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Fascicule de travaux encadrés

Droit des contrats


Licence 2ème année
DCJ-EURO-IBL

Nom de l’enseignant : A. Thieriet-Duquesne


Année universitaire 2018-2019
Semestre 1
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Equipe de droit des contrats :

- Cours : Aurélie THIERIET-DUQUESNE

- Travaux encadrés : Jennifer CAPITAINE, Elise GESLOT, Thomas BEDOISEAU, Gaëtan


MARAIN, Christophe TSE
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Fascicule de travaux encadrés

Introduction
Leçon n°1 : Introduction générale au droit des obligations et des contrats

Leçon n°2 : Les différentes catégories de contrats

La formation du contrat
Leçon n°3 : Les négociations

Leçon n°4 : L’offre et l’acceptation

Leçon n°5 : La validité du contrat- l’intégrité du consentement

Leçon n°6 : La validité du contrat – le contenu du contrat

Leçon n°7 : La validité du contrat – le contenu du contrat

Les effets du contrat


Leçon n°8 : La force obligatoire, l’effet relatif et l’opposabilité du contrat.

Les sanctions
Leçon n°9 : Les sanctions des conditions de validité et de l’inexécution du contrat.

ANNEXE : Comprendre un arrêt de la Cour de cassation rendu en matière civile par Jean-
François WEBER, Président de Chambre à la Cour de cassation.
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Leçon n° 1
Introduction générale au droit des
obligations et des contrats
Semaine du 7 septembre 2018 / 0WOC 1
Travail à réaliser :

- Interrogation ORALE : Apprendre les définitions étudiées en cours (les différents types
d’obligations et leurs caractéristiques, et les sources d’obligations).
- Travail écrit à rendre : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour cassation
reproduits.
- Travail de réflexion en TE sur « La liberté contractuelle ».

I- Méthodologie
Objectifs

 Vous devez toujours travailler avec l’aide de la charte de méthodologie Licence 2.


Cette séance sera consacrée à la présentation de la documentation juridique (Voir la bibliographie du
pré-read) que vous devez apprendre à maî triser, ainsi qu’à la recherche documentaire, notamment à
partir des bases de données. Un bon juriste est avant tout un bon chercheur.
Vous préparerez ensuite des fiches d’arrêt « approfondies » pour les arrêts de la séance.
Vous devez être capables d’identifier dans un arrêt rendu par la Cour de cassation les parties suivantes
(nommées « attendu ») : les faits, l’action introductive d’instance, son fondement, les motifs de l’arrêt
d’appel ou les moyens du pourvoi, la solution de la Cour de cassation.
Pour réaliser la fiche d’arrêt approfondie, vous pourrez utilement utiliser le tableau suivant et remplir
chacune de ses cases ainsi que rechercher en dernier lieu la valeur de l’arrêt.
Ce faisant, vous apprendrez ou réviserez les définitions de « moyens », « branches », « motifs », « arrêt
de rejet », « arrêt de cassation », « visa », « chapeau intérieur », « attendu de principe », « arrêt
infirmatif », « arrêt confirmatif », « faire grief à », « cas d’ouverture à cassation », « défaut de base
légale » et « violation de la loi ».

Schéma de la fiche d’arrêt approfondie


Faits Raconter l’histoire qui a amené une partie à
 Uniquement les faits pertinents, saisir le tribunal.
essentiels, qu’il faut qualifier
juridiquement
Introduction de la procédure ou « action C’est la réponse à la question suivante : qui
introductive d’instance » : saisit quel tribunal et pourquoi ?
 Objet et fondement de la demande Vous devez indiquer sur quel fondement se fait
la demande.
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Solution des premiers juges Il s’agit de dire si le tribunal a accueilli ou rejeté


la demande, et pour quelles raisons.
Cette partie se termine par l’annonce de la suite
de la procédure (Untel interjette appel).
Cette case est souvent délicate à remplir : la
Cour de cassation cite rarement la solution des
premiers juges. Surtout n’inventez rien.
Moyens au soutien de l’appel Sont ici présentés les arguments invoqués par
celui qui interjette appel pour tenter d’obtenir
satisfaction.
Là encore, les arrêts de la Cour de cassation
restant souvent muets sur ce point, cette case
est généralement difficile à remplir. Surtout
n’inventez rien.
Solution de la cour d’appel Il s’agit ici de préciser si la cour d’appel a
accueilli ou rejeté l’appel, et, lorsqu’ils sont
indiqués, les motifs de sa décision.
Cette partie se termine par l’annonce du
pourvoi (untel forme un pourvoi en cassation).
Moyens au soutien du pourvoi Lorsqu’ils sont précisés, il convient de
mentionner les arguments invoqués par le
demandeur au pourvoi pour justifier sa
demande.
Problème de droit Il s’agit de la question de droit générale et
abstraite à laquelle la Cour de cassation a dû
répondre à l’occasion de cette affaire.
Solution de la Cour de cassation Cette case doit être complète : on commence
par indiquer s’il s’agit d’une décision de
cassation ou de rejet. Puis, on mentionne, s’il y
en a, le visa. On fait apparaî tre les éventuels
chapeaux intérieurs et autres attendus de
principe. Et on reprend l’argumentation
développée par la Cour de cassation.

Ce tableau n’est bien entendu qu’une trame que vous devez chercher à remplir pour chaque arrêt. Il se
pourra que vous n’ayez pas les informations de nature à vous permettre de remplir certaines cases. Il se
pourra aussi que vous ayez les moyens développés par plusieurs parties. A vous d’adapter le tableau en
fonction de la situation.

En toute hypothèse, il ne faut jamais ni inventer, ni rien oublier. La fiche d’arrêt est la première étape
du commentaire. Elle doit être aussi fidèle que possible à l’arrêt.

Pour préparer le commentaire, il vous sera utile de préparer une fiche d’arrêt « approfondie », qui
comprendra, outre les cases du tableau qui précèdent, les cases suivantes :

Jurisprudence et textes antérieurs sur le sujet Pour remplir cette case, rechercher dans les
cours, TE et dans les manuels l’état antérieur du
droit et vérifier si l’arrêt y est conforme ou non.
Jurisprudence et textes postérieurs sur le sujet Il s’agit ici de regarder si le droit a évolué
depuis que l’arrêt a été rendu et, le cas
échéant, d’indiquer dans quel sens.

 Objectif pédagogique : Développer vos capacités d’analyse et votre esprit


critique.
II- La notion d’obligation
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- Document 1 : Cass. Civ.1ère, 10 octobre 1995.


- Document 2 : Cass. Civ. 1ère, 3 octobre 2006, Bull. civ. I, n° 428. Defrénois 2007.467, obs. R.
LIBCHABER.
- Document 3 : Cass. Com. 23 janvier 2007, n° 05-13189, RTDCiv. 2007, p.340, obs. J. MESTRE et
B. FAGES.

 Pour aller plus loin : COUDRAIS (M.), « L’obligation naturelle : une idée moderne ? » : RTD
Civ. 2011. 453.

III- Les sources du droit des obligations et des contrats


A – Les sources constitutionnelles

- Document 4 : C. constit., n° 94-348 DC du 3 août 1994, loi relative à la protection sociale


complémentaire des salariés et portant transposition des directives n°92-49 et n°92-96 des 18
juin et 10 novembre 1992 du Conseil des communautés européennes (extraits).
- Document 5 : C. constit. n° 97-388, DC, du 20 mars 1997, loi créant les plans d’épargne
retraite (extraits).
- Document 6 : C. constit., n° 2009-578, du 18 mars 2009, loi de mobilisation pour le logement et
la lutte contre l’exclusion (extraits).
- Document 7 : C. constit., n° 2000-437 DC, du 19 décembre 2000, loi de financement de la
Sécurité sociale pour 2001 (extraits).
- Document 8 : C. constit., n°2013-672 DC, du 13 juin 2013, loi relative à la sécurisation de
l’emploi (extraits).

 Pour aller plus loin : MODERNE (F.), « La liberté contractuelle est-elle vraiment et pleinement
constitutionnelle ? » : RFDA 2006 p. 2.
B - Les sources internationales – La Convention européenne des droits de l’homme

- Document 9 : Cass. Civ. 3e, 10 mars 2010 : pourvoi n° 09-10.412.


- Document 10 : Cass. Civ. 3e, 8 juin 2006 : pourvoi n° 05-14.774.
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Document 1 : Cass. Civ.1, 10 octobre 1995

clairement de l'acte, que la cour d'appel qui,


Sur le moyen unique pris en ses diverses pour admettre l'existence d'une novation, s'est
branches : Attendu, selon l'arrêt confirmatif fondée sur l'interprétation d'un procès-verbal
attaqué (Metz, 7 octobre 1993), que M. X... a de comparution personnelle des parties et de
gagné la somme de 1 495 777 francs en jouant témoignages, a violé l'article 1273 du Code
la bonne combinaison du " Quinté plus " à civil ; alors, qu'en outre, la cour d'appel en
l'occasion d'une course hippique, qui s'est justifiant la condamnation par une obligation
déroulée le 8 janvier 1991 à Cagnes-sur-Mer ; naturelle, invoquée dans les notes d'audience
que M. d'Onofrio a soutenu que, de concert du demandeur, a violé l'article 913 du
avec certains de ses collègues de travail, M. nouveau Code de procédure civile ; alors,
X... avait l'habitude de lui confier le soin de qu'enfin, le juge, en se fondant sur ces notes,
faire valider auprès du PMU les tickets de " a violé l'article 16 du nouveau Code de
Quinté ", ce qu'il pouvait faire, compte tenu procédure civile ; Mais attendu, en premier
de ses propres horaires de travail, et qu'il avait lieu, que M. X..., ayant soutenu dans ses
été convenu qu'il recevrait 10 % des gains conclusions que son engagement n'avait pas
éventuels, que, n'ayant pu faire entrer le ticket de conséquences civiles, le moyen est
qui lui avait été confié par M. X... pour cette inopérant en ses deux dernières branches ;
course dans la machine destinée à valider les Attendu, ensuite, que la transformation
coupons de jeu, il avait personnellement refait improprement qualifiée novation d'une
un nouveau ticket en intervertissant obligation naturelle en obligation civile,
néanmoins les numéros choisis par M. X..., laquelle repose sur un engagement unilatéral
que cette initiative avait permis à celui-ci de d'exécuter l'obligation naturelle, n'exige pas
gagner le " Quinté " dans l'ordre, que M. X..., qu'une obligation civile ait elle-même
après la course, l'avait informé qu'il lui ferait préexisté à celle-ci ; Et attendu, enfin,
parvenir sa quote-part, mais avait finalement qu'après avoir constaté que M. X... avait
refusé d'exécuter ses engagements ; que M. tacitement renoncé à l'application de l'article
d'Onofrio a, en conséquence, assigné M. X... 1341 du Code civil, dont elle relève
en paiement de la somme de 149 577,70 francs, exactement que ses dispositions ne sont pas
outre les intérêts ; qu'un jugement a fait droit d'ordre public, c'est dans l'exercice de son
à sa demande ; Attendu qu'il est fait grief à pouvoir souverain d'apprécier la portée des
l'arrêt d'avoir confirmé le jugement, alors, preuves à elle soumises que la cour d'appel a
selon le moyen, que, d'une part, la novation retenu, par motifs propres et adoptés, que M.
suppose l'existence d'une dette à éteindre et X... avait entendu transformer son obligation
la création d'une dette nouvelle, que la cour naturelle en obligation civile ; D'où il suit que
d'appel, qui a fondé la condamnation d'une le moyen, pour partie inopérant, n'est pas
partie sur la novation d'une obligation fondé pour le surplus ;
naturelle, et qui a ainsi admis une novation en
l'absence d'une obligation civile préexistante, PAR CES MOTIFS :
a violé l'article 1271 du Code civil ; alors que,
d'autre part, la volonté de nover doit résulter REJETTE le pourvoi.
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Document 2 : Cass. Civ. 1, 3 octobre 2006

(…) Sur le premier moyen : à l'article 342 du code civil, d'autre part, que
Vu les articles 1134 et 342 du code civil ; l'accord formalisé le 3 septembre 1998 avec M. Y...
Attendu que M. X..., né le 30 novembre 1977 a n'est pas une véritable transaction au sens de
engagé le 25 juillet 1997 une action en recherche l'article 2048 du code civil ;
de paternité naturelle à l'encontre de M. Y... ; qu'il Qu'en statuant ainsi, sans rechercher comme elle
s'est désisté de son action, celui-ci s'étant engagé y était invitée, si en s'engageant volontairement à
à lui verser, "à titre de subsides", une somme de 3 verser à M. X... une somme mensuelle jusqu'à la
000 francs mensuelle jusqu'à la fin de ses études fin de ses études, M. Y... n'avait pas voulu
aux termes d'un accord formalisé le 3 septembre exécuter un devoir de conscience et n'avait pas
1998 ; que M. Y... ayant cessé tout paiement à ainsi transformé une obligation naturelle en une
compter d'août 2001, M. X... a de nouveau saisi le obligation civile, la cour d'appel n'a pas donné de
juge aux affaires familiales pour voir condamner base légale à sa décision ;
M. Y... à reprendre les versements mensuels et PAR CES MOTIFS, sans qu'il soit besoin de
subsidiairement agir en recherche de paternité à statuer sur les deuxième et troisième moyens :
l'égard de M. Y... ; CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il
Attendu que pour déclarer sa demande a déclaré irrecevable la demande de M. X... en
irrecevable, l'arrêt attaqué retient, d'une part, paiement d'une somme de 3 000 francs mensuelle,
qu'elle s'analyse en une action à fins de subsides (…)
et qu'elle n'a pas été intentée dans le délai prévu
Document 3 : Cass. Com., 23 janvier 2007
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 12 janvier reprocher aux sociétés Camaieu SA et Camaieu
2005), qu'à la suite d'un premier litige de International d'avoir commercialisé le modèle
contrefaçon qui avait opposé la société de prêt à "Glace", reproduisant le modèle "Danloux", en
porter Créations Nelson à ses concurrentes, les cherchant de surcroî t à créer, par association aux
sociétés Camaieu SA et Camaieu International, les contrefaçons du modèle "Drap", l'effet d'une
trois sociétés ont, le 19 novembre 2001, conclu un gamme sous forme de déclinaison de modèles ;
accord transactionnel aux termes duquel la Sur le premier moyen : […]
société Camaieu International prenait notamment Sur le second moyen :
"l'engagement en tant que de besoin, de ne pas Attendu que les sociétés Camaieu SA et Camaieu
copier les produits commercialisés par Créations International font encore grief à l'arrêt de les avoir
Nelson, sous la marque Comptoir des cotonniers condamnées in solidum à réparer le préjudice
ou tout autre marque qu'elle commercialise", en subi par la société Créations Nelson, alors, selon
précisant "que l'engagement visé au paragraphe le moyen :
précédent constitue un engagement 1°/ qu'un engagement purement moral ne peut
exclusivement moral dont tout éventuel juridiquement être sanctionné ; qu'en l'espèce, si
manquement ne saurait être considéré comme la société Camaieu International avait déclaré
une inexécution des termes du présent protocole" dans le protocole litigieux s'engager "à ne pas
; qu'un autre litige de même nature étant copier" les produits commercialisés par la société
néanmoins né quelques semaines plus tard entre Créations Nelson, il était précisé immédiatement
les mêmes, la société Créations Nelson a après que "l'engagement visé au paragraphe
demandé judiciairement de constater que les précédent constitue un engagement
sociétés Camaieu SA et Camaieu International exclusivement moral dont tout éventuel
avaient contrefait ses modèles de pulls ou tee- manquement ne saurait être considéré comme
shirts, dénommés "Badi", "Danloux" et "Drap" et une inexécution des termes du présent protocole"
sollicité la réparation de son dommage en fondant ; qu'en retenant que si le modèle "Danloux" n'était
subsidiairement son action indemnitaire, pour le pas protégeable au titre du droit d'auteur, sa
cas où la contrefaçon alléguée ne serait pas reproduction au travers du modèle "Glace" de la
retenue, sur la violation de l'engagement souscrit société Camaieu International constituait une
par la société Camaieu International ; qu'après violation de l'engagement qu'elle avait souscrit au
avoir rejeté l'exception d'irrecevabilité soulevée terme du protocole litigieux de ne pas copier les
par la société Camaieu SA, la cour d'appel a dit produits de la société Créations Nelson, sans avoir
que le produit "Mésange" des sociétés Camaieu égard à la réserve claire et précise du protocole
SA et Camaieu International constituait une en cause d'où il résultait que l'engagement litigieux
contrefaçon du modèle "Drap", qu'en revanche le était purement moral, de sorte qu'il ne pouvait
produit "Danloux" n'était pas susceptible de constituer la source d'une action en responsabilité
protection en l'absence de nouveauté et civile, la cour d'appel l'a dénaturé en violation de
d'originalité, mais que la société Créations Nelson l'article 1134 du code civil ;
était néanmoins recevable, sur le fondement de 2°/ qu'en faisant produire un effet juridique à une
l'engagement souscrit le 19 novembre 2001, à obligation à caractère exclusivement moral, la
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cour d'appel a violé l'article 1134 du code civil et protocole litigieux, lequel engagement était
les règles régissant les obligations naturelles ; purement moral ;
3°/ que la cour d'appel qui retient que les sociétés Mais attendu qu'en s'engageant, fût-ce
Camaieu SA et Camaieu International auraient moralement, "à ne pas copier" les produits
commis des actes de concurrence parasitaire en commercialisés par la société Créations Nelson, la
contrefaisant deux modèles de la collection de la société Camaieu International avait exprimé la
société Créations Nelson "Drap" et "Danloux", et volonté non équivoque et délibérée de s'obliger
ce en cherchant à créer un "effet de gamme", sous envers la société concurrente ; que la cour
la forme d'une déclinaison de modèles, justifiant d'appel, qui n'encourt aucun des griefs du moyen,
leur condamnation au titre d'un préjudice distinct, en a donc exactement déduit que cette clause
viole de nouveau l'article 1134 du code civil en avait une valeur contraignante pour l'intéressée et
justifiant la faute consistant en la reproduction de qu'elle lui était juridiquement opposable ; que le
l'un des modèles en cause ("Danloux") par moyen n'est pas fondé ;
l'engagement qu'aurait contractuellement souscrit PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi »
la société Camaieu International au terme du
Document 4 : C. Constit., décision n° 94-348 DC du 3 août 1994 du Conseil constitutionnel (extraits)
« […]. En ce qui concerne la liberté d'entreprendre :
8. Considérant que les dispositions arrêtées par le législateur en vue de définir le cadre légal dans lequel les
institutions de retraite supplémentaire peuvent être constituées ou maintenues ne concernent pas, compte
tenu de l'objet et de la nature de ces institutions, la liberté d'entreprendre ; que par suite, le moyen invoqué
est inopérant ;
. En ce qui concerne la liberté contractuelle :
9. Considérant qu'aucune norme de valeur constitutionnelle ne garantit le principe de la liberté contractuelle
; que par suite ce grief ne saurait qu'être écarté ; […] »
Document 5 : C. constit., décision n° 97-388, DC, du 20 mars 1997, loi créant les plans d’épargne retraite
(extraits)
« […]- SUR LE GRIEF TIRE DE LA VIOLATION pénalité ; qu'en vertu du deuxième alinéa de
DU PRINCIPE DE LIBERTE CONTRACTUELLE l'article 7, en l'absence de rupture du contrat de
: travail, l'adhérent ne peut demander qu'à
46. Considérant que les requérants font valoir qu'il l'expiration d'un délai de dix ans à compter de son
résulte de la combinaison du deuxième alinéa de adhésion, le transfert intégral, sans pénalité, des
l'article 4, du premier alinéa de l'article 6 et du droits acquis en vertu de ce plan sur un autre plan
deuxième alinéa de l'article 7 que par décision d'épargne retraite, cette demande ne pouvant
unilatérale un employeur pourra, sans participer à être renouvelée qu'une fois ;
son financement, mettre en place un plan 48. Considérant que le principe de liberté
d'épargne retraite et ainsi interdire aux salariés de contractuelle n'a pas en lui-même valeur
l'entreprise d'adhérer à un autre fonds ; qu'ainsi constitutionnelle ; que sa méconnaissance ne peut
seraient méconnus le principe de liberté être invoquée devant le Conseil constitutionnel
contractuelle et le principe de l'autonomie de la que dans le cas où elle conduirait à porter atteinte
volonté qui résulterait de l'article 4 de la à des droits et libertés constitutionnellement
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen garantis ; que tel n'est pas le cas en l'espèce ; que
disposant que " la liberté consiste à pouvoir faire ne résulte ni de l'article 4 de la Déclaration des
tout ce qui ne nuit pas à autrui " ; droits de l'homme et du citoyen ni d'aucune autre
47. Considérant qu'en vertu du deuxième alinéa norme de valeur constitutionnelle un principe
de l'article 4, la souscription d'un plan d'épargne constitutionnel dit de l'" autonomie de la volonté
retraite peut résulter d'un accord collectif " ; que les griefs allégués par les requérants ne
d'entreprise ou d'un accord de branche, que ce peuvent dès lors qu'être rejetés ;
plan est proposé à l'adhésion de tous les salariés […] Décide :
de l'entreprise, et en cas d'accord de branche, à Article premier :
tous les salariés concernés, que les conditions La loi créant les plans d'épargne retraite n'est pas
d'adhésion sont alors définies de façon identique contraire à la Constitution.
pour des catégories homogènes de salariés ; qu'en Article 2 :
application du premier alinéa de l'article 6, les La présente décision sera publiée au Journal
versements des salariés et l'abondement de officiel de la République française. […] »
l'employeur aux plans d'épargne retraite sont
facultatifs et peuvent être suspendus ou repris sans
Document 6 : C. constit., décision n° 2009-578, du 18 mars 2009, loi de mobilisation pour le logement et la
lutte contre l’exclusion (extraits)
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« […] SUR LES ARTICLES 61, 64 et 65 : à leur développement. - Elle garantit à tous,
8. Considérant que les articles 61, 64 et 65 de la loi notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux
déférée modifient le code de la construction et de travailleurs, la protection de la santé, la sécurité
l'habitation pour favoriser la mobilité dans le parc matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain
de logements locatifs sociaux ; que les requérants qui, en raison de son âge, de son état physique ou
font grief à ces dispositions de porter une atteinte mental, de la situation économique, se trouve
inconstitutionnelle aux conventions en cours et de dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir
méconnaî tre le principe d'égalité devant la loi ; de la collectivité des moyens convenables
. En ce qui concerne le grief tiré de l'atteinte aux d'existence " ; qu'il résulte de ces principes que la
contrats en cours : possibilité pour toute personne de disposer d'un
9. Considérant que l'article 61 de la loi déférée logement décent est un objectif de valeur
insère dans le code de la construction et de constitutionnelle ;
l'habitation les articles L. 442-3-1 à L. 442-3-3 13. Considérant, d'autre part, que le législateur ne
applicables aux organismes d'habitations à loyer saurait porter aux contrats légalement conclus une
modéré ; que son article 64 y insère les articles L. atteinte qui ne soit justifiée par un motif d'intérêt
482-1 à L. 482-3 applicables aux logements sociaux général suffisant sans méconnaî tre les exigences
gérés par des sociétés d'économie mixte ; que ces résultant des articles 4 et 16 de la Déclaration de
articles définissent, sous certaines exceptions, les 1789 ;
conditions dans lesquelles les locataires ne 14. Considérant, en premier lieu, qu'aux termes de
bénéficient plus du droit au maintien dans les lieux l'article L. 441 du code de la construction et de
en cas de sous-occupation du logement ou de l'habitation : " L'attribution des logements locatifs
départ de la personne handicapée du logement sociaux participe à la mise en oeuvre du droit au
adapté aux personnes présentant un handicap, logement, afin de satisfaire les besoins des
ainsi que lorsque, durant deux années personnes de ressources modestes et des
consécutives, leurs ressources sont au moins deux personnes défavorisées " ; que les contrats de
fois supérieures au plafond des ressources pour location conclus à raison de l'attribution de
l'attribution de logements ; que le IV de l'article logements locatifs sociaux, fussent-ils des contrats
61 ainsi que le II de l'article 64 rendent ces de droit privé, permettent aux bailleurs sociaux
nouvelles dispositions applicables aux contrats en d'accomplir la mission de service public qui leur
cours ; est confiée par la loi ; que ces logements sont
10. Considérant qu'aux termes du I de l'article 65 attribués selon une procédure et dans des
de la loi déférée : " Les plafonds de ressources conditions réglementées ; que le législateur a
pour l'attribution des logements locatifs sociaux entendu, par la disposition critiquée, favoriser la
fixés en application de l'article L. 441-1 du code de mobilité au sein du parc locatif social afin
la construction et de l'habitation sont minorés de d'attribuer les logements aux personnes
10,3 % à compter du premier jour du troisième bénéficiant des ressources les plus modestes ; que,
mois suivant la date de publication de la présente dès lors, il était loisible au législateur de modifier,
loi " ; y compris pour les conventions en cours, le cadre
11. Considérant que les requérants font valoir que, légal applicable à l'attribution de ces logements et
compte tenu de la gravité de l'atteinte portée aux à la résiliation des contrats correspondants ; qu'en
contrats en cours, du caractère incertain et outre, ces dispositions contribuent à mettre en
marginal de l'objectif d'intérêt général poursuivi, oeuvre l'objectif de valeur constitutionnelle que
de l'insuffisance des garanties protégeant les constitue la possibilité pour toute personne de
locataires et de l'incertitude qui en résulte sur la disposer d'un logement décent ;
durée des contrats, la suppression, pour les 15. Considérant, en second lieu, qu'en vertu des
contrats en cours, du droit au maintien dans les dispositions critiquées, les bénéficiaires occupant
lieux, prévu par l'article 4 de la loi du 1er un logement social qui n'est plus adapté à leurs
septembre 1948 susvisée, méconnaî t la liberté besoins ne perdent leur droit au maintien dans les
contractuelle et la sécurité juridique qui résultent lieux que s'ils ont refusé trois offres de relogement
des articles 4 et 16 de la Déclaration de 1789 ; que dans une zone géographique voisine et pour un
cette modification substantielle des contrats aurait loyer inférieur à celui du logement d'origine ; que,
dû être " compensée par les garanties prévues par pour ces personnes, la loi ajoute une aide à la
la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à mobilité définie par décret ; que, s'agissant des
améliorer les rapports locatifs " ; qu'enfin, la locataires dont les ressources excèdent le double
minoration du plafond de ressources pour du plafond légal pendant au moins deux années
l'attribution des logements locatifs sociaux ne consécutives, le droit au maintien dans les lieux
saurait être rendue applicable aux conventions en n'est supprimé qu'à l'issue d'un délai de trois ans
cours ; après l'expiration de ce premier délai et à la
12. Considérant, d'une part, qu'aux termes des condition que, dans ce délai de trois ans, les
dixième et onzième alinéas du Préambule de la ressources des locataires ne soient pas devenues
Constitution de 1946 : " La Nation assure à inférieures aux plafonds de ressources pour
l'individu et à la famille les conditions nécessaires l'attribution de ce logement ; que la perte du droit
12

au maintien dans les lieux pour cause de sous maintien dans les lieux ; qu'ainsi, la suppression de
occupation du logement ou de dépassement des ce droit ne prive de garanties légales aucune autre
plafonds de ressources ne s'applique pas aux exigence constitutionnelle ;
locataires présentant un handicap ou ayant à leur 16. Considérant qu'il résulte de ce qui précède
charge une personne handicapée ; qu'enfin, dans que les griefs tirés de l'atteinte aux contrats en
tous les cas, les locataires âgés de plus de soixante- cours doivent être écartés ; […] ».
cinq ans conservent le bénéfice du droit au

Document 7 : C. constit., décision n° 2000-437 DC, du 19 décembre 2000, loi de financement de la Sécurité
sociale pour 2001 (extraits)

« […] - SUR L'ARTICLE 49 : n'étant plus libre mais forcé devant la menace
29. Considérant que l'article 49 modifie l'article L. constituée par la contribution " ; […]
138-10 du code de la sécurité sociale relatif à la 37. Considérant […] que, s'il est vrai que le
contribution applicable à la progression du chiffre dispositif institué par le législateur a notamment
d'affaires des entreprises pharmaceutiques qui pour finalité d'inciter les entreprises
n'ont pas passé convention avec le comité pharmaceutiques à conclure avec le comité
économique des produits de santé ; que le I fixe économique des produits de santé, en application
à 3 % le taux de progression du chiffre d'affaires de l'article L. 162-17-4 du code de la sécurité
de l'ensemble des entreprises redevables retenu, sociale, des conventions relatives à un ou plusieurs
au titre de l'année 2001, comme fait générateur médicaments, visant à la modération de
de cette contribution ; que le II modifie les règles l'évolution du prix de ces médicaments et à la
de calcul de ladite contribution ; qu'en particulier, maî trise du coût de leur promotion, une telle
au cas où le taux d'accroissement du chiffre incitation, inspirée par des motifs d'intérêt
d'affaires de l'ensemble des entreprises redevables général, n'apporte pas à la liberté contractuelle
serait supérieur à 4 %, le taux de la contribution qui découle de l'article 4 de la Déclaration des
globale applicable à cette tranche de dépassement droits de l'homme et du citoyen une atteinte
serait fixé à 70 % ; […] contraire à la Constitution ;
31. Considérant qu'il est également fait grief au 38. Considérant qu'il résulte de tout ce qui
taux d'imposition ainsi fixé de porter atteinte à la précède que les griefs dirigés contre l'article 49
liberté contractuelle de l'ensemble des entreprises doivent être rejetés ; […] ».
concernées, " le choix de l'option conventionnelle

Document 8 : C. constit., n°2013-672 DC, du 13 juin 2013, loi relative à la sécurisation de l’emploi
(extraits).

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL, l'article 1er de la loi déférée prévoient la


généralisation de la couverture complémentaire
Vu la Constitution ; Vu l'ordonnance n° 58-1067 collective santé pour l'ensemble des salariés ;
du 7 novembre 1958 modifiée portant loi qu'aux termes du premier alinéa du A du
organique sur le Conseil constitutionnel ; Vu le paragraphe I de cet article : « Avant le 1er juin
code du travail ; Vu le code de la sécurité sociale 2013, les organisations liées par une convention de
; Vu le code des assurances ; Vu le code de la branche ou, à défaut, par des accords
mutualité ; Vu les observations du professionnels engagent une négociation, afin de
Gouvernement, enregistrées le 6 juin 2013 ; Le permettre aux salariés qui ne bénéficient pas
rapporteur ayant été entendu ; d'une couverture collective à adhésion obligatoire
en matière de remboursements complémentaires
1. Considérant que les députés et les sénateurs de frais occasionnés par une maladie, une
requérants défèrent au Conseil constitutionnel la maternité ou un accident dont chacune des
loi relative à la sécurisation de l'emploi ; qu'ils catégories de garanties et la part de financement
contestent la conformité à la Constitution de assurée par l'employeur sont au moins aussi
certaines dispositions de son article 1er ainsi que favorables que pour la couverture minimale
celles de l'article L. 912-1 du code de la sécurité mentionnée au II de l'article L. 911-7 du code de
sociale que les dispositions de l'article 1er la sécurité sociale, au niveau de leur branche ou
complètent ; que les députés requérants mettent de leur entreprise, d'accéder à une telle
également en cause certaines dispositions de ses couverture avant le 1er janvier 2016 » ; que les sept
articles 12 et 15 ; alinéas suivants du A précisent le champ
d'application de la négociation ; qu'en particulier,
- SUR L'ARTICLE 1er DE LA LOI DÉFÉRÉE ET en vertu du 2° du A, figurant au quatrième alinéa
L'ARTICLE L. 912-1 DU CODE DE LA SÉCURITÉ de l'article 1er, la négociation porte notamment
SOCIALE : sur « les modalités de choix de l'assureur » et
examine « les conditions, notamment tarifaires,
2. Considérant que les dispositions contestées de dans lesquelles les entreprises peuvent retenir le
13

ou les organismes assureurs de leur choix, sans commerciales » ; qu'il est à tout moment loisible
méconnaî tre les objectifs de couverture effective au législateur, statuant dans le domaine de sa
de l'ensemble des salariés des entreprises de la compétence, de modifier des textes antérieurs ou
branche et d'accès universel à la santé » ; d'abroger ceux-ci en leur substituant, le cas
échéant, d'autres dispositions ; que, ce faisant, il
3. Considérant que le 2° du paragraphe II de ne saurait priver de garanties légales des exigences
l'article 1er a pour objet de compléter l'article L. constitutionnelles ;
912-1 du code de la sécurité sociale par un alinéa
ainsi rédigé : « Lorsque les accords professionnels 6. Considérant que, d'une part, il est loisible au
ou interprofessionnels mentionnés à l'article L. législateur d'apporter à la liberté d'entreprendre
911-1 prévoient une mutualisation des risques en et à la liberté contractuelle qui découlent de
application du premier alinéa du présent article l'article 4 de la Déclaration de 1789, des limitations
ou lorsqu'ils recommandent, sans valeur liées à des exigences constitutionnelles ou
contraignante, aux entreprises d'adhérer pour les justifiées par l'intérêt général, à la condition qu'il
risques dont ils organisent la couverture à un ou n'en résulte pas d'atteintes disproportionnées au
plusieurs organismes, il est procédé à une mise en regard de l'objectif poursuivi ; que, d'autre part, le
concurrence préalable des organismes mentionnés législateur ne saurait porter aux contrats
à l'article 1er de la loi n° 89-1009 du 31 décembre légalement conclus une atteinte qui ne soit
1989 renforçant les garanties offertes aux justifiée par un motif d'intérêt général suffisant
personnes assurées contre certains risques. Cette sans méconnaî tre les exigences résultant des
mise en concurrence est réalisée dans des articles 4 et 16 de la Déclaration de 1789 ;
conditions de transparence, d'impartialité et
d'égalité de traitement entre les candidats et selon 7. Considérant, en premier lieu, que les
des modalités prévues par décret. Ce décret fixe dispositions du A du paragraphe I de l'article 1er
notamment les règles destinées à garantir une ont pour objet d'imposer aux branches
publicité préalable suffisante, à prévenir les professionnelles d'engager, avant le 1er juin 2013,
conflits d'intérêts et à déterminer les modalités de une négociation pour garantir aux salariés une
suivi du contrat. Cette mise en concurrence est couverture « en matière de remboursements
également effectuée lors de chaque réexamen » ; complémentaires de frais occasionnés par une
maladie, une maternité ou un accident » ; que la
4. Considérant que, selon les requérants, en couverture complémentaire santé ainsi prévue est
permettant, d'une part, qu'un accord de branche « collective » et « à adhésion obligatoire » ; qu'elle
désigne un organisme de prévoyance pour doit être effective avant le 1er janvier 2016 ; que
l'ensemble des entreprises de la branche et, d'autre cette négociation porte notamment sur la
part, que cette désignation s'impose aux définition du contenu et du niveau des garanties,
entreprises de la branche bénéficiant déjà d'une la répartition de la charge des cotisations entre
complémentaire santé, les dispositions de l'article employeurs et salariés, ainsi que « les modalités de
L. 912-1 du code de la sécurité sociale, qui est choix de l'assureur » ; qu'elle examine en
complété par le 2° du paragraphe II de l'article particulier les conditions notamment tarifaires,
1er de la loi déférée, méconnaissent la liberté dans lesquelles les entreprises peuvent retenir le
contractuelle découlant de l'article 4 de la ou les organismes qu'elles ont choisis, « sans
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen méconnaî tre les objectifs de couverture effective
de 1789 ; qu'ils soutiennent que les dispositions du de l'ensemble des salariés des entreprises de la
2° du paragraphe II de l'article 1er, en ce qu'elles branche et d'accès universel à la santé » ; que ces
posent de nouvelles limites au principe de libre dispositions, en ce qu'elles se bornent à prévoir
concurrence entre les divers organismes de l'ouverture d'une négociation portant sur « les
prévoyance, sont contraires à la liberté modalités de choix de l'assureur » et les conditions
d'entreprendre ainsi qu'au principe d'égalité dans lesquelles les entreprises peuvent retenir le
devant la loi ; que les sénateurs mettent également ou les organismes de prévoyance de leur choix, ne
en cause, pour l'ensemble de ces motifs, les sont contraires à aucun principe ou règle de
dispositions du 2° du A du paragraphe I de l'article valeur constitutionnelle ;
1er ; que les députés font également valoir que les
dispositions de l'article L. 912-1 du code de la 8. Considérant, en second lieu, que la conformité
sécurité sociale méconnaissent les dispositions du à la Constitution d'une loi déjà promulguée peut
huitième alinéa du Préambule de la Constitution être appréciée à l'occasion de l'examen des
de 1946 en ce que le droit des travailleurs de dispositions législatives qui la modifient, la
déterminer collectivement leurs conditions de complètent ou affectent son domaine ; que les
travail doit s'exercer dans l'entreprise et non au dispositions contestées du 2° du paragraphe II de
niveau de la branche professionnelle ; l'article 1er de la loi déférée complètent celles de
l'article L. 912-1 du code de la sécurité sociale ;
5. Considérant qu'aux termes de l'article 34 de la
Constitution : « La loi détermine les principes 9. Considérant qu'en vertu du premier alinéa de
fondamentaux des obligations civiles et cet article L. 912-1, lorsque les accords
14

professionnels ou interprofessionnels prévoient d'entreprendre ;


une « mutualisation des risques » dont ils
organisent la couverture auprès d'un ou plusieurs 12. Considérant que, d'autre part, les dispositions
organismes de prévoyance, « auxquels adhèrent du deuxième alinéa de l'article L. 912-1
alors obligatoirement les entreprises relevant du permettent d'imposer que, dès l'entrée en vigueur
champ d'application de ces accords, ceux-ci d'un accord de branche, les entreprises de cette
comportent une clause fixant dans quelles branche se trouvent liées avec l'organisme de
conditions et selon quelle périodicité les prévoyance désigné par l'accord, alors même
modalités d'organisation de la mutualisation des qu'antérieurement à celui-ci elles seraient liées par
risques peuvent être réexaminées. La périodicité un contrat conclu avec un autre organisme ; que,
du réexamen ne peut excéder cinq ans » ; que, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au
selon le deuxième alinéa du même article, lorsque considérant 11 et sans qu'il soit besoin d'examiner
les accords mentionnés précédemment « le grief tiré de l'atteinte aux conventions
s'appliquent à une entreprise qui, antérieurement légalement conclues, ces dispositions
à leur date d'effet, a adhéré ou souscrit à un méconnaissent également la liberté contractuelle
contrat auprès d'un organisme différent de celui et la liberté d'entreprendre ;
prévu par les accords pour garantir les mêmes
risques à un niveau équivalent », les stipulations 13. Considérant qu'il résulte de tout ce qui
de l'accord de niveau supérieur doivent primer, précède que les dispositions de l'article L. 912-1 du
conformément à ce que prévoient les dispositions code de la sécurité sociale portent à la liberté
de l'article L. 2253-2 du code du travail ; d'entreprendre et à la liberté contractuelle une
atteinte disproportionnée au regard de l'objectif
10. Considérant que, par les dispositions de poursuivi de mutualisation des risques ; que, sans
l'article L. 912-1 du code de la sécurité sociale, le qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs dirigés
législateur a entendu faciliter l'accès de toutes les contre le 2° du paragraphe II de l'article 1er de la
entreprises d'une même branche à une protection loi déférée, ces dispositions ainsi que celles de
complémentaire et assurer un régime de l'article L. 912-1 du code de la sécurité sociale
mutualisation des risques, en renvoyant aux doivent être déclarées contraires à la Constitution
accords professionnels et interprofessionnels le ;
soin d'organiser la couverture de ces risques
auprès d'un ou plusieurs organismes de 14. Considérant que la déclaration
prévoyance ; qu'il a ainsi poursuivi un but d'inconstitutionnalité de l'article L. 912-1 du code
d'intérêt général ; de la sécurité sociale prend effet à compter de la
publication de la présente décision ; qu'elle n'est
11. Considérant que, toutefois, d'une part, en toutefois pas applicable aux contrats pris sur ce
vertu des dispositions du premier alinéa de l'article fondement, en cours lors de cette publication, et
L. 912-1 du code de la sécurité sociale, toutes les liant les entreprises à celles qui sont régies par le
entreprises qui appartiennent à une même code des assurances, aux institutions relevant du
branche professionnelle peuvent se voir imposer titre III du code de la sécurité sociale et aux
non seulement le prix et les modalités de la mutuelles relevant du code de la mutualité ;
protection complémentaire mais également le
choix de l'organisme de prévoyance chargé DÉCIDE:
d'assurer cette protection parmi les entreprises
régies par le code des assurances, les institutions Article 1er.- Le 2° du paragraphe II de l'article 1er
relevant du titre III du livre IX du code de la de la loi relative à la sécurisation de l'emploi est
sécurité sociale et les mutuelles relevant du code contraire à la Constitution.
de la mutualité ; que, si le législateur peut porter
atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté Article 2.- Sont conformes à la Constitution les
contractuelle dans un but de mutualisation des dispositions suivantes de cette même loi : - à
risques, notamment en prévoyant que soit l'article 1er, le 2° du A du paragraphe I ;
recommandé au niveau de la branche un seul - à l'article 12, les articles L. 2241-13 et L. 3123-14-
organisme de prévoyance proposant un contrat 1 du code du travail ;
de référence y compris à un tarif d'assurance - à l'article 15, le quatrième alinéa de l'article L.
donné ou en offrant la possibilité que soient 2242-23 du code du travail.
désignés au niveau de la branche plusieurs
organismes de prévoyance proposant au moins de Article 3.- L'article L. 912-1 du code de la sécurité
tels contrats de référence, il ne saurait porter à sociale est contraire à la Constitution.
ces libertés une atteinte d'une nature telle que
l'entreprise soit liée avec un cocontractant déjà Article 4.- La déclaration d'inconstitutionnalité de
désigné par un contrat négocié au niveau de la l'article 3 prend effet à compter de la publication
branche et au contenu totalement prédéfini ; que, de la présente décision dans les conditions
par suite, les dispositions de ce premier alinéa prévues au considérant 14.
méconnaissent la liberté contractuelle et la liberté
15

Article 5.- La présente décision sera publiée au


Journal officiel de la République française.

