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PSYCHANALYSE

RIVAGES/PSYCHANALYSE

Collection dirigée par J.-D. NASIO

INTRODUCTION AUX ŒUVRES DE

FREUD

• FERENCZI

GRODDECK • KLEIN

WINNICOTT

• DOLTO

LACAN

ISBN : 2-86930-756-X

© 1994 Éditions Payot & Rivages

106, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris

Sous la direction de

J.-D. NA SIO

INTRODUCTION AUX ŒUVRES DE

FREUD

• FERENCZI

GRODDECK • KLEIN

WINNICOTT

• DOLTO

LACAN

avec les contributions de

A.-M. Arcangioli, M.-H. Ledoux, L. Le Vaguerèse, J.-D. Nasio, G. Taillandier, B. This et M.-C. Thomas

RIVAGES

PSYCHANALYSE

Liminaire

*

Introduction à l’œtwre de FREUD

Extraits de l’œuvre de S. Freud Biographie de Sigmund Freud Choix bibliographique

*

Introduction à l’œuvre de FERENCZI

Extraits de l’œuvre de S. Ferenczi Biographie de Sândor Ferenczi Choix bibliographique

*

Introduction à l’œuvre de GRODDECK

Extraits de l’œuvre de G. G roddeck Biographie de Georg Groddeck Choix bibliographique

Introduction à l’œuvre de Melanie KLEIN

Extraits de l’œuvre de M. Klein Biographie de Melanie Klein Choix bibliographique

*

Introduction à l’œuvre de WINNICOTT

Extraits de l’œuvre de D.W. W innicott Biographie de Donald Woods W innicott Choix bibliographique

*

Introduction à l’œuvre de Françoise DOLTO

Extraits de l’œuvre de F. Dolto Biographie de Françoise Dolto Choix bibliographique

*

Un témoignage sur la clinique de Françoise DOLTO

*

Introduction à l’œuvre de LACAN

Extraits de l’œuvre de J. Lacan Biographie de Jacques-Marie Lacan Choix bibliographique

Liminaire

Voici réunis p o u r la prem ière fois, en un seul volum e, les grands auteurs de la psychanalyse.

N otre dessein est de présenter l’essentiel de la

vie et de l’œuvre de chacun de ces pionniers

de penser et de

pratiquer l’analyse, n otre langage, et plus géné­

la culture d ’au jo u rd ’hui. Nous avons

u n instrum ent de travail consacré à l’u n des sept

grands psychanalystes, propose au lecteur : une présentation de sa biographie ; un exposé clair et rigoureux des idées fondam entales de son

œ uvre ; des extraits choisis de l’œ uvre ; un

tableau chronologique des événem ents décisifs de sa vie ; et enfin u ne sélection des ouvrages

publiés en français. Ces différentes rubriques p erm e ttro n t au lecteur d ’accéder à n otre livre p ar l’en trée qui lui convient. Avec cette intro­ duction, nous souhaitons que le lecteur ait le désir et l’enthousiasm e d ’aller consulter directe­

m ent les

Les psychanalystes qui o n t collaboré à ce volume collectif se sont efforcés de m ontrer

se sont

les spécificités des œuvres étudiées.

appliqués non seulem ent à exposer une théorie, mais surtout à faire revivre l’âm e de chaque auteur, les désirs e t les conflits qui o n t façonné

son style et m arqué l’œ uvre au-delà des concepts. C haque collaborateur a rédigé sa contribution, im prégné non seulem ent du contenu de l’œ uvre com m entée, mais aussi de l’im age intérieure de l’auteu r approché.

qui m arquent notre m anière

ralem ent

livre com m e

conçu ce d o n t chaque chapitre,

textes

originaux

des

œuvres.

Ils

Nous destinons cet ouvrage tan t à l’étudiant désireux de disposer d ’un dossier com plet sur chacune des grandes figures de la psychanalyse,

q u ’au psychanalyste confirm é qui — à l’instar de Freud — ne cesse de revenir aux fondem ents

de la

textes dans lesquels Freud revient en effet aux

théorie. Souvenons-nous des nom breux

fondem ents de sa l’essentiel, com m e

son ultim e écrit, YAbrégé de psychanalyse,

il

exem ple

doctrine pour en dégager

dans q u ’il

le

fit

p ar

rédigea à l’âge de quatre-vingt-deux ans. Q ue se passe-t-il alors ? Avec la rédaction de son Abrégé, Freud invente encore de nouveaux concepts. Aussi, le reto u r aux fondem ents com ­

porte-t-il souvent la gestation inattendue du

nouveau. L’enseignem ent devient recherche, et

le savoir ancien, cipe qui a guidé

transm ission de la psychanalyse, p eu t se résum er en u ne form ule : cherchons à bien dire ce qui a déjà été dit, et nous aurons la chance, peut-être, de dire du nouveau. C ’est dans cet esprit que nous avons conçu le présent ouvrage.

*

une

vérité

nouvelle.

Le

p rin ­

constam m ent notre travail de

est la

version très rem aniée et écrite d ’u ne conférence prononcée par chaque collaborateur de ce livre, dans le cadre de VEnseignement de 7 grands cou­ rants de la psychanalyse. Le cycle de ces conféren­ ces d ’enseignem ent avait été organisé par les Sém inaires Psychanalytiques de Paris, de décem ­ bre 1991 à ju in 1992.

C hacun

des

chapitres

que

l’on

va lire

J.-D.N.

Introduction à Vœuvre de

FREUD

J.-D. NASIO

Schéma de la logique de la pensée freudienne

*

Définitions de l ’inconscient

Définition de l ’inconscient du point de vue descriptif Définition de l ’inconscient du point de vue systématique

Définition

de l ’inconscient du point de vue

dynamique

Définition

Le concept de refoulement de l ’inconscient du point de vue

économique

Définition de l ’inconscient du point de vue éthique

*

Le sens sexuel de nos actes

*

Le concept psychanalytique de sexualité

Besoin,

désir et amour

%

,

Les

trois principaux refoulement,

destins

des pulsions

sexuelles

sublimation et fantasme.

Le concept de narcissisme

*

Les phases de la sexualité infantile

et

le

complexe d ’Œdipe

Remarque sur l ’Œdipe du garçon :

le rôle essentiel du père

%

. Pulsions de vie et pulsions de mort. Le désir actif du passé

*

Le transfert est un fantasme dont l’objet est l ’inconscient du psychanalyste

L ’acceptation de processus psychiques inconscients, la reconnaissance de la doctrine de la résistance et du refoulement, la prise en considération de la sexualité et du complexe d ’Œdipe sont les contenus principaux de la psychanalyse et les fondements de sa théorie,

et qui

n ’est pas

en mesure de souscrire à tous

ne devrait pas compter parmi les psychanalystes.

S. Freud

Un siècle — et quel siècle ! — nous sépare de Freud,

et

de rédiger le prem ier ouvrage fondateur de la psycha­

nalyse, L ’Interprétation des rêves.

Un siècle, la science e t

Et pourtant, c ’est très peu pour n o tre je u n e science, la psychanalyse. La psychanalyse, je l’avoue, ne fait pas de progrès à la m anière des avancées scientifiques et

sociales. Elle s’occupe des choses simples, toutes sim­ ples, qui sont aussi im m ensém ent com plexes. Elle s’oc­ cupe de l’am our et de la haine, du désir et de la loi, des souffrances et du plaisir, de nos actes de parole, de nos rêves et nos fantasm es. La psychanalyse s’occupe

du jo u r

il décida d ’ouvrir son cabinet à V ienne

c ’est p o u r

très long ; long p o u r l’histoire, pour les techniques. Très long p o u r la vie.

17

des choses simples

actuelles.

d

dans ce chapitre, mais à travers l’expérience

d

et analysant, exposés m utuellem ent à l’incidence de

l ’un

Mais u n siècle, encore une fois, c ’est beaucoup. Et au cours de ces cent ans, les problèm es traités par la psychanalyse ont souvent été désignés et conceptualisés sous différentes formes. L ’expérience toujours unique de chaque cure d ’analyse con train t en effet le psychana­ lyste qui s’y engage à repenser chaque fois la théorie

en tre deux partenaires, analyste

éternellem ent

et

complexes,

n on

mais

Elle

s’en

occupe

seulem ent

au

moyen

’u ne pensée abstraite,

’u ne relation concrète

sur l’autre '.

d ’un e théorie d o n t je ferai état

hum aine

qui

justifie sa pratique. C ependant, le fil inaltérable

des

principes fondam entaux de la

psychanalyse traverse

le siècle, ord o n n e les singularités

de la pensée analyti­

que et assure la rigueur légitim ant le

nalyste. O r, quel est ce fil qui assure u ne telle conti­

nuité, quels sont les fondem ents de l’œ uvre freudienne ? Ces fondem ents on t été com m entés, résu­ més e t réaffirm és d ’innom brables fois. C om m ent vous les transm ettre alors d ’une façon nouvelle ? C om m ent parler de Freud au jo u rd ’hui ?

travail du psycha­

J ’ai

pris

l’option

de

vous

soum ettre

m a

lecture

de

l ’œ uvre freudienne à p artir d ’une question qui m ’a

habité tous ces derniers jours, tandis que j ’écrivais ce texte. Je me suis sans cesse dem andé ce qui m e frappait

le plus chez Freud, ce qui de lui vivait en moi, dans le travail avec mes analysants, dans la réflexion théori­

que qui oriente m on écoute, e t dans le désir qui m ’anim e de transm ettre et faire exister la psychanalyse

cet instant où vous lisez ces

com m e elle existe en

18

S. Freud

pages. Ce qui me frappe le plus chez Freud, ce qui dans son œuvre me renvoie à moi-même et qui donc

com m unique ainsi à l’œ uvre son actualité vivante, ce

n

d o n t je vais po u rtan t vous parler,

’est point sa théorie ni m êm e sa m éthode

que j ’applique dans m a

pratique.

Non.

Ce qui m ’enchante quand je

lis Freud,

quand je

pense à lui et le fais vivre, c ’est sa force, sa folie, sa force folle et géniale de vouloir saisir chez l’autre les causes de ses actes, de vouloir trouver la source qui anim e un être. Sans doute, Freud est-il avant tout une volonté, un désir acharné de savoir ; mais son génie est ailleurs. Le génie est autre chose que le vouloir ou le désir. Le génie de Freud est d ’avoir com pris que

p o u r saisir les causes secrètes qui anim ent u n être, qui anim ent cet autre qui souffre et que nous écoutons,

il faut d ’abord e t surtout découvrir ces causes en soi- même, refaire en soi — tout en gardant le contact avec l’autre qui est en face — le chem in qui va de nos propres actes à leurs causes. Le génie ne réside donc pas dans le désir de dévoiler une énigm e, mais de prêter son moi à ce désir ; de faire de notre moi l’instrum ent capable d ’approcher l ’origine voilée de la souffrance de celui qui parle. La volonté de découvrir,

si tenace chez

tionnelle d ’engager son m oi p o u r y parvenir, c ’est cela que j ’adm ire ta n t e t d o n t je ne saurai jam ais vous rendre com pte pleinem ent avec des mots et des

concepts. Le génie freudien ne s’explique ni ne se

ne

transm et,

inouïe du fondateur. Non, le génie freudien est le saut que tout analyste est appelé à accom plir en lui-même toutes les fois q u ’il écoute véritablem ent son analysant.

