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Open University of Mauritius - Droit des contrats


DROIT DES CONTRATS

OUbs022122
OUbs023122

Open University of Mauritius - Droits des contrats


Course writer : Dr Odile Juliette Lim Tung

Copyright : Open University of Mauritius, 2014

All rights reserved. No part of this course may be reproduced in any form by any means
without prior permission in writing from:

Open University of Mauritius


Réduit, Republic of Mauritius
Fax: (230) 464 8854
Tel: (230) 403 8200
Email : openuniversity@open.ac.mu

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


Table des matières
CHAPITRE TITRES P
AGES

Introduction v

Chapitre 1 Les principes fondateurs du contrat 1

Chapitre 2 Classifications des contrats 5

Chapitre 3 Les conditions de formation du contrat


(consentement et vices du consentement) 13

Chapitre 4 Les conditions de formation du contrat (objet, cause) 23

Chapitre 5 Les conditions de formation du contrat (capacité) 29


Chapitre 6 La nullité du contrat 35

Chapitre 7 L’exécution du contrat 39

Chapitre 8 La responsabilité contractuelle 47

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Les objectifs de ce cours

Ce cours est destiné aux étudiants qui ont besoin de connaissances juridiques de base mais
ne suivent pas une formation juridique proprement dite.
Ce cours présente l’essentiel de la théorie générale du contrat en droit mauricien. Son
contenu permet de se familiariser avec les règles qui forment un contrat, son exécution et
les conséquences du non-respect des obligations contractuelles.

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Introduction
Le contenu de l’introduction vise à comprendre:
l La notion d’obligation
l La distinction entre une obligation naturelle et une obligation civile
l Le contrat comme source d’obligations pour les parties contractantes
l La distinction entre une obligation contractuelle et une obligation non-contractuelle

Le droit des contrats est une branche du droit civil mauricien qui est régi par le Code civil
mauricien (CCM). Ce code civil, aussi connu comme le Code Napoléon, est hérité du droit
français mais a fait l’objet de divers amendements au fil des années dans le but de réglementer le
droit civil dans le contexte mauricien. Un contrat est un instrument indispensable dans la vie en
société par lequel les parties s’engagent sur la base d’un consentement mutuel, par exemple, un
contrat de vente, un contrat de travail ou un contrat d’assurance.

Le terme « obligation » signifie « dette, engagement ou encore tout devoir » qui pèse sur une
personne. Au niveau juridique1, l’obligation, ou droit personnel, se définit comme le lien de droit
par lequel une ou plusieurs personnes (le ou les créanciers) peuvent exiger d’une ou de plusieurs
autres personnes, l’exécution d’une prestation de faire, de ne pas faire ou de donner ou de ne
pas donner. L’obligation de faire astreint le débiteur à exécuter un travail ou un service tandis
que l’obligation de ne pas faire astreint le débiteur à ne pas exécuter un travail ou un service.
L’obligation de donner oblige le débiteur de transférer la propriété d’une chose au créancier
tandis que l’obligation de ne pas donner astreint le débiteur à ne pas donner quelque chose (ne
pas divulguer les informations confidentielles relatives à son travail). Dans toute obligation, il y
a un devoir, mais tout devoir n’est pas une obligation. L’obligation est un lien de droit et l’on
distingue entre une obligation naturelle et une obligation civile3.

Une obligation naturelle est comme un devoir de conscience et n’est pas sanctionné par le
droit. Des devoirs de conscience peuvent être transformés en obligations naturelles. Par exemple,
la loi ne prévoit pas d’obligation alimentaire entre frères et sœurs, mais si une personne verse une
pension à un frère dans le besoin, elle ne peut pas en demander le remboursement et doit même
continuer les versements tant qu’elle a des ressources suffisantes4.

L’obligation naturelle a sa source dans la morale, la religion ou même la courtoisie et n’est pas
assortie de sanction étatique5. Le débiteur d’une obligation naturelle n’est pas juridiquement
tenu, s’il n’exécute pas son obligation, aucune action n’est possible contre lui. Une obligation

1 TERRE, F. et al. Droit civil, les obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005, p1.
2 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations.1. L’acte juridique, 11ème édition, Armand Colin, 2004, p24.
3 MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005, p1.
4 LEGIER, G., Droit civil, les obligations, 16ème édition, Dalloz, 1998, p5 ; FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p24.
5 LEGIER, G., (n 4), p1.

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naturelle non transformée en obligation civile ne peut faire l’objet d’une exécution forcée6. Un
exemple d’une obligation naturelle qui a été transformée en obligation civile est l’obligation
alimentaire entre les père et mère et leurs enfants. Ainsi le Code civil mauricien contient des
dispositions sur les aliments que les enfants doivent à leurs père et mère et autres ascendants qui
sont dans le besoin7.

Quant à l’obligation civile, elle constitue un lien de droit entre deux personnes qui fait de
l’une d’elles, un créancier et de l’autre, un débiteur. Dans un contrat de vente, le vendeur de la
chose sera le créancier du prix de la chose et l’acheteur de la chose sera le débiteur du prix de la
chose. Son exécution forcée peut être exigée en justice et réalisée avec l’aide de la force publique.
L’obligation juridique est tout devoir imposé par la loi, dans l’intérêt de tous, sans qu’il y ait de
créancier particulier8.

Le contrat est un acte juridique, une source d’obligation issue d’un accord valable de volontés
et constitue une manifestation de volonté dont l’objet est de produire des effets de droit. Le
contrat est une convention qui génère des obligations par lesquelles une ou plusieurs personnes
s’obligent, envers une ou plusieurs autres personnes, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque
chose9. L’obligation contractuelle peut être susceptible d’évaluation pécuniaire (une somme
d’argent par exemple) ou encore l’obligation contractuelle peut être en nature, c’est-à-dire une
obligation dont l’objet n’est pas une somme d’argent. Le contrat génère des obligations dont
l’étendue peut être prévue contractuellement. Par exemple, un contrat de prestation de services
prévoyant le prix et le type de prestation offerte.

Il suppose un accord de volonté entre deux personnes au moins, à savoir, les «  parties
contractantes ». Ces parties seront en principe, les seules personnes liées par cet accord avec des
bénéfices ou des charges. Le contrat ne peut normalement pas s’imposer à des personnes qui
n’y ont pas donné leur accord de volonté. Le contrat ne lie que les parties au contrat. En règle
générale, les tiers ou d’autres personnes ne peuvent en profiter ni en souffrir car elles ne sont pas
parties au contrat. Un contrat est dépourvu d’effets, du moins d’effets directs à l’égard des tiers10.

Ainsi, le contrat est un acte juridique conventionnel alors qu’un acte juridique unilatéral provient
d’une seule volonté (par exemple, un testament). Le contrat est un accord de volonté destiné à
produire un effet de droit par exemple créer des obligations ou mettre fin à des obligations. Il n’y
a généralement pas de grande différence entre la convention et le contrat, mais la capacité de
contracter est souvent beaucoup plus stricte que celle qui est exigée pour conclure une convention
transmissive ou extinctive d’obligation.

6 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p24. 11 Les quasi-contrats sont les faits purement volontaires de l’homme, dont
7 Article 205 CCM. L’article 207 CCM énonce il résulte un engagement quelconque envers un tiers, et quelquefois un
que ces obligations sont réciproques. engagement réciproque des deux parties (article 1371 CCM).
8 LEGIER, G., (n 4), p2. 12 Un délit est un fait illicite et dommageable commis volontairement. Tout
9 Article 1101 CCM. fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui
10 Article 1165 CCM. par la faute duquel il est arrivé, à le réparer (article 1382 CCM).

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Il y a d’autres sources d’obligations, notamment la loi, les quasi-contrats11, les délits12 et les
quasi-délits13. Contrairement aux obligations issues d’un contrat (les obligations contractuelles),
les obligations issues de ces autres sources d’obligations (les obligations non-contractuelles) ne
résultent pas d’un engagement de la part de celui qui se trouve obligé. Ainsi les engagements
qui naissent de par la loi, les quasi-contrats, les délits et les quasi-délits, se forment sans qu’il
intervienne aucune convention ni de la part de celui qui s’oblige, ni de la part de celui envers
lequel il est obligé14.

Nous verrons dans ce cours, l’essentiel de la théorie générale du contrat dans le contexte local
avec les fondements et classifications des contrats, les conditions de formation du contrat, la
nullité du contrat, l’exécution du contrat et la responsabilité contractuelle.

Exercices

1. Que pensez-vous de la notion d’obligation au sein d’une famille ? Pouvez-


vous faire une liste de ces obligations ?
2. Donnez quelques exemples d’une obligation naturelle transformée en
obligation civile dans le contexte mauricien.

3. Quelle est la différence entre une obligation contractuelle et une obligation


non-contractuelle ?

Résumé
Ce chapitre introductif traite brièvement de la notion d’obligation, des grandes
catégories d’obligations, des sources d’obligations ainsi que du contrat comme
source d’obligation pour les parties contractantes.

Pour aller plus loin

1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, l’acte juridique,


Volume I, Edition Armand Colin, 2004, p23-29.

2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p1-19.

13 Un quasi-délit est un fait dommageable résultant d’une négligence ou d’une imprudence (sans intention de causer un
dommage à autrui). L’on est responsable du dommage causé par sa négligence ou par son imprudence (article 1383 CCM).
14 Article 1370 CCM.

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Chapitre

1 Les principes fondateurs du contrat

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l La liberté de toute personne de contracter ou pas
l La liberté d’expression du consentement consacrée par le consensualisme
l La force obligatoire du contrat entre les parties contractantes
l Les effets du contrat à l’égard des parties et la relativité du contrat à l’égard des tiers

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1. Les principes fondateurs du contrat
Le droit des contrats à Maurice est inspiré du droit français et repose sur le fondement des
dispositions du Code civil au cours du XIXème siècle selon la théorie de l’autonomie de la
volonté15. Le contrat serait fondé exclusivement sur la volonté des parties. Nous verrons dans
ce chapitre, les différents principes qui découlent de la théorie de l’autonomie de la volonté des
parties, à savoir, le principe de liberté contractuelle, le principe du consensualisme, le principe de
la force obligatoire du contrat et le principe de l’effet relatif du contrat.

1.1. Principe de la liberté contractuelle 


La liberté de contracter découle du principe de l’autonomie de la volonté. La volonté humaine
constitue une loi en elle-même et crée sa propre obligation. Une personne va être obligée par un
contrat de par sa volonté propre. La liberté de contracter ou de ne pas contracter détermine le
contenu du contrat et les parties sont libres d’aménager leurs rapports tout en respectant le cadre
juridique établi par la loi. Un contrat de vente peut être parfait dès lors qu’il y a accord sur la
chose à vendre et le prix même si tous les détails ne sont pas encore déterminés.
Toute personne est libre de contracter ou de ne pas contracter. Le contrat est valablement
formé dès qu’il y a rencontre de la volonté des deux parties et il peut être verbal. Les relations
contractuelles entre individus sont soumises à leur libre volonté. Cependant cette liberté de
contracter peut être limitée par souci de l’intérêt général, par exemple la conclusion d’un contrat
d’assurance est nécessaire avant qu’un véhicule puisse circuler sur le réseau routier à Maurice16.
Un contrat d’assurance dans ce cas, a pour objet, entre autres, de faciliter l’indemnisation de la
victime d’un accident selon les conditions du contrat d’assurance. On ne peut déroger par des
conventions particulières aux lois qui intéressent l’ordre public17 et les bonnes mœurs18.

1.2. Principe du consensualisme


Le consensualisme est un principe dérivé du principe de l’autonomie de la volonté19. La volonté
d’une personne suffit pour l’engager et le contrat est valable du seul échange de consentements
sans procédure ou forme particulière. Exceptionnellement une procédure particulière peut être
requise. Par exemple, la vente d’un immeuble doit être conclue devant un notaire ou encore
des formalités particulières doivent être respectées quant à la vente d’une voiture. Dans les cas
ci-dessus, les contrats concernent des sommes importantes et ces procédures sont requises pour
faciliter la preuve des contrats conclus et pour protéger les parties contractantes.

15 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p66-67.


16 En vertu de la section 55 de la loi sur la circulation routière (Road Traffic Act, loi numéro 22, 1962) à Maurice, tout
automobiliste doit contracter une police d’assurance mais le contractant est choisi librement.
17 L’ordre public dans une société donnée est caractérisé par la paix et la sécurité. L’ordre public de direction protège l’intérêt
public tandis que l’ordre public de protection protège ceux qui sont considérés comme les plus faibles dans une société
donnée.
18 Les bonnes mœurs sont les usages relatifs à la moralité, la religion, la culture et cela peut varier selon le peuple ou le pays
concerné (article 6 CCM).
19 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p69.

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Il ne suffit pas non plus du seul consentement de deux personnes de sexe opposé pour qu’il y ait
un contrat de mariage valable en droit civil. Deux personnes de sexe opposé ne peuvent contracter
mariage que devant l’officier de l‘état civil ou la personne autorisée à procéder à cette célébration20.

1.3. Principe de la force obligatoire du contrat


De l’autonomie de la volonté découle un autre principe, celui de la force obligatoire du contrat21.
Un individu qui s’est librement engagé ne peut se délier de cet engagement unilatéralement. Le
contrat est comme une parole donnée avec un support écrit. Les parties peuvent décider que le
contrat prendra fin par échéance normale selon la date fixée dans le contrat ou les conditions
établies par les parties. Les parties peuvent déterminer quand le contrat va prendre fin par un
terme22 ou une condition23. Le terme extinctif met fin au contrat tandis que la réalisation de la
condition extinctive provoque la fin du contrat. Les parties s’engagent à respecter les termes et
conditions du contrat.
Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites24. Tant que le
contrat n’est pas arrivé à échéance, les parties doivent l’exécuter de bonne foi. Les parties doivent
faire preuve de loyauté et de coopération. Elles ne peuvent être révoquées que par consentement
mutuel, ou pour les causes que la loi autorise. Néanmoins, la révocation unilatérale est autorisée
dans le cas du contrat de vente. L’acheteur peut se rétracter et ramener la chose au vendeur s’il
remplit certaines conditions. Si la chose est toujours en bon état et que l’emballage n’est pas abîmé,
l’acheteur peut être remboursé du prix de la chose vendue dans le délai applicable. Certains
commerces vont même jusqu’à appliquer une politique de remboursement selon laquelle les
clients sont « remboursés deux fois » s’ils ne sont pas satisfaits. Les parties peuvent prévoir dans
le contrat qu’une partie peut se rétracter avec des conditions particulières ou moyennant une
indemnité. Celui qui réclame l’exécution d’une obligation, doit la prouver. Celui qui se prétend
libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation25.

1.4. Principe de l’effet relatif du contrat


Le contrat a des effets directs entre les parties contractantes mais a un effet relatif à l’égard des
tiers. Celui qui a manifesté sa volonté de s’engager dans un contrat est la seule personne liée par
ce contrat selon l’article 1165 CCM. Le contrat ne nuit ni ne profite au tiers et ne peut créer une
obligation qu’entre les parties contractantes par consentement mutuel. Un contrat ne peut en
principe rendre les tiers créanciers ou débiteurs. Exceptionnellement certains contrats peuvent
avoir des effets à l’égard des tiers. Un droit peut être conféré à un tiers par le biais d’un contrat26
mais un contrat ne peut imposer une obligation à un tiers27.