Document 9 : Cass. Civ. 3e, 10 mars 2010


« […] Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 13 parfaitement licite et conforme à la Convention
novembre 2008) que M. X... a pris à bail, par acte européenne de sauvegarde des droits de l'homme
du 28 novembre 1969, un logement d'habitation et des libertés fondamentales ou s'il a purement et
appartenant à M. Y..., aux droits duquel sont simplement abandonné les lieux à sa soeur, ce qui
venus les consorts Z... ; que le contrat de bail contrevient au bail dans la mesure où il n'a pas
stipulait que le preneur ne pourra sous-louer ou recueilli l'accord écrit du bailleur », la cour
céder le bail, ni prêter les lieux à un tiers, sous d'appel, qui a ajouté une condition à la loi et au
quelque prétexte que ce soit, sans le contrat, a violé les dispositions combinées des
consentement exprès et par écrit du bailleur ; que articles 1134 et 1184 du code civil, 1er, 4- n, 7 et 8
par acte du 25 août 2006, les consorts Z... ont de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, ensemble les
assigné M. X... en résiliation judiciaire du bail, au articles 8-1 et 14 de la Convention européenne de
motif que ce dernier avait prêté les locaux à sa sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
soeur et ne les occupait plus personnellement ; fondamentales, 1er du 1er Protocole additionnel à
ladite Convention ;
Sur le premier moyen : 4° / en déclarant que les consorts Z... « établissent
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt de que la résidence principale de M. X... ne se situe
prononcer la résiliation du bail, alors, selon le plus dans les lieux loués » et que « M. X... n'a pas
moyen, que : rapporté la preuve contraire d'une occupation
1° / en déclarant qu'« une clause du bail peut effective des lieux par les pièces qu'il a produites
licitement ajouter l'interdiction de prêter les lieux », ce qui ne suffisait pas à établir qu'il avait «
à des tiers » la cour d'appel, qui a ajouté une purement et simplement abandonné les lieux à sa
condition à la loi et au contrat, a violé les soeur, ce qui contrevient au bail dans la mesure
dispositions combinées des articles 1134 et 1184 du où il n'a pas recueilli l'accord écrit du bailleur », la
code civil, 1er, 2, 4- n, 7 et 8 de la loi n° 89-462 du cour d'appel a violé les articles 1134 et 1184 du
6 juillet 1989, ensemble les articles 8-1 et 14 de la code civil, 1er, 4- n, 7 et 8 de la loi n° 89-462 du 6
Convention européenne de sauvegarde des droits juillet 1989, ensemble les articles 8-1 et 14 de la
de l'homme et des libertés fondamentales, 1er du Convention européenne de sauvegarde des droits
1er Protocole additionnel à ladite Convention ; de l'homme et des libertés fondamentales, 1er du
2° / en statuant comme elle l'a fait sans égard pour 1er Protocole additionnel à ladite Convention ;
la considération que Mme Anne-Marie X... n'était 5° / contrairement à l'absence, l'abandon postule
pas un tiers, mais un membre de sa proche famille, un désintérêt pour l'habitation ; qu'en l'espèce, en
en l'occurrence sa soeur, la cour d'appel, qui a déclarant que le locataire avait « purement et
ajouté une condition à la loi et au contrat, a violé simplement abandonné les lieux à sa soeur, ce qui
les dispositions combinées des articles 1134 et 1184 contrevient au bail dans la mesure où il n'a pas
du code civil, 1er, 2, 4- n, 7 et 8 de la loi n° 89-462 recueilli l'accord écrit du bailleur », tout en
du 6 juillet 1989, ensemble les articles 8-1 et 14 de constatant la production par le locataire de «
la Convention européenne de sauvegarde des quittances de loyer à son nom, la souscription de
droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'assurance pour les lieux loués, un compte de plan
1er du 1er Protocole additionnel à ladite d'épargne actions à l'adresse des lieux loués et des
Convention ; relevés de compte chèques, la carte électorale
3° / ni le contrat de bail, ni aucune disposition établie en 2003, l'avis d'imposition de la redevance
impérative de la loi applicable n'impose au audiovisuelle du 15 décembre 2005 », ainsi que «
locataire d'habiter le logement de manière l'attestation d'une voisine Mme A... qui, certes,
effective et permanente, pas plus qu'il ne fixe les indique avoir vu régulièrement M. X... et précise
limites d'une durée minimale d'habitation pour qu'il partage l'appartement avec sa soeur mais que
conserver le bénéfice du droit fondamental au ses activités professionnelles ne lui permettent pas
logement ; qu'aux termes de la clause n° 2 du bail, d'y résider quotidiennement », soit autant de
la notion, autorisée, d'« habitation personnelle et manifestations excluant que le locataire eût «
à celle de sa famille », doit être lue par opposition abandonné » le logement, la cour d'appel a violé
à celle, interdite, d'« exercice de tout commerce les articles 1134 et 1184 du code civil, 1er, 4- n, 7
ou industrie » ou « de n'importe quelle profession, et 8 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, ensemble
même libérale » et non comme imposant une les articles 8-1 et 14 de la Convention européenne
habitation effective et habituelle et interdisant de sauvegarde des droits de l'homme et des
toute absence, quelle qu'en soit la durée ; que par libertés fondamentales, 1er du 1er Protocole
suite, en déclarant « qu'il convient de déterminer additionnel à ladite Convention ;
si M. X... hébergeait sa soeur dans le domicile dans 6° / en déclarant que le locataire avait « purement
lequel il habite effectivement, ce qui est et simplement abandonné les lieux à sa soeur, ce
16

qui contrevient au bail dans la mesure où il n'a pas famille mais prohibait qu'il mette les locaux à la
recueilli l'accord écrit du bailleur », sans disposition d'un tiers, quel qu'il soit, si lui-même
s'expliquer sur les attestations contraires du « n'occupait plus effectivement les locaux ;
Docteur B... », de « M. C... », de « Mme D... » et
de « M. E... », régulièrement produites sous les Attendu, d'autre part, que la cour d'appel a
numéros 46, 47, 48 et 49 à l'appui des dernières souverainement retenu que M. X... n'occupait plus
conclusions d'appel du locataire, la cour d'appel a effectivement les locaux loués et les avait laissés à
privé son arrêt de motifs et violé l'article 455 du la disposition de sa soeur, Mme X... ;
code de procédure civile ; D'où il suit que le moyen n'est pas fondé de ce
chef ;
Mais attendu, d'une part, que la cour d'appel a
retenu à bon droit que la stipulation contractuelle Mais sur le second moyen :
interdisant le prêt des lieux à un tiers sans le […] PAR CES MOTIFS :
consentement exprès et par écrit du bailleur, était CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il
licite, ne faisait pas obstacle, conformément aux a dit irrecevable la demande de M. X... en
dispositions de l'article 8 § 1 de la Convention paiement d'un trop perçu de loyers […] »
européenne de sauvegarde des droits de l'homme,
à ce que le preneur héberge un membre de sa
Document 10 : Cass. Civ. 3e, 8 juin 2006
« […] Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en- droits d'un copropriétaire était justifiée par la
Provence, 18 janvier 2005), que les époux X..., destination de l'immeuble, la cour d'appel a privé
propriétaires d'un appartement, ont fait assigner sa décision de base légale au regard de l'article 8,
le syndicat des copropriétaires Les Jardins de alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1965 ;
Gorbella à Nice en annulation de la résolution de 2 / que les clauses d'un règlement de copropriété
l'assemblée générale en vertu de laquelle le syndic ne peuvent avoir pour effet de priver un
de copropriété les avait assignés en référé afin copropriétaire de la liberté d'exercice de son
que soit retirée la construction qu'ils avaient culte, en l'absence de toute nuisance pour les
édifiée en végétaux sur leur balcon pour une autres copropriétaires ; qu'en refusant à des
semaine à l'occasion de la fête juive des cabanes ; copropriétaires le droit d'exercer leur culte par
Sur le premier moyen, ci-après annexé : l'édification sur leur balcon, pendant une semaine,
[…] Sur les deuxième et troisième moyens, réunis d'une cabane précaire et temporaire, au seul motif
: que cette construction serait contraire aux
Attendu que les époux X... font grief à l'arrêt de dispositions du règlement de copropriété, la cour
les débouter de leur demande, alors, selon le d'appel a violé les articles 9 du Code civil et 9 de
moyen : la Convention européenne de sauvegarde des
1 / que le règlement de copropriété ne peut droits de l'homme et des libertés fondamentales
imposer aucune restriction aux droits des du 4 novembre 1950 ;
copropriétaires en dehors de celles qui seraient 3 / qu'ils avaient fait valoir que la résolution de
justifiées par la destination de l'immeuble telle l'assemblée générale des copropriétaires
qu'elle est définie aux actes, par ses caractères ou mandatant le syndic pour agir en justice afin
sa situation ; que les époux X... faisaient valoir que d'obtenir l'enlèvement de la cabane édifiée
l'immeuble dans lequel ils étaient propriétaires temporairement pour l'exercice de leur culte avait
d'un appartement étant à usage d'habitation, été adoptée à partir d'un rappel tronqué du
l'édification sur leur balcon, pendant une semaine, règlement de copropriété et dans le seul but de
d'une cabane précaire et temporaire leur leur nuire ; qu'en s'abstenant de rechercher si
permettant de respecter les prescriptions de la l'adoption de cette résolution ne constituait pas
religion juive, sans créer de nuisances ou de un abus de droit, la cour d'appel a privé sa
risques pour les autres copropriétaires, était décision de base légale au regard de l'article 8 de
conforme à la destination de l'immeuble ce dont la loi du 10 juillet 1965 ;
il résultait que la résolution de l'assemblée Mais attendu, d'une part, que n'ayant pas soutenu
générale des copropriétaires mandatant le syndic devant les juges du fond que le règlement de
pour agir en justice afin d'obtenir l'enlèvement de copropriété ne pouvait imposer aucune
cette cabane devait être annulée comme restriction aux droits des copropriétaires en
restreignant leur droit d'exercice d'un culte sans dehors de celles qui seraient justifiées par la
être justifiée par la destination de l'immeuble ; destination de l'immeuble, le moyen est nouveau,
qu'en jugeant que l'assemblée générale des mélangé de fait et de droit ;
copropriétaires était en droit d'adopter la Attendu, d'autre part, qu'ayant retenu à bon droit
résolution litigieuse au seul motif que les époux que la liberté religieuse, pour fondamentale qu'elle
X... avaient méconnu le règlement de soit, ne pouvait avoir pour effet de rendre licites
copropriété, sans rechercher, comme il le lui était les violations des dispositions d'un règlement de
demandé, en quoi la restriction ainsi imposée aux copropriété et relevé que la cabane faisait partie
17

des ouvrages prohibés par ce règlement et portait


atteinte à l'harmonie générale de l'immeuble
puisqu'elle était visible de la rue, la cour d'appel,
qui n'était pas tenue de procéder à une recherche
que ses constatations rendaient inopérante, en a
exactement déduit que l'assemblée générale était
fondée à mandater son syndic pour agir en justice
en vue de l'enlèvement de ces objets ou
constructions ;
D'où il suit que le moyen, pour partie irrecevable,
n'est pas fondé pour le surplus ;
PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi […]
Leçon n° 2

Les différentes catégories de contrats


Semaine du 14 septembre 2018 / 0WOC 2
Travail à réaliser :

- Interrogation écrite de 10 minutes : Sur les définitions des différents types de contrats.
- Exercice écrit à rendre : Fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour cassation reproduits.
- Exercice écrit à rendre : Plan détaillé de dissertation sur le sujet suivant : « Le contrat réel ».
- Exercice à réaliser en TE : Cas pratique.

I- Méthodologie

 REVISION DE LA METHODE DE LA DISSERTATION POUR REALISER LE TRAVAIL


ECRIT A RENDRE

 REVISION DE LA METHODE DU CAS PRATIQUE


CAS A TRAITER :
M. Dumoulin, propriétaire d’un studio à Issy-les-Moulineaux, le loue à Paul, étudiant à la Faculté
libre de droit, pour 300 euros par mois. Paul s’y installe et quelque temps plus tard, il est invité à
dî ner par ses nouveaux voisins, M. et Mme BRUYANT, pour le samedi suivant. Il accepte, mais
ensuite ne veut plus y aller car il est excédé par leur tapage incessant et les aboiements de leur chien
toutes les nuits. Le lendemain, il croise M. Dumoulin qu’il se sent obligé de saluer. Ce dernier vient
d’acheter son quotidien préféré « L’Isséen » chez M. KIOSQUE, le marchand de journaux. Les
semaines passent, Paul, qui a rencontré Diane l’année dernière dans les couloirs de la Grande Arche
de la Défense, s’entend si bien avec elle qu’ils ont décidé de se fiancer. A cette occasion, son grand-
père lui fait cadeau d’une belle somme d’argent qu’il accepte avec beaucoup de reconnaissance.
Qualifiez juridiquement les différents actes et obligations que vous aurez trouvés en justifiant
vos réponses.
Objectif pédagogique de cet exercice simple : savoir utiliser les définitions des notions
juridiques étudiées en cours.
Une fois ce travail effectué, recherchez l’ (les) enjeu(x) de chacune des qualifications
retenues.
II- Le contrat réel

- Document 1 : Cass. Civ. 1, 28 mars 2000, n°97-21422


- Document 2 : Cass. Civ.1, 7 mars 2006, n°02-20374
- Document 3 : L. LEVENEUR, Classification des contrats : le rétrécissement de la catégorie
des contrats réels est engagé, JCP G, 30 Août 2000, actualité.
- Document 4 : Cass. Civ.1, 14 janvier 2010, n° 08-18581
19

 Pour aller plus loin : H. CAPITANT, F. TERRE, Y. LEQUETTE, F. CHENEDE, Les grands arrêts
de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, 13è éd., 2015, n°284-285, p.735 et s..

III- Le contrat aléatoire

- Document 5 : Cass. Civ.3, 2 février 2000, n° 98-10714

IV- Contrat à exécution instantanée et contrat à exécution successive

- Document 6 : Cass. Com. 26 janvier 2010, n° 09-65086


Document 1 : Cass. Civ. 1, 28 mars 2000, n°97-21422

Attendu que Daniel X... a acheté, le 21 février faisant l'objet du contrat de prêt à Daniel X...
1992, à la société Sanlaville, du matériel avant la date de livraison du matériel, le
agricole qui devait être fourni par la société contrat de prêt ne s'était pas formé, la cour
Fiatgeotech, le financement du prix devant d'appel a violé l'article 1892 du Code civil ;
être assuré à hauteur de 700 000 francs par un alors, en deuxième lieu, que le contrat de prêt
prêt consenti par la société UFB Locabail ; était conclu intuitu personae dès lors que le
qu'aux termes du contrat, l'UFB Locabail s'est prêteur s'engageait en considération des
engagée à verser directement à la société possibilités de remboursement de
Sanlaville le montant du prêt sur simple avis l'emprunteur, de sorte qu'en condamnant
qui lui serait fait par le vendeur de la livraison néanmoins l'UFB à exécuter le contrat de
du matériel, sous condition, notamment de prêt initialement conclu au bénéfice de Daniel
l'adhésion de Daniel X... à une assurance-vie X... au profit des ayants-cause de ce dernier,
à souscrire auprès de la compagnie UAP la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences
Collectives aux droits de laquelle se trouve la légales de ses constatations, violant ainsi
société Axa collectives, qui a repris l'instance l'article 1122 du Code civil ; alors, en troisième
en ses lieu et place ; que Daniel X... ayant fait lieu, que l'article 6 du contrat de prêt stipulait
parvenir le 31 mars 1992 à l'UFB Locabail le que les sommes restant dues par l'emprunteur
dossier d'adhésion à la garantie d'assurance deviendraient immédiatement exigibles en cas
sur la vie, la société Sanlaville a adressé, le 22 de décès de ce dernier et l'article 10 de l'acte
juin suivant, à l'UFB le bon de livraison du prévoyait qu'en cas de décès de l'emprunteur
matériel ; que Daniel X... est, entre-temps, avant remboursement de toutes les sommes
décédé accidentellement le 4 juin 1992 ; dues au prêteur, il y aurait solidarité et
qu'une contestation étant née sur la qualité indivisibilité entre ses héritiers, de sorte qu'en
du matériel livré et l'UFB Locabail ayant se fondant sur ces clauses qui impliquaient que
dénié devoir financer l'opération, les héritiers les fonds avaient été préalablement remis à
X... ont assigné la société Sanlaville, prise en l'emprunteur avant son décès, pour
la personne de son liquidateur judiciaire et caractériser une obligation de l'UFB de verser
l'UFB Locabail pour faire prononcer la des fonds au profit des héritiers, la cour
résiliation de la vente et, subsidiairement, d'appel s'est fondée sur un motif inopérant et
condamner l'UFB à verser à la société a privé sa décision de base légale au regard
Sanlaville le montant du prêt ; de l'article 1134 du Code civil ; et alors, en
quatrième lieu, que les fonds que l'UFB s'était
Sur le premier moyen, pris en ses quatre engagée à verser à Daniel X... ne lui ayant
branches : jamais été remis, l'engagement de
l'établissement financier ne pouvait s'analyser
Attendu que l'UFB Locabail fait grief à l'arrêt qu'en une promesse de prêt dont
attaqué (Grenoble, 1er octobre 1997), d'avoir l'inexécution, à la supposer fautive, ne pouvait
jugé que le contrat de financement souscrit donner lieu qu'à l'allocation de dommages-
par Daniel X... l'obligeait à payer la somme intérêts, de sorte qu'en condamnant
convenue à ses héritiers, alors, selon le néanmoins l'UFB à exécuter son engagement
moyen, en premier lieu, qu'il ressort de l'arrêt résultant de la promesse de prêt en lui
que l'UFB n'ayant jamais remis les fonds imposant de verser aux ayants-droit de Daniel
20

X... les sommes qui y étaient visées, la cour Attendu que l'arrêt relève que le prêteur,
d'appel a violé les articles 1892 et 1142 du concepteur du financement auquel
même Code ; l'emprunteur était invité à adhérer, avait mis
en place une " situation lacunaire " où
Mais attendu que le prêt consenti par un l'emprunteur pourrait être engagé
professionnel du crédit n'est pas un contrat personnellement sans être couvert, du fait du
réel ; que l'arrêt attaqué, qui relève que la prêteur, par l'assurance pour laquelle lui
proposition de financement avait été signée avaient été préalablement transmis tous les
par Daniel X... et que les conditions de documents réclamés ; que par ces motifs non
garanties dont elle était assortie étaient critiqués, dont elle a pu déduire l'existence
satisfaites, retient, à bon droit, que la société d'une faute de la part du prêteur, la cour
UFB Locabail était, par l'effet de cet accord d'appel a légalement justifié sa décision ;
de volonté, obligée au paiement de la somme
convenue ; d'où il suit que le moyen qui n'est PAR CES MOTIFS :
pas fondé en sa première branche, est
inopérant en ses trois autres branches ; REJETTE le pourvoi.

Et sur le second moyen pris en ses trois


branches :
21

Document 2 : Cass. Civ.1, 7 mars 2006, n°02-20374

Attendu que M. X... a, en décembre 1998, 2 / qu'en infirmant le jugement entrepris au


assigné Mme Y... en remboursement de prétexte que M. X... ne prouverait pas le
sommes d'argent dont elle aurait été débitrice versement d'une somme correspondant au
à titre de prêt pour des montants de 80 000 prêt allégué au motif que le prêt était un
francs selon reconnaissance de dette du 14 contrat réel et que pour exister il supposait la
janvier 1994 et de 100 000 francs payés en remise d'une chose, la cour d'appel a violé les
février 1997 au moyen de deux chèques ; que articles 1134 et 1892 du Code civil ;
l'arrêt attaqué (Versailles, 12 septembre 2002)
a rejeté ses demandes ; Mais attendu que le prêt qui n'est pas consenti
par un établissement de crédit est un contrat
Sur le premier moyen, pris en ses deux réel qui suppose la remise d'une chose ; que
branches : la cour d'appel qui constate que M. X... ne
rapportait pas la preuve du versement de la
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt d'avoir somme litigieuse, a, sans inverser la charge de
rejeté sa demande tendant au paiement d'une la preuve, légalement justifié sa décision ;
somme résultant de la reconnaissance de
dette datée du 14 janvier 1994, alors, selon le Sur le second moyen, tel qu'énoncé au
moyen : mémoire en demande et reproduit en annexe
:
1 / que la convention n'en est pas moins
valable quoi que la cause n'en soit pas Attendu que, abstraction faite du motif
exprimée ; qu'il ressort de cette disposition erroné mais surabondant critiqué par le
que le créancier peut solliciter l'exécution de moyen, l'arrêt retient que les chèques émis
l'obligation sans avoir à établir la cause de par M. X... ne pouvaient faire preuve, même
l'engagement du débiteur envers lui et qu'il à titre de commencement de preuve, du prêt
appartient audit débiteur qui veut se invoqué par lui ; que le moyen ne peut être
soustraire à son obligation de rapporter lui- accueilli ;
même la preuve de l'absence de cause ; qu'il
s'ensuit qu'en déboutant M. X... au motif qu'il PAR CES MOTIFS :
n'établissait pas la cause de l'obligation
stipulée, la cour d'appel a violé l'article 1132 REJETTE le pourvoi ;
du Code civil, ensemble l'article 1315 du
même code ;

Document 3 : L. LEVENEUR, Classification des contrats : le rétrécissement de la catégorie des


contrats réels est engagé, JCP G, 30 Août 2000, actualité.
En décidant que le prêt consenti par un professionnel du crédit n'était pas un contrat réel, la première Chambre
civile de la Cour de cassation a rendu le 28 mars 2000 (JCP G 2000, II, 10296, concl. J. Sainte-Rose) un arrêt de
la plus haute importance : il marquera vraisemblablement une étape décisive dans la vieille controverse relative
à la nature juridique du contrat de prêt, et plus largement, pourrait bien donner le signal, sinon d'une disparition,
du moins d'un sérieux rétrécissement de la catégorie des contrats réels en Droit français.

La jurisprudence admettait traditionnellement le caractère réel du prêt (V. surtout, Cass. 1re civ., 20 juill. 1981 :
Bull. civ. I, n° 267 ; Defrénois 1982, p. 1085, obs. Aubert ; Gaz. Pal. 1982, pan. jurispr. p. 93, note Dupichot ;
Grands arrêts de la jurisprudence civile, 9e éd. par Terré et Lequette, n° 188 ; RTD civ. 1982, p. 427, obs. Rémy.
- Cf. aussi Cass. req., 15 mars 1886 : DP 1887, 1, p. 28. - Cass. 1re civ., 8 nov. 1960 : Bull. civ. I, n° 480), dans la
lignée du droit romain et de l'ancien droit (cf. Pothier, Traité des obligations, t. 1, n° 10), et avec l'appui d'une
large partie de la doctrine. Duranton, en particulier, était particulièrement net lui qui, au sujet du prêt à usage
et du prêt de consommation, écrivait : "ces deux contrats ont cela de commun que, outre le consentement
requis dans tous les contrats, la remise d'une chose est nécessaire pour leur existence : aussi les appelle-t-on
pour cela contrats réels, dans la doctrine" (Cours de droit franç ais suivant le Code civil, t. 17, 1833, n° 483. Cf.
en ce sens aussi, Laurent, Principes de droit civil franç ais, t. 26, 1875, n° 486 ; V. encore, Carbonnier, Les
obligations, 15e éd., n° 91 ; Malaurie et Aynès, Les contrats spéciaux, 13e éd. par Gautier, n° 848).
22

Cependant le Code civil n'a jamais fourni d'arguments de texte véritablement décisifs au soutien de cette
affirmation : les articles 1875 et 1892 "se laissent aisément retourner" (Rémy, obs. préc., p. 427), surtout si on les
compare au texte de l'article 1919, nettement moins équivoque, lui, quant au dépôt. Aussi bien une autre partie
de la doctrine a-t-elle pu contester le caractère réel du prêt et proposer d'y voir un contrat consensuel
synallagmatique (cf. Toullier et Duvergier, Le droit civil franç ais, t. 21, n° 25, 26 et 144, et vol. III, t. 2, n° 17 ["le
Code a passé sous silence la distinction des contrats en consensuels et réels parce qu'elle n'est d'aucune utilité
dans la pratique"]. - Starck, Roland et Boyer, Les obligations, t. 2, 6e éd., n° 218 et s. ; Huet, Les principaux
contrats spéciaux, n° 22129 ; Cf. aussi, H. L. et J. Mazeaud et F. Chabas, Les obligations, 9e é d., nos 80 et s.,
pour qui l'intention des rédacteurs du Code civil était de retenir, comme avant, la qualification de contrat réel,
ce qu'ils critiquent).

La contestation a d'autant pu s'élever que les fondements romains de la catégorie des contrats réels s'étaient
estompés. À Rome, en tout cas à l'origine, la volonté ne suffisait pas pour engager dans un lien obligatoire :
perçue comme trop abstraite et incertaine en elle-même, il fallait qu'elle se fût concrétisée dans certaines formes
pour que prî t naissance un acte pourvu d'une sanction judiciaire (ex nudo pacto actio non nascitur) : la remise
de la chose (res) était l'une de ces formes (d'où la catégorie des contrats re), les autres étant soit le prononcé
oral d'une formule sacramentelle (contrats verbis), soit l'inscription d'une formule sur des registres (contrats
litteris). Cependant on sait que l'évolution ultérieure conduisit à développer le consensualisme, qui se généralisa,
sauf exceptions, sous l'ancien droit vers les XIVe et XVe siècles (cf. A. Laingui, Les contrats spéciaux dans
l'histoire des obligations, in Le droit contemporain des contrats, Travaux de la Faculté de droit de Rennes, 1986,
p. 39 et s.), et ne cessa ensuite de s'affermir avant d'être recueilli comme principe par le Code civil en 1804.
Aussi bien, depuis qu'il est admis que le seul échange des consentements peut suffire à former un contrat
pleinement obligatoire, comment justifier le maintien de la catégorie des contrats réels ?

L'objection n'avait évidemment pas échappé aux auteurs partisans de ce maintien. Mais, tenant eux-mêmes
compte de l'évolution historique, ils y répondaient, tels E. Gaudemet, de la façon suivante : "les contrats réels
n'ont aucune analogie de principe avec les contrats re... Ils ne dérivent pas de l'idée que la volonté est
impuissante à produire des effets juridiques si elle n'est soutenue par la remise d'une chose matérielle. Ils sont
réels par la force des choses. En effet, ils produisent l'obligation de restituer une valeur fournie ou une chose...
Cette obligation ne peut évidemment naî tre qu'au moment de la remise de la valeur. C'est en ce sens que l'on
dit que ces contrats se forment par la remise de la chose" (E. Gaudemet, Théorie générale des obligations, 1937,
p. 29 ; Cf. aussi, déjà dans cette voie, Pothier, op. cit., n° 10 ; Duranton, op. cit., n° 483 : "il est impossible de
concevoir un prêt sans qu'une chose soit livrée à cet effet").
À cela la doctrine contraire a beau jeu de rétorquer que si l'on souhaite éviter que l'emprunteur ne soit tenu de
restituer une chose qui ne lui aurait pas encore été remise, il n'est pas nécessaire de recourir à la notion de
contrat réel pour atteindre ce résultat : l'obligation de restituer peut se concevoir dès l'échange des
consentements, l'exception d'inexécution ou la résolution pour cause d'inexécution suffisant à expliquer que
l'obligé ne puisse évidemment pas être tenu de procéder à la restitution si le créancier ne lui a pas remis la
chose (cf. en ce sens, Houin, La distinction des contrats synallagmatiques et unilatéraux, thèse Paris, 1937, p. 226 ;
Starck , Roland et Boyer, op. cit., n° 219 ; Huet, op. cit. n° 221129 ; V. aussi H. L. et J. Mazeaud et F. Chabas,
Les obligations, 9e éd., n° 82 qui en appellent à une obligation de restituer sous condition suspensive de remise).
Au demeurant les tenants de la thèse du contrat réel admettent volontiers que la formation du contrat de prêt
par remise de la chose, puisse être précédée d'une promesse de prêt "constituant un contrat consensuel
obligatoire", comme le disent Planiol et Ripert, qui ajoutent : "ainsi le prêt n'est que la transformation intervenue
dans un contrat consensuel au moment où l'une des prestations s'y trouve exécutée ; le contrat change alors
de nom : de consensuel, il devient réel ; de promesse de prêt, il devient prêt" (t. 11, 2e éd., par R. Savatier,
n° 1136 ; cf. aussi, Guillouard, Traité du prêt, du dépôt et du séquestre, 1893, n° 68 et n° 8 : "La promesse de
prêter est valable, civilement obligatoire et l'emprunteur pourra faire condamner sous contrainte le prêteur à
la réaliser ; mais il n'y aura contrat de prêt qu'après la livraison de la chose prêtée").

Dans ces conditions la controverse tend à se réduire à une simple querelle de mots. Et effectivement elle n'aurait
eu guère d'intérêt pratique si la jurisprudence avait accepté de faire produire un plein effet obligatoire à la
promesse. Mais c'est précisément ce qu'elle en vint à refuser : du caractère réel du contrat de prêt de
consommation, la Cour de cassation déduisit qu'à défaut de réalisation du prêt, le manquement fautif à
l'engagement de prêter des fonds ne pouvait donner lieu qu'à des dommages et intérêts et non à exécution
forcée de la promesse (Cass. 1re civ., 20 juill. 1981, préc.) : bref, alors que la promesse de vente vaut vente,
promesse de prêt ne vaut pas prêt, ce qui est après tout assez logique lorsqu'on décide que le prêt est un
contrat réel et non pas consensuel à la différence de la vente.

Cependant la solution n'était pas sans inconvénients pratiques. Notamment en ménageant la liberté du prêteur,
elle diminuait considérablement la foi et l'intérêt que le futur emprunteur pouvait accorder à la promesse qui
lui avait été faite, tout particulièrement sous la forme d'une ouverture de crédit pourtant si utile et si répandue
dans les relations entre les banques et leurs clients (cf. Rémy, obs. préc.).

C'est cette solution que la décision du 28 mars 2000 remet donc en cause, en tout cas en partie, en réduisant
son champ d'application.
23

Ce domaine avait d'ailleurs déjà été grignoté par deux récents arrêts : l'un avait reconnu, en se fondant sur les
articles L. 315-1, R. 315-25 et R. 315-34 du Code de la construction et de l'habitation qu'au terme de la période
d'épargne-logement, la banque était tenue (sauf situation de surendettement) d'accorder le prêt auquel elle
s'était obligée lors de la conclusion du contrat de plan ou de compte épargne-logement (Cass. 1re civ., 3 juin
1997 : Bull. civ. I, n° 181 ; Defrénois 1998, p. 125, note S. Piedelièvre) ; l'autre avait expressément dénié la nature
de contrat réel aux prêts régis par les articles L. 312-7 et suivants du Code de la consommation (Cass. 1re civ.,
27 mai 1998 : D. 1999, p. 194, note Bruschi et somm. p. 28, obs. Jobard-Bachellier ; Defrénois 1998, p. 1054, obs.
Delebecque).
Cette fois-ci, ce n'est plus en visant des textes particuliers (relatifs à des domaines où les attentions protectrices
manifestées par le législateur à l'égard du candidat-emprunteur pouvaient paraî tre difficilement compatibles
avec l'admission d'une possibilité pour les établissements de crédit de refuser en définitive de remettre les fonds
promis ; cf. aussi, C. consom., art. L. 311-15, qui, en matière de crédit à la consommation, prévoit expressément
la perfection du contrat dès l'acceptation de l'offre par l'emprunteur), mais en se référant seulement de façon
générale à la qualité de prêteur professionnel que le domaine de la qualification réelle du prêt est amputé : "le
prêt consenti par un professionnel du crédit n'est pas un contrat réel". En conséquence ce professionnel est
tenu d'exécuter la promesse de prêt à laquelle il a consenti. L'alternative consistant à s'en tenir quitte pour de
simples dommages et intérêts (dans l'affaire jugée en 1981, ceux-ci avaient été fixés à 5 000 F, alors que le prêt
promis portait sur 400 000 F...) lui est désormais fermée. Ainsi promettre et tenir ne font plus deux, et tous ceux
qui sont attachés au respect de la parole donnée s'en réjouiront.

La remise de la chose ne participe donc plus ici de la formation d'un contrat réel unilatéral ne faisant naî tre
d'obligations qu'à la charge de l'emprunteur ; elle est le premier acte d'exécution d'un contrat consensuel
synallagmatique.
Reste à s'interroger sur la portée de la solution. Assurément se trouve renouvelée avec acuité la question de
savoir s'il subsiste des contrats réels en droit français (V. déjà, Combescure, Existe-t-il des contrats réels en droit
franç ais ? : Rev. crit. législ. et jurisp. 1903, p. 477 et s.). Lorsque l'on sait que l'unanimité n'a jamais régné, même
chez les partisans de l'existence de cette catégorie, sur la liste exacte des contrats la composant (cf. Jobard-
Bachellier, Existe-t-il encore des contrats réels en droit franç ais ? ou la valeur des promesses de contrat réel en
droit positif : RTD civ. 1985, p. 1, nos 3 et 4), il est fort probable que la division se manifestera aujourd'hui sur
la réponse à donner.

Tout au plus essaiera-t-on ici d'esquisser quelques pistes en se demandant, contrat par contrat, s'il peut exister
une justification contemporaine (éventuellement différente, pourquoi pas, de la justification traditionnelle), de
la prise en compte d'éléments matériels dans le processus de formation de chacun de ceux qui sont concernés :

- Le don manuel. De fortes raisons militent pour le maintien du caractère réel : la remise de la chose représente
un formalisme de substitution destiné, comme l'acte devant notaires en principe exigé pour les donations par
l'article 931 du Code civil, à faire prendre conscience au donateur de la gravité de l'acte de dépouillement
auquel il se livre sans contrepartie (cf. Grimaldi, Libéralités, Partages d'ascendants, nos 1281 et 1282 ; Malaurie,
Les Successions, Les libéralités, 4e éd., n° 396) et à assurer le respect de l'irrévocabilité de celui-ci (cf. H. L. et
J. Mazeaud, Successions-Libéralités, 5e éd., par L. et S. Leveneur, nos 1461 et 1462).
- Le prêt. Le présent arrêt se prête-t-il à une interprétation a contrario ou par analogie ? L'analogie (le prêt
n'est pas non plus un contrat réel lorsqu'il est consenti par un non-professionnel...) pourrait s'appuyer sur
l'absence de texte général dessinant un régime propre de formation des contrats de prêt consentis par des
prêteurs professionnels qui serait distinct de celui des prêts consentis par des particuliers (V. en ce sens,
S. Piedelièvre, note : D. 2000, p. 483). Le raisonnement a contrario (les prêts consentis par des non-professionnels
resteraient des contrats réels : cf. en ce sens, concl. Sainte-Rose : JCP G 2000, II, 10296) pourrait se
recommander, lui, de l'utilité de la remise de la chose dans une perspective, très contemporaine, d'information
et de protection de celui qui, à la différence d'un prêteur professionnel, pourrait, lors du simple échange des
consentements, ne pas mesurer toute la portée de son acte de volonté (V. pour un tel renouvellement
contemporain de la justification de la catégorie des contrats réels, Ghestin, La formation du contrat, 3e éd.,
n° 452 ; Flour et Aubert, Les obligations, vol. 1, 7e éd., n° 313 ; Terré, Simler et Lequette, Les obligations,
7e éd., n° 142).
À cela on objectera toutefois qu'on discerne assez mal pourquoi le vendeur, même particulier, est en principe
totalement lié par le contrat de vente dès l'échange des consentements, alors que le prêteur particulier ne
pourrait l'être avant la remise de la chose... sauf à mettre en avant la dimension gratuite du prêt, qui donne à
l'acte une certaine gravité, justifiant une protection voisine de celle qui est organisée pour le don manuel. Là
pourrait être alors la piste, qui passerait par une distinction selon que le prêt est à titre gratuit, ou à titre
onéreux : pourquoi celui qui a promis de prêter moyennant intérêt ne pourrait-il être contraint d'exécuter la
promesse qu'il a faite (cf. dans cette voie, Jobard-Bachellier, op. cit., n° 11 et note 261, qui évoque cette ligne
de partage, du moins parmi les contrats dans lesquels la remise emporte transfert ou constitution de droit réel) ?

- Le dépôt. Son caractère réel pourrait bien ne reposer que sur un seul argument, la lettre, cette fois bien nette,
d'un texte, l'article 1919 du Code civil ("il n'est parfait que par la tradition...")... à condition toutefois "d'éviter
24

de lire à sa suite", comme l'a judicieusement fait remarquer M. Rémy (obs. préc., p. 427), l'article 1920 ("le dépôt
volontaire se forme par le consentement réciproque...") !

- Le nantissement. Le caractère réel pourrait ici se justifier par la gravité particulière du contrat dont l'issue
peut se trouver, non dans la restitution au constituant, mais dans la vente de la chose par le créancier nanti et
à son profit : en quelque sorte, l'exigence de la remise de la chose pour la formation de cette sûreté apparaî t
comme un formalisme jouant un rôle équivalent à celui de l'acte authentique exigé ad validitatem pour
l'hypothèque conventionnelle ; ces deux exigences se justifient par la nécessité d'attirer l'attention des
constituants de ces sûretés réelles sur la gravité de leur acte. Certes des textes spéciaux ont organisé des gages
sans dépossession ; mais seul le législateur a le pouvoir d'écarter, là où il le croit bon, la protection du constituant
que représente la nécessité, pour la formation même du contrat, d'un dessaisissement actuel (cf. en ce sens,
Malaurie et Aynès, Sûretés et publicité foncière, 9e éd., n° 506. Comp., Mestre, Putman et Billiau, Droit spécial
des sûretés réelles, n° 774).
Enfin, on terminera en évoquant l'intérêt que pourrait bien avoir l'arrêt du 28 mars 2000 au regard de
l'interprétation de l'article 1142 du Code civil. On sait que ce texte a connu, ces dernières années, un regain de
vigueur en jurisprudence : c'est en son nom que diverses décisions ont refusé l'exécution forcée en nature de
contrats, pourtant consensuels, au motif qu'ils engendraient des obligations de faire dont l'inexécution ne devrait
donner lieu qu'à des dommages et intérêts (cf. par ex. pour un pacte de préférence Cass. 3e civ., 30 avr. 1997 :
Contrats, Conc., Consom. 1997, n° 129, note L. L. - rappr., pour la promesse unilatérale de vente, Cass. 3e civ.,
15 déc. 1993 : D. 1994, p. 507, note Bénac-Schmidt ; somm. p. 230, obs. Tournafond ; Defrénois 1994, p. 795,
obs. Delebecque ; JCP G 1995, II, 22366, note D. Mazeaud ; RTD civ. 1994, p. 588, obs. Mestre). Voici qu'ici la
première Chambre civile de la Cour de cassation admet que l'établissement de crédit était, par l'effet de l'accord
de volonté par lequel il s'était engagé à verser le montant d'un prêt, tenu de remettre la somme convenue, sans
s'arrêter sur le grief, formulé par le pourvoi, d'une violation de l'article 1142 du Code civil (il faudra bien,
pourtant, faire quelque chose : livrer la somme [cf. C. civ., art. 1136]). Cette décision participe donc, au moins
implicitement, d'une lecture plus stricte de l'article 1142, celle qui, traditionnellement, en limite la portée aux
seules hypothèses où l'exécution forcée porterait par trop atteinte à la liberté individuelle du débiteur ou serait
matériellement impossible. Un certain attachement pour le respect des engagements pris conduit à souhaiter
que cette position de la première chambre civile redevienne aussi celle des autres formations de la Cour de
cassation.

Document 4 : Cass. Civ.1, 14 janvier 2010, n° 08-18581

Sur le moyen unique pris en sa seconde créancière d'une somme d'argent qu'elle
branche : aurait prêtée de rapporter la preuve du
versement de celle-ci, nonobstant l'existence
Vu l'article 1315 du code civil, ensemble d'une reconnaissance de dette, puis constate
l'article 1132 du même code ; que la remise des sommes prétendument
prêtées par M. Alain X... et son épouse n'est
Attendu que M. Alain X... et son épouse, pas démontrée ;
Mme Annie Y..., ont assigné en paiement de
certaines sommes M. Daniel X..., Mme Maria Qu'en statuant ainsi alors que la convention
Z... épouse X..., M. A... et Mme Annie X... n'est pas moins valable quoique la cause n'en
épouse A... ; que la cour d'appel a confirmé soit pas exprimée, de sorte qu'il incombait à
le jugement en ce qu'il avait rejeté les M. A... et M. Daniel X..., qui avaient signé les
demandes dirigées contre Mme Maria X... et reconnaissances de dettes litigieuses et
Mme A... qui n'avaient pas souscrit de prétendaient, pour contester l'existence de la
reconnaissance de dette et l'a infirmé pour le cause de celles-ci, que les sommes qu'elles
surplus en rejetant les prétentions formées mentionnaient ne leur avaient pas été remises,
contre M. Daniel X... et M. A... ; d'apporter la preuve de leurs allégations, la
cour d'appel a violé les textes susvisés ;
Que pour se prononcer comme il le fait,
l'arrêt attaqué retient que le prêt qui n'est pas PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de
consenti par un établissement de crédit étant statuer sur la première branche du moyen :
un contrat réel supposant la remise d'une
chose, il incombe à la personne se prétendant CASSE ET ANNULE
25

Document 5 : Cass. Civ.3, 2 février 2000, n° 98-10714

Sur le moyen unique : Y..., la cour d'appel a violé l'article 455 du


nouveau Code de procédure civile ; 4o que
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Colmar, 14 les époux X... faisaient valoir que M. Y... avait
novembre 1997), que par acte authentique du caché la nature exacte de sa maladie à son
2 janvier 1992, M. Y... a vendu aux époux X... entourage ; qu'ils se fondaient, pour
la nue-propriété d'un immeuble moyennant le démontrer leur ignorance de la nature de la
paiement d'une rente viagère ; que M. Y... maladie de M. Y... à la date de la vente, sur le
étant décédé le 6 avril 1993, Mme Y..., sa contenu des lettres que Mme X... avait
mère, a assigné les époux X... en nullité de la adressées à celui-ci en 1991, soit juste avant la
vente pour défaut d'aléa ; vente, lettres dans lesquelles elle se souciait,
certes, de son état de santé, mais en faisant
Attendu que les époux X... font grief à l'arrêt état de sa " grippe " ou encore de sa "
d'accueillir cette demande alors, selon le deuxième pneumonie ", ce qui excluait qu'elle
moyen, 1o que la vente contre rente viagère ait pu connaî tre la nature exacte de sa
ne peut être annulée pour défaut d'aléa maladie ; qu'en statuant de la sorte, sans
qu'autant que le débirentier a pu avoir s'expliquer sur ces documents déterminant sur
connaissance de l'imminence du décès du l'issue du litige, la cour d'appel a privé sa
crédirentier ; qu'en se contentant de relever décision de base légale au regard de l'article
que les époux X... auraient eu connaissance de 1132 du Code civil ;
la gravité de la maladie de M. Y... qui est
décédé quinze mois après la vente, sans Mais attendu qu'ayant constaté, appréciant le
rechercher si les époux X... pouvaient sens et la portée des documents soumis à son
connaî tre, en janvier 1992, l'imminence du examen qu'elle a suffisamment analysés, que
décès de ce dernier qui n'a eu lieu que quinze M. Y..., qui était médecin, était dès le milieu
mois plus tard, la cour d'appel a privé sa de l'année 1991 informé du caractère
décision de base légale au regard de l'article inéluctable de sa maladie, que les époux X...
1132 du Code civil ; 2o qu'en se fondant, pour ne pouvaient ignorer la gravité de l'affection
dire que les époux X... auraient eu dont il était atteint dès lors que des liens
connaissance de la gravité de la maladie de M. étroits existaient entre lui et Mme X..., que les
Y..., sur une attestation établie sur son état de lettres versées aux débats par cette dernière
santé par Mme X... en 1988, après avoir elle- démontraient qu'elle connaissait la gravité de
même constaté qu'à cette date les médecins la maladie et qu'elle avait pu en constater les
concluaient à une maladie pulmonaire, le progrès lors de ses séjours réguliers à
diagnostic de cancer n'ayant été posé qu'en Strasbourg, la cour d'appel, qui a
1989, et M. Y... n'en ayant lui-même eu souverainement retenu que les époux X...
connaissance qu'en avril 1991, ce dont il étaient conscients de l'état désespéré de M.
résulte qu'a fortiori les époux X... ne Y... et du fait qu'une issue fatale était à
pouvaient avoir connaissance de cette maladie redouter à bref délai, a pu en déduire qu'ils
en 1988, la cour d'appel a entaché sa décision avaient conclu avec lui un contrat dépourvu
d'une contradiction de motifs en violation de de caractère aléatoire et a, sans se contredire,
l'article 455 du nouveau Code de procédure légalement justifié sa décision ;
civile ; 3o qu'en statuant de la sorte, sans
analyser, ne serait-ce que sommairement, les PAR CES MOTIFS :
lettres de Mme X... sur lesquelles elle se fonde
pour dire que les acquéreurs auraient eu REJETTE le pourvoi.
connaissance de la gravité de la maladie de M.

Document 6 : Cass. Com. 26 janvier 2010, n° 09-65086

Sur le moyen unique : caisse) a notifié, le 13 décembre 2005, à la


société Riviera, titulaire de deux comptes
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en- courants dans ses livres, la cessation de leurs
Provence, 23 octobre 2008), que la Caisse relations commerciales sous un délai de
d'épargne et de prévoyance Côte d'Azur (la préavis de 90 jours ; que contestant cette
26

décision unilatérale, la société Riviera a, le 27 sa décision au regard des articles 1134 et 1147
juin 2006, assigné la caisse en paiement de du code civil ;
dommages-intérêts ;

Attendu que la société Riviera fait grief à Mais attendu qu'en l'absence de disposition
l'arrêt d'avoir rejeté son action en légale particulière, toute partie à un contrat à
responsabilité exercée contre la caisse, alors, durée indéterminée peut, sans avoir à
selon le moyen, que la convention d'ouverture motiver sa décision, mettre fin
de compte formée entre un établissement unilatéralement à celui-ci, sauf à engager sa
bancaire et son client ne peut être rompue responsabilité en cas d'abus; que l'arrêt retient
unilatéralement par la banque qu'à la que, si elle considère que cette faculté de
condition de motiver sa décision par des résiliation discrétionnaire et arbitraire
considérations propres à sa structure interne constitue une source potentielle de
ou à son fonctionnement ou afférentes au discrimination, la société Riviera n'établit pas
mode de fonctionnement du compte ; qu'en ni même ne prétend que la décision de la
décidant que la caisse avait pu, sans banque qui a été assortie d'un délai de préavis
commettre une faute contractuelle, décider la de 90 jours suffisant à permettre à sa cliente
fermeture des comptes ouverts dans ses livres de retrouver un nouveau banquier
par la société Riviera sans avoir l'obligation de procéderait d'un motif illégitime ou d'une
motiver sa décision, la cour d'appel qui n'a pas volonté de nuire ; qu'en l'état de ces
recherché, comme elle y était invitée, si le constatations et appréciations, la cour d'appel
refus de motivation de la rupture par la a légalement justifié sa décision ; que le
banque n'était pas l'exercice d'un pouvoir moyen n'est pas fondé ;
discrétionnaire en lui-même constitutif d'un
abus dans le cadre de la relation spécifique PAR CES MOTIFS :
entre une banque et son client, mais qui a
débouté la société Riviera de sa demande
d'indemnisation du préjudice ayant résulté de REJETTE le pourvoi ;
la rupture dépourvue de motifs qu'elle a dû
subir a, en statuant ainsi, privé de base légale
Leçon n° 3

Les négociations
Semaine du 21 septembre 2018 / OWOC 3
Travail à réaliser :

- Apprendre le cours et faire la fiche d’arrêt approfondie de tous les arrêts de la séance.
- Exercice écrit à rendre : Rédigez entièrement le commentaire de l’arrêt Cass. Com., 26
novembre 2003 (Document 6).
- Exercice à réaliser en TE : Cas pratiques.

I- Méthodologie

 ETUDE DE LA METHODE DU COMMENTAIRE D’ARRET POUR REALISER LE


TRAVAIL ECRIT A RENDRE

 REVISION DE LA METHODE DU CAS PRATIQUE

CAS PRATIQUES A TRAITER :

1. Paul est furieux. L’appartement de ses rêves situé sur les hauteurs de Montmartre vient
d’être vendu à M. RUINEU sans qu’il n’ait été au courant de la décision de son propriétaire
de vendre. Pourtant, Paul avait convenu avec lui que s’il décidait de vendre son
appartement, il lui proposerait en priorité. Paul savait que M. RUINEU, ennemi de toujours,
n’avait pas supporté qu’il conclut un tel accord. Quid juris ? Vous envisagerez trois
hypothèses, la conclusion de ce dernier accord avant le 1er octobre 2016, après ladite date,
et en janvier 2019.

2. Au printemps dernier, Paul est entré en pourparlers avec Victoire à propos de la cession
d’un fonds de commerce. Cette dernière avait tout misé sur cette opération. Démissionnant
de son travail, elle a pris soin de demander conseil à un expert-comptable, qui a réalisé une
simulation financière de l’exploitation du fonds, dont le résultat était très satisfaisant. Au
regard des qualités du fonds et du chiffre d’affaires attendu, elle s’était déjà projetée dans
sa nouvelle situation de commerçante. Mais au dernier moment, et sans aucune raison, Paul
a rompu les discussions. Aujourd’hui, Victoire souhaiterait obtenir une indemnisation de
l’ensemble de ses dommages et notamment des revenus attendus du fonds. Pouvez-vous
l’aider ? Deux hypothèses encore, des pourparlers rompus avant et après le 1er octobre
2016.

II- Les avant-contrats


A- Le pacte de préférence
- Document 1 : Ch. Mixte, 26 mai 2006 : pourvois n° 03-19.376 et n° 03-19.496
28

B - La promesse unilatérale de contrat

- Document 2 : Cass. Civ. 3e, 25 mars 2009 : pourvoi n° 08-12.237


- Document 3 : Cass. Civ. 3e, 15 déc. 1993 : Bull. civ. III, n° 174
- Document 4 : Cass. Civ. 3e, 8 septembre 2010 : pourvoi n° 09-13.345
- Document 5 : Cass. Civ. 3e, 11 mai 2011 : pourvoi n° 10-12.875

III- Les pourparlers


- Document 6 : Cass. Com. 26 nov. 2003 : pourvois n° 00-10.243 et 00-10.949

 Pour aller plus loin : H. CAPITANT, F. TERRE, Y. LEQUETTE, F. CHENEDE, Les grands arrêts
de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, 13è éd., 2015, n°142, p.1 et s..

