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Du monde franc aux

et abbasside : extraction et produits des


Du monde franc aux califats omeyyade
califats omeyyade et

mines d’argent de Melle et de Jabali.


abbasside :
extraction et produits
des mines d’argent de
Melle et de Jabali.

Deutsches Bergbau-Museum Bochum Deutsches Bergbau-Museum Bochum


Du monde franc aux califats omeyyade et abbasside :
extraction et produits des mines d’argent de Melle et de Jabali.
Du monde franc aux
califats omeyyade et abbasside :
extraction et produits des
mines d’argent de Melle et de Jabali.

Begleitband zur Ausstellung

« Silberpfade zwischen Orient und Okzident »

im

Deutschen Bergbau-Museum Bochum

28. 2. 2014 – 28. 9. 2014

Bochum

2014
Veröffentlichungen aus dem Deutschen Bergbau-Museum Bochum, Nr.: 199

Bibliografische Information der Deutschen Nationalbibliothek


Die Deutsche Nationalbibliothek verzeichnet diese Publikation in der
Deutschen Nationalbibliografie; detaillierte bibliografische Daten sind
im Internet über http://dnb.d-nb.de abrufbar.

Gestaltung und Satz: Karina Schwunk


© Selbstverlag des Deutschen Bergbau-Museums Bochum 2014
Alle Rechte vorbehalten

Herstellung: Grafisches Centrum Cuno GmbH & Co. KG

ISBN 10: 3-937203-70-2


ISBN 13: 978-3-937203-70-6
Contenu

Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes


(VIe-XIe siècles)
Luc Bourgeois 11

L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une


comparaison transculturelle
Joachim Sistig 29

Géologie comparée des métallotectes argentifères


de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de
Ma’rib, Yémen)
Jean-Pierre Deroin 45

A la main ou au feu : les choix techniques pour


l’extraction des minerais argentifères
Florian Téreygeol 55

Accès au gisement et gestion des haldes : un


paysage minier durant l’exploitation carolingienne
de Melle. L’apport de la fouille préventive du site
du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)
Gérald Bonnamour, Christophe Marconnet 77

La préparation des minerais argentifères au haut


Moyen Age : le rôle de l’eau
Florian Téreygeol 93

La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle


et Jabali
Florian Téreygeol 133
La fabrication de la monnaie au Moyen Age :
de l’argent à la monnaie
Adrien Arles, Florian Téreygeol 167

L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe


monétaire et commerce dans les mondes franc
et islamique du haut Moyen Age.
Guillaume Sarah 183

Le plomb : une production abondante, un matériau


rarement conservé
F. Téreygeol, A. Arles 193

Melle : mise en évidence de l’utilisation des


scories vitreuses issues de la chaîne opératoire
de production de l’argent comme matière première
de l’industrie verrière
B. Gratuze, C. Guerrot, D. Foy, J. Bayley, A. Arles, F. Téreygeol 211

Une nouvelle production ou une réminiscence du


haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle
aux XIIIe et XIVe siècles
Florian Téreygeol 231

Mines anciennes : entre valorisation économique


et recherche archéologique
Florian Téreygeol 251

Bibliographie 259
Du monde franc aux califats omeyyade
et abbasside : extraction et produits des
mines d’argent de Melle et de Jabali.

Introduction
Présenter les mines de Melle et de Jabali au sein d’un même livre est une gageure. Le pari a
pourtant était relevé grâce à l’étroite collaboration qui a pu se tisser entre le deutsches berg-
bau-Museum et l’institut de Recherche sur les archéomatériaux du CNRS. Cette collabora-
tion est née d’une rencontre fortuite en bordure du désert arabique. De façon synchrone et
indépendante, deux équipes, celles de Florian Téreygeol et de Jurgen Heckes, se sont inté-
ressées à la même mine. Le premier cherchait une exploitation à mettre en regard de celle
de Melle, le second suivait les conseils de Gerd Weisgerber et allait à Jabali à la recherche
des mines de la reine de Saba. Plutôt que d’entamer une concurrence stérile, les respon-
sables des deux missions ont choisi de s’allier pour faire plus et mieux que ce qu’il eut été
possible de réaliser seul, soutenu activement en cela par Ismael al-Ganad alors directeur du
Geological Mining Survey Research Board au Yémen.

A jabali, que l’on identifie maintenant comme la mine Al-Radrad décrite par le géographe
yéménite al-Hamdani au IXe siècle de notre ère, il a été identifié un complexe minier et mé-
tallurgique de premier ordre qui comprend en plus de la mine, un très important atelier de
préparation du minerai. Une fois enrichi, ce minerai était emporté dans la vallée voisine
jusqu’au village des mineurs et des métallurgistes, lui aussi retrouvé. Là, comme le rapporte
al-Hamdani, la transformation avait lieu dont il ne subsiste aujourd’hui que les amoncelle-
ments de scories. L’argent était emporté à dos de chameau pour alimenter à la fois les ate-
liers monétaires et les échoppes des orfèvres. Aucune trace plus ancienne que le Ve siècle
de notre ère n’a été mise en évidence. En revanche, le travail de la mine s’est prolongée
montrant une exploitation cyclique jusqu’au XIVe siècle. Aujourd’hui encore, la mine n’est
pas une histoire ancienne, puisque de nouvelles compagnies s’intéressent au gisement non
pas pour l’argent ou le plomb mais pour le zinc.

A l’autre extrémité de l’espace, sur la façade ouest de la France, Melle s’impose comme la
mine d’argent par excellence de la dynastie carolingienne. Très rapidement après la mise en
exploitation du gisement au VIe siècle, elle adopte une vocation monétaire qui se confirme
avec l’installation d’un atelier monétaire et une frappe conséquente portant le nom même
de la mine. Cette situation perdurera jusqu’à la fin du Xe siècle qui voit à la fois l’abandon
des mines et le transfert de l’atelier monétaire vers des places au pouvoir politique plus im-
portant. Spécificité parmi d’autres, jamais la mine ne sera rouverte alors même que 1400
tonnes d’argent sont encore disponibles.

7
Introduction

Croiser ainsi les données issues de deux sites majeures de la production de l’argent pour le
haut Moyen Age permet un éclairage plus fin des conditions d’exploitation. En mine, les mo-
des d’abattage varient en fonction de la nature de la roche encaissante : très dure à Melle,
les mineurs ont opté pour l’extraction par le feu alors qu’à jabali, le travail à l’outil a été pré-
féré. Des constantes existent aussi pour les deux sites : stockage du stérile en mine, ab-
sence de travaux d’assistance hormis les puits, concassage et tri sous terre etc.

Alors qu’il existe peu de travaux consacrés à la phase minéralurgique, les fouilles à Melle
comme Jabali d’un atelier d’enrichissement du minerai ont permis de définir clairement
cette séquence du travail tout en relativisant son importance au sein de la production glo-
bale. L’eau est l’élément distinctif de ce moment de la production. A Melle, elle est omni-
présente autorisant une sélection poussée du minerai. A Jabali, quoique de l’eau soit dis-
ponible en quantité suffisante pour le lavage du minerai, les mineurs se sont limités à du tri
et du concassage. Ce choix technique dans les deux cas est le reflet d’un impératif écono-
mique plus qu’environnemental. L’argent n’a pas la même valeur que l’on soit à jabali ou à
Melle. Et dans le cas de la mine carolingienne, nous nous trouvons face à une gestion de
pénurie.

Ce manque d’argent se retrouve au moment ultime de la fonte. Il reste difficile de définir les
fours et structures en usage dans un site comme dans l’autre. Une chose est avérée, dans
les deux cas, la métallurgie est imparfaite piégeant du plomb argentifère dans la scorie. Les
choix techniques divergent à ce moment. Les métallurgistes de Jabali ne procèdent qu’à un
simple concassage de la scorie pour en extraire les plus grosses billes métalliques. A Melle,
toujours à la recherche d’une plus grosse production pour satisfaire la demande en numé-
raire, les fondeurs décident de mettre en place des unités de lavage de la scorie leur per-
mettant de récupérer la quasi-totalité du métal. Ici encore, le besoin a guidé l’innovation.

Dans un cas comme dans l’autre, la vocation de ces mines est de produire de l’argent pour
la frappe monétaire. La place atypique que tient l’exploitation de Melle dans le monde franc
explique le soin apporté à la production du métal blanc. A l’inverse, les gisements d’argent
existent ailleurs dans le monde islamique médiéval. Enfin, Melle se pose également en pro-
ducteur de plomb et de verre. Si jabali a également produit du plomb, le verre est bien une
spécificité melloise qui s’appuie autant sur une volonté de maximisation de sa production
que sur une économie de pénurie touchant à la fois la production monétaire et l’artisanat
verrier.

8
Introduction

Remerciements

Ce travail qui a pris place durant plusieurs années a été largement soutenu par les institu-
tions et sociétés suivantes :

DBM / Deutsches Bergbau-Museum


CNRS / Institut de Recherche sur les ArchéoMatériaux
MAE / Ministère des Affaires Etrangères et Européennes
MCC / Ministère de la Culture et de la Communication
ZincOx / Compagnie Minière exploitant et propriétaire de la mine de Jabali
GSMRB / Geological Service & Mineral Resources Board, Yemen
CEFAS / Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales de Sanaa
Ville de Melle
Comité de Gestion des Mines d’Argent de Melle

Somme d’un travail collectif, cet ouvrage est dédié à tous ceux qui, bénévolement ou non,
sont intervenus pour que ces deux mines puissent livrer leurs secrets. Un grand merci tout
spécialement à Joseph Gauthier et Jean-Charles Méaudre qui ont assuré la relecture et la
mise en forme des illustrations.

9
Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes
(VIe-XIe siècles)
Luc Bourgeois
Professeur d’archéologie médiévale, Université de Caen – Basse-Normandie / CRAHAM
(UMR 6273).

Résumé
Située sur un axe de communication majeur entre le nord de l’Europe et la péninsule ibérique,
l’agglomération de Melle est née avec les débuts de l’exploitation minière, aux VIe-VIIe siècles
de notre ère, époque où le vicus de Metallum tient son nom directement du gisement. Site
important de l’économie franque, on y frappe l’or et l’argent dès l’époque mérovingienne.
C’est aux IXe-Xe siècles, époque de l’apogée des mines, que la ville s’organise telle que nous
la connaissons aujourd’hui. Au début du Xe siècle, le quartier Saint-Pierre et le castrum de
Melle sont les deux pôles principaux de la villa carolingienne qui couvre une partie du dis-
trict minier. Le pagus et la viguerie de Melle apparaissent en 925. Possession de Charles le
Chauve, l’activité minière et l’atelier monétaire sont contrôlés par des fidèles du roi, d’origine
germanique, et par les comtes du Poitou. Le déclin de l’activité métallurgique n’affaiblit pas
l’agglomération, qui reste au XIe siècle un centre de pouvoir laïc et ecclésiastique important.

1. Situation et site
La petite ville de Melle est implantée au cœur du « Seuil du Poitou ». Ce plateau sédimen-
taire reliant bassin parisien et bassin aquitain constitue depuis très longtemps un axe de
communication majeur entre le nord de l’Europe et la péninsule ibérique.

L’agglomération médiévale s’est développée huit kilomètres à l’ouest de la grande voie an-
tique joignant Poitiers à Bordeaux (Fig. 01, A). Ce tracé fut en partie remplacé au Moyen
Age par un nouvel itinéraire passant plus près de Melle et qui rejoint l’ancienne voie antique
plus au sud (Fig. 01, B). Des discours touristiques ont récemment assuré la promotion de
ce « chemin de Saint-Jacques de Compostelle », un usage très secondaire de cette route
d’Espagne1. Elle était d’ailleurs concurrencée par un autre tracé, connu sous le nom de Che-
min Baudrou². Il passait par la ville de Saint-Maixent avant de longer le faubourg de Saint-
Hilaire de Melle (Fig. 01, C)2. Toutes ces routes de direction nord-sud encadrent la ville sans
la traverser. C’est un chemin perpendiculaire qui emprunte sa rue principale : il s’agit d’une
voie reliant l’Océan atlantique au centre de la France et qui joua un rôle important dans le
transport du sel récolté sur la côte (Fig. 01, D).

1 Pour un exemple de surinterprétation des sources concernant le pèlerinage : La Coste-Messelière, 1979.


2 Bourgeois, Téreygeol, 2005, p. 79.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

voie antique bien attestée

grand chemin médiéval

chemin médiéval secondaire

principaux habitats médiévaux

gisement de galène argentifère

zones minières

Figure 01 :
Réseau routier
majeur et
district minier
à Melle et aux
environs.
(F. Téreygeol/
L. Bourgeois).

L’agglomération occupe le promontoire dégagé par la confluence de deux petites rivières,


la Béronne et le Pinier (Fig. 02). Au nord, l’éperon s’ouvre largement vers le plateau. Autour
de cette défense naturelle, des faubourgs sont venus occuper dès le Moyen Age la tête de
l’étroit vallon du Pinier (Fossemagne), le versant ouest de la vallée de la Béronne (Saint-Hi-
laire) et la bordure du plateau prolongeant l’éperon (Saint-Pierre).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

Figure 02 : Topographie de Melle d’après le plan cadastral de 1832


(Dessin D. Brunie/L. Bourgeois).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

2. Genèse de l’agglomération

En l’état des connaissances, aucun indice ne permet d’envisager l’existence d’une ag-
glomération antique sous la ville médiévale de Melle ou dans ses environs immédiats : le
développement de l’habitat semble devoir être rapporté à l’époque mérovingienne. Plu-
sieurs tremisses mérovingiens ont été attribués à Melle. Leur droit porte la légende METALV
(ou METOLO, MEDOLO, METALLO), lieu qualifié de vicus et dont le nom même prouve la
connaissance du gisement de galène argentifère3. Différents types de deniers d’argent de la
fin du VIIe et du VIIIe siècle ont également été récemment attribués à ce lieu d’émission4. Les
datations 14C réalisées sur des échantillons collectés dans diverses galeries de mine et dans
les résidus de lavage du minerai sur lesquels repose l’église Saint-Pierre placent aux VIe-
VIIe siècles le début de l’extraction de l’argent présent dans le sulfure de plomb5. Toutefois,
à l’exception d’un sarcophage découvert sur la rive droite de la Béronne (Fig. 02, n°3/13)6,
l’espace urbain actuel n’a pour l’instant pas livré d’autres témoignages d’époque mérovin-
gienne que ceux concernant l’exploitation minière.

Il est également possible de s’appuyer, avec quelques réserves, sur quatre textes du IXe
siècle mentionnant Melle. Deux d’entre eux relatent des évènements rapportés au VIIe siècle.

1. Un long passage des Gesta pontificum Autissiodorensium, rédigé entre 873 et 875, ana-
lyse le testament de Didier, opulent évêque d’Auxerre mort en 623. Ce personnage, ori-
ginaire d’Aquitaine par sa mère, octroie à son église plusieurs domaines saintongeais. Il
offre également à l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre des terrains bâtis situés à Me-
tullus7. La géographie du transcripteur semble bien hésitante mais ce passage pourrait
concerner Melle. Si telle est la réalité, le vocabulaire utilisé (areas cum domibus suprapo-
sitis) est spécifiquement urbain et correspond peut-être plus à la réalité carolingienne
qu’à celle du VIIe siècle.

2. Les Gesta Dagoberti, rédigées par un moine de Saint-Denis dans les années 830-840, af-
firment que le roi Dagobert Ier (629-639) aurait donné pour la couverture de l’abbatiale de
Saint-Denis les 8 000 livres de plomb dus par Melle, tous les deux ans, à titre de cens8.
Plusieurs chercheurs ont considéré ce passage comme douteux et reflétant la situation
existant à l’époque de sa rédaction.

3. Les Annales de Saint-Bertin rapportent que le vicus de Metallum fut détruit par un raid
viking en 8489.

3 Belfort, 1892-1895, n°2878-2880 et 2882-2884 ; Bost et al.,1976. Une monnaie portant au droit MEDVL-
LO et au revers le nom du monétaire Dordo est uniquement signalée par A. de Barthélemy.
4 Clairand, Téreygeol, 2009.
5 Téreygeol, 2010.
6 Bourgeois, Téreygeol, 2005, p.80. Cette découverte doit probablement être associée à une chapelle Saint-
Maur attestée en 1120 (Saint-Jean d’Angély, t. II, pièce annexe n°13, p. 181-182).
7 Gestes Auxerre, t. I, p. 103 : item dedit in pago Santonico villas Saturiacum et Visionem, cum edificiis,
mancipiis, silvis ac universo apparatu eorum, necnon et areas cum domibus suprapositis tam in Metullo
quam in urbe Senonica. Duru (1850, t. I, p. 336 et suiv.) avait lu ce dernier mot Sanctonica, Saintes.
8 Gesta Dagoberti : 419, c. 40.
9 Annales de Saint-Bertin, p. 55.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

4. Enfin, le célèbre Edit de Pîtres du 25 juin 864 maintient Melle parmi les dix lieux de fabri-
cation habilités à produire le numéraire de Charles le Chauve et en fait l’unique atelier
officiel du quart sud-ouest du royaume10.

Que nous apportent ces sources numismatiques et narratives ? Du VIe siècle au IXe siècle,
Melle est qualifié de vicus et semble correspondre à un nouveau pôle d’habitat, établi dans
la zone la plus riche d’un district métallurgique couvrant une centaine de km2. Des mon-
nayages d’or et d’argent sont frappés à son nom dès l’époque mérovingienne, la production
conjointe de ces deux types d’espèces indiquant souvent des sites d’importance11. Le raid
de 848 montre que Melle exerce alors une attraction égale à celle des cités et des grands
monastères également attaqués par les Scandinaves. Après des débuts modestes, l’essor
de l’activité métallurgique pourrait être lié aux besoins en métal neuf provoqués par le pas-
sage de la production monétaire à l’étalon argent vers 67512. L’apogée des mines de Melle
correspond aux IXe et Xe siècles. C’est également à partir de cette époque que nous com-
mençons à discerner l’organisation spatiale de l’agglomération, composée de quartiers éta-
blis autour des trois églises qui constituent aujourd’hui encore la principale parure monu-
mentale de la ville.

3. Le quartier Saint-Pierre
Saint-Pierre est qualifié d’oratoire en 950 (Fig. 02, n°7)13. Quelques années plus tard, Amaury
et sa femme Christine donnent divers biens à cette église, qui apparaît alors clairement dans
la dépendance de l’abbaye de Saint-Maixent14. A la demande de son frère, abbé de ce mo-
nastère, le duc d’Aquitaine Guillaume Tête d’Etoupe concède entre 951 et 963 Saint-Pierre
en usufruit à un religieux nommé Baudry15. L’édifice revint postérieurement dans le patri-
moine abbatial. Un autre acte du Xe siècle signale la promotion de l’oratoire au rang d’église
paroissiale16 mais il faut attendre 1132 pour qu’un prieur du lieu soit mentionné17. Les obser-
vations archéologiques réalisées autour de l’édifice ont montré que le cimetière carolingien
et l’église romane étaient implantés sur d’épais remblais produits par le traitement de la ga-
lène argentifère18. Seuls deux fragments sculptés d’entrelacs, découverts dans le remplis-
sage d’une tombe recoupée par l’établissement de la nef19, pourraient témoigner d’un édi-
fice antérieur à l’église de la première moitié du XIIe siècle20.

10 Capitularia, t. II, n° 273, art. 12.


11 Bourgeois, 2005, p. 558-562.
12 Téreygeol, 2010.
13 Saint-Maixent, n°18 : vicina Metulo castro, super alveo Beronna, ubi edificatum est sancti Petri oratorium.
14 Id., n°21 (vers 959).
15 Ibid., n°27.
16 Ibid., n°64.
17 Ibid., n°294.
18 Farago-Szekeres, 1993, p. 379-380.
19 Id., p. 382-383.
20 Le Roux, 1991, p. 25-35.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

Le vaste cimetière associé occupait encore en 1674 une surface d’environ 1, 5 ha21. Son ex-
trémité sud a livré une collection de onze épitaphes datées entre la fin du VIIIe et le Xe siècle,
qui compte parmi les plus riches de tout l’empire carolingien (Fig. 03 et 04). Elle révèle la
présence d’une population laïque (hommes, femmes et enfants) et de prêtres séculiers.
Cette élite lettrée se caractérise par une anthroponymie germanique et correspond proba-
blement au groupe de fidèles du roi chargé du contrôle de l’activité minière et monétaire22.

C’est probablement dans cette zone qu’il


convient de rechercher le cœur du vicus si-
gnalé par les sources du haut Moyen Age.
La donation d’une maison avec son jardin
à proximité du sanctuaire prouve l’exis-
tence d’un habitat associé au moins dès le
milieu du Xe siècle23. Divers particuliers et le
comte de Poitou possèdent également des
biens dans le quartier24, qui constituait une
portion de la villa de Melle25.

Figure 03 : Cimetière de Saint-Pierre, vue géné- Figure 04 : Cimetière de Saint-Pierre, épi-
rale du secteur sud de la fouille (cliché B. Fara- taphe de l’enfant Arnulfus, fin VIIIe-début
go/INRAP). IXe siècles (Cliché CESCM/CIFM - J.-P.
Brouard).
21 Traver, 1938, p. 139.
22 Épitaphes Melle, 2009 ; Treffort, Uberti, 2010 ; Treffort, sous presse.
23 Saint-Maixent, t. I, n°67 : in alio loco una mansionem cum curtifero, qui est in rem Sancti Petri, prope ip-
sius ecclesie. C’est peut être dans ce secteur qu’il faut également localiser les maisons données vers 959
à Saint-Maixent par Amaury et Christine (Saint-Maixent, n°21). Elles sont établies hors du castrum (foras
castro) mais dans la villa de Melle.
24 Saint-Maixent, n°64 (Xe siècle).
25 Id., n°21 (vers 959).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

4. Le castrum primitif

La première fortification de Melle doit être localisée à la pointe de l’éperon triangulaire fa-
çonné par la confluence de la Béronne et du Pinier. Elle pourrait s’être abritée dans la partie
sud de l’enceinte urbaine postérieure (Fig. 02, n°6). La position du barrage défendant l’accès
depuis le plateau correspond probablement au puissant mur de terrasse attesté au cœur de
plusieurs maisons de la rive sud de la rue du Bourgneuf26. Cette anomalie se superpose aux
limites de l’ancien fief de la Motte de Melle27, dernier témoignage de la turris qui constitue
vers 1030 le centre de la résidence des châtelains de Melle (Fig. 02, M)28.

La plus ancienne mention conservée du castrum de Melle remonte au mois d’octobre 95029.
Toutefois, l’espace d’environ 2,5 ha défendu par l’enceinte maçonnée paraît densément
occupé dès le IXe siècle. Il a en particulier livré, d’une part, un coin monétaire au nom de
Charles le Chauve30 et, d’autre part, une collection d’objets du Xe siècle incluant des essais
sur plomb, trois marteaux, les fragments d’une balance et un possible lingot31.

En 1035, Constantin, chevalier du château de Melle, donne à l’abbaye de Saint-Jean d’An-


gély un sanctuaire bâti dans le castrum de Melle, où repose le corps du martyr régional Sa-
vinien (Fig. 02, n°9 et fig. 05)32. Cet édifice, attesté indirectement dès 92833, était probable-
ment à l’origine une chapelle ou une petite collégiale castrale34. Reconstruite à partir des
dernières décennies du XIe siècle35, elle resta par la suite une simple succursale de l’église
Saint-Hilaire.

Si l’enceinte castrale primitive apparaît presque vide aujourd’hui, il faut imaginer ce quar-
tier comme densément bâti vers la fin du premier millénaire. Plusieurs textes mentionnent la
présence de maisons (mansiones) établies dans le castrum de Melle dès le Xe siècle36 et des
droits sur le pain et le vin prélevés dans cet espace aux environs de l’an mil37. Vers 1035,
Constantin de Melle donne également à l’église Saint-Savinien des « aires pour construire

26 La Coste-Messelière, 1957, p. 7.
27 Des travaux déjà anciens auraient permis d’observer les vestiges d’une tour (Le Roux, 1963, p. 7). Les
sources écrites permettent de localiser la motte castrale et son fossé (La Coste-Messelière, 1950, pièce
justificative n°2 et 1957, p. 6-12 et fig. p. 25). Une section de ce dernier a été repéré (Fourteau, Liepman,
1984, fig. 11).
28 Conventum, p. 133.
29 Saint-Maixent, n°18 : terra … vicina Metulo castro, super alveo Beronna, ubi edificatum est sancti Petri...
30 Breuillac, 1909, p. 359-361 ; Gendron, 2007.
31 Rondier, 1870, p. 81-83.
32 Saint-Jean d’Angély, n°221.
33 CP 925-950, n°F011.
34 Le Roux, 1963, p. 8-9. Cette hypothèse s’appuie d’ailleurs sur une traduction erronée de la donation des
années 1030. Quelques mentions éparses attestent que l’église Saint-Savinien demeure aux XIIIe-XVe
siècles le lieu de sépulture privilégié de plusieurs importantes familles locales.
35 Seuls quelques éléments lapidaires isolés pourraient toutefois se rapporter à un édifice plus précoce :
baie monolithe remployée dans l’abside, chapiteau découvert lors des travaux de déblaiement de 1982,
bloc en remploi attribuable sans précision au haut Moyen Age (Le Roux, 1974, p. 133-135).
36 Saint-Maixent, n°64 (donation de Baudouin et Constance, Xe siècle) ; Saint-Jean d’Angély, n°182 (don de
trois mansiones par le duc Guillaume et Ailtildis, vers 1015).
37 Saint-Maixent, n°75 (donation en usufruit par Aitildis, 1000-1010).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

des maisons dans le castrum de Melle »38. Même s’il abrite encore au XIVe siècle la résidence
de quelques vassaux des seigneurs de Melle39, le castrum primitif est concurrencé assez tôt
(dès le XIIe siècle voire la fin du siècle précédent ?) par un nouveau château établi au nord-
est, à l’emplacement de l’actuelle place Bujault (Fig. 02, n°5 et fig. 06)40.

Figure 05 : L’église Saint-Savinien et l’ enceinte du castrum vus depuis l’ est (cliché L. Bourgeois).

Figure 06 : Vue de Melle depuis l’est. À gauche, le castrum primitif et l’église Saint-Savinien ; à droite,
le château neuf. Gravure d’après Claude Chastillon, 1604-1606 (cliché O. Neuillé/Médiathèque de
Poitiers).

38 Saint-Jean d’Angély, n°221 : infra castrum Medilum, areas ad domos construendos, cum superpositis suis.
39 Bourgeois, Téreygeol, 2005, p. 109.
40 Id., p. 91-92.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

5. Le faubourg Saint-Hilaire

Une troisième église – Saint-Hilaire – se dresse dans le faubourg sud de la ville, sur la rive
droite de la Béronne (Fig. 02, n°8 et fig. 07). Elle est offerte entre 1078 et 1086 à l’abbaye
de Saint-Jean d’Angély par Maingot, dominus du château de Melle et ses frères Constan-
tin et Guillaume. Leur mère, Aina dite Lupa, qui avait reçu ce sanctuaire en dot de son pre-
mier mari, confirme cette concession41. Les donations consenties à Saint-Hilaire par les sei-
gneurs de Melle et leurs alliés sont nombreuses dans les décennies suivantes. L’existence
d’un monasterium et d’une aumônerie est attestée dès la fin des années 108042. Nous ne
disposons d’aucune information sur de possibles occupations de ce site entre l’époque gal-
lo-romaine43 et le milieu du XIe siècle. Isolée au fond de la vallée de la Béronne, l’église n’a
jamais attiré une population conséquente. Si son territoire paroissial s’étendait à une grande
partie de l’enceinte urbaine médiévale, rien ne prouve que l’édifice était à l’origine compris
dans la villa Metula carolingienne. A titre d’hypothèse, on peut envisager qu’il était plutôt as-
socié à la villa de Mérillé ou Mérilly, attestée entre 951 et 963, et qui correspond plus tard à
une maison noble bordant le quartier Saint-Hilaire44.

Figure 07 : Église Saint-Hilaire, détail du décor du chœur (Dessin L. Bourgeois).

41 Saint-Jean d’Angély, n°219.


42 Saint-Jean d’Angély, n°226 et n°229.
43 Hiernard, 1997, p. 202-203.
44 Saint-Maixent, n°27.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

Parmi ces trois noyaux d’habitat précoces, auxquels viendront par la suite se greffer de mo-
destes faubourgs (Fig. 02), seuls Saint-Pierre et le castrum semblent donc relever de la vil-
la carolingienne de Melle. Ils constituent probablement les pôles conjoints du district mé-
tallurgique à l’époque d’activité des mines de plomb argentifère, c’est-à-dire jusque dans le
courant du Xe siècle.

6. Des pouvoirs et des hommes


Si aucun témoignage précis ne place Melle au nombre des domaines fiscaux carolingiens
– au contraire de ce qu’affirmait Louis Halphen45 – la présence locale des comtes de Poi-
tou est très prégnante dans les sources conservées des Xe-XIe siècles. Probables contrô-
leurs de l’atelier royal de Melle à l’époque de Charles le Chauve, les comtes manifestent une
autonomie de fait dans les dernières décennies du IXe siècle et deviennent peu après ducs
d’Aquitaine. Ils possèdent de nombreux biens à Melle dès les premières décennies du Xe
siècle46. Leur patrimoine est établi aussi bien dans la paroisse Saint-Pierre47 que dans l’en-
ceinte du castrum48. Gui-Geoffroi-Guillaume (1058-1086) peut encore concéder une par-
tie de son alleu de la Gour à la famille châtelaine49. Le Pré le Comte, intégré à la châtellenie
royale jusqu’à la Révolution50, est peut-être le dernier vestige de ce domaine comtal de la
vallée de la Béronne.

Leur autorité s’exerce aussi indirectement à travers des agents : l’existence d’un vicomte
nommé Atton est attestée par quatre actes passés entre 903 et 92551. Seul un document
d’avril 907 lui donne clairement le titre de vicomte de Melle (vicecomitis Metulensi). Ce per-
sonnage a souvent été mis en rapport avec le contrôle des mines de galène argentifère,
au point d’être qualifié de « vicomte monétaire ». Une notice de décembre 928 relate un
échange de terres de la villa de Melle intervenu entre l’abbé de Saint-Maixent et le vicomte
Cadelon52. Cadelon, attesté de 92753 à 947-94854, paraît prendre la succession d’Atton.
C’est probablement avec ce personnage que le chef-lieu de la vicomté se déplace de Melle
à Aulnay (Charente-Maritime), place frontalière du Poitou (Fig. 08). Cette évolution pourrait
s’inscrire dans un remaniement des vicomtés opéré par le duc Guillaume Tête d’Etoupe55.
Les vicomtes du Xe siècle disposent également d’alleux et de terres à Melle56.

45 Halphen, 1921, p. 281, n. 3.


46 Saint-Maixent, n°13 (908) : terre comtale établie in villa Metulo. Les deux notices relatant les dons des
ducs d’Aquitaine à Saint-Jean d’Angély n’ont pas été prises en compte ici : l’une est manifestement un
faux (Saint-Jean d’Angély, n°5), l’autre est très tardive (Saint-Jean d’Angély, n°2 – 1123).
47 Saint-Maixent, n°64 (Xe s.) : vigne dans la paroisse Saint-Pierre jouxtant une terra comiti.
48 Saint-Jean d’Angély, n°182 (vers 1015) : le duc Guillaume le Grand et Aitildis donnent trois maisons si-
tuées dans ce castrum au petit monastère qu’ils ont fondé à Charentenay.
49 Saint-Jean d’Angély, n°228.
50 Médiathèque de Poitiers, coll. Fonteneau, t. 34, p. 38 : état du domaine du roi en Poitou dressé en 1730.
51 CP 900-925, n°E006 (903), n°E013 (905), E015 (911) et CP 925-950, n°F001 (925).
52 Id., n°F011.
53 Ibid., n°F007.
54 Ibid., n°F085.
55 Richard, 1903, t. I, p. 78.
56 Saint-Maixent, n°13 (928), 64 et 70 (Xe s.).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

Figure 08 : Pagi, vigueries et vicomtés autour de Melle et Brioux-sur-Boutonne (fin IXe-début XIe siècles)
(Dessin L. Bourgeois).

Le territoire de Melle s’inscrivait originellement dans un « pays » qui empruntait son nom à
l’ancienne agglomération antique de Brioux-sur-Boutonne (Deux-Sèvres) : le pagus Briocen-
sis. Il couvrait un vaste espace allant des confins septentrionaux de l’Aunis aux abords de
Poitiers57 (Fig. 08). Cet espace géographique, qui ne semble pas constituer une véritable
circonscription administrative, est mentionné à partir de la fin du VIIe siècle mais sa mise
en place pourrait s’avérer largement antérieure. A l’époque carolingienne, les vigueries (vi-
cariae) constituent au contraire des cadres de l’administration locale. Ces relais du pouvoir
central possèdent des limites assez mouvantes et ils semblent plus correspondre à des ré-
seaux de villae qu’à des territoires continus58.

57 Brunie, 2000, p. 31-33.


58 Sur la nature de ces vigueries, voir en dernier lieu Zadora-Rio, 2008, p. 106-110.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

L’émergence, à partir de 925, d’un pagus et d’une viguerie de Melle59 semble résulter d’un
démembrement récent du pagus et de la viguerie de Brioux : des villae auparavant ratta-
chées à la viguerie de Brioux sont ainsi localisées in pago Metulinse à partir de 94560. La
dilution de cette vicaria Briocinse, absente des sources écrites après 98661, doit être liée
à l’essor parallèle de Melle et d’Aulnay (Fig. 09)62. Les vigueries de Melle et de Tillou sont
comprises dans l’étendue du nouveau pagus de Melle. La vicaria Metulinse se constitue
au détriment de la viguerie de Brioux mais également des vigueries d’Aiffres, de Marigny
et de Rom63. Comme dans d’autres exemples régionaux, c’est peut-être la construction du
castrum de Melle qui amène cette évolution de l’organisation administrative.

Figure 09 : Mentions des pagi de Brioux et de Melle dans les sources du VIIe au XIe siècle
(dessin L. Bourgeois).

Le glissement de la viguerie carolingienne au territoire contrôlé par le château de Melle est


consacré par l’évolution du vocabulaire des chartes du XIe siècle. Des viguiers souscrivent
encore quelques actes des années 1020-104064 et au moins deux documents de 1031 et
1044 localisent des biens dans la viguerie du château (in vicaria castri) (Fig. 08)65. Le terme
de châtellenie apparaît pour la première fois vers 108766.

59 Saint-Maixent, n°12.
60 Saint-Jean d’Angély, n°242 (945) et n°404 (969), Saint-Cyprien, n°449 (983-984).
61 Saint-Cyprien, n°407 (954-986).
62 La viguerie d’Aulnay est citée pour la première fois en 951-952 (Saint-Cyprien, n°459).
63 La Coste-Messelière, 1963 ; Bourgeois, Téreygeol 2005, p. 85-86.
64 Saint-Cyprien, n°493 (1021-1029, Maingaudi vicarius), Saint-Florent n°68 (1043 : Constantinus vicarius
Metulensis). La charge semble alors devenue héréditaire (La Coste-Messelière, 1957, p. 25, n. 74).
65 Gallia christiana, t. II, éd. 1720, col. 330 et Saint-Jean d’Angély, n°445. Sur cette notion, voir en particu-
lier Debord, 1984, p. 122-123.
66 Saint-Jean d’Angély, n°225.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

En décembre 1032, l’acte issu d’un plaid ducal réuni à Melle est souscrit par les deux per-
sonnages qui contrôlent à partir de cette époque la destinée de Melle : Constantin et Main-
got67. Constantin est le dernier personnage à s’intituler viguier de Melle. Mais le duc d’Aqui-
taine lui-même doit lui demander son assentiment lors d’une donation dans la région de
Melle en 1043, argument permettant de penser qu’il tient alors la viguerie en fief68. Vassal du
vicomte d’Aulnay pour une terre69, Constantin apparaît surtout comme un fidèle du duc. Il
est également dénommé militis Metulensis castri vers 103570.

Maingot peut être identifié au grand personnage (vir clarissimus) qui passe un acte près de
Lusignan entre 1019 et 103071. Il apparaît comme viguier entre 1020 et 1029, dans un acte
intéressant les confins orientaux de la viguerie de Melle72. Il souscrit en 1041 l’acte d’un de
ses fidèles, en présence de Constantin de Melle73. Enfin, il est qualifié de Maingoldus de cas-
tello Metuli entre 1045 et 1049 et de dominus castri Metulensis dans un acte postérieur74.
Les pouvoirs respectifs de Constantin et Maingot dans le Mellois et les probables liens fami-
liaux unissant les deux hommes75 demeurent difficiles à démêler, mais il est clair qu’à la mort
de Constantin (vers 1050), Maingot I recueillit les charges de celui-ci. Deux autres généra-
tions de Maingot, toujours proches des comtes de Poitou, vont exercer la charge de châte-
lain de Melle. Une évolution du statut familial se dessine à la fin du XIe siècle : après la mort
de son père Maingot III (peu après 1092), Maingot IV ne porte plus le titre de dominus castri
Metulensis mais s’intitule seigneur d’un important fief familial : Gacougnolle (commune de
Vouillé, Deux-Sèvres)76. Selon René de La Coste-Messelière, la construction d’un nouveau
château comtal relayant la motte des Maingot aurait entraîné l’éviction de la lignée châte-
laine77. L’hypothèse est aussi plausible qu’invérifiable.

Des acteurs d’origine ecclésiastique viennent se joindre à ces puissants laïcs. Dès le Xe
siècle, trois grandes abbayes bénédictines : Saint-Maixent, Saint-Jean d’Angély et – dans
une moindre mesure – Saint-Cyprien de Poitiers, disposent en effet de biens à Melle. La di-
vision du territoire de Melle en deux paroisses et deux faubourgs – Saint-Pierre et Saint-Hi-
laire – qui s’opposent de part et d’autre d’un castrum médiéval dépourvu d’église parois-
siale, va matérialiser durablement ces emprises monastiques. Les châtelains du XIe siècle
semblent également balancer entre les deux abbayes : Maingot II de Melle est ainsi enter-
ré à Saint-Maixent78 alors que sa veuve et ses fils privilégient surtout Saint-Jean d’Angély79.
Le petit patrimoine de Saint-Cyprien de Poitiers, attesté par deux mentions du Xe siècle80,

67 Saint-Maixent, n°91. Sur ce glissement des charges vicariales aux pouvoirs féodaux, cf. Bourgeois, Remy
2012, p. 57.
68 Saint-Florent, n°68.
69 Notre-Dame de Saintes, n°55 (1047).
70 Saint-Jean d’Angély, n°221.
71 Saint-Cyprien, n°438. Sa famille possède des biens à l’ouest de Poitiers et il est sans doute apparenté au
vicomte de Poitou Maingot du début du Xe siècle (sur ce dernier : Damon 2008, annexe, p. 201-202).
72 Saint-Cyprien, n°493.
73 Saint-Maixent, n°95.
74 Trinité de Vendôme, p. 40 ; Saint-Maixent, n°148.
75 Le prénom de Constantin va demeurer fréquent dans la famille des Maingot.
76 Saint-Maixent, n°273 (1121).
77 La Coste-Messelière, 1957, p. 30-31.
78 Saint-Maixent, n°148.
79 Saint-Jean d’Angély, n°219, 228, etc.
80 Saint-Cyprien, n°495 (936-954) ; Saint-Maixent, n°70 (Xe siècle).

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

fait figure d’outsider. L’évêque de Poitiers est le grand absent. En conséquence, lorsqu’un
archiprêtré de Melle est mis en place avant la fin du XIe siècle pour contrôler le clergé de 78
paroisses81, le titre d’archiprêtre est rattaché à la cure rurale de Mazières-sur-Béronne (Fig.
01), dont l’évêque nommait le titulaire82.

A l’époque carolingienne, la présence à Melle de tous les détenteurs du pouvoir public (à


l’exception de l’évêque de Poitiers), des principales abbayes régionales et d’une élite lettrée
et probablement en partie exogène, peut s’expliquer par l’existence d’un vicus publicus du
haut Moyen Age mais surtout par le poids politique et économique des mines et de l’ate-
lier monétaire jusqu’au Xe siècle. Le déclin de l’activité métallurgique ne semble pas affecter
l’essor de l’agglomération de Melle. Au contraire même, c’est au cours des Xe et XIe siècles
que le site s’urbanise et s’affirme comme un centre du pouvoir laïc et ecclésiastique rayon-
nant sur un large arrière-pays. Melle perd progressivement sa spécificité économique pour
devenir un petit pôle du pouvoir féodal comme bien d’autres. Toutefois, la fermeture des
mines ne semble pas entraîner une totale disparition des compétences locales dans le trai-
tement des métaux. Les creusets déposés dans quelques tombes des cimetières de Saint-
Pierre et de Saint-Hilaire illustrent ainsi la survie du travail des alliages non-ferreux aux XIIIe-
XIVe siècles83.

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81 L’archiprêtre de Melle Arnaud est attesté en 1219 (Beauchet-Filleau, 1890 : 75) mais des archiprêtres dont
la circonscription n’est pas précisée interviennent dans le Mellois dès les années 1085-1100 (Saint-Jean
d’Angély, n°92 ; Saint-Cyprien, n°498-499).
82 Beauchet-Filleau, 1868, p. 309.
83 Voir dans le présent volume Téreygeol F., Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen
Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles.

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L. Bourgeois – Melle : la ville, les pouvoirs et les hommes (VIe-XIe siècles)

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L’Empire Franc et l’Empire Abbasside.
Une comparaison transculturelle
Joachim Sistig

Ruhr-Universität Bochum

I. Approche de la recherche

Deux souverains charismatiques, deux grandes puissances, deux figures emblématiques


d’un âge nouveau. Les différences sont grandes entre l’empire des Francs et l’empire des
Abbassides, les parallèles néanmoins sont tout aussi nombreux que ce soit sur le plan de
la structure, de la forme du pouvoir ou encore de l’ensemble des valeurs. Les règnes des
deux souverains sont marqués par une apogée non seulement de pouvoir (politique) res-
pectif mais aussi, pour les peuples de chacun des empires, une apogée de leur civilisation.
Entre Aix-la-Chapelle et Bagdad – 4000 km séparent les deux villes –, les arts et les sciences
déploient une dynamique glorieuse. Le progrès technique et artisanal ouvre la voie à des
connaissances et des possibilités nouvelles. À l’exemple de l’exploitation de l’argent-métal,
nous montrerons les différentes techniques employées dans le même temps dans l’empire
Franc et l’empire Abbasside : pendant que les mineurs Francs de Melle (France) abattaient
les minerais par le feu, les mineurs d’ar-Radrad (Yémen), eux, travaillaient exclusivement à
la massette et au burin. La comparaison du contexte technique et social permet, dans une
perspective archéologique, de tirer certaines conclusions quant au développement histo-
rique de l’exploitation de l’argent.

Même si le transfert interculturel1 (cross-cultural interaction) n’est pas transmis avec certi-
tude, des traces et des passages2 entre les deux espaces impériaux ont été détectés. Là
où l’on observe des développements parallèles dans les sciences et les techniques cultu-
relles, en apparence fortuits, on ne peut exclure que des contacts et transferts aient eu lieu.
La comparaison synchrone des savoirs culturels et techniques (architecture, écriture, travail
du métal, exploitation minière, etc.) permet de désigner des points communs et de faire des
suppositions quant aux relations entre les deux cultures.

1 Krämer, Gudrun, 2012: S.187


2 Michael Borgolte/Matthias M. Tischler, 2012: S.12

29
J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

II. Charlemagne et Harun ar-Raschid

Les trois grandes puissances de l’orient et de l’occident vers


l’an 800

L’empire pluriethnique de Charlemagne est considéré au niveau historique comme l’empire


précurseur des états européens. Après la mort de son père Pépin le Bref, en 768, Charle-
magne agrandit l’héritage laissé par son père. A la mort de son frère Carloman, en 771, il
étend autocratiquement son empire : au sud, jusqu’aux chaînes de montagnes des Alpes
et des Pyrénées, à l’ouest, le long de la côte atlantique, jusqu’aux côtes de la Manche, au
nord jusqu’à la frontière danoise et à l’est le long des cours de l’Elbe, de la Saale et du Da-
nube. La puissance spatiale de Charlemagne dominée par les Francs est confrontée au sud
de la Méditerranée à deux puissances politiques inter-concurrentes: d’un côté, à l’Empire
byzantin, dans les régions centre et est de l’espace méditerranéen, de l’autre côté, à l’em-
pire arabe des Abbassides, qui, de façon falciforme, s’étend de la frontière byzantine sur la
côte est de la mer Noire jusqu’à l’émirat des Omeyyades à la frontière de la Marche d’Es-
pagne de Charlemagne.

Sous le règne de l’impératrice Irène (797-802) et de ses successeurs, l’Empire byzantin est
politiquement et militairement quasi insignifiant. Et en particulier après le couronnement de
Charlemagne (800), l’Empire romain d’Orient de Byzance n’est plus que marginal.

Le califat islamique, en revanche, se déploie avec le plus grand dynamisme. Cent ans après
la mort de Mahomet (632), la grande puissance arabe unit des peuples d’origines les plus
variées, de la péninsule ibérique jusqu’à l’Indus ainsi qu’au golfe du Yémen, sous l’égide
d’une religion (islam) et d’une langue (arabe) communes. Le Coran est alors considéré
comme unique fondement politique et idéologique. Les cours du calife se parent d’artistes
et de scientifiques qui contribuent à épanouissement culturel unique et durable du monde
arabe. Outre les textes philosophiques et scientifiques de la Grèce antique, divers éléments
des cultures persane, turque, mongole, indienne et malaisienne sont alors repris et utilisés
pour les écrits instructifs des penseurs islamiques. Le recueil de contes « Les Mille et Une
Nuits », par exemple, est d’origine indienne et persane avant qu’il ne soit publié à la cour de
Harun ar-Raschid sous sa forme ‘islamisée’3.

L’« âge d’or » d’Harun ar-Raschid


Entre 786 et 809, avec le calife Harun ar-Raschid, le roi des Francs se retrouve face à un
souverain dont la toute-puissance et le faste équivalent – et surpassent même – ses propres
attributs. Dès le début de la dynastie abbasside (750-1258), sous « Harun le bien guidé », se
développe l’ « âge d’or » de Bagdad. L’apogée littéraire et musicale du monde arabe trouve
ici son origine et devient le fondement de l’éducation courtoise. L’enthousiasme arabe pour
la poésie se retrouve notamment dans la lecture des poèmes rédigés par Harun ar-Raschid,
écrits compris par les contemporains comme l’expression d’une parfaite et souveraine per-

3 Dornseif, Andrea/Hörner, 2003: S.154

30
J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

sonnalité. Les savoirs de la Grèce antique (philosophie, mathématiques, astronomie, méde-


cine, musique) sont collectés et rassemblé et systématiquement élargis. Il est à remarquer
que les traductions des ouvrages d’Aristote, Platon, Ptolémée, Euclide, etc. proviennent de
traducteurs chrétiens au service de seigneurs islamiques. Yaqub ibn Ishaq al-Kindi (801-
873), philosophe, mathématicien, musicien et médecin de Bagdad formule le principe sui-
vant: « Nous ne devons pas avoir honte de reconnaître et d’accepter la vérité quelle que soit
la source dont elle nous parvient. »4. La splendeur scientifique et culturelle de la cour est telle
qu’elle s’étend au-delà de l’époque impériale arabe, inspirant également jusqu’à l’époque
moderne Montesquieu ou Goethe ainsi que le courant orientaliste au XIXe siècle.

Alorsque les Francs succèdent à la dynastie mérovingienne a lieu presque simultanément un


changement de dynastie au sein du califat islamique du fait de l’expulsion violente du pou-
voir central du Moyen-Orient des Omeyyades par les Abbassides.

La Renaissance carolingienne
Les quelques 10 millions d’habitants de l’empire de Charlemagne se composent de popula-
tions romanes, germaniques et slaves. Le latin, en tant que langue commune de la science
et de la domination, n’était réservé qu’à une petite élite (environ 3% de l’ensemble de la
population). Charlemagne, cependant, s’efforce de développer l’enseignement dans son
royaume. À l’école de sa cour, il s’entoure d’érudits de l’Europe entière qui aménagent la
bibliothèque de la cour, rassemblent et copient les manuscrits latins. À cet effet, on déve-
loppe une nouvelle forme d’écriture : la minuscule carolingienne. La mission éducative et
scientifique s’oriente vers les modèles antiques et relie au sens classique du terme tâches
de direction politique et savoir culturel approfondi. La tâche éducative précisément définie,
mise en œuvre dans les écoles de la cour et dans les écoles monastiques, a pour modèle
les septem artes liberales, les sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arith-
métique, géométrie, musique, astronomie). De même, les études de médecine impliquent
explicitement écrits païens et traditions orientales. Selon le modèle arabe, les sciences sont
liées à une constellation cosmique. L’intérêt de Charlemagne pour l’astronomie est expri-
mé, entre autres, dans sa correspondance avec l’érudit de la cour Alkuin (735-804). Suivant
le modèle d’Aix-la-Chapelle, des écoles supérieures se forment alors à Tours, à Lyon, à Se-
ligenstadt et à Lorsch.

De tout l’empire, Aix-la-Chapelle est le centre de prédilection du pouvoir de Charlemagne.


Cependant, ce centre de pouvoir n’est pas le seul de l’empire. Au contraire, la cour du roi -
le palatium – se déplace de palatinat en palatinat. Le roi, unique souverain régnant, est sou-
tenu dans ses fonctions de régent par les fonctionnaires de sa cour. Pour les décisions im-
portantes, comme celles concernant le contingent militaire des campagnes de guerre, l’élite
dirigeante se réunit au sein de l’Assemblée impériale. Sur un plan décentralisé, les intérêts
de l’empire sont représentés par les sous-rois, les comtes et les ducs, en contact étroit res-
pectivement avec le roi et empereur par le moyen de messagers. De même, des dignitaires
religieux occupent des postes importants. A l’exemple de l’abbé FulraId, ils peuvent même
être chargés de missions politiques. Les relations et la légitimité mutuelle des structures du
pouvoir séculier et religieux suivant le principe de droit divin sont institutionnellement éta-
blies dans le royaume des Francs depuis l’onction de Pépin le Bref par le pape Stéphane
II en 754 et maintenues par ses fils Charles et Carloman. Les monastères aussi jouent un

4 Leisten, Thomas, 2003: S.88

31
J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

rôle important dans la gestion et la propagation de son régime, même si sous le règne de
Charles on ne peut pas encore parler d’une Eglise d’Empire.

Structures de pouvoir et de communication dans le royaume


Franc

Les monastères, les palais et les différentes implantations et colonies sont reliés par un ré-
seau routier, basé principalement sur le réseau routier romain5. Dans les régions de l’ouest
peuplées plus fortement par les Francs, le réseau routier est plus dense que dans les autres
régions. Au sein de ce réseau, Lyon tient un rôle capital car, en tant que plaque tournante
centrale, la ville permet le raccord économique des régions situées au nord des Cévennes
et de Melle sur l’Atlantique jusqu’au Rhin via Metz et Trèves6. Sur la rive droite du Rhin, la
voie « Hellweg » représente la liaison la plus importante dans les régions impériales de l’est
allant du Rhin à Wroclaw.

Durant le règne de Charlemagne, le commerce connaît un véritable essor. Dans les villes et
les monastères, sont produits des biens qui sont par la suite offerts à la vente sur les places
de marché et dans les foires, cela à quelques 200 endroits différents entre le Rhin et la Loire.
Les fleuves et les rivières ainsi que les ports de mer gagnent par conséquent en importance.
Marseille devient ainsi un point de transit important pour le commerce avec les marchands
d’Afrique et du Moyen-Orient. En échange d’esclaves, on importe des épices, des médica-
ments et du pourpre. De la péninsule ibérique on fait venir du minerai et du mercure, de By-
zance et des califats arabes, des perles et des pièces d’argent.

L’agriculture façonne la structure économique et sociale dans le royaume. Les princes aris-
tocratiques et ecclésiastiques afferment leurs terres à des agriculteurs libres et non-libres,
qui leur doivent la redevance et l’accomplissement de la corvée.

Structures de pouvoir et de communication dans l’Empire ab-


basside
C’est sous le règne de Harun Ar-Rachid que l’épanouissement du pouvoir et, plus précisé-
ment, de la zone d’influence de l’empire abbasside est au plus haut. Cette influence va de la
côte atlantique mauritanienne jusqu’à la frontière de l’actuel Pakistan, à savoir du Caucase
jusqu’au Yémen et cet espace est deux fois plus grand que l’empire de Charlemagne. Aux
VIIIe et IXe siècles, le califat des Abbassides connaît un essor économique extraordinaire qui
permet le développement d’une culture urbaine florissante. Harun ar-Rachid réforme l’ad-
ministration de même que la jurisprudence sur les bases du Coran. Il se distingue en tant
que promoteur de la littérature, des sciences et de l’exégèse coranique. Tout comme Char-
lemagne, qui voit son pouvoir légitimé par « droit divin », Harun ar-Rachid se sert de la su-
perstructure religieuse et culturelle, superstructure qu’il fait découler d’un lien de parenté
particulier avec le Prophète ; l’État, l’Église et la religion forment un tout indissociable.

5 Heimann, Heinz-Dieter, 1999: S.418


6 Große, Rolf, 2005: S.36ff.

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J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

Après l’expulsion en 750 de la dynastie omeyyade d’origine arabe, qui s’adonne depuis la
mort de Mahomet jusqu’en 750 à l’expansion de l’empire islamique, les Persans dominent
l’empire. Damas perd son rôle de siège de gouvernement. La ville de Bagdad, dans son rôle
de nouveau centre du pouvoir politique et économique, est construite en seulement quatre
ans et est achevée en 762. Des groupes de métiers divers s’établissent dans les nouveaux
centres économiques étroitement reliés par un système postal et routier efficace. Les Ab-
bassides font, là, usage du système efficace de communication mis en place à l’époque
sassanide, c’est-à-dire à l’époque préislamique7.

La zone franche de commerce bénéficie également d’une langue, d’une religion et d’une na-
tionalité communes. Des flux immenses de marchandises qu’accompagnent des opérations
bancaires sont caractéristiques de l’époque. L’agriculture aussi continue de gagner en im-
portance car, au moyen de systèmes d’irrigation ingénieux, de nouvelles terres sont rendues
cultivables pour la plantation de canne à sucre, de dattes, d’oranges et de coton.

La fracture sociale croissante entre, d’une part, les riches marchands des villes, qui en
grande partie étaient exonérés de taxes – ou, plus précisément, avaient eux-mêmes le droit
de décider de leur propre taux de taxe – et, d’autre part, les paysans sous-payés et pauvres,
provoque, dans la seconde moitié du VIIIe siècle, de nombreuses émeutes dans les pro-
vinces éloignées. Les familles nobles dissidentes revendiquent également leur indépen-
dance – et en particulier les Omeyyades avec la fondation du califat de Cordoue en 756.

Contacts directs entre l’Empire Franc et l’Empire Abbasside

Une confrontation directe entre l’Empire des Francs et celui des Abbassides n’a pas lieu.
Au contraire, le dialogue chrétien-islamique est recherché par les deux partis. Par ailleurs,
les deux souverains doivent se concentrer sur la gestion et la protection de leur propre do-
maine et pouvoir. Par le biais de messages de sympathie et de cadeaux diplomatiques ils
manifestent leur respect mutuel. Une délégation, que Charlemagne en 797 envoie à la cour
du calife à Bagdad, rentre cinq ans plus tard à Aix-la-Chapelle - chargée cette fois de ca-
deaux de Harun al-Rashid pour l’Empereur, parmi lesquels il y a même un éléphant blanc8.
Une deuxième délégation remet à Charlemagne en 806 une clepsydre, une horloge à eau
d’une valeur inestimable.

Les contacts fréquents entre Charlemagne, le patriarche de Jérusalem et le calife Harun


al-Rashid à Bagdad influent également sur la construction de la cathédrale d’Aix-la-Cha-
pelle entreprise entre 794 et 798. Les somptueux monuments sacrés érigés sur le Mont
du Temple à Jérusalem, rendus mythiques dans la tradition du Moyen-Âge et dénommés
« Temple de Salomon », servent de modèle idéalisé 9. Il s’agit là, en fait, de l’église paléo-
chrétienne byzantine du Saint Sépulcre avec la Rotonde de l’Anastasis et du Dôme du ro-
cher islamique, construit en 691 par Haram al-Sherif. L’attention prêtée aux lieux saints à
Jérusalem nait d’un intérêt nouveau au sein de la cour carolingienne pour la Terre Sainte

7 Lohrmann, Dietrich, 2003: S.49


8 Grewe, Klaus/Pohle, Frank, 2003: S.66ff.
9 Kühnel, Gustav, 2003: S.64

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J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

qui, depuis l’an 638, se trouve sous contrôle musulman. En tant que bras séculier du Pape
et compte tenu de la faiblesse politique de l’Empire byzantin, Charlemagne se voit investi
de la responsabilité de représenter les intérêts des chrétiens dans ce lieu symbolique. Se-
lon des sources franques, Charlemagne aurait officiellement obtenu d’Harun Ar-Rachid le
pouvoir sur Jérusalem. Avec l’approbation des autorités islamiques de Harun Ar-Rachid,
le souverain franc fonde un complexe pour pèlerins comprenant des auberges, une biblio-
thèque et l’église Sainte-Marie ainsi que des jardins et des champs contigus. En 808, Char-
lemagne fait construire en Terre Sainte un « Commemoratorium de casis Dei vel monasteris »
de toutes les églises chrétiennes et des monastères. Les moines et les pèlerins se rendent
régulièrement à Jérusalem, rédigent des comptes-rendus de voyage et rapportent des re-
liques.

Conflits avec l’Émirat Omeyyade sur la péninsule ibérique

Déjà, avant la campagne sans succès de Charlemagne contre l’Empire omeyyade en 773
et le légendaire combat en retraite de Roncevaux, une tentative de coalition avec le pape
Paul 1er a lieu sous le règne de Pépin le Bref contre le califat de Cordoue, tentative à laquelle
même le calife abbasside al-Mansur devait se joindre10. Les Abbassides ont auparavant ex-
pulsé les Omeyyades de Damas et continuent d’entretenir ensuite un rapport de concur-
rence avec leurs « frères de foi » dissidents. Charlemagne est considéré comme un allié de
Bagdad dans la « concurrence intra-islamique » à Cordoue11. C’est dans cette perspective
qu’une délégation de Pépin avait été envoyée à Bagdad dans les années 765-768.

Les affrontements guerriers avec les dirigeants islamiques dans la péninsule ibérique com-
mencent avant même la création du califat de Cordoue par les Omeyyades en 75612. Les
premiers conflits ont déjà lieu au début du VIIIe siècle, ils se poursuivront jusqu’à la bataille
de Poitiers en 732, bataille qui sera hautement stylisée comme clash of the civilisation, plus
tard, à l’époque moderne. Jusqu’en 759, l’ancienne Septimanie wisigothe entourant la ville
de Narbonne, au sud de la France, reste sous domination islamique. Durant le règne de
Charlemagne, la péninsule ibérique forme un puzzle de pouvoirs instables. Louis le Pieux,
fils de Charlemagne, fait la conquête de Barcelone en l’an 801 après que le wali de Barce-
lone a demandé de l’aide à Charlemagne face à la menace du califat de Cordoue. Ainsi est-
il possible d’établir un minimum de sécurité avec une zone tampon neutre entre l’Empire
omeyyade et la frontière impériale.

De même, le dernier royaume chrétien indépendant des Asturies, sur la péninsule ibérique,
craint pour son indépendance et évite le contact avec l’Empire franc. Guidée par une « vi-
sion », la « découverte » du tombeau de l’apôtre Jacques à Saint-Jacques-de-Compostelle
s’étale sur la période de 818 à 834 et procure au roi asturien Alphonse II un effet de propa-
gande durable quant à sa propre indépendance politique. Les rois des Asturies et plus tard
de León font de Jacques leur saint patron et mettent en lui leur confiance, notamment lors
des combats. L’afflux de pèlerins ne commence qu’une centaine d’années plus tard.

10 Kühnel, Gustav, 2003: S.58


11 Geis, Lioba, 2003: S.83
12 Geis, Lioba, 2003 : S.82ff.

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J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

Processus de rencontre et de démarcation dans le bassin mé-


diterranéen

Le bassin méditerranéen est au IXe siècle une zone d’entrelacement culturel intense et de
transformation culturelle. Les flux commerciaux relient les places de marchés francs aux
places commerciales orientales sur le pourtour méridional de la Méditerranée. La péninsule
ibérique est alors presque entièrement sous contrôle omeyyade. Pour les Arabes, le litto-
ral italien reste jusque dans la seconde moitié du Xe siècle une zone de chalandise légitime,
conformément aux fortes revendications hégémoniques. De 801 à 1081, la Sicile est sous
domination musulmane. Le savoir culturel et technique ainsi que les coutumes tradition-
nelles passent ici par des processus d’adaptation, de démarcation et d’interdépendance. Le
contraste islamo-chrétien, cependant, n’est en rien un frein aux alliances ponctuelles entre
chefs des différents camps. Par ailleurs, après une conquête par le camp adverse, les struc-
tures administratives au fonctionnement efficace sont incorporées sans préjudice dans les
nouvelles structures de pouvoir. Ainsi, après la reconquête de la Sicile par les Hohenstaufen,
les fonctionnaires du diwan gardent leurs fonctions à la Cour centrale des finances et pour-
suivent leurs registres en langue arabe. À la Cour des Fatimides au Caire, le savoir des ex-
perts et les compétences administratives d’appartenance religieuse sont secondaires. De
même, dans la métropole de Bagdad, le contact étroit entre chrétiens et musulmans fait par-
tie d’une identité tolérante.