*

Freud, conjuguée à cette m odestie excep­

et

pourtant,

il

p eu t

dem eurer la grâce

19

Schéma

de

la

logique de la pensée freudienne

Freud

nous

a

laissé

une

œ uvre im m ense — il fut,

nous le savons, un travailleur infatigable — et toute sa doctrine est m arquée par son désir de déceler l’ori­

gine de la souffrance de l’autre en se servant de son propre moi. Je vais donc essayer de vous présenter

l’essentiel de cette doctrine, rie freudienne, sans oublier

sans cesse renouvelée de dire ce qui nous m eut, de dire l’indicible. Toute l’œuvre freudienne est à cet égard une im m ense réponse, une réponse inachevée à la question : quelle est la cause de nos actes ? Com m ent fonctionne n o tre vie psychique ?

Je voudrais ju ste m en t vous faire com prendre l’essen­ tiel du fonctionnem ent m ental tel que l’envisage la psychanalyse e t tel q u ’il se confirm e lorsque le psycha­ nalyste est avec son patient. La conception freudienne de la vie m entale p eu t en effet se form aliser en un

lors

de notre relecture des écrits de Freud. A m esure que nous avons cherché à nous rapprocher davantage du cœ ur de la théorie au lieu de l’ap p réh e n d er du dehors,

nous l’avons vue se transfigurer. D ’abord la com plexité

s’est réduite. Puis les différentes parties se sont im bri­

enfin

à

vous transm ettre u n tel schéma, j ’aurai alors accom pli pleinem ent m on propos, celui de vous introduire à l’œ uvre de Freud, car ce schém a rep ren d étonnam m ent la logique im plicite e t interne de l ’ensem ble des textes freudiens. Dès l’Esquisse d ’une psychologie scientifique

les fondem ents de la théo­ q u ’elle reste u ne tentative

schém a logique élém entaire qui nous est apparu

quées

en

une

les unes

sim ple

dans

épure

les autres

de

leur

p o u r rapport.

s’o rd o n n er

Si je

réussis

20

S. Freud

parue en

1895, ju sq u ’à son d ern ier ouvrage, VAbrégé de

psychanalyse écrit en 1938, Freud ne cesse de reproduire

spontaném ent, souvent à son insu, en tisme de la pensée, le m êm e schém a

selon diverses variantes. C ’est précisém ent cette logique

essentielle que je tenterai m aintenant de vous exposer.

de base exprim é

un quasi-automa­

Nous procéderons de la façon suivante : je

com m en­

cerai par construire avec vous ce schém a élém entaire, et le m odifierai progressivem ent à m esure que nous

développerons les thèm es m ajeurs que sont

le refoulement, la sexualité, le complexe d ’Œdipe, et le transfert

dans la cure analytique.

l ’inconscient,

*

base. En quoi consiste-

rappeler q u ’il

corrigée d ’u n m odèle conceptuel déjà

classique utilisé par la neurophysiologie du XIXe siècle

afin

nerveux,

to

un

m oderne.

très

sim ple et bien connu (figure 1). Il com porte deux extré­

le sujet

perçoit l’excitation,

tité « x » d ’énergie — lorsque par exem ple il reçoit

un léger coup de m arteau m édical sur le genou. Celle de droite, extrém ité m otrice, transform e l’énergie —

dans

reçue

mités : celle de gauche, extrém ité sensitive

Venons-en à notre schém a de

il

m e

t-il ? P our rép o n d re,

est u ne version

u t

de

de

ren d re

et

faut d ’abord

com pte

de

la circulation de l’influx de l ’arc réflexe. Je précise

baptisé

schém a

suite

que le m odèle de l’arc réflexe reste toujours fondam ental de la neurologie

neurologique

de

l’arc

réflexe

est

c’est-à-dire l’injection d ’une quan­

paradigm e

Le

schém a

en

une

réponse

im m édiate

du

corps

21

no tre exem ple, la jam be

réflexe d ’extension. E ntre les deux extrém ités

s’installe ainsi u ne tension qui apparaît avec l’excitation et disparaît avec la décharge écoulée par la réponse

en form e d ’arc transform er

en action, et conséquem m ent abaisser la tension du

est donc très clair : recevoir l’énergie, la

m otrice. Le principe régissant ce trajet

m en t

réagit aussitôt par u n

mouve­

circuit.

Le principe régissant ce trajet m en t réagit aussitôt par u n mouve­ circuit. Figure

Figure 1 Schéma de l’arc réflexe

22

S. Freud

Nous croyons que [le principe de plaisir] est chaque fois provoqué par une tension déplaisante et qu’il prend une direction telle que son résultat final coïncide avec un abaissement de cette tension, c’est-à-dire avec un évitement de déplaisir ou une production de plaisir.

S. Freud

schém a réflexe au

du psychisme. Eh bien, le psychisme

est égalem ent gouverné par le principe visant à résor­ ber l’excitation e t abaisser la tension, à ceci près que le psychisme — nous allons le voir — échappe ju stem en t à ce principe. Dans la vie psychique, en effet, la tension

ne s’épuise jam ais. Nous sommes, .tant que nous vivons, constam m ent sous tension psychique. Ce principe d ’abaissem ent de tension, que nous devons plutôt considérer com m e une tendance et jam ais com me un accom plissem ent effectif, porte en psychanalyse le nom de Principe de déplaisir-plaisir. Pourquoi l’appeler ainsi « déplaisir-plaisir » ? Et pourquoi affirm er que le psy­ chisme est toujours sous tension ? Pour répondre, reprenons les deux extrém ités de l’arc réflexe, mais cette fois en irhaginant q u ’il s’agit des deux pôles de l’appareil psychique lui-même, celui-ci étant im m ergé dans le m ilieu de la réalité extérieure. La frontière de l’appareil sépare donc un dedans d ’u n dehors qui l’en toure (figure 2).

*

fonctionnem ent

A ppliquons

à

présent ce mêm e

23

Dans le pôle gauche, extrém ité

sensitive, nous rep é­

rons

deux

caractéristiques

propres

au

psychisme :

a)

L’excitation est toujours d ’origine interne et

jam ais externe. Q u ’il s’agisse d ’une excitation prove­

n a n t d ’une source externe com m e par exem ple le choc

provoqué par la vue d ’u n

ou q u ’il s’agisse d ’un e excitation provenant d ’u ne

source corporelle, un besoin telle la faim, l’excitation dem eure toujours interne au psychisme puisque aussi

bien

une em preinte psychique à la m anière d ’un sceau

im prim é dans la cire. En u n m ot, la source de l’excita­

tion endogène est une em preinte, une idée, une image ou, pour em ployer le term e approprié : un représentant

idéationnel chargé d ’énergie, appelé encore représen­ tant des pulsions. Term e — celui de pulsion — que nous rencontrerons souvent dans ce chapitre.

le choc extérieur ou les besoins intérieurs créen t

violent accident de voiture,

Ce représentant, ayant

été chargé u ne prem ière fois, a la particularité de rester

si d u rablem ent excité à la m anière d ’u n e batterie, que

toute tentative de l ’appareil psychique p o u r résorber l’excitation et supprim er la tension s’avère une ten ta­

tive vouée

entretient dans

l’appareil u n niveau élevé de tension vécu douloureuse­

b) Deuxième caractéristique.

à l’échec.

stim ulation

Or,

cette

ininterrom pue

m

ent

par

le

sujet

com m e

un

appel

p erm anent

à

la

décharge.

C ’est

cette

tension

pénible

que

l’appareil

psychique

tente en

vain d ’abolir, sans jam ais y parvenir

véritablem ent, que

ainsi un

à

Freud nom m e

déplaisir. Nous avons

et

que

état de

u n

déplaisir effectif et incontournable,

de plaisir absolu

l’opposé

état hypothétique

24

S. Freud

l’on obtiendrait si l’appareil réussissait à diatem ent toute l’énergie et élim iner la

sons bien le sens de chacun de ces deux mots : déplaisir signifie m aintien ou augm entation de la tension, et

plaisir, suppression de la tension.

blions pas que l ’état de tension déplaisant et pénible n ’est rien d ’autre que la flam m e vitale de notre activité m entale ; déplaisir, tension et vie d em eurent à jam ais inséparables.

écouler im m é­ tension. Préci­

C ependant,

n ’ou­

Dans le psychisme donc, la tension ne disparaît jam ais totalem ent, propos qui peut se traduire par :

dans le psychisme, le plaisir absolu n ’est jam ais obtenu. Mais pourquoi la tension est-elle toujours pressante et le .plaisir absolu jam ais atteint ? Pour trois raisons. La

psychique

de l’excitation est à ce p oint intarissable que la tension reste éternellem ent réactivée. La deuxièm e raison

concerne le pôle d ro it de

ne peut opérer com m e le l’excitation par

d ’évacuer la tension. Non, le psychisme ne p eu t répon­ dre à l ’excitation que par u ne m étaphore de l ’action, une image, une pensée ou une parole représentant l’action et non l’action concrète qui aurait perm is l’entière décharge de l’énergie. Dans le psychisme,

n o tre schéma. Le psychisme système nerveux et résoudre

prem ière, vous la connaissez déjà : la source

u n e action m otrice im m édiate, capable

toute réponse

est inévitablem ent médiatisée par une

représentation

qui

ne

p eut

o p érer

q u ’u ne décharge

partielle. De la m êm e m anière que

nous avons placé

au pôle gauche le représentant psychique de la pulsion (excitation pulsionnelle continue), nous plaçons au pôle droit le rep résen tan t psychique d ’une action. Aussi l’appareil psychique reste-t-il soumis à un e tension irré­

25

ductible : à la porte d ’entrée, l’afflux des excitations est constant et excessif ; à la sortie, il n ’y a q u ’un simulacre de réponse, une réponse virtuelle qui opère seulem ent une décharge partielle.

Mais il est encore u ne troisièm e raison, la plus im por­ tante et la plus intéressante pour nous, qui explique pourquoi le psychisme est toujours sous tension. Elle consiste en l’intervention d ’un facteur décisif que Freud nom m e refoulement. Avant d ’expliquer ce q u ’est le refoulem ent, il m e faut préciser q u ’en tre le représen­ tant-excitation et le représentant-action, s’éten d un réseau de nom breux autres représentants qui tissent la tram e de n o tre appareil. L ’énergie qui afflue et circule de gauche à droite, de l’excitation à la décharge, traverse nécessairem ent ce réseau interm é­ diaire. C ependant, l’énergie ne circule pas de la m êm e m anière parm i tous les représentants (figure 2).

26

Figure 2 Schéma de l’arc réflexe appliqué au fonctionnement du psychisme

Figure 2 Schéma de l’arc réflexe appliqué au fonctionnement du psychisme

Si nous figurons le refoulem ent com m e u n e barre qui sépare notre schém a en deux parties, le réseau

interm édiaire se divise ainsi :

que nous rassemblons com m e

situé à gauche de la barre, sont très chargés d ’énergie et se connectent de telle façon q u ’ils form ent la voie la plus courte et la plus rapide pour ten ter de parvenir à la décharge. Parfois, ils s’organisent à la m anière d ’un e grappe et font confluer toute l’énergie en un seul rep résentant (condensation) ; d ’autres fois, ils se

relient l’un d errière l’autre en file indienne p o u r laisser

l’énergie fluer plus facilem ent

Certains autres représentants du réseau — que nous

com me un groupe plus restreint situé

à droite de la b arre — sont tout autant chargés d ’én er­

gie

s’opposent

décharge

à

m ajoritaire de représentants. U n conflit s’installe alors

entre

qui veut to u t de suite

allons rassembler

certains

représentants,

un groupe majoritaire

(déplacem ent) *.

la

et

ch erch en t

lente

et

aussi

à

s’en

délivrer, mais en une

Ces

derniers

par le prem ier groupe

m aîtrisée.

voulue

décharge

ces

deux

rapide

groupes : l’u n

* Cette vision économique du mouvement et de la répartition

de l’énergie peut se traduire en laquelle Y énergie qui investit une

signification de la représentation. Dire qu’une représentation est chargée d’énergie équivaut à dire qu’une représentation est signi­ fiante, porteuse de signification.

