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Armand Colin

LA TRADUCTION DANS L'INSTITUTION PÉDAGOGIQUE Author(s): JEAN-RENÉ LADMIRAL Source: Langages, No. 28, LA TRADUCTION (DÉCEMBRE 1972), pp. 8-39 Published by: Armand Colin

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Accessed: 28/11/2014 13:53

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JEAN-RENÉLADMIRAL Paris-X, Nanterre

LA TRADUCTION

DANS

L'INSTITUTION

PÉDAGOGIQUE

0.1. Les

de deux directionsde recherchedifférentesen «

(1.) d'une part, les problèmes de la traductionet

blématique complexe

langues. Il s'agira

considérations théoriquesqu'on

des

rapports

entre

la

va lirese situentà l'intersection

Linguistiqueappliquée » :

(2.) d'autre part, la pro-

des

linguistique et pédagogie

questionterminologique,qui

à

y

biensûrdes langues vivantes étrangères; sans êtretotale-

absente, la référenceaux « langues mortes» ne sera jamais ici théma- particulière.

ment

tique et mériteraiten outreune étude

0.2.

ne sauraitrestersans

revêtirassez

Par une ambiguïté courantedu français, neutralisantdes

correspondent à

adjective,

fonctionneà la foiscomme l'adjectivation

enseignement(N0) et pédagogie(Nx).

cette ambiguïtéqu'elle

biguïsationconceptuelle ne

gogie», que l'interférence docimo-pédagogique(cf. inf.)

mêmeun double sens

version ¡traduction

giques,

ici et leur coïncidenceau plan du

indice.

concordanceavec le couple

targetlanguage(en

l'oppositionclassique

d'arrivée (LA) le

nominal

fonction« suffixale»

terminologiquesapparentés,stylistiquementplus

cours déjà marqué par de nombreusesnominalisations que les syntagmes

nominauxà relais prépositionnel(de/ď). C'est

tion

deuxièmeélément

S'agissant d'un article« théorique»,

incidence proprementconceptuelle, est appelée

d'importancepour justifierquelques lignes de préliminaires.

et

oppositionsqui

différents degrés d'abstractionnominale (substantive et

plus rarement verbale) au plan

du

signifié, le mot pédagogique

de deux substantifsdifférents

Le titrede cettecontribution reproduit

aura à lever.Cettedémarche progressive de désam-

concept de « péda- montreavoir lui-

champmorpho-sémantique thème /

concernera pas seulementle

(Nx et N2), ou le

Le signifiant normerenvoieà deux signifiés terminolo-

l'autre

linguistique : l'un et l'autre

sonten cause

signifiantest, plus qu'un obstacle, un

pédagogique

anglo-saxon source language

:

allemand Ausgangsprache : Zielsprache), on a préféré à

en français entre langue de départ(LD) et langue

franglaislangue-source : langue-cible, oùle

resterinvariable et avoir une

l'un

Enfin, en

(substantifdéterminatif)pourra

permettantd'engendrer toutun ensemblede composés

maniablesdans un dis-

proprement la seule proposi-

nousferons.Il semble

terminologique, au demeurantsans audace, que

linguistique comme ailleurs, la

en effet que, en

solutiondes problèmes

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9

ni ne

théoriques ne passe

terminologiquespréalables mais qu'on risque

par la description et

concepts. C'est peut-être encore plus

n'a

pédagogique »

commence par le dogmatismesubjectif dedécrets

bien

plutôt de s'en approcher

l'approfondissement d'une désambiguïsation des

vrai en matièrede

didactique, et l'on

cru devoircéderaux tentationsdu volontarismeet de 1'«illusion

pas

1. Pédagogie des langues et traduction.

1.1. Contrela traduction.

pédagogie des langues(vivantesétrangères) entretientavec la tra-

ductiondes

ambition qu'il

en anglais, en allemand,etc.,

de brouillonmental

Il

ont pour naturede fairefondsur la compétence en langue maternelle (le

français)*,

entreles deux

sances du françaisqui jouent un rôle analogue à

écran» et développent des résistances 2 réciproques entre les deux sys-

tèmes. Le

témoigne la vieille

La

rapports au

moinsambivalentscommeen

faille parvenir à « penser en anglais

au lieu de traduireen

français(la pensée

étant censée

» - à penser directement

langue-cible une sorte

précéder le langage).

y a là déjà

un discrédit jeté surles exercicesde traduction.Ces derniers

de s'y référerconstamment par un mouvementde va-et-vient

langues

de sorte que sontsans cesse mobiliséesdes connais-

celui d'un « souvenir-

professeurGuberina,

théoriciende la méthodeaudio-visuelle

insistésur

l'importance de ces

systèmesphonologiques 3. Les exercicesde tra-

conséquencespernicieuses,préjudiciables à leur

spécifique commeélémentd'une

langue

suivante.