Autour de la Méditerranée se forme un vide du pouvoir entre l’empire islamo-arabe, l’em-


pire chrétien-franc et l’empire byzantin. Et persiste en particulier une situation de concur-
rence entre l’empire islamique et l’empire byzantin. Les offensives et les conquêtes du litto-
ral italien restent sporadiques et n’attestent pas d’un procédé tactiquement planifié. Même
la mise à sac de Rome en 846 par les « Mauri » et les « Saraceni » n’est pas mentionnée dans
les chroniques arabes de l’époque et ne semble donc pas être le résultat d’une stratégie de
conquête à but précis dans le sens d’un gihad13. De l’autre côté, les attaques des Vikings,
menées sur la Volga, le Dniepr et la Mer Noire, atteignent l’empire des Abbassides. Les
nombreux trésors en argent, que l’on continue de trouver dans la région de la Baltique,
sont essentiellement constitués souvent de pièces de monnaies dirham arabes. À l’époque
des Francs, de grandes quantités de pièces de monnaie arabes servent de matière pre-
mière pour la production de la livre d’argent carolingienne et du « silbersolidi ». De la même
manière, les Arabes utilisent les pièces de monnaies des Francs pour leur besoin d’argent-
métal.

Échange de marchandise et de savoir

Bien avant les opérations militaires existent déjà autour de la Méditerranée et au-delà en-
core des relations de commerce stables. Les principaux acteurs de ces activités sont les
marchands juifs qui, hormis l’échange de marchandises, jouent le rôle de médiateurs et sû-
rement aussi de vecteurs d’informations pour ce qui est des formes de pensée et des biens
spirituels entre les métropoles des différents espaces culturels. La délégation envoyée à la

13 Wolf, Kordula, 2012: S.131

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J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

cour de Harun ar-Raschid à Bagdad par Charlemagne est conduite par Isaak, un commer-
çant juif, qui est de retour à Aix-la-Chapelle le 20 juillet 802 avec dans ses bagages en ca-
deau pour l’empereur des Francs l’éléphant blanc « Abul Abbas »14.

Les preuves d’un échange transculturel de marchandises, mais aussi de savoirs et de tech-
niques, ne sont pas toujours sûres. Au Moyen-Âge, l’Europe centrale ne fait pas partie des
zones de contact de l’Empire abbasside. Le flot de données est à ce sujet difficile à do-
cumenter. Certaines sources de documentation arabes suggèrent que, en raison de sen-
timents justifiés de supériorité religieuse et anthropique, la perception islamo-arabe de
l’Europe ne se développe dans un premier temps que lentement15. Les préoccupations et
intérêts sont principalement orientés vers l’Égypte, l’Éthiopie, la Perse et Byzance tandis
que la culture chrétienne, dans le monde arabe, ne se situe en première ligne que dans les
communautés chrétiennes (le Patriarcat de Jérusalem par exemple). Les textes savants du
royaume franc ne parviennent pas à pénétrer l’univers intellectuel arabe. Au milieu du IXème
siècle, Ibn Hurradadbih, un érudit arabe, établit par écrit un rapport explicatif sur les régions
situées au-delà des côtes méditerranéennes et, ce faisant, mentionne pour la première fois
les Francs (Faranga) qu’il distingue des Slaves et des Byzantins16.

III. L’argent comme matière première et taux de


change

Les réformes monétaires dans les empires franc et islamique


Pépin le Bref (714-768), père de Charlemagne, monopolise en 755, d’une manière sévè-
rement contrôlée, la frappe de monnaie comme emblème de souveraineté et institue
l’argent-monnaie, frappé du nom et du visage des souverains respectifs, comme mode de
paiement dans tout l’empire. Les pièces en argent à compter de 670 sont certes déjà répan-
dues sur le continent européen et en Angleterre, mais ce n’est qu’avec la réforme monétaire
de Charlemagne que les usages sont systématisés et uniformisés. La réforme remplace en
793 les pièces d’or peu pratiques et définit la valeur de la livre d’argent carolingienne (env.
367 g) à partir de laquelle on peut frapper vingt shillings (Silbersolidi) ou 240 pennies en
argent (Denari, environ 1,3 g). Avec le commerce à l’intérieur de l’empire, et en particulier
dans les zones voisines commerciales du nord, l’argent-monnaie s’impose rapidement face
au troc; de même, le versement de la redevance aux seigneurs se fait de plus en plus sous
forme de pièces de monnaie.

Le système économique arabe suit une tendance similaire. Pendant le règne de la dynastie
omeyyade, le calife Abd el-Malik, constructeur du Dôme du Rocher de Jérusalem, introduit
en 696 une monnaie arabe propre, considérée comme privilège de domination. Les pièces
de monnaie byzantines et persanes alors en circulation sont remplacées par la pièce de

14 Grewe, Klaus/Pohle, Frank, 2003: S.66-69


15 Geis, Lioba, 2003: S.82
16 König, Daniel G., 2012: S.213

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J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

monnaie en argent, le dirham. En raison de l’interdiction islamique des images, la nouvelle


pièce ne montre plus l’effigie du souverain mais uniquement le lieu de frappe de la monnaie
et une citation du Coran. Avec un poids nominal de 2,97 g pour une pureté d’à peu près
950/1000, le dirham est la monnaie la plus répandue des IXe et Xe siècles.

Du troc au commerce monétaire

Marchandises et pièces de monnaie sont également échangées sous la forme ritualisée de


cadeaux et de dons afin d’établir et de renforcer des relations diplomatiques et de promou-
voir la fidélité des vassaux. Dans ce même esprit, les rois échangent des cadeaux ou bien
les font passer aux dignitaires nobles et religieux. Harun al-Rachid offre à Charlemagne un
éléphant blanc ainsi que des tissus précieux et, en retour, reçoit en cadeau des manteaux
frisons et de nombreuses épées. Les épées carolingiennes, justement, ont la valeur d’un tré-
sor de grande qualité. En plus des vêtements précieux, des bijoux et d’autres biens de pres-
tige, les chevaux et les armes sont des objets d’échange courants. Une livre-argent corres-
pond environ à la valeur d’un esclave ou d’un cheval. Calculée en nature, la valeur de la livre
s’élève à 31 Malter (1 Malter = 128 litres) de blé. Convertie en prestation ou encore en temps
de travail, la valeur de la livre correspond à 18 jours de travail pour un maître d’œuvre ou à
117 jours pour un ouvrier non-qualifié.

À Bagdad, le revenu des fonctionnaires les mieux rémunérés se monte à 200 voire 300 di-
rhams17. Un ouvrier gagnant 0,2 dirham se situe sous le seuil de pauvreté. Le pain, les lé-
gumes et les fruits sont à des prix très abordables. Pour un demi litre de dattes, on paye
à Bagdad 0,007 dirham. Une portion lauzinaj (une délicatesse gastronomique à base
d’amandes concassées, de chapelure, de sirop d’eau de rose, de sucre et d’huile de sé-
same) va de 65 à 80 dirhams. La cuisine du calife coûte à elle seule 400.000 dirhams.
Le calife dispose pour son appareil d’État d’un crédit de 5.830.000 de dinars d’or et de
338.910.000 dinars d’argent18. En plus des pièces de monnaie et des biens, les esclaves
en général représentent une marchandise négociable importante. Les esclaves «capturés»
lors de pillages francs sont rachetés sur les marchés frontaliers et transportés à travers
l’Empire carolingien jusqu’à la péninsule ibérique pour y être revendus à des dignitaires
musulmans. Le très cordial commerce des esclaves est basé, en première ligne, sur un
réseau de commerçants juifs qui, pour leur part, sont contrôlés par le praefectus Judeorum,
un noble franc, ce qui réduit par là même leurs liquidités. En 822 par exemple, l’émir de Cor-
doue Al-Hakam I décide d’acheter cinq mille esclaves dans le but d’agrandir ses troupes et
son administration mais aussi son harem.

À travers le commerce avec les pays arabes méditerranéens arrive non seulement le dirham
d’argent dans le nord de l’Europe mais également des biens précieux. Épices, médicaments,
encens et pourpre d’Orient parviennent dans le royaume franc. Les seigneurs équipent les
marchands de longues distances de lettres de protection et de privilèges – au Sud, ces
marchands sont des Juifs, des Levantins et des Vénitiens, au Nord, des Anglais, des Frisons
et des Scandinaves.

17 Leisten, Thomas, 2003: S.92


18 Nagel, Tilman, 2003: S.146

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J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

Les bijoux en argent arabes


L’élite dirigeante abbasside vit dans un luxe immense. Les trésors de Harun ar-Raschid
abondent de somptueux vêtements, tapis, parfums, pierres précieuses ainsi que de bijoux,
de coupes, de chandeliers et d’armes de différents métaux. Les objets d’usage courant mi-
nutieusement travaillés n’ont pas pour seul but d’« adoucir » la vie, ils reflètent également
le statut social de leur propriétaire, de même qu’ils lui servent de « réserves de liquidité ».

L’orfèvrerie yéménite, en particulier, dont la valeur matérielle et artisanale est connue au-
delà de l’espace arabe et du Proche-Orient, jouit d’une tradition millénaire. Les orfèvres yé-
ménites des régions montagneuses sont majoritairement issus de la population juive.

Dans la province située le plus au sud de l’Empire abbasside, les armes et les ornements
féminins en argent constituent alors le moyen de paiement le plus important19. Nomade ou
citadin, peu importe – le statut social se montre de manière ostentatoire, au travers des bi-
joux portés, visibles de tous : l’homme porte le poignard traditionnel (Janbiyya et Thumah),
la femme s’orne de précieuses parures pour la tête et le corps ainsi que de diverses boîtes
d’amulettes et de flacons en argent contenant parfum et fard à paupières (Kohol). L’organi-
sation de rituels traditionnels tels que les mariages est également payée en bijoux d’argent.
Selon le statut social de la femme, la famille du mari doit déposer un trésor en argent d’une
certaine valeur qui sert de garantie financière à la mariée en cas de divorce. Les bracelets et
anneaux de pied peuvent peser jusqu’à 250 grammes.

IV. Axes commerciaux et places de marché

Mobilité et voies de circulation dans l’Empire carolingien


A l’époque de l’Empire carolingien, les gens ne sont pas encore «mobiles», dans une cer-
taine mesure, comme ils le seront bientôt après, lors les Croisades et des pèlerinages de
masse à travers l’Europe. Jérusalem, néanmoins, attire déjà un grand nombre de pèlerins
prêts à entreprendre un voyage périlleux. Au haut Moyen-Âge aussi, les gens sont sur les
routes, circonstances obligent – à la suite de mauvaises récoltes, de guerres ou en cas de
déplacements de population. Par ailleurs, voyager est un privilège qui, dans une société de
castes, est réservé à l’élite, qui peut ainsi créer et maintenir des liens diplomatiques ou bien
encore exercer son pouvoir et montrer sa présence dans le royaume. Les voyages de pa-
lais en palais font partie des «affaires gouvernementales» de Charlemagne qui, de cette ma-
nière, peut contrôler l’ensemble de l’empire.

Un intense trafic de marchandises a bien lieu sur le territoire de l’Empire et au-delà de


ses frontières. Preuve en est la découverte dans les pays scandinaves et anglo-saxons
de pièces d’argent frappées à Melle. Les voies d’eau sont entretenues et servent d’axes
de transport centraux aux marchands frisons et scandinaves. Les axes de communication

19 Wald, Peter, 2005: S.206

38
J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

et de commerce sont essentiellement basés sur l’ancienne infrastructure routière romaine.


Les routes, les ponts et les passages ne sont pas seulement préservés mais aussi étendus
aux régions périphériques de l’Empire franc. Les territoires saxons et slaves nouvellement
conquis sont rendus accessibles et reliés par le transit au pouvoir central des Francs.

Le « Hellweg » est d›une importance capitale pour la liaison entre le réseau rhénan et les
territoires de l’est de l›empire, parce que constituant un lien transcontinental20. La voie part
de Duisburg, et passe par Bochum et Corvey pour continuer ensuite dans la direction de
Leipzig et de Paderborn. Les palais et les cours royales servent de lieux de protection tout
comme de stations pour les changements de chevaux et de véhicules. Les chevaux sont in-
dispensables pour le transport. Les saxons doivent livrer, pour tribut, au souverain franc 300
chevaux. En outre, il n’est pas permis de vendre les étalons – ni même les lames – à l’ex-
térieur de l’empire. Le service équestre Paraveredus garantit un service coursier couvrant
tout le territoire, condition préalable à une communication efficace dans toutes les parties
de l’empire.

Dans le royaume franc, la sécurité des flux et axes commerciaux est garantie par les sei-
gneurs pour le compte desquels commerçants et artisans agissent entre cours royales,
palatinats et monastères. Et notamment les monastères – qui peuvent accueillir chacun
jusqu’à 1000 moines, frères laïcs et serviteurs – jouent un rôle décisif dans l’ordre écono-
mique, social et politique du royaume. A l’inverse, les anciennes villes situées le long des
fleuves, sur les côtes et dans les régions frontalières, avec leurs quelques centaines d’habi-
tants, ont dans cette perspective une place subordonnée.

Un premier dictionnaire de conversation sert à la communication orale, « Conversations pa-


risiennes ou altdeutsch »21, qui comprend des tournures et formulations nécessaires aux
voyageurs dans les régions de langues étrangères. « De quel pays viens-tu? » ou bien en-
core « As-tu de la nourriture pour chevaux? » sont quelques questions typiques de voya-
geurs entre Melle et Bochum. Insultes et jurons sont également répertoriés. Des conditions
optimales donc pour un «dialogue interculturel»!

Mobilité et axes commerciaux dans l’Empire abbasside d’Ha-


run al-Raschid
Le seul axe de transport entre le Yémen, sur la pointe sud de la péninsule Arabique, et la
Méditerranée est la «route de l’Encens». Il ne s’agit cependant pas là d’une voie concrète
et structurée, comme par exemple l’axe commercial « Hellweg ». La route de l›Encens
représente plutôt un vaste réseau routier d’environ 4500 km. Ce réseau comprend alors di-
vers points d’eau et des itinéraires variés, alternatives nécessaires en cas d’insécurité.

Le rôle de chef de caravane implique un grand prestige social. Le meneur de la caravane


connaît l’état des voies, entretient des contacts commerciaux avec les chefs de tribus lo-
caux, qui veillent, eux, sur certains tronçons de la voie dont l’utilisation est payante. Par ail-

20 Heimann, Heinz-Dieter,1999: S.417ff.


21 Heimann, Heinz-Dieter, 1999: S.421

39
J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

leurs, le chef de caravane est un homme d’expérience capable d’organiser un convoi de plu-
sieurs centaines de personnes et de mille chameaux ou plus, et de le conduire, par étapes
précisément calculées, jusqu’à sa destination. Selon les caravanes, il est possible de trans-
porter jusqu’à 250 tonnes de marchandises, ce qui correspond à une valeur actuelle de plu-
sieurs millions d’euros. L’expédition réussie, on rend hommages aux chefs des caravanes.
Dans l’oasis de Palmyre en Syrie, dans le centre de la vieille ville (agora), on retrouve, jusqu’à
aujourd’hui, de nombreuses statues qui rappellent les anciennes compagnies de caravanes.
Les chefs de caravanes font partie de l’élite politique et portent le titre de archemporoi ou
de synhodiarchai.

Le principal moyen de transport dans la péninsule arabique est le chameau dont le rapport
coûts/bénéfices en matière d’efficacité énergétique reste jusqu’à aujourd’hui inégalé22. Dès
les premières dynasties égyptiennes (vers 1500 av. J.C.), les chameaux sont gardés comme
animaux domestiques. Contrairement au chameau de Bactriane à deux bosses, dont le che-
min est la «Route de la Soie» en Asie, le chameau arabe n’a qu’une bosse et est, de ce fait,
appelé Camelus dromedarius – il appartient effectivement à la famille des dromadaires. Le
chameau est capable, sans approvisionnement d’eau, de transporter pendant plus de deux
semaines des charges lourdes pesant jusqu’à 250 kg, et dans des conditions climatiques
extrêmes, couvrant de lui-même ses besoins énergétiques à partir des graisses stockées
dans sa bosse.

En dehors de l’encens et de la myrrhe, les tissus de soie, les épices et l’ivoire font également
partie des marchandises qui, partant d’Inde, atteignent d’abord par voie maritime la pénin-
sule arabique par les villes portuaires de Hadramaut. C’est de cet endroit que part la Route
de l’Encens pour traverser, dans un premier temps, les royaumes voisins de Qataban et de
Saba. Quelques uns des passages clés du trajet – comme le passage de Mablaqa – sont
aménagés sous forme de routes stables régulièrement entretenues. La route se poursuit en
ligne droite et conduit d’est en ouest à l’intérieur du pays, traversant l’oued Jawf en passant
par les villages Baraqish et Ma’in. Les caravanes traversent ensuite le rude désert parallèle
à la mer Rouge que les caravanes ont soin d’éviter en raison de ses côtes marécageuses,
véritable foyer de paludisme. Au bout de quatre mois environ, les convois atteignent Pétra,
la capitale du royaume nabatéen. La dernière étape menant à Gaza, qualifiée par de nom-
breux auteurs anciens comme le point d’arrivée de la route de l’Encens23, est parcourue par
les bêtes de somme des Nabatéens.

L’encens et la myrrhe jouent un rôle important pour le culte chrétien. L’encens a une fonc-
tion purificatrice et posséde ainsi une valeur divine. La marchandise atteint la Méditerranée
en passant par la Palestine. De la Méditerranée via Damas et Antioche, elle atteint d’abord
Constantinople et finalement les acheteurs européens.

22 Willeitner, Joachim, 2002: S.20ff.


23 Serjeant, R.B., 1991: S.160

40
J- Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

Le Yémen au IXe siècle


Contrairement aux régions désertiques et arides qui s’étendent sur la majeure partie de
l’Arabie, la zone littorale du sud – l’actuel Yémen –, avec ses oueds fertiles et relative-
ment verts, est connue dès l’époque romaine sous l’appellation de Arabia Felix («l›Arabie
heureuse»). Déjà bien avant l’emploi du terme par les Romains, le pays attire des hommes
et des femmes issus de peuples divers et nombreux, provenant des régions situées autour
du golfe d›Aden et de la mer d’Arabie, de l›Ethiopie jusqu’en Inde. Depuis 1200 av. J.C.
environ, se succèdent, dans les régions arabes du sud, toute une série de civilisations culti-
vant chacune leur religion et leur commerce, maîtrisant l’écriture ainsi que d’autres tech-
niques culturelles complexes (systèmes d’irrigation), le point culminant de ces civilisations
étant, à compter du VIIIe siècle après J.C., le royaume de Saba.

L’islamisation marque une césure manifeste. Après le retour en 630 de Mahomet à la


Mecque – ville située à plus de 1500 km de l’actuel Yémen –, la doctrine islamique se pro-
page rapidement dans la péninsule arabique. Bien que (prétendument) dans la même an-
née la première mosquée soit ouverte à Sanaa, la nouvelle religion ne s’impose pas tout de
suite, mais se mêle bientôt aux anciennes croyances traditionnelles. Il faut près de 200 ans
pour que la pointe sud de l’Arabie devienne finalement le centre de la nouvelle foi. Après le
schisme, les chiites s’imposent sur la côte, l’orientation sunnite s’impose quant à elle dans
les régions montagneuses.

Dans la plaine côtière de la mer Rouge, la Tihama, Mohammed Ibn Ziyad fonde la première
dynastie islamique (Ziyadides)24, considérée comme la plus ancienne structure étatique et
indépendante yéménite. Il est certes soumis à la surveillance religieuse et politique des ca-
lifes abbassides de Bagdad, cependant, en tant que gouverneur de son territoire, il jouit
d’une large autonomie. Dans la capitale, Zabid, fondée en 819, Ibn Ziyad crée une université
islamique qui, rapidement, devient un centre théologique et scientifique important. Le res-
sort économique entraîne l’arrivée dans le pays de « travailleurs immigrés » persans notam-
ment qui travaillent aussi jusqu’en 890 dans la mine d’argent d’ar-Radrad25.

Dans les régions montagneuses du Hadramaut, c’est Ahmed Ibn Isa al-Muhavir, un descen-
dant du prophète venu de Bassora dans le golfe persique, qui, vers 890, réussit à apaiser
les nombreux conflits tribaux et qui établit fermement l’islam comme religion unique dans
le pays. Aujourd’hui encore, les habitants du Hadramaut sont considérés comme des mu-
sulmans particulièrement dévots qui ne s’intègrent que difficilement dans une structure éta-
tique supérieure.

Traduction: Amélie Richeux

24 Willeitner, Joachim, 2002: S.166


25 Robin, Christian, 1991 : S.129

41
J. Sistig – L’Empire Franc et l’Empire Abbasside. Une comparaison transculturelle

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43
Géologie comparée des métallotectes
argentifères de Melle (Poitou, France) et
de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)
Jean-Pierre Deroin
Université de Reims Champagne-Ardenne Faculté des Sciences GEGENAA EA 3795

Résumé
Les gisements de Melle et de Jabali présentent des analogies sur le plan géologique. Les
deux métallotectes sont situés dans des roches sédimentaires carbonatées. Les minérali-
sations s’y sont mises en place sous la forme de corps stratiformes, par karstification. Les
concentrations métalliques ont été favorisées par des séries géologiques réduites, qui dif-
fèrent cependant grandement par leur épaisseur. Les terrains jurassiques du pays mellois
ont largement été érodés pour laisse affleurer par endroits socle granitique. Les dépôts
sédimentaires de Jabali présentent quant à eux plusieurs centaines de mètres d’épaisseur.
Ils ont été affectés par un intense magmatisme depuis environ 30 Ma, qui les a largement
fracturés. Le gisement présente ainsi des pendages plus importants qu’à Melle. L’âge des
minéralisations diffère également entre les deux sites, tout comme le rapport Ag/Pb, plus
élevé à Jabali.

Introduction
Un métallotecte est une structure favorisant la concentration des minéralisations. Cette no-
tion est plus large que celle du « gisement » défini comme toute masse de substance miné-
rale susceptible d’être exploitée. Le métallotecte intègre ainsi des paramètres qui ne sont
pas directement liés au métal extrait, comme le contexte géologique, la paléogéographie ou
la géomorphologie. Les deux secteurs étudiés n’ayant plus fait l’objet d’exploitation depuis
de nombreux siècles, il ne sera pas question ici de gisement économique.

Parmi les métallotectes argentifères, ceux de Melle en Poitou (France) et de Jabali en bor-
dure du Jawf (Yémen) correspondent à des gisements situés dans des roches sédimen-
taires, et plus précisément dans des roches carbonatées (calcaires ou dolomies) (Fig. 01).
Ces deux sites semblent avoir connu un pic d’exploitation à peu près à la même période, au
haut Moyen Âge (entre le VIIe et le Xe siècle).

A Melle comme à Jabali les minéralisations se sont mises en place sous la forme de corps
stratiformes (c’est-à-dire plus ou moins concordants avec les couches géologiques), en
grande partie contrôlés par la karstification (Fig. 02). Ces dépôts ont fait l’objet d’exploi-

45
J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

tations souterraines avec des accès en cavage ou par puits. Il s’agit principalement de
masses minéralisées qui ne sont pas – ou en tout cas peu – contrôlées par les grandes di-
rections structurales, mais plutôt par des fractures apparues localement en fonction du
contexte géodynamique local et qui influence la karstification. Du point de vue de la géolo-
gie minière, il existe toutefois une différence notable entre les deux métallotectes : Melle est
situé en contexte de roches subtabulaires ou subhorizontales (pendages de quelques de-
grés vers le sud-ouest) et peu faillées, tandis que Jabali présente une couverture plissée (les
pendages atteignent fréquemment 20-30°) et extrêmement fracturée, associée à des phé-
nomènes magmatiques liés au rifting de la mer Rouge à partir de l’Oligocène (vers 30 Ma).

D’un point de vue général, Melle est localisé sur la partie occidentale du seuil du Poitou
(versant aquitain) qui sépare les bassins parisien et aquitain. Jabali est situé dans un chaî-
non montagneux développé au sud de la dépression du Jawf, en bordure du socle proté-
rozoïque, témoin paléogéographique d’une plate-forme carbonatée principalement d’âge
jurassique supérieur à la transition entre la plate-forme arabe, au nord, et le bassin sud-so-
malien, au sud.

Dans les deux cas, la paléogéographie et son évolution ont joué un rôle majeur dans le
processus de concentration métallique. Ainsi, les séries géologiques sont réduites dans
les deux sites miniers, mais de façon quantitativement très différente. A Melle, la forma-
tion principalement minéralisée (formation de la Pierre rousse, Pliensbachien) n’est épaisse
que de 6 m, contre 17 m sur la bordure du bassin aquitain. Le socle granitique est ainsi très
proche, voire affleurant au nord de Melle. Les formations sédimentaires constituent une
série condensée. A Jabali, l’épaisseur des dépôts sédimentaires est importante (plusieurs
centaines de mètres). Il s’agit pourtant là également d’une série réduite car le secteur Ja-
bali-Majnah représente un haut-fond en bordure du môle yéménite qui n’a jamais été recou-
vert par les mers jurassiques. Les dépôts de même âge constituent une série de plusieurs
milliers de mètres d’épaisseur dans le bassin du Jawf où ils présentent un fort enjeu pétro-
lier. Le volcanisme a joué un rôle important dans la concentration métallique. Des processus
tels que la karstification et la dolomitisation ont favorisé des pré-concentrations minérales.

Si les deux métallotectes présentent certaines analogies, l’âge de la minéralisation paraît


fort différent. Ainsi, les minéralisations de Melle sont pénécontemporaines des dépôts en-
caissants (c’est-à-dire environ 185 Ma), tandis qu’à Jabali la concentration métallique s’est
opérée postérieurement aux dépôts jurassiques, sans doute en deux phases correspon-
dant, d’une part, à l’épisode de régression au Crétacé supérieur (préconcentration à 70-
80 Ma) et, d’autre part, aux événements magmatiques d’âge tertiaire (environ 30 Ma).

Les deux zones minières de Melle et Jabali ont connu une phase importante d’extrac-
tion au haut Moyen Âge. Si les conditions gîtologiques présentent à la fois des analogies
(e.g. contexte carbonaté, dépôts stratiformes) et de grandes différences (e.g. paragenèse,
contexte géodynamique), c’est le rapport classique Ag/Pb qui est révélateur du potentiel –
en grande partie passé – des deux secteurs. Les galènes argentifères de Melle ont donné
des valeurs variant entre 1/1000 et 1/270, avec une moyenne autour de 1/500 qui est par
exemple la valeur observée dans le gisement des Malines (Cévennes). A Jabali, le rapport
Ag/Pb est plus élevé avec une valeur moyenne de 1/180, valeur connue dans les anciennes
mines d’Argentella en Haute Corse.

46
J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

1. Melle

Le secteur de Melle, à 80 km de La Rochelle et 30 km de Niort, est localisé sur le versant
aquitain du seuil du Poitou qui sépare les bassins parisien et aquitain. Dans un contexte ré-
gional dominé par les calcaires du Jurassique moyen, le réseau hydrographique (bassin-ver-
sant de la Charente) a dégagé les terrains du Jurassique inférieur jusqu’au socle granitique.
La morphologie du toit du socle révèle une zone haute appelée « dôme de Melle ». Le sec-
teur est parcouru par de grandes failles NW-SE (direction armoricaine) caractéristiques du
massif armoricain – et notamment du bocage vendéen situé à proximité– qui ont rejoué du-
rant le Jurassique. Ce contexte particulier – présence des failles et proximité du socle – ex-
plique la richesse en métaux de la minéralisation (Fig. 03)

La minéralisation en galène argentifère exploitée principalement à l’époque carolingienne –


jusqu’au Xe siècle – a été redécouverte au XIXe siècle grâce aux travaux de Bonnard1 et de
Cressac et Manès2. À cette époque, des carrières de pierre ouvertes sur les bords de la Bé-
ronne ont permis d’accéder au réseau des anciennes mines. La position très particulière de
la minéralisation argentifère dans le contexte français3 a été la cause de nombreux travaux
d’exploration dans les années 1950 à 19704. Les travaux se sont poursuivis, avec notam-
ment des campagnes de sondages qui ont confirmé que le secteur de Melle offrait le meil-
leur potentiel. Cependant, ils n’ont pas conclu à une reprise possible de l’exploitation5.

Les mines principales se situent sur le territoire même de la ville de Melle. Toutefois, plu-
sieurs secteurs hors les murs se sont révélés riches en vestiges archéominiers, principa-
lement le long de la Béronne et près de Saint-Léger-de-la-Martinière. À l’intérieur du dis-
trict de Melle, les mineurs ont ainsi mis en exploitation cinq champs miniers principaux
distribués le long des vallées de la Béronne, de la Légère et du ruisseau de la Fontaine de
Mareuil, qui entaillent le plateau mellois.

2. Jabali
Le secteur de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen), à environ 70 km au nord-est de Sana’a,
est situé dans les terrains carbonatés les plus méridionaux du bassin du Jawf6. Les forma-
tions massives d’âge jurassique supérieur recouvrent des terrains protérozoïques dont la
géologie de détail est mal connue7 ; elles offrent souvent l’allure de véritables causses, no-
tamment dans les zones dolomitisées qui coiffent le chaînon montagneux. Un intense mag-
matisme a affecté le secteur depuis environ 30 Ma. Le contexte aride permet une utilisation

1 Bonnard (de), 1823.


2 Cressac (de), Manès, 1830.
3 Deroin et al., 1994 ; Deroin, à paraître.
4 Lougnon et al., 1974.
5 Coiteux, 1982.
6 Al Ganad et al., 1994.
7 Whitehouse et al., 2001.

47
J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

optimale de la télédétection multisource et multispectrale, tant pour la cartographie géolo-


gique que pour la reconnaissance des infrastructures minières (Fig. 04)8.

La mine exploitée au Moyen Âge pour son argent est riche en zinc et accessoirement en
plomb. Elle a été redécouverte en 1980 par le BRGM grâce aux informations fournies par
les archéologues9. En vue d’une reprise éventuelle de l’exploitation (essentiellement pour le
zinc), les prospections de la ZincOx (maintenant Jabal Salab Company) ont permis de réé-
valuer le potentiel minier, avec une masse d’oxydes estimée à 12,6 Mt, comprenant environ
9 % de zinc, 1,2 % de plomb et 68 g/t d’argent. La minéralisation est complexe dans le dé-
tail, avec des oxydes, mais aussi des carbonates (smithsonite, hydrozincite, etc.). L’argent
semble principalement lié aux sulfures qui sont plus faiblement représentés (dans les affleu-
rements actuels) : galène, sphalérite (rare). Dans le détail, la genèse du métallotecte fait en-
core l’objet de discussions, l’importance de certaines structures ou phénomènes (failles,
blocs glissés, thermicité, volcanisme, etc.) n’étant pas totalement comprise.

D’un point de vue morphologique, le secteur offre un dénivelé de quelque 700 m depuis la
cote 1300 m au nord (débouché du Wadi Al Khaniq), dépendant de la dépression du Jawf,
jusqu’aux sommets dolomitiques au sud à des cotes supérieures à 2200 m (Jabal Salab)
(Fig. 05 et 06). Il se présente de la manière suivante :

1. Au nord, un vaste reg de déflation développé sur des calcaires marneux. La piste menant
à la mine prend naissance dans ce secteur qu’elle traverse en totalité.

2. Après environ 4 km de piste, le relief est profondément modifié par un massif volcanique
(Jabal Amrah) dont la mise en place sous la forme d’un vaste laccolite a provoqué un fort
pendage des couches sédimentaires à son voisinage.

3. Le massif volcanique se poursuit jusqu’au camp militaire le plus bas (cote 1410 m). Dans
ce secteur, le Wadi Al Khaniq qui coule vers le nord s’élargit. On note la présence d’au
moins trois terrasses entre le niveau d’alluvionnement actuel et une hauteur d’environ
40 m.

4. Entre le camp de base et le camp intermédiaire (cote 1810 m) la piste remonte essentiel-
lement dans des formations carbonatées dont le pendage global – toujours faible – est
vers le nord. À proximité du Wadi Lahman (secteur de socle granitique), quelques édi-
fices volcaniques isolés sont alignés globalement N-S. Les carbonates sont principale-
ment des calcaires argileux ce qui se traduit par de vastes zones planes constituées par
un reg de teinte généralement sombre. Le secteur est connu localement comme le souk.

5. Entre les deux camps militaires supérieurs (1800 à 2000 m environ), les carbonates sont
représentés par des formations plus massives et souvent dolomitisées. La minéralisation
de Jabali est étroitement liée à l’existence de cette intense dolomitisation, voire dé-dolo-
mitisation, qui induit l’existence de larges wadis ; elle est nettement circonscrite en sur-
face par le développement d’un vaste gossan ou chapeau de fer dont les oxydes de fer

8 Deroin et al., 2006, 2011, 2012.


9 Christmann et al., 1983.

48
J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

donnent une réponse caractéristique tant sur le terrain que lors des observations par
imagerie satellitaire. Au-dessus du secteur des mines, c’est-à-dire vers le sud, le pay-
sage prend l’allure de reliefs ruiniformes typiques de la karstification des dolomies.

Type Substances Minerais Exemples de gisements


argentifères

ENCAISSANT CARBONATÉ Zn Pb Ag (Fe) Pyrite, (I) Melle,Les Malines,


Dans des carbonates, corps sphalérite, Saint-Laurent-le-Minier
stratiformes dominants, dans galène et Le Bleymard (F),
la couverture soit (I) tabulaire, Iglesiente (I), Old Lead
faillée, soit (II) plissée, Belt (Missouri), Tri State
fracturée. SEDEX-Mississipi (Nevada), Touissit Bou-
Valley type, etc. Beker, Mibladen (Maroc),
(II) Jabali (Yémen),
Haute-Silésie (Pologne),
Eupen-Moresnet (B),
Meggen (D)

ENCAISSANT SILICIO- Pb (Zn) Ag Pyrite, galène, Saint-Sébastien


CLASTIQUE sphalérite d’Aigrefeuille,
Dans des conglomérats, des Largentière, La Plagne
grès (redbeds), voire des et L’Argentière la
quartzites Bessée (F), Maubach et
Mechernich (D), Zeïda
(Maroc)

ENCAISSANT SCHISTEUX Cu Pb (Ag) Ag et Au dans Mansfeld (D), Lubin


Shales ± bitumineux ± minéraux de (Pologne), Tynagh
carbonatés, Kupferschiefer Cu et Pb (Irlande)

FILON DE COUVERTURE Zn Pb Ag Cu Sphalérite, Villemagne l’Argentière


éventuellement associé à des (F, Ba) galène et Orpierre (F), Ksar
dépôts stratiformes Moghal (Maroc)

Figure 01 : Principaux types de minéralisations argentifères en relation avec une couverture
sédimentaire (d’après Deroin, à paraître, modifié, et Routhier, 1963).

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J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

Melle Jabali
Positionnement général
Localisation France (Poitou) Yémen (Jawf)
Coordonnées 46°13’N – 0°09’W 15°37’N – 44°47’E
Contexte climatique océanique dégradé aride
Contexte géographique seuil du Poitou Jabal Barik, en bordure du Jawf
Hydrographie Vallée de la Béronne Wadi Jabali
Bassin-versant Boutonne-Charente bassin endoréique du Jawf

Contexte géologique
Stratigraphie générale Jurassique inférieur Permien-Trias ( ?), Jurassique
supérieur
Étages affleurants Pliensbachien-Toarcien Callovien à Portlandien
(Crétacé basal ?)
Lacune du Toarcien inférieur Lacune du Jurassique inférieur
et moyen
Nature de l’encaissant Dolomies gréseuses, grès Calcaires, dolomies
Silicification Dolomitisation, dédolomitisation
Épaisseur de la série ≤ 50m ≥ 300m
Paléogéographie Série condensée sur Série de plate-forme
paléorelief réduite sur haut-fond
Pendage 0-5° vers le sud-ouest 10 à 30° maximum, vers le
nord ou l’est
Structure monoclinale Synforme sur le Jabal Barik
Fracturation faible (et uniquement au nord) intense
Socle régional Granite Protérozoïque (non affleurant)
Plutonisme Leucogranite de Pied-Pouzin Granite du Jabal Lahman
(affleurant) (affleurant)
Volcanisme Absent Massif du Jabal Amrah et sills
Âge du volcanisme environ 30 Ma

Contexte gîtologique
Altitude moyenne mines 100-130m 1850-2050m
Etage minéralisé Pliensbachien (185Ma) Oxfordien sup-Kimméridgien
inf. (156Ma)
Formation de la Pierre rousse Formation Amran
Séquences III et IV (haut de l’étage) Unité VII et VIII (haut de la série).
Qq minéralisations dans Lias Qq minéralisations dans Unités
inférieur V et VI

50
J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

Âge minéralisation Pliensbachien-Toarcien Crétacé – Tertiaire ( ?)


Contrôle série Lias inf-Pliensbachien paléogéographie, paléostruc
condensée tures, magm.
au droit d’un paléorelief failles listriques, sulfures =
réduction des sulfates par
bactéries
Association silicification dolomitisation
Karstification intrapliensbachienne remplissage de cavités de
dissolution et cimentation de
brèches d’effondrement

Minéralisations
Métaux Pb-Zn-Ag (Ba F Cd U Cu Sb Fe) Zn-Pb-Ag (Cd Ge)
Minerais Galène argentifère, blende (S), (1) sphalérite radiée et traces de
barytine (N)  wurtzite
(2) galène et sphalérite zonée
(Ag, Cd, Ge)
Paragenèse galène, sphalérite, chalcopyrite sphalérite, galène
(pyrite)
silice-sulfures transformation en carbonates de
Zn et Pb
Cérusite dans géode (altération
galène)
Extension du domaine 47 km² (zone explorée uniquement) 10 km² (zone d’indices miniers)
Estimation actuelle 750 000t Pb, 1400t Ag 800 000t Zn, 100 000t Pb,
600t Ag
Teneur argent 60-80g/t 68g/t
Teneur plomb 3-4‰ 1,2%
Rapport Ag/Pb 1/1000 à 1/270 ≈1/180
Teneur zinc ≈1‰ 9,2%

Redécouverte De Bonnard (1823) BRGM (1980)

Figure 02 : Caractéristiques géologiques minières comparées des mines de Melle et de Jabali.

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J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

Figure 03 : Image Landsat Thematic Mapper (composition : R=TM4, V=TM5, B=TM2) du 13 mai 1992
présentant le contexte général du site de Melle. Le site minier est localisé à 80km de La Rochelle situé
en bordure de l’Océan Atlantique face à l’Île de Ré. L’image montre de nombreuses directions armori-
caines (NW-SE) qui ont été surlignées sur l’image en traits épais, ainsi que le socle du massif armori-
cain qui a été représenté au nord en traits plus fins. Le dôme de Melle est localisé entre deux grandes
zones de failles armoricaines – au sud, la faille de Niort, au nord, la faille de Parthenay-Ruffec – qui
bordent les terrains d’âge jurassique moyen et jurassique inférieur dans les fonds de vallées comme à
Melle même. La surface couverte est de 145 km x 135 km.

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J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

Figure 04 : Image Landsat Thematic Mapper (composition : R=TM7, V=TM3, B=TM1) du 19 janvier 1987
présentant le contexte général du site de Jabali. Le site minier est localisé sur une bande de terrains
blancs (carbonatés) au sud de la dépression endoréique du Jawf. Les carbonates sont recoupés par du
volcanisme près de la ville de Ma’rib (zone noire parsemée de cônes basaltiques rouges). On remarque
le lac de retenue à l’ouest de Ma’rib, ainsi que les oasis aux confins du désert (Rub Al Khali), à l’est. La
surface couverte est de 145 km x 135 km.

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J.-P. Deroin – Géologie comparée des métallotectes argentifères de Melle (Poitou, France) et de Jabali (Province de Ma’rib, Yémen)

Figure 05 : Image QuickBird et interprétation géologique du site de Jabali (d’après Deroin et al., 2012,
modifié).
Légende : s. alluvions riches en scories. q. dépôts des wadis. d. doline. RM. Reg développé sur
faciès marneux de la formation Amran. v. Roches volcaniques. g. Gossan (chapeau de fer de Jabali).
LD. Dédolomitisation. SD. Dolomitisation secondaire. U1 à U8. Unités géologiques d’âge jurassique
(Formation Amran). Granite du Jabal Lahman.

Figure 06 : Coupe des mines de Jabali (d’après Deroin et al., 2011 et Al Ganad et al., 1994).

54
A la main ou au feu : les choix
techniques pour l’extraction des
minerais argentifères
Florian Téreygeol
UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M LAPA,
CEA, Saclay

Résumé
Pour comprendre les techniques d’extraction mises en œuvre à Melle et Jabali, les deux ré-
seaux souterrains ont été étudiés, en prêtant attention à la fois aux traces de l’abattage sur
les parois et aux déchets stockés en mine ou à l’extérieur. Melle se caractérise par l’em-
ploi de l’abattage au feu, qui a pu être expérimenté sur site. Les mesures de températures
et l’observation de l’évolution morphologique des creusements permet de comprendre les
phénomènes à l’œuvre lors de l’abattage. L’expérimentation met également en évidence
l’attention portée par le mineur à son front de taille et à son bûcher pour augmenter le rende-
ment d’une opération. Le produit d’un abattage peut ainsi atteindre une teneur en galène de
11 %, quand les géologues estiment celle du gisement de Melle à moins de 2 %. Les pro-
blématiques de l’aérage et de la gestion de la mine pendant et après le feu trouvent égale-
ment de nouveaux éléments de réflexion. L’expérience démontre aussi que l’usage de l’outil
est indispensable pour purger les fronts de taille, ce que l’étude des déblais miniers atteste.
A Jabali, aucune trace d’abattage au feu n’a pu être décelée. L’utilisation d’un pic a pu être
caractérisée grâce aux traces d’outil sur les parois et à la morphologie des déblais miniers.
Plusieurs facteurs expliquent ce travail exclusivement mécanique : la rareté du combustible,
mais aussi une dureté moindre de la roche, et un développement vertical du gisement qui
rend difficile la gestion de foyers en souterrain.

Introduction
Pour la période médiévale, les choix techniques pour parvenir à extraire le précieux mine-
rai en roche restent limités : l’abattage au feu et le travail à l’outil. Ces deux modes ne s’ex-
cluent pas. En revanche, selon l’importance que prend l’un ou l’autre, ils conditionnent à la
fois l’architecture de la mine, l’organisation du travail sous terre et, partiellement, le dérou-
lement de la chaîne de production. La décision d’opter pour l’une ou l’autre des méthodes
tient autant au contexte géologique qu’à l’environnement. Dans le cas de Melle comme
dans celui de Jabali, l’étude d’un des réseaux souterrains permet de comprendre comment
les mineurs ont apporté, dans des contextes géologiques proches, des réponses différentes
visant à extraire le même type de minerai.

55
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Dans les deux cas servant de support à cette étude, il est possible de parler de « district mi-
nier » bien que les surfaces sur lesquelles s’inscrivent les gisements soient très différentes.
A chaque fois, il ne s’agit pas d’une mine, mais bien d’un ensemble d’exploitations réparties
sur un territoire plus ou moins grand. A Melle, le gisement couvre une étendue de 47 km².
Les prospections ont permis de dresser une carte des parties exploitées qui concernent
une superficie de 7 km². A Jabali, les travaux géologiques ont montré qu’il existait plusieurs
points comportant des concentrations de minerai. Il a été possible d’en prospecter certains
qui, à chaque fois, ont révélé des traces d’exploitations anciennes. Ces zones minéralisées
se répartissent le long d’une ligne de fracture d’orientation nord-nord-ouest/sud-sud-est.
Ces concentrations restent cependant mineures et les principales activités minières se re-
groupent autour de Jabali sur une surface qui n’excède pas 0,1 km².

A Melle, la minéralisation se trouve sur une puissance de 5 m alors qu’à Jabali, elle prend
place sur plus de 25 m. Ainsi le rapport entre l’importance de l’exploitation carolingienne et
celle du Yémen s’établit nettement en faveur de Melle qui présenterait un volume exploi-
té 14 fois supérieur à celui de Jabali. Il ne s’agit ici que d’une comparaison des volumes
miniers potentiels. Il faut encore tenir compte de la teneur en minerai de la roche et au fi-
nal de la teneur en argent du minerai. Pour approcher cette donnée, le recours à l’estima-
tion du tonnage et des teneurs en vue de la mise en place d’une exploitation moderne, tant
à Jabali qu’à Melle, est très utile. Dans le cas de Melle, les réserves estimées se montent à
750 000 tonnes de plomb et 1400 tonnes d’argent alors qu’à Jabali, il y aurait 80 000 tonnes
de plomb et 500 tonnes d’argent. En ne considérant que le métal précieux, le ratio n’est plus
que de un pour trois. Le croisement de ces données fait également apparaitre que Jabali
dispose d’un minerai bien plus argentifère puisque la teneur en argent ramené au plomb est
de l’ordre de 6 ‰, alors qu’à Melle elle s’établit à 1,8 ‰. Du point de vue du métallurgiste
ancien, le minerai de Jabali est trois fois plus riche que celui de Melle.

Si à Melle un réseau a été étudié en détail pour comprendre les stratégies d’exploitation, à
Jabali nous avons pu conduire une série de prospections souterraines sur un ensemble de
mines toutes situées dans la zone d’exploitation la plus intense. Le croisement des deux
études donne la possibilité de comparer les systèmes d’exploitation tant dans la dimension
stricte de l’extraction que dans celle liée à la gestion de l’espace minier.

L’extraction
Pour comprendre le mode d’exploitation en vigueur, deux types de vestiges subsistent. Il
s’agit d’abord de la mine elle-même qui conserve sur ses parois les traces du mode d’abat-
tage utilisé. Il y a ensuite les déchets de cette extraction. Les parties stériles ne sont géné-
ralement pas remontées à la surface. Les mineurs les stockent sous terre pour s’épargner
des transports inutiles. Les déchets d’abattages qui encombrent les réseaux miniers sont
donc des témoins essentiels du mode d’extraction. Dans l’absolu, nous caractérisons ainsi
très rapidement deux modes : le travail à l’outil et l’extraction au feu. En l’état, rien ne per-
met d’affirmer que l’extraction à l’outil a été utilisée à Melle. Dans le cas de Jabali, les condi-
tions environnementales semblent exclure le recours au feu par simple absence de com-
bustible. Pourtant la métallurgie, grosse consommatrice de bois a été pratiquée sur place :
il y avait donc bien une certaine capacité d’approvisionnement, au moins pour alimenter

56
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

les fourneaux. Une étude de détail s’impose pour apprécier les techniques mises en œuvre
dans les deux mines.

1. Extraction au feu
Melle se caractérise par l’emploi de l’abattage au feu. Cette technique a été identifiée sur
de nombreux sites et couvre une large fourchette chronologique, depuis le Chalcolithique
jusqu’au XXe siècle1. Dès l’Antiquité, plusieurs auteurs décrivent les effets du feu sur les
roches dures2. Lors de la mise en place des règlements miniers au Moyen Age, l’abattage
au feu intègre la réglementation. En suivant les sources écrites, ce mode d’extraction est
toujours associé à celui, plus classique, du creusement à l’outil. Le point commun de toutes
les exploitations usant du feu est une roche trop dure pour être percée à l’outil. On voit par
là même que cette notion reste vague et mériterait d’être mieux définie. L’attaque au feu re-
garde à la fois l’extraction et l’aménagement de la mine, notamment lors du percement de
travers-bancs. Elle a été souvent décrite et il suffit de se référer au texte d’Agricola pour en
avoir une vision tout à fait cohérente3. Elle consiste à dresser un bucher contre la paroi à per-
cer. Le feu travaille seul, et une fois le bois consumé le mineur revient pour déblayer la zone
et remonter un foyer. Cette apparente simplicité cache des phénomènes physiques et des
contraintes d’exploitation qui ont été jusqu’à présent largement ignorés.

1.1. Les traces de l’abattage au feu dans les mines de Melle

Les parois montrent trois aspects inégalement représentés. Sur les murs, les plus remar-
quables sont les formes ovoïdes (Fig. 01). Elles ont en moyenne un diamètre d’un mètre.
Souvent, il ne reste qu’une petite partie de la forme, le reste ayant été abattu. Des exemples
de cavités quasi ovoïdes complètes existent. L’accès se fait par des ouvertures de moins
d’un mètre. Ces cavités ont une hauteur maximum de un mètre trente et un diamètre n’ex-
cédant pas un mètre vingt dans leur plus grand renflement. La forme est exactement celle
d’un œuf, pointe vers le haut. Ces spécimens sont intéressants car ils offrent un exemple
complet du résultat d’une attaque et le gabarit d’un foyer. Le vide existant est supérieur au
volume du dernier bûcher, mais s’en approche. Le bois devant être posé au contact de la
paroi et ne montant pas jusqu’au toit du front de taille dans son aspect antérieur, le bûcher
s’inscrivait dans un volume maximal de 0,4 m3 soit une masse de bois ne dépassant pas
les 60 kg. Ce chiffre relativement bas tient compte du caractère exigu du front de taille, des
vides nécessaires à la construction du bûcher et de l’existence d’une sole concave ne faci-
litant pas l’installation des bûches. Ce genre de cavité pose la question de la ventilation de
ces espaces pour assurer une bonne combustion.

1 Goldenberg, 1998 ; Berg, 1992


2 Tite Live, H.R. Livre XXI-XXXVII.
Diodore de Sicile, Livre III-XII-4.
Pline l’ancien, H.N., XXXIII-71 et XXXIII-57.
3 Agricola, 1556 (1987), livre V, p. 86.

57
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Figure 01 : Faciès d’abattage au feu sur les parois de la mine de Melle.

58
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Dans le reste de la mine, les coupoles et les fronts de taille portant les traces d’abattage
au feu se sont mutuellement recoupées (Fig. 02). Les diamètres extrapolés n’excèdent pas
1,2 m. Ceux qui apparaissent plus grand sont le fruit d’attaques coalescentes. On note éga-
lement des diamètres bien inférieurs, n’excédant pas 10 cm dans certains cas. Selon leur
positionnement au toit ou au mur, ils témoignent d’une combustion isolée d’une buche ou
de l’usage d’un type d’abattage un peu différent. Nous pensons avoir identifié ainsi à Melle
un abattage aux fagots pour lequel la littérature ou les sources archéologiques ne donnent
aucun élément de comparaison.

Figure 02 : Superposition de plusieurs marques Figure 03 : Exemple de toit de la mine à Melle
d’abattage au feu. sans marque évidente d’abattage au feu.

Si au mur de la mine la forme arrondie, marquant l’attaque au feu, est la plus courante, il n’en
va pas de même au toit. Dans les plus grandes salles, il est difficile d’apercevoir une cou-
pole ou ne serait-ce que des traces d’abattage au feu. Le toit est plat, avec par endroits des
changements de bancs de calcaire (Fig. 03). Ce phénomène a deux origines. Les mineurs,
suite à l’attaque au feu, ont ouvert des « brèches » dans les bancs de calcaire qu’ils ont pu
ensuite abattre à moindre frais en suivant les lits du calcaire et en purgeant la roche. Il s’agit
aussi, dans certains cas, d’effondrement du toit selon un des lits du calcaire. Ceci ayant eu
lieu aussi bien pendant l’exploitation que lors de la période d’abandon. Dans les espaces
plus réduits, le toit reprend l’aspect typique dû à l’attaque au feu. Dans ces zones, la roche
est plus stable et offre moins de prises pour une éventuelle purge.

Il est rare de pouvoir observer correctement le sol de la mine, dans la mesure où les mineurs
se sont appliqués à remblayer les espaces ouverts. Les seuls endroits accessibles sont
presque tous au contact des fronts de taille. Ils présentent invariablement un aspect lisse et
légèrement arrondi caractéristique de l’attaque au feu.

En mine, l’abattage au feu est caractérisé par deux types de déchets Il y a tout d’abord les
roches elles-mêmes présentant une forme en écaille On trouve également une sur abon-
dance de charbons de bois, résidus des bûchers d’abattage.

59
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

1.2. Comprendre l’abattage au feu : le recours à l’expérimen-


tation

La description archéologique de l’ouverture par le feu n’offre qu’une vision imparfaite de


cette technique et laisse dans l’ombre bon nombre de considérations. Avant de s’intéres-
ser à l’approche expérimentale, il est bon de faire quelques rappels d’ordre physique sur le
phénomène d’attaque au feu.

Empiriquement, il est facile de constater que l’ouverture par le feu n’est utilisée qu’au contact
de roches dures : quartz, quartzite, calcaire silicifié. La liste n’est pas exhaustive mais elle
montre déjà l’importance de la silice dans la réussite de ce type d’abattage.

Au cours d’une attaque au feu, la roche connaît une augmentation de son volume due
à la montée en température. Mais ce n’est pas dans cette phase de l’opération que se
produisent la fracturation et l’éclatement de la roche. C’est lors du refroidissement que la
contraction du matériau conduit à sa rupture. On en arrive à la conclusion que pour une effi-
cacité optimale, le feu devra être de courte durée ou enchainer des cycles de chauffe et re-
froidissement permettant des éclatements successifs.

Au cours des expérimentations, les projections ont pu atteindre 15 m de distance pour des
éléments de poids réduit (moins de 10 g). Dans un rayon de 5 m, des éléments plus gros-
siers (une centaine de grammes) ont volé hors du foyer.

Autre élément pouvant intervenir dans l’abattage de la roche lors de l’attaque au feu :
l’eau présente au sein de la roche. Elle a deux origines. Elle peut être présente comme lien
chimique entre les éléments et plus communément suite à des infiltrations. Le rôle des in-
filtrations est facile à comprendre. La montée en température provoque la vaporisation de
l’eau, ce qui crée une forte pression conduisant, là aussi, à l’éclatement de la roche. Ces
éclatements se produisent en début de feu et brouille la perception que l’on peut avoir du
phénomène.

L’importance de l’hydratation de la roche ne se perçoit pas toujours aussi directement. Elle


se fait sentir quelques temps après l’abattage au feu. La modification des liaisons est glo-
bale. Elle conduit à une forte fragilisation des roches dans les zones touchées efficacement
par le feu et certaines continuent à se désagréger longtemps après l’arrêt du feu. A Melle, la
siltite est particulièrement sensible à ce phénomène. Des morceaux de taille centimétrique
à décimétrique ont vu leurs fractures s’ouvrir jusqu’à la rupture et d’autres de taille centimé-
trique ont été réduits en sable en moins de trois mois sans aucune intervention humaine4.
Ce phénomène reste néanmoins limité puisqu’il n’a été constaté que sur des roches exclu-

4 Cette constatation peut expliquer un passage du De re metallica : « Autrefois, dès que ce minerai était
extrait des puits, il était jeté sur les fagots que l’on faisait brûler. Maintenant, il est d’abord mis en tas pour
un certain temps, afin que l’air et la pluie le rende plus tendre. » (Agricola, 1556 (1987), livre VIII, p. 224).
Expérimentalement, des roches abattues au feu ont été conservées dans trois types d’atmosphère :
sèche et chaude (+ de 22°C), sèche et tempérée (18 à 20°C), et humide et tempérée (16 à 18°C). Le
résultat est identique. La fracturation progresse rapidement pour aboutir à des ruptures en moins de trois
mois. Le phénomène très marquant pour la siltite, existe aussi pour les calcaires dolomitisés.

60
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

sivement abattues au feu, alors que les morceaux fragilisés par le feu puis détachés à l’ou-
til n’ont pas évolué.

Nous ne reviendrons pas sur la question de l’aspersion. En suivant le commentaire de R.


Halleux (communication orale), il semble que ce mythe repose sur une erreur de traduction.
Cette étude philologique est confortée par une donnée anthracologique : un charbon chaud
aspergé d’eau voit ses cellules éclatés rendant son identification impossible. Le cas n’a ja-
mais été rencontré ni à Melle, ni pour ce qui touche à l’anthracologie en mine5.

1.2.1. Protocole expérimental

Les descriptions empiriques d’abattages au feu comme les réflexions plus scientifiques
sur les phénomènes qui concourent à l’abattage de la roche sont loin de répondre à toutes
les questions que l’on peut se poser sur cette technique. Quel rendement peut-on espérer
d’une attaque au feu ? L’aérage est-il un facteur handicapant dans la vitesse d’avancement
des travaux ? A quelle température monte un front de taille pendant l’abattage ? Quelles
sont les variations observées sur le minerai après une attaque au feu et quelles sont les
conséquences pour son traitement ultérieur ? Les formes de creusement que l’on observe
sous terre sont-elles reproductibles ? Avant d’apporter des éléments de réponse à ces dif-
férentes questions, des précisions sur le choix des lieux d’expérimentation, du combustible
et sur la conduite des expériences sont nécessaires.

Les expérimentations d’abattages au feu se sont échelonnées de 1996 à 2003(Fig. 04). Ul-
térieurement des abattages ont eu lieu mais ils n’avaient pour but que de fournir du mine-
rai extrait dans les conditions proches de celles de la période carolingienne pour alimenter
d’autres expérimentations.

La mine choisie pour mener à bien ces expériences est celle de la Noblette. Il s’agit du site
touristique, et son aménagement en facilite l’accès. Quatre fronts de tailles différents ont été
utilisés : trois sous terre et un en extérieur.

La première série d’expériences est conduite sur un front de taille de plus de 3 m², à 15 m
de l’entrée actuelle de la mine, dans une salle assez vaste. La hauteur moyenne du plafond
est de 2 m. L’évacuation des fumées peut se faire par l’entrée ou par un puits d’aérage re-
mis en état pour les besoins de la visite.

La seconde série d’expérimentations a lieu dans un espace beaucoup plus exigu. Il s’agit
d’une salle avec de nombreux piliers où l’on ne peut se tenir debout que dans la zone de
cheminement touristique. Ailleurs, le toit de la mine est à moins d’un mètre de haut. Le front
de taille est beaucoup plus petit que précédemment : moins d’un mètre carré. L’évacuation
des fumées se fait par les mêmes voies que pour la première série.

La troisième série a toujours lieu sur le site de la Noblette mais dans le réseau de La Planche
qui jouxte la mine touristique. La salle est assez vaste (plus de 40 m²) et haute de plafond

5 Py, 2009.

61
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

2,00

1,80

1,60
Ratio par rapport au bois brûlé

1,40 Moy. cumulée

1,20

Moy. abt. à l’outil


1,00

0,80

0,60

0,40
Moy. abt. au feu

0,20

0,00

2003-8
2003-9
2003-5
2003-6
2003-7
2003-2
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2000-2
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2000-4
2003-1
1999-31
1999-28
1999-29
1999-30
1999-24
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1998-5
1999-1
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1998-1
1998-2
1998-3
1996-1
1996-2
1996-3

Séries de feux ayant fait Roche abattue au feu Abattage sous terre
l’objet d’un relevé
Roche abattue au feu Prise de température
(rendement sup. à l’abattage manuel)
Abattage au fagot
Roche extraite à l’outil

Figure 04 : Ratio entre la masse de bois consommé et la masse roche extraite expérimentalement
entre 1996 et 2003.

(2 m et plus). Le foyer est posé sur un ressaut laissé en place par les mineurs au contact
d’un ancien front de taille. Mais les feux expérimentaux ont été disposés perpendiculaire-
ment à l’ancien front de taille. Cette constatation n’a été possible qu’après quelques dé-
boires quant à la rentabilité des feux. L’entrée du réseau est à 7 m. Elle est la seule voie
d’évacuation des fumées.

Les trois premiers lieux d’expérimentation reprenaient d’anciens fronts de taille alors que
celui en extérieur a été positionné sur un front de carrière du XIXe siècle au contact d’une
diaclase bien minéralisée n’ayant pas fait l’objet d’exploitation au haut Moyen Âge (Fig.05).
Sous terre, les fronts ne présentaient aucune minéralisation visible mais les expérimen-
tations ont lieu dans les conditions les plus proches de la réalité notamment en ce qui
concerne les contraintes thermiques post abattage et le degré d’humidité de la roche.

Les études anthracologiques livrent la nature des bois principalement utilisés : hêtre, chêne
et châtaignier. N’ayant pas noté de différences dans le cadre de l’abattage entre ces es-
sences, nous avons principalement opté pour du chêne en raison des facilités pour s’appro-
visionner. Force est de constater que le choix des essences n’a pas eu d’implication quant
au rendement. Les bûches utilisées ont été de deux calibres : 50 cm et 1 m pour la première
série. Puis, il est apparu plus simple d’utiliser uniquement des bûches de 50 cm quitte à les
superposer selon les besoins. Le diamètre n’a pas varié, il est compris entre 15 et 20 cm.
Indifféremment, les bûches étaient refendues ou non. Refendre le bois permet une meilleure
combustion et une meilleure stabilité du bûcher mais n’est pas attestée au sein de la mine.

