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Critères de rupture des composites

Approche macroscopique
par Yvon CHEVALIER
Docteur ès Sciences
Maître de Conférences à l’Institut Supérieur des Matériaux
et de la Construction Mécanique (ISMCM)

1. Principes généraux .................................................................................. A 7 755 - 2


1.1 Choix du critère............................................................................................ — 3
1.2 Caractérisation du critère............................................................................ — 3
2. Théorie de la contrainte maximale ..................................................... — 3
2.1 Résistance en extension.............................................................................. — 3
2.2 Résistance en glissement............................................................................ — 4
3. Critères énergétiques ............................................................................. — 5
3.1 Formulation du critère................................................................................. — 5
3.2 Influence de la pression de confinement................................................... — 6
3.3 Cas des contraintes planes, étude du couplage........................................ — 6
3.3.1 Formulation en contraintes planes ................................................... — 6
3.3.2 Critère de Norris (1950) ...................................................................... — 6
3.3.3 Critère de Tsai-Hill (1965) ................................................................... — 6
3.3.4 Critère d’Ashkenazi............................................................................. — 7
3.3.5 Critère de Fisher.................................................................................. — 7
3.4 Comparaison des critères énergétiques .................................................... — 7
4. Critères tensoriels ................................................................................... — 10
4.1 Critère de Tsai-Wu ....................................................................................... — 10
4.2 Critère de Hoffman ...................................................................................... — 13
4.3 Critère de Gol’Denblat et Kopnov .............................................................. — 13
5. Critères phénoménologiques................................................................ — 13
5.1 Critère de Hashin ......................................................................................... — 14
5.2 Critère de Boehler-Raclin ............................................................................ — 14
6. Conclusion ................................................................................................. — 15
Références bibliographiques ......................................................................... — 16

’étude de la résistance à la rupture des matériaux composites est d’une


L complexité bien plus grande que l’analyse des propriétés d’élasticité ou de
viscoélasticité. En effet, lors d’un chargement mécanique ou thermique, des
microfissures apparaissent dans la matrice, des fibres se rompent (rupture fra-
gile ou ductile), des décohésions se créent aux interfaces, des plastifications
apparaissent sans entraîner la ruine de la pièce. Les processus de rupture des
2 - 1991

composites sont donc d’une grande diversité et ne peuvent être décrits que si
l’on connaît :
— le critère de résistance de chaque phase ;
— l’état des contraintes et des déformations dans le matériau ;
— les phénomènes de propagation de fissure dans la microstructure ;
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— la nature de l’interface entre la matrice et le renfort.


Ces renseignements ne sont connus que partiellement et l’obtention par
l’analyse d’une contrainte limite au-delà de laquelle il y a ruine du matériau est
quasi impossible. Signalons que l’on généralise la notion de contrainte ou
résistance ultime par la notion de surface limite appelée aussi enveloppe de

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rupture. Le lecteur pourra à ce sujet consulter l’article Micromécanique des


composites [A 7 780] du présent traité et constater que, actuellement, aucune
des approches présentées n’a reçu un accord universel en ce qui concerne les
matériaux composites.
Deux voies, qui permettent de traiter partiellement le problème, semblent
actuellement se dégager.
La première, exposée dans les paragraphes qui vont suivre, se situe dans une
approche macroscopique et globale du problème qui consiste à rechercher soit
une loi, soit un critère permettant de situer la résistance ultime du matériau
pour un état de contraintes complexes. Le critère est une expression mathéma-
tique reliant les contraintes effectives régnant dans le matériau aux contraintes
ultimes pouvant être supportées par ce dernier. Lorsque le critère est violé, la
propriété d’intégrité du matériau n’existe plus et il y a ruine locale du milieu.
Le procédé se résume, le plus souvent, à l’utilisation des divers critères (géné-
ralisation des critères de plasticité) existant dans la littérature, qui dépendent
tous d’un certain nombre de paramètres qui sont précisément des résistances
ultimes pour des sollicitations élémentaires [14]. Signalons qu’une recherche
expérimentale systématique peut être envisagée [2]. Enfin à la différence du
critère, la loi met en évidence certains aspects du mécanisme de rupture.
La seconde voie consiste à prendre en compte les caractéristiques de résis-
tance des divers composants du matériau sous une approche probabiliste afin
de tenir compte de la grande dispersion des résultats des essais. Des modèles
simplifiés permettent alors d’estimer les caractéristiques de résistance du
composite.

Notations et Symboles 1. Principes généraux


Symbole Définition
L’approche du comportement d’un milieu par un critère stipule que
ce milieu conserve sa propriété tant que les grandeurs motrices ne
Ei module d’Young dans la direction i avec i = 1, 2, 3 dépassent pas des valeurs ultimes. Dans le cas de la plasticité par
f = (fijk ) tenseur des fragilités de rang 4 exemple, la propriété est l’élasticité du milieu (absence de défor-
{F } = (Fij ) matrice de fragilité de rang 6 mations permanentes) et les grandeurs motrices sont le champ des
contraintes ou le champ des déformations ; dans le cas de la résis-
{H } = (Hi ) vecteur de fragilité de rang 6 tance, la propriété est l’intégrité du milieu (absence de rupture) et
n = (ni ) normale extérieure unitaire à la frontière d’une les grandeurs motrices sont également les contraintes. Le critère
surface traduit donc une forme binaire du phénomène et ne met pas en évi-
Q contrainte de résistance ultime en cisaillement dans dence l’aspect évolutif de ce dernier.
le plan (2,3) Un critère de résistance est donc caractérisé par la connaissance
R contrainte de résistance ultime en cisaillement dans d’une fonction scalaire φ dépendant du tenseur des contraintes
le plan (1,3)  = (σij ). Il n’y a pas rupture du matériau tant que les contraintes
S contrainte de résistance ultime en cisaillement dans régnant dans ce dernier ne dépassent pas les contraintes ultimes,
le plan (1,2)
c’est-à-dire tant que l’inégalité suivante est satisfaite :
x = (xi ) coordonnées spatiales du point courant
X résistance en traction (ou contrainte ultime de φ ( )  1 (1)
traction) dans la direction 1
X′ résistance en compression (ou contrainte ultime de Lorsque l’égalité est satisfaite, nous obtenons l’enveloppe de rup-
compression) dans la direction 1 ture ou la surface limite. Une telle approche de la rupture ne fait
Y résistance en traction dans la direction 2 pas appel aux mécanismes intimes et évolutifs, elle ne tient compte
Y′ résistance en compression dans la direction 2 ni de l’endommagement occasionné par un chargement, ni de la
Z résistance en traction dans la direction 3 dégradation de certains renforts, ni de la fatigue subie par le matériau
lors de chargements répétés. Bien qu’imparfaite, cette démarche est
Z′ résistance en compression dans la direction 3
cependant fort utile au niveau du dimensionnement des structures
φ fonction caractérisant le critère par sa relative simplicité. Deux difficultés sont cependant inhérentes
ν 12 et ν 21 coefficients de Poisson dans le plan (1,2) à cette approche : la première réside dans le choix de la fonction φ,
 = (σij ) tenseur des contraintes la seconde a trait à la détermination des paramètres fixant cette
{ } matrice carrée symétrique 3 × 3 écrite sous forme dernière.
de vecteur de rang 6

Les vecteurs et plus généralement les tenseurs sont désignés par des
caractères gras.