Document 1 : Ch. Mixte, 26 mai 2006


Sur le moyen unique :
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Papeete, 13 février
2003), qu'un acte de donation-partage dressé le 18
décembre 1957 et contenant un pacte de
préférence a attribué à Mme Adèle A... un bien
immobilier situé à Haapiti ; qu'une parcelle
dépendant de ce bien a été transmise, par
donation-partage du 7 août 1985, rappelant le
pacte de préférence, à M. Ruini A..., qui l'a
ensuite vendue le 3 décembre 1985 à la SCI
Emeraude, par acte de M. B..., notaire ;
qu'invoquant une violation du pacte de
préférence stipulé dans l'acte du 18 décembre
1957, dont elle tenait ses droits en tant
qu'attributaire, Mme X... a demandé, en 1992, sa
substitution dans les droits de l'acquéreur et,
subsidiairement, le paiement de dommages-
intérêts ;
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt
d'avoir rejeté la demande tendant à obtenir une
substitution dans les droits de la société Emeraude
alors, selon le moyen :
1 / que l'obligation de faire ne se résout en
dommages-intérêts que lorsque l'exécution en
nature est impossible, pour des raisons tenant à
l'impossibilité de contraindre le débiteur de
l'obligation à l'exécuter matériellement ; qu'en
dehors d'une telle impossibilité, la réparation doit
s'entendre au premier chef comme une réparation
en nature et que, le juge ayant le pouvoir de
prendre une décision valant vente entre les parties
au litige, la cour d'appel a fait de l'article 1142 du
code civil, qu'elle a ainsi violé, une fausse
application ;
29

2 / qu'un pacte de préférence, dont les termes avait fait l'objet d'une publication régulière avant
obligent le vendeur d'un immeuble à en proposer la vente contestée, la cour d'appel a violé les
d'abord la vente au bénéficiaire du pacte, articles 28, 30 et 37 du décret du 4 janvier 1955 ;
s'analyse en l'octroi d'un droit de préemption, et Mais attendu que, si le bénéficiaire d'un pacte de
donc en obligation de donner, dont la violation préférence est en droit d'exiger l'annulation du
doit entraî ner l'inefficacité de la vente conclue contrat passé avec un tiers en méconnaissance de
malgré ces termes avec le tiers, et en la ses droits et d'obtenir sa substitution à
substitution du bénéficiaire du pacte à l'acquéreur, c'est à la condition que ce tiers ait eu
l'acquéreur, dans les termes de la vente ; que cette connaissance, lorsqu'il a contracté, de l'existence
substitution constitue la seule exécution entière et du pacte de préférence et de l'intention du
adéquate du contrat, laquelle ne se heurte à bénéficiaire de s'en prévaloir ; qu'ayant retenu
aucune impossibilité ; qu'en la refusant, la cour qu'il n'était pas démontré que la société
d'appel a violé les articles 1134, 1138 et 1147 du Emeraude savait que Mme X... avait l'intention de
code civil ; 3 / qu'en matière immobilière, les se prévaloir de son droit de préférence, la cour
droits accordés sur un immeuble sont applicables d'appel a exactement déduit de ce seul motif, que
aux tiers dès leur publication à la conservation des la réalisation de la vente ne pouvait être ordonnée
hypothèques ; qu'en subordonnant le prononcé au profit de la bénéficiaire du pacte ;
de la vente à l'existence d'une faute commise par D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
l'acquéreur, condition inutile dès lors que la cour PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ; […]
d'appel a constaté que le pacte de préférence

Document 2 : Cass. Civ. 3e, 25 mars 2009


Sur le moyen unique : pour lever l'option, il appartenait aux époux X...,
Vu les articles 1101 et 1134 du code civil ; qui souhaitaient revenir sur leurs engagements, de
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Colmar, 29 mettre préalablement en demeure le bénéficiaire
novembre 2007), que les époux X... ont consenti le de la promesse d'accepter ou de refuser celle-ci ;
20 août 2004 à la Société d'aménagement foncier qu'en l'absence de cette formalité leur
et d'établissement rural d'Alsace (SAFER) une "dénonciation" de leur promesse était sans effet
promesse unilatérale de vente de diverses sur l'acceptation de la bénéficiaire, régulièrement
parcelles de terre, enregistrée à l'initiative de la intervenue le 7 septembre 2004 ;
SAFER le 23 août 2004 ; qu'ils ont retiré cette Qu'en statuant ainsi, sans rechercher, ainsi qu'il le
promesse le 25 août 2004 ; que la SAFER a levé lui était demandé, si le retrait par les époux X...
l'option par lettre recommandée du 7 septembre de leur promesse unilatérale de vente n'avait pas
2004 ; que la SAFER a assigné les époux X... en été notifié à la SAFER avant que celle-ci ne
réalisation forcée de la vente ; déclare l'accepter, la cour d'appel n'a pas donné
Attendu que pour accueillir la demande, l'arrêt de base légale à sa décision ;
retient qu'en l'absence de délai imparti à la SAFER PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE,

Document 3 : Cass. Civ. 3e, 15 déc. 1993


Sur le moyen unique : des bénéficiaires en réalisation forcée de la vente
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 8 novembre au motif qu'il s'agit d'une obligation de faire, la
1990), que Mme Y..., qui avait consenti, le 22 mai cour d'appel a ainsi violé les articles 1134 et 1589
1987, aux consorts X... une promesse de vente d'un du Code civil ;
immeuble, valable jusqu'au 1er septembre 1987, a Mais attendu que la cour d'appel, ayant
notifié aux bénéficiaires, le 26 mai 1987, sa exactement retenu que tant que les bénéficiaires
décision de ne plus vendre ; que les consorts X..., n'avaient pas déclaré acquérir, l'obligation de la
ayant levé l'option le 10 juin 1987, ont assigné la promettante ne constituait qu'une obligation de
promettante en réalisation forcée de la vente ; faire et que la levée d'option, postérieure à la
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt rétractation de la promettante, excluait toute
de les débouter de cette demande, alors, selon le rencontre des volontés réciproques de vendre et
moyen, que, dans une promesse de vente, d'acquérir, le moyen n'est pas fondé ;
l'obligation du promettant constitue une PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi. […]
obligation de donner ; qu'en rejetant la demande

Document 4 : Cass. Civ. 3e, 8 septembre 2010


Attendu, selon les arrêts attaqués (Pau, 21 octobre statuer sur l'existence ou non de cette vente,
2008 et 3 février 2009), que par acte sous seing qu'une promesse unilatérale de vente n'a pas pour
privé du 30 mai 2005, M. et Mme X... ont consenti effet de transmettre à celui qui en est bénéficiaire
à la société Francelot, avec faculté de substitution, la propriété ou des droits immobiliers sur le bien
une promesse unilatérale de vente d'un terrain ; qui en est l'objet, que l'obligation du promettant
que la promesse était valable jusqu'au 22 avril 2006 quoique relative à un immeuble constitue tant que
et prorogeable ensuite deux fois par périodes d'un le bénéficiaire n'a pas déclaré acquérir non pas
an à défaut de dénonciation par le promettant une obligation de donner mais une obligation de
trois mois avant l'expiration de chaque délai ; que faire, qu'en l'espèce, lors du décès de M. Edouard
M. X... est décédé le 31 juillet 2006, laissant X... avant la levée de l'option, la vente n'était pas
notamment pour lui succéder un héritier mineur, réalisée et que, par voie de conséquence,
placé sous le régime de l'administration légale l'autorisation du juge des tutelles était nécessaire
sous contrôle judiciaire ; que la société Conseil en à cette réalisation ; Qu'en statuant ainsi, alors que
bâtiment, substituée dans le bénéfice de la le promettant avait définitivement consenti à
promesse, a levé l'option le 18 décembre 2007 ; vendre et que l'option pouvait être valablement
que les consorts X... ayant refusé de régulariser la levée, après son décès, contre ses héritiers tenus
vente, la société Conseil en bâtiment les a assignés de la dette contractée par leur auteur, sans qu'il y
pour faire déclarer celle-ci parfaite ; eût lieu d'obtenir l'autorisation du juge des
Sur le premier moyen, pris en ses trois premières tutelles, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
branches : […] Et attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur le
Mais sur le premier moyen, pris en sa cinquième second moyen qui ne serait pas de nature à
branche : permettre l'admission du pourvoi ;
Vu l'article 1589 du code civil ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de
Attendu que pour dire irrecevable la demande de statuer sur la quatrième branche du premier
la société de Conseil en bâtiment, l'arrêt retient moyen :
que l'exécution forcée de la vente n'étant que la REJETTE le pourvoi formé contre l'arrêt du 21
conséquence de la reconnaissance par jugement octobre 2008 ;
de sa validité, il est nécessaire au préalable de CASSE ET ANNULE, […]
Document 5 : Cass. Civ. 3e, 11 mai 2011
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, du 31 janvier 2006, Mme Z...- X... a notifié à M.
10 novembre 2009), rendu sur renvoi après Y... le décès de sa belle-mère usufruitière, survenu
cassation (3e chambre civile, 28 janvier 2009, le 2 janvier 2006 ; que M. Y... a levé l'option le 17
pourvoi n° 08-12. 649), que les époux Pierre et mai 2006 ;
Simone X... ont acquis l'usufruit d'un immeuble Sur le premier moyen :
aux Saintes-Maries-de-la-Mer et leur fils Paul la Vu les articles 1101 et 1134 du code civil ;
nue-propriété ; que par acte authentique du 13 Attendu que pour dire la vente parfaite, l'arrêt
avril 2001, celui-ci a consenti après le décès de son retient qu'en vertu de la promesse unilatérale de
père une promesse unilatérale de vente de vente Mme Z...- X... devait maintenir son offre
l'immeuble à M. Y..., qui l'a acceptée, en stipulant jusqu'à l'expiration du délai de l'option, sans
que Mme Simone X... en avait l'usufruit en vertu aucune faculté de rétractation ; que Mme Z...- X...
de l'acte d'acquisition et que la réalisation de la ne pouvait se faire justice à elle-même et que le
promesse pourrait être demandée par le contrat faisant loi, elle ne pouvait unilatéralement
bénéficiaire dans les quatre mois à compter du se désengager ;
jour où celui-ci aurait connaissance, par lettre Qu'en statuant ainsi, alors que la levée de l'option
recommandée avec demande d'avis de réception, par le bénéficiaire de la promesse
du décès de l'usufruitière ; que par acte sous-seing postérieurement à la rétractation du promettant
privé du 7 avril 2004, Mme Z... a pris l'engagement excluant toute rencontre des volontés réciproques
de régulariser l'acte authentique de vente relatif à de vendre et d'acquérir, la réalisation forcée de la
la promesse unilatérale de vente et s'est mariée le vente ne peut être ordonnée, la cour d'appel a
28 avril 2004 avec M. Paul X..., qui est décédé le violé les textes susvisés ;
25 mai 2004 ; que par acte du 31 octobre 2005, PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de
Mme Z...- X... a assigné M. Y... en annulation de statuer sur le second moyen :
la promesse unilatérale de vente ; que par lettre CASSE ET ANNULE […]

Document 6 : Cass. Com. 26 nov. 2003

[…] Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 29 négociations en vue de la cession des actions
octobre 1999), que la société Alain Manoukian a composant le capital de cette société ; que les
engagé avec les consorts X... et Y... (les consorts pourparlers entrepris au printemps de l'année
X...),, actionnaires de la société Stuck, des 1997 ont, à l'issue de plusieurs rencontres et de
31

divers échanges de courriers, conduit à société retardait la signature du protocole, la cour


l'établissement, le 24 septembre 1997, d'un projet d'appel a retenu que les consorts X... avaient ainsi
d'accord stipulant notamment plusieurs conditions rompu unilatéralement et avec mauvaise foi des
suspensives qui devaient être réalisées avant le 10 pourparlers qu'ils n'avaient jamais paru
octobre de la même année, date ultérieurement abandonner et que la société Alain Manoukian
reportée au 31 octobre ; qu'après de nouvelles poursuivait normalement ; qu'en l'état de ces
discussions, la société Alain Manoukian a, le 16 constatations et appréciations, la cour d'appel a
octobre 1997, accepté les demandes de légalement justifié sa décision ;
modification formulées par les cédants et proposé Et attendu, d'autre part, que la cour d'appel ayant
de reporter la date limite de réalisation des relevé, par un motif non critiqué, que les parties
conditions au 15 novembre 1997 ; que les consorts avaient, d'un commun accord, prorogé la date de
X... n'ayant formulé aucune observation, un réalisation des conditions suspensives, le moyen
nouveau projet de cession leur a été adressé le 13 pris de la circonstance que la rupture des
novembre 1997 ; que le 24 novembre, la société pourparlers aurait été postérieure à cette date est
Alain Manoukian a appris que les consorts X... inopérant ;
avaient, le 10 novembre, consenti à la société Les D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli en
complices une promesse de cession des actions de aucune de ses branches ;
la société Stuck ; que la société Alain Manoukian Sur le premier moyen du pourvoi formé par la
a demandé que les consorts X... et la société Les société Alain Manoukian :
complices soient condamnés à réparer le Attendu que la société Alain Manoukian fait grief
préjudice résultant de la rupture fautive des à l'arrêt d'avoir limité à 400 000 francs la
pourparlers ; condamnation à dommages-intérêts prononcée à
Sur le moyen unique du pourvoi formé par les l'encontre des consorts X... alors, selon le moyen,
consorts X..., pris en ses deux branches : que celui qui rompt brutalement des pourparlers
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt relatifs à la cession des actions d'une société
de les avoir condamnés à payer à la société Alain exploitant un fonds de commerce doit indemniser
Manoukian la somme de 400 000 francs à titre de la victime de cette rupture de la perte de la chance
dommages-intérêts alors, selon le moyen : qu'avait cette dernière d'obtenir les gains espérés
1 / que la liberté contractuelle implique celle de tirés de l'exploitation dudit fonds de commerce en
rompre les pourparlers, liberté qui n'est limitée cas de conclusion du contrat ; qu'il importe peu
que par l'abus du droit de rompre qui est une faute que les parties ne soient parvenues à aucun accord
caractérisée par le fait de tromper la confiance du ferme et définitif ; qu'en l'espèce, la cour d'appel
partenaire ; que la cour d'appel, qui n'a relevé a constaté que les consorts X... avaient engagé leur
aucun élément à la charge du cédant de nature à responsabilité délictuelle envers la société Alain
caractériser un tel comportement, contraire à la Manoukian en rompant unilatéralement,
bonne foi contractuelle, a privé sa décision de brutalement et avec mauvaise foi les pourparlers
toute base légale au regard des articles 1382 et qui avaient eu lieu entre eux au sujet de la cession
1383 du Code civil ; des actions de la société Stuck exploitant un fonds
2 / que celui qui prend l'initiative de pourparlers de commerce dans le centre commercial Belle
en établissant une proposition d'achat de la Epine ; qu'en estimant néanmoins que le préjudice
totalité des actions d'une société, soumise à subi par la société Alain Manoukian ne pouvait
plusieurs conditions suspensives affectées d'un correspondre, du seul fait de l'absence d'accord
délai de réalisation, et qui ne manifeste aucune ferme et définitif, à la perte de la chance qu'avait
diligence pour la réalisation de ces conditions, ne cette société d'obtenir les gains qu'elle pouvait
saurait imputer à faute la rupture par son espérer tirer de l'exploitation du fonds de
partenaire des pourparlers, après l'expiration de commerce et en limitant la réparation du
ce délai, de sorte que la cour d'appel, en statuant préjudice subi par la société Alain Manoukian aux
comme elle l'a fait, a violé les articles 1382 et 1383 frais occasionnés par la négociation et aux études
du Code civil ; préalables qu'elle avait engagées, la cour d'appel a
Mais attendu, d'une part, qu'après avoir relevé, violé l'article 1382 du Code civil ;
d'un côté, que les parties étaient parvenues à un Mais attendu que les circonstances constitutives
projet d'accord aplanissant la plupart des d'une faute commise dans l'exercice du droit de
difficultés et que la société Alain Manoukian était rupture unilatérale des pourparlers
en droit de penser que les consorts X... étaient précontractuels ne sont pas la cause du préjudice
toujours disposés à lui céder leurs actions et, d'un consistant dans la perte d'une chance de réaliser
autre côté, que les actionnaires de la société Stuck les gains que permettait d'espérer la conclusion du
avaient, à la même époque, conduit des contrat ;
négociations parallèles avec la société Les Attendu que la cour d'appel a décidé à bon droit
complices et conclu avec cette dernière un accord qu'en l'absence d'accord ferme et définitif, le
dont ils n'avaient informé la société Alain préjudice subi par la société Alain Manoukian
Manoukian que quatorze jours après la signature n'incluait que les frais occasionnés par la
de celui-ci, tout en continuant à lui laisser croire négociation et les études préalables auxquelles elle
que seule l'absence de l'expert-comptable de la avait fait procéder et non les gains qu'elle pouvait,
32

en cas de conclusion du contrat, espérer tirer de


l'exploitation du fonds de commerce ni même la
perte d'une chance d'obtenir ces gains ; que le
moyen n'est pas fondé ;
Et sur le second moyen du même pourvoi :
Attendu que la société Alain Manoukian fait
encore grief à l'arrêt d'avoir mis hors de cause la
société Les Complices alors, selon le moyen, que
le seul fait pour l'acquéreur de garantir par avance
le vendeur de toute indemnité en cas de rupture
des pourparlers auxquels ce dernier aurait pu se
livrer avec un tiers antérieurement constitue une
faute dont l'acquéreur doit réparation envers la
victime de la rupture des pourparlers dès lors
qu'une telle garantie constitue pour le vendeur, et
pour le profit de l'acquéreur, une incitation à
rompre brutalement des pourparlers, fussent-ils
sur le point d'aboutir, sans risque pour lui ; qu'en
l'espèce, la cour d'appel a constaté qu'aux termes
de la convention de cession liant les consorts X...
à la société Les complices, celle-ci s'était engagée
à garantir les vendeurs de toute indemnité que
ceux-ci seraient éventuellement amenés à verser
à un tiers pour rupture abusive des pourparlers ;
qu'en considérant néanmoins que la société Les
complices, dont les juges du fond ont constaté
qu'elle avait profité des manoeuvres déloyales
commises par les consorts X... à l'encontre de la
société Alain Manoukian, n'avait commis aucune
faute envers la société Alain Manoukian, victime
de la rupture brutale des pourparlers qu'elle avait
engagés avec les consorts X..., peu important qu'il
n'ait pas été démontré que la société Les
complices avait eu connaissance de l'état
d'avancement de ces pourparlers, la cour d'appel
a violé l'article 1382 du Code civil ;
Mais attendu que le simple fait de contracter,
même en connaissance de cause, avec une
personne ayant engagé des pourparlers avec un
tiers ne constitue pas, en lui-même et sauf s'il est
dicté par l'intention de nuire ou s'accompagne de
manoeuvres frauduleuses, une faute de nature à
engager la responsabilité de son auteur ;
Attendu qu'ayant relevé que la clause de garantie
insérée dans la promesse de cession ne suffisait pas
à établir que la société Les Complices avait usé
de procédés déloyaux pour obtenir la cession des
actions composant le capital de la société Stuck,
ni même qu'elle avait une connaissance exacte de
l'état d'avancement des négociations poursuivies
entre la société Alain Manoukian et les cédants et
du manque de loyauté de ceux-ci à l'égard de
celle-là, la cour d'appel a exactement décidé que
cette société n'avait pas engagé sa responsabilité
à l'égard de la société Alain Manoukian, peu
important qu'elle ait en définitive profité des
manoeuvres déloyales des consorts X... ; que le
moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS : REJETTE […]
Leçon n° 4

L’offre et l’acceptation
Semaine du 28 septembre 2018 / 0WOC 4
Travail à réaliser :

- Apprendre le cours et faire la fiche approfondie de tous les arrêts de la séance.


- Exercice écrit à rendre : Rédiger entièrement un commentaire de l’arrêt Cass. Civ.1, 25 juin
2014 (Document 6).
- Exercice à faire en TE : Elaborer un tableau de comparaison entre l’offre de contracter, le
pacte de préférence et la promesse unilatérale de contrat.

I- Méthodologie

 REVISION DE LA METHODE DU COMMENTAIRE D’ARRET POUR REALISER LE


TRAVAIL ECRIT A RENDRE

II- L’offre
1) La distinction offre - promesse

- Document 1 : Cass. Civ. 3e, 19 octobre 2011 : pourvoi n° 10-30.655 ; CCC janvier 2012, comm.
n° 2, L. LEVENEUR.
- Document 2 : Cass. Soc., 21 septembre 2017 : pourvoi n°16-20103, 16-20104 ; CCC décembre
2017, comm. n°238, L. LEVENEUR (reproduit).

2) Le maintien de l’offre
- Document 3 : Cass. Civ. 1ère, 10 déc. 1997 : pourvoi n° 95-16461.
- Document 4 : Cass. Civ. 3e, 7 mai 2008 : pourvoi n° 07-11690.

3) La caducité de l’offre
- Document 5 : Cass. Civ. 3e, 20 mai 2009 : pourvoi n° 08-13.230.
- Document 6 : Cass. Civ.1, 25 juin 2014.

III- L’acceptation
- Document 7 : Cass. Civ.1, 24 mai 2005, n°02-15188, Bull. civ.I, n°223.
- Document 8 : Cass. Com., 7 janvier 1981, Bull. civ., n°14.
- Document 9 : Cass. Civ.3, 16 juin 2011, Bull. Civ.3, n°103.

 Pour aller plus loin : H. CAPITANT, F. TERRE, Y. LEQUETTE, F. CHENEDE, Les grands arrêts
de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, 13è éd., 2015, n°143-144, p.143 et s..
Document 1 : Cass. Civ. 3e, 19 octobre 2011
Sur le moyen unique : Vu l'article 1134 du code civil ;
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Attendu, selon l'arrêt attaqué (Poitiers, 15 janvier "publication" dans les dix jours de son acceptation
2010), que par acte sous seing privé du 26 juin 2003 conformément à l'article 1840-A du code général
intitulé "offre unilatérale de vente", M. et Mme des impôts remplacé par l'article 1589-2 du code
X... (les époux X...) se sont engagés, en civil et débouter M. Y... de l'ensemble de ses
complément d'un bail à ferme, à vendre par demandes, l'arrêt retient qu'en dépit de son
préférence à M. Y... un groupe d'immeubles pour intitulé et du fait de l'apposition par M. Y... de sa
un prix déterminé, cette offre étant valable signature sous la mention "vu et pris
jusqu'au 30 juin 2006 ; que le 26 juin 2006, M. Y... connaissance", cet acte devait être analysé comme
a fait délivrer aux époux X... une sommation une promesse unilatérale de vente ;
valant acceptation de l'offre unilatérale de vente ; Qu'en qualifiant de promesse unilatérale de vente
que ceux-ci ne s'étant pas présentés chez le le document du 26 juin 2003 qui était intitulé
notaire le 25 août 2006 pour signer l'acte "offre unilatérale de vente" et dont aucune
authentique de vente, M. Y... les a assignés pour disposition ne traduisait le consentement de M.
faire déclarer la vente parfaite et obtenir leur Y..., et en retenant que la seule signature de cet
condamnation à lui verser des dommages-intérêts acte par M. Y... valait acceptation, la cour d'appel
; a dénaturé les termes clairs de l'offre de vente ;
Attendu que pour dire nul et de nul effet l'acte PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE,
sous seing privé du 26 juin 2003 faute de
Document 2 : Cass. Soc., 21 septembre 2017
Sur le moyen unique, qui est recevable : Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X...,
joueur international de rugby, a reçu
Vu les articles 1134 du Code civil, dans sa courant mai 2012 du club de rugby, société
rédaction applicable en la cause, et L. 1221-1 du Union sportive carcassonnaise, une offre de
Code du travail ; contrat de travail pour la saison 2012/ 2013, à
laquelle était jointe une convention prévoyant
Attendu que l'évolution du droit des obligations, l'engagement pour la saison sportive 2012/ 2013,
résultant de l'ordonnance n° 2016-131 du avec une option pour la saison suivante, une
10 février 2016, conduit à apprécier rémunération mensuelle brute de 3 200 euros, la
différemment, dans les relations de travail, la mise à disposition d'un véhicule et un début
portée des offres et promesses de contrat de d'activité fixé au 1er juillet 2012 ; que dans un
travail ; courrier électronique adressé le 6 juin 2012 à
Attendu que l'acte par lequel un employeur l'agent du joueur, le club indiquait ne pas
propose un engagement précisant l'emploi, la pouvoir donner suite aux contacts noué avec ce
rémunération et la date d'entrée en fonction et dernier ; que le 12 juin 2012, le joueur faisait
exprime la volonté de son auteur d'être lié en parvenir le contrat au club, alors que, le
cas d'acceptation, constitue une offre de contrat lendemain, son agent adressait la promesse
de travail, qui peut être librement rétractée tant d'embauche signée ; que soutenant que la
qu'elle n'est pas parvenue à son destinataire ; que promesse d'embauche valait contrat de travail le
la rétractation de l'offre avant l'expiration du joueur a saisi la juridiction prud'homale afin
délai fixé par son auteur ou, à défaut, l'issue d'obtenir le paiement de sommes au titre de la
d'un délai raisonnable, fait obstacle à la rupture ;
conclusion du contrat de travail et engage la Attendu que pour condamner l'employeur au
responsabilité extra-contractuelle de son auteur ; paiement d'une somme à titre de rupture abusive
Attendu, en revanche, que la promesse du contrat de travail l'arrêt retient qu'il résulte
unilatérale de contrat de travail est le contrat par d'un courrier électronique adressé, le 25 mai
lequel une partie, le promettant, accorde à 2012, par le secrétariat du club qu'une promesse
l'autre, le bénéficiaire, le droit d'opter pour la d'embauche a été transmise à l'agent et
conclusion d'un contrat de travail, dont l'emploi, représentant du joueur de rugby, que la
la rémunération et la date d'entrée en fonction convention prévoit l'emploi proposé, la
sont déterminés, et pour la formation duquel ne rémunération ainsi que la date d'entrée en
manque que le consentement du bénéficiaire ; fonction, de sorte que cet écrit constitue bien
que la révocation de la promesse pendant le une promesse d'embauche valant contrat de
temps laissé au bénéficiaire pour opter travail, que dans la mesure où le joueur a
n'empêche pas la formation du contrat de travail accepté la promesse d'embauche il en résultait
promis ; qu'un contrat de travail avait été formé entre les
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parties et il importe peu que le club de rugby ait pour la conclusion du contrat de travail dont les
finalement renoncé à engager le joueur, même éléments essentiels étaient déterminés et pour la
antérieurement à la signature du contrat par le formation duquel ne manquait que son
joueur, que la promesse d'embauche engage consentement, la cour d'appel a violé les textes
l'employeur même si le salarié n'a pas manifesté susvisés ;
son accord ;

Qu'en statuant ainsi, sans constater que l'acte du


25 mai 2012 offrait au joueur le droit d'opter
Par ces motifs : Casse et annule, en toutes ses
dispositions, l'arrêt rendu le 1er juin 2016, entre
les parties, par la cour d'appel de Montpellier ;

Note de L. LEVENEUR, CCC décembre 2017, n°238 :

L'ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats et des obligations a réglementé l'offre
et la promesse unilatérale de contrat en leur donnant deux régimes nettement distincts. Pour bien les
différencier, elle n'a attribué qu'une très faible portée à l'offre : certes le nouvel article 1116 du Code civil
interdit à l'offrant de se rétracter pendant le délai dont l'offre est assortie (alinéa 1er), mais en admettant
qu'une rétractation en violation de cette interdiction empêche la conclusion du contrat (alinéa 2) ; la
rétractation (survenue avant l'acceptation) est donc efficace (contra, antérieurement Cass. 1re civ., 17 déc.
1958 : Bull. civ. I, n° 570) : tout au plus engage-t-elle la responsabilité extracontractuelle de son auteur, et
encore avec cette précision réductrice que la réparation due par le responsable ne saurait aller jusqu'à
compenser la perte des avantages attendus du contrat (alinéa 3)... Au contraire, la promesse unilatérale de
contrat sort renforcée de l'ordonnance puisque le nouvel article 1124 prévoit que la révocation de la
promesse pendant le délai de l'option accordée au bénéficiaire n'empêche pas la formation du contrat
promis. Sur ce point l'ordonnance combat la fameuse jurisprudence antérieure relative à la promesse
unilatérale de vente qui admettait à l'inverse l'efficacité de la révocation (avant la levée de l'option), celle-ci
empêchant la rencontre des volontés et la formation du contrat promis (Cass. 1re civ., 15 déc. 1993 : Bull.
civ. III, n° 174. – Cass. 3e civ., 11 mai 2011 : Contrats, conc. consom. 2011, comm. 186, note L.L. ; D. 2011,
p. 1457, note D. Mazeaud et p. 1460 note D. Mainguy ; Defrénois 2011, p. 1023, note L. Aynès ; RTD civ.
2011, p. 532, obs. B. Fages. – Cass. com., 13 sept. 2011 : Contrats, conc. consom. 2011, comm. 253). La
jurisprudence sociale était toutefois sensiblement différente puisqu'elle tendait à reconnaî tre – de façon
d'ailleurs assez étonnante– qu'une proposition écrite de contrat de travail, précisant l'emploi proposé et la
date d'entrée en fonction, constituait une promesse d'embauche valant contrat de travail, si bien qu'une
rétractation de l'employeur même avant l'entrée en fonction était une rupture du contrat par un
licenciement avec toutes les conséquences indemnitaires qui pouvaient s'ensuivre (V. Cass. soc., 15 déc. 2010,
n° 08-42.951 : JCP S 2011, 1104, note C. Puigelier).
Puisque l'offre et la promesse unilatérale de contrat sont traitées très différemment par le nouveau droit des
contrats, la question de leur qualification est cruciale. On le voit bien dans cette affaire. Certes les nouveaux
textes du Code civil n'étaient pas applicables ne serait-ce que parce que l'instance avait été engagée avant
leur entrée en vigueur, le 1er octobre 2016, si bien qu'en vertu des dispositions transitoires spécifiques de
l'ordonnance l'action devait être poursuivie et jugée jusqu'en cassation « conformément à la loi ancienne »
(Ord. n° 2016-131, 10 févr. 2016, art. 9, al. 4). Et d'ailleurs on peut remarquer que la cassation survient dans
cet arrêt au visa de l'ancien article 1134 et non pas des nouveaux articles 1116 et 1124 du Code civil (est
également visé l'article L. 1221-1 du Code du travail qui soumet la formation du contrat de travail au droit
commun). Mais la chambre sociale annonce expressément qu'elle s'inspire des nouveaux textes : « l'évolution
du droit des obligations, résultant de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, conduit à apprécier
différemment, dans les relations de travail, la portée des offres et promesses de contrat de travail ». Et après
tout rien ne l'en empêchait, car ici, en réalité, il n'y avait pas auparavant de « loi ancienne » précise sur le
sujet (les choses auraient été très différentes si un texte clair avait existé : il aurait fallu l'appliquer) : le Code
civil avait gardé un silence complet sur la période précontractuelle si bien qu'il ne disait rien sur l'offre, et
pas plus n'avait-il réglementé la promesse unilatérale de contrat. Dès lors c'était à la jurisprudence qu'il était
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revenu logiquement de combler ces vides et de donner des solutions là où des questions se posaient. Or il
est bien connu que nul n'a de « droit acquis à une jurisprudence figée » (V. Cass. 1re civ., 21 mars 2000 :
Contrats, conc. consom. 2000, comm. 126, note L. L. ; D. 2000, p. 593, note C. Atias ; RTD civ. 2000, p. 592,
obs. P. Y. Gautier et p. 666, obs. N. Molfessis. – Cass. 1re civ., 11 juin 2009 : Contrats, conc. consom. 2009,
comm. 240) : c'est la caractéristique même de la jurisprudence de pouvoir évoluer librement, sans que ces
évolutions soient régies par un droit transitoire obligatoire. Ici la chambre sociale annonce qu'elle évolue
dans son appréciation de la portée des offres et des promesses de contrat de travail, en tenant compte, dans
son appréciation, des nouvelles règles mêmes si elles ne sont pas à proprement parler applicables. C'est un
phénomène assez courant à l'occasion d'une réforme, même si le juge n'est jamais contraint de procéder à
de telles anticipations –il existe d'ailleurs d'éclatantes manifestations de la possibilité de survie d'une
jurisprudence, même combattue par la loi, dans des affaires que le droit transitoire fait échapper à l'empire
des nouvelles dispositions, comme la jurisprudence dite Perruche en matière de responsabilité civile (V. par
ex. Cass. 1re civ., 8 juill. 2008 : JurisData n° 2008-044756 ; Contrats, conc. consom. 2008, comm. 266) ou la
jurisprudence sur la nullité des clauses de réclamation en assurance (V. par ex. Cass. 2e civ., 25 juin 2009 :
Resp. civ. et assur. 2009, comm. 301, note H. Groutel).
En l'espèce, il s'agissait d'une « offre de contrat de travail pour la saison 2012/2013 » qu'un joueur
professionnel de rugby avait reçue d'un club par un courrier du 25 mai 2012, avec l'indication de l'emploi
proposé, du montant de la rémunération ainsi que de la date de début d'activité ; la cour d'appel y a vu
une promesse d'embauche valant contrat de travail. Et comme, avant que le joueur ait signé quoi que ce soit,
le club lui avait finalement fait savoir qu'il ne pouvait donner suite aux contacts noués avec lui, la cour d'appel
a considéré que cette rupture était celle d'un contrat de travail déjà formé : elle a donc condamné
l'employeur au paiement d'une certaine somme au titre de la rupture abusive de ce contrat. La cassation
tombe, la chambre sociale reprochant à la cour d'appel d'avoir ainsi statué « sans constater que l'acte du
25 mai 2012 offrait au joueur le droit d'opter pour la conclusion du contrat de travail dont les éléments
essentiels étaient déterminés et pour la formation duquel ne manquait que son consentement ».

En effet, c'est un aspect important. Sans droit d'opter pendant un certain délai, il n'y a pas de promesse
unilatérale de contrat, puisque celle-ci a, par essence, pour objet de conférer au bénéficiaire une option.
C'est ce que dit le nouvel article 1124 du Code civil en mettant le droit d'opter au cœur de la définition qu'il
donne dans son premier alinéa de la promesse unilatérale (définition qui comporte en outre la précision que
ne manque pour la formation du contrat promis, dont les éléments essentiels sont déterminés, que le
consentement du bénéficiaire). Mais au fond il n'y a guère de nouveautés, car c'est aussi ce qu'on enseignait
depuis longtemps en droit des contrats, spécialement au sujet de la promesse unilatérale de vente bien
connue de la pratique (V. par ex. Planiol et Ripert, Traité pratique de droit civil franç ais, t. X : 1956, 2e éd.,
par J. Hamel, n° 176 : « une personne, sans vouloir acquérir immédiatement un bien déterminé, se [fait]
consentir une option sur ce bien : cette option constitue une promesse unilatérale de vente »), même si le
Code civil n'en parlait pas.

Cependant, on remarquera que lorsqu'une offre assortie d'un délai est adressée à un destinataire déterminé,
la situation, au regard de l'idée d'option, n'est pas très éloignée de celle d'une promesse unilatérale : le
destinataire de l'offre peut l'accepter pendant le délai, mais il n'est pas obligé. Au fond, lui aussi dispose dans
une certaine mesure d'une option...

En réalité, ce qui distingue plus fondamentalement l'offre de la promesse unilatérale, c'est le nombre de
manifestations de volontés. Avec l'offre, il n'y en a qu'une, celle de l'offrant ; au contraire la promesse
unilatérale est un contrat dont la formation suppose, comme tout contrat, la rencontre de deux volontés (et
c'est à cet égard que la jurisprudence sociale, désormais abandonnée, était bien curieuse, car elle était
singulièrement discrète sur la deuxième volonté !) : le bénéficiaire de la promesse a accepté que le
promettant lui promette la conclusion du contrat principal envisagé et lui confère un droit d'opter pendant
une certaine période. Cette distinction est facile à mettre en œuvre lorsque la promesse a donné lieu à la
confection d'un écrit signé par les deux parties : la preuve des deux manifestations de volonté est là. Tout
est beaucoup plus délicat en présence d'échanges moins formalisés (V. en ce sens, O. Deshayes, T. Genicon
et Y.-M. Laithier, Réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations :
LexisNexis 2016, p. 96 et 155)... Promesse ou simple offre ? le doute sur l'existence d'une manifestation de
volonté d'accepter un droit d'opter pourrait bien en définitive aboutir assez souvent à écarter la qualification
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de promesse et à retenir celle d'offre, déclenchant (à l'avenir) le régime juridique assez peu favorable au
destinataire de l'offre qu'a prévu l'ordonnance de 2016.

Document 3 : Cass. Civ. 1ère, 10 déc. 1997


Sur le moyen unique : de son acceptation par M. X..., le 27 avril 1990 du
Vu l'article 1134 du Code civil ; fait du décès de M. Y..., l'arrêt retient que le délai
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Toulouse, 27 mars prévu à la promesse unilatérale de vente n'était
1995), que, par acte sous seing privé du 21 mai qu'un délai de levée d'option et non un délai de
1987, les époux Y... ont promis de vendre à M. X... maintien de l'offre ;
une maison, et ce jusqu'au 31 décembre 1991, que Qu'en statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses
M. Y... étant décédé le 3 février 1989, M. X... a propres constatations que les époux Y... s'étaient
accepté l'offre le 27 avril 1990 et levé l'option le engagés à maintenir leur offre jusqu'au 31
1er novembre 1991 ; qu'il a ensuite assigné les décembre 1991 et que le décès de M. Y... n'avait
consorts Y... afin d'obtenir la signature de l'acte pu rendre cette offre caduque, la cour d'appel a
authentique de vente à laquelle ces derniers violé le texte susvisé ;
s'opposaient ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE,[…]
Attendu que pour décider que l'offre de vente
faite par les époux Y... était devenue caduque lors
Document 4 : Cass. Civ. 3e, 7 mai 2008 lettre recommandée expédiée le 26 juin 2000,
antérieurement à l'émission, par les consorts Y...,
Sur le premier moyen : de leur acceptation par lettre recommandée
Vu l'article 1134 du code civil ; expédiée le 27 juin 2000 ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Pau, 17 octobre Qu'en statuant ainsi, alors que si une offre d'achat
2005), que par acte du 24 juin 2000, Mme X... a ou de vente peut en principe être rétractée tant
signé, par l'intermédiaire d'un agent immobilier, qu'elle n'a pas été acceptée, il en est autrement
une proposition d'achat d'un immeuble au cas où celui de qui elle émane s'est engagé à
appartenant aux consorts Y..., avec remise d'un ne pas la retirer avant une certaine époque, et
dépôt de garantie ; qu'elle a retiré son offre alors qu'elle avait constaté que les consorts Y...
d'achat le 26 juin, tandis que l'agent immobilier lui disposaient d'un délai jusqu'au 27 juin 2000 pour
adressait le 27 juin un courrier l'informant de donner leur accord, et qu'il en résultait que Mme
l'acceptation de cette offre par les consorts Y... ; X... s'était engagée à maintenir son offre jusqu'à
que Mme X... a assigné ces derniers en restitution cette date, la cour d'appel a violé le texte susvisé
de la somme versée et en paiement de dommages- ;
intérêts ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de
Attendu que pour accueillir cette demande, l'arrêt statuer sur le second moyen : CASSE ET
retient la validité de la rétractation de son offre ANNULE,[…]
d'achat par Mme X..., celle-ci étant intervenue par

Document 5 : Cass. Civ. 3e, 20 mai 2009


Sur le moyen unique : Attendu que pour accueillir la demande, l'arrêt
Vu l'article 1101 du code civil ; retient que l'offre contenue dans la lettre du 17
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Chambéry, 15 mars 1995 a été renouvelée dans le courrier du 7
janvier 2008) que le département de la Haute- octobre 1996 sans être assortie d'aucun délai et
Savoie a adressé le 17 mars 1995 à M. X... une qu'en conséquence M. X... a pu l'accepter par
offre de rétrocession d'une partie d'un terrain que courrier du 8 décembre 2001 ;
celui-ci lui avait vendu en 1981 en se réservant un Qu'en statuant ainsi, sans rechercher si
droit de préférence ; que le 8 décembre 2001 M. l'acceptation était intervenue dans le délai
X... a enjoint au département de signer l'acte raisonnable nécessairement contenu dans toute
authentique de vente ; que Mme X..., venant aux offre de vente non assortie d'un délai précis, la
droits de son père décédé, l'ayant assigné le 28 cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa
janvier 2004 en réalisation forcée de la vente, le décision ;
département s'est prévalu de la caducité de son PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, […]
offre ;

Document 6 : Cass. Civ.1, 25 juin 2014


faisaient partie de l’actif de la succession de F. X...,
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que, par acte alors, selon le moyen :
unilatéral sous seing privé du […] juillet 2005, P.
X... a « déclaré vendre » à son frère, M. J.-M. X..., 1°/ qu’une offre de vente ne peut être considérée
la moitié indivise d’immeubles qu’ils ont recueillie comme caduque du seul fait du décès de
dans la succession de leur père F. X... ; qu’il est l’offrant ; qu’en jugeant néanmoins, pour dire que
décédé le […] novembre 2005 en laissant à sa la maison et le bois sis à […] faisaient partie de
succession ses deux enfants, M. T. X... et l’actif de la succession, que l’offre de vente faite
Mme Y... ; que des difficultés se sont élevées le […] juillet 2005 à son frère par P. X... était
entre eux quant au sort des biens litigieux, M. J.- devenue caduque au décès de ce dernier, la cour
M. X... prétendant en être entier propriétaire d’appel a violé les articles 1101, 1103 et 1134 du
pour avoir acquis la part indivise de son frère ; que code civil ;
par un premier arrêt, non critiqué, la cour d’appel
a dit que cet acte constituait une offre de vente 2°/ que le décès de l’offrant qui était engagé dans
qui n’avait pas été acceptée avant le décès de P. des pourparlers ne rend pas son offre caduque ;
X... ; qu’en se bornant, pour dire que l’offre du […]
juillet 2005 était caduque, à se fonder sur la double
Sur le premier moyen, pris en ses deux branches : circonstance déduite du décès de l’offrant et de
l’intuitu personae de cette offre, sans rechercher
Attendu que M. J.-M. X... fait grief à l’arrêt de si, dès lors que les parties s’étaient rapprochées
dire que l’offre de vente du […] juillet 2005 était après l’émission de l’offre, que le bénéficiaire
caduque au décès de P. X... et de dire, en avait cherché le financement de l’acquisition, que
conséquence, que la maison et le bois situés à […] les pourparlers étaient engagés à un point tel
qu’au mois d’octobre 2005 les pièces nécessaires
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à la rédaction de l’acte notarié de vente étaient l’arrêt retient qu’en l’état la valeur de l’immeuble
demandées à ce dernier, le décès du pollicitant ne objet de la demande n’est pas connue, ce qui ne
pouvait constituer une cause de caducité de son permet pas d’estimer le montant de la soulte qui
offre, la cour d’appel a privé sa décision de base sera payable comptant, et que le demandeur,
légale au regard des articles 1101, 1103 et 1134 du retraité âgé de […] ans, ne fournit aucun
code civil ; justificatif relatif à ses revenus et ses disponibilités
financières, ni explique de quelle manière il sera
Mais attendu que l’offre qui n’est pas assortie d’un en mesure de régler cette soulte ;
délai est caduque par le décès de celui dont elle
émane avant qu’elle ait été acceptée ; qu’ayant Qu’en statuant ainsi sans avoir au préalable invité
relevé qu’aucun délai de validité de l’offre n’avait les parties à présenter leurs observations sur ce
été fixé la cour d’appel, qui n’était pas tenue de moyen relevé d’office, la cour d’appel a violé le
procéder à une recherche qui ne lui était pas texte susvisé ;
demandée, en a, à bon droit déduit, que l’offre
était caduque en raison du décès de P. X... ; que PAR CES MOTIFS :
le moyen n’est donc pas fondé ;
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il
Mais sur la première branche du second moyen : a rejeté la demande d’attribution préférentielle
formée par M. J.-M. X..., l’arrêt rendu le 30 mai
Vu l’article 16 du code de procédure civile ; 2012, entre les parties, par la cour d’appel de
Besançon ; remet, en conséquence, sur ce point,
Attendu que pour rejeter la demande la cause et les parties dans l’état où elles se
d’attribution préférentielle de M. J.-M. X..., trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit,
les renvoie devant la cour d’appel de Dijon ;

Document 7 : Cass. Civ.1, 24 mai 2005


Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : du second devis, ne soutenait pas valablement ne
Attendu que le préfet de la région d'Ile-de-France pas l'avoir accepté, à défaut de manifestation
a notifié à M. X..., qui avait obtenu un permis de expresse de volonté de rupture de ses relations
construire sur une parcelle dont il est propriétaire, contractuelles avec l'AFAN, la cour d'appel a
un arrêté lui enjoignant de faire réaliser inversé la charge de la preuve en violation de
préalablement aux travaux une opération l'article 1315 du Code civil ;
préventive de fouilles archéologiques ; que M. X...
a accepté un devis "diagnostic archéologique" Mais attendu que si le silence ne vaut pas à lui seul
établi par l'Association pour les fouilles acceptation, il n'en est pas de même lorsque les
archéologiques nationales (AFAN), aux droits de circonstances permettent de donner à ce silence
laquelle vient l'INRAP ; que l'AFAN a informé M. la signification d'une acceptation ; que l'arrêt
X... que le diagnostic était positif et que "la partie relève que le permis de construire délivré à M.
arrière de la parcelle nécessitait une investigation X... lui imposait de ne pas mettre en péril les
plus approfondie, une petite fouille de sauvetage vestiges archéologiques situés sur le terrain
urgent devant être réalisée", ce qui a conduit le d'assiette de l'opération de construction, que
préfet à prendre un nouvel arrêté prévoyant que l'arrêté du préfet de la région d'Ile-de-France, pris
l'AFAN procéderait en urgence à une opération en exécution de cette contrainte, a imposé
préventive de fouilles entre le 14 avril 1998 et le 17 l'opération de fouille préventive, que cet arrêté a
avril 1998 ; que M. X... ayant refusé de régler la été signé au visa de la convention signée par l'Etat
facture correspondant à ces travaux au motif qu'il et l'AFAN et qu'ainsi M. X..., dont la volonté est
n'avait pas accepté le devis que lui avait adressé certes liée par les contraintes administratives, ne
l'AFAN, celle-ci l'a assigné en paiement ; pouvait sans se priver de l'attestation de levée de
contraintes archéologiques qui lui a été délivrée
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt attaqué le 29 avril 1998 ne pas faire exécuter les prestations
(Versailles, 1er mars 2002) d'avoir accueilli cette prévues par le second devis ; qu'ayant exactement
demande alors, selon le pourvoi : déduit de ces circonstances que le silence gardé
par M. X... à la suite de la réception du devis que
1 / que le silence ne vaut pas à lui seul acceptation lui avait adressé l'AFAN avait la signification
; que M. X..., destinataire du second devis, ne d'une acceptation, c'est sans inverser la charge de
l'avait jamais retourné ni signé et n'avait pas la preuve que la cour d'appel a ensuite énoncé
davantage déclaré l'accepter ; qu'en décidant que M. X... ne pouvait, à défaut de manifestation
cependant que le propriétaire du terrain aurait de expresse de volonté, soutenir qu'il n'avait pas
la sorte accepté ce second devis, la cour d'appel a accepté le second devis ;
violé les articles 1101 et 1108 du Code civil ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
2 / qu'il appartient au créancier qui demande
l'exécution de la convention qu'il invoque de PAR CES MOTIFS :
rapporter la preuve de l'existence de l'accord
résultant de l'acceptation de son offre par l'autre REJETTE le pourvoi ;
partie ; qu'en énonçant que M. X..., destinataire

Document 8 : Cass. Com., 7 janvier 1981

SUR LE MOYEN UNIQUE : EN VIGUEUR QU'APRES SA SIGNATURE


PAR LE REPRESENTANT HABILITE DE LA
ATTENDU QU'IL RESULTE DES SOCIETE COMASE QUI DISPOSERA A CET
ENONCIATIONS DE L'ARRET ATTAQUE EFFET D'UN DELAI DE TRENTE JOURS A
(PARIS, 27 AVRIL 1979) QUE, PAR ACTE DU 10 COMPTER DE LA SIGNATURE DU CLIENT.
JUIN 1975, LA SOCIETE L'AIGLE PASSE CE DELAI, LES PARTIES
DISTRIBUTION (SOCIETE L'AIGLE) S'EST DEVIENDRONT LIBRES DE TOUT
ENGAGEE A ACHETER PENDANT TROIS ENGAGEMENT ;
ANS A LA SOCIETE MAZOUT SERVICE
COMASE (SOCIETE COMASE), UNE ATTENDU QU'IL EST REPROCHE A LA COUR
CERTAINE QUANTITE DE CARBURANT; D'APPEL D'AVOIR CONDAMNE LA SOCIETE
QU'UNE CLAUSE DE L'ACTE PREVOYAIT : L'AIGLE A PAYER DES DOMMAGES ET
LA PRESENTE CONVENTION N'ENTRERA INTERETS A LA SOCIETE COMASE EN
41

REPARATION DU PREJUDICE A ELLE CAUSE ET NON A LA SOCIETE L'AIGLE


PAR LA RESILIATION AUX TORTS DE DISTRIBUTION D'APPORTER LA PREUVE DU
LADITE SOCIETE L'AIGLE DE LA CONTRAIRE, QU'EN NE RECHERCHANT PAS
CONVENTION SUSVISEE EN RETENANT PAR AILLEURS SI LA LETTRE ETAIT
QUE LA SOCIETE COMASE AVAIT ACCEPTE PARVENUE AVANT LE 10 JUILLET A LA
CELLE-CI DANS LE DELAI PREVU, ALORS, SOCIETE DESTINATAIRE, LA COUR A PRIVE
SELON LE POURVOI, QUE CELUI QUI SA DECISION DE BASE LEGALE;
RECLAME L'EXECUTION D'UNE
OBLIGATION DOIT LA PROUVER, QUE LA MAIS ATTENDU QUE, FAUTE DE
SOCIETE COMASE DEVAIT DONC STIPULATION CONTRAIRE, L'ACTE DU 10
APPORTER LA PREUVE QU'ELLE AVAIT FAIT JUIN 1975 ETAIT DESTINE A DEVENIR
CONNAITRE SON ACCEPTATION A LA PARFAIT, NON PAS PAR LA RECEPTION PAR
SOCIETE L'AIGLE DISTRIBUTION AVANT LE LA SOCIETE L'AIGLE DE L'ACCEPTATION DE
10 JUILLET 1975, QU'EN FONDANT SA LA SOCIETE COMASE, MAIS PAR
DECISION SUR LA SEULE CONSIDERATION L'EMISSION PAR CELLE-CI DE CETTE
QU'ETAIT VERSEE AUX DEBATS UNE ACCEPTATION ; QUE LE MOYEN, QUI
LETTRE DE LA SOCIETE COMASE, DATEE DU SOUTIENT LE CONTRAIRE, EST DEPOURVU
3 JUILLET 1975, QUE LA SOCIETE L'AIGLE DE FONDEMENT ;
DISTRIBUTION NE POUVAIT PAS LUI ETRE
PARVENUE POSTERIEUREMENT AU 10
JUILLET, LA COUR D'APPEL A RENVERSE LA PAR CES MOTIFS :
CHARGE DE LA PREUVE, QU'IL
APPARTENAIT A LA SEULE SOCIETE REJETTE LE POURVOI FORME CONTRE
COMASE DE PROUVER QUE LA LETTRE L'ARRET RENDU LE 27 AVRIL 1979 PAR LA
ETAIT PARVENUE AVANT LA DATE LIMITE COUR D'APPEL DE PARIS.

