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Les origines du logement social à Rennes

ou le temps des habitations à bon marché


par Benjamin Sabatier


Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

JUILLET 2006

Histoire de Rennes Dossier

Les origines du logement social à Rennes


ou le temps des habitations à bon marché
par Benjamin Sabatier

Les prémices d’une politique


du logement social . . . . . . . . . . . . . 3

De l’initiative privée
à l’intervention publique. . . . . . . . 4

La création des Offices


publics d’HBM. . . . . . . . . . . . . . . . . 6

Le temps des réalisations : une


laborieuse mise en œuvre . . . . . . . 6

Une loi pour relancer le logement :


la loi Loucheur . . . . . . . . . . . . . . . 10

Deux collaborations : « Les maisons


des Étudiant(e)s » . . . . . . . . . . . . . 14

La fin des HBM . . . . . . . . . . . . . . . 16


L
iée aux débuts de la révolution industrielle, la politique française relative au logement
social est timide au regard de ses voisins européens ; cependant, plusieurs lois
favorisent la création d’habitations destinées aux ouvriers en France1 et à Rennes.
Quelles sont ces initiatives prises par les pouvoirs publics afin d’aider au développement
de ce type de construction ? Quelles sont les implications au niveau local ? Une première
phase qui comprend deux lois : celle du 13 avril 1850 pour l’assainissement des habitations
insalubres, pas ou peu appliquée, et celle de 1894, qui offre un cadre à la construction de
logements sociaux par l’initiative privée. Puis, une deuxième phase marquée par la loi du
23 décembre 1912, dite loi Bonnevay, qui met en place l’intervention publique. Enfin, la loi
du 13 avril 1928, plus connue sous le nom de loi Loucheur, donne une nouvelle impulsion
à la construction de logements dits HBM2. Ainsi, à Rennes, des cités sont construites par
les offices publics d’HBM, alors qu’en parallèle des sociétés coopératives continuent à
aider au financement de nouvelles habitations.

Une circulaire du 10 avril 1907 donne une définition du logement social3 : ce sont des
habitats que l’on attribue à des familles sans grands revenus, des ouvriers et des employés,
des familles nombreuses ou des invalides. Trois critères peuvent caractériser les HBM : elles
sont destinées à des personnes peu fortunées, leur valeur locative ne peut dépasser le
maxima fixé par la loi et elles doivent être salubres. Le développement des HBM est un
phénomène d’abord urbain4, lié à la hausse de la population des villes5, mais aussi en
réaction au développement du « taudis ». C’est dans ce contexte que les premières lois sur
les logements insalubres sont mises en place.

Les prémices d’une politique du logement social


La première est promulguée le 13 avril 1850 sur l’initiative d’Armand de Melun, député
d’Ille-et-Vilaine6. Elle prévoit la création de commissions d’assainissement et donne la
possibilité aux municipalités de mettre fin au taudis par la démolition des immeubles
insalubres. Elle n’est malheureusement que peu appliquée. En 1854, une enquête
nationale est menée dans les départements français sur les conditions de vie des ouvriers.
La situation n’est pas bonne : le rapport d’enquête de la Commission cantonale d’hygiène
sur les « habitations d’ouvriers et indigents, corps de logis des fermes » indique ainsi à
Fougères qu’« en général les habitations d’ouvriers sont très défectueuses. Dans la ville et
particulièrement dans les rues de Vitré, de Marchix, des Fontaines, d’Antrain et de Sévigné.
Elles sont le plus souvent au-dessous du sol, manquent d’ouvertures, sont étroites et
basses d’étage, l’air y est humide, s’y renouvelle difficilement et son volume insuffisant
par rapport au nombre d’habitants. L’ordre et la propreté y laissent à désirer ; la literie très
défectueuse se compose d’une paillasse et d’une calière trop rarement renouvelées »7.
La situation rennaise est sensiblement la même, on pense alors aux quartiers de la rue de
Saint-Malo ou de la rue de Brest dont certaines maisons sont encore debout au milieu des
années 1960.

Auparavant, le docteur Toulmouche, professeur à l’École préparatoire de médecine et de


pharmacie de Rennes, donne des indications sur le taux de mortalité de la ville, lequel est
très important dans les quartiers ouvriers. Il décrit ainsi les logements ouvriers au début
du XIXe siècle : « Les escaliers sont la plupart du temps nullement ou insuffisamment
éclairés ; dégradés, rarement nettoyés malgré que les marches recouvertes d’une boue
tenace, grasse, à moitié desséchée, y forment une croûte. Les étages sont bas, divisés en
chambres avec ou sans cabinet, dans lesquelles se loge toute une famille. Il n’y a pour
ouvertures qu’une fenêtre et la porte. Une vaste cheminée enfume cet intérieur. Les étages


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ou le temps des habitations à bon marché

supérieurs sont encore plus misérables (…) en sorte que les malheureux qui les habitent
sont réduits à réchauffer leurs membres engourdis par le froid avec quelques portions de
fagots ou de charbon allumés dans une terrine. (…) Le plus souvent, il existe des latrines
communes, ouvertes, sans lunette, construites dans un angle, sans aucunes fermetures, en
sorte que leurs entrées sont encombrées d’immondices dont il s’exhale des gaz irritants et
une odeur insupportable »8. Il faut attendre 1881 pour qu’une commission des logements
insalubres voie le jour dans la ville de Rennes sous l’initiative du maire Edgar Le Bastard9.
Cette commission a cependant des pouvoirs limités10. La propriété est un droit sacré
auquel il est difficile de s’attaquer.

En France,les idées issues du socialisme utopique et de Fourier se concrétisent dans quelques


réalisations remarquables comme le Familistère de Guise de Jean-Baptiste Godin, édifié à
partir de 1858. Des logements ouvriers sont également construits rue Rochechouart à Paris
par Napoléon III en 1863. Des pavillons sont établis par le chocolatier Meunier à Noisiel en
1874, d’autres par Schneider au Creusot ou par la Fondation Rothschild à Paris. Ce sont
là des exceptions au XIXe siècle dans le paysage français. L’initiative vient exclusivement
des patrons11. Le Bastard, maire de Rennes et propriétaire d’une tannerie, construit vers
1890, « près de son usine située au canal Saint-Martin un ensemble d’habitations d’une
pièce disposées en U autour d’un petit puits destinées à loger gratuitement les ouvriers
de l’entreprise »12. Mais, durant cette seconde moitié du XIXe siècle, les réalisations
demeurent encore rares et ne sortent pas de l’initiative individuelle. Il faut attendre une
nouvelle loi qui va donner un cadre à la création de sociétés d’HBM.

De l’initiative privée à l’intervention publique.


Ainsi, au début du XXe siècle, la loi Siegfried du 30 novembre 1894 fixe un cadre juridique
aux sociétés d’HBM. Elle confère des prêts à taux réduits auprès de la Caisse des dépôts
et consignations, permet une exonération des impôts directs, donne une assurance à la
veuve en cas de décès du père de famille ainsi que des aides pour les sociétés prêteuses.
Mais elle est aussi connue pour instaurer, sur la base du volontariat, des comités de
patronage dans les départements. Deux comités sont créés en Ille-et-Vilaine en 1896 (un
à Fougères et un à Rennes13). Ils délivrent des certificats de salubrité après une visite des
maisons des propriétaires qui demandent une subvention au titre des HBM. Il arrive que
des certificats ne soient pas attribués à cause de la non-conformité des logements visités.
Ainsi, la maison Bénis, visitée en 1908 par le comité, se voit refuser le certificat : « La maison
Bénis se compose de quatre pièces louées isolément à raison d’une par ménage. Il semble
à la commission que pour pouvoir être considéré comme salubre, un logement devrait
être composé d’au moins deux pièces. (…) Le Comité, considérant qu’on ne peut regarder
comme salubre un logement d’une seule pièce, refuse le certificat à la maison Bénis »14. Le
comité considère que la pièce unique pour une famille n’est pas conforme. Elle correspond
en effet davantage aux taudis décrits par le docteur Toulmouche dans lesquels vivent de
nombreux ouvriers.

