même lorsque nous les posons, nous ne le
même en quelque sorte dans l'unité d'une hï.stoire. Si nous avons faisons pas en tonie liberté. ~n effet, l'analyse essentielle s;en tien-
pu dire qu·e dans la constitution del'ego sont contenues toutes les dra. tout d'abord à l'ego, mais ne trouve qu'un ego. pour lequ~l un
c~nstitutions de tous les objets existants pour lui, immanents et monde con.stitl1é.existe.d'ores et déjà. C'est l~·une étape nécessaire
tra1;1scendants, réels et idéaux, il faut ajouter maintenant .que le 0
à partir de laquelle seulement, - en dégageant les formes desJois
· système des constitutions, grâce auxquelles ·tels ou ·tels. autres génétiques qui lui s~nt inhérentes,-- on. peut apercevoir ·les possi-
objets' et catégories d'objets existent pour l'ego, ne sont etix·mêmes bilités d'u.ne phénoménologie eidétiquè absolument universelle.
possibles que dans les cadres des lois génétiqu.es. Ces .systèmes Dans le domaine de cette dernière, l'ego peut effectue)' des varia-
sont, en outre, liés par la form.e génétique universelle quidétermine . tions de Soi-même avec· une liberté telle qu'il ne mainti~n.t même
· la possibilité dè l'ego concret (monade) en tant q\l~unité ·compos;.. pas la supposition idéale qu'un monde d'une structure ontologique
sible dè contenus particuliers. Le fait _qu'une nature, qu'un monde · qui nous est familière soit constitué par l'ego.
de la culture et· des hommes, avec leurs formes sociales, etc.,
existent pour moi, signifie que des ex1>ériences correspondantes · 38. Genèse active et passifle.
. .

me sont possibles, c'est~à-dire que, indépendamment de mon · Demandons-nous, en qualité de sujets possib1es se rapportant
expérience réelle de ces objets, je puis à tout instant les .réaliser et au. monde, quels sont les principes universels de la genèse CO'ftsti-
les dérouler dans un certain style synthétique. Cela signifie tutive. Ils se présentent sous· deux formes·fondamentales :. prin-
en·suite que d'autres modes de conscience qui correspondent à ces cipes. de la genèse active et principes. de la _genèse passive .. Dans
expériences, des actes de pensée indistincte, etc., sont possible$ • le premier cas le moi intervient comme en_gendrant, créant et cons-
. pour moi et que d~s possibilités d'être con.firmé · ou infirmé au tituant à .l'aide d'actes spécifiques du moi. Tolites les fonctions de
uioyen.d'expériences d'un type déterminé ~~avance sont inhérentes la raison pratique au sens large du .terme y appartiennent. Dans
à ces actes. Un iwbitus fermement établi, acquis par une certaine ·ce sens, la ·raison logiqu_e · est: elle aussi, pratique. Le moment
gel)èse soumise à des lois essentielles, y est impiiqué. . . èaractéristique est le suivant : les actes du moi mutuellement
'Rappelons iei les vieux problèmes· de l'origine psychologique de reliés par les liens (dont il reste à établir le sens trap.scendental) de
la «représentation de l'espace», du«. temps >>, de la« ~hose », du communauté .synthétique, se nouen~ en synthèses multiples de· l'ac-
. « nombre », etc. Ils réapparaissent dans la phél!oménologie en· tivité sp~cifique et, sur hi base d'obJets déjà donnés, constituent
qualité de problèmes transcendentaux, avec l~ sens de problèm~s · d'une manière originelle d~s objets nouveaux. Ceux-là apparaissent
intentionnels, e.t notamment cop1me intégrés a~1x problèmes de la alors à la conscience comme produits. Tels, l'ensemble, dans l'acte
genèse universelle. . . de colliger, dans l'acte de nombrer; le nombre, dans la division, la
·n esttrès difficile d'atteindre et d'accéder à la dernière 'genéralité partie, dans la prédication, Je prédicat ou l' << état des choses ))
des problèmes phénoménologiques eidétiques, et, par là même, (Sachverhalt), dans l'acte de concl~re, la conclusion, etc. La con-
aux problèmes· génétiques ultimes. Le phénoménologu~ ·débutant science originelle de l'universel est, elle· àussi, une activité où l'uni-
. se trouve involontairement lié par le fàit qu'il a pris son point de . verse! se constitue comme objet. Il en résulte pour le moi un habi-
départ en lui-même. Dans l'analyse. transcendentale;.' il.se trouve tus qui les maintient en vigùeur et qui intervient également dans
en tant qu'ego et puis en tant qu'ego .en généra~; ~ais ces ego ont la constitution des· objets comme existant pour le moi. On peut,
-66- _; 67-
par conséql:bent, s'y reporter toujours à n~uvea~, qu~. <:e soit par gique au sens habituel du terme. On dit avec raison que dans notrb
un acte de re-,production- accompagné de la con~CJence du <<même n première enfance nous avons dû ·apprendre à voir des choses et
objet, domié à nouveau dans une « intuitio~ ,) __ou dans u~e c?n- qu'un tel apprentissage doit· précéder, -au pointde vue génétique,
·. science vague qui lui correspon~ synthét~quement. ~~ ~o~shtut!on tous ies autres modes d'avoir conscience des choses. Le chall}p de
transcendantale de tels objets, ayant rapport aux acbvltes·~ntersub- _ la perception que nous trouvons « donné » dans notre (( prèmièr~
jecti?Jes (comme celles de la culture), prés'uppose la constitution · enfance >> ne c-ontient donc rien encOre de. ce qu'un simple coup·
préalablè d: une intersubjectivité tfanscendentale dont nous parle- d'Œil poùrr~it expliciter en « chose ». Cependant, sans revenir sur
rons plus tard. _ · . . ;· . le terrain de la passivité, et, bien entendù, sans faire usage de la
Les formes supérieures de -telles activités de la « ra~son )} et, méthode psycho-physique dela psychologie, nous pouvons, l'ego
corrélativement, des produits de la. raison qui ont, dan~ le~rs méditant peut se plonger dans le ·content: in.tentionn·el des phé-.
ensembles , le caractere. d'i?·rialités (des objets idéaux),..... !Je peuvent.·.
. nomènes mêmes de· l'expérience, et y trouver des « renvois)) inten.;..
pas-être considérées, ainsi qûe nous l'avons di~ plu,s haut, co:nme_ . tionnels qui mènent à une « histoire » ; ces.« :renvois >> permettent
appar~enant nécessairement à tout ego concret _-(le souvemr de de reconnaître dans· ces' phénomènes: d~ -<<. résidus » d'autres
notre· enfance nous le· montre déjà). Toutefois il en sera autr~ment. formes qui les précèdent essentiellement (bien que ces dernières
.èn ce qui 'concerne le~ formes inférieures : te!s raète. ~e s~isir ne se rapportent pas précisément au même objet intentionnel).
par l'expérie11ce, . d'expliciter rexpéritm~e en.éléments partic~l~ers; Mais, ici,· nous ~·encontrons les lois essentiell~s .d'une consl.itu-
de rassembler, de rapprocher, etc. M_a1s, en ~out cas, la construc-- .tion passive des synthèses toujours nouvelles,· qu,i;. en partie,
tion par l'activité présuppose toujours ét nécess~irem4:m~, comme précède tou te ac ti vi té et, en partie, l'embrasse; nous trouvons _une-
oouche inférieure, u_iH~ passivité qui reçoit Tobjet et le trouve genèse passive des aperceptions multiples, comme formations
comme ~tout fa.i~; ·en l'analysant, nous nous ·heur~ons-à la constitu- persistante~_ sous forme d'hàbitus, qui apparaissent au moi central
tion dans~ la genèse passive. Ce qui dans la vie se présente à nous, comme des données « toutes faite~_ )) el qui, en devenant actuelles,
en quelque sorte comme tout fait, com~e.fine chose réelle qui n'est . affectent le moi et l'inclinent à l'action .. Grâce -.à cette _-synthèse
que cltose, (abstraction faite de tous lés. p~éd_icats .présupposa~t passive (qui englobe ainsi l'œuvre de la synthèse active), le moï" est
l'esprit et èaractérisant la chose comme· marteau, table, prQ-dmt toujours entouré d' « objets ». te fait que· tout cs qui affecte mon
de l'activité esthétiqu.è), est donnéd~une façon originelle et comme moi ~ le moi de l'ego « pleinement développé » - est aperçu
((lui-même.» par 15). synthèse de l'expérie:nce passive. . comme <, objet n, comme substrat des prédicats à connaître, ~st
Tel est l'objet"que les activités d~ «il'espdt.» -:-:- q~i commencent dll déjà- à cette· synt.hèse passive. Car c'est là une form~ finale·
ave~~raperception active - trouvent devaJ;lt elles ((. tout fait >> et , possible - et conn!J.e œavance ~ d'explicitations possibles dont
donné comme teL. Tandis que. ces activités accomplissent leurs_ la fonction est de << faire connaître n. -C'est la forme finale des
fonctions synthétiq_ues, la synihèse ·passive, leur fournissant « ~à explic1tat1ons. qui pourraient constituer !'.objet en tant que notre
matière··>> .con'tinue à se dérouler. La c!lose_donnée.dans l'intuition · possession per:manente, en tant que toujours.-' et de :pou-v·eau acc.es-
passive c~ntinue à apparaitre 'dans l'u~ité ~e .r.inh~it:on ~t;. quell~­ . sihle. CeUe fornie finale, on la comprend d'avance, car. elle pro-
que ·soit la part d.es ~odifieations dues à l'activite qml exphc1te~ qut -vient d'une genèse. Elle. renvoie elle-même à sa formation
saisit les, particularités des parties et des détails, la chose cont~nue '.
première. Tout ce qui est connu renvoie à· une prise de con-
à être donnée durant·et dans l'exercice de cette activ:ite. Les modes naissance originelle ; et même ce .què n'Qus appelons. i~connu a
. de présentation multiples, !es un~tés. des. (( images p~rc~ptiv~s n, la forme structure1le d,u connu, la forme d'e .r Obj-et et, plus préci-
tactiles et visuelles s'écoulent; éléments dans la synth~se mamfes- sément, la for~ne ·d'objet spatial, culturel, ~suel, •.. ete~
tement passive desquels « apparatt n l'Qnité de la chose et de sa
forme: MÇtis cette synthèSe - en tant justement que. synthèse de 39. L' associàtion,-prin.cip,e de là -gef!-èse passive.
forme~- a son« histoire>> q~i s'annonce en elle-même. C'est ~râce Le p~incipe universel de l~ geniSe passive $J.U.Î. co·nstitue tou,~
à une o-enè~e universelle que je' T)eUX, moi, l'ego; et dèS le premier · les objets que (( trouve » l'activité s'intitule l'association. C'est .
o
eoup d'œil, avoir- l'expérience d'une « chose ». ,Cela v~ut ·d' a1·ueurs - ·reiiÎarquons..le bien - une intentionalité. On peut donc déga~ ·
autant de la genèse phénoménologique que de la genèse psycholo- ger par une f)eadription. ses formes premières· ; s~s ionctions ·
-68- . --- 69 -
intentionnelles sont soumises .à des ·lois .essentielles, qui rendent tuti()-n (génétique. et statique) des objets de la cons9ienee possibie_,
intelligible ·toute constitution passive, àussi bien celle des états la phénoménologie -semble pouvoir se. définir :· tltéo-rie transcen-
vécus - .objets temporels immanen.ts, - que celle de tous le.s dentale de la connaissance. Cqmpârons cette théorie transcanden-
objeis naturels et réels du monde objectif temporel'e~ spatial. tale de. la connaissanée et la théorie traditionnelle. .
L'àssociation est un concept fondamental de la phénoménologie Son problème est celui de la transc~ndance. Même lorsque, en
transcende1uale (aussi bien que de la psychologie intentionnelle qualité ·de théorie empiriste, elle s'J.loppuie sur la psychologie, elle
qui lui èst parallèle). L'ancien. concept de r_asso.ciation et des lois . vet1t ne pas être· une· simple psychologie· de Ja · connaissance,
àssoeiatives - bien ·que, depuis Hume, on l'ait régulièrement · mais éclaircir lés p.rincipes de sa possibilitê: ·Le problème se pose
appliqué aux rapports de la vie psychiq-ue pure- n'est qu'une pqur elle dan~ l'attitude naturelle .. et c'est dans cette attitudè
déformation mituraliste des concepts intentionnels et authen- qu'il e_st traité. Je me trouve moi~même comme ho_mme dans le.
. tiques correspondants. Grâce à la phénoménologie, qui n'a qu,e . ~onde et, eri même temps, comme ayant une expérience du monde
très ·tardivement trouvé . uh. ac~ès à l'étude de l'association,. ainsi qu'une connaissance scientifique de ce monde, moi-même y
ce 'COncept reçoit une significati9n .entièremént' ·neuve ;. il est. compris. Alors je me dis: to.ut ce qui estpour moi; l'e.st en vertu
· délimité et défini d'une manière nouvelle. Il comprend,. par le
de ma consdence: c'est le perçu de ma perception, pensé de ma
exempl~, la CQnfiguralion sensib~e selon'Ia coexistence _ét la 'succes- pensée, le compris de ma·compréh~nsion, l'-« intuition-né» de mon
sion. Il est évident, bien qu'à cel~i qui est sous ·l'emprise de. la ip.tuition. Si l'Qn admet rïntentionalité ,à .la suite de F. Bren-
'tradition cela puisse- paraître étrange, q~e l'association n'est pas tano,. on dit.: ·rintentio_nalité, càractèr~. fondamental de ma vie
seulement une sorte de loi empirique selon htquelle se combinept psychique, est une propriété réelle, m'appartenant à moi, ~omme
le~ dQnnées (( psychiques;)' quelque èhose ·comm~ une gravita lion - comme à tout homme -·à mon intériorité purement psychique,
psychique~ L'associaiion ell)brasse un ensemble étendu de lo~s et déjà ·Brentano en a fait le point central .. de la psychologie
essentielles de·l'intentionalité qui président .à ·la· constit.ution con-: . empirique. -Le moi !le ce .début demeure un mof naturel; il reste,
crète de l~ego pur;· elle désig_rie une région d"aprlo.ri « inné ),,~ aussi hien que tout ~e développemént ultérieur du pro~lème, sur
saris )éqQ.el ùn: ego eil -ta~t que .tel aurait été impo~sible. C'est le terrain du monde donné. On .poursuit donc très raisonnable-
seulement. grâce· à la. phénoménologie' de la. genèse que l'egô ment : tout ce qui existe. et vaut pour moi - · pour l'hom~e
devient compréhensible comme un. ensemble' 'infini ·de-·ronctions . - existe et- vaut à l'intérieur de ma· propre conscience; et· cette
sysÏématîqueme~tcohére.~tes ~ans l'unité de la genèse universelle; dernière, dans sa, conscienée du monde, ainsi que daris son
et cela,. par· éch~loris, qu'i ·doivent nécessairement' s'ad.apter à la activité scientifique, ne sort pas d'elle-mêm,e ..
·-tori:ne universelle et constant'e ·dq ·.temps,· car· ce der~ier.se·.cons-_ . Toutes les distinctions q~e j'établi$ entre- l'expérience authen·-
tittie 1-ui~mêlne. dan·s-ùile 'genè~e continuelle, pa~sive·et absolumen~ tique et l'expé.rie~ce tr.om }euse~.entr~ l'être et l'app~ren_ce,. s'aeèom- .
universeile,_ ,qui,- par essence, s'·éten~ .·à toute.' 4oq~ée _nouvelle._ 'plissent dans la sphère mêmedem~ conscience, tout comme .lorsque,
'Cette ~àclati@ se. conserve .dans l'ego pleinelpent déyel~ppé, -~ ·à un degré s11péri~ur, je distingue entre la pensée évidente et 1~
. titrë de .système~ persistant des formes dé l'aperc.eptiori. et,: par pensée non-évidente. entre le nécessaire a prioriet J'absurde, entre
. con~équent, pes o~jets colrstitués d'u11·u*iv~rs oJ?jeètiJ d,e sti"uc~ · ce qui est empiriquement vrai ou faux .. Être réel d'une manière évi-
ture ontologique constante , et cetfé cons~rva~î?iï n'~st eUe:..~ême dente, être nécessair~ pour .la pensée, être ab;mrde, être. possible
qutmie forme de:Ja genè~e·. Dans toute~ c~s eonst~hitions:; Ie· fait pour la pensée,_ êire probable-~ etc • ce ne sont que, des caractères·
'est irraÜonn.el, mailf il 'n'est pos~ibl~ qu'intégré ~U; 'syst~me des.- apparaissant. dans le domaine dé ma-. conscience de l'objet inten-
formes apriOJ.:iqués ·'qui Ini ·appartie~ile_nt.e~ llin~ qu~; fait égolo-.. tionnel en question. To_ute preu'Ve et toute:jastification de la vérité
giquè. Ace-propos, il ne .faiü pas perdre. -de- ~u~ qu_~· 1~ jait lui- ~ et de l'étre s'a~complissent entièrement en moi, et leur résultat est
mêtnè; ave·c SOn i'rratioi~a[ité, est Jin ·concept_ SJ.riJ,cturel dans le ··un caractère du·cogitatum 'dè.mon cogito. ·
sY,st~me dè. f a:pFiori_ concret·. · C'est là qu'on voit le grand problème . .Il est. compréhensibl_e que,
~40. P~ssag~·- au. problè~é 'de z~idéàlisme: :transcendental:- dans le domaine de nia conscience, dans l'enchaînement des motifs. ·
qui me ·déterminent, j'en_ arrive -à .des certitu:d.es, même à des ,évi-
. Ayant ramené
~. .
ces l~rohlèD1es' .au pro~lème .u,:niqu~ 'de la co:nstiS
. . dences contraignantes.
,1
~ 70 - .. -71...;..
Mais comment toutce-je:u, se. déroulant dans l'immanence demu. rïntérieur · de l'ego. Tout sens et tôut être imaginables, qu\ls
.eonscienee,". peut-il acquérir une signi~cation. objeçtive? -Comment s'appetlent. immanents ou transcendants, font partie du domaine
l'évidence·(Ia clara et distinct a perceptio) peut-elle_ prétendre à .de la subjectivité transcendentale, en tant que constitùan~ tout sens
être plus qu'un ca.ractère de_ ma: conscience· en moi? C'est là (à et tout être. Vouloir saisir l'univers de l'être vrai comme.· quelque
l'exception de rexclusion :d~ l'existence "du· monde quLn'est peut-
être ~pas tell~meri.t .sans ii_D.portaRce) lé. problème ~àriésie!l que
chose qui se trou·ve. en dehors de·l'uniyers de ïa·conscience,. de la
connaissance,. de l'évidence possibles, supposer· que l'être et la. ·
1

devaitrésoudre la véraciié- divine. - conscience se rapportent l'un t l'autre d'une manière purement
41.. L'explicitation phéno,-aénologi"que véritable extérieur~; en. vertu d'une loi rigide, ~st absürde. Ils appar-
de l'<< ego.. cogito» Cf!mm~ idéalîsmè ~~anscendental. tiennent essenti.ellement-l.ün ·à l'a1.1tre; ét ce qui est essentielle-
~ent lié est concrète-ment un, est un dans le concret ·unique ·et
Qu'est-ce que la prise decorisciencè· de·soi·_transcendentale de la absolu de la subjectivité transcendentale. Si celle-ci est l'univers
phénoménoiogje peut dire à ce suJet? - - . · ~ . . ·· .. · ·. . du sens p()SSible, quelque chose. qui lui serait. exté.rieur serait. un
. ·Rien moins que .d~affirmer que ce problème est un c~ntre-sens. non-sens. Màis même -·tout non-sens n'esfqu'un. mode du sens ··et
C'est uncontr.e-sens auquel Desca.~tes. lui-même !!·'a pas_ é~happê. son absu~dité peut être renduë· évidente. Or.tout cela ne vaut pas
parce qu'il s'est trompé sur Je sens vé:ritable" de son i1tox7}' trans- - se.ulemen_t pour l'ego empirique et pour ce qui lui es.t empiriquement .
cendent"ale et de îa réduètion à -l'ego pu~. Mais l'attitud~ habi- accessible, de pai' sa propre constitution·, comme existant pour lui.
tuelle de la penSée postcartési~nne est bien plus grossière, précisé-· Ni pour la multiplicité. ouverte ·9,'autt;es ·ego et de leurs. fonctions
ment à cause de l'ignorance totale de rl1roï.l} çartésienne. Nous constitutives; qui existent pour l'ego empirique. Plus exactement:.
'-demandons :·quel est ce moi qui a le droit de·poser de telles questions si en moi, .ego transcendental, d'autres ego sont transcendentale-
transcendantales? P.Uis-je le''!a.fre en tant q~'homme Iiatttrel? Puis- ment"constitués, comme ce~a arrive en fait, et si, à partir del'inter-
je. sérieusement• me demander ..comment. sortir de l'île _-de ma: . subjectivité ainsi constituée en moi, se const~tue un monde objec-
conscience, comment ce qui, dans ma eDD,S~ience, est vécu ·comme Ùf, ·com~un à··;to,us, tout ce que nous a~ons dit précédem~ent ne
· évidence, pe~t acquérir une Signification -objective? _En. m'appré- s_'appliq~e pas seulement à mon ego empiriqnè, mais, à l'i.ntÈ~rsuhjec­
herrdaD.t moi-même comme, homme naturel, j'ai ·d'ores et _·déjà_ · tivitè .et au monde empiriques qui en moi acquièrent leur sens et.
effectué. l'aperception ~u monde d~ l'espacè, je ·me suis, saisi moi~ leurvaleur~ L'expliéftation <<phénoménologique» deinoi-même que
même éomr:ne m·e. trouvant dans l~espace Oit je ·.possède· déjà un j'effectue dans mon ego,- l'explicitation de'toÙtes les syntli ès es cons-
J;Donde qui· m'est extérieur. La valeur de l'aperception du monde titutives de cet ego et de tqus les objets existants pour. lui, a pris -
n'est-elle pas présupposée dans la pgs.ition mPme du problème? nécéssairement -l'asp~ct méthodique d'un~ explicitati.on ·aprio-
N'intervient-elle-pas dans le sen·s~ même dè la question 'l_Qr,· c'est de rique~ Cette·. e~plieitatio.il de soi-même intègre· les faits,dans l'uni-·
sa s6ltrtion seulement qu'aurait dü résulter ·lajv~tification de sa vers corr-espondant des pures. possibilités (eidétiques). Elle ne
valeur ohjéctive~ Il faut q1anifestement.. etr~ctuer êon·seiemment ]a conê-erne mon ego empiriquè _que dans la mesure .où ce dernier èst
réduction phénoménologique pour en arriver: au . moi et ·à la . une des pures possibilités, auxquellès on arl'ive quand on sè << trans-
conscience susceptibles . de poser des qu~stions trans_cénd~ntales forme » librement soi-:-même pa:r la pensée (par .Pimagina~ion). En·
·concernant la possibilité de la cortnàiss~nce. transcèndatùe. Mais si, tant qu'<~idè~ique, elle vaut pour l'univers des moi possibles,.
au lieu de se contenter d'une Èitoz"f. phénoinépologique rapide, on. pour l'ego en gé1i.éral,_ p,our l'ensemble indêterminé.de mes possi:..
aspire, en ego -pur, à prendresys.tématiquement conscience de soi.:. bilités d'« "êt.re ·autre)); ene·vaut par conséquent pour toute inter;.'
même, et à élucider l'ensemble de· son champ .de. conscience, on subjectivité possibl~ se référant dans :une variation: corrélative à.
·reconuaît~q.ue tout ce qui existe. pour: la conscience'·~e constitue en ces possibilité"s,. et donc-pou_r le monde entier en"t~nt que constitué
elle-même.·· · · · · . .en ·eue d'u:ne maniere fntersubject~ve. Une y-eritable théorie de la ·
. On reconnait ensuite que· toute .:espèce d'existence,· y compris connaissance ne peut:. ~voir de ~ens qu'en._ tant que phénoméno-
tou, te 'e}Çistence caractérisée.·~. en. qÛelque sens que ' ce. soit - ~ogiquè ettranscendentale. Au lieu de· chercher, d'u,né manière
comme .« transcendante »,·a sa. ·constitution·.. propre. Cliaqt1e absurde, à concluré de l'imma~nence· imagin~tré .à une tran~cei_l­
forme de la transcendance~_est un sens: e~istCmtiel se constit_!Jant à. dànce __:_-q~ine_l'est pas moil)s- deje n.e sais quelles« ehoses en
.- 72 ··-.- -73--
sol >, essentiellementiriconnaissables, la phénoménologie s?occupè Celui qui commet ce genre de . malentendu ne peut même pas .
exclusivement d'élucider systématiquement la fonction de la C.()D- coinp,rendre l'esse11ce propre d'une psychologie intentionnellè véri-
naissanee, seul moye·n de i.a. rendre intéUigible en qualité d'opéra- tabl~ (ni, par conséquent, d'unè théorie de la connaissance inten-
. tion intentiormelle~ Par là l'être:aussi devient.intelllgible, qu~il soit tionnelle psychologique), ni son rôle de pièce fondamentale et
réel o_u idéal; il se ·révèle comnie ·« .formation ,> dè la subjectivité centr~le d'une psychologie véritablement scientifique. Celui qui
.il'anscendentale, constituéepréci.Sf!ment par. -ses opérations. Cette méconnn.ait le. sens et la fonction de la réductidn phénoménolo-
espèce d'intelligibilité est hi. formé 1a phls haut~ de rationalité. gique tra,nscendentale se tro1,1ve encore sur le· terrain du psycho-
Toutes les fausses interp~étations de l'être pro~iennent de l'aveu- logis·me transcendental qui confond la phénoménol~gie transcen-
glement naïf pour les horizons·qui déterminent le·sens' ~e l'être,_et. dantale et .la psychologie intentionnelle; il tombe dans l'absurdité·
pour Îes problèmes correspondants de l'élucidation de l'intentiona- d'u.ne philosophie transcendantale demeurant sur le terrain naturel.
lité implicite. Ces horiZons dégagés et saisis, il en résulte ·ùne · Nos méditation~ ont été. poussées asse7 -loin pour m~ttre en- évi- .
phénoméno!Qgie universelle, explièitation concrète et. évidente. dé : denee le caractère nécessaire de la philosophie, .comprise commè
l'ego par lui-même. Plus exactement, c'est en premier !Hm ui:u~-expli• ·philosophie phénoménologique transcendantale; et, corrélative-
citatir,n de soi-même,_ au sens strict du terme 1 qui montré-· d'une ment, en ce qui concerne l'univers de ce qui est réel. et possible
façon systématique comment l'ego se constitue lùi-même comme pour nous, le· « style ».de l'interprétation, seule possible. de son
.existence en soi de son essence l'ropre; c'est;, en deuxième lieu, .·sens, à savoir l'idéalisme phénoménologique transcendantal. Cette
un.e explicitatio·~ de soi-mêllle, au sens .large du terme, qui montre· évidence implique aussi qu~ le travail infini de l'explicitation- du
comment l'ego,constitue en lui les (( autres>>, l'« objectivité». et, ·moi méditant que nous impose le plan général tracé par 1;1ous
en général, iout ce qui pour l'ego~ que·.ce sOit dans le moi oudans ·....:... explicitation des opérations du moi et de la .constitution de
le non-moi ~ possède une valeur existentielle .. ses objets __,.. s'intègre comme chaine de « méditations ·» particu-
Ré.alisé de cette manière systémaliJiué et concrète, la phénomé• lières dans le cadre d'une « méditation » universelle indéfiniment
nologie . est, par là. même, idéalisme transcèndental, bien, que poursuivie. Pouvons-nous nous arrêter ici. et abandonner tout le··
dans un sens fondamentalement nouveau. Elle ne l'est pas au sens reste aux analyses particulières'} L'évidence àcqÙise et le sens fi rial
d'un idéalisme psychologique qui,-à. partir des données se~sibles. qu'elle noùs fait prévoir suffisent-ils.? Cette pré-visio·n a-t-elle été
dépourvues de sens, veut déduire un monde plein de sens. Ce n'est poussée assez loin pour nous emplir d'une foi suffisamment pro- ·
pas · un jdéalisme kantien qui -croit pouvoir l~isser ouverte ·la- fonde en cette philosophie, dans la méthode de l'explicitation de.
lpossibilité d'un monde de choses en- soi, ne f~l-ee qu'à titre de soi-même 'dans la méditation, pour· que nous puissions en faire un
. eoncept~limite. C'est un idéalislil.e qui n'est rién .. de pl~ qu~une des buts de notre volonté et nous mettre au travail ave-c une con- ·
explicitation de' mon ego en tant que sujet de connaissances.pqs- fiance joyeuse'? Déjà en jetant un coup d'œil rapide sur ce qui nous
sibles. Une expliCitation conséq~entei réalisée sous forme·. de est présent comme (( monde n, -comme .(( univers )) existant' en
science égologiqu~ systématique, en tenant compte ·de tous les . nous, en moi - ego méditant,- nous n'avons pas pu éviter de
se·ns existentiels possibles pour mui, coJDme ego. Cet idéalisme · pens.er aux « centres monadiques » et à. leur constitution~ Par
n'est pas.formé par un jeu d'arguments et ne -s'oppose pas dans· l'intermédiaire des monades étrangères, constituées dans mon
une lutte ·dialectique à quelque « réalisme »• Il est.!' explicitation · propre moi. se forme pour-moi (nous l'avons déjà dit) le_monde
du sens de tout type d' ètre que moi, l'ego.,- je peuxjmaginer;. e~ commun à r< nous tous >~. Cela implique aussi l'existence d~un~
p1us spécialement, du sens de la transcendance que• l'expéri~nce philo'sophie< commune.
