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LA CULTURE

(SOUS CHAP : LE TRAVAIL ET LA TECHNIQUE, L'ART, LA RELIGION, LE LANGAGE, L'HISTOIRE)

INTRODUCTION – LA CULTURE

1) LA CULTURE (AU SINGULIER)

Le sens ancien, du latin cultura : les romains sont ceux qui les premiers vont étendre le sens de culture du
propre au figuré, cad de la culture de la terre, à celle de l'esprit (Cicéron étant le premier à en parler. Cf texte
1). La culture de l'esprit est considérée par les romains comme marque de l'humanité : l'homme est cet
animal particulier qui va chercher à se cultiver, cad qui va éduquer son caractère et à développer ses facultés
intellectuelles, pour devenir plus fin et intelligent ; cultura animi.

En un sens un peu plus large, la culture n'est pas seulement la culture de l'esprit, mais tout ce que l'homme
fait de ses propres mains (par opposition à ce qui est naturel, cad originellement présent), afin de
s'élever au dessus de sa condition primitive, et accomplir son humanité. Cela peut être : bâtir une ville,
créer des œuvres d'art, instituer des lois politiques, ou morales. La culture devient synonyme d'artificiel (qui
est fabriqué, fait de toutes pièces), par opposition à la nature (comme ce qui est originellement présent)

La culture est alors associée à la liberté, dont l'animal ne disposerait pas, lui qui est entièrement constitué par
son instinct. Un programme de comportement est dicté à l'animal suivant l'espèce à laquelle il appartient. La
culture est le propre de l'homme dans le sens où l'homme est ouvert, pas entièrement fait à la naissance, il a à
se faire, l'humanité est une conquête, pas une donné immédiate, et c'est la raison pour laquelle il a la longue
période de l'apprentissage, d'éducation. On oppose alors l'animal achevé, enfermé dans le cycle répétitif de
ses besoins, ou instincts, et l'homme pour lequel diverses possibilités sont ouvertes, pour lequel l'avenir n'est
pas entièrement déterminé par sa nature.

Plus précisément, l'homme est sans doute naturellement plus faiblement doté que l'animal, dans le sens où il
est moins rapidement apte à affronter les difficultés de l'existence, ayant un corps moins capable que celui de
l'animal, et dans le sens où il possède moins d'instincts que les animaux, mais cette indétermination initiale
lui laisse une certaine liberté quant à ce qu'il peut devenir ; la culture est ce travail qu'il entreprend sur lui-
même, afin de donner forme à ce qu'il est. Les comportements instinctifs qu'il n'a pas, et la faiblesse de son
corps (il est sans griffe, nu...) seront remplacés par des comportements appris et des objets fabriqués
(armes...), qui seront sa propre œuvre (cf texte2).

La culture peut-être soit une transformation directe de l'homme par lui-même (corps ou esprit), comme
lorsque l'on cherche à développer certaines habitudes, certains traits de caractères, ou encore une certaine
agilité intellectuelle. Mais cela peut aussi être une transformation de la nature : l'homme la fait passer de
nature hostile en territoire aménagé et accueillant. Malgré tout, même lorsqu'il s'agit de transformer la nature,
cela reviendra finalement pour l'homme à se transformer lui-même, puisqu'en transformant une nature hostile
en village, il se donne la possibilité de vivre différemment. Cette transformation de la nature (au sens du
milieu naturel) est appelée travail, et c'est par cette activité que l'on définit au mieux l'homme pour Marx.
L'homme est un animal qui travaille, ce qui signifie qu'il ne se contente pas de recevoir ce que la nature lui
donne, mais qu'il la transforme à sa convenance, et donc qu'il produit ses conditions matérielles d'existence
(conditions matérielles d'existences= les choses matérielles qui nous permettent d'exister, cad au minimum
notre logement, notre nourriture etc).→ Que la culture soit culture de l'âme ou du sol (agriculture), elle
revient toujours pour l'homme à se transformer lui-même.

2) LES CULTURES (AU PLURIEL)

Lorsque l'Europe découvre au 15es le reste du monde (Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan), elle
découvre la diversité culturelle. Chaque société semble accomplir d'une manière qui lui est propre la culture
définie au sens 1. Culture se décline alors au pluriel.