62
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Figure 05 : Le front de taille expérimental au début de son utilisation (1999).

Les bûchers sont montés selon un plan assez précis et reproductible. Les bûches sont pla-
cées verticalement contre la paroi avec une légère pente et serrées entre elles. Ceci permet
aux flammes de monter le long du bois contre la paroi. Dans cette position, le foyer se tient
plus longtemps et même lorsque les bûches s’affaissent, elles continuent de brûler efficace-
ment. Les données iconographiques du XVIe siècle au XIXe siècle fournissent l’image de ce
que doit être le bûcher une fois construit6. Il existe d’autres formes possibles dont des des-
criptions particulièrement précises sont disponibles pour les mines de Kongsberg en Nor-
vège7. Mais faute de liens avec les sites anciens, il n’en a pas été tenu compte, d’autant plus
que ces formes de feux correspondent à des attaques précises dans de grands volumes.

A l’inverse, une trace d’abattage particulier a été repérée en mine. Il s’agit d’une attaque aux
fagots. En mine, les résidus sont difficilement perceptibles. Il s’agit d’amas de petits char-
bons de bois. Leur étude a montré qu’ils provenaient tous de petites branchettes possédant
2 à 4 cernes chacune8. Nulle part dans la bibliographie, on ne trouve trace de cette méthode.

1.2.2. Conduite des expériences

Toutes les expérimentations ont fait l’objet d’une série de mesures de base : pesée du bois,
de la roche abattue au feu et de celle abattue à l’outil. Une fois lancé, il n’y a plus d’inter-
vention sur le bûcher soit qu’il se trouve en mine et donc inaccessible durant la combustion,
soit que l’expérience ait lieu en extérieur, auquel cas l’absence d’intervention est volontaire
pour se rapprocher des conditions historiques.

6 Bjorn Ivar Berg recense cette iconographie dans sa thèse : Berg, 1994, vol. 2, illustrations, p. 26-27 et
302-353.
7 Durocher, 1855 ; Berg, 1992.
8 La reconnaissance du type de bois a été faite par Archéolabs à l’occasion d’une datation : Cura, A.,
Van der Plaesten, L., Datation par le radiocarbone, site minier de Melle, échantillon : foyer, Ref. ARC96/
R282C/1, 1996, p. 3 : « Nature de l’échantillon : châtaignier, en branchettes, présentant 2 à 4 cernes avec
dernier cerne. »

63
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Les températures du feu et de la roche ont été mesurées à trois reprises afin d’apprécier à la
fois la montée en température de la roche, la corrélation existante entre température et dé-
tonation, et la vitesse de refroidissement.

Enfin les feux organisés sur un front vierge ont été faits dans le double but de fournir le mi-
nerai nécessaire à une opération expérimentale, et de donner un point de comparaison sur
le rendement dans une zone fortement minéralisée identique à celle que devaient recher-
cher les mineurs carolingiens.

1.2.3. La forme du creusement

Ces séries d’expérimentations d’abattage au feu ont été l’occasion de relever l’évolution
des profils des parois. On constate tout d’abord que nos propres abattages restituent un
profil ovoïde en tout point similaire aux exemplaires archéologiques. D’autre part, un foyer
composé de buches de 50 cm de long ne permet pas d’extraire efficacement au-delà de
70 cm de hauteur. Si nous avions pu pressentir un équilibre entre la masse de roche ex-
traite au feu et celle extraite à l’outil, il se confirme au travers du dessin : là où le feu a été
le plus efficace, le travail à l’outil est limité, et inversement. Une remarque s’impose encore,
si l’on observe la base du relevé de paroi au fur et à mesure que progresse le front, on note
une remontée assez rapide du sol selon une pente proche de 15 %. Comme il a été vu pré-
cédemment, la strate minéralisée fait 5 m d’épaisseur. En partant à la base de la strate, les
mineurs, s’ils n’avaient pas compensé cette pente, auraient quitté la zone minéralisée en
moins de 35 m ! Pour rattraper cet écart, il est obligatoire de sur-creuser le sol. Le feu ne le
faisant pas, c’est donc le mineur qui s’en est occupé à l’aide d’un outil. Expérimentalement,
ce travail est long et difficile, l’emploi d’une pointerolle ou d’un autre outil à percussion po-
sée est obligatoire. Encore une fois, l’usage d’un outil s’avère incontournable même s’il n’en
subsiste aucune trace.

Pour les expériences d’abattage au fagot, le creusement qui en résulte présente toujours
un aspect arrondi, typique de l’attaque au feu quel que soit le bois employé. A la différence
des feux de bûches, l’attaque entraine un creusement important du sol (Fig. 06). Ceci est
dû à deux phénomènes concomi-
tants. La chaleur dégagée, si elle
est de plus courte durée, est plus
intense, ce qui se ressent sur le
sol. Le phénomène est renforcé
par une moindre accumulation de
déchets au sol (cendres, pierre)
n’offrant alors aucune protection
thermique à la sole. Les feux de
fagots, mais cela ne semble pas
être une spécificité, montrent des
attaques ponctuelles sur la paroi
sous la forme de petites coupoles
d’un diamètre d’une ou deux di-
Figure 06 : Un abattage au fagot en cours (1998). zaines de centimètres. Ce genre

64
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

de trace est très visible en mine, il témoigne simplement de l’existence, à un moment donné
du feu, de flammes hautes et puissantes qui ont eu un effet « chalumeau ».

1.2.4. La température et la ventilation

Il est assez délicat d’appareiller un front de taille sur lequel a lieu un abattage au feu qui
entraine une évolution morphologique du support même ou se trouvent les sondes. C’est
pourquoi un petit nombre d’expérimentations, trois au total, ont fait l’objet de mesures ther-
miques exploitables. Le matériel utilisé pour évaluer ces températures est une série de
quatre thermocouples souples, chacun relié à un enregistreur9. Le nombre d’appareils mis
à disposition ne permettait pas d’obtenir toutes les informations nécessaires à cette étude
lors d’un seul abattage.

La première expérience est réalisée avec quatre sondes disposées à même le front de taille
sur un axe vertical localisé en plein centre du bûcher. La fixation des sondes est faite sur des
clous fichés dans la paroi à une profondeur suffisante pour qu’ils ne se décrochent pas du-
rant l’expérience. Le problème majeur est de s’assurer que le capteur ne se trouve pas dé-
connecté du front de taille pendant la chauffe, que cela soit par avancement du creusement
ou par une projection un peu trop brutale de roche. Les premières expérimentations d’ex-
traction suivies de relevés de paroi avaient clairement montré que le feu est difficile à diriger.
Il faut prendre un grand soin dans la façon de monter son bûcher pour être sûr de la direc-
tion dans laquelle se fera le plus important creusement. Bien sûr, le feu produit une attaque
rayonnante. Mais la disposition des bûches, leur durée et leur moment de combustion in-
fluencent la forme du creusement final.

Le front de taille utilisé offre une surface d’un mètre carré. Il est localisé dans le réseau minier
La Planche à huit mètres sous terre. Malgré la proximité de l’entrée, il n’est pas possible, une
fois le feu lancé, d’observer en continu le déroulement du feu. Les bruits, plus que la vision
directe, guident les remarques durant l’expérience. Les étonnements sont suffisamment
sonores pour être correctement appréciés. Leur apparition marque le début de l’abattage.

Cette première expérimentation met en évidence une chauffe minimale de 200° C pen-
dant près de deux heures (Fig. 07). La température du foyer ne descend pas en dessous de
300° C. Exception faite du toit de la mine, la roche est portée à une température supérieure
à 500° C pendant plus d’une heure. Les premiers étonnements commencent douze minutes
après la mise à feu et s’achèvent une heure plus tard.

Les forts dégagements de fumée n’ont pas permis d’observer correctement cet abattage.
Seuls deux moments sont identifiés. Ils correspondent au début des étonnements puis à la
fin de l’embrasement.

Fort de ces premiers résultats, la seconde expérience est conduite sur le même front de

9 Thermocouples K avec câbles de Téflon tressé, reliés à des enregistreurs multimètres portables. Le
traitement de l’information est fait par ordinateur au moyen du logiciel Gossen-Metrawin 10®. L’application
graphique est réalisée sous Excel®.

65
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Figure 07 : Schéma des implantations des sondes thermiques et graphiques des températures
atteintes.

taille. Les sondes sont disposées selon le même intervalle mais, hormis la sonde du foyer
qui positionnait à l’identique, les trois autres capteurs sont placés dans des trous d’un cen-
timètre de profondeur colmatés avec de l’argile pour assurer leur maintien (Fig. 07). Ce pro-
cédé permet de ne pas modifier l’information quant à la température en surface de la roche
et évite que les enregistrements tiennent compte de tous les coups de flamme. Le résul-
tat est un graphique beaucoup plus lissé et lisible. La courbe de la sonde du foyer est, elle
aussi, plus lisse. Il s’agit d’un facteur aléatoire : une écaille de roche est venue recouvrir la
tête de la sonde. Cette pierre a eu l’effet d’un écran thermique. Ceci explique également la
chute de température.

66
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Le déroulement du feu reste classique. Les étonnements se produisent sporadiquement


après 38 minutes et jusqu’à 1h11. Puis, de 1h11 à 1h55, la roche se délite régulièrement. A
1h55, le feu est considéré comme fini, le peu de flamme restant n’atteint plus la paroi. Les
températures enregistrées au contact de celle-ci sont assez faibles et reflètent une combus-
tion principale décalée par rapport au positionnement des sondes. Si ces mesures ne sont
pas représentatives des températures les plus chaudes, la lecture comparative des courbes
est quand même riche d’enseignement. Le déroulement de la combustion du foyer est clai-
rement inscrit dans le graphique. Lors de la montée en température, les flammes viennent
lécher le toit mais la chaleur affecte très modérément la paroi. Les étonnements enregistrés
proviennent du délitage du toit alors que la suite de l’abattage se localise sur le front de taille
et principalement dans la partie haute (pique thermique de la sonde de paroi à 60 cm). Tout
au long de l’abattage, la chaleur n’affecte que très modérément la partie basse.

Les températures, au terme de la durée utile du feu, décroissent lentement. Près de deux
heures plus tard, elles varient encore sur la paroi entre 40 et 183° C et les roches tombées
dans le feu sont portées à près de 400° C.

La troisième expérimentation prend place sur un autre front de taille, en extérieur. L’objectif
est de mesurer, à une hauteur constante de 30 cm au-dessus du foyer, la progression de la
chaleur à l’intérieur de la roche (Fig. 07). Pour ce faire, trois trous sont forés sur des profon-
deurs de 3, 6 et 13 cm. Les sondes sont introduites jusqu’à refus. Les vides sont colmatés
avec une argile dont la mauvaise conductibilité est connue. Ainsi, c’est bien la conductibilité
et la vitesse de diffusion de la chaleur qui vont être mesurées dans la roche.

L’expérience débute sur une paroi encore chaude d’un feu précédent10. Il faut attendre dix
minutes après la mise à feu pour que les deux sondes les plus proches de la surface enre-
gistrent une hausse de température. A 13 cm dans la roche, la température baisse pendant
les 25 premières minutes avant que les effets du feu ne se fassent enfin sentir. Ce décalage
dans le temps de réponse va en s’accroissant au cours de l’expérimentation. Le plafond
thermique de cette sonde est atteint 35 minutes après les deux autres. La baisse de tempé-
rature s’amorce avec 60 minutes de retard. Tout au long de l’expérience, les températures
enregistrées à 13 cm de profondeur n’auront pas excédé 100° C. Ce plafond de 100° C est
symptomatique. La décroissance de la température dans la roche est linéaire. La sonde 13
a été placée trop profondément dans la roche. Dès huit à neuf centimètres de profondeur,
elle aurait donné la même information. Les deux autres sondes fournissent des courbes
très semblables mis à part l’intensité des températures. A trois centimètres dans la roche,
la température plafonne à 475° C et à six centimètres, elle n’excède jamais 280° C. Deux
heures après le retrait du feu, les températures avoisinent encore les 100° C.

Plusieurs conclusions peuvent être tirées de ces trois expérimentations cumulées. Elles
concernent à la fois le mode d’extraction et ses conséquences sur la gestion d’un chantier
minier.

10 Ce feu a été réalisé pour assécher la paroi, extraire les morceaux de roche les plus fragiles. L’expérimentation
a donc lieu sur une paroi saine, sèche dans les mêmes conditions que celles réunies en mine.

67
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Il existe deux phases distinctes dans un abattage qui sont le reflet de deux phénomènes.
C’est de la montée en température que proviennent les étonnements réguliers. Ils débutent
lorsque la roche atteint en surface 500° C. On estime qu’à ce moment, la température à trois
centimètres de profondeur est de l’ordre de 150 à 200° C. Ces éclatements se poursuivent
jusqu’à ce que la température atteigne son palier de 475° C toujours à trois centimètres de
profondeur. Pendant ce laps de temps, les étonnements sont principalement dus à la va-
porisation de l’eau présente dans les anfractuosités de la roche. Le phénomène est rapide
et conduit surtout à la production de petites écailles. Lorsque le palier de 500° C est atteint,
les étonnements s’espacent, et on remarque que les blocs qui se détachent le font avec
moins de violence, moins fréquemment et sont beaucoup plus gros et épais. Le phénomène
a évolué. Il entre dans des cycles courts de réchauffement-refroidissement. Chaque refroi-
dissement est marqué par un éclatement. Les cycles ne sont évidemment pas homogènes
sur l’ensemble du front de taille et dépendent des flammes venant lécher la paroi. Expéri-
mentalement, nous observons que l’extraction au feu ne permet pas d’atteindre, en un seul
étonnement, des profondeurs supérieures à 6 cm11.

Ces constatations entraînent une autre remarque. Les mines de Melle n’ont jamais livré ni
outils de mineur, ni trace d’outil clairement identifiée. Pourtant, à la lumière de ces expé-
riences, l’usage d’un outillage ne peut pas être nié. Si en mine se retrouvent bon nombre
d’écailles de pierre, la présence de blocs massifs est prédominante. Ces blocs n’ont pas pu
être extraits au feu, ils n’en ont ni la forme ni le volume. Ils sont en fait le fruit du travail du
mineur après le feu. En effet, après un abattage, il est possible de faire progresser le creu-
sement sur quelques centimètres selon le jeu des fissures existantes. L’outillage peut res-
ter très rudimentaire : une simple massette suffit. Surtout, cette seconde attaque est néces-
saire pour purger le front et, a minima, offrir une surface propre sur laquelle le feu aura un
effet positif lors de l’abattage suivant.

Aucun document ne permet d’apprécier la façon dont s’organisent les attaques au feu.
Étaient-elles espacées dans le temps, ou les mineurs enchaînaient-ils feu sur feu ? L’expé-
rimentation n’apporte pas de réponse définitive mais oriente clairement nos hypothèses. La
séquence de travail peut être définie ainsi (Fig. 08) : au terme d’une attaque au feu, le mineur
évacue le foyer avec les roches abattues puis extrait la galène visible sur la paroi tout en ef-
fectuant une purge avant de remonter un nouveau bûcher. Au-delà de la durée utile d’un feu,
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Mo

Du

Pu
Re

zone inaccessible faute d’oxygénation correcte


Front de taille inaccessible faute d’une trop haute température
1h 2h 3h 4h 5h 6h

Figure 08 : Schéma d’une séquence de travail lors d’un abattage au feu.

11 Il ne faut pas s’étonner si le creusement d’un feu permet d’avancer de plus de 6 cm à la fois. Le phénomène
peut se reproduire plusieurs fois par feu sur une même portion de paroi.

68
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

il faut plus de trois heures pour que la paroi atteigne une température acceptable (entre 40
et 50° C), encore la sole conserve-t-elle plus de chaleur, ce qui limite l’approche du front de
taille. En purgeant la paroi, des blocs plus chauds sont extraits, ils ne peuvent alors pas être
correctement triés ou évacués. Techniquement, il ne semble pas qu’il y ait un gain réel à en-
chaîner les feux. Et quand bien même ce serait l’inverse, la contrainte thermique l’interdirait.
Ainsi la séquence d’un abattage au feu à Melle peut être estimée à 6 h entre le moment du
montage du bûcher jusqu’à la fin de la purge du front.

L’aérage est un problème crucial pour l’exploitation par le feu. Il faut non seulement de l’air
frais pour les mineurs et la bonne combustion des foyers mais il est également nécessaire
d’évacuer les fumées. Aucune mesure quantitative n’a été réalisée concernant l’aérage en
mine. Mais une série de constatations s’impose. Le postulat de départ est qu’il était im-
possible de s’approcher du foyer une fois le feu lancé, et que le reste de la mine devait être
évacué afin que personne ne soit asphyxié. Cette hypothèse conditionne a priori l’idée que
l’on se fait du mode de gestion de la mine. En fait, il ressort des abattages avec des bûches
menés sous terre que la mine est difficilement accessible dans son ensemble, et impos-
sible d’accès sur la zone du bucher. Mais les réseaux utilisés pour les expériences ne com-
portent pas de système d’aérage en état. Ainsi une mine avec ses puits d’aérage opéra-
tionnels autoriserait le travail dès que l’on s’éloigne du foyer. C’est-à-dire dès la première
étroiture franchie. Ce travail pouvait être aussi bien la mise en place et la combustion d’un
autre feu, que le tri et l’extraction vers la surface du minerai. Le choix d’un percement en
double des puits comme nous avons constaté sur le réseau TDF mais également à l’occa-
sion de la fouille de Bois-Haut assure un système de ventilation correct. Pour des raisons
évidentes d’atmosphère et de température, l’intervention sur le foyer en cours de combus-
tion doit être considérée comme difficile voire impossible, qu’il s’agisse de zones où l’on ne
peut pas se tenir debout ou de fronts de taille plus réduits.

Rapidement après la mort d’un feu, l’atmosphère redevient respirable. Ainsi, contrairement
à une idée reçue, bien plus que la qualité de l’air, c’est l’accumulation de la chaleur dans les
réseaux miniers qui retarde le retour sur le front de taille. Cet effet « four » est indépendant
de l’état de la mine et la constatation faite lors des expérimentations est directement trans-
posable au monde de la mine à la période carolingienne.

1.2.5. Rendement

Le terme de rendement est délicat à utiliser. Il se rattache à des notions de production et de


gain qu’il est difficile d’appliquer à l’économie carolingienne. Mais le rendement peut fournir
les bases d’une estimation sur la durée de l’exploitation. Il faut aussi garder présent à l’es-
prit les modifications des conditions expérimentales (lieux, nature et forme de bois, interven-
tion). La multiplication des expériences autorise pourtant à proposer une moyenne réaliste.
Le rendement peut s’apprécier de trois façons différentes : la quantité de bois consom-
mé pour une quantité de roche abattue, le ratio entre le bois consommé et le minerai bon
à fondre effectivement recueillie ou le temps nécessaire pour abattre une masse de roche
donnée. Dans cette étude, notre approche se concentre sur le rapport entre les quantités de
bois brûlé et de roche extraite dans la mesure où il s’agit peut-être de la notion la plus facile
à apprécier par les mineurs carolingiens lors de leurs travaux en mine.

69
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Tous types de feux confondus, ce rendement s’établit entre 0,36 et 4,72 (Fig. 04). Cette va-
riation supérieure à un facteur 10 est importante. On peut l’affiner en éliminant les feux de
chaque début de sessions expérimentales réalisés sur parois froides et humides, car ils se
trouvent très éloignés des conditions réelles d’exploitation. Quelques expériences ont un
rendement très élevé à l’outil. Plus que l’effet d’un feu performant, il s’agit de purges de
la paroi gonflant artificiellement le résultat. Enfin, certaines expériences se sont déroulées
dans des conditions difficiles : pluie, bois humides, mauvaise combustion. Le rendement
s’en ressent aussi. En ne considérant que les attaques s’étant déroulées dans les meil-
leures conditions, le rendement évolue entre 0,8 et 2,6 pour une moyenne de 1,3 contre
une moyenne de 1,4 toutes données confondues. Sans entrer dans des études statistiques
qui n’auraient qu’une valeur toute relative, l’approche du rendement grâce au rapport entre
le bois consommé et la roche abattue montre qu’un kilogramme de bois permet d’extraire
1,3 kg de roche.

Sur les 52 essais réalisés, sept fois nous avons constaté un rendement supérieur du feu sur
l’outil. Pour les 45 autres essais, le rôle de l’abattage manuel opéré après le feu s’est pré-
senté comme prépondérant.

Les bûchers les plus communs ont tous un poids compris entre 40 et 60 kg. Les poids in-
férieurs correspondent aux attaques avec fagots ou à des essais sur un front de taille ré-
duit. Les bûchers de plus de 100 kg correspondent aux premières expérimentations locali-
sées sur des grands fronts de taille. Les fronts de taille à Melle présentent en moyenne une
surface utile d’un mètre carré. En fait, il s’agit d’une limite physique frappé au coin du bon
sens. La quantité de bois qu’il est possible d’y déposer pour une combustion efficace et vi-
sant un percement unidirectionnel horizontal s’établit à 60 kg de bois. L’augmentation de
la quantité de bois à deux conséquences. L’abattage est alors multidirectionnel. Le rende-
ment n’est pas affecté. En revanche, elle entraine une plus grande accumulation de cha-
leur dans la roche qui a pour effet de retarder le retour du mineur sur son front de taille. Ce
choix n’est pas à exclure mais il implique une gestion différente des chantiers. Si l’on prend
en considération le temps d’un abattage, un rapport simple peut être établi entre la durée
du feu et la quantité de roche extraite. Il semble que les meilleurs rendements s’obtiennent
avec les petits feux de fagots (1,2 à 1,4 kg de roche abattue par minute de feu) pour un laps
de temps très court, ce qui évite à la paroi de trop chauffer et de retarder purge, récupéra-
tion de la roche abattue et remontage d’un bûcher. Pour les plus gros feux, le problème est
autre. Le rendement par rapport au temps est dans la moyenne mais le front de taille reste
chaud beaucoup plus longtemps : 12 h plus tard, la roche en surface est encore à plus de
100° C et le travail manuel reste impossible. Le rendement est aussi influencé par la disposi-
tion du front de taille par rapport au sens de fracturation de la roche. Lorsque l’on ne travaille
pas dans le sens de la fracturation, le feu a beaucoup plus de mal à entamer la roche. A l’in-
verse, dans le sens d’avancement des travaux, les fractures facilitent le travail. Au cours des
différents abattages, plusieurs types de bois ont été utilisés. Aucune variation de rendement
directement imputable au choix de l’essence n’a été décelée. Des qualités pyrotechniques
sont attribuées à chaque bois. Réelles ou fabulées, elles n’ont pas de conséquences sur le
rendement et la conduite d’un abattage au feu.

Il ne suffit pas d’abattre de la roche. Encore faut-il qu’elle soit minéralisée. Lors des études
sur le gisement mellois, le BRGM a reconnu une teneur en galène équivalente à 1 à 2 % de

70
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

la masse totale du gisement dans une idée moderne d’exploitation à ciel ouvert. Cette réali-
té ne s’applique pas au mineur carolingien qui n’a cherché à extraire que les parties les plus
riches (Fig. 09). La reconstitution de la chaîne opératoire offre une estimation plus proche
de la réalité médiévale. Sur les 2328 kg de roche extraite et traitée, le tri a fourni 1510 kg de
stérile et 818 kg de minerai enrichi. De cette masse, seuls 200 kg ont été effectivement uti-
lisés permettant d’obtenir 64 kg de galène. On pouvait donc s’attendre à récupérer 260 kg
de galène en utilisant la totalité du minerai enrichi. La fracture sur laquelle a eu lieu l’expé-
rimentation contenait ainsi 10 à 11 % de galène. Ce qui laisse loin derrière les estimations
des géologues et nous a permis d’approcher une autre réalité en termes de bilan matière.

Figure 09 : Galène à extraire sur le front de taille expérimentale.

1.2.6. La roche abattue au feu

Il n’a pas encore été question de la galène. Elle est pourtant particulièrement sensible à l’at-
taque au feu. Lors des premières expérimentations, une importante minéralisation avait été
repérée mais laissée en place. A chaque fois la galène a fondu conduisant à la formation de
deux produits : des petites billes de plomb et un verre provenant de la fusion et du mélange
du plomb et du quartz. Ce verre d’un beau jaune n’a été identifié en contexte minier qu’une
seule et unique fois. A l’occasion de la fouille d’un atelier de préparation des minerais, sur
les plus de 2000 échantillons de résidus minéralurgiques prélevés, aucun verre n’a été iden-
tifié. Cette rareté en mine et cette absence sur le site de traitement incitent à penser que les
mineurs veillaient à éviter sa production. En partant de ce postulat, nous avons extrait l’en-
semble de la galène visible après un abattage et avant d’en réaliser un nouveau. Le résultat

71
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

est édifiant, le verre disparaît des roches abattues au feu. Cette constatation permet d’affir-
mer que les mineurs observaient avec soin leur front de taille avant de remonter un bûcher
pratiquant une « cueillette » des galènes accessibles (Fig. 10)

Figure 10 : Cueillette de la galène à l’issue d’un abattage au feu.

Ces séries d’expériences apportent un lot d’informations inédites pour ce qui touche à la
conduite de l’extraction et à ses rythmes. L’approche quantitative donne non seulement la
mesure de ce qu’abattre au feu signifie mais elle ouvre aussi une voie pour la quantification
globale de la production. Ces expérimentations permettent de mieux comprendre l’archi-
tecture minière et les déchets que l’on observe sous terre. Enfin, elles obligent à reconsidé-
rer la place de l’outil dans le schéma productif mellois qui, jusqu’à présent, l’avait un peu
trop vite évacué.

2. Extraction à l’outil
L’approche expérimentale n’a pas été mise en place pour comprendre le mode d’extraction
à l’outil seul. Plusieurs raisons expliquent ce choix. La première est pragmatique : ce mode
d’extraction nécessite un savoir-faire que nous n’avons pas le temps d’acquérir et une ex-
périmentation sur ce thème ne traduirait que notre manque d’expérience. D’autre part, dans
le cas de Melle, ce système ne se pose pas comme un élément premier et fondamental pour
l’extraction du minerai alors qu’à Jabali, les contraintes logistiques et environnementales

72
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

rendaient caduques toutes tentatives raisonnables d’expérimentation. Ce n’est donc qu’à


l’aide des données de terrain que cette phase du travail peut être comprise.

Les systèmes d’extraction manuelle sont principalement représentés par le couple marteau
et pointerolle. D’autres outils sont également susceptibles d’avoir été en usage : pic, barre
de purge etc. A Melle comme à Jabali, nous n’avons pas retrouvé de mobilier permettant de
caractériser avec certitude la nature des outils utilisés. Nous devons pour reconstruire cette
phase de l’extraction faire appel à des preuves secondaires que sont les marques et les dé-
chets laissées par ce type de travail.

2.1. L’usage d’une pointerolle ou d’un pic à Jabali ?

Les vestiges de l’exploitation minière sont nombreux. Sur la zone de wadi Jabali, sur
quelques centaines de mètres de long, un grand nombre d’ouvertures se distinguent aisé-
ment (Fig. 11). Ce sont autant d’excavations minières. A l’occasion des travaux de terrain
du BRGM, une première cartographie du site a été dressée. Elle a été complétée par des re-
levés de détails en 2004. Localisés dans un karst, ces réseaux présentent un aspect anar-
chique pouvant être assez déroutant. Les vides existants sont de dimensions très variables :

Figure 11 : Plan de la zone minière de Jabali.

73
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

de quelques dizaines de centimètres de hauteur pour autant de large à des salles de dix
mètres de large pour vingt de long et cinq à six mètres de haut. Les conditions générales de
travail sur cette zone n’ont pas permis de conduire une étude exhaustive du souterrain, mais
l’architecture générale des mines et les conditions environnementales permettent d’évacuer
sans grand risque d’erreur l’usage du feu dans ces réseaux. Nous sommes bien face à une
mine ouverte entièrement à l’outil. Encore faut-il être en mesure d’identifier la nature de ce-
lui-ci. En plusieurs endroits, galerie, salle ou puits, des traces d’outils sont bien visibles.

Après examen des données issues de nos prospections, la technique d’extraction utili-
sée à Jabali au Moyen Âge semble assez simple : l’abattage au pic est mis en œuvre, qu’il
s’agisse des rares voies d’accès au gisement ou des poches minéralisées qui ont été vi-
dées. Les traces que l’on note sur les parois sont nombreuses mais espacées de trois à
quatre centimètres. Elles ne dessinent pas de longues trainées, ne faisant en générale que
cinq à six centimètres de long (Fig. 12). Lorsqu’elle est possible, l’observation de l’empreinte
permet de caractériser l’usage d’une pointe et non d’un taillant plat. Tout concourt ainsi à
mettre en évidence l’usage d’un outil à percussion lancée. Le pic reste l’outil le plus pro-
bable sans que l’on puisse exclure l’usage de la masse. Elle a pu être employée en com-
plément. Mais ce mode de percussion laisse principalement des marques sur le matériau
abattu. Il ne nous a pas été donné de les caractériser. Les roches abattues qui encombrent
l’espace souterrain sont d’un module réduit lorsqu’elles ne proviennent pas d’un effondre-
ment. On trouve des roches en plaquette mais leur épaisseur mise en rapport avec leur sur-
face reste dans la gamme des matériaux extrait mécaniquement (Fig. 13). La géométrie des
blocs stériles en mine est caractéristique du calcaire qui forme l’encaissant.

Figure 12 : Front de taille comportant des traces d’outil.

74
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

Figure 13 : Exemple de déchets dans les mines de Jabali.

2.2. L’usage d’une barre de purge à Melle ?


L’abattage au feu a fait l’objet d’un long développement. Expérimentalement, nous avons
démontré l’absolu nécessité d’avoir recours au travail manuel sur un front de taille à l’is-
su d’un feu pour rendre efficace le suivant. La multiplication des abattages au feu permet
d’observer une quantité appréciable de roche. Systématiquement, nous avons séparé les
éléments abattus à l’outil de ceux abattus au feu. Deux tas bien distincts sont constitués.
Ils diffèrent l’un de l’autre par de nombreux points. L’aspect général tout d’abord. La roche
abattue au feu est mêlée de charbons de bois et de cendres qui représentent un volume
important du tas. Cette roche est salie, marquée par du noir de fumée, de la cendre et du
charbon. Les morceaux un peu plus propres présentent une couleur rouge très nette. Enfin
l’écaille est la forme classique de ces roches. Leur volume varie de 0,1 cm3 à 600 cm3 pour
les plus grosses. L’épaisseur excède rarement cinq centimètres. Le tas de roche abattue à
l’outil est diamétralement opposé. Il est exempt de charbons et de cendres. La roche pré-
sente une couleur brun ocre identique à celle que l’on peut voir sur des cassures fraîches de
ce calcaire. Les formes sont beaucoup plus massives que l’on s’intéresse aux petits mor-
ceaux (quelques cm3) comme aux plus gros (4250 cm3).

Ces différentes remarques guident l’analyse que l’on fait des remblais de mine mais aussi
des déblais d’extraction retrouvés au cours de prospections comme de fouilles. En mine, il
n’a pas été possible de voir des accumulations de roche semblable au tas produit par abat-
tage au feu. S’il est néanmoins facile de trouver des roches en écailles, la quantité de char-
bons de bois présents dans les chantiers souterrains est proportionnellement très inférieure

75
F. Téreygeol – A la main ou au feu : les choix techniques pour l’extraction des minerais argentifères

à ce qui a été produit lors des expériences. Sous terre, avec des conditions d’éclairage mé-
diocres, le minerai abattu au feu ne pouvait être trié efficacement. Il faut donc en conclure
que la partie abattue au feu est directement évacuée vers la surface pour y être lavée puis
enrichie. Cette hypothèse explique à la fois l’absence de ces déblais en mine et la nature
des déchets que l’on retrouve en surface : ceux-là même provenant de l’action du feu.

Dans les mines de Melle, les déchets qui encombrent les chambres d’exploitation res-
semblent assez largement à ceux observés à Jabali. Le stérile est massif. Mais une ob-
servation plus poussée fait apparaitre une différence fondamentale : la taille des déchets à
Melle est, en moyenne, bien supérieure à celle de la mine yéménite. Il ne s’agit pas pour au-
tant des vestiges d’effondrement. Ces blocs sont le témoignage des purges pratiquées par
les mineurs au toit de leur réseau. Le travail au feu avance selon une direction plus ou moins
horizontale. Dans les grands vides karstiques minéralisés, il entraine une fragilisation du toit
calcaire. Pour y remédier et bien que cela ne menace pas la stabilité générale de l’ouvrage,
les mineurs carolingiens ont cherché à déliter le sommet du banc calcaire pour retrouver
un toit sain. Cette mesure s’inscrit de façon quasi exclusive dans une volonté d’éviter des
chutes accidentelles. Ces blocs forment la majorité des déchets visibles en souterrain. Le
travail à l’outil, s’il reste discret, est donc bien réel. En termes de volume produit, il touche
principalement au travail d’assistance et non à l’extraction proprement dite.

Conclusion
Ainsi dans deux systèmes voisins par la nature des roches, les conditions environnemen-
tales ont conduit dans le cas de Melle à opter pour l’abattage au feu et, à Jabali, pour
l’usage de l’outil. Le climat et les ressources forestières n’expliquent cependant pas tota-
lement ces choix techniques. La silicification du calcaire à Melle est un élément majeur à
prendre en compte dans le choix technique des mineurs. Ce calcaire présente une résis-
tance à la fragmentation dynamique de 14 alors que celui de Jabali équivaut à 25. Après
une attaque au feu, le calcaire de Melle ne présente plus qu’une résistance de 2112. La gîto-
logie s’impose également dans une mesure restant difficile à apprécier. Le gisement mellois
se présente sous forme de plages minéralisées, parfois coalescentes, longues et étroites
de 50 à 100 mètres de large. A Jabali, l’amas principale est bien plus impressionnant non
pas tant dans son extension que dans son développement vertical qui atteint la trentaine
de mètres. La dimension des vides karstiques reminéralisés joue sur les choix des mineurs.
Dans ce type de gisement et pour extraire de la galène, le feu aurait été inadapté par les ré-
actions qu’il entraîne entre le plomb et la roche. Même avec un environnement végétal fa-
vorable, le feu n’aurait sûrement pas été de mise à Jabali alors qu’à Melle il s’impose par la
dureté de la roche.

12 La fragmentation dynamique consiste à mesurer le fractionnement d’un bloc sous les coups d’une masse.
Plus le résultat obtenu s’approche de 0 plus la roche est dure. Les tests à Melle ont été réalisés en 2004
par Pierre Rostan.

76
Accès au gisement et gestion des
haldes : un paysage minier durant
l’exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site
du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Gérald Bonnamour, Christophe Marconnet

Arkemine SARL, La Talarde, La Plaine de Clairac, 26760 Beaumont-Lès-Valence

Résumé
La fouille préventive sur le site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79) a permis de décou-
vrir des vestiges associés à une exploitation minière sur une emprise de 4900 m². Asso-
ciés à une période s’étalant entre la fin du VIIe siècle et le milieu du IXe siècle, ce sont dix-
huit puits intégralement colmatés, des haldes et des vestiges bâtis qui sont en relation avec
l’exploitation minière. Les vestiges d’un mur, de fossés et de haies matérialisent une limite
de parcelle cadastrale existant avant l’exploitation minière et pérenne jusqu’au moment de
la fouille. Cette limite de parcelle a également servi de limite à l’extension des travaux mi-
niers en surface.

Introduction
Pour l’heure, les ouvrages miniers associés à des gisements exploités entre l’Antiquité et
l’an mille sont encore mal connus1.

De par la qualité des vestiges rencontrés dans la région, les mines carolingiennes de Melle
font figures d’exceptions. Dans le cadre de l’aménagement d’un lotissement au lieu-dit Le
Prieuré à Saint-Martin-Lès-Melle (79), des vestiges d’une exploitation minière ont été recon-
nus lors d’une opération de diagnostic archéologique2. Ce fut l’occasion pour le service ré-
gional de l’archéologie de prescrire une fouille préventive sur une surface de 4900 m2, inté-

1 Bailly-Maître, M.-C., Poisson, J.-M., 2007, p. 8.


2 Cornec, T., 2008.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

gralement définie sur des vestiges miniers attribués au haut Moyen Age (Fig. 01). L’opération
a eu lieu d’avril à juin 2010, en étroite concertation avec M. Archimbault, gérant de la société
Archimmob, convaincu de l’intérêt patrimonial du site.

Figure 01 : le site de fouille et les vestiges. Au premier plan à droite, un mur linéaire, au second plan,
deux puits jumeaux et en troisième plan, les murs contenant les haldes.
Cliché : G. Bonnamour.

Les puits sont des ouvrages d’assistance annexés aux mines pour faciliter l’exploitation des
gisements. Ils permettent de rejoindre galeries et chantiers d’exploitations. Ils ont diverses
fonctions ; aération, circulation des hommes et des matériaux, exhaure. Pour être fonction-
nels, ils sont équipés de planchers, d’échelles et de structures de levage en tête de puits
et, suivant la qualité de la roche, ils peuvent être étayés. Avant l’opération de fouille préven-
tive, plusieurs puits étaient connus à Melle, mais seulement visibles à partir des zones d’ex-
ploitations souterraines, aucun n’ayant fait l’objet d’une fouille ou d’études approfondies.
La fouille du site du Prieuré a permis de mettre en évidence plusieurs puits en lien avec l’ex-
ploitation du gisement (Fig. 02). La fouille sélective de quelques-uns à permis d’apprécier la
maîtrise des techniques de percement. Leur répartition topographique interroge sur la dyna-
mique d’extraction et sur leur rôle joué durant l’exploitation du gisement.

Les haldes sont des amas de fragments de roche issus de l’abattage. Dits « stériles », ils
proviennent soit du percement des galeries et des puits, soit des chantiers d’exploitation
situés au sein du gisement. Les puits et galeries peuvent être percés à travers une roche,
encaissant le gisement, complètement dépourvu de minerais ; les haldes sont alors com-
posées uniquement d’éléments stériles. Dans le cas de rejets provenant des chantiers d’ex-
ploitation, les fragments de roches abattues sont dans un premier temps triés afin de sé-
lectionner les parties minéralisées qui intéressent les mineurs, comme la galène, minerai de
plomb argentifère à la base des exploitations minières du pays mellois. Les haldes sont alors
constituées de fragments de roche intégrant une quantité plus ou moins faible du minerai
recherché, mais également d’autres substances minérales utilisées et rentabilisées à des
époques postérieures. Parfois gérés et stockés à l’intérieur même des mines, les déchets

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 02 : Plan de la zone de fouille (Le Prieuré, Saint-Martin-Lès-Melle, 79). (G. Bonnamour, C.
Marconnet).

d’abattage sont généralement évacués vers l’extérieur par l’intermédiaire de puits et de ga-
leries. Souvent, ils sont organisés de telle sorte qu’il se concentre sur une zone définie à
proximité même des sorties au jour ou des chantiers d’exploitation à ciel ouvert. Des zones
de haldes sont connues à Melle, mais la fouille du site du Prieuré a mis en évidence une
gestion ordonnée des aires de rejets autour des puits, se limitant à des parcelles définies.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Les parcellaires du haut Moyen Age demeurent mal connues3. Cependant, la survie des
parcellaires antique ou protohistorique jusqu’à nos jours implique leur maintien durant le
Moyen Age. Dans beaucoup de régions, le parcellaire antique structure l’occupation du haut
Moyen Age, malgré le comblement de plusieurs fossés. Contrairement aux périodes anté-
rieures, le parcellaire alto médiéval est élaboré par d’autres structures que le fossé, comme
par exemple des murets ou des haies4. Sur le site du Prieuré, un mur, contemporain de l’ex-
ploitation minière, fait office de limite de parcelle et suit la même orientation qu’un fossé plus
ancien déjà comblé à l’époque de l’exploitation minière.

1. L’exploitation du gisement sur le site du Prieuré :


une mine melloise

La galène (Fig. 03) se trouve au toit de bancs calcaire mis en place au Pliensbaschien (Ju-
rassique inférieur), unités monoclinales et sub-horizontales. Même si elles ne sont pas très
importantes, les teneurs en argent de la galène ont favorisé la mise en place d’une exploita-
tion minière à l’époque carolingienne. Les niveaux de calcaire du Pliensbaschien étant kars-
tifiés, la circulation de l’eau issue des intempéries se fait naturellement. La gestion de l’ex-
haure n’était donc pas une priorité pour les mineurs qui exploitait le gisement argentifère.

Sur le site du Prieuré, le gise-


ment n’ayant pu être atteint
lors de la fouille des puits, au-
cune observation n’a pu être
faite sur les galeries et chan-
tiers se trouvant au sein de la
zone minéralisée. Cependant,
les haldes stockées en surface
sont principalement consti-
tuées de déchets de taille ca-
ractéristiques de l’abattage
par le feu. Il est donc certain
que les mineurs exploitaient
ce niveau grâce à ce mode de
creusement, confirmant ain-
si ce qui a déjà été observé au
niveau des chantiers d’exploi-
tation datant de la période ca-
rolingienne connus à Melle et
dans ses environs. Plusieurs
Figure 03 : Echantillon de minerai. Galène dans une géode de calibres de déchets d’abattage
quartz. Cliché : G. Bonnamour. ont été identifiés sur le site du

3 Nissen Jaubert, 2006, p. 164.


4 Watteaux, M., 2009, p. 118.

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L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Prieuré. Si les calibres les plus fins, composant des unités stratigraphiques homogènes,
sont plutôt associés à un tri, comme cela a été démontré pour la fouille des Boulitotes5
(Melle, 79), le calibrage est plutôt fonction de la taille des bûchers réalisés par les mineurs
pour abattre la roche6. Paradoxalement, ces unités présentent de faibles concentrations en
charbons de bois, malgré la prépondérance de la technique. C’est toutefois grâce à des
charbons de bois de hêtre et de chêne prélevés dans les résidus d’abattage par le feu que
l’exploitation minière a été datée par radiocarbone entre la fin du VIIe siècle et le milieu du
IXe siècle. Si l’abattage par le feu est mis en œuvre pour exploiter le gisement se trouvant à
une vingtaine de mètres de profondeur, les mineurs maitrisent d’autres techniques qu’ils ont
mises en œuvre pour percer les puits.

La plupart des gisements argentifères connus, exploités et situés dans l’agglomération mel-
loise, étaient accessibles depuis des affleurements dans les talwegs et dans la vallée de la
Béronne. Sur le site du Prieuré, la profondeur du gisement à l’aplomb du site et sa situation
vis-à-vis des talwegs environnants ne permettaient pas une exploitation depuis les affleure-
ments. Contrairement aux autres sites connus et étudiés dans l’agglomération melloise7, les
mineurs ont dû percer des puits depuis la surface pour exploiter une probable concentration
en galène dans le gisement, concentration qu’ils ont su repérer au préalable.

2. Les ouvrages d’assistance : les puits


Les puits sont des ouvrages d’assistance utiles aux échanges entre les chantiers d’exploi-
tation et la surface : pour les circulations d’air et l’évacuation des fumées, l’acheminement
du bois utile à l’exploitation du gisement, l’évacuation des déchets d’extraction, la sortie du
minerai et bien évidemment la circulation des ouvriers. Sur le site du Prieuré, certains puits
s’organisent deux à deux, dans un système de puits jumeaux (Fig. 02). Ce type d’associa-
tion a déjà été observé pour la période antique sur différents gisements du pourtour médi-
terranéen8, de la Grèce à la péninsule ibérique. Même s’ils sont différents d’un point gîtolo-
gique, il s’agit de gisements dont les caractéristiques spatiales sont assez proches de celui
exploité à Melle, les mineurs devant atteindre une concentration de minerai qui s’étend plus
ou moins en profondeur suivant un plan sub-horizontal. Sans preuve évidente, l’aérage de la
mine est la raison évoquée pour l’existence de telles associations, notamment sur les mines
du Laurion en Grèce où des puits jumeaux sont mis en relation à une vingtaine de mètre
de profondeur par une galerie permettant de pulser l’air dans l’un des puits9. Sur le site du
Prieuré, si la fouille a rendu évidente la mise en place d’un ensemble de puits jumeaux, elle
n’a malheureusement pas permis de statuer sur leurs rôles.

Une alternance de bancs calcaire et de bancs de marne bleue mis en place au Toarcien
(Jurassique inférieur), des bancs calcaires mis en place au Bajocien (Jurassique moyen) et

5 Téreygeol, F. et al., 1996.


6 Py, V. et al., 2012, p. 146-147.
7 Réseau TDF, réseau de la Noblette, réseau de l’Araignée, Réseau de la Semme, Réseau de la rue des
Mines : Téreygeol, F., 2001, p. 108 à 113.
8 Domergue, C., 2008, p. 102 et 104.
9 Morin, D., Photiades, A., 2011, p. 20-21.

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L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

des argiles provenant de l’altération du calcaire recouvrent les calcaires pliensbaschiens qui
contiennent le gisement sur une épaisseur estimée à une vingtaine de mètres à l’aplomb du
site de fouille. Toutes ces unités géologiques sont monoclinales et suivent un plan subho-
rizontal.

La profondeur du gisement entraine la mise en œuvre de techniques pointues en termes


d’exploitation minière. Pour l’atteindre, les mineurs ont percé des puits à travers tous ces
bancs sédimentaires (Fig. 04 et 05). Leur savoir-faire technique leur permettait d’aménager
des puits de dimensions importantes dont le gabarit s’adaptait à la qualité de la roche. Le
protocole de percement est le même sur tous les puits reconnus au sein de l’emprise de
fouille. Il s’agit probablement là d’un savoir-faire des mineurs œuvrant sur le site du Prieuré
à l’époque carolingienne.

Figure 04 : Coupes et sections d’un puits. (A. Arles, G. Bonnamour, C. Marconnet).

Les altérites sont la première unité traversée par les mineurs. Il s’agit d’un niveau argileux
d’épaisseur variable, mais pouvant atteindre plusieurs mètres au niveau de l’emprise de
fouille. Au niveau de ces altérites, le bord des puits prend toujours la forme d’un entonnoir
avant d’atteindre le toit du calcaire bajocien. Si son percement ne posait pas de problème
dans la mesure où il s’agit d’un niveau argileux, les mineurs devaient prendre en compte
l’instabilité de cette couche géologique. Afin de remédier à ce problème, ils ont donc percé
cette unité, soit en la sécurisant au fur et à mesure à l’aide d’un cuvelage, soit en la traver-
sant au mieux jusqu’à atteindre une roche de meilleure qualité pour ensuite mettre en place
un cuvelage. La forme en entonnoir dégagée au moment de la fouille est plutôt à associer à
l’érosion des bords des puits à l’abandon de l’exploitation.

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L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 05 : Vue depuis la surface d’un puits. Cliché : G. Bonnamour.

A l’interface avec les altérites, le calcaire bajocien, en cours d’altération, est très fracturé.
Les mineurs ont facilement pu extraire des blocs de taille décimétrique. En profondeur, la
roche devient plus saine et moins fracturée et se présente sous la forme de bancs de cal-
caire de quelques dizaines de centimètres d’épaisseur traversés par des fissures verticales
générées par les circulations d’eaux. Là encore, les mineurs pouvaient facilement dégager
des blocs massifs. Pour percer leurs puits à travers ces bancs calcaires, les mineurs de-
vaient inévitablement utiliser des outils, mais aucune trace ne permet d’identifier l’utilisation
d’un type d’outil en particulier.

Au passage des calcaires bajociens, les puits ont une section rectangulaire. Les côtés va-
rient de deux à trois mètres. C’est au niveau de ces calcaires qu’une margelle est installée
systématiquement, dès que la roche devient saine ou que l’impact de l’altération est beau-
coup moins important. La fouille d’un puits abandonné en cours de percement démontre
que cette margelle est taillée dès que le calcaire devient plus sain (Fig. 05). Il est fort pro-
bable qu’une structure en bois était installée sur la margelle (Fig. 06). Si un plancher permet
de sécuriser le puits et d’éviter que les altérites instables ne tombent au fond, un cuvelage
remontant jusqu’à la surface parait plus adapté, d’autant plus qu’il permettait de gérer les
circulations sur le plan vertical des hommes et des matériaux plus facilement depuis le jour.

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L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 06 : Modélisation en trois dimensions d’un puits arrêté en cours de percement situés au nord
de l’emprise de fouille. Cliché : G. Bonnamour.

A l’interface avec les marnes du Toarcien, les puits se rétrécissent. Une seconde margelle
est taillée sur un côté du puits. Les puits prennent alors une section circulaire dont le dia-
mètre varie entre 1,5 m au passage des bancs calcaires et 2,5 m au niveau des bancs mar-
neux. Les bancs de calcaire se retrouvent généralement en surplomb vis-à-vis des bancs
de marne, ses derniers s’érodant plus facilement. Aucune trace d’outils n’a pu être obser-
vée contre les parois du puits au niveau des marnes. Le changement de gabarit au passage
du niveau toarcien est plutôt à associer à une adaptation vis-à-vis de la qualité de la roche.
L’emprise des puits devenant moins importante que sur les niveaux supérieurs, une mar-
gelle est laissée sur un côté du puits, au toit du niveau toarcien.

Au sein de l’emprise de fouille, les gabarits des différents puits fouillés sont similaires, les
protocoles de percement étant identiques (Fig. 07). Il est probable qu’il s’agit là d’un sa-
voir-faire répété à l’échelle du site, et peut-être même à l’échelle de la région melloise.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 07 : Modélisation du percement d’un puits sur le site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79).
L’hypothèse d’un cuvelage en bois remontant vers la surface est illustrée. (G. Bonnamour).

3. La gestion des haldes autour des puits


Les déblais de l’exploitation minière, les haldes, sont gérés autour des puits. Ils s’orga-
nisent de telle sorte que la stratigraphie se trouve logiquement inversée par rapport aux ni-
veaux géologiques traversés lors du percement des puits (Fig. 08). Les résidus d’abattage
par le feu issus de l’exploitation du gisement recouvrent les haldes de stériles constituées au
cours du creusement vertical. Avant de servir à colmater les puits et dépressions et qu’elles
ne soient étalées, les haldes étaient organisées dans l’emprise vouée à l’exploitation mi-
nière. Elles étaient contenues par des aménagements bâtis plus ou moins sommaires (Fig.
08 et 09). La stratégie de fouille, multipliant les tranchées traversant toute l’emprise, avant
de mettre en œuvre un décapage intégral de la zone, a permis d’apprécier l’organisation
stratigraphique et topographique des haldes. Ainsi, un processus de tri et de calibrage des
matériaux minéralisés extraits des chantiers miniers a été caractérisé, et plusieurs zones de
stockage des déblais provenant du gisement au moment de l’exploitation ont été identifiées.

85
G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 08 : Relevé en plan, en élévation et stratigraphique d’un mur découvert en bordure d’un puits.
(G. Bonnamour, M. Tissot).

Figure 09 : Vestige bâti autour de la tête d’un puits découvert sur le site du Prieuré. Cliché : G. Bonnamour.

86
G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 1o : Phasage chronologique et impact de l’ exploitation minière en surface (G. Bonnamour, C.
Marconnet).

L’organisation stratigraphique des haldes les unes par rapport aux autres a permis de pro-
poser un phasage chronologique pour le percement de différents puits (Fig. 10).

Les stériles provenant du percement vertical, amassés à proximité des têtes de puits, consti-
tuent le plus souvent la base de la stratification des haldes, au contact du terrain naturel. La
série de niveaux géologiques traversée, marne bleues, fragments de calcaire et argile jaune,
se retrouve en sens inversé. Certains alternent avec des résidus d’abattage par le feu, ce qui
témoigne du percement de certains puits au moment même où le gisement était exploité.
Des niveaux argileux d’altérites remaniées sont également parfois présents, en alternance
avec des résidus d’abattage provenant des niveaux géologiques situés sous les altérites en
place. Ainsi, les bords des puits pouvaient s’éroder et glisser par accident au fond. Assurant
l’entretien, les mineurs ressortaient ces déblais hors des ouvrages miniers.

En surface, à proximité de certains puits, les mineurs ont construit un mur suivant un plan en
forme d’anse, dégageant ainsi un espace circulaire aux abords immédiats de l’ouvrage, fa-
cilitant de surcroît la gestion des déblais. Les haldes sont remaniées pour faciliter l’installa-
tion de ces murs. Ces réagencements de stériles concernent principalement les amas com-
posés d’éléments provenant du percement des puits. Dès que le gisement était atteint, les
murs étaient installés. Les résidus d’abattages viennent par la suite s’appuyer sur l’extrados

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

des murs. Construits en appareil de calcaire bajocien probablement prélevé au moment du


percement des puits et parfois plus ou moins équarri, ces murs sont liés à la terre et sont
constitués d’un ou de deux parements. Aucun élément n’a permis de déterminer la fonction
des espaces circulaires libérés autour des puits. Ils étaient probablement plus vastes, les
bords du puits au niveau des altérites s’étant altérés après abandon du site. Sans que cela
ne soit démontré, la zone ainsi créée permettait certainement de gérer les matériaux prove-
nant des chantiers et facilitait la circulation en surface et autour des puits. Aucun élément ne
confirme l’existence de structure de levage ou de circulation dans les puits.

Tous les puits ne présentent pas d’espace libéré autour de leur ouverture en surface. Ceci
permet de s’interroger sur le rôle et/ou le statut des différents puits détectés dans l’emprise
de la fouille. Les matériaux provenant de l’exploitation du gisement étaient nécessairement
sortis par les puits, aucun accès au jour par galerie à l’altitude du gisement n’étant connu.

4. Gestion de l’espace minier


L’organisation topographique des vestiges de l’exploitation minière identifiés sur le site
du Prieuré permet d’envisager la mise en place de ce qui pourrait être comparable à une
concession minière pour limiter l’impact de l’exploitation minière carolingienne. D’un point
de vue archéologique, cela se traduit, dans l’emprise de la fouille préventive, par une cer-
taine répartition spatiale des ouvrages liés à l’extraction et des déblais.

Une limite parcellaire s’orientant d’est en ouest, s’éparant l’emprise de la fouille en deux, est
matérialisée par des vestiges d’une haie et de fossés, mais également par un mur contem-
porain de l’exploitation minière du haut Moyen Age. Ce parcellaire existait avant la mine, et
était toujours visible sur le cadastre napoléonien ainsi qu’en 2010, au moment de la fouille
préventive (Fig. 11). L’impact minier et les déblais sont beaucoup moins importants au nord
du mur, les vestiges de l’exploitation minière étant beaucoup plus nombreux au sud (Fig.
10).

Au temps fort de l’exploitation minière, les mineurs ont percé des puits pour atteindre le gi-
sement au sud de la limite parcellaire matérialisée par un mur. Une amorce de puits et une
tête de puits ont néanmoins été retrouvées au nord de ce mur. D’après les données recueil-
lies sur le terrain, ces structures sont percées en phases terminales de l’exploitation minière.
Il peut s’agir d’une dernière tentative de recherche ou d’exploitation avant l’abandon du gi-
sement à la fin de l’exploitation minière.

L’exploitant ou les exploitants du gisement de galène étaient contraints de limiter, en surface


tout au moins, l’impact de la mine. En effet, l’archéologie le démontre, l’essentiel des rési-
dus d’abattage se répartit au sud de la limite de parcelle qui sépare l’emprise de fouille en
deux. Ces résidus s’appuient d’ailleurs contre le mur contemporain de l’exploitation, mur qui
est donc certainement mis en place pour contenir les haldes. Ce mur est construit en pierre
sèche avec des blocs de calcaire bajocien provenant certainement du percement des puits.
D’une largeur variant de 50 cm à 1 m, sa construction n’est pas homogène et il a probable-
ment été construit par étape au gré des besoins et de l’évolution de l’exploitation minière.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

Figure 11 : Extrait du cadastre napoléonien archives départementales des Deux-Sèvres mis en
relation avec les vestiges parcellaires découverts au moment de la fouille archéologique préventive.
(G. Bonnamour).

Les chantiers d’exploitation mellois connus suivent le plan subhorizontal du gisement. Il en


est certainement de même pour ceux accessibles depuis les puits du site du Prieuré. Ce-
pendant, rien ne permet d’affirmer que l’extension des chantiers se limite à l’emprise de la
parcelle cadastrale. On peut néanmoins penser que, s’ils y étaient contraints, les mineurs du
pays mellois avaient les moyens de limiter l’étendue de l’exploitation souterraine à celle de
la parcelle définie en surface, à l’image des souterrains refuges percés quelques siècles plus
tard dans la région de Poitiers, qui pouvaient être limités à l’emprise d’un enclos10.

Dans la France médiévale, les premiers écrits codifiant l’activité minière apparaissent dès le
XIIe siècle. Auparavant, l’activité fonctionne essentiellement sur la contractualisation orale11.

10 Bonnamour, G., Tassin, A., à paraître.


11 Bailly-Maître, M.-C., Poisson, J.-M., 2007, p. 32.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

La fouille du site du Prieuré démontre qu’il y a mise en place de ce qui pourrait être équiva-
lent à une concession minière, statut juridique mis en place bien plus tard durant la période
révolutionnaire, mais notion existant déjà dans des chartes du bas Moyen Age, comme
celle d’Hierle au XIIe siècle12. Avant le Moyen Age, quelques règlements sont connus pour
l’Antiquité, par exemple les tables de Vispaca13, découvertes dans les amas de scories de
la mine d’Aljustrel (district de Beja, Portugal). Dans ces règlements, les puits ont d’ailleurs
un statut fiscal particulier14 et constituent en quelque sorte une concession. La plupart des
sources écrites antiques ou médiévales régissent l’exploitation des mines d’un point de vue
fiscal plutôt que technique, les pouvoirs centraux cherchant à contrôler les productions. Au
Moyen Age, ce sont d’ailleurs plutôt les métaux non ferreux, précieux ou monétaires, qui
font l’objet de règlement15. Cependant, aucune source n’aborde directement le problème de
gestion de l’espace minier en surface, zone de puits ou de stockage de déblais, et en rela-
tion avec le parcellaire. Les données archéologiques mises en évidence dans le cadre de la
fouille préventive du site du Prieuré posent inévitablement la question du cadre et du statut
juridique de l’exploitation minière à Melle, et de façon plus large, des exploitations minières
carolingienne et alto médiévale.

Conclusion
L’opération préventive sur le site du Prieuré à Saint-Martin-Lès-Melle, a permis d’ouvrir une
fenêtre de 4200 m² au sein de l’espace minier mellois. En s’intéressant à la gestion des es-
paces de travail et des déblais en surface, la fouille extensive a permis d’aborder tout un
pan de l’archéologie des paysages miniers. C’est une première dans l’archéologie minière
de la région melloise, district minier important pour sa production d’argent à l’époque caro-
lingienne. La fouille de puits de mine apporte par ailleurs des informations sur le savoir-faire
technique des mineurs du haut Moyen Age.

Une limite de parcellaire qui existait avant, pendant et après l’exploitation minière, servait
également à limiter l’emprise dédiée à la gestion des haldes en surface et au percement des
puits. Le gisement et les chantiers d’exploitation n’ayant malheureusement pas été atteints,
rien ne permet d’affirmer que l’exploitation du gisement se limitait elle aussi aux limites
fixées en surface. Mis à part le paysage minier, c’est également toute la gestion du parcel-
laire et de son évolution, de la période précarolingienne à aujourd’hui, qui a été abordée
grâce à cette fouille. Cette gestion de l’espace minier permet de s’interroger sur les cadres
juridiques et le statut des exploitations minières à l’époque carolingienne, cadre et statut hé-
rité de périodes plus anciennes mais ayant certainement ses spécificités.

Des puits, ouvrages d’assistance facilitant l’exploitation de la galène située à une vingtaine
de mètres de profondeur, sont percés à travers les niveaux géologiques sédimentaires re-
couvrant le gisement. Leurs gabarits et les techniques de percement démontrent qu’un sa-

12 Bailly-Maître, M.-C., 2002, p. 186 à 189.


13 Domergue, C., 2004, p. 228.
14 Mateo Sanz, I., 2011, 248.
15 Braunstein, P., 2003, p. 142.

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G. Bonnamour et C. Marconnet – Accès au gisement et gestion des haldes : un paysage minier durant l‘exploitation carolingienne de Melle.
L’apport de la fouille préventive du site du Prieuré (Saint-Martin-Lès-Melle, 79)

voir-faire technique, reproduit systématiquement, est maitrisé par les mineurs mellois caro-
lingiens. Leur répartition démontre que des ensembles de puits jumeaux coexistent sur une
même emprise. Une forte concentration de puits a été identifiée au sein de l’emprise fouil-
lée sur le site du Prieuré. On peut s’interroger sur la nécessité d’en percer autant ; au sein
d’une emprise définie, plusieurs exploitants se partagent-ils un même gisement ? Est-ce la
qualité du gisement qui impose la présence d’autant de puits ou s’agit-il de structures adap-
tées aux techniques mises en œuvre pour extraire la roche ? En surface, l’importante quan-
tité de déchets d’abattage nécessitait une gestion des haldes autour des puits. Pour faciliter
le stockage et limiter l’emprise des haldes, des murs semi-circulaires étaient mis en place
autour des ouvrages d’assistance. Ces murs permettaient de protéger les puits des résidus
d’abatage par le feu en libérant des espaces de travail autour des puits.

