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APPRECIER LES EFFETS DU RETRAIT GONFLEMENT A PARTIR


D’ESSAIS CLASSIQUES

CARACTERISATION OF SHRINKAGE AND SWELLING OUT OF USUAL


GEOTECHNICAL LABORATORY TESTS

Catherine JACQUARD1
1
FONDASOL, Avignon, France

RÉSUMÉ – Dans le cadre du projet de recherche ARGIC2, FONDASOL a réalisé des


essais en laboratoire sur des sols fins, qui sont tous des essais classiques pour un
bureau d’étude géotechnique. L’article analyse les résultats de ces essais, et propose une
démarche d’études appliquée à la prévention de l’aléa retrait-gonflement pour les
maisons individuelles.

ABSTRACT – Involved in a collaborative research project about shrinkage and swelling of


soils and the impact on foundation (ARGIC2), Fondasol carried out several usual
geotechnical laboratory tests and analyzed a bibliographic database of geotechnical
investigations on houses sites damaged by drought effects. Guides are proposed to
classify soils throughout laboratory tests results.

1. Introduction

FONDASOL a participé aux travaux de recherche du programme ARGIC2 qui s’est


déroulé de 2010 à 2013. Sa contribution a notamment concerné la procédure d’essais de
caractérisation géotechnique de la sensibilité des sols vis-à-vis de l’aléa retrait-
gonflement.
Nous avons utilisé ainsi réalisé des essais d’identification classiques pour un bureau
d’études géotechniques (teneur en eau, limites d’Atterberg, valeurs de bleu,
granulométrie, sédimentométrie), mesure des paramètres d’état (poids volumique et
degré de saturation), et des essais mécaniques (essais de gonflement, essais de retrait).
Les sites étudiés correspondaient pour la plupart à des constructions de type maison
individuelle, sur lesquelles des désordres avaient été constatés.
Pour un grand nombre de sites et de sols, nous avons ensuite comparé les valeurs
obtenues par essais d’identification, et les valeurs résultant d’essais mécaniques ou de
comportement sur échantillons intacts, afin de proposer des corrélations permettant
d’orienter la classification du sol de fondation d’un projet de construction notamment de
maisons individuelles, particulièrement concernées par l’aléa sécheresse.
Les modes opératoires des essais réalisés respectent les normes d’essais, et nous ne
décrirons donc pas leur protocole, mais simplement les résultats obtenus.

2. Essais d’identification

Pour 67 dossiers post-sinistres nous avons mesuré d’une part la valeur au bleu (VBs) et
d’autre part réalisé une analyse granulométrique et sédimentométrique permettant
d’obtenir le passant à 2µm (C2).
A partir de ces deux essais, nous avons calculé plusieurs paramètres :
- L’ACB ou activité (Lautrin,1989) dont la classification est présentée dans le tableau 1,
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ACB = 100 x VBs / C2


- Le paramètre SB présenté par Jacquard (2007), sur une étude réalisée par Bedin
en 1999 sur les sols d’altération molassique de la région toulousaine ; Bedin a
considéré un risque de gonflement certain dès lors que SB > 100, et un faible
risque de gonflement pour SB < 50,
SB=VBs x C2
Nous avons représenté (figure 1) la classification de MAGNAN (1989), en fonction de
VB et C2, complétée par le produit SB, les mesures effectuées sur les 67 dossiers traités.

Tableau 1. Classification par Danielle Lautrin (1989) de la fraction argileuse


Classes ACB Activité des argiles
7 > 18 Nocives
6 13 à 18 Très actives
5 8 à 13 Actives
4 5à8 Normales
3 3à5 Peu actives
2 1à3 Inactives
1 <1 Sols non argileux

Figure 1. Identification de 67 dossiers post-sinistres selon la classification de Magnan.


Apa: argile peu active Lpa: limon peu actif
Ama: argile moyennement active Lma: limon moyennement actif
Ata: argile très active Lta: limon très actif

Sur les 67 essais d’identification sur ces dossiers présentant une pathologie liée au
comportement différentiel des fondations, on constate ainsi que :
- 87% donnent une classe de nocivité selon Lautrin (1989) de 7 à 5 (nocives à
actives), 13% donnent une activité normale ; aucun essai n’a donné de classe 1 à
3.
- 93% donnent un critère SB > 50 selon Bedin (1999), dont 70% un critère SB > 100
indiquant un risque de gonflement certain.
Sur la base de cette analyse, on peut donc considérer que d’après ces
classifications l’aléa lié au phénomène de retrait- gonflement est avéré dès lors que :
VBs x C2 > 50, ou 100 VBs/C2 > 8.
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3. Essais de retrait linéaire sur échantillon non remaniéPrincipe de l’essai