étrangère. Ces inconvénients

étrangère serait perturbé enraison

la

langue

maternelle.

structuro-globale de Saint-Cloud/Zagreb, a

phénomènes au

ductionauraientdonc des

niveau des

pédagogie des langues

vivanteset préjudiciables à la finalité globale de l'ensemble pédagogique

où s'insère

pourront êtrearticulésde la

des

un moindre degré, on assisteraità

une relativeinhibitiondes ressources expressives en

de la

moyensďexpression

interférences, dans les deux sens,

des deux systèmeslinguistiques. C'est ainsi qu'on a pu rendrele latin (ou

l'allemand )responsable

élèves; alors qu'en réalitéc'est là pour

pour fallacieuxidéal de la

lourdeurs stylistiquesreprochées à certains

aboutiraità une détérioration réciproque

finalité explicite et

l'apprentissage d'une

façon

L'apprentissage dela

langue seconde

résistances psycho/linguistiquesdéveloppéespar

Parallèlementet inversement, mais à

traduction s'accompagne de

des

tenterde maîtriserune

français. La pratique

l'expérience bien connued'une perte des

très frustrante. Finalement, la multiplication des

eux sans doutel'occasiond'un effort

nous avons un

syntaxeplus complexe, et que

phrase courteet paratactique,

où il fallait

corrélatifd'une sco-

tomisationdes ressources d'une inhabiletéà en faire

Dans cette

perspective, la

grammaticales et stylistiques de la langue et usage.

versionet surtoutle thèmeserontconsidérés

rescapés de l'antique méthode,

rébarbatif

apprendre tout un catalogue

,

comme des exercices « réactionnaires »,

purementlivresque,

de règles de grammaire et de lectureet autrestableaux de conjugaisons

1. Parun

partipris de simplificationterminologique, onconviendrade ne pas

langue «maternelle».De mêmela

question

les

pro-

problématiserl'équationlanguepremière -

psycholinguistique blèmesconnexes. du bilinguisme sera miseentre parenthèses, ainsi que

2. Enunsenstoutà faitcomnarableà celuides<résistances»dela Dsvchanalvse.

3. L'opposition « phonologie*/phonétiqueprend iciunevaleur polémique. Cf.en

suggestifs de la pratiqueaudiologique du

outreles résultatsencoreincertainsmais

docteurAlfredThomatis.

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pour

nanteet ânonnantede traduction.A

traductionait convenuen ce

pas certain - il y

de se débarrasserdès lors

aussi des «

tionnaire» d'une

le FrenchLittelton 5,

se lancerensuite« à

coups

de dictionnaire» dans

supposerque

concerneles

les «

l'entreprise tâton-

cetteméthode grammaire

-

et celan'est

qui avait là un lourd

que vivantes» 4. Et ce n'estlà

langues mortes -

héritage dontil

convenaitabsolument

languesétrangères » enseignées étaient

nullement l'exigence «

révolu-

:

dès le xvie-xvine siècle,

langues

extrême-gauchepédagogique

plusieurs fois réédité,

L'ensembledes méthodesactuellement pratiquées dans

se met en devoir d'y satisfaire.

l'enseignement

sont des méthodesdites

secondaire,qu'on n'osera plusappeler «modernes », actives.

1.2. La méthodedirecte.

Ce sera le cas,

bien sûr, des fameuses« méthodesaudio-visuelles »,

est devenuela méthodetraditionnelleet

mais c'est aussi le cas de celle

dominante, la « tions officielles6.

qui méthodedirecte », telle qu'elle est définie par les Instruc-

Cetteméthodeest dite à la foisactiveet concrète.Elle tourneautour

de l'idée de spontanéité. Mais des formulationscommecelle d'«

s'agit pas

reviennent souvent, ne doivent

type

d'exercicesdu

expression

pas

faire

personnelle et spontanée», qui

illusion.Il ne

à

mentdes

indique surtout qu'il y aura production(et réception) d'énoncésen langue

Ce n'est en réalité

qu'une

étrangère sans passerpar Vintermédiairedu

du fameux« textelibre» mis

l'honneur par la pédagogie Freinetet qui auraitsa place dans l'enseigne-

langues

«vivantes»

(voireanciennes). Le concept de « spontanéité »

français7.

manièrede

prendreparti contrela traduction, c'est sa négation. Le

l'on

avec le français. La traductionelle-mêmen'est

titrede vérification, car il faut

le

texte « expliqué en langue étrangère »

mot mêmede traduction n'apparaîtqu'assez rarement: le rejet de l'idée

tend vers l'absence du mot. Le commentaire expliquant le sens du texte

aura

évitera de «

tolérée qu'à l'extrêmefinde la leçon et à

bien

a

toujours lieu en langueétrangère, « dans la langueenseignée», que

panacher »

quand mêmes'assurer que

été effectivement compris.

« La traductionne devra survenir

si le

passage

8

qu'une

fois effectivement

vérifiéeau cours de l'entretienen langue étrangère l'assimilation

exacte du contenu,pour pouvoir se

justesse de l'expressionfrançaise. On ne s'abstiendrade l'entreprendre

concentrer uniquement sur la

étudié doit constituerle texte d'une versionfaite

que

à domicile.»

Surtout, on expulse du Premier cycle les exercicesde traduction (le

4. Il

s'estd'ailleurs développéentre-temps

toutunmouvement

pédagogiquepour

1e

pour cette langue.

Latin vivant; ona mêmeconstituérécemmentdesbatteriesd'exercicesstructuraux

5.

ClaudiusHolyband,TheFrenchLittelton

,

Cambridge,CambridgeUniversity

Press,1953 (rééd. avec introd.).