L’opération d’archéologie préventive réalisée sur le site du Prieuré à Saint-Martin-Les-Melle


(79) a nécessité un investissement technique et la mise en place d’une stratégie de fouille
adaptée. La réalisation de coupes stratigraphiques stratégiquement réparties avant le dé-
capage intégral de la zone, la fouille de puits sur une profondeur de plus de vingt mètres et
toutes les méthodes classiques de l’archéologie préventive, ont permis d’obtenir des don-
nées inédites sur les exploitations minières du haut Moyen Age.

91
La préparation des minerais argentifères
au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
Florian Téreygeol

UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M LAPA,
CEA, Saclay

Résumé
Peu de travaux ont été consacrés à la phase de travail qui prend place entre l’extraction et la
fusion des minerais. A Melle et Jabali, des unités d’enrichissement ont pu être étudiées. La
proximité géologique et chronologique des deux sites permet une comparaison particulière-
ment intéressante des procédés minéralurgiques mis en œuvre. A Melle, la laverie des Bou-
litotes a fait l’objet d’une fouille extensive, et a révélé un ensemble de fosses et de canaux,
associés à des zones de rejet de résidus de lavage. L’organisation spatiale des structures
en creux, leur typologie, et l’analyse chimique et sédimentologique des déchets produits par
l’activité permettent de comprendre les étapes du procédé d’enrichissement. A Jabali, les
données sont plus limitées puisque acquises uniquement par le biais de prospections pé-
destres et d’observations de coupes réalisées par l’exploitant actuel dans les accumulations
anciennes de résidus minéralurgiques. L’analyse chimique des prélèvements effectués met
en évidence les taux d’enrichissement du minerai, notamment grâce à l’étude des concen-
trations en plomb et en zinc. Ces données autorisent également une réflexion sur les diffé-
rentes qualités des matériaux extraits de la mine et sur le caractère représentatif des résidus
par rapport à la production d’un site. La concentration des sites d’enrichissement au plus
près des sites d’extraction est un point commun aux deux sites, alors que l’usage de l’eau
constitue une différence fondamentale, en partie due à la disponibilité de cette ressource.
Les choix techniques induits par cette différence expliquent en quoi la progression de l’enri-
chissement au cours de la phase minéralurgique diverge d’un site à l’autre, fait confirmé par
les résultats de plus de 1200 dosages d’échantillons par XRF.

Introduction
Longtemps, la phase de travail prenant place entre l’extraction et la fusion des minerais a
été assez largement délaissée. Certains sites majeurs comme celui de Brandes-en-Oisans
fournissent cependant des images précises, bien que souvent difficiles à lire, de ce que
pouvait être ce moment de la chaîne opératoire. Naturellement, Melle comme Jabali recèlent
eux-aussi des unités d’enrichissement que la proximité chronologique des deux sites incite
à comparer. Ils s’inscrivent dans la continuité de la production minière et sont donc directe-

93
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

ment tributaires des techniques d’extraction mise en œuvre. Il ne faut pas non plus omettre
que la première phase minéralurgique prend place au sein même des réseaux miniers sous
la forme d’un tri et d’un premier concassage. Les deux sites minéralurgiques sont présentés
successivement pour autoriser une comparaison finale des techniques sur les deux zones.

1. Melle, un cas exemplaire : le site des Boulitotes


La première mention des laveries de minerai concernant le district de Melle se trouve dans
les travaux de René-François Rondier, qui donne deux sites où se serait déroulé le lavage.
Nous les avons retrouvés en prospection : C’est ainsi que notamment dans les vallées de
Melle, dans le sous-sol des prés de Chaillé [commune de Saint-Martin-lès-Melle], en aval
du pont de l’Argentière et au-dessous de la fontaine de Rabalot [commune de Saint-Mar-
tin-lès-Melle], on voit des couches de sables provenant des détritus du criblage1. Sympto-
matique de la place accordée à la minéralurgie dans l’historiographie en général, les autres
écrits s’intéressant à l’exploitation des mines de Melle ont totalement omis cette étape de la
production. En revanche, il arrive qu’au détour d’une fouille ou d’une découverte fortuite, ce
moment soit identifié. Ce fut le cas lors de la découverte d’un stock de minerai équivalent
à 60 kg de galène au cours de la construction de silos agricoles près de l’ancienne gare de
Melle. Il ne reste de ce stock archéologique qu’un peu moins de 2350 g se répartissant entre
un bloc richement minéralisé de 1145 g et des fragments de galène. De la même façon, à
l’occasion de la fouille des fondations de l’église Saint-Pierre à Melle, « la stratigraphie ob-
servée a révélé que l’église actuelle est implantée sur d’importants niveaux d’épandage de
matériaux caractéristiques de l’exploitation carolingienne des mines d’argent. Ce remblai
est constitué par une succession d’argile et de sable de mine. Ce dernier constitue le rési-
du obtenu après broyage du minerai pour en extraire les mouchetures de galène argentifère.
Ces niveaux ont été reconnus sur environ un mètre de profondeur, mais le sol naturel n’a
pas été atteint»2. La caractérisation de ces déblais est juste mais l’auteur a été trop prudent.
L’importante accumulation de ces sables et argiles, leur stratification, indiquent l’existence
d’une laverie antérieure à l’implantation de l’église. A l’occasion d’un sondage de vérification
pour ce site, une datation 14C a été faite montrant une activité minéralurgique comprise entre
565 et 770. Nos propres travaux ont permis de localiser une laverie de minerai dans le nord
du gisement au lieu-dit « Haut-Tublier » active entre 800 et 995. Lors de prospections géo-
chimiques conduites avec le BRGM, nous avons dosé des niveaux de lavage apparents sur
les flancs du petit ruisseau de l’argentière à Chaillé, sur l’emplacement du site reconnu par
Rondier. Le taux de plomb évolue entre 3000 et 6000 ppm pour 1000 à 1800 ppm de zinc.
Nous sommes bien dans les niveaux de métaux lourds observés sur les unités de lavage.

A ces cinq sites, s’ajoute celui des Boulitotes, à Melle. Il nous a été donné de fouiller lors
de deux campagnes en 1996 et 1997. A partir de cet exemple, daté par 14C de 845-9803, il

1 Rondier, Historique des mines de Melle, Melle, 1870, , p. 27.


2 Farago-Szekeres, Fouilles du cimetière de l’église Saint-Pierre à Melle, Bulletin de la Société Historique et
Scientifique des Deux-Sèvres, 3e série, Tome 1, 2e semestre 1993, p. 382.
3 Datation ARC 1374, âge 14C conventionnel : 1143 +/- 40 BP (d 13C estimé de -25,00 0/00 vs PDB) ; date
14C calibrée : 780 cal AD - 980 cal AD (courbe de calibration de Stuiver et Becker, 1986, radiocarbon 28,
863-910).

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

est possible de proposer une image de la phase de préparation des minerais en croisant les
données avec celles acquises en mines et par l’étude archéométrique du matériel archéo-
logique.

1.1. Présentation générale du site

La fouille de la laverie des Boulitotes s’est faite dans le cadre d’une opération de sauvetage
avec uniquement des étudiants bénévoles. Le temps imparti à l’opération a nécessité des
choix stratégiques. Notamment, il a été décidé de travailler en tranchée pour avoir une vision
globale du site dans son étendue et son développement stratigraphique avant d’entamer
un décapage mécanique : priorité a été donnée aux structures creusées dans le substrat.
Un échantillonnage large des sédiments liés à la préparation des minerais a pu être effectué
tant en tranchée que dans les unités de préparation disposant de niveaux non remobilisés.
Une première image du site se dessine ainsi grâce à l’observation des déchets prélevés sur
les 260 m de tranchées ouvertes lors des sondages prospectifs, auxquels viennent s’ajouter
des informations recueillies à l’occasion d’opérations menées en marge de ce site (sondage
des Montagnes Saint-Pierre en 2000, fouilles de Champs-Percé en 1974) et à des observa-
tions dans les jardins voisins. Seules les parcelles immédiatement à l’ouest du site portent
les traces d’une activité minéralurgique. Le site des Boulitotes apparait enserré dans une
zone d’extraction minière. Il se trouve au contact du lieu-dit « les Montagnes Saint-Pierre »
anciennement reconnu comme une zone d’activité minière. Les sondages de la Foucaudrie
menés en 2000 ont permis de confirmer l’existence de haldes qui se retrouvent jusqu’au
sommet de cette colline aujourd’hui totalement urbanisée4. La laverie ne connait donc pas
d’extension dans la partie sud. Les observations faites lors de prospections pédestres et à
l’occasion de l’étude des clichés aériens comme de sondages géotechniques finissent de
montrer un atelier entouré de zones d’extraction minière.

Dans la parcelle fouillée, la moitié nord est effectivement à mettre en relation avec l’activité
minière (Fig. 02). Outre les niveaux de déchets miniers facilement identifiables, six puits de
mine ont été repérés. La fouille a permis de déterminer que les puits localisés dans la par-
tie ouest du site n’étaient plus actifs lors du fonctionnement de l’atelier, à la différence de
ceux localisés à l’est. Une chronologie relative de l’activité minière aux Boulitotes se des-
sine, montrant un déplacement d’ouest en est des travaux miniers assimilés à la progres-
sion naturelle des chantiers miniers durant la période d’utilisation de la laverie. Ils s’éloignent
progressivement du front de vallée. Dans la zone est, la partie sommitale des puits est com-
blée par des boues litées de traitement des minerais mises en place au cours de l’usage
des fosses de lavage. Les puits servent ici d’exutoire aux eaux de lavage. L’accès à la mine
sur laquelle ils débouchent n’est pas aujourd’hui possible mais il semble logique que les
espaces desservis par ces puits ne soient plus utilisés lorsque les eaux de lavage s’y dé-
versent. Nous retrouvons ici l’image formée sous terre d’une évolution du travail minier se
faisant en cellule d’exploitation sans lien nécessaire ni entre elles, ni avec un accès horizon-
tal en front de vallée.

4 Ballarin, 2000.

95
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Laverie 1
N
Stock de minerai

1/ Haut-Tublier
2/ LES BOULITOTES
3/ Saint-Pierre
4/ Les Maisons-Neuves
5/ Gare
6/ Pont Gauthier

5 3
4
St-Léger-de-la-Martinière
St-Martin-lès-Melle
Melle

St-Génard
Google Earth©

1 km

Zones faiblement minéralisées (Q < 40 kg de Pb m², Coiteux, 1982)

Zones fortement minéralisées (40< Q < 160 kg de Pb m², Coiteux, 1982)

Zones minières (d’après des prospections pédestres et de la télédétection)

Zones urbanisées

Figure 01 : Localisation des sites minéralurgiques sur le district minier de Melle
Minutes : F. Téreygeol, Infographie : J.-Ch. Méaudre.

96
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Figure 02 : Plan général de la fouille de la laverie des Boulitotes (Melle).


Minutes : équipe de fouille, Infographie : F. Téreygeol et J.-Ch. Méaudre.

97
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Dans la moitié sud du site, se concentrent les déchets en relation avec la préparation des
minerais. L’évolution, sans être brutale, est claire de l’est vers l’ouest. Dans la partie haute
du site, nous trouvons les déchets sous forme de graviers et sables. Les sables sont encore
bien représentés dans la partie centrale du site. Ils témoignent même d’un élargissement
nord-sud de la zone d’activité. A cet endroit, ils sont accompagnés de boues, ou fines de
lavage, disposées en strates litées mais également remobilisées. Ces boues ferment la sé-
quence minéralurgique dans la partie sud.

La laverie des Boulitotes s’étend sur 4000 m² et les niveaux archéologiques ont une épais-
seur moyenne de 80 cm (Fig. 03). Le stérile conservé représente donc 3200 m3. En prenant
une densité du calcaire équivalente à 2,7 g/cm3, le tonnage du site est de 8640 tonnes de
stériles. Nos expérimentations d’enrichissement nous ont montré que la part du stérile lais-
sé en mine équivalait à 50 % de la masse extraite. Il en ressort que la laverie des Boulitotes,
dans son état de conservation, représente une masse totale extraite de 17 300 tonnes, soit
un vide minier de 6400 m3.Rappelons que nous nous accordons pour considérer que la
masse moyenne extraite en un an est de l’ordre de 63 000 tonnes sur l’ensemble du gise-
ment. Il n’est pas possible d’avancer une durée d’utilisation, mais on doit considérer que
cette masse de déchets représente au final peu de chose au regard de la durée d’exploita-
tion du gisement. Les techniques d’enrichissement que nous présentons ici sont un instan-
tané représentatif de l’activité minéralurgique à la fin du IXe siècle. En extrapolant, les cinq
sites connus représenteraient moins de deux ans d’activité à Melle !

Figure 03 : L’atelier des Boulitotes en cours de fouille.

98
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

D’un point de vue sédimentologique et granulométrique, aucun indice ne permet de locali-


ser une zone dévolue au concassage du « gros de mine ». La majorité des sédiments s’ap-
parente à des éléments de taille réduite (« menu de mine »). Dans ces remblais, l’élément
discriminant est la présence ou l’absence de charbons de bois qui traduit un passage dans
des fosses de débourbage. En outre, cette opération entraîne la formation d’une partie des
boues retrouvées en abondance dans les zones d’épandage. Il devrait s’ensuivre un travail
de scheidage donnant lieu à la formation de sable. Seule une couche de ce type a pu être
identifiée. Elle contient près de 8 % de galène et s’apparente à un sable en cours de traite-
ment.

Pour conclure, il faut encore remarquer l’apparente homogénéité des couches entre elles.
L’étude sédimentologique a bien montré les différents composants que l’on pouvait y re-
trouver (calcaire, quartz, charbon et galène). Surtout, les stratigraphies mettent souvent en
évidence des ensembles de niveaux homogènes qui, à l’échelle d’une zone, traduisent une
activité identique pratiquée pendant un temps assez long.

1.2. Les vestiges et leur répartition

D’une manière générale, ce site se compose de structures en creux, fosses et canaux, mais
il en existe aussi en élévation : des tas de déblais plus ou moins bien conservés, sédimentés
dans les accumulations de déchets. Un mur a pu être mis au jour : il n’était associé à aucun
sol et il est d’évidence antérieur à la laverie.

L’utilisation de l’eau dans le cadre des opérations d’enrichissement est indéniable. La ques-
tion de l’approvisionnement des différentes fosses doit être évoquée, d’autant plus que la
laverie se trouve bien au-dessus du cours d’eau le plus proche. La fouille n’a pas permis de
mettre au jour un ensemble cohérent de canaux caractérisant un système pérenne et auto-
matique d’amenée d’eau jusqu’aux fosses. Cette absence n’est pas un réel problème pour
certaines structures qui fonctionnent avec un apport d’eau minimum, qui peut être fait ma-
nuellement. D’autres nécessitent obligatoirement un débit faible mais régulier. Il faut donc en
conclure à la mise en place d’un système de captation et de dérivation d’une source, peut-
être celle qui se trouve à moins de 200 m au nord du site. Mais il n’a pas été possible de re-
trouver la trace de ce système.

La fouille de près de 50 fosses de lavage autorise la mise en place d’une typologie qui est
mise en regard des étapes du traitement du minerai. Deux grandes familles se distinguent,
les fosses circulaires et les fosses allongées, auxquelles viennent s’ajouter les canaux.

1.2.1. Les fosses circulaires

Il s’agit des structures les plus représentées puisqu’elles forment les deux tiers du corpus.
Elles sont toutes situées dans la partie est du site. Deux classes de fosses circulaires se dis-
tinguent par les dimensions et les aménagements associés qui touchent directement à la
manière d’envisager le lavage des sédiments. Parallèlement, on note trois façons de réali-
ser le creusement de la fosse, indépendamment de son mode d’utilisation. Notons que sur
ces 29 fosses, aucune ne se recoupe alors même qu’elles sont parfois creusées à moins

99
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

d’une trentaine de centimètres les unes des autres, sans pour autant être synchrones (Fig.
04). Cet agencement, qui semble littéralement poinçonner le site, est l’indice sûr attestant
d’excavations faites dans un laps de temps suffisamment court pour que la mémoire des
premiers creusements ne soit pas perdue. Cette multiplication est-elle le signe d’une ab-
sence de curage et témoigne-t-elle d’un abandon dès que la structure est saturée ? A l’évi-
dence, les fosses sont curées : rares sont celles qui contiennent encore des sédiments en
place. En tout état de cause cela renforce l’idée, formée à partir des quantités de stériles
présents, d’une laverie en usage sur un laps de temps relativement court et sûrement infé-
rieur à la dizaine d’années.

Lorsque la laverie s’installe, les mineurs travaillent sur un sol à peu près vierge de déchets
miniers. Les fosses sont intégralement creusées dans l’argile qui assure une étanchéité suf-
fisante. Les seuls indices qui se puissent lire portent sur le mode de creusement. Parfois les
bords gardent la marque d’un enlèvement de matière à l’aide d’un fer plat que l’on appa-
rente à une pelle. Le profil général de la fosse est alors celui d’une cloche renversée. Dans
plusieurs autres cas, on note des bords verticaux qui s’accompagnent de trous de piquets
ayant un espacement large et irrégulier. Ces deux indices semblent correspondre à l’usage
d’une tige de fer, type barre à mine, visant à détacher des lamelles d’argile. Ce mode de per-
cement permet d’obtenir des bords droits à moindre frais. L’usage de ces unités entraine la
formation de déchets venant peu à peu recouvrir le site en cours de fonctionnement qui né-
cessite un nouveau mode de creusement. Les fosses qui sont alors percées prennent place
dans des sables. Par la mise en place d’un treillis végétal, les mineurs en assurent l’étan-
chéité. Les témoins de cet aménagement se présentent sous la forme de trous de piquets
visibles sur la bordure du fond de fosse avec un espacement régulier et relativement dense
de 30 cm.

Les fosses avec un trou de poteau associé

Cette classe est la moins nombreuse. Elle n’est représentée que par sept unités, toutes lo-
calisées dans la limite ouest de la zone de fouille. Il s’agit systématiquement des fosses les
plus profondes (entre 50 et 87 cm), doublée d’un large diamètre (entre 150 et 200 cm pour
une moyenne à 186 cm). Les parois sont sub-verticales avec un redressement vertical dans
leur partie inférieure, le fond est plat à deux exception près (14040 et 14041). A ces fosses
est associé un trou de poteau pour les ensembles complets (Fig. 05). Dans le cas de la fosse
14032, il se trouve aussi en regard du trou de poteau une légère dépression dont la forma-
tion et la fonction restent obscure. Il est possible que le trou de poteau marque l’ancrage
d’une sorte de potence servant à soutenir un panier (ou autre récipient) pour porter le mi-
nerai à laver. La dépression peut alors être interprétée soit comme une zone de piétinement
soit comme une zone de dépôt des matériaux lavés dont l’accumulation, puis les retraits ré-
pétés auraient entraîné la formation de cette dépression. Cette fosse 14032 comporte aus-
si une des séries stratigraphiques les mieux conservées puisqu’il y a encore près de 30 cm
d’épaisseur de sédiments en place. Il s’agit de boue litée avec des strates charbonneuses.
On y voit aussi plusieurs niveaux sableux. Encore une fois, aucune trace d’amenée d’eau
n’a été repérée. Le système fonctionne en vase clos. L’alimentation devait se faire en fonc-
tion des besoins de chaque laveur à l’aide de récipients. Il en résulte un travail dans une eau
sale, ce qui n’est pas pour autant préjudiciable à la qualité du résultat, comme l’ont montré
nos propres expérimentations. La fonction de ces fosses semble cantonnée au débourba-

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Figure 04 : Les fosses circulaires de débourbage.

Figure 05 : Exemple de fosse circulaire avec potence.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

ge. Trop sali par le charbon et les cendres, le minerai issu de l’attaque au feu est impossible
à trier sous terre. Après une rapide immersion dans un panier, les éléments les plus légers
sont évacués rendant possible le tri manuel. La stratification observée montre des phases
d’arrêt permettant la sédimentation des particules les plus légères puisque des lits de petits
charbons sont clairement identifiés.

Les fosses sans aménagement externe

Ces fosses sont à l’évidence les plus nombreuses (22 exemplaires fouillés à plat auxquels il
faut ajouter 5 exemplaires mis au jour en tranchée). Parmi elles, huit sont creusées à même
l’argile, ce qui permet d’apprécier leur profondeur variant de 40 à 55 cm pour un diamètre de
100 à 200 cm. Les autres reposent à différents degrés dans les sédiments de lavage mon-
trant les accumulations issues de l’activité d’enrichissement et la pérennité du travail en un
même lieu. Toutes ont un fond plat.

Les marques d’utilisation de ces structures sont plus rares. Seules quatre fosses présentent
des résidus de lavage en place. A la base de la série sédimentaire de la fosse 1040 se
trouvent deux strates montrant un dépôt rapide d’éléments fins. Son étude sédimentolo-
gique a permis de définir qu’elle correspondait à une immobilisation en masse suite à une
diminution rapide de la capacité de transport de l’eau. Il s’ensuit une alternance de sé-
dimentation entre des niveaux très fins (taille inférieure au sable) se répartissant sur l’en-
semble de la fosse et des niveaux sableux regroupés au centre de la structure. La fosse
14029 a également des niveaux de sédimentation en place. Ils se composent d’éléments
fins à grossiers qui ne subsistent que contre les parois. Cette fosse a fait l’objet d’un curage
pour permettre la poursuite des opérations de lavage. Comme pour les exemplaires avec
un trou de poteau, il est avéré que ces structures ont fonctionné sans amenée d’eau ni sys-
tème d’évacuation. La fouille n’a pas permis de mettre au jour un canal d’amenée joignant
ces fosses et, surtout, les rares sédiments encore en place permettent d’affirmer que leur
dépôt s’est fait dans une eau connaissant des périodes de repos (ce qui explique la pré-
sence des éléments les plus fins).

La totalité des fosses circulaire se localisent dans la partie ouest du site, donnant une im-
pression de forte densité des structures de lavage à cet endroit. Entre les deux familles iden-
tifiées, nous ne distinguons pas de finalité différente. Dans un cas comme dans l’autre, leur
fonction s’apparente à du débourbage. Si le trou de poteau correspond bien à une potence,
alors celles qui en sont dotées bénéficient d’une longévité accrue, puisqu’il s’agit également
des creusements les plus profonds. Elles présentent ainsi un volume équivalent à 1,8 m3
contre 0,8 m3 pour les fosses simples. La variation est supérieure à un facteur 2. Remar-
quons que ces fosses à trou de poteau ont toutes été mise en place intégralement dans l’ar-
gile. Il est possible que l’accumulation de déchets sur le site ait rendu impossible leur usage
à partir du moment où le débourbage a dû se faire dans des structures inscrites dans les ré-
sidus de lavage. Mais cela n’aura pas gêné outre mesure les laveurs de minerai.

1.2.2. Les fosses allongées

La seconde grande famille de fosses retrouvées à l’occasion de ces fouilles est caractérisée
par ses formes allongées. Quatre types ressortent : des fosses trapézoïdales, des fosses

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

allongées avec ou sans marche en tête et des creusements quadrangulaires. Ces creuse-
ments sont indissociables des canaux qui courent sur l’ensemble du site.

Fosses trapézoïdales

Ces fosses constituent le premier ensemble. Le terme « trapézoïdale » est un peu abusif.
Il s’agit de fosses allongées avec une tête plus large que le reste du creusement. La forme
même de la structure permet donc de caractériser ce groupe. Associé, on trouve toujours un
trou de poteau creusé dans le fond sur le bord est (Fig. 06). Si ce trou est l’empreinte d’une
potence ou d’un support servant à positionner une « rame » sur pivot fixe, alors il faut ima-
giner un laveur placé sur le bord est de la fosse. A l’inverse, si l’objet, plus simple, se limite
à une rame servant à agiter, il peut être planté directement sans support. Alors le laveur se
trouve du côté ouest. On sait, grâce au creusement 12606, qu’un laveur au moins se trou-
vait sur ce côté. Cette structure particulière possède, en effet, des éléments supplémen-
taires. Une fosse semi-circulaire est accolée au creusement face au trou de poteau. Elle a
été retrouvée avec, en place, une sorte de siège composé trois pierres superposées. De part
et d’autre de cet appareillage, deux encoches creusées pour servir au calage des pieds se
trouvent inscrites dans la paroi. Si la liaison entre ces deux structures est indéniable, il est
peu probable que le laveur assis ait pu directement agir sur le traitement de la galène dans
la fosse longue. Il semble plus certain qu’il soit en position pour préparer du minerai avant
son dépôt dans la fosse. Cette hypothèse est renforcée par deux considérations. Premiè-
rement, ce laveur se trouve placé perpendiculairement à l’axe de la fosse. Même aidé d’un
râble, il aurait du mal à travailler dans le prolongement de la structure. Deuxièmement, cette

Figure 06 : Exemple de fosse trapézoïdale.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

fosse longue comporte en tête deux pierres plates servant de renfort au bord de la fosse.
Elles témoignent d’une usure supérieure de la tête. Cette érosion peut être due à des frotte-
ments répétés provenant d’un râble utilisé pour le lavage du minerai et dont le mouvement
s’achève en butée contre la tête, d’où une utilisation peu compatible avec la position assise.

Sur les cinq fosses retrouvées complètes, trois possèdent un canal d’évacuation placé à
l’extrémité la plus étroite (canal 14006 pour la fosse 14033, et canal 13106 pour les fosses
12606 et 13117). Il est creusé de telle sorte qu’il ne récupère que les eaux de débordement.
La pente de ces canaux est faible (1 %) et irrégulière. Comme en témoigne l’exemple de la
fosse 13012 dont l’eau se perd volontairement dans un puits de mine, les ouvriers n’atten-
daient rien des sédiments redéposés dans ces canaux d’évacuation. Ces canaux seraient
donc principalement creusés pour évacuer l’eau loin de la zone de travail afin de conserver
un espace le plus sec possible. Il n’en reste pas moins qu’ils sont la preuve d’un fonctionne-
ment de ces fosses en eau courante. La structure de lavage 14033 comporte même un ca-
nal d’amenée. Il est situé en limite de fouille, il n’a donc pas été possible de le suivre. Reste
à déterminer pourquoi aucun canal de ce type n’a été trouvé pour les autres fosses de cette
catégorie. L’hypothèse la plus évidente est l’existence de canalisations en bois répartissant
l’eau sur l’ensemble du site.

L’absence de sédiments en place dans ces unités de lavage pose aussi problème. Faut-il
voir là un abandon après un ultime nettoyage ? Si du minerai avait été lavé à même la fosse,
des particules de galène devraient se trouver piégées dans le sol, du fait de leur propre
poids et de la plasticité de l’argile gorgée d’eau. Or, les grattages effectués sur les fonds de
ces structures se sont révélés stériles. L’installation de peaux ou de mousse au fond de la
fosse n’est pas envisageable dans la mesure où un tel appareillage nécessite des points de
fixation qui n’ont pas été retrouvés. L’hypothèse la plus plausible est l’existence d’un pan
incliné en bois plus ou moins encastré dans la fosse. Une telle installation a pour intérêt de
limiter les problèmes d’étanchéité, et de faciliter la venue d’eau par les canalisations. Si l’on
retient cette hypothèse, alors les matériaux lavés sont des sables fins.

Fosses allongées sans marche

Elles forment, elles aussi, un ensemble homogène. Comme dans le cas précédent, ces
fosses ont été découvertes sans aucun niveau de sédimentation en place. A l’exception de
la fosse 14044, il n’existe pas d’exemple de ce type de structure creusée à même l’argile. Il
est possible alors que la mise en place de ces fosses soit tardive, à un moment où il y a déjà
des dépôts de résidus de lavage importants sur le site. Les sept fosses sont foncées pour
partie dans des résidus de lavage meubles. Des pierres posées de chant viennent renforcer
les bords. Dans tous les cas, le travail est soigné. Leur fonction précise reste assez floue. Il
est possible qu’il s’agisse de petits réservoirs d’eau (Fig. 07).

Les fosses 14044 et 14008, si elles présentent la même morphologie, sont d’une taille net-
tement supérieure (minimum de 5 m). Leur capacité de stockage en eau est d’autant plus
importante. Elles sont aussi dans la zone des fosses rondes qui, on l’a vu, ne disposent pas
de système d’adduction. Les ouvriers avaient ainsi à disposition une réserve suffisante pour
compenser les pertes d’eau dues aux débordements, aux infiltrations et par entraînement
de l’eau avec le minerai lavé.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Figure 07 : Une fosse allongée bâtie.

Fosses allongées avec marche en tête

Seule une de ces fosses a été fouillée in-


tégralement (fosse 12116, voir cliché). Elle
fournit une indication sur la longueur po-
tentielle des deux autres (Fig. 08). La struc-
ture 12116 présente un canal d’amenée
positionné latéralement en tête de fosse. Il
est donc admis que le mode de fonction-
nement implique une alimentation continue
en eau. Comme dans le cas des fosses
trapézoïdales, il est fort probable que les
deux autres installations (1031 et 1008)
étaient complétées par des canalisations
en bois. Exceptionnellement, la fosse 1031
présente une brève série stratigraphique
en place. Elle a fait l’objet d’une étude sé-
dimentaire et granulométrique. On peut
conclure à un classement des matériaux
sableux. Les plus gros grains se déposent
majoritairement en tête alors que les plus
légers et les plus petits sont entraînés plus
loin. L’étude sédimentologique a caracté-
risé un dépôt de traction en sédimentation Figure 08 : Exemple de fosse avec une marche
libre dans un courant assez rapide. en tête.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

En tête de chacune de ces fosses, se trouve une marche de 20 cm de hauteur présente sur
toute la largeur de la structure. Il s’agit d’un aménagement assez simple mais fort utile qui
permet d’obtenir une lame d’eau5. Le jet sortant de la canalisation vient se briser sur cette
marche. L’eau perd de sa vitesse mais s’écoule alors régulièrement sur toute la largeur de
la fosse de lavage. En effet, pour aboutir à un bon enrichissement, il est primordial de bien
gérer la force du débit d’eau : trop faible, le classement par densité ne se fait pas ; trop fort,
des éléments riches peuvent être entraînés avec le stérile. La présence de deux petites len-
tilles d’argile alternant avec les autres sédiments en tête de fosse montre des phases de re-
pos permettant le dépôt de ces matériaux et indique que la structure reste en eau même
lorsqu’elle n’est pas utilisée.

Le mode de lavage, à même l’argile, et le type de matériaux retrouvés indiquent une phase
d’enrichissement concernant des sables issus du tri (fragmentation naturelle) et du schei-
dage. La méthode est identique à celle employée dans les fosses trapézoïdales, mais elle
s’applique ici à du minerai plus grossier et surtout moins bien classé. Le produit obtenu
est triple : un minerai riche en tête de fosse, un mixte fin au milieu et une part fine (argi-
lo-sableuse) en queue. Le minerai riche est alors bon à fondre, le mixte doit être lavé dans
les fosses trapézoïdales alors que la partie fine est abandonnée sans plus connaître d’autre
traitement.

Fosses quadrangulaires

Nous n’avons pu fouiller intégralement qu’une seule de ces trois fosses. Néanmoins, les in-
formations recueillies, aussi bien avec la structure 14103 qu’avec l’unité de lavage 1020,
permettent de bien comprendre le mode de fonctionnement. Chacune de ces deux fosses
comporte deux canaux d’évacuation : un dans son axe, l’autre disposé latéralement (Fig.
09). Ces évacuations supposent, ici encore, un système d’alimentation en eau courante
continu ou intermittent dont nulle trace n’a été mise au jour. Deux aménagements sont as-
sociés à la fosse : un seuil fait d’un assemblage de plusieurs pierres plates et, lui faisant
face, un trou de poteau. Ces deux fosses s’inscrivent dans une chaîne de lavage. En effet, si
l’on ne connaît pas l’aboutissement du canal d’évacuation droit de la fosse 14103, son ca-
nal d’évacuation latéral conduit directement en tête de la fosse 1020. De cette fosse partent
à leur tour deux canaux disposés de la même manière. Le canal latéral de l’unité de lavage
1020 présente la particularité d’avoir été creusé à une profondeur telle qu’il serve à empê-
cher le remplissage complet des fosses et maintienne les seuils de pierre hors d’eau. Le
schéma pourrait au moins se répéter une fois encore sous l’actuelle voie d’accès au terrain
pour se clore sur la fosse 12812 qui ne possède qu’un seul canal d’évacuation.

La sédimentation existante dans la fosse 14103 apporte un éclairage intéressant quant au


mode d’utilisation de cette structure. La stratigraphie est assez simple. Les couches les plus
récentes sont des niveaux de remblais mis en place après l’abandon de la fosse. Par contre,
la couche reposant à même le fond est en place. En soi, elle est définie comme un lit d’ar-
gile brun homogène où s’intercalent, à proximité des parois, des zones plus riches en char-
bon et des lentilles de sables. Ce niveau s’est bien déposé dans un milieu humide mais il

5 Le livre VIII du De re metallica d’Agricola (Agricola, 1156) offre de nombreux exemples.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Figure 09 : Exemple de fosse quadrangulaire.

est difficile de déterminer si la sédimentation s’est faite dans une eau calme ou courante.
En revanche, une absence de cette strate au niveau du seuil en pierre indique à la fois une
agitation locale et répétée de l’eau et un prélèvement des sédiments. Dès lors le travail qui
s’effectue sur le seuil peut être comparable à un enrichissement à la batée. La force de l’eau
limite le dépôt des éléments fins. La partie la plus lourde, donc la plus riche en galène, qui
s’échappe accidentellement de la batée s’accumule dans la zone du seuil. Il suffit au laveur
de récupérer cette part pour l’enrichir à nouveau. Le résultat est un défaut de sédimenta-
tion dans la zone du lavage proprement dite. Une autre absence de cette couche existe en
queue de fosse mais il s’agit d’une perturbation occasionnée par la mise en place de gros
blocs après la désaffection de cette unité de lavage. Cette fosse a aussi pu servir occa-
sionnellement de réserve d’eau, encore que la quantité disponible soit assez faible puisque
l’épaisseur d’eau n’excède pas une dizaine de centimètres.

1.3. Les enclumes : témoins de la préparation mécanique

Notre réflexion sur la chaine de préparation des minerais ne serait pas complète sans évo-
quer un des outils lithique emblématique de cette phase de travail : l’enclume de pierre, ou
table de broyage. Généralement, ce sont des pierres calcaires, quelques fois de grès, de pe-
tites dimensions, provenant de l’extraction. L’étude exhaustive des 204 spécimens collectés
lors des trois campagnes de fouille montre des pièces ayant un poids moyen de 4 kg pour

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

une longueur de 21 cm par 15 cm de large et 10 cm d’épaisseur. La donnée pondérale est à
considérer avec précaution. La plupart des enclumes ont été retrouvées cassées. Le poids
des enclumes intactes varie entre 4 et 10 kg ce qui en fait des pièces suffisamment stables
pour la fonction à laquelle on les destine (Fig. 10). Mais la facilité avec laquelle il est pos-
sible de les déplacer ne permet pas d’espérer retrouver grâce à elles des zones dévolues
au scheidage. De fait, elles ont été retrouvées indifféremment sur l’ensemble du site. Ces
objets sont caractérisés par la présence d’au moins une cupule. Ce nombre peut monter
jusqu’à quatre, et souvent on note la présence de deux cupules sur une même face. La di-
mension de ces petits creusements est de l’ordre de 7 cm de diamètre pour moins de 3 cm
de profondeur. L’apparition de la cupule se fait par usure progressive. La surface de frappe
disponible est assez limitée : 300 cm² en moyenne. Les matériaux à traiter sur ces enclumes
devaient être de taille réduite et la tâche à effectuer précise, témoignant ainsi de la volonté
de récupérer le maximum de minerai. L’apparition de la cupule par usure rend l’utilisation de
l’objet difficile, d’où son rejet. L’absence totale de percuteur en pierre en association à ces
enclumes conduit à penser que les ouvriers devaient utiliser un outillage de fer.

Figure 10 : Deux enclumes de concassage en rejet dans une fosse aménagée.

L’utilisation de ces enclumes peut au moins trouver deux places dans la chaîne opératoire
existant sur l’atelier, en plus de son usage avéré en mine. Au terme du débourbage et après
un premier tri, le minerai doit être concassé pour faciliter son calibrage. Au terme du lavage

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

dans les fosses avec marche en tête, les morceaux de minerai les plus gros peuvent être re-
pris pour un enrichissement mécanique.

« Fabriqué » à partir des roches stériles prises dans les haldes, ce type d’objet est très cou-
rant sur les sites de traitement du minerai6, y compris après l’introduction de matériel plus
performant, et notamment l’introduction des moulins à minerai7.

1.4. Le minerai du site du silo de la gare

Le stock de galène de 111 petits morceaux et d’un bloc plus massif découvert près de la
gare à Melle est la partie habituellement manquante dans les fouilles puisqu’étant le produit
du travail (Fig. 11). Pour la première fois, nous pouvons réfléchir à l’aide des deux termes de
la production : le minerai bon à fondre et les déchets minéralurgiques. Le cas est exception-
nel et mérite d’être souligné. Bien que trouvé hors contexte, sans élément associé permet-
tant d’avancer une datation et alors que le stock a été amputé de plus de 97 %, les informa-

Figure 11 : Lot de galènes archéologiques. Clichés : J.-Ch. Méaudre.

tions que l’on peut retirer de cet échantillon ne sont pas négligeables grâce aux corrélations
que nous pouvons établir avec les déchets minéralurgiques étudiés plus loin.

Le bloc représente en masse à lui seul la moitié du corpus. Issu à l’évidence d’une géode,
c’est un fragment de roche calcaire avec filonnets quartziques portant sept cubes de galène
de 3 cm de côté chacun, taille respectable pour le gisement de Melle. La masse de galène
disponible avoisine les 470 g pour une masse totale de roche de 1150 g.

Les 111 morceaux de galène (1200 g) conservés présentent tous une patine blanchâtre as-
similable à un carbonate de plomb qui atteste du prélèvement ancien et d’une exposition à
l’air. Ces mêmes traces blanchâtres se retrouvent aux murs et aux toits des mines marquant
l’emplacement des cristallisations de galène. Les morceaux s’inscrivent dans une gamme
de masse assez étendue allant de 1,7 g à 32,9 g. Cette large amplitude traduit une absence

6 Ambert, 1999 ; Barge et al., 1998 ; Fasnacht, 1998 ; Domergue, 2008 ; Wagner, Weisgerber, 1985 ; Benoit,
1994 ; Agricola, 1556 ; Gauthier et al., 2011.
7 Bailly-Maître, 1994.

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F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
de mise en forme granulométrique volontaire et caractérise les variabilités au sein même du
gisement. Les grains allant jusqu’à 10 g forme 62 % du corpus. Avec 36 %, ceux ayant une
masse comprise entre 11 et 25 g regroupent la quasi-totalité du reste du stock. De fait, seuls
deux morceaux pèsent plus de 26 g.

Un fragment à fait l’objet d’une analyse et montre une galène avec une teneur en argent de
2,5 pour mille, ce qui la place dans la moyenne supérieure du gisement de Melle. La masse
d’argent peut être évaluée à 4 g et celle qui était disponible dans le stock de départ avoisi-
nait les 200 g soit une grosse centaine de deniers.

Si l’on exclut le bloc avec cristallisation, le classement statistique des volumes des frag-
ments retrouvés fait apparaitre une classe majoritaire comprise entre 0,5 et 1 cm3. Une
classe de moindre importance apparait autour de 2,5 cm3. Surtout, le volume minimal des
grains isolés par une action de tri manuel se monte à 0,2 cm3. Le plus petit d’entre eux a les
dimensions hors tout suivantes : 12 x 7 x 3 mm pour 1,7 g. Son volume théorique calculé à
l’aide de sa masse et de la densité de la galène est de 0,22 cm3. D’emblée, cette dimension
nous renvoie dans un autre système d’évaluation que celui mis en place au XIXe siècle pour
le classement minéralurgique8. En effet, pour ce système moderne, la taille des grains sus-
ceptibles d’être triés manuellement ne semblait pas pouvoir être inférieure à 65 mm. On voit
que la capacité de tri est bien naturellement à mettre en relation avec les conditions écono-
miques et sociales de l’époque et ne repose pas sur une limitation technique, du moins pour
les domaines envisagés ici.

1.5. Vers une définition de la préparation des minerais à Melle ?

Au terme de la présentation des différentes unités de lavage qui se répartissent sur l’en-
semble du site fouillé et à l’aide des matériaux minéralurgiques associés, il se dégage bien
une chaîne de production parfaitement maitrisée.

Les 53 fosses fouillées en totalité ou partiellement se réunissent en deux grandes familles,


« ronde » et « longue », divisées en six sous-groupes. Les résultats de la fouille montrent une
surreprésentation des fosses rondes au nombre de 34. Cette surreprésentation s’accroît si
l’on exclut les fosses longues pouvant servir de réserve d’eau (sept exemples). Les fosses
rondes représentent alors 74 % du corpus mis au jour. Le phénomène est d’autant plus
flagrant que les fosses rondes ne forment qu’une seule et même classe. Leur subdivision
en deux types repose certes sur la nature du creusement, ses aménagements et le volume
traité, mais non sur la fonction. Les fosses longues, quant à elles, se répartissent en quatre
types, mais seuls trois types entrent en jeu dans la chaîne opératoire, puisque les fosses al-
longées ont été interprétées comme des réserves d’eau.

La distribution sur le site des différentes unités de lavage indique une structuration forte
du travail suivant la pente naturelle du terrain de l’ouest vers l’est. A l’ouest se trouvent
les fosses de débourbage, première étape minéralurgique. Puis on note deux espaces ou-
verts ou pouvaient prendre place le concassage sur enclume et le tri. Bien qu’ayant lais-
sé les traces les plus ténues et difficiles à lire, c’est bien à ce moment que la majeure par-

8 Linkenbach, 1893.

110
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

tie du minerai sortant est récupérée. L’étape suivante, qui vise le lavage des sables et prend
place dans la partie centrale du site, n’est là que pour limiter les pertes de galène. Il n’y a à
aucun moment, comme on pourra l’observer quelques siècles plus tard, la volonté d’ame-
ner la totalité du minerai tout venant extrait à une taille uniforme favorisant les enrichisse-
ments gravimétriques. Lors du tri et du concassage, les mineurs créent naturellement des
sables tenant encore une proportion intéressante de galène et ont mis en place des unités
de traitement leur permettant de récupérer cette fraction. A l’occasion de cette étape, des
boues s’isolent en fond de fosse et ont également été reprises dans une dernière étape de
traitement prenant place dans les fosses trapézoïdales. A l’issue de cet ultime enrichisse-
ment, les boues sont abandonnées et forment aujourd’hui une accumulation impression-
nante dans la partie est du site bien qu’au final elles ne représentent sûrement qu’une infime
part de ce qui a été extrait.

Pourtant, cette typologie et cette séquence de traitement concordent difficilement avec les
données sédimentologiques et granulométriques qui ne permettent de reconnaître que deux
grandes classes : des éléments grossiers ayant au mieux la taille de sable et des éléments
fins, boues et argiles. La raison est simple : la majeure partie de l’étude sédimentologique
a eu lieu sur des remblais lors de l’ouverture des tranchées de sondage. L’analyse peut ici
être prise en défaut puisqu’il peut se trouver des amalgames entre des matériaux de forma-
tions différentes mais ayant été déposés sur un même tas de déblais. Les infiltrations d’eau
entraînent alors un mélange partiel ou total des différents sédiments. De la même manière,
il peut y avoir des contaminations dans les niveaux les plus fins tant que la matière n’est
pas sèche.

En couplant ces données archéologiques aux résultats de nos expérimentations, il ressort


des informations sur l’ensemble de la chaîne opératoire. Lors du tri sur le minerai riche, il se
crée des sables tenant 3 % de plomb. Il semble que le travail sous eau, hors débourbage,
porte sur un minerai dont la teneur peut être équivalente à ces 3 % constatés expérimenta-
lement. Ce taux s’inscrit correctement dans la fourchette des teneurs du gisement exploité
au haut Moyen Age.

Le minerai abandonné, tant dans les haldes, que lors du débourbage et du lavage au pan
incliné, contient moins de 1 % de plomb. Nos données expérimentales recoupent les don-
nées archéologiques en les affinant puisque les teneurs observées à l’issu du débourbage
et du passage au pan s’établissent autour de 0,2 % de plomb.

Il est acquis que le lavage d’un minerai pauvre n’est ni rentable ni efficace. L’expérience a
été faite avec un minerai tenant 0,2 % de plomb. Après lavage, la concentration est proche
de 1 %, ce qui s’inscrit dans le taux de plomb des déchets archéologiques. Les minerais
à faible teneur ne pourront pas être enrichis avec bénéfice. A l’opposé, les mineurs pré-
lèvent par cueillette les plus beaux fragments de minerai immédiatement après l’abattage.
Les unités d’enrichissement s’inscrivent donc dans une économie visant à récupérer le plus
de galène sur un minerai appauvri lors de l’extraction. Cette fraction pauvre ne devait te-
nir qu’entre 1 et 5 % de plomb. Cet enrichissement témoigne d’un coût réduit du travail et
d’une main-d’œuvre abondante. Elle s’accorde bien avec la nature des minéralisations pré-
sentes : des cubes de galène faciles d’accès dans les géodes, et ce même minéral dispo-
nible sous forme de petits remplissages filoniens nécessitant le passage par la laverie.

111
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Le dernier élément que nous ne pouvons pas faire entrainer dans notre réflexion faute de
mesure mais qu’il faut bien garder à l’esprit est la condition de conservation de ces déchets
depuis leur formation. La galène (PbS) s’altère rapidement en carbonate de plomb (PbCO3).
Ce carbonate peut lui-même être dissous au contact de l’eau selon son degré d’acidité.
Cette altération des couches montre bien que ces remblais, sûrement homogènes et repré-
sentatifs des traitements du minerai au moment de leur formation, se sont fortement dégra-
dés et ne représentent plus qu’une image brouillée des traitements dont ils sont issus. Dès
lors la typologie des fosses telle qu’elle est présentée ici est aussi représentative du pro-
cessus technique qui conduit au minerai bon à fondre, que l’analyse des résidus de lavage.

2. L’atelier de Jabali : enrichir le minerai en milieu


aride

Les prospections conduites sur Jabali et dans son environnement immédiat n’ont permis
d’identifier qu’une seule zone où la préparation des minerais était pratiquée. Elle se loca-
lise directement au contact des sites d’extraction minière et peut être divisée en trois es-
paces distincts (Fig. 12). Une zone majeure se trouve sur les calcaires tabulaires bordant le
wadi Jabali. Son étendue est estimée à 50000 m². Surplombant cet espace, un mamelon
se situant à l’ouest montre une réelle activité de préparation des minerais (12000 m²). Enfin,
une troisième zone (7 000 m²) est clairement définie au nord de l’espace principal et a pour
confins une nécropole. L’état de conservation de ces différents vestiges peut sembler bon
a priori, dans la mesure où nous avons constaté des accumulations sur plus de trois mètres
de puissance. Cette première impression doit être sérieusement tempérée. Les effets du ra-
vinement ont largement contribués à la remobilisation des déchets minéralurgiques et une
bonne part a rejoint le lit du wadi. Par endroit, nous pouvons encore apprécier à la fois l’am-
pleur du travail accompli par les mineurs et les injures du temps : des accumulations « té-
moins » se sont conservées perchées sur des blocs erratiques dont certains atteignent plus
de deux mètres de hauteur ! Les déchets encore en place ne représentent donc qu’une part,
somme toute minime, des accumulations minéralurgiques formées au cours de l’exploita-
tion. A cet état de conservation, il faut ajouter les dégâts occasionnés lors des recherches
minières entreprises depuis le début des années 80 du siècle dernier. Ici encore, tempérons
notre propos puisque nous avons largement réutilisé les sondages de prospection minière
afin de dresser nos propres coupes et obtenir à moindre frais une vision stratifiée du site de
préparation. Au final, les éléments conservés doivent permettre de comprendre la chaîne
opératoire de préparation des minerais bien que la spatialisation fine de l’activité apparaisse
difficile à définir eu égard à l’état de conservation.

2.1. La datation du site

Exceptionnellement en milieu désertique, nous disposons d’un site stratifié permettant d’ap-
précier la durée de son exploitation. Grace aux tranchées réalisées dans le cadre des pros-
pections géologiques, nous avons eu accès en huit endroits à l’ensemble de la séquence

112
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Figure 12 : Plan général de l’atelier minéralurgique de Jabali (Cliché : Quickbird©, DAO : F. Téreygeol).

stratigraphique du site. Dans chaque cas, il a été possible de procéder au moins à une da-
tation par radiocarbone en partie haute et en partie basse de chaque série. Jamais nous
n’avons mis en évidence d’inversion stratigraphique : systématiquement la date la plus an-
cienne est à la base de la série de sédiments. La précision de la datation par carbone 14
pour ces périodes ne permet pas une chronologie stricte mais nous semblons déceler une
spatialisation de l’activité en fonction du temps (Fig. 13). Sur cette zone minéralurgique, le
rejet des déchets commence par se faire au centre de la zone dès le Ve s. de notre ère. L’ac-
tivité se poursuit au moins jusqu’au IXe s. Ce siècle et le suivant sont assez mal représen-
tés dans la série dont nous disposons et ils sembleraient marquer une phase de cessation
d’activité que nous trouvons rapportée dans le texte d’al Hamdani. Dans ce document, la
mine est déjà ruinée autour de 890 sans que l’auteur n’indique à quel moment l’activité a
périclité. L’exploitation reprend avec certitude au XIe s. pour s’achever au cours du XIIIe s.
Elle s’étend alors en périphérie de la première zone avec notamment la mise en place d’un
espace de rejet au nord, déconnecté de celui utilisé auparavant. Il est remarquable que la

113
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

phase la moins représentée (IXe et Xe siècles) soit paradoxalement celle dans laquelle s’ins-
crit la céramique datable retrouvée sur le site. Ce hiatus pourrait signifier que l’extraction n’a
jamais complément cessé. Mais les données tant céramiques que radiocarbones restent
trop imprécises pour se risquer à une chronologie plus fine. D’autre part, la surreprésenta-

400-----500-----600-----700-----800-----900-----1000-----1100-----1200-----1300-----1400
Lyon 7003 T2-1-11 428----------582
Lyon 7005 T1-2-3 430-----------594
Lyon 6994 T5-1-9 538------635
BRGM (14C, heap) ---613---
Lyon 7008 T1-2-12 654------769
Données historiques ?--------------------------------882
Lyon 7002 T2-2-4 730------------906
GIF A 90235 T5-3-14 780---------------980
Données céramiques ------------------
ETH 35632 T16-2-13 896----------------------1154
GIF A 90237 T14-1-22 890--------------------1120
Lyon 7007 T18-2-8 895--------1019
Lyon 7000 T4-2-3 898--------1022
Lyon 6997 T16-4-5 995------------1151
BRGM (14C, mine) ---1052---
Lyon T16-4-10 1019--------1157
Lyon 6999 T5-1-2 1020--------1158
Lyon 6993 T5-1-8 1021---------1160
GIF A 90239 T18-3-7 1020----------1170
ETH 32707 B3 1025---------------1237
Lyon T16-3-3A 1029-------------1209
ETH 30609 T14-1 up /DBM 1030-----------------1270
Lyon 7001 T3-1-4 1035-------------1214
Lyon 6996 1035-------------1214
GIF A 90238 T18-3-1 1040---------------1260
ETH 36571 T16-2-4 1046---------------1266
Lyon 7006 T18-1-6 1047-------------1220
Lyon 7004 T14-2-7 1055--------------1255
ETH 35633 Mine 1058----------------1282
GIF A 90234 T5-3-6 1115--------1270
GIF A 90236 T14-1-3 1150-----1270
ETH 30608T14-2-down / DBM 1180--------1310

Figure 13 : La série de datations établie à partir des données céramiques, historique et par 14C.

tion des dates récentes ne doit pas tromper. Elle ne signifie pas que l’activité est plus impor-
tante qu’aux périodes antérieures mais marque plutôt la prégnance de la dernière phase du
site sur les autres par simple effet de conservation.

2.2 Lire les sables

Faute de pouvoir engager une fouille de cet espace de préparation des minerais, nous
avons collecté des échantillons dans chaque stratigraphie accessible. En amont de l’opé-
ration, deux contraintes ont clairement été identifiées, une troisième est rapidement appa-
rue en début de mission. Tout d’abord, il a fallu faire face à une mise en exploitation immi-
nente interdisant le déclenchement de toute fouille. Ensuite, l’image des vestiges ressortant
de l’observation des stratifications accessibles laissait entrevoir un état de conservation mé-

114
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

diocre lié aux conditions environnementales propres au site. Enfin, nous avons dû constater
que le travail des prospecteurs géologiques entrainait déjà une forte remobilisation des dé-
chets minéralurgiques diminuant considérablement l’intérêt d’une fouille à plat.

En fonction de ces trois points, nous avons choisi d’intervenir sur des fronts de tranchées et
coupes ouvertes par les différents exploitants et offrant une vision stratigraphique des ac-
cumulations des rejets minéralurgiques et miniers. Le relevé des coupes s’est fait par pho-
togrammétrie avec une reprise des données en laboratoire après redressement des images,
assurant une qualité de lecture que nous n’aurions pu atteindre par le dessin dans le temps
impartie à la mission. Ce choix technique a permis de traiter huit coupes totalisant près de
80 m linéaires sur des puissances variant de 1 à 3 m. L’ensemble représente 205 prélève-
ments, soit 80 kg de sédiment que nous avons pu ramener à notre laboratoire grâce aux
accords associant le Deutsches Bergbau-Musem et le Geological Survey and Mineral Re-
search Board. Le calage topographique des tranchées est assuré par GPS avec une correc-
tion faite à partir des images satellitales.

2.2.1. Description des couches

Toutes les couches représentées dans nos colonnes de prélèvement n’ont pas été échantil-
lonnées. Les niveaux de déchets très grossiers9, les strates remobilisées par l’activité de la
ZincOx et les niveaux résolument géologiques ont été systématiquement exclus du prélève-
ment. Malgré le nombre de prélèvements et le nombre d’analyses, les données dont nous
disposons continuent de s’apparenter à des sondages. Les propositions d’interprétation
des accumulations de sédiments observées dans les tranchées de sondage géologique ne
prétendent pas définir une chaîne de préparation du minerai totalement arrêtée.

La tranchée 16 / XIe-XIIe siècles

Cette tranchée, une des plus longues que nous ayons échantillonnées, se positionne dans
l’espace de préparation mitoyen de la nécropole. Elle correspond à la dernière phase d’ac-
tivité du site. Quatre colonnes de prélèvement ont été nécessaires pour espérer couvrir la
majeure partie des couches présentes. La partie sommitale composée exclusivement d’un
déblai récent de la ZincOx n’a pas été prise en considération ni pour le prélèvement, ni pour
le traitement photographique.

Sur l’ensemble de la tranchée, on distingue cinq grandes phases (Fig. 14). La plus ancienne
est la mise en place d’un tas lité de fins graviers assez riches en plomb (près de 1 %) re-
posant directement sur le rocher. Il marque une phase de tri et concassage. La phase sui-
vante regarde l’enrichissement par tri des éléments moyens et montre une accumulation en
tas. Les analyses donnent des taux de Pb suffisamment bas pour que nous puissions parler
ici de stériles minéralurgiques issus d’un tri après sortissage. La troisième phase, peut-être
synchrone avec la deuxième, concerne un rejet de déblais de mine. Le quatrième moment
se résume à des dépôts lités de graviers et de sable (concassage). Enfin, la cinquième phase
porte sur la mise en place d’une structure légère en pierre inscrite dans les déblais. Nous

9 Ces niveaux s’apparentent plus à des haldes de mine qu’à des résidus minéralurgiques. Leur analyse en
XRF n’aurait rien apporté à l’étude.

115
Tranchée 5

116
Ratio Pb/Zn x 100
De 0 à 3.5 De 3.5 à 4.5 De 4.5à 5.5 De 5.5 à 6.5 De 6.5 à 9.5
Fin
Moyen

apparente
Gros

Granulométrie
Colonne 1 Colonne 2 Colonne 3

Tranchée 18

Tranchée 14

Colonne 3 Colonne1
Colonne 1 Colonne 2
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Déblais ZincOx

HC 16-0-1

Tranchée 16

Colonne 4 Colonne 3 Colonne 2 Colonne 1

Figure 14 : Représentation sédimentologique des tranchées 5, 14, 16 et 17 (cf. fig. 12).
Photogrammétrie : J. Heckes, DAO : J.-Ch. Méaudre et F. Téreygeol.
Ratio Pb/Zn x 100
Ratio Pb/Zn x 100
De 0 à 3.5 De 3.5 à 4.5
Ratio 4.5à 5.5
De Pb/Zn De 5.5 à 6.5 De 6.5 à 9.5
x 100
Fin De 0 à 3.5 De 3.5 à 4.5 De 4.5à 5.5 De 5.5 à 6.5 De 6.5 à 9.5
Tranchée 1 De 0 à 3.5 De 3.5 à 4.5 De 4.5à 5.5 De 5.5 à 6.5 De 6.5 à 9.5
Fin
Moyen
Tranchée 1 Fin

apparente
Tranchée 1 Moyen
Gros
Moyen

Granulométrie
apparente
Gros

apparente
Gros

Granulométrie
Granulométrie
Colonne 1 Colonne 2
Colonne 1 Colonne 2
Colonne 1 Colonne 2

Tranchée 3
Tranchée 3
Tranchée 3

Tranchée 2
Tranchée 2
Tranchée 2

Colonne1
Colonne1
Colonne 2 Colonne 1 Colonne1
Colonne 2 Colonne 1
Colonne 2 Colonne 1

Tranchée 4
Tranchée 4
Tranchée 4

Colonne 1 Colonne 2
Colonne 1 Colonne 2
Colonne 1 Colonne 2

117
Figure 15 : Représentation sédimentologique des tranchées 1, 2, 3 et 4 (cf. fig. 12). Photogrammétrie : J. Heckes, DAO : J.-C.
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
sommes visiblement en présence d’une nouvelle plateforme de tri à laquelle sont associés
des déchets fins et moyens formant un tas. L’ensemble a des rapports Pb/Zn particulière-
ment bas caractérisant la récupération mécanique de la galène. Une dernière période peut
être considérée : l’apport d’un important monticule de déchets remobilisé par la ZincOx.

A proximité de la tranchée, on note la présence de trois aires de concassage et tri. Il s’agit


d’un amoncellement de déchets de tri de taille noix répartis en couronne avec une légère
élévation autour d’une place circulaire, qui se trouve bien marquée actuellement par une ac-
cumulation de sable. Il semble s’agir d’un apport naturel soit éolien, soit par lessivage des
déchets voisins. Un prélèvement a été fait. Au centre, sur une profondeur de 15 cm, on ne
trouve que du sable fin ; sur les bords, on sent que les déchets arrivent plus rapidement.
Nous sommes visiblement en présence d’une station de tri et concassage.

2.2.2. La tranchée 5 / VIe-Xe puis XIe-XIIe siècles

Cette coupe est dressée en bord de piste sur une longueur de 10 m avec jusqu’à 1,5 m de
sédimentation. Le socle rocheux n’a pas été atteint dans sa totalité mais les premiers ni-
veaux sont assimilables à des déchets miniers sans lien avec l’activité minéralurgique pro-
prement dite.

La stratification se compose d’une quarantaine de couches (ici, une unité stratigraphique


représente souvent une accumulation au sein de laquelle nous serions susceptibles de lire
plusieurs couches si des prélèvements en motte avaient été possibles). Cet ensemble de
couches peut se résumer en cinq phases dont quatre sont liées à la préparation des mine-
rais (Fig. 14).

La première phase est une accumulation de déchets moyens se trouvant en rejet. Un clas-
sement granulométrique est visible qui est associé à un rapport Pb/Zn élevé. Dans cette sé-
quence, on note, intercalé, un lit de fines dont le rapport Pb/Zn comme sa teneur en plomb
(proche de 1 %) atteste du rejet de sédiments en cours de traitement. Ces sables s’apparen-
tent plus à une perte involontaire montrant les limites du classement et du tri des matériaux
réalisés sur ce site. La deuxième phase, un amas de déchets plus grossier, s’assimile à un
tri manuel après un premier concassage. La teneur en plomb reste importante. La troisième
phase est similaire à la première et s’appuie sur elle. La quatrième phase prend place sur un
lit de blocs laissant penser que se trouvait là une plateforme en pierre comme nous avons
pu en rencontrer à proximité de la coupe 14, ou encore dans la coupe de la tranchée 1. En-
fin, dans la partie sommitale, nous trouvons encore des accumulations de roches de tailles
variées qui sont les témoins de la reprise moderne de l’exploitation.

