Vous êtes sur la page 1sur 85

UNIVERSITE DE LIEGE

Faculté de Droit – Ecole de Criminologie Jean Constant.

« fraudes pétrolières »

Travail de fin d’études sous la direction de :


Monsieur le Professeur Georges Kellens.

Benoît BOLLAND Année académique 2004 – 2005.


Seconde licence en Criminologie.
Ma gratitude pour la réalisation de ce travail, synthèse modeste de leur enseignement, va
légitimement à tous mes Professeurs. En particulier, je pense à Monsieur Georges Kellens
pour m’avoir guidé sur une voie aussi riche, à Monsieur Michaël Dantinne pour sa patience
et sa disponibilité sans faille, à Monsieur Pierre Thys pour sa critique constructive et ses
encouragements et à Monsieur Olivier Goens pour les pistes offertes.

Je tiens aussi à souligner la générosité des professionnels rencontrés qui m’ont offert sans
compter ces choses si précieuses que sont le temps et l’expérience ; il en de même des mes
correcteurs : Monsieur Delrez et Monsieur Mossay.

Mes remerciements vont largement aux membres de ma famille ; à ma femme et à mes amis
ainsi qu’à mes collègues pour leur aide au cours de ces années d’études.

Enfin, j’ai gardé trois marques de reconnaissance particulières pour des soutiens d’un genre
différent : pour mon fils Hadrien qui m’inspire chaque jour, pour Madame Nadine Jamar,
Magistrat Fédéral de grandes clairvoyance et patience, pour Madame Dupont-Henrard dont
la confiance et l’appui me furent très précieux.
INTRODUCTION.

La question initiale, le contrat en quelque sorte, portait sur l’existence – ou non – d’une
criminalité organisée dans le cadre des fraudes pétrolières. Rapidement la question put être
réduite à des termes encore plus lapidaires. La fraude pétrolière existe-t-elle ? La question
n’est pas provocatrice, c’est bien là que se situe le débat.

Pour certains acteurs la Fraude, avec son F majuscule est un fait en or massif tandis que
pour d’autres elle n’est qu’évanescence ou au « mieux » - par rapport à l’hypothèse
précédente - un fait statistiquement marginal et au « pire » un épiphénomène non spécifique
au secteur et de portée limitée.
Dans le même esprit, il y a un mouvement de balancier entre un calcul d’intérêt à la façon de
Becker – comment ne pas frauder avec une telle fiscalité et de si faibles risques – à un
fonctionnalisme (ou un fatalisme) qui pourrait évoquer Durkheim : c’est une activité humaine,
donc…

La recherche et la poursuite des auteurs suit un cheminement intellectuel parallèle et va aller


jusqu’à influencer d’un côté la Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la
criminalité organisée et présenter de l’autre le phénomène comme le fait d’un
« entreprenariat familial » ou encore la simple faute d’acteurs mal informés.
Tous relèvent pourtant, à un moment ou à un autre, un professionnalisme croissant – qu’il
soit d’ordre technique ou fiscal.

Quant à ce dernier aspect, ce n’est pas sans rapport que le gouvernement soulignait, à
travers les propos de Frank Philipsen – alors chef de Cabinet du Commissaire du
Gouvernement chargé de la simplification administrative et de la lutte contre la grande fraude
fiscale – sa volonté pour lutter contre les fraudes d’établir un nouvel environnement fiscal,
« stratégie visant à rendre l’imposition plus supportable et plus ouverte et à rétablir, ainsi, le
consentement aux taxes indispensables pour assurer, dans la solidarité, le financement des
missions de l’Etat (…)1.

Abordant dans cet esprit ce que nous découvrirons plus loin comme le comportement
basique en matière de fraudes pétrolières : celui du conducteur qui fait le plein de son
véhicule personnel avec du « rouge » il nous a semblé que le schéma était trop dépouillé
pour une théorie économique du crime (du type de celle développée par G.S. Becker) et
qu’une position « opportuniste » arguant de ce que « ce qui peut être fait le sera » était trop
sommaire vis-à-vis de ce comportement. D’une part en effet, le délinquant ne dispose
généralement pas des données pour un calcul d’utilité (il ignore le plus souvent les risques
réels encourus2) et il n’y a guère de consensus sur le risque subjectif - il suffit pour s’en
convaincre de jeter un œil sur les forums spécialisés3 - et d’autre part tout le monde ne roule
pas « au rouge ».

Nous avons pensé trouver une piste dans la notion de consentement à l’impôt telle que
développée, entre autres, par Barilari4.

Dans un contexte où la notion d’Etat perd de sa présence, où il est « ramené au rang d’un
instrument technique garant de la stabilité du cadre où se déploient les actions privées,
l’obligation fiscale n’est plus justifiée. En effet, dans une telle conception, l’État se borne à
fournir un certain nombre de biens dits publics, car mal pris en charge par le marché (justice,
défense, éducation…). L’impôt n’est alors plus perçu comme une dette mais comme un prix :
le prix des différents services fournis par l’État — services exigés performants et adaptés.
Dans ce contexte, l’individu ne souhaite assumer que le coût des services dont il profite et
qui satisfont ses besoins précis. Se trouve ainsi remise en cause l’une des caractéristiques

1
PHILIPSEN F., « Lutte contre la fraude fiscale, l’approche belge », in Revue belge de Sécurité sociale, n° 3,
2003, pp. 771-782.
2
Entretiens des 6 septembre 2004 et 15 février 2005 avec M. José PALIGOT, Inspecteur principal – Chef de
service, Administration des Douanes et Accises – Inspection des Recherches – Huiles minérales..
3
Tel www.vroom.be par exemple ou www.forum-auto.com
4
BARILARI A., Le consentement à l’impôt, Presses de sciences politiques, Collection la bibliothèque du Citoyen,
Paris, 2000.
.
fondamentales de l’impôt : être un prélèvement obligatoire, perçu sans contrepartie. L’impôt
est vécu comme une charge, ou encore comme une perte nette pour l’individu5 ». Celui-ci
n’acceptant finalement de payer que ce qui lui semble « équitable », part variable suivant les
personnes et leur histoire dont leur situation économique du moment. Le débat sur une libre
concurrence étendue à tous les services dans le cadre du projet de Directive européenne
dite Bolkestein6 a une actualité qui va dans le sens de notre propos.

Alors, « hasard ou nécessité » ? Sommes-nous face à l’évolution d’un phénomène ou est-ce


le système pénal qui, évoluant lui-même, révèle l’existence de la fraude voire la crée ?
La matière est dense comme de l’huile de roche en tous cas et pour ne pas nous égarer
dans ses différents distillats nous avons décidé qu’il nous fallait revenir au temps, nous
reposer les questions de base.

Pourquoi parler de fraudes pétrolières ? Et, ceci posé, pourquoi en parler aujourd'hui ?
Qu'est-ce ce qui suscite un actuel intérêt politique - au sens premier du terme, de gestion de
la cité – et plus spécifiquement de politique criminelle dans cette problématique ?

Les pistes que nous nous proposons d'explorer, succinctement à ce stade, pour répondre à
ces premières questions passent par l’aspect psychologique, l’évolution historique du
concept et sa définition au présent, ainsi que la situation géopolitique des dernières années.

Quant à l’aspect psychologique, les auteurs s'accordent tous sur la dimension particulière du
pétrole : ce n'est pas pour rien qu'on le qualifie "d'or noir". Comme son homonyme de plus
riante couleur il suscite aussi la fièvre. Mais, si des fortunes gigantesques se sont
effectivement bâties sur le pétrole (le nom de Rockefeller est connu de tous), si sa courte
histoire est scandée de faits marquants et a été qualifiée de «lutte vorace pour l'argent et le
pouvoir »7 , il est aussi l'objet d'une vaste fantasmatique qui touche tous les échelons de la
société. On le retrouve ainsi au coeur de batailles d'experts quant à la pérennité de sa
production (entre réserves prouvées, probables et possibles les chiffres perdent de leur
sens8 et si les plus pessimistes parlent d’un déclin de production dans la décennie9 d’autres
se montrent beaucoup plus larges arguant notamment du poids des avancées
technologiques10), au centre de feuilletons populaires qui entretiennent son aura de richesse
maudite -- décidément « noir » -- et même comme valeur atypique dans les marchés
boursiers où il réussit à crever les plafonds quand bien même il n'est pas en situation de
rareté mais répond à des « achats de précaution » et à une spéculation qui porte
essentiellement sur des « barils papiers » et influe sur les transactions physiques11.

Quant à l'évolution historique des fraudes pétrolières, il semble qu'elle n'aie que très
récemment suscité un intérêt et qu'avant les années 90 les auteurs aient privilégié une
approche relevant du "corporate crime". Sont ainsi relatées les grandes batailles qui
opposèrent les firmes pétrolières et les pratiques anticoncurrentielles qui naquirent en partie
de celles-ci. Comme, l'accord "as is" entre les Sept Sœurs (cartel composé des plus
grandes compagnies pétrolières) devenu célèbre12. Pour la même période historique
cependant, qui va de 1859 (l’ère de « l’or noir » prenant source à Titusville, en Pennsylvanie,
avec le premier puit creusé par Edwin Drake) à nos jours, personne ou presque ne semble
avoir éprouvé de l'intérêt pour les pratiques illicites qui auraient pu être menées par des
individus ou des groupes externes aux compagnies à partir de ce même produit. Nous
doutons cependant, mais cela n'est qu'une opinion, que les pratiques en question soient
5
« Impôts – pourquoi être impatients de les payer »,
http://rdereel.free.fr/volIQ1.html, consulté le 20 février 2005.
6
« Proposition de Directive du Parlement européen et du Conseil relative aux services dans le marché intérieur »,
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/pdf/2004/com2004_0002fr01.pdf, 13 février 2004.
7
YERGIN D., The Prize, the epic quest for oil, money and power, Touchstone book, New-York, 1992..
8
BENISSAD M-E., Eléments d’économie pétrolière : les hydrocarbures, présent et futur, Economica, Paris, 1981,
pp. 45-58.
9
ORANGE R., « Oil supply to peak sooner than we think, says BP scientist », in The Business, 7 novembre 2004,
édition électronique.
10
« La fin du pétrole bon marché », Le Vif – L’Express, 13 août 2004.
11
SARKIS N., « La guerre risque de fragiliser les positions françaises en Irak au profit des compagnies
américaines », in La lettre Sentinel, n°4, 2003, édition électronique.
12
DE LAUNAY J. et CHARLIER J-M., Histoire secrète du pétrole, Presses de la Cité, Document, Paris, 1985, p.
56.
apparues subitement après 1990. Nous pouvons par contre formuler des hypothèses plus
circonstanciées sur la genèse de l'intérêt politique actuel que nous évoquions. Au rang de
ces facteurs « génétiques » nous pointons la situation géopolitique mondiale, la création du
marché unique européen et certains besoins nationaux.

En ce qui concerne la géopolitique, le pétrole est clairement l'enjeu majeur de la guerre du


Golfe13 de 1990-1991 (même s'il était déjà présent dans le conflit Iran-Irak, celui-ci apparaît
moins univoque) débutant par les critiques explicites de Saddam Hussein au Koweït quant
aux prix jugés trop bas (alors qu’il cherche à augmenter ses revenus pétroliers après la
guerre avec l’Iran) et son désir implicite d’annexer des champs pétrolifères. De même, ce
n’est pas le seul souci humaniste vis-à-vis des Koweïtis qui mène l’Europe et les Etats-Unis
au conflit mais bien une réaction consumériste de crainte face à la mainmise du Raïs sur 20
% des réserves mondiales avérées.

Si le premier choc pétrolier des années 70 en avait fait une denrée chère, il n'en avait pas
fait pour autant une denrée dont l'approvisionnement était réellement menacé. Ce n'était
alors qu'une question de coûts, de prix à payer et les pays européens privilégiaient les voies
diplomatiques et économiques.
L'invasion du Koweït a changé la donne : c’est les armes à la main qu'il a fallu gérer le conflit
et apparaît le notion de « sécurité énergétique »! On ne doit certes pas au hasard le fait que
les premières tensions quant à la gestion des stocks stratégiques (cfr. Infra) -- au niveau
européen ou national -- apparaissent à la même époque. La notion de fraudes pétrolières
prend alors un sens inusité et c’est le secteur lui-même qui semble réclamer un contrôle
accru du niveau réel14 de ces stocks rémunérés.

En ce qui concerne le contexte européen, 1993 est aussi l'ouverture du marché unique :
l'abolition des frontières internes a des conséquences techniques qui ne touche d'ailleurs
pas seulement le pétrole mais a un impact particulier sur ce produit onéreux et présent
partout, facilement transportable mais difficile à « tracer ».

En descendant, si l'on ose dire, à un point de vue micro contextuel, nous sommes en
Belgique en pleine phase de remise en question du pouvoir politique. La fin des années 80
et le début peu glorieux des 90 ont mis à mal la légitimité de celui-ci à travers de
nombreuses "affaires" (Tueries du Brabant, Drame du Heysel, Agusta - Dassault, assassinat
d’André Cools, émeutes urbaines…) et il cherche, notamment, des réponses aux questions
pressantes du public sur la criminalité supposée organisée.
La Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée qui sera créée
en juillet 1996 sur ces bases ne prendra pourtant pas directement en compte l'aspect
"fraudes pétrolières" comme faisant partie de l'objet du débat. C’est sous l’insistance du
secteur15 (et en particulier de la Fédération pétrolière belge) et des chiffres fournis par celui-
ci que l'on montrera un intérêt croissant pour cet aspect particulier de la criminalité.

A l’heure en effet où l’on épluchait le grand livre de l'Etat pour y trouver de nouvelles
recettes, il eut été de mauvais aloi d'avouer que l'on négligeait la possible récupération d'une
vingtaine de milliards de BEF par an (chiffre sur lequel nous reviendrons et qui participe lui
aussi de la « logique floue » qui entoure le secteur).

Ainsi posé, nous appréhendons mieux l'intérêt historiquement récent que l'on porte aux
fraudes pétrolières.

À ce stade pourtant, nous ne disposons encore d'aucun fait sur leur matérialité, d'aucun
élément sur leur structure, leur évolution ni même leur ampleur.

13
PIRONET O., « L’empire contre l’Irak – cahier documentaire sur le golfe», in Le Monde diplomatique, mai 2001,
édition électronique.
14
« Le stockage stratégique »,
http://www.petrolfed.be/fr/frame.htm, consulté le 7 octobre 2004.

15
Entretien du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge.
Or, comme nous venons de le voir c’est un sujet jeune dans le sens où nous voulons
l’aborder et la piste documentaire s’est révélée moins riche que l'on pouvait l'espérer. A titre
d’exemple, même un accès aux ressources OSINT (open source information) du Service
Général de Renseignement et de Sécurité n’a pas donné plus de résultats que ce que nous
avions trouvé jusqu’alors. Nous avons décidé de considérer ce fait sous son aspect positif : il
nous confirmait que ce n’était pas nos méthodes de recherches documentaires (toujours
perfectibles) qui étaient en cause mais bien la rareté des sources.

Aussi, après avoir défini les termes et circonscrit les limites d'une recherche qui sans cela
pourrait faire l'objet de bien plus que cet opuscule, nous a-t-il semblé intéressant de repartir
des faits bruts, de la mécanique des fraudes.

Nous avons donc plongé « les mains dans l'huile» pour chercher ces données de base et
rencontrer des acteurs privilégiés.

Nous pouvons alors proposer au lecteur un fil rouge : au terme d'un circuit qui, partant de la
présente contextualisation, aborde les faits matériels portés à notre connaissance et dégage
une esquisse générale de la problématique, nous tenterons une modeste prospective quant
à la lutte contre la fraude (car ainsi substantifiée elle a nécessairement la répression comme
corollaire), son évolution propre et ses conséquences.

Nous formulerons alors en remarques conclusives quelques pistes de travail basées sur les
derniers éléments - mais non les moindres - d'un champ d'activité criminel qui, semble-t-il,
n'en est qu'à ses prémices.

I. OBJET DE LA RECHERCHE.

Au-delà des motivations et du tracé de notre travail développés dans l’introduction, il nous a
semblé intéressant de livrer au lecteur la structure qui a servi de socle à notre recherche
documentaire et à la construction de notre grille d’analyse.
Outre que cette démarche permet de circonscrire – avec souplesse – l’objet de la recherche,
elle établit dès l’abord un vocabulaire commun qui, nous l’espérons, facilitera la lecture.

Nous avons utilisé pour mettre le pied à l’étrier la méthode désormais classique – pour
l’Institut de Formation de l’Administration fédérale en tous cas - dite QQQPOC ; délicieux
acronyme pour « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ? ». Nous désirons insister : ce
n’est ni une panacée ni un carcan, nous n’avons pas cherché dans cette technique plus que
ce qu’elle pouvait donner : l’amorce d’une recherche systématisée.

A/ Comment, qui et pourquoi ?

Les « Comment », « Qui ? » et « Pourquoi ? » forment l’essentiel de ce que nous désirons


voir émerger du débat qui va suivre ; étroitement liés dans le domaine de recherche qui nous
occupe – comme peuvent l’être un auteur, son mobile et son modus operandi.
Le lecteur remarquera que nous n’avons pas cherché à dégager une dichotomie « auteur -
victime ». Non que ces dernières n’aient pas d’existence : si elles sont souvent peu visibles,
il apparaîtra que les victimes des fraudes pétrolières sont cependant nombreuses mais
partagent avec une large part de la délinquance économique la caractéristique d’être
discrètes. Nous avons aussi discerné des paliers, diverses gravités dans l’atteinte - de la
« violence économique légère » que pourra ressentir un secteur utilisant les produits
pétroliers mais éloigné de l’œil du cyclone jusqu’à l’extrême préjudice subit par l’être humain
que l’on a réifié sur ce marché comme certains « auteurs-victimes » - dont les plus les plus
sévères mériteraient, c’est notre opinion, bien plus de lumière.

Cependant, d’autres éléments nous ont convaincus de laisser les faits « tels quels » et de ne
pas chercher le confort de certaines catégorisations. Ainsi, en faisant référence à nos lignes
sur le consentement à l’impôt, nous posons la question de savoir comment qualifier le
contribuable qui, subissant une taxation qu’il juge trop lourde et dont on sait qu’elle est en
partie liée à la fraude, va chercher à maintenir ses moyens en l’état (parfois dramatiquement
altérés) en « roulant au rouge ». « Dans une perspective de criminologie de la réaction
sociale, Chr. Debuyst s’est demandé si la règle du jugement binaire, imposant la recherche
d’un coupable et donc d’une dyade coupable-innocent ne répondait pas à des besoins
internes au fonctionnement de la justice, par delà la chaîne effective des responsabilités »16.

De même, si des entreprises peuvent à des moments différents de leur histoire être
directement la cible des fraudeurs ou leur servir de vecteurs. Nous verrons aussi dans les
différents mécanismes qu’elles ne sont pas nécessairement impliquées directement. Nous
pouvons alors les qualifier de victimes secondaires – soit, « une victime impersonnelle mais
pas suffisamment diffuse pour inclure l’ensemble de la communauté »17 - et nous devons
alors changer d’angle de vue pour considérer le préjudice comme celui du secteur : chaque
entreprise concernée fait les frais d’une concurrence déloyale et pâti à plus d’un titre d’un
marché obscurci (déficit d’image, contrôles accrus,…). A ce jour, on ne dispose d’aucune
tentative d’évaluation du préjudice – pour peu qu’il soit évaluable – et le discours de la
Fédération Pétrolière Belge (FPB) s’il constate l’offense18 est bien dans l’esprit de « ils ne
mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ».
Mais ce même secteur peut être mis en cause en adoptant des pratiques qui sont le résultat
d’interactions frauduleuses en amont et dont certains de ses membres deviennent – par
force ou « historiquement » – les complices, des « auteurs secondaires » (stocks
stratégiques, pratiques anti-concurrentielles).

Enfin, sous le vocable « auteur-victime », nous ouvrons une hypothèse interactionniste quant
au résultat d’un certain processus d’étiquetage dont la « fonction sociale (qui) est de
détourner l’attention du problème posé par les personnes stigmatisées et d’en justifier
l’exclusion en les désignant comme responsables de leurs maux »19. Les problématiques de
traite d’être humains associées aux pompes pakistanaises prennent un autre relief si on les
considère comme résultant d’une interaction et non le seul produit de la volonté d’acteurs
déterminés à profiter de la vulnérabilité de leurs pairs20.

La fréquence des contrôles et leur caractère « ciblé » alimente bien entendu le processus.
Nous trouvons significative l’opération « Napalm » lancée en 2001, visant 142 stations-
service du type évoqué et dans le cadre de laquelle des carrousels TVA et du trafic d’êtres
humains ont été recherchés. S’il y eut effectivement des résultats en ce sens (une
arrestation et des confiscations21), nous rappelons qu’ils sont le fruit de choix stratégiques.
Qu’en aurait-il été si on avait, par exemple, déployés les mêmes moyens pour trouver des
infractions aux lois sociales dans 142 autres pompes ?

Nous voyons donc une autre fonction à cet étiquetage, à rapprocher des conceptions de D.
Matza « pour qui le délinquant fiché est une sorte d’agent de l’Etat à prestations
discontinues, dont la fonction est, par effet de contraste, de renforcer la conformité des
autres »22. Nous pensons en tous cas à l’image de conformité des concurrents.

Nous soulignons aussi que le vocable de pompes pakistanaises que nous venons d’utiliser
volontairement à l’envi ne repose sur aucune réalité technique. Il ne peut renvoyer ni à la
nationalité des dirigeants (comme le disait un des acteurs de l’opération Napalm « au
passage les K. rappelaient qu’ils possèdent la nationalité belge »23) ni au droit des sociétés
16
KELLENS G., Eléments de criminologie, Bruylant – Erasme, Collection Espaces droit, Bruxelles, 1998, p. 251.
17
KELLENS G., op.cit., p. 251.
18
« La lutte contre la fraude », Fédération Pétrolière Belge, communiqué de presse de novembre 2004.
19
« Dictionnaire suisse de politique sociale », http://www.socialinfo.ch/cgi-bin/dicoposso/, consulté le 20 février
2005.
20
« Hold-up quotidien de la mafia pakistanaise du pétrole », Alternative libertaire, n°216, avril 1999.
21
« Sénat de Belgique – session ordinaire 2004-2005 - Séances plénières : demande d’explications de M. Hugo
Vandenberghe à la Vice-Première ministre et ministre de la Justice et au vice-premier ministre et ministre des
Finances sur le blanchiment d’argent par le biais d’un carrousel TVA à l’achat de carburant »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewTBlok&DATUM='11/25/2004'&TYP=crabv&VOLGNR=1&LA
NG=fr, jeudi 25 novembre 2004.
22
KELLENS G., op.cit., p. 23
23
« Carburants : la traque », La Dernière Heure, 21 février 2001.
puisque que toutes celles incriminées dont nous avons eu connaissance sont des sociétés
de droit belge. De fait, certains porteurs de parts sont soit belges soit représentants de
nationalités aussi diverses que variées : hollandaise, bengali, indienne, pakistanaise,
française, allemande…
Mais, ils ne sont certes pas de façon uniforme originaires du Pakistan.

D’autres personnes subissent un tel préjudice qui en fait à la fois des auteurs et des
victimes. Ainsi, les « hommes de paille » des sociétés délinquantes, gérants ou
administrateurs pénalement responsables, sont souvent recrutés au sein de populations
fragilisées. Il s’agit de personnes endettées ou sans emploi auxquelles ont fait miroiter une
solution, de toxicomanes soumis à la promesse d’un gain rapide voire de simples naïfs qui
appréhendent mal les conséquences de leur implication ; « il suffit d’aller recruter l’un ou
l’autre minimexé, de lui offrir 100.000 francs nets par mois. Bien sûr, c’est lui qui va tomber le
moment venu »24. Quant aux « employés » de certaines pompes, qui exercent leur mandat
« à titre gratuit », dorment sur une paillasse et sont dépossédés de leurs documents
d’identité ils sont les témoins que l’esclavage existe dans nos frontières ; le nommer « traite
d’êtres humains » n’en fait pas un phénomène neuf contre lequel nous viendrions d’entamer
le lutte.

B/ Quoi ?

Nous approchons la notion de fraude à travers trois définitions : « acte de mauvaise foi
accompli en contrevenant à la loi ou aux règlements et nuisant aux droits d’autrui »25 ; à la
recherche de l’étymologie nous rencontrons fraus qui traduisant par tromperie, supercherie26
et se rapproche finalement plus des mécanismes que nous évoquerons. Enfin toujours plus
proche de nos préoccupations, la définition que donne Gérard Cornu27 d’un « agissement
illicite par l’emploi de moyens réguliers, opération consistant à utiliser des moyens licites
pour violer la loi » permettra le liaison avec une partie du « comment ? ».

Nous ne nous sommes pas intéressés en effet à ce que l’on pourrait qualifier de « crime
commun » (on peut bien sûr et par exemple voler du carburant qui pourra faire l’objet d’un
recel avant que l’argent résultant de sa vente ne soit blanchi) mais bien aux spécificités du
secteur pétrolier.

C/ Quand ?

Il convient également de nous situer dans le temps. Au-delà de l’intérêt évident qu’il y a à
cerner un objet d’étude, nous soulignerons celui de prendre un recul nécessaire vis-à-vis de
la période étudiée. Nous écrivons ces lignes fin 2004 et le contexte politico économique est
tel que des éléments atypiques pourraient perturber la recherche sans que nous disposions
de données fiables permettant d’en évaluer la réelle incidence.

Aujourd’hui, le gouvernement fédéral envisage ainsi, dans un contexte européen dispersé,


de geler une part de la taxation sur les produits pétroliers afin de répondre à la flambée de
leurs prix. Par ailleurs, les ristournes d’accises prévues dans le cadre du carburant
professionnel n’ont pas encore connu un exercice complet. Dans ces deux exemples, ne
disposant même pas de données brutes fiables nous ne pourrions que nous perdre en
conjectures.

Nous avons donc limité notre analyse en aval au 31 décembre 2003, date jusqu’à laquelle
nous possédons de réels éléments d’informations, même s’ils ont déjà subi un traitement de
la part de l’Institut National de Statistique, du Fonds d’Analyse des Produits Pétroliers ou

24
CARROZZO S., « Fraudes pétrolières en Belgique : des combines qui valent de l’or noir », in La lettre du
Blanchiment, n°15, 2001, p. 6.
25
COLLECTIF, Le petit Larousse illustré 2001, Larousse, Paris, 2000, p. 451.
26
GOELZER H., Dictionnaire latin-français , Garnier Frères, Paris, 1928, p. 288.
27
CORNU G., Vocabulaire juridique, Presses Universitaires de France, Quadrige, Paris, 2002, p. 412.
encore de la Cour des Comptes. Quant aux dossiers d’enquête auxquels nous avons eu
accès, la plupart de ceux qui sont postérieurs au pivot choisi ont trait à des enquêtes en
cours et ne peuvent, pour d’évidentes raisons de déontologie et de procédure pénale faire
l’objet de publications.

En amont, nous avons choisi le date du 8 décembre 1998, soit celle de la remise du rapport
final de la Commission parlementaire chargée d’enquêter sur le criminalité organisée en
Belgique qui constate que « le secteur pétrolier n’a à ce jour fait l’objet d’aucune attention
particulière de la part des autorités politiques, judiciaires et administratives concernées »28 et
va ouvrir ainsi la porte à des changements majeurs dans ce domaine.

D/ Où ?

Les flux pétroliers transcendent les frontières, il en est bien sûr de même pour les
mouvements financiers afférents qui gagnent encore sur les premiers en célérité ; seulement
limités par la vitesse de l’électron et fort peu par les barrières douanières. Il n’est pas un coin
du monde où ne résonne le bruit du baril et ce n’est donc pas par rapport au pétrole qu’il a
fallu borner un espace mais bien par rapport à la fraude.

Celle-ci est en effet construction de juriste et, partant, n’est envisageable que dans l’espace
où elle trouve à s’appliquer et n’est observable qu’à travers la production des organes qui ont
été mis en place pour l’éradiquer.
Ainsi, recadrées dans un tel contexte, nous verrons que les frontières étatiques ne
constituent d’ailleurs souvent un obstacle que pour ceux qui veillent à leur maintien – les
« autorités » - et un facilitateur, voire un moyen, pour les « fraudeurs ».

C’est sur base de ce qui précède que nous avons décidé d’arrêter notre étude à la Belgique
– Etat fédéral concentrant toujours à ce niveau de pouvoir les aspects économiques
envisagés – en insistant dès l’abord sur le fait que ce qui pourrait être transposable au
niveau européen est à mettre en rapport avec le processus d’harmonisation auquel notre
pays participe.

II. LA FRAUDE.

A/ Ampleur du phénomène – ampleur du secteur.

S’il est un point sur lequel tous les acteurs concernés semblent être en accord majeur
c’est l’importance du chiffre noir des fraudes pétrolières. Mais c’est bien le seul.

Du côté du secteur économique concerné, la Fédération Pétrolière Belge29 avance –


prudemment il est vrai, car elle admet volontiers que l’écart type peut être de 25 %30 – le
chiffre de 0.5 millliard d’Euros par an31. Le détail du calcul reste confidentiel mais le résultat
est clairement aussi – au-delà des seules estimations techniques– le produit d’un échange
de vues entre le secteur pétrolier tirant à hue pour que l’on prenne le « plus au sérieux
possible » le problème de la fraude dans le secteur des huiles minérales et les Services
Publics Fédéraux (SPF Finances et SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie)
concernés tirant à dia afin de défendre leur gestion de la même problématique.

Encore ne s’agit-il ici « que » d’une estimation portant sur la fraude aux accises et la de perte
liée à l’absence de perception TVA sur ces dernières. En 1998, date de cette évaluation

28
SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en
Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-1999, p. 517.
29
Qui regroupe les « majors » du secteur : Belgian Refinning Corporation, Exxon Mobil petroleum, Total Belgium,
Total raffinaderij Antwerpen, Kuwait petroleum Belgium, Petrolplus Refinning Antwerp, ConocoPhilips Belgium,
Belgian Shell, Petrobel et Vopak chemical Logistics Belgium ; elle représente l’industrie pétrolière dans les
négociations avec les partenaires sociaux au sein des commissions paritaires compétentes.
30
Entretien du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge.
31
« La Fédération pétrolière belge plaide pour une intensification de la lutte contre la fraude pétrolière »,
Fédération Pétrolière Belge, communiqué de presse du 15 janvier 2003.
concertée on avait laissé pour compte les fraudes non spécifiques au secteur telles les
carrousels TVA ainsi que les pertes indirectes (comme l’impôt érodé par une diminution des
marges des entreprises confrontées à une concurrence déloyale)

Mais les autorités (toutes administrations confondues) semblent bien plus réticentes à fournir
des chiffres précis sur l’ampleur de la fraude pétrolière. Tout au plus va-t-on évoquer le
nombre de contrôles effectués par tel appareil – ainsi en 2002, 9.847 échantillons ont été
prélevés auprès de points de distribution publics et analysés par le Fonds d’Analyse des
produits Pétroliers (FAPETRO)32 ou tel service de contrôle ; comme les 130.000 contrôles
routiers de véhicules diesels effectués par les Douanes en 200133.

En fait, comme le souligne Alain Zenner34, « la grande fraude fiscale relève de l’économie
souterraine, et est par définition occulte…Au surplus, la fraude grave et organisée ne
représente qu’une fraction de la fraude fiscale dans son ensemble, laquelle ne constitue
qu’une partie de l’économie souterraine à côté d’autres formes de fraudes » et de rappeler
l’appréciation de André BARILARI 35 en la matière : « s’il est impossible de chiffrer de
manière précise l’évasion et, a fortiori, la fraude qui sont des comportements a priori cachés,
des évaluations sont périodiquement données … (elles) consistent à comparer les recettes
constatées avec une évaluation des recettes théoriques telles que l’utilisation des grandeurs
de la comptabilité nationale permet de les projeter. En fait, la constatation de ces écarts est
une tautologie statistique car la comptabilité nationale est principalement élaborée à partir
des données fiscales, redressées à partir d’une estimation du taux de fraude ! La méthode
restitue donc simplement le chiffre qui a été estimé par d’autres procédés ».

A cela, et outre l’intérêt des acteurs déjà implicitement évoqué, on peut ajouter diverses
causes entretenant l’opacité du phénomène.

 La caractère récent de l’intérêt qui lui est porté - du moins en tant que « grande
fraude organisée » - les fraudes pétrolières n’étant historiquement considérées comme telles
dans notre pays qu’à partir du rapport de 1998, déjà cité, de la Commission parlementaire
chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en Belgique.

 Ce peu d’intérêt apparent pourrait rejoindre l’analyse de Lea et Young telle


qu’évoquée par Georges Kellens36 et qui relève que la probabilité d’enregistrement dans les
chiffres de la criminalité est plus grande pour des infractions graves dont l’auteur est connu
et dont les dommages et la visibilité sont importants. De fait, au regard des sanctions –
prises ici comme baromètre social – qui sont d’abord de nature administrative, les fraudes
pétrolières ne semblent pas considérées comme « graves », les auteurs sont parfois virtuels
– éphémères personnes morales et hommes de pailles presqu’aussi volatils – et la visibilité
est par définition minimale ; nous sommes dans le domaine de la fraude.

 Quant aux dommages, la difficulté de leur évaluation, dont il est beaucoup question
ici joue sans doute en faveur des fraudeurs. Nul doute que si de façon non contestée la
classe politique devait demain révéler à l’opinion publique que les fraudes pétrolières
organisées coûtent 0.5 milliard d’Euros par an la réaction ne se ferait pas attendre.

En tout état de cause, nous focaliser sur des chiffres n’apporteraient pas d’élément essentiel
au débat criminologique puisqu’il s’agira au mieux du sous-produit d’une partie du système
(le fait que l’Inspection Spéciale des Impôts (ISI) ait procédé à une taxation de x millions ne
permet même pas de savoir si ceux-ci sont rentrés dans le Trésor; pour cela il faudrait
encore suivre le trajet de chaque dossier en cause auprès des Cellules de recouvrement) ;

32
FAPETRO, Rapport d’activités du Fonds d’analyse des produits pétroliers, Bruxelles, 2002, p. 10.
33
« Carburants : pas brillant ! – Trois fois plus d’échantillons aux pompes non-conformes en 2001 », La Dernière
Heure, 25 avril 2002.
34
ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et lutte contre la grande
fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement, Ministère des Finances, Bruxelles, 2001, p. 71.
35
BARILARI A., op. cit., p. 83
36
KELLENS G., op. cit., p. 68.
Dans la suite du travail, des chiffres seront soit produits pour fournir un ordre de grandeur
soit pour permettre d’évaluer une fréquence ; la présente section ayant donc aussi la
vocation de « précaution oratoire » quant à leur fiabilité.

Plus avérées justement que les pertes, et donc mieux à même de donner une idée précise
de l’ampleur du secteur concerné sont les recettes37.