6.

7.

désigne unetraductionnon

8.

Ontrouveralestextesin Langues vivantes. Horaires programmés, instructions

,

,

pagination.

L'expressionplusrécente, etsansdoute éphémère, de « traduction spontanée »

préparée.

comprise au sensdela précisionsémantique,

Paris, S.E.V.P.E.N. (I.P.N.), 1970 (brochure n°74 Pg) - citédansnotretexte«IPN»

suivid'unnumérode

IPN 40.La justesse doitêtreici

.etnon pas tantd'unefinessedesnuances stylistiques en français-cible.

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mot

Encorene

d'expresses réserves:

n'apparaîtpas

dansles programmes officielsdes Sixièmeet

Cinquième).

avec

consent-onen Quatrièmequ'au thème,pas à la version, et

«

« De temps à autre et avec prudence, brefsexercicesde thème 9 ».

Il est bien précisé dans les

Instructions particulièrespour l'option

langue vivanteI renforcée » en classede 4e I et II qu'

« on n'utilisera

(donc) pas

l'horaire

renforcé pour développer

exercicesde

exclusivement l'explication littéraireou multiplier les traduction» (IPN 50).

C'est seulementen Troisième que leur est reconnuà l'un et à l'autre le statut explicite d'« Exercicesécrits» autonomes:

« Versionsdontle texte aura d'abord fait

l'objet d'une explica-

tion (toujours conduitedans la

langueenseignée). Thèmesd'imitation

brefs, essentiellementdestinésà contrôleret affermirles connaissances

grammaticales » (IPN 23).

Si donc au niveau fondamentaldes

leçon; on pourra

leçon précédente.

Bien

plus, par

un effetde ce

de

principes et

du Premier cycle le

par exemple

seraillustréau cours

français est presque totalement absent, on n'en assiste pas moins à une

certaineré-introductionde la traduction par la suite.C'est ainsi

que la traditionnelle« minutede phonétique » initiale peut faire place à

l'explication en français d'un point

de la

de la

d'«

ultérieureď exercicesécritsde thèmeet de version, où la finalitédocimolo-

gique d'unenotationest

comme par un choc en retoursurla natureet la fonctionde la traduction,

minimale, admiseau

-

départ

ciper l'épreuve de thème /version. C'est un peu ce que donne à penser

l'Instructiondu 1erdécembre1950

est proprement nécessaire (indispensable commeon l'a

simplevérification oraletend dans cette perspective à anti-

la ditetraductionminimale

grammaire,qui

même commencer par une re-traductiondu texte

qui

sera thématisé plus bas sous le titre

l'échéance

il est à craindre

que

interférence docimo-pédagogique»,

explicite, ne pèse d'un poids trèslourdetne réagisse

Premier cycle. La traductionminimaleen finde leçon

revientau même -

conçue

au

ou au début la re-traduction, ce qui

comme

vu,

précisantque

et

inévitable,exigible). Ainsi,

« on ne s'abstiendrade

l'entreprendreque si le passage étudié

(IPN 40).

doit constituerle texte d'une versionfaite à domicile»

l'expression

française » risque de « dégénérer » dans la pratique en un exercice stylis-

tique

il n'est pas jusqu'aux appels explicites(IPN 45, 49

collaboration interdisciplinaire -

(français) - qui

mentencore

occasions.

De même, l'effortdemandé concernant« la justesse de

de

français-cible. Dans le cadre

institutionnaliséde l'enseignement,

)

en faveurd'une

à susciterles

notammentavec le

professeur de lettres

expériences de dépayse-

ne contribuentà « re-franciser» les

fragiles dontle professeur de langue s'applique

9. IPN 21.Ontrouveradansunenotedel'Instructiondu25février1963concer-

garde encore plusdrastique, IPN 82

nant renseignement de l'allemandunemiseen

(cf.inf.3.1.).

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1.3. Les méthodesaudio-visuelles.

Il faut voir dans la

plus

plus

ou moins

une

méthodologie(

approchepédagogiquequ'une technologied'appa-

on

Yoccasionde re-prendrel'esprit de

methodicsou

methodology) audio-

plus

façon

visuelleautantet

reils

moinsbien se servir10

ces mêmes

systématique, à la

radicalementla

coûteux,plus

C'est

ou moinsutileset dont on sait

appliquer

cettefois-cide

d'abord

principes

langue

au sérieuxet de les

lettre.La

pédagogie

audio-visuelle permet d'éliminer

langue.

maternellede la classe de

Le tertium quid

façon

auquel

profit

d'une

permettant d'« accrocher» les signifiés aux signifiants

la traduction

française

mais

l'image.

