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P I A I !

CRIS PROPHETIQUES DES CORBEAUX D'APOLLON

LECTURES MURCIENNES
# 011 / 16 - 02 – 2018

POESIE ET VERITE
souvenirs de ma vie
GOETHE
( Aubier / Domaine allemand / 1999 )

Poésie et Vérité. Le titre n'est guère transparent. Sans doute vaudrait-il mieux le
traduire pour en saisir mieux le sens qu'induisent les mots allemands par Dires et
Réalités, ces dernières plus objectales qu'objectives. Plus que tout un, Goethe a bien
conscience que raconter sa vie relève de la gageure. L'écriture consiste à jeter des
draperies de prix sur la relation d'évènements les plus subalternes car prisonniers de
la gangue de l'existence. Ne l'oublions pas la poésie est aussi trompeuse que les
fascinantes bigarrures d'un serpent venimeux. Par contre les néfastes effets de la
morsure de cet étrange reptile est des plus - comment dire – véritablement réels. Le
discours le plus honnêtement circonstancié est une duperie. Tant pis pour le lecteur
trop crédule, un tel intitulé, n'en doutons pas, est avant tout destiné à mettre l'auteur
seul en garde contre lui-même.
Goethe fut vite persuadé de son génie, de sa supériorité. Il n'en tira aucune
gloriole superfétatoire, mais très vite s'acharna tout au long de sa vie par mémoires,
journal, souvenirs et bien des pages incidemment emplies de notations biographiques à
garder trace de son propre cheminement, non qu'il le tînt pour exemplaire, mais assez
particulier en son déploiement pour être soigneusement décrit, un peu comme ces
fragments d'aérolithes conservés à son époque dans les cabinets particuliers des
honnêtes hommes. Un simple objet de curiosité anecdotique, mais ici de par son
extrême rareté, d'une importance extraordinaire.
Plus qu'un penseur, Goethe fut un scientifique, il ne serait pas vain d'étudier en
quoi cet acharnement à se raconter ne serait pas comme l'embryon d'une
épistémologie, une des toutes premières approches de la science considérée en
l'historiographie de son propre développement. Non pas le portrait de l'artiste en
jeune chien fou, mais l'auto- observation de l'entomologiste tatillon examinant
l'agencement final de ses parties...

