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Manuel de techniques

d’anatomo-cytopathologie
Théorie et pratique
Chez le même éditeur

Pathologie générale, par le Collège universitaire français des pathologistes – coordonné par J.-F. Émile,
E. Leleurtre, S. Guyétant. 2009, 208 pages.
La Vaccination – Manuel pratique de tous les vaccins, par N. Ajjan. 2009, 368 pages.
Bactériologie médicale – Techniques usuelles, par F. Denis, M.-C. Ploy, C. Martin, É. Bingen, R. Quentin.
2007, 608 pages
Guide des analyses spécialisées, par Pasteur Cerba Laboratoire. 5e édition, 2007, 748 pages.
Cancérologie et biologie. Marqueurs tumoraux organe par organe, par M. Monge. 2006,
336 pages.
Manuel de techniques
d’anatomo-cytopathologie
Théorie et pratique
Véronique Marck
Laboratoire de pathologie
Institut Curie, Paris
Ce logo a pour objet d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout
DANGER particulièrement dans le domaine universitaire, le développement massif du « photo-copillage ».
Cette pratique qui s’est généralisée, notamment dans les établissements d’enseignement, provoque
une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des
œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que la reproduction et la vente sans autorisation, ainsi que le recel, sont pas-
LE
sibles de poursuites. Les demandes d’autorisation de photocopier doivent être adressées à l’éditeur
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© 2010, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés


ISBN : 978-2-294-70844-2

Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex


www.elsevier-masson.fr
Préface

Véronique Marck a réalisé le manuel de techni- solution à un problème technique, là de situer


ques d’anatomo-cytopathologie qui lui a manqué une problématique dans le champ de la biologie,
au cours de sa carrière. Durant trente années, ailleurs de comprendre le sens d’une termino­
elle a constitué, jour après jour, le compendium logie complexe.
des informations qui lui paraissaient nécessaires Une expérience solide et raisonnée est à la base
pour répondre à un impératif : mieux compren- de ce manuel original, utilisable de mille façons. Il
dre pour trouver le geste approprié. Son effort devrait rendre de nombreux services, ce pourquoi
n’a pas tendu à rassembler une série de recettes il a été conçu.
immuables. Il s’est délibérément placé dans la
volonté d’élargir au maximum les voies d’en- Docteur Xavier Sastre-Garau
trée dans la discipline, et de les ordonner, afin Chef du département de Biologie des Tumeurs
de permettre à l’utilisateur, ici d’imaginer une Institut Curie, Paris

Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie


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Avant-propos

La littérature médicale ne possède aucun guide Ma préoccupation principale a été d’écrire des
pour épauler les technicien(ne)s de laboratoire textes concis, de lecture aisée, contenant un
qui travaillent en anatomo-cytopathologie. Dans maximum d’informations. La construction de ce
cette optique, j’ai rédigé un manuel comportant manuel, à l’intérieur duquel vous pouvez naviguer
des rappels théoriques, la méthodologie ainsi selon vos besoins sans forcément tout lire de façon
qu’un glossaire de la pathologie tumorale. Cet linéaire, comprend cinq parties. La première partie
ouvrage s’adresse tout particulièrement aux étu- est consacrée à un rappel des notions théoriques
diants, aux technicien(ne)s de laboratoire, aux (biologiques, physiologiques et anatomiques).
internes de pathologie et aux médecins de labo- La deuxième partie décrit la pathologie tumorale
ratoire, désireux de se familiariser avec cette spé- (notions sur les tumeurs et les différentes variétés
cialité médicale méconnue ou d’approfondir leurs de cancers). La troisième partie présente l’ana-
connaissances. tomo-cytopathologie afin de connaître les risques
Ce travail de synthèse est le fruit de mes trente sanitaires inhérents à la pratique de cette disci-
années d’activité à l’Institut Curie, Centre de pline, les différents types de prélèvements soumis
lutte contre le cancer (CLCC) à Paris, que je à un examen anatomo-cytopathologique et les
souhaite partager. Travailler dans ce domaine est moyens pour les obtenir, les principes de prise en
vraiment enrichissant, d’autant que la pathologie charge des prélèvements selon les techniques de
est un secteur en évolution constante. L’étroite et base d’un laboratoire et les techniques particuliè-
croissante collaboration technicien(ne)/médecin res réalisables sur les cellules et les tissus. La qua-
représente un ensemble dans le fonctionnement trième partie explique les différentes techniques
d’un laboratoire d’anatomo-cytopathologie. Le de prélèvements et les actes médicaux. La dernière
(la) technicien(ne) de laboratoire apporte sa partie est réservée aux glossaires nécessaires à la
contribution dans l’établissement du diagnostic compréhension de cette discipline.
en fournissant au pathologiste ses connaissances Mon souhait est que cet ouvrage, à la fois théo­
intellectuelles et techniques. Il (elle) a donc le rique et pratique, apporte des réponses claires à
devoir d’apporter une qualité et une reproduc- vos questions et qu’il reçoive un excellent accueil
tibilité dans ses travaux, en gardant à l’esprit dans les laboratoires.
que derrière chaque prélèvement se trouve un
patient. Véronique Marck

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Remerciements

Je remercie tout particulièrement le docteur Je remercie monsieur Jean-Pierre Laborde, res-


Antoine Zajdela, ancien chef du service de cyto- ponsable du service d’iconographie à l’Institut
pathologie à l’Institut Curie, de m’avoir recrutée Curie, pour le traitement des images numériques
et fait découvrir cette spécialité médicale, ainsi que nécessaires à l’illustration de ce livre.
le docteur Philippe Vielh, son successeur, qui m’a Je tiens à remercier les personnes qui ont participé
encouragée à reprendre mes études. à la relecture et la correction, et pour l’attention
Je remercie le docteur Xavier Sastre-Garau, chef du qu’elles ont apportée à mon manuscrit, malgré
département de biologie des tumeurs à ­l’Institut leur emploi du temps souvent très chargé.
Curie, de m’avoir soutenue dans ce travail et d’avoir Je remercie également tous mes collègues, techni-
revu et complété ce manuscrit. ciens et secrétaires, ainsi que les médecins, présents
Je tiens à remercier chaleureusement le docteur et passés, du service d’anatomo-cytopathologie de
Jerzy Klijanienko pour ses suggestions et son sou- l’Institut Curie pour leur soutien.
tien qui m’ont grandement aidée dans la réalisa- Enfin, je remercie ma fille Virginie pour sa pré-
tion et la concrétisation de ce projet. sence attentive, ma famille et mes proches pour
Je remercie monsieur Martial Caly, technicien leur soutien moral et leur patience tout au long de
de laboratoire hautement qualifié du service de ces années d’écriture.
pathologie à l’Institut Curie, qui m’a fait bénéfi- Merci à tous…
cier de ses connaissances professionnelles et de ses
nombreux conseils.

Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie


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Chapitre 1
Bases biologiques, anatomiques
et physiologiques
Constituants chimiques une fonction acide carboxylique (–COOH) et une
de la matière vivante fonction amine (–NH2). Les protéines sont des
macromolécules constituées par l’enchaînement
d’acides aminés. On peut distinguer une protéine
La matière vivante est faite d’un complexe d’eau,
par sa longueur (nombres d’acides aminés dans
de sels, de lipides, de protides et d’enclaves iner-
sa chaîne) ou sa fréquence (ordre selon lequel les
tes de substances de réserve (glycogène et graisse)
acides aminés sont disposés). Les protéines assu-
élaborée par elle.
rent un rôle catalysant les réactions chimiques, le
transport et le stockage, la défense immunitaire,
la fonction musculaire et mécanique (collagène),
Substances minérales le contrôle du développement et de la différencia-
L’eau constitue le support des liquides nourriciers tion et un rôle de récepteur protéique. Les enzy-
(sang et lymphe) des produits de sécrétion (sucs mes sont des protéines volumineuses avec activité
digestifs, urines) et des enclaves aqueuses situées dans chimique. Elles sont constituées d’une partie
les cellules elles-mêmes (vacuoles). Les sels minéraux protéique, leur conférant leur spécificité, et d’une
peuvent être identifiés dans tous les liquides de l’or- partie non protéique (coenzyme), participant à
ganisme dont les plus répandus sont les chlorures, la réaction. Ce sont les acteurs indispensables du
les sulfates, les phosphates et les sels de calcium. métabolisme (biocatalyseurs). Il existe plus de
3500 enzymes différentes répertoriées.

Substances organiques
Classification très simplifiée des protéines
La cellule est principalement constituée par des
substances complexes formées de carbone, d’hy- • Holoprotéine (ou protéine simple) formée uniquement
d’acides aminés :
drogène, d’oxygène et d’azote. Les lipides (ou
• protéines fibreuses : insolubles dans l’eau (collagène,
corps gras) se trouvent dans de grosses molécu-
élastine, kératine) ;
les (macromolécules). Ils possèdent un rôle bio- • protéines globulaires : solubles dans l’eau (enzymes,
logique important, structural et énergétique. Les hormones, anticorps, actine, myosine).
protides sont des composés organiques azotés qui • Hétéroprotéine (ou protéine complexe) dans laquelle
englobent les peptides et les protéines. Les pep- sont présentes d’autres molécules :
tides sont des molécules constituées par l’union • phosphoprotéines : associées à l’acide phosphorique
d’un petit nombre de molécules d’acides aminés (caséine du lait) ;
(éléments structurels, « maillons » de base des pro- • glycoprotéines : associées à un ou plusieurs glucides
téines) reliées par des liaisons peptidiques (liaison (molécules des groupes sanguins) ;
covalente entre un atome de carbone et un atome • lipoprotéines : associées à un ou plusieurs lipides ;
• chromoprotéines : associées à un pigment (hémo­
d’azote de deux acides aminés). Les acides aminés
globine).
sont des molécules de petite taille qui possèdent
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2 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Les glucides nommés plus couramment sucres • la cytodiérèse, au cours de laquelle la cellule se
constituent un facteur énergétique important. sépare en cellules filles génétiquement identi-
Ils sont souvent liés aux protéines et aux lipides. ques du fait de la division cytoplasmique.
Les monosaccharides de formule [(CH2O)n] La mitose est un phénomène continu subdivisé en
comprenant notamment le glucose, le fructose, quatre phases durant lequel plusieurs phénomènes
le galactose sont constitués d’oses (sucre simple) sont observés dans le noyau et le cytoplasme :
comportant une seule chaîne carbonée sans ramifi-
cation, dont tous les carbones sauf un portent une Prophase
fonction alcool, le dernier carbone portant une
fonction aldéhyde (aldose) ou cétone (cétose). Les chromosomes s’épaississent, se raccourcissent
Les disaccharides sont formés par la liaison de et les noyaux disparaissent. La disparition de la
deux monosaccharides (saccharose, lactose). Les membrane nucléaire marque la fin de la prophase.
polysaccharides sont formés par des chaînes de Les deux paires de centrioles (résultant d’une mul-
plusieurs sucres simples – oligosaccharide (chaîne tiplication lors de l’interphase) migrent aux deux
courte), polysaccharide (chaîne longue) – et sont pôles opposés de la cellule. Les centrioles sont
à l’origine des structures cellulaires essentielles, reliés par un fuseau de microtubules (le fuseau
dont le glycogène. achromatique) qui s’allonge au fur et à mesure
que les centrioles s’éloignent ;

Cycle de la vie cellulaire Métaphase


Le fuseau achromatique est terminé et les chro-
Le cycle cellulaire est l’ensemble des événements mosomes se disposent dans la partie centrale de
biochimiques et morphologiques responsables de celui-ci (la plaque équatoriale). À ce stade, les bras
la prolifération cellulaire. de chaque chromosome sont toujours joints au
niveau du centromère ;

Division cellulaire Anaphase


La division cellulaire assure la reproduction des Les bras de chaque chromosome se séparent et
cellules. On différencie deux types de divisions. migrent le long du fuseau vers les deux pôles cellu-
La mitose (ou division mitotique), survenant dans laires réalisant ainsi une division exacte du matériel
les cellules somatiques, assure la croissance et le génétique qui s’est dupliqué. À la fin de l’anaphase,
remplacement des cellules mortes. La méiose (syn. les deux groupes identiques de chromosomes se
gamétogenèse), survenant dans les cellules germi- sont déplacés vers les deux pôles opposés du fuseau ;
nales, produit les cellules reproductrices interve-
nant dans la reproduction. Elle est formée de deux Télophase
mitoses spéciales (réductionnelle et équationnelle)
Les chromosomes deviennent moins compacts et
sans interphase, donc sans réplication de l’ADN.
reprennent leur aspect d’interphase. La membrane
nucléaire se reforme et les nucléoles redeviennent
Mitose visibles. Une membrane se forme et sépare les
deux cellules filles. Au niveau de la plaque équa-
La mitose représente la phase de division cellu- toriale, la membrane plasmique s’invagine pour
laire pendant laquelle la cellule se reproduit. Elle a former un sillon de clivage qui étrangle progres-
deux fonctions principales : sivement la cellule jusqu’à la réalisation de deux
• la caryodiérèse, phase durant laquelle les chro- cellules filles. Au début de la phase G1 (G pour
mosomes dupliqués pendant la phase S (S pour gap = intervalle), le fuseau se désagrège et, dans
synthèse) sont répartis de façon égale entre les de nombreuses cellules, le centriole se multiplie se
deux cellules potentiellement filles ; préparant ainsi à une nouvelle mitose.
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 3

Cycle cellulaire cellule humaine comporte 23 paires de chromo-


somes. Deux chromosomes sexuels (gonosomes),
Le cycle cellulaire regroupe l’intégralité de la XX chez la femme et XY chez l’homme, et
période de division. Il est composé de quatre 22  paires qui sont toujours homogènes (auto-
phases : somes), numérotées de 1 à 22. Le génome
• G1 : croissance et différenciation cellulaire ; (ensemble des gènes), qui constitue l’ensemble
• S : réplication ou synthèse de l’ADN ; des nucléotides situés dans l’ADN des chromo-
• G2 : préparation de la cellule à la division somes, contient trois milliards de paires de bases
cellulaire ; nucléotidiques chez l’être humain. La biologie
• M : division cellulaire. moléculaire est une discipline scientifique qui se
La vie de la cellule se déroule suivant ce cycle consacre au monde vivant par la connaissance
dont les deux étapes principales sont l’inter- des molécules qui lui sont propres.
phase – période « fonctionnelle » pendant laquelle
les activités biochimiques de la cellule sont particu-
lièrement intenses (phases : G1, S et G2) –, suivie Bases moléculaires
de la mitose (phase M). Une cellule qui ne se divise
pas (cellule quiescente) se maintient en phase G0 L’ADN (acide désoxyribonucléique) contient l’in-
(repos de la cellule), on ne parle plus de phase G1 formation génétique pour la fabrication de toutes
car la cellule ne prépare pas une division. les molécules nécessaires à l’activité de chaque cel-
lule (protéines, enzymes, hormones, facteurs de
croissance…). Un gène est une unité d’information
Mort cellulaire génétique, cette unité étant définie par sa fonction
et sa structure. Il s’agit d’un segment d’ADN (de
La mort cellulaire correspond à la perte irréver- taille variable) situé sur un locus précis au niveau
sible de toute activité ordonnée de la cellule. d’un chromosome. Chaque gène commande la
Théoriquement, elle peut être associée à deux synthèse d’une protéine ayant une fonction spé-
mécanismes. L’apoptose, appelée aussi « mort cel- cifique (constitutive ou enzymatique). Les gènes
lulaire programmée », correspond aux phénomè- se trouvent sur les chromosomes, dans les noyaux
nes qui conduisent normalement à la mort « en cellulaires. Ils sont constitués d’une longue chaîne
douceur » de la cellule indispensable à l’équilibre moléculaire complexe, l’acide désoxyribonucléi-
ou homéostasie du corps pour tenir compte du que (ADN). Un locus correspond au positionne-
renouvellement des tissus. Il peut s’agir de cellu- ment d’un gène sur un chromosome ou dans un
les ayant atteint leur durée de vie programmée ou groupe de liaison. Un allèle est le nom donné à
de cellules lésées reconnues comme étrangères. La une ou plusieurs versions alternatives d’un même
nécrose survient après un stade de souffrance cel- gène situé au niveau d’un même locus de deux
lulaire. Elle résulte de la digestion enzymatique de chromosomes homologues. Il existe deux types
la cellule et de la dénaturation de ses protéines. d’allèles, récessif ou dominant. Les chromosomes
sont constitués de spirales d’ADN compactées et
entourées de différents types de protéines. Ils for-
Génétique et biologie ment la chromatine nucléaire durant l’interphase
moléculaire (cellule au repos) et sont individualisables pendant
la mitose sous forme de bâtonnets. Un chromo-
La génétique est une spécialité biologique qui some possède normalement deux bras (segment
étudie essentiellement les gènes d’une cellule ou compris entre une extrémité libre et le centro-
d’un organisme portés par les chromosomes de mère) qui peuvent être soit de longueurs inégales
l’espèce qui sont responsables de la transmission (chromosome sub-métacentrique ou acrocen-
du patrimoine héréditaire (lois de Mendel, fon- trique), soit de longueurs au moins approxima-
dateur de la génétique). Chez l’homme, chaque tivement égales (chromosome métacentrique).
4 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Toutes les cellules de l’organisme (excepté les aux autres par l’intermédiaire d’acide phosphori-
gamètes) contiennent deux lots haploïdes et sont que formant une structure en simple brin.
dites diploïdes. Les ARN sont de trois types, tous impliqués dans
L’ADN (ou DNA, abréviation internationale) est le passage de l’information de l’ADN aux protéi-
une structure allongée, formée de deux bandes nes. L’ARN messager (ARNm) transmet l’essentiel
vrillées en double hélice. Chaque bande est consti- du message génétique sous la forme d’une chaîne
tuée de quatre bases azotées : adénine (A), thy- de nucléotides caractérisés par leur base azotée.
mine (T), cytosine (C), guanine (G). L’ADN est L’ARN de transfert (ARNt) se lie à un acide aminé
constitué de l’enchaînement linéaire de ces bases codé par une séquence de trois bases azotées au
liées à un sucre (désoxyribose). Ces complexes base cours de la traduction. L’ARN ribosomique relie
azotée–sucre (appelés nucléosides) sont liés entre les deux premiers en permettant la lecture de
eux par des molécules d’acide phosphorique. Au l’ARN messager sur lequel l’ARN de transfert
cours de la mitose, pendant la phase de synthèse S, vient apporter un acide aminé identifié par chaque
l’ADN contenu dans le noyau a la capacité de se triplet (ou codon) de base successif. Ainsi, la pro-
dupliquer en se séparant par le milieu (comme téine se constitue (acide aminé après acide aminé)
une échelle dont on scie les barreaux). Les bases selon l’information portée par l’ARNm.
s’apparient avec les bases libres pour former une
nouvelle échelle identique. L’ADN sert donc de
mémoire et de matrice pour la fabrication (syn- Principales applications médicales
thèse) des protéines. Celle-ci s’effectue en deux
temps. Au cours de la transcription, l’information La génétique cherche à réaliser la synthèse entre
« codée » de l’ADN est copiée dans un autre acide les observations cytologiques et les données rela-
nucléique (ARN messager) qui passe du noyau tives à la transmission des caractères héréditaires.
de la cellule dans le cytoplasme. Au cours de la La cartographie, détermination de la localisation
traduction, cette information permet l’élabora- des gènes (loci) sur les chromosomes, et le séquen-
tion des protéines. Lors de chaque mitose, l’in- çage, détermination de la séquence des paires de
formation de l’ADN est recopiée à l’identique, bases nucléotidiques du génome humain, sont
c’est la réplication. Le remplacement par erreur de très importants pour connaître la localisation d’un
copiage d’une base par une autre peut conduire au gène impliqué dans l’étiologie d’une maladie. Des
remplacement dans la protéine d’un acide aminé anomalies chromosomiques (anomalies de struc-
par un autre, donc à une protéine anormale. Ce ture et/ou de nombre) sont fréquemment obser-
phénomène (appelé mutation) peut être à l’ori- vées dans les cellules cancéreuses. Quelques-unes
gine de graves anomalies ou de la mort de la sont spécifiques de certains cancers, d’autres sont
cellule. Dans les cellules germinales, il peut déter- plus aléatoires et retrouvées dans plusieurs types
miner une maladie congénitale. Dans une cellule de cancers. L’apparition de nouvelles techniques
somatique, c’est-à-dire de n’importe quel autre de biologie moléculaire en cancérologie, pour
tissu de l’organisme, il peut conduire à un cancer l’étude de la structure du génome (profil géno-
si la protéine anormale est impliquée dans la régu- mique de gains et de pertes de segments chromo­
lation des multiplications cellulaires. somiques) et du transcriptome (profil d’expression
L’ARN – acide ribonucléique (ou RNA, abréviation génique), apporte une aide précieuse au patho­
internationale) contient les acides ribonucléiques qui logiste, notamment pour le diagnostic des hémo-
sont les intermédiaires entre l’information génétique pathies malignes (leucémies et lymphomes) et de
du génome contenu dans l’ADN et les protéines certaines tumeurs solides (tumeurs pédiatriques,
chargées des fonctions cellulaires. Ils sont constitués tumeurs neuro-ectodermiques, carcinome du rein ;
de quatre bases azotées – cytosine (C), uracile (U), cf. tableau 3-35).
adénine (A), guanine (G) – liées à un sucre (ribose). La cytogénétique permet d’établir un caryotype,
Ces unités élémentaires sont enchaînées les unes « carte d’identité » chromosomique des cellules
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 5

eucaryotes. L’établissement du caryotype consiste considérés comme sujets à risque justifiant une
à regrouper les différentes paires de chromosomes surveillance particulière afin de leur faire bénéfi-
d’une cellule afin d’établir un classement ordonné cier d’un dépistage individuel.
en fonction de leur nombre, leur taille, la position
du centromère et la disposition de leurs bandes
(cf. fig. 3-80). Les anomalies des chromosomes Cellule
peuvent être classées en fonction de leurs types :
anomalies de structure et anomalies quantitatives. Définition
Le type principal d’anomalie de structure est la
Les cellules représentent les plus petites unités
translocation, déplacement d’un segment chro-
structurelles et fonctionnelles des organismes
mosomique sur un autre chromosome (cf. fig.
pluricellulaires. La cellule procaryote ne possède
3-81). Les anomalies quantitatives se répartissent
pas de noyau (bactérie). La cellule eucaryote est
en gains et pertes de chromosomes ou segments
la plus petite unité de matière vivante qui puisse
chromosomiques. Les gains mènent à des triso-
exister de façon indépendante et se reproduire.
mies ou polysomies. Le génome entier peut être
Elle est constituée d’un noyau entouré d’une
dupliqué (tétraploïdie, polyploïdie). Un remanie-
enveloppe nucléaire et du cytoplasme séparé du
ment particulier, assez fréquemment observé dans
milieu extérieur par la membrane cytoplasmique
les tumeurs, est représenté par les amplifications,
(tableau 1-1).
duplications localisées d’un segment du génome
en un grand nombre de copies. Les pertes de seg-
Noyau
ments chromosomiques sont liées à des délétions.
Les nouvelles techniques de biologie moléculaire Il contient l’information génétique. Ses mem-
dévoilent peu à peu le génome humain et ses branes externe et interne renferment des pores
erreurs de structure ou de fonctionnement pou- permettant le transport de substances entre le
vant aboutir au développement d’un cancer. La noyau et le cytoplasme. Il contient un nucléole
découverte des gènes, impliqués dans le cancer, et une matrice fibreuse formée de différents com-
proto-­oncogènes (gène cellulaire normal suscep- plexes ADN–protéines. La plus grande partie de
tible de se modifier par mutation ou modification l’ARN ribosomal est synthétisée dans le nucléole.
structurale et de se transformer en oncogène) et Les chromosomes (situés dans le noyau) ne sont
oncogènes (gène produisant des protéines stimu- pas individualisables mais forment un réseau dif-
lant la multiplication cellulaire, pouvant induire fus (chromatine). Les gènes sont portés par les
l’apparition et/ou le développement d’une chromosomes.
tumeur quand il est surexprimé ou exprimé de
Cytoplasme
façon intempestive) ou, à l’opposé, anti-oncogènes
(gène intervenant dans le contrôle et la régulation Il contient un système complexe de membra-
des divisions cellulaires et dont l’absence ou le nes internes constituant les structures cellulai-
mauvais fonctionnement favorise l’apparition d’un res (organites). Les principaux organites sont les
cancer), a été déterminante dans l’identification mitochondries (où d’importantes réactions chimi-
de l’origine d’une tumeur maligne (cf.  p.  131). ques productrices d’énergie se produisent), le réti-
Ces découvertes, en évolution constante, com- culum endoplasmique (constitué d’un ensemble
mencent à ouvrir de nouvelles voies de traitement membranaire et lieu de synthèse des glycoprotéi-
des cancers. Les biothérapies cherchent à rectifier nes et des lipides), l’appareil de Golgi (ayant des
ou modifier les désordres qui caractérisent une fonctions de transport) et des peroxysomes per-
tumeur maligne. L’oncogénétique (ou génétique mettant respectivement la synthèse et la dégrada-
des cancers) a pour but de mieux déterminer les tion de certaines substances. Les lysosomes sont le
facteurs héréditaires qui favorisent les tumeurs siège du catabolisme d’un grand nombre de pro-
et de les reconnaître chez des individus qui sont téines, acides nucléiques et lipides. Le cytoplasme
6 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 1-1  Fonctions cellulaires.


Enveloppe nucléaire Échange entre le noyau et le cytoplasme
Noyau Chromatine Support de l’information héréditaire qui donne les chromosomes
au moment de la division cellulaire
Nucléoplasme Rôle métabolique
Synthèse des substances
Nucléole Siège de l’hérédité
Rôle de synthèse de l’ARN ribosomal
Cytoplasme Hyaloplasme Substance fondamentale du cytoplasme
Support des organites (structures cellulaires)
Membrane plasmique ou cytoplasmique Règle les échanges entre la cellule et le milieu extérieur
Cytosquelette Rôle de stabilité
Réticulum endoplasmique Synthèse des glycoprotéines et des lipides
Ribosome Siège de la synthèse protéique
Appareil de Golgi Fonctions de transport
Lysosome Siège du catabolisme d’un grand nombre de protéines, acides nucléiques
et lipides
Peroxysome Synthèse et dégradation de certaines substances
Mitochondrie Productrice d’énergie
Centriole ou centrosome Rôle dans la division cellulaire (mitose)
Granulation (glycogène)
Inclusion cytoplasmique Vacuole (inclusion lipidique)
Pigments variés (hémosidérine, lipofuscine, mélanine)

renferme un cytosquelette (réseau de filaments et elles appartiennent, elles sont dites différenciées
de tubules intracellulaires) composé de microtu- (cellules épithéliales, nerveuses ; cf. p. 145) et sont
bules, de microfilaments d’actine et de filaments alors capables d’effectuer la mobilisation de leurs
intermédiaires, constitué de différentes protéines organites (tableau 1-2).
qui confèrent sa stabilité structurelle ou architec-
turale à la cellule. Les centrioles sont de petites
particules qui jouent un rôle important dans la Tissus
division cellulaire. Les ribosomes sont le siège de
la synthèse protéique. Définition
Membrane cytoplasmique Un tissu est un ensemble de cellules différenciées
et spécialisées dans une même fonction identifia-
Elle est formée d’une double couche de phos- ble sur des caractéristiques architecturales et topo-
pholipides (bicouche lipidique). Elle est consti- graphiques. Les tissus constituent des organes et
tuée d’une série de canaux composés de protéines des systèmes, cette association forme un groupe
caractéristiques permettant le transport de subs- fonctionnel d’ordre supérieur (les appareils). Le
tances vers l’intérieur ou l’extérieur de la cellule. suffixe « -thélium » est utilisé pour désigner divers
tissus. Il existe quatre entités de tissus simples fon-
Classification des cellules damentaux : épithélial, de soutien, musculaire et
nerveux. Leur combinatoire locale dirigée abou-
Lorsque les cellules acquièrent une forme et une tit à des tissus spécialisés avec de grandes diffé-
organisation interne caractéristique du type auquel rences morphofonctionnelles. L’identification du
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 7

Tableau 1-2  Classification fonctionnelle des cellules.


Groupe Cellule Cellule Cellule Cellule Cellule Cellule Cellule Cellule
cellulaire épithéliale de soutien contractile nerveuse germinale sanguine immunologique sécrétant
des hormones
Exemple Épithéliums Tissu fibreux Muscles Cerveau Spermatozoïdes Hématies Tissus Thyroïde
de l’intestin, de soutien, Ovocytes et leucocytes lymphoïdes et surrénales
des vaisseaux cartilage, os circulants (ganglions, rate)
et de la peau
Fonction Barrière Organiser Mouvement Communication Reproduction Transport Défense Communication
Absorption et maintenir cellulaire d’oxygène cellulaire
Sécrétion la structure directe Défense indirecte
du corps Hémostase

tissu composé tient donc compte de sa localisa- aux muscles, au sang, au squelette, aux appareils
tion topographique et de sa spécificité fonction- urogénital et cardiovasculaire.
nelle. La cohésion des tissus ainsi que la mobilité
des ­cellules s’effectuent grâce à des mécanismes À noter : l’évolution des feuillets embryonnaires
d’adhé­rence cellulaire. ne correspond pas à une spécificité tissulaire.
Sur le plan morphologique, on distingue deux
Tissu épithélial
grands types de répartitions cellulaires dans les
tissus : Le tissu épithélial est un tissu de revêtement. Il
• les tissus à union cellulaire serrée : les espaces a cinq fonctions : la protection, l’absorption, la
intercellulaires, très étroits, correspondent à filtration, l’excrétion et la sécrétion. Il est consti-
l’ensemble des tissus épithéliaux et du système tué de cellules épithéliales accolées les unes aux
nerveux central ; autres sans séparation entre elles pour constituer
• les tissus à union lâche où les cellules sont dis- des feuillets appelés épithéliums. Il existe deux
tantes et les espaces intercellulaires contiennent variétés d’épithéliums, l’épithélium de surface et
une substance intercellulaire (tissu fibreux de l’épithélium glandulaire.
soutien).
Un épithélium est avasculaire (aucun vaisseau
ne l’irriguant directement). Les cellules reposent
sur une membrane basale (ou lame basale) qui les
Histogenèse sépare du tissu conjonctif sous-jacent (chorion).
Les tissus de l’organisme se développent à partir La membrane basale sert de moyen d’ancrage aux
des trois feuillets embryonnaires qui s’individua- cellules épithéliales. Elle intervient comme un filtre
lisent au cours de la troisième semaine de la vie pour leur nutrition, elle est indispensable pour leur
intra-utérine. Chaque feuillet aboutit à des fonc- survie et leur cicatrisation. De plus, cette mem-
tions spécifiques : brane est perméable et représente une barrière
• l’ectoderme (ou ectoblaste/épiblaste), feuillet physiologique extrêmement importante (en parti-
externe d’où l’épiderme et ses annexes (pha- culier dans le domaine de la pathologie tumorale).
nères, glandes cutanées) dérivent, ainsi que le Elle est formée par l’union de deux feuillets :
système nerveux et les organes sensoriels ; • la lame basale, mince feuillet de glycoprotéines
• l’endoderme (ou endoblaste), feuillet interne sécrété par les cellules épithéliales. Elle est com-
appelé à constituer la paroi du tube digestif, les posée essentiellement par des protéoglycans, du
glandes annexes (foie, pancréas, prostate, thy- collagène de type IV, des molécules de fibronec-
roïde…), l’arbre respiratoire ; tine, laminine et entactine ;
• le mésoderme (ou mésoblaste), feuillet moyen • la lame réticulaire, feuillet de matériel extra-
qui au cours du développement donne naissance cellulaire sécrété par les cellules du tissu
8 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

conjonctif sous-jacent. Elle contient des fibres – les épithéliums unistratifiés ou pseudostratifiés
de collagène de type III (aussi appelées fibres peuvent être ciliés, à stéréocils, à bordure en
réticulaires). brosse,
Le chorion est un tissu conjonctif lâche renfer- – les épithéliums pluristratifiés peuvent être
mant des fibres musculaires lisses et des vaisseaux. non seulement pavimenteux mais également
kératinisés ou non,
Épithélium de surface – les épithéliums pavimenteux stratifiés sont appe-
(ou de revêtement) lés épithélium malpighien ou épidermoïde.
Les épithéliums de revêtement tapissent la sur-
face du corps (épiderme) et bordent les cavités et Épithélium glandulaire
conduits internes ainsi que les organes creux : L’épithélium glandulaire tapisse une cavité. Il
• cavités « ouvertes » (prolongements de l’exté- est constitué par des cellules spécialisées dans les
rieur) : épithélium (voies aériennes, tube diges- sécrétions. Il est intermédiaire sur une muqueuse
tif, voies urinaire et génitale) ; ou interne pour une glande.
• cavités « fermées » : endothélium (cavités car-
Une muqueuse est une membrane formée d’un
diaque et vasculaire [vaisseaux sanguins et
épithélium cylindrique ou pavimenteux tapissant
lymphatiques]) ;
la paroi interne des cavités naturelles et de la plu-
• cavités cœlomiques : mésothélium (cavités pleu-
part des organes creux :
rale, péritonéale et péricardique) ;
• muqueuse malpighienne : anus, bouche, exocol,
• muqueuse vésicale et voies urinaires : urothé-
larynx, œsophage, pharynx, vagin… ;
lium (ou transitionnel).
• muqueuse glandulaire : côlon, duodénum, endo-
La classification des épithéliums de revêtement se col, endomètre, estomac, intestin grêle, rectum,
base sur trois critères morphologiques : trachée…
• le nombre de couches (d’assises) cellulaires :
Une glande (ou acinus) est un organe qui corres-
– unistratifiée (simple) : une seule couche de
pond à des regroupements de cellules épithéliales
cellules toutes en contact avec la membrane
hautement différenciées à sécrétion interne (endo-
basale par leur pôle inférieur,
crine), externe (exocrine) ou mixte (amphicrine =
– pluristratifiée (stratifiée) : deux ou plusieurs
endocrine et exocrine).
couches de cellules dont la forme varie selon
la profondeur de la couche où elles siègent, Une glande endocrine est constituée de cellules
seules les cellules basales sont au contact de la qui forment des travées séparées par des capillai-
membrane basale, res sauf dans la thyroïde où elles sont arrangées
– pseudostratifiée : toutes les cellules se trou- en vésicules. Elle déverse le produit de sécrétion
vent en contact avec la membrane basale ; (hormones, peptides), regroupé sous le terme
• le niveau de différenciation des cellules construc- de « facteur de croissance », directement dans le
tives : milieu intérieur (système vasculaire). On observe
– pavimenteux (cellules aplaties, plus larges que divers modes sécrétoires : endocrinie, paracrinie,
hautes) : endothélium et mésothélium, autocrinie et neurocrinie.
– cubique ou isoprismatique (cellules aussi hau- Une glande exocrine déverse le produit de sécré-
tes que larges), tion dans le milieu extérieur ou dans une cavité
– cylindrique ou prismatique (cellules plus hau- organique en continuité avec le milieu extérieur
tes que larges) ; soit directement, soit par l’intermédiaire d’un
• la spécialisation ou différenciation de la mem- canal excréteur. Les critères suivants sont utilisés
brane plasmique au niveau du pôle apical permet pour la classification des glandes exocrines :
de typer les épithéliums. Les structures suivantes • niveau d’arborescence du canal excréteur. On
peuvent être observées, kératinisation ou pas, peut décrire les glandes simples, ramifiées,
microvillosités, cils vibratiles, stéréocils : composées ;
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 9

• forme de l’adénomère (partie sécrétante de la bien identifiés, les épithéliums, les tissus spécialisés
glande) acineuse (en groupe), tubuleuse (en (excepté la substance grise et blanche du système
tube), alvéolaire (sphère ou sac plus ou moins nerveux central). Il existe différents types de tissus
bosselé) ; conjonctifs :
• nature du produit de sécrétion. Substances • dense : beaucoup de fibres collagènes et peu de
de nature muqueuse (visqueux) soit : séreuse fibres réticulaires ;
(aqueux), muqueuse (mucus), séreuse (zymo- • lâche : peu de fibres collagènes et beaucoup de
gène), sébacée (sébum) ; fibres réticulaires ;
• modalité de sécrétion des cellules glandulaires : • muqueux : c’est la substance fondamentale qui
– métocrine : produit excrété par diffusion prédomine.
(exocytose), Les cellules sécrètent la substance fondamen-
– apocrine : produit expulsé avec une partie de tale, des protéines sous forme de fibres compo-
la cellule où elle est accumulée (apocytose), sant le squelette du tissu conjonctif. Chaque tissu
– holocrine : le cytoplasme de la cellule se conjonctif possède une variété particulière de cel-
charge d’une quantité considérable de pro- lules présentent à l’état immature et sous forme
duit de sécrétion et ensuite se désintègre. adulte.
Une hormone est une substance déversée dans le La substance fondamentale est produite par les
sang par des cellules spécialisées, véhiculée ensuite fibroblastes. C’est un matériau inerte qui com-
par la circulation pour exercer une action à dis- ble les espaces entre les cellules et qui assure le
tance sur un organe ou des cellules cibles. Il existe maintien des macromolécules du tissu conjonctif
trois grands types d’hormones si on les distingue et la nutrition des cellules. Elle se compose de sels
par leur nature chimique : les stéroïdes (aldosté- minéraux, d’eau, de mucopolysaccharides et de
rone, cortisol, œstradiol, progestérone, testosté- glycoprotéines.
rone), les dérivées d’acides aminés (adrénaline), les
dérivés de nature peptidique (glucagon, insuline). Les fibres sont des filaments ou cellules allongées
(trois principales variétés) :
• Les fibres de collagène (ou fibres blanches),
Tissu fibreux de soutien (appelé les plus abondantes, sont présentes dans l’or-
aussi tissu conjonctif) ganisme, sauf dans le système nerveux central.
Elles sont constituées d’une protéine extrême-
Sur le plan embryologique, les différents types de ment robuste conférant au tissu conjonctif une
tissu conjonctif dérivent du mésenchyme (méso- résistance à la traction. Elles sont produites par
derme). Le mésenchyme est un tissu embryon- les fibroblastes (les chondrocytes, les cellules
naire caractérisé par ses cellules souches (cellules endothéliales et musculaires, les ostéoblastes
mésenchymateuses) et formé soit par du méso- peuvent aussi les produire). Elles se groupent en
blaste, soit par des éléments provenant de la crête faisceaux. On les trouve au niveau des capsules
neurale (ectomésenchyme) et pouvant se diffé- d’organes, os, cartilage, tendon. Le collagène
rencier en tissu conjonctif, cartilagineux, osseux, est une substance principalement protidique
musculaire… (l’acide aminé que l’on trouve le plus souvent
Le tissu conjonctif représente le principal consti- est la glycine). Les différents types de collagène
tuant de l’organisme. Il comprend un « tissu d’em- forment les fibrilles :
ballage » enveloppant des organes ou remplissant – type I : cartilage, os et tendons,
les intervalles qui les séparent. Ce tissu conjonctif – type II : cartilage et vitrée oculaire,
« de liaison » est composé de vaisseaux (artères, – type III : tissu fibreux à l’origine de réticuline
veines et vaisseaux lymphatiques), de cellules sépa- (argyrophile),
rées par une substance intercellulaire (substance – type IV : collagène des membranes basales,
fondamentale) qui renferme les fibres et qui sert – type V (péricellulaire) : ancrage de la mem-
de soutien ou de support (stroma) à d’autres tissus brane basale, stroma et placenta.
10 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

• Les fibres élastiques (ou fibres jaunes) sont Le muscle cardiaque (contraction involontaire,
constituées par l’élastine qui donne son aspect rythmique et automatique) est formé de cellules
élastique. Elles sont produites par les fibroblas- mononucléées qui constituent un réseau dont
tes, les chondroblastes et les cellules musculai- les mailles enferment du tissu conjonctif et des
res lisses des vaisseaux. Elles se réunissent entre vaisseaux.
elles pour former un réseau et sont distribuées Le muscle lisse (blanc) ou muscle de la vie végé-
dans les organes qui se dilatent souvent (derme, tative (mouvements involontaires) est formé de
cartilages élastiques, ligaments jaunes, poumon, cellules fusiformes, courtes, non striées, à noyau
vésicule biliaire, aorte, paroi des artères élasti- central. Elles peuvent être soit isolées, soit regrou-
ques). L’élastine est la partie amorphe des fibres pées en couche, toutes orientées dans la même
élastiques ; direction. On le trouve au niveau des organes
• Les fibres de réticuline (fibres réticulaires) sont creux (tube digestif, utérus).
des fibres de collagène très minces (réticulum
Le muscle strié (rouge) ou muscle de la vie de
= petit filet) reliées aux fibres de collagène plus
relation (mouvements volontaires) est formé de
épaisses et forment des réseaux en fibrilles.
cellules allongées, striées, cylindriques, multinu-
Elles contribuent à soutenir les tissus mous des
cléées, dotées de myofibrilles toutes alignées dans
organes. Elles sont formées par des cellules qui
la même direction. On le trouve dans les mus-
dérivent des fibroblastes (cellules réticulées).
cles squelettiques (biceps, thoraco-abdominaux,
On les rencontre associées aux lames basales
visage).
(glandes, épithélium de revêtement) ainsi que
dans les organes hématopoïétiques, lymphoïdes
et dans le foie. La réticuline est assez semblable Tissu nerveux
au collagène, car elle est composée en majeure
partie de tropocollagène (unité fondamentale Le tissu nerveux permet la régulation de l’orga-
du glycogène), elle présente aussi une fonction nisme et le mouvement. Hautement différencié, il
lipidique. est responsable de la réception, de la transmission
Le stroma est le nom donné à la trame d’un tissu et du traitement de l’information en provenance
dont les mailles soutiennent les cellules et les for- de l’environnement et/ou de l’organisme lui-
mations cellulaires. Elle est généralement consti- même. Il est vascularisé et constitue les organes du
tuée de cellules conjonctives normales, de fibres système nerveux. Il est formé de cellules nerveu-
de collagènes et élastiques, de vaisseaux sanguins ses (ou neurones), représentant le tissu nerveux
et lymphatiques et même de nerfs. proprement dit, et du tissu de la névrologie (ou
tissu de soutien) qui est un tissu de remplissage,
de nutrition et de soutien entre les cellules et les
Tissu musculaire fibres. La fibre nerveuse est formée par un axone
entouré d’une gaine de myéline (substance for-
Le tissu musculaire est vascularisé et contient des mée de glycérophospholipides et protéines ; sys-
cellules contractiles (myocytes) composées de tème nerveux central) et d’une gaine de Schwann
protéines (actine et myosine). Il assure la mobilité (système nerveux périphérique). L’épendyme est
du corps et des viscères. Les myofilaments sont la membrane qui tapisse l’intérieur des ventricules
des filaments, fins d’actine et épais de myosine, du cerveau et le canal de la moelle épinière.
responsables de la contraction musculaire, ils se
groupent en faisceaux irréguliers pour constituer
les myofibrilles. L’aponévrose est une membrane Tissus spécialisés
de consistance fibreuse séparant les masses mus-
Tissu adipeux
culaires au sein d’un muscle. Le terme fascia est
employé pour désigner l’aponévrose qui engaine Le tissu adipeux (ou graisseux) est composé par
les muscles et les sépare des organes voisins. des adipocytes et quelques fibres de collagène. Il
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 11

sert de réserve d’énergie et d’isolant thermique réponses immunes. Ce tissu constitue des organes
(stockage intercellulaire des lipides). centraux ou primaires (moelle osseuse et thymus)
et des organes périphériques ou secondaires (gan-
Tissu cartilagineux glions lymphatiques, rate) et l’ensemble des tis-
sus lymphoïdes associés aux muqueuses (MALT).
Les cellules (chondroblastes/cytes) du tissu car- Dans tous les cas et à l’exception du thymus qui
tilagineux sont enfermées dans des lacunes sépa- constitue un organe très particulier, l’organisation
rées par des travées de substance fondamentale, du tissu lymphoïde comporte toujours une trame
abondante et amorphe. de tissu réticulaire dans les mailles de laquelle se
Le cartilage a une consistance rigide mais souple. situent macrophages, cellules dendritiques et cel-
Il est avasculaire (nourri par les tissus adjacents). lules lymphoïdes (le plus souvent regroupées en
Il contient 80 % d’eau. Il existe chez l’adulte trois follicules).
types de cartilages : Le concept MALT (mucosa-associated lymphoid
• hyalin : riche en glycogène et enclaves lipi- tissue) recouvre tout le tissu lymphoïde non
diques. Il permet un soutien ferme et flexi- encapsulé que l’on met en évidence dans les
ble. On le rencontre chez l’adulte au niveau zones sous-muqueuses des systèmes respiratoire,
des surfaces articulaires, des côtes, de l’arbre ­gastro-intestinal et urogénital. Le concept BALT
trachéobronchique et de la cloison nasale. (bronchus-­associated lymphoid tissue) recouvre
Il constitue chez l’enfant les cartilages de l’anneau de Waldeyer (terme décrivant l’ensemble
conjugaison ; du tissu lymphoïde du cou et du pharynx) com-
• élastique : il contient de très nombreuses fibres prenant les amygdales palatines (linguale et pha-
élastiques et a ainsi une importante résistance ryngée), les végétations adénoïdes et les ganglions
aux flexions. Il se rencontre dans le pavillon de régionaux. Le concept GALT (gut-­associated lym-
l’oreille, le conduit auditif externe, l’épiglotte et phoid tissue) recouvre l’ensemble des tissus lym-
le larynx ; phoïdes associés aux muqueuses de l’intestin et
• fibreux : riche en fibres collagènes qui permet- les plaques de Peyer (amas de lymphocytes dans la
tent une résistance à la pression (ce cartilage paroi de l’intestin grêle).
est compressible). Il est localisé au niveau
des disques intervertébraux, de la symphyse Tissu osseux
pubienne, des ménisques articulaires (genoux)
et de l’insertion de certains tendons (tendon Il est très dur, son rôle est le soutien et la protec-
d’Achille). tion. Il doit sa dureté aux sels calciques présents
dans sa substance fondamentale. Les ostéocytes
Le périchondre est vascularisé et enveloppe
sont enfermés dans des logettes mais restent en
tous les types de cartilage en dehors du cartilage
contact les uns avec les autres par des prolonge-
articulaire.
ments logés dans de petits canaux. Les os sont
Le cartilage articulaire est un cartilage hyalin constitués de tissu spongieux engainé à sa péri-
avasculaire formant la limite des cavités articulaires phérie par du tissu compact.
permettant de supporter les forces et un mouve-
ment régulier des pièces osseuses. Dans certaines
articulations peu mobiles, il peut être remplacé par
un cartilage fibreux (disques intervertébraux).
Systèmes et organes des sens
Un appareil est un ensemble d’organes qui rem-
Tissu lymphoïde
plissent une même fonction dans l’organisme. Un
Il correspond à un ensemble de cellules et d’orga- système est un groupe d’organes morphologique-
nes dont les réactions de défense de l’organisme ment et fonctionnellement semblables, répandus
dépendent. Il permet l’intégration des interac- dans tout l’organisme et connectés entre eux
tions cellulaires complexes intervenant dans les (cf. p. 154).
12 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Système osseux protéine fibreuse et insoluble dans l’eau, la kéra-


tine, assure à la peau sa propriété d’imperméabilité.
Le squelette axial (crâne, vertèbres, cage thora- La peau est constituée de trois couches distinctes
cique) et appendiculaire (membres supérieurs et depuis la surface vers la profondeur :
inférieurs) constitue la charpente du corps. Il sert • l’épiderme produit des organes cornés (ongles
de soutien aux parties molles et de protection et poils) et des organes sécréteurs (glandes) ;
pour certains organes. Il est composé de 206 os • le derme contient les annexes cutanées (glandes
et accessoirement de pièces cartilagineuses unies sudoripares et follicules pilosébacés), des vais-
entre elles par des articulations. La majorité des seaux sanguins et des terminaisons nerveuses ;
articulations sont mobiles, souples et lubrifiées. • l’hypoderme est composé de tissu adipeux en
Dites synoviales (membrane qui tapisse les articu- quantité variable et contient des vaisseaux san-
lations), elles permettent la mobilité du squelette guins et des nerfs.
grâce à l’action des muscles. Les glandes sébacées sécrètent le sébum qui lubri-
Les os diffèrent par la répartition du tissu osseux fie les poils et empêche le dessèchement de la peau,
qui les compose en os compact ou spongieux. et les glandes sudoripares sécrètent la sueur qui a
Les os plats (crâne, omoplate) sont constitués pour rôle principal de lutter contre l’élévation de
de deux couches d’os compact (tables externe et température du corps.
interne) qui emprisonnent du tissu spongieux.
Les os courts (vertèbres) ont un centre spongieux
cerclé par une coque périphérique d’os compact. Système nerveux
Les os longs (clavicule, fémur, humérus, péroné,
tibia), dont toute la périphérie de l’os est com- Le système nerveux est responsable de l’envoi,
pacte, présentent un corps (ou diaphyse) creusé de la réception et du traitement des influx ner-
en son centre d’une vaste cavité, dite médullaire, veux. Il comporte le système nerveux central
occupée par la moelle osseuse et deux extrémités (encéphale et moelle épinière) et le système ner-
(ou épiphyses) constituées d’os spongieux. La veux périphérique (racines, plexus, nerfs crâniens
diaphyse et l’épiphyse sont reliées par la méta- et rachidiens).
physe. L’ensemble d’une pièce osseuse est entouré
de périoste (membrane fibreuse), sauf au niveau Système nerveux central (SNC)
des articulations où les os sont recouverts de car-
tilage. La moelle osseuse est une substance molle Le système nerveux central (ou névraxe) est logé
et graisseuse constituée de cellules hématopoïéti- dans la cavité crânienne et dans le canal rachidien
ques situées dans une trame collagène vasculari- qui « abrite » la moelle épinière. Il est protégé et
sée, localisée dans le canal des os longs et dans les nourri par les méninges et le liquide céphalorachi-
alvéoles des os plats. Elle joue un rôle capital dans dien. Les méninges sont des membranes qui enve-
la formation des globules sanguins. loppent le cerveau et la moelle épinière. Elles sont
composées d’une triple enveloppe (dure-mère,
pie-mère et arachnoïde). Le liquide céphalo­
rachidien (LCR) baigne le système nerveux central
Système tégumentaire (cerveau et moelle épinière). Il circule dans l’es-
Il constitue l’enveloppe protectrice du corps. Il pace sous-arachnoïdien et joue un rôle de protec-
est composé par la peau, les cheveux, les ongles tion mécanique.
et les poils. La peau est le seul épithélium mal- L’encéphale est composé du cerveau, du cerve-
pighien kératinisé dont sa structure varie selon la let et du tronc cérébral. Il est relié à l’extrémité
localisation. Elle recouvre entièrement le corps et supérieure de la moelle épinière au travers du trou
se continue au niveau des orifices naturels (bou- occipital du crâne. C’est le centre de contrôle du
che, narines, anus) par les muqueuses. Elle a un corps. Il permet de penser, détermine la personna-
rôle sensoriel, d’échanges et de protection. Une lité et régule l’ensemble des fonctions vitales.
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 13

Le cerveau est le siège des facultés intellectuelles. ou moteurs. Selon leur origine, les nerfs périphéri-
Il comprend le cortex et deux hémisphères céré- ques se divisent en nerfs crâniens (12 paires) et en
braux, le thalamus, l’hypothalamus et le système nerfs rachidiens ou spinaux (31 paires). À différents
limbique (ou corps calleux) qui contrôle les réac- niveaux, plusieurs paires s’anastomosent pour for-
tions émotionnelles. Les hémisphères cérébraux mer des plexus (brachial, cervical, lombaire, sacré)
sont le siège de la raison et de la créativité. Chaque d’où les principaux nerfs de l’organisme naissent.
hémisphère est divisé en quatre lobes. Le lobe Les ganglions nerveux sont des relais situés en
frontal est responsable de la coordination motrice dehors du système nerveux central, constitués par
volontaire, il contient également les centres de la des petits amas de cellules nerveuses.
pensée, de la mémoire, du raisonnement et des
associations. Le lobe occipital contient les centres Système nerveux neurovégétatif
responsables de la vision. Le lobe pariétal reçoit
les informations relatives au toucher et à l’orien- Le système nerveux neurovégétatif (ou autonome)
tation spatiale. Le lobe temporal contient les est indépendant de la volonté. Il règle et coor-
centres de l’audition, du goût et de la mémoire. donne le fonctionnement des organes. Il est divisé
L’hypothalamus est responsable de nombreuses en deux systèmes. Le système orthosympathique a
fonctions : sommeil, éveil, pulsions sexuelles, soif, avant tout un rôle de défense. Il est stimulé dans
faim. Il contrôle également l’activité endocri- les états d’excitation émotionnelle et d’agitation
nienne en assurant la régulation de l’hypophyse et (stress). Il favorise l’effort bref et intense en sti-
joue un rôle important dans les émotions, la dou- mulant la circulation et la respiration. Le relais
leur et le plaisir. Le corps calleux est une substance s’établit soit dans un ganglion de la chaîne, soit
réunissant les hémisphères cérébraux. dans un ganglion viscéral. Le système parasympa-
thique concerne la récupération de l’organisme et
Le tronc cérébral est la portion du névraxe com-
la vidange des organes creux. Il est stimulé pen-
prise entre la moelle épinière et le cerveau. Il
dant le sommeil. Le ganglion est toujours situé au
contrôle les fonctions automatiques (respiration,
voisinage de l’organe innervé.
rythme cardiaque). Le bulbe rachidien sert de
connexion entre le cerveau et la moelle épinière.
Il contient de nombreux centres nerveux chargés Système endocrinien
de la régulation des fonctions fondamentales invo-
lontaires. La protubérance annulaire est la partie Le système endocrinien est constitué par l’ensem-
centrale du tronc cérébral. Le mésencéphale est la ble des glandes endocrines.
partie supérieure du tronc cérébral. L’hypothalamus joue un rôle intermédiaire entre
Le cervelet est chargé de la coordination des le système nerveux et tout le système endocrinien.
mouvements. Il sécrète des substances qui contrôlent la produc-
La moelle épinière est la portion du système ner- tion des hormones sécrétées par l’antéhypophyse
veux central qui occupe le canal rachidien. C’est (lobe antérieur de l’hypophyse).
un relais entre le cerveau et le reste du corps. L’hypophyse (ou glande pituitaire) est sous le
contrôle de l’hypothalamus à laquelle elle est atta-
Système nerveux périphérique (SNP) chée. Elle sécrète l’hormone somatotrope (ou
Le système nerveux périphérique joue un rôle de hormone de croissance), les hormones métaboli-
coordination et de synthèse très important, contrô- ques et les stimulines qui agissent sur le fonction-
lant les activités cérébrale et spinale, réglant le tonus nement des autres glandes endocrines.
de posture et l’état vigile, recevant et intégrant La thyroïde est constituée par un ensemble de
toutes les sensations qui parviennent à l’encéphale vésicules groupées en lobules. Elle synthétise la
et influant sur les fonctions végétatives. Il est com- thyroglobuline (régulation du métabolisme éner-
posé de ganglions et de nerfs qui relient le système gétique) et la calcitonine (intervenant dans l’ho-
nerveux central aux organes périphériques sensitifs méostasie calcique).
14 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Les parathyroïdes sont des petites glandes en rap- du sang (circulation pulmonaire). Le sang est le
port étroit avec la thyroïde. Elles synthétisent la liquide nourricier et épurateur de l’organisme. Il
parathormone qui intervient dans l’homéostasie contient de nombreuses cellules qui interviennent
calcique. dans la lutte contre les infections et dans les réac-
Le thymus est le premier organe lymphoïde à se tions immunitaires. Il est constitué de quatre élé-
développer. Il joue un rôle endocrinien et immu- ments principaux (hématies, leucocytes, plaquettes
nitaire. Il est très développé chez l’enfant et involu et plasma). Le système cardiovasculaire comprend
avec l’âge. Il sécrète la thymosine qui assure la le cœur et les vaisseaux sanguins.
maturation des lymphocytes T. Le cœur est un organe musculaire creux à qua-
Le pancréas est une glande mixte dont le rôle tre cavités. C’est le moteur du système cardiovas-
endocrine principal est la régulation de la glycé- culaire dont le rôle est de pomper le sang qu’il
mie. Il sécrète le glucagon et l’insuline (élaborés fait circuler dans tous les tissus de l’organisme. Il
par les cellules des îlots de Langerhans). existe fonctionnellement et anatomiquement un
cœur droit et un cœur gauche que la cloison auri-
Les glandes surrénales sont constituées de deux
culoventriculaire sépare complètement. Le cœur
parties bien distinctes. La corticosurrénale sécrète
droit est chargé de renvoyer le sang pauvre en
des hormones stéroïdes (aldostérone, cortisol,
oxygène aux poumons pour éliminer le dioxyde
corticostérone) qui jouent un rôle important dans
de carbone. Le cœur gauche reçoit le sang fraîche-
le métabolisme des glucides et des protides. La
ment oxygéné provenant des poumons et le redis-
médullosurrénale sécrète principalement des hor-
tribue dans le corps. Chaque partie est divisée en
mones présentent lors d’un stress (adrénaline et
deux cavités comprenant chacune une oreillette
noradrénaline).
et un ventricule muni d’une valve. Les oreillet-
Les gonades sécrètent les œstrogènes et la pro- tes reçoivent le sang venant des veines. Les ven-
gestérone (ovaire) et élaborent la testostérone tricules refoulent le sang dans les artères (l’artère
(testicule). pulmonaire quitte le ventricule droit et l’aorte, le
ventricule gauche). Le muscle cardiaque (ou myo-
carde) est limité à l’extérieur par le péricarde et à
Système neuro-endocrinien diffus l’intérieur par l’endocarde. Le tissu nodal assure le
Le système neuro-endocrinien diffus (APUD : rythme cardiaque. Les vaisseaux coronaires sont
amine precursor uptake and decarboxylation) est les vaisseaux nourriciers du cœur.
l’ensemble des cellules neuro-endocrines disper- Les vaisseaux sanguins sont de trois types. Une
sées produisant des hormones et des peptides artère est un vaisseau très large qui transporte le
actifs dont la plupart agissent sur l’environnement sang oxygéné du cœur vers les organes à l’exception
local plus qu’à distance. Les plus importantes sont de l’artère pulmonaire qui irrigue les poumons.
celles associées au tube digestif, les cellules entéro- Une veine est un vaisseau chargé de transporter le
endocrines (argentaffines ou argyrophiles) et du sang pauvre en oxygène et les déchets des organes
tractus respiratoire. vers le cœur, à l’exception de la veine pulmonaire.
Les capillaires représentent un système de canaux
très fins et très ramifiés permettant l’échange de
Système circulatoire divers nutriments et de déchets avec les cellules.
(ou cardiovasculaire)
Le système circulatoire a pour fonction de trans- Système lymphatique
porter vers les cellules l’oxygène et les substances
nutritives et d’emmener les déchets de l’activité Système de vaisseaux parallèles aux veines res-
cellulaire vers les organes de détoxication. La ponsable du drainage des tissus et du retour de
grande circulation irrigue tout l’organisme et l’exsudat dans le sang. Ces vaisseaux lymphati-
la petite circulation est le circuit d’oxygénation ques sont répartis dans tout l’organisme, excepté
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 15

le cerveau. Leur trajet présente en certaines Réponses immunitaires


régions des ganglions lymphatiques qui consti-
tuent à la fois des filtres mécaniques et des bar- Les réponses immunitaires ont lieu quels que
rières immunitaires. soient les tissus de l’organisme mais l’extraction et
la différenciation des cellules immunitaires se font
surtout dans des organes spécialisés :
Système immunitaire • les organes lymphoïdes centraux (ou primaires)
qui sont colonisés par des cellules souches lym-
Système de défense utilisé par l’organisme au phoïdes assurent leur différenciation en lym-
moyen de cellules spécialisées pour lutter contre phocytes de phénotype B ou T :
un grand nombre de micro-organismes vivants et – le thymus semble être avant tout le lieu de
de corps étrangers. Cette protection est assurée maturation des lymphocytes T. C’est un
par trois mécanismes : organe de jeunesse qui régresse après la
• la protection de surface est garantie par des puberté. Chez l’adulte, le parenchyme est pro-
facteurs non spécifiques physiques ou parfois gressivement remplacé par du tissu adipeux,
chimiques ; – la moelle osseuse est le site de l’hématopoïèse.
• l’inflammation aiguë ou chronique (réaction C’est aussi le lieu de différenciation des lym-
tissulaire non spécifique) qui apparaît au cours phocytes B ;
de processus pathologiques très divers ; • les organes périphériques (ou secondaires) :
• les réponses immunitaires spécifiques sont – les ganglions lymphatiques sont de petits
dirigées contre la plupart des agents étrangers organes qui se disposent aux sites de conver-
pathogènes (endogènes ou exogènes) qui por- gence des vaisseaux lymphatiques drainant
tent de nombreux antigènes. une région anatomique. Ils sont entourés
d’une capsule et constitués de trois zones
Glossaire principales :
– la corticale, site principal des lymphocytes B
Anticorps : protéine fabriquée par les lymphocytes qui groupés sous forme de follicules,
deviennent des plasmocytes en stockant les immuno­
– la paracorticale, essentiellement constituée
globulines et dirigée de façon spécifique contre un
de lymphocytes T et de cellules interdigi-
antigène.
Antigène : substance (ou structure cellulaire) qui peut tées (présentatrices d’antigène),
engendrer des anticorps. – la médullaire, contenant surtout des macro-
Immunoglobuline : glycoprotéine essentiellement pré­ phages et des plasmocytes ;
sente à la surface des lymphocytes B et dans le plasma – la rate est un organe situé en dérivation de
sanguin : la circulation sanguine. Elle a un rôle dans
• les IgA (alpha « α ») sont surtout localisées sur les l’épuration du sang. C’est aussi un organe qui
surfaces muqueuses (bronches et intestin) où elles filtre les antigènes circulant dans le sang,
assurent une protection locale ; – les tissus lymphoïdes associés aux muqueuses
• les IgD (delta « δ ») existent quasi exclusivement MALT mais aussi les appareils lymphatique et
dans une localisation membranaire, co­exprimées avec
sanguin.
les Ig M à la surface des lymphocytes B pleinement
différenciés ;
• les IgE (epsilon « ε ») sont le support des manifestations Cellules du système immunitaire
d’hypersensibilité immédiate (asthme allergique, rhume
des foins) ; Les cellules du système immunitaire sont caracté-
• les IgG (gamma « γ ») constituent les Ac « convention­ risées par leur hétérogénéité au niveau morpholo-
nels » protecteurs ; gique et au niveau moléculaire.
• les IgM (mu « μ ») sont les plus volumineuses. Les leucocytes (ou globules blancs) sont des cel-
Elles fixent le complément et sont d’excellents Ac
lules mobiles du sang possédant des propriétés
agglutinants.
migratrices remarquables et qui ont pour rôle de
16 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

lutter contre les agressions extérieures, surtout • les lymphocytes naïfs (ou vierges) sont des cel-
microbiennes : lules n’ayant jamais rencontré l’antigène pour
• les mononucléaires (cellules mononuclées avec lequel elles sont spécifiques.
cytoplasme agranuleux) : Les messagers chimiques sont :
– les lymphocytes B et T (réactions immunitai- • les cytokines : protéines sécrétées sous l’action
res), d’un signal activateur par de nombreux types
– les monocytes précurseurs des macrophages, cellulaires, principalement les lymphocytes T,
histiocytes, cellules denditriques (fonctions les monocytes et les macrophages, et agissant
phagocytaires) ; sur des cellules cibles pourvues de récepteurs
• les polynucléaires ou granulocytes (cytoplasme spécifiques ;
granuleux qui contient des enzymes et un noyau • les interleukines (IL) : médiateurs entre les
polylobé). Ils ont des propriétés de phagocyto- leucocytes ;
ses. On les distingue suivant leurs affinités vis- • les lymphokines : médiateurs produits par les
à-vis des colorants : lymphocytes ;
– basophile : actif dans l’inflammation (précur- • les interférons : molécules qui limitent l’exten-
seurs des mastocytes), sion des infections virales, inhibent la croissance
– éosinophile : rôle de phagocytose et actif dans des cellules tumorales et favorisent l’action des
les allergies, cellules immunitaires cytotoxiques.
– neutrophile : rôle dans la défense non
spécifique (ingestion et destruction des
bactéries). Système respiratoire
Les lymphocytes sont les cellules les plus impor-
Le système respiratoire fournit de l’oxygène
tantes de la réponse immunitaire. Ils reconnaissent
au sang et expulse du corps les déchets gazeux
les éléments étrangers grâce à des molécules de
comme le dioxyde de carbone (CO2). Il comprend
surface spécifiques « récepteurs pour l­’antigène » :
les voies aériennes et les poumons.
• les lymphocytes B sont responsables de l’immu-
nité humorale. Ils se transforment en plasmocy- Les voies aériennes sont les fosses nasales (cavités
tes et sécrètent des anticorps. Certains restent séparées par une cloison médiane) qui s’ouvrent
des cellules à mémoire et gardent l’information vers l’avant par les narines et vers l’arrière dans le
de l’antigène ; pharynx qui est le carrefour où la voie digestive
• les lymphocytes T sont responsables de l’im- et la voie respiratoire se croisent. Le larynx forme
munité cellulaire. Ils reconnaissent un antigène en avant du cou une saillie (la pomme d’Adam) ;
donné et le détruisent. Lorsqu’ils sont stimulés, il est soutenu par quatre cartilages et son orifice
ils sécrètent des messagers chimiques ; (glotte) est limité par deux replis membranaires
• les lymphocytes T auxiliaires stimulent la pro- (cordes vocales). La trachée, formée par la super-
duction d’anticorps par les lymphocytes  B position d’anneaux cartilagineux, bifurque à sa
et activent les systèmes de défense macro­ base pour donner les deux bronches principales
phagique ; qui pénètrent dans chaque poumon où elles se
• les lymphocytes T cytotoxiques peuvent détruire ramifient en bronches secondaires, puis en bron-
des cellules cibles ; ches tertiaires et bronchioles.
• les lymphocytes suppresseurs sont capables d’in- Les poumons sont constitués de lobes divisés en
hiber la réponse des lymphocytes T auxiliaires et segments et également de bronches, bronchio-
donc de moduler la réponse immunitaire ; les et alvéoles pulmonaires. Le poumon droit est
• les lymphocytes NK (natural killer), ni B divisé en trois lobes (supérieur, moyen et infé-
ni T, ont une activité cytotoxique spontanée. rieur), tandis que le poumon gauche n’en contient
Leur rôle principal est d’éliminer les cellules que deux (supérieur et inférieur). Ils sont entou-
infectées par des virus et certaines cellules rés par la plèvre dont l’un des feuillets adhère à la
tumorales ; paroi thoracique et l’autre au poumon.
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 17