était

visuel ne fait

déjà

que systématiser

celui de la méthode

la

variation systématique

situationnel),

ces termes

de la

Cetteassociation -

fiant-texte»

de

mais

linguistique(utilisant

au

où les « bruits» et les « trous» sont

de

le

sémiotiquesqu'une pragmatique

sémantique

de «

aussi une

de fascinationde

de la

articulatoire (ou

langue étrangère n'est plus

radicale un

principequi

maintenantexclusivede toutetraduction - du «

signi-

auditifau « signifié-image »

directe,

elle s'autorisaitcertainesentorses: la communicationinter-

langue à l'autre) est éliminée

communication intralinguistique(en langue étrangère)

la traductiond'une

compenséspar

paramètresextralinguistiques(contexte

système-cible. Mais l'image

signifié-pivot»,

séquence

référentielou

dialoguepermettant d'assurerla boucle régulative. C'est dans

du

de la communicationdonne accès à la

n'est

pas

relatift

seulementune sorte

l'information, elle a

pouvoir

cette dernièreinhibela traduction française

réponse

contribuantà la circulationde

fonction psycho/linguistique.Compte tenu d'un

l'image»,

entendue: la traductionne doiten aucun cas êtrela

mentale)

fournie par les élèvesau stimulusauditif.

Concurremment, Vécritureestbanniedesdébutsdu coursaudio- visuel11,

elle n'apparaît qu'au

parlée c'est-à-dire entendue,qui

à

avec une rigueurbeaucoup plus sytématiquequelque chose qui était déjà

dans la méthodeactive

mettentle maîtreen

férences imputables à

Elle fera l'objet d'un apprentissagepar

approximations successives grâce

pulatoire des « structures» (cf. inf.1.4.).

que

elleavait seulement accepté de s'écarterun

ticales» sont « faitesen

d'application immédiate» (IPN

41). Bien plus :

bout de plusieurs mois. Mais ce

primat de la langue

lui aussi a un doublefondement théorique,

la fois linguistique et psycholinguistique, ne faitlà encore que reprendre

traditionnelle; et

garde

la

les Instructionsofficielles (IPN)

à plusieursreprises contreles menacesd'inter-

graphie.

Quant à la grammaire de la

langueétrangère, on renonceraà l'enseigner

aux seules vertusd'une

pratique C'est encorele même

peu

mani-

pu (ou osé) réaliser intégralement et

: si « les

programme

dont

remarquesgramma-

elles doiventabsolumentêtre « suivies

thématiquement en français.

la méthodedirecten'avait

français»,

40) et elles« seront peu nombreuses» (IPN

« Dans les classes d'initiation surtout, les

règles de grammaire

(syntaxe ou morphologie) ne seront expliquées,

10.

11.

Conformémentau primat des gnosies auditiveset des

-visuelles.Les

que

place

et brièvementfor-

Les «méthodes> elles-mêmesse limitentassezsouventà unmatériel péda-

gogique(teachingmaterials) assezrestreint.Dansl'arsenalfoisonnantet diversifié

à

l'extrêmedesauxiliairesaudio-visuels (audio-visualaids), ilfauteneffet distinguer

notammentFaudio-visuel«lourd» et l'audio-visuel« léger», etc.

praxiesarticulatoires, prestiges de1'«audio-

lesméthodessont beaucoupplus audio-

visuel» peuvent d'ailleurscéderla

(cf. le mot-porte-manteauanglaisaurai).

aux plus modestesméthodesaudio-orales

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mulées,qu'après des exercices répétés

dansla

encorenouvellesdontil doit saisiret

et le sens avant tout raisonnement analytique. La

donnéeen

où elleest

individuelset collectifs, faits

présence de formes

valeur

langueétrangère,qui

aurontmisl'élèveen

retenir empiriquement la

règle,

avantd'être

français,

appliquée .

doit surgir inductivementde la massedes exemples

On évitera,

dans l'étude de la grammaire, toute subtilitédont

l'intérêtne serait que théorique 12.»

Par tous ces garde-fous, la traductionest radicalementexcluede

l'ap-

prentissage d'une langue mentales».

étrangère, au niveau de ses « structuresfonda-

1. 4. Finalités

1.4.1.

didactiques et bilinguisme.

Au-delàde la « méthodedirecte» donc, la miseen œuvrede médias

méthode « structuro-globale»,

ne font

la

pratique

du

que prendre en compte de façonsysté-

en somme déjà

audio-visuels voire d'une

,

« bain linguistique»,

et «

pédagogiqueyquoique

référencéesà

etc

matique

ancienne (sans bien sûr

qu'une langueétrangère doit s'apprendreparallèlement à la langue

nellederrièredes

du

et aussi

fondéde ces

rique que proprement « scientifique »

scientifique » la même hypothèsepédagogique

que

parois

un,

s'épuise tojute leur spécificité). Car l'idée

mater-

hypothèse

temps

étanchesde toutetraductionestbienune

les propositions avancées soientla

plupart

et mêmeici à deux

domaines scientifiques(linguistique

quant

au bien-

psychologie). Ce n'est

pas le lieu ici de trancher

présupposés d'une psycholinguistiquequi paraît plus empi-

13.

finalités de cette pratiquepédagogique 14.

pour

enseignement des langues

15.L'idéal du

avait

Le vrai problème est celuides

passe

comme si notre

produire des « bilingues »

pour

la

qu'en

Or, tout se fonctionde

est élevé : on demande

comparable à celui

alors

système scolaire français

langueétrangère un modèlede compétence

culture étrangère;

du français, avec connaissancede la

faitle

de deux

français(languematernelle) et la langue étrangère sont

types

de

pédagogies

radicalementdifférentes.

enfants» (lat. infans), à des bébés

justiciables

Les o élèves» sontidentifiésà des «

12.