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1.1 Choix du critère 2.1 Résistance en extension


Dans le cas des matériaux composites, on ne peut malheureuse- Historiquement, les premières études traitent de la résistance en
ment pas se contenter d’extrapoler les résultats sur les matériaux traction puis en compression d’une éprouvette de matériau
classiques. La fonction φ est en effet astreinte à vérifier les trois composite à fibres unidirectionnelles, la fibre étant la principale
propriétés suivantes. source de résistance. Une analyse théorique simple permet de pré-
— Les matériaux composites sont très divers par la nature et la voir le comportement mécanique limite d’un échantillon de matériau
disposition des différents constituants que l’on peut techniquement sous les hypothèses suivantes :
assembler. La fonction φ devra refléter la nature du composite — les fibres sont parfaitement liées à la matrice ;
envisagé. — les fibres ont même diamètre et même contrainte de rupture σf
(les fibres sont supposées alignées) ;
— Les matériaux composites sont macroscopiquement aniso-
— le module d’Young des fibres est plus grand que celui de la
tropes, le choix de la fonction φ devra conduire à une inégalité (1)
matrice.
indépendante du repère choisi (principe de l’indifférence matérielle).
Le lecteur pourra à ce titre consulter les travaux de J.-P. Boehler, [3] Exemple : considérons une éprouvette de composite unidirection-
[4] et de U.T. Hanh [5], qui présentent une étude théorique systé- nel dont l’axe x fait un angle α avec la direction 1 des fibres (figure 1).
matique des propriétés des fonctionnelles anisotropes. Soulignons Cette éprouvette est supposée en état de traction uniaxiale (seul
également que l’anisotropie du matériau peut exacerber certains σxx = σx est différent de zéro), donc, dans le repère de symétrie maté-
comportements négligeables dans le cas de milieux isotropes. rielle du matériau, les composantes non nulles du tenseur des
— Enfin la fonctionnelle φ devra être une fonction convexe du contraintes ont pour valeur :
tenseur des contraintes  = (σij ). Cela est une condition nécessaire σ 11 = σx cos2 α , σ 22 = σx sin2 α , σ 12 = – σ x sin α cos α (2)
pour s’assurer que le phénomène de rupture est indépendant du
trajet de chargement (dans le cas contraire de non-convexité, le La variation des composantes du tenseur des contraintes pour
matériau pourrait supporter des contraintes plus ou moins grandes une rotation d’un angle α = (Ox, 1) autour de l’axe z = 3 est définie par :
suivant le trajet de chargement). L’enveloppe du rupture est donc
une surface convexe. σ 11 = σxx cos2 α + σyy sin2 α + σ xy sin 2α

σ 22 = σ xx sin2 α + σyy cos2 α – σ xy sin 2α


φ (  ) est une fonction convexe du tenseur des
contraintes  si pour tout réel λ compris entre 0 et 1 et pour 1
σ 12 = ------ ( σ yy – σ xx ) sin 2 α + σ xy cos 2 α
tous tenseurs des contraintes  1 et  2 : 2
La résistance σc d’un composite unidirectionnel dans la direction
φ [ ( 1 – λ )  1 + λ 2 ]  ( 1 – λ ) φ (  1 ) + λ φ (  2 )
des fibres (direction 1) peut être exprimée approximativement par
une loi des mélanges du type :
σc = σf vf + σm 1 ( 1 – vf ) (3)
1.2 Caractérisation du critère
avec vf fraction volumique de fibre ( 0  v f  1 ) ,
La combinaison des composantes du tenseur des contraintes σ f résistance en traction de la fibre,
représentée par la fonction φ nécessite la connaissance de para- σ m 1 contrainte dans la matrice à rupture des fibres.
mètres qui ne peuvent être fixés que par les essais. Le nombre
d’essais croît avec le nombre de paramètres, à fixer, si bien que la
détermination d’un critère complexe est longue et coûteuse.
Ajoutons à cela que chaque paramètre doit être le résultat de plu-
sieurs mesures pour être acceptable. Enfin, l’anisotropie des maté-
riaux composites complique, d’une part, le dépouillement des essais
(cas des essais hors axes) ou nécessite, d’autre part, l’utilisation de
machines spéciales.
Ces diverses remarques montrent qu’il faut être prudent dans
l’approche de la résistance des matériaux composites par la notion
de critère. L’utilisation d’un critère est un compromis entre son choix
et son efficacité. Le lecteur pourra à ce titre consulter l’étude critique
complète présentée par Paul, 1968 [6].

2. Théorie de la contrainte
maximale
Cette approche consiste à étendre les connaissances acquises
dans le domaine des matériaux isotropes. Elle s’applique essentiel-
lement aux matériaux composites à fibres unidirectionnelles, la fibre
étant la source principale de résistance. Les divers auteurs
considèrent un élément de fibre comme macroscopiquement Figure 1 – Schématisation d’un essai de traction hors axes
homogène et ils cherchent une fonction du premier degré des
composantes du tenseur des contraintes qui dépend d’un certain
nombre de paramètres qui sont des valeurs de résistance du maté-
riau global. Ces paramètres sont déterminés de façon expérimentale.

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Nous supposerons :
— que la contrainte dans la direction des fibres (direction 1) ne
dépasse pas la valeur σc [relation (3)] ;
— que la contrainte dans la direction perpendiculaire aux fibres
(direction 2) ne doit pas dépasser une valeur σm qui est la contrainte
limite en extension de la matrice (ou du plus faible interface) ;
— que la contrainte de cisaillement dans le plan (1,2) doit rester
inférieure à τm , qui est la contrainte limite en cisaillement de la
matrice (ou du plus faible interface).
À la suite de cette supposition, nous obtenons d’après la
relation (2) :
σc σm τm
σ x  ------------------
-, σ x  -----------------
-, σ x  --------------------------------- (4)
cos 2 α sin 2 α cos α sin α

Parmi ces trois valeurs possibles, il faut choisir évidemment la


plus faible. Trois modes de rupture du composite sont ainsi mis en
évidence selon les valeurs de l’angle α :
— une rupture par traction des fibres ➀ pour les faibles valeurs
de α ;
— une rupture par cisaillement de la matrice ➁ pour des valeurs
intermédiaires de α ;
Figure 2 – Évolution de la résistance limite  x dans une tige
— une rupture par traction de la matrice ➂ pour les angles α
de composite unidirectionnel en fonction de l’orientation des fibres
proches de 90o.
Cette approche, développée par Cooper (1966) [7] et par Jackson
et Cratchley (1966) [8] est assez bien vérifiée expérimentalement ; La composante de rang j du vecteur contrainte suivant un plan
elle présente en outre l’avantage de mettre en évidence différents de normale unitaire n = (nj ) est donnée par :
modes de rupture (figure 2). Tj = σ ij nj
Ce critère, limité aux composites à renforts unidirectionnels, ne
permet pas d’étudier tous les états de contrainte (éprouvette en La projection du vecteur contrainte T suivant une direction v = (vi )
traction simple seulement) et est donc limité dans son application a donc pour valeur en module :
au dimensionnement des structures. Signalons que Cooper (1966) Tv = | σij nj vi |
[7] et Kelly et Davies (1965) [12] ont tenté de tenir compte du
comportement d’éléments minces ainsi que de liaisons imparfaites et le critère s’écrit d’une manière générale en fonction de la
entre fibres et matrice. La figure 2 montre schématiquement la contrainte ultime σ v :
variation de la contrainte limite en traction pour un composite à
fibres unidirectionnelles. Tv σ ij n j v i
-------- = --------------------------  1 (5)
σv σv