Ainsi, et sans abuser de la potion peut-on relever que les recettes d’accises sur les huiles
minérales se sont élevées en 2003 à 3.8 milliards d’Euros dont l’essentiel – soit 3.4 milliards
d’Euros - tirés des carburants et en particulier du diesel qui se taille la part du lion avec 2.0
milliards d’Euros. Cela révèle aussi la position dominante de ce carburant dans la
consommation puisque sa part d’accises est en fait de plus de 10% moins élevée que celle
des essences (à titre exemplatif, l’annexe 1 décompose le prix maximum des carburants en
septembre 2004).

Une estimation, provenant de la même source, révèle des recettes TVA de 0.8 milliards
d’Euros pour la même période et donc un total de 4.5 milliards d’Euros au profit du Trésor.

Ces chiffres sont à mettre en relation avec l’importance de la fiscalité indirecte sur les
carburants : entre 63 et 65 % du prix à la pompe pour les essences et 52 % pour le diesel fin
septembre 2004.

Enfin à titre indicatif également on relèvera dans le rapport de la Cellule de Traitement des
opérations financières (CTIF) pour la période 1999-200038 que sur les 718 dossiers de
blanchiment transmis aux Procureurs du roi compétents entre le 1er juillet 1999 et le 30 juin
2000 ceux qui concernent les fraudes pétrolières portent sur un montant global de 5,243
milliards de BEF soit près de 130.000.000 d’Euros. Les rapports suivants ne fournissant pas
d’évaluation chiffrée sur le sujet.

Pour clore cette section, on gardera à l’esprit que si les estimations de la FPB s’avéraient
exactes elles représenteraient à minima une fraude équivalente à plus de 10% des recettes
fiscales indirectes générées par le secteur pétrolier et que les carburants ne sont pas
précisément des produits de niche.

B/ Généralités.

Comme nous l’avons défini, c’est aux fraudes spécifiques du secteur pétrolier que nous
allons nous intéresser. Par spécifiques nous n’entendons cependant pas exclusives ; ainsi,
la fraude TVA n’est pas l’apanage du secteur même si, nous allons le voir, elle est
particulièrement intéressante dans un cadre où elle permet d’éluder en même temps
d’autres formes d’impôts. Par contre, et par exemple, les infractions aux réglementations sur
la fermeture du soir des magasins attenants aux stations-service ne nous paraissaient pas
entrer dans ce cadre.

Le relevé ci-dessous ne prétend pas non plus à l’exhaustivité mais il tend vers un certain
réalisme : nous n’avons pas conservé certaines pratiques soit parce que désuètes (les
réservoirs camouflés visant, lors du service à la pompe, à tromper le client sur la quantité
réellement versée ont disparu avec l’avènement du self-service) soit parce que marginales
(l’alimentation en « rouge » au-delà du quota pour les tracteurs) voire « artisanales » (la
combustion de graisses de friture comme substitut au diesel39).

Rappelons que ces fraudes ne sont définies que par rapport à des normes légales ou
réglementaires qui peuvent connaître une grande variabilité dans l’espace mais aussi dans
le temps ; après tout l’usage du pétrole en Belgique précède et de loin l’instauration de la
TVA qui ne date que 196940.

37
FAPETRO, op. cit., p. 55-56.
38
« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 1999 – 2000 / Chapitre V - Typologies »,.
http://www.ctif-cfi.be/fr/ra/ra9900/chap5.PDF, consulté le 7 octobre 2004, p. 8.
39
« La fameuse ruse des automobilistes gallois », http://www.autoactu.com/index.php3, 9 octobre 2002.
40
Loi du 3 juillet 1969 créant le code de la taxe sur la valeur ajoutée.
Aussi bien pour la présente section que pour l’ensemble du travail, nous proposons au
lecteur d’arriver à un consensus quant à certains termes clefs. Au-delà de la fonction
classique d’un glossaire, il ne s’agit pas nécessairement de définitions « légales », mais qui
ont été pensées comme « opérationnelles » pour une lecture précise et directe et décrivent
la situation « photographiée » au 23 septembre 2004 :

 Diesel : gazole (ou gasoil ; distillat de pétrole) destiné à l’utilisation comme carburant
dans les véhicules. Il est grevé en Belgique d’un droit d’accises fixe de 0.333 €/litre (à ce
jour) et d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui est elle exprimée en pourcentage (21%).
On remarquera que la TVA est également perçue sur les accises.

 Mazout : produit chimiquement similaire au précédent – il y a peu ils pouvaient


toujours être différenciés par leur taux de souffre mais une standardisation intervient dans ce
domaine (mazout et diesel deviennent donc chimiquement identiques) pour des raisons
présentées comme environnementales – qui ne s’en distingue que par l’adjonction d’un
marqueur destiné à garantir sa traçabilité (le solvent yellow 124 remplaçant – en vue d’une
harmonisation européenne – le furfurol) et d’un colorant (le red 19) lui donnant une couleur
« rouge cerise » ; ces additifs sont fournis par des firmes privées. Il est destiné à être utilisé
comme combustible et à ce titre est moins taxé ; les accises s’élevant à 0.018 €/litre. La TVA
est également de 21%. A titre d’exemple le diesel était facturé par litre 0.952 € au
consommateur au moment ou le mazout l’était à 0.447 €.

 Essences : autres distillats de pétrole utilisés comme carburant .pour les véhicules
automobiles. Leur fiscalité indirecte est la plus élevée avec des totaux de 65.93 % et 65.11
% du prix consommateur.

 Carburant professionnel : on va devoir distinguer le carburant réservé dans des


limites de quotas à l’alimentation de machines agricoles ou forestières, de moteurs fixes ou à
la navigation. Il en sera peu question dans le présent travail, sous la réserve de l’évocation
du « bunkering ». La deuxième acception de cette locution fait référence à la possibilité qui
est offerte depuis le 1er janvier 2004 aux professionnels de la route de se voir ristourner par
l’administration une part des taxes payées sur le carburant. Les premières demandes de
remboursement ne pouvant intervenir qu’à partir du 1er janvier 2005 il sera évoqué en termes
de prospective.

 Entrepositaire agréé : le personne autorisée à recevoir et expédier des produits


pétroliers en suspension de droits d’accises; ces mouvements s’entendent entre des
entrepôts fiscaux ; c'est-à-dire des lieux de stockage ou de transformation (cela peut être
une raffinerie) entre lesquels de tels mouvements peuvent s’opérer. Concrètement, il n’y a
pas lieu de s’acquitter des droits d’accises tant que les produits pétroliers passent d’un
entrepôt fiscal à un autre. De même, la plupart du temps, s’il s’agit de mouvements
uniquement comptables, si des produits sont achetés et vendus sans quitter un tel entrepôt.
Les accises ne devront être acquittées que lorsque les produits prendront la destination du
consommateur final (la pompe, la cuve du livreur…). Avec des nuances, ces suspensions de
droits s’appliquent également à la TVA. Ainsi, l’entrepôt fiscal, qui peut prendre diverses
formes, peut (littérairement plutôt que littéralement) être comparé à une zone franche. Une
différence d’importance entre les deux taxes est cependant que les accises sont dues dès
que le produit quitte l’entrepôt à destination du consommateur et que l’entrepositaire est
financièrement responsabilisé quant à leur paiement (il doit d’ailleurs déposer une caution
qui représente généralement 10% de sa capacité de stockage). En ce qui concerne la TVA
par contre, une telle responsabilisation n’existait pas (ou plutôt n’était pas appliquée pendant
la période de référence) et la firme « vendeuse » disposait du délai normal de déclaration
TVA : soit trois mois à l’époque jusqu’au 1er janvier 2001 et un mois par la suite.

 Les accises : dans ses grandes lignes, le système d’accises peut être décrit comme
suit. « En général, lors de leur entrée au sein de l’U.E. (…) les huiles minérales sont
pratiquement toujours entrées comme pétrole brut (qui n’est pas soumis à accises) en vue
d’être transformées en huiles minérales imposables dans un entrepôt fiscal (…) La mise en
consommation est considérée comme effectuée en cas de sortie du régime suspensif (...).
Lorsque des biens sont produits ou amenés dans un entrepôt fiscal en suspension de droit
d’accises, il s’agit de l’emmagasinage. Lorsque des biens sont mis sur le marché on parle de
mise à la consommation. C’est à partir de là que des droits d’accises sont exigibles.»41. Ce
qui va déterminer les accises c’est l’usage qui va être fait d’un produit : pour schématiser on
peut dire que le produit lui-même n’a pas d’importance ; ainsi si l’on désirait payer les
accises diesel sur de l’eau, on acquérait ainsi le droit – aux yeux de l’administration fiscale –
de faire rouler sa voiture avec, qui risque cependant, elle, d’être plus sensible à la
composition du produit…Un des risques maxima en termes de fraude est bien entendu lié au
transport (concrètement : où va le camion ?) la réponse qui a été apportée a la forme du
Document Administratif d’Accompagnement (DAA) qui, entre autres fonctions qui
apparaîtront dans les mécanismes de fraudes, est la « plaque diplomatique » entre « zones
franches ». La Belgique participe bien entendu au régime d’harmonisation qui, dans cette
matière comme dans bien d’autres, vise à rendre effectif le principe de libre circulation des
marchandises au sein de la Communauté Européenne. En matière d’accises, la
réglementation pivot de ce vœu pieu est la directive 92/12/CEE plusieurs fois amendée. Mais
si l’harmonisation est un processus long qui ne vise d’ailleurs pas la fusion et, si par exemple
des taux d’accises minima ont été instaurés depuis longtemps (directive 92/82/CEE), il
existe encore entre les Etats membres de l’Union Européenne de profondes disparités.

 La taxe sur la valeur ajoutée est « un impôt indirect, tout comme les accises, qui
frappe les dépenses du consommateur et pour lequel les entreprises assujetties
interviennent en tant qu’auxiliaires de perception »42. Ce travail de percepteur fait d’ailleurs
tout son intérêt dans les mécanismes que nous allons rencontrer, de même que son
caractère général au sein de l’Union Européenne qu’elle contribue par ailleurs à financer.
Remarquons à ce stade que ces taxes ne reposent pas sur les mêmes textes et que les
administrations qui en ont la charge (Administration des Douanes et Accises d’une part et
Administration de la TVA de l’autre) sont parfaitement séparées - avec ce que cela suppose
comme différences en termes de procédures et de prérogatives - même si elles ont sous la
houlette d’un même Service Public Fédéral, le SPF Finances.

 Le document administratif d’accompagnement ou DAA (exemple en annexe 2) est


exigé pour tout transport en suspension de droit d’accises. « L’expéditeur doit établir ce
document en quatre exemplaires : l’exemplaire 1 est à conserver par l’expéditeur.
L’exemplaire 2 revient au destinataire. L’exemplaire 3 est destiné au renvoi à l’expéditeur
pour apurement. L’exemplaire 4 est destiné au service des accises de l’Etat membre de
destination. L’expéditeur reste responsable du paiement des droits d’accises jusqu’à ce qu’il
ait été prouvé sur le plan administratif que les biens ont été remis au destinataire à la suite
de quoi ce dernier reprend l’obligation en matière d’accises »43. Dans la pratique cette
preuve est apportée par la signature du destinataire et un visa de l’administration (un
« cachet »). Le lecteur gardera donc à l’esprit que la quasi-totalité du processus est entre les
mains des entreprises : la péniche qui transporte 2.000.000 de litres de diesel en transit en
Belgique, et qui voyage entre les Pays-Bas et la France, a pour seul blanc-seing le DAA que
l’expéditeur s’est lui-même fournit et les autorités de notre pays n’ont aucune raison d’être
informées de sa présence, de son supposé passage. Du moins dans l’état actuel des
choses44.

C/ Les mécanismes de fraudes.

Dans le présent descriptif, l’accent a été mis sur les fraudes récurrentes - ou à tous le moins
les plus visibles - et celles qui causant apparemment le plus grand préjudice au corps social
suscitent en tous cas ses plus vives réactions. Telles sont les fraudes à la TVA et/ou aux
accises (pour lesquelles la frontière est parfois perméable voire de convention).

41
COUR DES COMPTES, Les accises sur les huiles minérales – Une radiographie du contrôle – Examen
conjoint Cour des Comptes et Rekenkamer , Bruxelles, novembre 2003, pp 18-20.
42
GERARD M., Fiscalité et gestion d’entreprise, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2002,
p.172
43
Cour des Comptes, op. cit. , p. 19.
44
Règlements CEE 2719/92 et 3649/92.
Circuit normal d'une vente intracommunautaire.

PAYS-BAS Belgique

vente sans TVA


Raffinerie Filliale
Grossiste
à Rotterdam anversoise
facturation: 1.000.000 €
1.000.000 € + 210.000 de TVA

Particuliers Distributeur
1.210.00 € + 1.100.000 € +231.000
254.100 de TVA de TVA

1. Les fraudes à la TVA.

« Il s’agit de la communication en toute connaissance de cause de données fausses, ou la


rétention de données, qui sont nécessaires pour l’établissement de la dette d’impôt. La
fraude à la TVA (ou « fraude TVA ») consiste essentiellement à augmenter le montant de la
TVA déductible et/ou à diminuer le montant de la TVA à payer à l’Etat »45

En matière pétrolière, et de « pure » TVA, les plus courantes reposent sur le mécanisme du
carrousel TVA. Qui implique « que des biens soient revendus une fois ou plus sur facture, en
introduisant dans la chaîne un ou plusieurs titulaires d’un numéro d’identification à la TVA qui
ne remplissent pas leurs obligations en matière de dépôt de déclaration et/ou de paiement et
ce dans le but de réclamer , sous forme de TVA déductible, la TVA qui n’a pas été versée au
Trésor à un stade antérieur ; de fausser les règles de la concurrence en mettant sur le
marché des biens à des prix défiant toute concurrence… »46.

Un seconde définition parle « d’une escroquerie consistant à détourner une TVA encaissée
(qui n’a jamais ou ne sera jamais payée au Trésor) par la facturation fictive ou tronquée
d’achats ou de ventes de marchandises et ce pour encaisser cette TVA ou pour permettre
leur commercialisation à un prix réduit défiant toute concurrence ; la notion de carrousel
évoque une double ronde : d’une part celle de la répétition de ces opérations dans plusieurs
pays dans un délai réduit pour en maximiser le profit ; d’autre part celle de chevauchements
alternés de diverses sociétés tampons ou sociétés écrans derrière lesquelles se dissimule
l’organisateur »47.

Théoriquement, toutes les marchandises peuvent donc faire l’objet d’un carrousel TVA mais
« les plus fréquemment utilisées sont celles qui sont le plus facilement transportables et qui
sont soumises au taux de TVA le plus élevé, et plus particulièrement les Gsm, les
composants d’ordinateurs, les huiles minérales et les voitures »48. De même, une
concurrence âpre – que l’on désire forcer - est considérée comme un facteur incitant à
l’usage de cette technique.

Pour bien comprendre le processus, il n’est pas inutile de rappeler quel devrait être le circuit
normal de facturation ; cet exemple est inspiré de la formation des inspecteurs stagiaires de
l’ISI49 :

45
UYTTERSPROT W. et DE DOBBELEER G., TVA et mécanismes de fraudes – Formation des Inspecteurs
stagiaires, Inspection Spéciale des Impôts, Bruxelles, 2002., p. 56.
46
UYTTERSPROT W. et DE DOBBELEER G, op.cit., p. 9.
47
ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et lutte contre la grande
fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement, Ministère des Finances, Bruxelles, 2001, p. 77.
48
ZENNER A., op cit., p. 78.
49
UYTTERSPROT W. et DE DOBBELEER G., op cit.
Les opérateurs présents sur le territoire national « ont donc effectué des opérations pour
lesquelles la TVA est due ; Cette TVA doit être versée périodiquement à l’Etat après
déduction de la TVA que leurs fournisseurs leur ont porté en compte (droit à la déduction des
taxes payées en amont) (…) Concrètement ( …) la filiale anversoise devra payer 210.000 €
à l’Etat, le grossiste 21.000 € - soit 231.000 – 210.000= 21.000 -, le distributeur 23.100 € -
soit 254.100 – 231.000= 23.100. Quant aux particuliers ils auront payé 254.100 € de TVA au
distributeur et ne pourront rien récupérer à l’Etat. Ils supportent entièrement la charge de la
TVA ».

Pour aborder maintenant la notion de fraude à la TVA dans le secteur pétrolier il faut garder
à l’esprit la notion d’entrepositaire agréé déjà évoquée. Nous pourrons alors nous reporter
pour l’exemple cas décrit ci-dessous.

Exemples réels banalisés :

Dans les dossiers décrits ci-dessous, et dont l’essentiel des éléments m’ont été apportés par
l’ISI50, nous verrons clairement apparaître trois phases ou « filières ».

Nous désirons d’ores et déjà attirer l’attention du lecteur, au-delà du mécanisme de fraude à
la TVA lui-même, sur trois éléments : la complexification croissante des filières qui ont
historiquement évolué de la sorte durant notre période témoin (même si les différentes
versions ont pu se chevaucher), leur multiplication (et leur entrecroisements sur le marché)
et sur l’évolution des noms de sociétés (proches par leur structure des noms d’origine). Nous
pensons qu’à l’évidence ces éléments témoignent d’une réactivité qui est de plus en plus
sous la contrainte du temps. De même, nous voulons insister sur le fait qu’en appréhendant
ces mécanismes d’un coup d’œil nous sommes très loin de la réalité de terrain de
l’enquêteur qui est contraint de reconstituer un puzzle dont de nombreuses pièces ont été
détruites et pour lequel une relation de A à C ne peut pourtant s’établir qu’en passant par B.
C’est d’ailleurs en partie parce que le contrôle sur les sociétés et leurs mouvements
comptables révèle ses limites qu’un contrôle physique sur le produit a été initié (cfr. Infra le
Parallel Warning System ; en particulier dans l’annexe 3: « Le contrôle en matière de fraudes
pétrolières et son évolution »).

50
Entretien du 15 septembre 2004 avec M. Jean-Louis MAISTRIAUX, Inspecteur principal, Administration de
l’Inspection spéciale des impôts et documents internes consultés à cette occasion.
Filière simple.

Marché hollandais Belgique

vente sans TVA


Firme Petroleum Gaz and Oil
Hollandaise Trading import

PAIEMENT DU PRIX DES MARCHANDISES.


LA TVA DISPARAÏT.
frais de stockage et accises

Entrepositaire Motor Fuel


Xyz
POMPES
Limited

FACTURATION MARCHANDISES

FACTURATION TVA

flux marchandises PAIEMENT DU PRIX


TVA COMPRISE

Le circuit est évidement répété tant que le système « tient » ; la firme Petroleum Trading
étant destinée à disparaître sans avoir apuré ses dettes à l’Administration de la TVA. En fait,
l’analyse des différents dossiers qui révèlent ce type de fraude laisse apparaître des
éléments :

 Stables : ce sont la Firme hollandaise (ou ses équivalents), l’entrepositaire agréé en


Belgique et les pompistes (gérées par Motor fuel limited dans notre exemple). Ces sociétés
remplissent leurs obligations légales.

 Temporaires : qui viennent s’insérer entre les éléments stables, concentrent la fraude
TVA et disparaissent ensuite. Dans ce premier exemple ce sont l’importateur (Petroleum
Trading) et le grossiste (Gaz and oil import) qui constituent un rempart de plus pour le
« pompiste » (Motor fuel Limited).

 En sommeil : destinés à remplacer rapidement les éléments temporaires pour que la


« ronde » continue. On va y retrouver des personnes physiques insolvables ou introuvables
et des personnes morales qui sont le plus souvent des sociétés dormantes rachetées et
apprêtées – entendez « fardées » - pour la cause.

On notera que les accises, bien que « pesant » à l’époque deux fois plus lourd que la TVA,
sont payées. C’est qu’il y va de la responsabilité personnelle pécuniaire de l’entrepositaire et
que le facteur « temps » est essentiel : elles doivent être payées dès la mise en
consommation.
Le système va rapidement se complexifier :
Filière avec stockeur écran
Marché hollandais Belgique

Essences et distilats org

vente sans TVA


Firme Super Pita
Art Capilaire
Hollandaise

PAIEMENT DU PRIX DES MARCHANDISES.


LA TVA DISPARAÏT. frais de stockage et accises

Entrepositaire Motor Fuel


Xyz POMPES Limited

FACTURATION MARCHANDISES

FACTURATION tva

flux marchandises PAIEMENT DU PRIX tva COMPRISE

On a introduit ici un élément temporaire de plus : un entreposant (Essences et distillats org) ;


on rend ainsi le système encore plus opaque à plusieurs points de vue.

Il n’y a pas de relation comptable directe entre l’entrepositaire et « Super-pita » pourtant


importateur et propriétaire des marchandises ; cette différenciation des rôles importateur et
entreposant rend évidement la taxation – et les recherches – moins évidentes encore.

En cas de saisie éventuelle des stocks par les administrations fiscales, il est bien malaisé de
mettre sous scellés des « parties de cuves », en fait de simples mouvements comptables.
Mais la complexification – à la limite de l’ingénierie fiscale mais toujours avec une
opacification croissante va atteindre son comble :
Filière avec écrans mutiples
Marché hollandais Belgique

stock one
transferts
stock alpha super tank

vente sans TVA


LUXOIL
Firme Vélocypède
société
Hollandaise luxembourgeoise

PAIEMENT DU PRIX DES MARCHANDISES.


LA TVA DISPARAÏT. frais de stockage et accises

Entrepositaire
POMPES Motor Fuel
Xyz Tagada T Bone
Limited

FACTURATION MARCHANDISES

FACTURATION tva

flux marchandises PAIEMENT DU PRIX tva COMPRISE

Dans ce système, on « joue » avec les stocks à la manière du bonneteau et la multiplication


de sociétés écrans sur plusieurs pays rend le contrôle encore plus délicat. De plus, « stock
one » destinée aussi à disparaître va se voir facturer les frais de stockage par stock alpha
(qui va bien entendu disparaître) avec TVA et récupérera celle-ci avant de s’évaporer à son
tour. Cette filière constitue le nec plus ultra découvert par le fisc lors de ses investigations en
matière TVA. Ce mécanisme nécessite une planification et une infrastructure complexes
ainsi qu’un personnel nombreux : c’est au regard de ces éléments que des agents de la TVA
ont évoqué « une véritable organisation criminelle »51.

Les filières décrites ont normalement une durée de vie très courte, ne dépassant pas deux
mois, et leur complexification est – de l’analyse des personnes rencontrées – une des
conséquences directes des efforts déployés par l’administration. Tous les acteurs – les
fraudeurs – ne réagissent cependant pas aussi vite ni de la même manière si bien que, sur
quelques mois, des filières des trois types ont pu coexister dans des zones géographiques
limitées dont l’épicentre est généralement un entrepôt agréé.

Il est toujours aussi malaisé de chiffrer de tels mouvements ; cependant des éléments
apportés par l’ISI permettent de distinguer trois périodes historiques : celle qui a précédé
l’ouverture des frontières au sein de l’Europe, celle qui suit le 1er janvier 1993 et qui a vu le
nombre des fraudes TVA augmenter sensiblement sans – à l’époque – que l’administration
n’adopte des mécanismes spécifiques de lutte contre la fraude aux huiles minérales. Enfin,
une troisième52 période est à pointer sur notre ligne du temps : celle qui suit le dépôt du
rapport de la Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée et,
après 1998 donc, la mise en place progressive de mesures suggérées dans ce cadre.

51
Entretien du 15 septembre 2004 avec M. Jean-Louis MAISTRIAUX, Inspecteur principal, Administration de
l’Inspection spéciale des impôts et documents internes consultés à cette occasion.
52
Entretien du 28 octobre 2004 avec M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à
l’Inspection Spéciale des Impôts.
Enfin, si on les considère dans leur contexte strict – à savoir l’indice de production d’un
appareil déterminé – les montants de TVA relevés dans ses dossiers de « carrousels huiles
minérales » par l’ISI sont au moins révélateurs de son approche de cette fraude, ainsi (sans
que ces montants ne soient nécessairement récupérés en entier) nous avons53 :

Année 2000 : 191.762.994 € Année 2001 : 91.408.258 €


Année 2002 : 35.484.991 € Année 2003 : 22.940.038 €

On pourrait nous rétorquer qu’une telle évolution pourrait être le fruit d’une meilleure
organisation de la part des fraudeurs et non de la TVA. Nous demanderons au lecteur de se
reporter à l’annexe 3 consacrée à la lutte contre la fraude et à son évolution pour disposer
des éléments qui alimentent l’hypothèse favorable au SPF Finances ainsi que le font, dans
une certaine mesure, nos conclusions.

2. Les fraudes à la TVA et aux accises.

Sous cette section, nous relèverons les fraudes qui portent préjudice en même temps à ces
deux aspects de la fiscalité.

a) Les exportations fictives.

Celles-ci sont envisageables avec une « destination » hors CEE ou intracommunautaire.


Dans les deux cas, le produit existe bel et bien mais n’atteindra jamais le pays renseigné sur
le DAA ou le document EXI (hors CE) et restera en Belgique pour une revente sur le marché
parallèle sans apurement de la TVA ni des Accises (sans parler bien entendu de l’impôt
direct).

Plusieurs scénarii sont possibles54 :

Le DAA est présenté à la firme de destination qui a dans certains pays l’obligation de
présenter ce document aux autorités ; le Receveur perçoit donc les accises et le contrôle
physique éventuel des marchandises (qui sont en fait restées en Belgique) est de toutes
façons entre les mains d’un autre service.

DAA pour 50.000 litres

Autre Etat
Belgique
membre.
trajet des 50.000 litres

Cette première version peut être envisagée pour une partie seulement de la marchandise,
les indices de fraudes étant encore plus ténus ; soit que le produit destiné à notre « marché
noir » ne quitte jamais le territoire,
DAA pour 50.000 litres

Autre Etat
Belgique
membre.
trajet pour 10.000 litres
trajet pour 40.000 litres

soit qu’il y revienne discrètement, en tout ou en partie, après une mise en consommation
ostensible dans l’Etat membre de destination ; le cas échéant un DAA de transit peut couvrir
cet envoi (pour rappel les autorités belges n’ont pas a être informées du passage sur leur

53
« Lutte contre la fraude TVA dans le secteur des huiles minérales », UYTTERSPROT W., exposé du 9 mars
2004 à l’Inspection spéciale des Impôts à Namur.
54
Entretiens des 6 septembre 2004 et 15 février 2005 avec M. José PALIGOT, Inspecteur principal – Chef de
service, Administration des Douanes et Accises – Inspection des Recherches – Huiles minérales.
territoire d’un camion circulant entre deux autres Etats membres et pourvu d’un DAA rédigé
par la firme elle-même).

DAA pour 50.000 litres

Autre Etat
Belgique trajet 1: 50.000 litres
membre.

trajet 2: 10.000 litres

Reste qu’il faut apurer le DAA pour couvrir la fraude, plusieurs moyens s’offrent au fraudeur.
Le plus répandu semble être l’utilisation de faux cachets. On relèvera dans ce cadre la
complexité d’un système qui n’a rien d’harmonisé et qui permet que soit utilisé par exemple
le cachet d’un club de fléchettes irlandais. Des cas de corruption, rares, ont été relevés.

Mais en fait, la majorité de la fraude est couverte ici par la séparation d’une procédure
administrative et un flux physique de marchandises. Au surplus, la première est factualisée
par des documents aisément falsifiables, dont on admet parfois les surcharges et les ratures
et qui, en partie sans doute pour des questions de traduction ne participe même pas d’une
harmonisation européenne quant à la manière dont le DAA doit être complété : certaines
autorités admettent la mention « distillat moyen » qui peut aussi bien être du diesel que du
mazout55. L’opacité des transactions semble décidément au cœur de ce marché.
Quant aux fraudes à l’exportation hors communauté, elles reposent sur les mêmes principes
– mutatis mutandis – à la nuance près qu’elles sont couvertes par un document EXI et non
un DAA mais qui doit être apuré dans des conditions similaires.

Nous abordons le contrôle physique et voici sans doute le moment d’introduire la notion de
pompes privées et de pompes publiques56. Les premières sont représentées par l’ensemble
des installations destinées aux besoins internes d’une entreprise ou, a minima, l’installation
que peut prévoir un particulier si elle est pourvue d’une pompe électrique. Le Fonds
d’Analyse des Produits Pétroliers (FAPETRO) évalue leur nombre à 15.000 environ dont à
ce jour moins de la moitié fait l’objet d’un pointage (6.000 ont fait l’objet de contrôles
informatifs – donc non répressifs – du FAPETRO). Quant aux pompes publiques –
l’ensemble des points de vente au sens commun du terme – on en dénombrait 3.686 début
2004 avec une marge d’erreur de l’ordre de la centaine liée à la mouvance du secteur ; 80%
sont tenues par des membres de la FPB. Le contrôle physique des produits prêts à la
consommation ne peut donc être complet.
.

b) le carrousel en fin de course ;

En fait, nous sommes ici dans l’hypothèse d’un carrousel TVA classique (ou a minima d’une
fraude TVA suivant les définitions) mais dont l’organisateur perçoit la fin prochaine, voire qu’il
a anticipée dans son plan de « management ». Dans ce cas, on fait un dernier « beau
coup » et les transports afférents à la dernière semaine – voire à la dernière quinzaine si les
fraudeurs parviennent à obtenir des délais de paiement du receveur des accises – ne sont
jamais apurés du point de vue des accises.
Une péniche contenant de 1.500.000 à 3.000.000 millions de litres, cela n’a rien
d’anecdotique : à 0.774 € (accises et TVA) au 21 septembre 2004 par litre d’essence super
98 octanes cela représente 2.322.000 €.
Cependant, la lutte contre les carrousels TVA gagnant en efficacité – donc aussi en rapidité
– la « durée de vie » de ceux-ci n’excède plus quelques semaines (contre parfois un an
début des années ’90) et a contraint pendant un temps les fraudeurs à les multiplier pour
conserver la rentabilité et, corollairement, a conserver plus souvent les accises.

55
Entretien du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge.
56
Entretien du 28 octobre 2004 avec Monsieur Eric SONNET, Inspecteur au SPF Economie, PME, Classes
moyennes et Energie.
c) le « bunkering »

Dans les eaux internationales, la consommation doit s’entendre « free-tax » comme dans les
zones franches des aéroports. Pour des raisons pratiques (éviter l’approvisionnement en
haute mer) le produit est livré aux navires sans être grevé de taxes. S’agissant d’une mise
en consommation finale, les accises seront cependant acquittées lorsque le produit quittera
les cuves de l’entrepositaire mais l’ « économie » reste substantielle si l’on songe à la TVA et
aux diverses cotisations (cotisation sur l’énergie57, BOFAS58) éludées On notera qu’il ne
s’agit pas d’une problématique liée uniquement aux produits pétroliers et que d’autres
denrées sont concernées : ainsi, on peut semble-t-il s’inquiéter de la santé des marins
lorsqu’on regarde leur consommation – supposée personnelle - d’alcool et de tabac59.
Les mécanismes de fraudes peuvent alors connaître diverses variantes visant à remettre sur
le marché une partie du produit.
A titre d’exemple, le plus simple est de surévaluer l’approvisionnement porté au manifeste
signé par le capitaine ; la quantité excédentaire de produit ne quittant le tanker que pour être
écoulée « en noir » sur la marché belge.
Il est également possible de transborder le produit par la suite hors des eaux territoriales à
un caboteur qui reviendra ensuite vers nos cotes.
Par nature il s’agit d’un secteur très difficile à contrôler : de grandes quantités sont en jeu, il
est malaisé d’évaluer la consommation d’un navire, les différents pavillons en présence
compliquent les contrôles et dans les eaux internationales les administrations concernées ne
sont plus compétentes.
Il est à souligner cependant que si nombre d’acteurs rencontrés s’accordent pour considérer
le « bunkering » comme un phénomène marginal, l’Union Pétrolière Belge (UPB) montre
plus de réserve60. De fait, un point de vue optimiste semble relever plus de « l’intime
conviction » que des chiffres car si ces derniers sont rares, la Commission parlementaire
chargée d’enquêter sur la criminalité organisée releva quant à elle que « l’on constate
chaque année une augmentation des livraisons à la marine internationale, alors que le
nombre de navires desservant la Belgique augmente à peine 61» et, conclu l’UPB, que les
moteurs marins consomment de moins en moins.

3. Les fraudes aux accises.

Il n’existe pas de fraude aux accises « pure », en effet tout préjudice en la matière comporte
nécessairement une fraude TVA puisque celle-ci est perçue également sur les accises.
Néanmoins, elle ne constitue dans la section qui suit qu’une infraction incidente et la clarté
de l’exposé appelait un descriptif particulier.

a) Importations irrégulières.

« La disparité des taux d’accises appliqués à un produit identique dans les pays de l’Union
européenne (…) se traduit de manière significative dans la différence du prix à la pompe de
l’essence et du diesel en Belgique et au Grand-duché de Luxembourg »62 ; S’il s’agit
effectivement de l’exemple le plus connu chez nous, un regard sur l’annexe 4 qui reprend les
taux de TVA et d’accises dans l’Union européenne en mai 2004 laisse imaginer d’autres
combinaisons.

57
« Imposition indirecte frappant la mise à la consommation ou l’utilisation dans le pays, de carburants, de
combustibles fossiles et d’énergie électrique quelle que soit son origine (Art 1er de la loi du 22 juillet 1993
instaurant une cotisation sur l’énergie en vue de sauvegarder la compétitivité et l’emploi) » telle que définie par le
SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie.
(http://www.mineco.fgov.be).
58
BOFAS est un fonds qui a été conçu à l’appui des stations-service pour lesquelles existe une obligation légale
en matière d’assainissement et qui est financé en partie par une perception sur chaque litre de carburant vendu –
Site Internet : http://www.bofas.be
59
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
60
Entretien du 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
61
SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en
Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-1999, p.279.
62
ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et lutte contre la grande
fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement, Ministère des Finances, Bruxelles, 2001.
Généralement un DAA est établi dans un Etat membre à destination d’un autre Etat membre
aux accises favorables mais le flux des marchandises sera quant à lui interrompu pour
alimenter le marché belge, la différence avec les exportations fictives tient alors à la
présence de trois Etats dans le circuit :

DAA de A à C DAA de A à C
Etat membre
Etat membre de
Belgique
de départ: A destination:
C
MARCHANDISES

Si, compte tenu de la proximité géographique, l’achat massif de carburant (essentiellement


des essences) sur le marché luxembourgeois et l’importation frauduleuse « pure et simple »
sur le territoire belge est envisageable, la forte surveillance exercée sur cette portion du
territoire semble réserver ce type de fraude à des « bricoleurs » qui alimentent au mieux – ou
au pire selon les points de vue – une consommation familiale.