à (( nous tous », qm méditons en commun,
.
i
1
rue donne réellement : celle de-la Nature, de la .Gulture~ du.Mond~, d'une phiünwphir.i perennis. Mais notre évidence, l'évidence de la
en général; cequiveut di~e: dévoile_r d•un~-manière s~stématique - philosophie phénoménologique et de l'idéalisme phénoménolo-
l'intentionalité constituante elle-~ême~ La preuve de cet i.dé.a~ gique, cette évidence dont nous étions parfaitement sflrs, tant que,
· lis111,e, c'e$t la p/lénoménologie elle~m4me~ C.elui_ qui ··compre,nd · nous abandonnant à la marche ae nos méditations intuitives,
malle sens profO:nd· de la méthode intentionnelle ou le sens dela nous affirmions _les .nécessités essentielles qui y appàraissaient,
réduction transcendantale -=-"". eu l'un et :l'autre ~ peut .se\11 vou• est-ene·à l'abri de la cr.itique~_Car puisque nous n'avons pas poussé.·
loir séparer la phénom.énolqgie ~t l'idéalisme transe~_Iidental. · · nos recherches assez loin. pour nous· rendre intelligible, dans sa
HusstŒL. -· Phénomenologie. 6
-, 74- - ïa·-
structure g~nérale et essentielle, la possibilité· (très étran~e, nous devenu par là ~ême sol us ipse-et ne le resté~je pas tant que, sous
le sentons tous) del'existênce d'autrui pour nous, et pv:J.r explici.- Tjndice « phénoménologie. n, j'effectl!-e. une expliéitalion de moi'".
. ter les problè~es qui s'y rappprtent, nqtre évidence ne devi en..; . meme.? Une phénoménologie, qui prétendrait résoudre des. pro:-.
drait-elle ·pas cha·ncelante? Si nos Méditations cartésiennes doivent blèmes touchant l;être objectif et se donnerait pour une philosophie,
nous servir; à n:ous, qui nous formons à la ptlilosophie, d'« in- ne serait-elle pas à stig~atiser comme solipsisme trans~endental?
troduction )) véritable; si en~·s doivent être ce « début )) qui nous Examinons la situation de pius près. La réduction transcenden- ·
assurèrait la réalité de cette pliHosophie à titre d'idée_ pratique~ tale me lie au courant de mes états de .consCience. purs et aux
·néces~aire (début auquel appartient, à titre d'élément idéal néces- · · unités c~nstituées par leurs actualités et leurs ·p-otentialités. Dès
· saire, l'évidence d'"ùne tâche infinie), il faut _que nos méditations _,lors il va de soi, senible-t-il, que de telles unitéssoientinséparàbles.
conduisent, . elles-mêm~s, assez .loin pour ne rien laisser dans de mpn ego et, par là, appartiennent à son être_ concret lui-m.ême.'
l'ombre en ce qU;i concerne leur direction et leur but. Elles- · Mais qu'en est-il alors d'autres ego? Ils ne sont pourtârit·pa.s de·
doivent, comme le. voulaient aussi les .vieilles méditations carté-: simples représentations et. des objets représentés en moi,. des
siennes, éfucider et rendre absolument intelligibles les problèmes . · unités synthétiques .d'un processus de v·érification se deroulant·
universels appartena~t à .l'idée-fin de .la philosophie (pour nous, ((en moi »,mais justement des <c autres··». . . .
par conséquent, les problème&•constltutifs) : cela implique qu'elles Cependant ces 'considérations ne sont peut-être pas aussi juste_s
doivent a"foir dégagé le,sens authentique et universel de « l'ê~re en qu'elles en ont l'air. Devons.. nous les. accepter définitivP.meilt avec
gén.éral » et de ses struètures uni v.erselles, .dans leur_ généra~ité 13: les (< ceta va de soi »-qu'on y utilise, et nous-engager dans des argu·
. plus haute et .cependant· rigoureusement circonscrite, . dans _la· mentations dialectiques et des hypothèses prét(}ndues « méta~
généralité qui est la eondition ·même de la possibilité du travail physiques », dont la possibilité présumé~ _ se révélera peut-être
ontologique réalisaJeur.· Ce dernier s'efiectu~ .sous forme d'une . comme un pa:rfait contresens? Il vaul, certes, mieux commencer ·,
philosophie phénoménologique qui se tient dans le concret· et par entreprendre et mener à. bout, d-ans un travail concrét et systé- .
ultétJeurement, sous forme 9'une ·scie~ce ·philQSophique des faits. matique, la tâche,- suggérée ici .par 1~ notion de l'alter egiJ, de
Car/pour la philosophi~ et pour la phénoménologie qui éLudient.la ·l'explicitation phénoménolog~que. · · . · · . ·
cor.réh.tion de l'être èt·de la conscience, l'«.être >> est une idée_ pra· Il nous fàut bien nous rendre éompte du sens de l'intentionalité
tiq~e, - l'idée d'u~ .travail infini de détermination théorique. ·explicite et implicite, où,· sur_le fond de notre moi transcendantal,
s'aflirPle et se manifeste l'alter -ego. Il nous faut voir comment, .
dans quelles intentionalités,. da-ns que-lles synthèses, dans quelle& .
. CINQUIÈME MltDITATION . « motivations >>,.le sens de l'alter ego se 'forme en moi et, soUs les
· diverses catégories.{Titel) d'une expérjence conc·ord~nte d'autrui,
DÉTERMINATION'DU DOMAINE TRANSCENDENTAL s'affirme et se justffie_ co~me « existant >> èt même, à sa manière, ·
. COMME «. J'NTtRSUBJECTI'VITÉ M.ONADOLOGIQUP: }j. . _comme m'étarit présent « lui-même )). Ces expériences. et leurs
effets sont précisément- des faits transcendantaux de ma sphère ..
.42~ Exp()si du problème dè l'ex-périence f!e·l'autre; phénoménologique : comment, sinon en les interrogeant~ puis-je
l'objection- du s_olipsisme. · a.:boutir à une explic,~tation complète du sens de l'être d'autrui? ·
Rattachons nos nouvelles mé~itations à une obj~ction,. grave en ·
·43. Le nwde de présentation- onto-noematîque de l' « autre >>
apparençe, puisqu'elle n'atteint rien .moins que la --prétention
thème directeur transcenderual de la thcù1•.ie constitutive· d;
·même_ de la phénoménologie transcendentale d'êtr..e-·une pltilàso~
l'expérience d' au_trui.
phie. transcendentale et, par conséqu~nt, de pouvoir·-:--,~~us ·forme
d'une analyse et d'une théorie constitutives se déroulant à l'it:'té- Et, tout d'abord, l' « a_utre ;>, tel qu'il est dans ~on expérience
rieur du moi transcendantal réduit~...;.... résoudre· les prob,lèmês tel q1.ie je le trouve en approfondissant son contenu onto,;.iloéma~
transcendantaux du monde objectif. · tique (uniq.uemènt comme C9rrélaÜf de mon cogito, dont~~ struc-·
Lorsque moi, le moi ,m,éditant, je me réduis par l's"Jtox_l}. phén.Q- tul'e détaillée est encore à dégager), .n'est pour moi qu'un «thème _
ménologique à mon ègo _transcendantal absolu, ne· suis-je pas. directeur transcendantal». La.smgularite et la variété de..: son con-
~77-
-76 ;_
conséquent comme problème d'une ihéorie -transcendentale de
ten'u (onto-noématique) _nous -font pressentir déjà la multiplicité ··l'expériençe'de l'autre~ comme celui 4e l'« 'EinfûhJung )>. Mais la .
d'aspects et la difficulté du· problème ·phénoménologique. _ portée.a'une p~reille théQr'Ïe se révèle bientôt çomme etant beau-
Par ëX:einple, je ·perçois les autres - et je le_s p·erçois· comme poup plus· grande qu'il ne p.a:rait à. première vrie : elle don_ne
existan'ts réellement ~ dans des séries d'expériences à la fois en mimêtemps Üis anîses d'une théorie transcendentale du monde
.variables et concordantes; et, d'une p·art, je les perço.is comme obj~ctif. -Çomme nous l'avons déjà montré plus haut, il appartient
objets du monde. :Non pas comme de simples (( 'chQses >~ de_ la s.u sen.~ de l'existence du monde et, eJ;l particulier; au sens. du terme
nature, :bien' qu1 il$ lè soient d·un_e 'certaine façon (( aussi »; J..es ·<<nature )>,en tant que n·ature objective, d'exis-ter pour chacun de.
~<-autres>) se donnent également dans l'expérience co~~e régissant nous~ caraètère toujours co-entendu chaque fois q~e no,us parlons·
psyclljquement les .corps physiologiques qUi leur appartienne~t. de réalité objective. De plus, le monde de l'expérience; ~ontient ·
Liés ainsi âux ·corps . de façon singulière, « objets,. psycho-pb y- des· objets .déterminés par des prédicats << spirituels» qui, con-
. siques· », ils"sont ~< dalls )>·le monde. Par ailleurs, je l~s perçois en formément à leur origine et à leuP sens, renvoient. à des sujets
mê.q1e temps comme sujets pour ce même monde : sujets qui: per- et, généralement,· à dës sujets étrangers à nous~ mêmes et 'à-let~r ·
coivent le monde, _.;_, ce même mo.nde qqe_ je perçois - et qui intentionalité constituante; tel~ sont tous les objets de civilisa-
~~t. par là l'expérience d~ moi, ~omme moi j'ai l'expérience du tion (Iivres, instruments, toutes espèces d'œuvres, etc.) qui se
monde et en lui des icautres ». On péuLpoursuivre fexplicita-. présentent ég;ilement avec le sens d' «'exister pour chacun» (pour
ti on . iîO'ematique dans cette direction encore assez loin, mais on · quiconque appartient à une civilisation correspondante à la civil~­
peut considér~'ores et déjà CO:'Drile établi, le fait que j'ai en moi, sation européenne, par exemple, plus étro'ilemeni, à la civilisation
dans. le cadre de ma Yie de conscience pure transceùdentalement · française, etc.). . · ·
réduité: l'expériéncé du <i monde » et des «'autres » ·-et-ceci con- ·
formément au sens mêmè dè cette. expérience~ ___: non pascomrile 44. Réduction de l'expérience transcendentale
d'une œuvre de mon acthité synthétique en quelque sorte· privée, à la sphère d'appartenance. -
mais comme d'un monde étranger à moi;· (( i:nters'ubjectif », exis-. Puisqu'il s'agit de la constitution transcendantale de.s subjecti-
tant pour chacun, accessible à chacun dans ses «.objets »~ vités étrangères, et que cellé-ci. est la. conditibn de la possibili~é
· Et pourtant, chacun,a ses expériences à soi, ses unités d'expe-· · de l'existence pour moi d'un monde objectif, il ne peut pas encore
riences et de- phénomènes à soi, son « phénomène du monde nà · être question ici de subjectivités étrangère~, au· sens de réalités.
soi, alors:que le monde de l'expérience existe (( en soi)) par oppo- objectives existant dans· le monde.. Afin de ne pas faire fausse
~ sition à tous les sujèts qui le perçoivent-et à tous leurs rnondes- route nolis devons, selon les exigences de notre méthode, procéder .
phénomèn.es. · . · à l'interieur: de {a sphère transcendentale universelle, à une
Comment cela peut-il se comprendre? Il faut, en tout cas, mainte- "'nouvelle l7toz1), --ayant pour. but de -délimiter_l'objet de nos
nir· comme vérité absolue ceci : tout sens que p·eut avoir .pour ·moi · recherches. Nous élimin9ns du· champ · de la recherche ·tout ce
la « quiddité >>.et le << fait de l'existence réelle.>) d'un être, n'est ·et
qui, maintenant, est eri ·question pour nous, c'est-à~dire, nous
ne peut ètre tel que dans et par ma vie intentionnelle-; il n'existe faisons àbstraction des fonctions constitutives de. l'intentio_nalité
que daris et par Ses synthèses constitutives, s'éluci~ant et.se décou- qui se r.apporte directement· ou ind.irectement aux subjectivités
vrant pour moi dans les systèmes de vérification coric<?rda~te. Afin étrangères, e~nous délimitons d'abord les ensembles co_hérents de
de créer pour les problèmes de ce genre·- dans la mesure· où, en l'intentionalité -:- ~ctuelle et potentielle - dans 'lesquels l'ego se
général, ils peuvent ·avoir un sens, - tin. terrai~ de solution, et
constitue dans ~01J, dtre propre et COn$tituéle.s unités synthétiquès,·
même ·afin de pouvoir les poser pour les résoudre, il fàut commen~
inséparables de lui-mêm{:l, qu'il faut, par eonséquent, attribuer· à·
cer par .dégager d'une mànière systématique les structures inten-
l' dtre propre de l'ego.
tionnelles -explicites et imp~icites, - dans le~quelles l'existence
. La réduction de mon dtre à ma sphère t'ranscendentale propre
des autres « se constitue » pour moi et s'explicite dans son contenu
ou .à mon moi-mdme transcendental et coneret, au moyen d'une
jus~ifié·, ~·est-à~dirè dans le ·contenu qui « remplit » ses intentions.
· ·Le problème . se présente donc, d'abord, comme un pro-blème abstraction exercée à régard de ce que la CQnstitution trailsceil-
dentale me présente comme étranger à moi-même, cettè réduction .
spécial, posé au sùjet << de l'existence d'at.ttrui pour moi », par
-78'- -79-
. possède un__sens très spé~ial. Dans l'attitude 1;1aturelle je me. tro~ve . mê~e )) concret qui le_ consti~tie. Cela concerne:, d'abQrd, n'im-
au ;sein du monde, t< moi et 1es autres))' dont je me distingùe et· porte quel_ alter-ego, _mais ensuite tout ce qui, de pà.r son sens
auxquels j~ m'oppose. Si je fa~s abstraction des autres, au sen_s existentiel, implique un alter-ego; bref, le monde objectif,· au sens
·habituel du terme, je reste·« seul». Mais une· telle abstraction n'est plein et propre du terme. . ·
pàs radicale, ·cette solitude. ne change rien a;~. sens existentiel:de L'intelligibilité de cet ensemble de ·problèmes s'accrottra, si
l'existence dans le monde, pôssibilité d'être l'objet ·de l'expérience · nous nous mettons à caractéruer la sphère propre de l'ego ou à
_-de chacun .. Ce sens est inhérent au moi, entèndu comme .m(}i natu- effectuer explicitement l'~'ltox.'l}· abstra.ctive qui nous la dégage~
rel, et resterait tel, même si tine peste universelle rn 'avait l~issé seul ~liiiiiner de notrè cpamp l'œllVre constitutive de. l'expérience
dans lè mon.de. Dansl'attitude transc~nde~tale, et dans l'abstrac- étrangère .et, avec.elle; tous les modes de conscience se rapportant
tion_ constit.utive _dont n:Ous venons de parler, mon ego; l'ego du à ce qui m'est étranger, est tout autre chose encore que d'exercer
sujet médita-nt, ne· se confond. pas dans son 'ê{re transcendentw l'l"'ox.·~ pQ.énoménologique à l'égard de la valeur existentielle de
propre avec le moi humain habituel; il ne se confond pas avec le (( l'autre )) dans la vie naïve, comme nous l'avons fait à l'égard de
moi, réduit_ à un simple phénomène, à l'intérieur du phénomène toute objectivité de l'attitude naturelle.
total d-u mon_de. Il s'agit, bie"Q. au contraire~ d'une struc~ure essen- Dans l'attitude transcendentale j'essaie, avant tout, de ·circons-
tielle d~ la constitution universelle que présente la vie de l'ego . crire, à l'intérieur des horizons de mon expérience transcendentale,
transcendental, en tant que constituant le .monde objectif~ - ce qui m'est propre (cf,as Jtlir-Eigene). C'est, toytd'~bord, le non-
Ce qui m•est spécifi.q!Jement propre, à m-oi ego, c'est mon dtre étranger. Au moyen de l'abstraction, ie comménce par libérer cet
concret en qualité de « monade », pl).is ·la sphère forméèpar l'in- horizon d'expérience de tout ce qui m'est étranger.· Il apparti_ent
tentioruilité demon ttre propre. Cette sphère embrasse iïntentio- ·au <( phénomène transceJtdental » du mopde d'être donné direé-
nalité visant~ cc les autres >> au ~ême titre que toute autre intentio- ~ement dàns une expérience concordante; aussi s'agit-il de fair~
nalité. Cependant, pour des·rai~ons de méthode, nous commençons attention, en la parcourant, à la manière dont ce qui m'est étran-
. par éliminer du champ de nos recherches l'œuvre synthétique ,de . ger intervient dans la déterminàtion du sens existentiel de ses
· cette ·intentionalité (la réaJité des 'autres pour moi). ·Dans cette· objets, et à l'éliminer par l'abstraétion. De cette façon· nous faisons
intentionalité toute particulière se constitue un .Yens existentiel tout d'abord ab~traction de ce qui confère aux animaux et aux
nouveau qui transgresse l'être propre de. mon ego ~onadique; il se hommes leur caractè!e spécifique d'êtres vivants et, pour ainsi
con~titue ,alors un ego non pas comme « moi-même », mais comme dire, en quelque mesure pers'Onnels ;. ensuite de toutes les détermi-
se« .réfléc~issant » dans mon égo propre, dans ma monade. Mais ~ations·d:u monde phénoménal qui, de par leÙr sens, renvoient à
le ·second ego n'est pas tout simplement là, '"ni, à pr-oprement par- d'« autres», comme à des moi:·sujets(lchsubjekte) et qui, par consé-
ler, donné en personne; il est constitué à titre d' ~<·alter-ego» et quent, le$ présupposent-; tels, ~par exemple, les ~rédicats exprimant
l'~go qne cette .exprèssion d.ésigne comme un de ses moments, des valeurs de culture. Autrement· dit, nous faisons abstraction de
~'est moi-même, dans. mon être propre. « L'autre >> renvoie, de par toute spiritualité étrangère, en. ta~t justement qu'elle rend possible
'SOn sens _constitutif, à moi-même, « l'autre » est un « reflet » de ~e « sens spécifique )) de cet <(. étranger )> qui est :mfs en question.
.moi-même, et pourtant, à proprement parler,. ce n'est pas un·reflet; . n faut, .de même; ne pas perdre dP. vue et éliminer par l'abstraction
il e~t mo~ analogon et, pourtant, ce n'est pas un analogon au sens ce caractère d'appartenir à l'ambian~e de chacun, propre à tous
habituel du terme·; Si, en premier lieu, on délimite l'ego dans son· les- objets d·u monde phénoménal et qui les quàlîfie comme existant
être propr,e, et si on embrasse d'un regard (fensem·ble s'on contenu . pour chacun et accessible à chacun, comme pouvant, dans une
ei ses articulations - et cela, non seulement quant à ses états certâine _·,....df3Ure, .avoir de l'importance ou rester indifférents pour
vécus, _mais àu~î quant aux -unités de signification valabies pour. la vie et les aspirations de chacun. ·. . .
lui . et inséparables de son ê-tre concret -la question suivante se Nous ..constatons à ce propos queique chose d'important. L'abs- .
pose nécessairement: comment se fait-ir que mon ego, à rïntérifmr traction effectuée, il nous reste une couche cohérente. du phéno-
de son -être propr.e, puisse, en quelque sorte, constituer «l'autre)) ·. mèn~ du monde, corrélatif transcendantal de l'expérience. du
((justement conu~e lui étant étranger )), c;est~à-dire l{li conférer monde; qui s.e déroule d'une manière contin~ et concordante.
un sens existeniielqui le :rriet hors du contenu concret du«·moj_. ' Nous. pouvons, malgré l'abstraction, qui élimine· du phé-nomène
-so- -81

(("monde )) tout ce qtii n;est pas une Pl"Opriété ~xclusive du moi, je·' coord~Iin.e, bien que selon des ·modes différ~nts, des champs
avancer d'une manière conrinùe dans l'è:ipér'l'ence intuitive~ _en J de sensations (champs de. sensations du, to4cher,_ d~ la- tempé-
nous tenant exclusivement àcette couche d'<< appartenance.>,~" . rature~ etc.); e' est le sèul corps .dont je dispose d'une façon
Avec cette couche .nous avons att~int l'extrema limit~· où peut immédiate ·ainsi que de_ chacun de _s~s _organes. ie perçois avec
nous conduire la réduction phénoménologique. Il faut évidemment les main.s (~'est pàr les mains que j'ai ·- et que je puis tou-
posséder l'expérience de c~tte << sphère d'appart~nance )) propre :au . jours_avoir- des perceptions einesthésiques et tactiles), .avec les
moi pour pouvoir constituer l'idée de· l'expérience d'« un autre que yeux (c'est parles. yeux que jd vois), etc.; et ces phénomènes.
moi»; et sans avoir cette dernière idée je ne puis a:voir Yexpé.; cinesthésiques ·des organes forment un·· flux de· modes d'action·
rience d'un « monde objeC!tif >>. Mais je n~aipas besoin de l'expé- . .et re~èvent ·de mon _« ·je· p~ux ». Je ·peux ensuite, Èm mettant
rience ·du monde objectif ni de celle d'autrui pour avoir celle dé - en jeu ces phë~oniènes·. cinesthésiques, heurter, pou~ser, etc., et
ma propre·« sphère d'appartenance )). · · ~insi agir. par mon corps, immédiatement d~abord, ·et à l'aide
Considérons de plus près le résultat de notre abstraction, c'est- d'aûtre .chose (médiatement) ensuite. P"!lis, par mon activité per-
à-dire son résidu. Du phénomène du monde, se présentant avec un ceptive., j'ài l'expérience (ou je· peux avciirl'expérience) de tôute
sens objectif, se détache un plan que l'on peut désigner par les u nature>>, y compris celle.de mon propre corps-qui par une espèce ~.
termes: «Nature>> qui m'appartient. Celle-ci doit être biim.distin... de <(réflexion>> .se; rapporte ainsi à lui-même. Ce qui est rendu
guée de la Nature pure et simple, .c'est-à-dire de. la nature, objet . possible par le ·fait qu'à tout moment je «peux), percevoir une main
des sciences de la nature. Cette dernière est, sans doute, le résultat «au moyen )) de l'autre, un œil au moyen d'une mairi, etc.; l'or-
d'une abstraction, à. savoir de Fabstractio:n de tout le « psy- · gane doit alors devenir objet et l'objet~ organe. Il en est de mP.me
chique »,·de tous les .prédicats du mo.nde objectif qui tirent leur . de l'action originelle"_i>ossible, exercée par le èorps sur la Nature
origine de la vie de la personnalité. Mais le résultat de cette , et sur le corps lui-même. Ce dernier se rapporte donc à lui-:mêine
abstraction de la science est une couche dans le monde objectif aussi par la pratique. . · - ·
{aans l'attitudè transcendantale on dirait : couché appartenant à Faire re~sortir mon corps, réduit à mon « apparten~nce »,.c'est
l'objet immanent visé par l'expression : monde objectif); elle est" déjà partiellement faire ressortir le phénomène objectif : « n10i en .
donc, elle-même; une couche objective, tout comme. les .couches tant que cet hoinme -» en son essence-àppartenance. Si je réduis à
éliminées par l'abstraction. (le psychique objectif, les (( prédicats «_l'appartenance » les autres homme~, -,j'obtien-s des .corps maté-
·culturels.,, objectifs, etc.). Or, dans notre.cas, c~ sens d'objectivité, riels, réduits à l'appartenance ; mais si je mè .réduis moi-m&me -
,;
inhérent à tout ce qui est « m~mde », e11 tant que constitué .par comme homme, J'arrive à mon organisme· et à .mon dme, où à
l'intersubjectivité et accessible à l'expérience de chacun, etc., dis-. moi-niê~e, unité psycho-.physique et, dans ce-ite unité, au môi·per-
parait totalement. Aussi, ce~.qoo d·ans la sphère de ce qui rn'ap~ Bonnàlité; j'a~rive au mQi qui « dans » et << au -moyen·» de cet orga-
partient (d'où l'on a élirhiné tout ce qui renvoie à une subjectivité nisme àgit et pâtit dam~~le monde extérieur, et qui, .en général, se
étrangère) nous appelons Nature pure et simple, ne possède plus constitue en unité psyclio-physique en vertu de l'expérience cons-
ce caractère d'« être objectif )) et, par conséquent~ né doit aueù- tante dè c'es rapports absolument uniques du moi et dela vie avec
nement être ·confondu avec une couche abstraite ·du monde lui- le corps. Si le _monde extériey,r,: l'organisine etl'~nsemble psycho-
même ou de son « sens immanent » •· Parmi les corps de cette physique sont ainsi épures de tout. ((ce qui n'est pas apparte;_
<< Nature >>, réduite a « ce .qui m'appartient n je trouve mon
1
nance »,je ne suis plus un «moi )) au sens naturel, dans la mesure
propre corps organique (Leib) 1 se distinguant de. tous les autres. justement où j'ai éliminé toute relation avec un « nous » (uns oder
par une particularité unique; ·c'est, en effet, le seul corps ·qui wir), ainsi que tout ce qui fait de moi un être du « monde ». Tôu-
n'est pas seulem.ent corps, mais précisément corps organique.; tefpis, dans ma particularÙé ~pirituèlle, je demeure un moi, pôle
· c'est le -seul corps à l'intérieur de la couche abstrai_te, déc~:mpée identique de· mes multiples expériences pures, de ma vie iiiten-
par moi dans !e monde, auquel, conformément à l'expérience, tionneile active ou passive et de tou~ les habitus qu'elle crée ou
· peut créer en moi.' · .