Système digestif (voies biliaires) constitué par le canal hépatique,


(ou gastro-intestinal) la vésicule biliaire, le canal cystique et le canal
cholédoque. Il a de nombreuses autres fonctions
Le rôle essentiel de l’appareil digestif est d’assimi- métaboliques, glycogéniques (transformer l’excès
ler les nutriments dans la circulation sanguine et du glucose provenant de la digestion intestinale
lymphatique et d’éliminer les éléments non assi- en glycogène), etc. Le pancréas est une glande
milables. Il a aussi un rôle de défense de l’orga- mixte, il sécrète le suc pancréatique contenant
nisme et un rôle endocrinien. Il est composé du des enzymes digestives qui sont libérées dans le
tube digestif (long conduit qui s’étend de l’orifice duodénum. Il comporte des canaux excréteurs : le
buccal à l’anus), d’organes « branchés » sur ce tube canal de Wirsung et le canal de Santorini.
et d’une série de formations appelées annexes du
tube digestif.
Système urinaire
La cavité buccale comprend les lèvres, la lan-
gue sous laquelle se trouve le plancher buccal, le Le système urinaire est chargé de purifier le sang
palais osseux, le voile du palais qui présente un et de maintenir constante sa composition grâce
prolongement médian et postérieur dirigé vers à un mécanisme de filtration, de sécrétion et de
le bas (luette) et un orifice (isthme du gosier : réabsorption. Il se compose d’organes qui élabo-
fosse amygdalienne), les joues, les dents, les glan- rent l’urine, des voies urinaires et de nombreux
des salivaires (glandes annexes), le pharynx et vaisseaux sanguins.
l’œsophage. Les reins filtrent les déchets recueillis par le sang
Le tube digestif est composé par l’œsophage ter- qui se retrouvent dans l’urine, et participent au
miné par le cardia. L’estomac se divise en quatre maintien de l’homéostasie du corps. Le néphron
régions : le cardia, le fundus (ou grande tubérosité), (ou tube urinifère) est l’unité physiologique qui
le corps et le pylore (antre pylorique). L’intestin élabore l’urine, il comprend le glomérule et le
grêle (ou petit côlon), composé de quatre tuni- tubule.
ques superposées (muqueuse, sous-muqueuse, Les voies urinaires sont les bassinets (réservoirs
musculeuse et séreuse), comporte le duodénum, qui collectent l’urine et la déverse dans l’uretère),
le jéjunum et l’iléon. Le côlon (ou gros intestin) les uretères (canaux qui s’étendent des bassinets
débute par le cæcum qui est un cul-de-sac (ou à la vessie), la vessie (réservoir principal stockant
poche profonde) et l’appendice (segment du gros l’urine jusqu’à son évacuation au moment de la
intestin resté à l’état embryonnaire) est implanté miction) et l’urètre (canal qui permet d’évacuer
sur son bord interne. Le cæcum est suivi du côlon l’urine hors de l’organisme au niveau du méat
ascendant (ou côlon droit), du côlon transverse urétral).
et du côlon descendant (ou côlon gauche) qui
comprend le côlon lombaire et le côlon pelvien
(ou anse sigmoïde) et se termine par le rectum Appareil génital féminin
(composé de l’ampoule rectale et du canal anal)
qui aboutit à l’anus par lequel les déchets solides L’appareil génital féminin assure la production
sont évacués. des ovules, la nidation de l’œuf fécondé, le déve-
Les annexes du tube digestif sont les glandes loppement de l’embryon et du fœtus jusqu’à la
salivaires (exocrines à sécrétion muqueuse et/ou naissance. Il prend naissance près des ovaires et
séreuse) au nombre de trois paires : la paro- s’ouvre à la surface externe au niveau de la vulve.
tide, la sous-maxillaire (ou sous-mandibulaire) et L’utérus (ou matrice) est un organe creux. Il est
la sublinguale. Le foie a pour fonction principale formé par le myomètre (muscle lisse involontaire)
de détoxifier ce que l’appareil digestif a ingéré. et l’endomètre (muqueuse qui tapisse la cavité
C’est une glande exocrine qui synthétise la bile interne dont la couche superficielle est renouvelée
qui est transportée par un système de canaux lors de chaque cycle menstruel). Il est constitué
18 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

d’un corps et d’un col séparés par un isthme. Il Les organes annexes comportent la prostate
est relié aux ovaires par les trompes utérines qui (glande qui élabore un milieu fluide nutritif pour
s’insèrent à chaque angle supérieur. les spermatozoïdes) et les vésicules séminales
Les ovaires sont des organes pairs responsables de (diverticules sécrétant un liquide contenant les
la maturation et de la production des ovules. spermatozoïdes qui constituent le sperme).
Les trompes utérines (ou trompes de Fallope)
assurent le transport de l’ovule de la surface des
ovaires à la cavité utérine et sont également le lieu
Organes des sens
de fécondation par des spermatozoïdes. Oreille et ouïe
Le vagin est l’organe de la copulation. C’est un
La principale fonction de l’oreille est de recueillir,
tube musculaire expansible adapté au passage du
transmettre et transformer les vibrations sonores.
fœtus. Chez la jeune fille vierge, un repli mem-
Elle participe également à l’équilibration. C’est
braneux obstrue partiellement l’orifice vaginal
un organe dont les parties essentielles sont logées
(hymen).
dans le rocher (portion inférieure de l’os tempo-
La vulve est l’ensemble des organes génitaux ral). L’oreille externe est formée par le pavillon et
externes. Elle comprend les grandes et petites le conduit auditif externe doté de glandes séba-
lèvres, le mont de Vénus (pubis), le clitoris, le ves- cées qui sécrètent le cérumen, ce dernier est fermé
tibule et la fente vulvaire. au fond par une membrane (tympan). L’oreille
Les seins (ou glandes mammaires) sont les orga- moyenne est une cavité remplie d’air (caisse du
nes de la lactation. tympan) prolongée par la trompe d’Eustache qui
maintient une pression égale sur les deux faces du
tympan. Elle renferme une chaîne d’osselets qui
Appareil génital masculin perçoit et transmet les bruits (marteau, enclume et
L’appareil génital masculin est chargé de géné- étrier). L’oreille interne comprend le labyrinthe,
rer, stocker et transporter le matériel génétique formé par le limaçon ou cochlée (canal rempli de
contenu dans les spermatozoïdes. Il comprend les liquide), et le vestibule (cavité).
testicules, une succession de conduits et d’organes
annexes qui contribuent à élaborer le liquide sémi- Œil et vue
nal et à véhiculer le sperme.
La vision est un processus très complexe qui
Les testicules sont des organes pairs qui assurent nécessite la participation de nombreux éléments
la production des spermatozoïdes (sécrétés dans des yeux et du cerveau. L’œil (ou globe oculaire)
les tubes séminifères). est l’organe de la vision proprement dit. Il fonc-
Les épididymes sont le lieu de stockage des sper- tionne à la façon d’un appareil photo. L’iris est son
matozoïdes jusqu’au moment de l’éjaculation. diaphragme, les milieux transparents (enveloppés
Le canal déférent sert à conduire les spermato- dans trois membranes) constituent son objectif, la
zoïdes jusqu’au canal éjaculateur. Il s’abouche rétine joue le rôle de la plaque (ou de la pellicule
dans l’urètre au niveau de la prostate. sensible). Il est irrégulièrement sphérique et loge
dans la cavité osseuse (orbite). Il est relié au cer-
Le canal éjaculateur assure le transport des sper-
veau par le nerf optique et est accompagné d’or-
matozoïdes à travers la prostate vers l’urètre.
ganes annexes.
L’urètre constitue la voie unique à la fois génitale
La paroi du globe oculaire est formée de trois
et urinaire qui s’ouvre par le méat urétral à l’extré-
membranes (de l’extérieur vers l’intérieur) :
mité du gland.
• la sclérotique est la membrane protectrice qui
Le pénis (ou verge) est l’organe de la copulation. entoure la quasi-totalité du globe oculaire, elle
Le gland est recouvert par un repli cutané constitue le « blanc de l’œil », devient transpa-
(prépuce). rente à la partie antérieure formant la cornée
Chapitre 1. Bases biologiques, anatomiques et physiologiques 19

qui réfracte une partie de la lumière. Le limbe l’œil. Les voies optiques (chiasma) conduisent les
est la jonction sclérocornéenne ; sensations visuelles jusqu’au cerveau.
• l’uvée est la membrane nourricière, constituée
par : Goût et odorat
– la choroïde : membrane vascularisée qui irri- Ces deux sens dépendent de chimiorécepteurs qui
gue l’œil, réagissent à certaines stimulations chimiques en
– l’iris : partie colorée de l’œil perforée en son envoyant des impulsions nerveuses au cerveau.
centre par un orifice (pupille) et canalisant la
lumière, Goût
– le corps ciliaire : épaississement circonféren- Les récepteurs gustatifs permettent de discerner
tiel de l’uvée, il donne attache au cristallin ; les quatre saveurs fondamentales (sucré, salé, acide
• la rétine est une membrane sensorielle compor- et amer). Ils sont situés à la surface de la langue
tant deux points spéciaux, la tache jaune et le et dans la muqueuse qui tapisse la cavité buccale
point aveugle où s’épanouit le nerf optique qui maintenue humide par la salive. La langue est
envoie des signaux de la rétine au cerveau. constituée de muscles qui assurent sa mobilité
À l’intérieur, le globe oculaire renferme trois dans la mastication, la déglutition et la phonation.
milieux transparents qui sont : Elle est composée de nombreux organes sensoriels
• le cristallin, lentille biconvexe située en arrière (papilles). Les papilles caliciformes sont regroupées
de l’iris qui fait converger les rayons lumineux à l’arrière de la langue (amer et acide), les papilles
sur la rétine ; foliées sont situées sur les bords de la langue (acide
• l’humeur acqueuse, contenue dans la cham- ou aigre) et les papilles fongiformes couvrent les
bre antérieure de l’œil (entre la cornée et le côtés (salé) et la pointe de langue (sucré).
cristallin) ;
• le corps vitré, contenu dans la chambre posté- Odorat
rieure de l’œil (entre le cristallin et la rétine). Les récepteurs olfactifs sont sensibles à certaines
L’œil est accompagné d’organes annexes, les uns substances volatiles. Ils sont situés dans la partie
protecteurs et les autres moteurs. Les paupières supérieure de la cavité nasale.
garnies de cils et la conjonctive (muqueuse qui
Peau et toucher
recouvre la face postérieure des paupières et la face
intérieure du globe oculaire s’arrêtant à la cornée) La peau est l’organe du toucher. Elle est dotée
protègent la surface des yeux. L’appareil lacrymal d’une grande sensibilité (tactile, thermique et
(constitué de la glande lacrymale et des voies douloureuse) assurée par des arborisations ner-
lacrymales) est chargé de l’humidifier et d’entraîner veuses situées dans l’épiderme et des corpuscules
les poussières vers les fosses nasales. Les muscles et sensoriels logés dans le derme (cf. système tégu-
les nerfs oculomoteurs permettent la mobilité de mentaire, p. 12).
Chapitre 2
Pathologie
Pathologie générale tissulaire et de différenciation cellulaire), aboutis-
sant à une néoformation tissulaire ressemblant plus
Inflammation ou moins à un tissu normal homologue (adulte ou
embryonnaire) aux dépens duquel elle s’est déve-
Le processus inflammatoire est l’ensemble des loppée, ayant tendance à persister et à s’accroître.
phénomènes réactionnels (vasculaire, cellulaire et Toutes les proliférations cellulaires excessives ne
humoral) déclenchés dans un organisme vivant par sont cependant pas des tumeurs.
l’agression d’un agent pathogène exogène (biochi-
mique, chimique, infectieux, physique) ou endogène
(dégénératif, immunologique, métabolique, trophi- Catégories de tumeurs
que, tumoral). Les cellules de l’inflammation com-
Les tumeurs bénignes sont des néoformations tissu-
prennent les lymphocytes, les cellules phagocytaires
laires très proches des tissus normaux par leur struc-
ou phagocytes (polynucléaires principalement neu-
ture. Elles ont un développement strictement local.
trophiles, monocytes, macrophages), les mastocytes
et les polynucléaires basophiles, les fibroblastes. Les tumeurs malignes ou cancers sont des prolifé-
rations indéfinies de lignée cellulaire. Il s’agit de
La réaction inflammatoire se déroule dans un tissu
tumeurs plus ou moins différenciées par rapport au
vascularisé en deux phases successives étroitement
tissu normal n’en reproduisant que la caricature.
liées :
Elles donnent dans la plupart des cas des métas-
• vasculosanguine (exsudative) : congestion,
tases (dissémination à distance). Un cancer peut
œdème, diapédèse (passage du sang des vais-
intéresser n’importe quel organe ou tissu dans
seaux à travers les tissus), phagocytose (micro-
l’organisme et dans une même localisation, les
phagocytose par les polynucléaires) ;
tumeurs malignes présentent des aspects variés.
• cellulaire (lymphocytes, plasmocytes, macropha-
ges) : différenciation (adaptation des cellules), Les lésions pseudo-tumorales correspondent à un
chimiotactisme (mobilisation), prolifération. remaniement d’un tissu préexistant sans édifier de
tissu nouveau. Les lésions inflammatoires sont dues
à un dérèglement d’un des stades de l’inflammation.
Les lésions dystrophiques sont liées à des désordres
Types d’inflammation
endocriniens. Les lésions malformatives sont consti-
• Prédominance de lymphocytes et macrophages (cyto- tuées par un tissu adulte en position anormale.
kines +++) → réponse immunitaire de type cellulaire.
Si la distinction entre tumeurs bénignes et tumeurs
• Prédominance de lymphocytes et plasmocytes
→ réponse immunitaire de type humoral. malignes a une certaine réalité, elle doit cependant
être nuancée (tableau 2-1). En effet, la plupart de ces
caractères distinctifs n’ont pas de valeur formelle :
Généralités sur les tumeurs • des tumeurs bénignes sont mal limitées et des
tumeurs malignes bien limitées ;
Une tumeur (ou néoplasie) est définie comme une • une tumeur maligne peut avoir une croissance
prolifération excessive échappant aux mécanismes lente et refouler les tissus comme le fait une
de régulation normaux (contrôles de l’homéostasie tumeur bénigne ;
Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie
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22 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 2-1  Critères de distinction entre tumeurs bénignes et malignes.


Tumeur bénigne Tumeur maligne
Bien limitée Mal limitée
Macroscopie
Encapsulée Non encapsulée
Semblable au tissu d’origine Plus ou moins semblable au tissu d’origine (différenciation)
Histologie
Cellules régulières (ressemblant à celles du tissu d’origine) Cellules irrégulières (cellules cancéreuses)
Croissance lente Croissance rapide
Refoulement sans destruction des tissus voisins Envahissement des tissus voisins
Évolution
Pas de récidive locale après exérèse complète Récidive possible après exérèse supposée totale
Pas de métastase Métastase(s)

• une tumeur maligne peut ne présenter que peu la classification nosologique des tumeurs est fon-
de critères de malignité, voire aucun, et à l’in- dée sur leur caractère bénin ou malin et leur dif-
verse certaines tumeurs bénignes ont de très férenciation. Elle s’appuie sur une terminologie
importantes anomalies cellulaires ; précise (cf. p. 169). Un nom de tumeur se com-
• certaines tumeurs bénignes sont localement pose d’un préfixe et d’un suffixe et peut être asso-
invasives et récidivent fréquemment après exé- cié à un adjectif (cf. p. 145) :
rèse (fibromatose) ; • le préfixe (racine) correspond à la différenciation
• certaines lésions sont précancéreuses (ou tumorale : adéno- (glandulaire), angio- (vascu-
tumeurs à malignité potentielle) et peuvent laire), lipo- (adipocytaire), léiomyo- (musculaire
donner lieu à un cancer (adénome colique qui lisse), rhabdomyo- (musculaire striée) ;
peut se transformer en adénocarcinome) ; • un suffixe précise sa nature : -blastome pour les
• certaines tumeurs sont dites borderline car il n’y tumeurs embryonnaires (néphroblastome, neu-
a pas de critère morphologique pour en fixer le roblastome…), -mastose pour la présence de
pronostic ; tumeurs multiples ou diffuses (adénomatose,
• des tumeurs sont difficilement classables, les angiomatose…), -ome pour les tumeurs bénignes
critères macroscopiques et microscopiques ne (adénome, angiome, léiomyome…) et les tumeurs
permettent pas d’en affirmer la nature bénigne malignes (carcinome, mélanome, lymphome…) ;
ou maligne (cas des tumeurs endocrines). • un terme isolé ou associé à un qualificatif : car-
Il faut savoir qu’il existe des cas particuliers de cinome pour une tumeur maligne épithéliale
malignité. De rares tumeurs malignes sont très (glandulaire [adénocarcinome], malpighien ou
agressives localement mais ne donnent pas de épidermoïde, neuro-endocrine), sarcome pour
métastases (carcinome basocellulaire, dermatofi- les tumeurs malignes conjonctives.
brosarcome de Darier-Ferrand). Des tumeurs à Il existe des tumeurs complexes associant plusieurs
malignité atténuée ont un développement local tissus (adénofibrome, angiomyolipome…) et des
très lent, et donnent des métastases inconstan- tumeurs avec des noms éponymes (lymphome de
tes d’expression tardive (carcinoïde bronchique, Burkitt, maladie de Hodgkin, sarcome d’Ewing…).
carcinome adénoïde kystique). Des tumeurs de Des exceptions importantes : les lymphomes, les
morphologie bénigne peuvent parfois donner des mélanomes sont des tumeurs malignes ; et les ter-
métastases (adénome pléomorphe). mes de tératome, de dysembryome ne préjugent
pas de la bénignité ou de la malignité.
Classification et nomenclature L’Organisation mondiale pour la santé (OMS) a
entrepris une classification internationale des tumeurs
Les tumeurs sont classées selon leur localisation et couvrant tous les types tumoraux (tableau 2-2). Elle
leur aspect morphologique microscopique. Une est réactualisée périodiquement car la terminologie
classification étiologique n’étant pas envisageable, évolue et de nouvelles entités apparaissent.
Chapitre 2. Pathologie 23

Tableau 2-2  Classification histologique des tumeurs.


Tissu d’origine Bénigne Maligne
Épithélial Glandulaire Adénome Adénocarcinome
Malpighien Papillome malpighien/Condylome Carcinome malpighien ou épidermoïde
Carcinome basocellulaire
Transitionnel (urothélium) Papillome urothélial Carcinome transitionnel ou urothélial
Conjonctif commun Fibrocytaire Fibrome Fibrosarcome
Histiocytaire Histiocytofibrome Histiocytome fibreux malin
Conjonctif spécialisé Adipeux Lipome Liposarcome
Cartilagineux Chondrome Chondrosarcome
Musculaire lisse Léiomyome Léiomyosarcome
Musculaire strié Rhabdomyome Rhabdomyosarcome
Osseux Ostéome Ostéosarcome
Tissu synovial Synovialosarcome
Vasculaire Angiome Angiosarcome
Hématopoïétique Leucémie
Lymphoïde Lymphome malin
Maladie de Hodgkin
Myéloïde Syndromes myéloprolifératifs
Nerveux Méningé Méningiome Méningiome malin
Nerfs périphériques Schwannome (neurinome) Schwannome malin
Neurofibrome
Tissu de soutien du SNC Gliome Glioblastome
Tissu cérébral Médulloblastome
Mésothélial Mésothéliome bénin Mésothéliome malin
Mélanique Nævus nævocellulaire Mélanome
Germinal et embryonnaire Gonies Séminome
Dysgerminome
Annexes embryonnaires :
– sac vitellin Tumeur du sac vitellin
– placenta Môle hydatiforme Choriocarcinome
Disque embryonnaire Carcinome embryonnaire
Complexe (pluritissulaires) Tératome mature ou bénin Tératome immature ou malin
Tumeurs du « blastème »
Hépatoblastome
À différenciation de type embryonnaire Néphroblastome
Neuroblastome
Rétinoblastome

Pathologie tumorale cellule peut donc donner naissance à une tumeur


maligne. Les cellules cancéreuses ultérieures
Cellule cancéreuse dérivent d’un même clone (ensemble de cellules
dérivées d’une seule cellule initiale), elles sont
La cellule cancéreuse possède de nombreux monoclonales.
caractères la différenciant d’une cellule nor-
male. À partir de cellules normales, des cellules Principaux critères
de morphologie et de comportement générale- cytologiques de malignité
ment anormaux apparaissent. C’est une muta-
tion génétique avec perte de caractères normaux L’appréciation des anomalies morphologiques cel-
et acquisition de nouveaux caractères qui se lulaires constitue un critère essentiel du diagnos-
transmettent aux cellules filles. Chaque type de tic des cancers. Les altérations génétiques et les
24 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

troubles de la mitose sont responsables d’anoma- Tissu malin


lies du matériel nucléaire visibles au microscope
optique. Elles sont associées à des anomalies cyto- Les tissus cancéreux sont anormaux par leur archi-
plasmiques et sont appelées anomalies cytonucléai- tecture, leur désorganisation, leur débordement hors
res (ou atypies cytonucléaires). Elles peuvent être de leurs limites habituelles dans les tissus voisins.
qualitatives ou quantitatives (hypertrophie, atro- Dans une première approche, on peut distinguer :
phie, hyperplasie, dystrophie, métaplasie, anapla- • les tumeurs épithéliales qui sont à l’origine des
sie, nécrose). Ces anomalies sont soit réversibles cancers les plus nombreux (carcinomes) ;
(dégénérescences cellulaires liées généralement à • les tumeurs conjonctives qui sont identifiées par
des perturbations métaboliques), soit irréversibles le type de tissu reproduit (sarcomes) ;
(mort cellulaire). • les tumeurs nerveuses (médulloblastome, schwan-
nome malin) ;
Anomalie nucléaire • les tumeurs hématopoïétiques : lignée lympho-
cytaire ou myéloïde (lymphome, myélome) ;
L’aspect du noyau varie d’une cellule à l’autre : • les autres tumeurs (mélanome, tumeurs germi-
• taille : augmentation, inégalité (anisocaryose) ; nales et embryonnaires).
• contenu : chromatine irrégulièrement répartie
en mottes (hyperchromatisme nucléaire) ;
• forme : contours irréguliers, incisures ; Différenciation tumorale
• nucléole : augmentation de taille, multiplicité,
anomalies de forme ; La différenciation tumorale correspond à la ten-
• mitoses : augmentation du nombre, anomalies dance d’une tumeur à reproduire l’aspect d’un tissu
de forme (mitoses tripolaires, asymétries). normal adulte ou embryonnaire (tableau 2-3) :
• bien différenciée : qui ressemble nettement et
de façon homogène au tissu normal d’origine ;
Anomalie cytoplasmique • peu différenciée : la ressemblance est peu mar-
• Anisocytose avec cytoplasme plus ou moins quée ou focale ;
abondant mais le rapport nucléocytoplasmique • indifférenciée ou anaplasique : sans caractère
est toujours augmenté. morphologique permettant de reconnaître son
• Basophilie par augmentation du contenu en aci- origine ou son type ;
des nucléiques et en protéines. • métaplasique : qui ressemble à un tissu différent
• Peut contenir diverses inclusions et vacuoles de du tissu d’origine.
mucine, de glycogène ou de lipide. Lorsque l’identification d’une prolifération
tumorale est difficile (cas des cancers indiffé-
Cas particuliers renciés), la différenciation peut être objectivée
par d’autres méthodes que le simple examen
Ces caractères ne sont pas spécifiques, il n’existe
morphologique d’une préparation histologique
aucun caractère cytologique constant de mali-
standard (HES) ou cytologique (MGG et/ou
gnité. Des cellules non cancéreuses peuvent
Papanicolaou), tels que les colorations spécia-
présenter des anomalies identiques au cours de
les, l’immunochimie, la génétique et la biologie
certains processus (inflammatoire, après irradia-
moléculaire (cf. p. 108 à 132).
tion ou chimiothérapie). Une cellule peut être
cancéreuse sans avoir d’anomalies significati-
ves en cytologie ou en histologie convention- Organisation du tissu cancéreux
nelle. Une cellule peut présenter des anomalies
impressionnantes sans être cancéreuse. Ce sont Le tissu cancéreux est constitué de cellules mali-
les critères histologiques (infiltration, exten- gnes proprement dites – groupées en formations
sion à distance) qui permettent de conclure à la ressemblant plus ou moins à une structure nor-
malignité. male –, et du stroma.
Chapitre 2. Pathologie 25

Tableau 2-3  Critères de différenciation des tumeurs épithéliales.


Épidermoïde Bien ou moyennement différencié : reconnu par la présence de ponts d’union entre les cellules
Différencié mature : comprend une kératinisation
Différencié immature : dépourvu de kératine
Peu différencié : aspect voisin des cellules basales ou début de différenciation
Glandulaire Bien différencié : aspects très proches de ceux d’une glande normale, peut se traduire également par une activité
sécrétoire (mucus)
Moyennement différencié : les cellules sont groupées en lobules creusés de multiples cavités
Peu différencié : les cellules sont isolées ou groupées en lobules pleins ou en travées
Neuro-endocrine Essentiellement lié à la présence de grains mucosécrétoires intracytoplasmiques de nature neuropeptidique
et polypeptidique (propriétés argentaffines, argyrophiles)

Agencement des cellules cancéreuses • stroma riche en fibres : d’où un aspect de bloc
fibreux très dur dans lequel de rares cellules
Les cellules cancéreuses s’agencent entre elles
tumorales sont observées (squirrhe mammaire,
pour réaliser ou ébaucher des structures archi-
linite gastrique).
tecturales (glandulaire, papillaire, trabéculaire, en
faisceaux…) qui permettent, en association avec L’angiogenèse est indispensable à la croissance
les données de l’analyse cytologique, de définir le tumorale et nécessite une prolifération de cellules
type de la tumeur. endothéliales. Elle a un rôle nutritionnel et dans
l’envahissement et la dissémination à distance des
Stroma cellules tumorales.
Le stroma est un tissu conjonctif non tumoral
en remaniement constant qui s’adapte à la pro-
lifération tumorale et à la destruction du tissu Stade d’invasion locale
normal. Il est particulièrement bien identifiable Cette phase correspond au développement du
dans les carcinomes. Il fait partie intégrante de processus cancéreux dans l’organe touché, nodule
la tumeur et participe à sa biologie ainsi qu’à son unique ou parfois foyers multiples. Les cellules
aspect macroscopique et microscopique. Il est cancéreuses qui ont remplacé les cellules normales
constitué de cellules conjonctives (fibroblastes du tissu se multiplient, s’organisent, envahissent
et myofibroblastes), de capillaires néoformés, les tissus voisins et entraînent un bouleversement
de fibres extracellulaires (collagènes et élasti- de l’architecture de l’organe avec remaniements de
ques) et de cellules inflammatoires (lymphocy- la trame conjonctive et constitution d’une stroma–
tes et macrophages). Le stroma a donc un rôle réaction. La rupture et le franchissement de la
de soutien (charpente fibreuse) et de nutrition membrane basale représentent un critère formel
(angiogenèse). Il peut être le siège d’une réac- pour différencier les cancers invasifs des cancers in
tion inflammatoire, de métaplasie (élaboration situ. La présence d’emboles tumoraux, c’est-à-dire
de cartilage, d’os), de dépôts amyloïdes (car- la présence de cellules tumorales dans les vaisseaux,
cinome médullaire de la thyroïde), d’impré- signifie que la tumeur a accès à la circulation.
gnations calcaires (calcosphérites). Si le réseau
vasculaire qu’il abrite n’est pas adapté à la crois-
sance de la tumeur, le tissu cancéreux se nécrose. Extension locorégionale
Différentes modifications peuvent être responsa-
au-delà de l’organe
bles de stroma particulier :
• stroma pauvre : d’où la nécrose des cellules Par contiguïté, la tumeur envahit les organes voi-
tumorales (consistance molle, encéphaloïde) ; sins et les structures adjacentes. Elle peut s’étendre
• stroma adaptatif : proportion adaptée de capil- jusqu’à la peau pour réaliser un nodule de per-
laires juxtaposés aux cellules tumorales ; méation, franchir la séreuse adjacente à l’organe
26 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

(péricarde, plèvre et péritoine) et essaimer dans la cancéreuse parvient aux voies sanguines prin-
cavité correspondante. Une carcinose péritonéale cipales. Elle circule alors à travers l’organisme,
peut se manifester par de l’ascite et/ou de multi- jusqu’à ce qu’elle s’échappe du vaisseau et enva-
ples nodules dans la cavité abdominale. hisse un nouveau site. C’est la diffusion com-
mune aux carcinomes et aux sarcomes.
• Dissémination lymphatique : après avoir migré
Phase systémique du cancer dans le système lymphatique, la cellule tumorale
se retrouve emprisonnée dans le premier ganglion
Cette phase se caractérise par la diffusion du pro-
rencontré. Elle va alors s’y multiplier et l’envahir
cessus cancéreux dans l’organisme avec atteinte
jusqu’à ce que sa paroi cède. Selon l’agressivité de
à distance d’autre(s) organe(s) (constitution de
la tumeur, la paroi capsulaire d’un ou plusieurs
métastases). Elle est spécifique des tumeurs mali-
ganglions peut être rompue (rupture capsulaire :
gnes infiltrantes. La capacité d’une tumeur à
RC), les cellules tumorales colonisent les ganglions
métastaser apparaît après une période de dévelop-
voisins, de relais en relais, les cellules cancéreuses
pement variable selon son agressivité, son volume
peuvent atteindre des groupes ganglionnaires de
et son type. La diffusion métastatique constitue le
plus en plus éloignés de la tumeur primitive. C’est
principal critère de gravité de la maladie.
l’extension la plus fréquente des carcinomes.
Métastase (ou localisation secondaire) • Dissémination dans le canal lombaire (espaces
méningés) et dans les cavités péritonéale (exten-
Les métastases peuvent évoluer de façon rapide sion la plus fréquente des cancers ovariens et
ou au contraire être longtemps tolérées et appa- digestifs) et pleurale.
raîtrent tardivement (notion de micrométasta-
Les cellules tumorales touchent de façon préfé-
ses, cf. fig. 3-77), ou même exceptionnellement
rentielle des organes filtres situés sur les voies de
régresser. Le terme de micrométastase correspond
dissémination :
à une métastase dont la taille ne dépasse pas 2 mm
• circulation porte → foie ;
dans son plus grand axe. Les métastases peu-
• circulation générale → poumon, os, rein, cerveau ;
vent être révélatrices d’un cancer dit « sans porte
• circulation lymphatique → ganglion(s) lympha-
d’entrée ». L’identité de structure microscopique
tique(s) dans le territoire du drainage lympha-
permet parfois d’orienter les investigations vers
tique : ganglion(s) sentinelle(s), adénopathie(s)
l’organe d’origine ou même d’affirmer le siège de
satellite(s).
la tumeur primitive qui est difficile voire impossi-
ble de retrouver du fait de sa petite taille. L’aspect
Principaux sièges d’envahissement
macroscopique d’une métastase est une masse
métastatique
généralement arrondie, blanchâtre, homogène si
elle est petite, avec des remaniements nécrotiques, La tumeur d’origine détermine souvent le site
hémorragiques ou kystiques lorsqu’elle est volu- de formation des métastases, mais il semble que
mineuse (cf. fig. 3-6 et 3-13). chaque tumeur possède des affinités électives pour
certains organes (cf. encadré ci-dessous).
Voies de dissémination métastatique
Pour pouvoir migrer les cellules doivent acquérir Sièges d’envahissement métastatique
la capacité de se détacher de la tumeur primitive.
Elles cheminent alors jusqu’à ce qu’elles pénè- Colorectal → os, poumon, foie.
trent dans un vaisseau sanguin ou lymphatique. Digestif → ganglion sus-claviculaire gauche (ganglion
de Troisier).
Certains cancers disséminent plus fréquemment
Estomac → foie.
que d’autres par voie lymphatique (cancers de la
Gastrique → ovaire.
langue, du sein, du col utérin, du testicule). Intestin → foie.
• Dissémination hématogène : après avoir pénétré Mélanome → poumon, foie.
dans les petits capillaires de la tumeur, la cellule
Chapitre 2. Pathologie 27

histologiques cotés de 1 à 3 : la différenciation


Neuroblastome → os, foie (selon l’âge).
tubuloglandulaire de la tumeur, le pléomor-
Ovaire → poumon, cerveau.
Pancréas → foie. phisme nucléaire et le compte des mitoses (ou
Poumon → cerveau, foie, os. index mitotique). Le score obtenu permet de
Prostate → os, poumon. distinguer des tumeurs :
Rein → poumon, os, surrénale, ganglion. – grade I ou EE I : bon pronostic ;
Sarcome (d’Ewing) → poumon. – grade II ou EE II : évaluation difficile à
Sein → ganglion axillaire, os, cerveau, poumon, foie. prévoir ;
Testicule → poumon, cerveau. – grade III ou EE III : mauvais pronostic.
Tête et cou → os, poumon. • Grade de la plupart des sarcomes (score de 1 à 3)
Thyroïde → os, poumon. basé sur l’étude de trois paramètres principaux,
Vessie → os, poumon, foie.
la différenciation, la présence de nécrose et le
nombre de mitoses :
– grade 1 : risque métastatique faible ;
Critères histologiques – grade 2 : risque d’évolution difficile à prévoir ;
de malignité – grade 3 : tumeur de mauvais pronostic.
Les examens initiaux permettent d’établir le type • Niveaux de Clark (cinq niveaux d’invasion) et
de cancer et son grade tumoral, préciser le pro- indice de Breslow (en fonction de l’envahisse-
nostic local et général de la maladie et recueillir ment de l’épiderme et de sa profondeur) pour
d’éventuels marqueurs pouvant prédire la réponse les mélanomes.
à un traitement. L’ensemble de ces informations • Score de Gleason pour les tumeurs de la
sert ensuite au clinicien à choisir la meilleure stra- prostate.
tégie thérapeutique (cf. p. 141). • Stade de Dukes pour les carcinomes du côlon
basé sur l’extension en profondeur de l’atteinte
Grade métastatique :
– A : atteinte de la sous-muqueuse et/ou de la
Le grade établit un score en fonction du degré musculeuse ;
d’anomalies nucléaires et cytoplasmiques, de la – B : atteinte de la séreuse sans atteinte gan-
différenciation et du nombre de mitoses. Le carac- glionnaire ;
tère du stroma, l’existence d’invasions vasculaires – C : métastase ganglionnaire quelle que soit
et de zones de nécrose ont également leur impor- l’atteinte de la paroi digestive.
tance. Ces critères morphologiques sont différents • Stade de Marchall pour les tumeurs de la vessie.
pour chaque type tumoral. Ce grade histopro- • Types de Lukes-Rye et stades d’extension de la
nostique permet pour un type tumoral donné de classification d’Ann Arbor pour la maladie de
définir des tumeurs de faible malignité (bas grade) Hodgkin.
et des tumeurs de haute malignité (haut grade),
ce dernier étant souvent corrélé à un mauvais Stade
pronostic.
Le stade (ou degré d’extension) établit un score
Différents systèmes de classification en fonction de l’extension de la tumeur : la classi-
histopronostique fication TNM (cf. p. 28).
• FAB (franco-américano-britanique) pour les
Facteurs pronostics et prédictifs
leucémies aiguës myéloïdes.
• Grade de Führman pour les tumeurs rénales. Le rôle des facteurs pronostics en complément des
• Grade de Scarff, Bloom et Richardson (SBR), facteurs cliniques est de fournir des indications
modifié par Elston et Ellis (EE) – grade de permettant d’adapter le traitement (cf. p. 122). Ils
Nottingham – pour les adénocarcinomes servent à prévoir l’évolution probable de la mala-
mammaires, prend en compte trois critères die (rechute locale ou métastatique).
28 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Les facteurs prédictifs apprécient d’une part, la métastase(s) de localisation unique ou multiple à
capacité des tumeurs à répondre à un traitement distance quel que soit leur siège.
d’induction ou palliatif médical (chimiothérapie,
hormonothérapie, immunothérapie) ou radiothé-
rapique et d’autre part, l’influence d’un traitement Particularités du pTNM (en pathologie
médical adjuvant (cf. p. 122). mammaire)
• pN0 (1−) : absence de signe histologique d’enva-
hissement ganglionnaire régional (étude négative en
Classification TNM immuno-histochimie).
• pN0 (1+) : présence de cellules tumorales isolées ou
La classification TNM est basée sur les trois de micro-amas tumoraux dont la taille est ≤ 0,2 mm (visi-
modes d’extension, locale, régionale et géné- bles en histologie ou détectés en immuno-histochimie).
rale (tableau 2-4). L’OMS a tenté d’harmoniser • pN1 mi : ganglion(s) micrométastatiques(s), > 0,2
ces systèmes en proposant une classification dite et ≤ 2 mm.
TNM (variable selon les organes) qui reconnaît
ces trois étapes principales dans la propagation
des cancers qui n’ont pas encore été traités. Elle Variétés de cancers
peut être établie d’après des données cliniques ou
d’imagerie ou d’après l’examen anatomopatholo- Il existe diverses tumeurs malignes qui diffèrent
gique ayant fait l’objet d’une exérèse chirurgicale selon leur localisation. Ces tumeurs peuvent être
(pTNM ; p signifiant pathologie). spécifiques d’un organe ou être plus communes,
c’est-à-dire retrouvé au niveau de différents sites
Le T pour tumeur va de 1 à 4 selon l’extension
de l’organisme.
locale qui dépend de la taille de la tumeur (pour
les organes pleins), de la profondeur d’infiltration
(pour les organes creux) et de l’extension en sur- Carcinome
face (peau). Cette cotation dépend du volume
tumoral représenté par le diamètre maximum de la Les carcinomes sont des tumeurs malignes déve-
lésion et de la fixation aux organes voisins (nerfs, loppées à partir des épithéliums de revêtement (épi-
os, peau, tissus mous, vaisseaux). derme et muqueuse) ou des organes creux et des
Le N pour ganglion (node en anglais) va de N0 parenchymes glandulaires endocrines et exocrines.
à N3 qui dépend du territoire ganglionnaire plus
ou moins proche de la tumeur, des dimensions des Carcinome des revêtements épithéliaux
adénopathies, de leur nombre et de leur éventuelle On distingue :
fixation aux tissus voisins. • les carcinomes cutanés : épiderme ;
Le M pour métastase(s) : M0 pas de métastase, • les carcinomes des muqueuses malpighiennes :
M1 (et parfois M2) correspondant à l’existence de sphère ORL (amygdale, cavité buccale, cordes

Tableau 2-4 Classification TNM.


Tx : détermination de la tumeur primaire impossible
T0 : tumeur primitive indétectable
Dimension de la tumeur
Tis : tumeur in situ
T1–T2–T3–T4 : selon la taille ou l’extension aux structures adjacentes
Nx : appréciation impossible de l’atteinte ganglionnaire
Atteinte ganglionnaire N0 : absence d’atteinte ganglionnaire régionale
N1–N2–N3–N4 : selon le nombre de siège, l’extension locale, la taille ou la fixation
Mx : détermination impossible de l’extension métastatique
Métastase M0 : absence de métastase
M1 et M2 : présence de métastases
Chapitre 2. Pathologie 29

vocales, langue, larynx, sinus piriforme), pharynx, pancréatiques, des bronches (qui sont par ailleurs
œsophage, exocol utérin, vagin, marge anale ; le siège de carcinomes épidermoïdes métaplasi-
• les carcinomes des muqueuses glandulaires  : ques), des sinus de la face.
tube digestif ou voies biliaires, endomètre, Les tumeurs des parenchymes exocrines sont
endocol utérin, revêtement bronchique ; développées dans les organes pleins : glandes
• le carcinome urothélial (ou transitionnel) déve- annexes du tube digestif (foie, pancréas exocrine,
loppé à partir des épithéliums urothéliums revê- glandes salivaires), glandes dérivées de l’épiderme
tant les voies excréto-urinaires (bassinet, uretères (sein, glandes sudorales), reins, ovaires (épithé-
et vessie) et dont la plupart sont des carcinomes lium ovarien), prostate.
papillaires.
Les tumeurs des parenchymes endocrines sont
Généralement, les aspects macroscopiques de ces développées à partir des glandes endocrines indivi-
différents carcinomes se présentent sous la forme dualisées (foie, gonades [ovaire et testicule], hypo-
de tumeur végétante ou bourgeonnante, ulcérée, physe, pancréas endocrine, parathyroïde, surrénale,
infiltrante (mal limitée). thyroïde) et du système endocrinien diffus où les
cellules endocrines (présentes dans de multiples
À noter : des tumeurs malpighiennes peuvent localisations) sont soit groupées en amas (cellules de
également se développer sur des épithéliums la granulosa et de Leydig, îlots de Langherans), soit
glandulaires et constituent alors des carcinomes dispersées (bronche, cellules C de la thyroïde, col
métaplasiques. Par exemple, le carcinome bron- utérin, foie, peau, prostate, thymus, tube digestif).
chique est habituellement épidermoïde alors
que la muqueuse bronchique est glandulaire. À noter : le foie, les ovaires, le pancréas sont
également le siège de tumeurs de leur contin-
gent endocrine.
Carcinome des organes creux
et des parenchymes Classification des tumeurs épithéliales
Les tumeurs malignes sont des adénocarcinomes La classification des tumeurs épithéliales est basée
(ou carcinomes glandulaires). Leur aspect macros- sur le caractère bénin ou malin de la tumeur et
copique et microscopique varie selon le type d’or- sur la différenciation ou le grade pour les tumeurs
ganes qu’elles touchent. Il peut s’agir d’une tumeur malignes (tableau 2-5).
infiltrante (mal limitée, étoilée, dure), nodulaire
(unique ou multiple), nécrosée au centre, kysti- À noter : le carcinome indifférencié (ou ana-
que. Quand la prolifération tumorale forme des plasique) est un carcinome ni malpighien, ni
cavités plus ou moins dilatées à type de kyste, ces glandulaire.
tumeurs sont appelées cystadénocarcinomes.
Sarcome
Les tumeurs des organes creux sont des tumeurs
développées à partir des muqueuses digestives Les sarcomes sont des proliférations malignes issues
(entre l’œsophage et l’anus) et utérines (endomè- des structures mésenchymateuses. Ils représentent
tre, plus rarement endocol), des voies biliaires et un groupe hétérogène de tumeurs développées à

Tableau 2-5  Classification des tumeurs épithéliales.


Tumeur Glandulaire Malpighienne Urothéliale (à cellules transitionnelles)
Bénigne Adénome Papillome Papillome urothélial
Maligne Adénocarcinome : Carcinome épidermoïde : Carcinome transitionnel :
– bien différencié – différencié : – grade I
– moyennement différencié mature – grade II
– peu différencié immature – grade III
– peu différencié
30 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

partir des tissus de soutien et ils se différencient cellules pléomorphes, à cellules rondes, d’aspect
par les tissus qu’elles reproduisent. Certains sar- épithélial, d’aspect vasculaire, avec cartilage, os ou
comes sont inclassables, les termes de sarcomes calcifications, avec composante adipeuse prédomi-
« à cellules rondes », « à petites cellules », « à cellu- nante, myxoïdes.
les fusiformes » sont alors employés. Les tumeurs
malignes intéressent essentiellement les parties Architecture de type particulier
molles (ou tissus mous) et doivent être distinguées Certaines tumeurs des tissus mous peuvent présen-
des sarcomes osseux et des sarcomes des viscères. ter une architecture de type particulier : alvéolaire
Il convient également de séparer ceux survenant (sarcome des parties molles, rhabdomyosarcome),
chez l’adulte (angiosarcome, liposarcome, syno- biphasique (carcinosarcome, synovialosarcome),
vialosarcome, schwannome malin) de ceux surve- cordonale (chondrosarcome myxoïde, schwannome
nant chez l’enfant (rhabdomyosarcome). malin épithélioïde), endocrinoïde (sarcome alvéo-
Les tissus mous relient et soutiennent les orga- laire), palissadique (léiomyosarcome, schwannome
nes. Ils peuvent être définis comme les tissus non malin), hémangiopéricytaire (chondrosarcome
épithéliaux extrasquelettiques de l’organisme, à mésenchymateux, schwannome malin, synovialo-
l’exclusion des viscères, du tissu lymphoïde, du sarcome), rosettes (neuroblastome, tumeur primi-
système nerveux central. Ils sont représentés par tive neuro-ectodermique : PNET).
les muscles striés, les tissus adipeux et fibreux, les
vaisseaux et le système nerveux périphérique. Tumeur des tissus mous
La classification de l’OMS des tissus mous est
Classification morphologique
basée sur le type de tissu formé et non sur la cel-
des tissus mous
lule à partir de laquelle la tumeur est supposée
La classification morphologique des tissus mous naître (tableau 2-6). Il existe plus de 150 types et
distingue des tumeurs : à cellules fusiformes, à sous-types répertoriés.

Tableau 2-6  Classification des tumeurs des tissus mous.


Tissu Tumeur bénigne Tumeur récidivante ou multifocale Tumeur maligne
Fibreux Fasciite nodulaire
Fibrome Fibromatose Fibrosarcome
Tumeur desmoïde
Angiofibrome nasopharyngien
Fibrohistiocytaire Histiocytome fibreux Histiocytome fibreux angiomatoïde Histiocytome fibreux malin
Xanthogranulome juvénile
Adipeux Lipome Lipomatose Liposarcome
Muscle lisse Léiomyome Léiomyomatose invasive Léiomyosarcome
Myofibroblastome
Muscle strié Rhabdomyome Rhabdomyosarcome
Vaisseaux Hémangiome Angiomatose Angiosarcome
Lymphangiome Lymphangiomatose Lymphangiosarcome
Tumeur glomique
Tissu synovial Ténosynovite à cellules géantes Synovialosarcome
Mésothélium Mésothéliome fibreux Mésothéliome malin
Nerfs périphériques Schwannome (neurinome) Schwannome malin
Neurofibrome Neurofibromatose
Tumeur à cellules granuleuses Tumeur maligne des gaines
nerveuses
Neuroectodermique Ganglioneurome Neuroblastome
Paragangliome
Phéochromocytome Phéochromocytome malin
Chapitre 2. Pathologie 31

Tumeur osseuse et d’activation. Il en résulte une grande diversité


avec de nombreuses entités. On distingue les lym-
Les tumeurs osseuses primitives malignes ont phomes malins ganglionnaires – adénopathie(s)
pour la plupart des sièges d’élection préférentielle superficielle(s) ou profonde(s) – et extraganglion-
et finissent souvent par donner une tuméfaction naires (estomac, parotide, thyroïde).
par envahissement des tissus mous. On distingue La maladie de Hodgkin (lymphome hodgki-
principalement l’ostéosarcome, le chondrosar- nien) est une affection tumorale maligne du tissu
come, le sarcome d’Ewing et le myélome. Les lymphoïde où la prolifération cellulaire très poly-
tumeurs secondaires (métastases) sont fréquentes morphe est caractérisée par la présence de cellu-
et atteignent surtout le squelette axial (rachis sur- les de Reed-Sternberg associées à des cellules de
tout lombaire, crâne, sternum, pelvis) et la partie Hodgkin qui présentent des anomalies plus ou
proximale des os longs. moins accentuées et des cellules réactionnelles
abondantes (lymphocytes, plasmocytes, polynu-
cléaires éosinophiles, macrophages). La classifica-
Affection des tissus tion de l’OMS sépare la maladie de Hodgkin en
hématopoïétiques deux entités distinctes par leurs aspects cliniques
et évolutifs, et par leur morphologie et leur immu-
Les affections des tissus hématopoïétiques sont
nophénotype :
développées à partir de cellules dérivées d’une
• lymphome de Hodgkin nodulaire à prédomi-
même cellule souche de la moelle osseuse à l’ori-
nance lymphocytaire ;
gine des lignées myéloïdes (granuleuse, histiomo-
• lymphome de Hodgkin classique qui peut être
nocytaire, érythroblastique, mégacaryocytaire)
scléronodulaire, à cellularité mixte, riche en
et lymphoïdes (B et T). Certains types cellulai-
lymphocytes ou avec déplétion lymphocytaire.
res peuvent donner soit une leucémie, soit un
lymphome.
Classification histologique des
lymphomes malins non hodgkiniens
Principales hémopathies
La classification des lymphomes malins non hod-
Les leucémies sont définies comme des pro-
gkiniens repose sur des critères microscopiques
liférations malignes d’éléments myéloïdes ou
cytologiques, architecturaux et sur le phénotype
de la lignée lymphoïde dans la moelle osseuse
B ou T (tableau 2-7). Elle permet de distinguer
avec passage d’éléments anormaux dans le sang.
des formes de faible ou de haut degré histolo-
On distingue les leucémies aiguës et chroni-
gique de malignité. Leur classification est sou-
ques, et les leucémies d’origine lymphoïde ou
vent remaniée, car leur étude scientifique est
myéloïde.
en constante évolution. Chez l’adulte, ils sont
Le myélome est une tumeur plasmocytaire, de nodulaires ou diffus, tous les types y sont repré-
localisation osseuse. sentés. Chez l’enfant, ils sont diffus et de haut
Les lymphomes sont des tumeurs malignes qui grade de malignité (agressif). Ils correspondent
se développent dans les organes lymphoïdes, prin- le plus souvent à des lymphomes de type Burkitt
cipalement dans les ganglions lymphatiques, mais ou Burkitt-like, des lymphomes lymphoblasti-
ayant la particularité de pouvoir également appa- ques de type T (le plus souvent) ou de type pré-
raître dans d’autres sites comme la peau, le pou- B. Il s’y associe quelques lymphomes B à grandes
mon, la thyroïde, le tube digestif. On distingue cellules et quelques lymphomes anaplasiques à
les lymphomes non hodgkiniens et la maladie de grandes cellules.
Hodgkin. La forme architecturale des LNH est soit diffuse
Les lymphomes malins non hodgkiniens (destruction de l’architecture normale avec plus
(LNH) regroupent l’ensemble des proliférations ou moins effraction), soit nodulaire ou follicu-
tumorales malignes dérivées des lymphocytes B, T laire (organisation conservée comme dans le gan-
et NK à leurs différents stades de différenciation glion normal). La prolifération tumorale peut être
32 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 2-7  Classification simplifiée des LNH.


Groupe de LNH Cellule impliquée Présentation clinique
Lymphome de Burkitt B matures issues d’une seule cellule Abdominal
Lymphome lymphoblastique Précurseur T Médiastinal
Précurseur B Sous-cutané, osseux
Lymphome diffus à grandes cellules B B matures Abdominal, médiastinal, osseux
Lymphome anaplasique à grandes cellules T ou « nulles » (pas de marqueurs T ou B retrouvés) Ganglionnaire, cutané

constituée pour les tumeurs de bas grade, de lym- épendymome), et les tumeurs du système nerveux
phocytes et plasmocytes ou de petites cellules lym- périphérique développées sur le trajet des nerfs
phoïdes clivées (centrocytes) et pour les tumeurs périphériques (intracrânienne ou intrarachidienne)
de haut grade, de petites et grandes cellules lym- [méningiome, schwannome].
phoïdes non clivées (centroblastes), d’immuno-
blastes ou de lymphoblastes, ce qui individualise
autant de types de lymphomes dont le pronostic Tumeur des séreuses
s’aggrave du type lymphocytaire au type lympho-
blastique. Le phénotypage peut être réalisé par Les tumeurs des séreuses sont des tumeurs déve-
des méthodes immunochimiques qui permettent loppées à partir du revêtement mésothélial des
de mettre en évidence des molécules de différen- séreuses. Le site le plus fréquemment atteint est la
ciation (essentiellement membranaire) grâce à des plèvre (mésothéliome) ; le péritoine et le péricarde
clusters de différenciation (CD) (cf.  p. 119), ou sont plus rarement concernés.
des études phénotypique et génotypique pour
déterminer l’entité concernée (cf. tableau 3-35). Tumeur embryonnaire
Les tumeurs embryonnaires se développent sur
Tumeur neuro-ectoblastique les dysgénèses ou à partir d’une cellule germinale
Les tumeurs neuro-ectoblastiques dérivent du séquestrée et ayant gardé un potentiel évolutif.
neuro-ectoderme, partie de l’ectoderme donnant Ces tumeurs siègent préférentiellement dans les
naissance au système nerveux central et à la peau. gonades, mais peuvent aussi être localisées sur le
trajet de migration des cellules germinales lors
Mélanome de l’embryogenèse (base du crâne, médiastin
antérieur, rétropéritoine et région sacrococcy-
Les mélanomes sont des tumeurs malignes du gienne). Selon la différenciation, on observe des
système mélanocytaire, c’est-à-dire développées à tumeurs indifférenciées (carcinome embryon-
partir des cellules élaborant le pigment mélanique. naire et séminome), à différenciation annexielle
Ils sont essentiellement localisés sur les téguments, (choriocarcinome et tumeur du sac vitellin), à
rarement sur les muqueuses (conjonctivales, respi- différenciation embryonnaire plus ou moins
ratoires, digestives), dans le globe oculaire ou les mature (tératome).
structures cérébroméningées. Les dysgénèses sont des malformations liées à
un trouble de l’organogenèse, de formes simples
Tumeur des méninges
(reliquat d’une structure embryonnaire ou fœtale
et des tissus nerveux
qui aurait dû disparaître avant la naissance), de
Ces tumeurs sont nombreuses et correspondent formes complexes ou hamartomes (constituées
souvent à un domaine d’hyperspécialisation. Les par les différents tissus de l’organe où ils se déve-
tumeurs du système nerveux central sont déve- loppent mais en proportions anormales et sans
loppées à partir des cellules de la glie (gliome, aucune harmonie).
Chapitre 2. Pathologie 33

Cancer de l’enfant (mammographie, échographie ; cf. p. 140) per-


mettent de dépister des tumeurs de plus en plus
Les tumeurs malignes observées chez l’enfant (de petites (de quelques millimètres) n’entraînant
la naissance à 16 ans) n’ont rien de commun avec encore aucun symptôme. Grâce à divers procédés
celles que l’on peut rencontrer chez l’adulte, les de prélèvements percutanés (cytoponction et/ou
carcinomes y sont pratiquement absents. Elles microbiopsie ; cf. p. 134 et 137) et des techniques
sont d’évolution rapide, cela s’explique très large- de plus en plus performantes réalisées au labora-
ment par la forte proportion de cellules engagées toire (immunochimiques), des traitements ajustés
dans un cycle de division. Ces tumeurs régressent à chaque cas peuvent être proposés.
aussi très vite sous l’effet des chimiothérapies et
de la radiothérapie auxquelles elles sont particu- Cancer du sein
lièrement sensibles. Elles touchent principalement
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez
le système hématopoïétique (leucémies, lympho-
la femme, il est extrêmement rare chez l’homme.
mes), les os et les tissus mous (sarcomes), les reins
Cette pathologie peut survenir à tout âge, tout en
(néphroblastomes ou tumeur de Wilms) et les tis-
restant exceptionnelle avant 25 ans. Des femmes
sus nerveux (tumeurs cérébrales et médulloblas-
atteintes de cancer seraient porteuses d’une pré-
tomes, neuroblastomes, rétinoblastomes). Leur
disposition génétique (altération du gène BRCA)
fréquence varie avec l’âge, chaque tumeur ayant
(cf. p. 131). Après un traitement pour cancer du
un âge d’apparition préférentiel ; par exemple,
sein, la surveillance périodique doit être poursui-
la première enfance pour les néphroblastomes,
vie à vie afin de déceler le plus rapidement possible
neuroblastomes (cf. p. 127) et rhabdomyosarco-
une éventuelle rechute.
mes, la deuxième enfance pour les lymphomes
et les tumeurs osseuses. Il est souvent question Anatomie et physiologie du sein
en pathologie pédiatrique de tumeurs à cellules
rondes ou de tumeurs dites « embryonnaires ». Le sein (ou glande mammaire) est une glande sudo-
L’étude immunochimique revêt ici une impor- ripare modifiée, d’origine ectodermique, consti-
tance capitale, bien qu’il n’y a pas d’anticorps véri- tuée de lobules et de canaux séparés par du tissu
tablement spécifiques de telle ou telle tumeur. conjonctif lâche (tissu palléal). Le corps glandulaire
se compose de 12 à 20 lobes coniques qui possè-
dent chacun un canal excréteur (canal galactopho-
Glossaire
rique). Chacun de ces canaux se dilate en un sinus
Tumeurs à cellules rondes (tumeurs à cellules galactophore qui se continue par un canal excréteur
basophiles) : chondrosarcome myxoïde, neuroblastome, au niveau de la base du mamelon. La région mame-
rétinoblastome, rhabdomyosarcome alvéolaire, sarcome à lonnaire se divise en deux zones, le mamelon et
cellules claires, tumeur desmoplasique à petites cellules l’aréole. La fonction mammaire est sous l’influence
rondes, tumeur du groupe sarcome d’Ewing/PNET.
d’hormones qui sont produites par les ovaires et
Tumeurs à cellules fusiformes : fibrosarcome infantile,
rhabdomyosarcome dense, synovialosarcome, tumeur
sous la dépendance de sécrétions hormonales céré-
desmoïde, tumeur maligne des gaines nerveuses péri- brales depuis la période de la puberté jusqu’à celle
phériques (PNET). de la ménopause.
Tumeurs à cellules épithélioïdes : sarcome alvéolaire, Les hormones (fabriquées par les ovaires) ont une
sarcome épithélioïde, synovialosarcome biphasique. influence sur les seins tout au long de la vie. Elles
Tumeurs myxoïdes : chondrosarcome myxoïde, lipo- sont de deux types. Les œstrogènes activent le
sarcome myxoïde, rhabdomyosarcome botryoïde. développement des seins au moment de la puberté,
elles sont fabriquées au cours de la première partie
Pathologie mammaire du cycle menstruel (après les règles). La proges-
térone a une action complémentaire à celle des
Le sein peut être le siège de lésions bénignes ou œstrogènes, elle est principalement secrétée en
malignes très variées. Des examens radiologiques deuxième partie du cycle (avant les règles).
34 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Lésion bénigne sans invasion du stroma : carcinome canalaire in


situ (intracanalaire), carcinome lobulaire in situ
Il existe de nombreuses lésions bénignes (adé-
(intralobulaire).
nofibrome ou fibroadénome, ectasie canalaire,
gynécomastie chez l’homme, hyperplasie, kyste, Les tumeurs épithéliales infiltrantes franchissent
etc.), mais la majorité des lésions est classée sous la paroi des canaux ou des lobules pour envahir
le terme générique de mastose sclérokystique ou le tissu conjonctif sous-jacent et sont susceptibles
mastopathie fibrokystique. de se disséminer dans les ganglions axillaires. Il
existe une grande variété de carcinome infiltrant
présentant des formes différentes : carcinome
Lésion maligne
canalaire infiltrant (CCI), canalaire lobulaire
Les lésions malignes sont représentées dans la infiltrant (CLI) ; carcinome de forme apocrine,
grande majorité des cas par les carcinomes. Les médullaire, métaplasique, mucineux, neuro-
tumeurs malignes naissent à partir du revêtement endocrine, tubuleux, etc. ; maladie de Paget du
épithélial des canaux ou des lobules et sont sépa- mamelon.
rées en deux grandes catégories. Rarement, le sein est le siège de lymphome, méla-
Les tumeurs épithéliales non infiltrantes sont nome, sarcome ou de localisation secondaire
localisées à l’intérieur des canaux ou des lobules (métastase).
Chapitre 3
Anatomie et cytologie
pathologiques
Anatomo-cytopathologie spécialité en évolution constante et occupe une
place essentielle dans la lutte contre le cancer.
Définition
Glossaire
L’anatomie et cytologie pathologiques (ACP) est le
terme officiel en France, où elle est familièrement Cytopathologie : étude des modifications des cellules.
Histopathologie : étude des modifications des tissus.
appelée « anapath », pathologie étant la dénomi-
nation internationale. C’est une spécialité médi-
cale qui étudie les modifications morphologiques Déontologie
des organes au cours de processus pathologiques
Les médecins spécialistes, anatomo-cytopathologis-
et a ainsi une place éminente dans le diagnostic
tes ou pathologistes (appellation anglo-saxonne),
des cancers. L’anatomo-cytopathologie humaine
ainsi que l’ensemble du personnel sont soumis aux
se sert des connaissances fondamentales d’anato-
règles du secret professionnel (article 72 du Code de
mie, d’histologie et de cytologie normales pour
déontologie, articles L. 226-13 et 14 du Code pénal,
reconnaître des anomalies morphologiques liées
article L. 1110-4 du Code de santé publique).
à la maladie. Elle s’appuie sur des techniques de
macroscopie, de microscopie, de chimie, d’im- Bioéthique
munochimie, de cytogénétique et de biologie
moléculaire. Pour des raisons d’éthique, l’utilisation de pré-
Cette spécialité médicale a pour mission d’établir lèvements d’origine humaine est strictement
un diagnostic. L’obtention d’un diagnostic histo- réglementée (loi Huriet-Sérusclat du 20 décem-
logique avant le traitement d’un cancer est indis- bre 1988). Dans le cadre d’une participation à
pensable. Les examens initiaux doivent conduire un essai thérapeutique, un formulaire propre à
à préciser le pronostic local et à distance de la l’étude (consentement « éclairé »), écrit et signé
maladie (stade d’extension d’une tumeur maligne, par le patient et le médecin, doit être recueilli. Les
grade histologique), et à recueillir d’éventuels examens effectués à titre de recherche biomédi-
marqueurs permettant de prédire la réponse théra- cale ne peuvent être réalisés que dans le cadre des
peutique. Elle est aussi importante dans le dépis- dispositions réglementaires.
tage et indispensable dans le cadre du suivi des
Activités diverses
patients, car elle permet d’apprécier l’effet d’un
traitement en cours ou de surveiller l’évolution de Un service de pathologie peut pratiquer des autop-
la maladie, de diagnostiquer une éventuelle réci- sies (ou nécropsies) médicales. Les autopsies médi-
dive, voire l’apparition d’un nouveau cancer. Elle cales (dites scientifiques) sont pratiquées dans les
joue un rôle important d’interface dans les proto- hôpitaux dans le but d’établir le bilan des lésions
coles de recherche/développement entre clinique et un diagnostic définitif sur la cause du décès.
et biologie. L’anatomo-cytopathologie est une Les autopsies médico-légales sont pratiquées sur

Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie


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36 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

ordre de la justice par des médecins légistes pour et des études de recherche appliquée. Dans certai-
rechercher les lésions en rapport avec un accident nes structures de pathologie, le (la) technicien(ne)
ou un crime. Les dissections anatomiques sont de laboratoire peut être sollicité(e) pour assister le
pratiquées dans les laboratoires d’anatomie pour médecin au moment des prélèvements (cytoponc-
l’enseignement et la recherche. tions et/ou biopsies) pour réaliser des étalements
Dans certaines structures, un service de pathologie et des colorations, préparer des tubes pour congé-
peut également participer à l’enseignement de la lation et des milieux destinés à des études com-
spécialité en donnant des cours (pratiques et théo- plémentaires. À l’antenne du bloc opératoire, il
riques) dans le cadre d’études postuniversitaires (elle) assure au pathologiste un support technique
(EPU), des congrès, des séminaires, des réunions optimal pour son travail macroscopique : note les
cliniques pluridisciplinaires (RCP, consultations commentaires et remarques donnés par le patho-
qui ont lieu périodiquement regroupant des logiste (dimensions de la pièce opératoire et de
médecins spécialistes : chirurgiens, oncologues, la tumeur, prélèvements effectués pour des études
pathologistes, pédiatres, radiologues) afin de dis- complémentaires…), réalise des coupes au cryostat
cuter des cas difficiles, discordants, inhabituels et des colorations pour un examen extemporané.
ou de diagnostic incertain. Il peut aussi être solli- Certaines activités peuvent lui être déléguées
cité par un autre pathologiste ou par un praticien comme la macroscopie des pièces fixées, la pré-
extérieur à la structure soit pour un second avis ­lecture (screening) de préparations cytologiques. Le
diagnostique (ou expertale) d’un cas difficile ou (la) technicien(ne) de laboratoire a donc le devoir
exceptionnel, soit pour une relecture de lames. d’apporter une qualité et une reproductibilité dans
ses travaux en gardant à l’esprit que derrière chaque
Un laboratoire de pathologie peut en outre parti-
prélèvement se trouve un patient.
ciper à des programmes nationaux ou internatio-
naux de contrôle qualité organisés par la profession, C’est un métier médico-technique riche par sa
mettre au point de nouvelles techniques, réaliser diversité technique complexe (peu automatisable)
des études prospectives et rétrospectives (articles qui demande de la polyvalence et nécessite cer-
et livres), analyser des résultats (confrontation des taines qualités essentielles pour l’accomplir (pos-
examens cytologiques par l’histologie correspon- séder les sens de l’observation et de la précision,
dante et corrélation anatomoclinique) pour des être méticuleux et rigoureux, savoir s’adapter aux
études statistiques, encadrer et former des stagiai- nouvelles situations et trouver des solutions aux
res (filières médicales et médico-techniques). problèmes qui se posent, être patient, avoir un
esprit d’équipe).

Le technicien de laboratoire
Assurance qualité en ACP
Le (la) technicien(ne) de laboratoire ou laboran­
tin(e) assure, sous la responsabilité du médecin Le mode de fonctionnement d’une structure
chef du laboratoire (secteur hospitalier ou privé), la d’anatomie pathologique est soumis à beaucoup de
technique des prélèvements confiés au laboratoire contraintes et est très réglementé. L’assurance qua-
dans un but diagnostic dans le respect des normes lité (AQ) est une notion très présente. Elle implique
de qualité en vigueur. Un(e) technicien(ne) n’est que tous les acteurs aient le même souci permanent
pas habilité(e) à lire les préparations mais doit de la meilleure exécution des actes à chaque étape
vérifier la qualité des colorations usuelles, spécia- de leur déroulement afin d’aboutir à la meilleure
les, immunochimiques. Il (elle) peut réceptionner sécurité, à la meilleure pertinence et à la meilleure
et enregistrer les prélèvements, assurer la gestion rapidité des résultats. Il est donc important en
des stocks et surveiller la date de péremption des ACP de toujours penser aux conséquences pour les
réactifs, archiver les lames et les blocs d’inclusion, patients de la qualité des résultats fournis.
participer à l’écriture des protocoles et des procé- Les différentes mesures visent essentiellement
dures, réaliser des techniques de contrôle qualité l’hygiène et la sécurité, ainsi que la qualité de la
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 37

réalisation des différents actes. Cette discipline doit qualité en anatomie pathologique (AFAQAP) a
également répondre à des normes européennes, élaboré des « recommandations de bonnes pra-
­françaises et normes ISO (Organisation internatio- tiques en anatomie et cytologie pathologiques »
nale de normalisation). Les normes européennes (RBPACP) pour permettre une meilleure qualité
ont le statut de norme française, elles sont éditées et de la prise en charge des actes en ACP1.
diffusées par l’Association française de normalisation
(AFNOR). Un organisme a une place importante
dans la démarche d’assurance qualité, l’HAS (Haute Hygiène et sécurité
Autorité de santé).
Le personnel effectuant des analyses en ­anatomie
Chaque technicien(ne) qui manipule doit être et cytologie est exposé à des risques biologiques
sensibilisé(e) à la réalité du contrôle qualité et potentiels (bactérien, infectieux et viral), mais égale­
en tenir compte dans la pratique quotidienne. Il ment toxiques et chimiques importants (formal­
(elle) doit connaître son travail, les sources d’er- déhyde, méthanol, toluène, xylène), ainsi que
reurs possibles ainsi que leurs impacts sur le résul- physiques (essentiellement le feu) surtout autour
tat final, mais aussi appréhender ses propres limites de la paraffine et des alcools. Le formaldéhyde
de même que celles de ses responsabilités. L’objet n’est pas anodin pour la santé, c’est un allergène
du contrôle qualité n’est pas de faire la chasse aux notoire. Il est irritant pour la peau et les muqueu-
technicien(ne)s « incompétent(e)s » mais bien de ses. Le toluène et le xylène sont des liquides nocifs
détecter les erreurs humaines ou autres dans le but et facilement inflammables.
d’assurer la qualité du résultat pendant et après sa
Les procédures doivent être strictement respectées
production. L’application rigoureuse et systématique
de manière à ne pas compromettre la santé du per-
des recommandations permet de réduire sensible­
sonnel et à ne pas polluer l’environnement. Les
ment le nombre des erreurs susceptibles de s’être
lieux de travail doivent être équipés d’un matériel
produites, de les déceler et les situer rapidement et
de premiers secours adapté à la nature des risques
éventuellement de les corriger ou d’en tenir compte.
et facilement accessible (extincteur, dispositif de
L’évaluation de la compétence des exécutants, de rétention en cas de déversement accidentel de
la qualité des procédés, de la pertinence des indi- liquide…) et rince-œil, trousse de secours de pre-
cations, des résultats et de leurs interprétations miers soins.
peuvent conduire à l’attribution d’accréditation
(audit externe de la capacité d’une structure à ●● Attention
fournir un service de qualité conforme aux exi- Manipuler impérativement le formaldéhyde, le
gences spécifiées). toluène et le xylène avec des gants en nitrile sous
hotte appropriée (avec systèmes de captage) ou
sorbonne (enceinte ventilée de façon forcée, munie
Recommandations de bonnes de filtres, raccordée à un réseau ouvert sur l’exté-
pratiques en ACP rieur) en fonctionnement, ou avec une protection
respiratoire, à défaut dans un local bien ventilé.
Pour une qualité de travail reproductible et effec-
tuée dans les bonnes conditions, des protocoles Risque biologique
(ou modes opératoires) correspondant à chaque Les risques biologiques en ACP sont nombreux.
poste doivent être consignés dans un recueil de Le repérage des prélèvements à risque (hépatite,
procédures facilement accessible par les utilisateurs VIH, tuberculose…) n’est pas toujours précisé. Il
concernés. Ces instructions écrites, propres à cha- est donc important de considérer chaque prélève-
que structure, décrivent les opérations à effectuer, ment comme potentiellement contaminant, d’être
les précautions à prendre et les mesures à appliquer.
Ces documents sont évolutifs, adaptés en fonctions
des progrès techniques, des connaissances médicales 1 Ce document a été publié dans les Annales de
et législatives. L’Association française d’assurance Pathologie 1998 ; 18 : 227-36.
38 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

vigilant dans leur manipulation et de respecter les qui facilitent ce passage (DMSO), les piqûres
bonnes pratiques. En cytologie, les échantillons (aiguille de seringue), les coupures (verrerie
biologiques (en particulier LBA, LCR) présen- ébréchée, lame de verre, lame de scalpel, lame
tent un risque infectieux important (maladie de de rasoir, bistouri).
Creutzfeldt-Jacob, prions). En histologie, un
Risque chimique
tissu frais non fixé présente un risque biologi-
que important (le sang en particulier) surtout au Les principaux produits chimiques utilisés en ACP
moment de l’examen extemporané et de la dissec- (liste non exhaustive) sont l’acétone, les acides
tion macroscopique (risque de coupure, piqûre ou (acétique, chlorhydrique, nitrique), l’ammonia-
projection). Il faut savoir que le froid intense de que, l’azide de sodium, le carbonate de lithium,
l’azote liquide n’empêche pas la survie de certains les colorants (Giemsa, May-Grünwald), la DAB
virus. (diaminobenzidine), le DMSO (diméthylsul-
Plusieurs voies peuvent être empruntées par un foxyde), l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène),
agent biologique pour pénétrer dans l’organisme : le formaldéhyde, l’hydroxyde de sodium, la paraf-
• la voie respiratoire est la principale voie d’entrée fine, les solvants (éthanol, isopropanol, méthanol,
mais également la plus insidieuse. Elle se fait par toluène, xylène).
inhalation d’aérosols (fines particules solides ou La manipulation des produits chimiques n’est pas
liquides) créés au cours des manipulations ; sans danger. Toujours les considérer comme des
• la voie digestive est impliquée lors d’onycho- poisons potentiels. Ils sont définis selon dix risques
phagie (se ronger les ongles), de consommation pour lesquels il existe un étiquetage spécifique :
d’aliments et de boissons, de mains portées à sa symbole(s) et indication(s) de danger + phrases
bouche sans les avoir lavées, de stylo sucé, etc. ; de risque (R) et de conseils (S). Des étiquettes
• la voie oculaire est engagée lorsque des projec- (noires sur fond orange) définies par les directi-
tions atteignent l’œil ; ves européennes (67/548/CE et 1999/45/CE)
• la voie cutanée est visée par des micro-organis- indiquent les substances et préparations dange-
mes (Brucella), certains composés chimiques reuses (tableau  3-1). Un ou plusieurs symboles

Tableau 3-1  Anciens pictogrammes.