Par la suite, la loi Strauss, promulguée le 12 avril 1906, oblige la création d’au moins un
comité par département. Le comité local de Rennes, qui fusionne avec celui de Fougères
en 1898, prend alors le nom de « comité départemental de patronage des HBM » ; son
président est l’ingénieur en chef du département, Corbeaux, et le vice-président, Janvier15,
président du syndicat des entrepreneurs. Il y a aussi Pinault, le maire de Rennes, Le Hérissé,
député, et Ballé16, architecte des bâtiments de l’État. En 1901, Janvier fournit un rapport


sur les HBM dans lequel il explique sa préférence pour les maisons individuelles aux cités
ouvrières collectives17. Il est donc très tôt engagé sur la question, une initiative qu’il va
réitérer par la suite en tant que maire. Il faut cependant constater que l’action n’a pas
dépassé le cadre de l’initiative privée et celle des comités est toujours limitée. On trouve
encore en France quarante départements sans comités de patronage à la veille de la
Grande Guerre. De même, l’action n’est pas égale dans tout le département et comme le
constate le comité en 1910 : « Il est notamment très frappant que dans une ville comme
Fougères, centre industriel important, le problème du logement ouvrier ait jusqu’à présent
fort peu attiré l’attention. »18

À Rennes, le conseil municipal, dans sa séance du 24 mars 1908 sous la présidence de


Pinault, décide l’exemption de l’impôt foncier et de celui des portes et fenêtres19 pour les
HBM. Le 10 avril, la loi Ribot institue les SACI20. La Caisse d’épargne de Rennes va ainsi créer
la SACI d’Ille-et-Vilaine en 1913 qui offre des prêts avantageux21, mais elle ne se charge ni
de la construction, ni de la gestion des HBM.

En parallèle, deux sociétés coopératives sont créées à Rennes. La première, la Ruche


ouvrière, est fondée en 190222. Elle commence par bâtir des maisons individuelles dans
des lotissements aménagés. Ainsi, en 1905, une cité HBM, est construite par Charles Rallé
allée André-Chesnier23. C’est un des premiers exemples connus de la Ruche encore visible.
Par la suite, Ma Maison24 est constituée en 1910 par Périnet25, Morcrette et Boley lors de
réunions au café de la Poste. Suite à ces réunions préliminaires, le 29 mai 1910, cinquante
personnes se réunissent dans la salle du présidial à la mairie de Rennes, et enfin, le 10
août 1910, un décret annonce la création de la société. Périnet, Daboval et Boley, membres
de Ma Maison, vont également participer au comité de patronage. La société ne vend
pas, mais loue avec une promesse d’attribution et c’est le sociétaire qui décide avec
l’architecte des plans et du prix de la construction. Dès 1912, Périnet envoie des lettres aux
principaux industriels rennais comme Oberthür et Zwingelstein afin de les sensibiliser à sa
société coopérative26. C’est aussi la volonté de la Ruche créée dix ans plus tôt qui explique
ainsi qu’« une des habitudes qu’il est le plus urgent d’inculquer aux personnes de la classe
aisée, serait précisément de faire dans la gestion de leur fortune une part aux placements
“sociaux” »27. Au début de l’année 1913, Périnet démissionne de Ma Maison, Oscar Leroux le
remplace à la présidence en tant qu’« administrateur de talent et mutualiste convaincu »28
selon les propos d’un des fondateurs.

C’est le temps des initiatives individuelles : des logements sociaux sont construits par la
fondation Marçais-Martin près de Pontchaillou avant 1914 par Le Ray. Ils sont détruits lors
des bombardements de la Seconde Guerre mondiale29. En 1912, un autre projet de Ma
Maison prévoit une cité jardin dans le quartier des Mottais entre le faubourg de Fougères, le
boulevard de Metz et le boulevard Sévigné. C’est Georges Nitsch qui est chargé de dresser
les plans, mais le projet est ajourné faute de subventions30. Des HBM sont néanmoins
créées dans ce quartier par plusieurs architectes comme Lecointre, Ballé ou Nitsch. Ce sont
toujours des initiatives ponctuelles et des logements individuels.

La loi du 23 novembre 1912, dite loi Bonnevay, marque une étape importante car elle
institue les offices publics à organisation tripartite. Les pouvoirs publics entrent en scène.
Les communes sont alors autorisées à faciliter la réalisation d’HBM même à but locatif, en
confiant la construction à des offices publics.


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La création des Offices publics d’HBM.


Ainsi, à partir de 1913, vont être créées des Offices publics d’Habitations à bon marché31
au sein des municipalités. C’est ce que décide la ville de Dinard dès 1915, mais son office
ne se réunit pour la première fois qu’en 1921. Dans une délibération du 19 septembre
191932, la ville de Rennes décide de mettre en place un office public, constitué le 24 avril
1920. L’office se compose de six membres du conseil municipal, six membres nommés par
le préfet et enfin six autres par des institutions des HBM et de prévoyance sociale33. Dès sa
création, Wilfrid Guillaume34 est président.

Ainsi, la création de l’Office de la Ville de Rennes est une initiative de la municipalité


Janvier, lequel explique ses motivations : il veut louer à bas prix des logements collectifs
et non favoriser l’accession à la propriété ni donner des logements gratuits. Janvier sent
ici l’importance de l’action municipale : « Je m’empressai donc, dans mes voyages à Paris,
d’aller prendre au ministère du Travail et de la Prévoyance sociale tous les renseignements
nécessaires pour organiser dans notre ville une œuvre qui réponde aux besoins pressants
de l’heure actuelle (…) »35. Pour le maire, les sociétés existantes n’ont qu’un moyen d’action
limité et seule une institution publique et non une société privée peut, par le moyen des
offices, favoriser la construction de logements ouvriers. Afin de marquer l’implication de
la ville, le conseil municipal dote l’office d’une subvention de 150 000 francs payable en
dix annuités36.
Une circulaire ministérielle de septembre 1918 relative aux habitations à bon marché
explique ceci : « Le devoir social de combattre avec la dernière énergie la tuberculose
et l’alcoolisme, de régénérer au moyen du logement une race affaiblie par les pertes
sanglantes qu’elle aura subies et les privations dues à la cherté de la vie, s’imposera
avec un caractère d’urgence qui ne souffrira aucun atermoiement »37. L’alcoolisme doit
être combattu. Bahon, conseiller municipal, indique ainsi que « plus que jamais la lutte
au taudis devient nécessaire ; plus que jamais il est difficile aux familles nombreuses de
trouver un asile sain et simplement convenable. J’ajoute que l’établissement légal de la
journée de 8 heures rend indispensable l’attrait d’un logis riant. L’ouvrier, qui aura plus de
loisirs, a besoin d’un intérieur agréable qui l’invite à rentrer chez lui ; c’est autant de pris
au cabaret »38.

C’est aussi grâce à la loi Bonnevay que l’Office départemental des HBM, présidé par
Lefas39, est institué par décret du 12 mai 1921 sur la demande du conseil général, qui
explique que « l’Office peut acquérir des terrains, pour les revendre après les avoir lotis en
parcelles et aménagés, sans aucun bénéfice, en terrain à construire ou en jardins »40. Dans
une lettre adressée au maire en 1921, le président explique que « rentrent dans la mission
de cet office : l’aménagement, la construction et la gestion de maisons salubres régies
par la loi du 12 avril 1906 ; l’assainissement de maisons existantes ; la création de cités
jardins et celle de jardins ouvriers »41. L’Office entre en activité rapidement42 bien que la
conjoncture ne soit pas toujours favorable.

Le temps des réalisations : une laborieuse mise en


œuvre
Le 1er mai 1927 est organisé un congrès des organismes d’HBM de la région nord-ouest
où des architectes comme Ballé et Nitsch sont présents43. Ils proposent alors de limiter à


Plan d’une maison monolithe système
Périgault, Arch. dép. Ille-et-Vilaine,
3 X 12 HBM

trois ou quatre les types de plans afin d’abaisser les coûts de la construction. Cette baisse
peut être effectuée par l’emploi de certains matériaux économiques44 et par l’utilisation
des ressources locales pour leur proximité. Nitsch propose également la construction d’un
cellier au lieu d’une cave. Le principe sériel permet aux artisans de produire toute l’année,
mais tout le monde ne partage pas cette idée de standardisation qui implique une certaine
uniformité de l’habitat. Cependant, pour Nitsch, il y aura toujours des différences car les
chantiers seront confiés à des entrepreneurs locaux et non à des sociétés de construction.
Cette intervention se révèle en partie exacte car de nombreux entrepreneurs locaux
proposent des constructions à bas prix ainsi que des sociétés de construction comme la
société industrielle de travaux ou la Société de constructions économiques.