· ~·Les termes alleinan.ds : Kôrper etLeib, n'ayant qu un seul équivalent frar.-
Ç~Is,corps, nous tradmrons Korpe,. par « corps » et Leib par « corps orga-
Par suite de cette élimination abstractive de tout, ce qui est·
mque » (N. du t. ). · · . étranger à moi, il m~est resté une espèce. de monde·l une nature
...;.. 82-
-83-
réduite à « mon àpp.artenance », - un moi psycho":'physique les avons effectuées dansl'attjtude de la réduction transcendentale,
avec çorps, âme et m()i personnel, intégré à cette nature grâce à c'est-à-dire du (( moi >Lmedita.nt en qualité d'ego trans_eendental.
son corps~ _ II faut se ·demander maintenant qùel est le rapport du moi-homme
On y trouve également. des prédicats. qui doivent tout leur sens. reduit àson appartenance pure à l'intérieur du phénomène du
à ce_ moi-là ; tels, par exemple, les prédicats qui caractérisent <c monde » << réduit » de la manière correspondante, au moi, ego
l'objet comme <<·valeur» et comme« produit n. Mais tout cela n'est transcendental. Ce dernier est résulté de la mise entre parenth~ses
nullement- du monde au sens naturel du terme (et c'est pourquoi du inonde objectif dans son ·ensemble, et de toutes les entités
tant de g~~.ll~mets); c'est ce qui, dans mon expérience-du monde, obje~tives en général (des objectivités idéales également). Au moyén
m'appartient d'une manière exclusiye, la pénètre de partout, et de cette << mise entre parenthèses·)}, j' ~i pris conscience de moi-
qui, intuitivement, forme. une unité cohérente. ToutesJes arti- · même comme -d'un ego trans~endental, qui, dans sa propre vie,
eulatioiis que nQ'Us saurons distinguer ·dans ce phénomène iu constitue tout ce qui .jamais peut être objectif pour -moi; j'ai ·
«monde», réduit à « ce qui m'appartient )>, forment n~anmoins pris éonscience d'un moi, sujet de tou1e constitution en général,
une -unité concrète ; ce qui se manifeste aussi · dans le fait qui esi' dans ses expériences potentielles et actuelles ainsi que
que li forme spatio-temporelle,- réduite d'une manière corres- dans ses habitus.
pondante à ce qui m'appartient, est_ sauvegardée dans ce phé·- . C'est dans ses habitus et dans ses expériences qu'il se constitue
nomène « réduit->> du << monde >>. Les << objets réduits· », les lui-même (comme tout ce qui est objectif), en tant qu'ego iden-
« choses », L· (( moi psycho-physique >> sont, par conséquent, eux tique. Nous po_uvons ùire maintenant : tandis que moi - cet ego
aussi, extérieurs- les uns aux autres. Mais nous ~ommes frap- - j'ai constitué et je continùe à constituer ce monde existant
p,és ici par un fait remarquable; voici un enchaînement d'évi- pour moi en qualité de phénomène (corrélatif), j'ai effectué, au
dences qui, dans leur enchainement même, ont l'air de p;a.radoxes: moyen de synthèses constitutiv~s correspondantes, une apercep'7'
en éliminant ce qui nous est « étranger 1t, nous ne portons pas _· tiori de ·moi-m~me (en tant que « moi ~> au sens habituel d'une
atteinte ·à l'ensemble de ma vie psychique, à la vie de ce moi psy- personnalité humaine -plongée dans l'ensemble du monde cons-
cho~physique ; ma vie reste expérience du << montle » et, -donc, titué) qui me transforme en un ~tre du « monde ». Cette apercep-
expérience possible et réelle .de ce qui nous ~st étranger. La tota-- tion, je. continue à l'effectuer, tout en la complétant, e~ à lui
lité de la constitution du monde, existant pour moi, ainsi que sà. maintenir constamment sa valeur. Grâce à cette transformation
division ultérieure en systèmes constitutifs d'appartenances et de -d~ moi en « être du monde ))' tout ce qui, au point de vue
ce qui ,m'est étranger, est donc inhérente à. mon être psychique_. transcendental, est une « appartenance » du moi, de cet ego,
Moi, le « moi humain » rédùit (« le moi ·psycho-physique >> ), je suis est englobé, sous forme de psychique, par «mon âme n. Cette
donc _constitué comme membre du« monde», avec une·<<' extério- .perception·, qui me transforme en être du monde, je 'la trouve
rité » multiple; niais c'est moi qui constitue tout 'Cela, moi-même, déjà effectuée, mais je peux toujours, en partant de l'âme en tant .
dans mon âme, et je porte tout celà en moi· comme objet de mes que phénomène .ou en tant que partie du phénomène «homme»,
<<intentions'->>. Que si le tout-constitué comme m'appartenant (donc revenir à moi-même en tant qu'ego absoluJ universel \3t transcen-
aussi le « monde >l « réduit )) ) se révélait appartenir à l'essence dental. Si, par conséquent, en qualité de cet ego, je réduis mon
con ct ète du sujet constituant comme une inséparable détermi- _ phénomène du monde objectif à<< ce qui m'ap-partient ~nlui »,et
nation interne, l'auto-explicitation du moi trouverait le « mo~de » si j'y ajoute tout ce que je trouve encore de m'appartenant -~ne
qui lui appartient comme lui étant << intérieur » et, Q.'autre part, pouvant plus, après cette réduction, contenir d'étranger au moi),
èil pàrcourant_ ce « monde n,Je moi se trouverait lui-même comme, l'ensembte de ce qui appartient à mon ego peut être retrouvé
membre de ces « extériorités >l et se distinguerait du << monde exté- dans le phénomène réduit du monde, eommeapparten~nt à<< mon.
rieur». drne », sauf qu•au point de vue transcendental il est, en·
45. L'« ego» transcendental en qualité d'homme psychophysique; tant que· composant de mon aperception du monde; un plténo-
l'aperception de soi-m~me réduite aux appartenances. mène secondaire. A s'en tenir à l'ego transcendental et dernier,
et àl'uniyersalité de ce qui esf constitué en lui, on trouve, appar-
·Ces dernières méditations . . . . . comme leur ensemble - nous tenant-d'une manière immédiateà l'ego, la division qe tout son
-84:-
__.; 85 -
champ transcende~ tai d'expérience ~n sphère « quilui appartient)),~
-:-y compris la couche cohérente dè son expérienc~ du monde, réduite· manière générale et soûs la. forme d'lJ.n ·hori~on ; il ne se constl-
· ~ « l'appartenânce. );(doilt.toutce quihii est étr~ngerestécarté).,­ tue origina.h·ement que par l'e-xplicitation (portant le ~ens d~indice
et en spll.ère de ce qui lui est étrange.-r. Néanmoins toute conscience interne, propre, essentiel- ei··plus spéciaiement de propriét~).
de .ce qui lui est étranger, ·chacun' de ses 'modes de présentation . Appliquons ces vérités.. Lorsque; dans la ·réduction transcen•
appartiennent à la première spbft're. Tout çe ·que le moi transcen- dentale_, je réfléè)lis ·~ur moi-même,.- ego' transcendantal, je me.
denial COD~titue dans cette première . COUChe, CQIDm& « non- suis df?nné :.;__ _en tant q~e cet ego ~. dans·: un· moc:Je perceptif,
étranger », eOmrpe -~ ce. qui lui appartient )) ·est, -en effet, à lui, pl~s préciséqtent je me.(ègo) .~alsis dans une perception.
à titre de composant de son etre propre et eon·cret, ·comme nous Je ~~aperçois aussi qu'antérieurement déjà, sans m'être saisi_,
r-avons· montré et comme nous le montrerons encore. Il est insé- . j'étais toujoùrs: là pour moi. dans une intuition originelle_ (perçn
p~rabre de-son être concret. Mais, à l'intérieÙr et au moyen· de au sens plus large. du terme) et; en quelque sorte, « présent à
. ~es appartenanèes~ l'ego constitue le monde objectif, comme l'uni- l'avance))~ Je me suis présent: avee un' horizon ouvert et jnfi'ni des
·versalité de ·rêtre qui est étranger à l'ego, et, en premier lieu, p-ropriétés -internes encore no.n-découvertes. Ce qui m'~st propre
l'étre de..l'alter-egq. · se révèle~ ·Itii aussi, seulement par J'éxplicitation: ·et c'est _dans et
· par l'œuvre dé celle-ci. qu"Îl reçoit so~ ·sens original. Il se révèle
46.:_L'appartenance, s.phère des actualités et des po,entialités - originellement dans le··rega?d de l'expérience explicitante dirigée .
· du courant de _la cfJnscience. · sur moi-même,: sur mon «je su~~ »; perçu et- même donné -d'une
Nous avons caractérisé, jusqu'à présent le concept i'ondamen- manière apodictique,. sur mon. identité avec moi-même, se conser-
tal de «- l'appartenance », de « ce qùi m'appartient », comme '·le • la
vant d·ans synthèse continue et ·cohérentè de l'e~périence· origi-
« ·non-étranger », .~ caractéristique indirecte qui, ·de son côté, nelle; de soi. Ce qui· est l'essence propre de cette identité se carac-
reposait sur la notion de rautre .et, .par conséquent, ,la présuppo- térisè·comme élément réel et possible de ·son explicitation, comme
sàit. :Mais il est iinportant, pou~ éclaircir son sen~, d'élaborer aussi quélqtte chos·e ~n quoi je :ne_ fais que développer mon propre être·
une caractéristique positive de cette notion d' (( appartenance )) ' ou i~entiqüe, tel .qu'il est en l.ui.;.même, en tant. qu'identique dans ~es
· de ~<l'ego » dans. ce. qui lui est-propre. . particularités.· ·
· Les. der:t;1ières phrase~ du paragraphe précédent l'ont fait seuJe- Voici maintenant un point· important. Bien que Je sois en droit
. ment" pressentir. Partons_ d'un point de vue plus général. .Lorsque, _de parler de 1~ perception de soi--mdme et précisément. de -la per-
dans l'expérience, un o~jet concret se détac-he comme q11elque c~pti~n de mou eg_o concret, n n!~st pas dit par là que-je me·
chose pour ~oi, et qu'il est (( remarqué )) par le regard de l'attenÜon meuve toujours dans -la sphère des perceptions particulières
perceptive, _cette perception directe nè se ·rapproprie que .comme· ·proprement dites, et qu.e je n'arrive à riEm d'atltre qli'à des ·-élé-
. (( objet,ïndéter~ninè de-l'intuition' empirique )) .. Il ne devient oi;jet . ments perceptifs de l'.e~p1icitation, èotn~e c'est le cas dàns.l'expli- .
. déterminé, ·et toujours <,le plus en plus déterminé, que dans · la· citation 4'u~ « objet de la· -yue » :donné par. la pereeption .. Car,
suite .de i'~~périence, qui, tout d'aho:rd, ne ·détermine l'ôbjet dàns, l'explicitation dé~ . horiz-ons . de mon 'être propre~ . je ·me
qu'en l'interprétant lui-même par lui-même; elle s'effectue donc heurte en' premier lieu-. à ma temporalité imrnanen.te et· à·· mon ·
eomme ··explicï'ta:tion pure.- En se fondant sur l'objet qui:est être- ·sous la -forme d'tine infinité ouverte ·du. courant. de ·la
dQnné dans son·:idetititéaveclui-même grace, àune synthèse,iden.;.. · co~sei.enœ; .infinité_ de toutes mes propriétés, i~cluses~ ·.de q.u~l~
ti~catrice, continue et intuiiive, rexpérienee dans son progrès que .faço& q~e ce soit, dans ce. courant~ mon explicitation elle~
syntllétique explicite dans l'enchainement- des intuitions particu-. IJlêrn~ y comprise. Cette. exp.Ücitation,, CJ?. s'effectuant dans_ le pré--
· lières les détermiriatiobs. inh~rentes à cét objet même. . sènt vivant, ne peut saisir .dans· une p.erceP,t~on vé:dtable qye. ce qui
Et ces. déterminatiQilS. apparaissent dès l'abord, comme . déter- s'effectue dans le présent. Le passé qui m'est propre, ellè ne me le'
minatio:ns d~ lesq-uelles ·T.objet, l'identique, e·st ce qu;il est - dévoile - de ·-hi m~ièie ~a plus origineH~ que ron. pui,s~e'con-'
ce qù'il est"« en soi ·et'pour'-~oi »; .;.... déterminati-ons- dans les- ce voir ~ que.dans et. par le soqvenir. , Quoique· je sois. con.staJil-..
que~les son être identiq~e.·s'~xplicite en propriétés particulières.· · f:llent . donn~ ·à moi..:~ê_mé. d'une façon originelle; e~ quoique je
. ce cc:mtenu essentiel 'et propr~ n'~st_ ~ncore qu'anticipé d'une puisse:,_ en avançant toujou~s,. explicit~r eé qui·m'app&.rtient .~n..
tiellement, ·ce~te explicitation;_ s'effectue en. _grande- ·part_ie 'U'II
. _:;.., 86- -87-
tnoyen des actes dê conscience qui ne. sont poînt des perceptions
des moments- corr.espondants.de. mon essence. propre; Le courant 47. L'objet intentionnel appartient, lui aùssi, à l'~tre
pleinement
du vécu, ·en sa qualité de ~coürant .où je yis comme Moi iden- · concret (monadique) de ({ l'appartenance ». Transcendance
tique, ne peut me devenir accessible que de la manière suivante : immanente_ et 11J.Onde primordi·al.
dans ses actualitês d ·~borâ, et ensuite dans ses potentialités qui
visiblement me· ·so'nt. également essentielles et propre~. Toutes Ce qu. forme ·mon appartènance essentielle en tant qu'ego-
les possibilités du genre «fe peux »ou« je pour:vais » - je peux. s'étend visiblement (et ceci est particulièrement important), non
déclencher telle ou t~He autre série des états vécus; je. peu~ prévoir seulement {lUX actualités et aux potentialités du courant du
ou :regarder en arrière, je peux pénétrer en les .dévoilant dans les vécu, mais aussi aux systèmes constitutifs, tout comme aux objec-
horizons de mon être. temporel - toutes ces poosibilités appar- · tivités constituées.' Ce dernier point doit être entendu sous cer-
tiennent manifestement. 4'une manière .essentielle et- propre à . taines J;"éserves. Notam!llent, là et dans la mesure où !'-unité
. moi-mime. . - . · ' constituée, en tant qu'unie â la constitution originelle elle-même
· Mais. fexplicitation .~st partout originelle, si,· .toutefois, sur, le d'u11:e manière immédiate et concrète, en est inséparable, -la
. ,terrain de l'expérience originell~ de soi c'est l'objet expérimenté perception constituante, autant que l'être perçu, appartiennent à
lui-même qu'~lle explicite en le r~ndant « présent en personne>~, ma sphère pi"opre cot1crète. ·
selon un mode-qui, en la cirèonstance, est le plus originel possible. Cela ne .concerne pas seulement lès données sensibles qui 7
L'évidence: apodictique de la perception trancende~tale.de soi~­ enten·dues cpnime simples sensations, se constituent comme
même (d:u (( je suis ») s'étend. à cette. explicitation., bien qu'avec - m!ei:mes en qualité d'« éléments temporels immanents >> à- l'inté-
une restriction analysée· plus _haut .. · . · rieur de mon ego. · ·
Les formes structurales· universelles. apparaissent seules· .avec - Cela est vrai aussi de· tous mes habitus qui, également, mé sont
·une évidence absolue dàns cette· expHcitation; )lo.tamment ·les « propres », qui se coll$tituent à partir des actes qui les fondent
formes çl~ns .lesquelles j'existe en-tant qu;eg.o; et- dans_ lesquelles. (et« m'appart.iennent >>aussi), et forment des convictions, dura-
. seules - ceci pris dans ùne :t1:niversalité d'essenc·e -·je puis bles; des con:victions qui font de moi .((-un convaincu ))' et grâce
exister ainsL Il faut comp~er parmi elles (entre aut~es) la ·ma!lière auxquelles j'acquiers, en tant que pme [d'actes], des détermi-
d'exister sous forme d'Une. certah1e vie universelle en général, nations spécifiquement propres au «moi.,,_ Mais, d'autre part, les
·sous forme d'une consJitution con-stante par· elle~-même de :88$ ·objets transcendants, par exemple les objets des « s_ens » exté-
propres~états comme "tèmporels à l'intérieur d'un temps ·unJvér- rieurs, ...-;;. unités des multiplicités des phénomènes sensibles-, __,.
sel, ete.· A cet a priori apodictlque u1ûversel, dans sa· généralité appartiennent également à cette sphère, si, toutefois, en qualité
iruléterminée, mais déterminable, pàrticiv.e toute explicit~t.ion · d'ego, je tiens uniq~ement compt~ de ce qui est constitué d'une
des· données égologiques particulières comme; par e~emple, l'évi- manière véritablement o:rl'gine1le par ma ·sensibilité propre, par
dence.- si imparfaite. qu'elle soit~ ~ du souvenir que -chacun-~· mes ap·erceptions propres, coinme phënomène. d'objet spatial,
de son·passé propre. Cefte pa~ticipation àl'a,podicticité sé !'éyèle inséparable, dans le concret, de. cette .sensibilité et .de ces aper:.
. dans la loi formelle, elle-mème apodictique ~ tan.t d'apparençe;. ceptions elles-mêmes. Nous le voyons tout de suite : la totalité du
tant d'être (que rapparence ne fa.ifque caeh~r:et fau.sse:t) que-nous ((-monde» que nous avons précédemment·«_ réduit» en éliminant
pouvons chercher et que nous pouvons retrouver en poursuivant de sgn sens des éléments de ce qui m'était étranger, appartient-à
une route .tracée u·avance_, :ôu d:u. rp.oi~~, dont :Q.OUS pouvons .nous ~ette sphère et fait ~one partie du contenu concret (positjvement .
rapprocher pa.r ,des approximations ~uccessives de . son. conte_nu _ défini.) de l'ego, en qualité· de ce qui îui appa-r_tient. Puisque
entièrement détèrminé. Ce d~rnier, au sens d'un obje_t suS~e.ptible nous faison·s· abstractio.n de l'œuvre constitutive de l'Einfühlung,
d'identificatio-n rigoureuse.da.ns toutes ses .."partie·s et.dans tous (de l'expérience d'autrui), nous avons une nature et un organisme
ses moments, est une « · idée_ >>. -vala}>le· a· priori. qui, certes, se constituent comme obJets spatiaux, comme unités
transcendantes· par rapport au courant de .la vie, mais qui ne sont
qu'une multiplicité dvobjets de .l'expérience possible, cette expé-
, r~ence se confondant totalement avec rn~ pr.oere vie', et l'objet· de
-89-
-88-
de se rapporter à queiq~e chose qui ~e s~it étranger,.est probléma-
· cette expérienêe n'étant rien d~atitre· qt1'une unité synthéti'lue,. tique; s'il est vrai toutefoi$ que des possibilités d'élucidation appar·
inséparable de cette vie et· de ses potentialités. · . ·. tiennent essentiellement à tous !es modes: de conscience de ce genre,
Cela nous fait voir que l'ego con#déré. concr~tement po~sède un ._ c'es~:.à-dire qu'il est possit)lé de .les amener à des expériences quit
univers.de ((ce qui lui àppartient »,univers qti,i se révèle dans soit 1es confirment en (( remplis~sant ;, leur· intention·, soit.• au
con-
une .. e~plicitation .originelle de l'éf!o sum, explicitation apodic- t'raire, nous<< désillusionnent >l .quant à l'~tre de l'objet visé; et
tique, tout au moins_ qu~nt à_ ·sa·· for~e. A l'intéri_eur de cette que, au surpius, tout mode de consèienèe de ce genre {signifiante)
$phère originelle·(de l'explicitation de soi-même), nous· trouvons renvoie, au point de yue. de sa genèse,- à des expériences de ce
aussi. un (( monde transcendant )) ; résultat de la réduction du _genre, portà!)t·sur le même objet_ intentfonnél, ou sur un objet' .
phénomène intentionnel « mo11de objectif->> à « ce qui nî'al>par- .analogue. .
tient, )) ·(au sens· positif que ·nous mettons en avant maintenant); Le fait de. re.xpérience de .ce qui m,est étranger (du rion-moi)-
cependant toutes les « apparences >> -correspon,dantes du trans- . se présente cOmme .expérience du monde objeCtif OÙ l'on trouve
cendant, fantaisies, <<pures » possibiliï~s, obje·ctivités eidétiques, «· d'autres >> non-moi sous· forme ·d'autres << moi >> ;_ et c'était
dins. la lnesure OÙ eUes subissent notre réduction à « Tappa}:':- .
tenance.», font égaleme.Rt partie de ce domaine. ·domaine·de ce qui
un résultat important de la <c réduction à l'appartenance» de_ ces
· expériences que d~av~ir mis ~n ·t-élief leur couche intentionnelle
m'est essentiellement prqpre ·à-moi:"ptême·,.·_de ce·q·Ue_je S~s-dans_ .profonde, où uq << nionde »réduit se révèle comme · c< transcen-
mon -existeLCe pleinement COilcrèi~ OU; COiilmè ·riOU~ le_: ~ÏSOnS dance imman.ente ,,, ])·ans l'ordre de:la coristituti~n d'un monde
encore, de _ce que je-· suis en tant que je su_is cette «monade».: élrangér au moi, d·''Q.n monde·« extériéUr » à mon moi concret
, 48. La t~anscendance du m,onde objecti[ comme 'êtant. d'un df!gri et propre: (nuii~ exlérieur dans· un._ sens totalement· ~ifférent
,supérieur par rapport à [(1, transcendan~e-prjmordiale • . · du sens naturel et,spatial de ce terme), c'est une tra?Mt:endance
({ru un c<" monde ») pr~mière en soi, « primordiale ». Malgré
Le fait qu'en général je peux opposer:- cet être ,qui m'est propre_ l'idéali(équi'caractérise ce monde en tant qu'il est une unité ·syn-
à quelque chqse d_'autr.e;_Ie .·raft que m"oi,, qui suis moi~ puisse . 'thétiq~~ d;un système infini. dè mes potentialités, il est e~coré un
·être ·conscient ~fe:cet aùti"e que je ne suis p~ (de q·uelque ~~os~ qui 'élément déterminaTl,t de •mon .e:eistence propre et e_~ncrète en tant.
m'est étranger}...:.. présu~po~~··qùe_les· $odes de èonscience qll,i
qu'ego. . .. . . . .
m'appartifm-nèrtt ne.~e cônfond~.nt pas; tous avec les m'o4es·de ma ... Il fau~: do.nc faire~ comprendre~ comment, sur un ·plan supé-·.
conscience de ilufi-mlme:. . . . . . .. .. . . . rieÛ.r.~t fondé sur· ce· premier, s'etfeètue l'attribution_.à un ·objet d.u
· ._ Puisqhe·: i'être réel _se. ~otis ti tue :pr~miti~ement par· la co_~ cor:.: · . , sens de trànscendan.ce .Dbjecttve prôprement dite, seconde. dans
dance de l'expérience, _ir faut _q,f'U _y· ait dans IIiOn propre mOI, en rordre de la constitution; et ceci sous forme d'expérience. Il ne·
. fac~ d~ . rexpériè~ce ··de inoi-.niê~.é et dë sori ~-~ys.tè_m_é cohé:rent s'agit pal, icide mettre ~n lumière une genese s'acçomplissant
(c'e~t~à~dire. eq. face q~·l'explièita_t~on systéma~}<JUe de ~()i~même dans le temps~:ma~sd'une << ~r:ttilyse statique»~ Le mo~de objec-
·en ~ppl)-rtenan.cesJ, ;d'autre~ :ex?.éri~~c~~:~o~IDantdes -~ystèrr1es con- tif est toujours déjà là, tout fait_; il est une 'donnée de mon expé..
cordants· et lé problème consiste-à savo~r_ço~m,ent peut-on ~om­ rience objeetivë qui se déroule actuelle· et vivanJe; et- ce _qui n'est .
pren4~e ~ueT~g!J puiss:e·:p~rter en lul_ce··~ouv~aù gen:r::e d'in_ten-: · pius objet·del'expérienc~ garde sa valeur Sous forme d'habitus.,.
tionalitéS" etq·u'il. puiss~.toujours en f0 rm·er de nouvelle~, avec un · · Il s'agit d'interi't)ger cette expérie~ce elle-mdme etd'élucider,
sens existentie}totalenient {r(irf,Ce1ÛJant à $Of!, propre ~fre~ . par l'analyse.· de l'intentfonalité, la manière dont elle << confère
. Ccnîuneni.l'êti~é réel;;c'est;.;il~ire. non seulem~iit obJet:int~ntion.:. le s.e.ns_»., ·la- manière dônt elle peut apparattre comme expé-
'nel d'mi. ;àêté -~quelconque, mais objet (( se èonfir.r;nant )) .en . mo~ . rien~e et· se Justlfi~r comme~ évidence d'un ~tre réel et ayant une
,-d'·tine inânièrè· concordante,:--. comment' .peukil êtl'e. pou'~: moi essence pr.opre,' susceptible d'explicitation, comme év_idence d'un
-~titre. ch~se -q\1~, pour. aJnsi ·rli.re,_le ·poin~. _d~fn~ersection. de .. ,m.es ,·e"tre qui n'est pas mon ~tre propre et n'en est p~ .une partie in té-
· synthè~~~ ~onstitutives ~ · . . _ ._ _ . grante,· bien qu'il ne puisse aeq:u.érir de sens ni de justification
Du fait même d'èn être insépl'.r~ble~ da~~ le co~cret,' cet être_ ne .qu'à partir de inon être à. moi. ·
. m'appartient-ii pas; ipso facto, eJf prop_rë? · . _·_ . _ _ .. :
_M.ais 4éjà.l~ pos~ibîlité., aussi vagq~_ et au~si vide _qti_lon vondr,a,
. Hvuul.~ - Phénoménologie. . ~-
-90-- -91-
-latif iaéal d'une expérience intersubjective idéalement concor·
-~9. Esquisse préalabl~ de l'expliciÛztion intentionnelle de daute -~ d'une expérience mise en commun dans l'intersubjec..
_ _ l'expet"iem;ede l' << autre )>._ . tivité - ce monde· doit paF essence être- ràpporté à l'intersubjèc-
-L'unité de sens ({ monde objsctif » se constitue; en plusieurs tivité, constituée, elle-même, comme idéal d'une communauté
degrés, s~r la hase de mon monde primot~ial. Il faut d'abord infinie et ouverte, dont les sujets particuliers sont pourvus de
mettre en·relief le plan de la constitutio]l d'_« autrui» ou des systèmes constitutifs correspondant les uns aux autres ~t. s'accor..