Ainsi le mécanisme de la condensation de l’énergie correspond- il à la figure de la métonymie selon laquelle une seule représentation concentre toutes les significations ; et le mécanisme du déplacement, à la figure de la métaphore selon laquelle les représentations se voient attribuer une par une, successivement, toutes les significa­ tions. Notons par ailleurs que pour Lacan, ce rapport est inversé :

la condensation est le ressort de la métaphore ; et le déplacement, le ressort de la métonymie.

une vision « sémiotique » selon représentation correspond à la

28

S. Freud

le plaisir d ’une décharge totale — le plaisir est ici souverain ; et l’autre groupe qui s’oppose à cette folie, rappelle les exigences de la réalité et incite à la m odéra­ tion — la réalité est ici souveraine. Le principe qui gouverne ce deuxièm e groupe de représentants se nom m e Principe de réalité.

Le p rem ier groupe

constitue le système inconscient qui

a

donc

p o u r mission

d ’écouler au plus vite

la tension

et essayer d ’atteindre le plaisir absolu. Ce

système a

les caractéristiques suivantes : il est com posé exclusive­

m ent de représentants de pulsion, com m e si le rep ré­

sentant du pôle gauche s’était dém ultiplié en beaucoup

d ’autres. Freud les nom m e « représentations in­

conscientes ». Ces représentations, il les appelle aussi

« représentations de chose » parce q u ’elles consistent en des images (acoustiques, visuelles ou tactiles) de

chose ou de bribes de chose im prim ées dans l ’in­ conscient. Les représentations de chose sont de nature principalem ent visuelle et fournissent la m atière avec laquelle se façonnent les rêves, et surtout les fantasm es. Ajoutons que ces images ou traces m nésiques ne sont dénom m ées « représentations » q u ’à condition d ’être investies d ’énergie. Aussi, un rep résentant psychique est-il la conjonction d ’une trace im agée (trace laissée par l’inscription de fragm ents de choses ou événem ents réels), et de l’énergie qui ranim e cette trace. Les rep ré­ sentations inconscientes de chose ne respectent pas les contraintes de la raison, de la réalité ou du tem ps —

l’inconscient n ’a

pas d ’âge. Elles ne rép o n d en t q u ’à

une seule exigence : chercher instantaném ent le plaisir absolu. A cette fin, le système inconscient fonctionne

suivant les m écanism es de condensation et déplacem ent

29

destinés à favoriser u ne circulation fluide de l’énergie.

L ’énergie

sera

dite

libre

puisqu’elle

circule

en

toute

m obilité

et

avec

peu

d ’entraves

dans

le

réseau

inconscient.

Le deuxièm e groupe de représentants constitue éga­ lem ent u n système, le système préconscient-conscient. Ce groupe cherche aussi le plaisir, mais à la différence de l’inconscient, il a p o u r mission de redistribuer l’énergie — énergie liée — et de l’écouler lentem ent suivant les indications du Principe de réalité. Les repré­ sentants de ce réseau se nom m ent « représentations préconscientes et représentations conscientes ». Les prem ières sont des représentations de m ot ; elles recou­ vrent différents aspects du m ot tels que son im age acoustique quand le m ot est prononcé, son im age graphique, ou encore son im age gestuelle d ’écriture. Q uant aux représentations conscientes, chacune est com posée d ’u n e représentation de chose accolée à la représentation du m ot qui désigne cette chose. L’im age acoustique d ’un m ot, par exem ple, s’associe à une im age m nésique visuelle de la chose pour lui assigner un nom , m arquer sa qualité spécifique, et la rendre ainsi consciente.

la

décharge, c ’est-à-dire le plaisir ; mais tandis que le prem ier tend au plaisir absolu et n ’obtient, com m e

nous le verrons, q u ’u n

vise et o btient un

*

Soulignons-le :

les

deux

systèmes

partiel,

ch erch en t

plaisir

le

second,

lui,

plaisir tem péré.

Cela étant posé, nous pouvons à présent nous dem an­

der : q u ’est-ce

que

le

refoulem ent ? Parm i

30

les

défïni-

S. Freud

tions possibles, je proposerai celle-ci : le refoulem ent est u n épaississem ent d ’énergie, u ne chape d ’énergie qui em pêche le passage des contenus inconscients vers

le préconscient. O r cette censure n ’est pas infaillible :

certains élém ents refoulés passent outre, font brusque­ m ent irruption dans la conscience sous une form e déguisée, et su rp ren n en t le sujet incapable d ’identifier leur origine inconsciente. Ils apparaissent donc dans la conscience, mais tout en restant incom préhensibles

et énigm atiques p o u r le

sujet.

Ces extériorisations déform ées de l’inconscient réus­ sissent alors à décharger u n e partie de l’énergie pul­ sionnelle, décharge qui procure un plaisir seulem ent partiel et substitutif eu égard à l’idéal poursuivi d ’une satisfaction com plète et im m édiate qui aurait été obte­ nue par une hypothétique décharge totale. L ’autre partie de l’énergie pulsionnelle, celle qui n ’a pas fran­

dans l’inconscient pénible.

avait pour

fonction d ’abaisser la tension et provoquer la décharge

d ’énergie. Sachant m aintenant que la stim ulation endo­

chi le refoulem ent, reste confinée et réalim ente sans cesse la tension

Nous

avions dit que

l’appareil psychique

gène est ininterrom pue, que la incom plète, que le refoulem ent

et oblige celle-ci à trouver des expressions détournées, nous pouvons donc conclure q u ’il existe différents types de décharge p ro cu ran t du plaisir :

réponse est toujours augm ente la tension

• U ne décharge hypothétique, immédiate et totale qui pro­

voquerait un plaisir absolu. Cette pleine décharge s’ap­ parente au cas de la disparition de la tension lors

d ’u n e réponse m otrice du corps. Or, p o u r le psychisme,

31

nous le savons, cette solution idéale est impossible.

C ependant, lorsque nous aborderons le thèm e de la

sexualité, nous verrons com bien cet idéal d ’u n plaisir absolu reste la référence incontournable des pulsions sexuelles.

U ne

décharge

médiate et contrôlée par l’activité intel­

lectuelle

qui procure

(pensée, m ém oire, jugem ent, attention, etc.),

un

plaisir tem péré.

Et enfin,

u ne

décharge médiate et partielle obtenue

quand

l’énergie

et les

contenus

de

l’inconscient fran­

chissent

la

barrière

du

refoulem ent.

Cette

décharge

génère

un

plaisir

partiel

et

substitutif

in h éren t

aux

form ations

Ces

trois

figure 2 de

de

l’inconscient.

types

de

plaisirs

la page 27.

*

sont

représentés

dans

la

Avant de reprendre et résum er notre schém a du fonctionnem ent psychique, il nous faut établir quelques précisions im portantes concernant la signification du

m ot « plaisir » et la fonction du refoulem ent. A propos

du plaisir, rem arquons que la satisfaction partielle et

substitutive attachée aux form ations de l’inconscient

n ’est pas nécessairem ent ressentie

une sensation agréable de plaisir. Il arrive m êm e sou­ vent que cette satisfaction soit vécue paradoxalem ent com m e un déplaisir, voire com m e une souffrance endu­ rée par le sujet en proie à des symptômes névrotiques ou à des conflits affectifs. Mais alors, pourquoi em ployer ce term e de plaisir pour qualifier le caractère pénible de la m anifestation d ’u ne pulsion ? Parce q u ’en

par le sujet com m e

32

S. Freud

toute rigueur, la notion freudienne de plaisir est à en ten d re au sens économ ique de « baisse de la ten­ sion ». C’est le système inconscient qui, par une dé­ charge partielle, trouverait du plaisir à soulager sa tension. Aussi, devant u n symptôm e qui fait souffrir, devons-nous discerner clairem ent la souffrance éprouvée par le p atient et le plaisir non ressenti gagné par l’inconscient.

et

soulevons le problèm e suivant : pourquoi faut-il q u ’il y ait refoulem ent ? Pourquoi faut-il que le m oi s’oppose aux sollicitations d ’u ne pulsion qui ne dem ande q u ’à se satisfaire et libérer ainsi la tension déplaisante qui règne dans l’inconscient ? Pourquoi faire barrage à la décharge libératrice de la poussée inconsciente ? Quelle est la finalité du refoulem ent ? L ’objectif du refoule­ m ent n ’est pas tant d ’éviter le déplaisir qui règne dans

l’inconscient, que d ’éviter le risque extrêm e encouru par le moi de satisfaire entièrem ent et directem ent l’exigence pulsionnelle. En effet, la satisfaction im m é­ diate et totale de la poussée pulsionnelle détruirait par sa dém esure l’équilibre de l ’appareil psychique. Il existe donc deux sortes de satisfactions pulsionnelles. L’une, totale, que le m oi idéalise com m e u n plaisir absolu, mais q u ’il évite — grâce au refoulem ent — com m e un excès destructeur 2. L’autre satisfaction est une satisfaction partielle, m odérée et exem pte de périls, que le moi tolère.

Venons-en

m aintenant

au

rôle

du

refoulem ent

 

*

Nous

pouvons

à

présen t

résum er

en

un

m ot

le

schém a

logique

qui

traverse

en

filigrane

l’œuvre

de

33

Freud et, ce faisant, définir l’inconscient. Reportons- nous à la figure 3 et posons-nous la question : com m ent fonctionne le psychisme ?

L

’essentiel de

la logique

du

fonctionnem ent psychi­

que

considéré

du

point

de

vue

de

la

circulation

de

l’énergie,

se résum e

donc

en

quatre

tem ps :

Premier temps : excitation continuelle de la source et m ouvem ent de l’énergie en quête d ’une

décharge com plète jam ais atteinte temps : la b arrière d u refoulem ent

s’oppose au

—»

Deuxième

m

ouvem ent d ’énergie —» Troisième temps : la part

d

’énergie qui ne franchit pas la b arrière reste

confinée dans l’inconscient, et rétroagit sur la source d ’excitation —» Quatrième temps : la part

d ’énergie qui franchit la barrière du refoulem ent,

s’extériorise sous la form e du plaisir partiel in h é­ ren t aux form ations de l’inconscient.

Q uatre

tem ps

donc :

la

poussée

constante

de

l ’in­

conscient, l’obstacle qui s’y oppose, l’énergie qui reste,

e t l’énergie qui passe. Voilà le schém a que je souhaitais

à

l’épreuve de votre lecture des textes freudiens. Peut- être constaterez-vous com bien Freud raisonne confor­ m ém ent à cette logique essentielle des quatre tem ps 3.

vous proposer en

vous

dem andant

de

le

m ettre

34

2

2 DEDANS — 4 Plaisir partiel Plaisir absolu FORMATIONS DE L’INCONSCIENT • Actes involontaires • M

DEDANS

4

Plaisir

partiel

Plaisir

absolu

FORMATIONS DE L’INCONSCIENT

• Actes involontaires

• M anifestations pathologiques

• R elations affectives

avec une personne

• avec des choses

• vis-à-vis de nous-même

• transférées au psychanalyste

DEHORS

Figure 3

Schéma des 4 temps du fonctionnement psychique 1. Mouvement continuel de l’énergie vers le plaisir absolu 2. Barre du refoulement qui s’oppose au mouvement d’énergie 3. Energie qui ne franchit pas la barre du refoulement et relance une nouvelle excitation 4. Énergie qui franchit la barre du refoulement et s’extériorise sous la forme de plaisir partiel inhérent aux formations de l’inconscient

Définitions

de

l ’inconscient

A bordons m aintenant l ’inconscient suivant les diffé­ rents points de vue établis par Freud, en tenant com pte des vocables particuliers qui désignent les deux extré­

m ités du schém a : la source de l’excitation (temps 1) et les form ations extérieures de l’inconscient (temps 4).