20 Article 145 CCM. et celle du paiement.


21 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p70-71. 26 La stipulation pour autrui est l’opération convenue dans
22 Le terme est un événement futur et d’accomplissement un contrat, par laquelle une personne, le stipulant obtient
certain qui suspend, soit l’exigibilité, soit l’extinction des de son cocontractant, le promettant, un engagement au
obligations et éventuellement l’exécution ou la disparition profit d’un tiers bénéficiaire. Elle déroge au principe de
des contrats eux-mêmes. l’article 1165, car le contrat qui lui sert de support fait
23 La condition est un événement futur et d’accomplissement naître un droit au profit d’un tiers, en l’absence de toute
incertain qui suspend soit la naissance soit la résolution des représentation (article 1121 CCM).
obligations et les contrats eux-mêmes. 27 Il n’est pas possible d’engager autrui par un contrat car nul
24 Article 1134 CCM. ne peut devenir débiteur d’une obligation contractuelle sans
25 Voir l’article 1315 CCM quant à la preuve des obligations avoir donné son consentement.
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On ne peut s’engager que pour soi-même28. Par exemple, le stipulant est le souscripteur du
contrat d’assurance-vie et s’engage à verser des primes, en contrepartie l’assureur promet de
payer, au décès de l’assuré, une somme à un tiers bénéficiaire. Ce type d’assurance garantit le
versement d’un capital au bénéficiaire désigné dans le contrat, au terme de ce contrat ou en cas
de décès de l’assuré.

Exercices
1. Le principe de l’effet relatif des contrats est-il toujours applicable dans la
société mauricienne?
2. « Rien n’oblige deux personnes à contracter mais lorsqu’elles contractent, elles
doivent respecter le contrat ». Qu’en pensez-vous ?
3. La loi X s’applique à tous les contrats de vente quant aux immeubles depuis
janvier 2000. M. Anthony a acheté un immeuble de trois étages depuis mars
2010. La loi nouvelle Y sur les contrats de vente quant aux immeubles a été
votée en décembre 2013. Quelle loi va s’appliquer au contrat de M. Anthony ?
4. Lisez l’arrêt suivant de la Cour suprême :
Teka c. Public Works Department (1954 MR 6)
Faites un résumé des faits, des arguments majeurs utilisés par les parties, du
problème de droit et de la solution de l’arrêt.

Résumé

Ce chapitre traite de l’origine des principes fondateurs du contrat et du contenu


des principes découlant de la théorie de l’autonomie de la volonté des parties. Tout
individu a la liberté de contracter ou de ne pas contracter. La naissance du contrat
est déterminée par l’accord des parties et non selon une forme pré-établie. Le contrat
est comme une loi pour les parties contractantes. Le contrat a des effets directs à
l’égard des parties et ne peut nuire mais peut profiter aux tiers exceptionnellement.

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004, p66-82.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p29-47.

28 Article 1119 CCM.


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Chapitre

2 Classifications des contrats

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l La classification de certains contrats dans le Code civil mauricien
l Les classifications qui ne sont pas consacrées par un article spécifique du Code
civil mauricien et celles qui sont plus récentes
l L’importance des différentes classifications des contrats

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2. Classifications des contrats
Il y a toute une variété de contrats dans divers aspects de la vie courante. Ils sont
classifiés selon certaines catégories ou critères selon des articles spécifiques du Code civil29 ou sont
mentionnés dans le Code civil mais ne sont pas consacrés par un article spécifique. Certains
contrats sont classifiés selon les obligations que fait naître le contrat ou selon que le contrat confère des
obligations réciproques ou selon qu’elle comporte une contrepartie ou des obligations certaines ou
incertaines. D’autres contrats sont plus récents et n’ont pas de classification spécifique (par exemple,
le contrat électronique ou le contrat de désinsectisation). Nous verrons dans ce chapitre les classifi-
cations des contrats consacrées par un article spécifique du Code civil mauricien ainsi que d’autres
classifications des contrats ne comportant pas d’article spécifique dans le Code civil30.

2.1. C
 lassifications des contrats consacrées par un article spécifique du Code
civil mauricien

2.1.1. Contrat synallagmatique et contrat unilatéral


L’on distingue entre un contrat synallagmatique et un contrat unilatéral selon que le contrat
fait naître des obligations réciproques ou qu’à la charge de l’une des parties.
Un contrat synallagmatique31 fait naître à la charge des parties, des obligations réciproques,
chacune d’elles y est créancière et débitrice. Le contrat va conférer des obligations à la charge des
parties au lieu d’une seule partie.
Article 1102 CCM :
Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants s'obligent réciproquement
les uns envers les autres.
En ce qui concerne le contrat de vente, le vendeur doit transférer la propriété de la chose
vendue et livrer la chose tandis que l’acheteur doit payer le prix.
En revanche, un contrat32 unilatéral fait naître une ou des obligations qu’à la charge de l’une
des parties. Ici, une seule partie a des obligations mais cela doit provenir d’un accord de volontés.
Article 1103 CCM :
Il est unilatéral lorsqu’une ou plusieurs personnes sont obligées envers une ou plusieurs autres,
sans que de la part de ces dernières il y ait d'engagement.
Une personne peut faire une promesse de contracter et s’engager à conclure un contrat
déterminé avec une autre personne dans un délai indiqué. Par exemple, il peut s’agir d’une
promesse unilatérale de vente relative à la vente d’une voiture ou d’une maison. X s’engage à
vendre sa propriété à Y avant tel délai. X est tenu de respecter sa promesse de vente dans le délai
applicable. Ici Y n’a pas promis d’acheter et a l’option d’acheter la chose ou pas.

29 Article 1102 et suivants CCM. civil ou de manière traditionnelle et récente) est présentée
30 Cette répartition des classifications des contrats (c’est- par plusieurs auteurs notamment, Flour et Aubert, (n 2),
à-dire, les classifications des contrats selon qu’elles sont p58-65, Légier, (n 4) p10-16, Terré et al, (n 1), p70-94.
mentionnées de manière expresse par un article du Code 31 Article 1102 CCM.
civil et selon qu’elles ne sont pas consacrées par le Code 32 Article 1103 CCM.

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La promesse de vente unilatérale33 est une convention par laquelle le promettant consent au
bénéficiaire l’option d’acheter un bien à un certain prix. Si le bénéficiaire consent de payer une
partie de la somme au promettant avant le délai indiqué, il y a une promesse synallagmatique
entre le promettant et le bénéficiaire.
La promesse synallagmatique est une convention selon laquelle les parties contractantes
donnent leur consentement au contrat définitif de vente mais peuvent prévoir qu’une
formalité légale devra être accomplie. La promesse synallagmatique est une vente dès lors qu’il y a
consentement sur la chose et le prix selon l’article 1589 CCM.
Dans un contrat synallagmatique, si une partie n’exécute pas son obligation, l’autre partie
peut invoquer l’exception d’inexécution et refuser d’exécuter son obligation. Elle peut également
demander la résolution du contrat. Les contrats synallagmatiques doivent être établis en autant
d’originaux qu’il y a de parties, un original34 suffit pour toutes les personnes ayant le même
intérêt. Chaque original doit contenir la mention du nombre des originaux faits et ceci est
important quant à la preuve du contrat.
Quant aux contrats unilatéraux, un exemplaire suffit (comme moyen de preuve pour le
créancier) mais cet écrit doit comporter l’engagement d’une partie à payer une somme d’argent,
sa signature ainsi que l’indication manuscrite en toutes lettres et en chiffres, de la somme ou de
la quantité pour laquelle elle s’engage35.

2.1.2. Contrat à titre gratuit et contrat à titre onéreux


La distinction entre le contrat à titre gratuit et le contrat à titre onéreux repose sur l’avantage
en contrepartie que procure le contrat aux parties contractantes.
Le contrat à titre gratuit (ou de bienfaisance36) procure un avantage à une partie contractante
sans rien recevoir en échange parce qu’elle est animée d’une intention libérale. Il faut qu’il y ait
absence de contrepartie et que ce déséquilibre soit intentionnel (par exemple, une donation).
Quant au contrat à titre onéreux37, il assujettit chacune des parties à donner ou à faire quelque
chose. Chaque partie s’engage pour avoir un avantage en contrepartie. Un contrat peut être
synallagmatique et à titre gratuit (le prêt d’une voiture par un ami sans paiement).
Les juges apprécient la responsabilité du débiteur quant aux contrats à titre gratuit moins
sévèrement que quand il s’agit d’un contrat à titre onéreux38.

2.1.3. Contrat commutatif et contrat aléatoire


Un contrat est commutatif lorsque chacune des parties s’engage à donner ou à faire une chose
qui est considérée comme l’équivalent de ce qu’on lui donne ou de ce qu’on fait pour elle39. Les
parties savent quelles sont les prestations de chaque partie le jour de la formation du contrat.

33 Voir l’arrêt Newton c. Issac 1915 MR 34. 37 Article 1106 CCM,


34 Article 1325 CCM. 38 LEGIER, G., n (4), p12.
35 Article 1326 CCM. 39 Article 1104 alinéa 1 CCM.
36Article 1105 CCM,

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Lorsque l’équivalent consiste dans la chance de gain ou de perte pour chacune des parties,
d'après un événement incertain, le contrat est aléatoire40. Dans ce cas, l‘importance des prestations
de l’une au moins des parties n’est pas connue au moment de la formation du contrat aléatoire.
L’étendue de la prestation d’une partie dépend d’un événement incertain. Par exemple, l’assureur du
contrat d’assurance ne doit payer l’assuré que quand le risque est réalisé (par exemple un vol ou un
incendie). Si le risque ne se réalise pas, l’assureur n’est pas tenu de payer l’assuré.
Une action en rescision pour lésion est possible si les prestations sont connues dès la formation
du contrat mais n’est pas admise en ce qui concerne un contrat aléatoire41.

2.1.4. Contrats nommés et contrats innommés


Les contrats nommés sont en général consacrés par des dispositions spécifiques dans le Code
civil mauricien (par exemple les articles 1582 et suivants CCM s’appliquent à un contrat de
vente) ou par une loi ou des lois spécifique/s (par exemple les lois relatives au droit du travail
s’appliquent au contrat de travail) alors que les contrats innommés sont plus récents et n’ont
pas de réglementation spécifique (par exemple le contrat de désinsectisation). Ces deux types de
contrats, soit qu'ils aient une dénomination propre, soit qu'ils n'en aient pas, sont soumis à
des règles générales42 relatives aux contrats. Un contrat nommé a une appellation spécifique
(contrat de vente, contrat de bail) et un régime juridique défini qui le réglemente notamment les
dispositions du Code civil quant aux contrats en général ainsi que les dispositions spécifiques du
Code civil quant au contrat nommé en question. La théorie générale des contrats s’applique aux
contrats innommés (par exemple un contrat de désinsectisation) dans la mesure où il n’y a pas de
loi spécifique régissant ce genre de contrats.

2.2. Classifications des contrats ne comportant pas de dispositions


spécifiques dans le Code civil mauricien
2.2.1. Contrat consensuel, contrat solennel et contrat réel
Le contrat consensuel ne fait pas l’objet de dispositions spécifiques dans le Code civil
mauricien. Un contrat consensuel ne requiert aucune formalité spécifique et est valablement
formé dès qu’il y a consentement mutuel des parties.
Cependant il faut respecter une procédure spécifique pour qu’un contrat solennel soit
valable. Il faut qu’il y ait le consentement mutuel des parties et des procédures telles que des
formalités d’enregistrement sous peine de nullité (par exemple les procédures relatives à un contrat de
mariage ou quant à l’achat d’une voiture).
Le contrat réel nécessite le consentement mutuel des parties ainsi que la remise de la chose
(par exemple un contrat de prêt ou de gage). Tant que la chose n’est pas remise, le contrat n’est
pas conclu. Le contrat de gage est celui par lequel un débiteur remet un objet de valeur pour
garantir le paiement de sa dette. Si le débiteur paie, le créancier doit restituer le gage au débiteur.

40 Article 1104 alinéa 2 CCM.


41 LEGIER, G., (n 4), p12.
42 Article 1107 CCM.

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Une promesse de déposer une chose ne lie pas l’auteur car l’obligation de restitution va naître
qu’après la remise de la chose.

2.2.2. Contrat à exécution instantanée et contrat à exécution successive


La distinction entre un contrat à exécution instantanée et un contrat à exécution successive
repose sur la durée de l’exécution des prestations contractuelles et ne fait pas l’objet de disposi-
tions spécifiques dans le Code civil mauricien.
Un contrat à exécution instantanée contient des obligations qui s’exécutent de façon
instantanée ou immédiate (par exemple, le transfert de propriété et le paiement du prix ont lieu
au même moment pour le contrat de vente).
Un contrat à exécution successive se réfère à un contrat comportant des obligations qui s’étalent
dans le temps. Ainsi dans un contrat de location, le bailleur met à la disposition du locataire
l’appartement pendant la durée du bail prévu et le locataire doit payer son loyer tous les mois
(exécution successive du paiement).
La résiliation s’applique qu’au contrat à exécution successive et ne produit en principe d’effets
que pour l’avenir mais cela n’affecte pas les prestations déjà exécutées. La résiliation d’un contrat
d’assurance ou d’un contrat de travail aura des effets pour l’avenir seulement.

2.2.3. Contrat de gré à gré et contrat d’adhésion


Le Code civil mauricien ne prévoit pas de dispositions spécifiques quant aux contrats de gré
à gré (ou négociés) et aux contrats d’adhésion. En général, le contrat que l’on doit négocier
comporte des enjeux importants (par exemple un investissement plus lourd) et le contrat ne peut
être conclu sans que les parties conviennent de façon plus détaillée de ses termes et conditions.
Le contenu des contrats négociés est le résultat de termes et conditions négociés entre les parties
contractantes alors que le contenu des contrats d’adhésion est décidé par l’une des parties. Par
exemple, un contrat d’assurance contient différentes options que l’assuré peut choisir mais ce
dernier ne peut changer le contenu de ce contrat d’assurance.

2.2.4. Contrat principal, contrat accessoire et sous-contrat


Le Code civil mauricien ne consacre pas de dispositions spécifiques quant au contrat principal
et au sous-contrat.
Un contrat principal existe de façon indépendante mais un contrat accessoire dépend du
contrat principal, par exemple, une vente d’immeuble qui s’effectue par le biais d’un mandataire.
Ici, le contrat de mandat est un contrat accessoire. Un contrat principal peut également avoir un
sous-contrat43 que l’une des parties contracte avec un tiers. X (propriétaire) loue une maison à Y
(locataire) et Y sous-loue une des chambres de cette maison à un étudiant (sous-locataire).

43 Par exemple, une sous-location, une sous-traitance.

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Il peut y avoir un groupe de contrats, à savoir plusieurs contrats ayant le même objet ou
participant à la réalisation d’un but commun. Ces contrats sont liés entre eux mais conservent
leur individualité44. En général, un groupe de contrats peut avoir une chaîne homogène (plusieurs
contrats de même nature, ventes successives du même bien ou non) ou chaîne hétérogène (vente de
matériaux à un constructeur qui les utilise pour bâtir la maison de son client (contrat d’entreprise).