Cet essai est réalisé selon la norme NF P 94-060-2. Il consiste à déterminer la


déformation axiale et la teneur en eau correspondante d’une éprouvette de matériau à
différents stades de sa dessiccation. Avec ces données, on trace la courbe ∆H/H (H :
hauteur initiale de l’échantillon) en fonction de w (teneur en eau).
La limite de retrait effective wre, est la teneur en eau en dessous de laquelle le sol ne
diminue plus de volume (∆H/H= quasiment constante) pour une perte d’eau, et le
coefficient de retrait linéaire Rl est la pente de la droite de variation de ∆H/H en fonction
de la teneur en eau au-dessus de wre. Pour des teneurs en eau inférieures à wre, l’argile
se désature, pour des teneurs en eau supérieures à wre, l’argile est en état hydrique
saturé, avec pression d’eau négative (succion). Nous appellerons par la suite, wmax, la
teneur en eau pour laquelle l’argile présente une succion nulle.
On remarque que sur un grand nombre d’essais, les points ne s’alignent pas et qu’il est
plus correct d’interpréter l’essai en définissant plusieurs pentes comme cela est présenté
sur la figure N°3, alors que la démarche habituelle est de considérer une pente moyenne
de valeur RL(figure N°2).

3.2. Estimation du tassement lié au retrait

Cet essai peut être utilisé pour déterminer les tassements potentiels dus au retrait, pour
une épaisseur H de sol, sujet à la dessiccation. Pour cela on utilise les formules
suivantes:
∆H
= Rl.( wmax − wre )
H pour l’estimation du tassement potentiel maximal
∆H
= Rl.( w0 − wre )
H pour l’estimation du tassement à partir de l’instant t (w=w0).

Nous avons estimé le tassement d’un sol homogène sous une fondation, à partir de
l’essai de retrait en considérant le modèle à deux pentes présenté sur la figure 3.
Nous avons considéré que la fondation se situait à -0.50m/TN avec un profil hydrique
« hiver » à wmax jusqu’à 1m de profondeur, puis diminuant de façon plus ou moins rapide
jusqu’à 15,2% à 3m de profondeur. Nous avons considéré que ce profil pouvait s’abaisser
jusqu’à un profil « été » tel qu’on est à wre = 10 % jusqu’à 1m de profondeur, puis qu’on
augmente plus ou moins rapidement jusqu’à une teneur de 15,2% à 3m de profondeur.

10

8
Pente unique: RL= 0,72 entre
7
wmax= 20,3 et wre = 10,8 %
6
DH/DH0 (%)

0
0 5 10 w (%) 15 20 25

Figure n°2 : Echantillon prélevé sur la région Marseillaise - Interprétation une pente
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10

7
Pente 2: RL= 0,59 entre
6 w1 =19,2 et wre =10%

DH/DH0 (%)
5

2
Pente 1: RL= 1,61 entre
1
wmax =20,3 et w1 =19,2 %
0
0 5 10 w (%) 15 20 25

Figure n°3 : Echantillon prélevé sur la région Marseillaise - Interprétation deux pentes

Le premier calcul présenté sur la figure N°4, juxtaposé aux profils hydriques, donne un
tassement potentiel de 9,1 cm. Avec ce profil de teneur en eau, en utilisant les données
de la figure N°2 (une seule pente), le tassement aurait été de 10,1 cm.
Le second calcul est réalisé en partant d’une teneur en eau w0= 15,2%, homogène
jusqu’à 3m de profondeur, à mi-chemin entre les profils « été » et « hiver » ; le tassement
potentiel correspondant est alors de 4,2 cm. Avec ce profil de teneur en eau, en utilisant
les données de la figure N°2 (une seule pente), le tassement aurait été de 5,1 cm.
Pour limiter le tassement potentiel de retrait à 2 cm, il faudrait dans le 1er cas,
approfondir le niveau d’assise de fondation à 1,7m, et dans le 2nd cas à 1,3m seulement.
On pourrait également prévoir des trottoirs périmétriques protégeant les sols des
variations hydriques, pour éviter d’approfondir trop le niveau d’assise des fondations.

Figure n°4 : Profil hydrique et tassement de retrait correspondant.