2.2 Résistance en glissement Pour les 3 modes de rupture envisagés précédemment, les valeurs
de v = (v i ), n et σv sont données dans le tableau 1 et représentées
Historiquement, l’étude des matériaux plastiquement anisotropes par la figure 3. La relation (5) se traduit donc pour les modes 1, 2
(les métaux en particulier) a conduit certains chercheurs à étendre et 3 par :
les principaux critères utilisés pour les milieux isotropes. C’est le cas
mode 1 σ 12 cos α + α 13 sin α  σ a 
du critère de Tresca par exemple qui suppose que l’écoulement plas-
tique intervient lorsque la contrainte de cisaillement atteint une 1 
mode 2 ----- ( σ 33 – σ 22 ) sin 2 α + σ 23 cos 2 α  σ τ 
valeur critique caractéristique du matériau. Lance et Robinson (1971) 2  (6)
[9] ont repris cette idée en l’appliquant au cas des milieux 
1
composites. Ils envisagent certains modes de rupture préférentiels mode 3 ----- σ 11 – σ 22 cos 2 β – σ 33 sin 2 β – σ 23 sin 2 β  σ s 
2 
du composite à fibres unidirectionnelles et en conséquence ne
calculent le maximum de la contrainte de cisaillement que suivant Il y a rupture du matériau si l’une des trois conditions (6) est
certaines familles de plans. Insistons sur le fait qu’il s’agit là d’une satisfaite. Il est entendu que chacune des conditions ne dépend pas
théorie continue, c’est-à-dire que l’on envisage le matériau comme seulement du tenseur des contraintes au point M considéré mais
homogène macroscopiquement. Par contre, l’on tient compte effec- aussi de l’orientation des plans de cisaillement critique qui
tivement des caractères propres aux matériaux composites par le dépendent des angles α et β . Un calcul simple de dérivée montre
fait que la structure du renfort et de la matrice suggère l’existence que les membres de gauche des égalités (6) sont maximaux pour
de plans d’écoulement privilégiés. Cette théorie peut donc s’adapter les angles :
en fonction du composite considéré. Afin de décrire le procédé en
détail, considérons le cas de composites à fibres unidirectionnelles σ 13
(l’axe 1 étant l’axe des fibres), pour lequel la rupture peut se faire α a = arctan ----------
σ 12
suivant les trois modes suivants :
σ 33 – σ 22
— mode 1 : la contrainte de cisaillement sur des plans parallèles
aux fibres et dans une direction parallèle à cette contrainte atteint
1

α τ = ----- arctan -------------------------
2 2 σ 23 
une valeur critique σa (rupture de la matrice) ;

= ----- arctan ------------------------- 
— mode 2 : la contrainte de cisaillement sur ces plans mais dans 1 23
βs
une direction perpendiculaire aux fibres atteint une valeur limite στ 2 σ –σ 22 33
(rupture de la matrice) ;
— mode 3 : la contrainte de cisaillement maximale sur des plans (0)
orientés à 45 o avec la direction des fibres atteint une valeur
critique σs (cette dernière condition prend en compte la rupture des
fibres).

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Tableau 1 – Caractéristiques des modes de rupture en cisaillement d’un composite à fibres unidirectionnelles
(axe des fibres : 1)
Mode de rupture
Mode 1 Mode 2 Mode 3
en cisaillement d’un composite
σv σa στ σs

(0, cos α, sin α ) (0, cos α, sin α ) 2


n ---------- ( 1, cos β , sin β )
2

v (1, 0, 0) (0, – sin α, cos α ) 2


---------- ( 1, – cos β , – sin β )
2

et d’anisotropie du matériau. f est le tenseur de fragilité qui


possède les propriétés de symétrie classiques :
f ijk  = f jik  = f ijk = f k ij

En introduisant, comme en élasticité, le vecteur colonne :


{σ } = (σ11 , σ22 , σ33 , σ23 , σ13 , σ12 )
et la matrice carrée de rang 6 :
{F } = (Fij )
le critère de résistance (7) s’écrit :

φ (  ) = { σ }t { F } { σ }  1 (8)
avec {σ }t vecteur transposé (ou vecteur ligne), du vecteur
colonne {σ }.
La matrice symétrique de fragilité {F } est définie par les égalités (9)
et on remarquera l’analogie de la matrice {F } avec la matrice des
Figure 3 – Critères de la contrainte maximale,
souplesses {S } des milieux élastiques (article Comportements élas-
position des plans de cisaillement
tique et viscoélastique des composites [A 7 750] du présent traité) :

F 11 = f 1111 F 12 = f 1122 F 13 = f 1133 F 14 = 2f 1123 F 15 = 2f 1113 F 16 = 2f 111


Il reste à déterminer les paramètres αa , α τ et βs ; le lecteur
pourra à ce titre consulter les références [9] [14]. La vérification F 21 = f 2211 F 22 = f 2222 F 23 = f 2233 F 24 = 2f 2223 F 25 = 2f 2213 F 26 = 2f 221
expérimentale de cette approche reste cependant hypothétique et F 31 = f 3311 F 32 = f 3322 F 33 = f 3333 F 34 = 2f 3323 F 35 = 2f 3313 F 36 = 2f 331
sa confirmation passe par la mise au point de tests nombreux et (9)
notamment d’essais biaxiaux. Le point de vue est cependant inté- F 41 = 2f 2311 F 42 = 2f 2322 F 43 = 2f 2333 F 44 = 4f 2323 F 45 = 4f 2313 F 46 = 4f 231
ressant au niveau du comportement local du matériau, car il traduit F 51 = 2f 1311 F 52 = 2f 1322 F 53 = 2f 1333 F 54 = 4f 1323 F 55 = 4f 1313 F 56 = 4f 131
l’existence de plan de rupture privilégié.
F 61 = 2f 1211 F 62 = 2f 1222 F 63 = 2f 1233 F 64 = 4f 1223 F 65 = 4f 1213 F 66 = 4f 121

Lorsque le matériau est orthotrope (il possède 3 plans de symétrie


3. Critères énergétiques orthogonaux) et que les axes (1, 2, 3) sont les axes de symétrie maté-
rielle du milieu, la matrice 6 × 6 { F } prend la forme simplifiée
suivante :
3.1 Formulation du critère F 11 F 12 F 13 0 0 0

Comme le mentionne Paul [6], Von Mises a proposé dès 1928 un F 22 F 23 0 0 0


critère de plasticité pour les corps anisotropes sous la forme d’une F 33 0 0 0
expression quadratique du tenseur des contraintes. Il a été appliqué {F } = (10)
F 44 0 0
par Hill (1956) [13] à l’étude des polycristaux et utilisé, du fait de
sa facilité d’emploi, par de nombreux chercheurs et utilisateurs qui sym. F 55 0
l’ont modifié et adapté à la rupture des composites.
F 66
La fonction φ (  ) définie par la relation (1) est une expression qua-
dratique des composantes. Son invariance par changement de L’analogie est donc parfaite avec l’élasticité.
repère fait intervenir un tenseur du 4e rang possédant des propriétés
Insistons sur le fait que la fonction φ (  ) doit être convexe (§ 1.1)
de symétrie. Le lecteur pourra à ce titre consulter l’article Compor-
et donc que la surface limite φ (  ) = 1 est une surface convexe. Les
tements élastique et viscoélastique des composites [A 7 750] du
conditions de stabilité suivantes sont des conditions nécessaires de
présent traité. Le critère se traduit donc par la relation suivante :
convexité :
φ (  ) = f ijk  σ ij σ k   1 (7) Fii > 0 avec i = 1, 2, 3 (11)
dans laquelle les 21 composantes indépendantes f ijk  du tenseur 2
F ii F jj – F ij  0 avec i = 1, 2, 3 et j = 1, 2, 3 (12)
du 4e rang f sont des caractéristiques des propriétés de résistance