2.2.5. Contrats conclus avec intuitus personae ou sans intuitus personae


Le Code civil mauricien ne prévoit pas de dispositions spécifiques quant aux contrats
conclus avec intuitus personae ou sans intuitus personae. Un contrat avec intuitus personae est un
contrat tenant compte des qualités ou des compétences de la partie contractante. Le mandant va
conclure un contrat de mandat avec le mandataire en qui il a confiance. L’honnêteté du
mandataire est importante ici et peut déterminer la conclusion du contrat. Un contrat conclu
avec intuitus personae peut être annulé pour erreur sur la personne du cocontractant et prend fin
en principe au décès du cocontractant.
Cependant un contrat sans intuitus personae n’est pas conclu en considération de la personne,
les compétences ou les qualités de la partie contractante ne sont pas importantes pour la conclu-
sion de ce contrat. Par exemple, un contrat de vente de matériaux de construction n’est pas conclu
en considération de la personne du vendeur alors qu’un contrat relatif à l’emploi d’un spécialiste
en biotechnologie sera conclu en considération des compétences spécifiques du spécialiste.

2.2.6. Contrat à durée déterminée ou non-déterminée


Un contrat à durée déterminée a une durée fixée de manière certaine (contrat de trois ans)
lors de la formation du contrat et cette durée ne peut être modifiée en cours d’exécution. Ce
type de contrat est susceptible d’être renouvelée. Les contrats à durée déterminée comprennent
obligatoirement, la faculté pour chaque partie de mettre fin au contrat au cours de l’exécution du
contrat. Le contrat à durée déterminée prend fin au terme de la durée fixée.
Un contrat à durée indéterminée est un contrat conclu sans limitation de durée, à temps plein
ou à temps partiel et peut se prolonger de façon non-précise. Par exemple, à Maurice, les fonc-
tionnaires publics ont un poste permanent avec un contrat à durée indéterminée après la période
d’essai. L’employé peut mettre fin au contrat mais doit respecter le délai de préavis stipulé par le
contrat. Les parties contractantes ne peuvent rompre unilatéralement le contrat sans respecter les
conditions relatives à ce contrat de travail.

2.2.7. Contrat interne et contrat international


Un contrat interne est régi par la loi nationale des parties contractantes de même nationalité.
Tous les éléments du contrat interne, à savoir, le lieu de conclusion, le lieu d’exécution, l’objet, la
nationalité et la résidence des parties sont localisés à l’intérieur des frontières du pays concerné45.
En principe, le contrat conclu à Maurice par des parties de nationalité mauricienne sera régi

44 TERRE, F. et al., (n 1), p91.


45 Ibid, p72.

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par les lois mauriciennes et en cas de litige, les tribunaux mauriciens seront compétents. Quant
à un contrat international, les parties peuvent décider quelle loi va régir ce contrat ainsi que le
tribunal compétent en cas de litige. Le contrat international contient un élément d’extranéité
par rapport à la nationalité ou la résidence des parties contractantes, au lieu de formation ou
d’exécution du contrat et à la situation de la chose ou du bien en question.

Exercices
1. Que signifie une promesse de vente unilatérale  et quelle est son importance?
2. Dans quelles circonstances un contrat est-il considéré comme un contrat avec
intuitus personae?
3. Un contrat de travail doit-il être à durée déterminée ou indéterminée ?
4. Un groupe de contrats peut poser des problèmes juridiques différents d’un
contrat unique. Qu’en pensez-vous?

Résumé

Ce chapitre traite des classifications des contrats selon qu’elles sont consacrées
par un article du Code civil mauricien ou selon qu’elles ne font pas l’objet de
dispositions spécifiques dans le Code civil. D’autres contrats sont plus récents et
n’ont pas de classification spécifique. L’intérêt d’effectuer de telles classifications est
également souligné dans les différentes sous-sections.

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004, p58-65.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p70-94.
3. M
 ALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005, p185-205.

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Chapitre Les conditions de formation du

3 contrat (consentement et vices


du consentement)

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l La notion de consentement et son rôle dans la formation du contrat
l L’échange de consentement entre les parties contractantes
l Les éléments qui vicient un consentement
l Les conséquences d’un consentement non-libre et éclairé

Selon l’article 1108 CCM, quatre conditions sont essentielles pour qu’une convention soit valide.

Le consentement de la partie qui s'oblige, sa capacité de contracter, un objet certain qui forme la
matière de l'engagement et une cause licite dans l'obligation sont nécessaires. Le contrat est formé
quand les conditions essentielles de formation du contrat sont réunies, à savoir, le consentement,
la capacité, l’objet et la cause, sous réserve d’inexistence du contrat. Dans ce chapitre nous
étudierons le consentement comme condition de formation du contrat.

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3. Condition de formation du contrat : le consentement
Le consentement est un accord de volonté de la part de deux personnes au moins en vue de faire
naître une ou plusieurs obligations46. Le contrat peut engager la volonté de plusieurs personnes comme
parties contractantes. Le consentement doit être librement exprimé et échangé entre les parties.

3.1. Le consentement doit être exprimé


Plusieurs éléments doivent exister pour qu’il y ait une rencontre de volontés entre les parties
contractantes. Une offre doit être exprimée et l’acceptation de l’offre doit parvenir à la con-
naissance de l’offrant pour que le contrat prenne naissance. Nous verrons également le cas où
l’offrant et l’acceptant ne se trouvent pas au même endroit lorsque le contrat est conclu.

3.1.1. Une offre


L’offre est une manifestation de volonté unilatérale par laquelle l’offrant fait connaître son in-
tention de contracter et les conditions du contrat47. En vertu du principe de liberté contractuelle,
le cocontractant est librement choisi48.
L’offre doit être précise, ferme et non équivoque49. Le contrat de vente doit préciser l’objet et le
prix afin que l’acceptation de l’offre suffise pour que le contrat se forme. L’offre doit être ferme
démontrant l’intention de l’offrant de s’engager, jusqu’à épuisement du stock disponible. L’offre
doit être non équivoque.
Une offre doit être expresse, écrite ou orale50. Une offre peut être destinée au public en géné-
ral ou une personne déterminée. Si elle est destinée à une personne déterminée, elle peut être
rétractée lorsqu’elle n’a pas encore été acceptée. Si l’offre n’est pas encore parvenue au destina-
taire, l’offrant peut la révoquer librement (mais la révocation doit arriver au plus tard au même
moment que l’offre). Si le destinataire a déjà reçue l’offre, l’offre doit être maintenue pendant un
certain temps selon le délai fixé par l’offrant ou un délai raisonnable selon les usages commer-
ciaux51. L’offrant qui révoque l’offre avant le délai prévu ou avant un délai raisonnable commet
une faute engageant sa responsabilité délictuelle (article 1382 CCM).
Une offre peut être tacite par exemple, des produits exposés dans un magasin et l’exécution
d’une prestation quant à cette offre, vaut consentement.
Une offre peut être émise suivie d’une contre-offre à l’offrant.
Cependant le décès de l’offrant ou l’incapacité de l’offrant rend son offre caduque.

46 FLOUR, J. et AUBERT, J-L.,(n 2), p85. 50 LEGIER, G., ibid, p23.


47 LEGIER, G., (n 4), p22. 51 Ibid, p24.
48 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p85.
49 LEGIER, G., (n 4), p23; FLOUR, J. et AUBERT, J-L., ibid, p91-93.

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3.1.2. L’acceptation de l’offre
C’est la manifestation de volonté d’une personne donnant son accord à l’offre qui lui est faite
qui vaut acceptation de l’offre52. L’acceptation doit être pure et simple. Le contrat est conclu
quand l’offre est acceptée. En cas de réserves ou de modification des termes, l’on est en présence
d’une contre-proposition ou d’une nouvelle offre.
Elle peut être expresse ou tacite mais non-équivoque.
Le silence ne vaut pas consentement53 en principe. Cependant il y a des exceptions dans le
Code civil mauricien54 par exemple à l’expiration d’un bail, si le preneur reste et est laissé en
possession, il y a un nouveau bail55 .
Lorsqu’il existe des usages professionnels ou commerciaux entre deux parties, un contrat peut
avoir les mêmes termes que les contrats qui régissaient ces usages entre les parties. La poursuite de
l’exécution d’un contrat à exécution successive arrivé à terme, peut aussi valoir tacite reconduction.
Quant à un contrat à exécution successive dont la durée est déterminée, lorsqu’il arrive à
son terme, le simple fait pour les parties d’en poursuivre l’exécution suffit à le prolonger (tacite
reconduction).

3.1.3. L ’acceptation de l’offre entre personnes se trouvant


dans des lieux différents
Quand est-ce que l’offre est acceptée quand l’offrant et l’acceptant se trouvent dans des lieux
différents, une ville différente ou un pays différent lorsque l’offre est acceptée? Si la partie A se
trouve au Brésil et la partie B se trouve en Australie, quelle est la date de conclusion du contrat ?
Quel est le lieu de formation du contrat, le droit ou le système juridique qui s’applique au contrat?
La date de conclusion du contrat a des effets sur le contrat. La loi qui s’applique au contrat
sera la loi en vigueur au moment de la conclusion du contrat en principe. Une loi nouvelle ne
s’appliquera pas aux contrats en cours (sauf si cette loi a un effet rétroactif) mais affectera les
contrats qui n’ont pas encore été conclus. Les parties contractantes peuvent spécifier la date
qui s’applique. Tant que le contrat n’est pas conclu, les termes de ce contrat sont révocables.
Si le contrat est conclu, les parties ne peuvent modifier le contrat que si elles sont d’accord. Les
parties peuvent prévoir des possibilités de modification unilatérale dans le contrat que nous
verrons ultérieurement dans ce cours.

52 Ibid, p24. prétend obliger ne peut suffire en l’absence


53Voir l’arrêt Guilloux de la Cour de cassation en France (Cass. Civ. de toute autre circonstance pour faire preuve
25 mai 1870): une banque avait adressé à un de ses clients, une contre lui de l’obligation alléguée.
lettre, lui offrant une souscription à des actions. La lettre a ajouté 54 Voir les articles suivants 1738 et 1739 CCM.
qu’à défaut de réponse de la part du client en question, la banque le 55 Voir les arrêts suivants: Civil Partnership
considérait comme ayant souscrit à ses actions. Le client n’avait pas Ghoorun c. Karrim 1959 MR 243; Rughoo-
répondu et selon la Cour de cassation, le silence en droit de celui qui nundun c. Baldeo 1973 MR 230.

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Plusieurs théories56 aident à déterminer la date de l’acceptation de l’offre et conséquemment la
date de conclusion du contrat.
Selon la théorie de la déclaration de l’acceptation, la formation du contrat s’effectue au mo-
ment de l’expression de l’acceptation de l’offre par le destinataire de l’offre.
Selon la théorie de l’émission de l’acceptation, le contrat se forme lorsque le destinataire de l’offre
a manifesté sa volonté de l’accepter en l’expédiant par la poste. Le tampon de la poste sur la lettre
comporte la date de l’expédition de la lettre qui sera la date où l’acceptation est émise.
Selon la théorie de la réception de l’acceptation, la formation du contrat est la date à laquelle
l’offrant reçoit la lettre d’acceptation.
Quant à la théorie de l’information ou de la prise de connaissance de l’acceptation, le contrat
est formé lorsque l’offrant a pris connaissance de la lettre d’acceptation.
Les théories les plus prisées sont celle de l’émission de l’acceptation (la date où l’acceptation
a été mise à la poste avec le tampon de la poste) ou encore celle de la réception de l’acceptation
(quand l’acceptation est reçue par l’offrant).
Le Code civil mauricien ne précise pas quelle théorie s’applique quant à la date de l’acceptation
de l’offre mais certains articles peuvent être interprétés en faveur de la théorie de la réception
de l’acceptation ou de la théorie de l’émission de l’acceptation57. La théorie de la réception de
l’acceptation peut s’appliquer en cas de donation. Selon l’article 932 al 2 CCM, l’acceptation
pourra être faite du vivant du donateur, par un acte postérieur et authentique dont il restera
minute mais la donation n’aura d’effet, à l’égard du donateur que du jour où l’acte qui constatera
cette acceptation lui aura été notifiée.
Ou encore en cas de mandat58, la théorie de l’émission de l’acceptation est applicable, le con-
sentement pouvant être tacite et résulter de l’exécution du contrat par le mandataire. L’acceptation
du mandat peut n’être que tacite et résulter de l’exécution qui lui a été donnée par le mandataire.
En général, les juges appliquent la solution la plus juste dans chaque espèce et l’apprécient
selon le type de contrat et les circonstances. La théorie de l’émission de l’acceptation est celle
qui s’applique bien souvent lorsque la partie qui accepte l’offre démontre sa ferme intention de
l’accepter.
Quant au contrat de vente à distance, il va être conclu indépendamment de toute rencontre
physique et l’absence physique du bien sur lequel porte la transaction. Le contrat électronique
est un contrat à distance ou contrat entre absents avec des particularités par rapport à l’offre,
l’acceptation, la signature... L’offre électronique signifie que l’offrant fait connaître son intention
de contracter et les conditions essentielles du contrat par la publicité virtuelle sur la toile. L’offre
électronique doit être valable, précise et contenir les éléments essentiels du contrat de vente, de
sorte que l’acceptation de ses termes suffise à parfaire le contrat. Quel est le lieu de conclusion
du contrat quand l’acceptation s’effectue de façon électronique alors que la partie E se trouve en
Angola et que la partie F se trouve au Texas ?

56 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p111-112. 58 Article 1985 al 2 CCM.


57 LEGIER, G., (n 4), p27.
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La loi sur les transactions électroniques59 à Maurice énonce que les contrats conclus par le biais
de l’internet ont une valeur juridique mais ne donne pas de précisions quant au moment et lieu
de l’acceptation électronique. Elle prévoit aussi la reconnaissance juridique de la signature élec-
tronique60 et les différentes étapes à suivre pour sécuriser la signature électronique.
Pour éviter les problèmes relatifs à la détermination du moment et lieu de conclusion du con-
trat entre des parties contractantes se trouvant dans des lieux différents, les parties contractantes
peuvent prévoir le moment et lieu de l’acceptation dans le contrat qui les lient, par exemple, le
contrat prendra effet dans les 48 heures suivant la confirmation de la réception de l’acceptation.

3.2. Le consentement doit être échangé


Le consentement doit être échangé d’une manière qui puisse démontrer une intention des par-
ties de se lier juridiquement. Un acte de courtoisie ne fait pas naître un contrat s’il ne démontre
pas une intention de se lier61. Des engagements d’honneur ou des « gentlemen’s agreements »
entre amis ne démontrent pas une intention de s’obliger juridiquement.
Une lettre d’intention par la maison-mère d’une filiale à une banque quant aux dettes contrac-
tées par la filiale, ne constitue pas une garantie du remboursement des dettes par la maison-mère
si elle ne démontre pas une intention de se lier juridiquement comme garant.
Il peut y avoir des négociations ou des pourparlers avant la conclusion d’un contrat compor-
tant des enjeux importants. Un contrat portant sur la construction d’un immeuble de plusieurs
étages peut faire l’objet de négociations. Un contrat avec un enjeu plus important nécessitera des
négociations entre les parties contractantes qui doivent être menées de bonne foi. Il peut y avoir
un accord de principe ou un « memorandum of understanding » (MOU) avant la conclusion
finale du contrat.
Selon un accord de principe, les parties contractantes sont d’accord pour la vente d’une chose
mais doivent discuter des modalités. Elles s’engagent à poursuivre leurs négociations mais les
conditions doivent être définies62. En cas de rupture, la partie qui a violé l’accord de principe ne
peut être condamnée à conclure le contrat mais seulement à payer des dommages-intérêts. Ici, il
s’agit de la responsabilité délictuelle et non contractuelle.
Quant au MOU, c’est un accord par lequel les parties fixent les questions essentielles sur
lesquelles, leur consentement est acquis et vont discuter les points sur lesquels ils n’ont pas encore
donné leur consentement.
Un contrat peut être précédé d’un avant-contrat par lequel les parties contractantes s’engagent
à négocier la vente d’une chose. Le contenu de l’avant-contrat est précis. La promesse unilatérale
de vente est un avant-contrat, par laquelle une partie confère au bénéficiaire la possibilité de con-
tracter avec elle pendant un certain délai. Par exemple, le bénéficiaire a un droit, s’il accepte de
conclure le contrat, il lève l’option. Le promettant est lié le jour de la conclusion de la promesse,
59 Section 10 (Electronic Transaction Act, loi numéro 23, 2000)
60 Voir l’article 1316-2 CCM.
61 MALAURIE, Ph. et al, (n 3), p212.
62 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p103.