Ils offrent en effet des plans-types de maisons construites à partir d’éléments standardisés.
Ainsi, l’entrepreneur Périgault propose une maison monolithe en ciment aggloméré pour
les adhérents de la société de Crédit immobilier d’Ille-et-Vilaine. La société envoie ainsi
au comité de patronage un plan type et un devis type pour accélérer les procédures afin
d’obtenir le certificat de salubrité. La maison se présente en rez-de-chaussée surélevé
de deux pièces sur caves et grenier. La construction, couverte en tuile mécanique, est en
« béton de caillou et gravillon » pour le soubassement et en béton armé système Périgault
pour l’élévation45.


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Tomine, entrepreneur spécialisé en menuiserie, propose quant à lui, dès le début des
années 1920, plusieurs types de maisons en bois avec variantes de deux ou trois pièces
avec ou sans caves46. Mais, le bois n’est pas considéré comme un matériau durable (loi
du 5 décembre 1922, art. 3). En 1924, Tomine élabore un nouveau système à double-
paroi de plâtre et bois avec des fondations en béton, mais cette solution est à nouveau
refusée. Cette dernière va faire couler beaucoup d’encre. En effet, le comité de patronage
semble voir d’un mauvais œil la construction de telles maisons et il ne semble pas prêt à
accorder le certificat de salubrité indispensable à l’obtention des subventions bien que la
municipalité semble tolérer ce type de construction. Cependant, dans une lettre du 6 mai
1924, le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale écrit que « le Comité permanent du
Conseil supérieur des habitations à bon marché a estimé que le bénéfice de la législation
sur les habitations à bon marché ne pouvait être accordé à des constructions en bois, dont
la salubrité est insuffisante et qui seraient mal défendues contre l’incendie »47.

Cette volonté d’abaisser les coûts de la construction par la standardisation revient sans
cesse et il semble alors que des abus ont lieu comme l’indique le comité de patronage en
192648. L’abbé Trochu fait alors plusieurs reproches à Leroux, président de la société Ma
Maison. Il va en effet l’accuser dans son journal Ouest-Éclair de fraudes multiples au sein
de la Société comme de faire des maisons jumelles en hauteur, de dépasser les maxima
des loyers et de profiter pour lui-même des prêts avantageux que permet la Société.
L’affaire est grave et portée devant les tribunaux. Leroux en sort blanchi et Trochu doit
s’excuser et verser une amende. Cette affaire montre toutes les difficultés des sociétés et
des offices de rester dans les prix fixés par la loi. Ainsi, Périnet, ancien président fondateur
de Ma Maison, mécontent de ne pas récupérer sa police d’assurance, lâche dès 1913 sur un
ton comminatoire qu’« il y a encore des juges même à Rennes, il y a aussi des contrôleurs
des contributions auxquels il serait possible de signaler que sur les 7 maisons construites
par la Société, au moins deux excèdent d’un dixième les limites de la valeur assignées par
la loi »49.
Ces maisons sont construites au sein de lotissements, souvent défectueux, au début des
années 1920. Il faut attendre 1925 pour qu’une loi vienne donner un cadre à l’aménagement
des lotissements afin de délivrer des parcelles en bon état aux futurs propriétaires pour
lesquels les sociétés coopératives tentent de proposer des maisons à des prix très réduits.
L’Office de la ville de Rennes, quant à lui, veut louer à bas prix ses logements.

Dès 1922, un projet de construction est lancé par l’Office municipal. Wilfrid Guillaume
entreprend rapidement toutes les démarches et décide d’organiser un concours
remporté par Hyacinthe Perrin, architecte rennais. Pendant ce temps, un terrain, situé rue
de Nantes, proche de l’arsenal et de la gare, est en cours d’acquisition. Le quartier s’équipe
pour accueillir la population ouvrière. Ainsi, une crèche est projetée à proximité dans les
terrains de Villeneuve et une école primaire est édifiée sur la rue de Nantes50. Le plan de
Perrin suit la configuration actuelle en trois îlots, avec deux rues nouvelles formant un T, la
rue Charles Bougot et la rue de la Paix. Guillaume explique qu’il a des promesses de vente
de terrains faubourg de Nantes et rue Ange Blaise et que « le projet définitivement arrêté
ensuite par le conseil d’administration de l’Office, dans sa séance d’aujourd’hui 4 mai,
prévoit 146 logements avec 480 pièces. Le conseil s’est préoccupé de construire le plus
possible d’habitations destinées à des familles nombreuses et il a adopté, de préférence, le
type des maisons individuelles avec petits jardins : 66 maisons individuelles seront édifiées
contre 4 maisons collectives »51. Le parti de ce premier projet est donc un compromis
entre maisons individuelles et immeubles collectifs. Le devis est fixé à 2 900 000 F. Une


Plan de maison en bois de Tomine, 2e variante
du type A, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 13 HBM

Plan de maison en bois de Tomine, variante du type B,


Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 13 HBM


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Le Foyer rennais Le Foyer rennais


Vue de la rue la Paix Vue des passages voutés depuis les jardins

subvention de l’État d’un montant de 966 600 F est attendue (le tiers du prix de revient),
elle est complétée par deux emprunts : un premier de 435 000 F à 8% au Crédit foncier de
France, ainsi qu’un autre de 1 498 400 F à 2,5% à la Caisse des dépôts et consignations sous
garantie de la ville.

En 1925, Perrin doit revoir sa copie pour répondre aux exigences de l’État avec des
logements plus grands à destination des familles nombreuses. Ce projet prévoit la
construction de 84 maisons individuelles et trois collectives. Mais, à la même date,
Guillaume perd son mandat de conseiller municipal et de facto son siège de président
de l’Office. Bougot le remplace quelques mois, puis Le Guyon, président de la Chambre
de commerce. Les autres membres, nommés par le conseil municipal sont Bardet, Bougot,
Galesne, Leroux et Tromeur. Les problèmes de financement et les retards, dus en partie
à l’instabilité monétaire et à des difficultés administratives, viennent entraver la bonne
marche du projet.

La construction commence néanmoins sans les financements assurés, la STPR52 de Paris est
chargée des travaux. Mais, alors que les fondations sont à peine entamées, des difficultés
de paiement surviennent. Un procès doit régler le litige entre les deux parties. La situation
semble bloquée et met l’office dans une situation difficile. En 1927, le président Le Guyon
et les membres de l’Office démissionnent en bloc53, il faut attendre la loi Loucheur qui va
permettre de débloquer la situation.

Une loi pour relancer le logement : la loi Loucheur


À la fin des années vingt, la construction est en forte baisse en France. Cette crise est due à
la hausse du prix des matériaux et de la main d’œuvre et à la dévaluation rapide du franc
depuis plusieurs mois comme l’indique un rapport du comité de patronage en 1927 :
« Il est à noter que les travaux de constructions de maisons ouvrières ont subi un certain

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Le Foyer rennais Le Foyer rennais
Vue de la Rue Charles-Bougot Vue des commerces sur la rue de Nantes

ralentissement pendant l’année écoulée du fait que les prix des matériaux et de la main-
d’œuvre ont atteint des chiffres fort élevés, occasionnés par la crise financière dont a
souffert tout le pays »54.
Promulguée le 13 juillet 1928, la loi Loucheur55 doit relancer la construction en France par
un plan de 260 000 logements à édifier en cinq ans. De plus, cette loi crée une nouvelle
catégorie de logements (les immeubles à loyer moyen) et ouvre ainsi l’aide de l’État à une
nouvelle catégorie sociale, celle des employés, des petits fonctionnaires et des rentiers,
par la construction de logements plus grands, avec salle commune et salle de bains. La loi
Loucheur favorise également l’accession à la petite propriété par la réduction de l’apport
minimum en argent des familles. Elle propose un apport en terrain, en matériaux ou en
journées de travail pour compenser la dépense56.

Depuis plusieurs années, le dossier de l’Office de la Ville de Rennes traîne. Entre-temps le


projet Perrin est abandonné et, en 1928, Le Ray propose la création d’une nouvelle cité-
jardin57. Il conçoit un ensemble de treize petits immeubles collectifs de deux ou trois
étages carrés sur rez-de-chaussée surélevé, représentant en tout 160 logements de une
à quatre pièces avec douze chambres, dix garages et huit magasins sur la rue de Nantes.
Les immeubles, de deux ou trois étages, ont un décor polychrome, donné par le parement
en schiste, brique et moellon enduit. L’Office a ainsi changé son projet pour ne retenir
que la construction de logements collectifs qui répondent davantage aux besoins de la
population à cette époque58.
La construction du Foyer rennais reprend en juin 1928 et se termine à la fin de 1933.
C’est le premier et le seul chantier de l’Office municipal d’HBM avant la Seconde Guerre
mondiale. Îlot d’immeubles collectifs dans une mer de pavillonnaire, cet édifice est donc
l’aboutissement de débuts difficiles pour la société.