PREMIERE PARTIE
Couvre les années 1749 à 1764. Goethe entre dans sa soixantième année
lorsqu'il se plonge dans la rédaction de ses mémoires. Cela se sent, le vieux sage
s'oublie quelque peu, le plaisir d'écrire l'emporte parfois sur la vivacité du récit... Qui
reste pourtant passionnant. Nous sommes à Francfort, mais dans un autre monde.
Celui d'avant 1789. Modernité en gestation, mais encore invisible. La bourgeoisie
domine déjà son monde. Certes elle manifeste vis-à-vis de l'autorité impériale
l'empressement du laquais, incapable d'imaginer et de mettre en œuvre les évènements
et les bouleversements qui la porteront bientôt au pouvoir. Goethe occupe une place de
choix, fils d'une des plus grandes familles de la cité, incapable de comprendre ce qui se
joue autour de lui mais destiné à en être un de ses représentants les plus éminents,
après en avoir fait voler en éclats les écorces mortes, même s'il pensera toujours que sa
supériorité intellectuelle lui acquiert d'emblée une position surélevée qui le range
dans la phalange sacrée de cette république aristocratique de l'Esprit destinée à
éclairer ses concitoyens attelés à d'inférieures et nécessaires tâches matériellement
productivistes...
Cette classe sociale est des plus privilégiée. Elle ne travaille guère et ses membres
peuvent se livrer à leurs occupations favorites. Les plus responsables se consacrent au
gouvernement et à la gestion de la Cité, se partagent les postes de décision et de
commandement. Mais beaucoup, mollement portés vers la chose publique, se laissent
aller aux délices de leurs penchants, les esprits les plus ouverts – tel le père de Goethe –
se piquent d'art et de science, d'autres à des passions de moins haute efficience comme
le jardinage... ce qui nous vaut de délicieux portraits dépourvus de toute acrimonie.
Tout est permis tant que l'on n'attente à l'ordre social de la res privata. L'individu est
roi en son jardin, cela nous amène à voir d'un autre œil la candide théorie
voltairienne... Nous sommes au cœur des contradictions de la théorie libérale qui
promeut l'individu et se méfie de la collectivité.
Goethe doit beaucoup à son père. Un homme obstiné et quelque peu
perfectionniste qui n'entend point que l'on ne puisse se lancer en une quelconque
entreprise sans l'accomplir jusqu'au bout et la mener à bien. Encouragera et
surveillera de près l'éducation de ses enfants. Exige toujours plus, il ne suffit pas de
savoir, ce dernier passe par la maîtrise intellectuelle de sa mise en œuvre écrite, très tôt
il demande à son fils de rédiger des mémoires des évènements qu'il traverse, pas du
tout un pensum pour notre adolescent. Enfant doué, dès six ans il se lance dans la
lecture d'ouvrages mythologiques, et très vite il lit tout ce qui lui tombe entre les
mains. La bibliothèque familiale et celle de son grand-père regorgent d'ouvrages de
qualité... A treize ans Goethe se joue des difficultés de la prosodie nationale... La guerre
de Sept Ans emmène les Français à occuper la ville pour plusieurs années, ils apportent
avec eux leur langue, que Goethe s'appropriera parfaitement, jusqu'à lire sans efforts
les défenses de Corneille et Racine quant à la nécessité de la règle des trois unités. C'est
que les Français n'oublient pas les distractions, les troupes de théâtre se succèdent,
Goethe ne rate aucune pièce, connaît bientôt l'ensemble de notre répertoire national de
Corneille à Diderot. Tête bien faite et bien pleine.
Les dérangements causés par l'occupation française ne sont pas sans d'agréables
contreparties. La surveillance parentale en devient moins prégnante et Goethe jouit
d'une plus grande liberté. Se met à fréquenter un groupe de jeunes gens qui ne sont
pas de son monde. Pas des voyous, loin de là, destinés pour les plus heureux à briguer
les postes les moins honorifiques de gratte-papier... qui ne rêvent que d'expédients
pour s'enrichir, se livrent au trafic de lettres et poèmes de vers de circonstances en
lesquels le jeune Goethe excelle... Il faut dire que Marguerite la cousine d'un de ses
drôles est des plus... notre poétereau s'enflamme, rien de bien méchant, cela n'ira pas
plus loin qu'un baiser que la chaste jeune fille déposera sur son front...
Mais nous sommes dans une société hiérarchique. Il n'est pas bon qu'un fils de
haute famille, sur lequel sa classe bâtit de grands espoirs, se lie avec des gens de peu...
Du jour au lendemain, les autorités municipales passent à l'attaque, le jeune fautif est
soumis à un long interrogatoire. De quoi a-t-on eu peur au juste ? Nous n'y voyons que
broutilles, l'écrivain reste évasif, il est sûr que ses contemporains doivent comprendre à
demi-mots, Marguerite est éloignée en sa province natale, les jeunes gens dument
chapitrés, et Goethe rendu à la raison.
Cette première partie s'achève sur cet épisode. Auparavant nous avons eu droit
à l'élection et au couronnement l'Empereur des Romains ( ! ), Joseph II, en la bonne
ville de Francfort. Grandioses festivités auxquelles le bas-peuple se presse. Nous ne
ferons que l'entrevoir. Il est le grand absent du livre. Il est clair qu'il existe dans cette
société une ligne de démarcation intangible, pratiquement deux civilisations différentes
dans la Cité, le bas-peuple que l'on devine occupé à sa subsistance, et cette bourgeoisie
satisfaite d'elle-même, fortement hiérarchisée, cimentée par une commune idéologie
agissant comme une carapace protectrice qui lui permet de pousser en avant, en toute
obséquieuse prudence légaliste, ses prérogatives politiques, un véritable panier de
crabes, mais tous unis, prêts à faire front au moindre danger. Qu'il vienne des basses
classes soumises à une surveillance des plus vigilantes ou de l'aristocratie nobiliaire
impériale. Impitoyable envers les premières, des plus serviles vis-à-vis de ceux qui
détiennent le pouvoir politique et la force militaire.
Goethe a tout juste quinze ans à la fin de cette première partie. Est encore un
individu en formation, en gestation, en ses années d'apprentissage pour reprendre une
expression des plus goethéennes, le lecteur aura de lui-même tressailli, l'amour du
théâtre et le prénom de Marguerite – celui de l'héroïne du premier Faust – sont des
germes qui ne resteront pas sans effet quant à l'avenir littéraire de Goethe. André
Murcie. ( 21 / 04 / 2017 )

