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MAISON RUSTIQUE
DU XIX' SIÈCLE
DIVISION DE L'OrVRAf.R:

Tomk 1
er — Agriculture proprement dite.
2« Cultures industrielles et Animaux domestiques.
e
3 Arts agricoles.
4e Agriculture forestière, Étangs, Administration et Législation rurale.
5* Horticulture. Travaux du mois pour chaque culture spéciale.

LISTE DES COLLABORATEURS


ANTOINE (de Roville), profeweur à I'!n»tilut agricole «Je LEFÈVRE (Elisée), cultivateur à Courchamp (Seine-et-

Roville (Meortbe). Marne).


U
Al IX 'IX Membre de U section
, d'agriculture de l'Aca- LOISELEVR-DESLONGCHAMPS. de» Société» d'agricul-
démie des St'iencet ture et d'horticulture.

BAILLY. de» Soeiétét d'agriculture et d'horticulture. .MALEPEYRE aîné, de la Société d'agriculture.


Il VU VAIS (Emile), maguanier, aux bergerie! de Sémrt MALEPEY RE jeune, avocat à la Cour royale de Pari».

(Seine-tri -Oiic). MASSONFOl*R,ex-profe»»eur à l'Ecole forestière deNanci.


BKIXA, directeur de l'Iaititut agricole de Grignon (Seiue- MICHAl'T, correspondant de l'Académie de» Science»,
et Oise). membre de la Société d'agriculture.
BERLEZE (l'abbé), de» Société* d'agriculture et d'horti- MOLARD. <lc l'Académie de» Science» et de la Société d'a-
culture. griculture.
111 1 .U N A Kl. cultivateur, ancien minittre de l'iutéticur en Ml H .I de la Société d'agriculture, professeur d'agriculture
.

Pologne. nu Conservatoire des Arts et Métier».


B1XIO (Alexandre), docteur eu médecine. .MORIN DE SAIN1
BOX A FOI' S, directeur du Jardin botanique de Turin, cor- ture et d'hortirulture.
respondant de l'Académie det Science». NOIBOT (de Dijon), ingénie
BOL LE Y, professeur a l'Ecole vétérinaire d'Alfort. NOIBOT- BONNET, géomètre- forestier à Langres (Hanle-
CHAPELAIN (Octave de), propriétaire cultivateur dan» la Marue).
Lozère. ODART (le comte), la section d'agricul t.ite de
président de
COLL1GNON. vétérinaire. la SoeiétédcTour», propriétaire-agronome daus Indre-
et-Loire.
DAILLY, cultivateur à Trappe» (Seine-«t-Oi»e), de» Société»
d'agriculture et d'borticultute de Pari». OIMU.AXT DESNOS, auteur de plusieurs ouvrage» *ur le.

arts industriel, et agricoles.


DEBONNAIRE DE GIF, conseiller d'Etat, membre de la
Société d'agrit ullure. PAYEN, de la »ection d'agriculture de l'Académie de»
Sciences.
DEBY. de la Société d'agriculture, propriétaire-cultivateur
dan» le Loir-et-Cher. POITEAU, de» Société» d'agi icullnre et d'horticulture, au-
teur du lion Jardinier, etc.
FF.BCR1ER, des Société» d'agriculture et d'horticulture de
POLOXflEAU.hupectenr divisiounaire des ponts et chans-
Pari».
»ces. des Sociétés d'agriculture et d horticulture.
GASPARIX (comte pair d* France,
de-), membre de la sec-
POMMIER, rédacteur en ihef de VKtkê o*«j halttt tt «ar-
lion d'agriculture a l'Académie de» Science» , ancien
ministre de l'intérieur et de l'agriculture. ckit.

COl'RLIER, architecte des Travaux-l^iblic» de Pari». PRESSAT, cultivateur à Saint-Barbant (Haute- Vienne).

GKOGXIER, professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon. Pl'VLS. correspondant de l'Académie des Science», prési-
dent de la Société d'agriculture de Bourg.
HERCELIN (l'etjlw), supérieur général de la Trappe, prè*
Murlaguc (t)i lie). RAMBCTEAIT (de), pair de France, conseiller d'Etat, pré-
fet de la Seine, président de la Société d'agriculture.
IIERICART DE TIIURY (vicomte), de l'Académie de»
Sciences, président des Société» d'agriculture et d'horti- RENAIT, directeur de l'Ecole vétérinaire d'Alfort.
culture. RIGOT, profe»»eur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort.
HERPIN, propiiétairc-cultivateur dans l'Indre, de la So- RIVIERE (baron de), propriétatre-cultivateor dans la Ca-
ciété d'agriculture. margue, correspondant de la Société d'agriculture.

SOULANGE-BODIN, de» Société» d'agricolture et d'horti-


HOMBHE-F1RMAS (le baron d*), correspondant de l'Insti-
de la Société centrale d'agriculture, cultivateur
tut et culture, loudateur de l'Institut horticole de Froroont
dan»
Gard, etc.le (Scine-et-Oise).

1ICERXE DE POMMEl'SE, de U Société d'agriculture. SYLVESTRE (de), de la section d'agriculture de l'Acadé-

HTZARD fil», det Société» d'agriculture et d'horticulture. mie de, Sciences, .ecrétaire perpétuel de la Société d'à-
gi u-til ture.
JAIME-SAINT-HILAIRE. de la Société d'agriculture.
de l'Académie de*
TESS1ER, de la »ection d'agriculture
I.ABBÉ, des Sociétés d'agriculture et d'horticulture.
Science» et de la Société d'agriculture.
LA DU V CETTE, d ép u té, d e» Société* d'agricul tare et VILMORIN, correspondant de l'Académie de» Scicn.-e», de»
tii-ulture.
Sociétés d'agriculture et d'horticulture, propriétaire-cul-
LASS A H. M ,
professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort. tivateur aux Barre» (Loiret), etc.
LEBLANC, professeur au Conservatoire de» art» et mé ancien député, de Société d'agriculture, etc.
VIBEY, la

(Oscar), »ccréuire général de la So-


YSABEAU, jardinier-maraîcher à Saint-Maudé.
LECLERC-THOl'IN
YVART, inspecteur général de» école*
'

ciété d'agriculture, profe


foire des Arts et Méticis. bre de la Société d'agricolture.

rAnU.~l»»M»MlU »'*. UCVItUiB", MJ« M VIMtVIt, H» 4.

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MAISON RUSTIQUE
e
DU XIX SIÈCLE
CONTENANT
LES MBILLBUBBS MÉTHODES DE CULTIRR USITÉES J.\ FRANCE ET A L'ÉTRANGER ;
TOUS LES PROCÉDÉS PRATIQUES PROPRES A GUIDER LE CULTIVATEUR , LE FERMIER , LE RÉGISSEUR
ET LE PROPRIÉTAIRE , DANS l'EXPLOITATIOX D'UN DOMAINE RURAL
LES PRINCIPES GÉNÉRAUX D* AGRICULTURE LA CULTURE DE TOUTES LES PLANTES UTILES;
,

L'ÉDUCATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES, L'ART VÉTÉRINAIRE;


LA DESCRIPTION DE TOUS LES ARTS AGRICOLES ;

LES INSTRUMENTS ET BATIMENTS RURAUX ;

l'entretien ET l'exploitation
DES VIGNES, DES ARBRES FRUITIERS , DES BOIS ET FORÊTS DES ÉTANGS ;
,

l'économie, l'organisation et la direction d'une administration rurale ;


la législation appliquée a l'agricl lture ;
TOUT CE QUI A RAPPORT AU POTAGER, AU PARTERRE, AUX SERRES
ET AUX JARDINS PAYSAGERS ;

ENFIN L'INDICATION DES TRAVAUX »E CHAQUE MOIS


POUR TOUTES LES CULTURES SPÉCULES;

PAR DES
Avec 2500 gravures représentant tous les instruments,
machines, appareils, races d'animaux, arbres, arbustes, plantes, légumes, serres,
bâtiments ruraux , etc.

MM. YSABEAU et BIXIO

TOME CINQUIÈME

HORTICULTURE

A LA LIBRAIRIE AGRICOLE, QUAI MALAQUAIS, N<» 10

DANS LES DEPARTEMENTS

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I

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TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME.
AtaIIT-PROM»
TITRE PBIWCIPB3 6*5*-
• • 1 {J a. Binette pour détruire les
TPrahlane*. ~ 98.
F Arbres et
tite» t eroenecs
arbtt»te» a pe-
molle». . fifl
I.
X rinre a prendre les taupe» Ul S 3 Observations sur le» semis
RAITX DB JABDINA6B. Bêel \u.ams. de pépins et noyaux.. . . ib.
CHAP. I. Choix et saure des ter- | i. SlpBBMI - - - Ul A pépins ib.
RAIXS. SC. Abri» d'iuier et de lerro jfogtg; •'_••_••* ^*
«ect.I. Bimpnrladuêmttrsolarec eulie Ht Sect. ?..
ni if^iroi.f.v et boutures.
la superficie. CMgglu Ul. Marcotte».
• ....... ib.
5 1. <) -rains primitif» . I ... 3 L C\-A.\ \< > . SQ A Marcottes sinipli-s.. . . ib.
* inlr.urëTT ... A 3. économiques . . . Ul It i hu'i ise. . . f,2
-"
s.
4.
d'alluvlon .
tourhcm.
...
...
I*.
it.
Sect. YHt.
A f.m»iltiilr T.
r.u .-iumrx
lant..
. . .

.
T~.
...
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Si
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I) —
——
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par amputât,
,., !±L
ib.
Dénonv'na lions vulgaires
».
des terres
SECT. II. Choix du terrain.. . .
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UL
B
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D a filets.. . ...
— -
ftnbelet.
A riseain.
. ...
à t ,
Ul
i£.
E
anmiLiin». .
par tnctslon
Ul
Ul R'iuture» «S
Moyens de reconnaître les qua- B A branches . . . Jfe, A Bout, simple . préparât, ib.
'
nie- tin soi. itçT. I\. TransptanMrs . . . . ife. H a ImiiirHrt,, , , f, |

A Propriétés physiques du a Tr«n>pi>Mtotr a branches, i/^ C àcrossetle. ... ib.


su! '.
Ul B —— - ri irr-ni'i . . ib. I) a l'étoufTée. ... ib.
H
C
\ '-i
i:--ni rbiiiiii|ii' ilys îerraiiïs
Sect. m. Culture jardinier r tio -
f .il mu naturelle, . Si

Ul Sfrn, X.
%
jC

i . pot»
P Ots (l caisses,
à cylindre,
' gt

Ul
r
F
SECT. IV. Crtffè..
— rde racines.
semées
.
. . . (ta
ib.
ib.
Tissante sur un toi défax nrriTlc, I 5. Calwe» 23 r,,;

CHAEJL K.mcbaiset amesdemexts. 3. Fcln ltfs ib. 1 Cntfry en appi ru he. • • C7


Sect. 1. ffnqrato. . .
ij

i
1. Fuirais végétaux.
auiuuli-e-., .
. .

.
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. a
8
Ul
TITRE
A. Treillage»

11. CCLTPBB ABTIFI -


A
Il

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GrcfTe Jlagon.
plane,
SyU.-i'li.
.

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it,
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s. Poudrctte. . . . . . . . 10. ÇJBJJJL D ib.


i Finnii-r dV'lllic. . . . tkt cauchoise.
Cil M' IIIES,BACHK«fT SEttWK.*
« l
F. . • *
w.
Rozler. ...
.
' i

fi. d'élahlc. . . . . Il
A roncru 'fOBc.ixr-ii..rsr.).
F -i— t >h
6. de bergerie . . Ul Srct. I. Coneh*a Ul
G ,!<.

7. coiomp.no. .T~. - GrelTe


5. 1
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Ul.
S i heu coneh''» en général .
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courne» enantie». .
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M. IvsUi-^
EngraN liquide»
Terreau
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vill'-i.

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. . . . Ut-
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Mmrilr-
économkTiio».
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— A l'anglaise.

l a Quintinie. •

70
ib,

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.Sect. II. A ma nli m> uU . . ... Là
6.
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—— ctiampJtrnon»..
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F. ib.
f I. Terre» rapportée». ... ih
.... .T~L
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F Théophraste. ib.
2
3.
4.
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Chaux
Plâtre
i . ... Ut-
Ul.
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Sr.OT. u.
srcT. v»-r<M
cinn-fi' iitr).
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^orcfr ffnr -
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.... .~.
Bornes .

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4.
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Il —
Greffe pur
I.k-ltanlt.

gemma.
. .

. • 11
ih.
Ib.

l.ll II. I Ul K\r.t I, IF I T si i.l.t s


8. Suie t| ,t f.relft 1 < mand . • •
».
SlCL I. f>rtm<ierir 4Q
ii.

7.
Cendres et charrée».
Composts
. . Ul
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Sect. U. SiTres Al
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Siiklcr. . . -1- H
7-
Des erres en général.
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Ar -\.<Ai:. - . -i-
A Terre oranger. ...
A de bruyère factice
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gemma.
par
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plusieur»
ib.
ib..
r.HAP. III. PencÉnÉs n'iRRic.ATio*. . . . . .
F Grelfe Jeirerson 74
h \ l'I -Laudes. 43
.s r. I. Irrigation naturelle et ar-
Lallaar
t

F par copulation..
rnsane S ta ntntn lfi
•d . UL X. Greffe herharéo ou A 1*
r.otivi'rncm'uil di* ^er -
M il. la
........
|\-TMM>NT> TU. JAIUU -
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l ll . I\
re;
Tschudy. ib.
t' inpi-i ature. . . . ib.
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i.. L 1 liL-iI'.t
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gtjggjfij . . . . 11
SjCPM Instrument serrant . .

(oeuvrer lr
I

u>t.
il
». Taille. ...... . . it 7.
lige». .

(.n'ITc hei liacée (k-y végé-


. . . . . . . . . -Jè
5 i. Bt-che> . lfi
I S' iiii^.
tant mi iiil ufy ft iiiiilti -
i Bêche commune iii
UL Bouture» . Ut.
tiges . ...... 32
belge ou flamande H. Rempotage 45
.

^
Il ib. 8. (.n-if»' hei tTâT des vt^é
pioches
li. r, u:n l m:e générale des
•i. Bj lur-s cl . Ul- tant non lipiiéiq 76
r>. l'i" l» -..
. .

H pl;iiilr--. d.- v.

S"l r<^
m i
f t'-TïTïn'rre. ^ 9. Résume. . "Tr
lame t*. r ll.-lll.l' y . . 11
A l'ioelic .à larne.. . Ut.
A Serre ehnnde-afrrt»»
. . .

. . ib.
CHAP. 11. Pepimkres d'arbre» M 11-
Il plcmontaisc. . . ib. TIERR.
f .oiiverin'riient <le la ser -
B ME Ut
I)

re' haiide. . . . . ? . .
4g
Sbctios I. C.onsidt'rations généra-
i> linii'-Uf ih. les 78
Ç Sninn m-m-raut. ib.
E Binette ou serfouette. . jfe.
si-mt eMa3â mm»mm,
. . . .
Wewogtj. Conduite ihs sujets en
F Sarcloir belge ..... B .
ib
M'
l" ?" , "
ib. <lfr
Sbct. IH nrlifitleUe. . tChah tir it
4.
A.
Râteaux.
Ih.
I. Tii'-riiioMpiioii. . . . . .
*~
g V
i
Suj.-ls
Miji-i-i
pour
(tiiur
liante ti-c.
pyramides
.
JK
CliniilTace de» serresjt.ir ,

B Rateau-hiucitc Si
••«.•...
5. Ratlssoirc» et sarcloir».
(>. Fourches
. Ul.
Ul
3. -
vapeur la

par rair enaod. . .
L »< r- ctiiplni du (;iu -
l t
fil
%± X.
Pjwcr».
Sujets de rogiia*Mcr pour
. . . . . . .
»~.

Sect. Instruments d'orronôjr. £3


;

S I.
II.

rompes. . Ul
hdsllble. ..... ,~. 4. Sujet»
poirier
d'.nil epiue et de
ib.

a. Arto-olf» il TIT. lll. Culture n»s ytaé - cormier pour potnerc


Sect. lll. Instruments de trans- TAL'X LIGWKPT. 8. snjeN aë iioiicatn et
port £1 paraiii pi ur [
i udiuioi . Ib.
Sept. IV. Instruments servant à CHAP. I. Pki'Imekk». piu^cipes ct- l>. Mi]' |y il .111 audier (T ~ïTë~
In taille des arbre». M l'AfX m. pi limer
pé< lier.. . pour . Ib.
I t. Serpette» -il Scct. I. < hoi r et préparation du 7. Sujets rte nriinicr et d a-
•i. se» aw ui s. . .... . . Ul ter 1 mi). . 86 brlootter pour abricotier.^ "M
3. Serpe. . fb, Sf.ct. II. S'-m i
X. Sujets île prunier [>Qllrj
». tjroiiiapt. . Ul g. t. pBB bm tanfiacBi - - -
si pl lllil- 'V , . ....... 8t
B. F.iiniudoirs. . th. H Semences d'à r et < l'a r - 1 1 r< 's Sujets de merisier et de~
li. Scies ...... . . . . 37 lui>ies classi's --clou l'épo - malialeb pour cerisier. . .* Ib
7. Usâmes. * t . . . . . . th. que tic R-ur maturité. 10 lie i)llr|i|l|êy. -.Ilj-
L
! s pi'll l-l;l-
sbct. V. Creffoir». ....... ife, ^ r<w* sa ployé». « » . • « . • .? Ib.


A»<*.reiTolr a repoussoir. . UL B Gland», amaude», poi», A t: -.uiasMcr ~Wi


b M.idKn . . . . ul iimI-i i'."-., cliAiaiu'ucs. . Ul n Héflfc r


"
C. en tente. . . . Ç l i 'lis ri | u iia inoyâUx 69 ù lannier. . -Mr.
Il Nni-ciie. . <*. 1 ,ap>ulr> 1 1 .ut' liant df ^
7
0 Figuier •

^i (.t. M. Instruments pour ladcs- pf pins. . . . . . . . UL It. t>e quelques arltre* Irui-
tvucti'in <!• (Wi'nr?» i niiiMl'Iej. K arluft et ai huM''.- ,Ca£- tiers du midi de la France.
tnenec» léfluminewe». . A Figuier ib.
S I. F.cheinlluirs UL Ul
>y Google
U TABLE DES MATIÈRES
Sect. VT. TnUte et conduite du i> Tn inage» . ...... ut
( Creuadlcr. * * • • • • ttU. poirier. F |'.-ilh»at;f' a la liKim-.. . Çi4
D Pistachier. Uu S 1. Végétation liai .n Ile. . . !I7 /' f .lu -|\ îles i-.pert> pour
i. l'I iilIliLlUfliS fi tl.llfl . . 1 |H espalier . . . . ... . Ul
F Carouhiei ||f a Fuiits a noyaux pour
n Avcliioler.. • ••••• ili 4. Placement. ....... MO e-[ianeK
II Amandier Si h. Cliarycnieut et dccliarKe- l'ëclies . C>5
en M'. III. l'ilriniERcs d'ahimes et nienl 1. Crosse mignonne. . . ib.
tt'AKBI STf.K p'pn.XEttE.NT UL C. Poiriers conduits en es pa- M réclie bourdiue.. . . ib.
1 i. Arbres et arbustcsdc terre lier . . . . I . ib. S. Péfhn Madeleine il
de bruyère. . . . ... . Ul A l'alroettc simple et dou - inovennes fleurs ou ,

9. Arbres" et :irhii' tes ;i feuil - tb. Madelninr larillve. . . ib.


le» persistantes 82 J Polrter en éventail. . . ifit 4. l'C' Le de Clio nil^e
Z. Arhusle> ri (ii r»>iii"nt â 7. l'oii ici - roudnils en pyra - lanlive ib.
Heur» odorante» Sû mides ,
(iiiçni>uilleg, Va?es 5 Uru^non? I5C
A. Arbre» »l arhmiead'nrue- et pi ra n< folles. <i. Abricots T 157
ment aimant le bord de» A un
l i r on pyramide OU 7. Prunes ihS
catn . . . Ul eonc !5i ». Cerises ib.
5. Arbu-tes, à |ig;ps grimpan - B Poirier en quenouille. . iii B Fruils a pépins pour es -

tes. .. . . . . . . . ~. 21 Ç I
'" ri'T v .\
-': .
Tir. paliers.
6. Arbuste* rie rallcrlinn. . UL D Poir i'-r en ^iran lole.. 125 1. ivre s U>.
A Router». ....... , Ul f H'ign,' et re-iaiiratioii 1. Pnmmw Ib.
I . jjoUl^çjUogj . . . • UL d'un vieux poil ir. . . . ib. t 3. Plantation. . . ..... 1VJ
2. Sc mi * . Ul Sect. VII. Taille ci t«wtu ic dit 4. Préparation du s 0 i q| mise
JL Greffe . fil )>
r
unmier. rn place tlris aibt es en es-
4 Marcottes 21 .5 1. Végétation nalurcMc. . . nr, palier. . . ib.
.'>. l'.iaiinies. . . . . . . . 91 ib. 5. Soins généraux lou
H arborescente».
l'iM.jne-. UL Sec.t. VIII. Taille et conduite du 0. Contre-espaliers cl éven-
C De quelque» autres ar- tiroseillier. tails IGt
iMttteii rttt ronerl «mi.~~~. SS S t. végétation naturelle. 7. Frais e( produilv . . . . ib.
i n \r. IV. Taille et coxuitte des Croseiilicr a srraiM»e. . . . trt R7 xi radH-s des arluc^ frui -
au ntt es iiuttiers Ul 2- Ti'illç cl r -
1 > tn :!.
< '
. , fis liers 1X2
Slct. I. Taille et c< n luitc dupé- A cn»eiliier ;i fruit noir, A Mri
. v d e? iu
lrn.lii l'içs il

tner ; principes gt'in iintx. easst» . . . T tffl fruits» noyaus.


S 1. Vi Kfl.ilii.n naturel^. . . Dli B Groseillier citluem. . . ib. t. Comme". . ib.
l'Iin de la taille <lii * niane. . lu.
!>'•< li' T. . fil framlH>Mer. ~. r.'.iio-. . 164
s. jnyjcfig
palicr.: nonu'H'laliiic
S i
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Taïuc et eiagoac. . .
-
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talion naturelle.
.
. . W.
to~. I!
4.
Ma
I. Impie.
a. lies acs nrlucs. &
ib.

I Tionp. KL Tv Framboi-KT des Alpes. . 150 fruit-. :> |wpins.


B Bran. he«-mercs Ul 4. Arbres Imitiez
~ ic rJîî « 1 1 1. f:h:uici<-. . . . . . . • ib
Q Membres Ul ^e taille pa-. ....... ib. 9. Charbon 102
ll Braixtii»* A ImU UL WW WV J\i;d im Rfmr.n
. . i- U>. (J lnscclos unis, blés aux ar -
il 11' mi'.i'i 'lis ib. SECT. I. Yeryt r. mes a Irinls UL
F iioiii ùri.ns anticipe».. . Ul S I. lmi\ et" préparation
< du tLtp. ...... . Ul
t; l , i: in;i |i I-. on lu aii'.be sol. ........... •J Rcrmèi. lliii
gourmandes. . . . . . Ib. A Choix Mil s I ti ML '. piirerons. . . . . . fû.
II llr.inriies à fruil . - . -
fifi g RtposHjon. IM 4. Chenilles et vers. . . Ul
I Branches de remplace - ( l'i ep.U atioli du >ol. ~ar. R. Hannetons Ul.
BMBI UL f) )i4'fniie( inenl - 7JE C. l'ercc-orcille-i. . . . Uifi
J r>on<pn t> en cochonnets, i
il). £ Trous. Ira ii' dis- Slct. Ml. Jardins a tu M' Ul'cm L Ul
Cniipr ]•- iu-ii tanees VSH Ul
4. : emploi i li - § t. Construction des mur». .
ment». . Ul. Choix des arbres eu neni - 1. Abris Où.
B. Conduite et taille du pé- nieics. ai r.ic ha^e. . . . . 133 X. bclaits de culture. . . . 171
i lier i-i i plein rapport. . . 1DQ ô. Ilalillinse des racines. . . ÏM Sect. IV. Frais et produits det
a l'inrement 101 à. Plaiilation \7A1 liirdim de Slontreuil.
II Elrotirgeonnemcnt. . . lui s. Soins ^eueraiiv.. .... il>.
| 1. I rais. . 125
C Palissage 103. u. Vei roi s il'urtii es a fi mis 9. Produits 1X4
t». Conduite d'un Jeune pé - a porain . Sect. v. Treittet à ht Tbomeru,
cher lui 7. Cloiuro u» jji. Coristructiuii des murs. . 13H
A Forme rn V ouvert. . . Ul M. S*"l« A 3 Conlrc-espaliers Ul,
1 "i iii'' à la " Li.-r . Ul A I rais il'éinhliMiemAiil 3. Soins généraux il'.

C Forme r .irn-e Ul d'un verger d'arbres a 4. frais et produits! IM


Il Forme en ennlons. . . in-; frulls A [vcjiiiis A T rais lA.
F Fornic <*n palmclto A B d eialdUsMiwiit
Frai» n Pmdulu 133
d' iiible tige. Ul d'un verger d'arbre* à Sect. v. Culture forcée du arbre»
F l'orme en U Ul 143 à fruit» Ul.
Taille d'un jeune peelie;-..
7. Ul ». 113 $ I. Fruits a noyaux hâtés à
H.liajcnn s.semeiit d un vieux 10. Choix des ps|m ces. . . . I4j| l'espalier 178
pe. lier, ~ ......... lus .1 Kl nil< û peiiins ib. 1. Cerisiers et ;)nitiiei>. nains
0. l't'' II' eu plejn n< ni l .
Ul t. poires en plein-\eiit, liâtes.. ilL
St.CT Il juiL'e il :<>ldili;r ii<- lg < c-peces precui e.. . . Ib. 7i. \ i-'iip liàtee a l'espalier. . tT.i
VKJIir, 4. Arbres a U mis forcés dans
S 1. végétation naturelle fie la T, . Po i re-! d ther 'I . _dL la serre Ul.
VtgtM'.. . . ... ; . . Ul 4. foires mdlkausi < b> a vigne Ul
1. Multiplication delà vigne. tes que crue» ib. n cecnea . . un
S> BÔK et pré|varation du .V I'i mi c- a < u ii . . . ib. n Orl«k»r« . . 18J
terrain : plantatioa. . . . ti. Pommes bàlive». _lii< D Figues Ul
4. Formation de la lise et 7. fumini-1 d'hivn.
de* cordon* . . .... 7 un H. l'unîmes meilleure.-»
TITUE IV. Ccltcrk des végé-
'j. K.lmin L.-eni)iU'ineut. . . . ILi cuilt-s upg crues b taux COMBSTIBI.BS UL
Ii l'IiK 'Ul fut. -
'
là B Iruils noyaux. ~Jb~. CIIAP. 1. Cii.Tinns natirellks.
7- rali-.Q'. 113 1 l'éeliersT 7JK Slct. I. I l'gumcs proprçmctudits. lfiî
srr.T. lit, raille et conduite de Pc. Ii ^ en pk'.n-vcnt s i. ciioux.. if».
A Travaux préparatoires.
g
l'abricotier.
1.
^
Vegciation naturelle. .

Caractères des luainiies"


. Ul
Ul i.
(>ous le climat de l'a-
ris).
Abricotiers
. . . 7T — "
140
TE
H Clioix de
C Semis.
la Krame. . . . i£3
UL.

Ul
s. Abricotier
4. ——
en espalier. . .
eu plein- vent.
lll
llfi
?>.

i.
l'I lllliel

cerJsjeiii
-j.
-UL
-UL
P nepiqnagc.
g
PlantaHnn. . . .
. .
~ ...
. . . . . 1 »4
i(i

SECT. IV. Ttïtltj 1 1 ' '.'Hd,\ilc (lu Culantcrs et bigarreau V


neiaih de culture. ... ihh
)in tri r. ll^rm. . . . ib (I Conservation ihX
| i. \e-etalicn iirilurcllc. . . Ul Sect. \l. Jardin fruitier. U Frais et produits l&l
t. l'runi- t eu espalier. . . . Ul j_t . Distrtbulion. . » ...» ib t. Chouflcur 182
Sict. V. TntHrt t lotjluilc ilu rr - i. Ksp.'dier-. T77T A Choix de la graine. ... Ul.
rtilrr .1 11.1 ilen (le- iil'il 's. TF. B Semis UMl
< \. v Relation naturelle. . , 113 * Chnlx fte» maleriau*. . l£i C liepii|iiagc UL.
j. cerisier en espancr.. . . ul (.'
gjwgergw tb. B l'Iaiitalioti ib.

y Google
CPISTKMTS DANS CF. UlLUME,
noiaU; de nihnrc.
F. LU C
Frais et produits 2J0 g 2. Haricots
p"
rerU au
y Conservation. . . . ÛL 9 5. Kavets.. . ib. :.. i>
0 Frais cl produits. Ul A Choix de In graine.. . . ib. 1. ÇhamplBjjOjM
I 5. BrocoUs. . . 121 b préparation du sof.se- hcl.ii i- '
l
e tLj 1 1 II i . . . . îinji
Ul 1X1 1S. it>. Sect. II. Légumet-racinei U sa-
A l'» s à t -c ussiT, Iii3 /.' Détails ,le ulnire l
Iodes, 2f.O
il Pois mange-tont, la. n Frais et produits ib. i t. Pomme de terre. Ul
C l'()i< l\ Cf.rSHT ''fx UL t. N ulynic d l.'panuc. ib. ~T7iTn|le 307
I) ClmK de la graine. li nouil. S. Capucine tubéreuse (tro-
E Préparation Ju SOL Ul I.
llfldjj il'. pœlum luberosum) ib.
r semis. liii l'anais k Pa taie Ul
a nemlla «la giuïure. . ilL 8. Pommes de terre. Ul 5. Salades MA
U
Frais et produit*.. . f). t»\al - crenata 153. Sect. ni. i'tautes à fnUls cornet-
K. FiVvwi. Ul 10. 'I upiuaiiibour iai libies ijL_
4 Choix des espèces. ife, 11. nuieravc Ul j i. Ananas. . . ....... . UL
B l h'i;iil,i de m ltnrc. SECT. CullHTCdei liantes po-
III. A Préparation de laTërre
C Haricot ,
IL lage'ri's u / uns ruinestibles. . pinii le^ ananas
A liai, cols rcosM-r. mi i t. potiron. . . .
Citrouille ou Cli"ix du [lUnt. Ul
« verts — ». ( loocomut es cl coriiîchous. BO
/j i
v
i ftparaUwi du
lua u-e-l out,
soi.
ft.
i Mi Ion
A Travaux picparatoires.
mUl
/)

/.
ri.niiaiinii..
bétails
ai- i l
Ue nillni e
produits,
. .

Ul
tu
BB
l i
.

I S. il (.noix <Je la yrame. . . . 2. I l.l lai» 1 . ,

/• îX'Uiii.-, de culture. C Ul ,< l i


'


]
i.i i atii'ii ilu plant. Ul
Bill 199 li 1 1 .ui-'pl.iiiiali âiii H I dan» île culture. . .
211
iTnduiK JftJi
1' 1 : i
1 n • s. îles jjjyyï et S, Melon. Ul
7. Fpinards et loti avoues. . Ul train Ul L '. liC' 'ililire. tra
». « lM-ïllr . . . . un a. Tuinati > et piment.. . . . UL
9. Helie vu puii ce. . . . ... Ul 1. I .lille ne.
înOilei . . .
Ul T.'ste i!>s l'ininils (Tîli)
10. ognoii Ul "î. I aille ancienne (à jardin. . . IL
a S':niij, . . . . ... Ul 0 Uuiu-ircs Ul
« hélait» île
,

mlhire. . . . Ml // Hélalla île nilluri». 1— £11


TITRE VI. ClLTI HK 1IES VÉ -
C Etala . . «fi / çuiime du iulIuh en CKTAL'X l)'(llt>EMt:>T.
D Produits pleine Ici l e lil i 11 U*. I. FLOmct-LTcnr..
11. Poireau ou nurreau. ... ul 1 I. li I \ .i I "I uii - llirli IN. Ul Slct. 1. .Fleurs Ue pleine terre.
A Semis. ...... ... Ul 1. l'iMeeile ]-|. ,\ <!,!,,[
il l. Parterre, choix
Llîôl du loëal ;
B Prénarattoo du sol. . . . Ut. [>o. r i i
h. i mii ]<> n.e pi epai alii 'ii Ju terrain L
~.
G Plantation . flM IÔll>. Ul L lliiukirr 23il
» Frais. . . Ul !. l'Kneiie lli-.«e. .... .1 Uni dm ' s \ .Narcs. Ul
E Produits Ul S. PiiMTdi! italien. . . . Ul I. Thvnu Ul
M a» att, K I iaij et pr. du.ts.. . . . Ul Œd.ci mignardise.
IX. Erli.-ili.tr. . ib. i. M- 1
1
•. i il'! ivi i . ; .i-li 1
1
1 u .
Ul
iè. Ciboule fl rtv»lln. .... UL Ki tomate ou pomme d'a- •t. Artnaire i,u sabGuc
15. Arprrge. «... 16. inoor 2 if, de >:..!., :i
Uu
r
/< i'M'i;. irriiinn . . . . .
MB li Aubergine ou metongeiie. 141 B norduic s aniim llos.. . 2*1
Il Cln'iv île la ^i.iiiic 1. Fraisier. Ul l'iunles
. Il il'o. tit n Ht. . .
Ul
Sciui.s ru pépinière. . Ul A Travaux préparatoires. Ul â_L~STi Ht nlK atiou des pbntea
I> Scuii-. en place. . . . du H t.tioix uu plant clo liat- île p.T tel e I

E .~ .
Plantation. . . .
MB Mel\ ils A Semis Ul
F Détails «le cuUurc. . . . fe, 1 Plnnl de MMiiencc. . . Ul B Boulorcs.
li Cul nrc l'asperge gg M j. Plaiilderiiiilamsetdc C Marcotte.
* * s__*_

Ul
terre h>\ iï Ife. soili lii> ii.cn < Ul U Sepai a li, ai iji s rejet i .lis.
Ma
H Cullurc ilo l'asperge C liaiisnlaiil.ilion tm r. hrtai (tes racines. . . , .
Ul
dans les vignes Ul I> !I 'li > miii s |
'
| et 5» Choix des plantes de par-
i Prals sua |ilaiilaltuiis. Ul l' iré 1 . .
LL
S Produits âil 1 I '« l i - i i
i 1 1
i
c . . . t l <i 1 1 1 1 h i"ii -,
Ul
t<. Artichaut. ill r Cn nue- parti» ni eresd e ' : C' alç i;

X Multiplication TiaT
Ul
Qllel'llli Classement des plantes

C
l'rc|.:ir:uluii
l'I.nii.iii^ïïT
du u ri tïTii.
Ifc,
iii
Ul
t. BFiaisn «le KltpilfiUll i
Caillitn.
ilii
Ul
C*

ri.niios'vivacos
le]' LTIL
de parterre.
s&i
Ses
D
/:
Détail* de culture.
Frais et produits.
iil
m. .
ou 'le Mmillt iei V
rrai-ii r »j un»; ecar-
Heaniiin-lli's
Ainiiii llcs
. . . .
t m
17- ardon»C iili l.ite Ik, Skct. II. Plantes de collection.. .
ta. Céleri iii f." 'rot e.ir anglais pourol>- t- '1 lilitic-.
S .
Ul
A S-lni<. _. 1 ; • i Ul lenir tien iee,i|(e> de A Viilliplieation . SUA
B Préparation du >ol .. Ul rruilsdrs espèces de fral- IS Scini*. ........ . . UL
(.' l'Iai'iali"!! Ul lers le plus souvctil sté- C Caicux , Ul
/' Pi -lails de Çllll nre. . , Ul rile* g I repaiat on du terrain. ~ iir,
F, Frais et produits.
19. Laitues. .
A Choix clos espèces.
.

...
.

. . mUl

Ul
SECL IV.
UUJrrrs
I rai* et

/Je ttncrs< s jilmili s p<>-


pioduil> Ul

a
FTraiitath»ii. . .... *
r Détails «le culture. . . .
laduihca n
Ul

D Semis et rcpiquâlû's. S 1. l'"Ui ii'iin "es de >alade. Ul A Multiplication ; semis. . . •21 IX


i: Détail- iic luiimc . . .
3l alei-»:> .
Ul B dieux
I ' | i

Ul
Culimc niar aii tiêrc
/)
l.i laitue otiiaine. i
~ d_fl

. . Ib,
F>ii..i oll
TëTTF p êne nu pasw -
ma '.'

l>
l'iepai atiou «lu terrain..
Terre à jac utlic
Ul
E Fia s < t prouuitsTT . . . iil pu rie (i rilliimini lii ii ,n - F. l'Ianlatioii Ul
90. BESâE '• ~ . . ili iiiiiini Ul F Détails de culture.
.
. . . Ul
.1 (.lmi\ des ^sp< >
<f>^ Ul 0 p.inpi ein'lle '

pDlerimii 7L Renoncules Ml
rr DEoma :h' i ii.i;:r:'. . . . Ul - .»' i: i
. -"i I :i l

~ IL A Ni lue Ul
il Chlcoi i i' sauvage. . . . ±11 1 1
i" .i' I le ' i [i.'t.acon. Ul TTjeuiiCs grilles .~^>i
21. iii | i.apucuie ci iM.urraclw. Ul 1
l'i cp.'u alioli du tcriain..
Crc--ini i\r Umt.iHir" Ul " . -ai |\ .i^rs,
I <

i ' I
i
'
.
Ul /) flaiii.Hiiiii,
•j^ Màcliê. Ul 2. .iKun.ilupies. . . .
l'ianic-. 2al I l'eiail- ili ! uUnrc,. . . . 'Il
< -'\ .i h Ili \ u, h\ --«•!«. '
I 4 M-e;ii.,ne> ,
Ul
±j. l'ri>ifr roiiiami , uiarjolauie et "
g, CerreuM..
Ife
E slriii'lle. .
A
:

-, au
• * * • • • .
Ul Mnlt.plie.uioii.
27. Pourpier. Ul /.' An .eli.pie, nul-, (inniii, Si ini-
. . Ml',
Sr.rf. II. I "itiiiiep-raclnei. i "iiaiidre
Ul 2. Mai cottes et boutures. Ul
| 1. Carottes 3. l iantes ineilieinale-, . . B Préparation du sol. . . . :m
A Choix de la graine, pré- I.c.inne C Détails de culture. . . >b.
paration du sol Ul LllM'. LIM.TC1II FOhtl.K DtS Vl>
II.
Crocus Ml
B Semis
C Ittiaili de culture. . . .
Ul
an
iTET Al X COUF.SttM.ES
Srçt. I. I.i'tj miu t proprcim m this
m 4.
.•». Aunrule ou
SCIIII5.
oreille d'ours. Ul
80»
O
Frais cl produits
t. Salsifis et scorsonère..
UL
2xft
I I. Asperge-,
A is|ierges forcées blan-
.
'.
Ul Préparait, " ' ti'iii'in. LL
. . t. IMail.- 'le < liUiii e r.to
-4 Préparation du sol,choix cIk-s Ul 0. Dahlia. .
tL
de la graine tt. B Asperges vertes forcées. soi A Multiplication.
P semis; dctailsdeculiurc. Ifc C Procédés anglais TZl 1. li'HUUI t'S T

Google
IV TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME
•i. Scjjaratkju des tuber- S 3. Etjx&l s i. Jardin fruitier 442
cule* Si* A Multiplication. 5. Parterre 444
3. Greffe sur tubercules. H figafli M i iilture. Ul 4. J a 1 1 1 1 1 j |> i \ *.i.;ei >Jl
fi Semis Cactées MB ri, (»r.n une cl serres.. Ul
C Préparation du »ol. . . . UL 4 Molli ilir.lllnll . r>Ti! i

D Plantation 3jfi /; ii a de culture. 3tn ,^ t. Jardin pi '|:uei 445


£ Détail» de culture .... Û1Z 4. Or«'|iiilei>. 30'J 1 Jardin li n In'i 44u
S 7. Chrysanthème A >'i i au v. 'fi . i :i'.l'..rà. 311 3. Partern 441
A Multiplication. .' 'il '
U .MiiUiplii;;itni:i <!l 4. Orangerie et ireric»
i. Serais Ul C in-taii» de culture . . . M \ie>.
Boutures Oh . Serre froide, bâche froide, § t. Jardin [iniager. . . .
Détails de culture.
fi . . . 3».) Ctl.llMi II i
ijj 313 Parlene 4ÛU
8. Itiisccs ife, L-.1' Lj-j l i '. M' ,
!'
1

et f li,'i>>ii 3. Jardin (rniixa.. . .


(É.
jA Multiplication 3il QroM (& t Jaidin pay-.i^er. . .

B Détails de culture.. . 77 Jl fi Serre froide 7i. ui .iug' le et aei resT7 i


4^
lo. libellas. Ul Sert i- t' iU|H i e>'.

A Multiplication sei fi- rli,i'|,|r, ,


BTfi j t . Jardin potager. (Ê.
rparstis ne unur«r7~7 Ul j S«-i re i li.iiule-si'elm. . an -J. l'aih iTT7 4M
Il Iris. MB Serre eliaude-lunnide.
fi . 37» -", J irilin IraitLi-r. îû.
12. m
uiaiMiifi'oiiutiH'i'ieilrv SL C'i.l'ii
.li- l.i un le. . . i- . Jji dm )i i\itat{~T. . lii.
cuUf fJS 9. Plantes aquatiques de ter- orangerie et "serres.
tter. IV. Plantes de parterre re-
IIHiri/u.l / il iUi rr.y litres.
. . .
Ife.