2.2.3. Tranchée 4 / Xe siècle

Toujours dans la zone 1, nous avons une large tranchée de 17 m de long qui a surtout
eu pour intérêt de servir de blanc, ou de bruit de fond, dans le cadre des dosages géo-
chimiques (Fig. 15). En effet, cette tranchée est ouverte uniquement dans des déchets de
mine, aucune trace d’activité minéralurgique n’est recoupée. Les déchets seront donc re-
présentatifs du fond géochimique local sans être enrichis, notamment en zinc, par des ap-
ports provenant des couches issues de l’activité minéralurgique. L’observation de l’espace
entourant confirme une absence de dépôt minéralurgique, bien que la section visible actuel-
lement de la tranchée soit incomplète, détruite sur le sommet par le passage d’une lame

118
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

d’un engin de terrassement. Sa datation, qui s’inscrit dans le Xe s., indique qu’une activité
minière avait bien lieu dans cette phase charnière définie entre la relation d’al Hamdani et le
regain d’activité à partir du XIe s.

2.2.4. Tranchée 3/ XIe-XIIe siècles

Il s’agit d’un amas relativement isolé (Fig. 15). D’une longueur de 5 m pour une hauteur de
2 m, il présente peu de niveaux (4). Si tous les sédiments sont relativement grossiers, le rap-
port Pb/Zn croît nettement de la base au sommet. Ils témoignent ici d’une évolution de cet
espace de stockage. Directement sur le sol, se trouve un niveau à mettre en relation cer-
taine avec une activité minéralurgique. Les trois autres nivaux caractérisent plus un rejet de
déchet directement au sortir de la mine. Ainsi alors que la zone avait dans un premier temps
une relation avec les phases de préparation, l’évolution des travaux souterrains a conduit
les mineurs à s’approprier cette zone pour y remiser leur stérile traduisant bien une évolution
progressive des fonctions de l’espace au contact de la mine au cours des XIe et XIIe siècles.

2.2.5. Tranchées 1 et 2 / Ve-Xe siècles

La lecture des tranchées 1 et 2 doit se faire en parallèle car ces deux coupes forment l’image
d’un même ensemble de sédiments que les travaux récents ont recoupé selon deux axes
perpendiculaires (Fig. 15). Au sommet, un amas de déchets de mine scelle l’ensemble de la
stratification. Il repose sur un lit de pierres organisées. Ce type d’aménagement a été ren-
contré plusieurs fois dans les tranchées. Il s’apparente à un dallage sur lequel pouvait se
dérouler le sortissage et le scheidage du minerai. Cet aménagement doit être mis en relation
avec les sédiments qui forment le haut de la seconde colonne de prélèvement dans la tran-
chée 2. Il s’agit de couches de déchets fins avec un rapport Pb/Zn élevé. Le niveau inférieur
est une accumulation de déchets de concassage moyennement calibrés dont le rapport Pb/
Zn est inférieur aux sables associés à la plateforme de pierres. Un tas constitue le troisième
événement, caractérisé par des déchets de concassage et un premier tri (bon classement
des matériaux, rapport Pb/Zn faible). La quatrième séquence, la plus importante quantita-
tivement, est une alternance de niveaux de fines et de graviers. Enfin le dernier événement
est proche techniquement du précédent mais avec un classement moins poussé et des pé-
nétrations de roches de mine. Il est ici évident que nous nous trouvons à ce moment dans
une phase plus proche de l’extraction.

2.2.6. Tranchée 14 / Xe-XIIIe siècles

Cette coupe se trouve sur la pente conduisant au sommet du mamelon qui domine le site
minéralurgique. Elle prend place au niveau d’une plate-forme de carottage de la ZincOx.
Elle se caractérise principalement par l’impressionnante série de sédiments fins qui la com-
pose (Fig. 14). Sur la durée d’accumulation, qui court du Xe siècle à la première moitié du
XIIIe siècle, aucun changement d’activité n’a été lisible. Le travail qui résulte de l’accumula-
tion de ces sédiments fins s’apparente à du tri et du concassage.

A la base de la stratification, nous avons mis au jour dans le niveau 14-1-23 un petit vase.
Il est façonné à la main, sans tour. Il est mal cuit. L’argile utilisée dispose de gros grains de
quartz ajoutés comme dégraissant. Il pèse 104,4 g. Sa hauteur est de 4,5 cm pour un dia-

119
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

mètre extérieur de 6 cm. Son fond est épais (1 cm) alors que les parois droites s’affinent
jusqu’à ne faire que 4 mm. Ce type de céramique s’inscrit dans la famille de celles conser-
vées au GSMRB à Sanaa. Il est très éloigné des autres fragments du site tant par les tech-
niques de montage que par la finition. Ce gobelet s’apparentent à de la céramique utilitaire
dont l’usage en mine, ou par les mineurs, ne peut plus être mis en doute. Les premières
pièces connues pouvaient être définies comme des écuelles ; celle mise au jour en 2008 en-
richie notre typologie.

Sur le niveau 14-1-18, on note les vestiges d’un foyer inscrit dans des niveaux de sable et
de graviers. Un autre, mieux conservé, a été repéré sur ce même niveau. Il est associé à une
pierre posé de chant. L’amas de blocs à la droite de ce foyer peut être le reste de l’effon-
drement de la structure. Le tout est scellé par la venue de sable et de fines de lavage qui se
sont sédimentés là. Un troisième foyer est peut être également présent dans cet ensemble
marqué par deux niveaux d’accumulation de sédiments de lavage à l’interface desquels se
trouve une zone rubéfiée. La couche de sédiments blancs (14-1-17) a fait l’objet d’un do-
sage qualitatif puis d’une diffraction. Il s’agit bien d’un niveau de cendre végétale particu-
lièrement pure (aucun autre composé n’apparait sur le spectre de diffraction), mais celle-ci
est riche en métaux. On y trouve évidemment du zinc et du plomb qui peuvent provenir aus-
si bien du lessivage des niveaux supérieurs que d’une pollution lors de la combustion de la
matière végétale. En revanche la présence d’argent et surtout les teneurs marquées en in-
dium et cadmium obligent à associer ce niveau à l’activité métallurgique. Faute de fouilles
et devant l’absence d’autres résidus métallurgiques (parois et scories), il n’est possible que
de proposer une hypothèse : l’existence d’une petite métallurgie d’essai au contact de la
zone d’extraction.

Immédiatement en contrebas de cette coupe, une série de plates-formes empierrées a été


repérée. Elles sont au nombre de quatre. Leur surface conservée évolue entre 1 et 2,5 m².
Toutes sont correctement dallées. Il n’est pas possible de préciser si le ciment de joint est
volontaire au non. Elles sont scellées par des niveaux lités de sable et graviers. Se recou-
vrant les unes et les autres, elles témoignent d’une occupation prolongée avec des rema-
niements tout en conservant une même fonction dans un espace défini. Un de ces aména-
gements présente une forme semi-circulaire voulue. La partie arrondie est bordée par des
pierres posées de chant. L’ensemble de ces quatre structures pourrait être associé à un ca-
nal, aujourd’hui disparu, repéré par le BRGM dans les années 1980. Il est certain que ces
plateformes, que l’on retrouve ailleurs sur le site, définissent des aires de préparations privi-
légiées où l’enrichissement du minerai avait déjà atteint un bon niveau justifiant les aména-
gements réalisés dans l’espoir d’éviter les pertes en minerai.

2.2.7. La tranchée 18 / Xe – XIIIe siècles

Tous les niveaux de cette dernière coupe sont indurés. Il s’agit principalement d’accumula-
tions en rupture de pente d’un« open pit ». L’activité minière ancienne a largement déstabi-
lisé cette zone. Il ne s’agit ni de l’action moderne des prospecteurs miniers, ni de désordres
post-miniers, mais bien de deux temps dans l’exploitation (Fig. 14). Dans une première pé-
riode, les activités minéralurgiques s’installent sur le plateau calcaire alors que la mine se
développe sous cette zone. Dans un deuxième temps – choix délibéré ou effondrement ac-
cidentelle – une zone d’exploitation à ciel ouvert s’ouvre au sud de cette zone. L’activité mi-

120
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

néralurgique s’installe en bordure et une partie des déchets plus anciens est déstabilisée.
C’est dans cette partie du site que se tient la coupe. Elle représente une séquence d’un
mètre d’accumulation de sable qui n’est interrompue que par quelques blocs. Dans ces ni-
veaux, un foyer a été installé avec, le recouvrant, 10 cm d’accumulation de cendres riches
en métaux lourds. Une structure identique se retrouve à la base de la stratification. Comme
dans le cas de la tranchée 14, l’hypothèse de l’existence d’une petite métallurgie d’essai
peut être avancée. L’ensemble repose sur des déchets miniers.

2.2.2. Etudes géochimiques des couches

Le travail analytique qui suit a été conduit à l’aide d’un appareil de fluorescence X (XRF) por-
table (Fondis, Niton XLt). Il est spécialement conçu pour l’analyse des métaux et alliages
sous forme solide, pour les minerais et pour les sols. C’est cette dernière fonctionnalité qui a
été mise en œuvre. La tension maximale du tube est de 35 kV. Le courant maximum du tube
est 10 µA pour une puissance maximale de 1,7 W. Le tube générateur de rayons X est refroi-
di par air, son anode est en argent avec une sortie de 0,127 mm en béryllium. La section du
faisceau (spot) à l’endroit où touche l’échantillon est approximativement de 20 par 10 mm.
Les éléments qu’il est possible de détecter vont du potassium (K, 19) au plutonium (Pu, 94).
Dans le cas de notre étude, la durée de l’analyse est de 30 secondes par échantillon. Des
durées plus longues ont été testées sans apporter d’amélioration notable par rapport à nos
besoins. Les prélèvements ont été effectués sur les colonnes des différentes tranchées.

Une fois de retour au laboratoire, les échantillons sont tamisés à une maille de 2mm. Ils sont
ensuite mis en capsule et recouverts d’un film Mylar (6 µm, Ø 63,5 mm) et scellés. L’analyse
peut alors se dérouler. Dans le cadre de ce travail, les éléments reconnus sont les suivants :
Mo, Zr, Sr, Rb, Pb, Se, As, Hg, Zn, Cu, Ni, Co, Fe, Mn et Cr. Pratiquement, les dosages ré-
vèlent systématiquement la présence des Zr, Sr, Pb, As, Zn, Fe et Mn. Le résultat est donné
en ppm. Les 208 échantillons ont tous fait, à l’exception d’un cas, l’objet d’une triple analyse
permettant de s’assurer de la qualité du résultat. Au total, nous avons conduit 622 analyses.

Les résultats obtenus permettent à la fois de proposer une restitution de la chaîne de pré-
paration des minerais à Jabali mais également de donner une nouvelle image des quanti-
tés produites.

Les quantités d’argent, de cuivre, de plomb et de zinc

L’argent

L’argent est bien évidemment le métal le plus rare de la série donnée en titre. Sa rareté se
comprend tant par son abondance naturelle que par l’intérêt des mineurs anciens. Cet élé-
ment n’est apparu qu’à deux reprises dans nos listings (ech. 1-1-2 0,2 %mass Ag et 16-1-4
0,15 %mass Ag). Dans un cas, il s’agit d’un sédiment grossier et dans l’autre d’un sédiment
moyen. La faiblesse de la représentation statistique de l’argent interdit toute conclusion.
Nous ne pouvons que constater, au travers de cette absence, la qualité du travail prépara-

121
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

toire des minerais ne laissant « passer » que deux fois sur plus de 200 exemples des mine-
rais riches qu’il aurait été profitable de traiter. Cette perte est d’autant plus relative que le
minerai de Jabali tient en moyenne 0,4 à 0,5 %mass d’argent.

Le cuivre

Le cuivre est un élément très secondaire de la minéralisation. Il n’a pas suscité l’intérêt des
mineurs sur ce site. Sa concentration s’échelonne entre 100 et 550 ppm avec une moyenne
de 187 ppm. Les essais d’association élémentaire n’ont pas abouti.

Le plomb

Le plomb en revanche est un élément majeur de ce gisement Pb-Zn-Ag type Mississipi Val-
ley. Pour autant, il n’est ici que le second élément majeur de la liste derrière le zinc. Cette
position est bien normale puisque c’est bien le sulfure de plomb qui, comme l’atteste la
composition des scories et sa faible représentation dans les déchets minéralurgiques, a fait
l’objet de toute l’attention des anciens mineurs et métallurgistes. Sa teneur a une grande va-
riabilité allant de 180 ppm à près de 3 %mass. La moyenne s’établit autour de 6300 ppm.
A 2σ, l’intervalle est compris entre 1000 et 11000 ppm alors qu’à 1σ, l’intervalle se réduit
entre 4000 et 8000 ppm.

Un fait important doit être noté. D’un point de vue de la minéralisation, il est couramment ad-
mis que l’argent est associé au sulfure de plomb. Or, dans le cas de Jabali, il a été démon-
tré10 que l’argent se trouvait bien, certes, aux jointures des grains de la galène (sous forme
d’argentite), mais également en association avec les minerais de zinc. Quelle conscience
pouvait avoir les mineurs de cette subtile distinction ? Aucune assurément dans la mesure
où la pierre calaminaire n’est connue à cette période que comme pouvant former du laiton
en association avec du cuivre11. D’autre part, si l’association zinc-argent est bien vérifiée (te-
neur en Ag jusqu’à 3900 ppm12), elle reste limitée. Et surtout, la galène associée au minerai
de zinc est nettement moins riche en argent (moins de 1000 ppm :Christmann et al., 1983)
que celle indépendante (autour de 5000 ppm). En revanche, cette constatation géologique
doit nous faire prendre conscience que les données minéralogiques actuelles ne sont que
le reflet imparfait du gisement.

Le zinc

Sans surprise, le zinc est l’élément le plus présent. On le trouve avec une moyenne de
15 %mass. A 2σ, l’intervalle est compris entre 4 et 26 %mass, alors qu’à 1σ, l’intervalle se
réduit entre 10 et 18 %mass. Les minéraux principaux sont des sulfures (sphalèrite 20 %)
mais surtout des oxydes (smithsonite, hydrozincite etc. 80 %). Les quantités retrouvées
dans les sédiments de lavage correspondent parfaitement au dosage du gisement (soit 15 à
18,5 %mass). Cette corrélation montre bien qu’à aucun moment, les anciens mineurs n’ont
cherché à récupérer ce type de minerai. D’autre part, sur le graphique, on voit nettement

10 Al Ganad, 1991 ; Al Ganad et al, 1994.


11 Peli, Téreygeol, 2007.
12 Al Ganad et al., 1994.

122
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

140

120

Teneur géologique moyenne


100
Nombre d'échantillons

80

60

40

20

0
de 0 à 1000
2000
3000
4000
5000
6000
7000
8000
9000
10000
11000
12000
13000
14000
15000
16000
17000
18000
19000
20000
21000
22000
23000
24000
25000
26000
27000
28000
29000
30000
31000
Taux de plomb en ppm

Figure 16 : Répartition des dosages du plomb (en ppm) dans les 625 échantillons minéralurgiques de
Jabali.

140

120

100
Teneur géologique moyenne
Nombre d'échantillons

80

60

40

20

Taux de zinc en ppm

Figure 17 : Répartition des dosages du zinc (en ppm) dans les 625 échantillons minéralurgiques de
Jabali.

123
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

se dessiner une courbe selon une distribution bimodale. Le pic le plus important est identi-
fié comme correspondant à la teneur géologique en zinc (le même cas que pour le plomb).
Le second (ovale orange) montre que les mineurs ont, néanmoins, prélevé une part du zinc
disponible conduisant à la création de ce second pic. En fait, il existe sur ce graphe deux
courbes que nous ne pouvons pas déconvoluer : la courbe du minerai de zinc géologique
(rejeté directement par les préparateurs) et celle du minerai de plomb – zinc, dont seules les
parties les plus riches en zinc ont été délaissées. Ce distingo n’était pas réalisable avec le
plomb car ce dernier est prélevé soigneusement et volontairement. On notera d’ailleurs que
nous n’avons qu’à une seule occasion un échantillon qui est stérile au sens minéralurgique.
Il s’agit du niveau T5.2.10c (0,7 %mass Zn). Nous avons conservé cette analyse mais avons
également refait sur le même prélèvement trois dosages dont le résultat moyen en zinc est
de 4,5 %mass.

Nature des sédiments

En minéralurgie moderne, une définition selon quatre classes est utilisée. On trouve :
- les noix : de 65 à 30 mm
- les grenailles : de 30 à 1,5 mm
- les sables : de 1,5 à 0,25 mm
- les schlamms : inférieurs à 0,25 mm
Cette nomenclature a été formée au XIXe siècle lorsque, précisément, se développent les re-
cherches sur cette phase de la production des métaux13.
Notre propre système de classement, bien que simplifié, s’intègre dans cette gamme. Il
s’agit des matériaux :
-supérieurs à 65 mm : halde
-compris entre 65 et 1,5 mm : gravier
-inférieurs à 1,5 mm : sable
Ce reclassement des données en fonction de la granulométrie doit permettre d’affiner notre
interprétation en croisant le calibre avec la concentration en plomb et en zinc.

Il faut garder présent à l’esprit que la quasi-totalité des déchets a été prélevée en contexte
de rejet. N’ayant pu avoir accès avec certitude à des accumulations de travail abandonnées,
les couches échantillonnées doivent être considérées comme des accumulations progres-
sives qui ne concernent pas nécessairement une seule et unique phase de la préparation.
Dès leur mise en place, des mélanges peuvent intervenir. Les risques, voire les évidences,
de mélange sont accentués par les phénomènes éoliens (pour les parties les plus fines) et
par le lessivage dû à la mousson. Ainsi notre dénomination non seulement n’est pas abso-
lue mais elle peut également être erronée pour un pourcentage non négligeable de la strate
considérée. Le grand nombre d’échantillons traités contrebalance ces problèmes.

Les concentrations en zinc

Le zinc associé à la fraction la plus grossière reproduit une courbe plus lissée que celle ob-
servée précédemment. La distribution reste bimodale mais les sommets ont changés. On
observe toujours un sommet correspondant à la teneur moyenne du gisement. En revanche,

13 Marconnet, 1994 ; Linkenbach, 1893.

124
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

en lieu et place du sommet à 120 000 ppm, on ne lit plus qu’un épaulement alors qu’un
nouveau sommet apparait autour de 240 000 ppm. La fraction de granulométrie moyenne
reproduit également cet épaulement et laisse voir un second sommet, non pas dans les
gammes riches en zinc, mais dans les basses teneurs (80 000 ppm). Seuls les sables fins
reproduisent la courbe générale. L’observation cumulée de ces trois types de déchets té-
moigne du travail et des choix des préparateurs alors même que la substance recherchée
n’est pas le zinc. Pour les sédiments les plus grossiers, il y a un rejet systématique des mor-
ceaux composés uniquement de zinc14. Le tri manuel et le concassage ne sont pas parfaits.
Une fraction de minerai riche en zinc est traitée, s’intégrant dans les autres classes granu-
lométriques. Passant aux sédiments moyens, le choix des minerais rejetés porte encore, et
de façon plus nette, sur les fractions les plus zincifères. L’épaulement et la moindre hauteur
de la courbe (Zn_Jab-moy) visible entre 80 000 et 140 000 ppm sont significatifs sinon d’un
problème de tri, au moins de l’envoi comme « bon à fondre » de minerai encore fortement
zincifère. Enfin les sédiments les plus fins reproduisent la tendance générale avec une dis-
tribution bimodale conservée aux mêmes sommets. Il semble alors que cette fraction fine
soit issue de la fracturation naturelle du minerai lors de son tri et de son concassage sans
qu’un enrichissement par densité gravimétrique ait lieu : la courbe des densités l’atteste
ainsi que l’observation de quelques échantillons de fins sous loupe binoculaire. Les grains

30
Pourcentage relatif pour chaque classe

25

20

15
Zn_Jab-fin
10
Zn_Jab-moy
5 Zn_Jab-gros

0
400000
60000
80000
100000
120000
140000
160000
180000
200000
220000
240000
260000
280000
300000
320000
340000
360000
380000
400000
420000
de 0 à 20000

taux de zinc (en ppm)

Figure 18 : Concentration en Zn (ppm) selon la granulométrie apparente (% relatif selon chaque type)
à Jabali.

14 On ne parlera pas ici de rejet des morceaux stériles car ceux-ci font bien partie de la minéralisation.
Comme nous l’avons vu plus haut, aucune des 208 couches traitées ne peut être considérées comme un
stérile. Faute d’analyse, nous ne pouvons pas nous prononcer en ce qui concerne les niveaux de blocs
qui n’ont pu faire l’objet d’un échantillonnage. Il est fort probable que ces fragments soient beaucoup
moins riches.

125
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
présentent des cassures anguleuses sans que des traces émoussées puissent être visibles.
Ainsi l’usage de l’eau semble très secondaire, voire inexistant, dans les opérations d’enri-
chissement des minerais à Jabali.

Les concentrations en plomb

Les courbes des teneurs en plomb suivant la granulométrie s’éloignent de celle observée
précédemment. Les teneurs en plomb pour les sédiments grossier semblent définir une dis-
tribution bimodale autour de 5000 et 8000 ppm. Mais l’échantillonnage s’avère relativement
réduit pour deux raisons. Premièrement, sauf un cas, les 208 échantillons ont fait l’objet
d’une triple analyse dont nous avons extrait les moyennes pour réaliser ces graphes. Deu-
xièmement, la classe des sédiments grossiers n’est représentée que par un quart du corpus
dans nos colonnes de prélèvement. Nous sommes donc plus en présence d’un biais statis-
tique que d’une réalité liée à la préparation des minerais. Les sédiments de granulométrie
moyenne sont ceux dont la courbe se rapproche le plus de la tendance générale. C’est nor-
mal puisqu’ils représentent plus de 50 % du corpus. Il faut cependant noter que les basses
concentrations en plomb (inf. à 5000 ppm) sont peu ou pas représentées. Ceci ne traduit
qu’une réalité géologique et non un quelconque procédé d’enrichissement. Les sédiments
fins sont bien plus révélateurs des habitudes de préparation. Pour cela, rappelons que le
fractionnement des cristaux de galène est un phénomène réel et facile à obtenir. Parallèle-
ment, il est reconnu que plus la préparation est poussée, plus la fraction rejetée est riche en
plomb15 mais faible en quantité. Phénomène paradoxal a priori, il s’explique simplement par
les choix et les limites physiques de tri et de concassage du minerai. Sur le graphique, si les
sédiments de taille moyenne montrent que le plomb perdu se concentre principalement au-

35

30
Pourcentage relatif pour chaque classe

25

20

15

10

Pb_Jab-fin

5 Pb_Jab-moy
Pb_Jab-gros

Taux de plomb en ppm

Figure 19 : Concentration en Pb (ppm) selon la granulométrie apparente (% relatif selon chaque type)
à Jabali.

15 Marconnet, 1994.

126
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

Rapport Pb/Zn (en ppm) selon la granulométrie apparente


300000

250000

Teneur moy. en Pb du gisement


200000
Teneur moy. en Zn du gisement

150000
Zn

100000

fin moyen gros

50000

0
0 5000 10000 15000 20000 25000
Pb

Figure 20 : Rapport Pb/Zn (ppm) selon la granulométrie apparente à Jabali.

tour d’un taux de 0,6 %mass, le signal se dégrade avec les sédiments fins puisqu’on trouve
un signal encore une fois bimodal centré d’une part sur le taux de 0,6 %mass mais aussi
sur le taux de 0,9 %mass. Les tailles de grains diminuant, les préparateurs ont eu tendance
à les ignorer car trop difficile à récupérer. Nous démontrons encore ici que le rôle de l’eau
dans la préparation des minerais à Jabali est quasiment inexistant. En effet, si les sédiments
avait connu un classement par gravité, la fraction la plus riche aurait disparu de notre cor-
pus et nous aurions une surreprésentation des très faibles teneurs.

Croisement des données quantitatives en plomb et zinc

La lecture de ce graphique établit clairement que les minerais ont été débarrassés d’une
grande partie du plomb disponible. Près des ¾ de la galène ont été prélevés. A l’inverse, le
minerai de zinc a bien été délaissé. La baisse de sa proportion, de l’ordre de 10 % par rap-
port à sa présence dans le gisement, tient à l’incapacité dans laquelle se sont trouvés les
préparateurs de pouvoir séparer efficacement les deux minéraux. Alors que le ratio Pb/Zn
naturel dans ce gisement est de l’ordre de 0,16, le minerai bon à fondre qui part vers les fon-
deries se trouve ramené à un ratio de 1,2. Entre ces deux minéraux, l’enrichissement avoi-
sine un facteur 10. Il s’agit d’une estimation basse car ces déchets ne sont que le reflet de
la fraction du minerai nécessitant un tri et un classement. Nous ne pouvons pas déterminer
la qualité in fine de la galène portée à la fonte. C’est ce rapport entre le plomb et le zinc qui
a été utilisé pour les représentations graphiques des colonnes reportées sur les tranchées.

2.3. Premières conclusions sur la minéralurgie à Jabali

127
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

En premier lieu, il est possible de faire un point sur la représentativité des déchets miné-
ralurgiques. Nous avons pu déterminer un quotient entre la quantité existante de galène et
la quantité effectivement extraite. C’est une première base de réflexion. Pour arriver à une
donnée quantitative de plomb extrait, quel ratio doit-on utiliser ? Jusqu’à présent, c’est celui
des géologues qui fait foi. Nos nouvelles données et la réflexion menée sur la chaîne opéra-
toire de production du minerai permet de replacer les données géologiques dans le contexte
d’une exploitation ancienne.

Les déchets minéralurgiques reconnus représentent 120 000 t avec un taux moyen de 24 %
de Zn, 3,5 % Pb et 160 ppm Ag. Pour notre part, nous trouvons 15 % de zinc, 0,6 % de Pb,
alors que l’argent reste un élément exceptionnel. Cette différence s’explique par le nombre
d’analyses effectuées : 14 échantillons en 1983/84, plus de 600 analyses dans notre cas.

Si la préparation est limitée, la perte en galène l’est également mais surtout la masse de dé-
chet encore visible ne représente somme tout qu’une très faible part de l’extraction, sachant
que le creusement de la mine se concentre dans les zones riches, donc celles ne nécessi-
tant pas de traitement minéralurgique puisque fournissant directement du « bon à fondre ».

Au-delà des considérations sur la chaîne opératoire de préparation des minerais, cette étude
fournit une approximation quant à la quantité de minerai, et donc d’argent, extrait sur cette
mine. En reprenant les données réunies par les études géologiques, il apparait que la masse
des déchets de préparation est estimée à 120 000 t. Il s’agit d’un chiffre minimum car nous
ne comptabilisons pas les zones qui comportent encore des traces de stockage de ces dé-
chets mais dont l’érosion a fait disparaitre la plus grande part. Les estimations de la quan-
tité de matériaux extraits sont établies en croisant la quantité de déchets minéralurgiques
résiduels et le volume des vides miniers existant. Nous arrivons à 400 000 t extraites de mi-
nerai, soit 10 000 t de plomb et 50 t d’argent. Selon les sources écrites, une soixantaine de
kilogrammes d’argent quitte la mine chaque semaine16. Ainsi en une année d’exploitation
continue, la mine produirait trois tonnes d’argent. En moins de vingt ans, le gisement au-
rait été épuisé. Or la durée d’exploitation de la mine s’échelonne entre les VIe et XIIIe siècles.
Comment comprendre cette différence ? Il faut tout d’abord considérer que, eu égard au
besoin en eau – même limité –, le travail peut être saisonnier (deux à trois mois par an). Ain-
si la durée d’exploitation se trouverait multipliée par un facteur 4, soit 80 ans de travaux sur
site. D’autre part, les travaux géologiques apprécient un gisement dans sa globalité. La te-
neur des roches extraites est minorée d’un facteur 10 comme nous avons pu le montrer
dans le cas de Melle. Si les vides existants sont une réalité (400 000 t), le ratio du minerai
qui était présent est plus proche de 40 000 t de plomb. Les masses produites seront donc
plus proche de 200 t d’argent. Il y aurait quatre fois plus d’argent produit que ce que laisse
penser la première estimation. En associant un travail intermittent à la nouvelle production
estimée, nous arrivons à plus de trois siècles d’une exploitation saisonnière. Nous touchons
ici la limite de notre estimation faute d’une connaissance des rythmes d’exploitation sur le
long terme. Nous savons bien sûr par le texte d’al Hamdani que la mine a connu une phase
d’arrêt au IXe siècle, mais nous ne connaissons ni la durée de cette cessation d’activité, ni
même si des arrêts similaires se sont produits entre les VIIe et XIIIe siècles.

16 Benoit et al., 2003.

128
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

3. La comparaison des deux ateliers


Bien qu’à Melle, nous ayons pu fouiller un atelier minéralurgique, alors qu’à Jabali, il nous
a fallu nous contenter d’une observation sur tranchées déjà existantes, nous pouvons au-
jourd’hui proposer une vue comparative de ces deux sites

On note d’abord des éléments qui rapprochent les deux sites. Le choix de la localisation de
l’atelier est un premier exemple. Dans les deux cas, les minéralurgistes s’installent au dé-
bouché des puits. Ils se positionnent au plus près de l’activité minière pour limiter le trans-
port des matériaux. Pour autant, il ne s’agit pas d’un carreau minier, l’atelier gardant son in-
dépendance vis-à-vis de l’organisation de l’espace minier à proximité. A Melle, les puits en
connexion avec des réseaux désaffectés servent à l’évacuation des eaux de lavage en fin
de chaîne. A Jabali, le système est un peu plus complexe avec des ouvertures de puits dont
la partie sommitale est percée dans les sédiments minéralurgiques, ce qui n’a pas dû aller
sans poser des problèmes de stabilité avant que la tête du puits ne soit muraillée. D’autre
part, qu’il s’agisse de Melle ou de Jabali, les ateliers donnent l’image d’une centralisation de
l’activité. A Jabali, cette centralisation peut se comprendre par la moindre extension de la
zone minière. Pourtant cette centralisation n’existe plus pour ce qui touche au retraitement
de la scorie. A Melle, il existe bien plusieurs unités de lavage réparties sur la centaine de ki-
lomètres carrés que couvre le gisement. Mais les sites sont, somme toute, assez peu nom-
breux. D’autre part, la fouille de la zone minière de Bois-Haut n’a pas donné lieu à la décou-
verte de structure liée au traitement du minerai. Il s’agit là d’une zone d’extraction dont le
minerai est transporté sur un autre lieu de traitement, sûrement vers l’atelier de Saint-Mar-
tin distant de moins de 500 m.

L’absence d’une venue d’eau pérenne est également un élément que l’on retrouve pour les
deux sites. A Jabali, nous avons montré que les minéralurgistes ne peuvent compter que
sur l’eau météoritique. Les canaux qui jalonnent le site sont autant à regarder comme un
système de drainage visant à éviter la venue d’eau en mine que comme un système de col-
lecte. L’absence de stockage important interdit d’ailleurs de penser à un mode de prépa-
ration des minerais faisant lourdement intervenir l’eau. A Melle, l’eau est abondante et son
usage évident. Pour autant, le lavage qui est pratiqué n’implique pas de disposer d’une ve-
nue d’eau pérenne. L’implantation de la laverie des Boulitotes, mais également celle de
Saint-Pierre, montre bien qu’il y a une réelle économie d’eau au profit d’une localisation des
unités de préparation au plus près des sites d’extraction.

L’eau doit également être perçue en fonction de son rôle dans la chaîne opératoire. Il est
bien évident, suite à la présentation des différents vestiges, que la différence fondamentale
repose sur la disponibilité de cette ressource pour l’enrichissement des minerais. On voit
d’ailleurs une bonne adéquation entre le choix du mode de percement et la possibilité d’un
usage non restrictif de l’eau. Sauf à réserver la taille au feu pour creuser des ouvrages d’as-
sistance, extraire au feu implique d’avoir la possibilité de laver le produit abattu par le feu, ce
qui permet un gain de temps et rend plus simple le travail d’enrichissement. A Jabali, l’eau
est aussi rare que le bois et les exploitants ont visiblement réservé cet or blanc pour leurs

129
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau
besoins quotidiens, quoique l’eau intervienne pour des séquences ultérieures de la chaîne
de production, à un moment où l’on touche déjà le métal.

La réalisation dans les deux cas d’une étude par XRF des sédiments présents sur les sites
autorise une comparaison, d’autant plus que pour chaque site ce sont plus de 200 échantil-
lons qui ont été analysés (à raison de trois analyses par échantillon, il s’agit de plus de 1200
dosages). Pour conserver une lisibilité au graphique croisant les deux jeux de données (Fig.
21), nous avons conservé la nomenclature simple mais nécessairement réductrice : halde,
gravier, sable et fine. Nous portons également sur le graphique la teneur moyenne en plomb
de chaque groupe. Il est ainsi possible de lire conjointement pour les deux sites, l’évolution
du ratio Pb/Zn et de la teneur en plomb des différents sédiments. Dans les deux cas, le ra-
tio Pb/Zn augmente au cours du traitement. Cette vision paradoxale ne doit pas surprendre.
Elle traduit les progrès du traitement. Il est donc normal que dans ce processus qui vise à
traiter des minerais de plus en plus riches, la perte augmente elle aussi. Au départ, la te-
neur moyenne en plomb du stérile est de l’ordre de 0,5 %mass à Jabali comme à Melle.
Nous avons donc le seuil en deçà duquel la roche extraite sera directement rejetée. Le mi-
nerai conservé connait un premier enrichissement dont le rejet tient 0,4 % de plomb à Melle
contre quasiment 0,7 % à Jabali. Nous pouvons dire que dans le cas yéménite, la sélection
du bon minerai a été plus draconienne qu’à Melle, où le choix s’apparente encore à celui qui
peut avoir lieu au sortir de la mine. La comparaison s’inverse pour les sables. Ceux de Ja-
bali tiennent à peu de chose près la même teneur en plomb que les graviers. Dans ce cas
le processus de sélection conduit à la production d’un matériau plus fin mais qui n’est pas

6 11000

10000

5 9000

8000
Teneur en Pb (ppm)
Ratio Pb/Zn

4 7000

6000

3 Ratio Teneur 5000


Al-Radrad
4000
Melle

2 3000
Haldes Graviers Sables Fines

Nature des sédiments

Figure 21 : Croisement des données chimiques et granulométriques sur les résidus minéralurgiques
des sites de Melle et de Jabali.

130
F. Téreygeol – La préparation des minerais argentifères au haut Moyen Age : le rôle de l’eau

plus riche. Il semble possible de voir ici une simple mise à la granulométrie nécessaire pour
l’étape suivante de fonte et non une réelle recherche de l’enrichissement du bon à fondre.
A Melle en revanche, le taux de plomb du sable est supérieur à 0,8 %mass. Ces rejets sont
plus riches d’un facteur 2 comparé aux graviers. Toujours à Melle, le phénomène s’accroit
encore pour les fines. Il n’y a alors plus de comparaison possible dans la mesure où ce type
de sédiment n’existe pas ou peu à Jabali.

La forme des courbes, logarithmique pour Jabali et polynomiale pour Melle, traduit claire-
ment les stratégies d’enrichissement choisis sur les deux sites. A Jabali, l’effort porte sur la
fraction grossière alors qu’à Melle, la récupération du minerai est plus constante quelle que
soit la taille du matériau. Cette vision doit être tempérée car à Melle, nous avons montré que
le lavage ne concerne qu’une fraction du matériau extrait. La faible teneur en plomb des gra-
viers mis en regard de celle des haldes en atteste. En revanche, à Jabali, nous avons l’image
complète du traitement. Il semble que, disposant des installations de lavage, les trieurs mel-
lois n’aient pas cherché à pousser la première étape de tri. A l’inverse, les préparateurs de
Jabali sont allés jusqu’au bout de ce qu’il était humainement possible d’espérer sans avoir
recours à un tri gravitationnel.

L’eau reste ainsi l’élément fondamental qui définit les choix techniques pour l’enrichisse-
ment du minerai. A l’évidence, cette place de l’eau repose sur sa disponibilité mais pas uni-
quement. En effet, l’eau peut facilement être recyclée pour limiter sa perte. Ce fut le cas sur
les célèbres laveries grecques du Laurion. On retrouve cette économie de l’eau pour les
laveries de minerais d’or en plein désert qui sont nombreuses pour la période islamique aus-
si bien au Yémen qu’en Egypte. Dans ce cas, lorsque la contrainte technique l’impose, les
mineurs ont délibérément inclus des systèmes de production sous eau dans des environ-
nements à faible ressources hydriques. La place du métal blanc dans ces sociétés explique
également les stratégies de production. Dans l’Occident médiéval, l’argent est le métal mo-
nétaire par excellence. Les entrepreneurs carolingiens de Melle n’ont pas hésité à dévelop-
per la chaîne de préparation pour limiter au maximum la perte du précieux minerai. Dans le
monde arabe, c’est l’or qui tient la place d’étalon. L’argent n’est utilisé que pour les mon-
naies divisionnaires. De fait son importance économique est moindre. La conjonction des
difficultés d’approvisionnement en eau et l’importance accordée au métal argent justifie ain-
si les choix techniques des minéralurgistes arabes.

131
La métallurgie du plomb et de l’argent
entre Melle et Jabali
Florian Téreygeol

UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M LAPA,
CEA, Saclay

Résumé

Au-delà de la similarité des contextes géologiques et du minerai argentifère exploité, la ga-


lène, la phase de métallurgie extractive met en évidence un certain nombre de différences
entre les exploitations de Melle et de Jabali. A Melle, neuf sites de fonderie ont été repérés
sur l’ensemble du gisement, qui produisaient certainement un plomb d’œuvre enrichi por-
té ensuite à l’atelier monétaire pour finaliser l’affinage. A Jabali, l’activité métallurgique est
circonscrite sur une zone plus réduite d’une dizaine d’hectares, mais les ateliers sont nom-
breux et proches des lieux de vie. Aucune évidence de coupellation n’a pu être repérée.
Plutôt que l’absence de cette opération sur le site minier, un texte mentionnant le départ
d’argent métal de Jabali porte à croire qu’elle était fortement centralisée, d’où sa discrétion.
La fouille d’une base de four et de son bassin de coulée ainsi que de deux foyers de refonte
ou de revivification à Melle et l’étude d’éléments de structures retrouvés dans les zones à
scories de Jabali permettent d’entrevoir les procédés de réduction mis en œuvre Le classe-
ment des résidus métallurgiques et l’analyse de la teneur en argent des billes de plomb pié-
gées dans les scories renforcent cette analyse. On retrouve enfin un même souci du retrai-
tement de la scorie sur les deux sites, bien qu’il soit nettement plus prononcé dans le cas
mellois, où le lavage vient compléter l’opération de concassage. Cette dernière variation
dans les choix techniques observés met bien en évidence la différence des rôles de l’argent
et des économies dans lesquelles il s’insère.

Introduction
La métallurgie extractive des minerais argentifères au sens large recouvre le troisième mo-
ment fondamental de la production des métaux après l’extraction et l’enrichissement. Elle
comporte habituellement quatre grandes étapes touchant toutes aux arts du feu. La pre-
mière est le grillage du minerai. La seconde est bien sûr la fonte du minerai qui dans les deux
cas considérés ici doit aboutir à la production d’un plomb d’œuvre, c’est-à-dire un plomb al-
lié avec de l’argent. Il s’en suit la phase de coupellation qui consiste à assurer la séparation
du plomb et de l’argent. Cette phase entraîne la perte du plomb à l’état métal mais libère
l’argent. La revivification des litharges est la dernière étape métallurgique proprement dite.

133
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Cette séquence peut s’enrichir selon les sites de procédés secondaires comme le lingotage
ou le traitement de la scorie. Parallèlement, une étape comme la coupellation n’est pas obli-
gatoirement menée jusqu’à l’obtention de l’argent. Elle peut être arrêtée pour ne trouver son
terme qu’au sein d’un atelier de métallurgie secondaire. Il peut ainsi apparaitre des varia-
tions plus ou moins importantes qui traduisent un savoir-faire spécifique comme des choix
techniques dictés par les contextes sociaux et environnementaux. Le site de Jabali et celui
de Melle fournissent deux exemples qui ont vu le traitement d’un minerai argentifère simi-
laire, la galène, associé dans les deux cas à un encaissant calcaire. Comme dans les cadres
miniers et minéralurgiques, la comparaison peut être posée autant pour comprendre ce qui
a guidé le choix des métallurgistes et pour apprécier les qualités des productions.

1. La nature du minerai et sa teneur en argent


La minéralisation des deux sites se définit principalement selon trois éléments : le plomb,
le zinc et l’argent. A Melle, le minerai de plomb, la galène, et ses formes altérées prédo-
minent. La blende ou sphalérite, un sulfure de zinc, n’apparaît qu’exceptionnellement.
Quant à l’argent, il a été très rarement repéré en tant que minéralisation isolée. Il se trouve
au contact des joints des grains de galène. Pour apprécier la richesse en argent de cette
galène, un rapport simple a été calculé entre les masses de plomb et d’argent contenues
dans ce sulfure. Seuls ces deux éléments sont pris en compte. Les nombreux tests effec-
tués montrent un rapport Ag/Pb fluctuant en moyenne entre moins de 1 et 3 ‰. Nos propres
analyses s’inscrivent dans cette fourchette. Les galènes de trois mines ont été testées. Les
résultats s’échelonnent entre 0,97 et 2,12 ‰1. Ce taux d’argent peut paraître faible2. Il est
pourtant classique pour ce genre de minerai3. Au sein de la galène, l’argent peut être pré-
sent sous forme de « petites plages d’argentite »4. Il est en association avec la stibine mais
aussi avec le cuivre et le nickel5. Les autres minéraux présents sont le zinc, le manganèse,
le fer, le cobalt, le molybdène, l’or, l’étain, le baryum et l’arsenic. La comptabilisation de tous
ces éléments représente, argent compris, moins de 0,5 % de la composition globale d’une
galène. Les études menées sur la minéralisation ont toujours eu une optique minéralogique.
Les différents auteurs se sont principalement intéressés aux autres minéraux que l’on peut
rencontrer, soit à l’intérieur de la galène, soit en association avec elle6. Pour une approche
archéologique, il est indispensable d’observer ce minerai sous un angle métallurgique. Ain-
si nous devons déterminer la nature et la quantité de ce qui va demeurer associé au minerai
une fois les opérations minéralurgiques conduites à leur terme. Notre analyse porte sur un
échantillon considéré, après examen macroscopique, comme « bon à fondre » c’est-à-dire

1 Les 4 premières analyses ont été effectuées par activation neutronique au Centre Ernest Babelon
d’Orléans, la dernière avec un spectromètre de fluorescence des rayons X au Centre d’Analyse Minérale
de la section des Sciences de la Terre de l’Université de Lausanne.
Mines T.D.F. Noblette Mine de la Planche Mine de la Planche Mine de la Planche
Rapport Ag/Pb 2,12 ‰ 1,53 ‰ 0,97 ‰ 1,36 ‰ 1,12 ‰
2 Lougnon, 1960, p. 9.
3 Lacroix, 1977, p. 471-474.
4 Coiteux, 1982, p. 85.
5 Coiteux, 1982, p. 102 ; Tereygeol, 1996, p. 91.
6 Le gisement est d’ailleurs défini ainsi : Pb-Zn-Ag.

134
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

exempt de toute partie stérile. Il s’agit d’un morceau de galène retrouvé dans un contexte ar-
chéologique mal défini7. Sans surprise, les minéraux cités auparavant se retrouvent, excep-
tion faite du zinc. Par contre la silice fait son apparition dans des proportions considérables
puisqu’elle représente plus de 8 % de la masse globale. La présence de cet élément ne sur-
prend pas mais joue un rôle non négligeable dans la formation du verre de scorie plombifère
au cours de la réduction.

A Jabali, la minéralisation se composait principalement à l’origine de sphalérite (ZnS) et de


galène (PbS). L’évolution du site a conduit à une transformation presque complète de ces
sulfures en carbonates et oxydes. Les études menées par Ismail Al-Ganad ont clairement
établi que l’argent présent ici était associé à la sphalérite8. Ce n’est que lors de la dégrada-
tion du gisement que l’argent a migré en périphérie des cristaux de galène qui, à l’origine,
ne contiennent pas ce métal précieux en quantité exploitable. Les anciens mineurs auraient
donc pu prendre soin d’exploiter préférentiellement le minerai de zinc et les carbonates de
plomb plutôt que la galène. L’étude minéralurgique a montré qu’il n’en avait rien été. Les an-
ciens mineurs sont restés prisonniers de leur connaissance empirique et ont exploité ce mi-
nerai de plomb. L’altération du gisement a permis à l’entreprise d’être rentable mais la res-
source en métal blanc associée à la seule sphalérite a été ignorée en tant que telle. Comme
à Melle, la teneur du gisement a été appréciée. Les quantités varient d’un point à l’autre9.
Les auteurs s’accordent pour considérer un taux d’argent dans le minerai de l’ordre de 6 ‰.
Le gisement est qualitativement plus riche que celui de Melle d’un facteur compris entre 2 et
6. Pourtant les réserves estimées mettent Jabali au second rang avec seulement 500 tonnes
d’argent encore disponibles contre 1400 tonnes à Melle ! Si actuellement, les entreprises mi-
nières privilégient les gisements étendues, l’effet de « pépite » de la minéralisation à Jabali
en fait un type de dépôt prisé par les anciens mineurs. Dans le système d’exploitation mé-
diéval, il s’agit bien d’une mine très riche mais de dimension réduite puisque la zone miné-
ralisée ne couvre que quelques hectares alors que dans le cas de Melle, le gisement se ré-
partit sur plusieurs dizaines de km².

2. Les sites de transformation

La répartition de la ressource minière a naturellement un impact sur la distribution des


unités de production. Pourtant l’image des deux sites apparait plus liée à des contraintes
économiques et sociales qu’environnementales.

En plus du plomb, les fonderies melloises ont fait couler beaucoup d’encre. En effet, elles
sont particulièrement discrètes dans le paysage et les auteurs n’ont pas manqué de s’inter-
roger sur cette absence criante mise en regard de l’importance des vestiges miniers et de

7 Il s’agit d’un stock de galène trouvé à l’occasion d’un terrassement à proximité de l’actuel lycée
agricole de Melle. Aux dires des témoins, le stock originel avoisinait les 80 kg. Il a été acheté par le club
archéologique de Melle et a été en partie utilisé dans différentes expériences non publiées. Il en subsiste
actuellement moins de 10 kg.
8 Al-Ganad, 1991.
9 Christmann ., 1983.

135
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

la fréquence d’apparition du numéraire carolingien au nom de Melle10. Les prospections en-


treprises sur le gisement mellois ont abouti à l’identification de quelques zones de scories.
(Fig. 01) Ces « amas » se présentent comme des concentrations de petites scories noires
vitreuses dont les tailles excèdent rarement la dizaine de centimètres. Le premier amas, à la
source de la Fontaine-du-Triangle sur la commune de Sepvret, a fait l’objet de prospections
intensives et étendues, puis d’une fouille en 1998 et 1999. L’autre, sur le même ruisseau
à 1 km en aval sur le territoire de Saint-Léger-de-la-Martinière, est visible dans les berges
d’un étang artificiel. Le reste de la parcelle étant en prés, rien ne laisse soupçonner la pré-
sence de scories. En étendant la prospection aux alentours de la Fontaine-du-Triangle, une
concentration de scories retrouvées sur une centaine de m², à l’angle sud-ouest du bois
de la Villa-Morin, laisse présager l’existence de fours de réduction. La recherche bibliogra-
phique permet d’ajouter un quatrième site aujourd’hui disparu, celui de Champ-Persé, lo-
calisé à Melle à quelques dizaines de mètres de la laverie des Boulitotes11. La localisation
de l’atelier monétaire faite sur la foi des données du XIXe siècle12 porte à cinq les lieux où
se déroulaient des opérations métallurgiques. Enfin la découverte d’indices limités et les té-
moignages augmentent le nombre potentiel jusqu’à 10. Il s’agit dans ce cas de mentions de
scories isolées et de découvertes de culots de litharge. Ces derniers résidus n’attestent que
de l’étape de coupellation. Pourtant, bien localisés, ces indices ne manquent pas d’intérêt.
Ces culots ont été trouvés sur l’ensemble du gisement. On en compte actuellement 12 (Fig.
02). Leur découverte isolée ne signifie pas l’existence d’une fonderie mais il faut bien ad-
mettre que leur présence (8 spécimens sur les 12) a pu être mise en relation avec un atelier
de fonte dans un périmètre réduit à moins de 300 m. Au cours de la fouille de la laverie de
minerai des Boulitotes, un culot a été mis au jour parmi les niveaux de remblais carolingiens.
Non loin se trouve l’atelier métallurgique de Champ-Persé où ont été trouvés six de ces cu-
lots. Durant des prospections sur le ruisseau de la Fontaine-des-Anguillières, un culot de li-
tharge a été trouvé à proximité du hameau du Bas-Tublier. Une découverte similaire avait été
faite par le propriétaire du Haut-Tublier dans son jardin. A l’occasion d’une rencontre avec
ce dernier, nous avons pu voir des scories de métallurgie des non-ferreux qui proviennent
de ce même jardin. D’après la littérature, un exemplaire a été trouvé à l’emplacement sup-
posé de l’atelier monétaire. Enfin lors des prospections sur la Fontaine-du-Triangle, un cu-
lot de litharge a été ramassé, lui aussi associé à des scories de métallurgie des non-ferreux.

L’association souvent répétée des scories et des culots de litharge indique que sur les fon-
deries carolingiennes de Melle, le traitement du minerai était conduit assez loin dans la
chaîne de production, au moins jusqu’à une première coupellation. Mais il est impossible
de dire si c’est de l’argent métal ou du plomb d’œuvre qui partait des fonderies. La décou-
verte d’un culot de litharge sur la zone où pouvait se dresser l’atelier monétaire laisse penser
que seul du plomb d’œuvre enrichi circulait entre les fonderies et l’atelier, les métallurgistes
laissant, volontairement ou non, le soin aux monnayeurs d’opérer les séparations finales du
plomb et de l’argent. Il y aurait alors une centralisation de la production au moment clef de
l’opération qui permettrait d’accroitre le contrôle sur le produit final.

10 Cressac (de), Manès, 1830, p. 178-179 ; Rondier, 1870, p. 30-37.


11 Bouniot, 1979.
12 La Coste-Messeliere, 1957, p. 25 ; Breuillac, 1909.

136
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Fonderie 1 3
2 N
Culot de litharge
4
Sole de coupellation

1/ Haut-Tublier 10 11
2/ Bas-Tublier
3/ Bois de la Villa Morin
4/ Fontaine du Triangle
5/ Les Boulitotes
6/ Champ Lamberté
7/ Saint-Savinien (atelier monétaire)
8/ Champ Persé
9/ Rue des mines
10/ La Fragnée I
11/ La Fragnée II
12/ Rond-point des Tanneries

8
5

St-Léger-de-la-Martinière
St-Martin-lès-Melle
12 Melle
9 7

St-Génard
6 Google Earth©

1 km

Zones faiblement minéralisées (Q < 40 kg de Pb m², Coiteux, 1982)

Zones fortement minéralisées (40< Q < 160 kg de Pb m², Coiteux, 1982)

Zones minières (d’après des prospections pédestres et de la télédétection)

Zones urbanisées

Figure 01 : Distribution des sites et des indices métallurgiques à Melle


Minutes : F. Téreygeol, Infographie : J.-Ch. Méaudre.

137
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 02 : Un des culots de litharge trouvés à Melle sur le site de Champ-Persé (CP71).
Cliché : J.-Ch. Méaudre.

A Jabali, l’image des ateliers métallurgiques est très différente. En premier lieu, elle bénéfi-
cie d’une description fournie par al-Hamdânî13: «Les habitants d’al-Radrâd étaient tous des
Persans, venus là au temps de la Jâhiliyya, des Omeyyades et des Abbassides […]. Le vil-
lage de la mine était un grand village, dans une vallée arrosée [ghayl] avec des palmiers. Pro-
visions et équipements y étaient apportés de Basra. Les caravanes s’y rendaient et s’en re-
tournaient par la route d’al-‘Aqîq, al-Falaj, al-Yamâma et Bahrayn jusqu’à Basra. […] Quant
à ceux qui étaient dans la mine, ils obtenaient à partir de leurs fours une grande quantité
d’argent. […] L’orfèvre Ahmad b. Abî Ramâda a rapporté que les Banû [lacune] et les Banû
al-Ashraf travaillaient dans la mine et qu’il y avait 400 fours. Si un oiseau passait près du vil-
lage minier, il tombait mort à cause du feu des fours. » L’auteur insiste sur la dimension du
village et sur le nombre de fours qui l’a visiblement impressionné. Il est possible de mettre
en doute le nombre de fours avancé par Al-Hamdânî ; pourtant nos prospections ont mon-
tré qu’il y a un fond de vérité.

13 Al-Hamdani (1968), p. 268-269.

138
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

La description du site par Al-Hamdânî laissait prévoir un village d’une certaine importance
situé dans une large vallée où poussaient des palmiers. La vallée du wadi Khâniq corres-
pond bien à ce signalement puisque quelques palmiers demeurent encore visibles de nos
jours (Fig. 03). Mais si des vestiges d’habitat sont encore perceptibles sur les terrasses
basses et moyennes, quand ils existent, il s’agit de constructions dispersées qui ne consti-
tuent pas une agglomération au sens strict. En revanche, les prospections extensives ont
mis en lumière l’existence de bâtiments sur un plateau dominant au sud-ouest le wadi Khâ-
niq et au nord-ouest la vallée du wadi Lahman qui descend de la mine de Jabali. Au nord-
nord-est, le plateau se termine par une dépression sèche aux flancs abrupts. Vers le sud,
le relief descend en pente plus douce vers le wadi Khâniq et ses affluents. Des scories
abondent sur ce versant, marquant l’extrémité de l’immense champ de déchets de réduc-
tion qui occupe le lit majeur du wadi Khâniq et une partie de ses versants. L’ensemble des
constructions présente une unité morphologique incontestable. Les bâtiments se répar-
tissent en deux groupes d’inégale importance. Le plus important s’étend sur le plateau dont
l’altitude se situe entre 1430 et 1450 m. Il surplombe la confluence du wadi Khâniq et du
wadi Lahman. Il domine la vallée du wadi Khâniq de plus de 60 m, et celle du wadi Lahman
d’environ 50 m. Le second, plus dispersé, est directement dans le lit majeur du wadi Khâniq.

La prospection systématique du site a révélé l’existence de 22 structures construites. Une


dizaine est à l’évidence des bâtiments, les autres sont des terrasses ou des constructions
mal identifiées en raison de leur état. Ces édifices se différencient nettement d’autres struc-
tures, en particulier des restes de campements bédouins retrouvés ça et là sur le plateau,
par la qualité de la construction. Les murs, dont les mieux conservés atteignent encore une
hauteur avoisinant 1 m, possèdent en général une épaisseur de 0,4 à 0,6 m. Les construc-
tions s’inscrivent dans un espace d’une dizaine d’hectares, mais elles se répartissent de
manière très inégale. C’est au sommet du plateau que se trouve la plus forte concentration.
Cependant, partout la densité des bâtiments reste lâche, même si des vestiges de terrasses
signalent une occupation qui se manifeste autrement que par des habitations de pierre.
Autre signe de la présence d’une population, un cimetière marqué par des stèles formées
de simples pierres dressées occupe une partie du terrain à l’intérieur du village, au nord du
secteur le plus bâti. Nous avons dénombré au moins 37 sépultures. Ces tombes présentent
des similitudes très nettes avec celles, beaucoup plus nombreuses, qui se trouvent sur la
route menant à la mine.

Les constructions présentent des caractères très variables. Trois structures (bât. 11 A et
bât. 11 B, bât. 8) restent très difficiles à interpréter. Au premier abord ces petites construc-
tions de moins de 3 m de côté sont massives, au moins dans leur partie basse, et ne com-
prennent donc aucune pièce. Les bâtiments 3 et 3 bis, de forme grossièrement carrée, de
moins de 10 m de côté, se divisaient en quatre pièces, de dimensions comparables. Les
bâtiments 2 et 15, de mêmes dimensions, ont une organisation des espaces différente.
D’autres constructions atteignent des surfaces plus importantes : par exemple, le bâtiment
10, divisé en 5 ou 6 pièces, s’allonge sur une vingtaine de mètres. L’ensemble formé par les
bâtiments 6 et 7 présente un cas particulier. Au sommet du plateau, il a fourni la masse la
plus importante de tessons céramiques. Le bâtiment 7, de plus de 20 m de long sur plus de
10 de large comprend au moins 7 pièces, peut-être 9 car il est impossible de distinguer ac-
tuellement entre des cours fermées et des pièces couvertes. Il apparaît que les construc-
tions ne possédaient qu’un seul niveau et qu’elles n’étaient pas voûtées à l’exception d’un

139
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 03 : Plan du village de Jabali sur une des terrasses du wadi Khâniq.

140
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

bâtiment unique qui se trouve un peu à l’écart du reste des habitations. Rien de perceptible
ne reste de ces couvertures, il est probable qu’elles étaient de torchis porté par du bois.

Les murs présentent tous des caractères communs. Ils se composent de pierres de forme
irrégulière et grossièrement taillées à des dimensions très inégales, certains blocs dépas-
sant 50 cm dans leurs plus grandes dimensions. Les pierres sont agencées pour former des
parements. Le peu de place restant entre ces parements reçoit un remplissage de petites
pierres. En de rares cas, les constructeurs ont utilisé des plaques de calcaire de quelques
cm d’épaisseur disposées en écailles. Les matériaux de construction proviennent de l’en-
vironnement immédiat mais il convient de distinguer deux types de pierres. L’essentiel se
compose de calcaires dolomitisés qui affleurent sur la partie sud du site où des traces d’ex-
ploitation en carrière sont encore perceptibles. Les constructeurs ont débité cette pierre
dure en blocs de formes irrégulières mais toujours à angles vifs. Les constructeurs n’ont pas
non plus hésité à employer des granites, de la quartzite ou des gneiss.

Sur la bordure nord-ouest du plateau, dominant la vallée du wadi Khâniq, se dressent les
vestiges d’un bâtiment très différent des autres. Alors que les autres constructions se si-
gnalent par des murs ruinés mais perceptibles dans le paysage, les vestiges du bâtiment 14
apparaissent comme une masse de décombres et de terre qui s’élève nettement au-dessus
du rebord du plateau (Fig. 04). La partie dégagée montre l’existence de trois nefs d’égale

Figure 04 : Les ruines du bâtiment 14 (un entrepôt ?).

141
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

hauteur couvertes de voûtes constituées de lauzes calcaires posées de chant. La largeur de


ces nefs est de l’ordre de 2 m alors que les murs qui les séparent peuvent être estimées à
environ 1 m. La partie centrale de l’édifice s’inscrit grossièrement dans un carré de 10 m de
côté. Les restes d’un mur entourant l’édifice apparaissent au nord et à l’ouest. Si le plan et la
voûte ont pu faire penser à un édifice religieux, son orientation exclut, à priori, qu’il s’agisse
d’une mosquée. Les formes ne correspondent pas à ce qu’on sait des cultes qui ont pu être
introduits par les Perses qui ont travaillé à Jabali. L’hypothèse d’un magasin où étaient en-
treposés les minerais ou les métaux peut être émise, cependant la plus grande prudence
reste de mise faute de fouilles.

Au nord-est de cette agglomération, à environ 600 m de son centre, s’élèvent les vestiges
de trois autres constructions. Situés sur la rive opposée du wadi Lahman, à une altitude in-
férieure d’une quarantaine de mètres de l’agglomération principale, les vestiges de ces bâ-
timents s’élèvent dans un secteur très riche en scorie, au pied du versant d’un relief volca-
nique (Fig. 05).

En dehors de ces deux ensembles, des constructions isolées sont apparues en particulier
sur le versant nord-ouest du piton où les militaires d’aujourd’hui ont construit un camp forti-
fié qui contrôle le passage vers Jabali. D’autres structures qui pourraient être des bâtiments
sont perceptibles dans la vallée du wadi Khâniq à l’ouest du site villageois parmi les zones
d’épandage des scories.

Figure 05 : Les bâtiments dans le fond de vallée Lahman.

142
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

L’abondance et la variété de la céramique prouve que des hommes ont résidé sur les lieux
à proximité des zones de réduction du minerai. L’agglomération centrale ne pouvait loger
qu’un nombre limité de travailleurs. Plus qu’un village groupé dans la vallée du wadi Khâniq,
comme pouvait le faire penser le texte d’al-Hamdânî, l’enquête archéologique tend à orien-
ter la recherche selon l’hypothèse d’un habitat dispersé autour d’une agglomération de taille
limitée. Quant à la datation du lieu, elle s’inscrit dans une fourchette relativement large allant
de la période préislamique aux périodes omeyyade et abbasside. Cette chronologie est éta-
blie à l’aide de la céramique la plus commune retrouvé sur le site. Notons que des tessons
de céramique à glaçure bleue datés entre le IVe siècle et le Xe siècle de notre ère sont égale-
ment présents. Ils s’inscrivent dans une tradition céramique propre à l’Iran et font ainsi écho
à la description d’al-Hamdânî : « Les habitants d’al-Radrâd étaient tous des Persans, venus
là au temps de la Jâhiliyya, des Omeyyades et des Abbassides […] ».