3.3. Appréciation de la sensibilité à partir de cet essai

Dans le projet ARGIC, nous avions établi à partir d’une base de données d’essais sur
des maisons ayant subi les effets de la sécheresse, un graphe représentant la plage
maximale de rétractance possible (wmax-wre) en fonction du coefficient de retrait linéaire
∆H ∆H
RL, ainsi que les courbes correspondant aux tassements = 2cm / m et = 4cm / m .
H H
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Nous avons complété ce graphe (figure N°5) avec les données des derniers essais de
retrait réalisés et collectés dans le cadre d’ARGIC2, soit 140 dossiers au total.
On remarque que:
∆H
86% des essais se situent au dessus de la courbe = 2cm / m ,
H
∆H
54% se situent même au dessus de la courbe = 4cm / m ,
H
66% des essais présentent un coefficient de retrait RL > 0.4, et 86% un RL > 0.3.
Ainsi, sur la base de l’exploitation de notre base de données, on peut considérer qu’un
sol est potentiellement sensible au retrait lorsque Rl . (wmax-wre) > 2.

Figure n°5 : Répartition des échantillons en fonction de RL et de ( wmax – wre).

3.4. Potentiel de retrait résiduel

On note aussi qu’au moment du prélèvement, une grande proportion de ces sols
présentait une teneur en eau inférieure à la teneur en eau maximale c'est-à-dire qu’ils
avaient déjà subi des effets de la dessiccation. Nous avons défini le potentiel de retrait
résiduel PRR =(w0-wre)/(wmax-wre), qui traduit le potentiel de variation de teneur en eau
encore possible entre l’état hydrique maximal wmax, et la limite de retrait effective wre.
Lorsque PRR = 1, le potentiel de retrait résiduel est maximal
Lorsque PRR = 0, le potentiel de retrait résiduel est très faible ou nul.
On note que sur les 134 dossiers analysés, 70% présentent un potentiel de retrait
résiduel élevé (PRR ≥ 0.7), et 35% un potentiel de retrait résiduel très élevé (PRR ≥ 0.9).
La perte de quelques points de teneur en eau après la construction est donc possible,
et peut être à l’origine d’un sinistre. Le risque est d’autant plus important que le coefficient
RL est élevé, que le sol présente une plage de rétractance potentielle wmax – wre
importante, et que la teneur en eau w0 au moment de la construction est proche de la
teneur en eau maximale.

3.5. Comparaison avec d’autres paramètres d’identification

Nous avons mis en correspondance le coefficient RL avec les autres paramètres mesurés
en laboratoire pour les échantillons présentant des RL > 0,7.
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Tableau n°2 : Paramètres mesurés en laboratoire pour les échantillons de Rl≥0.7


Retrait oedomètre tenu libre Limites Atterberg Activité

σ'g(kPa)

σ'g(kPa)

σ'g(kPa)
γδ(KN/m3)

wre(%)
Sr (%)
w0(%)

wl(%)
Ville Département

lp(%)

ACB
Cg
Rl
Gargas 84 15.3 98 19.0 13 1.000 43 21
villars 84 20 0.930 62 34
paradou 13 20.5 96 17.8 10.8 0.720 43 52 28 9
paradou 13 13.3 89 19.0 13.2 0.760 16 30 10 8
heslin l'abbe 62 28 100 15.5 20.9 1.010 129 170 63 33
Daux 31 17.9 85 17.2 16.4 0.855 0.047 110
Bellegarde
31 22 98 16.8 16 0.701 0.044 40
sainte Marie
Lacapelle
46 25.3 100 16.2 16.6 0.888 0.078 60
Marival

On notera que pour :


- le coefficient de gonflement mesuré à l’oedomètre Cg, est supérieur à 0.04,
- les limites d’Atterberg (wl et Ip) sont, dans le diagramme de Casagrande au dessus
de la courbe A et dans la zone réputée des argiles gonflantes selon G.
Philipponnat,
- les pressions de gonflement sont assez variables (élevées pour deux échantillons
et moyennes pour les autres).
- L’activité selon Lautrin est de 8 et 9 c'est-à-dire représentative des argiles plutôt
actives.

Il n’existe pas de corrélation précise entre ces différents paramètres mais on constate à
travers ces huit dossiers, que systématiquement :
- la valeur du coefficient de gonflement Cg, mesurée à l’essai oedomètre est élevée
(supérieure à 0.04) - trois mesures;
- l’activité ACB mesurée à travers la valeur au bleu traduit une argile plutôt active
(supérieure ou égale à 8)- 2 mesures ;
- les limites d’Atterberg se situent au-dessus de la droite de Casagrande - 5
mesures.