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Open University of Mauritius - Droits des contrats


sa capacité et son consentement s’apprécient ce jour-là. Il n’est pas important s’il y a altération de
ses facultés mentales entre le moment de la promesse et celui de la levée d’option.
Une promesse synallagmatique de contrat est un contrat par lequel les deux parties s’engagent à
contracter mais le paiement n’a pas encore été effectué. Elle vaut vente selon l’article 1589 CCM.
Le pacte de préférence est aussi un avant-contrat par lequel une partie s’engage à ne pas con-
clure un contrat déterminé sans le proposer au bénéficiaire du pacte en question. La violation du
contenu d'un avant-contrat peut engager la responsabilité contractuelle de la partie qui n’a pas
respecté l’avant-contrat.

3.3. Les vices du consentement


Le consentement doit être libre et éclairé63. Il n'y a point de consentement valable si le con-
sentement n'a été donné que par erreur, ou s'il a été extorqué par violence ou surpris par dol64.
Si le consentement est vicié par une erreur, un mensonge ou une contrainte, une partie peut
demander la nullité du contrat. Les articles 1109 et suivants du Code civil mauricien réglemen-
tent l’erreur, le dol et la violence comme vices du consentement.

3.3.1. L’erreur
Article 1110 CCM :
L’erreur n’est une cause de nullité de la convention que lorsqu’elle tombe sur la substance
même de la chose qui en est l’objet.
Elle n’est  point une cause de nullité lorsqu’elle ne tombe que sur la personne avec laquelle on
a l’intention de contracter, à moins que la considération de cette personne ne soit la cause prin-
cipale de la convention.
Une des parties contractantes peut se tromper sur un élément essentiel du contrat tout en
s’engageant contractuellement. L’erreur peut provenir d’une fausse appréciation de la réalité65.
L’erreur doit porter sur un élément essentiel du contrat pour être admise. Si l’erreur est admise,
une partie peut demander la nullité du contrat.
Le Code civil mauricien prévoit que si l’erreur porte sur la substance ou les qualités substan-
tielles de la chose du contrat (l’acheteur croit acheter un tableau authentique), l’erreur est une
cause de nullité. L’erreur doit être déterminante et doit avoir influencé la partie contractante à
conclure le contrat.
Les qualités substantielles du contrat doivent avoir été convenues entre les parties ou porter
sur un élément qui est compris dans le champ du contrat en question. La victime de l’erreur doit
prouver qu’elle a eu une représentation inexacte de la réalité. Ici, ce qui était convenu entre les
parties ne correspond pas à ce que la victime de l’erreur avait compris. La qualité substantielle

63 Ibid, p133.
64 Article 1109 CCM.
65 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p135.

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


convenue est ce qui est habituellement attendue de la chose. Par exemple, lorsqu’on achète une
chose de valeur avec un prix élevé chez un vendeur de renom, il est légitime d’attendre que la
chose ait les qualités convenues entre le vendeur et l’acheteur.
La victime de l’erreur doit également prouver que l’erreur était excusable et non grossière.
L’erreur sera appréciée selon les circonstances, l’âge et les compétences de la victime.
L’erreur peut porter sur la personne ou les qualités essentielles de la personne du contractant66.
L’erreur n’est dans ce cas admise que si la considération de la personne a été déterminante et
convenue entre les parties. Ce type d’erreur concerne surtout les contrats conclus avec intuitus
personae (par exemple un contrat de mandat).
Selon l’article 180 alinéa 2 CCM, une erreur sur les qualités essentielles de la personne peut
causer la nullité du mariage si elle est déterminante.
La victime de l’erreur doit apporter la preuve de l’erreur et demander la nullité relative du
contrat par une action en nullité dans un délai de 5 ans, à dater de la découverte de l’erreur. La
victime de l’erreur peut intenter une action pour obtenir des dommages et intérêts67 si son erreur
a été provoquée par une faute, intentionnelle ou non-intentionnelle de l’autre partie cocontrac-
tante.

3.3.2. Le dol
Article 1116 CCM :
Le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manoeuvres pratiquées par l'une des
parties sont telles, qu’il est évident que sans ces manoeuvres l'autre partie n’aurait pas contracté.
Il ne se présume pas et doit être prouvé.
Une personne peut être amenée à contracter par des tromperies, des mises en scènes ou des
manœuvres pratiquées par l’autre partie contractante. Le dol est proche de l’erreur mais au lieu d’être
une erreur spontanée, le dol peut être une erreur provoquée par ces manœuvres ou tromperies.
L’intention de tromper doit être prouvée et ne peut pas être présumée. La preuve des manœuvres
ou tromperies doit être apportée par la victime du dol. Un dolus malus (un mensonge ou publicité
mensongère) est exigé et non un dolus bonus (une exagération par le vendeur sur les qualités d’une
crème pour traiter la chute de cheveux menant à l’achat de cette crème dans une foire).
Des mensonges ou réticences dolosives peuvent constituer un dol. Affirmer des faits contraires
à la réalité ou omettre de donner des informations essentielles pour provoquer une erreur peut
aussi être un dol.
La manœuvre dolosive doit provenir en principe de l’autre partie contractante mais peut aussi
provenir de tiers complices.
Le dol doit être déterminant amenant la victime à contracter.
66 Article 1110 alinéa 2 CCM.
67 Selon l’article 1382 CCM.

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Open University of Mauritius - Droits des contrats


La preuve du dol est faite par tout moyen, témoignages et présomptions. Les présomptions
doivent être graves, précises et concordantes pour être admises68.
Le dol est sanctionné par une nullité relative du contrat à la demande de la victime. L’action
en nullité doit être engagée dans les 5 ans à dater de la découverte du dol. La victime peut aussi
intenter une action contre l’auteur du dol et ses complices pour obtenir des dommages et
intérêts69 s’il y a la preuve de manœuvres.

3.3.3. La violence
Article 1111 CCM :
La violence exercée contre celui qui a contracté l’obligation est une cause de nullité, encore
qu’elle ait été exercée par un tiers autre que celui au profit duquel la convention a été faite.
La violence est une contrainte physique ou morale exercée sur une personne pour qu’elle
contracte. La violence peut affecter une personne physique ou morale. L’acte de contrainte doit
être déterminant et de nature à influencer une personne raisonnable. La violence est considérée
comme injuste et illégitime et peut inspirer à une personne la crainte d'exposer sa personne ou
sa fortune à un mal considérable et présent70. L’âge, le sexe et la condition des personnes sont
des éléments à considérer pour évaluer si l’acte de contrainte a inspiré la crainte d'exposer sa
personne ou sa fortune.
La violence est une cause de nullité du contrat, non seulement lorsqu'elle a été exercée sur
la partie contractante mais encore lorsqu'elle l'a été sur son époux ou sur son épouse, sur ses
descendants ou ses ascendants71.
Cependant la crainte révérencielle envers un ascendant doit être accompagnée de violence
pour être une cause de nullité72.
La violence peut émaner du cocontractant ou d’un tiers.
La violence est sanctionnée par la nullité relative à la demande de la victime dans les 5 ans à
dater du jour où la violence a cessé. La nullité peut être réclamée seulement pour partie, afin de
faire disparaître l’avantage excessif. Un contrat ne peut plus être attaqué pour cause de violence,
si depuis que la violence a cessé, ce contrat a été approuvé, soit expressément, soit tacitement, soit
en laissant passer le temps de la restitution fixé par la loi73.
La victime peut également intenter une action contre l’auteur de la violence (et ses
complices) pour obtenir des dommages et intérêts74. Tout fait quelconque de l’homme qui cause un
dommage à autrui, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer75. A Maurice, le délai
pour agir pour les actions personnelles76 est de 10 ans.

68 Voir en ce sens, l’arrêt Soobhee M.Y. c. St Géran Hotel 73 Article 1115 CCM.
1999 SCJ 75. 74 Voir l’arrêt Mahadeo c. Ragoobeer et autres 2009 SCJ 26.
69 Voir l’arrêt Mahadeo c. Ragoobeer et autres 2009 SCJ 26. 75 Article 1382 CCM.
76 Cette action est possible en cas de violation d’un droit
70 Article 1112 CCM.
71 Article 1113 CCM. personnel. Voir l’article 2270 CCM.
72 Article 1114 CCM.

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


Exercices
1. Si l’acceptation d’une offre s’effectue au téléphone ou par télécopie, quel va être
le lieu de conclusion du contrat?
2. Si l’acceptation d’une offre s’effectue par lettre, c’est la date de la réception de
la lettre ou de la date de conception de la lettre qui s’applique?
3. Une société canadienne émet une offre de vente à une société indienne le 5
janvier. L’offre est reçue par la société indienne le 15 janvier, le PDG de cette
dernière accepte l’offre le 18 janvier. Cependant l’acceptation parvient à la société
canadienne le 31 janvier. Quelle est la date de l’acceptation de l’offre?
4 “Le silence ne vaut pas acceptation en droit des contrats”. Commentez.
5. Que prévoit le Code civil mauricien si le consentement n’est pas libre et éclairé ?
6. M. Gentil, chef d’une entreprise locale vient vous demander conseil. Il voud-
rait conclure un contrat avec un exportateur égyptien pour une commande de
matériaux de construction. Que pourriez-vous lui conseiller ?
7. Comparez le dol et l’erreur, comme vices du consentement.
8. Quelle est l’importance de la « signature » des parties contractantes dans un
contrat ?
9. Lisez l’arrêt suivant de la Cour suprême :
Novalis Interservices Ltd c. the Attorney-General (2007 SCJ 236)
Faites un résumé des faits, des arguments majeurs utilisés par les parties, du
problème de droit et de la solution de l’arrêt.

Résumé

Ce chapitre traite de la notion de consentement comme condition essentielle pour


que le contrat se forme. Le consentement comporte plusieurs éléments et doit être
libre et éclairé. L’échange de consentement entre les parties contractantes est in-
dispensable et les particularités du consentement entre parties qui ne se trouvent
pas au même endroit sont également traitées. Les éléments qui peuvent vicier un
consentement, les vices du consentement (l’erreur, le dol et la violence) ainsi que les
recours possibles y sont présentés.

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Pour aller plus loin
1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004, p85-163.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p109-258.
3. MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005,
p223-241.

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Chapitre
Les conditions de formation
4 du contrat (objet, cause)

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l La notion et le rôle de l’objet dans la formation d’un contrat

l L
 a solution juridique en cas de déséquilibre de la valeur de l’objet dans certains
contrats
l L’importance de la cause comme condition de formation d’un contrat

lL
 es conséquences du non-respect des règles quant à l’objet et la cause dans un
contrat

Nous verrons dans ce chapitre l’objet et la cause comme conditions de formation


du contrat.

23

Open University of Mauritius - Droits des contrats


4.1. Condition de formation du contrat : l’objet
La validité d’un contrat est subordonnée à l’existence d’un objet certain qui forme la matière
de l’engagement77. L’objet ne doit pas porter atteinte à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.

4.1.1. Les caractéristiques de l’objet du contrat


Que doit-on dans un contrat ? Le contrat doit avoir un objet. L’usage ou la possession d’une
chose ou la chose elle-même peut être l’objet du contrat78. L’objet du contrat peut être une
obligation ayant pour objet une chose au moins déterminée quant à son espèce79 et appartenant
à une personne physique ou morale.
Tout contrat a pour objet une chose qu'une partie s'oblige à donner ou qu'une partie s'oblige à
faire ou à ne pas faire80. L’objet du contrat doit exister, les choses futures ne peuvent être l'objet
d'une obligation81. La vente d’un objet à fabriquer ou les fruits d’un arbre portent sur des choses
futures mais possibles. On ne peut renoncer à une succession non ouverte, ni faire aucune stipu-
lation sur une pareille succession, même avec le consentement de celui de la succession duquel
il s’agit. Si la chose n’existe plus, le contrat est nul même si les parties contractantes croyaient
qu’elle existait. L’on ne peut vendre une chose qui appartient à autrui. La vente de chose d’autrui
peut donner lieu à des dommages-intérêts lorsque l’acheteur a ignoré que la chose appartenait
à autrui.
L’objet du contrat peut être un objet de corps certain ou une chose de genre. L’objet de corps
certain est un objet spécifié dans son individualité. La vente d’un tableau précis d’un peintre
connu est un objet de corps certain. Si le tableau périt, la chose n’existe plus. En revanche, la
farine est une chose de genre et si un stock de farine est endommagé, le vendeur peut remplacer
ce stock par un autre.
L’objet du contrat (une chose) peut être incertain mais il doit être déterminé (un sachet de
farine de 500 grammes) ou déterminable (la vente de farine à tel prix le kilo). Le prix doit être
déterminé ou déterminable. La rémunération de l’entrepreneur dans un contrat d’entreprise
relatif à la construction d’un immeuble doit être déterminée ou déterminable.
Il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l'objet d’un contrat82. L’objet
du contrat ne peut porter sur des choses illégales, dangereuses (substances vénéneuses) ou inter-
dites (drogues). Certaines choses ne peuvent être appropriées par des personnes privées car elles
appartiennent à tous (la mer) ou à l’Etat (biens du domaine public). L’objet ne peut pas violer
l’intégrité du corps humain (par exemple porter sur des ventes « d’organes humains », de sang
humain…). L’objet doit respecter les bonnes mœurs83 applicables dans la société mauricienne.
Les bonnes mœurs sont relatives à la morale sexuelle, le respect de la personne humaine, les
gains immoraux…

77 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p171. 81 Article 1130 CCM.


78 Article 1127 CCM. 82 Article 1128 CCM.
79 Article 1129 CCM. 83 MALAURIE, Ph. et al., (n 3), p313.
80 Article1126 CCM.

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4.1.2. Le déséquilibre dans la valeur de l’objet du contrat
Article 1118 CCM :
La lésion ne vicie les conventions que dans certains contrats ou à l’égard de certaines personnes.
La lésion est le préjudice subi par une partie contractante en raison d’une grave disproportion
au moment où le contrat a été conclu entre sa prestation et celle de son cocontractant84. Le prix
de vente est trop bas et le déséquilibre doit résulter d’un prix insuffisant ou excessif. La lésion ne
s’applique pas à un contrat aléatoire en principe mais peut s’appliquer aux contrats commutatifs.
Elle est exceptionnellement une cause d’annulation ou de révision et est admise à propos des
contrats concernant certaines personnes ou certains actes.