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Ces conditions de stabilité traduisent le fait que les valeurs propres avec X, Y et Z 3 contraintes de résistance ultime de tension
de la matrice carrée 6 × 6 sont strictement positives (elles sont suivant les axes 1, 2 et 3,
nécessaires). On peut enfin remarquer que, contrairement aux Q, R et S 3 contraintes de résistance ultime de cisaillement
critères de la contrainte maximale, dans le cas présent, φ est une dans les plans (2, 3), (1, 3) et (1, 2).
fonction homogène d’ordre 2 :
Lorsque le matériau composite est orthotrope de révolution autour
φ ( λ  ) = λ2 φ (  ) de l’axe 1 (isotropie transverse pour les composites à fibres uni-
directionnelles par exemple), nous avons les relations supplé-
mentaires suivantes :
G=H
3.2 Influence de la pression de confinement
L = 2F + H = 2F + G
Par analogie avec les critères de plasticité, certains auteurs
admettent qu’une pression de confinement (ou pression hydro-
statique) n’influe pas sur la résistance du matériau à la rupture, 3.3 Cas des contraintes planes,
c’est-à-dire : étude du couplage
φ ( + P ) = φ ()
quel que soit le tenseur sphérique (ou de pression) : 3.3.1 Formulation en contraintes planes
P = (pδij ) Dans la pratique, bon nombre de structures composites se pré-
avec δij symbole de Kronecker qui prend la valeur 0 si i ≠ j et la sentent sous forme de plaques ou de coques et le critère de Hill
valeur 1 si i = j. [relations (7) ou (8)] prend dans le cas des contraintes planes la forme
suivante :
Cela implique les liaisons suivantes entre les composantes du
tenseur des fragilités : 2 2
φ ( ) = F 11 σ 11 + F 22 σ 22 + 2F 12 σ 11 σ 22 + F 66 σ 12  1
2
(19)
f ijk  δ k  = 0 avec i = 1, 2, 3 et j = 1, 2, 3 (13)
Comme précédemment, les 3 composantes diagonales du tenseur
des fragilités sont reliées aux contraintes ultimes en traction X, Y
f ijk  δ ij δ k  = 0 (14)
et en cisaillement S par :
La relation (13) implique la relation (14), et la neutralité de la 1 1 1
pression de confinement vis-à-vis de la résistance à la rupture du F 11 = --------2- , F 22 = --------
-, F 66 = --------
- (20)
X Y2 S2
matériau se traduit par :
La fragilité de couplage F12 ne peut être mise en évidence que
f ijk  δ k  = 0 avec i = 1, 2, 3 et j = 1, 2, 3
par des essais biaxiaux ou des essais hors axes. Le lecteur pourra
à ce titre consulter par exemple les références [2] [15] [16]. Pour
ou sur la matrice de fragilité par les 6 relations suivantes :
pallier la difficulté des essais biaxiaux et hors axes, certains auteurs
F1j + F2j + F3j = 0 j = 1, 2, ..., 6 (15) préconisent de déterminer la fragilité de couplage par le calcul,
moyennant certaines hypothèses. Les divers critères se différencient
Dans le cas particulier où le matériau possède en tout point 3 alors par le choix de l’hypothèse adoptée. Pour des raisons de
plans de symétrie orthogonaux, la forme de la matrice de fragilité commodité, il est d’usage de poser :
[relation (10)] montre que les égalités (15) se réduisent aux 3 rela-
tions suivantes : K
F 12 = – --------------
2XY
F1j + F 2j + F3j = 0 avec j = 1, 2, 3 (16)
et d’écrire compte tenu de (20) le critère défini par (19) sous la forme :
En éliminant dans le critère quadratique (8) F11 , F 22 et F33 à l’aide
des 3 relations (16), ce critère se réduit à la forme : 2 2 2
σ 11 σ 22 K σ 12
φ ( σ 11 , σ 22 , σ 12 ) = ---------- - – ----------- σ 11 σ 22 + ----------
- + ---------- -1 (21)
φ (  ) = F ( σ 22 – σ 33 )2 + G ( σ 11 – σ 33 )2 + H ( σ 11 – σ 22 )2 X2 Y2 XY S2
2 2 2 (17)
+L σ 23 +M σ 13 +N σ 12 1 Pour que la relation (12) de stabilité soit satisfaite, K doit satisfaire
l’inégalité :
avec F = – F23 G = – F13 H = – F12 K 2 (22)
H + G = F11 F + H = F22 F + G = F33
L = F44 M = F55 N = F66 3.3.2 Critère de Norris (1950)
La forme du critère énergétique définie par la relation (17) est celle
utilisée par Hill pour les polycristaux. Elle est parfois employée par En l’absence de cisaillement, Norris suppose que le point σ11 = X,
certains auteurs quand il s’agit de composites. σ22 = Y, σ12 = 0 est sur la surface de rupture [φ (X, Y, 0) = 1]. Il vient
alors :
Un calcul élémentaire (écrire successivement φ (  ) = 1 pour un K=1
champ de contraintes uniaxiales dans les 3 directions et un champ
de cisaillement simple dans les 3 plans principaux) montre que les Ce critère est utilisé surtout pour le bois.
fragilités F, G, H, L, M, N sont reliées aux tensions ultimes de
résistance par :
3.3.3 Critère de Tsai-Hill (1965)
1
2F = ---------
1 1 1
+ --------- – --------- , L = ---------
- 
Y2 Z2 X2 Q2  Ce critère est surtout utilisé pour les composites à fibres uni-
 directionnelles. Lorsque l’axe 1 est l’axe des fibres, Tsai suppose
1 1 1 1 
2G = -------- - + --------- – --------- , M = -------- -  (18) que le point σ11 = σ22 = Y, σ12 = 0 est sur la surface de rupture
Z2 X2 Y2 R2 
1 1 1 1 
2H = --------2- + --------2- – --------
- , N = -------- - 
X Y Z2 S2 

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[φ (Y, Y, 0) = 1]. Il y a donc ruine du matériau lorsque les contraintes Le lecteur pourra trouver les définitions et les valeurs des modules
normales σ11 et σ22 atteignent la tension ultime transversale Y d’élasticité de matériaux composites dans l’article Comportements
(sens normal aux fibres). Le coefficient K vaut alors : élastique et viscoélastique des composites [A 7 750] du présent
traité. L’égalité (23) montre alors que :
Y
K = ------
X A1 + A2
--------------------------
L’inégalité (22) montre que cette estimation est possible pourvu 2 A1 A2
K = ------------------------------------------------------------------------- = E 1 ( 1 + ν 21 ) + E 2 ( 1 + ν 12 )
que : 2 E 1 E 2 ( 1 + ν 12 ) ( 1 + ν 21 )
Y 2 X
Ce critère, valide si le comportement est linéaire jusqu’à la
rupture, nécessite la connaissance des modules d’élasticité E1 , E2 ,
3.3.4 Critère d’Ashkenazi ν12 et ν21 .