13.

IPN 41 -

Les

c'estnous qui

soulignons.

pédagoguespartent souventde propositionspremières du type :

»,

«

(depuisX.)

onsaitmaintenant que

»,

psychologues(deslinguistes) ontmontré que

des

«lascience

»,

«les

etc.Cene

(la psychologie) nous apprendque

récentesdécouvertesdes

alliciants,ayant unefonction purementapologétique

et de

blèmede la médiationhumained'unerecherche scientifiqueque les deuxextrêmes

qui

4'êtreimmédiatementutile.

sont presquetoujoursque

plus

sansréférences assignables. Ici se

trouve posé,plusgénéralement, le pro-

la définissent,maximalisme théorique et minimalisme expérimental,empêchent

14.

Chaque méthodea ses avantages etsesinconvénients spécifiques : la méthode

15.

choix.

les méthodesaudio-visuellesfont plus

(cf. travauxnon publiés deE. Koskas). C'estdonc

C'esttrèsexactementl'idéal implicite,parnouscritiqué,quepréconisent les

que nous

dégager. La situationestévidemmentdifférenteen Belgique

nécessité politique et de

possibilitépratique; etl'on

bilinguisme fait figure de

1).

directedevenueuneméthodetraditionnelle prémunit mallesélèvescontrelesinter-

férences,alors que ceux qui sont passéspar

d'agrammaticalités,d'agraphies

d'abordun problème de

Instructionsofficielles, tel qu'uneanalyse de leurcontenu (comme celle

esquissons)permet dele

où le

comprendque ce soit l'objectifproposépar Marcelde Grèveet Fransvan Passel,

Linguistique et enseignement des languesétrangères, Bruxelles /Paris, Labor /Nathan,

11968-,1972 (coll. Langues etculture »,

«

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14

qui apprennent le langage

-

celle de Saint-Cloud/Zagreb, se montrentconscienteset

problèmesspécifiquesposés par

au sens

riorité proprement déterminantede la

leursdistances par

langueétrangère et

en

même tempsqu'une languequi

serala « leur»

même

quand

large

certainesméthodes audio-visuelles, comme par exemple

préoccupées des

cettedualité

linguistique(« bi-linguisme »

l'anté-

contact linguistique » individuel) ainsi que par

languematernelle, et qu'ellesprennent

la

d'un «

rapport à une assimilation trop naïve du français à

des élèvesaux bébés.

Le modèlede compétenceproposé est celui du

bilinguisme coordonné.

explicitement formulémais susceptible

C'est un idéal pédagogique non

d'êtremis en évidenceà partir mêmedes Instructionsofficielles.L'ensei-

gnement des langues

« s'attacheà créerune associationdirecteet instinctiveentrela chose

et le mot qui la

désigne » (IPN 51).

« L'effortconstantdu maîtredoit tendreà instituerune asso-

ciationimmédiate (sans intermédiaire) entrele

ou forme, et la chose

jamais présenté ni apprisisolément,accouplé à l'un de ses équivalents

français. La mémoirede l'enfantne doit l'enregistrerqu'associé à

l'objet qu'il désigne ou à l'image de ce dernier, ou incorporé à un

fait

ensembleverbal

qui (IPN 39 - c'est nous qui

exacte.»

signe étranger, mot

ou action.Le motne sera donc

signifiée,objet

apparaître son sens et sa nuance soulignons.)

Dans le cadre de cette

perspective,l'enseignement de civilisationa

dépaysement. La langueétrangère

lui-mêmelittéralementune fonctionde

doit

la traductionaurait

pour effet (ou peut-être même pour but

du fonctionnementdes deux

étanche». On risquerait de voirse dégrader ce

bilinguisme « composé »

des

des

couplés comme une série supplémentaire de signifiants « de rechange »

selon une

simple transcodage, en

l'occurrence illégitime. La pédagogie des

signifiant, la traductiondeviendraitd'ailleursun

résistance organisée à ce

satisfaire?et (2.) doit-on

le

ni

bilinguisme coordonnéen

ou mieux « composite » (compound) : le passage

pouvoir C'est le sens de la « méthodeconcrète»

)

signifiants d'une langue

signifiésfrançaisauxquels

concordance bi-univoque.

principe

Concernantcet idéal

se référerà une « situationsémio-culturelledifférente».

pratiquée;

d'empêcher le maintien séparé

systèmeslinguistiques de ce « bilinguisme

à

ceuxdel'autrese faisantsurla base

les

trompeuse

signifiants de la langueétrangère seraient

Sur la base de ce redoublementdu

langues n'est rienautre que

la

d'interférences.

d'un

1.4.2.

pédagogique

bilinguismecordoonné,

deux questions méritentd'être posées :

poursuivre? Il n'est pas

(1.) peut-ony

certain que la réponse à donnerdoiveêtre positive

diversestentativesde vérifications expé-

cette réponse doiveêtrela mêmeà l'uneetl'autre question.

que

Il faut

préciserque, malgré

prudence.