POESIE ET VERITE
souvenirs de ma vie
GOETHE
( Aubier / Domaine allemand / 1999 )
SUITE ET FIN

Etrange découpage que cette autobiographie. Le premier chapitre de cette


deuxième partie termine l'épisode amoureux de la première partie et nous
retrouverons une même manière d'opérer entre la deuxième et la troisième partie.
Ceci ne saurait être dû à un agencement hasardeux. Surtout qu'à chaque fois il s'agit
de la résolution d'un épisode amoureux. Le livre est en train d'acquérir sa véritable
nature, autant les années d'enfance et d'adolescentes grouillent d'anecdotes vécues,
autant cette deuxième partie commence à se définir comme une autobiographie
intellectuelle. Certes le vécu n'est pas ignoré, amitiés et amours se chevauchent mais
l'on sent que Goethe est beaucoup plus attentif à son développement intellectuel
qu'existentiel. Un peu comme si Goethe présentait la vie comme un déroulement
organique composés de longues périodes de maturation entrecoupées de crises qui
permettent d'accéder à une nouvelle étape. Une espèce de continuum vital qui se
déploie sous forme de sauts nettement marqués parallèles à ceux qui font que le cycle
d'une plante passe par les stades de la germination, de la croissance, de la floraison, et
de la fructification, un mouvement lent invisible à l'oeil nu si on le considère en sa
fluence intérieure mais dont toutes les mues se dévoilent successivement au simple
regard.
La tête et le sexe. Encore qu'il conviendrait mieux de remplacer ce dernier
terme par celui – beaucoup plus romantique ! - de sensibilité ! Disons l''esprit et la
chair si nous nous désirons respecter le puritanisme protestant qui préside à la sphère
culturelle spécifique à cette époque dans laquelle Goethe vécut.
Le désir de Goethe serait d'entreprendre des études littéraires, mais professeurs
et famille se liguent pour lui faire entendre que celles-ci ne sauraient être utiles à un
homme de son état. Il s'inscrira en droit. Il est doué d'une intelligence et d'une facilité
d'acquisition assez vives pour que cette voie obligée ne lui soit pas pesante. Mais cette
rapide acceptation imposée par la société repose aussi sur une problématique interne
dont les contradictions lui échappent en partie. Nous en analyserons les lignes de
dissension fracturales à partir de trois relevés constatationnels. Le premier sera celui
de l'état de la littérature allemande. Alarmant, il la juge déplorable, peu d'ouvrages
qui tranchent par un apport essentiel, surtout si on se permet d'établir un parallèle
avec les littératures anglais et française. Le contrepied à cet amer constat sera celui
d'un retour à l'antiquité. Goethe sera un fin partisan des écrits de Winkelmann qui
réhabilite l'art grec. L'on a souvent reproché à Goethe son enfermement postérieur en
un classissisme des plus conservateurs. Il vaudrait mieux entrevoir cette démarche
selon l'émergence d'un néo-classissisme révolutionnaire qui affectera notamment la
France dans le dernier quart du dix-huitième siècle. Deuxième faille abyssale, celle qui
sépare la poésie allemande de cette nouvelle sensibilité en train de poindre.
Promenades exaltées et solitaires dans les forêts et les campagnes. Et pour exprimer
cela, une poésie de convenances, plus près de Voiture que que de Lamartine. Goethe
excelle en cette poésie de bouts-rimés, de vers de mirlitons, d'épigrammes plus ou
moins cruelles, de compliments d'usage... Il nomme cela – et c'est ici que se révèle son
génie – poésies de circonstances, tout en restant encore incapable d'entrevoir que si la
poésie dépend des circonstances qui la fomentent, il en est certaines moins
primesautières que d'autres. La prose sera donc le vecteur naturel de la littérature
allemande du dix-neuvième siècle et cette propension prosaïque peut être considérée
comme une des déraisons de la poésie allemande. Pour l'heure Goethe entrevoit les
possibilités de la forme théâtrale qui est pour lui la meilleure manière en un talentueux