La spécificité de cette zone d’habitations est son lien étroit avec la métallurgie. Tout aussi
impressionnante que la mine, la zone d’épandage de scories s’impose dans le paysage. Au
total, ce sont plus de 70 hectares recouverts d’une épaisseur variable de scories de 50 cm
à quelques centimètres. La première zone d’épandage qui s’étend le long du wadi Khâniq
mesure plus de 2,5 km par plus de 200 m de large. La seconde est longue d’un kilomètre
pour également 200 m large. La couverture varie également dans sa répartition spatiale
mais, d’une manière générale, toutes les parties basses en contact avec le lit du wadi sont
occupées par des résidus métallurgiques qui forment autant d’auréoles. Il ne semble pas
qu’il reste de vestiges de structures métallurgiques affleurant, mais par endroits la concen-
tration de scories et de fragments de parois de four laisse présager la présence d’un four.
Certaines zones se caractérisent par une petite accumulation de scories en leur centre for-
mant un monticule de 1 m de long pour 50 cm de haut et de large (Fig. 06). Les scories sont
largement fractionnées, reflet d’une activité de concassage. Le concassage est attesté par
la présence d’un nombre impressionnant de mortiers ou tables d’enclume en pierre ain-
si que de percuteurs. Le matériel est similaire à celui qui servait dans les ateliers minéralur-
giques mais en nombre bien plus important. La relation entre l’habitat et la métallurgie de
l’argent est nettement marquée par l’emplacement de plusieurs amas de scories au contact
des bâtiments. Il existe également des zones de tri et concassage de ces déchets sur les
terrasses des habitats. Il faut pourtant reconnaitre que seuls apparaissent sur l’ensemble
du site des vestiges de réduction et de concassage des scories. La coupellation n’a pas été
identifiée. Cette opération est pourtant indispensable pour produire de l’argent. Or le texte
d’al-Hamdânî est très clair sur ce point : « Quant à ceux qui étaient dans la mine, ils obte-
naient à partir de leurs fours une grande quantité d’argent […] Ils obtenaient en une semaine
la charge d’un chameau, ce qui équivalait à 20 000 dirhams, soit environ 1 000 000 de di-
rhams par an. » De Jabali part de l’argent et non du plomb d’œuvre. Si les fours de réduc-
tion du minerai peuvent être multiples, les ateliers de coupellation étaient sans doute beau-
coup moins nombreux. Il peut même être unique. L’opération qui conduit à la libération du
métal précieux exige un contrôle de la production comme on le perçoit également à Melle.
De fait, à Jabali comme à Melle, il est d’autant plus difficile de localiser cet atelier avec cer-
titude. Mais plus qu’à Melle, l’absence de litharge trouvée hiératiquement renforce l’hypo-
thèse d’une concentration en un seul lieu de ce moment de la production.

143
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 06 : Un amas de scories concassées.

3. Les matériaux métallurgiques

La fouille d’une fonderie à Melle et la prospection intensive menée sur les zones d’épan-
dage de la scorie à Jabali autorisent une première comparaison du matériel métallurgique
que l’analyse chimique complète. A minerai équivalent, les grandes étapes de la produc-
tion du plomb et de l’argent aux périodes anciennes restent identiques quelle que soit la la-
titude ou se déroule l’opération. Il est impératif de se débarrasser en premier lieu du soufre
qui compose la galène pour viser la formation d’un oxyde plomb. Puis cet oxyde doit être ré-
duit afin de libérer le plomb métallique. Durant cette étape, l’argent présent dans le minerai
suit le plomb aboutissant à ce qu’il est convenu d’appeler un plomb d’œuvre. Cet alliage de
plomb et d’argent doit alors être coupellé pour obtenir la séparation de l’argent. Cette opé-
ration, qui repose à la fois sur la facilité d’oxydation du plomb et sur l’impossibilité d’oxyder
l’argent lorsque la température excède 146° C, entraine la transformation totale du plomb en
un oxyde connu sous différents noms dont le plus commun est la litharge. L’argent est récu-
péré avec un degré de pureté pouvant être supérieur à 99 %. Enfin l’oxyde de plomb peut
être retransformé en plomb métal lors d’une étape de réduction connue sous le nom de re-
vivification. Il s’agit uniquement ici des quatre grands moments clef de cette métallurgie. Elle
peut connaitre des ajouts comme des simplifications.

L’étude de la fonderie de la Fontaine-du-Triangle a mis en évidence plusieurs étapes mé-


tallurgiques qui s’inscrivent sans difficulté dans la chaîne opératoire décrite ci-dessus. La

144
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

phase d’activité de cet atelier s’inscrit principalement entre les VIIIe et IXe siècles14. La dé-
couverte d’une obole lors de la fouille a permis d’affiner la datation à la seconde moitié du
IXe siècle15. La mise au jour de quelques tessons de cette période a définitivement confir-
mé la datation.

Malgré la fouille de cet atelier, aucune scorie ne peut être attribuée avec certitude à une
structure car le travail des métallurgistes a impliqué un déplacement de ces déchets vers la
zone basse du site. Le classement proposé ne peut donc pas reposer sur des éléments pré-
définis, seuls des résidus en position secondaire étant disponibles. Néanmoins, la réduc-
tion demeure la phase de transformation impliquant la plus importante formation de sco-
ries. De plus, la litharge, si caractéristique, est l’unique produit qui peut être rattaché, sans
grand risque d’erreur, à une phase précise de production : la coupellation. Reste l’épura-
tion. Il s’agit de faire fondre le plomb d’œuvre pour le dissocier des scories et charbons qui
auraient pu être piégés à la fin de la réduction ou lors de la récupération du plomb dans les
scories. Les conditions nécessaires à cette opération (température, pression et composition
de l’atmosphère) ne sont pas de nature à entraîner des modifications sur les scories pro-
duites lors de la réduction. Il devrait donc être très délicat de dissocier des scories de réduc-
tion de celles de l’épuration, faute d’informations issues de la fouille. Le problème se pose
avec encore plus d’acuité pour les éléments constitutifs des réacteurs. La chaleur produite
à chaque étape a été suffisante pour cuire l’argile. Seules les parois scoriacées peuvent être
rattachées à la réduction. L’argile cuite mais non scoriacée ne peut pas être associée a prio-
ri à la réduction, à l’épuration ou à l’affinage. Restent les résidus de plomb. Ils peuvent aussi
bien provenir de pertes lors de la coupellation ou de l’épuration que du traitement des sco-
ries, et donc être issus de la réduction. Ces limites étant placées, le classement des rési-
dus métallurgiques repose principalement sur des caractères visuels. L’aspect général est
défini selon un des six critères suivants : scorie amorphe, coulée, en cordon, en plaque, de
fond, en goutte.

Ce travail ne doit pas être comparé à une typologie. Il n’en a pas la prétention ni l’objec-
tif. La mise en place d’une typologie serait d’une difficulté extrême, compte tenu du grand
nombre de caractéristiques imputables à chaque produit métallurgique. Ces derniers offrent
une grande hétérogénéité qui nécessite une réduction abusive des critères de classement
pour parvenir à un petit nombre de classes. A l’inverse, la prise en compte de tous les cri-
tères entraîne la multiplication des classes, qui rend la typologie inopérante. Le classement
repose sur un corpus de 715 scories.

Les scories les moins nombreuses sont des scories coulées en cordons (Fig. 07). Elles ont
toutes été découvertes sur la zone de retraitement des scories. La présence de produits
plombifères en surface de l’une d’elles explique à la fois cette localisation et la difficulté
de retrouver d’autres cordons : ces pièces sont relativement fragiles et ont été facilement
concassées par les métallurgistes.

14 Datation ARC 1733, âge 14C conventionnel : 1205 +/- 40 BP ( 13C estimé de -25,00 0/00 vs PDB) ; date
14
C calibrée : 680 cal AD - 955 cal AD (courbe de calibration de Stuiver et Becker, 1986, radiocarbon 28,
863-910).
15 Il s’agit d’une obole frappée sous le règne de Charles le Chauve (840-877) : D/ monogramme de Charles
dans le champ ; R/ + METULLO ; entre deux cercles de grènetis, au centre une croix, 0.689 gr, diamètre :
17 mm, Prou n°703, Gabriel n°622-classe 1.

145
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

La seconde famille est celle des fonds (Fig.


08). Cette dénomination recouvre en fait une
scorie plano-convexe n’ayant pu se former
qu’à même le sol. Une seule de ces scories
a été trouvée en place. Sa fragilité a entraîné
sa fragmentation en une quarantaine de mor-
ceaux. Elle se compose de très peu d’élé-
ments scoriacés mais elle épousait parfaite-
ment les contours du fond du bas fourneau.
Pour les autres, il n’est pas possible de défi-
nir si elles sont directement issues du four, ou
proviennent d’une coulée et d’un refroidisse-
ment hors de la structure métallurgique. Sur
Figure 07 : Scorie coulée en cordon (Melle). ces exemplaires, trois présentent une orien-
Cliché : J.-Ch. Méaudre. tation homogène des cordons de coulée. Le
contact entre l’argile et la scorie est toujours
visible. Mais surtout, des produits plombifères sont piégés dans l’argile cuite. Leur présence
témoigne d’un refroidissement lent de la scorie, qui a conservé pendant un temps suffisam-
ment long sa fluidité, permettant au plomb de passer pour se stocker dans les fentes de ré-
traction de l’argile. La scorie se formant dans le four au-dessus du plomb, il apparaît alors
évident que le plomb d’œuvre est retiré liquide hors du bas-fourneau, la scorie prenant alors
sa place et continuant de s’épurer jusqu’à ce qu’elle atteigne une température trop basse
pour permettre la circulation du plomb dans le verre.

Figure 08 : Fond de four (Melle).

146
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

La troisième classe comprend des


scories en plaque avec ou sans
traces de coulées (fig. 9). L’as-
pect général est souvent vitreux,
avec de nombreuses inclusions
de quartz. Une majorité d’entre
elles porte encore les traces de
la paroi argileuse où elles se sont
formées. Les gouttes de plomb
ou d’autres produits plombifères
sont la preuve que ces scories se
sont bien formées au contact de
la charge, et non par simple fu-
sion de la paroi.

Les scories coulées montrant ou


non un sens déterminable sont
en grande majorité vitreuses. La
présence de grains de quartz sur
un bon nombre d’entre elles peut
Figure 09 : Scorie coulée en plaque (Melle). indiquer une formation de ce ma-
Cliché : J.-Ch. Méaudre. tériau à proximité de la paroi.

Dernière forme de matériaux clairement définie, les gouttes de plomb ont toutes été trou-
vées dans des structures de fusion et d’épuration ou à proximité (Fig. 10).

Il n’est pas possible de donner une forme clairement définie au reste des scories de ce
corpus, soit 267 pièces. La faute en incombe autant au problème de conservation qu’au
procédé de retraitement de ces résidus. Cet état de fait complique singulièrement l’étude

Figure 10 : Gouttes de plomb libres et prises dans la scorie (Melle). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

147
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

des scories de la fonderie, puisque ne sont conservées que les scories ayant échappé au
concassage. Les éléments les plus intacts ont pu être rejetés tels quels car ne présentant
pas d’intérêt aux yeux des métallurgistes carolingiens.

La dernière classe est formée par les éléments de parois (Fig. 11). Il s’agit en fait d’argile
plus ou moins cuite, avec ou non des parties scoriacées, des billes de plomb ou des mor-
ceaux de scorie. Aucune forme ne se distingue. Il n’a pas été possible au cours de la fouille
de mettre au jour des trous d’évents ou des emplacements de tuyère. La difficulté de lecture
de ces pièces tient cette fois encore au concassage dont elles ont fait l’objet.

Ainsi sur les 715 scories observées, il est possible de définir sept classes. Cinq sont dévo-
lues à des scories relativement définissables par leur forme, une rassemble les scories indé-
terminées et une dernière comptabilise toutes les parois. Ce petit nombre de classes donne
un aspect très simplificateur qui ne doit pas faire illusion. Les variabilités au sein de chaque
groupe montrent qu’il serait possible de démultiplier ce classement, car un grand nombre
de scories ont des caractéristiques propres.

En faisant abstraction des scories indéterminées et du plomb en gouttes, les parois oc-
cupent une part importante (41 %). Ce taux apporte deux informations intéressantes. Il
semble que les métallurgistes ont eu besoin très fréquemment de restaurer l’intérieur de leur
fourneau, et que pour ce faire, ils n’ont pas hésité à détruire des parois encore partiellement
saines. Les parois retrouvées ne portent jamais de traces de rechapage. D’autre part, l’im-
portance du nombre de morceaux de parois minimise la production de scories proprement
dite. La formation de ces résidus n’est pas, dans le cadre de cette métallurgie, aussi mas-
sive qu’il y paraît au premier abord.

Figure 11 : Elément de paroi (Melle). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

148
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

A Jabali, la typologie des scories repose d’abord sur un prélèvement in extenso du matériel
sur une surface donnée nécessairement réduite (1m²) vu la densité au sol. Puis nous avons
pratiqué une recherche extensive visant à localiser des éléments spécifiques (parois, tuyère,
évents, etc.) propres à éclairer la métallurgie à laquelle nous sommes confrontés. L’affleure-
ment de ces amas permet de compenser l’absence de fouille pour la réalisation de cette ty-
pologie. Plusieurs familles de scories se distinguent. Elles sont définies ci-dessous.

La scorie vitreuse est massive sans vacuole (Fig. 12). Nous n’avons pas trouvé d’exemple si-
gnificatif comportant des billes de plomb. Sa présence préférentielle dans les espaces visi-
blement dédiés à la métallurgie extractive conduit à émettre l’hypothèse d’une scorie ayant
fait l’objet d’un écoulement hors du fourneau lors de la fonte. En effet, son caractère vi-
treux traduit un refroidissement rapide limitant la présence des phases cristallisées. Le verre
est noir. L’observation macroscopique ne permet pas de distinguer d’éléments métalliques.
Elles sont associées aux scories coulées en petit cordon. Celles-ci ont une patine brune.
Elles sont vitreuses. Leur diamètre n’excède pas 1cm. Elles ont moulé le sol sur lequel elles
ont coulé. Elles sont massives et noires sur cassure fraîche.

Les scories cristallisées forment la classe la plus fréquente (Fig. 12). Elles sont denses. Elles
peuvent être massives ou avec des bulles allant de moins d’un millimètre à plus d’un centi-
mètre. Des vacuoles de 3 cm3 ont été observées. Fréquemment elles portent des marques
de charbons de bois. Notons que ces marques sont particulièrement bien formées. Elles
traduisent une bonne fluidité, conséquence soit d’une température relativement élevée soit
d’un point de fusion abaissé par l’ajout de fondant. Les scories cristallisées comportent
souvent des billes de plomb. Le fait d’en retrouver communément donne une information
essentielle sur la taille minimale des billes de plomb qui ont fait l’objet de récupération.
Celles encore contenues ont des tailles égales ou inférieures à 3,5 mm. Nous n’avons pas
trouvé de module supérieur. On peut donc émettre l’hypothèse d’une récupération des billes
supérieures à cette dimension. Par comparaison, sur le site de Melle, les billes supérieures
à 0,5 mm ont été collectées. Bien que nous soyons dans un même système de retraitement,
il y a là une différence notable. La scorie cristallisée est coulée dans la plupart des cas. Elle
a donc été volontairement évacuée du four alors qu’elle venait de connaître un refroidisse-
ment lent suffisant pour que les cristallisations se mettent en place. La coulée s’est évidem-
ment faite alors que la masse de scorie était encore chaude. La présence de scories coulées
et cristallisées est donc une nouvelle preuve d’un travail à haute température.

Figure 12 : Scories vitreuses et cristallisées (Jabali). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

149
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Les scories massives se sont écoulées hors du fourneau. Leur surface est très lisse ou avec
quelques petites ridules. Elles ont de grosses vacuoles qui n’ont pas crevé à la surface. Il y
a des extrémités latérales de coulée. Trois fragments permettent d’avoir une idée de l’épais-
seur de la coulée qui est estimée entre 1 et 3 cm. Dans l’ensemble, ces scories sont cristal-
lisées. Un des spécimens collectés présente un reste de faciès amorphe sur la partie exté-
rieure. On note la présence de rares billes de plomb.

Enfin les scories denses avec vacuoles composent une classe ayant un module de l’ordre
de 5 cm. Elles sont finement cristallisées, ce qui traduit un refroidissement lent. Il y a des
empreintes de charbon de bois sur lesquelles on peut observer de petites billes de plomb in-
fra millimétriques. Les vacuoles sont nombreuses et de tailles réduites. Il s’agit bien de sco-
ries coulées hors du fourneau. Elles ont moulé le sol et piégés de petites pierres. Il pourrait
s’agir des dernières scories à sortir du bas fourneau.

Pour le classement du matériel céramique architectural à vocation métallurgiques, nous


sommes confrontés à l’altération des pièces céramiques métallurgiques. Elles semblent
toutes avoir été mises en usage lors de la cuisson. De ce fait, ne se conservent que les par-
ties cuites, ou partiellement cuites, lors de l’opération métallurgique. Les parties non cuites
mais également la couverte vitreuse ont été érodées par le sable. Il existe aussi des varia-
tions importantes et rapides des conditions de cuisson.

Un premier ensemble céramique se dessine clairement. Il s’agit de briques crues (Fig. 13).
Deux familles se distinguent par leurs dimensions bien qu’il n’ait pas été possible de retrou-
ver une seule brique intacte. Il y a une famille de briques dont la largeur et l’épaisseur se re-
groupe autour 7 cm de côté pour 3 cm d’épaisseur. Parallèlement, il existe un module plus
important : 11 cm de
côté pour 5 cm d’épais-
seur. Ces briques sont
disposées non cuites et
encore malléables lors
de la construction du
four. La cuisson superfi-
cielle de ces objets tra-
duit bien la variation des
atmosphères à l’intérieur
du four. La grande majo-
rité présente une cuisson
oxydante mais quelques-
unes ont été cuites en at-
mosphère réductrice, ce
qui semble être un indice
pour leur positionnement
dans la structure de fu-
sion : les éléments cuits
en atmosphère réduc-
trice devaient se trouver
Figure 13 : Elément de paroi (Jabali). à proximité du creuset,

150
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

dans la zone où la réduction avait lieu, alors que celles cuites en atmosphère oxydante se
placent plus haut dans la structure.

Il faut également noter le cas unique d’une pièce céramique non cuite mais présentant une
scorification interne de 2 mm d’épaisseur. La courbure interne définie un cercle de 6 cm de
diamètre (Fig. 14). La vitrification laisse penser qu’il pourrait s’agir d’un fragment de canal
d’écoulement. En revanche ce canal n’a sûrement jamais vu passer une coulée de scorie.
Son état de propreté s’y oppose. Il pourrait avoir servi à laisser s’écouler du plomb. Nous
serions donc en présence d’un four avec une double évacuation : l’une pour les scories,
l’autre pour le métal.

Enfin, sur l’ensemble du site, on trouve en proportion assez faible mais toujours consé-
quente des pierres portant des traces de fusion. Les deux échantillons prélevés ont connu
une chauffe importante mais ne sont pas de même origine géologique (un calcaire, une
roche volcanique). Il ne semble pas y avoir un choix des métallurgistes dans la nature des
roches leur servant à constituer une partie du fourneau. Les faibles quantités repérées
laissent à penser que les fours sont équipés d’une chemise interne en argile et d’un revê-
tement extérieur en pierre. Il est possible que les roches ne servent qu’occasionnellement
dans la structures des fours.

En plus de l’observation extensive permettant de récréer un panel type des déchets métal-
lurgiques de Jabali, une stratégie d’échantillonnage globale mais limitée a été appliquée. Il
s’agit ici de quatre ramassages effectués à chaque fois sur une surface d’un mètre carré uni-
quement sur les éléments affleurants.

Un premier prélèvement
a été fait sur une zone
d’épandage en contact
avec le lit du wâdî. La na-
ture des scories identi-
fiées donne à penser que
nous sommes bien en
présence d’un dépôt en
position de rejet secon-
daire. Les scories cris-
tallisées sont très large-
ment majoritaires. Elles
représentent 96 % de la
masse du corpus. Il s’agit
d’un dépôt réalisé à par-
tir d’un matériel volontai-
rement trié et contenant
principalement ces sco-
ries cristallisées. La qua-
si absence de parois est
également un indicateur
Figure 14 : Fragment de tuyère (Jabali). Cliché : J.-Ch. Méaudre. fiable. La granulométrie

151
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

(principalement des éléments de taille allant d’une noix à un abricot) montre une opération
de tri dans laquelle le concassage reste très secondaire. L’objectif n’est pas de broyer la
scorie pour récupérer la plus grande partie du plomb métallique mais plutôt de fracturer les
blocs pour vérifier la présence/absence de gros fragments de plomb. La taille de ces frag-
ments reste difficile à définir mais doit être supérieure à 3 ou 4 mm. C’est une limite au-de-
là de laquelle on peut penser à une récupération du plomb piégé. L’estimation de cette di-
mension repose sur la taille maximale des billes observées dans des fragments de scorie
cristallisée. A l’inverse, le second prélèvement réalisé à proximité sur un autre amas montre
une plus grande variété de matériaux. En masse, la scorie cristallisée ne représente plus que
30 % du corpus. Les scories vitreuses restent minoritaires (10 %) comme les scories mixtes
(4,4 %). En revanche les éléments constitutifs de la structure métallurgique sont très bien
représentés avec 22 % de pierres scoriacées, 26 % de parois et 6,5 % de terre architectu-
rale non cuite. Ce dépôt caractérise clairement une activité de métallurgie extractive. Sur
une même zone, il y a donc association de la phase de transformation du minerai en mé-
tal et de la phase de retraitement des déchets. Un troisième prélèvement a été fait sur les
accumulations de scories présentes sur le plateau, dans la zone des bâtiments. L’échantil-
lonnage s’est fait sur une épaisseur de 10 cm, ce qui représente la puissance totale de la
couche puisque la roche naturelle a été atteinte. On retrouve les trois grandes familles asso-
ciées à une grande quantité d’éléments de parois de four. L’ensemble témoigne d’une ac-
tivité de réduction. Enfin un quatrième prélèvement a été fait dans l’un des espaces fermés
du bâtiment 10. Une couche de scories concassées à la taille d’une noisette avait été loca-
lisée. La couche s’est avérée très superficielle. Elle dénote une activité de concassage ré-
duite et ponctuelle. La quasi-totalité des scories est cristallisée. Aucun fragment de paroi n’a
été relevé. Le concassage s’est fait alors que le bâtiment définissait clairement des espaces
fermés. Les scories se trouvent accumulées dans un des angles. L’image de l’activité sur le
plateau comme sur les sites dans la vallée reste la même et associe systématiquement mé-
tallurgie extractive et retraitement des déchets.

4. Four de réduction et traitement de la scorie


Il est possible de proposer une vision comparative des deux sites touchant à la fois la struc-
ture de réduction et la phase de retraitement de la scorie.

4. 1. Les réacteurs de Melle et de Jabali, premières proposi-


tions

4.1.1. Les fours métallurgiques à Melle

A Melle, Nous n’avons retrouvé qu’un seul four de réduction (Fig. 15). Sa découverte a été
possible sur les seules indications de la prospection magnétique. En effet, la structure n’est
associée à aucun dépôt de scories, rendant sa détection en prospection pédestre impos-
sible. A l’issu de la prospection magnétique, il a fallu réaliser un décapage d’une centaine
de mètres carrés à l’emplacement de l’anomalie. La structure repérée se présente comme

152
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 15 : Vestiges du four


de réduction à la Fontaine-du-
Triangle (Melle).

153
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

une forme ovoïde d’un mètre de long pour 60 cm de large dans son renflement le plus im-
portant. L’argile du sol a été cuite. Un croissant plus rubéfié se distingue en tête du four, la
partie la plus étroite. Il s’ouvre vers l’intérieur de la structure. Au cours de la fouille, la forme
ovoïde s’est confirmée. Ce creusement assez peu profond (15 cm au maximum) présente
des bords aux pentes douces. Le croissant marque bien l’emplacement du four. Le reste du
creusement peut être considéré comme une fosse de réception de la scorie lors du curage
par la porte du four. La coupe dressée dans l’axe du four met bien en évidence la distinc-
tion faite entre la tête et la fosse. La fosse de réception présente un remplissage homogène
s’étant formé après l’abandon du four. Il s’agit d’argile cuite, de scories plombeuses et de
charbons de bois. La tête du four montre une série stratigraphique plus riche, car composée
de deux strates archéologiques en place dont la plus profonde (notée 4009) est considérée
comme le reste du fond d’un four après la dernière opération. Elle est sub-horizontale, et
se compose d’un lit de scories plombeuses. Ce lit s’arrête, en plan, au même niveau que le
croissant d’argile rubéfiée. La partie supérieure de la stratification de la tête du four corres-
pond à un niveau d’abandon. On y retrouve les éléments constitutifs de la partie en éléva-
tion : des argiles à différents stades de cuisson. L’absence de fondation et surtout la petite
taille de la cuvette témoignent d’une construction peu élevée. Le croissant d’argile rubéfiée
indique une structure fermée. Il s’agit donc bien d’un four avec un bassin de coulée. La sco-
rie produite est suffisamment chaude pour cuire l’argile, et assez liquide pour pénétrer dans
les fentes de la terre comme en témoignent les multiples échantillons récoltés montrant sur
leurs faces inférieures des traces d’argile veinée de scories. Mais rien ne prouve que la sco-
rie devait couler. Bien au contraire, lors de l’ouverture du four, le plomb, plus lourd et plus
fusible que tous les autres matériaux présents, doit se présenter à la base du four. Si la sco-
rie coule, elle le fait après l’évacuation du plomb à condition que l’ouverture du four soit à
la base de la structure et qu’il n’y ait pas de soutirage de la scorie durant la réduction par
une ouverture plus haute dans la colonne de réduction. D’une façon générale, les scories re-
trouvées indiquent plus un état pâteux que liquide. Notons aussi que, puisqu’il y a produc-
tion de scories, on peut affirmer que la charge du four n’était pas pure en minerai. Un élé-
ment structurel doit nous arrêter. Le creuset du four, seule partie conservée, présente des
parois plus rubéfiées que son fond. On peut exclure que le curage du creuset soit à l’origine
de cet état de conservation. La forme générale du four au moment de son abandon l’inter-
dit. D’autre part, si les parois sont rubéfiées, elles ne sont pas scoriacées. Il semble alors lé-
gitime d’avancer l’usage d’une brasque. Il s’agit d’un mélange de poussier et d’argile avec
un peu d’eau. On obtient une pâte qu’il est possible de compacter et qui forme un revê-
tement isolant, peu couteux et facile à mettre en place par compression. Les éléments ar-
chéologiques se rapportant à ce matériau sont très rares et mal identifiés. Sur le plan histo-
rique, si l’étymologie rattache ce terme à une origine gothique passé au français via l’italien,
la première définition du terme « brasque » comme réfractaire n’apparait qu’en 1757. En re-
vanche, une description, sans nommer le produit, est donnée dans la Pirotechnia de Birin-
guccio16. On voit ainsi que ce produit était connu bien avant que le nom de brasque s’im-
pose. Outre ces qualités réfractaires qui expliqueraient le faible impact thermique constaté
sur le creuset du four, la brasque n’interagit pas chimiquement avec le plomb permettant la
formation d’un bain de plomb au fond du creuset. D’autre part sa combustion lente entraine
la formation d’une fine couche de cendre inerte qui, suivant la loi du mouillage, empêche
également le plomb de s’infiltrer dans la couche et de se perdre. Les scories que ce four a

16 Biringuccio, 1540 (1990), p. 148-149.

154
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

générées ont été étudiées à la recherche des petites billes de plomb qui y sont piégés. Avec
une moyenne de 230 ppm d’argent dans le plomb métallique des scories, il apparait que
les métallurgistes travaillant sur la fonderie du Triangle n’avaient accès qu’à une galène très
pauvre. La position de cet atelier en périphérie du gisement pourrait expliquer ce travail qui,
s’il n’y avait pas les litharges, s’apparenterait à une simple métallurgie du plomb.

Deux autres structures métallurgiques ont été identifiées comme des foyers de refonte ou
de revivification. Elles se présentent de la même manière dans les deux cas. Il s’agit d’un
petit creusement de 15 cm de profondeur pour un diamètre de 60 cm (Fig. 16). Le fond et
les bords montrent une rubéfaction assez profonde (2/3 cm), sauf dans la partie ouverte de
la structure. Aucune scorie n’a été retrouvée en place. Le remplissage de ces structures se
compose en grande partie d’argile cuite, mais l’on note aussi la présence de scories ain-
si que de petits nodules de plomb et de litharge. Il semble qu’il s’agisse d’un bas foyer ou-
vert sur un côté, présentant à la fois une zone de chauffe (la partie la plus profonde) et une
zone de travail. S’il y a eu une élévation, elle était réduite et posée au niveau du sol, car au-
cune marque en creux n’a été retrouvée. La seule différence notoire entre ces deux foyers
est l’existence pour l’une des structures de trous de piquets laissant entrevoir la possibilité
de la présence d’un soufflet. Ce genre de bas foyer est connu en ce qui concerne l’activi-
té des bronziers. Ils y travaillent leur alliage. La petite taille des foyers, leur position dans le
sol incitent à penser qu’il s’agit d’une étape métallurgique intermédiaire servant à agglomé-
rer des morceaux de plomb entre eux. Par analogie on peut penser, comme en témoignent

Figure 16 : Vestiges d’un des foyers ouverts de refonte ou de revivification à la Fontaine-du-Triangle
(Melle).

155
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

aussi les résidus plombifères mis au jour dans le remplissage, que ces bas foyers servaient
à refondre et affiner du plomb issu d’une première fusion. Dans cette structure, des billes de
plomb et des fragments de litharge ont été mis au jour. Parmi les 38 billes de plomb analy-
sées, une seule s’apparente à un plomb d’œuvre avec une teneur en argent de 2257 ppm.
Les 37 autres tiennent une moyenne de 138 ppm d’Ag évoluant entre 50 et 300 ppm. En
revanche, les litharges attestant indubitablement d’une coupellation tiennent moins de 10
ppm ce qui est un taux très bas en comparaison de nos observation expérimentales (40 à
180 ppm d’Ag)17. Par la proximité des dosages en argent des plombs archéologiques et des
plombs expérimentaux revivifiés, l’hypothèse de la présence de foyers de revivification sur
l’atelier de la Fontaine-du-Triangle est assez séduisante. Il ne faut pourtant pas s’interdire
de penser qu’il peut s’agir également de simples foyers de refonte pour agglomération du
plomb après sa séparation manuelle et son lavage (cf infra). Les rares exemples de vais-
selles métallurgiques iraient d’ailleurs dans le sens d’une activité mixte de refonte et revivi-
fication. Nous avons trouvé quatre fragments de creusets dont un seul est réellement issu
d’un creuset alors que les trois autres sont des céramiques domestiques en réemploi. La fa-
cilité de refonte du plomb pour agglomération autorise ces réemplois. En revanche, la revi-
vification oblige a utilisé une céramique supportant le contact du plomb à haute température
sur des plages de temps plus importantes.

Enfin reste l’étape fondamentale de cette chaîne opératoire : la coupellation. A Melle, elle se
caractérise par la présence de culots de litharge. Alors qu’aucun four de coupellation n’a pu
être identifié, ces culots renseignent précisément sur les gestes du fondeur. Tous sans ex-
ception portent en leur centre l’empreinte d’un ringard métallique de section carré. Lorsque
le culot est bien préservé, il est facile de lire l’usage d’une barre métallique à pointe pyrami-
dale. Lors de la coupellation, un bain d’oxyde de plomb se forme en surface de l’alliage. Le
fait de plonger le ringard froid dans le bain entraîne la solidification de la litharge autour de la
tige. L’opération est répétée plusieurs fois entrainant l’accumulation concentrique si carac-
téristique. Selon C. Conophagos, ce procédé est réservé à la seconde coupellation lorsque
le métallurgiste travaille avec un plomb déjà enrichi et cherche à libérer l’argent18. De notre
côté, par le biais de nos expérimentations, nous pouvons affirmer que ce travail au ringard
ne peut être efficace que sur des bains de plomb de faible volume. Le geste doit être précis
et la chaleur dégagée par les gros fours de coupellation l’interdit19.

4.1.2. Le four de réduction de Jabali

Aucun emplacement de four n’a été identifié avec certitude à Jabali. L’architecture de ce-
lui-ci ne peut donc être appréciée qu’à la lumière des éléments mobiliers retrouvés avec
les scories. Le faible nombre de briques cuites en atmosphère réductrice laisse croire que
le creuset du four n’est pas nécessairement construit intégralement à l’aide de briques. Il
est difficile d’aller plus loin dans l’interprétation, ne disposant pas de fond de four. Quelle
que soit la nature de l’atmosphère, la pâte des briques est grossière avec des dégrais-
sants parfois centimétriques. Ces derniers peuvent aussi bien être minéraux (quartz, cal-
caire, roche schisteuse) que végétaux. Dans ce dernier cas ne subsistent que des em-

17 L’Heritier, 2012, p. 206-207.


18 Conophagos, 1981, p. 326-327.
19 L’Heritier, Tereygeol, 2010 ; Tereygeol, Guirado, 2012.

156
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

preintes. Sur chaque exemplaire, le gradient thermique se lit sans grande difficulté et l’on
note systématiquement une plus importante cuisson à partir des angles de l’objet. La très
grande majorité de ces briques montrent un percement interne suivi d’un lissage au doigt
ou à l’aide d’un bâton. Dans certains cas, l’épaisseur d’argile peut s’avérer très fine (moins
de 2 cm) et pourtant ces faces ont subi le feu. Doit-on conclure que l’armature extérieure de
ces fours est constituée de piquets contre lesquels le métallurgiste vient plaquer ces briques
crues et encore humides ? Des exemples n’existent que pour la métallurgie du fer. Autre hy-
pothèse, la recherche d’une économie de matière doublée d’une recherche d’isolation. Les
fours à tubulure sont connus mais, ici encore, aucun n’a jamais été associé à une métallur-
gie des non-ferreux.

Trois autres singularités de cette céramique métallurgique sont à noter. Premièrement,


la scorification de la brique est, d’une manière générale, peu développée, ce qui signi-
fie que les briques n’ont pas fondu lors de l’opération. En revanche, tous les exemplaires
montrent trois faces scoriacées. Ceci peut traduire un réemploi, qui s’oppose alors à
l’usage d’une armature extérieure en bois plaquée de terres architecturales encore mal-
léables. Deuxièmement, il est très rare de rencontrer deux briques liées entre elles lors de
la cuisson. Or, quel que soit l’assemblage envisagé, il y a naturellement des briques en
contact. Enfin, il existe encore au moins un spécimen de brique de forme triangulaire retrou-
vé en plusieurs exemplaires identiques. Dans chaque cas, il existe une empreinte dans la
brique qui est placée dans l’axe d’un des sommets. Des traces de fusion prononcée de la
pièce sont nettement visibles mais ces spécimens présentent peu de scories adhérentes.

Les fours de Jabali sont visiblement équipés de tuyères. Leur nombre par four n’est pas
connu. Plusieurs fragments ont pu facilement être trouvés. Il s’agit à chaque fois de pièces
céramiques semi-circulaire en berceau devant s’insérer dans un orifice pour faciliter la
conduite de l’air. La pâte est de même nature que ce qui a déjà été vu précédemment. La
partie cuite en atmosphère oxydante est celle au contact de la zone chaude alors que la
partie insérée dans la paroi du four ne semble avoir connu qu’une cuisson réductrice. Les
pièces retrouvées sont des fragments de tuyères insérés dans des orifices. La cuisson les a
lié l’une à l’autre. La tuyère semble former avec la paroi un angle donnant un pendage fort
à la pièce (40°). Sur certains exemplaires, la céramique est particulièrement scoriacée en
extérieur avec des traces de plomb sous le nez de la tuyère. L’intérieur de la tuyère a com-
mencé à se vitrifier laissant apparaître le réseau de grains de quartz servant de dégraissant.
L’abondance de ces grains en surface ne se retrouve pas au cœur de la pâte. Il y aurait donc
une préparation spécifique de ces pièces pour une meilleure tenue au feu. Enfin, il n’y a pas
eu de contact entre la charge, ou la scorie, et l’intérieur de la tuyère. La question de la ven-
tilation doit être posée. Nous pouvons affirmer qu’il existe dans le four une ou des ouver-
tures débordant dans la zone de chauffe. A ces ouvertures est adjoint un élément céramique
dont la dimension totale nous est inconnue. Il est encore impossible de dire si les fours fonc-
tionnent en ventilation naturelle, forcée ou mixte.

Si la présence de tuyère est indubitable, il existe aussi les traces d’évent, c’est-à-dire des
ouvertures dans la paroi auxquelles rien n’est adjoint pour faciliter la circulation de l’air. La
pâte présente un gradient thermique allant du rouge brique jusqu’au noir brillant (zone fon-
due). En plus du dégraissant habituel, on note la présence de gravier. La diffusion de la cha-
leur telle qu’il est possible de la lire dans la coupe, pose un problème qui repose peut être

157
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

sur les conditions atmosphériques lors de la cuisson de la brique. La partie rouge de la pâte
interprétée comme la moins cuite arrive au contact de la zone scoriacée sans passer par
le stade gris. Ce stade gris est en revanche bien visible sur la zone latérale de la brique. La
pièce est un angle de brique portant sur la face en contact avec la chaleur des traces nettes
de fusion, et sur une des faces d’assemblage la marque d’une cuisson réductrice sans que
les températures de fonte des divers constituants de la pâte n’aient été atteintes. Il n’en
reste pas moins que la séparation entre évent et tuyère puisse être un simple effet de notre
classement et que la réalité métallurgique soit moins simple. Le cas de la pièce E23 l’illustre
parfaitement. Il s’agit d’un fragment d’évent (tuyère ?) obturé (11x7x7 cm). La pièce a bien
servi à la ventilation d’un four. Sa disposition est difficile à restituer. Elle peut être d’horizon-
tale à sub-verticale. Sa particularité repose dans la présence d’un bouchon d’argile bien
moins cuit que le reste de la pièce mais lié par un début de fusion. Ce bouchon obstrue
l’évent, limitant la circulation de l’air. Si ces deux éléments sont synchrones, alors ce bou-
chon a été disposé vers la fin de l’opération métallurgique ou, tout du moins, après que la
zone chaude se soit déplacée et cessée de faire fondre l’évent. Nous aurions dans ce cas
une preuve de la gestion du feu par la modification des conditions de ventilation. Dans plu-
sieurs cas, ces fragments d’évent ont été en contact direct avec la charge. Lors de la dé-
coupe de certains, il a été possible d’observer des gouttelettes de plomb prises dans la sco-
rification de l’argile.

Quant à la dernière étape, nous n’en trouvons trace que par l’entremise du texte d’al-Hamdâ-
nî qui mentionne le départ d’argent depuis la mine, ce qui implique que la coupellation était
bien effectuée sur place. Aucun indice archéologique ne vient pourtant appuyer le texte.
Cela ne doit pas étonner outre mesure puisque nous savons que les déchets de la coupel-
lation sont réinjectés dans le cycle de production avec bénéfice puisqu’ils facilitent le travail
de réduction. Quant à la litharge, elle peut suivre le même chemin que les déchets pour fa-
ciliter les fontes ou être revivifiée pour produire du plomb.

4.2. Le retraitement de la scorie

Le traitement de la scorie, en métallurgie ancienne des métaux non-ferreux, est une étape
qui semble incontournable. Elle a été identifiée sur de nombreux sites couvrant un spectre
chronologique très large allant de la Préhistoire jusqu’à la période moderne20. Encore une
fois, les sites de Melle et de Jabali ont livré des vestiges évidents de ce moment tout en of-
frant une pratique très différente.

Le traitement de la scorie à Melle a entrainé la mise en place d’un atelier spécialement dédié
à cette tâche. Il est à proximité immédiate des zones de fonderies de la Fontaine-du-Triangle
(Fig. 17). C’est dans cet espace que se trouve concentrée la majorité des scories. Ce travail
s’effectue au cours de deux étapes relativement simples puisqu’il s’agit d’un concassage
manuel suivi d’un lavage. Les structures en relation avec cette étape du traitement sont prin-
cipalement des fosses et des canaux. Lors de la fouille, nous n’avons trouvé qu’une struc-
ture non excavée. Elle se compose de trois éléments distincts. On trouve d’abord un niveau

20 Barge, 1997 ; Pernicka, 1985. Un moulin à minerai et scories a existé sur le site de Pampailly pour le XVe
siècle (information orale, Paul Benoit).

158
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 17 : Plan de l’atelier de retraitement des scories à la Fontaine-du-Triangle (Melle).

159
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

de scories concassées de taille centimétrique avec quelques traces de terre cuite. Le tout
forme un ciment d’une dizaine de centimètres d’épaisseur sur une aire circulaire de moins
d’un mètre carré reposant à même l’argile (Fig. 18). Sous ce niveau, il a été mis en évidence
un sol argileux présentant de nombreuses dépressions. Elles sont interprétées comme des
déformations dues au dépôt sur sol meuble des scories, et surtout au concassage qui s’en
est suivi. Au contact de la couche de scories, il a été trouvé, fracturée mais présentant un
ensemble homogène, une de ces scories. Enfin dans le sens de la pente, provenant direc-
tement de cet amas de scories, une couche blanche pulvérulente d’une épaisseur inférieure
au millimètre a pu être localisée. Il s’agit d’un niveau d’oxydation du plomb (PbO). Il est le
produit d’une dégradation des scories et la conséquence de la libération du plomb lors du
concassage. Il s’agit sans doute ici d’une station de concassage. Les traces de terre cuite
prise dans le niveau de scories concassées et la scorie intacte indiquent que non seulement
la scorie était retraitée pour en extraire les billes de plomb mais que les parois du fourneau
l’étaient aussi.

Une fois réduit en poudre et sûrement après un premier tri manuel visant à récupérer les
plus gros fragments de plomb, le matériau était lavé. A la différence des laveries de minerais,
l’enrichissement du produit se faisait en eau courante. La plus grande différence de densi-
té entre le verre et le plomb qu’entre le calcaire et la galène peut justifier ce choix. Pour ac-
complir cette tâche, plusieurs creusements ont pu être identifiés. Neuf canaux ont été mis
au jour. Ils se présentent comme des creusements assez étroits (entre 30 et 50 cm) pour
une profondeur jamais supérieure à 50 cm. Les bords sont droits et bien marqués dans les
canaux de la partie sud alors que ceux de la partie nord sont beaucoup plus évasés. Les

Figure 18 : Accumulation de sable de scories à la Fontaine-du-Triangle (Melle).

160
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

pentes sont très faibles, n’excédant pas 1%. Le remplissage de ces canaux, sans être exac-
tement du même type dans tous les cas, peut être résumé en trois moments. Sur le fond se
trouve fréquemment un niveau d’argile grise riche en sable qui ressemble à une couche de
sédimentation naturelle Il suit un niveau d’argile brune litée traduisant un apport progres-
sif de matériaux issus d’un lavage. On note souvent dans ce niveau la présence de scories
de taille inférieure au centimètre. Enfin un troisième et dernier niveau de scories concas-
sées vient sceller le remplissage de ces creusements. Ces creusements visent uniquement
à amener et à évacuer l’eau des fosses.

Sept de ces fosses ont pu être


fouillées. Une typologie très
simple apparaît. Cinq sont de
forme triangulaire (Fig. 19).
Leur profondeur n’excède pas
une trentaine de centimètres.
Toutes sont associées à un ca-
nal qui longe un des bords de
fosse. Deux d’entre elles, dis-
posées en série, sont d’ailleurs
alimentées par le même canal.
La forme atypique de ces creu-
sements et l’étude des pentes
permet de bien saisir leur fonc-
tionnement. Elles sont utili-
sées en eau courante. Le débit
dans l’axe du canal peut ser-
vir lors du premier lavage pour
l’évacuation rapide des par-
ties les plus légères (charbons,
cendres, éclats vitreux de sco-
ries). Néanmoins la force du
courant, au regard de la topo-
graphie et de la source alimen-
tant le ruisseau, ne peut être
très importante. L’accumula-
tion d’eau dans le reste de la
fosse est utilisée dans le cadre
du lavage de la scorie broyée.
L’alimentation constante de la
fosse permet de travailler dans
une eau relativement propre Figure 19 : Fosse triangulaire de lavage de la scorie à la
Fontaine-du-Triangle (Melle).
ou, tout du moins, de disposer
à l’entrée du creusement d’une
zone toujours claire. En ménageant un temps de repos entre chaque lavage, non seulement
l’eau de la fosse se clarifie, ce qui est sans grande conséquence sur l’efficacité du lavage,
mais surtout toutes les parties flottantes sont emportées, ce qui limite d’autant l’entretien
de l’installation. Bien qu’aucun outil n’ait pu être retrouvé, nous retiendrons l’hypothèse de

161
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

l’utilisation d’une batée, car les fosses sont creusées dans l’argile. Les dépôts dus au la-
vage entraînent une accumulation. Sans ustensile adéquat, il devient rapidement impos-
sible de laver, et surtout il devient illusoire d’essayer de récupérer des nodules de plomb qui
auront tendance à s’enfouir d’abord dans les niveaux de sédimentation puis dans l’argile
géologique. Parmi ces cinq fosses mises au jour, une seule présente plusieurs niveaux de
fonctionnement en liaison avec le traitement des scories autorisant quelques constatations
fonctionnelles. Bien qu’il s’agisse d’une fosse pour le lavage, il ne faudrait pas croire que
l’eau vienne remplir complètement le creusement. Nous avons également caractérisé une
variation du débit qui alimentait cette structure. Il est difficile de mieux le définir mais il est
certain qu’il faiblit en cours de fonctionnement. Cette diminution est suffisamment durable
pour que les sédiments puissent se déposer, et surtout se consolider pour ne pas être re-
mobilisés lors de la reprise d’un débit plus fort. Une marche se distingue dans la coupe, elle
correspond à une des parois du canal qui l’alimente. Le canal d’amenée comporte au maxi-
mum 25 cm d’eau alors que, la marche aidant, la fosse n’est remplie qu’à hauteur de 15 cm.
Le débit est donc centré dans l’axe du canal avec une lame d’eau de 15 cm qui reste am-
plement suffisante pour un lavage au pan ou à la batée.

Restent deux fosses dont la fonction est mal définie, d’autant plus qu’elles n’apparaissent
pas dans leur totalité. L’une s’apparente au module triangulaire ayant été creusée dans des
sédiments plus anciens. Mais la fouille à plat n’a pas permis de lire correctement cette su-
perposition. La seconde semble avoir servi de zone de décantation pour les eaux usées. Il
s’agit d’un grand bassin alimenté directement par le ruisseau, sans bief ni canal d’amenée
d’eau. En fait, ce dernier creusement pourrait s’apparenter à un simple aménagement de
berge, mais les niveaux de sédimentation retrouvés dans différentes stratigraphies montrent
une accumulation d’eau supérieure au niveau du ruisseau ainsi qu’une eau relativement
calme : une retenue a bien été aménagée sans qu’elle soit localisée.

A Jabali, le retraitement de la scorie a été organisé de façon bien différente. Les zones de
traitement sont multiples et se trouvent à proximité des habitats (Fig. 20). Comme l’a mon-
tré l’étude de deux prélèvements proches l’un de l’autre, il se trouve aussi bien des dépôts
de scories issues directement de la réduction que des dépôts provenant d’un traitement
mécanique secondaire. Une quantité importante de scories n’a pas fait l’objet de retraite-
ment. Pourtant, le plomb sous forme de goutte est autant présent dans les scories de Ja-
bali que dans celles de Melle. Il est surtout beaucoup plus simple à voir lorsque l’œil de l’ar-
chéologue s’est habitué à sa patine noire qui contraste fortement avec le blanc habituel de
l’oxyde de plomb21. Le travail sur la scorie est limité à un concassage suivi d’un tri manuel.
Ce concassage est réalisé sur des enclumes de pierre dont les témoignages sont plétho-
riques, alors qu’aucune enclume de ce type n’a été mise au jour sur l’atelier mellois de re-
traitement de la scorie. L’objectif n’est pas comme à Melle de réduire la scorie à une poudre
mais bien de fractionner l’objet pour en extraire les plus gros fragments de plomb (Fig. 21).
L’observation des zones de rejet du concassage de la scorie faite apparaitre la limite de
cette opération qui laisse en à l’écart de nombreux fragments avec des billes pouvant at-
teindre cinq millimètres de diamètre. Les zones d’épandage comme les petits monticules de
scories concassées sont souvent associés à l’habitat, donnant l’impression que l’atelier de
traitement s’inscrit dans une activité domestique. A la différence de Melle, la récupération

21 Evidemment, dans les deux cas, le plomb avait un aspect métallique classique à l’issue de la réduction.

162
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

Figure 20 : Zone de retraitement de la scorie en liaison avec une unité d’habitation (Jabali).

Figure 21 : Les graviers de scorie à Jabali. Cliché : J.-Ch. Méaudre.

163
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

des billes de plomb est nettement moins poussée. Cette médiocrité du retraitement peut
avoir plusieurs raisons non exclusives. Tout d’abord la matrice de la scorie n’est pas un verre
comme à Melle mais un silicate de zinc cristallisé dont la dureté est nettement supérieure.
N’ayant pas de moyen mécanique très développée, les métallurgistes ont pu être contraints
de limiter cette étape du travail. L’image d’une métallurgie négligente peut donc être rejetée
à ce stade au profit d’un seuil technique. Il est également possible que le plomb libéré lors
de la phase de réduction soit bien plus abondant que dans le cas de Melle. En effet la pré-
sence de zinc et de fer dans le minerai à fondre facilite la formation de silicates de fer et de
zinc en laissant une quantité supérieure de plomb d’œuvre. L’abondance de plomb d’œuvre
aurait pu les détourner d’une tentative de récupération des plus petits fragments. On peut
se demander s’il n’y a pas une perte d’argent via le plomb laissé dans la scorie. L’analyse
des billes de plomb prélevées dans la scorie offre un élément de réponse. Sur les 48 ana-
lyses effectuées, la teneur moyenne en argent de ces billes de plomb est de 1700 ppm. Le
minimum constaté est de 300 ppm et le maximum s’élève à 5000 ppm. 60 % du corpus est
compris entre 500 et 2000 ppm d’Ag. Force est de constater que ce plomb délaissé est bien
du plomb d’œuvre. En regard de la teneur du minerai observé sur la zone minière, il est éga-
lement permis d’avancer l’hypothèse d’un emplombage de la charge à l’aide de litharge ou
de plomb désargenté.

Conclusions
Alors qu’elles s’appuient sur un même minerai dans un contexte géologique similaire, les
stratégies de production perçues à Melle et à Jabali varient notablement. Elles sont condi-
tionnées en premier lieu par la géométrie du gisement. La taille plus réduite du gîte de Jaba-
li autorise une concentration de la phase métallurgique en un seul point. Bien que nous sa-
chions par ailleurs que d’autres points minéralisés voisins ont été exploités, comme le wadi
Shutayba à qui est associée une zone d’activité métallurgique, il semble acquis que les arts
du feu soient regroupés très majoritairement dans le wadi Khâniq. Dans le cas de Melle, la
dispersion des zones de production sur une centaine de km² a sinon autorisé, du moins ren-
du nécessaire, l’implantation de plusieurs ateliers de fonte.

Malgré la difficulté à retrouver les ateliers mellois, ils apparaissent comme des lieux de
concentration secondaires de l’activité limitant la dispersion et la multiplication des zones
de production. Sur ces ateliers, la production d’argent est effective comme en attestent
tant les découvertes de litharge faites à la Fontaine-du-Triangle que la dispersion sur l’en-
semble du gisement des culots de coupellation. L’atelier monétaire qui prend place dans
Melle concentrerait ainsi la production finalisée des différents ateliers, facilitant par là même
le contrôle par l’autorité émettrice. A l’inverse, le village du wadi Khâniq trahit certes une
concentration de la métallurgie sur la zone du village, mais, en son sein, elle se caractérise
par la multiplication des ateliers. Alors que la préparation des minerais apparaissait à Jaba-
li comme un travail sinon commun, a minima très centralisé, la métallurgie est du ressort de
nombreuses petites équipes. L’absence d’évidence archéologique de la coupellation pour-
rait cacher la centralisation forte dont peut faire l’objet cette dernière étape. Il ne faut pas ou-
blier que le recyclage est un maître mot en métallurgie des métaux non ferreux, ce qui peut
expliquer notre difficulté à localiser le lieu où se déroulait la coupellation.

164
F. Téreygeol – La métallurgie du plomb et de l’argent entre Melle et Jabali

A l’échelle de l’atelier, les implantations des fours de réduction carolingiens se font sur les
plateaux, peut-être pour bénéficier d’une meilleure ventilation. A Jabali, le positionnement
en fond de vallée ou sur une hauteur semble indifférent alors même que la ventilation natu-
relle pourrait avoir été le système privilégié. De la même façon, les espaces dédiés au traite-
ment de la scorie ne sont liés qu’à l’habitat quel que soit son positionnement. Comme pour
la minéralurgie, la présence d’eau n’entre pas en ligne de compte. A Melle, les rares cras-
siers de scories sont systématiquement en contact avec un cours d’eau. Ce dernier choix
traduit une différence notable entre les deux sites. Sur la mine carolingienne, l’économie de
l’argent semble s’inscrire dans une économie de pénurie visant à ne pas laisser perdre la
moindre parcelle de métal blanc. Cette stratégie était déjà sensible au stade du lavage. Il
ne faut pas oublier que Melle s’est placé pendant quelques siècles comme le premier pour-
voyeur d’argent neuf du monde franc. Dès le dernier quart du VIIe siècle, cet argent a une
vocation monétaire. Et au-delà de son caractère précieux, il est un outil économique fonda-
mental. Cette position du métal blanc est bien différente dans les premiers siècles de l’Islam.
Au mieux l’argent tient la place de métal pour les monnaies divisionnaires. Les ressources
plus limitées du gisement de Jabali interdisent de voir cette mine, fut-elle la plus importante
de la péninsule arabique, comme une ressource fondamentale pour l’économie. Le retrai-
tement de la scorie à Jabali reste très limité, comme si la quantité de métal produit au final
importait assez peu. La rareté de l’eau pourrait être avancée, mais se révèle être une fausse
idée. D’une part, les quantités nécessaires pour le lavage à la batée sont très limitées car
le travail peut sans difficulté se poursuivre en eau turbide. D’autre part, dans des régions
plus arides et pour la même période, les mineurs n’ont pas hésité à utiliser cette eau, mais
il s’agissait de produire de l’or, le métal monétaire par excellence dans l’Islam médiéval22.

D’un côté, Melle se présente comme un site inscrit dans une économie de pénurie et visant
une maximisation des profits. Le phénomène est très net avec le réemploi de la scorie dans
l’artisanat verrier. De l’autre, les métallurgistes de Jabali, en délaissant d’importantes quan-
tités de plomb d’œuvre, montre le caractère secondaire du métal blanc dans l’économie de
la péninsule arabique.

22 Klemm, Klemm, 2013.

165
La fabrication de la monnaie au Moyen
Age : de l’argent à la monnaie

Adrien Arles*, Florian Téreygeol**

* Arkemine sarl et UMR 5060 IRAMAT, Centre Ernest Babelon, CNRS, Université d’Orléans
** UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M
LAPA, CEA, Saclay

Résumé
Suite aux fouilles du second atelier monétaire royal de La Rochelle (France), une grande
quantité de matériel a pu être mis au jour. Cette découverte est exceptionnelle par deux as-
pects puisqu’il s’agit à ce jour de l’unique atelier officiel fouillé en France et que les struc-
tures et objets découverts permettent en une première lecture, d’ébaucher une chaîne de
production de la monnaie. Ce matériel précurseur constitue la base de cette étude archéo-
métrique inédite des techniques monétaires officielles. Cette recherche, par définition mul-
tidisciplinaire, s’appuie sur la caractérisation physico-chimique du corpus archéologique
mais également sur une étude des sources historiques : traités monétaires, procès-ver-
baux, comptes d’atelier... Enfin, les reconstitutions paléométallurgiques participent pour une
part importante aux discussions engagées. Elles renseignent sur la complexité des opéra-
tions tout en produisant des analogues librement étudiables, comparés aux échantillons an-
ciens. La compilation de toutes les données collectées permet non seulement de proposer
une description des techniques du monnayage au marteau telles qu’elles étaient mises en
œuvre dans les fabriques monétaires jusqu’au milieu du XVIIe siècle en France mais égale-
ment de comprendre le fondement des opérations pratiquées. La compréhension des mé-
canismes chimiques impliqués dans la réussite d’une opération particulière de la fabrication
monétaire (le blanchiment) rend compte de la maîtrise des ouvriers monétaires de leur pro-
cédé ainsi que des réactions impliquées.

Introduction

Les ateliers monétaires fouillés sont particulièrement rares en France comme dans le reste
de l’Europe. Pour établir une chaîne opératoire et réfléchir à la production de la monnaie, il
faut nécessairement s’appuyer sur des sources couvrant un large spectre chronologique.
De cette façon, il est possible de réunir un corpus ouvrant la voie à une réflexion sur la mise
en forme des monnaies avant l’introduction de la frappe au balancier. Parallèlement, qu’il
s’agisse de l’Europe ou du monde arabe, nous disposons de textes permettant d’apprécier
les techniques et les savoir-faire mis en œuvre par les monnayeurs. La principale source ar-

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

chéologique reste l’atelier monétaire de La Rochelle qui a livré un corpus et de structures à


mettre en relation directement avec la production monétaire1.

Les objets retrouvés au cours des travaux archéologiques apparaissent, pour la plupart, di-
rectement associés à l’activité propre à l’atelier, avec un corpus à la fois métallique et mé-
tallurgique : flans, carreaux, parois de four, creusets, coupelles de cendre, pierre de touche.
La partie métallique est particulièrement remarquable puisqu’elle regroupe une très grande
quantité d’objets correspondant à des monnaies à divers stades de mise en forme : les géo-
métries orthogonales précédant les profils arrondis dans la chaîne opératoire. Leur lecture
autorise l’observation de toutes les étapes de transformation. Ce matériel daté de la fin du
Moyen Age et du début de la période moderne a permis d’envisager une étude globale de
la fabrication monétaire pour ces époques et en particulier de la chaîne opératoire qui y est
associée, c’est-à-dire celle du monnayage au marteau. C’est à partir d’une recherche mul-
tidisciplinaire fondée sur une approche historique, archéologique, archéométrique et expé-
rimentale qu’il est aujourd’hui possible de proposer un éclairage nouveau de cette industrie
particulière de fabrication de la monnaie au Moyen Age.

1 La chaîne de production de la monnaie : du mé-


tal au flan

La fabrication de la monnaie, telle qu’elle était pratiquée dans les ateliers monétaires offi-
ciels médiévaux, se définit sous le terme de monnayage au marteau. Les différentes opéra-
tions qui lui sont associées sont régulièrement exposées dans la littérature numismatique,
tant dans les manuels généraux que dans des publications plus spécialisées2. Cependant,
il s’agit en général de simples retranscriptions de descriptions extraites de trois textes prin-
cipaux3. C’est pourquoi, les différentes données ont été reconsidérées et complétées par
d’autres sources afin de disposer d’une image la plus détaillée possible des techniques de
fabrication et de leurs contraintes, tel qu’elles pouvaient être mise en œuvre dans les ate-
liers médiévaux.

La spécificité de la fabrication monétaire réside dans la production d’une très grande série
d’objets présentant de fortes contraintes métrologiques. Leur masse est strictement fixée
par les règlements de fabrication et leur face doit permettre l’inscription de l’ensemble des
motifs monétaires. C’est pourquoi, elle demande la mise en œuvre d’une chaîne opératoire
complexe qui débute avec une opération de fonderie. Celle-ci a pour finalité de produire
des lames. Ces premières ébauches sont des lingots d’alliage monétaire dont la largeur et
l’épaisseur sont voisines de celles de l’espèce fabriquée (Fig.01). Leur production par mou-
lage met en œuvre des techniques qui différent peu de celles en vigueur dans les ateliers de

1 À l’échelle de l’Europe, seules deux autres fabriques médiévales, celle de Porto (Portugal) et celle de
Trondheim (Norvège), ont pu faire l’objet de fouilles. Si l’on considére également la période moderne, les
ateliers de Londres (Angleterre) et celui d’Haldenstein (Suisse) complétent ce maigre corpus.
Clavadetscher, U., 1992 ; Lopes, I. A. et al., 1999 ; Parnell, G., 1993 ; Lohne, O. et al., 2010.
2 Le Noir, M., 1788 (1981), p. 21-22 ; Lafaurie, J., 1963 ; Bompaire, M., Dumas, F., 2000, p. 473-506.
3 Estienne, H., 1579 : Poullain, H., 1902 ; Boizard, J., 1692 (2000).

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

bronzier. Bien que l’utilisation de lingotières soit décrite dans la littérature, c’est le moulage
au sable qui apparaît plus généralement utilisé comme l’atteste la découverte de plusieurs
lames produites de cette façon. Plus contraignant à mettre en œuvre notamment pour de
petites productions, elle s’adapte mieux à la variation métrologique des différents types mo-
nétaires à produire.

Figure 01 : Lame, carreaux, flans, déchets de coupe de l’atelier monétaire de La Rochelle.