Le problème est que si l'humanité est universelle, cad si elle est la même en chaque homme, on ne voit pas
pourquoi la culture, qui a pour fonction d'accomplir cette humanité, devrait se diversifier en cultures. C'est
ainsi que lors de la conquête de l'Amérique par les Espagnols, les colons se sont demandé si les indigènes
qu'ils rencontraient étaient des humains, tant cette culture leur était étrangère. D'où la question suivante :
comment conserver un concept unifié d'humanité face à la diversité des cultures ? La diversité
culturelle est-elle insurmontable ? Faut-il considérer qu'il y a différentes humanités ?

A) Les Lumières (L'évolutionnisme). Cf texte 3

La première solution à ce problème a été apportée par les Lumières. Les différentes cultures devaient être
considérées comme différents états d'une même humanité considérée dans son histoire. Autrement dit, la
culture au sens originel (sens 1) ne peut être accomplie à l'échelle d'un homme, mais à l'échelle de l'histoire
de l'humanité. Cette histoire traversant des âges est orientée vers le progrès du genre humain dans son
ensemble. Ainsi si on regarde l'Essai sur les mœurs de Voltaire, ou Esquisse d'un tableau historique des
progrès de l'esprit humain, de Condorcet, cette tradition identifie l'unité de l'humanité à la possession de la
raison. Ce qui fait que la culture est une, c'est qu'elle est le processus par lequel chaque peuple travaille au
développement de la raison, en combattant les superstitions, les tutelles d'autorité religieuses, et donc en
développant l'esprit critique. La raison étant une et identique en chaque homme, cela revient, pour un peuple
donné, à s'affranchir de ses particularités ethniques, comme de sa grossièreté initiale. Le terme de
civilisation, forgé par Mirabeau, définit un certain état de la sté correspondant à sa forme accomplie, cad un
état de supériorité intellectuelle, où les mœurs se sont adoucies, où l'homme s'est assagi, grâce à la diffusion
des arts et des lettres dans le corps social.

L'intérêt de cette conception est qu'elle conserve un concept unifié d'humanité, et ne place aucun peuple en
dehors d'elle. Celui qui ne considère pas le sauvage comme un humain est un homme inculte, il est celui qui
ne comprend pas que les différences entres les cultures sont secondaires, et vouées à disparaître puisque le
progrès sera le développement d'une unique raison commune au genre humain. Les différences culturelles
deviennent relatives, puisque qu'on partage tous une même essence, et donc les mêmes droits inaliénables,
qui exprime la même dignité. Bref l'appartenance au genre humain, prime sur l'appartenance à telle culture
particulière.

Le problème de cette conception est qu'elle porte en elle la tentation d'une évaluation des cultures : les
cultures valent plus ou moins selon leur degré d'éloignement vis-à-vis de l'idéal de développement humain.
Ainsi au moment où on cherche à unifier les cultures, en leur assignant à toutes une même fin, le progrès de
la raison, on les hiérarchise. L'étranger ou le sauvage sera considéré comme l'enfant, enfance de l'humanité,
il serait un retardataire. C'est la critique de Lévi-Strauss, qui appelle cela l'ethnocentrisme ; c'est le fait de
prétendre qu'il existe un unique idéal d'humanité valable partout, idéal qui n'est en fait que la projection de
valeurs locales, propres à notre culture. Les Lumières ne seraient alors que la justification théorique de la
pratique coloniale. L'Europe se serait crue investie d'une mission civilisatrice, mais cette prétendue
libération, par laquelle on prétend accélérer le développement de l’humanité, se paye au prix de l'oppression.

L'anthropologie, qui a commencé à se développer au 19es, s'élève contre cette conception de la culture (celle
des Lumières). Elle va chercher à être plus respectueuse de la diversité culturelle.

B) Le culturalisme

Plus précisément, le courant américain du 20es appelé « culturaliste » (principalement Ruth Benedict, et
Margaret Mead) va inspirer ce qu'on a appelé le relativisme culturel : chaque société a sa culture propre, dont
la valeur ne peut être jugée par les autres, et qui même ne peut être comprise par les autres, à moins que l'un
de ses membres ne s'immerge en elle afin d'être à son tour éduqué par elle (ce qui est l'objectif de
l'ethnologue, qui doit être longuement immergé dans la culture qu'il veut observer s'il veut que sa culture
d'origine n'introduise pas de biais dans l'observation).