Comme le précédent, ce critère est utilisé pour les composites à


fi b r e s u n i d i r e c t i o n n e l l e s e t i l s u p p o s e q u e l e p o i n t 3.4 Comparaison des critères énergétiques
σ11 = σ22 = σ12 = T/2 est sur la surface de rupture :


T T T
φ ----- , ----- , -----
2 2 2 =1 Quelle que soit la nature du critère, dans un état de contraintes
planes dans le plan (1,2), il est commode de visualiser la surface
de rupture [φ (σ11 , σ22 , σ12 ) = 1] par des coupes de cette surface à
avec T résistance ultime en traction à 45o de la direction des fibres cisaillement constant (σ12 = Cte ). Ces coupes se traduisent dans le
(voir relations de changement de base du paragraphe 2.1). plan (σ11 , σ22 ) par des courbes fermées. Dans le cas particulier des
Le coefficient K vaut alors : critères énergétiques, ces courbes sont des ellipses concentriques
et inclinées centrées à l’origine, comme l’indique la figure 4. Si, par
Y X 1
K = ------- + ------- + XY --------
X Y S2 T2
4

- – ---------  exemple, le milieu est isotrope et si l’on suppose, de plus, que le
critère de résistance est du type Von Mises [14], il vient :

Par rapport aux deux approches précédentes, ce critère nécessite 1 Re


X = Y = -------- , S = ----------
-, K=1
une information supplémentaire qui est la résistance ultime T à 45o Re 3
de la direction des fibres. T doit de plus satisfaire la condition de
stabilité (22), c’est-à-dire : Le problème qui se pose à l’utilisateur est la validité du critère
proposé. On peut à cet effet pratiquer des essais de traction hors

 
2
4 1 1 1 axes et confronter le modèle aux résultats expérimentaux. On
--------2- – ------- + ------- < --------
-
T X Y S2 entend, par essais hors axes, des essais de traction ou de compres-
sion pratiqués sur des éprouvettes de composite pour lesquelles les
axes de symétrie matérielle (1,2) des échantillons ont subi une rota-
3.3.5 Critère de Fisher tion d’angle α par rapport aux axes de sollicitation (x, y ). En traction
uniaxiale (σxx = σx , σyy = 0, σxy = 0), les relations de changement de
base du paragraphe 2.1 montrent que lorsque la direction 1 fait un
Ce critère, appliqué aux matériaux orthotropes, est calqué sur
angle α avec la direction 2 :
l’analyse menée par Norris et postule que le point σ11 = P, σ22 = – P,
σ12 = 0 est sur la surface de rupture [φ (P, – P, 0) = 1]. La contrainte σ11 = σx cos2 α , σ22 = σx sin2 α , σ12 = – σx sin α cos α
ultime P est celle qui limite l’énergie volumique de distorsion
élastique U. Le critère de résistance [relation (21)] montre alors que la résis-
tance en traction σx dans la direction α (figure 1) a pour valeur :
■ Énergie volumique de déformation élastique w : X
σ x = -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
- (24)

 
1/ 2
2E 1 E 2 w ( σ 11 , σ 22 , σ 12 ) = X2 X 2 KX
cos α + --------
4 - sin 4 α + --------- – ----------- sin 2 α cos 2 α
2 Y2 S2 Y
2 2 σ 12
E 2 σ 11 + E 1 σ 22 – σ 11 σ 22 ( ν 12 E 2 + ν 21 E 1 ) + -------------
G 12 Sachant que 1 = cos 4 α+ sin4 α+2 sin2 α cos2 α l’égalité (24)
s’écrit aussi :
■ Énergie volumique de distorsion élastique U :
k
σ x = -------------------------------------------------------------------------------- (25)
2E 1 E 2 U = 2E 1 E 2 w ( P, – P , 0 ) = ( 1 + b 0 cos2 α + c 0 cos4 α ) 1/2
P2 [ E 2 ( 1 + ν 12 ) + E 1 ( 1 + ν 21 ) ] Y 2 KY Y2 Y2 KY
avec b 0 = --------
- – ----------- – 2 , c 0 = --------2- – ---------
- + ---------- + 1 , k = Y
S2 X X S2 X
pour σ11 + σ22 = 0 et σ12 = 0.
La figure 5 montre que l’on peut distinguer 3 zones dans l’évo-
Par analogie avec la forme φ (P, – P, 0) Fisher pose : lution de l’angle de sollicitation (§ 2.1).
■ Zone 1 : la résistance est assurée par les fibres et la rupture
1 1 1 1
-------------------- = -----------------------------------
- + ------------------------------------ + ------------------------------------ (23) intervient par rupture des fibres. Pour les matériaux à renforts uni-
E1 E2 U X 2 ( A 1 + A 2 ) Y 2 ( A 1 + A 2 ) 2XY A 1 A 2 directionnels, cette zone est toujours très faible (0 < α < 8o dans
l’exemple).
où A1 = E1 (1 + ν21 ), A2 = E2 (1 + ν12 )
■ Zone 2 : la composante tangentielle de la contrainte atteint la
avec E1 et E2 modules d’Young dans les directions 1 et 2, valeur critique et l’on observe une rupture par cisaillement de la
ν12 et ν21 c o e f fi c i e n t s d e P o i s s o n d u m a t é r i a u matrice. Cette zone est plus ou moins importante suivant les résis-
(E2 ν12 = E1 ν21 ). tances limites X, Y ou S (8o < α < 28o dans l’exemple).

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Figure 5 – Variation de la résistance en traction  x d’un composite


unidirectionnel carbone/époxy en fonction de l’angle 
de rotation des fibres. Comparaison des points expérimentaux
avec le critère de la contrainte maximale et le critère de Tsai-Hill
(d’après [15])
Figure 4 – Représentation du critère énergétique en contraintes planes
[relation (19)]
[relation (21)] soit nettement supérieure à la contrainte ultime de
cisaillement S (ou une autre) ; une faible contrainte de
■ Zone 3 : la rupture du matériau intervient parallèlement aux cisaillement σ12 et une contrainte de traction raisonnable entraînent
renforts par un phénomène de rupture en traction de la matrice. alors la ruine du matériau.
Cet examen du comportement révèle le point faible des matériaux Pour certains matériaux, les résistances ultimes en traction et en
unidirectionnels. La figure 5 montre également que le critère de la compression diffèrent et le critère énergétique [relation (8)], qui
o o
contrainte maximale convient hors de l’intervalle 18  α  42 . donne théoriquement les mêmes valeurs en traction et en compres-
Dans cet intervalle se superposent les effets des zones 2 et 3 : sion, est donc inadapté à ce type de matériaux. Pour tenir compte
— les contraintes de cisaillement créent des fissures de même du caractère impair de ces matériaux, certains auteurs envisagent
orientation ; un critère énergétique en compression en remplaçant X, Y et Z
— les contraintes de traction créent des fissures parallèles aux [relations (18) et (21)] par X ’, Y ’, Z ’. Un tel procédé est abusif
fibres. d’autant que l’on reste, malgré tout, incapable de prévoir le
comportement du matériau pour une sollicitation biaxiale du
La superposition de ces deux phénomènes affaiblit le matériau [17] type σ11 > 0, σ22 < 0.
et le critère énergétique est alors plus adapté. Les figures 5 et 6
montrent le bon accord entre la prédiction par le critère de Tsai-Hill Enfin, en contraintes planes, à mesure que la contrainte de cisaille-
et les résultats des essais. Le critère énergétique prend en compte ment σ12 se rapproche de la valeur ultime S, le critère énergétique
l’anisotropie du comportement à la rupture des matériaux et ses montre que l’enveloppe de rupture se rapproche de 0 (figure 4). La
effets pernicieux. Supposons que la contrainte ultime de traction X figure 7 indique que pour les cisaillements importants le critère éner-
gétique est pessimiste.