4. Essais de gonflement

Nous nous sommes aussi intéressés aux différents types d’essais permettant de mesurer
le potentiel de gonflement d’un sol argileux. Pour cela, nous avons réalisé sur trois sites,
des essais de gonflement selon différents modes opératoires:
- essai de gonflement œdométrique en plusieurs points selon le protocole de la
norme XP P94-091 : on mesure les amplitudes de déformation sous différentes
contraintes d’échantillons intacts mis en présence d’eau, et on en déduit une
pression de gonflement;
- essai œdométrique réalisé selon le protocole de la norme NFP94-090-1 : on imbibe
l’échantillon, on l’empêche de gonfler et on mesure la pression nécessaire pour
empêcher le gonflement : essai de gonflement tenu;
- mesure de la pression de gonflement libre: on laisse l’échantillon gonfler librement
en présence d’eau, et on mesure la pression nécessaire pour recomprimer
l’échantillon à son volume initial.
Les principaux résultats présentés dans le tableau 3 indiquent :
- pour des teneurs en eau initiales voisines, les valeurs de pressions de gonflement
mesurées par les méthodes du gonflement tenu et du gonflement libre sont assez
proches.
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- la pression de gonflement donnée par l’essai en plusieurs points (XP P 94-091)


est 3 à plus de 20 fois plus élevée que celle mesurée avec les autres modes
opératoires. Cela s’explique par le fait que les échantillons ne subissent pas les
mêmes chemins de contraintes : les mesures de gonflement tenu ou libre se font
sur un échantillon qui n’est soumis à aucune contrainte, tandis que l’essai de
gonflement par points, mesure le gonflement après chargement et saturation. On
renvoie à la lecture de Bigot et Zerhouni (2000) qui explique comment l’état initial
du sol conditionne largement son comportement ultérieur.

Tableau n°3 : Résultats des différents essais de gonflement sur 4 dossiers


γd (KN/m3) w (%) Sr (%) σ'g (kPa) Rg
Profondeur (poids
Dossier Type d'essai Etat (teneur en (degré de (pression de Rapport de
(m) volumique
eau) saturation) gonflement) gonflement
sec)
initial 14.97 27.5 93.5
Gonflement tenu 129
final 15.5 27.8 100.0
initial 15.25 26.9 95.9
Gonflement libre 170
final 15.43 28 100.0
Epr initial 15.5 27.9
1 final 15.1 31.6
1 4.5-5.5
Epr initial 15.7 27.1
XP P 94 2 final 15.8 29
531 2.484
091 Epr initial 15.5 27.6
3 final 16 28.4
Epr initial 15.5 27.6
4 final 16 27.6
initial 16.75 20.2 91.3
Gonflement libre 61
final 16.74 21.9 99.8
Epr initial 17.5 19.8 92.8
1 final 17.5 21.4 98.4
Epr initial 17.6 19.2 91.8
2 0.5-1.7
XP P 94 2 final 17.6 20.9 100.0
549 0.869
091 Epr initial 17.6 20 95.3
3 final 18.4 20.9 100.0
Epr initial 17.4 20.4 93.8
4 final 18.4 21.3 100.0
initial 17.33 9.8 47.7
Gonflement tenu 24
final 17.22 20.1 99.5
3 2-3.3
initial 19.72 7.9 58.0
Gonflement libre 7
final 19.79 12.8 100.0

Le potentiel de gonflement d’un sol doit donc être étudié au cas par cas en fonction,
d’une part, des conditions initiales en utilisant des échantillons non remaniés et, d’autre
part, des conditions prévisionnelles finales, notamment des contraintes mécaniques
extérieures qui seront transmises au sol.
Les essais de gonflement libre et de gonflement tenu ne permettent pas de
caractériser convenablement l’effet du chemin de contraintes; par conséquent, la valeur
de pression de gonflement mesurée selon le protocole de la norme XP P 94-091 est celle
qui caractérise le mieux la pression au-delà de laquelle aucun gonflement ne peut être
observé pour un état hydrique initial donné.
Toutefois ce mode opératoire ne représente pas exactement ce qui va se produire
sous une fondation, car dans cet essai, le sol est bloqué latéralement et ne peut que se
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déformer verticalement, ce qui n’est pas le cas dans la réalité. C’est pourquoi nous
pouvons avoir sur des dossiers post-sinistres, des pressions de gonflement supérieures
aux contraintes apportées par la structure au niveau des fondations et n’avoir pas
constaté de désordre dû au gonflement.