C hacune de ces extrém ités p ren d ra un nom différent

selon la perspective et la term inologie avec lesquelles

Freud

définit l’inconscient.

Définition de l’inconscient du point de vue descriptif.

— Si nous

à-dire du p o in t de vue descriptif d ’u n

m êm e par exem ple à l’égard de mes propres m anifesta­

tions

n an t de l’inconscient de l’autre, nous n ’en percevrons que les rejetons. L’inconscient, lui, reste supposé

com m e un processus obscur et inconnaissable à l’ori­ gine de ces manifestations. Un sujet com m et un lapsus par exem ple, et nous concluons aussitôt : « Son inconscient parle. » Mais nous n ’expliquons rien sur le processus qui sous-tend cet acte ; l’inconscient nous est inaccessible.

envisageons l’inconscient

du dehors, c ’est- observateur, moi-

inconscientes ou à l’égard des m anifestations ém a­

Et quand bien m êm e

m éconnaîtrions-nous la nature

de l’inconscient, il nous reste à savoir com m ent rep érer

les rejetons de l’inconscient. Parm i l’infinie variété des expressions et des com portem ents humains, lequel identifier com m e un acte surgi de l’inconscient ?

Q uand

conscient ? Les form ations de l’inconscient se présen­ tent à nous comme des actes inattendus qui surgissent

pouvons-nous

affirm er :

ici

il

y

a

de

l’in­

36

S. Freud

brusquem ent dans notre conscient et dépassent nos intentions et n o tre savoir conscient. Ces actes peuvent être des conduites ordinaires com m e, par exem ple, les

actes m anqués, les oublis, les rêves ou m êm e l’appari­ tion soudaine de telle ou telle idée, voire l ’invention im prom ptue d ’un poèm e ou d ’un concept abstrait, ou encore des manifestations pathologiques qui font souffrir, tels les symptômes névrotiques ou psychoti­ ques. Mais q u ’ils soient norm aux ou pathologiques, les rejetons de l’inconscient restent toujours des actes surprenants et énigm atiques pour la conscience du sujet et du psychanalyste. A partir de ces productions psychiques term inales et observables, nous supposons

actif

l’existence d ’u n processus inconscient

qui agit en nous, sans q u ’au m êm e m om ent nous le

sachions. Nous nous trouvons vis-à-vis de l’inconscient devant un phén o m èn e qui s’accom plit indépendam ­ m ent de nous et déterm ine cependant ce que nous sommes. En présence d ’u n acte non intentionnel, nous

postulons l’existence de com m e la cause de cet

qualité essentielle, l’essence m êm e du psychisme, le psychisme lui-même. Le conscient ne serait alors q u ’un

épiphénom ène, un effet secondaire du processus psy­ chique inconscient. « Il faut voir dans l’inconscient — nous dit Freud — le fond de toute vie psychique.

L’inconscient est pareil à un grand cercle qui enferm e­

rait le conscient com m e un cercle plus petit (

conscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité 4. »

obscur

et

l’inconscient,

acte,

mais

n on

seulem ent

com m e

la

encore

).

L ’in­

Définition de l ’inconscient du point de vue systématique.

— Nous avons déjà défini l’inconscient com m e un

37

système en abordant la structure du réseau des repré­ sentations. Dans cette perspective, la source d ’excita­ tion s’appelle représentation de chose, et les produits ter­

m inaux sont des manifestations déformées de l ’inconscient. Le rêve en est le m eilleur exem ple.

Définition de l ’inconscient du point de vue dynamique. Le concept de refoulement

La théorie du refoulement est le pilier sur lequel repose

l ’édifice de la psychanalyse.

S. Freud

Si m aintenant nous définissons l’inconscient du point de vue dynam ique, c’est-à-dire du p o in t de vue de la

lutte entre la m otion qui pousse et le refoulem ent qui em pêche, la source d ’excitation se nom m e alors représentants refoulés, et les productions term inales sont des échappées m éconnaissables de l’inconscient sous­ traites à l’action du re fo u le m e n t5. Ces dérivés du refoulé s’appellent retours du refoulé, rejetons du refoulé ou encore rejetons de l ’inconscient. Rejetons, au sens de jeunes pousses d ’inconscient qui, m algré la chape du

la surface de la

conscience. Les exem ples les plus fréquents de ces rejetons déform és du refoulé sont les symptôm es névro­ tiques. Je pense à cet analysant qui, au volant de sa voiture, est soudainem ent assailli par l’im age obsédante d ’u ne scène dans laquelle il se voit h eu rte r délibéré­

m ent une

fixe qui s’im pose à lui,

refoulem ent, éclosent déguisées à

vieille

fem m e

traversant la rue. Cette idée le fait souffrir et l’em pêche

souvent d ’utiliser son véhicule, se révélera au cours de

38

S. Freud

l’analyse

com m e

le

rejeton

conscient et

dissimulé

du

représen tan t

refoulé

de

l’am our

incestueux

pour

sa

m ère.

La

représentation

inconsciente

« am our

inces­

tueux » a donc

franchi la barre

du

refoulem ent pour

apparaître dans

la conscience transform ée en son con­

traire,

m eurtrière ».

Rem arquons que ces apparitions conscientes du refoulé, ces retours du refoulé peuvent se concevoir égalem ent com m e des solutions de com prom is dans le conflit qui oppose le m ouvem ent du refoulé vers la

conscience et le refoulem ent qui le repousse. « Solution

à

savoir

une

image

obsédante

d ’ « im pulsion

de

com prom is » signifie que le retour du refoulé est

un

mixte com posé en partie du refoulé et en partie

d ’un élém ent

le reto u r du refoulé est un déguisem ent conscient du refoulé, mais incapable cependant de le m asquer

com plètem ent. Ainsi, dans notre exem ple, la figure de la victime, incarnée par la vieille dam e, laisse-t-elle transparaître, sous les traits d ’une fem m e âgée, la figure refoulée de la m ère. U ne autre illustration des traces visibles du refoulé dans le reto u r du refoulé nous est proposée par Freud quand il com m ente u ne célèbre gravure de Félicien Rops. L ’artiste y figure le cas d ’un ascète qui, p o u r chasser la tentation de la chair (le refoulé), se réfugie au pied de la Croix (refoulem ent) et voit surgir avec stupeur l’im age d ’un e fem m e nue crucifiée (retour du refoulé com m e solution de com­ prom is) à la place du Christ. Le reto u r du refoulé est

conscient qui le masque. A utrem ent dit,

ici

un com prom is entre la fem m e nue (partie visible

du

refoulé) et la croix qui la supporte (refoulem ent).

A joutons par ailleurs que les rejetons de l’inconscient

peuvent, u ne

fois parvenus

39

à la conscience, subir une

nouvelle

l’inconscient

action

du

refoulem ent

dit

qui

les

renvoie

ou

dans

(refoulem ent

secondaire

refoule­

m

ent après-coup).

U n m ot encore p our justifier

la définition du refoule­

m

ent que nous avons avancée plus haut com me étant

u ne chape d ’énergie qui em pêche le passage des conte­ nus inconscients vers le préconscient *. Freud, en effet,

com m e destiné

u n je u com plexe de m ouvem ents d ’énergie. Je u

n ’a jam ais renoncé à considérer le refoulem ent

d

’u ne part à contenir et fixer dans l’enclos de

l’in­

conscient les représentations refoulées, et d ’autre

p art

à ram ener dans l’inconscient les représentations fugiti­ ves qui étaient parvenues au préconscient ou à la

conscience après avoir déjoué la vigilance du refoule­

m

ent. Aussi Freud distingue-t-il deux genres de refoule­

m

ent : un refoulement primaire qui contient et fixe les

représentations refoulées au sol de l’inconscient, et un refoulement secondaire qui refoule — au sens littéral de faire reculer — dans le système inconscient les rejetons préconscients du refoulé.

non

refoulées

seulem ent

Le

refoulem ent

une

prim aire,

des

le

plus

prim itif,

est

fixation

représentations

* Les « éléments refoulés » qui passent à travers la barre du refoulement peuvent être la représentation, munie de sa charge énergétique, ou bien (ce que privilégie Freud) la charge seule, détachée de la représentation. Nous examinerons plus loin la pre­ mière éventualité, celle du passage dans le conscient de la représen­ tation investie de sa charge. Quant à la seconde éventualité, celle du passage de la charge seule, Freud entrevoit quatre destins possi­ bles : rester entièrement refoulée ; passer la barre et se commuer en angoisse phobique ; passer la barre et se convertir en troubles somatiques dans l’hystérie ; ou encore, passer la barre et se transfor­ mer en angoisse morale dans l’obsession.

40

S. Freud

au sol de l’inconscient, mais u ne cloison énergétique

la

Cette

cloison est dite « contre-investissem ent », c ’est-à-dire investissem ent contraire que le système Précons-

que

poussée

le préconscient et le conscient dressent contre

d ’énergie

libre venant de

l’inconscient.

cien t/C o n scien t oppose aux tentatives d ’investissem ent

de

la poussée

inconsciente.

Le deuxièm e

m ode

de refoulem ent, do n t le but est

de renvoyer le

rejeton

dans son lieu d ’origine, est

aussi

un

m ouvem ent

d ’énergie,

mais

plus

com plexe.

Pour

l’essentiel, il se résum e trées autour du rejeton refoulé :

aux

conscient ou

opérations

cen­ préconscient du

suivantes

 

D ’abord,

retrait

de

la charge préconsciente-

consciente d ’énergie

liée

que

le

rejeton

avait acquise

lors de son conscient.

séjour

dans

le

préconscient

ou

dans le

• U ne fois délesté de sa charge préconsciente-

consciente et voyant son ancienne charge inconsciente

réactivée, le rejeton est

alors attiré, com m e aim anté,

par les autres représentations inconscientes fixées à jamais dans le système inconscient par le refoulem ent prim aire. Le rejeton fugitif rentre alors au bercail de l’inconscient.

Définition de l ’inconscient du point de vue économique.

— Si nous définissons cette fois l’inconscient du point de vue économ ique, celui que nous avons adopté pour développer n o tre schém a, la source d ’excitation s’ap­ pelle représentant de pulsions, et les productions term ina­ les de l’inconscient sont des fantasmes, ou plus exacte­

41

m ent des com portem ents affectifs et des choix am oureux inexpliqués, sous-tendus par des fantasmes. J ’expliquerai dans u n instant la natu re de ces fantas­ mes, mais leur localisation topique dans n otre schém a soulève le problèm e suivant. Les fantasmes peuvent non seulem ent apparaître dans la conscience — comme nous venons de le dire — au titre de productions term inales de l’inconscient telles que des liens affectifs irraisonnés ou encore, plus particulièrem ent, des rêve­ ries diurnes et des form ations délirantes ; ils peuvent aussi rester enfouis et refoulés dans l’inconscient, ayant

alors le statut de représentations inconscientes de chose. Mais les fantasm es peuvent encore jo u e r le rôle de défenses du moi contre la poussée inconsciente. C’est-à-dire q u ’u n fantasm e p eu t tout aussi bien p re n ­ dre le rôle d ’un rejeton préconscient du refoulé, d ’un contenu inconscient refoulé ou m êm e d ’u n e défense refoulante. Dans notre schéma, nous localisons le fan­ tasme tant en-deçà de la barre d u refoulem ent (temps 1)

niveau de la b arre (temps 2), ou encore, au-delà

q u ’au

de la barre (temps 4).