On peut supposer plus conséquente même si également peu quantifiée l’importation illicite
qui repose sur la falsification de la nomenclature63. Sa mécanique est basée sur l’utilisation
de codes tarifaires erronés lors de l'importation. Par exemple, le code douanier 2710 1945
est réservé au diesel et le 2710 1999 aux « autres huiles de graissage ». Les droits d'accises
et de douanes sont bien entendu différents suivant les cas : les premiers étant inexistants
pour les huiles de graissage.
Il est parfois plus intéressant de payer des droits de douane élevés si cela fait faire
l'économie des accises. Or, le seul véritable moyen de vérification nécessite prise
d'échantillons et analyses : une procédure lourde donc qui ne sera initiée que si des
soupçons de « fausse dénomination » sont déjà portés sur un transit.
De plus, des produits peuvent être avancés comme toxiques pour susciter une crainte
légitime des douaniers, souvent sous-équipée face à ce type de risques.
Pour rappel, les produits qui ne sont pas soumis à accises ne doivent pas être accompagnés
d'un DAA et leur trajet n’est donc pas suivi (aucun document, après le document
d’importation, n’est attendu quelque part en retour).

b) Le DAA (document administratif d’accompagnement).

Plusieurs cas sont envisageables. Lorsqu’un DAA est établi dans un autre Etat membre avec
la Belgique comme destination il peut tout simplement ne pas être apuré. Le fraudeur fait
alors reposer son opération sur la « lenteur administrative » : il faut savoir que les livraisons
intra-communautaires (reprise dans une base de données consultable par l’administration
fiscale) font l’objet pour chaque firme concernée d’un listing déposé une fois par trimestre.
Avec le temps de l’encodage, il faut compter 6 mois pour que ces données soient
utilisables64. Une maximalisation des profits passe alors bien entendu par un rythme soutenu
des opérations avant de « mettre le clef sous le paillasson »

Une alternative repose sur un faux en écriture – en l’espèce un faux apurement du DAA.

Une pratique plusieurs fois rencontrée est basée sur le non-paiement après présentation du
DAA au Receveur. Dans ce cas, il y a bien sûr une dette fiscale mais pas de fraude car la
déclaration a été faite. Celui que l’on va hésiter à qualifier de fraudeur va utiliser l’hiatus
temporel et administratif qui existe entre la taxation et le recouvrement avant de disparaître.
Comme dans les autres fraudes déjà décrites, l’utilisation d’hommes de paille et de sociétés
écrans est bien entendu de mise ; opacité encore, opacité toujours.

c) Colorant et marqueur.

63
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
64
Entretien du 28 octobre 2004 avec M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à
l’Inspection Spéciale des Impôts.
1/ Concept.

Alors que ce qui précède, en particulier la fraude liées aux DAA (dite fraude documentaire)
est considérée par le secteur et par le Ministère des Affaires Economiques (devenu depuis
Service Public Fédéral Economie, PME, Classes moyennes et Energie) comme représentant
80% du préjudice pour le Trésor public65, les fraudes décrites ci-dessous ne représentent
plus « que » 20% de l’ensemble. Nous retiendrons tout de même que les chiffres avancés,
entre autres par mon aimable interlocuteur devant la Commission parlementaire déjà
évoquée, faisaient de ces 20% le chiffre rondelet de 3 milliards de BEF par an.

Il faut également tenir compte du fait, qui sera détaillé plus avant, que certains déplacements
s’opèrent dans la nébuleuse des fraudes et qu’il est envisageable que le « volume
d’affaires » perdu sur les carrousels TVA – mieux réprimés – se soit en partie déplacé vers
les fraudes aux accises « pures » ou d’autres procédés novateurs.

Au surplus, et dans le cadre des problèmes d’évaluation que nous avons abordés, les
fraudes décrites à partir de cette section sont parmi les moins décelables – ombres parmi les
ombres – car morcelées tant au niveau des pratiques (et donc de la détection) que des
auteurs (combien y a-t-il de conducteurs de voitures diesel roulant au rouge ?), souvent
dépourvues d’incidence sur les indicateurs majeurs utilisés par les services de contrôle (le
prix à la pompe publique n’est pas influencé par le fait que des transporteurs mélangent leur
diesel à du pétrole lampant) et parfois trop nouvelles pour être bien connues (pour certains
circuits de produits mélangés par exemple).

Les fraudes décrites dans la présente section ne concernent que le mazout et le diesel déjà
définis.
A ce qui a déjà été dit à ce sujet, on ajoutera66 que le nouveau marqueur solvent yellow 124
est décrit par l’ensemble des acteurs comme moins performant – moins résistant au
« lavage » - que le furfurol utilisé jusqu’il y a peu. La seule hypothèse qui semble plaider en
faveur du nouveau venu reposerait sur son caractère moins polluant.
Techniquement, il semble que l’harmonisation européenne qui a présidé à son introduction
ait également oublié dans un premier temps son corollaire : le test de révélation. A ce jour en
effet il n’y a pas de méthode officielle pour détecter le solvent yellow 124 ou ses résidus. La
Douane a son propre test mais il n’y a pas de décision prise pour privilégier telle ou telle
méthode ; il n’y a rien d’officiel quant au choix du révélateur ce qui pourrait poser problème
en cas de contestation.

Par conséquent, après lavage du colorant et du traceur la teneur en souffre est le seul
moyen de détecter officiellement une décoloration67.
Sans se perdre dans des considérations techniques indigestes, cette teneur en souffre
mérite donc quelques explications. Jusqu’au 31 décembre 2004 le diesel à 350 ppm (350
parts par million soit 0.035 gr de souffre par kilo) est autorisé68 même si, en pratique, il n’est
plus commercialisé en Belgique car pénalisé fiscalement de 0.016 €/litre depuis 2001 en
raison de son caractère plus polluant. A partir du 1er janvier prochain seul le diesel à 50 ppm
sera autorisé dans l’union européenne. Quant au mazout, il est – et restera – avec une
norme maximale de 2.000 ppm.
Il y a cependant une tendance marquée des raffineries à standardiser, pour des raisons
économiques, leur production. A terme, il est concevable qu’elles ne sortent plus qu’une
seule qualité de produit pour ces deux usages.

On notera que lorsque on utilise de l’acide sulfurique pour la décoloration la réaction


chimique entraînera qu’à l’analyse on trouvera encore un peu plus de souffre.

65
Entretien du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge.
66
Entretien du 28 octobre 2004 avec Monsieur Eric SONNET, Inspecteur au SPF Economie, PME, Classes
moyennes et Energie.
67
Les dernières informations qui nous ont été communiquées font cependant état de rapports du FAPETRO
relevant un « dépassement du seuil de tolérance de 0.05 gr/litre » pour le Yellow Marker 124 et ce depuis mi-
novembre 2004 (il est à remarquer qu’auparavant la tolérance était de zéro pour le furfurol).
68
Directive européenne 98/70/CE
Cette teneur en souffre est donc bien un indicateur majeur – voire le seul d’une décoloration.
Ce n’est cependant qu’un indicateur, insuffisant pour fonder autre chose que le caractère
« hors spécifications » d’un produit : pour le service d’Inspection associé au FAPETRO le
problème est la plupart du temps accidentel. Un transporteur utilisant très souvent le même
camion pour livrer du diesel ou du mazout, un produit peut « polluer » l’autre ; le phénomène
se rencontrant de la même manière pour les péniches dont les compartiments de cuves ne
sont pas exclusivement affectés à tel ou tel produit.

Cela étant dit, un produit prévu par la raffinerie pour répondre aux spécifications diesel peut
être coloré directement dans un entrepôt fiscal et se voir affecter une destination – et donc
un taux d’accises – de mazout. Le taux de souffre inférieur ne posant pas problème (qui peut
le plus peut le moins) et le léger surcoût du produit – lié à sa désulfurisation – étant
compensé par d’autres éléments (réponse à la demande urgente d’un client sans transport
supplémentaire, simplification des installations d’entreposage et coûts de maintenance
moins élevés, meilleure gestion du stock en « just in time »…).

Nous relevons l’absence de chiffres disponibles quant à la proportion de ce mazout « coloré


en dernier ressort » et le fait que, si il est décoloré, plus rien – à ce jour – ne va le distinguer
officiellement du diesel.

2/ non adjonction

Nous désignerons ci-après le binôme solvent yellow 124 et colorant Red 19 rouge cerise
sous le terme générique de « colorant » et les procédés visant à s’en débarrasser seront
présentés comme des opérations de « décoloration ». Ces produits sont vendus par des
firmes privées (sur base d’un cahier des charges public) sous la forme d’une solution unique
à diluer dans le carburant.

A tout prendre, pour ne pas voir apparaître un colorant le plus simple est encore de ne pas le
mettre dans le produit.
Ainsi, l’hypothèse classique du bateau : le diesel marin peut être coloré directement dans les
réservoirs ; dans ce cas la présence d’un fonctionnaire des Douanes peut être imposée. On
a alors relevé la présence de conduites masquées pour accueillir le colorant ou de trappes
aménagées pour qu’il ne, rentre pas en contact avec le carburant. Dans les petits dépôts la
coloration « à la main » est également envisageable. De fait, la technique s’est aussi
emparée de ce secteur et des injecteurs automatiques de colorant sont le plus souvent
adjoints aux bras de chargement des gros entrepôts.
Ce sont ces systèmes d’injection qui vont faire l’objet de l’attention des fonctionnaires des
Douanes, partant du principe que s’ils sont en ordre de marche – et donc homologués par
l’administration - il n’est pas nécessaire de vérifier la présence de colorant dans chaque
camion – ou bateau - qui quittera le dépôt (ce qui par ailleurs, compte tenu des moyens en
personnel est impraticable).

Ces systèmes automatiques d’injection, couplé à la gestion informatisée du stock, sont en


principe une solution élégante que l’on peut décrire ainsi69 : « lorsque le programme mazout
est choisi, un relais commande l’ouverture des soupapes pour l’apport du colorant via un
système de dosage. La pompe de dosage est commandée par un donneur d’impulsions relié
au compteur volumétrique. Après chaque passage d’une certaine quantité de gazole, la
pompe reçoit une impulsion qui commande un jet. Chaque jet injecte une certaine quantité
de colorant dans le liquide. Si une opération anormale ou non autorisée a lieu, le
dérangement est automatiquement signalé et le chargement interrompu » ; Donc le produit
qui quitte le dépôt en qualité de mazout est coloré au moment de son chargement,
automatiquement sans qu’une intervention humaine ne puise l’en empêcher ; en principe.

Dans les faits de nombreux moyens de contourner le dispositif ont été mis à jour par
l’Administration. Nous avons relevé les plus courants dans un ordre croissant de technicité.

69
PONCIONI P., La coloration et la marquage de l’huile de chauffage extra-légère – travail de séminaire,
Direction générale des Douanes Suisses, Berne, 2002.
Le fait de boucher tout simplement l’injecteur, quitte à faire passer la chose pour accidentelle
en cas de contrôle. La pose de vannes « pirates » sur la conduite du colorant permettant de
la purger de son contenu avant qu’il n’atteigne le produit est le procédé le plus utilisé (ou
découvert). On a aussi noté plusieurs cas de dérivation de l’alimentation électrique des
électrovannes qui permettent le passage du colorant, et donc leur contrôle illicite.
De manière plus anecdotique l’inversion des compteurs « diesel » et « mazout » a été
relevée.
La manipulation informatique du système reste un des moyens les plus difficiles à détecter ;
des pannes informatiques ont déjà été découvertes sans que des éléments suffisants n’aient
permis de les qualifier de fraudes.
Enfin, « cerise » sur le gâteau, l’usage récent d’azote liquide a été découvert : appliqué sur la
conduite il permet de geler le produit à l’intérieur de celle-ci. A la fin de l’opération, la
température ambiante se charge de remettre les choses en l’état.
Il est important de souligner que rien de tout cela ne suppose ipso facto la complicité de
l’entrepositaire ni même de l’ensemble du personnel, il suffit qu’une volonté commune anime
le transporteur et la personne qui concrètement est chargée, à ce moment là, des opérations
de remplissage.

3/ substitution de produits d’accises avant la mise en consommation.

Pour comprendre ce tour de « passe-passe » le mieux est encore de se reposer sur un


exemple70 réel mais banalisé: « une péniche charge à la raffinerie du gasoil (blanc, mais
avec une teneur en souffre élevée) destiné à être coloré et furfurolé (à l’époque le yellow 124
n’était pas encore en usage) dans le dépôt de destination. Pendant le trajet, la péniche est
accostée par un autre bateau qui pompe dans l’une des cuves 200.000 litres et y reverse
200.000 litres de produits colorés et furfurolés. Le produit prélevé va être alors mis sur le
marché pour l’alimentation des véhicules sur la voie publique (…). Le produit de
remplacement sera, à la sortie du dépôt, coloré à nouveau et servira au chauffage et à des
usages industriels ».
Au dépôt rien ne permettra de soupçonner que le produit a été coloré deux fois et l’attention
des fonctionnaires concernés est plus souvent focalisée sur les procédés qui visent à
empêcher la coloration alors qu’ici le fraudeur n’aura rien eu de plus pressé que de la voir
s’accomplir. Une ligne Maginot de la fraude pétrolière somme toute.

Une variante – que l’on aurait pu classer dans les mélanges mais qui relève plus de la
présente section au regard de ce qu’elle se place normalement en amont de ceux-ci – est
celle qui consiste à jouer sur la dilution comme l’illustre l’exemple réel qui suit71. Une péniche
qui contient 2 millions de litres retrouve au cours de son trajet un camion qui l’attend sur un
chemin de halage. Ce premier camion va pomper 30.000 litres de diesel. Un deuxième
camion arrive ensuite et vient compléter la cargaison avec 30.000 litres de mazout. Dans la
masse, la proportion de colorant et de marqueur, même si elle est détectée, sera présentée
comme une contamination du produit par usages successifs des cuves et tuyaux.

4/ décolorations

« Elles étaient en général réalisées par des transporteurs et le produit obtenu était très
souvent destiné au ravitaillement des véhicules de la société ». Une fraude à usage interne
en quelque sorte : au profit de l’entreprise. « Depuis l’année 2000 environ, nous avons vu
apparaître des sites de décoloration que l’on peut appeler industriels en ce sens qu’il s’agit
de véritables petites usines bien structurées et souvent capables de décolorer
hebdomadairement deux semis de gasoil de chauffage (+- 70.000 litres). Nous trouvons
encore de petites installations mais ici, il s’agit souvent de citernes de faible capacité (1.000
litres), de filtres bricolés et de pompes à petit débit »72.

70
ADMINSITRATION DES DOUANES ET ACCISES, Fraudes en matière d’huiles minérales – exemples,
documentation interne non datée, p.7.
71
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
72
PALIGOT J., La décoloration du gasoil de chauffage - document interne, Administration des Douanes et
accises, Inspection des Recherches Huiles Minérales, Liège, 2004, p.2.
Nous allons suivre essentiellement la structure – synthétique et complète - proposée par
Monsieur José PALIGOT, Inspecteur principal – Chef de service, à l’Administration des
Douanes et Accises (Inspection des Recherches – Huiles minérales) quant aux catégories
de décoloration73 en y adjoignant les exemples et apports des autres sources.
L’intérêt de cette synthèse n’est pas de proposer des « recettes » de décoloration (nous
n’insistons pas sur certains aspects pratiques) mais bien de donner au lecteur des éléments
quant aux moyens mis en œuvre, aux différents degrés d’organisation et aux moyens qu’ils
supposent, aux éléments qui peuvent être reliés aux techniques d’enquête ; aux auteurs, aux
victimes directes et indirectes. Deux grandes techniques de décoloration ont la faveur des
fraudeurs : celle qui repose sur le charbon actif et celle qui utilise l’acide sulfurique (même si
des tentatives d’utilisation d’autres acides sont parfois relevées).

En ce qui concerne le charbon actif le coût du produit, assez élevé, peut constituer un
premier frein. De plus la technique n’est pas de haute performance : si l’essentiel du colorant
visible à l’œil nu est effectivement éliminé, des résidus importants (détectables aisément à
l’analyse) subsistent. Par contre, l’installation est simple puisqu’il suffit de laisser le carburant
en contact avec le charbon actif avant de le filtrer. Enfin, cette technique n’est guère
praticable que pour de faibles quantités si on veut lui conserver son avantage majeur : la
simplicité de mise en œuvre (quelques jerricans suffisent).
Ces différents paramètres peuvent être lus en rapport avec le fait que les Douanes relèvent
que les personnes qui utilisent le charbon actif le font à très petite échelle : pour leur propre
compte quasi exclusivement. Reste qu’il peut s’agir d’une fraude à vocation
« professionnelle » ; ainsi la dernière installation de ce type détectée en 2002 était le fait d’un
petit transporteur indépendant qui alimentait ainsi son camion74

La décoloration à l’acide sulfurique va amener d’autres distinctions : les installations de faible


capacité et les installations importantes ; les installations fixes et les installations mobiles.
Sera qualifiée de « faible capacité » par l’Administration des Douanes et Accises l’installation
qui repose sur une citerne de type « privé » (entre 1.000 et 2.000 litres). Ici aussi, peu de
compétences techniques sont exigées : l’archétype de l’unité de traitement comporte une
citerne placée en hauteur. Dans celle-ci seront mélangés le mazout et l’acide sulfurique (« à
la main » - les quantités d’acide sont relativement faibles - ou à l’aide d’une petite pompe)
qui après décantation couleront, tout simplement sous l’effet de la gravité, à travers une série
de filtres (en carton ou cellulose, le plus souvent des filtres de brasserie) jusqu’à la deuxième
citerne destinée au produit fini. Les principales caractéristiques de ces installations sont,
outre leur faible capacité et leur simplicité : une grande discrétion (peu de place nécessaire,
des mouvements de camions limités, pas de complicité extérieure nécessaire) et un usage
restreint à l’auteur et à ses proches au regard des quantités traitées. En effet, si l’on essaie
de faire tourner ces installations à trop haut régime ont obtient un produit de moins bonne
« qualité » et les mouvements de camions nécessaires peuvent devenir suspects.

Une installation est qualifiée d’importante pour peu qu’elle réponde, a minima, aux
caractéristiques suivantes : une capacité de traitement d’environ 70.000 litres par jour et un
produit fini totalement exempt de colorant ou de marqueur ; donc, dont seule l’analyse du
taux de souffre dans les limites évoquées peut trahir la provenance.. Un soin particulier et
des moyens importants sont consacrés à leur dissimulation et leur mise en place et
fonctionnement exige des connaissances techniques qui dépassent celle de « l’amateur ».
La (ou les) citerne(s) destinée(s) à recevoir le mazout et l’acide doive(nt) avoir une capacité
de 40.000 litres il en sera de même - a minima – pour les citernes de réception du produit
blanchi. Ces citernes sont en général des cuves provenant de stations services et
réaffectées. Les récentes exigences en matière de double paroi vont d’ailleurs mettre
beaucoup de matériel de ce type sur le marché car rien n’a été prévu en terme d’exigences
de destruction.
Monsieur Paligot distingue ensuite au sein des installations importantes deux autres
catégories : « propre » ou « sale » et « mobile » ou « fixe ».
Les montages dits « sales » utilisent du matériel bon marché et en général récupéré sur des
camions : citernes, flexibles, vannes et génèrent des problèmes environnementaux (pollution

73
PALIGOT J., op.cit.
74
PONCIONI P., op.cit., p.28.
directe des sols en sus de celle qui interviendra lors de l’élimination du résidu : la pâte noire
et visqueuse composée de l’acide et des précipités des colorant et marqueur).

A contrario il existe de véritables « laboratoires », des montages dits « propres », dont les
cuves sont reliées entre elles par des tuyauteries en métal, qui disposent de vannes à
chaque connexion permettant la fermeture du circuit à l’apparition du moindre problème. Les
filtres sont alors souvent montés sur des bacs qui permettent la récupération des résidus de
filtrage. Outre des filtres de brasserie, il peut alors s’agir de filtres « plats » (systèmes semi
industriels de plaques filtrantes) ou « à cartouche » développés pour l’industrie
pétrochimique.
Nous ne voulons dénier à personne un souci écologique mais une installation qui se fait
discrète, ce qui passe entre autres par l’absence d’émanations qui pourraient être repérées
par le voisinage, a plus de chance de s’inscrire dans la durée. Au surplus, ce sont celles qui
fonctionnent le mieux en continu – sans incident susceptible d’interrompre la production.

Reste la distinction fixe ou mobile. La première catégorie fait référence bien entendu à la
majorité des systèmes que nous venons d’évoquer mais des installations mobiles peuvent
avoir une capacité identique. Elles sont alors montées dans des camions : soit une citerne
de décoloration y est installée avec les pompes et filtres nécessaires - un camion citerne
viendra alors chercher le produit fini à des moments et des lieux convenus - soit un camion
laboratoire vient se placer entre deux citernes mobiles (remorques) dont l’une fournit le
mazout déjà mélangé à l’acide et l’autre accueille le produit fini ; ce camion labo peut
« tourner » entre divers sites. Si elles mettent souvent en jeu un matériel plus coûteux au
départ, ces installations sont encore plus difficiles à détecter. Les services concernés
trouvent régulièrement, a posteriori, des traces de leur passages : résidus de décoloration
(pâte noire et visqueuse très acide et filtres usagés) mais bien entendu – c’est tout l’intérêt
du système – en des lieux (hangars de ferme ou forestiers, locaux industriels désaffectés)
isolés, peu surveillés car a priori sans grand intérêt et dont les propriétaires n’ont aucun lien
avec les auteurs.

Quant à ce qu’il est fait de cette capacité de traitement, nous retournons de nouveau au
domaine des hypothèses et du chiffre noir : l’usine tourne-t-elle à plein rendement, combien
de jour par mois et depuis combien de temps ? Un indicateur raisonnable est l’unité de
conditionnement de l’acide sulfurique que les fraudeurs choisissent pour couvrir leurs
besoins et le nombre de ces unités découvertes sur place. Une seule de ces unités peut
suffire à 2.400.000 litres de mazout75 !

A titre d’exemple de camouflage on trouvera en annexe 5 le seul accès d’une installation


haut de gamme totalement souterraine : l’entrée était dissimulée dans l’enclos d’un chien de
fort gabarit. La niche de l’animal était montée sur vérins hydrauliques qui, commandés
électriquement, libéraient l’entrée à la demande en soulevant la niche pour révéler un
escalier. On peut raisonnablement penser que, sans information préalable, peu d’enquêteurs
auraient le souci d’aller bousculer la niche d’un pit-bull.
Enfin en termes de procédés de décoloration il convient de noter que certains filtres à
présent disponibles sur le marché permettraient également l’élimination – par un procédé
purement physique donc - du colorant voire du marqueur sans qu’il soit besoin de recourir à
un procédé chimique76.

Exemples réels banalisés :


Les exemples fournis ci-dessous ont été fournis par l’Administration des Douanes et Accises
et sont soit banalisés, soit relèvent du domaine public. Ils ont, entre autres été relevés
comme exemplatifs par les douanes suisses dans leur rapport déjà cité77. Depuis 2002, 8
« usines » ont été démantelées en Belgique.

Parmi celles-ci, l’installation de GILLY se composait de 4 citernes fixes camouflées dans un


hangar et de deux citernes mobiles dont l’une recevait les résidus de décoloration. Deux des

75
Entretiens des 6 septembre 2004 et 15 février 2005 avec M. José PALIGOT, Inspecteur principal – Chef de
service, Administration des Douanes et Accises – Inspection des Recherches – Huiles minérales.
76
PONCIONI P., op.cit., p. 26
77
PONCIONI P., op.cit, pp. 25 - 28.
citernes fixes étaient réservées au produit « blanchi » et avaient une capacité de stockage
totale de 50.000 litres. La capacité de traitement quotidien de l’installation a été évaluée à
60.000 litres et les autorités – sur base de témoignages (les documents comptables étant
rares) – ont établi que 800.000 litres au moins de mazout de chauffage avaient été décolorés
en 3 mois. Ce qui, tous comptes fait, était relativement « peu » par rapport au potentiel de
production. Cette installation était de type « importante / fixe / propre ».

Une autre installation démantelée en région bruxelloise était de type « importante / fixe /
sale » et a fonctionné durant six mois, traitant au minimum 2.405.000 litres de produit à l’aide
de 9 citernes camouflées. Le lecteur aura sans nul doute fait son calcul et conviendra que –
bien qu’alléchants dans une perspective de fraude – les gains sont sans commune mesure
avec ceux résultant d’un carrousel TVA. Mais on peut « faire mieux » et en Espagne, les
douanes ont démantelé en mars 2001 un réseau de 13 sociétés qui mélangeaient du mazout
et du diesel avant de procéder à une décoloration. La quantité de produit fraudé atteignant
32.000.000 de litres (il est vrai en quatre ans) et compte tenu des taux d’accises espagnols,
la fraude fiscale s’est élevée à 7.000.000 €78.

Reste le problème de l’écoulement de la marchandise : en effet, nous ne sommes plus ici


nécessairement dans l’hypothèse de circuits « intégrés » comme dans le cas des premières
fraudes décrites (que ces structures soient ou non permanentes) mais le plus souvent face à
des producteurs sans circuit de distribution associé et qui doivent trouver un marché – ou
plutôt, le marché existant bel et bien – des clients. Un véritable « démarchage » peut alors
s’organiser pour écouler la marchandise ; le fraudeur n’hésitant pas à se rendre auprès des
transporteurs ou d’autres usagers professionnels pour proposer un ou deux camions de
produit blanchi, voire auprès de la pompe publique dont il connaît le gérant. Les quantités
sont « petites » (la cuve d’une pompe privée peut atteindre 100.000 litres, un camion a un
réservoir qui tourne autour des 1.200 litres…) et dans la pratique peu difficiles à écouler aux
dires des témoins privilégiés que nous avons rencontrés.

d) usages illicites d’huiles minérales.

Pour rappel la définition du carburant envisagée ici est fiscale, « accisiène ». En soi, utiliser
quoi que ce soit – ou presque – pour alimenter un moteur n’est pas un comportement qui
pose socialement problème a priori. Et ce qui va déterminer les accises c’est l’usage qui va
être fait d’un produit. Dans les fraudes que nous abordons, le comportement est clairement
en rapport avec ce même taux d’accises : le mazout « coûte » moins cher que le diesel.
Aussi, lorsqu’on évoque les fraudes pétrolières est-ce le premier comportement qui vient à
l’esprit : mettre du « rouge » dans le réservoir de sa voiture.
Mais cette fraude « basique » peut elle aussi connaître de multiples déclinaisons.
De la plus simple que nous venons d’évoquer on peut dire qu’elle est le fait d’auteurs
généralement isolés (c’est une tâche pour laquelle il n’est pas besoin de s’organiser mais il
est déjà arrivé que des particuliers, utilisant un autre mode de chauffage domestique –
partagent une citerne à mazout chez l’un d’eux dans un but alors évident pour tous) et
qu’elle présente une fréquence importante. A l’appui de ce dernier point deux indicateurs : la
FPB évalue l’usage de gasoil rouge vendu à la pompe pour alimenter des voitures diesel
comme représentant 1% du volume de ce produit (soit fin 1998, époque de la dernière
évaluation : 45.000 T/an) et les brigades mobiles des Douanes et Accises ont procédé à
125.225 contrôles en 2003 et 72.649 pour les 6 premiers mois de 2004, environ 1% de ces
contrôles se sont avérés positifs79. En 2001, ce ratio avait été relevé à 1,5 % pour 126.998
contrôles80. Les chiffres semblent peu fluctuer. Mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit là des
conducteurs roulant « au rouge », donc de ceux vis-à-vis desquels le colorant a joué son rôle
de révélateur ; pour ce qui est du mazout décoloré c’est un tout autre débat. Plus inquiétant
encore – quant à la précision que l’on voudrait obtenir – est le fait que les chiffres de la FPB
sont basés sur une évaluation des cas dont les pompistes auraient eu connaissance et une
extrapolation à partir de ces données
Les chiffres issus des brigades mobiles sont ce qu’ils sont : issus des brigades mobiles ;
c’est-à-dire qu’ils rendent compte de l’activité de celles-ci mais sont – à nouveau – très

78
PONCIONI P., op.cit, p.30
79
« 400 contrôles par jour », La Dernière Heure, 21 octobre 2004.
80
« Gasoil rouge : 2.000 fraudeurs », La Dernière Heure, 22 août 2002.
difficiles à mettre en rapport avec l’ampleur réelle de la pratique recherchée. Nous n’avons
pas trouvé, par exemple, d’étude portant sur une « délinquance auro révélée » dans ce
domaine si ce n’est la tentative, anecdotique, du magazine électronique Forum Auto81 qui
interrogeant ses lecteurs en mars 2003 sur le thème « avez-vous déjà ravitaillé votre diesel
en fuel domestique ? » obtenait 47 réponses formellement positives sur un échantillon de
382 personnes soit 12, 3 %.

Mais le fraude peut être plus systématique : sous la présente section nous évoquons ainsi
certains procédés visant à augmenter le volume de certains carburants82 pour peu que
l’utilisateur en soit l’auteur ou en soit conscient (dans le cas contraire, on inclura plutôt
l’exemple dans la section « mélanges » reprise infra) ; l’histoire bien réelle83 des
automobilistes gallois mélangeant à leur diesel du méthanol et de l’huile alimentaire en est
un exemple limite.
Plus courante parmi les pratiques est celle du chauffeur qui reçoit de son patron un bon de
remplissage et s’organise avec un pompiste pour faire le plein de « rouge » et partager la
recette sur la vente du blanc normalement payé par le patron. Les risques de contrôle, hors
frontières (et elles ne sont jamais très loin) en tous cas, semblent limités pour un camion aux
plaques belges ; du moins est-ce ainsi que notre chauffeur témoin semble percevoir les
choses. Il est vrai qu’à raison de 1.200 litres par voyage, nous percevons effectivement un
caractère plus systématique à la manœuvre : il ne s’agit plus de rouler moins cher, il s’agit
de gagner de l’argent.

Un degré plus haut, si l’on ose dire, nous avons l'exemple de camions venant de l'Europe de
l'Est et qui étaient alimentés par un circuit parallèle de distributeurs dans différents Etats-
membres ; faisant ainsi tourner leurs véhicules – équipés de vieux moteurs diesel -- avec du
pétrole lampant84. Cela ne peut être détecté que par analyse ; le pétrole lampant n'étant pas
coloré mais bien marqué et étant grevé d’accises à un taux 18 fois inférieur à celui du
diesel85.
Or, il faut être conscient des réalités du terrain en termes de contrôles : une analyse
complète qui porterait sur un camion en transit et aurait pour but de vérifier, par exemple,
l'origine du chargement et la réalité de sa destination ainsi que la nature exacte de son
carburant prendrait environ 3 heures. Sans autre indice, ce n'est pas le genre de contrôle le
plus pratiqué.

e) Les mélanges.

La distinction de la présente section avec la « substitution de produits d’accises » décrite


supra tient à ce qu’ici on a affaire à des produits de nature (de composition chimique)
différente et dont certains ne sont pas grevés d’accises (on ne joue donc pas sur un
différentiel de taux). En fait, il s’agit là pour nombre de mes interlocuteurs de la dernière
« niche écologique » trouvée dans le secteur des huiles minérales et contre laquelle la lutte
s’organise à peine. Ainsi et par exemple86 le White Spirit est utilisé pour allonger le
carburant; ce n’est évidemment pas très bon pour le moteur et cela entraîne une
surconsommation qui peut être perceptible.

Un circuit plus long – nous hésitons à dire organisé – est celui dit des « huiles usagées » qui
sont également récupérées pour être incorporées à du diesel ; il y a là un gain sur deux
tableaux : le récupérateur est payé pour éliminer un produit et il fait un second bénéfice en
augmentant le volume de diesel. On voit poindre les infractions écologiques sur lesquelles
nous reviendrons infra.

81
http://www.forum-auto.com – 28 mars 2003.
82
ADMINSITRATION DES DOUANES ET ACCISES, Fraudes en matière d’huiles minérales – exemples,
documentation interne non datée, p. 7
83
« Un poisson dans le moteur », Libération, mercredi 9 octobre 2002.
84
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
85
« Diesel mélangé et essence au benzène », La Dernière Heure, 20 et 21 novembre 2004.
86
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
Le procédé dit « des huiles techniques »87 est plus sophistiqué. Nous devons garder à l’esprit
qu’une raffinerie est une entreprise a haute technicité et pas simplement une colonne de
craquage produisant les sous-produits pétroliers classiques : on peut lui commander tout
produit répondant à un besoin industriel précis. Ainsi, des huiles techniques sont utilisées
pour imbiber les coffrages dans la construction et faciliter le démontage de ceux-ci le
moment venu; d'autres huiles techniques sont commandées pour faire tourner des machines
fixes qui ont besoin d'un carburant particulièrement propre. Il n'y a pas d'accises sur ces
huiles. Or, elles peuvent être très difficiles à détecter lors d’une analyse si les
caractéristiques demandées dans le cahier des charges sont proches du diesel par exemple;
quant au moteur du camion ou de la voiture, il ne fera lui aucune différence. Enfin, rappelons
qu’un produit libre – c'est-à-dire non accisable – circule sans DAA.

L’utilisation de déchets industriels constitue à ce jour l’étape « ultime » du déplacement


criminologique évoqué en tête de section avec pour caractéristiques principales : une
internationalisation du phénomène, des gains importants, un danger particulier. Un exemple
récent88 a trait à la découverte d'un mélange de benzène et de toluène dans des essences à
hauteur, dans certaines stations services, de 9% ; la norme européenne étant de 1%89. Du
produit en vrac avec des concentrations à 33% provenant de Biélorussie a été trouvé dans
des containers en Campine. On dépasse largement le risque fiscal : avant mélange ce type
de produits peut exploser à température ambiante - c'est sans doute pourquoi on a rencontré
cette fraude en hiver – et leur transport se fait au mépris des règles ADR, RID (règlement
international du transport des marchandises dangereuses par route, par fer90) ou des
diverses réglementations de transport par voies navigables. Même après mélange, les
vapeurs dégagées par un tel produit présentent un risque réel pour la santé humaine. De
même, les résidus de leur combustion sont également un risque à analyser dans la mesure
ou, même à concentration normale (le benzène est un solvant organique naturellement
présent en petites quantités dans l’essence) il fait l’objet de l’attention de la Commission
Européenne qui l’a identifié comme agent cancérigène majeur dans son projet PEOPLE
(l'Exposition de la Population aux Polluants Atmosphériques en Europe)91.