:kaj ,
re chaude. ... ......
11. J V H 1)1 S S l'ATSiGEBl.
m Mal
i
5.

I. Parterre.. ~
Ife.

1^.
i t. Plantes bulbeuses. .
-~ . 321 Sbct. I. Sortons générales. 3M 2. iiraugerle.. . 45i
32t j I. Seenc» naturelles propres 3. N-rre tein).r[ ç^T àlÉi
Ul a entier dam la i'.iiu|i<>^ t. Si-rn- < iiaâde Ul
Ul il m il i j.ii dm p.i> '.i^i r. Jardin potager . 437
a i. vaine du pti .un~ M7 JltM.
4.
5. îi^iidia
*>
J.i' iiiL.i' s

(. iinii iiiu:» 1
1>\ i .i iu n ii i'
1

. .
m du
fi Dimensions dgj
1"^ -'•:-/>
i

j . t r J n-i
.

Ul
Jardin |n)la^»T.
I.

Jardin l'rqi'.ii.T
slfll
4!^
7. h rjjgfflB • • • .
'.'
Unix d'objets jilttores- 3. Parterre. 4Ji5
S A-li'i L2. ques ïb. 4. Orangerie. 406
0. Plantes aquatiques Ul i Constructions et orue- :>. s<-itc, chaudes et t»'lll|n;-
1 0. Plum e * i l i n' in i'i it puur i meilU d'archlu^tiire. . . . fc'fts tlfi.
.er> usages particuliers.
(* ; :>fj A Temples.. ib. iPJUfiX
11. Arbustes d'ornement de B Obélisques, colonnes, co- f 1. Jardin potager. 4JÎI
pleine terre lonues troïKjuees 389 -J. l'ai Ici ; 4ta
LU. Arbustes de terre de~ <: Main-".. ib. 3. Jardin Inntier. Ji
bruyère. . . 331 li K itiinenli isoles. ib. t. Uiaii^'-iie cl serre. 4IQ
\! t"»ll-it«*S H ll'Mll- lit .1 Ho - E Chaumière. it>.

raisoq remarquable . . . . 533 r Constructions dive^es; § i. Jardin potager. <*.


14. ~r. .vi-rs. ilnlali.nl. 390
t UL Tlt-il-i .i li a. Pai*terri 415
Ti Qjtïïi »-ni|ii,ii l'iin'iii. UL G Ituines ib. Jaidin liii |-
424

gEE
l 1 1

/' \i i .ni - 1 un -m. . . . ,v. t U Ponts yji -t, 'iraiificne et serre. <£
H
,
.

sm
,

i u li'ii
'
1
'
.
''
.
~>.">'j SfcCT.ll. PUm sur le papier ; tract i.Miaii.
D Cultures particuliërcsdc sur le terrain u, l. Jardin potager. 413
E
quelques rosiers
ClnsMliealion nu.
351 f t. Plan sur le pa|>ier
». vrai e ~ u !• l' rrain. .
~ ib. J. Pui. irëT
Jardin fruitier.
in
&
F Culture forcée des ro-
. , ,
il<>a
-,. I

fUisseam
i ai e J .; ; i
l B 3«Ji

393 h.t
3.
4. (H .m n'ei ie <[ »en e. 47»

m
( nii.i.

siers 4. Lac> et ptàOCl il t an ; illu- j Jaidin potager.


l .
I».
Sut. d'ornement qui
V. pituites slous U'optiqui;. . . .77, ib. 2. Jai ilin li uituT 4SI
ne supportent pus la pleine SECT.III. D; >, i ntuTV 395 3. Parterre 4SJ
terre Ul 3 I.I..u-;i ui et trai- d<^ di - 4. Orangerie et aerre. if.
| t. IVI.ir^.nihinn Ma vei> ^r.ires d'al'ee», . . . U>. ViYtMimi..
4 m implication 511 t. CIh.-iii 5 eux. allées creu - a j I. Jardin potager. 483
g Douiui-csi Ml -•>„ fi. Jardin fritlti< 48t>
c iM-t.iils de culture. ib. 3. Méthode de M. Vou Sckell. 397 3. Parterre. 487
ï. Culccotaires Mf Sect. IV. 0' biais et remblais. . . 3"»8 4. Orange rie et serre. . . . Ife.
A Multiplication Ul § I. Colluie?) arlilicieilei. . . . 39J DtfCtXBftË.
B >
Détails je culture. . . .
'»') VÏÏTÏ arliliciels. iO. lu potager. (fi.
3. Verveines lit. 3. Crcuseioeot de» lacs et i J'' h u
'iur.i'jr.
kl'-T.
A Multiplication Ul eces d't 400 3. Partern feM
B Deuils de culture. . . . 350 Secr. V. Emploi des arbres d'or- 4. Oramterle. liL
4. Cinéraire» UL. nemettl dans le jardin paysa- V Se Ife.
9. Me^euibriaiilliètnes ill ger.
• A Multiplication I i. Distribution naturel ^ CALKXDRlEli 1>U FOHKSTIEW. i'Jl

fi Détails de culture. . . . 16. arbres. . an Janvier. 1 S ! 1 • !

Camélias. - M février. *M
6.
m
I ilr-, >] ;i i, \.-\,
. -r
A lu J
,
.
: | j m n.; 3.'»5 . ! 1 1 1 iJL.
fi Chois des pots cl cais- 3^. l'Iautations. ........ i<>.-. AaxiL Ul
ses A K'iC et lorce des sujets.. «y ; ; 1 1_ 4'J3
C Serre aux camélias.. . . 331 jraiHHilé des platitaOuns. lUa Juin. . ~3L
fi Rempotée. ....... Ul Ç l 'i vi'sos m inières de JulUct. 4U4
B Arrosages Ul plaiilia . ........ . AOÛt. IL
r-'^Soius généraux StCT. VI. /. li i«;.i>> I ,,ir jjgtfij». Seiuembre. Ul-
G Mulliplicaliou ; boutu- 4.1. Qrlybre. . , , 4i£
res, 2&i novembre l±L
I. Marcottes
Coup u'iiil sua i,k j ahdi> v<.e I>, -
1

c 4'^j
liL i
J t j : ) i

* EX ËCKOPK.
ttafl IL Cale>drikr UU MAGNA M tilt.
;

S. Serais Hollande et Belgique


Scct. VI. PUmLs Woranjerle cl
de serres
r.,7

358
orande-Bretagiic.
r rance. ...... .
.
m
MB
m Janvier. Ife,

iJl
j.l. culture des plantes d'o-
rangerie 'A
Espa-tne.
I*' m I j^-al
m M, u a
Avril. .
Ul
Ml
A \eriuins, lauriers-roses, 3VJ liai» Mai. 4^J
fi Orangers et eitrouniers. et vjleajggyg. MaM
i
> i »i
433
I. Multiplication .... i' ": i^in- èt i; i--:. llli Juillet. . . • Bflg
i. UempoUgcet rencais- saede, Xorwege, Daitcmarlt. 411 AUiiL
sem ni. u. Septembre. të
3. Taille
« VLKMIRIKK DU JAfi.DI.XI8». tol'ie 504
tiL . .

4. Détails do culture. . . Sjil Norembre. . . . . , . tfc.

C. M-oiudmr, 5ni à 1. JanTn |>ota.;.:i IM Ixccuibre. . . . , . , if.

UN 1>E L A TA BtK PK S >i \ rn. n i.>.

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AVANT-PROPOS.

A l'époque où parut la Maison rustique, vivement frappés de l'immense étendue des


matières à traiter, nous avions résolu de ne nous préoccuper d'aucun objet qui leur
fût étranger. Il nous eût semblé téméraire de dépasser les limites déjà si vastes du cadre
de l'ouvrage primitivement conçu et d'ajouter à la masse des travaux que son exécu-
tion nous imposait. Tels furent nos motifs pour nous borner exclusivement aux ma-
tières du ressort de l'agriculture proprement dite, sans aborder ni l'horticulture, ni
l'économie domestique. Mais, les vœux unanimement exprimés par nos abonnés ne
tardèrent pas à nous convaincre que nous avions laissé dans notre publication une
lacune qu'il devenait indispensable de remplir. En effet, les propriétaires de terres,
grandes ou petites, les cultivateurs de tout étage, tous ceux enfin qui trouvent dans la
Maison rustique leur guide habituel, ont ou peuvent avoir un jardin grand ou petit;
presque tous font du jardinage leur principal délassement; s'ils sont à proximité d'un
marché, ils peuvent trouver dans les diverses cultures jardinières une ressource im-
portante ; la Maison rustique du XIXe siècle devait donc être complétée par un traité
d'horticulture. L'opportunité d'un traité d'économie domestique n'est pas moins évi-
dente tandis qu'en Angleterre et en Allemagne des ouvrages spéciaux sur cette matière
;

mettent entre les mains de tout le monde les moyens le mieux appropriés à toutes les
conditions pour rendre la vie intérieure de chaque ménage aussi confortable que ses
ressources le permettent, en France, ceux qui souvent ne demanderaient pas mieux
que de sortir d'une routine dont ils sentent tous les inconvénients cherchent en vain
un guide pour les diriger.
Le cadre du livre consacré à l'horticulture était tracé d'avance par les besoins de
ceux pour lesquels nous devions l'écrire c'est le jardinage pris au point de vue de
:

son contact avec l'agriculture dont il n'est qu'une dérivation, puisqu'il a, comme
elle, pour but de tirer parti du sol. Quiconque, comme nous, a parcouru la France à
pied et dans tous les sens, pour en étudier l'agriculture, pour connaître à fond les con-
ditions diverses des populations rurales, demeure frappé des incalculables ressources
que l'habitant des campagnes laisse perdre. Quel accroissement de bien-être une
famille de pauvres cultivateurs ne pourrait-elle pas trouver, par exemple, dans les
fruits d'un verger, même de peu d'étendue, facile à créer comme le désert de Bar-
beau-Brunet *, avec peu ou point de frais, mais avec une volonté ferme et untra
Tail persévérant! La consommation des fruits, surtout celle des bons fruits, est
presque nulle dans plusieurs de nos départements; ce ne sont pas les acheteurs qui
manquent, ce sont les produits. Nous en dirons autant des légumes, et bien souvent

(i) Voir Journal dJ^iicnhiitr pratique, t. IV, p. 4io.


BUKTirtl.TO«'. T. V. — I

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ij AVANT-PROPOS.
des fleurs. Nous avons vu chaque année à Marseille, à l'époque des processions qui se
succèdent pendant quinze jours, les fleurs les plus communes se payer pour ainsi dire
au poids de l'or; il n'y en avait pas sur le marché la dixième partie de ce qu'on en
aurait pu débiter avec avantage. C'est donc répondre à un besoin réel et vivement
senti des populations rurales, que de placer sous leurs yeux, à la suite de l'ouvrage le
plus complet et le plus avancé sur l'agriculture, l'exposé des procédés de l'horticul-
ture qui peuvent si facilement augmenter leur aisance, en même temps qu'ils influent
par un enchaînement naturel sur l'amélioration du régime alimentaire des popula-
tions urbaines ; c'est par conséquent à cette partie de l'horticulture si éminemment
utile que nous avons consacré le plus d'espace et donné les plus larges développements.
En traitant de la culture des plantes d'ornement, nous avons eu également égard à
la position du plus grand nombre de nos lecteurs. Le goût de l'horticulture est en
progrès parmi nous; le nombre des propriétaires riches qui s'adonnent à la culture
des végétaux exotiques augmente rapidement ; les orangeries et les serres sont mul-
tipliées de tous côtés avec la plus louable émulation. Néanmoins, une statistique exacte
de nos richesses horticoles nous montrerait plus d'orangeries que de serres, plus de
serres tempérées que de serres chaudes; parmi les plantes qu'elles renferment, les
plus rares, celles dont le prix est le plus élevé, s'y trouveraient à peine par exception ;

nous y verrions au contraire les jardins ornés seulement d'un parterre devenir pres-
que aussi nombreux que les habitations rurales; nous appelons de tous nos vœux le
jour où chaque chaumière en France aura sa plate-bande de fleurs. Que l'on compare
l'état moral des populations parmi lesquelles le chef de famille consacre habituellement
a l'ivrognerie le jour du repos, avec celles où, au sortir de l'église du village, il donne
le reste de son dimanche à ses fleurs, sa plus douce passion, source d'échanges de bons
oflices avec ses voisins ; il y a là tout un puissant système de civilisation pour les cam-
pagnes; nous pourrions citer dans les plus âpres régions delà France des curés de
campagne qui, préchant d'exemple, ont opposé, avec le succès le plus éclatant, le jardin
au cabaret. Puissions- nous avoir à nous féliciter d'avoir, nous aussi, concouru, autant
qu'il est en nous» à propager ce goût si naturel, si parfaitement en harmonie avec la
vie habituelle du peuple des campagnes, cette source de plaisir qui tend h rendre les
paysans à la fois meilleurs et plus heureux! Ainsi, sans négliger aucune partie de l'hor-
ticulture, nous avons particulièrement insisté sur celles qui touchent le plus intime-
ment aux intérêts du plus grand nombre de nos lecteurs, sur les objets qui nous ont
paru de nature à concourir au but commun de toutes les branches de l'agriculture :

améliorer la condition matérielle et morale du peuple des campagnes.

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HORTICULTURE

CHAPITRE I". - Choix bt nature dbs tbbbains. si l'onpratique n'importe où une excavation,
que l'on pulvérise les pierres qu'on en relire et
Section — Rapporté du sout-$ol avec la qu'on les mélange avec plus ou moins de ter-
sunerficie. reau provenant de fumier très anciennement
décomposé, on obtient une terre tout- à-fait
Nous considérons les principes généraux du analogue à celle qui couvre la presque totalité
jardinage sons cinq aspects principaux, for- du pays.
mant le sujet de cinq chapitres dans lesquels Si le sous-sol est formé de roches de grès,
nous traitons séparément du choix et de la la surface n'offrira qu'un sable stérile, sembla-
nature des terrains, des engrais et amen- ble à celui des environs de Fontainebleau; en
dements, des divers modes a irrigation , des pulvérisant un bloc de grès, on aura un sable
instruments de jardinage et de la construction entièrement semblable.
des couches, bâches, orangeries et serres. Ce De même que dans l'air le principe que les
dernier chapitre comprend aussi les moyens chimistes nomment oxygène est le seul propre
de produire la chaleur artificielle , applicable à la respiration; de même que, dans les ali-
aux besoins de l'horticulture. ments, il existe à côté des principes nutritifs
La constitution géologique du globe est la d'autres substances qui, tout en jouant un rôle
base des différences essentielles qui existent utile, ne contribuent pas à la nutrition, ainsi
entre les terrains } quoique le jardinier de pro- la terre la plus riche contient, avec les éléments
fession ne puisse que bien rarement être géo- propres à servir d'aliment à la végétation, des
logue, et que le cadre de cet ouvrage ne nous corps qui ne peuvent concourir à la nourriture
permette pas d'y joindre des notions même très des plantes. La juste répartition de ces sub-
abrégées de géologie, nous signalerons néan- stances diverses constitue les meilleures terres.
moins pour chaque nature de terrains les rap- Il ne faut pas croire que les éléments, qui
ports de l'intérieur avec le dehors, car il n'y a seuls ne nourriraient aucun végétal, ne servent
s d'autre moyen d'apprécier avec quelque à rien quand ils sont associés à d'autres ; ils les
Eitcsse le sol sur lequel on opère. Posons d'a- divisent, ils les rendent plus rares, ils forcent
rd ce principe qu il n'existe aucun terrain les racines des plantes à s'étendre pour cher-
complètement impropre au jardinage, et que cher leur nourriture. Sans eux la terre, trop
Krtout où l'on dispose d'un coin de terre riche, ressemble pour les végétaux à ce que sont
nne ou mauvaise, on peut y créer un jardin. pour l'homme ces mets dont une petite quantité
C'est de ce point de vue que nous considére- lui donne des indigestions ; sa santé se trouve
rons la nature des divers sols, et leurs rapports mieux de mets moins substantiels.
avec le jardinage. On peut obtenir untrès bon jardinage sur le
recouvre les terrains granitiques ou pri-
§ l". —
Terrains primitifs.
sol qui
mitifs; on s'appliquera, dans ce but, à lui don-
On donne ce nom aux roches de granit et ner ce qui lui manque; la chaux et les engrais
de grès leurs débris ne contiennent point de très actifs y seront plus nécessaires que partout
;

chaux. En comparant ces roches avec le sol ailleurs. Les arbres et arbustes dits de terre de
qui les recouvre, on reconnaît un fait général, bruyère ( lauriers, rosages, azaléas, andromè-
réalisé pour tous les terrains ; c'est que la su- des) y prospéreront de préférence; les légu-
perficie est toujours composée de débris de la mes-racines y seront d'excellente qualité, quoi-
roche ou des roches du sous-sol, mêlés a des que sous un petit volume; enfin, grâce a des
substances végétales et animales en décom- amendements bien combinés, peu de végétaux
position. Dans nos départements de^ l'ouest refuseront absolument d'y croître.
notamment dans ceux de l'ancienne Bretagn^-^aiorface des terrains primitifs offre le plus

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HORTICULTURE. LIV. VIII.

souvent des terres sablonneuses, légères, ayant dans les masses géologiques du globe. C'est la
peu de cohésion, et retenant difficilement l'hu- nature de sous-sol la moins favorable à la végé-
midité. Lorsqu'elles sont mélangées avec l'ar- tation ; la craie pure est d'une stérilité absolue ;
gile, terre onctueuse servant à faire les briques, les plaines blanchâtres de la Champagne nous
ces terres se rapprochent davantage de la na- en offrent un exemple au cœur de la France.
ture des terres fortes. L'argile toute seule est Le jardinage ne saurait y prospérer ; mais il
impropre à toute végétation; les pluies la ra- n'en est point totalement exclu si l'on a en
mollissent sans la traverser et produisent, en sé- abondance l'eau et les engrais convenables.
journant à sa surface, des marécages rebelles à D. Terrains gypseux. —
Le gypse ou sul-
la culture; les chaleurs y produisent des cre- fate de chaux, plus connu sous le nom de pierre
vasses et la rendent aussi dure que le rocher ; à plâtre, sert de sous-sol à des terres spéciale-
mais unie en de justes proportions aux autres ment propres à la croissance des arbres a fruits,
terres, l'argile contribue àformer un sol favo- à noyau, tels que les pêchers, abricotiers, pru-
rable à toute espèce de végétation. niers et cerisiers. L'abondance de la pierre à
dans le territoire des communes de
§ II. — Terrains calcaires.
plâtre ,

Montreuil, Fontenay, Bagnolet, C baron ne, où


Les géologues appliquent cette dénomination l'on en exploite de vastes carrières, est la
à toutes les roches qui, soumises à l'action du principale cause de l'excellente qualité des
feu, se convertissent en une matière caustique fruits qui s'y récoltent. Le succès de cette cul-
que tout le monde connaît sous le nom de ture est assuré partout où le jardinier dispose
chaux. Les diverses pierres susceptibles de d'un sol de même nature.
fournir de la chaux diffèrent entre elles autant
que toutes, prises ensemble, diffèrent du grès § III. — Terrains dalla v ion.

et du granit. Quiconque habite le bord d'une rivière,


A. Calcaire compacte. —
Les calcaires les grande ou petite, a remarqué les dépots que
plus durs forment le plus souvent des monta- laissent en se retirant les eaux courantes, par-
gnes plus ou moins élevées, nues, arides, im- tout où elles ont momentanément séjourné. Ce
propres en apparence à toute végétation telle : que la nature continue à faire en petit, elle
est en France la chaîne des Cèvenncs. L'in- l'a fait jadis sur une bien plus grande échelle.

dustrie humaine a su couvrir de jardins leurs D'énormes masses d'eau violemment déplacées
plus âpres rochers. Des terrasses pratiquées au ont entraîné des terres, des cailloux, des dé-
moyen de la poudre, soutenues par des murs bris de toute nature ; après les avoir déposés
secs construits aux dépens de la roche elle- sur les terrains exposés à leurs irruptions, elles
même, reçoivent une certaine épaisseur de se retiraient pour venir renouveler plus tard
terre végé'tale transportée par un travail per- les mêmes transports de matériaux divers. Ce
sévérant du fond de la vallée sur le flanc ue la sont les terrains ainsi déplacés par les eaux
montagne ; il en résulte des espèces de grandes qu'on nomme terrains de transport ou d'allu-
caisses murées qui deviennent autant de petits vion; ils se reconnaissent à la quantité de
jardins conquis a force de peines et de sueurs. petits cailloux roulés qui s'y rencontrent con-
B. Calcaire grossier. —
Ce calcaire, dont le stamment. Les terrains d'alluvion sont en gé-
type existe dans le moellon et la pierre de néral très propres au jardinage. Les cailloux
tailledont sont bâties les maisons de Paris, sert et le gros gravier lui nuisent sans doute; mais
en général de base aux plaines les plus riches c'est un préjugé de croire que quelques pierres
des pays cultivés de l'ancien monde ; la Beauce réduites à un petit volume , et mêlées à une
et la Brie ont pour sous-sol un calcaire sem- terre d'ailleurs suffisamment fertile, soient
blable. Les terres de ces deux contrées doivent toujours un obstacle au jardinage : elles sont
en partie leur fécondité à la chaux (jui s'y même souvent utiles à certaines cultures, parce
trouve mélangée à la plus riche terre végétale. qu'elles servent à diviser les sols trop com-
Les géologues nomment humus la terre végé- pactes.
tale proprement dite ; le terreau provenant de
la décomposition lente du fumier nous offre un
$ IV. — Terrains tourbe».

exemple de l'humus à son plus grand état de


pureté; du reste il n'existe nulle part sans mé- Les contrées humides et marécageuses se
lange à la surface du globe. L'humus ou terre couvrent naturellement d'une végétation abon-
végétale est surtout abondant au-dessus des dante de plantes aquatiques ; ces plantes n'é-
terrains formés de calcaire grossier; on le tant jamais récoltées, pourrissent sur place et se
trouve aussi fréquemment amoncelé dans le renouvellent tous les ans, créant ainsi à la lon-
fond des vallées où le temps manque rarement gue une substance particulière, nommée tourbe.
de l'y accumuler aux dépens des hauteurs voi- La Hollande contient des provinces entières
sines. Il n'y a pas de sol mieux approprié au couvertes de marais tourbeux; ces marais,
jardinage que celui des plaines superposées au convenablement desséchés, sont très favorables
calcaire grossier, et dos vallées surmontées de au jardinage lorsqu'on en développe la fertilité
coteaux couverts de forêls. par des engrais et des amendements appro-
C. Craie. —
Ce nom s'applique à l'une des priés à leur nature. Les hortillons des environs
formes sous lesquelles le calcaire se présente d'Amiens, si célèbres pour la beauté et l'ex-

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TITOE I. CHOIX ET NATURE DES TERRAINS.
cellcnce de leurs légumes, sont établis sur des d'un jardin nouveau, on se déterminera moins
terrains tourbeux, ayant jadis formé de vastes encore par la qualité "de la superficie que par
marais sur les bords de la Somme. la profondeur de la couche de terre arable.

— Dénominations On regardera toujours une terre médiocre,


§ V. vulgaires des terres.
mais profonde, comme préférable à une terre
Nous ne croyons point utile d'établir ici, à beaucoup meilleure, mais d'une moindre épais-
propos du jardinage, une classification com- seur. La première se prêtera facilement aux
plète des terrains ; nous avons voulu seulement améliorations que nécessite un bon jardinage;
mettre le jardinier sur la voie des notions qui la seconde s'épuisera promptement et n'offrira
lui sont indispensables quant à la nature des aucun moyen de subsistance aux végétaux qui
sous-sols supportant la surface qu'il cultive ; pénètrent assez avant dans le sol.
c'en est asseï pour lui faire éviter bien des er- On prendra aussi en grande considération
reurs et des mécomptes en l'empêchant de de- deux objets essentiels, l'exposition du terrain
mander au sol ce qu'il n'est pas disposé à pro- et la proximité des eaux. Les meilleures expo-
duire, et en .l'éclairant sur les moyens de sitions sont celles du sud etde l'est. En suppo-
remédier aux défauts et aux inconvénients at- sant qu'on ait le choix entre plusieurs terrains
tachés à chaque espèce de terrain. en pente, on préférera celui qui fera face au
Voici, d'après les usages reçus, les noms que midi ou à l'orient, quand même il ne serait pas
les jardiniers sont convenus de donner à la su- tout-à-fait d'aussi bonne qualité que celui qui
perficie des divers sols consacrés au jardinage. regarde l'ouest ou le nord. Si, comme il arrive
Terre franche. —
L'argile, le calcaire, le sa- à beaucoup de propriétaires, on ne peut enclôte
ble et l'humus s'y trouvent mêlés dans de justes de murs qu'une partie du jardin et qu'on se
proportions; on la nomme aussi terre nor- borne à fermer le surplus par une haie, l'on
male; c'est la terre de jardin par excellence. placera la muraille de manière à se procurer
Terre forte. —
L'argile y domine ; la chaux un espalier au midi, et des plates-bandes à la
et le sable s'y trouvent en moindre proportion ; même exposition, proportionnellement à la
elle contient très peu d'humus ; le jardinage ne hauteur du mur.
peut y réussir qu'à force de travail et d'en- Nous avons vu, il y a peu d'années, dans le
grais. département d'Indre-et-Loire, une maison de
Terre légère.— Il y a des sols légers-sablon- campagne très agréable, récemment construite,
neux, et des sols legers-calcaires , selon les abandonnée du propriétaire, et vendue beau-
proportions de sable et de chaux qui en font coup au-dessous de sa valeur réelle, parce que
partie. La terre légère doit toujours son carac- le jardin manquait d'eau. On avait entouré de
tère à ce qu'elle ne contient point ou presque murs l'espace destiné au jardinage, et l'on s'é-
{>oint d'argile Le jardinage réussit bien dans
. tait occupé tout d'abord d'y établir un parterre
es terres légères quand on a l'eau à discrétion. et un potager, saDS songer à creuser un puits.
Terre de bruyère. —
Elle se compose de sa- Quand le besoin d'eau se fit sentir, on entreprit
ble ou silice en poussière, et d'humus ou ter- inutilement des fouilles sur plusieurs points;
reau. Comme elle est indispensable pour cer- l'eau ne se trouva qu'à plus de 30 mètres, et en
taines cultures, et que pourtant le transport la quantité tout-à-fait insuffisante. Les oublis de
rend d'un prix excessif quand il faut la faire ce genre sont plus fréquents qu'on ne pourrait
venir d'un peu loin , on
y supplée en formant le croire, quand il s'agit de former un nouveau
de toutes pièces un compost doué des mêmes jardin sur un terrain consacré précédemment à
propriétés et propre à nourrir les mêmes végé- un autre genre de culture. Le premier soin doit
taux qui se plaisent dans la terre de bruyère être, dans ce cas, de s'informer de la profon-
naturelle. deur de l'eau, ce que les puits du voisinage peu-
On trouvera au chapitre des Engrais et vent indiquer par approximation. La présence
Amendements l'indication de ceux qui convien- d'une source ou le passage d'un ruisseau pour-
nent spécialement à chacune des terres que ront être aussi des motifs déterminants sur le
nous venons de décrire. choix de l'emplacement destiné à un jardinage
de quelque importance.
Section II. — Choix au terrain. Moyens de reconnaître les qualités du sol.

Il arrive bien rarement au jardinier d'avoir La


physique, la botanique et la chimie four-
à choisir l'emplacement sur lequel il doit éta- nissent toutes les trois des procédés d'apprécia-
blir un nouveau jardinage ; le plus souvent il tion pour la nature des terrains destinés au jar-
ne peut que continuer ce qu'il trouve crée d'a- dinage ; les procédés chimiques sont les plus
vance ; toute la latitude qui lui est laissée dans sûrs de tous, mais rarement ils sont à la portée
ce cas consiste à pouvoir distribuer à son gré, du jardinier. La botanique lui offre des indica-
sur un terrain donné, les divisions de son jar- tions plus en rapport avec les notions qui lui
din, afin d'en approprier le mieux possible cha- sont indispensables et familières; enfin les in-
que partie et chaque exposition à la nature des ductions qu'il peut tirer des qualités physiques
plantes qui doivent y croître. du sol sont tellement simples qu'il n'a pas be-
Lorsque, sur une terre d'une assez grande soin d'être physicien pour en profiter.
étendue, on peut assigner à volonté la place A. Propriétés physiques du sol. —
On les re-

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HORTICULTURE. liv. uni.

connaît par des procédés fort peu compliqués. indication asseï positive pour que le jardinier
La pesanteur se vérifie au moyen d'un bocal doive y avoir égard.
qu'on pèse successivement rempli d'eau et rem-
plide terre. Supposons que de deux échantil- avec luélimentt
lons employés a cet essai, l'un donne 1,800 aTÏT'
grammes et l'autre 1,850 grammes dans un SOL CALCAIRE. SOL 4RCILCDX.
vase qui, rempli d'eau , pesait exactement un Tussilage.
Véronique, plusieurs es-
kilogramme on en conclura que le premier
;
pèces.
est a l'eau, sous le rapport de la pesanteur, Gallium, jaune et blanc. Pi
comme 9:5, et qu'il est au second comme Grémil. Jonc.
36 : 37. On ne peut arriver par ce moyen à des Anémone |

résultats suffisamment exacts qu'en employant Sainfoin.

de bonnes balances, en tarant les vases pour Clématite.


Viorme. Arénairr.
en défalquer le poids, et en prenaot les échan-
Berbéris épine-vinette. Vipérine.
tillons sur divers points de la surface du sol
Herniaire.
soumis à l'expérience, après en avoir bien mé- Spergule.
langé les éléments par le labour ; sans quoi
deux échantillons pris tout à côté l'un de Les données de ce tableau ne sont que de
l'autre donneraient souvent des chiffres entiè- simples indications les plantes les plus con-
;

rement différents. cluantes sont, pour le sol calcaire, le sainfoin


La ténacité delà terre et sa propriété de de- naturellement ne croit pas bien sur un sol
aui
venir plus ou moins plastique, lorsqu'elle est épourvu de chaux et pour le sol argileux le
,

élrie avec de l'eau, indique la présence de tussilage qu'on ne rencontre sauvage que sur
fargile-, toute terre peu argileuse en appa- les terrainsoù l'argile domine.
rence, parce que l'alumine y est mêlée à d'au- Nous croyons inutile d'étendre ces données
tres substances, peut être considérée comme aux sols ferrugineux, salins et marécageux
terre forte lorsque, pétrie en pâte molle, essuyée qui de même que la terre dite de bruvère, ont
,

à l'air libre et cuite au feu, elle donne une une végétation très distincte, mais nui d'ailleurs
brique de bonne consistance. La terre forte ou se reconnaissent au premier coup d'œil par des
argileuse est toujours douce au toucher; celle caractères extérieurs très faciles à discerner.
où le sable domine est rude, et possède la pro- C. Essai chimique des terrains. Rien de —
priété de rayer le verre. plus compliqué que l'analyse exacte des divers
La présence des oxydesmétalliques a deux genres de terrains propres à la végétation, soit
indices certains; la couleur et la maigreur de a cause de la nature fugitive de plusieurs des
la végétation. En général le sol cultivable ne éléments qui les composent, soit parce que
contient guère d'autre oxyde que celui de fer pendant l'opération il se forme des combinai-
en quantité notable ; il lui communique une sons, produits de l'opération elle-même, et
couleur jaune ou rouge. qu'il est très difficile de distinguer de ceux que
Le gout indique la présence du sel dans la le sol contenait primitivement.
terre ; elle se reconnaît aussi à la nature sa- Lorsque l'horticulteur désire une analyse
lée de l'eau qui a séjourné sur un pareil sol. exacte du sol soumis à sa culture, ce qui est
Le soufre se manifeste par son odeur lorsqu'on presque toujours un objet de curiosité plutôt
projette sur un fer rouge la terre qui en con- que d'utilité, il n'a rien de mieux à faire que de
tient. s'adresser effet à un pharmacien de son
à cet
importe souvent au jardinier de connaître
11 voisinage; s'il possède lui-même les connais-
la capacité du sol pour absorber l'humidité ; sances chimiques nécessaires , ce qui se ren-
elle s'évalue comparativement par le procédé contre bien rarement, il aura encore besoin de
suivant, d'une exécution facile. Au milieu d'un recourir au pharmacien pour les appareils et
bocal de verre rempli de la terre à essayer, on Mais, s'il veut se borner a connaître
les réactifs.
plonge un tube de verre dans une position ver- des qualités chimiques du sol ce qu'il lui im-
ticale, excédant d'un décimètre environ le porte le plus d'en savoir, il ne lui faut d'autres
bord supérieur du bocal. On verse ensuite dans appareils qu'un fourneau de terre cuite et quel-
le tube une quantité d'eau déterminée, et l'on ques fioles, ni d'autres réactifs qu'un peu d eau
calcule avec une montre à secondes le temps de savon et quelques acides. L'objet le plus
que l'eau met à remonter du fond du tube à la utile est une bonne balance, susceptible de pe-
surface de la terre du bocal, effet qui se produit ser avec une exactitude suffisante 500 gram.,
toujours en vertu du poids de IVau mais dans
, et d'être sensible à 2 milligrammes.
on temps plus ou moins long. Le même essai, Supposons, par exemple, qu'on veuille re-
renouvelé de la même manière sur un autre connaître la quantité de calcaire contenue dans
sol, donne le rapport de leur propriété absor- un terrain. Après avoir pesé exactement et sé-
bante. 5a rem ent 260 grammes ae terre et 500 grammes
B. Végétation naturelle. —
Nous réunissons 'acide hydrochlorique, on les ajoute l'un à
ci-dessous en tableaux les plantes qui crois- l'autre par petites portions en remuant le mé-
sent le plus souvent sur certains sols d'une na- lange avec un tube de verre; il se dégage une
ture déterminée, et dont la présence est une grande quantité de gaz acide carbonique. Lors-

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T1TIIE I. CHOIX ET NATURE DES TERRAINS.
que le dégagement de gaz a cessé, on pèse de peut se défendre, des travaux dont le résultat
nouveau, et Ton note exactement la diminution tient du prodige. Nos lecteurs nous sauront gré
du poids. 17grammes de gaz correspondent de la publication de la lettre suivante que nous
assez exactement à 40 grammes de carbonate devons à l'obligeance de M. l'abbé de la Trappe.
de chaux; ainsi, dans le cas où le mélange au- Que tous les amis de l'horticulture méditent cet
rait perdu, après l'opération, 17 grammes de exemple; qu'ils réfléchissent à ce revenu de 8
son poids on pourrait en conclure qu'il
total, à 10 mille fr. créé sur un terrain de 9 hect. en
contenait avant l'expérience 40 grammes de quelques années d'un travail bien dirigé; ils se
carbonate de chaux sur 250 grammes, soit 160 convaincront de cette vérité que, même comme
grammes par kilogr. Ce résultat n'est pas ri- spéculation, partout où le débit est assuré, rien
goureusement exact , parce qu'il s'est dégagé n égale l'horticulture sous le rapport des pro-
avec l'acide carbonique une plus ou moins duits , et que pour l'homme favorisé de la for-
grande quantité de vapeur d'eau; mais il suflit tune, il n'est pas de plus doux délassement,
pour la connaissance approximative dont l'hor- quel que soit le sol où la main de l'homme poisse
ticulteur a besoin. avoir à solliciter les faveurs de la féconde na-
L'eau saturée de savon s'empare, après un ture. .

quart d'heure d'ébullition, de toute l'alumine


contenue dans le sol, sans attaquer le carbo- LETTRE DE M. L'ABBÉ DE LA TRAPPE.
nate de chaux qui peut s'y rencontrer. La terre
pesée sèche, avant et après l'opération, donne
La Trappe, 17 janvier 1841.
toujours par approximation la proportion de
l'alumine avec ses autres principes consti-
Monsieur,
tuants.
Quant aux substances végétales et animales Je serais heureux de pouvoir faire quelque
en décomposition qui constituent la partie la chose qui vous soit agréable ou utile. C'est
plus riche de toute espèce de lerrain et qui pourquoi, conformément au désir exprimé dans
forment la base de sa fécondité, leur quantité fa lettre que vous m'avez fait l'honneur de
relative se reconnaît par l'action du feu. m'écrire , je viens vous donner quelques ren-
La terre exposée pendant un quart d'heure à seignements sur les jardins de la Meilleraie,
la chaleur rouge perd la presque totalité de ses leur origine, leur création, leur culture et leurs
principes provenant de débris d'animaux et de produits. J'ai recueilli ces détails de la bouche
végétaux ; la diminution du poids en fait con- même du frère Simon , convers de l'abbaye de
naître la proportion. Si pendant l'opération la la Meilleraie, actuellement notre jardinier. C'est
terre soumise à l'expérience a exhalé une forte lui qui a créé les jardins dont il s'agit et qui les
odeur de graillon ou de plumes brûlées , c'est a soignés pendant longues années.
que les matières animales s'y trouvaient en Les trappistes arrivèrent à la Meilleraie en.
grande abondance; si, sans répandre une odeur 1817. n'y trouvèrent qu'un jardin d'environ
Ils

particulière, elle a brûlé avec une belle flamme un hectare ; pour lui donner une étendue qui
bleuâtre, c'est qu'elle contenait beaucoup de est maintenant de neuf hectares , y compris la
débris végétaux. pépinière, il a fallu prendre du terrain sur des
On voit combien il est facile d'acquérir par carrières, sur une forêt et sur des prés. Mais la
des procédés très simples une connaissance nature n'a guère fourni que l'emplacement et
suffisante de la constitution chimique du sol ; l'exposition du midi (car le sol était très mau-
c'est tout ce qu'il faut à l'horticulteur; le reste vais), le travail et l'industrie de l'homme ont
est du domaine de la science; le jardinier, en fait le reste. Sur le versant d'un roc d'ardoises
cas de besoin, doit recourir aux hommes spé- la première couche de terre était d'abord très
ciaux lorsqu'il croit avoir intérêt à en savoir légère, devenait argileuse en descendant, et
enfin glaiseuse. Le sous -sol était un mélange
compacte de cailloux, d'argile et de sable. C'est
Section III. — Culture jardinière florissante sur sur cette première base que des bras réunis, des
un sol défavorable. efforts combinés, un travail immense, une acti-
vité et une patience qu'aucun obstacle n'a pu
Nous ne pouvons trop
le répéter il n'y a pas: arrêter, sont parvenus à asseoir ces magnifiques
de sol absolument rebelle à l'horticulture. Au- et fertiles jardins qui ont fait l'admiration de
cune démonstration ne vaut un exemple, surtout toute la France.
lorsqu'il réunit toutes les conditions qui peu- Après avoir un peu nivelé le terrain, on l'a
vent la rendre plus frappante; tel est celui des entouré de murs hauts d'environ 8 mètres, le
jardins célèbres de la Meilleraie, jardins fondés long desquels on a tracé .des plates - bandes
rlesri larges de 2 mètres, s'écartant en cela des règles
ivorables que tous les obstacles y ordinaires en faveur des espaliers. C'est dans
semblaient accumulés comme à dessein. Nous le même but qu'on a défoncé ces plates-bandes
avons visité la Meilleraie avant et depuis le sé- par tranchées, à 1 mètre de profondeur. La
jour des trappistes ; nous aurions craint d'être mauvaise terre de la couche fossile était jetée
accusés d'exagération si nous avions décrit dans les allées , et la terre végétale de celle-ci
soas le charme d'une admiration dont "»n ne réunie à la bonne terre des Dlates bandes, où

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HORTICULTURE. LIV. VIII

Ton plantait ensuite les arbres qui devaient produits des jardins de la Meilleraie ont été
couvrir les murs. étonnants, jusqu'au moment des persécutions
. Les grandes allées où devaient passer les voi- que cette maison a éprouvées en 1832. Quoique
tures ont été tracées a 2<n,70 de largeur, et les négligés depuis ce temps-là, les jardins sont en-
petites qui coupent les carrés n'avaient qu'un core si productifs que, l'année dernière, les
raètre de largeur. Toute la terre végétale a été religieux en ont retiré , après leur consomma-
mise en gros h il Ions dans les carrés, et le sous- tion, jusqu'à 8,000 fr. de la vente des légumes
sol a été défoncé à un demi-mètre de profon- et des fruits. Notre frère Simon lira avec plai-
deur ; les pierres et le sable ont été enlevés pour sir, comme mot, votre Traité d'horticulture.
faire des chemins autour de l'abbaye , et enfin Excusez la précipitation de ma lettre et veuil-
les terres végétales ont été remises à leur place ; lezbien recevoir l'assurance de mes respec-
mais tous les ans avant l'hiver on a eu soin de tueux sentiments,
les relever en gros bidons, pour les exposer à
F. Joseph-Maris , \
l'action de l'air et de la gelée. C'est le meilleur
moyen qu'on a trouve pour les ameublir. Ce U Trappe.
Abbé de
qui est à remarquer, c'est qu'on ne se servait
de pelles pour les labours que pour les plates-
bandes, c'est-à-dire sur les racines des arbres;
partout ailleurs on employait la houe à deux CHAPITRE lï.— Enobais et amendements.
dents, et ces dents étaient d'une longueur extra-
ordinaire (un demi-mètre). Cet instrument parut SECTION V*. — Engrais.
dabord très difficile à manier, mais on en prit
une telle habitude qu'on en faisait tout ce qu'on Nous croyons superflu de répéter ici une
voulait. Mous nous en servons aussi mainte- théorie des engrais qui a été développée dans
nant ici, et nous trouvons qu'il n'y a pas de notre tome I«, et que les progrès de la science
comparaison à établir entre le labour fait avec physiologique rendraient bientôt incomplète,
la pelle et celui de la houe à longues dents, qui quand même nous pourrions lui consacrer as-
est bien supérieur, et même plus facile quand sez d'espace pour l'exposer avec précision dans
il s'agit, après l'hiver, d'étendre la terre qui son état actuel Personne ne conteste la nécessité
.