Document 9 : Cass. Civ.3, 16 juin 2011


LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME Attendu, d'autre part, qu'ayant retenu que pour
CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant : l'exercice de son droit de préemption, la SAFER
invoquait les objectifs suivants : " 1° Installation,
Donne acte à la SAFER d'Auvergne du réinstallation ou maintien des agriculteurs, 2°
désistement de son pourvoi en ce qu'il est dirigé Agrandissement des exploitations existantes et
contre le conservateur des hypothèques ; amélioration de leur réparation parcellaire " et
qu'il n'était pas contesté que le rétrocessionnaire
choisi était un homme de 77 ans demeurant en
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Riom, 22 octobre ville et retiré de la vie professionnelle active, la
2009), que la Société d'aménagement foncier et cour d'appel a pu, sans modification de l'objet du
d'établissement rural d'Auvergne (la SAFER), litige, ni violation du principe de la contradiction
après avoir préempté des parcelles données à bail ou dénaturation, en déduire que la SAFER avait
rural à M. X..., a notifié à ce dernier deux projets détourné l'exercice du droit de préemption ;
de rétrocession d'une partie de ces parcelles puis
lui a notifié deux projets rectificatifs annulant les
premiers ; que la SAFER a également notifié à M. D'où il suit que le moyen, pour partie irrecevable,
X... la vente d'une dernière parcelle ; que, n'est pas fondé pour le surplus ;
soutenant avoir exercé son droit de préemption
avant l'envoi des notifications rectificatives et Mais sur les deuxième et troisième moyens, réunis
considérant que la vente était intervenue en :
fraude à ses droits, M. X... a agi en annulation de
la vente et en reconnaissance de son droit de Vu l'article L. 412-8 du code rural ;
propriété sur les parcelles préemptées ;
Attendu que le preneur dispose d'un délai de deux
Sur le premier moyen, ci-après annexé : mois à compter de la réception de la lettre
recommandée ou de l'acte d'huissier pour faire
Attendu, d'une part, qu'il ne résulte ni de l'arrêt connaî tre, dans les mêmes formes, au
ni des conclusions d'appel de la SAFER que celle- propriétaire vendeur, son refus ou son acceptation
ci ait soutenu que le tribunal paritaire des baux de l'offre aux prix, charges et conditions
ruraux n'était pas compétent pour connaî tre des communiqués avec indication des nom et
conditions d'exercice, par le preneur en place, de domicile de la personne qui exerce le droit de
son droit de préemption, le moyen est de ce chef préemption ; que sa réponse doit être parvenue
nouveau, mélangé de fait et de droit ; au bailleur dans le délai de deux mois à peine de

41
42

forclusion, son silence équivalant à une offres rectificatives, la réponse du preneur sur les
renonciation au droit de préemption ; offres initiales n'était pas parvenue au
propriétaire, la cour d'appel a violé le texte
Attendu que pour déclarer M. X... propriétaire susvisé ;
des biens mis en vente par la SAFER, l'arrêt, qui
relève que les offres initiales de celle-ci ont été PAR CES MOTIFS :
acceptées par M. X... antérieurement à la
réception des offres rectificatives, retient qu'en CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a prononcé
l'absence de stipulation contraire, une convention l'annulation de la vente, par la SAFER d'Auvergne
est destinée à devenir parfaite non par la au profit de M. Y..., de la parcelle cadastrée
réception par le pollicitant de l'acceptation de section A n° 458 intervenue le 5 juillet 2007, l'arrêt
l'autre partie mais par l'émission par celle-ci de rendu le 22 octobre 2009, entre les parties, par la
l'acceptation ; cour d'appel de Riom ; remet, en conséquence,
sur le surplus, la cause et les parties dans l'état où
Qu'en statuant ainsi, alors que la formation du elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être
contrat était subordonnée à la connaissance de fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de
l'acceptation de l'offre par le pollicitant et qu'elle Riom, autrement composée ;
avait constaté qu'à la date de la notification des

42
43

Leçons n° 5

L’intégrité du consentement
Semaine du 5 octobre 2018 / 0WOC 5
Travail à réaliser :

- Apprendre le cours.
- Travail écrit à rendre : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour de cassation.
Recherchez et indiquez si ces arrêts ont été publiés.
- Exercice écrit à rendre : Commentaire de l’arrêt Cass. Civ. 1, 3 avril 2002.
- Exercice à faire en TE: Cas pratique.

I- METHODOLOGIE

 Le saviez-vous ! A propos de la publication des arrêts de la Cour de cassation

La hiérarchisation des arrêts (P. B. R. I.)


Les mentions « P.B.R.I » permettent de hiérarchiser les arrêts de la Cour de cassation. Elles
définissent la nature de la publication, qui est décidée par les magistrats de la chambre à l’issue du
délibéré.

« P » désigne, selon le cas, les arrêts publiés au Bulletin des arrêts des chambres civiles ou au Bulletin
des arrêts de la chambre criminelle.

« B » désigne les arrêts publiés au Bulletin d’information de la Cour de cassation (BICC).

« R » désigne les arrêts analysés au rapport annuel de la Cour de cassation.

« I » désigne les arrêts diffusés sur le site internet de la Cour de cassation.

Ces différents supports de publications peuvent se combiner, un arrêt pouvant être qualifié, par
exemple, « P+B », « P+B+R » ou encore « P+B+R+I », selon l’importance que la chambre lui
accorde.

Les arrêts « D » font l’objet d’une diffusion sur Jurinet, la base des arrêts de la Cour de cassation,
accessible sur le site intranet de la Cour (non public). Ils sont également accessibles via le site
Legifrance.gouv. fr sous la mention « inédits ».

Selon la complexité des pourvois, les formations des chambres diffèrent. Elles sont signalées par les
lettres :

 FP : formation plénière de chambre,


 FS : formation de section (9 à 15 magistrats selon les chambres),

43
44

 F ou FR : formation restreinte (le président, le doyen et le conseiller rapporteur).

Le service de documentation et d’études de la Cour de cassation (Extrait).

Pour aller plus loin : https://www.courdecassation.fr/

 Réviser la méthode du cas pratique et du commentaire d’arrêt dans la Charte de méthodologie


de L2.

Jeanne est en colère. Lorsqu’elle a appris qu’elle était mutée à Lyon, elle a tout de suite été enchantée,
le Rhône, la proximité de la montagne et de la mer. C’est une ville qui lui plaisait et où elle se voyait
tout à fait s’installer durablement. Elle a donc décidé de casser sa tirelire et de s’acheter l’appartement
de ses rêves. Après avoir visité une multitude de logements, elle a eu un coup de coeur pour un beau
deux-pièces situé en rez-de-chaussée d’une petite copropriété tranquille. L’appartement disposait d’un
jardin privatif qui avait vue sur un espace vert communal. Il était un peu cher. Mais c’était exactement
ce qu’elle cherchait. Un appartement lumineux et calme, avec vue sur la nature. En plein Lyon, elle
comprenait que ça se paye ! Le 20 janvier 2015, le contrat est signé. Voilà Jeanne propriétaire !
Mais Jeanne vient d’apprendre que cela faisait deux ans que la commune envisageait de construire un
ensemble HLM de 15 étages sur cet espace vert, et que les travaux allaient commencer la semaine
prochaine. Adieu la vue sur l’espace vert et la lumière ! Comme il va être placé, l’immeuble lui bouchera
entièrement la vue. Vous imaginez ! Un immeuble gigantesque en bordure de son petit jardin !
Elle qui avait été rassurée d’apprendre que l’ancien propriétaire était conseiller municipal. C’était
nécessairement quelqu’un d’honnête se disait-elle. Elle s’est bien trompée !
Jeanne ne veut pas en rester là ! Elle estime avoir été trompée et veut être indemnisée. Et puis il est
hors de question qu’elle garde son appartement ! Elle vient vous voir pour savoir ce qu’elle doit faire et
ce qu’elle peut espérer obtenir.

 Vous envisagerez l’ensemble des solutions possibles, pour lui conseiller de faç on justifiée celle
qui apparaî t la mieux adaptée à sa situation.
 Si le contrat avait été signé en janvier 2017, en janvier 2019, les solutions auraient-elles été les
mêmes ?

II- L’ERREUR

- Document 1 : Cass. Civ.1, 22 février 1978 et Cass. Civ.1, 13 décembre 1983, H. CAPITANT, F.
TERRE, Y. LEQUETTE, Grands arrêts de la jurisprudence civile, Dalloz, 13e éd., 2015, n° 147-
148 (non reproduit).
- Document 2 : Cass. Civ.1, 24 mars 1987, D. 1987. 489, note Aubert; JCP 1989. II. 21300, note
Vieville-Miravete.
- Document 3 : Cass. Civ.1, 20 octobre 2011, n° 10-25.980.
- Document 4 : Cass. Com. 4 octobre 2011, n° 10-20.956.

III- LE DOL

A – Les éléments constitutifs


1) L’élément matériel
a) Le silence dolosif

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45

- Document 5 : Cass. Civ. 3, 2 octobre 1974, H. CAPITANT, F. TERRE, Y. LEQUETTE, Grands


arrêts de la jurisprudence civile, Dalloz, 13e éd., 2015, n° 149 (non reproduit)
b) Dol, bonne foi et obligation d’information

- Document 6 : Cass. Civ. 1, 8 février 1997.


- Document 7 : Cass. Civ. 3, 16 mars 2011, n° 10-10.503.
- Document 8 : Cass. Civ. 1, 3 mai 2000.

45
46

- Document 9 : Cass. Civ. 3, 17 janvier 2007, n° 06-10.442.

2) L’élément intentionnel

- Document 10 : Cass. Com. 7 juin 2011, pourvoi n° 10-13.622.

IV- LA VIOLENCE

- Document 11 : Cass. Civ. 1, 30 mai 2000.


- Document 12 : Cass. Civ. 1, 3 avril 2002.

46
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Document 1 : Cass. Civ. 1, 22 février 1978

SUR LE PREMIER MOYEN : QU'EN STATUANT AINSI, SANS RECHERCHER SI,


AU MOMENT DE LA VENTE, LE
VU L'ARTICLE 1110 DU CODE CIVIL ; CONSENTEMENT DES VENDEURS N'AVAIT PAS
ETE VICIE PAR LEUR CONVICTION ERRONEE
QUE LE TABLEAU NE POUVAIT PAS ETRE UNE
ATTENDU QUE, LES EPOUX Z... AYANT CHARGE OEUVRE DE NICOLAS Y..., LA COUR D'APPEL N'A
RHEIMS, COMMISSAIRE-PRISEUR, DE LA VENTE PAS DONNE DE BASE LEGALE A SA DECISION ;
D'UN TABLEAU ATTRIBUE PAR L'EXPERT X... A
"L'ECOLE DES CARRACHE", LA REUNION DES
MUSEES NATIONAUX A EXERCE SON DROIT DE PAR CES MOTIFS, ET SANS QU'IL Y AIT LIEU DE
PREEMPTION, PUIS A PRESENTE LE TABLEAU STATUER SUR LE SECOND MOYEN : CASSE ET
COMME UNE OEUVRE ORIGINALE DE NICOLAS ANNULE EN SON ENTIER L'ARRET RENDU
Y... ; ENTRE LES PARTIES LE 2 FEVRIER 1976 PAR LA
COUR D'APPEL DE PARIS ;
QUE LES EPOUX Z... AYANT DEMANDE LA
NULLITE DE LA VENTE POUR ERREUR SUR LA REMET, EN CONSEQUENCE, LA CAUSE ET LES
QUALITE SUBSTANTIELLE DE LA CHOSE PARTIES AU MEME ET SEMBLABLE ETAT OU
VENDUE, LA COUR D'APPEL, ESTIMANT QU'IL ELLES ETAIENT AVANT LEDIT ARRET ET, POUR
N'ETAIT PAS PROUVE QUE LE TABLEAU ETRE FAIT DROIT, LES RENVOIE DEVANT LA
LITIGIEUX FUT UNE OEUVRE AUTHENTIQUE DE COUR D'APPEL D'AMIENS.
Y..., ET QU'AINSI L'ERREUR ALLEGUEE N'ETAIT
PAS ETABLIE, A DEBOUTE LES EPOUX Z... DE
LEUR DEMANDE ;

Document 2 : Cass. Civ. 1, 24 mars 1987


[…] Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : commet une erreur quand il vend sous l'empire de la
Attendu que, selon les juges du fond, Jean, André conviction que l'authenticité est discutable, alors qu'elle
Vincent, depuis lors décédé, a vendu en 1933 aux est en réalité certaine et que tout aléa à ce sujet est
enchères publiques, comme étant " attribué à inexistant ;
Fragonard ", un tableau intitulé Le Verrou ; que, Mais attendu, en premier lieu, qu'il résulte des
l'authenticité du tableau ayant été ultérieurement énonciations souveraines du jugement confirmé " qu'en
reconnue, l'arrêt confirmatif attaqué a refusé d'annuler vendant ou en achetant, en 1933, une oeuvre attribuée
cette vente, pour erreur, à la demande des héritiers de à Fragonard, les contractants ont accepté un aléa sur
Jean, André Vincent ; l'authenticité de l'oeuvre, que les héritiers de Jean-
Attendu que ceux-ci reprochent à la cour d'appel André Vincent ne rapportent pas la preuve, qui leur
(Paris, 12 juin 1985) de s'être déterminée au motif incombe, que leur auteur a consenti à la vente de son
essentiel que l'expression " attribué à.... " laisse planer tableau sous l'empire d'une conviction erronée quant à
un doute sur l'authenticité de l'oeuvre mais n'en exclut l'auteur de celui-ci " ; que le moyen, en sa première
pas la possibilité ; qu'ils soutiennent, d'une part, qu'en branche, ne peut dès lors être accueilli ;
s'attachant seulement à déterminer le sens objectif de Et attendu, en second lieu, que, ainsi accepté de part
et d'autre, l'aléa sur l'authenticité de l'oeuvre avait été
la mention " attribué à.... " et en s'abstenant de dans le champ contractuel ; qu'en conséquence,
rechercher quelle était la conviction du vendeur, alors aucune des deux parties ne pouvait alléguer l'erreur en
que leurs conclusions faisaient valoir qu'il était cas de dissipation ultérieure de l'incertitude commune,
persuadé, à la suite des avis formels des experts, que et notamment pas le vendeur ni ses ayants-cause en cas
l'authenticité de l'oeuvre était exclue, la cour d'appel a d'authenticité devenue certaine ; que le moyen doit
violé à la fois les articles 1110 du Code civil et 455 du donc être entièrement écarté ;
nouveau Code de procédure civile ; qu'il est, d'autre PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi […]
part, prétendu qu'en toute hypothèse, le vendeur

Document 3 : Cass. Civ. 1, 20 octobre 2011


Sur le moyen unique : d'un meuble mis en vente par la Fondation nationale
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 21 septembre des arts graphiques et plastiques (FAGP) et présenté au
2010), rendu sur renvoi après cassation (1re Civ. 31 catalogue sous les mentions suivantes : "table à écrire
octobre 2008, Bull. n° 246), que lors d'une vente aux en marqueterie Boulle et placage ébène. Elle s'ouvre à
enchères publiques organisée, le 14 décembre 2004, par deux tiroirs sur les côtés et repose sur des pieds fuselés.
la société Daguerre et dirigée par M. X..., commissaire- Riche ornementation de bronze ciselé et doré à décor
priseur, assisté de M. Y..., expert, les époux Z... ont été masques rayonnants, rosaces, frises de fleurs et de
déclarés adjudicataires, au prix de 1 204 347,20 euros, feuilles, sabots feuillagés. Estampillé C.I. B... et J.M.E.,

47
48

époque Louis XVI (accidents et restaurations) H.79 cm. "transformation" intervenue au XIXe siècle", que
L.93 cm. P.63 cm, mise à prix 60/80 000 francs" ; que "certains bronzes dat aient du XIXe siècle et que tous
soutenant avoir découvert que le meuble avait été ont été dorés à cette époque, au cours de laquelle le
transformé au XIXe siècle et non simplement restauré, plateau a été remanié", la cour d'appel ne pouvait
les époux Z... ont poursuivi l'annulation de la vente et retenir que les acquéreurs n'avaient pas à être informés
recherché la responsabilité du commissaire-priseur et de la présence de ces éléments de fabrication
de l'expert ; postérieure au motif inopérant que les "accidents et les
Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt confirmatif d'avoir restaurations (…) ne pouvaient être plus amplement
rejeté cette demande, alors, selon le moyen : décrits, le commissaire-priseur et l'expert de la vente
1°/ que lorsque le catalogue fait suivre la dénomination n'étant pas autorisés à démonter le meuble", sans
d'un objet de la référence à une époque, il garantit violer les articles 2 du décret du 3 mars 1981 tel que
l'acheteur que celui-ci a été effectivement produit au modifié par décret du 19 juillet 2001 et 1110 du code
cours de la période de référence et lorsqu'une ou civil ;
plusieurs parties de l'objet sont de fabrication 4°/ que l'expert avait conclu dans son rapport que la
postérieure, l'acquéreur doit en être informé ; que la table "présent ait des manques, des restaurations et une
cour d'appel a rappelé que la table était décrite avec la transformation" et qu'il avait expliqué avoir pu "établir
mention "Epoque Louis XVI (accidents et sa construction au 18e siècle et sa transformation au
restaurations)" puis constaté que l'expert était d'avis 19e siècle à la suite d'accidents ou de remise au goût
que la table était seulement "en partie du XVIIIe siècle" du jour, ce qui s' était souvent pratiqué au fil du temps
dans la mesure où "le chant des tiroirs était plaqué et des modes" ; qu'une transformation, ainsi qu'une
d'ébène mince effectué au moyen d'un sciage remise au goût du jour selon la mode modifient
mécanique, travail du 19e siècle", que la devanture d'un nécessairement la forme et le style originels d'un objet
tiroir présentait des traces de "colle moderne", que la ; qu'en rejetant cependant la demande de nullité de la
garniture de velours datait du 19e siècle, que "les pieds vente formulée par les époux Z... au motif que l'expert
et leur assemblage témoign aient d'un travail grossier n'avait pas précisé si les transformations qu'il
qui, relevant d'un bricolage, prouv ait la transformation mentionnait dans son rapport avaient "modifié ou
intervenue au 19e siècle", que "certains bronzes dat altéré la forme et le style originels du meuble", la cour
aient du 19e siècle et que tous ont été dorés à cette d'appel a dénaturé les termes clairs et précis du rapport
époque, au cours de laquelle le plateau a été remanié" et violé l'article 1134 du code civil ;
; qu'en décidant cependant que "la dénomination de 5°/ que l'inexactitude ou l'insuffisance des mentions du
l'oeuvre et la référence à la période historique portées catalogue suffit à provoquer l'erreur de l'acheteur et
au catalogue étaient exactes" la cour d'appel a justifie l'annulation de la vente ; qu'après avoir constaté
méconnu les conséquences légales de ses propres que l'expert était d'avis que la table était seulement "en
constatations, en violation des articles 2 du décret du 3 partie du XVIIIe siècle" dans la mesure où elle avait été
mars 1981 tel que modifié par décret du 19 juillet 2001 transformée au 19e siècle à l'aide de certaines pièces
et 1110 du code civil ; fabriquées à cette époque s'agissant notamment du
2°/ qu' il résulte de l'article 2, alinéa 2, du décret du 3 chant des tiroirs, des pieds, du placage du plateau et de
mars 1981 tel que modifié par décret du 19 juillet 2001 certains bronzes, la cour d'appel ne pouvait rejeter la
que, lorsqu'une ou plusieurs parties de l'objet sont de demande de nullité de la vente au motif inopérant que
fabrication postérieure à l'époque indiquée dans le les acquéreurs n'avaient pas prouvé avoir fait de
catalogue de vente, l'acquéreur doit en être informé ; l'intégrité de la table l'élément déterminant de leur
que cette information doit indiquer quelles parties de consentement, sans violer les articles 2 du décret du 3
l'objet sont concernées ; qu'en l'espèce, la cour d'appel mars 1981 tel que modifié par décret du 19 juillet 2001
a constaté que l'expert avait conclu que la table et 1110 du code civil ;
présentée au catalogue comme étant d' "Epoque Louis 6°/ que l'inexactitude ou l'insuffisance des mentions du
XVI" comportait des éléments fabriqués catalogue suffit à provoquer l'erreur de l'acheteur et
postérieurement à cette époque à savoir le "chant des justifie l'annulation de la vente ; qu'en déboutant les
tiroirs", "les pieds", "le plateau" et "certains bronzes" ; époux Z... de leur action en nullité de la vente au motif
que la présence de ces éléments de fabrication inopérant que "la modicité de l'estimation était propre
postérieure n'a pas été indiquée dans le catalogue et à introduire un aléa dans le champ contractuel et à
n'est aucunement révélée par la mention "accidents et éveiller l'attention de M. et Mme Z...", la cour d'appel
restaurations" ; qu'en retenant néanmoins que "la a violé les articles 2 du décret du 3 mars 1981 tel que
dénomination de l'oeuvre et la référence à la période modifié par décret du 19 juillet 2001 et 1110 du code
historique portées au catalogue étaient exactes", la civil ;
cour d'appel a violé les articles 2 du décret du 3 mars 7°/ que la qualité "d'amateur éclairé" n'est pas de
1981 tel que modifié par décret du 19 juillet 2001 et nature à rendre l'erreur inexcusable ; qu'ayant retenu,
1110 du code civil ; pour débouter les époux Z... de leur action en nullité
3°/ qu' il résulte de l'article 2, alinéa 2, du décret du 3 de la vente, que ces derniers étaient des "amateurs
mars 1981 tel que modifié par décret du 19 juillet 2001 éclairés" et qu'en conséquence, ils n'étaient "pas
que, lorsqu'une ou plusieurs parties de l'objet sont de fondés à exciper d'une prétendue erreur sur les
fabrication postérieure à l'époque indiquée dans le qualités substantielles de la chose vendue", la cour
catalogue de vente, l'acquéreur doit en être informé ; d'appel a violé l'article 1110 du code civil ;
qu'après avoir relevé que la table avait été présentée Mais attendu qu'après avoir constaté que l'installation
au catalogue comme étant d'"Epoque Louis XVI" et de la marqueterie incontestée Boulle sur ce meuble
constaté que selon la conclusion de l'expert "la d'époque Louis XVI et l'estampille C.I. B...
garniture de velours datait du 19e siècle", que "les pieds constituaient son originalité, la cour d'appel a estimé
et leur assemblage témoign aient d'un travail grossier que les époux Z... s'en étaient portés acquéreurs en
qui, relevant d'un "bricolage", prouv ait la considération de ces éléments, comme de la

48
49

provenance du meuble issu de la collection Salomon de souveraines suffisent à justifier légalement la décision ;
Rothschild ; que ces constatations et appréciations que le moyen n'est pas fondé; Par ces motifs, rejette.

Document 4 : Cass. Com., 4 octobre 2011


[…] Sur le moyen unique, pris en sa cinquième branche lui avaient été faites dans la mesure où celles-ci ne
: pouvaient comporter de la part du promettant aucune
Vu l'article 1110 du code civil ; obligation de résultat, que le seul fait qu'un écart soit
Attendu selon l'arrêt attaqué, que la société effectivement apparu entre les prévisions de chiffre
Equip'buro 59 a conclu avec la société Sodecob un d'affaires telles qu'indiquées par le franchiseur et les
contrat de franchise pour l'exploitation de son fonds de résultats concrets nés de l'exploitation poursuivie par
commerce sous l'enseigne "Bureau center", impliquant la société Equip'buro 59 ne saurait être démonstratif,
l'adhésion à une coopérative de commerçants à lui seul, de l'insincérité ou du manque de crédibilité
détaillants indépendants, constituée par la société des chiffres et documents fournis par le franchiseur,
Majuscule ; que les résultats obtenus, très inférieurs lequel n'avait pas à garantir la réalisation de
aux prévisions transmises par le franchiseur, ont quelconques prévisions comptables et qu'il s'ensuit que
conduit rapidement à la mise en liquidation judiciaire M. X..., ès qualités, ne rapporte la preuve d'aucun dol
de la société Equip'buro 59, M. X... étant désigné ni d'aucune erreur de nature à justifier sa demande ;
liquidateur ; que ce dernier, agissant ès qualités, a Attendu qu'en se déterminant ainsi, après avoir
demandé la nullité du contrat de franchise et la constaté que les résultats de l'activité du franchisé
condamnation solidaire des sociétés Sodecob et s'étaient révélés très inférieurs aux prévisions et
Majuscule au paiement de dommages-intérêts, en avaient entraî né rapidement sa mise en liquidation
invoquant, notamment, l'insuffisance de l'information judiciaire, sans rechercher si ces circonstances ne
précontractuelle fournie au franchisé ; révélaient pas, même en l'absence de manquement du
Attendu que pour rejeter la demande d'annulation franchiseur à son obligation précontractuelle
fondée sur l'erreur commise par le franchisé lors de la d'information, que le consentement du franchisé avait
conclusion du contrat, l'arrêt retient que les été déterminé par une erreur substantielle sur la
insuffisances ponctuelles dans la documentation fournie rentabilité de l'activité entreprise, la cour d'appel n'a
ne peuvent être regardées, à les supposer établies, pas donné de base légale à sa décision ;
comme un élément essentiel dont la révélation eût été PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
susceptible de conduire la société Equip Buro 59 à ne les autres griefs :
pas conclure le contrat, qu'en sa qualité de CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
professionnel averti du commerce qui avait exercé rejeté les demandes de nullité et d'octroi de
pendant plus de vingt ans dans le domaine de la grande dommages-intérêts formées par M. X..., ès qualités,
distribution, son dirigeant se devait d'apprécier la […]
valeur et la faisabilité des promesses de rentabilité qui

Document 5 : Cass. Civ. 3, 2 octobre 1974


[…] SUR LES DEUX MOYENS REUNIS : ATTENDU INSTALLATION D'UNE PORCHERIE DE 400 PORCS
QU'IL RESSORT DES ENONCIATIONS DE A CENT METRES DE LA MAISON, ALORS QUE,
L'ARRET ATTAQUE QUE, PAR ACTE SOUS SEING S'IL EN AVAIT ETE INFORME, SON Z... PAUL
PRIVE DU 6 OCTOBRE 1970, MARCEL JACOB X... N'EUT JAMAIS ACCEPTE D'ACHETER UNE TELLE
COMME MANDATAIRE DES EPOUX PAUL A..., À MAISON DE CAMPAGNE EN RAISON DES
ACHETE À GOUTAILLER ET A DAMES-Y... SON INCONVENIENTS ET DES ODEURS,
EX-EPOUSE, UNE MAISON D'HABITATION ET NOTAMMENT EN PLEIN ETE AU MOMENT DES
UN TERRAIN, POUR LE PRIX DE 95 000 FRANCS VACANCES, IL RENONCAIT A SON
SUR LEQUEL IL A VERSE UN ACCOMPTE DE 10 ACQUISITION ;
000 FRANCS ; QUE CE DESACCORD AYANT PERSISTE ENTRE
QUE CET ACCORD, CONCLU NOTAMMENT ACQUEREURS ET VENDEURS, CES DERNIERS
SOUS LA CONDITION SUSPENSIVE DE L'OCTROI ONT VENDU LA MAISON ET LE TERRAIN A UN
PAR UN ORGANISME FINANCIER D'UN PRET DE TIERS AU PRIX DE 80 000 FRANCS ;
60 000 FRANCS AUX EPOUX PAUL A..., DEVAIT QUE L'ARRET ATTAQUE A CONDAMNE
ETRE REITERE PAR ACTE NOTARIE AU PLUS GOUTAILLER ET DAME Y... A RESTITUER AUX
TARD LE 1ER DECEMBRE 1970 ; EPOUX PAUL JACOB B... DE 10 000 FRANCS ;
QU'IL ETAIT STIPULE QUE LESDITS EPOUX C... ATTENDU QU'IL EST FAIT GRIEF AUDIT ARRET
LES SERVITUDES PASSIVES DE TOUTE NATURE D'AVOIR, AU MOTIF D'UNE RETICENCE
POUVANT GREVER LES BIENS VENDUS ET DOLOSIVE DES VENDEURS, ECARTE
QU'EN CAS DE DEFAILLANCE DES L'APPLICATION DE LA CLAUSE DE NON-
ACQUEREURS, LES VENDEURS AURAIENT LA GARANTIE DES SERVITUDES PASSIVES INSEREE
FACULTE D'EXIGER LA REALISATION DE LA AU CONTRAT, ALORS, SELON LES
VENTE OU DE CONSERVER L'ACOMPTE A TITRE DEMANDEURS AU POURVOI, QU'AUCUN
DE DEDIT ; ELEMENT INTENTIONNEL N'A ETE RELEVE A
QUE LE 22 AVRIL 1971, MARCEL A... FAISAIT L'ENCONTRE DES VENDEURS, QUE LA
CONNAITRE AU NOTAIRE QUE LE PRET RETICENCE NON ACCOMPAGNEE DE
ENVISAGE N'AVAIT PU ETRE OBTENU ET QUE, MANOEUVRES DESTINEES A INDUIRE LE
VENANT D'APPRENDRE LA PROCHAINE COCONTRACTANT EN ERREUR N'EST PAS

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CONSTITUTIVE DU DOL AU SENS DE L'ARTICLE ATTENDU QUE LA COUR D'APPEL RELEVE QUE
1116 DU CODE CIVIL, LA CONNAISSANCE PAR LE DES QU'IL A ETE INFORME DE LA
VENDEUR DE LA CREATION REGULIERE DE LA PROTESTATION DES ACQUEREURS FAISANT
PORCHERIE N'IMPLIQUANT NI L'EXISTENCE DE ETAT DE LA CREATION DE LA PORCHERIE,
CES MANOEUVRES NI L'IGNORANCE DE GOUTAILLER, LOIN D'INVOQUER SA PROPRE
L'ACQUEREUR, D'AUTANT QUE CETTE IGNORANCE, A INDIQUE LA DATE DE L'ARRETE
PORCHERIE SUR UN TERRAIN VOISIN NE PREFECTORAL AYANT AUTORISE CETTE
CONSTITUE PAS UNE SERVITUDE ET N'AFFECTE CREATION ET S'EST CONTENTE DE PRETENDRE
PAS UNE QUALITE SUBSTANTIELLE DE QUE A... "ETAIT CENSE EN CONNAITRE
L'IMMEUBLE VENDU, QU'EN OUTRE EN L'EXISTENCE" ET AVAIT ACCEPTE DE
S'ABSTENANT DE SE PRONONCER SUR LE POINT SUPPORTER TOUTES LES SERVITUDES PASSIVES
DE SAVOIR SI LES EPOUX A... SE SERAIENT GREVANT LES BIENS VENDUS ;
PORTES ACQUEREURS EN CONNAISSANCE DE QUE CONNAISSANT LE PROJET DE CREATION
LA SITUATION, LES JUGES DU FOND N'ONT PAS DE CET ETABLISSEMENT INCOMMODE ET
RECHERCHE SI LE COMPORTEMENT IMPUTE AU INSALUBRE, QUI ALLAIT NECESSAIREMENT
VENDEUR AVAIT ETE LA CAUSE CAUSER DES TROUBLES GRAVES DANS LA
DETERMINANTE DE LA SIGNATURE DE L'ACTE JOUISSANCE D'UNE MAISON DE CAMPAGNE
ET N'ONT PAS ETABLI LE RAPPORT DE SITUEE A PROXIMITE IMMEDIATE, GOUTAILLER
CAUSALITE ENTRE LA PRETENDUE RETICENCE A NON SEULEMENT GARDE LE SILENCE
DOLOSIVE DU VENDEUR ET LE DEVANT SON ACQUEREUR MAIS A PRIS SOIN
CONSENTEMENT DES ACQUEREURS ; D'IMPOSER, LORS DE LA CONCLUSION DE LA
QU'IL EST ENCORE REPROCHE A L'ARRET CONVENTION DU 6 OCTOBRE 1970,
D'AVOIR REFUSE D'APPLIQUER LA CLAUSE DU L'INSERTION D'UNE CLAUSE DE NON-
CONTRAT QUI, EN CAS DE DEFAILLANCE DES GARANTIE QUI PRENAIT TOUTE SA VALEUR
ACQUEREURS, DONNAIT AUX VENDEURS LA "DANS LA CIRCONSTANCE QU'IL ETAIT LE SEUL
FACULTE DE CONSERVER A TITRE DE DEDIT A CONNAITRE" ;
L'ACOMPTE VERSE, ALORS, SELON LE POURVOI, ATTENDU QUE, DE CES CONSTATATIONS, LES
QU'AUX TERMES DE LA PROMESSE JUGES D'APPEL ONT PU, SANS ENCOURIR LES
SYNALLAGMATIQUE DE VENTE SOUS CRITIQUES FORMULEES PAR LE POURVOI,
CONDITION SUSPENSIVE, IL ETAIT DEDUIRE QUE LA RETICENCE DU VENDEUR
EXPRESSEMENT PREVU QUE LES ACQUEREURS PRESENTAIT UN CARACTERE DOLOSIF ET
PRENDRAIENT LES IMMEUBLES VENDUS DANS QU'ELLE AVAIT INDUIT LES ACQUEREURS,
LEUR ETAT ACTUEL ET SUPPORTERAIENT LES CITADINS A LA RECHERCHE D'UNE MAISON DE
SERVITUDES PASSIVES DE TOUTE NATURE CAMPAGNE, EN ERREUR SUR UN ELEMENT
POUVANT GREVER CES IMMEUBLES ET QUE, SI DETERMINANT DE LEUR CONSENTEMENT ;
LA DEFAILLANCE PROVENAIT DES QUE CE VICE DU CONSENTEMENT AFFECTANT
ACQUEREURS, LES VENDEURS AURAIENT LE LA VALIDITE DU CONTRAT, C'EST A BON DROIT
CHOIX, SOIT D'EXIGER LA REALISATION DE LA QU'A ETE REFUSE AUX VENDEURS LE BENEFICE
VENTE, SOIT DE CONSERVER A TITRE DE DEDIT DES CLAUSES DUDIT CONTRAT DONT ILS
L'ACOMPTE VERSE ; PERSISTAIENT A SE PREVALOIR POUR TENTER
MAIS ATTENDU QUE LE DOL PEUT ETRE DE SE GARANTIR DES CONSEQUENCES DE LEUR
CONSTITUE PAR LE SILENCE D'UNE PARTIE PROPRE RETICENCE ET POUR CONSERVER
DISSIMULANT A SON COCONTRACTANT UN L'ACOMPTE VERSE PAR LES VICTIMES DE LEUR
FAIT QUI, S'IL AVAIT ETE CONNU DE LUI, COMPORTEMENT DOLOSIF ;
L'AURAIT EMPECHE DE CONTRACTER ; D'OU IL SUIT QUE LA COUR D'APPEL AYANT
QUE, DES LORS QU'ELLE A DETERMINE LE PAR LES SEULS MOTIFS PRECITES LEGALEMENT
CONSENTEMENT DU COCONTRACTANT, JUSTIFIE SA DECISION, LES MOYENS NE SONT
L'ERREUR PROVOQUEE PAR LE DOL PEUT ETRE PAS FONDES ;
PRISE EN CONSIDERATION, MEME SI ELLE NE PAR CES MOTIFS : REJETTE LE POURVOI FORME
PORTE PAS SUR LA SUBSTANCE DE LA CHOSE CONTRE L'ARRET RENDU LE 1ER MARS 1973, PAR
QUI FAIT L'OBJET DU CONTRAT ; LA COUR D'APPEL DE RIOM. […]

Document 6 : Cass. Civ. 1, 18 février 1997


[…] Sur le moyen unique, pris en ses quatre branches : Attendu que le Crédit agricole fait grief à l'arrêt d'avoir
Attendu, selon les énonciations de l'arrêt attaqué accueilli cette exception de nullité alors que, d'une
(Bordeaux, 29 novembre 1994), que la caisse régionale première part, en énonçant que, selon l'expert, le
de Crédit agricole mutuel de la Gironde (le Crédit chiffre d'affaires devait être multiplié par trois dès le
agricole) a obtenu de Mme X... le cautionnement d'un premier exercice, la cour d'appel aurait entaché sa
prêt de 160 000 francs consenti à Mme Y... le 20 juillet décision d'une dénaturation de l'étude établie par
1989 pour l'acquisition d'un fonds de commerce ; que, celui-ci ; que, de deuxième part, en énonçant que le
certaines échéances n'ayant pas été payées, le Crédit rapport d'expertise établissait que le chiffre d'affaires
agricole, après mise en demeure des 13 et 14 décembre devait être multiplié par trois dès la première année,
1989, a, le 27 avril 1990, assigné en paiement Mme Y..., sans préciser sur quelle donnée de l'expertise elle
qui devait être déclarée en liquidation judiciaire le 16 fondait son appréciation, ainsi que l'y invitait le prêteur
avril 1991, et Mme X... ; que celle-ci a opposé la nullité dans ses conclusions d'appel, la cour d'appel aurait
pour dol de son engagement de caution ; privé sa décision de base légale au regard de l'article

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1116 du Code civil ; que, de troisième part, en Crédit agricole, qui n'avait pas révélé à la caution
énonçant que " l'ampleur des informations dissimulées l'étude comptable prévisionnelle concernant
" caractérisait le dol, sans rechercher si la caution avait l'installation commerciale de Mme Y..., ne lui avait pas
fait de la solvabilité de la débitrice la condition de son davantage fait connaî tre l'existence d'un autre prêt de
engagement, la cour d'appel aurait encore privé sa 25 000 francs consenti à celle-ci et remboursable
décision de base légale au regard du même texte ; jusqu'au 10 février 1990, et ensuite, que le
qu'enfin, en ne précisant pas en quoi la dissimulation remboursement des deux prêts ajouté à un loyer
imputée à la banque aurait déterminé le consentement mensuel de 2 800 francs mettait à la charge de Mme
de la caution, la cour d'appel aurait de nouveau privé Y... des échéances de 6 713 francs pour un revenu
sa décision de base légale au regard du même texte ; mensuel escompté de 8 750 francs, ce qui rendait
Mais attendu que manque à son obligation de évident qu'elle ne pourrait pas faire face au
contracter de bonne foi et commet ainsi un dol par remboursement du prêt cautionné par Mme X..., la
réticence la banque qui, sachant que la situation de son cour d'appel, par ces seuls motifs, a légalement justifié
débiteur est irrémédiablement compromise ou à tout sa décision ; qu'il s'ensuit que le moyen, inopérant en
le moins lourdement obérée, omet de porter cette sa première branche, est mal fondé en ses trois autres
information à la connaissance de la caution l'incitant branches ;
ainsi à s'engager ; que l'arrêt énonçant, d'abord, que le PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi […]

Document 7 : Cass. Civ. 3, 16 mars 2011


[…] Sur le moyen unique : 5°/ que le dol doit être apprécié au moment de la
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Orléans, 9 novembre formation du contrat ; d'où il résulte qu'en l'absence
2009), que, par acte authentique du 13 février 2002, les d'obligation légale de diagnostic amiante au moment
consorts X... ont vendu à Mme Y... un pavillon de la vente et à défaut pour l'acquéreur d'avoir
préfabriqué au prix de 42 685,72 euros ; qu'ayant expressément indiqué dans l'acte de vente qu'elle
découvert la présence d'amiante lors de travaux de entendait acquérir un immeuble exempt d'amiante, la
rénovation, l'acquéreur a obtenu la désignation d'un cour d'appel ne pouvait, au motif que l'acquéreur avait
expert en référé puis a assigné les vendeurs en décidé plus de deux ans après la vente la réalisation de
dommages-intérêts sur le fondement de la réticence travaux de rénovation supposant un désamiantage,
dolosive ; retenir que son consentement avait été vicié lors de la
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt vente par l'absence d'information donnée sur la
d'accueillir cette demande, alors, selon le moyen : présence d'amiante ; qu'elle a ainsi violé les articles
1°/ qu'en retenant que Mme X... âgée de 82 ans lors de 1116 et 1382 du code civil ;
la vente connaissait à cette époque l'emploi d'amiante 6°/ que le préjudice constitué par le désamiantage du
ciment et d'Eternit, matériaux contenant de l'amiante pavillon n'était pas certain lors de la vente dès lors en
dans le pavillon vendu au seul motif que la construction effet que les travaux de désamiantage n'étaient pas
avait été entreprise par la communauté des époux de obligatoires à cette époque, que les vendeurs, qui ne
sorte qu'elle avait signé et/ou eu en main les contrats, s'étaient pas engagés à livrer un immeuble exempt
devis et factures de travaux, la cour d'appel a statué d'amiante, n'étaient tenus d'aucune obligation
par des motifs inopérants pour établir en quoi Mme d'information et que l'acquéreur n'avait pas
X... avait la connaissance certaine de la présence expressément exprimé sa volonté d'acheter un
d'amiante dans le pavillon vendu ; qu'elle a ainsi violé immeuble sans amiante ; qu'en condamnant les
l'article 455 du code de procédure civile ; vendeurs à prendre en charge le coût du désamiantage
2°/ qu'en retenant que MM. X... avaient déclaré à et des travaux en conséquence, la cour d'appel a violé
l'expert avoir assisté à la construction du pavillon à l'article 1382 du code civil ;
proximité duquel ils demeuraient, la cour d'appel a Mais attendu, d'une part, qu'ayant exactement retenu
encore statué par des motifs inopérants à établir la que si aucune obligation légale spécifique ne pesait sur
connaissance certaine qu'avaient ceux-ci de la présence les consorts X... concernant la présence d'amiante dans
d'amiante dans le pavillon vendu, en violation de l'immeuble vendu, le vendeur, tenu à un devoir général
l'article 455 du code de procédure civile ; de loyauté, ne pouvait néanmoins dissimuler à son
3°/ que la cour d'appel qui constatait qu'à l'époque de cocontractant un fait dont il avait connaissance et qui
la vente du pavillon, le 13 février 2002, les vendeurs aurait empêché l'acquéreur, s'il l'avait connu, de
n'avaient aucune obligation légale d'informer contracter aux conditions prévues, la cour d'appel, qui
l'acquéreur en matière d'amiante, qui n'avait été a souverainement constaté que les vendeurs avaient
introduite que par décret du 5 mai 2002 dont les connaissance, au moment de la vente, de la présence
dispositions étaient entrées en vigueur le 3 septembre d'amiante dans les éléments constitutifs de l'immeuble
2002, ne pouvait leur reprocher de n'avoir pas donné à vendu, et qui a relevé qu'il était démontré que Mme
l'acquéreur une information à laquelle ils n'étaient pas Y... n'aurait pas acheté aux conditions qu'elle avait
tenus ; qu'elle n'a pas ainsi tiré les conséquences légales acceptées si elle avait eu connaissance de la consistance
de ses constatations en violation des articles 1116 et réelle des biens, laquelle lui avait été
1382 du code civil ; intentionnellement dissimulée, a pu en déduire
4°/ que la cour d'appel ne pouvait, sous couvert l'existence d'une réticence dolosive imputable aux
d'obligation de loyauté, faire peser sur les vendeurs une vendeurs ;
obligation d'information sur la présence d'amiante dans Attendu, d'autre part, qu'ayant relevé qu'en
la construction du pavillon vendu qui n'avait été dissimulant à Mme Y... les informations dont ils
introduite que postérieurement à la vente ; qu'elle a disposaient quant à la présence d'amiante dans les murs
ainsi violé l'article 2 du code civil ; et les cloisons, les consorts X... lui avaient, par là même,
dissimulé les risques auxquels elle serait exposée lors de

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la réalisation de travaux et la nécessité dans laquelle dommages-intérêts correspondant au coût des travaux
elle se trouverait de faire procéder préalablement au de désamiantage ;
désamiantage de l'immeuble, la cour d'appel, qui a D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ; PAR CES
caractérisé la certitude du préjudice, a pu en déduire MOTIFS : REJETTE le pourvoi […]
que les vendeurs devaient être condamnés à des

Document 8 : Cass. Civ. 1, 3 mai 2000


[…] Sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche prix de vente de 85 000 francs encaissé par Mme Y...,
: l'arrêt attaqué, après avoir relevé qu'avant de conclure
Vu l'article 1116 du Code civil ; avec Mme Y... les ventes de 1989, M. Z... avait déjà
Attendu qu'en 1986, Mme Y... a vendu aux enchères vendu des photographies de X... qu'il avait achetées aux
publiques cinquante photographies de X... au prix de 1 enchères publiques à des prix sans rapport avec leur
000 francs chacune ; qu'en 1989, elle a retrouvé prix d'achat, retient qu'il savait donc qu'en achetant de
l'acquéreur, M. Z..., et lui a vendu successivement nouvelles photographies au prix de 1 000 francs l'unité,
trente-cinq photographies, puis cinquante autres il contractait à un prix dérisoire par rapport à la valeur
photographies de X..., au même prix qu'elle avait fixé des clichés sur le marché de l'art, manquant ainsi à
; que l'information pénale du chef d'escroquerie, l'obligation de contracter de bonne foi qui pèse sur tout
ouverte sur la plainte avec constitution de partie civile contractant et que, par sa réticence à lui faire
de Mme Y..., qui avait appris que M. X... était un connaî tre la valeur exacte des photographies, M. Z... a
photographe de très grande notoriété, a été close par incité Mme Y... à conclure une vente qu'elle n'aurait
une ordonnance de non-lieu ; que Mme Y... a alors pas envisagée dans ces conditions ;
assigné son acheteur en nullité des ventes pour dol ; Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'aucune obligation
Attendu que pour condamner M. Z... à payer à Mme d'information ne pesait sur l'acheteur, la cour d'appel a
Y... la somme de 1 915 000 francs représentant la violé le texte susvisé ;
restitution en valeur des photographies vendues lors PAR CES MOTIFS : CASSE […]
des ventes de gré à gré de 1989, après déduction du

