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Georges Vajda

Y. Moubarac. Abraham dans le Coran


In: Revue de l'histoire des religions, tome 155 n°2, 1959. pp. 249-250.

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Vajda Georges. Y. Moubarac. Abraham dans le Coran. In: Revue de l'histoire des religions, tome 155 n°2, 1959. pp. 249-250.

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NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES 249

nicains et les franciscains étaient, alors, surtout des ambassadeurs,


chargés de porter des plis, de renseigner l'Europe sur le danger que
présentaient les Tartares ou sur les possibilités de conclure avec eux
une alliance. Jean de Plan Garpin ne fut pas le premier envoyé pontif
ical au grand khan mais il partit en même temps que trois ou même
quatre autres missions de l'an 1246. Les desseins de Rubruck au
cours de son voyage ne sont pas assez connus pour que l'on puisse les
définir par ces mots : intention bien arrêtée. Les colloques religieux
des Mongols n'étaient pas provoqués par la flamme des missionnaires
et par les sentiments sceptiques et amusés de l'empereur mongol
(p. 268). Il s'agit d'une tradition altaïque fort tenace qui survivra à
la destruction de l'empire gengiskhanide. On pourrait multiplier
ainsi les exemples.
Parmi quelques lacunes, on peut déplorer que les auteurs n'aient
pas au moins évoqué les tendances religieuses des empereurs Akbar
et Jihangir aux Indes qui invitèrent les pères jésuites de Goa à se
rendre à leur capitale (cf. notre compte rendu du livre d'A. Camps,
Jérôme Xavier and the Muslims of the Mogul empire dans R.H.R.,
CLII, 1957, 233 sq.). Regrettons aussi, qu'à défaut d'un index, il
n'y ait pas, au moins, une table des textes cités et une liste des
missionnaires.
J.-P. Roux.

Arthur Jeffery. — Islam. Muhammad and his Religion (The


Library of Religion, 6), New York, The Liberal Arts Press, 1958,
xviii-252 p. — Recueil d'extraits fort pertinemment choisis, groupés
sous les rubriques suivantes : le Prophète, le Coran, formulations de
la foi, les doctrines de l'Islam, les devoirs du Musulman, la vie de
dévotion. L'éventail des sources est large, allant depuis le Coran
jusqu'aux écrits d'édification presque contemporains. Chaque section
comporte une bibliographie particulière, le tout précédé d'une liste
d'ouvrages sélective, dualité peu commode et qui risque de faire échap
per à des lecteurs pressés maintes références consignées dans le corps
de l'ouvrage alors qu'elles sont plus utiles qu'un certain nombre
d'admises dans la bibliographie générale. Signalons ici en passant
que le lecteur de langue française trouvera quelques beaux textes
musulmans de dévotion traduits dans le récent volume de M. Louis
Gardet, Thèmes et textes mystiques, Paris, Alsatia (1958), p. 133-154.
G. Vajda.
Y[ouakim] Moubarac. — Abraham dans le Coran. L'histoire
d'Abraham dans le Coran et la naissance de l'Islam. Avec un liminaire
de Louis Massignon (Études musulmanes, V), Paris, J. Vrin, 1958,
in-8° de 205 p. — Étudier les « figures bibliques » dans le Coran, c'est
prendre position sur « l'originalité » du fondateur de l'Islam, autrement
dit, sur ce qui nous paraît en fin de compte un faux problème. On a
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certes abusé sur ce point comme sur tant d'autres, de la méthode


comparative et la réaction là-contre inaugurée notamment par
M. Massignon n'est que juste et salutaire. Exagérer cette réaction en
vertu de postulats métaphysiques ou, comme c'est le cas dans le
présent livre, par un certain manque de souplesse à la fois dans la
partie constructive et la partie critique de l'enquête (hâtons-nous
d'ajouter que le sérieux et la diligence de celle-ci commandent l'estime
et le respect), voilà qui n'est peut-être pas très expédient.
Pour parler plus clairement, la tentative de M. Moubarac de
retracer le développement de la figure d'Abraham dans le . Coran
comme une expérience religieuse de Mohammed est parfaitement
justifiée et, malgré quelques bavures de forme, assez heureuse.
Était-il cependant nécessaire, pour mettre en évidence l'authent
icité de l'expérience religieuse du prophète des Arabes, de partir en
guerre contre la recherche des « sources » étrangères du Coran et la
méthode comparative, surtout en choisissant, plutôt malencontreu
sement, comme cible à ses attaques le livre certes utile sur quelques
points, mais faible et incomplet dans l'ensemble de feu David Sidersky,
dilettante en matière d'orientalisme et ignorant l'arabe.
Il tombe sous le sens, et il a été maintes fois redit, que les ense
ignements reçus par Mohammed, les emprunts conscients et
inconscients qu'il fit à ses informateurs, Juifs ou Chrétiens, ortho
doxes ou hérétiques, furent assimilés et élaborés par lui à sa manière ;
or cette manière comporte aussi bien les contresens involontaires et,
plus tard, les coups de pouce habiles que l'application à son propre
cas et la recréation dans sa conscience intime d'attitudes et de situa
tions qu'en toute bonne foi il croyait avoir été celles des prophètes
de jadis : sa quête de Dieu, l'incompréhension et la persécution
auxquelles il se trouva en butte de la part de ses concitoyens, l'incré
dulité et les^railleries qu'il rencontra de la part des Juifs ont toujours
formé le lot terrestre des envoyés de Dieu. Quant à la forme des récits
et donc l'ampleur des détails narratifs, les suppressions et sim
plifications qui engendrent parfois l'incohérence, il faut songer,
M. Moubarac Га-t-il assez fait, au genre littéraire du Coran, surtout
des sourates mecquoises : révélation heurtée, prédication passionnée
au rythme souvent incantatoire.
Dans la mesure où les analyses consciencieuses, encore que
peut-être un peu trop systématiques et raides, de M. Moubarac, aident
son lecteur à suivre les démarches de la méditation de Mohammed
sur la « typologie » d'Abraham préfigurant sa propre vocation et sa
propre carrière, prophétique, l'ouvrage est une contribution fort
estimable à l'étude psychologique des origines de l'Islam. En tant
que critique de la méthode historique, il enfonce, nous le craignons,
des portes ouvertes et combat parfois, oserions-nous dire, des moulins
à vent.
G. Vajda.