C Corrosif (acide chlorhydrique, nitrique) C O Comburant (permanganate de potassium) O

E Explosif (acide picrique) E T Toxique (formol) T

F Facilement inflammable (toluène) F T+ Très toxique (cyanure) T+

F+ Extrêmement inflammable (éther) F+ Xi Irritant (méthylmétacrylate) Xi

N Dangereux pour l’environnement N Xn Nocif (xylène, hydroquinone) Xn


(ammoniaque)
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 39

de danger peuvent être apposés sur le produit (au ●● Attention


maximum trois). Ne pas manipuler sans protection des mains
(gants cryogéniques), des yeux (lunettes de pro-
●● Attention tection ou écran facial) et porter des chaussures
Toujours ajouter l’acide dans l’eau et non l’eau fermées.
dans l’acide. Attention au dégagement de gaz
toxiques lors du mélange de solvants, d’acides ●● Recommandations
ou de bases avec d’autres produits chimiques. Ne N’utiliser que des matériaux et des récipients cryo-
jamais mélanger eau de Javel et formol, car risque géniques adaptés à −196 °C. Risque d’éclatement
d’explosion. des tubes non conformes dû à une surpression
entraînée par le réchauffement.
Le règlement européen CLP (classification,
labelling and packaging, c’est-à-dire classifica- Manipulation et protection
tion, étiquetage et emballage) publié au JO de
À la paillasse, de nombreux gestes sont générateurs
l’Union européenne no L 353 du 31 décembre
d’aérosols : ouverture des centrifugeuses et des tubes
2008 est entré en vigueur le 20 janvier 2009.
immédiatement après centrifugation, tubes « vor-
Il prévoit une période de transition durant
texés » (nébulisation des particules virales en suspen-
laquelle l’ancien et le nouveau système de clas-
sion comme le virus du papillome humain (VPH),
sification et d’étiquetage coexisteront. La mise
également appelé HPV pour human papillomavi-
en application du nouveau règlement devien-
rus), pipetage, transvasement et mélange de liquide,
dra obligatoire à partir du 1er  décembre 2010
broyage de tissus, coupe au microtome.
pour les substances et du 1er  juin 2015 pour
les mélanges (anciennement préparations). Les ●● Attention
nouveaux pictogrammes (au nombre de neuf) Pour les manipulations comportant un risque de
représentatifs des risques comportent un sym- projection ou d’aérosol, porter une protection res-
bole en noir sur fond blanc dans un cadre rouge piratoire, des lunettes ou un masque de protection.
(tableau 3-2). Chaque pictogramme possède Pour les porteurs de lentilles de contact, les verres
un code composé de : SGH (système général correcteurs sont recommandés.
harmonisé) + 0 + 1 chiffre. La manipulation des pièces opératoires, des
Le contenu de l’étiquette est modifié (fig. 3-1). échantillons humains, de l’azote liquide, de la
Des mentions d’avertissement vont apparaître : carboglace, des réactifs et des produits chimiques
« DANGER » ou « ATTENTION » et de nouvel- doit toujours se faire avec des gants adaptés et
les phrases vont remplacer les anciennes. conformes aux normes en vigueur selon la nature
du risque biologique, chimique ou physique. Ils
doivent être résistants à la pénétration de pro-
Risque physique
duits chimiques et des micro-organismes, aux
Les principaux produits inflammables en ACP risques mécaniques (coupures), et isolants du
sont l’acétone, les alcools, les colorants, le toluène froid (brûlures). À titre indicatif, on peut citer :
et le xylène. les gants en latex (caoutchouc naturel) et les
gants en vinyle (matière plastique) pour les tra-
Risque cryogénique vaux de laboratoire à faible risque, les gants en
nitrile (caoutchouc synthétique) résistants aux
L’azote (−196 °C) et la carboglace (gaz carbo- solvants chimiques, les gants anti-coupure pour
nique congelé : −78,5 °C) peuvent provoquer la dissection de tissus frais, la coupe au cryostat et
de graves brûlures. Les deux risques majeurs la macroscopie des pièces fixées, et les cryogants
de l’azote sont l’anoxie (à haute concentra- contre les températures très basses ou chaudes.
tion) et les gelures. Le risque d’explosion existe
aussi lors de l’augmentation de pression dans le ●● Attention
récipient. Il est interdit de manipuler à mains nues.
40 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 3-2  Nouveaux pictogrammes.


Explosif Produits pouvant exploser au contact d’une flamme, d’une étincelle, d’électricité
statique, sous l’effet de la chaleur, d’un choc, de frottements…

Inflammable Produits pouvant s’enflammer. Suivant le cas :


– au contact d’une flamme, d’une étincelle, d’électricité statique…
– sous l’effet de la chaleur, de frottements…
– au contact de l’air
– au contact de l’eau (s’ils dégagent des gaz inflammables)
Comburant Produits pouvant provoquer ou aggraver un incendie, ou même provoquer une explosion
s’ils sont en présence de produits inflammables

Gaz comprimé Produits qui sont des gaz sous pression contenus dans un récipient. Certains peuvent
exploser sous l’effet de la chaleur

Corrosif Produits corrosifs. Suivant les cas :


– ils attaquent ou détruisent les métaux
– ils peuvent ronger la peau et/ou les yeux en cas de contact ou de projection

Toxique Produits empoisonnant rapidement même à faible dose

Irritant Produits chimiques ayant un ou plusieurs des effets suivants :


– ils empoisonnent à forte dose
– ils sont irritants pour les yeux, la gorge, le nez ou la peau
– ils peuvent provoquer des allergies cutanées
– ils peuvent provoquer une somnolence ou des vertiges
Dangereux pour la santé Produits rentrant dans une ou plusieurs de ces catégories :
– produits cancérogènes
– produits mutagènes
– produits toxiques pour la reproduction
– produits qui peuvent modifier le fonctionnement de certains organes
– produits qui peuvent entraîner de graves effets sur les poumons
– produits qui peuvent provoquer des allergies respiratoires
Dangereux pour Produits provoquant des effets néfastes sur les organismes du milieu aquatique
l’environnement

●● Recommandations cas de paires endommagées et à chaque fin de


Utiliser des gants à usage unique. Vérifier avant manipulation. Pour éviter toutes contaminations,
l’emploi que les gants correspondent bien aux ne pas toucher avec des gants souillés son visage,
besoins de protection du moment et qu’ils ne com- les poignées de porte, le téléphone, le clavier de
portent ni trous ni déchirures. Changer de gants en l’ordinateur, etc.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 41

Pictogrammes de danger

TRICHLOROÉTHYLÈNE

Mention d’avertissement DANGER


Peut provoquer le cancer
Susceptible d’induire des anomalies génétiques
Provoque une sévère irritation des yeux
Mention de danger Provoque une irritation cutanée
Peut provoquer somnolence ou vertiges
Nocif pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme

Ne pas manipuler avant d’avoir lu et compris toutes les précautions de sécurité


Conseils de prudence En cas d’exposition prouvée ou suspectée, consulter un médecin
Eviter le rejet dans l’environnement

AVERTISSEMENT :
Les informations figurant sur cette étiquette sont données à titre indicatif. Elles doivent
être complétées et/ou modifiées, en tant que de besoin, conformément au règlement
CE n 1272/2008 du 16 décembre 2008 (règlement CLP) publié au Journal officiel de l’Union
européenne n8L353 du 31 décembre 2008.
Pour en savoir plus, consulter www.inrs.fr

Fig. 3-1 Exemple du nouveau système d’étiquetage.

Bonnes pratiques dans les salles techniques • Décontaminer les équipements et désinfecter les
plans de travail.
• Porter des vêtements de protection (blouse fermée,
• Se laver les mains avec un savon bactéricide avant et
surblouse, tablier) et des chaussures munies de semel-
après toute manipulation.
les antidérapantes et couvrant l’avant du pied.
• Connaître les consignes de sécurité et la conduite à
• Porter des équipements de protection individuelle
tenir en cas de dysfonctionnement.
(appareil de protection respiratoire, gants, écran facial
ou lunettes protectrices…) en fonction de l’évaluation
des risques.
• Ne pas porter de bijoux et nouer les cheveux longs. Matériels et réactifs
• Ne pas fumer, boire, manger, manipuler ses lentilles Les matériels doivent être périodiquement entre-
de contact, se maquiller, décapuchonner les stylos avec tenus, nettoyés et inspectés. Les réactifs doivent
les dents.
être maintenus dans leur emballage d’origine qui
• Éteindre les téléphones portables.
doit être clairement étiqueté avec les mentions :
• Ne jamais pipeter à la bouche (utiliser des pipettes
automatiques). comburant, corrosif, explosif, nocif, inflamma-
• Ne jamais recapuchonner les aiguilles. ble, irritant, toxique (arrêté du 20 avril 1994 ;
• Manipuler sous hotte ou sorbonne en fonctionnement cf. tableaux 3-1 et 3-2). Les réactifs préparés ou
les produits chimiques toxiques. reconstitués doivent être identifiés, porter la date
• Utiliser de préférence du matériel plastique à usage de leur préparation ou de leur reconstruction et
unique (flacons, pipettes, tubes à centrifuger), jetable ou celle de leur péremption. Ceux qui sont commer-
à incinérer. cialisés doivent de plus porter la date de récep-
• Éliminer la verrerie ébréchée, fêlée ou suspecte. tion au laboratoire. Les instructions précises sur
• Ne pas jeter à l’évier des produits chimiques ou des leurs conditions particulières de stockage doivent
liquides biologiques.
être respectées. Les fiches de toxicité doivent
• Utiliser des conteneurs conformes pour les déchets
être accessibles. Les réactifs périmés doivent être
d’activités en vue de leur élimination.
éliminés.
42 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Stockage (paillasses, matériels de dissection, dispositifs


de centrifugation, pipettes…) qui doivent être
Les activités du laboratoire amènent à stocker des
désinfectés, lavés et dégraissés avec un produit
échantillons humains, des consommables et des
approprié.
kits servant aux analyses, des produits chimiques
et des réactifs. Les risques identifiés doivent être
indiqués par des pictogrammes signalétiques.
Fonctionnement
Les échantillons humains, les kits, les réactifs,
conservés après analyse pour d’éventuels contrôles Le laboratoire de pathologie doit accepter tout
ultérieurs, stockés dans des enceintes frigorifiques prélèvement cellulaire ou tissulaire qui lui est
ou de congélation (équipées de systèmes d’alarme adressé dans des conditions correspondant aux
visuelle et/ou sonore) réservées à cet usage doi- bonnes pratiques.
vent être identifiés comme tels. Les récipients
contenant les pièces fixées dans le formol sont Transmission
stockés dans des armoires ventilées. Le stockage
de produits toxiques et/ou inflammables doit être Tout prélèvement adressé doit être correctement
conforme aux réglementations en vigueur. Il est identifié, accompagné d’un formulaire de demande
important de respecter la séparation des produits d’examen dûment renseigné, et acheminé selon la
chimiquement incompatibles pouvant entraîner procédure adéquate. Les prélèvements à caractère
des risques d’explosion ou d’incendie. « urgent » doivent être identifiés de façon spéci-
fique et transmis dans les plus brefs délais. Pour
Élimination des déchets un examen extemporané, le prélèvement doit être
adressé rapidement à l’état « frais ».
L’élimination des déchets à risque répond à des
procédures différentes selon la nature du risque. L’acheminement des prélèvements doit se faire
Elle doit être conforme à la législation en vigueur dans de bonnes conditions en respectant les règles
(décret du 6 novembre 1997, JO du 18 novem- de fixation, de conditionnement de l’échantillon
bre 1997). Des précautions extrêmes doivent être cellulaire ou tissulaire. Le transport est générale-
prises concernant les objets pointus contaminés, ment fait par un coursier mais peut également être
notamment les aiguilles, ainsi que les seringues, les acheminé par voie postale. Un prélèvement peut
lames de verre, les pipettes, les scalpels, les lames être transmis par un médecin correspondant de
de rasoir ou de bistouri qui doivent être jetés dans ville pour diagnostic ou pour un second avis. En
des conteneurs conçus à cet effet pour minimiser milieu hospitalier, il peut provenir du bloc opé-
le plus possible le risque de blessure. Les déchets ratoire, des hôpitaux de jour, des consultations
que constituent les échantillons analysés, le maté- en ambulatoire, des services d’hospitalisation,
riel usagé, les milieux, les effluents des automates d’imagerie médicale ou de la sénologie interven-
doivent être collectés dans des emballages et/ou tionnelle (spécialité médicale dédiée aux maladies
conteneurs spécifiques à chaque filière d’élimina- du sein).
tion. Les documents confidentiels doivent faire Tout prélèvement arrivant de façon défec-
l’objet d’une procédure garantissant l’anonymat. tueuse doit être mentionné. L’usage de pochet-
tes transparentes et hermétiques permet de voir
●● Attention immédiatement l’état du conditionnement des
Ne pas mélanger les produits chimiques lors de échantillons et de limiter l’exposition aux dangers
l’évacuation, il y a un risque d’explosion ou de biologiques. Les flacons doivent être vissés ou
dégagement nocif. bouchés, les récipients fermés, les lames blanches
ou colorées placées en boîte à compartiment en
Entretien plastique assurant leur préservation, les prélève-
Il est impératif de procéder au nettoyage des ments congelés transmis en azote liquide ou en
surfaces et du matériel supposés contaminés carboglace.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 43

Identification des prélèvements Réception des prélèvements


Tout prélèvement doit être correctement identifié : La réception est de la responsabilité des médecins
• nom, prénom, sexe et date de naissance du mais elle peut être déléguée aux technicien(ne)s.
patient ; Elle doit respecter une procédure précise afin de
• numéro unique d’identification du patient (NIP) ; déceler toute anomalie d’identification, d’achemi-
• adresse du patient ou du service de consultation nement ou de transmission. Bien vérifier que le nom
ou d’hospitalisation ; du patient sur le formulaire est bien le même que
• nom et coordonnées du médecin prescripteur celui inscrit sur le(s) flacon(s) et/ou la (les) lame(s).
(adresse ou service), du préleveur et éventuelle- Dans certains cas, la date de réception, l’heure et
ment des autres médecins correspondants ; les initiales de la personne qui réceptionne le prélè-
• type de prélèvement, siège et latéralité en cas vement peuvent être utiles (examen extemporané).
d’organe pair ; Après vérification rigoureuse des données, le prélè-
• date du prélèvement. vement doit recevoir un numéro d’enregistrement
attribué de préférence par un logiciel informatique.
●● Attention
Tout prélèvement mal ou non identifié ne doit Enregistrement des prélèvements
pas être enregistré et justifie impérativement des
compléments d’information. Pour tous les prélè- L’enregistrement est une étape particulièrement
vements (pouvant éventuellement être infectieux), importante ne souffrant aucune erreur et nécessi-
des précautions doivent être observées en perma- tant une grande vigilance.
nence dans leur manipulation. L’identification doit
Chaque prélèvement reçoit un numéro d’identi-
figurer sur le flacon (pas sur le bouchon).
fication qui le suit durant toutes les étapes tech-
Formulaire de demande d’examen niques et de lecture jusqu’à l’archivage. Lorsque
des prélèvements multiples ont été effectués chez
Pour que la constitution du dossier soit le plus un même patient, un numéro unique peut être
complet possible, le formulaire doit comporter un utilisé avec des indices annexes (alphabétique ou
minimum d’informations : numérique) pour bien différencier les divers pré-
• le type d’acte ; lèvements. Chaque prélèvement peut au contraire
• les éléments essentiels du contexte clinique qui recevoir un numéro. Une fiche de travail compor-
ont motivé le prélèvement, éventuellement les tant toutes les informations est éditée. Elle suit
hypothèses diagnostiques et l’aspect d’imagerie le(s) prélèvement(s) tout au long de son chemine­
médicale ; ment permettant ainsi d’avoir des points de
• les prélèvements éventuellement infectieux contrôle à chacun des postes et de noter toutes les
(tuberculose, sida) doivent être spécifiquement observations : aspect macroscopique, problème(s)
indicés ; technique(s) rencontré(s)… Le(s) flacon(s) et le(s)
• les antécédents pathologiques du patient et la récipient(s) sont identifiés. L’étiquette d’identifi-
nature des traitements éventuellement adminis- cation doit figurer sur le flacon ou le récipient, et
trés (chimiothérapie, hormonothérapie, radio- non pas sur le bouchon ou le couvercle, en pre-
thérapie…) ; nant soin de ne pas masquer une identification
• l’aspect macroscopique de la (des) lésion(s) ; originale. Le numéro est retranscrit lisiblement
• éventuellement la date des dernières règles ; sur la (les) lame(s) au niveau de la plage dépolie
• les recherches particulières à effectuer s’il y a lieu avec un crayon à mine, ou gravé avec un graveur
(marqueurs spécifiques : RO, RP, Cerb B2. . .) ; (à pointe de diamant ou électrique) directement
• la date de réponse souhaitée ; sur la lame, ou codé à barres (1D ou 2D).
• le nombre de lames blanches et/ou colorées ;
• le nombre de blocs d’inclusion ; ●● Attention
• pour un liquide, la quantité, sa couleur et son Les stylos-feutres ou à bille sont à proscrire, car
aspect. l’alcool dissout leur encre. De ce fait, il est vivement
44 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

recommandé d’écrire au crayon à mine ou avec un En séquestrant en particulier les ions magnésium
marqueur résistant aux solvants sur les lames, les (Mg2+), il bloque l’activité de nombreuses nuclé-
flacons, les cassettes, les sachets. ases qui sont dépendantes de cet ion. En fonction
de l’étude, l’EDTA doit être proscrit, pour une
étude cytogénétique, par exemple.
Conservation des prélèvements
Les cellules sont par nature très fragiles et se dégra-
Toutes les techniques anatomopathologiques ont dent très vite en dehors du milieu physiologique.
les mêmes buts, préserver et conserver dans les Les frottis gynécologiques doivent être immé-
meilleures conditions possibles les structures pour diatement fixés au moyen d’un spray ou d’une
bien les visualiser. La conservation des prélève- solution alcoolique. Les étalements et/ou les
ments est une étape critique et déterminante. Pour appositions (sauf indications contraires) nécessi-
éviter les artefacts, il ne faut pas que les tissus subis- tent une fixation à l’air ambiant (cf. tableau 3-14).
sent un dessèchement, surtout les petits fragments Les liquides biologiques sont placés dans des fla-
qui sont très fragiles (cf. p. 64). À température connages conformes aux recommandations du
ambiante, les tissus prélevés se lysent et subissent laboratoire. Pour la cytologie en milieu liquide, le
plusieurs types de modification : anomalies de la matériel recueilli est placé dans un flacon spécifi-
perméabilité de toutes les membranes cellulaires, que fourni par l’industriel (cf. p. 97).
modifications des macromolécules en particulier
les protéines, destruction cellulaire puis intercel-
lulaire. Ces diverses altérations peuvent rendre Tumorothèque
impossible l’étude d’un prélèvement. Des mesures
de conservation doivent donc toujours être prises Banque de cellules et de tissus (sains et/ou tumo-
en fonction des structures à étudier (tableau 3-3). raux) conditionnés en petits tubes secs (en plas-
Le RPMI (Roswell Park Memorial Institute) est tique dur pourvu d’un bouchon vissé résistant à
un milieu de culture de couleur rose. Il peut être la congélation ; cf. fig. 3-20) ou en solution de
utilisé seul ou avec un anticoagulant, héparine ou DMSO à 10 %, et conservées à des températures
EDTA (acide éthylène diamine tétra-acétique). très basses afin de préserver intact ADN et ARN
L’EDTA est un agent chélatant (ou complexant) dans le but de réaliser des études complémentaires
puissant et forme des complexes métalliques très à visée diagnostique ou de recherche. Les tubes
stables. Il est utilisé dans la purification des aci- doivent être ouverts et revissés avec des gants. Le
des nucléiques (ADN ou ARN) et des protéines. DMSO (diméthylsulfoxyde) est un cryoprotecteur
empêchant la formation de cristaux de glace.
Tous les échantillons, soigneusement étiquetés et
enregistrés dans une base de données spécifique,
Tableau 3-3  Conservation des prélèvements selon
l’étude. peuvent ensuite être stockés soit dans des congé-
lateurs (−80 °C) qui permettent une conservation
Études Fixateurs : Milieu Congélation
AFA ou formol de culture sur une longue durée, soit dans des cryoconser-
tamponné vateurs à azote liquide (−196 °C) régulièrement
Morphologique +++ − − approvisionnés.
standard (HES)
Immuno- +++ − ++ ●● Attention
histochimique Risque de brûlures. Manipuler l’azote et les tubes
Cytogénétique − RPMI − cryogéniques avec des gants isolants et un écran
facial ou des lunettes de protection. La congélation
Hybridation in situ ++ − ++
d’un échantillon (cellulaire ou tissulaire) doit être
PCR ++ − +++ immédiate dans un récipient cryogénique à azote
Cytométrie − ++ +++ liquide, car elle stoppe toutes les réactions y compris
en flux (CMF) l’autolyse. Le DMSO est un produit chimique irritant
RPMI : Roswell Park Memorial Institute. pour la peau. Il doit être manipulé avec des gants.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 45

Lames de verre Différenciation : décoloration « incomplète » (progres-


sive) dans les méthodes de colorations régressives.
Il existe une grande variété de lames de verre pour
Différenciation à l’aide d’agents oxydants : le colo-
les préparations microscopiques ayant chacune rant est oxydé en un composé incolore. Les éléments les
des caractéristiques spécifiques. Les lames de verre plus fortement colorés le demeurent plus longtemps que
ordinaire (lavées et dégraissées) avec plage d’identi- ceux qui le sont moins.
fication sont généralement utilisées pour les colora- Différenciation par effet sur le pH : l’effet du pH est
tions usuelles et certaines colorations spéciales. Les assuré par des acides lorsqu’on veut obtenir une dimi-
lames chargées positivement (SuperFrost® Plus, nution du pH et par des bases si l’on veut l’augmenter. Il
Polysine®) améliorent l’adhésion des cellules et des s’agit de modifier la charge des composants cellulaires
tissus sur le verre et sont sans défaut optique. Les et tissulaires amphotères.
cellules ou les tissus (frais ou fixés) sont d’abord atti- Différenciation par excès de mordant : le mor-
rés puis fermement attachés à la surface de la lame dant de la solution a tendance à lier le colorant qui
est en contact avec le mordant attaché à la struc-
par liaisons chimiques. Elles sont recommandées
ture. Il se produit une décoloration graduelle de la
pour les techniques immunochimiques et d’hybri- préparation.
dation in situ, les colorations argentiques, certains Imprégnation : elle cherche à faire pénétrer un liquide
spots monocouches et la biologie moléculaire. dans les structures. L’imprégnation métallique consiste
à déposer sur certaines structures des atomes de
Principes généraux métaux lourds tels que l’argent, le chrome. L’argent
peut se déposer sur une structure selon deux méca-
des colorations nismes différents. L’argentaffinité est le processus par
lequel une substance à caractère réducteur est capable
La coloration des constituants cellulaires et tissu-
de réduire elle-même l’argent ionique soluble en argent
laires est une réaction très complexe dans laquelle métallique insoluble. L’argyrophilie nécessite une réduc-
entre en jeu des mécanismes chimiques, physi- tion pour mettre en évidence une substance argyrophile
ques et thermiques. Les colorants n’ont pas tous qui a la capacité de réduire l’argent mais en quantité
la même tendance à être absorbés et les structu- insuffisante pour être visualisée.
res n’ont pas toutes la même capacité d’absorp- Laque : combinaison d’un colorant avec un mordant.
tion. Obtenir une bonne coloration sans dépôts Une fois liée à la structure, elle constitue des complexes
ni artefacts requiert une procédure rigoureuse et relativement insolubles dans les solvants neutres ainsi
l’utilisation d’une verrerie propre et de réactifs que dans les alcools.
de bonne qualité, ainsi qu’une préparation quo- Métachromasie : capacité pour une molécule colo-
tidienne pour certains colorants. Pour certaines rante de donner à certaines structures tissulaires une
teinte différente de celle de la solution colorante (bleu de
méthodes, les résultats dépendent également des
toluidine). Terme opposé à ortochromatique.
« tours de main » et de l’expérience personnelle du Mordant : substance qui sert d’intermédiaire entre la
(de la) technicien(ne). Les colorations obtenues se structure et le colorant. Le complexe colorant/mordant
conservent indéfiniment, si elles sont bien mon- qui s’attache à la structure est appelé laque. Le mordan-
tées et gardées à l’abri de la lumière. çage améliore la tenue de la coloration.
Oxydation : perte d’un ou plusieurs électrons par
Glossaire une molécule parfois accompagnée d’une perte de
proton (H+).
Amphotère (ou amphophile) : substance qui a un Réduction : réaction chimique au cours de laquelle un
point isoélectrique. Il s’agit d’une molécule complexe qui atome ou un ion gagne des électrons.
a plusieurs groupes ou fonctions ionisables positives ou Signalétique : quand le mécanisme de coloration est
négatives en proportions variables. dû à des propriétés tinctoriales (qui servent à teindre) et
Auxochrome : groupement salifiable qui se présente ne correspond pas à une identification chimique.
dans la solution de colorant sous forme de sels de Virage : modification de la couleur à un pH donné. Il
sodium ou de calcium, ou de chlorures ou de sulfates. peut se faire avec de l’eau du robinet, de l’eau déminé-
Décoloration : disparition complète des colorants pré- ralisée, de l’eau ammoniacale, une solution tamponnée,
sents sur une préparation. du carbonate de lithium, du chlorure d’or.
46 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Notion sur les colorants ●● Attention


Risque de dénaturation des colorants par les seuls
Il existe de nombreux colorants dont certains
vapeurs de l’eau de Javel.
se trouvent sous plusieurs formes et qui présen-
tent de légères différences les uns par rapport Classification des colorants
aux autres. Certains colorants sont naturels, pro-
duits au départ par extraction et non par synthèse Il s’agit le plus souvent de colorants de synthèse
chimique (carmin, hématoxyline, orcéine, safran), mais quelques-uns sont d’origine naturelle : héma-
et d’autres sont synthétiques (bleu de méthylène, toxyline, orcéine, safran.
rouge nucléaire). Les colorants sont instables et Principaux colorants usuels
se contaminent facilement. Pour éviter les conta-
minations de certains colorants, en particulier le Les colorants cytoplasmiques et du glycogène sont
rouge nucléaire, il est conseillé de déposer dans habituellement acides. La coloration est régres-
la solution un cristal de thymol. Les colorants sive. Il faut surcolorer puis enlever l’excès avec un
­doivent de préférence être filtrés avant l’emploi alcool faible ou de l’eau, par exemple.
afin d’éviter que des dépôts ou des artefacts, qui • L’éosine (sel de sodium) colore certaines subs-
gêneraient l’inter­prétation microscopique, ne se tances (dites éosinophiles) et notamment le
déposent sur les lames. cytoplasme en rose ou en rouge.
• La phloxine est un colorant cytoplasmique syn-
Un colorant est une substance utilisée en solution
thétique de couleur rouge fabriqué à partir des
aqueuse ou alcoolique qui peut colorer une subs-
hydrocarbures issus du goudron de houille.
tance ou un ensemble de substances de manière
• Le safran est extrait des stigmates de la fleur du
stable et durable. Il est constitué d’un groupe-
Crocus sativus. Son principe colorant (appelé
ment qui lui confère la couleur (chromophobe) et
crocine) est constitué par l’estérification du
d’un groupement (auxochrome) qui permet une
gentiobiose (un disaccharide) et d’un acide gras
fixation permanente sur des groupements acides
(crocetine). Il adhère beaucoup plus fermement
ou basiques des constituants cellulaires à un pH
au collagène en solution alcoolique qu’en solu-
donné.
tion aqueuse qu’il teinte en jaune orangé.
Un colorant acide (ou anionique) possède un
Les colorants nucléaires doivent être basiques et
auxochrome ayant une charge négative (COO−)
donc avoir une charge positive pour se fixer sur
qui se dirige, au cours d’une électrolyse, vers
les acides nucléiques. La coloration est progressive
l’anode (+). Les colorants acides ont une bonne
et arrêtée au moment où les structures nucléaires
affinité avec les substances alcalines. Ils mettent en
sont colorées de façon optimale.
évidence des structures basiques (acidophiles). Ils
• Le carmin est extrait de la cochenille.
se présentent le plus souvent sous forme de sels
• L’orcéine est extrait de certains lichens.
de sodium ou de calcium : acide picrique (jaune),
• Le rouge nucléaire (ou Kernechtrot) dont la
éosine (rouge), fuchsine acide (rouge), orange G,
laque aluminique donne une coloration rouge
phloxine (rouge), safran (jaune).
rosé non seulement aux noyaux mais aussi aux
Un colorant basique (ou cationique) possède un cytoplasmes et au collagène. Lorsque la solution
auxochrome chargé positivement (NH+ ou H+) qui vieillit, son efficacité diminue.
se dirige, lors d’une électrolyse, vers la cathode (−). • L’hématoxyline extraite du bois de Campêche
Les colorants basiques mettent en évidence des (Haematoxylon campechianum) est une substance
structures acides (basophiles). Ils se présentent le incolore et non colorante. Pour acquérir la cou-
plus souvent sous forme de chlorures ou de sulfates : leur, elle doit être oxydée en hématéine qui elle est
carmin (rouge), fuchsine basique (rouge), hémalun un colorant. Sa forme oxydée (paraquinone) réa-
ou hématoxyline (bleu), safranine (rouge). git avec un mordant (sel de métal ionisé) dont le
Les colorants neutres sont des sels dont les parties cation sert de pont entre la molécule colorée et la
anionique et cationique sont colorées : éosinate de cible nucléaire à colorer. Elle teinte les noyaux en
bleu de méthylène, éosinate d’azur. bleu violacé mais donne aussi une teinte violacée
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 47

au calcium et parfois à certains mucopolysacchari- cas de l’éosine qui colore les cytoplasmes et les
des (cartilage, mucus). Le terme hémalun désigne noyaux en rouge. La différenciation permet d’éli-
une solution faite à partir d’hématéine commer- miner la coloration nucléaire, alors que la colora-
ciale mise en solution avec un mordant d’alumi- tion cytoplasmique persiste.
nium, de fer, de chrome ou autre. En général, les
solutions d’hématoxyline sont classées comme Coloration simple
progressives (hématoxyline de Mayer) ou régres- Elle se fait avec un colorant unique qui a le pouvoir
sives (hématoxyline de Harris) en fonction de leur d’exercer une action différentielle sur les diverses
concentration en colorant. structures. Cette coloration est surtout destinée à
la mise en évidence des noyaux.
●● Attention
Certains produits d’oxydation de l’hématéine sont Coloration combinée
insolubles et doivent être enlevés par filtration. Ces colorations s’effectuent avec plusieurs colorants
Cette oxydation est nuisible à la coloration. La (la plupart du temps de couleur différente) en géné-
nécessité d’une filtration se manifeste par la pré- ral utilisés les uns après les autres (parfois simultané-
sence d’une pellicule luisante à reflet métallique
ment en mélange) chacun d’eux étant spécialement
à sa surface. Si l’on omet cette filtration, des pig-
destiné à la mise en évidence d’une structure parti­
ments bleu-noir se déposent sur les préparations.
culière (noyaux, cytoplasme, fibres, sécrétions, etc.).
Mécanismes de la coloration Méthodes alternatives de coloration
Le plus souvent, des facteurs chimiques intervien- Plusieurs méthodes de coloration ont été mises au
nent. Par exemple, l’hématéine (NH+) se fixe sur point pour révéler certaines structures cellulaires
les acides phosphoriques des noyaux et l’éosine et tissulaires. Tous les procédés de coloration se
(CO−) se fixe sur les groupements des protéines déroulent selon un plan général commun quelle
cytoplasmiques. Mais d’autres facteurs intervien- que soit la technique employée. On distingue trois
nent : physiques, de pénétration mécanique (dans temps, les étapes de préparations à la coloration,
une coupe tissulaire qui mesure 3 à 4 microns puis celles de la coloration proprement dite et
d’épaisseur), thermiques et atmosphériques. Les enfin les étapes préparatoires au montage.
laques sont parfois nécessaires à la fixation de cer-
tains colorants ou certains mordants. Coloration nucléaire
Le noyau est une structure extrêmement impor-
Principales méthodes de coloration
tante à mettre en évidence à cause de son utilité
Il existe plusieurs modalités de coloration. comme point de repère au cours de l’étude mor-
phologique de toutes préparations. En règle géné-
Coloration progressive rale, il est donné au noyau une teinte assez foncée
La substance à colorer séjourne dans la solution de couleur bleue (par l’hématoxyline) pour lui per-
colorante pendant un temps optimum au bout mettre de bien ressortir sur le fond (constitué sur-
duquel un lavage est effectué. Il est destiné à enle- tout par les cytoplasmes et les fibres conjonctives).
ver l’excès de colorant qui n’est pas lié chimique- Il arrive cependant que les structures ou les subs-
ment à la structure. tances à mettre en évidence aient une teinte opa-
que moins bien discernable si le noyau est coloré en
Coloration régressive bleu. Dans ce cas, les noyaux sont colorés à l’aide
Tous les éléments qui ont une quelconque affinité de colorants basiques rouges (rouge nucléaire).
pour les particules colorantes présentes dans la
solution sont surcolorés. Ensuite, l’excès de colo- Coloration cytoplasmique et du collagène
rant est éliminé progressivement par un différen- Les colorants utilisés pour la mise en évidence du
ciateur (alcool, eau, eau chlorhydrique) jusqu’à cytoplasme et des fibres de collagène sont habi-
ce que les seules structures qui ont une très forte tuellement acides, sauf dans le cas où l’on colore
affinité pour le colorant restent colorées. C’est le l’ARN cytoplasmique. Le choix de la coloration
48 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

du cytoplasme doit être orienté en fonction de la Coloration usuelle


couleur des autres structures mises en évidence,
les solvants dans lesquels les préparations sont Les colorations de base systématique « dites de rou-
passées, la fixation subie, etc. Un certain nom- tine » sont des méthodes qui mettent en évidence
bre de colorants cytoplasmiques peuvent égale- des constituants cellulaires (noyaux et cytoplasmes)
ment servir de coloration spécifique des fibres de et tissulaires (fibres). Les lames doivent être entiè-
collagène. rement immergées dans des bains de telle sorte que
toutes les solutions ainsi que les rinçages puissent
Coloration topographique entrer librement en contact avec toutes les structu-
Une coloration topographique donne une vue res. Les lames colorées sont ensuite protégées par
d’ensemble d’un tissu (hématoxyline éosine safran : une lamelle de verre permettant leur conservation
HES). Elle renseigne sur la répartition, l’architec- et l’analyse à fort grossissement.
ture et la structure des cellules. Cette coloration
colore un type de charge. Elle permet de visualiser
Glossaire
la morphologie des cellules (noyaux et cytoplasmes)
afin de déterminer le nombre de types cellulaires Hématoxyline éosine safran (HES) : coloration des
présents dans le tissu ainsi que sa structure. préparations histologiques réalisées après déparaffinage
pour les coupes de tissus fixés et inclus en paraffine
Coloration spéciale par l’HES rapide (examen extemporané) ou l’HES directe
Les colorations spéciales correspondent à des pour les coupes à congélation (au cryostat) des tissus
non fixés.
colorations complémentaires simples qui mettent
May-Grünwald-Giemsa (MGG) et Diff Quik® :
en évidence des structures non ou mal visualisées
coloration des préparations cytologiques, étalements
par les colorations standard : recherche de germes, ou empreintes séchés à l’air libre et à température
de dépôts, de constituants particuliers. Elles sont ambiante. Pour le MGG, avant la coloration (sous une
demandées par le pathologiste en fonction du dia- hotte ou une sorbonne en fonctionnement), dégraisser
gnostic recherché. les lames dans du toluène et les laisser sécher.
Papanicolaou (nom de l’inventeur) : coloration pour la
Contre-coloration cytologie exfoliative. Elle nécessite une fixation immédiate
des étalements et/ou des spots cellulaires encore humi-
Les colorations spéciales et les méthodes d’immu- des soit par immersion dans un flacon d’éthanol 95°, soit
nochimie nécessitent une contre-coloration pour par pulvérisation d’un film protecteur « spray » (ou laque)
faire ressortir le marquage d’un élément particu- sur les cellules non séchées afin de les maintenir dans
lier. Cependant, cet élément doit être localisé par un état d’hydratation convenable. Avant la coloration, les
rapport aux autres éléments (noyaux, cytoplasmes, lames fixées par un spray (laque) sont mises d’abord dans
fibres conjonctives) si on veut que les données un bain d’eau distillée pour éliminer le film protecteur.
obtenues puissent prendre un sens. C’est le rôle
de la contre-coloration qui sert de point de repère → En savoir plus sur les colorations standard :
lors de l’interprétation microscopique. cf. catalogue des procédés techniques, p. 104.

Coloration insatisfaisante
Coloration spéciale
Une coloration peut ne pas être satisfaisante pour
les raisons suivantes : les colorants sont périmés, Les colorations spéciales ont pour but de met-
les produits n’ont pas été stockés dans des condi- tre en évidence des constituants particuliers au
tions optimales, le protocole technique n’est pas sein des cellules (glycogène, mucus, pigments)
respecté, les rinçages sous l’eau du robinet ont été ou de la matrice extracellulaire (amylose, colla-
trop prolongés (le chlore qu’elle contient la déco- gènes, fibres de réticuline), ainsi que des agents
lore), il y a des restes d’eau de Javel sur le matériel infectieux (bactéries, champignons, parasites).
utilisé, les colorants ont été en contact avec des Elles correspondent à différentes méthodes qui
objets métalliques. permettent une caractérisation des constituants
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 49

chimiques particuliers d’une substance ou d’une Tableau 3-4  Colorations spéciales (liste non exhaustive).
structure sans en altérer la morphologie qui se fait Mise en évidence Méthode
grâce à un colorant ayant une affinité particulière Bactéries et mycobactéries Giemsa Helicobacter
à laquelle il se fixe. Gram
Selon les conditions particulières de chaque labora- Ziehl-Neelsen
toire, une même méthode peut avoir des variantes Champignons Grocott
de procédé technique, de formule des colorants, Collagène Trichrome de Masson
de concentration des solutions, etc. Mais chaque Fibres de réticuline Réticuline
coloration a son propre principe utilisant une Granulations argentaffines Grimelius
fixation adéquate, des solutions et une contre- et argyrophiles
coloration spécifiques. Divers facteurs importants Granulations et structures Giemsa lent
sont nécessaires à leur réalisation et doivent être nucléaires
respectés pour l’obtention d’une coloration de Glucides Bleu alcian (BA)
qualité : Periodic acid Schiff (PAS)
• date de péremption ; PAS/BA
PAS diastase
• stockage des réactifs et des solutions ;
• conditionnement pour certaines solutions (mères Lipides Oil red O (ou huile rouge O)
ou dilutions) à l’abri de la lumière dans des Pigments mélaniques Fontana
flacons en verre opaque pour éviter la dégrada- Pigments ferriques Perls
tion et bien bouchés pour éviter l’évaporation Sels de calcium Von Kossa
(les flaconnages vissés sont recommandés), Substance amyloïde Rouge Congo
identifiés et portant la date de préparation et
celle de sa péremption ;
• utiliser des produits de bonne qualité (non de préciser la différenciation d’une tumeur. Le PAS
contaminés) ; et le bleu alcian peuvent montrer la sécrétion des
• préparation extemporanément de certaines solu- mucoprotéines par les cellules tumorales, objecti-
tions et d’autres à l’avance (parfois 24 heures) ; vant ainsi la nature glandulaire de la prolifération
• respecter la concentration des solutions qui peut (adénocarcinome). La coloration de Fontana peut
influencer grandement sur les temps d’action et montrer la présence de mélanine, affirmant ainsi
sur la distribution dans les diverses structures ; la nature mélanocytaire de la tumeur (mélanome).
• ajuster le pH d’une solution avec un pH-mètre La coloration des graisses neutres (oil red O ou
préalablement étalonné ; huile rouge O) peut en affirmer la nature adipocy-
• filtrer les colorants avant l’emploi ; taire (liposarcome).
• respecter les temps et les étapes sans omettre les
rinçages et les lavages ; Recommandations
• tenir compte de la température ambiante et sur- Un témoin est nécessaire pour la plupart d’entre
tout celle de l’étuve (ou du bain-marie) néces- elles. La forte alcalinité des solutions d’argent cause
saire à quelques méthodes (comme le Fontana, souvent le décollement des coupes, c’est pourquoi
le Grocott) qui a un effet sur la plupart des il est suggéré d’utiliser des lames ­chargées positi-
réactions chimiques (la chaleur est susceptible vement. La coupe ou l’étalement peut être cerclé
d’accélérer la fixation) ; d’un anneau de matière hydrophobe pour éviter le
• utiliser une verrerie rigoureusement propre et si séchage de la préparation au cours de la coloration
possible des consommables à usage unique. dû à la dispersion des réactifs.
La mise en évidence des graisses (oil red O) néces-
Différentes méthodes
site de prendre des précautions particulières. En
Parmi les nombreuses colorations spéciales dispo- effet, les graisses sont dissoutes dans les produits
nibles (tableau 3-4), certaines peuvent apporter un (alcool et toluène) nécessaires à la préparation des
argument en faveur d’un diagnostic ou permettre tissus en vue de l’inclusion en paraffine. Toute
50 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

recherche de graisse nécessite donc d’être faite sur dans l’objectif. Pour les objectifs à immersion,
une coupe à congélation du tissu à l’état frais ou l’épaisseur de la lamelle est peu importante, l’huile
fixé dans un fixateur non alcoolique (­formol à à immersion ayant le même indice de réfraction
10 % ou tamponné). que celui du verre.
Pour la réussite de certaines colorations telles que Il existe des milieux de montage résineux et
le Fontana, le Grimelius, le Grocott, le Perls, la hydrophobes. En général, le montage s’effectue
réticuline, il faut impérativement que toute la vais- dans des milieux de montage résineux qui sont des
selle soit exempte de traces de chlorure de sodium polymères plastiques miscibles avec les solvants
et de sels métalliques. Aucun instrument ou maté- (toluène, xylène) et dont leur principal avantage
riel métallique n’est utilisé pour manipuler les est d’être permanent. Le milieu de montage doit
lames ou mis en contact avec les solutions. avoir certaines caractéristiques :
Les solutions d’hydroxyde d’argent ammoniacal • avoir un indice de réfraction qui se rapproche de
et les solutions de carbonate d’argent ammoniacal celui du verre ;
préparées à partir de solution de nitrate d’argent • être miscible au solvant ;
sont des complexes instables qui peuvent entraî- • durcir sans se distordre ni rétracter le tissu et les
ner la production de précipité non spécifique et cellules ;
la production de dérivés explosifs qui se forment • ne pas dénaturer les colorations même à long
dans de vieilles solutions ayant été exposées à l’air terme ;
ou à la lumière. Les solutions se conservent au • être amorphe chimiquement et ne pas changer
réfrigérateur à + 4 °C dans des flacons opaques à la de couleur ni de pH ;
lumière pour prolonger leur durée d’utilisation et • être suffisamment liquide pour permettre (juste
réduire le danger qu’elles représentent. après le montage) l’évacuation des bulles d’air
emprisonnées sous la lamelle (particulièrement
→ En savoir plus sur les colorations spéciales :
si elles se situent au niveau de l’étalement ou
cf. catalogue des procédés techniques, p. 108.
de la coupe tissulaire), mais en même temps,
être assez visqueux pour ne pas provoquer en
Montage séchant une aspiration d’air sous la lamelle ;
• durcir assez rapidement pour permettre dans
Le montage est une opération (manuelle ou auto-
des délais assez brefs la manipulation des lames
matisée) qui consiste après coloration à fixer à
pour la lecture et leur archivage dans les 4 à
l’aide d’une substance appropriée une lamelle
5 jours suivants l’encollage.
couvre-objet sur des préparations cytologiques
ou histologiques. Les lames colorées doivent être
protégées contre les bris mécaniques afin de les Montage en milieux résineux
manipuler aisément (en son absence, les coupes
La protection est assurée par une lamelle de
ou les étalements seraient rapidement détériorés),
verre imprégnée de colle (résine synthétique) qui
et contre la dégradation chimique des colorants
est déposée sur la lame. Cette résine (Entellan®,
qui s’oxydent facilement à l’air libre (de plus, en
Eukitt®, Pertex®) est utilisée en association avec du
séchant, le milieu de montage emprisonne les
toluène qui permet de la solubiliser et de bien l’éta-
colorants à l’état dissous, ce qui les empêche de
ler entre la lame et la lamelle. L’excès de milieu de
précipiter dans le tissu). Le montage présente
montage qui déborde de la lamelle peut être enlevé
un avantage supplémentaire du point de vue de
à l’aide du solvant. Si le montage est réalisé manuel-
l’optique. Il permet de diminuer la diffraction
lement, il doit être fait avec des gants en nitrile
(déviation des rayons lumineux au moment où
sous sorbonne (ou hotte) en fonctionnement.
ils traversent la préparation) et de regarder à fort
grossissement avec de l’huile à immersion. À noter : lorsqu’une lame montée à l’aide d’une
Une lamelle couvre-objet est disponible en diffé- résine présente des zones opaques (teinte laiteuse
rents formats et a en principe 17 μm d’épaisseur. qui enlève à la préparation sa transparence), cela
Elle induit un excès de sphéricité qui est compensé est le résultat d’une mauvaise déshydratation.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 51

●● Conseils des préparations cellulaires (immuno-cytochimie :


Pour chasser les bulles d’air, appuyer légèrement ICC) de diverse nature (cultures cellulaires, liqui-
sur la lamelle (sans la briser) à l’aide d’un objet des biologiques, produits de ponction).
lancéolé ou d’une lame inclinée. Pour un étalement
épais (frottis cervico-utérin), placer un petit poids Intérêt de l’immunochimie
sur la lamelle jusqu’à séchage parfait de la colle. en cancérologie
Conserver les lames à plat quelques jours avant de
les archiver dans des racks, sinon elles risquent de L’immunochimie apporte des données précieuses
se coller entre elles. dont certaines sont actuellement indispensables.
Elle rend des services au pathologiste, surtout en
Montage en milieux hydrophobes pathologie tumorale, bien que certains immuno-
Ces milieux de montage (Glycergel®, Faramount, marquages ne puissent résoudre tous les problèmes
de type « Mowiol ») sont utilisés dans les cas où on de diagnostic. Les marqueurs spécifiques d’organes
veut éviter de passer les lames dans les solvants qui sont peu nombreux (poumon, prostate, thyroïde)
préparent au montage avec les résines, ou lorsque exigeant une analyse croisée pour cerner le profil
ces solvants risquent d’extraire la (les) substance(s) antigénique de chaque tumeur. Un anticorps n’est
à mettre en évidence (graisses neutres) ou de nuire pas spécifique de telle ou telle tumeur. Il peut exis-
à la réaction colorée qu’on vient d’obtenir. Ils doi- ter la possibilité de « positivités » inattendues.
vent avoir sensiblement les mêmes qualités que les Les techniques d’immunochimie sont très large-
milieux de montage résineux à l’exception de leur ment utilisées dans une majorité de laboratoires
solubilité (ou miscibilité) qui doit correspondre à de pathologie avec de multiples indications :
l’eau. Parfois, ce montage présente à long terme • permettre de confirmer ou infirmer un diagnostic ;
un inconvénient, l’eau s’évapore provoquant le • classer et sous-typer des tumeurs malignes peu
décollement des lamelles. Pour rendre perma- ou indifférenciées (carcinomes, mélanomes, sar-
nente une préparation, la lamelle peut être scellée comes) ainsi que des tumeurs hématopoïétiques
en enduisant ses bords d’une substance imper- (leucémies, lymphomes) (cf. p. 28 à 34) ;
méable. Cette opération (le lutage) peut se faire • identifier un type tumoral dans le cas de métas-
avec du vernis à ongle. tase isolée sans point de départ connu ;
• intérêt pronostic en appréciant l’activité proli-
férative des tumeurs malignes ou en mettant en
Décollage d’une lamelle évidence des produits d’oncogènes afin d’éta-
couvre-objet blir les facteurs pronostics d’estimation de l’es-
Une lamelle partiellement mal encollée (en résine) pérance de vie du patient ;
peut gêner l’interprétation. Elle peut être décollée • intérêt thérapeutique (facteurs prédictifs) en
en immergeant la lame dans un bain de toluène déterminant, par exemple, le statut hormonosen-
(attendre qu’elle se détache d’elle-même). sible de certains cancers ou évaluant l’expression
d’oncogènes accessibles à une thérapie ciblée ;
• réaliser des études rétrospectives.
Immunochimie
Précautions et limites
L’immunochimie est une méthode qui permet de
localiser des antigènes (ou protéines) de nature Un protocole immunochimique est une tech-
et d’origines variées grâce à l’utilisation d’anti- nique complexe composée d’étapes successives.
corps spécifiquement dirigés contre eux et révé- La spécificité d’une réaction (le marquage) doit
lés par une réaction colorimétrique enzymatique être contrôlée par des témoins internes (négatif et
(visible au microscope optique) ou par une subs- positif) car l’obtention d’une réaction colorée peut
tance fluorescente (visible au microscope à fluo- être liée à la fixation des anticorps sur des épitopes
rescence). Elle peut être réalisée sur des coupes croisés ou des réactions non spécifiques physiques
de tissus congelés (cryocoupes) ou fixés et inclus ou chimiques. L’absence d’un marqueur peut être
en paraffine (immuno-histochimie : IHC), ou sur due à une particularité de la tumeur ou résulter
52 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

d’une imperfection technique. À l’opposé, le même classe. Les immunoglobulines diffèrent par
marqueur recherché peut être présent dans une leur taille, leur poids moléculaire, leur charge, leur
tumeur qui n’est pas « censée » l’exprimer. composition en acides aminés et en sucres. Elles
sont formées de quatre chaînes polypeptidiques :
Assurance qualité deux chaînes lourdes (longues) déterminants cinq
Le niveau de performance de l’IHC et de l’ICC classes d’Ig (IgG, IgA, IgM, IgD et IgE) et deux
est conditionné par les mesures d’assurance qualité chaînes légères (courtes) de type κ (kappa) ou
mises en œuvre au sein d’un même laboratoire : λ (lambda) assemblées pour former une structure en
conditions de fixation et de préparation (cellulaire « Y ». Ces chaînes sont réunies par des ponts disul­
ou tissulaire), dilution optimale des réactifs et des fures très flexibles. Chaque chaîne d’immuno­
anticorps, température pour favoriser les réactions globulines contient des domaines constants, qui
Ag/Ac, etc. Afin de réduire les variations inhéren- déterminent l’isotype, et variables dont l’extré-
tes aux manipulations manuelles, une partie de la mité interagit avec l’Ag (paratope). Deux régions
technique peut être réalisée par un automate. De distinctes peuvent être identifiées sur chaque
plus, ces appareils offrent beaucoup d’avantages : Ac. La région Fab (fragment antigen-binding)
standardisation des différentes étapes permettant est composée de la chaîne légère et d’une partie
des résultats constants, diminution des risques de la chaîne lourde, elle contient des domaines
d’erreurs par pilotage informatisé, gestion d’un constants et variables et fixe l’Ag. La région Fc
nombre élevé de lames en un seul cycle, réduction (fragment cristallisable) est constituée par la partie
du risque d’exposition à des produits chimiques des deux chaînes lourdes restantes, elle contient
ou carcinogènes potentiellement dangereux. les domaines constants et assure des fonctions
communes à tous les Ac (fig. 3-2).
Rappels théoriques
Un épitope (ou déterminant antigénique) est une
Un antigène (Ag) peut correspondre soit à une région de l’Ag (en général, huit à dix acides aminés
protéine de structure de la cellule, soit à une dans une configuration particulière) reconnue spé-
protéine synthétisée par la cellule (calcitonine, cifiquement par une immunoglobuline. Un même
thyroglobuline). Il possède deux propriétés, l’im- Ag peut comporter plusieurs épitopes reconnus par
munogénicité (capacité de provoquer la réaction des Ac différents. Un paratope est le site par lequel
antigène/anticorps) et la spécificité (capacité de l’Ac se lie spécifiquement à un épitope. Le terme
réagir spécifiquement avec un anticorps donné). isotype est utilisé pour définir la variation génétique
Les anticorps (Ac) ou immunoglobulines (Ig) sont d’une famille de protéines ou de peptides (sous-
des glycoprotéines produites par les plasmocytes classes d’Ig : IgG1, IgG2, IgG3 et IgG4).
et des lymphocytes B activés. Chaque Ac recon- Les molécules d’adhésion sont des protéines expri-
naît spécifiquement un seul épitope d’un Ag de la mées à la surface d’une cellule capables d’assurer

Paratope
Domaines constants

Chaîne lourde
Fab

Ponts inter-chaînes
Chaîne légère
Fc
Jonctions inter-domaines
Domaines variables
Fig. 3-2  Structure d’une immunoglobuline.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 53

une adhésion sélective voire spécifique entre deux • la préparation des échantillons cellulaires ou tis-
cellules ou entre une cellule et la matrice cellulaire sulaires contenant l’antigène recherché ;
en interagissant avec un nombre limité de molé- • un anticorps spécifique dirigé contre l’antigène ;
cules appelées ligands. Elles mettent en relation • le système révélateur qui permet de visualiser
les milieux extra- et intercellulaires. Il existe cinq l’immunoréaction.
familles principales : les cadhérines, la superfamille La qualité des résultats nécessite une méthodolo-
des immunoglobulines (familles N-CAM et de gie technique rigoureuse. Elle est également liée au
l’ACE, protéines d’adhésion endothéliale et leuco- niveau de sensibilité de la technique immunochi-
cytaire), les intégrines, les sélectines et les CD 44. mique qui dépend de multiples facteurs, comme :
La liaison antigène/anticorps est due à l’interac- • les méthodes de préparations (fixation, inclu-
tion entre l’épitope et le paratope (liaisons élec- sion) qui modifient l’antigénicité ;
trostatiques multiples non covalentes : liaisons • la nature et la concentration de la protéine cible
hydrophobes, forces de Van der Waals, interactions (un  Ag contenant de multiples épitopes est
ioniques). Les qualités principales sont la spécifi- détecté plus facilement) ;
cité (reconnaît la cible moléculaire [épitope]), • l’accessibilité de l’Ag (configuration de l’Ag) ;
la notion d’affinité (mesure la force de la liaison • la sensibilité de l’Ac utilisé ;
entre le paratope et l’épitope) et la notion d’avi- • le protocole de réaction immunochimique (les
dité (nombres d’épitopes reconnus). La réaction techniques d’amplification ont une sensibilité
Ag/Ac est très spécifique mais un Ag peut com- supérieure à celle des techniques directes ou
porter des épitopes en commun (semblables ou indirectes classiques).
identiques) avec un autre Ag pouvant être à l’ori-
gine de ce que l’on appelle une réaction croisée. Fixation

Fabrication (ou production) La fixation est l’étape la plus importante pour la


des anticorps préservation des antigènes. Ils ne sont pas tous pré-
servés par la fixation et tous les fixateurs n’ont pas
Il existe deux grands types d’Ac utilisés en immu- les mêmes qualités de préservation des antigènes.
nochimie. Les plus usuels sont les Ac monoclo- Plusieurs procédés de fixation peuvent être utilisés
naux (le plus souvent fabriqués chez la souris) et doivent être adaptés à la protéine recherchée ou
et les Ac polyclonaux fabriqués chez différentes aux cellules (dans le cas d’un antigène liposoluble,
espèces animales (lapin, chèvre, mouton…) qui il faut éviter d’utiliser des solvants de lipides). La
permettent d’augmenter le niveau de sensibilité. congélation à −80 °C (congélateur) ou −196 °C
Un anticorps monoclonal est produit par un uni- (azote liquide) permet la préservation de la majo-
que clone (hybridome) de lymphocyte B qui a été rité des protéines, alors que les tissus conservés à
isolé in vitro et fusionné avec une lignée tumo- −20 °C peuvent perdre rapidement leur antigéni-
rale. La production de cette immunoglobuline cité. L’inconvénient majeur des tissus congelés est
très spécifique est donc constante, reproductible une morphologie moins bien conservée que sur
et théoriquement illimitée. Il reconnaît un seul les tissus fixés et inclus en paraffine.
épitope. Un anticorps polyclonal est obtenu par Il n’existe pas de fixateur « universel » idéal pré-
stimulation antigénique répétée chez un animal servant tous les Ag. Les fixateurs agissent en
immunisé contre un Ag donné. C’est un sérum modifiant les structures des protéines et certains
comportant un mélange d’Ac reconnaissant des peuvent altérer les Ag ; dans ce cas, l’Ac ne peut
épitopes multiples d’un même Ag (phénomène du pas se fixer sur l’épitope reconnu car celui-ci a été
« lego »). masqué ou modifié au cours de cette étape. Le
choix du fixateur est important, il constitue une
Principe d’une réaction immunochimique
étape essentielle dans la mise en œuvre d’une réac-
Une immunoréaction se compose de trois élé- tion d’immunochimie pour obtenir de bonnes
ments principaux : immunoréactions. La fixation doit immobiliser
54 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

l’Ag, perméabiliser la cellule pour permettre l’ac- elles présentant des avantages et des inconvénients
cès des Ac, garder l’Ag dans une forme telle qu’il en fonction de la préparation de l’échantillon
puisse être reconnu de manière efficace par l’Ac, (tableau 3-5) :
et préserver les structures cellulaires. L’activité • étalements (manuels et cytospots) : fixation à
antigénique peut être partiellement restaurée par l’air et à température ambiante puis fixation soit
l’action d’enzymes protéolytiques ou de la cha- par l’acétone (CH3–CHO) utilisée à froid pour
leur. Si une sur-fixation peut être corrigée par un préserver certaines activités enzymatiques, soit
prétraitement adéquat, une sous-fixation est en par le PFA à 4 % (paraformaldéhyde) qui stabi-
général irréversible. Les fixateurs les plus utilisés lise le complexe Ag/Ac, suivie d’une conserva-
en IHC avant inclusion sont les fixateurs à base de tion des lames enveloppées séparément dans du
formaldéhyde (AFA, formol tamponné). Quant papier aluminium au congélateur à −20 °C ;
au liquide de Bouin, il est déconseillé car il déna- • cellules en milieu liquide : fixation des cellules
ture considérablement les protéines. dans une solution alcoolique (fournie par la
société de la technique utilisée). Les étalements
À noter : l’inclusion peut aussi modifier l’affi- en couche mince sont ensuite immergés dans
nité de l’Ag pour l’Ac. L’imprégnation par la un bain d’éthanol 95 ° au minimum pendant
paraffine demande des températures de ± 60 °C 2 heures avant la technique d’ICC ;
(supérieures à la température physiologique) et • cytobloc : fixation des cellules dans un fixateur
exerce ainsi un effet dénaturant (coagulation formolé (AFA) avant de suivre une procédure
thermique) sur les structures moléculaires. technique histologique standard.
Tenir compte aussi du fait qu’une décalcifica-
Pour des raisons de bonnes pratiques, il est recom-
tion peut altérer ou détruire les Ag.
mandé de privilégier le cytobloc. L’ICC sur des
étalements en couche mince doit être réservée aux
●● Attention échantillons peu cellulaires. L’utilisation de prépa-
L’usage de fixateurs anciens, une fixation inadé-
rations séchées à l’air à température ambiante sans
quate ou l’exposition des tissus à un échauffement
excessif durant le traitement peuvent produire une
aucune fixation est déconseillée.
sensibilité de marquage réduite et être à l’origine
de faux négatifs. Préparation des lames
Pour une meilleure adhérence des échantillons
Échantillon cellulaire
cellulaires ou des coupes, il est vivement recom-
Il existe diverses méthodes de fixation et de prépa- mandé d’utiliser des lames prétraitées de façon
ration des échantillons cellulaires, chacune d’entre physique (charges électrostatiques), ce qui évite
Tableau 3-5  Avantages et inconvénients en fonction de la préparation des échantillons cellulaires.
Méthode Avantages Inconvénients
Étalement manuel Simplicité de gestion du matériel Le nombre de lame étant limité, il n’est pas
(cytologie conventionnelle) Utile pour les échantillons de faible cellularité (nombre limité possible d’évaluer plusieurs marqueurs
de lame) Les préparations séchées à l’air présentent
souvent un bruit de fond et un marquage
de moins bonne qualité que les autres méthodes
Étalement en couche mince Utile pour les échantillons de faible cellularité Un temps excessif (plus de 3 heures) de séjour
Monocouche (cytologie Cette méthode permet de préserver la morphologie cellulaire des cellules dans la solution Cytolyt® (ThinPrep®)
en milieu liquide) et les acides nucléiques peut être la cause de l’échec d’un marquage
Les marquages sont généralement excellents, moins de bruit Les amas tridimensionnels peuvent donner lieu
de fond par élimination des hématies et des débris protéinacés à du bruit de fond
Cytobloc (ou cell bloc) Permet une bonne préservation de l’architecture et des Ag Recueillir un produit de ponction suffisamment
Autorise la confection de multiples coupes pour une large riche pour confectionner un cytobloc
batterie d’Ac
Les marquages par l’IHC sont de bonne qualité sans artefact
tel qu’un bruit de fond
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 55

leur décollement au cours des diverses étapes de l’Ac primaire lors de l’utilisation d’un Ac secon-
techniques. Les coupes histologiques doivent daire (bien qu’il existe des Ac secondaires « uni-
subir un séchage en étuve (d’une heure à 58 °C versels » multi-espèces). Tester les nouveaux Ac
suivie d’un complément de séchage à 37 °C pen- en parallèle avec les anciens. Pour une meilleure
conservation de certains Ac concentrés, aliquoter
dant une nuit), être déparaffinées et réhydratées,
stérilement puis congeler à −20 °C ; après décon-
puis récupérées dans un bain d’eau distillée avant
gélation, conserver au réfrigérateur à + 4 °C et à
le traitement histochimique. l’abri de la lumière (durée d’utilisation maximale
2 mois). Stocker les Ac de façon rationnelle et lisi-
●● Attention ble dans des boîtes de rangement spéciales.
Un séchage excessif des lames dans l’étuve peut
altérer ou détruire les Ag. Méthodes de révélation
Les préparations peuvent être cerclées d’un Il existe de nombreuses variantes techniques cor-
anneau de matière hydrophobe (après le déparaf- respondant aux différents modes de révélation de
finage). Cette barrière a l’avantage d’éviter que les la liaison antigène/anticorps ou à des procédés
préparations sèchent à cause de la dispersion des permettant d’amplifier le signal pour augmenter
réactifs au cours de la manipulation (risque de colo- la sensibilité dans le but d’améliorer la qualité des
ration non spécifique accru), et de les économiser. résultats. La plupart du temps, une immunoréaction
Il est recommandé de lire les fiches techniques (Ac est réalisée au moyen d’une cascade d’anticorps pri-
et stylo hydrophobe) car certaines matières hydro- maire, secondaire et éventuellement tertiaire. Elles
phobes ne sont pas compatibles avec tous les Ac. peuvent être classées en deux grandes catégories.
L’immunoréaction directe s’effectue en une
Anticorps
seule étape. L’Ac est directement conjugué au
Les anticorps sont les réactifs essentiels des réac- système révélateur, une enzyme (peroxydase ou
tions immunochimiques qui nécessitent parfois phosphatase alcaline) ou un fluorochrome (cou-
des dilutions en cascade. La dilution d’un Ac peut marine : bleu, fluorescéine : vert, rhodamine :
varier selon la méthode, le protocole, ainsi que le rouge). Cette méthode concerne plus l’immuno-
type de fixateur utilisé. Elle doit être adaptée à la fluorescence pour comparer et décrire les interac-
technique. Par exemple, pour l’ ICC où les cellu- tions des Ag détectés par un marquage multiple
les ont été fixées en milieu liquide. (double marquage en fluorescence rouge et vert).
Bien que cette méthode soit très spécifique, la sen-
●● Attention sibilité de cette immunoréaction est inférieure à
La concentration optimale de chaque Ac doit être
celle des techniques indirectes et amplificatrices.
déterminée par des tests pour chaque type de fixa-
teur et de méthode. Les immunoréactions indirectes sont les plus
couramment utilisées. Les systèmes révélateurs
Un anticorps primaire est un Ac dirigé contre l’Ag
sont uniquement enzymatiques et plusieurs éta-
recherché. C’est le premier Ac mis en contact avec
pes se succèdent. La protéine, portant les Ag, est
la préparation. Il peut être monoclonal ou poly-
reconnue à l’aide d’un Ac primaire spécifique. Ce
clonal. Un anticorps secondaire est un Ac dirigé
dernier est lui-même reconnu par un Ac secondaire
contre un Ac primaire, c’est-à-dire contre les
couplé à une enzyme (peroxydase, phosphatase
immunoglobulines de l’animal ayant produit l’Ac
alcaline). La révélation se fait à l’aide d’un substrat
primaire. Par exemple, si l’Ac primaire est fabriqué
de l’enzyme (DAB ou AEC pour la peroxydase,
chez la souris, l’Ac secondaire est fabriqué chez
fuchsine ou système NBT–BCIP pour la phospha-
le lapin et est dirigé contre l’Ac de souris (Ac de
tase alcaline). Il existe de nombreuses méthodes :
lapin anti-souris).
• la méthode PAP (peroxydase/antiperoxydase)
●● Recommandations est fondée sur la formation d’un complexe sta-
Enregistrer pour chaque Ac, le clone, l’espèce, l’iso- ble et soluble entre un Ac antiperoxydase et la
type, le numéro du lot et les références. Respecter peroxydase. Un Ac de liaison permet de fixer le
la date de péremption. Veiller à regarder l’origine complexe PAP à l’Ac primaire ;
56 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