Document 9 : Cass. Civ. 3, 17 janvier 2007


[…] Sur le moyen unique : agriculteur devenu manoeuvre, marié à une épouse en
Vu l'article 1116 du code civil ; incapacité totale de travail, ne pouvait lui-même
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 27 octobre 2005), connaî tre la valeur de son pavillon, constituait un
que M. X..., marchand de biens, bénéficiaire de manquement au devoir de loyauté qui s'imposait à tout
promesses de vente que M. Y... lui avait consenties sur contractant et caractérisait une réticence dolosive
sa maison, l'a assigné en réalisation de la vente après déterminante du consentement de M. Y..., au sens de
avoir levé l'option et lui avoir fait sommation de passer l'article 1116 du code civil ;
l'acte ; Qu'en statuant ainsi, alors que l'acquéreur, même
Attendu que pour prononcer la nullité des promesses professionnel, n'est pas tenu d'une obligation
de vente, l'arrêt retient que le fait pour M. X... de ne d'information au profit du vendeur sur la valeur du bien
pas avoir révélé à M. Y... l'information essentielle sur acquis, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
le prix de l'immeuble qu'il détenait en sa qualité d'agent PAR CES MOTIFS : CASSE […]
immobilier et de marchand de biens, tandis que M. Y...,

Document 10 : Cass. Com., 7 juin 2011


[…] Sur le moyen unique : Mme X...s'est rendue coupable d'une " négligence
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Nî mes, 10 septembre persistante à respecter la législation sur les
2009), que Mme X...a cédé son fonds de commerce de préparateurs en pharmacie, puis à informer la
pharmacie à la société Pharmacie Y... (la société Y...) ; cessionnaire de cette situation ou simplement de
que cette dernière, s'estimant victime d'un dol par l'absence de vérification par elle du diplôme
réticence de son vendeur concernant la qualification professionnel requis de Mme Z..." ; que la cour d'appel
exacte de l'une des salariées dont le contrat de travail relève encore que Mme X...a commis une négligence
avait été repris lors de la cession du fonds de grave en promouvant Mme Z...au rang de préparatrice
commerce, l'a assignée en paiement de dommages- en pharmacie sans en vérifier les diplômes, puis que les
intérêts ; mentions, portées dans les actes de vente, ainsi que les
Attendu que la société Y... fait grief à l'arrêt d'avoir documents produits au cours de la cession, ont
rejeté sa demande, alors, selon le moyen : conformé Mme Y... dans son erreur ; qu'en écartant
1°/ que tout fait de l'homme qui cause à autrui un néanmoins la demande de la société Y... tendant à
dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé obtenir des dommages-intérêts en réparation du
à le réparer ; que le droit de demander la nullité d'un préjudice subi du fait de la faute de Mme X..., aux
contrat par application des articles 1116 et 1117 du code motifs que le défaut d'information caractérisé à
civil n'exclut pas l'exercice par la victime d'une l'encontre du cessionnaire ne serait pas constitutif d'un
réticence dolosive d'une action en responsabilité civile dol, faute d'élément intentionnel, la cour d'appel a
délictuelle, pour obtenir de l'auteur de manquements violé par refus d'application l'article 1382 du code civil,
avérés réparation du préjudice souffert ; qu'en ensemble l'article 12 du code de procédure civile ;
l'espèce, il appert des motifs de l'arrêt attaqué que

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2°/ que tout fait quelconque de l'homme oblige celui l'acquéreur la cour d'appel relève que le coût de cette
par la faute duquel il est arrivé à le réparer ; que le procédure n'était pas d'une importance telle qu'elle eut
droit de demander la nullité d'un contrat par pu conduire à la renonciation à la vente par la
application des articles 1116 et 1117 du code civil cessionnaire ; qu'en statuant ainsi par des motifs
n'exclut pas l'exercice par la victime d'une réticence inopérants, la cour d'appel a violé l'article 1382 du code
dolosive d'une action en responsabilité civile civil, ensemble le principe de la réparation intégrale et
délictuelle, pour obtenir de l'auteur de manquements l'article 1 du Premier protocole additionnel de la
avérés réparation du préjudice subi ; que la réparation Convention européenne de sauvegarde des droits de
de ce préjudice n'est pas subordonnée à la preuve que l'homme et des libertés fondamentales ;
la victime aurait totalement renoncé à contracter si elle Mais attendu qu'ayant souverainement estimé qu'il
avait été correctement informée ; qu'en l'espèce, la n'était établi ni l'intention de Mme X...de tromper la
cour d'appel constate que la société Y... si elle avait été société Y... ni le caractère déterminant de
correctement informée, aurait négocié d'autres l'information litigieuse sur les conditions de la vente, la
conditions de vente et, notamment, la prise en charge cour d'appel en a exactement déduit que la demande,
par le cédant du coût du licenciement du salarié exclusivement fondée sur le dol, devait être rejetée ;
irrégulièrement employé ; que pour dénier néanmoins que le moyen n'est fondé en aucune de ses branches ;
à la société Y... tout droit à réparation du préjudice PAR CES MOTIFS :
constaté du par la faute du vendeur ayant trompé REJETTE le pourvoi ; […]

Document 11 : Cass. Civ. 1, 30 mai 2000


[…] Attendu que M. X..., assuré par les Assurances Attendu qu'en se déterminant ainsi, alors que la
mutuelles de France " Groupe azur " (le Groupe Azur) transaction peut être attaquée dans tous les cas où il y
a été victime d'un incendie survenu le 15 janvier 1991 a violence, et que la contrainte économique se rattache
dans le garage qu'il exploitait ; que, le 10 septembre à la violence et non à la lésion, la cour d'appel a violé
1991, il a signé un accord sur la proposition de l'expert les textes susvisés ;
pour fixer les dommages à la somme de 667 382 francs, Et, sur le troisième moyen :
dont, en premier règlement 513 233 francs, et en Vu l'article 1134 du Code civil ;
règlement différé 154 149 francs ; Attendu que, pour condamner M. X... à rembourser au
Sur le premier moyen : (Publication sans intérêt) ; Groupe Azur la somme de 154 149 francs avec intérêts,
Mais sur le deuxième moyen : l'arrêt attaqué retient que M. X... ne justifie pas avoir
Vu les articles 2052 et 2053 du Code civil, ensemble fait réparer l'immeuble dans les deux ans ;
l'article 12 du nouveau Code de procédure civile ; Attendu qu'en statuant ainsi, alors que cette condition
Attendu que, pour rejeter la demande d'annulation de de délai ne figurait pas sur l'acte du 10 septembre 1991,
l'acte du 10 septembre 1991, l'arrêt attaqué retient que, le délai limite ayant été laissé en blanc, la cour d'appel
la transaction ne pouvant être attaquée pour cause de a dénaturé les termes de cet acte.
lésion, la contrainte économique dont fait état M. X... PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE,
ne saurait entraî ner la nullité de l'accord ;

Document 12 : Cass. Civ. 1, 3 avril 2002


[…] Vu l'article 1112 du Code civil ; licenciement inhérent à l'époque au contexte social de
Attendu que Mme X... était collaboratrice puis l'entreprise, une coupure de presse d'août 1984
rédactrice salariée de la société Larousse-Bordas depuis révélant d'ailleurs la perspective d'une compression de
1972 ; que selon une convention à titre onéreux en date personnel en son sein, même si son employeur ne lui
du 21 juin 1984, elle a reconnu la propriété de son avait jamais adressé de menaces précises à cet égard ;
employeur sur tous les droits d'exploitation d'un que de plus l'obligation de loyauté envers celui-ci ne lui
dictionnaire intitulé " Mini débutants " à la mise au permettait pas, sans risque pour son emploi, de
point duquel elle avait fourni dans le cadre de son proposer son manuscrit à un éditeur concurrent ; que
contrat de travail une activité supplémentaire ; que, cette crainte de perdre son travail, influençant son
devenue " directeur éditorial langue française " au consentement, ne l'avait pas laissée discuter les
terme de sa carrière poursuivie dans l'entreprise, elle conditions de cession de ses droits d'auteur comme elle
en a été licenciée en 1996 ; que, en 1997, elle a assigné aurait pu le faire si elle n'avait pas été en rapport de
la société Larousse-Bordas en nullité de la cession sus- subordination avec son cocontractant, ce lien n'ayant
évoquée pour violence ayant alors vicié son cessé qu'avec son licenciement ultérieur ;
consentement, interdiction de poursuite de Attendu, cependant, que seule l'exploitation abusive
l'exploitation de l'ouvrage et recherche par expert des d'une situation de dépendance économique, faite pour
rémunérations dont elle avait été privée ; tirer profit de la crainte d'un mal menaçant
Attendu que, pour accueillir ces demandes, l'arrêt directement les intérêts légitimes de la personne, peut
retient qu'en 1984, son statut salarial plaçait Mme X... vicier de violence son consentement ; qu'en se
en situation de dépendance économique par rapport à déterminant comme elle l'a fait, sans constater, que lors
la société Editions Larousse, la contraignant d'accepter de la cession, Mme X... était elle-même menacée par
la convention sans pouvoir en réfuter ceux des termes le plan de licenciement et que l'employeur avait
qu'elle estimait contraires tant à ses intérêts personnels exploité auprès d'elle cette circonstance pour la
qu'aux dispositions protectrices des droits d'auteur ; convaincre, la cour d'appel n'a pas donné de base
que leur refus par elle aurait nécessairement fragilisé sa légale à sa décision ;
situation, eu égard au risque réel et sérieux de

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Par ces motifs, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la


seconde branche du premier moyen, ni sur le second
moyen :
CASSE ET ANNULE, […]

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Leçons n° 6

Le contenu du contrat
Semaine du 19 octobre 2018 / 0WOC 6
Partiel : Réviser les cinq premières leç ons-pré-read, CM et TE compris-
Travail à réaliser :

- Apprendre le cours.
- Travail écrit à rendre : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour de cassation.
Recherchez et indiquez si ces arrêts ont été publiés au Bulletin de la Cour de cassation.
- Exercice écrit à rendre : Commentaire de l’arrêt Cass. Ass. Plén., 1er décembre 1995, ARRET N°
1.

I- METHODOLOGIE

 Le saviez-vous ! A propos des arrêts de la Cour de cassation


Les arrêts de l’assemblée plénière et des chambres mixtes sont mis en ligne, dans l’après-midi de
leur prononcé, dans la rubrique "Jurisprudence" du site internet de la Cour de cassation
(https://www.courdecassation.fr/), avec en principe le rapport du conseiller rapporteur, l’avis de
l’avocat général et, le cas échéant, un communiqué du service de communication.

 Révision de la méthode du commentaire d’arrêt


II- LE CONTENU DU CONTRAT et L’OBJET disparu

1°) La détermination du prix

Document 1 : Cass. Civ. 1, 29 novembre 1994.


Document 2 : Cass. Ass. Plén. 1er décembre 1995 (4 arrêts) : H. CAPITANT, F. TERRE et Y. LEQUETTE,
Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, 13e éd., 2015, n° 152-155 (non reproduits).
Document 3 : Cass. Civ. 1, 12 mai 2004, n° 03-13.847.
2°) La licéité de l’objet

Document 4 : Cass. Ass. Plén., 31 mai 1991.


Document 5 : Cass.Civ.1, 7 novembre 2000.
Document 6 : Cass. Com., 25 juin 2013.

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Document 1 : Cass. Civ. 1, 29 novembre 1994


« Sur le moyen unique, pris en sa première branche : " plus-value de la redevance de location sur la base du
tarif en vigueur " ;
Vu les articles 1129 et 1134, alinéa 3, du Code civil ; Attendu qu'en se prononçant par ces motifs, alors que,
portant sur des modifications futures de l'installation, la
Attendu que pour prononcer, pour indétermination du convention litigieuse faisait référence à un tarif, de
prix, la nullité des conventions conclues par M. X... sorte que le prix en était déterminable, et qu'il n'était
avec la société GST-Alcatel Est pour la fourniture et pas allégué que la société GST-Alcatel eût abusé de
l'entretien d'une installation téléphonique, la cour l'exclusivité qui lui était réservée pour majorer son tarif
d'appel retient que si le prix de la location et de dans le but d'en tirer un profit illégitime, et ainsi
l'entretien de l'installation était déterminable, il n'en méconnu son obligation d'exécuter le contrat de bonne
était pas de même du coût des modifications dont le foi, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
bailleur s'était réservé l'exclusivité, le contrat se
bornant sur ce point à mentionner l'application d'une PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE […] »

Document 2 : Cass. Ass. Plén. 1er décembre 1995

ARRET N° 1 commandes d'approvisionnement à intervenir n'affecte


Sur le premier moyen, pris en sa première branche : pas la validité du contrat, l'abus dans la fixation du prix
Vu les articles 1709 et 1710, ensemble les articles 1134 ne donnant lieu qu'à résiliation ou indemnisation ;
et 1135 du Code civil ; Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X... a conclu un
Attendu que lorsqu'une convention prévoit la contrat par lequel il devenait, pendant une durée de 5
conclusion de contrats ultérieurs, l'indétermination du années, le franchisé de M. Y... et s'engageait à utiliser
prix de ces contrats dans la convention initiale n'affecte exclusivement les produits vendus par celui-ci ;
pas, sauf dispositions légales particulières, la validité de Attendu que pour annuler ce contrat, l'arrêt retient
celle-ci, l'abus dans la fixation du prix ne donnant lieu que l'article 5 de la convention prévoit " que les
qu'à résiliation ou indemnisation ; produits seront vendus au tarif en vigueur au jour de
Attendu selon l'arrêt attaqué (Rennes, 13 février 1991) l'enregistrement de la commande, ce tarif étant celui
que le 5 juillet 1981, la société Sumaco a conclu avec la du prix catalogue appliqué à l'ensemble des franchisés
société Compagnie atlantique de téléphone (CAT) un ", qu'il s'agit en fait d'un barème et qu'il en résulte que
contrat de location-entretien d'une installation la détermination des prix est à la discrétion du
téléphonique moyennant une redevance indexée, la franchiseur ;
convention stipulant que toutes modifications Qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes
demandées par l'Administration ou l'abonné seraient susvisés ;
exécutées aux frais de celui-ci selon le tarif en vigueur PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
; que la compagnie ayant déclaré résilier le contrat en la seconde branche du moyen :
1986 en raison de l'absence de paiement de la CASSE ET ANNULE,
redevance, et réclamé l'indemnité contractuellement
prévue, la Sumaco a demandé l'annulation de la ARRET N° 3
convention pour indétermination de prix ; Sur le moyen unique, pris en sa première branche :
Attendu que pour annuler le contrat, l'arrêt retient que Vu les articles 1709 et 1710 ensemble les articles 1134 et
l'abonné était contractuellement tenu de s'adresser 1135 du Code civil ;
exclusivement à la compagnie pour toutes les Attendu que lorsqu'une convention prévoit la
modifications de l'installation et que le prix des conclusion de contrats ultérieurs, l'indétermination du
remaniements inéluctables de cette installation et pour prix de ces contrats dans la convention initiale n'affecte
lesquels la Sumaco était obligée de s'adresser à la CAT, pas, sauf dispositions légales particulières, la validité de
n'était pas déterminé et dépendait de la seule volonté celle-ci, l'abus dans la fixation du prix ne donnant lieu
de celle-ci, de même que le prix des éventuels qu'à résiliation ou indemnisation ;
suppléments ; Attendu, selon l'arrêt déféré, que, le 15 novembre
Qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes 1982, la société Bechtel France (société Bechtel) a
susvisés ; souscrit avec la société Compagnie française de
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur téléphone (société Cofratel), pour une durée de 15
les autres moyens : années, une convention dite de " location-entretien ",
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, relative à l'installation téléphonique de ses bureaux ;
l'arrêt rendu le 13 février 1991, entre les parties, par la que, le 28 juin 1984, la société Bechtel a informé la
cour d'appel de Rennes ; remet, en conséquence, la société Cofratel de la fermeture de partie de ses locaux
cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient et, par suite, de la fin du contrat ; que la société
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie Cofratel a assigné la société Bechtel en paiement du
devant la cour d'appel de Paris. montant de la clause pénale prévue en cas de rupture
anticipée de la convention et que la société Bechtel a
ARRET N° 2 résisté en invoquant la nullité du contrat pour
Sur le moyen unique pris en sa première branche : indétermination du prix ;
Vu les articles 1134 et 1135 du Code civil ; Attendu que, pour prononcer cette nullité, l'arrêt
Attendu que la clause d'un contrat de franchisage retient que si " l'obligation de recourir à la société
faisant référence au tarif en vigueur au jour des Cofratel ne concerne que les modifications intrinsèques

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de l'installation et n'empêche pas la société Bechtel de contractuels ou, dans le cas où l'application de l'indice
s'adresser à d'autres fournisseurs pour l'achat et serait provisoirement suspendue suivant la formule de
l'utilisation d'appareil semblable ou complémentaire, il substitution ou le coefficient de majoration légale ou
n'en demeure pas moins que toutes modifications de réglementaire arrêté par l'autorité publique, étant
l'installation ne peuvent être exécutées que par la précisé que ces mêmes variations indiciaires pourront
société Cofratel qui bénéficie à cet égard d'une clause être à la fois appliquées au matériel adjoint à
d'exclusivité " ; l'installation louée ou fournie et à la main-d'oeuvre si,
Qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes par suite de " circonstances quelconques ", la hausse
susvisés ; intervenue chez le fournisseur de matériel ne peut être
PAR CES MOTIFS : dûment établie ; que, dès lors, en se bornant à énoncer
CASSE ET ANNULE que les paramètres ainsi définis ne pouvaient être
maî trisés par les parties, pour en déduire que
ARRÊT N° 4 l'importance de la majoration de la redevance initiale
Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : liée aux extensions de l'installation était parfaitement
Attendu, selon l'arrêt confirmatif déféré (Rennes, 11 déterminable, sans rechercher si, par son obscurité et
février 1993), qu'en vue de l'exploitation d'un hôtel, la sa complexité, la formule de calcul prévue au contrat
société Le Montparnasse a, le 27 août 1987, pris à bail ne mettait pas le locataire, tenu par une clause
à la société Compagnie armoricaine de d'exclusivité, dans l'impossibilité de connaî tre le taux
télécommunications, aux droits de laquelle se trouve la de la majoration, la cour d'appel a privé sa décision de
société GST-Alcatel Bretagne (société Alcatel), une toute base légale au regard du texte susvisé ; et alors,
installation téléphonique pour une durée de 10 années d'autre part, qu'il faut, pour la validité du contrat, que
; qu'au mois de janvier 1990, la société Le la quotité de l'objet de l'obligation qui en est issue
Montparnasse a cédé son fonds de commerce et que puisse être déterminée ; qu'il est constant, en l'espèce,
le cessionnaire n'a pas voulu reprendre l'installation que le locataire était tenu de faire appel au bailleur
téléphonique ; que la société Alcatel a assigné la pour toute extension dont la mise en service était
société Le Montparnasse en paiement du montant de subordonnée, en application de l'article 3, in fine, du
l'indemnité de résiliation, prévue au contrat ; contrat du 27 août 1987, au paiement de la redevance
Attendu que la société Le Montparnasse reproche à réclamée par l'installateur ; que dès lors, en s'abstenant
l'arrêt d'avoir écarté l'exception de nullité du contrat de rechercher si, lors de la conclusion des avenants
et des avenants intervenus, tirée de l'indétermination prévus en cas de modification ou d'extension de
du prix d'une partie des " prestations " stipulées, alors, l'installation initiale, les prix pouvaient être librement
selon le moyen, d'une part, que n'est ni déterminé ni débattus et acceptés par les parties, la cour d'appel a
déterminable, au sens de l'article 1129 du Code civil, le privé sa décision de toute base légale au regard de
prix dont la fixation fait appel à des paramètres l'article 1129 du Code civil ;
insuffisamment précisés ; qu'en l'espèce, l'article 2 de Mais attendu que l'article 1129 du Code civil n'étant pas
la convention du 27 août 1987 prévoit que toute applicable à la détermination du prix et la cour d'appel
extension d'une installation initiale fera l'objet d'une n'ayant pas été saisie d'une demande de résiliation ou
plus-value de la redevance de location, déterminée par d'indemnisation pour abus dans la fixation du prix, sa
référence à la hausse des prix intervenue chez le décision est légalement justifiée ;
fournisseur depuis la dernière fixation " ayant servi de PAR CES MOTIFS :
base ", ainsi qu'en fonction de l'indice des prix REJETTE le pourvoi.

Document 3 : Cass. Civ. 1, 12 mai 2004


« Sur le moyen unique :
Qu'en statuant ainsi, alors que l'article 1129 du Code
Vu l'article 1129 du Code civil ; civil n'est pas applicable à la détermination du prix en
toute matière, la cour d'appel a, par fausse application,
Attendu que pour annuler sur le fondement de l'article violé le texte susvisé ;
1129 du Code civil, la clause prévoyant le paiement PAR CES MOTIFS :
d'une indemnité financière de remboursement anticipé CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
que la Caisse régionale de Crédit agricole Alpes déclaré nul l'article 4, alinéa 8, des contrats de prêts,
Provence réclamait à Mme X..., l'arrêt attaqué retient relatif à l'indemnité financière de remboursement
que le montant de cette indemnité, visée à l'article 4, anticipé, conclus entre Mme X... et la Caisse régionale
alinéa 8, des contrats de prêts, étant fixé de Crédit agricole Alpes-Provence, […] »
unilatéralement par le prêteur, était nécessairement
indéterminable ;

Document 4 : Cass. Ass. Plén., 31 mai 1991

Sur le pourvoi dans l'intérêt de la loi formé par M. le tant au principe d'ordre public de l'indisponibilité du
Procureur général près la Cour de Cassation : corps humain qu'à celui de l'indisponibilité de l'état des
Vu les articles 6 et 1128 du Code civil, ensemble l'article personnes ;
353 du même Code ; Attendu selon l'arrêt infirmatif attaqué que Mme X...,
Attendu que, la convention par laquelle une femme épouse de M. Y..., étant atteinte d'une stérilité
s'engage, fût-ce à titre gratuit, à concevoir et à porter irréversible, son mari a donné son sperme à une autre
un enfant pour l'abandonner à sa naissance contrevient femme qui, inséminée artificiellement, a porté et mis

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au monde l'enfant ainsi conçu ; qu'à sa naissance, cet Qu'en statuant ainsi, alors que cette adoption n'était
enfant a été déclaré comme étant né de Y..., sans que l'ultime phase d'un processus d'ensemble destiné à
indication de filiation maternelle ; permettre à un couple l'accueil à son foyer d'un enfant,
Attendu que, pour prononcer l'adoption plénière de conçu en exécution d'un contrat tendant à l'abandon
l'enfant par Mme Y..., l'arrêt retient qu'en l'état actuel à sa naissance par sa mère, et que, portant atteinte aux
des pratiques scientifiques et des moeurs, la méthode principes de l'indisponibilité du corps humain et de
de la maternité substituée doit être considérée comme l'état des personnes, ce processus constituait un
licite et non contraire à l'ordre public, et que cette détournement de l'institution de l'adoption, la cour
adoption est conforme à l'intérêt de l'enfant, qui a été d'appel a violé les textes susvisés ;
accueilli et élevé au foyer de M. et Mme Y... PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, mais
pratiquement depuis sa naissance ; seulement dans l'intérêt de la loi et sans renvoi, l'arrêt
rendu le 15 juin 1990 par la cour d'appel de Paris.

Document 5 : Cass. Civ.1, 7 novembre 2000

Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : ", ce dont il résultait que le malade conservait son
Attendu que M. Y..., chirurgien, a mis son cabinet à la entière liberté de s'adresser à M. Y..., à M. X... ou à
disposition de son confrère, M. X..., en créant avec lui tout autre praticien, de sorte qu'il n'était pas porté
une société civile de moyens ; qu'ils ont ensuite conclu, atteinte à son libre choix, la cour d'appel n'a pas tiré
le 15 mai 1991, une convention aux termes de laquelle les conséquences légales de ses propres constatations
M. Y... cédait la moitié de sa clientèle à M. X... contre en violation des articles 1128 et 1134 du Code civil ; et
le versement d'une indemnité de 500 000 francs ; que alors, d'autre part, qu'en s'abstenant de rechercher
les parties ont, en outre, conclu une " convention de comme elle y était invitée, si l'objet du contrat était en
garantie d'honoraires " par laquelle M. Y... s'engageait partie licite, comme faisant obligation à M. Y... de
à assurer à M. X... un chiffre d'affaires annuel minimum présenter M. X... à sa clientèle et de mettre à la
; que M. X..., qui avait versé une partie du montant de disposition de celui-ci du matériel médical, du matériel
l'indemnité, estimant que son confrère n'avait pas de bureautique et du matériel de communication, de
respecté ses engagements vis-à-vis de sa clientèle, a sorte que l'obligation de M. X... au paiement de
assigné celui-ci en annulation de leur convention ; que l'indemnité prévue par le contrat était pour partie
M. Y... a demandé le paiement de la somme lui restant pourvu d'une cause, la cour d'appel a privé sa décision
due sur le montant conventionnellement fixé ; de base légale au regard des articles 1128, 1131 et 1134
Attendu que M. Y... fait grief à l'arrêt attaqué (Colmar, du Code civil ;
2 avril 1998) d'avoir prononcé la nullité du contrat Mais attendu que si la cession de la clientèle médicale,
litigieux, de l'avoir condamné à rembourser à M. X... à l'occasion de la constitution ou de la cession d'un
le montant des sommes déjà payées par celui-ci et de fonds libéral d'exercice de la profession, n'est pas
l'avoir débouté de sa demande en paiement du solde illicite, c'est à la condition que soit sauvegardée la
de l'indemnité prévue par la convention, alors, selon le liberté de choix du patient ; qu'à cet égard, la cour
moyen, d'une part, qu'en décidant que le contrat était d'appel ayant souverainement retenu, en l'espèce, cette
nul comme portant atteinte au libre choix de son liberté de choix n'était pas respectée, a légalement
médecin par le malade, après avoir relevé qu'il faisait justifié sa décision ; d'où il suit que le moyen, mal
obligation aux parties de proposer aux patients une " fondé en sa première branche, est inopérant en sa
option restreinte au choix entre deux praticiens ou à seconde ;
l'acceptation d'un chirurgien différent de celui auquel PAR CES MOTIFS :
ledit patient avait été adressé par son médecin traitant REJETTE le pourvoi.

Document 6 : Cass. Com., 25 juin 2013

Sur le troisième moyen : Attendu qu’en statuant ainsi, alors que tout fichier
Vu l’article 1128 du code civil, ensemble l’article 22 de informatisé contenant des données à caractère
la loi personnel doit faire l’objet d’une déclaration auprès de
n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; la CNIL et que la vente par la société Bout-Chard d’un
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X... a fait tel fichier qui, n’ayant pas été déclaré, n’était pas dans
assigner la société Bout-Chard en nullité de la vente le commerce, avait un objet illicite, la cour d’appel a
d’un fichier de clients informatisé ; violé les textes susvisés ;
Attendu que pour rejeter cette demande, l’arrêt, après PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur
avoir constaté que le fichier de clientèle tenu par la les autres griefs :
société Bout-Chard qui aurait dû être déclaré à la CASSE ET ANNULE en toutes ses dispositions, l’arrêt
Commission nationale informatique et libertés (la rendu le 17 janvier 2012, entre les parties, par la cour
CNIL) ne l’avait pas été, retient que la loi n’a pas prévu d’appel de Rennes ; remet, en conséquence, la cause et
que l’absence d’une telle déclaration soit sanctionnée les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit
par la nullité ; arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d’appel de Rennes, autrement composée ;

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Leçon n° 7

Le contenu du contrat
Semaine du 26 octobre 2018 / 0WOC 7
Travail à réaliser :

- Apprendre le cours.
- Travail écrit à rendre : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour de cassation.
Recherchez et indiquez si ces arrêts ont été publiés au Bulletin de la Cour de cassation.
- Travail écrit à rendre: Faire le commentaire de l’arrêt Cass. Com.5 juin 2007.

I- METHODOLOGIE

 Révision de la méthode du commentaire d’arrêt.


II- LE CONTENU DU CONTRAT et LA CAUSE disparue
1°) L’existence de la cause

a) La détermination de la cause
Document 1 : Cass. Com. 7 avril 2009, n° 08-12.192.
Document 2 : Cass. Civ. 1, 20 novembre 1974, n° 72-13.117

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b) La subjectivisation de la cause

Document 3 : Cass. Civ. 1, 3 juillet 1996, n° 94-14.800.


Document 4 : Cass. Com., 9 juin 2009, n° 08-11.420.
Document 5 : Cass. Com., 22 oct. 1996, n° 93-18.632; Bull. civ. IV, n° 261; H. Capitant, F. Terré et Y. Lequette,
Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, 13e éd., 2015, n° 157 (non reproduit).
Document 6 : Cass. Com., 5 juin 2007, n° 06-14.832.

Document 7 : Cass. Com., 13 février 2007, n° 05-17.407.


Document 8 : Cass. Com., 29 juin 2010, n° 09-11.841.
2°) La licéité de la cause

Document 9 : Cass. Civ. 1, 7 octobre 1998, n° 96-14.359 ; H. CAPITANT, F. TERRE et Y. LEQUETTE, Les
grands arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, 13e éd., 2015, n° 158 (non reproduit).

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Document 1 : Cass. Com., 7 avril 2009


« Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la caisse d'épargne égard dès lors qu'il n'était pas prétendu qu'elle aurait
et de prévoyance d'Auvergne et du Limousin (la caisse) eu, sur les revenus de M. X..., son patrimoine et ses
a consenti à M. X..., le 12 août 2002, un prêt, puis, le facultés de remboursement prévisibles en l'état du
10 avril 2003, un découvert en compte-courant à succès escompté de l'opération, des informations que
concurrence de 14 000 euros ; qu'après avoir notifié à lui-même aurait ignorées, la cour d'appel a légalement
M. X... la cessation de ce concours, la caisse l'a mis en justifié sa décision ; que le moyen n'est pas fondé ;
demeure de lui en payer le solde débiteur ainsi que les
échéances du prêt restées impayées et l'a assigné en Mais sur le premier moyen :
paiement ;
Vu les articles 1131 et 1134 du code civil ;
Sur le second moyen :
Attendu que le prêt consenti par un professionnel du
Attendu que M. X... reproche à l'arrêt d'avoir rejeté crédit n'est pas un contrat réel ; que c'est dans
ses demandes en dommages-intérêts, alors, selon le l'obligation souscrite par le prêteur, que l'obligation de
moyen, que l'établissement de crédit est tenu vis-à-vis l'emprunteur trouve sa cause, dont l'existence, comme
de l'emprunteur non averti d'un devoir de mise en l'exactitude, doit être appréciée au moment de la
garde lors de la conclusion du prêt ; qu'il doit à ce titre conclusion du contrat ;
s'assurer que la charge du remboursement, en
s'ajoutant aux autres charges du fonds, pouvait être Attendu que pour rejeter la demande de M. X...
supportée par l'exploitation du fonds à l'acquisition tendant à l'annulation du prêt pour absence de cause,
duquel le prêt était affecté ; qu'en ne précisant pas si l'arrêt retient que la cause du prêt réside dans la
M. X..., dont la qualité de commerçant ne préjugeait délivrance des fonds, laquelle a été réalisée ;
pas de ses compétences en matière bancaire et
financière, avait la qualité d'emprunteur non averti et, Attendu qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les
dans l'affirmative, si, conformément au devoir de mise textes susvisés ;
en garde auquel elle était tenue à son égard, la banque
justifiait y avoir satisfait après avoir constaté la Et attendu que cette cassation entraî ne par voie de
rentabilité insuffisante de l'activité professionnelle conséquence l'annulation de l'arrêt en ce que,
financée au moyen du prêt, la cour d'appel a privé son confirmant le jugement, il a condamné M. X... au
arrêt de base légale au regard de l'article 1147 du code paiement du prêt ;
civil ;
PAR CES MOTIFS :
Mais attendu qu'ayant retenu, par motifs propres et CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
adoptés, que M. X... avait exercé de longue date une débouté M. X... de sa demande en nullité du prêt et
activité de pâtissier-chocolatier avant de céder la l'a condamné à payer à la caisse d'épargne et de
branche pâtisserie pour ne conserver que la branche prévoyance d'Auvergne et du Limousin la somme de
chocolaterie, ce dont il résultait qu'à la date de l'octroi 75 065,47 euros avec intérêts de droit à compter du 23
des crédits, il était un emprunteur averti et que la caisse juillet 2004, l'arrêt […] »
n'était tenue d'aucun devoir de mise en garde à son

Document 2 : Cass. Civ. 1, 30 novembre 1974


SUR LE PREMIER MOYEN : VU L'ARTICLE 1131 DU MACHINE A LAVER ET D'UNE ESSOREUSE, ET
CODE CIVIL ; QUE, CETTE CAUSE AYANT DISPARU,
L'OBLIGATION DOIT ETRE ANNULEE EN
ATTENDU QUE POUR REJETER LA DEMANDE APPLICATION DE L'ARTICLE 1131 DU CODE CIVIL
FORMEE CONTRE LAMBERT PAR LA SOCIETE ";
RADIO FIDUCIAIRE EN PAIEMENT D'UNE
SOMME DE 1 397, 15 FRANCS REPRESENTANT LES ATTENDU QU'EN STATUANT AINSI ALORS
MENSUALITES IMPAYEES ET LES FRAIS QUE LA CAUSE DE L'OBLIGATION DE
AFFERENTS A UN PRET CONTRACTE PAR LUI L'EMPRUNTEUR RESIDAIT DANS LA MISE A SA
POUR L'ACHAT D'UNE MACHINE A LAVER A DISPOSITION DES FONDS NECESSAIRES A
CREDIT AUX ETABLISSEMENTS DELVILLE, LE L'ACQUISITION QU'IL AVAIT EFFECTUEE, LE
JUGEMENT ATTAQUE, APRES AVOIR TRIBUNAL A VIOLE LE TEXTE SUSVISE ;
CONSTATE QU'EN RAISON DE LA FAILLITE DU
VENDEUR, LE MATERIEL COMMANDE N'A PAS PAR CES MOTIFS, ET SANS QU'IL AIT LIEU DE
ETE LIVRE A LAMBERT, A ENONCE QUE STATUER SUR LES DEUXIEME ET TROISIEME
L'OBLIGATION SOUSCRITE PAR CELUI-CI MOYENS : CASSE ET ANNULE
"AVAIT POUR CAUSE LA LIVRAISON D'UNE

Document 3 : Cass. Civ. 1, 3 juillet 1996


« Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : Attendu que la société DPM fait grief à l'arrêt attaqué
(Grenoble, 17 mars 1994) d'avoir annulé, pour défaut
de cause, le contrat de création d'un " point club vidéo

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" et de location de cassettes conclu avec M. et Mme Mais attendu qu'ayant relevé que, s'agissant de la
Y..., en retenant que la cause, mobile déterminant de location de cassettes vidéo pour l'exploitation d'un
l'engagement de ces derniers, était la diffusion certaine commerce, l'exécution du contrat selon l'économie
des cassettes auprès de leur clientèle, et que cette voulue par les parties était impossible, la cour d'appel
exploitation était vouée à l'échec dans une en a exactement déduit que le contrat était dépourvu
agglomération de 1314 habitants, alors que, d'une part, de cause, dès lors qu'était ainsi constaté le défaut de
dans un contrat synallagmatique la cause de l'obligation toute contrepartie réelle à l'obligation de payer le prix
d'une partie réside dans l'obligation de l'autre partie, et de location des cassettes, souscrite par M. et Mme Y...
qu'en l'espèce la cause de l'engagement des époux X... dans le cadre de la convention de création d'un " point
était la mise à leur disposition des cassettes vidéo, et club vidéo " ;
que, d'autre part, les motifs déterminants ne peuvent
constituer la cause du contrat que dans le cas non Que l'arrêt est ainsi légalement justifié ;
relevé par la cour d'appel où ces motifs sont entrés
dans le champ contractuel ; PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi […] »

Document 4 : Cass. Com., 9 juin 2009


« Sur le premier moyen, pris en sa première branche : d'accroî tre notablement le budget de l'exercice
précédent, de sorte qu'il est certain que le budget de
Vu l'article 1131 du code civil ; l'association ne lui permettait pas de financer la location
des vidéogrammes ; qu'il relève encore que
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que, le 17 avril 2002, la l'importance de l'engagement financier mis à sa charge
société Meria a conclu avec l'association Tourisme et par le contrat l'empêchait de financer les autres
culture Bordeaux, association des personnels des objectifs poursuivis par celle-ci dans le domaine
groupes La Poste et France Télécom (l'association), un touristique et culturel ; qu'il relève enfin que, dans la
contrat de location portant sur un lot de cassettes vidéo mesure où les cassettes et DVD étaient destinés non
et DVD, pendant une durée de douze mois, selon un seulement à être loués, mais aussi à être prêtés aux
prix mensuel de 3 100 euros ; qu'après s'être acquitté membres de l'association, le produit attendu des
du paiement d'une partie de ce prix, l'association a locations ne pouvait en aucun cas permettre d'assurer
assigné la société Meria en annulation ou résolution de l'équilibre financier de l'opération ; qu'il en déduit que
ce contrat, en remboursement de la somme versée, et le contrat, en l'absence de contrepartie réelle pour
en indemnisation de son préjudice ; l'association, ne pouvait être exécuté selon l'économie
voulue par les parties ;
Attendu que, pour déclarer le contrat nul pour absence
de cause, l'arrêt constate que l'objet de celui-ci, Attendu qu'en statuant ainsi, alors que la cause de
envisagé du point de vue de l'association, était de louer l'obligation d'une partie à un contrat synallagmatique
des cassettes et des DVD en vue de les diffuser à ses réside dans l'obligation contractée par l'autre, la cour
membres, au nombre d'environ 300, constitués de d'appel a violé le texte susvisé ;
personnels de La Poste et de France Télécom ; qu'il
relève que l'engagement résultant du contrat souscrit PAR CES MOTIFS, sans qu'il y ait lieu de statuer sur
avec la société Meria, d'un montant de 37 200 euros, les autres griefs :
représentait plus du double de l'actif apparaissant sur CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a déclaré l'appel
les documents comptables au titre de l'exercice 2001, et de l'association Tourisme et culture Bordeaux
que les pièces du dossier ne révèlent pas que recevable, l'arrêt […] »
l'association fût appelée à disposer au titre de l'année
2002 de ressources exceptionnelles ou susceptibles

Document 5 : Cass. Com., 22 oct. 1996


« Sur le premier moyen : Chronopost n'a pas respecté son obligation de livrer les
plis le lendemain du jour de l'expédition avant midi,
Vu l'article 1131 du Code civil ; elle n'a cependant pas commis une faute lourde
exclusive de la limitation de responsabilité du contrat ;
Attendu, selon l'arrêt infirmatif attaqué, que la société
Banchereau a confié, à deux reprises, un pli contenant Attendu qu'en statuant ainsi alors que, spécialiste du
une soumission à une adjudication à la société transport rapide garantissant la fiabilité et la célérité de
Chronopost, venant aux droits de la société SFMI ; que son service, la société Chronopost s'était engagée à
ces plis n'ayant pas été livrés le lendemain de leur envoi livrer les plis de la société Banchereau dans un délai
avant midi, ainsi que la société Chronopost s'y était déterminé, et qu'en raison du manquement à cette
engagée, la société Banchereau a assigné en réparation obligation essentielle la clause limitative de
de ses préjudices la société Chronopost ; que celle-ci a responsabilité du contrat, qui contredisait la portée de
invoqué la clause du contrat limitant l'indemnisation du l'engagement pris, devait être réputée non écrite, la
retard au prix du transport dont elle s'était acquittée ; cour d'appel a violé le texte susvisé ;

Attendu que, pour débouter la société Banchereau de PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
sa demande, l'arrêt retient que, si la société les autres griefs du pourvoi :

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CASSE ET ANNULE, […] »

Document 6 : Cass. Com., 5 juin 2007


Sur le moyen unique, pris en sa seconde branche : connaissent les conditions de cette perte et, enfin, que
par suite, le fait qu'un transporteur exagère ses
Vu l'article 1131 et l'article 1134 du code civil ; performances dans ses documents publicitaires ou
même les contrats qu'il signe, ne suffit pas, tant qu'on
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la société Thales ne sait rien de certain sur les raisons de la perte de la
communications (la société Thales) a confié à la marchandise, à constituer une faute assez considérable
société Extand, devenue la société General logistics pour permettre d'écarter la clause limitative de
systems France, commissionnaire de transport, le soin responsabilité qu'il inclut dans les mêmes contrats ;
d'acheminer des colis vers deux de ses sites où ils ne
sont jamais arrivés ; que, contestant l'application de la Attendu qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher,
clause de limitation d'indemnisation stipulée par la comme elle y était invitée, si l'impossibilité de localiser
convention qui les liait, la société Thales a assigné la les marchandises remises à la société Extand pendant
société Extand en paiement d'une indemnité égale au leur acheminement ne constituait pas un manquement
prix de ces marchandises ; de celle-ci à une obligation essentielle permettant de
réputer non écrite la clause limitative d'indemnisation,
Attendu que pour rejeter la demande de la société contenue non dans un contrat-type, s'agissant d'un
Thales, l'arrêt se borne à retenir que la faute lourde commissionnaire de transport, mais dans la convention
s'entend d'une négligence d'une extrême gravité, liant les parties, la cour d'appel n'a pas donné de base
confinant au dol et dénotant l'inaptitude du légale à sa décision ;
transporteur, maî tre de son action, à
l'accomplissement de la mission contractuelle qu'il a PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
acceptée, que la perte de la marchandise n'est pas la première branche :
considérée comme une faute lourde, spécialement CASSE ET ANNULE,
lorsque ni l'expéditeur, ni le transporteur ne

Document 7 : Cass. Com., 13 février 2007


« Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la société Faurecia Attendu que, pour limiter les sommes dues par la
sièges d'automobiles (la société Faurecia), alors société Oracle à la société Faurecia à la garantie de la
dénommée Bertrand Faure équipements, a souhaité en condamnation de cette société au paiement de la
1997 déployer sur ses sites un logiciel intégré couvrant somme de 203 312 euros à la société Franfinance et
principalement la gestion de production et la gestion rejeter les autres demandes de la société Faurecia,
commerciale ; que conseillée par la société Deloitte, l'arrêt retient que la société Faurecia ne caractérise pas
elle a choisi le logiciel V 12, proposé par la société la faute lourde de la société Oracle qui permettrait
Oracle mais qui ne devait pas être disponible avant d'écarter la clause limitative de responsabilité, se
septembre 1999 ; qu'un contrat de licences, un contrat contentant d'évoquer des manquements à des
de maintenance et un contrat de formation ont été obligations essentielles, sans caractériser ce que seraient
conclus le 29 mai 1998 entre les sociétés Faurecia et les premiers et les secondes et dès lors que de tels
Oracle, tandis qu'un contrat de mise en oeuvre du manquements ne peuvent résulter du seul fait que la
"programme Oracle applications" a été signé courant version V 12 n'ait pas été livrée ou que l'installation
juillet 1998 entre les sociétés Faurecia, Oracle et provisoire ait été ultérieurement "désinstallée" ;
Deloitte ; qu'en attendant, les sites ibériques de la
société Faurecia ayant besoin d'un changement de Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait,
logiciel pour passer l'an 2000, une solution provisoire a d'abord, constaté que la société Oracle s'était engagée
été installée ; qu'aux motifs que la solution provisoire à livrer la version V 12 du progiciel, objectif final des
connaissait de graves difficultés et que la version V 12 contrats passés en septembre 1999 et qu'elle n'avait
ne lui était pas livrée, la société Faurecia a cessé de exécuté cette obligation de livraison ni en 1999 ni plus
régler les redevances ; qu'assignée en paiement par la tard sans justifier d'un cas de force majeure, puis relevé
société Franfinance, à laquelle la société Oracle avait qu'il n'avait jamais été convenu d'un autre déploiement
cédé ces redevances, la société Faurecia a appelé en que celui de la version V 12, ce dont il résulte un
garantie la société Oracle puis a assigné cette dernière manquement à une obligation essentielle de nature à
et la société Deloitte aux fins de nullité pour dol ou faire échec à l'application de la clause limitative de
résolution pour inexécution de l'ensemble des contrats réparation, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
signés par les parties ;
[…] PAR CES MOTIFS :
Mais sur le moyen unique du pourvoi principal : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
limité la condamnation de la société Oracle envers la
Vu l'article 1131 du code civil ; société Faurecia à la garantie de la condamnation de
celle-ci envers la société Franfinance et a rejeté les
autres demandes de la société Faurecia, l'arrêt […] »

Document 8 : Cass. Com., 29 juin 2010

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« Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 26 novembre d'appel s'est prononcée par un motif inopérant, violant
2008), que la société Faurecia sièges d'automobiles (la ainsi les articles 1131, 1134, 1147 du code civil ;
société Faurecia), alors dénommée Bertrand Faure 3°/ qu'en jugeant que la clause, qui fixait un plafond
équipements, a souhaité en 1997 déployer sur ses sites d'indemnisation égal au montant du prix payé par
un logiciel intégré couvrant principalement la gestion Faurecia au titre du contrat des licences n'était pas
de production et la gestion commerciale ; qu'elle a dérisoire et n'avait pas pour effet de décharger par
choisi le logiciel V 12, proposé par la société Oracle avance la société Oracle du manquement à une
mais qui ne devait pas être disponible avant septembre obligation essentielle lui incombant ou de vider de
1999 ; qu'un contrat de licences, un contrat de toute substance cette obligation, la cour d'appel a violé
maintenance et un contrat de formation ont été les articles 1131, 1134, 1147 du code civil ;
conclus le 29 mai 1998 entre les sociétés Faurecia et
Oracle, tandis qu'un contrat de mise en oeuvre du Mais attendu que seule est réputée non écrite la clause
"programme Oracle applications" a été signé courant limitative de réparation qui contredit la portée de
juillet 1998 entre ces sociétés ; qu'en attendant, les sites l'obligation essentielle souscrite par le débiteur ; que
ibériques de la société Faurecia ayant besoin d'un l'arrêt relève que si la société Oracle a manqué à une
changement de logiciel pour passer l'an 2000, une obligation essentielle du contrat, le montant de
solution provisoire a été installée ; qu'aux motifs que l'indemnisation négocié aux termes d'une clause
la solution provisoire connaissait de graves difficultés et stipulant que les prix convenus reflètent la répartition
que la version V 12 ne lui était pas livrée, la société du risque et la limitation de responsabilité qui en
Faurecia a cessé de régler les redevances ; qu'assignée résultait, n'était pas dérisoire, que la société Oracle a
en paiement par la société Franfinance, à laquelle la consenti un taux de remise de 49 %, que le contrat
société Oracle avait cédé ces redevances, la société prévoit que la société Faurecia sera le principal
Faurecia a appelé en garantie la société Oracle puis a représentant européen participant à un comité destiné
assigné cette dernière aux fins de nullité pour dol ou à mener une étude globale afin de développer un
résolution pour inexécution de l'ensemble des contrats produit Oracle pour le secteur automobile et
signés par les parties ; que la cour d'appel a, par bénéficiera d'un statut préférentiel lors de la définition
application d'une clause des conventions conclues entre des exigences nécessaires à une continuelle
les parties, limité la condamnation de la société Oracle amélioration de la solution automobile d'Oracle pour
envers la société Faurecia à la garantie de la la version V 12 d'Oracles applications ; que la cour
condamnation de celle-ci envers la société Franfinance d'appel en a déduit que la clause limitative de
et rejeté les autres demandes de la société Faurecia ; réparation ne vidait pas de toute substance l'obligation
que cet arrêt a été partiellement cassé de ce chef essentielle de la société Oracle et a ainsi légalement
(chambre commerciale, financière et économique, 13 justifié sa décision ; que le moyen n'est pas fondé ;
février 2007, pourvoi n° Z 05-17.407) ; que, statuant sur
renvoi après cassation, la cour d'appel, faisant Sur le troisième moyen :
application de la clause limitative de réparation, a
condamné la société Oracle à garantir la société Attendu que la société Faurecia fait encore le même
Faurecia de sa condamnation à payer à la société grief à l'arrêt, alors, selon le moyen, qu'après avoir
Franfinance la somme de 203 312 euros avec intérêts constaté que la société Oracle n'avait pas livré la
au taux contractuel légal de 1,5 % par mois à compter version V 12, en considération de laquelle la société
du 1er mars 2001 et capitalisation des intérêts échus Faurecia avait signé les contrats de licences, de support
dans les termes de l'article 1154 à compter du 1er mars technique, de formation et de mise en oeuvre du
2002 ; programme Oracle applications, qu'elle avait ainsi
Sur le premier moyen : manqué à une obligation essentielle et ne démontrait
Attendu que la société Faurecia fait grief à l'arrêt aucune faute imputable à la société Faurecia qui
d'avoir ainsi statué, alors, selon le moyen : l'aurait empêchée d'accomplir ses obligations, ni aucun
1°/ que l'inexécution, par le débiteur, de l'obligation cas de force majeure, la cour d'appel a jugé que n'était
essentielle à laquelle il s'est contractuellement engagé pas rapportée la preuve d'une faute d'une gravité telle
emporte l'inapplication de la clause limitative qu'elle tiendrait en échec la clause limitative de
d'indemnisation ; qu'en faisant application de la clause réparation ; qu'en statuant ainsi, la cour d'appel n'a pas
limitative de responsabilité après avoir jugé que la tiré les conséquences légales de ses constatations,
société Oracle avait manqué à l'obligation essentielle violant les articles 1134, 1147 et 1150 du code civil ;
tenant à la livraison de la version V 12 en 1999, laquelle
n'avait pas été livrée à la date convenue, ni plus tard Mais attendu que la faute lourde ne peut résulter du
et que la société Oracle ne démontrait aucune faute seul manquement à une obligation contractuelle, fût-
imputable à la société Faurecia qui l'aurait empêchée elle essentielle, mais doit se déduire de la gravité du
d'accomplir ses obligations, ni aucun cas de force comportement du débiteur ; que le moyen n'est pas
majeure, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences fondé ;
légales de ses constatations, violant ainsi les articles Et attendu que les deuxième et quatrième moyens ne
1131, 1134 et 1147 du code civil ; seraient pas de nature à permettre l'admission du
2°/ qu'en jugeant que la clause limitative de pourvoi ;
responsabilité aurait été prétendument valable en ce PAR CES MOTIFS :
qu'elle aurait été librement négociée et acceptée et REJETTE le pourvoi […] »
qu'elle n'aurait pas été imposée à Faurecia, la cour

Document 9 : Cass. Civ. 1, 7 octobre 1998

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« Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : d'un motif pour elles déterminant ; qu'ayant constaté
que Mme Y... déclarait à l'administration fiscale
Attendu que, par acte sous seing privé du 17 juin 1981, l'intégralité des sommes reçues de M. X..., il s'en
M. X... a reconnu devoir à son épouse une somme, évinçait que Mme Y... ne pouvait avoir eu pour motif
remboursable avec un préavis de trois mois ; qu'après déterminant de son accord la déductibilité, par M. X...,
leur divorce, Mme X..., devenue Mme Y..., a, par acte des sommes à elles versées, en sorte que la cour
du 14 juin 1989, accepté que le prêt lui soit remboursé d'appel, en retenant une cause illicite, a violé l'article
sous forme d'une augmentation de la pension précité ;
alimentaire que lui versait son ex-mari ; qu'en 1993, elle
l'a assigné en remboursement du solde du prêt ; Mais attendu qu'un contrat peut être annulé pour
cause illicite ou immorale, même lorsque l'une des
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt attaqué parties n'a pas eu connaissance du caractère illicite ou
(Versailles, 23 février 1996) d'avoir annulé pour cause immoral du motif déterminant de la conclusion du
illicite l'acte du 14 juin 1989 et fait droit à la demande contrat ; que l'arrêt ayant retenu que l'acte du 14 juin
de son ex-épouse, alors, selon le moyen, d'une part, 1989 avait une cause illicite en ce qu'il avait pour but
qu'en ne constatant pas que l'accord avait eu pour de permettre à M. X... de déduire des sommes non
motif déterminant des déductions fiscales illégales et fiscalement déductibles, Mme Y... était fondée à
en ne recherchant pas s'il n'avait pas eu pour motif demander l'annulation de la convention ; qu'ainsi, la
déterminant de réaliser l'étalement du remboursement cour d'appel, qui n'avait pas à effectuer la recherche
du prêt dont le paiement était susceptible d'être inopérante visée à la première branche du moyen, a
réclamé à tout moment, la cour d'appel a privé sa légalement justifié sa décision
décision de base légale au regard de l'article 1131 du
Code civil ; et alors, d'autre part, qu'une convention ne PAR CES MOTIFS :
peut être annulée pour cause illicite que lorsque les REJETTE le pourvoi […] »
parties se sont engagées en considération commune

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Leçon n° 8
La force obligatoire, l’effet relatif et
l’opposabilité du contrat
Semaine du 9 novembre 2018 / 0WOC 8
Travail à réaliser :

- Interrogation de cours de 30 minutes : Tout revoir (pré-read, cours, TE, arrêts de la Cour de
cassation jusqu’à la leçon 8 comprise).
- Exercice écrit : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour cassation. Recherchez
et indiquez si ces arrêts ont été publiés au Bulletin de la Cour de cassation.
- Travail en TE : Commentaire de l’arrêt Cass. Civ.3, 18 mars 2009.