avait été mise en billons à la fin de l'automne. de nourrir le sol par des engrais proportionnés
Quant à l'engrais, on a acquis par l'expé- aux productions qu'on en exige ; c'est le seul
rience, à la Meilleraie, la certitudeque le fumier [>oint de la théorie des engrais sur lequel tout
ordinaire produisait peu d'effet pour les légu- e monde est d'accord ; c'est aussi le seul qu'il
mes ; aussi on n'employait dans les jardins que importe au jardinier de ne jamais perdre de vue.
du terreau composé de vase d'étang, de feuilles Souvent la terre n'est pour lui qu'un support
d'arbres, de gazons, de terres légères prises donné au fumier qui, seul, fait vivre les plantes
sur les carrières, de joncs pourris et de bruyères qu'il lui confie. Quelle que soit la richesse du sol
mises à pourrir dans les basses-cours, de fu- qu'il cultive, le jardinier n'a jamais trop de fu-
miers des écuries et enfin de cendres de forges mier; s'il travaille sur un soi maigre, il n'a ja-
vieilles de plusieurs siècles. On faisait de tout mais assez d'engrais; sans fumier, il n'est pas
cela un énorme tas qui , placé près d'une fosse pour lui de bon terrain ; avec du fumier, il n'en
où venaient se décharger des urines et des ma- est pas de mauvais. Ce n'est point en jardinage
tières fécales, en était tous les jours arrosé; qu'il faut s'arrêter à la dépense occasionnée par
on le remuait aussi 3 ou 4 fois dans une année, cet objet de première nécessité ; en dernier ré-
pour opérer un mélange plus exact. Voilà l'en- sultat, il n'est pas pour le jardinier d'avance
grais dont on s'est toujours servi pour planter plus productive.
et ensemencer les jardins. Pour l'irrigation, on Les engrais dont nous allons passer en revue
a fait venir l'eau de l'étang par des canaux, les principales espèces peuvent être, jusqu'à un
dans de vastes bassins dispersés de tous côtés. certain point, suppléés les uns par les autres.
Outre ces canaux qui apportent les eaux de l'e- IIne faudrait pas se laisser détourner du des-
tang, une quantité d'autres canaux sillonnent les sein d'entreprendre une culture jardinière, faute
jardins en tous sens , afin de recevoir les eaux d'un engrais évidemment mieux approprié quë
pluviales et de les jeter dans les autres canaux, tout autre à la nature du sol, mais qu'on ne
sans qu'elles puissent séjourner dans les jar- pourrait se procurer dans une localité déter-
dins. Le frère Simon regarde
cette précaution minée. Ce qui importe, c'est d'avoir du fumier
comme essentielle pour
santé des arbres et la
la en abondance ; cette première condition rem-
conservation des sucs fertilisants. Une autre plie, il est facile d'aplanir bien des obstacles.
récaution qu'on a prise pour les arbres c'est
S
'éviter de bêcher profondément sur leurs ra- § I er . — Engrais végétal.

cines. Les plates- bandes des grandes allées On


ne peut dire au jardinier ce qu'on dit au
sont garnies de poiriers qu'on a eu soin de fermier faites vos fumiers chez vous; si vous
:

planter très jeunes et petits , pour mieux les en manquez, c'est votre faute. Le jardinier, qui
diriger en pyramides. Un cordon de chasselas tout au plus emploie une ou deux bêtes de trait,
règne le long des allées, à 0 m ,65 des arbres. ne peut obtenir chez lui la vingtième partie des
Tout a réussi d'une manière prodigieuse; les fumiers dont il a besoin. Lorsqu'il lui est difïi-

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TITRE I. ENGRAIS ET AMENDEMENTS. 3

cilede se procurer en quantité suffisante les parce qu'il s'appliquera, non à la couche su-
engrais plus ou moins animalisés, il peut tirer perficielle aux dépens de laquelle ils auront
un grand parti de l'engrais végétal, avec si peu vécu, mais à la couche plus profonde en con-
de dépense que souvent il n'a à débourser que tact avec les racines des arbres dont on voudra
sa peine , monnaie dont il ne doit jamais se augmenter ou renouveler les moyens d'alimen-
montrer économe. tation.
Le sol le plus stérile nourrit toujours une ou Une récolte de maïs ou de lupins, obtenue
Slusieurs espèces de plantes dont la substance entre les rangs d'une plantation d'arbres frui-
écomposée fournit un engrais susceptible, dans tiers en quenouille ou dans la plate-bande au
bien des circonstances, de tenir lieu des engrais pied d'un espalier, pour être arrachée au mo-
animaux. Toutes les fois que le jardinier peut ment de sa floraison et enterrée toute fraîche
ramasser dans son voisinage des plantes fraî- sur les racines des arbres, influe puissamment
ches, n'importe lesquelles, et les enfouir avant sur leur fructification et contribue à prolonger
qu'elles aient eu le temps de perdre à l'air libre leur existence. Elle n'a jamais, comme les en-
leur humidité naturelle, il donne à sa terre un grais mêlés de matières animales en décompo-
engrais sur les propriétés duquel nous ne pou- sition, l'inconvénient fort grave d'altérer plus
vons trop insister, car on n'en a pas apprécié ou moins la délicatesse et la saveur du fruit.
jusqu'ici la puissance quant à la végétation des Cette fumure, qu'on peut renouveler tous les
plantes de jardin. Nous avons vu fréquemment, deux ou trois ans dans le jardin fruitier sans
dans de grands jardins anglais, faucher, sans effriter la surface du sol, pourvu que les plantes
les utiliser, les longues herbes aquatiques qui destinées à être enfouies ne viennent point à
garnissent le bord des pièces d'eau ; ces herbes graine, ne coûte réellement qu'un peu de se-
grossièrement hacbées avec le tranchant de la mence et de main-d'œuvre ; ses bons effets sont
bêche, et enfouies, soit dans les planches du confirmés par l'expérience, quoique l'usage
potager, soit dans les plates-bandes du par- n'en soit pas aussi répandu qu'il devrait l'être.
terre, pouvaient être utilisées comme engrais Nous renvoyons à l'article des composts les
dans des terrains très secs, leur effet sur la vé- engrais à base végétale, tel que l'engrais Jauf-
gétation aurait même surpassé celui du fumier. fret et l'engrais Dubourg; ces préparations
Lorsqu'un terrain neuf est destiné au jardi- ayant pour principe actif "la chaux vive mêlée
nage, on ne peut lui donner, dans ce but, de aux végétaux en décomposition, nous parais-
préparation plus y tile que de le défoncer, d'y se- sent sortir de la classe des engrais végétaux, et
mer à l'automne du colza assez serré, et d'en- même de celle des engrais proprement dits,
fouir ces plantes par un bon labour à la bêche pour rentrer dans celle des composts. Nous
à 0°»,30 de profondeur, au moment où leurs ajouterons que, parmi les plantes sauvages
1>remières fleurs commencent à s'ouvrir, vers qu'on peut le plus facilement se procurer en
a fin d'avril. Non-seulement le sol y gagnera grande quantité le genêt, l'ajonc et les her-
un engrais qui le disposera à recevoir toute es- bages aquatiques sont les plus actives il suf- ;

pèce de culture jardinière, mais encore il sera fira de les couper grossièrement en leur lais-
délivré de tous les insectes dont il pouvait être m
sant encore 0 ,30 aO ,D ,40, et de les enterrer
infesté, notamment des vers blancs ou turcs, immédiatement.
pour qui l'âcreté particulière au suc des plantes
crucifères en décomposition est un moyen de § IL — Engrais animalisés.

destruction infaillible. Il est à remarquer que De tous les engrais ayant pour base des
ces plantes se détruisent très promptement dans substances animales, il n'en est pas de plus ri-
le sol, et qu'en bêchant quinze jours ou trois ches en principes actifs que le noir animal et la
semaines après les avoir enterrées, on n'en re- poudrette.
trouvera pas de trace. Noir animal. — Cet engrais ayant pour base
Lorsqu/on ne veut appliquer cet engrais vé- les résidus de la clarification des sirops dans
gétal qu'à un terrain de peu d'étendue, on peut, les raffineries, pourrait être d'une grande utilité
si J'on se trouve à portée des bords d'une ri- pour le jardinage, quoique peu de jardiniers s'en
vière, d'un étang ou d'un marais, faire ra- servent jusqu'à présent, et qu'il reste exclusive-
masser au printemps des cardamines et des ment appliqué a la grande culture. Dans tous
«isymbres en fleur; ces crucifères, très com- les terrains froids et argileux, ou maigres sans
munes, feront le même effet que le colza; on être excessivement secs, l'effet du noir animal
n'omettra pas de les couper avec la bêche en les dépassera l'effet de toute autre fumure. Les
enfouissant. Les végétaux enfouis à l'état frais plantes crucifères, choux, chouûeurs, navets,
constituent l'engrais végétal pur proprement rutabagas , et les légumes-racines appartenant
dit; ils conviennent aussi bien au jardin frui- à d'autres familles, tels que la betterave et le
tier qu'au potager et au parterre. Les arbres scorsonère, prendront un développement ra
fruitiers et la vigne épuises par l'âge, ou fati- 8ide, sans rien perdre de leur qualité, sous l'in-
gués par une production surabondante, re- uenec d'une quantité même très médiocre de
prendront, grâce à cet engrais, une vigueur noir animal.
nouvelle. Quand même ces végétaux auraient Cet engrais possède, comme la poudrette et
crû sur le sol dans lequel ils doivent être en- tous les engrais pulvérulents en général, l'avan-
fouis, leur effet n'en sera pas moins sensible, tage d'occuper peu d'espace et de pouvoir être
OlTtrOLTOU. T. V. —i
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10 HORTICULTLUE. L1V. VIII

employé utilement à faibledose. L'économie sur c'est la facilité avec laquelle on peut arrêter et
les frais de transport compense et au-defô le rétablir pour ainsi dire à volonté sa fermenta-
prix élevé de ces engrais; cela est vrai surtout tion en le maintenant sec ou humide. La cul-
dans les cultures jardinières, où tous les trans- ture maraîchère, si perfectionnée aux environs
ports se font dans des brouettes ou des hottes, de Paris, emploie une grande quantité de ce
par des ouvriers, le jardin potager étant inter- fumier à l'état de paille brisée, légèrement im-
dit aux charrettes et aux bêtes de somme. prégnée d'urine; on en fait le triage au moment
où on l'enlève; la partie la plus avancée en dé-
§ m. — Poudreite.
composition est séparée de la litière ou fumier
La poudrettc sert encore plus
exclusivement long. Ce dernier est disposé en tas modérément
que le noir animal à la grande culture ; elle est pressés sur un emplacement sec, aéré et décou-
pourtant susceptible d'être utilisée au même vert. A moins que les pluies et les fortes cha-
degré pour le jardinage, car si son énergie n'é- leurs ne se succèdent longtemps sans interrup-
gale pas celle du noir animal, elle coûte beau- tion, le fumier d'écurie se conserve ainsi plu-
coup moins cher. Elle s'applique aux mêmes sieurs mois et ne paraît pas subir d'altération
plantes et active la végétation de toutes les sensible. Veut-on le faire entrer en fermenta-
plantes potagères en général. Toutefois, il im- tion? Il suffit pour cela de l'arroser ei de le
porte de faire observer que cette substance fer- comprimer fortement ; il s'échauffe et fermente
tilisante, même quand elle est réduite à l'état presque à l'instant même.
le plus inodore, communique une saveur peu Beaucoup de jardiniers trouvent le fumiei
agréable aux produits les plus délicats du po- d'écurie trop chaud pour les terrains naturelle-
tager, spécialement aux fraises et aux salades ment arides et brûlants qui contiennent des
de toute espèce. Employée à la culture de substances calcaires en abondance. Ce préjugé
l'oignon, des choux et des légumes-racines, elle ne serait fondé que dans le cas où le fumier d'é-
n'en a point altéré le goût d'une manière ap- curie dev rait être constamment employé sous la
préciable du moins les consommateurs ne s'en
-, même forme et dans le même état ; mais rien
sont pas montrés mécontents. Il n'est pas dou- n'est plus facile au contraire que de le modifier
teux que, dans les localités où le fumier est conformément au terrain où il doit être enfoui,
d'une cherté excessive, le jardinier ne trouve en le laissant fermenter plus ou moins. Tout
beaucoup de bénéfice à le remplacer par la engrais trop chaud finira par devenir à la lon-
poudrette pour toutes les cultures à qui cet en- gue aussi froid que possible, puisque le terme de
grais convient ; mais si les consommateurs en la fermentation de tous les fumiers quels qu'ils
sont instruits, il pourra risquer d'en éloi- soient les laisse à l'état de terreau, le plus froid
gner un grand nombre, quoique la moitié au de tous les engrais. Ceci ne signifie pas que
moins du pain qui se mange à Paris provienne nous considérons le fumier d'écurie comme le
de blé venu aux dépens de cette même pou- meilleur pour les terrains riches en calcaire, à
drette dont personne cependant n'ignore l'ori- la fois chauds et arides; le fumier des bêtes à
gine. cornes convient sans doute beaucoup mieux
dans un sol de cette nature; mais si, pour un
§ IV. — Fumier d'écurie.
jardinage établi dans un pareil terrain l'on n'a
L'engrais obtenu dans les écuries et les éta- 3ue du fumier d'écurie à sa disposition, ce jar-
bles, par le mélange des déjections des animaux inage n'en pourra pas moins prospérera l'aide
avec végétaux qu'on leur donne pour li-
les de ce seul engrais, pourvu qu'on sache le laisser
tière, est singulièrement modifié par la fermen- fermenter convenablement, et ne l'employer
tation qui tend à le convertir en une masse ho- que dans l'état le mieux approprié à celui de la
mogène dont il n'est plus possible a la tin de terre qu'il est appelé à fertiliser.
distinguer les éléments. Les divers degrés de Un moyen sûr et prompt d'activer la fer-
fermentation plus ou moins avancée modifient mentation du fumier d'écurie lorsqu'on est
du tout au tout les propriétés de ces engrais et pressé de s'en servir, c'est de défaire les tas
leur effet sur la végétation ; le jardinier, dans après les avoir humectés et comprimés, et de
ses cultures variées , peut utiliser toutes les es- les refaire quand le fumier a pris l'air pendant
pèces d'engrais à tous les degrés possibles de une heure ou deux. Le fumier est aussi avancé
fermentation. On désigne plus spécialement au bout de quelques jours qu'il l'eût été au
sous le nom de fumier d'écurie celui qui pro- bout de plus d'un mois sans celte manipulation.
vient des chevaux, et aussi celui de l'Ane et du Dans un sol naturellement compacte et froid
mulet, plus communs que les chevaux dans nos où l'argile domine, le jardinier ne peut em-
départements du midi ; le fumier des bêtes à ployer de meilleur entrais que le fumier d'écu-
cornes est désigné sous le nom de fumier d'é- rie, en ayant soin de l'enfouir longtemps avant
table. Îu'il ait atteint le terme de sa fermentation, et
Le fumier d'écurie peut remplacer à lui seul e saisir, pour cela, l'instant où il sera parvenu
•ous les autres; il est éminemment propre à la à son plus grand degré de chaleur.
/•onstroetion de toute espèce de couches ; il est Le fumier d'écurie est sujet plus que tout
le seul convenable pour les couches à champi- autre à s'échauffer en été au point de prendre
ons. Sa propriété la plus précieuse, celle qui feu. Lorsqu'on s'en aperçoit à temps, il n'y a
F fait préférer à tout autre par les jardiniers, d'autre remède que (te mouiller largement et

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TITRE I ENGRAIS ET AMENDEMENTS.
de démolir aussitôt les tas pour ne les recon- parler de ceux qu'on ne nettoie jamais. Nous
struire que quand le fumier sera refroidi et sè- engageons vivement tout jardinier soigneux de
che. Ces accidents, heureusement assez rares, ses intérêts à s'arranger avec les fermiers de
ne peuvent arriver que quand le fumier est son voisinage pour enrever lui-même de temps
amoncelé en trop grandes masses. en temps la colombine qui se perd inaperçue
dans la grande culture. La colombine se con-
S V. — Fumier d'étable.
serve à l'état pulvérulent ; on l'emploie sou-
Cet engrais est celui que les jardiniers em- vent délayée dans l'eau dont on arrose les
ploient le moins, parce que n'étant jamais aussi plantes lorsqu'on désire hâter leur croissance;
actif que celui d'ecurie, et n'imprimant pas au- il ne faut en faire usage qu'avec précaution ;
tant de rapidité à la végétation, il leur est moins beaucoup de plantes ne peuvent la supporter
avantageux ; il est cependant des terrains où sans mélange pour la leur appliquer on l'af-
*,

sans cet engrais on ne saurait établir un bon faiblit en la mêlant avec de bonne terre de jar-
jardinage: tels sont les terrains calcaires, gyp- din passée à la claie.
seux, sablonneux, manquant de consistance,
et susceptibles de s'échauffer au point de ren-
§ VIII. — Fumier de porc.
dre toute culture jardinière impossible en dépit Nous n'avons jamais pu nous rendre compte
des plus larges arrosages. Le fumier d'étable in- des motifs pour lesquels les traités de jardi
troduit dans ces terrains une grande quantité nage les plus accrédités conseillent de ne point
d'humus qui leur donne du corps et de la vi- employer dans la culture jardinière l'engraif»
gueur; il leur faut en outre ajouter dans le de porc, qu'on assure être très fivid et capable
même but plusieurs substances qui rentrent de faire mourir Us plantée. Nous pouvons a tti r
dans la classe des amendements {voyez Amen- mer, d'après une foule d'expériences faites en
dements, p. 17 ). France et en Belgique avec cet engrais pur, que
La culture en grand de toute espèce de lé- c'est un préjugé. Il est peu de jardiniers de
gumes communs s'accommode fort bien du fu- profession qui n'élèvent un cochon pour la pro-
mier d'étable dans presque tous les terrains; il vision de leur ménage ; ils peuvent en toute sû-
n'en est pas de même des productions les plus reté en employer le fumier comme celui d'éta-
délicates du jardin potager; les fraisiers et les ble; nous l'avons toujours trouvé plus actif que
melons ont particulièrement besoin de fumier le fumier des bêles a cornes dans les terrains
de cheval, ou, à son défaut, de fumier de mou- froids et lents à produire. La manière la plus
ton ; l'engrais provenant des bêtes à cornes ne avantageuse de l'utiliser pour le jardinage est
leur suffirait pas s'il était employé seul. de le mêler avec du fumier d'écurie ou de ber-

§ VI. — Fumier de gerie.

Ce fumier provient des moutons et des chè- § IX. — Issues des villes.

vres ; on le considère comme un engrais chaud, Les jardiniers des environs de Paris sont
très susceptible, à défaut de fumier d'écurie, généralement prévenus contre l'emploi des
de remédier aux inconvénients du fumier d'éta- engrais ramassés dans les rues ; il est certain
ble; un mélange de ces deux fumiers par par- 3ue les boues de Paris, où tant de substances
ties égales pourra suppléer très convenable- e toute nature sont en décomposition, ex-
ment au manque de fumier d'écurie, et produire halant une odeur fétide, odeur sui gèneri*,
à peu près les mêmes effets pour toutes les cul- et des plus révoltantes, peuvent donner lieu
tures jardinières, à l'exception toutefois des de craindre une altération sensible dans la sa-
couches à champignons qui ne peuvent réussir veur de quelques produits obtenus au moyen
qu'avec du fumier de cheval , d âne ou de mu- de cet engrais dont on connaît d'ailleurs la
let ; ces deux derniers, plus rares dans la France puissance fertilisante, et dont l'usage est très
centrale, sont les meilleurs pour cette culture. répandu, soit pour ta culture des céréales, soit
Le fumier de lapin, qui du reste n'existe jamais pour la culture en plein champ des légumes
qu'en petite quantité, jouit des mêmes proprié- communs on ne peut donc blâmer la circon-
;

tés que le fumier de bergerie. spection des maraîchers à cet égard. Mais les
ressources analogues que peut se procurer dans
§ VII. — Colomb inc.
les départements le jardinier placé à proximité
Les déjections des pigeons et celles des au- d'une ville ou même d'une simple bourgade
tres oiseaux de basse-cour sont l'engrais le plus n'ont pas les mêmes inconvénients. Les jours de
actif dont puisse disposer la culture jardinière. marché, par exemple, la place publique d'un
Mêlée à d'autres fumiers à très petite dose la , bourg ou d'une petite ville est encombrée de
colombine produit des effets très remarquables, débris végétaux; on peut les utiliser sans
principalement sur les plantes cucurbitacées. crainte; if n'y a souvent d'autre peine à pren-
Malheureusement la majeure partie de cet en -
dre que celle de les ramasser. Chacun s'en rap-
grais, si précieux et déjà si rare par lui-même, portera sur ce point aux circonstances locales
se perd par négligence ; dans la plupart des et à ses propres observations, et l'on se gardera
fermes, le colombier et le poulailler, qui de- bien de négliger un moyen d'accroître presque
vraient être nettoyés une fois ou deux par se- sans frais la fertilité du sol consacre à la cul-
maine, le sont à peine deux fois par an, sans turc jardinière, chaque fois qu'on pourra utili-

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12 HORTICULTURE. LIV. VIII.

ser dans ce but un engrais quel qu'il soit , et tière, et en les laissant d'une année à l'autre
qu'on le jugera susceptible d'activer la végéta* achever lentement leur fermentation. On con-
tion sans nuire à la qualité des produits. çoit que ce terreau revenant à un prix élevé ne
peut jamais être fort abondant. Chaque jardi-
$ X. — Engrais liquides.
nier fera bien d'en avoir toujours une certaine
On donne ce nom aux liquides très corrom- quantité à sa disposition; semées dans ce ter-
pus qui, comme le jus de fumier, par exemple, reau, les plantes annuelles dont la fleur est sus-
sont troublés par un mélange de matières ani- ceptible de doubler donneront beaucoup de
males en décomposition, et peuvent mettre ces fleurs doubles ; les renoncules et les anémones

matières en contact avec les racines des plantes s'y développeront dans toute leur beauté ; le
au pied desquelles on les répand sons forme plan de choufleurs y puisera une vigueur qui
d'arrosage ; on connaît en agriculture, sous le doublera le volume de ses produits.
nom de purin, l'engrais liquide provenant des Le terreau commun, produit de la décompo-
tas de fumier d'étable ou d écurie ; on l'utilise sition complète des fumiers , n'offre pas de
principalement pour la culture en grand des caractères qui permettent de reconnaître de
plantes textiles et tinctoriales; l'expérience a quel genre de fumier il provient ; tous donnent
prouvé que cet engrais répandu en trop grande un terreau à peu près homogène quand il n'y
quantité sur les prairies naturelles et artificiel- reste plus d'éléments de fermentation ; aussi, le
les donne aux fourrages une saveur désagréa- terreau, quelle qu'en soit l'origine, se conserve-
ble, telle que le bétail répugne à les manger; à t-il indéfiniment, sans subir d'altération nou-

plus forte raison devrait-on craindre un effet velle. Les caractères du bon terreau de cou-
semblable dans la culture jardinière. Les plantes ches rompues sont d'être noir, doux au toucher
de parterre se trouveraient très biende l'engrais et aussi égal dans toutes ses parties que s'il avait
liquide, quelques-unes prendraient même sous été passé à la claie ; il ne doit exhaler aucune
son influence un développement extraordinaire; mauvaise odeur ; aucun débris reconnaissable
mais l'odeur infecte de cet engrais en interdit de matière végétale ne doit s'y rencontrer. Au
l'usage aussi bien dans le parterre que dans le reste, quand on achète du terreau, l'on n'a pas
[KMager. Le jardinier ne pourra s'en servir que à craindre de falsifications, par la raison toute
orsqu'il s'agira de hâter la décomposition d'une simple que tout ce qu'on pourrait y mêler pour
grande masse de substances végétales, pour se l'altérer coûterait plut que le terreau lui-
procurer promptement une abondante provision même.
de terreau. Le purin le plus infect perdra dans C'est dans le terreau de couches rompues
cet emploi tous ses inconvénients ; la terreau que les semis de toute espèce, destinés au repi-
végétal provenant de son action comme 1er- quage , réussissent le mieux ; si le terrain est
ment ne conservera aucune odeur, et ne pourra chaud et léger, il est bon de répandre une poi-
communiquer aux végétaux aucune mauvaise gnée de ce terreau dans chacun des trous ou
qualité. potelots où l'on sème des pois, des haricots ou ,

d'autres plantes légumineuses; le terreau ne


§ XI. — Terreau. convient pas comme engrais pour les terrains
Le jardinier de profession, cultivant aux froids. Quelle que soit la destination des cou-
portes d'une grande ville, ne manque jamais de ches, elles doivent toujours être recouvertes de
terreau ; les maraîchers des environs de Paris plusieurs centimètres ae bon terreau.
en sont souvent encombrés; ils le vendent h On emploie aussi pour le jardinage le terreau
bas prix aux fermiers qui le répandent sur leurs purement végétal il provient le plus souvent
;

prairies. Il en sera de même partout où l'on des feuilles employées dans la construction des
suivra la culture artificielle par le moyen des couches auxquelles elles procurent une chaleur
couches dont le fumier, au bout de deux ans fil
us constante et plus durable que celle du
tout au plus, est réduit en terreau, et doit être umicr. On prépare un terreau doué des
renouvelé. Si l'on n'entretient qu'un trop petit mêmes propriétés, en entassant des végétaux
nombre de couches, comme il arrive à tous ceux frais qu'on arrose avec du jus de fumier ou pu-
qui suivent principalement la culture naturelle, rin. Il faut avoir soin d'ouvrir plusieurs fois le
la disette de terreau se iera souvent seniir; tas et de l'arroser pour le refaire immédiate-
c'est une circonstance toujours fâcheuse, car ment; cette manipulation accélère la décom-
le terreau est de tous les engrais le plus né- position des matières végétales.
cessaire dans un jardin, et le plus difficile à Les jardiniers qui cultivent dans les environs
remplacer. Cette considération seule devrait d'Amiens les terrains fertiles nommés hortil-
engager tout horticulteur, jaloux de la bonne Ions, ont coutume de jeter dans un fossé à demi
tenue de son jardin, à iaire autant de couches plein d'eau les feuilles et trognons de choux
3uc cela lui est possible ; mais dans beaucoup de et en général tous les débris végétaux prove-
épariements le mot seul de couche elTraic, et nant de {'habillage de leurs légumes. Ce fossé,
devant la dépense.
l'on recule dont on retourne le contenu de temps en temps,
Le meilleur terreau, celui qui réunit au plus est curé chaque année à la fin de l'hiver; on
haut degré les qualités propres à l'humus le plus laisse les matières achever de se mûrir par
riche, s obtient en mettant à part les excré- l'eflet des gelées et des dégels , et l'on obtient

ments des bêtes à cornes, sans mélange de Il -


ainsi une bonne provision d'excellent terreau

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TITRE I. ENGRAIS ET AMENDEMENTS. 13

de nature parement végétale. Cette pratique II. - Marne.


S
n'a d'autre inconvénient que la mauvaise odeur
des plantes pourries dans l'eau croupie ; on doit Toutes les fois que la marne , cette substance
donc ne la mettre en usage que le plus loin Iirécieuse à l'emploi de laquelle les plaines de
possible des habitations. a Beauce doivent en grande partie leur répu-
tation de fertilité, se trouve à la portée du jar-
Section II. — Amendement», dinier, il fera bien de marner son potager au
moins une fois tous les quatre ans, à moins que
La distinction entre le sens des mots engrais le sol n'en soit excessivement léger, ou très
et amendements n'est pas déterminée avec une chargé de principes calcaires. Les effets de la
précision bien rigoureuse.On comprend géné- marne sur la terre franche de jardin sont très
ralement sous le nom d'amendements les sub- remarquables, surtout quant à la végétation
stances minérales qui, comme les terres rap- des légumes-racines. La grande culture em-
portées, le sable, les marnes et la chaux, mo- ploie la marne telle qu'elle sort de la carrière ;
difient le sol, mais sans servir à l'alimentation pour le jardinage, il vaut mieux la mélanger
des plantes. Les cendres, la charrée, la suie et avec partie égale de bonne terre, en ayant soin
le plâtre figurent dans les traités de jardinage de la diviser le plus exactement possible. Le
commedes amendements, quoique le sens rigou- marnage dispense au moins d'une fumure dans
reux de ce terme ne leur soit pas applicable. la grande culture ; mais le jardinier n'en don-
En effet, ces substances exerçant ane action
,
nera pas moins à la terre récemment marnée
directe sur la végétation tout en modifiant le sol, sa ration habituelle d'engrais approprié à sa
sont à la fois des engrais et des amendements. nature.
C'est surtout lorsqu'on entreprend un jardi-
nage sur un terrain employé précédemment à S III. — Chaux.
d'autres cultures, et qu'au bout d'un an ou deux Pour il n'y a
les terres argileuses et froides,
de culture jardinière on a reconnu les amélio- pas de meilleur amendement que la chaux.
rations que réclame la nature du sol, qu'il im- Néanmoins, comme son emploi à trop forte dose
porte d'avoir recours aux amendements. Le à la fois peut donner à la végétation une sur'
jardinage a pour effet de dénaturer entièrement excitation que bien des plantes ont de la peine
la terre et d'en accroître indifféremment la ri- à supporter, il ne faut donner un chaulage
chesse; les jardiniers autour de Paris disent abondant que lorsqu'on établit un jardinage en
qu'il faut sept ans pour faire un bon marais, terre forte , où l'argile domine ; dans la suite
parce qu'au bout de ce temps le terrain doit si l'on juge nécessaire de renouveler cet amen-
avoir reçu tant d'engrais et d amendements di- dement, on répandra la chaux sur le terrain,
vers qu'il doit être parvenu à son plus haut non pas pure et en grande quantité, mais à
degré de lertilité possible, et n'avoir plus be- faible dose, mélangée avec de la terre ou du
soin que d'être entretenu. fumier, de façon à modérer son action directe
des végétaux.
§ 1
er . — Terres rapportées.
sur les racines
Aucune dose ne peut être indiquée avec pré-
Lorsque , pour créer un jardin , on est dans cision, tout dépend de la qualité du terrain;
des remblais et des dé-
la nécessité d'effectuer nous pensons que la terre la plus froide ne doit
ce qui a lieu très fréquemment , on doit
blais, pas recevoir au-delà de 30 litres de chaux par
examiner, pour les utiliser, les terres qui, mê- arc, pour un premier chaulage à fond, et qu*on
lées à d'autres, sont susceptibles d'en corriger ne doit pas dépasser dans la suite 10 à 15 lit.
les défauts. Une veine de sable, par exemple, par are, comme dose d'entretien ; car il est à
servira à diminuer la ténacité d'un sol trop remarquer que, par l'effet de la végétation , la
abondant en argile; des schistes alumineux, chaux, même quand on en a employé des quan-
grossièrement pulvérisés, seront mêlés à un sol tités considérables disparaît d'année en année
,

sablonneux ou léger, pour lui donner du corps, dans les terrains argileux, au point qu'on en
en diminuant sa trop grande porosité. retrouve à peine des traces au bout de quel-
Aux environs, et même souvent dans l'inté- ques années, comme nous avons eu heu de nous
rieur de Paris, on laisse perdre tous les jours en assurer souvent par l'analyse.
des quantités considérables de terres excellen-
tes qui , sans autre dépense que des frais de
$ IV. — PUlre. |

transport inévitables dans tous les cas , pour- Quoique cet amendement soit essentiellement
raient servir à changer en de bons jardins des du ressort de la grande culture, néanmoins,
terrains qu'on s'obstine à cultiver, quoiqu'ils dans quelques cas particuliers, le jardinier est
se refusent, pour ainsi dire, à toute végétation. heureux de pouvoir y avoir recours. Si, par
11 n'y a pas , pour le jardinage , de meilleur exemple, dans un jardin paysager, des tapis de
amendement en ce çenre que la terre qui a gazon ne peuvent être établis qu'à force de
longtemps supporté des piles de bois à brûler, terres rapportées à grands frais, et que souvent
et qu'on enlève lorsqu'un chantier cède la place même, après bien des dépenses, on ne parvient
à des constructions. C'est au jardinier à avoir pas à obtenir cette belle verdure uniforme qui
l'œilconstamment ouvert sur les ressources en fait tout le charme, on doit renoncer à se-
semblables qui peuvent se trouver à sa portée. mer des grammes, et se contenter d'un gazon

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14 HORTICULTURE. LIV. VIII.

de Quelque mauvais que soit


petit trèfle blanc. Ces deux amendements conviennent surtout
le terrain ce trèfle , aont la verdure est celle
, aux plantes qui, comme disent les jardiniers,
qui approche le plus de la beauté de celle des n'aiment pas le fumier, c'est-à-dire qu'elles ne
graminées, y réussira parfaitement, pourvu prospèrent pas dans une terre trop récemment
qu'on y répande du plâtre en poudre au prin- et trop abondamment fumée. Tels sont en par-
temps et à l'automne et qu'on ait soin de le
, ticulier les pois de toute espèce et un grand
tondre très fréquemment ou de le faire brouter nombre de plantes de parterre; on ne doit cul-
par de jeunes agneaux car les moutons ou les
, tiver ces plantes que sur un sol resté deux ans
chèvres pourraient en déraciner une partie, au moins sans recevoir de fumier. Le meilleur
surtout dans les terrains sablonneux et très lé- moyen d'employer les cendres dans ce cascon-
gers. siste à les déposer dans la terre à petite dose,
en même temps que la semence. La charrée
S v. -Suie. doit être employée sèche, bien pulvérisée, en
La suie est un amendement d'autant plus quantité trois ou quatre fois plus grande que
précieux pour le jardinier, qu'elle détruit une les cendres neuves.
grande partie des insectes nuisibles à la végé-
tation. Il ne faut en faire usage qu'à faible dose;
§ TH. — Compost».
le meilleur procédé consiste à la délayer dans Ce terme, d'origine anglaise, mais adopté par
l'eau comme la colombine , pour la répandre
, les agronomes et les jardiniers français, désigne
sous forme d'arrosage. Dans les années très des mélanges de terres, d'engrais et de diffé-
sèches, où les pucerons se multiplient en nom- rentes substances dont la réunion est jugée
bre prodigieux sur les plantes et les arbustes favorable à telle ou telle espèce de culture
du parterre, notamment sur les rosiers, la suie spéciale. La chaux, mêlée aux boues provenant
délayée dans l'eau suffit pour les en délivrer. du curage des mares et des fossés, forme au
Si l'on dispose d'une assez grande quantité de bout d'une année de fermentation lente un
suie, on obtiendra de très bons effets de son compost très usité en agriculture, et que le
mélange à haute dose avec les terres blanches jardinage peut également utiliser. La chaux,
où domine soit la craie, soit l'argile blanchâtre mêlée aux végétaux secs ou frais en monceaux
utilisée pour la fabrication de la faïence. La arrosés avec une lessive alcaline, donne un
suie est un des amendements les plus efficaces compost dont le jardinier peut tirer le plus
qu'on puisse employer pour améliorer ces ter- Erra ml parti pourvu qu'il lui laisse accomplir
,

rains on s'en procure toujours aisément quand


; e cours entier de sa fermentation c'est l'en- :

on est à proximité d'une ville. grais Jauffret et celui do général Duhourg. Un


mélange de gazons, de terre franche et de
$ VI. — Cendres et chaînée.
chaux, modifié par la fermentation de ses élé-
Toutes de cendres, quelle qu'en
les espèces ments intimement incorporés les uns aux au-
soit l'origine, sont utiles au jardinier; toutes tres, peut servir à défaut de terreau pour cou-
sont susceptibles d'être employées à des doses vrir les couches à melons (voyez Melons, Cul-
différentes, dans tous les terrains, quel qu'en ture naturelle). Les composts les plus utiles au
soit la nature. C'est ainsi qu'en Belgique , soit jardinier sont la terre à oranger et la terre
pour la grande culture, soit pour le jardinage, de bruyère artificielle.
on ne laisse pas perdre un atome de cendres A. ferre à oranger. L'oranger, dans son —
de houille; en Hollande, en Bretagne , on tire pays natal, s'accommode de toute sorte de ter-
parti des cendres de tourbe ; en Allemagne, en rains ; la chaleur du climat corrige les défauts
France, on apprécie la vertu fertilisante des du sol et permet à cet arbre de végéter dans
,

cendres des végétaux. Considérées comme une terre qui sous la température du centre
,

amendement, les cendres peuvent se répandre de la France, ne saurait plus lui convenir; on
sur toute espèce de terrain , à la dose de 10 à a donc cherché à lui procurer artificiellement
12 litres par are ; la potasse, qu'elles contien- un sol à la fois substantiel pour lui offrir une
nent toujours en grande quantité, active puis- nourriture suffisante, léger, pour livrer un
samment la végétation, ce qui ne doit pas em- accès facile à la chaleur du soleil, et poreux
pêcher de donner au sol la fumure ordinaire pour laisser écouler l'eau superflue des arrosa-
dans le jardin potager. ges car l'oranger, plus que tout autre arbre ou
;

Les cendres sont quelquefois d'un effet trop arbuste, est sujetà périr par la pourriture quand
excitant dans les terrains très chauds ; on leur l'eau séjourne sur ses racines; elle nedoitqu'y
préfère dans ce cas la ebarrée, ou les cendres passer pour les rafraîchir.
ayant servi à couler la lessive, et ne contenant Le compost plus convenable pour les oran-
le
presque plus de parties salines. Aux environs gers est formé de cinq parties de terre franche,
de Paris les jardiniers ont une autre raison deux parties de fumiers d'écurie à demi con-
pour préférer la charrée aux cendres neuves ; sumé, et trois parties de terreau végétal prove-
les cendres très recherchées pour les buande- nant, soit de feuilles, soit de végétaux frais dé-
ries sont achetées à un prix assez élevé par les composés à l'aide du jus de fumier ou purin. Si
blanchisseuses qui ne peuvent s'en passer j elles l'on manque de ces éléments, on peut entasser
les revendent ensuite a très bas prix, à l'état de des gazons par lits avec une petite quantité de
charree. chaux vive, et employer ce compost au bout

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TITRE I. ENCRAIS ET AMENDEMENTS. 15

d'un an, en le mêlant avec de bonne terre de avec une partie de sable pur provenant de dé-
bruyère dans la proportion d'une partie de bris de grès pilés. Les plantes de terre de
celte terre pour trois parlies du compost de bruyère, qu'on n'avait pu faire végéter d'une
chaux et de -gazon. manière satisfaisante dans le compost ordinai-
Ces mélanges doivent être parfaitement ho- rement employé pour tenir lieu de la terre de
mogènes; il serait dangereux de les employer bruyère naturelle, réussirent très bien dans ce
avant que ceux de leurs éléments qui en sont mélange, le terreau d'ajonc se rapprochant à
susceptibles n'eussent entièrement accompli beaucoup d'égards du terreau de bruyère.
leur fermentation. Toutes les plantes d'orange- Nous engageons donc les jardiniers à suivre
rie végètent bien dans ces composts, quoiqo'à ce procède quand ils manqueront de terre de
vrai dire plusieurs d'entre elles, notamment les bruyère ; la graine d'ajonc est à bas prix ; elle
camélias et les pélargonium, puissent fort bien réussit partout, et l'on peut toujours disposer
se contenter de la terre franche ou terre nor- pour elle d'un coin de mauvaise terre.
male, telle qu'on la trouve dans tous les jardins Nous renvoyons les autres composts, d'un
bien cultives. usage moins général dans les jardins, aux arti-
On a cru longtemps que l'oranger et les au- cles des cultures spéciales qui les emploient
tres plantes d'orangerie ne pouvaient se passer exclusiv ement {voyet Ananas et Plantes de col-
d'une terre contenant une douzaine d'ingré- lection).
dients différents qu'on laissait vieillir ensemble
pendant trois longues années; mais, au bout de
ce temps, tous les engrais amalgamés dans ce
compost étaient devenus du terreau qu'il eût
été beaucoup plus court de prendre tout fait
CHAPITRE III. - Procédés d'ibbigation.
dès le début c est pourquoi nous nous abstien-
;

drons de donner la recette de l'ancienne terre Section I


re . — Irrigation naturelle et arrosage
d'oranger, recette reconnue de nos jours non àlai
moins ridicule qu'inutile.
B. Terre de bruyère factice. — Rien ne peut Partout où le jardinage est en honneur, les
remplacer exactement la bonne terre de bruyère arrosages sont la base de la culture jardinière.
pour les plantes et arbustes qui ne peuvent s'en Dans nos déparlements méridionaux, on ne fait
passer. Le sable siliceux et le terreau végétal guère de jardinage que là où des sources abon-
sont les principaux éléments constitutifs de la dantes permettent de pratiquer l'irrigation na-
terre de bruyère; on essaie donc de l'imiter en turelle. Il est fort heureux que la naiure y ait
formant un compost de ces deux substances fiourvu en dotant ces contrées d'innombrables
mélangées par parties égales. Pour que l'imita- îlets d'eau vive sortant du pied des montagnes,
tion fût complète, il faudrait que le terreau em- comme l'irrigation de la plaine de Perpignan
ployé vînt de la décomposition des mêmes en offre un remarquable exemple; faute de
{liantes qui ont fourni le terreau mêlé nalurel- cette ressource, il est probable que les jardi-
ement a la terre de bruyère; mais c'est une niers du midi de la France renonceraient a leur
condition impossible à remplir. Si le jardinier industrie, la chaleur du climat rendant trop
avait à sa proximité un sol couvert de bruyères pénible le travail de l'arrosoir.
qu'il lui fût possible de recueillir pour les con- L'irrigation naturelle, telle qu'on la pratique
vertir en terreau, il pourrait à plus forte raison aux environs de Perpignan, de Marseille et des
prendre toute faite la terre où croissent ces principales villes du midi est excessivement ,

plantes. simple elle consiste à diviser le potager en


;