5. Paramètres d’état

La mesure de la masse volumique du sol sec γd (NF P 94-054) qui permet de connaître
l’état de compacité d’un sol et est fonction de l’état de contrainte dans le sol au moment
du prélèvement, doit être réalisée sur échantillon intact. La mesure de la teneur d’un sol w
(NF P 94-050) caractérise l’état hydrique à la profondeur et au moment du prélèvement.
Des travaux ont été réalisés sur ces deux paramètres (Jacquard, 2007). A partir de la
base de données ARGIC1/ARGIC2 (271 dossiers) nous avons repris les résultats de ces
mesures et reporté ces points sur le diagramme w-γd (figure N°6), en distinguant les
points en fonction du coefficient de retrait RL (5 catégories : RL<0.3, 0.3<RL<0.4,
0.4<RL<0.5, RL>0.5 et RL non déterminé).
On remarque que les points sont dans leur grande majorité encadrés par deux
droites d’équations γd = -0.12 w +17 et γd= -0.26 w +23.
On peut définir une droite intermédiaire γd = -0.17 w +19 au-dessus de laquelle le
risque de rétractance des sols est très important : cela correspond à des échantillons
présentant généralement des coefficients RL > 0.3.

20
Masse volumique du sol sec - γd (kN/m3)

18 gd=- 0.12w+17
gd=- 0.26w+23
Rl non déterminé
Rl<0.3
16
0.3<Rl<0.4
0.4<Rl<0.5
Rl>0.5

14 gd=- 0.17w+19

12
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Teneur en eau - wnat (%)

Figure 6. Diagramme wnat-γd pour les échantillons post sinistres

6. Proposition de caractérisation de la sensibilité au retrait-gonflement

Pour caractériser la sensibilité d’un sol vis-à-vis des phénomènes de retrait et de


gonflement, pour des projets de construction nouvelle, il convient de réaliser des
investigations in-situ et des essais de laboratoire, afin de connaître :
- la coupe lithologique et son éventuelle hétérogénéité ; et à travers cette coupe
caractériser l’épaisseur des formations sensibles aux variations hydriques,
- caractériser le comportement des sols dits sensibles à partir de critères déduits des
essais de laboratoires,
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- établir la présence d’une nappe phréatique, de circulations d’eau susceptibles


d’impacter l’état hydrique des sols.

A partir des conclusions d’ARGIC1 et du travail effectué sur ARGIC2, nous proposons
donc une démarche nouvelle et pragmatique de caractérisation des sols vis-à-vis du
risque retrait-gonflement. La démarche traditionnelle rend obligatoire le prélèvement
d’échantillons intacts, et donc la réalisation de carottages pour prélèvement d’échantillons
intacts. Mais les analyses et les corrélations ci-dessus nous ont permis d’élaborer une
caractérisation préliminaire, qui constitue la première partie de la démarche.

La première partie de la démarche est basée sur l’identification des sols, ce qui impose
des prélèvements d’échantillons complets en sac plastique étanche, pour être
représentatifs de la granulométrie d’une part et de l’état hydrique au moment du
prélèvement d’autre part. Elle permet une approche préliminaire pragmatique du niveau
de sensibilité des sols aux variations hydriques, en utilisant les résultats d’essais de
laboratoire que tous les bureaux d’étude géotechniques sont en mesure de réaliser.
Lorsque cette première partie conduit à identifier des sols a priori sensibles, il est alors
recommandé :
- soit de prendre des dispositions constructives pour s’affranchir complètement de
ce risque ;
ème
- soit de réaliser des essais mécaniques (2 phase de la démarche) pour quantifier
l’amplitude des phénomènes, et en tenir compte dans l’adaptation du projet de
construction, pour que ces effets ne génèrent pas de désordre.

6.1. Catégorie 1 : sols insensibles aux variations hydriques


Les sols contenant une proportion de sables et graviers importante (plus de 88% de la
fraction 0-50mm) et dont la valeur au bleu est inférieure à 0.1 (VBs<0.1), sont considérés
comme inactifs vis-à-vis des variations volumiques de type retrait-gonflement, liées à l’état
hydrique. Selon la norme NF P11-300, ces matériaux sont classés B1, B3, D1, D2 et D3.