Contre-note dans ce chœur inquiétant, le Fonds d’Analyse des Produits pétroliers


(FAPETRO) est plus nuancé92.et parle plus volontiers de produits « hors spécifications ».
Sans angélisme, l’Inspecteur chargé des dossiers « mis à l’inspection » insiste sur la
présomption d’innocence et le fait qu’Il y a toujours plusieurs explications possibles avant de
parler de fraude. Ainsi, les transports successifs de produits dans les mêmes cuves sont
pointés du doigt. A titre d’exemple, un seul litre d’essence dans 1000 litres de diesel va faire
baisser le point d’éclair (température à laquelle le produit peut s’enflammer) de 1 à 2 degrés
centigrades et il suffira de 10 l d’essence dans 1000 litres de diesel pour que le produit soit
en dessous de la norme. Pour notre interlocuteur cela va prioritairement poser des
problèmes en termes de sécurité (d’explosivité si le diesel s’enflamme à température
ambiante par exemple).
Cependant, toutes précautions oratoires prises, mon interlocuteur revient lui aussi sur le
dossier récent lié au Benzène (y apportant au passage des éléments contextuels :
importation via la Pologne de produits industriels biélorusses destinés à la destruction) dans
lequel il ne peut voir qu’une volonté de fraude mais dont il souligne qu’aucune information
(au sens de données vérifiées) ne permet à ce jour de penser qu’elle est organisée et dont il
relève la rareté plutôt que le caractère novateur.

f) Fausses déclarations en matière de carburant professionnel (prospective)

87
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
88
Entretiens du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge et du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien
« huiles minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
89
« Diesel mélangé et essence au benzène », La Dernière Heure, 20 et 21 novembre 2004.
90
Consultables sur le site du Service Public Fédéral Mobilité et Transports : http://www.mobilit.fgov.be
91
« Un air plus pur dans les villes de l'UE: la Commission contrôle l'Exposition de la Population aux Polluants
Atmosphériques en Europe (PEOPLE) », Commission européenne, Référence: IP/02/1310, communiqué de
presse du 17 septembre 2002.
92
Entretien du 28 octobre 2004 avec Monsieur Eric SONNET, Inspecteur au SPF Economie, PME, Classes
moyennes et Energie.
Un accord sur les termes est ici aussi nécessaire : le carburant professionnel93 existe depuis
longtemps et est essentiellement matérialisé par un système de quotas permettant à divers
professionnels (de l’agriculture, de l’horticulture, de la sylviculture, de la navigation et pour
l’alimentation de moteurs fixes) d’alimenter leurs machines avec du carburant à un taux
d’accises nul.
Le quota est par exemple attribué suivant le nombre d'engins agricoles et suivant la
superficie. Les quelques cents de différence qui subsistent entre le gasoil coloré pour le
chauffage et ce gasoil professionnel font qu’il ne figure plus depuis longtemps en tête des
priorités de l’Administration des Douanes et Accises.
Ce que l’on entend maintenant par carburant à usage professionnel recouvre une toute autre
réalité, bien plus complexe, voire nébuleuse. Aussi apportons-nous un soin particulier à sa
contextualisation.
Parmi les grands axes économiques de la coalition violette issue des élections de mai 2003,
« un paquet de mesures fiscales, dit Paquet Kyoto a été adopté durant l’été 2003. Les
principales mesures sont la modification des taux de cotisation énergie, l’introduction d’un
système de cliquet en matière d’accises sur les carburants et le démantèlement de la taxe
compensatoire d’accises sur le diesel. Ces mesures visent à réduire les coûts fixes et
augmenter les coûts variables de l’utilisation d’un véhicule automobile »94. Concrètement le
système de cliquet permet « d’augmenter les accises par petites doses à concurrence d’un
plafond de 28 à 35 € par m3 lors des baisses de prix maxima de l’essence et du diesel et ce
jusqu’en 2007 »95. Donc, dans les limites décrites, à chaque baisse du prix carburant, le
« gain » ne sera pas intégralement rétrocédé au consommateur mais transformé en partie en
droits d’accises supplémentaires. Selon les analystes, ce supplément d’accises devrait être
d’environ de 0,17 € au litre pour l’essence et de 0,18 € au litre pour le diesel
Mais le secteur du transport ne l’entendait pas ainsi et a obtenu que l’arrêté royal du 29
février 2004 portant dispositions spéciales en matières d’accises prévoit en son article 3
que :
« Le gasoil visé à l'article 7, § 1er, lettre f) i) de la loi du 22 octobre 1997 relative à la
structure et aux taux des droits d'accise sur les huiles minérales, modifiée en dernier lieu par
l'arrêté royal du 29 février 2004, est exempté de l'augmentation du droit d'accise spécial
intervenant après le 1er janvier 2004, lorsqu'il est utilisé aux fins ci-après :
a) le transport rémunéré de personnes au moyen de véhicules automobiles affectés à un
service de taxis; cette affectation est attestée par l'autorité communale du ressort de
l'exploitant;
b) le transport de marchandises, pour compte d'autrui ou pour compte propre, par un
véhicule à moteur ou un ensemble de véhicules couplés destinés exclusivement au transport
de marchandises par route et dont la masse maximale autorisée est égale ou supérieure à
7.5 tonnes,
c) le transport régulier ou occasionnel de passagers par un véhicule automobile de
catégorie M2 ou M3 (essentiellement les autocars)… » La mise en oeuvre des mesures de
cette exemption intervient à compter du 1er avril 2004.

Certaines exonérations – mais avec un impact économique plus limité – sont également
prévues pour d’autres secteurs (agriculture, sylviculture et navigation).

Ce qu’il est important de souligner concernant ces exonérations tient en deux points :
l’ampleur du secteur et le fait que l’on va ainsi mettre sur le marché des produits identiques –
un diesel pour le commun des mortels et un diesel professionnel dont la seule différence
tiendra à la taxation puisque c’est a posteriori que les professionnels récupéreront le trop
perçu en matière d’accises. En attendant, tout le monde roule « au blanc ».
Notons que tous les carburants sont concernés mais que le diesel sera particulièrement
pointé en tant que « roi » du marché professionnel.

93
Entretien des 6 septembre 2004 et 15 février 2005 avec M. José PALIGOT, Inspecteur principal – Chef de
service, Administration des Douanes et Accises – Inspection des Recherches – Huiles minérales.
94
« Les grands axes économiques de la coalition violette issue des élections du 18 mai 2003 - L’année sociale
2003, Institut de Sociologie – Université Libre de Bruxelles »,
http://www.ulb.ac.be/is/IV.153.165.pdf, consulté le 8 octobre 2004.
95
« Moins d’accises sur les carburants ? ‘’Un leurre’’ affirment les pétroliers », La Libre Belgique, 20 et 21
novembre 2004.
Pour avoir une idée plus précise du contexte, relevons ainsi qu’en 2003 on a consommé
officiellement 6.822 millions de litre de diesel et que le parc de camions immatriculés en
Belgique était de 105.570 unités et que l’on comptait 15.101 autocars et autobus96
Les commentaires sont divers mais peu variés : a minima, la FPB relève que 50 % du
marché du diesel ne passe pas par la pompe mais par des revendeurs qui alimentent
directement les professionnels et que « étant donné les montants importants que ce
remboursement aux transporteurs générera (elle) a rappelé aux autorités qu’il était essentiel
à ses yeux que le mécanisme mis en place soit le plus hermétique possible à la fraude97 ». A
maxima, certains de mes interlocuteurs proches des services de contrôles manifestent une
inquiétude certaine et relèvent déjà les failles : pour ne parler que des pompes publiques,
combien de factures sont émises à la demande de particuliers ? Il y en a en fait fort peu et
cela laisserait de la marge pour « gonfler » les factures professionnelles.

4. Les infractions induites.

a) Infractions à caractère écologique.

Associer les termes environnement et pétrole c’est un peu ouvrir la boîte de Pandore : de
l’Amoco Cadiz à Exxon Valdez en passant par Erika ou le Prestige le lecteur évoque sans
peine une triste litanie qui doit peu à la fatalité et beaucoup à un calcul Beckérien d’utilité :
respect des normes versus gains escomptés.
Les infractions que nous avons croisées aux cours de nos recherches sont d’un impact
moindre sur l’environnement mais mériteraient – ne serait-ce qu’au regard de leur nombre –
un compendium particulier. Nous citerons pour mémoire le mépris des normes de pollution
des moteurs (qu’il faut bien adapter à la particularité de certains carburants), celui qui frappe
la réglementation sur le transport de marchandises dangereuses – par route ou chemin de
fer (ADR ou RID) – vis-à-vis de laquelle on peut douter que les panneaux de danger requis
soient utilisés ou le certificat de formation ADR en possession du chauffeur. Nous relèverons
encore l’absence des précautions de stockage réglementaires (double paroi des cuves ou
séparateurs de carburant) ou d’assainissement des sols pour les pompes clandestines.

La compétence législative en matière de politique de l’environnement et de conservation de


la nature est d’ordre régional. Nous avons choisi de traiter nos exemples à travers la Région
Wallonne. En l’espèce, La Division de la Police de l'Environnement du Ministère de la Région
Wallonne a pour mission de rechercher et de constater les délits environnementaux et de les
faire cesser en appliquant les procédures prévues par les décrets. Elle agit sans préjudice de
la compétence d’autres services, voire avec leur appui.
La Police fédérale définit d’ailleurs également son intervention en la matière comme
multidisciplinaire98 99, présentant son Service Environnement comme une cellule d’appui
technique et législatif aux unités de terrain et non comme un canal obligé : « L'intervention en
collaboration constante avec des services spécialisés est primordiale. En effet, il s'agit d'une
matière technique et complexe, compartimentée par types, en grande partie régionalisée dont
les compétences sont spécifiques aux administrations et l'aspect normatif fixé par ces
dernières » 100.

96
Données relevées sur http://www.febiac.be - Fédération belge de l'Industrie de l'Automobile et du Cycle.
97
« Le remboursement des hausses d’accises aux transporteurs »,
http://www.petrolfed.be/fr/dossiers/Remboursement%20hausses%20d'accises.html, consulté le 7 octobre 2004.

98
« Un réseau d’environnement en création », Info nouvelles – Police fédérale, 8 juillet 2003.
99
DIVISION DE LA POLICE DE L’ENVIRONNEMENT, Rapport d’activités 2003, Direction générale des
Ressources naturelles et de l'Environnement du Ministère de la Région wallonne, Jambes, 2003, p. 15.
100
« La dernière extinction – opération : nature et futur - WWF », dossier de presse du 25 avril 2003.
Contexte d'intervention multi-disciplinaire

Organismes
Internationaux
Organismes non
officiels.
gouvernementaux
Police: (Interpol,
fédérale > Europol...) Administration
spécialisée des Douanes et
(SPC, Accises.
maritime...)

Police: Police fédérale: Administrations


Direction Générale régionales >
fédérale > dont la Division de la
service judiciaire Police Judiciaire; Police de
d'arrondissement Service Environnement. l'Environnement

Police: Organes sous


locale (parfois, mandat >
unités institutions
spécialisées) scientifiques...

Les circuits parallèles de produits usagés sont certainement le point central de cette section.

L’usage illicite d’huiles minérales déjà décrit – qualifié dans son ampleur de relativement
récent – trouve sa place dans la présente section en raison des conséquences possibles sur
l’environnement à différents degrés.
Ainsi, sont décrits les Petrochimical waste products. (Utilisation de déchets industriels) et la
réintroduction d’huiles usagées101 102.

En ce qui concerne les premiers, un dossier récent – et en fait à l’instruction à l’heure où


nous écrivons ces lignes – fait état d’une filière de produits venant de Biélorussie,
normalement destinés à la destruction et qui – à la place - on été mélangés à de l’essence et
ont été injectés dans le circuit de distribution.
Une série impressionnante de plaintes est arrivée à la Direction Générale Contrôle et
Médiation (ex- Inspection économique, dite « DGCM ») via le FAPETRO. Des résidus de
type « gomme » ont en fait causé l’essentiel des dégâts (200 plaintes pour des pannes dans
le même dossier) mais des problèmes de santé publique étaient également à craindre eu
égard à la pollution générée par ces produits.
La DGCM souligne cependant que le phénomène est récent et peu répandu ; il n’a pas été
établi de rapport entre ces deux caractéristiques.

Pour les secondes, les dossiers sont plus nombreux et surtout la pratique plus ancienne
comme le lecteur l’aura perçu à la vue des sections précédentes : ce qui est récent ici c’est
la prise de conscience progressive de ce qu’augmenter le volume d’un carburant avec des
huiles de vidanges, par exemple, peu constituer une atteinte à l’environnement. Et ce qui est
nouveau, dans le cas des déchets industriels, c’est que cette atteinte peut se traduire par un
préjudice individuel direct : ainsi en est-il du caractère abortif des concentrations élevées de
benzène.

101
Entretien 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
102
Entretien du 28 octobre 2004 Monsieur Eric SONNET, Inspecteur au SPF Economie, PME, Classes
moyennes et Energie.
Concrètement103, la Division de la Police de l'Environnement a procédé en 2003 à
l’interception de 564 véhicules dans le cadre du contrôle des transferts transfrontaliers de
déchets avec pour objectifs de surveiller « la régularité de l’exportation et de l’importation de
déchets ». Nous notons cependant que ces contrôles portent aussi bien sur les transferts
d’effluents d’élevage en provenance de la Région flamande et que, au cours de cette année,
22 infractions ont été relevées.

Les brigades mobiles des Douanes et Accises vérifient également (cela fait partie des
missions dites sociales qui leur ont été attribuées après la suppression des frontières en
1993) la validité des autorisations de transport de déchets.

Pour en revenir au schéma ci-dessus, certaines actions communes – sous l’égide de la


police fédérale – sont également menées104 et 1.295 transports de déchets ont été contrôlés
dans ce cadre en 2003 ; ils concernaient cependant tant les pneumatiques que les huiles
usagées.
Plus spécifiquement, sur les 27 contrôles multidisciplinaires de ferrailleurs en septembre
2004, 26 situations infractionnelles ont été relevées quant à l’usage et l’entreposage d’huiles
usagées et de déchets radioactifs.

Dans ce mécanisme – où certains acteurs voient un déplacement d’activités lié aux


performances de la lutte anti-carrousel TVA - les gains du fraudeur sont de deux ordres ; un
produit augmenté en volume et ce qui lui est dû pour l’élimination du produit (qu’il s’agisse de
la perversion d’une filière légale de traitement des déchets ou d’un traitement « au noir »).

Il est intéressant de noter pour comparaison avec certaines incriminations ce que la police
fédérale relève comme caractéristiques de la criminalité grave contre l’environnement 105:

 Actions systématiques répétées contraire à la réglementation en matière


d'environnement et à d'autres dispositions légales;

 avec forte présomption de fraude;

 activités organisées, surtout dans un contexte industriel;

 répartition géographique : supra-régionale avec ramification


internationale;

 dont l’appât de gains financiers considérables est l'élément moteur;

 les dégâts occasionnés sont souvent irréparables pour l'environnement et/ou


représentent un danger pour la santé publique.

On ne s’étonnera donc pas que le « Plan National de Sécurité 2004-2007, qui vise à donner
un contenu général à la politique policière et à la coordonner » comporte dans ses neuf
phénomènes prioritaires106 le trafic de déchets, en ce compris les huiles usagées. D’autant
qu’en amont du problème le principe de l’obligation de reprise des huiles usagées – s’il est
écologiquement défendable – ne peut qu’alimenter le circuit. En effet « chaque maillon de la
chaîne commerciale allant du producteur ou de l'importateur jusqu'au vendeur final, en
passant par les intermédiaires commerciaux, se voit contraint de reprendre les huiles
usagées présentées par tout consommateur, qu'il soit particulier ou professionnel. Le
producteur ou l'importateur est ensuite tenu de faire retraiter ces huiles usagées à ses
propres frais »107. D’application dans les trois Régions du pays, il s’agit en fait d’une directive
européenne108.

103
DIVISION DE LA POLICE DE L’ENVIRONNEMENT, op.cit., p. 15.
104
« Trafiquants de déchets », La Dernière Heure, jeudi 18 novembre 2004.
105
« La dernière extinction – opération : nature et futur - WWF », dossier de presse du 25 avril 2003.
106
« Circulaire interministérielle PLP 35 relative à la procédure de dépôt des plans zonaux de sécurité et de leur
approbation par les ministres de l’Intérieur et de la Justice »,
http://www.info-zone.be/wet/circu/circu-plp-F.htm, consulté le 23 février 2005.
107
« La reprise des huiles usagées »,
Nous pouvons également supposer la commission d’autres infractions à caractère
écologiques mais qui sont alors la résultante de mécanismes de fraudes déjà décrits et non
des pratiques « indépendantes ». Ainsi en est-il de l’élimination, nécessairement clandestine
des résidus acides de la décoloration de carburant. Approchés à ce sujet, ni les services de
la Division de la Police de l'Environnement109 ni la section spécialisée de la Police fédérale
basée à Liège n’ont eu connaissance de dossiers semblables. Ce qui ne signifie pas pour
mes interlocuteurs que de tels déchets n’ont pas été déversés mais qu’ils l’ont été à ce jour
sans être repérés.

Enfin et pour mémoire les normes de pollution atmosphérique des véhicules font
actuellement l’objet d’un débat car leur impact sur la pollution générale serait sous-estimé
d’après l’Agence Européenne pour l’Environnement pour des raisons liées également à des
fraudes au rang desquelles l’agence relève à titre d’exemple la modification des véhicules
diesel pour en augmenter la puissance110 afin notamment de compenser un carburant plus
pauvre. Nous ne pouvons que formuler l’hypothèse que l’utilisation de carburants non-
conformes (à forte teneur en souffre suite à la décoloration de mazout par exemple ou
résultant de mélanges) participe également à cette pollution.

b) Les infractions financières.

1/ le blanchiment d’argent comme indicateur.

Ne serait-ce que dans le cadre des carrousels TVA, la question du blanchiment de l’argent
issu des fraudes pétrolières s’est encore récemment posée en des termes cependant non
spécifiques au secteur si ce n’est au regard des sommes évoquées (lorsqu’on parle par
exemple d’une inculpation pour blanchiment portant sur 300 millions d’Euros) et le caractère
inhabituel d’une commission rogatoire au Pakistan111.

La Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) – créée dans le cadre de la loi
du 11 janvier 1993 relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins du
blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme telle que modifiée en dernier lieu
par la loi du 12 janvier 2004 - chargée d'analyser les transactions financières suspectes qui
lui sont transmises par les institutions et les personnes visées par la loi relève dans son
rapport annuel 2000 – 2001 que : « … il convient de souligner qu'au cours de l'exercice écoulé,
la Cellule a constaté une forte augmentation du nombre de dossiers transmis en lien avec la
fraude de produits pétroliers.
Le blanchiment lié à la fraude pétrolière s'articule autour de fournisseurs de carburants, connus
pour fraude pétrolière et généralement situés à l'étranger, ainsi qu'autour de diverses sociétés et
personnes présentant les caractéristiques de sociétés écrans et d'hommes de paille. De
l'analyse menée par la Cellule, il ressort que les comptes de ces sociétés écrans sont utilisés
comme comptes de passage : les fonds crédités (au moyen de virements, d'encaissements de
chèques et de transferts provenant de sociétés clientes actives dans le secteur pétrolier) ne
restent jamais longtemps sur les comptes. Les opérations débitrices consistent en des émissions
de chèques et des virements en faveur des fournisseurs actifs dans le secteur pétrolier. La
Cellule a en outre constaté sur les comptes de ces sociétés que, en quelques mois, les chiffres
d'affaires réalisés sont très importants.
Il apparaît que ces sociétés écrans, dont l'administration et la comptabilité sont rarement en
ordre, éludent d'importants montants de TVA. L'ensemble des sociétés impliquées, par un jeu
croisé de facturation entre elles, peuvent ainsi blanchir rapidement des montants très importants.
La Cellule a par ailleurs constaté que ce sont généralement les mêmes intervenants (personnes
physiques et morales) qui reviennent dans ces dossiers, la plupart d'entre eux ayant déjà fait

http://www.petrolfed.be/fr/frame.htm, consulté le 23 février 2005.


108
Directive 75/439//CEE du Conseil du 16 juin 1975 concernant l’élimination des huiles usagées modifiée par la
Directive 87/101/CEE imposant aux Etats membres de donner la priorité au traitement des huiles usagées par
régénération.
109
Contact du 16 novembre 2004 avec Madame Arielle WARNANT, Ingénieur industriel, attaché.
110
EUROPEAN ENVIRONMENT AGENCY, Ten key transport and environment issues for policy-makers,
Copenhague, Rapport du 19 avril 2004.
111
« Juge sous protection au Pakistan », La Dernière Heure, 30 novembre 2004.
l'objet de dossiers transmis par la Cellule pour blanchiment lié aux fraudes fiscales graves et
organisées de type carrousel TVA ».
Comme l'a indiqué dans son plan d'action112 le Commissaire du gouvernement chargé de la
simplification des procédures fiscales et de la lutte contre la grande fraude fiscale, le secteur des
huiles minérales est l'un des terrains de prédilection de la grande criminalité fiscale et constitue
un phénomène social préoccupant du fait de son ampleur, de son impact fiscal et économique,
de son caractère tant international que national et des moyens qui sont déployés dans sa mise
en oeuvre. Ceci semble être confirmé au vu des dossiers de blanchiment relatifs à cette fraude
transmis par la Cellule113 ».

Qui insiste en 2001-2002 : « En ce qui concerne en particulier les dossiers transmis liés aux
fraudes pétrolières, la Cellule a constaté le maintien de leur augmentation au cours de la période
écoulée. Les mêmes intervenants (personnes physiques et morales) sont généralement
impliqués dans plusieurs dossiers déjà transmis par la Cellule en lien avec les fraudes de type
carrousel TVA. Par rapport aux intervenants de dossiers relatifs à d'autres criminalités, il apparaît
qu'ils possèdent un plus grand nombre d'antécédents policiers sérieux (trafic de stupéfiants,
trafic d'êtres humains, associations de malfaiteurs, etc.) et qu'ils sont également connus des
autorités fiscales. Comme l'indique le rapport sur le crime organisé en Belgique en 1998, la
fraude pétrolière est organisée et forme une criminalité avant tout financière »114

2/ la faillite comme moyen.

La faillite comme moyen de fraude et les infractions liées à cet état115 sont également
pointées par les auteurs. Plus clairement dit nous assistons à une utilisation des
« ressources criminelles qu’offrent les procédures de faillites »116 et ce à différents niveaux
des mécanismes de fraudes déjà décrits.
Il peut s’agir « tant de compagnies qui au départ se comportaient comme des entreprises
légitimes, puis viraient de bord, que de compagnies créées tout exprès pour voiler des
activités illégales »117
Dans le cadre des fraudes relatées dans cette section il s’agira le plus souvent du second
cas de figure ou de personnes morales « en sommeil » rachetées et « reliftées » ; cette
pratique présente un intérêt en termes de discrétion car on échappe ainsi aux contrôles
dits « d’ouverture ». Il nous a semblé qu’ici l’entreprise était moins un cadre infractionnel
qu’un simple moyen au même titre que la corruption par exemple.

Aussi, la fraude liée à l’entreprise elle-même, considérée comme « un organisme se


proposant essentiellement de produire pour les marchés certains biens ou services »118 et à
considérer comme entité autonome fait-elle l’objet d’une section distincte que le lecteur
trouvera plus avant.

En fait souligne également Georges Kellens, la facilité de constituer une entreprise et le


faible contrôle gouvernemental sont considérés comme facteurs de risques.
Or, la récente privatisation des démarches de création n’a certes pas réduit les
opportunités de fraude, plus précisément elle pourrait être considérée à ce jour comme
ayant favorisé l’opacité du marché. Notre opinion est basée sur les éléments suivants : la
Banque Carrefour des Entreprises119 est certes un organe gouvernemental et fédéral mais
ses accès sont gérés par des Guichets d’entreprise totalement privés. Ces Guichets ont,

112
ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et lutte contre la grande
fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement, Ministère des Finances, Bruxelles, 2001.
113
« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 2000 – 2001 »,.
http://www.ctif-cfi.be/fr/index.htm, consulté le 7 octobre 2004.
114
« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 2001 – 2002 »,
http://www.ctif-cfi.be/fr/ra/ra0102/integral.PDF, consulté le 7 octobre 2004.
115
Articles 489 et suivants, code pénal.
116
KELLENS G., « Une analyse des procédures collectives du point de vue du sociologue », dans fraudes et
entreprises – Mise en cause des organes internes et externes, Université de Liège, journée d’étude du 30 mai
2002.
117
KELLENS G., op.cit..
118
CORNU G., Vocabulaire juridique, Presses Universitaires de France, Quadrige, Paris, 2002, p. 349.
119
Loi du 16 janvier 2003 (MB du 5 février 2003).
au surplus, la forme d’asbl qui - même dans leur version revue et corrigée120 – sont tenues
à moins de comptes vis-à-vis de la chose publique et leur hétérogénéité (les organes qui
peuvent prendre l’initiative de la création d’un tel Guichet sont prévus par la loi mais
nombreux) rend du même coup plus difficiles les pratiques communes (là où il y avait, par
arrondissement judiciaire, un Registre du Commerce il y a à présent jusqu’à vingt
guichets) ainsi que le contrôle documentaire. Par exemple les documents « papiers »
donnant accès à la gestion d’entreprise sont déposés dans un Guichet qui les archive :
c’est la décision qui est centralisée à la BCE. Il n’y a en effet plus de compétence
territoriale et une personne physique ou morale exerçant ses activités à Liège peut
effectuer à son gré des démarches à Ostende ou Bruxelles ; de même rien ne l’empêche
de changer de Guichet à chaque opération.

La lutte contre la faillite comme technique de grande fraude faisait pourtant bien partie des
thèmes de réflexion pour une nouvelle culture fiscale lorsque le Commissaire du
Gouvernement Alain Zenner soulignait que « la faillite est régulièrement utilisée comme une
pièce déterminante de l’ensemble de leurs mécanismes de fraude grave et organisée par
ceux qui, opérant derrière des hommes de paille ou des sociétés écrans, entendent se
débarrasser de celles-ci pour compliquer la reconstitution des filières et les poursuites sur
leur patrimoine »121

C’est bien ce qui a été observé même si « l’évaporation pure et simple » est sûrement une
forme des plus lapidaires en matière de faillite.

3/ La fraude fiscale comme résultat.

Si nous voulons situer le Trésor public et ses « actionnaires » que nous sommes dans une
perspective victimologique, il parait intéressant de souligner dès cette section les atteintes à
l’imposition directe. En effet, si l’imposition indirecte (TVA, accises, …) voire les cotisations
diverses (BOFAS, cotisation sur l’énergie) ont été abondamment citées, l’absence d’impôt au
sens habituel du terme ne semble guère retenu par les différents intervenants. Il est vrai
qu’on pourrait penser à une lapalissade en disant que si on ne règle pas la TVA on ne paie
pas l’impôt sur le revenu.

Cela me semble un peu court.

D’une part, la fraude à l’imposition indirecte peut être partielle et il est envisageable que des
sociétés mène une existence à l’apparence normale afin que l’outil vive le plus longtemps
possible. D’autre part, dans nombre de fraudes, éluder l’impôt n’est pas la finalité de
l’entreprise : on retrouve alors dans le deuxième cas retenu par Georges Kellens122 « des
compagnies qui au départ se comportaient comme des entreprises légitimes puis viraient de
bord ». Cette « mutation » peut être aussi totale ou partielle ; la fraude pétrolière elle-même
peut être de nature instrumentale et servir à camoufler – avec d’autres infractions « de
couverture » - une fraude fiscale classique consistant à masquer à l’Etat une part de ses
revenus. Quel est sinon l’intérêt du transporteur rachetant - certes à vil prix – du carburant
qu’il pourrait déduire en frais professionnels si ce n’est pour dissimuler des mouvements
« en noir » de son charroi ?

Ensuite, que la fraude soit partielle ou totale elle entraîne une perte en matière d’imposition

Or, tous les chiffres avancés avec de multiples précautions dans le cadre des fraudes
pétrolières font référence à la fiscalité indirecte.

120
Loi du 2 MAI 2002 sur les associations sans but lucratif, les associations internationales sans but lucratif et les
fondations.
121
ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et lutte contre la grande
fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement, Ministère des Finances, Bruxelles, 2001, p.
127.
122
KELLENS G., op.cit..
Pour mémoire, les taux marginaux supérieurs d’imposition vont jusqu’à 50% dans le cas de
l'impôt des personnes physiques et se monte au maximum à 33 % pour les sociétés123.
Si l’on admet pour l’exercice une fraude aux accises de 0.5 milliards d’Euros par an, on peut
certes ouvrir un compte créances à long terme et se demander de combien toutes ces
entreprises sont débitrices à l’Etat belge. La question est ouverte.

c) Les infractions connexes.

Rares sont les infractions un tant soit peu structurées qui ne relèvent pas à un moment ou à
un autre du concours ; il y a peu de cambriolages sans bris de clôture comme rares sont les
infractions financières sans faux en écriture.

Si nous avons désiré consacrer quelques lignes à ces infractions que nous qualifions faute
de mieux de connexes c’est pour souligner la « richesse » de cette matière dans le cadre
particulier des fraudes pétrolières.

En effet, à la croisée d’exigences pénales, administratives et fiscales déjà soulignées, elles


génèrent des ondes transgressives multiples - comme un caillou jeté dans l’eau - et surtout
hétérogènes qui devraient être autant de traces de leur passage pour un grand nombre
d’organismes et les services de contrôle qui peuvent leur être spécifiquement associés.
Nous avons fait le choix d’en relever quelques unes à titre exemplatif (tant dans notre code
pénal qu’à travers des lois spéciales) mais ici, encore moins qu’ailleurs, nous ne pouvons
prétendre à l’exhaustivité.

Ainsi, nous avons noté des infractions aux règlements sur le transport de marchandises
dangereuses, des cas de travail frauduleux à caractère indépendant relevant de la loi-
programme du 10 février 1998 pour la promotion de l'entreprise indépendante, de fausses
déclarations en matière d’allocations sociales (Arrêté royal du 31 mai 1933 concernant les
déclaration à faire en matière de subventions, indemnités et allocations), des manquements
à la loi du 19 février 1965 sur les cartes professionnelles ainsi qu’à celle du 15 décembre
1980 sur l'accès au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement des étrangers, divers
faux en écriture spécifiques (en matière fiscale on citera par exemple l’article 450 du Code
des Impôts sur les Revenus124), le non-respect de condamnations prises dans le cadre de
l’arrêté royal du 24 octobre 1934. - Arrêté royal n° 22 relatif à l'interdiction judiciaire faite à
certains condamnés et aux faillis d'exercer certaines fonctions, professions ou activités
(personnellement ou par interposition de personnes) – diverses infractions à la loi du 14
juillet 1991 sur les pratiques du commerce et sur l'information et la protection du
consommateur à mettre en parallèle, entre autres, avec des notions comme la tromperie sur
la nature de la chose vendue (article 498 du code pénal).

Pourraient donc être directement concernés, et ce bien entendu sans préjudice de la


compétence des Officiers de police judiciaire ni - parmi ou en sus de ceux-ci - des
attributions des différents services directement inféodés au Service Public Fédéral (SPF)
Finances (Inspection spéciale des impôts, Administration des Douanes et Accises et
Administration de la fiscalité des entreprises et des revenus) :

la Direction générale Contrôle et Médiation (ex-Inspection Economique), le Contrôle des Lois


sociales et l’Inspection du travail (SPF Emploi, Travail et Concertation sociale), l’Inspection
sociale (Service public fédéral Sécurité sociale), l’Inspection de l’Office national de sécurité
sociale (ONSS); l’Inspection de l’Office national de l’emploi (ONEm), les divers services de
contrôle du SPF Mobilité et Transports, l’Office des Etrangers, les services d’inspection de
l’Administration de la Qualité et de la Sécurité (concernée à plus d’un titre : qualité des
produits, métrologie), les services régionaux d’incendie, les inspecteurs sociaux régionaux
(Direction de l’Inspection en Région Wallonne).

123
VALENDUC Ch. et DELODDERE E., Mémento fiscal, Service d’Etudes et de Documentation du Service Public
Fédéral Finances, Bruxelles, 2004, pp. 51 et 68.
124
Code des impôts sur les revenus 1992 – Coordonné par Arrêté royal du 10 avril 1992, confirmé par la loi du 12
juin 1992 (MB 30 juin 1992).
Quant aux agences spécialisées, la CTIF a déjà été pointée et nous citerons pour mémoire
l’Office central de lutte contre la délinquance économique et financière organisée (OCDEFO)
et l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) qui en sus de leurs missions
d’appui (aux services judiciaires d’arrondissement principalement) ont des missions
d’enquêtes propres. L’Office central pour la répression des faux (OCRF) qui dispose d’une
section « faux documents » pourrait être d’un grand intérêt dans la problématiques des DAA.

Nous ne doutons pas qu’il en existe d’autres mais il y a déjà là matière à s’interroger sur la
(non-)visibilité relative des fraudes pétrolières qui devraient mobiliser – dans un monde de
communication idéale – une armée de fonctionnaires.

5. Les autres fraudes.

Si une telle section devait exister, ce n’est pas par défaut mais bien parce qu’il semblait
convenable d’insister sur deux grandes familles de fraudes qui ne sont pas exclusivement
liées à la TVA et / ou aux accises ou directement induites par celles-ci.
Enfin, cette section qui pourrait passer autrement pour résiduaire regroupe à notre sens des
éléments qui mettent en exergue la dimension du politique quant à la forme que celui-ci veut
donner au marché : entre contrôle drastique et attitude libertaire.

a) La métrologie.

1/ généralités et débit.

A priori, la tentation est grande de « classer » les atteintes à la métrologie comme


infractions basiques visant à tromper le client sur la quantité de la chose vendue125. Pourtant,
cette infraction suppose pour le législateur des manœuvres frauduleuses, une mise en scène
donc, qu’il n’exigeait pas pour la tromperie sur la nature de la marchandise. En somme une
construction infractionnelle plus élaborée.

Si effectivement des manquements existent en la matière, ils sont rarement à qualifier de


fraude tel que nous avons cherché à la définir au début de ce travail mais plutôt, aux dires
des acteurs concernés, comme l’usage inadéquat d’appareils de mesure, négligence dans
leur entretien ou l’emploi de matériel non-conforme.

Il y a cependant une exception notable qui tient à une loi élémentaire de la physique : la
dilatation des corps. « Si l’unité utilisée était une masse (par exemple kg) cela ne poserait
aucun problème : en effet, la température n’a aucun impact sur la masse, de sorte que les
quantités vendues ne se modifie pas en cas de variation de température, malheureusement
les fournitures de tous les produits pétroliers (…) se font en litres. »126. Cela implique pour
des hydrocarbures des variations de volume importantes et jusqu’en 2001 les livraisons
pouvaient se faire soit à température ambiante, soit à 15° C. Il semble que certains
négociants aient eu une conception très personnelle de la température ambiante et on
rapporte des cas, certes isolés, de cuves de camions « chauffées » avant la livraison au
client. En tout état de cause, dans un souci de clarté vis-à-vis du consommateur et en cela
appuyé par le secteur127, le législateur a pris en novembre 2001 des dispositions pour rendre
obligatoires la livraison de la plupart des produits pétroliers « par un ensemble de mesurage
de liquide équipé d'un compensateur de température pour convertir le volume vers 15° C »
128
.

2/ les flux de marchandises.