Quant aux jardiniers à qui manque cette res- planches fort étroites, dont la terre est relevée
source nous leur conseillons de faire usage
, sur les deux bords et légèrement creusée au
d'un procédé qui nous a constamment réussi milieu, fig. 1. Chacune de ces planches est
dans un canton de la Belgique où la terre de
Fig. I.
bruyère nous aurait coûte un prix excessive-
ment élevé à cause de la difficulté des trans-
ports. Des ajoncs (ulex aculeata), semés sur
un assez mauvais terrain, y prirent en une an- m m
séparée par un intervalle de 0 ,30 à 0 ,40 for-
née un grand développement. À l'exemple de 2 , bouchée seulement
mant une rigole , fig.
ce qui se pratique pour la grande culture en
Bretagne, ces ajoncs coupés en pleine fleur, au fig. 2.
milieu de l'hiver, furent étendus dans un che-
min creux et humide où ils furent bientôt tri-
turés par le passage du bétail et des chariots ;
11en résulta une masse assez homogène de ter-
reau noir; l'ulex, quoique très coriace en ap-
parence, se décompose rapidement et complète-
ment. Vers la fin de mars, ce terreau, relevé en
las et retourné pour en opérer la dessiccation,
fut passé à la claie; on en mêla trois parties à l'une de ses extrémités, en sorte que l'eau

'
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16 H0RT1C LTUKfc. liv. vin
entrant dans la première rigole au sommet de t ions naturelles qu'au moyen du travail le plus
la pente du terrain, circule entre toutes les opiniâtre j les maraîchers des environs de Paris
planches et les imbibe d'humidité sans donner ne se lassent pas, sous un soleil brûlant, d'en-
au jardinier d'autre fatigue que celle de bou- tretenir toujours humide une terre toujours al-
cher et de déboucher la première ouverture. térée; ils travaillent en été 16 heures sur 24,
Les rigoles destinées à l'arrosage des terres et ils en passent au moins 10 l'arrosoir à la main.
par imbinition, comme nous venons de l'indi- Veut-on se former une idée de la quantité d'eau
quer, se tranchent tout simplement dans le sol, nécessaire au sol calcaire des environs de Paris?
sans autre préparation que d'unir les parois à Voici à ce sujet des données exactes, car celui
la bêche et de leur donner un angle suflisant qui écrit cet article connaît par un long usage
pour prévenir les éboulements trop fréquents, le poids et la contenance des arrosoirs : chaque
car il ne faut pas songer à les empêcher d'une arrosoir contient 12 litres d'eau; tant que dure
manière absolue. Ces rigoles exigent un entre- la sécheresse, le sol est arrosé à raison de 3 ar-
tien continuel; celles qui ne servent qu'à re- rosoirs par mètre carré. II reçoit donc tous les
tenir et transporter les eaux pour les mettre à jours 36 litres d'eau par mètre de superficie,
la portée du jardinier, qui les répand sur ses ou 36 hectolitres par are. Quelques cultures
carrés au moyen d'une pelle ou d'une écope, particulières en exigent bien davantage. Nous
se nomment rigoles de transport; un revête- ne portons pas à la Halle de Paris un seul po-
ment en maçonnerie, au ciment de chaux et de tiron qui n'ait absorbé en quelques semaines
briques piléés, ou simplement en terre glaise 1,200 litres d'eau, ou 100 arrosoirs de 12 li-
battue, en assure la durée en évitant les frais tres. C'est au prix de ces incroyables fatigues
d'entretien. Souvent les deux systèmes de ri- 3ue nous obtenons une incroyable production
goles sont combinés; c'est ce qui a lieu toutes 'un sol dont la majeure partie, située partout
les fois que l'eau, pour arriver aux planches ailleurs, et cultivée de toute autre manière, ne
qu'elle doit imbiber, traverse des parties du rendrait pas les frais de culture; mais avec de
jardin qui n'ont pas besoin d'arrosage. Dans ce l'eau et du fumier, peu importe, pour ainsi dire,
dernier cas, on peut encore faire usage de ri- la nature du sol d'ailleurs, avec le temps, nota
;

goles couvertes; elles consistent en conduits de faisons le soi là où il manque.


briques, soit rectangulaires, soit triangulaires. Ces proportions seraient évidemment trop
Si le sous-sol n'est pas perméable, ou qu'on ait fortes pour un sol argileux et pourrissant; l'ir-
à sa portée de l'argile de bonne qualité, on ne rigation ne saurait être trop abondante sur les
couvre en briques ou en pierres plates que la terres calcaires, gypseuses ou crayeuses; elle
partie supérieure. On peut, lorsque la pente du doit être modérée sur les terres riches en alu-
terrain le permet, donner aux rigoles cachées mine, et plus abondantes sur celles où le sable
assez de profondeur sous terre pour permettre domine. Le jardinier amateur, qui n'est point
de les conduire en ligne droite a travers le jar- obligé de ménager ses ressources, se réglera,
din, sans en déranger l'ordonnance'. pour les arrosages, uniquement sur la nature
Les (tortillons d Amiens, qu'il faut toujours de son terrain. Le jardinier marchand, travail-
citer en première ligne comme modèles d'une lant toujours les yeux tournés vers le marché,
bonne culture jardinière, sont séparés entre saura proportionner ses dépenses aux béné-
eux par de petits canaux, où l'eau dérivée de fices qu'elles peuvent produire, et ne débour-
la Somme circule en toute saison. Le procédé sera pas 5 fr. de main-d'œuvre pour faire
d'irrigation est des plus simples; le seul instru- croître un potiron qu'il aurait de la peine à
ment usité est une pelle de forme allongée, telle vendre 1 fr. 50 c.
que l'emploient les Flamands pour leurs blan- Afin d'éviter les répétitions inutiles, nous
chisseries de toiles, fig. 3. Nous avons souvent renvoyons au chapitre des Instruments de jar-
dinage la description des différents arrosoirs
Fig. 3. dont le jardinier se sert pour distribuer l'eau
dans les différentes parties de son domaine.
Nous donnerons seulement ici les procédés gé-
néraux d'irrigation artificielle à l'usage du jar-
dinier.
admiré la dextérité avec laquelle les jardiniers Manivelle du maraîcher. —Parmi les ma-
d'Amiens enlèvent l'eau avec leur pelle à long chines plus ou moins compliquées qui servent
manche, et la font retomber sous forme de à élever l'eau pour la mettre à la portée de l'ar-
j
i pluie sur les planches de leurs potagers. rosoir, nous mentionnerons en premier lieu la
1
1 Mais ces avantages précieux dont la nature manivelle du maraîcher, respectable par ses
a doté quelques localités particulièrement favo- longs services durant cinq siècles d'antiquité
risées, ne sont pas le partage de tous les ter- prouvée ; nous pensons même que son origine
rains occupés par la culture jardinière. Paris, est beaucoup plus ancienne. La pièce princi-
ce centre d'une consommation si prodigieuse, pale de cettemachine consiste dans un tambour
se passerait de légumes si ceux qui figurent en autour duquel s'enroule un câble qui fait mon-
si grandes masses sur ses marchés ne devaient ter et descendre deux barriques qui vont cher-
croître qu'au moyen des irrigations naturelles. cher l'eau dans un puits. Ce tambour A, fi y. 4,
L'arrosage à la main ne supplée aux irriga- est supporté par un arbre B de 4 mètres de
,

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mur r. PKOCtDls I) ÎUUIGATION. 17

Kg, 4.

•I* ,
'>.

hauteur, auquel est fixé un timon d'attelage laies-bandes, et doivent dépasser de 0"\20
avec un palonnier pour le cheval employé à ce a surface du sol. Ces tonneaux communiquent
travail. Deux roues, ordinairement des roues entre eux (fig. 5) par des tuvaux de terre cuite
de derrière de diligences, séparées entre elles
par un intervalle de l m ,30, supportent exté- fig. 5.
rieurement de légers montants en bois; leurs L> OAiSa&O o o o
moyeux sont traversés par l'arbre qui leur sert
• — • -

d'axe fixe, en sorte qu elles peuvent tourner, -llllll


non pas sur mais avec lui. Quatre mon-
lui,
tants C, ajoutent à la solidité de cet appareil.
L'extrémité inférieure de l'arbre D, est taillée ou de grès, soudés l'un à l'autre avec du bitume
en pointe et garnie en fer; elle tourne sur un ou du mastic de fontainier. Le premier ton-
gros pieu enfoncé à Heur de terre et dont la neau est placé près du puits, en sorte que l'ou-
surface concave est également ferrée. La grande vrier ebargé de vider les barriques remontées
pièce de charpente qui maintient l'arbre dans par la manivelle les vide directement dans ce
une position verticale, doit avoir 9 mètres de tonneau, en leur faisant faire la bascule sur la
long ; les jardiniers des départements qui vou- margelle du puits.
draient faire construire une manivelle d'après Le cheval , ordinairement aveugle , qui fait
notre dessin doivent observer que cette pièce tourner la manivelle, contracte bientôt l'habi-
fort longue, et qui supporte tout l'effort du tra- tude de s'arrêter de lui-même quand il sent que
vail de Ta machine, ne doit point être traversée la barrique pleine est arrivée à l'orifice du puits;
par l'arbre, ce qui nuirait trop à sa solidité ; le la secousse de la barrique vide replacée au-
sommet de l'arbre est fixé à la face postérieure dessus du puits, l'avertit de repartir. Le nom-
de la grande pièce au moyen d'une pièce ac- bre des tonneaux, et la distance à laquelle il
cessoire en bois, fortement boulonnée en E. convient de les enterrer ne peuvent être déter-
Tout le reste de l'appareil se comprend par minés ; tout dépend de la nature du terrain.
l'inspection de la ligure. On donne le nom de La fig. 5 représente leur disposition et celle
jumelles aux deux pièces qui supportent les des tuyaux dans la terre ; pour ne pas gêner la
poulies F ; la poulie de droite doit toujours être culture, on a soin que le passage des tuyaux se
placée à 0 m ,2Q plus haut que celle de gauche. trouve toujours au-dessous d'un sentier.
Les terrasses G, sur lesquelles repose toute Voilà le système le plus usité et le moins coû-
la charpente, peuvent être remplacées par une teux; nous ne devons pourtant pas dissimuler ses
légère maçonnerie, dans les pavs où le bois est inconvénients dont le plus grave consiste dans
rare et cher. A Paris, une manivelle toute mon- la nécessité de faire passer l'eau dans tous les
tée, avec terrasses en charpente, coûte 300 fr. ; tonneaux intermédiaires pour la faire arriver
le câble et les deux tonneaux quand le puits
, au plus éloigné; il faut eh effet que chaque ton-
n'excède pas 15 mètres de profondeur, peuvent neau se remplisse jusqu'au niveau de l'orifice
coûter 150 fr.; c'est donc une dépense de 450 du conduit qui le met en communication avec
fr. Le jeu de cette machine est tellement simple les suivants pour que ceux-ci puissent com-
qu'elle fatigue peu et dure fort longtemps sans mencer à s'emplir. Si par suite du tassement
entraîner de frais d'entretien. Quand la dispo- du sol fraîchement remué, ou par toute autre
sition du local le permet, on la rend encore cause imprévue, un conduit vient à se briser
plus durable en la couvrant d'un hangar. ou à se détacher, les tonneaux, à partir de la
Les puits destinés au service d'une manivelle rupture, ne peuvent plus être remplis. On peut
doivent toujours être creusés dans la partie la à la vérité, au moyen d'un bouchon de nois
plus élevée du terrain. Des tonneaux cerclés en entouré de linge ou d'étoupe, fermer l'orifice
fer,goudronnés en dedans et en dehors, pour du conduit ; mais outre qu il est assez gênant
prolonger leur durée, sont enterrés, le long des de plonger le bras dans feau jusqu'à l'aisselle
MtTrctrr.Tvmt, i . v - i

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HORTICULTURE. tnr. vin.
18

pour aller placer ces bouchons , on comprend permettent pas de douter des avantages du
combien ce procédé d'obturation est infidèle. tonneau sur l'arrosoir, dans une foule de cir-
%
»tes ces considérations ont conduit M. Mo- constances.
Le tonneau 6 n'a
oi, de nos plus l»« biles maraîchers, à
l'un , fig. ,

mimer à ce mode de remplissage des ton-


» ux, un conduit continu qui règne le long de
chaque rangée de tonneaux sans les traverser ;
chaque tonneau séparément communique avec
ce conduit au moyen d'un tuyau en grès en
forme de T auquel est soudé un ajutage en
plomb avec sa cannelle de cuivre. L'eau pui-
iée dans le puits À et versée dans le premier
tonneau B circule d'elle-même dans le conduit
principal et permet de n'emplir, à volonté, que le
nomdre de tonneaux en rapport avec les besoins pas besoin d'être modifié; il suffit d'élargir
du service. La ftg. 5 bi* montre la disposition de son encadrement et d'allonger l'essieu de ses
roues de façon à ce que les roues et les bran-
cards correspondent exactement aux sentiers
laissés libres des deux côtés des planches du
potager. Chaque brancard est poussé par un
homme; la marche plus ou moins rapide de
ces deux ouvriers modifie à volonté la quantité
d'eau répandue, ce qui permet d'en régler, avec
la plus grande précision la distribution sur le
,

sol cultivé. Ce mode d'arrosage ne convient


pas a tous les genres de culture; les plantes
fort écartées les unes des autres, comme les po-
tirons et les artichauts, se trouvent mieux d'être
arrosés individuellement, pied par pied ; mais il
convient particulièrement aux légumes plantés
ou semés très serrés, et qui occupent un grand
espace de terrain, comme l'ognon, le poireau,
la carotte, le scorsonère, l'oseille, les épinards,
les haricots nains.
La différence des frais et des résultats sera
rendue plus sensible par les calculs suivants.
Un ouvrier de force ordinaire, travaillant
dix heures par jour à mouiller, comme disent
les maraîchers, peut, quand les tonneaux sont
convenablement espaces, remplir et vider deux
arrosoirs par minute, ce qui donne par heure
de travail 120 arrosoirs de 12 litres, ou 1,440
litres, et pour une journée de dix heures. 14.400
tout ce système; les dimensions de la figure litres, résultat que bien des jardiniers de dépar-
n'ayant pas permis d'indiquer les cannelles à tements regarderont comme fabuleux. Que
chaque tonneau, nous avons représenté séparé- diraient-ils donc s'ils voyaient les plus forts et
ment le tonneau a avec sa cannelle 6 ainsi que les plus actifs de nos ouvriers répandre sur le
la cavité carrée qui permet de la manœuvrer; terrain quatre arrosoirs à la minute, ou 2,880 li-
cette cavité se recouvre d'une planche mobile. tres d'eau par heure? A la vérité, ils ne soutien-
Ces appareils dé tuyaux et de tonneaux ser- draient pas un tel travail toute une journée.
vent aussi dans le cas'où la proximité d'une ri- Deux hommes robustes suffisent pour pous-
vière ou d'une pièce d'eau permet de se passer ser devant eux un tonneau contenant 1 ,200 lit.
du puits et de la manivelle. Il suffit alors de d'eau; le travail n'est pénible qu'en commen-
faire arriver l'eau dans le premier tonneau, par çant, mais le poids allant constamment en di-
le moyen d'une pompe a main (fig. 46). Lors minuant, et le trajet à parcourir ne pouvant
que le" puits n'est pas trop profond, on peut jamais être que fort court, puisqu'à raison de
aussi utiliser la pompe à volant plombé, qui 36 lit. par mètre carré, 1,200 lit. ne doivent
donne un courant d'eau continu de C m ,20 de mouiller qu'une superficie de 33 m ,33, deux
tranche, et fatigue moins le travailleur. hommes peuvent le soutenir toute une journée
Le tonneau employé à l'arrosage des places sans excéder leurs forces, et môme avec moins
publiques et des promenades pourrait, avec de de fatigue que s'ils portaient l'arrosoir pen-
légères modifications, rendre de grands ser- dant le même temps. Il ne faut pour remplir
vices au jardinage; nous entrerons d'autant le tonneau que le jeu de deux pompes à main,
plus volontiers dans quelques détails à cet puisant dans une des futailles enterrées, que
égard, que des tentatives heureuses ne nous la manivelle remplit incessamment. Supposons
I

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TITRE I. PROCÉDÉS D'IRRIGATION. 1»

ue cette opération dure cinq minâtes, et que La culture en grand des légumes communs,
2 ix autres .soient nécessaires pour vider et ra- culture essentiellement jardinière et très déve-
mener le tonneau d'arrosage , l'irrigation sera loppée dans le voisinage des grandes villes,
de 4,800 litres par heure elle donnera donc
-, peut au contraire tirer un très çrand parti du
pour 10 heures de travail 48,00<> litres d'eau, tonneau d'arrosage, substitue à l'arrosoir.
au lieu de 28,800 que deux ouvriers auraient Ainsi, dans la plaine des Vertus, qui approvi-
pu répandre avec l'arrosoir. sionne Paris d'ognons, de poireaux et de scor-
Une diflérence de 19.20O litres d'eau répan- sonères, ces légumes périssent souvent dans les
due en plus par chaque journée de travail du longues sécheresses ; le canal Saint-Denis coupe
tonneau d'arrosage, représente bien au-delà de toute cette plaine; l'eau est donc à la portée
l'intérêt de son prix d'achat, en y ajoutant les de presque tous les jardiniers qui la cultivent;
frais d'entretien. C'est par ce procédé que les s'ils ne s'en servent pas, c'est que leurs champs

cultivateurs de la Flandre occidentale (Bel- sont trop vastes et les frais d'arrosage à la main
gique) répandent avec une égalité parfaite l'en- trop considérables. Avec quelques tonneaux
grais liquide destiné à leurs admirables cul- qu'ils pourraient posséder en commun et em-
tures de plantes textiles. ployer chacun à leur tour, les récoltes seraient
L'arrosage à la main est absolument impra- et plus abondantes et plus assurées; ce serait
ticable sur un terrain d'une grande étendue, si une dépense très productive.
ce terrain, comme celui de nos marais, exige La verdure perpétuelle des gazons dans les
une grande quantité d'eau fréquemment renou- grands jardins paysagers d'Angleterre est en
velée. Prenons pour exemple l'un des plus tretenue au moyen d'un tonneau qu'accompa-
grands jardins de France, celui de M. Ratier, gne ordinairement un rouleau de fer pour af-
près de Nemours ; il n'a pas moins de 1 2 hec- fermir le sol ; on peut y atteler un cheval, parce
tares de superlicie. Quel capital ne faudrait il que ses pas ne sauraient nuire au gazon ; au
pas dépenser en puits , manivelles, tonneaux lieu du tuyau d'échappement horizontal, le ton-
tuyaux et arrosoirs pour mettre l'eau sur tous neau d'arrosage anglais {fig. 7) est muni à «a
les points à la portée du jardinier? Quels énor-
Fif. 7.
mes frais de main-d'œuvre dans les années de
sécheresse !

Supposons que les allées et les sentiers ré-


duisent la superficie cultivée à 10 hectares, et
que la moitié seulement soit consacrée à la
culture maraîchère. Le sol étant à peu près de
même nature que celui des environs de Paris,
exigerait, à raison de 36 litres d'ean par mètre
carré, 360,000 litres par hect. , et pour 5'hect.
1 ,800,000 litres d'eau par jour ; ce serait la be-

sogne de 125 ouvriers, en admettant, ce qui


face postérieure «Ton tuyau de cuir, terminé
n'est pas, qu'ils soient aussi bien exercés dans
par une pomme d'arrosoir qu'un ouvrier tient
le Câlinais qu'à Paris.
a la main, pour répandre l'eau à volonté.
Pour atteindre au même résultat, au moyen
Des tuyaux semblables, terminés de la même
des tonneaux d'irrigation, il ne faut ni futailles
manière, servent à arroser les parterres et 1rs
enterrées, ni tuyaux, ni manivelles; quelques
gazons des jardins publics de Paris; ils com-
pompes d'une grande puissance exécuteront
muniquent non à des tonneaux, mais à des ré-
cette partie de la besogne à moins de frais et avec
servoirs alimentés par des pompes. Les très ri-
une économie de temps considérable. Chaque
ches propriétaires peuvent seuls recourir à ce
tonneau, conduit par deux hommes, pouvant
mode d'arrosage, le meilleur, le plus commode,
répandre par jour 48,000 lit. d'eau, 38 tonneaux
mais aussi le plus dispendieux de tous. Lit
et 76 hommes suffiront pour arroser 5 hectares,
pompe à main rendra des services analogues n
à raison de 36 lit. par mètre carre. Le prix
beaucoup meilleur marché; en traitant des in-
moyen des journées étant de 2 fr. dans le Gâ- struments de jardinage, nous la décrirons sous
tinais, c'est une économie de 98 fr. par jour
toutes les formes applicables à la culture jar-
sur la main-d'œuvre, somme de beaucoup su-
dinière.
périeure à l'intérêt du capital représenté par la
valeur des tonneaux, en y ajoutant leur dépé-
rissement et leur entretien.
Nous ne sommes entrés dans tous ces déve- CHAPITRE IV. — Instruments de jardinage
loppements que pour faire mieux ressortir les
avantages d'un moyen d'irrigation peu usité; Section V. — Instrument* tervQnt à façonna-
it $ol.
loin de l'an s. le prix des produits de la culture
jardinière ne couvrirait pas de tels frais d'ar-
rosage aux portes de Paris, les terres con-
;
$ I". - Biches.

sacrées au jardinage sont si divisées, les cul- Ce pas sans motifs que nous plaçor
n'est*
tures si variées, que rien n'y peut tenir lieu de en première jigne la bêche, plus ancienne peut
l'arrosage à la main. être que la charrue. La perfection des labour*

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30 HOUTICULTUltR. UT. VIU.
importe tellement au jardinage qu'on ne sau- toujours le même degré de résistance. Si la
rait donner trop d'attention au choix des in- saison est sèche, une terre légère, semblable
struments destinés à façonner le sol ; les plus alors à de la cendre, ne pourra être bien labou-
chers sont presque toujours les plas économi- rée qu'avec la bêche flamande, à fer courbe;
3ues ; ils durent plus longtemps, ils font plus cette même terre , après des pluies prolongées,
e besogne et elle est mieux exécutée. Le jar- devenue lourde et suffisamment consistante, se
dinier lient à sa hoche comme le soldat à son travaillera très bien avec la bêche commune ;
fusil ; il réforme à regret une vieille bêche à enfin, si elle se trouve, comme il arrive sou-
laquelle il est accoutumé. Une bonne boche, vent , humectée à la surface par une pluie de
dont le fer est bien corroyé d'acier, sans être peu de durée, mais sèche et dure par-dessous,
trempé trop sec, peut durer nombre d'années. la bêche droite à tranchant courbe l'entamera
On ne peut assigner de dimensions invariables plus facilement et rendra le labour plus parfait.
à la bêche du jardinier ; c'est à lui de la choi- Les Anglais emploient en outre, principale-
sir proportionnée à la profondeur do sol qu'elle ment pour lever des gazons, une bêche en forme
est destinée à retourner. d'écusson, à manche très courbé, dont la fig t i

.

A. Biche commune. Pour façonner un sol montre A la lame vue de face, et B la


le profil,
léger, cultivé depuis longtemps en jardin et poignée nous croyons la houe à lame large
;

parfaitement ameubli par des labours précé- (fig. 16) préférable. Quiconque a vu dans nos
dents, la bêche plate, droite, légèrement tra- ;
forêts avec quelle netteté et quelle promptitude
pézoïde, mais presque quadrangulaire (fig. 8), cet instrument, dans les mains des charbon-
niers, taille et enlève les gazons bien tranchés et
FSf. i, 9.
j
tous d'égales dimensions dont ils recouvrent
,

leurs fourneaux ou fouées, doit être convaincu


de sa supériorité ; les gazons, au lieu d'avoir
leurs bords coupés à angles droits, comme des
briques (fig. 12). sont dans ce cas amincis par
les bords, de manière à s'emboîter parfaitement

est la plus facile à manier. Si la terre est un les uns dans les autres (fig. 13).

peu forte et sujette à se durcir, ou qu'elle con- Fig. 12, 13.


tienne des pierres, il est bon que le tranchant
de la bêche, au lieu d'une ligne droite, présente «££2£2»â ^BeattfSt
une courbe (fig. 9) ; les angles deviennent alors
des espèces de crochets qui sont souvent fort
utiles.
On ran^e assez improprement, parmi les bê-
B. Biche belge ou flamande. bêche — La ches, la lourche et le trident à dents plates
U et 15). Ces instruments ne labourent
dont on se sert communément en Flandre et (fig.
qui se retrouve en Bretagne, est légèrement . point le sol selon le vrai sens

courbée dans le sens de sa longueur, et aussi du mot labourer, puisqu'ils ne


large du bas que du haut ; les Flamands lui le retournent pas; ils servent
donnent ordinairement un manche un peu seulement à l'ameublir à une
courbé par le bas (fig. 10) et les Bretons, un certaine profondeur. On les em-
ploie avec avantage pour ra-
Fig. 10,
fraîchir des planches d'asper-
ges, des plaies-bandes de par-
terre ou des plantations de ro-
siers; ont l'avantage d'agir sans endommager
ils

les racines le long desquelles leurs dents peu-


vent glisser sans les entamer.
Fig. U.

manche droit, comme celui de la bêche com-


$ II. — Houei rt pioches.

mune. La bêche flamande est nécessaire pour La houe, proprement dite (fig. 16), est sou-
travailler les terres peu consistantes qui n'ad- 18.
Fir. 16, 17, 19,
hèrent point au Ter de l'instrument en sorte ,

que la motte de terre enlevée retombe le plus


souvent au fond de la jauge sans avoir été re-
tournée. La courbure du fer de bêche est des-
tinée à parer à cet inconvénient en retenant la
terre le temps nécessaire pour que l'ouvrier
soulève sa bêche et la retourne.
Ces trois formes de bêches sont les plus usi-
tées; elles réunissent entre elles trois les qua-
lités qu'exige un bon labourage, et répondent vent confondue avec les divers genres de pio-
aux modifications que le sol peut éprouver par ches et de binettes à lame large ; la différence
les variations de la température. Le même sol, essentielle consiste dans la forme du fer et celle
i • l'époque où il doit être labouré, n'offre pas de la douille. La houe est un vrai fer de bêche,

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mu i INSTRUMENTS DE JARDINAGE. 21

légèrement courbé , dont la douille, qui n'est dant indispensable pour presque tous les défon-
qu'un simple anneau plat, est fabriquée de ma- cements et pour le creusement des trous desti-
nière à s'ajuster avec un manche de 0 m ,75, nés à des plantations d'arbres dans un sol com-
également recourbé , formant avec le fer un pacte, que la pioche attaquerait difficilement.
angle de 45 à 50 degrés. Les fig. 16 à 19 repré-
sentent les diverses modifications de la houe,
dont le fer peut être soit un triangle (fig. 18),
soit une fourche à deux dents plates, aiguës (fig
19), ou carrées {fig. 17). Sous cette dernière
forme, la houe à deux dents plates est connue
dans tout le midi de la France sous le nom de
Fig. 24, 33. •
Béckard; depois quelques années les religieux
de la Trappe en ont introduit l'usage dans D. Houette (fig.24). —
Instrument léger et
l'ouest. Pour façonner le terrain à la houe, l'ou- fort commode, plus usité des amateurs que des
vrier se tient courbé très près de terre , et tra- ïniers, qui lui préfèrent celui que représente
vaille en avançant ; il rejette derrière lui la g. 25.
terre remuée. La boue convient parfaitement . Binette ou Serfouette (fig. 25).
— 11 n'est
pour les labours superficiels; c'est un instru-
ment très expéditif, mais il faut pour cela que Fig. 27, 2S, ae, 2».

l'ouvrier contracte l'habitode de travailler plié


en deux, genre de fatigue auquel beaucoup de
jardiniers ont peine à s'accoutumer.

) 111. — Pioche».

A. La pioche à lame large remplit à peu près


le même but que la houe. Son manche, long
d'un mètre et un peu courbé (fig. 20) , permet
Fig. 20, 11, 21.

pas d'instrument que le jardinier ait plus con-


stamment entre les mains ; ses dimensions peu-
vent être très variées, la forme restant la même.
Il est indispensable d'en avoir au moins deux,
l'une dont le fer, y compris la longueur des
dents, n'aura que 0^,25; l'autre, dont le fer
pourra avoir une longueur de 0"»,40, avec une
largeur proportionnée, servira aux binages
à l'ouvrier de travailler dans une situation profonds, ainsi qu'à tracer les rayons pour se-
un peu moins gênante, mais le labour n'est mer en lignes des pois et des haricots.
jamais aussi parfait; ce genre de pioche est F. Sarcloir belge (fig 26).%

C'est une très
petite binette dont la partie fourchue a reçu
principalement utile pour faire les trous des-
tinés à la plantation des pommes de terre et une troisième dent, et dont le manche tourné
aux semis de haricots. La pioche ordinaire, ou ne doit pas avoir plus de 0»>.40. Cet instrument
pioche proprement dite, nommée tranche dans est préférable au sarcloir français, espèce de

tout l'ouest de la France, est formée d'un fer truelle courbe, à bords tranchants, représenté

long et étroit, un peu courbé vers son extré- de profil fig. 27 et de face fig. 28, qui peut à
la vérité expédier plus de besogne, mais avec
mité tranchante; l'autre bout se termine par
le grave inconvénient de trancher des racines
une douille très forte, à laquelle est adapté un
manche droit, long de l m ,33, formant un angle que le sarcloir belge arrache sans les rompre;
droit avec le fer (jfig. 21). ce dernier sarcloir doit donc être préféré toutes
B. Pioche pièmonlaùe. —
La douille de cette les fois qu'il s'agit de nettoyer un sol infesté de
[liantes vivaces dont la moindre racine suffit à
pioche (fig. 22), est au milieu du fer, dont une
extrémité est semblable à celle de la pioche es reproduire, telles que le chiendent, le liseron
commune, et l'autre terminée en pointe ; c'est et la petite patience.

un des instruments les plus maniables et les plus


commodes dans toute espèce de terrains. S IV. — Riieaiu.
C. Pic. —
Le pic (fig. 23) est emmanché A. Le jardinier doit avoir un assortiment
comme la pioche piémontaise ; mais son fer plus de râteaux, les uns légers, petits et à dents ser-
étroit est long d'un mètre au moins, ce qui rend rées, ne servant que sur les couches ou sur les
l'instrument très pesant, et d'une force pour plates-bandes recouvertes de terreau ; les autres
ainsi dire irrésistible, pour entamer le sol le plus grands , plus lourds et à dents plus ou
plus dur. Quoique le pic soit un instrument de moins écartées , sont adaptés à tous les genres
terrassier plutôt que de jardinier, il est cepen- de façons que le sol du jardin peut recevoir.

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22 HORTICULTURE. MV. VIII.

Le* fig. 29. 30 et Si représentent les râteaux les on se sert en la tirant à soi (fig. 34), quoique
plus usités pour la culture jardinière. la moins expéditive, est la meilleure quand la
Fig. 29, 31, 30. sécheresse a durci les allées; les autres (fig. 35
et 36) se poussent en avant; elles conviennent
mieux quand le sol est ramolli par l'humidité.
Avant de faire usage des unes ou des autres,
il est bon d'enlever d abord isolément dans les

allées les plantes vlvaces, à racines profondes,


qui peuvent s'y rencontrer; on emploie à cet
effet une petite ratissoire, représentée de face

fig. 37, et de profil fig. 38 particulièrement


Fig. 36, 37,
Fig. 3:.

B. Râteau- Binette. — Une lame de binette


ordinaire est adaptée à ce râteau sur le prolon-
gement de son manche ; elle sert à déraciner ,

les mauvaises herbes , quand il s'en trouve au


moment où l'ofe fait usage du râteau ; pour évi- Fig. 38.'
j

ter de se baisser, on arrache ordinairement ces


racines avec la dernière dent d'une des extré- propre a tttte besogne. La ratissoire ordinaire,
mités du râteau ; ce qui met promptement cet en coupant ces plantes au collet de la racine
instrument hors de service. Le râteau-binette ne ferait que leur donuer une disposition nou-
retourné (fig. 32) fait la même opération sans velle à repousser plus touffues et plus vigou-
on recevoir aucun dommage ; c'est une heu- l
reuses au bout de quelques jours.
reuse innovation dont l'usage ne peut manquer Les opérations du ratissage et du sarclage
de devenir général. !
ayant entre elles la plus grande analogie, nous
plaçons ici quelques instruments appropries au
S V. — RalUêolrei et urcloira.
sarclage, dans certains cas particuliers.
A. Lesalléesdes jardins d'agrément ontbesoin B. Le sarcloir espagnol [fig. 39 pénètre
v
fa-

d'être ratissees fréquemment durant la belle sai- 40, 39.


t;. .,,
son , surtout quand elles ne sont point sablées,
parce qu'alors les vents y déposent des semen-
ces de mauvaises herbes, dont la végétation
finirait par changer les allées en pelouses.
L'emploi des ratissoires à la main serait trop
lent et trop coûteux pour les parcs et les grands
jardins ^ on leur préfère dans ce cas la charrue-
ratissoire (fig. 33), dont le maniement est si
F*. 33.

cilement dans un sol durci par la sécheresse, et


se prête par sa forme au sarclage des cultures
où les plantes se trouvent très rapprochées. La
fig.
40 représente une modification de cet in-
trument consistant dans la plus grande force
,

donnée à sa tige courbe et dans la réduction


,

|
des dimensions du fer de lance qui la termine.
I
L'un et l'autre reçoivent, selon le besoin, des
j
manches plus ou moins longs, droits ou tournés.
Le crochet (fig. 4t) n'est encore qu'un di-
minutif du sarcloir espagnol; son principal
usage est de biner dans la serre la terre des
facile qu'un ouvrier peut avec cet instrument
pots et des caisses de petites dimensions.
taire à lui seul la besogne de plusieurs.
Les fig. 34 et 35 représentent les ratissoires § vi. — Fourches.
Fig. 34.
L'emploi fourches pour déplacer et tra-
de.s
vailler les fumiers, rend ces instruments indis-
pensables au jardinier. La meilleure fourche
pour le maniement des fumiers et la construc-
tion des couches, est le trident à dents coudées
(fig. 42). On emploie aussi un autre trident à
dents courtes et recourbées pour rafraîchir la
superficie d'un terrain sur lequel une croûte
Fig. 31.
s'est formée par l'effet de la sécheresse succé-

a la main les plus en usage. La ratissoire dont dant à des pluies violentes (fig. 43 La fourche .

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TITHE 1. 1NSTRUMFNTS DE JARDINAGE. n
on bois à trois bras , susceptibles de s'écarter se trouver assez près de la prise d'eau pour
à volonté au moyen d'une branche de fer qui pouvoir être alimentée par le jet de la pompe.
lui sert de régulateur, est très utile pour m»r- Lorsque cette condition se trouve remplie, la
quer les rayons sur le sol avant de planter, pompe ordinaire, à demeure, est la plus solide
sans déplacer le cordeau plus d'une fois pour et la plus durable ; elle est tellement vulgaire
trois raies parallèles <Jig. 44). que nous nous abstenons de la figurer.
Lorsque l'eau doit être puisée dans un bassin
ou une pièce d'eau, sur les bords de laquelle la
pompe à demeure produirait un effet désagréa-
ble a la vue, on peut la remplacer par une
pompe portative (fig. 46).

Mais le jardin qu'on se propose d'arroser


peut être séparé Je la rivière où l'eau doit être
fig. 44, 45, 43, 42.
puisée, par des accidents de terrain qui rendent
Le crochet à fumier (fig. 45) est une fourche difficile l'emploi des tuyaux plongeant directe-
à deux dents, formant un angle droit avec son ment dans cette rivière. On peut alors se ser-
manche. vir avec avantage de la pompe de M. Dietz (fig.
47). Le jet de la pompe Dieu, la plus portative
Section U. — Instruments d'arrosage. Pig. 47.

L'eau est , fumier, la base de toute


après le
bonne culture jardinière; les instruments ser-
vant à la distribuer aux végétaux sont d'une
haute importance pour le jardinier. Nous
avonsdécrit la manivelle des maraîchers, p. 17-
Cette manivelle nous semble l'un des appareils
les plus simples et les plus commodes pour ex
traire l'eau des nuits; mais cet apnareil n'est
pas admissible dans les jardins d agrément.
Nous nous abstiendrons de décrire ici les di-
verses sortes de norias ou de chaînes sans fin
garnies de godets, destinées à en tenir lieu,
on les trouve figurées et décrites, t. I, p. 251; ,

elles sont toutes, sans exception, très chères et


très difficiles à manier; nous en citerons un
exemple. L'un de ces appareils, monte chez un de toutes les pompes lançantes, peut franchir
propriétaire, dans une commune des environs [ un espace de 30 mètres. Supposons un jardin
de Paris, après lui avoir coûte 1,600 Ir. à et a- dépourvu d'eau séparé d'une rivière naviga-
]
,
blir, exige pour fonctionner une telle dépense ble par une berge et un chemin de hallage,
de forces que l'eau lui revient à plus de 2 fr. ayant ensemble une largeur de 25 mètres. Le
l'hectolitre, rien que pour arriver aux ton- premier tonneau de la série destinée à l'arro-
neaux, et sans compter le salaire des ouvriers sage de ce jardin, pourra être rempli par le
qui viennent y remplir leurs arrosoirs. jet de la pompe Dietz ; ce jet décrira une para-
Les pompes sont, de tous les instruments bole au-dessus du chemin , sans qu'il soit né-
d'arrosage , les plus propres à remplacer dans cessaire d'y poser momentanément des tuyaux
les jardins d'agrément, sans les déparer, les qui gêneraient la circulation et seraient mis
manivelles et les norias. promptement hors de service.
S I
er
. — Poai|H-s.
La pompe Dietz peut encore être utilisée
pour 1 arrosage direct des planches lans un
L'emploi des pompes suppose , dans un jar- jardin qui possède une pièce d'eau. Dans ce cas
din, soit un courant d'eau vive, soit un réser- on peut remplacer les tonneaux enterrés par
voir alimenté par un courant, soit enfin un ou des tuyaux flexibles, tels que ceux qui servent
plusieurs puits qui ne tarissent pas. Quelle que à l arrosage dans les jardins publics de Paris.
soit la pompe que l'on se propose d'employer, A la vérité, ces tuyaux, pour un très grand
il faut presque toujours disposer dans le par- jardin, coûtent fort cher et exigent des frais
terre et le potager une série de tonneaux en- d'entretien considérables, mais ils épargnent
terrés, communiquant entre eux par des tuyaux les neuf dixièmes de la main-d'œuvre, eu sorte
en terre cuite ainsi que nous l'avons indiqué,
, qu'il y a presque compensation. .

p. 17. L'une d«s extrémités de cette série doit Lé pompe-Diétl a sur toute* Ici autre* l'ivàn-

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24 HORTICULTURE. LIV. VIII.

tage d'exiger très peu de force pour fonction- canisme intérieur est le même que celui du cly-
ner; construite dans de petites dimensions, elle soir ;il est dû au même inventeur.

peut être manœuvrée par on enfant et donner La continuité du jet de cette pompe est duc
2,592 litres par heure, soit pour une journée au double cylindre qui sert d'enveloppe au
de 8 heures 20,736 litres; dans ses plus gran- corps de pompe; l'eau dont s'emplit l'inter-
des dimensions, manœuvrer par un homme valle contre l'un et l'autre cylindre suffit a ali-
robuste, elle peut donner jusqu'à 7.932 litres menter le jet, en évitant l'interruption qui a lieu
par heure, soit 79,320 litres pour 10 heures. dans les pompes ordinaires pendant le va-et-
L'inspection de la fig. 48 montre suliisam- vient du piston.

49.
La seringue à gerbe, dont la fig. 52 montre
fig. 48,
le corps et la fig. 53 le piston, est an diminutif

Fig. 62.

Fig. 53.

de la pompe à main ;
c'est cette pompe réduite
à sa plus simple expression. Son principal em-
ploi consiste a rafraîchir le feuillage des arbres
et arbustes dans la serre et l'orangerie.