• la méthode APAAP (phosphatase alcaline/anti- techniques sont d’une pratique courante pour
phosphatase alcaline) est un système similaire à améliorer l’intensité des marquages et sont géné-
la méthode PAP qui utilise la phosphatase alca- ralement connues sous le nom de démasquage
line à la place de la peroxydase. Elle est plus sen- antigénique.
sible que la méthode PAP ;
• la méthode avidine–biotine et streptavidine– ●● Attention
biotine repose sur la très forte affinité de l’avi- Ces méthodes ont l’inconvénient de faciliter le
dine ou de la streptavidine qui possède quatre décollement de la préparation. Utiliser des lames
spéciales (chargées positivement) qui permettent
sites de fixation pour la biotine. L’Ac secondaire
une meilleure adhésion. Les coupes au cryostat
conjugué à la biotine (Ac biotinylé) se fixe sur ne résistent généralement pas à un traitement à la
l’Ac primaire. Le troisième réactif est un com- chaleur (elles se décollent ou sont détruites).
plexe d’une enzyme (habituellement la peroxy-
dase) conjugué à l’avidine ou à la streptavidine Digestion protéolytique (ou enzymatique)
(cf. fig. 3-72). Cette méthode est très utilisée en
L’utilisation d’une prédigestion enzymatique
raison de sa sensibilité et de sa fiabilité. Elle sert
(papaïne, pepsine, pronase ou trypsine) peut déga-
de base à de nombreux kits ou coffrets commer-
ger l’antigène et permettre une meilleure acces-
ciaux où tous les produits sont prêts à l’emploi,
sibilité à l’épitope (en coupant les acides aminés
tels que le kit LAB (labelled avidin–biotin) ou le
spécifiques) et augmenter ainsi le signal de la réac-
complexe ABC (avidin–biotin–complex) qui est
tion. Elle peut également, si elle est trop prolon-
considéré comme une méthode de choix pour
gée, dénaturer certains épitopes. C’est un procédé
le diagnostic.
(utilisé principalement pour les coupes de tissus
L’avidine est une protéine glycosylée extraite du fixés au formol et inclus en paraffine) qui dépend
blanc d’œuf de poule. La streptavidine est une du type d’enzyme utilisé ainsi que de l’antigène
molécule glycosylée provenant d’une protéine recherché. Le démasquage enzymatique peut être
bactérienne (Streptomyces avidinii). La biotine (ou précédé ou suivi d’un démasquage à la chaleur.
vitamine H) est une coenzyme des carboxylases, Cependant, les conditions optimales de digestion
présente dans de nombreux tissus tels que le foie, varient grandement et dépendent de la combinai-
le poumon, le rein. Elle est soluble dans l’eau. La son fixation/antigène et du protocole utilisé.
biotinylisation d’un Ac n’altère pas ses propriétés
de liaison à l’Ag ni ses autres propriétés physiques. Démasquage par la chaleur
À noter : un kit « universel » est capable de La restauration antigénique au moyen de procé-
reconnaître des Ac produits chez différentes dés chimique et thermique permet de gommer les
espèces et peut être utilisé pour les Ac monoclo- imperfections de certains fixateurs et d’annuler les
naux ou polyclonaux produits par ces espèces. effets d’une éventuelle surfixation. Elle est rendue
possible grâce à deux phénomènes qui agissent en
synergie, la dénaturation par la chaleur (effet calo-
Prétraitement des échantillons
rique) et la dénaturation chimique (acide ou base).
Dans de nombreux cas, les antigènes présents sont Un immunomarquage optimal pour certains anti-
peu ou pas accessibles, car ils sont soit masqués corps peut donc nécessiter un tampon à un pH
(entourés) par d’autres molécules, soit dans une spécifique (H+ en solution) et de molarité diffé-
configuration spatiale non reconnue par l’Ac. Si rente (tampon citrate : mélange d’acide citrique
l’on veut les marquer, il est nécessaire de faire un et de citrate de sodium), une solution d’EDTA
prétraitement qui permet de rompre les liaisons (acide éthylène diamine tétra-acétique).
moléculaires créées par le fixateur. Le chauffage des lames peut être réalisé dans un
L’activité antigénique peut être partiellement four à micro-ondes, un bain-marie ou un auto-
restaurée par l’action d’enzymes protéolytiques, cuiseur (cocotte minute), chacun ayant la même
par des agents dénaturants ou par la chaleur. Ces efficacité. Cependant, il est important de respecter
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 57

la durée et l’intensité (plus la température du pré- ●● Attention


traitement est importante, plus la durée de celui-ci La DAB est une substance potentiellement cancé-
est courte), la qualité du tampon (pH et tempéra- rigène, la manipuler avec des gants.
ture initiale), ainsi que la répartition des lames. La
Phosphatase alcaline
technique au four à micro-ondes est le système le
plus couramment utilisé. Elle résulte de l’hydrolyse d’un substrat naphtol
phosphate. Les groupements phénols sont libérés,
Système révélateur ils se lient au chromogène pour former un com-
plexe coloré repérable au microscope optique.
Un Ac n’étant pas spontanément visible, il faut Cette technique se différencie donc par le mode de
donc le marquer afin de le détecter en lui atta- révélation, sans inhibition préalable des peroxyda-
chant une molécule perceptible à l’œil. La révé- ses endogènes mais avec une activité phosphatase
lation se fait en présence d’une enzyme réagissant alcaline endogène à inhiber par le lévamisole. Son
avec un substrat (qui sert de base) et un chromo- principal défaut comme enzyme marqueur est sa
gène (composé organique contenant un chromo- présence naturelle dans de nombreux tissus, ce qui
phore) pour former un dépôt coloré visible au la rend beaucoup moins utile dans les détections
niveau du site antigénique. Les enzymes les plus sur coupes histologiques.
couramment utilisées sont la peroxydase (extraite
Le chromogène utilisé peut être le Fast-red qui
du raifort : radis noir) et la phosphatase alcaline.
donne un précipité rouge soluble en milieu alcoo-
Un inconvénient potentiel est leur présence endo-
lique, le NBT–BCIP qui est bleu foncé/violet. Les
gène au sein des tissus et des cellules, ce qui peut
lames doivent êtres montées en milieu aqueux ; par
provoquer des réactions faussement positives,
exemple, le Mowiol, qui est un adhésif (polymère
c’est-à-dire ne correspondant pas à la localisation
d’alcool polyvinylique) soluble dans l’eau.
du marquage et donc à l’Ag recherché.
●● Attention
●● Attention Ne pas utiliser une solution tampon contenant
Les produits de réaction étant sensibles à la
du phosphate (PBS) car il inhibe la réaction du
lumière, les solutions doivent être préparées
substrat.
extemporanément. Les préparations pour la fluo-
rescence sont conservées à l’obscurité pour éviter Quantums dots
d’atténuer son intensité (fading).
L’émission de fluorescence des quantums dots
Peroxydase (Q-dots) – nanoparticules synthétiques fluores-
Dans un premier temps, la peroxydase se com- centes – permet de les utiliser comme marqueurs
bine avec son substrat qui est l’H2O2 (peroxyde en immunochimie (ICC et IHC). Pour utiliser
d’hydrogène) pour former un complexe. Dans un les propriétés optiques d’un quantum dot, il est
second temps, le complexe réagit avec le chromo- nécessaire de le coupler avec une molécule d’in-
gène H2 qui joue le rôle de donneur d’électrons. térêt (enzyme, immunoglobuline, protéine), dont
Il en résulte une oxydation de ce dernier avec le rôle est d’apporter une spécificité en surface du
polymérisation, précipité et formation d’un dépôt nanocristal, permettant de repérer des sites anti-
coloré repérable au microscope optique. La mon- géniques. Cette conjugaison se fait via des lipides
tée de la réaction peut être surveillée au micros- fonctionnels d’adhésion. L’interprétation se fait
cope. Pour arrêter cette réaction, il suffit de laver au microscope à fluorescence avec des filtres adap-
les préparations dans de l’eau déminéralisée. tés aux longueurs d’onde choisies. Le signal est
Le chromogène le plus utilisé est la 3,3-diamino­ plus régulier, plus net, plus brillant et intense que
benzidine (DAB) qui donne un précipité marron les deux autres systèmes révélateurs.
insoluble dans l’alcool. Le marquage obtenu est sta- En pathologie tumorale, ce système de révélation
ble dans le temps. Il est plus sensible que le 3-amino est utile pour la détection d’événements rares,
9-éthyl carbazole (AEC) de couleur rouge magenta. comme les micrométastases parfois difficiles à
58 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

mettre en évidence par des systèmes classiques, ou ou tissulaires, doivent être à chaque fois effectués
faciliter le diagnostic des cas compliqués. en même temps que la technique immunochimi-
que, excepté si la préparation contient un témoin
Blocage des peroxydases endogènes interne positif connu. Ces témoins – lignées cellu-
laires (population homogène de cellules), matériel
La première possibilité de marquage non spécifi-
cytologique ou histologique – d’immunoréactivité
que peut être due à la révélation de peroxydases
connue servent à indiquer que le traitement et la
endogènes présentes notamment dans les poly-
manipulation des échantillons ont été effectués
nucléaires et les macrophages (activité pseudo-
correctement. Ils sont nécessaires à la validation
peroxydasique des globules rouges). La seconde
et à l’interprétation correcte de tout immunomar-
possibilité est l’absorption passive des immuno-
quage, et peuvent être comparés avec des témoins
globulines sur certaines structures cellulaires.
dits de référence. L’analyse de ces témoins inter-
Pour cela, on sature au préalable tous les sites par
nes permet de juger de la spécificité du marquage
de la BSA à 1 % (albumine bovine sérique) que l’on
obtenu et de la bonne qualité technique, et de
rajoute dans le tampon de dilution du sérum nor-
comparer l’intensité du marquage (faible ou +,
mal ainsi que dans le tampon de dilution des Ac.
moyenne ou ++, intense ou +++ ; cf. fig. 3-73a
Les méthodes utilisant une révélation en peroxy- à d). Une fausse négativité des témoins positifs
dase nécessitent une étape d’inhibition des peroxy- peut être due à une mauvaise fixation. Un mar-
dases endogènes afin de minimiser le bruit de fond quage hétérogène (certaines zones étant forte-
(marquages parasites qui gênent la visualisation ment positives et d’autres négatives) indique une
des marquages spécifiques) et d’éviter les faux conservation inégale des sites antigéniques dont il
positifs. Elle se fait par de l’eau oxygénée à 3  % faut tenir compte pour l’interprétation des autres
(H2O2), ce qui permet de les fixer et de les épuiser marquages.
simultanément. L’eau oxygénée est disponible en
solution dont la concentration est indiquée soit en ●● Attention
pourcentage, soit en volume. Si le contrôle négatif présente une coloration posi-
tive ou si un contrôle positif ne présente pas de
●● Attention marquage, les résultats obtenus pour les autres
Le peroxyde d’hydrogène provoque des brûlures, préparations doivent être considérés comme sus-
le manipuler avec des gants en nitrile. Une solution pects ou invalides.
d’eau oxygénée de titre incorrect est une des cau-
ses d’insuccès dans les techniques de révélation à L’intensité du marquage d’une immunoréaction
la peroxydase. L’H2O2 est en même temps substrat peut être estimée par un pathologiste au micros-
et inhibiteur de la peroxydase. cope ou aux moyens d’outils informatiques après
numérisation des lames. Dans le premier cas, cette
Contre-coloration estimation est subjective, car elle nécessite une
Une contre-coloration des préparations rend pos- expérience de la lecture et de l’interprétation des
sible le repérage topographique du marquage des préparations. Dans le second cas, elle peut être plus
antigènes recherchés (cytoplasmique, membranaire, objective par l’utilisation d’analyseur d’images.
nucléaire ou de la matrice extracellulaire) et permet → En savoir plus sur l’immunochimie : cf. cata-
de représenter les autres structures morphologi- logue des procédés techniques, p. 115.
ques. Le temps d’incubation de la contre-coloration
est fonction de la concentration de l’hématoxyline
employée et de l’intensité de coloration souhaitée. Techniques complémentaires
Dans un certain nombre de situations, des tech-
Réalisation de témoins
niques complémentaires (colorations spéciales,
Des contrôles négatifs et positifs, fixés et traités de immunochimie, cytométrie en flux, biologie molé-
la même manière que les préparations cellulaires culaire, cytogénétique) demandées par le clinicien
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 59

ou le pathologiste doivent être mises en œuvre nation se fait par transmission de lumière blan-
dans le but d’apporter des compléments d’infor- che, c’est-à-dire que l’échantillon est illuminé
mation plus précis sur la nature de la lésion. La par-­dessous et observé par-dessus. La lumière
plupart de ces techniques peuvent être réalisées à polarisée est observée au microscope optique
partir d’un fragment tissulaire ou d’un produit de après insertion de deux filtres polarisants appelés
ponction. polarisateur et analyseur. Elle est utilisée pour la
→ En savoir plus sur les techniques complé- détection d’éléments biréfringents (dichroïsme
mentaires : cf. catalogue des procédés techni- vert jaune du rouge Congo fixé sur la substance
ques, p. 126. amyloïde). Le dichroïsme est la propriété que cer-
taines substances ont d’absorber de façon spécifi-
que la lumière polarisée dans un certain plan.
Microscopie optique
Microscopie à fluorescence
Le microscope constitue un outil indispensable
au pathologiste pour l’étude des préparations La fluorescence est une émission lumineuse pro-
cellulaires et tissulaires, mais également au (à la) voquée par diverses formes d’excitation autres que
technicien(ne) pour contrôler la bonne qualité de la chaleur. La source de lumière est généralement
ses colorations ou pour analyser certaines prépa- une lampe à arc à haute pression de vapeur de mer-
rations. Ce dispositif optique permet de grossir cure (Hg) ou de xénon (Xe). La lumière émise est
l’image d’un objet de petites dimensions et de polychromatique, la longueur d’onde d’excitation
séparer les détails d’une image par le jeu de l’as- est sélectionnée au moyen du filtre d’excitation. La
sociation de deux groupes de lentilles, l’oculaire lumière est ensuite réfléchie par un miroir dichroï-
côté œil et l’objectif côté objet. Dans une configu- que (qui est réfléchissant à certaines longueurs
ration normale, on utilise des oculaires × 10 ainsi d’onde et transparent à d’autres) vers l’objectif
que des objectifs (10 ×, 20 ×, 40 ×, 60 × et 100 qui focalise le faisceau lumineux sur l’échantillon.
×  à immersion). La multiplication du grossisse- La fluorescence émise par l’échantillon retourne à
ment de l’objectif par celui de l’oculaire permet travers l’objectif vers le miroir dichroïque et tra-
d’obtenir le grossissement du microscope (oculaire verse celui-ci. L’image est observée à travers les
de 10 × objectif de 40 = grossissement 400). oculaires ou mémorisée à l’aide d’un appareil pho-
tographique de type numérique.
De nombreux modèles existent. Un microscope
est un appareil fragile qui doit être manipulé avec Un microscope à fluorescence est équipé de deux
précaution et soin. Il est fondamental que les lampes, l’une ordinaire pour une observation clas-
parties optiques restent extrêmement propres. sique par transmission et l’autre à arc ou à laser
Prendre l’habitude de le protéger par une housse pour la fluorescence. Il est pourvu de plusieurs
de la poussière et des petites saletés qui peuvent jeux de filtres correspondant aux fluorochromes
se déposer sur les surfaces optiques, ce qui entraî- les plus habituellement utilisés. À chaque agent
nerait une diminution des performances et de la fluorescent correspond un ensemble filtre d’exci-
qualité de l’image. tation + miroir dichroïque + filtre d’arrêt. Ces trois
éléments sont contenus dans un cube. Plusieurs
cubes peuvent être montés sur la tourelle ou un
Microscopie optique (ou photonique)
coulisseau de telle sorte que changer de cube en
La lumière, composée de photons (particules fonction du traceur à observer est immédiat.
élémentaires médiatrices de l’interaction électro- Les fluorochromes (dérivés du xanthène) ren-
magnétique), passe à travers un condenseur qui dent possible l’identification des substances, des
concentre le flux lumineux en un rayon de lumière. cellules, des molécules non fluorescentes avec une
Cette lumière ainsi focalisée traverse l’échantillon. grande précision et une grande spécificité. Ce sont
Les microscopes photoniques utilisent la déviation des marqueurs fonctionnant comme des colorants
des particules non chargées (photons). L’illumi­ en se liant à certains éléments constitutifs de la
60 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

cellule. Il existe un grand choix de fluorophores nanomètres au dixième de millimètre). Une len-
de couleurs (longueur d’onde d’émission) diffé- tille magnétique permet de former une image de
rentes, chacun pouvant être caractérisé par des l’objet avec les électrons qui interagissent forte-
spectres d’excitation (ou d’absorption) et d’émis- ment avec la matière traversée.
sion (cf. fig. 3-78b). Les plus couramment utilisés Le pouvoir de résolution du microscope électro-
sont la coumarine (bleu), la fluorescéine (vert) et nique (pouvant atteindre un grossissement de
la rhodamine (rouge). La fluorescéine est solu- × 5 000 000) permet de faire une étude détaillée
ble dans l’eau mais est peu photostable. Elle est de l’ultrastructure cellulaire et tissulaire. Il existe
sensible aux variations de pH. La rhodamine est deux variantes de la microscopie électronique.
plus photostable que la fluorescéine et insensible Le microscope à transmission est un appareil qui
aux variations de pH. Cependant, elle est moins bombarde l’objet par des électrons qui forment
brillante que la fluorescéine. une image très agrandie de l’objet en noir et blanc
La couleur verte se distingue parfaitement de la sur un écran fluorescent ou une plaque photo-
couleur rouge-orange. La fluorescence dans le graphique. L’émission des électrons est produite
bleu est surtout utilisée pour visualiser les noyaux par chauffage d’un filament de tungstène ou d’un
des cellules (le DAPI, utilisé pour la contre- cristal d’hexaborure de lanthane. Le microscope
­coloration, est un agent intercalant spécifique de à balayage est un appareil qui balaie l’échantillon
l’ADN ; cf. fig. 3-75c). d’un faisceau d’électrons pour donner une impres-
Les préparations doivent être regardées rapide- sion d’image en pseudo-3D.
ment car l’intensité de la fluorescence diminue
avec le temps. Le terme de fading est utilisé pour Parties mécaniques
décrire une diminution de fluorescence qui peut d’un microscope classique
avoir des origines différentes comme le temps
Le statif est un support rigide comportant un
d’exposition à la lumière d’excitation (photo blea-
pied très lourd qui assure la stabilité de l’ensem-
ching) ou au cours du temps sans intervention de
ble et une potence qui supporte le tube optique,
cette lumière.
une platine porte-objet, les boutons de réglage
Les quantums dots (Q-dots) ou boîtes quantiques macrométrique et micrométrique, et le conden-
sont des nanocristaux (2 à 50 nm de diamètre) de seur mobile. La platine porte-objet est mobile et
semi-conducteurs qui ont la propriété d’émettre présente un orifice central permettant le passage
de la fluorescence. Chaque quantum dot pos- des rayons lumineux. Elle reçoit les préparations
sède un spectre d’absorption très large, mais un qui sont maintenues par les deux valets de la sur-
pic d’émission très étroit, permettant la visualisa- platine. Son déplacement vertical permet la mise
tion d’une couleur très précise à l’aide d’un filtre au point. Le déplacement de gauche à droite et
adapté. Leurs propriétés spectrales uniques offrent d’avant en arrière à l’aide de molettes permet l’ex-
la possibilité de travailler en multicouleurs simul- ploitation méthodique des lames. Deux échelles
tanément. De plus, ils sont photo-chimiquement graduées (les Verniers) permettent un repérage très
stables et ont une fluorescence plus brillante, plus précis (au dixième de millimètre) et de noter les
intense et plus longue que les fluorophores clas- coordonnées d’une zone significative d’une pré-
siques (FITC : isothiocyanate de fluorescéine, paration. La tourelle porte-objectifs (ou revolver)
rouge Texas ; cf. fig. 3-74f). est un disque tournant situé à la partie inférieure
du tube optique. Ce dispositif rotatif est percé de
Microscopie électronique
trois à sept trous à filetage normalisé permettant le
Un microscope électronique emploie la propaga- vissage des objectifs. La tête porte-oculaires peut
tion des électrons à laquelle est associée une lon- être binoculaire ou trinoculaire et est conçue pour
gueur d’onde beaucoup plus courte que celle de la la photomicrographie. Pour une tête binoculaire,
lumière. Une gerbe d’électrons est condensée sur l’image passe dans une série de prismes et est ainsi
une partie d’échantillon (de l’ordre de quelques séparée en deux images dirigées chacune vers un
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 61

Condenseur
Il est situé entre la préparation et le dispositif
d’éclairage. C’est un système optique qui contrôle
le cône lumineux envoyé sur la préparation. Il est
monté sur une glissière qui permet d’en régler la
hauteur en fonction du grossissement recherché.
Il contient également le diaphragme d’ouverture
qui permet d’élargir ou de resserrer les cônes de
rayons lumineux générés par la source d’éclairage.
La qualité de l’image dépend du bon réglage de
ces deux éléments.
La lumière issue du condenseur converge vers la
Fig. 3-3  Microscope à fluorescence équipé d’une caméra préparation. Lors de son passage à travers la pré-
reliée à deux écrans via un ordinateur.
paration, la lumière devient divergente et forme
un cône inversé qui est capté par la lentille fron-
tale de l’objectif. La valeur angulaire est contrôlée
oculaire. L’écart entre les deux oculaires est régla- par le diaphragme d’ouverture situé à la base du
ble en fonction de la distance interpupillaire de condenseur.
l’observateur. L’utilisation d’une caméra vidéo
transmet l’image du microscope vers l’ordinateur
pour la visualiser sur un écran et/ou faire des Oculaires
acquisitions numériques (fig. 3-3). La commande L’oculaire est caractérisé par son grossissement et
de mise au point permet d’obtenir une image son indice de champ qui correspond au diamètre
nette en modifiant la distance objectif/lame. Elle de la zone circulaire observable sur la prépara-
se fait grâce à une vis micrométrique munie d’un tion. Il possède trois fonctions principales : grossir
tambour gradué. Les boutons coaxiaux macromé- l’image intermédiaire formée par l’objectif, corri-
trique (mise au point rapide) et micrométrique ger certaines aberrations résiduelles et donner une
(mise au point fine) sont situés de part et d’autre image plus plane et plus nette ; il porte parfois un
du statif. dispositif de mesure ou de repérage. L’oculaire de
Huygens est le plus simple, les aberrations ne sont
Dispositif d’éclairage
pas correctement corrigées. Les oculaires compen-
Les microscopes disposent généralement d’un sateurs donnent de meilleures images. Les oculai-
éclairage incorporé dans la partie basale du statif et res aplanétiques permettent d’obtenir des images
parfois placé en dehors pour éviter l’échauffement nettes jusqu’au bord du champ optique, ils sont
de celui-ci. Une ampoule halogène bas voltage à utiliser avec des objectifs plans. Les oculaires
émet une lumière qui est dirigée grâce à une len- grands champs permettent d’accroître l’indice de
tille collectrice vers un miroir incliné à 45 ° qui ren- champ et de regarder avec des lunettes.
voie la lumière verticalement vers le condenseur. Suivant l’équipement optique du microscope et les
L’intensité lumineuse se règle avec un potentiomè- performances recherchées plusieurs types d’ocu-
tre et une bague contrôle le diaphragme de champ. laires existent. Pour les identifier, une inscription
Il est situé à la sortie du système d’éclairage dans numérique (× 10, par exemple, correspondant au
le socle et permet d’ajuster le diamètre de la zone grossissement) ainsi qu’un sigle sont notés sur leur
éclairée avec le diamètre de la zone observée. Pour monture. Certains disposent d’un réglage dioptri-
augmenter les contrastes, différents filtres peuvent que permettant de récupérer une éventuelle diffé-
être utilisés. Un filtre bleu élimine la dominante rence d’acuité visuelle. L’utilisation d’œilletons en
orange rougeâtre, un jaune la dominante bleue, caoutchouc, qui se placent sur les oculaires, permet
un vert la dominante violette. d’éviter des entrées de lumière parasite et des reflets.
62 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Objectifs une huile de synthèse incolore non résinifiable


disponible en différentes viscosités dont l’indice
Ils donnent une image réelle, inversée et agrandie
de réfraction est proche de celui du verre. Elle
de l’objet. Les objectifs sont définis par plusieurs
remplace l’air entre l’objet et l’objectif, et permet
caractéristiques certaines étant gravées sur le fût
la propagation de la lumière à la même vitesse
de l’objectif, mais ces indications ne sont pas stan-
que dans le verre évitant ainsi la déformation de
dardisées. Des précautions sont à prendre dans
l’image.
leur manipulation pour ne pas les abîmer lors de la
mise au point. Certains objectifs sont munis d’une
tête rétractable qui permet d’éviter la détériora- ●● Attention
Seul l’objectif à immersion est prévu pour fonc-
tion de la lentille frontale.
tionner dans l’huile. Ne pas mettre d’huile sur un
L’ouverture numérique (NA) correspond à la objectif à sec. Regarder les codes couleur et les
capacité à capter les rayons lumineux diffractés indications portées sur le fût de l’objectif.
(envoyés obliquement pour simplifier à l’extrême)
par l’objet éclairé. Plus l’objectif est puissant, plus Réglage du microscope
son ouverture numérique est grande, plus son
angle de capture augmente et est apte à montrer Une préparation s’observe à un faible grossisse-
les petits détails. ment pour repérer les zones intéressantes, puis à
un grossissement supérieur pour bien visualiser
Le grossissement (ou grandissement) est le rap-
tous les détails. Le réglage n’est valable que pour
port entre la taille de l’image formée par l’objec-
une personne donnée et doit être refait à chaque
tif et la taille de l’objet. Un anneau de couleur
changement d’utilisateur. Le principe est identi-
conventionnelle permet d’identifier le grandisse-
que pour tous les microscopes :
ment des objectifs (tableau 3-6).
• mettre sous tension le système d’éclairage ;
La distance de travail (ou distance frontale) cor- • ouvrir en grand les diaphragmes de champ (dans
respond à la distance entre la lamelle et la lentille le socle) et d’ouverture (dans le condenseur) ;
frontale de l’objectif. Plus l’objectif a un grandis- • positionner la préparation sur la platine ;
sement important, plus cette distance diminue • régler l’écartement interpupillaire (on doit voir
(1/10 de millimètre pour un objectif 100 × à une image unique et circulaire) ;
immersion). • régler les dioptries des oculaires ;
L’immersion est une technique de microscopie • mettre au point avec l’objectif (10 ×, par exemple) ;
optique qui augmente le pouvoir séparateur (ou • régler l’intensité lumineuse à l’aide du potentio-
résolvant) des objectifs en plaçant entre la lentille mètre (une lumière trop vive fatigue plus vite) ;
frontale de l’objectif à immersion et la lame cou- • régler le diaphragme de champ ;
vre-objet une goutte d’huile à immersion. Ces • régler la hauteur du condenseur (plus le grossis-
objectifs décèlent les plus fins détails d’une prépa- sement est important, plus il doit être près de la
ration. Ils sont pourvus d’un amortisseur permet- préparation) ;
tant d’éviter de briser la lamelle en verre. • régler le diaphragme d’ouverture ;
L’objectif à immersion est l’objectif qui a le plus • placer éventuellement un filtre coloré.
fort grossissement. Il est dit à immersion car sa Le réglage pour l’observation des préparations se
puissance ne peut être atteinte qu’en éliminant la fait de la manière suivante :
lame d’air entre l’échantillon couvert par la lamelle • approcher l’objectif le plus faible au plus
et la frontale de l’objectif. L’huile à immersion est près de la préparation et mettre au point en

Tableau 3-6  Codes couleur permettant d’identifier le grandissement des objectifs.


Grandissement 1× 2× 4× 10 × 20 × 40 × 50 × 60 × 100 × (immersion)
Code coloré Noir Marron Rouge Jaune Vert Bleu clair Bleu clair Bleu cobalt Blanc
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 63

augmentant la distance de travail progressive- photographies numériques de la pièce chirurgi-


ment à l’aide de la vis macrométrique puis de la cale et/ou des aspects macroscopiques et micros-
vis micrométrique ; copiques) est automatiquement basculé dans le
• pour passer au grossissement supérieur, tourner dossier médical informatisé (DMI) du patient.
le revolver pour changer d’objectif et l’aligner
correctement sur la préparation. Faire la mise au
point à l’aide de la vis micrométrique ; Archivage
• avec les objectifs 40 × et supérieurs, utiliser uni-
La durée de l’archivage des blocs d’inclusion et
quement la molette de déplacement micromé-
des préparations microscopiques est de plusieurs
trique sous peine d’endommager la préparation
années, voire indéfiniment pour une structure
si celle-ci n’est pas protégée par une lamelle ;
hospitalière. Elle est réglementée par le décret
• pour regarder à immersion, déposer une goutte
88-280 du 24 mars 1988 pour la pathologie libé-
d’huile sur la préparation et y tremper l’objectif
rale et l’arrêté du 11 mars 1968 relatif aux archives
prévu à cet effet. Une fois l’observation termi-
hospitalières. Le cahier des examens (consignés
née, essuyer minutieusement l’objectif soit avec
par numéro d’enregistrement) doit être conservé
un papier optique, soit avec un chiffon doux ou
indéfiniment.
imprégné d’un peu d’éthanol à 90°. La prépara-
tion doit l’être également. Les blocs de paraffine ainsi que les lames sont
archivés dans un ordre croissant dans des racks
prévus à cet effet afin de permettre une consulta-
Compte rendu tion facile et rapide. La conservation des prélève-
ments cryopréservés nécessite une infrastructure
Les résultats sont donnés sous la forme d’un lourde (congélateurs à −80 °C, cryoconservateurs
compte rendu écrit dans lequel les lésions sont à azote liquide).
décrites. Ce compte rendu est rédigé au terme de
l’interprétation des préparations microscopiques
et le cas échéant des méthodes complémentaires
utilisées (colorations spéciales, immunochimie)
Histologie
pour aboutir à une conclusion synthétique pré-
cise, au diagnostic ou aux hypothèses de diagnos-
Définition
tic. L’usage d’une classification internationale L’histologie correspond à l’examen de pré-
comme celle de l’Organisation mondiale de la lèvements tissulaires obtenus soit par biopsie
santé (OMS) et d’une terminologie codée selon (fig.  3-4a), soit par dissection d’une pièce opé-
le code CIM-O (classification internationale des ratoire ou d’organes au cours d’une intervention
maladies oncologie) peuvent être utilisées. chirurgicale. L’étude anatomopathologique repose
Pour un examen cytologique, un compte rendu sur l’aspect macroscopique des lésions, l’analyse
définitif peut être rendu en moins de 24 heures, des cellules et des tissus par diverses méthodes
tandis que les délais de réponse pour un examen principalement basées sur la morphologie. Elle a
histologique varient de 24 à 36 heures au mini- pour but de confirmer ou de préciser le diagnostic
mum à plusieurs jours en fonction des contraintes d’une lésion, et de fournir le bilan topographique,
techniques (fixation, décalcification), des difficul- surtout s’il s’agit d’un cancer.
tés d’analyse (nécessité de techniques complémen- Afin que cette étude soit réalisable, une suite
taires) et de l’activité du laboratoire. d’étapes complexes qui doivent s’enchaîner avec
Le compte rendu anatomo-cytopathologique rigueur et précision est nécessaire (fig. 3-4b et c).
est daté et signé par le pathologiste. Il devient Chacune d’entre elles est importante et la qualité
un élément du dossier médical du patient. Il est de leur réalisation est primordiale pour obtenir
couvert par le secret médical. Dans certaine struc- une section tissulaire suffisamment fine (fig. 3-4d)
ture, le compte rendu validé (accompagné de pour être traversée par les rayons lumineux et
64 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-4  Étapes histologiques.


a. Microbiopsie au pistolet (après anesthésie locale) d’une
masse sus-claviculaire.
b. Fixation des « carottes » tissulaires prélevées.
c. Fragments biopsiques placés en cassette.
d. Bloc d’inclusion en paraffine et coupe tissulaire colorée par
l’hématoxyline éosine safran (HES).
e. Image microscopique HES (tumeur mésenchymateuse).

colorée (fig. 3-4e), car les tissus sont incolores, afin prélèvement selon l’étude à laquelle il est destiné.
d’analyser les structures au microscope optique. Elle doit être immédiate ou au moins très rapi-
dement débutée après un examen extemporané.
Elle a pour fonction principale de conserver les
Fixation
différents éléments structuraux des tissus.
La fixation tissulaire est un temps essentiel qui
conditionne toutes les étapes ultérieures. Le ●● Attention
choix de la fixation (chimique ou physique) Toute fixation défectueuse rend une étude difficile,
doit être impérativement décidé au moment du voire impossible.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 65

Principe et but d’une fixation chimique 4 fois leur volume). Les agents fixateurs pénètrent
le tissu à des vitesses qui sont particulières à cha-
Son principe repose principalement sur l’utilisa-
cun (plus un tissu est dense, plus il est difficile à
tion d’un mélange de réactifs pouvant assurer une
l’agent fixant de le pénétrer). La durée de la fixa-
bonne fixation des protéines, importante dans le
tion dépend de la taille (l’épaisseur) du prélève-
maintien de la structure (morphologie) des tissus.
ment (au minimum 2 heures pour une biopsie et
De plus, le fixateur doit posséder des propriétés
12 à 24 heures suffisent généralement pour une
polaires pour une bonne miscibilité à l’eau conte-
pièce chirurgicale), et de la température qui a une
nue dans les tissus. Elle a pour but de :
influence. Pour les petites pièces (biopsie, cure-
• bloquer les enzymes endogènes responsables de
tage), elle se fait par immersion immédiate dans
la destruction des organites cellulaires et la pul-
le fixateur (cf. fig. 3-4b). Pour une pièce chirur-
lulation microbienne (tous les fixateurs sont des
gicale (fig. 3-5a), elle se fait après son ouver-
antiseptiques) ;
ture suivant son plus grand axe (fig. 3-5b). Les
• maintenir les structures cellulaires, tissulaires et
organes creux (tube digestif, vésicule biliaire…)
moléculaires dans un état aussi proche que pos-
sont si nécessaire ouverts afin de prévenir l’auto-
sible de l’état physiologique ;
lyse des muqueuses et lavés de leur contenu. Les
• préserver leur réactivité pour une étude
organes pleins (foie) sont entaillés (fig. 3-6) ou
immuno-histochimique ;
coupés selon la procédure liée au type de pièce
• préparer l’inclusion en paraffine.
pour faciliter la pénétration rapide et homogène
La fixation se développe progressivement à partir du fixateur. Pour une fixation parfaite des orga-
des surfaces en contact avec le fixateur. De ce fait, nes les plus délicats, le fixateur peut être préala­
le fixateur doit être placé en premier dans le conte- blement injecté dans les bronches, par exemple,
nant afin que la pièce ne colle pas à ses parois. pour le poumon, avant d’être immergés dans la
La taille et la forme du contenant (flacon, boîte solution fixatrice. Les prélèvements en attente
cassette, sceau) doivent être adaptées à la pièce de la prise en charge macroscopique sont stockés
à fixer. Il doit être de taille suffisamment grande dans une armoire ventilée.
pour prévenir les déformations des pièces chirur-
gicales volumineuses.
Principaux fixateurs
La pièce ou le(s) prélèvement(s) doivent être
immergés dans un fixateur de qualité dans un Un fixateur est un milieu qui préserve les struc-
délai le plus bref possible tout en respectant un tures tissulaires pour l’étude morphologique
rapport adéquat (environ 20 à 50 fois le volume ultérieure. Ce procédé de conservation (le plus
de la pièce) et pour les pièces importantes (3 à couramment utilisé) fait intervenir des substances

Fig. 3-5  Résection d’un rectum.


a. Pièce chirurgicale entière.
b. Pièce chirurgicale après ouverture suivant son plus grand axe avant fixation.
66 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

• Formol tamponné : formol à 40 % à diluer


dans une solution tampon (PBS pH 7,4)
pH = 6,6–6,8.
• Formol neutre tamponné : formol à 40 % à
diluer en tampon PBS, neutralisation avec du
carbonate de calcium.
Fixateur aqueux et alcoolique : l’AFA (composé
d’un mélange de 5 % d’acide acétique, 2 % de for-
maldéhyde, 75 % d’éthanol 95°, QSP 18 % d’eau
déminéralisée) fixe rapidement les tissus.
Le formaldéhyde (CH2O) commercialisé est géné-
ralement vendu sous la dénomination de « for-
Fig. 3-6  Pièce chirurgicale entaillée avant fixation mol » lorsqu’il est en solution aqueuse. C’est un
(hépatectomie). liquide incolore et très inflammable. Il peut agir
Le nodule blanchâtre correspond à une métastase
d’un mélanome malin. seul ou combiner son action à celle d’autres agents
fixateurs. Si les délais de fixation sont respectés, il
ne provoque pas de durcissement ni de rétraction
qui réagissent chimiquement avec les constituants exagérée des tissus et leur laisse leur couleur d’ori-
des cellules et des tissus. Les meilleurs fixateurs gine. C’est un agent pontant, c’est-à-dire qu’il
sont ceux qui tout en agissant rapidement pro- forme des ponts méthyléniques interprotéiques et
duisent le moins possible de modifications secon- consolide l’architecture des tissus. Il a pour but de :
daires ou d’artefacts susceptibles de donner une • conserver la structure morphologique cellulaire
fausse idée de la morphologie interne des tissus. et tissulaire, et éviter l’autolyse des tissus en blo-
La plupart des fixateurs histologiques sont à base quant les réactions enzymatiques ;
de formaldéhyde. Le formaldéhyde est l’agent • rendre les membranes plasmiques perméables
fixant le plus utilisé en pathologie et constitue le aux colorants et aux anticorps ;
référentiel standard pour toute activité ACP en • préserver des structures réactives pour permet-
routine. Il existe de nombreux mélanges fixateurs, tre des études complémentaires.
chacun correspondant à un avantage et à une
●● Attention
indication particulière. Bien que des substituts
Le formaldéhyde est un produit toxique par inhala-
au formaldéhyde (solutions considérées comme tion et par contact avec la peau. Le manipuler avec
moins toxiques) soient disponibles, leur utilisation des gants en nitrile et une protection respiratoire.
en routine n’est pas encore possible en raison de
nombreuses difficultés techniques à résoudre. L’acide acétique (CH3–COOH) est un liquide
Fixateur aqueux : le formaldéhyde (à 4 % ou à incolore qui a une odeur particulièrement aigre
10 % neutre et/ou tamponné) est l’agent de fixa- (celle du vinaigre). Il est miscible avec l’eau et
tion le plus couramment utilisé pour fixer les tis- l’éthanol. Il coagule les protéines en un réseau
sus qui sont inclus en paraffine. Ces solutions sont dense et les modifie assez considérablement. Il
préparées avec du « formol » commercial (40  % n’exerce aucun effet sur les glucides et les lipides
de formaldéhyde pH 3–3,5). Ce sont de bons à part une dissolution de certains d’entre eux. Sa
fixateurs de routine, ils pénètrent bien les tissus vitesse de pénétration dans les tissus est grande et
sans trop les durcir. Si l’on utilise une solution il a très peu d’effet durcissant. Il gonfle les tis-
non tamponnée, la coloration cytoplasmique est sus (particulièrement évident sur des structures
faible. comme les fibres de collagène) mais procure une
• Formol neutre : formol à 40 % à diluer dans de excellente préservation des nucléoprotéines de
l’eau déminéralisée, ajuster le pH à 7 avec de la l’ADN et assure donc une meilleure coloration
soude (NaOH). nucléaire.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 67

L’éthanol ou alcool éthylique (C2H5–OH) est un Cette étape est fondamentale dans l’analyse his-
liquide volatil, incolore, inflammable, miscible en tologique puisque la lecture et l’interprétation
toutes proportions avec l’eau. Il pénètre les tissus microscopique des préparations en dépendent.
relativement rapidement tout en les rétractant Elle permet souvent d’orienter dès lors le diagnos-
énormément, de plus il les durcit de façon exces- tic et la qualité de la réalisation de cette étape per-
sive. Il dénature les protéines, ce qui entraîne met le bon déroulement de la suite de l’analyse.
leur coagulation, par contre il ne coagule pas les L’analyse macroscopique est une observation soi-
nucléoprotéines. Il exerce sur les glucides la pré- gneuse, à l’œil nu, des altérations tissulaires. Elle
cipitation du glycogène et ne constitue pas un permet de décrire la ou les lésions observées. La
bon fixateur des lipides car il en dissout un cer- dissection (découpe) consiste à faire un échan-
tain nombre. tillonnage des lésions de telle sorte que les coupes
finales observées au microscope soient représen-
À noter : la fixation par le liquide de Bouin
tatives des lésions. La technique de macroscopie
(caractéristique par sa couleur jaune) est for-
doit assurer la conservation des règles de qualité
mellement déconseillée, voire interdite à cause
de fixation et de traçabilité, et la qualité de réalisa-
de l’un de ses composants (l’acide picrique,
tion des échantillons.
composé explosif) qui diminue les affinités
tinctoriales, dénature considérablement les La macroscopie et la dissection sont considérées
protéines et peut continuer à exercer son action comme des activités à risque pour le manipula-
chimique sur le tissu même après l’enrobage. teur. Ces postes nécessitent une concentration et
Ce fixateur est incompatible avec la réalisation un respect strict des procédures d’hygiène et de
ultérieure d’études immuno-histochimiques sécurité en vigueur. Deux risques principaux sont
pour certains marqueurs ou d’exploration à noter : d’une part, un risque infectieux lié aux
moléculaire car l’ARN extrait est presque tou- prélèvements hémorragiques et une activité expo-
jours de mauvaise qualité, fragmenté et à l’ori- sant aux risques de coupure, piqûre ou projection ;
gine de résultats très souvent ininterprétables. d’autre part, un risque chimique non négligeable
(toxicité des fixateurs).

Macroscopie Matériel
La macroscopie et la dissection doivent être réa-
L’examen macroscopique est un acte défini dans
lisées sur une table aspirante (fig. 3-7) ou sous
la nomenclature comportant une étape peropé­
une hotte (fig. 3-8) – avec vitre impérativement
ratoire et postopératoire. Cet examen, réalisé
en binôme, s’effectue sous la responsabilité du
pathologiste. Dans certains laboratoires, les patho­
logistes tendent à favoriser la prise en charge
macroscopique de certaines pièces chirurgicales
par des technicien(ne)s de laboratoire spéciale-
ment formé(e)s. Afin de permettre une repro-
ductibilité du traitement des pièces fixées au sein
d’un laboratoire, il est indispensable que le (la)
technicien(ne) de laboratoire dispose de procé-
dures techniques définies pour la réalisation des
prélèvements tissulaires.

●● Attention
L’identification du prélèvement est très importante.
Sa conformité est la première chose qui doit impé- Fig. 3-7  Table de macroscopie pour les pièces chirurgica-
rativement être vérifiée. les à l’état frais (antenne du bloc opératoire).
68 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Codage des échantillons


Il faut identifier précisément chaque prélève-
ment et chaque cassette pour éviter toute confu-
sion. En plus du numéro d’enregistrement, une
lettre (suivant l’ordre de l’alphabet, initiale de
l’organe concerné associée à sa latéralité) ou
numérotation directe (1, 2, 3…) est indispen-
sable pour repérer les différents fragments tis-
sulaires prélevés ou transmis au laboratoire. Ce
codage est nécessaire lors de la dissection pour
repérer sur la grille de coupes chaque échantillon
placé en cassette (cf. fig. 3-22). L’intérêt d’un
Fig. 3-8  Poste de macroscopie pour les pièces chirurgica- code concernant les lésions avec la peau réside
les et/ou biopsies fixées. notamment dans le pronostic des tumeurs (le
plan profond est analysé pour juger de l’exten-
sion de la tumeur). Le plan superficiel est codé
abaissée – performantes, qui permettent d’aspirer par la lettre S et le plan profond par la lettre P
les vapeurs de formol. Les manipulations s’effec- (cf. fig. 3-16b). Un code spécifique peut être uti-
tuent toujours avec des gants (anti-coupure et lisé pour identifier des examens particuliers, par
résistants aux solvants). exemple : EXT pour un examen extemporané,
Peu d’instruments sont utilisés : quelques pinces, CB pour un cytobloc (cf. fig. 3-59), un symbole
une paire de ciseaux, un bistouri (ou scalpel), un comme une étoile correspondant à un deuxième
couteau (muni d’une lame de dissection jetable) départ (cf. fig. 3-29e).
pour la découpe des grosses pièces et une scie Le nombre de cassettes avec le nombre de prélè-
adaptée (scie à métaux, scie électrique) pour les vements contenus par cassette sont reportés sur la
prélèvements ossifiés. La dissection se fait sur fiche de travail.
une planche en polystyrène, éventuellement à
l’aide d’un bouchon en liège (cf. fig. 3-23c). Encrage des marges
Une règle est utilisée pour les mensurations et L’encrage permet d’identifier les limites d’exérèse
une loupe pour la microdissection. d’une pièce chirurgicale ou d’une biopsie–exérèse,
Les échantillons sont placés dans des cassettes ou les marges des lésions (fig. 3-9). Cette tech-
perforées en plastique (polymère d’acétate) afin nique est surtout utilisée pour les suspicions de
de faciliter la circulation des liquides et assurer
un drainage correct au cours des étapes d’im-
prégnation dans un automate. Il existe différents
types de cassettes couramment utilisés, certaines
sont munies d’un couvercle en plastique (cas-
sette pour tissu), d’autres doivent être fermées
par un grillage métallique (cassette de biopsie ;
cf. fig. 3-24a et b). Les cassettes sont disponi-
bles dans différentes couleurs et peuvent être
utilisées pour distinguer divers types de prélè-
vements (journalier, biopsie, décalcifié, intérêt
scientifique…). Ce code de couleur est utile
pour les visualiser rapidement à toutes les éta-
pes techniques et facilite leur recherche pour des Fig. 3-9  Repérage de la tumeur par de l’encre de chine
études ultérieures. pour faciliter les prélèvements.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 69

Fig. 3-10  Tumorectomie du sein.


a. Pièce chirurgicale entière orientée par des fils.
b. Encrage des limites d’exérèse après ouverture de la pièce chirurgicale.

tumeurs cancéreuses. L’encrage consiste à badi-


geonner les contours du prélèvement et/ou de la
lésion (le plus souvent avant sa fixation) à l’aide
d’un pinceau imbibé d’encre de Chine. L’usage
d’une encre de couleur différente présente l’avan-
tage de fournir un repère visuel supplémentaire
dans l’orientation de la pièce chirurgicale (fig.
3-10a) afin de mieux repérer les limites d’exérèse
supérieure et inférieure, par exemple après son
ouverture (fig. 3-10b), indispensables au moment
de la découpe. L’encre de Chine est une encre
indélébile qui ne nuit pas à l’étude histologique,
elle ne pénètre pas à l’intérieur des tissus.
Fig. 3-11  Exérèse chirurgicale (tumorectomie du sein)
orientée par des fils pour repérage dans l’espace (supé-
Examen macroscopique rieur, externe, inférieur et interne).

Le repérage macroscopique est une étape essen-


tielle au diagnostic. Il permet, en combinant pal- • le prélèvement chirurgical doit contenir toute
pation et analyse visuelle rigoureuses, de repérer la lésion, si celle-ci n’est pas trop grosse,
les lésions, d’apprécier leur extension et de se faire ou être pertinent si la taille de la lésion est
une idée de la nature. Il détermine le choix des importante ;
prélèvements pour l’étude microscopique. • la pièce chirurgicale est préalablement orientée
Pour que la représentativité des échantillons soit par le chirurgien avec des fils de longueur et/ou
la meilleure possible, c’est-à-dire que ces échan- de couleur différentes et la berge d’exérèse
tillons possèdent les mêmes caractéristiques que (limites du tissu extrait) est repérée par un fil de
l’ensemble de la lésion, plusieurs éléments doivent suture distinct (fig. 3-11).
nécessairement être réunis : La macroscopie obéit à certaines règles et requiert
• la biopsie exérèse est orientée : clip (petite agrafe une méthodologie précise. La correspondance
métallique), fils de suture ; entre l’étiquette d’identification du prélèvement et
• les biopsies multiples intéressant plusieurs ter- de la fiche de travail est impérativement vérifiée. La
ritoires d’un même organe sont individualisées description de chaque pièce chirurgicale ou biopsie
dans des flacons numérotés et répertoriés ; est systématique et comporte des critères de type :
70 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-12  Mesure d’un prélèvement (biopsie–exérèse Fig. 3-14  Mesure d’une tumeur mammaire (pamectomie).
cutanée).

Fig. 3-13  Nodules hépatiques multiples (métastases).


Fig. 3-15  Exérèse de ganglions sentinelles.

• nombre et taille des fragments (fig. 3-12) ;


• caractère unique ou multiple de la tumeur personnel en poste sont consignés sur la fiche de
(fig. 3-13) ; travail.
• taille de la pièce dans ses trois dimensions en Des photographies topographiées de la pièce
centimètres ; chirurgicale peuvent être réalisées avant la fixa-
• taille des différents nodules en millimètres tion  : avant son ouverture (fig. 3-16a) et après
(fig. 3-14) ; son ouverture, avec limites d’exérèse tatouées à
• mesure précise en millimètres de la limite d’exé- l’encre de Chine et lésion indiquée par une paire
rèse la plus proche ; de pinces (fig. 3-16b). Ce document iconogra-
• distance séparant les nodules en cas de tumeur phique constitue un complément descriptif pour
bifocale ou multifocale ; connaître l’état initial de la pièce anatomique et
• appréciation de l’extension de la tumeur ; servir ultérieurement de guide afin de positionner
• autres : poids, précision des caractères morpho- les prélèvements effectués sur la (les) tranche(s) de
logiques de la tumeur (circonscription, couleur, section de coupe (cf. fig. 3-22).
consistance…) ;
• nombre de ganglions prélevés en fonction des Examen extemporané
pièces examinées (fig. 3-15). L’examen extemporané est un acte médical qui
Les divers renseignements recueillis ainsi que les a pour but d’établir en quelques minutes (moins
commentaires du pathologiste et les initiales du de 10 minutes) une orientation diagnostique (de
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 71

Fig. 3-16  Tumorectomie du sein.


a. Pièce chirurgicale entière et orientée par des fils.
b. Pièce d’exérèse après ouverture. Tumeur indiquée par une paire de pinces.

Fig. 3-17  Colectomie.


a. Pièce chirurgicale entière.
b. Lésion à prélever pour analyse.

bénignité ou de malignité) d’une lésion préle-


vée au cours de l’intervention chirurgicale (que
le chirurgien suspend en attendant le résultat du
pathologiste pour la poursuivre). C’est le patholo-
giste, et lui seul, qui a la responsabilité d’étudier
la pièce entière fournie (fig. 3-17a) et de décider
des échantillons qui sont prélevés (fig. 3-17b). Le
résultat est exclusivement transmis par le patholo-
giste au chirurgien.
À partir d’un fragment prélevé sur la pièce à
l’état frais, une coupe à congélation au cryostat
(fig. 3-18) est réalisée, colorée avec une méthode
accélérée à l’hématoxyline éosine safran (fig. 3-19 ;
cf. tableau 3-17) puis examinée au microscope. Fig. 3-18  Enceinte d’un cryostat. Tissu frais sur le porte-
Un cryostat est une enceinte réfrigérée (−20 °C) objet avant durcissement par le froid.
72 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-20  Échantillon tissulaire placé en cryotube pour


congélation en azote liquide.

Fig. 3-19  Coloration rapide par l’hématoxyline éosine appositions (ou empreintes) d’une pièce fraîche
safran (HES). peuvent aussi être réalisées pour étude cytologi-
que (cf. fig. 3-60a).
contenant un microtome permettant de réali-
ser aux dépens du tissu frais, déposé sur un plot Dissection
puis durci par le froid, une coupe à congélation
Le pathologiste ou le (la) technicien(ne) habilité(e),
(cf. p. 80).
chargé de la découpe d’une pièce chirurgicale, effec-
L’examen extemporané peut être effectué pour les tue des prélèvements tissulaires repérés et orien-
raisons suivantes : tés suivant des protocoles standardisés qui varient
• établir un diagnostic susceptible de modifier le pour un même organe selon le type de lésion. Le
geste chirurgical ; nombre de coupes (fig. 3-21) et les plans de coupe
• confirmer la qualité des limites d’exérèse (en (fig. 3-22) dépendent de la taille du prélèvement,
zone tumorale ou en zone saine) ; de sa nature, du type de lésion observée, des obser-
• rechercher une infiltration tumorale métastatique vations macroscopiques.
notamment ganglionnaire (cf. fig. 4-14a et b).
Il existe des contre-indications à l’examen
extemporané : lorsque la tumeur est petite (5
à 10 mm), cet examen n’est pas réalisé pour ne
pas compromettre l’examen histologique défini-
tif par manque de matériel à inclure en paraf-
fine ; les tissus calcifiés ou ossifiés ne pouvant pas
être coupés sans une décalcification préalable ;
si le pathologiste pense que cet examen ne per-
met pas de répondre à la question posée par le
chirurgien.
Un avantage indirect des examens extempora-
nés est de disposer de tissu frais non fixé pou-
vant être congelé en cryotube (fig. 3-20) dans
l’azote liquide, afin d’effectuer a posteriori des
techniques particulières de biologie molécu-
laire, ou placé dans un milieu de culture et de Fig. 3-21  Pièce chirurgicale après fixation, découpée en
conservation pour analyse cytogénétique. Des tranches et indexée.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 73

échantillon, il se doit d’être représentatif, d’où


la difficulté de cette étape. Les parties tissulai-
res représentatives (zones lésées, zones d’aspect
macroscopique sain et limites d’exérèse) de la
lésion tumorale (fig. 3-23a) sont prélevées (sans
omettre d’ôter les agrafes et/ou les fils), décou-
pées en tranches au scalpel ou au couteau (fig.
3-23b) d’une épaisseur de 3 mm et d’une taille
approximative de 30 × 15 mm (fig. 3-23c), puis
placées dans des cassettes identifiées et indexées
(fig. 3-23d). Les échantillons prélevés sont posi-
tionnés sur la fiche de macroscopie (grille de
coupe) ou la photographie quadrillée.
Fig. 3-22  Plan de coupe sagittale (tumeur mammaire).
Les lettres positionnées sur la grille correspondent aux par- Les prélèvements qui ne peuvent pas être recou-
ties tissulaires à découper et indispensables à l’indexation de pés, comme les biopsies, sont conditionnés dans
chaque cassette. des cassettes. Si le prélèvement est trop fin ou
plat, il est placé soit dans une cassette de biop-
La dissection, après fixation, revient à faire un sie (fig. 3-24a), soit entre deux mousses dans une
échantillonnage de la lésion et, comme tout cassette pour tissu (fig. 3-24b) afin d’éviter de le

Fig. 3-23  Réalisation d’un échantillonage.


a. Lésion tumorale (la zone blanchâtre correspond à un cancer du sein).
b. Découpe de la zone d’intérêt.
c. Dégrossissage de la tranche.
d. Échantillons tissulaires prélevés placés en cassettes numérotées et indexées.
74 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-24  Fragments biopsiques.


a. Microbiopsies en cassette pour biopsie.
b. Macrobiopsies en cassette pour tissu.

perdre à travers les trous de la cassette et mieux le lettres du nom du patient ainsi que le nombre de
visualiser lors de l’inclusion (l’enrobage). fragments contenus dans la cassette peuvent être
notés sur le côté.
À noter : pendant la macroscopie, les cassettes
réalisées peuvent être placées dans un panier
Cas particuliers
immergé dans un bain d’éthanol 70° pour évi-
ter une surfixation mais surtout de respirer le Fixation des petits échantillons
formol. Lorsque celui-ci est rempli, le transfé- Les biopsies et les petits fragments placés en cassette
rer dans un bain de fixateur formolé (sous hotte peuvent être immergés dans un bain de fixateur
ventilée) jusqu’au départ en imprégnation. formol coloré à la phloxine 0,25 % pendant quel-
ques minutes avant l’imprégnation afin de mieux
Les résidus macroscopiques correspondant aux
les visualiser au moment de l’inclusion, la coupe et
parties fixées non prélevées sont conservés en
la vérification des blocs après la coloration.
sachet plastique ou en pot identifiés et stockés
dans une armoire ventilée (avant leur destruction Fixation longue durée
par incinération) pendant un laps de temps défini
Les gros prélèvements nécessitent une durée de
dans la procédure de la structure. Ils constituent les
fixation de plus de 24 heures. Cette durée est pro-
« réserves » et peuvent éventuellement servir si une
portionnelle à la taille et au volume de la pièce
difficulté technique au diagnostic nécessite de pré-
chirurgicale. Par exemple, un encéphale entier doit
parer de nouveaux blocs. Il est conseillé de conser-
être fixé sans section préalable de la pièce fraîche,
ver les résidus de certaines pièces (laryngectomie
pendant au moins deux semaines. Le fixateur est
totale) dans des sachets différents (un pour le côté
renouvelé pendant la durée de fixation. Le conte-
droit et un pour le côté gauche). L’existence ou
nant est placé dans une armoire ventilée le temps
non d’une réserve est notée sur la fiche de travail.
nécessaire et la découpe est différée.
Identification des cassettes Décalcification
Chaque cassette doit être identifiée par le numéro Les tissus imprégnés de sels de calcium (cartilage,
d’enregistrement noté au crayon de papier ou dents, lésions caséeuses de la tuberculose, micro-
avec une imprimante à cassette. Il est inscrit sur calcifications, os et certaines tumeurs) doivent faire
la surface dépolie (située à l’avant de la cassette) l’objet d’un traitement particulier, la décalcification,
et indexé par une lettre, un chiffre ou une indica- car ils ont une dureté qui rend impropre à la coupe
tion spécifique (cf. fig. 3-24b). Les trois premières au microtome. Pour la faciliter et confectionner
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 75

des rubans de qualité, il faut enlever de ces tissus la les fragments (biopsies ostéomédullaires) placés en
portion responsable de cette dureté par des agents cassettes identifiées sont immergés dans la solution
décalcifiants (acide chlorhydrique, acide nitrique, décalcifiante si possible avec agitation permanente
ou une solution du commerce comme le RDO : afin d’accroître la rapidité de sa pénétration. La
rapide décalcifiant osseux) en prenant garde à leur décalcification doit être contrôlée fréquemment
concentration ainsi qu’à leur temps d’action pour pour éviter une décalcification excessive. Elle est
éviter qu’ils n’endommagent le tissu. Le temps de évaluée en piquant le tissu à l’aide d’une aiguille. Si
décalcification dépend de la taille, du type et de la elle n’est pas suffisante (présence d’une résistance
densité du tissu, et de la concentration du décalci- osseuse due à la partie minérale qui n’est pas bien
fiant qui exerce également une influence. disparue), les cassettes contenant les fragments
sont rincées à l’eau courante, remises toute une
●● Attention nuit à fixer puis immergées le lendemain dans une
Une décalcification trop prolongée est très nuisi- solution décalcifiante propre. Parfois pour obtenir
ble aux tissus, en particulier pour les colorations une décalcification satisfaisante, cette opération
ultérieures (diminution de la basophilie des cellu- est répétée plusieurs fois. Quand le processus est
les) et une étude immunochimique (altération des terminé, les cassettes sont rincées à l’eau courante
enzymes).
pour bien enlever l’agent décalcification et remises
La décalcification est réalisée après avoir fixé les tis- à fixer jusqu’au départ en imprégnation.
sus. S’il s’agit d’un os entier ou d’un fragment d’os, La coloration des pièces décalcifiées nécessite sou-
il doit être fixé (fig. 3-25a), scié (fig. 3-25b) et sec- vent des temps de coloration par l’hématoxyline
tionné en coupes de 3 mm d’épaisseur (fig. 3-25c) éosine safran (HES) plus longs que pour les pièces
avant d’être mis en décalcification. Les pièces ou ordinaires (cf. tableau 3-18).

Fig. 3-25  Préparation d’une pièce osseuse avant


décalcification.
a. Pièce osseuse fixée (exérèse hémi-bassin).
b. Pièce osseuse sciée avant découpe.
c. Découpe de la pièce osseuse et échantillons indexés avant
décalcification.
76 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

●● Attention conserver la continuité de la découpe (fig. 3-26c).


La macroscopie des pièces osseuses peut être Afin de posséder une échelle, une règle peut être
à l’origine d’un risque de plaie et de projection placée à côté des prélèvements.
importante en cas d’utilisation de scie électrique.
Les pièces nécessitant des prélèvements ciblés,
Protocoles particuliers lésions infracliniques ou microcalcifications du sein
par exemple, peuvent être radiographiées entières
Certains protocoles sont très spécifiques et doi-
en peropératoire (fig. 3-27a et b) afin de servir de
vent être appliqués avec précision. C’est le cas
guide dans l’échantillonnage lors de la macrosco-
pour l’œil ou le système nerveux central. De
pie. Un contrôle radiologique des cassettes conte-
même, certains prélèvements obéissent à un pro-
nant les fragments tissulaires, fixés en paraffine,
tocole particulier, comme l’étude du ganglion
peut être effectué après inclusion (fig. 3-27c).
sentinelle ou lorsqu’ils entrent dans un cadre
expérimental.
Les microfragments tissulaires sont englobés
dans un gel pour confectionner un cytobloc
Imprégnation
(cf. p. 100). Le tissu lui-même est trop malléable pour que l’on
Pour les pièces chirurgicales dont l’orientation est puisse en tirer des coupes de l’épaisseur désirée.
complexe, la sphère ORL par exemple, il est utile Pour durcir un tissu, son imprégnation par une
de prendre des photographies de la pièce à l’état matière rigide lui donne la résistance mécanique
frais (fig. 3-26a) et au cours du traitement macros- voulue. L’imprégnation repose sur la substitution
copique (fig. 3-26b), en prenant soin pour les piè- de l’eau qui est dans les tissus par une substance
ces entières (laryngectomie totale, thyroïdectomie totalement hydrophobe et chimiquement inactive,
totale) de distinguer le côté droit et gauche, et telle que la paraffine (mélange d’hydrocarbures

Fig. 3-26  Glossectomie (ablation de la langue).


a. Pièce chirurgicale à l’état frais.
b. Après fixation.
c. Découpe en tranches dans la continuité de l’organe.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 77

Fig. 3-27  Pièce chirurgicale et radiographies.


a. Pièce d’exérèse (tumorectomie du sein) orientée avec des
fils et repérage préopératoire (tige métallique).
b. Radiographie peropératoire de la pièce d’exérèse de
microcalcifications (repérage hameçon).
c. Radiographie d’un échantillon tissulaire en cassette après
inclusion (microcalcifications du sein).

saturés et quelquefois de cire) qui se présente séjour prolongé durcit le tissu de façon excessive.
sous forme de substances blanches (grains, paillet- Une déshydratation insuffisante empêche la paraf-
tes) légèrement translucides et inodores. C’est la fine de pénétrer complètement le tissu ; ainsi des
substance la plus représentative des milieux d’in- zones où la paraffine n’a pas pénétré ne deviennent
clusions fondus et la plus couramment utilisée. pas suffisamment rigides pour supporter la coupe.
Par conséquent, plusieurs étapes doivent être La substitution consiste à remplacer l’éthanol qui
réalisées. n’est pas miscible à la paraffine par un solvant :
La post-fixation permet le passage des fixateurs toluène ou xylène. Ces deux solvants sont misci-
aqueux aux alcools. Elle correspond à un bain de bles à la fois au déshydratant et à l’agent d’inclu-
fixateur formolé (AFA, formol tamponné). sion, on parle d’agents « éclaircissants » (car ils ont
La déshydratation consiste à débarrasser le tissu la propriété de rendre translucides les tissus qu’ils
de l’eau qu’il contient. Elle se fait par le passage imprégnent). Le toluène (très toxique et inflam-
dans des bains d’éthanol de concentration crois- mable) est plus lent et plus tolérant que le xylène.
sante jusqu’à l’éthanol absolu. Les tissus ne doivent Il faut tenir compte des propriétés pénétrantes de
séjourner dans les bains que le temps nécessaire l’agent utilisé au moment de déterminer la durée
pour équilibrer les proportions relatives d’eau et des bains. Les principaux effets d’une mauvaise
d’éthanol. Les tissus fibreux et denses sont plus substitution sont la production de blocs de consis-
difficiles à déshydrater que les autres. Une mau- tance hétérogène ou inadéquate, une rétraction
vaise déshydratation peut être le résultat d’un ou une distorsion excessives des tissus si le bain est
séjour trop long ou trop court dans l’éthanol. Un trop prolongé.
78 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

L’imprégnation correspond à la substitution du sol- Inclusion


vant par la paraffine. Cette étape terminale est rela-
tivement agressive car la paraffine n’est liquide qu’à Le principe de l’inclusion consiste en un enrobage
partir de 58 °C et à cette température les protéines de la pièce par de la paraffine liquide qui est rigi-
sont altérées. Une imprégnation trop longue peut difiée permettant ainsi de conserver les rapports
provoquer une rétraction importante de toutes les architecturaux des structures les unes par rapport
structures et un durcissement excessif des pièces. aux autres et de lui fournir un support externe à
À la fin du cycle, les paniers contenant les casset- la fois pendant et après la coupe. Il est nécessaire
tes se trouvent dans un bain de paraffine chaude que la paraffine utilisée pour l’enrobage des piè-
(liquide). Ils sont égouttés avant d’être transférés ces ait les mêmes caractéristiques que celle qui a
dans le bac d’attente du poste d’inclusion. servi à l’imprégnation. L’inclusion ne se fait de
façon satisfaisante que si la pièce ne contient ni
Il existe différents appareils d’imprégnation. Des eau, ni solvant (éthanol) après l’imprégnation.
automates à imprégnation sous vide réduisent
l’émission de vapeurs de solvant dans l’atmos- Mode opératoire
phère de travail. Ils diminuent les risques d’erreurs
humaines et assurent le traitement homogène de Les cassettes placées dans le bac d’attente du poste
toutes les pièces. Ils permettent donc une meilleure de travail (fig. 3-29a) contenant de la paraffine
imprégnation en paraffine et peuvent contenir maintenue à l’état liquide (≈ 60 °C) sont incluses
un grand nombre de cassettes rangées dans des manuellement lorsque la température de la plaque
paniers spécialement conçus (fig. 3-28). Ils sont de travail a atteint 70 °C et celle de la plaque de
programmables, la plupart ont un mécanisme de refroidissement −15 °C.
retardement qui permet de régler à l’avance le • Sortir une seule cassette à la fois afin d’éviter
programme ou le cycle choisis (tableau 3-7). Cette tout risque d’erreur.
étape est habituellement réalisée de nuit. • Ouvrir prudemment son couvercle et l’ôter tout
en vérifiant qu’il n’y a pas de prélèvement resté
accroché sur le couvercle ou entre les mousses
(fig. 3-29b).
• Prendre un moule en acier inoxydable adapté
à la taille du prélèvement (entreposé dans l’en-
ceinte chauffée du poste de travail) et y faire
couler un peu de paraffine.
• Saisir un seul fragment à la fois à l’aide d’une
pince métallique (fig. 3-29c) préchauffée afin
que la paraffine ou le fragment n’y adhèrent. Le
déposer délicatement au centre du moule tout en
respectant la position initiale et éventuellement
le réorienter convenablement. ­C’est-à-dire que
le plan de section doit être positionné contre
Fig. 3-28  Cassettes en panier pour imprégnation. le fond du moule et certains sur la tranche de

Tableau 3-7  Temps d’imprégnation en automate.


Semaine (de nuit) Week-end Cycle de 62 h 1 jour férié en semaine Week-end + 1 jour férié
Cycle de 14 h Cycle de 38 h Cycle de 86 h
Fixateur formolé 1 h 25 h 12 h 50 h
Éthanol 4 h 8 h 4 h 8 h
Toluène 5 h 24 h 18 h 24 h
Paraffine 3 h 3 h 3 h 3 h
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 79

manière à ce que la coupe permette d’obser- • Avant que la paraffine prenne en masse, ajuster
ver simultanément toutes les structures, par sur le moule la cassette d’identification (per-
exemple pour la peau : l’épiderme, le derme et mettant de garantir sa traçabilité). Recouvrir de
l’hypoderme. paraffine et chasser les bulles d’air éventuelles.
• Poser le moule sur le disque de refroidissement • Déposer immédiatement le moule sur la plaque
afin que la paraffine au fond du moule se fige et de refroidissement et laisser figer la paraffine
aplatir délicatement à l’aide de pinces préchauf- afin de sceller la cassette au moule.
fées le(s) fragment(s) sans les écraser ni les per- • Après durcissement total de la paraffine et lorsque
forer (fig. 3-29d). le bloc est bien froid, il est démoulé ­(fig. 3-29e).