{(autres en général))' c'e-st-à-dire des ego exclus de l'être concre~ dant les uns avec les autres.- Par suite, {a constitution du monde
<'qui ~·appartient» Cexc.lus dumoi- ego primordial). En même objertif comporte essentiellement une « harmonie » des monades,
te'mps que cettè ({ mise en relief' », et.motivée 'par elle, un autre plus précisément, une constitution harmonieuse. particulière
sens se superpose, dt une façon générale,. au« mande » primordial; dans chaqùe ·monade et, par conséquent, une genèse -se réalisant
ce dernier devient par là l< phén(lmène d » 'un monde t< Qbjectif »· harmonieusefllent dans les mon;..des particulières. Il n'est nullè-
' déterrrtiné, monde un et identique pour chacun, moi..;mêmê y ment question d'une substrueture « métaphysique » de l'har.,
\~ornpris. Par conséquent l'autre, premier en soi (le premier «non- monie <les monades~--cette harmonie est tout aussi peu une-inven-
moi ))), .c'est l'autre moi~ Et cela rend possible la constitution tion ou une· hypothèse métaphysique que les monades elles-mêmes.
d'un domaine nouveau et ·infini· d'e <<-l'étranger à moi >>, d'une _ Cette harmonie appartient, bien au ·contraire, à l'explieitation
nature objective et d'un mond3 objectif en général, auquel-a.ppar~ . des contenus intentionnels Inclus dans le fait même qll;'un monde
tiennent ·et les autres et moi-même. U est dans l'essence de cette d'expérience existe pour nous.
constitution, s'édifiant à partir-des autres« moi purs» (n'ayautpas · Ce que nous venons d'exposer es~ une anticipation des résultats
encore le sens des ~tres du monde), que ceux _qui sont. (( autres )~ de l'explicitation intentionnelle que nous devons effectuer degré
pour moi ne restent pae isolés, mais que,- bien au contraire,- sé. par degré, si nous voulons résoudre le problème transcendental
constitue (dans la sphère qui m'appartient, bien entendu) une et élaborer véritablement l'idéalisme transcendental de la phéno-
·commu.nauté de· moi existant les uns avec· et pour 1es autres, -ménologie. ·
- _.el qui m'englobe moi-même. ....;. En dernière anàlyse, c:est une
communauté de monades et, notamment, une communauté qui 50. L'intentionalité médiate de l'expérience d'autrui .
constitue (par son mtentionalité constituante comroune) un seul Pn tant qu' « apprés~ntation )) {aperception_ par analogie) . .
et même monde. Dans· ce monde se retrouvent· tous les moi, 1\,près avoir défini la sphère primordiale et en avoir élucidé les
mais dans l'aperception objectivante, cette fois., avec le sens articulations - préliminaires très importants au point de vue trans-
d'« hommes)>, c'est-à-dire d'hommes-psycho-physiques, objets'du cendental;- nous rencontrons, dès notre premier pas vers la cons-
monde. titution du ·monde objectif, des difficultés réellement considérables.
L'intersubjectivité transcendantale possède, grâce à cette mise Ces difficultés se trouvent dans l'élucidation transcendentale de
en commu.n, une sphère- inttirsubJective d'appartenance. où elle l'expérience d-'autrui oÙ. « autrui >>- n'a pas encore acquis le sens
constitue d'une manièreintersubjective le monde objectif; elle est. d'<' homme ».
-~~insi, en qualité d~ùn « nous » transcimdental,. sujet pour ce L'expérjence est un mode de conscience où l'opjet est donné «en
monde et aussi pour le monde· des hommes, form~ sous. laq~elle ' original » ; en effet, en ayant l'expérience d'autrui nous disons, en
ce" sujet se réalise lui-même comme objét. NOliS distinguons, une géneral, qu'il est lui-même, « en chair et en os » devant nous .
le
. ,_ fois de plus, la sphère d'appartenance intersubjective et monde D'autre part, ce caractère d' « en: chair et en os >) ne nous empêche
-- objectif. '.(outefois, en me plaçant, comme eg-o, sur le teiTain de pas d'accorder, sans difficultés, que ce n'est pas l'autre «moi »
l'intersubjectivité constituée en partant de sources qui me sont qui nous est donné en original, non pas sa vie, ses phénon1ènes
essentiellemenfprop~es, je dois reconnaître que. le monde objectif_ eux-mêmes, rien de ce qui appartient à son être propre.· Car si
ne lui est plu-s, à proprement parler, transcendan~, c'est-à-dire ne .c'était le cas, si ce qui appartient à l'être propre d'autrui m'était
transcende pas sa sphère d'appartenance intersubjecti"le; le monde accessib_le d'une manière directe, ce ne serait qu'un moment de
. objectif lui est inhérent en qualité de transcendance« immanente». mon être à moi, et, en fin de compte, moi-même et lui-même,
Plus précisément 1 le monde objectif, ,comme idée, comme corré- nous serions le même. Il en serait de Qlême de son organisme s'il
-9!·- 93-

n'était rien d'autre qu'un « corps » physique, unité se co'nstituànt · uniqÙe, c~mme _unité psychoaphysique. (comme homme primordial),
dans mon expérience réelle et ·possible et qui appartint à ma· comme un moi (( pt.rsonnel ))' tmmédia~ment actif dans mon corp~
sphère primordiale comme formé~ .exclusivement par ma (( sensi- unique et intervenànt par une action immédiate dan~ ie monde
bilit,é >>. Il doit_ y avoir ièi une certaine intentionatit~ médiate, par- · ambiant primordial; par ailleurs, sujet d'une vie intentionnelle con-
tant de là couche profonde du « monde primordial )) qui, en tout crète, sujet d'urie sphère _psychiq~E? s~ rapportant à elle~même~etaû. .
·cas, reste toujours fonda_mentale. Cette· intentionalité représente · « ~on~e ». Toutes ces str.u,ctures sont à notre disposition; et elles
u;ne <{ co._existence >) qui n'est jamais et qui ne peut jamais êtr.e là le ~ont .dans leurs aspects typiques, élaborés par la- vie consciente,
« en personne». ·n s'agit donc d'une espèce ·a·açte qui rerrd « co- avec leurs. formes familières d'écoulèment èt de complication~
présent», d'une espèce d'ape'rception par analogie que nous all<ma Nous n'avons.·. pas étudié les inteniionalités fort complexes·
désigner par le terme d'« apprésentation ». · ·. _qui les ont constituées'; c'est là un vaste domaine de recherches
L'expérience du 'monde extérieur se caractérise déjà .de cette s-péciales àuque] nous nè nous sommes pas arrêté et auquel nçms
manière. En effet, le côté véritablelllent « vu ».d'un objet, sa ne pouvions p.as nous arrêter. .
<< face » tournée vers nous, apprésente' toujours et. nécessaire- Supposons un autre homme entré dans .le champ de noire per-.'
~ent son «- a,utre face » - cachée - et ·rait prévoir ~a struc.;. · ception ; en . réductio~· primordiale, cela veut dire que~ dans le
ture, plùs ou mo~ns déterminée. Mais, d'autre part, dans ·notre champ de la perception 'de ma nature primordiale, apparait un
cas, il ne peut précisément pas s'agir de ce genre d·'apprésentaÜon corps qui, en qualité de primordial, ne peut etre quJQ,n .élénient
qui intervient dâns la constitution de la nature primordiale . déterminant de moi-:-même (transcendance immanente). Puisque
la
.~ Cette dernière, en effet, petit être confirmée par présentation . . _dans cètt~ nature· et dans ce ~onde mon corps (Lei~) _est. le seul
corps qui soit et qui puisse être constitué d'une manière originelle
correspondante qui en I·emplit l'intention (« l'envers » peut deve-
nir « tace » ), tandis que cela est a priori impossible pour mie comme .organisme· (.organe fonctionnant}, il faul que cet autre
apprésentation qui doit nous introdufre dans la sphère <~·originale·» corps - qui pourtant,: lui aussi, se . donne comme organisme
d'autrui. Comnientdonc l'apprésentation d'une autre sphère << ori- . ~ tienne ce sens d'une. transposition . apercepti_ve à partir d.e
ginale. » - ce qui confère .un- se~s ·au terme « un autre )> -peut- mon p_r.opre corps. Et cela, de manière à exclure une justification
elle être motivée ·-dans la mienne, dans ma sphère originale? -- vérit~blement directe et, par conséquent, primordiale - par une
l'appréSentatim1 étant comprise ici comme une expérience effective. perception dans le sens fort du terme -des prédicats spécifiqu_ès
N'importe quelle représentation ne saurait le faire. Elle ne le' ·peut de l'organisme. Dès lors, 11 est clair que seule une resseffi:blance
qùe si elle est liée à une présentation, à-un aéte . dans lequel r~liant dans la sphère primordiale cet autre corps avec. le mien,
. l'objet se donne, à ,proprement parler, en personne. Et c;est seule- peut fo~rnir le fondement et le motif de concevoir (( par analogie ))
ment en tant qu'exigée par cette présentation qu'elle peut a'!oir le ce corps comme un autr-e organisme.
·caractère. d'apprésentation·, tout comme, dans la perception de la C_e s~rait donc ~ne cert~ine aperception assimilante, ce qui ne
chose, Texistence perçue est le motif de la· position de la« co-exis- veut pas dire du tout un raisonnement par analogie. L'aperception
tenc~ ». La perception du monde réduit à. la sphère p'rimordiale, ~,est pas un raisonnemen~, ni un acte de-pensée. Chaque a.percep~
qui se développe d'une m~ùiière continue dans !es articulations ~IOn, ~ar laquell.e. nou~ concevons et· saisissons d'une manièr~
décrites plus haut, à l'intérieur du cadre·général dela pe·rception 1~méd1~t~les obJe_IS ,qm nous sont donnés, tels le monde de notrtJ·
consta!l-te de l'ego par lui.,.même, ·nous fournit la couche fonda- v:1e quotidienne qm s offre à nos regards, les objets do:nt nous co,rn,
mentale de la percèption. Le problème consiste à savoir· comment pre~ons d'un seul coup, le sens et les horizons. ·chaque aper-'
s'enchaînent les rrwtifs, et comment s'explique l'opération inten- ception contient .une intentionali~é qui renvoie à une « création
tionnelle ~ fort compliquée - de l'apprésentation -effectivement première >> où l'objet d'un sens analogue s'était constitué pour la·
réalisée. . première· îois. Même les objets de ce monde qui nous sont incon-
Nous pouvons· trouve!' un premierfil conduèteur dans le sens même , ~us sont,_ géné~aJement parla~t, connus- selon leur type Nous
des mots : « les au.tres », un « a~tre moi)). Alter veut dire alter-ego, avons. déjà vu des choses analogues, sinon précisément celles-ci.·
et l'ego qui y est impliqué, c'est moi-même, constitué à l'intérieur Chaque élément de notre expérience quotidienne recèle une trans-
de la sphère de mon appartenance «primordiale n, d'une_ manière position par analogie du sens objectif, originelle~en t créé, sur le
_. 94 -- - u5- ·
. cae nouveau, et contient qne _anticipation du sens de ce dèrnier nelle). Et, disons-le tou:t de suite, partout. où l'accouplement est
, comme celui d'un .<~bjet analogue. Partout, où il y a du. « donné · .1ctuel, se· retrouve aussi cette e~pèee particulière de création
objectif», il y a cette transposition; et ce qui dans l'expérience primitive - et· resta,nt actuelle - de l'appréhension assimilatrice.
ultérieure se révèle comme ayant un sens réellement nouvéa.u, peut Nous l'avons· relevée comme première particularité de l'expé-
avoir la fonction d'une « c:réatioll première » et servir de fon- rien~e · d'autrui, ·mais elle n'est pas exclusivement propre à cette
dement à un <<donné objectif»" d'un· sens plus riche. L'enfant qui expérience. ,
sait déjà voir les choses comprend, par exemple 9 pour ]a première Expliquons d'abord l'essentiel de cet « accouplement » ainsi
fois, le sens -final des ciseaux. ;.et à partir de ce moment il aperçoit que .de la fo:r:rn.ation des pluralités ,en général.
immédiatement, du premier coup, les ciseaux en tant que tels. Et C'est une des formes ·primitives .de la synthèse passiv·e que,
- cela n'arrive pas, bien entenq:u; sous forme de reproduction (par. par op.position à la synthèse-passive de r «.identification », nous
la mémoir_e ), de compar-aison ni de raisonnement. Pourtant, la· désignons comme « association». -La cara-ètéristique d'une a$so..
maniè-re dont les aperceptions naissent et renvoient . ultérieure- ciation accauplante est que, dans le ·cas le plus simple, deux
ment, de par elles-mêmes, de par leur sens, de pàr ses hori- con teri us y sont expressément et- intuitivement . donnés dans
zons et au moyen· de l'intentionalité, à leur genèse, est bien l'unité <l'une consciep.ce et, par là même, en pure ,passi:vité,
différente selon les cas. Aux deiD·és de formation du sens objectif e'est-à·dire qu'ils sont (( remarq~és >> ou non, fondent phénomé-
correspondent ceu~ des aperceptions., En fin de compte, nous en nologiquerrient, en tant qu'ils apparaissent eomm~ distincts,
arrivons à une distinction radicale entre aperceptions qui appa."· une unité dë ressemblancé; ils,appar~issent doiiè toujours comme
tiennent par leur ~nèse à la sphère primordiale et aperèep- îormant. un couple. S'il y ·a plus de deux données, l'unité pbéno..: ·
tions qui :-.tpparaissent avec le sens d'alte'r-ego et- ·qui, grâce à ménale du ~< groupe -,) de· la. •< pluralité n. se constitue~ fondéé
une genèse de degré·,supérieur, étagent, sur ce sens~ -uit sens - sur· les couples particuliers. Une analys~. plus poussée ~~us
nouveau. montre, - èomme. essentieil~ à cette association, .une sorte de
« transgression » intentionneile1 _ qui s'établit dans l'ordre
génétique (de par. un.e loi essentielle)· dès que fes éléments qui
_51. L' {(accouplement » élément de constitution s'accouplent sont dohnés à la conscience « ensemble }) et « .diso
par a.r;.soeiation dans l'expér{ence de l'autre. · tincts » à la fois; plus précisément, ils s'appellent mutùellement
S'il faut indiquer ce qui est propre_ à l'apprésentation assimi- et, par ce qni est leur sens obj~ctif, se recouvrent en se -passa~t',
lante, gr!lce à laquelle, à l'intérieur de ma sphère primordiale~ un mutueli~ment leurs éléments Ce recouyreme:nt p~ut être total ou
corps semblable à 1non propre corps-o-rganisme est également -partiel;_ il implique toùjoJirs une. gradation ayant pour cas
appréhendé comme organisme,. nous nous heurtons, en premier limite l' (( égalité ». Son œuvre consiste à transposer le .sens à
Iieu 1 au fait suivant : ici, l'original dont viènt « la création pri- l'intérieur_de l'ensemble accouplé,_ .c'est-à-dire à appréhender un
mitiL'e >• est ·constamment p1•ésent et ViVant et; par conséquent, de ses membres conformém~nt au sens de ra.utre; dans la mesure~,
la « création primitive » eUe-même co-nserve toujours son mouve~ bien· entendu;. où _les_« moments.>, du S~J!S, ·réalisés dans l'expé.. ~
ment vivant et agissant. Et, en deuxième lieu, nous nous }leurtons fience de l'obJet, nA eréentpas la; cQnscienee des (( différen.ces.))
à la particularité dont nous connaissons déjà le caractère néces- et n'annulent pas.ainsi la transposition.
saire· : l'objét apprësenté par cette analogie ne peut jamais ~tre Dans le cas· de .l'association et de l'aperception dë l'alter-.ego
réellement prffserit, ne peut jamais être donné dans une pereep- par l'ego, qui nous intéresse particulièrement ici, l'aecouplement.
tion véritable. _Le 'fait que l'ego et l'alter-ego son t'toujours léces- ~e se produit que lorsque << raut re )) entre dans le cbamp ge ma
sairement donnés dans un accouplement originel se trouve en percepti,GD. Moi.-·[e moi psycho-physique primoTdial .....-je suis
rapport étroit avec. cette première particularité. · · ·eonst~mment <~ distingué>> à_ l'intérieur du ebamp primordial de-
- L'a,ccouplement- c'est-à-dire une conilguration en··« couplés» mes p_~.rceptions,indépendamment de l'attention que je me prête
qui, ensuite, devient la configuration en groupe, en multipli .. à'!Jloi~même. c'est:.a~dire que je me tOurne <• 9.ctivement »vers
cité, - est un phénomène universel de la sphère transcen- moL ou non. c~est en particulier mon corps .qui est toujours ld,
dentale (et, parallèlement, de la sphère psychologique intention- distinctemeQ.t présent pou; ma sensibilité, mais qui, en plus~ et
-96- . --- 97 _,;

ceci d'une manière primordiale· et . originefle, est affecté du connexion avec des' présentations . véritablès~ qui changent cons-
« sens >> Spécifiqued'orgànisme .(Leiblichheit). . . ta.mment et, non moi_ns constamment, les accompagnent.
Si ,dans ma sphère primordiale apparaît, en... tant qu'objet dis- r.a proposi'tion suivànte peut servir defil condûcteuraux éclair-
tinct, un corps qui « ressemble » au mien, c'est-à-dire s'il a une cissements :, ·l'organisme étranger s'affirme dans ·.la suite de
structure grâce à laquelle il doit· subir avec le inièn le p~énof!lèiîe l'expérience. comme organisme véritable uniquement par son
d'accouplement, il senible immédiatement cla.ir qu'il dcit aussi- « comport~me.nt )) changeant, mais. toujour.s. concordànt. Et cela, ·
tôt acquérir la signification d'organisme qui lui est transférée par dè la manière .suivante :. ce comportement' a un côté physique qui
le mien~ Mais la structure de l'aperception· est-elle Yéritablement à apprésente du psychique comme son indice. C'est sur ce « compor-
.ce point transparente? Serait-ce une simple aperceptio~ par. trans- se
tement)) que' porte l'expérience originelle, qui vérifie et se con-
fert,' comme n'importe quelle autre? Qu'est-ce qui fait que ce corps firme dans la succession ordonnée de ses phas.es.
est le corps d'un. autre _et non pas un deuxième exemplaire de Et lorsque cette succession cohérente des phtJSes n'a pas lieu, le
mon propre co~ps? Il faut visiblement tenir compte ici de ce qui a co~ps est appréhendéc_omme n'étant organisme (Leib) qu'en appa-
été signalé comme deuxième caractère, fondamental de l'apercep· rence.·
tion en qu~stion : du fait que rien du sens transféré {le caractère c·~st dans cette accessibilité indirectè, inais vérita~lei de ce qui
spécifique d'être un organisme) ne saurait être . réalisé, d'une est inacces~ible directement' et en lui-même que se fonde pour nou~
manière originelle, dans ma sphère propre primordiale. l'exis~~_nce'de l'autre. · .
Ce qui peut être présenté et justifié directement est «moi-même>>
52 . .L'appri!sentation comme expérience. ou « .n1'appartient » en propre. Ce qui,. par· contre, nf. ·peut êt~e
a.yant une m.anièr.e propre de se eon:jirmer. donné ·qu'au moye~. d'une expérience indirecte, « fondée)>, d'une·
. Mais ici surgit la tâch'e difficile de faire comprendre co-mment u~e expérience qui ne présente pas l'objet lui-:même, mais le suggère
aperception pareîlle .es.t possible èt pourquoi n'est-elle pas plutôt seulement et vérifie cette suggestion par une· concordance .interne, ·
tout ~e suite annulée? Comment ·se fait-il que, conformément aux est «l'autre.· )) . ·
faits~ le sens transféré -~st _ac.cepté comme ayant une valeur exis- On Ii~ saura~t le penser que comme quelque chosè d'analogue à
tentielle, comme ensemble de déterminations «psychiques » du ® qui <<:m'appartient •>. Grâce à ia ·constitution de son sèns, il'
corps"d~ l'auti·e, tandis q.ue celles-ci ne peuvent jamais se. montrer,. apparaît. d'une façon nécessaire dans mon (( monde .)} :primordial,
en elles-mêmes, dans le domaine original de ma sphère primor- en quàlité de mo_dification· fntentionnelle de nion ,moi, objec-
diale (le seul qui est à notre dispositio.n). tivé en pré~i~r lieu. Au point de vue phénoménologique, l'autre
Considérons .de plus près -la situation intentionnelle: L'appré:.._ sa
-est une:modificatio'(t de ((mon )) moi (qui, pour part, acquiert ee
stmtation qui nous donne ce qui, en àutruii nous est inaccessible en caractère d'être «mien)) grâce à l'accouplement nécessaire·q~i l~s
original, 'est liée à une présentation originellé (de son corps, élé:.. oppose)~ · · ~
ment c~ristitutifde ma nature, donnée eomme ((m'appartenant )>) •.. Il es~~lairque par làmême on apprésente dans une_ modification
Mais; dans cette liaison, le corps de l'autre etpautre mohjui en analogiq1Je· tout ce qui appa:rtien:t -à rêtre COJ!Cret de cet autre.'ego
est maUre sont donnés. tlans l'unité 'd'un~ expérience essentièlle-:' d'ab~rd en qualité de son· monde primordial,_ et en qualité d'ego
ment ~ranscendante. Chaque expérience se .rapporte à d'a~tres. pleinement concret. ensuît,e. Autrement dit, une auire more-ade se
expériences quLconfirment et réalisent ce qui est signifié da~s ses. /.constitue, par apprésentation, dans la mienne: ·
horizons· d~apprésentation. Celle-éi eml,rasse des synthèses, sus- Citons un exemple instructif : à l'intérieur de <~ ce qtii m'appar-
:ceptibles. ~e vèrification' d-'_ une expéri~nce qui. se .développe. en -t!.ent »,·et plus précisément dans la: ·s.phère ~vanté du pr~s~nt,
acco~d avec eUe~ même; elle ·les· englobe_ sous forme d'anticipation·' mÔïl,_passé. est donné,~· .d'une ·raç()ri indirecte, par;Je···souvenil" . u-
non-intuitive. En ce qui côncerne.l'eiq>érience de l'autre, il est lement, et ~'y présente avec le caractère d'un présent passé; co.mme
clair que sa progression vérificatrice ei ;réalisatrice ne peut ·con-. une~ _modification ·intentionnelle· d~. présent. La. c-On~rmation, par
sister qu'en de nouvelles séries d'apprésentations synthétiquement l'expérience de ce pa~sé, en tant qu:e d~U:n~ modJficati:on, s'-effèctne
concordantes; Elle ne péut consiste!,"· que dans la manière dont· alors nécessairement dans les synthèses CO!J.CO.:rdantes. du. souve-.
ces. app:résentations empruntent leur. valeur existentielle À· leur · nir; et c'est de cette manière se~lement que le pasSé ~n tant que. tel
-ilS- -99-
se vérifie. De même que mon passé, en tant que souvenirs transcende une libre modification de mes sensations cinesthésiq.ues et, en
nlOn présent vivant . comme sa modification, 'de même l'être de pa:rticulier, par l'acte de« tourner autour )), changer ma situation
l'autre que j'apprésente· transcende mon être propre au sens de de telle manière que tont illic se transforme en hic, c'est-à-dire
l< ce qui m'appartient )) d'une manière primordiale. je peux occuper p.ar· mon corps n'importe quel lieu- dans l'espaèe.
Dans l'un et dans l'autre eas, la modification est un élémènt du Cela implique .que si je per~evais de là ( illinc), j'aurais vu les
sens même; elle est un· corrélatif de l'inte_Jltionalité qui .la. consti- mêmes choses, mais données au moyen de phénomènes différents,
tue. D~ même que mon passé se forme dans mon présent vivant, tels qu'ils appartiennent à «l'être vu delà-bas )) (illic) ou, encore,
dans le dom~ine d.e la ·(( perception interne >>, grâce aux sou- qù'à la_constitution~ de· toute chose appartiennent .essentiellement,
venirs concordants qui se. trouvent dans ce présent,_ de même, non seulement les systèmes des phénomènes propres à ma percep-
grâce aux apprésentations qui apparaissent dans ma sphère pri- ~ tion hic et nunc, mais des ·systèmes entièrement déterminés,
mordiale ·et sont motivées par les contenus de cette sphère, je peux _coordonnés au changement de situation qui me placerait là-bas
constituer dans mon ego un êgo étranger; ce qul veut dire que (i,lic),,ct il en est ainsi de tput illic.
je peux le constituer en des re-présentations d'un type nouveau, La correspondanee, ou plutôt la coordination des éléments de la .