125
Article 499 du Code pénal de 1867.
126
DIRECTION GENERALE DE L’ENERGIE, Pétrole 2003 – Les faits et les chiffres, la politique et les tableaux
des données, SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie – Direction générale de l’Energie, Division
Pétrole, Bruxelles, 2004.
127
« Compensation de température : les contrôles ont débuté ! »,
http://www.brafco.be/fr/actualiteiten/nieuws_detail.asp?id=917, consulté le 19 février 2005.
128
Arrêté royal du 20 novembre 2001 fixant les règles particulières concernant l'indication de la quantité lors de la
mise sur le marché de certains carburants et de combustibles liquides en vrac (MB 15/12/2001).
Poursuivant dans l’idée qu’une atteinte « à la science des mesures » n’est pas simplement
« binaire » - juste ou pas – nous désirons démontrer au lecteur l’intérêt de ce secteur dans le
cadre de notre travail.

Nous avons eu en effet la chance d’avoir accès aux comptes-rendus banalisés de certaines
missions d’un sous-système – le service de Métrologie - a priori étranger à l’appareil pénal
(du moins tel que défini d’un point de vue répressif) et dont, tant l’objet des recherches que
les méthodes de travail portent par définition sur des réalités mesurables.

Bien qu’amené depuis peu à travailler avec différents services de contrôle, ce service a
conservé une approche spécifique qui se caractérise notamment par une attitude qui n’est
pas a priori centrée sur les fraudes et leurs recherches mais la conformité à certaines
normes techniques, une réceptivité à la collaboration pour des raisons d’environnement (la
métrologie est elle-même une division amenée à travailler avec d’autres sous-systèmes au
sein de son propre SPF) et une histoire qui fait que ce service n’a pas été mis sous les feux
de la rampe après le dépôt du rapport de la Commission parlementaire chargée d’enquêter
sur la criminalité organisée (qui ne le mentionne d’ailleurs pas).

Parlant du contexte, il est intéressant de situer ce service dans son ensemble. Au début de
la période qui nous concerne il fait partie du Ministère des Affaires Economiques (devenu
depuis SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie).

Huit départements y sont chapeautés par un même Comité de Direction, c’est ainsi que le
département « Qualité et sécurité » qui nous intéresse ici est voisin des départements
« Contrôle et Médiation » (ex-Inspection Economique) et « Régulation et contrôle du
Marché ». Bien que structurellement consanguins, ces départements sont étanches l’un vis-
à-vis de l’autre et si des échanges peuvent avoir lieu (une enquête utile à la Direction
générale « Régulation et contrôle du Marché » réalisée par un des deux autres
départements par exemple) ils ne se feront jamais d’initiative et auront un aspect très formel.
Le niveau des décisions stratégiques est par contre commun et à situer au niveau du Comité
de Direction.

Au sein même de la « Qualité et sécurité » deux volets sont identifiés « soutien aux acteurs
économiques » et « contrôle du marché » ; c’est le second qui abrite la division Métrologie.

Sa mission générique est de veiller à ce que les « mesures effectuées dans le circuit
économique soient réalisées de manière correcte »129 ; pour ce faire, elle dispose entre
autres de services dits de « vérification ».
Jusqu‘en novembre 1997, aucun des ces services (il sont quatre à exercer dans des
secteurs géographiques différents) ne dispose d’une cellule répressive. Leurs missions
étaient essentiellement axées sur le contrôle du débit des pompes publiques (les pompes
privées échappant toujours à leurs vérifications).
C’est de contacts avec le Comité Supérieur de Contrôle à l’initiative de ce dernier fin 1997 (à
une période clé de son histoire dont nous pouvons supposer le rapport avec ce qui allait
devenir une de ses missions : « coordination entre les organismes anti-fraudes. Qu’ils soient
de type policier ou d’appui, ces organismes ne manquent pas, ainsi … l’office de répression
de la corruption qui a remplacé l’ancien Comité supérieur de Contrôle »130 ) et du fait que
leur assistance sera requise peu après dans différents dossiers que naît la volonté de
spécialiser au moins un agent dans le domaine répressif.

On relèvera par ailleurs qu’il s’agit là du seul service rencontré qui ait exprimé explicitement
avoir perçu comme directement et clairement menaçante l’attitude de certains justiciables et
que c’est aussi le seul qui mette en rapport une atteinte matérielle (en l’espèce le vol du
véhicule affecté à la vérification des pompes) et le début de son activité dans le cadre des
fraudes pétrolières.

129
http://www.mineco.fgov.be - site Internet du Service public fédéral Economie, PME, Classes moyennes et
Energie.
130
ANONYME, « Alain Zenner : lutter contre la grande fraude est plus efficace, plus méritoire et plus motivant »,
in Combustibles, n°2, 2001, pp. 2 -3.
Nous ne prétendons pas nous livrer à une analyse, mais nous désirons néanmoins livrer à
ce stade l’hypothèse que ces agents étaient moins familiarisés aux réactions que suscite une
enquête répressive au sens strict et pouvaient être perçus par d’éventuels auteurs
d’infractions comme plus susceptibles de réagir à certaines pressions du fait de cette
inexpérience. A ce sujet les fonctionnaires des services de contrôle et d’inspection hors
police intégrée ne sont pas totalement démunis et on pointera dans la catalogue de l’Institut
de formation de l’Administration fédérale131 des formations comme celles portant sur « faire
face aux situations d’agression » ou « l’Assertivité » que nous avons eu l’occasion
d’expérimenter.

Cela apporte en tous cas de l’eau à notre noria quant à l’aspect moins « formaté » des
constatations des agents de la Métrologie.

Les missions auxquelles nous faisons référence ont été réalisées entre novembre 1998 et
décembre 2004 et portent sur un total de 36 dossiers totalisant 871 enquêtes et 149 procès-
verbaux dans le domaine des hydrocarbures (plusieurs enquêtes peuvent concerner la
même société si celle-ci a fait l’objet d’un avertissement, d’un rapport portant la mention « à
revoir » ou d’apostilles successives du Parquet). Comme nous l’avons déjà souligné, au
moins implicitement, il s’agissait d’une « première » pour cette cellule répressive compétente
dans la partie francophone du pays et alors sans équivalent.

En fait, la pratique répressive qui s’est développée au sein de la Métrologie participe dans
les dossiers analysés d’une rare synergie entre deux services structurellement dissociés : le
second étant l’Administration des Douanes et Accises, Inspection des Recherches, section
Huiles minérales.
Dans ce cadre, la Métrologie a axé ses efforts sur le contrôle du scellement des totalisateurs
de pompes. Ceux-ci ont pour fonction de permettre la vérification du nombre total de litres
débité par chaque pompe, constituant en fait un index qui doit être repris au « registre
pompiste » tenu dans chaque station service ; ce registre est distinct pour chacune des
pompes. Cette exigence liée au document est de la compétence de l’Administration des
Douanes et Accises132. A priori, ces totalisateurs sont donc de moins d’intérêt pour la
métrologie – même si la vérification technique133 de cet appareillage rentre dans ses
prérogatives.
Avant 1998 elle les vérifications portant sur l’étalonnage étaient prioritaires dans le secteur:
le litre vendu devant bel et bien correspondre à cette mesure.

Considérons maintenant le problème (qui ne leur est pas spécifique) des Douanes et
Accises : s’il soupçonnent la vente d’un carburant d’origine illicite encore faut-il – et c’est
heureux - qu’ils soient en mesure de le prouver ; or, hormis des surveillances gourmandes
en temps et en matériel, l’essentiel de leurs recherches est de nature documentaire. Plus
clairement : ce qui rentre comme carburant doit être égal à ce qui sort ; être fraudeur
n’implique pas que l’on soit stupide et les comptabilités présentées donnent généralement
toutes les apparences d’un parfait équilibre.
Cette balance comptable nécessite bien sûr que le carburant frauduleusement acquis et
vendu n’apparaisse pas dans le registre pompiste « de façon à garder un équilibre entre
entrées officielles et sorties. Pour ce faire la seule solution est de reculer les totalisateurs de
litres de la quantité de carburant vendue au noir à la pompe. C’est en trafiquant les
totalisateurs de litres qu’on obtient cet équilibre134 ».

C’est ainsi qu’est née la synergie – nous n’osons dire la symbiose - ainsi décrite :
«l’inspection des recherches peut sur base de nos constatations poursuivre les
contrevenants. Nous apportons les éléments matériels ayant servis à la réalisation de la
fraude. D’un autre côté, nos dossiers ont plus de chances d’être suivis par les Parquets, du

131
IFA, Formations 2004, Service Public Fédéral Personnel et Organisation - Institut de formation de
l’Administration fédérale, Bruxelles, 2003.
132
Arrêté ministériel du 20 décembre 1993 relatif au régime d'accises des huiles minérales.
133
Loi du 16 juin 1970 sur les unités, étalons et instruments de mesure.(dernière modification au 11 juillet 1999)
et ses arrêtés d’exécution.
134
FLAMENT C., La Métrologie et les fraudes dans le secteur pétrolier, Ministère des Affaires Economiques –
Administration de la Qualité et de la Sécurité, Division Métrologie- service extérieur de vérification section Sud,
rapport du 26 novembre 2000, p. 23.
fait que l’Inspection des recherches nous conforte dans les suspicions de fraudes et ce en
s’occupant de la comptabilité, des analyses, etc. »135.

Dans le cadre des dossiers à caractère pénal ainsi traités par la Division Métrologie (dont les
comptes-rendus banalisés, chacun concernant plusieurs enquêtes, nous ont été confiés136)
nous avons relevé différents points saillants. Les lignes qui suivent ont une vocation plus
qualitative que quantitative. Sur d’aussi faibles grandeurs, nous ne pouvons émettre de
remarques qu’indicatives destinées à donner du relief à notre propos.

Nous constatons que sur 36 dossiers, 8 impliquent des négociants en personne physique, 1
concerne une association de personnes physiques et 22 des personnes morales. A cela, il
faut ajouter 3 dossiers dont les protagonistes, totalement immergés dans la clandestinité
(entrepôts clandestins et usine de décoloration) ne relèvent évidement pas de ces
qualifications légales et 2 dossiers atypiques (une entreprise agricole et un négociant
transporteur).

Quant aux personnes morales, environ 50% exploitent plus d’une station service (de 2 à 20).
Treize de ces personnes morales sont qualifiées de « pakistanaises » ce qui,
renseignements pris, implique que leurs dirigeants de droit (gérants ou administrateurs
délégués) ont pour origine l’Asie méridionale (Inde, Pakistan, Bangladesh) mais qu’ils ont
pour la majorité la nationalité belge et que leurs sociétés (sprl ou sa) sont établies en droit
belge. Toujours quant aux dirigeants, mais en termes d’organisations, des différents contacts
complémentaires avec le rédacteur du document de synthèse137 il ressort que deux ou trois
groupes familiaux – au plus – sont directement impliqués. Les mêmes patronymes, parfois
cités par la presse138 au sens large139 sont évoqués lorsque d’autres services140 relèvent le
caractère « familial » de certaines filières.

Tous les dossiers impliquant des personnes morales ont, d’un point de vue métrologique,
une implication quant à la falsification des totalisateurs ce qui renvoie aux remarques sur la
nécessité de telles manipulations pour la vente dans des pompes publiques de carburant
d’origine douteuse ; la manipulation d’un totalisateur n’a en effet pas d’autre intérêt
puisqu’elle n’influe en rien la quantité débitée pour l’utilisateur final.
En sus des infractions liées aux totalisateurs de carburants, aux bris de scellés et
corollairement aux « registres pompistes » dans quatre cas, des dossiers ont été ouverts
pour des infractions en rapport avec la traite d’êtres humains, les lois sociales ou la non-
conformité des produits..
Enfin, dans un cas au moins, une personne morale a également été mise en cause pour un
problème de débit (quantité livrée inférieure à la quantité facturée).

Quant aux 9 dossiers impliquant des personnes physiques (l’association comprise donc), un
a été qualifié de « non-abouti », et les autres étaient essentiellement liés à des problèmes de
métrologie (usage de matériel non-conforme par exemple).

Les personnes morales semblent donc plus « proactives » dans la commission d’infractions
ou, nous en formulons l’hypothèse, elles n’ont été crées que pour protéger leur fondateurs
des conséquences des manœuvres frauduleuses qu’ils projetaient de commettre.

On soulignera dans cette section que, même si elle apporte explicitement un moyen à
d’autres services, la Division Métrologie ne se réduit cependant pas à un rôle de factotum et
poursuit sa propre finalité. Ainsi, dans plusieurs des dossiers repris ci-dessus, des infractions

135
FLAMENT C., op.cit., p. 29.
136
FLAMENT C., Le rôle de la Métrologie dans la lutte contre les fraudes pétrolières, Service Public Fédéral
Economie, PME, Classes moyennes et Energie – Administration de la Qualité et de la Sécurité, Division
Métrologie- service extérieur de vérification section Sud, rapport du 20 décembre 2004.
137
FLAMENT C., La Métrologie et les fraudes dans le secteur pétrolier, Ministère des Affaires Economiques –
Administration de la Qualité et de la Sécurité, Division Métrologie- service extérieur de vérification section Sud,
rapport du 26 novembre 2000.
138
« Carburants : la traque », La Dernière Heure, 21 février 2001.
139
« Hold-up quotidien de la mafia pakistanaise du pétrole », Alternative libertaire, n°216, avril 1999.
140
Entretien du 28 octobre 2004 avec M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à
l’Inspection Spéciale des Impôts.
réglementaires ont été relevées, n’impliquant donc pas nécessairement une volonté de
fraude.

Quant à l’évolution des techniques mises en œuvre, et nous concentrant sur celles qui
concernent des totalisateurs, nous avons retracé l’évolution mise à jour par la Division
métrologie141 : l’enlèvement pur et simple des scellement en plomb des totalisateurs,
manœuvre détectable dès l’abord. Vint ensuite le fait d’enlever le plexiglas protégeant les
rouleaux pour manipuler ceux-ci (le plexiglas étant ensuite replacé) ; ce constat n’apportait
pas la preuve d’une fraude car certains réparateurs agréés se contentaient de remplacer ce
matériau devenu opaque en collant simplement le nouveau plexiglas (des instructions furent
diffusées pour que cesse cette pratique).
Apparurent alors des techniques visant à accéder au mécanisme du totalisateur sans en
altérer le scellement ou le plexiglas : d’abord en enlevant ou en soulevant la tôle située à
l’arrière ce qui provoque sa visible déformation.
Le stade suivant consista à soulever légèrement la tôle latérale – ce qui laisse moins de
traces - et à découpler l’engrenage du totalisateur par une pression précise en un point du
mécanisme avant d’user d’un compresseur pour faire reculer les chiffres. Une opération de
« fine chirurgie » qui suppose de bonnes connaissances du matériel et une technique peu
intrusive – donc peu détectable – qui ravirait un gastroentérologue.
Il a également été constaté le déplacement physique de pompes d’une station à une autre
sous divers prétextes pour repartir avec un index quelconque et empêcher de facto le
contrôle des registres pompistes par les Douanes et Accises.
Du matériel - tel des pièces de rechanges et des outils spécialisés - a également été saisi et,
dans l’un des dossiers une pince de scellement provenant d’un réparateur agréé a été
découverte.
Enfin, des tentatives de corruption dont ont été victimes des réparateurs de sociétés agréées
sont rapportées ; aucune n’a débouché à ce jour sur un épilogue répressif.
Nous soulignons donc l’intéressante adaptabilité des fraudeurs du point de vue technique et
leur rapidité de réaction face au contrôle accru d’un service qu’ils connaissaient a priori
comme peu répressif.

Pour clore cette section, nous relevons que le nombre de services associés à cette
démarche en particulier va rapidement décroissant après les premiers dossiers : s’il est fait
état au départ du Comité Supérieur de Contrôle, des BSR, de la PJ près les Parquets et des
Douanes et Accises, seule cette dernière administration maintient à ce jour une étroite
collaboration via son Inspection des Recherches avec la Division Métrologie. Un équilibre
semble trouvé.

D’un point de vue historique, le premier dossier datait de novembre 1997, la Commission
parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée était alors en plein travail. Le
deuxième est initié en novembre 1998 alors que le rapport final de la Commission est clos le
8 décembre de la même année.
C’est aussi lors de l’hiver 1998142 que la police intégrée voit le jour avec son lent cortège de
réformes qui laissera sans doute peu de place, pendant longtemps, à une réflexion sur le
rôle des « petits » services de contrôle.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, un seul agent est affecté de façon permanente à cette
cellule répressive.

b) fraudes liées aux entreprises.

L’approche est succincte car le sujet est plus vaste que celui que nous traitons143 mais un
tableau même rapide de certaines pratiques était nécessaire aux hypothèses que nous

141
FLAMENT C., Le rôle de la Métrologie dans la lutte contre les fraudes pétrolières, Service Public Fédéral
Economie, PME, Classes moyennes et Energie – Administration de la Qualité et de la Sécurité, Division
Métrologie- service extérieur de vérification section Sud, rapport du 20 décembre 2004, pp. 48-53.

142
Loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux (M.B. du
05/01/1999).
développons infra et complétait l’idée du caractère fondamentalement hétérogène des
fraudes pétrolières qui participera à nos remarques conclusives.

La présente section ne doit pas être considéré comme redondante vis-à-vis de notre
développement antérieur sur les infractions financières (et en particulier « la faillite comme
moyen »). En effet, nous ne rapportons pas ici de cas où l’entreprise – que cela soit
initialement prévu ou non– est considérée comme un « outil jetable », dont on ne vise donc
pas - ou plus - la pérennité.

Les cas de figure visés renvoient à la façon dont des opérateurs économiques :

 délinquent au sein d’une entreprise en utilisant ses structures à leur propre profit ;

 les entreprises elles-mêmes commettent des faits délictueux à l’intérieur de leurs


propres structures;

 les entreprises externalisent leur délinquance.

Tous à un degré ou à un autre posent la question du niveau de contrôle étatique sur l’activité
des entreprises car, sans développer un argumentaire de nature philosophique, ce contrôle
ne va pas de soi. Ce que l’on remarque, par analogie, c’est que les législations qui touchent
des secteurs très ciblés ont trait à des activités qui, à un moment ou à un autre de leur
histoire ont posé un problème social, économique ou plus largement politique.
Il n’y aurait pas de réglementation aussi dense dans le secteur de la sécurité privée sans les
milices du même nom et pas de lex specialis visant le time sharing sans les débordements
de certains vendeurs. Enfin, si certains phénomènes abordés ne sont pas spécifiques au
domaine pétrolier tous les faits y ont été rencontrés.

1/ utilisation de l’entreprise au profit d’un autre acteur.

L’approche exemplative nous a semblé ici la meilleure piste.


En ce qui concerne les entrepôts fiscaux, la principale mesure de contrôle est d’ordre quasi
arithmétique : ce qui sort doit être équilibré par rapport à ce qui rentre et ce, compte tenu des
capacités de stockage. En clair, il n‘est pas question que du produit « s’évapore dans la
nature », ou presque… . En effet il est prévu une perte possible d’une partie du stock tenant
à la volatilité des hydrocarbures144. Il y a donc une « fourchette » au sein de laquelle
l'administration ne détectera pas de problèmes dans la balance des marchandises.

C’est ainsi que pour l’essence la perte maximale admissible est fixée à 0,4 % de la quantité
emmagasinée depuis le dernier recensement et à 0,3 % pour le gasoil et le pétrole lampant.
Il s’agit là « d’une frontière indiquant la limite de compétence (au-delà de laquelle la perte ne
pourra être acceptée qu’avec l’accord du Directeur régional) du contrôleur en chef. Ils (les
pourcentages) ne doivent en aucun cas être lus comme constituant un droit automatique
pour le redevable ».
Cette fourchette peut donc atteindre pour certains produits quatre litres pour 1.000. C’est
ainsi qu’un important dépôt145, qui avait investi de surcroît dans l’isolation de ses installations
afin de limiter ses pertes, a connu l’entente délictueuse en son sein de plusieurs employés
qui avaient décidé d'écrémer cette quantité « excédentaire ».
Compte tenu des volumes en transit, cela représentait au moins 30.000 litres par semaine.
Tout semblait être en ordre administrativement à l'entrée et à la sortie ; de simples micros
pannes d'électricité permettaient de remplir chaque semaine un camion sans que l'ordinateur
n'enregistre le transfert. Plus qu’un « simple vol » c’est bel et bien de l’utilisation de
l’ensemble de l’infrastructure de l’entreprise au profit de certains de ses employés qu’il est

143
Voir à ce sujet : UNIVERSITE DE LIEGE, Fraudes et entreprises – Mise en cause des organes internes et
externes, documentation de la journée d’étude du 30 mai 2002.

144
Code accises. Huiles minérales (CD 770) – Commentaires administratif (CD 770.04), Titre II. Chapitre III :
Recensement administratif, § 65 à 75.
145
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).
question. C’est elle en effet qui permettait l’arrivée sur le territoire belge des produits
pétroliers, c’est sa bonne gestion technique qui réduisait les pertes thermiques récupérées
par les employés indélicats, et ce sont ses camions et documents de transport qui
permettaient le transfert des quantités détournées jusqu’aux receleurs-utilisateurs finaux.

En termes d’image la société subit aussi un important préjudice ; pour peu que le public et
les autorités en aient connaissance. car si un seul cas de ce genre à été porté à notre
connaissance dans des conditions telles que nous puissions le qualifier de fait, d’autres
acteurs ont attiré notre attention sur les quantités de produits en jeu : « en 2003, les sociétés
pétrolières belges (raffineries et importateurs indépendants) ont importés quelques
36.245.163 tm (tonnes métriques146) de pétrole brut147, 3.011.766 de produits intermédiaires
(solvants spéciaux, éthylènes, additifs pour carburants…) et 15.599.278 tm de produits
finis »148.
Tous ces produits ont donc été, par définition et pour une période plus ou moins longue,
stockés sur notre territoire.

Même si des recensements réguliers sont prévus qui comportent des vérifications physiques
des stocks149 la complexité technique de celles-ci150 voire leur caractère dangereux (lorsque
les agents se retrouvent par exemple à l’aplomb d’un toit flottant) combinés avec des
paramètres comme de possibles poches de gaz ou des différences de températures les
rendent, et c’est un euphémisme, malaisées.

Quant au manque chronique de personnel c’est un facteur qui n’est ni neuf - le rapport de la
Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée notait en 1998
que« les services de lutte contre la fraude dans le secteur pétrolier de l’administration des
Douanes et Accises et de l’ISI souffrent cruellement d’un manque d’effectifs »151 - ni résolu
« l’administration répond qu’elle doit faire face à un manque chronique de personnel et de
moyen, ce qui entrave la bonne exécution de ses missions »152. On peut de plus
raisonnablement penser qu’il faudra de sérieux indices infractionnels à un agent d’un service
concerné pour se risquer sur l’échelle d’un tank de stockage muni d’une jauge à plomb.

Nous notons que ce qui est qualifié de carence en personnel est en fait le résultat d’un choix
dans l’affectation des ressources publiques, d’une politique et non de la rareté d’une espèce.
A titre indicatif, le personnel des Douanes et Accises s’élevait en 2001 à 4.745 personnes et
celui de l’ISI à 463 (contractuels et statutaires en unités temps plein – physiques).153

Nous nous trouvons donc dans une situation où le contrôle est théoriquement élevé et
pratiquement limité. Ici, si un risque a bien été identifié, en l’espèce celui de fraude pétrolière
de nature fiscale, il a été jugé trop faible pour dégager les moyens de rendre les menaces de
sanction effectives.

L’ensemble des facteurs évoqués repose en tous cas avec acuité le problème du chiffre noir
dans le domaine du crime en col blanc – définit comme « l’activité de tricherie de l’employé
contre l’entreprise »154 - au préjudice d’une industrie pétrolière qui se passe sans doute
volontiers de ce genre de publicité alors qu’elle véhicule une image difficile à gérer comme
nous le rappelions dans notre section consacrée aux infractions à caractère écologique.

146
1 tonne métrique = 1 tonne = 1.000 kg ; en fait le qualificatif métrique la distingue de la tonne américaine
(« short ton » = 907 kg) et de la tonne britannique (« long ton » : 1.016 kg) mesures aussi utilisées sur les
marchés pétroliers qui semblent tenir à une certaine opacité métrologique. Le lecteur trouvera à ce sujet une
table de conversion en annexe 6.
147
Il y a quatre raffineries en Belgique, toutes établies à Anvers (TotalFinaElf, Exxon Mobil, Belgium Refining
Company, Petroplus/Nynas).
148
DIRECTION GENERALE DE L’ENERGIE, op.cit., pp. 12 – 13.
149
Arrêté ministériel du 28 décembre 1993 relatif au régime d’accises des huiles minérales, art. 12 à 14.
150
Arrêté royal du 3 novembre 1993 relatif aux réservoirs de stockage fixes.
151
SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en
Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-1999., p. 286.
152
COUR DES COMPTES, Les accises sur les huiles minérales – Une radiographie du contrôle – Examen
conjoint Cour des Comptes et Rekenkamer , Bruxelles, novembre 2003., p. 46.
153
ADMINSITRATION DES DOUANES ET ACCISES, rapport annuel 2002, Service Public Fédéral Finances,
Bruxelles, 2002.
154
KELLENS G., Eléments de criminologie, Bruylant – Erasme, Collection Espaces droit, Bruxelles, 1998, p. 110.
2/ entreprise délinquante intra-muros.

Nous examinons ici le premier des deux cas retenus où l’entreprise elle-même adopte
certaines pratiques frauduleuses. L’exemple choisi porte sur l’obligation de stockage
stratégique en matière pétrolière et mérite quelques lignes d’introduction.

Les Etats membres de l’Agence internationale de l’énergie, cadre de coopération entre les
30 pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans
le domaine de l'énergie ont souscrit à l’obligation mutuelle de stocks de produits pétroliers
représentant 90 jours d’importation nette155 et ceux qui font partie de l’Union européenne ont
adhéré à une obligation de stockage d’une même durée mais portant sur la consommation
intérieure moyenne156
Ce stockage doit être matérialisé par des produits finis en quantités proportionnelles.
Cependant, en Belgique les textes autorise la détention à l’étranger d’un tiers de ce stock et
la substitution d’une partie des dits produits finis en pétrole brut157 ; l’UPB souligne que cela
n’est envisageable que pour les sociétés pétrolières intégrées158.
Quant à la gestion de ces stocks, sous la houlette de l’Etat, elle peut être réalisée par les
opérateurs privés, par une agence centralisée ou par l’Etat directement. A titre d’exemple, la
Slovénie devrait disposer dès 2005 d’une agence pour la couverture de cette obligation
selon l’UPB.
En Belgique, depuis les années ‘70159 le choix s’est porté sur les opérateurs privés rétribués
à l’époque pour ce faire via un prélèvement sur la vente des produits pétroliers initialement
de 22 centimes de FB par litre.

Or, il semble que certaines compagnies aient considérés « ces stocks comme faisant partie
de leurs réserves opérationnelles et n’ont pas hésité (…) à venir y puiser lorsque les prix du
brut se sont mis à flamber, avec de plantureux bénéfices à la clef »160. Au moment, en fait,
où des indices d’une possible crise d’approvisionnement étaient justement présents.

En outre, le même observateur relevait que cette situation induisait également des
distorsions en matière de concurrence car « les compagnies pétrolières intégrées
(essentiellement les majors) disposent d’un avantage par rapport aux plus petits distributeurs
du fait qu’elles utilisent leurs réserves opérationnelles, alors que les petits distributeurs sont
obligés de louer de l’espace de stockage auprès de tiers ».

Si la FPB ne contestait pas l’existence d’un certain déficit de stockage, elle le disait limité à
certaines catégories de produits et lié à l’extension d’obligations de stockage pour le
kérosène161.

Toujours est-il que la polémique ne s’arrêta pas là. Des contrôles furent réalisés par
l’Inspection Economique et, s’ils révélèrent de fait des manquements, l’ampleur de ceux-ci
donna lieu à d’interminables débats - eu égard notamment aux difficultés d’évaluation
relevées dans la section précédente162 - et toutes les sociétés ne furent pas incriminées ; ce
qui rend la suite des évènements, à notre sens, très particulière.
En effet, si des poursuites furent évoquées – entamées peut-être mais sans résultat connu à
ce jour – un projet de loi « instaurant une cotisation unique à charge du secteur pétrolier » vit
le jour dans lequel on a bien du mal, c’est une opinion personnelle, à ne pas voir une
sanction collective.

155
http://www.iea.org - Agence internationale de l’énergie, cadre de coopération entre les 30 pays membres de
l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans le domaine de l'énergie.
156
Directives 68/414/CEE et 98/93/CE.
157
Articles 5 et 11 de l’Arrêté royal du 11 octobre 1971 relatif aux obligations de moyens de stockage et de
stockage de produits pétroliers (modifié pour la dernière fois par l’Arrêté royal du 04 avril 2003).
158
Entretien du 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
159
Arrêté royal du 11 octobre 1971 relatif aux obligations de moyens de stockage et de stockage de produits
pétroliers (modifié pour la dernière fois par l’Arrêté royal du 04 avril 2003).
160
« Les réserves pétrolières belges insuffisantes aux yeux de l’Europe », L’Echo, 17 août 2000.
161
« Energie – le respect du stockage stratégique sous contrôle », Le Soir, 19 juin 2001.
162
« Insuffisance de stockage des produits pétroliers », L’Echo, 30 mars 2001..
Ainsi, les débats en Chambre des Représentants firent successivement état :

 de l’avis de l’Administration de l’Energie. « un contrôle des stocks sur le terrain mené


par l’Inspection générale économique (..) a révélé l’ampleur du problème. Les réserves en
catégorie II163 étaient tombées à moins de 70 jours (au lieu de 90), l’identification des
produits s’est révélée particulièrement ardue en raison de la confusion des réserves
stratégiques et des stocks opérationnels (stocks techniques et commerciaux) et du système
particulièrement opaque de la pratique des couvertures pour tiers (tickets)164. En ce qui
concerne cette pratique un véritable marché s’était organisé : le prix à payer pour le ticket de
couverture n’était pas fonction du coût objectif du stockage couvert mais de la valeur
marchande du ticket. En période de pénurie de couverture le prix du ticket est ainsi passé de
1$ / T par mois à 7 ou 10 fois plus. Rappelons enfin que les assujettis au stockage
obligatoire perçoivent une rétribution pour financer celui-ci à concurrence de 0,26 F par litre.
En d’autres termes, certains opérateurs (ceux qui ne sont pas en règle) perçoivent une
rétribution pour un coût qu’ils n’exposent pas (ou pas entièrement) 165»

 de la réponse de la Fédération Pétrolière Belge ; « les membres de la Fédération


Pétrolière Belge insistent sur le fait que les motifs invoqués par le Gouvernement pour
justifier la contribution forcée du secteur pétrolier au financement du chèque énergie ne sont
pas fondés (…) cette contribution serait aussi une sanction pour le prétendu non-respect des
obligations de stockage de la part du secteur pétrolier. La politique constante des sociétés
pétrolières membres de la FPB est le respect de toutes les dispositions légales (…) C’est à
l’Etat qu’il incombe de contrôler les obligations des sociétés en matière de stocks
stratégiques. Si une infraction devait être constatée dans une entreprise, l’Etat doit infliger
une sanction à l’entreprise concernée par ce cas particulier et non pas prendre une mesure
collective pour l’ensemble du secteur »166.

L’administration de l’Energie soutiendra dans le même document « que la cotisation unique


ne doit pas être perçue comme une sanction en raison du non-respect des obligations de
stockage » mais que celui-ci est seulement un des éléments à prendre en considération
dans le cadre de la décision relative à la mesure envisagée et que « en ce qui concerne les
infractions constatées, le Ministre affirme sans ambages qu’elles doivent être poursuivies par
les tribunaux ».

Une question récemment posée au Sénat fait à ce sujet l’état de la question et, à notre sens,
met en exergue le peu d’avancées structurelles qu’elle a connu : « Vérifie-t-on lors des
contrôles si les stocks ordinaires des compagnies pétrolières sont, partiellement ou non,
présentés comme des stocks stratégiques ? Si tel est le cas, des compagnies sont-elles
sanctionnées de l’une ou l’autre manière (…) ? »167. La réponse du Ministre de l’Economie,
de l’Energie, du Commerce extérieur et de la Politique scientifique fut celle-ci : « lors de ces
contrôles qui peuvent se faire de façon ponctuelle ou à large échelle, des infractions ont en
effet été constatées (…). En cas d’infraction, des procès-verbaux d’audition sont dressés et
les intéressés sont sommés de se conformer dans les délais impartis. Si d’autres infractions
sont constatées à l’occasion du contrôle suivant, une procédure en vue de la répression des
infractions constatées est entamée »168

Nous remarquons que l’ arrêté royal du 11 octobre 1971 relatif aux obligations de moyens de
stockage et de stockage de produits pétroliers a été pris en exécution de l'arrêté-loi du 22

163
Aux termes de l’arrêté royal du 11 octobre 1971 précité : « Les gasoils, les dieseloils, le fuel-oil léger, le
pétrole tracteur, le pétrole lampant et le carburéacteur du type kérosène ».
164
Les compagnies peuvent sous-traiter leur obligation auprès d’un tiers qui leur délivre alors une « garantie
papier » couvrant le stock mis à disposition ; de plus d’une manière générale, une partie de l’obligation de
stockage peut être couverte par des produits entreposés hors du territoire national.
165
« Chambre des Représentants de Belgique - Projet de loi instaurant une cotisation unique à charge du secteur
pétrolier »,
http://www.lachambre.be/FLWB/pdf/50/1129/50K1129001.pdf, 18 juillet 2001, p. 9
166
Chambre des Représentants de Belgique, op.cit., p. 12.
167
SENAT DE BELGIQUE, Session 2003-2004 – questions et réponses - question n° 3-999 de Mme De Rooek -
document N. 3-21, 10 août 2004, p. 1278
168
SENAT DE BELGIQUE, Session 2003-2004 – questions et réponses - réponse du Ministre- document N. 3-21,
10 août 2004, p. 1279
janvier 1945 concernant la répression des infractions à la réglementation relative à
l'approvisionnement du pays (modifié et complété par les arrêtés-lois des 7 mai 1945, 14 et
18 mai, 7 et 29 juin 1946 et par les lois du 14 février 1948, 23 décembre 1969 et 30 juillet
1971, portant l'intitulé "Loi sur la réglementation économique et les prix") et qu’aucun de ces
textes ne comporte de procédure d’avertissement (comme c’est le cas, par exemple, pour la
loi du 14 juillet 1991 sur les pratiques du commerce). Cependant l’article 11 bis de la loi du
30 juillet 1971 prévoit une possibilité de transaction administrative en ces termes : «Lorsqu'ils
constatent des infractions aux dispositions du chapitre 1er de la présente loi, les agents
spécialement commissionnés à cet effet par le Ministre ayant les Affaires économiques dans
ses attributions peuvent fixer une somme, dont le paiement volontaire par l'auteur de
l'infraction éteint l'action publique.. ».

Nous supposons que c’est à cela qu’il est fait référence dans la réponse du Ministre lorsqu’il
est fait état dans de ce que « des procès-verbaux d’audition sont dressés et les intéressés
sont sommés de se conformer dans les délais impartis ».