mélange shakespearien de sauvegarder la nécessité d'une poésie lyrique. Sa sévérité
vis-à-vis de ses propres essais explique sa répulsion quant à toute publication.
Correspondances et rédaction de petits mémoires qu'il transmet à quelques uns
supplée à cette répugnance. Goethe se cherche. Il n'est sûr de rien mais il met en place
une stratégie intellectuelle dont il appliquera les préceptes pour le restant de sa vie. Il
est homme de longue maturation intérieure et de joyeuses confrontations avec toutes
les intelligences qu'il puisse rencontrer. N'est en rien socratique, il ne se vante pas de
ne rien savoir, il a pleinement conscience qu'il apprend. Goethe sera l'anti-nihiliste par
excellence. Jamais il ne se départira de cette bonne humeur ironique que lui octroie
son assurance de progresser en connaissance puisqu'il ne perd jamais l'occasion
d'accumuler des savoirs divers et variés. Tant sur le plan intellectuel que sentimental.
Son idylle avec Frédérique Brion se dénoue d'elle-même une fois qu'il comprend que
sa perpétuation ne lui apporterait qu'une insipide répétition. L'éducation –
sentimentale ou autre – vous ouvre à de nouveaux territoires d'expérimentations.
La troisième partie n'est qu'un approfondissement de la précédente. Goethe
s'attarde sur ses rencontres intellectuelles. Herder exercera une grande influence sur
son esprit. Le conforte dans sa propre manière d'être. Herder n'est pas l'homme d'une
seule idée. Cet ancien élève de Kant est loin d'être un touche-à-tout. Nous le définirions
comme un encyclopédiste raisonné. Ne cherche pas à tout savoir mais ne s'interdit
-selon ses propres besoins – nulle branche de la connaissance. N'est pas un ami de
complaisance. Ne cherche guère à flatter son interlocuteur. N'y va pas par quatre
chemins lorsqu'il s'agit de dire ses quatre vérités à tout un chacun. Goethe subira
quelques volées de bois vert. Sa production poétique en sera la principale cible. Herder
la rabaisse à ce qu'elle est : des enfantillages stériles. Mais Herder ne se contente pas
de condamner sans rémission. Il ouvre des portes. C'est lui qui attire l'attention de
Goethe sur la poésie de Klopstock et sur l'oeuvre de Hamann, qui insiste sur
l'originéité de la poésie par rapport à la prose discursive. Herder qui a connu Diderot à
Paris – l'on pressent ce que ce pasteur allemand a pu mêler d'athéologie dans sa
théologie – sera avec Hamann le précurseur de ce mouvement proto-romantique que
fut le Sturm und Drang dont Les Souffrances du Jeune Werther reste
l'accomplissement littéraire absolu. C'est d'ailleurs dans cette troisième partie
qu'apparaît d'abord d'une manière voilée l'attirance de Goethe pour la fiancée d'un
ami... Cet amour impossible sera sublimé dans Werther.
La parution de Goetz de Berlichingen et de Werther apportent gloire et célébrité
à Goethe qui ne sont décisives quant à son avenir social. Son père souhaiterait qu'il
prenne charge en sa ville natale. Moments d'indécision et de piétinement intellectuel.
Goethe n'a jamais été porté par une fois délirante, son amitié avec le physionomiste
Lavater l'emmène à subir l'attraction des Frères Moraves de Friedrich Heinrich
Jacobi. Cette résurgence de l'Eglise de Jean Hus autour du comte Zinzendorf lui
semble proposer une foi raisonnable. Il est en recherche d'un christianisme sans
monothéisme et d'un paganisme sans polythéisme, ne lui reste plus qu'à se décider
pour Spinoza. Il se rallie à un panthéisme qu'il ne réduira jamais à un athéisme. La
présence de Dieu, diffuse en toutes choses, expliquera qu'à côté de ses implications
littéraires il ne cessera jamais d'approfondir certains aspects de la nature des choses au
travers de ses travaux constitutifs à l'organicité de la botanique et de la lumière.
Esquisse une voie parallèle à la physique aristotélicienne mais sa volonté de préserver
l'idéelle notion de divinité feront de lui un homme d'ordre. Conservateur en le sens où