~yant pour corrélatif un autre genre _de modification; Toutefois, constitution primordiale d~ (( ma )) nature,. corresponàance et
tant qu'il s'agit de rê-présentation à l'intérieur de ma· sphère. coordination.. caractérisées elles-mêmes comme associations, ne
d'appartenance, le « moi-c.entral )) qui leur appartient n'est autre devraient-elles pas contribuer essentiel~cment â élucider lè rôle
que mol-même, tandis qu'à tout ce qui m'est étranger appartie.nt associatif de l'expérience de {( rautre »?·Car je n,appréhende pas
un moi apprésenté, que je ·ne sui~ pa8 moi-même, mais qui est ~a «l'autre» tout simplement comme mon tJ.ouble, je ne l'appréhende
modi.fiéation, un autre moi, qui reste intimement lié aux horizons ni pour!u de ma sphère originale ou d'une sphère pareille à la
apprésèntés de son être concret. mienne, ni pourvu de phénomènes spatiaux qui m'appartiennent
Une. explicitatio~ des conneJÔ.ons noématiques de l'èxpérience de- en tant que liés à l'(' ici »·-(hic); mais- à considérer la chose de
'' l'aub·e» suffisante pour nos fins et tout à fait ·nécessai:re pour en plus près- avec des phénomè{tes teles que je ·pourrais en avoir
élucider l'œuvre constitutive se réalisant au ·moven de l'associa... si fallais << là-bas » (iltic) et si fr étais. E.nsuite, l'autre est
tion, n'est pas achevéS par· les analyses que n~us avons faites appréhendé dans rapprésentation -comme un {( moi ~> d'un monde
jusqu'à présent. Il faut la compléter et la. pousser assez loin pour primordial ou une monade. Pour cette monade, e'est son corps
que là. possibilité eCl~ portée d'mie eonstitutiou transcendentale qui· est constitué d'une ·manière originelle et _est donné dans le
du monde objectif puisse d~venir évidente et pour que l'idéalisme mode d'un <<hic absolu »:centre fonction,nel de son act~on. Par
phénoménologique transcendental pùisse deveni'r pleinement trans- oonséquent, le corps' apparaiss~nt .dans. ma· .sphère monadique'
par~nt. · ·· · :dans le mode de l'illic, appréhendé comme_ l'organisme cO-rporel ·
d'un autre~ comme l'organisme de. l'alter-ego, rest ~m même temps,·
5:-f; Les potentialitésde la sphère primordiale comme le' m~me corps, dans .le rnod_e· du ((hic », dont ((l'autre t)
et leur fonction cqnstitut-i-ve dans
faperceptlon d'autrui. a l'expérience dàns sa sphère monadique. Ef cela, d'une façon
Dans ma sphère primordiale, mon ·corps~ se rappoi·tant ·à lui- concrète, avec tou~ les intentionalités constitutives que ce mode
rilême, est don.né dans le n1ode du hic; toij.t autre corps -- et impl,ique. · ·· · · ·
·aussi le corps d'autrui- dans.celuide l'illic. L'orientation de cet
54~ Explicitation du seJl.&· ·
illic est, grâce à mes ~tats cinesthésiques, susceptible de variation.
de .l'apprésentation,expérience de l'a:utre.
libre. En même temp~, par et dans ~es changements d'orientati~ns, ·
se constitue dans ma sphère ];rimo:rdiale une « nature » spatiale, de
Ce que nous venons de dire concerne: visiblement le cours l'as-
et elle, se constitue en rà.pport intentionnel avec mon corps, en tarit sociation qui constitue· le phénomène.d' <.<autrui.">>. Elle .n'est pas·
que: siège des perceptions. ·Le fait que -mon organisme corporel immédiate·. ·Le corps (de celui_qui va être autrui) qui appartient à
est et p'Emt être appréhendé con..me un corps naturel, se
tt•ouvant J)l~n ambiance primordiale, est polir moi un corps dans le mode
et se mouvant <tans ·respace comme tout autre corps, est visible- de l'illic. Son mode .de pa.raitre ne s'accouple pas par association
ment lié à· la possibilité q~i s'énonce. comme suit : je peux, ·par directe au mode d'apparaitre qui .est constamment et âctuelleme~t ·
-lOO-
-·tot-·
inhérent à mon corps (da~s le· mode du hic). Il éveîlle et reproduit
un a_uire mode d'âpparattre, immêdiatement analogue· à celui·Vi '; conséqu(mt; d'un illic déterminé. L'un et ·rautre. s'excluent réei-
mode d'apparaitre des phénom~nes qui. appartiennent au. système prQquement. Mais, puisque le corps étra!lger (illic) entre dans un
constitutif de mon organisme entendu, comme corps spatial. Ce . ~.ccouplement associàtif avec mo·n corps{hic). et, donné dansla per~·
mode d'appar~ître rappelle· l'aspect qu'au~ait mon corps «si j'étais c~ption,, devient I.e n~yau d'u~e apprésentatïon- celle de -l'expé-
là-bas» (illic). A. cette occasi~n s'accomplit un accouplement; bièn rience dun-ego co-existant ~ ce dernier doit nécessai~ement être
a
que l'évocation n'aboutisse pas un souvenir intuïtif'. A cet acco~­ appré.senté, conformément à tout fe cours de l'associatiôn qui -cons~
plement.participent non seulement l~s modes d'apparattre de mon titue son sens, comme un ego qui co-existe. e·n ce moment dans le
~orps, éyoqués en pre.mier lieu, mais m~n corps lu:i-m~me en qua-
mode de l'illic (« comme si, moi, j'étais là-bas ») .. Mais mon ego
lité d'unité synthé.tique de ces modes-là et· de ses àutres modes propre, donné ~ans ûne aperception ...:onstante de mo.i-mème, existe
d~.paraître, multiples. et faffi:iliers. ·c'est ainsi que 1'ape.rceptio·n. en ce :rp.o_ment, d'une manière actuelle, avec le contenu de son hic~
assimilatrice, grâce à laquelle le corps extérieur (ülic), analogue Il y a. donc un ego apprésenté comme autre. La coexistence incom-·
à mon propre corps, acquiertle sens d'çrganisme, devient possible .. patible· dans la sphère pJ;imordiale devient· comp~tible par le fait
Il acquiert par s_uite la signification d'un· organisme se trouvant suiv~nt; m~n ego primordial, qui constitue pour lui d'autres· ego;
dans un autre (( monde )} analogué à mon monde primordial. le fait au moyen de paperception apprésentative qui~ conformément ·
. Le ·style général de cett_e aperception, comme -eelui de toute à SO!l sens spécifique,. n'exige ,et· n'ad·met jamais sa confirmation
par une présentation. · · · ·
aperception issue .de l'association, doit êtrb décrit de ·18.. n1anière
suivante : lorsque-les données, fondement de· Taperc~ptioii, -s~ ~ On ·comprend facileme:o,t ~us~i la manière dont unè ·apprésenta- . l'

·recouv~ent .mutuellement dans l'association;' une- association. de


tion de ce genre fournit, dans la progression constante de l'associa-·
.degré supérieur s'effectue. Si l'une de ces données est un des modes tion, des données apprésentatives t~uj_o~rs no~velles; et comment
â'apparaitre d'un objet intentionnel - indicé éveillé par l'asso- elle n~us apporte une certaine connaissan.ce des contenus varià.bles
ciation d'un·_·système· de phénomènes· mu.ltiples, dans lesquels il. d·e l'al~er-ego; et, d'au~re part, on comprend comment tine 'l)ëri-
pourrait se présen.terJui.,.m~me - l'autre donnée est alors « com- ftCât_ion concordante de ces apprésentatiomt est possible : grâc~,
~létée .}> dé manière à d_evenir phénomène de qu~)que chose et, ·notamment, à leur-liaison avec des présentations constantes. L'àp-
:t;~otamment, .phénomène d'un qbjet: analogue. Cela ne signifie pas et
préhension de 1~ structure organique du corps de l'autre de son .
que)'unité ·et la multiplicité tra~sférées· à cette deuxième doimée comportement spécifique formë lepremier contenu détérm{n{;. c'est
.·rie fassent que la \( co_mpléter » au moyen .. des.·m.odes d'apparattre l'appréhension des membres ·_comme mains qui. touchent ou' 'qui
propres à la première; bief,l au con~raire, l'objet appréhendé ·p~r ana- · poussent, comme jambes quimàrchent, comme yeux qui voient,
logieO:U le système des ph~nomènes d~nt il est l'indice s'aiuste~ · etc. Le m.oi est d'abord déterminé seulement comme agissant
.·précisément par a:t:lalogie, aux phénomènes analogties qui ont évo- d~ris le corps. Et il s'affirme d'une manière continue dans la mesure
qué tout ,c~ sy~tème~ Tqut transfert P..rovenant de l'acco!Jplement où tout le développement des données de ma sensibilité primor-
associatif est ·en m~me temps une fits{on el, 4~ns la. mesure où· il diale et .directe correspond aux processus qui~· dans·leurs types,
n'y a _pas d'incompatibilité· entre les· données, assimilation. et adap- me sont familièrs, grâce à m.a propre activité dans mo.n corps. 0~
tation mutuelle de leur signification. en ·arrive ensuite à l' Einfùhlung de contenus déterminés de la
Si nous r~venons maintenant à notre ·ca~ de l'aperception ~d·e sph~re _psychique supérieure~ Ils nous sont suggérés, indiqués, eux
. l'a?ter-ego, il va de· soi que. ce qui est apprésenté, ·dans' mon aussi; par le corps et par le compnrtement de l'organisme dans le.
amb_iance. .primordiale, par le corps~_qui est là-bas (§Ùic), n'appar- monde ·extérieur, par ex~mple, comportement extérieur· du cour-
tient pas à ma sphè~e psychique,_ ni, en général, ·à la sp.hère qui roucé;· d:u joye1,1x, ~-tc. Ils me sonf~~mpréhensibles à partir .de ~on
m'est propre. De par. mon corps organique, je_suis Ici centre. d'un propre comportell1ent dans des cn~constances analogues. Les pro-
· <<. monde » primordial, orienté autour dé. moi. Pal' là, l'en·seinble cessus psychiques supérieurs - si multfple 4~ et si connus _qu'ils·
, de ma sphère. d'apparien_ance ·primordiale poss~de.· en.'tant que. soient .......;. ont de nouveau leur style nécessa1.1.·e de cohésion et de
monade, la structure. du hic et non pas le. contenu -~'un il/j,c q_ue!- . . déroulèment, poûvant m'~tre compréhensibles de par l~urs. atta~hes
. conque, variable dans le. mode. du (( je puis et je f~is ~),. n:i, par associatives à mon. propre style 'de vie qui. m'est empiriquement .
f~lll~lie:J; dans son type-~pproximatif. Chaque compréhension d'au-
-102- -103 ~

trui que j'effectue a pour effet ~e créer de nouvelles associations et en


nale et non pas apprésentative. Si nous ·nous _tenons à l'expé-
d'ouvrir de nouvelles possibilités de compréhension, de même qu'in- rience· de l'autre, telle qu'elle s'effectue et se· réalise· en fait, nous
versement, puisque toute association accouplante ·est réciproqUt~, constatons qu~ le corps est immétlia(ement donné dans la per-
la compréhension .effectuee dévoile notre vie psychique propre; ception sensible comme corps (vivant) d'autrui, et non comme uri
dans sa. ressemblance et sa diversité et, par de nouvelles appré- sifilple indice. de la présence de l'autre; ee fait n'est-il pas. une
hensions distinctes, la rend capable de former des associations· énigme? ·
n où v.elles . qomment s'identifient le corpB de ma sphère originale etle corps
- totalement séparé - constitué dans l'autre ego, lequêl, cep~n­
55. La communauté des monades et la première forme dant, une !ois constitué, se présente comme identiquement le_
de l'objectirité : [f!- Nature intersub}ective. même? Comment cette identification est-e.Ue en général possiblé?
l"'lus importante ex~cOI·e est l'élucidation de la communauté se Tou~efois l'énigme n'a lieu que si les deux sphères d'originalité
formant à odês de grès différents et qui,. grâce à .!"expérience de sont déjà distinguées. Or, cette distînction présuppose que· l'expé·--
l'ëiutre, s'établit bieh_tôt entre moi - ego psycho-physique pri- rience d'autrui a déjà acc01npli son œuvre. Puisqu'il s'agit icl non
mordial agissant dans et par mon corps primordial- et l' ·<<autre))' point de genèse temporelle de ce genre d'expérience, à partir d'une
donné dans l'experience. de l'apprésentation ; ou, à considérer la ·expérience de soi-même qui l'aurait précédée dans le temps, seule
chose d'une manière plus concrète et' plus radicale, de la commu- une explicitatiQn exacte de l'intentionalité 1 éffeetivement incluse
nauté qui s'établit entre moi et l'ègo monadique de l'autre. Ce qui dans l'expériP.nce lie l'autre, qui nous ferait voir la motivation
se constitue en premier lîeu sous forme de communauté et sert ·interne de cette expérience, peut nous venir en âide.
de fondement à toutes les autres communautés intel-subJectives est L'apprésentation, comme telle, présuppose- nous l'avons déjà
l'être commun de Ja << Natu,re >>,_comprenant celui du «.corps )) dit- un noyau de présentations. Elle est une re-présentation iiée
et du~( moi psyc_ho-physique )) de l'autre; accouplé avec mon propre par des associations à la p~ésentation, ou perception proprement
moi psycho-physique. . dite; mais elle est une re-présentation qui, fondue avec la percep-
Puisque la· subjectivité. étrangère, revêtue du sens et de la valeur tion, exerce la fonction spécifique de eo7 présentatiQn. Autrement
d'une « autre )> subjectivité ayant un être essentiellement propre, dit, l'une et l'autre sont unies de telle sorte qu'elles ont une fonc~
p_rovient de l'appréser..tation s'effectuant à l'intérieur des limites tion communé, celle d'une perception tinique qui présente et appré-
-fermées de mon être propre; on serait enclin, tout d'abord, à y . sente en .même temps et qui, en ce qui con~erne son objet dans-
voir un problème obscur. En effet, comment la communauté ·se son ensemble~ donne la ccnséience qu'il est présent en personne.·
réalise-t-elle, ne fût-ce que souscette première forme d'un monde Dans l'objet donné~ en personne » par une perception (p~ésentation
commun?- L'organisme étranger, en tant qu'apparaissant dans ma app:résentative) dA ce genre, il faut distinguer, au point de vue
sphère primordiale, est tout d'abord un corps à l'intérieur 'de ma ·noématique 1 ce qui en est réellem~nt perçu, et le surplus_ qui ne
Nature (unité synthétique qui m'est presque primordiale); et, par l'est pas mais qu) co-existe pour et dans la perception. Ainsi,
conséquent, en qualité d'élément déterminant de mon être prc.pre~­ chaque perception de ce type se transcende, elle pose pJus qu'il
il est inséparable de moi-même. Si ce corps a u:ne fonction appré- -n·y a de « donné en personne», plu~ qu'elle ne rend jamais 1'éelle-
sentative, j'ai co~science d'autrui en même temps que de ce corps; m·ent présent. N'importe qüelle perception extérieure, par exemple
j'ai conscience .d autrui, tout d'abord, en.liaison avec son· corps
1
la perception d'une maison (le devant~ l'arriè:re) appartient à ce
qui se révèle à 1ui P-n un « hic absolu ». Mais comment se fait~il groupe. MRis} au fond, toute perception, toute évidence en géné-
qu'en gènéral je puisse parler de l'identité d'un corps qui, dans ma ral, est décrite par là dans sa structure la plus générale pourvu
sphère primordiale~ m'apparaît- à moi dans ld mode d'illic et qui que le mot «présentation »soit entendu dans un sens assez large.
lui apparait à 1ui, dans sa sphère, dans le mode du hic? Ces deux Si nous appliquons ces généralités. au èas de l'ex-périence de
sphères primordiales, la mienne qui, pour moi, - ego ~ est la !'autre, n.ous verrons, là enco:re, .qu'elle ne peut appresenter qw_
sphère originale, et la sienne qui, pour ·moi, ·est apprésentée, ne parce qu'elle présente, que l'app~ésentation ne peut avoir lieu que
sont-elles pas séparées par nn abtme infranchissable pou'!' moi? Car si elle s'effectue liée à une présentation. Par. conseque:1t, l'élé-
franchir .cet abîme sign;ifierait avoir d'autrui une expérience origi- ment présenté doit, dès le début,_ appa-rteni1' à l'unité de l'objet
104 ;_

apprisenté~ Autr~ment dit, ·la chose ne s_e passe pa~ :comme si le. qu'elles réalisent· et, en partie :aussi, les objets q·ui y sont effecti-
corps de m~ sph·ère primordiale, corps qui est un indice de l'autre vem~nt perçus; ne sont pas les mdmes, mais pr~eisément ceux et
moi (et par là· une sphère- primordiale t9talement autre,. un autre tels .qu'on le~ am.;ait d~ là-bas (illinc). Il en est de même de tout
ego concret) pouvait apprésenter l'existence et la co-existence de· ((.ce qui m'appartient )) et de tout ce qui m'est étrànger et cela
cet autre moi, sans· conférer à ce. corps primordial le sens d'un · · même lorsque l'explicitation orighielle ne se déroule pas en percep-
corps appartenant, lui aussi, à l'autre ego; et; par con.séquentr tion·~ Je n aj pas d'abord une seconde sph~re originale apprésentée,
1

sans que celui-là reçoive·- conformément à tout ce genre. d~activité avec une se-conde nature et:un séeond organisme corporel (l'orga-
àssociativo-aperceptive--"- lesens d'un organisme ~tranger. -nisme de l'autre) dans cette nature, pour me demander ensuite
Les choses ne se passent donc pas comme si le corps,~ qui, dan~ comment. arriver à eoncevoh·- les deux sphères comme mqdes d~
· ma sphère primordiale·, ·est illic, ~emeurait sép~ré d~ l'organi_sme.. présentation. de la mêine natu_re objective. Mais, par le ~·ait méme
corporel d'a~~rui·, co~me une espèce d'in.aice de son analogon . de l'apprésentation et· de son unité nécessaire avtie la présentation
-. (en mettant èn jeu une motivation évidemment inimagi~abJe), qui l'accompagne (grâce à· laquelle seulement l'auh·e et· son ego.
comtne si ma riature primordiale et la nature apprésentée des
autres,· et p~r suite, mon ego concret et celui des autres, restaient
concret peuvent, en général, exist~r pour moi) l'identité de ma
nature primordiale et de lo. natll:re repré$e~tée par les autres est
'séparés dans le champ de l'~ssociatio~ et de l'apprésentatio~~ .néeéssairement établie. On a. donc le droit de .parler iei de la. per-
Bien au contraire, ce corps .illic, appartenant à ma Natùré· prt- ception de l'autre et, ensuite, de la percepti.on du monde objectif,
. ~ordialè,- apprésente immédiatement, en quelque sorte, l'autre de la perception du fait que l'autre « soit :i> la même chos~ que
moi; 'et cela, grâce ..à; l'accouplement associatif entre- ce corps, moi, etc., bien que cette perception se déroul~ exclusivement à l'in-
d'une part, et mon organisme.· corporel, avec le moi psycho- . térieur de ma sphère d'appartenance. Mais eela n'empêche pré.cisé.:..
. physique qui en . est maitre, d'autre part. Il apprésente avant mentpas son intentionalité de transcender ce qui m.'èst prop~e et,
tout l'acti~ité immédiate de ce moi dans ce corps' (illiê), et son par conséquent, mon ego de constituer en}ui-même un autre et·de
action· (médiate), au moyen de ce corps, sur !a Nat~re qu'il le constituer comme existant. Ce que je vois véritablement, ce n'est
perçoit, sur la même Nature à laquelle il (illic) appartient et· qui . pas un signe ou un· simple analogon, ce n'est J)as une· image--: au
est aussi ma Nature primordiale~ C'est la même Nature; mais sens qu'on voudra, - c'est autrui; et c:e qui en est appréhendé
donnée .dans le'-mode du·«. comme si·fétais,·moi; à la place de cet dans l'originalité. véritable, ce corps-- illic__; (et même une de ses
· autre organisme corporel )) . Le corps est le même; il m'.est donné à faces superficielles seulement) c'est le corps d'autrui luiMmême;
moi comme illic, à lui commehic,.comme «corps-central)) ,et l'e~­ il est seulement vu de l'endroit où je me trouve et ~- ce côté-ci;
semhle de ma NB..ture est le même· que celui· de l'autre; La Nature c'est, ~on.formémèilt au sens eo_nstiiutif de la perception· de l'autre;
est constituée dans ma sphère primordiale comme unité identiq_ue un organisme corporel app:;trtenant à une âme quit pa.r essence,
de mes multiples moJes de présentation, identique dans ses ·orien• est inaccessible directement, l'un el rautre étant donnés dans l'uni-
tàtions variab_les par rapport à. mo1i corps, qui est le « point- té deJa réalité psycho-physique. · -
. zéro >>, le hic absolu; la Nature est constituée comme id~ntité des D'autre part, à l'essence intentionnelle de cette perception d'au-
multiplicités encore plus riches qui, sous forme de phénomènes . trui- qui, maintènant, existe comme moi-même, à l'intérieur ùu
variables des différents « sens)), sous fol'me de « perspectives >> · . monde, désormais. objectif- appartient 1~ fa.it que, en qualité de
variées, appartiennent à chaque orientation particulière hic et illic, sujet pèrcevant, je peux. retrouver cette distinction entre.ma sphère
t:·t appartiennent à mQn corps lié au hic absolu d'urie manière primordiale, à moi, et la sphère· p-urement. représentée d'a:utrui, le
touté spéciale. Toutes ces- structures me sont dqnnées en original fait que je pe"Gx suivre ·ces deux couches du noème dans leur spé-
comme-·<( appartenance »,commece qui m'est directement accessible cificité et expliciter les connexions des_ intentiona.lifés associatives.
par une explicitation originelle de moi-même. Dans l'qpprésenta~ I..e phénomène de l'expérience : <<.Nature objective )) porte, .au- .
tian de l'autre, ces systèmes synthétiques constituant les modes dessus de la nature constituée d'une façon prïmbrdiale, une
·d~apparaitre sont les mt!mes, p~r conséquent to~tes les perceptions seconde couche, simplement apprésentée, provenant de l'expé-
possibles efleurs ·contenus noématiques ·le sont aussi; cep en~ rience de l'autre. Cela- concerne tout d'abord l'organisme corporel
darit les perceptions effectives et les <( manières de donner l'objet)) dtautrui. qui est, pour· ainsi .dire, l'objet p.1.•emier en soi~ tout
HussERL, -- Phénoménologie. 8
-106- ~ 107-

comme t autre homme est dans l'o.rdre de la constitution l' hornme comprises_ comme modifications intentionnelles de celle-là,
premier en soi. grâce aux nouvelles unités constituées dans la variation de ces ano-
Quant à ces phénoménes premiers de l'objectivité, nous les malies. Aux pr·ohlèmes de l'anormalité appartient celui de l'ani~
avons déjà tirés au clair :si je « t:ecouvre »(«réduis))) l'expérience matité et de la gradatit>n des animaux en« inférieurs et supérieurs)) ..
d'autrui, j'obtiens la constitution du corps de l'autre à l'intérieur de Au point de vue de la constitution, l'homme représente, par rap-
ma sphère primordiale dans sa couche présentative la plus profondP.; port aux animaux, le cas normal ; de même que moi-même, je suis
si j'y ajoute cette expérience de l'autre, j'ai une appresentation du. dans l'ordre de la constitution la norme première pour tous les
même organisme, apprésentation qui, en recouvrant la couche êtr~s. humains. Le.s animaux sont essentiellement constitués po.ur
présentative et en se synthétisant avec ·elle, me donne cet orga- moi co~1me ((. var1ant~s :> an;)rrr:ale~ de mon humanité, sans que
nisme dans le. mode où il est donné à l'autre lui.,.même. cela rn empêçhe de dtstmguer a nouveau . dans le règne animal
A partir de là, tout obje~ naturel, dont j'ai et dont je peux avoir le normal de l'anormal. Il s'agit toujours de modifications inten-
l'expérien-ce dans ma ·couche profonde, reçoit, comme on le com- tionnelles qui se révèlent co'mme telles dans la structure de leur
prend facilement, une couche apprésentative (ql!i n'est nullement sens. To~t cela exigerait des explicitations phénoménologiques
explicitement perçue). Celle-ci forme une unité synthétique d'iden- plus profondes ; un exposé très général suffit cependant à notre
tité a.vec la couche donnée dans l'originalité primordiale, et cons- but.
titue· ainsi l'objet naturel identique,. donné dans les modes de ~près ces .éclaircissements il n'est nullement éniématique que je
représentation possibles d'autrui. ·.Cela se reproduit, mutatis p_msse constituer en moi un autre moi 1 ou, pour parler d'une facon
mutandis, pour les objectivités d·e degrés supérieurs, constitués plus radical~ encore, que je puisse constituer dans ma monade ~ne
dans le monde objectif concret, tel qu'il nous est toujours présent· autre m_onad~ et, une fois constituée, !;appréhender précisément
couime monde des hom~es et de la culture. en qualtt~ d autre; nous ·comprenons aussi ce fait, inséparable
Or, le sens de l'aperception qui réussit à atteindre l'autre d~. prem1e~, que je puis identifier la Nature constituée par
implique nécessairement une expérience immédi.ate de l'iden- mm avec la Nature con~tit~ée par autrui (ou, pour parler avec
tité entre le monde des autres, monde appartenant à leurs sys- toute la précision nécéssaire, avec une Nature constituée en moi
tèmes de. phénomènes, et le monde de mon système de phéno• en qualité de constituée par.autrui). . '
mènes. Et cela implique, à son tour, une identité entre les-sys- Cette identifi~ation synthétique ne présente pas plus de mystèré
tèmes respectifs de phénomènes. Mais nous savons bien, pourtant, que toute au~re id~ntifi.cation, par conséquent, pas plus que n'im-
qu'il existe des a-nomalies, qu'il y a des aveugles, des sourds,.., po.rt~ quelle IdentificatiOn ayant lieu à l'intérieur de ma sphère
etc. ; les systèmes des phénomènes ne sont donc aucunement iden- or1gmale ~~opre, grâc.e à laquelle l'unité de l'objet .peut, en géné-
tiques et des couches entières .(bien que pas toutes) .peuvent diffé- ral, acqu~r1r pour ~01 un sens et une_ existence par l'intermédiaire
rer. Cependant, il faut que l'anomalie se constitue d'àbord elle- des r:e-presentations. Prenons les exemples suivants très instructifs
m~me comme telle, et elle ne le peut que sul' la base de la norma- et en:ployons-les; en même temps, pour développer l'idée d'un lien
lite. qui, en soi, la précêde. Cela conduit à de nouveaux problèmes constitué par l'intermédiaire de la z:e-présentation. Comment ma
que pose une analyse phénoménologique dp. .degré supérieur de propre expérience vécue (Erlebni~·s) ac!J,uiert-elle pour moi Ie ~~ns
l'origine constitutive du monde objectif, c;est-à-dire du monde et la valeur d'être, d'exister dans sa forme temporelle et dans. . son
existant pour nous et tirant son existence des· sources de notre .contenu temp<>rel identiques 1 L'original n'est plus; mais dans et
·propre sensibilité. Il n-e saurait autrement y avoir po ru: nous· ni par des ~e-~rése~tations répétées je reviens à lui, ayant l'évidence
sens ni existence. Le monde possède l'existence grâce à la vérifi- «.de pou~o~r touJours procéder de la sorte ». Mais ces re-présenta-
cation concordante 1le la constitution aperceptive, une fois formée, tions· ré petees forment, évidemment, elles-mémes, une succéssion
qui' s'effectue dans et par la marche· progressive et cohérente et ,s(m.t sé~arées .rune d? l'autre. Cela n'empêche pas qu'une syn-
(ce qui implique des « corrections » constantes qui rétablissent these tdenhficatrtce les he, accompagnée d'une conscience évidente
la cohérenc~) de notre~ expérience vivante. La concorda~ce se du <~ I_nême »r ce qui implique une même forme temporelle qui ne
maintient aussi grâce à la modification des aperceptions due à 1,~ ~~ répète pas, rempli~ du même con~~nu. Donc, le rn!me signifie
distinctiop entre la normalité et les anomalies - celles-ci étant ICI, comme partout ailleurs, objet inténtiflnnel tdent ique d' expé-
-108--- - 109.-.
. .

rience.c; ·(Erlebnissè) sÎpiu·ées ~t .qui ne leur- est iinmane1;1t _que - -de l'autre,- de ma vie intentionnelle et de la sienne, de mes réalités
·comme. quelque chose d'irréel. . ·- · . . et des siennes; bref, c'est la création d'unèforme temporelle com-
Un ·autré cas, ·très important.en lui-même, èst celui de la consti- mune; et tout temps primordial acquiert spontanément la signi-
tution (au Sens strict du tetm~) des obj~ts idéaux;,tels que1es objets fication d'un "mode particulier de l'apparition originale et subjec- ·
idéaux. de la logique. Dans une .actiyité vivante de la pensée .- .tive du temps objectif. On aperçoit -ici que la communauté tempo:..
· un~ activité à plusieurs· articulations ~je constitue un théorème, relle des. mon-ades, mutuellement et réciproquement reliées dans
· ul}e figure· géométrique~ urie formation ·arithmétique. Une autre leur constitution même, est inséparable, · car elle est liée à .la
fois je répète cet <tete accompagné du souvenir pr.écédeni Au ·même constitution d'un inonde. et d~un temps cosmiqu~s.
instant, de p~r·un·e loi essentielle, une s-ynthèse d'i~entification entre
en jeu, et une synthèse nouvelle se''fo:rme.:: à_ chaque l"épétition 56. La constitution des .degrés supérieurs
que dans la eqnscience de notre liberté ·nous. pouvons accomplir : de·la communauté intermonadique.