S U. - Am»oi«.
La forme française des arrosoirs (fig. 54 )

ment l'usage de la pompe ordinaire a main. La


gerbe d'arrosoir qui la termine peut être rem-
placée par un tuvau surmonté d'une plaque de
cuivre (fig. 49) ; l'eau , en glissant sur cette pla-
que, retombe en pluie très divisée.
Les différentes parties du tuyau se démon-
tent; leur forme et leur longueur peuvent va-
rier à l'infini ; comme, ils s'emhoitent l'an dans
l'autre, on peut à volonté changer la direction fig. 55,
du jet. L'attache en fil de fer tenant an second
coude sert à l'assujettir à un obstacle fixe, un convient particulièrement à la culture marai-
arbre ou un piquet, par exemple, sans gêner les \ chère ; la gerbe large , percée de trous assez
mouvements au travailleur, comme le ferait grands, laisse échapper l'eau sous forme d'une
une attache fixée au corps de pompe. grosse pluie.
La pompe, dont la fig. 50 montre le corps et L'arrosoir à côtés plats.de M. André Leroy

Fig. 50, (fig. 56 6w), est, en raison de sa forme, plus fa-


Kl.

Hg. 56 kit.

clle à transporter que les arrosoirs de forme ar-


rondie; la disposition de l'anse rend, à poids
égal, la charge plus légère que celle de l'arro-
soir ordinaire, fig. 54. Celui de M. A. Leroy
n'est pas sujet comme celui-ci à se vider en
partie avant d'arriver à sa destination.
D'autres formes d'arrosoirs conviennent
mieux aux plantes plus délicates que les plantes
potagères, dont une partie pourrait à la rigueur
être arrosée avec un seau sans avoir beaucoup
à en souffrir. L'arrosoir anglais, pour les végé-
la fig. 51 la coupe, est à jet continu ; son mé- taux de pleine terre, permet de mieux modifier

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TITRE I. INSTRUMENTS DE JARDINAGE. 25

la distribution de l'eau, à cause de


forme
la Section III. — Instruments de trantport.
aplatie et de la situation horizontale de sa
gerbe (fig. 55).
Nous croyons inutile de représenter ici les
L'arrosoir anglais pour les serres (fia. 56) différents genres de brouettes, de hottes et de
réunit les deux conditions essentielles de ré- civières ces ustensiles, d'une utilité incontes-
;

pandre Peau sous forme d'une pluie extrême- table dans les jardins, sont si connus qu'il suf-
ment fine, et de porter à une assez grande dis- fit de les indiquer; ils sont d'ailleurs" figures

tance , ce qui le rend fort utile dans les serres dans notre tome premier.
où la circulation est souvent difficile. Le grand chariot, ou diable à transporter les
Fig. 67.

orangers (fig. 57) fut inventé à Rouen, sous


, gers ne sont pas nombreux. L'avantage de ce
le règne de Louis XIV, par un pépiniériste chariot est de n'avoir pas d'essieu commun
nommé Vallet ; il sert à mettre en place les aux roues de derrière , de sorte que tout l'ap-
orangers dans les allées des parcs ou des grands pareil embrasse la caisse et la saisit pour la dé-
jardins qu'ils doivent orner pendant la belle poser à sa place sans déranger l'arbre de sa
saison ; son usage est nécessairement très borné position verticale.
surtout en France, où les grands jardins paysa- Nous devons aussi mentionner l'appareil de
Fig. 60, &9, 58.

Saul (fig. 58, 59 et 60), pour enlever et trans- dimensions, n'excédant pas le poids de 120
planter les arbres ; quelques très riches pro- à 150 kilogrammes. La fig. 61 montre corn-
priétaires peuvent seuls avoir occasion d'en
Fig. 61.
faire usage.
La pièce détachée (fig. 59) s'adapte à la pièce
semblable (fig. 60) au moyen des tringles mo-
biles C, qui se déplacent à volonté; lorsque la
terre est très légère, on peut couvrir ces trin-
gles de planches sur lesquelles repose la motte
tenant à la racine de l'arbre arraché; au moyen
de cette précaution, la motte qu'il importe de
conserver entière ne risque pas de s'émietter
pendant le transport.
Un chariot a bras, fondé sur le môme
principe, est beaucoup plus usité pour le dé-
placement des caisses d'arbustes de moyennes ment il nrend et met en place les caisses,
n«Tici i i rnr. T. T. —4
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26 H0RT1C LTURE. LIVRE VIII.

qui se trouvent chargées et déchargées pour emploie un sécateur plus grand dont les bras ,

ainsi dire d'elles-mêmes, sans exposer à aucun se terminent par deux longues poignées en bois
accident les ouvriers ni les arbustes. Ceux-ci (fig. 65). Ce sécateur prend dans ce cas le nom
n'y conservent pas constamment leur situation d'ebrauchoir.
verticale ; mats le volume et le poids de leur
tête étant moindres que celui des grands oran- S III. — Serpe.
gers, il n'en résulte aucun inconvénient. Rien de plus connu que cet instrument; il
faut le choisir fort épais du dos, et d'une très
Section IV. — Instruments servant à la taills bonne trempe ; la meilleure forme de serpe est
des arbres. représentée fig. 66.

§ IV.
$ — S*rpette*.
OoiJMUt.

Il est bon d'avoir deux ou trois serpettes oe


différentes grandeurs. Quoique depuis quelques
années le sécateur, inventé par M. Bertrand de
Molle vi I le ait détrôné la serpette, il y a encore
,

une foule de cas où cet instrument ne peut être


remplacé. Les serpettes à manche rude sont
préférables à celles dont le manche est poli,
parce que ces dernières glissent dans 'la main
et rendent la taille moins assurée. La fig, 62
représente la forme la plus convenable pour
les lames de serpettes, qui ne doivent jamais être
trop courbées vers la pointe. Pour toutes les
tailles délicates et minutieuses qui exigent de la
orécision, la serpette est préférable au sécateur.

§ II. — Séealeur».
sente le croissant à manche court ; on l'emploie
Cet instrument, aujourd'hui très répandu, aussi très fréquemment avec un manche long
est beaucoup plus expéditif que la serpette, mais de plusieurs mètres , pour élaguer de grands
il ménage moins les arbres dont il endommage arbres, sans monter dessus ni se servir d'une
souvent l'écorfce. On rend cet inconvénient échelle.
moins grave en tenant constamment le tran-
chant de la lame tourné en dehors ; ainsi , dans § V. — Émoodoirs.
la taille d'un arbre en quenouille ou en plein L'émondoir connu et employé de toute anti-
vent, la lame du sécateur, de quelque côté quité en BHgiuue, a passé de'ce pays en Hol-
qu'on opère , ne regardera jamais le tronc ; lande, et de là en Amérique, d'où on nous le
clans la taille d'un espalier elle ne regardera rapporte comme une chose toute nouvelle. Cet
jamais la muraille. La fiy. 63 représente le sé- instrument est préférable à tous les autres pour
Fig. 64, 65, 63, 62. l'émondage et l'élagage des grands arbres. Sa
forme la plus simple et la plus antique fiy 68) (

est celle d'un ciseau très fort, à tranchant très


acéré, muni d'une douille à laquelle s'adapte un
manche plus ou moins long on peut lui dunner
:

3 ou 4 mètres en cas de besoin. Tous lesémon-


doirs s'emploient comme le ciseau, en frappant
sur le bout du manche, pour faire pénétrer le
tranchant dans le bois. L'émondoir attaque les
branches par-dessous, de sorte qu'il ne risque
jamais de les faire éclater à leur point de jonc-
tion, ce qu'il est quelquefois très difficile d'évi-
ter lorsqu'il faut frapper dessus avec la serpe
ou le croissant ; en outre, il s'introduit facile-
cateur ordinaire ; pour empêcher qu'il ne glisse ment dans l'intérieur îles têtes de pommier* ou
dans la main, on passeordinairemeiil un anneau d'autres arbres très limitas, ou il est difficile
de cuir dans un trou que doit avoir à cet effet de ou même le sécateur à
faire agir la serpette,
la branche qui porte la lame ou le croissant du longs manches.
sécateur. L'émondoir à lame carrée (fig. 69) entame
Le renflement qui termine les branches du plus facilement les grosses branches. L'émon-
sécateur, représenté fig. 64, permet de se pas- doir- serpe (fig. 70) réunit l'effet de ces deux
ser de cet anneau, qui gêne dans certains cas instruments; la lame courbe qu'il porte sur un
l'emploi de cet instrument. de ses côtés nuit beaucoup à la solidité de son
Lorsqu'il s'agit de retrancher des branches tranchant supérieur qui. pour cette raison,
assez fortes hors de la portée de la main, on s ebreche bien plus aisément que celui de l'e-

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TITRE I. INSTRUMENTS DE JARDINAGE. 27

mondoir simple our les bois très durs on doit


. i
{;reffoir le plus commode pour et le plus usité
donc proférer les emondoirs représentes fig. 68 a greffe en fente. La fente se commence avec
et 69. la partie tranchante, seule partie de l'instru-
ment qui soit nécessairement en acier, tout le
§ VI. — Scies.
reste est en fer; on l'élargit avec la spatule,
Le jardinier doit en avoir nn assortiment de pour introduire la greffe Cet instrument est
différentes dimensions, depuis le simpie cou- surtout précieux lorsqu'il s'agit de greffer sur
man- plusieurs branches des cerisiers ou des poi-
teau-scie (fig. 71) jusqu'à la forte scie a
riers recëpés dans toute leur force.
fij. 73, 72, 75, 74. 71.
D. Greffoir-Noisette. —
Cet instrument est
exclusivement destiné à la greffe, dite à la
Pontoise ; il exécute sur le sujet l'entaille trian-
gulaire propre à ce genre de greffe, soit en
poussant bas en haut la lame droite A. (fig.
«a. so.

cïie evidé {fig. 72), capable de couper les gros-


ses brandies des plus grands arbres forestiers.
Le marieau-scie réunissant les avantages de
ces deux instruments, commence à être tort en
usage {fig. 73).

§ VII. — Cisaille*.

Les cisailles vues de face


fig. 74 et de pro- fig. 86, 84, 81.
fil fig. 75 servent à émonder les haies et les
80 ), soit en tirant de haut en bas la lame ren-
arbustes qui. sur le bord des massifs, dans le
versée B (fig. 81). Le greffoir - Noisette doit
jardin paysager, finiraient par envahir les al-
donc avoir ses deux lames de rechange; elles
lées, si l'on n'avait soin de les arrêter en les
s'adaptent au manche fig. 83) au moyen d'une

tondant tous les printemps.


vis de pression. Les mêmes lames servent à

Section V. — Greffoirs. tailler la greffe ( fig. 82) il faut beaucoup d'a-


dresse et d'habitude pour lui donner l'angle
;

convenable et faire en sorte qu'elle s'ajuste


La fig. 76 représente le greffoir commun
exactement dans l'entaille du sujet {fig. 84).
Kg. 78, 79, 77, 76. Les instruments représentés fig. 85 86 con- ,

courent à l'opération de la greffe, en ce qu'ils


enlèvent exactement et d'un seul coup, des
,

anneaux d'ecorce pour la greffe en anneau.

Section VI. — lnttruments pour ta destruction


des animaux nuisibles.

§ I. — hchenilloir*.

Le but de ces instruments est d'atteindre les

Fig. 88, 87.

pour la greffe en écusson la lame de ce gref-


;

foir doit se fermer comme celle d'un couteau de


poche.
A. Greffoir à repoussoir. Il ne diffère du—
précédent que par la faculté de faire rentrer la
lame dans le manche; ce qui en rend l'usage
plus commode 77).
{fig.
B. Grcffnir-Madiot. —
Dans ce greffoir
{fig.
78), la spatule qui sert à lever Pecusson, au lieu
d'être d'ivoire et ajustée à l'extrémité du man-
che, est d'argent et soudée à la lame du greffoir.
C. Greffoxr en fente. —
La fig. 79 montre le

Uigiti; :ed by Google


28 HORTICULTURE. LIVRE VIII.

nids de chenilles placés hors de la portée de la certain que les pièges Indiqués fig 9 2 e 1 9 3 car il
. .

main, et de les enlever avec le bout de branche Fig. 89, 93.


,
qui les porte, sans courir le risque, en les lais-
sant tomber, de disperser les chenilles dans le
feuillage de l'arbre; telle est la destination
spéeiale de l'arrêt en cuivre fixé à la partie in-
férieure de la douille {fig. 87).
La fig. 88 représente un autre échenilloir
3ue sa construction rend plus facile à employer
ans les arbres à feuillage très touiïu, là où
celui (jue représente la fig. 87 serait trop dif-
ficile à manœuvrer.

§ II. — Binetle pour détruire les «ers blancs.

L'inventeur de cet instrument, représenté de


face fig. 89 et de profil fig. 90, lui a donné
très improprement le nom de binette, quoiqu'il
Fig. 90,
n'ait aucune analogie avec la binette ordinaire ;
c'est d'ailleurs un outil fort utile, joignant à arrive très souvent que la taupe ne déplace
l'avantage de remplir très bien son but, celui point la plaque servant de détente à la pince
de donner en outre au sol une excellente pré- ordinaire.
oaration. La fig 93 ne montre que la moitié du cylin-
,

dre en bois blanc , renfermant le piège ; on y


§ III. — Pince à prendre ies taupes.
attache l'autre demi-cylindre avec un lien so-
Rien n'est plus usité que cette pince repré- lide, avant de le placer en terre, sur le passage
sentée fig. 91 Elle est pourtant d'un
. effet moins présumé de la taupe.
Fig. 96

Les fig. 95 et 96 représentent dans deux eommon man-trap; celui qui estropie seule-
Sositions différentes un autre genre de piège ment est regardé comme philanthropique; il
ont l'inspection suffit pour faire comprendre donne aux propriétaires, qui s'en contentent,
le mécanisme. 11en est de même du trébuchet une réputation d'humanité; on le nomme Au-
commun ou 4 de chiiïre ,
97 ; il peut , en
fig. man man-trap.
variant ses proportions, servir à prendre des Nous nous abstenons de donner à nos lec-
rats, des loirs, des belettes et d'autres animaux teurs la description de ces inventions vraiment
nuisibles au jardinage. anglaises, qui ne nous semblent pas, comme à
Loudon , dans son Encyclopédie du jardi- M. Loudon, d'absolue nécessité dans un jardin
nage, indique, entre autres instruments indis- bien tenu. Afin de n'être pas soupçonnés d'exa-
pensables dans un jardin, deux pièges à pren- gération, nous renvoyons nos lecteurs au texte
dre des hommes (man-trap). Le premier tue anglais, pag. 655 , "paragraphes 2321 ,2322
raide ; c'est, dit Loudon, un objet de première et 2323. «
nécessité (absolutelv necessary) dans les jar-
dins placés près des grandes villes; le se- Sectios Vil. — AbrHs.
cond nomme piège charitable par les Anglais
comparativement avec l'autre, ne fait que § I". — Paillassons.

casser la jambe : tous deux sont fort en usage Les ustensiles compris sous ce titre forment
aux environs de Londres. En Belgique, on se plus dispendieuse, mais aussi la plus
la partie la
contente de placer en évidence des écriteaux utile du mobilierdu jardinier ; sans eux , aucune
pour avertir de se méfier des pièges à loups qui culture forcée n'est possible. Le plus simple de
n'existent pas. Nous ne connaissons que l'An- tous les abris est le paillasson du maraîcher. La
gleterre qui possède et emploie pour la conser- fig.98 représentant son cadre, la fig. 99 la corde
vation des produits du jardinage un genre de vue séparément, et la fig. 100 la navette, mon-
piège exclusivement destiné a détruire des trent comment il se fabrique. On pourrait don-
nommes. Celui qui donne inévitablement la ner aux paillassons une longueur indéterminée;
mort à ceux qui s'v laissent prendre est le plus mais, pour l'usage, il est plus commode de ne
fréquemment usité; les Anglais le nomment '1er deux à trois mètres. Les services

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T1T1E 1. INSTRUMENTS DE JARÎJlNAGE. 29

/if. M. la porte, en s'ouvrant, donne de plante


l'air à la

Soi s'en trouve protégée.


La même construc-
on, sans porte ni chapiteau, fig. 104, est aussi
fort utile , de même que le contre-sol en terre
cuite, fig. 105.

C III. — Châ&sij.

Les meilleurs des abris parce qu'ils admettent


,

la lumière en interceptant le vent, la grêle et la


pluie, et en conservant la chaleur, ce sont les
abris vitrés. Le plus important, pour la culture
jardinière, c'est le châssis, fig. 106, 107 et 108.
Fig. 100.

Fig. 100, 99.

rendus au jardinage par les paillassons sont


innombrables. Attachés à une longue traverse,
supportant de distance en distance des demi-
cercles de tonneau (fig. 101), ils servent à cou-
Fig 104, 103, 102.

L'inspection de ces ligures en montre toutes


les dispositions; les parties essentielles sont les

1 06) et les gouttières (B, fig.


crémaillères (A, fig.
107). Lorsqu'on fait faire des châssis neufs, il
108.

Fig. tOI.

vrir, sans les froisser, des pois, des haricots, faut lesexaminer attentivement pour s'assurer,
des salades, et toutes sortes de plantes potagè- avant de les recevoir, qu'il ne s'y trouve ni fen-
res hâtives ou tardives. tes ni trous, et s'il y en a, quelque petits qu'ils
Un abri de paillassons du même genre, mais puissent être , on doit s'empresser de les taire
planté dans le sol par deux montants verticaux boucher avec de bon mastic. Un châssis en bois
( fig. 102)
, forme pour les jeunes arbres et les de chêne, garni de ses trois panneaux vitrés,
arbustes délicats une excellente protection con- coûte à Paris 100 fr. , et il ne couvre qu'un
tre les vents froids et la grêle. On forme aussi espace de 3 mètres de long , sur 1 m ,32 de large,
d'excellents abris avec des tiges de maïs ou des soit 3 m ,96 carrés. Les châssis peuvent durer
roseaux joints ensemble par un procédé sem- fort longtemps s'ils sont bien construits et qu'on
blable, ou simplement, lorsque la grosseur des ait soin de leur donner tous les ans une couche
tiges le permet, traversées par un brin de fi- de peinture grise à l'huile. Il faut placer les
celle, au moyen de trous qu'on perce vis-à-vis panneaux à couvert, en piles, quand on ne s'en
Pan de l'autre. Ce procédé est spécialement sert pas ; la grande chaleur les dégrade bien
utile dans les contrées méridionales, où la paille plus promptement que l'humidité.
entière, propre à la confection des paillassons, Lorsqu'on ne s'adonne pas à la culture des
manque totalement , parce que le blé n'étant plantes potagères de grande primeur, on peut
jamais battu au fléau, mais dépiqué sous les remplacer le verre par du calicot enduit d une
pieds des chevaux et des mulets, les pailles sont solution de gomme élastique (caoutchouc), ou
triturées et à peu près perdues. même par un simple papier huilé. Comme dans
ce cas la charge supportée par le châssis est des
S H. — Abrii d'oiier et de terre cuite.
plus légères, on peut le faire en bois blanc et le
Apres les paillassons, les abris d'osier en rendre ainsi très peu dispendieux; toutefois
ouvrages de vannerie, quoique moins fréquem- pour les châssis garnis en toile ou en papier,
ment employés, ne sont pas moins utiles. La la forme cintrée, fig. 109, est la plus favorable
fig. 103 montre une sorte de cage d'osier dont à leur conservation; c'est celle qu'ont adoptée

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HORTICULTURE. livre vin.

les cultivateurs de melons en plein champ en — Cloche* économiques.


| V.
Normandie, pour élever le plant, et ils s'en
trouvent très bien. Il ne faut pas oublier la la culture ordinaire des plantes pota-
Pour
gères, et pour celle des melons qui ne
même
Fis. 109.
sont pas de grande primeur, les cloches en ca-
licot gommé ou en papier huilé sont très écono-
miques. On prépare à cet effet une charpente
en osier et en lil de 1er (fig. 112); on prend
pour moule, soit un bloc de bois, soit un seau
renversé, soit un panier de grandeur conve-
nable ; il faut laisser au sommet une boucle en
fil de fer pour la facilité du service. La fig.
1 1

montre une de ces cloches terminée; les pieds


servent à la reienir en s'enfoncant dans la
terre , sa légèreté la rendant très susceptible
d'être emportée par le vent.
corde retenue par un crochet ( A fig. 109); faute
Ces cloches recouvertes en calicot gommé
de cette précaution, le premier coup de vent
peuvent s établir à 25 cent. , façon comprise ;

un peu fort ne manquerait pas d'emporter le


recouvertes en papier, elles ne coûtent que 15
cent. et peuvent durer deux ans. La cliar-
,

$ IV. — Cloche». pente dure nombre d'années lorsqu'on <

on la recouvre en calicot gomme pour 15 cent.,


Les plus solides de toutes les cloches à l'u-
et en papier huilé pour 8 cent, environ.
sage des jardiniers, se nomment verrinn (fia.
Aux environs de Honlleur on remplace les
110). Le fer et le plomb qui en forment la
cloches par un procédé encore plus simple et
Fig. 112. moins dispendieux, dont on pourrait tirer parti
même sous le climat de Paris. On lixe tout sim-
plement en terre deux baguettes d'osier, qu on
recourbe en arcades, se croisant au-dessus de
la plante qu'on veut garantir {fig.
1 1 4). On jette
Fig. 115, H4-

Fig. 113, m, 110.

charpente leur donnent une solidité hien supé- par-dessus une feuille de panier huilé ou un
rieure à celle des cloches en verre d'une seule morceau de calicot gommé, qu on assujettit avec
pièce (fig. 111); mais une cloche en verre coûte des pierres (fig. 115).
Lorsqu'on applique ce
1 fr. ; on peut même, quand on en prend des système d'abris à des planches entières de plan-
centaines à la fois, obtenir une diminution de tes cultivées en lignes, les arcades de baguettes
quelques centimes. La moindre verrine coûte forment une sorte de galerie continue (fig. 1 16).
5 fr. ; peu de maraîchers seraient assez riehes Fig. 116, 117.
pour remplacer par des verrines les milliers de
cloehes qui leur sont indispensables.
Dans les jardins d'agrément , où il ne faut
qu'un petit nombre de cloehes, les verrines
sont préférables; elles résistent mieux à la prêle;
elles peuvent aisément se réparer lorsqu'un de
On couvre ces arcades, soit en calicot gommé,
leurs carreaux de vitre vient à se briser ; la clo-
che de verre, une fois cassée, ne vaut plus rien. soit avec des paillassons. La fig. 117 montre
Le Bon Jardinier indique, comme propre à ces paillassons à demi déroulés derrière les plan-
tes, de manière à leur former une sorte d'es-
raccommoder les cloches cassées, un mastic de
palier très favorable à la concentration de la
blanc de céruse et d'huile de lin. Ce mastic
prend en effet très bien sur le verre ; toutefois, chaleur.
les cloches ainsi réparées sont très peu solides ;
leur maniement demanderait de la part des ou-
Section VIII. — Cueilloirs.
vriers des précautions qu'on ne peut raison-
Si".
nablement en attendre; elles ent raineraient
cueillir, sans
Ces instruments sont destinés à
d'ailleurs une perte de temps bien plus coûteuse
que l'achat de cloches neuves ; une cloche cas- les endommager, sans avoir recours aux
et

sée doit donc être considérée comme perdue échelles , hors de la portée de
les fruits placés

pour le jardinier. la main sur les arbres à haute tige.

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INSTRUMENTS DE JARDINAGE. 31

A. Cueilloir-volant. —Sa forme justifie son de poires; on l'emploie aussi dans la serre et
nom ; la queue du fruit se prend entre deux de l'orangerie pour cueillir des fleurs que la main
ses montants, et se détache par un léger effort, ne saurait atteindre ( fig. 122).
sans exposer le fruit à tomber par terre et à Los trois premiers de ces instruments sont
s'écraser (/ty. 118). d'un prix peu élevé, à la portée de tous les jar-
B. Cueilloir-Gobelet. —
C'est un godet en diniers; les deux derniers ne conviennent
tôle, dont les bords sont dentés en scie; il qu'aux riches amateurs.
est spécialement destiné à cueillir, sans le se- On range improprement parmi les cueilloirs
cours d'une échelle, le raisin des treilles éle- un crochet adapté à un très long manche
vées, telles que celles qui courent en cordon ( fig.
123 ), destiné, non pasà cueillir, mais à
sur le sommet d'un mur d'espalier. On passe faire tomber les noix, les amandes et les châ-
sons la grappe, puis, par un léger
le cueilloir taignes, fruits que leur chute ne saurait en-
mouvement demi-circulaire, on frotte la tige dommager. L'usage de cet instrument devrait
sur lebord du g det , ce qui suffit pour la être substitué partout à celui de la gaule
couper (fig. 119) Îui mutile indignement les noyers, les aman-
iers et les châtaigniers.
Fig. 120, 119, 118.
Le crochet sert aussi pour abaisser les bran-
ches flexibles des arbres , et mettre les fruits à
la portée de la main

Sbctiow IX. — Transplantoin.


* I».
Le plus simple de tous les transplantoirs est
une truelle à bords tranchants représentée
de face fig. 124 et de profil fig. 125, dont on
Fig. 127, 128, 126, 116, 124.

C. Cueilloir à ciseaux. Le fruit coupé —


par deux lames de ciseaux qu'une ficelle fait
agir à volonté , est reçu dans un panier placé
au-dessous (fig. 120).'

D. Cueilloir à filets. Son mécanisme assez
compliqué rend ce cueilloir fort cher; son
principal mérite consiste à éviter au fruit toute
espèce de frottement et à conserver, par
,

exemple, aux prunes violettes, cet enduit blan-


châtre qu'on nomme fleur (fig. 121).

se sert pour couper la terre tout autour de la


plante à transplanter et pouvoir l'enlever en
motte sans déranger ses racines. Quand la
terre offre une consistance suffisante, ce mode
très expéditif de transplantation réussit par-
faitement.
A. Transplantoir à branches. —
Les deux
demi-cylindres dont il est formé ( fig. 1 26 ^
entrent en terre en embrassant le pourtour de
la plante ; ils doivent être en tôle forte, bien
tranchants à leurs bords inférieurs. Il faut
avoir soin de ne pas enlever l'instrument trop
droit, sans quoi la motte de terre pourrait glis-
ser et faire manquer l'opération. Le même
instrument est plus facile à manier quand les
demi-cylindres sont d'une forme légèrement
F.». 123, 122, 121.
conique, un peu plus étroits du bas que du
E. Cueilloir à branche». — Il est. comme le haut.
précédent, cnmpliqué et cher; il ne peut servir B. Transplantoir forestier. —
Quoique cet
que pour les fruits dont la tige offre une prise instrument soit particulièrement en usage dans
suffisante, comme le raisin et quelques espèces les forêts pour 'e repeuplement des clairières,

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HORTICULTURE. Livnx vin.

au moyen des jeunes arbres levé* en motte, il parer de la motte pour être retiré de terre, sans
peut néanmoins rendre de grands services dans qu'on emploie ni le repoussoir, ni le second
les jardins. C'est une bêche à fer demi-cylin- cylindre du transplantoir représenté fig. 130.
drique (fig. 127) ou presque complètement En Normandie, où ces deux transplantoirs
cylindrique, comme on le voit dans la fig. 1 28. sont très usités, mais exclusivement pour la
Avec le premier on donne deux coups vis-à-vis culture du melon, on les connaît sous le nom
l'un de autre pour détacher la motte de terre;
1 de lève-melon.
avec le second, après avoir enfoncé le 1er, on
lui imprime à droite ou à gauche un mouve- Section X. — Pots et caisses.
ment pour achever de couper la motte et pou-
voir l'enlever sans la rompre. $ 1". — Pou.
C. Transplantoir à cylindre. — Cet instru-
Dans les pays où le goût des fleurs est plus
ment est le transplanloir proprement dit; il
est presque seul employé par les fleuristes ; sa répandu qu'en France, on donne de plus gran-
construction permet dé s'en servir pour lever des dimensions aux pots à fleurs, proportion-
en motte toute sorte de plantes en fleur, et spé- nellement au développement des plantes qui
cialement des plantes bulbeuses, sans troubler doivent y végéter; les résultats de cette mé-
leur végétation. Il se compose de deux cylin- thode constamment suivie en Angleterre et en
dres emboîtés l'un dans l'autre, la fig. 129 re- Belgique montrent suffisamment ses avanta-
Êes. Les racines des plantes se trouvent fort
Fig. 132, 129. ien des proportions représentées (fig. 134)

Fig. 141, 137, 134.

Fig. 133, 131, 130.

présente sa forme extérieure; sa coupe, fig. 130, Fig. 140, 139, 136.
indique la manière de s'en servir; le bord in-
férieur du premier cylindre est coupant; on quelle que soit la grandeur absolue des pots à
l'enfonce en terre en appuyant sur les anses, et fleurs; on voit que ce modèle, presque aussi
il détache la motte tout autour de la plante ; le large en bas qu en haut . est beaucoup plus
second cylindre, muni d'un rebord à son extré- profond que nos pots à fleurs ordinairement
mité inférieure, sert à retenir la terre et à l'em- en usage.
pêcher de suivre le mouvement du premier cy- Les pots dont le fond se termine intérieure-
lindre, lorsqu'on veut le retirer après avoir ment par une surface hémisphérique sont les
mis la plante en place. plus favorables à l'écoulement de l'eau pour les
Quelquefois le second cylindre est remplacé végétaux dont les racines redoutent un excès
par un instrument nommé repoussoir ( fig. 131), d'humidité. La fig. 136 représente la coupe
Jont l'usage est exactement le même. d'un de ces pots, et la fig. 135 le même pot
Lorsque la plante levée en motte doit être renversé pour rendre visibles deux canaux croi-
transportée à une certaine distance, on empê- sés à angle droit et creusés dans l'épaisseur du
che la terre de se détacher de dessous les ra- pot qui sillonnent le fond.)
cines en posant le transplantoir tout chargé Les pots de deux pièces solidement jointes
sur un plateau à rebord (fig. 132) qu'on ôie au ensemble par des fils de fer (fig. 137) sont in-
moment de la mise en place. dispensables aux plantes qui souffrent beau-
Le transplantoir est plus facile à manier coup par le rempotage. On détache aisément
lorsqu'il se compose de deux pièces demi-cy- les deux parties de ces pots, sans donner le
lindriques, jointes par deux charnières, dont moindre ébranlement aux racines; la motte de
l'une est maintenue par une tige en fer à de- terre, replacée dans un pot plus grand, est en-
meure, l'autre par une tige mobile munie d'un tourée de terre nouvelle, sans interrompre ni
anneau pour l'enlever à volonté ( fig. 133). troubler sa végétation
Au moment do la transplantation, le cylin- Le pot à marcotter, d'invention belge, est
dre ainsi construit peut s'entr'ouvrir et se sé- fort utile pour obtenir des marcottes d'œillcts

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INSTRUMENTS DE JARDINAGE. 33
TITRE 1.

à hante tige; la fenlc latérale (fig. 138) sert à représente le banc du treillageur, au moyen
introduire la branche; l'oreille percée sert à duquel on peut redresser à volonté les brins
suspendre le pot au tuteur de la plante. Les qui s'éloignent trop de la ligne droite; on les
dimensions ordinaires de ces pots ne dépassent façonne au moyen du planeur (fig. 148) ; les
pas 0,08 d'ouverture, et 0,10 de profondeur. Fig. 148, 147.

§ II. Caiu-s.

Les petites caisses ordinaires ne se démon-


tent pas ; les dimensions des arbustes qu'on y
élève permettent toujours de leur appliquer le
même procédé de rempotage qu'aux plantes
qui végètent dans des pots.
Les grandes caisses (fig 139, 140, 141)
sont destinées aux arbustes de grandes dimen-
Fis. l i 6.
sions ; on voit comment les côtés se déplacent
pour le renouvellement de la terre épuisée, et pinces à attacher le fil de fer, représentées fig.
pour le changement des caisses devenues in- 147 , peuvent servir à une foule d'autres usages.
suffisantes.

Le service des espaliers se fait avec une TITRE II. — CULTURE ARTIFICIELLE.
échelle simple ordinaire dont tout le monde
connaît forme et l'usage il en est de même
la ; CHAPITRE I
er
. — Couches, bâches et sebbes a
du marche-pied et de l'échelle double. FOBCER (FORCING-UOUSB).
L'echclle-brouette offre une combinaison
très simple et très ingénieuse de ces deux in- Section I". — Coucha.
struments; elle fait tour à tour, selon le be-
soin, l'office de brouette ( fig. 142), d'échelle L'horticulture ne borne pas ses soins aux
simple (fig. 143) et d'échelle double (fig. 144). végétaux que chaque climat accorde aux habi-
Fig. 146, 144.
tants des diverses régions du globe J elle sait
en outre donner aux contrées les moins favo-
risées de la nature les productions des climats
les ; elle sait surtout prolonger, pour
plus doux
les pays où
les hivers sont longs et rigoureux,
la récolte des produits sensibles à l'action du
froid; enfin, elle parvient, en hâtant avant le
printemps les premiers efforts de la végétation,
a rendre susceptibles de fructifier sous l'in-
fluence du soleil d'été un grand nombre de
plantes, qui, sans cette précaution, ne trouve*
raient pas, sous les climats septentrionaux ou
même tempérés, assez de beaux jours pour
montrer leurs fleurs et mûrir leurs fruits : tels
sont les objets principaux de la culture arti-
Fig. 143, 142.
ficielle. On comprend sous ce titre tous les pro-
Dans les vergers où se trouvent de très cèdes de culture qui, ne pouvant s'accomplir
grands arbres à fruit, on peut en outre avoir en pleine terre à I air libre, nécessitent l'emploi
besoin de la grande échelle représentée (fig. des couches, bâches, orangeries.
145); mais elle a le grave inconvénient d'être Les établissements publics destinés à l'étude
fort peu maniable. de la botanique, possèdent seuls en France
tous les appareils que réclame la culture arti-
S VI. — Treillages.
ficielle; les jardins de quelques riches particu-
Bien que, près des grandes villes, l'art du liers, soit amateurs, soit spéculateurs, viennent
treillageur soit l'objet d'une profession sépa- dans l'ordre de leur importance, immédiatement
rée, tout-à-fait étrangère au jardinaee, néan- après ceux que l'État entretient.
moins, dans les localités isolées où l'on peut Le nombre des orangeries l'emporte sur celui
éprouver quelques difficultés à se procurer 'des des serres tempérées, plus nombreuses elles-
ouvriers, il peut être utile de savoir soi-même mêmes que les serres chaudes-sèches et les ser-
faire un treillage ou en diriger l'cxécuiion. res chaudes-humides. Ces dernières, nécessaires
Partout où H existe une forêt, on trouve ai- seulement à quelques familles de plantes des
sément des bûcherons sachant faire des lattes; tropiques d'un prix très élevé, sont assez com-
ils tailleront également bien des brins de treil- munes chez les riches amateurs de Belgique et
lage, en leur donnant les dimensions. Le treil- d'Angleterre, mais très rares en France.
lage ordinaire, en cœur de chêne, a 0,03 d'é- Les couches offrent des avantages si nom-
paisseur sur 0,04 de largeur. La figure 146 breux et si variés que leur usage devrait être
llO».T:-tf.Tlrtlt. T. V. —5
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34 HORTICULTURE. LIVaii Vlll.

universel nous n'en sommes pas encore là en


; I l'autre en commençant par placer à une extré-
France, mais depuis trente ans nous avons vu mité de la couche toute l'épaisseur de fumier
doubler le nombre des horticulteurs qui s'adon- qu'elle doit recevoir, et continuant ainsi à recu-
nent à la culture artificielle, et elle fait de jour lons. Cette méthode est moins bonne, mais plus
en jour de nouveaux progrès. expéditive. Les maraîchers des environs de Pa-
ris construisent leurs couches avec une rare ha-
§ l*r, — De» conchci en gênerai. bileté ils n'y emploient que du fumier presque
;

sec, mais ils l'arrosent immédiatement après que


La chaleur et l'humidité sont les deux prin- la couche est levée à sa hauteur, avant de lui
i

cipes essentiels do la vie végétale; lorsqu'à


donner sa couverture de terre ou de terreau.
l'effet de ces deux éléments se joint l'action
Pendant qu'ils vident leurs arrosoirs sur le fu-
d'un sol formé de terreau pur.ou seulement ri- mier, ils le compriment en dansant dessus avec
che en substances propres à développer la vé- une régularité parfaite, en sorte qu'on ne sau-
gétation, elle dépasse tout ce qu'on pourrait en rait trouver dans leurs couches des plus gran-
aitendre en pleine terre: ajoutez-y des moyens
des dimensions aucune partie plus ou moins
artificiels de maintenir les plantes à l'abri des
foulée que le reste ; on obtient ainsi l'égalité de
variations de la température extérieure, et, dans
fermentation, condition de laquelle dépend prin-
la saison la plus rigoureuse, vous pourrez ob-
cipalement la bonne confection des couches.
tenir des produits végétaux capables de riva-
On donne ordinairement aux couches chau-
liser avec ceux de la oelle saison telle est la
:
des, de 0 ,n ,65 à un mètre de hauteur, une lar-
théorie des couches, tels sont les principes qui
geur variable de 0 m ,80 à l m ,32, et une lon-
doivent en régler l'emploi. Les matières ani- gueur
indéterminée, mais qui est rarement
males et végétales dont elles se composent, élant au-dessous
de 2 m ,65. Les plus étroites ayant
en fermentation, donnent de la chaleur et de la 0 m
,65 de hauteur et 0 m ,80 de largeur sont des
vapeur humide, car sans humidité, pas de fer- tinées à donner les
récoltes forcées les plus
mentation les caisses en bois dont on les en-
;
précoces; leurs dimensions moindres permet-
toureet les châssis vitrés qui les recouvrent «con- tent de les
pénétrer plus facilement, et rendent
centrent la chaleur en excluant l'influence de
plus efficaca l'action des réchauds. On nomme
l'air du dehors, tandis que la terre normale ou le
réchauds ou réchaufs une certaine quantité de
terreau dont on garnit leur surface offre aux fumier en pleine fermentation dont on envi-
plantes le milieu le plus favorable à leur ra- ronne
une couche quand sa chaleur propre
pide développement. Les usages des couches
commence à baisser. Peu de cultures forcées
varient à l'infini; en indiquant la construction s'accomplissent
assez promptement sur couche
de chaque espèce de couches, nous donnerons chaude
pour qu'il soit possible de les mener à
un aperçu des principaux moyens de les uti- bien sans être obligé de prolonger la culture
liser ; elfes rentrent toutes dans trois divisions,
artificielle à l'aide des réchauds.
comprenant les couches chaudes, tièdes et Les couches les plus larges, ayant un mètre
9 OW 1 (Il ^ de hauteur sur une largeur de l'«,32, s'échauf-
§ II. —
Couches chaudes. fent et surtout se réchauffent plus difficile-
ment , mais elles conservent plus longtemps
Ce sont les plus utiles de toutes les couches. leur chaleur. Dans la construction de toute
En Angleterre et en Italie, où leur usage est espèce de couches, on ne dépasse pas la largeur
très fréquent, on n'en connaît presque pas d'au- de afin que les bras d'un homme de
tres, et les horticulteurs de ces deux pays n'ont taille ordinaire puissent aisément atteindre tous
qu'une expression en chaque langue pour le les points de la surface de la couche.
mot couche; ces expressions, traduites littéra On donne en général aux couches chaudes
lemem, signifient lit-chaud, en italien letlo une couverture de bon terreau qui varie de
caldo, en anglais hot-bed. 0™,16 à 0"\20 d épaisseur ; le meilleur est ce-
Une couche chaude est formée uniquement lui qui provient d anciennes couches rompues.
de fumier de cheval pris à l'instant où on l'en- Cette épaisseur peut être de beaucoup aug-
lève de l'écurie. Nous avons déjà eu l'occasion mentée, selon la nature des plantes qui doivent
de signaler les avantages de ce fumier sur tout y végéter j quand ces plantes doivent y vivre
autre pour le jardinage, avantages qui consis- longtemps, on mêle le terreau avec partie égale
tent surtout dans la propriété de suspendre et de bonne terre de jardin ; dans le cas contraire,
de reprendre à volonté sa fermentation d'un le terreau pur est préférable.
moment à l'autre, selon qu'on le tient sec ou Les couches chaudes sont souvent garnies
mouillé. ( Voir p. 10. § IV. ) Si le fumier dont d'un rebord en paille on réserve à cet effet les ;

on dispose au moment de former la couche est portions les plus longues du fumier de la cou-
anciennement tire de l'écurie, et qu'il ait été che on les replie sur elles-mêmes en faisant
;

conservé au sec, il suffira d'ouvrir le tas, de rentrer dans l'intérieur de la couche les extré-
le mouiller et de le refaire aussitôt, pour que la mités des pailles, de manière à n'en rien laisser
fermentation s'y manifeste. pendre au dehors; les couches ainsi disposées
On construit les couches chaudes de deux se nomment couches bordées.
manières, l'une par lits successifs posés sur Cet arrangement est bon en lui-même quam
toute l'étendue que la couche doit occuper, à l'effet de la couche sur la végétation ; seule-

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T|Tni: il. COl'CHES, BACUfcS ET KORC1NG-HOUSE. 35

mcol ilrend moins accessible à l'action des


la que les couches chaudes ; les mêmes coffres et
réchauds lorsqu'elle devient nécessaire. les mêmes châssis vitrés s'appliquent aux unes
On entoure ordinairement les couches chau- et aux autres.
des d'une caisse en bois que Jes jardiniers nom- Les feuilles qui entrent dans
la composition
ment çoffre ( fig, 149). Le coffre est plus élevé des couches tièdes prolongent la durée de leur

[S
,
Pig. 14«J.

