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Christopher Pollmann Droit de la laicité Introduction et consignes méthodologiques ~ Il s‘agit d’un enseignement interactif fondé sur votre participation." - Est indispensable la préparation préalable de chaque séance étude du plan (1a 2 pages a lavance) , définition par écrit des termes inconnus (par exemple grace un dictionnaire) , consultation de manuels, de la presse, ete. , rédaction de questions et de commentaires & présenter lors des séances, Le cours et ce plan n'ont pas forcément pour objet de présenter I’état actuel du droit, mais d’en proposer l'étude, en une démarche scientifique et transdisciplinaire (entre approches juridiques et linguistique, sciences politiques, sociologie, économie et histoire). Tis ne remplacent done pas un manuel juridique. ~Par conséquent, cette démarche visant & faire comprendre ne peut pas se contenter de décrire les phénoménes étudiés tels qu’ils se présentent eux- mémes , il importe de prendre une posture extérieure, explicative. C’est comme lorsque nous cherchons a connaitre quelqu'un nous ne pouvons alors nous fier ala description qu’il fournit de lui-méme. ~ Caractére subjeetif, provisoire et schématique — et néanmoins indispensable ~ aun plan ~ Lecture d’un plan la compréhension de chaque intitulé se fait dans le contexte des titres précédents, notamment ceux hiérarchiquement supérieurs. - En lisant le document, veillez 4 ne pas rater les passages en italiques. ~ Ce document est encore incomplet et méme baclé sur certains points , le plan n'est pas toujours bien équilibré. Cela se complétera progressivement griice & vos attentes, corrections et autres commentaires qui seront les bienvenus ! 1*" partie : La laicité entre quétes identitaires et besoins d’apaisement I. La laicité selon la loi du 9 décembre 1905 A. Le double sens de la laicité - Deux composantes de la laicité, pouvant se décliner en six points 1) le libre exercice des cultes, 2) le respect de toutes les croyances, 3) I’égalité des citoyens devant la loi sans distinction religieuse, 4) la neutralité des pouvoirs publics, 5) la_non- reconnaissance des cultes et 6) le principe selon lequel I’Etat ne finance aucun culte (selon le Conseil constitutionnel).. 1. La liberté religieuse a) Un condensé de la « liberté de conscience » et du « libre exercice des cultes » (art. 1* de la loi) 1 Les tudiants eurieux par rapport aux pratiques d'enseignement aux Etats-Unis (qui servent en partie de modéle ici) pourront consultcr "Enire ‘socratisme’ et solitude, Une année & l'Université de Harvard", La Reve administrative — histoire, droit, société (Presses univ. de France), n° 351, mai 2006, p.230 a 238, ‘ym ,storongstabe/41941538 (accessible via ENT). b) Les composantes de la liberté de religion -La liberté de manifester et de diffuser sa religion dans l'espace public, soulevant notamment la question du port de signes religieux , la liberté de la pratiquer par l'accomplissement de rites la question de Palimentation , la liberté de la transmettre a ses enfants la question de lenseignement religieux a I’école. ©) Le respect de I’ordre public comme seule limite de la liberté religieuse - Lrordre public étant protégé, entre autres, par le droit pénal, non aborde ici =Réglementation des _« cérémonies, processions et autres manifestations extérieures dun culte » et des sonneries des cloches (art. 27). - Interdiction de signes ou embléme religieux « sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit » (sauf les édifices cultuels, les lieux de sépolture et les expositions, art. 28), ¢) La liberté religieuse, une « liberté publique » ou un « droit fondamental » (= droit de Phomme) § 1 - Une liberté garantie par le droit francais - déclaration des droits de Thomme et du citoyen du 26 aoiit 1789 (art. 10) - Constitution du 4 oct, 1958 (art. 2 1) § 2+ Une liberté garantie par le droit européen convention européenne de sauvegarde des droits de Thomme et des libertés fondamentales du 4 nov 1950 (art. 9) - traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (art, 10) = Charte des droits fondamentaux de 'Union européenne (art. 10) $3 - Une liberté garantie par le droit international = Déclaration universelle des droits de homme du 10 décembre 1948 (art. 18) -Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 (art. 18) 2. La neutralité religieuse de la puissance publique ~ Selon l'article 2 de la loi de 1905. a) Le destinataire du texte (= lobligé) «La République » = l’Etat, les ‘communes et les autres personnes publiques b)Les obligations a I'égard des cultes (et plus largement des convictions spirituelles et philosophiques) § 1 - Une indifférence d'action a leur égard §.2+ Une imperméabilité & Uégard de leurs influences ©) La double entorse a la neutralité selon le régime concordataire en Alsace- Moselle - V en détails ei-apres. § 1 - La reconnaissance et le financement de certains cultes §2-L'inégalité de traitement des cultes -Ne bénéficient des priviléges du régime concordataire que les cultes catholique et israélite ainsi que deux cultes protestants. Les cultes non reconnus peuvent cependant s'exercer librement sous la forme ‘associations de droit local. §3- La constitutionnalité douteuse du régime concordataire ~ Elle a été affirmée par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat, en dépit de la contradiction du régime concordataire avec l'article 2 de a loi du 9 dée. 1905 3. Les méprises répandues sur le sens de Ia laicité a) Vramalgame entre Ia laicité comme camp politique et la laicité comme principe juridique Lorsqu’on parle d'associations « laiques », par exemple, on pense a des groupes non religieux. C’est légitime, mais ne doit pas empigter sur Tinterprétation de la loi de 1905 en donnant un sens anti-religieux a la laicité. b) L'amalgame entre lai 'é, athéisme et anticléricalisme ©) La laicité vue comme séparation entre sphére publique et sphére privée ~Par exemple _« frontire [..] établic, en 1905 avec la loi de séparation des glises et de I’Etat, entre la sphére publique et la sphére privée » (Frédérique DE LA MORENA), alors que la deuxieme distinction n'est pas prévue dans cette Joi et n’a pas de sens en matiere religieuse (v ci-aprés IL A 1 a §2). 4) La confusion entre deux sens de publica puissance publique, Pordre public et le droit public, d’un cété, et ’espace public, de l'autre. B. La laicité comme compromis a travers un principe négatif 1. Au début du XX" sigcle, la laicité exigée et permise par Péquilibre des forces a) En général, le droit comme consécration d’un rapport de forces b) La laicité, traité de paix entre les catholiques anti-républicains et les forces anti-religieuses =I sagissait de diminuer la division des forces progressistes pour favoriser le changement social « Il est temps que ce grand, mais obsédant probléme des rapports de l'Eglise et de I'Etat soit enfin résolu pour que la démocratie puisse se donner tout entiére & 'cuvre immense et difficile de réforme sociale et de solidarité humaine que le prolétariat exige » (Jean JAURES, La Dépéche, le 15 aoiit 1904), =Compromis aujourd'hui parfois mal compris ou déformé, ainsi dans un programme de formation de l'Université de Lorraine « Une définition légale [de la laicité] le droit codifie une victoire des “Laies” sur les “Religieux”, une spécificité francaise » (sept. 2017), alors que la loi de 1905 consacre au contraite la victoire des laics modérés sur les anti-religieux (ainsi que sur les catholiques anti-républicains). =V ace sujet Jules FFRRY « Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais Ja lutte antireligieuse, jamais, jamais » (au Sénat le 10 juin 1881). 2. La laicité, un cadre neutre sans valeur identitaire - Lalai - En particulier, la laivité n’est pas anti-religieuse. ité n'a pas de contenu “positif, effectif et tangible.