En parallèle, les sociétés coopératives d’HBM continuent d’élever des maisons pour leurs
sociétaires. Elles ont adopté les plans proposés par les entrepreneurs comme Tomine,
Périgault ou Badault et par les architectes comme Jules Depais, Albert Hec, Pierre Laloy,

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Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

Marcel Guillet, Paul Lory ou Abel Lecointre. Ainsi, Albert


Hec travaille pour la société Ma Maison et propose des
plans en conformité avec la loi Loucheur. En 1929, il
dessine ainsi la maison de Josse, employé de chemin de
fer, route de Vern, près du tramway à vapeur. La maison,
de plan massé et construite par l’entrepreneur Briand,
se présente en rez-de-chaussée surélevé, composé de
trois pièces à feu plus une cuisine, sur caves59.
Grâce à la loi Loucheur, l’Office départemental entame,
dès 1929, une série de travaux dans le département et
à Rennes. Il aménage ainsi le terrain en lotissement à
la Thébaudais rue du Docteur-Ferrand. L’architecte du
département Pierre Laloy et l’entrepreneur Pichon
réalisent les plans de la cité. Laloy crée ainsi en mai
1930 deux modèles de maisons jumelles sur un plan
symétrique60. Le groupe B est de plan massé alors que
le groupe A se présente en L. Ces maisons présentent
trois chambres, une salle commune dallée en mosaïque,
un cellier, une cuisine, des WC et deux greniers. Les
fondations sont en moellons, les murs en briques
Plan d’Albert Hec pour Josse, route de Vern creuses et parpaing enduits en mortier de chaux et jetis
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 42 HBM,
tyrolien. La sobriété et la standardisation permettent
ainsi une économie notable. Badault participe à la mise
en place de ce lotissement et propose son plan-type
A’61 pour Delavier, rue Adolphe Leray.

La maison se présente de plain-pied (une salle


commune et trois chambres avec cellier et WC en
annexe) avec fosse morte. Badault fait ainsi une
demande à la Ville pour son client Delavier le 12 mai
1930 : « Monsieur Delavier étant propriétaire d’un
terrain situé [rue perpendiculaire à la rue Adolphe
Leray au droit des piliers d’entrée de la Thébaudais
“propriété de Mr le colonel Charpy”] me demande de
lui construire en accord avec la loi Loucheur et l’Office
Public Départemental d’Habitations à bon marché une
maison d’habitation type A’ conformément aux plans ci
joints »62. Ces différentes constructions permettent des
économies de matériaux et peuvent être rapprochées
des bâtiments exécutés un peu plus tard sur le
boulevard Villebois-Mareuil.
En effet, en 1933, les architectes parisiens Béguin et
Talma construisent des groupes d’immeubles et de
maisons pour le même office sur le boulevard Villebois-
Mareuil. Cet ensemble est composé de 136 logements
collectifs et 59 individuels. La situation est idéale. Le
Plan de Badault pour Delavier à la Thébaudais terrain est situé dans la partie sud de la ville, près de
Arch. mun. Rennes, 749 W 7 la gare de triage sur une parcelle en triangle, avec au
nord la voie ferrée et au sud le cimetière de l’Est. C’est
un endroit propice à la construction de ce type de

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logements destinés en priorité à des cheminots, car
le terrain est bon marché, ce qui permet d’abaisser
le coût d’ensemble de la construction. La rue Arthur-
Fontaine sépare le lotissement en deux secteurs dont
l’accès principal se fait entre les deux immeubles qui
encadrent l’entrée de la cité.

Les immeubles, en U et en L, à l’intérieur desquels les


architectes aménagent deux vastes cours servant
d’espace de circulation, sont sur rez-de-chaussée
surmonté de quatre étages carrés et des commerces
sont aménagés sur le boulevard. Cette œuvre de
Béguin et Talma rejoint le mouvement moderne par
la sobriété de la décoration donné par l’enduit sur les
façades mais aussi par l’utilisation des toits-terrasses
et par le rationalisme dans la composition. Derrière les
immeubles viennent s’ajouter 59 pavillons autour de
trois rues. Cette disposition permet une économie des
matériaux de construction, les maisons ayant toutes un
Plan de Badault pour Delavier à la Thébaudais,
ou deux murs en commun. Arch. mun. Rennes, 749 W 7

En parallèle, l’Office départemental s’occupe de


l’aménagement de jardins ouvriers. Ainsi, dans un
rapport présenté par le conseil d’administration le 1er
août 1929 présidé par Lefas, l’Office donne les résultats
obtenus depuis la promulgation de la loi Loucheur
et évoque la création de jardins ouvriers. « Le conseil
d’administration de l’Office ayant su par M Pinault
qu’un grand nombre d’ouvriers rennais, obligés
par leur profession d’habiter des appartements, ne
pouvaient pas trouver de petits jardins leur permettant
une distraction saine et la culture des légumes pour
les besoins de leur famille, nous avons recherché la
possibilité de donner satisfaction à ces nombreux
ouvriers »63. L’Office crée des jardins ouvriers dans les
prairies Saint-Martin. Le maire François Château pense
en 1935 qu’il s’agit de lotissements aménagés par
l’Office. Le président le rassure mais lui indique qu’il est
cependant possible, malgré ses indications interdisant
l’établissement de domiciles, que certains ouvriers au
chômage logent avec leur famille dans leurs abris de
jardin afin d’échapper aux intempéries64.
En plus de ces constructions et ces aménagements pour
Immeuble bd Villebois-Mareuil
les ouvriers rennais, l’Office départemental s’engage
exemple de maison jumelée
aux côtés de l’université de Rennes sur deux projets de
cités accueillant des étudiantes et des étudiants.

13
Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

Maison des Étudiantes Maison des Étudiantes Maison des Étudiantes


Façade principale vers 1932 Vue intérieure escalier Vue intérieure salle commune
(Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)

Deux collaborations :
« Les maisons des Étudiant(e)s »
Dès la fin des années 1920, un partenariat entre l’université et l’Office se met en place.
Rennes est une ville où résident de nombreux étudiants qui manquent de logements
ou sont mal logés. Les deux partenaires veulent construire dans un premier temps une
cité abritant des étudiantes, puis une maison des étudiants. Pour les étudiantes, on pense
d’abord à acquérir un terrain rue du Thabor, derrière la faculté de droit. L’architecte
Gallacier65 dresse un premier projet mais, au dernier moment, un terrain est donné par la
ville rue Jules-Ferry qui permet d’abaisser le coût de la construction. Gallacier est obligé
de revoir sa copie dans l’urgence.

Le premier projet de la rue du Thabor par Gallacier, qui présente un plan en Y avec rez-
de-chaussée sur deux étages carrés et étage de combles, n’est donc pas retenu66. Sur le
nouveau projet en T, Gallacier ajoute un étage carré. La construction, en ossature de béton
armé, est en granite pour le soubassement, surmonté de moellon. La décoration est sobre
et joue sur la polychromie des matériaux. L’avant-corps est traité de manière géométrique
ce qui confère à l’édifice une dimension Art déco que l’on retrouve à l’intérieur dans un
programme de mosaïque confié à Odorico67. Le succès est immédiat, l’Office pense dès
1934 procéder à l’agrandissement de la Maison des Étudiantes.

En parallèle, un premier projet de cité des Étudiants est imaginé ruelle Saint-Martin en
avril 1929. L’édifice, en V, est prévu sur quatre niveaux comme la maison des étudiantes68. Il
n’est pas réalisé car un terrain plus vaste est donné par la ville sur le boulevard de Sévigné
qui permet d’abaisser le coût de la construction. L’édifice, en U, est élevé en fort retrait
d’alignement sur une parcelle traversant. Il présente un style régionaliste un peu sévère
par l’emploi des matériaux, mais d’une conception tout à fait originale dans le paysage
rennais. Pour les deux constructions, on fait appel aux mêmes entrepreneurs, Richer se
charge du gros œuvre et Odorico de la décoration et du revêtement en mosaïque.