La loi instaurant une cotisation unique à charge du secteur pétrolier fut en définitive publiée
le 17 juillet 2002 au Moniteur Belge169 et finança des « chèques-mazout » tandis que la
Fédération Pétrolière Belge portait l’affaire devant la Cour d’arbitrage sur base de différents
moyens dont celui qui arguait de ce que « compte tenu de l'objectif répressif de la loi
attaquée, le législateur ne pouvait traiter de la même façon les entreprises qui ne violaient
pas leur obligation de stockage stratégique et celles qui la violaient » ; la FPB et les autres
requérants furent déboutés par un arrêt du 24 mars 2003170.

A l’heure actuelle, les pistes portent vers la création d’un organe central de stockage (qui
devrait avoir pour nom APETRA) impliquant un contrôle accru des autorités visant ainsi à
« garantir une sécurité d’approvisionnement qui constitue une préoccupation de base dans
un contexte de dépendance totale à l’égard de l’étranger »171. « Il convient de faire respecter
cette obligation de stockage par un contrôle strict et de trouver une solution structurelle aux
problèmes actuels, c'est-à-dire créer une agence de stockage dont les modalités sont
définies en concertation avec les acteurs »172 et la boucle semble bouclée lorsqu’on lit le
communiqué de la FPB, soutenant la création d’une telle agence et s’inquiétant surtout de
« la mise en place, dès le départ et sous la responsabilité de l’Agence, d’un contrôle efficace
et étanche de tous les stocks stratégiques et de sanctions adéquates en cas de non respect
par certains de leurs obligations….173 ».

Reste que si l'on s'en tient aux faits, la situation actuelle des indépendants (entendez : les
sociétés non- intégrées) semble à tout le moins inconfortable hic et nunc174.

En effet, les produits qu'ils achètent au majors depuis 2002 ne leur sont plus fournis « stocks
couverts » et il leur appartient donc de répondre eux-mêmes à ce prescrit légal. Or, à titre
indicatif, le coût du ticket de couverture est évalué au 22 avril 2005 à «7 US $ par tonne et
par mois à multiplier par trois (90 jours) soit 21 US $ par tonne »175. La rémunération du
marché est cependant identique pour tous, soit 0,006 €/litre.

Reprenant l'argument développé plus haut, ils arguent de ce qu'une telle obligation n'a pas le
même poids pour une raffinerie qui dispose de toute façon d'un stock technique qu’elle peut
présenter pour répondre à l'exigence en cause et pour l'indépendant qui devra créer une
réserve distincte auquel il ne pourra toucher ; immobilisant de ce fait des fonds importants.

169
Loi du 10 juin 2002 instaurant une cotisation unique à charge du secteur pétrolier.
170
Numéro de rôle : 462004 2589-2590
171
SERVICE PUBLIC FEDERAL ECONOMIE, PME, CLASSES MOYENNES ET ENERGIE, rapport annuel,
Bruxelles, 2003, p. 20.
172
« Chambre des Représentants de Belgique - Note de politique générale », Doc 51 1371/005 »,
http://www.marcverwilghen.be/beleidsnota.pdf, consulté le 26 octobre 2004, p. 33.
173
« Le stockage stratégique »,http://www.petrolfed.be/fr/frame.htm, consulté le 7 octobre 2004.
174
Entretien du 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
175
Entretien du 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
En fait, sur base des coûts évoqués ci-dessus, l’UPB juge le système totalement
impraticable pour les indépendants176.

A titre d'exemple, une firme important 100.000 tonnes par an de produits pétroliers devrait «
entretenir » 25.000 tonnes de stock stratégique.

On remarquera que parmi les indépendants réfractaires au système actuel ne figurent certes
pas les «lampistes » du secteur : plus discrets que la Fédération Pétrolière Belge avec
laquelle ils entretiennent des relations commerciales denses, les membres de l'Union
Pétrolière Belge livrent à la consommation finale 80 % du gasoil de chauffage, 45 % du
diesel et 30 % des essences.

Que l'on soit face à des situations frauduleuses est indéniable au regard notamment des
obligations réglementaires non rencontrées et du bénéfice illicite qu’en tire les entreprises.
Mais nous désirons attirer l'attention du lecteur sur une notion centrale : celle du marché – et
de son autorégulation en particulier pour la première forme de fraude (la confusion de
stocks) et l'aspect induit -- ou ressenti comme tel dans un cadre de concurrence -- face à
une norme jugée techniquement impraticable pour la seconde atteinte à la notion de stock
stratégique.

Nous nous trouvons également ici dans une situation où le contrôle est théoriquement élevé
et pratiquement limité pour les mêmes raisons que celles décrites à la section précédente.
Le risque identifié, celui de l’approvisionnement en énergie voire en partie la survie de l’Etat
en cas de conflit par exemple – ainsi que ses obligations internationales et les sanctions qu’il
risque lui-même - est par contre jugé suffisamment élevé pour que des moyens – même
inhabituels – soient dégagés pour rendre de son effectivité à la norme via l’application de
sanctions.

3/ entreprise délinquante extra-muros.

Nous ne reviendrons pas sur la problématique des Trusts – entendez : des pratiques anti-
concurrentielles – évoquée avec l'accord "as is" entre les Sept Sœurs en début de travail
car elle relève d’un champ d’étude certes associé mais qui nous éloignerait par trop du cadre
défini de notre recherche.

Par contre, certaines caractéristiques de notre marché intérieur imposent que l’on amorce
une réflexion sur les pratiques de concurrence par une revue du cadre législatif et
réglementaire.

 Cette matière est principalement régie au niveau national par la loi du 1er juillet 1991
sur la protection de la concurrence économique (qui a été coordonnée par la loi du 1er juillet
1999 MB 1er septembre 1999). Ce texte vise à maintenir une « concurrence loyale » et agit
pour ce faire a priori par un contrôle des concentrations d’entreprises177 et a posteriori vis-à-
vis des pratiques qui entravent une libre concurrence178 dont on retiendra les notions
d’ententes illicites visant à la restreindre et d’abus de position dominante ayant le même
effet. La loi instaure des institutions particulières – hébergées au sein du SPF Economie,
PME, Classes moyennes et Energie179.- pour assurer son effectivité ; pour l’essentiel il s’agit
du Conseil de la concurrence - juridiction administrative – appuyée d’un Corps des
Rapporteurs – qui assure l’instruction des affaires et, partant, délivre des ordres de mission
aux agents de terrain. Ces agents sont ceux du Service de la Concurrence ou par délégation
des membres de la Direction générale Contrôle et Médiation (ex Inspection économique),
l’appui de la force publique peut aussi être requis.

176
Entretien du 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
177
article 10 : « Les opérations de concentration sont soumises à l'approbation préalable du Conseil de la
concurrence qui constate si elles sont ou ne sont pas admissibles ».
178
articles 2 à 8 de la loi précitée
179
Dont le détail est repris sur le site Internet du Service public fédéral Economie, PME, Classes moyennes et
Energie, onglet « concurrence » ; http://www.mineco.fgov.be
 D’un point de vue général également - et toujours au niveau national - en ce qui
concerne les prix et, plus particulièrement en application aux prix pétroliers180 : La loi du 22
janvier 1945 sur la réglementation économique et les prix, a retenu le « prix normal » comme
principe de base ; cela signifie d’une part que, sauf disposition contraire, les prix sont libres
et, d’autre part, qu’il est interdit de vendre à des prix qui seraient jugés anormaux
(anormalement élevés: c’est aux Cours et Tribunaux de se prononcer à ce sujet le cas
échéant). Mais, le législateur a cependant prévu que les autorités (en l’espèce le Ministre qui
a l’Economie dans ses attributions) puisse intervenir dans la fixation des prix à travers
différents mécanismes dont :

o la capacité de conclure des contrats de programme organisant un régime de


politique des prix contractuelle. Un tel contrat a été conclus avec le secteur pétrolier. Suite à
la crise pétrolière des années ‘70 (le premier contrat date de 1975) pour juguler la course
folle des prix à la pompe. Ce système d'ajustement des prix nationaux au marché
international, repose sur des calculs quotidiens et est censé, en cas de crise, offrir une
protection contre la spéculation au consommateur et une marge viable pour le distributeur. A
notre connaissance, seuls le Luxembourg et le Portugal font aussi usage de cet outil de
régulation.

o la fixation de prix maxima qui peuvent être généralisés pour tout un secteur
économique ou pour certains produits ou services, ils peuvent aussi être individualisés ou,
autrement dit, se rapporter aux produits ou prestations de services d’une entreprise bien
déterminée. Les prix ou marges maxima déterminés sont impératifs. Ils ne peuvent pas être
outrepassés. Le régime de prix maxima est en application vis-à-vis des secteurs
économiques n’étant pas régis par un contrat de programme. Dans le cas qui nous occupe,
les entreprises pétrolières non-adhérentes au contrat de programme sont de toutes façons
soumises aux prix maxima.
Le jeu de la concurrence est donc déjà limitée à la fourchette – la marge - entre prix d’achat
(ou de revient si l’on dispose d’une raffinerie) et prix maxima, étant entendu qu’il est interdit
en Belgique de vendre à perte181 ; ce qui pourrait se concevoir dans un esprit de marketing.
Il est bien entendu plus facile de déterminer la marge existante pour un indépendant qui
achète le produit fini et le revend que pour une entreprise intégrée qui, à l’instar de ce que
voulait Rockefeller, contrôle le processus du derrick au consommateur. Notons cependant
que pour l’essentiel les majors sont, à travers la FPB, signataires du contrat de programme.

 Enfin, l’ensemble de la matière doit s’appréhender bien entendu à travers un cadre


international, d’abord européen en ce qui concerne notre pays - « Une concurrence effective
est essentielle dans une économie de marché ouverte. Elle a pour effet de réduire les prix,
d’améliorer la qualité et d'élargir l’éventail de choix du consommateur. (…). Mais cela
suppose que les entreprises et les gouvernements respectent les règles du jeu. C’est
pourquoi la Commission européenne dispose de pouvoirs étendus pour faire observer les
règles de l'Union européenne destinées à garantir que les échanges de biens et de services
se déroulent dans des conditions équitables »182 - et reposant sur les textes
fondamentaux183. La densité du sujet a par ailleurs justifié la mise en place d’organes de
coordination internationales dont

 European Competition Authorities (ECA) qui regroupe depuis 2001 les autorités
concernées dans l’espace économique européen184.

 International Competition Network (ICN)185.

180
ANONYME, vade-mecum de l’entreprise, SPF Economie, PME, Classes Moyennes et Energie, vol. I et II,
Bruxelles, 2004, pp. 163 – 166.
181
Loi du 14 juillet 1991sur les pratiques du commerce et sur l’information et la protection du consommateur,
articles 40 et 41.
182
http://europa.eu.int: - Portail de l’Union européenne, onglet : activités de l’Union européenne – concurrence.
183
« Traité instituant la Communauté Européenne – version consolidée, Journal officiel n°C 325 du 24 décembre
2002 : Titre VI, -les règles communes sur la concurrence, la fiscalité et le rapprochement des législations »,
http://europa.eu.int/eur-lex/lex/fr/treaties/dat/12002E/pdf/12002E_FR.pdf, consulté le 25 février 2005.
184
http://europa.eu.int– Portail de l’Union européenne.
Enfin, pour que le tableau soit complet, il faut également tenir compte de différents
paramètres tels :

 la présence d’opérateurs dont la vente de carburants n’est pas la principale activité


mais qui en font un produit d’appel (Colruyt, Makro, Cora…) ;

 une densité de l’offre que l’on ne rencontre pas dans les pays voisins (le nombre de
stations-service est, en chiffres absolus, peu significatif ; il était ainsi de 3.846 fin 2003. Par
contre la volume des ventes par station nous semble un meilleur indicateur du degré de
concurrence et nous constatons qu’il est sensiblement inférieur en Belgique par rapport à la
France ou à l’Allemagne (Cfr. annexe 7) ;

 La proximité du Luxembourg à la fiscalité avantageuse pour le consommateur.

Nous sommes donc face à un curieux mélange d’économie en partie planifiée dans un
contexte de libéralisation du marché qui génère une concurrence qualifiée de « féroce » par
les opérateurs. Cette construction dont le gouvernement ventait encore il y a peu la capacité
à garantir « les aspirations légitimes des exploitants comme des automobilistes »186 a été
remise en cause par une étude remise au Gouvernement fin 2001 par le Professeur Patrick
Van Cayseele187 et qui en substance révélait « des variations de fixations des prix suivant la
localisation géographique des pompes à essence. Ainsi, la présence d'un grand nombre de
stations-service sur un territoire réduit n'influence aucunement les prix qui resteraient
identiques d'un grand distributeur à l'autre. Par contre, aux abords des frontières, où les
opérateurs sont en contact avec un régime d'imposition différent et avec les stations-service
d'opérateurs étrangers, les prix sont soumis à pression. Ces éléments sont les indices d'un
manque de concurrence sur les prix et d'une possible segmentation des marchés, souligne
la KUL. Pour Patrick van Cayseele, professeur à la KUL, le contrat-programme actuel
pourrait constituer un mécanisme facilitant la collusion entre opérateurs. Il crée en effet la
fausse illusion que la structure et le comportement dans le secteur ne sont pas importants
puisque la formation du prix est de toute façon contrôlée, explique-t-il. Le professeur va
encore plus loin dans son raisonnement en rappelant que le contrat-programme suppose un
échange d'informations de coûts. D'autre part, la formule pour le calcul des prix maximum est
négociée. Or, l'échange d'informations est considéré depuis longtemps comme pratique
collusoire, souligne-t-il »188.

Transmis au Conseil de la Concurrence par la Secrétaire d’Etat à l’Energie, Olivier Deleuze,


la rapport a été à l’origine d’une analyse rendue publique et dont les conclusions relevaient à
la fois que « le lien entre les contrats de programme et un comportement anticoncurrentiel ne
peut actuellement être clairement soutenu ou dénié sur les plans théorique et empirique » et
« qu’il est souhaitable d’accorder une attention plus minutieuse aux éventuels
comportements anticoncurrentiels pouvant exister sur le marché des produits pétroliers »189.

Nous n’avons connaissance à ce jour d’aucune action intentée en Belgique sur base de la loi
du 1er juillet 1991 sur la protection de la concurrence économique et menée à son terme
dans le secteur pétrolier.

185
http://www.internationalcompetitionnetwork.org – site de l’ICN, organe de coordination internationale en
matière de concurrence.
186
« Sénat de Belgique – Compte rendu analytique – Bulletin de Commission : la baisse du prix du pétrole et le
prix élevé des carburants à la pompe - n° 2-802 »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewTBlok&DATUM='12/20/2001'&TYP=crabv&VOLGNR=2&LA
NG=fr, 20 décembre 2001.
187
VAN CAYSEELE et MISTIAEN P, « De programma-overeenkomst petroleumproducten », rapport interne -
Katholieke Universiteit Leuven, 2001, pp. 1 – 124.
188
« Prix pétroliers: pas assez de concurrence en Belgique? », L’Echo, 11 septembre 2001.
189
CONSEIL DE LA CONCURRENCE, Rapport annuel du Conseil de la concurrence - année 2001, Bruxelles,
2002, p. 382.
Par contre, notons que la notion de concurrence déloyale présente dans la loi du 14 juillet
1991 sur les pratiques du commerce190 permet régulièrement la dénonciations aux autorités
de ventes de carburants à des prix « anormalement bas » qui en font plus des indicateurs
d’autres fraudes que de véritables fraudes elles-mêmes.

Nous nous trouvons également ici dans une situation où le contrôle est théoriquement élevé
mais qui a été confié en pratique et pour l’essentiel à des organes externes au pouvoir
judiciaire et où le risque identifié, celui de pratiques anticoncurrentielles, semble laissé en
partie à l’appréciation du secteur concerné. En fait, et c’est une opinion, la multiplication de
niveaux et d’acteurs dans ce cadre nous semble générer plus d’opacité que de garanties
pour une concurrence équitable.

III. CONCLUSIONS ET PROSPECTIVE.

A/ Remarques conclusives.

Notre sentiment est d'avoir plus de questions à ce stade que nous en avions au départ. Ce
n'est pourtant pas un point de vue défaitiste : si le questionnement est toujours présent, il a
évolué et s'est affiné. C'est donc juste une étape, mais nous espérons pourtant qu'elle
participera modestement à l'ouverture d'autres portes.

1. Quant à la question de savoir si les fraudes pétrolières existent : ce n'est pas la


réponse qui fait défaut, c'est assurément "oui". Mais il nous a fallu retravailler la question.
Nous pouvons à présent préciser que la fraude aux huiles minérales est une réalité mais
qu’elle est éminemment contextuelle : elle s’appuie sur des constructions parfois très
éphémères (comme une simple modification d’un droit d’accises) et apparaît comme
alimentée par le caractère épars – pour ne pas dire « flou » - des lois et réglementations à
caractère économique.
En effet, dans une perspective liée à la prévention générale dans sa dimension de
dissuasion, évaluée dans la cadre des fraudes pétrolières en utilisant certains de ses
éléments constitutifs – tels que décrits par Georges Kellens191 - nous relevons :

 Quant à l’information sur les peines encourues ou subies, que son effet dissuasif
supposé peut difficilement être rencontré en matière de fraudes pétrolières en l’absence
d’une politique en la matière. A fortiori si la communication générale met l’accent sur les
agissements d’organisations criminelles définies de telle manière qu’il n’y a jamais eu de
condamnation sur cette base.

 Quant au risque objectif d’être poursuivi, sachant qu’il est déjà moindre pour ce type
d’infractions sans victime apparente, il est aussi d’un point de vue probabiliste moins élevé
avec l’intervention d’acteurs dont la vocation n’est pas judiciaire – et pour qui le recours à
celui-ci est souvent considéré comme subsidiaire - mais qui ont néanmoins le pouvoir de
mettre fin à l’action publique.

 Le risque subjectif ressort lui d’un débat sur les auteurs et sachant ceux-ci variés, on
peut lapidairement rappeler que pour les professionnels la peine est un risque calculé –
impraticable ou presque en l’espèce - qu’elle est une circonstance sans incidence pour les
inadaptés et qu’en principe une telle menace n’est pas nécessaire pour les occasionnels.

Pour étayer ce qui précède il nous a semblé pertinent de présenter ici quelques informations
quant aux sanctions qui peuvent être, dans le secteur des huiles minérales, d’ordre pénal,
administratif ou civil. A ce stade nous cherchons la synthèse à travers l’exemple.

 D’un point de vue pénal – supposant donc une intervention directe du système
judiciaire – un nombre important d’infractions de couverture est une caractéristique de la

190
Loi du 14 juillet 1991sur les pratiques du commerce et sur l’information et la protection du consommateur,
article 93 sur les pratiques contraires aux usages honnêtes.
191
KELLENS G, Punir – Pénologie et droit des sanctions pénales, Editions juridiques de l’Université de Liège,
Liège, 2002, pp. 95 – 101.
criminalité économique : ainsi en est-il du faux en écritures192 et de la corruption privée193 ou
publique194. Le droit pénal spécial aura sa part aussi à travers, par exemple, les fraudes à la
métrologie déjà citées195. On relève également, de nombreuses pratiques « économiques ou
financières » sanctionnées pénalement : blanchiment d’argent196, infractions liées à l’état de
faillite197, organisation d’insolvabilité198… Notons la faculté pour le juge dans l’essentiel des
affaires évoquées de faire application de l’Arrêté royal n°22 du 24 octobre 1934 relatif à
l’interdiction judiciaire d’exercer certaines fonctions, professions ou activités.

 Quant au sanctions administratives – décidées par l’Administration sans intervention


préalable d’un magistrat – elles peuvent être pécuniaires – les transactions ou les amendes
fiscales (exemple : art. 116, loi du 14/07/1991 sur les pratiques du commerce) – porter sur
l’exercice d’un droit (exemple : révocation de l’autorisation d’entrepositaire agréé, article 22,
loi du 10/06/1997 relative au régime général, à la détention, à la circulation et aux contrôles
des produits soumis à accises) ou être de nature accessoire telles certaines confiscations
(exemple : art 39 de la loi du 10/06/1997 précitée)

 Les sanctions civiles, soit l’exercice ou le rétablissement d’un droit, se traduiront


essentiellement ici par la récupération de l’impôt (majoré d’intérêts de retards et de frais
divers de recouvrement); nonobstant bien sûr les applications qui pourraient être faites des
articles 1382 à 1384 du code civil.199

II nous faut maintenant mettre en exergue différents problèmes en amont de ces peines qui
influencent l’effectivité des normes :

 La pléthore de normes fiscales et administratives – à laquelle participe


l’européanisation – et qui déstabilise les acteurs « des deux côtés de la barrière », multipliant
les litiges et encombrant les structures chargées de lutter contre la fraude. Ce n’est pas un
hasard si, en 2000, Alain Zenner endossait en une même locution le titre de Commissaire du
Gouvernement adjoint au Ministre des Finances chargé de la simplification des procédures
fiscales et de la lutte contre la grande fraude fiscale. A cet égard, les réflexions de Philippe
Lambrecht, Secrétaire général de la Fédération des Entreprises de Belgique, sont
illustratives : « (…) l'évolution législative actuelle est inquiétante. Nous ne nous étonnons plus
du volume déraisonnable des lois, décrets et règlements de toutes sortes publiés chaque
année au Moniteur. La plupart des juristes ont dû, par la force des choses, se spécialiser.
Malgré cela, nous avons parfois du mal à nous tenir au courant des nouveautés (…) Le
domaine du droit, à la différence de l'euro, ne dispose pas d'une Banque Centrale Européenne
pour le protéger contre l'utilisation de la planche à billet législative »(…) Sans vouloir, comme
Montesquieu, ne toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes, ne devrions-nous pas nous
interroger sur l'efficacité des lois et sur leur neutralité concurrentielle, avant de les adopter
?200 ».

 La moindre priorité supposée des dossiers « écofin » repose plus sur le sentiment de
certains acteurs que sur une réalité statistique difficile à cerner. Néanmoins une étude
menée sous l’égide du Professeur Ponsaers201 fournit une source possible à l’idée d’une
criminalité économique moins réprimée : « (…) force est de constater que le nombre de
procès verbaux est extrêmement limité pour une partie importante des services spéciaux

192
Art. 193 – 214 du Code pénal de 1867.
193
Art. 504 bis et ter du code pénal de 1867
194
Art. 246 – 253 du Code pénal de 1867
195
A titre d’exemple la loi du 16 juin 1970 sur les unités, étalons et instruments de mesure comporte des
dispositions pénales (articles 26 à 29).
196
Loi du 11 janvier 1993 relative à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de
capitaux.
197
Art. 189 – 490 du Code pénal de 1867.
198
Art. 490 bis du code pénal de 1867
199
Code civil du 21 mars 1804 - Titre IV des engagements qui se forment sans convention – Chapitre 2 des délits
et des quasi-délits.
200
LAMBRECHTS P., « Editorial », in Lettre d’information juridique de la Commission de droit commercial du
barreau de Bruxelles, janvier 2004, pp. 1-2.
201
PONSAERS P., DE KEULENAER S., VANHAVERBEKE W., Services spéciaux d’inspection : étude empirique
sur leurs habitudes en matière de verbalisation, Services fédéraux des affaires scientifiques, techniques et
culturelles, Bruxelles, 2003.
d'inspection étudiés. Des explications de ces nombres réduits peuvent être que (1) les
services spéciaux d'inspection ne sont pas en mesure d'exercer correctement leur tâche de
contrôle, ce qui fait que peu d'infractions sont constatées; que (2) peu d'infractions pouvant
faire l'objet de poursuites pénales sont constatées et que (3) les services spéciaux
d'inspection préfèrent tendre à une régularisation en dehors du droit pénal. Les
questionnaires ont fait apparaître qu'une partie importante des services spéciaux
d'inspection interrogés préférait en effet, si possible, une telle manière de procéder 202».
 Le poids de certaines procédures telle l’obligation pour les fonctionnaires de l’ISI ou
de l’AFER de demander l’autorisation du Directeur régional203 avant de dénoncer au Parquet
«les faits pénalement punissables aux termes des lois fiscales et des arrêtés pris pour leur
exécution » et ce en dérogation à la portée générale de l’article 29 du Code d'instruction
criminelle qui fait normalement obligation à tout fonctionnaire d’aviser sur le champ le
Procureur du Roi des crimes ou délits dont il aurait connaissance. On notera cependant que
l’Administration des Douanes et accises n’est pas visée par la restriction.

 La concurrence entre la lex spécialis et le droit pénal commun (même s’il existe une
prééminence doctrinale et souvent jurisprudentielle de la première) dont on trouve un
exemple significatif dans la matière du faux en écriture ; Ainsi, peut-il y avoir concurrence
entre les articles 193 à 197 du Code pénal qui emportent des peines de réclusion criminelle
et, en matière TVA l’article 73 bis de la loi du 3 juillet 1969 qui prévoit « de un mois à 5 ans
d’emprisonnement et 250 à 12.500 € ou une de ces peines seulement » pour celui qui
« aura commis un faux en écritures publiques, de commerce ou privées, ou qui aura fait
usage d’un tel faux ». Quant aux accises, la loi du 10 juin 1997 relative au régime général, à
la détention, à la circulation et aux contrôles des produits soumis à accises prévoit en son
article 39 « lorsque le transport s’effectue sous le couvert de documents faux ou falsifiés »
(un fait d’usage donc) une peine « d'emprisonnement de quatre mois à un an »

 La poursuite d’objectifs différents sur un même terrain par des organes – en quasi-
concurrence parfois – dont les finalités sont différentes : dominées par une logique de
répression de l’infraction pour certains et une préoccupation plus économique (de
recouvrement de l’impôt) pour d’autres ou un souci technique (que l’on pourrait alors qualifier
de souci de conformité). A ce sujet, la Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la
criminalité organisée relevait déjà que « il semble que chacun poursuive ses objectifs, à
savoir pour les administrations fiscales la perception de l’impôt et pour le Ministère des
Affaires économiques la surveillance du bon fonctionnement du marché et de l’absence de
distorsion de concurrence »204. Plus récemment, la professeur Ponsaers et son équipe
pointaient « l’absence de concertation en matière de priorités entre un grand nombre de
services spéciaux d’inspection et les parquets»205.

Le sentiment qui domine est la confusion, susceptible d’entretenir un certain


sentiment d’impunité chez le délinquant potentiel – basé sans doute sur de fausses
prémisses – mais propre à faire pencher la balance du mauvais côté : le calcul de rentabilité
brute, si l’on ose dire, en matière de fraude pétrolière est, quant à lui, d’accès facile.

Cette fraude contextuelle et donc hétérogène a suscité en réaction la spécialisation extrême


des outils de son contrôle. Nous avons constaté que le fer a été porté en priorité – non sans
raison – dans le domaine de la TVA et des accises avec pour résultat, quant à la première, la
disparition quasi-complète du déficit précédemment détecté (cfr. Supra). La question est
alors de savoir si des outils aussi pointus que ceux-là auront l’adaptabilité voulue face à un
déplacement de cette criminalité largement perçu comme inéluctable.

Nous désirons aussi attirer l’attention du lecteur sur l’implication du secteur privé. Par
exemple, reconnue comme témoin privilégié, la FPB ne participe pas seulement à
l’élaboration de la politique générale du secteur mais également aux aspects juridictionnels

202
PONSAERS P., DE KEULENAER S., VANHAVERBEKE W., op.cit., p. 7.
203
Art. 10 de la loi du 23 mars 1999 relative à l’organisation judiciaire en matière fiscale modifiant l'article 29,
alinéa 2, du Code d'instruction criminelle.
204
SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en
Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-1999, p. 280.
205
PONSAERS P., DE KEULENAER S., VANHAVERBEKE W., op.cit., p. 4.
(via le Conseil de la Concurrence) et judiciaires lorsqu’elle est partie prenante dans la
création d’outils de discrimination qui seront utilisés par les agents répressifs ; comme la
base de données PETRIS ou le PWS (cfr. Annexe 3, « Le contrôle en matière de fraudes
pétrolières et son évolution »). Nous désirons insister sur le fait qu’il n’y a là nul jugement de
valeur mais le constat d’un important changement de mentalité.

2. Quant à l’existence d’organisations criminelles : nous sortons de notre modeste


étude plus réservé. Sans relancer un débat en profondeur sur ce que recouvre ces termes,
et après avoir rappelé qu’il n’y a pas de consensus à ce sujet, nous rejoindrions plutôt l’idée
que « le crime organisé est avant tout un crime organisateur de l’environnement où il
s’exporte »206 comme le soulignait Jean-Paul Brodeur après une analyse critique de la liste
de l’Union Européenne sur les caractéristiques des organisations criminelles. Il nous semble
en tous cas que le schème qui renvoie à des organisations stables, faites pour durer et
créées pour générer des profits à partir de faits criminels dans le domaine pétrolier n’est pas
ce que nous avons rencontré.
Plus précisément, ce sont les aspects liés à la stabilité et au volontarisme qui « font défaut ».

Par contre, les traces d’associations plus volatiles, fondées sur des besoins ponctuels sont
plus nombreuses. Même lorsqu’ils les qualifient telles, ces organisations criminelles
apparaissent moins stables aux yeux de nombreux acteurs.
Nous désirons renverser la proposition : elles nous apparaissent surtout comme plus
adaptables, plus à même de se couler dans les failles du système, d'adopter des niches
écologiques sans qu’un exosquelette organisationnel viennent les gêner aux entournures.

De cela, certains décideurs ont en tous cas perçu une rapidité d’action, plus que la fluidité
des relations. C’est sans doute ainsi que la rapidité d'intervention est devenue une priorité.

Ainsi, se sont développés ces deux principes de la réaction sociale dans le domaine
des fraudes aux huiles minérales : spécialisation et célérité. Et, de fait, les structures en
place trouvent avec un temps de réaction de plus en plus court ce pour quoi elle ont été
créées: des carrousels TVA pour la 10ème Inspection de l’ISI et des usines « à frauder les
accises » pour les Douanes Elles trouvent aussi des organisations criminelles, ou à tout le
moins des organisateurs. Rappelons que dans les dossiers évoqués, lorsque des éléments
stables ont été trouvés – et ils ne se sont jamais révélés être l’ensemble d’un système – leur
structuration existait le plus souvent indépendamment d’activités criminelles car fondée sur
des liens familiaux.

B/ Prospective.

Dans le même temps, on peut formuler l’hypothèse que les marchés concernés se recréent
ailleurs, s'adaptent, les « investisseurs » esquivent, évitent les portefeuilles à risque et
placent leur capital sur des projets plus prometteurs. Ainsi lu, le dossier évoqué plus haut
quant aux « mélanges » est-il un épiphénomène, l’ébauche d’un déplacement ou un
paquebot rouge passant dans la nuit et entr’aperçu par un vigile alors que nos radars ne sont
conçus que pour les navires peints en bleu ? Dans ce cas, il s’agirait moins d’un
déplacement que d’une façon d’être et quant à nous, il ne nous est possible de détecter que
ce que nous concevons.

Si nous poursuivons dans cette voie, on peut légitimement se demander ce que la volonté de
certains acteurs de lier l’essentiel de la délinquance économique dite organisée au
financement du terrorisme aura comme incidence sur ce que nous trouverons demain.

C’est que c’est à tous niveaux que ces notions de spécialisation et de vitesse gagnent:
l'appareil judiciaire. Ainsi, des voix s’élèvent en faveur de juridictions pénales économiques :
« si l'on a à faire à des magistrats spécialisés dans la délinquance économique, nous
intégrerons davantage l'atteinte à l'équilibre de la société et les ravages qui peuvent résulter

206
COLLECTIF, Crime et sécurité l’état des savoirs – sous la direction de Laurent Mucchielli et Philippe Robert,
éditions la découverte, coll. textes à l’appui, série l’état des savoirs, Paris, 2002, p. 245.
de pareille criminalité. Cela justifie un traitement particulier qui aille au-delà de la simple
constitution de sections Ecofin au sein des parquets » 207.

Nous ne nions ni l’intérêt de professionnels mieux formés ni les résultats obtenus. Mais,
nous pensons qu’il peut y avoir plusieurs branches à un arbre stratégique, plusieurs voies
vers le succès. Ainsi, il en est peut-être une plus en phase avec certains changements
sociétaux évoqués par Jean de Maillard qui, dans son ouvrage sur l’avenir du crime208, nous
renvoie à une description de notre présent en construction qu’il traduit pour notre
compréhension à l’image d’une société qualifiée de fractale « c’est-à-dire que chaque partie
est la réplique du tout. La définition des valeurs, des inconscients ne se fait donc plus au
niveau national, mais à l’intérieur de chaque communauté/réseau. Par conséquent,
l’ancienne représentation du crime n’est plus valable »209. « En clair, il ne reste plus que des
communautés qui font leur propre police, et dégagent des modèles de conformité(s)
sociale(s). Pour obtenir des droits, la stratégie consiste à faire partie d'un groupe, d'une
communauté, d'un réseau susceptible d'être reconnu socialement »210

Dans cette perspective, trouver un plan commun d’existence – et donc potentiellement


d’action – avec la criminalité en devenir passerait non par la création de nouveaux organes
mais par le renforcement des forces de cohésion entre ceux qui existent, la création de
réseaux. Et entre les réseaux, d’autres réseaux ; en fractale.
Le binôme Métrologie-Douane pourrait illustrer le premier niveau : fruit d’une collaboration à
la mesure exacte du profit des parties – parce que librement consentie et donc naturellement
ajustée – il ne sera jamais un organe inutile. S’il s’avérait qu’il remplit tellement bien sa
mission que les fraudes ainsi poursuivies devaient disparaître (ce qui est, en somme, sa
finalité) il pourrait lui aussi s’évanouir – et être recréé aussitôt en cas de besoin – sans
grever en attendant le budget de l’Etat. Ceci plaide pour une autonomie plus large des
Administrations qui ont ici, avec le succès que l’on sait et en toute transparence, utilisé une
« zone de liberté ». Cela pourrait en tous cas les mettre plus en phase avec la criminalité
organisée – ou organisante – qui ne fait rien d’autre lorsqu’elle profite de conditions
favorables et d’intérêts communs
Les systèmes PWS et PETRIS (cfr. Annexe 3, « le contrôle en matière de fraudes pétrolières
et son évolution ») peuvent constituer un exemple de second niveau (réseau de réseaux) où
une dichotomie public-privé perdrait de sa pertinence.

De même, cette voie implique une autonomie largement accrue pour les îlots, les nœuds de
communication de cette toile vibrante et attentive aux changements. Plutôt en effet que de
multiplier des structures de contrôle (qui gardera les gardes ?) en regard de pouvoirs
spéciaux (nous pensons aux techniques spéciales d’enquêtes), le choix pourrait être fait de
développer l’éthique (qui seule constitue un réel garant contre son propre manque : le reste
ayant des allures de pis-aller), d'entretenir plutôt celle qui existe et que nous avons rencontré
chez tous ces acteurs soucieux de servir loyalement mais empêtrés dans leur armure.
A côté de la spécialisation, nous prônerions ainsi un réel pouvoir d’initiative.