4.1.2.1 La lésion admise quant à certaines personnes


Article 1313 CCM :
Les majeurs ne sont restitués pour cause de lésion que dans les cas et sous les conditions spé-
cialement exprimés dans le présent code ». Leurs actes ne sont pas nuls de plein droit, ils peuvent
être annulés si la lésion est établie.
Pour les mineurs non-émancipés85 et les majeurs incapables, toute lésion de quelque impor-
tance qu’elle soit sera retenue dans les contrats qu’ils ont conclus. S’il n’y a pas de lésion, l’acte
du mineur peut être validé.

4.1.2.2. La lésion admise quant à certains actes


La lésion peut être admise pour certains actes prévus dans le Code civil mauricien selon cer-
taines conditions mais ne s’applique pas à tous les types de contrats. Une lésion ou grave dispro-
portion dans le prix de vente d’un immeuble selon le Code civil mauricien telle qu’une lésion de
plus des 7/12èmes au détriment du vendeur dans le prix de l’immeuble lui permet de demander
la rescision de la vente86. Un immeuble est un bien que l’on ne peut déplacer et cela peut être
une maison, un appartement ou un terrain87. Le vendeur a le droit de demander la rescision de la
vente de son immeuble, quand même il aurait expressément renoncé dans le contrat à la faculté
de demander cette rescision et qu'il aurait déclaré donner la plus-value88.
Il faut estimer la valeur de l’immeuble selon son état et sa valeur au moment de la vente pour
savoir s’il y a une lésion de plus des 7/12èmes89.
Un immeuble peut valoir Rs 12 000 000 mais la vente de l’immeuble se fait à Rs 4 400 000.
Ici, il y a une différence de 7 600 000 (une lésion de plus des 7/12èmes).

84 LEGIER, G., (n 4), p41. 86 Voir les articles 1674 et suivants CCM.
85 La simple lésion donne lieu à la rescision en faveur du 87 Un meuble est un bien que l’on peut déplacer.
mineur non-émancipé par mariage contre toutes sortes de 88 Article 1674 CCM.
conventions (article 1305 CCM). 89 Article 1675 CCM.

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Si l’action en rescision est admise, l’acheteur peut rendre la chose en retirant le prix payé ou
encore l’acheteur peut éviter la rescision en offrant le supplément du juste prix moins 1/10 du
prix total dans le cas de la vente90.
Ici, 7 600 000 – 1/10 de 12000 000 (7 600 000 – 1 200 000 = 6 300 000)
La nullité relative de la vente peut être invoquée dans les 2 ans à compter du jour de la vente91.
Selon le Code civil mauricien, il peut y avoir une lésion ce qui concerne un partage92. Une
lésion de plus du quart (plus d’1/4) au préjudice d’un cohéritier lui permet de demander la rescision
du partage. Le partage est une opération qui met fin à une indivision93 en substituant aux droits
indivis sur l’ensemble des biens, une pluralité de droits privatifs sur des biens déterminés.
Cependant si un bien ou objet de la succession a été oublié, cela ne donne pas droit à l’action
en rescision mais à un supplément à l’acte de partage. C’est la valeur des objets à l’époque du
partage qui est tenue en ligne de compte.
Suivant une demande de rescision, le défendeur peut offrir un supplément de sa portion hé-
réditaire tant que la décision n’a pas encore été prononcée en cour.

4.2. Condition de formation du contrat : la cause


La cause est une des conditions essentielles quant à la formation d’un contrat. La cause dans un
contrat peut être appréciée de façon objective ou subjective. Pourquoi une personne va s’engager
à faire ou ne pas faire, donner ou ne pas donner dans un contrat? Il doit y avoir une cause car
l’on ne s’engage pas sans raison. Le contrat n’est valide que s’il y a une cause mais la convention
n'est pas moins valable quoique la cause n'en soit pas exprimée94.
Dans un contrat de vente, le vendeur a l’obligation de livrer la chose donc l’acheteur doit payer
le prix. De façon objective, tout contrat de vente comporte une obligation de livrer la chose pour
le vendeur et une obligation pour l’acheteur de payer le prix de la chose. Dans un contrat de
prêt (ou contrat unilatéral) objectivement la cause de l’obligation de l’emprunteur de restituer la
chose à celui qui prête la chose, est la remise antérieure de la chose. La cause dans un contrat à
titre gratuit, par exemple une donation, est l’intention libérale. Ici la partie qui donne la chose en
question entend procurer à l'autre un avantage sans contrepartie.
Cependant la cause peut être appréciée de façon subjective, par exemple, un contrat de do-
nation par un père à son enfant. S’il s’avère que l’enfant n’est pas le sien suite à des tests de son
ADN, l’analyse de la cause subjective révèle une erreur sur la cause. La cause ne peut être illicite95
ou immorale96. L'obligation sur une fausse cause, ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun
effet97. La cause est illicite quand elle est prohibée par la loi, quand elle est contraire aux bonnes
90 Article 1681 CCM entre elles.
91 Article 1676 CCM. 94 Article 1132 CCM.
92 L’acte de partage se réfère à la division des biens 95 Voir l’arrêt suivant Sadien c. Maurel 1997 SCJ 54.
possédés par un individu de son vivant ou après son 96 Voir les arrêts suivants: Veerapen et autres c. Paliaty
décès (article 887 alinéa 2 CCM). 1993 MR 365; Beeharry c. Rutty 1981 MR 16.
93 Une indivision se réfère à l’état d’un bien possédé en 97 Article 1131 CCM.
commun par plusieurs personnes mais qui n'est pas divisé
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Open University of Mauritius - Droit des contrats


moeurs ou à l'ordre public98. Un contrat peut avoir une cause illicite par exemple un contrat
ayant pour objet le paiement d’une personne pour l’adoption d’un enfant. L’achat d’une maison
peut avoir une cause immorale si cela vise à utiliser la maison comme établissement de débauche.
Dans un contrat de donation, la cause de l’obligation est l’intention libérale mais il peut y avoir
une cause immorale si la donation est faite à une concubine (à Maurice le concubinage adultère99
porte atteinte aux bonnes moeurs).

Exercices
1. Le 3 juin 2013, Pedro a hérité d’une belle villa de sa mère décédée le 5 septem-
bre 2012. Pedro a 30 ans et a eu un enfant d’une liaison secrète avec sa cousine
Lina, 23 ans. L’enfant est né le 6 mai 2006.
Santos (40 ans) voulait acheter cette villa du temps où vivait le père de Pedro mais
ce dernier a toujours refusé de vendre la villa. Le 10 décembre 2013, Santos a
découvert le secret de Pedro et de Lina par hasard. Depuis, un proche de Santos
fait continuellement des menaces de divulguer l’existence de cet enfant à la famille
de Pedro et de Lina.
Lina a tellement supplié Pedro de vendre cette villa à Santos que finalement Pedro
a cédé la villa à Santos pour la somme de Rs 1350 000.
En fait, la villa vaut Rs 4 600 000. Pedro est vraiment très peiné par tout ceci et
vous demande votre avis.
2. Quelle est l’importance de l’objet dans la formation d’un contrat ?
3. Différenciez la notion de cause de celle de l’objet dans un contrat.
4. Lisez l’arrêt suivant de la Cour suprême :

Mungroo c. Bahactoolah 1999 SCJ 121


Faites un résumé des faits, des arguments majeurs utilisés par les parties, du
problème de droit et de la solution de l’arrêt.

98 Article 1133 CCM.


99 Voir l’arrêt suivant : Beeharry c. Rutty 1981 MR 16.

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Résumé

Ce chapitre traite de l’objet et de la cause comme conditions de formation du con-


trat. L’objet doit exister dans un contrat et être licite. Lorsque la valeur de l’objet
d’une vente d’immeuble et d’un partage est déséquilibrée au-delà des proportions
énoncées dans le Code civil mauricien, l’action en rescision pour lésion est possible.
La cause a également son importance dans la formation du contrat et doit être licite
et morale.

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004, p171-185 et p186-200.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p274-395.
3. MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005,
p293-312.

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Chapitre
Les conditions de formation
5 du contrat (capacité)

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l La notion de capacité comme condition de formation d’un contrat

l Le résumé du régime d’incapacité à Maurice

lL
 es raisons qui empêchent une personne considérée comme incapable par la loi,
de contracter

Après avoir analysé le consentement, l’objet et la cause, nous verrons la capacité


comme condition de formation du contrat selon le Code civil mauricien.

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Open University of Mauritius - Droits des contrats


5.1. La capacité de contracter
La capacité juridique signifie l’aptitude d’une personne à être sujet de droit et d’obligations,
à acquérir des droits, à en jouir et à les exercer. La capacité de contracter signifie la capacité
d’accomplir des actes juridiques, en particulier des contrats. Selon l’article 1123 du Code civil
mauricien, toute personne peut contracter, si elle n’est pas déclarée incapable par la loi.
Toute personne majeure peut en principe contracter. Selon l’article 488 CCM, la majorité est fixée
à 18 ans accomplis, à cet âge on est capable d’accomplir tous les actes de la vie civile en principe.
Exceptionnellement, certaines personnes en raison de leur âge (mineurs non émancipés par
mariage) ou de leur état mental (majeurs en tutelle ou en curatelle) ne peuvent contracter ou
d’autres ne peuvent faire certains actes.

5.2. Les personnes qui sont incapables de contracter


Toute personne a normalement la capacité de jouir de ses droits. L’incapacité de jouissance
est exceptionnelle à cause de l’âge d’une personne ou son état mental altéré. Un enfant peut être
propriétaire d’un terrain mais il ne peut disposer du terrain avant sa majorité. Cela a pour but de
protéger l’enfant car il ou elle n’a pas le discernement nécessaire pour disposer de ce terrain. Les
personnes dites frappées d‘incapacité sont protégées par l’incapacité de jouissance et l’incapacité
d’exercice.
Dans le cas d’une incapacité d’exercice, la personne concernée peut jouir de certains droits
mais elle doit se faire représenter pour conclure tout acte juridique. Les personnes capables de
s'engager ne peuvent opposer l'incapacité de ceux avec qui elles ont contracté100.
Nous verrons ci-dessous les personnes incapables de contracter, à savoir, les mineurs non-
émancipés par mariage et les majeurs incapables.

5.2.1. Les mineurs non-émancipés par mariage


Selon l’article 388 CCM, le mineur est l’individu de l’un ou de l’autre sexe qui n’a point encore
l’âge de dix-huit ans accomplis.
Les personnes de moins de 16 ans et les mineurs entre 16 et 18 ans qui ne sont pas mariés ne
sont pas capables d’accomplir des actes juridiques en général et ne peuvent conclure un contrat.
En revanche, le mineur émancipé par mariage peut faire un contrat101. L’enfant mineur qui se
marie entre 16 et 18 ans avec l’approbation de ses parents est un mineur émancipé par mariage.

5.2.2. Les majeurs incapables


Les majeurs incapables ne sont pas capables d’accomplir tous les actes de la vie civile en rai-
son de leur état mental altéré ou de leurs facultés corporelles. Cependant l’état mental altéré du

100 Article 1124 CCM.


101 Article 477 CCM : le mineur émancipé par mariage est capable comme un majeur de tous les actes de la vie civile.

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


majeur qui va être considéré comme incapable doit être suffisamment grave et cela exclut une
simple déprime ou une légère dépression. Le juge ne peut prononcer l’ouverture d’une tutelle
que si l’altération des facultés mentales ou corporelles a été constatée par au moins un médecin
spécialiste102. Le régime des majeurs incapables est réglementé par les dispositions du Code civil
mauricien et celles de la loi relative à la protection et aux soins des personnes atteintes de trou-
bles mentaux (Mental Health Care Act)103 de 1998. Il y a deux catégories de majeurs incapables
à Maurice, à savoir, les majeurs en tutelle et les majeurs en curatelle. Ainsi, il y a des procédures
juridiques précises qui s’appliquent à ces majeurs quant à leur mise sous tutelle ou sous curatelle
avant que ces derniers soient considérés comme majeurs incapables.
Le majeur en tutelle est celui qu’une altération de ses facultés personnelles met dans
l’impossibilité de pourvoir seul à ses intérêts (article 494 et suivants CCM se référant au majeur
en tutelle) et il est protégé par la loi. Le régime du majeur en tutelle est plus protecteur que le
régime du majeur en curatelle. Le majeur en tutelle doit être représenté de manière continue ou
à l’occasion d’un acte particulier.
Le majeur en curatelle peut être protégé de par sa prodigalité, son intempérance ou son
oisiveté, dans la mesure où il s’expose à tomber dans le besoin ou compromet l’exécution de ses
obligations familiales (article 511 et suivants CCM se référant au majeur en curatelle). Le juge
en chambre devra avoir l’avis du médecin traitant du majeur concerné avant l’ouverture de la
curatelle. Il est nécessaire de les conseiller ou de les contrôler dans les actes de la vie civile et ils
ne peuvent surtout pas conclure un contrat.

5.3. Les personnes qui ne peuvent contracter certains contrats


Tous ceux à qui la loi ne l’interdit pas, peuvent acheter ou vendre selon l’article 1594 CCM.
Ainsi le Code civil mauricien contient des dispositions qui vont également protéger d’autres
personnes dans certaines situations.
Selon l’article 1125 du Code civil mauricien, il est interdit, à peine de nullité, à une personne
qui exerce une fonction ou occupe un emploi dans un établissement hébergeant des personnes
âgées ou dispensant des soins psychiatriques de se rendre acquéreur d’un bien ou cessionnaire
d’un droit appartenant à une personne admise dans l’établissement, non plus que de prendre
à bail le logement occupé par cette personne avant son admission dans l’établissement. Les
personnes travaillant dans les établissements de personnes âgées ou malades ne peuvent conclure
un contrat de vente ou d’achat ou de bail avec les personnes malades ou âgées qui sont placées
dans ces établissements, sauf avec l’autorisation du juge en chambre.
Le contrat de vente entre époux est en principe interdit cependant il y a des exceptions. Si l’un
des époux104 cède des biens à l’autre, séparé judiciairement d’avec lui, en paiement de ses droits.

102 Article 498 CCM. 104 Selon l’article 1595 CCM, le contrat de vente ne peut
103 Qui abroge la loi de 1906 sur l’état mental altéré ( Lunacy avoir lieu entre époux normalement, sauf dans les cas
Act) et a été proclamée par la loi numéro 5 de 1999. stipulés par le Code civil.

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Open University of Mauritius - Droits des contrats


Ou encore si la femme cède des biens à son mari en paiement d’une somme qu’elle lui aurait
promise en dot et lorsqu’il y a exclusion de communauté.
Les tuteurs ne peuvent acheter ou vendre les biens de ceux dont ils ont la tutelle, sous peine de
nullité105.
Les mandataires ne peuvent acheter les biens qu’ils sont chargés de vendre.
Les officiers publics ne peuvent acheter des biens nationaux dont les ventes se font par leur
ministère.