Grâce à la loi Loucheur, le nombre de construction augmente. Mais, à partir de 1935, il y a


un fort ralentissement voire un coup d’arrêt des HBM. L’Office de la ville de Rennes tente
en 1937 de construire des HBM à l’aide de subventions accordées par le gouvernement

14
Maison des Étudiants Maison des Étudiants
Façade principale orientée au Nord Façade sur la cour
(Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou) (Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)

pour les travaux de lutte contre le chômage. Le projet


d’Yves Lemoine n’est pas réalisé en raison d’une
mauvaise conjoncture69 : il y a une crise du secteur
de la construction. Ainsi, de 1936 à 1938, le prix des
habitations a augmenté de 46%. Bougot explique que
le devis dépasse de 47% le maximum des prix fixés
par la loi et que les prix des matériaux ont augmenté
de 100% depuis l’établissement du devis : « C’est dire
qu’il est absolument impossible à l’Office de construire,
et notre projet de 32 logements est enterré, à moins
de construire des maisons en briques. ». Château,
maire et entrepreneur, ajoute que « même avec des Maison des Étudiantes - Vue de la salle commune
constructions en briques, vous dépasserez les chiffres (Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)
fixés par la loi »70. Bougot est à la fois mécontent et
soulagé que le projet n’aboutisse pas : « Nous pourrions
remercier votre commission de ce rejet, car à l’heure
actuelle, il nous serait impossible de construire dans
les limites de notre projet établi au début de 1937,
pour la raison bien simple que depuis cette époque, on
peut fixer l’augmentation du prix de la construction de
15% à 20%. Nous déplorons seulement cette décision
qui va priver 32 familles de locaux sains et agréables,
loués à des prix très modérés »71. Le temps des grands
chantiers menés par les offices est terminé.

Maison des Étudiants


Vue du hall d’accueil

15
Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

La fin des HBM


Il faut attendre quelques mois après la Seconde Guerre mondiale pour voir les premiers
projets se réaliser. Afin de faire face au manque de logements, la loi du 3 septembre 1947
institue un régime provisoire de prêt pour permettre la réalisation immédiate de nouvelles
constructions par les organismes d’HBM. Un premier projet de l’Office de Rennes envisage
en 1948 la construction de 64 logements boulevard de Verdun autour du square de la
Touche. La municipalité Milon participe au projet et donne un terrain en mars 194972. Les
plans sont réalisés par Lemoine et l’adjudication est lancée en 1951. Il s’agit d’un projet
de 15 immeubles (dont neuf sont réalisés) de deux ou trois étages, dont un jumelé, qui
se rapproche des réalisations de cités-jardins avant-guerre. À la fin de l’année 1952, les
logements sont loués.

De même, l’Office départemental construit 24 logements à Villeneuve, 48 sur le boulevard


Clemenceau et 98 logements à Saint-Cyr à l’emplacement de l’ancienne gare de transport
d’Ille-et-Vilaine. La Société bretonne d’HBM réalise quant à elle 72 logements rue de Vern
pour les cheminots. Tous ces programmes prennent fin vers 1955. En tout, 632 logements
sont réalisés par les offices entre 1947 et 195273.

Ainsi, la période 1850-1950 est celle des prémices du logement social en France et voit
l’apparition des HBM. La loi du 21 juillet 1950 changera l’appellation HBM en Habitation
à loyer modéré (HLM). Une nouvelle ère du logement social commence. Les premières
solutions concernant l’habitat ouvrier à Rennes ont tardé à émerger. Il faut attendre le
tout début du XXe siècle pour voir les premières initiatives rennaises grâce aux sociétés
coopératives. Entre les deux guerres, les constructions sont nombreuses à partir de la mise
en place des offices publics, bien qu’il soit difficile de les quantifier précisément. La loi
Loucheur permet de donner un nouveau souffle à la construction de logements destinés
aux familles ayant des revenus modestes. Même s’il ne s’agit pas de « grande architecture »,
des solutions innovantes et originales voient le jour à Rennes comme la cité-jardin du
Foyer rennais ou les cités destinées aux étudiants. Il faut en effet éviter de penser que le
logement social de l’époque n’est pas de bonne qualité et, comme l’indique Bougot, « en
construisant comme nous l’avons fait, nous évitons pour l’avenir les grosses réparations
que connaissent déjà les Offices ayant bâti légèrement : le bon marché n’est pas le plus
souvent le meilleur marché »74.

Le logement social prend du retard à Rennes qui n’est pas un bassin industriel important
comme Mulhouse ou Saint-Étienne. De plus, sous le Front Populaire, les difficultés sont
nombreuses, le contexte est difficile et, bien que le gouvernement lance de vastes plans
contre le chômage, la construction stagne. À partir de 1936 et jusqu’à la guerre, les
constructions d’HBM sont inexistantes. Enfin, dans l’ensemble, le pavillonnaire domine
dans l’aménagement de lotissements : l’image de l’ouvrier dans sa maison et son jardin est
un symbole fort. Les immeubles sont encore rares, seulement huit cités sont construites
avant la Seconde Guerre mondiale. En revanche, après la guerre, le collectif devient la
norme, mais il faut attendre le milieu des années cinquante pour voir une relance réelle
du logement social.