· c'est ~< la· mëme » propositio~, la même formatiol) arithmétique;
·elle n'est que-produit~ à nouveau ou, ce qui est la même· chose,. ·Nous ayons ainsi élucidé le. premier et le ·plus bas degré· de· corn- ·
rendue à nouveau évidente. J..~a. synthèse s'étend donê ici (parl'inter• munauté qui s'établit et s'éffectue enlJ.•e moi, monade ·primordiale
médiaire des représcmtations~souvÊmirs)- à l'intérieur .du courant pour moi-:même, et la niona<fe constituée en moi comme étran.."
de mes expériences (Erlebnis_se) donné· toujours comm_e déjà_ cons- gère, par conséquent comme existante pour elle-même, "mais
titué; de mon présent vivant aux moments passés de ma. vie, et qui ne peut justifi~.ù· son· existence, pour moi 1 que d'une manière
.~ ·•

établit ainsi u-n·l~en entre eux. - purement -apprésentative. Admettre que c'est en moi que les autres
_ Icileproblème transc(mdenial, très important eQ lui-méme,.des se constituent en tant qu'autres est le seul moyen de comprendre.
objêts idéaux proprement dits, _trouve 'd'ailleurs sa· solution.; leur qu'Ils puissênt avoi_r pour moi le sens et la valeur d'existences et
supraeteinporalité se -révèle comme omni-temporalité, corrélative d'existences déterminées. S'ils acquièrent ce sens- et cette valeur
à une possibilité d'être librement pl'oduits et reproduits, à ri 'importe aux sources d'une· vérification co~stante,: ils existent, et il faut
qu~l mom~nt du temps. Tout ceci - le monde objectif une fois que j~ l'affirme, n~ais seulement avec le sens avec lequel.ils sont,
constitué, "avec son temps objectif et .~es hommes. objectifs, sujets constitués: ce sontdes monades qui existent pour elles.:. mêmes de
·de: pensée possi-bles, - s'applique de toute évidènce aux forma· la même manière qùe j'existe poul' moi. Mais alors elles existent
tians (Gebilde).idéales, objectivées à l_eur t(}Ur; et à leur omni- aussi en communauté, par conséqùent (je r~pète, en raccentuant, ·
temporalité obiective. On comprend aussi qu'elles s'oppose~t par l'expression employée plus haut) en liaison avec moi, ego concret,
là même aux:réalitês objectives, individuées dans· l'espace et dans · monade. Elles sont pourtant réellement séparées de nia. monade,
le temps. . . et tant qu'aucun lien réel ne conduit de leurs expériences (Erleb- ·
Revenons maintenant à notre cas de l'expérienêe de l'autre. Dans n'isse) aux miennes, de ce qui leur appartient à ce q'l,l,i m'appar-
sa structure éompliqué~, elle établit une connexio·n semblable à tient. A cette séparation correspond dans la (\ réalité »; ·dans
cetie liàison. par_ tentremise rtes t•e-présentat~ons. Elle éta~lit une le« monde)), entre mon être psycho-physiqu-e et l'être psycho-phy-
connexion ent:re l'ex.périen'ée vivante et se déroula~t sans entraves sique d'autrui, une séparation qui se présente comme spatiale à
ni inttn·:ruption que l'ego concret· ade ~ui:-même, c'est-à~dire sa èaüse du caractère spatial des organismes objectifs. Mais, d'autre
spltèr·e primprdiale, et la sphère étrangère représentée dans cette, part, cette communauté originelle n'est pas un rien. Si, << réelle-
derilière .. Elle étalllit cette· liaison au :noyen -d'une synthèse_ qui. ment », toute monade est, une unité absolument circonscrite et.
identifie l'organisme cQrporelde l'aritre 1--donné d'une !llanière pri- fermée, toutefois la pénétration irréelle, pénétration intention-
mordiale, et le même organisme,·· mais apprésenté selon un autre nelle d'autrui dq,ns ma sph.ère primordiale, n'est pas irréelle au
mode d'apparaitre;· De là elle s'étend à la synthèse, de la Nature sens du-rêve ou de la fantaisie. C'est l'&t1•e qw; est en cammunion
i~entique, donnée à.: la fois, d'une manière .primordiale, d.ans l'ori-_ intent_ionnelle avec de l'&tre. C'est un lien qui, par principe, est
ginalité de la sensibilité pure et dans rapprésent~tion. vérifiée .. sui generis, une communion effective, celle qui est précisément la
Par là._ est définitivement· et· prim.itivem_en_t fondé'e la CQexis- . condition transcendantale de l'existence d'un monde, d'un monde
te~u:e de mon moi (et ~e mon ego. co~èret,. ~n général) .avec le. moi· des hommes et des choses.
111-
. __:._ 110 - .
désignons par le terme d'intersubjectivité transcendentale. Il va sans
Après que le premier degré de la communauté et, ce qui est dire qu'elle. est constitué·e comme existant purement en moi:-même,
presque équivalent, de la constitution du monde objectif à partir ego méditant, constituée comme existant pour mois en partant des
~ù monde primordial, se trouve suffisamment élucidé, l'analyse sources de mon intentionalité, et néanmoins ·comme être qui, à
des degr:és supértëur.s offre relativem~nt m<>ins de difficultés. Bien travers toutes les modifications. de se3 formes de constitution, se
qu'en vue dè leur explicitation complète il soit n~essaire d'effee- retrouve comme identique et ne différant que par et dans ses
tuer des recherches étendues, s'attaquant à des ensemble~ de pro- modes - subjectifs - d'apparaître. Elle est constituée comme
blèmes bien différenciés, nous pouvons nous .contenter ici _de n'en portant nécessairement en elle-même le mê'me. monde objectif. Il_
tracer que les gTandes lignes, facilement saisissables. . ap!Jartient manifestement à l'essence du monde transcendentale-
En partant de moi, monade primitive dans l'ordre de la consti- · ment constitué en moi (et, de même, à l'essence du monde consti-
tution,farrive aux monades qui sont« autres)> pour moi_, ou au;x: tué dans toute communauté, possible· et imaginable, des monades)
autres en qualité de sujets p.~yeho-physiques. Cela implique que que ce monde soit en même temps un monde. des homm,es, qu'il S(Jlt
j'arrive aux «;autres» non pas comme s'opposant à moi par leurs constitué avec plus ou moins de perfection, dans l'âme de chaque
corps, et se ·rapportant, grâce à l'accouplement associatif et pàrce homme particulier, dans ses expériences (Erlebnisse) intention-·
qu'ils ne peuvent m'être donnés que dans une-certaine .« orienta- il elles, dans ses systèmes potentiels .d'intentionàlité, lesquels, en
tion », à mon ~tre psycho--physique (être qui, en général,- même qualité de vie psychique, sont déjà constitués, de leur côté,
dans le (( monde commun >) du degré que nous étudio~s - est comme existants .dans le monde. La constitution du monde
, « corps central »). Bien au contraire, le sens d'une communauté objectif dans l'âme doit être..entendue, par exemple, comme .mon
des homm?.s, le sens du terme« homme», qui, en tant qu'individu expér"ience réelle et possible du monde., mo"n expérience à moi,
déjà, est essentiellement membre d'une ~société (ce qui s'étend d'un moi qU:i s'appréhende soi-même comme homme. Cette expé-
aussi aux sociétés animales), implique une existence récip·roque de rience est plus ou moins parfaite, elle a toujours ses· horizons
tun pour l'a-utre. Cela entraîne une assimilation objectivante qu~ ouverts et indéterminés. Dans ces horizons, chaque homme est
place mon être et celui de tous le_s autres sur le même plan._ MOI pour chaque autre un être physique, psycho-physique et psy-
et chaque autre nous sommes donc hommes entre autres hommes. chique f~rmant un monde ou\·ert et infini oil l'on peut accéder,
Si je m'introduis en autrui par la pensée, et. si je pénètre plus mais où généz:alement on ne pénètre pa.s.
avant dans les horizons de ce qui lui appartient, je me heurte
bientôt au fait suivant : de même que son ,organisme corporel se 5ï. Éclaircissement du paratlélisme entre l'explicitation de la vie ·
trouve da~s mon champ de perception, de même le mien se trç>uve psychique interne et l'explicilation.égolagique et transcenden..
dans son champ à lui et, généralement, il m'appJ'éhende tout aussi tale.
immédiatement comme « autre n pour lui que moi je l'appréhende Il n'est,·pas difficile d'élucider, en partant de là, le parallélisme
-comme (( autre )) pour moi. Je ·vois également que la multiplicité nécessaire entre· l'explicitation de la vie psychique· interne et
des autres s'appréhende réciproquement comme, (( autres »; ·l'explicitation Agol()gique et transcendentale, ou le fait que l'âme
ensuite, que je peux appréhender chacun des « autres » non· seule: pure est, comme nous l'avons déjà dit, la monade objectivée par
ment comme« autre», mai's comme se rapportant à tous ceux qm et dans elle-m~me. Les différentes couches de cette objectivation
sont« autres »pour lui et donc, en même temps, immédiatement~ sont essentiellement n~cessaires pour que « d'autres » puissent
moi·même: Il est également clairque les hommes ne peuvent être exister pour la monade. .
. appréhendés .que comme trouvant (en ré~lité .ou ,~n. p~issance) Il s'ensuit' que "toute analyse et toute théorie phénoménologique
d'autres hommes autour .d'eux. La nature mfime et Ilhmüée elle- " transcendentale - y compris la théorie d-e la constitution trans-
même devient alors une nature qui embrasse une multiplicité illi- eendentale ·du monde objectif, que nous- venons d'esquisser à ·
mitée d'hommes (et, plus généralement, d'ariimalia), distribués grands trait-s - peut être développée au niveau naturel dans
on ne sait comment dans l'espace infini1 comme sujets d'une l'abandon de l'attitude transcendentale. Si l'on se place au niveau
intercommunion possible. _ de la naïveté. transcendentale, on obtitmt une théorie psycholo-
A cette communauté correspond, bien entendu, dans le concret gique. A une ps!.lchologie pure, c'est-à-dire à une psychologie qui
transcendental, une communauté illimitée de monadesque nous
- 112- -- 113-
explicite exclusivement l'essence intentionnelle ·propre ·de l'âme constitution du monde selon S!t forme essentielle) est que, a priori,
humaine, du (( -moi ~) de l'homme concret, correspond aussi bien. ·chacun vit dans la même natur~ commune à tous que, grâce à la.
dans sa partie empirique que dans sa partie eidétique, une communauté essentielle de sa vie avec celle des aùirès, il trans~
_phénoménologie transcendentale,. e.t inversement. Mais c'est là forme, par sQn action, individuelle et -commune avec d'autres, en·
quelque chose qu'il faut élucider au Ïnoyen d'analyses transcen-- un monde de culture _: aussi primitive . soit-elle ~ · revêtu de
dentales. · · · valeur pour; l'homme. Mais cela n,exclut pohit- ni à priori, ni en
fait - que les. hommes d'un monde un .et identique vivent en
58. Analyse intentionnelle des communautés intersubjectives . communauté (de culture) très lointaine ou même sans .aucun lien
supé·rieures: enchatnement des pro~lèmes. Le Moi et :son mili~u. entre eux et qu'ils êonstituent ainsi des cultures_,.;., milieux de vie
La. constitution de _l'humanité ou dela communaut~ qui app&"u concrète - différentes, dans lesquelles 'Vive~t, activement OÙ pas-
tient à son essênce complète, n'est pas encore achevée par ce qui sivement, des·sociétés rel~tivemept ou absolument séparées. Ch.aque
précède. Mais, partant . de la ct)mmunauté, a~ sens établi eri dernier-. · homme comprend, tout d'abord, l'essentiel dé son monde ambiant
lieu; on comprend facilement la possibil_ité d'actes .du mOi qui, concret, le .noyaù et les horizons. encore cachés de sa culture à luio
par l'intermédiaire d~ l.'e.rpérience apprésentative ··de .l'autre, Il comprend sa culture, précisément en membre de la sociétê qui
pénètrent dans l'autre moi; ·on comprend la possibilité. des actes- l'a histo.riquement formée. Une compréhension plus profonde
du moi, - du moi au sens de personnalite __;·qui ont le caractère qui découwe l'horizon du passé; facteur déterminant du .Présent·.
d'actes a.H.ant <( de moi à toi », d'actes sociaux, au moyen desquels lui-même, est en principe possible_ pour . tout mèmbré de cette ·
seulement peut s'établir toute communication entre personnes société; Il peut y accéder avecune certaineimmêdiation qui lui est ·
humaines. C'est un problème important que d'étudier avec soin ~xclusive, et quiest inaccessible à un homme d'une autre commue
ces actes· dans leurs· formes différentes et, en parta~t de là; ,de - nauté, entrant en rapport avec celle-ci sans lui'appartenir. Celui:- ·
rendre compréhensible~ du point de ·vue transcendént~l, i'essence çico'm-pr~nd d'abord les hommes du monde étranger, en général',
de toute socialité. - en tan~ qu'hommes d'un-« certain·,, monde de culture. A partir de
Avee la communauté proprement dite, avec la communauté - là, il .doit se cré~r, pas à p.as; de no:uveaux·moyens _de compréheQ.-
. soc~a.le, sc constituent, à-l'intérieur du monde objectif, en quali.té sion. Il doit, en partant .de ~e qui est gén·éralemenf corn pre-
d'objectivités spirituelles sui generis, les types différents de com- . hensible, s'ouvrir un accès à la. ·compréhension de couches tou-
munauté sociale. Ces communautés se constituent· dans leurs jours plus vastes du pr~sen.t_, puis se plonger dans les couches du
·gradations possibles, notamment les types tdut -particuliers qui - passé. qui, à leur tour, facilitent l'accès du présent.
pf?ss~dent 1~ caractère de personnalités d'ordre supérieur. La constitution de tous ces genres de <<'. monde:s ))' à commencer.·
·Ensuite il faudrait èonsidérer un problèm~, inséparable de ceux · par le courant propre de la conscience et jusqu'au monde objectif
auxquels nous venons de toucher et qui leur est, en quelque sorte, ·_'dans ses différents degrés d~objectiva.tion, est soumisè aux.. lois de
' . eorréiatif~ ·le problème de la constitution pour tout homme et pour la con.~Jtitution _«.orientée )>, constitution qui, ~ différents degrés,
toute c_ommunauté humaine d'un milieu spécifiquement humain, .mais dans un sens très large, présuppose ~;n constitué « primor-
~et, plus pr.écisêmf!nt, d'un monde de la cultur_e et fie son objeCtivité dial>> et ùn constitué« second)). Ce-qui est constitué d·une-manière
propre, quoique limitée. Cette objectivité est limitée, bien que, primordiale entre dans lâ constitution du mimde du degré suj>édeur,
pour moi et pour tout autre, le monde n'est donné, in coticreto, de 'manière à êtrel'élément central de ses mo4es de présentation
que comme monde de la culture, étant de par son sens accessible à orientés. Le monde.« secondaire » est nécessairement donné sous
-chacun. Mais cette accessibilitéjnstement _n~est pas absolue, et cela · ·:-torme d'un horizon, c'est-à-dire est accessible à partir du monde
pour des raisons essen~ielles de sa ~onstitution, qu'une explicita- -primordial en une série_ordon~ée d'actes. et d'expériences. Il én est
tion plus précise de son sens met facilement en lumière. Elle se . ainsi déjà pour le premier cc monde ».,le monde.immanent que nous
distingue manifestement. par là de 1'~.. '!essihilité in.condition~ée - appelons: courant de la· conscience.' Il est donné comme un système
qui appartient essentieÜement au sens co~stitutU de la nature, du d'éléments, extérieurs les uns aux autres, orientés' par ra.ppor\ ap.
corps et de.Thomme. psycho-physiqùes. Certes,- le p~opre de la présent vivant. Ce dernier se constitue d'une manière primordiale,
sphèrè de l'Universalité inconditio·nnée (en· tant que corré~d.t~f dè la ··.et c'est à partir de lui q~e devient accessible- tout ce qui se-trouve
- ll4 _;...
-115-
en dehors de lui dans le temps immanent. Notre corps à son tour,
à l'intérieur de la sphère primordiale, - au sens spécifique que de
eommunauté vie, présuppose donc qu'une communauté h ~n:aine
nous prêtons à ce te:rme -.est l'élément central de la « Nature », existe tout comme chaque homme particulier, dans une amb1anee .
en tant que u monde » qui ne se constitue que dans et par son concrète, et se :rapporte à ce monde ambiant dans son activité. et
dans sa passivité. Avec la transformation constante du monde de
activité. De même mon organisme psyeho-physique est primordial
·par rapport à la constitution. du monde objectif de l'extériorité et la vie humaine les hommes eux-mêmes, compris comme personna-
joue le rôle d'élé~enl central pour ses « modes de présentation ~> lités se modifi~nt manifestement aussi, dans la mesure où, corr.é-
. orientés. Si le « monde » primordial, au sens privllégié que nous lativ~ment à la transformation du inonde, ils doivent adopter des
prêtons à ce terme, n'est pas lui·même centre du monde objectif, habitus propres toujours nouveaux. Ici se J'ait. sentir l~ ~r.ande
.c'est que cèlui-ei s'objective de telle sorte qu$il ne crée ~as de ·importance des problèmes de la constitution stat~que et ?.e~etlqu?,
nouvelle c~ extériorité ». Par contre, la multiplicité du monde (< ries cette derni~re envisagée comme problème parhel de .l en.I~mab-.
autres >)est donnée comme « orie_ntée » pPr rapport au mien, paree que genèse unive.rselie. En ce qui concerne la perso~nal~té, par
qu'elle se constitue en même temps que le monde obJectif cômmun ·.exemple, il ne s'agit pas seulement d'expliciter la ~c?nst~tutwn st~­
qui lui est immanent. · tique de l'unité du caractère personnel, par oppos1ti~n a. la. multi~
plicité des habitus, créés et détruits à nouveau; Il s agit aussi
Revenons maintenant au monde de la culture; il est, lui
de résoudre le problème génétique qui :renvoie à l'énigme du carac-
aussi, en tant que monde de plusieurs ·cultures, donné comme
tère « inné ,>. · - ·
« orienté » par rapport à un « point zéro » ou à une << personna-
Nous devons nous contenter d'avoir. fait ;1llusion à. ces problèmes
lité>). è'est moi et ma culture q~i formons ici la sphè~e primor-
de degré supérieur, en' les caractérisant comme constitutifs,. _-et
~liale par rapport' à toute culture « étrangère ». Cette de,rnière
d'avoir ainsi rendu compréhensible le fait que la progressiOn
m'est accessible, à moi et à. ceux 'qui forment avec moi une commu-
systématique de l'explicitation phénoménologique transcendentale
nauté immédiate, par une sorte d' « expérience de l'autre », sorte
de l'ego apodictique aboutit à dé~ouvrir le sens transcend.ental du
d'Einfûhlung en une culture étrangère. Et ce type d'Einfühlung
- doit, lui aussi, être étudié dans son intentionalité~ monde dans toute la plénitude concrète dans laquelle Il est le
monde de notre vie à tous. Cela concerne aussi tous les éléments
Nous devons renoncer à une investigation plus precise de la
particuliers du monde ambiant, sous lesquels il se manifeste à
couche qui confère au monde des hommes et dela culturé, en tant
. nous, selon l'éducation et le développement personnels de chacun,
que tels, leur .sens spécifique, et qui les revêt de predicats spéci-
selon qu'il appartient à telle ou telle nation, à tel ou: tel autre
fiquement « spirituels n. ,Les explicitations bonstitutives que nous
cerCle de culture:. Il y a dans tout ceci. des lois essentielles ou un
ve·n·ons d'effectue.r nous ont fait voir l' enchainement des motifs
· .style essentièl dont la racine se trouve dans l'ego transcen~en­
iQtentionnels dans et par lesquéls se constitué la couche cohérente
tal d'abord, et dans l'intersubjectivité transcendentale que l ego
fondamentale de la totalité du monde concret qui nous ~este
découvre en lu.i, ~nsuite, par conséquent, dans les structures essen:
lorsque nous faisons abstraction de tous fes prédicats de.l' « esprit
tielles de la motivation et de la constitution transcendentales. 81
objectif ». Nous conservons la totalité de la Nature, constituée
ron réussissait à les, élucider, ce style apriorique aurait trouvé
en elle-même déjà en unité concrète et, dans cette Nature, les orga-
nismes humains et animaux; mais nous ne con~rvons pas la vie par là même 'une explicitatio~ rationnelle. de d.i~ni~~ ~upérieure,
celle d'une intelligibilité dernière, d'une mtelhgtbthte transcen- ·
psychique danssaplénitudeconcrète, car.l'étre humain, en tant que
dentale.·
t~l, se rapporte par la conscience à lin milieu pratique, d'ores et
déjà revêtu de prédicats qui le rendent important pour fhomme, .
59. L'expliCitation ontologique et sa place dans l'ensemble de la
ee qui présuppose la constitution psychologique de ces prédicat~.
-phénoménologie constitutive transcendentale.
Que chaque prédicat de ce genre soit attribué au monde en vertu
d'une genèse temporelle ayant sa source dans l' (( agi.r )) et le '(( pâ.- Grâc~auxensembles·cohérents d'analyses effectuées et, en partie,
tir >> de l'homme, cela n'a pas besoin de preuve. L'origine des pré- grâce à l'anticipation, qui les accompagne, des problèmes ~ou·
dicats de ce genre dans chaque subJectivité pârticulière et r origine veaux et de l'ordre dans lequel ils s'enchaînent, nous sommes arrtvés
de leur valeur intersubjective q.ui reste inhérente au monde de la à des intuitions philosophiques fondamentales. En partant du .
. monde donné comme existantdans l'expéri~nce - et dans l'atti-
116- -117-
tude eidétique::-:-· de l'idée d'un monde d'expériénee., en général, sur,les nécessités essentielles dernières et les plus concrètes.- C~
donné comme existant,. nous· avons effectùé la réductioli transeen- sont des lois essentielles qui déterminent la· manière dont _le
~entri.l~~ c'est~à..:.dire nous sommes revenus .à réga transcendantal, monde objectif plonge ses racines dans la subjectivité transcend·en- ·
qui ·constitue en lui et le fait qu'i~ nous est donné et présent tale, c'est-à-dire des lois qui, d'une façon concrète, rende~tcompré­
comme « tout fait )? , comme·· déjà constitu~ ( Vor.gegebPnheit)~ et .hensible le monde en tant que sens.constitué. C'est alors seulement.·
tous les modes ultérieun de présentation.' Puis, ~âce à une modi- qtie s'ouvre à nous le champ des, questions, l~s plus ha~tes et; le~
fication- ei.détiq.ue de nous-même, nous sommes arrivé à l'eg(}_trans- dernières que l'on puisse encore poser _au monde, meme ams1
~~~~~~- . ' . . . œmF~· . . . . -
Nous l'avons c.onçu comme ayant en soi une expérlenée; du · , Un des succès de-la phénoménologie, à ses débuts, conslstad.ans
1
monde. et comme la justifiant par sa progression· concordante. -E~ le fait que sa méthode d'intuition pure et, en· ~ême temps, ei~lé-
analysant l'essence· d'une pareille· constitution et .de '$es échelons . , . tique, avait conduit~ des essais dtu~e ontol?gie_no~vejle, essen~~el­
égologiques nous avons rendu manife.ste u~ a ·priori totalement lement différente d'e èelle du xvn1° ~Iècle qui operait dune mamere
nouveau, l'a priori de la constitution N<>us· avons appris à distin:.. purement l~gique. La phén.oménologie a .cond_uit -·ce qui revient
guer, d'une part, la constitution de l'ego lui~même, pour lui-m-ême . au même - à. essayer .de construire, en puisant directement a~x
. et dans son 'être (( prhnordial )) et propre et, d'autre .part, la eon~G sources de rintuition concrète, des sciences apriorique~ (la gram-
titution ·des-différents échelons de tout ce:qui lui est étrri.qg~r ~à maire pure: la logique pur~, le droit pur, la sci-ence e~déti~u~ <lu
partir des sources de son être proprè~ De là l'unité universelle de monde intuitive~ent apprép.endé, etc.), et une ontologte generale .