Définition de l ’inconscient du point de vue éthique. — Si, enfin, nous définissons l’inconscient du point de vue éthique, nous le nom m erons désir. Le désir est

le m ouvem ent d ’une intention inconsciente

un but, celui de la satisfaction absolue. Les productions term inales de l’inconscient sont à considérer ici com m e des réalisations partielles du désir ou, si l’on veut, des

satisfactions partielles et substitutives du désir eu égard

à la satisfaction idéale, jam ais atteinte. Nous qualifions

d ’éthique cette définition de l’inconscient dans la m esure où nous assimilons le m ouvem ent énergie

qui aspire à

42

S. Freud

décharge à

dre et se faire reconnaître com m e un A utre. Ethique

aussi, dans la m esure

du désir, une valeur : la valeur indépassable d ’un bien

supérieur, d ’un souverain Bien que la psychanalyse nom m e inceste. Foncièrem ent, le désir est toujours désir d ’inceste. Nous y reviendrons.

conférons au but idéal

la tendance de l’inconscient à se faire en ten ­

nous

*

Après vous avoir m ontré le fonctionnem ent de l’ap­ pareil psychique suivant la logique d ’un schém a spatial, je vous ai proposé une vision descriptive, systématique, dynam ique, économ ique et éthique de l’inconscient, mais tout ceci serait incom plet si nous n ’inscrivions n o tre appareil dans le fil du tem ps et ne l ’incluions

D eux facteurs encadrent la vie

psychique : le tem ps et les autres (figure 4). Le tem ps

dans l’univers d ’autrui.

d ’abord, car le fo nctionnem ent psychique ne cesse

de

se renouveler tout au long de l’histoire d ’un sujet,

au

point d ’échapper à la m esure du temps. L ’inconscient est hors le tem ps, c’est-à-dire perpétuel dans le tem ps historique. Silencieux ici, il réapparaît là et n e dépérit jam ais. Tentez de le faire taire, il va aussitôt revivre, rebo u rg eo n n er dans de nouvelles m anifestations. Aussi, quel que soit l’âge, l’inconscient dem eure-t-il un pro­ cessus irrépressiblem ent actif et intarissable dans ses productions. Q ue vous ayez deux jo u rs de vie ou quatre- vingt-trois ans, il persévère dans son élan et parvient toujours à se faire entendre.

Mais

nous

devons

encore

com prendre

que

la

vie

psychique

est

plongée

dans

le

m onde

d ’autrui,

dans

43

le m onde de ceux à qui nous sommes attachés par le

langage, par nos fantasm es et nos

affects.

N otre

psy­

chism e prolonge nécessairem ent le

psychisme de

l’au­

tre avec qui nous sommes en

nos excitations sont les traces que laisse en

pact du désir de l’autre, de celui ou de ceux qui nous tien n en t p o u r l’objet de leur désir. Gomme si la flèche du temps 4 du schém a de l’appareil psychique de l’autre

rejoignait p o u r la stim uler la source d ’excitation de

appareil. Et, à l’inverse, com m e si nos

propres productions ravivaient à leur to u r le désir de

relation. Les sources de

nous l’im­

notre p ropre

l’autre.

Regardons

la figure 4.

44

l’autre Figure 4 Les productions de l’inconscient de l’autre stimulent les sources de mon inconscient.
l’autre Figure 4 Les productions de l’inconscient de l’autre stimulent les sources de mon inconscient.

l’autre

l’autre Figure 4 Les productions de l’inconscient de l’autre stimulent les sources de mon inconscient. Et

Figure 4

Les productions de l’inconscient de l’autre stimulent les sources de mon inconscient. Et mes propres productions stimulent les sources de l’inconscient de l’autre

Le

sens sexuel de nos

actes

m aintenant à m êm e de form uler la

prém isse fondatrice de la psychanalyse. Nos actes, ceux qui nous échappent, non seulem ent sont déterm inés

par un processus inconscient, Ils véhiculent u n message et

chose

que ce q u ’ils m o n tren t de prim e abord. Avant Freud,

les actes les plus

anodins. A ujourd’hui, avec Freud, supposer u n sens aux conduites et aux paroles qui nous dépassent est

inattendus passaient p o u r des actes

Nous

sommes

mais surtout on t un sens.

veulent dire

autre

devenu un geste coutum ier. lapsus pour sourire aussitôt,

un

p o u r rougir parfois, en se

Il suffit de com m ettre

croyant trahi p ar la révélation

d ’un

désir,

d ’u n

sens

jusque-là voilé.

 

Mais

q u ’est-ce

q u ’u n

sens ?

Q

u ’est-ce

que

le

sens

d ’u n acte ? La signification d ’u n acte involontaire réside dans le fait q u ’il est le substitut d ’u n acte idéal, d ’u ne action im possible qui, dans l’absolu, aurait dû se pro d u ire mais n ’a pas eu lieu. Q uand le psychanalyste

in terp rète et dévoile la signification d ’u n rêve par

exem ple, que fait-il sinon

q u ’acte est le substitut d ’u n autre acte qui n ’est pas

substitut de ce qui

n ’a pas été. Nos actes involontaires ont donc u n sens.

venu à jo u r ; que ce qui est, est le

m ontrer que le rêve en tant

est la ten eu r à cette ques­

tion énonce la grande découverte de la psychanalyse.

actes est une

signification sexuelle. Mais pourquoi sexuelle ? R epor­

tons-nous

est

la source à l’origine de la tendance pulsionnelle, et

Mais com m ent qualifier ce sens ? Q uelle du sens caché de nos actes ? La réponse

Q ue dit-elle ? Q ue la signification de nos

à

la figure 5 et voyons

de

quelle

natu re

46

S. Freud

de quelle nature est le but idéal auquel cette tendance

aspire, je veux dire

n ’a

Le sens de nos actes est un sens sexuel parce que la source et le but de ces tendances sont sexuels. La source est un représentant pulsionnel d ont le contenu représentatif correspond à une région du corps très sensible et excitable, dite zone érogène. Q uant au but, toujours idéal, il est le plaisir parfait d ’une action parfaite, d ’u ne parfaite union entre deux sexes, dont Yinceste in carnerait la figure m ythique et universelle.

l’action idéale et im possible qui

pas

eu

lieu,

et

d o n t

nos actes sont les substituts.

*

Le concept psychanalytique de sexualité

Ces tendances, qui aspirent à l’idéal im possible d ’une satisfaction sexuelle absolue, naissent dans la représen­ tation d ’une zone érogène du corps, b u ten t contre le refoulem ent et s’extériorisent enfin par des actes substitutifs de l’im possible6 acte incestueux — , ces tendances s’appellent pulsions sexuelles. Les pulsions

sexuelles sont m ultiples, elles peuplent le territoire de l’inconscient et leur existence rem onte loin dans notre histoire, depuis l’état em bryonnaire, p o u r ne cesser

q u ’avec la m ort. Leurs m anifestations les plus m arquan­ tes apparaissent d u ran t les cinq prem ières années de notre enfance.

Freud décom pose la pulsion

sexuelle en

quatre

élé­

ments.

Mis

à

p art

la

source d ’où

elle jaillit

(zone

éro­

gène),

la force

qui

la

m eut

et

le

but qui

l’attire,

la

47

pulsion se sert d ’u n objet au m oyen duquel elle essaie

une

chose ou une personne, parfois soi-même, parfois une

de

parvenir

à

son

but idéal.

Cet objet peut

être

autre personne,

mais

il

est

toujours

u n

objet fantasmé

plutôt que

réel.

Cela

est im portant pour com prendre

que les actes substitutifs à travers lesquels les pulsions sexuelles s’exprim ent (une parole inattendue, un geste

involontaire ou des liens affectifs que nous ne choisis­

sons

organisés

moulés sur des fantasm es et

pas)

sont des

actes

autour d ’u n

objet fantasm é.

dois encore ajouter u n élém ent essentiel qui

caractérise ces pulsions, à savoir le plaisir particulier

pas le plaisir absolu q u ’elles

q u ’elles procurent. N on

visent, mais le plaisir lim ité q u ’elles o b tien n en t : un

Mais je

plaisir

partiel qualifié de sexuel. O r, q u ’est-ce que le

plaisir

sexuel ? Et plus généralem ent : q u ’est-ce que la

sexualité ? Du point de vue de la psychanalyse, la sexua­ lité hum aine ne se réd u it pas au contact des 'organes génitaux de deux individus, ni à la stim ulation de sensations génitales. Non, le concept de « sexuel » revêt en psychanalyse une acception bien plus large que

celle de « génital ». Ce sont les enfants et les pervers qui o n t m ontré à Freud la vaste étendue de l’idée de sexualité. Nous appellerons sexuelle toute conduite qui,

à partir d ’u n e région érogène du corps (bouche, anus,

yeux, voix, peau

procure un certain type de plaisir. Q uel plaisir ? Un plaisir qui com porte deux aspects. D ’abord, sa diffé­

rence radicale avec cet autre plaisir procuré par la

satisfaction d ’un besoin physiologique (m anger, élim i­

ner,

exem ple, son plaisir de succion, correspond du point

Le plaisir de téter du nourrisson par

),

et en s’appuyant sur u n fantasm e,

dorm ir

).

48

S. Freud

de vue psychanalytique à un plaisir sexuel qui ne se confond pas avec le soulagem ent d ’assouvir sa faim. Soulagem ent et plaisir restent certes associés, mais le plaisir sexuel de succion deviendra vite une satisfaction recherchée pour elle-même hors du besoin naturel. Le sujet prendra plaisir à sucer, indépendam m ent de toute sensation de faim. D euxièm e aspect : le plaisir sexuel — bien distinct donc du plaisir fonctionnel —, polarisé autour d ’une zone érogène, obtenu grâce à la m édia­ tion d ’un objet fantasm é (et non pas d ’un objet réel), se retrouvera parm i les différents plaisirs des caresses prélim inaires au coït lui-même. Pour garder notre exem ple, le plaisir de succion se prolongera com m e plaisir d ’em brasser le corps de l’être aimé.

Besoin, désir et amour. — P our m ieux situer l’écart

entre plaisir fonctionnel et plaisir sexuel, arrêtons-nous

u n instant et définissons clairem ent les notions de

besoin, désir et am our. Le besoin est

organe d o n t la satisfaction s’accom plit réellem ent avec

un objet concret (la nourriture par exem ple), et non avec un fantasm e. Le plaisir de bien-être qui se dégage n ’est aucunem ent sexuel. Le désir, en revanche, est une expression de la pulsion sexuelle, ou mieux, la

pulsion sexuelle elle-même quand nous lui attribuons une intentionnalité orientée vers l’absolu de l’inceste et la voyons se co ntenter avec un objet fantasm é incarné par la personne d ’un autre désirant. A la diffé­ rence du besoin, le désir naît d ’une zone érogène du corps et se satisfait partiellem ent avec un fantasm e

d o n t l’objet est u n autre désirant. Ainsi, l’autre équivaut-il à l’attachem ent à un

polarisé autour d ’u n organe érogène particulier.

l’attachem ent à objet fantasm é,

l’exigence d ’un

49

'L’amour, enfin, est aussi u n attachem ent à l’autre, mais

zone

érogène

entendu,

sans

de

m anière

globale

Bien

et

le

support

d ’u n e

définie.

ces trois états

s’im bri­

qu en t et se confondent dans toute relation am oureuse.