16
Notes

1 Les travaux de R.-H. Guerrand sur le 7


Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 5 M 69. Pontchaillou à partir de 1895. Il délivre des
logement social en France et en Europe certificats de salubrité pour le Comité de
rendent compte de ce phénomène.
8
TOULMOUCHE (A.), Recherches statistiques patronage dont il devient le secrétaire.
sur l’hygiène et la mortalité de la Ville de
2
Habitations à bon marché. Rennes, Paris, J.-B. Baillère, 1849, p. 24-25. Voir 17
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X6 HBM,
aussi, GUERRAND (R-H.), op. cit., p. 65. Délibération du comité de patronage, séance
3
Arch. mun. Rennes, 4Q7, Circulaire du 10
du 29 juin 1901.
avril 1907 sur l’exemption des contributions 9
Arch. mun. Rennes, 5 C 36, Exposé général Janvier n’assiste pas à la séance mais on
foncières portes et fenêtres. présenté par le sénateur maire de Rennes procède à la lecture de son rapport qui est
« Pour reconnaître à une maison le caractère à la première réunion de la commission le une analyse du rapport du Dr Fleury sur les
d’HBM, la loi distingue d’abord entre 11 octobre 1881, Rennes, imprimerie rennaise HBM du département de la Loire. « Après
les maisons collectives et les maisons L. Caillot, 1 881. La commission est instaurée avoir dit un mot de la situation industrielle
individuelles. (…) par délibération du Conseil municipal du si différente de l’Ille et Vilaine et de la Loire,
Sur le point de savoir ce qu’il faut entendre 23 mars 1881. M. Janvier signale une opinion du Docteur
par « maison collective » et « maison
10
Ibid. p. 6 : « La commission est chargée Fleury. Il se dégage en effet du rapport
individuelle », il est difficile de donner des
de rechercher et d’indiquer les mesures de celui-ci qu’il a en médiocre estime les
indications absolument précises ; on peut
indispensables d’assainissement des premières cités ouvrières de la Loire, édifiées
dire cependant que, d’une façon générale,
logements et dépendances insalubres mis du reste sur un plan uniforme que l’on
une maison est individuelle ou collective
en location ou occupés par d’autres que le retrouve partout dans l’Est de la Rance, et
selon que, par l’agencement des moyens
propriétaire, l’usufruitier ou l’usager. Dans ce que toutes ses préférences se portent sur les
d’accès et de dégagement, etc., elle est
but, elle doit visiter les lieux signalés comme constructions séparées abritant tout au plus
destinée à ne recevoir normalement qu’un
insalubres, déterminer l’état d’insalubrité et deux ménages quand il s’agit de familles
seul ménage ou qu’elle comporte, au
en indiquer les causes ainsi que les moyens sédentaires. M Janvier se rallie à l’opinion du
contraire, plusieurs logements dont chacun
d’y remédier. Elle désigne les logements qui Docteur Fleury et rappelle les observations
se suffit à lui-même et peut abriter une
ne sont pas susceptibles d’assainissement. En qu’il a pu faire lui-même pendant son tour
famille. (…)
dehors de ces attributions ainsi définies, les de France. Elles ne l’ont pas conduit, en effet,
Ceci posé, sont considérées comme HBM :
propositions de la Commission n’ont aucune à approuver le système des cités ouvrières.
1° Les maisons collectives, lorsque la valeur
valeur légale. Elle ne peut donner son avis M Janvier conclut en définissant ce qu’il
locative réelle de chacun des logements
que sur des espèces qui lui sont soumises ; faut entendre par l’habitation à bon marché
qu’elles comportent ne dépasse pas, au
elle ne peut agir par voie de réglementation et en estimant qu’il serait bon de se livrer
moment de la construction, le chiffre fixé
générale. » à une propagande par la voie de la presse,
tous les cinq ans, pour chaque commune, par
propagande qui devrait être appuyée par
une commission spéciale siégeant au chef- 11
À Rennes, des logements sont créés près l’exemple d’une ou deux maisons modèles
lieu du département ;
des usines Oberthür pour les ouvriers de sa de l’habitation à bon marché, telles qu’elles
2° Les maisons individuelles, lorsque leur
papeterie, mais, selon O. Fouéré, l’initiative ne seront offertes à l’acheteur ou au locataire
valeur locatives réelle ne dépasse
vient pas d’Oberthür lui-même. selon les conditions énumérées et clairement
pas plus d’un cinquième le chiffre déterminé
expliquées par la presse. »
par la même commission pour les maisons 12
FOUÉRÉ (O.), Les Habitations à Bon Marché,
collectives. » Les communes entre 30000 émergence d’une typologie, Rennes 1900- 18
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 7 HBM,
et 200000 hab. ont un maxima fixé alors à 1939, Rennes, U.H.B., mémoire de maîtrise Rapport d’activité du Comité de patronage
325 francs et 250 pour la banlieue à 10 km d’histoire de l’art, LOYER (F.) dir., 1986, p. 6. en 1910
alentours.
13
Le comité local des HBM est institué à 19
Cet impôt, instauré par le Directoire, est
4
Il faut cependant signaler que ce Rennes par décret du 7 août 1896. supprimé en 1917.
phénomène tend à toucher également de
plus en plus pendant la période les régions
14
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 6 HBM, séance 20
Société Anonyme de Crédit immobilier. La
rurales du département comme le montre du 17 juillet 1908. première Société de Crédit Immobilier est
un rapport de l’Office départemental en fondée à Arras par Ribot en 1908.
15
Jean Janvier est membre actif du comité
1929. « Nous constatons que les demandes
à partir de 1901 en qualité de président 21
La municipalité rennaise aide la Société
de constructions d’habitations à bon marché
du syndicat des entrepreneurs et juge au de Crédit Immobilier de Rennes par une
sont déposés pour une grande partie par
tribunal de commerce. Maire de Rennes de subvention de 15 000F.
des ruraux, environ 50% ». Arch. dép. Ille-
1908 à 1923, il est très impliqué dans l’aide
et-Vilaine, 3 X 27 HBM, Rapport présenté 22
Société par action, approuvée par décret
aux ouvriers ; on pense alors aux fameuses
par le Conseil d’Administration de l’Office ministériel le 3 juillet 1903, « La Ruche
représentations du maire sur un chantier de
départemental au préfet, le 1er août 1929. Ouvrière Rennaise a pour objet de travailler à
construction par l’artiste Camille Godet dans
une salle de la Maison du Peuple, construite l’amélioration du logement populaire. Elle se
5
Il y a à Rennes environ 70 000 habitants vers
à partir de 1919 rue d’Échange par Le Ray. propose particulièrement :
1 896 et près de 99 000 habitants en 1936.
Voir aussi : ANDRIEUX (J.-Y.), LAURENT (C.) 1° D’aider, par des avances de fonds, des
6
Armand de Melun, catholique social, né en éd., Quelques souvenirs, Jean Janvier, Maire de ouvriers ou employés à devenir propriétaires
1807, se présente aux élections de mai 1849 Rennes, Rennes, P.U.R., 2000. de maisons construites pour eux et selon
et se fait élire député en Ille-et-Vilaine ; leur goûts ;
son frère Anatole le sera dans le Nord au 16
Julien Ballé (1864-1942), architecte, fils 2° De construire elle-même des maisons
même moment. Il se retire de la politique en d’un agent voyer, entre à l’École nationale individuelles ou collectives destinées à la
1 851. Voir GUERRAND (R.-H.), Propriétaires supérieure des Beaux Arts en 1882. location simple, pour fournir des logements
et locataires : les origines du logement social Architecte de l’État et des Hospices civils à salubres à ceux qui pour des raisons diverses
en France, 1850-1914, Paris, Quintette, 1987, partir de 1894, il est notamment connu pour ne peuvent ou ne veulent pas acquérir leur
p. 54-55. la construction des pavillons de l’hôpital de propre maison ;