fonctionnement bilingue

n'a pas eu de confirmationdécisive (A. Tabouret-Keller); c'est déjà une

incertitude théoriquequi amèneà relativiserles présupposéspédagogiques

et inclineà la

rimentales, le modèle composé/coordonné donnédu

Par ailleurs, surle plan pratique, il n'est à l'évidence pas possible de

bilinguisme ». On

réaliser intégralement le

pourrapar exempleobjecterque cettedichotomie bi-linguistique estbattue

en brèche par la présenceobligée d'une

resteraitde toutes

l'élèvene seraiten

sujets (élèves). Ainsi,

ralité que

en français. On auraitdonc

programme d'un véritable «

métalanguegrammaticalequi

façonsprésente à l'esprit des

mesure d'appréhender les catégories verbalesde la tempo-

déjà

parce qu'elles existentaussi et

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Id

affaireà une traduction«

linguistiqueayant

que l'exemple

catégories de tempsproprement dites. En ce qui

les

tion

elle s'intègre et qui lui donnesonsens.C'estunestructureau sens

guistique

de

le

un éventuel aspect (l'imparfait étant d'abord et essentiellementun

du

hiérarchie conceptuellequi

ment

«

langue

non

versauxde

lui, cet axe linéairede la

sophes occidentauxcommeKant ou

guistiques

représenter un

la

fréquentatif, et c'est

tatifdoiventd'être associées à

préalable

»

(implicite),

cette

opération

inter-

un

fondement métalinguistique le. Remarquons d'abord

cela

risque

de n'êtrevrai

concerneles

que pour les

ou

aspects

la situa-

est

privilégié et que

modes, il y

qui

primat

passé, puis

a

aperceptionglobale de la séquencelinguistique et de

lui est indissolublementet « immédiatement» associée, à laquelle

et

accordéaux

temps

du

psycholin-

signifiante audio-oraleassociée

visuel et

pratique. Par ailleurs,

verbe,qui

seraientensuitemodalisés par

temps

une

accessoirementun duratif, voire un

fréquentatif), est

tientbien autant à la traditionde

la structureimmanentedu verbe

l'enseigne-

français.

La

gestaltiste d'une séquence

façonsynthétique à un signifiéglobal,

grammaticalqu'à

métalanguegrammaticale » des catégories de la temporalité estuneméta-

culturelle -

occidentale -

plus que linguistique. Un

plus,

être

compté

tel invariant

interlinguistique ne pourrapas,

au nombredes uni -

langage (translinguistiques) dans la mesureoù c'est notamment

temporalité sur lequel

Bergson

ont

glosé

tant de

philo-

dontles travauxethnolin-

,

pas francophones. Dans

c'est essentiellement l'aspect

les formesdu fréquen-

d'un Whorftendentà montrerla relativité.Il ne semble

grand danger d'interférences pour les

go

à

there ce

,

qui

est

perçu,

1 usedto

une pédagogie maladroite que

l'imparfaitfrançais 17.

dans les tableaux

qu'en grecancien,

(aoriste),

de conjugaisons, on une

que, pour

part

en termesde « temps», alors

ces

aspects

sontlibresde toutéconnotation

cela ne tient

phrase

Il est vrai

ré-interprète les aspects

d'entreeux du moins

«

pente grammaticale. Ce n'est pas

à une

tions d'actualisationni locuteursnatifs.C'est

langues

traduction. Il esttoutà fait praticable et réaliste, dansce cas commedans

d'autres,d'espérer obtenirchez les élèves un dé-conditionnementculturel

et d'inhiberles traductionsa

métalangue

temporelle ». Mais, pas plus que pour les languesvivantes,

naturelledes élèves

non

qui ne pourraient se passer

plus

le faitd'une

langue

de

parce que

,

morte sans situa-

la

pédagogie des

grammaire-

beaucoup

anciennes en est restée essentiellementau schéma

spontanées ». Les images

qui

des méthodesaudio-

visuelles intentionnentd'ailleurs très précisément un minimumdélicat

de « couleurlocale »

en

rences entre les civilisations

étrangère et à la langue

langue

itératifsde

étrangèrequi

c'est-à-dire simple et fondamental, des structuresde base d'une

soit de natureà produire ce dé-conditionnement

chose du

complexe

des identitéset des diffé-

correspondantrespectivement à la langue

élémentaire,

faisant percevoirquelque

ont une

maternelle.En somme: au niveau

fréquenceélevée, et en ayant

«

pratique

recoursaux exercices

type pattern drillou

audio-orale» intensivede ces

structures (dialogues),

chez les élèves des schèmes

caractèrerelativement simple,qu'il

gnosiesauditives,qui serontmobilisablessans rien qui ressemble jamais

articulatoiresou de

il estsansdoute

permisd'espérerqu'on puisse monter

mais à

comportementaux de nature globale

s'agisse

de

praxies

16.Ainsile latina-t-il longtemps fonctionnédansla traditionoccidentalecomme

based'uneindéniable parenté des langues indo-euro-

17. La

forme fréquentative a au demeurantunsensdoublement aspectuel : elle

métalangueuniverselle, surla

péennes, dontn'était pas dissimilée Foriginalitérespective.

n'estun temps du passéqu'au sensd'un parfait oud'un accomplinégatif(le dépassé»).