^ •*
>
chaleur ; on peut au besoin leur appliquer des
récliauds, mais avec beaucoup de prudence;
car il ne faut pas perdre de vue que les racines
des plantes élevées durant la première période
de leur croissance, dans un milieu d'une tem-
pérature modérée, supporteraient difficilement
un brusque passage dans un milieu beaucoup
plus chaud.
derrière que devant, afin que l'eau ne séjourne
pas sur le châssis qu'il est destiné à supporter. § IV. — Couches sourdes.
Ses dimensions les plus communément en usage On
ne doit attendre de ces couches qu'une
varient depuis 0 m ,16 jusqu'à 0 m ,25 sur le de- chaleur sourde, de très peu supérieure a celle
vant, et de 0 m ,25 à0 m ,32 sur le derrière. Ces de la terre au moment ou on les dresse ; cette
hauteurs sont loin de correspondre à celle du chaleur se maintient longtemps, mais onne peut
fumier de la couche mais il en coûterait trop
; la renouveler à l'aide des réchauds. Le fumier
pour donner aux coffres de telles dimensions; qu'on emploie à la construction des couches
on a soin, soit d'enterrer la couche en partie, sourdes est toujours à demi consommé ; dans les
soit de relever la terre en talus tout autour, jardins où la culture forcée occupe un très
afin que le coffre placé sur le talus dépasse le grand espace, ce fumier n'est le plus souvent
bord supérieur de la couche. Le coffre se bâtit 3ue celui des couches chaudes et tièdes qu'on
toujours en bois blanc ; s'il était en chêne, la émonte lorsque les cultures auxquelles on les
chaleur des réchauds pourrait difficilement le destinait sont terminées.
pénétrer. Pour les châssis vitres, ou garnis en
( Tandis que le fumier des couches chaudes et
toile gommée et en papier huilé, voir AOris, tièdes n'agit pour ainsi dire qu'indirectement
p. 80.) sqr la végétation en plaçant les racines des
plantes dans un milieu échauffé, et leurs feuilles
S III. — Couches tièdes.
• dans une atmosphère artificiellement préservée
Les principes qui doivent présider à la con- du froid, le fumier des couches sourdes, déjà
struction des couches tièdes sont les mêmes passé en grande partie à l'état de terreau, agit
que pour les couches chaudes, elles se travail- directement, comme aliment, sur la végétation
lent exactement par les même3 procédés. Leur des plantes cultivées ; c'est le caractère distinc-
différence essentielle consiste dans les éléments tif de ces sortes de couches.
dont on les construit. Le fumier d'écurie con- On construit toujours les couches sourdes
vient seul, à l'exclusion de tout autre, pour les dans une fosse creusée en terre à la profondeur
couches chaudes ; à peine pourrait-on, a défaut de 0 m .i0 à 0"',60 ; leurs dimensions ordinaires
sont 0 m ,70 d'épaisseur, l ,32 de largeur, et
,n
de fumier de cheval, y employer celui d'âne ou
de mulet. Les couches tièaes, au contraire, ad- une longueur variable à volonté ; elles n'excè-
mettent toute espèce de fumiers mélangés ; les dent guère que de 0">, 10 le niveau du sol; on
plus usités sont ceux de hcval, de vache et de
t les recouvre avec de la terre de jardin disposée
mouton par portions égales ; tous trois réunis en talus sur les côtés, et légèrement bombée
n'entrent que pour la moitié ou tout au plus pour vers le milieu; elles ne reçoivent ni coffres ni
lesdeux tiers dans la composition de la couche ; châssis vitrés; leur principal emploi consiste à
le reste estformé de feuilles, soit sèches, soit terminer en plein air la culture des melons
ramassées au moment de leur chute, ce qui est commencée sur couche chaude ou tiède. Néan-
préférable. moins elles peuvent hâter la croissance de
Malgré le nom que reçoivent ces couches, une beaucoup de plantes potagères, et prolonger la
fermeniation très active y développe assez sou- durée des végétaux sensibles aux premiers
vent une chaleur très intense c'est ce qui a ; froids. A cet effet on les couvre pendant la
lieu principalement lorsque le fumier, au mo- nuit, soit au printemps, soit à l'automne, avec
ment où on Ta employé, se trouvait, ou trop un abri de paillassons fixés à des morceaux de
humide, ou trop riche en matières animales. 11 cercles de tonneau maintenus par une barre
faut dans ce cas, avant de rien confier à la cou- horizontale ( voir Abris, fig. 101).
che tiède, lui laisser, selon l'expression reçue,
jeter son feu. C'est un retard souvent très pré- § V. — Couches économique*.
judiciable au jardinier ; on doit le prévenir en n'y a pas de jardin, petit ou grand, quelle
Il
choisissant pour la construction des couches que soit la fortune de celui qui le cultive, où il
tièdes des fumiers où la paille domine sur les ne doive se trouver une place réservée pour une
matières animales, et en évitant de h-ur donner ou plusieurs couches de chaque espèce. Ceux
une humidité surabondante. On revêt Jes cou- qu'arrêterait la dépense d'une couche chaude
ches tièdes de la même épaisseur de terreau ou tiède, parce quelle exige un coffre e* bois

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36 HORTICULTURE. LIVRE VIII

et un châssis peuvent se borner aux cou-


vitré, paille entre les piquets, en les passant tour à
ches sourdes; la dépense pour celles-ci se ré- tour en dedans et en dehors ; il en résulte une
duit pour ainsi dire à la main-d'œuvre ; quand sorte de caisse ouverte dans laquelle on établit
la couche sourde est épuisée, le fumier devenu du la couche. Il faut avoir soin de donner à la
terreau peut rendre presque autant de services couche ainsi construile une largeur d'au moins
qu'à son premier état. (Test un préjugé trop l«a,50, afin de pouvoir placer intérieurement
généralement répandu de croire que la con- tout autour une garniture de fumier long sus-
struction et la conduite des couches sont des ceptible d'être enlevée à volonté, et remplacée
choses difficiles, compliquées, qui ne peuvent par des réchauds s'ils deviennent nécessaires,
réussir que par les soins d'un jardinier de pro- car il serait impossible de les faire agir si on
fession. les plaçait à l'intérieur de la couche.

Aux environs des villes où il est possible de La couche revêtue de terre ou de terreau se
se procurer à un prix modéré de grandes quan- recouvre d'un châssis {fig. 151), formé tout sim-
titésde fumier d'écurie, et de vendre avanta- Fig. 151.
geusement les produits du jardinage, bien des
jardiniers trouvent leur compte à couvrir de
couches la presque totalité de leur terrain; la
qualité du sol devient dans ce cas tout-à-fait Il i' i

indifférente, les plantes potagères ne devant


vivre qu'aux dépens du fumier du terreau et
,
plement de lattes ou de bouts de treillage croi-
des composts appropriés à leur nature. sés, assemblés par des clous, et recouverts, soit
Ce genre de culture devrait être beaucoup de papier huilé, soit de calicot gommé.
plus répandu, au profit du consommateur Dans les pays où la naille est rare et chère,
comme à celui du producteur, et il paierait on peut remplacer les nourrclets de paille par
largement les avances qu'il exige ; mais le plus des branches de genêt , en choisissant les plus
souvent la mise dehors nécessaire pour se longueset les moins ligneuses et les comprimant
monter en coffres et châssis , pour avoir du avec force du haut en bas.
verre, selon l'expression des maraîchers, dé- Sans doute, on ne peut, avec un semblable
passe les facultés du jardinier ; les cbàssis en appareil, obtenir sans exception tous les pro-
menuiserie, couverts de toile gommée ou de duits que donne une couche chaude ou tiède
papier huilé , sont encore beaucoup plus coû- munie d'un châssis vitré sur un coffre en bois;
teux que le procédé très économique que nous mais on en obtiendra certainement les plus im-
allons indiquer pour y suppléer. portants tels que du plant de melon semé en
On choisit des brins de cotterets droits et janvier, des haricots verts et des pois de grande
bien formés ; on les fend dans leur longueur, et rimeur, et des asperges vertes forcées tout
on les scie en deux parties égales, ce qui donne hiver. La dépense d'une couche économique
pour chaque brin quatre morceaux ; on taille selon le procédé que nous venons d'indiquer
en pointe une de leurs extrémités. Dans les s'élève à peine au dixième de celle que nécessite
pays vignobles où le bois est à bas prix de ,
une couche avec coffre en menuiserie et châs-
vieux échalas taillés à la longueur convenable sis vitré.

peuvent être employés avec très peu de dé- Le local assigné aux couches dans le jardin
pense. doit toujours être abrité par un mur à l'expo-
L'emplacement destiné à la couche (fig. 1 50) sition du midi. Lorsqu'on réunit les troisgenres
de couches, on place les couches chaudes le
Fig. 160.
plus près possible de la muraille les tièdes ou ,

second rang et les sourdes en troisième ligne.


On laisse ordinairement entre les lignesde cou-
ches un espace de0"\40, destiné tout à la fois
à servir de passage et à recevoir les réchauds
selon le besoin. Entre plusieurs rangées de cou-
est entouré de ces demi-piquets , à 0 m ,40 de ches de la même espèce, cette distance est suf-
distance les uns des autres ; ils doivent pré- fisante; mais entre la dernière ligne d'une
senter alternativement en dehors une face espèce et la première ligne de l'autre, il faut
Slane et une face convexe. Ceux de la ligne de laisser au moins 0m,60 ; sans cette précaution,
m
evant sont saillants en dehors de 0 ,60, et le réchaud placé entre les deux lignes agit avec
enfoncés en terre de 0 m ,50, de sorte qu'en en- la même énergie sur deux couches dans des con-
levant à l'intérieur du parallélograme 0"\20 de ditions différentes, ce qui donnerait lieu fort
terre, les piquets restent encore enterrés à une souvent à des pertes considérables.
profondeur de 0 ra ,30. La ligne de derrière doit
avoir de plus que celle de devant hors de terre,
§ VI. _ Couches à champignons.

0 m ,10. On forme avec de la litière sèche ou de La construction conduite des couches


et la
la paille brisée des bourrelets analogues à ceux exclusivement destinées à la reproduction des
dont on se sert pour empailler les arbres sen- champignons diffèrent tellement de celles des
sibles^au froid, ou pour emballer des vases fra- autres couches que nous avons dû les décrire
giles ; on enlace ces bourrelets ou cordons de séparément ; la culture du champignon sur

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TITRE H. COUCHES, BACHES ET FORCING-HOLSE. 37

couches forme d'ailleurs une branche très im- dispose en tas réguliers d'an mètre de largeur
portante de l'industrie maraîchère aux envi- sur 0 m ,60 de hauteur ; ces tas doivent être for-
rons des grandes villes. tement foulés en marchant dessus, puis aban-
Le fumier d'écurie dans lequel les matières donnés à eux-mêmes pendant quinze jours ;
animales surabondent et qu'on entretient dans on ne doit les humecter que dans le cas où la
un état de moiteur sans excès d'humidité, est température serait constamment chaude et
disposé à s'agglomérer par plaques ou pelotons sèche; alors seulement on les mouillera, mais
couverts de moisissure blanchâtre ; c'est ce modérément.
qu'on nomme prendre le blanc. Tout fumier
: Au bout de ce temps on ouvre les tas, on
3ui a pris le blanc est propre à la production en mélange intimement toutes les parties, et on
es champignons. Le fumier d'âne est celui de les reforme aussitôt, en observant de reporter
tous qui prend le blanc avec le plus de facilité, au centre des tas les portions moins décom-
puis le fumier de mulet ; le fumier de cheval ne posées qui se trouvaient à l'extérieur. Après
vient qu'en troisième ligne ; s'il est le plus cette seconde façon, huit jours suffisent pour
usité, c'est parce qu'il est beaucoup plus com- que le fumier sôit au point où on le désire,
mun que les deux autres. c'est-à-dire gras, onctueux, et parfaitement
Pour disposer ce fumier à prendre le blanc, homogène dans toutes ses parties ; alors on le
on le dépose en tas irréguliers dans une cave dresse non pas en couches précisément, mais
,

humide ; c'est le procédé le plus simple qu'on en petites meules terminées en forme de toit,
,n
puisse employer pour préparer les éléments ayant à leur base 0 ,80 de largeur, sur une
d'une bonne couche à champignons. Yoici ce hauteur de 0"l ,55 (fig. 152). Nous ne saurions
que dit à ce sujet M. Pirolle :

- Je tiens du hasard le procédé suivant : Du


fumier bien choisi avait été transporté en no-
vembre dans une cave il y resta jusqu'à la fin
;

de février ; il était moisi, et tout blanc. Il fut


répandu à 0 m ,l0 d'épaisseur sur le fumier
chaud, foulé et piétiné, d'une couche couverte donner d'indications précises pour reconnaître
ensuite de 0 ra 16 de terreau. Pendant trois mois
, avec certitude que le jumier est arrivé juste au
et plus, cette couche a donné une quantité point convenable pour être mis en meule la ;

prodigieuse de champignons. » présence de l'eau est toujours un indice défavo-


Nous ajouterons que nous avons répété l'ex- rable, et l'on juge en général le fumier propre
périence avec encore moins de cérémonie. Le à la production des champignons lorsqu'il est,
fumier enfermé dans la cave fut dressé à la selon l'expression reçue, bien gras dans toutes
même place en couches de 0 m ,80 de largeur, et ses parties.
0 m ,60 de hauteur, dès qu'il eut bien pris le Les couches en plein air réussissent si diffi-
blanc ; il ne fut que médiocrement pressé et cilement que nous conseillerons toujours de les
recouvert de 0 m ,10 de terreau; la couche se établir soit dans une cave, soit dans un cellier
couvrit de champignons au bout de quelques parfaitement obscuretexemptdecourantsd'air.
jours. La production s'étant ralentie anrèsdeux Les couches ainsi placées et disposées produi-
moisd'uneabondanceextraordinaire, la couche raient presque toujours d'elles-mêmes des
fut arrosée avec de l'eau fraîche dans laquelle champignons en abondance ; mais pour ne rien
on avait lavé des champignons frais, coupés donner au hasard, on les garnit de distance en
par morceaux ; la récolte recommença et se distance de petits morceaux d'une substance
soutint pendant plus de 5 mois. Nous avons particulière qu'on nomme blanc de champi-
mis ce procédé en pratique pendant 5 ans ; il gnons. Les naturalistes ne sauraient expliquer •

nous a constamment réussi les 4 premières pourquoi ni comment cette substance blanchâ-
années; mais à la 5*, toutes les circonstances tre et filamenteuse qu'on recueille sur les cou-
étant exactement les mêmes, il n'est pas venu ches épuisées qui ont fourni beaucoup de cham-
de champignons, sans que nous ayons pu en pignons, possède la propriété d'en faire naître
déterminer la cause. de nouveaux; le fait est qu'après avoir inséré
Ceci explique pourquoi les jardiniers mar- dans l 'épaisseur des flancs de la couche de
chands, au heu de ce moyen si simple, mais petits fragments de blancdisposés en échiquier,
qui n'est pas toujours sur , s'en tiennent au à 0 m ,l6 les uns des autres, de façon à affleurer
procédé suivant compliqué et dispendieux
, la surface, les champignons ne 'tardent pas à
mais qui réussit toujours. s'y montrer. Lorsqu'on ae trouve dans une
Il faut d'abord se procurer du fumier de che- localité où il est difficile et dispendieux de se
vaux nourris au sec, et dont la litière au lieu procurer du blanc de champignons, on obtient
d'être renouvelée tous les jours, sert toute une a peu près les mêmes résultats en coupant
semaine en la retournant; ce fumier formé en menu des champignons récemment cueillis et
majeure partie de crottin, est fortement imbibé les lavant dans de l'eau fr.iiche qu'on répand
d'urine, condition essentielle pour le succès des bien également sur toutes les parties de la sur-
couches à champignons. On a soin d'enlever face des couches, au moyen d'un arrosoir à
hors de ce fumier tout ce qui pourrait s'y pomme percé de trous très lins.
trouver de foin ou de paille sèche ; puis on le Lescouchesétabliesen pie in air reçoivent une

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HORTICL LTI I\E. uww. VIII.

couvertnre de litière sèche qu'on nomme che- tout à ceux qui supportent les stores dans les
mise, qu'on déplace pour euoillir les champi- appartements, cl susceptibles de tourner comme
gnons; mais, ainsi que nous l'avons dit, ces eux au moyen de cordons fixés à leurs extré-
couches manquent si souvent If ur effet , que mités, soutiennent des toiles qu'on étend à
l'usage en est généralement abandonné. volonté sur les vitrages de la bâche quand on
La meilleure couche k champignons serait craint pour les plantes l'effet d'un soleil trop
bientôt épuisée si l'on en récoltait les produits ardent. Quand même les dimensions de la bâ-
sans précaution ; il faut faire tourner adroite- che permettraient de faire cette toile d'une seule
ment chaque champignon sur lui-même et sur pièce, il serait préférable de la partager entre
sa base pour le détacher sans déranger le blanc plusieurs cylindres , afin de pouvoir ombra g
J*
auquel il adhère et qui doit donnernaissanceà a volonté une partie seulement de l'intérieur
l'interiei
de la bâche.
Dans les bâches les plus étroites , il n'y a
Section II. — Bâche». qu'un seul compartiment, derrière lequel court
un sentier F pour le service ; un dressoir fixé au
Les bâches sont de véritables serres dans de mur du fond permet d'y placer une rangée de
petites proportions; elles en tiennent lieu pour plantes en pots (fig. 154).
les amateurs d'horticulture k qui leur fortune
ne permet pas la dépense d'one serre. On
donne toujours à la maçonnerie des bâches la
forme du cadre en bois destiné k porter le
châssis vitré des couches chaudes (yoy. Cou-
ches, fig. 149). Les moindres dimensions qu'on
donne aux bâches sont six mètres de long sur
trois de large; on en construit de beaucoup plus
5 rendes. Le sol de la bâche doit être plus bas
e 0 m ,50 à 0 ,60 que celui qui l'environne.
ra

Les murs inégaux de devant et de derrière ont


au moins une hauteur suffisante pour qu'un
homme de taille moyenne, placé dans la bâche,
puisse se tenir debout à égale distance de l'un
et de l'autre, sans que sa tête touche au vitrage
Dans la plupart des bâches il y a deux com-
(fig. 155). Ce vitrage est fixé par une char-
partiments séparés par un sentier (fig. 155).
nière au mur du fond et ne peut se soulever
Des murs de refend, en maçonnerie légère, sou-
que par-devant, au moyen d'un support k cré- tiennent ces deux platcs-bândes qui sont ordi-
maillère c'est surtout en quoi il diffère de celui
;
nairement des couches, soit de tan, soit de
des couches, qui se soulève des deux côtés k
fumier. Les tuyaux T destinés k chauffer la bâ-
volonté. Du reste, les rainuresnui maintiennent che courent sous le sentier qui est recouvert
chaque panneau du vitrage doivent comme ,
en planches, dans l'une comme dans l'autre
pour les couches, être creusées en gouttière pour
construction.
l'écoulement des eaux de pluie. La bâche re-
Les bâches se modifient à certains égards,
çoit au besoin une chaleur supplémentaire au
selon leur destination. Celles qu'on consacre
moyen d'un fourneau A (fig. 153) dont les exclusivement k la culture des ananas sont dis-
Fig. 153. posées comme le représente la figure 156. Les

tuyaux ponctués courent sous terre k l'intérieur


de la bâche. On place l' ouverture B de ce fourneau
dans un retranchem ent séparé du reste de la ananas ne pouvant jamais avoir trop chaud, il
bâche, afin que la fu mée ne puisse y pénétrer ; estavantageux d'établir un tuyau de chaleur
cette disposition offre en outre l'avantage d'une
;
sous ebacun des deux sentiers k droite et k
double porte, ce qui évite toute chance d'intro- gauchf de la tannée qui contient ces plantes
duction subhe de I ai* p froid du dehors. On peut dans des pots. On peut même, pour obtenir une
aussi chauffer les b fiches au moyen de la va- cbaleur plus forte, faire régner un tuyau de
peur 5 dans ce es, le fourneau* et la chau- chaleur T sur le mur antérieur.
dière sont établis nu dehors. On place k l'exposition de Test de préférence
Plusieurs cylindr rs k poulies, semblables en à toute autre . les bâches que les pépiniéristes

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r:r.-.L n. COUCHES, BACHES ET FORCING-HOl'SE. 39

ma prof ssion destinent à multiplier, soit de cription des applications de la chaleur artifi-
de reottes, soit de boutures, certaines plantes cielle aux cultures forcées , en y joignant la
qui s'enracinent plus facilement quand on les description de quelques-unes des constructions
préserve de l'action directe des rayons solaires. employées en Angleterre sous le nom de serres
Pour livs marcottes des grands végétaux , on à forcer (forcing-house).
n'établit point de couches dans l'intérieur de la La serre dont on voit le plan (fig. 157 ) et la
bâche; le> souches mères y sont en pleine terre, coupe (fig. 158) est la plus favorable de toutes
dans le sol convenablement préparé. Fig. 158.
Quelle que soit la destination de la bâche, on
peut toujours faire courir sur le mur du fond
un cordon de vigne pris sur une vigne plantée au
dehors ; on en récoltera le raisin 5 ou 6 se-
maines avant celui des espèces les plus précoces
à l'air libre.

Section III. — Serre» à forcer. (Forcing -home.)

Sous le climat de Paris et au sud de ce cli-


mat, la vigne et le pêcher mûrissent parfaite-
ment leur fruit dans les années ordinaires; à
peine leur arrive-l-il tous les dix ans de ne pas pour forcer la vigne. Les ceps se plantent soit en
mûrir du tout, et tous les trois ou quatre ans dehors, au midi, en avant du mur A, soit à l'in-
de n'arriver qu'à une maturité imparfaite. Les térieur, près du même mur. La serre est chauffée
années 1840 ei 1842 sont des exemples du maxi- par un thermosiphon, F, {fig. 157) ; elle pourrait
mum de qualité que la pèche et le raisin puis- ne comprendre que l'espace renfermé entre le
sent acquérir sous le climat de Paris. Mais, à mur A et le mur G; dans ce cas, la chaudière
quelques myriamètres seulement au nord de la et son fourneau seraient placés en dehors sous
capitale, la maturation du raisin et de la pêche un hangar; mais le plus souvent on utilise la
commence à être de plus en plus difficile ; sur surface nord du mur G, en lui faisant soutenir
notre frontière du nord, on ne connaît guère ce un toit en appentis reposant sur un autre mur
que c'est que du vrai chasselas à moins qu'on
.
parallèle H (fig. 158); on établit dans l'intervalle
ne l'ait fait venir de Fontainebleau; les pêches qui les sépare ce que les Anglais nomment une
réussissent mieux, bien qu'il arrive souvent aux serre à champignons (mushrooms-house). Les
premières gelées de frapper les pêches tardives couches à champignons 1 1 sont disposées sur
avant qu'elles soient devenues mangeables. des dressoirs en maçonnerie légère, dont la fig.
Pour se fa'ire une idée de ce que la culture 158 montre la disposition. Elles sont séparées
forcée du raisin peut rapporter dans ces cir- parle passage D. La chaudière B (fig. 157)
constances, nous nous bornerons à rappeler un chauffe la serre à la vigne la chaudière C
;

fait cité par M le comte Lelieur, dans la Po- chauffe la serre aux champignons. On voit en E
mone française. M. Van Gaert, à Anvers (bel (fig. 158) les ventilateurs destinés à introduire
gique) réeolle annuellement de 500 à 600 kilogr. l'airdu dehors, selon le besoin ; le treillage J est
de raisin de rankenthal dans une serre de
i
établi parallèlement au vitrage, le plus près
29", 33 de long sur 8 mètres de large et 10 de possible de celui-ci, pour que la vigne palissée
hauteur. Ce raisin se vend toujours à un prix dessus ne perde rien des influences bienfaisan-
très élevé, dans un pays où une grappe de tes de la lumière et de la chaleur solaires, in-
Riiiin mûr est une curiosité gastronomique. dépendamment de la chaleur artificielle.
Ces faits nous engagent à compléter la des- La serre destinée à forcer les pêches diffère
Fiy. 157.
un peu de la précédente. Quand elle doit être
chauffée par un seul foyer, on ne peut guère
luidonner au-delà de 12 mètres de long sur 3 de
large et \ de haut ; mais ces dimensions peu-
vent varier selon le plus ou moins de précocité
des récoltes qu'on se propose d'obtenir. Pour
les pêches de grande primeur, ta serre ne peut
avoir au delà de 8 à 9 mètres de long sur 2"',50
de large, tandis qu'on peut sans inconvénient
lui donner jusqu'à 16 mètres de long si Ton
veut se borner à hâter seulement de quelques
semaines le cours ordinaire de la végétation na-
turelle du pêcher. La 159 représente la
fig.
coupe, et la fig. 160 le plan d'une serre à
forcer les pêches. Comme dans la serre à vigne,
le mur de devant D ( est muni d ou-
fig. 159)
verture que la coupe n'indique pas, pour lais-
ser passer les souches des pêchers qui vivent

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40 HORTICULTURE. LIVRE VIII.
aux dépens du do la plate-bande régnant
sol
pendant l'hiver telles que les pelargnnium et
:

le long do la serre, au sud; ce mur supporte les


une foule d'autres. Nommer l'orangerie serre
châssis vitrés. On voit dans la serre Jeux treil-
froide, ce serait donc dénaturer entièrement la
lages, l'un, placé lo long du mur du fonU E signification du mot serre.
(fig. 159), l'autre R incliné sur le devant de la L'orangerie devrait avoir dos fenêtres aux
%. 159. trois expositions du midi, de l'est et do l'ouest ;
mais le plus souvent elle n'en a qu'au midi.
Plusieurs autours reeommandent de faire ces
fenêtres doubles, et de garnir en papier
huilé le châssis intérieur ; cet usage, suivi gé-
néralement en Angleterre, ne nous semble pas
nécessaire en France; les fenêtres de l'orange-
rie peuvent êire simples, pourvu que la menui-
serie en soit assez soignée pour no laisser pé-
nétrer aucun courant d'air, et pour permettre
d'obtenir au besoin une clôture hermétique.
Une orangerie bien construite est peu pro-
fonde par rapport à sa longueur; sa hauteur
un passage est laissé entre les deux
dépasse d'au moins 0 ,15 le sommet des plan-
pour le service.
tes les plus élevées rjui doivent
Le plan (fig. 160) montre la disposition du y séjourner;
elle doit être aussi d'un accès facile et munie
d'une porto double, assez large pour que les
arbustes no soient point froisses en y entrant.
Le gouvernement de l'orangerie est des plus
simples; il suffit de la préserver de la gelée, et

de donner de l'air depuis lo matin jusqu'à trois


heures de l'après midi, toutes les fois que la
température ne descend pas au dessous de zéro;
en règle générale, il fait toujours assez chaud
dans l'orangerie quand il n'y gèle pas.
Presque toutes les orangeries ont un poêle;
il vaut mieux que ce poêle soit placé à l'exté-

rieur, dans la crainte que les arbustes trop


tube du thermosiphon A À qui revient sur lui- voisins souffrent de la chaleur. On ne doit,
même, et celle de la chaudière B placée à l'exté- dans tous les cas, le chauffer qu'avec les plus
rieur. grands ménagements; une température de quel-
ques degrés seulement trop élevée, peut déter-
miner les plantes d'orangerie à entrer en végé-
CHAPITRE II. — Obasgeme et serbes. tation; dès lors, les pousses formées dans un
local où elles manqoenl nécessairement de lu-

Section Ve . — Orangerie. mière, s'étiolent, et l'on ne peut espérer de


voir l'été suivant les plantes revêtir leur parure
Quelques auteurs désignent l'orangerie sous habituelle.
le nom de terre froide, parce qu'en effet elle On ne saurait mettre trop de prudence dans
convient à une foule de végétaux autres que la distribution de l'eau aux plantes d'orange-
ceux de la famille dos orangers. Mais le mot rie ; il ne faut leur en donner qu'une ou deux
terre possède une acception qui lui est propre; fois pendant l'hiver; plusieurs genres, notam-
il désigne un local où les plantes végètent en ment les oléandres et les grenadiers, peuvent
toute taisotiy et qui, par conséquent, reçoit par s'en passer tout-à-fait, de l'automne au prin-
des vitrages la plus grande somme possible de temps. Un léger excès d'humidité pendant l'hi-
lumière extérieure. ver, en entretenant chez ces arbustes une sorte
L'orangerie est un local exclusivement ré- do mouvement languissant de végétation, tan-
servé à la conservation, pendant l'hiver, des dis qu'il leur faudrait un repos absolu, les prive
plantes.que'lesqu'ellessoient.dontla végétation au retour du printemps de la vigueur néces-
est dans cette saison totalement interrompue, saire, et le plus souventil ne faut pas attribuer

et qui, pour cette raison, peuvent se passer de à une autre cause la difficulté qu'on éprouve
lumière, à tel point que pour un très grand fréquemment à obtenir leur floraison avant la
nombre d'amateurs peu favorisés de la fortune, lin des beaux jours.
l'orangerie est représentée tout simplement par La génération actuelle a vu s'opérer une ré-
une cave ; or, pourvu que celte cave ne soit volution complète dans le régime de l'orange-
pas excessivement humide, les plantes oran- <i rie. Avant l'expédition du capitaine Baudin,
§erie s'y maintiennent sans paraître en souffrir qui date des premières années de ce siècle,
'une manière sensible. Il est bien entendu que l'orangerie ne contenait guère que quatre ou
nous ne désignons pas sous le nom de plantes }
cinq genres de plantes; les orangers formaient
d'orangerie celles qui sont sojettes à végéter 1
le fond de la population puis quelques citron-
;

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TITHC II. ORANGERIE ET SERRES. 41

niers, myrtes, lauriers - roses et grenadiers : doivent atteindre, sous peine de les voir en
rien de plus. Ces végétaux, sous !e climat de peu d'années s'étouffer les unes les autres.
Paris, se passaient parfaitement de feu en hi- L'orange parvient à parfaite maturité, non-
ver, pourvu que le sol de l'orangerie fût d'un seulement sous le elimat de Paris, mais sous le
mètre environ plus bas que le sol environnant; ciel brumeux de l'Ecosse ; il suffit pour cela de
cela suffisait pour maintenir dans l'orangerie cultiver l'oranger en pleine terre, en espalier,
une atmosphère toujours humide très favora- lé long du mur, formant le fond d'une serre telle
ble à la santé des végétaux; l'orangerie du que celle que nous avons représentée, fig. 155,
Jardin des Plantes à Paris, construite d'après 159. On voit depuis longues années de très
ce principe, n'était jamais chauffée. De nos
Kgeaux orangers traités de cette manière, à
jours, tout ce système est changé ; les orangers, Paris, dans le jardin de M. Fion. M. Patrick
citronniers, myrtes, grenadiers et lauriers- Neill, horticulteur écossais, affirme avoir vu
roses sont relégués dans les jardins publics et dans une serre à primeurs du comté de La-
dans les grands |ardins d'un petit nombre de nark un oranger en espalier occupant un
châteaux; hors de là, les géraniums, les pelar- espace de plus de 24 mèires carrés; il était,
gonium, les camélias . les ont mis en fuiie; en dit-il, tout chargé d'oranges parfaitement mû-
outre, les plantes de la Nouvelle- Hollande se res ; nous pensons qu'un Portugais, ou même
sont vulgarisées; on peut avoir à des prix mo- un Provençal, n'aurait pas été sur ce point de
dérés des eucalyptus, des mélaleucas, des mé- l'avis de M*. Patrick Neill.
trosydéros; on les préfère aux orangers. Mais
la température de orangerie ne leur convient
I Section IL — Serres.
plus; quelques degrés de plus leur sont néc es-
saires en hiver; ils ne peuvent se passer de feu §
,f .
l — Des serres en général.

comme les plantes d'orangerie proprement di- Une serre, quelle que soit sa destination, est
tes l'air et la lumière que l'orangerie pourrait
; un local dans la construction duquel il n'entre de

leur fournir seraient insuffisants. L'orangerie maçonnerie que la quantité absolument indis-
tend à se transformcren serre tempérée; à Paris, pensable. Le plus souvent, la serre n'a qu'un
chez lesjardiniers de profession, c'est déjà fait. seul mur dirigé de l'est à l'ouest le toit en
;

Le principal produit des orangers possédés appentis, la façade antérieure et lesdeux façades
par les jardiniers consistait encore, il y a 30 latérales sont en vitrages. Ce mode de construc-
ans, dans la fleur, ou pour mieux dire, dans les tion est avantageux pour le coup d'œil ; il per-
pétales de la fleur, que les distillateurs et les met de placer les plus grands végétaux au tond
confiseurs achetaient à un prix raisonnable. et les autres en avant, par rang de taille ; il
Aujourd'hui, l'eau de fleurs d'oranger nous laisse aux végétaux grimpants un espalier spa-
vient du midi, à si bas prix et en si grande quan- cieux ; son principal inconvénient consiste à
tité, que les pétales de fleurs d'orangers récol- priver d'un côté les plus grands végétaux du
tés à Paris sont tombés de 6 fr. à 2 fr. 50 c. contact direct de la lumière, ce qui force à les
le kilogr. Il n'y a plus moyen de compter sur teniren caisses pour pouvoir les retourner, et
la vente de ce produit pour couvrir les frais de nuit toujours plus ou moins à leur végétation.
l'orangerie ; il y a nécessité de recourir aux Depuis quelques années on construit beau-
fleurs en possession de la faveur du public, coup de serres a deux versants , ce qui permet
surtout aux genres camélia, géranium et pelar- une meilleure distribution de la lumière; dans ce
gonium. Ces plantes ne meurent pas dans l'o- cas, il n'y a presque pas besoin de maçonnerie.
rangerie, mais elles y languissent. Les camé- Dans les très grandes serres les supports des
lias
y perdent leurs feuilles et presque tous vitrages devraient être entièrement formés de
leurs boutons; leur floraison si précieuse, fer à l'exclusion de toute autre matière ; le fer
avorte; les géraniums et les pélargoniums, offre sur le bois l'avantage d'enlever moins de
quoique moins maltraites, n'atteignent jamais place au passage de la lumière et d'être beau-
dans l'orangerie cet état parfait de floraison coup plus durable. Le bois employé dans la
où les fleurs bien développées, également ré- construction des serres étant constamment en
parties entre toutes les branches, donnent à la contact avec une atmosphère toujours tiède et
plante tout entière l'aspect d'un élégant bou- humide se détériore très rapidement, quelque
,

quet. Le jardinier de profession n'a donc pas soin qu'on prenne de le peindre puis les in- ;

pu autrement que de substituer à l'oran-


faire sectes s'y mettent et accélèrent sa destruction.
gerie la serre tempérée. Quant à l'amateur qui La moindre crevasse dans le bois sert de refuge
ne cherche que son agrément et la décoration à une foule d'insectes nuisibles aux plantes ;
de son jardin, il peut, à défaut d'un local spé- ils
y multiplient à l'aise sans que le plus souvent
cial, se faire une orangerie d'une pièce quel- la vigilancedu jardinier puisse s'en apercevoir;
conque au rea-dc-chaussée, dont il est toujours le fer n'a aucun de ces inconvénients.
facile d'abaisser le sol dans ce cas, il s'en lient
; Divers procédés ont été proposés pour pré-
exclusivement aux plantes d'orangerie; pour server d'une destruction trop prompte les bois
les autres, il n'en retirerait que la contrariété employés à la charpente des serres; tous sont
de les voir languir et périr. On doit avoir égard, dangereux, soit pour la santé des plantes, soit,
en créant une orangerie, non pas aux dimen ce qui est beaucoup plus grave, pour la santé des
sions actuelles des plantes, mais à celles qu'elles jardiniers : uous en citerons un exemple récenu
ROKTIf.tr 1 . TT fit. T. V. —•
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42 HORTICULTURE. LIVRE VIII.

Un grand seigneur anglais faisant construire versants de grandes dimensions sont ordinai-
une vaste serre en charpente, s'avisa d'en faire rement couronnées par une galerie destinée à
tremper toutes les pièces dans une solution de faciliter la manœuvre des toiles et des paillas-
'
deuto-chlorure de mercure (sublimé corrosif); sons, qu'il serait trop incommode de faire
on lut avait enseigné ce préservatif contre les monter et descendre sans' cette disposition
ravages des insectes. Dès qu'on eut rempli cette \fi y. 163). Il faut dans ce cas, donner à la
serre de plantes et qu'il fallut la chauffer, son Fig. 163.
atmosphère se remplit de vapeurs mercurlelles;
les plantes jaunirent et périrent ; le jardinier
et Ton de ses aides tombèrent malades et mou-
rurent ; tous ceux qui avaient travaillé dans la
serre furent plus ou moins attaqués; on se hâta
de la démolir et de la reconstruire en fer.

j II. — Serre tempérée.


Si construction d'une serre tempérée
la
n'était beaucoup plus dispendieuse que celle
d'une orangerie, nous dirions aux amateurs
d'horticulture N'ayez pas d'orangeries , ne
: charpente, soit en bois soit en fer, une solidité
faites construire que des serres. En effet, on suffisante pour supporter au besoin un ou plu-
peut poser en principe, comme l'a fait avec sieurs ouvriers.
beaucoup de sagacité M. Vilmorin, que toutes
les plantes d'orangerie réussissent bien et même S Ht.
— Vitrage».

mieux en serre tempérée, à cause de la grande Le choix du verre pour le vitrage des serres
lumière qu'elles v trouvent, et qu?, par une est un objet de première importance quant à la
raison contraire, (es plantes de serre tempérée santé des plantes ; l'économie sur ce point
ne peuvent réussir en orangerie, faute de lu- serait bientôt dispendieuse, puisqu'elle occa-
mière suffisante à leur végétation ou à leur sionnerait la perte d'un grand nombre de végé-
entretien. taux. D'ailleurs, la serre qui est la plupart du
Mais une serre tempérée exige un local cons- temps un objet d'agrément, n'offre plus rien
truit exprès, et qui ne peut recevoir d'autre d'agréable pour le véritable amateur d'horti-
destination, tandis qu'une pièce au rez-de- culture, dès qu'il y voit les plantes languir et
chaussée dont on élargit les fenêtres, ou une croître pour ainsi dire à regret. C'est ce qui ne
simple remise à laquelle on adapte une façade peut manquer d'arriver à celles qui, dans leur
vitrée, peuvent improviser une orangerie*. La pays natal, vivent sous l'influence de la plus
serre tempérée se construit à un ou deux ver- éclatante lumière, lorsque dans la serre elles ne
sniiK Dans le premier cas, elle reproduit exac- sont éclairées qu'à travers du verre commun
tement sur Je plus grandes dimensions le d'une teinte verdûtre, au lieu de verre blanc
dessin que nous avons donné de la bâche à dont la transparence parfaite , doit être entre-
double plaie-bande (fig. 155) dans le second,
; tenue par la plus minutieuse propreté. Il ne faut
elle contient deux plates-bandes séparées par jamais perdre de vue ce principe essentiel que
un sentier (fig. 161 ), ou quatre plates bandes tout le travail du jardinier dans la serre a
Fig. 161. pour but de placer autant que possible les
plantes dans les mêmes conditions d'existence
que leur offrait leur climat naturel; or, narmi
ces conditions il n'en est pas de plus impor-
,

tante que l'abondance de la lumière.


Les carreaux de vitre se placent ordinaire-
ment en recouvrement les uns sur les autres,
depuis 5 millimètres jusqu'à 0 m ,02 relie der- ;

nière largeur est la plus usitée par les vitriers,


probablement parce qu'elle exige l'emploi d'un
plus grand nombre de carreaux. Un recouvre-
et trois (fig. 162). Les
ment sur une aussi grande largeur a deux in-
Fig. IM. convénients très graves. D'abord l'humidité,
en vertu de la capillarité, séjourne constamment
en hiver entre les parties des deux carreaux
qui se recouvrent; qu'il survienne un froid un
peu vif, ta température de l'intérieur de la serre
n'empêchera pas cette humidité de geler, ce
qui fait fréquemment éclater le verre. Ensuite,
sans s'arrêter à ce premier inconvénient, il est
impossible d'empêcher que la poussière ne pé-
nètre entre les tleux carreaux, et comme on ne
saurait l'en faire sorlir, elle forme en peu do

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titre il. ORANGERIE ET SERRES. 43

temps, lelong du vitrage, des bandes opaques § IV. — Plates-bandes.


tellement nuisibles à l'introduction de la lu-
mière dam la serre, qu'il n'y aurait sous ee Les plates-bandes de la serre doivent être
rapport aucun désavantage à mastiquer les car- soutenues par de légers murs en maçonnerie ou
reaux. Quand le mastic n'a pas plus de 5 à 6 par des appuis en planches placés sur champ.
millimètres de largeur, l'effet n'en est point Ce dernier encaissement est le meilleur pour
désagréable à l'œil. On peut néanmoins préférer les végétaux, mais il est le moins durable et

le vitrage en recouvrement, pourvu (pie la por- nécessite un entretien continuel, ee qui fait sou-
tion recouverte n'excède pas en largeur f épais- vent préférer les appuis en maçonnerie ; dans ce
seur du verre employé, c'est-à-dire de 3 à 4 cas, on nedoil leordonner que l'épaisseur rigou-
millimètres. Il est difficile, à la vérité, d'obtenir reu sèment nécessaire.
des vitriers ce degré de précision ; mais en ne
se servant que des plus habiles ouvriers et sur- S V. — Dallage.
veillant assidûment leur travail, on peut en Les sentiers se pavent en carreaux de terre
venir à bout. Cuite ou en planches. Les planches valent mieux
Le vitrage ainsi exécuté n'est pas seulement en ce qu'on peut ménager entre elles des inter-
le plus agréable à la vue et le plus favorable à valles à peine visibles et très favorables au
l'introduction de la lumière dans la serre; il passage de la chaleur transmise par les tuyaux
est encore le plus économique pour la conser- qui courent ordinairement sous les sentiers.
vation du verre, car les vitrages des serres Les plaques de schiste , dans les pays où
sont rarement endommagés par d'autres causes cette pierre lamellcusc est al>ondante, remplis-
«ue la congélation de Teau contenue entre sent parfaitement le même objet. Quelques
deux carreaux, lorsque leur recouvrement dé- contrées de la France, notamment la Bretagne,
passe la largeur de 3 à 4 millimètres, et cette possèdent des carrières de ces schistes qui se
chance de destruction étant écartée, les autres lèvent* en plaques tellement semblables à des
sont presque nulles. planches, qu'à quelques pas de distance, il est
Quand on préfère, pour plus de solidité, plom- impossible de ne pas s'y méprendre. Ce genre
ber les vitrages des serres, il n'y faut employer de dallage pour les serres est excellent-, en ce
que des lames de plomb qui ne dépassent pas qu'il rend très promptement par évaporation
l'épaisseur d'une feuille de papier à dessiner, l'humidité à l'atmosphère de la serre, lorsqu'il
alin de ne pas surcharger la charpente. La meil- est nécessaire de répandre de l'eau dans les
leure disposition de ces feuilles est représentée sentiers pour obvier aux inconvénients d'un
{fig. 1G4 et 165)-, elle prévient parfaitement excès de sécheresse. Les planches et les car-
reaux de terre cuite retiennent l'eau et rendent
Fig. 164, 165.