Fig. 3-29  Mode opératoire de l’inclusion.


a. Poste d’inclusion.
b. Fragments tissulaires en cassette à inclure.
c. Inclusion des fragments tissulaires.
d. Inclusion d’un échantillon tissulaire.
e. Refroidissement et démoulage des blocs de paraffine.
80 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

L’excédent de paraffine tout autour de la cassette de millimètre) et sans phénomènes de vibrations


est retiré par grattage à l’aide d’un couteau (non (shutter) pour tous types de tissus inclus en paraf-
tranchant) pour faciliter au moment de la coupe fine. Cette épaisseur permet aux rayons lumineux
l’insertion du bloc entre les mâchoires du porte- du microscope de traverser la préparation et d’évi-
objet du microtome. ter les superpositions tissulaires. Ils sont confec-
Un bloc de tissu homogène en consistance et en tionnés à température ambiante et nécessitent un
élasticité est ainsi obtenu, ce caractère est d’une microtome muni d’une lame de rasoir. La réalisa-
grande importance pour la confection des coupes. tion de coupes minces dépend du matériel à couper
(dureté, élasticité), des performances du microtome
Les blocs sont classés sur des plaques réfrigérantes
et de l’habilité manuelle du (de la) technicien(ne).
par numéro d’enregistrement (en suivant l’ordre
alphabétique ou numérique) et les séries concer- La cryotomie est utilisée au cours d’une inter-
nant un même patient sont regroupées. Les blocs vention chirurgicale ou pour certaines études qui
en attente de coupe sont stockés dans un congé- nécessitent de travailler sur des tissus frais non fixés
lateur à −20 °C. La plupart des tissus se coupent (coloration des lipides). Le principe de la coupe en
mieux lorsqu’ils sont bien refroidis. congélation est le durcissement du tissu grâce à la
congélation de l’eau qu’il contient. Les résultats
À noter : l’inclusion peut être faite en barre de obtenus dépendent de plusieurs facteurs tels que
Leuckhardt, c’est-à-dire entre des barres métal- la température de l’enceinte réfrigérée, le type de
liques de taille variable. Ce procédé est utilisé tissu, l’entretien du cryostat et l’expérience du (de
en neuropathie pour l’inclusion des grandes la) technicien(ne). Les coupes sont moins fines
pièces, comme l’encéphale. (4–6 μm) et plus fragiles que celles réalisées après
une inclusion. La morphologie tissulaire n’est pas
Problèmes d’enrobage d’aussi bonne qualité qu’après une fixation et une
• Si les pièces sont mal incluses, le bloc peut être inclusion en paraffine en raison de la congélation
refondu et le prélèvement réenrobé. qui altère la morphologie cellulaire.
• Si la pièce est déposée dans un moule sans l’avoir
préalablement rempli de paraffine ou si son épais- Mode opératoire d’une coupe
seur n’est pas suffisante, la surface de la pièce y à congélation
adhère et empêche la paraffine d’entrer en contact
Le tissu frais est déposé sur un plot ou porte-objet
avec le fond du moule. Une fois le bloc durci, le
(fig. 3-30a) enduit d’une résine d’enrobage (trans-
tissu peut se séparer de la paraffine qui l’entoure.
parente à température ambiante) qui a la capacité
• Si les pinces sont trop chaudes, elles peuvent
de durcir à basses températures (blanchissement).
brûler le tissu.
Dans l’enceinte réfrigérée d’un cryostat à −20 °C,
• Si le bloc est refroidi trop lentement, la paraf-
la congélation est facilitée par l’utilisation d’un
fine peut présenter une cristallisation irrégulière
piston qui accélère le refroidissement (en quelques
qui peut nuire à la confection des coupes.
secondes) tout en favorisant l’obtention d’une
• Si le bloc est refroidi trop rapidement, la paraf-
surface plane (fig. 3-30b). Après un léger dégros-
fine située entre la pièce et le fond du moule se
sissage, la coupe au microtome est recueillie direc-
rétracte et donne un bloc à la surface concave.
tement sur le rasoir (fig. 3-30c) avec une lame
• Si le geste n’est pas assez rapide avant de dépo-
où elle y adhère spontanément (fig. 3-30d). Le
ser la pièce dans le moule contenant la paraffine,
rasoir est équipé d’une plaque anti-déroulement
il peut se former une épaisse couche de paraffine
qui empêche qu’elle ne s’enroule sur elle-même
qui après durcissement demande un rabotage
pendant qu’on la confectionne.
plus important au moment de la coupe.
Après la coupe, le fragment tissulaire restant est
Coupe récupéré. Suivant les indications du patholo-
giste, ce fragment est soit placé en tumorothè-
La microtomie a pour but d’obtenir des rubans de que en l’état, soit après dépolymérisation de la
qualité très fins de 2 à 4 μm (micron ou millième résine (à température ambiante) mis en cassette
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 81

Fig. 3-30  Coupe tissulaire au cryostat.


a. Échantillon tissulaire à l’état frais déposé sur un porte-objet.
b. Tissu durci par le froid pour réalisation d’une coupe dans l’enceinte d’un cryostat.
c. Confection d’une coupe à congélation au microtome (cryostat).
d. Récupération sur lame de la coupe à congélation.

●● Recommandations
Pour éviter toute contamination entre deux prélè-
vements, changer la lame de rasoir, décontaminer
le plot et nettoyer l’enceinte du cryostat. Refermer
la vitre du cryostat pour conserver la température
à −20 °C.

Identification des lames


La correspondance du nombre de blocs à couper
avec celui de la fiche de travail est vérifiée. Sur une
lame de verre soit une étiquette code à barres est
Fig. 3-31  Échantillon tissulaire restant après l’examen collée, soit le numéro de la cassette ainsi que l’in-
extemporané placé en cassette (ganglion sentinelle). dex du bloc et éventuellement les trois premières
lettres du nom du patient sont inscrits au niveau
(fig. 3-31) – identifié comme prélèvement extem- du rodage au crayon de papier ou gravé directe-
porané – pour être fixé dans un fixateur formolé ment sur la lame avec une pointe de diamant ou
avec le reste de la pièce. un graveur électrique.
82 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Généralité sur les microtomes l’autre vertical qui le fait entrer en contact avec la
lame de rasoir. Après le changement du bloc ou
Il existe une très grande variété de modèle (non
la position de la lame de rasoir, il est nécessaire
automatisé ou semi-automatique) dont les carac-
d’effectuer de nouveau un rapprochement entre le
téristiques, le fonctionnement et la description
bloc et la lame, voire certains réglages.
sont sensiblement communs. Cet instrument de
précision (dont la manipulation et l’entretien doi- ●● Attention
vent être conduits avec soin) est équipé d’un(e) : Danger de blessures aux mains. Les pièces en
• roue motrice actionnée à l’aide d’une manivelle ; mouvement ainsi que la lame de rasoir représen-
• levier d’arrêt qui verrouille la roue ; tent un danger potentiel. Toujours mettre le levier
• porte-objet muni d’une mâchoire fixe et d’une d’arrêt de la roue motrice en position verrouillée
mâchoire mobile où le bloc de paraffine (la cas- lors du positionnement ou du retrait de la lame
sette) est fixé. Il est orientable à l’aide de vis de ou du bloc. Positionner le protège-doigts lors de
réglage et tenu en place par une vis de blocage ; la manipulation du bloc pour réduire les risques
• échelle graduée divisée en paliers de 0,5 à de blessure. Être vigilant lors de la confection des
coupes. La lame de rasoir ne doit jamais rester sur le
100 μm qui indique l’épaisseur de coupe et
microtome en l’absence du manipulateur. Serrer cor-
du dégrossissage, que l’on règle avec une vis rectement l’ensemble des vis des leviers de serrage.
micrométrique ;
• chariot (que l’on peut déplacer d’avant en Installation et retrait de la lame de rasoir
arrière pour le rapprocher ou l’éloigner de
Manipuler la lame de rasoir avec précaution pour
l’objet) muni d’une base amovible pour régler
ne pas endommager son tranchant qui est très
l’angle de coupe et d’un support lame de rasoir
délicat (on peut facilement y faire des encoches
(équipé d’un protège-doigts) maintenu en place
qui gênent à la coupe). Introduire la lame dans la
par un levier de serrage ;
fente derrière la plaque de pression. Bien l’ajus-
• bac de récupération à déchets pour les copeaux
ter puis l’immobiliser à l’aide d’un levier. Lorsque
de paraffine (fig. 3-32).
la lame est usée dans la zone de dégrossissage ou
de coupe, elle peut être déplacée latéralement de
Mode d’utilisation d’un microtome
manière à l’utiliser sur toute sa longueur. Après
pour la confection des coupes
usage, jeter la lame dans un conteneur réservé aux
L’opérateur fait tourner une roue motrice à l’aide objets tranchants et/ou coupants.
d’une manivelle. La lame de rasoir est fixe et le
bloc se déplace verticalement pendant la confec- Installation et retrait du bloc en paraffine
tion des coupes. Il subit deux mouvements, l’un Pour placer ou enlever la cassette d’entre les
horizontal qui détermine l’épaisseur de coupe, mâchoires du porte-objet, il suffit de tirer sur le
levier. Pour un serrage parfait, il est important
que les surfaces extérieures de la cassette soient
exemptes de paraffine. Le porte-objet peut être
orienté à l’aide de vis de réglage afin que les faces
inférieure et supérieure du bloc soient parallèles
au tranchant de la lame et la surface du bloc par-
faitement verticale (fig. 3-33).

Réglage de l’angle de coupe


Pour obtenir des coupes utilisables, il est important
de trouver l’inclinaison adéquate en diminuant ou
en augmentant l’angle de coupe en fonction de
l’échantillon tissulaire à couper. Le réglage diffère
selon le type de microtome. Il varie généralement
Fig. 3-32  Microtome. Poste de coupe. entre 5 et 10° et se lit sur une échelle graduée
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 83

Fig. 3-33  Cassette insérée dans le porte-objet du microtome. Fig. 3-34  Réalisation d’un ruban au microtome.

située au niveau de la base du chariot. Éviter un


angle trop plan sinon le tranchant ne peut pas
pénétrer dans le bloc. Éviter un angle trop raide
sinon la lame se met à vibrer de façon trop intense
lors du processus de coupe, ce qui peut provoquer
des stries sur le bloc et la coupe.
Dégrossissage ou rabotage
Cette étape consiste à enlever la couche de paraf-
fine qui recouvre le tissu afin d’obtenir des cou-
pes utiles. Le bloc doit donc être suffisamment
entamé pour que toute la lésion soit bien repré-
sentée. Reculer le porte-objet au maximum et
veiller à une approche soigneuse entre le bloc et Fig. 3-35  Refroidissement de la surface du bloc avec un
aérosol de congélation.
la lame. Pour réduire la durée du rabotage, ajuster
à l’aide de la vis micrométrique l’échelle à 10 ou
20 μm selon l’échantillon tissulaire. Le dégrossis- ruban, le tenir relevé pour éviter tout collement
sage terminé, la lame de rasoir doit être changée si (afin de minimiser le contact entre les coupes et la
son fil est endommagé. lame du rasoir) et par légère traction le tirer déli-
catement (fig. 3-34).
Confection des rubans
La qualité du tranchant de la lame est extrême- À noter : une élévation de la température mène
ment importante. Il est indispensable que la face au ramollissement de la paraffine. Si le bloc
et le dos de la lame soient propres (exempts de est réchauffé, le replacer sur une plaque réfri-
paraffine) pour assurer des coupes de qualité. gérante au congélateur ou refroidir la surface
Régler l’épaisseur des coupes en ajustant l’échelle (sans retirer la cassette du porte-objet) avec un
à 3–4 μm. La régularité du mouvement de la roue aérosol de congélation (fig. 3-35).
motrice facilite la confection du ruban qui s’effec-
tue lors de la descente du bloc au contact avec la Vitesse de coupe
lame de rasoir. Sous l’action de la chaleur produite La vitesse varie selon les pièces à couper et doit
par le frottement avec la lame, la paraffine fond être adaptée à chacun des tissus ; certains se prê-
légèrement ce qui permet aux sections tissulaires tant bien à un travail rapide et d’autres moins. Si
d’adhérer les unes aux autres et de former le ruban. on travaille trop rapidement les coupes peuvent
Dès l’apparition des premières coupes sur le plat être exagérément compressées et si on va trop
du rasoir, saisir à l’aide d’une pince l’extrémité du lentement la coupe peut s’arrêter au milieu d’un
84 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

tissu. Pendant la coupe, le bloc est comprimé. Si la Étalement des rubans


coupe est suspendue quelques instants, le bloc se
Les tissus inclus en paraffine sont très comprimés
décompresse et la première section tissulaire obte-
pendant la coupe. Afin d’atténuer cette compression
nue est plus épaisse.
et d’enlever du tissu les plis, il faut procéder au ramol-
lissement de la paraffine sous l’action de la chaleur.
Principaux problèmes rencontrés C’est la face de la coupe (qui est dirigée vers l’arrière)
pendant la coupe qui doit être apposée sur une lame de verre car sa
Les problèmes rencontrés pour confectionner des régularité facilite son adhésion. Le facteur essentiel
coupes ou obtenir des rubans de qualité peuvent d’une bonne adhérence des coupes est la propreté
être les conséquences d’une mauvaise imprégna- des lames de verre ainsi que la qualité des coupes.
tion et/ou inclusion en paraffine des tissus, ou L’étalement des coupes peut être effectué soit sur
être dus à un mauvais réglage ou serrage des vis une platine chauffante(1), soit par flottaison à la
du microtome, à la lame de rasoir qui est endom- surface d’un bain-marie (fig. 3-36) thermostaté à
magée ou sale, à la température ambiante qui est 37 °C contenant de l’eau distillée et de la gélatine à
trop élevée (tableau 3-8). 1 %(2). La gélatine permet une meilleure adhérence

Tableau 3-8  Résoudre un problème de coupe.


Cause Solution
Avance impossible pour Position avant extrême atteinte Repositionner le porte-objet en le déplaçant vers l’arrière
confectionner des coupes
Il ne se forme pas de ruban Angle de coupe trop grand Diminuer l’inclinaison de l’angle de coupe
Il y a des zones d’épaisseur Angle de coupe défavorable Corriger l’angle de coupe
inégale sur une même coupe.
Paraffine ou tissu trop durs Changer la lame. Utiliser un microtome plus robuste
Le microtome « saute »
des coupes Stabilité du microtome insuffisante Vérifier tous les assemblages de serrage : lame de rasoir,
bloc, leviers et vis
Les coupes sont comprimées, Angle de coupe défavorable Corriger l’angle de coupe
plissées et écrasées les unes
Lame de rasoir émoussée Déplacer ou changer la lame
sur les autres
Paraffine trop molle Refroidir le bloc
Reste de paraffine sur le tranchant de la lame Nettoyer les deux côtés de la lame et son support
Température ambiante trop élevée Refroidir le bloc
Tissu plus mou que la paraffine Reprendre l’imprégnation et l’inclusion
Les coupes se déchirent Lame de rasoir usée Déplacer ou changer la lame
Paraffine refroidie trop lentement (cristallisation) Réinclure
Tissu dur et cassant Retirer le calcaire (décalcification)
Tissu trop mou ou spongieux Reprendre l’imprégnation et l’inclusion
Le ruban se fend, les coupes Angle de coupe défavorable Corriger l’angle de coupe
sont striées ou vibrées
Lame ébréchée ou usée Déplacer ou changer la lame
Impureté dans la paraffine Réinclure
La lame de rasoir « crisse » Angle de coupe défavorable Corriger l’angle de coupe
en coupant
Tissu trop dur Vérifier si une décalcification a été faite
Les coupes s’envolent, viennent Présence d’une charge électrostatique Augmenter l’humidité de l’air
se coller sur le microtome due au frottement pendant la coupe Raccorder le microtome à la terre
ou sur les objets de coupe Éviter certaines tenues vestimentaires
Fenêtres ouvertes ou ventilation (climatisation) Fermer les fenêtres ou arrêter la ventilation (climatisation)
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 85

Fig. 3-36  Étalement d’un ruban par flottaison Fig. 3-37  Récupération sur lame d’une section de coupe.
dans un bain-marie.

des coupes sur les lames de verre. Après usage, la supplémentaires peuvent être réalisées, les lames
gélatine à 1 % est gardée au réfrigérateur : blanches sont stockées dans des boîtes à l’abri de
• (1) le ruban est directement étalé sur la lame la poussière.
recouverte d’eau gélatinée pour le défriper ;
• (2) le ruban est déposé dans le bain-marie (cou- Bloc multitissulaire
ramment appelé piscine) pour l’étendre. La
section tissulaire sélectionnée est détachée du Le bloc multitissulaire (ou tissue array) correspond
ruban avec un objet lancéolé (bistouri, pic) puis à un bloc de paraffine comportant un nombre
récupérée sur une lame (fig. 3-37). important de « carottes » de petit diamètre compris
entre 0,6 à 4 mm alignées dans un ordre précis cor-
Il est important de contrôler la qualité de cha-
respondant à un fragment tissulaire. Les aiguilles de
que coupe. S’assurer qu’il n’y a pas de plis ni de
petit calibre (0,6 à 1 mm) sont le plus couramment
stries, que l’intégrité du prélèvement a été cou-
utilisées car elles permettent de déposer un plus
pée et que le centrage du ruban sur la lame est
grand nombre de prélèvements par bloc « rece-
parfait. La base de la lame peut être drainée sur
veur » et endommagent moins le bloc « donneur ».
du papier absorbant avant de la mettre à sécher à
Pour organiser et retrouver le positionnement des
température ambiante en position verticale sur un
nombreux prélèvements contenus par bloc, il est
portoir. Avant d’entreprendre la coupe d’un autre
utile de s’aider d’un tableau informatisé.
bloc, vérifier qu’il ne reste aucune coupe ou petits
dépôts de paraffine dans le bain-marie. La fabrication comporte plusieurs étapes délica-
tes. Dans un bloc de paraffine vierge (bloc rece-
●● Recommandations veur), des carottes cylindriques sont pratiquées
Les rubans de coupe destinés aux colorations stan- grâce à un emporte-pièce laissant ainsi des trous
dard (HES) et spéciales (excepté les colorations qui accueilleront les carottes provenant de divers
argentiques) sont étalés sur des lames de verre échantillons tissulaires. Les points de carottage
ordinaire. Ceux destinés à une étude immuno-his- sont repérés sous microscope sur une coupe HES.
tochimique, d’hybridation in situ ou une coloration Ils sont identifiés sur la lame à l’aide d’un stylo-
argentique sont étalés dans un bain-marie à 37 °C
feutre. La lame est superposée sur le bloc (don-
contenant de l’eau distillée puis récupérés sur des
lames de verre chargées positivement facilitant
neur) correspondant afin de permettre le repérage
ainsi leur adhérence. Pour certains types de prélè- des zones d’intérêt à carotter (fig. 3-38). Le pré-
vement des niveaux de coupe sont nécessaires, les lèvement de la carotte du bloc donneur est ôté par
rubans sont récupérés dans l’ordre de leur obten- un emporte-pièce puis amené à la surface du bloc
tion sur des lames identifiées (niveaux 1, 2, 3…). receveur. À l’aide d’un stylet, la carotte est pous-
En vue de techniques complémentaires, des coupes sée hors de l’emporte-pièce et transférée dans le
86 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-38  Bloc multitissulaire.


Région d’intérêt à carotter pour être transférée dans le bloc
receveur.
Fig. 3-40  Vérification coupes/blocs multitissulaires.

Fig. 3-39  Fabrication d’un bloc multitissulaire. Fig. 3-41  Aspect macroscopique d’une coupe multitissu-
laire après immuno-histochimie (peroxydase/DAB).

trou du bloc receveur préfabriqué. Le bloc multi­ classique. Parfois les carottes adhèrent mal au
tissulaire se construit en répétant cette opération bloc récepteur et des échantillons peuvent être
(fig. 3-39). De ce fait, il peut comporter de nom- perdus lors de la confection des coupes.
breuses carottes de différents prélèvements.
Cette microtechnologie a pour avantage de pou-
voir après la coupe observer au microscope un Étapes préparatoires à la coloration
jeu ordonné de tissus différents réunis sur une Séchage des lames
seule lame (fig. 3-40). Elle peut être utile dans le
développement de nouvelles techniques, pour la Pour faciliter l’adhérence des coupes sur la lame
validation de marqueurs immuno-histochimiques de verre avant l’étape de déparaffinage, les lames
(fig. 3-41) et la réalisation des contrôles qualité. doivent être « cuites ». Cette cuisson permet d’éli-
Pour des études rétrospectives, les tissus fixés par miner (par évaporation) la pellicule d’eau qui se
le liquide de Bouin ne permettent pas certaines trouve entre la coupe et la lame. Elle est réalisée
analyses, la biologie moléculaire en particulier. dans une étuve dont la température doit être légè-
rement inférieure au point de fusion de la paraf-
●● Attention fine utilisée. Les portoirs de lames sont placés
La coupe au microtome d’un bloc multitissulaire (de préférence en position horizontale) dans une
est plus délicate que celle d’un bloc de paraffine étuve ventilée à 58 °C pendant 1 heure.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 87

Tableau 3-9  Cycle de déparaffinage et de réhydratation.


Étapes Temps
Toluène 5 minutes × 3 bains
Éthanol absolu 2 minutes × 2 bains
Éthanol 95° 2 minutes × 1 bain
Eau 2 minutes × 2 bains

Déparaffinage
La première étape de toute coloration d’une
coupe histologique est d’éliminer la paraffine du
tissu pour que les colorants puissent le pénétrer.
À la sortie de l’étuve, les lames subissent (dans un Fig. 3-42  Aspect microscopique de la coloration
automate pour une bonne reproductibilité) un hématoxyline éosine safran (HES).
Vue d’ensemble (sein, carcinome canalaire infiltrant).
déparaffinage afin d’éliminer la paraffine à l’aide
d’un solvant (toluène, xylène), puis une réhydra-
tation qui consiste à substituer progressivement le
solvant du tissu par des bains d’éthanol décroissants des tissus. La coloration usuelle la plus utilisée est
pour amener à l’eau (tableau 3-9). Le toluène est la coloration hématoxyline éosine safran – HES
le solvant le plus utilisé car c’est un agent éclaircis- (fig. 3-42). Elle renseigne sur la répartition, l’archi-
sant qui dissout le mieux la paraffine. tecture et la structure des cellules (cf. p. 104). Le
but de cette coloration trichromique est d’associer
Étant donné que la plupart des colorants sont uti- un colorant nucléaire (noyaux bleus), un colorant
lisés en solution aqueuse, leur pénétration ne peut cytoplasmique (cytoplasmes roses à rouges), et un
être assurée que si les coupes sont imprégnées d’eau. colorant du tissu conjonctif (jaune orangé). Son
L’hydratation a pour objet de retirer le toluène et principal avantage est la coloration jaune orangé
de le remplacer par de l’eau. Les lames doivent être donné au collagène (constituant fibreux majeur
entièrement immergées dans des bains de toluène du tissu conjonctif) par le safran. Compte tenu
et d’éthanol propres (non polluer par la paraffine). du coût non négligeable du safran, une méthode
Les problèmes les plus fréquents reliés à l’hydra- bichromique – la coloration hématoxyline éosine
tation sont le décollement des coupes et l’enlève- (HE) – est parfois utilisée. L’éosine teinte en rose
ment incomplet du toluène. À la fin du cycle de non seulement les cytoplasmes mais aussi le colla-
déparaffinage, la coupe paraît transparente alors gène en rose pâle et les fibres élastiques en rose vif.
que l’imprégnation par l’éthanol la rend norma- L’HES suffit généralement à porter un diagnos-
lement opaque. On observe vite si l’hydratation tic mais peut être complétée par des colorations
n’a pas été bien faite car le tissu ne s’opacifie pas spéciales.
aux endroits où il reste du toluène. Lorsque le
déparaffinage a été mal fait des zones d’inégalité
(où la couleur n’a pas pris à côté d’autres régions Étapes préparatoires au montage
où la coloration s’est fixée) peuvent être obser-
vées en fin de coloration. Il peut également arriver Déshydratation
qu’un enlèvement défectueux de la paraffine laisse Cette étape permet de préparer les lames après une
un pigment biréfringent intranucléaire (artefact). coloration afin de réaliser un montage en résine.
Pour éviter ces problèmes, il est nécessaire de Les préparations subissent une déshydratation qui
changer les bains régulièrement. consiste à retirer l’eau des coupes par des bains
successifs d’éthanol absolu puis à un éclaircisse-
Coloration
ment dans des bains de toluène, celui-ci étant mis-
Le fait de colorer les coupes permet de visualiser cible avec le milieu de montage (tableau 3-10).
les trois principaux constituants morphologiques Cette étape doit être rapide car l’éthanol (surtout
88 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 3-10  Cycle de déshydratation. Il est important de vérifier que l’intégrité du pré-
Étapes Temps lèvement se trouve sur la coupe colorée sans plis
Éthanol absolu 2 minutes × 2 bains et 1 minute × 1 bain
ni stries et que le nombre de prélèvements indi-
qué sur la fiche de travail est le même que celui
Toluène 1 minute × 2 bains
retrouvé sur la coupe et le bloc. La coupe ne doit
pas être trop épaisse, la coloration homogène et la
en faible concentration) est susceptible d’extraire lamelle de montage bien centrée et sans bulle d’air
plusieurs colorants des coupes. L’éthanol absolu (fig. 3-44). Chaque lame est identifiée par une éti-
du dernier bain peut être remplacé par l’alcool quette (informatisée ou manuscrite) indexée de la
isopropylique (isopropanol C3H8O, liquide lettre et/ou du chiffre puis collée au niveau du
inflammable) qui a moins tendance à dissoudre les rodage. Des informations complémentaires telles
colorants, et qui possède les mêmes propriétés que que les niveaux de coupe, la coloration spéciale
le toluène, mais est moins nocif. réalisée ou l’anticorps utilisé doivent de plus y être
annotées. Après vérification et étiquetage, le nom-
Montage bre de blocs pour chaque série doit être identique
à celui noté sur la fiche de travail. Les lames sont
Cette opération (réalisée par un automate ou classées sur des plateaux, par série et par patient en
manuellement) consiste à fixer à l’aide d’une suivant l’ordre de la fiche de travail, et transmises
résine synthétique une lamelle couvre-objet sur la au médecin pour la lecture.
coupe afin de la protéger de la dégradation chimi-
que des colorants qui s’oxydent à l’air et des bris
mécaniques (cf. p. 50). Examen microscopique
Le pathologiste juge si l’interprétation des coupes
Préparation des plateaux colorées par l’HES est suffisante pour établir un
de lecture diagnostic ou s’il doit être complété par d’autres
techniques (histochimiques et/ou immuno-his-
Cette étape post-coloration consiste en une tochimiques). Pour certains cas, les premiers
vérification rigoureuse de chaque lame avec niveaux de coupe d’un bloc déterminé ou d’une
son bloc d’origine (fig. 3-43) et sa fiche de tra- série de blocs ne sont pas informatifs pour met-
vail (accompagnée éventuellement de la fiche tre en évidence des aspects lésionnels. De ce fait,
de macroscopie) puis identifiée avant d’être une recoupe du bloc ou une macroscopie sur les
transmise au pathologiste pour l’interprétation résidus conservés en réserve (qui sont identifiés
microscopique. comme un deuxième départ) sont demandées.

Fig. 3-43  Vérification d’une série de coupes après colora-


tion par l’hématoxyline éosine safran (HES) et montage des
préparations (lamelle couvre-objet). Fig. 3-44  Coupe colorée (HES)/bloc d’inclusion.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 89

Étapes de préparation Cytologie


d’un spécimen tissulaire
pour analyse histologique Définition
La cytologie est l’examen microscopique de cel-
Acte chirurgical
lules, isolées ou en petits amas, étalées sur lame
↓ de verre et colorées pour permettre de distinguer
Réception et enregistrement des prélèvements tissulaires plus aisément leur aspect, leur origine et leurs
↓ anomalies afin d’établir un cytodiagnostic. Elle
Macroscopie à l’état frais a l’avantage de montrer les détails cellulaires et
(± congélation pour analyses moléculaires, l’inconvénient de ne fournir aucune indication sur
conservation en tumorothèque et/ou milieu l’organisation tissulaire, les anomalies architectu-
de culture pour analyse cytogénétique) rales et les aspects d’envahissement. La cytolo-
↓ gie doit être considérée comme une méthode de
dépistage, d’approche ou de complément pour le
Demande d’examen extemporané pouvant
modifier l’acte chirurgical diagnostic d’une lésion. Son avantage est de pou-
voir donner un résultat urgent le jour même, voire

dans l’heure qui suit le prélèvement car les métho-
Fixation des tissus des et les techniques sont rapides.
↓ Le cytodiagnostic repose sur les connaissances des
Macroscopie à l’état fixé caractères morphologiques des cellules normales
↓ ou pathologiques isolées de leur contexte tissu-
Imprégnation laire : la taille et la forme des cellules, leur mode
de groupement, ainsi que le type des substances

intercellulaires. Il permet donc de détecter la
Inclusion présence de cellules anormales mais ne peut pas
↓ déterminer si un cancer est invasif ou pas. N’ayant
Microtomie pas de valeur médico-légale, il a surtout une valeur
↓ d’orientation diagnostic.
Coloration HES
↓ Utilité de l’examen cytologique
Montage lame–lamelle • Dépistage des lésions pour orienter un diagnostic.
↓ • Indispensable pour les lésions difficilement
Contrôle des lames et des blocs accessibles à la biopsie et/ou infracliniques.
• Confirme ou « redresse » parfois un diagnostic

radio-clinique de bénignité ou de malignité.
Examen microscopique
• Ponction des ganglions satellites dans le bilan
↓ d’extension des cancers.
Demande éventuelle de coloration(s) spéciale(s) • Face à une métastase révélatrice d’un cancer,
et/ou immuno-histochimique(s) il permet de diriger la recherche d’une origine
↓ primitive.
Interprétation • Confirme la métastase d’un cancer connu, ce

qui permet d’évaluer le stade clinique.
• Évacue un kyste ou un liquide d’une cavité.
Compte rendu et conclusion
• Frottis de détection ou de surveillance en gyné-
↓ cologie (frottis cervico-utérins).
Archivage • Suivi thérapeutique et post-thérapeutique.
90 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Prélèvement cytologique structures, il existe des consultations dédiées aux


cytoponctions des lésions palpables (fig. 3-45),
La cytologie intéresse à des fins diagnostiques prin- non palpables ou profondes (fig.  3-46). Elles
cipalement la gynécologie (frottis cervico-utérin et sont assurées par des cytopathologistes « ponc-
aspiration endométriale), mais également les liqui- tionneurs » pour les lésions palpables et par des
des de l’organisme (écoulement ; épanchement : radiologues, éventuellement assistés d’un cytopa-
ascite, liquide pleural ; liquide céphalorachidien : thologiste, pour les lésions non palpables. Au cours
LCR ; urines), l’hématologie (ganglion et moelle de ces consultations, une coloration en extempo-
osseuse) et la pathologie des organes (glandes sali- rané similaire au May-Grünwald-Giemsa (MGG),
vaires, foie, poumon, rein, sein, thyroïde…). Les le Diff Quik® (fig. 3-47 ; cf.  tableau  3-19), peut
cellules isolées ou les petits amas cellulaires ainsi être réalisée à partir d’un étalement (fig. 3-48)
que les liquides peuvent être obtenus de diverses pour évaluer la cellularité de la cytoponction et
façons (tableau 3-11). établir un cytodiagnostic de présomption afin
Les prélèvements cytologiques (selon leur ori- d’orienter le médecin vers l’application de certains
gine) sont généralement réalisés par des médecins examens complémentaires (bactériologique, bio-
spécialistes au cours de leur consultation, au bloc logie moléculaire, colorations spéciales, cytogé-
opératoire ou au chevet du patient. Dans certaines nétique, immunochimique) et/ou la congélation

Tableau 3-11  Différentes préparations cytologiques selon le type de prélèvement.


Cytologie Apposition ou empreinte (biopsie, pièce opératoire)
exfoliative Aspiration ou brossage par un orifice naturel souvent effectué au cours d’une exploration fibroscopique ou endoscopique
Frottis ou grattage d’une desquamation cutanée, de revêtement d’une muqueuse ou d’une séreuse
Produit de sécrétion : écoulement mamelonnaire, expectoration, urines…
Cytoponction Lésion palpable ou superficielle d’un organe ou d’une tumeur de différents sièges anatomiques (ganglion, nodule mammaire
ou thyroïdien…)
Guidée par imagerie médicale (échographique ou scannographique) qui repère à la fois l’aiguille (visible en temps réel)
et son objectif qui n’est pas palpable ou profond
Ponction Liquide de ponction lombaire (LCR)
Épanchement normal ou pathologique dans une cavité séreuse (pleurale, péritonéale) ou articulaire
Collection lymphatique, kyste
Moelle osseuse (myélogramme) et échantillon de moelle (pool médullaire)

Fig. 3-45  Cytoponction d’une masse parotidienne. Fig. 3-46  Cytoponction échoguidée d’une lésion mam-
maire (évacuation d’un kyste).
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 91

(sur tube sec) en azote liquide pour tumoro-


thèque. Cet examen permet aussi de réduire au
strict minimum le nombre de cytoponctions
et/ou biopsies. Pour la cytologie en milieu liquide,
le produit de cytoponction est directement placé
dans un flacon contenant un conservateur spé-
cifique. Si du liquide est recueilli (cf. fig. 4-5),
celui-ci est placé dans un tube hépariné (pour
éviter une éventuelle coagulation) en attendant
d’être techniqué ultérieurement au laboratoire,
l’aspect (couleur, limpidité, viscosité) ainsi
que la quantité prélevée sont notés sur la fiche
d’examen.
Fig. 3-47  Coloration rapide d’un étalement au Diff Quik®.

Cytopréparation
des échantillons cellulaires
Les échantillons cellulaires soumis à la cytopré-
paration sont techniqués selon des protocoles
en vigueur et le plus rapidement possible afin
d’éviter les altérations cellulaires dans le but
d’obtenir des étalements contributifs et des
colorations de qualité (tableau 3-12). En cas
de besoin, par exemple en dehors des heures
d’ouverture du laboratoire, un liquide peut être
provisoirement stocké dans un réfrigérateur à
+ 4 °C, excepté le LCR qui doit impérativement
Fig. 3-48  Préparations cytologiques. être techniqué dans les plus brefs délais à cause
Lames blanches en vue d’une coloration par le May-Grünwald- de sa fragilité.
Giemsa (MGG) et lame colorée au Diff Quik®.

Tableau 3-12  Méthode de préparation cytologique selon le type du prélèvement.


Échantillon cellulaire Méthode
Aspiration et brossage bronchiques Étalement direct à la brosse et/ou étalement en couche mince (LBC)
Échantillon de moelle osseuse Centrifugation sur Ficoll® puis cytospot
Lavage broncho-alvéolaire Selon la recherche de cellules tumorales(1) ou d’agents pathogènes(2) le mode opératoire
est différent :
(1)
centrifugation puis étalement manuel et/ou en couche mince ou étalement direct à la brosse
(2)
numération en cellule de Malassez avec du bleu trypan puis cytocentrifugation (5.104
cellules/lame en spot de 500 μl) pour la réalisation de colorations spéciales
Liquides (ascite, kyste, liquide pleural) Centrifugation puis étalement manuel et/ou en couche mince
Liquide céphalorachidien (LCR) et liquides Cytocentrifugation (cytospot)
translucides ou clairs
Urines Filtration sur pompe à vide ou centrifugation et suivant le culot obtenu, réalisation d’étalement
manuel ou en couche mince
92 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

●● Attention éviter un écrasement des cellules ou des amas en


Les échantillons biologiques, en particulier le liquide plusieurs couches peu interprétables. Une goutte
céphalorachidien (LCR) et le lavage broncho- du matériel est délicatement déposée à l’extré-
­alvéolaire (LBA), présentent un risque infectieux mité d’une lame ordinaire au-dessous de la partie
important. Manipuler les échantillons biologiques dépolie. L’étalement est réalisé (dans le sens de
avec des gants et, si nécessaire, avec une protec- la longueur de la lame) à l’aide d’une autre lame
tion respiratoire (masque).
légèrement inclinée sur la goutte afin que le maté-
riel puisse diffuser entre elles deux (fig. 3-49a).
Confection des étalements Le geste doit être rapide pour éviter la coagula-
tion (si le matériel est hématique ; cf. fig. 4-4b),
Les étalements doivent être réalisés sur des lames de façon uniforme sans retour en arrière ni dévia-
propres et sèches sans trace d’empreintes digitales. tion et à vitesse constante afin de bien dissocier
La qualité des étalements conditionne la qualité de les placards cellulaires et ne pas endommager les
l’étude morphologique. Les frottis hémorragiques, cellules (fig. 3-49b). L’appréciation visuelle de la
trop épais ainsi que les superpositions cellulaires lame fraîchement étalée et encore humide permet
peuvent gêner l’interprétation microscopique. de contrôler la qualité du matériel et de l’étale-
ment (fig. 3-49c).
Étalement manuel conventionnel
●● Attention
L’étalement est un temps capital de la cytologie. Ce Éviter un geste trop appuyé qui produit des étire-
geste simple doit être parfaitement maîtrisé pour ments cellulaires artefactiels lors de la lecture et

Fig. 3-49  Étalement manuel.


a. Diffusion de la goutte du matériel entre deux lames.
b. Étalement du matériel sur la lame à l’aide d’une autre lame
inclinée.
c. Appréciation visuelle.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 93

tout geste en zigzag, arrêt brusque ou retour en ouverte selon son grand axe avant sa fixation (gan-
arrière d’étalement donnant des superpositions glion, tumeur). La même tranche de section peut
cellulaires souvent difficiles à analyser. Les étale- être apposée en des endroits différents de la même
ments de type frottis sanguin sont déconseillés. lame en respectant un intervalle entre chaque
apposition (cf. fig. 3-60a). La réalisation d’une
Étalement à l’aide d’un dispositif apposition n’entraîne aucune déformation des cel-
de prélèvement lules. Elle permet d’obtenir une excellente image
Cette méthode d’étalement est le plus souvent cytologique de la tumeur et une approximation de
réalisée pour les frottis cervico-utérins ou les aspi- son architecture puisque l’on observe un calque
rations et brossages bronchiques. À l’aide d’un de la tranche de section.
dispositif de prélèvement (balai, cytobrosse, écou-
villon ou spatule), le matériel obtenu est déposé
en frottant le dispositif sur une lame. Pour les aspi- Cytopréparation des liquides
rations et les brossages bronchiques, à l’aide d’une
cytobrosse plongée et agitée manuellement dans Il existe plusieurs procédés techniques pour récu-
la suspension (fig. 3-50a), du matériel est direc- pérer des cellules en suspension dans un liquide
tement étalé par des mouvements de rotation de physiologique ou de conservation. Selon l’origine
celle-ci sur une lame (fig. 3-50b). de l’échantillon et son aspect (clair, hémorragique,
visqueux…), des modes opératoires différents
Écrasi peuvent être réalisés. La centrifugation classique
permet d’obtenir une concentration cellulaire
Il est réalisé à partir d’un fragment tissulaire de accumulée soit au fond d’un tube conique, soit
consistance molle ou après un broyage (au scalpel) au-dessus d’un produit chimique (par variation de
d’un morceau plus dur. Le fragment ou le produit densité) comme le Ficoll®. La cytocentrifugation
de broyage est écrasé ou étiré entre deux lames. représente une aide inestimable pour le diagnos-
tic grâce à la concentration des cellules et à leur
Empreinte ou apposition
étalement monocellulaire sur une surface réduite
Elle est obtenue par application sur lame d’un frag- offrant une lecture rapide de la préparation. La
ment biopsié (biopsie médullaire) ou de la tranche technique de filtration sur membrane est une
de section nette d’une pièce d’exérèse fraîche et technique permettant de regrouper les cellules

Fig. 3-50  Étalement à l’aide d’une cytobrosse.


a. Récupération d’un échantillon du prélèvement à l’aide d’une cytobrosse plongée dans la suspension (aspiration bronchique).
b. Étalement du matériel sur lame.
94 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

lorsqu’elles sont en faible concentration dans de


grands volumes de liquide ou lorsque le volume
est trop réduit pour être traité par la centrifuga-
tion habituelle.

Centrifugation
Système qui utilise la force centrifuge pour sépa-
rer les constituants de masses volumiques diffé-
rentes, les plus lourds s’accumulant au fond du
tube formant ainsi le culot. Dans certains cas, les
éléments cellulaires sont plus légers que les héma-
ties et forment une sorte d’anneau rosé ou blan-
châtre entre le culot hématique et le surnagent
(tableau 3-13).
Le liquide placé dans un tube bouché (conique en
matière plastique) est déposé dans une des nacel-
Fig. 3-51  Centrifugeuse Eppendorf Centrifuge 5810®.
les de la centrifugeuse qui doit être équilibrée avec
un tube identique contenant le même volume
(fig.  3-51). Dans une enceinte fermée, le liquide
subit une rotation dont la vitesse et le temps sont
prédéfinis en fonction du matériel (2500 t/min
pendant 5 minutes pour une ascite, un kyste ou un
liquide pleural). À la fin du programme, le surnagent
est éliminé et le culot obtenu récupéré à l’aide d’une
pipette automatique (fig. 3-52) afin de réaliser des
étalements manuels et/ou en couche mince.

Centrifugation sur gradients de densité


Les variations de densité sont obtenues en faisant
varier la concentration d’un produit chimique
dans une solution. Le Ficoll® (polymère de glu-
cose, l’épichlorohydrine) a pour principal avan- Fig. 3-52  Récupération du culot de centrifugation à l’aide
d’une pipette automatique.
tage de produire des densités élevées sans générer
de fortes pressions osmotiques.

Cette méthode permet d’obtenir une bonne


Tableau 3-13  Aspects post-centrifugation. concentration des éléments nucléés d’origine
Culot suffisamment Le liquide excédentaire (surnagent) sanguine ou épithéliale en cas de prélèvement très
riche est éliminé en veillant bien à « assécher »
hématique. Elle est aussi utilisée pour la détec-
le matériel concentré
tion des métastases et/ou des micrométastases
Culot pauvre Le surnagent est pipeté (mais pas
en totalité) délicatement le long de la
dans la moelle osseuse. L’échantillon de moelle
paroi du tube. Le reste est remis en est déposé à la surface du Ficoll®. Après centri-
suspension « vortex » afin de réaliser fugation (sans frein pour éviter l’activation des
une cytocentrifugation plaquettes), les cellules mononucléées se rassem-
Anneau Les cellules formant l’anneau sont blent en un anneau opaque au-dessus du Ficoll®
récupérées à l’aide d’une pipette (fig. 3-53a). Celui-ci est prélevé délicatement
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 95

Fig. 3-53  Centrifugation sur gradients de densité.


a. Anneaux formés au-dessus du Ficoll® après centrifugation.
b. Récupération de l’anneau à l’aide d’une pipette.

avec une pipette afin de confectionner des cytos- le basculement, les cellules sont déposées sur la
pots (fig. 3-53b). lame tandis que le surnagent est absorbé par le
filtre.
Cytocentrifugation La Cytospin® est principalement utilisée pour les
liquides (LCR) ou les suspensions peu abondan-
Système qui utilise la force centrifuge (dans une tes et/ou paucicellulaires. La vitesse et le temps
enceinte fermée) pour déposer les cellules en peuvent être programmés en fonction du matériel
couche mince et homogène dans une zone bien (700 t/min pendant 5 minutes pour le LCR). En
définie d’une lame tout en préservant l’intégrité position de chargement ou à l’arrêt, les godets à
cellulaire (cf. fig. 3-60b). échantillons sont inclinés de façon à éviter les fui-
La suspension est distribuée dans des cuves ou tes de liquide sur la lame et à limiter les pertes de
des godets auxquels sont associés un filtre et cellules (fig. 3-55). Pendant le fonctionnement,
une lame, le tout assemblé grâce à un support. les cellules sont projetées sur la lame perpendicu-
Cet ensemble est disposé sur un rotor à bascule laire à l’axe de rotation formant ainsi un disque
qui doit être équilibré par un ensemble identi- de 0,5 mm tandis que le surnagent en excès est
que (fig. 3-54). La force centrifuge provoque absorbé par le filtre.

Fig. 3-54  Centrifugeuse Hettich Universal 16A® (cytospot). Fig. 3-55  Cytospin 2 Shandon®.
96 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

●● Conseils complet du liquide, cette membrane est récupé-


Tenir compte du volume de liquide nécessaire rée à l’aide d’une pince pour être apposée sur une
(minima et maxima) correspondant à l’absorption lame (cf. fig. 3-60b).
du filtre utilisé. La concentration cellulaire (exacte
ou approximative) de l’échantillon doit être établie
avant la cytocentrifugation. Les échantillons conte- Fixation des étalements
nant une concentration cellulaire supérieure à la
quantité optimale produisent des cytospots avec Ce sont les protéines de la sérosité, enserrant les
des cellules trop condensées ou se chevauchant. cellules, qui favorisent l’adhésion de celles-ci à la
Ceux contenant une concentration cellulaire trop lame. La fixation se fait généralement par l’utilisa-
faible produisent des cytospots avec des cellules tion de solutions fixatrices ou par séchage à l’air.
éparses difficiles à localiser. Elle est déterminée par le choix des colorations
employées et des techniques spéciales éventuelles
Décantation envisagées. Elle doit impérativement être adaptée à
La décantation (ou sédimentation) consiste à laisser la coloration qui suit car elle conditionne sa qualité
reposer un liquide pour le séparer des particules iné- (tableau 3-14). Une fixation défectueuse provo-
galement denses qu’il tenait en suspension. Cette que des artefacts qui peuvent être à l’origine d’er-
méthode est utilisée dans les techniques de cyto- reurs d’interprétation. En son absence, les cellules
logie en milieu liquide, car elle permet de séparer s’altèrent très vite, perdent leurs caractéristiques
(sous l’action de la gravité) le matériel cytologique morphologiques et deviennent ininterprétables.
placé en suspension dans une solution spécifique Pour une étude immuno-cytochimique la fixation
afin de réaliser des étalements en couche mince. est choisie en fonction du marqueur recherché
et de la technique utilisée (enzymatique ou en
Filtration fluorescence).
La filtration permet d’obtenir une bonne concen-
tration cellulaire et une morphologie d’excellente Cytologie en milieu liquide
qualité. La filtration sur pompe à vide permet de
retenir les cellules d’intérêt contenues dans un À côté de la technique traditionnelle d’étalement
liquide (urines) grâce à une membrane micro- manuel (frottis conventionnel ; cf. fig. 3-60a)
poreuse (de quelques microns). Après passage réalisé par le médecin préleveur, il existe des

Tableau 3-14  Fixation selon la coloration envisagée.


Coloration Fixation
MGG ou Diff Quik®
Agitation manuelle ou séchage avec un séchoir à cheveux en position « air froid » pour que les cellules soient collées
par la sérosité desséchée
Séchage à l’air libre et à température ambiante
Attention ! Surtout ne pas sécher les étalements en chauffant, sinon il y a détérioration des structures cellulaires
Papanicolaou Immersion immédiate de l’étalement, du frottis ou du spot cellulaire encore humide dans un flacon d’éthanol 95°
(en séparant les lames par un trombone) ou par pulvérisation douce d’un spray spécial pour fixation cytologique
(à base d’alcool isopropylique et de polyéthylène glycol) à environ 15 cm de distance
Fixation : au moins 1 heure
À noter : un défaut de fixation est perceptible après la coloration par le manque de détails cellulaires associé
à une pâleur, une éosinophilie nucléaire et cytoplasmique. L’éthanol utilisé seul en tant que fixateur doit avoir
une concentration supérieure à plus de 80 %, sinon il peut lyser les globules rouges et les cellules
Attention ! La fixation par séchage à l’air est proscrite. Si les lames parviennent sèches, les réhydrater pendant
10 minutes dans du sérum physiologique puis les immerger dans un bain d’éthanol 95° pendant 1 heure
Coloration spéciale Choisie en fonction de la substance à mettre en évidence ; par exemple, pour la recherche de mucosubstances,
fixation à l’air ou par immersion dans l’éthanol 70°
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 97

techniques d’étalement cellulaire sur lames après protéines contenues dans le cytoplasme. Chacune
fixation en milieu liquide et réalisées au labora- des techniques de LBC possède un liquide spéci-
toire par le (la) technicien(ne) ou par un automate fique dont la composition reste secrète. En règle
(cf. fig. 3-60b). Cette technique de cytologie en générale, ces solutions commercialisées contien-
milieu liquide, développée initialement pour les nent un fixateur alcoolique (éthanol ou méthanol)
prélèvements gynécologiques, est adaptable aux à des concentrations variables avec des additifs
prélèvements non gynécologiques. La cytologie tels que des agents hémolytiques et/ou mucoly-
en milieu liquide (LBC : liquid based cytology) tiques pour empêcher la formation de fibrine, de
présente l’avantage de gommer les imperfections l’acide éthylène diamine tétra-acétique (EDTA)
dépendant du geste du médecin au moment de la pour dissocier les amas cellulaires et du polyéthy-
réalisation des étalements sur lames (artefacts et lène glycol pour diminuer la rétraction cytoplas-
de fixation), le matériel cytologique obtenu étant mique. Le temps de fixation recommandé par les
directement mis en contact avec un conservateur différentes firmes est important. Il est nécessaire
spécifique. Celui-ci fixe immédiatement les cellu- afin que les cellules offrent suffisamment de résis-
les, éliminant tout risque de dénaturation pour tance au niveau de leur membrane cytoplasmique
garantir les qualités morphologiques et moléculai- et nucléaire pour subir des contraintes mécaniques
res du matériel prélevé. telles que l’agitation ou le dépôt sur lame.
Au-delà du diagnostic cytomorphologique, la
méthode LBC offre la possibilité de confection- Différentes techniques
ner des étalements supplémentaires (si le matériel
restant dans le flacon est assez cellulaire) ou des Plusieurs techniques sont commercialisées pour
prélèvements destinés en particulier aux techni- réaliser des étalements en couche mince. Ces
ques complémentaires de biologie moléculaire techniques sont soit totalement manuelles, soit
(recherche du papillomavirus humain [HPV] semi-automatisées, soit totalement automatisées.
oncogènes pour la cytologie gynécologique) ou La première étape est identique pour toutes ces
d’immuno-cytochimie utilisant un large panel de techniques et repose sur l’homogénéisation de la
marqueurs (cytologies non gynécologiques). De suspension cellulaire réalisée par agitation afin de
plus, la conservation des prélèvements dans le séparer des groupes de cellules tout en préservant
liquide fixateur à + 4 °C ou à −20 °C (en tumoro- leur morphologie. Les étapes suivantes diffèrent
thèque) permet de prolonger la préservation des au plan technique et peuvent être séparées en trois
échantillons plusieurs mois sans les altérer. Cette grands groupes : la centrifugation, la décantation
banque cellulaire peut servir de témoins néga- et l’aspiration sur membrane microporeuse. Les
tifs ou positifs pour des techniques d’immuno- techniques de centrifugation sont toujours des
­cytochimie de diagnostic et s’avérer utile pour des techniques manuelles qui n’effectuent aucun tri
études rétrospectives, la validation de nouveaux cellulaire et se contentent de projeter les cellules
marqueurs immuno-cytochimiques, l’enseigne- sur la lame d’étalement. Les techniques de décan-
ment et des contrôles qualité. tation sont soit semi-automatisées, soit totalement
automatisées, tout comme les techniques d’aspi-
Ces techniques, qui fournissent des préparations
ration sur membrane microporeuse. Ces deux
cellulaires homogènes et propres, ont rendu pos-
dernières techniques effectuent, avant ou pendant
sible l’essor de techniques d’assistance à la lecture
la réalisation de l’étalement en couche mince, un
des frottis gynécologiques en sélectionnant les cel-
tri cellulaire de qualité variable. L’étalement final
lules d’intérêt (analyseurs d’images).
en couche mince présente des particularités en
fonction des techniques utilisées avec des arte-
Fixation
facts liés aux contraintes mécaniques, que sont
Le principe de la fixation est de conserver les cellules essentiellement la centrifugation et l’aspiration
dans un état aussi proche de l’état biologique que sur membrane, et des densités cellulaires des éta-
possible en réduisant l’autolyse et en précipitant les lements parfois très homogènes pour notamment
98 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

les techniques d’aspiration sur membrane ou par- 25, 50 et 100 de la firme Novacyt et par les TP®
fois beaucoup plus variables pour certaines techni- 5000 et 3000 de la firme Cytyc (tableau 3-15).
ques de centrifugation ou de décantation, reflets
de la qualité du prélèvement initial du médecin Exemple de technique semi-automatisée
préleveur. pour le frottis gynécologique
Dans la technique ThinPrep® 2000 (fig. 3-56),
Préparation de l’étalement le matériel cytologique est placé dans un flacon
en couche mince spécifique ne contenant pas le dispositif de prélè-
vement. Le (la) technicien(ne) charge l’automate
La technique consiste à confectionner des étale- de façon unitaire avec un flacon ouvert et un filtre,
ments du matériel recueilli par frottis (col utérin, puis ferme l’automate. Le programme est ensuite
vagin), par ponction (organe plein, séreuse) ou sélectionné en fonction de la nature du prélève-
par aspiration/brossage (liquide alvéolaire, bron- ment. La dispersion et l’homogénéisation se font
che), placé dans une solution appropriée. par une rotation rapide d’un cylindre filtre à usage
Les approches techniques sont différentes en fonc- unique inséré dans le flacon créant ainsi un effet
tion du site de prélèvement ou du type de cellules « vortex ». Le vide créé par l’automate au travers
recueillies. Elles sont très simples et standardisées du filtre aspire les éléments cellulaires qui viennent
pour les cytologies gynécologiques (frottis de se plaquer sur la surface extérieure de la membrane
dépistage du cancer du col utérin) mais, en revan- filtrante. Lorsque les pores du filtre sont colmatés
che, souvent plus complexes (plus de manipula-
tions, différents types de milieu de fixation) pour
les cytologies dites spéciales ou non gynécologi-
ques. Seules les techniques semi-automatisées et
automatisées sont développées ici, les techniques
manuelles étant vouées à disparaître en raison de
leur absence de standardisation, de l’importance
de la surcharge de travail qu’elles représentent et
des problèmes de contamination liés à l’effet nébu-
lisation des milieux alcooliques en centrifugation.
Les techniques semi-automatisées sont repré-
sentées par la technique PrepStain® de la firme
Beckton-Dickinson (ancien TriPath Imaging) et
par la technique ThinPrep® (TP) 2000 de la firme
Cytyc. Les techniques automatisées sont représen- Fig. 3-56  Préparateur automatique à chargement indivi-
tées par les Novaprep® Processor System (NPS) duel ThinPrep® 2000 (Cytyc).

Tableau 3-15  Résumé des caractéristiques pour les cytologies gynécologiques.


Produit Société Technique utilisée Liquide fixateur Automatisation
CYTO-Screen® Seroa Centrifugation Éthanol (I) Non
NovaPrep ®
Novacyt Double décantation Éthanol (NI) Oui
Papspin® Thermo Shandon Centrifugation Éthanol (I) Non
PrepStain® Beckton-Dickinson Centrifugation puis Éthanol (NI) Incomplète
décantation
ThinPrep® Cytyc Filtration sur membrane Méthanol (I, T) Oui/incomplète(1)
Turbitec ®
Labonord Centrifugation Éthanol (I) Non
I = inflammable, NI = non inflammable, T = toxique.
(1)  Thin Prep® 2000, automatisation incomplète.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 99

(par des éléments supérieurs à 5 microns), le vide et d’harmoniser la gestion des prélèvements au
est de plus en plus difficile à obtenir et la machine sein de l’automate pour optimiser le couple temps
stoppe son aspiration. Ensuite, les cellules sont de décantation/prélèvement des cellules d’inté-
projetées par pression positive du filtre sur la lame. rêt. Un volume optimisé de suspension cellulaire
Le transfert terminé, celle-ci est automatiquement est alors aspiré, mélangé à une solution adhérente,
immergée dans un bac contenant de l’éthanol 95 ° puis déposé dans une chambre de décantation pré-
permettant ainsi une coloration de Papanicolaou sentant la particularité d’être couplée à un système
selon la technique utilisée dans le laboratoire. absorbant périphérique monté sur lame, afin que les
cellules et le contexte cellulaire préservé se déposent
Exemple de technique entièrement uniformément en couche mince sur la lame grâce à la
automatisée pour le frottis gynécologique maîtrise conjuguée du temps et de la décantation.
Dans la technique Novaprep® Processor System 25,
50 ou 100 (fig. 3-57), le matériel cytologique est Avantage et inconvénient
placé dans un flacon très spécifique conservant la Les techniques de cytologie non gynécologiques
brosse de prélèvement. Ce flacon possède un sys- nécessitent, quel que soit le procédé utilisé (semi-
tème de filtre et un cône de décantation intégrés, automatisé ou automatisé), des techniques intermé-
afin de réaliser une filtration sélective et une décan- diaires de concentration cellulaire notamment par
tation différentielle de la suspension cellulaire. Il centrifugation, pour les grands volumes de liquide.
possède aussi une membrane perçable cicatrisante En revanche, les techniques divergent pour les plus
au niveau du bouchon qui reste fermé pendant tout faibles volumes avec, pour la technique NovaPrep®
le processus analytique assurant ainsi l’intégralité de Processor System, l’absence d’étapes intermédiaires
l’échantillon et l’absence totale de risque de conta- manuelles notamment pour les cytologies hémor-
mination ou d’inhalation. L’automatisation permet ragiques telles que, pour la méthode Cytyc, l’uti-
la standardisation de la réalisation des lames et une lisation d’une solution Cytolyt® (contenant un
traçabilité complète par une gestion informatisée et hémolytique et un mucolytique) pendant 15 minu-
sécurisée des flacons et des lames par lecteur de code tes à 3 heures suivie d’une centrifugation.
à barres. La technique est réalisée sur des plates-for- Quelles que soient les cytologies gynécologiques
mes robotisées associées à un ensemble de consom- ou non gynécologiques, une technique entière-
mables dédiés ouvrant la possibilité de préparer de ment automatisée présente l’avantage de faire
façon simultanée plusieurs lames en un seul cycle. gagner du temps au (à la) technicien(ne) grâce à
Le matériel d’intérêt accumulé au fond du flacon la réduction du temps de préparation technique
(cône de décantation) subit une agitation intra- et à l’absence d’astreinte devant l’appareil, car le
flacon afin d’homogénéiser la suspension cellulaire système gère les lames et les flacons dédiés par
pilotage informatisé sans aucune intervention
humaine. Dans les techniques semi-automatisées
et manuelles, le temps de manipulation manuelle
(chargement et retrait du support, flacon traité à
l’unité après son ouverture) et le temps nécessaire
à chaque étape (évaluation aléatoire de la richesse
de la suspension, refus du système de lecture des
échantillons trop cellulaires, hématiques ou pauci­
cellulaires) rendent la technique assez lourde et
sans allègement notable de la charge de travail.

Coloration et montage
Quelle que soit la méthode de préparation utili-
Fig. 3-57  Automate Novaprep® NPS 50 (Novacyt). sée, les colorations standard (conventionnelles)
100 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

doivent être modifiées en raison du fixateur alcoo- diagnostic (cellules inflammatoires, débris cellulai-
lique qui rétracte les cellules. Le rapport nucléo- res, hématies, matériel myxoïde, mucus, nécrose,
cytoplasmique est augmenté, tous les noyaux noyaux nus) vient essentiellement des solutions
sont hyperchromatiques et les nucléoles sont plus contenant un hémolytique et/ou un mucolyti-
proéminents. L’hyperchromatisme étant intensi- que. Le fond des préparations est généralement
fié par l’hématoxyline, il est préférable d’utiliser très propre mais la répartition cellulaire varie
une méthode de coloration nucléaire régressive d’une technique à l’autre ; des zones appauvries
par l’hématoxyline de Harris qui donne de bons ou dépourvues de cellules ainsi que des amas cel-
résultats. Le polyéthylène glycol (composant de lulaires tridimensionnels peuvent être observés. Ils
certains fixateurs) doit être enlevé dans un bain sont inhérents à la technique de suspension cellu-
d’éthanol 70° avant les solutions colorantes cyto- laire dans un milieu liquide, mais également à la
plasmiques. La coloration de MGG peut être composition du matériel.
réalisée sur des préparations réhydratées dans un
tampon phosphate pour permettre aux colorants Cytobloc
de mieux pénétrer les membranes. De plus, il est
nécessaire que la concentration des solutions colo- La création d’un bloc cellulaire est une alternative
rantes soit moindre et les temps de coloration plus utile pour le diagnostic de certaines lésions (métas-
courts (cf. colorations standard, p. 106 et 107). tase, tumeur rare ou maligne). Le cytobloc (ou cell
Le montage des lames est facilité par l’absence de bloc) permet de reconstituer l’architecture tissu-
surépaisseur des amas (présents sur certains étale- laire indispensable au diagnostic. Cette méthode
ments conventionnels) qui favorisent l’apparition permet d’enrober, dans un gel, un produit de cyto-
de bulles d’air gênant la lecture. ponction, le culot de centrifugation d’un liquide
ou des microfragments tissulaires, afin de réaliser
Interprétation microscopique des coupes sériées pour coloration par l’HES, ou
Quelle que soit la technique utilisée, la lecture permettre la réalisation de réserve de cellules fixées
des préparations en LCB nécessite une adaptation en vue de techniques spéciales (colorations spécia-
d’interprétation, les images présentant certaines les et/ou étude immuno-histochimique).
différences par rapport aux étalements classiques
Mode opératoire pour un produit
(fig. 3-58a et b). Le fixateur (essentiellement
de cytoponction
alcoolique) entraîne une rétraction de la taille des
éléments cellulaires. Une diminution, voire une Après avoir réalisé les étalements convention-
disparition de certains composants très utiles au nels pour le diagnostic, le médecin préleveur

Fig. 3-58  Frottis cervical (lésion de haut grade) coloré par la méthode de Papanicolaou.
a.  Image microscopique d’un étalement conventionnel.
b.  Image microscopique d’un étalement en couche mince (LBC).
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 101

rince le matériel restant dans l’aiguille soit dans Il existe d’autres techniques comme le kit com-
du Hanks pour les prélèvements non hémor- mercial Cytoblock® de Shandon qui contient les
ragiques, soit dans du Hanks/EDTA (anticoa- cassettes et les réactifs nécessaires à la réalisation
gulant) pour les prélèvements hématiques. Au d’un cytobloc.
laboratoire, la suspension cellulaire est soumise
à une centrifugation douce (1500 t/min pen- À noter : l’agarose est une forme purifiée de
dant 5 minutes). l’agar (substance extraite de certaines algues).
• Si le culot obtenu est abondant : il est possi- C’est un polymère linéaire et non chargé. Le
ble, après élimination du surnagent, de fixer gel d’agarose à 2 % (préparé en tampon PBS)
directement le culot dans un volume suffisant est stocké dans une étuve à 60 °C pour le main-
de fixateur comme l’AFA coloré à la phloxine tenir liquide. C’est en se refroidissant, qu’il se
0,25 % (généralement, 5 minutes sont suffisan- gélifie et devient solide.
tes pour fixer des cellules, des grumeaux ou des
microfragments dans un fixateur histologique).
Après centrifugation, le surnagent est éliminer, Coloration standard
le culot remis en suspension dans un volume
identique de gel d’agarose à 2 % et placé à Deux types de colorations sont employés exclusi-
+ 4 °C pendant quelques minutes pour accélé- vement ou conjointement selon la nature du pré-
rer la gélification. Lorsque celui-ci est suffisam- lèvement, le May-Grünwald-Giemsa (MGG) et la
ment rigide, le récupérer à l’aide d’une pince coloration de Papanicolaou (cf. p. 106 et 107). La
(si nécessaire, ôter l’excédant du gel entourant méthode de Papanicolaou est principalement utili-
le matériel avec un scalpel) et le déposer dans sée pour les frottis gynécologiques, les liquides ou
une cassette identifiée entre deux mousse (fig. quand un carcinome malpighien (épidermoïde) est
3-59) afin de suivre une procédure technique suspecté. Le MGG est utilisé pour la cytopatholo-
histologique standard. gie des organes, les liquides céphalorachidiens, les
• Si le culot est faible ou à peine visible : faire empreintes et les myélogrammes. Le choix de la
une numération des cellules nucléées (en cel- coloration utilisée dépend de l’habitude du patho-
lule de Mallasez), homogénéiser le culot dans logiste (tableau 3-16).
de l’AFA, en fonction de la richesse cellulaire
réaliser des cytospots (Cytospin®) sur lames
chargées positivement (5.104 cellules/lame en Tableau 3-16  Recommandation de la coloration.
spot de 500 μl). Les lames blanches sont stoc- Matériel cytologique MGG Papanicolaou
kées dans des ­boîtes à l’abri de la poussière. Apposition, écrasi, empreinte + −
Aspiration ou brossage bronchiques + +
Aspiration endométriale − +
Cytoponction + ±
Écoulement mamelonnaire ± +
Frottis cervico-utérin − +
Grattage + −
Lavage broncho-alvéolaire + +
Liquide céphalorachidien (LCR) + −
Liquides : kystique, péritonéal + +
(ou ascite), pleural, synovial
Myélogramme + −
Fig. 3-59  Cytobloc. Matériel d’un produit de cytoponction
aggloméré dans le gel d’aragose. Urines − +
102 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Préparation des plateaux Étapes de préparation


de lecture d’un échantillon cellulaire
Cette étape consiste à vérifier le nombre de lames
pour analyse cytologique
réalisées pour chaque prélèvement ainsi que la Ponction d’une lésion palpable ou non palpable
(les) méthode(s) de coloration réalisée(s) figurant Frottis cervico-utérin
sur la fiche de travail avant de les transmettre au Épanchement
pathologiste pour l’interprétation microscopique Empreinte
(fig. 3-60a et b). Liquide
Urines
Après la coloration, toutes les lames sont pro-
tégées par une lamelle porte-objet (cf. p. 50). ↓
Chaque lame est identifiée par une étiquette Réception et enregistrement des prélèvements
(informatisée ou manuscrite) collée au niveau du ↓
rodage et éventuellement indexée d’un chiffre ou Technique adéquate en fonction
d’une lettre, de la coloration spéciale réalisée ou de l’échantillon cellulaire
de l’anticorps utilisé. Les petits étalements ainsi ↓
que les spots de cytocentrifugation peuvent être Demande de coloration rapide pour vérifier
entourés à l’aide d’un feutre de façon à pouvoir le caractère bénin ou malin afin d’anticiper
les repérer facilement au moment de l’observation des techniques complémentaires
microscopique. ↓
Coloration standard (MGG et/ou Papanicolaou)
Examen microscopique ↓
L’interprétation de la cytologie appartient exclusi- Montage lame–lamelle
vement aux pathologistes. Toutefois, dans certains ↓
laboratoires, les frottis de dépistage gynécologi- Examen microscopique
que et/ou de cytologie générale sont pré-analysés ↓
(screening) par des cytotechnicien(ne)s spécia- Technique(s) complémentaire(s)
lement formé(e)s à cette tâche (diplôme inter­ ↓
université [DIU] et/ou formation validée) mais Interprétation
toutes les préparations cytologiques anormales,

douteuses ou malignes sont relues par un méde-
Compte rendu et conclusion
cin. Le (la) cytotechnicien(ne) rédige un compte
rendu résumant ses observations qui sont obliga- ↓
toirement validées par un pathologiste. Archivage

Fig. 3-60  Différents modes d’étalements cytologiques et colorations : Diff Quik®, May-Grünwald-Giemsa (MGG),
Pananicolaou (PNC), immuno-cytochimie (ICC).
a.  Étalements : A. manuels ; B. empreintes ; C. frottis gynécologiques ; D. à la cytobrosse.
b.  Cytospots : E. Cytospin® ; F. cytospot ; G. étalement en couche mince ; H. filtration.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 103

Catalogue des procédés Solution tampon


techniques Une solution tampon a la propriété de pou-
voir être diluée sans subir une grande variation
Eau, pH et solutions tampons de son pH. Elles sont nombreuses et ont de
multiples applications. On utilise une solution
Eau tampon pour l’étalonnage de l’électrode du
L’eau permutée est de l’eau qu’on a fait passer pH-mètre, à chaque fois qu’une réaction chimi-
sur une résine organique. Tous les ions positifs que doit se faire à un pH constant, ou pour
qu’elle contient (Ca2+, NA2+, etc.) sont retenus préserver du matériel cellulaire ou tissulaire.
par la résine et remplacés par des ions H+ (ou Seules les principales solutions tampons sont
H3O+). Elle est moins pure que l’eau déionisée. citées ici.
L’eau déminéralisée (ou déionisée) est de l’eau Le Hanks (HBSS : Hanks balanced salts solu-
qu’on a fait passer sur deux résines consécuti- tion) est une solution saline qui maintient l’in-
ves. La deuxième résine filtre les ions négatifs, tégrité structurale et physiologique des cellules.
qu’elle fixe et remplace par des ions OH−. L’eau Les sels de Hanks sont conçus pour maintenir en
ne contient plus aucun ion, car H+ et OH− se vie les cellules dans les conditions atmosphéri-
neutralisent pour donner H2O. Elle est moins ques (absence de CO2). Il est utilisé pour la mise
pure que l’eau distillée. L’eau distillée est de l’eau en suspension des cellules quand la présence de
qu’on a fait bouillir pour former des vapeurs que calcium et de magnésium peut inhiber l’activité
l’on a ensuite condensées. enzymatique.
Le PBS (tampon phosphate salin) et le TBS
●● Attention (tampon Tris salin) sont utilisés pour préparer
Le pH de l’eau du robinet varie considérablement. des solutions tampons salines requises dans de
Ne pas l’utiliser pour la dilution des alcools et la nombreuses procédures immunochimiques et
préparation des solutions ou des colorants mais
d’hybridation in  situ. Les rôles d’une solution
seulement pour les rinçages à l’eau courante.
saline sont :
• maintien de l’équilibre osmotique intra- et
pH extracellulaire ;
Le pH (potentiel hydrogène) d’une solution • apport d’eau et d’ions inorganiques essentiels
tampon est maintenu constant grâce à l’ab- pour le métabolisme des cellules ;
sorption ou à la libération d’un ion H+ par les • effet tampon pour maintenir le milieu dans des
espèces en présence dans la solution. Le pH des conditions physiologiques des pH (7,2–7,6).
solutions est très important pour que les fonc- Le PBS est un soluté physiologique contenant
tions biologiques soient préservées. Il est aussi du chlorure de sodium, du phosphate trisodique
important dans la réalisation de certaines colo- et du phosphate de potassium. Il a de nombreu-
rations (bleu alcian, Giemsa lent) et techniques ses applications de par son isotonicité et sa non-
nécessitant un pH spécifique pour être efficace toxicité. Ces couches minces d’eau permettent
(le démasquage antigénique en immunochimie). d’empêcher la dénaturation des biomolécules
Il est donc nécessaire de titrer le pH au pH- (protéines, protéines enzymatiques, etc.) ou des
mètre jusqu’au pH désiré avec un acide ou une changements conformationnels. Le TBS remplace
base selon le cas. Un autre facteur majeur est les tampons phosphates. Il est surtout employé
la température. L’entretien de l’électrode du dans les techniques utilisant la phosphatase alca-
pH-mètre et sa conservation dans une solution line. Le Tris (hydroxyméthyl aminométhane)
saturée de KCl sont primordiaux. L’étalonnage est un tampon employé plus particulièrement
de l’électrode avec des solutions tampons de pH pour les acides nucléiques. Son principal défaut
connu avec précision est essentiel pour obtenir est d’être très sensible à la température et à la
une solution de travail au pH exact. concentration.
104 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Coloration standard procédés techniques, de formules de colorant, de


concentrations des solutions, de temps, etc.
Les colorations standard colorent un type de
charge. Elles permettent de voir la morphologie Hématoxyline éosine safran (HES)
de la cellule, la position du noyau et sa forme, la
Coloration signalétique qui permet de mettre en
structure d’un tissu. Ainsi, on peut déterminer le
évidence les noyaux, les cytoplasmes et les fibres
nombre de types cellulaires dans le tissu. Selon
de collagène en leur faisant capter des colorants
les conditions particulières de chaque laboratoire,
de façon sélective afin de se faire une idée de la
une même méthode peut avoir des variantes de
topographie générale d’un tissu (tableaux 3-17 et
3-18 ; fig. 3-61a à d).
Tableau 3-17  Coloration par l’HES rapide. Temps de réalisation ≈ 3 minutes pour l’HES
Étapes Temps rapide, 7 minutes pour l’HES directe, 35 minutes
Formol tamponné à 4 % 10 secondes avec déparaffinage pour l’HES standard, 40 minu-
tes pour l’HES os.
Eau distillée Rinçage
Hématoxyline de Mayer 1 minute Méthode trichromique qui fait agir successive-
ment trois colorants. Une solution aqueuse d’hé-
Eau distillée Rinçage
matoxyline (nucléaire), une solution aqueuse
Carbonate de lithium à saturation 5 secondes
d’éosine (cytoplasmique) et une solution alcooli-
Eau distillée Rinçage que de safran (collagène). La coloration nucléaire
Éosine (0,02 %) 10–20 secondes est progressive. Après l’hématoxyline (de Mayer),
Eau distillée Rinçage une différenciation rapide dans une solution de
Éthanol absolu 10 secondes × 3 bains carbonate de lithium à saturation (eau lithinée)
Safran (2 g/L) 10 secondes ou simplement à l’eau courante est réalisée afin de
bleuir les noyaux et faciliter la fixation des colo-
Éthanol absolu 10 secondes × 2 bains
rants. La coloration cytoplasmique est régressive.
Toluène 15 secondes × 2 bains
Après l’éosine, l’excès est rincé à l’eau courante,

Tableau 3-18  Coloration par l’HES avec ou sans déparaffinage.