17
Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

3° D’acquérir pour les assainir des maisons décret rendu en conseil d’État, à la demande vraiment importante.
existantes. » Elle propose un dividende de notamment d’un Conseil municipal et après 37
Arch. mun. Rennes, 1 D 153, délibération su
3% maximum en 1904. « Il a semblé que avis du Préfet, des Comités de patronage des Conseil municipal, séance du 19-IX-1919.
ce dernier chiffre était le plus conforme HBM et de la Prévoyance sociale intéressés et
au caractère que doit avoir la société. Elle du Comité permanent du Conseil Supérieur
38
Ibid.
ne peut être une pure œuvre de charité ; des HBM. » L’Office est installé dans le Palais 39
Alexandre Lefas (1871-1950) est député
et il est indispensable et légitime que les du Commerce, puis après 1922, dans les d’Ille-et-Vilaine de 1902 à 1919 et de 1924
capitaux engagés dans la construction locaux du palais Saint-Georges. à 1932, puis Sénateur jusqu’en 1941. Il est
d’habitations à bon marché reçoivent une également conseiller général et président du
rémunération régulière. Mais il ne convient
33
Les membres des organismes de
Prévoyance sociale sont : le Dr Leray, pour Conseil Général (1924-1928).
que cette rémunération soit trop élevée, et
que l’accomplissement d’un devoir social le comité de patronage des HBM, Trevet, 40
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 26 HBM, Notice
ressemble trop à une bonne affaire ». Arch. inspecteur primaire pour les sociétés de l’Office départemental des habitations
mun. Rennes, 4Q7, statuts de la Ruche d’HBM, Gazanger, secrétaire général de à bon marché « Pour remédier à la crise du
Ouvrière. Fourier compare son phalanstère à l’Union départementale des Sociétés de logement et contre les taudis », s.d.
une ruche, le nom vient probablement de là. secours mutuels, Perret, ingénieur des arts
et Manufactures désigné par le Conseil 41
Arch. mun. Rennes, 4 Q 7, Lettre de l’Office
23
On peut consulter à ce sujet la base de départemental d’hygiène, Marcille pour la départemental des habitations à bon marché
données sur Rennes réalisée par l’Inventaire Caisse d’Épargne et Alexandre, commerçant au Maire, le 10 décembre 1921.
Général sur cette cité. désigné par l’Union des syndicats. Les 42
Au 1er janvier 1923, l’Office départemental
membres désignés par le préfet sont
24
Ma Maison est une société coopérative achève déjà 11 maisons sur Rennes. 37 sont
Cahierre, Conseiller à la cour d’Appel,
anonyme d’HBM à capital variable créée en cours de construction et 22 dossiers sont
Quessot, conseiller général, Nitsch, architecte,
pour une durée de 40 années. Le capital en attente.
le Dr Millardet, membre de la commission
est de 20 000 F au départ réparti en 200 sanitaire de Rennes, Abadie, professeur à 43
Voir aussi : ROBERT (G.), op. cit., p. 241-254.
actions pour 40 personnes. Parmi les l’École nationale d’agriculture, et Richier,
souscripteurs, on retrouve des architectes ancien entrepreneur. Les conseillers
44
Ballé recommande ainsi de construire avec
comme Abel Lecointre ou Alfred Daboval municipaux choisis sont Leroux, Dottin, la pierre de Bretagne. Près de Rennes, on
et des entrepreneurs de peinture comme Dobois, Guillaume, Rébillon et Bougot. Il faut trouve le schiste violet de Pont-Réan et grès
Guinegault ou Carlier. Le secrétaire général signaler ici l’importance de deux conseillers armoricain de la Boixière.
de la société est Georges Sévin, également membres de l’office : Charles Bougot et
inspecteur au bureau d’hygiène de la ville
45
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 12 HBM,
Oscar Leroux. Charles Bougot (1872-1949),
de Rennes. Plan d’une maison système Périgault. La
fils d’entrepreneur, est un militant ouvrier
construction est proposée pour le prix de
25
Aimé Périnet est président du comité de et président fondateur de l’Office. Il est
13540F.
patronage en 1910 et 1911. Il est voyageur entré dans l’administration des Hospices de
de commerce et secrétaire du syndicat Rennes le 16 juillet 1912 comme inspecteur 46
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 13 HBM.
des voyageurs de commerce de l’Ouest. des travaux, puis devient contrôleur général.
Charles Bougot est conseiller municipal Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 4 HBM, lettre
47
Président-fondateur de Ma Maison, il
à partir de 1908, et en 1925, adjoint aux du Ministre du Travail à Tomine, le 9 mai 1924.
entretient des relations étroites avec « La
Maisonnette », société coopérative nantaise travaux publics. Il est également le fondateur 48
« Considérant qu’il résulte des visites
dirigée par Harel, président du syndicat dont d’une coopérative ouvrière de menuiserie, faites au mois de février 1926 par la sous-
il est le secrétaire. installée rue Saint-Hélier, qu’il dirige de 1899 commission d’enquête, que certaines
à 1905 ; Oscar Leroux (1878-1948), né dans maisons, se réclamant de la qualité
26
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 46 HBM, lettres le Pas de Calais d’un père instituteur, franc- d’habitations à bon marché, semblent avoir
de Périnet à Zwingelstein, le 12 juin 1912 et maçon, est ingénieur agricole. Conseiller dépassé notablement, pour le prix de leur
à Oberthür, le 10 juillet 1912. Zwingelstein municipal à partir de 1912. Il est également construction, le chiffre maximum imposé par
devient par la suite président d’honneur de le président de Ma Maison et s’efforce de la loi pour que ces immeubles aient vraiment
la société avec le maire Janvier. combattre la tuberculose, maladie liée le caractère de maison ouvrières.
au taudis, par la construction au début Que quelques unes d’entre elles présentent,
Arch. mun. Rennes, 4 Q 7, statuts de la
27
des années 1930 d’un préventorium à La assurément, un caractère avoisinant le
Ruche ouvrière.
Bouexière avec Rey, industriel et maire de luxe, ce qui est incompatible avec la notion
28
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 49 HBM. Il le Montreuil-sur-Ille. d’habitations à bon marché ;
reste jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Considérant que le Comité départemental
34
Wilfrid Guillaume (1855-1934), architecte
à Rennes au 1 rue de Chalais, est le frère d’habitations à bon marché doit veiller,
29
ROBERT (G.), « Georges Nitsch, architecte
d’Eugène Guillaume qui est l’auteur scrupuleusement, à ce que la loi soit absente
rennais (1866-1941) », BSAHIV, t. CIX, 2005,
notamment du siège de l’Ouest-Éclair rue du et à ce que les capitaux à taux réduit fournis
p. 245.
Pré Botté et des magasins Jacquard, place par l’État le soient à bon escient, de façon à
30
Ibid. de Bretagne. Il devient, après la Première ce que les personnes peu fortunée en profite
Guerre mondiale, le président du comité exclusivement ;
31
Le plus ancien comité est celui de La Le Comité invite tous les organismes qui
des Habitations à Bon Marché et le reste
Rochelle constitué le 3 août 1913 avec une s’occupent, en Ille et Vilaine, d’habitation
jusqu’en 1925. Il est également architecte
subvention municipale de 100000F. à bon marché, à veiller strictement à
des bâtiments de l’État, architecte de la
32
Arch. mun. Rennes, 1 D 153, « La loi du Maison Centrale et conseiller municipal de l’observation de la loi, de manière qu’aucun
23 décembre 1912 dispose qu’il peut être 1908 à 1925. abus ne puisse, désormais, être relevé,
institué sous ce nom des établissements soit en ce qui concerne le prix de revient
35
Arch. mun. Rennes, 1 D 153, délibération su maximum autorisé, soit en ce qui concerne
publics qui ont pour l’objet l’aménagement,
Conseil municipal, séance du 19-IX-1919. les bénéficiaires des prêts. », Arch. dép. Ille-et-
la construction et la gestion d’immeubles
salubres, l’assainissement de maisons Vilaine, 3 X 6 HBM, délibération du comité de
36
Il faut signaler pour comparaison que la
existantes, ainsi que la création de cités- patronage, le 13 mars 1926.
Ville de Paris donne à son Office dix annuités
jardins ou de jardins ouvriers. de 50000 francs. Proportionnellement, la Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 56 HBM, lettre
49

Les Offices Publics d’HBM sont créés par dotation de la Ville de Rennes est donc de Périnet à Sévin, secrétaire de Ma Maison,

18
le 9 février 1913. 61
Badault, entrepreneur spécialiste du
béton armé, met au point trois plans types
50
L’école a disparu aujourd’hui. (pratique, A et A’) avec un chaînage de béton
Arch. mun. Rennes, 1D156, délibération su
51 armé et un remplissage de briques creuses.
Conseil municipal, séance du 7 mai 1922 La production de ces matériaux se fait en
série ce qui entraîne des prix peu élevés. Pour
52
Société des Travaux Publics de l’élaboration de ce type de plans, il est très
Reconstruction. probable que Badault ait consulté des revues
spécialisées.
53
La démission de Le Guyon ne devient
effective qu’en 1928, au mois de juin Bougot 62
Arch. mun. Rennes, 749 W 7, le 27 mai 1930.
est rappelé à la tête de l’Office, où il reste
jusqu’en août 1941.
63
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 27

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 7 HBM, rapport


54
63
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 27 HBM.
de l’année 1926, le 23 mars 1927. Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 23 HBM, lettre
64

55
Louis Loucheur (1872-1931) est né à du président de l’Office Chevalier au maire
Roubaix. Polytechnicien, il crée avant la Château, le 11 janvier 1935.
guerre une société d’études qui permet de 65
Gallacier a un statut particulier au sein
moderniser l’industrie des travaux publics. du Département, il est le protégé de Laloy
Député radical-socialiste du Nord à la fin auprès duquel il a étudié.
de 1919, il participe à la reconstruction
industrielle dans les régions dévastées. 66
Arch. nat., F17 14559.
Environ 200 000 Habitations à Bon Marché
sur les 260 000 prévues sont construites en
67
Arch. mun. Rennes, 766 W 18.
application de la loi Loucheur. Voir, CARLS 68
Arch. nat., F17 14559. HBM.
(S.-D.), Louis Loucheur (1872-1931), ingénieur,
homme d’État, modernisateur de la France, 69
Arch. mun. Rennes, 1 D 172, délibération
Paris, P.U. Septentrion, 2000. Traduction du conseil municipal, séance du 24 mars
française de l’étude publiée en 1993 par la 1937. Il est prévu un immeuble de trois
Louisiana State University Press. étages rue Ange-Blaise, sous le Foyer rennais,
avec des appartements de 2 ou 3 pièces (22
56
Les Castors, après la guerre, fonctionnent de 2p et 10 de 3p) sur caves, avec grenier
selon le même procédé. et buanderie en commun. Cet immeuble
57
Le concept de cité-jardin est théorisé par est destiné à la location d’appartement
l’anglais Ebenezer Howard en 1902. légèrement plus grand en surface que ceux
du Foyer.
58
Arch. mun. Rennes, 4 Q 7, délibération du
conseil municipal, séance du 25 juin 1928. «
70
Arch. mun. Rennes, 1 D 173, délibération du
(…) se préoccupant de trouver le plus grand conseil municipal, séance du 4 janvier 1938.
nombre de logements possible, l’Office 71
Ibid.
a abandonné l’idée de constructions à
pavillons isolés, estimant qu’il était préférable 72
Arch. mun. Rennes, 1 W 105.
de construire des habitations collectives à 73
Ibid.
étages.
Le nombre de logements prévus s’élève 74
Arch. mun. Rennes, 4 Q 7, Lettre du
à 160 se décomposant comme suit : 28 président de l’Office au ministre de la Santé
logements de 4p, 71 de 3p, 30 de 2p, 31 de
publique, le 8 janvier 1938.
1p, 160 en tout. + 12 chambres seules, 8
magasins et 10 garages.
« Les mêmes dispositions sont répétées,
pour chaque logement de même type, dans
presque tous les groupes, avec cependant
quelques variantes résultant des nécessités
de l’emplacement où s’élève le groupe.
Par exemple, le logement à 3 pièces et une
cuisine comprend :
1° Un WC privatif ; 2° Une cuisine (de 3m44
sur 3m50) ; 3° Un petit balcon-terrasse
(d’environ 1m80 sur 1m30) ; 4° Trois
chambres à coucher.
L’ensemble sera édifié sur les terrains déjà
acquis par l’Office, rue de Nantes. (…) M.
Le Ray s’est attaché à construire aussi
simplement que possible, afin d’éviter toute
dépense inutiles, mais cependant d’une
façon solide et, aussi, avec cette recherche
– qui est la caractéristique de son talent
– de ce qui est pratique et, en même temps,
agréable de lignes. »
59
Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3 X 42 HBM.
60
Arch. mun. Rennes, 749 W 7.