Exercices
1. M Lambert, le directeur d’une entreprise fit une promesse unilatérale de vente
à M Xavier quant à l’une de ses maisons, le 1er janvier avec une option sur
l’achat de cette maison au 10 juin. M Xavier a dû économiser assez d’argent
pour pouvoir effectuer cet achat.
Le 1er mars, M Lambert fut victime de troubles mentaux intermittents et dut
prendre quelques jours de congé. Voyant que l’état de M Lambert s’était empiré
après quelques jours, sa femme l’emmena à une clinique privée où il fut admis du
5 au 12 mars. Le 15 mars M Lambert conclut un acte de vente avec M. Xavier
quant à la maison promise. La vente est-elle valable? Justifiez votre réponse.
2. L’incapacité de contracter est-elle une violation à la liberté de contracter ? Jus-
tifiez votre réponse.
3. M. Percy (67 ans) a eu une crise cardiaque l’an dernier et depuis il souffre de
paralysie. Ainsi, il a été placé dans un établissement pour personnes âgées avec
un garde-malade personnel. M. Percy possède plusieurs immeubles qu’il loue à
plusieurs locataires.
Depuis deux mois, la femme du garde-malade de M. Percy loue un apparte-
ment dans l’un des immeubles de M. Percy. Ce contrat de location est-il valide ?

5 Voir l’article 1596 CCM.

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


Résumé

Ce chapitre traite de la capacité comme condition essentielle de formation du con-


trat. La capacité de contracter est la règle et l’incapacité de contracter, l’exception.
Les personnes incapables de contracter en droit mauricien sont les mineurs non-
émancipés par mariage, les incapables majeurs (le majeur en tutelle et le majeur en
curatelle) ainsi que certaines personnes à qui la loi interdit de faire certains contrats
afin de protéger d’autres personnes (interdiction aux personnes travaillant dans des
établissements pour personnes âgées ou malades de contracter avec les personnes
âgées ou malades de ces établissements, interdiction pour les tuteurs d’acheter ou de
vendre les biens de ceux dont ils ont la tutelle…).

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition Ar-
mand Colin, 2004, p164-170.
***Le régime d’incapacité applicable en France est différent de celui qui s’applique
à Maurice.

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Chapitre

6 La nullité du contrat

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l Les conséquences du non-respect des conditions de formation du contrat

l Les différents types de nullité

l L’annulation d’un contrat et ses effets

Un contrat doit respecter les conditions de formation du contrat sous peine de nullité. Nous
verrons dans ce chapitre les différents types de nullité et les effets de la nullité d’un contrat.

35

Open University of Mauritius - Droits des contrats


6.1. En cas de non-respect des conditions de formation d’un contrat
Selon l’article 1117 du Code civil mauricien, la convention conclue par erreur, violence, ou dol,
n'est point nulle de plein droit; elle donne seulement lieu à une action en nullité ou en rescision.
Les contrats peuvent être atteints de diverses imperfections par l’absence d’un de leurs élé-
ments essentiels (le consentement, l’objet, la cause) ou certaines formes exigées par la loi, l’ordre
public ou les bonnes mœurs (l’incapacité ou les vices du consentement).
La sanction du non-respect des conditions de formation d’un contrat est la nullité de ce con-
trat. Mais une partie contractante peut aussi engager sa responsabilité délictuelle (selon l’article
1382 CCM) pour un vice du consentement tel que le dol ou la violence.
La nullité est l’anéantissement rétroactif de l’acte qui sanctionne une imperfection concomi-
tante à sa formation106. La nullité existe, du seul fait de l’imperfection de l’acte avant toute déci-
sion de justice. L’annulation est la déclaration par un tribunal qu’un acte est nul. Il peut y avoir
une nullité absolue ou une nullité relative.

6.2. La nullité absolue et la nullité relative


Le non-respect des conditions relatives au consentement et à la capacité est sanctionné par
une nullité relative alors que le non-respect des conditions relatives à l’objet et la cause, par une
nullité absolue.
La nullité absolue sanctionne une violation de l’ordre public ou d’un intérêt public en raison
de l’absence d’un élément constitutif de l’acte ou atteinte à l’ordre public ou aux bonnes mœurs
(par exemple, l’objet illicite ou immoral ainsi que la cause illicite ou immorale dans un contrat).
Tout intéressé peut intenter une action en nullité absolue107.
La nullité relative sanctionne une violation des règles édictées en faveur de l’un des contrac-
tants ou d’une catégorie de personnes (ordre public de protection/intérêt privé)108. Ceci con-
cerne les vices du consentement et l’incapacité pour protéger une catégorie de personnes. La
nullité relative ne peut être invoquée que par la personne que la loi entendait protéger : la victime
d’un vice du consentement, l’incapable, le représentant ou ses héritiers109.
Selon l’article 216 CCM, les époux ne peuvent disposer des droits par lesquels est assuré le
logement de la famille. Celui des deux (le tiers par rapport au contrat) qui n’a pas donné son
consentement à l’acte peut en demander l’annulation.
Les actes atteints de nullité relative peuvent être confirmés lorsque le vice qui causait la nullité
a disparu et que l’intéressé se refuse à exercer l’action110. La confirmation s’applique uniquement
pour les actions en nullité relative et constitue une renonciation à l’action en nullité.

106 LEGIER, G., (n 4), p59. l’incapacité de ceux avec qui elles ont contracté (article
107 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p242. 1124 CCM).
108 Ibid, p244. 110 FLOUR, J. et AUBERT, J-L., (n 2), p246.
109 Les personnes capables de s’engager ne peuvent opposer

36

Open University of Mauritius - Droit des contrats


Les actes portant donation entre vifs111 doivent être faits devant un notaire sous peine de
nullité.
Une action en nullité relative doit être intentée dans un délai de cinq ans à dater du jour où le
vice a disparu112. Ce temps ne court dans le cas de violence que du jour où elle a cessé mais dans
le cas de l'erreur ou de dol, du jour où ils ont été découverts.
Quant à l’action en nullité absolue, elle est prescrite dans un délai de 30 ans à dater du jour
de la conclusion du contrat.

6.3. L’annulation d’un contrat et ses effets


L’effet essentiel d’une nullité qu’elle soit absolue ou relative est d’anéantir rétroactivement
l’acte113. Dès que la nullité est constatée, les juges doivent annuler le contrat. Une fois qu’un con-
trat de vente est déclaré nul, l’acheteur doit restituer la chose et le vendeur doit restituer le prix
payé comme s’il n’y avait jamais eu de contrat. Cette nullité est opposable aux tiers et les parties
contractantes ne sont plus responsables contractuellement.
Toute condition d’une chose impossible114 ou contraire aux bonnes mœurs, ou prohibée par la
loi, est nulle et rend nulle la convention qui en dépend.
Ainsi, la rétroactivité de l’anéantissement du contrat fait qu’aucune des parties ne peut être
condamnée à des dommages-intérêts pour inexécution et en cas de dommage subi, une partie
peut intenter une action en responsabilité délictuelle.
Le contrat annulé n’a plus d’effet, les obligations contractuelles ne peuvent plus être exigées, et
les choses doivent être remises dans l’état où elles se trouvaient avant la conclusion du contrat ou
restituées. Cependant, la restitution a certaines exceptions. Le simple possesseur ne fait les fruits
siens que dans le cas où il possède de bonne foi115 sinon, il doit restituer les produits ainsi que la
chose au propriétaire. La valeur des produits doit être estimée à la date du remboursement.
Le contractant de bonne foi qui ignorait qu’il y avait un vice, peut conserver les revenus de la
chose ou les intérêts s’il s’agit d’une somme qu’il a perçue jusqu’au jour de la demande en nullité.
Dans le cas d’une nullité prononcée au profit d’un incapable, ce dernier n’est pas obligé de res-
tituer116 tout ce qu’il a reçu. Lorsque l’annulation est fondée sur une cause ou un objet immoral,
les restitutions sont interdites. Nul ne peut invoquer sa propre turpitude117.

111 Article 931 CCM; Loizeau c. Jouanis 1881 MR 66; refaire valablement. Il ne court contre les héritiers de
Daruty de Grandpré c. District Board of Rivière du l’incapable que du jour du décès, s'il n'a commencé à
Rempart 1925 MR 9. courir auparavant (article 1304 CCM).
112 Dans tous les cas où l'action en nullité ou en rescision 113 LEGIER, G., (n 4), p62.
d'une convention n'est pas limité à un moindre temps 114 Article 1172 CCM.
par une loi particulière, cette action dure cinq ans. Le 115 Article 549 CCM.
temps ne court, à l’égard des actes faits par un mineur, 116 Le majeur incapable n’est tenu de restituer que ce qui a
que du jour de la majorité ou de l’émancipation par tourné à son profit (article 1312 CCM).
mariage; et à l’égard des actes faits par un majeur 117 Selon la règle « nemo auditor propriam turpitudinem
en tutelle ou en curatelle, que du jour où il a eu allegans ».
connaissance, alors qu'il était en situation de les

37

Open University of Mauritius - Droits des contrats


Quant au mineur, son contrat de mariage est valide s’il est fait avec le consentement et l'assistance
de ceux dont le consentement est requis pour la validité de son mariage. Le mineur qui exerce
une profession n'est point restituable dans les engagements qu'il a pris dans l'exercice de celle-ci.
Selon l’article 1311 CCM, il n'est plus recevable à revenir contre l'engagement qu'il avait souscrit
en minorité, lorsqu'il l'a ratifié en majorité, soit que cet engagement fût nul en sa forme, soit qu'il
fût seulement sujet à restitution.

Exercices
1. Quelles sont les conséquences du non-respect des conditions de formation d’un
contrat ?
2. Pourquoi distingue-t-on la nullité relative de la nullité absolue ?
3. La restitution a ses limites en cas d’annulation du contrat. Qu’en pensez-vous ?

Résumé

Ce chapitre traite des conséquences du non-respect des conditions de formation


du contrat. Les différents types de nullité sont la nullité absolue et la nullité rela-
tive. L’annulation d’un contrat s’applique en cas de nullité et les choses doivent être
remises dans l’état où elles se trouvaient avant la conclusion du contrat ou être res-
tituées. La restitution a cependant des effets différents selon que le contractant était
de bonne foi ou non ou selon que le contractant était un incapable au moment de
la conclusion du contrat.

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition Ar-
mand Colin, 2004, p237-289.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p396-438.
3. MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005, p321-
341.

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Chapitre

7 L’exécution du contrat

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l Les effets du contrat à l’égard des parties et à l’égard des tiers

l Les règles essentielles pour interpréter une clause, un terme ou des aspects obscurs
d’un contrat
l Les recours possibles quand une partie contractante veut réviser un contrat
unilatéralement
l L’importance de bien rédiger un contrat pour éviter les problèmes d’exécution
du contrat

Le contrat doit non seulement être valablement formé mais doit aussi être exécuté selon les
termes et les conditions stipulés contractuellement. Le contrat a des effets directs à l’égard des
parties mais a un effet relatif à l’égard des tiers sauf exception. Il peut y avoir des problèmes
d’interprétation lors de l’exécution du contrat ou encore, l’une des parties peut vouloir modifier
une clause ou des conditions du contrat en cours d’exécution. Nous verrons ici, l’exécution du
contrat et ses effets, les règles permettant d’interpréter le contrat ainsi que les règles relatives à la
modification du contrat.

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Open University of Mauritius - Droits des contrats


7.1. L’exécution du contrat et ses effets
Le contrat a des effets à l’égard des parties contractantes, en principe mais n’a point d’effet à
l’égard des tiers, sauf exception.

7.1.1 Les effets du contrat et les parties contractantes


On ne peut, en général, s'engager, ni stipuler en son propre nom que pour soi-même118. Un con-
trat valide va s’appliquer entre les parties contractantes (A et B) mais ne s’applique pas en principe
aux tiers (C, D ou E). Un contrat n’a pas de force obligatoire à l’égard des tiers qui n’ont pas donné
leur accord de volonté de contracter. Les parties contractantes, auteurs de la manifestation de vo-
lonté de contracter s’obligent dans le contrat à respecter et exécuter le contenu du contrat.
Cependant une partie peut aussi être représentée par une autre personne. Une personne peut
ne pas pouvoir se déplacer au lieu de conclusion d’un contrat pour des raisons différentes. La
partie contractante qui a déclaré sa volonté de contracter peut déléguer ses pouvoirs à une per-
sonne qui va la représenter dans le contrat. Le représentant doit avoir eu l’intention d’agir pour
le compte du représenté. S’il a agi pour le compte et au nom du représenté, les obligations con-
tractuelles sont inapplicables au représentant mais sont applicables au représenté. Le représent-
ant peut contracter pour le compte du représenté mais en son nom personnel. Par le biais de la
représentation, un représentant va conclure un contrat pour le compte d’une autre personne (le
représenté) et va faire naître des droits et des obligations pour le représenté. Ici, c’est en la per-
sonne du représentant que naissent les droits et les obligations. En cas de différend, le représent-
ant doit transférer ses droits au représenté. Par cette cession de créance, le représentant pourra
agir contre le contractant. L’on distingue généralement la représentation légale (le cas du tuteur)
de la représentation judiciaire (représentant nommé par un jugement).
On est censé avoir stipulé pour soi et pour ses héritiers et ayants cause, à moins que le contraire
ne soit exprimé ou ne résulte de la nature de la convention119. Les héritiers ou les ayants cause
universels120 succèdent aux droits et obligations nés du contrat auquel leur auteur avait été partie.

7.1.2. Les effets du contrat et les tiers


On ne peut stipuler que pour soi-même121. Les tiers sont étrangers à la conclusion du contrat
et ne peuvent réclamer les avantages du contrat que les parties contractantes ont voulu conclure
pour elles-mêmes. Le contrat est inopposable aux tiers et ne peut être stipulé qu’à l’égard des
parties contractantes. Les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties contractantes; elles ne
nuisent point au tiers122. Les tiers ne peuvent devenir créanciers ou débiteurs en raison d’un
contrat auquel ils n’ont pas été parties123, sauf dans certains cas. Le Code civil mauricien prévoit

118 Article 1119 CM. succession s’il n’a pas d’héritiers ou une portion de la
119 Article 1122 CCM. succession s’il y a des héritiers réservataires.
120 Les ayants cause universels ou à titre universel sont les 121 Article 1119 CCM.
héritiers ou légataires universels (héritier: membre de 122 Article 1165 CCM.
la famille du défunt ayant droit sur sa succession). Le 123 TERRE, F. et al., (n 1), p492.
légataire est un parent ou ami qui n’a aucun droit mais
à qui le testateur a décidé de donner l’ensemble de sa

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Open University of Mauritius - Droit des contrats


qu’il peut y avoir des contrats conclus à l’intention des tiers à savoir la promesse de porte-fort et
la stipulation pour autrui.

7.1.2.1. La promesse de porte-fort


L’on peut se porter fort pour un tiers, en promettant le fait de celui-ci; sauf l'indemnité, contre
celui qui s'est porté fort ou qui a promis de faire ratifier, si le tiers refuse de tenir l'engagement124.
Par exemple, X promet à Y que Z consentira à conclure un contrat. X s’engage à ce que Z, le
tiers consente mais si Z refuse de signer le contrat, le porte-fort sera condamné à des dommages-
intérêts envers son cocontractant125. Mais si le tiers ratifie le contrat, le promettant est considéré
comme avoir rempli ses obligations et si le tiers n’exécute pas ses obligations, le promettant n’est
pas responsable.

7.1.2.2. La stipulation pour autrui


On peut pareillement stipuler au profit d'un tiers, lorsque telle est la condition d'une stipulation
que l'on fait pour soi-même ou d'une donation que l'on fait à un autre126. Celui qui a fait cette
stipulation, ne peut plus la révoquer si le tiers a déclaré vouloir en profiter.
Le stipulant stipule auprès du promettant pour le compte d’un tiers bénéficiaire mais ce dern-
ier doit accepter cette stipulation. Tant que le tiers n’a pas accepté, il peut y avoir révocation de
la stipulation, soit au profit du stipulant, et en cas de décès, ses héritiers, soit au profit d’un autre
bénéficiaire.
Le stipulant dans un contrat d’assurance-vie peut stipuler au profit de son fils ou de sa fille
comme tiers bénéficiaire et en cas de décès du stipulant, le tiers bénéficiaire aura la somme pour
laquelle le stipulant s’est assuré.