Étapes HES avec déparaffinage HES os HES directe
Temps
Toluène 5 minutes × 3 bains 5 minutes × 3 bains –
Éthanol absolu 2 minutes × 2 bains 2 minutes × 2 bains –
Éthanol 95° 2 minutes 2 minutes –
Eau 1 minute × 2 bains 1 minute × 2 bains 1 minute
Hématoxyline de Mayer 2 minutes 3 minutes 2 minutes
Eau courante 1 minute × 2 bains 1 minute × 2 bains 10 secondes × 2 bains
Éosine (0,02 %) 1 minute 30 1 minute 2 minutes
Eau courante 1 minute × 2 bains 30 secondes et 1 minute 5 secondes × 2 bains
Éthanol 95° 1 minute – 5 secondes × 1 bain
Éthanol absolu 1 minute × 2 bains 1 minute × 3 bains 5 secondes × 2 bains
Safran (2 g/L) 45 secondes 45 secondes 1 minute
Éthanol 95° 15 secondes × 2 bains 15 secondes × 2 bains 5 secondes × 2 bains
Éthanol absolu ou isopropanol 1 minute × 2 bains 1 minute × 2 bains 5 secondes × 2 bains
Toluène 1 minute × 2 bains 1 minute X 2 bains 10 secondes
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 105

Fig. 3-61  Coloration hématoxyline éosine safran (HES).


a.  Grossissement × 40.
b.  Présence de mélanine (pigments bruns).
c.  Limite encrage colorée en bleu.
d.  Sur coupe en paraffine d’un cytobloc (pleurésie carcinomateuse).

une différenciation est réalisée dans des bains 2 fois/semaine, celui de l’éosine 1 fois/semaine et
successifs d’éthanol jusqu’à l’éthanol absolu. Les celui du safran tous les 2 mois, sinon compléter
passages en éthanol préparent l’action du safran le niveau.
qui se diffuse dans tout le tissu grâce à un phéno-
mène d’absorption. En fin de coloration, les lames ●● Attention
Avant la coloration, les coupes en paraffine doivent
doivent être immergées dans un bain de solvant
subir un séchage en étuve et un déparaffinage.
(toluène, xylène) pour le montage. En aucun cas
elles ne doivent sécher à l’air libre, car les colo- Résultats : l’intensité de la coloration dépend de
rants risquent de précipiter dans le tissu. nombreux facteurs, incluant la propartion relative
des colorants, mais surtout l’épaisseur de la coupe
À noter : l’éosine peut être remplacé par tissulaire. La coloration est plus intense sur les
l’érythrosine qui donne une coloration plus coupes épaisses :
vive et plus résistante que celle de l’éosine. • cytoplasme : rose (violet s’il contient de grandes
quantités d’ARN) ;
●● Conseils • noyau : bleu violacé ;
Vérifier quotidiennement la qualité de la première • collagène : jaune orangé ;
coloration au microscope. Filtrer l’hématoxyline. • fibre musculaire : rouge vif ;
Changer régulièrement les bains des alcools • fibre élastique : rose ;
(saturés par les colorants), le bain d’hématoxyline • hématie : rouge vif ;
106 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

• mucus, substance fondamentale du cartilage colore les éléments basiques (acidophiles et éosi-
(chondroïde) ou de l’os (ostéoïde) : jaune orangé. nophiles) en rose, et le bleu de méthylène colore
les éléments acides (basophiles) en bleu. L’éosinate
Diff Quik® d’azur de méthylène colore les noyaux, les granu-
lations azurophiles et basophiles.
Coloration de Giemsa de Wright modifiée. Set de
coloration rapide comparable à la technique du Pour la dilution des colorants, l’eau doit être tam-
MGG (tableau 3-19). ponnée. Dans tous les cas, cette eau ne se conserve
pas et doit être préparée chaque jour. Un pH acide
Temps de réalisation ≈ 2 minutes. favorise les teintes rouges, tandis qu’un pH basi-
que favorise les teintes bleues.
●● Conseils
Pour une observation microscopique dans les plus Temps de réalisation ≈ 30 minutes.
brefs délais, sécher la préparation colorée soit par Méthode qui permet après fixation dans l’alcool
agitation manuelle à température ambiante ou avec méthylique (solvant des colorants) l’action succes-
un séchoir à cheveux en position air froid, soit par sive de deux colorants neutres. Chacun d’entre eux
apposition de la lame sur du papier absorbant en
contient des ions colorés acides (éosine) et basiques
prenant soin de ne pas endommager l’étalement.
(bleu et azur de méthylène) qui se fixent sur les élé-
À noter : une lame colorée par le Diff Quik® ments cellulaires complémentaires. En fin de colora-
peut être décolorée dans un bain de métha- tion, les lames sont rincées à l’eau courante jusqu’à
nol qu’il faut laisser agir jusqu’à décoloration l’élimination de l’excès de colorant. Le dos de cha-
complète. Ensuite, une coloration au MGG que lame ainsi que les contours du frottis sont essuyés
peut être réalisée. soigneusement avec un papier absorbant. Les laisser
sécher en position verticale sur un portoir à tempé-
May-Grünwald-Giemsa (MGG) rature ambiante. Après séchage complet, les mettre
dans un bain de solvant (toluène) pour le montage.
Coloration qui utilise les affinités tinctoriales
différentes du May-Grünwald (éosinate de bleu Préparation de l’eau tamponnée : solution stock A
de méthylène) et du Giemsa (éosinate d’azur de (phosphate disodique – Na2HPO4 – 20 g/L) et
méthylène) afin de colorer de façon très nuancée solution stock B (phosphate monopotassique
les noyaux, les cytoplasmes et les granulations – KH2PO4 – 4 g/L). Solution de travail : 50 ml de
(tableau 3-20 ; fig. 3-62a à c). Ces deux colorants solution A + 50 ml de solution B + 900 ml d’eau
sont solubilisés dans l’alcool méthylique et sont distillée. Ajuster le pH à 7,2.
de ce fait inactifs, c’est le contact de l’eau qui leur
donne un pouvoir colorant. Les sels se dissocient Tableau 3-20  Coloration du MGG.
alors en colorant acide rouge (l’éosine) et basique Étapes Étalements Étalements en
bleu (azur de bleu de méthylène). L’éosinate de manuels couche mince(2)
bleu de méthylène colore le cytoplasme. L’éosine et cytospots(1)
Temps

Tableau 3-19  Coloration au Diff Quik®. Rinçage en eau tamponnée – 5 minutes


May-Grünwald pur 5 minutes –
Étapes Temps
May-Grünwald dilué 1 minute 1 minute
Solution fixative (bleu clair) : contient ≈ 20 secondes
au 1/2(1) au 1/3(2) et 15 secondes
du méthanol > 50 %
Eau tamponnée 2 rinçages –
Solution colorante I (rouge) : éosine ≈ 20 secondes
en tampon phosphate (pH 6,6) et azide Giemsa à 9 % , à 8 %
(1) (2)
20 minutes 3 minutes
de sodium comme agent conservateur et 15 secondes
Solution colorante II (bleu foncé) : colorant ≈ 40 secondes Rinçage eau tamponnée – 5 minutes
thiazine en tampon phosphate (pH 6,6) Rinçage eau courante Quelques Quelques
Rinçage à l’eau courante Quelques secondes secondes secondes
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 107

Fig. 3-62  May-Grünwald-Giemsa (MGG).


a.  Cytocentrifugation (Cytospin®) d’un LCR (méningite carcino­
mateuse).
b.  Étalement manuel après centrifugation d’un liquide pleural
(mésothéliome malin).
c.  Étalement manuel d’une cytoponction ganglionnaire (lym-
phome de Burkitt).

●● Conseils • nucléole : bleu,


L’emploi de l’eau de ville est fortement décon- • hématie : grisâtre,
seillé car des variations imprévisibles et incon- • kératine : bleu intense,
trôlables peuvent survenir compromettant le • mucus : bleu pâle.
résultat de la coloration d’où l’intérêt d’utiliser
une eau tamponnée. Préparer quotidiennement Papanicolaou
la solution de Giemsa. Réajuster régulièrement
le niveau des bains de May-Grünwald purs et Coloration pentachrome de référence en cytologie
dilués et les changer 1 fois/mois. Conserver gynécologique et dans les examens de cellules épi-
tous les soirs ces solutions au réfrigérateur à théliales (tableau 3-21 ; cf. fig. 3-58a et b, fig. 3-63a
+ 4 °C. à c). Elle a pour avantage de dessiner très finement
●● Attention le détail des structures nucléaires et de bien mettre
Dégraisser les lames (sauf les étalements en cou- en évidence la différenciation cytoplasmique.
che mince) dans du toluène (sous hotte en fonc- Temps de réalisation ≈ 30 minutes.
tionnement) avant la coloration.
Méthode qui fait appel à une action polychro-
Résultats : matique résultant de l’intervention d’un colo-
• cytoplasme : rant nucléaire en phase aqueuse, l’hématoxyline
– acidophile : rose ou rouge clair, de Harris, et de deux colorants cytoplasmiques
– basophile : bleu ciel au bleu foncé ; en phase alcoolique, l’orange G et la solution
• noyau : de polychrome (mélange de vert lumière, brun
– basichromatine : violet, de Bismarck et d’éosine). La coloration se fait
– oxychromatine : rose ; en fonction de l’affinité tinctoriale des cellules.
108 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 3-21  Coloration de Papanicolaou. l’on obtient dans un premier temps des frottis
Étapes Temps trop colorés.
Eau distillée 30 secondes (uniquement pour les
préparations fixées par un spray) ●● Conseils
Éthanol 50° 1 minute Filtrer quotidiennement l’hématoxyline. Changer
Eau du robinet 2 minutes
régulièrement les bains des alcools et du toluène.
Compléter le niveau de l’orange G et du poly-
Hématoxyline de Harris 6 minutes pour les étalements manuels chrome. Changer l’eau chlorhydrique et l’al-
et cytospots
3 minutes pour les étalements
cool ammoniaque 1 fois/mois, sinon ajuster les
en couche mince (LBC) niveaux.
Eau du robinet 2 minutes
●● Attention
Eau chlorhydrique 3 secondes Avant la coloration, immerger les lames fixées par
Eau du robinet 1 minute et 30 secondes un spray (laque) dans un bain d’eau distillée pour
Alcool ammoniaque 2 minutes éliminer le film protecteur.
Éthanol 70° 1 minute Résultats :
Éthanol 80° 1 minute • cytoplasme des cellules :
– superficielle (acidophile) : rose à rouge orangé,
Orange G 4 minutes
– intermédiaire : bleu-vert,
Éthanol 95° 1 minute × 2 bains
– profonde (basophile) : vert plus foncé ;
Polychrome EA 50 4 minutes • noyau : bleu ou violet foncé ;
Éthanol 95° 30 secondes × 2 bains • bactérie, trichomonas : bleu foncé ;
Éthanol absolu 30 secondes • hématie : rouge orangé ;
Éthanol absolu 1 minute • spore : légèrement rosé ;
Toluène 1 minute • nucléole : bleu foncé ;
• kératine : orangé à orange vif.

L’hématoxyline de Harris colore les noyaux en


gris bleu ou en violet selon la densité en ADN, Coloration spéciale
l’orange G colore le glycogène en brun clair et la
kératine en orange vif, et le polychrome (EA 50) L’histologie et la cytologie disposent d’un nombre
colore le cytoplasme des cellules éosinophiles en considérable de colorations spéciales et les varian-
rose et des cellules cyanophiles en bleu. La réhy- tes techniques possibles sont presque infinies. De
dration est obligatoire car elle prépare l’action du ce fait, sont citées ici, les colorations les plus uti-
colorant nucléaire. L’eau chlorhydrique à 37 % lisées (méthode et principe), répertoriées non pas
(mélange d’HCl et d’eau déminéralisée) est utilisée par les substances à mettre en évidence mais par
pour la différenciation nucléaire. L’alcool ammo- ordre alphabétique.
niaque (mélange à 3 % d’ammoniaque concentré
dans l’éthanol 70°) fixe la coloration nucléaire et Bleu alcian (BA)
prépare l’action des colorants en solution alcooli-
que. En fin de coloration, les lames doivent être Cette coloration permet la mise en évidence des
immergées dans un bain de solvant (toluène) pour mucosubstances à caractère acide. Une mucosub­
le montage. stance est considérée comme un constituant riche
en sucres (fig. 3-64).
À noter : Le vieillissement des colorants dépend • Utilité : adénocarcinome mucosecrétant, lipo-
de la quantité de lames colorées dans les mêmes sarcome, tumeur myxoïde (chondrosarcome
bains de solution. Il est annoncé par la dispa- myxoïde).
rition progressive des affinités tinctoriales des • Témoin : digestif (côlon).
cytoplasmes. Si tous les colorants sont changés, • Temps de réalisation ≈ 40 minutes.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 109

Fig. 3-63  Papanicolaou.


a.  Étalement manuel après centrifugation d’une ascite
(carcinose péritonéale).
b.  Étalement à la cytobrosse d’une aspiration bronchique
(cellules malignes).
c.  Filtration d’urines (carcinome urothélial).

Fig. 3-64  Bleu alcian. Mucosécrétions en bleu turquoise Fig. 3-65  Fontana. Pigments mélaniques en noir (coupe
(coupe tissulaire d’un ovaire). tissulaire de la peau).

Le bleu alcian est un phtalocyanine cuivrique conte- BA à un pH voisin de 1 colore les glucides sulfatés
nant des groupements isothiouroniums (chargés (mucus intestinal). Le BA à un pH entre 2,5 et
positivement) qui se lient aux anions (sulfates et 2,6 colore les glucides à groupes carboxyliques
carboxyles) de la structure grâce à des liaisons ­acides (matrice extracellulaire). Contre-colorer
électrostatiques. La colorabilité des diverses subs- par le rouge nucléaire, déshydrater et monter en
tances dépend du pH de la solution utilisée. Le milieu résineux.
110 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Résultats : ●● Attention
• substance réactive : bleu turquoise ; La différenciation est très délicate. Il est for-
• fond : rose ; tement recommandé de la vérifier toutes les
• noyau : rouge. 5 secondes (sous lamelle) au microscope.
L’arrêter lorsque les granulations azurophiles
Fontana du cytoplasme des grands lymphocytes appa-
raissent distinctement et que la chromatine des
La coloration de Fontana permet la mise en évi- noyaux est d’un bleu roi.
dence des substances argentaffines (caractéri- Résultats :
sation des pigments mélaniques en particulier) • cytoplasme : plus ou moins bleu ;
(fig. 3-65). • noyau (ADN et ARN) : bleu foncé avec chro-
• Utilité : mélanome, neurofibrome pigmenté, matine apparente ;
sarcome à cellules claires. • granulation (substance acidophile) : rouge orangé.
• Témoin : peau (nævus ou mélanome).
• Temps de réalisation ≈ 1 heure.
Précipitation d’argent métallique (noir) aux dépens Giemsa Helicobacter
de solutions de sels d’argent sous l’influence de La coloration Giemsa Helicobacter est une colo-
substances réductrices (pigments en particulier). ration de Giemsa peu différenciée qui permet de
Contre-colorer par le rouge nucléaire, déshydrater mieux voir les bactéries spiralées (Helicobacter).
et monter en milieu résineux. Monter en milieu résineux.
• Utilité : cancers et lymphomes gastriques.
●● Attention
• Temps de réalisation ≈ 35 minutes.
Ne pas utiliser une solution de nitrate d’argent
ammoniacal qui a plus de 10 jours et d’objet • Résultats : Helicobacter bleu foncé.
métallique.
Résultats : Gram
• granulation argento-réductrice : noir sur fond rose ; Cette coloration permet la mise en évidence de
• pigments (mélanine, lipofuscine, bilirubine) : plusieurs bactéries. Certains germes restent insen-
noir intense ; sibles à cette coloration, c’est le cas des mycobacté-
• noyau : rouge. ries (famille à laquelle les agents de la tuberculose
et de la lèpre appartiennent). Elle est rarement
Giemsa lent utilisée en pathologie tumorale.
Cette coloration met en évidence des granula- • Gram (positif) : streptocoque, staphylocoque.
tions et des détails de la structure de la cellule • Gram (négatif) : pneumocoque.
tant nucléaires que cytoplasmiques. Elle permet • Témoin : appendice, intestin.
surtout l’étude des maladies hématologiques et la • Temps de réalisation ≈ 45 minutes.
recherche de germes bactériens. Méthode basée sur la capacité que certaines bac-
Temps de réalisation ≈ 1 heure et 15 minutes. téries ont de retenir un complexe violet cristal/
C’est une coloration polychromatique qui utilise iode (de couleur bleue) lorsqu’elles sont soumises
un colorant neutre, le Giemsa (mélange complexe à une différenciation par l’acétone ou l’alcool et
de bleu de méthylène, d’éosinate d’azur et de vio- une coloration à l’aide d’un colorant basique (la
let de méthylène) qui donne après différenciation fuchsine). Monter en milieu résineux.
dans de l’eau acétifiée (virage rose), poursuivie L’iode est un agent de rétention des colorants.
dans l’éthanol 95°, puis bloquée par l’isopropanol, Résultats :
un bon contraste nucléaire, une bonne définition • bactérie Gram (positif) : bleu ;
de la chromatine et du nucléole avec variabilité de • bactérie Gram (négatif) : rouge ;
la coloration du cytoplasme selon le type des cel- • noyau : rouge ;
lules. Monter en milieu résineux. • fond : jaune.
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 111

Grimelius
Cette coloration permet la mise en évidence des
granulations argentaffines et argyrophiles des cel-
lules neuro-endocrines (fig. 3-66).
• Utilité : carcinoïde, tumeur endocrine ou neuro-
endocrine.
• Témoin : intestin grêle (carcinoïde).
• Temps de réalisation ≈ 3 heures et 30 minutes.
Coloration argentique révélant les grains de
sécrétions neuro-endocrines intracytoplasmiques.
Contre-colorer par le rouge nucléaire, déshydrater
et monter en milieu résineux.

●● Attention Fig. 3-67  Grocott. Aspergillose en noir (coupe tissulaire du


Ne pas utiliser une solution de nitrate d’argent ammo- poumon).
niacal qui a plus de 10 jours et d’objet métallique.
Résultats : Les groupes réactifs de la composante glucidique
• substance argentaffine et argyrophile : brun des champignons sont oxydés par l’acide chromi-
foncé à noir ; que et les aldéhydes libérés sont mis en évidence
• noyau : rouge ; par réduction d’un complexe d’argent–méthéna-
• fond : jaune orangé pâle. mine (hexaméthylène tétramine). Colorer le fond
par une solution de vert lumière et monter en
Grocott milieu résineux.
Le Grocott est une méthode basée sur la teneur
particulièrement élevée en glucides de la paroi ●● Attention
des champignons et la mise en évidence d’autres Ne pas utiliser d’objet métallique.
micro-organismes (fig. 3-67). Résultats :
• Utilité : bactéries (actinomycose, nocardiose), • contour du champignon : noir ;
mycose (candidose), parasite (Pneumocystis carinii). • partie interne : grisâtre ;
• Témoin : poumon (champignons). • fond : vert pâle ;
• Temps de réalisation ≈ 2 heures. • filament mycélien et levure : noir ;
• mucine : gris foncé.

Oil red O (ou huile rouge O)


L’oil red O est un colorant neutre très soluble
dans les lipides neutres (cholestérides, triglycéri-
des), son coefficient de partage fait qu’il reste dis-
sous dans les triglycérides lors des rinçages.
• Utilité : tissu adipeux et stéatose, liposarcome.
• Temps de réalisation ≈ 30 minutes.
Identification des lipides hydrophobes en phase
liquide par un mécanisme physique de transfert
d’un corps coloré (lysochrome) du solvant dans
lequel il se trouve (alcool) dans le corps gras en
Fig. 3-66  Grimelius. Substances argentaffines en brun phase liquide. Contre-colorer par l’hématoxyline
foncé (coupe tissulaire de l’intestin grêle). et monter en milieu hydrophobe.
112 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

●● Attention lavage à l’eau courante) qui réagit avec les aldéhy-


Lire rapidement les lames car le rouge diffuse des libres, forme un produit de condensation de
(1 à 2 jours). couleur rouge. Contre-colorer par l’hématoxy-
line, déshydrater et monter en milieu résineux.
Résultats :
• lipide hydrophobe en phase liquide (acide gras À noter : L’acide périodique (HIO4) est un
libre insaturé, triglycéride insaturé, cholestéride oxydant sélectif qui rompt les liens entre
insaturé) : rouge ; deux carbones d’un certain nombre de grou-
• phospholipide : très faiblement ou non coloré ; pes chimiques tels que les groupes 1,2-glycol,
• noyau : bleu sombre. 1,2-hydroxyle, amine.
Un contact trop prolongé avec l’acide périodi-
Periodic acid Schiff (PAS) que de même qu’une solution dont le pH est
trop acide entraînent des faux positifs, car il y a
Cette coloration permet la mise en évidence du
suroxydation des aldéhydes en carboxyles.
glycogène (forme de stockage des hydrates de
carbone dans les cellules, comme les hépatocytes
●● Attention
et les cellules musculaires), des mucines (muco- Le réactif de Schiff doit être parfaitement limpide
substances épithéliales), des mucopolysaccharides et incolore sinon le jeter. Cette solution se conserve
(mucosubstances conjonctives) neutres, ainsi que mieux au réfrigérateur à + 4 °C dans un flacon
les filaments et spores mycéliens (fig. 3-68). opaque à la lumière et bien bouché.
• Utilité : chondrosarcome, PNET, rhabdomyosar-
come, sarcome à cellules claires, sarcome alvéo- Résultats :
laire des tissus mous, sarcome d’Ewing, tumeur • substance réactive : rose à rouge violacé plus ou
vitelline. Positivité variable dans les carcinomes moins intense ;
qui oriente vers une origine glandulaire (adéno- • noyau : bleu.
carcinome). Mycose (aspergillose, candidose).
• Témoin : digestif (côlon), mais cette coloration Periodic acid Schiff/bleu alcian
possède un témoin interne (polynucléaires). (PAS/BA)
• Temps de réalisation ≈ 1 heure. La coloration PAS/BA est une coloration combi-
Un agent oxydant, l’acide périodique, est utilisé née dans laquelle le PAS met en évidence les gluci-
pour transformer des groupes glycols en aldé- des neutres et le BA, les glucides acides.
hydes. Le réactif de Schiff (solution de fuchsine • Utilité : lésion du côlon.
basique), décoloré par l’acide sulfureux (ou un • Témoin : digestif (côlon).
• Temps de réalisation ≈ 1 heure.
La différenciation se fait au niveau des mucopoly-
saccharides acides faiblement sulfatés colorés par
le BA, et les mucopolysaccharides neutres et colo-
rés par le PAS. Contre-colorer par l’hématoxyline,
déshydrater et monter en milieu résineux.
Résultats :
• polysaccharide acide PAS (négatif) : bleu ;
• polysaccharide neutre : rouge ;
• noyau : bleu sombre.

Periodic acid Schiff diastase


(PAS diastase)
Fig. 3-68  PAS positif. Glycogène intracytoplasmique en La coloration PAS diastase permet la mise en évi-
rose violacé (cytoponction rénale, étalement manuel). dence du glycogène par extinction de son marquage
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 113

après digestion enzymatique par l’amylase (hydro- ferrique, de coloration bleue (bleu de Prusse),
lyse de glycogène). L’amylase est une enzyme met en évidence un pigment, l’hémosidérine.
(contenue dans la salive) qui clive le glycogène et Contre-colorer par le rouge nucléaire, déshydrater
l’amidon. L’enzyme α-amylase est une préparation et monter en milieu résineux.
commerciale purifiée de diastase du malt.
• Utilité : lésion hépatique, sarcome alvéolaire des ●● Attention
tissus mous. Les mélanges de ferrocyanure de potassium et
• Témoin : foie. l’acide chlorhydrique doivent être préparés extem-
• Temps de réalisation ≈ 1 heure. poranément et avoir une coloration jaune. Jeter
L’utilisation de l’α-amylase permet de confirmer toute solution présentant une teinte légèrement
qu’une substance positive au PAS est bien du gly- verdâtre. Ne pas utiliser d’objet métallique.
cogène. Cette méthode nécessite deux lames, l’une Résultats :
traitée et l’autre pas. Contre-colorer par l’héma- • fer ferrique et hémosidérine : bleu à bleu-vert ;
toxyline, déshydrater et monter en milieu résineux. • noyau : rouge.
Résultats :
• disparition du glycogène : pas de coloration par Réticuline
le Schiff ;
La réticuline permet la mise en évidence des
• digère le glycogène mais laisse persister la colo-
fibres de réticuline du stroma (basée sur l’argy-
ration rosée des mucines intra- ou extracellu-
rophilie des fibres) et de préciser l’architecture
laire.
des tumeurs. Les fibres de réticuline se présentent
Perls comme des fibrilles très minces, très ramifiées et
anastomosées (fibres grillagées) au microscope
Cette coloration permet la mise en évidence de optique (fig. 3-70). Elles peuvent constituer des
dépôts ferriques (Fe+++) dans des érythroblastes et réseaux à mailles plus ou moins serrées.
des macrophages (sidérophages) (fig. 3-69). • Utilité : hémangiopéricytome, synovialosarcome.
• Utilité : embolie pulmonaire, hématome en • Les prélèvements ont un témoin interne.
résorption, différentiel des autres pigments. • Temps de réalisation ≈ 1 heure.
• Témoin : hématome en résorption, rate. L’oxydation des fibres de réticuline fait qu’elles
• Temps de réalisation ≈ 1 heure. deviennent capables de réduire les sels d’argent
En milieu acide, les ions ferriques réagissent avec qui précipitent à leur contact. Le précipité est
le ferrocyanure de potassium en formant un pré- stabilisé et insolubilisé (comme une photogra-
cipité insoluble. Ce précipité de ferrocyanure phie) par un sel d’or et du thiosulfate de sodium.

Fig. 3-69  Perls. Surcharge ferrique en bleu (macrophages). Fig. 3-70  Réticuline. Fibres de réticuline en noir.
Coupe tissulaire ostéomédullaire. Coupe tissulaire du poumon.
114 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Contre-colorer par le rouge nucléaire, déshydrater


et monter en milieu résineux.

●● Attention
Ne pas utiliser une solution de nitrate d’argent ammo-
niacal qui a plus de 10 jours et d’objet métallique.
Résultats :
• fibre de réticuline (collagène type III) : noir intense ;
• fibre de collagène I : brun pourpre ;
• noyau : rouge rosé.

Rouge Congo
Fig. 3-71  Trichrome de Masson. Collagène et mucus en bleu.
Le rouge Congo colore la substance amyloïde. Il Coupe tissulaire du poumon.
a la propriété physique de se fixer sélectivement
entre les chaînes protéiques bêta plissées qui for- La combinaison successive d’une laque nucléaire
ment le dépôt d’amylose. (hématoxyline), d’un colorant cytoplasmique
• Utilité : carcinome médullaire de la thyroïde. (fuchsine acide faible/ponceau de xylidine) et
• Témoin : thyroïde (carcinome médullaire). d’un colorant du tissu conjonctif (bleu d’aniline ou
• Temps de réalisation ≈ 1 heure. vert lumière), tous deux acides forts, donne un bon
Le colorant se lie aux fibrilles par l’intermédiaire contraste. Déshydrater et monter en milieu résineux.
de liens hydrogènes qui se constituent entre les Le bleu d’aniline donne souvent une coloration
groupes hydroxyles des glucides de l’amyloïde un peu plus empâtée mais permet une meilleure
et des groupes amine et azoïque du colorant. visualisation des fines fibrilles de collagène, il est
Contre-colorer par l’hématoxyline, déshydrater et généralement utilisé pour la neuropathie. Le vert
monter en milieu résineux. lumière est plus transparent, il convient mieux aux
Résultats : biopsies rénales et digestives.
• substance amyloïde : Résultats :
– en lumière photonique : rose-rouge, • collagène : bleu ou vert (suivant le colorant utilisé) ;
– en lumière polarisée : les fibrilles montrent • cytoplasme : rose à rouge (muscle rose et foie
une biréfringence verte due à un phénomène rose-vert) ;
de dichroïsme en raison de l’alignement paral- • noyau : bleu foncé ou brun ;
lèle des molécules colorantes avec les fibrilles ; • hématie et granulation éosinophile : rouge ;
• noyau : bleu. • mucus : bleu ou vert (suivant le colorant utilisé) ;
• kératine : rouge vif.
Trichrome de Masson • fibre élastique : rose
Le Trichrome de Masson permet la mise en évi- Von Kossa
dence des fibres de collagène (ces fibres se pré-
sentent comme des bandes ondulées et non La coloration de Von Kossa permet la mise en évi-
anastomosées au microscope optique). Cette dence des sels de calcium. La spécificité de cette
coloration trichromique est utilisée pour obtenir méthode est axée davantage sur les phosphates et
des contrastes plus vifs entre cytoplasmes et colla- les carbonates de calcium, les autres anions n’étant
gène (fig. 3-71). pas mis en évidence.
• Utilité : léiomyosarcome (striations longitudina- Des accumulations anormales de calcium se trou-
les), rhabdomyosarcome (striations transversales). vent dans les fibres élastiques en dégénérescence,
• Cette coloration ne nécessite pas de témoin. de même que dans certaines lésions spécifiques
• Temps de réalisation ≈ 50 minutes. (lésions caséeuses de la tuberculose).
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 115

Temps de réalisation ≈ 50 minutes.


Mode opératoire
Révélation des sels de calcium (carbonate, oxalate,
phosphate, sulfate) en leur substituant un cation La procédure suivante peut servir de guide (coupes de
tissus fixés et inclus en paraffine) :
métallique lourd (nitrate d’argent) que l’on visua-
1. prélèvement ;
lise après réduction en argent métallique noir.
2. fixation (AFA, formol tamponné) ;
Contre-colorer par le rouge nucléaire, déshydrater 3. inclusion en paraffine ;
et monter en milieu résineux. 4. coupes ;
Résultats : 5. fixation des coupes en étuve ;
• dépôt de sels de calcium : noir ; 6. déparaffinage ;
• fond : rose-rouge. 7. réhydration ;
8. prétraitement : restauration antigénique combinée
si nécessaire (digestion enzymatique suivie d’un traite-
Ziehl-Neelsen ment par la chaleur) ;
La coloration de Ziehl-Neelsen permet la mise 9. inhibition des peroxydases endogènes par l’H2O2 à
3 % afin de supprimer le bruit de fond interférant la
en évidence de certains micro-organismes (en
manipulation ;
particulier les mycobactéries) sur leurs caractères
10. incubation d’un sérum normal de cheval qui sature
acido-alcoolo-résistants. les épitopes non spécifiques de l’antigène recherché ;
• Utilité : détection des bactéries (nocardiose, 11. incubation de l’anticorps primaire qui se fixe sur
tuberculose ), mycose (aspergillose). l’épitope spécifique de l’antigène recherché ;
• Témoin : granulome (follicule tuberculeux). 12. incubation de l’anticorps secondaire biotinylé qui se
• Temps de réalisation ≈ 30 minutes. fixe sur la partie constante de l’anticorps primaire ;
Coloration de certains germes par un mélange de phé- 13. incubation du complexe comprenant de l’avidine,
nol et de fuchsine basique suivie de l’action d’éthanol de la biotine et de la peroxydase. Les sites libres de
l’avidine fixent les biotines présentent à la surface de
additionnée d’acide chlorhydrique. Certains germes
l’anticorps secondaire ;
(bacille de Koch et de Hansen) résistent à l’action 14. incubation de la solution chromogène/substrat DAB
décolorante de l’alcool chlorhydrique (ils sont dits qui permet de révéler le site de réaction Ag/Ac créé ;
acido-alcoolo-résistants), les autres germes étant 15. contre-coloration légère à l’hématoxyline qui
décolorés. Contre-colorer par le bleu de méthylène, rend possible une détermination topographique du
déshydrater et monter en milieu résineux. marquage ;
16. déshydratation en alcools croissants pour arriver au
À noter : la différenciation alcool/acide sert toluène (ou au xylène) ;
surtout à mettre en évidence le Mycobacterium 17. montage entre lame et lamelle ;
tuberculosis. 18. observation.
Pour l’ICC le mode opératoire est sensiblement identi-
Résultats : que. Excepté :
• bacille acido-alcoolo-résistant (tuberculeux) : • les étapes post-fixation histologique ;
rouge ; • la concentration des Ac adaptée en fonction du fixa-
• noyau : bleu foncé à bleu-vert ; teur utilisé ;
• fond : bleu pâle. • les étalements en couche mince (LBC) nécessitent
pour certains épitopes nucléaires (avant la technique)
une fixation complémentaire extemporanément dans un
mélange (acide acétique glacial/éthanol absolu).
Immunochimie Les préparations cellulaires fixées sont réhydratées dans
du PBS. En fonction de l’antigène recherché, elles subis-
Les techniques immunochimiques sont des tech- sent ou non une restauration antigénique par la chaleur
niques performantes pour déterminer l’expres- et poursuivent le même procédé technique. La digestion
sion des protéines dans les cellules cancéreuses. enzymatique est à proscrire car elle entraîne des décol-
Elles complètent les méthodes normalisées en lements et des altérations cellulaires importantes.
pathologie.
116 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Principe d’une technique car les Ac ne sont pas capables de pénétrer de façon
immunochimique (méthode ABC) significative à l’intérieur ou à la surface des cellules,
et de réduire les fixations non spécifiques.
La technique utilise un Ac primaire dirigé contre
l’Ag cible permettant d’identifier les protéines
Recommandations techniques
recherchées dans la cellule. On utilise ensuite un
Ac secondaire biotinylé dirigé spécifiquement • Pour une meilleure adhérence de la coupe sur la
contre l’Ac primaire. Un complexe avidine–­biotine lame de verre, utiliser de préférence des lames
couplé à la peroxydase permet l’amplification du spéciales (chargées positivement). Ensuite, fixer
signal lors de la révélation par la diaminobenzidine les coupes sur les lames par passage d’une heure
(DAB) (fig. 3-72). dans une étuve ventilée à 58 °C, suivi toute une
nuit à 37 °C avant le déparaffinage.
• Tous les réactifs doivent s’équilibrer à tempé-
Solution de rinçage
rature ambiante (20–25 °C) avant immuno­
Tout au long de la manipulation des étapes de lava- marquage.
ges et de rinçages sont nécessaires soit dans de l’eau • Le pH des solutions doit être titré au pH-mètre
déminéralisée, soit dans des solutions tamponnées (préalablement étalonné).
de molarité et de pH différents, appropriées pour • Toutes les incubations doivent se dérouler à
un marquage automatisé ou manuel (cf. p. 103). température ambiante sauf mention contraire.
Les détergents, tels que le PBS et le TBS, minimi- • Ne pas laisser sécher les préparations pendant
sent l’absorption non spécifique des anticorps. Les la procédure de marquage (risque de marquage
détergents sont des molécules amphiphiles, c’est- non spécifique accru). Les prélèvements peu-
à-dire qu’elles ont une partie hydrophile (chargée vent être cerclés d’un anneau de matière hydro-
ou non) et une partie hydrophobe. Les détergents phobe pour éviter la dispersion des réactifs.
non ioniques sont particulièrement peu dénaturants • Pour une manipulation manuelle placer les
et sont employés lorsqu’on veut préserver l’activité lames dans un environnement humide (cham-
des protéines. Les détergents contenant un agent bre humide) en position horizontale lors d’in-
mouillant, Tween 20 ou triton, comme le PBT qui cubations prolongées.
est du PBS Tween 20, permettent une perméabilisa- • Après le blocage des sites non spécifiques, sur-
tion douce des sites antigéniques (création de pores tout ne pas rincer, enlever l’excès du réactif en
dans la couche de phospholipides membranaires) drainant les lames.

Fig. 3-72  Immunochimie. Système d’amplification avidine–biotine.


Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 117

• Pour un traitement enzymatique protéolytique, Détermination de l’origine


le pH de la solution doit correspondre au pH des problèmes techniques
d’action de l’enzyme utilisée.
• Pour le démasquage par la chaleur au four à Les techniques immunochimiques sont générale-
micro-ondes : ment automatisées et contrôlées par ordinateur.
– placer les lames dans une (des) cuve(s) Mais la préparation des échantillons cellulaires ou
thermorésistante(s) pour four à micro-ondes tissulaires et des solutions est réalisée manuelle-
contenant la solution tampon ; ment, donc opérateur/dépendant. Lorsqu’il y a un
– répartir les cuves dans l’enceinte du four à problème, il faut savoir l’identifier (tableau 3-22).
micro-ondes étalonné, attendre les 97–98 °C Par exemple, la présence d’un bruit de fond est
sans toucher le point d’ébullition et maintenir en règle liée à un problème technique (mauvaise
ce palier ; fixation, coupe trop épaisse, concentration de
– laisser refroidir les lames dans le tampon l’anticorps trop importante, séchage des lames,
hors du four à micro-ondes à température rinçages insuffisants…), l’absence de réactivité sur
ambiante pendant 20 minutes ; toutes les lames peut être due au mauvais choix
– rincer les lames dans une solution tampon de de l’anticorps secondaire, à la présence d’azide de
rinçage avant de poursuivre la technique. sodium (agent antibactérien) dans la dilution du

Tableau 3-22  Causes probables des principaux problèmes techniques.


Fausse positivé Le bruit de fond par son intensité peut rendre ininterprétable la lecture des lames. Il s’agit d’un marquage
non spécifique. Il peut être observé dans les zones de nécrose (non systématiquement), dans les espaces
intercellulaires et sur les fibres de collagène où les immunoglobulines sériques se fixent, en périphérie
des prélèvements (effet de bord). Parfois, il s’agit d’un marquage topographique inattendu observé
notamment en cas de démasquage antigénique par la chaleur inappropriée ou trop prolongée
Fausse négativité Un résultat négatif n’a a priori pas de valeur. Il peut avoir différentes significations : erreur de technique,
l’Ag recherché est absent ou présent en très faible quantité ou masqué
Absence de réactivité Déshydratation excessive
sur toutes les lames Mauvais choix de l’Ac secondaire ou du colorant pour la contre-coloration
Mauvaise élimination des tampons de rinçage
Omission de l’Ac dans la solution de dilution
Omission de l’H2O2 dans la solution chromogène
Omission d’une, voire plusieurs étapes
Présence d’azide de sodium dans un bain tampon ou dans la dilution du complexe (ABC)
Produits périmés
Absence de réactivité Ac primaire trop dilué
sur quelques lames Ag détruit pendant la préparation (fixation ou traitement enzymatique trop prolongé)
Ag masqué
Réactivité faible ou douteuse Ag en partie masqué
Chromogène périmé
Température ambiante trop basse
Temps d’incubation trop court des Ac (surtout l’Ac primaire) ou du substrat
Bruit de fond Ac primaire trop concentré
Chromogène préparé à la lumière ou trop longtemps à l’avance avant l’emploi
Déparaffinage incomplet
Échantillon cellulaire ou tissulaire trop épais
Fixation
Incubation trop longue dans le chromogène
Omission des agents bloquants (H2O2, BSA)
Produits périmés
Rinçages insuffisants
Séchage des lames au cours de la technique
Température ambiante trop élevée
118 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

complexe (ABC), à l’omission de l’eau oxygénée de diamètre) les différentes architectures du cytos-
dans la solution chromogène. quelette (réseau complexe de filaments protéiques
contenu dans le cytoplasme de toutes cellules). Ils
●● Attention regroupent cinq classes de protéines (tableau 3-23).
L’azide de sodium (NaN3) est un agent chimique L’actine est une protéine importante pour l’ar-
hautement toxique à l’état pur. C’est un inhibiteur chitecture et les mouvements cellulaires. Elle est
des peroxydases. Ne pas l’utiliser dans les tam- présente dans toutes les cellules du corps et spécia-
pons de révélation de ces enzymes.
lement dans les cellules musculaires. La vimentine
et les kératines sont des protéines importantes qui
Principales familles d’anticorps
sont fabriquées par des cellules avec une spécificité
Les principales familles d’anticorps se définissent variable mais souvent étroite. La vimentine est res-
par leur cible (l’Ag correspondant). ponsable du maintien de la forme cellulaire, de l’in-
tégrité du cytoplasme, et stabilise les interactions
Filament intermédiaire (FIs) cytosquelettiques. Elle est présente dans la plupart
Les filaments intermédiaires (FIs) forment avec les des cellules mésenchymateuses (fibroblastes, chon-
microtubules de tubuline (24 nm de diamètre) et drocytes, endothéliales vasculaires). Les cytokéra-
les microfilaments ou filaments d’actine (5  à 8 nm tines CK (8–10 nm de diamètre) correspondent à

Tableau 3-23  Anticorps spécifiques des filaments intermédiaires.


Molécules Spécificité cellulaire Intérêt diagnostique
Kératines ou Cytokératines Épithéliale et mésothéliale Nombreux carcinomes
Mésothéliome
(cf. tableaux 3-24 et 3-25)
Actines Musculaires lisses Musculaires striées
– actine α-smooth + − Léiomyosarcome
– actine musculaire lisse (AML) + − Léiomyosarcome
– actine musculaire striée (HHF 35) + + Léiomyosarcome
RMS
– actine sarcomérique − + RMS
Sarcome
– caldesmone + − Léiomyosarcome
Tumeur stromale digestive
– desmine + + Léiomyosarcome
Mésothéliome
RMS
Sarcome
Tumeur desmoplasique
– myo D1 − + RMS
– myogénine − + Néphroblastome (tumeur de Wilms)
RMS
Gliofilaments (GFAP) (protéine gliale fibrillaire acide) Gliale (astrocytes) Astrocytome
Épendymome
Rétinoblastome
Schwannome
Neurofilaments Neuronale Neuroblastome
Vimentine Mésenchymateuse Néphroblastome (tumeur de Wilms)
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 119

des polypeptides fibreux intracellulaires présents Tableau 3-24  Principales cytokératines utilisées
dans pratiquement toutes les cellules épithéliales. pour le diagnostic.
Il en existe une vingtaine différente chez l’homme. Molécule Épithélium Intérêt diagnostique
Elles sont classées et numérotées selon leur poids CK AE1–AE3 Simple et stratifié plus Mésothéliome
moléculaire (pm) et leur point isoélectrique, et ou moins kératinisé Synovialosarcome
peuvent être réparties entre une sous-famille acide UCNT
(type I) numérotée de 9 à 20 et une sous-famille CK KL1 Simple et stratifié plus Nombreux carcinomes
basique ou neutre (type II) numérotée de 1 à 8. ou moins kératinisé Mésothéliome
Chaque épithélium et chaque tumeur correspon- CK 5/6 Squameux Carcinome épidermoïde
et glandulaire, Mésothéliome
dent à un profil cytokératine particulier.
myoépithélium
et mésothélium
À noter : une co-expression de la kératine est
CK 7 Pulmonaire, Cf. tableau 3-25
possible avec la vimentine dans les épithéliums
urothélium, cellules
glandulaires. mésothéliales

La vimentine est positive dans la plupart des CK 8/18 Simple et glandulaire Carcinome (colorectal,
hépatocellulaire,
tumeurs conjonctives, les mélanomes, les méso- prostatique)
théliomes, certains lymphomes non hodgkiniens Mésothéliome
(LNH) et carcinomes (endomètre, glandes sali- CK 19 Simple et transitionnel, Carcinome :
vaires, rein, sein, thyroïde). La mise en évidence quelques épithéliums hépatocellulaire, thymique,
de cytokératines de poids moléculaires diffé- complexes thyroïdien (papillaire)
Cholangiocarcinome
rents a un grand intérêt dans le typage de cer-
taines tumeurs et/ou leurs métastases (tableau CK 20 Intestinal et gastrique, Cf. tableau 3-25
urothélium, cellules
3-24). La pancytokératine KL1 (Ac à spectres de Merkel
large) est positive dans de nombreuses tumeurs
malignes : carcinome (embryonnaire, neuro-
­endocrine), carcinome indifférencié du nasopha- Tableau 3-25  Co-expression CK 7 et CK 20
dans les tumeurs primitives et/ou métastatiques.
rynx (UCNT), choriocarcinome, mésothéliome,
sarcome épithélioïde, synovialosarcome, téra- CK 7 (+) Carcinome (pancréatique, gastrique, biliaire,
CK 20 (+) urothélial)
tome, tumeur (à cellules de Merkel, desmopla-
sique, germinale, vitelline). La pancytokératine CK 7 (+) Adénocarcinome : bronchopulmonaire, endométrial,
CK 20 (−) mammaire
AE1–AE3 (cocktail de deux Ac monoclonaux : Carcinome : ovarien (séreux), thyroïdien
l’Ac AE1 reconnaît les kératines acides et l’Ac Cholangiocarcinome
AE3, les kératines basiques) est utilisée pour Chordome
l’identification d’une différenciation épithéliale Mésothéliome
dans une tumeur indifférenciée. CK 7 (−) Adénocarcinome colorectal
CK 20 (+) Carcinome : à cellules de Merkel, ovarien (mucineux)
Les carcinomes sont quasiment toujours positifs
pour des cocktails d’anticorps anti-cytokératines
(pancytokératines : KL1 ou AE1–AE3). Certains impliquées (tableau 3-26). Les molécules CD se
« sous-types » de cytokératines peuvent mieux répartissent en trois groupes principaux : marqueurs
orienter le diagnostic et en particulier le profil exprimés tout au long de la vie de la cellule, mar-
CK 7/CK 20 (tableau 3-25). queurs exprimés transitoirement pendant une phase
de différenciation, et marqueurs exprimés lorsque la
Antigène de surface cellule est activée. Il s’agit d’un domaine complexe ;
La plupart des CD (cluster of différenciation = classe plus de 2000 CD existent, certains étant formés de
de différenciation) de typage leucocytaire permet- plusieurs protéines. Chaque classe d’antigènes de dif-
tent l’identification du phénotype d’une population férenciation est suivie d’un numéro dont la classifica-
cellulaire et de reconnaître les cellules lymphoïdes tion repose sur une nomenclature internationale.
120 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 3-26  Principaux marqueurs utiles en pathologie Tableau 3-27  Principaux anticorps des antigènes
hématolymphoïde. tumoraux.
Molécule Spécificité cellulaire Intérêt diagnostique Molécule Spécificité Intérêt diagnostique
cellulaire
EMA (antigène Cellules épithéliales Carcinome
épithélial de surface, Lymphome ACE (antigène Germinale Adénocarcinomes digestifs
membranaire) plasmocytes anaplasique carcino- et autres (sein, pulmonaire
et certaines cellules à grandes cellules embryonnaire) non à petites cellules,
lymphoïdes Plasmocytome ovarien, endométrial…)
LCA ou Pan L Cellules Lymphome AFP (alpha- Germinale Carcinome embryonnaire
(antigène lymphoïdes B et T fœtoprotéine) (testicule) Hépatocarcinome
commun et hépatique
leucocytaire ou
CA 125 Germinale Carcinome (ovarien,
pan leucocytaire)
(endomètre endométrial)
Pour trancher entre la lignée B et T : et ovaire)
– CD 20–Cy – Cellules – Lymphome B PSA (antigène Prostatique Carcinome prostatique
et CD 79a lymphoïdes B spécifique de la
prostate)
– CD 3 et CD 45 – Cellules – Lymphome T
RO (UCHL1) lymphoïdes T
CD 1a Cellules de Histiocytose X
Langerhans, Thymome Enzyme (tableau 3-28)
lymphocytes T matures
CD 68 Macrophages Histiocytofibrome Tableau 3-28  Principaux anticorps des enzymes.
malin
Molécule Spécificité Intérêt diagnostique
cellulaire
NSE (neuro- Neuro-endocrine Carcinome pulmonaire
Immunoglobuline (Ig) énolase et très diverse à petites cellules
Les anticorps non clustérisés des chaînes lourdes spécifique) Neuroblastome
Phéochromocytome
des immunoglobulines (anti-Ig A, G, M, D) et des PNET
chaînes légères des Igs (anti-Kappa, -lambda) sont Rétinoblastome
utlisés pour rechercher la monoclonalité d’une Tumeur : à cellules
prolifération lymphoïde B. de Merkel, desmoplasique,
neuro-ectodermique,
neuro-endocrine
Molécule d’adhérence
PAP (phosphatase Épithéliale Carcinome prostatique
Ce sont des glycoprotéines de la membrane cel- acide prostatique) prostatique Tumeur germinale
lulaire qui assurent l’adhérence des cellules entre PLAP Germinale Carcinome embryonnaire
elles ou à la matrice extracellulaire. Elles regrou- (phosphatase Dysgerminome ovarien
pent les cadhérines, les intégrines et les sélectines. alcaline Séminome
placentaire) Tumeur germinale
Antigène tumoral (oncofœtal ou néo-antigène)
Ils mettent en évidence des constituants cellulaires
caractéristiques ou relativement caractéristiques Marqueur de différenciation
d’un ou plusieurs types de cancers (tableau 3-27). cellulaire (tableau 3-30)
La calrétinine appartient à la superfamille liée au
Divers calcium. Elle est utile pour le diagnostic des méso-
La PS 100 est une protéine soluble à 100 % dans théliomes. La GCDFP 15 (gross cystic disease fluid
le sulfate d’ammonium d’où son nom. Elle mar- protein 15) est utile pour le diagnostic du carci-
que des cellules très diverses mais peut être utile nome apocrine du sein. La positivité nucléaire
pour affirmer l’origine nerveuse ou mélanocytaire de TTF 1 (thyroid transcription factor 1) oriente
d’une tumeur maligne à cellules fusiformes. vers un adénocarcinome pulmonaire (primitif ou
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 121

Hormone (tableau 3-29) Oncoprotéine


Tableau 3-29  Principaux anticorps des hormones. Les oncoprotéines sont des protéines traduisant
des gènes dont certains sont exprimés au cours
Molécule Spécificité Intérêt diagnostique
cellulaire
des cancers (oncogènes) alors que d’autres sont
déprimés ou absents (anti-oncogènes) :
β-HCG (hormone Germinale Choriocarcinome
Tumeur : germinale,
• le Bcl 2 est un oncogène impliqué dans les voies
chorionique
gonadotrope) vitelline de l’apoptose. Il a comme caractéristique d’être
Calcitonine Cellules Carcinome médullaire
un inhibiteur puissant de la mort cellulaire
interfolliculaires de la thyroïde programmée ;
de la thyroïde • le Bcl 6 (proto-oncogène) code pour un répres-
Chromogranine A Neuro-endocrine Carcinome à cellules seur transcriptionnel impliqué dans la formation
de Merkel des centres germinatifs, la maturation lympho-
Médulloblastome cytaire B et T, du cycle cellulaire et l’apoptose.
Neuroblastome
Tumeur neuro-endocrine Une expression du Bcl 6 est observée avec une
Inhibine Germinale Tumeur de la granulosa
fréquence variable dans certains lymphomes de
phénotype B (lymphome folliculaire, lymphome
Synaptophysine Neuro-endocrine Carcinome : à cellules
de Merkel, thyroïdien
de Burkitt) ;
(médullaire), gastro- • le CD 117 (oncogène c-kit) est une protéine
intestinal transmembranaire à activité tyrosine kinase. Des
Médulloblastome mutations sont observées dans les tumeurs stro-
Neuroblastome
Tumeur neuro-endocrine males digestives (GIST) ;
• l’EGFR (epidermal growth factor receptor) est
Thyroglobuline Cellules Carcinome thyroïdien :
épithéliales papillaire et vésiculaire fortement exprimé dans les cancers épidermoï-
vésiculaires des de la tête et du cou, des voies aérodigestives
de la thyroïde supérieures (VADS), du côlon, du pancréas, de
l’ovaire et de la vessie ;
• l’HER-2 est une glycoprotéine transmembra-
Tableau 3-30  Principaux marqueurs selon la spécificité naire à activité tyrosine kynase. Cette protéine
cellulaire.
est exprimée dans les cancers du sein mais éga-
Spécificité Molécules lement de l’ovaire, du côlon et du pancréas ;
Astrocytaire GFAP • la p53 est une protéine impliquée dans la répa-
Conjonctive Actine, caldesmone, desmine, myogénine, vimentine ration de l’ADN ou l’induction de l’apoptose
Épithéliale ACE, CD 15, cytokératines, EMA, GCDFP 15, TTF 1
après un stress cellulaire. Elle est retrouvée
en petite quantité dans les cellules normales
Germinale β-HCG, AFP, CD 117c-kit, PAP, PLAP
mais en grande abondance dans les tumeurs
Leucocytaire La plupart des CD malignes. Des délétions ou des mutations de
Mélanocytaire HMB 45, melan A, PS 100, vimentine la p53 sont observées dans près de 50 % des
Mésothéliale Calrétinine, WT 1 cancers ;
Neuro- CD 56, CD 57, chromogranine A, NSE, • le WT 1 est un gène qui code pour un fac-
endocrine synaptophysine teur de transcription. Il joue un rôle critique
Vasculaire BNH 9, CD 31, CD 34, facteur VIII (von Willebrand) dans le développement normal du rein et des
gonades. Des mutations de ce gène provoquent
des ­cancers du rein chez l’enfant (tumeur de
carcinome neuro-endocrine à petites cellules du Wilms).
poumon) ou thyroïdien (médullaire, papillaire
et vésiculaire). La positivité de la thyroglobuline Marqueur de prolifération cellulaire
dans les carcinomes thyroïdiens peut permettre Ils marquent les cellules engagées dans le cycle
secondairement de séparer ces deux origines. cellulaire :
122 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

• la surexpression de la cycline D1 est observée des cellules tumorales marquées) est associée à
dans une variété de lymphome (lymphome du une meilleure réponse à un traitement par hormo-
manteau) ; nothérapie. L’absence des RO est associée à une
• le Ki 67 est exprimé durant toute la durée du cycle meilleure réponse à la chimiothérapie ;
cellulaire permettant d’évaluer la fraction cellu- • l’absence de l’amplification (par technique
laire en phase de croissance. Il peut être utile pour FISH) de Cerb B2 (HER-2) est corrélée à une
aider à déterminer le degré de malignité de cer- absence de réponse au traitement par l’Hercep-
taines tumeurs comme les tumeurs stromales du tine® dans les cancers du sein.
tube digestif. Un index de Ki 67 élevé indique que
les cellules cancéreuses se divisent rapidement ; Cibler la nature de la tumeur
• l’altération de l’expression de la p53 peut être
Certains anticorps permettent la détermination
retrouvée dans pratiquement tous les types de
des grandes classes de cancer ou servent d’orienta-
cancer.
tion diagnostique (tableau 3-31).
Marqueur pronostic Chaque tumeur est différente et peut exprimer
Ils sont des facteurs dont la valeur permet de pré- de nombreux facteurs uniques. La vimentine peut
ciser le potentiel évolutif du cancer : être présente au niveau de certains carcinomes et
• l’expression de l’ALK (anaplastic lymphome lymphomes non hodgkiniens. Il existe également
kinase) est corrélée à un bon pronostic des lym- les réactivités croisées de certains anticorps liées
phomes T anaplasiques ; à des épitopes communs à des sites antigéniques
• l’expression de Bcl 2 est corrélée à un mauvais pro- de cellules différentes. Par exemple, des antigè-
nostic des lymphomes B diffus à grandes cellules ; nes épithéliaux (cytokératines, EMA) peuvent
• la surexpression de HER-2 (Cerb B2) est cor- être exprimés par des sarcomes, des mélanomes
rélée à un mauvais pronostic des cancers invasifs ou même des lymphomes. Les sarcomes ont des
du sein. marqueurs dépendant de la cellule matricielle :
AML, caldesmone, CD 31, CD 34, CD 99 (mic-
Marqueur prédictif 2), CD 117 (c-kit), desmine, myogénine, PS 100.
Ils sont utilisés pour déterminer le statut poten- Certains sarcomes (sarcome épithélioïde, synovia-
tiel de réponse à un traitement antitumoral ciblé losarcome) co-expriment les CK et la vimentine.
spécifique : Pour un étiquetage plus précis de la tumeur sus-
• la détermination des récepteurs hormonaux (récep- pectée, ou la recherche étiologique en cas de
teurs aux œstrogènes [RO] et à la progestérone métastase isolée sans point de départ, une com-
[RP]) est effectuée essentiellement sur des lésions binaison d’anticorps est donc nécessaire pour
mammaires afin d’évaluer l’hormonosensibilité rechercher une cohérence dans les résultats (posi-
en vue d’un traitement spécifique. L’expression tif/négatif). Ce panel d’anticorps (soigneusement
nucléaire des récepteurs hormonaux (RH) est réa- choisi par le pathologiste) permet d’obtenir des
lisée par une analyse semi-quantitative. La positi- arguments pour ou contre chaque hypothèse dia-
vité des RO et/ou de RP (seuil de positivité > 10 % gnostique (tableaux 3-32 et 3-33).

Tableau 3-31  Orientation diagnostique selon l’immunophénotypage.


Cytokératine (+) Cytokératine (−) Cytokératines (−) Cytokératine (−) Cytokératine (−)
EMA (+) LCA (+) LCA (−) LCA (−) EMA (−)
LCA (−) Melan-A (+) PS 100 (−) LCA (−)
HMB 45 (+) Vimentine (+)
PS 100 (+)
Vimentine (+)
↓ ↓ ↓ ↓ ↓
Carcinome Lymphome Mélanome Sarcome Autre tumeur
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 123

Tableau 3-32  Profil habituel d’expression de certaines tumeurs primitives et/ou métastatiques (liste non exhaustive).
Tumeur CK Desmine GFAP LCA NF Vimentine Autre
Léiomyosarcome − + − − − ± Cf. tableau 3-23
Rhabdomyosarcome − + − − − ± Cf. tableau 3-23
Tumeur d’Ewing − − − − − + CD 99+
PNET
Tumeur gliale (astrocytome, épendymome) − − + − − +
Néphroblastome (tumeur de Wilms) − − − − − + Myogénine+ WT1+
Neuroblastome − − − − + − Anti-GD2+ (en cytologie)
Neuroblastome (NB84)+

Tableau 3-33  Profil habituel d’expression de certaines tumeurs hématolymphoïdes (liste non exhaustive).
Tumeur hématolymphoïde LCA CD 20 CD 79a CD 43 CD 3 CD 30 CD 15 Autres
Leucémie lymphoïde chronique (LLC) + + + + − − − Bcl2+ CD5+ CD23+ IgD+ IgM+
Lymphome anaplasique à grandes cellules ± − − ± − + − ALK1+ EMA+
Lymphome B + + + − − − −
Lymphome B diffus à grandes cellules + + + ± − − −
Lymphome de Burkitt + + + − − − − Bcl6+ CD10+ IgM+ Ki67+
Lymphome du MALT + + + − − − − Bcl2+ IgD- IgM +
Lymphome du manteau + + + − − − − CD5+ Cycline D1+ IgD+ IgM+
Lymphome folliculaire + + + − − − − Bcl2+ CD10+ IgD− IgM+ Lambda+
Lymphome T + − − + + − − [CD4 et CD8+ ou CD4 et CD8−] CD5+
Maladie de Hodgkin − − − − − + + EMA ±
Plasmocytome − − + ± − − − EMA+

Spécificité des principaux Illustration


anticorps
Immunochimie réalisée sur des préparations tissulai-
Une vaste gamme d’anticorps de bonne qualité res (IHC) – coupes en paraffine ou cytobloc (CB) – et
est commercialisée pour confirmer et préciser des préparations cytologiques (ICC) – étalements
plus amplement les diagnostics, et permettre éga- manuels (EM) ou en milieu liquide (LBC).
lement l’étude des facteurs pronostics et prédic-
tifs de la réponse thérapeutique (tableau 3-34). Témoin
Grâce au progrès de la recherche, chaque année, L’analyse des témoins positifs et négatifs est pri-
de nouveaux anticorps sont mis à la disposition mordiale et doit toujours constituer l’étape préa-
des pathologistes avec des indications nouvelles de lable à l’interprétation d’un immunomarquage.
plus en plus spécifiques. Elle permet de juger de la bonne qualité tech-
La détection du virus d’Epstein-Barr (EBV) est nique et de comparer l’intensité du marquage
utile dans le carcinome indifférencié du naso- (fig. 3-73a à d).
pharynx (UCNT), et les différents sous-types de
papillomavirus (HPV) pour les néoplasies intra- Technique spécifique
épithéliales du col utérin. Pour certains d’entre L’analyse des échantillons cellulaires et tissulaires
eux (suivant le stade d’infestation), le marquage peut être complétée par des études utilisant des tech-
est tantôt nucléaire, tantôt cytoplasmique. niques morphologiques ou non morphologiques qui
124 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 3-34  Principaux marqueurs utilisés pour le diagnostic.