Mais pourquoi ces pulsions sexuelles n ’obtiennent- elles q u ’un plaisir limité ? Et encore, pourquoi se contentent-elles d ’objets fantasm és et n on pas d ’objets concrets et réels ? Pour répondre, reportons-nous à la figure 5. Eh bien, les pulsions sexuelles n ’o b tien n en t

q u ’u n plaisir partiel et substitutif, parce que c ’est le seul plaisir q u ’elles o n t pu gagner de haute lutte après s’être arrachées aux défenses du moi. Q uelles défen­ ses ? En prem ier lieu, le refoulem ent. O r, le refoule­

ou m ieux

encore, u ne pulsion. Cela voudrait-il dire q u ’il y aurait deux groupes de pulsions opposées : le groupe des

m ent est aussi à sa m anière une force,

pulsions qui ten d en t à la décharge et le groupe des

pulsions

m ière théorie des pulsions proposée par Freud au

déb u t de son œuvre et ju sq u ’en 1915 quand il intro­ duira le concept de narcissisme. Nous verrons bientôt

quelle est la deuxièm e théorie form ulée après cette

distinguons deux tendances

pulsionnelles antagonistes : les pulsions sexuelles refou­ lées et les pulsions du m oi refoulantes *. Les prem ières recherchent le plaisir sexuel absolu, tandis que les secondes s’y opposent. Le résultat de ce conflit consiste

date, mais p our le m om ent

qui s’y opposent ? Oui, c ’est ju ste m en t la pre­

* Avec cette expression « pulsions du moi refoulantes », nous

réduisons le vaste champ des pulsions du moi à son aspect essentiel. Etudier de façon exhaustive le domaine des pulsions du moi excéde­

rait les limites de ce travail.

50

OBJETS FANTASMES DE LA PULSION pouce fèces > phallus mère père psycha­ nalyste > •

OBJETS FANTASMES DE LA PULSION

pouce

fèces

> phallus

mère

père

psycha­

nalyste

>

FORMATIONS

DE L’INCONSCIENT

Actes involontaires Manifestations pathologiques

Relations affectives

avec une personne

avec des choses

vis-à-vis de nous-meme

transférées au psychanalyste

Fantasmes

Formations

inconscients

aux

de

sous-jacents

l’inconscient

/

Inceste impossible

DEHORS

Figure 5

Les pulsions sexuelles, leurs 3 principaux destins (refoulement, sublimation, fantasme) et leurs extériorisations

précisém ent

avons nom m é

en

ce

plaisir

dérivé

plaisir sexuel.

*

et

partiel

que

nous

Les

sexuelles : refoulement, sublimation et fantasm e.

Le

trois principaux

destins

des pulsions

concept de narcissisme

Si vous avez fait vôtre la logique en quatre tem ps du fonctionnem ent psychique, vous adm ettrez aisém ent que le destin des pulsions sexuelles est toujours le

m êm e : elles sont condam nées à toujours trouver, sur

le chem in de leur bu t idéal, l’opposition des pulsions

du moi, c ’est-à-dire l’obstacle du refoulem ent. Mais, outre le refoulem ent, le moi oppose deux autres obs­ tructions aux pulsions sexuelles : la sublim ation et le fantasme.

Sublimation. — La prem ière de ces entraves

consiste à d éto u rn er

son but : cette m anœ uvre s’appelle sublim ation et elle

réside dans le rem placem ent du but sexuel idéal (inceste) par un autre but non sexuel à valeur sociale.

Les réalisations culturelles et artistiques, les relations de tendresse en tre parents et enfants, les sentim ents

d ’am itié et les liens sentim entaux dans le couple, sont toutes des expressions sociales des pulsions sexuelles détournées de leur but virtuel.

Fantasme. — L ’autre barrière im posée par le

le trajet de la pulsion en changeant

La

Le

m

oi est

plus com pliquée, mais com prendre

son

m éca­

nism e nous perm ettra d ’expliquer pourquoi les

objets

avec lesquels la pulsion

obtient du

52

plaisir sexuel sont

S. Freud

des objets fantasm és et non pas réels. Cet autre obstacle que le m oi oppose aux pulsions sexuelles consiste non

pas en u n changem ent

de la sublim ation,

place

com m e si, p o u r arrêter l’élan de la pulsion sexuelle, le m oi contentait la pulsion en la leu rran t avec l’illu­ sion d ’u n objet fantasm é.

de but, com m e c ’était le cas

changement d ’objet. A la

mais

en

u n

d ’un objet réel, le moi installe un objet fantasm é,

Mais com m ent le m oi réussit-il u n tel tour de passe-

passe ?

fantasm é, il doit d ’abord incorporer au-dedans de lui l’objet réel ju s q u ’à le transform er en fantasm e. Prenons

Eh bien, p o u r changer l’objet réel en u n objet

un

exem ple et

décom posons artificiellem ent cette ruse

dp

m oi en

six étapes.

 

1.

Im aginons une relation affective avec un e per­

sonne qui nous attire et que nous aimons. Sans distin­

guer besoin, désir et am our,

tut de ladite personne, lorsqu’elle est transform ée

d ’objet réel en objet fantasm é. Supposons d ’abord que

pulsion

cette

sexuelle s’oriente.

cette personne et en faire une

préoccupons-nous du sta­

personne

Nous

soit l’objet

réel vers

lequel

la

2.

(c’est-à-dire

le moi)

aim ons

ju sq u ’à l’in co rp o rer au-dedans de nous

partie

de

nous-même.

 
 

3.

Nous

nous

identifions

ainsi

à l’être

aim é

qui est

en

nous,

et

le

traitons

avec

un

am our

plus

puissant

encore

que

celui que

nous lui portions quand

il était

réel.

4.

Alors,

la

personne

de

cesse nous com m e

aim ée

d ’être

un

au-dehors

objet fantasm é

et vit à l’in térieu r

53

qui en tretien t et ravive constam m ent la pulsion sexuelle. Ainsi, la personne réelle n ’existe plus p o u r nous que sous l’espèce d ’u n fantasm e, m êm e si conjoin­ tem ent nous continuons à lui reconnaître une existence autonom e dans le m onde. Par conséquent, quand nous aim ons, nous aim ons toujours u n être fait de l’étoffe du fantasme et référé à cet autre être réel que nous reconnaissons au-dehors.

5.

La

relation

am oureuse,

fondée

ainsi

sur

u n

fan­

tasme

qui

apaise

la

soif de

la

pulsion,

procure

donc

ce plaisir partiel

que

nous

avons qualifié

de

sexuel.

6. Nous aim erons ou haïrons n o tre prochain selon

le m ode que nous avons de chérir ou h aïr à l’in térieu r

de nous, son double fantasmé. Toutes nos relations

affectives,

le patient et son psychanalyste — am our de transfert — , toutes ces relations épousent étroitem ent les m oules du fantasm e ; fantasm e qui m obilise l’activité des pulsions sexuelles et procure du plaisir.

et en particulier la relation qui s’établit en tre

Le concept de Narcissisme. — C ependant, dans les

séquences que nous venons de découper, nous n ’avons pas relevé le geste essentiel du moi qui lui perm et de

transform er l’objet réel en objet fantasm é. Q uel est ce geste ? C ’est u ne torsion du m oi qui s’appelle narcis­ sisme. Le narcissism e est l’état singulier du m oi quand

— afin d ’incorporer l’objet réel et le transform er en

fantasm e — il p ren d la place d ’objet sexuel et se fait aim er et désirer par la pulsion sexuelle. Com m e si le

moi, p our dom pter la pulsion, la déto u rn ait de son

: « Puisque tu

but idéal et la trom pait en lui disant

cherches u n objet p o u r parvenir à tes fins sexuelles,

54

S. Freud

viens, sers-toi de moi ! » La difficulté théorique du concept de narcissisme est de bien com prendre que

m oi — identifié à l’objet

fantasm é — constituent deux parties de nous-même. Le m oi-pulsion sexuelle aim e le moi-objet. C ’est ainsi que nous pouvons form uler : le m oi-pulsion s’aim e lui- m êm e com m e u n objet sexuel. Le narcissisme ne se

définit nullem ent par un simple retour sur soi dans un « s’aim er soi-même », mais en un « s’aim er soi-même com m e objet sexuel » : le moi-pulsion sexuelle aime le m oi-objet sexuel. L ’am our narcissique du m oi p o u r lui- m êm e, en tant q u ’objet sexuel, est à la base de la constitution de tous nos fantasmes. Aussi peut-on

conclure que la m atière des fantasm es, c ’est et inévitablem ent le moi.

Résum ons donc les principaux destins des pulsions sexuelles : être refoulées, sublimées ou encore leurrées par un fantasme.

les pulsions sexuelles et le

toujours

*

Les phases

complexe d ’Œ dipe

de

la

sexualité

infantile

et

le

Mais les pulsions sexuelles rem o n ten t loin dans notre enfance. Elles o n t une histoire qui ponctue le dévelop­

pem ent de n o tre corps

m ence

ans avec l’apparition du com plexe d ’Œ dipe qui m arque l’attachem ent de l’enfant au p aren t de sexe opposé et son hostilité envers le p aren t du m êm e sexe. Ce sera

com­ trois et cinq

d ’enfant. et culm ine

L eur évolution entre

dès la naissance

55

la résolution

trouver son identité d ’hom m e ou

des événem ents survenus durant

sont frappés

amnésie infantile.

nom m e

de

de

ce

com plexe

qui conduira

l’enfant à

de fem m e. La plupart

ces prem ières années

Freud

la vie

d ’oubli,

effacem ent que

Nous pouvons dégager brièvem ent trois phases dans

l’histoire des pulsions sexuelles infantiles. Trois phases

qui se distinguent selon la dom inance

gène : la phase orale dans laquelle la zone dom inante

de la zone

éro­

est la bouche, la phase anale où c ’est l’anus

qui pré­

vaut, et la phase phallique avec le prim at de génital masculin.

l’organe

La

phase

orale

recouvre

*

les six prem iers mois du

nourrisson ; la bouche est la zone érogène prévalente

bébé non seulem ent la satisfaction de

se nourrir, mais surtout le plaisir de sucer, c’est-à-dire de m ettre en m ouvem ent les lèvres, la langue et le palais dans une alternance rythmée. Q uand on em ploie l’expression « pulsion orale » ou « plaisir oral », il faut écarter tout rapport exclusif avec la nourriture. Le

plaisir oral est fondam entalem ent plaisir d ’exercer une succion sur u n objet que l’on a dans la bouche ou que l’on porte à la bouche, et qui oblige la cavité buccale à se contracter et se relâcher successivement.

de

plaisir en marge du rassasiement doit être qualifié de sexuel. L’objet de la pulsion orale n ’est donc pas le lait q u ’il ingère en tant q u ’alim ent, mais l’afflux de lait chaud qui excite la m uqueuse, ou encore le m am e­ lon du sein m aternel, la tétine, puis quelque tem ps

Pour le nourrisson — nous l’avons vu — , ce gain

et procure au

56

S. Freud

après, u ne partie du corps propre, le plus souvent les doigts et surtout le pouce, qui tous sont des objets

réels qui

succion. Et qui tous sont des objets prétextes qui sou­

tien n en t les fantasmes. Lorsque nous observons un enfant en train de sucer son pouce bien appliqué contre le creux du palais, et le regard rêveur, nous déduisons q u ’à ce m om ent il éprouve — psychanalyti­ quem ent parlant — u n intense plaisir sexuel. N ’ou­

blions pas que l’attachem ent aux objets réels est avant

Ainsi, le

pouce réel que l’enfant suce est en vérité un objet

tout u n attachem ent à des objets fantasm és.

en tretien n en t le m ouvem ent cadencé de la

fantasm é q u ’il caresse, c’est-à-dire lui-mêm e (narcis­

sisme). A joutons q u ’il tardive qui com m ence

avec l’apparition des prem ières dents. Le plaisir sexuel

de m ordre, parfois avec rage, com plète le succion.