Quant à la rapidité d’intervention, elle pourrait être mieux servie par une occupation du
terrain, une instantanéité en somme, qui ne peut être atteinte que par l’entretien d’un
système en réseau, en résonance. Cela n’aurait de sens, rappelons-le, que de manière
transnationale.
Un tel partage pourrait lui aussi être porteur d’éthique, garant de démocratie : quant une
information est diffusée, les pratiques qui la fondent sont soumises à l’appréciation des pairs.
Un telle conception permettrait peut-être aussi d’évacuer la notion d’urgence ; nous gardons
en effet à l’esprit la réflexion de Bruno Dayez qui – dans un cadre différent – relève que « la
focalisation sur des dossiers prétendument urgents sert à renvoyer tout le reste à plus tard,
voire à jamais »211.

207
« Jean-Claude Viseur : créer des juridictions économiques », L’Echo, 26 mai 2001.
208
DE MAILLARD J., L’avenir du crime, Flammarion, Paris, 1997.
209
« Repenser le crime : conférence-débat », DE MAILLARD J., Université Catholique de Louvain le 17
décembre 1998.
210
« Conférence-débat », DE MAILLARD J., Centre Social de Cosne le 15 mars 2002.
211
« La justice toute nue », « Le Vif – l’Express », 5 novembre 2004.
Tout cela, c’est prendre le « risque » aussi d’un système moins « corseté », où les réponses
ne sont pas nécessairement en termes de respect de droits mais d’équité ; prendre le risque
de découvrir, qui sait, des fraudes illégitimes mais équitables.

En définitive, Le marché pétrolier apparaît surtout exemplatif: ce n’est pas tant qu’il soit
opaque (ou opacifié), c’est que nous ne pouvons le lire avec nos représentations actuelles.
Empruntant l’image à Michael Dantinne, nous dirions que « nous pensons en francs belges
alors que nous devrions penser en euros ». Au surplus, le pétrole est le fluide qui circule
dans les veines du marbre qui va du socle de la statue à la pointe du flambeau : irriguant
toutes les strates de notre société il a un effet révélateur sur ses mutations.
BIBLIOGRAPHIE.

1. Les ouvrages.

ADMINSITRATION DES DOUANES ET ACCISES, Fraudes en matière d’huiles minérales –


exemples, documentation interne non datée.

ADMINSITRATION DES DOUANES ET ACCISES, rapport annuel 2002, Service Public


Fédéral Finances, Bruxelles, 2002.

AL-OTAÏBA M-S., Le pétrole et l’économie des Emirats Arabes Unis, Hachette, Paris,1980

ANGELIER J-P., Le pétrole, Cyclope, Economica, Paris,1990.

ANONYME, Anep 2002 – European oil and gas Yearbook, Urban-Verlag, Hamburg, 2002.

ANONYME, Code accises huiles minérales, Ministère des Finances, Administration des
Douanes et Accises, Bruxelles, 1994.

ANONYME, Code accises mouvements, Service Public Fédéral Finances, Administration


des Douanes et Accises, Bruxelles, 2004.

ANONYME, Le pétrole, Encarta, Microsoft Corporation, 2003.

ANONYME, vade-mecum de l’entreprise, SPF Economie, PME, Classes Moyennes et


Energie, vol. I et II, Bruxelles, 2004.

BARILARI A., Le consentement à l’impôt, Presses de sciences politiques, Collection la


bibliothèque du Citoyen, Paris, 2000.

BECKER H-S., Outsiders – Etude de sociologie de la déviance, Editions A.M. Metailie, Coll.
Observations, Paris, 1985.

BENQUET P. et LAURENCEAU T., Pétroliers de la honte – La loi du silence , Editions n°1,


Paris, 1994.

BENISSAD M-E., Eléments d’économie pétrolière : les hydrocarbures, présent et futur,


Economica, Paris, 1981.

BERGIER J. et THOMAS B., La guerre secrète du pétrole, Denoël, Paris, 1968.

BLIN L., Le pétrole du golfe – guerre et pais au Moyen-Orient, Maisonneuve et Larose, Paris,
1996

BONGER W-A., Criminalité et conditions économiques, Maas et Van Suchtelen, Amsterdam,


1905.

COLLECTIF, Crime et sécurité l’état des savoirs – sous la direction de Laurent Mucchielli et
Philippe Robert, éditions la découverte, coll. textes à l’appui, série l’état des savoirs, Paris,
2002.

COMITE PERMANENT DE CONTRÔLE DES SERVICES DE RENSEIGNEMENTS, Rapport


d’activités 2003, Bruxelles, 2004.

CONSEIL DE LA CONCURRENCE, Rapport annuel du Conseil de la concurrence - année


2002, Bruxelles, 2003.

CONSEIL DE LA CONCURRENCE, Rapport annuel du Conseil de la concurrence - année


2001, Bruxelles, 2002.
CONSEIL DE LA CONCURRENCE, Rapport annuel du Conseil de la concurrence - année
2000, Bruxelles, 2001.

CORNU G., Vocabulaire juridique, Presses Universitaires de France, Quadrige, Paris, 2002.

COUR DES COMPTES, Les accises sur les huiles minérales – Une radiographie du
contrôle – Examen conjoint Cour des Comptes et Rekenkamer , Bruxelles, novembre 2003.

DALEMONT E. et CARRIE J., L’économie du pétrole, Presse Universitaires de France, Que


sais-je ?, Paris, 1984.

DE LAUNAY J. et CHARLIER J-M., Histoire secrète du pétrole, Presses de la Cité,


Document, Paris, 1985.

DE MAILLARD J., L’avenir du crime, Flammarion, Paris, 1997.

DE MAILLARD J., Le marché fait sa loi, Mille et Une nuits, Paris, 2001.

DIRECTION GENERALE DE L’ENERGIE, Pétrole 2003 – Les faits et les chiffres, la politique
et les tableaux des données, SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie –
Direction générale de l’Energie, Division Pétrole, Bruxelles, 2004.

DIVISION DE LA POLICE DE L’ENVIRONNEMENT, Rapport d’activités 2003, Direction


générale des Ressources naturelles et de l'Environnement du Ministère de la Région
wallonne, Jambes, 2003.

DUROUSSET M., Le marché du pétrole, Elipses Edition, collection Histégé, Paris, 1999..

EUROPEAN ENVIRONMENT AGENCY, Ten key transport and environment issues for
policy-makers, Copenhague, Rapport du 19 avril 2004.

FAPETRO, Rapport d’activités du Fonds d’analyse des produits pétroliers, Bruxelles, 2002.

FEDERATION PETROLIERE BELGE, Rapport annuel, Bruxelles, 2003.

FLAMENT C., Le rôle de la Métrologie dans la lutte contre les fraudes pétrolières, Service
Public Fédéral Economie, PME, Classes moyennes et Energie – Administration de la Qualité
et de la Sécurité, Division Métrologie- service extérieur de vérification section Sud, rapport
du 20 décembre 2004.

FLAMENT C., La Métrologie et les fraudes dans le secteur pétrolier, Ministère des Affaires
Economiques – Administration de la Qualité et de la Sécurité, Division Métrologie- service
extérieur de vérification section Sud, rapport du 26 novembre 2000.

GERARD M., Fiscalité et gestion d’entreprise, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-


Neuve, 2002.

GOUREVITCH J-C., L’économie informelle, Le Pré aux clercs, Paris, 2002..

GREGOIRE D., La problématique de la fraude fiscale dans le secteur pétrolier au sein de


l’union européenne : l’exemple de la Belgique, Université Catholique de Louvain –
département d’Administration et de Gestion, Louvain-la-Neuve, 2004.

IFA, Formations 2004, Service Public Fédéral Personnel et Organisation - Institut de


formation de l’Administration fédérale, Bruxelles, 2003.

IFP (Institut français du pétrole), Panorama 2004, Paris, 2004.


JOLY E., Est-ce dans ce monde là que nous voulons vivre ?, Les Arènes, folio documents,
Paris, 2003

LAULAN Y., La triche – A qui profite la crise ?, J.C. Lattès, collection Document
contemporain, Paris, 1981.

KELLENS G., « Une analyse des procédures collectives du point de vue du sociologue »,
dans fraudes et entreprises – Mise en cause des organes internes et externes, Université de
Liège, journée d’étude du 30 mai 2002 .

KELLENS G., Punir – Pénologie et droit des sanctions pénales, Editions juridiques de
l’Université de Liège, Liège, 2002.

KELLENS G., Eléments de criminologie, Bruylant – Erasme, Collection Espaces droit,


Bruxelles, 1998.

KELLENS G., Qu’as-tu fait de ton frère, Pierre Mardaga Editeur, Psychologie et sciences
humaines, Bruxelles, 1986.

KLARE M-T., Resource Wars, Metropolitan Books, New-York, 2001.

LOMBARD F., Criminologie, Université de Lille II – Faculté des Sciences Juridiques,


Politiques et Sociales, Lille, 2000.

MACQUET C. et VRANCKEN D., Les formes de l’échange – Contrôle social et modèles de


subjectivation, Les éditions de l’Université de Liège, Sociopolis, Liège, 2003.

MOUSTIER M., l’analyse criminelle en matière de Douanes et accises, Ministère des


Finances, Ecole nationale de fiscalité et des Finances, Bruxelles, 2000.

NGO C., l’énergie, ressources, technologies et environnement, Dunod, Paris, 2004.

PALIGOT J., La décoloration du gasoil de chauffage - document interne, Administration des


Douanes et accises, Inspection des Recherches Huiles Minérales, Liège, 2004.

PONCIONI P., La coloration et la marquage de l’huile de chauffage extra-légère – travail de


séminaire, Direction générale des Douanes Suisses, Berne, 2002.

PONSAERS P., DE KEULENAER S., VANHAVERBEKE W., Services spéciaux


d’inspection : étude empirique sur leurs habitudes en matière de verbalisation, Services
fédéraux des affaires scientifiques, techniques et culturelles, Bruxelles, 2003.

ROCQUET A., De la pertinence de politique répressive sur la formation de carrières


délinquantes, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Paris, 2003.

ROUSSELOT G., Le pétrole va-t-il révolutionner le monde ?, Editions de l’Hèbe, La


Question, Grolley, 2004.

RUGGIERO V., Crime and markets. Essays in Anti-Criminology, Oxford University Press,
Oxford, 2000.

SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité


organisée en Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-
1999.

SENAT DE BELGIQUE, Session 2003-2004 – questions et réponses - document N. 3-21, 10


août 2004.

SERVICE PUBLIC FEDERAL ECONOMIE, PME, CLASSES MOYENNES ET ENERGIE,


rapport annuel, Bruxelles, 2003.
SERVICE PUBLIC FEDERAL JUSTICE, Rapport annuel 2003 – la criminalité organisée en
Belgique en 2002, Bruxelles, 2004.

SILLAMY N., Dictionnaire usuel de psychologie, Bordas, Paris, 1983.

SURLEMONT B., LEMAITRE A., WACQUIER H., La criminalité contre les PME: Étude
exploratoire de victimisation et de prévention en Belgique francophone, Université de Liège,
Centre de Recherche PME et d'Entrepreneuriat, Service de Criminologie, 2001.

UNIVERSITE DE LIEGE, Fraudes et entreprises – Mise en cause des organes internes et


externes, documentation de la journée d’étude du 30 mai 2002.

UYTTERSPROT W. et DE DOBBELEER G., TVA et mécanismes de fraudes – Formation


des Inspecteurs stagiaires, Inspection Spéciale des Impôts, Bruxelles, 2002.

VALENDUC Ch. et DELODDERE E., Mémento fiscal, Service d’Etudes et de Documentation


du Service Public Fédéral Finances, Bruxelles, 2004.

WORLD PETROLEUM CONGRESS, Proceedings of the Fifteenth World Petroleum


Congress - Organization – Plenary addresses, vol. 1, 1997.

YERGIN D., The Prize, the epic quest for oil, money and power, Touchstone book, New-
York, 1992..

ZENNER A., Pour une nouvelle culture fiscale – Simplification des procédures fiscales et
lutte contre la grande fraude fiscale - Plan d’action du Commissaire du Gouvernement,
Ministère des Finances, Bruxelles, 2001.

2. Les articles de revues.

ALALHETTO T., « Economic Crime: does personality mater », in International Journal of


Offender Therapy and Corporative Criminology, vol. 47, n°3, 2003, pp. 335 – 355.

ANONYME, « Alain Zenner : lutter contre la grande fraude est plus efficace, plus méritoire et
plus motivant », in Combustibles, n°2, 2001, pp. 2 -3.

ANONYME, « Une économie grise croissante comme dans l’OCDE », in Elargissement,


n°51, 2003, édition électronique.

BACHER J-L., « Le délinquant économique est-il d’âge canonique ? », in Criminologie, vol.


35, n°1, 2002, pp. 89 – 116.

BECKER G.S, « Crime and punishment: an economic approach », in journal of political


economy, vol. 76, 1968, pp. 169 - 217.

BLANC C., « entretien avec Nicolas Sarkis – Directeur du Centre arabe d’études pétrolières
et de la revue Pétrole et gaz arabes », in La lettre Sentinel, n°4, 2003, édition électronique,

BRODEUR J-P., « Organized crime: trends in the literature », in Annales Internationales de


Criminologie, vol. 35 ½, 1997, pp. 89 – 129.

CARO J-Y., « La théorie économique du crime – note critique », in Sociologie du travail, n°


spécial 1/81, 1980, édition électronique.

CARROZZO S., « Fraudes pétrolières en Belgique : des combines qui valent de l’or noir », in
La lettre du Blanchiment, n°15, 2001, p. 6.
CHAUPRADE A., « Géopolitique de l’Iran », in La lettre Sentinel, n°6, 2003, édition
électronique.

COLLIEUX R., « Haute tension sur le prix du pétrole », in Conjoncture, n°9, 1999, pp. 43 –
47.

FAVAREL-GUARRIGUES G., « La criminalité organisée transnationale : un concept à


enterrer ? », in L’Economie Politique, n°15, 2002, pp. 8 – 21.

GRABOSKY P., « Preventing and controlling crimes against the environment », in Annales
Internationales de Criminologie, vol. 41 ½, 2003, pp. 225 – 247.

JAMOULE P., « Business is business. Enjeux et règles de l’économie clandestine », in


Déviance et société, vol. 7, n°3, 2003, 297 – 311.

LAMBRECHTS P., « Editorial », in Lettre d’information juridique de la Commission de droit


commercial du barreau de Bruxelles, janvier 2004, pp. 1-2.

ORANGE R., « Oil supply to peak sooner than we think, says BP scientist », in The
Business, 7 novembre 2004, édition électronique.

PHILIPSEN F., « Lutte contre la fraude fiscale, l’approche belge », in Revue belge de
Sécurité sociale, n° 3, 2003, pp. 771-782.

PIRONET O., « L’empire contre l’Irak – cahier documentaire sur le golfe», in Le Monde
diplomatique, mai 2001, édition électronique.

PONSAERS P., « La criminalité économique et financière en Europe », in Gern Flash, n°10,


2002, édition électronique.

QUELOZ N., « A-t-on encore des raisons de distinguer criminalités économique et


organisée ?», in Les Cahiers de la sécurité intérieure, n° 36, 1999, pp 21 – 39.

SARKIS N., « La guerre risque de fragiliser les positions françaises en Irak au profit des
compagnies américaines », in La lettre Sentinel, n°4, 2003, édition électronique.

STAELENS F., « Fraude à la TVA – Organisation et blanchiment de ses revenus », in Guide


pratique de fiscalité, n°98/12, 1998, pp. 22 – 83.

VAN CAYSEELE et MISTIAEN P, « De programma-overeenkomst petroleumproducten »,


rapport interne - Katholieke Universiteit Leuven, 2001, pp. 1 – 124.

VANDEN BERGHEN, « Comment rechercher l’information scientifique », in Athena –


recherche et développement technologique, n° 205, 2004, pp. 139 – 140.

3. Les articles et communiqués de presse.

« Carburants : la traque », La Dernière Heure, 21 février 2001.

« Carburants : pas brillant ! – Trois fois plus d’échantillons aux pompes non-conformes en
2001 », La Dernière Heure, 25 avril 2002.

« Carrousel des fraudes à la TVA et pétrolières », La Dernière Heure, 6 novembre 2001.

« Chant du cygne pour Ioukos », La Libre Belgique, 22 juillet 2004.

«Comment les spéculateurs ont kidnappé le prix du pétrole », Trends tendances, 7 octobre
2004.
« Diesel mélangé et essence au benzène », La Dernière Heure, 20 et 21 novembre 2004.

« Energie – le respect du stockage stratégique sous contrôle », Le Soir, 19 juin 2001.

« Energie : les chiffres ne mentent pas », La Libre Belgique, 10 et 11 juillet 2004.

« En Russie, la roue de la fortune tourne », Le Nouvel Observateur, n° 216, janvier 2004.

« Fraude pétrolière », Fédération Pétrolière Belge, communiqué de presse du 14 décembre


1998.

« Gasoil rouge : 2.000 fraudeurs », La Dernière Heure, 22 août 2002.

« Hold-up quotidien de la mafia pakistanaise du pétrole », Alternative libertaire, n°216, avril


1999.

« Insuffisance de stockage des produits pétroliers », L’Echo, 30 mars 2001.

« Jean-Claude Viseur : créer des juridictions économiques », L’Echo, 26 mai 2001.

« Juge sous protection au Pakistan », La Dernière Heure, 30 novembre 2004.

« Justice – Marc Verwilghen commente le rapport 2000 devant la Commission sénatoriale de


suivi », Le Soir, 21 février 2002.

« La dernière extinction – opération : nature et futur - WWF », dossier de presse du 25 avril


2003.

« La Fédération pétrolière belge plaide pour une intensification de la lutte contre la fraude
pétrolière », Fédération Pétrolière Belge, communiqué de presse du 15 janvier 2003.

« La fin du pétrole bon marché », Le Vif – L’Express, 13 août 2004.

« La justice toute nue », « Le Vif – l’Express », 5 novembre 2004.

« La lutte contre la fraude », Fédération Pétrolière Belge, communiqué de presse de


novembre 2004.

« La renaissance russe par le brut », Le Soir, 26 et 27 juillet 2003.

« La roue de la fortune », Trends Tendances, 15 avril 1999.

« Le juste prix de la justice financière », Le Vif / L’express, 31 mai 2002.

« Le mazout trafiqué : un filon qui rapporte vraiment très gros », La Nouvelle Gazette - La
Province, 9 et 10 mars 2002

« Le monde pour l’homme ou l’homme pour le monde ? », L’Echo, 24 et 25 novembre 2001.

« Le pétrole chauffe gaz et mazout », Le Soir, 14 et 15 août 2004.

« Le pétrole mondial à la merci de guérilleros », Le Monde, 12 octobre 2004.

« Les professionnels de la route grimacent », La Libre Belgique, 16 et 17 octobre 2004.

« Les pompistes lancent un cri d’alarme », L’Echo, 30 juillet 1998.

« Les réserves pétrolières belges insuffisantes aux yeux de l’Europe », L’Echo, 17 août
2000.
« L’Etat rentre gagnant grâce au pétrole », L’Echo, 31 août 2004.

« L’or noir flirte avec les 50 dollars – les pétro-douleurs et les pétrodollars », Le Soir, 21 et 22
août 2004.

« Moins d’accises sur les carburants ? ‘’Un leurre’’ affirment les pétroliers », La Libre
Belgique, 20 et 21 novembre 2004.

« Non-conformité de 13,5 % des carburants », L’Echo, 10 et 11 mai 1997.

« Pas finie, le fièvre du pétrole brut ! », La Libre Entreprise, 7 août 2004.

« Prix pétroliers: pas assez de concurrence en Belgique? », L’Echo, 11 septembre 2001.

« Sale temps pour les cols blancs », L’Echo, 25 juillet 2002.

« Trafiquants de déchets », La Dernière Heure, jeudi 18 novembre 2004.

« Un air plus pur dans les villes de l'UE: la Commission contrôle l'Exposition de la
Population aux Polluants Atmosphériques en Europe (PEOPLE) », Commission européenne,
Référence: IP/02/1310, communiqué de presse du 17 septembre 2002.

« Un poisson dans le moteur », Libération, mercredi 9 octobre 2002.

« Un quart des entreprises belges victimes de fraudes – Journée d’études à l’ULG : résultats
de l’enquête PricewaterhouseCoopers Belgium », communiqué de presse du 5 juin 2002.

« Un réseau d’environnement en création », Info nouvelles – Police fédérale, 8 juillet 2003.

« 400 contrôles par jour », La Dernière Heure, 21 octobre 2004.

4. Les entretiens.

Les 6 septembre 2004 et 15 février 2005 avec M. José PALIGOT, Inspecteur principal –
Chef de service, Administration des Douanes et Accises – Inspection des Recherches –
Huiles minérales.

Le 15 septembre 2004 avec M. Jean-Louis MAISTRIAUX, Inspecteur principal,


Administration de l’Inspection spéciale des impôts.

Le 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la


Fédération Pétrolière Belge.

Le 28 octobre 2004 avec M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à


l’Inspection Spéciale des Impôts.

Le 28 octobre 2004 avec Monsieur Eric SONNET, Inspecteur au SPF Economie, PME,
Classes moyennes et Energie.
.
Le 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien
« huiles minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).

Le 21 décembre 2004 avec Monsieur le Commissaire Fons SCHOOVAERTS du Terrorism


Financing Unit (anciennement affecté à la Cellule de soutien « Huiles minérales » issue du
protocole du 20 juillet 2000 entre les SPF Justice et Finances).

Le 22 avril 2005 avec Monsieur Paul STORME, Président de l’Union Pétrolière Belge.
5. Les comptes-rendus de conférences.

« Conférence-débat », DE MAILLARD J., Centre Social de Cosne le 15 mars 2002.

« Criminalité organisée et économie délinquante », LEBLEUX D., exposé dans le cadre du


Séminaire de Jacques Sapir à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) le
29 mars 2004.

«La fraude carrousel » formation au SPF Finances sous la direction de Mme LIMBOURG,
Inspecteur principal et M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à
l’Inspection Spéciale des Impôts. Le 25 novembre 2004.

« L’analyse économétrique de la délinquance : une synthèse des résultats récents »,


FOUGERE D., KRAMARZ F., POUGET J., Communication au séminaire recherche de
l’Institut national de la statistique et des études économiques, Paris le 12 février 2004.

« Lutte contre la fraude TVA dans le secteur des huiles minérales », UYTTERSPROT W.,
exposé du 9 mars 2004 à l’Inspection spéciale des Impôts à Namur.

« Repenser le crime : conférence-débat », DE MAILLARD J., Université Catholique de


Louvain le 17 décembre 1998.

« Supporting Team Mineral Oil », BOGAERT F., Bruxelles le 27 mai 2004.

6. Les documents disponibles en ligne.

« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 2002 – 2003 »,


http://www.ctif-cfi.be/fr/ra/ra0203/integralfr.pdf, consulté le 7 octobre 2004.

« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 2001 – 2002 »,


http://www.ctif-cfi.be/fr/ra/ra0102/integral.PDF, consulté le 7 octobre 2004.

« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 2000 – 2001 »,.
http://www.ctif-cfi.be/fr/index.htm, consulté le 7 octobre 2004.

« Cellule de Traitement des Informations Financières, rapport annuel 1999 – 2000 / Chapitre
V - Typologies »,.
http://www.ctif-cfi.be/fr/ra/ra9900/chap5.PDF, consulté le 7 octobre 2004.

« Chambre des Représentants de Belgique - Note de politique générale », Doc 51


1371/005 »,
http://www.marcverwilghen.be/beleidsnota.pdf, consulté le 26 octobre 2004.

« Chambre des Représentants de Belgique - Projet de loi instaurant une cotisation unique à
charge du secteur pétrolier »,
http://www.lachambre.be/FLWB/pdf/50/1129/50K1129001.pdf, 18 juillet 2001.

« Circulaire interministérielle PLP 35 relative à la procédure de dépôt des plans zonaux de


sécurité et de leur approbation par les ministres de l’Intérieur et de la Justice »,
http://www.info-zone.be/wet/circu/circu-plp-F.htm, consulté le 23 février 2005.

« Commission des Communautés Européennes - Communication de la Commission –


Protection des intérêts financiers des Communautés – Lutte antifraude – Plan d’action pour
2001-2003 »,
http://europa.eu.int/comm/anti_fraud/reports/commission/ap_2001_2003/ap_fr.pdf, 15 mai
2001.

« Compensation de température : les contrôles ont débuté ! »,


http://www.brafco.be/fr/actualiteiten/nieuws_detail.asp?id=917, consulté le 19 février 2005.

« Crime organisé »,
http://www.intelligenceonline.fr/detail/detail_articles/p_detail.asp?DOC_I_ID=6625949&Conte
xt=ARC&ContextInfos=LMR|449&CodeAffilie=A_INDIGO&service=ART, consulté le 18
septembre 2004.

« Déclaration gouvernementale prononcée par le Premier Ministre Guy Verhofsdat - Une


Belgique créative et solidaire – Du souffle pour le pays »,
http://www.premier.fgov.be/fr/politics/20030710-accord_gov.pdf, le 14 juillet 2003.

« Dictionnaire suisse de politique sociale »,


http://www.socialinfo.ch/cgi-bin/dicoposso/, consulté le 20 février 2005.

« Expertise en matière de criminalité organisée »,


http://www.senate.be/magazine/2002_8/f08-27.html, consulté le 8 octobre 2004.

«Hervé Jamar - Note stratégique - Vers une fiscalité humaine par la modernisation »,
http://hervejamar.fgov.be/note_strategique.htm, consulté le 20 février 2005.

« Impôts – pourquoi être impatients de les payer »,


http://rdereel.free.fr/volIQ1.html, consulté le 20 février 2005.

« La fameuse ruse des automobilistes gallois »,


http://www.autoactu.com/index.php3, 9 octobre 2002.

« La reprise des huiles usagées »,


http://www.petrolfed.be/fr/frame.htm, consulté le 23 février 2005.

« La valse des intermédiaires pétroliers »,


http://www.intelligenceonline.fr/detail/detail_articles/p_detail.asp?DOC_I_ID=11154801&Cont
ext=ARC&ContextInfos=LMR|480&CodeAffilie=A_INDIGO&service=ART, consulté le 18
septembre 2004.

« Le remboursement des hausses d’accises aux transporteurs »,


http://www.petrolfed.be/fr/dossiers/Remboursement%20hausses%20d'accises.html, consulté
le 7 octobre 2004.

« Les grands axes économiques de la coalition violette issue des élections du 18 mai 2003 -
L’année sociale 2003, Institut de Sociologie – Université Libre de Bruxelles »,
http://www.ulb.ac.be/is/IV.153.165.pdf, consulté le 8 octobre 2004.

« Le stockage stratégique »,
http://www.petrolfed.be/fr/frame.htm, consulté le 7 octobre 2004.

« L’évolution du nombre de stations service »,


http://www.petrolfed.be/fr/dossiers/evolution%20nombre%20stations%20service.html,
consulté le 7 octobre 2004.

« Position du Parlement européen arrêtée en deuxième lecture le 8 avril 2003 en vue de


l’adoption de la décision du Parlement européen et du Conseil relative à l’informatisation des
mouvements et des contrôles des produits soumis à accises »,
http://europa.eu.int/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2004/ce064/ce06420040312fr00730073.pdf, consulté
le 6 novembre 2004.
« Proposition de Directive du Parlement européen et du Conseil relative aux services dans le
marché intérieur »,
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/pdf/2004/com2004_0002fr01.pdf, 13 février 2004.

« Remboursement des accises sur le gasoil professionnel »,


http://www.brafco.be/frames/frameset_fr.asp, consulté le 19 février 2005.

« Sénat de Belgique – annales des réunions publiques de commission – commission des


Finances et des Affaires économiques - demande d’explication de M.Hatry au Vice-premier
ministre et Ministre des Finances et du Commerce extérieur sur la fraude en matière de
Diesel »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/Registers/ViewReg.html&COLL=C&PUID=16777456&TI
D=16780189&POS=2&LANG=fr, 3 juillet 1996.

« Sénat de Belgique, Annales parlementaires, question orale de M. Mahoux au Vice-Premier


Ministre et Ministre des Finances et du Commerce Extérieur sur les déclarations du
Gouverneur de la Banque Nationale concernant l’économie souterraine - réponse de M.
Maystadt »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/Registers/ViewReg.html&COLL=H&PUID=16777303&TI
D=16781667&POS=1&LANG=fr, le 9 janvier 1997.

« Sénat de Belgique – Compte rendu analytique – Bulletin de Commission : la baisse du prix


du pétrole et le prix élevé des carburants à la pompe - n° 2-802 »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewTBlok&DATUM='12/20/2001'&TYP=cra
bv&VOLGNR=2&LANG=fr, 20 décembre 2001.

« Sénat de Belgique – session ordinaire 2004-2005 - Séances plénières : demande


d’explications de M. Hugo Vandenberghe à la Vice-Première ministre et ministre de la
Justice et au vice-premier ministre et ministre des Finances sur le blanchiment d’argent par
le biais d’un carrousel TVA à l’achat de carburant »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewTBlok&DATUM='11/25/2004'&TYP=cra
bv&VOLGNR=1&LANG=fr, jeudi 25 novembre 2004.

« Szabo - Sociologie de la délinquance»,


http://aejcpp.free.fr/articles/szabo.htm, consulté le 9 octobre 2004.

« Traité instituant la Communauté Européenne – version consolidée, Journal officiel n°C 325
du 24 décembre 2002 : Titre VI, -les règles communes sur la concurrence, la fiscalité et le
rapprochement des législations »,
http://europa.eu.int/eur-lex/lex/fr/treaties/dat/12002E/pdf/12002E_FR.pdf, consulté le 25
février 2005.

« 32 millions d’Euros pour combattre la fraude »,


http://www.rtl.be/Site/Pages/Article.asp?ID=64826&bArchives=1, consulté le 7 octobre 2004.

7. Les sites Internet.

http://www.aejcpp.free.fr - Site de l’Association Européenne de Jeunes Chercheurs en


Psychopathologie et Psychanalyse.

http://www.belgium.be – Portail Fédéral belge.

http://www.birmanie.net/ - site Actions Birmanie.

http://www.bofas.be - BOFAS est un fonds qui a été conçu à l’appui des stations-service
pour lesquelles existe une obligation légale en matière d’assainissement.

http://www.brafco.be – Fédération belge des négociants en combustibles et carburants.


http://www.confiscaid.be – Organe Central pour la Saisie et la Confiscation.

http://www.ctif-cfi.be - Cellule de Traitement des Informations Financières.

http://europa.eu.int – Portail de l’Union européenne.

http://www.firstbourse.com – Site d’analyse technique des marchés boursiers.

http://fiscus.fgov.be - Site des administrations fiscales fédérales.

http://www.iea.org – Agence internationale de l’énergie, cadre de coopération entre les 30


pays membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)
dans le domaine de l'énergie.

http://www.ifp.fr - L'Institut français du pétrole (IFP) est un Centre indépendant de recherche


et développement industriel, de formation et d'information dans les domaines du pétrole, du
gaz naturel et de l'automobile, dont les activités couvrent l'ensemble de la chaîne des
hydrocarbures : exploration, production, raffinage, pétrochimie, moteurs et utilisation des
produits pétroliers.

http://www.intelligenceonline.fr – publication privée (accès rémunéré) d’informations


politiques et économiques.

http://www.internationalcompetitionnetwork.org – site de l’ICN, organe de coordination


internationale en matière de concurrence.

http://jamar.mr/ - site du Secrétaire d’Etat adjoint au ministre des Finances ayant pour
missions la modernisation du département des Finances et la lutte contre la fraude fiscale.

http://www.mineco.fgov.be - site Internet du Service public fédéral Economie, PME, Classes


moyennes et Energie.

http://www.mobilit.fgov.be – Service Public Fédéral Mobilité et Transports.

http://www.monde-diplomatique.fr

http://www.ncjrs.org - National Criminal Service Reference Justice

http://www.ogci.org – Observatoire Géopolitique de la Criminalité Internationale.

http://www.pressbnaking.com - ensemble des bases de données (à accès rémunéré) de


publications qui ne sont pas encore présentes sur Internet et sont proposées dans le respect
des droits d’auteur (périodiques et agences de presse).

http://www.petrolfed.be – Site de la Fédération Pétrolière Belge.

http://www.poldoc.be – Portail documentaire de la Police fédérale.

http://www.statbel.fgov.be - site de l’institut national de statistique.

http://www.wcoomd.org – Organisation Mondiale des Douanes.

_____________________________________
Table des matières.

INTRODUCTION P. 1

I. OBJET DE LA RECHERCHE P. 4

A/ Comment, qui et pourquoi ? P. 5

B/ Quoi ? P. 7

C/ Quand ? P. 7

D/ Où ? P. 7

II. LA FRAUDE P. 8

A/ Ampleur du phénomène – ampleur du secteur P. 8.

B/ Généralités P. 10

C/ Les mécanismes de fraudes P. 13

6. Les fraudes à la TVA P. 13

Exemples réels banalisés P. 14


.
7. Les fraudes à la TVA et aux accises P. 18
.
a) Les exportations fictives P. 18

b) le carrousel en fin de course P. 20

c) le « bunkering » P. 20

8. Les fraudes aux accises P. 21

a) Importations irrégulières P. 21

b) Le DAA (document administratif d’accompagnement) P. 22

c) Colorant et marqueur P. 22

1/ Concept P. 22

2/ non adjonction P. 24

3/ substitution de produits d’accises avant la mise en consommation P. 25

4/ décolorations P. 25

Exemples réels banalisés. P. 27

d) usages illicites d’huiles minérales P. 28

e) Les mélanges P. 30

f) Fausses déclarations en matière de carburant professionnel P. 31


9. Les infractions induites P. 32

a) Infractions à caractère écologique P. 32

b) Les infractions financières P. 36

1/ le blanchiment d’argent comme indicateur P. 36

2/ la faillite comme moyen P. 37

3/ La fraude fiscale comme résultat P. 38

c) Les infractions connexes P. 39

10. Les autres fraudes P. 40

a) La métrologie P. 40

1/ généralités et débit P. 40

2/ les flux de marchandises P. 41

b) fraudes liées aux entreprises P. 45

1/ utilisation de l’entreprise au profit d’un autre acteur P. 46

2/ entreprise délinquante intra-muros P. 47

3/ entreprise délinquante extra-muros P. 51

III. CONCLUSIONS ET PROSPECTIVE P. 54

A/ Remarques conclusives P. 54

1. Quant à l’existence de la fraude P. 54

2. Quant à l’existence d’organisations criminelles P. 57

B/ Prospective P. 58

Bibliographie.

Table des matières.

Table des annexes.

Annexes.