«

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16

à unetraduction18.Cela ne sauraittoutefois représenterque ce

rait

tiblesd'atteindreune fortedensitéau niveaudes

maisl't idéal

et l'on restera longtemps trèsloin du modèlede compétence des locuteurs

natifs.

des îlotsde bilinguisme coordonné.Ces derniersseront suscep-

qu'on pour-

appeler

structures fondamentales,

pédagogique » esttout juste

réalisableà ceniveauélémentaire

1.4.3.

Il ne paraît pas non plus souhaitablede

tout

poursuivre cet «idéal

bilingue ». D'abord,

ment réalisable, sinonil risque de devenirun

rejet sociale. En vérité, le but de

duiredes

une élitede

résideen une

qu'une contribution 90 Si l'idée de culture générale n'est pas absente des

objectifpédagogique doitêtre réalisable, et facile-

principesupplémentaire de

sélection

de

objectivement une fonctionde

n'est

pas

scolaireet d'assumerainsi

bilingues,pas plusque

futurs champions 19

l'enseignement des langues

La

finalitéde

pro-

celui de la gymnastique ne doit«chauffer»

l'enseignement secondaire

formationfondamentale où la pédagogie des languesn'apporte

.

Instructionsofficielles:

« (Ainsi )

se trouventétroitementassociés l'entraînementlin-

guistique des élèves et leur formation générale » (IPN 44),

1'« objectif culturel» (IPN 47) intentionnérestede natureessentiellement

« civilisationnel». Ce

et la pensée du peupleétranger(IPN 36, 47 et passim). Se gardant de tout

l'on veut faireconnaîtreaux élèves, c'est la vie

que

exposé systématique d'histoirede la civilisation, le professeur de langue

« s'attachera

« à faire d'esprit,

préoccupationséconomiques et sociales.Il s'appliquera

sur lui un

est

objectif et généreux, cetteétudedevraitéveillerune curiositéintelli-

gente,

esprit

prendre

des

conscienceaux élèves des mœurs des attitudes

,

de ses

tendances affectives de l'homme étranger ainsi que

à

faire porter

nous

goût

les

aux

pensée,

l'esprit,

jugementclairvoyant, à faire découvriren quoi il

et en

quoi

il diffèrede nous. Conduitedans un

critique

à la

fois,

susciterchez les élèves le

proche

ouverteet

des

échanges,

l'intérêt pour d'autresmodesde vie et de

leur

inciteren tout cas aux confrontations pacifiques de

comparaisons fécondes qui

conscience plus vive de leur

préparer les

soulignons.)

permettraient, tout en prenant

de

45

-

une

l'approfondir et de

c'est nous qui

propreculture,

voies de sonrenouvellement.»

(IPN

Le

dépaysement civilisationnelvisé par cet

enseignement est de

nature

culturecivilisationnelles'inscritdans une

ethnopsychologiquebeaucoup plus qu'ethnolinguistique, et cette

perspective de rapprochement

18.

Cf.IPN36,47,50et passim, oùoninsistesur« l'acquisition desautomatismes

fairedes professeursqui

à leurtourferontdes professeurs,

veut quedéjà

les

incorrigibles » bonsélèves

considération psycholinguis-

phonétiques et structuraux», «les habitudesmotricesnécessaires» On laisserade

côtéle difficile problème d'unéventuel passage de la mémoireimmédiate (qui est

uneconstante physiologique) à la mémoire profonde(qui concerneles informations sémantiques).

19. La cultureservantà

20.

selonunmotdeSimone Weil,par un phénomène d'identification qui

professeurs soientd'ancienset «

La modestiedesrésultatsobtenusmaisaussila

lieudece maximalisme«

tiqueprobableque l'écolesecondaire correspond à l'âge le plus défavorable pour

l'acquisition d'une langue secondedevrontà cet égardinspirer le choix d'objectifs

pédagogiquesmesurés,au

bilinguiste ».

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17

des peuplesqui est très

démocratedu mouvement pour le

précisément ce qui correspond à l'idéologie social-

bilinguisme a.

« Personnen'oubliera

Que

cependant

:

tout

enseignement, si élémentaire soit-il, donné par un

enseignement de culture;

langue étrangèrepermettant à

hommede cultureest un

«

Que la plus humble phrase de

unde nosélèvesd'entreren communicationdirecteet vivanteavec un

camarade étranger,peut être en elle-mêmeinstrumentde culture,

car elle

chementshumains. »

amorce l'indispensabledialoguepréparatoire à tousles rappro-

(IPN 43 -

c'est nous qui soulignons.)

Il y aurait beaucoup à direà propos

contenterde

de et contrecette idéologie « bilin-

appelle-

incapacité

guiste 22 ». On doitse

rionsvolontiersla « dé-culturation franglaise » corrélatived'une

pratique

est-elle justement le doublecontre-feuà opposer au

du traducteur, « bilinguiste » spécialisé,qui

bilinguisme :

organisée aux interférencesainsi qu'au

leurslecteursoù ce seraitune

guistique

daire, la traductionn'en revientd'ailleurs que plus

suitedansl'institution pédagogique, où ellefait

pédagogique d'une importance cardinale.

pointer le danger de ce que

nous

à

dissimilerchacunedes deux langues 23 .