Plus précisément, le culturalisme est la thèse selon laquelle la culture est un processus qui façonne
intimement l'individu, jusqu'à sa personnalité, sa manière de voir le monde. Il faut donc concevoir que la
nature de l'individu est une page blanche, et que la construction de sa personnalité se fait dans les limites
étroites imposées par sa société d'appartenance. Par ex Margaret Mead étudie différentes tribus d'Océanie et
montre qu'elles forgent chacune les relations entre les sexes : chez les Arapesh, les relations hommes femmes
sont pacifiques, l'autorité masculine n'étant nullement valorisée. À l'inverse, chez les Mundugumor, les
relations sont agressives, pleines de jalousie et de violence ; or, ces types de comportements ne sont pas
expliqués par l'environnement naturel : les Arapesh vivent dans un environnement peu propice à l'agriculture,
l'inverse des Mundugumor. Ces comportements sont donc de pures créations culturelles.

Or, non seulement le culturalisme assimile la nature humaine à une page blanche, mais il affirme qu'il n'y a
pas pour la culture de forme générique de se déployer : il y a autant de cultures que de sociétés concrètes,
chacune étant unique, et il est impossible de repérer des étapes par lesquelles passeraient toutes les cultures
de l'humanité.

Le culturalisme ne donne pas les moyens de penser un concept d'humanité universel. Il n'y a aucun élément
culturel qui ne soit universel au genre humain (il n'y a que des éléments biologiques : avoir un corps
d'humain) et s'il n'y a plus rien de culturel de commun au genre humain, celui-ci devient une abstraction, un
simple mot. Il y a bien une espèce humaine, de même qu'il y a des espèces animales, mais pas d'humanité.
Ainsi, en voulant préserver à tout prix les cultures des hiérarchisations visant à montrer que telle culture vaut
plus qu'une autre, on ne peut plus se prémunir contre l'attitude affirmant que l'autre n'est pas véritablement
un humain. Défendre que les cultures n'ont plus rien de commun entre elles, qu'elles sont radicalement
différentes, revient à défendre une forme de xénophobie, où l'autre, n'ayant plus rien en commun avec moi,
peut être exclu de ce qui est pour moi l'humanité, qui ne correspond qu'à ma culture. Chaque culture est
enfermée dans sa particularité (on parle de particularisme culturel) et n'a rien à tirer d'une autre, car toute
possibilité de communication est coupée. Cf texte 4

C) Lévi-Strauss (anthropologue français, XXes) Cf textes 5

Lévi-Strauss a voulu éviter ce double écueil : il veut rendre compte de l'unité du genre humain, tout en
respectant la diversité des cultures. 1) Il refuse donc l'idée d'un unique idéal de progrès commun à toute
l'humanité (refus de l'évolutionnisme), 2) Tout en permettant de penser une communication entre les cultures,
où l'une peut tirer un enseignement de l'autre (refus du culturalisme)

1) Il n'y a pas un progrès univoque, dans une seule direction, mais plusieurs lignes de progrès ; par ex la
culture occidentale s'est fortement développée sur un plan, elle met à disposition de chacun un grand nombre
de biens de consommation ; mais elle connait mal le corps humains et les différents techniques permettant de
le maîtriser (par ex les techniques de respiration), ce qui a plutôt été développé par les cultures asiatiques.
Ces lignes de progrès étant toutes d'égales valeurs, on ne peut pas hiérarchiser les cultures.

2) Les cultures ne sont pas enfermées dans leurs particularités, car l'une peut profiter des savoirs des autres.
C'est d'ailleurs cela qui permet le progrès. Lorsque des cultures différentes se situent dans une aire
géographique restreinte (cas de l'Europe, mais pas de la Chine), le partage des découvertes est facilité, et les
progrès sont rapides. À l'inverse, quand les membres d'une culture particulière se trouve isolée, en raison de
sa situation géographique, elle annule ses chances de progrès. Ainsi, une culture qui adopterait une attitude
conservatrice, cad une tendance à vouloir maintenir son identité contre les altérations que pourraient lui faire
subir les autres cultures, serait conduite à ne plus connaître aucun dynamisme, elle ne sera plus fécondée, et
disparaitrait.