I- La force obligatoire du contrat


Document 1 : Cass. Civ. 15 avril 1872 : H. CAPITANT, F. TERRE et Y. LEQUETTE, Les grands
arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, Coll. Grands arrêts, 13e éd., 2015, n° 161.
Document 2 : Cass. Civ. 3ème, 9 décembre 2009 : pourvoi n° 04-19.923.
Document 3 : Cass. Civ. 6 mars 1876, Canal de Craponne : H. CAPITANT, F. TERRE et Y.
LEQUETTE, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, Coll. Grands arrêts, 13e
éd., 2015, n° 165.

Document 4 : Cass. Civ.3, 18 mars 2009.

Document 5 : Cass. Com., 3 novembre 1992

Document 6 : Cass. Com., 24 novembre 1998.

Document 7 : Cass. Com., 29 juin 2010, n°09-67369.

II- L’effet relatif du contrat


Document 8 : Civ.1ère, 15 février 2000, n°97-20179 (extrait).
Document 9 : Com., 18 décembre 2012, n°11-25567.

III- L’opposabilité du contrat


Document 10 : Civ.1ère, 26 janvier 1999.

Document 11 : Cass. Com., 5 avril 2005.

Document 12 : Cass. Plén., 6 octobre 2006.

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Document 1 : Cass. Civ. 15 avril 1872

Vu l'article 1134 du Code civil ; prime, est formelle et opposable dans tous les cas, aux
Attendu qu'aux termes de cet article les conventions ouvriers de l'usine ;
légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les Qu'en vain, pour n'en point faire l'application au litige
ont faites ; soumis à sa juridiction, le conseil des prud'hommes de
Qu'il n'est pas permis aux juges, lorsque les termes de Flers s'appuie, d'une part, sur ce que Z... aurait effectué
ces conventions sont clairs et précis, de dénaturer les son travail conformément à l'avis dont il s'agit, et,
obligations qui en résultent, et de modifier les d'autre part, sur ce qu'il aurait précédemment touché
stipulations qu'elles renferment ; des primes ; qu'en effet, les demandeurs, en effectuant
Attendu que la clause invoquée par les demandeurs en le payement de ces primes, comme depuis en refusant
cassation pour refuser le payement des primes de les accorder à Z..., ont usé de la faculté dont ils
réclamées par Z..., en exécution d'un avis s'étaient réservé, par la clause susvisée, de faire ou de
réglementaire affiché dans l'usine de la société veuve ne pas faire usage, suivant leur volonté ;
Y... et X..., porte en termes exprès "qu'il est bien D'où il suit qu'en condamnant la société veuve Y... et
entendu que, n'importe pour quel cas, la prime X... à payer les primes réclamées par Z..., le jugement
demeurera facultative ;" attaqué a formellement violé les dispositions de l'article
Que cette clause, par laquelle ladite société stipule 1134 du Code civil :
qu'elle ne pourra être contrainte en payement de la Par ces motifs, CASSE…

Document 2 : Cass. Civ. 3ème, 9 décembre 2009

« […] Sur la recevabilité du moyen, contestée par la que cette clause ne vaut et ne peut être respectée que
défense : s'il existe ou s'il a pu exister un véritable fonds de
commerce de restaurant, bar ou brasserie, seules
Attendu que la société HDC et M. X..., pris en qualité activités admises dans les locaux loués, qu'à la date du
de liquidateur à la liquidation judiciaire de la société bail un tel fonds n'existait pas, le local étant alors la
La Belle Epoque, soutiennent que la société civile boutique d'un antiquaire, que par la suite la société La
immobilière Pompei n'aurait plus d'intérêt personnel à Belle Epoque n'a pas été à même de créer le fonds de
agir dès lors que, postérieurement à sa déclaration de restaurant, son gérant de fait et son gérant de droit
pourvoi, elle a vendu à un tiers l'immeuble dans lequel ayant été incarcérés le 14 octobre 1999, soit deux mois
est exploité le fonds de commerce cédé à la société après la signature du bail, et que les locaux étant restés
HDC ; fermés jusqu'au prononcé de la liquidation judiciaire
l'objet social de cette société s'est avéré impossible à
Mais attendu que la société civile immobilière Pompei réaliser, mais que cette situation était connue de la SCI
ayant succombé devant la cour d'appel et ayant été dont le gérant était également le gérant de fait de la
condamnée à payer diverses sommes à la société HDC, société La Belle Epoque, lequel n'avait acquis les locaux
conserve un intérêt à se pourvoir en cassation même objet du bail que pour y installer des cuisines destinées
si, postérieurement à sa déclaration de pourvoi, elle a à desservir un local commercial voisin dans lequel la
vendu l'immeuble litigieux ; locataire exploitait un restaurant qui en était dépourvu,
que la SCI, dont la mauvaise foi est ainsi caractérisée,
Sur le moyen unique : est irrecevable à opposer à la société La Belle Epoque
l'absence de fonds de commerce dans les locaux loués
Vu l'article 1134, alinéas 1 et 3, du code civil, ensemble et le fait que les locaux ont été aménagés en cuisine et
l'article L. 145- I du code du commerce ; que dès lors que ni la régularité de la cession contrôlée
par le juge commissaire, ni la moralité, la solvabilité et
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Montpellier, 8 la compétence de la société HDC n'étaient en cause,
septembre 2004), que, par acte du 4 août 1999, la le refus d'agrément de la SCI à la cession est injustifié
société civile immobilière Pompei (la SCI) a donné à ;
bail pour une durée de neuf ans à la société La Belle
Epoque des locaux à usage commercial de restaurant, Qu'en statuant ainsi, alors que si la règle selon laquelle
bar et brasserie ; que le 15 décembre 1999, la société les conventions doivent être exécutées de bonne foi
La Belle Epoque a été mise en liquidation judiciaire ; permet au juge de sanctionner l'usage déloyal d'une
que nonobstant l'opposition de la SCI, M. X..., désigné prérogative contractuelle, elle ne l'autorise pas à porter
en qualité de mandataire liquidateur, a été autorisé par atteinte à la substance même des droits et obligations
le juge commissaire à céder le fonds de commerce de légalement convenus entre les parties ni à s'affranchir
la société La Belle Epoque à la société HDC ; que la des dispositions impératives du statut des baux
SCI a fait assigner M. X..., ès qualités, et la société HDC commerciaux, la cour d'appel qui a constaté qu'aucun
aux fins de voir déclarer inopposable à son endroit la fonds de commerce n'avait été créé ou exploité dans
cession intervenue, que soit prononcée la résiliation du les locaux, pris à bail par la société La Belle Epoque et
bail et que soit ordonnée l'expulsion de la société La qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres
Belle Epoque ainsi que celle de tous occupants de son constatations, a violé les textes susvisés ;
chef ;
PAR CES MOTIFS :
Attendu que pour rejeter les demandes de la SCI, CASSE ET ANNULE […] »
l'arrêt retient que l'article 8 du contrat n'autorisait la
cession du bail qu'à l'acquéreur du fonds de commerce,

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Document 3 : Cass. Civ. 6 mars 1876

Vu l'article 1134 du Code civil ; pour modifier les conventions des parties et
Attendu que la disposition de cet article substituer des clauses nouvelles à celles qui
n'étant que la reproduction des anciens ont été librement acceptées par les
principes constamment suivis en matière contractants ;
d'obligations conventionnelles, la circonstance Qu'en décidant le contraire et en élevant à 30
que les contrats dont l'exécution donne lieu centimes de 1834 à 1874, puis à 60 centimes à
au litige sont antérieurs à la promulgation du partir de 1874, la redevance d'arrosage, fixée
Code civil ne saurait être, dans l'espèce, un à 3 sols par les conventions de 1560 et 1567,
obstacle à l'application dudit article ; sous prétexte que cette redevance n'était plus
Attendu que la règle qu'il consacre est en rapport avec les frais d'entretien du canal
générale, absolue et régit les contrats dont de Craponne, l'arrêt attaqué a formellement
l'exécution s'étend à des époques successives violé l'article 1134 ci-dessus visé ;
de même qu'à ceux de toute autre nature ; Par ces motifs, casse, dans la disposition relative à
Que, dans aucun cas, il n'appartient aux l'augmentation du prix de la redevance d'arrosage,
tribunaux, quelque équitable que puisse l'arrêt rendu entre les parties par la Cour d'appel d'Aix
le 31 décembre.
apparaî tre leur décision, de prendre en
considération le temps et les circonstances

Document 4 : Cass. Civ.3, 18 mars 2009

[…] Sur le moyen unique : locataire d'une somme en espèces et l'exécution par
elle d'une obligation de faire, que si le contrat n'a pas
Vu l'article 1134 du code civil ; prévu expressément le versement d'un complément de
loyer dans le cas où l'obligation de surveillance ne serait
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 18 plus possible, il convient, pour respecter l'équilibre
septembre 2007), que M. X... a donné à bail à Mme Y... contractuel, s' agissant d'un contrat à exécution
un local d'habitation à compter du 1er septembre 2001, successive, de substituer à l'obligation de surveillance,
moyennant un loyer mensuel de 3 000 francs, le contrat devenue impossible par suite du décès du bailleur, une
précisant que le loyer appliqué tenait compte de ce que obligation financière équivalente ;
la locataire participait à la surveillance du bailleur de
jour comme de nuit ; que M. X... est décédé le 6 février Qu'en statuant ainsi, alors que le bail ne comportait
2002 et M. Z..., administrateur provisoire à la succession aucune clause prévoyant la modification des modalités
des époux X..., et M. A..., liquidateur à la liquidation d'exécution du contrat, la cour d'appel a violé le texte
judiciaire des héritiers de M. X..., ont assigné Mme Y... susvisé ;
aux fins de voir convertir "l'obligation de surveillance"
en complément de loyer, et de voir fixer le loyer dû à PAR CES MOTIFS :
compter du 1er juin 2003 à la somme mensuelle de
833,33 euros ; CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a condamné
Mme Y... à verser à M. Z... et M. A..., ès qualités, la
Attendu que pour déclarer recevable la demande de somme de 196,08 euros correspondant à l'indexation
conversion de l'obligation de surveillance du bailleur en du loyer du 31 août 2002 au 30 août 2003, outre celle
équivalent de loyer, la cour d'appel retient qu'il résulte de 764,84 euros au titre de l'indexation du loyer pour
des clauses du bail que la mise à disposition du la période du 1er septembre 2003 au 30 juin 2005 […]
logement avait pour contrepartie le versement par la

Document 5 : Cass. Com., 3 novembre 1992

[…] Sur le moyen unique, pris en ses trois branches : dernière ne lui a pas donné les moyens de pratiquer
des prix concurrentiels, l'a assignée en paiement de
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 31 mai 1990), que, dommages-intérêts ;
le 2 octobre 1970, la Société française des pétroles BP
(société BP) a conclu avec M. X... un contrat de Attendu que la société BP reproche à l'arrêt d'avoir
distributeur agréé, pour une durée de 15 années, accueilli cette demande à concurrence de 150 000
prenant effet le 25 mars 1971 ; que, par avenant du 14 francs, alors, selon le pourvoi, d'une part, que, dans son
octobre 1981, le contrat a été prorogé jusqu'au 31 préambule, l'accord de distributeur agréé du 2 octobre
décembre 1988 ; qu'en 1983, les prix de vente des 1970 prévoyait que la société BP devrait faire
produits pétroliers au détail ont été libérés ; que M. bénéficier M. X... de diverses aides " dans les limites
X..., se plaignant de ce que, en dépit de l'engagement d'une rentabilité acceptable " ; qu'en jugeant dès lors
de la société BP de l'intégrer dans son réseau, cette que la société BP était contractuellement tenue

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d'intégrer M. X... dans son réseau en lui assurant une Mais attendu, en premier lieu, que l'arrêt ne dit pas que
rentabilité acceptable, la cour d'appel a dénaturé cette la société BP était tenue d'intégrer M. X... dans son
clause stipulée au profit de la société pétrolière et non réseau " en lui assurant une rentabilité acceptable " ;
à celui de son distributeur agréé, en violation de
l'article 1134 du Code civil ; alors, d'autre part, que nul Attendu, en second lieu, qu'ayant relevé que le contrat
ne peut se voir imputer une faute contractuelle de contenait une clause d'approvisionnement exclusif, que
nature à engager sa responsabilité sans que soit établie M. X... avait effectué des travaux d'aménagement dans
l'existence d'une inexécution de ses obligations la station-service, et que " le prix de vente appliqué par
contenues dans le contrat ; qu'en ne retenant à la société BP à ses distributeurs agréés était, pour le
l'encontre de la société BP que le seul grief de n'avoir supercarburant et l'essence, supérieur à celui auquel
pas recherché un accord de coopération commerciale elle vendait ces mêmes produits au consommateur final
avec son distributeur agréé, M. X..., la cour d'appel n'a par l'intermédiaire de ses mandataires ", l'arrêt retient
relevé à son encontre aucune violation de ses que la société BP, qui s'était engagée à maintenir dans
obligations contractuelles et ne pouvait dès lors juger son réseau M. X..., lequel n'était pas obligé de renoncer
qu'elle avait commis une faute contractuelle dont elle à son statut de distributeur agréé résultant du contrat
devait réparer les conséquences dommageables, en en cours d'exécution pour devenir mandataire comme
violation de l'article 1147 du Code civil ; et alors, enfin, elle le lui proposait, n'est pas fondée à soutenir qu'elle
que nul ne peut être tenu pour responsable du ne pouvait, dans le cadre du contrat de distributeur
préjudice subi par son cocontractant lorsque ce agréé, approvisionner M. X... à un prix inférieur au
préjudice trouve sa source dans une cause étrangère tarif " pompiste de marque ", sans enfreindre la
qui ne peut lui être imputée ; qu'en jugeant dès lors réglementation, puisqu'il lui appartenait d'établir un
que la société BP devait être tenue pour accord de coopération commerciale entrant " dans le
contractuellement responsable du préjudice invoqué cadre des exceptions d'alignement ou de pénétration
par M. X..., préjudice tenant aux difficultés protectrice d'un détaillant qui ont toujours été admises
consécutives à l'impossibilité pour ce dernier de faire " ; qu'en l'état de ces constatations et appréciations,
face à la concurrence, après avoir pourtant constaté d'où il résultait l'absence de tout cas de force majeure,
qu'elle était néanmoins tenue, en raison de la politique la cour d'appel a pu décider qu'en privant M. X... des
des prix en matière de carburants, de lui vendre ceux- moyens de pratiquer des prix concurrentiels, la société
ci au prix qu'elle pratiquait effectivement, la cour BP n'avait pas exécuté le contrat de bonne foi ;
d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses
constatations de fait, en violation des articles 1147 et D'où il suit que le moyen, qui manque en fait dans sa
1148 du Code civil ; première branche, est mal fondé pour le surplus ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi […]

Document 6 : Cass. Com., 24 novembre 1998

[…] Attendu, selon l'arrêt déféré, que, par un contrat


d'agent commercial du 14 avril 1987, la société BSN, Sur le troisième moyen : (sans intérêt) ;
devenue société Groupe Danone, la société Brasseries
Kronenbourg et la société Eaux minérales d'Evian (les Sur le quatrième moyen, pris en sa première branche :
sociétés) ont confié à M. X... la représentation (sans intérêt) ;
exclusive de leurs produits auprès des importateurs,
grossistes et détaillants de l'océan Indien ; Et sur le quatrième moyen, pris en sa seconde branche
:
Sur le premier moyen, pris en sa première branche :
Vu l'article 4 de la loi du 25 juin 1991 ;
Vu l'article 1184 du Code civil ;
Attendu, selon ce texte, que les rapports entre l'agent
Attendu que, pour rejeter la demande en paiement de commercial et le mandant sont régis par une obligation
dommages-intérêts de M. X..., l'arrêt, après avoir de loyauté et que le mandant doit mettre l'agent
relevé que le mandataire avait demandé l'application commercial en mesure d'exécuter son mandat ;
de la clause résolutoire ainsi que la résiliation du
contrat, et retenu, sur la première demande, que les Attendu que, pour rejeter la demande en résiliation de
conditions de mise en jeu de la clause résolutoire contrat présentée par M. X... et, par voie de
n'étaient pas réunies et, sur la demande en résiliation, conséquence, sa demande en paiement de dommages-
que la preuve d'un manquement des sociétés n'était intérêts, l'arrêt retient que les sociétés n'avaient pas à
pas rapportée, énonce " qu'il s'ensuit qu'en prenant intervenir sur les commandes qui pouvaient être
l'initiative de cesser toute relation avec ses mandants ", passées directement par l'intermédiaire d'une centrale
M. X... a perdu le droit de percevoir une indemnité de d'achats à partir de la métropole, qu'elles devaient
rupture ; respecter le principe essentiel de la libre concurrence
et qu'il n'est pas établi qu'elles aient mis des " obstacles
Attendu qu'en statuant ainsi, alors que les demandes de " à la représentation de leur mandataire ;
M. X..., à elles seules, n'emportaient pas rupture du
contrat de la part du mandataire, la cour d'appel a violé Attendu qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher si,
le texte susvisé ; informées des difficultés de M. X... en raison des ventes

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parallèles de produits venant des centrales d'achats qui PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
s'approvisionnaient en métropole, les sociétés ont pris les autres griefs :
des mesures concrètes pour permettre à leur
mandataire de pratiquer des prix concurrentiels, CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
proches de ceux des mêmes produits vendus dans le rejeté les demandes de M. X... en constatation de la
cadre de ces ventes parallèles, et de le mettre ainsi en résiliation et en résiliation du contrat d'agent
mesure d'exercer son mandat, la cour d'appel n'a pas commercial du 14 avril 1987, ainsi qu'en paiement d'une
donné de base légale à sa décision ; indemnité de rupture […]

Document 7 : Cass. Com., 29 juin 2010, n°09-67369

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la société des matières premières et des métaux depuis 2006 et
d'Exploitation de chauffage (société SEC) a fait assigner leur incidence sur celui des pièces de rechange, n'avait
en référé la société Soffimat, avec laquelle elle avait pas eu pour effet, compte tenu du montant de la
conclu le 24 décembre 1998 un contrat d'une durée de redevance payée par la société SEC, de déséquilibrer
12 ans ou 43 488 heures portant sur la maintenance de l'économie générale du contrat tel que voulu par les
deux moteurs d'une centrale de production de co- parties lors de sa signature en décembre 1998 et de
génération moyennant une redevance forfaitaire priver de toute contrepartie réelle l'engagement
annuelle, aux fins qu'il lui soit ordonné, sous astreinte, souscrit par la société Soffimat, ce qui était de nature
de réaliser, à compter du 2 octobre 2008, les travaux à rendre sérieusement contestable l'obligation dont la
de maintenance prévus contractuellement et société SEC sollicitait l'exécution, la cour d'appel a
notamment, la visite des 30 000 heures des moteurs ; privé sa décision de base légale ;

Sur le premier moyen, pris en sa première branche : Et sur le second moyen :

Vu les articles 1131 du code civil et 873, alinéa 2 du Vu les articles 564 et 566 du code de procédure civile ;
code de procédure civile ;
Attendu que pour déclarer irrecevable la demande
Attendu que pour retenir que l'obligation de la société d'expertise sollicitée par la société Soffimat, l'arrêt
Soffimat de satisfaire à l'obligation de révision des retient qu'il s'agit d'une demande nouvelle formée en
moteurs n'était pas sérieusement contestable et cause d'appel, sans lien avec les demandes dont le
confirmer la décision ayant ordonné à la société premier juge était saisi ;
Soffimat de réaliser à compter du 2 octobre 2008, les
travaux de maintenance prévus et, notamment, la visite Attendu qu'en statuant ainsi alors que cette demande
des 30 000 heures des moteurs et d'en justifier par était destinée à analyser l'économie générale du
l'envoi journalier d'un rapport d'intervention, le tout contrat et tendait par voie de conséquence aux mêmes
sous astreinte de 20 000 euros par jour de retard, et ce fins que la défense soumise au premier juge dès lors
pendant 30 jours à compter du 6 octobre 2008, l'arrêt qu'elle avait pour objet d'établir que l'obligation, dont
relève qu'il n'est pas allégué que le contrat était l'exécution était sollicitée, était sérieusement
dépourvu de cause à la date de sa signature, que contestable, compte tenu du bouleversement de
l'article 12 du contrat invoqué par la société Soffimat l'économie du contrat entre 1998 et 2008, la cour
au soutien de sa prétention fondée sur la caducité du d'appel a violé les textes susvisés ;
contrat est relatif aux conditions de reconduction de ce
dernier au-delà de son terme et non pendant les douze PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
années de son exécution et que la force majeure ne les autres griefs :
saurait résulter de la rupture d'équilibre entre les
obligations des parties tenant au prétendu refus de la CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions,
société SEC de renégocier les modalités du contrat ; l'arrêt rendu le 27 mars 2009, entre les parties, par la
cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause
Attendu qu'en statuant ainsi, sans rechercher, comme et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
elle y était invitée, si l'évolution des circonstances ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
économiques et notamment l'augmentation du coût cour d'appel de Paris, autrement composée ;

Document 8 : Civ.1ère, 15 février 2000


Donne défaut contre M. Du X..., la société Garnero la facture de réparations établie au nom de la société
carrosserie industrielle, le liquidateur judiciaire de la CTTP, étant de 151 239,49 francs toutes taxes comprises
société Loca Transit et le liquidateur judiciaire de la ; qu'après avoir imputé sur le montant de l'indemnité
société CTTP ; de sinistre, dont elle s'estimait redevable, celui de la
Attendu qu'en 1990, la société CTTP a assuré, par dette de primes que restait lui devoir la société CTTP,
l'intermédiaire de M. Du X..., courtier, auprès de la la compagnie Cornhill France a remis à M. Du X... un
compagnie Cornhill France, un véhicule semi- chèque de 51 096,70 francs ; que, par la suite, la société
remorque que lui avait donné en location la société Locam, soutenant que le véhicule assuré lui
Loca Transit ; que ce véhicule a été endommagé lors appartenait, qu'elle l'avait donné en location, en 1990,
d'un accident survenu en avril 1991, puis réparé par la à la société Loca Transit, laquelle l'avait ensuite sous-
société Garnero carrosserie industrielle, le montant de loué à la société CTTP, et faisant valoir qu'en 1992, la

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société Garnero l'avait informée qu'elle détenait ce Attendu que les conventions n'ont d'effet qu'entre les
véhicule sur lequel elle entendait exercer un droit de parties contractantes ;
rétention, sa facture de réparation étant demeurée Attendu que pour condamner la société Locam à
impayée, a assigné M. Du X..., la compagnie Cornhill payer à la société Garnero une somme de 151 239,49
France et la société Garnero aux fins d'obtenir la francs, l'arrêt attaqué relève que le seul document
restitution du véhicule et la condamnation des deux autorisant le paiement direct des travaux a été établi
premiers à régler, soit entre ses mains, soit entre les en juillet 1991, par la société Loca Transit qui, étant
mains de la société Garnero le montant de la facture ; locataire principal et non pas propriétaire du véhicule,
que l'arrêt attaqué a condamné, d'une part, la n'avait pas qualité pour donner une telle autorisation ;
compagnie Cornhill France à payer à la société Locam, qu'il retient que, dans ces conditions, la société
compte tenu d'une franchise, une somme de 148 239,49 Garnero ne pouvait se voir payer sa facture que par la
francs en principal, ainsi que 100 000 francs à titre de société Locam ;
dommages-intérêts, pour résistance abusive, et, d'autre Attendu qu'en se déterminant ainsi, alors que la société
part, M. Du X... à garantir cette compagnie, à hauteur Locam n'avait pas commandé les travaux de réparation
de 51 096,70 francs ; qu'il a, en outre, condamné la réalisés par la société Garnero, la cour d'appel a violé
société Locam à payer à la société Garnero une le texte susvisé ;
somme de 151 239,49 francs en principal et ordonné la PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer ni
restitution du véhicule retenu par celle-ci dès le sur la troisième branche du premier moyen, ni sur les
paiement de ladite somme ; […] deuxième, troisième et le quatrième moyens pris en
Et sur le moyen unique du pourvoi incident formé par leurs diverses branches du pourvoi principal :
la société Locam : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions,
Vu l'article 1165 du Code civil ; l'arrêt rendu le 13 juin 1997

Document 9 : Com., 18 décembre 2012

Sur le moyen unique, pris en sa quatrième branche : n'était pas partie, après avoir pourtant constaté qu'elle
avait exécuté l'opération immobilière et avait procédé
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Caen, 30 juin 2011), que à la répartition des bénéfices en application dudit
MM. X..., Y..., Z... et A... ont constitué une société en protocole, ce dont il résultait que, à la supposer tiers
participation, dénommée LB2C, laquelle est convenue au protocole d'accord, elle pouvait se prévaloir de la
avec la société Sacif, le 17 décembre 1998, de l'achat, répartition des bénéfices prévue par le contrat pour
la réhabilitation et la revente d'un château par une solliciter la participation des parties audit protocole à
filiale de la société Sacif, la société Etablissements une perte qu'elle avait subi du fait de la réalisation de
Baumann frères, les bénéfices de l'opération devant l'opération par ses soins, la cour d'appel a violé l'article
être répartis entre la société Sacif et la société LB2C ; 1165 du code civil ;
qu'un redressement fiscal a été notifié à la société
Etablissements Baumann frères au titre de la réalisation Mais attendu que si un tiers peut se prévaloir du
de l'opération ; que celle-ci a fait assigner la société contrat en tant que situation de fait, c'est à la condition
LB2C ainsi que MM. X..., Y..., Z... et A... afin d'obtenir que celle-ci soit de nature à fonder l'application d'une
leur condamnation à lui payer une certaine somme au règle juridique lui conférant le droit qu'il invoque ; que
titre de leur participation à cette dette fiscale ; que la la société Etablissements Baumann frères s'étant
société Silvestri & Baujet est intervenue à l'instance en bornée à invoquer la réalisation par ses soins de
sa qualité de liquidateur judiciaire de la société l'opération contractuelle, sans soutenir que cette
Etablissements Baumann frères ; circonstance avait fait naî tre à son profit une créance
de nature délictuelle ou quasi-contractuelle, c'est sans
Attendu que la société Silvestri & Baujet et la société méconnaî tre les dispositions de l'article 1165 du code
Etablissements Baumann frères font grief à l'arrêt civil que la cour d'appel s'est prononcée comme elle a
d'avoir déclaré irrecevable l'action en paiement de fait ; que le moyen n'est pas fondé ;
cette dernière alors, selon le moyen, que les tiers à un
contrat s'ils ne peuvent être constitués débiteurs ou Et attendu que les autres griefs ne seraient pas de
créanciers peuvent invoquer à leur profit comme nature à permettre l'admission du pourvoi ;
constituant un fait juridique la situation créée par ce
contrat ; qu'en retenant que la société Etablissements PAR CES MOTIFS :
Baumann frères ne pouvait se prévaloir du protocole
d'accord du 17 décembre 1998 prévoyant la répartition REJETTE le pourvoi ;
des bénéfices de l'opération immobilière auquel elle

Document 10 : Civ.1ère, 26 janvier 1999

Attendu que M. Le Bourg, commissaire aux comptes, 1984 n'a pu se réaliser en février 1985, comme il en avait
désirant prendre sa retraite, a, par un acte du 2 avril été convenu, en raison des dissensions qui étaient
1984, constitué avec MM. Bertrand et André X... ce apparues entre M. Le Bourg et M. Bertrand X..., son
dernier décédé en cours de procédure et aux droits de principal associé, quant aux conditions de mise en
qui viennent M. Bertrand X... et les consorts X... une oeuvre de la convention ; que, conformément aux
société civile professionnelle (la SCP) dont il a été statuts de la SCP, les parties ont saisi la Compagnie
nommé gérant et à laquelle il devait " céder sa clientèle régionale des commissaires aux comptes de Paris pour
" ; que le contrat de cession intervenu le 17 septembre arbitrer le litige et une sentence arbitrale du 13 février

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1985 a prononcé la dissolution de la SCP ; que M. Le Vu l'article 1382 du Code civil ;


Bourg a alors agi pour faire constater la caducité du Attendu que, pour déclarer irrecevables les demandes
contrat de cession et ordonner la liquidation de la SCP de dommages-intérêts formées par M. Le Bourg contre
; que, statuant sur renvoi après cassation, un arrêt du M. X..., l'arrêt énonce que c'est à la SCP et non à M.
14 septembre 1994 a renvoyé l'affaire à la mise en état B. X... que M. Le Bourg a cédé la clientèle de son
pour permettre aux parties de conclure au fond, à la cabinet par acte du 17 septembre 1984 et que, même
suite de quoi M. Le Bourg a soutenu que la rupture des s'il est constant que la rupture de cette convention a
relations contractuelles était exclusivement imputable bien été la conséquence de comportements
à M. Bertrand X... et a demandé en conséquence, du personnels, il reste que les responsabilités encourues et
fait de la " caducité " de la convention et des fautes de les conséquences à en tirer ne sauraient être jugées
ce dernier, de le condamner à lui payer une somme de qu'à l'encontre de la SCP, partie au contrat litigieux et
100 000 francs, au titre de " l'immobilisation de sa représentée par son liquidateur, à charge par ce
clientèle " pendant plus de trois ans, et une autre dernier de répercuter ultérieurement les
somme de 100 000 francs, en réparation des divers condamnations éventuelles à intervenir dans le cadre
inconvénients liés à l'échec de l'opération, ainsi qu'à de la liquidation des droits de chacun et sauf à
lui rembourser des honoraires perçus sans contrepartie soumettre au juge les litiges qui pourraient subsister ;
; que M. X... a reconventionnellement demandé Attendu cependant que le contractant, victime d'un
l'allocation de différentes sommes ; que l'arrêt attaqué, dommage né de l'inexécution d'un contrat peut
rendu en suite de celui du 14 septembre 1994, a dit que demander, sur le terrain de la responsabilité délictuelle,
les frais de liquidation de la SCP seraient supportés par la réparation de ce préjudice au tiers à la faute duquel
les associés dans les proportions de leurs droits sociaux, il estime que le dommage est imputable ;
et a déclaré les autres demandes des parties Attendu qu'en statuant comme elle a fait, la cour
irrecevables ; d'appel a violé le texte susvisé ;
Sur le premier moyen : (sans intérêt) ; Par ces motifs : CASSE et ANNULE.
Sur le second moyen, pris en sa première branche :

Document 11 : Cass. Com., 5 avril 2005

Vu l'article 1382 du Code civil ; avril 2000 retient que, s'ils ne peuvent être constitués
débiteurs ou créanciers, les tiers à un contrat peuvent
Attendu, selon les arrêts attaqués, que la société invoquer à leur profit, comme un fait juridique, la
d'exploitation française de recherches Bioderma (la situation créée par ce contrat et demander, sur le
SEFRB) a consenti à la société Lyonnaise fondement de la responsabilité délictuelle, la
pharmaceutique (la société Lipha) une licence exclusive réparation du préjudice résultant de la violation du
de commercialisation de produits cosmétiques ; que la contrat, et l'arrêt du 16 janvier 2003, que cette décision
société Merck ayant pris le contrôle de la société a reconnu l'intérêt d'un tiers à agir en réparation du
Lipha, cette dernière s'est engagée à s'abstenir de toute préjudice résultant de la violation du contrat auquel il
concurrence envers la SEFRB durant deux ans ; que la n'est pas partie sur le fondement de la responsabilité
société Bioderma, filiale de la société SEFRB, créée délictuelle ;
après l'intervention de ce protocole afin de reprendre
la commercialisation des produits, a poursuivi la société Attendu qu'en se déterminant ainsi, alors qu'un tiers ne
Lipha, aux droits de laquelle est désormais la société peut, sur le fondement de la responsabilité délictuelle,
Merck santé France, en réparation du préjudice causé se prévaloir de l'inexécution du contrat qu'à la
par manquement à son engagement ; qu'après avoir condition que cette inexécution constitue un
ordonné une expertise par arrêt du 14 avril 2000, la manquement à son égard au devoir général de ne pas
cour d'appel a liquidé ce préjudice par arrêt du 16 nuire à autrui, la cour d'appel, qui n'a pas recherché si
janvier 2003 ; les agissements reprochés constituaient une faute à
l'égard de la société Bioderma, n'a pas donné de base
Attendu que pour déclarer la société Bioderma fondée légale à sa décision ;
à engager la responsabilité de la société Merck santé
France en raison de la violation du protocole d'accord, PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
et condamner celle-ci au paiement de diverses sommes la seconde branche du moyen :
en réparation du préjudice consécutif, l'arrêt du 14 CASSE ET ANNULE

Document 12 : Cass. Plén., 6 octobre 2006.

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 19 janvier 2005), Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt d'avoir
que les consorts X... ont donné à bail un immeuble accueilli la demande de la société Boot shop, locataire-
commercial à la société Myr'Ho qui a confié la gérance gérante, alors, selon le moyen, "que si l'effet relatif des
de son fonds de commerce à la société Boot shop ; contrats n'interdit pas aux tiers d'invoquer la situation
qu'imputant aux bailleurs un défaut d'entretien des de fait créée par les conventions auxquelles ils n'ont
locaux, cette dernière les a assignés en référé pour pas été parties, dès lors que cette situation de fait leur
obtenir la remise en état des lieux et le paiement d'une cause un préjudice de nature à fonder une action en
indemnité provisionnelle en réparation d'un préjudice responsabilité délictuelle, encore faut-il, dans ce cas,
d'exploitation ; que le tiers établisse l'existence d'une faute délictuelle
Sur le premier moyen : envisagée en elle-même indépendamment de tout
point de vue contractuel ; qu'en l'espèce, il est constant

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que la société Myr'Ho, preneur, a donné les locaux n'étaient pas entretenus, que le portail d'entrée était
commerciaux en gérance à la société Boot shop sans condamné, que le monte-charge ne fonctionnait pas et
en informer le bailleur ; qu'en affirmant que la qu'il en résultait une impossibilité d'utiliser
demande extra-contractuelle de Boot shop à l'encontre normalement les locaux loués, la cour d'appel, qui a
du bailleur était recevable, sans autrement caractériser ainsi caractérisé le dommage causé par les
la faute délictuelle invoquée par ce dernier, la cour manquements des bailleurs au locataire-gérant du fonds
d'appel a entaché sa décision d'un manque de base de commerce exploité dans les locaux loués, a
légale au regard de l'article 1382 du code civil" ; légalement justifié sa décision ;
Mais attendu que le tiers à un contrat peut invoquer, Et attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les 2ème et
sur le fondement de la responsabilité délictuelle, un 3ème moyens, dont aucun ne serait de nature à
manquement contractuel dès lors que ce manquement permettre l'admission du pourvoi ;
lui a causé un dommage ; qu'ayant relevé, par motifs PAR CES MOTIFS :
propres et adoptés, que les accès à l'immeuble loué REJETTE le pourvoi ;

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Leçon n° 9

Les sanctions des conditions de validité et de


l’inexécution du contrat
Semaine du 16 novembre 2018 / 0WOC 9

Recommandations pour l’examen :


Vous devez tout réviser (leç on 9 comprise) : pré-read, CM, et TE.
Attention à ne pas vous limiter aux pré-read, qui ne sont pas suffisants.
Ils doivent être complétés par l’apprentissage du cours, le travail effectué en TE, et les lectures
supplémentaires dans des revues ou ouvrages.
Travail à réaliser :

- Travail écrit à rendre : Faire la fiche d’arrêt approfondie des arrêts de la Cour cassation.
Recherchez et indiquez si ces arrêts ont été publiés au Bulletin de la Cour de cassation.
- Travail écrit à rendre : Commentaire de l’arrêt Cass. Civ.1, 20 février 2001, n°99-15170
(document 7).
- Révisions générales en TE.

I- Méthodologie

 Révision de la méthode du commentaire d’arrêt.

II- Les effets de la nullité du contrat


Document 1 : Cass. Com., 23 juin 1992, n°90-18951
Document 2 : Cass. Soc., 7 novembre 1995, n°93-18620
Document 3 : Cass. Com., 19 mars 1996, n°94-11677
Document 4 : Cass. Civ.1, 16 juillet 1998, n°96-18404
Document 5 : Cass. Civ.1, 16 mars 1999, n°97-12930

III- La résolution unilatérale du contrat


Document 6 : Cass. Civ.1, 13 octobre 1998, n°96-21485

Document 7 : Cass. Civ.1, 20 février 2001, n°99-15170, H. CAPITANT, F. TERRE et Y.


LEQUETTE, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Tome 2, Dalloz, Coll. Grands arrêts, 13e
éd., 2015, n°181.

Document 8 : Cass. com., 7 févr. 2018, n° 16-20.352, FS-P+B+I ; CCC mai 2018, Comm. n°84, L.
LEVENEUR (reproduit).