· l'~nsemble de ·ta constitution s'effectuant· dans mon :ego selon ses du monde objectif qui les embrasse to~tes. ·
formes·essen'tielles.· Son corrélatif, c'est le monde objectif existant A cet égard, rien ne. s'oppose a: ce qu'on c~mmence,' d'u~e
pour moi et pour tout ego, ·en général~- ,nio.nde _à .la. fois déjà manière entièrement concrète, par le monde amb1ant de· notre v1e
présent et se constituant éonstamment et continuellement dans . et et par l'hom~1e lui-même, en tant qu'il est essentiellement ·ev rap:-
par différ~nts ensembles systématiques et O.rdonnés d'actes s~gni- . port avec ce monde. Rien ne stoppose à ce qu'on recherche d'une
fia,nts en tant que leur sens immanent; tout cela ~ufvai?-t une forme manière purenùmt intuitivê le conten,u a. p'riori, très ri.che -:- 'et
strueturellè apriorique. Et cette eonstitù:tiori·présente·ell_e.,:même un qu·on n'a encore jamais élaboré- dun tel monde ambmnt, a ce
la.
a priori. Cette explicitation, plus radicàle et la plus _conséquente qu'on en. parte, pqur expliciter systémati9uement les ~truc.t~res •
. possible de ce qu'impliquent les intentions et.Ies motifs de <( JilOn )) · essentielles de l'être h·umain .et les couches du monde qui se revè-
·ego ~.et des modifications eidétiq11esdeinon·ego·~ montre que la lent à hlicomme ses corrélatifs. Mais les :résultats de ces recher~ ·
struèture générale et- empirique du monde objectif donné ..~ na- ches, tout en présentant un systèzne d~a priori, ne deviénn~nt,_.
t~re pure, Simple ~nimalité, huinànité, communautés dë différents conforméme-nt à ce que nous avons dit plus· haut~ un a prwrt
degré$et de différentes cultures, _- est; .dans line très ~ande philosQphique~ent intelligible, et ne so_nt r~ppor_tés ~ux derni~r~s..
mesure, et peut ê.tre délnS une plus grande· mesure qÛ.e nous ~ne sources de riutelligibilité, que lorsque les p:roblemes c?nsti-
le voyons en.core, une nécessit-é es~en(ielle; lJe là cette conséquence tutifs sont comp:rîs comme ceux d'un plan spécifiq;uement phlloso-
· nécèssaire :le problème d'une ontologie aprio_rùj~e du m.onde réel, .phique, etlorsquele domà.lne naturel ;des c~nnaissa.pces est aban-
- qtii n'es't que l'élucidation de ra priori.:de· ~a structure uni~ dpn~é pour le domaine transcendantaL . .. . .
verselle -est néanmoins un pr()])lème unilatêr~ et, dans le sens· ··cè· qui implique que tout ce qui procède de l'~tbtude nat~rell_e~
le pius· profond du terme, n'est .pas un. pr()blèm~ philosophique.- · tout ce quiestsimplement donné et présent, smt recons:rmt ave~
Car un a priori ontologique de ce genre (comme -celui de la Nature, une . originalité.. nouvélle, et ne soit pas. seulement m~erpréte
. de rAnimalité, de la Communaùté et de la Cultur~) prête bien- une- après coup . comme une donnée,: ult~~e. ~n ~é!léral,; \l~ . fait
intelligibilité' relative au fait ontique· du monde. empirique dans qu'un procédé qui se fonae sur lint_mtwn eidétique pmss_e·,·,~~re
ces« contingences »,·celle de la conformité nécessàire de. sa.-struc- nommé phénoinénolQgique et qu'il puisse-prétendre à. un~ signifi-
ture (So-~ein) ~des lt?is essentielles, données à Tintuition,_.màis il. cation philoso:phique, ne peut se ju:stïfier qu~ parce que to"Qt~
ne·Iu:i prête pas une intelligibilité philosophique, l'intellig~bilittf. intuition véritable a sa pla.c~ dan-s ren·semble cohér~nt de la cons-
transcendentale. La philofophie_'ëJ.:,ige une explicit~ti~i. qui porte tit·~.ltion. ·C'est pourquoi toute constatation ont.ologique portant s~r,
- 118- -Jl9-

la spbère des fondell1:ents premiet·s (de la sphère axiomatique), Or des résultats métaphysiques ultérieurs de haute importance
toute constata-tion intuitive positive joue le r9le d'un iravail pré- s'y aJoutent. Puis-je m'imagiber ~moi qu~ fe di~, et, autant_ que
paratoire, et même d·'un travail indispensable a priori. Elle four- moi, tout autre moi imaginable qm pourrait le due) que pluszeurs
nH le fil condu.ct~ur transcendental ·pour l'éluddation pleinemènt multiplicités de monades coexistent séparées les unes des autres,
concrète de la constitution dans sa double structure· noético-n.oé- c'est-à-dire sans commun·iquer entre elles, et que, par cons.équent,
matique. . chacune d'entre elles constitue un monde propre? Puis-je m'ima-
Les résultats « monadologiques >> de. notre recherche montrent giner qu'il y aurait ainsi deu~ mondes séparés à l'infini, avec deux
tout ce <rue ce recours aux . problèmes de la constitution nous espaces ei deux espaces-temps infinis? ,
apporte denouveau et. d'essentiel, sans compter qu'il nous dévoile, De toute évidence. ceci n'est pas quelque chose de concevable,
dans la sphère de l'être elle-même,. des horizons noético-noèma- mais un pur non-sens.· Certes, chacun de ces groupes de monades, ·
tiques qui. autrement, resteraient cachés, ce qui, à son tour, limi- en qualité d'unité intersupjective et pouvant se passer de tou~ com:
terait la valeur des constatations o.p,rioriques et en rendrait · merce actuel avec les autrest a; a priori, son. monde .à lui, qu1
l'application incertaine. . peutavoir, pour chacun, un aspect différent: Mai~ ces de~x ~ondes
· nè sont alors que d~s ambiances de ces umtés mtersubJecbves et
60. Résultats métaphysiques de notre explicitation qu~ les ~spects d'un monde t>bjectif unique qui leur est cc-m-
de l'expérience de l'autre. mun. 'c'ar les deux unités intersubjeetives ne sont pas suspendues
Ils sont métaphysiques, s'il est vrai que la connaissance ultime en l'air· en tant qu'imaginées par moi, elles sont nécessairement
de l'être· doit être appelée. métaphysique. ,Mais ils ne sont .T'ien en rela~ion avec moî (ou avec moi comme variante possible de
moins que de la métaphysique au sens ha,_bituel du terme; cette moi-même, comme eidos), avec moi, qui joue, par rapport à elles, le
métaphysique,_ dégénérée au cours de son histoire, n'est pas du tout rôle de· la monade constituante .. Elles. appartiennent donc, en
eonforme à l'esprit dâns lequel elle a été originellement fondéè vérité, à une· communauté universelle unique qui m'englobe moi-
en tant que <c philosophie première ». La méthode intuitive con- même et qui 0mbrasse toutes les monades et tous les groupes de
crète, mais aussi apodictiquet de la phénoménologie, exclut toute monades dont on pourrait imaginer la co~xistence. Il ne peut donc,
« aventure métaphysique »,tous les excès spéculatifs. · en réalité, .Y avoir qu'une seule communauté de monades, cellé dé
Relevons certains de nos résultat~ à nous; en leur ,joignant toutes les monades coexistantes; par conséquent, un seul monde
quelques conséquences ultérieures. objectif, ùn seul/et unique temps objec.ti.f, un seul es?a:e obje~tif,
Mon ego, donné à moi-même d'une ·manière· apodictique ~' une seule Nature;, et cette seule et umque Nature, tl faut qu ell~
seul ~tre que je puis poser comme existant d'une manière absolu- existe s'il est vrai que je porte en moi des structures qm
ment apodictique, - ne peut être un ego ayant l'expérience du impli~uent la co-existence d'autres monades. Seul, le/'fait suivant
monde que s'il est en commerce ave·c d'autres ego, ses pareils, est possible: les mondes etles~différents groupesd~ m~nades sont
s'iL est membre d'une société de monades qui lui est ·donnée d'une·· r~ciproquement dans un rapport a~alogue_ à celm .qu d y a entre
manière orientee. La justification conséquente du· ·monde de nous et les groupes de monades qm appartiennent eventuellement
l'expérience objective implique une justification conséquente·de aux mondes des astres invisibles, par conséquent. entr·e nous et les
l'existence des autres monades. Inversement, je rie saurai ·imaginer animalia privés de tout commerce -actuel avec, no~s. Mais leurs
une pluralité de monades que comme étant explic~teinent ou mondes sont· des mondes ambian~, entourés d hortzons ouverts,
implicitement' en. communication, <?'esi~à~dire comm.e sociét~ qui qui, pour des raisons de fait et purement contingents, ne peuvent _
constHue en -elle un monde obje·ctif et qui se spafiaijse" se tem.po,.. pas s!ouvrir devant eux. . ·. .
) ralise, se réalise elle-même dans ce ·monde sous formè d'êtres Cependant, le se~s de cette unicité du ~?nde ~onadolo?1que .et
vivants, et en particulier, d'êtres-- humains. La co-exis.tènce des du monde objectif, qui, .lui, est« in~.?», ~Oit ~tre bJenco~p.ri~·,L.e~b­
monades, leùr simple simultanéitlf, signifie néceS.Sàirement ·une niz a naturellement raison lorsqu 1l dit <JU une multzplzczte zn~­
coexistence temp'orelle et une u temporalisatlon », sous forme nie de monades et. de groupes de monades est èoncevable, _mais.
de- temps réel 1 • que, néanmoins·, ces possibilités ne sont pas !out~s composs~bles ;
i. Àu sens de real. il a raison, ens.uite, ,de dire qu"un nombre 1nfimment grand d~
-120- -121-

mondes aurait pu être (( 'creé))1 mais non pas plusieurs-à la fois, à. vue psychique, ·que des auto-objectivations des monades, _ces pro-
cause de leur ïncompossibilité. Il 'faut remarquer, ici, que Je peux. 'blèm~s de l'origine ne renvoient-ils pas aux ra~por~~ c?rrespo.n-
. bien imaginer librement des variations de moi-mfme, de cet ego dants dans les monades transcendantales absolues? N mdiq-uent-Ils
apodictique et existant e.o. fait, ef arriver ainsf au 8yst~me des pas l'existence· de problèmes qu'une phénoméqologie constitu~ive,
variations possibles dè ·.moi-.m~me; mais chàcùne.. d'elles est entendue conune· philosophie transcendantale, n'a pas le drOit de
détruite par chaque autre et par le moi que· je ~mis réellenient.' ~~~~? . ·.
C'es~ un système d'incom.possibilités aprioriques. Le fait. du « je Le$ problèmes génétiques, .et notamment ceux du degré fonda-
suis· >). détermine d~avance, ~i et quelles ~utres· ·monades .sont mental et premier, ~nt effectivement fait, dans une large mesure,
<< autres >>.pour moi; telles qu'elles doivent êtr~ pour n!OÏ. Je ne
l'objet de l'ét~4e de la phénoménologie. Ce degré fondamental,
peux que les trouver et non pas les créer. Si je me <transfgrme par c'est naturellement celui de t< mon ego, dans. son être propre
)>

la pensée en pur~ possibilité~ ~ette possibilité détermine d ,avance-, et primordial. La constitution de la_ con scie~ce int~r~e du temps -
-~elle aussi, les monades qui sont « ·autres .)} pour elles. Et, en' avan- et toute la théorie .phénoménologique de !-assoCiation y appar-
çant ainsi, je reconnais .que chaque monade qui possède .la valeur tiennent. Et ce que mon eg~ ?rimordial t~ouve dan~ et . par
·d'une possibilité concr:ète, determine d'avance un 'univers compos- l'explicitation intuitive et or1gmelle de soi-même, s apphque
immédiatement., et ce pour des raisons essentielles, à tout autre
sible, · un « monde de monades-»· fermé; .ei que. deux mondes. dê'
monades sont incompossibles de la même manière~ qtie deux ego. Cependànt on n'a, certes, pas encore touehé par l~ aux pro~
varianies possibles de mon ego et de tout· ego. concevable ~n blèmes de l'origine,. désignés plus haut, ceux de la na~~sance, de
général. la mort et du lien par la génération dans la nature an1.male. Ces
En partant de ces résultats et des recherch-es qui y con.duiSent~ derniers appartiennent visiblement à un échelon s~péri~ur e~
l'()n comprend que des·. questions (q.uelle qu'en soit la solution), présupposent une explicitation laborieuse des sphères Inférteures,
qd, pour la traditïon, devaient être au delà de toute limite -scienti- ·et c'est. un travail d'une ampleur telle que pendant longtemps
fi,Iue, retrouv~nt un sens et une. valeur pour la pensée. Tels sont les·. encore ·ces problèmes ne sauraient être raisonnableme~t posés.
r;r9blèmes auxquels nous venons de toucher. Mais pour les problèmes posés dans le champ du travail ~éel, ~en­
tionnons les immenses ensembles de problèmes (problèmes statiques
: 61. Les' prolilèmes traditionnelsde « l'origine psyr:hologique » . et problèmes génétiq:.<es)qui nons ramènent~ ceux de ~~ tra~ition_
et leur-écla!rcissem,ent phénoménolo.gique. · philosophique. Les éclaircissements systémati~_ues de lmte~twna­
lité auxquels nous avons procédé en ce qm concerne 1 expé-
A. l'intérieur d.u ·monde des bommes et des animaux, nous ren ...
rience de l'au ire et en ce qui concerne la constitution du monde
controns les problèmes bien connus ·d~s. sciences de la nature,
objectif, se sont déroulés sur un terrain que l'~ttitude t~ans~en­
ceux. dè l'origine et de l'évolution (genesis)psycho-physique, phy-
dentale nous a fait trouver ; ils ont ëté effectues à partir d une
siologique et psychologique. Le problème de l'origine de l'âme 'y
structure articulée de la sphère primordiale dans laquelle nous
est impliqué .. Il nous ~st suggéré par_ le d~veloppement de l'enfant,_,
trouvons ·un monde primordial comme déjà présent. Nous avo~s
dans et par lequel'chaque enfant doit se construire sa (( r.ep'résen-
pu pénétrer dans ce monde en partant du mo~de co?cret ~ris
tation du mond~.~. Le ~ystème aperueptif, grâce auquel un monde;
- co.m:r;ne « phénomè,ne >> réduit, à l'aide de la réduct10~ pr1mordmle
en tant ·qu'ensemble coordonné d'expériences possibles et réelles, ·
à l'appart~nance, à un « monde )) de traneen~ances Immanentes:
existe et .nous -est :constamment présent comme déjà formé} doit
Il embrassait l'ensemble de la Nature, rédmt à la nature qut
·d'abord se constituer dans et par fe développement~ de l'âme
m'appartient à moi-même, et tire sa prôveuance de ma sensibilité;
enfantine. Au point de vue objectif, l'enfant « vient au. monde » ;
il embrassait donc l'homme psychologique ainsi que son âme,
comment un commencement de sa yie psychique peut-il avoir lieu?
sous réserve d,une réduction correspondante. Quant à la (( N:ature))'
Le fait psycho-physique de venir au mo11de ramène au problème
non seulement des visibilia, des 'tactibili-a, ete.,. y appartenaient,
du développement organique de l'individu (purement « biolo-
mais aussi des choses, en quelque mesure concrètes, substrats des
gique >~), à celui de la phyioge~èse, qui trouve son parallèle dans
une phylogenèse psychologique. · .propriétés causales et revêtues de la forme universelle de l'esptlce
èt du temps. Il est clair q~e · le premier problème à poser, pour
Mais; pui~que les hommes et .le.s animaux ne_sont~ au -point d~ ·
HusssaL. - Phénoménologie. 9
- 122- 123.--

élucider, au point de .vue constitutif, le sens ·de la position exis- appartient à une psychologie i,uentionnelle apriorique .et pure
tentielle du.· monde ·Objectif, COJ?.Siste à éclaircir d'abo1•d l'origine · {c'est~à:-âi~e libérée. de. tout ce- qui touche à la psycho-~hy'si_o­
de cette << Nature» primordiale et des unit.és psycho-physiq1'es legie). C'eSt à ·cette psychologie.-~à. que nous avons . maintes
. ·primordiale$ et leur constitution . en tant que transcendances .·fois fait âllnsion, en dis.ant qu'avéc la ti-ansformation de I'atti~ude
immanentes. La réalisation de ces édaircissements ~xige des en .
naturelle' attit:ude transcendentale, elle permet un (( renver•
recherches d'une très grande ampleur. · sement . copernicien » grâc:e_ .auquel. elle acquiert un :sens · nou- ,
Nous rappelons ici dP. nouveau les problèmes. de l'origine psy-
<( veau; ·Elle devient une considérat~on · ·transcendentà.le, plehte;.
·.. chotogiqüe )> de la « repré.sentation de l'espace, du temps, de. la· m~nt radical~, .du -monde et. confère ~ette .signifi.cation .à toùtes
chose >>, problèmes si souvent traités au siècle dP.rnier par les ph.ts les analyses phénoménologico-psychologiq.ues. C'~st uniquem.ent
éminents · psychologues et physiologistes. On n'est ·pas encore eette si~ificatio:rr nouvelle qui les rend toutes :utilisables. .én
arrivé, dans ce. domaine, à des éclaircissements véritables, bien que qualité :dè transcendénîal~s et philosophiques, et qui les intègre·
les grandes ébaliches portent le sceau de la grandeur de leurs même· à urie-« m~tap.hysique )) . transcendentale. C'est justement
ttuteurs. Si nous revenons de ees probièmes alix problèmes que ainsi que l'<m·~o11ve 18. possibilité d'expliqu~r ~t de clépasser 1~
nous avol}s délimités etintégrés au système des analyses phénomé- psycpolo'gisme transeendental, qui a: paralysé et' induit en ~rreur
nologüi:ues; i~ devient évident .que la· psychologie ainsi que -la toUte Ja pbilo~phie moderne.. · . : . .. . . . ,
théorie de la connaissance modernes n'ont ras saisi le sens propre Tout ·comme la striicture .fondamentale d'une phénoménologie
des problèmes qui doivent .être posés ici, autant du point de vue trans~endéntaie, notre èxposiiion a ébauché celle d'une psycholo-
psychologique, que du point de vue trqnscen.dental. · gie .intentionnelle qtii ]ui soit parallèle (en qualité de SCÎP.DCe
. Il s,agit, en effet, précisément de pr.(Jblèmes d'explicitation, sta- « positive >>) ; elle à. déternuné u~e division des recherches eidé~
tique et génétique, des intentions. C'étaitt il est vrai, impos~ible .à tico-psychologiques en recherches· qui explicitent l'intentio~alité
voir, n1ême à ceux qui ont accepté la théorie de Brentano sur les 'de ·l'~tr~ propre et concret tfu'ne· â1(l.e èn général, et en recherch.és
phénomè:q~s psychiques, « états vécus )) intentionnels. Il man- .·qui ·explicitent rlntentionalité se constituant dans cette âme,
quait la cômpréhension du caractère propre de (( l'analyse » inten- comme Ïui étant étrangère. A la première sphère~d'in.vestigations
tionnelle, de l'ensemble des problèmes noé~iques et noématiq~es appartient le· domaine principal.et fondamental de l'explici~a~ion .·
que pose la conscience, comme tèlle, et de la méthode, totalement intentionnelle de1a·« représentation du monde» ou, plùs précisé-
. nouvelle~ qu'ils exigent. En <:e qui concerner u· origine psycholo- _rilent, ·d:ü «.·phénomène >,·-<lu monde existant qui appa.raifà l'inté-
gique de la représentation de l'espace, du temps et de-la chose », .rieur de ·l'âme humaine, co:rnme mond.e d'expérie~ce universelle;
ni la physique, ni la physiologie n'y ont rien à dire, pas plus qu'une t;i ce monde: d'èxpéri~nce. est réduit an monde constitué primordia-
psychologie inductive qui, expérimentale· ou non-expérimentale, lein~J!t dans t'âme particulière, il .n'est plus le mon.de de. chae~n.,.
s'en tient à l'extérieur des phénomènes. Il s'agit là exélùsivement il n'est plùsle- monde qui tient son sens de l'expérience humame
de problèmes de la constitution intentionnelle des phénomènes. commuti~ ' mais il est exclusivement le corrélatif intentionnel de
•. . .
Ces derniers .nous sont .donnés comtne étant déjà là, en qu'alité de l'expérience d'l,J.ne. 4me particulière et; en premierlieu,de ma v1e
((fils conducteurs )) (ils peuvent aussi, éventuellement, nous être à moi .et de se~ ensembles de significations, formés, par degrés,
donnés d'une manière isolée), mais ils ne doivent être analysés dàns l'1>~igirialftt -primordiale. En les suivant pas à pas, l'explrci-
quant à leur sens qu'à l'aide d'une méthode intentionnelle, qui les tati"n intentionnelle doit rêndt~ intelligible, du poiot de vue de la
intè~e dans les ensembles cohérents et universels de la constitu- constitution; ce noyau ~primordial du .mQiide phénoménal auqu.el
tion psychique. Le genre d'universalité que nous visons ici ~st chacun de nous a.ùtres hommes et; avant tout~ chaque p!:;ycho~
rendu suffisamment clair par l'unité cohérente et systématiqùe des logu~, ·péut àrriver de la ma~ière décrite phis' ~aut; ·p~ l:~limi?a- ,
structures,-où l'unité de mon ego s'épanouit en élément&<< qui m'ap- tion des momentS' d' ·<e- extranéité ».Si, ~ans ce monde pr1mordtal,
partiennent >> et en éléments qui ,me sont étrangers. nous faisons abstr~ct-io~ de l'être psyèh.o-:physiq~e, «moi l'homm~ •, ·
La phénoménologie apporte, en· effet, à la psychoiogie elle- ~la Nature· primordiale>,- nous reste, en qualité. ~e Na~ur~ d~ ~a
même des méthodes entièrement nouvelles. D'ailleurs, la-partie d·e propre·« ·sensibilit~ >>pure. L~problèmefQnd~ental de« 1 ~r1g1n~_
, beaucoup la plus importante des recherches phénoménologiques psycholo~ique du_nionde.de l'exllé.rien.c~ » apparaU com~e celu.-.
-124- - 125-
. de l'origine de la «chose fantôme ;, ou de la «chose sensible )), explicitation concrète de la NatQre. primordiale et du inonde pri-
avec ses différentes couches (visibile, tactibile, etc.)' et de leur mordial, en général; ce qui comble une grande lacune dans
unité synthétique. Cet« objet· du sens» est donné (toujours dans l'enchatnement des problèmes de la constitution du monde
l~s cadres de cette réduction primordiale) comme pure ùnité des comme phénomène tra:flscendental, que nous avons esquissé. pré-
modes d'apparitions sensibles et de ·leurs synthèses. La chose- cédemment. . .
fantôme (visibile) avec ses modifications de c( chose proche>> et de Nous pouvons désigner rensemble extrêmement riche des
(( chose lointaine )) qui se.coordonilent d'une· manière synthétique, recherches ayant trait âu monde primordial (qui forment toute
n'est pas encore ia ({ chose réelle » de la sphère primordiale de une discipline) par le terme d'« Esthét~que transcender_ttale »,
l'âme; celle-ci appartient déjà à un degré supérieur de eonstitu- pris dans un sens très élargL Nous empruntons ce terme kantien,
ti_~n, en tant que chose causale, substràt identique·(« substance») parce que les recherches sur le· temps etJ'espace de 1~· Critique de
d~s propriétés causales. La substantiaUté. et la causalité désignent la Raison pure visent nett6ment - bien. que d'une manière
manifestement-des degrés supérieurs de constitution. Le problème éxtrêinemënt limitéè. et peu claire- un a priori noématique :de
constitutif de la chose purement sensible, de la spatialité et de la l'intuition sensible; cet a priori, élargi jusqu'à l'a priori concret
spatio-të-mporalité qui lui sont essentielles et fondamentales, se de la nature intuitive, p:ureme.nt sensibie (de la nature primor-
confond avec les problèmes que nous veno.ns de mentionner. On diale), exige lë complément, phénoménologique ' transcendental
cherche. donc à décrire les ensemble~ cohérenis et synthétiques des des problèmes de la constitution~ .
modes, de présentation de la chose (apparences, aspects, perspec- · Toutefois, il ne serait pas conforme· au sens du terme kantien
tives, etc.). Mais ce n'est là qu'une description unilatérale; le côté . d' (( analytique transcendentale
.
», ( oppose au précédent, d'ap-
.

opposé du problème consiste· dans le rapport in.tentionnel des phé- peler de ce nom l'étage slipérieur de l'a priori éonstitutif;
nomènes à l'organisme qui, pour sa part, doit être décrit dans sa .celui du monde objectif lui;..même et des multiplicités qui ie
constitution pour et par lui-même, eu-égard au caractère tout·par- . · constituent (et, au dégré le plus haut, l'a priori des actes_:théo-
ticulier d'appartenance inhérent au· système de ses phénomènes riques et <c idealisa~ts ·» qui constituent, en définitive, le monde et
constitutifs. la n~ture de la science). Le premier étage, au-dessus de notre
En avançant ainsi, nous· apercevons des _problèmes toujours esthétique transcendantale, doit être occupé par la theorie de l'ex-
nouveaux d'explicitation descriptive, qui tous ~oivent être t.raités périence de cc l'autre» (c'esi ce qu'on àppelle: <<.Einfühlung >)).Il
d'une rnanière systématique, même si l'on borne son attention à suffit d'indiquer que tout ce que· nous avons dit-sur les problèmes
la constitution du « monde » primordial, comme « -monde >~ de psycholQgiques de «l'origine » qui se posent à l'étage inférieur est
«réalités»; et aux grands problèmes, concernant' la constitution . aussi vrai de l'étage supérieur : le problème de l'Einfühlung ne
de respace et du temps ·- en tant que temps et espace · de ce peut aéquérir .son sens véritable et sa véritable méthode de sohi-
monde - qu'elle implique. Cela constitue déjà un champ formi- tion qu'à l'aide de la phénoménologie ·constitutive. C'est là la rai,..
dable de recherches; et, pourtant, ce n'est qu'une étape. inférieur~ sori pour laquelle les. théories proposées jusqu'ici (y compris celle de
d'une phénoménologie complète de la nature concrète, en tant que Max Scheler} sont re.stées inefficaces. On n'a jamais reconnu, non
·telle, et qui, par conséquent, est loin d'atteindre le monde concret. plus, comment l'extranéité des « autres » est transférée au
Le fait d'avoir touché à la question de la psychologie nous .a -monde entier, en qualité de son'« objectivité », et .lui confère jus-
donné l'occasion d'exprim~r la distinction entre. le primordial et . tement ce sens. · ·
ce qui est constitué comme étranger en termes de vie psychi- 'Indiquons encore expressément qu'il serait évidemment"inutile
que pure, et d'esquisser, bien que d'une manière rapide, la faço'n de vouloir traiter séparénient de la psychologie intentionnelle, en
dent les problèmes de la constitution d'une Nature primordiale et tant qtie science· positive, et de la· phénoménologie transcen-
objective se poseront comme problèmes psychologiques. dantale. A cef~gard, c'est à la dernière que revient "'lisiblement le
Mais si nous reven,ons à l'attitude transcendentale, nos ébauches travail effectif tandis que la psychologie, insouciante du renverse-
d·e l'origine psychologique de la repré·sentation de l'espace, etc., ,ment copernicien,· ~ui empr_untera ses résultats. Mais il est égale-
peuvent nous servir inversement d'indicat,ion pour les problèmes ment importa·n~ de remarquer que l'âme et le monde objectif,
transcendantaux correspondants, notamment, pour ceux: d'une e~ g~néral, ne· per~ent pas, dans la considération t.ranscen-
·.--·126- - 127 _,__

qentale, leur sens existentiel; au contraire, celui~ci nous est ' constitutive de cette exp~rience, 1e sens même de la position d'un
rendu inlelligibfe. parce que l'analyse nous én 'révèle. la nature «autre>) :et, en nartant des synthè$es ·cortespondantes, qu'expli-
' muftiforme ; de mêm.e la psych.ologie posit.ive· ne ·perd :pas le ·con- citer le sens de ct· rexistence véritable des autres ». Ce que mon
tenu qui ltii .revient ~e droit~ ~ais, affranchie de la positivité expérience concordante moritre comme étant~ les autres», ce qui
-':}aïve~ devient. une discipline de la ·.ph·Hosophie transcende~tale . m'est d()nné, d'une manière nécessaire et non pas par hasard, à titre
universelle elle-même. A ce· point de vu~ on peul dire que dans la . de réalité à connaître, est, justement dans l'attitud-e transcendantale,
série des sciences qu.i ~'éta:gent au-dessus de. la. positivité naïve~ .la rau~re~existant, ralter-ego; se justifiant. précisément à l'intérieur -
psychologie intentionnelle est la première e:u soi. Par rapport aux derintentionalité de mon ego. Dans I'att~tude positive nous diso:ns,
· autres sciences positives elle a même un av:antàge.. Si,. sciençe --:;.· et nous. estimons que cela va de soi : - par et dans mon expé-
positive, elle . se constitue par· la ·méthode· dê ·l'analyse inten- rience propre; je ne .m.'appréh~nde- p~s ~eulementmoi-même, mais,
tio.nnelle, elle ne pe~t pas se heUrter à des problèmes dé << fon- . ~âce à ·une forme spéclàle de l'expérience, j'app~éhende aussi
dements » tels que les rencontrent les autres sciences positives. Ces aûtrui. L'expUcitation transcendantale nous .a montré n'on seule;_
problèmes, en effet,· ont leur origine· dans le caratère unilatéraLdes !1,\ent:que cette affirmation positive est tJ;>a~scendentalemeiltjusti..:
.objectivités 'naïvement constituées; lesquelles,. pour être consi.;. fiée, mais aussi que l'ego transcend~mtal (que ,la réduction trans•
dérées d~ns1a totalité .de leurs ·aspects1 exige~t le' passage la a cendentale nous révèle tout d'abord avec ses .horizons indéterminés) -
considération transcendantale du monde. Mais la psychùlogie inten- se saisit tout aussi bien soi-mê'mè, dans son être primordi8l propre,·
tionnelJe ~ bien. que d'une ·m:anière hnplicite - porte déjà le que, .sous forme de son expérience transcendantale: de l'autre, les·
transcendantal en elle-même; il lui f~;tùt seulement une dernière autres ego transcendentatix, bien qu_e ces derniers ne soi~nt ·pas
prise de conscienc~ pour accomplir le renversement cope~nicien. donnés direètement eux-mêmes ~fdans l'évidence apodic.tiqua abso~
lue~ mais seulement dans l'évidence de l'expéx"ienee (( ex_térieure ».
~uine change rien au contenu de $es résultats, mais en dégage le·
sens ultime. On peurrait dire aussi .que la psychologie n'a, en.défi-:- Autrûi;, je l'appréhende « en » moi, il se constitue en ,~oi-même . ·
nitive, qu'un seul problème fondamental - le concept de l'âme. · par l'apprésentatioit:.;;ans y être présent (<lui-même>).- Aussi p_uis-je
. . bien dire dans un sens plus large: l'ego, que je trouve, en m•ex-
62.· Explicitation intentionnelle de l'expé~ience 4e l'autre -plicitant moi-m~me.dans la rnéditàtion (en .explicitallt ce que je
caràctérisée dans son ensemble. trou,v~ en moi), atteint ·la tow:liié de l'être tre.nscendant, ·cons-
- .