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Figure 6 – Variation de la résistance  x en traction d’un composite


unidirectionnel verre/époxy en fonction de l’angle 
d’orientation des fibres. Comparaison des points expérimentaux
avec le critère de Tsai-Hill (d’après [15])

Figure 7 – Évolution du critère énergétique


en fonction du cisaillement.
Cas des contraintes planes (d’après [15])

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4. Critères tensoriels
Étudiant le comportement plastique dissymétrique des métaux en
traction et en compression, Fukuoka, Ota et Shindo [18] extrapolent
le critère énergétique de Hill en ajoutant des termes linéaires. Le
comportement dissymétrique des matériaux composites, comme le
montrent le tableau 2 et la figure 8, a conduit plusieurs auteurs à
reprendre et à adapter cette idée en envisageant divers critères.

4.1 Critère de Tsai-Wu


En 1971, Tsai et Wu [19] ont systématisé le critère énergétique de
Hill [relation (7)] en exprimant un critère général de résistance au
moyen de deux tenseurs de fragilité :
— un tenseur f = ( f ijk  ) de rang 4 ;
— un tenseur h = (hij ) de rang 2.
Le critère généralise la relation (7) par l’expression :
φ (  ) = h ij σ ij + f ijk  σ ij σ k   1 (26)

Ce critère est donc défini complètement par 27 paramètres (6 pour


le tenseur h, 21 pour le tenseur f ). En introduisant le vecteur colonne
{H } = (h11 , h22 , h33 , h23 , h13 , h12), le critère peut prendre une forme
concise analogue à la relation (8) :

φ (  ) = { H }t { σ } + { σ }t { F } { σ }  1 (27)
avec {F } matrice de fragilité définie par la relation (9).
Lorsque le matériau est orthotrope et que les axes 1, 2 et 3 sont
les axes de symétrie matérielle du milieu, le vecteur {H } se simplifie
pour prendre la forme suivante :
{H } = (h11 , h22 , h33 , 0, 0, 0) = (H1 , H2 , H3 , 0, 0, 0)
La matrice {F } vérifie les conditions de stabilité (11) et (12), et on Figure 8 – Résistance sous contrainte uniaxiale
peut noter que ce critère ne vérifie aucune propriété d’homogé- d’un composite à fibres unidirectionnelles graphite/époxy
néité [ φ ( λ ) ≠ λ α φ (  ) φ ∀α ] . en fonction de l’angle d’orientation des fibres [19].
En considérant des champs de contraintes élémentaires, on peut Confrontation théorie-expérience
relier les fragilités aux contraintes ultimes comme l’indique le
tableau 3 (écrire successivement φ (  ) = 1 pour les champs de
contraintes élémentaires). Rappelons que X, Y, Z et X ’, Y ’, Z ’ sont (0)
les contraintes ultimes (ou résistances limites) en traction, respec-
tivement en compression, dans les trois dimensions de symétrie (0)
matérielle du matériau orthotrope ; Q, R et S sont les résistances
ultimes en cisaillement dans les plans (2,3), (1,3) et (1,2).

Tableau 2 – Valeurs des contraintes ultimes de 3 matériaux composites unidirectionnels


comportant 50 % de fibres en volume. L’axe 1 est l’axe des fibres
Matériau X X’ Y Y’ S
traction compression traction compression cisaillement
(MPa) (MPa) (MPa) (MPa) (MPa)

Verre/polyester 650 à 750 600 à 900 20 à 25 90 à 120 45 à 60


Carbone/époxy 850 à 1 100 700 à 900 35 à 40 130 à 190 60 à 75
Aramide (1)/époxy 1 100 à 1 250 240 à 290 20 à 30 110 à 140 40 à 60
(1) Kevlar PRD 49.

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Tableau 3 – Divers essais permettant de déterminer le vecteur fragilité {H }


ainsi que la diagonale de la matrice de fragilité {F } pour un matériau orthotrope

Essai Champ de contraintes Fragilité obtenue

(X, 0, 0, 0, 0, 0) 1
F 11 = -------------
XX ′

(– X ’, 0, 0, 0, 0, 0) 1 1
H 1 = ------- – ---------
X X′

(0, Y, 0, 0, 0, 0) 1
F 22 = -------------
YY ′

(0, – Y ’, 0, 0, 0, 0) 1 1
H 2 = ------- – --------
Y Y′

(0, 0, Z, 0, 0, 0) 1
F 33 = ------------
ZZ ′

(0, 0, – Z ’, 0, 0, 0) 1 1
H 3 = ------ – --------
Z Z′

(0, 0, 0, Q, 0, 0) 1
F 44 = --------
-
Q2

(0, 0, 0, 0, R, 0) 1
F 55 = -------2-
R

1
(0, 0, 0, 0, 0, S ) F 66 = -------2-
S

On rencontre la même difficulté que dans les critères énergétiques définitions des invariants et pourra consulter l’article de Wu et coll.
au niveau de la détermination des fragilités de couplage F12 , F13 [20], paru en 1973, qui traite de manière générale de l’utilisation des
et F23 . Comme l’indiquent Tsai et Wu [19], ces fragilités de couplage invariants des tenseurs de rang inférieur ou égal à 4 (l’estimation
peuvent être déterminées par une infinité de combinaisons de des contraintes ou des déformations par les cercles de Mohr est une
contraintes, mais il faut souligner que les essais sont délicats et application particulière de cette technique).
coûteux (cas des essais sur tubes par exemple, [2] [4]). Le tableau 4 Dans le cas de l’essai biaxial général (tableau 4), on obtient la
résume, par exemple, les essais classiques et utiles à la détermi- fragilité de couplage F 12 à partir du champ de contraintes
nation de F12 et le lecteur pourra consulter pour plus de détails les {σ } = {σ1 , σ2 , 0, 0, 0, 0} par la relation :
références [15] [19]. Signalons que l’essai d du tableau 4, qui est
un cas particulier de c du même tableau (α = 45o), est recommandé σ1
2
σ2
2
par l’école soviétique. On peut également souligner que les essais
hors axes (c et d ) sont plus répandus que les essais biaxiaux (a et b ),
1
  1 1
 1 1
F 12 = ------------------- 1 – ------------- – ------------- – σ 1 ------- – --------- – σ 2 ------- – --------
2 σ1 σ2 XX ′ YY ′ X X′ Y Y′  (28)

à cause de leur simplicité apparente de mise en œuvre. Il ne faut


cependant pas oublier que, en l’absence de précautions particulières Une étude de sensibilité [21] montre qu’il existe un rapport de
[4], l’éprouvette n’est pas dans un état de contraintes uniaxiales. contraintes optimal σ1/σ 2 dans la détermination de F12 . La figure 9
Comme le montre le tableau 4, la détermination de F12 est très sen- laisse apparaître une corrélation critère-essai satisfaisante pour le
sible au choix de l’angle d’orientation des fibres. Pour pallier cette critère de Tsai-Wu, moins bonne pour le critère de la contrainte maxi-
difficulté, certains auteurs préconisent d’estimer les invariants du male (comparaison des écarts quadratiques moyens). Le lecteur
tenseur des fragilités et non pas chaque composante séparément. trouvera dans le tableau 5 les valeurs des contraintes ultimes de
Le lecteur trouvera, dans l’article Comportements élastique et visco- quelques composites. (0)
élastique des composites [A 7 750] dans cette rubrique, les

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Tableau 4 – Essais classiques permettant de déterminer la rigidité de couplage : cas de F12 [19]