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Document 1 : Cass. Com., 23 juin 1992, n°90-18951


Attendu, selon l'arrêt attaqué, que, par conventions sociétés X... et Esso ", retient que la nullité " des
des 7 et 14 avril 1983, la société Esso SAF (société Esso) contrats litigieux ne saurait priver rétroactivement de
a confié à la société X... l'exploitation d'une station- toute efficacité les diverses opérations effectuées
service située à Dampierre, sous le régime du mandat successivement dans le cadre de la gérance et dans celui
pour la distribution des produits énergétiques et sous du mandat, alors que lesdits contrats sont normalement
celui de la location-gérance pour celle des autres arrivés à leur terme, après une exécution sans réserve
produits et des activités de diversification ; que les de ses obligations par chacune des parties " ;
parties ont résilié amiablement ces conventions et les Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'en raison de la
ont remplacées, les 6 et 23 août 1984, par des nullité dont les contrats-cadre étaient affectés, la
conventions de même nature portant sur une station- société Esso était fondée à obtenir paiement non pas
service située à Gasville ; que la Caisse centrale de du prix au tarif qu'elle demandait et qui aboutissait à
crédit mutuel du Centre (la Caisse) s'est constituée l'exécution des contrats nuls, mais de la valeur réelle
caution, envers la société Esso, des dettes de la société des produits livrés, en excluant tout bénéfice pour elle,
X... à concurrence de 160 000 francs, M. et Mme X... la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
se portant à leur tour caution, envers la Caisse, des PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
dettes de la société X... ; qu'après rupture des relations le second moyen :
contractuelles, la société X... a, sur le fondement de CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a
l'article 1129 du Code civil, assigné la société Esso en limité les effets de la nullité des conventions conclues
annulation des conventions conclues ; que la société les 7 et 14 avril 1983 ainsi que les 6 et 23 août 1984 à
Esso a poursuivi reconventionnellement la ces seuls contrats-cadre, en ce qu'il a rejeté les
condamnation de la société X... au paiement des demandes tendant à la nullité des diverses opérations
produits livrés et a attrait la Caisse dans la procédure ; successives réalisées entre les société X... et Esso, et en
Sur le premier moyen, pris en ses deux branches : tous les chefs du dispositif dépendant de ces
Vu l'article 1234 du Code civil ; dispositions, l'arrêt rendu le 7 juin 1990, entre les
Attendu qu'après avoir prononcé la nullité des parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en
conventions conclues les 7 et 14 avril 1983 ainsi que les conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans
6 et 23 août 1984, la cour d'appel, pour " limiter les l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour
effets de cette nullité à ces seuls contrats-cadre " et être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de
pour rejeter les demandes tendant à l'annulation " des Bourges
diverses opérations successives réalisées entre les

Document 2 : Cass. Soc., 7 novembre 1995, n°93-18620


Sur le moyen unique : détenir et dont l'existence était contestée, la cour
Attendu selon l'arrêt attaqué (Metz, 22 avril 1993), d'appel a violé l'article L. 124-3 du Code du travail ;
qu'entre le 13 avril et le 10 mai 1987, la société SNI, Mais attendu qu'un contrat atteint de nullité étant
entreprise de travail temporaire, a mis du personnel à réputé n'avoir jamais eu d'existence, les choses doivent,
la disposition de M. X..., entrepreneur en serrurerie, dans l'hypothèse où il a été exécuté, être remises dans
pour l'exécution d'un chantier ; que, les factures l'état dans lequel elles se trouvaient avant cette
correspondant à ces prestations n'ayant pas été exécution ; que, lorsque cette remise en état se révèle
réglées, la société Les Assurances du crédit, qui était impossible en raison de la nature des obligations
devenue titulaire des créances de la SNI, a fait assigner résultant du contrat, la partie qui a bénéficié d'une
M. X... en paiement devant le tribunal de grande prestation qu'il ne peut restituer doit s'acquitter du prix
instance de Metz ; correspondant à cette prestation ;
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt de l'avoir Que M. X..., ayant employé sur son chantier le
condamné au paiement des factures alors que le personnel mis à sa disposition par la société de travail
contrat liant l'utilisateur à l'entrepreneur de travail temporaire en exécution d'un contrat nul, a été à bon
temporaire doit être passé par écrit, à peine de nullité droit condamné à verser, au cessionnaire de la créance
absolue, d'ordre public dudit contrat ; qu'il ressort des de cette société, la somme correspondant aux
constatations de l'arrêt attaqué qu'aucun écrit n'était rémunérations versées aux salariés en contrepartie du
produit, la cour d'appel précisant que " l'absence " d'un travail effectué et qui n'étaient pas susceptibles de
tel contrat écrit n'avait " aucune influence " ; qu'en répétition ;
condamnant M. X..., utilisateur, à régler les factures Que le moyen n'est pas fondé ;
correspondant à l'exécution du contrat, qui était nul PAR CES MOTIFS :
faute pour l'entrepreneur de travail temporaire ou son REJETTE le pourvoi.
ayant droit de produire le contrat écrit qu'il aurait dû

Document 3 : Cass. Com., 19 mars 1996, n°94-11677

Sur le pourvoi formé par : 2°/ M. Gérard Y..., demeurant Le Lombard, Villa Les
1°/ M. X..., agissant en qualité de mandataire Tuyas, 38200 Isle d'Abeau,
liquidateur de la société à responsabilité limitée Y... , en cassation d'un arrêt rendu le 18 novembre 1993 par
demeurant ..., la cour d'appel de Paris (4ème chambre, section B), au

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profit de la Société Française Esso, (SAF), société Mais attendu qu'effectuant les recherches
anonyme, dont le siège est ..., prétendument omises, l'arrêt retient que la
défenderesse à la cassation ; proposition, de la part de la société Esso, de modifier
Les demandeurs invoquent, à l'appui de leur pourvoi, le contrat de location-gérance en un contrat de mandat
les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt; et gérance ne constitue pas en soi une faute; qu'ainsi la
LA COUR, en l'audience publique du 6 février 1996, cour d'appel a légalement justifié sa décision; que le
où étaient présents : M. Bézard, président, M. moyen n'est pas fondé;
Grimaldi, conseiller rapporteur, Mme Pasturel, MM. Sur le deuxième moyen :
Edin, Apollis, Mme Clavery, MM. Lassalle, Tricot, Attendu que M. X... ès qualités et M. Y... reprochent
Armand-Prevost, conseillers, MM. Le Dauphin, encore à l'arrêt d'avoir rejeté la demande tendant, en
Rémery, conseillers référendaires, M. Lafortune, conséquence de la nullité des contrats, à faire fixer la
avocat général, Mme Moratille, greffier de chambre; valeur des produits pétroliers restituables à la société
Sur le rapport de M. le conseiller Grimaldi, les Esso à leur valeur réelle, abstraction faite de tout
observations de la SCP Boré et Xavier, avocat de M. bénéfice, alors, selon le pourvoi, qu'en raison de la
X..., ès qualités et de M. Y..., de la SCP Célice et nullité affectant le contrat, ses dispositions ne
Blancpain, avocat de la Société Française Esso, les pouvaient recevoir aucune application; que, par
conclusions de M. Lafortune, avocat général, et après ailleurs, la restitution des produits pétroliers vendus
en avoir délibéré conformément à la loi; étant impossible en nature, la société pétrolière n'avait
Attendu, selon l'arrêt déféré, que la société à droit qu'à la restitution de leur valeur réelle,
responsabilité limitée Y... a conclu, le 28 décembre abstraction faite de tout bénéfice pour elle; qu'en
1981, avec la société Esso, un contrat de mandat pour affirmant le contraire, la cour d'appel a violé l'article
la distribution des carburants et de location-gérance 1234 du Code civil;
pour la distribution des lubrifiants ainsi que pour les Mais attendu que l'arrêt retient que "la nullité du
activités de diversification; que les parties sont contrat liant le pétrolier au pompiste n'affecte pas la
convenues de mettre fin à leurs relations à compter du licéité des ventes au consommateur final, ni par
19 février 1986; que, par un premier arrêt, la cour conséquent la légitimité du profit que le pétrolier ou
d'appel a prononcé la nullité du contrat et ordonné le pompiste, vendeur, ont pu tirer de ces opérations;
une expertise en vue de recueillir les éléments que le pompiste a fourni, dans le cadre de ces ventes,
permettant de déterminer les sommes dues à la suite une prestation en qualité d'intermédiaire; qu'il
du prononcé de cette nullité; convient en conséquence d'indemniser seulement
Sur le premier moyen : l'éventuelle perte d'exploitation du pompiste, entendue
Attendu que M. X..., ès qualités de mandataire de telle sorte que le pétrolier ne tire aucun
liquidateur de la société Y..., et M. Y... reprochent à enrichissement indu du concours apporté par ce
l'arrêt d'avoir rejeté la demande en paiement de dernier et que le pompiste ne subisse aucun
dommages-intérêts de M. Y... alors, selon le pourvoi, appauvrissement injustifié qui résulterait de l'exécution
que le statut d'ordre public du locataire-gérant, qui du contrat annulé"; que, par ces motifs, la cour d'appel
suppose une exploitation du fonds donné en jouissance, a légalement justifié sa décision; que le moyen n'est pas
en son nom et pour son compte et à ses risques et fondé;
périls, moyennant une redevance versée au Mais sur le troisième moyen :
propriétaire-loueur, est exclusif du statut de Vu l'article 1153 du Code civil ;
mandataire-gérant qui, moyennant rémunération, gère Attendu qu'après avoir ordonné la restitution, par M.
au nom et pour le compte du mandant, aux conditions X... ès qualités et M. Y..., de certaines sommes
imposées par lui, le fonds dont ce dernier conserve la auxquelles la société Esso avait été condamnée en
jouissance et maî trise la gestion; que, dès lors, en vertu du jugement revêtu de l'exécution provisoire,
déclarant que la substitution d'un contrat hybride de l'arrêt décide que la restitution de ces sommes doit être
"mandat et gérance" à un contrat de location-gérance assortie des intérêts au taux légal à compter de leur
ne signifie pas, de ce seul fait, un comportement versement;
délictueux, sans rechercher si la société pétrolière avait Attendu qu'en statuant ainsi alors que M. X... ès
proposé en connaissance de cause à son distributeur qualités et M. Y..., détenant en vertu d'un titre
exclusif un montage juridique entaché d'une nullité exécutoire le montant de certaines condamnations
d'ordre public, lui permettant, moyennant prononcées à leur profit, ne pouvaient être tenus, leur
l'interposition d'une personne morale et la substitution titre ayant disparu, qu'au paiement des intérêts à
à un contrat de location-gérance d'un contrat hybride compter du jour de la demande de restitution, la cour
aux stipulations contradictoires, de conserver la d'appel a violé le texte susvisé;
maî trise de l'exploitation du fonds de commerce de Et attendu qu'il y a lieu, conformément à l'article 627,
distribution de ses produits tout en échappant à alinéa 2, du nouveau Code de procédure civile, de
l'application de la législation du travail, ainsi que l'y mettre fin au litige en appliquant la règle de droit
invitait M. Y... dans ses conclusions d'appel, notamment appropriée;
par adoption des motifs du jugement dont il sollicitait PAR CES MOTIFS :
confirmation, la cour d'appel a privé sa décision de CASSE et ANNULE, mais seulement en ce qu'il a dit
base légale au regard de l'article 1382 du Code civil, que les sommes à restituer à la société Esso portaient
ensemble les dispositions d'ordre public de la loi du 20 intérêts à compter de leur versement, l'arrêt rendu
mars 1956 et de la loi du 21 mars 1941, codifiée aux entre les parties le 18 novembre 1993, par la cour
articles L. 781-1 et suivants du Code du Travail; d'appel de Paris;

Document 4 : Cass. Civ.1, 16 juillet 1998, n°96-18404

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Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : 1832-2 du Code civil ; et alors que, en condamnant le
Attendu, selon les énonciations des juges du fond mari à restituer en valeur les prestations reçues en
(Douai, 5 février 1996), que M. X..., notaire, a souscrit, exécution d'un contrat dont elle avait préalablement
les 3 et 4 décembre 1985, une part dans le capital de la constaté la nullité, la cour d'appel aurait violé l'article
société civile de moyens Groupement notarial de 1427 du Code civil ;
négociation de l'agglomération de Lille (GNNAL) ; Mais attendu, d'abord, que la nullité, qu'elle soit
qu'en 1992, cette société s'est fait autoriser à pratiquer, invoquée par voie d'action ou par voie d'exception,
en garantie de sa créance de cotisations des années emporte, en principe, l'effacement rétroactif du
1989 à 1993, saisie-arrêt entre les mains de la Chambre contrat ; que c'est donc à bon droit que la cour d'appel,
départementale des notaires du Nord qui détenait des après avoir constaté la cause de nullité qui affectait
fonds provenant de la cession de l'étude de M. X... ; l'acte d'apport en société consenti par M. X..., a décidé
que le GNNAL ayant ensuite assigné son débiteur en que celui-ci était tenu de restituer les prestations qui lui
validité de saisie-arrêt, Mme X... est intervenue pour avaient été fournies en exécution de cet acte ;
opposer une exception de nullité relative à l'apport fait qu'ensuite, l'article 1427 n'établit, pour la nullité qu'il
par son mari à la société demanderesse ; que l'arrêt édicte, aucune restriction au principe selon lequel la
attaqué a accueilli cette exception de nullité et nullité a pour effet de remettre les choses dans l'état
condamné M. X... à payer au GNNAL une certaine où elles se trouvaient avant la conclusion de l'acte
somme au titre de l'indemnisation des prestations annulé ; que la cour d'appel a donc justement énoncé
reçues de celui-ci ; que les parties devaient être remises dans l'état où elles
Attendu que M. et Mme X... font grief à l'arrêt de étaient avant la conclusion de l'apport en société
s'être ainsi prononcé alors que, d'une part, l'exception irrégulier et que, la restitution matérielle des
de nullité n'entraî ne aucun anéantissement rétroactif prestations reçues par M. X... étant impossible, cette
du contrat, de sorte qu'en décidant que l'exception de restitution devait se faire sous la forme d'une indemnité
nullité, valablement opposée en défense par l'épouse ; que le moyen n'est donc fondé en aucune de ses
commune en biens à l'action en exécution du contrat branches ;
litigieux, devait donner lieu, sous la forme d'une PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
indemnité, à la restitution des prestations le pourvoi formé à titre éventuel par le GNNAL :
antérieurement fournies au mari par le cocontractant, REJETTE le pourvoi ;
la cour d'appel aurait violé les articles 1427, alinéa 2, et

Document 5 : Cass. Civ.1, 16 mars 1999, n°97-12930

Sur le moyen unique, pris en ses trois branches : d'intérêts moratoires avant sa fixation par le juge ;
Attendu que, par acte sous seing privé du 20 décembre qu'en faisant courir ces intérêts à compter de
1991, Mme X... a vendu à la société Thébault des arbres l'assignation du 25 mars 1993, la cour d'appel a violé
plantés sur une parcelle de terre lui appartenant, leur l'article 1153 du Code civil ; alors, enfin, que Mme X...,
coupe devant être effectuée par l'acquéreur avant le poursuivant l'annulation de la vente pour vileté de prix,
1er mai 1992 ; qu'après l'exécution du contrat, Mme ne pouvait plus prétendre bénéficier des obligations
X... a assigné la société Thébault en nullité de la vente prévues au contrat ; qu'en lui accordant une indemnité
pour vileté du prix et, la restitution en nature étant de 9 130 francs pour " perte d'une année de pousse "
impossible, en paiement d'une indemnité égale à la des arbres, l'arrêt attaqué a violé, par fausse
différence entre la valeur vénale des arbres et le prix application, les articles 1134 et 1591 du Code civil ;
payé ; qu'elle a en outre demandé réparation du Mais attendu, d'abord, que, dans le cas où un contrat
préjudice d'exploitation résultant de la tardiveté de la nul a cependant été exécuté, les parties doivent être
remise en état des lieux par la société Thébault ; remises dans l'état dans lequel elles se trouvaient avant
Attendu que la société Thébault fait grief à l'arrêt cette exécution ; que, lorsque cette remise en état se
attaqué (Rennes, 11 décembre 1996) de l'avoir, révèle impossible, la partie qui a bénéficié d'une
réformant partiellement le jugement entrepris, prestation qu'elle ne peut restituer doit s'acquitter du
condamnée à payer à Mme X... une somme égale à la prix correspondant à cette prestation ; qu'ayant retenu
différence entre la valeur réelle des arbres et le prix la vileté du prix de la vente, la cour d'appel a constaté
payé, avec les intérêts au taux légal depuis l'assignation que la société Thébault avait pris livraison des arbres ;
et une somme en réparation de son préjudice, avec les qu'une restitution en nature étant impossible, la cour
intérêts au taux légal à compter du jugement, alors, d'appel, qui a exactement décidé que Mme X... était
selon le moyen, d'une part, que si une vente mobilière en droit d'obtenir paiement de la valeur réelle des
peut être annulée pour défaut de prix réel et sérieux, arbres livrés, a, par ces seuls motifs légalement justifié
le refus de prononcer cette annulation, pourtant sa décision ;
explicitement sollicitée par Mme X... dans ses Attendu, ensuite, qu'en toute matière, l'article 1153-1
conclusions d'appel, interdisait à la cour d'appel de se du Code civil permet au juge de fixer le point de départ
substituer aux parties et de fixer elle-même un prix, des intérêts à une date antérieure au prononcé du
différent de celui convenu le 20 décembre 1991 ; qu'en jugement, et spécialement à compter du jour de la
accordant à Mme X... un supplément de prix, demande ; qu'en fixant à une autre date que celle de
différentiel ou non, l'arrêt attaqué a violé les articles sa décision le point de départ des intérêts, la cour
1134 et 1591 du Code civil ; alors, d'autre part, que, ne d'appel n'a fait qu'user de la faculté remise à sa
pouvant constituer une différence de prix, puisque non discrétion par ce texte ;
convenue, cette somme n'aurait pu représenter qu'une Attendu, enfin, qu'en allouant des dommages-intérêts
indemnité réparatrice d'une faute d'exécution, ce qui à Mme X..., la cour d'appel a justement réparé le
excluait, en tout état de cause, qu'elle soit génératrice préjudice d'exploitation causé à cette dernière par

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l'exécution défectueuse du contrat nul par la société Et attendu que le pourvoi revêt un caractère abusif ;
Thébault ; PAR CES MOTIFS :
D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli ; REJETTE le pourvoi.

Document 6 : Cass. Civ.1, 13 octobre 1998, n°96-21485

Attendu que, exerçant depuis le 1er juillet 1980 la dans laquelle chacun des débiteurs n'est obligé que
profession de médecin anesthésiste-réanimateur au pour sa part, et au vu des autres clauses du contrat,
sein de la Clinique des Ormeaux au Havre, M. X... s'est spécialement l'article 10 permettant une cession du
vu consentir, par un contrat du 30 janvier 1986, à contrat à un successeur qualifié, a jugé que la clinique
compter du 1er janvier 1986, en même temps que était habile à résilier individuellement le contrat du 30
d'autres anesthésistes avec lesquels il était associé au janvier 1986, en justifiant de sa décision devant le juge
sein d'une société civile de moyens, dite Groupement ;
médical anesthésique des Ormeaux, dit GMAO, Et attendu que le rejet de la première branche rend la
l'exclusivité des actes de sa spécialité pour une durée seconde inopérante ;
de trente ans ; qu'il a acquis en contrepartie des actions D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
de la société anonyme Clinique des Ormeaux (la Sur le deuxième moyen du pourvoi principal, pris en
Clinique) ; qu'après l'avoir convoqué à la réunion du ses deux branches :
conseil d'administration du 27 janvier 1995, pour Attendu qu'il est reproché à l'arrêt d'avoir débouté M.
l'entendre sur son comportement professionnel, la X... de ses demandes, alors, selon le moyen, que, d'une
Clinique lui a notifié, par une lettre du 30 janvier 1995, part, en relevant que la clinique avait, à juste titre, fixé
sa décision de mettre un terme à leurs relations à six mois la durée du préavis accordé à M. X..., et que
contractuelles après un préavis de six mois ; le conseil de l'ordre avait seulement sanctionné le 27
Sur le premier moyen du pourvoi principal de M. X..., janvier 1996 par un blâme certains faits reprochés à M.
pris en ses deux branches : X..., ce qui excluait que les fautes et manquements
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt attaqué (Rouen, allégués à l'encontre de celui-ci depuis 1981, fussent
11 septembre 1996), de l'avoir débouté de ses d'une gravité telle qu'ils pussent justifier une résolution
demandes tendant à voir déclarer abusive la rupture immédiate du contrat sans décision judiciaire
unilatérale du contrat d'exercice par la Clinique, et en préalable, la cour d'appel n'a pas tiré de ses propres
conséquence, à la voir condamner à lui payer une constatations les conséquences qui en résultaient, et a
indemnité complémentaire de préavis et des ainsi violé les articles 1134 et 1147 du Code civil ; alors
dommages-intérêts, alors, selon le moyen, que, d'une que, d'autre part, l'article 1184 du Code civil précise
part, le " contrat d'anesthésie-réanimation " a été passé que le contrat n'est point résolu de plein droit, et que
entre, d'un côté, la clinique, et, de l'autre, la résolution doit être demandée en justice, et qu'en
conjointement, M. Y..., M. Z..., M. A..., M. X..., associés déclarant justifiée, par application de cet article, la
dans le GMAO, se réservant la possibilité de se décision de la clinique de rompre sans décision
substituer une société civile professionnelle constituée judiciaire préalable le contrat à durée déterminée la
entre eux, qu'il est exposé que la clinique accorde liant à M. X..., la cour d'appel a violé ce texte ;
conjointement aux associés du GMAO un contrat Mais attendu que la gravité du comportement d'une
d'exercice de la profession d'anesthésiste-réanimateur, partie à un contrat peut justifier que l'autre partie y
qu'aux termes de l'article 1, il est concédé mette fin de façon unilatérale à ses risques et périls, et
conjointement aux associés du GMAO le droit que cette gravité, dont l'appréciation qui en est donnée
d'exercer leur activité à titre exclusif, que selon l'article par une autorité ordinale ne lie pas les tribunaux, n'est
3, les médecins du GMAO auront la possibilité de se pas nécessairement exclusive d'un délai de préavis ;
faire assister par tout collaborateur de leur choix, que D'où il suit que le moyen n'est fondé en aucune de ses
les autres clauses visent également " les médecins du branches ;
GMAO ", que le contrat qui a été ainsi conclu non Et, sur les troisième, quatrième, et cinquième moyens,
entre la clinique et quatre personnes physiques prises du pourvoi principal, pris en leurs diverses branches :
chacune individuellement, mais entre deux parties Attendu que la cour d'appel retient, dans l'exercice de
uniques, dont l'une est une partie simple la clinique et son pouvoir souverain, que le contrat imposait à M. X...
dont l'autre est une partie plurale les médecins de ne pratiquer tous les actes relevant de l'exercice de
anesthésistes-réanimateurs du GMAO rassemblés par sa profession qu'à l'intérieur de la clinique, que
un même intérêt défini par rapport à l'objet de l'acte cependant M. X... a passé outre une mise en demeure
, est, partant, un contrat conjonctif ne pouvant que de respecter cette clause et continué à consulter en
continuer entre tous ou disparaî tre entre tous, et qu'en dehors, et ce malgré les inconvénients en résultant
statuant comme elle l'a fait, la cour d'appel a dénaturé pour les patients qui devaient sortir de la clinique, qu'à
le contrat litigieux ; alors que, d'autre part, la cour différentes reprises, des chirurgiens se sont plaints par
d'appel n'a pas répondu aux conclusions de M. X... lettres du comportement de M. X... qui a refusé
faisant valoir que les dirigeants de la Clinique pouvaient d'accomplir des actes liés à sa qualité d'anesthésiste,
d'autant moins faire valoir qu'il ne s'agissait pas d'un notamment en manquant de disponibilité lorsqu'il était
contrat collectif, qu'ils n'ont eu de cesse de vouloir y de garde, qu'un chirurgien a souligné qu'en 1993, 1994
mettre un terme pour lui substituer des contrats et 1995, sont survenus des incidents caractérisés, soit
individuels conclus avec chaque médecin ; par un manque de disponibilité pouvant avoir des
Mais attendu que c'est sans dénaturer le contrat que la répercussions graves sur la santé des personnes
cour d'appel, par une interprétation rendue nécessaire opérées, soit même des états d'énervement et de
par le terme même de " conjoint ", qui est susceptible brutalité à l'égard de certains malades qui s'en sont
de plusieurs acceptions, dont celle d'obligation plurale plaints, qu'une pétition a été signée le 22 décembre

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1994 par trente praticiens critiquant le comportement de la preuve, a pu déduire, sans dénaturer le contrat,
de M. X..., que les témoignages versés aux débats par ni des lettres de la Clinique des 10 décembre 1993 et 16
celui-ci sont contredits par les attestations et autres septembre 1994, justifiant légalement sa décision, que
pièces du dossier qui démontrent qu'en de nombreuses ces violations graves et renouvelées des obligations
circonstances et depuis 1981, il a gravement manqué à contractuelles permettaient à la Clinique de résilier le
ses obligations de médecin anesthésiste, y compris en contrat de M. X... ;
compromettant la santé des patients ; que, de ces D'où il suit que les moyens ne peuvent être accueillis ;
constatations et énonciations, la cour d'appel, Et sur le moyen unique du pourvoi incident de la
répondant aux conclusions dont elle était saisie, et qui Clinique des Ormeaux, pris en ses six branches : (sans
n'a ni méconnu les exigences de l'article 455 du intérêt) ;
nouveau Code de procédure civile, ni violé l'article 59 PAR CES MOTIFS :
du Code de déontologie médicale, ni inversé la charge REJETTE le pourvoi principal ;

Document 7 : Cass. Civ.1, 20 février 2001, n°99-15170

Sur le moyen unique, pris en sa première branche : unilatérale du contrat par la société, l'arrêt attaqué
Vu les articles 1134 et 1184 du Code civil ; retient par motifs propres et adoptés que le
Attendu que la gravité du comportement d'une partie manquement par M. X... à ses obligations
à un contrat peut justifier que l'autre partie y mette fin contractuelles pouvait entraî ner la rupture
de façon unilatérale à ses risques et périls, peu prématurée des relations contractuelles ;
important que le contrat soit à durée déterminée ou Attendu qu'en statuant ainsi sans rechercher si le
non ; comportement de M. X... revêtait une gravité
Attendu que la société Europe expertise (la société) a suffisante pour justifier cette rupture, la cour d'appel
confié, pour une période de trois ans à compter du 25 n'a pas donné de base légale à sa décision ;
septembre 1995, à M. X..., expert en automobiles, la PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur
réalisation d'expertises préalables à la reprise par le les autres branches du moyen :
constructeur de tous véhicules sur lesquels avait été CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions,
consentie une vente avec faculté de rachat à un loueur l'arrêt rendu le 8 mars 1999, entre les parties, par la
professionnel ; que la société a résilié leur convention cour d'appel de Bastia ; remet, en conséquence, la
le 25 octobre 1995 ; cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient
Attendu que pour rejeter la demande de M. X... en avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
indemnisation des conséquences de la rupture devant la cour d'appel de Montpellier.

Document 8 : Cass. com., 7 févr. 2018, n° 16-20.352


Sur le moyen unique : choses en leur état antérieur, il n'y a pas lieu
d'appliquer la clause limitative de responsabilité ;
Vu les articles 1134 et 1184 du Code civil, dans leur
rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance du Qu'en statuant ainsi, alors qu'en cas de résolution
10 février 2016 ; d'un contrat pour inexécution, les clauses limitatives
de réparation des conséquences de cette inexécution
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que le 12 octobre 2010, demeurent applicables, la cour d'appel a violé les
la société Constructions industrielles de la textes susvisés ;
Méditerranée (la société CNIM) a procédé à des
réparations sur une chaudière d'une centrale Par ces motifs : Casse et annule, mais seulement en ce
exploitée par la Société de cogénération de Travaux qu'il condamne la société Constructions industrielles
(la société SCT), aux droits de laquelle est venue la de la Méditerranée à payer à la société Valmy
société Valmy énergies ; que cette dernière a obtenu, énergies à titre de dommages-intérêts, la somme de
après la survenance de nouvelles fuites, une expertise 761 253,43 euros majorée des intérêts au taux légal à
judiciaire qui a conclu qu'elles étaient imputables aux compter de la signification du jugement et en ce qu'il
soudures effectuées par la société CNIM ; que la statue sur les dépens et l'article 700 du Code de
société Valmy énergies a assigné cette dernière en procédure civile, l'arrêt rendu le 20 avril 2016, entre
résolution du contrat, restitution et paiement de les parties, par la cour d'appel de Nancy ; remet, en
dommages-intérêts en réparation de ses préjudices conséquence, sur ces points, la cause et les parties
matériels et de ses pertes d'exploitation ; que la dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et,
société CNIM a demandé l'application de la clause pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
limitative de réparation ; de Colmar ;

Attendu que pour condamner la société CNIM à


payer à la société Valmy énergies la somme de
761 253,43 euros à titre de dommages-intérêts, l'arrêt
retient que la résolution de la vente emportant
anéantissement rétroactif du contrat et remise des

79
80

Note de L. LEVENEUR :

Une société est chargée d'effectuer des réparations sur la chaudière d'une installation industrielle de production
d'énergie. Cependant le travail effectué ne donne pas satisfaction : de nouvelles fuites surviennent, qui sont imputables
aux soudures effectuées par cette société. Le maî tre de l'ouvrage demande la résolution du contrat, avec restitution
des sommes qu'il a payées et des dommages-intérêts. L'entreprise se prévaut de la clause limitative de réparation qui
avait été stipulée dans le contrat : elle entend bien que les dommages-intérêts qu'elle peut devoir soient limités par ce
plafond.

La cour d'appel refuse d'appliquer la clause au motif que la résolution emporte anéantissement rétroactif du contrat.
La chambre commerciale casse cette décision dans les termes les plus nets : « en cas de résolution d'un contrat pour
inexécution, les clauses limitatives de réparation des conséquences de cette inexécution demeurent applicables ». On
approuvera pleinement cette solution.

Il est vrai que par un arrêt (non publié au bulletin) du 5 octobre 2010 la même chambre commerciale avait admis que
la résolution d'une vente emportant anéantissement rétroactif du contrat et remise des choses dans leur état antérieur,
il n'y avait pas lieu d'appliquer les clauses limitatives de responsabilité (Cass. com., 5 oct. 2010, n° 08-11.630 : JurisData
n° 2010-017800 ; JCP G 2011, 63, obs. P. Grosser ; RDC 2011, p. 431, obs. Th. Genicon). La cour d'appel s'était donc
placée ici dans ce prolongement. Mais cette position était regrettable.

Il faut en effet savoir distinguer les effets de la résolution d'un contrat et ceux d'une annulation (V. en ce sens, Th.
Genicon, obs. préc.).

Lorsqu'un contrat est annulé, aucune de ses clauses ne peut survivre, car le contrat, vicié dans sa formation, n'a jamais
été valable : l'anéantissement rétroactif est nécessairement total, pour faire en sorte que ce qui est nul ne produise
aucun effet (quod nullum est, nullum producit effectum). Au contraire, la résolution affecte un contrat valablement
formé, dont par la suite l'exécution est imparfaite ; l'anéantissement complet du contrat ne s'impose pas : d'ailleurs le
créancier peut chercher plutôt à poursuivre l'exécution forcée de la convention (C. civ., art. 1184, al. 2 ancien. – C.
civ., art. 1217, al. 3 nouveau). S'il préfère la voie de la résolution, suivie de restitutions réciproques plus ou moins
importantes, il demeure que le contrat aura tout de même été valablement formé initialement et que les clauses qu'il
a pu prévoir pour régir les conséquences d'une éventuelle inexécution conservent leur force. Il en va évidemment ainsi
d'une clause résolutoire de plein droit que la résolution n'anéantit pas ! Il n'y a pas de raison qu'il en aille différemment
d'une clause limitative de réparation, destinée à plafonner conventionnellement les dommages-intérêts qui sanctionnent
l'inexécution et qui peuvent toujours accompagner la résolution (C. civ., ancien art. 1184, al. 2. – C. civ., art. 1217
nouveau, dernier al.) : elle trouve sa force dans le contrat qui a été valablement formé. La même solution doit être
retenue pour une clause pénale qui fixerait un forfait de dommages-intérêts en cas d'inexécution : le forfait serait dû
aussi en cas de résolution avec dommages-intérêts (V. en ce sens, Cass. com., 22 mars 2011, n° 09-16.660 : JurisData
n° 2011-004273 ; RDC 2011, p. 826, obs. E. Savaux ; RTD civ. 2011, p. 345, obs. B. Fages).

Au fond, entre les deux voies qui s'offrent au créancier insatisfait de l'exécution de la convention par son cocontractant,
à savoir la résolution avec dommages-intérêts ou la simple mise en jeu de la responsabilité contractuelle de l'autre
partie, la différence se trouve seulement dans les restitutions réciproques que déclenche le cas échéant la résolution ;
en revanche pour la réparation du préjudice causé par l'inexécution, il n'y a pas de raison que la fixation des dommages-
intérêts soit différente.

L'ordonnance du 10 février 2016 a donné, dans le nouvel article 1230 du Code civil, plus de précisions sur les
conséquences de la résolution du contrat que ne le faisait l'ancien article 1184 : « la résolution n'affecte ni les clauses
relatives au règlement des différends, ni celles destinées à produire effet en cas de résolution, telles les clauses de
confidentialité et de non-concurrence ». Assurément cette énumération, non limitative, peut être poursuivie en
ajoutant les clauses limitatives de réparation des conséquences de l'inexécution !

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ANNEXE
Depuis la création du Tribunal de cassation en 1790, des générations de conseillers à la Cour de
cassation ont affiné une technique de rédaction des arrêts très sophistiquée, dont les principales
caractéristiques sont la concision, la précision terminologique et la rigueur logique.

Les progrès de l’informatique permettent désormais de rendre accessible, dans les bases de données,
les rapports objectifs du conseiller rapporteur, qui posent la problématique du pourvoi, ainsi que
les conclusions des avocats généraux dans les affaires publiées au Bulletin de la Cour. Ensuite, les
moyens des pourvois auxquels répondent les arrêts, qui n’étaient publiés que dans les arrêts de
rejet car ils font alors partie intégrante de l’arrêt, sont, depuis décembre 2008, accessibles sur Jurinet
lorsqu’ils sont annexés à la décision (1) . A travers le développement des sites “intranet” et
“internet” de la Cour de cassation, de très nombreux documents relatifs aux arrêts rendus sont
désormais accessibles en ligne.

Dans le souci de faciliter encore davantage la lecture et la compréhension des arrêts de la Cour, il
est apparu utile de diffuser la présente note méthodologique contenant un certain nombre de
précisions techniques sur la rédaction des arrêts, et qui a pour objet d’attirer l’attention des lecteurs
sur la spécificité formelle des arrêts de la Cour de cassation. Cette nouvelle fiche, comme la fiche
déjà diffusée sous le titre “Interprétation et porté e des arrêts de la cour de cassation en matière
civile”, a pour ambition de contribuer au dialogue nécessaire entre la Cour de cassation et les
juridictions du fond. La version électronique de cette fiche permet d’accéder directement à la
plupart des arrêts cités.

Les difficultés de compréhension des arrêts

Les interrogations sur le sens des arrêts de la Cour de cassation

L’interprétation de ses arrêts suscite des questions et parfois des critiques, engendre des faux sens
ou des hésitations.

Il est d’abord malaisé pour un justiciable de comprendre que la Cour :

- ne re-juge pas l’affaire, mais juge la conformité de la décision attaquée aux règles de droit (article
604 du code de procédure civile) ;

- n’apprécie pas le fait, mais dit le droit

Les avocats eux-mêmes ne commettent-ils pas parfois le contresens consistant à lire le moyen au
lieu de retenir la réponse de la Cour ? Combien d’arrêts sont invoqués, de plus ou moins bonne
foi, dans des conclusions, comme des arrêts de principe, alors qu’ils ne sont que des arrêts sans
aucune portée normative en raison de l’appréciation souveraine des juges du fond ? La mise en
ligne par “Legifrance” de l’intégralité des arrêts a décuplé la fréquence de ce type d’affirmation.

Quant aux interprétations doctrinales, elles font parfois découvrir aux chambres de la Cour des
innovations ou des revirements que celles-ci n’avaient ni envisagés ni effectués.

De leur côté, les juges du fond s’interrogent souvent sur le sens d’un arrêt censurant leur décision,
sur l’interprétation d’un précédent jurisprudentiel ou sur la portée d’une décision. Ainsi, peut-on
se leurrer sur un rejet d’apparence satisfaisant pour le juge du fond, qui constitue en fait un sauvetage
de sa décision, par exemple grâce aux motifs présumés adoptés des premiers juges. Inversement,
nous savons bien que sont mal reçues certaines cassations pour défaut de réponse aux conclusions :
n’est-ce pas en effet un grief difficile à accepter par le juge d’appel qui s’est trouvé, dans un litige

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de droit immobilier, devant une douzaine d’intimés, des actions en garantie, des appels incidents ou
provoqués, conduisant à de très nombreuses conclusions interminables, enchevêtrées et touffues...?

Pourtant, tous les magistrats du fond qui viennent en stage à la Cour de cassation se rendent bien
compte que, même si le taux de cassation en matière civile est de l’ordre de 30 % des pourvois, les
magistrats de la Cour n’éprouvent aucun plaisir à casser un arrêt. Mais, sauf à renoncer à sa mission
propre, la Cour ne peut que casser lorsque la loi est claire et que les circonstances de fait
souverainement relevées par les juges du fond ne lui laissent aucune marge d’appréciation.

Analyse des difficultés de compréhension des arrêts

Ces difficultés ont, pour l’essentiel, deux sortes de causes relevant :

a) de la logique juridique des arrêts ;

b) de la politique et de la pratique judiciaire.

a) la logique juridique des arrêts

Si les arrêts de la Cour sont d’interprétation délicate, c’est en effet d’abord en raison de la mission
de la Cour : aux termes du sous-titre III du titre XVI du livre premier du code de procédure civile,
le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire qui tend, selon l’article 604, “à faire
censurer par la Cour de cassation la non-conformité du jugement qu’il attaque aux règles de droit”.
Ainsi, comme toute décision judiciaire, un arrêt de la Cour de cassation correspond à la
formalisation du raisonnement de la Cour qui, partant de circonstances de fait souverainement
retenues par les juges du fond, est saisie d’une contestation de la décision des juges du fond au
moyen d’un argumentaire juridique. Si elle approuve le raisonnement des juges, elle rejette le
pourvoi. Si elle le réfute, elle casse la décision attaquée.

Mais, contrairement à ce qu’elle exige des juges du fond, la Cour de cassation, juge du droit,
n’exprime pas la motivation de sa décision, en ce sens qu’elle “dit le droit” sans dire pourquoi elle
privilégie telle ou telle interprétation de la loi. Cette absence de “motivation” des arrêts est
fréquemment critiquée par la doctrine, et la Cour de cassation n’est pas restée insensible à cette
critique. Depuis la condamnation de la France par la Cour européenne de Strasbourg, la Cour de
cassation a profondément modifié les conditions d’examen des pourvois, puisque les parties et leurs
conseils ont désormais facilement accès, ainsi que tous les magistrats pour les arrêts publiés, au
rapport objectif du conseiller rapporteur et à l’avis de l’avocat général (2) . La simple comparaison
de ces éléments avec l’arrêt prononcé permet d’appréhender aisément la problématique du
pourvoi, les solutions envisageables et les éléments pris en compte par la Cour de cassation dans le
choix de la solution. Mais cet effort de transparence ne semble pas devoir aller jusqu’à transformer
la nature de la mission de la Cour, qui lui permet de faire évoluer la jurisprudence en fonction des
mutations de la société telles que prises en compte par les décisions des juges du fond.

Le lecteur, ignorant souvent tout de la technique de rédaction d’un arrêt de la Cour de cassation,
risque de l’interpréter inexactement. Afin d’éviter de faire dire à un arrêt plus que ce qu’il
comporte, il convient de rappeler les limites dans lesquelles la décision de cassation s’insère.

La Cour de cassation n’a aucune possibilité d’auto-saisine d’une affaire, qui reste la chose des parties.
Dès lors, le lecteur devra être attentif à trois paramètres qui définiront les limites du champ
d’intervention de la Cour :

- les parties : ne peuvent se pourvoir que les parties à la décision critiquée et qui y ont intérêt
(article 609 du code de procédure civile) ;

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- les griefs : ne seront examinés que les chefs du dispositif de la décision attaquée expressément
critiqués par le pourvoi. Les chefs de dispositif non visés par les moyens ne seront pas atteints par
une éventuelle cassation, sauf s’ils sont la suite logique et nécessaire d’un chef de dispositif cassé ;

- les moyens : la Cour de cassation ne statuera, selon l’adage classique, que sur “Le moyen, rien que
le moyen, mais tout le moyen”, d’où la nécessité de prendre connaissance des moyens présentés
pour mesurer la portée d’un arrêt de la Cour. En effet, aux termes de l’article 624 du code de
procédure civile, “la censure qui s’attache à un arrêt de cassation est limitée à la portée du moyen
qui constitue la base de la cassation, sauf le cas d’indivisibilité ou de dépendance nécessaire”. Si la
Cour de cassation, comme elle en a la possibilité, sous réserve du respect du principe de la
contradiction (article 1015 du code de procédure civile), relève un moyen d’office ou rejette un
pourvoi par substitution d’un motif de pur droit relevé d’office à un motif erroné, cet élément sera
nécessairement mentionné dans la décision elle même et donc, le lecteur en sera informé.

Il résulte des limites du champ de la saisine de la Cour de cassation ,que contrairement à ce qui est
parfois perçu, un arrêt de rejet n’a pas nécessairement pour effet une totale approbation par la
Cour de cassation de la décision attaquée. En effet, si les moyens n’ont pas visé certains chefs du
dispositif ainsi que les motifs qui les justifient, la Cour n’a pas eu à les analyser ni, par voie de
conséquence, à se prononcer sur leur pertinence.

De la même façon, une cassation intervenue sur un moyen contestant, par exemple, la recevabilité
d’un appel ne préjuge en rien de la valeur de la démonstration juridique au fond de l’arrêt attaqué.
En effet, certains moyens sont nécessairement préalables à l’analyse des moyens de fond, tels que
les moyens invoquant la violation du principe de la contradiction (article 16 du code de procédure
civile) ou des règles de procédure, comme la validité de l’ordonnance de clôture. Une cassation sur
de tels moyens interdit l’examen des autres moyens, sur lesquels la Cour ne se prononce pas.

L’exigence du raisonnement logique impose, comme devant les juridictions du fond, l’examen des
moyens dans un certain ordre (recevabilité avant le fond, principe de responsabilité avant
l’indemnisation du préjudice, qui est nécessairement préalable à l’examen des moyens portant sur
les appels en garantie, etc.). Dès lors qu’un de ces moyen est accueilli, il interdit l’examen des
moyens qui, en pure logique, ne portent que sur une conséquence du chef de dispositif cassé. Cette
situation s’exprimera par l’indication, juste avant le dispositif de la formule : “Par ces motifs, et sans
qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens...”.

Les moyens sont, en général, décomposés en “branches”, qui correspondent aux différents angles
d’attaque que le demandeur au pourvoi a trouvés pour contester le chef de dispositif attaqué par
le moyen : ainsi, une condamnation à payer une certaine somme peut être critiquée sur le
fondement de la violation de l’article 1382 du code civil (première branche), mais aussi pour manque
de base légale au regard de cet article 1382, faute, par exemple, d’avoir caractérisé le lien de
causalité entre la faute et le dommage (deuxième branche), pour défaut de réponse à des
conclusions qui contestaient la réalité du dommage (troisième branche), etc. Pour qu’un moyen soit
rejeté, il faut que la Cour examine chacune des branches présentées et les rejette toutes. Si la
critique d’une branche est fondée, la Cour n’aura pas à statuer sur les autres branches du moyen,
sauf s’il est possible d’écarter la branche pertinente en retenant que les motifs critiqués ne sont pas
le seul fondement de la décision attaquée, qui peut être sauvée par un autre motif non contesté,
ce qui s’exprime par une formule du type : “abstraction faite d’un motif erroné mais
surabondant...”.

Cette logique, inhérente à la décision de cassation, trouve sa traduction dans la construction même
des arrêts (cf. infra).

b) Les difficultés tenant à la politique et à la pratique judiciaire du traitement des pourvois

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Il est également des causes de difficultés de compréhension du sens et de la portée des arrêts qui
tiennent aux choix des parties et de leurs conseils, ainsi qu’à la politique judiciaire au sens large et
aux intérêts contradictoires à concilier. On entend fréquemment dire : pourquoi n’y a-t-il pas
davantage d’arrêts de principe ?

C’est d’abord parce que les pourvois n’en donnent pas toujours la possibilité, car les moyens dits
“disciplinaires” (cf. infra) constituent une majorité des pourvois, et ensuite parce que la rigidité d’un
arrêt de principe et l’ampleur, difficile à cerner, de ses conséquences ont, de tout temps, incité la
Cour de cassation à la prudence : la sécurité juridique, qui est la première mission de la Cour,
conduit à privilégier des évolutions “à petit pas” plutôt que des revirements spectaculaires, dont
l’application aux affaires en cours pose de redoutables questions, comme l’a montré le rapport du
professeur Molfessis sur les revirements de jurisprudence (Litec 2005). La Cour a néanmoins eu
l’occasion de mettre en oeuvre le fruit de ces réflexions dans un arrêt de la deuxième chambre
civile du 8 juillet 2004 (Bull. 2004, III, n° 387), puis dans un arrêt d’assemblée plénière (Assemblée
plénière, 21 décembre 2006, Bull. 2006, Ass. plén., n° 15).

S’y ajoute le fait que les rejets “d’espèce” dits de “sauvetage”, dénués de véritable portée juridique
et dont le nombre a tendance à s’accroî tre, révèlent l’hésitation et les scrupules de la Cour suprême
devant les effets dilatoires et souvent déplorables des cassations de décisions qui, pour être
imparfaitement motivées, n’en sont pas moins pertinentes quant à la solution apportée. Comme le
disait Mme le doyen Fossereau, “la Cour de Cassation rejette les pourvois deux fois plus qu’elle ne
les accueille en cassant et c’est heureux, mais elle rend des arrêts d’espèce plus que de principe et
c’est dommage”.

Ensuite, la Cour de cassation est nécessairement amenée à regrouper l’examen de certains pourvois.
Comme devant toutes les juridictions, un pourvoi qualifié de “principal” peut entraî ner, de la part
du défendeur, une réplique sous forme de pourvoi “incident” ou “provoqué” (614 du code de
procédure civile). La Cour choisira de répondre à ces différents pourvois et aux différents moyens
qu’ils comportent dans un ordre procédant de la simple logique juridique (3) . Il existe également
des cas de connexité qui conduisent la Cour à joindre des pourvois et à répondre par un seul arrêt
lorsque la même décision est frappée de différents pourvois par des parties différentes (4) . Mais il
est également possible que certains moyens visent un arrêt avant dire droit et d’autres l’arrêt au
fond, ou que certains moyens critiquent un arrêt ayant fait l’objet d’un arrêt rectificatif, lui-même
critiqué (5) . Dans ces cas, la Cour ne rendra qu’un seul arrêt.

Par ailleurs, la Cour de cassation, par la force des choses, est composée de plusieurs chambres, et il
ne peut être recouru à tout instant aux chambres mixtes. Or, les chambres gardent une certaine
autonomie compte tenu de leur spécialisation, ce qui a justifié, ces dernières années, la mise en
place de procédures internes pour limiter autant qu’il est possible les divergences de jurisprudence
entre les chambres. Néanmoins, lorsque plusieurs chambres sont conduites à traiter de la même
question, il est assez fréquent que le mécanisme de consultation officielle de l’autre chambre soit
mis en oeuvre conformément aux dispositions de l’article 1015-1 du code de procédure civile. Dans
ce cas, l’indication de la consultation figure en tête de la réponse de la Cour et donne au lecteur la
certitude de l’accord des chambres sur la doctrine ainsi exprimée, qui devient ainsi celle de la Cour
toute entière (2e Civ., 14 février 2008, Bull. 2008, II, n° 36).

Certaines dispositions purement matérielles, qui paraissent une évidence pour les praticiens de la
cassation, doivent être explicitées, telles que l’indication, en haut et à droite, sur la minute de
chaque arrêt, de son mode de diffusion. Pour identifier le type de publication qui est décidé au
terme du délibéré des chambres et qui correspond à l’importance que la chambre accorde à la
décision qu’elle vient d’arrêter, les arrêts mentionnent des lettres suivantes dont il faut connaî tre
la signification :

D = diffusion sur la base de la Cour, mais sans publication. Ce sont les arrêts qui, pour les chambres,
n’apportent rien à la doctrine de la Cour de cassation. Ils sont fréquemment qualifiés “d’arrêts

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d’espèce”, même si une telle analyse n’a guère sa place pour un arrêt de la Cour, qui ne répond
qu’à des moyens de droit ;

B = publication au Bulletin d’information de la Cour de cassation (BICC, diffusé tous les quinze
jours à tous les magistrats), comportant le sommaire des arrêts qui seront publiés, et dont la Cour
estime nécessaire de porter rapidement la solution à la connaissance des magistrats du fond. Le
sommaire des arrêts est élaboré au sein de la chambre qui a rendu la décision et tend à dégager ce
qu’apporte l’arrêt à la doctrine de la Cour. Le lecteur avisé ne doit en aucun cas se contenter de
la lecture du sommaire, dont la concision peut conduire à des interprétations erronées, mais doit
absolument se reporter à l’arrêt lui-même, connaissance prise des moyens auxquels il est répondu ;

P = publication au Bulletin de la Cour de cassation, édité désormais uniquement en version


numérique. Ce sont les arrêts qui ont une portée doctrinale, soit par la nouveauté de la solution,
soit par une évolution de l’interprétation d’un texte au regard de la jurisprudence antérieure, soit
enfin parce que la Cour n’a pas publié cette solution depuis longtemps (une dizaine d’années) et
qu’elle entend manifester la constance de sa position ;

I = diffusé sur le site internet de la Cour de cassation : il s’agit des arrêts qui, de l’avis de la chambre,
présentent un intérêt pour le grand public, parce qu’il s’agit d’une question de société ou parce
que la solution a des incidences pratique évidentes pour la vie quotidienne de nos concitoyens. Ils
sont parfois assortis d’un communiqué qui en précise la portée ;

R = ce sont les arrêts dont la portée doctrinale est la plus forte. Ils sont analysés au rapport annuel
de la Cour de cassation, qui permet l’actualisation, en léger différé, de l’essentiel de l’évolution de
la jurisprudence de la Cour.

Ces indications relatives au niveau de publication des arrêts se retrouvent sur Jurinet en tête des
décisions, à l’exception de l’indication de la mise sur internet. Les arrêts publiés au Bulletin
disposent d’un sommaire édité en italiques avant l’arrêt, et la publication au rapport annuel est
indiquée avec un lien direct avec ce rapport quand il est imprimé.

Comprendre la nature du contrôle exercé par la Cour de cassation

Il résulte des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l’organisation judiciaire que la mission essentielle
de la Cour de cassation est d’assurer l’unité de l’interprétation de la loi sur tout le territoire de la
République sans connaî tre le fond des affaires, afin d’assurer l’égalité des citoyens devant la loi. La
distinction du fait et du droit apparaî t a priori comme une évidence, comme un principe simple :
la Cour de cassation contrôle l’application uniforme du droit et laisse aux juges du fond l’analyse
des faits. Cette distinction est plus complexe qu’il n’y paraî t, et la lecture attentive des arrêts permet
de comprendre l’importance et les modalités de ce contrôle qui détermine la liberté d’action des
juges du fond.

La problématique du contrôle

Sur le principe du contrôle, certains soutiennent que la Cour ne pourrait pas exercer un contrôle
nuancé : elle devrait contrôler toutes les notions juridiques, mais ne pourrait pas contrôler ce qui
touche aux faits souverainement appréciés par les juges du fond. Les tenants de cette position
considèrent que l’on doit apprécier un contrôle à son effet (la cassation) et non à sa forme ou à
son expression. Ils contestent donc le principe même d’un contrôle modulé. D’autres tentent de
distinguer le contrôle de forme (de procédure) du contrôle logique (vice de motivation y compris
la dénaturation), du contrôle normatif (qui porte sur ce qui a été décidé au fond). Cette distinction
séduisante ne semble pas pertinente puisqu’il n’y a pas de hiérarchie entre les lois de procédure et
celles de fond. Les moyens dits “disciplinaires”, aussi irritants soient-ils, relèvent du contrôle de la
Cour de cassation au même titre que les moyens portant sur le fond du droit. La seule différence

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est que les contrôles de forme ou de motivation sont tous de même intensité, alors que le contrôle
normatif est le seul qui puisse revêtir un niveau d’intensité variable.

Cette question du contrôle est particulièrement complexe et constitue un sujet d’incertitudes que
seule la connaissance des arrêts les plus récents de la Cour de cassation permet de lever. En effet,
le niveau de ces contrôle n’est pas constant même si, sur le plan théorique, la Cour de cassation est
consciente que trop contrôler pervertirait sa mission. Lorsque l’on entre dans la réalité des pourvois,
il apparaî t parfois difficile de s’en remettre à l’appréciation souveraine des juges du fond, sous
peine de renoncer au rôle unificateur d’interprétation du droit de la Cour de cassation. Or, au fil
du temps, la doctrine de la Cour de cassation peut évoluer : ainsi lors de la promulgation d’un
nouveau texte, la tentation existe d’en contrôler strictement les conditions d’application, pour
ensuite relâcher le contrôle.