Hémopathie Différenciation Tumeur Tumeur épithéliale Organe spécifique Divers Virus
neuro-endocrine conjonctive mammaire
ALK 1 CD 23 CD 99 Actines Cerb B2 (HER-2) ACE Calrétinine EBV
Bcl 2 CD 30 Chromogranine BNH 9 GCDFP 15 AFP Cytokératines HPV
CD 1a CD 43 NSE CD 34 RO β-HCG EMA
CD 3 CD 79a Synaptophysine CD 68 RP CA 125 HMB 45
CD 4 Cycline D1 Desmine Calcitonine Ki 67
CD 5 Ig A, G, M, D PS 100 PAP p53
CD 8 Kappa Vimentine PLAP
CD 10 Lambda PSA
CD 15 LCA Thyroglobuline
CD 20 TTF 1

Fig. 3-73  IHC : marquage membranaire anti-Cerb B2 (HER2-neu) des cellules tumorales (carcinome canalaire infiltrant
du sein), peroxydase/DAB, contre-coloration par l’hématoxyline de Harris.
a.  Témoin négatif (pas de marquage).
b.  Témoin positif, intensité faible (+).
c.  Témoin positif, intensité modérée (++).
d.  Témoin positif, intensité forte (+++).
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 125

Immunomarquage (fig. 3-74 et 3-75)

Fig. 3-74  IHC.


a.  Marquage cytoplasmique anti-cytokératines KL1 (mésothéliome malin), peroxydase/DAB.
b.  Marquage cytoplasmique anti-HMB 45 (mélanome), peroxydase/DAB.
c.  Marquage cytoplasmique anti-IgM (lymphome), peroxydase/AEC.
d.  Marquage intranucléaire anti-récepteurs œstrogènes RO (carcinome mammaire), peroxydase/DAB.
e.  CB : marquage cytoplasmique anti-cytokératines AE1–AE3 (métastase carcinome épidermoïde), peroxydase/DAB.
f.   Marquage membranaire rouge fluorescent (quantum dot 605 nm) anti-HER-2/neu, pas de contre-coloration.
126 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-75  ICC.


a.  EM : marquage cytoplasmique anti-desmine (rhabdo-
myosarcome), peroxydase/DAB.
b.  LBC : marquage intranucléaire anti-Ki 67 (carcinome
mammaire), peroxydase/DAB.
c.  Marquage membranaire rouge fluorescent (quantum dot
605 nm) anti-HER-2/neu, contre-coloration nucléaire par le
DAPI.

sont réalisées soit au sein des laboratoires de patho- est réalisée dans le(s) ganglion(s) lymphatique(s)
logie, soit dans des laboratoires de génétique onco- drainant(s) la tumeur (ganglion sentinelle : GS)
logique (en relation étroite avec les pathologistes) et prélevé(s) au cours de l’intervention chirurgicale
des centres de ressources biologiques (CRB). (cf. fig. 4-14a et b) et/ou à partir d’un échan-
Les nouvelles techniques utilisées en anatomo- tillon de moelle osseuse obtenu par ponction. Les
cytopathologie font appel à des procédures sophis- micrométastases sont caractérisées par un diamètre
tiquées, généralement issues de la recherche en oscillant entre 0,2 et 2 mm et sont donc difficile-
biologie moléculaire ou de la cytogénétique. Elles ment repérables avec les méthodes conventionnel-
nécessitent une grande rigueur opératoire et sont les de diagnostic.
totalement conditionnées par le mode de fixation
initiale des cellules ou des tissus prélevés. Micrométastase et ganglion
Détection des micrométastases Le concept du ganglion sentinelle s’applique aux
tumeurs pour lesquelles l’atteinte ganglionnaire
L’essor du dépistage des tumeurs assure la décou- est un facteur pronostic important. Des niveaux
verte de cancers de plus petite taille et dont les de coupes additionnelles sont réalisés à partir de
envahissements (métastases) ganglionnaires ou bloc(s) tissulaire(s) fixé(s) et inclus en paraffine.
viscéraux sont minimes, nécessitant la mise en Le nombre de niveaux de coupe et leur espace-
œuvre de techniques immunochimiques (ICC ou ment varie (il n’existe pas de protocole standar-
IHC) utilisant des anticorps spécifiques pour leur disé), certains allant jusqu’à l’épuisement du bloc.
reconnaissance. Après immunomarquage (anti-cytokératine pour
Dans le cadre du bilan d’extension initial de certai- les carcinomes mammaires ou anti-HMB 45 pour
nes tumeurs malignes qui tendent à disséminer, la les mélanomes), chaque coupe tissulaire est ana-
détection de cellules tumorales (micrométastases) lysée par le pathologiste au microscope optique
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 127

Fig. 3-76  Détection des micrométastases dans un Fig. 3-77  Détection des micrométastases dans la moelle
ganglion sentinelle drainant une tumeur maligne du sein. osseuse dans le cadre d’un bilan d’extension pour cancer
IHC : marquage cytoplasmique des cellules malignes, anti- du sein.
cytokératines KL1, peroxydase/DAB. ICC : marquage cytoplasmique d’une cellule maligne isolée,
anti-cytokératines (8, 18, 19), phosphatase alcaline (APAAP)/
fuchsine.
(fig. 3-76). Si l’analyse montre la présence de cel-
lules cancéreuses, l’ablation complète de la chaîne neuroblastomes. L’amplification de l’oncogène
ganglionnaire (ou des ganglions afférents) est N-MYC (dès lors que le nombre de copies est
alors pratiquée au cours d’une nouvelle interven- supérieur à trois) est un facteur de mauvais pro-
tion chirurgicale. nostic (risque élevé de développer des métasta-
ses). La recherche d’une atteinte à distance du
Micrométastase et moelle osseuse
site initial est capitale au moment du diagnostic
Après séparation des cellules par centrifugation et indispensable dans la surveillance (pendant et
sur Ficoll® (destruction du fond hémorragique), après traitement par chimiothérapie) pour déceler
des cytospots sont réalisés. Les immunomarqua- une éventuelle rechute. L’évaluation de l’extension
ges des préparations cytologiques sont analysés ostéomédullaire est basée sur des prélèvements de
grâce à un automate analyseur d’images composé moelle (myélogrammes) réalisés principalement
d’un microscope couplé à un ordinateur : une cel- aux niveaux des épines iliaques antérieure et posté-
lule maligne parmi des milliers de cellules mono- rieure (zone active d’érythropoïèse) chez l’enfant
nucléées analysées peut être détectée (fig. 3-77). et des tibias chez le nourrisson. L’analyse des éta-
lements conventionnels colorés au MGG n’est pas
Détection du neuroblastome
toujours suffisante pour confirmer si la moelle est
et de ses métastases médullaires
envahie. Une étude complémentaire plus précise
Le neuroblastome est un cancer de l’enfant qui qui regroupe les ponctions de plusieurs secteurs
apparaît généralement avant 6 ans. Cette tumeur (pool médullaire) est analysée par immuno-
maligne se développe à partir du système nerveux ­cytochimie, phosphatase alcaline (fig.  3-78a) et/
sympathique. Elle se forme au détriment des petites ou en fluorescence (fig. 3-78b). Ces techniques
cellules rondes dérivées de la crête neurale. Les neu- extrêmement sensibles permettent de détecter une
roblastomes sont principalement composés de neu- cellule maligne parmi des milliers de cellules.
roblastes (organisés parfois en rosette) et de cellules
de Schwann. Les sites de prédilection sont l’abdo-
men, en rétropéritonéal ou surrénalien, moins sou- Cytométrie en flux
vent au niveau du cou, du thorax ou du pelvis. La cytométrie en flux (CMF) étudie le cycle cellu-
La dissémination dans la moelle osseuse est laire et permet ainsi d’évaluer l’activité proliférative
due aux caractéristiques spécifiques de certains de la tumeur. Elle est réalisée à partir de suspensions
128 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-78  Détection des métastases médullaires d’un neuroblastome.


a.  ICC : marquage cytoplasmique des neuroblastes, anti-GD 2, APAAP/fuchsine.
b.  ICC : marquage rouge intense des neuroblastes, anti-GD 2, fluorescence.

cellulaires provenant d’un produit de cytoponction • diploïde : cellule présentant deux jeux de chro-
ou après broyage d’un tissu frais ou congelé. Cette mosomes homologues (2N). Des tumeurs mali-
technique de morphométrie consiste à faire défiler gnes peuvent être diploïdes ;
des cellules dissociées et préalablement marquées • aneuploïde : anomalies du nombre de chromo-
par un fluorochrome (iodure de propidium) devant somes ;
un faisceau laser. Une étude quantitative de l’ADN • tétraploïde : état d’une cellule qui possède qua-
(ploïdie) des cellules tumorales et de la phase de syn- tre lots de chromosomes ;
thèse (S) est calculée à l’aide de logiciels. Les résultats • multiploïde : présence de plusieurs pics diffé-
sont visualisés sur des histogrammes (fig. 3-79) : rents de 2N.

Fig. 3-79  Cytométrie en flux (CMF). Histogrammes.


Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 129

Fig. 3-80  Caryotype d’un sarcome d’Ewing. Présence d’une translocation 11;22 (flèches).

Technique cytogénétique Tableau 3-35  Exemples de translocations chromo­


somiques caractéristiques de certaines tumeurs malignes.
Les techniques cytogénétiques regroupent l’ana- Type tumoral Anomalie
lyse caryotypique classique et l’hybridation in situ. chromosomique
Elles ont pour but l’identification des anomalies Leucémie aiguë lymphoïde (LAL) t(4;11)(q21;q23)
chromosomiques caractéristiques de certains types Leucémie myéloïde aiguë (LMA) t(8;21)(q22;q22)
tumoraux.
Leucémie myéloïde chronique (LMC) t(9;22)(q34;q11)
Analyse caryotypique Lymphome de Burkitt t(8;14)(q24;q32)
t(8;22)(q24;q11)
Cette étude consiste à partir d’un fragment tumo- t(2;8)(p12;q24)
ral ou produit de cytoponction, placé de manière Lymphome de la zone marginale t(11;18)(q21;q21)
stérile dans un milieu de culture cellulaire (RPMI), Lymphome du manteau t(11;14)(q13;q32)
à établir un caryotype afin de mettre en évidence Lymphome folliculaire t(14;18)(q32;q21)
une anomalie chromosomique spécifique (délé-
Lymphome T anaplasique à grandes cellules t(2;5)(p23;q35)
tion ou translocation) (fig. 3-80). Cette technique
Carcinome folliculaire de la thyroïde t(2;3)(q13;p25)
peut aider au typage de certains cancers et lym-
Carcinome papillaire de la thyroïde t(10;17)(q11;q23)
phomes (tableau 3-35).
Carcinome papillaire du rein t(X;1)(p11;q21)
La notation t(8;14) signifie qu’il y a une translocation
Chondrosarcome myxoïde t(9;17)(q22;q11)
entre le chromosome 8 et 14. La notation t(8;14)
Fibrosarcome infantile t(12;15)(p13;q25)
(q;q) indique que la translocation entre le chro-
Liposarcome myxoïde t(12;16)(q13;p11)
mosome 8 et 14 a concerné les bras longs de deux
chromosomes. Lorsque c’est le bras court qui est Rhabdomyosarcome alvéolaire t(2;13)(q35;q14)
t(1;13)(p36;q14)
concerné, on le représente par la lettre p. Les numé-
Sarcome à cellules claires t(12;22)(q13;q12)
ros (q24;q32) précisent les bandes chromosomiques
dans lesquelles sont survenus les points de cassure. Sarcome alvéolaire des parties molles t(X;17)(p11;q25)
Synovialosarcome t(X;18)(p11;q11)
Hybridation in situ Tumeur desmoplasique à petites cellules rondes t(11;22)(p13;q12)
L’hybridation in situ fluorescente (FISH : hybri- Tumeur d’Ewing/PNET t(11;22)(q24;q12)
dation in situ en fluorescence) ou chromogénique t(21;22)(q22;q12)
130 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 3-81  FISH avec sonde bicolore de la région du gène MYC dans un lymphome de Burkitt.
a.  Sur chromosome. N = MYC normal. Le signal vert distal de la sonde MYC de l’un des chromosomes 8 est transloqué sur un
chromosome 14.
b.  Sur noyau interphasique. Le clivage de l’un des signaux bicolores témoigne de la translocation de MYC.

(CICH : hybridation in situ avec chromogène)


est une technique de cytogénétique moléculaire
qui permet de détecter dans les chromosomes ou
les noyaux des translocations, des amplifications
ou des délétions de segments de chromosomes
(fig. 3-81) sous réserve de leur taille suffisante
(il est impossible de déceler les délétions intra-
géniques ou les mutations ponctuelles). Cette
technique permet de mettre en évidence des
séquences d’ADN (et d’ARN, en recherche)
grâce à des sondes d’acides nucléiques complé-
mentaires et couplées à un fluorochrome (FISH)
ou à une enzyme (CICH). Elle est basée sur les Fig. 3-82  FISH HER-2. Présence de 15 signaux HER-2
propriétés d’appariements spécifiques de l’ADN. en amas dans les noyaux : amplification du gène.
Les sondes marquées dénaturées viennent se
fixer sur les régions complémentaires de l’ADN Technique de biologie moléculaire
tissulaire qui a été préalablement ouvert (déna-
La biologie moléculaire est l’étude des molécules
turation : cf. encadré ci-dessous). Les signaux
porteuses du message héréditaire ADN et ARN,
sont observables au microscope en fluorescence
de leur structure, synthèse, altérations, mutations
pour la FISH (fig. 3-82) ou en lumière ordinaire
ou transformations. Les techniques de biologie
pour la CICH.
moléculaire permettent de préciser, confirmer
À noter : la dénaturation de l’ADN est un ou exclure un diagnostic, suivre l’évolution de la
processus qui consiste à séparer les deux brins maladie, prédire et évaluer la réponse au traite-
complémentaires d’une molécule d’ADN en ment ou diagnostiquer une prédisposition hérédi-
l’exposant à une température élevée. C’est la taire à développer un cancer.
rupture des liaisons hydrogènes entre les bases La PCR (polymerase chain reaction) est une
qui provoque cette séparation. technique qui permet de recopier de manière
Chapitre 3. Anatomie et cytologie pathologiques 131

exponentielle un fragment d’ADN grâce à l’uti- oncogènes ou les gènes suppresseurs de tumeur.
lisation d’une enzyme (polymérase). Cette tech- Ces systèmes de réparation sont également inacti-
nique permet de détecter dans certaines tumeurs vés dans les cellules cancéreuses.
une translocation chromosomique spécifique.
On recherche, en fait, à partir de l’ARN tumoral, Gènes de prédisposition au cancer
les transcrits de fusion spécifiques, conséquences La mutation des gènes BRCA1 et BRCA2 (breast
des translocations. On fait appel pour cela à la cancer ou cancer du sein) sont les principaux
RT–PCR (polymérisation en chaîne après trans- gènes de prédisposition aux cancers du sein et
cription inverse) quantitative en temps réel. Après de l’ovaire. Devant le caractère imprévisible du
un choix adéquat des amorces oligonucléotidi- cancer ovarien, une ovariectomie prophylactique
ques, le fragment de la région du remaniement (bilatérale) peut être proposée aux femmes por-
sur les deux chromosomes impliqués s’amplifie en teuses d’anomalies de ces gènes.
cas de présence de la translocation spécifique dans
la tumeur. Typage des virus
La prolifération anarchique incontrôlée de certai-
Gènes associés aux pathologies nes protéines virales de type HPV dit à haut ris-
cancéreuses (trois grandes catégories) que (HPV 16, 18) est associée au cancer du col
de l’utérus. La détection du virus d’Epstein-Barr
Oncogènes (EBV) est utile dans quelques cas rares de patho-
Également appelés proto-oncogènes, ils sont les logie tumorale (carcinome indifférencié du naso-
régulateurs positifs de la prolifération cellulaire. pharynx : UCNT).
Ils contribuent à transformer une cellule normale
Oncogènes impliqués dans des tumeurs :
en une cellule cancéreuse. Une mutation au sein
d’une seule des deux copies du proto-oncogène • CCND1 : translocation avec le gène des chaînes
est nécessaire pour entraîner la production d’une lourdes des immunoglobulines dans les lym-
protéine hyperactive qui stimule continuellement phomes du manteau ;
la prolifération cellulaire. • EGFR : surexpression ou mutation activatrice
dans les carcinomes ;
• HER-2 : amplification dans certains carcinomes
Gènes suppresseurs de tumeurs
mammaires et ovariens ;
Ils sont les gardiens de l’intégrité du génome et • KIT : mutation activatrice dans les tumeurs
des régulateurs négatifs (les freins) de la prolifé- stromales digestives (GIST) ;
ration cellulaire. Ils peuvent déclencher la mort • KRAS : mutation activatrice dans les cancers
d’une cellule trop endommagée et éviter ainsi colorectaux, pancréatiques, ovariens, vésicaux,
qu’elle ne se développe de manière anarchique. thyroïdiens, les adénocarcinomes pulmonaires ;
Ils sont inactivés dans les cellules cancéreuses, • MYC : translocation avec les gènes des chaînes
ce qui permet à la cellule de proliférer malgré la des immunoglobulines dans les lymphomes de
présence d’erreur génétique. Pour qu’ils soient Burkitt ;
hors d’usage, il faut que les deux copies du gène • N-MYC : amplification dans certains neuro­
soient inactivées. Parmi ces garants du bon fonc- blastomes.
tionnement cellulaire, on trouve les gènes TP53,
BRCA1, BRCA2, RB. Anti-oncogènes :
• RB : rétinoblastomes ;
Gènes de réparation de l’ADN • TP53 : gène le plus souvent impliqué avec des
Ils correspondent aux gènes des multiples systè- mutations somatiques dans de très nombreux
mes de réparation qui sont capables de détecter et cancers ;
de réparer les lésions de l’ADN qui ont modifié les • WT1 : néphroblastomes (tumeur de Wilms).
132 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Technique utilisée pour l’évaluation Tableau 3-36  Techniques spécifiques en fonction


d’un marqueur tumoral du matériel.
FISH Immunochimie RT-PCR
Les altérations génétiques observées au cours
Anomalie Amplification Surexpression Transcrit
de la transformation maligne sont extrême- détectée Translocation protéique de fusion
ment variées et souvent nombreuses, délé-
Fragment Oui IHC Oui
tions et réarrangements chromosomiques, tissulaire
amplifications géniques, pertes de chromoso- congelé ou frais
mes entiers, mutations ponctuelles. L’étude Produit Oui ICC Oui
de gènes impliqués dans les cancers peut être de ponction
effectuée sur l’ADN de la cellule tumorale, congelé ou frais
mais également sur l’ARN – premier produit Bloc d’inclusion Oui IHC Non(1)
du gène – et enfin la protéine – produit fini du Coupe tissulaire Oui IHC Non(1)
gène (tableau 3-36).  (1) Parfois possible dans des conditions rigoureuses de fixations.
Chapitre 4
Actes médicaux
Préambule Dans certains services ou cabinets de pathologie,
le (la) technicien(ne) de laboratoire réceptionne et
L’anatomo-cytopathologie regroupe des examens enregistre les prélèvements. Il (elle) peut aider le
très variés et aux très nombreuses applications pathologiste pour la macroscopie : examens extem-
pratiques. Elle est importante dans le dépistage poranés (à l’antenne du bloc opératoire), prise en
des cancers (gynécologiques, du sein, de la peau charge de certaines pièces d’exérèse chirurgicale
[mélanome], du poumon, de la prostate, colorec- fixées (sous la responsabilité du pathologiste). Le
taux…) et indispensable dans le cadre du suivi de (la) technicien(ne) de laboratoire peut être éga-
la maladie afin d’apprécier l’effet d’un traitement lement sollicité(e) pour assister le médecin au
en cours, de diagnostiquer une éventuelle réci- moment des prélèvements (cytoponctions et/ou
dive, voire l’apparition d’un nouveau cancer. Le biopsies) en consultation (fig. 4-1a et b). Pour com-
dépistage est une démarche qui vise à détecter, au prendre les informations cliniques et/ou les indi-
plus tôt, en l’absence de symptômes, des lésions cations médicales, il est nécessaire de connaître les
susceptibles d’être cancéreuses ou d’évoluer vers termes d’imagerie médicale, des actes chirurgicaux
un cancer. Le frottis cervico-utérin est la méthode et médicaux les plus couramment utilisés. Quant
de référence du dépistage du cancer du col de aux aspects cliniques, macroscopiques et radiologi-
l’utérus. ques utiles à la compréhension du langage médical,
ils sont décrits dans le glossaire (cf. p. 161).
Les examens initiaux sont indispensables pour
déterminer la nature bénigne ou maligne d’une
lésion. Les techniques de prélèvements sont nom-
breuses et le choix de la technique est fonction du
Prélèvement cytologique
type de la lésion à ponctionner et/ou à biopsier,
et de sa meilleure visibilité et accessibilité (à la pal­ Les prélèvements cytologiques sont réalisés par
pation ou en imagerie médicale). Les prélèvements des médecins spécialistes, toutefois, les prélève-
sont réalisés par des médecins spécialistes en consul- ments gynécologiques peuvent être réalisés par des
tation, dans les hôpitaux de jour (en ambulatoire), cytotechnicien(ne)s diplômé(e)s et habilité(e)s.
dans le service d’imagerie médicale (sous échogra- Il existe plusieurs méthodes et techniques permet-
phie, mammographie, scannographie ou tomoden- tant de recueillir des cellules. Les conditions de
sitométrie), au lit du patient ou au bloc opératoire. l’étude cytologique dépendent de la qualité des
Le conditionnement, l’acheminement et la prise en techniques de prélèvement, et un bon prélève-
charge des prélèvements cytologiques ou histologi- ment conditionne la qualité du diagnostic. Selon
ques sont fondamentaux surtout en cancérologie. la nature du prélèvement et l’étude envisagée
Ils constituent un prologue dont dépend la qualité (diagnostic et/ou examens complémentaires), le
et la pertinence des étapes successives conduisant au matériel obtenu peut être étalé et/ou placé dans
diagnostic anatomo-cytopathologique de bénignité des solutions de conservation spécifique. Les
ou de malignité orientant l’attitude décisionnelle : liquides physiologiques sont placés dans des tubes
surveillance ou indication thérapeutique dans ses (ou flacons) stériles adaptés ; par exemple, en tube
différentes modalités (cf. p. 141). sec pour les liquides (céphalorachidien, pleuraux,

Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie


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134 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 4-1  Prélèvements cytologiques et histologiques pour le diagnostic.


a.  Étalement pour analyse cytologique et fragments tissulaires placés dans un fixateur formolé (transparent) pour analyse
histologique et dans des milieux de culture (rose) pour études cytogénétique et de biologie moléculaire.
b.  Fragments tissulaires placés en tubes secs pour cryoconservation.

péritonéaux) ou les urines, et en tube hépariné La ponction pleurale permet de prélever du liquide
pour les liquides kystiques. Le matériel cytologi- situé entre les deux feuillets de la plèvre à l’aide
que est précieux, le produit d’une cytoponction d’une aiguille introduite en transpariétale.
ou d’un liquide est parfois peu cellulaire. La ponction péritonéale (ou d’ascite) permet de
prélever à l’aide d’une aiguille du liquide situé dans
la cavité abdominale. Une ponction péritonéale est
Cytologie gynécologique généralement réalisée au cours d’une intervention
Après avoir exposé le col utérin à l’aide d’un spécu- chirurgicale (abdominale) ou d’une laparoto-
lum, le frottis cervico-utérin ou le frottis vaginal est mie exploratrice, tandis qu’une ponction d’ascite
réalisé (en dehors de la période des règles) à l’aide (liquide pathologique) est faite dans le cadre d’un
d’un dispositif de prélèvement (cytobrosse, spatule) suivi de la maladie, le plus souvent au niveau de
au niveau de l’endocol, de l’exocol et/ou du vagin. la fosse iliaque gauche à mi-distance entre l’épine
Une aspiration endométriale (ou endo-utérine), iliaque antéro-supérieure gauche et l’ombilic.
visant à recueillir des cellules au niveau de l’endo- Une ponction évacuatrice peut être réalisée à l’aide
mètre, peut être réalisée à l’aide d’une sonde. d’un drainage pour les épanchements abondants
(allant de quelques centilitres à plusieurs litres)
afin de soulager le patient d’une gêne respira-
Ponction toire (liquide pleural) ou de douleurs abdominales
(ascite), par exemple.
Une ponction est un geste médical qui consiste
à introduire une aiguille dans une lésion solide Les échantillons de moelle osseuse (myélogram-
ou liquide dans lequel se trouvent des cellules mes) sont prélevés au niveau du sternum chez
caractéristiques. Ce prélèvement se fait dans une l’adulte, des épines iliaques antérieure et posté-
tumeur primitive ou dans un tissu secondairement rieure chez l’enfant et des tibias chez le nourrisson,
envahi par des métastases. à l’aide d’un trocart monté d’une seringue.
La ponction lombaire (PL) est un examen qui
permet de prélever quelques microlitres de liquide Cytopathologie clinique
céphalorachidien (LCR) à l’aide d’une longue
aiguille fine introduite dans le bas du dos entre les Une cytoponction est une technique sim-
deux apophyses épineuses des dernières vertèbres ple et rapide de prélèvement (sans anesthé-
lombaires. sie systématique) réalisée après désinfection
Chapitre 4. Actes médicaux 135

cutanée avec une aiguille fine, le plus souvent par capillarité dans l’embout de l’aiguille. Dès
de 0,6 mm de diamètre (23 gauges ou G) avec l’apparition du matériel, celle-ci est retirée. Pour
ou sans aspiration selon que la lésion est palpa- certaines lésions fibreuses ou kystiques (évacua­
ble (fig. 4-2) ou non (fig. 4-3). Le produit de tion d’un liquide), une légère aspiration avec
cytoponction obtenu est délicatement projeté une aiguille montée d’une seringue est nécessaire
à l’aide d’une seringue sur des lames à raison (cf. fig. 3-45 et 4-5).
d’une goutte par lame (fig. 4-4a), jusqu’à son
épuisement puis étalé (fig. 4-4b). Si du liquide
est recueilli (fig. 4-5), celui-ci est placé dans un
tube hépariné.
Pour une cytoponction palpable, la lésion est
immobilisée entre deux doigts, l’aiguille est intro-
duite rapidement dans sa partie centrale par le
plan cutané. Un mouvement régulier et multidi-
rectionnel de va-et-vient dans la zone de résistance
tissulaire est effectué afin que les cellules montent

Fig. 4-2  Cytoponction d’une masse inguinale. Fig. 4-3  Cytoponction échoguidée au bloc opératoire
d’une masse intra-abdominale.

Fig. 4-4  Produit de cytoponction.


a.  Produit projeté sur lame à l’aide d’une seringue.
b.  Étalement manuel du produit.
136 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

les ponctions intéressent principalement les lésions


mammaires infracliniques ou non palpables d’image
échographique nette, ainsi que la thyroïde. Sous
repérage scannographique, elles visent plus parti­
culièrement à recueillir du matériel provenant
d’organe comme le foie, le pancréas, les poumons,
les reins, les surrénales et les adénopathies lombo-
aortiques et médiastinales.

Cytologie pulmonaire
L’aspiration et le brossage bronchiques sont des
Fig. 4-5  Cytoponction d’un kyste synovial.
prélèvements dirigés sous fibroscopie visant à
recueillir au niveau d’un flacon piège (contenant
du sérum physiologique) des cellules superfi-
Pour une cytoponction d’une lésion non palpa-
cielles de la muqueuse bronchique.
ble ou profonde, la trajectoire de l’aiguille est soit
guidée sous repérage échographique (fig. 4-6) Le lavage broncho-alvéolaire (LBA) est réalisé
soit orientée sous repérage scannographique (fig. sous bronchoscopie pour analyser des lésions
4-7). La cytoponction est effectuée à l’aide d’une périphériques alvéolaires du poumon. Une solu-
aiguille montée par un mouvement de va-et-vient tion isotonique est instillée puis récoltée pour
et de rotation, et de manière multidirectionnelle rechercher la présence de cellules tumorales ou
pour certaines lésions (mammaires, ganglionnai- d’agents pathogènes, en particulier le germe
res) prélevées sous échographie. Dès que la sérosité responsable de la pneumocystose (Pneumocystis
apparaît dans l’embout de l’aiguille, le piston de la carinii).
seringue est relâché. Sous contrôle échographique,

Cytologie urinaire
Les urines sont recueillies (dans un flacon stérile)
par miction spontanée (fait d’uriner) ou par son-
dage sous cystoscopie.

Autres prélèvements
Le grattage s’effectue après ablation des croûtes
de la lésion à l’aide d’un vaccinostyle (petit ins-
trument en forme de plume affûtée sur ses deux
côtés) ou d’un scalpel, par empreinte de la lésion
ou par scarification – grattage et étalement du pro-
duit de grattage. Le grattage mamelonnaire est
réalisé pour rechercher une maladie de Paget –
forme particulière du cancer du sein (fig. 4-8).
L’examen d’un écoulement mamelonnaire vise à
Fig. 4-6  Cytoponction sous repérage échographique
d’une lésion mammaire.
recueillir le produit de sécrétion spontané ou pro-
La trajectoire de l’aiguille est guidée par une sonde et visuali- voqué (obtenu par un massage délicat centripète
sée en temps réel sur l’écran de l’échographe. du sein) qui est étalé sur lame.
Chapitre 4. Actes médicaux 137

Fig. 4-7  Cytoponction sous repérage scannographique d’une lésion hépatique.


a.  Cytoponction de la lésion avec une longue et fine aiguille montée d’une seringue.
b.  Coupe scannographique. Contrôle du bon positionnement de la pointe de l’aiguille dans la lésion hépatique (flèche).

au moment de son exérèse chirurgicale, ou de


pouvoir traiter un cancer qui est mieux soigné
par la chimiothérapie comme les lymphomes. Les
biopsies–­exérèses (généralement réalisées au bis-
touri) ont pour but d’enlever la lésion (cf. fig.
3-12) ou éventuellement la tumeur dans sa tota-
lité avec une collerette minimale du tissu avoisi-
nant (petite tumeur cutanée, polype). La valeur
des biopsies repose sur leur taille, leur nombre, le
choix de la zone biopsiée, la bonne préservation
des tissus, le repérage topographique des biopsies
multiples dans des flacons différents et réperto-
riés. Les microbiopsies doivent être manipulées
Fig. 4-8  Grattage mamelonnaire à l’aide d’un scalpel avec précaution en évitant toute fragmentation et
(maladie de Paget du mamelon).
être fixées immédiatement après leur réalisation
(cf. fig. 3-4b) pour éviter les artefacts liés au des-
sèchement tissulaire.
Biopsie
La biopsie est un prélèvement d’un échantillon Matériel de prélèvement
tissulaire que le médecin « préleveur » estime
représentatif de l’ensemble de la lésion. Il existe On parle de microbiopsies pour les prélèvements
deux sortes de biopsies. Les biopsies simples effectués avec des aiguilles de calibre intermédiaire
ont pour but de prélever un fragment tissulaire entre 14 et 18 gauges (G). Ces aiguilles permet-
sous forme de cylindre ou « carotte » générale- tent d’obtenir de fins cylindres de tissu. Chaque
ment de petite taille (quelques millimètres à prélèvement nécessite le retrait de l’aiguille et sa
quelques centimètres de long) et de diamètre réintroduction dans la lésion pour effectuer des
varié (cf. fig. 3-24a et b). Une biopsie présente prélèvements successifs. Les microbiopsies sont
l’avantage d’établir un diagnostic histopathologi- réalisées avec un instrument automatique (nommé
ques dans le cas d’une tumeur trope étendue ou pistolet) muni d’un emporte-pièce (fig. 4-9). Les
inextirpable, de dispenser l’examen extemporané carottes tissulaires mesurent généralement entre
138 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Un punch biopsie est un prélèvement effectué (au


niveau d’une lésion cutanée) avec un instrument
mécanique muni d’un emporte-pièce cylindrique
(fig. 4-10) qui ramène un échantillon tissulaire
variant entre 2 et 6 mm. Un prélèvement au Tru-
cut est un prélèvement réalisé avec un petit trocart
(instrument en forme de poinçon cylindrique).

Mode de guidage
Les biopsies sont généralement réalisées sous anes-
thésie locale ou générale légère à l’aide d’une aiguille
Fig. 4-9  Microbiopsie percutanée (après anesthésie locale)
d’une tumeur mammaire avec un pistolet automatique.
coupante, d’une curette, d’une pince ou d’un pisto-
let automatique (cf. fig. 4.9). Pour les lésions percu-
tanées, une incision minime de quelques millimètres
10 et 20 mm de longueur et entre 1 à 2 mm de au scalpel est réalisée au niveau de la peau pour per-
diamètre (cf. fig. 3-4c). mettre l’introduction de l’aiguille jusqu’à la lésion.
Les macrobiopsies se définissent comme des pré- Les biopsies sont généralement effectuées par des
lèvements assistés par le vide (aspiration) à l’aide médecins spécialistes (dermatologue, pathologiste)
d’aiguilles de plus grand calibre entre 8 et 11 G. pour les lésions palpables, par des radiologues pour
Ces aiguilles permettent par une seule introduc- les lésions non palpables (échoguidées, sous stéréo-
tion dans une région anatomique (glande mam- taxie ou sous scanner), et par des médecins spécia-
maire) l’obtention de plusieurs prélèvements de la listes (chirurgien, gynécologue, pneumologue) au
zone visée (cf. fig. 3-24b). La macrobiopsie par cours d’intervention chirurgicale ou d’exploration
aspiration permet un prélèvement volumétrique, par voie endoscopique ou fibroscopique.
guidé en temps réel, de lésions le plus souvent
infracliniques. Ce type d’aiguille est adapté aux Biopsie radioguidée
prélèvements percutanés des foyers de microcalci-
Le mode de guidage est choisi selon le site de la
fications, nécessitant un échantillonnage plus large
lésion et le type d’anomalie. La précision des prélè-
à cause de leur hétérogénicité histologique.
vements est de l’ordre du millimètre. Le geste peut
être réalisé sous repérage échographique, la pro-
gression de l’aiguille est attentivement surveillée
sur l’écran de l’échographe jusqu’à l’anomalie. Le
dispositif de prélèvement est équipé d’un ressort
qui permet à l’aiguille de détacher un fragment de
tissu d’un mouvement rapide. Sous repérage scan-
nographique, la cible et le bon positionnement de
l’aiguille sont visualisés sur un écran informatique.
La technique est identique à celle pratiquée sous
échographie. Sous repérage stéréotaxique, l’aiguille
est introduite à une profondeur calculée par ordi-
nateur jusqu’à l’anomalie et les prélèvements sont
aspirés à l’intérieur de celle-ci.
Les lésions mammaires bénéficient, en plus des
Fig. 4-10  Punch biopsie d’un nodule sur cicatrice de techniques de prélèvements sous contrôle écho-
mammectomie (amputation du sein). graphique, de procédures par Mammotome®
Chapitre 4. Actes médicaux 139

(nom commercial donné à un dispositif de prélè- réalisée avec un fibroscope (petit tube souple formé
vement guidé par stéréotaxie sur une table dédiée de fibres optiques flexibles) qui permet de visua-
numérisée). Ce mode de prélèvement biopsique, liser l’intérieur des cavités. En fonction du siège
réalisé en ambulatoire, est effectué principalement anatomique de la lésion, les biopsies peuvent être
pour des lésions infracliniques ou anomalies mam- réalisées sous bronchoscopie (bronches), cœlios-
mographiques (microcalcifications), et constitue copie (cavité abdominale), coloscopie (côlon, gros
des alternatives à la biopsie–exérèse chirurgicale. intestin), colposcopie (col utérin), cystoscopie
Les prélèvements (macrobiopsies) sont réalisés (vessie), fibroscopie (larynx, trachée, bronches),
au niveau du sein à l’aide d’une aiguille creuse gastroscopie (estomac), hystérescopie (cavité du
à usage unique munie d’un couteau cylindri- corps utérin), laparoscopie (cavité abdominale),
que rotatif, l’aspiration est faite par dépression laryngoscopie (larynx), œsophagoscopie (voies
(fig. 4-11a). Cette aiguille est appelée sonde de digestives), rectoscopie (rectum).
macrobiopsie ou sonde de Mammotome®. La
sonde est commandée par un système informatisé
qui dirige dans l’espace. Cette méthode permet Imagerie médicale
de réaliser des prélèvements multiples en barillet
ramenant des carottes tissulaires (cf. fig. 3.24b) Les examens radiologiques sont indispensables
ou de retirer une zone d’environ 10 mm de large pour bien situer la tumeur, ses limites et sa taille, et
et de 15 à 20 mm de long (fig. 4-11b). Lorsque vérifier si elle s’est propagée à d’autres parties du
l’anomalie est constituée de microcalcifications, corps, afin d’effectuer des prélèvements ciblés à la
les prélèvements peuvent être radiographiés pour palpation ou radioguidés. Dans certains cas, l’ima-
confirmer leur présence dans les échantillons gerie médicale permet le repérage peropératoire
tissulaires. afin d’optimiser la précision du geste opératoire,
en plaçant un petit repère métallique (clip, hame-
Biopsie par voie endoscopique çon) au centre de la zone à prélever (fig. 4-12),
ou fibroscopique pour en faciliter l’exérèse totale tout en épargnant
L’endoscopie est une méthode utilisée pour explo- le maximum de tissu sain. Un contrôle radiolo-
rer, par la vue et à l’aide d’un endoscope (appareil gique de la pièce chirurgicale orientée à l’aide de
optique composé de tubes rigides et muni d’un fils est effectué pour s’assurer que l’ensemble de la
dispositif d’éclairage), les tumeurs profondes lésion est dans la pièce d’exérèse (cf. fig. 3-27b).
d’un organe creux ou situées autour d’une cavité En anatomopathologie, l’imagerie médicale est
interne. La fibroscopie est une sorte d’endoscopie parfois nécessaire pour rechercher et/ou mettre

Fig. 4-11  Prélèvement sous Mammotome® d’une lésion mammaire.


a.  Dispositif de prélèvement.
b.  Échantillon tissulaire d’une lésion mammaire prélevé avec une sonde de Mammotome®.
140 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 4-1  Classification ACR.


ACR 0 Classification « d’attente » utilisée
avant que le bilan d’imagerie soit
complété
ACR 1 Mammographie normale
ACR 2 Bénin
ACR 3 Probablement bénin
ACR 4 a Indéterminé plutôt bénin
ACR 4 b Indéterminé
ACR 4 c Indéterminé plutôt suspect
ACR 5 Suspect (évocatrice d’un cancer)
ACR 6 Malin (confirmé par un diagnostic
Fig. 4-12  Tumorectomie du sein. histologique)
La pose de clip (visible au milieu de la pièce chirurgicale
ouverte) indique la zone à prélever.

biopsie d’une lésion avec une précision millimétri-


que, d’effectuer des repérages peropératoires. Le
en évidence dans des fragments tissulaires placés but du repérage est de placer dans la zone « anor-
en cassettes (fixés et inclus en paraffine) la pré- male » un ou plusieurs fils métalliques en forme de
sence de microcalcifications d’une lésion mam- harpon ou d’hameçon qui aident le chirurgien à
maire, par exemple (cf. fig. 3-27c). localiser la lésion à exciser (fig. 4-13).
La mammographie est l’examen de référence La scintigraphie est une technique particulière-
pour l’exploration du sein qui utilise les rayons ment utilisée pour étudier les lésions thyroïdien-
X en très faible quantité et qui permet d’obtenir nes et osseuses grâce à l’injection d’un produit
des images de sa structure interne. Elle permet faiblement radioactif (marqueur isotopique) qui
de dépister des tumeurs de quelques millimètres. se fixe électivement sur un tissu particulier.
La mammographie précise l’aspect, la taille et la
Le scanner utilise le principe des rayons X cou-
localisation exacte de la lésion ou de l’anomalie.
plés à un ordinateur pour analyser les divers plans
Les images sont classées en fonction du degré de
de l’organisme en effectuant des « coupes » ana-
suspicion de leur caractère pathologique selon la
tomiques de 1 à 10 mm d’épaisseur. Afin d’aug-
classification ACR – American College of radiology
menter le contraste, l’examen scannographique
(tableau 4-1).
L’échographie est une méthode qui permet d’ex-
plorer à l’aide d’une sonde (externe ou intracavi-
taire) de haute fréquence un organe ou une région
du corps au moyen d’ultrasons (foie, surrénale,
sein, thyroïde, ganglion). Les images obtenues
sont observables sur un écran vidéo. Lorsqu’une
anomalie est bien visible et accessible, elle permet
de guider en temps réel la trajectoire de l’aiguille
afin d’effectuer des prélèvements (cf. fig. 4-6).
La stéréotaxie est une technique en trois dimen-
sions qui apporte des informations précises pour
localiser une lésion de petite taille. Elle est utilisée
en neurochirurgie et pour les lésions mammaires.
L’appareil de stéréotaxie couplé au mammogra- Fig. 4-13  Radiographie d’une pose d’hameçon avant
phe permet, outre la réalisation de ponction et/ou l’intervention chirurgicale pour microcalcifications du sein.
Chapitre 4. Actes médicaux 141

est souvent précédé d’une injection d’iode. Le traitement dans le cadre de protocole d’étude
scanner permet de déceler la présence de tumeurs (essai clinique).
dans les organes avec la possibilité d’en déter-
miner la taille mais aussi la forme (image tridi-
mensionnelle). Le scanner est très utilisé dans la Chirurgie carcinologique
surveillance de la plupart des cancers. Lorsqu’une
lésion suspecte est accessible, il permet d’orienter La chirurgie représente la base du traitement de
l’aiguille jusqu’à la cible afin d’effectuer des prélè- la majorité des cancers curables et nécessite le
vements (cf. fig. 4-7a et b). recours à plusieurs spécialités. Chaque interven-
L’IRM (imagerie par résonance magnétique) est tion chirurgicale porte un nom bien spécifique
une étude multiplanaire qui fournit des images de qu’il est utile de connaître (cf. p. 159). La chirur-
grande qualité des différents constituants de l’or- gie à visée curative peut intervenir à la suite du
ganisme. Cette technique n’utilise pas de rayons diagnostic (établi sur une biopsie) après un trai-
X mais une onde radio (identique à celle utilisée tement (chimiothérapie ou radiothérapie) visant
dans un téléphone mobile) qui fait vibrer (réson- à diminuer le volume de la tumeur à extraire ou
ner) les molécules d’eau contenues dans le corps. pour la résection d’une métastase. Dans certains
Le terme de magnétique signifie qu’un aimant est cas, la tumeur s’étant trop propagée, l’opération ne
utilisé pour la création des images. L’IRM joue vise qu’à améliorer le confort du malade. Dans le
un rôle important en pathologie tumorale pour cadre d’un traitement locorégional, l’acte chirur-
la détection des tumeurs cérébrales (primitives ou gical se limite souvent à une chirurgie conserva-
secondaires), les tumeurs osseuses et de la moelle trice (exérèse, tumorectomie) enlevant la tumeur
épinière, et le bilan d’extension locorégionale des ainsi qu’une partie significative du tissu environ-
tumeurs. Les prélèvements sous IRM sont limités nant, et conservant l’organe. Parfois, une ablation
car ils nécessitent du matériel médical compati- de l’organe (amputation) est indispensable. Cette
ble avec les hauts champs magnétiques (matériel chirurgie est mutilante selon l’organe atteint.
amagnétique). Il peut être nécessaire d’y associer l’ablation des
ganglions satellites si la tumeur est lymphophile.
La TEP-SCAN (tomographie à émission de
Afin d’évaluer l’extension ganglionnaire, le prélève-
positions) ou PET-SCAN (en anglais) est un
ment du ganglion sentinelle peut être effectué
appareil qui permet de visualiser l’activité des
dans le but d’éviter un curage ganglionnaire exten-
cellules. Cet examen est principalement utilisé
sif (exérèse monobloc de la graisse contenant les
en oncologie pour poser un diagnostic et évaluer
ganglions lymphatiques). Cette méthode est très
l’efficacité des traitements. La TEP peut détecter
utilisée dans les cancers du sein (pour les tumeurs
les cellules tumorales à l’aide d’un traceur radioac-
unifocales de petite taille ≤ 15 mm), le cancer de
tif, le glucose marqué au fluor. La combinaison
la peau (en particulier le mélanome), mais aussi
des deux techniques (scanner multicoupes + TEP)
pour les cancers de la cavité buccale, de l’oro-
donne des résultats d’une précision inégalée.
pharynx, du col utérin, du canal anal, du côlon.
Concrètement, cette technique consiste à injecter
avant l’opération une solution colorée inerte (bleu
Traitement de patenté) ou une solution marquée avec un iso-
tope radioactif au niveau d’une tumeur qui n’a pas
Le traitement du cancer requiert plusieurs armes été traitée au préalable. Le produit suit le trajet
thérapeutiques. Il existe beaucoup de cancers lymphatique qui part de la tumeur pour aller colo-
guéris par la chirurgie (80 %), mais bien souvent rer le premier relais ganglionnaire qui la draine
il faut y associer la chimiothérapie et/ou radio- (c’est le ganglion sentinelle). Les ganglions sen-
thérapie. Chaque cas étant différent, il nécessite tinelles qui ainsi désignés sont retirés (fig. 4-14a)
« son » traitement approprié. En général, il s’agit et examinés extemporanément (fig. 4-14b) par un
d’un traitement standard conventionnel ou d’un pathologiste (idéalement, le ganglion sentinelle
142 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Fig. 4-14  Macroscopie d’un ganglion sentinelle (état frais).


a.  Exérèse d’un ganglion sentinelle et du vaisseau lymphatique colorés en bleu.
b.  Dissection minutieuse du ganglion sentinelle en vue d’un examen extemporané.

doit être chaud et coloré en bleu). Lorsqu’ils sont progression. Elle participe également à la réduc-
indemnes, cela évite un curage ganglionnaire. tion du risque de récidive. Ces médicaments
La chirurgie réparatrice est souvent nécessaire en extraits de végétaux ou produits en laboratoire
cas de chirurgie délabrante (œsophage, rectum, par synthèse peuvent être administrés par perfu-
sein). Le but est de maintenir une fonction (créa- sions (voie intraveineuse) ou parfois sous forme
tion d’un réservoir après l’ablation d’une vessie, de comprimés. La chimiothérapie néo-adjuvante
rétablissement de la continuité digestive) ou de (ou première) est utilisée avant un traitement
diminuer les séquelles d’une chirurgie mutilante locorégional afin de réduire la taille de la tumeur
(reconstruction mammaire ou de la sphère ORL, et d’éliminer d’éventuelles cellules cancéreu-
pose d’une prothèse). Elle peut être réalisée dans ses disséminées dans le corps (métastases). La
le même temps que l’opération ou secondaire- chimiothérapie adjuvante est utilisée en complé-
ment de façon différée. ment d’un traitement locorégional (chirurgie ou
radiothérapie) afin de détruire les cellules cancé-
La chirurgie « second look » est une chirurgie de
reuses qui peuvent êtres disséminées à distance de
réévaluation post-thérapeutique qui consiste à
la tumeur primitive. La chimiothérapie est aussi
vérifier l’effet du traitement sur le cancer ou à en
utilisée en soins palliatifs pour soulager la douleur
évaluer son extension.
ou d’autres symptômes d’un cancer sans espoir
La chirurgie prophylactique peut être employée de guérison.
pour les patients porteurs de lésions dont le risque
d’évolution vers un cancer est important (dyspla-
sie [CIN II, CIN III], polypes intestinaux) et pour Radiothérapie et curiethérapie
les personnes présentant une mutation génétique
avérée ou une histoire familiale évocatrice de pré- La radiothérapie et la curiethérapie ont pour but
disposition génétique (polypose colique, cancers de réduire ou détruire des cellules cancéreuses en
du sein ou des ovaires). évitant d’affecter les tissus sains environnant.
La radiothérapie est souvent utilisée pour réduire
Chimiothérapie la taille de la tumeur avant le geste chirurgical
ou pour éliminer les cellules cancéreuses ayant
La chimiothérapie est un traitement qui consiste survécues à la chirurgie. Elle utilise des rayonne-
à utiliser des substances chimiques cytotoxiques ments ionisants (cobalt [minerai], rayons gamma,
qui détruisent préférentiellement les cellules can- rayons X ou électrons). Ces rayons peuvent être
céreuses afin de soigner la maladie ou d’enrayer sa émis par un appareil situé à l’extérieur du corps
Chapitre 4. Actes médicaux 143

(radiothérapie externe) ou à l’intérieur (curiethé- d’intensité et un scanner intégré, ce qui permet


rapie). Le gray est l’unité de mesure utilisée pour de guider en trois dimensions l’irradiation.
définir la dose de rayons délivrée.
La curiethérapie est pratiquée au moyen de peti-
tes sources radioactives (généralement l’iridium) Hormonothérapie
contenues dans une aiguille ou un fil placé tempo- L’hormonothérapie est un traitement qui a pour
rairement au contact des zones à traiter. Ce trai- but de bloquer la croissance tumorale de certains
tement s’adresse à de nombreux cancers pourvu cancers qui apparaissent dans des organes norma-
qu’ils soient accessibles et de petit volume (moins lement sensibles à l’action des hormones (prostate,
de 4 à 5 cm de diamètre). sein, thyroïde) et vise à réduire le risque de rechute
métastatique. Il est le plus souvent utilisé pour trai-
ter les cancers hormono-sensibles du sein soit en
• Curiethérapie interstitielle : à l’intérieur des tissus
(langue, lèvre, peau, sein, prostate, anus, etc.). supprimant l’activité des ovaires, soit en adminis-
• Curiethérapie endocavitaire : dans les cavités naturel- trant des médicaments anti-hormones qui entrent
les (nasopharynx ou cavum, vagin, utérus). en compétition avec les hormones naturelles.

La protonthérapie est une technique particulière


de radiothérapie ultraprécise à base de protons Immunothérapie
permettant de traiter certaines tumeurs de l’œil ou L’immunothérapie est un traitement par anticorps
de la base du crâne, situées à proximité immédiate consistant à moduler les réactions immunitaires
d’organes vitaux (cerveau, moelle épinière). de l’organisme (interféron, interleukines) ou en
La tomothérapie utilise un appareil qui délivre utilisant un anticorps spécifique dirigé contres des
une dose parfaitement adaptée à la tumeur en cibles moléculaires, ainsi l’Herceptine® est un anti-
épargnant au maximum les tissus sains avoisinants. corps de souris anti-HER-2 humanisé qui se fixe
Cet appareil associe un accélérateur de faible sur les cellules surexprimant HER-2 (cf. fig. 3-82)
énergie délivrant une irradiation avec modulation et entraîne leur mort.
Chapitre 5
Glossaires
Lexique étymologique Améloblaste : cf. adamantoblaste.
Angioblaste : cellule embryonnaire génératrice
Pour la compréhension du vocabulaire médical, il de l’endothélium.
est utile de connaître la signification de quelques Apocrine : cf. idrosadénoïde.
racines provenant du latin ou du grec ancien et de APUD (amine precursor uptake and decarboxy-
quelques suffixes (tableaux 5-1, 5-2 et 5-3). lation) : nom donné à des cellules situées essen-
tiellement dans l’encéphale, les glandes endocrines
ou le tube digestif et qui sécrètent pour la plupart
Principaux types de cellules des hormones.
Argentaffine et argirophile : cellule entéro-
L’organisme est composé d’environ 5000 mil- endocrine (APUD) associée au tube digestif qui
liards de cellules réparties dans plus de 200 types se colore par les sels d’argent.
cellulaires différents qui composent les tissus. On Astrocyte : cellule (gliale) de soutien du tissu ner-
peut les classer selon leur forme (caliciforme, cubi- veux (système nerveux central) caractérisée par
que, cylindrique, pavimenteuse, sphérique, etc.) des prolongements cytoplasmiques qui lui don-
et leur fonction très diverse. Le suffixe «-blaste » nent une forme étoilée.
désigne une cellule jeune (caractère embryon-
naire), précurseur de la lignée correspondante, et B
le suffixe « -cyte » désigne une cellule mature en
Basale : cellule provenant de la couche profonde
phase quiescente.
de l’épithélium malpighien.
A Basophile : cf. polynucléaire.
Adamantoblaste : cellule épithéliale qui élabore Bâtonnet : cellule visuelle photosensible de la
l’émail dentaire. Syn. améloblaste. rétine.
Adipocyte (ou cellule adipeuse) : cellule conjonc- Bordante ou pariétale : cellule des glandes gas-
tive fixe qui dérive du lipoblaste. Elle contient une triques (estomac) qui sécrète les produits acides
volumineuse gouttelette lipidique (triglycérides, (acide chlorhydrique).
acides gras libres) optiquement vide. Elles sont Brünner (cellule de) : cellule des glandes de
isolées ou en petits amas qui se regroupent en Brünner (duodénum).
lobules pour former le tissu adipeux.
Agranulocyte : lymphocyte et monocyte. Le C
noyau n’est pas polylobé et le cytoplasme ne Cajal (cellule de) : cellule nerveuse musculaire
contient pas de granulations visibles au micros- impliquée dans la régulation de la mobilité intesti-
cope optique. Syn. mononucléaire. nale (circulation de la nourriture).
Amacrine : variété de neurone qui module l’im- Caliciforme : cellule épithéliale cylindrique en
pulsion nerveuse. Elle ne possède pas d’axones forme de calice qui synthétise et sécrète du mucus.
mais de nombreuses dendrites. Elle est particulièrement présente au niveau
Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie
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146 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 5-1  Racines d’ordre général.


Hypo- Dessous, insuffisance
A- Privation, manque de In- Privé de, contraire, négation
Acanth(o)- En forme d’épine Inter- Entre, parmi
Alvéol(o)- Cavité de ruche Intra- À l’intérieur
Andr(o)- Homme, mâle Iso- Égal
Aniso- Inégal Juxta- À côté de
Anté- Avant Kéra-, kérat(o)- Corne, cornée
Anti- Contre Koïl(o)- Creux
Apex- Sommet, pointe Kyst(o)- Kyste
Arachn(o)- Araignée Latér(o)- Côté
Astr(o)- En forme d’étoile Léio- Lisse
Bi-, bis- Deux Leuc(o)- Blanc
Bio- Vie Lip(o)- Graisse, gras
Cancér(o)-, carcin(o)- Cancer Luté(o)- Jaune
Cary(o)-, kary(o)- Noyau Lymph(o)- Relatif à la lymphe
Chrom(o)- Couleur, chrome Lys(o)- Dissolution
Cœl(o)- Cavité, creux Macr(o)- Grand, gros
Cry(o)- Froid Malin, maligne Méchant
Dé-, dés- Séparation, privation Méat(o)- Orifice d’un canal
Dendr(o)- En forme d’arborescence Méga- Grand
Dis- Différence Mélan(o)- Noir
Dys- Difficulté Méso- Milieu
Endo- Au-dedans Méta- À distance
Épi- Sur, dessus Mi- Au milieu, à moitié, à demi
Ex-, exo- Hors de Micr(o)- Petit
Extra- En dehors, extérieur à Mon(o)- Seul, unique
Follicul(o)- Petit sac Morph(o)- Forme
Fongi- Champignon Muc(o)- Humeur visqueuse
Galact(o)- Lait Multi- Beaucoup
Glomérul(o)- Peloton Myc(o)- Champignon
Gon(o)- Semence Myx(o)- Mucus
Granul(o)- Petit grain Nécr(o)- Mort, cadavre
Graph(o)- Écrire Néo- Nouveau, jeune
Hémi- À demi, la moitié de Neutr(o)- Ni acide, ni basique
Homéo-, homo- Semblable Nuclé(o)- Noyau
Hyal(o)- Transparent Olig(o)- Petit, peu nombreux, rare
Hydr(o)- Eau Or(o)- Relatif à la bouche
Hyper- Au-dessus, excès Orth(o)- Droit, normal, régulier
Chapitre 5. Glossaires 147

Tableau 5-1  (Suite) Tableau 5-2  Topographie anatomique et origine tissulaire.


Papill(o)- Papille Abdomin(o)- Bas-ventre, abdomen
Para- À côté de, auprès, contre Adén(o)- Glande, ganglion lymphatique
Path(o)- Souffrance, changement Adip- Graisse
Pauci- Pauvre, peu nombreux Adrén(o)- Glande surrénale
Per- Pendant Amél(o)- Émail
Péri- Autour de Amygdal(o)- Amygdale
Phlegm(o)- Inflammation, brûlure Angi(o)- Vaisseau
Phyll(o)- Feuille Aort(o)- Aorte
Phyt(o)- Plante Blast(o)- Développement embryonnaire
Poly- Nombreux, plusieurs Brach(o)- Bras
Post- Après Bronch(o)- Bronche
Pré- Avant, devant Bucc(o)- Bouche
Pseud(o)- Faux, erreur, similitude Cæc(o)- Cæcum
Pycn(o)- Condensé Céphal(o)- Tête
Py(o) Relatif au pus Cérébell(o)- Cervelet
Re-, ré- De nouveau, répétition Cérébr(o)- Cerveau
Réticul(o)- Petit filet Cervic(o)- Cou, nuque
Rétro- En arrière de, derrière Cervic(o)- Utérus
Sac, sacc(o)- Petite cavité Cholécyst(o)- Vésicule biliaire
Sclér(o)- Dur, fibreux Chondr(o)-, condr(o)- Cartilage
Sidér(o)- Fer Chord(o)- Ébauche embryonnaire
Sperm(o)- Semence Chori(o)-, chor(o)- Membrane, chorion
Sphér(o)- Sphère, globe, boule Chori(o)- Membrane de l’œil (choroïde)
Spongi(o)- Structure d’une éponge Clavicul(o)- Clavicule
Squam(o)- Écaille Cléid(o)- Clavicule
Stéat(o)- Graisse Cœli(o)- Abdomen, péritoine
Stén(o)- Rétrécissement Colo- Côlon
Sudor(o)- Relatif à la sueur Colp(o)- Vagin
Supra- Au-dessus, au-delà, supérieur Cortic(o)- Cortex (cérébral, surrénal)
Syn-, sym- Avec Cubit(o)- Coude
Trans- Au-delà, à travers Cuti-, cutané Peau
Trich(o)- Cheveu, poil Cyst(o)- Vessie
Ultra- Excessif Cyt(o)- Cellule
Xanth(o)- Jaune Derm(o)-, dermat(o)- Peau
Xén(o)- Étranger Duodén(o)- Intestin grêle
Xér(o) Sec Embryo- Embryon, fœtus
(suite)
148 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Tableau 5-2  (Suite)


Périné(o)- Périnéal
Encéphal(o)- Encéphale Péritoné(o)- Péritoine
Entér(o)- Intestin Pharyng(o)- Pharynx
Épendym(o)- Membrane du cerveau Phléb(o)- Veine
Fibr(o)- Filament Piné(o)- Pinéal (hypophyse)
Fœt(o)- Fœtus Pleur(o)- Plèvre
Gangl- Ganglion Pneum(o)- Poumon
Gastér(o)-, gastr(o)- Estomac Pod(o)- Pied
Gloss(o)- Langue Proct(o)- Anus
Glott(o)- Orifice du larynx Prostat(o)- Prostate
Gyn(o)-, gynéc(o)- Femme Pulm(o)- Poumon
Hém(a)-, hémat(o)-, hém(o)- Sang Pyél(o)- Bassinet
Hépat(o)- Foie Rén(o)- Rein
Hist(o)- Tissu Rétin(o)- Rétine
Hystér(o)- Utérus Rhabdo- Fibre musculaire
Jugul(o)- Gorge Rhin(o)- Nez
Lapar(o)- Abdomen, flanc Sacr(o)- Sacrum
Laryng(o)- Larynx Salping(o)- Trompe utérine
Lip(o)- Graisse Scapul(o)- Épaule
Lomb(o)- Rein Scrot(o)- Bourse
Mamm(o)- Sein Sigmoïd(o)- Sigmoïde
Mast(o)- Sein Spin(o)- Colonne vertébrale
Maxill(o)- Maxillaire Splén(o)- Rate
Médull(o)- Moelle Stern(o)- Sternum
Méning(o)- Méninge Strom(a)-, stomat(o)- Bouche
Métr(o)- Utérus Surrénal(o)- Glande surrénale
Muscul(o)- Muscle Sympath(ico)- Système nerveux
Myél(o)- Moelle sympathique
Myo- Muscle, fibre Synovi(o)- Synoviale
Nas(o)- Nez Temp(o)- Partie latérale de la tête
Néphr(o)- Rein Tén(o)-, tendin(o)- Tendon
Neur(o)- Nerf Thorac(o)- Cavité thoracique
Névr(o)- Nerf Thyr(o)- Thyroïde
Ocul(o)- Œil Traché(o)- Trachée
Odont(o)- Dent Ur(o)- Urine
Oment- Épiploon Utér(o)- Utérus
Orchid- Testicule Vagin(o)- Vagin
Osté(o)- Os Vascul(o)- Vaisseau
Ovari(o) Ovaire Vein(o)- Veine
Péd(i)- Pied Vésic(o)- Vessie
Pelv(i)- Bassin Vulv(o)- Vulve
Chapitre 5. Glossaires 149

Tableau 5-3  Suffixes généraux. Cellule claire : cellule chargée en glycogène ou


– algie Douleur en lipide.
– blaste Cellule jeune Cellule de la granulosa : cellule du cortex ova-
– blastome Tumeur embryonnaire (maligne) rien qui sécrète la progestérone.
– cèle Collection liquidienne Cellule de soutien : cellule du tissu conjonctif.
– chroïque, -chroïsme Couleur Cellule du collet : cellule muqueuse de l’estomac.
– cyte Cellule Cellule G : cellule antrale (estomac) qui sécrète
– ectasie Dilatation d’un segment la gastrine (hormone stimulatrice de la sécrétion
– ectopie Situation anormale d’acide chlorhydrique).
– graphie Inscrire Cellule géante : volumineuse cellule d’origine
– iforme Ayant la forme de histiomonocytaire contenant plusieurs noyaux
(multinucléée). Elle peut résulter d’anomalies de
– ite Inflammation
la division cellulaire ou de la fusion de cellules.
– lingual Langue
Syn. plasmode.
– logie Étude scientifique d’un sujet
Centrocyte : cellule de la lignée lymphoïde.
– lyse Destruction
Cf. cellule clivée.
– morphe Forme
Chondrocyte : volumineuse cellule cartilagineuse
– oïde ou -oïdal Ressemblance, en forme de riche en glycogène et en enclaves lipidiques.
– ome ou -oma Maladie, tumeur, tuméfaction
Chromaffine : cellule neuro-ectodermique (médul-
– ose Maladie chronique non losurrénale) dont le cytoplasme contient des granu-
inflammatoire
lations de catécholamine qui se colorent par les sels
– pathie Affection générale d’un organe
de chrome.
– plasie Modeler
Chromatocyte : toute cellule capable de synthéti-
– plastie Processus néoformateur ser un pigment organique (essentiellement locali-
– ptôse Chute d’organe sée dans l’épiderme).
– rrhée Écoulement Chromophile : cellule sécrétoire de l’antéhypo-
– rrhexie Cassure, brisure physe qui a une forte affinité pour les colorants
– scope, -scopie Regarder, examen par la vue acides et basiques.
– thélium Divers tissus Chromophobe : cellule sécrétoire de l’antéhy-
– thérapie Soin, traitement pophyse qui n’a pas d’affinité pour les colorants
acides ou basiques.
du tractus respiratoire et gastro-intestinal. Syn. Clara (cellule de) : cellule épithéliale non ciliée
mucipare. des bronchioles respiratoires.
Cellule à épines : cf. kératinocyte. Clivée : petite cellule lymphoïde au noyau incisé
Cellule alpha : cellule des îlots de Langherans avec chromatine dense. Syn. centrocyte.
(pancréas endocrine) qui sécrète le glucagon. Syn. Cône : cellule visuelle photosensible de la rétine.
cellule à glucagon. Conjonctive : cellule qui entre dans la constitu-
Cellule bêta : cellule des îlots de Langherans tion du tissu conjonctif. Elle a un rôle de réserve
(pancréas endocrine) qui sécrète l’insuline. Syn. et de soutien.
cellule à insuline.
Cellule C (de la thyroïde) : cellule appartenant D
à l’épithélium de la vésicule thyroïdienne qui Dendritique : cellule qui dérive du monocyte et
synthétise et sécrète la calcitonine. Syn. cellule qui intervient dans la réponse immune en pré-
parafolliculaire. sentant les antigènes aux lymphocytes T. Elle est
150 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

présente dans les ganglions lymphatiques, la rate, Exocrine : cellule qui déverse son produit de
les tissus et en petit nombre dans le sang. sécrétion par l’intermédiaire d’un canal excréteur.
Différenciée : cellule qui a acquis des caractères
lui permettant d’assurer ses fonctions. F
Ductale : cellule bordant un canal. Fibrocyte : cellule fixe du tissu conjonctif de forme
fusiforme ou étoilée. Elle synthétise les fibres et la
Dyskératosique : cellule avec anomalie de la
substance fondamentale.
kératinisation.
Fœtale : syn. embryonnaire.
E Folliculaire : cellule formant la paroi des vésicules
de la thyroïde. Elle sécrète la thyroglobuline.
Embryonnaire : cellule jeune avant la différencia-
tion. Cf. indifférenciée, souche.
G
En bague à chaton : cellule à noyau refoulé par
Galactophorique : cellule glandulaire du sein
une vacuole de mucus (observée dans les carcino-
(canal galactophorique).
mes colloïdes).
Gamète : cellule germinale sexuelle (ovocyte et
Endocrine : cellule glandulaire qui déverse sa sécré-
spermatozoïde).
tion (hormone) dans les espaces intercellulaires.
Gamétocyte (ou gamonte) : cellule précurseur
Endothéliale : cellule aplatie qui tapisse les vais-
des gamètes.
seaux sanguins et lymphatiques ainsi que la cavité
cardiaque. Elle empêche la coagulation et inter- Germinale : cellule de la lignée des gamètes.
vient dans le système immunitaire en jouant le rôle Gliale (ou gliocyte) : cellule du système ner-
de présentatrice d’antigène. veux central qui présente des prolongements qui
Entérochromaffine : cellule entéro-endocrine s’intriquent avec ceux des cellules nerveuses. Les
(APUD) associée au tube digestif. Syn. cellule cellules gliales sont de quatre types (astrocytes,
argentaffine. oligodendrocytes, cellules épendymaires et cellu-
les microgliales).
Entérocyte : cellule épithéliale cylindrique de l’in-
testin grêle impliquée dans les processus de diges- Glandulaire : cellule spécialisée dans l’élaboration
tion et d’absorption. de produits de sécrétion souvent organisée en uni-
tés fonctionnelles ou unités sécrétantes.
Épendymaire : cellule de la névrologie qui
tapisse la paroi des ventricules cérébraux et de Globule blanc : cf. leucocyte.
l’épendyme. Globule rouge : cf. hématie.
Épendymocyte : cellule du tissu nerveux qui forme Gonocyte : cellule germinale des glandes génita-
l’épendyme (membrane qui tapisse les cavités du les (ovaire et testicule).
cerveau et le tube central de la moelle épinière). Gonies : cellule germinale initiale qui au cours
Épithéliocyte : cellule thymique qui constitue la de la gamétogenèse se différencie en gamète mâle
trame réticulée du thymus. (spermatozoïde) ou en gamète femelle (ovocyte).
Épithéliale : cellule appartenant à un épithélium Granulocyte : cf. polynucléaire.
qui a une fonction de protection (mécanique ou
chimique). H
Épithélioïde : cellule de la lignée histiomonocy- Hématie : cellule sanguine anucléée d’environ 7 μ
taire qui ressemble grossièrement à une cellule de diamètre, aplatie, biconcave de profil, support
épithéliale. Elle constitue un des éléments de de l’hémoglobine. Elle est de couleur grisâtre à
l’inflammation. la coloration de MGG. Syn. érythrocyte, globule
Érythrocyte : cellule de la lignée myéloïde (pré- rouge.
curseur des hématies). Hépatocyte : cellule du foie riche en glycogène.
Chapitre 5. Glossaires 151