7.1.2.3. Le contrat et les ayants cause


Le contrat peut avoir des effets à l’égard des tiers dans d’autres cas. Lorsqu’une partie con-
tractante décède, son successeur ou ayant cause hérite de son patrimoine. Il y a deux catégories
d’ayants cause127 selon que la transmission porte sur une universalité (un patrimoine ou une
fraction du patrimoine) ou au contraire, sur un droit à titre particulier. Les ayants cause à titre
universel des parties (les héritiers) sont assimilés aux parties elles-mêmes.
Ici, nous allons considérer seulement les acquéreurs à titre particulier128 et les créanciers chi-
rographaires129. Il peut y avoir une cession de créance130 par laquelle le cédant transfert à une

124 Article 1120 CCM. garantie.


125 Article 1120 CCM ; Voir l’arrêt Rajkumar c. 129 Un créancier simple ne dispose d’aucune garantie
Mohamedally et autres 1992 MR 242. particulière ou de privilège. TERRE, F. et al., (n 1),
126 Article 1121 CCM. p499.
127 Les ayants cause (légataires) à titre particulier reçoivent 130 La cession de créance est une convention par laquelle
seulement un ou plusieurs droits d’un bien défini. un créancier, le cédant transfert à une personne qui va
128 Les acquéreurs à titre particulier tels que les créanciers devenir le nouveau créancier, le cessionnaire, la créance
chirographaires vont recevoir une somme d’argent sans qu’il avait sur son débiteur, le cédé.

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personne qui va devenir le nouveau créancier (le cessionnaire), la créance qu’il avait sur son débi-
teur. Les créanciers peuvent exercer tous les droits et actions de leur débiteur, à l'exception de
ceux qui sont exclusivement attachés à la personne131. Ils peuvent aussi, en leur nom personnel,
attaquer les actes faits par leur débiteur en fraude de leurs droits132.

7.2. L’interprétation du contrat


Après la conclusion du contrat, il se peut que les parties aient des problèmes pour interpréter
le contrat ou certains aspects du contrat ou l’étendue de l'engagement applicable. Un terme ou
une condition du contrat peut ne pas être clair pendant l’exécution du contrat. Si le contrat con-
tient une clause d’interprétation ou des explications relatives aux termes utilisés dans le contrat,
les parties peuvent les appliquer. En cas d’absence de clause d’interprétation du contrat, le Code
civil mauricien prévoit des règles d’interprétation.
Les juges interprèteront les stipulations concernées et chercheront la commune intention des
parties contractantes dans les conventions, plutôt que de s'arrêter au sens littéral des termes133.
Toutes les clauses des conventions s'interprètent les unes par les autres, en donnant à chacune
le sens qui résulte de l'acte entier134.
Lorsqu'une clause est susceptible de deux sens, on doit plutôt l’entendre dans celui avec lequel
elle peut avoir quelque effet plutôt que dans le sens avec lequel elle n'en pourrait produire au-
cun135. Les termes susceptibles de deux sens doivent être pris dans le sens qui convient le plus à
la matière du contrat136. Dans le doute, la convention s'interprète contre celui qui a stipulé et en
faveur de celui qui a contracté l'obligation137.
Ce qui est ambigu s'interprète par ce qui est d'usage dans le pays où le contrat est passé138. Un
contrat peut être conclu dans un autre pays que le territoire de Maurice.
On doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d'usage, quoiqu'elles n'y soient pas
exprimées139.
Même si les termes d’un contrat sont conclus en termes généraux, il ne comprend que les
choses sur lesquelles il paraît que les parties ont proposées de contracter140.
Si les règles d’interprétation ne peuvent trouver une solution pour interpréter les termes du con-
trat, les parties peuvent avoir recours à un médiateur contractuel pour une solution à l’amiable.

7.3. La révision du contrat


Une fois que le contrat est conclu, peut-il être révisé? Lors de la conclusion du contrat, le con-
tenu du contrat peut sembler clair mais par la suite, les parties contractantes peuvent avoir des
problèmes pour exécuter le contrat. Des circonstances imprévisibles non imputables à la partie

131 Article 1166 CCM. 134 Article 1161 CCM. 137 Article 1162 CCM. 140 Article 1163 CCM.
132 Article 1167 CCM. 135 Article 1157 CCM. 138 Article 1159 CCM.
133 Article 1156 CCM. 136 Article 1158 CCM. 139 Article 1160 CCM.

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qui l’invoque peuvent survenir. Le prix ou la valeur d’une chose qui est l’objet du contrat peut
changer quelque temps après la conclusion du contrat. Les circonstances relatives au contrat ou
les circonstances économiques peuvent avoir changées et l’une des parties peut ne plus être satis-
faite d’un aspect ou de plusieurs aspects du contrat.
Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites141. Elles ne
peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise.
Un contrat doit être exécuté de bonne foi.
Si le contrat contient une clause de révision, l’une des parties peut réviser le contrat selon le
contenu de cette clause de révision. Par exemple, une clause de révision dans un contrat peut
permettre l’augmentation du loyer tous les deux ans par le propriétaire de l’appartement. Il
peut y avoir une clause de révision automatique basée sur le cours de l’or ou du prix du baril de
pétrole. Le contrat peut avoir une clause de dédit conférant à l’une des parties contractantes, la
faculté de se désengager142.
Si le contrat ne prévoit pas de clause de révision, quel recours est possible pour l’une des par-
ties voulant réviser le contrat ? Avoir recours au juge ou la révision judiciaire est-elle possible ?

7.3.1. Le juge ne peut réviser un contrat


Les conventions doivent être exécutées selon les termes et les conditions du contrat. Le contenu
du contrat s’applique aux parties contractantes ainsi qu’au juge à moins qu’une loi n’intervienne
expressément. En général, le juge ne peut pas réviser le contrat mais les parties ou le législateur
peuvent réviser le contrat.
Le refus de la révision du contrat par le juge est une garantie de la stabilité des relations
contractuelles des parties et a pour origine l’arrêt relatif au Canal de Craponne. En 1567 en
France, Adam de Craponne avait fait un contrat avec des voisins qui fixait à 3 sols (la monnaie de
l’époque), une redevance d’irrigation pour l’utilisation de l’eau provenant de ce canal. 3 siècles
plus tard, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence avait multiplié cette redevance par 4, cependant
l’arrêt de cette cour d’appel fut cassé143 car il n’appartient pas aux juges quelque équitable que
cela puisse leur paraître, de prendre en considération le temps et les circonstances économiques
pour modifier les conventions.

7.3.2. U
 n contrat peut être révisé par les parties ou le législateur
dans certains cas
Le principe est que le contrat ne peut être modifié unilatéralement en cours d’exécution mais
les parties peuvent prévoir des clauses de révision lors de la conclusion du contrat. Ainsi, des
clauses de révision peuvent permettre le recours à des clauses de médiation, des clauses basées
sur le cours du dollar ou de l’or ou encore des clauses de révision si les circonstances écono-
miques relatives au contrat ont changé de manière drastique. Les principes relatifs aux contrats

141 Article 1134 CCM.


142 TERRE, F. et al., (n 1), p483.
143 De Galiffet c. Commune de Pélissane Civ. 6 mars 1876.

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du commerce international obligent les parties à négocier en vue d’adapter le contrat ou à y
mettre fin, si l’exécution devient excessivement onéreuse pour l’une des parties.
Quant au législateur en principe, il ne peut intervenir dans un contrat. En cas de changement
de loi, une loi nouvelle ne peut s’appliquer aux situations déjà constituées (ici, les contrats qui
ont été conclus avant l’entrée en vigueur de cette loi nouvelle). Cependant dans certaines circon-
stances le législateur peut exceptionnellement intervenir par le biais d’une loi pour redresser une
situation injuste. Par exemple, les baux commerciaux applicables au quartier central de Port-
Louis stipulaient des loyers commerciaux très bas pendant de longues années, ce qui pénalisait
les propriétaires des lieux. Une loi a été proposée au parlement pour que les loyers commer-
ciaux puissent être augmentés de manière uniforme et régulière. La révision d’un contrat par le
législateur est rare et ne peut concerner que des contrats relatifs à des circonstances ou situations
injustes. Permettre au législateur de réviser un contrat de façon exceptionnelle se justifie dans
la mesure où il y a des procédures à respecter quant à une proposition de loi au parlement et la
version finale de la proposition de loi sera débattue de manière objective au sein de l’Assemblée
nationale.

Exercices
1. Un représentant de la société X a conclu un contrat de fournitures de matériel
avec Z, chef d’entreprise le 1er février (le contrat arrive à terme le 1er avril).
Après la conclusion du contrat, les deux parties contractantes n’arrivent pas à se
mettre d’accord sur l’application de plusieurs clauses qui paraissent ambiguës
ou obscures. Le représentant de la société X vient vous consulter pour savoir
comment résoudre ces conflits.
2. Deux étudiants discutent à propos de la relativité des effets d’un contrat à l’égard
des tiers. Pouvez-vous les aider ?
3. Que signifie la stipulation pour autrui?
4. Les limites à la révision d’un contrat sont-elles nécessaires ? Justifiez votre ré-
ponse.
5. Lisez l’arrêt suivant de la Cour suprême :
Ramphul c. Beau Vallon Ltd 1954 MR 55
 aites un résumé des faits, des arguments majeurs utilisés par les parties, du prob-
F
lème de droit et de la solution de l’arrêt.

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Résumé

Ce chapitre traite des effets du contrat à l’égard des parties et à l’égard des tiers
dans un premier temps. Les règles essentielles pour interpréter une clause, un terme
ou des aspects obscurs d’un contrat sont présentées dans un deuxième temps et les
règles relatives à la révision d’un contrat dans un troisième temps.

Pour aller plus loin


1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004, p304-377.
2. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p439-485.
3. MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005,
p353-381.

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Chapitre

8 La responsabilité contractuelle

Le contenu de ce chapitre vise à comprendre :


l Les effets du non-respect d’un contrat

l La distinction entre une obligation de résultat et une obligation de moyen

l La notion de dommage en matière contractuelle

l Les recours possibles en cas d’inexécution du contrat

l Les possibilités d’exonération de la responsabilité contractuelle

La responsabilité contractuelle est l’ensemble des règles relatives à une inexécution totale ou
partielle des obligations contractuelles et la réparation des préjudices causés par cette inexécution.
Nous verrons ici le non-respect des obligations contractuelles et la preuve de l’inexécution de
ces obligations, le dommage relié au non-respect du contenu d’un contrat, les recours en cas
d’inexécution des obligations contractuelles et l’exonération de la responsabilité contractuelle.

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8.1. Le non-respect du contrat et la preuve de l’inexécution
des obligations contractuelles
Le non-respect des obligations du contrat peut être une mauvaise exécution (ou défectueuse)
ou inexécution totale ou partielle des obligations du contrat. Si le débiteur n’exécute pas une ou
plusieurs de ses obligations contractuelles, il peut engager sa responsabilité contractuelle et être
tenu de réparer le dommage causé par cette inexécution. La preuve de l’inexécution ou mauvaise
exécution de l’obligation contractuelle du débiteur conduit à une obligation de réparer le dom-
mage causé au cocontractant.
Le créancier doit apporter la preuve de l’inexécution des obligations contractuelles du débi-
teur. L’inexécution peut concerner une obligation de faire ou de ne pas faire, de donner ou de ne
pas donner et le fardeau de la preuve sera lourd selon qu’il s’agit de l’inexécution d’une obliga-
tion de moyen ou de résultat.
Dans le cas d’une obligation inexécutée qualifiée d’obligation de résultat, le créancier doit
prouver cette inexécution en démontrant que le résultat promis par le débiteur n’est pas
atteint. Par exemple la chose vendue n’a pas été livrée bien que le paiement ait été effectué. Le
débiteur est de plein droit responsable en cas d’inexécution ou de retard. Le débiteur ne peut
pas se dégager de sa responsabilité en prouvant seulement qu’il n’a pas commis de faute. Il doit
établir « une cause étrangère » qui ne lui est pas imputable144 telle qu’une force majeure que nous
verrons plus loin dans ce chapitre.
La preuve de l’inexécution qui incombe au créancier dans le cas d’une inexécution qualifiée
d’obligation de moyen est différente. Le créancier doit prouver que le débiteur de l’obligation
n’a pas fait tout son possible et qu’il a commis une faute145. Le débiteur de l’obligation de son
côté va prouver qu’il a fait tout son possible pour éviter le dommage et qu’il n’a pas commis
de faute145. L’obligation de veiller à la conservation de la chose soumet celui qui en est chargé
à y apporter tous les soins d’un bon père de famille146. Par exemple, un médecin (débiteur de
l’obligation) doit faire tout son possible pour donner des soins professionnels à son patient
(créancier de l’obligation) selon les données de la science147. Cependant le patient ne peut s’attendre
à être guéri d’une maladie incurable surtout s’il a atteint une phase avancée de la maladie. Dans
le cas d’une maladie que l’on peut guérir, le patient doit prouver que le médecin n’a pas fait tout
son possible. L’appréciation de l’obligation de moyen est moins sévère en présence d’un contrat
à titre gratuit que lorsqu’il s’agit d’un professionnel148. Le débiteur va engager sa responsabilité
contractuelle que s’il a commis une faute, il peut être tenu d’une obligation de moyen ou de
diligence. La faute est appréciée par rapport à une personne normalement prudente et avisée
ou s’il s’agit d’un professionnel selon les compétences requises pour des professionnels de sa
catégorie.

144 Article 1147 CCM. 147 En revanche, un gynécologue a une obligation de résultat
145 Voir l’arrêt Central Electricity Board c. Auckloo 1981 quant au résultat d’un test de grossesse d’une patiente.
MR 92. 148 LEGIER, G., (n 4), p82.
146 Article 1137 alinéa 1er CCM.

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8.2. Le dommage relié au non-respect d’un contrat
Le dommage doit être une suite immédiate et directe de l’inexécution du contrat pour ouvrir
droit à réparation. Dans le cas même où l'inexécution de la convention résulte du dol du débiteur,
les dommages et intérêts ne doivent comprendre, à l’égard de la perte éprouvée par le créancier
et du gain dont il a été privé, que ce qui est une suite immédiate et directe de l'inexécution de la
convention149.
Le dommage doit être certain et non pas éventuel. S’il est un dommage futur, il doit être cer-
tain. Par exemple si la perte d’une chance de réussir les examens du barreau est invoquée par
un étudiant en droit qui a été victime d’un accident lorsqu’il était dans le bus qui l’emmenait à
l’université le jour des examens, il faut que la chance soit réelle et sérieuse sinon la perte d’une
chance ne sera pas admise.
Le dommage doit être direct et provenir du non-respect des obligations contractuelles.
Le dommage doit être prévisible en cas de responsabilité contractuelle. Le débiteur n'est tenu
que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou que l'on a pu prévoir lors du contrat, lorsque
ce n'est point par son dol que l'obligation n'est point exécutée150. La responsabilité va s’étendre au
dommage imprévisible si l’inexécution provient d’un dol du débiteur (faute intentionnelle dans
l’exécution du contrat). Le dol est plus grave qu’une faute ordinaire. S’il y a eu de nombreux cas
de vol chez un dépositaire, il commet une faute lourde en ne prenant pas des mesures pour les
éviter. La faute lourde comme le dol entraîne la réparation du dommage même imprévisible.