*

deuxièm e

plaisir de

existe encore une phase orale vers le sixième mois de la vie

La phase anale se développe au cours des

et troisièm e années. L’orifice anal est la zone érogène

dom inante, et les selles constituent l’objet réel qui

donne prise à l’objet fantasm é des pulsions anales. De

la m êm e m anière que nous avions

m anger et plaisir sexuel de succion, nous devons ici

séparer le plaisir fonctionnel de déféquer en

geant d ’u n besoin corporel, du plaisir sexuel de retenir

les selles et les éjecter brusquem ent. L ’excitation

sexuelle de la m uqueuse anale est provoquée avant tout par un rythm e particulier du sphincter anal quand

il se contracte p o u r reten ir et se dilate p o u r évacuer.

*

distingué plaisir de

se soula­

57

Originellement,

nous n ’avons connu que des objets sexuels :

la psychanalyse nous montre que des gens,

que nous croyons seulement respecter,

estimer, peuvent,

pour notre inconscient,

continuer à être des objets sexuels.

S. Freud

La phase phallique précède

l’état final du

développe­

m ent sexuel, c ’est-à-dire l’organisation génitale défini­

à

cinq ans et l’organisation génitale p ro p rem en t dite qui

apparaît

dite « de latence » p en d an t laquelle les pulsions sexuel­ les seront inhibées.

Au cours de la phase phallique, l’organe génital m âle

— pénis — jo u e le rôle dom inant. P our la fille, le

u n attribut

phallique, source d ’excitation. A l’instar des autres pha­ ses, l’objet réel donne assise à l’objet fantasm é. Ici, le

pénis et le clitoris ne sont que les supports concrets

et réels d ’u n objet

au plaisir sexuel, il résulte des caresses m asturbatoires et des attouchem ents rythmés des parties génitales, aussi rythm és que pouvaient l’être les m ouvem ents

fantasm é nom m é phallus 7. Q uant

clitoris est considéré, d ’après Freud, com m e

tive. Entre la phase phallique qui s’éten d

lors

de

la

puberté,

s’intercale

de

trois

u n e

période

alternés de la succion po u r le plaisir oral, et de la rétention/expulsion pour le plaisir anal.

Au début de cette phase, garçon et fille croient que

tous les êtres hum ains o n t ou devraient avoir « un

phallus». La différence

alors perçue par l’enfant com m e une opposition posses­ seur du phallus/privé du phallus (châtré). Ensuite, fille

et garçon suivront une voie différente ju sq u ’à leur identité sexuelle définitive. Ces voies divergent parce

des sexes hom m e/fem m e est

58

S. Freud

que l’objet (phallus) avec lequel se satisfait la pulsion phallique p ren d chez l’u n et chez l’autre u ne form e différente. P our le garçon, l’objet de la pulsion c’est- à-dire le phallus, c ’est la personne de la m ère, ou plutôt la m ère fantasm ée et quelquefois, curieusem ent, nous allons le voir, le père lui-même. Pour la fille, l’objet est d ’abord la m ère fantasm ée, puis dans un second tem ps le père. Le petit garçon entre dans l’Œ dipe et se m et à m anipuler son pénis, to u t en se

livrant à

des fantasm es liés à sa m ère. Puis, sous l’effet

com biné de la m enace de castration proférée par le

père et de l’angoisse provoquée par la perception du corps fém inin privé de phallus, le garçon renonce enfin

à

posséder l’objet-m ère. L’affect autour duquel l’Œ dipe

m

asculin s’organise, culm ine et se dénoue, c ’est l'an­

goisse ; l’angoisse dite de castration, c ’est-à-dire la

crainte d ’être privé de la partie du corps que le garçon

tient à cet âge p o u r

d ont le

l’objet le plus estim able : son pénis

p o u r

nom

« phallus ».

fantasm e

a

Chez la petite fille, le passage de la m ère au père est plus com pliqué. L ’événem ent m ajeur d u ran t l’Œ dipe fém inin est la déception que ressent la fille en consta­ tant le m anque d ’u n phallus d o n t elle croyait p o u rtan t avoir été dotée. Ce sentim ent de déception où se

m êlent rancune et

d ’u n affect d ’envie

blions pas — d o n t le fantasm e est le phallus. L ’affect

autour duquel gravite

l’angoisse com m e p o u r le garçon, mais l ’envie. Envie

du pénis qui deviendra très vite désir d ’avoir u n enfant

du père,

désir d ’avoir un enfant de l’hom m e élu. Précisons

nostalgie prendra la form e

achevée

: l’envie du pénis. Pénis — ne l’ou­

l’Œ dipe fém inin n ’est donc pas

et plus tard, une fois la fille devenue fem m e,

59

cependant que Freud, beaucoup plus

la théorie de la castration chez la fille en reconnaissant que l’envie n ’était pas l’unique réponse à la castration

q u ’elle croit déjà et définitivem ent accom plie du fait de son m anque de pénis. Il existe encore chez la

fem m e u n autre affect que l’envie, celui de

D ’une angoisse qui doit être com prise com m e la crainte

n ’a jam ais

non pas de perd re le p én is/p h allu s q u ’elle

eu, mais de perdre cet autre « phallus » inestim able

q u ’est l’am our venant de

castration chez la fem m e

goisse de p erd re l’am our de

les deux affects m ajeurs

qui décideront de l’issue de

l’Œ dipe fém inin sont l ’envie du pénis et l ’angoisse de perdre l ’amour.

tard, a com plété

l’angoisse.

l’objet aimé. L’angoisse de n ’est autre donc que l’an­

l’être aimé. En u n mot,

Remarque sur l ’Œdipe du garçon :

le rôle essentiel du père

Je voudrais dissiper ici un m alentendu fréq u en t

concernant l’Œ dipe du garçon et en particulier le rôle

q u ’y jo u e le père. nous-m êm e de le

tachem ent du garçon à sa m ère com me objet sexuel

le père. O r, sans renier cette de l’Œ dipe, Freud a tellem ent

privilégié le rapport du garçon avec son père que nous

n ’hésiterons pas à faire du père — et non de la m ère

— le personnage principal de l’Œ dipe m asculin. En

voici l’argum ent.

tion de l’Œ dipe, nous reconnaissons deux sortes d ’at­ tachem ent affectif du garçon : un attachem ent désirant

H abituellem ent, com m e nous venons faire, nous m ettons l’accent sur l’at­

et sur la haine envers configuration classique

Dans

la prem ière étape de la form a­

60

S. Freud

pour la m ère considérée com m e objet sexuel, et surtout un attachem ent pour le père pris com me un m odèle

à im iter. Le garçon fait de son père un idéal q u ’il

voudrait lui-même devenir. Le lien à la m ère — objet sexuel — n ’est autre que l’élan d ’u n désir, tandis que le lien au père — objet idéal — repose sur un senti­

m ent d'amour p ro d u it par Y identification à un idéal.

Ces deux sentim ents, désir p our la m ère et am our p o u r le père, nous dit Freud, « se rapp ro ch en t l’un de l’autre, finissent par se rencontrer, et c ’est de cette rencontre que résulte le com plexe d ’Œ dipe norm al » 8. Or, que se passe-t-il lors de cette rencontre ? Le petit garçon est m aintenant gêné par la présence de la personne du père qui barre son élan désirant vers la

avec le père idéal se

m ère. L’identification am oureuse

transform e alors en une attitude hostile contre le père

et finit par dériver en une identification au père en

tant q u ’hom m e de

rem placer le

la m ère. L ’enfant veut à présent

père auprès de la m ère prise com me

objet sexuel. A ssurém ent, tous ces affects envers le père se croisent et se com binent en un m élange de tendresse pour l’idéal, d ’anim osité p o u r l’intrus, et d ’envie de posséder les attributs de l’hom m e.

C ependant, il p eut encore arriver que l’Œ dipe se retourne en une curieuse inversion. Le véritable Œ dipe inversé — expression très usitée et rarem ent bien com ­

prise — consiste en un changem ent radical du statut de l’objet-père : le père apparaît aux yeux du garçon comme un désirable objet sexuel. T out a basculé. D ’objet idéal qui suscitait l’adm iration, la tendresse et l ’am our, le père est devenu à présent un objet sexuel qui excite

le désir.

Avant, le père était ce q u ’on voulait être, un

61

idéal ; m aintenant le père est ce q u ’on voudrait avoir,

père

se présente sous trois figures différentes : aim é com m e

un

m ot,

objet sexuel.

En

un

p our

le

garçon,

le

u

n

idéal,

haï

com m e

 

u n

rival

et

désiré

com m e

un

objet

sexuel.

Voilà

ce

que

nous

tenions

à

souligner :

l’essentiel de

l’Œ dipe m asculin, ce sont les vicissitudes

du

du

garçon

à l’égard

de

son

p ère

et

non

rap p o rt —

la mère.

p oint

de

com m e

on

le

croit

d ’habitude

à

l’égard

*

U n

m ot encore

pour

souligner les particularités de

la phase phallique si essentielle par rap p o rt aux phases précédentes, puisque de son issue doit d ép en d re la

future identité sexuelle de l’en fan t devenu adulte. En voici les aspects à retenir. R em arquons d ’abord que dans cette phase, l’objet fantasm é de la ptrlsion ne prend plus appui comme auparavant sur une partie

du corps de l’individu telle le pouce ou les excrém ents,

mais sur

(phallus) p ren d la figure d ’u ne m ère ou d ’u n père en proie à des désirs et des pulsions. Ainsi, la m ère est-elle perçue par le garçon de la phase phallique à travers le fantasm e d ’une m ère désirante.

une personne. L ’objet fantasm é de la pulsion

R em arquons encore q u ’au cours de cette phase, l’en­

perdre

l’objet de la pulsion, non pas à la suite d ’un e évolution

(sevrage

obligation

par

naturelle com m e p o u r les stades précédents

fant fait pour la prem ière fois l’expérience

de

exem ple),

mais

en

réponse

à

une

incontournable.

Le

garçon

perd

son

objet-mère

pour

se soum ettre

à

la

loi

universelle

de

l’in terd it

de

l’in­

62

S. Freud

ceste. Loi que le père ord o n n e à l’enfant de respecter

sous

peine

de

le

priver de

son

pénis.

R em arquons enfin que la phase phallique est la seule

par la résolution d ’un choix décisif : le

sujet devra choisir entre sauver une partie de son corps p ropre ou sauver l’objet de sa pulsion. Cette alternative

équivaut en définitive à élire une form e ou une autre de phallus : soit le pénis, soit la m ère. Le garçon aura

à décider entre préserver son corps de la m enace de

la castration, c ’est-à-dire préserver le pénis, ou garder l ’objet de sa pulsion, c ’est-à-dire sa m ère. Il doit choisir entre sauver son pénis et renoncer à la m ère, ou ne pas renoncer à la m ère, mais alors sacrifier son pénis.

A ssurém ent, l’issue norm ale consiste à ren o n cer à son

objet et sauver l’intégrité de sa personne. L’am our narcissique prim e sur l’am our objectai. Cette alternative que je présente com m e le dram e q u ’aurait vécu un enfant mythique est en vérité la m êm e alternative que nous traversons tous à certains m om ents de notre exis­ tence, lorsque nous sommes contraints de prendre des décisions où l ’enjeu est de perd re ce qui nous est le plus cher. Alors, p o u r préserver l’être, c ’est l’objet que nous abandonnons.

qui se conclut

*

Pulsions

actif du passé

de vie et pulsions

de mort.