il pose la reconnaissance d'une unité primordiale qui préside à tout déploiement
physique, et révolutionnaire en le sens où les progrès de la science lui semblent
corrélatifs à l'amélioration de l'homme. La croyance des Frères Moraves en le péché
originel que seul une grâce divine permet de surmonter sera la pierre d'achoppement
qui l'éloignera de cette congrégation.
En 1775 il accepte la proposition, trois fois répétée, de s'installer en la
principauté de Weimar... Une autre vie commence. Cette décision lui permet de
surmonter le chagrin occasionné par la rupture d'avec sa fiancée Lili de Shoenemann.
Officiellement la différence d'état et de fortune entre les deux amoureux serait la cause
de cette douloureuse séparation. Mais ce n'est pas la première fois que Goethe se
désengage au dernier moment... les chaînes du mariage lui seraient-elles
insupportables ?... Son allégeance à la famille régnante de Weimar n'est pas dépourvue
de signification politique. L'Allemagne est à la recherche de son unité politique tout en
étant membre de l'Empire Romain et Germanique. Bourgeoisie et aristocratie sont
soumis à des intérêts divergents et contradictoires. L'Empire a permis en même temps
une certaine autonomie des villes tenues par les conseils municipaux indépendants et
maintenu la partition territoriale des mini-principautés princières. Cette dernière
étant le garant d'une division politique qui lui permet de brider toute volition
d'unification aristocratique de l'Allemagne.
Les nouvelles idées politiques véhiculées par l'influence des Lumières françaises
font qu'au pays de Goethe le désir démocratique se conjugue avec une volonté
d'unification patriotique. Bourgeoisie et aristocratie se sentent assez fortes, la première
économiquement et la deuxième militairement pour mener à bien cette indépendance.
Idéologiquement ces besoins de changement sont appuyés sur une plus grande
conformité des lois politiques avec celles de la Nature. Le pouvoir n'est plus d'essence
divine, il perd son statut de sacralité intangible. Nature et Liberté, ainsi Goethe
résume-t-il la problématique. En cette courte formule il condense et prophétise le
noeud vipérin de contradictions qui échoira au Romantisme Allemand. L'on devine
déjà en filigrane l'irréconciliable dichotomie, porteuse de son échec, à laquelle il devra
faire face. En simplifiant à l'extrême nous pourrions dire que les poëtes se chargeront
d'expérimenter l'expérience existentielle de la Liberté et les philosophes d'expliciter la
conceptualisation patriotique des droits naturels.
Le romantisme allemand porte en germe les secousses telluriques qui ont
parcouru l'Europe de ces deux derniers siècles. Tant au niveau intellectuel
qu'économique et politique. Nous sommes les héritiers et les acteurs de cette résolution
encore inachevée. De Goethe à Nietzsche, de l'éclosion du nazisme à l'établissement de
la dictature financière actuelle. Ce n'est pas un hasard si nos élites ont toutes ces
dernières décennies minoré et passé sous silence l'importance de ce tsunami de pensée.
De Kant à Nietzsche sont déployés les vecteurs antagonistes et irréconciliables de la
déclinaison de notre modernité. Remarquons que l'apport gréco-romain à notre
manière de penser le monde est lui aussi masqué et remplacé par cette fallacieuse
notion de nos origines chrétiennes. Cette manœuvre consiste à nous couper de toute
source de pensée vivante et agissante afin d'être de plus en plus démuni face au
discours fallacieux du démocratisme libéral.
Cette biographie de Goethe touffue et faisant sans cesse allusion à des
personnalités et à des péripéties de l'histoire allemande que le lecteur français ne
connaît pas obligatoirement n'est guère lue de nos jours. Elle contient toutefois des
indications sur la gestation de notre modernité des plus éclairantes.
André Murcie. ( 29 / 04 / 2017 ).

# 012 du 16 / 02 / 2018 : CAVAFY ( I )

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