Essai Champ de contraintes Fragilité obtenue

1
F 12 = ------------ [ 1 – σ 2 ( F 11 + F 22 ) – σ ( H 1 + H 2 ) ]
2σ 2
(σ, σ, 0, 0, 0, 0)

1
F 12 = ------------
2σ 2  1
 1 1
 
1 – σ 2 ------------- + ------------- – σ ------
XX ′ YY ′ X
1
X′ Y
1
Y′
1
- – --------- + ------- – --------

a

1
F 12 = – --------------2- [ 1 – σ ′ 2 ( F 11 + F 22 ) + σ ′ ( H 1 – H 2 ) ]
2σ ′
(σ ’, – σ ’, 0, 0, 0, 0)

2σ ′
1
 1
XX ′ YY ′  1
Y
1
 1
Y′ X  1
X′
1
F 12 = – --------------2- 1 – σ ′ 2 ------------- + ------------- – σ ′ ------- – -------- – ------- + ---------

b

  
1 1 H1 H2
- ------------------------------------ – σ ----------------
F 12 = ------------ - + ------------------
(σ cos2 α, σ sin2 α, 0, 0, 0, σ sin α cos α ) 2 σ 2 sin2 α cos2 α sin2 α cos2 α

 
F 11
– σ 2 ---------------
- + F 22 tan2 α + F 66
tan2 α

2 σ σ2
- 1 – ----- ( H 1 + H 2 ) – --------- ( F 11 + F 22 + F 66 )
F 12 = --------
σ2 2 4
σ σ σ
 ----2- , ----2- , 0, 0, 0, ----2- 

σ2
2

σ 1
 1 1 1
- 1 – ----- ------- – --------- + ------- – --------
F 12 = --------
2 X X′ Y Y′
σ2
XX ′ YY ′ S  
 – --------4 - -------------
1 1 1
+ ------------- + --------
2

Figure 9 – Critère de résistance d’un composite à fibres unidirectionnelles graphite/époxy dans le plan  11 ,  22 (axe des fibres : 1) (d’après [16])

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(0)

Tableau 5 – Caractéristiques de résistance de quelques matériaux composites unidirectionnels


et expression du tenseur de fragilité (d’après [15] [17])
Graphite/ Graphite/ Verre/ Silice/ Aramide/ Bore/
Matériau Aluminium
Époxy Époxy Époxy Époxy Époxy Époxy
Type (1) .................................................................... T 300/5208 AS/3501 Scotchply/ .................. Kevlar/ B (4)/5505
102 époxy
Pourcentage volumique de fibres .......................... 70 66 45 .................. 60 50
Résistance ultime dans le sens des fibres (en MPa) :
— en traction X ....................................................... 1 500 1 447 1 062 1 460 1 400 1 260 40
— en compression X ’ ............................................ 1 500 1 447 610 640 235 2 500 400
Résistance ultime dans le sens normal aux fibres
(en MPa) :
— en traction Y ....................................................... 40 52 .................. 32 12 61 400
— en compression Y ’ ............................................ 246 206 118 160 53 202 400
Résistance ultime en cisaillement S ....(en MPa) 68 93 72 68 34 67 230
H1 ............................................................(en GPa)–1 0 0 – 0,697 – 0,877 – 3,541 – 0,393 0
H2 ............................................................(en GPa)–1 20,93 14,5 23,78 25 64,46 11,44 0
F11 ...........................................................(en GPa)–2 0,444 0,476 1,543 1,070 3,039 0,317 6,25
F22 ...........................................................(en GPa)–2 101,6 93,48 273,3 195,3 1 572 81,5 6,25
F12 ...........................................................(en GPa)–2 – 3,36 – 3,33 – 10,27 – 11,67 – 34,56 – 2,53 – 3,125
F66 ...........................................................(en GPa)–2 216,2 115,4 192,9 216,2 865 222,7 18,90
(1) T 300 : nom commercial d’une variété de fibre de carbone développée par la Société japonaise Toray, fabriquée en France par la Société des Fibres de
Carbone (Soficar) filiale de ELF.
AS : nom commercial d’une variété de fibre de carbone fabriquée par la société Hercules (États-Unis).
Scotchply : nom commercial des filaments de verre imprégnés de résines fabriqués par 3M France.
Kevlar : nom commercial de la fibre aramide fabriquée par Du Pont de Nemours France.
A /B : avec A nom de la fibre donnée par le fabricant.
B: référence commerciale de la résine donnée par le fabricant.

4.2 Critère de Hoffman Cela suppose que les résistances ultimes dans la direction 1
(X et X ’ ) sont supérieures aux résistances ultimes dans la direction 2
Par analogie avec le paragraphe 3.3 et pour les mêmes motiva- (Y et Y ’ ). Rappelons que les estimations des fragilités de couplage
tions, différents critères peuvent être obtenus à partir du critère de ont pour principal intérêt de dispenser le bureau d’étude d’une
Tsai-Wu. Les rigidités de couplage sont déterminées moyennant campagne d’essais longue et coûteuse.
certaines hypothèses pourvu que les conditions de stabilité du
type (12) soient satisfaites. Nous avons par exemple pour F12 :
4.3 Critère de Gol’Denblat et Kopnov
– F 11 F 22  F 12  F 11 F 22 (29)
Historiquement, Gol’Denblat et Kopnov (1966) furent les premiers
Dans cette optique, on peut distinguer deux directions. à suggérer l’utilisation des tenseurs de fragilité dans l’étude des
— La première consiste à prendre des valeurs de F12 qui res- phénomènes de rupture. Ils proposèrent une théorie générale sous
pectent la condition de stabilité (29). La solution F12 = 0 est bonne la forme :
par exemple pour les matériaux fortement anisotropes (grande dif-
férence entre les axes 1 et 2). Citons également le choix : φ (  ) = ( h ij σ ij ) α + ( f ijk  σ ij σ k  ) β + ( g ijk rs σ ij σ k  σ rs ) γ + … 1 (30)

1 La formulation de ces auteurs reste malgré tout plus complexe


F 12 = ----- F 11 F 22
2 que celles des auteurs précédents et l’amélioration que l’on peut en
tirer, vis-à-vis de la concordance avec les valeurs expérimentales,
qui est une analogie avec le critère de Von Mises. n’est pas décisive.
— La seconde voie consiste à choisir pour F12 des valeurs dérivées
des différents critères énergétiques. Hoffman [23] a proposé,
en 1967, le choix suivant pour les milieux orthotropes en état de
contraintes biaxiales : 5. Critères phénoménologiques
1
F 12 = – -----------------
2XX ′ Afin de cerner de plus près les phénomènes de rupture, certains
la condition de stabilité (29) ne pouvant être respectée que si : auteurs préconisent de faire intervenir les mécanismes de dégra-
dation des matériaux dans l’expression du critère. On retrouve ici
2XX ′ la même démarche que celle adoptée pour les critères de la
-----------------  1
YY ′ contrainte maximale, avec cependant une analyse plus élaborée des
phénomènes.