Une intervention de l’assemblée plénière peut modifier la nature du contrôle : ainsi, la contestation
sérieuse en matière de référé, dont le contrôle, abandonné par la première chambre civile le 4
octobre 2000 (Bull. 2000, I, n° 239), a été rétabli par l’assemblée plénière le 16 novembre 2001 (Bull.
2001, Ass. plén., n° 13), au motif précisément que “en statuant par ces motifs, qui ne mettent pas
la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle sur l’existence d’une obligation non
sérieusement contestable, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision”.

Suivant les matières et les chambres, la même notion peut être contrôlée ou non : ainsi en est-il
de la faute qui, en matière de divorce, n’est pas contrôlée, mais qui fait l’objet d’un contrôle léger
dans les autres contentieux. L’analyse d’une chambre peut également varier dans le temps : si la
chambre sociale a longtemps considéré que le harcèlement était souverainement apprécié par les
juges du fond (Soc., 23 mai 2007, Bull. 2007, V, n° 85) (6) , plusieurs arrêts du 24 septembre 2008, dans
le souci d’harmoniser les solutions souvent disparates des juges du fond, ont instauré un contrôle
de qualification de cette notion (Soc., 24 septembre 2008, Bull. 2008, V, n° 175) : “Qu’en se
déterminant ainsi, sans tenir compte de l’ensemble des éléments établis par la salariée, la cour
d’appel n’a pas mis la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle sur le point de savoir si
les faits établis n’étaient pas de nature à faire présumer un harcèlement moral au sens des textes
susvisés”.

Les différents types de contrôle

Les praticiens de la Cour de cassation (magistrats et avocats aux Conseils) distinguent classiquement
le contrôle normatif, le contrôle de motivation et le contrôle appelé par commodité “disciplinaire”,
qui tend à une véritable égalité des citoyens devant la justice en faisant assurer un contrôle de
qualité des décision judiciaires par la Cour de cassation.

1°) Le contrôle normatif

Le contrôle normatif, ou contrôle de fond, présente quatre niveaux :

- L’absence de contrôle lorsque le juge dispose d’un pouvoir discrétionnaire : le juge n’a même
pas besoin de motiver sa décision ; par exemple, en application de l’article1244-1 code civil pour
refuser d’accorder des délais de paiement, pour refuser de modérer une clause pénale (1152 du
code civil), pour refuser une demande de sursis à statuer, pour fixer la charge des dépens ou le
montant des frais non compris dans les dépens. Dans ces cas, les arrêts mentionnent que le juge n’a
fait qu’user de son pouvoir discrétionnaire (Com., 16 septembre 2008, pourvois n° 07-11.803 et 07-
12.160, et 1re Civ., 11 février 2009, pourvoi n° 08-11.337) ;

- Le contrôle restreint à l’existence d’une motivation, compte tenu du pouvoir souverain des juges
du fond : le juge du fond, dès lors qu’il motive, apprécie la réalité des faits, et ces faits s’imposent
à la Cour de cassation : par exemple, l’évaluation du préjudice et des modalités de sa réparation.
Les arrêts font fréquemment référence au pouvoir souverain des juges du fond ou à leur

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appréciation souveraine des éléments de fait (2e Civ., 19 février 2009, pourvoi n° 07-19.340 : “... c’est
dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation des faits qui lui étaient soumis que la cour
d’appel a décidé que son attitude était constitutive d’un abus de droit”) ;

- le contrôle léger : c’est un contrôle de légalité qui intervient lorsque la cour d’appel a tiré une
conséquence juridique de ses constatations de fait qui était possible mais qui aurait pu être
différente sans pour autant encourir la critique, et ce contrôle léger s’exprime par une réponse au
rejet selon laquelle le juge du fond “a pu...” statuer comme il l’a fait (Com., 17 février 2009, pourvoi
n° 07-20.458 : “que la cour d’appel a pu en déduire que ce comportement était fautif et devait
entraî ner pour M. X... dé charge à concurrence de la valeur des droits pouvant lui être transmis par
voie de subrogation ; que le moyen n’est pas fondé”) ;

- le contrôle lourd : il intervient lorsque la cour d’appel ne pouvait, à partir de ses constatations
de fait, qu’aboutir à la solution retenue, sous peine de voir son arrêt cassé pour violation de la loi :
les arrêts de rejet utilisent alors des expression très fortes, telles que “exactement”, “à bon droit”,
lorsque le juge a énoncé pertinemment une règle (2e Civ., 19 février 2009, pourvoi n° 08-11.888 :
“Mais attendu que l’arrêt retient à bon droit que ni l’indépendance du service du contrôle médical
vis-à-vis de la caisse ni les réserves émises par celle-ci sur le respect du secret médical ne peuvent
exonérer les parties à la procédure du respect des principes d’un procès équitable”). Le mot
“justement” est utilisé de préférence lorsque le juge a correctement tiré les conséquences d’un
texte (1re Civ., 11 février 2009, pourvoi n° 07-16.993).

2°) Le contrôle normatif de motivation : le manque de base légale

Le deuxième type de contrôle est à la fois normatif et pédagogique, et s’exprime dans les cassations
pour manque de base légale : dans ce cas, il est fait reproche aux juges du fond de n’avoir pas
caractérisé tous les éléments permettant à la Cour de cassation d’exercer son contrôle normatif.
Un exemple classique est pris des éléments de la responsabilité civile (faute, dommage et lien de
causalité), qui doivent être caractérisés, faute de quoi la décision n’aura pas la base légale qui est
contrôlée par la Cour de cassation. Dans une telle hypothèse, la décision est peut-être excellente
mais la motivation est insuffisante, en ce qu’elle fait l’impasse sur des faits qui sont indispensables à
l’application de la règle de droit. C’est en ce sens que les cassations pour manque de base légale
ont une vocation pédagogique pour tous les juges, et la cour d’appel de renvoi pourra reprendre la
même solution dès lors qu’elle la motivera correctement. Ceci explique qu’il ne peut y avoir de
rébellion d’une cour de renvoi après une cassation pour manque de base légale.

3°) Le contrôle dit “disciplinaire”

En dehors des contrôles qualifiés de normatifs, il existe également ce que la pratique appelle
improprement le contrôle “disciplinaire”. Les moyens disciplinaires sont ceux qui n’ont d’autre but
que de faire censurer la décision attaquée pour un vice de motivation, fréquemment au visa des
articles 455 et 458 du code de procédure civile et, souvent, pour défaut de réponse à conclusions.
Certaines de ces critiques formelles dérivent de la méconnaissance des principes fondamentaux de
la procédure, tels que la détermination de l’objet du litige, le respect des droits de la défense et du
principe de la contradiction, la publicité des audiences, la communication des causes au ministère
public, la composition des juridictions ou la signature de la minute. Dans tous ces cas, la Cour de
cassation ne censure pas les juges du fond pour avoir mal jugé en leur dispositif, mais elle censure
la décision pour sa méconnaissance des formes ou de la méthodologie légales. La conséquence
d’une cassation “disciplinaire” est que la juridiction de renvoi pourra reprendre à son compte la
même solution, mais après avoir complété, amélioré ou modifié la motivation, ou après s’être
conformée aux formalités requises.

De la même façon, le grief de dénaturation est généralement considéré comme un grief


disciplinaire, puisqu’il soutient que le juge a fait dire à un écrit clair autre chose que ce qu’il dit. La
dénaturation d’un écrit ne sera sanctionnée par une cassation que si l’écrit est clair, car s’il est

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ambigu, il appartient alors aux juges du fond de l’interpréter souverainement (3e Civ., 11 février
2009, pourvoi n° 07-19.211 : “Mais attendu que c’est par une interprétation souveraine, exclusive de
dénaturation, que l’ambiguï té des termes de la clause dite "réserve du privilège du vendeur et de
l’action résolutoire" rendait nécessaire, que la cour d’appel a retenu que l’exception d’irrecevabilité
présentée par Mme X... devait être rejetée”).

Il convient d’attirer l’attention du lecteur sur la différence essentielle entre le manque de base légale,
qui sanctionne une insuffisance de motivation touchant au fond du droit et le “défaut de motifs”,
qui sanctionne une absence de motivation (7) et qui trouve sa source non seulement dans des
dispositions très claires du droit interne, mais aussi de la Convention européenne des droits de
l’homme et de l’interprétation qu’en a donné la Cour européenne de Strasbourg(8) . Si un chef de
dispositif de la décision attaquée n’est pas fondé sur un motif de la décision qui le justifie ou un
motif adopté de la décision des premiers juges qui est confirmée, la cassation interviendra pour
violation de l’article 455 (et éventuellement 458) du code de procédure civile, qui impose la
motivation des jugements. Pour qu’il y ait un manque de base légale, il faut que la décision soit
motivée, mais que les motifs soient insuffisants pour la justifier en droit. La différence entre ces
deux cas d’ouverture à cassation n’est donc pas une différence de degré mais une différence de
nature, car le défaut de motifs est un vice de forme de l’arrêt, alors que le manque de base légale
est un vice de fond.

A la lumière de cette analyse des trois types de contrôles exercés par la Cour de cassation, quelques
exemples permettent de comprendre comment la Cour contrôle les décisions des juges du fond,
mais évidemment dans la limite des moyens présentés par les parties :

- Les faits sont toujours souverainement appréciés par le juge du fond, qui doit seulement motiver
sa décision (2e Civ., 5 mars 2009, pourvoi n° 06-20 994). Toutefois, le respect des règles de preuve
de ces faits, et notamment de la charge de la preuve, est évidemment contrôlé, car il s’agit d’une
question de droit (1re Civ., 3 décembre 2008, pourvoi n° 08-10.718). Les motivations portant sur un
état psychologique, ou sur une appréciation quantitative non réglementée telles que l’occupation
insuffisante d’un local, le montant d’une provision, la valeur d’une exploitation agricole, la part
contributive d’un époux aux charges du mariage, ne sont pas contrôlés ;

- La qualification des faits est en principe contrôlée, car elle correspond à la mission essentielle du
juge du fond. Mais ce principe est tempéré lorsque certaines qualifications sont très imprégnées de
fait et qu’un contrôle, même léger, serait inopportun : si la faute fait en principe l’objet d’un
contrôle léger (9) , elle est souverainement appréciée par les juges du fond en matière de divorce,
car, dans cette matière très sensible, la Cour préfère laisser les juges du fond apprécier
souverainement la faute des conjoints. L’aléa en matière d’assurance n’est plus contrôlé depuis un
arrêt de la première chambre civile du 20 juin 2000 (Bull. 2000, I, n° 189). Le trouble manifestement
illicite, en matière de référé, fait, au contraire, l’objet d’un contrôle léger, à la suite d’un arrêt
d’assemblée plénière du 28 juin 2000 (Bull. 2000, Ass. plén., n° 6) qui est revenu sur les décisions de
l’assemblée plénière du 4 juillet 1986 (Bull. 1986, Ass. plén., n° 11) (10) et celles, postérieures, de la
deuxième chambre civile, qui privilégiaient la notion de trouble (question de pur fait) sur le
“manifestement illicite” (question de droit mais qui doit être évidente : 2e Civ., 25 octobre 1995,
Bull. 1995, II, n° 255).

- Les conséquences juridiques de la qualification des faits retenus sont toujours contrôlées.

A titre d’exemple, un arrêt de la troisième chambre civile du 13 juillet 2005 (Bull. 2005, III, n° 155)
montre la diversité des contrôles auxquels peut procéder la Cour et la richesse des enseignements
que l’on peut tirer d’un arrêt de la Cour lorsque l’on prend soin de l’analyser :

On y trouve successivement : 1°) un contrôle normatif sur l’article 606 du code civil ;

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2°) une appréciation souveraine de certains faits, et 3°) un contrôle lourd sur le raisonnement de la
cour d’appel compte tenu de la pertinence des prémisses : “Mais attendu qu’ayant relevé,(1) à bon
droit, qu’au sens de l’article 606 du Code civil, les réparations d’entretien sont celles qui sont utiles
au maintien permanent en bon état de l’immeuble tandis que les grosses ré parations intéressent
l’immeuble dans sa structure et sa solidité générale, et (2)souverainement retenu, par motifs propres
et adoptés, que les désordres étaient dus à des dispositions constructives inadéquates et que les
travaux de remise en état de l’immeuble après les inondations, les travaux qui tendaient à empêcher
ou à limiter le risque d’inondation, les travaux de mise en conformité de toitures et de réfection de
l’installation électrique, la reprise de la fuite d’eau en cave, la réparation d’une canalisation détruite
par le gel en raison d’un manque de calorifugeage et la remise en état de la couverture de l’appentis
concernaient la structure et la préservation de l’immeuble, la cour d’appel (3) en a exactement
déduit que ces travaux étaient imputables au propriétaire dès lors que le contrat de bail mettait à
la charge du locataire les réparations locatives ou d’entretien, à l’exception des grosses réparations
visées par l’article 606 du Code civil ; d’où il suit que le moyen n’est pas fondé”.

La claire perception par les juges du fond de la nature du contrôle tel qu’exercé actuellement par
la Cour de cassation semblerait de nature à permettre d’éviter, grâce à une motivation adéquate,
des cassation inutiles.

La formulation du contrôle dans les arrêts de la Cour de cassation

Les précisions qui suivent ont pour objet de faciliter la compréhension des subtilités terminologiques
habituellement appliquées par les chambres civiles de la Cour de cassation, même s’il peut exister
des décisions qui s’en écartent.

1°) Dans les arrêts de rejet :

Au regard des motifs de la décision attaquée, le terme :

- “a énoncé...” implique la reproduction exacte des termes de la décision attaquée et n’apporte


aucune précision sur le contrôle ;

- “a constaté...” correspond à une appréciation souveraine des faits par les juges du fond :
l’indication de l’absence de contrôle des faits procède de l’usage même de ce mot : un constat est
nécessairement du fait ;

- “a relevé...” porte plutôt sur des considérations et circonstances de fait ;

- “a retenu...” correspond plutôt à une appréciation de fait ayant une incidence d’ordre juridique.

Mais, dans la rédaction, l’un de ces deux derniers verbes (relevé et retenu) est parfois utilisé d’une
façon moins précise afin d’éviter une répétition. Cependant, ces verbes relevé, retenu, jugé ou
décidé ne déterminent pas, par eux-même, la nature du contrôle exercé par la Cour de cassation ;
en effet, ils peuvent correspondre :

- soit à une appréciation souveraine des juges du fond. Ils sont alors fréquemment précédés de
l’indication “a souverainement relevé...”, “ a souverainement retenu....”,“a souverainement
décidé....”, et la seule mention “a relevé”, “a retenu”, “a décidé” sous entend une absence de
contrôle, puisque cette formulation ne contient aucune critique et implique la souveraineté des
juges du fond.

- soit à l’expression d’un contrôle qui est alors indiqué de la façon suivante :

- Contrôle léger : a pu retenir... a pu en déduire... a pu décider que... ;

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- Contrôle lourd : a exactement retenu... en a exactement déduit... ou a retenu à bon droit... en a


déduit à bon droit... a décidé à bon droit...

2°) Dans les arrêts de cassation :

Par hypothèse, si une cassation est prononcée, c’est que l’arrêt attaqué présentait un vice faisant
l’objet d’un moyen pertinent, sur une question qui fait l’objet d’un contrôle de la Cour de cassation.
L’expression de ce contrôle se trouvera dans ce que l’on appelle le “conclusif” de l’arrêt, c’est-à-
dire dans le dernier alinéa de l’arrêt, qui exprime la doctrine de la Cour de cassation et qui débute
par “qu’en statuant ainsi...” pour la violation de la loi ou par “qu’en se déterminant ainsi...” pour
le manque de base légale.

Le contrôle normatif pour violation de la loi se concrétise à la fin du conclusif par l’expression “la
cour d’appel a violé le texte susvisé” (assemblée plénière, 13 mars 2009, pourvoi n° 08-16.033, en
cours de publication). Le contrôle de motivation normatif et pédagogique s’exprime par la formule
“la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision”(chambre mixte, 20 juin 2003, Bull. 2003,
Ch. mixte, n° 4). Le contrôle disciplinaire, lorsqu’il correspond à une violation d’un texte, s’exprime
comme le contrôle normatif, puisqu’un texte s’imposant au juge a été violé. Lorsqu’il s’agit de la
violation des articles 455 et 458 du code de procédure civile qui exigent que le juge motive sa
décision, le conclusif se termine, en général, par la formule : “qu’en statuant ainsi, la cour d’appel
n’a pas satisfait aux exigences du texte susvisé”(3e Civ., 26 novembre 2008, Bull. 2008, III, n° 188).

Comment sont construits les arrêts de la Cour de cassation ?

Pour lire aisément les arrêts de la Cour de cassation, il convient de connaî tre leur structure, qui est
fondée sur un syllogisme rigoureux.

Structure d’un arrêt de rejet

Le syllogisme d’un arrêt de rejet se présente ainsi :

- chef de dispositif de la décision attaquée critiqué ;

- moyens exposant les raisons juridiques de la critique ;

- réfutation par la Cour de cassation de ces critiques.

Il existe deux principaux types d’arrêts de rejet du pourvoi :

1°) Les arrêts dits “en formule développée” sont les arrêts de rejet, tels qu’ils sont publiés au
Bulletin, qui ont suscité un débat à la chambre et qui apportent quelque chose à la doctrine de la
Cour de cassation. Ils comportent un exposé des faits, la reproduction des moyens et la réponse de
la Cour de cassation conduisant au rejet du pourvoi.

- L’exposé des faits ne contient que les éléments résultant de l’arrêt attaqué et, éventuellement,
du jugement, s’il est confirmé. C’est la raison pour laquelle l’exposé des faits est introduit par
l’expression : “Attendu, selon l’arrêt attaqué...”, pour bien marquer que cette analyse des faits n’est
pas celle de la Cour de cassation, dont ce n’est pas la mission, mais celle des juges du fond. Sont
éliminés de cet exposé tous les éléments factuels qui ne seraient pas nécessaires à la compréhension
des moyens et de la réponse de la Cour de cassation. Les juges du fond ne doivent donc pas
s’étonner de ne pas retrouver dans l’arrêt de la Cour de cassation tous les faits du procès qu’ils ont
eu à juger. Il se termine souvent par l’indication de l’objet de l’assignation et de la situation
procédurale des parties.

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- L’arrêt se poursuit par l’indication du chef de dispositif attaqué par le moyen : il n’est pas
nécessairement intégralement reproduit et est souvent simplement mentionné par une formulation
du genre : “M. X... fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande (ou d’accueillir la demande de
M. Y...)”, dès lors que la fin de l’exposé des faits a précisé la situation des parties (11) .

- Une fois le grief précisé, le moyen est introduit par la formule : “alors, selon le moyen, que...”.
C’est le moyen tel que formulé par l’avocat aux Conseils qui est reproduit en caractères
typographiques italiques sur la minute de l’arrêt et sur la publication au Bulletin, chaque branche
étant numérotée. S’agissant du texte établi par le conseil d’une partie, il n’appartient pas à la Cour
de cassation de le modifier, quelles que soient ses éventuelles imperfections.

- La réponse au rejet de la Cour de cassation s’exprime, en principe, par une seule phrase puisqu’elle
est la réponse à un moyen qui vient d’être reproduit, et est introduite par “Mais attendu...”, dès
lors que l’argumentation du moyen est réfutée grâce aux motifs pertinents repris de la décision
attaquée. En effet, sauf les cas rares où la Cour substitue un motif de pur droit aux motifs de la
cour d’appel (article 620 du code de procédure civile), la Cour de cassation doit trouver dans les
motifs de la décision attaquée, ou, si l’arrêt est confirmatif, dans les motifs présumés adoptés des
premiers juges, les éléments nécessaires à la réfutation de toutes les branches du moyen (12) . La
doctrine de la Cour de cassation, qui s’exprime par la reprise formelle des motifs des juges du fond,
montre bien l’importance majeure de la motivation juridique des décisions des juges du fond, qu’ils
soient du second degré ou du premier, validés à la suite d’une confirmation du jugement en appel.
Cette observation est d’autant plus importante que la Cour veille à ne pas réécrire les décisions
attaquées, dont la précision terminologique, voire grammaticale, laisse parfois à désirer, ce qui est
imputé ensuite, bien à tort, à la Cour de cassation. Lorsque l’arrêt attaqué comporte un mot
impropre que la Cour de cassation évite d’utiliser, le mot est mis entre guillemets afin de bien
marquer ses réserves sur cette expression impropre (par exemple : “compromis de vente” au lieu
de promesse de vente (13). Il appartient au lecteur avisé de tirer, pour l’avenir, les conséquences de
cette invitation discrète à veiller à la précision terminologique.

Afin d’éviter de trop alourdir le style mais dans le souci d’écarter chaque branche du moyen, la
réponse contient de nombreuses incidentes telles que : “sans dénaturation”, “sans violer l’autorité
de la chose jugée”, “abstraction faite d’un motif erroné mais surabondant”, “répondant aux
conclusions”, “sans être tenue de répondre à des conclusions que ses constatations rendaient
inopérantes”, etc. C’est pourquoi, pour bien comprendre l’intégralité d’une réponse au rejet, il
convient de confronter chaque élément de la réponse avec les branches du moyen et les motifs
contestés de l’arrêt. Cependant, ainsi que nous l’avons vu, l’essentiel et l’intérêt d’une réponse au
rejet ne réside évidemment pas dans ces incidentes, mais dans la partie de la réponse dans laquelle
la Cour reprend les motifs de la décision attaquée, en les assortissant de l’indication du contrôle
qu’elle entend exercer.

Si la Cour de cassation entend matérialiser l’importance doctrinale d’un arrêt de rejet, elle
introduira dans sa réponse ce que la pratique appelle “un chapeau intérieur”. Ce chapeau intérieur
correspond à la formulation abstraite d’une interprétation prétorienne de la règle de droit et est le
pendant, pour un arrêt de rejet, du conclusif d’un arrêt de cassation pour violation de la loi. Ce
chapeau intérieur est placé en tête de la réponse de la Cour. Il est suivi immédiatement de la
constatation que la décision attaquée a fait une correcte application du principe ainsi énoncé
(chambre mixte, 28 novembre 2008, Bull. 2008, Ch. mixte, n° 3). Lorsque l’assemblée plénière, réunie
à la suite d’une rébellion d’une cour d’appel de renvoi, revient sur la doctrine de la Cour de
cassation et adopte la position de la seconde cour d’appel, elle rejette fréquemment le pourvoi en
formulant la nouvelle doctrine de la Cour sous forme d’un chapeau intérieur (assemblée plénière,
9 mai 2008, Bull. 2008, Ass. plén., n° 3).

2°) Les autres arrêts de rejet n’ont aucune portée normative et sont le plus souvent examinés par
une formation à trois magistrats dès lors que “la solution s’impose”, conformément aux dispositions
de l’article L. 431-1 du code de l’organisation judiciaire. Un tel arrêt, habituellement qualifié “d’arrêt

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rédigé en formule abré gé e”, ne contient pas d’exposé des faits et ne reproduit pas les moyens. Il
se contente de formuler la réponse de la Cour de cassation et les moyens sont simplement annexés
à la décision. Les seules conséquences qui peuvent être tirées de ce type d’arrêt sont soit que l’arrêt
attaqué était conforme à la doctrine de la Cour, soit que les moyens n’étaient pas efficaces, comme
contestant une appréciation souveraine des juges du fond. Il faut préciser ici que lorsque la Cour
répond qu’un moyen “manque en fait”, cette expression signifie simplement que le moyen fait dire
à l’arrêt qu’il attaque autre chose que ce qu’il contient : c’est donc le moyen qui, par inadvertance
ou délibérément, affirme une inexactitude, qui est sanctionnée par le rejet du moyen (3e Civ., 27
janvier 2009, pourvoi n° 08-11.401).

3°) Enfin, mention doit être faite des décisions de non-admission des pourvois, qui représentent
actuellement environ 30 % du volume des affaires civiles. Les décisions de non-admission, qui ne
sont pas véritablement des “arrêts” puisqu’elles ne comportent aucune réponse de la Cour si ce
n’est le visa de l’article 1014 du code de procédure civile, ont les effets d’un arrêt de rejet, mais
sans aucune portée normative. La non-admission peut être fondée sur l’irrecevabilité évidente du
pourvoi ou sur l’absence de moyen sérieux de cassation. Une décision de non admission exprime
plus la faiblesse des moyens (ou de certains moyens) présentés que la valeur de l’arrêt attaqué (3e
Civ., 10 mars 2009, pourvoi n° 07-20.691).

Il va de soi que ces différentes réponses de la Cour de cassation peuvent se combiner en fonction
de la pertinence des différents moyens présentés à l’occasion d’un pourvoi.

Structure d’un arrêt de cassation

Le syllogisme d’un arrêt de cassation se présente ainsi :

- La règle est celle-ci (le visa et le chapeau) ;

- La juridiction du fond a dit cela ;

- En statuant ainsi, elle a violé la règle (le conclusif).

C’est pourquoi un arrêt de cassation se décompose de la façon suivante :

il débute par le visa “de la règle de droit sur laquelle la cassation est fondée” (article 1020 du code
de procédure civile), ce qui s’exprime par un visa du ou des textes en cause, ou, le cas échéant,
d’un principe général du droit reconnu par la Cour (14) . Si le texte est codifié, le numéro de l’article
est mentionné, suivi du titre du code : ”Vu l’article 1382 du code civil”. Si plusieurs textes sont le
support direct de la cassation, ils sont reliés par la conjonction de coordination “et” (assemblée
plénière, 9 juillet 2004, Bull. 2004, Ass. plén., n° 11). Si un texte est le support direct de la cassation
et qu’un autre texte apparaî t nécessaire dans la situation particulière, cet autre texte est précédé
de l’expression “ensemble” (assemblée plénière, 24 juin 2005, Bull. 2005, Ass. plén., n° 7) :

Après ce visa, est énoncée la règle de droit lui correspondant : c’est le “chapeau”, ainsi appelé
parce qu’il coiffe l’arrêt, et qui est, en principe, la reproduction du texte visé. Lorsque le texte est
long et complexe, la Cour en fait parfois la synthèse, matérialisée par une formule du genre :
“Attendu qu’il résulte de ce texte que ....” ou “Attendu selon ces texte...”. Pour les texte très
connus (articles 4, 16 et 455 du code de procédure civile, 1134, 1382, 1384 , 1792 du code civil),
l’habitude a été prise de se dispenser du chapeau, ainsi que pour les cassations pour manque de
base légale. Les textes introduits dans le visa par le mot “ensemble” ne sont pas reproduits dans le
chapeau, qui ne reprend que le texte principal, fondement de la cassation. De nombreux textes
comportent des renvois en rendant la compréhension difficile : “ ...visés au troisième alinéa de
l’article 5 du chapitre 6 du livre II du code...” ; une telle énumération incompréhensible est alors
remplacée par l’objet qu’elle concerne.

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L’exposé objectif des seuls faits constants qui sont nécessaires à la compréhension de l’arrêt se situe
soit après le chapeau, soit en tête de l’arrêt, lorsqu’il y a plusieurs moyens auxquels il convient de
répondre. L’arrêt mentionne ensuite le grief fait à la décision attaquée : “Attendu que, pour
accueillir (ou pour rejeter) la demande, l’arrêt retient...” ; suivent les motifs erronés qui fondent la
décision et qui, parce qu’ils ne sont pas pertinents, vont conduire à la cassation.

L’arrêt se termine par le “conclusif”, seul texte qui exprime la doctrine de la Cour de cassation, qui
boucle le raisonnement en retenant : “qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé”
(chambre mixte, 25 octobre 2004, Bull. 2004, Ch. mixte, n° 3), ou “qu’en se déterminant ainsi, la
cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision” lorsque la cassation intervient pour manque
de base légale (2e Civ., 19 février 2009, pourvoi n° 07-18.039). Afin de faciliter la compréhension de
son arrêt, la Cour complète fréquemment le conclusif d’un élément d’explication qui se traduit,
pour les cassations pour violation de la loi, par la formule “qu’en statuant ainsi alors que...”
(assemblée Plénière, 27 février 2009, pourvoi n°07-19.841, en cours de publication) et, pour les
manque de base légale, en indiquant la nature du vice de motivation retenu, tel que “sans
rechercher... sans caractériser...”, afin que la cour d’appel de renvoi sache exactement ce qu’elle
doit faire et qu’avait omis la première cour d’appel (Com., 10 février 2009, pourvoi n° 07-20.445).

Il arrive parfois que l’interprétation de la règle se trouve dans le chapeau, notamment lorsque le
chapeau, étant introduit par une formule du genre “Attendu qu’il résulte de ces textes...”, ne se
contente pas de formuler une synthèse neutre des textes mentionnés au visa, mais précise
l’interprétation que donne la Cour de cassation de ces textes (1re Civ., 16 avril 2008, Bull. 2008, I,
n° 114). Une telle présentation, plus “percutante”, est parfois critiquée comme constituant une
anomalie méthodologique, car la Cour de cassation s’érige alors en pseudo-législateur en affirmant
d’emblée une interprétation prétorienne, alors que cette affirmation doit, dans un processus
judiciaire normal, être le résultat d’un raisonnement déductif.

Le lecteur doit être attentif au visa et au contenu du “chapeau” au regard du conclusif de l’arrêt,
car une cassation peut intervenir dans deux hypothèses : soit parce que la cour d’appel a refusé
d’appliquer un texte, soit parce qu’elle a appliqué un texte alors qu’il n’était pas applicable.

- Si la cassation correspond à un refus d’application d’un texte, le visa et le chapeau correspondront


au texte qui aurait dû être appliqué et qui ne l’a pas été. Le conclusif indiquera, lorsque la formule
traditionnelle “qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé” ne suffit pas à la
compréhension de la cassation, pourquoi le texte aurait dû être appliqué, grâce à une incidente
introduite par “alors que...” (1re Civ., 18 février 2009, pourvoi n° 07-21.262).

- Si la cassation intervient pour fausse application, le visa et le chapeau correspondront au texte que
l’arrêt attaqué a appliqué inexactement, et c’est le conclusif qui permettra de savoir la raison pour
laquelle le texte visé n’était pas applicable. Dans ce cas également, le conclusif sera souvent
complété d’une précision introduite par “alors que...” (Soc., 3 mars 2009, pourvoi n° 07-44.794).

Autrefois, les arrêts de cassation précisaient fréquemment si la cassation intervenait pour refus
d’application ou pour fausse application. Ce type de précision est aujourd’hui plus rare, dans la
mesure où il est admis que la nature de la cassation doit se déduire logiquement du rapprochement
du visa et du chapeau, avec le conclusif (15) .

Comme dans toutes les décisions judiciaires, le dispositif est introduit par la formule “Par ces
motifs”, qui est éventuellement complétée de l’indication destinée à purger sa saisine : “et sans
qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens” si la cassation rend sans portée certains moyens qui
critiquent des chefs de dispositif dépendant de celui qui est cassé (chambre mixte, 3 février 2006,
Bull. 2006, Ch. mixte n° 1).

Si la cassation est totale, elle intervient “en toutes ses dispositions” (chambre mixte, 3 février 2006,
Bull. 2006, Ch. mixte n° 1). La cour de renvoi aura alors à re-juger l’intégralité de l’affaire à partir

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de la décision du premier juge. Si elle est partielle, sa portée est précisée dans le dispositif : deux
formules sont possibles : soit “casse , sauf en ce qu’il a ...” (Chambre mixte, 16 décembre 2005,
Bull. 2005, Ch. mixte, n° 9) soit “casse mais seulement en ce qu’il a...” (Chambre mixte, 23 novembre
2004, Bull. 2004, Ch. mixte, n° 4, arrêt n° 2). Le choix de la formule sera fonction de ce qui semble
le plus clair pour permettre à la cour d’appel de renvoi de déterminer ce qui reste à juger.

Comprendre la portée des arrêts de cassation

- Si la Cour de cassation rejette un pourvoi qui n’a fait l’objet que d’un moyen sur un chef de
dispositif, elle n’approuve pas pour autant la solution donnée sur les autres points, puisqu’elle n’en
a pas été saisie. C’est pourquoi on trouve parfois dans les arrêts la formule : “qu’ayant retenu par
un motif non critiqué...”, ce qui permet de sauver l’arrêt en rejetant ce moyen.

-Si une cassation intervient, c’est que l’arrêt n’est pas justifié par un autre motif, qui permettrait à
la Cour de dire que le motif attaqué qui va entraî ner cette cassation est “erroné mais surabondant”.

- Si l’arrêt attaqué se contente de “confirmer le jugement”, ce sont les chefs de dispositif du


jugement qui servent de base à l’articulation des moyens.

La Cour ne relève que rarement des moyens d’office de pur droit, mais, lorsqu’elle le fait, elle le
dit et mentionne qu’elle en a donné avis aux parties, conformément à l’article 1015 du code de
procédure civile (Com., 17 février 2009, pourvoi n° 07-17.711).

Donc, si la portée de la cassation semble ambiguë, il faut revenir au dispositif de l’arrêt, et


éventuellement du jugement, pour le rapprocher du grief fait à l’arrêt par le ou les moyens sur
lesquels la cassation est fondée.

Un gros effort a été fait par les chambres de la Cour pour préciser la portée de la cassation. Mais,
pour être efficace, cet effort doit être partagé : en effet, comment être précis dans la portée de la
cassation si le dispositif du jugement et celui de l’arrêt sont généraux ou se contentent de débouter
le plaideur sans avoir précisé, au préalable, très précisément quelles étaient les demandes qu’il
formulait ? Un arrêt d’assemblée plénière du 13 mars 2009 (pourvoi n° 08 -60.33, en cours de
publication) vient de rappeler que l’autorité de la chose jugée n’a lieu qu’à l’égard de ce qui a fait
l’objet d’un jugement et a été tranché dans le dispositif, ce qui ne peut qu’inciter les juges du fond
à une rédaction précise du dispositif des jugements, dont dépend la détermination de l’étendue de
l’autorité de la chose jugée. Néanmoins, la Cour de cassation n’hésite pas à rechercher parfois dans
le corps de l’arrêt des réponses distinctes à des chefs de demande correctement articulés mais qui
font l’objet d’un dispositif global du type “déboute X... de ses demandes”, afin de limiter l’ampleur
de la cassation. Mais il est vrai que, même si la cour de renvoi parvient à cerner les limites de sa
saisine, il est souvent difficile d’obtenir des plaideurs et de leurs conseils de se limiter, dans leurs
écritures et leurs plaidoiries, à la saisine de la cour de renvoi. Il appartient à la cour d’appel de
renvoi, et notamment au conseiller de la mise en état, d’y veiller fermement, et il est tout à fait
souhaitable que la cour de renvoi définisse expressément les limites de sa saisine lors de la mise en
état, puis dans le texte de l’arrêt.

Portée des cassations totales

Il faut savoir que si la Cour de cassation, fût-ce par erreur, prononce une cassation totale, la cassation
est effectivement totale, de sorte qu’il ne subsiste rien de l’arrêt attaqué.

Cette règle importante a été formulée par la deuxième chambre civile dans un arrêt du 25
novembre 1987, Bull. 1987, II, n° 244 : la cassation prononcée d’une décision en toutes ses
dispositions “ investit la juridiction de renvoi de la connaissance de l’entier litige, dans tous ses
éléments de fait et de droit”. Depuis, la deuxième chambre civile a fermement maintenu cette
position, qui a été reprises par l’assemblée plénière le 27 octobre 2006 (Bull. 2006, Ass. plén., n° 13),

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et ce quel que soit le moyen qui a déterminé la cassation (2e Civ., 21 décembre 2006, Bull. 2006, II,
n° 362). Dans cette hypothèse, d’une part, la saisine de la juridiction de renvoi est aussi large que
possible, puisqu’aucun des chefs de l’arrêt cassé n’a acquis l’autorité de la chose jugée, alors même
que certains moyens auraient été rejetés (1re Civ., 20 juin 1995, Bull. 1995, I, n° 265(16)). Il est en effet
parfois nécessaire de rejeter un moyen de procédure qui est préalable (violation de l’article 16 du
code de procédure civile par exemple), puis de casser sur une question de fond qui entraî nera la
cassation totale de l’arrêt. D’autre part, la juridiction de renvoi doit statuer sur tout ce qui lui est
demandé. En ne le faisant pas, elle s’exposerait à une nouvelle cassation.

Cette jurisprudence comporte deux inconvénients évidents, l’un théorique, en ce qu’elle


méconnaî t l’article 624 du code de procédure civile, l’autre pratique, en ce qu’elle prolonge ou
complique le procès. Mais elle offre aussi l’avantage considérable d’éliminer toute discussion sur
l’étendue de la saisine de la juridiction de renvoi en cas de cassation totale.

Sur les points qu’elle atteint, la cassation replace les parties dans l’état où elles se trouvaient avant
l’arrêt cassé. Devant la juridiction de renvoi, l’instruction est reprise en l’état de la procédure non
atteinte par la cassation. Dès lors, si, par l’effet d’une cassation totale, l’ordonnance de clôture
rendue avant l’arrêt cassé a cessé de produire ses effets, les conclusions prises antérieurement n’en
subsistent pas moins, de sorte que, l’intimé ayant demandé dans ses écritures que la clôture soit
prononcée et que l’affaire soit jugée au vu des conclusions de première instance, la cour d’appel
est tenue de juger l’affaire en fait et en droit, sur le vu de ces seules écritures (2e Civ., 20 janvier
2005, Bull. 2005, II, n° 19).

Dès lors qu’une partie comparaî t et conclut devant la juridiction de renvoi, celle-ci n’est tenue de
répondre qu’aux prétentions et moyens formulés devant elle. Cette règle trouve application même
pour la procédure orale (assemblée plénière, 26 octobre 2001, Bull. 2001, Ass. plén., n° 12). Mais à
l’inverse, en cas de renvoi après cassation, la partie qui ne comparait pas est réputée s’en tenir aux
moyens et prétentions qu’elle avait remis à la juridiction dont la décision a été cassée (2e Civ., 12
décembre 2004, Bull. 2004, II, n° 63).

Portée des cassations partielles

En cas de cassation partielle et si certains chefs de la décision n’ont pas été attaqués, la cassation
s’étend néanmoins à ces chefs en cas d’indivisibilité ou de dépendance nécessaire (article 624 du
code de procédure civile : 2e Civ., 26 août 2006, Bull. 2006, II, n° 291). En revanche, dès lors qu’il
n’y a pas indivisibilité ou dépendance nécessaire, les chefs non cassés subsistent, même si la cour
d’appel avait prononcé une condamnation unique correspondant à des chefs de demande distincts.
Le juge de renvoi est donc saisi de l’intégralité du litige, à l’exception des chefs de dispositifs non
cassés qui ont acquis l’autorité de la chose jugée. Ainsi, une cour d’appel statuant sur renvoi de
cassation, après avoir relevé que la cassation intervenue ne portait que sur le débouté d’une
demande relative au dépassement de la quotité disponible, en a exactement déduit que le rejet des
demandes d’annulation d’une donation-partage devait être tenu pour irrévocable (1re Civ., 22 février
2000, Bull. 2000, I, n° 52).

Mais la censure est limitée à la portée du moyen qui constitue la base de la cassation. Ainsi, doit
être cassé l’arrêt rendu sur renvoi après cassation qui réévalue le montant d’une indemnité
d’éviction due au preneur d’un bail commercial, “alors que la cassation était limitée à la portée du
moyen qui critiquait le chef de l’arrêt relatif à l’octroi des intérêts” (3e Civ., 23 mars 1982, Bull.
1982, III, n° 76).

Les cassations pour des raisons de pure forme

Lorsque des cassations interviennent pour des raisons de pure forme, il appartient aux magistrats et
fonctionnaires des greffes d’en tirer toutes les conséquences afin d’éviter que les anomalies
sanctionnées se reproduisent. Compte tenu du délai nécessaire de traitement des pourvois, il

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apparaî t souhaitable que chacun prenne en compte les erreurs des autres, notamment grâce aux
arrêts publiés au BICC, et tire les conséquences utiles des arrêts condamnant des irrégularités trop
fréquemment constatées.

Ainsi, le signataire se doit de procéder à la lecture intégrale de l’arrêt pour vérifier la régularité
formelle de la décision, et ne pas se limiter à la relecture de ses seuls motifs. Sauf à faillir à sa
mission, la Cour de cassation ne peut pas ne pas sanctionner sur des anomalies faisant que l’arrêt
n’est plus une véritable décision de justice, même si l’erreur provient d’une mauvaise utilisation du
traitement de texte.

On ne peut que regretter les trop nombreuses cassations qui sont encore prononcées, tant en
matière civile que criminelle, pour des raisons purement formelles, tenant à des irrégularités
constatées dans la composition des juridictions, à l’omission de mentions obligatoires, aux absences
des signatures nécessaires. Ces cassations, dont l’effet est catastrophique pour l’image et le crédit
de la justice, pourraient être facilement évitées, si des procédés de contrôle simples étaient mis en
place au sein des cours d’appel et si les documents élaborés par la Cour de cassation avec les cours
d’appel étaient systématiquement utilisés. Avec la mise en ligne sur Jurinet et la publication au
BICC des arrêts sanctionnant ces anomalies, il faut souhaiter que ce type de cassation disparaisse.

Les contraintes de la technique de traitement des pourvois imposant l’établissement de moyens


distincts lorsqu’il existe plusieurs chefs de dispositifs dans la décision attaquée, il serait sage que les
juges du fond n’hésitent pas à rédiger des dispositifs précis et détaillés, afin d’éviter que l’accueil
d’un seul moyen ne conduise inutilement à une cassation totale. Si un dispositif d’une décision au
fond est établi comme le propose l’exemple donné ci-dessous, la cassation pourra n’être que
partielle et la cour de renvoi saura exactement ce dont elle est saisie.

1°) Infirme le jugement en toutes ses dispositions ;

2°) Déclare X... et Y... responsables de l’accident... ;

3°) Dit que Z... (victime) a commis une faute de nature à... ;

4°) Condamne in solidum X... et Y... à payer à Z... la somme de ... ;

5°) Condamne Y... à garantir X... ;

6°) Autres dispositions statuant sur la contribution à la dette entre les coauteurs ;

7°) Article 700 du nouveau code de procédure civile ;

8°) Dépens ;

La Cour de cassation souhaite que cette fiche méthodologique aide les magistrats du fond à mieux
comprendre ses arrêts et lui permette ainsi de consacrer l’essentiel de ses forces à sa mission
d’interprétation de la règle de droit.

(1) C’est-à-dire, pour les arrêts de cassation, pour les arrêts de rejets pour lesquels la Cour se
contente de répondre au moyen si elle estime que la solution s’impose à l’évidence, et même pour
les décisions de non-admission.

(2) Sur Jurinet, les moyens sont accessibles par l’icône en tête de l’arrêt, à coté de la mention “texte
de la décision”, et sont placés après le texte de l’arrêt. Le rapport objectif et les conclusions de
l’avocat général sont accessibles par les icônes placées au pied de l’arrêt, à coté des noms du
rapporteur et de l’avocat général.

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(3) Com., 10 février 2009, pourvoi n° 07-20.445.

(4) Soc., 4 mars 2009, pourvois n° 07-45.291 et 07-45.295, et Com., 3 mars 2009, pourvois n° 08-13.767
et 08-14.346.

(5) 3e Civ., 11 mars 2009, pourvois n° 08-10. 733, 08-11.859 et 08-11.897, et 2e Civ., 22 janvier 2009,
pourvois n° 07-20.878 et 08-10.392.

(6) “... la cour d’appel a constaté, par une appréciation souveraine, que les messages écrits adressés
téléphoniquement à la salariée le 24 août 1998 et les autres éléments de preuve soumis à son
examen établissaient l’existence d’un harcèlement”.

(7) Ou une motivation incertaine, hypothétique, dubitative, contradictoire ou inintelligible (1re Civ.,
30 septembre 2008, pourvoi n° 07-17.163), toutes situations qui reviennent à une véritable absence
de motif “utiles”.

(8) Article 455 du code de procédure civile, aux termes duquel ”le jugement doit être motivé”, et
CEDH (X... c/ Espagne, 21 janvier 1999, requête n° 30544/96) : “La Cour rappelle que, selon sa
jurisprudence constante reflétant un principe lié à la bonne administration de la justice, les décisions
judiciaires doivent indiquer de manière suffisante les motifs sur lesquels elles se fondent. L’étendue
de ce devoir peut varier selon la nature de la décision et doit s’analyser à la lumière des
circonstances de chaque espèce” (§ 26).

(9) Il faut rappeler à cet égard l’exigence de motivation de la faute lorsque les juges du fond
sanctionnent un abus du droit d’agir en justice pour éviter de regrettables cassations pour absence
de motivation de ce chef (3e Civ., 25 février 2009, pourvoi n° 08-10.280).

(10) “Mais attendu que si la grève est licite dans son principe en cas de revendications
professionnelles, il appartient au juge des ré férés d’apprécier souverainement si elle n’entraî ne pas
un trouble manifestement illicite...”.

(11) Il semble inutile d’alourdir la rédaction en mentionnant par exemple que “ M. X... fait grief à
l’arrêt de le condamner à payer 3 000 000 € de dommages-intérêts avec intérêts à compter de la
demande” sauf, bien entendu, si le moyen porte sur le point de départ des intérêts.

(12) Ainsi, dans un même arrêt, un moyen peut être rejeté grâce à des motifs propres de l’arrêt
attaqué et un autre moyen rejeté grâce aux motifs adoptés des premiers juges (3e Civ., 18 juin 2008,
Bull. 2008, III, n° 105).

(13) “Attendu... qu’en l’absence de clause de caducité sanctionnant de plein droit le non-respect du
terme prévu pour la réitération de la vente, "le compromis" prévoyait que, passé ce délai, huit jours
après la réception d’une lettre recommandée avec accusé de réception adressée par la partie la
plus diligente sommant l’autre de s’exécuter et demeurée sans effet, l’acqué reur aurait la possibilité
de contraindre le vendeur par toute voie de droit, que M. X... avait sommé l’acquéreur par lettre
recommandée du 1er juin 2005, laquelle avait, le 2 juin 2005, réitéré sa volonté d’acquérir, la cour
d’appel, sans dénaturation, en a exactement déduit que la vente intervenue le 16 septembre 2003
était parfaite“ ; (3e Civ., 16 décembre 2008, pourvoi n° 07-21.779).

(14) Le professeur Morvan en a identifié 96, tels que “le principe du respect des droits de la défense”,
“le principe selon lequel nul ne doit causer à autrui des troubles anormaux du voisinage” ou “le
principe fondamental en droit du travail, selon lequel, en cas de conflit de normes, c’est la plus
favorable aux salariés qui doit recevoir application” (Le principe de droit privé, éd. Panthéon-Assas,
1999).

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(15) Fausse application : 1re Civ., 11 mars 2009, pourvoi n° 08-12.166 ; refus d’application : 1re Civ.,
11 mars 2009, pourvoi n° 08-13.390.

(16) “... Attendu que, pour statuer ainsi, l’arrêt attaqué énonce que l’arrêt de la Cour de cassation
du 14 février 1990 a rejeté le moyen pris en ses trois branches faisant grief à la cour d’appel d’Agen
d’avoir décidé l’attribution préférentielle de la maison d’habitation à M. X... et le partage en nature
du reste des biens indivis, et que la Cour de cassation avait ainsi indiqué, en prononç ant le rejet et
en motivant la cassation sur les autres moyens, qu’elle entendait, quelle que soit la formule employée
dans le dispositif de l’arrêt, la restreindre aux chefs qui étaient visés par ces derniers ; Attendu
qu’en se déterminant par de tels motifs, alors que l’arrêt de la Cour de cassation disposait que
l’arrêt de la cour d’appel d’Agen était cassé et annulé dans toutes ses dispositions, et les parties et
la cause remises dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt, la cour d’appel a méconnu
l’étendue de sa propre saisine, en violation de l’article susvisé”.

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