H
l'évaporation beaucoup plus lente.

§ VI. — Gouvernement de la serre : température.

La serre tempérée doit êlre maintenue à une


température d'au moins -quatre ou cinq degrés
au-dessus de zéro pendant les plus grands
froids. Il n'est pas utile, comme le conseillent
l'introduction de l'humidité entre les carreaux quelques auteurs, d'élever de temps en temps
superposés. la température jusqu'à 8 ou 10 degrés; il vaut
On emploie pour mastiquer les vitrages des beaucoup mieux la maintenir à peu près égale,
serres trois espèces de compositions. La plus de novembre à la fin de février. Sous l'influence
simple est une pâte molle formée de blanc de d'une température trop douce, la plupart des
plomb avec de l'huile de lin crue; elle est la plantes de serre tempérée entreraient en sève
plas durable de toutes, parce qu'il se forme à a une époque où le ciel des contrées de l'Eu-
sa surface un enduit oléagineux qui la conserve, rope centrale est ordinairement sombre et né-
mais elle a le défaut d'être fort lente à sécher. buleux; elles manqueraient de la lumière né-
La seconde est une pâte plus consistante, cessaire à la beauté de leur floraison \ il vaut
faite de blanc de plomb et d'huile de lin cuite; donc mieux dans cette saison la retarder que
ei!e est sujette à se fendre, surtout quand elle l'activer. Mais dès les premiers beaux jours que
n'a pas été appliquée avec assez de soin. le mois de mars amène le plus souvent, quoi-
La troisième est formée de blanc de plomb et qu'ils doivent être suivis sous notre climat d'un
de sable par parties égales avec de l'huile de ou plusieurs retours d'hiver, on ne risque rien
lin cuite ; elle est fort solide et dure très long- de donner à la serre tempérée ta chaleur né-
temps-, mais sa ténacité rend les réparations cessaire pour que toutes les plantes entrent en
difficiles quand il y a des carreaux de vitre à sève; seulement, il faut veiller avec soin à ce
remettre. qu'une fois commencée, leur végétation ne soit
Lorsqu'on doit employer l'un ou l'autre de plus interrompue; c'est au jardinier expéri-
ces mastics, il est bon de les préparer plusieurs menté à régler la température de manière à
jours d'avance ; les substances qui les compo- entretenir dans la serre tempérée celte richesse
sent ne sauraient être incorporées avec trop de de floraison et ce luxe de verdure, qui en font
soin. tout le charme.

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HORTICULTURE. LIVRE VIII.

Ce qui précède ne s'adresse qu'aux amateurs d'hiver. Mais dès qu'on s'aperçoit qu'une plante
d'hortieuliuie; ceux qui s'y livrent par spér.u commence à vouloir végéter, il faut l'arroser,
lation, ayant un autre bai, emploient d'autres d'abord modérément, puis ensuite plus ou
moyens." Pour n'en citer qu'un exemple, le moins, selon sa nature et la force particulière
genre camélia, appartenant essentiellement a de chaque individu. C'est un principe général
la serre tempérée, ne veut point être hâté dans qui n'admet pas d'exception, de s'abstenir d'ar-
sa floraison pour la donner dans toute la per- roser les plantes qui ne végètent pas, et d'ar-
fection que les amateurs en attendent ; il suffit roser, queilequesoit la saison, celles dont la sève
que les camélias aient assez d'air et de lumière se met en mouvement; ce principe doit être
pour que leurs boutons tiennent et se dévelop- appliqué comme règle invariable dans tous les
pent lentement; la température moyenne de 4 genres de serres tempérées ou chaudes.
a 5 degrés leur suffit tout l'hiver. Mats le jar- L'heure la plus convenable pour arroser les
dinier fleuriste des grandes villes, trouvant un plantes de serre tempérée lorsqu' elles en ont
grand profit à vendre les fleurs de camélia du- besoin en hiver, est entre 9 et 11 heures du
rant la saison des bals, s'arrange de manière à matin; si on les arrosait dans l'après-midi, la
en avoir en abondance à cette époque, sans trop grande fraîcheur de la terre pendant la
s'arrêter à on peu moins de perfection dans la nuit ne tarderait pas à les faire languir et jau-
floraison, seule considération qui doive diriger nir; il faut qu'avant la nuit, l'eau de l'arro-
les soins du véritable amateur. Celui-ci ne force sage ait produit son effet et se soit dissipée en
en hiver que des plantes peu précieuses, parmi partie par l'évaporation.
les bulbeuses, des jacinthes, des amaryllis, des Durant la belle saison que les plantes de serre
lachénalia, puis aussi quelques héliotropes et tempérée passent en partie en plein air, on ne
d'autres plantes odoriférantes, afin que la serre doit les arroser que le plus tard possible dans
soit toujours ornée et parfumée; mais quant l'après-midi, afin qu'elles aient toute la nuit
aux plantes de collection auxquelles il attache pour se rafraîchir. Si l'on arrose le matin
réellement du prix, il ne doit jamais chercher d'une journée chaude, la terre est desséchée
qu'à en obtenir la floraison la plus parfaite trop rapidement pour que les plantes aient eu
possible. le temps de profiter de l'humidité.

§ VII. — Arrosages.
§ VIII. — Taille.

Lorsque la serre tempérée est toute garnie de La


saison convenable pour tailler les plantes
dressoirs (fig. 166), disposition indispensable de serre tempérée se prolonge depuis la fin de
Fig. 166. décembre jusque vers le 15 du mois de mai ; le
[>rincipe dont il ne faut pas s'écarter, c'est que
a taille ne doit point surprendre les plantes
dans le cours de leur pleine végétation, mais
que, pour être faite avec avautage, elle doit
avoir lieu avant la sève, ou au moins dans un
moment de stagnation. L'instant favorable dif-
fère pour chaque genre de plantes ; parmi les
plantes du même genre, et de la même espèce,
il varie encore selon l'état de chaque sujet ;
lorsqu'on ne cultive que des plantes de petites c'est à l'expérience du praticien à en juger; en
dimensions, il faut arroser fréquemment les thèse générale, la taille tardiveest toujours nui-
pots placés sur les rangs supérieurs, avec un sible aux plantes ; c'est une opération pour la-
arrosoir à gerbe plate percée de trous excessi- quelle il n y a jamais beaucoup d'inconvénients
vement fins (voir /ty.56). L'eau ne doit leur à se hâter.
arriver que sous forme d'un brouillard très di- § IX. — Semis.
visé, de manière à rafraîchir les plantes sans
mouiller la terre. Cette mesure est très essen-
Les premiers jours de février sont l'époque
tielle dans ce cas, parce que l'évaporation est
la plus favorable aux semis qui se font en serre
beaucoup plus prompte que lorsque les pots tempérée; jeunes plantes ont ainsi devant
les

sont placés dans les plates-bandes, tous a la elles toute la belle saison pour se fortifier à
même hauteur. l'air libre, avant d'avoir un hiver à suppor-
ter. Les graines très menues comme celles de
Les plantes à feuilles épaisses qui transpirent
difficilement, ont besoin en outre, une fois ou
rhododendrons, F /.aléas d'andromèdes , et
,

deux dans le courant de l'hiver, que leur feuil- quelques autres, doivent être semées en terre
lage soit humecté et essuyé feuille à feuille, opé- de bruyère dès le commencement de janvier;
si l'on attendait jusqu'au printemps, les jeunes
ration oui contribue puissamment à leur bonne
santé. Il ne faut arroser les plantes de serre tem- plantes ne pourraient résister aux chaleurs de
l'été. On doit les mettre en pot aussitôt qu'on les
pérée à l'étal de repos, que quand la terre des
juge assez fortes pour supporter la transplan-
f»ots est tout à-fait desséchée; dans ce cas on
es traite exactement comme nous l'avons re- tation.

commandé pour les plantes d'orangerie; un ou 5 X. — Boutures.

deux arrosages suffisent durant toute la saison L'art de multiplier les plantes par le moyen

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titre il. ORANGERIE ET SERRES. 45
des boutures reçoit chaque jour do nouveaux racinées, faut se hâter de les mettre en pot,
il

perfectionnements, grâce auxquelles végétaux en se servant des pots les plus petits où les
de serre tempérée deviennent à la portée de plantes puissent vivre, sauf à les rempoter plus
tous les amateurs. Pour ne parler que d'un tard, afin d'éviter l'allongement excessif des
genre, on sait combien les cactus autrefois les racines. Les boutures mises en pots doivent
plus rares sont devenus de nos jours communs être placées sous cloche jusqu'à ce qu'elles aient
et à bas prix ; on multiplie maintenant les es- complètement repris racine; on les ombrage
pèces les plus recherchées pour leur admirable d'abord avec des paillassons, et on les accou-
floraison en coupant par tranches les tiges tume par degrés au contact de l'air et de la
qui font en même temps l'office de feuilles, et lumière.
semant ces tranches dans une terre convena- Il faut rabattre très jeunes et tailler fort
blement préparée; chacune d'elles produit une courtes les plantes obtenues de boutures qu'on
nouvelle plante qui réussit parfaitement avec destine à former des têtes touffues ; si l'on at-
les soins nécessaires. M. Neumann a obtenu ré- tend trop tard, on a alors à rabattre des bran-
cemment des boutures de plantes très coriaces ches déjà grosses dont les cicatrices choquent
et d'une reprise difficile, en plantant, non des la vue et déparent la plante.
tiges ni même des feuilles entières avec leur
pédoncule, mais des portions de feuilles cou- § XI. — Rempotage.
pées transversalement. On commence seule- C'est dans toute espèce de serres et d'oran-
ment à reconnaître ce principe que toute partie geries l'opération la plus importante et la plus
vivante d'un végétal est susceptible de le re- délicate. Elle a pour but, soit de donner des
produire par boutures. pots plus grands aux végétaux dont la crois-
On réserve ordinairement un local séparé sance nécessite un plus grand espace, soit de
pour les boutures dont l'emplacement occa- renouveler la terre dans les pots où elle est
sionnerait un vide dans la serre; ce local peut épuisée. Bien peu d'amateurs savent se préser-
être exposé au nord-est ; les boutures, dans la ver de la faute d'entasser dans une serre trop
plupart- des cas, n'ont pas besoin de l'action petite un trop grand nombre de plantes ; leurs
directe des rayons solaires, pourvu que d'ail- serres sont alors encombrées de végétaux qui
leurs la lumière ne leur manque pas. Un grand languissent faute d'air et d'espace, au lieu
nombre de boutures veulent être faites a l'é- d'être décorées d'un choix judicieux de plantes
touffée, c'est-à-dire qu'on les recouvre d'une Eroportionnées à la place qu'on peut raisonna-
cloche jusqu'à ce qu'elles aient repris racine. leinent consacrer à chacune d'elles. Dans ce
Dans le compartiment destiné aux boutures, dernier cas, beaucoup de végétaux vivant dans
soit dansla serre tempérée, soit dans une petite des caisses ou des pots suffisamment spacieux,
serre additionnelle, il doit y avoir trois subdi- peuvent y passer plusieurs années sans avoir
visions. La première contient du tan humide besoin d'en changer.
pour recevoir sous cloche les boutures qui exi- De quelque manière qu'on s'y prenne, il y a
gent une température élevée; la seconde con- toujours un grand nombre de plantes à rem-
tient du tan sec pour celles qui demandent un poter chaque année dans la serre tempérée,
milieu un peu moins échauffé; la troisième en- parce qu'on absorlierait en pure perle une place
fin est remplie de terreau pour recevoir, non précieuse pour d'autres destinations, si l'on
pas en pots comme les deux précédentes, mais donnait de prime abord à une plante qui doit
en pleine terre, les boutures des grands végé- doubler ou tripler de grandeur, toute la terre
taux qui n'ont pas besoin de chaleur; c'est dont elle aura besoin quand elle sera dans toute
aussi dans celte troisième subdi vision que se sa force.
font les boutures des plaotes d'orangerie. Le printemps est la véritable saison pour
La saison pour faire les boutures de chaque changer les plantes de pots; il faut, comme
espèce de plantes est nécessairement très va- pour la taille, épier le moment favorable con-
riable; néanmoins on ne peut faire de boutures formément à la nature et à la santé de chaque
avec espoir de succès olus tôt que la fin de dé- plante, ce qui est toujours facile avec un peu
cembre, et plus tara que le commencement d'habitude, surtout lorsqu'on n'a point encom-
d'av ril. Quelques végétaux ligneux et sous li- bré la serre d'une trop grande confusion de
gneux ne peuvent s'enraciner que dans du plantes diverses. Les plantes jeunes ou délica-
terreau; c'est donc dans du terreau tju'il faut tes doivent être rempotées les premières; on
placer leurs boutures; toutes les autres se pla- rafraîchit en même temps leurs racines, on re-
cent avec plus d'avantage dans du sable Irais; tranche tout le l)ois mon ou les branches en-
lorsqu'on les arrache pour les meure en pots, dommagées et on remet les plantes en place
le sable n'adhère point à leurs racines et ne dans la serre où elles auront encore le temps
peut les endommager comme il n'arrive que de former de nouvelles racines avant l'époque
trop souvent aux boutures faites d'ans la terre où elles peuvent être placées en plein air.
bu le terreau Mais dans les grands établissements dirigés
La terre de
bruyère convient également pour par des spéculateurs, il est presque toujours im-
an grand nombre d'espèces, pourvu qu'on ne la possible d'entre prendre ce travail au printemps,
laisse pas devenir trop
compacte. époque où les jardiniers sont le plus occupes;
Dès que les boutures sont sulisan ornent en- on diffère donc en général jusqu'à l'automne,

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4G HORTICULTURE. LIVRE V1U.

tout on reconnaissant les avantages des rempo- moyenne à plus forte raison de celles
taille, et
tages de printemps sur ceux d'arrière saison. de petites dimensions. L'espace qui leur est ré-
A cetteépoque on peut sans inconvénient ro- servé peut, sans nuire en rien ay coup d'œil,
gner racines d'un certain nombre de plantes
les être divisé en plates bandes aux quatre coins
afin les faire tenir dans des pou de plus
de desquelles de légers montants en fer réunis par
petites dimensions et de pouvoir en rentrer des traverses très minces et à peine visibles lors-
pendant l'hiver un plus grand nombre dans un qu'on les peint en vert, permettront de les pré-
espace donné ; mais dans ce cas, il faut un se- server par une toile des ravages de la grêle ou
cond rempotage au printemps pour que ces même des pluies violentes oui gâtent en un mo-
plantes puissent végéter convenablement pen- ment uue foule de plantes délicates. La fig. 1 67
dant la Mie saison. Beaucoup d'amateurs ne
Fig. 167.
disposant que d'un local borné traitent ainsi les
pélargooiums et les géraniums et se donnent Ai
la satisfaction d'en avoir le double de ce que
leur serre peut en admettre ; quoique ces plan-
tes puissent vivre et fleurir par ce procédé, il
n'est pas douteux qu'elles ne fussent beaucoup
plus belles si elles avaient toute Tannée l'es-
pace qui leur est nécessaire.

S XH. — Conduite générale de» plantes de terre


tempérée.

Nous avons dit, en parlant des vitrages, montre cette disposition. Il n'est pas d'amateur
combien l'abondance de la lumière dans les d'horticulture ni de jardinier spéculateur qui
serres influe sur la santé de* plantes ; le re- doive regretter une dépense aussi nécessaire
nouvellement de l'air n'est pas moins impor- lorsqu'il la compare à la chance de perdre en
tant. En hiver, il faut, selon le besoin, lever un quelques minutes le fruit des soins et des avan-
ou plusieurs panneaux à Ja partie supérieure ces de plusieurs années.
du vitrage, tant que la température ne des- Les quatre fiches A, A, A, A, fig. 1G7, sont
cend pas au dessous de 5 à 6 degrés. Cette destinées à entrer dans quatre œillets percés
ventilation doit se donner dans la matinée. S'il dans l'étoffe de la lente, de manière à la main-
survient un rayon de soleil qui échauffe l'at- tenir en place ; les bases B, B, B, B, servent à
mosphère , on referme les panneaux pour recevoir quatre cordons dans le même but ; la
enfermer l'air tiède qui s'y conserve assez tente peut au besoin être placée en quelques
longtemps à la même température. Après des secondes.
pluies ou des brouillards prolongés, lorsqu'il a Nous empruntons à l'excellent ouvrage pe
été impossible d'empêcher l'introduction dans M. Bobert Swect (the Bolanical Cultivator),
Ja serre d'une humidité froide, il faut se hâter la description suivante d'une des serres les
de la dissiper en allumant un peu de feu et ou mieux organisées de la Grande-Bretagne les ;

vrant les panneaux supérieurs ; on saisit pour amateurs et même les praticiens y puiseront
les refermer le moment où l'air est tiède et des- d'utiles enseignements. L'auteur avait été long-
séché. temps employé dans cette serre comme garçon
Les plantes de serre tempérée doivent, com- jardinier.
me celles d'orangerie, passer en plein air une - Nous pouvons citer comme une serre dont
partie de la belle saison. L'époque convenable la beauté se maintient sans altération par des
pour années; il ne faut
les sortir varie selon les soins éclairés depuis nombre d'années, celle
se régler que sur l'état de la température, sans des jardins de M. Angerstein de "Woodlands,
Sgard à aucune considération d'usage; il en est près de Blakheath, confiée à M. David Stéwart,
c même pour le moment de leur rentrée. En habile et ingénieux praticien.
général, Il vaut mieux nulle fois les sortir un Quelques grands camélias y sont plantés
peu plus tard et les rentrer un peu plus tut que en pleine terre, contre des piliers, de manière
de les compromettre en les exposant à une à ne pouvoir nuire en rien aux autres plantes.
température dont elles auraient a souffrir. On D'autres piliers sont garnis de plantes grim-
ne doit sortir les plantes de la serre tempérée pantes également en pleine terre, couvertes do
que par un temps humide et couvert; une fleurs presqu'en toute saison. Dans d'autres
petite pluie douce, accompagnée de calme, est parties de la serre on a introduit du dehors des
la condition de température la plus favorable cordons de vigne qui donnent tous les ans une
pour ce déplacement. On choisit pour les récolte abondante d'excellent raisin.
grands végétaux de serre tempérée un local « La collection consiste en un choix des
abrité autant que possible par un mur ou par plantes les plus nouvelles de la Chine, de la
de grands arbres contre les vents d'ouest qui Nouvelle-Hollande et du cap de Bonne-Espé-
règnent le plus souvent en été du reste, leurs
; 1 rance. On v voit entre autres une réunion des
dimensions obligent à les laisser à la garde de plus belles bruyères; elles y ont atteint un dé-
Dieu, car il serait impossible de les mieux ga- veloppem ent surprenant ; elles se couvrent en
rantir. Il n'en est pas de même des plautes de toute sai son de la floraison la plus magnili-

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tituc il. ORANGERIE £T SERRES. 47 i

que ;
quelques-unes, telles que les cricas arbo- M. Lindley aurait dû conseiller en même temps
rea, versicolor, vestita.et quelques autres, ont à tous les horticulteurs d'avoir 100,000 fr. de
atteint la taille d'un arbre ordinaire. L'erica revenu. L'arrangement qu'il recommande est
arborea est un arbre si robuste, que plusieurs incontestablement le meilleur; seulement il est
de ses branches peuvent supporter le poids impraticable excepté dans les grands établis-
.

d'un homme; toutes les autres plantes végè- sements publics , et chez les amateurs million-
tent dans des proportions analogues. naires dont on aurait peine à réunir une cen-
* - Toutes 1rs plantes de cette serre, à l'ex- taine en Europe, hors de la Grande-Bretagne.
ception de celles que nous avons dit Être pla- La dépense de deux serres chaudes, l'une sè-
cées en pleine terre, sont dans des pots pro- che, autre humide, est déjà hors de la portée
I

Iwrtinnnés à leur taille; chacune d'elles a reçu du plus grand nombre des amateurs; elle fait
a terre qui loi est propre. On la renouvelle én néanmoins partie obligée de tout établissement
général tous les ans: ce travail est enlevé le d'horticulture de quelque importance destiné ,

plus rapidement possible au printemps; tout le au commerce des plantes exotiques.


monde s'y met ; un ouvrier est spécialement — Serre chaude-ùche.
A.
chargé de casser des tessons de poterie et de
les disposer au fond des pots;* quand l'égout- Construction. —
La plupart des construc-
tement de la terre est ainsi assuré , les racines tions indiquées pour les serres tempérées
n'oni rien à craindre d'un excès d'humidité ; conviennent pour les serres chaudes ; quand on
celte partie de l'opération est traitée avec des veut se borner à la culture des plantes de pe-
soins lout spéciaux. tites dimensions, dont il existe une assez grande
Les sentiers de cette serre sont dalles en variété pour former des collections très dignes
larges pierres plates. Les plates -bandes, au des soins de l'amateur une bâche bien con-
,

lieu de tannée, contiennent du sable fin les; struite peut être suffisante beaucoup de serres
;

pots y sont plonges jusqu'au bord. Les grands chaudes ne sont pas autre chose que des bâches
végétaux ont leurs places réservées les autres ;
(fia, 154 et 155).
sont disposés par rang de taille; les plantes Lorsque la serre chaude doit recevoir de très
très rares ou qui sont momentanément en grands végétaux, des musas, des œleïs, de
pleine fleur ont une place à part, comme par- grandes cycadees, on peut adopter le modèle
ticulièrement dignes d'attention. Les feuillages représente fig. 108.
larges et étroits sont artistement entremêlés; Fi*. 168.
les érieas, les géraniées et les aurantiacées
sont groupés par genres les autres plantes sont
;

disposées, non pas méthodiquement, mais dans


le but de produire l'effet le plus agréable pos-
sible. On a soin de déplacer celles que les
progrès de leur croissance ont rendues trop
grandes pour la place qu'elles occupent. Un
soin minutieux à tailler chaque plante au mo-
ment le plus opportun, entretient dans toutes
les parties de la serre une floraison continuel-
lement renouvelée.
« En été, il ne reste dans la serre que les

plantes en pleine terre; la serre n'est pas pour


cela dégarnie ; on y place, comme dans une in-
firmerie, les plantes de serre chaude qui s'y
refont promptement, en même temps qu'elles
contribuent a l'orner. »

SlIIt. — Serra chaudes

On distingue parmi ce genre de serres les


serres chaudes-sèches et les serres chaudes- hu- La serre chaude ne peut jamais être con-
mides. Toute serre chaude a besoin d'une at mo- struite sur d'aussi grandes dimensions que la
sphère plus ou moins humide, la chaleur sèche serre tempérée, à cause de la difficulté qu'on
ne pouvant convenir qu'à un très petit nombre aurait à la chauffer instantanément selon te
de plantes des contrées intertropicales; mais besoin. Sous le climat variable des contrées de
les plantes de serre chaude-humide exigent un l'Europe centrale, le thermomètre descend fré-
excès d'humidité qui nuirait à la plupart des quemment en quelques heures d'un grand nom-
autres ; elles ont donc besoin d'un locaf séparé. bre de degrés; il faut aussitôt chauffer la serre
Cest ce qui fait dire à M. Lindley, célèbre pro- sans perdre de temps; c'est l'affaire d'un mo-

fesseur anglais d'horticulture, que les plantes ment lorsqu'elle est de grandeur moyenne ;
intcrtropicales, pour être convenablement trai- lorsqu'elle esttrop grande, bien des plantes
tées, demandent au moins quatre serres chau- précieuses peuvent avoir reçu une atteinte
des, dont chacune doit être appropriée à la na- mortelle avant que l'air se trouve suffisamment
ture de certaines tribus de végétaux exotiques. échauffé.

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48 HORTICULTURE. livre vin

peut avoir plusieurs serres chaudes-


Si l'on commun de jour en jour. Alors, les plantes sont
sèches, au lieu de les construire à la suite les en partie en pleine terre et en partie dans des
unes des autres, il vaut mieux, quand le local pots disposés sur des dressoirs. Il ne faut pas
le permet, les accoupler dans le sens de leur mettre en pleine terre dans la serre chaude les
longueur ; elles sont alors séparées seulement Srahds végétaux susceptibles de s'emporter et
par un vitrage. Au Jardin du Roi, à Paris, plu- 'étouffer les petits; ils pourraient prendre un
sieurs serres ayant été construites ainsi succes- accroissement tel qu'on en serait tort embar-
sivement, on a trouvé que l'air échauffé dans rassé, et qu'on ne pourrait plus les remettre
une seule d'entre elles pouvait procurer une en pots sans risquer de les faire périr. En pro-
chaleur suffisante aux autres, sans augmenter portionnant à leur vigueur les pots ou les cais-
sensiblement la dépense en^ combustible. ses , on est beaucoup mieux à même de régler
leur végétation.
B — Gouvernement de la terre chaude.
Lorsqu'on renouvelle l'airde la serre chaude,
Température, ventilation. —
Le thermomè- ce doit être toujours dans la matinée, par un
tre ne doit jamais descendre dans la serre beau temps, quand le soleil est dans toute sa
chaude au-dessous de 15 degrés centigrades force ; on renferme dans la serre l'air extérieur
eu hiver, la nuit comme le jour. Quand la tem- échauffé par les rayons du soleil, en abaissant
pérature dépasse 20 degrés il faut donner de les ventilateurs longtemps avant la fraîcheur du
l'air; mais la chaleur artificielle doit être mé- soir.
nagée de façon à ce qu'il ne soit jamais néces-
saire de laisser pénétrer dans la serre Pair froid
C. — Soins généraux.
de la nuit. Lorsque la serre est échauffée par C'est surtout pour les plantes de serre chaude
le procédé ordinaire, et que les pots qui con- sèche qu'il importe de donner les soins les plus
tiennent les plantes sont plongés dans le tan, il attentifs à l'opération du rempotage ; le choix
faut avoir soin de ne pas trop chaulfer le fond de appropriée à chaque genre de plante
la terre
de la tannée, ce qui endommagerait les racines est de la plus grande importance ; pour quel-
des plantes ; un peu de fumier chaud placé dans ques-unes des plus délicates, à qui le rempo-
le fond de la plate -bande suffira pour y main- tage pourrait être funeste, on se contentera
tenir la température nécessaire on couvrira
; d'enlever tout autour du pot intérieurement le
ce fumier d'une couche de gravier et d'une plus de terre possible sans endommager les ra-
autre de sable fin, de sorte que les pots y puis- cines, et on la remplacera par de la terre sem-
sent être entièrement plonges. Depuis quelques blable, mais neuve.
années, l'usage de remplacer ces matériaux On reconnaît tous les jours l'abus de laisser,
par de la mousse humide qui conserve long- selon l'ancien préjugé, la majeure partie des
temps une température très égale et contribue plantes de serre chaude sèche renfermées pen-
en même temps à la beauté du coup d'œil, se dant toute la belle saison ; les quatre cinquièmes
répand dans toutes les localités où il est pos- au moins de ces plantes peuvent rester tous les
sible de s'en procurer une quantité suffisante. ans trois ou quatre mois dehors sans inconvé-
Elle a sur la tannée et le fumier l'avantage de nient; celles qui ne pourraient supporter ce dé-
ne point engendrer de vers. Pour peu qu'en placement seront mises momentanément dans la
arrosant les plantes on humecte la tannée, les serre tempérée et dans l'orangerie, qu'on tien-
vers s'y multiplient à l'infini et pénètrent dans dra ouvertes aussi souvent que l'étal de l'at-
les pots par l'ouverture du fond. Ce n'est pas mosphère pourra le permettre.
que ces animaux nuisent directement aux Les plantes de serre chaude étant, encore plus
plantes dont ils ne peuvent attaquer aucune précieuses que les plantes de serre tempérée,
partie mais, lorsqu'elles sont délicates, ils dé-
; réclament encore plus impérieusement l'abri
rangent leurs racines en traversant du haut en d'une tente à l'approche des orages (voir Serre
bas la terre des pots , et il n'en faut pas davan- tempérée, fi g. 167) pendant qu on les tient en
tage pour les faire périr. plein air.
On peut aussi poser simplement les pots de- La seringue à boule percée de trous très fins,
bout sur une couche très mince de sable re- ou la pompe à main terminée de la même ma-
couverte de mousse. Dans ce cas, les pots ne nière, sont indispensables dans la serre chaude-
reçoivent aucun moyen particulier d'éenauffe- sèche pour entretenir la fraîcheur du feuillage
ment, ils participent seulement à la température des plantes et les débarrasser de la poussière
générale de la serre. Celte méthode est la plus qui s'y introduit toujours, quelques précautions
conforme à la nature des plantes de serre au'on prenne pour s'en préserver. Dès que
chaude ; car dans leur pays natal , c'est par l hygromètre en indiquera la nécessité, on ne
l'air et non par la terre qu'elles reçoivent la manquera pas de répandre aussi par le même
chaleur ; et si la terre ou elles croissent est moyen de l'eau dans les sentiers, pour entre-
échauffée, c'est uniquement par les rayons du tenir dans l'atmosphère de la serre un degré
soleil. suffisant d'humidité.
Dans tous les cas la tannée est inutile lors-
, Lorsque les insectes se multiplient dans la
que la serre chaude est chauffée, soit par la serre, des fumigations de tabac sont le meilleur
vapeur, soit par l'eau bouillante, au moyen moyen de les faire disparaître;
lorsque ces fu-
du thermosiphon, dont l'emploi devient plus migations seront jugées nécessaires, il faudra

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titre h. ORANGERIE ET SERRES. 49

éloigner momentanément de la serre chaude- mide lecontact de Tenu pour ses racines; ou
sèche les plantes en Heur dont les couleurs pour- ne saurait prendre à cet égard trop de précau-
raient être altérées par cette opération. tions. En Angleterre, où cette culture est por-
tée au plus haut degré de perfection, l'on em-
D. — Sen t chaude-humide. plit jusqu'aux deux tiers avec des tessons do
Les plantes orchidées et épidendrées offrent poterie brisés les pots destinés à ces plantes ;
des modes.de végétation tellement variés, tel- souvent même on dispose ces tessons en py-
lement différents de la végétation de toutes les ramide, depuis lé fond du pot jusqu'à quelques
autres plantes, qu'elles sont devenues, surtout centimètres au-dessous des rhizômes ou faus-
depuis quelques années, l'objet du goût parti- ses bulbes des orchidées méthode qu'on ne
,

culier d un grand nombre d amateurs d'horti- peut trop recommander, surtout pour le pré-
culture ; un jardinier- fleuriste est même re- cieux genre des uncidium, dont la floraison
gardé comme neconnaissant qu'imparfaite- égale en éclat les ailes des plus brillants pa-
ment sa profession, lorsqu'il n'entend pas la pillons dont clic imite les formes.
culture des orchidées. Bien peu de niantes de serre chaude-humide
La serre chaude-humide est spécialement végètent dans du terreau ou dans de la terre ;
consacrée à ces plantes. Sa température ne les unes ont besoin de bois pourri, soit pur,
doit jamais descendre au-dessous de 15 degrés soit mélangé avec de la tourbe fibreuse en
centigrades pendant les nuits d'hiver, et doit fragments de la grosseur d'une noix ; les autres
être maintenue presque constamment entre 20 veulent simplement enfoncer leurs suçoirs dans
et 30 degrés. Un réservoir est ordinairement des morceaux de bois à demi décomposés;
placé dans la serre même, afin que les feuilles d'autres enfin, comme nous l'avons dit, sont
et les tiges des plantes puissent toujours être simplement suspendues à la muraille, sans être
humectées avec de l'eau à la même température en contact avec la terre ou rien qui en tienne
que l'air qui les environne. Les sentiers de la lieu. Pour celles qui sont en pots, l'emploi de
serre reçoivent au moins trois fois par jour une la tannée est très convenable.
abondante aspersion d'eau, pour tenir l'atmo- Parmi les épidendrées. la vanille, dont les
sphère de la serre chaude-humide chargée de siliques parfumées sont si précieuses à la gas-
la plus grande somme d'humidité possible. tronomie, occupe toujours une grande place
Les plantes de serre chaude-humide végè- dans la serre chaude-humide. Les procédés de
tent beaucoup plus aux dépens de l'atmosphère cette culture, portés au Jardin du roi à leur plus
qu'aux dépens du sol dans lequel sont plantées haut point de perfection donnent à ses pro-
,

leurs racines. Quelques épidendrées peuvent se duits une saveur et une odeur en tout sembla-
passer absolument de terre on les attache sim-
; bles à celles de la vanille du Nouveau-Monde ;
plement à la muraille, ce qui ne les empêche cette culture peut, lorsqu'elle est pratiquée un
pas de croître et de fleurir. Presque toutes, peu en grand, couvrir en partie con-
les frais
dans leur pays natal, vivent comme plantes sidérables qu'entraînent, et l'entretien de la
parasites, soit sur des arbres à demi pourris serre chaude- humide,et l'acquisition des plantes
au sein de forêts épaisses situées au fond des dont elle est ornée, plantes qui sont presque
vallées les plus humides des régions intertro- toutes d'un prix excessivement élevé. Nous
Eicales, soit sur des rochers couverts de mousse consacrerons plus loin un article spécial à la
t ombragés d'arbres épais. Les procédés de culture de la vanille dans la serre ebaude-hu-
culture qu'on leur applique doivent tendre à mide.
les rapprocher le plus possible de ces condi- •

tions. Comme les plantes de serre chaude-hu- Section III. — Chaleur artificielle.
mide naissent naturellement dans les contrées
les plus malsaines de la terre habitable, le sé- Nous avons indiqué comment les matières
jour de cette serre doit être et est effectivement animales et végétales en décomposition pro-
très malsain pour les jardiniers. On ne doit ja- duisent une partie de la chaleur artificielle dont
mais franchir le cabinet servant d'antichambre l'horticulture a besoin pour les divers genres
à la serre chaude-humide, pour sortir au de- de culture forcée. ( Voyez Couches. ) Toutes les
hors, sans endosser un vêtement chaud appro- plantes de serre réclament en outre le secours
prié à la saison, comme préservatif contre les d'une atmosphère artificiellement échaiffée.
fâcheux effets d'une énorme différence de tem- Lorsque les pots qui contiennent les plantes
pérature. sont plongés dans la tannée, ils reçoivent l'effet
L'excès de la lumière solaire est souvent très de ces deux moyens combinés. Trois agents
nuisible aux plantes de serre chaude-humide ; sont employés au chauffage des serres 1° l'eau :

des toiles, et au besoin des paillassons, doivent à l'état liquide; 2° la vapeur d'eau ; 3° l'air
être constamment disposés pour pouvoir cou- chaud. L'ordre selon lequel nous nous en oc-
vrir à volonté les vitrages ; on peut même sans cuperons est celui de leur mérite respectif par
inconvénient, durant toute la belle saison, ren- rapport à leur effet sur les végétaux, et aux
dre les carreaux de vitre à demi opaques, au avantages généraux que l'horticulture peut at-
moyen d'une couche de blanc. tendre de leur emploi. Ces trois agents sont
Aucune plante de serre chaude-sèche ne re- échauffés par trois genres de combustibles lo :

doute plus que celles de la serre chaude-hu- bois, le charbon de terre et la tourbe.
ORTfCtflTQai. T. V. — 7

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50 HORTICULTURE.
faut au moins une heure pour que son effet
§ I". — Thermosiphon. utile se fasse sentir, tandisque les tuyaux or-
De tous les moyens proposés jusqu'à présent dinaires, remplis d'air chaud , peuvent élever
pour produire la-chaleur artificielle appropriée en huit à dix minutes de 15 à 20 degrés la tem-
aux besoins de l'horticulture, il n'en est point pérature de la serre; mais aussi, le refroidisse
oui nous semble supérieur, ni même égal à ment est bien moins à craindre avec le ther-
Iemploi de l'eau chaude dans l'appareil nommé mosiphon qui conserve sa chaleur bien des
thermosiphon, inventé en France vers le com- heures après que le feu est éteint sous la chau-
mencement de ce siècle par M. Bonnemain, sa- dière, et donne ainsi au jardinier nne sécurité
vant rccommandable, mort comme beaucoup qu'il ne peut avoir au même degré, même quand
d'autres, oublié et dans la misère. sa serre est chauffée par la vapeur.
Tout le monde sait comment s'échauffent Le thermosiphon n occasionne dans la serre
les masses liquides auxquelles on applique la aucun dérangement, parce qu'il n'exige aucun
chaleur par un point quelconque de leur sur- entretien. Les tuyaux de chaleur en Tonte, en
face inférieure. La couche liquide la plus rap- briques, ou en terre cuite, se remplissent de
prochée du foyer, devenue par la présence soie mêlée de cendres qu'il faut enlever assez
d'une plus grande quantité de calorique plus fréquemment. Qu'il se forme une crevasse à la
légère que le reste de la masse 4 traverse cette soudure de deux tuvaux, la fumée et la pous-
masse, gagne la partie supérieure et est rem- sière s'introduisent dans la serre et nécessitent
placée par la partie la plus froide, qui devient l'envahissement de la serre par les ouvriers,
a son tour la plus chaude : il s'établit ainsi des fléau plus à craindre que les deux autres en-
courants ascendants chauds et des courants semble rien de tout cela ne peut avoir lieu
:

descendants froids , jusqu'à ce que tout le li- avec le thermosiphon.


quide soit parvenu a la même température : Quelques ouvrages très répandus et juste-
telle est la théorie du thermosiphon. L'ap- ment investis de la confiance des horticulteurs,
pareil consiste en une chaudière surmontée mettent au rang des avantages du thermosi-
de tuyaux repliés sur eux-mêmes, comme le re- Ïihon celui de donner une chaleur humide. On
présente la figure 169 ; le tout doit être rempli it dans le Bon Jardinier, page 1 16 Cet ap-
: «*

pareil produit une chaleur humide plus favo-


F\g. 169.
rable aux plantes que celle des poêles » ; et plus
loin, page 1 17 • Un second avantage du ther-
:

mosiphon sur les poêles, c'est que sa chaleur


est humide, bienfaisante pour les plantes, tan-
dis qu'on reproche à celle des poêles de les des-
sécher, de nuire à leur perfection, ce qui oblige
à les bassiner, à les arroser plus souvent, et à
leur donner des bains de vapeur. »•

L'horticulteur qui se fierait sur cette asser-


tion pour se dispenser de donner à l'atmosphère
de la serre chauffée par le thermosiphon le de-
gré d'humidité nécessaire à ses plantes, tombe-
rait dans une erreur qui pourrait lui être fort
préjudiciable.
Le calorique, principe de la chaleur, n'im-
d'eau le plus exactement possible, et herméti- porte à quelle occasion il manifeste sa présence,
quement fermé. A mesure que l'eau de la chau- est un principe absolu qui ne peut être par lui-
dière U s'échauffe, elle gagne? par le tube C les même ni sec, ni humide. On nomme avec raison
parties supérieures de l'appareil, s'y refroidit, chaleur humide celle d'une atmosphère très
redescend dans la chaudière par le tube D pour chargée de vapeurs aqueuses, et chaleur sèch»
remplacer l'eau qui s'élève à chaque moment, cellcdc l'air dépouillé deces vapeurs. Les tuyaux
et établit ainsi une circulation non interrom- pleins de vapeur d'eau, non plus que ceux" du
pue tant qu'on entretient le foyer A; on doit le thermosiphon pleins d'eau bouillante, n'en voient
ménager de manière à ce (rae l'eau se maintienne pas à l'atmosphère de la serre un atome d'humi-
autant que possible à quelques degrés au-des- dité. Cette atmosphère peut être sèche ou humide
sous de l'ébullition; la même eau peut servir par des causes indépendantes du moyen em-
indéfiniment. L'appareil se remplit par l'aju- ployé pour l'échauffer la chaleur intense et
;

tage en entonnoir E. instantanée du poêle produit une plus forte éva


Aucun appareil destiné au même service ne poration, non parce qu'elle est sèrhe mais parce
,

déiMwse moins de combustible. A moins d'ac- qu'elle est rapide et élevée; celle du thermosi-
cidents qui sortent tout-à-fait de la classe des phon, tout aussi sèche que la première, mais
prévisions ordinaires, le thermosiphon, conve- moins rapide et plus douce, occasionne moins
nablement établi, dore au-delà de la vie de ce- d'évaporation.
lui qui fa fait monter. Tels sont les principes, tels sont les faits.
Son unique défaut est de ne pouvoir parer Nous les rétablissons, non pour infirmer en rien
aux froids subits et imprévus, parce qu'il lui l'opinion favorable que les hortieuheurs mo-