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5.1 Critère de Hashin

Ce critère présenté, en 1980, par Hashin [1] [22] s’applique aux


composites unidirectionnels et est basé sur quatre modes principaux
de rupture du matériau induits par des critères tensoriels de rang 2
(§ 4). Ces quatre modes sont les suivants :
— rupture de la fibre en traction et en compression ;
— rupture de la matrice en traction et en compression sur des
plans parallèles à l’axe des fibres.
La direction 1 désignant l’axe d’isotropie du matériau ou l’axe des
fibres, le critère s’écrit de la manière suivante :
— rupture en traction des fibres :
2 2 2
σ 11 σ 12 + σ 13
----------
- + ---------------------------  1, si σ 11 > 0 (31)
X2 R2
— rupture en compression des fibres :
σ 11 = – X ’, si σ11 < 0 (32)
— rupture en traction de la matrice :
2 2 2
( σ 22 + σ 33 ) 2 ( σ 23 – σ 22 σ 33 ) σ 12 + σ 13
-------------------------------- - + ---------------------------
- + ----------------------------------------  1, si σ 22 + σ 33 > 0 (33)
Y2 Q2 R2
— rupture en compression de la matrice :

Y′
 ---------
2
2Q 
- –1
( σ 22 + σ 33 ) 2
( σ 22 + σ 33 ) ----------------------------------- + ------------------------------
-
Y′ 4Q 2
(34)
2 2 2
( σ 22 – σ 22 σ 33 ) ( σ 11 + σ 13 )
- + --------------------------------
+ ---------------------------------------- 0
Q2 R2
Il y a rupture du matériau si une des inégalités (31) à (34) est
violée. L’avantage de ce type de critère est de mettre en évidence
les modes de rupture du matériau. Figure 10 – Évolution des contraintes ultimes de traction
et de compression hors axes d’un stratifié mat verre /époxy
en fonction de la direction de sollicitation [4].
Comparaison des essais et du critère de Tsai-Wu
5.2 Critère de Boehler-Raclin
L’égalité (35) traduit la relation φ (  ) = 1 [relation (27)] pour le
Certains matériaux composites tels que les stratifiés mats/époxy champ de contraintes {α } = (– σx , – p, – p, 0, 0, 0), les tenseurs des
répondent mal au critère tensoriel de Tsai-Wu en compression et fragilités étant exprimés dans le repère (x, y, z ). Le lecteur pourra
sous pression de confinement (ou pression hydrostatique). Comme se reporter à l’article Comportements élastique et viscoélastique des
le montre la figure 10, le critère de Tsai-Wu sous-estime la résistance composites [A 7 750] de cette rubrique dans lequel sont exposées
ultime dans un essai de compression hors axes, tandis que la les relations de changement de base des tenseurs de rang 4.
contrainte ultime de traction est bien représentée. Les familles de Le critère proposé, en 1985, par Boehler et Raclin [4] pour les
courbes données dans la figure 10 sont obtenues par résolution de stratifiés s’apparente à celui donné par Hashin [22] pour les uni-
l’équation : directionnels. Ces deux auteurs admettent que la ruine du matériau
en compression est causée par deux mécanismes différents (ou
– σ x [ H 1 sin2 α + H 3 cos2 α ] – p [ H 1 ( 1 + cos2 α ) + H 3 sin2 α ]  modes) suivant l’orientation du matériau.

2  ■ Un mode parallèle qui traduit la séparation des couches par
+ σ x [ F 11 sin4 α + F 33 cos4 α + ( F 44 + 2F 13 ) sin2 α cos2 α ]  glissement les unes sur les autres (figure 11). Le critère adopté
 traduit une généralisation de la loi de Coulomb [relation (36)] :
+ p 2 [ F 11 ( 1 + cos4 α ) + F 33 sin4 α + ( F 44 + 2F 13 ) sin2 α cos2 α  (35)

+ 2F 12 cos α + 2F 13 sin α ]+2 σ x p [ ( F 11 + F 33 – F 44 ) sin α cos α 
2 2 2 2 σ 13  ( 1 + a 0 p + a 1 p 2 ) σ 33 tan Φ 0 + ( 1 + a 2 p + a 3 p 2 ) c 0 (36)

+ F 13 ( cos2 α + sin2 α + cos4 α ) + F 12 sin2 α ] = 1  avec Φ0 angle de frottement à p = 0,

c0 résistance au cisaillement dans le plan des
couches,
a1 , a2 et a3 caractéristiques du matériau.

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Les relations de changement de base pour le champ de


contraintes {σ } = (– σx , – p, – p, 0, 0, 0) (§ 2.1) permettent d’expri-
mer le critère [relation (36)] par l’inégalité :

σ x – p sin α cos α  ( 1 + a 0 p + a 1 p 2 ) ( σ x cos2 α + p sin2 α ) tan Φ 0


+ ( 1 + a2 p + a3 p 2 ) c0

■ Un mode travers qui se traduit par une expression généralisant


la contrainte ultime hors axes dans un critère énergétique
[relation (25)] :

( σx – p ) 2
k2
- (37)
= -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
( 1 + a 1 p + a 2 p 2 ) + ( b 0 + b 1 p + b 2 p 2 ) cos2 α + ( c 0 + c 1 p + c 2 p 2 ) cos4 α

Les trois paramètres k, c 0 et b 0 traduisent le comportement du


Figure 11 – Mécanisme de rupture en mode parallèle milieu en l’absence de pression de confinement [relation (25)]. Les
six autres constantes a1 , a 2 , b1 , b2 , c 1 , c 2 sont des caractéristiques
du matériau traduisant l’influence de la pression de confinement.
La figure 12 montre que, en compression hors axes, les directions
de compression comprises entre 35o et 80o sont gouvernées par des
ruptures en modes parallèles, tandis que les directions proches des
axes de symétries matérielles du milieu occasionnent des ruptures
en mode travers. On peut également noter que le critère tensoriel
de Tsai-Wu représente de manière satisfaisante la rupture en traction.
Comme dans le cas de la contrainte maximale, ces critères phéno-
ménologiques présentent l’avantage de traduire le mode rupture ;
ils sont précis mais ne permettent pas de modéliser tous les états
de chargement. Ajoutons à cela la lourdeur de la détermination de
tous les paramètres du critère.

6. Conclusion
Comme nous l’avons souligné dans l’introduction, aborder la
rupture des matériaux par la notion de critère est une approche
pessimiste. En effet, si le critère est violé en un ou plusieurs points,
la rupture apparaît en ces points, mais on ne peut présager de l’évo-
lution des défauts. Le critère seul ne permet pas de prédire l’évolution
globale de la structure car, lorsqu’il est violé, la forme de cette
dernière change ainsi que les conditions aux limites et donc la dis-
tribution des contraintes. La démarche est donc fondamentalement
différente de celle de la mécanique de la rupture.
Dans le choix du critère, nous pouvons constater que deux points
de vue semblent actuellement prévaloir.
— Le premier, général mais parfois peu précis, consiste à traduire
la rupture par une expression mathématique empirique dont les
paramètres sont fixés par des essais multiples (critères énergétiques
et tensoriels). Cette démarche est d’emploi commode lorsque tous
les paramètres (plus ou moins nombreux) du matériau sont connus.
— Le second point de vue, moins général mais plus précis,
consiste à fixer le critère à partir du mécanisme de rupture (critères
phénoménologiques, critère de la contrainte maximale). La princi-
pale difficulté est de mettre en évidence les modes de rupture pour
les composites à structure complexe. Ajoutons à cela l’impossibilité
de prévoir le comportement du matériau pour un chargement
complexe.
Enfin, seules les ruptures fragiles ont été évoquées (cas les plus
fréquents dans le domaine des composites) et les critères corres-
Figure 12 – Évolution des contraintes ultimes de traction
pondants ne font appel qu’au champ de contraintes. On peut de
et compression hors axes d’un stratifié mat verre/époxy
manière analogue envisager des critères de rupture ductile
en fonction de la direction de sollicitation [4]. Comparaison des essais
s’exprimant à l’aide du champ des déformations.
et du critère phénoménologique de Boehler-Raclin

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