Histiocyte : cellule mobile qui dérive du mono- à la périphérie du cytoplasme. Elle est le plus sou-
cyte et qui réside dans les tissus conjonctifs. vent présente dans l’inflammation spécifique, la
Cf. macrophage. tuberculose et la sarcoïdose.
Hodgkin (cellule de) : cellule de grande taille net- Langerhans (cellule de) : cellule de la lignée
tement nucléolée au cytoplasme parfois lacunaire. histiocytaire siégeant au niveau de la peau et qui
migre dans la lymphe afférente, puis se localise
Cellule caractéristique de la maladie de Hodgkin.
dans les ganglions où on l’appelle cellule dendri-
Hürthle (cellule de) : oncocyte du corps thyroïde tique. Elle possède un granule caractéristique en
ou de la glande thyroïde. forme de raquette.
I Leucocyte : cellule de plusieurs types dont les
monocytes, lymphocytes, granulocytes ou poly-
Idrosadénoïde : cellule à cytoplasme abondant
nucléaires. Leur rôle commun est de lutter contre
éosinophile et granuleux. Syn. apocrine.
des agressions extérieures surtout microbiennes.
Immature : cellule qui n’a pas encore atteint son Syn. globule blanc.
développement complet. Cf. embryonnaire.
Leydig (cellule de) ou cellule interstitielle
Immunocyte : cellule qui joue un rôle important du testicule : cellule du testicule qui sécrète la
dans l’immunité en se différenciant en lymphocyte testostérone.
B ou plasmocyte.
Lipoblaste : cellule précurseur des adipocytes conte-
Immunocompétente : cellule lymphoïde qui joue
nant de petites vacuoles lipidiques à contour net.
un rôle essentiel dans les réactions d’immunité.
Syn. immunocyte. Lipophage : macrophage au cytoplasme spumeux
comportant de nombreuses vacuoles lipidiques
Indifférenciée : cellule n’ayant pas les caractéristi-
cytoplasmiques colorées en rouge par la colora-
ques d’une cellule avec une fonction précise. Syn.
tion Oil Red O.
embryonnaire, primordiale, souche.
Lutéinique folliculaire : nom donné aux cellu-
Intermédiaire : cellule provenant des couches
les de la granulosa (ovaire) dont le cytoplasme
moyennes de l’épithélium malpighien.
contient un pigment jaune brillant.
Interstitielle : cellule située dans les interstices qui
entourent les éléments différenciés d’un organe. Lutéinique thécale : cellule de la thèque interne
(ovaire) sécrètant les œstrogènes qui sont nécessai-
K res pour maintenir la prolifération de la muqueuse
Kératinocyte (ou cellule à épines) : cellule épi- utérine. Syn. paralutéinique.
théliale majoritaire de l’épiderme qui synthétise la Lymphoblaste : cellule souche qui se transforme
kératine (protéine donnant aux cellules des pro- en petit ou grand lymphocyte.
priétés protectrices). Lymphocyte : cellule présente dans le sang, la
Koïlocyte : cellule malpighienne de type inter- moelle osseuse et les tissus lymphoïdes. Les types
médiaire ou superficiel avec volumineux noyau principaux sont les lymphocytes de phénotype
à contour irrégulier et cytoplasme présentant B, T ou NK (cf. le système immunitaire). Petit
une large clarification (aspect en écaille d’huître) lymphocyte, cellule mobile à noyau très dense et
témoignant une infection virale. cytoplasme très peu abondant, il se transforme
Küpffer (cellule de) : phagocyte situé le long des en immunoblaste (B ou T). Grand lymphocyte,
sinusoïdes hépatiques. cellule caractérisée par un cytoplasme un peu
plus volumineux contenant parfois des grains
L azurophiles.
Langhans (cellule de) : histiocyte de très grande Lymphoïde : cellule représentant plusieurs types
taille à cytoplasme très abondant et éosinophile, à cellulaires dont le rôle est de protéger l’organisme
noyaux très nombreux disposés en « fer à cheval » contre les infections.
152 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Lymphoplasmocytaire : cellule correspondant à périphérique, réniforme avec un cytoplasme bien


un stade de différenciation d’un lymphocyte B en visible contenant des granules azurophiles.
plasmocyte. Mononucléaire (ou grand lymphocyte) : cellule
sanguine mononucléée avec cytoplasme agranu-
M leux (lymphocytaire et monocytaire).
Macrophage : volumineuse cellule (grand pha- Mucipare : cf. caliciforme.
gocyte) distribuée dans la plupart des tissus et Musculaire cardiaque : cellule musculaire striée
bordant aussi les cavités séreuses et les alvéoles d’un type particulier. Leur noyau est unique et
pulmonaires ; selon son siège : dans les tissus (his- central. Elles sont bifurquées à leurs extrémités et
tiocyte), dans le sang (monocyte). forment entre elles un réseau à larges mailles.
Mastocyte des tissus conjonctifs : cellule se
Musculaire lisse : cellule des muscles lisses (non
trouvant le plus souvent à proximité des vaisseaux
striés) fusiforme à noyau allongé unique et central
sanguins et qui intervient dans les allergies et l’in-
avec cytoplasme éosinophile fibrillaire.
flammation. Leur cytoplasme contient de nombreu-
ses granulations basophiles riches en médiateurs qui Musculaire striée : cellule des muscles striés très
sécrètent l’héparine, la sérotonine, l’histamine. allongée contenant de nombreux noyaux allongés
et périphériques.
Mastocyte associé aux muqueuses : cellule pré-
sente dans l’intestin et les poumons. Myélocyte : cellule de la lignée myéloïde précur-
seur d’un leucocyte granuleux (ou polynucléaire)
Mégacaryocyte : cellule de la lignée myéloïde qui
qui possède des granulations basophiles, neu-
produit les plaquettes (ou thrombocytes).
trophiles ou éosinophiles caractéristiques de ce
Mélanocyte : cellule d’origine neuro-ectoder- dernier.
mique (issue de la crête neurale) d’aspect étoilé
Myéloplaxe : cellule géante.
qui synthétise la mélanine. Elle siège essentielle-
ment au niveau de la peau et exceptionnellement Myoblaste : cellule embryonnaire destinée à se
au niveau de l’œil, du système nerveux ou des transformer en fibres musculaires striées.
muqueuses aérodigestives. Myocyte : cellule musculaire différenciée possé-
Méningoblaste : cellule méningée fusiforme. dant la fonction de contractibilité.
Merkel (cellule de) : cellule neuro-épithéliale située Myoépithéliale : cellule d’origine épithéliale de
au niveau de la couche basale de l’épiderme. forme allongée ou étoilée renfermant des microfi-
Mésangliale : cellule de soutien du glomérule laments contractiles entourant un acinus muqueux
rénal. ou séreux de certaines glandes exocrines comme
les glandes sudoripares, lacrymales, salivaires,
Mésenchymateuse : cellule spécifique du tissu mammaires, bronchiques.
conjonctif embryonnaire à partir de laquelle les tis-
sus conjonctif et de soutien adulte se développent. Myofibroblaste : cellule musculaire fusiforme de
morphologie intermédiaire à celle du fibroblaste
Mésothéliale : cellule qui tapisse un mésothélium.
et qui joue un rôle dans les processus de cicatrisa-
Métamyélocyte : cellule de la lignée myéloïde de tion et de réparation tissulaire.
morphologie intermédiaire entre celles du myélo-
cyte et du polynucléaire. N
Microgliale : phagocyte résidant du cerveau où il Nævocyte : petite cellule à cytoplasme éosinophile
migre durant la période périnatale. peu abondant plus ou moins chargé de pigment
Monoblaste : cellule souche de la lignée mélanique.
myéloïde. Neuroblaste : cellule issue d’une cellule souche
Monocyte : cellule circulante du sang qui peut neuro-épithéliale. Elle est caractéristique du neu-
migrer dans les tissus pour y devenir un macro- roblastome (tumeur maligne du nourrisson et du
phage. Elle a un noyau volumineux, central ou jeune enfant).
Chapitre 5. Glossaires 153

Neuro-endocrine : cellule secrétant des amines Péricyte : cellule de nature histiocytaire qui
ou des peptides et possédant des caractères méta- entoure les vaisseaux sanguins.
boliques communs. Syn. APUD. Phagocyte : cellule ayant les capacités (mobi-
Neurone : cellule nerveuse hautement spécialisée lité, équipement enzymatique) de réaliser une
de forme étoilée avec des prolongements (axone phagocytose. Elle intervient dans les réactions
et dendrites). inflammatoires. Les phagocytes comprennent les
Neutrophile : cf. polynucléaire. macrophages, les monocytes et les neutrophiles.
Physaliphore : grande cellule qui contient des
O vacuoles intracytoplasmiques et sécrète une subs-
tance mucoïde.
Odontoblaste : cellule d’origine mésenchy-
mateuse qui élabore la dentine (ou ivoire) des Pinéalocyte : cellule de l’épiphyse ressemblant à
dents. un neurone qui synthétise la mélatonine.
Oligodendrocyte : cellule de la névrologie pré- Plaquette : petit élément figuré du sang qui a
sente essentiellement dans la substance blanche du un rôle déterminant dans la coagulation. Syn.
système nerveux central. thrombocyte.
Oncocyte : cellule à cytoplasme granuleux. Plasmocyte : cellule provenant de la transforma-
tion d’un lymphocyte B. Elle synthétise et sécrète
Ostéoblaste : cellule mésenchymateuse responsa-
des anticorps.
ble de la synthèse et de la sécrétion de l’ostéoïde
qui après calcification constitue l’os. Plasmode : grosse cellule multinucléée résultant
de la fusion de plusieurs cellules et dans laquelle
Ostéoclaste : cellule géante multinucléée à cyto-
tous les noyaux restent indépendants. Syn. cellule
plasme spumeux qui résorbe en permanence le
géante plurinucléée.
tissu osseux pour permettre sa régénération par
les ostéoblastes. Pneumocyte : cellule épithéliale des alvéoles
pulmonaires.
Ostéocyte : cellule responsable du maintien de la
matrice osseuse. Elle est située dans l’épaisseur des Podocyte : cellule épithéliale qui entoure les capil-
travées osseuses au sein d’une logette. laires glomérulaires du rein.
Ovocyte : gamète mature femelle située dans le Polynucléaire : cellule de la lignée myéloïde qui
parenchyme ovarien et qui n’a pas encore subi les représente la majorité des leucocytes sanguins.
phases de méiose. Elle possède un noyau unique mais segmenté avec
nombreuses granulations intracytoplasmiques qui
Oxyphile : cellule à petit noyau et cytoplasme très
contiennent des enzymes. Elle a des propriétés de
éosinophile et granulaire contenant de nombreu-
phagocytose :
ses mitochondries.
• polynucléaire car la cellule semble présenter
plusieurs noyaux (en fait, ce sont plusieurs
P lobes) ;
Paneth (cellule de) : cellule située à la base des • granulocyte car la cellule possède de nom-
cryptes des glandes de Lieberkühn de l’intestin grêle breux granules dans le cytoplasme (cytoplasme
caractérisée par des grains de sécrétions acidophiles. granuleux) ;
Parafolliculaire : cellule thyroïdienne sécrétant la • selon les affinités tinctoriales de leurs granula-
calcitonine. Cf. cellule C de la thyroïde. tions :
– basophile : noyau bilobé avec nombreuses
Paralutéinique : cf. lutéinique thécale.
granulations très irrégulières qui se colorent
Pariétale : cellule de l’estomac (glandes de fun- par les colorants basiques en bleu sombre,
dus) productrice de l’acide chlorhydrique. – éosinophile : noyau bilobé avec nombreuses
Peptidique : cellule de l’estomac (glandes de fun- granulations régulières qui se colorent par les
dus) qui sécrète la pepsine. Syn. principale. colorants acides en rouge,
154 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

– neutrophile : noyau multilobé avec granula- Superficielle : cellule provenant de la couche


tions à peine visibles puisqu’elles ne se colo- superficielle de l’épithélium malpighien.
rent ni par les colorants acides ou basiques Syncytiale : cellule résultant de la fusion de plu-
(grisâtre). sieurs cellules et comportant plusieurs noyaux.
Primordiale : cf. indifférenciée, souche. Synovocyte : cellule bordant le tissu synovial.
Principale : cellule de l’estomac (glandes de fun-
dus) qui sécrète la pepsine. Syn. peptidique. T
Pyocyte : polynucléaire neutrophile altéré observé Thécale : cellule des follicules ovariens.
dans des lésions purulentes. Thymocyte : cellule T (ou lymphocyte T) imma-
ture migrant de la moelle osseuse dans le thymus
R pour y acquérir son immunocompétence.
Réticulée : cellule de soutien des vaisseaux sanguins. Thyréocyte/thyrocyte : cellule thyroïdienne qui
Réticulo-épithéliale : cellule qui provient de sécrète une hormone (la thyroglobuline).
l’endoderme. Totipotente : cellule embryonnaire initiale (pre-
mier blastomère).
S
Transitionnelle : cf. urothéliale.
Schwann (cellule de) : cellule de la névrologie res-
Tricholeucyte : cellule à limite irrégulière en
ponsable de la formation de la gaine de myéline.
rapport avec l’existence de dendrites et de voiles
Sertoli (cellule de) : cellule des tubes séminifères (appelé leucocyte chevelu à cause de son aspect).
du testicule.
Thrombocyte : cf. plaquette.
Sézary (cellule de) : cellule mononucléée de la
Trophoblaste : cellule d’origine fœtale qui parti-
lignée lymphocytaire dont le noyau volumineux,
cipe à la mise en place du placenta.
irrégulier a une chromatine striée.
Sidérophage : macrophage chargé de pigment U
hémosidérinique coloré en bleu par la coloration
Urothéliale : cellule qui revêt les voies excréto-
de Perls.
urinaires (urothéliums). Leur forme change légè-
Somatique : cellule (non sexuelle) qui constitue rement selon le lieu (bassinet, uretères, vessie).
les tissus et les organes. Syn. transitionnelle.
Souche : cellule indifférenciée dotée de la capacité
de s’auto-renouveler par division pour donner de V
nouvelles cellules souches ou pour se différencier Vésiculaire : cellule qui sécrète les hormones thy-
en d’autres types cellulaires. Syn. embryonnaire, roïdiennes (riches en iode).
indifférenciée ou primordiale.
Spermatozoïde : cellule sexuelle mâle qui contient le
matériel génétique. Elle est produite par le testicule.
Spumeuse : cellule à cytoplasme vacuolisé empli
Topographie anatomique
de lipides.
Un organe est une entité structurelle et fonction-
Sternberg, cellule de (Reed-Sternberg) : cel- nelle composée de différents tissus doués de capa-
lule lymphoïde monstrueuse caractéristique de la cités complémentaires et exerçant une fonction
maladie de Hodgkin avec gros noyau central ou spécifique, mais n’ayant de sens qu’au sein d’un
excentré, anfractueux, polylobé, comportant plu- système. On distingue les organes pleins (foie,
sieurs nucléoles volumineux, irréguliers, disposés glandes salivaires, ovaires, pancréas, prostate,
en « œil de hibou ». reins, seins…) et les organes creux (côlon, esto-
Stromale : cellule conjonctive. mac, rectum, vessie…).
Chapitre 5. Glossaires 155

A Cœur : organe situé dans le médiastin antérieur


Abdomen (nom familier, le ventre) : occupe la entre les deux poumons. Sa pointe tournée à gau-
moitié inférieure du tronc, au-dessous du thorax che repose sur le diaphragme.
séparé par le diaphragme et au-dessus du bassin. Col de l’utérus : partie inférieure de l’utérus fai-
Il contient la majeure partie de l’appareil digestif, sant saillie dans le vagin.
le foie, la rate et une partie de l’appareil génito- Côlon (ou gros intestin) : partie du tube digestif
urinaire. située dans la cavité abdominale. Il fait suite à l’in-
Amygdales palatines : formations lymphoïdes testin grêle et se termine par l’anus. Il comporte
situées de part et d’autre du voile du palais dans plusieurs segments, le cæcum, le côlon ascendant
l’oropharynx. (ou côlon droit), le côlon transverse, le côlon des-
Anus : orifice terminal du rectum muni d’un cendant (ou côlon gauche), le côlon sigmoïde et
sphincter (muscle). le rectum.
Appendice (iléocæcal ou vermiculaire) : diverti- Corde vocale : membrane située à la base du
cule tubulaire attaché au cæcum. larynx dont la vibration permet l’émission de la
voix. Elles sont au nombre de quatre (deux supé-
B rieures et deux inférieures).
Bulbe rachidien : partie inférieure du tronc Corticosurrénale : cf. surrénale.
cérébral.
D
Dent : petit organe composé d’émail (ou ivoire)
C
ancré dans les mâchoires inférieure et supérieure.
Cæcum : partie initiale du côlon dans laquelle Elle est constituée d’une partie visible (la cou-
aboutit le grêle. C’est un cul-de-sac auquel l’appen- ronne), d’une partie cachée (la racine) et d’une
dice est fixé. Il est situé dans la fosse iliaque droite. zone intermédiaire (le collet).
Canal anal : partie basse du rectum qui transporte Diaphragme : muscle transversal en forme de
les fèces pour leur élimination par un conduit dôme qui sépare le thorax de l’abdomen et qui
musculaire. joue un rôle majeur dans la respiration.
Cardia : jonction de l’œsophage et de l’estomac. Douglas (cul-de-sac) : pli (ou repli) dans la partie
Cavité buccale (bouche) : cavité limitée par les la plus inférieure du péritoine situé entre l’utérus
lèvres et les arcades dentaires. Elle comprend le et le rectum chez la femme et entre la vessie et le
plancher buccal, la langue mobile, les joues, le rectum chez l’homme.
palais (ou voûte palatine), l’isthme du gosier et Duodénum : première partie de l’intestin grêle com-
des glandes salivaires annexes. prise entre l’estomac et le jéjunum et dont la boucle
Cavité nasale : fosse relative au nez. Elle s’ouvre (cadre) enserre la tête du pancréas. On y retrouve
vers l’extérieur par les narines séparées par la cloi- des glandes mucosécrétantes (glandes de Brünner).
son nasale et vers le pharynx (narines internes ou
choanes). E
Cavum : cavité de la gorge située en arrière des Endocol : partie interne du col utérin débutant au
fosses nasales. Syn. nasopharynx. niveau de l’orifice cervical.
Cerveau : partie antérieure de l’encéphale. Endomètre : muqueuse qui tapisse la cavité
Cervelet : région inférieure du cerveau située en utérine.
arrière du bulbe rachidien et de la protubérance Épididyme : organe qui coiffe le bord supérieur
annulaire sous les lobes occipitaux. du testicule.
Cœliaque : région se rapportant à l’abdomen et Épigastre : région de l’abdomen située entre les
aux intestins. cartilages costaux et l’ombilic.
156 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Épiglotte : languette de cartilage située au-des- – ganglions superficiels : cervicaux (carotidien


sus et en avant de l’orifice supérieur du larynx qui ou jugulaire, rétro- et sous-maxillaire, sous-
referme la glotte au moment de la déglutition. digastrique, spinal, sus- et sous-claviculaire,
Épines iliaques (EIAD – EIAG – EIPD – occipital…), axillaires (aisselle), épitrochléens
EIPG) : secteurs de moelle osseuse des os iliaques (coude), rétropoplités (creux du genou),
qui forment le pelvis (bassin osseux). De localisa- inguinaux (pli de l’aine) ;
tion : A (antérieure), P (postérieure), D (droite), – ganglions profonds : médiastinaux (région
G (gauche). para-aortique), abdomino-pelviens (iliaque,
lombaire, mésentérique, pelvien, rétrocrural) ;
Épiphyse : petite glande endocrine située sous
– à noter : le ganglion de Troisier est situé en sus-
la partie postérieure du corps calleux du cerveau.
claviculaire gauche (souvent révélateur d’un
Syn. glande pinéale.
cancer de l’estomac). Le ganglion de Rotter
Épiploon : large expansion du péritoine compo- correspond à un ganglion interpectoral.
sée d’un double feuillet qui maintient les organes • Les ganglions sympathiques sont des structures
abdominaux en place. Le grand épiploon relie en nodule appartenant au système nerveux.
l’estomac au côlon transverse et le petit épiploon
Ganglion sentinelle : ganglion lymphatique
relie le foie à l’estomac.
(du premier relais ganglionnaire) situé dans
Estomac : viscère creux de l’appareil digestif en le territoire du drainage lymphatique d’une
forme de cornemuse situé dans la partie supé- tumeur.
rieure gauche de l’abdomen (région épigastrique).
Gencive : muqueuse entourant la racine des dents
Il communique avec l’œsophage par le cardia et
et recouvrant le périoste des maxillaires.
avec le duodénum par le pylore.
Gland : partie renflée du pénis à l’extrémité
Ethmoïde : os situé entre les deux orbites et
duquel s’ouvre le méat urétral.
creusé de cavités remplies d’air.
Glande pinéale : cf. épiphyse.
Exocol : partie externe (intravaginale) du col utérin.
Glandes lacrymales : petites glandes exocrines
F situées à la partie supérieure, antérieure et externe
des orbites.
Foie : volumineuse glande mixte annexée au tube
digestif, située dans l’hypocondre droit sous le Glandes salivaires principales : glandes exocri-
diaphragme. Le ligament suspenseur (ou falci- nes situées au niveau du cou et de la face. Ce sont
forme) du foie marque la division en lobe droit et des organes bien individualisés au nombre de trois
lobe gauche présentant huit segments : lobe droit paires : la parotide (en arrière de la branche mon-
(segments : V, VI, VII et VIII) et lobe gauche tante de la mâchoire inférieure ou mandibule sous
(segments : I, II, III et IV). l’oreille), la sous-maxillaire ou sous-mandibulaire
(entre la mâchoire inférieure et la base de langue)
Fosse iliaque : l’une des deux régions de la cavité
et la sublinguale (sous la langue sur le plancher
abdominale contenant les uretères, le cæcum et
buccal).
l’appendice, le côlon pelvien ; chez la femme, les
ovaires et les trompes utérines. Glandes salivaires accessoires : îlots salivaires
disséminés principalement dans les muqueuses de
G la cavité buccale et de la langue.
Ganglion : ce terme désigne deux types de forma- Glotte : orifice du larynx.
tions anatomiques et physiologiques différentes.
H
• Les ganglions lymphatiques sont des petits
organes réniformes de taille variable situés sur le Hypocondre : chacune des deux parties latérales
trajet des vaisseaux lymphatiques drainant une de l’abdomen située au-dessous des fausses côtes.
région anatomique et concentrés dans certaines Hypopharynx : gouttières latérales situées der-
régions du corps : rière le larynx. Cf. pharynx.
Chapitre 5. Glossaires 157

Hypophyse : petite glande endocrine située entre Moelle osseuse : substance molle et graisseuse
les pédoncules cérébraux et logée dans une fos- localisée dans les alvéoles des os plats et les épi-
sette de l’os sphénoïde (la selle turcique). physes des os longs.
Hypothalamus : région du cerveau située dans le
plancher du troisème ventricule. N
Nasopharynx : situé derrière les fosses nasales.
I Syn. cavum.
Iléon : partie terminale de l’intestin grêle qui
s’abouche dans le cæcum. O
Intestin : portion de l’appareil digestif (intestin Œsophage : partie du tube digestif située entre le
grêle et côlon). pharynx et le cardia de l’estomac.
Intestin grêle : segment du tube digestif qui relie Œsopharynx : partie du conduit de l’appa-
l’estomac au gros intestin. Il comprend le duodé- reil digestif qui fait communiquer le pharynx et
num, le jéjunum et l’iléon. Il contient des glandes l’estomac.
de Lieberkühn. Orbite : cavité creusée dans le crâne et contenant
le globe oculaire.
L Oropharynx : région qui comprend le voile du palais,
Langue : organe musculaire charnu et mobile qui les amygdales et la base de langue. Cf. pharynx.
siège dans la cavité buccale. Ovaires : glandes mixtes de l’appareil génital
Laryngopharynx : partie du pharynx située au féminin profondément situées de chaque côté de
niveau du larynx. la cavité pelvienne en dessous et en arrière des
Larynx : organe musculomembraneux des trompes utérines.
VADS situé entre le pharynx et la trachée. Il
comprend les régions sus-glottique, glottique P
et sous-glottique. En plus de sa fonction de Pancréas : volumineuse glande mixte annexée
conduit aérifère, il joue un rôle très important au tube digestif (duodénum) située derrière l’es-
dans la phonation. tomac. Il présente une tête (extrémité volumi-
Luette : appendice de chair obstruant l’orifice des neuse), un isthme (portion comprise entre la tête
fosses nasales durant la déglutition. et le corps), le corps (à la forme d’un rectangle) et
la queue (extrémité gauche).
M Parathyroïdes : petites glandes endocrines situées
Médiastin : espace virtuel situé entre les deux à la face postérieure et de chaque côté de la
cavités pleurales (région médiane du thorax juste thyroïde.
en arrière du sternum). Il est divisé en trois com- Parotide : cf. glandes salivaires principales.
partiments. Le médiastin antérieur loge le cœur Pelvien : partie basse du bassin où sont situés les
et le thymus. Le médiastin moyen comporte la organes génitaux et urinaires.
trachée, les ganglions médiastinaux et les gros
Pénis : organe sexuel externe de l’homme. Syn.
vaisseaux. Le médiastin postérieur est occupé par
verge.
l’œsophage et l’espace paraspinal.
Péritoine : membrane séreuse de la cavité abdo-
Médullosurrénale : cf. surrénale.
minale qui isole l’appareil digestif du reste des
Mésentère : organe de soutien de l’intestin grêle organes. Elle est constituée d’un feuillet pariétal
formé par l’accolement de deux feuillets du appliqué contre les parois abdominales et pelvien-
péritoine. nes et d’un feuillet viscéral qui recouvre ou engaine
Moelle épinière : portion du système nerveux les organes de la cavité abdomino-­pelvienne.
central située dans le trou des vertèbres. Entre ces deux feuillets existe un liquide citrin
158 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

(liquide péritonéal) pauvre en cellules en l’absence Reins : organes pairs en forme de haricot situés
d’infection. en arrière du péritoine de part et d’autre de la
Petit bassin : partie inférieure du bassin qui colonne vertébrale au niveau des dernières vertè-
contient les organes génito-urinaires et le rectum. bres dorsales et des premières lombaires. Chaque
rein est coiffé d’une glande surrénale.
Pharynx : organe musculomembraneux des VADS
situé entre la cavité buccale et l’œsophage. C’est Rétropéritonéal : région située en arrière du péri-
le carrefour des voies de la déglutition et de la res- toine qui contient principalement les reins et l’ap-
piration. Il comprend le rhinopharynx (portion pareil urinaire.
supérieure située en arrière de la cavité nasale qui
fait partie de l’appareil respiratoire), l’oropharynx S
(partie moyenne en arrière de la cavité buccale) et Sac vittelin : annexe embryonnaire appendue à
l’hypopharynx (portion inférieure située en arrière l’ombilic.
du larynx qui s’ouvre dans l’œsophage). Seins (ou glandes mammaires) : glandes exocri-
Plèvre : membrane séreuse qui enveloppe les pou- nes situées de chaque côté du sternum. Elles pré-
mons. Elle est constituée de deux feuillets séparés sentent sur la face antérieure une saillie formant la
l’un de l’autre par une quantité infime de liquide pointe du sein (mamelon) entourée d’une zone
(liquide pleural) évalué à 2 ml à l’état normal. Le pigmentée (aréole).
feuillet pariétal tapisse les côtes, le diaphragme et Sigmoïde : partie du côlon descendant qui forme
le médiastin et le feuillet viscéral est appliqué sur ensuite le rectum.
les poumons.
Sinus : cavité tapissée de muqueuses, creusée
Poumons : organes spongieux et élastiques situés dans un massif osseux. Il existe plusieurs sinus au
dans le thorax, séparés par le médiastin et enve- niveau de la face qui communiquent avec les cavi-
loppés dans une membrane séreuse (la plèvre). Ils tés nasales.
sont constitués de lobes divisés en segments et de
bronches, bronchioles et alvéoles pulmonaires. Le Sternum : os plat de la face antérieure du thorax
lobe droit comporte trois lobes (supérieur, moyen sur lequel les côtes et les clavicules s’articulent.
et inférieur) et le lobe gauche n’en comporte que Surrénales : glandes endocrines situées au pôle
deux (supérieur et inférieur). Chaque poumon supérieur de chaque rein qui comporte une partie
contient une bronche de Nelson (bronche lobaire externe (corticosurrénale ou cortex surrénalien)
inférieure). Le poumon gauche contient la lingula, et une partie interne (médullosurrénale).
partie du lobe supérieur en forme de langue.
Prostate : glande mixte de l’appareil génital mas- T
culin située sous la vessie entourant le col vésical Testicules : glandes mixtes de l’appareil génital
et la partie initiale de l’urètre. masculin situées dans les bourses (ou scrotum) en
Psoas : muscles pairs situés dans le bassin. avant et en bas de la cavité abdominale.
Pylore : jonction de l’estomac et du duodénum. Thorax : partie supérieure du tronc limitée par
les côtes, le sternum et le diaphragme. Il contient
R l’œsophage, la trachée, le cœur et les poumons.
Rate : organe fortement vascularisé situé en des- Thymus : organe lymphoïde situé dans le médias-
sous de la partie gauche du diaphragme (hypocon- tin antérieur (en arrière du sternum) au-dessus du
dre) et derrière l’estomac. cœur.
Rectum : segment terminal du tube digestif (gros Thyroïde : glande endocrine située à la partie
intestin) situé dans le petit bassin en avant du antérieure du cou (en avant de la trachée). Elle
sacrum entre le côlon sigmoïde et l’anus. Il est est composée de deux lobes latéraux reliés à leur
composé de l’ampoule rectale (partie haute) et du partie inférieure par un isthme. Sa forme ressem-
canal anal (partie basse). ble à la lettre H.
Chapitre 5. Glossaires 159

Trachée : partie comprise entre l’extrémité infé- plusieurs organes et/ou le curage des ganglions
rieure du larynx et l’origine des bronches. afférents. Les suffixes techniques associés au nom
Trompes utérines (ou de Fallope) : prolonge- de l’organe intéressé permettent de construire les
ments tubulaires pairs qui s’étendent de la surface termes couramment utilisés en chirurgie :
de l’ovaire à l’utérus. • -ectomie = exérèse ;
• -plastie = reconstruction ;
U • -stomie = anastomose entre un viscère creux et
la peau ou entre deux organes ;
Uretères : canaux qui prennent naissance dans
• -tomie = incision d’un organe plein ou ouver-
le bassinet des reins, le quittent par le hile pour
ture d’un organe creux.
aboutir dans la vessie.
Urètre : canal évacuateur de l’urine qui se pré- A
sente différemment selon le sexe. Chez la femme, Ablation : cf. exérèse.
il s’étend de la vessie à la vulve et chez l’homme du
col de la vessie à l’extrémité de la verge où il consti- Adénectomie : consiste à enlever un ou plusieurs
tue la voie unique à la fois génitale et urinaire. ganglion(s) lymphatique(s).
Utérus : organe creux de l’appareil génital fémi- Adénoïdectomie : ablation des végétations adé­
nin situé dans la cavité pelvienne entre la vessie et noïdes (petites glandes pharyngées situées au fond
le rectum. Il est constitué d’une partie basse (le de la gorge).
col de l’utérus) et d’une partie plus haute (le corps Amputation : opération qui consiste à retirer une
utérin) séparées par un isthme. partie de membre ou un organe important. Elle
s’impose pour traiter certains cancers localisés.
V Amygdalectomie : ablation des deux amygdales
VADS (voies aérodigestives supérieures) : palatines.
ensemble de cavités tapissées de muqueuse regrou- Annexectomie : ablation des annexes utérines
pant la bouche, la gorge (pharynx et larynx), les (ovaire + trompe).
sinus de la face et l’oreille interne. Appendicectomie : ablation de l’appendice.
Vagin : conduit qui relie le col utérin à la vulve.
Verge : cf. pénis. B
Vésicule biliaire : réservoir membraneux situé sous Buccopharyngectomie : ablation d’une partie du
le foie où s’accumule la bile que celui-ci sécrète. fond de bouche et du pharynx.
Vessie : réservoir (contenant l’urine) situé dans le
C
petit bassin. Elle est plaquée contre la paroi posté-
rieure de la symphyse pubienne. Cholécystectomie : ablation de la vésicule biliaire.
Vulve : ensemble des organes génitaux externes Colectomie : ablation partielle ou totale du côlon.
féminins. Elle présente une fente elliptique dont Colpectomie : ablation plus ou moins totale du
la région centrale forme le vestibule dans lequel vagin.
s’ouvrent l’urètre (vers l’avant) et le vagin (vers Colpohystérectomie : extirpation de l’utérus et
l’arrière). d’une partie plus ou moins étendue de vagin.
Conisation : intervention par voie vaginale visant
Interventions chirurgicales à retirer une partie du col utérin (cette chirurgie
conserve l’utérus).
Une pièce opératoire correspond à l’exérèse chirur- Curage axillaire : consiste à enlever plusieurs
gicale partielle ou totale d’une tumeur et éven- ganglions lymphatiques au niveau de l’aisselle.
tuellement de l’organe ou des organes sièges de Curage ganglionnaire (ou évidement gan-
celle-ci. Certaines pièces complexes comprennent glionnaire) : exérèse de la totalité ou d’une partie
160 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

d’un site de ganglions lymphatiques (curage axil- Lobectomie : retirer un lobe d’un organe au
laire, iliaque). niveau du poumon, du foie, par exemple.
Curetage : consiste à nettoyer « gratter » avec une Lobo-isthmectomie : ablation de l’isthme et d’un
curette une cavité naturelle (utérus). lobe de la thyroïde.

D M
Duodénopancréatectomie : ablation d’une partie Mandibulectomie : ablation partielle ou totale de
du pancréas et du duodénum. la mâchoire inférieure.
Mammectomie (ou mastectomie) : ablation
E complète du sein. Après une mammectomie deux
Énucléation : mode particulier d’évidement modalités sont possibles, le port d’une prothèse
d’une tumeur. Se dit aussi de l’extirpation de l’œil mammaire externe dans le soutien-gorge ou la
à travers la conjonctive incisée. reconstruction du sein qui peut être immédiate
Exentération : ablation de tout contenu d’une (RMI) ou différée.
cavité (évidement de la cavité orbitaire ou du Maxillectomie : ablation partielle ou totale du
globe oculaire seul). maxillaire.
Exérèse : consiste à enlever une lésion, une partie Métastasectomie : ablation d’un ou plusieurs
d’organe ou la totalité d’un organe. L’exérèse est foyers métastatiques.
dite « élargie » si elle dépasse les limites anatomi-
ques de l’organe. N
Néphrectomie : ablation partielle ou totale d’un
G rein.
Gastrectomie : ablation partielle ou totale de
l’estomac. O
Glossectomie : ablation partielle ou totale de la Œsophagectomie : résection d’une partie de
langue. l’œsophage.
Omentectomie : résection plus ou moins étendue
H du grand épiploon.
Hépatectomie : ablation partielle ou totale du Orchidectomie : ablation d’un testicule.
foie.
Ovariectomie : ablation d’un ovaire.
Hystérectomie totale avec annexectomie bila-
térale (HTAB) : ablation totale de l’utérus avec
P
ablation des annexes utérines (ovaires + trompes).
Pamectomie : exérèse de la plaque aréolomame-
Hystérectomie totale ou sub-totale : ablation
lonnaire et du cône de tissu sous-jacent.
totale ou partielle de l’utérus.
Pancréatectomie : ablation partielle ou totale du
Hypopharyngectomie : ablation partielle ou
pancréas.
totale du larynx et du sinus piriforme.
Parotidectomie : ablation partielle ou totale de la
L glande parotide.
Laparotomie : consiste à ouvrir la paroi abdomi- Pelvectomie : ablation d’une partie du pelvis.
nale pour l’examiner (laparotomie exploratrice) Pelviglossectomie : ablation d’une partie de la
ou enlever une lésion. langue et du plancher buccal.
Laryngectomie : ablation partielle ou totale du Pelvimandibulectomie : ablation d’une partie de
larynx. la mâchoire inférieure et du plancher buccal.
Chapitre 5. Glossaires 161

Pharyngolaryngectomie : ablation du larynx et Termes cliniques,


d’une partie de l’hypopharynx (ou sinus piriforme). macroscopiques
Pneumonectomie : consiste à retirer la totalité et microscopiques
d’un poumon.
Prostatectomie : ablation partielle ou totale de A
la prostate.
Acanthose : épaississement de la peau dû à une
Proctectomie : ablation partielle ou totale du multiplication exagérée de cellules.
rectum.
Acellulaire : dépourvu de cellules.
Pyramidectomie : ablation des canaux galacto-
Achromatique : substance cellulaire qui ne prend
phores rétro-aréolaires.
pas ou peu les colorants.
Achromique : sans pigment.
Q
Acidophile : composant cellulaire ou tissulaire
Quadrantectomie : ablation d’un quadrant. Par
ayant une affinité élective pour les colorants acides
exemple, pour le sein : QSE (quadrant supéro-
(éosine). Syn. éosinophile.
externe), QSI (quadrant supéro-interne), QIE
(quadrant inféro-externe), QII (quadrant inféro- Acineux, euse : en forme de grappe de raisin.
interne). Acinus : cavité arrondie, élément d’une structure
en grappe (glande).
R Adénoïde : qui a rapport au tissu ganglionnaire
Reconstruction : consiste à reconstruire un lymphoïde.
organe enlevé. Elle peut se faire à l’aide d’une pro- Adénomateux, euse : qui se rapporte à un
thèse ou par une greffe d’un tissu prélevé sur une adénome.
autre partie du corps.
Adénopathie : toute affection d’un ganglion lym-
Rectosigmoïdectomie : ablation du rectum et du phatique qui a augmenté de volume et/ou paraît
côlon sigmoïde. cliniquement suspect.
Résection : cf. exérèse. Adipeux, euse : de nature graisseuse.
Agrégat : ensemble de particules inertes.
S
Alvéolaire : dont l’architecture ressemble aux
Salpingectomie : ablation de l’une ou des deux alvéoles pulmonaires (en forme de nuage).
trompes utérines.
Amphophile : composant ayant une égale affinité
Splénectomie : ablation de la rate. pour les colorants acides et basiques.
Segmentectomie : consiste à retirer un segment Amyloïde/amylose : ensemble de substances de
d’organe. nature protéique ou glycoprotéique et de com-
position chimique complexe et variable ayant
T en commun un aspect éosinophile homogène
Thyroïdectomie : ablation partielle ou totale de (coloration HES) et certaines affinités tinctoriales
la thyroïde. (colorations spéciales).
Tumorectomie : ablation d’une lésion au sein d’un Anaplasique : caractérise un processus tumoral
organe tout en respectant les tissus alentours. dans lequel cytologie et architecture sont très éloi-
gnées de celles du tissu ayant donné naissance à la
V tumeur. Syn. indifférencié.
Vulvectomie : résection partielle ou totale de la Anastomosé : communication entre deux
vulve. conduits de même nature (entre deux cavités). En
162 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

microscopie, fibrilles indépendantes les unes des techniques nécessaires à l’obtention des prépara-
autres qui semblent former un réseau (en forme tions microscopiques.
de grillage). Aster : en forme d’étoile. Image cytologique for-
Anévrisme : dilatation segmentaire d’une artère mée par des microtubules.
avec perte de parallélisme de ses parois à l’origine Atrophie cellulaire : diminution réversible de la
d’une cavité remplie de sang et de caillots. masse fonctionnelle d’une cellule qui se traduit
Angiectasie : dilatation pathologique non tumo- par une réduction de taille et par la raréfaction ou
rale des vaisseaux. la disparition de ses constituants normaux (vacuo-
Angiomateux, euse : qui se rapporte à un les lipidiques, myofibrilles…).
angiome. Atrophie tissulaire : diminution de la masse d’un
Anhiste : image microscopique dépourvue de tissu ou d’un organe due à l’atrophie des cellules
structures cellulaires ou tissulaires reconnais­ qui le composent.
sables. Atypie/atypique : caractères cytologiques et
Anisocaryose : inégalité de taille des noyaux au architecturaux différents de ceux du tissu qui lui
sein d’une population cellulaire homogène. Syn. a donné naissance.
anisonucléose. Atypie cytocellulaire : anomalie morphologique
Anisochromie : inégalité de coloration. nucléaire et/ou cytoplasmique.
Anisocytose : inégalité de taille des cellules au Autolyse : autodestruction cellulaire ou tissulaire.
sein d’une population cellulaire. Avasculaire : dépourvu de vaisseaux sanguins ou
Anisonucléose : inégalité de la taille des noyaux. lymphatiques.
Syn. anisocaryose. Azurophile : qui se colore en rouge par l’éosinate
Anthracose : infiltration des poumons par la d’azur.
poussière de charbon inhalée.
Anthracosique : pigment le plus souvent retrouvé B
au niveau des ganglions cervicaux et des voies Basaloïde : ressemblant aux cellules de la couche
aérodigestives supérieures (VADS), chez le fumeur basale de l’épiderme.
par exemple. Basophile : composant cellulaire ou tissulaire
Anucléé : dépourvu de noyau. ayant une affinité élective pour les colorants basi-
Apex : sommet ou extrémité. ques (hématoxyline).
Apical : qui se rapporte à l’apex d’une cellule ou Bénin, igne : se dit d’une maladie ou d’une
d’un organe (apex pulmonaire). tumeur non cancéreuse (sans gravité).
Aplasie : arrêt transitoire ou définitif de la mul- Biconcave : en creux (courbure vers l’intérieure).
tiplication cellulaire dans un tissu qui doit nor- Binucléaire/binucléé : qui comporte deux noyaux.
malement se renouveler en permanence (aplasie Borderline (ou lésion frontière) : tumeur à la
médullaire). Absence d’un organe provoquée limite de la malignité, ce qui signifie qu’elle est
par l’absence de développement de son ébauche intermédiaire entre une tumeur bénigne et une
embryonnaire. tumeur maligne.
Arachnoïde/arachnoïdien, ienne : en forme de Botryoïde : ayant la forme d’une grappe de raisin.
toile d’araignée.
Arborescent : qui a la forme d’un arbre. C
Argentaffine/argyrophile : substances cellulaires Caillot : résultat de la coagulation du sang.
ou tissulaires qui se colorent par les sels d’argent. Calcification : dépôts anormaux de calcium dans
Artefact : aspect anormal (structure artifi- les tissus. Macroscopiquement, induration pier-
cielle) secondaire aux différentes manipulations reuse de couleur blanc opaque.
Chapitre 5. Glossaires 163

Calcosphérite : calcification observée dans certai- Chromatine : matériel nucléaire possédant une
nes tumeurs (carcinome papillaire). affinité pour les colorants basiques.
Caliciforme : en forme de gobelet. Chromatinien/chromatique : relatif à la couleur
Canalaire : en forme de canal. ou à la chromatine.
Cancer : terme général donné aux tumeurs Chromophile : composant cellulaire ou tissulaire
malignes. ayant une forte affinité pour les colorants acides
et basiques.
Capsule tumorale : plan fibreux séparant plus ou
moins nettement les cellules tumorales du tissu Chromophobe : composant cellulaire ou tissu-
préexistant. laire n’ayant d’affinité ni pour les colorants acides
ni pour les colorants basiques.
Carcinoïde : terme désignant l’architecture
qu’une prolifération tumorale adopte dans certai- Clarification : peu cellulaire.
nes tumeurs endocrines et neuro-endocrines. Colloïde : substance visqueuse qui ressemble à de
Carcinomateux, euse : qui ressemble à un la gelée. Syn. muqueux.
carcinome. Congestion : excès de sang dans un organe ou
Carcinose : désigne une généralisation cancéreuse dans un territoire de l’organisme.
caractérisée par la grande diffusion et la petite Corps étranger : élément non digestible par
taille de nombreux foyers tumoraux (carcinose l’organisme.
péritonéale). Cribriforme : aspect en trou de « gruyère ».
Caryolyse : lésion nucléaire irréversible témoi- Crypte : cavité ou anfractuosité présente à la sur-
gnant de la mort cellulaire. Le noyau est totale- face d’un organe.
ment détruit, lysé.
Cutané : relatif à la peau.
Caryopycnose : variété d’altération nucléaire, le
Cyanophile : substance colorée en bleue (les noyaux
noyau devient très petit, punctiforme avec une
par l’hémalun ou l’hématoxyline). Syn. basophile.
chromatine dense.
Cytolyse : destruction des cellules.
Caryorrhexis : variété de destruction nucléaire,
la chromatine du noyau est fragmentée en petites
mottes. D
Caséum/caséeux, euse : macroscopie, substance Dermoïde : structure qui rappelle celle de la peau
blanche grisâtre, molle, opaque qui rappelle l’as- (derme).
pect du fromage blanc (lait caillé). Microscopie,
Desmoplasie : formation nodulaire à centre clair
substance anhiste, éosinophile finement granu-
entourée de réticuline.
leuse ou homogène. Elle est caractéristique de la
tuberculose et peut être observée au cours d’autres Desmoplastique : plaque discoïde de liaison
maladies infectieuses. intercellulaire observée surtout au niveau des tis-
sus épithéliaux et comprenant une condensation
Cérébrospinal : relatif au cerveau et à la moelle
de filaments cytoplasmiques.
épinière.
Desquamation (ou exfoliation) : dissociation
Chéloïde : lésion hypertrophique du derme sur-
des cellules superficielles d’un épithélium malpi-
venant après une plaie ou spontanément.
ghien qui se séparent les unes des autres.
Chiasmatique : relatif au chiasma (nerf optique).
Diapédèse : passage actif à travers les parois vas-
Chondroïde : qui a l’aspect du cartilage. culaires des éléments du sang. Ce passage pré-
Choroïdien, ienne : relatif à la choroïde (rétine). cède la migration de ces cellules vers un foyer
Chromaffine : qui présente une grande affi- inflammatoire.
nité de coloration pour le chrome ou les sels de Différenciation ductale : qui ressemble à des
chrome. glandes.
164 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Différencié : caractères cytologiques et architec- Endométrioïde : muqueuse tubaire devenue


turaux qui sont proches de ceux du tissu qui lui a identique à la muqueuse utérine.
donné naissance. Éosinophile : qui se colore par l’éosine.
Digitiforme : projection en doigts de gant. Cf. acidophile.
Döderlein : bacille physiologique faisant partie de Épanchement : accumulation d’un liquide orga-
la flore habituelle du vagin. nique dans une cavité ou un tissu qui normale-
Ductulaire : structure d’un canal, d’une glande. ment n’en contient pas ou peu (liquide péritonéal
ou pleural ou synovial).
Dyscaryose : anomalie nucléaire observée dans
les dysplasies, caractérisée essentiellement par une Épidermoïde : dont la nature rappelle celle de l’épi-
irrégularité de la forme des noyaux qui n’est plus derme. Mature ou différencié, lorsque les cellules
ronde. rappellent celles du corps muqueux de Malpighi.
Immature ou indifférencié, lorsque les cellules rap-
Dyskératose : kératinisation au sein de cellules
pellent celles de la couche basale de l’épiderme.
individuelles qui sont de petite taille à cytoplasme
éosinophile et qui conservent souvent un noyau Épithélioïde : qui ressemble à l’épithélium mais
pycnotique. qui n’en est pas.
Dysplasie : désigne la survenue d’atypies cytonu- Étiologie : étude des causes des maladies.
cléaires en l’absence de signes d’invasion franche. Exfoliation : cf. desquamation.
Dystrophie : irrégularité nucléaire ou altération Exsudat : liquide organique (fibrineux, muqueux
tissulaire liées à un trouble nutritionnel (hormo- ou séreux) riche en protéines qui s’accumule dans
nal, métabolique, nerveux, vasculaire). le tissu interstitiel (œdème) ou dans une cavité
(épanchement).
E
F
Ectasie : dilatation d’un conduit, d’un segment
d’organe creux ou d’un vaisseau. Falciforme : en forme de faucille.
Ectodermique : relatif à l’ectoderme (peau, pha- Fasciculé : qui est disposé en faisceaux. Tumeur
nères, glandes cutanées, système nerveux et orga- où dominent les faisceaux de fibres de conjoncti-
nes sensoriels). ves ou nerveuses.
Ectopique : anomalie de situation d’un tissu ou Fibreux, euse : cf. scléreux.
d’un organe. Fibrillaire : composé de filaments très déliés.
Embole (ou embol) : corps figuré (endogène ou Fibrineux : composé de fibrine.
exogène) migrant dans la circulation. Fibrinoïde : adjectif qualifiant un dépôt, une
Embole tumoral (néoplasique) : amas de cellu- infiltration ou une nécrose. Substance protéique
les tumorales circulant dans le système lymphati- anhiste présentant aux colorations usuelles l’as-
que ou vasculaire. pect de la fibrine.
Embolie : obstruction d’un vaisseau sanguin Fibroblastique : nom donné à une composante
par un caillot ou un corps étranger (exogène ou fusiforme.
endogène). Fibro-histiocytaire : composé d’éléments fibreux
Empyème : présence de pus dans une cavité et histiocytaires.
préexistante (pleurésie, péritonite). Fibro-hyalin : composé d’éléments fibreux et de
Encapsulé : se dit d’une tumeur circonscrite collagène.
entourée d’une enveloppe fibreuse. Fibrokystique : tissu composé d’éléments fibreux
Encéphaloïde : de consistance molle. et de kystes (dystrophie fibrokystique du sein).
Endocrinien : relatif aux glandes endocrines ou à Fibromateux, euse : qui se rapporte à un fibrome
leurs sécrétions. ou qui en a les caractéristiques.
Chapitre 5. Glossaires 165

Fibromyxoïde : double composant, zone myxoïde sanguine). Elle se présente sous l’aspect de gra-
avec cellules fusiformes ou étoilées. nulations brunes aux colorations de routine, de
Fistule : canal anormal faisant communiquer deux formes irrégulières et groupées en amas.
cavités normales ou néoformées entre elles ou une Hépatique/hépatocytaire : qui se rapporte aux
cavité avec l’extérieur. cellules du foie (hépatocytes).
Focal : qui concerne un seul foyer. Hétérogène : qui est composé d’éléments de
Folliculaire : qui se rapporte à un follicule ou qui nature différente.
est constitué de follicules. Histiocytoïde : qui reflète l’aspect histiocytaire.
Follicule : structure en forme de petit sac. Homogène : ensemble de structures de même
Follicule lymphoïde : agrégat de lymphocytes nature ou réparties de façon uniforme.
très entassés. Hyalin, e : désigne des substances disparates
Follicule ovarien (ou de De Graaf) : cavité liqui- d’aspect vitreux, homogène et éosinophile sur les
dienne située à l’intérieur de l’ovaire dans laquelle colorations standard.
se développe l’ovule. Hyperchromatisme/hyperchromatique : noyau
Fongiforme : en forme de champignon. augmenté de volume avec une chromatine dense
souvent répartie de façon anormale (en mottes).
Fongoïde : qui ressemble aux champignons.
Hyperkératose : épaississement de la couche de
Fusiforme/fusocellulaire : en forme de navette
kératine superficielle faite de squames anucléées
ou en fuseau.
ou ayant conservées des noyaux pycnotiques.
G Hyperplasie cellulaire : augmentation anor-
male de la cellule sans modification de son
Galactorrhée : écoulement de liquide par le architecture.
mamelon en dehors de toute période de grossesse
ou d’allaitement. Hyperplasie tissulaire : augmentation anormale
de la masse d’un tissu, d’un organe ou d’une por-
Gangrène : terme désignant certaines variétés de tion d’organe due à une augmentation du nombre
nécrose tissulaire. de cellules qui le composent.
Glandulaire : d’origine épithéliale glandulaire. Hypertrophie cellulaire : augmentation réver-
Glomérule : structure glandulaire, nerveuse ou sible de la taille des cellules liée à une aug-
vasculaire ayant une forme pelotonnée. mentation du volume ou du nombre de ses
Glycogène : inclusion se présentant sous forme de constituants.
fines granulations ou de mottes plus épaisses dans Hypertrophie tissulaire : augmentation réversi-
le cytoplasme de certaines cellules (hépatocyte). ble de la masse d’un tissu ou d’un organe due à
Goître : au sens clinique, désigne toute augmen- une hypertrophie cellulaire ou à une hyperplasie
tation de volume de la thyroïde, quelle qu’en soit cellulaire ou les deux à la fois.
la nature.
Granulation : inclusion présente dans les cellules I
visibles au microscope optique. Idrosadénoïde : syn. oncocytaire ou oxyphile.
Immature : terme spécifiant le type ou l’aspect
H d’une lésion (embryonnaire, sans kératinisation,
Hématome : accumulation de sang intratissulaire. peu différenciée).
Hémorragie/hémorragique : issue de sang hors Indifférencié : caractères cytologiques et archi-
des cavités vasculaires. tecturaux qui ont régressé par rapport au tissu qui
Hémosidérine : produit de dégradation de lui a donné naissance. Syn. anaplasique.
l’hémoglobine (pigment riche en fer d’origine Induration : durcissement anormal d’un tissu.
166 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Infiltration tumorale ou invasion tumorale  : Lymphangite : inflammation des vaisseaux


envahissement des tissus par une prolifération lymphatiques.
tumorale maligne. Lymphangite carcinomateuse : présence de cel-
Inflammation : phénomène réactionnel secon- lules malignes dans les vaisseaux lymphatiques.
daire à tous types d’agression (microbienne, Lymphocèle : poche lymphatique contenant un
virale). liquide clair (la lymphe).
In vitro : phénomènes observés en dehors de l’or- Lymphoprolifératif (syndrome) : pathologie
ganisme grâce à des méthodes permettant de culti- maligne caractérisée par une prolifération anor-
ver des cellules dans un milieu artificiel contrôlé. male de cellules lymphoïdes.
In vivo : phénomènes se produisant dans un orga- Lyse : destruction cellulaire sous l’action de subs-
nisme vivant. tances chimiques.
Ischémie/ischémique : insuffisance ou arrêt
de l’apport sanguin dans un organe ou un tissu M
(embolie, sténose, thrombose). Malin, maligne : se dit d’une affection cancéreuse.
K Malpighien : syn. épidermoïde non kératinisé.
Kératinisation : transformation des couches Mastopathie : terme générique désignant toute
superficielles de la peau ou d’une muqueuse qui modification de la glande mammaire en générale
se couvre de kératine. bénigne.
Kyste : cavité remplie de liquide ou d’une subs- Mature (ou différencié) : exclusivement fait
tance plus ou moins fluide. de tissus adultes ou fœtaux. Mature = avec
kératinisation.
Kystique : relatif à un kyste.
Médullaire : qui à rapport à la moelle osseuse,
L à la moelle épinière ou à la partie centrale de la
glande surrénale. Certains néoplasmes épithéliaux
Lacune : petite dépression ou cavité qui peut être
d’architecture solide.
naturelle ou pathologique.
Mélanique : caractérisé par la présence de méla-
Lésion : toute altération morphologique qui
nine, pigment brun-noir sur les préparations
constitue la cause ou la conséquence d’un processus
non colorées ou colorées par les colorations de
pathologique au sein d’un tissu ou d’un organe.
routine.
Lésion borderline (ou lésion frontière) : désigne
Mésenchymateux : qui se rapporte aux tissus
un aspect histologique dont les caractères cytolo-
mous.
giques et architecturaux ne permettent pas d’affir-
mer la malignité. Métaplasie/métaplasique : anomalie tissulaire
acquise résultant de la transformation d’un tissu
Leucorrhée : écoulement muqueux ou muco­
normal en un autre tissu normal de structure et
purulent.
de fonction différente. Métaplasie épithéliale
Linite : terme macroscopique désignant une (métaplasie malpighienne d’un revêtement cylin-
variété particulière d’adénocarcinome infiltrant drique (bronche, endocol, utérin) ou métaplasie
du tube digestif et particulièrement de l’estomac, intestinale d’une muqueuse gastrique), métaplasie
représenté par un épaississement et une induration conjonctive (osseuse du cartilage).
de la paroi.
Métastase (ou localisation secondaire)/métas-
Lipoïde/lipoïdique : qui ressemble au tissu tatique : prolifération de cellules malignes dans
graisseux. un organe ou un tissu situées à distance de la
Lobulaire (ou lobulé) : constitué de lobules tumeur primitive avec ou sans relation de conti-
(petits lobes) ou en forme de lobule. guité avec elle.
Chapitre 5. Glossaires 167

Microcalcifications : dépôts calciques micros- Neurofibrille : terme désignant des filaments


copiques ou millimétriques. Ce sont des signes enchevêtrés.
d’alerte de certains cancers mammaires. Neutrophile : composant n’ayant d’affinité ni pour
Mixte : architecture tissulaire formée d’une dou- les colorants acides, ni pour les colorants basiques.
ble composante (tubulopapillaire). Nodule/noduleux/nodulaire : formation natu-
Môle hydatiforme : dégénérescence prenant la relle ou pathologique plus ou moins arrondie, cir-
forme d’un kyste. conscrite (à contour bien délimité), de consistance
Mucine (ou matériel myxoïde) : principal consti- plus ou moins ferme qui constitue une tuméfac-
tuant du mucus. C’est une glycoprotéine qui tion au sein d’un organe ou à sa surface.
assure une fonction structurale de protection prin- Nodule de perméation : nodule cutané ou
cipalement dans les voies aériennes et digestives. muqueux localisé au voisinage d’un cancer ou
Mucineux, euse (ou mucinoïde) : qui ressemble de sa cicatrice d’exérèse et représentant de petits
à la mucine. foyers métastatiques par dissémination vasculaire
locale.
Mucoïde : qui a l’aspect du mucus.
Noyau nu : noyau isolé dépourvu de cytoplasme.
Mucus : substance translucide visqueuse et
filante. Noyau pycnotique : noyau contenant une chro-
matine condensée.
Muqueux, euse : qui sécrète du mucus.
Nucléé : qui possède un noyau.
Mûriforme : plurinucléée.
Nucléolé : cellule avec un nucléole.
Myélinisé : qui est entouré de myéline ou qui en
possède.
O
Myéloïde : qui se rapporte à la moelle osseuse.
Œdème : infiltration séreuse de divers tissus et en
Myéloprolifératif (syndrome) : ensemble des particulier du tissu conjonctif.
maladies caractérisées par une prolifération primi-
Œuf de Naboth : kyste du col utérin.
tive d’une ou plusieurs lignées hématopoïétiques
de la moelle. Oncocytaire : cellule emplie de mitochondries.
Myxoïde : qualifie les tissus conjonctifs tumo- Orthokératose : kératinisation de morphologie
raux ou non riches en mucosubstances et qui ont normale avec disparition des noyaux (faite de
macroscopiquement un aspect gélatineux. squames anucléées de kératine).
Ostéoïde : qui ressemble à de l’os, au tissu osseux.
N Ovoïde : de forme plus ou moins ovale.
Nævus : malformation cutanée.
P
Nécrose/nécrotique : terme morphologique
Palissadique : formé de cellules jointives.
désignant les différentes modifications macrosco-
piques ou microscopiques qui résultent de la mort Papillaire : en forme de papilles. Nom donné aux
d’une cellule ou d’un tissu. Nécrose caséeuse tumeurs de différente nature qui présentent à leur
(tuberculose), nécrose fibrinoïde (tissus interstitiel surface des papilles hypertrophiées.
et vasculaire). Papille : axe conjonctif bordé d’un épithélium.
Néoplasie/néoplasme : tissu de formation récente Parabasale : trouble de la maturation se tradui-
constituant une tumeur (bénigne ou maligne) due sant par une kératinisation de la surface d’un épi-
à un processus de multiplication cellulaire anarchi- thélium avec persistance des noyaux.
que qui échappe à l’homéostasie. Parakératose : kératinisation avec persistance de
Néoplasique : terme employé pour désigner une noyaux (faite de squames conservant un noyau
tumeur cancéreuse (maligne). pycnotique).
168 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Paucicellulaire : pauvre en cellules. Pustule : soulèvement circonscrit de l’épiderme


Peau d’orange : aspect capitonné de la peau contenant un liquide purulent.
(pores dilatés). Pycnotique : noyau rétracté (condensé) et
Pédicule/pédiculé : sorte de « petit pied » indi- hypercolorable.
vidualisé qui rattache la tumeur à la peau, à un
organe ou à une muqueuse. R
Pédoncule : pièce mince et allongée qui relie deux Rachis : qui se rapporte à la colonne vertébrale.
organes ou deux parties d’organe. Récidive (ou rechute) : réapparition d’une
Périnéal : relatif à la partie inférieure du bassin tumeur dans un délai variable après un traitement
entre les parties génitales et l’anus. supposé radical.
Péritonéal : relatif au péritoine. Rémission : absence de tout signe d’évolution
d’un cancer après traitement.
Pigment : substance particulaire colorée qui
donne une coloration au tissu qui la contient Réniforme : en forme de haricot.
(hémosidérine, mélanine). Rénitent : organe ou tumeur qui est de consis-
Piriforme : en forme de poire. tance élastique et ferme sans être dure.
Pléomorphe : qui a des variations de différencia- Réticulaire/réticulé : en forme de réseau.
tions cytomorphologiques. Rosette : image donnée par la coupe transversale
Pléomorphisme nucléaire : noyaux de taille et de d’un acinus ou d’un tubule glandulaire. Aspect
forme variable. cytologique de cellules qui s’agencent en place
donnant des aspects de rosette.
Pleurésie : inflammation de la plèvre qui provo-
que ou non un épanchement. L’espace se remplit Rupture capsulaire (RC) : effraction de la cap-
de liquide qui finit par séparer les deux feuillets. sule d’un ganglion lymphatique.
Pneumothorax : épanchement d’air ou de gaz
S
dans la cavité pleurale.
Sarcomateux, euse : qui ressemble à un sarcome.
Poly-adénoïde : image histologique ressemblant
à plusieurs « cylindres » accolés, observée au sein Scléreux, euse : terme macroscopique qualifiant
de certains adénocarcinomes habituellement bien (sous-entendant la dureté) l’induration d’une
différenciés. Syn. cribriforme. lésion correspondant le plus souvent à une fibrose.
Terme microscopique utilisé pour marquer la for-
Polymorphe : qui présente des aspects différents.
mation excessive de collagène.
Polype : terme macroscopique désignant toute
Septum : cloison ou membrane qui séparent deux
formation en saillie, pédiculée ou sessible à la sur-
cavités d’un organe.
face d’une muqueuse.
Séreux, euse : qui a l’aspect d’un produit fluide
Polypoïde : qui à la forme d’un polype (en grappe).
(d’une sérosité).
Prismatique : qui a la forme d’un cylindre. Syn.
Sérosité : liquide contenu dans les cavités des
cylindrique.
séreuses.
Prolifération : qui tend à persister et s’accroître.
Sessile : base d’implantation qui s’insère sur un
Protubérance : saillie en forme de bosse. organe, une muqueuse sans être porté par un
Pseudo-tumeur : processus simulant une tumeur pédoncule.
au plan macroscopique ou microscopique. Sinusoïde : capillaire de grand diamètre. Espace
Punctiforme : noyau qui devient très petit. où circule le sang (optiquement vide) entre les tra-
Pus : produit de nécrose caractérisé par la pré- vées cellulaires.
sence d’un grand nombre de polynucléaires alté- Spicule : formation microscopique de calcaire
rés (pyocytes). incluse dans les tissus.
Chapitre 5. Glossaires 169

Spinal : relatif à la colonne vertébrale (moelle épi- Transsudat : liquide organique pauvre en protéi-
nière ou rachis). nes. Cf. exsudat.
Spinocellulaire : relatif aux cellules unies par des Tubercule : petite masse arrondie observée à la
ponts d’union ou épines. surface ou dans la profondeur des tissus.
Splénique : qui se rapporte à la rate. Tuberculoïde : qui ressemble à la tuberculose.
Spongieux, euse : qui a l’apparence multi- Terme utilisé pour désigner des lésions qui compor-
­alvéolaire d’une éponge. tent des cellules épithélioïdes et des cellules géantes.
Spumeux, euse : qui a l’aspect de l’écume. Désigne Tubulaire : en forme de tube.
l’aspect du cytoplasme d’une cellule comportant Tuméfaction : terme clinique désignant une aug-
de nombreuses vacuoles optiquement vides. mentation pathologique de volume d’un organe ou
Squameux, euse : caractérisé par la présence de le gonflement dans une région limitée du corps.
squames (particules ou lamelles de la peau). Tumeur : masse anormale de tissu ou augmentation
Squirrhe/squirrheux : terme macroscopique de volume d’une partie d’un organe due à une pro-
désignant certaines variétés de cancers particu- lifération cellulaire bénigne ou maligne. Elle peut
liers par leur dureté et leur caractère rétractile. être solide ou kystique. Syn. néoplasie, néoplasme.
Cet aspect est lié à l’existence d’un stroma fibreux Tumeur maligne secondaire : cf. métastase.
abondant. Tumoral : relatif à l’aspect d’une tumeur.
Stéatose : terme généralement réserver au foie (stéa-
tose hépatique) pour dégénérescence graisseuse. U
Stellaire : en forme d’étoile. Ulcération : perte de substance d’un revêtement
Sténosé : qui présente un rétrécissement du cali- cutané ou muqueux (qui ne cicatrise pas ou peu).
bre d’un orifice, d’un canal ou d’un vaisseau.
V
Stéréocil : microvillosité particulièrement longue
visible au microscope optique. Vacuole : enclave inerte (optiquement vide) se
trouvant dans le cytoplasme.
Stratifié : disposé en couches superposées.
Verre dépoli (en) : inclusion nucléaire acidophile.
Stroma : contingent conjonctivovasculaire pré-
Aspect optiquement vide.
sent dans un cancer mais n’étant pas lui-même de
nature tumorale. Vésiculaire : petite cavité glandulaire qui a la
forme d’une vésicule (en petit sac).
Syncytiale : masse cytoplasmique résultant de la
fusion de plusieurs cellules et comportant plu- Vésicule : travée épithéliale séparée les unes des
sieurs noyaux. autres par un vide réseau capillaire.
Syndrome de Pepper : syndrome dû (chez le Villeux : qui a l’aspect chevelu.
nourrisson) au développement de métastases Villosité : petite saillie en doigts de gant.
hépatiques d’un neuroblastome surrénalien (neuro­
blastome stade IV).
Terminologie des lésions
T
bénignes, malignes
Télangiectasie : dilatation de petits vaisseaux
cutanés (fines lignes rouges parfois violettes).
et pseudo-tumorales
Thèque : groupement d’une dizaine de cellules. A
Thrombus : masse sanguine coagulée (caillot) Abcès : collection purulente qui se développe
dans une cavité vasculaire. dans les tissus, abcès chaud (accompagné de phé-
Trabéculaire : structure (en treillis) disposée en nomènes inflammatoires), abcès froid (sans réac-
petite travée, en nappe. tion inflammatoire).
170 Manuel de techniques d’anatomo-cytopathologie

Abrikosoff (tumeur d’) : tumeur bénigne sié- capillaire siège surtout dans la peau et les muqueu-
geant sur la peau et les muqueuses respiratoires et ses et l’angiome caverneux siège dans la peau, le
digestives. Syn. tumeur à cellules granuleuses. foie, les muscles (langue surtout).
Adamantimome : tumeur qui se développe sur Angiosarcome : tumeur maligne constituée par
le tissu de revêtement de la gencive et reproduit une prolifération maligne de structures vasculai-
l’émail dentaire. Elle peut aussi se localiser sur la res (sanguines ou lymphatiques), de localisations
mandibule ou le maxillaire. préférentielles la peau, les tissus mous, le sein et le
Adénite : remaniement inflammatoire aigu, foie. Syn. hémangio-endothéliome malin.
subaigu ou chronique d’un ganglion lymphati- Angiosarcome radio-induit : variété de sarcome
que. Syn. lymphadénite. Elle peut être spécifique survenant dans le champ d’irradiation après une
(aiguë, chronique ou subaiguë) ou non spécifique radiothérapie antérieure.
(abcédée, tuberculoïde). Apudome : tumeur développée aux dépens des
Adénocarcinome : tumeur maligne développée cellules APUD.
aux dépens d’un épithélium glandulaire. Elle peut Aschoff (nodule d’) : lésion siégeant essentielle-
être bien différenciée, moyennement ou peu dif- ment dans le tissu conjonctif.
férenciée. Syn. carcinome glandulaire.
Askin (tumeur d’) : forme particulière de neuro-
Adénofibrome : tumeur bénigne fréquente dans épithéliome de localisation thoracique qui atteint
le sein comportant à la fois une prolifération d’un exclusivement les enfants ou les adolescents.
épithélium glandulaire et une prolifération du
Astroblastome : variété de gliome cérébral déve-
tissu conjonctif. Syn. Fibroadénome.
loppée chez l’adulte aux dépens des astroblastes.
Adénolymphome : tumeur bénigne des glandes
Astrocytome : variété de gliome bénin dévelop-
salivaires. Syn. cystadénolymphome, tumeur de
pée aux dépens des astrocytes et siégeant dans le
Warthin.
cerveau et le cervelet.
Adénome : tumeur bénigne développée dans une
muqueuse ou dans une glande. B
Adénome pléomorphe : tumeur bénigne de type Besnier-Boeck-Schaumann – BBS (maladie de) :
salivaire. Syn. tumeur mixte. granulome formé de cellules épithélioïdes et de
Adénome vésiculaire : adénome de la thyroïde. cellules géantes sans nécrose tissulaire entouré
Adénose : prolifération du tissu glandulaire. d’une couronne de lymphocytes. Syn. lymphogra-
nulomatose bénigne.
Adénose sclérosante : hyperplasie des lobules
désorganisés par une sclérose interstitielle mar- Bolande (tumeur de) : cf. néphrome mésoblas­
quée. Syn. adénose lobulaire. tique.
Androblastome : tumeur du testicule qui se déve- Borderline : cf. lésion frontière.
loppe aux dépens des cellules de Sertoli et tumeur Bowen (maladie de) : variété intra-épidermi-
de l’ovaire avec des cellules semblables à celles du que de lésion précancéreuse ou carcinome in situ
testicule (cellules de Sertoli et de Leydig). cutané siégeant sur le tronc et les membres.
Angioblastome : lésion bénigne qui touche le Brenner (tumeur de) : tumeur de l’ovaire.
nourrisson ou le jeune enfant au niveau du cou ou Burkitt (lymphome de) : cf. lymphome de
de la partie supérieure du tronc. Syn. angioréticu- Burkitt.
lome, hémangioblastome.
Angio-endothéliome : variété d’angiome d’évo- C
lution maligne. Carcinoïde (tumeur) : tumeur bien différenciée
Angiome : tumeur bénigne constituée par la pro- siégeant le plus souvent dans le tube digestif, par-
lifération de divers types de vaisseaux. L’angiome fois dans les poumons et les bronches.
Chapitre 5. Glossaires 171

Carcinome : d’origine grecque « crabe ». Tumeur généralement en îlots, en travées ou en formations


épithéliale maligne affectant soit le tissu de revête- glanduliformes.
ment (épiderme, muqueuses), soit le tissu glandu- Carcinome canalaire in situ (CCIS) : adéno-
laire. Ce mot à remplacer le terme épithélioma. carcinome du sein constitué de cellules de type
Carcinome à cellules de Merkel : carcinome de canalaire localisées à l’intérieur de l’arbre galacto-
la peau siégeant de préférence à la tête et au cou. phorique et qui n’envahissent pas le tissu conjonc-
Carcinome acineux : carcinome glandulaire avec tif. Syn. carcinome canalaire non infiltrant ou non
prédominance de structures glanduliformes (acini invasif.
et tubules). Carcinome colloïde ou colloïde muqueux :
Carcinome adénoïde kystique : carcinome infil- cf. carcinome mucineux.
trant localisé principalement au niveau du sein ou Carcinome cribriforme : carcinome glandulaire
des glandes salivaires. Syn. cylindrome. composé de grandes structures acineuses emplies
Carcinome alvéolaire du poumon : variété de cellules épithéliales.
de carcinome diffus ou localisé riche en cellules Carcinome différencié : carcinome reproduisant
mucosécrétantes. un tissu dont l’aspect histologique est proche de
Carcinome anaplasique : carcinome dont il est celui d’un tissu normal.
impossible de préciser la nature du tissu. Syn. car- Carcinome embryonnaire : carcinome formé de
cinome indifférencié. cellules embryonnaires très peu différenciées.
Carcinome à petites cellules : carcinome de haut Carcinome épidermoïde : carcinome reprodui-
degré de malignité dont la localisation la plus fré- sant de façon