6.2. Catégorie 3 : sols a priori sensibles aux variations hydriques


A contrario, on considérera que les sols sont potentiellement sensibles aux variations
hydriques, et présentent un aléa certain vis-à-vis du phénomène de retrait-gonflement,
dès lors que :
- La proportion d’argile (C2) contenue dans le sol est supérieure à 20% : C2 > 20%
ou
- Le sol est situé au-dessus de la courbe de la droite de Casagrande dans le
diagramme WL/IP et IP>25, ou
- La valeur de bleu VBs est supérieure à 6 : VBs > 6
Cela correspond aux sols classés A3 et A4 selon la norme NF P 11-300.
Des essais de retrait et de gonflement sur échantillons intacts seront nécessaires pour
quantifier le risque (amplitude de tassement (retrait) et amplitude de gonflement).

6.3. Catégorie 2 : sols intermédiaires


Cette catégorie correspond à tous les sols n’appartenant pas aux deux catégories
précédentes. Pour ces sols il est nécessaire de compléter l’analyse pour affiner les
risques, notamment en les classant avec un des critères suivants.
Critère n°1 : Activité selon ACB = 100 x VBs/C2 et SB= VBs x C2
Si on a moins de 10% d’argile (C2 < 10%), le critère SB n’est pas significatif, il est
préférable d’utiliser le critère ACB:
- Risque faible si ACB < 7
- Risque moyen si 7 ≤ ACB ≤ 12
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- Risque élevé si ACB > 12


Si on a plus de 20% d’argile (C2 ≥ 20%), les critères proposés sont :
- Risque faible si SB ≤ 50 et ACB ≤ 7
- Risque moyen si SB > 50 et ACB< 12 ou 7<ACB< 12 et SB < 50
- Risque élevé si SB > 100 ou ACB > 12
Critère n°2 : Limites d’Atterberg et passant à 2µm
Sur la base des classifications à partir des limites d’Atterberg, on peut distinguer :
- Risque faible si sol situé en dessous de la droite de Casagrande , ou IP<12 et
WL<20
- Risque fort si IP > 25 ou WL > 40
- Risque moyen pour les autres cas.
Critère n°3 : Essai de retrait
On considère que l’aléa est fort dès que RL > 0.3.
Dans la pratique, pour que le risque soit important il faut aussi que la plage de
diminution potentielle de teneur en eau soit élevée. Ainsi pour avoir un risque de
déformation de ∆H/H= 3% il faut :
- Pour RL = 0.3, que wnat-wre ≥ 10%
- Pour RL = 0.5, que wnat-wre ≥ 7%
- Pour RL = 0.6, que wnat-wre ≥ 6%

7. Conclusions

A partir d’essais d’identification complets (teneur en eau, de préférence valeur de bleu,


sinon limites d’Atterberg, granulométrie et sédimentométrie), il est donc possible en
première approche de caractériser qualitativement la sensibilité au retrait-gonflement de
sols de fondations. Ces essais accompagnent bien sûr l’établissement d’un profil
géotechnique du site jusqu’à au moins 6 m de profondeur. Les essais mécaniques (essai
de retrait linéaire, essai de gonflement selon XP P 94-091), ainsi qu’un profil hydrique,
seront nécessaires pour quantifier les risques de déformation. Ces essais nécessitent la
réalisation d’un sondage carotté.

8. Références bibliographiques

Bigot G., Zerhouni M. (2000) Retrait, gonflement et tassement des sols fins. Bulletin des
laboratoires des Ponts et Chaussées n°229
Jacquard C. (2007) Pathologie des fondations superficielles sur les sols argileux retour
d’expérience en Midi-Pyrénées. Revue française de géotechnique n°120-121.
Jacquard C., Zerhouni M. (2008) Proposition d’une méthodologie d’étude pathologique
des constructions. Symposium international Sécheresse et constructions Vol 1.
Lautrin D. (1987) Une procédure rapide d’identification des argiles. Bulletin de liaison des
laboratoires des ponts et chaussées n°152.
Magnan J.P., Youssefian G. (1989) Essai au bleu de méthylène et classification
géotechnique des sols. Bulletin de liaison des laboratoires des ponts et chaussées n°159.
Philipponnat G (1978) Désordres dus à la présence de sols gonflants dans la région
parisienne. Annales de l’ITBTP n°364.
Philipponnat G. (1991) Retrait-Gonflement des argiles, proposition de méthodologie.
Revue française de géotechnique n°57.
Philipponnat G., Hubert B. (2000) Fondations et ouvrages en terre. Eyrolles.
Rapport Fondasol – Projet ARGIC – Avril 2009.

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