8.3. Les recours en cas d’inexécution du contrat


Après le constat de l’inexécution d’une obligation contractuelle, le créancier peut demander à
son débiteur d’exécuter sa prestation.
Le débiteur peut ne pas exécuter sa prestation après cette demande du créancier. S’il s’agit d’un
contrat synallagmatique, le créancier peut suspendre l’exécution de son obligation. L’exception
d’inexécution ou l’exception du contrat inexécuté151 est une voie de justice privée dans la mesure
où celui qui l’invoque, le fait de sa propre autorité sans décision préalable du juge. C’est un
moyen de pression dans les contrats synallagmatiques surtout en présence d’obligations inter-
dépendantes pour que le débiteur exécute les obligations contractuelles inexécutées mais cela
ne doit pas devenir un moyen de chantage152. Le créancier détenteur d’une chose qu’il est tenu
de rendre, peut refuser la restitution tant que la somme qui lui est due, ne lui a pas été versée153.
Si le débiteur n’exécute toujours pas son obligation contractuelle, le créancier peut procéder à
une mise en demeure pour contraindre son débiteur à l’exécution en justice. La mise en demeure
peut inclure qu’une somme forfaitaire sera due ou des dommages-intérêts seront réclamés par
le créancier par jour de retard. Si l’obligation concernée demeure inexécutée, le créancier peut

149 Article 1151 CCM. 152 Ibid, p626.


150 Article 1150 CCM. 153 Le créancier a ici, un droit de rétention.
151 Exceptio non adimpleti contractus. TERRE et al, n (1), p623.

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réclamer des dommages-intérêts ou des intérêts de retard à partir du jour de la mise en demeure.
La mise en demeure est effectuée par le biais d’un avoué à Maurice, par laquelle le créancier
demande à son débiteur d’exécuter son obligation. C’est le moyen de prouver l’absence d’octroi
par le créancier d’un délai tacite d’exécution au débiteur.
Si le débiteur n’exécute toujours pas son obligation contractuelle à ce stade, le créancier peut
intenter une action en responsabilité civile contractuelle pour demander l’exécution forcée de
l’obligation contractuelle inexécutée du débiteur ou la résolution du contrat. L’inexécution d’une
obligation contractuelle par le débiteur va engager sa responsabilité contractuelle et il va être
tenu de réparer le dommage causé par cette inexécution.
Si l’obligation peut encore être exécutée, le créancier peut avoir recours à l’exécution forcée. Le
créancier peut avoir recours au juge pour demander l’exécution des obligations inexécutées par
un tiers aux frais du débiteur. Le créancier peut aussi, en cas d’inexécution, être autorisé à faire
exécuter lui-même l’obligation aux dépens du débiteur.154
Néanmoins le créancier a le droit de demander que ce qui aurait été fait par contravention à
un engagement soit détruit et il peut se faire autoriser à le détruire aux dépens du débiteur, sans
préjudice des dommages et intérêts, s'il y a lieu155.
Si l’obligation ne peut plus être exécutée, le créancier doit demander au juge la résolution
du contrat pour inexécution156. Le juge peut prononcer la résolution ou la rejeter et accorder
un délai d’exécution157. La résolution met fin à un contrat de manière prématurée si le créan-
cier choisit l’option de la résolution en cas d’inexécution d’une ou de plusieurs obligations d’un
contrat synallagmatique. Tant que la résolution n’a pas été prononcée, le contrat conserve son
caractère obligatoire sous la seule réserve qu’il peut être provisoirement suspendu par le jeu de
l’exception d’inexécution158. Une fois la résolution prononcée, le contrat est considéré comme
n’ayant jamais été conclu et est anéanti159. Le contrat disparaît rétroactivement et il y a retour au
statu quo ante. Si les obligations contractuelles ont été inexécutées totalement ou partiellement,
chacun doit restituer ce qu’il a reçu160.
Toute obligation de faire ou de ne pas faire se résout en dommages et intérêts, en cas d’inexécution
de la part du débiteur161. Des dommages et intérêts ne sont dus que lorsque le débiteur est en
demeure de remplir son obligation, excepté néanmoins lorsque la chose que le débiteur s’était
obligé de donner ou de faire, ne pouvait être donnée ou faite que dans un certain délai qu'il a
laissé passer.  Le débiteur est condamné s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts, soit
à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, toutes les fois

154 Article 1144 CCM. la résolution avec dommages et intérêts. Article 1184
155 Article 1143 CCM. alinéa 1 et 2 CCM
156 La condition résolutoire est toujours sous-entendue 157 La résolution doit être demandée en justice, et il
dans les contrats synallagmatiques, pour le cas où l’une peut être accordé au défendeur un délai selon les
des deux parties ne satisfera point à son engagement. circonstances. Article 1184 alinéa 3 CCM.
Dans ce cas, le contrat n'est point résolu de plein droit. 158 TERRE et al, (n 1), p642.
La partie envers laquelle l'engagement n'a point été 159 Ibid.
exécuté, a le choix ou de forcer l'autre à l'exécution de 160 Ibid, p643.
la convention lorsqu’elle est possible ou d'en demander 161 Article 1142 CCM.

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qu'il ne justifie pas que l'inexécution provient d'une cause étrangère qui ne peut lui être imputée,
encore qu'il n'y ait aucune mauvaise foi de sa part162. Les dommages-intérêts constituent la com-
pensation financière pour un retard dans l’inexécution ou la mauvaise exécution des obligations
contractuelles. Les dommages et intérêts dus au créancier sont, en général, de la perte qu'il a faite
et du gain dont il a été privé163.
  Si l'inexécution de la convention résulte du dol du débiteur, les dommages et intérêts ne
doivent comprendre, à l’égard de la perte éprouvée par le créancier et du gain dont il a été privé,
que ce qui est une suite immédiate et directe de l'inexécution de la convention.
Lorsque la convention stipule que celui qui manquera de l'exécuter paiera une certaine somme
à titre de dommages-intérêts, il ne peut être alloué à l'autre partie une somme plus forte ni
moindre164. Néanmoins, le juge peut modérer ou augmenter la peine qui avait été convenue, si
elle est manifestement excessive ou dérisoire. Toute stipulation contraire sera réputée non-écrite.
Dans les obligations qui se bornent au paiement d'une certaine somme, les dommages-intérêts
résultant du retard dans l'exécution ne consistent jamais que dans la condamnation aux intérêts
au taux légal décrété par règlement du Ministre des finances, sauf les règles particulières au com-
merce et au cautionnement165. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu
de justifier d'aucune perte. Ils ne sont dus que du jour de la sommation de payer, excepté dans le
cas où la loi les fait courir de plein droit. Le créancier peut obtenir des dommages et intérêts dis-
tincts des intérêts moratoires de la créance si son débiteur en retard lui a causé, par sa mauvaise
foi, un préjudice indépendant de ce retard.
Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire,
ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il
s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Dans les cas ci-dessus, il est possible
pour le Ministre des finances d'accorder par règlement une dérogation à toute institution ou tout
organisme de financement énuméré dans ledit règlement166.
  Néanmoins les revenus échus, tels que fermages, loyers, arrérages de rentes perpétuelles
ou viagères, produisent intérêt du jour de la demande ou de la convention167. La même règle
s'applique aux restitutions de fruits, et aux intérêts payés par un tiers au créancier en acquit du
débiteur.

8.4. L’exonération de la responsabilité contractuelle


Le débiteur responsable contractuellement peut être libéré de sa responsabilité dans les cas
suivants, une force majeure, le fait du créancier ou en cas d’absence de faute.
Il n'y a lieu à aucun dommage et intérêts lorsque, par suite d'une force majeure ou d'un cas
fortuit, le débiteur a été empêché de donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait ce qui
lui était interdit168. Le débiteur est exonéré lorsque l’inexécution provient d’une force majeure

162 Article 1147 CCM. 165 Article 1153 CCM. 168 Article 1148 CCM.
163 Article 1149 CCM. 166 Article 1154 CCM.
164 Article 1152 CCM. 167 Article 1155 CCM.

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ou d’un cas fortuit. L’on distingue le cas fortuit, comme un événement interne à l’activité ou
l’entreprise du débiteur (incendie de ses locaux) de la force majeure qui lui serait totalement
étrangère (tremblement de terre)169. La force majeure serait un événement de la nature ou du
fait d’un tiers, y compris de l’administration ou des autorités publiques (le fait du prince). Plus-
ieurs conditions doivent être réunies pour que le débiteur puisse bénéficier de la force majeure,
l’événement qu’il invoque doit être irrésistible ou insurmontable, imprévisible et extérieure170.
Le fait du créancier (qu’il y ait faute ou non) exonère totalement le débiteur lorsqu’il a été la
cause exclusive du dommage. Par exemple si le visiteur d’un zoo est blessé du fait de sa négligence
ou son imprudence. Si le créancier et le débiteur ont commis une faute chacun, il y a un partage
de responsabilité.
Si l’obligation inexécutée est une obligation de résultat, le débiteur est responsable même s’il
n’a pas commis de faute. Si l’obligation est de moyen, la responsabilité du débiteur n’est engagée
que si sa faute est prouvée.
Les parties contractantes peuvent également prévoir des clauses quant à la responsabilité con-
tractuelle en cas de dommage, des intérêts conventionnels, des clauses limitatives de responsa-
bilité ou des clauses pénales.
Les parties peuvent prévoir la dissolution automatique du contrat synallagmatique en cas de
non-respect des engagements contractuels. Par exemple, une clause résolutoire peut stipuler
qu’en cas d’inexécution par une partie contractante, après mise en demeure par lettre recom-
mandée avec accusé de réception lui assignant un délai de tel nombre de jours, le contrat sera
résolu de plein droit. La partie lésée par l’inexécution aura droit à des dommages-intérêts de tel
montant ou dont le montant sera déterminé par les juges. Dans le cas d’un contrat à exécution
successive, la clause résolutoire peut stipuler que le contrat sera résilié de plein droit si une partie
n’exécute pas une de ses obligations contractuelles.
Les parties peuvent fixer les taux d’intérêts dus mais il ne faut pas que ces intérêts excèdent
celui que fixe la loi ou chaque fois que la loi le prohibe ou l’interdit selon l’article 1907 CCM. Le
taux de l’intérêt conventionnel doit être fixé par écrit.
Les parties peuvent également convenir que le débiteur ne sera pas responsable du dommage
(clause de non-responsabilité) ou d’une partie du dommage (clause limitative de responsabilité).
La poste peut faire une déclaration qu’elle ne sera pas responsable des dommages causés aux
colis expédiés et que les usagers doivent assurer le contenu des colis expédiés par ses services. Les
clauses de non-responsabilité ou clauses limitatives de responsabilité ne peuvent avoir d’effet en
cas de dol de la part du débiteur.
Une clause pénale171 est celle par laquelle, une personne s’engage à quelque chose afin d’assurer
l’exécution d’une convention en cas d’inexécution du contrat. Par exemple, en cas de retard
dans le remboursement d’une dette, les deux parties se mettent d’accord en insérant une clause
pénale172, dès la conclusion du contrat, de faire payer des intérêts de retard au débiteur. Ainsi,

170 Articles 1226-1233 CCM.


171 Voir l’arrêt suivant: Fantoni c. Union mauricienne 1867 MR 67.

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les parties vont elles-mêmes fixer par convention à l’avance, le montant des dommages-intérêts
dus en cas d’inexécution. La clause pénale est la compensation des dommages et intérêts que le
créancier souffre de l'inexécution de l’obligation principale.

Exercices
1. M. Mercure a expédié des marchandises fragiles par bateau à destination d’une
île voisine le 30 mars. A leur arrivée une semaine plus tard, 40 % des marchandises
sont endommagées.
M. Mercure a pris contact avec la société de transport mais selon le représentant
de cette dernière, le contrat de transport relatif à ces marchandises stipulait que 50%
des dommages subis par les marchandises expédiées sont à la charge de l’expéditeur.
M. Mercure est consterné et vous demande conseil.
2. Quelles peuvent être les clauses que les parties peuvent inclure dans un contrat
quant à la responsabilité contractuelle ?
3. Le directeur de l’institution nationale responsable quant à la fourniture
d’électricité vient vous consulter. Pendant un cyclone en février dernier, il y a eu une
panne de deux jours dans la fourniture d’électricité qui a causé des pertes à deux
entreprises. Ces dernières n’ont pas pu honorer des commandes urgentes et ont été
poursuivies. Que pouvez-vous conseiller au directeur de l’institution nationale de
fourniture d’électricité ?
4. Un étudiant ne comprend pas la différence entre une obligation de résultat et
une obligation de moyen. Pouvez-vous lui expliquer clairement ce que signifient ces
obligations et leur importance en matière contractuelle ?
5. Votre oncle vient vous demander conseil. Il a conclu un contrat avec M. Manoj
mais ce dernier refuse d’exécuter une de ses obligations contractuelles. Quels sont
les recours possibles en cas d’inexécution d’un contrat ?
6. La responsabilité contractuelle doit-elle avoir des limites ?
7. Lisez l’arrêt suivant de la Cour suprême :
Central Electricity Board c. Auckloo 1981 MR 92
Faites un résumé des faits, des arguments majeurs utilisés par les parties, du prob-
lème de droit et de la solution de l’arrêt.

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Résumé

Ce chapitre traite du non-respect des obligations contractuelles et des particular-


ités de la preuve quant à l'inexécution d’une obligation contractuelle dans un pre-
mier temps. Ensuite, il présente la notion du dommage relié au contrat ainsi que
les recours de la partie lésée en cas d'inexécution d’une obligation contractuelle.
Ce chapitre traite en dernier lieu des possibilités d’exonération de la responsabilité
contractuelle.

Pour aller plus loin


1. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005,
p548-656.
2. MALAURIE, Ph. et al, Les obligations, 2ème édition, Defrénois, 2005,
p483-533.

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Les manuels recommandés
1. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume I, Edition
Armand Colin, 2004.
2. FLOUR, J. et AUBERT, J-L., Droit civil, les obligations, Volume II, Edition
Armand Colin, 2004.
3. LARROUMET, C., Droit civil, Tome III, les obligations, Collection droit civil.
4. CARBONNIER, J., Droit civil, les obligations, Tome IV, Thémis, 2000.
5. STARCK, B, et autres, Droit Civil. Obligations, Contrat, 1998.
6. STARCK, B, et autres, Droit Civil. Obligations, Régime général, 1999.
7. MALAURIE, Ph. et al., Droit civil, Les Obligations, Defrénois, 2ème édition,
2003.
8. LEGIER, G., Droit civil, les obligations, 16ème édition, Dalloz, 1998
9. TERRE, F. et al. Droit civil, les Obligations, 9ème édition, Précis Dalloz, 2005.

Sites web
 ite de la Cour suprême de Maurice- http://www1.gov.mu/scourt/home/
S
welcome.do
Site du Gouvernement mauricien- http://www.gov.mu
Sites des documents officiels français :
http: //www.legifrance.gouv.fr
http://www.courdecassation.fr
http://www.assemblee-nationale.fr
Sites professionnels :
http://www.dalloz.fr
http://www.lexisnexis.fr

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