Les opérations de mise en forme qui interviennent par la suite sont pour la plupart propres à
la fabrication monétaire. Elle se décompose en effet en une série d’opérations de découpes,
de martelages mais également de traitements thermique4 et chimique qu’il est intéressant
de développer ici. Au cours de cette fabrication, les alliages monétaires préalablement mou-
lés en lames sont découpées en carreaux5 avant d’être mis en forme pour devenir des flans-
6
qui ne deviennent des monnaies qu’une fois frappés entre deux coins monétaires (Fig. 01).

La première opération de mise en forme au marteau du monnayage au marteau est mise en


œuvre sur les lames d’alliage monétaire. Il ne s’agit pas d’une opération critique de la chaîne

4 Lorsqu’un matériau métallique est soumis à des déformations plastiques, des défauts vont se former
dans sa structure interne. Leur accumulation a pour effet de durcir le matériau jusqu’à le rendre cassant.
Afin d’éviter la rupture d’un objet au cours de sa mise en forme, il est donc nécessaire de régulièrement
mettre en œuvre un traitement de recuit au cours duquel l’objet est porté à haute température. Les dé-
fauts préalablement formés vont ainsi être éliminés grâce à une réorganisation de la matière.
5 Carré d’alliage monétaire.
6 Rondelle d’alliage monétaire correspondant à une monnaie qui n’a pas encore été frappée.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

opératoire. Elle a pour finalité d’amincir les ébauches préliminaires afin d’approcher l’épais-
seur voulue des monnaies. Le martelage des lames est cependant mis en œuvre de ma-
nière à seulement allonger ces dernières sans les élargir. En considérant que la technique
du moulage au sable permet d’obtenir des morphologies de lames parfaitement contrôlées,
cette opération de martelage peut apparaître inutile. Il est cependant avantageux de mettre
en place ces deux techniques successivement. Dans la mesure où le martelage des lames
est une mise en forme simple, elle dispense de la préparation d’un nombre trop important
de moules en sable. Pour une quantité de métal équivalente, plus les lames sont fines, plus
le nombre de moules est élevé. Dans ce cas, le temps nécessaire à leur martelage se voit
compensé par l’économie réalisée sur les préparations de fonderie. L’épaisseur des lames
moulées définit finalement un compromis entre les deux opérations.

Après que les lames moulées ont été travaillées pour approcher l’épaisseur des monnaies
fabriquées, elles sont découpées en carreaux. A ce stade de la chaîne opératoire, il n’y a
pas encore d’exigences strictes concernant la masse des ébauches. Il est difficile, voire im-
possible de cisailler un objet massif en plusieurs fragments de poids uniforme défini a priori
et, à plus forte raison, dans une production de masse. C’est pourquoi l’objectif est dans un
premier temps de produire des carreaux de masse initialement excédentaire7. Il est ainsi en-
suite possible de rectifier les carreaux individuellement lors de l’ajustage.

Les carreaux découpés sont ensuite battus avant d’être ajustés à leur masse réglementaire.
Au cours de cette opération, ils sont martelés individuellement à plat sur l’enclume. Conju-
guée avec l’ajustage qui intervient par la suite, cette opération donne un premier arrondi aux
ébauches. Le martelage est mis en œuvre de manière à imposer un écrasement global en
présentant une surface de marteau parallèle à celle de l’enclume sur laquelle sont déposés
les carreaux. Dans cette configuration, le métal est contraint de se déformer dans toutes les
directions.

Après avoir été battus les carreaux sont ajustés. Ils sont rognés progressivement avec des
cisailles afin d’approcher la masse réglementaire des monnaies fabriquées8. Cette opéra-
tion a également pour finalité de donner une forme plus arrondie aux carreaux9. Les angles
de ces carreaux sont systématiquement éliminés10.

Au sein de l’atelier de La Rochelle, cette séquence de mise en forme a été respectée comme
l’attestent des carreaux ayant été ajustés mais montrant encore des stigmates résultant
de leur frappe préparatoire (Fig. 02). Les bords de coupe résultant de l’élimination de leurs
coins sont droits alors que d’autres présentent les courbures caractéristiques de leur défor-
mation préliminaire.

La première mise en forme à laquelle sont soumis les carreaux après avoir été ajustés,
consiste à les maintenir en pile alors que l’on martèle leur tranche. Cette opération qui est

7 « affez pres du poids duquel doit eftre la monnoye..., » : Estienne, H., 1579, p. 106.
8 « on les rendoit [les carreaux] ainsi du poids juste qu’ils doivent être, en les pesant avec les dénéraux, à
mesure qu’on en couppoit, ce qu’on appelloit approcher quarreaux. » : Boizard, J., 1692 (2000), p. 82.
9 « en les adjutant, elle a commencé à les arrondir. » : De Thumery, J., 1902, p. 341.
10 « il en oste sur les pointes et carnes avec les cisoires..., » :Poullain, H., 1902, p. 330.
« on en coupoit les pointes avec des cisoires..., » : Boizard, J., 1692 (2000), p. 82.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

par la suite renouvelée à plusieurs reprises a deux objectifs


principaux. Le premier est prépondérant lors des premiers re-
chaussages. Il consiste à adoucir les angles que présentent
les carreaux ajustés (Fig. 02). A ce stade de la chaîne opé-
ratoire, il n’est plus envisageable d’éliminer par cisaillage les
défauts de rotondité des carreaux qui présentent leur masse
réglementaire. Dans ce cas, le martelage sur la tranche consti-
tue une alternative possible pour leur rectification. Toutefois,
la déformation du métal se fait avec une conservation du vo-
lume. La matière définissant l’irrégularité des carreaux n’est
que déplacée. Lors d’un rechaussage, l’opérateur doit veil-
ler à chasser le métal le long de la tranche sans créer de ren- Figure 02 : Carreau d’argent
flement sur les faces du flan. La solution permettant de mi- battu et ajusté.
nimiser la formation de renflements lors d’une frappe sur la
tranche des carreaux consiste à les travailler en pile. Au cours du martelage de la tranche
d’un carreau maintenu entre deux autres, le métal n’a pour seule liberté que de se déformer
dans le sens de la tranche. Cependant, cette hypothèse suppose que les ébauches compri-
mées les unes aux autres aient des morphologies identiques. Le but principal de l’ajustage
étant de régler la masse des ébauches, le résultat final est que celles-ci ne sont que globa-
lement uniformes. Ce n’est qu’au cours des mises en forme progressives mettant en œuvre
plusieurs opérations de rechaussage qu’elles vont devenir identiques. Les défauts de ren-
flement de métal à la surface des carreaux qui résultent des premières mises en forme de-
viennent moins importants avec l’avancée dans la chaîne opératoire.

Figure 03 : Rechaussages expérimentaux.

La figure 03 illustre cette hypothèse à partir de reconstitutions expérimentales. Il est pos-


sible de constater la disparité de la morphologie des carreaux venant d’être ajustés (Fig.
03a). Après un premier rechaussage, des renflements ont pu se créer dans les vides laissés
par certains échantillons moins uniformes (Fig. 03b). A un stade plus avancé, l’uniformatisa-
tion des flans entraîne une diminution des défauts de surface (Fig. 03c).

Une seconde condition doit toutefois être respectée pour éviter que l’opération de rechaus-
sage ne produise trop de défauts sur les carreaux ou les flans concernés. Il est en effet né-
cessaire de les maintenir plaqués les uns aux autres avec force. Si la cohésion n’est pas ga-
rantie lors du martelage, celui-ci entraîne un fléchissement des ébauches. C’est pourquoi la

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

pile travaillée est obligatoirement maintenue avec des tenailles11. L’utilisation d’un tel instru-
ment est attestée par la découverte de vestiges présentant des stigmates très caractéris-
tiques. L’un d’eux est illustré sur la figure 04.

Il s’agit d’un carreau associé


au monnayage de cuivre qui a
été rechaussé. Ses particula-
rités morphologiques tiennent
à sa position dans la pile lors
de cette opération. Il se trou-
vait à l’une des extrémités au
contact des tenailles. Dans la
mesure où sa place ne lui ga-
rantit pas un maintien lors des
martelages, il a vu ses coins
Figure 04 : Carreau de La Rochelle (gauche) présentant les
se déformer fortement. En
stigmates de l’utilisation d’estanques comparé à un carreau
outre, son contact avec l’un expérimental (droite).
des deux mors de la pince a
laissé des marques profondes
à sa surface. Des traces similaires ont d’ailleurs été obtenues lors de reconstitutions de
cette étape de mise en forme (Fig. 04).

Parallèlement au rechaussage, les carreaux sont flatis. A cette fin, ils sont battus à plat sur
l’enclume comme précédemment. Cette opération a pour conséquence un arrondissement
global. Les ébauches, qui ont une forme octogonale après avoir été ajustées, ont naturelle-
ment tendance à évoluer vers un profil circulaire.

Le processus d’arrondissement est en définitive permis par un cycle au cours duquel les
ébauches sont rechaussées et flaties. Au cours de ces mises en forme, les opérations de
rechaussage qui se succèdent voient leur finalité principale évoluer de celle d’arrondir des
fragments de métal vers celle d’uniformiser la morphologie des flans produits. En effet,
lors des derniers rechaussages, le martelage sur la tranche des ébauches maintenues en
pile permet de corriger les défauts morphologiques propres à chaque flan par rapport à la
moyenne globale pour produire une série de flans présentant tous les mêmes diamètres
(Fig. 03c). Lorsque le module final des monnaies fabriquées est atteint, les flans sont fla-
tis pour la dernière fois. Ils sont eslaizés12. Il s’agit d’une phase de finition de l’élaboration
des flans, qui intervient pour les redresser après un rechaussage et rectifier la surface des
ébauches qui présentent des marques de martelage ou des traces laissées par les mors
des tenailles.

Avant de rendre leur production de flans, les ouvriers réalisent une dernière opération. Ils
vont bouer leurs ébauches13. Au cours de leur mise en forme, les flans subissent des défor-

11 Boizard, J., 1692 (2000), p. 82.


12 Estienne, H., 1579, p. 106 ; Poullain, H., 1902, p. 331 ; De Thumery, J., 1902, p. 341 ; Boizard, J., 1692
(2000), p. 82.
13 Poullain, H., 1902, p. 331 ; De Thumery, J., 1902, p. 341.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

mations qui vont modifier leur planéité. Or, un tel défaut est inesthétique pour des monnaies.
Il faut au contraire qu’elles se touchent d’assiette. La méthode nécessaire pour redresser les
ébauches est particulière. A ce stade de la mise en forme, il n’est plus question de déformer
les flans qui présentent leur morphologie finale. Dans ce cas, il ne faut pas que les coups
de marteau qui doivent les redresser soient trop appuyés. Il en résulte que le point d’impact
d’une telle frappe est limité. Si une ébauche est travaillée individuellement de cette manière
sur le plat de l’enclume, la pression exercée n’est pas répartie sur l’ensemble de sa surface.
Elle ne permet pas, des essais l’ont montré, le redressement global recherché. C’est pour-
quoi les flans sont boués en pile (Fig. 05). Celle-ci est élevée sur l’enclume puis frappée avec
un marteau. Cette technique garantit la répartition de la force de la frappe sur toute la sur-
face des flans entraînant finalement leur redressement.

Figure 05 : Pile de flans expérimentaux avant et après avoir été bouée.

Lors de la frappe des monnaies, les flans sont placés individuellement entre deux matrices
qui vont imprimer les motifs monétaires. Il est indispensable que les ébauches soient parfai-
tement planes lorsqu’elles sont placées entre les coins. Si tel n’est pas le cas, il est difficile
d’imprimer uniformément les motifs monétaires. Dans la mesure où, compte tenu des dé-
fauts de planéité, les deux faces des matrices monétaires ne sont pas parallèles lors de la
frappe, les empreintes risquent de n’être marquées que partiellement. C’est pourquoi, il est
important que les flans soient préalablement boués.

Dans le corpus archéologique, ce sont également les défauts résultant de cette opération
de mise en forme qui indiquent qu’elle a été pratiquée (Fig. 07). L’observation de deux flans
expérimentaux (Fig. 06) montre que si un flan de la pile vient à être décalé par rapport au
reste de la colonne, la pression de la frappe ne va être répartie que partiellement sur sa sur-
face. Dans ce cas, l’ébauche contre laquelle il se trouve plaqué lui imprime la trace de son
contour.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

Figure 06 : Flans boués expérimentalement mettant en évidence un défaut potentiel de cette


opération.

Figure 07 : Flan de bas billon présentant un défaut après avoir été boué.

2 La question du blanchiment

Après avoir été boués et avant d’être frappés, les flans sont soumis à l’opération de blanchi-
ment. Il s’agit d’un traitement chimique faisant intervenir une solution aqueuse de gravelle14
et de sel de mer dans laquelle sont trempées les ébauches. Selon les textes monétaires, ce
procédé doit en premier lieu éliminer les crasses et les oxydes qui auront été accumulés à la
surface des flans lors de leur préparation15. Cependant, les réactions en jeu ont également
la propriété de mettre en évidence, lorsqu’il est présent, l’argent contenu dans les alliages
monétaires. Grâce à un enrichissement de surface, les flans paraissent plus argentés que
leur titre en métal blanc ne permet de l’espérer. C’est d’ailleurs cette conséquence esthé-
tique qui a donné son nom au procédé et qui l’assimile ainsi à un traitement d’argenture16.

14 Ce sel composé en majorité de bitartrate de potassium est notamment un déchet de la production du vin.
Moins soluble dans l’alcool que dans l’eau, il a tendance à précipiter dans les fûts de viellissement de vin.
Il s’agit d’un composé acide.
15 Estienne, H., 1579, p. 106 ; Poullain, H., 1902, p. 333 ; De Thumery, J., 1902, p. 342 ; De Bettange, M., 1760,
p. 5 ; Boizard, J., 1692 (2000), p. 73.
16 Cope, L. H., 1972 ; King, C. E., Hedges, R. E. M., 1974 ; La Niece, S., 1993 ; Zwicker, U. et al., 1993 ; Anheu-
ser, K., Northover, J. P., 1994 ; Giumlia-Mair, A., 2001.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

Dans le cadre de l’étude du corpus de La Rochelle, l’observation de la coupe métallogra-


phique d’un flan a révélé une structure particulière à sa surface (Fig. 08 et 09). Sa comparai-
son avec l’âme de l’objet a rapidement mis en évidence qu’il s’agissait en fait d’une trans-
formation locale de l’alliage associable à un traitement de blanchiment.

Figure 8 : Flan dont la coupe métallographique (droite) met en évidence une structure
d’enrichissement superficielle en phase argentée.

L’âme non transformée du flan est composée d’un alliage de cuivre et d’argent dans des
proportions respectives de 68,8 % et 29,7 % massiques. Le plomb, avec seulement 1,5 %,
est considéré comme un composé mineur. La structure métallographique de l’ébauche
est constituée de dendrites de solution solide de cuivre entourées d’une phase riche en
argent17. Globalement, il apparaît que la structure de la zone modifiée dérive de celle de l’al-
liage utilisé (Fig. 09). En effet, le réseau que forme la solution solide d’argent autour des den-
drites cuivreuses est identique au cœur comme en périphérie du flan. La phase de solution
solide de cuivre est en revanche très différente. Elle semble s’être partiellement transformée
ou avoir laissé place à un composé qui présente une couleur gris-bleu en lumière naturelle,
alors qu’à d’autres endroits
l’espace apparaît vidé de
son contenu. L’analyse par
spectroscopie en dispersion
d’énergie couplée à un mi-
croscope électronique à ba-
layage montre que la phase
rémanente est effective- Structure
transformée
ment composée d’oxyde de
cuivre, mais également de
chlore.

L’étude de cet échantil-


lon archéologique confron- Ame non transformée
du flan
tée à plusieurs expérimen-
tations de reconstruction
de la chaîne opératoire du Figure 09 : Détail de la structure d’enrichissement du flan de La
monnayage au marteau et Rochelle.

17 Il s’agit de la phase eutectique de composition : 71,9 % argent, 28,1 % cuivre.

175
Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

du blanchiment permet de proposer une description des mécanismes chimiques qui inter-
viennent dans ce procédé.

Les premières réflexions développées s’appuyaient sur l’idée que le blanchiment était défi-
ni comme un traitement des flans par une solution aqueuse acidifiée par la présence de bi-
tartrate de potassium18. Les hypothèses initiales suggéraient une corrosion préférentielle du
cuivre par rapport à l’argent. Cependant, dans la mesure où les divers couples redox faisant
intervenir le cuivre et l’argent sont tous positifs19, il n’est pas possible du point de vue élec-
trochimique que ces métaux puissent réagir avec les ions acides de la solution20. De plus,
en considérant les autres espèces en solution de traitement, tels que le potassium, le chlore,
ou le sodium, il n’y a pas de réaction pouvant expliquer une attaque préférentielle du cuivre
par rapport à l’argent. L’observation des échantillons expérimentaux confirme cette hypo-
thèse. Les échantillons blanchis plus longtemps ne présentent pas un enrichissement plus
important.

La considération des coupes métallographiques des échantillons expérimentaux prélevés


à différents stades de la chaîne opératoire reconstituée révèle que le phénomène précur-
seur du procédé de blanchiment n’est pas une réaction aqueuse. Il s’agit d’une corrosion
en phase sèche à haute température. Les transformations prépondérantes ne se produisent
pas dans le bain de blanchiment, mais lors des recuits qui sont mis en œuvre tout au long
de la mise en forme. En effet, porté à haute température l’argent présent dans les alliages
monétaire reste sous sa forme métallique alors que le cuivre a en revanche tendance à être
oxydé. Finalement, la seule fonction du bain de blanchiment est d’éliminer les oxydes de
cuivre qui se forment durant les recuits.

Le mécanisme global qui décrit la séquence d’enrichissement dont résulte le blanchiment


des alliages monétaires argent-cuivre se présente ainsi :

Figure 10 : Mécanisme d’enrichissement.


Observation de coupes schématiques d’échantillons à différents stades de mise en forme.

18 Une telle solution saturée présente à 20 °C un pH de 3,5.


19 A 25°C : E°(Ag+/Ag) = 0,7996 V, E°(Cu+/Cu) = 0,522 V, E°(Cu2+/Cu) = 0,3402 V.
Weast, R., ed., 1966, p. D76.
20 A 25 °C : E°(H+/H2) = 0 V.
Idem, p. D76.

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Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

– Après avoir été coulé, l’alliage présente une structure de solidification qui ne met pas en
évidence un enrichissement superficiel initial. En revanche, l’alliage est tout de même
globalement hétérogène à l’échelle microscopique avec une phase cuivreuse et une se-
conde riche en argent.

– A la suite des premiers martelages, il n’y a aucun phénomène précurseur de l’enrichisse-


ment recherché. Il n’y a qu’une légère déformation du réseau dendritique.

– Lors du premier recuit, le milieu de réaction et la température mis en œuvre accélèrent


l’oxydation de la phase cuivreuse. Les dendrites de solution solide de cuivre qui se
trouvent à la surface de l’échantillon commencent à être oxydées. L’épaisseur de cette
couche d’oxydes croît depuis la surface de l’échantillon vers l’intérieur de celui-ci. La
phase argentée n’est en revanche pas oxydée.

– Durant les martelages suivants, les oxydes formés lors des recuits sont fracturés et en
parti éjectés. L’argent qui persiste superficiellement, au cours des séries de martelages,
forme une pellicule plus ou moins compacte selon les déformations subies.

– Finalement, lorsque l’alliage préparé va être blanchi, il présente une couche superficielle
enrichie d’une phase riche en argent dans laquelle se trouvent encore inclus des oxydes
de cuivre qui n’ont pas tous été éjectés. Le recuit qui intervient avant le traitement en
solution permet d’augmenter une dernière fois l’épaisseur de la couche oxydée. L’enri-
chissement obtenu à la fin de cette séquence a déjà acquis sa puissance définitive. Elle
dépend du nombre de passes de martelages et de recuits, mais également de la durée
et de la température de ces derniers. Elle n’augmentera plus lors des opérations ulté-
rieures.

– Après le traitement de blanchiment, l’enrichissement n’est pas modifié. Le bain acide de


gravelle et de chlorure de sodium élimine seulement les oxydes de cuivre du réseau riche
en argent. Ces derniers laissent des vides dans la couche superficielle, lui conférant une
structure spongieuse aérée. Cette configuration très accidentée donne un aspect mat à
la surface traitée.

– Finalement la dernière opération que subissent les alliages monétaires blanchis corres-
pond à la frappe des monnaies. Celle-ci a pour conséquence un dernier compactage de
la couche d’enrichissement en phase argentée par ailleurs vidée de ses oxydes inters-
titiels. Cette densification qui s’accompagne d’une uniformisation de la surface frappée
donne l’aspect argenté brillant final.

Ce mécanisme réactionnel proposé à partir de données archéologiques et expérimentales


permet de disposer d’un éclairage nouveau sur le procédé de blanchiment et son utilisation
dans la fabrication monétaire.

Il vient d’être vu que le phénomène d’enrichissement n’est possible que pour certains al-
liages argent-cuivre. C’est derniers doivent présenter une structure biphasée. Dans ce cas,
la considération du diagramme de phase de ce mélange permet d’établir différents do-
maines de compositions théoriques qui garantissent la formation d’une couche superficielle

177
Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

argentée durant la mise en forme. Il apparaît que ces intervalles ne sont pas sans lien avec
les appellations retenues pour les différents alliages monétaires :

Solution solide d’argent


(Ag).
Solution solide de cuivre
(Cu).
Composé eutectique
(riche en argent).

% massique argent : 100 71,9 15-10 8 0%

Aspect :

Argent Billon Bas Cuivre


Monnayages :
billon

Figure 11 : Domaines d’enrichissement des alliages monétaires.

– Pour le monnayage de cuivre, la finalité du bain de blanchiment n’est pas de mettre en


évidence un quelconque enrichissement de surface. Il intervient seulement pour éliminer
les oxydes superficiels formés lors des étapes de mise en forme.

– Théoriquement, les alliages cuivre-argent qui contiennent moins de 8 % en masse de


métal blanc forment une solution solide de cuivre. Dans un tel mélange, il n’y a qu’une
seule phase dans laquelle l’argent, minoritaire, est dissout. Lors des martelages et re-
cuits, il ne peut pas, dans ce cas, y avoir un phénomène d’enrichissement par la suite
mis en évidence lors du blanchiment. Ce traitement a en définitive le même effet que
pour le monnayage de cuivre. La surface devenue rouge après le décapage qui précède
la frappe redevient ensuite progressivement plus sombre, marron foncé, avec la forma-
tion d’oxydes de cuivre superficiels. Ces alliages monétaires très pauvres en métal pré-
cieux sont qualifiés de bas billon et les espèces frappées de cet alliage ont été qualifiées
de monnaies noires. Cette qualification qui s’explique parfaitement par l’impossibilité
d’obtenir un enrichissement superficiel avec ces alliages qui au cours du temps noir-
cissent avec l’oxydation des monnaies. Il existe également des alliages de bas billon qui
peuvent contenir jusqu’à 12 % de métal précieux. Dans ce cas, les mélanges qui se si-
tuent dans cet intervalle présentent effectivement une structure biphasée. Néanmoins, la
dispersion de la phase argentée dans la matrice cuivreuse empêche sa densification lors
des étapes de mise en forme.

178
Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

– Les alliages monétaires de billon et d’argent dont les taux de métal précieux dépassent
10 à 15 % de la masse totale, ont globalement un aspect argenté, une fois mis en forme
et frappés. Néanmoins, l’origine de l’apparence finale n’est pas uniquement due au phé-
nomène d’enrichissement décrit précédemment. Avec l’augmentation du titre en argent
dans ces alliages, le diagramme de phase permet de suivre les changements structu-
raux qui en résultent. Finalement, seuls les mélanges dont les taux de métal blanc sont
compris entre 8 % et la composition eutectique de 71,9 % massiques sont constitués de
dendrites de solution solide de cuivre entourées d’une phase enrichie en argent. Cette
structure est identique à celle des échantillons expérimentaux. Le mécanisme d’enrichis-
sement qui leur est associé est identique à celui proposé.

– Au-delà de 71,9 % et jusqu’à 91,2 % de métal précieux dans l’alliage, ce sont les den-
drites de solution solide d’argent qui se solidifient en premier. La ségrégation entre des
phases riches en cuivre et d’autres riches en argent est maintenue. Elle est toutefois vi-
sible à une échelle plus fine puisqu’elle se retrouve au sein de la phase qui entoure les
dendrites de solution solide d’argent. Les processus d’enrichissement sont néanmoins
toujours applicables. Pour les alliages contenant plus de 91,2 % de leur masse totale en
métal précieux, ils ne forment qu’une phase de solution solide d’argent qui ne permet
pas la mise en place du phénomène de ségrégation durant leur mise en forme, cepen-
dant ceci n’est pas gênant d’un point de vue de leur argenture dans la mesure où ils ont
déjà un aspect argenté de par leur composition.

Finalement, en considérant la figure 11, il apparaît que la majorité des alliages argent-cuivre
présentent une structure interne qui conduit durant leur mise en forme, à un enrichissement
superficiel en métal précieux. La mise en parallèle des domaines de blanchiment avec les
différentes dénominations d’alliages monnayés révèle par ailleurs la maitrise de ce procédé
par les ouvriers monétaires.

Un autre point sur lequel s’accordent les sources monétaires qui font état du procédé de
blanchiment est l’importance d’utiliser des ustensiles de bois et, dans une plus grande me-
sure, de cuivre21. C’est de ce métal que sont notamment constituées les cuves dans les-
quelles sont mis à blanchir les flans. Il compose aussi le crible nécessaire à leur récupération
une fois traités, ainsi que les différents instruments utilisés pour brasser les ébauches dans
le bain de blanchiment. Sans explicitement l’interdire, il n’est jamais fait mention de l’emploi
d’un quelconque outillage de fer alors que ce métal se retrouve dans les instruments utilisés
dans les étapes de mise en forme qui précédent le blanchiment.

Le choix d’exclure ce métal se justifie ici par une considération électrochimique. Le couple
redox du fer Fe/Fe2+ présente un potentiel standard très inférieur à celui du couple Cu2+/
Cu  22. Les ions cuivriques qui passent en solution lors du blanchiment favorisent l’oxyda-
tion du fer. L’utilisation d’ustensiles de fer a pour conséquence la mise en place d’une cor-
rosion galvanique. Il suffit de considérer l’exemple du prélèvement d’un flan dans le bain de

21 « Vaisseau de cuivre porté à jour. » : Poullain, H., 1902, p. 333.


« Crible de cuivre rouge, vaisseau de cuivre. » : Boizard, J., 1692 (2000), p. 73.
« Bouilloir : est un vase de cuivre rouge. » : De Bettange, M., 1760, p. 5.
22 A 25 °C : E°(Cu2+/Cu) = 0,3402 V > E°( Fe/Fe2+) =  0,41 V.
Lide, D. R., ed., 1991, p. 820.

179
Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

blanchiment à l’aide d’une cuillère de fer. Les ions cuivriques passés dans la solution lors du
blanchiment sont réduits à la surface du flan alors que le fer de la cuillère est oxydé et fini
dans le bain d’attaque. Cette configuration est très préjudiciable au résultat du blanchiment
puisqu’il en résulte un recouvrement de la surface des flans qui doit normalement être d’un
gris argent, par une couche de cuivre rouge. C’est pourquoi, il est très important de ne pas
utiliser d’ustensile de fer dans les opérations de blanchiment afin de prévenir de potentiels
dépôts de cuivre. Ces moyens mis en œuvre constituent un témoignage supplémentaire
des savoir-faire des ouvriers monétaires. Initialement confrontés aux conséquences préju-
diciables de l’utilisation d’outils en fer, ils ont su adapter leur procédé de manière efficace.

3 La frappe
Blanchis, les flans sont finalement confiés aux monnayeurs pour qu’ils réalisent l’ultime
étape de la fabrication des monnaies : la frappe. A partir de l’imposition des motifs moné-
taires à la surface des pièces, l’autorité émettrice atteste de la quantité de métal précieux
qu’elles représentent, donc de leur valeur. Dans la chaîne opératoire globale, c’est en dé-
finitive le procédé considéré comme étant le plus simple à mettre en œuvre. Il se limite au
matriçage des flans entre deux coins gravés des figures et légendes réglementaires (Fig.
12). Dans le cadre d’une production de masse qui demande ce travail extrêmement ré-
pétitif, la précision et l’assurance du geste ne doivent cependant pas être négligées. Ces
deux qualités, qui s’acquièrent avec l’expérience, permettent de garantir la qualité finale du
monnayage. C’est en premier lieu l’esthétisme des espèces, du moins pour celles de plus
grande valeur, qui garantit la confiance des usagers dans ces dernières.

Finalement, la frappe est le symbole de la fabrication monétaire. Cette seule étape trans-
forme un disque de métal, certes contenant généralement une part d’or ou d’argent, en ob-
jet de plus grande valeur. C’est pourquoi
les sommes produites ainsi que l’utilisa-
tion des coins monétaires font de ce vul-
gaire matriçage une opération particuliè-
rement sensible, donc contrôlée. C’est
d’ailleurs certainement pour cette raison
que les fouilles de l’atelier de La Rochelle
ont livré peu d’informations et de maté-
riels concernant cette dernière phase du
monnayage. Avec seulement cinq mon-
naies retrouvées effectivement frappées
dans cette fabrique rapportées aux 128
flans du corpus global, le contraste est
très explicite. Il faut croire que les ou-
vriers monnayeurs, responsables de la
frappe étaient contraints à plus d’atten-
tion dans la manipulation de leurs pièces
Figure 12 : Paire de coins monétaires utilisée lors que les ouvriers monétaires, respon-
des expérimentations. sables de la production des flans.

180
Arles et Téreygeol : La fabrication de la monnaie au Moyen Age : de l’argent à la monnaie

Une seconde observation résulte d’un biais expérimental lors des premiers essais réalisés
dans le cadre de cette étude. Pour des raisons de sécurité, le coin mobile qui a été utilisé
disposait initialement d’un manche latéral23. Cette configuration devait prévenir les risques
d’accident si le marteau venait à manquer la zone d’impact. Ce choix a imposé que l’opé-
ration soit réalisée par deux personnes, l’une tenant le coin par son manche, l’autre frap-
pant. Cependant, cette méthode n’est pas celle qui est décrite par les sources monétaires,
ni dans l’iconographie. Ces dernières représentent le battage des monnaies comme le tra-
vail d’un seul monnayeur assis sur un banc. Les essais préliminaires de frappe en binôme
attestent de la difficulté d’appliquer une telle configuration au monnayage médiéval. Ce-
lui-ci se caractérise par des pièces particulièrement fines dont les motifs sont peu marqués.
Dans ce cas, pour obtenir une impression satisfaisante des légendes et figures, c’est-à-
dire également marquée sur toute la superficie des pièces, il est indispensable que les sur-
faces des deux coins soient sensiblement parallèles durant l’impact du marteau. Si tel n’est
pas le cas, l’épaisseur limitée des flans ne permet pas une déformation suffisante du maté-
riau lors de la sollicitation mécanique pour qu’en définitive l’écrasement soit réparti sur l’en-
semble de la monnaie. Les monnaies alors produites présentent des lacunes dans leurs ins-
criptions monétaires. L’utilisation d’un coin emmanché dont la préhension est déportée ne
facilite pas le maintien de la surface du trousseau parallèle à celle de la pile. La frappe n’est
pas satisfaisante. Après avoir finalement désemmanché le trousseau utilisé lors des recons-
titutions expérimentales, les nouvelles frappes réalisées alors par une seule personne, ont
montré l’intérêt de ce choix. Bien que la puissance développée par un seul batteur utilisant
un marteau soit bien inférieure à celle du binôme pouvant employer une masse, cette dif-
férence se voit contrebalancée par une amélioration de la qualité de la frappe. La tenue du
coin à l’aplomb de la zone d’impact du marteau permet un maintien beaucoup plus facile
de la matrice dans la configuration idéale d’impression des motifs. De même, alors qu’il est
impossible, compte tenu de la violence du choc, de réaliser plusieurs frappes à la masse
sans devoir repositionner précisément la monnaie entre les coins24, ce n’est pas le cas lors
du travail d’un seul opérateur.

Conclusion
L’étude multidisciplinaire du corpus archéologique issu d’un atelier monétaire a permis de
mettre en évidence une chaîne opératoire globale de fabrication de la monnaie par la tech-
nologie du marteau. Même si elle présente parfois quelques différences avec le processus
réglementaire présenté dans les sources monétaires, celles-ci sont relativement peu impor-
tantes et, de surcroît, associées à des monnayages de moins grande valeur.

23 La paire de coins utilisée lors des différentes expériementations présentées dans cet article a été gravée
par M. Ducouret.
24 Le monnayeur n’est pas contraint de rengrenner sa monnaie.

181
L’avènement de l’argent. Activité
minière, frappe monétaire et commerce
dans les mondes franc et islamique du
haut Moyen Age.
Guillaume Sarah*

* CNRS-UMR 5060, IRAMAT-Centre Ernest-Babelon, Université d’Orléans

Résumé

La fin du VIIe siècle est marquée, dans le monde chrétien de l’Europe occidentale comme
dans le vaste territoire sous domination islamique, de l’Asie centrale à la Péninsule ibérique,
par l’émergence du monnayage d’argent. Le denier d’un côté et le dirham de l’autre s’im-
posent concomitamment dans les deux espaces, et constituent les vecteurs de la reprise
progressive des échanges à longue distance entre l’Occident et l’Orient. Dans l’empire ca-
rolingien, le gisement de Melle est la seule source d’argent primaire d’importance significa-
tive qui nous soit connu. Bien que sa production ait abondamment alimenté l’atelier local, il
est vraisemblable que la plupart des centre de frappe carolingiens aient monnayé du métal
recyclé. Dans le monde islamique, les VIIe-Xe siècles voient une augmentation très impor-
tante de la production minière avec des exploitations intensives en Asie centrale, au Yémen
et au Maghreb occidental, destinées à alimenter les ateliers monétaires. Si les dirhams et les
deniers présentent des masses et des types différents, les deux espèces montrent des ca-
ractères similaires, comme le choix de la catégorie des motifs gravés et un titre élevé. Mal-
gré des systèmes proches, chacune des monnaies circulait dans un espace bien délimité
et quasiment hermétique, du fait de raisons politiques, religieuses et économiques. Les dé-
couvertes archéologiques permettent néanmoins de retracer les circuits et les dynamiques
commerciales entre ces deux ensembles pendant le haut Moyen Age.

Introduction

Les premiers siècles du Moyen Age sont marqués par l’apparition de la prédominance de
la monnaie d’argent. A partir de la fin du viie siècle, l’Europe occidentale chrétienne et le
monde islamique centré sur le Proche-Orient frappent de nouvelles espèces d’argent : le
denier et le dirham. Le volume des frappes a été croissant et la monnaie d’argent a été l’ins-
trument de la reprise des échanges à longue distance qui s’est amorcée autour de 800. Ces

183
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

émissions d’argent d’ampleur importante ont coïncidé avec l’exploitation de nouveaux gi-
sements, la reprise ou l’intensification de sources préalablement connues. Dans l’Occident
chrétien, c’est dans l’ouest de la France, à Melle, que se focalise l’attention, tandis que plu-
sieurs foyers peuvent être identifiés dans diverses zones du monde islamique.

Cette étude propose d’examiner les liens entre exploitation minière, frappe monétaire et
échanges monétarisés à longue distance au haut Moyen Age dans les mondes franc et is-
lamique : les différents aspects par lesquels la question de l’argent peut être abordée pour
ces deux ensembles met en évidence de nombreux points communs qui posent plusieurs
questions, en particulier celle de la simultanéité de la reprise de la frappe de l’argent et de
la mise en exploitation de mines de ce métal dans des zones éloignées de l’Europe, de
l’Afrique et de l’Asie.

1. Avant l’argent (c. Ve-VIIe siècles) et la reprise de


sa frappe

La date de la transition entre l’Antiquité et le Moyen Age est le sujet d’un débat dont l’impor-
tance est somme toute secondaire pour l’historien. Dans les faits, il est évident que la per-
sistance des structures et de la tradition romaines et l’acculturation des populations nou-
velles en Europe occidentale à partir de la fin du ive siècle témoignent d’un processus long
et d’intensité variable selon les régions, les moments et les aspects étudiés. Il en va de
même pour la monnaie si l’on se place du point de vue de son utilisation : selon toute vrai-
semblance, les changements des espèces et de leurs usages tels que vécus par les popu-
lations se sont opérés de manière imperceptible. Mais contrairement à d’autres indicateurs,
un moment historique précis peut cependant être retenu pour marquer la fin du monnayage
de l’Antiquité tardive et l’avènement de l’espèce prépondérante des six premiers siècles du
Moyen Age, qui coïncide dans deux ensembles géopolitiques majeurs. C’est d’un côté le
passage d’un monnayage d’or au « monométallisme argent » vers 675 dans le monde chré-
tien occidental, et de l’autre la prépondérance de l’argent dans le monde islamique à la suite
des premières frappes de ce métal en 698.

Le sou d’or ou solidus, d’une masse de 4,5 g, apparaît sous l’empereur romain Constantin
au début du ive siècle. Pendant l’Antiquité tardive et sous le règne des peuples barbares en
Europe occidentale, c’est cette espèce et ses fractions, le semissis (demi-solidus) et surtout
le tremissis (tiers de solidus), apparus sous Théodose à la fin de ce siècle, qui forment l’es-
sentiel des frappes monétaires. Les taxes, les amendes et les soldes sont ainsi exprimées
en monnaie d’or pendant plusieurs siècles ; les pièces sont de titre élevé, voire d’or pur.

Dans l’Empire romain d’Orient, le futur Empire byzantin, c’est un système monétaire tri-
métallique et complexe qui subsiste jusqu’au vie siècle, et plusieurs dénominations d’or,
d’argent et de bronze coexistent. Ce système évolue peu à peu pour laisser place à un « tri-

184
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

métallisme simplifié1 » au sein duquel chaque métal est représenté par une seule espèce.
Pour l’or, les fractions du solidus disparaissent progressivement au cours du viie siècle. Pour
le bronze également, la frappe des divisions cesse peu à peu. La première monnaie d’argent
byzantine est l’hexagramme, créé en 616, auquel succède le miliarèsion en 721.

Dans les territoires correspondant à l’Empire romain d’Occident, les peuples barbares conti-
nuent la frappe de l’or en poursuivant les types antiques, les Wisigoths d’abord, puis les
Burgondes, les Francs, les Anglo-Saxons et les Lombards. Dans les royaumes mérovin-
giens, les séries royales du vie siècle, qui comptent encore des sous, laissent la place à la
frappe exclusive de tremisses, essentiellement aux noms de « monétaires », autorités lo-
cales en charge de la fabrication des pièces, et de localités qui se comptent par centaines.
Les types sont souvent stylisés à l’extrême ; la qualité apportée à la gravure des coins et à
la frappe des flans laisse à désirer et il devient fréquent, du fait de l’épigraphie aléatoire des
lettres formant les légendes et du décentrage de la frappe, que les noms de personnages
et de lieux ne puissent pas être identifiés. Le titre de fin des pièces chute considérablement
entre le ve et le viie siècle et il n’est pas rare que des tiers de sou datés des décennies au-
tour de 650 soient constitués de plus de 60 à 70 % d’argent2. Ces monnaies d’or sont rem-
placées par des pièces d’argent, des deniers, dont on date l’apparition vers 675 en Gaule
mérovingienne, à la suite des sceattas frisons et anglo-saxons3.

Dans le monde Arabe, des dinars sont frappés dès avant la création du califat omeyyade au
viie siècle. Des pièces byzantines et sassanides étaient alors également en circulation. Après
des émissions d’imitations de solidi et de drams par les premiers califes, la réforme d’Abd
al-Malik en 698 marque l’appropriation du monnayage par le calife et la création d’un sys-
tème majoritairement bimétallique dont les espèces présentent des types purement épi-
graphiques. Les monnaies d’or continuent à exister mais portent désormais des légendes
arabes ; le dirham, monnaie d’argent dont le nom dérive de celui de la drachme sassanide,
est alors créé. Sa frappe s’intensifie au cours des viiie et ixe siècles et les pièces portent le
nom du gouverneur ou du calife, la shahada et l’année de frappe. Des monnaies de cuivre,
les fulûs, sont également frappées dans certaines zones du monde arabe. La période du ca-
lifat abbasside, qui coïncide avec celle de la dynastie carolingienne en Occident, est mar-
quée par la prépondérance de la frappe des dirhams : la production de l’argent dans le
monde islamique des viiie-xe siècles fut telle que le rapport de valeur entre l’or et l’argent
s’en trouva considérablement modifié4.

La fin du viie siècle marque donc un tournant du point de vue de la frappe monétaire, aus-
si bien en Europe occidentale chrétienne que dans le monde islamique. D’abord de faibles
ampleurs, le numéraire en circulation et la zone de frappe majoritaire de l’argent vont consi-
dérablement se développer au cours du viiie siècle. Durant cette période, le lien est fort
entre l’intensification de la frappe de monnaies d’argent et l’exploitation de gisements de
ce métal.

1 L’expression est empruntée à Cécile Morrisson, 2001, p. 378-379.


2 Blet-Lemarquand et al., 2010 , en particulier la figure 3 p. 181.
3 Grierson, P, Blackburn, M., 1986, p. 93-95 et p. 138-139.
4 Bolin, S., 1953.

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G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

2. L’argent à la source : les mines

Localisation des principaux sites médiévaux de production d’argent.

Jusqu’au Moyen Age central, les connaissances des métallurgistes constituent une limite
de l’exploitation de l’argent aux gisements de galène, un sulfure de plomb (PbS). Le site de
Melle en France est celui qui a fait l’objet de l’étude la plus approfondie pour comprendre
la production de l’argent au haut Moyen Age. Les vestiges archéologiques souterrains et
l’observation des structures de surface liées aux traitements métallurgiques permettent de
cerner dans son ensemble la chaîne opératoire qui permet de passer du minerai au métal :
après son extraction dans les réseaux souterrains, le minerai est vraisemblablement « gril-
lé », puis la galène est réduite en plomb métallique qui contient l’argent. De la scorie vitreuse
est produite à l’occasion de l’opération de réduction. Enfin, c’est au cours de la coupella-
tion que le plomb est oxydé puis absorbé par une coupelle poreuse jusqu’à ce que ne sub-
siste que l’argent5. Par la suite, l’oxyde de plomb ou litharge contenu dans la coupelle peut
être retraité ; on parle alors de plomb « revivifié6 ».

Pour le haut Moyen Age (c. ve-xe siècles), la mine de Melle est la seule pour laquelle une
exploitation prolongée et de grande importance est identifiée avec certitude en Europe oc-
cidentale7. D’autres sites comme ceux de Plélauff (Côtes-d’Armor) ou Sainte-Marie-aux-
Mines (Haut-Rhin) ont livré occasionnellement des datations qui correspondent aux siècles
du haut Moyen Age, mais rien n’indique cependant qu’une quantité de minerai significa-
tive y fut alors extraite. Les districts miniers médiévaux les plus productifs, de Saxe et d’Eu-
rope centrale, furent au plus tôt exploités aux xe-xie siècles et les connaissances actuelles
excluent une production d’argent antérieure. Il faut donc s’en tenir, pour l’Europe occiden-

5 Téreygeol, 2001.
6 Arles et al., à paraître.
7 La datation par 14C des charbons de bois retrouvés dans les mines indique que l’extraction du minerai
aurait commencé dès le vie siècle, qu’elle se serait intensifiée autour de 800 jusqu’à la fin du ixe siècle
pour finalement cesser vers l’An Mil.

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G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

tale du haut Moyen Age, à la seule mine de Melle comme source d’argent primaire d’impor-
tance8. A cette mine était associé, durant toute la période carolingienne, un atelier monétaire
qui fut parmi les plus prolifiques sinon le plus prolifique. Les autres officines qui semblent
avoir été les plus actives sont celles de Dorestad sur la mer du Nord et de Venise sur la mer
Adriatique, points de convergence du commerce en provenance respectivement de la Scan-
dinavie et de la Méditerranée. La frappe monétaire carolingienne n’a donc pas été alimentée
exclusivement par de l’argent « frais » mais également par les échanges à longue distance
avec d’autres civilisations. L’interdiction de la circulation des espèces étrangères imposait
cependant que soient refondues les pièces qui arrivaient aux marges du territoire carolin-
gien, ce qui laisse penser que les ateliers monétaires des villes et ports en contact avec des
marchands étrangers ont frappé sous forme de deniers carolingiens de l’argent dont la pro-
venance peut être très éloignée.

Les auteurs arabes médiévaux, bien qu’écrivant pour certains plus tard dans le Moyen Age,
mentionnent plusieurs zones importantes de production d’argent dans les régions sous le
contrôle du califat durant les premiers siècles de l’Islam. Le géographe al-Hamdani, qui écrit
pendant la première moitié du xe siècle, mentionne les mines d’argent d’Andarab et du Panjir
dans le Khorasan (nord-est de l’Iran actuel), celles de Balkh (nord de l’Afghanistan), ain-
si que celles des environs de Samarkand et Boukhara en Transoxiane (Ouzbékistan)9. Les
mines du Khorasan faisaient l’objet d’une exploitation destinée à une production monétaire
en argent d’ampleur significative dès avant la conquête de la région par les Abbassides, à
l’époque de la domination sassanide. L’argent produit par les mines de Transoxiane aurait
été transporté jusqu’à Boukhara pour y être soit monnayé sur place, soit centralisé à Bag-
dad pour alimenter l’atelier de la capitale ou d’autres10. Dans la péninsule Arabique, la mine
d’al-Radrad ou al-Jabali, au Yémen, est également mentionnée par al-Hamdani, qui pré-
cise qu’elle a été abandonnée en 883. Son exploitation aurait donc débuté dès le ixe siècle
d’après cette source. Les datations de charbons de bois recueillis sur le site ont quant à
elles défini un intervalle d’occupation compris entre le viie siècle et le xie siècle11. Al-Hamda-
ni ajoute qu’un million de dirhams y étaient produits annuellement, ce qui laisse apprécier
l’ampleur de ce gisement. Des monnaies d’argent frappées au nom de Sanaa sont connues
dès la seconde moitié du viiie siècle, à l’époque de la mise en place de nombreuses nou-
velles officines par les Abbassides12. Aucun lien direct ne peut néanmoins être établi entre
l’ouverture de l’atelier monétaire de Sanaa et l’extraction de l’argent à Jabali. Des déchets
minéralurgiques et métallurgiques ont été identifiés sur le site de la mine à l’occasion de re-
cherches archéologiques récentes.

Les autres sources de métal blanc les plus importantes du monde islamique du haut Moyen
Age sont à chercher au Maghreb occidental. Les mines d’argent du Haut-Atlas, en particu-
lier dans la région de Tamdult, sont mentionnées dès le ixe siècle par al-Yaqubi13. Des di-
rhams ont en outre été frappés dès les années 770 par un atelier monétaire proche de ce

8 Bailly-Maître, Benoit, 1998, p. 21-25 sur le haut Moyen Age.


9 D’après Dunlop, 1957.
10 Allan, 1979, p. 15.
11 Benoit et al., 2003.
12 Peli, 2008, ici vol. 1 p. 30-45.
13 Gsell, 1928, p. 17.

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G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

gisement14. Le gisement d’Imiter, également dans le Haut-Atlas, est lui aussi connu comme
une exploitation dont l’activité s’intensifie aux viiie-ixe siècles15. Sans qu’il soit possible de
dater précisément ces vestiges, le site d’Imiter a livré de nombreuses meules et des frag-
ments de céramiques métallurgiques associées à l’exploitation médiévale du gisement16.
Les autres mines marocaines de Zgounder et d’Aouam, en l’état actuel des connaissances,
semblent quant à elles ne pas avoir été exploitées avant le Moyen Age central17. Les mines
d’argent du Maghreb occidental ont alimenté une frappe massive de dirhams dans la se-
conde moitié du viiie siècle, si bien que les deux seuls ateliers d’Ifriqiya et d’al-Abbasiyah
auraient produit un quart du total des émissions abbassides. La Péninsule ibérique enfin est
connue dès l’époque romaine pour être une zone de production de plusieurs métaux, parmi
lesquels l’argent18. Les recherches à ce sujet sont nombreuses mais se concentrent majori-
tairement sur la période antique. Pour la période islamique, plusieurs gisements de galène
argentifère, en particulier au nord de Cordoue, on livré les traces archéologiques d’une ex-
ploitation à l’époque des califes Omeyyades19. Les recherches portant sur ces vestiges, sur
le terrain et en laboratoire, mériteraient d’être poursuivies et étendues à d’autres sites de la
Péninsule ibérique afin de mieux cerner l’exploitation de l’argent et son ampleur dans ces
régions au haut Moyen Age.

En conclusion, la production de l’argent au haut Moyen Age peut être résumée de la manière
suivante : dans le monde franc, la seule source identifiée est celle de Melle dans l’ouest de
la France. Par chance, elle n’a fait l’objet d’aucune exploitation ultérieure et elle a bénéfi-
cié de recherches archéologiques pluridisciplinaires poussées qui permettent de bien com-
prendre son organisation, la chaîne opératoire de production du plomb et de l’argent et la
diffusion de ces métaux. Dans le monde islamique, des sources importantes de métal blanc
sont également mises en exploitation intensive aux viiie-ixe siècles. Les zones de produc-
tion principales se situent au Moyen-Orient, en Asie centrale, au Yémen et au Maghreb oc-
cidental. La question de l’importance des « mines d’Espagne » durant ces siècles reste
quant à elle à explorer davantage. Enfin, il convient d’ajouter pour le monde byzantin que la
conquête arabe ne l’aurait pas privé de toutes ses ressources d’argent, contrairement à ce
qui a pu être écrit par le passé : des travaux ont en effet montré le renouvellement d’une par-
tie du stock de ce métal, qui pourrait provenir des mines d’Arménie20.

3. Les deniers francs, les dirhams islamiques et


leurs réseaux d’échange

La mise en place de monnayages nouveaux à la fin du viie siècle, dans le monde franc chré-
tien comme dans les zones qui passent progressivement sous domination arabe au Proche-

14 Savage, Gordus, 1998.


15 Grappe, 1976 ; El Ajlaoui, 1994.
16 El Ajlaoui, 2008, p. 47.
17 Id., p. 47 ; Rosenberger, 1964.
18 Domergue, 1990.
19 Grañeda Miñón, 2008.
20 Morrisson, 2001, p. 388-389.

188
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

Orient, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique, aboutit à une


frappe majoritaire de la monnaie d’argent dans de vastes aires géographiques. En Europe,
c’est le cas de ce qui deviendra le territoire carolingien, des Pyrénées à la mer du Nord et
de l’Atlantique à l’Adriatique ; le monnayage d’argent se généralise également au cours du
viiie siècle en al-Andalus, au Maghreb Occidental, en Asie centrale et dans le « cœur » du ca-
lifat des Abbassides, qui supplantent les Omeyyades alors qu’au même moment les Caro-
lingiens imposent progressivement un pouvoir royal fort. Le denier carolingien de la fin du
viiie siècle et du ixe siècle et le dirham d’époque abbasside, qu’il soit à proprement parler
émis par les califes de cette dynastie, ou attribuables aux puissances idrisside au Maghreb,
omeyyade en al-Andalus ou samanide en Asie centrale, sont les deux monnaies embléma-
tiques de cette période que certains auteurs ont qualifiée de « boom de l’argent ».

Dirham du calife Haroun al-Rashid daté de 170 Denier de Charlemagne daté des années
AH (786-787) de l’atelier d’al-Abbasiyah. 793/794-812 de l’atelier de Melle.
BnF Lavoix 806 ; 2,27 g, 27 mm. BnF Prou 698 ; 1,55 g, 20 mm.

Le denier et le dirham sont deux monnaies d’argent apparues à une même époque, et dont
la frappe se développe au moment où l’exploitation de plusieurs gisements d’argent en Eu-
rope, en Afrique et en Asie, et sous des autorités politiques différentes, semble s’intensifier.
Il est difficile de déterminer quelles furent les causes et les conséquences de ces observa-
tions : la découverte de mines d’argent nouvelles ou délaissées a-t-elle décidé le pouvoir
royal ou califal à intensifier le monnayage de ce métal ? Ou bien est-ce l’usage naissant de
la monnaie d’argent à la fin du viie siècle, plus adaptée pour les transactions qui avaient
alors lieu que celle d’or, qui a encouragé à la recherche de ces sources de métal blanc ? A
Melle, il semble que le passage au monométallisme argent ait entraîné une intensification de
l’exploitation du gisement et par la suite la rationalisation de son organisation21. Les mines
d’argent exploitées au haut Moyen Age sous domination arabe n’ont pas fait l’objet de re-
cherches géologiques, archéologiques et analytiques aussi poussées que celle de Melle.
Notre connaissance de ces gisements et de leur chronologie est donc insuffisante pour en
juger. Il n’en reste pas moins que, dans les deux cas, la concomitance de l’intensification
de l’exploitation de ces gisements et le passage à la monnaie d’argent est un phénomène
remarquable, qui va se révéler décisif pour l’économie des siècles du Moyen Age à suivre.

A de rares exceptions près, les deniers comme les dirhams présentent des types purement
épigraphiques. Pour les deniers, le nom du souverain sous l’autorité duquel la pièce est

21 Téreygeol, 2010.

189
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

émise apparaît sur une face, tandis que l’autre porte la mention du lieu d’émission. Le plus
souvent, ces légendes sont inscrites en cercle, autour d’une croix sur une face et d’un mo-
nogramme sur l’autre. La date d’émission n’est pas inscrite sur les monnaies carolingiennes,
et c’est la typologie qui permet de les attribuer à un souverain et à une période d’émission.
Les dirhams quant à eux portent en règle générale le nom du calife ou celui du gouverneur
de la province et l’année d’émission. La shahada, profession de foi de l’islam, y apparaît
également, ce qui procure une connotation religieuse à ces monnaies. De nombreuses mon-
naies carolingiennes du ixe siècle arborent elles aussi explicitement une référence à la reli-
gion, soit par la légende Christiana Religio (« religion chrétienne »), soit par la mention Gratia
Dei Rex (« roi par la grâce de Dieu »).

L’examen des caractéristiques métrologiques des deniers carolingiens et des dirhams ab-
bassides met en évidence des différences du point de vue de leur masse. Le denier pré-
sente une masse de 1,3 g environ sous Pépin le Bref et Charlemagne jusqu’en 793/794, puis
de 1,7 g avec de légères évolutions jusqu’à la fin du ixe siècle. Le dirham quant à lui pèse
2,85 g environ, avec des évolutions sensibles selon les régions. Aucun lien pondéral direct
ne paraît donc pouvoir être établi entre les deux espèces qui, en première approche, semblent
avoir circulé dans des aires géographiques différentes et hermétiques, chacune des autori-
tés interdisant l’importation de pièces étrangères. Des recherches récentes ont cependant
mis en évidence le « rognage » de dirhams retrouvés dans une zone correspondant à l’an-
cien royaume d’Aquitaine, suggérant la volonté de les adapter au diamètre et à la masse des
deniers carolingiens qui constituaient l’espèce autorisée. Ces dirhams auraient été « ajus-
tés » dans le but de les incorporer à une circulation monétaire locale22. S’il est nécessaire
que cette hypothèse soit confirmée par de nouvelles découvertes, la teneur en argent si-
milaire du dirham et du denier ne la contredit pas. Plus d’un millier de monnaies du haut
Moyen Age, principalement carolingiennes, frappées depuis l’apparition du denier méro-
vingien jusqu’au début du xe siècle, ont fait l’objet d’analyses de composition ces dernières
années. A l’exception de quelques périodes relativement courtes à l’échelle de l’ensemble
de la chronologie de ces frappes, les résultats obtenus indiquent que la monnaie d’argent
mérovingienne puis carolingienne est de bon argent, avec des titres moyens de l’ordre de
90 % voire supérieurs selon les périodes d’émission23. De même, les analyses de composi-
tion de dirhams datés du haut Moyen Age, certes moins représentatives que pour les émis-
sions franques contemporaines, révèlent des valeurs de titre comparables24. Les monnaies
d’argent en circulation dans la majeure partie de l’Europe occidentale, dans la péninsule ibé-
rique, en Afrique du Nord, au Proche-Orient et au Moyen-Orient ainsi qu’en Asie centrale,
pouvaient donc en théorie s’échanger au poids du fait de l’équivalence de leur contenu de
métal précieux.

Des raisons politiques, religieuses et économiques ont restreint la circulation des deniers
et des dirhams du haut Moyen Age à des aires de circulation bien circonscrites. Les trou-
vailles de monnaies d’argent franques en dehors de leur territoire d’origine sont peu nom-
breuses vers le sud et l’est, avec quelques exemplaires en Europe centrale et en Espagne.
Bien plus abondantes sont les découvertes dans les îles Britanniques et en Scandinavie :

22 Parvérie, 2010 ; Parverie, 2012.


23 Schiesser, Sarah, à paraître ; Sarah, 2008.
24 ref Sarah 2008 ; Cowell, Lowick, 1988 ; Savage, Gordus, 1998.

190
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

il s’agit là de pièces transportées par les Vikings qui utilisaient l’argent comme vecteur des
échanges au poids, et pouvaient employer indifféremment au cours d’une même transac-
tion des monnaies chrétiennes ou islamiques, ou encore des fragments d’objets ou de lin-
gots en argent. En revanche, les découverts de pièces d’argent du monde arabe sur le ter-
ritoire carolingien sont plus indicatives des échanges qui eurent lieu entre ces deux pôles :
les dirhams remontant d’al-Andalus et passant les Pyrénées qui ont été découverts en di-
vers lieu du royaume d’Aquitaine, jusqu’à la Loire, ont été évoqués plus haut. Un autre cou-
rant « méridional » de monnaies étrangères et en particulier islamiques a été identifié arrivant
par l’Adriatique, traversant l’Italie du Nord et les Alpes, pour s’écouler ensuite par la vallée
du Rhin jusqu’à la mer du Nord. Le courant de monnaies islamiques vers l’Occident le plus
important emprunte néanmoins un itinéraire moins direct : lié à l’explosion du monnayage
de l’argent dans le nord du territoire samanide, sa période d’intensité maximale couvre les
ixe et xe siècles. Des centaines de milliers de dirhams, principalement aux noms des ateliers
monétaires en lien avec les mines d’Asie centrale, ont été mis au jour dans de nombreux tré-
sors dont la localisation indique une route de commerce courant le long de la Volga jusqu’en
Scandinavie.

Conclusion
La monnaie d’argent fut indiscutablement le vecteur de la reprise des échanges entre Occi-
dent et Orient à partir de la fin du viiie siècle. Le denier de Charlemagne et le dirham d’Ha-
roun al-Rashid sont emblématiques de ce renouveau, mais leur succès résulte de processus
qui se développèrent dès la fin du viie siècle. Les études portant sur les mines d’argent, à
l’exception de celles de Melle et de Jabali, sont insuffisantes pour qu’on puisse cerner avec
précision la chronologie de leur exploitation et ses liens avec la frappe monétaire. Un travail
archéologique souterrain et de surface, couplé aux travaux sur les textes et aux recherches
en laboratoire, portant à la fois sur le minerai, l’argent et ses sous-produits, doit être mené
aussi souvent que possible afin de mieux comprendre les procédés métallurgiques, l’orga-
nisation de la frappe monétaire et la circulation des métaux précieux et des hommes qui les
transportent.

191
G. Sarah – L’avènement de l’argent. Activité minière, frappe monétaire et commerce dans les mondes franc et islamiques du haut Moyen Age

192
Le plomb : une production abondante,
un matériau rarement conservé
F. Téreygeol*, A. Arles**

* UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M
LAPA, CEA, Saclay
** Arkemine sarl et IRAMAT, Centre Ernest Babelon, CNRS, Université d’Orléans

Résumé
La production d’argent à partir de galène conduit nécessairement à la production de plomb,
métal affublé d’un désintérêt marqué. L’étude d’un important corpus de plombs de pêche
du haut Moyen Age a servi de base à une démarche expérimentale. La réalisation d’ana-
logues est relativement simple. La mise en forme est faite par coulée, martelage et/ou dé-
coupe. Les pièces archéologiques ont fait l’objet d’analyses chimiques par spéctrométrie
de masse à plasma (ICP-MS). La pureté du plomb utilisé est ainsi mise en évidence. L’ana-
lyse élémentaire ne permettant pas de définir avec certitude la provenance du métal, des
analyses isotopiques ont été pratiquées. Elles mettent en évidence le lien entre les plombs
de pêche étudiés et le métal produit à Melle, gisement situé à une soixantaine de kilomètres
du site de découverte. Ce cas pose un premier jalon en matière d’influence de la production
melloise de plomb à l’échelle régionale, et met en évidence, pour le haut Moyen Age, le ca-
ractère commun du métal mou, produit en quantité et facilement recyclable.