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TITIiE II. ORANGERIE ET SERRES. 51

dernes ont en général des bons effets da ther- et récolter sans interruption pendant tout Phi-
mosiphon, mais pour leur épargner les suites ver, jusqu'à l'époque ou les produits de pleine
fâcheuses d'une erreur matérielle. terre paraissent sur le marché.
Aucun appareil de chauffage n'est moins dif-
Frais d'établissement et d'entretien. ficile à gouverner que le thermosiphon, pour
en obtenir une chaleur constamment uniforme.
Les détails suivants sur la construction du Nul doute qu'il ne doive être appliqué inces-
thermosiphon, empruntés aux Annales de la samment sur une très grande [échelle à la cul- r
Société d horticulture, donneront une idée pré- ture forcée des légumes et des autres produits
cise des frais que peut entrainer cet appareil. de l'Industrie maraîchère particulièrement
,

Le fourneau est construit on débris de tuiles, aux fraises et aux melons, ainsi qu'à forcer sous
liés ensemble par un mortier composé de deux châssis les Heurs dont les grandes villes offrent
volumes égaux de terre franche et de crottin le débouché certain pendant tout l'hiver.
de cheval avec suffisante quantité d'eau. Ce
, Une couche chaude de l m ,32 de large sur
mortier, dont la recette est due à M. Poiteau, une longueur de 3"\32, emploie au moins doux
convient particulièrement à la construction des charretées de fumier qui coûte actuellement
fourneaux des serres, en ce que, n'étant pas (1843) à Parts 14 fr. la charretée. Les réchauds
sujet à se fendre, il ne livre jamais passage a la néiessaires à cette couche pendant sa durée
fumée. Les tuyaux en fer galvanisé ont 0 m ,07 absorbent la même quantité de fumier, parce
de diamètre, et une longueur totale de 84 mè- qu'ils doivent être plusieurs fois renouvelés ; la
tres. L'appareil, mis en place, a coûté 200 fr. mise dehors est donc, pour le fumier seulement,
répartis ainsi qu'il soit : de 56 fr. ; mais la dépense réelle peut se réduire
à 44 fr. , parce que le fumier de la couche dé-
Chaudière 02 f. »

Tuyaux, 64 mètres, 20
montée, de même que celui jqui a été employé
â M". c. le mètre 100
Soudure 6 >
en réchauds, peut encore servir, et représente
Main-d'œurre 43 • une valeur d'environ 12 fr.
Paris renferme environ 40,000 chevaux de
Total égal âôô
luxe ou de travail, dont l'industrie maraîchère
La tourbe étant à très bas prix dans les en- utilise les fumiers. Chaque cheval produit par
virons de Laon (Aisne), où cet appareil est éta- an de 20 à 30 charretées de fumier, en moyenne I

bli, il n'a jamais exigé, pendant les journées 25, donnant un total de 1 million de charretées,
les plus froides dé l'hiver, au-delà de 66 cent, représentant une valeur de quatorze millions
de combustible en 24 heures , et en moyenne que paie aux riches de Paris l'industrie ma-
40 cent. raîchère.
Un bon feu de tourbe allumé vers 10 heures Le thermosiphon, applique au chauffage des
du soir sous la chaudière porte la température couches , permet de supprimer le fumier, ex-
de la serre à 17 ou 18 degrés, et celle de la cepté quand il sert d'aliment aux végétaux ; ce

bâche à 28 ou 32 ; le lendemain matin, à 6 heu- serait une économie de moitié , c'est-à-dire de


res la température est encore de 10 à 12 de-
, sept millions pour la culture maraîchère des en-
grés dans la serre, et de 24 à 26 dans la bâche. virons de Paris. La culture forcée en particu-
I*s ananas végètent fort bien dans la serre ainsi lier pourrait économiser les cinq sixièmes du
échauffée \ on y a remplacé la tannée par des fumier qu'elle emploie.
dressoirs au-dessous desquels sont disposés les La substitution du thermosiphon au fumier
tuyaux du thermosiphon ; une légère couche de dans cette culture rabatterait les prétentions
paille, recouverte de mousse pressée entre les réellement exagérées de ceux qui, dans l'état
pots , dissimule ces dressoirs et le vide qui se actuel des choses ,
rançonnent les maraîchers
trouve au-dessous; des bouts de tuyaux en pour cet article indispensable à leur industrie.
terre cuite recouverts habituellement d'une
, A Paris, depuis quelques années, les personnes
pierre plate qui les ferme exactement , tiennent riches, qui seules ont des chevaux de luxe, font
lieu de bouches de chaleur. entrer en compte pour les gages de leurs do-
Le thermosiphon , outre son emploi dans les mestiques, le. fumier de leurs chevaux. La di-
serres peut encore rendre à la culture maraî-
, minution du prix des fumiers ne porterait donc
chère d'importants services; l'expérience a été préjudice qu'à ceux qui peuvent le mieux sup-
faite et couronnée du succès le plus complet, porter cette perte et tournerait au profit des
,

dans le jardin potager du château de Versailles, plus laborieux de tous ceux qui se livrent à
où un grand nombre de couches sont chauffées \
l'horticulture, sur auelque point que ce soit du
depuis plusieurs années par le thermosiphon. j
globe habitable. L agriculture pourrait alors
Un des jardiniers les plus distingués de Paris, i
profiter du surplus des engrais qu'elle ne peut
M. Gontier, en a fait récemment l'application à acheter aux prix actuels.
la culture forcée sous châssis, principalement à Le thermosiphon ne peut s'appliquer conve-
celle des haricots verts de grande primeur. j
nablement aux serres de grandes dimensions
N'ayant point à craindre, grâce au tnermosi- que lorsqu'il est chauffé au moyen de deux
phon le prompt refroidissement des couches
, foyers; c'est un embarras et un grave incon-
et l'excès d'humidité si souvent funeste aux ha- vénient. Un horticulteur des environs de Bath,
ricots , il peut commencer à semer en novembre I en Angleterre, a combiné fort ingénieusement

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52 HORTICULTURE. LIVRE vin.

les propriétés da thermosiphon avec celles de échauffant, les serres, les bâches ou les cou-
la vapeur pour le chauffage des serres en se ; ches, toute sorte de modifications dans leur
servant d'un seul foyer, il profite à la fois de la forme et leurs dimensions, selon l'usage auquel
promptitude avec laquelle la vapeur commu- on les destine.
nique la chaleur, et de la ténacité de l'eau pour
retenir sa température.
§ II. — Chauffage des serres par la vapeur.

On fait passer à cet effet, danstube du


le Ce moyen de chauffage pour les serres reçoit
thcrmosiphon A {fig. 170), un autre tube plus très ncu d'applications en France; après l'âp-
pareil destiné au chauffage desserres au Jardin
Fig. 170.
k B
du Roi, à Paris, nous ne pouvons citer que le
vaste et beau jardin de M. Chaisne fils, à Lyon,
qui utilise la vapeur pour chauffer des serres,
après l'avoirfait servir comme force motrice
dans une machine pour élever l'eau nécessaire
aux arrosages du potager. En Angleterre, la
petit B, qu'on remplit à volonté de vapeur; vapeur commence a céder la place au thermo-
dans ce cas, le thermosiphon n'a pas besoin de siphon, dont la supériorité est partout reconnue

chaudière, et il suffit d'un très petit appareil pour les serresd'une étendue médiocre. L'ap-
pour produire la petite quantité de vapeur né- pareil à vapeur convient en effet presque ex-
cessaire pour échauffer l'eau du thermosiphon. clusivement à des serres immenses, telles qu'il
Celte eau, mise en contact sur toute l'étendue ne s'en trouve guère qu'en Angleterre et en
des .tubes avec le tube plein de vapeur échauf- Russie, soit qu'elles consistent en un seul bâti-
fée, se trouve en quelques instants à la même ment, soit qu'elles se trouvent réparties entre
température, qu'elle conserve aussi longtemps plusieurs constructions conlîguês. Nul autre
nue si elle avait été directement échauffée par moyen ne saurait transmettre aussi rapidement
1 action de plusieurs foyers.
et conserver aussi longtemps une chaleur égale.
La forme et les dimensions des chaudières Les tuyaux conducteurs de la vapeur ne peu-
destinées à chauffer directement l'eau du ther- vent dépasser la chaleur de 80° centig., mais
mosiphon, peuvent variera l'infini. Les fig. 171 ils peuvent l'atteindre très également sur une

et 172 représentent la coupe verticale des deux longueur indéterminée, quand même ils au-
appareils les plus économiques usités à cet ef- raient un développement de 500 à 1 ,000 mètres;
fet en Angleterre. Dans la figure 171, laehau- et sur une si grande étendue, ou n'a pas à
craindre, comme avec les tuyaux pleins d'air
Fig. 171.
échauffé, de grandes différences de tempéra-
ture ; celle des tuyaux à vapeur est la même, à
quelque distance que ce soit du foyer et de la
chaudière.
Une seule chaudière à vapeur suffit donc
pour chauffer une série de serres, quelque
grandes qu'on les suppose. La vapeur, dans ce
cas, offre de plus une économie notable en
combustible et en main-d'œuvre, à laquelle il
faut ajouter la solidité et la propreté de l'ap-
dière A est disposée de manière à ce que sa pareil ; le jardinier, au lieu d avoir à s'occuper
partie supérieure affleure le niveau du sol ; elle de douze foyers, et quelquefois d'un plus grand
se continue par des tubes que la coupe ne per- nombre, n'en a qu'un seul à gouverner; iln'est
met pas d'apercevoir. La forme du foyer per- pas obligé d'avoir en douze endroits différents
met a la flamme d'échauffer presque toutes ses au charbon, des cendres, et d'autres objets
surfaces à la fois en très peu de temps. aussi peu agréables à la vue; au lieu de douze
Dans la figure 172, la chaudière présente tuyaux de cheminée il n'en a qu'un seul, et s'il
est construit d'après le système fumivore, ce
Fig. 172.
peut être un pilastre ou une colonne exempte
de fumée, contribuant au contraire à l'orne-
ment des jardins. Les tubes de l'appareil à va-
peur prennent moins de place que les tuyaux
de chaleur des foyers ordinaires ; ils n'ont ja-
mais besoin d'être nettoyés. La vapeur intro-
duite seulement pendant quelques heures dans
la serre y détruit très promptement les in-
sectes.
comme la précédente beaucoup de surface et très Le seul désavantageque présente l'appareil
peu d'épaisseur. L'eau chaude sort par le tube A pour le chauffage des serres au moyen de la
et l'eau froide rentre par le tube B, jusqu'à ce vapeur, c'est d'être un peu moins économique
que toute la masse arrive à la même tempéra- que le thermosiphon. Il est vrai que quelque-
ture ; ces tubes reçoivent pour parcourir, en les fois, dans les serres chauffées oar la vapeur,

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titre il. 0I1ANGKIUL ET SERRES. 53

les plantes s'étiolent et les fruits manquent de contribue avec la vapeur a échauffer le dessous
saveur; mais partout où nous avons observé de la couche.
ces accidents en pareil cas, ils nous ont tou- Le plnn ( fig. 174 ) montre la disposition des
jours paru tenir à quelque procédé défectueux tuyaux de chaleur G, partant du foyer B.
de culture ou à la négligence des jardiniers,
Fig. 174.
plutôt qu'à l'effet du chauffage à la vapeur.
Les chaudières pour la production de la va-
peur destinée au chauffage des serres se cons-
truisent ordinairement en tôle de fer ; quelques-
unes, par une recherche de luxe, sont en cui-
vre ; elles ne possèdent aucun avantage sur les
chaudières de fer. Les dimensions de ces chau-
dières sont ordinairement calculées d'après la
surface des vitrages de la serre. Un horticul-
teur anglais, d'une expérience consommée en
cette matière, indique les proportions sui-
vantes :

Serre à forcer les primeurs 1 mètre carré de


:

surface du fond de la chaudière pour 135 mètres


carrés de vitrages. Serre tempérée : 1 mètre
pour 200 mètres de vitrages.
On ajoute à ces proportions de 10 à 15 pour
100 lorsque la serre est mal vitrée et située à
une mauvaise exposition. Les tuyaux à vapeur De toutes les manières d'appliquer la vapeur
sont en fer ou en cuivre, comme les chaudières au chauffage des serres, il n'en est pas de
qu'ils accompagnent. On a essayé à plusieurs moins dispendieuse que la suivante, publiée il y .

reprises en Angleterre et en France de leur a quelques années dans les transactions de la


substituer des tuyaux en terre cuite, fort usités Société d'horticulture d'Ecosse elle consiste à
;

à cot effet en Hollande: mais toujours on a été mettre la vapeur en contact avec un lit de
arrêté par la difficulté d'empêcher les pertes de pierres brisées. Rien n'est plus simple que ce
vapeur par les jointures de ces tuyaux. procédé. On donne au lit de pierres A A
Les figures 173 et 174 représentent les dispo- (fig.llô l'épaisseur ordinaire des couches de
)

sitions (t un appareil de chauffage à la vapeur


Fig. 175.
selon le modèle le plus usité en Angleterre ;
le fond de la chaudière est de forme concave ;
c'est celle qui s'adapte le mieux au foyer fumi-
vore dont nous donnons ci-dessous la descrip-
fig. 179). La couche pro-
tion. (Voir Foyers,
fonde, d'environ 0 m ,80, repose sur une chambre
voûtée A (fig. 173) dont la voûte n'a qu'une bri-
Fig. 173.

tan ou de fumier; les fragments de pierre doi-


vent avoir de 0 m ,08 à 0 ,n .l6 de diamètre; les
meilleurs de tous sont des cailloux arrondis
lorsqu'on en a à sa portée ;..ils sont moins sujets
ue toute autre espèce de pierres à se couvrir
e mousse, et ils laissent entre eux de plus
grands intervalles. Le tuyau à vapeur B entre
par une extrémité de fa bâche remplie de
que d'épaisseur. Le foyer B envoie un conduit de pierres, et ressort par l'extrémité opposée; il
chaleur qui règne tout le long de la chambre A ; est percé de trous disposés sur deux lignes, à
cettechambre est en même temps tenue pleine • des distances égales de chaque côté, pour dis-
de vapeur au moyen de la chaudière C et de son tribuer régulièrement la vapeur à tout le tas de
tuyau dont l'ouverture est en D. Les conduits E [)ierres. Les dimensions de ce tube sont indif-
ordinairement bouchés, servent à introduire érentes; plus il est grand, plus l'effet de la
au besoin la vapeur dans l'atmosphère de la vapeur sur les pierres est rapide ; mais quel que
serre.Le conduit F sert à laisser échapper la soit son diamètre, cet effet est toujours le même,
vapeur superflue quand les deux conduits E sauf la promptitude.
sont fermes. Dans cet appareil, de l'invention On s'aperçoit qu'on a donné assez, de vapeur
de M. Mac-Murtrie, l'air chaud mêlé de fumée quand elle cesse de se condenser en humidité

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54 HORTICULTURE. LIVRE VIII.

sur parce qu'ils se sont mis à la


les cailloux çoit les plantes en pots qui réclament l'appli-
mime température ; alors l'excès de vapeur se cation immédiate de la chaleur. On les fait
fait jour à travers la terre dont les pierres sont aussi quelquefois passer dans l'intérieur des bâ-
recouvertes. Le point de saturation peut aussi ches quand les végétaux qu'elles contiennent
être indiqué par la soupape de sûreté de la peuvent le supporter; mais lorsqu'ils passent
chaudière à vapeur. a travers la tannée, on doit prendre beaucoup
Durant le froid le plus sévère, la vapeur ne de précautions pour n'y pas mettre le feu.
doit être introduite pour chauffer les pierres Les tuyaux en terre cuite seraient économi-
Su'une fois en 2£ heures; quand le temps est ques et excellents sans la difficulté de souder
oux, il suffit de l'introduire une fois en deux exactement leurs jointures nous avons indiqué
;

ou trois jours. Si l'on considère quelle diminu- à l'occasion du thermosipbon, le meilleur mor-
tion de frais ce procédé procure, tant par les tier approprié à cet usage. 11 ne faut pas crain-
plus petites dimensions des tuhes que par la dre de les faire entrer plutôt plus que moins
moindre dépense en combustihlc, le fourneau les uns dans les autres (fig. 176).
n'étant allumé qu'une fois tous les deux jours
Fig. 177, 170.
en moyenne pendant tout l'hiver, ce qui
exemple le jardinier de tout travail de nuit
on sera convaincu de sa supériorité sur tout
autre mode d'application de la vapeur au
Les conduits rectangulaires (fia. 177) sont
chauffage des serres.
construits en briques maçonnées a chaux et à
§ III. — Chauffage des serres par l'air chaud. ciment. Souvent la partie* supérieure est rem-
Ce procédé que nous donnons en troisième placée de distance en distance, ou même dans
ligne comme étant le plus défectueux, est néan- toute sa longueur, par des plaques de fonte de
moins fer , qu'on déplace à volonté pour les nettoyer.
le plus usité de tous pour procurer aux
serres une chaleur artificielle. L'appareil con- Tel est en effet le grand inconvénient de ce
'
sistc en un foyer ou poêle proportionné à la mode de chauffage pour les serres ; quelques
grandeur de la serre; l'air chaud mêlé de fu- précautions qu'on puisse prendre, il y laisse
mée circule dans les tuyaux communiquant à toujours pénétrer plus ou moins la poussière et
la fumée, et quand il s'agit de nettoyer les
ce foyer, et disposés de manière à chauffer con-
venablement toutes les parties de la serre. Lors- tuyaux il cause beaucoup aembarras en obli-
que ces tuyaux ont une grande étendue, il se- {;eant presque toujours à évacuer entièrement
rait impossible d'y déterminer un tirage suffi- a serre.
sant sans le secours d'un fourneau d'appel, or- L'horticulteur n'a pas toujours la faculté de
dinairement en tôle de fer, placé à l'extrémité faire construire selon ses vues la serre dans

de la serre opposée à celle où est établi le foyer; laquelle il doit cultiver, soit que, jardinier de
le moindre feu clair, entretenu pour un mo- profession, il reprenne un établissement déjà
monté, soit que, simple amateur, il trouve, en
ment, occasionne un courant d'air qui permet
au feu du foyer de s'allumer. achetant une propriété, la serre déjà con-
Les meilleurs tuyaux pour cet usage sont les struite.

conduits construits en briques cimentées avec Le système de chauffage par l'air chaud
au'on trouve le plus communément
établi, peut,
de bon mortier dans lequel le plâtre, comme trop
sujet à se crevasser, ne doit entrer ni à l'exté- ans ce cas, recevoir avec très peu d'embarras
rieur, ni à l'intérieur. Lorsqu'on ne doit éta- et de dépense une heureuse modification, sou-

blir qu'une ligne de tuyaux, on peut leur don- vent mise en usage en Angleterre. On laisse
ner une largeur de 0 m ,25 sur 0"',40 de hau- subsister les conduits rectangulaires maçonnés
teur. Ces dimensions peuvent être de beaucoup en briques (fig. 177 et A A fig. 178) ; on les rem-
réduites lorsqu'on double la ligne des conduits Fig. 178.
. en les faisant revenir sur eux-mêmes; dans ce
cas , deux lignes de conduits étroits font plus
d'effet qu'une seule ligne de conduits sur des
proportions doubles.
Dans une serre peu spacieuse, les conduits
de chaleur, quelque forme qu'on leur donne,
partant d'une extrémité de la serre, suivent,
sans le toucher immédiatement, le mur de de-
vant, et reviennent le long du mur opposé ; ou
bien ils sont disposés à plat sur le sol, et recou-
verts de planches servant de passage, comme le plit, de cailloux, de pierres ou de briques con-
représente la coupe de la bâche à deux plates- cassées B. Un tube à vapeur C de quelques cen-
bandes (fig. 155). timètres de diamètre règne tout le long de ces
Pour ne pas nuire au coup d'œil, les tuyaux conduits ; il est percé de trous de distance en
sont le plus souvent dissimulés par un lambris distance pour répandre la vapeur entre les
en planche ; lorsqu'ils régnent le long d'un mur pierres qui, une fois échauffées, maintiennent
dans la serre, une tablette placée au-dessus re- dans la serre une température égale et durable.

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titre il. ORANGERIE ET SERRES. 55

très préférable à celle des conduits ordinaires qui n'est point sans importance dans un jardin
chauffés par l'air mêlé de famée, n'occasion- d'agrément, permet en outre une grande éco-
nant ni ramonages, ni réparations, et possé- nomie de combustible.
dant en outre la précieuse faculié de charger Do quelque manière que soient construits les
à volonté l'atmosphère de la serre d'une bien- fourneaux ou foyers pour le chauffage direct
faisante vapeur d'eau, ménagée selon les be- de l'air destiné à échaulfer les serres, ou pour
soins de la végétation. les chaudières à vapeur et les thermosiphons,
c'est une règle générale de n'en jamais placer
g IV. — Foyers : emploi du combustible.
l'ouverture dans la serre; elle doit se trouver
La forme ordinaire des loyers pour le chauf- dans un cabinet servant d'antichambre à la
fage des serres est tellement vulgaire qu'il se- serre qui, comme nous l'avons indiqué pour
rait superflu de la décrire. Il faut apporter le les haches, ne peut sans cette précaution être
plus grand soin au choix des matériaux alin présen ce de toute introduction de la famée et
d'éviter les réparations; les végétaux d'une de l'air froid du dehors.
serre, ceux d'une serre chaude surtout, sont Beaucoup d'amateurs, pour ne pas déranger
perdus si, pendant les froids rigoureux, le foyer la symétrie de leurs serres et ne pas nuire au
qui doit leur fournir la chaleur est hors de coup d'œil qu'elles présentent du dehors, pla-
service, ne fût-ce que pour une demi-journée. cent à l'intérieur le fourneau d'appel le jardi- ;

On ne doit employer à la construction du foyer nier fleuriste de profession ne doit point s'ar-
que des briques rèfractaires, qui ne soient pas rêter à une considération semblable; faisant
sujettes à se déformer ou à se vitrifier par l'ac- passer avant tout la végétation de ses plantes,
tion du feu. Cette action est peu violente et dé- il doit toujours placer le fourneau d'appel à

tériore peu les foyers, lorsqu'on n'y brûle que l'extérieur, en choisissant toutefois la place où
du bois ou de la tourbe. Mais quand on y em- il offusque le moins la vue.

Kloie du charbon de terre, ils se détruisent En résumé, le thermosiphon, pour les serres
eaucoup plus vile. Ktites et moyennes, l'emporte sur la vapeur et
Le charbon de terre n'est ordinairement em- ir chaud.
ployé au chauffage des serres que sous la forme La vapeur est presque seule applicable aux
de eoke, ou de houille carbonisée dont on a serres très vastes.
extrait le gaz hydrogène carboné: dans cet état, L'air chaud mêlé de fumée devrait cire par-
il ne produit point ou presque point de fumée. tout remplacé par le thermosiphon.
Nous donnons ici la hgure d'un foyer que les La tourbe est le chauffage le meilleur et le
Anglais nomment fumivore (fig. 179);
sa con- moins coùlcqx dans les pays oq on pcqj aisé-
Fig. 180, 179.
ment s'en procurer.
La houille carbonisée, ou coke, est préférable
au bois par son bas prix.
La houille non carbonisée est plus avanta-
geuse que le coke mais elle use rapidement les
;

fourneaux.
Le bois est, pour le chauffage des serres, le
combustible le plus coûteux et Jp plus incom-
mode.

struclion permet d'y brûler de la houille telle TITRE III. — Culture des végétaux
qu'elle sort de la mine, parce que le gaz y est LIGNEUX.
consumé avant de s'échapper par la cheminée.
Ce fourneau est dû à M. Witty. La figure 179 CHAPITRE r. - Pépinières^ pniscn.ES,
montre sa coupe verticale. Le feu est introduit GENEUAUX.
par la porte o, dont la forme représentée sépa-
rément (fig. 180) permet de s'en servir comme Nous avons au commencement dq
traité,
d'une pelle pour le transport du combustible 3uatrièmc volume, des pépinières considérées
allumé ou non, qui descend jusqu'à la grille c ans leurs rapports avec l économie forestière
le long d'un plan incliné. La seconde porte b et la grande culture; le nouveau point de vue
sert à régler l'activité do feu sur la grille c. sous lequel nous envisageons l'établissement vi
Une fois le tirage établi, la flamme tendant tou- la conduite des pépinières exclusivement qes:
jours à s'élever, tout le charbon qui reste sur tinées aux arbres et arbustes du domaine <Je
le plan incliné prend feu en même temps; de l'horticulture, nous oblige à entrer dans des
cette manière toutes les fois qu'on charge le
, détails beaucoup plus étendus; nous renver-
fourneau avec de nouveau charbon, tout le rons le lecteur a l'article Pépinière, tome IV,
gaz qu'il contient s'en échappe et brûle, et il pages 1«* et suivantes, toutes les fois qu'il y au-
n'arrive à la grille que réduit à l'état de coke. rait lieu à des répétitions, soit pour le texte,
Ce fourneau, indépendamment de l'avantage soit pour les figures.
qu'il possède de consumer sa propre fumée, ce La multiplication des végétaux ligneux vi-

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56 HORTICULTURE. LIVRE VIII.

vaccs, cultivés dans nos jardins, soit pour leurs être assainie par des rigoles d'égouttement, et
fruits, soit pour la beauté de leurs fleurs ou de amendée avec du sable fin et des cendres de
leur feuillage, est l'objet spécial de la profession houille. Dans tous les cas , il importe qu'elle
du pépiniériste, Tune des plus importantes de ecl -
soit défoncée aussi profondément que le permet
les qui se rattachent aux différentes branches de l'épaisseur de la couche de terre végétale. Ce
l'horticulture. Des pépiniéristes, en très petit déloncement ne saurait être opéré avec trop de
nombre, cultivent la plus grande par lie des arbres soin; tout en divisant la terre, on la nettoie le
et arbustes à l'usage des jardins; le plus grand plus complètement possible des pierres de trop
nombre s'en tient à une spécialité, déterminée, grosses dimensions, et des racines de plantes
soit par la nature du sol, soit par la facilité du vivaces, telles que le chiendent, le liseron et
placement d'un genre particulier de produits. les différentes espèces de patience, qui s'éten-
Ainsi la Normandie et la Bretagne ont leurs dent avec une incroyable rapidité et dévorent
pépinières d'arbres fruitiers destinés à produire la substance des jeunes arbres. Dans un travail
1
es fruits à cidre; la Provence a ses pépinières de cette nature, nous ne pouvons trop le répé-
d'oliviers et d'orangers, tandisqu'aux environs ter, il y a économie à ne pas ménager la main-
de Paris on trouve des pépinières où les arbres d'œuvre; car rien n'est plus désagréable et
et arbustes de toute espèce, croissant en pleine plus dispendieux en même temps, que de
terre sous le climat de la France centrale, sont voir percer, à travers les semis, des pousses
offerts aux amateurs d'horticulture dans toute de racines vivaces qui tuent le jeune plant si
la perfection que peuvent leur donner les soins on les laisse, et qui pourtant ne peuvent s'ar-
les plus assidus et les plus intelligents. racher qu'en détruisant une partie des sujets
Après avoir esquisse les principes généraux obtenus de semis avec beaucoup de peine et de
qui régissent toute cette branche de l'horticul- dépense.
ture, nous indiquerons séparément les détails re- Le sol, ainsi préparé est divisé en comparti-
latifs aux pépinières d'arbres à fruit et ceux oui . ments dont les uns, destinés aux premiers se-
ne concernent que l'éducation en pépinière aes mis, sont choisis dans le meilleur terrain dont
arbres et arbustes d'ornement. on dispose, et les autres, réservés pour les rc-
fnquages et transplantations, sont cultivés en
Section I
ro
. — Choix et préparation du terrain. égumes avec une fumure modérée, jusqu'à ce
que les semis aient produit assez de plans pour
Lorsqu'on crée une pépinière de quelque les remplir.
étendue, il doit presque toujours s'y rencontrer Un terrain légèrement incliné au sud et à
diverses natures de terrains j on ne doit regar- l'est,abrité du côté du nord, mais à une cer-
der comme absolument impropres à l'établis- taine distance de l'abri, est le plus favorable à
sement d'une pépinière que les terres compactes l'établissement d'une pépinière. Un terrain trop
ei arides, formées d'argile pure ou de craie sans uni ne pourrait aussi facilement qu'une surface
mélange hors ces deux conditions qui se ren-
; un peu accidentée, réunir, à proximité les uns
contrent rarement partout où le débit des pro- des autres, des sols de nature diverse.
duits est assuré, une pépinière peut être formée Les planches destinées aux semis peuvent
avec avantage. Ceci s'applique aussi bien aux être amendées selon le besoin avec une cer-
travaux du jardinier- marchand qu'à ceux du taine quantité de marne ou de chaux; jamais
propriétaire qui, ayant à créer ou simplement elles ne doivent recevoir une fumure d'engrais
a entretenir de vastes plantations quelle qu'en récent d'étable ou d'écurie, immédiatement
soit la nature, trouvera toujours de l'avantage avant les semis. Lorsqu'on juge à propos de
à joindre une pépinière à son domaine. Non-seu- faire alterner sur ces planches les semis d'ar-
lement une terre riche et féconde, de première bres et d'arbustes avec une culture de légu-
qualité , ne doit point être préférée pour une mes, dans le but d'appliquer à cette culture
pépinière, mais encore elle doit être considérée intercalée une fumure sut lisante pour rétablir
comme essentiellement impropre à cette desti- la terre que le plant fatigue beaucoup, il faut
nation. 11 en est des arbres comme des animaux ; choisir les genres de légumes qui ne laissent
s'il est vrai que dans la jeunesse une alimenta- pas de traces après eux, et exclure ceux qui,
tion convenable leur assure un bon tempéra- comme les pommes de terre et les topinambours,
ment, il n'est pas moins certain qu'un arbre ne peuvent jamais être récoltés avec assez de
élevé en pépinière dans un sol trop fertile et soin pour qu'il ne reste pas en terre quelques
transplanté ensuite dans un terrain seulement tubercules dont, l'année suivante, la végétation
un peu inférieur pour y terminer sa croissance, dérange celle des semis.
ne fera jamais que languir, de même qu'un che- La culture d'une pépinière n'exige aucun
val nourri dans son premier âge avec trop de bâtiment qui lui soit spécialement consacré, si
recherche et d'abondance, doit dépérir dès qu'il ce n'est un hangar pour mettre les instruments
sera mis à un régime seulement un peu moins de travail à l'abri, et un cabinet pour la
substantiel. Une terre de fertilité moyenne, plu- conservation des semences. Dans une pépinière
tôt légère que trop compacte, profonde au complète, il est bon d'avoir un certain nombre
m
moins de Q ,iO à 0 ,50, est la plus convenable de cloches et quelques châssis pour les semis
pour toute espère de pépinière. Si elle avait et les boutures qui réussissent mal en plein air
quelque disposition à retenir l'eau, elle devrait et en pleine terre. Un bassin , lorsqu'on dispose

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Tir.-L m. PÉPINIÈRES, PRINCIPES GÉNÉRAUX. 57

d'un filetd'eau vive, est fort utile pour l'arro- une influence souveraine, principalement en ce
agoda jeune plant durant les chaleurs; sou- qui concerne les arbres fruitiers.
vent, faute de cette facilité, on laisse périr une Tous les fruits qu'on pourrait nommer do-
partie du plant trop faible pour résister à la mestiques ont été tellement modifiés et amé-
sécheresse. liorés de manière ou d'autre, qu'il ne leur
Quelaues pépiniéristes laissent subsister, au reste plus aucune ressemblance avec ce qu'ils
milieu des compartiments occupés par les se- ont été dans l'origine. Qui reconnaîtrait dans
mis ou les repiquages; de grands arbres de la prunelle sauvage V aïeule de toutes nos pru-
toute espèce, soit que, les ayant trouvés tous nes vertes, jaunes et violettes? ou dans l'insi-
venus, ils n'aient pas voulu les sacrifier, soit pide pomme sauvage l'aïeule des reinettes et
3u'ils se soient développés depuis la formation des pépins d'or? On ne peut plus trouver la
c la pépinière; cette pratique dont les incon- moindre analogie entre une délicieuse poire de
vénients peuvent céder en partie à des soins beurré dont la chair est si succulente, si riche,
multipliés et à la bonne nature du sol, est tou- si fondante, et le type primitif de la poire sau-
jours condamnable; le plant doit occuper sans vage, dure, pierreuse, astringente, dédaignée
partage les carrés de la pépinière où tout ce même des oiseaux et du bétail. Tel est le ré-
3ui tend à le priver d'air et de lumière, ou à sultat des soins patients et persévérants de la
isputer à ses racines la substance que le sol culture. L'action lente et continue des eaux
doit leur fournir, ne peut qu'être préjudiciable n'use pas plus sûrement les pierres les plus du-
à sa végétation. Si l'étendue du terrain per- res, que le travail raisonné de l'homme ne peut,
mettait de n'en consacrer qu'un cinquième aux aidé du temps, forcer la nature à se ployer à ses
semis de la pépinière, et de les changer de goûts et à ses besoins. Les races, une fois modi-
place tous les cinq ans, ce genre d'assolement fiées, se continuent identiques, tant qu'elles re-
serait préférable à tout autre; mais, le plus çoivent des soins ; abandonnées à elles-mêmes,
souvent, il est impraticable. On doit alors elles retournent bientôt à l'état sauvage.
chercher à obtenir des résultats analogues à Nous ignorons absolument par quels moyens
ceux de cet assolement, en transposant aussi une première tendance à se modifier a été don-
souvent que possible les semis et les repiqua- née aux plantes usuelles-, cette tendance au
es, sans toutefois consacrer jamais aux semis, changement dans les types créés primitivement
a ans cette rotation,. les portions de terrain de par la nature existe a un degré remarquable
qualité trop inférieure, sur lesquelles ils ne dans une foule d'espèces ; on peut donc admet-
pourraient réussir. Une clôture de murailles tre en fait une disposition générale dans tous
est presque indispensable à la sûreté d'une pé- les êtres à dévier de leur type naturel par la
pinière, où l'invasion d'un lièvre ou d'un lapin culture; nulle part cette disposition n'est plus
en hiver cause d'incalculables dégâts. On sait prononcée que chez ceux que l'homme a su
que ces animaux rongent l'écorce des jeunes plier à la domesticité ; le chien et les oiseaux
sujets pour qui leur moindre morsure est mor- de basse-cour sont à cet égard, dans le règne
telle. On ne peut donc s'abstenir d'entourer de animal , ce que sont dans le règne végétal les
murs une pépinière que lorsqu'elle est protégée fruits cultives. L'horticulteur possède deux
soit par une rivière, soit par un fossé profond moyens principaux de développer cette dispo-
et plein d'eau. Les haies, même lorsqu'elles sition des végétaux à former des variétés. Le
sont épaisses et serrées, n'arrêtent pas toujours premier et le plus simple, c'est de choisir con-
les lièvres et les lapins qui savent très bien stamment pour les semis les graines des espèces
terrer par-dessous. Les haies conviennent au et variétés les plusperfectionnées, et de réserver
contraire fort bien pour séparer les grandes di- pour cet usage les individus les plus parfaits de
visions intérieures d'une vaste pépinière. chaque variété. Les qualités du fruit sont con-
Les semis, les marcottes et les boutures sont centrées dans l'embryon de la graine parvenue
les trois principaux moyens de se procurer les à sa parfaite maturité ; comment ces qualités
sujets qui) au bout d'un certain temps passé se transmettent -elles ainsi de génération en
dans la pépinière, deviennent susceptibles d'ê- génération ? Nous l'ignorons ; nous savons seu-
tre greffés quand cette opération leur est né- lement qu'elles se transmettent.
cessaire, ou d'être mis en place tels que les a De deux pommes de la même espèce, cueillies
fait croître la nature secondée par le travail sur deux espaliers, l'un au nord, l'autre au
de l'horticulteur. midi, la première sera la moins sucrée les pé- ;

pins du fruit le moins capable de former du


Section H. — Semii. sucre tiendront de la nature un pouvoir moins
grand pour faire produire à leur postérité des
$1". — Choix des «mène». fruits sucrés. Le jardinier qui désire obtenir
Les semis d'arbres et d'arbustes ont pour par les semis l'amélioration des variétés doit
but trois objets principaux : propagation des d'abord, par tous les moyens en son pouvoir,
meilleures espèces; amélioration des espèces les stimuler à donner les fruits les meilleurs
déjà possédées ; conquête d'espèces ou de va- qu'elles soient capablesde produire, pour semer
riétés nouvelles. ensuite les pépins ou noyaux de ces fruits.
Le choix dos semences exerce sur ces trois Un moyen plus efficace d'obtenir des variétés
points essentiels des travaux du pépiniériste nouvelles, c'est de féconder le stigmate d'une
»o«T:ciiTust, 1 . V. - 8

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58 HORTICULTURE. LIVBE VIII.

espèce avec pollen d'une autre; il en résulte


le nous les avons crus d'autant plus dignes de
le plus souvent une variété intermédiaire. Le trouver place ici, qu'ils ont attiré l'attentioo
mode selon lequel s'opère ce croisement est toute spéciale des hommes les plus distingués
l'un des procédés les plus curieux de la nature dans cette branche de l'horticulture. Les no-
I végétale. Le pollen, ou poussière fécondante tions qui précèdent sont extraites en grande
est composé ae très petits globules creux dont partie des ouvrages du célèbre professeur an-
l'intérieur est rempli d'un iluide dans lequel glais Lindlcy.
nagent (Jes particules dont la forme varie du
sphéroïde à l'ovale, et qui possèdent visible- $ H. — SfmmfM d'arbre* et d'nrbtxtej cJas»ci sebm
ment i éjioijtie de- leur maturité.
la faculté de se mouvoir spontanément,
comme on peut s'en assurer en les observant A. — CSnes.
au microscope. Le stigmate, extrémité du pistil
E»|-rr*«. ÉfWMlu* dr U malin. tr
ou organe iéminin, est formé d'un tissu très
Pin *\l\. sire Novembre.
lâche, dont les pores ou passages intercellu-
Pin a |MgntK» Déretubie.
laires ont un diamètre plus grand que celui des Pin «riiiioiilli Octobre.
atomes mouvants du pollen. Quand un grain Pin ccmltro iSovrmbic.
de pollen vient en contact avec le stigma, son Sapin é|>ni-a Octobre.
enveloppe se brise, et il verse son contenu sur S.ipinbaumirr Septembre.
le tissu lâche du stigma. Les particules mou- Mélèze ( 3 variétés ) Décembre.
vantes descendent à travers le tissu du stile, Cèdre du Liban. . . ; Mars.
Genévrier de Viiginie. . . Décembre.
quelquefois une à une, quelquefois plusieurs .

Cyprès (t variétés) Janvier.


ensemble, selon l'espace qu'elles trouvent ; elles
Thuya ( J variété») Novembre.
arrivent, par des conduits que la nature a des-
tinés à cet usage, jusqu'à une petite ouverture Un- grand nombre de conifères ne se culti-
qui existe dans les téguments de l'ovule destiué vent point en pépiuière, soit parce que ces ar-
à devenir une semence, péposée dans celle ou- bres reprennent trop difficilement, soit parce
verture, la particule s'enfle, grandit par de- u'il est toujours facile d'en prendre du plant
Îïrés,se sépare en radicule et cotylédons, et ans les bois où ils se sèment d'eux-mêmes. On
inalement devient un embrvon duquel, quand peut récoller les cônes depuis |e moment indi-
la semence mûre sera confiée à la terre, un qué comme leur époque de maturité, jusqu'au
nouvel arbre doit sortir. mois d'avril de l'année suivante ; mais s'ils sont
L'action du pollen sur le stigmate, et par suite Droites de bonne heure, les graines en valent
sur la semence, étant telle que nous venons de mieux. Au moment d'en faire usage, on les sé-
la décrire, il s'ensuit nécessairement que. dans
pare en les ex posant à la chaleur modérée d'une
tous les cas de croisement la variété nouvelle
,
etuve ; les écailles du cône s'ouvrent cl lais-
tiendra plus de l'individu mâle qui aura fourni
sent échapper les semences.
le pollen que de l'individu femelle fécondé. Cet
Lescônesdu cèdredu Liban nedoivent point
effet très sensible dans les croisements entre
être chauffés; on les conserve une année en-
des espèces distinctes a toujours lieu quoique ,
tière avant de les ouvrir, ce qu'on fait au moyeu
d'une manière moins sensible, pour les variétés d'une lame de fer, mais avec précaution. Cet
améliorées de longue main ; c'est ce qu'il ne faut arbre, le plus précieux de tous les conifères
jamais perdre de vue dans la pratique. pour la durée et l'incorruptibilité de son bois,
Les limites dans lesquelles ces eflets peuvent aura bientôt disparu de ses montagnes nata-
se produire sont assez étroites. La fertilisation