Revenons, en .concluant ce chapitre, à l'objectiQn --- dont nous titué d'ull:e manière transcendante, èf non: point l'être simple-
nous sommes laissé .écartêr ~·contre la- prétention -de notre ment accepté dans ,la _positivité naïve~ L'idée, selon laqu~lle .
phénoméno]ogie d'être une philosophie transcendèntale et, par toût ce que je connais- moi,·l'ego transcendantal- je le connais
. conséquent, de résoudre comme telle le.s problème~ de la possi- comme existant en partartt~iliimoi-m~me, et tout C{. que j'explicite
bilité de la coimaissai1ce objective. D'aprè~ cette objéction, laphé• comme constitué en moi-me"me doit m'appartenir à moi..m~me,
à mon ~tre propre, est une illusion. Ceci n'est vrai q11e des ((trans-
noméf!olog_ie n'en serait pas capable car, liée dans son point de
dép_art à l'ego tran~cendental de la réduction phénoméno1f)gique, cendances immanentes». La constitution comme système d•actua~ ·
e~le ·retomberait, sans vouloir s'en rendr~ compte, dans un .soli-
lités et de potentialités synthétiques qui me présentent.- à moi;
l'ego - des :·êtres et des unités de sens dans la sphère de mol;l être
psism~ tr.anscendental, et tout passage à la subje·ctivité étrangère
propre~ veut dire justement : constitution de la réalité objective
et à l_'ohj~ctivité vérjtable ne'·sei:ait possible·que par ·une métapby..:·
immanente. Au début de la plténoménologie, dans l'attitude du·
sique non-avouée-, par une reprise. cachée des traditions leibni~
~fenr;es.- · · ·· · · · · .. débutant, de celui qui accomplitpour la première foiS la réduction
phénoménolf.lgique et qui se crée ainsi· un ·habitus universel .des
Étant données les explicitations effectuées, robjeetion se dissout
recherches constitutives, l'ego trans_cenâ.ental qui·tombé sous.le
ç_t se.nibntre sans consistanee.II faut tout d'abord· tenir compte du
1·egard est bien saisi d'une manière apodictique; mais il est·
fait suivant : à aucu_n. moment ['_attitude transcendentale, celle de
entouré d'horizons totalement indeter_minés,linl:ités.par cette se.ule
l"ixox·~ · trauscendentale, n'a ·été :àbandonnée. Notre «. théo:fie )) de
condition : que le mond.e et que tout ce que j'en sais devienne
l'expé~ience étrang~re, .de-l'expériençe des c< autres·», ne voul~it et
de purs « phénomènes ». A ce dé~ut me fon~ nécessairement
n~ pouvait faire autre- chose qu 'e~pliciter, en, partant de l'œuvre
- 128- -129 _;..

défaut toutes les distinctions que, seule, nous donnera l'explici·· tation du sens » que l'intuition <t remplit » d'une façon originelle.
tation tintentionnelle, et qui, cependant, m'appartiennent d'une En particulier, .pour ce qùi concerne le monde objectif des réalités
manière évidente et essentielle. Il me manque, avant tout, la com- (tout comme les multiples .mondes idéaux objectifs, champs des
préhension de mon être primordial, de la spbère de ce qui m 'ap- sciences aprioriques pures), l'explicitation phénoménologique ne
partient au sens strict et de ce qui, à titre d'exp6rience de fait rien d'autre- et on ne saurait jamais le mettre trop en relief -
l'autre, se constitue dans cette sphère comme lui étant étranger, qu'explicit-er le sens que ce monde a pour nous tous, antérieure-
comme « apprésenté », mais n'y étant pas, et ne p:nrva.nt jamais ment à toute .philosophie et que, manifestement; lui confère notre
y être donné d'une manière originelle. · expérience. Ce sens peut bien être dégagé par la philosophie, mais
Il me faut d'abord expliciter, en tant que tel, ce qui m'appar- ne peut jamais être modifié par elle. Et, ·dans chaque expérience
tient en propre, afin de comprendre que dans le « propre » le actuelle, il est entouré- pour des_ raisons essentielles· et "non pas
l< non-propre» acquiert, lui aussi, son sens existentiel, notam- 'à cause de notre faibless·e - d'horizons qui ont besoin d~éluci­
ment, par an:alogie. Moi, qui médite, je ne comprends pas dation.
au début, comment, en général, acriver aux « autres >> et à. moi-
même, puisque les « aùtres » sont tous pris « entre parenthèses >>.
CONCLUSION.
Et, au fond, je ne comprends pas encore, et je le reconnais seule-
. ment malgré moi, qu'« en me mettant entre parenthèses » moi-
63. La 'Récessité d'une critique de l'expérience
même, comme homme, comme personne humaine, je me conserve
et de la connaina~ce transcendentale.s.
cependant encore, comme ego. Je ne puis donc rien sàvoir encore .
d'une intersubjectivité transcendentale et, sans le vouloir, je me En effectuant les recherches de' 1~ -présente Méditation et déjà
considère moi, l'ego, comme un solus ipse; même après avoir celleS des deux Méditations précédente~, nous. nous sonùnes placés
acquis une première COD:lpréhension des fonctions constitutives, .su}" le plan de l'es:périence transcendentale,de·l'ex,périence de soi-
j'envisage tous les ensembles constitutifs comme de simples appar- même proprement dite, et de l'expérience de l'autre. Nous avons
tenances de cet ego unique. Les explicitations plus étendues du eÙ. confiance dans cette expérience, en vertu de son évidence vécue;
présent chapitre étaient donc nécessaires. C'est grâce à elles sèu]e .. et nous avons ~ussi, d'une manière analogue,·. eu confiance dans
ment que rious comprenons le sens plein et véritable ae « l'idéa~ l'évidence des jugements descriptifs et, généralement, dans tous les
lisme » phénoménologico-transc.endental. L'apparence du solip- ~ .proeédés méthodiques de la connaissance transcendentale. Si nous
sisme est dissipée, bien qu'il reste vrai que tout ce qui existe . avons p·erdu de vue l'exigence, sur laquelle nous avons aussi .forte-
pour moi ne peut puiser son sens existentiel :qu'en moi, dans la ment insisté au début, d~u.ne ·connaissance apodictique, conime
sphère· de ma conscience. · Cet idéalisme se présente comme une . étant ·la seule connaissance « authentiquement scientifique »,
monadologie. Malgré les échos de la métaphysique leibnizienne, qu'il nous ne l'avons nullement abandonnée. Mais, au lieu de nous
évoque d'une manière voulue par nous, il puise son contenu dans .occuper ici de ·problèm-es ultérieurs et ultimes de la phénomé-
.l'explicitation phénoménologique pure de l'expérience transcenden- nol{)gie~ .nous avons préféré esquisser à: grands traits les pro-
tale; dégagée par la réduction transcendentale. Il se fondo sur l'évi- blèmes difficiles de la première phénoménologie, encore en
dence la plus originelle, où tout~s les évidences possibles et imagi- quelque sorte affectée de naïveté (de· naïveté· apodictique).; phé-
nables doivent avoir leur fondement, sur le droit le plus originel, OÙ .noménol6gie chargée .de la gran~e tâche .,...._ la plus. spécifiquément
.tou:s les droits et; en, particulier, tous les droits_de la .connaissance phénoménologique ~ de donner à Ja science une forme nouvelle
doivent 'chercher leur justification. L'explicitation phénoménolo- .et. supérieure~ Nous l'avons préféré à l'ensemble d~s recherches
gique n'est véritàl~lement pas du tout quelque chose comme une. qui eonstitu~nt l'auto-critique de la phénoménologie en vue de-.
« construction métaphysique ))' ellen 'est pas Ùne « théorie » méttant déterminer l'étendue, les limites, mais aussi les mod~s de s.on àpo-
en jeu - ouvertement ou en les dissimulant - les concepts et les dicticité. Nos esquisses· précédentes donnent uneîdée .au moins
,préjugés dela métaphysique traditionnelle. Elle s'en distingue dela provisoire d.e cette critique 4e la connaissance phénoménologique
manière la plus décisive,- puisqu'elle ne fait que mettre en cèuvre .· transcendantale, telles par · exemple les all~sions ·à la manière
les données de la pu~~ « intuition ,,, et n:~est qu'une pure (( explici- dont, à l'aide d'un~ critique du souvenir .~ranse,endental~ .pe.ut ê~e
'.
1
.
.
.
.

130-- ··~ . ·-·t31 -


..

circonscrit un contenu apodictique de ce s~uv~nir. Toute théorie Ces derniers .seuls peuvent saisir d'une manière :définitive la
de la ?~nnaissance transcendantale phénoménologique, en tant « portée » des évide{lces. et, ·corrélativement, établir le sens · de
qu~ cruaque de la connaissan'Ce, se ramène à la critique de la co·n- l'existence des objets, des constructions -théoriques, des valeurset-
~al~sa~ce transcendentale 'Phé.no"ménologique, et tout d'abord de desfins. Aussi rencmitrons·no·ris...;:. et précisément· au niveau élevé
1 expé~1ence transcendantale elle-même ; en vertu du retour de la science positive modèrne - des crises, des .paradoxes, de
es~enbel de la . phénoménologie sur elle-même, cette critique l'inintelligib.le~ Les concepts premiers qui portent' toute la
. ex1ge, elle aussi, une critique~ Mais la possibilité évidente de -science et ·déterminent la sp~ère de ses objets et le sens de ses
la réitération . des réflexions et des critiques transcendantales tbéortès, onL· une origine naïve.; ils ont. des horizons intentionnëls
n'implique nuHem~nt le danger d'un regressus in inflnitum. ~ndéterminés ; ils résultent des fonctions intentionnelles inconnues,
exercées-d'une manière grossièrement naïve. Ceci vaut non ~eule­
64. Épilogue~
Iilent des scien~ts spétJiales, mais aussi .de la logzque. tradition-
Nos inéditaiions - nous pouvons bien le dire_:_ ont, dans l'es""' nelle avec toùtes ·ses -normes foi-melle~ .. Tout essai fait, par les
sentie!, atteint leur but : notamment de montrer la possibilité con- sclences,.-telles qu'elles se sont historiquement const~tuées, de tro~
crète de l'idée cartésienne d'une science universelle à partir d'un ver lin fondement meilleur, de se comprendre mieux elles-mêmes,
fondement absolu. La démonstration de cette possibilité concrète de comprendl'e leur propre sens et leur propre fonctionnement
sa réalisation pratique - quoique, ·bien entendu, sous forme d; est une · ,prise de consèience d,e soi-même du· savant.. fttais il
. programme Ïlifini - n'est autre chose que rinvention d'un point n'y a qu'une seule prise de con·scienee d~ S'oi-même qui soit radi•
de départ nécès.saire et ind'ubitable ét d'une méthode, également cale, c'est celle de la phénoménologie. Son radicalisme est insépa-
.nécessaire, qui, en même temps, permet d'esquisser un système de· rable de son universalité; et il est en même. temps inséparabl~ de
problèmes· pouvant ètre posés sans absurdité. C'est là le point ~~ méthode phenoménologiq~e : prise de conscience de soi-même
. que nous avons atteint. La seule chose qui nous reste à indiquer, ·sous . forme de 1~ réduction tran~e~ndentale, explicitation inten-
c'est la ramification, facilement compréhensible, de la phénomé- tionnelle .de ·soi.;.même - 4~ l'ego transcendantal dégagé par la.
nologie transcendantale en scie.nces objectives particulières et le · réduction ~ description sy~tématique dans 'la forJDe logique
rapport de la phénoménologie àvec ces. sc~ences de la positivité d'une eidétiquf}. intuitive. Ma-is. s'expliciter soi-même d'une ma.-
naïve qu'eUe· trouve devant elle. . nîère universeÙb et eidétique, c~est être maitre de toutes les possi-
I.a v.ie quo~idienne est naïve. Vivre ainsi, c'est s'engager dans bilités constitutives possibles et imaginables ((innées· à l'ego. et l)

1~ mon?e ~m nous. est donné par l'expérience, par .la pensée; à rintersùb!~~tivité tran~cendeniale ..
c est agtr, c est porter des jugements de valeur. Toutes ces fonc- une phénoménologie qui se .développe rigoùreusement cons·
tions intentionnelles de l'expérience, grâce auxquelles les objets t.ruJt. donc a priori, mais avec·-une nécessité et une généralité
sont simplement présents, s'accomplissent . d'une ·manière im- slr-ictement intùitives; ~~~ formes des mondes imaginables; elle
personnelle : le sujet ne :sait rien d'elles. ll en est de même ·de les construit dans les c~dre·s de· toute-s'les foniies' imaginables de
la pensée active : les nombres, les· <c. états ·de choses » ·(Sachver- .· l'être .en ·gé~érà.l et d.u -système· de: s,es articulation&~ Mais cela, ·
halte) prédicatifs, les valeurs, les faits, les œuvres apparaissent d·'·ùne manière « originelle~. n, ·c'est-à-dire en corrélatio~ avec
grâ~e ~ un fonctionnement ?aché, se construisant clegré par degré; · - l'a .prior!" (le-' la ~truc~ure des fonct~ons intenii()pnelles ·. qui le~
ma1s .c e~t elles seules que nous voyons. Il n'en est p.as autrement côilstituent. , · .
d~s sciences posi~ives. Ce sont des constructions naïves·, bien que . · Pni~q~e, .dans sa~ maré he; l~ phénoiJ.lênologie ile ·trouve· pas de
d un ordre supérieur; elles·.sont produites par une technique théo- réalité ni de. concept~. de 'réali~ donnés comme (( tout ~its », m~is
rique, sans que. les fonctions intentionnelles, .dont, en dernière 7
qu elle lés puise da,ns la; sphère originelle_ de la constitution ·(f..e_i--
analyse, tout provient-, soient 6~tplicitées. Certes,'la science prétend stunu). ··saiS.if~=, 'elie.:. même,. en cd~s.'.co.:n.cept~·'m;iginels,. puisque, obli-
justifier ses dém~rches théoriques et repose toujours· sur une gée à·· élucide~, tous Jes ·. horizonsr· é.lle âoil1ine· ·toutes les disthic- -
critiqu~. Mai'S sa crîti_qu~ de la connaissance n'est pas dernière, ti9ns.- de ~<. po~iée >) .-'-et. toutes.·les relB~tivi~s. abswaites-- elle.
c'-est-à-dire une étude -et un~ critique des fonctim1s origi- d,ôii arl".iv.ër· par elle~même aux: systèniès de: ëo1icepts. qui' d~fi­
nelles, un éclaircissement de tous ses horizons intentionnP.ls. nis~nt le. .s.ens'
.
fondtimental
. .
de tous. les .
domain·es ·sèientifiques. ..
~
- 132·- 133-

Ce sont les concepts qui tracent à !!avance des lignes de démar- de l'ego réduit à la sphère primordiale; ensuite viendrait la
cation dans. l'idée formelle d'un u·nivers d'existen~e possible en phénoménologie intersubjective, fondée sur l'ég~logie solipsiste.
général et par conséquent aussi d'un monde possible en général. · · Cette dernière étudie d'abord les questions universelles, pour se
Ils doivent par cela même être les concepts fondamentaux ?féri- ramifier ensuite en sciences aprioriques particulières.
tables de toutes les sciènces. · Pour les concepts de ce genre, Catte science totale de l'a priori serait alors le fondement des
formés· de cette manière originelle, il ne peut pas être question de sciences empiriques authentiques; et d'une. philosophie univer-
paradoxes. Il en est de même de tous les concepts fondamentaux selle authentique, au sens cartésien .d'une science universelle et à
qui se rapportent à la constitution des sciences· portant ou de~ant fondement absolu de ce qui existé en fait. Toute la rationalité du
porte~ sur les différÈmtes régîons de l'être et qui concernent la fait consiste dans .l'a priori. L·a science apriorique est une science
forme. d'ensemble de cette· ·constitution. Les recherehes q11e rious des prin~ipes auxquels les sciences empiriques doivent recourir
avons rapidement effleu.rées plus haut, relatives à la constitution pour trouver leur fonùement définitif. Mais la science apriorique
transcendentale du monde, ne sont ainsi rien d'autre qu'un com'- ne doit pas être naïve; elle doit provenir des sources transcendan-
mencement d'éclaircissement radical du sens et de l'origine (ou tales phénoménologiques les plus profondes et doit avoir la forme
du sens. à partir de l'origine) des concepts tels que: m-onde, nature, d'un a priori qui l'est à tous les égards, qui repose sur lui-même
esp·ace~.Jemps, ~tre animal, homme, âme, o'!'ganisme, commu- et se ju~tifie par lui-inême. · ·
nauté sociale, culture, etc. . . Je voùdrais, en terminant, et afin d'éviter les :malentendus, .
Il est cl4ir que la réaHsation véritable .des recherches indiquées indiquer que la phénoménologie, comme nous l'avons développée .
doit conduire à tous ces concepts qui, sans être analysés .et élu~ plus haut, n'élimine que la métaphysique naïve, opérant avec les
ci dés, _servent de concepts fondamentaux aux sciences positives, absurdes choses en soi, mais qu'elle n'exclut pas la métapkf!sique
mais qui., dans la phénoQténologie, s'engendrent au milieu d'une: en genlral. Elle ne fait pas violence aux motifs et aux problèmes
clarté et d'une distinction n'admettant plus de doute .Po.ssible. qui animaient intérieurement la tradition ancienne. C'était sa mé-
Nous pouvons dire aussi que toutes les sciences·aprioriques èn thode et sa position des problèmes qui étaient absurdes, non point
général ont leur origine dernière dans la phénoménologie apriori- ses problèmes et les motifs d(; leur position. La phénoménologie
que ~t transcendentale .. C'·est là, grâce à 1'analyse d~s corrélations, ne dit pas qu'elle s'arrête devant « les dernières questions les plus
qu'elles trouvent leürs derniers fondements: Elles appartiennent hautLs >>. <(L'être, 'premier en soi >>, qui sert de fondement à tout
· donc~elles;.m_t1mes, du point de vue de leur origine, à une phénomé- ce qu'il y a. d'objectif dans le monde, c'est l'intersubjectivité trans-
nologie un'iverselle·apriorique donf elles sont les ramifications sys:- cendantale, la totalité des monades qui s'unissent dans des formes
tématiques. Ce sys~ème d'a priori universel doit donc- être dési~ différentes de communauté et de communion. Mais, à l'intérieur
gné comme l'épanouissement systématique. de• l'a priori unîvm~sel; · de to~te sphère m~nadique effective, et, à titre de possibilité idéale,
inné à l'essence de la subjecl.ivité et, p~r conséquent, de l'inter- \ à l'intérieur de la sphère monadique imaginable, réapparaissent
subjectiviié transeendentale.- C'·est .l'épanouissement du LQgos tous les problèmes de la réalité contingente, de la mort, du des-
universel de tout être possible. · . · · tin, le problème de la possibilité d'une ·vie « authentiquement >>
On pourrait encore exprimer· la même chose de ·la manière humaine et ayant un « sens >> :: -~ ns l'acception la .plus forte de ce
suivante : la ·phénoménologie t_ranscttnden.tale, systématiquement ternie et, parmi cesproblèmes, ceux du« sens » de l'histoire et
.et pleinement développée, est eo ipso uné authentique ontologie ·,ainsi de suite, en remontant toujours plus haut. Nous pouvons ·
universelle. Non pas .une ontologie formelle et vide, mais une dire que ce sont là les problèmes éthiques et religieux, mais posés
. ontologie qui inclnt·toutes les possibilités régionales d'existence,. su~ un terrain oü doit. être posée toute. question qui peut avoir
selon toutes.les corrélations qu'elles impliquent. . un sens possible pour nous. . '
·Cette ontologie : univer~elle et co'(l,crète {ou cette théorie . des· c·est ainsi ·que se réalise l'idée d'une" philosophie universelle
sciences concrète et universelle, cette logique co1).crète de·l'itre) ·tout autr~ment que ne se la rep;fésentaient Descartes et son temps,
présenterait, par conséquent, l'univers des scienèes, pt•emier en qui furent seduits par l'idée de la science moderne. Elle ne se réa-.
soi, et ayant un fondement .absolu. ·f/ordre des disciplines philo- lise. pas sous la forme d'un système universel de théorie déductive,
sophiques serait le suivant: d~abord régologie (( solip~iste », celle comme ~i tout ce qui existe était englobé dans l'unité d'un calcul..
'•
--t:H-
Le·sens essentiel et fondamental de la sciençe s'estradicalement
transformé. ·Nous avons devarit nous tin ~ystème de disciplines
phén01rufnol.ogiquès, et dont la base fondamentale n'est pas
l'axiome ego cogito, mais une pleine, entiè1•e et universelle P'Pise
de. conscience lie soi-m~me. . ·
En d'autres termes,_ Ja voie qui mène à une connaissance des
fondements derniers, au plus haut. sens du terme, c'est-à-dire à
une science philosophique, estla vqie·vers une prise de conscience.
TABLE DES MATIÈRES
universelle de soi-même, monadique d'abord et iritermonadique
ensui,te. Nous pouvons dire égcdemént que la philosophie elle-
même est un développement radical et universel des méditations
cartésiennes, c' est.:.à-dire d'une· connaissance universelle de soi-
même,. et embras~e toute science authentiqu~, responsabl~ d'elle... AVERTISSEMENT ••. : •.:·. ·•••••••..•..•••••...••• ~.. • • • • • . . • • . • . • • . • • • • • . • v
même. · . ·
L'oracle delphique yvw6c ae«uTov a acquis un sens nouvellu. La INTROD-UCTION ....................·••••• • ~ •.•••••• ~ •·••••••••••• " • . • • • •.• t
science positive est une science de l'être qui s'est perdue dans le Lés« Méditations» de Descartes, L -Nécessité d'un recommencement radi-
monde. Il faut d'abord perdre Je monde par l'èTCox~, pour le retrou• cal .en philosophie, 3, , ·
·ver ensuite dan~· une prise de consCience universelle de ~oi~même;
PREMIÈRE MÉDITATION .......................... ~ .................... ~ 6
Noliforas ire, dit saint Augus~in, in te redi, in interiore homine
ha.bitat veritas. L'AcaBYINE.IIENT VERS L' c EGo» TRANScENDiilNTAL. ~La Révolution .. cà.rtésienne,
6. - Révélation du sens finat·de·la Science, 7. - L'Évidence et l'idée de
Science véritable, tO. - Différeb'ciations cie l'tvide·nce, .Ht - L'Évidence
do l'Existence du Monde n'est _pas apod-ictique, U.. ~.L'·* Ego• cogito»
comme subjectivité.transcendentale,16.• - Portée d,e rtvidence apodi~tique
du «je. suis », · t8 ..- Digression, ~O. -Le Moi psychologique et le M9i
transcendantal~ !t.

- DEUXIÈME MÉDITATION ...·~ ....... ,,, .••••••.. ·....... ~ ............. ~ .. • 23 ·


LB Cs.ÙiP D'BXPÉRIBNCZ Tll.USCENDBNTALB BT SES STRUCTURBS GBdRALBS.- Idée
d'un. fondement transeendental de la éonnaissance, ~3. - Qu'il est néces-
saire d'ex:elure ... , .!4. - Le courant des « Cogitationes »... , !7. ·--:- Réflexion
naturelle et Réflexion tr&llscendentale, ·!8. - Digression, 3~~ -· Le carac- "
tère bilatéral de l'invesiigation de la conscience ..., 33.. -L'Identification~ .3ti.
- ActQalité et Potentialité de la Vie iilteritionnelle, 38. ~,·L'Originalité de
l'analyse intentionnelle, -iO. - L'Objet intentionnel.: .• 43. - ..L'Idée de
l'Unité universelle de tous les objets, 45. ·

TROISIÈME MÉDITATION ..••.•.••.. ~ •..•• ~; •••••••. ·••• , •••• : •••••••••.• - 47


LB~ PROBLÈHBS _CONSTITUTIII'S. VÉRITÉ ET RÉALITÉ .. - Précision du concept de
constitution· transcendantale, 47. - L'Évidence en tant que donnée origi-:-
naire, 48. -- · Réaljté et quasi-réalité, 49. - La Réalité com~e corrélatif de
la Vérificdion évidente ... , 50. - Éridence habituelle et Evidence poten·
tieUe, 51. - Évidence présomptive ete l'existence du Mond&, 5!. .-. Les
R.égionR ontologiques ... , 53. · ·

QUATRIÊME MÉDITATION .•.' •.•....•••••.•.. ~......................... 55


Les problèmes constitutifs de l' « .l:!:go » transcendantal, 55. 1-- Le v. Moi »
commè p61e identique des « .États vécus », 55. - Le « Moi » substrat des
- 136.-
« habitus », 56. -La Plénitude con<"rète du ·Moi comme monade ... , 57. -
L'élaboration des Principes de la Méthode phénoménologique, 58. - Digres-
s·ion, 6L- L' « Ego " transcendantal ... , 62, - Le Temps, 63. - Genèse
active et passivè, 65. - L'Association, prinCipe de la Genèse passive, 67.-
Passage au problème de l'Idéa1isme transcendantal, 68. _.;.. L'Explication
phénoménologique véritable de l'« Ego. cogito», 70. ·

CINQUIÊME 1\fÉDITA]'ION.............................................. 74
DÉTERMINATION nu DOIIIAINB TRAHscENDENTAr. COMME « INTBRSUBJECTIVITÉ :aroru.no-
LOGIQUE ». - E:Jposé du Problème de l'expérience de «'l'Autre>>, 74. - Le.
Mode de présentatjon onto-noématique de « l'Autre » .•. , 75. ·- Réductilln
de l'Expérience transcendantale à la Sphère de l'appartenance ... , 77~ -
L' « Ego » transcendantal en qualité d'homme psycho-physique ... , 8!. -
L'Apparen~e. 84. - L'Objet intentionneL., 87. - La Transcendance du
}ionde objectif... , $8. - Esquisse préalable, .. , 90. - L'Intentionalité
médiate de l'Expérienced'autrui. .. , 9L- L'cc Accouplement», 9i. - L'Ap-
pMseatation ... , 96. - Les Potentialités de la Spbère, primordiale ... , 98. -
Explicitation du sens de I'Appr.ésentation, 99. - La Communauté des
n.•onades ... , tO!. -La ·constitu~ion des degrés supérieurs; •. , i09. -Éclair-
cissement· du Parallélisme... , Hi. - Analy;!e intention~elle des commu-
nautés intcrsuhjectives supérieures •.. , H!.- L'Explicitation ontologique ... ~
H5. - Résultats métaphysiques ... , US. - I:.es Problèmes traditionnels de
l'Origine psychologique: .. , f20. - Ex.plicitation intentionnelle de l'Expé•
rience de l'Autre~ .. , U6.

CoNCLUSION. - La nécessité d'une Critique de l'Expérience.. • • • . . . . . . . . 1!9

ÉPILOGUE ............................. .
• • • • • • • • • • • • tl.. • • • • • .......... .
f30

Joseph FJoch }faître- Imprimeur à \.faye one. 2.6 octl)bre 19;)~1.