Peut-êtrela traduction

au niveau

met en œuvreune résistance

niveau des textes traduitset de

de satellisationlin-

façon de conjurer ce péril

et culturelle.Chassée du

premiefcycle de l'enseignement secon-

massivement par la

figure de procédure docimo-

2. Traduction, thème et version.

2.1. La « traduction». Le termemêmede traductionest

deux opérations de traduction, mais la traductionne se limite pas à ce

nous connaissonssous les nomsde « thème» et de « version », ce n'est

seulementle terme

eux deux recouvriraientla totalité de son aire

« extension »). Le thèmeet la versiondéfinissentun

culier de traduction:

particulier estuncas remarquable dontil

propre. On devra même opposer cette opérationpédagogique à ce qu'on

pourraitappeler

pas

que

ambigu.

Le thèmeet la versionsont

ces deux

spécifiques,qui

à

sémantique(et de son

type tout à fait parti-

génériquecorrespondant à

la traductioncommeexercice pédagogique. Ce cas

s'agit de faireressortirla spécificité

la traduction proprement dite : à la différencedu thème

propre fin

et de la version, la traduction (strictosensu) est à elle-mêmesa

et le texte traduitest la raison de l'opération traduisante M, elle n'obéit

21.

Ce mouvement,essentiellement d'expressionfrançaise, tendversun bilin-

pourquoi l'extensionde l'idéal

reculsurtousles autresfronts bilinguiste à l'enseignement des

guismefranco-anglais dontla contrepartie est un

linguistiques. C'est

autres languesquel'anglais estuncontre-feu qui fait génétiquementfigure decontra-

diction.

22. La

problématiquegénérale dumodèlede compétencebilingue dansl'institu-

problème se pose essentiellement pourl'anglais, carle« bilinguismepédago-

n'estau demeurant pasrécipropre, bienau

contraire, etce déséquilibre

s'accroître depuisplusieurs années.En outre, le bilinguismepédagogique

tion pédagogique mériterauneétude particulière.

23. Ce

atlantique »

24.

gique » vienticirenforcerunetendance générale de civilisation.Untel bilinguisme

«

nefait que

développé à propos d'autres languesétrangères ferait figure de contre-feu,commeon

tradition philosophique.

vientde

Cf.ce l'indiquer. qu'onappelait la «finalitéinterne» dansla

C'està la «traduction proprement dite» que sontau demeurantconsacréeslesautres

contributionsde ce numéro.

LANGAGES, N°28

2

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18

à la

finalitéexterneďune stratégiepédagogique

d'ensembledont elle

pas

ne serait que Fun des moyens. Il s'agit de

ment« une traduction», c'est-à-direun texte-cibledestinéà la

et à la lecture (voire, dans le cas du théâtre, à

explicite

original. Cettetraductiondoit satisfaireà un certainnombre

qui

vise à la production d'une performancepour elle-même (performance-

cible), la « traduction pédagogique » est seulementun test de

senséfonctionnercommetest de

tence-source) et s'intègre à un ensemble,pédagogique,plus

produire ce qu'on appellejuste-

publication

d'exigences

être joué), dontla fonction

et exclusiveest de nous dispenser de la lecturedu texte-source

ne

sont pas les critères pédagogiques. La « traduction proprement dite»

performance

compétence(compétence-cible et compé-

vaste.

Il y a

entreles deuxunedifférencede nature. La

traduction pédagogique

ou thème/versioncomporte un certainnombrede traitsrestrictifs qui lui

sont

spécifique, qu'on va s'efforcer d'analyser ici. Le fait que le thème et la

versionsoientainsi essentiellementfinalisés par l'institution pédagogique

au sein de laquelle ils prennentplace n'exclutnullementla possibilité de

mettreen œuvreune

la

institution pédagogiquequi

propres(scotomisations,occultations ),

pédagogie de la

constitutifsd'une structure

traductionoù la relationsoitinversée:

pratique

traduisanteet la production d'« une traduction» finalisantune

lui est subordonnéeet nonle contraire

distinguer Y interprétariat de la traduction

Il est courant aussi de

(latosensu), qui

subsumela traductionà la foiscomme exercice pédago-

pourra définir l'interprétariat comme

successiveou simultanée 26 : d'où le sens encore

On

sensu),qui opère

surdes textesécrits.A ce niveau

gique (subsumant à son tourle thèmeet la version) et la « traduction pro-

prement dite» (ou stricto sensu)

une « traduction» orale,

plus élargi d'une « traduction» subsumantà la foisle travailde l'interprète

et la traduction (a lato»

très

l'opposition traduction: interprétariat. Cettedernière extrapolation s'autorise

si les deux opérations sontbien différentes, ellesrenvoientà un

de ce

fondde

tains exercicesde

généralement, à sont comme des

variantes sémantiques sur la base d'un signifiantconstant, il convientde

trompeuse. Sous un

faireéclater l'apparente unité de ce conceptqui

même vocable, la « traduction» ne désignepas une opérationsimple et

unique,

dont les diversesmodalitéset réalisationsseraient homogènes; il

s'agit en faitde tout un domaineextrêmementdiversifiéet polyvalent. Le

la réalité

traduisantesétant

chacune des pratiques

assignable à différents paramètres. Il n'est pas étonnant

rhapso-

que, parallèlement, unethéoriede la traductionse dissolveen une