_______________________________________
Table des annexes.

Annexe 1 : Composition des prix maxima des carburants en septembre 2004.

Annexe 2 : Document administratif d’accompagnement

Annexe 3 : « Le contrôle en matière de fraudes pétrolières et son évolution ».

Annexe 4 : Taux de TVA et d’accises dans l’Union européenne en mai 2004.

Annexe 5 : Installation de décoloration.

Annexe 6 : Table de conversion des mesures.

Annexe 7 : La distribution des carburants et des combustibles.

__________________________________
è : è s è Q à e è Q * S XSè(
N
s E N R 3 3 3 8 @ o N
N Q ô
.9
x
d d d @ - ô i É d d d c
o @ F F 6
a
o T
Ë o t s o o o o P E È 4 6
: @ o o o @ s x Y o o N
3
; É ç t a c t o - d
i P N o - €
É
-
.
gN :
ç - ï
É.
F À
à€ àe S S àe S S S ss sss
E s. s. N
g
3. 3. 3. 8. 8.{
og
N O N
ë I S F g +<t+
;b . si ù$ _8 6 ; - SÈ rr _e 5 N_ s È E
È êo o o o o d q - o
ô - :
- N
c {
IJJ
x
ul
U
ËH
L >
s à s à < s s à € s s S:S>s
z o
È-
t
@_
s @ 6
\-:
É @ O É ôÉ
z
s- @. ô_ o_
@ Ë N F O :fd<
N ç 6 Q O
È o r @ N o É O @
o @ È F O O O d
o t s F ô r N t $
o o N
- d o - . j ô - - - c j ! t o -
d
o o- <t
r
F
O
;
-
;
S
d è
O
<
ç
è <
@
è
O
à
c
r ss * à r è c s s è s s s s ss s s
o @ @ o @ o o c
ctd
E P _ E _ N - ë - s - 8 'o1 o3c
o-=
: e o t c t ô i d o i F j d t s c
F O @ @ - ô N 3 É
"l $ " p . e . : F . $ gRE
o ô a o @ o € Q o
O S T O < È F N N
c ! f o _ o _ o _ o _ T ^ q . q N O È
, o Ô Ô o o Ô ê o o o d J o . j d L o - : )
: F o e
d ^'j
s
F F
s O
s t s
s '
s
< @
s o
s ô
$ :ss s è e è e à < à e S è s S
t s o F F $ @ ô
à\ s s à
:- l Or
r o
tr
@
+ V Ë O+
o @
ô@ i
o

o
d
O
(
ô( ctd <
N
. d
È
d
O @
o t . d
@
ô i
O
É
O
d
8.RF
@ É È ô F ô
@ ô s o È o N o c o N N 6 6 b N F
F 9 6 O O @ 6 È o g R P = 9 E 6 Ë
o o - Dlr
F O O O O O O O ê C
-l : j ; - ; - ; è - à = i 3
t;
<idd dd
6
:
E
I
à E à < s F è < è s : s
È o È È g o o
ss $ | èsx è: ;s x s so s NèFè\
É- @- ô- D- @- O- O-
l o o o s s @
t È o o @ @ o o o o c
S r @ @ N t s O d d - l Ë . j o i r t ô i F : d
, ^ N F O É @ - O
È J
to
@ F t s @ F Ô
Él ls
o-l I!
(Jl
Èl ld
'
t sl ç @ e o F @ F o é
3 - o F $ - o F o
'xl i
I
^
N
6
T
<
S
o @
4 O
O
N N O i l , ! 8 3 3 5 3 3 3q e
d <j d d ci
tEl
3 d o - é < t . j d t : c i
ddd
ilE:o
ll.Fa o
_s- o
o
I N
xl u l ^
I
E I
l I
Ël u
s s s s s s s Ë F ; à
I
I ss I s à! s s s s èsss
o O O @ < @ O =
.91 Q @ o N O O O ç | 8 8 3 8 3 3 3 Ë oÈc
-: eN c Fi - O' +$ È 6 j 6- i OË o - t .jd l d - - o t + ô i É d -
I @ - F æ F Ô ô
ol t -
ot lo
ol ts
FI IN
6t
ol
ld
lo
.ol tJ9
o
cll l 6
o
q N o N g @ e - € o
t =
o N -
N S F @ F ô É F G
o @ N o
i : f t E E Ë s Ë gE e
O o O O O O O F ê C ro-ô-<i
l E * â - ; i è ; j ; - 3 3 3
lo;
u I N
l "
I
E.Ê?E G
m EË6È
È Ë'6
? 9 ts
TL .8o
TL
E' ÈË' E
o 3 - E s*
C)
E
-
E
2
L
.= 9 o B rË € < r
J
o Ê . c
<
È g 5 È . g È
s 8 ô 5
a b Ë € S I
_
ë

ô
6
i .
Ë
9
E
+
a : Ë ; g i E
o
ts E e E . E EE - S
g
J
i . - . ù Ë E Ë : : G
. 3 x X - t
l 'Ë
_ s H I Ê g- ,
z ç ë F F çÊ e,
Ê T 6 *
H €s * -
E 39 !
l F
o # -: Ëz ; E '=' ; a
H ÈË ÈP ôi {, ËfÉ Ês ÈT E HA
6
s
i
l
:É Ë Ë fi. Ë Ë f rç
C) 5 Ë5, e
I o
ËËËËËr r E sË
*
|fqclqs
918?
lr rs.]
alslsù&s
npuofi
3lrtd9$t4dI F û|slqsFnp€e$4ql
sâpemos89gp33u1 8æq 13
(sqqrl$ F ssu€cssn
seilH F spoq€!trâ r'ruæ ? sa{gâJ)$|q4sa[V
SZ
(D uusgq
ssslp
.uâ{$eu.,sp
(ûT)
n4 qûdora uogtaq
'sa6qpquts"0
odllie ajquou
oil €003)
t{p0dopmût
F SAn0rgur
3gl
(Q)nu sPPS
sqp
.u8tFt8ru
sâg
{ôù FlC Stod nqÉ.ujs4
'ssoEFq[r,p
flil! p aquJou
InpoÉ0p09
0N âp03)
seùJeulgl
(q) pustod
s@
-uâ+r,|s|!
sep
(6ilFrq$pdtlz |qÉ!Ep
le0ql?qæJ
sd{ B ai$ûru
<? A rrl bI apoc) apoJ.6l
Unprd
p sefÈrur0l
F"t lIo$q npailr0 ll
ci z
C)
I tit
@luqrry{4 }1 lfrsra4 alprun$m snpÉgrdl! tt ax D
t3
tEl
0q8uFr0
€0g8d3l
I Àù
i o
t|,
cl
ct
Er8r8301
=
g,
(D
?
o
u0slÀ|agnrt fI
E
-
aDr
x i
'Er I
ll4p rprEirTqqîûm ryugrv3 o.i
ELI
.npg q sPrFo I P I
r l
8eqil04r||t 0 o.flpû0spîl 8spcr,0funil )
aû84Fril r4t!li, g rwlûJTaFB.J0|q{ z
rxrnil{srdnmcu,[
JllïUlstlillt0rriltnmo0 tst3ct0s$0u0 xnusffinossl|no0ud
iltilHdounrilnuilnilfioc
.I'Z
3X3NNV
ANNEXE 3/1
Le contrôle en matière de fraudes pétrolières et son évolution.

Il ne nous a pas paru nécessaire – ni à vrai dire praticable – de décrire in extenso dans la
présente annexe les structures susceptibles d’intervenir en lutte contre les fraudes en
général. Nous avons donc ciblé ce qui, sans être toujours spécifique au secteur pétrolier
pouvait apparaître comme une contribution majeure à sa régulation et rendre compte de
l’évolution historique de celle-ci.
Pour effectuer ce tri, nous avons aussi utilisé l’aune des recommandations de la Commission
parlementaire sur la criminalité organisée et en particulier celles applicables au secteur ainsi
que celles émises, dans le contexte spécifique des accises sur les huiles minérales, par la
Cour des Comptes. Nous les rappelons donc en synthèse :

 La Commission relève certaines carences d’ordre administratif1 : déficit de


coopération entre les différents services administratifs concernés et d’effectifs, manque de
fiabilité du système DAA, peu d’assistance entre les administrations européennes, effets «
pervers » du système du cautionnement (qui peut être considéré parfois comme un prix à
payer pour l’absence d’investigation), multiplicité des entrepôts agréés (281 à l’époque) et
des stations services indépendantes (vue comme favorisant la fraude), non-respect de
certaines directives européennes en matière d’échanges de données administratives. D'un
point de vue judiciaire, elle pointe les manquements suivants : une magistrature et des
policiers peu spécialisés et pauvres en « experts ressources » vis-à-vis de ce type de
fraudes, une politique criminelle au « coup par coup », centrée sur des phénomènes
d'actualité, sans qu'une réflexion de fond ne soit menée (la même observation étant
transposée à la coopération entre les différents services policiers ou administratifs), un
découpage par arrondissements judiciaires inadapté, la nécessité de développer des
techniques spéciales d'enquêtes telle l'infiltration.
 Le secteur (la FPB en l’espèce) suit pour l’essentiel l’avis de la Commission et
demande en sus la mise en place d'un comité de coordination FPB/ Finances/Justice (et
d’une manière générale une collaboration accrue public/privé), une législation adaptée en ce
qui concerne le taux des peines qui devraient être plus dissuasives, un suivi plus rapide en
cas de non-paiement de la TVA, des moyens supplémentaires pour les autorités, un
magistrat national spécialement compétent. Elle se contenterait au départ en ce qui
concerne le DAA de modifications quant au délai de validité et aux dénominations utilisées.

Les conclusions de la Commission parlementaire2 portent alors logiquement sur le caractère


prioritaire de la lutte contre la fraude organisée dans le secteur pétrolier, des impératifs de
collaboration entre les différentes autorités (administratives et judiciaires), l’examen de
modifications législatives liées : à la notion de secret fiscal, aux incriminations sur les
organisations criminelles et au blanchiment d'argent. La nécessaire modernisation des
procédures douanières est aussi actée (informatisation des procédures, assistance mutuelle
accrue entre les autorités administratives de l'Union européenne). Si on compare ce qui
précède aux commentaires de la Cour des comptes, dans un document près de 5 ans
postérieur3 –dont l’objet, plus limité, est centré sur l’efficacité du contrôle en matière
d’Accises - on remarque certaines similitudes. Cette institution met en effet en exergue
certains points qui sont un écho partiel à ce qui précède4 : coopération internationale
perfectible, dispersion territoriale entre les Parquets, incriminations inadaptées donnant lieu
à d’interminables batailles d’experts (et à de rares condamnations), risques de fraudes liées
au DAA. Elle note aussi le manque d’intégration des contrôles et le manque de personnel
formé5.

D’importantes évolutions ont cependant vu le jour dans lesquelles le secteur privé a joué un
rôle majeur. Ainsi, on peut considérer les éléments suivants comme des réponses directes

1
SENAT DE BELGIQUE - Commission parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée en
Belgique, Rapport final fait par MM. Coveliers et Desmedt, session de 1998-1999, pp. 284-285
2
SENAT DE BELGIQUE, op.cit, pp. 517-518
3
COUR DES COMPTES, Les accises sur les huiles minérales – Une radiographie du contrôle – Examen conjoint
Cour des Comptes et Rekenkamer , Bruxelles, novembre 2003.
4
COUR DES COMPTES, op.cit., p. 62.
5
COUR DES COMPTES, op.cit., pp. 69-70.

1
ANNEXE 3/2

aux vœux de la Commission parlementaire même si ils doivent aussi leur genèse à d’autres
facteurs :

D’un point de vue législatif et réglementaire : la loi du 10 janvier 1999 relative aux
organisations criminelles, la loi du 4 mai 1999 sur la responsabilité des personnes morales,
l’arrêté royal du 21 juin 2001 imposant une déclaration TVA mensuelle en matière d’huiles
minérales, l’octroi de la qualité d’Officier de police judiciaire (OPJ) à certains agents des
Douanes et Accises (loi du 22 avril 2003) permettant à certains d’entres eux l’utilisation de
méthodes particulières de recherche en rapport avec la loi du 6 janvier 2003, en sus de ce
dernier texte l’arrêté royal du 9 avril 2003 relatif aux techniques d’enquêtes policières et
permettant le « front store » (soit « la technique qui consiste à permettre aux services de
police de créer ou d'exploiter réellement une ou plusieurs entreprises, le cas échéant à l'aide
de données fictives, au moyen desquelles un appui est fourni au milieu criminel sous forme
de biens ou de services ».), l’Arrêté ministériel du 5 mars 2003 modifiant les délais pour le
paiement de l'accise, la loi du 12 janvier 2004 modifiant la loi du 11 janvier 1993 relative à la
prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et
restreignant, notamment, les opérations en espèce, l’Arrêté royal du 11 mai 2004 relatif aux
garanties imposées à l'entrepositaire agréé et à l'opérateur enregistré en matière d'accises.
Enfin, différentes mesures générales ont un impact sur notre sujet d’étude : par exemple la
Loi du 4 septembre 2002 (modifiant la loi du 8 août 1997 sur les faillites) imposant des
devoirs supplémentaires aux curateurs et permettant la mise en cause des administrateurs –
de fait ou de droit – qui se sont rendus coupables de fraude fiscale grave et organisée a pour
objet – avec des mesures comme la surveillance accrue des nouveaux acteurs économiques
– de lutter contre la faillite « technique de fraude ».

Du point de vue des autorités administratives et judiciaires : le Protocole d’accord


Justice / Finances du 20 juillet 2000 (finalement signé aussi par le Ministre de l’Intérieur)
créant deux cellules de soutien (dont les structures de coordination ont été inaugurées le 8
janvier 2001) : une « carrousels TVA » et une « huiles minérales », organes spécialisés au
sein desquels la priorité est donnée à l’échange d’informations. Dans ce cadre et par
exemple, le SPF Justice devrait transmettre à la cellule « huiles minérales » tout dossier
dans lequel une fraude en rapport est suspectée. A la date de notre interview du
coordinateur de cette cellule, M. Filip BOGAERT6, aucun dossier n’avait suivi cette voie. Par
contre, la cellule a pris plus d’importance avec le développement du parallel warning system
(PWS, voir Partenariat Public-Privé Infra) développé à l’initiative de la FPB et la gestion de
la base de données PETRIS (cfr. Infra).

Les IRHM (inspections des


recherches – huiles minérales) des Douanes et Accises de Liège et Anvers ont acquis une
précieuse expertise en la matière ; on notera qu’elles travaillent sans préjudice des
compétences des autres services concernés aux Douanes et Accises: brigades motorisées
et Inspections des Recherches « classiques ». Leur spécialisation s’accompagne par ailleurs
d’une large autonomie.
L’ISI via sa 10ème
Inspection – définie comme compétente en matière de lutte contre les carrousels TVA et
spécialisée « pétrole » a développé des techniques d’enquête inusitées en matière fiscale
(cfr. Infra) et qui répondent au souci de réaction rapide exprimé par la Commission
parlementaire. Cette évolution est donc aussi le résultat d’un mouvement de spécialisation
qui a vu le jour après le rapport de la Commission parlementaire.
La Task Force « huiles
minérales » est – au cœur du SPF Finances – à l’évidence une nécessité : son rôle est de
faire circuler l’information entre des services qui, pour appartenir au même SPF n’en sont
pas moins indépendants avec le risque – accru par la spécialisation – d’efforts contre-
productifs. Les services représentés en permanence sont l’ISI, les Douanes et Accises et les
services de recherche locaux. D’autres services tels l’AFER peuvent être invités.

6
Entretien du 29 octobre 2004 avec M. Filip BOGAERT - Coordinateur Central de la Cellule de soutien « huiles
minérales » (Protocole Justice / Finance/ Intérieur).

2
ANNEXE 3/3

La Police fédérale : La
réforme des polices a vu la mise en place « au sein de la Direction générale de la police
judiciaire, de la Direction DJF-ECOFIN chargée de missions spécialisées de police judiciaire
et d’appui à ces missions, en matière de lutte contre la délinquance économique et
financière organisée »7. Cette Direction présente certaines particularités : « elle a ainsi
conservé un pouvoir d’enquête et est, avec plus ou moins 250 personnes, le plus grosse
direction de la police judiciaire ». A côté de l’Office Central de Répression de la Corruption
(OCRC), du Federal Crime Computer Unit (FCCU), de l'Office Central de Répression des
Faux (OCRF) et d’Ecofindoc (documentation centrale spécialisée sur le plan Ecofin), elle
accueille l’OCDEFO (l'Office central de lutte contre la délinquance économique et financière
organisée) qui intervient en particulier dans le cadre des « fraudes graves et/ou organisées
en matière fiscale, qui mettent en oeuvre des mécanismes complexes, des procédés à
dimension internationale ou qui occasionnent un préjudice important au Trésor de l'Etat
belge ou d'Etats étrangers, (p.ex. fraude carrousel - TVA) »8.

Le Parquet fédéral :
« chargé de coordonner les activités des différents parquets belges et de faciliter la
coopération internationale, il devra de facto s’investir dans la lutte contre la criminalité
économique et financière. Il est notamment le point de contact judiciaire belge pour les
différentes organisations internationales telles l’OLAF (l'Office européen de lutte antifraude),
Europol ou Eurojust. Directement compétent dans certains domaines – où il exercera lui-
même l’action publique à la place des parquets locaux – comme le terrorisme, la traite des
êtres humains, le trafic d’armes ou les organisations criminelles, il pourra également gérer
les volets financiers de ces dossiers »9.
Chronologiquement, ces deux dernières institutions ne peuvent être des conséquences
directes des recommandations de la Commission parlementaire (la loi organisant un service
de police intégré datant du 7 décembre 1998 et celle instituant le Parquet fédéral du 22
décembre 1998) mais l’on peut y voir la même mouvance réactionnelle à ce qui a été qualifié
de dysfonctionnements étatiques de la fin des années 80 et du début des années 90
(Tueries du Brabant, Drame du Heysel, Agusta - Dassault, assassinat d’André Cools,
émeutes urbaines…)

Du point de vue du Partenariat Public-Privé : Le FAPETRO


(Fonds d’analyse des produits pétroliers) a lui été créé par un arrêté royal du 8 février 1995 ;
chargé du contrôle de la conformité des produits pétroliers il est l’exemple d’un
fonctionnement qui intègre le public et le privé. Son évolution le conduit vers un contrôle du
marché de plus en plus large, tendant à l’exhaustivité, puisqu’il va exercer ses missions (à
l’heure actuelle de manière informative) dans les pompes privées. Il dépassera ainsi sa
finalité initiale qui était de garantir au consommateur privé la conformité des produits qu’il
achetait dans les pompes publiques et corollairement de réguler le marché « business to
consumer ». Il est vrai que les pompes privées sont à la base d’une consommation de diesel
qui approcherait des 50% du volume global10.

Le PWS ou Parallel
Warning System est né d’une carence des autorités, en l’occurrence européennes, tardant à
mettre en place un tel outil de surveillance. Il s’agit d’une base de données gérée par la
Cellule de soutien « huiles minérales » qui en dispatche le contenu aux acteurs concernés.
Opérationnelle depuis 2003, elle est ainsi décrite par M. Didier Reynders, alors Ministre des
Finances : « Sachant que le projet européen concernant la communication de
renseignements sur les accises – early warning system – restera encore bloqué pendant un
certain temps, le département a récemment mis au point une initiative spécifique en matière
de communication immédiate de mouvements. (…) Les principaux opérateurs fournissent
directement et spontanément les informations pertinentes. L’objectif est de pouvoir disposer
dès le début du transport des informations préalables essentielles : le destinataire
économique correspond-il à celui mentionné sur les documents, quel est le profil des parties
7
http://www.poldoc.be - Portail documentaire de la Police fédérale.
8
http://www.confiscaid.be - Organe Central pour la Saisie et la Confiscation.
9
« Sale temps pour les cols blancs », L’Echo, 25 juillet 2002.
10
Entretien du 28 septembre 2004 avec M. Gaëtan VAN DE WERVE, Secrétaire Général de la Fédération
Pétrolière Belge.
3
ANNEXE 3/4

intervenantes, etc. …Cette procédure fondée sur la Convention Benelux du


29 avril 1969 permet de prendre immédiatement les mesures conservatoires adéquates en
cas de fraude»11 . En fait, les principaux participants actuels – volontaires donc – sont les
membres de la FEB et de son homologue hollandais (souvent les mêmes firmes). Ainsi, si le
PWS permet effectivement aux autorités de suivre les mouvements pétroliers qui y sont
recensés il va aussi permettre de faire porter l’effort de contrôle sur ceux qui n’en font pas
partie. Si cela était implicite au départ, cela devient explicite lorsqu’on analyse l’évolution de
la base de données suivante.

PETRIS est en effet


à la base une initiative publique mais dont les sources ne sont pas de nature homogènes.
« Les sociétés qui par le passé ont été convaincues de fraudes font l’objet d’une
surveillance particulière en collaboration avec les Douanes. Quand arrive dans un de leurs
bureaux un DAA en provenance d’une de ces firmes, la cellule de soutien est avertie et
encode ces informations dans une base de données à laquelle ont accès les autorités. Dans
un proche avenir, toutes les sociétés qui ont une autorisation « accises » –qui peuvent donc
livrer dans un autre pays européen – et qui ne participent pas au PWS vont être intégrées
d’office à PETRIS »12.Ainsi ceux qui ne veulent pas participer volontairement au premier
système seront sous surveillance via le second et ce, sur base de critères générés par une
collaboration public-privé.

Du point de vue des méthodes de travail : l


es différents acteurs s’accordent sur un double mouvement de spécialisation de leurs tâches
et de proactivité13.
Quant à la spécialisation, les exemples précèdent : il ne suffit plus d’être un service
d’Inspection spécialisé en matière de TVA, il faut l’être en produits pétroliers ; c’est la voie
choisie pour répondre à la technicité croissante des fraudeurs et acquérir la vitesse de
réaction nécessaire pour ne pas arriver tels les cavaliers d’Offenbach quand la fraude est
consommée.
Quant à la proactivité, elle participe certes du même souci mais va impliquer une dimension
plus préventive, « le marché doit savoir » que l’Administration a changé et qu’elle a perdu de
son inertie. Ainsi, sans dévoiler des secrets de fabrique pouvons-nous livrer quelques
éléments issus de la formation dispensée sur la « Fraude carrousel » à laquelle nous avons
participé14. Nous relevons ainsi qu’un contrôle fiscal classique est annoncé et que ce ne sera
en général pas le cas par la 10ème Inspection de l’ISI ; de même, elle préconise que le recueil
des éléments de taxation ne soit pas limité à la comptabilité de l’assujetti mais porté à
l’ensemble de ses partenaires commerciaux et n’hésite pas à faire appel à des procédures
telles la requête unilatérale au Juge des saisies ou la demande de désignation d’un
administrateur par le Tribunal de Commerce (étant entendu que « la dette fiscale est en
danger ») plutôt que d’établir une régularisation qui serait soumise à l’accord de l’assujetti
avant d’autres mesures. L’utilisation de « tableaux de bord » faisant intervenir différents
signaux d’alarme, tel une profitabilité anormale pour une entreprise, est aussi privilégiée.
_______________________________________

11
« Sénat de Belgique – session ordinaire 2004-2005 - Séances plénières : demande d’explications de M. Hugo
Vandenberghe à la Vice-Première ministre et ministre de la Justice et au vice-premier ministre et ministre des
Finances sur le blanchiment d’argent par le biais d’un carrousel TVA à l’achat de carburant »,
http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewTBlok&DATUM='11/25/2004'&TYP=crabv&VOLGNR=1&LA
NG=fr, jeudi 25 novembre 2004.
12
Entretien du 28 octobre 2004 avec M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à
l’Inspection Spéciale des Impôts.
13
Néologisme pourtant déjà galvaudé que nous définirons comme « la volonté d’anticiper, de prendre l’initiative ».
14
«La fraude carrousel » formation au SPF Finances sous la direction de Mme LIMBOURG, Inspecteur principal
et M. Willy UYTTERSPROT, Inspecteur principal – Chef de service à l’Inspection Spéciale des Impôts. Le 25
novembre 2004.
4
'(snssap-pneelqel
'r;on)Ûnoqulaxnlne nBs sÂedsalsnolsupprellnoJ
a1oze6
et la (96)radnsoln3,;
rnodsanbquepl
ruosv^l €pxnEtselr
I
c,
<qt t
rt
!
Àl v,
5 F E t r e ' u -l v,
I
tD
D'
au Ë T
S F # g g F È Ë €d ' 6E * $ F ËFFËB Ë*Ë zl
,l
9t
8t
0z
rz
?z
97
*u3H.noH
3102v0 I (se)uSdnsoHnSv^r 3q xnvr
g'Ll
?'t, I 9,LL g'lL g'Ll
9Z 9Z 9e ga
za 9Z
TE 7Z """"']1NnMt
0e 0z
rz
6t 6t
az æ æ """"'iltN.3,AOlS
6t 6[ 6t 6t """
z,l , Z L EnovAolî
!., 6t 6t 6t """'weruaod
ae 7Z ra "":'"
0z 7Z ôz
0z 0z JN9010d
""""'SHCHnv
6t w w
6t 6t 6t 6t """"'syg-si(yd
al 8t 8!
EL I 9t EL
tt 8t 8t
8t 8t 8t 8t
8t 8t 8t
0t 0t 8t 8L
g'eL g'eL
0z 0z æ 0a
g'gl tz
3G 9Z LA R
9Z 9Z 9Z
9'61 g'6[ 9Z
.t'ut 9'ôl 9'61 9'61 """"""3C^!WJ
8T 8t 8t
9t 8t 8t """""'ENOJSJ
9t. 9t 9t
8t 9t 9t """"'?^/9ydsg
8t. 8t 8t
9t 8t 8t
9[ 9t 9t 9t ""'3NewE77V
9Z 9e
: 9Z 9Z ""''xuvwSNVO
6l 6t 6t
j 6[ 6t
9t 9f, Enowct'd#
I 9t 9t ,,......,,,,lad^Hc
LA tz tz tz lz """"3nopl]s
(sepy"t<)
prnolnat
, SOOG?DW vAJ ap xnDI _ t
æ1pnr
ussror
erqruerd .puqna'?uTi?o13ilïïtJJljl,ffif5;,."îr,ffiX*ffi.,rjË'':1#:îi::î'ï?.,îr;t
e1rnod
sasr?r??"=frfr
T'[.,I ap xrm t. : @d au:uaVc,otrrarr(
, l
5 , o . 3
g Ë ? ' È :
I E c , t r E 3 g g E Ë â E * 3 i
âg ËF 5 3 Fg ë $ËËFËË#ë --#
Fi BF ËËr 007,
087
090
0w
æ9
009
089
a9L
(setyggg1,79)
sSstccv : u3|InoH E'lozv9
'n€alqElac suPpeldutæua saspdsed
luosau 'euJlultu
lueluou,un,ple suo;ôg.r
sâulqJacno sÂedbureyacg sanbgpgds,saxelsanb;enb: alop
IL,L9 aÊ'Lg 6['99 u'wL g'901. t'90/ g'90/ "Nn-3W?V^OA
a 99'268 98'ttt 6'tgg """""""Joins
z_0'gl l0'99e 88'rZ9
/9'09 a9'lL !8'gte 7g'169 """"'SANVlNtt
: go'tg [9'e9 gg'lt """"'3lNt
l8'L6Z t90 o7s
gg'61 g8'6[ to'gI z8'901 'tg8 """
98'698 ?f ?['tgg ilnovûo1s
8l'L gg'69 8'09 6e'80e 9'7Zg """'u1ilaad
:' 9e'[t 8['gg gg'lgz ?'nn ""'""ileorcd
t6'82€
te'9e ?l'901 z0't0l t['0[0 L'izl """"'lHCHrnV
1L'ee : 6'Z0Z g'tg t'08t """"'syg-s/yd
6't99 6'tgg
alrl altl 90'8tz t0'el8 w'e9Ê .....,.,,....,,311r/u
gI 0t t0'tg 98'Z9A 80'zw "eanogwlxnl
I 60'z/g
*'r, 90'9[ LI,LZ z0'gg 6g'gtz Ll'882 60'ozt """""'ENVnil1
l8'8[ I 96'61 tg'glI EL,LIZ t0'Lqz e'9?e """"':ïNOLt:t1
9Z'89 68'lg ou'uil lz'eli e9'99! lz'g0t t9'899 """"""""3t1vt1
9t'81 9t'g,l zl'29 90'zL 90'890 89'ZW 69'egt """"""11NfiAt
la'9t [z'9] :tt4 89'le0 6'00[ gg'tg8 g'160 """""
eHeNoH
9'gI 9'99 6'69 6'9lt z'6gg 9'6gg
""""""acNwt
:'rt gL'zl 18'92 t9'99 zl'ïvz 9'LgZ """""'3'NOIS3
er'il ef'vL 'ft'lL lL'vg L',ZE 98'862 """"'3N9vds3
69'96e z6'gzl
6t qra 8/'66 gtz 962 """""""3O3Ue
:' 9Z g'og 90'19 :" ""'aN?VW'TIV
?'olv 9'tgg
8Z'eee il'990 Te'zgz :'ru /9'699 96'9t9 """'yavwSNvo
99'tt 99'tt 88'900 88'g0g 90'/g 89'g0g 99'/90 99'/98 rno#ct'dE,H
96'il. 98'8tZ 98'ete 60'86e aL'\le """"""34d^HC
9t 9e'Ll 6t'gt IL,6ZE 6l.'909 "-""'mop11s
(auuo1) (euuo7) (auuot) (saryooot) (sarqt11O
t) (saaooail (sawoaoù (sautooot)
(s ap o/o| <) a6elpeqc anbllsawop qwopne
( s a p %t > ) lueJnqJec JAUnot bo)
prnolpo!! Nnolpo!! -1de po!l -1de ca^e
nylsqns
apæ0 ndnsong panqteuadng
booTl??w (sontal saqcrv - G.
Installation « propre » : ANNEXE 5

Entrée dissimulée :
Source:FPB. ANNEXE6'{.

Facteursde conversion
llulttpleset eous-multlples
déclmauxde l'unlté
1 0 1= 1 o 10{=1/10=0,'l
102= 100 10'2=1/100=0,01
103= 1000 10'3= 1/10:0,ool
etc... etc...

préllxe symbole
fi12 tera T

10e giga G

100 mega M

103 kilo k

fiz hec'to h

101 deca da

10'1 deci d

10-3 milli m

10-6 micro p

10's nano n

1o'12 pico p

Gonverrlons slmpllfléeo
I tonne de pétrole brut = 7,33bafilsUS
1 bâril US = 0,14tonne
1000barilsUSliour = 50.000tonnes/an
1 milliond6 tonnes/an . 20.000barils{our
1 milliondê piedscubcllour = 't0 millionsm3/an
'lm3gaz naturelliquéfré . = 600mJdegaz

Longueurc
1 mile (tenestre) 1,609km
1 ya|.d 0,914m
1 pied 0,305m
1km 0,622mile(tenestre)
1 m 1,09yard
1 m 3,2Epieds

Volumet
I barll 159|
1 US Gallon 3,78|
1 lmperlalGallon 4,55I
1 pled cube (fl9) 28,321
1 l 0,264USgallon
1 l 0,220lmperialgallon
1m3 6,53baril

1m3 35,3piedcubeafiP)

Polds
I livre (pound) = 0,453kg

http://www.petrolfed.be/fr/questions/unite.html t6/12t2004
Source:FPB. ANNEXE612.

1 tonnebritannique(longton) 1.016kg
1 tonneaméricalne(shortton) 907 kg
I tonne= 1 tonne métrique 1.000kg

Energle calorlflque
1 kcal 3,97 BritishTermalUnlt (Btu)
1 kcal 4,19 Kilo Joule (kl)
I Btu 0,252kJ
1kJ 0,238kcâl
1kJ 0,948Btu
'l kl/vh = 860 kcel 3,412Btu
1 btu/lb= 0,556kcaulq 2,326 kJIq
1 kcaykg= 1,8 Btu/lb 4,187kJfllg

Equlvahnb calorlffquos
Densune conir:aleéleclriquemodeme,1 mllllonde tonnesde fuel produlf pou
près 4 T\Mr délecûicité
4 TVwr= =
4 tenawatt-heure 4 milliardsde KWh

1 tonnede pétroleéquivaut
à 1,5t de charbon
3 t de llgnite
1 m3de gaznaturelégutuautà 1 ks pétrolebrut
10.000kcal
41.860kJ

Puisrances
tkw = 1,359chevalvapeur(CV)
1kw . 1,34horcepower(HP)
1CV = 0,736kW
1CV = 0,986HP
1HP = 0,745kW
1HP = 1.014CV

Consommation de carburant

Alors qu'en Europecontinenialela consommalionde carburantdes véhiculesest


gênéralementexprimée€n litresaux 100 km, dans les pays anglo-saxonselle est
indiquéele plus souvênten miles par Gallon.Le tableauci4essous établitla
correspondanceentrc les deux mélhodes .

1/100km
Royaume-Uni Etrats-Unig
Mile/gallon MilÉlgallon
56,5 47
6 47 39
7 4g 33,3
I 35,3 29,3
I 31,3 26
10 28,2 23,5
11 25,7 21,5
12 23,5 19,5
13 21,8 18
14 20 18,7
15 18,8 15,7
18 17,7 14,7
17 16,5 13,8
18 15,ô 13
19 14,8 12,3
20 14 11,8

http://www.petrolfed.be/frlquesti
ons/unite.htnl r6n2/2004
S o u r c eF
: PB . ANNEXE6/3.
t l 1,lC aa'r.
22 12,8
z5 12,3 10,2
24 1 1, 8 9,8
z3 1t , 3 v,.t

Fédération Pëtrolière Belge - 2004 ë

http ://www. petrol fed.belfrlq uestions/unite.html 16/12/2004


Source: FPB. ANNEXE7.

La distribution des carburantset combustibles

ffiffiffifffiffiffirffiffi t,', ii ;00',",,


N Ure.,de.stæîon3rsêrvièê..I...r....... .1.5:,97II 4tg50:., i;,;!12nt12.
3,18a6.,, Ii .ti:42's
Nombre:,U'hâbi
iliiitiong..:.II:,,j. 2,,6ii44;:;,,,,
');,ii,6;";;
,i5i.àiii' ,
4',,, 3,,990.,jI.i.I
i .:L31, a,fOO,,,.
,Nômbie,
ae,wituËJstAiion,..,.,,
. l',23O,:|:2,8'09,,, .,:,,l.'798,
l|,967,' ...I..478i
IIIIii,2,;i4i5;
Vdù,mêdei
I ; vehiellstni (*s
à", lO i':7eo,.,.,3:,i,oo :,,'
i 2,,19iS',' i,.6g;j''".r,.
etO.'., .5.,.tss,
Source : Opal/Wood Mackenzje

Tableauextrait du dossier<<la distribution de carburantset de combustibles> diffusé par la


FédérationPétrolièreBelge via son site Internet h.ltp;//www.petrolfed.be