Le

désir

 

Je vous

ai annoncé

que

Freud

avait m odifié

oppose

sa p re­

m

ière

théorie

des

pulsions

qui

les

pulsions

63

sexuelles. Le m otif

principal en a été la découverte du narcissisme. En effet, souvenons-nous que p o u r trom per les pulsions, le m oi est devenu un objet sexuel fantasm é : il n ’y a plus de distinctions à établir entre un supposé objet

refoulantes du moi aux pulsions

sexuel extérieur et réel sur lequel se porterait la libido

des pulsions, et

rieur, l’objet sexuel

fantasm é et le m oi sont une seule

et mêm e chose que nous appelons objet de la pulsion.

le m oi s’aime

lui-même com m e objet de pulsions.

De ce point de vue, on p eu t affirm er :

le m oi lui-mêm e. L ’objet sexuel exté­

p o rter a plus

sur cet objet unique q u ’est le moi, alors il n ’y

lieu de reconnaître au m oi une volonté défensive et

refoulante contre lesdites pulsions sexuelles. Par consé­

quent, les

de Freud, et avec elles le couple de contraires pulsions du m oi/pulsions sexuelles. Freud propose alors de

libidinaux, portés tant sur

le m oi que sur les objets sexuels extérieurs, sous le term e unique de pulsions de vie, en l’opposant au term e de pulsions de mort. Le b u t des pulsions de vie est la liaison libidinale, c’est-à-dire le nouage des liens par le truchem ent de la libido, entre notre psychisme, n otre corps, les êtres et les choses. Les pulsions de vie ten d en t à tout investir libidinalem ent et à m aintenir la cohésion des parties de la substance vivante. En revanche, les pulsions de m ort visent la déliaison, le détachem ent de la libido des objets, et le reto u r inéluc­ table de l’être vivant à la tension zéro, à l’état inorgani­

regro u p er les m ouvem ents

pulsions du m oi disparaissent de la théorie

Mais si la libido des pulsions sexuelles

p eu t

se

que. A cet égard, précisons que la « m ort » qui préside

à ces pulsions n ’est pas toujours synonyme de destruc­

64

S. Freud

tion, de guerre ou d ’agression. Les pulsions de m ort

de

calme de la

aussi être

plus m eurtrières lorsque la tension cherche à se soula­ ger sur le m onde extérieur. C ependant, quand les pulsions de m o rt restent à l’in térieur de nous, elles

sont profondém ent bénéfiques.

N otons que ces deux groupes de pulsions agissent non seulem ent de concert, mais q u ’elles p artagent un trait com m un. J ’aim erais m ’y attarder parce que ce trait constitue un concept absolum ent nouveau, un saut dans la pensée freudienne. Quel est ce trait com m un aux pulsions de vie et de m ort ? Q uel est ce concept nouveau ? Au-delà de leur différence, la pulsion de vie

com me celle de m ort visent à rétablir

dans le temps. Q ue ce soit la pulsion de vie qui cherche

à augm enter la tension, ou la pulsion de m ort qui

aspire au calme et au retour à zéro, toutes deux tendent

à reproduire et à répéter une situation passée, que

un état antérieur

les

le

m ort, le repos et le silence. Elles peuvent

rep résen ten t la tendance

l’être

vivant à trouver

hum aines

à l ’origine

des

m anifestations

celle-ci ait été agréable ou désagréable, plaisante ou déplaisante, sans tension ou avec tension. N otre vie et la vie de ceux qui nous parlent, nos patients, m on tren t que nous tendons souvent à répéter nos échecs et nos souffrances avec une force plus puissante parfois que celle qui nous conduit à retrouver les événem ents agréables. Tel le cas du soldat traum atisé de guerre qui

ne p eu t s’em pêcher de revoir en rêve, répétitivem ent,

l’événem ent

traum atique

où la bom be explosa à ses

côtés.

Bref,

le

nouveau

concept

introduit

par

Freud

avec

la deuxièm e théorie des pulsions est celui de la compul­

65

sion à la répétition dans le temps. L ’exigence à rép éter

le

passé est plus forte que l’exigence à cherch er dans

le

fu tu r

l’événem ent plaisant. La com pulsion à rép éter

est une pulsion prem ière et fondam entale, la pulsion

des pulsions ; ce n ’est plus un principe qui oriente

mais une tendance qui exige de reto u rn er en

de retrouver ce qui a déjà eu lieu. Le désir actif du

mauvais p o u r le moi,

s’explique par cette com pulsion à rep ren d re ce qui

n ’a pas été achevé, avec la volonté de le com pléter. Nous avions m ontré que nos actes involontaires étaient les substituts d ’u ne action idéale et inaccom plie. Aussi, la com pulsion à la répétition serait-elle ce désir de retourner au passé et parachever sans entraves et sans

s’était avérée im possible, com m e si

d éto u r l’action qui

passé, m êm e si le passé était

arrière,

les pulsions inconscientes n ’allaient jam ais se résigner

à

être

condam nées

au

refoulem ent.

Par conséquent, nous pouvons affirm er que la pul­

sion à répéter dans le tem ps est plus irrésistible encore que celle à retrouver le plaisir. La tendance conserva­ trice propre aux deux pulsions — celle de revenir

tendance tout aussi

conservatrice régie p ar le principe de plaisir — celle de retrouver un état sans tension. Aussi Freud considère- t-il la com pulsion à la répétition com m e u n e force qui dépasse les limites du principe de plaisir, qui va au- delà de la recherche du plaisir. N éanm oins, le couple de pulsions de vie et de m ort reste réglé p a r l’action conjuguée de ces deux principes majeurs du fonction­

en arrière — prim e sur l’autre

nem ent m ental : retrouver le passé et retrouver le plai­ sir.

*

66

S. Freud

Le

transfert est u n fantasm e

l ’inconscient

du psychanalyste

dont

l ’objet est

Je dois m aintenant conclure. Je voudrais le faire en d em andant d ’e n tre r dans le cabinet du psychana­

vous

lyste et y reconnaître que la relation du patient avec le praticien peut aussi se com prendre comme une

expression de la

plus passionné à l’hostilité la plus obstinée, la relation analytique em p runte toutes ses particularités aux fantas­ mes qui su p p o rten t et o n t supporté les relations affecti­ ves que l’analysant a déjà vécues de par le passé. C ’est le phénom ène du transfert. Précisons bien que le lien

transférentiel avec l’analyste

duction dans le présent des liens affectifs et désirants du passé. Le transfert est avant tout la mise en acte des m êm es fantasm es qui s’exprim aient jadis sous la form e des prem iers liens affectifs. Il faut donc com ­ p ren d re que le transfert n ’est pas la répétition d ’une relation ancienne, mais l’actualisation d ’un fantasm e.

vie des pulsions. De l’attachem ent le

n ’est

pas la sim ple rep ro ­

Le m aniem ent du transfert requiert du praticien non seulem ent u n e grande adresse et expérience, mais une constante activité d ’autoperception de lui-même. L ’ins­ tru m en t du psychanalyste, ce n ’est pas seulem ent le savoir, mais avant tout son pro p re inconscient, le seul moyen d o n t il dispose p o u r capter l’inconscient du patient. Si dans le com plexe d ’Œ dipe, l’objet de la pulsion phallique est le désir de la m ère, nous devrions avancer que dans le transfert, l’objet de la pulsion analytique — appelons-le ainsi — est l’inconscient du psychanalyste.

67

C ette singulière disponibilité de l’analyste, qui lui perm et d ’agir avec son inconscient mais aussi de s’expo­ ser à l’inconscient de l’autre, explique que les produc­

tions

de l’inconscient qui o n t surgi au cours de la cure

peuvent apparaître to u r à tour chez l’u n ou l’autre

des partenaires de l ’analyse. C ’est cette alternance qui

m

’a conduit à avancer la thèse d ’u n inconscient unique.

Il

n ’y a pas deux inconscients ap p arten an t l ’u n à l’ana­

lyste, l’autre à l’analysant, mais u n seul et unique inconscient. Les form ations de l’inconscient, d o n t l’ap­ parition alterne entre analyste et analysant, peuvent légitim em ent être considérées com m e la double expres­ sion d ’un unique inconscient, celui de la relation analy­ tique.

*

La psychanalyse n ’est pas u n système clos, à la

m anière d ’u ne théorie abstraite. Elle est contrainte de

s’ouvrir constam m ent et d ’avancer en tâto n n an t, guidée

l’écoute de

celui qui souffre et dit sa souffrance. Ce fait, le seul fait q u ’il y ait des patients qui exprim ent leu r douleur,

oblige le psychanalyste à revenir constam m ent aux fon­ dem ents de la psychanalyse, à revoir, rep ren d re et

actualiser les

par u ne seule exigence : s’engager dans

principes et concepts de base — com me

je viens de le ten ter à travers ce travail. La psychanalyse,

à la différence d ’autres disciplines de l’esprit, est inévi­ tablem ent ouverte parce que sans cesse soumise à l’épreuve de cette vérité q u ’est la réalité clinique.

68

l ’œ u v re

d e

Extraits S. F reu d

d e

B iograp h ie

Freud

S igm u n d

C h oix b ib lio gra p h iq u e

Extraits de l’œuvre de S. Freud

La psychanalyse est un procédé, une méthode et la théorie qui en dérive

Psychanalyse est le nom : 1) d ’u n procédé d ’investiga­

tion

peine accessibles ; 2) d ’une m éthode de traitem ent des

à

des

processus

psychiques

qui

autrem ent

sont

troubles

névrotiques

qui

se fonde

sur

cette

investiga­

tion ;

3) d ’une

série

de

conceptions

psychologiques

acquises par

ce

m oyen

(

)

l.

 

*

La connaissance favorise la

cure, et la cure fa it connaître

il y a autre chose que je sais. Il y a eu en

psychanalyse dès le début une étroite union de la cure

et de la recherche, la connaissance am enait le succès, on ne pouvait pas traiter sans apprendre quelque chose

) (

de

nouveau,

on n ’acquérait aucun éclaircissem ent sans

en

éprouver

l’action bienfaisante. N otre procédé analy­

tique est le seul dans lequel cette précieuse conjonction est conservée 2.

*

Quels sont les contenus de la théorie psychanalytique ?

Je

vais

encore

une

constituent le contenu

fois

regro u p er

les

de cette

théorie.

71

facteurs

qui

Ce

sont : l’ac­

cent mis sur la vie pulsionnelle (affectivité), sur la

dynam ique psychique, sur la signifiance et le déterm i­

nisme généraux, m êm e des phénom ènes

psychiques

apparem m ent les plus obscurs et les plus

arbitraires,

la doctrine du conflit psychique et de la nature patho­ gène du refoulem ent, la conception des symptômes

m orbides com m e satisfaction substitutive, la reconnais­

sance de la signification étiologique de la vie sexuelle, en particulier celle des am orces de la sexualité infan­ tile 3.

*

Le temps 4 et le temps 3 de notre schéma

U ne partie

[des m otions pulsionnelles sexuelles] pré­

sente la précieuse propriété de se laisser d éto u rn er de

leurs

« sublimées » de m ettre leur énergie à la disposition

de l’évolution culturelle [notre temps 4], Mais u ne autre partie dem eure dans l’inconscient en tant que m otion

de

quelle

q u ’elle

*

tendances

buts

immédiats

et

ainsi

en

tant

que

désir

insatisfaite

soit, m êm e

et pousse

déform ée

à la satisfaction,

[notre

temps 3] 4.

Ce qui est,

est le substitut de ce qui n’a pas

été

situations

)

ces