19
Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

Sources disponibles aux Archives municipales


sur le logement social et les HBM

Série C : Bibliothèque administrative 4 Q 9 Office public d’ HBM: Conseil Série W : série contemporaine
5 C 36 Exposé général présenté par le d’administration, nomination des Sous-série 1W : Cabinet du Secrétaire Général
sénateur-maire de Rennes à la première représentants du conseil municipal. 1920- 1 W 105 Office municipal et office
réunion de la commission le 11 octobre 1881, 1947. départemental d’HLM. Correspondance,
Rennes, imprimerie rennaise L. Caillot, 1881. 4 Q 10 Office public d’ HBM : Budget nominations au conseil d’administration,
5 C 37 Ville de Rennes. Compte-rendu (délibérations. 1921-1952). dossiers techniques (reconstruction rue
du fonctionnement du bureau municipal 4 Q 11 Société d’ HBM : (« Ma Pierre Martin, construction du quartier de la
d’hygiène et du laboratoire de bactériologie Maison », Société Bretonne, « La Ruche Touche). 1933-1960.
par le docteur Bodin, directeur. 1908. ouvrière Rennaise ».) Garanties d’emprunts 1 W 108 Logement. Crise du logement
par la Ville. 1921-1952. (rapports, statistiques, documentation, revue
Série I : Police, hygiène publique, 4 Q 12 Fédération nationale des Office de presse) ; programme de construction
justice public d’ HBM : fascicules de documentation, d’HLM ; construction de lotissements sans
I 89 Hygiène. Commissions sanitaires. circulaires. 1925-1928. autorisation par « l’association rennaise
Bureau municipal. Organisation. 1831-1923. 4 Q 13 Documentation diverse : congrès des de lutte contre les taudis » ; construction
I 90 Bureau municipal d’hygiène. organismes d’ HBM de la région nord-ouest du lotissement « Oberthür » par la « Ruche
Fonctionnement. Personnel. 1924-1949. (Rennes), rapport du conseil supérieur des Ouvrière rennaise » ; service du logement :
I 91 Hygiène et règlement sanitaire. 1902- HBM, lois et décrets, recueil de documents organisation, nominations d’employés,
1953. sur la prévoyance sociale. HBM… 1919- demandes de logements. 1944-1958.
I 93 Établissements insalubres et dangereux. 1927.
1806-1938. 4 Q 14 Acquisitions de terrains pour la La série des permis de construire.
I 93bis Établissements insalubres et construction d’HLM (délibérations et Cette série fournit les plans des HBM.
dangereux. 1827-1942. pièves constituant les dossiers) : « La Croix
Cohan », « Les plantes », rue Brindejonc
Série Q : Assistance et prévoyance des Moulinais. Construction d’habitations
4 Q 7 Comité local des HBM, demande provisoires impasse du Champ de la Justice,
de subventions, Société d’Habitations à de logements au lieu dit « La Touche »,
Bon Marché : « La Ruche Ouvrière », Ma boulevard Georges Clémenceau, quartier
Maison, loi du 12-04-1907 ; Constitution Sainte-Thérèse, boulevard de Vitré, quartier
d’une société de crédit immobilier, création de Belleville : subventions, emprunts et
d’une office public d’ HBM (1920) : projet garanties de la ville. Projet de construction
de construction, avis du conseil municipal, de logement à normes réduites, réalisation u
emprunts et demandes de garanties programme spécial dit des « cadres Citroën ».
communales, rapport de M. Deveaux sur 1949-1952.
la situation de l’Office, procès de l’Office 4 Q 23 Origine de propriété du lotissement
contre la société des travaux publics de de « La Binquenais ». Ventes de parcelles
reconstruction, locaux pour les familles de terrain par la ville à des particuliers et à
nombreuses. (1897-1941). la société anonyme de construction « Les
4 Q 8 Office public d’ HBM et Société Ma Castors Rennais ». Changement d’affectation
Maison, délibérations du conseil municipal, de terrain. 1836-1919.
décrets, correspondance. (Bordereau de
pièces composant le dossier). 1919-1932.

20
Bibliographie indicative Table des illustrations

ANDRIEUX (J.-Y.), LAURENT (C.) éd., Quelques souvenirs, Jean Plan maison monolithe Périgault
Janvier, Maire de Rennes, Rennes, P.U.R., 2000.
BUTLER (R.), NOISETTE (P.), Le Logement social en France 1815- Maison Tomine
1981, de la cité ouvrière au grand ensemble, Paris, La Découverte/ Plan de maison en bois de Tomine, 2e variante du type A
Maspéro, 1983. Plan de maison en bois de Tomine, variante du type B
DUMONT (M.-J.), Le logement social à Paris 1850-1930, les
habitations à bon marché, Liège, Mardaga, 1991. Le Foyer rennais
FLORENCEAU (C.), Reconstruction et construction : la question du Le Foyer rennais - Vue de la rue la Paix
logement à Rennes de la Libération à la fin des années cinquante, Le Foyer rennais - Vue des passages voutés depuis les jardins
Rennes, U.H.B., mémoire de maîtrise d’histoire, SAINCLIVIER (J.) Le Foyer rennais - Vue de la Rue Charles Bougot
dir., 1994. Le Foyer rennais - Vue des commerces sur la rue de Nantes
FOUÉRÉ (O.), Les Habitations à Bon Marché, émergence d’une
typologie, Rennes 1900-1939, Rennes, U.H.B., mémoire de Plan de Hec pour Josse
maîtrise d’histoire de l’art, LOYER (F.) dir., 1986.
FROMENTIN (F.), PALLIER (Y.), dir., Grands ensembles urbains en Maison Delavier par Badault
Bretagne, Rennes, Éditions apogée, 1997. Plan de Badault pour Delavier à la Thébaudais
GUERRAND (R.-H.), Propriétaires et locataires : les origines du Plan de Badault pour Delavier à la Thébaudais
logement social en France, 1850-1914, Paris, Quintette, 1987.
JOLY (M.), Indigence et sociétés de bienfaisance à Rennes, 1860- Villebois-Mareuil
1914, Rennes, UHB, mémoire de maîtrise d’histoire, LÉONARD (J.), Immeuble bd Villebois-Mareuil - façade sur le boulevard
dir., 1976. Immeuble bd Villebois-Mareuil - élévation sur la cour
MENGIN (C.), « Le patrimoine du pauvre : l’habitat social en France Immeuble bd Villebois-Mareuil - exemple de maison jumelée
et en Allemagne », ANDRIEUX (J.-Y.) dir., Patrimoine et société,
Rennes, P.U.R., 1998, p.133-142. Maison des Étudiantes
O.P.H.L.M. Ville de REnnes, « 1920-1990 : 70 ans d’histoire Maison des Étudiantes - façade principale vers 1932
locale et d’efforts pour la cause du logement social », Les dossiers (Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)
d’“Habiter ensemble”, Ville de Rennes, juin 1994, 2e éd. Maison des Étudiantes - façade principale
QUILLIOT (R.), GUERRAND (R.-H.), Cent ans d’habitat social : une Maison des Étudiantes - Vue intérieure escalier
utopie réaliste, Paris, Albin Michel, 1989. Maison des Étudiantes - Vue intérieure salle commune
ROBERT (G.), « Georges Nitsch, architecte rennais (1866-1941) », Maison des Étudiantes - Vue de la salle commune
BSAHIV, 2003, t. CIX, 2005, p. 199-266. (Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)

Maison des Étudiants


Maison des Étudiants - façade principale orientée au Nord
(Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)
Maison des Étudiants - façade sur la cour
(Coll. Marie-Antoinette Gallacier-Brisou)
Maison des Étudiants - Vue du hall d’accueil

21
Les origines du logement social à Rennes
ou le temps des habitations à bon marché

Archives municipales de Rennes


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