Introduction
La chaîne de production de l’argent à partir d’une galène argentifère peut conduire à l’élabo-
ration de plomb métal en quantité relativement importante. Bien qu’ayant un ordre de gran-
deur de la production d’argent d’une mine donnée, il n’est pas possible d’appliquer directe-
ment le ratio existant dans le minerai entre le plomb et l’argent, car les pertes en plomb se
succèdent tout au long de la chaîne et elles ne sont pas encore correctement quantifiées.
Ceci étant, même en considérant des pertes importantes de l’ordre de 90 % du plomb dis-
ponible, la production du plomb métal à Melle est une réalité qui se retrouve dans un des
rares documents faisant état de la production métallique sur ce district minier. Il s’agit de la
Gesta Dagoberti, dans laquelle il est fait mention d’une livraison de plomb de Melle à l’ab-
baye de Saint-Denis. La rareté du plomb dans les collections archéologiques tient princi-
palement à la facilité qu’il y a à recycler ce métal. Fondant à 327°C, un objet de plomb ob-
solète ou hors d’usage rejoindra la masse des « vieux plombs » qui, au prix d’une simple
fonte, connaitront une nouvelle vie. La série de plombs halieutique retrouvés à l’occasion

193
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

des fouilles subaquatiques à l’emplacement d’un comptoir normand dans le fleuve Charente
à Taillebourg Port-d’Envaux constitue un corpus exceptionnel.

Le plomb semble des métaux communs le moins étudié en paléométallurgie. Ce désintérêt


n’est pas le fait des archéologues modernes, mais trouve déjà ses racines dans les traités
anciens. Dans son De natura fossilum (1546), au livre VIII qui porte sur les métaux, Agrico-
la passe d’abord en revue l’or, l’argent, le mercure et le cuivre avant de s’intéresser briève-
ment au plomb (plumbum nigrum). Celui-ci est associé dans ce traité de minéralogie, et en
conformité avec les idées de cette époque, à l’étain (plumbum candidum) et au « bismuth »
(plumbum cinereum)1. Cette relégation en cinquième position dans une liste qui compte
neuf métaux montre bien le peu de cas qui est fait de ce métal pourtant si commun. Cette
désaffectation se poursuit aujourd’hui par l’absence de données de fouilles portant sur les
métallurgies secondaires du plomb. Si de nombreux ateliers de bronziers, des échoppes
d’orfèvres ou encore des ateliers de vrai, comme de faux, monnayeurs ont pu être fouillés,
il n’a encore jamais été mis au jour un atelier de plombier.

Le plomb est un métal mou, rayable à l’ongle, qui fond à une relativement basse tempéra-
ture (327°C). En revanche, il doit être chauffé à plus de 1700°C pour se vaporiser. Lorsqu’il
vient d’être coulé, il est gris brillant, mais très rapidement une couche d’oxydation passi-
vante se met en place lui conférant un aspect terne. Sa tenue à la corrosion et ses qualités
mécaniques (malléabilité, soudabilité) expliquent bien que, malgré sa masse, son usage ait
été privilégié pour la construction au sens large.

Ce métal joue un rôle important dans l’économie médiévale (Madeline 2009). Il sert directe-
ment à fabriquer de petits objets de la vie courante. Il entre dans la composition de l’alliage
nécessaire à la fabrication de la poterie d’étain. Mais les consommations massive de plomb
proviennent de son emploi dans les travaux d’architecture (plomb de vitrail, de couverture,
de scellement) et également dans les travaux urbains. Sa plus grande qualité fait aussi sa
plus grande faiblesse. Sa facilité de mise en œuvre permet une récupération aisée et les ou-
vriers du métal ne se sont jamais privés de le refondre. La terminologie « vieux plomb » que
l’on retrouve fréquemment dans les archives en témoigne. La mise au jour d’un lot d’une
centaine d’objets en plomb devait donc légitimement attirer notre attention d’autant plus
que ces plombs datant du haut Moyen Âge s’inscrivent dans un contexte régional particu-
lier lié à l’exploitation de la mine de plomb argentifère de Melle, en pleine activité entre les
VIIe et Xe siècles (Téreygeol 2007) (Fig. 01).

Le plomb est essentiellement un sous-produit de la métallurgie de l’argent. Dans le cas


de Melle comme pour celui de Jabali, la métallurgie a conduit à la production de ce métal
puisqu’il s’agit de gisements de galène, un sulfure simple de plomb (87 % de plomb), conte-
nant une faible proportion d’argent (entre 1 à 3 ‰ Ag dans le cas de Melle et autour de 5‰
Ag dans le cas de Jabali). Ainsi, dans une approche simpliste, une simple monnaie d’argent
d’un poids moyen de 1,7 g représenterait potentiellement près d’un kilogramme de plomb
(850 g) ! Le rapport n’est pas aussi simple. Lors des procédés de production de l’argent, le
plomb passe successivement par différentes étapes : d’un sulfure à un oxyde lors du gril-

1 Il s’agit d’une variété de plomb et non de l’élément bismuth qui n’a été caractérisé qu’en 1753 par
Geoffroy.

194
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

Figure 01 : Localisation des sites de Melle, Taillebourg et Courbiac.

lage, d’un oxyde à du métal allié à l’argent lors de la fonte, de cet alliage à un oxyde lors
de la coupellation et au final d’un oxyde à du plomb désargenté au moment de la revivifica-
tion. Au cours de ces différentes transformations, il se produit des pertes très importantes.
Nous pouvons estimer que la quantité de plomb désargenté qu’il est possible de récupérer
au bout de cette chaîne n’excède pas 12,5% du plomb disponible dans le minerai d’origine.
La production annuelle moyenne de plomb des mines de Melle estimée à partir des volumes
extraits et de leur teneur en minerai s’établirait ainsi autour de 340 tonnes2. Les mines de
Melle ont été en activité sans discontinuation notoire entre le début du Ve siècle et la fin du
Xe siècle. La masse totale de plomb métallique que ce gisement a pu introduire dans l’éco-
nomie du haut Moyen Age s’établirait autour de 200 000 tonnes. Dès lors, il semble difficile
de penser que ce métal gris a été rare, au moins dans l’espace picto-charentais.

Si l’étude des provenances via l’analyse isotopique du plomb de Melle a pu être conduite
d’abord sur les monnaies (Téreygeol et al. 2005) puis sur les plombs de ce corpus (Téreygeol
et al. 2010) , il était jusqu’à une date récente très délicat d’obtenir un dosage élémentaire des
objets en plomb. Les développements analytiques accomplis au sein du Centre Ernest Ba-
belon ont fait sauter ce verrou. Il est aujourd’hui possible de présenter une approche croisée
de l’étude de ce corpus faisant intervenir l’archéologie, l’expérimentation et l’archéométrie.

1. Le corpus mis au jour dans la Charente


Dans ce corpus, on dénombre dix familles de plombs (Fig. 02). Seul le détail des cinq plus
importantes familles est donné. À elles seules, elles représentent plus de 85 % du corpus
complet.

2 Il s’agit d’une estimation reposant une estimation basse de la teneur en galène du gisement de Melle
(5%).

195
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

découpe, usure importante.


93,69 12,82 7,9 2369,77

Lingots à deux anses dimensions des yeux mm 16


Masse
n° d'inv. Description Indices de surface L mm l mm ép. mm L1 l1 L2 l2 lL 3
(g)
Lingot à deux anses, forme
TAI.2003. 294 Allongement des perforations par usure 132 69 11 774 10 8 10,15 7,3
quadrangulaire légèrement courbe
2 perforations circulaire dans les anses, débordement
Lingot à deux anses, Forme
lors de la coulée, oxyde de cuivre, empreintes en
trapézoïdale et départ en pyramide
TAI.2003. 314 croisillons (linge ?).les trous ont un diamètre minimum 69,9 62 10 388 dia 7.3
permettant de restituer le sens de
de 7.3 et maxi de 9.02, (sens de percement de la face
coulée
supérieure vers la face intérieure).
Plaque à deux perforations avec anses
TAI.2003. 315 Retassure 94 55 7,3 258 dia 5.3 dia 5.3
mal définies
Lingot quadrangulaire à deux anses, 2
TAI.2004. 16 Ouverture "dentée" des yeux dans la partie supérieure 107 71 9,9 520 7,5 6
perforations
Lingot quadrangulaire à deux anses, 2
TAI.2004. 48 Retassure, pièce coulée en deux fois 130 70 10 704 7,7 8
perforations
TAI.2004. 155 Plaque à deux perforations avec anses Anses mal formées 113 63 8 294 7,5 5

TAI.2004. 159 Plaque à deux perforations avec anses Une anse mal formée, coulée dans le sol 111 67 8,5 416 7,5 7,7

TAI.2004. 172 Plaque à deux perforations avec anses 120 64 14 630 6,6 6,7

TAI.2004. 220 Plaque à deux perforations avec anses Replis volontaire des anses 102 44 10 346 7,2 8,4
Plaque à deux perforations avec anses
TAI.2004. 335 Traces de reprise de coulée, retassures 113,5 67 7,8 320 7,3 7,5
mal définies
TAI.2004. 369 Plaque à deux perforations avec anses 114 70 7 395 7 6,5

Lingot à deux anses, forme


TAI.2005. 264 (C133) une anse mal formée, coulée dans le sol 112 41 5,5 360 6 14 8
quadrangulaire légèrement courbe
Moulage irrégulier, traces de découpe pour ajustement,
Lingot à deux anses, forme
TAI.2005. 292 un œil issu d'une réserve, l'autre suite à une perforation 125 70 8,4 565 8 6
quadrangulaire
par un outil quadrangulaire
TAI.2007. 252 Plaque à deux perforations avec anses une perforation circulaire, une quandragulaire 95 56 19 556,3

TAI.2007. 145 Plaque à deux perforations avec anses une perforation arrachée 144 67,5 9 675,1

TAI.2007. 144 Plaque à deux perforations avec anses 76 80 10,5 494,5


109,9 63,53 9,74 7695,9

Plombs naviformes dimensions des yeux mm 18


Masse
n° d'inv. Description Indices de surface L mm l mm ép. mm L1 l1 L2 l2 lL 3
(g)
TAI.2002. 131 Plomb naviforme 124 97 13,4 975,9 36 33 27,4 29,3
Lingot à trois anses, forme
TAI.2003. 24 Défaut de coulée, perforations circulaires 88,8 72 11 566 8,8 8,4 7,4
quadrangulaire
Plomb replié, traces de martelage, ou de pinces, pièce
TAI.2004. 119 Plomb naviforme 128 56,5 20,4 918
destinée à la refonte
Plomb naviforme à trois anses Décor linéaire, la réserve circulaire est plus large que
TAI.2004. 158 110 55,6 14,7 590 6,3 8,2 6,3
perforées les 2 autres qui ont un diamètre identique
TAI.2004. 178 Plomb naviforme traces de moules en bois (?) 118 70 9,5 436 38 32,8 41,3 33
Forme circulaire à la base, les opercules ont été formés
TAI.2004. 275 Plomb naviforme 92 76 9 391 28 17,4 27 23
lors de la coulée
TAI.2005. F258 Plomb naviforme Défaut de coulée, surplus de métal, décor linéaire 90 70 6 265 12 10 20 17
Lingot à trois anses, forme Trois opercules dont un formé lors de la coulée, les 2
TAI.2005. C135 F120 85 60 8,1 350 7 7 7
quadrangulaire autres formés par replis
Objet en cours de refonte, présence d'une erreur lors
TAI.2005. C122 F215 Plomb naviforme 72 50 3 105,1
de la fabrication du moule
TAI.2006. 72 (F72 C168) Plaque avec 3 perforations 132 99 19 1089,6
TAI.2007. 55 Plaque avec 3 perforations 91 63,5 14 454,2
Lingot à trois anses, forme
TAI.2007. 183 84 79 11 434,1
quadrangulaire
Lingot à trois anses, forme
TAI.2007. 259 84,3 79 11 396,9
quadrangulaire
Lingot à trois anses, forme
TAI.2007. 366 72,5 60 13 377,4
quadrangulaire
Lingot à trois anses, forme
TAI.2007. 140 90 67,5 12,5 444,3
quadrangulaire
TAI.2007. 203 Plomb naviforme 104 60,5 9,5 333,7
TAI.2007. 188 Plomb naviforme mal fondu 90 79,5 10 302,5
TAI.2007. 143b Plomb naviforme 104,5 64,5 4 528,7
97,78 69,98 11,061 8958,4 19,44 19,90

Lingots massifs dimensions des yeux mm 2


Masse
n° d'inv. Description Indices de surface L mm l mm ép. mm L1 l1 L2 l2 lL 3
(g)
Lingot quadrangulaire à deux Mise en forme par martelage, empreintes circulaires
TAI.2004. 43 141 25 23 605,8 7,5 8
perforations autour des yeux (avec métal repoussé)
Lingot quadrangulaire à deux Perforations faites de la face supérieure vers la face
TAI.2004. 315 96 66 12 848 10,3 11,32
perforations inférieure
118,5 45,5 17,5 1453,8 8,9

Barre dimensions des yeux mm 1


Masse
n° d'inv. Description Indices de surface L mm l mm ép. mm L1 l1 L2 l2 lL 3
(g)
Lingot quadrangulaire à deux
Usure des passants, nombreux replis au niveau des
TAI.2004. 31 perforations disposées dans la 92 16 16 192,6 5,4 4,7
yeux, pièce coulée
longueur

Lingots circulaires dimensions des yeux mm 3


Masse
n° d'inv. Description Indices de surface L mm l mm ép. mm L1 l1 L2 l2 lL 3
(g)
Plomb circulaire percé d'un trou en son
TAI.2004. 179 percement du trou par les deux faces 79 73 10,6 380 9,1
milieu
Plomb circulaire percé d'un trou en
TAI.2004. 307 Moule mal constitué, épaississement des bords 82 62 13 410 8,6
périphérie
Masse coulée à même le sol, œil fait par une réserve
TAI.2005. 214 Masse de plomb circulaire avec un œil 80 60 15 490 18
lors de la coulée
80,3 65 12,9 1280 11,9

Figure 02 : Catalogue du corpus des objets en plomb de Taillebourg.

196
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

1.1. Petit lingot à quatre bras (Fig. 02A)

Figure 02A : Taillebourg, lingot à quatre bras (TAI.2003.246). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

Ces pièces, au nombre de 27, représentent la plus grande famille du corpus. Elles ont une
longueur moyenne de 94 mm pour une largeur de 12,9 mm et une épaisseur de 7,9 mm.
Leur masse, d’une moyenne de 85,4 g, est évidemment directement en rapport avec leur
volume. On note une légère tendance à la standardisation pour la longueur des poids. En
revanche, ni la largeur, ni l’épaisseur, ne montrent une volonté nette de reproduire le même
objet. Il n’y a donc pas eu usage d’un même moule pour le corpus existant. Si l’objet va-
rie dans ses dimensions et dans ses masses, il semble bien que la largeur des yeux indique
l’usage d’un même diamètre de passant entre 4 et 6 mm.

1.2. Lingot à deux anses (Fig. 02B)

Les poids à deux anses sont au


nombre de 16. Il s’agit de lingots ou
de plaques comportant dans la ma-
jeure partie des cas deux excrois-
sances dans lesquels sont inscrits les
yeux. Leur longueur moyenne est de
109,9 mm pour une largeur de 63,5
mm et une épaisseur de 9,7 mm. La
masse est très variable avec un écart
type de 174 (valeurs extrêmes : 258
et 774 g) pour une masse moyenne
de 491 g. Il n’apparaît aucune stan-
dardisation de cette masse. Mais,
comme dans le cas précédent, les
yeux ont des diamètres homogènes
: entre 6 et 8 mm pour 80 % du cor-
pus. Cette dimension supérieure à
celle observée pour les petits lingots
à quatre bras doit-elle être mise en
relation avec la masse de l’objet et, Figure 02B : Taillebourg, lingot à deux anses
donc, sa fonction de lest ? L’étude (TAI.2002.131). Cliché : J.-Ch. Méaudre.
des techniques de pêche devrait per-
mettre d’apporter la réponse.

197
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

1.3. Plombs naviformes (Fig. 02C)

Figure 02C : Taillebourg, plomb naviforme (TAI.2002.131). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

Si ces plombs restent dans un contexte propre au fleuve Charente, ils ne peuvent plus s’ap-
parenter à des plombs de pêche. Nous laissons à nos collègues le soin d’apporter une ré-
ponse quant à leur fonction. Une chose est certaine : une filiation existe au travers de la
famille des plombs naviformes. Mais il faut tenir compte de la totale absence de corréla-
tion entre les longueurs, largeurs, épaisseurs et masses des différentes pièces. Seules les
pièces TAI.2002.131 et TAI.2004.119 présentent de fortes similitudes, laissant penser à une
production en petite série. Notons que la pièce trouvée en 2004 devait être destinée à la re-
fonte. Le repli du métal est volontaire et les traces de pinces sont caractéristiques.

1.4. Feuilles à ailettes (Fig. 02D)

Figure 02D : Taillebourg, feuille à ailettes (TAI.2004.262b). Cliché : J.-Ch. Méaudre.

198
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

Dernière famille d’objets pouvant être sujets à une approche statistique limitée, les feuilles
à ailettes sont au nombre de 18 avec une longueur moyenne de 121 mm, une largeur de
24,2 mm et une épaisseur de 6,4 mm. La masse moyenne est de 231 g avec un diamètre
des passants de 10 mm. Il faut noter l’absence de soudures des ailettes deux à deux. On
peut en conclure qu’il ne devait pas y avoir une tension trop forte exercée sur la pièce, car
les ailettes se seraient rapidement ré-ouvertes. Il s’agit visiblement de lester des filets ne
devant pas être mis en forte charge. Un lot est homogène dans sa distribution spatiale et
correspond à l’épave de Courbiac. Il s’agit sûrement d’un filet pris dans le reste de l’épave.
Les quatre autres pièces retrouvées l’ont été avec les ailettes correctement jointes. La perte
ne s’est pas faite pendant l’usage du filet ou de l’engin de pêche auquel elles étaient liées.

1.5. L’importance des coulures


Dernière famille qu’il faut isoler bien qu’elle soit peu représentée, les coulures doivent rete-
nir notre attention. Elles sont la preuve d’un travail du plomb. Elles s’apparentent à des dé-
chets de fonte formés soit à l’occasion d’un curage du récipient ayant servi à la fonte, soit
lors d’un débordement intempestif. Un exemplaire est même un raté de coulée qui n’a pas
été refondu. Les dimensions de ces objets auraient permis une récupération aisée si le be-
soin s’en était fait sentir. Il n’en a rien été et ce métal a été perdu. Les exemples retrouvés à
Taillebourg représentent une masse de 252,82 g. La totalité des plombs récoltés donne une
masse de 25,674 kg. Les déchets représentent donc moins de 1 % de la masse totale. Il
est probable qu’existait à proximité un petit atelier de fonte. Les prospections géochimiques
conduites de part et d’autre de la berge de la Charente n’ont pas permis de le localiser. L’ac-
tivité n’a pas été assez polluante pour marquer l’espace.

Le reste du corpus ne nécessite pas une revue de détail, car il s’agit de lots d’objets assez
réduits et souvent isolés (une barre, une bille, un jeton, une tôle roulée, etc.).

2. La mise en forme des plombs à partir des études


expérimentales
Cette série de plomb donne l’opportunité de se pencher sur les techniques de mises en
forme qui ont été employées pour la réalisation de ces objets. Cette approche technique de
l’objet s’appuie sur une étude d’archéologie expérimentale conduite sur la plateforme de
paléométallurgie expérimentale de Melle afin de reproduire les stigmates observés sur les
objets archéologiques. Nous avons choisi de travailler sur les quatre types d’objet les plus
représentés dans le corpus : les lingots à quatre bras, les lingots à deux anses, les feuilles à
ailettes et les plombs naviformes. Dans chaque cas, la structure de fonte et le récipient sont
les mêmes. Il s’agit d’un bas foyer et d’un creuset en terre cuite. Le plomb provient de diffé-
rentes récupérations, mais est relativement pur (ni argent, ni cuivre).

2.1. Les lingots à quatre bras


On note sur de nombreuses pièces de ce type des irrégularités de coulée. Elles se marquent
par des traits sur les côtés latéraux de certaines pièces. Ces irrégularités de coulée sont la

199
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

preuve de l’absence d’une importante mise en forme suite à la fonte. Elle existe pourtant,
marquée par des replis volontaires de métal afin de rapprocher le poids d’une forme paral-
lélépipédique. La trace de taillants se distingue clairement, les bras ont donc été ouverts
postérieurement à la coulée (Fig. 03). De par la marque laissée, la lame est courbe. Vu la
taille de l’objet, quelques centimètres, elle est utilisée en percussion posée. Ces objets né-
cessitent de couler un lingot ayant la morphologie et la masse voulue par rapport à l’ob-
jet final. L’usage de coulée en sable permet d’être très facilement reproductible. Une fois la
barre obtenue, il faut réaliser les bras par découpe. Cette dernière se fait avec un taillant en
percussion posée sur l’objet à plat. Il s’en suit une reprise dont la trace est très nettement
visible sur les exemplaires archéologiques.

Figure 03 : Production expérimentale de plomb à quatre bras.

2.2. Les lingots à deux anses


Le seul problème de ces plombs de suspension repose sur la réalisation des yeux. Il ne
s’agit pas de perforations qui auraient entraîné une déformation mécanique de la pièce tant
au niveau des yeux (bourrelets de métal) que sur les côtés les plus fins de l’objet. L’usage de
deux morceaux de bois permet à moindre coût de réaliser une réserve pour former les yeux
(Fig. 04). La pièce expérimentale est très semblable à celle trouvée en Charente, au détail
prés que l’objet archéologique a connu un défaut de coulée (surplus de métal) qu’on ne re-
trouve pas sur le plomb expérimental. Cette expérience est valable pour quasiment tous les

200
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

yeux rencontrés dans ce corpus à l’exclusion de TAI.2004.16, 48 et 335. Plus facilement li-
sibles et trahissant une reprise de coulée alors que le premier jet de fonte est déjà solidifié,
les retassures sont bien présentes sur plusieurs des lingots à deux anses. Il s’agit de retraits
du métal survenant lors du refroidissement à l’air. Ce stigmate renseigne à la fois sur le po-
sitionnement de l’objet dans l’espace et sur l’usage d’un moule simple (repérage de la face
supérieure au contact de l’air). Encore plus que pour les irrégularités de coulée, les retas-
sures témoignent de l’absence totale de martelage des pièces.

Figure 04 : Coulée expérimentale de plomb avec réserve.

2.3. Les feuilles à ailettes


Si l’objet parait simple, il s’agit sûrement de celui nécessitant le plus d’étapes de mise en
forme. Il faut travailler sur une feuille de plomb. Il est donc incontournable de commencer
par réaliser cette dernière par martelage d’un petit lingot. En effet, il n’est pas possible de
couler le plomb en feuille à l’épaisseur utilisée ici. On exclut également une coulée en moule
bivalve, travail encore plus complexe que le simple martelage. Après avoir amené la feuille
à l’épaisseur voulue, le plombier forme les ailettes qui sont ensuite repliées pour donner
une forme tubulaire. Le martelage plus intense dans les parties extrêmes amincit la pièce.
Le métal est chassé. Les ailettes prennent une forme arrondie que l’on retrouve sous forme
d’un « V » à la jointure de la pièce (Fig. 05).

201
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

Figure 05 : Mise en forme des plombs à ailettes.

2.4. Les plombs naviformes


Ces pièces coulées ont-elles pu être réalisées en série ? La découverte de deux exemplaires
similaires (TAI.2002.131 et TAI.2004.119) le laisse croire. Le décor en rond-de-bosse pré-
sent sur les pièces indique un travail dans un moule. Parallèlement, la dégradation du positif
pourrait être le résultat d’une usure de celui-ci. L’étude expérimentale a porté sur la nature
des moules permettant de produire simplement de petites séries identiques à ces plombs
de suspension. Une première expérience a été tentée avec du sable de fonderie moderne.
Une fois le sable tassé dans son cadre, on sculpte en négatif le motif à produire. Le néga-
tif étant prêt, le plomb est coulé. Lors du démoulage, le négatif s’abîme, mais la première
épreuve peut être facilement réemployée pour la réalisation des moules suivants. Le pro-
duit de l’expérience est intéressant et pourrait correspondre à l’exemple archéologique si
nous n’avions pas utilisé un sable de fonderie moderne. Pour pousser plus loin notre ré-
flexion, nous avons réalisé nous-mêmes notre sable. Il s’agit d’un mélange de sable de Fon-
tainebleau (sable pur prélevé in situ) et d’huile de lin selon la recette donnée dans les Tech-
niques de l’ingénieur. Les proportions n’ont pas été mesurées, mais il s’agit d’obtenir une
pâte plastique. La suite de l’expérience se déroule comme décrite précédemment. Ce sable
est moins stable et entraîne, d’une reproduction à l’autre, des variations sur le modèle. Autre
possibilité, la fonte au bois a également été expérimentée. Le plomb ayant un bas point de
fusion, on peut espérer que le négatif se conserve pour le temps de production d’une pe-
tite série. Dès la 10e pièce, il est apparu des défauts dans le moule ne permettant plus son

202
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

emploi, mais la série était produite. En revanche, la fonte au bois laisse la trace des cernes
sur les pièces. Seule la pièce TAI.2004.178 pourrait avoir été fondue dans un moule en bois.
Encore faut-il rester très prudent sur cette hypothèse. L’avantage du bois est la conserva-
tion du moule et donc la production d’objets similaire. À ce stade, la réalisation de pièces
moulées comportant un décor et/ou d’importantes réserves semble plus reposer sur l’usage
d’une fonte au sable que sur d’autres méthodes (Fig. 06).

Figure 06 : Fonte au sable des plombs naviformes.

Ces premières expérimentations conduisent à une série de conclusions. La réalisation de


ces objets nécessite un matériel simple : un bas foyer, un contenant pour la fonte, un sup-
port de frappe (enclume ou autre) deux marteaux (une massette et un marteau à planer), un
taillant pour ouvrir certaines pièces. Seule la fonte au sable nécessite un matériel plus spé-
cifique et un travail légèrement plus poussé. En regard du volume de chaque pièce produite,
ce travail peut être le fait d’un plombier, mais il peut aussi bien être celui de tout artisan mé-
tallurgiste (bronzier comme forgeron). On retrouve néanmoins la quasi-totalité des gestes de
bases : le travail au ciseau, à la réserve, la mise en forme au marteau et la coulée en moule.

Enfin, il faut faire la différence entre les pièces coulées en moule et celles coulées puis mar-
telées. La préparation par martelage semble directement liée à l’usage qui a été fait du
poids. Dans le cas des pièces simplement coulées, il est en suspension sur deux brins, dans
le second cas (coulée puis martelage), il est passé dans un seul et même brin.

203
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

3. Composition chimique des plombs

3.1. Méthode d’analyse


Depuis de nombreuses années, plusieurs protocoles d’analyses de matériaux archéo-
logiques par spectrométrie de masse à plasma (ICP-MS) ont été développés au Centre
Ernest Babelon. Différentes techniques de caractérisation ont été mises au point pour l’ana-
lyse du verre, de l’obsidienne (Gratuze et al. 2001), des alliages à base d’or (Gratuze et al.
2004) ou d’argent (Sarah et al. 2007). Fort de cette expérience, il a été décidé de propo-
ser un protocole d’analyse du plomb3 dans la mesure où ce matériau a très peu fait l’objet
d’analyses jusqu’à présent. La spectrométrie de masse présente plusieurs avantages. Elle
permet notamment une quantification élémentaire sur une gamme très large avec de très
faibles limites de détection (inférieure à la partie par million4). La séparation des éléments en
fonction de leur masse lors de leur quantification permet de s’affranchir au maximum d’in-
terférences élémentaires qui ne peuvent être évitées avec d’autres méthodes, notamment
lors de dosages par spectrométrie de fluorescence X. L’utilisation d’un laser pour réaliser
un micro-prélèvement de matière lors de l’analyse (70 µm de diamètre) dispense en outre
d’une préparation particulière des échantillons5. En définitive, il s’agit d’une méthode d’ana-
lyse fiable, très sensible et rapide.

Compte tenu de la taille des plombs de Taillebourg, supérieure à celle de la cellule d’analyse,
il a été nécessaire de réaliser des prélèvements d’environ 0,1 g à l’aide d’un ciseau à métal.

3.2. Résultats
Dans le cadre de cette étude des plombs de pêche découverts dans la Charente, les ana-
lyses doivent répondre à différentes questions. Celles-ci portent en particulier sur la quali-
té du métal employé. Le plomb est-il utilisé pur ou allié à d’autres métaux ? Les différents
types de plombs de pêche décrits sont-ils corrélés à des compositions élémentaires parti-
culières ? Notamment lorsque l’on considère des lests exclusivement fonctionnels (type à
ailettes) et ceux qui présentent un caractère démonstratif certain (type naviforme). Les dif-
férents procédés de mise en forme sont également des paramètres à considérer, car ils
peuvent exiger des compositions précises. Enfin, dans la mesure où le lieu de leur décou-
verte se situe à proximité de la mine de Melle, centre important de production d’argent et de

3 L’appareil utilisé au Centre Ernest Babelon est un ICP-MS Element XR de marque Thermo Scientific. Le
laser utilisé lors des analyses est de type Nd : YAG de 266 nm collimaté à 2 mm. Deux étalons certifiés
de référence fabriqués par MBH Analytical Limited (83XPR7 (batch B) et 83XPR2 (batch F)) permettent
la quantification des résultats. Lors de chaque analyse, vingt-et-un éléments sont mesurés : cobalt,
nickel, cuivre, zinc, arsenic, strontium, palladium, argent, cadmium, indium, étain, antimoine, tellure,
baryum, platine, or, plomb, tantale, bismuth, thallium, uranium. Les quatre isotopes du plomb, 204Pb,
206Pb, 207Pb et 208Pb sont évalués afin d’estimer les rapports isotopiques. Pour chaque échantillon, un
signal blanc sans ablation est mesuré avant de réaliser trois analyses d’une minute avec une fréquence
d’ablation de cinq hertz.
4 1 ppm = 0,0001 %.
5 Toutefois, compte tenu de la taille du prélèvement, cette méthode peut être sensible à l’hétérogénéité
des matériaux analysés, c’est pourquoi trois dosages par échantillon sont réalisés afin de vérifier la
reproductibilité de l’analyse.

204
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

plomb à partir de galène argentifère, il est intéressant de confronter les compositions élé-
mentaires des plombs charentais au métal extrait de cette mine.

Dans une première approche, vingt-quatre échantillons ont été isolés du corpus de plombs
découverts dans la Charente (Fig. 02). Il s’agit de dix-neuf lests de pêche dont cinq sont de
type naviforme6, produits par moulage et quatorze sont de type à ailettes, moulés et mar-
telés7. Trois de ces lests à ailettes présentent une croix gravée qui peut être associée à leur
fabrication ou à leur utilisation. Cinq coulures de plomb8 ont par ailleurs été caractérisées
pour vérifier une éventuelle production ou refonte des plombs de pêche à proximité directe
de la Charente.

Si l’on considère dans un premier temps l’ensemble de résultats (Fig. 08), il apparaît que les
plombs archéologiques sont globalement très purs, la part du métal gris est en moyenne au-
tour de 99 % massiques. Seulement cinq plombs à ailettes présentent des taux légèrement
plus faibles avec une part de 1 à 2 % d’étain. Cependant, à de si faibles concentrations, l’in-
fluence de l’étain dans l’alliage, notamment du point de vue de la température de fusion, est
très faible puisque celle-ci n’est abaissée que de quelques dizaines de degrés. Ces com-
positions réfutent l’hypothèse de la réalisation volontaire d’alliages présentant des compo-
sitions particulières selon la fonction ou les techniques de production mises en œuvre. Les
plombs rencontrés doivent être considérés comme purs du point de vue du métallurgiste
ancien. Les éléments alliés au plomb dans les échantillons étudiés sont en définitive des im-
puretés héritées des procédés métallurgiques de production du plomb. D’ailleurs, ces com-
positions sont comparables à celles de plombs expérimentaux revivifiés obtenus lors de la
reconstitution de production de plomb à partir de minerais (cf. infra).

En ce qui concerne l’homogénéité de composition des différents groupes typologiques ana-


lysés, les coulures de plomb présentent la plus grande uniformité (Fig. 07). Elles doivent
semble-t-il être associées à une même opération métallurgique de fabrication d’objets en
plombs. Pour les plombs de pêche, les variations de compositions sont plus ou moins mar-
quées selon les types. Les plombs naviformes révèlent des alliages plus homogènes. On
admettra qu’ils ont été coulés à partir d’un même stock de métal. Quant au groupe des
plombs à ailettes, il présente des teneurs plus dispersées. Si l’on considère la figure 07, on
constate une corrélation entre l’étain et le bismuth qui indique un lien de filiation entre les dif-
férents lests à ailettes, mais également avec les plombs naviforme. Les teneurs suggèrent la
dilution d’un alliage de plomb contenant de l’étain dans un plomb qui en contient une part
très faible. Ces différentes observations, d’une part d’homogénéité et d’autre part de rela-
tion de composition, permettent de proposer deux hypothèses quant à l’origine du plomb
utilisé dans la production de ces lests de pêche. La première s’inscrit dans une certaine ins-
tantanéité, avec l’utilisation d’un même stock de métal pour fabriquer un même lot d’ob-
jet, lors d’une même coulée ou sur une période relativement courte qui a permis de conser-
ver un volume de métal homogène. La seconde hypothèse se fonde sur le lien de filiation
constaté entre plusieurs plombs, elle suppose la refonte d’anciens plombs pour en produire
de nouveaux. Cette proposition est plus qu’envisageable dans la mesure où le plomb est un

6 TAI.2002.131, TAI.2004.119, TAI.2004.158, TAI.2004.178, TAI.2006.72.


7 Courbiac EP01 Pl01 à Pl14.
8 TAI.2004.61, TAI.2004.163, TAI.2004.334, TAI.2004.C15, TAI.2004.351.

205
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

140

120

100

80
Bi (ppm)

60

Plombs à ailettes
40
Plombs à ailettes avec croix
Plombs naviformes
20
Coulures de plomb
0
0 5000 10000 15000 20000 25000 30000
Sn (ppm)

Figure 07 : Corrélation entre le bismuth et l’étain dans le corpus analysé.

métal qui peut très facilement être fondu. En outre, la découverte d’un lest à moitié refondu
atteste cette opération sur le site. En définitive, si la seconde hypothèse semble certaine, il
est difficile d’attester, du moins pour le corpus analysé, l’utilisation d’un même stock de mé-
tal. S’il est possible de définir des types morphologiques distincts, les individus au sein de
ces groupes sont parfois très différents. Les lests naviformes, pourtant de compositions très
similaires, sont en revanche morphologiquement peu ressemblants pour certains.

Enfin, le dernier point à relever à partir des compositions élémentaires est le lien possible
entre la mine de Melle et Taillebourg. En effet, compte tenu de la proximité de ces deux sites,
Melle a pu fournir le plomb nécessaire à la réalisation des plombs découverts. Les annales
de Saint-Bertin font état du raid des Normands effectué sur Melle en 848 : « Nortmanni Me-
tallum vicum populantes, incendio tradunt »9. Une relation économique dont la phase pa-
roxystique nous est connue a bien existé entre Melle et ses productions au sens large, et les
envahisseurs normands. Mais est-elle également visible dans la nature même du plomb ser-
vant aux activités de pêche ? Au regard des quantités produites, nous avions tout lieu de le
penser. En introduction à cette discussion qui sera par la suite développée à partir des don-
nées isotopiques, les plombs de Taillebourg peuvent être comparés aux différents échantil-
lons de plombs produits lors d’expérimentations de reconstitution de la chaîne opératoire
de production de l’argent à partir de galène de la mine de Melle. On dispose ainsi de la com-
position moyenne d’un plomb d’œuvre, c’est-à-dire de plomb dont l’argent n’a pas encore
été extrait et d’autre part de la composition moyenne de plombs revivifiés après récupéra-
tion du métal précieux.

9 Annales de Saint-Bertin, éd. F. Grat, J. Vielliard et S. Clémencet, Paris, 1964, p. 55 

206
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

En prenant en compte dans un premier temps la proportion d’argent dans les alliages de
Taillebourg, il apparaît que le niveau en métal précieux est comparable à celui mesuré dans
les plombs revivifiés. Ceci n’est pas surprenant puisque le plomb revivifié est un sous-pro-
duit valorisé de la production de l’argent à partir de la galène. En considérant, par ailleurs
les autres éléments, les teneurs sont également comparables, avec cependant des teneurs
plus importantes en arsenic, bismuth et étain chez certains lests de Taillebourg. C’est no-
tamment pour ce dernier élément que les différences sont les plus marquées. Il a, du reste,
été vu plus haut que la part d’étain mesurée chez certains plombs était héritée de la dilu-
tion d’un plomb contenant ce métal avec un second plus pauvre. En définitive, si nous pou-
vons déjà affirmer, du point de vue de la composition élémentaire, que plusieurs sources de
plomb ont été utilisées, en particulier pour certains des lests de type à ailettes, l’utilisation
probable de plomb de Melle ne peut être certaine. Le recours aux données isotopiques doit
permettre de trancher cette question.

4. Provenance

L’approche isotopique a confirmé l’hypothèse. Il n’y a pas lieu de détailler ici la méthode
d’analyse isotopique qui permet d’établir une filiation entre un minerai et un objet par l’in-
termédiaire du plomb. Précisons simplement que les analyses ont été conduites en col-
laboration avec messieurs P. Horn et S. Holzl de l’Institut für Mineralogie, Petrologie und
Geochemie de l’université Ludwig-Maximilian à Munich. Le travail en laboratoire a été effec-
tué par TIMS (Thermal Ionisation Mass Spectrometry). La marge d’erreur pour les rapports
Pb206/207 et Pb208/207 est de 0,05 %, de 0,1 % pour le rapport Pb206/204 et de 0,15 %
pour le rapport Pb207/204.

Le corpus analysé porte sur neuf objets : sept plombs naviformes et deux masses de plomb,
l’une portant trois yeux, l’autre un seul. Le choix s’entend eu égard à la forme spécifique
de ces objets. Bien que tous aient été trouvés dans le même contexte, il semblait perti-
nent de s’intéresser à la famille des plombs pour lesquels certains ont reconnu une forme
de nef, un bateau stylisé assez caractéristique des représentations connues dans le monde
scandinave (Mariotti et al. 2005 et 2006) et déjà identifié dans d’autres lieux, mais pour des
contextes chronologiques identiques. Les résultats sont comparés au domaine isotopique
du minerai de Melle qui a déjà été caractérisé à d’autres fins (Téreygeol, 2005).
Sur les neuf pièces étudiées, trois ont des rapports isotopiques très semblables : TAI.2004.
C54, TAI.2004.158 et TAI.2004.48 (Fig. 09). Elles pourraient non seulement provenir d’un
plomb issu des mines de Melle mais avoir été coulées à partir d’un même lot métallique.
Quatre autres pièces (TAI.2004.119, TAI.2002.131, TAI.2005.264 et TAI.2005.122) appar-
tiennent également au domaine du minerai de Melle. Leur dispersion au sein du domaine
qualifie des apports en plomb varié, mais d’une seule et même source géologique. En-
fin, deux pièces (TAI.2005.F120 et TAI.2005.F258) sortent légèrement du domaine mellois.
Néanmoins, les rapports isotopiques de ces plombs se placent sur l’axe moyen du do-
maine considéré. Une conclusion s’impose : en croisant les différentes informations archéo-
logiques, chronologiques et isotopiques, il semble bien que le plomb de Melle ait servi à la
fabrication de ces objets. Le plus étonnant reste la grande similitude des rapports isoto-

207
Echantillon Co Ni Cu Zn As Sr Pd Ag Cd Sn Sb Te Ba Pt Au Pb % Tl Bi Th U

208
Courbiac EP01 Pl01 <LD 6,6 583 0,79 12 0,14 0,137 108 <LD 1255 466 <LD 0,37 0,0513 0,013 99,8 3,1 14 <LD 0,47
Courbiac EP01 Pl02 0,21 8,4 546 40 20 4,6 0,212 152 <LD 1535 515 0,046 12 0,0291 0,015 99,7 3,0 12 0,062 6
Courbiac EP01 Pl03 0,27 6,6 146 9,6 10 4,6 0,045 37 <LD 3308 133 <LD 3,1 0,0100 0,009 99,6 2,8 21 <LD 0,65
Téreygeol et Arles

Courbiac EP01 Pl04 0,52 4,8 241 0,57 49 0,13 0,045 109 <LD 17094 408 0,055 0,14 <LD 0,045 98,2 3,1 99 <LD 0,092
Courbiac EP01 Pl05 0,32 5,8 357 17 52 1,0 0,094 133 <LD 7595 1819 0,058 7,1 0,0257 0,018 99,0 3,3 44 0,039 2
Courbiac EP01 Pl06 0,16 5,1 365 17 17 4,9 0,061 165 1,03 2696 525 <LD 6,8 0,0106 0,015 99,6 2,8 17 <LD 1,1
Courbiac EP01 Pl07 0,83 6,3 282 2,1 42 0,14 0,038 162 1,72 27432 675 0,084 0,43 <LD 0,31 97,1 3,5 121 <LD 0,077
Courbiac EP01 Pl08 0,18 12 153 16 15 2,1 0,042 90 1,03 3168 204 <LD 6,6 0,0087 0,029 99,6 2,6 23 0,027 4
Courbiac EP01 Pl09 0,59 6,0 216 <LD 33 0,062 0,031 78 <LD 14873 383 0,055 0,13 <LD 0,027 98,4 2,8 85 <LD 0,043
Courbiac EP01 Pl10 0,64 6,6 216 6,9 36 2,5 0,032 80 <LD 15425 300 0,057 2,2 0,0050 0,032 98,4 2,7 83 <LD 0,32
Courbiac EP01 Pl11 0,91 8,5 261 20 66 0,91 0,028 135 <LD 19201 760 0,11 2,6 0,0209 0,037 97,9 2,8 129 <LD 0,76
Courbiac EP01 Pl12 0,45 5,4 225 8,2 37 1,8 0,033 120 <LD 8631 569 0,050 3,0 0,0038 0,027 99,0 2,8 60 0,018 1,2
Courbiac EP01 Pl13 <LD 4,1 207 19 17 1,3 0,035 83 <LD 1654 719 <LD 5,1 0,0181 0,015 99,7 2,7 12 0,035 4
Courbiac EP01 Pl14 <LD 7,8 125 <LD 8,4 0,13 0,018 70 <LD 2302 142 <LD 0,13 <LD 0,026 99,7 2,6 24 <LD 0,044
Tai 2002 131 run 1 <LD 5,5 808 21 1,3 0,009 0,013 54 <LD 0,6 1409 <LD <LD 0,0284 0,004 99,8 2,4 12 <LD 0,007
Tai 2004 334 run 1 <LD 1,4 397 <LD 1,5 0,91 0,011 159 <LD 2165 645 <LD 0,47 <LD 0,041 99,7 2,4 14 <LD 0,034
Tai 2004 351 run 1 <LD 1,2 250 0,63 1,2 0,36 0,014 138 <LD 2083 593 0,054 0,22 <LD 0,032 99,7 2,4 13 <LD 0,016
Tai 2004 61 run 1 <LD 1,3 364 2,8 1,7 0,70 <LD 148 <LD 2196 660 0,062 0,42 <LD 0,035 99,7 2,4 14 <LD 0,018
Tai 2004 C15 run 1 0,23 1,3 317 0,93 2,1 1,1 <LD 136 <LD 2098 574 <LD 0,69 <LD 0,031 99,7 2,4 13 <LD 0,046
Tai 2004 119 run 1 <LD 4,9 754 14 6,9 0,009 0,012 48 <LD 819 3019 <LD <LD 0,0161 0,022 99,6 2,4 12 <LD 0,011
Tai 2004 158 run 1 <LD 2,4 479 8,6 0,44 0,044 <LD 112 <LD 485 517 <LD 0,070 0,0145 0,026 99,8 2,4 13 <LD 0,20
Tai 2004 163 run 1 <LD 1,2 343 2,0 1,3 0,10 0,011 142 <LD 2105 628 <LD <LD <LD 0,034 99,7 2,4 14 <LD 0,011
Tai 2004 178 run 1 <LD 1,6 410 9,6 0,51 0,016 0,013 127 <LD 499 503 <LD 0,21 0,0228 0,019 99,8 2,4 13 <LD 0,26
Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

Tai F72 C168 run 1 <LD 2,7 519 <LD 0,65 <LD <LD 100 <LD 10 506 <LD <LD <LD 0,012 99,9 2,4 13 <LD <LD
Plomb d'œuvre expérimental <LD 3,1 1473 2,2 2,0 0,060 0,138 2442 1,65 3,5 1922 0,069 0,28 0,0016 0,010 99,4 3,5 11 <LD 0,007
Plomb revivifié expérimental 0,28 6,7 709 <LD 0,94 0,22 0,049 177 <LD 15 914 0,22 0,39 0,0014 0,008 99,8 2,8 9,9 <LD <LD

Figure 08 : Analyses élémentaires des plombs par LA-ICP-MS.


Rapports isotopiques
Rapports isotopiques Pb206/204
Pb206/204Téreygeol
et et Arles Leet
Pb207/204 Pb207/204
plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

15.740 15.740 RapportsPb206/204


Rapports isotopiques isotopiquesetPb206/204
Pb207/204et Pb207/204
Rapports isotopiques Pb206/204 et Pb207/204
15.740 15.740
15.720 15.740 Rapports isotopiques Pb206/204 et Pb207/204
15.720
Minerai - domaine deMinerai
Melle - domaine de Melle
15.740
15.720 15.720
Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme TAI02-131
15.700 15.720 Minerai - domaine de Minerai
Melle - domaine de Melle
15.700
Minerai
Plomb naviforme - domaine de Melle
TAI04-119
Plomb naviforme TAI04-119
Plomb naviforme TAI02-131
15.720 Plomb naviforme TAI02-131
15.700 15.700
Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme
15.680 15.700 Plomb naviforme TAI04-48 Minerai -TAI04-48
domaine de Melle
Plomb naviforme TAI04-119
Plomb naviforme TAI04-119
Pb207/Pb204

15.680
Plomb Plomb
naviforme naviforme TAI04-119
TAI04-C54
Plomb naviforme TAI04-C54 Plomb naviforme TAI02-131
15.700 Plomb naviforme TAI04-48
Plomb naviforme TAI04-48
15.680 15.680
Pb207/Pb204
Pb207/Pb204

Plomb
Plomb naviforme naviforme TAI04-48
TAI04-158
15.660 15.680 Plomb naviforme TAI04-158 Plomb naviforme TAI04-119
Pb207/Pb204

15.660 Plomb naviforme TAI04-C54


Plomb naviforme TAI04-C54
Plomb Plomb
naviforme naviforme TAI04-C54
TAI05-F258
Plomb naviforme TAI05-F258Plomb naviforme TAI04-48
15.680 Plomb naviforme TAI04-158
Plomb naviforme TAI04-158
Pb207/Pb204

15.660 15.660
Plomb Plomb
naviforme naviforme TAI04-158
TAI05-C135F120
15.640 15.660 Plomb naviforme
Plomb naviforme TAI05-C135F120 TAI04-C54
15.640 Plomb naviforme TAI05-F258
Plomb naviforme TAI05-F258
Plomb
Plomb à Plomb
2 anses naviforme TAI05-F258
TAI05-264(C133)
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133) naviforme TAI04-158
15.660 Plomb naviforme TAI05-C135F120
Plomb naviforme TAI05-C135F120
15.640 15.640
Plomb
Plomb circulaire naviforme TAI05-C135F120
TAI05-214
15.620 15.640 Plomb circulaire TAI05-214 Plomb naviforme TAI05-F258
15.620 Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
Plomb naviforme TAI05-C135F120
15.640 Plomb circulaire TAI05-214
Plomb circulaire TAI05-214
15.620 15.620
Plomb circulaire TAI05-214
15.600 15.620 Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
15.600
18.420 18.440 18.420
18.460 18.440
18.480 18.460
18.500 18.480
18.520 18.500
18.540 18.520 18.540
Plomb circulaire TAI05-214
15.620 Pb206/Pb204
15.600 15.600 Pb206/Pb204
18.420 18.440 18.420
15.600 18.440
18.460 18.480 18.460
18.500 18.480
18.520 18.500
18.540 18.520 18.540
18.420
Pb206/Pb20418.440 18.460
Pb206/Pb20418.480 18.500 18.520 18.540
15.600 Pb206/Pb204

Rapports Rapports
18.440 18.460isotopiques
18.420 isotopiques Pb206/207
18.480 etPb206/207
18.500 Pb208/207
18.520 et Pb208/207
18.540
Pb206/Pb204

2.4950 RapportsPb206/207
Rapports isotopiques isotopiquesetPb206/207
Pb208/207et Pb208/207
2.4950
Rapports isotopiques Pb206/207 et Pb208/207
2.4950
2.4950
2.4900 2.4900
2.4950
Rapports isotopiques Pb206/207 et Pb208/207
2.4900 2.4900 Minerai - domaine deMinerai
Melle - domaine de Melle
2.4850 2.4850 2.4950
2.4900
Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme TAI02-131
Minerai - domaine de Minerai
Melle - domaine de Melle
2.4850 2.4850 Minerai - domaine de Melle
2.4800 2.4800 2.4900 Plomb naviforme
Plomb naviforme TAI04-119 TAI04-119
2.4850 Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme
Plomb naviforme TAI04-48 Minerai -TAI04-48
domaine de Melle
2.4800 2.4800 Plomb naviforme TAI04-119
Plomb naviforme TAI04-119
Pb208/Pb207

2.4750 2.4850
Pb208/Pb207

2.4750
2.4800 Plomb
Plomb naviforme naviforme TAI04-119
TAI04-C54
Plomb naviforme TAI04-C54 Plomb naviforme TAI02-131
Plomb naviforme TAI04-48
Plomb naviforme TAI04-48
Pb208/Pb207

Plomb naviforme TAI04-48


Pb208/Pb207

2.4750 2.4750 Plomb naviforme TAI04-158


2.4700 2.4700 2.4800 Plomb naviforme TAI04-158 Plomb naviforme TAI04-119
Plomb naviforme TAI04-C54
Plomb naviforme TAI04-C54
Pb208/Pb207

2.4750
Plomb
Plomb naviforme naviforme TAI04-C54
TAI05-F258
Plomb naviforme TAI05-F258 Plomb naviforme TAI04-48
2.4700 2.4700 Plomb naviforme TAI04-158
Plomb naviforme TAI04-158
Pb208/Pb207

2.4650 2.4650 2.4750


2.4700 Plomb Plomb
naviforme naviforme TAI04-158
TAI05-C135F120
Plomb naviforme TAI04-C54
Plomb naviforme TAI05-C135F120
Plomb naviforme TAI05-F258
Plomb naviforme TAI05-F258
2.4650 2.4650 Plomb à Plomb
2 anses naviforme TAI05-F258
TAI05-264(C133)
2.4600 2.4700 Plomb
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133) naviforme TAI04-158
2.4600 Plomb naviforme TAI05-C135F120
Plomb naviforme TAI05-C135F120
2.4650
Plomb Plomb
circulaire naviforme TAI05-C135F120
TAI05-214
Plomb circulaire TAI05-214 Plomb naviforme TAI05-F258
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
2.4600 2.4600
2.4550 2.4550 2.4650 Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
2.4600 Plomb naviforme TAI05-C135F120
Plomb circulaire TAI05-214
Plomb circulaire TAI05-214
Plomb circulaire TAI05-214
2.4550 2.4550 Plomb à 2 anses TAI05-264(C133)
2.4500 2.4500 2.4600
2.4550 1.1770 1.1780 1.1790 1.1800 1.1810 1.1820 1.1830
1.1750 1.1760 1.17701.1750
1.17801.1760
1.1790 1.1800 1.1810 1.1820 1.1830 Plomb circulaire TAI05-214
Pb206/Pb207
2.4500 2.4500Pb206/Pb207
2.4550
1.1750 1.1760 1.1770 1.1750
1.1780 1.1760
1.1790 1.1770
2.4500 1.1800 1.1780
1.1810 1.1790
1.1820 1.1800
1.1830 1.1810 1.1820 1.1830
Figure 09 : Tableaux
Pb206/Pb207des rapports
1.1750 1.1760 1.1770 1.1780isotopiques.
Pb206/Pb207 1.1790 1.1800 1.1810 1.1820 1.1830
Pb206/Pb207
2.4500
1.1750 1.1760 1.1770 1.1780 1.1790 1.1800 1.1810 1.1820 1.1830
Pb206/Pb207
209
Téreygeol et Arles Le plomb : une production abondante, un matériau rarement conservé

piques entre chaque plomb. De deux choses l’une : ou ces plombs ont été fabriqués dans
un laps de temps relativement court à partir d’un stock de métal unique, ou l’importance
de la production melloise fait que, sur un temps plus long, on observe toujours la même si-
gnature. La première hypothèse ne peut être ni étayée ni démontrée. Les compositions élé-
mentaires l’infirment même. En revanche, la seconde apparait comme la plus simple eu
égard à la masse de métal gris qui a pu sortir des ateliers mellois tout au long de ce premier
Moyen Age (moyenne de 790 t/an). Le corpus de Taillebourg trouve son origine principale-
ment dans le plomb de Melle. Nous sommes dans le cas relativement simple où, sur une
zone de production, le métal de primo-extraction marque largement de sa signature les ob-
jets en plomb, oblitérant assez facilement les apports extérieurs, même lors de la réalisa-
tion d’objets avec ajout comme en témoignent les compositions élémentaires assez variées.
Ceci nous permet de poser un premier jalon quant à la zone d’influence de la production
plombifère melloise : un rayon de 60 km autour de Melle. Cette influence s’explique d’au-
tant plus facilement que ces plombs datent du IXe siècle. Il ne faut pas oublier que le plomb
extrait les années précédentes se cumule progressivement avec la production de l’année.
Ainsi, sans pouvoir quantifier ni les pertes, ni les apports extérieurs, lorsque ces plombs de
pêche ont été coulés, c’est déjà plus de trois-cent-mille tonnes de plomb qui avaient été
produites à Melle.

Conclusion
Il y a quelques décennies maintenant, les historiens pensaient que le fer était, jusqu’à une
date récente, un métal rare car quasi absent des archives. L’archéologie avait permis d’in-
firmer cette idée : en fait, il était trop commun pour marquer les esprits. Aujourd’hui c’est au
tour du plomb d’être pris par certains pour un métal rare car largement absent des sources
historiques comme archéologiques. Cette rareté dans les collections ne semble reposer que
sur la trop grande facilité à le recycler. Lorsque des corpus n’ayant pu faire l’objet de reprise
sont disponibles comme dans le cas de Taillebourg, le plomb se retrouve représenté. Le cas
de Taillebourg par sa chronologie et sa proximité géographique avec Melle reste sûrement
un cas particulier. Néanmoins il se pose comme un jalon pour ce qui touche à l’influence du
plomb de Melle à une échelle régionale. La mise au jour d’autres corpus permettra de com-
pléter cette image et de définir jusqu’à quelle distance de la mine le plomb de Melle peut
être identifié, en dépit des mélanges et refontes dont il a fait nécessairement l’objet, comme
l’attestent les compositions variés des objets découverts sur le fond de la Charente.

210
Melle : mise en évidence de l’utilisation
des scories vitreuses issues de la
chaîne opératoire de production de
l’argent comme matière première de
l’industrie verrière
B. Gratuze*, C. Guerrot**, D. Foy***, J. Bayley****, A. Arles*,
F. Téreygeol*

* IRAMAT, CEB/LMC, UMR 5060, CNRS/Université d’Orléans/UTBM, France,


gratuze@cnrs-orleans.fr , florian.tereygeol@cea.fr , adrien.arles@cnrs-orleans.fr
** BRGM, MMA-ISO, Orléans, France, c.guerrot@brgm.fr
*** CCJ, MMSH, UMR 6573, CNRS/Université d’Aix-en-Provence, France,
bonifayfoy@free.fr
**** FSA Howcroft, High Street, Harmondsworth, Middx  UB7 0AQ, UK,
mail@justine-bayley.co.uk

Résumé
En Europe, la période qui s’étend du viiie au xie, voire au xiie siècle, voit l’émergence d’une
nouvelle industrie verrière dans cette partie du monde. Parmi les objets en verre de cette
période, des galets de verre, de fonction énigmatique mais le plus souvent identifiés à des
lissoirs, sont découverts en nombre relativement important sur des sites archéologiques
datés du ixe au xie siècle. Si l’on considère la faible quantité de mobilier en verre retrouvé
pour cette période, ces galets de verre peuvent être considérés comme l’un des objets ca-
ractéristiques de la production verrière de la fin de la période carolingienne. Dans le cadre
d’un programme de recherche sur l’émergence des premiers verres potassiques en Europe,
plus de deux-cent-cinquante galets ont été étudiés. Les résultats des analyses chimiques
montrent que ces objets se partagent en deux groupes de compositions très différentes
: d’une part des objets en verre calco-potassique, et d’autre part des galets en verre sili-
co-alumino-calcique au plomb. Cette composition plombifère particulière a longtemps sem-
blé être spécifique aux galets de verre carolingiens : en effet, jusqu’à la découverte récente
à Bressuire (Deux-Sèvres, France) d’un fragment de gobelet fabriqué à partir de ce type de
verre, on ne connaissait aucun autre type d’objet en verre qui présentait une telle composi-
tion. Les analyses élémentaires et isotopiques nous ont permis de mettre en évidence une
filiation entre le verre de ces objets et les scories produites au cours de la chaîne opératoire
de la métallurgie du plomb et de l’argent à Melle (Deux-Sèvres). Dans ce contexte, il est lé-

211
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

gitime de s’interroger sur l’origine d’autres galets de verre au plomb, de composition quasi-
ment identique, et retrouvés dans les îles Britanniques (Angleterre et Irlande), en Europe du
Nord (Allemagne, Danemark et Norvège) et en Russie. Ce questionnement prend toute son
importance pour l’étude de la circulation du verre à l’époque carolingienne.

Introduction
En Europe occidentale, quatre types de composition de verre sont principalement rencon-
trés au haut Moyen Age.

- Jusqu’au XIe, siècle, le verre de tradition antique est toujours présent. Ce verre sodo-cal-
cique est élaboré à partir de deux constituants de base : un sable légèrement calcaire et
un fondant sodique d’origine minérale (habituellement le natron, qui provient de divers gi-
sements, mais surtout d’anciens lacs asséchés de la région de Wadi Natrum en Egypte).
Durant l’Antiquité, les artisans occidentaux refondent le verre brut fabriqué en Méditerra-
née orientale. A partir de la fin du viie siècle, la réduction du grand commerce méditerra-
néen oblige les verriers occidentaux à travailler en autarcie en recyclant le verre. La com-
position du verre reste à peu près identique, hormis les diverses traces (plomb, cuivre,
antimoine …) traduisant cette pratique du recyclage1.

Dans le courant du ixe siècle se produit un changement radical dans la fabrication du verre :
il est dû à l’utilisation systématique de cendres végétales.

– Le verre calco-potassique apparaît principalement en Europe continentale. Il est fabri-


qué à partir des cendres de plantes forestières. L’agent fondant principal n’est plus ici la
soude, mais un mélange de potasse et de chaux en proportions variables selon les es-
pèces de végétaux utilisées. Ce verre remplace en quelques décennies le verre au na-
tron pour devenir à la fin du ixe siècle ou au début du siècle suivant le type de verre pré-
dominant de l’Europe continentale.

– Le troisième type est présent dans le courant du ixe siècle en Méditerranée orientale et
Mésopotamie. C’est un verre sodo-calcique, élaboré à partir de cendres de plantes ha-
lophytes (plantes qui donnent des cendres dont le constituant principal est la soude, et
non la potasse et la chaux). Cette recette est adoptée sur tout le pourtour de la Méditer-
ranée avant la fin du xiie siècle.

Il nous faut aussi signaler l’existence d’un quatrième type de verre qui reste toutefois margi-
nal : les verres au plomb. Ceux-ci apparaissent aussi vers les viie-viiie siècles de notre ère,
dans la partie orientale de l’Europe, et forment deux familles principales :

– les verres au plomb stricto sensu, fabriqués uniquement à partir de plomb et de sable,
et caractérisés par des teneurs en oxyde de plomb généralement supérieures ou égales
à 60 %, et par l’absence d’éléments alcalins.

1 Mirti, P. et al., 2001 ; Picon, M., Vichy, M., 2003 ; Foy, D. et al., 2003, p. 43 et 75.

212
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

– les verres plombo-alcalins, fabriqués à partir d’un mélange ternaire sable-cendre-oxyde


de plomb parmi lesquels on peut distinguer les verres plombo-sodiques, les verres plom-
bo-potassiques et les verres mixtes plombo-sodo-potassiques.

Les aires géographiques de fabrication de ces quatre types de verres sont plus ou moins
bien définies. La zone d’élaboration des verres calco-potassiques et calciques couvre la to-
talité de l’Europe «continentale», tandis qu’il semble qu’au moins jusqu’au xiie siècle, les
verres au plomb soient majoritairement distribués en Europe de l’Est (Pologne, Russie) et
dans la région du Caucase. Au sein des fabrications fatimides autour de la fin du xe et du
début du xie siècle, une catégorie de verre vert émeraude est également constituée de plus
de 60 % de plomb. On ignore s’il existe des liens entre les productions des mondes chrétien
et musulman. En Occident, on signalera la présence occasionnelle de quelques spécimens
de verre à fortes teneurs en plomb à Haithabu en Allemagne2, à Dublin en Irlande et à York
en Angleterre3, à Ribe au Danemark4 et à Andonne en France5. Les verres plombo-alcalins
semblent, eux, plus fréquents en Europe occidentale dès le viiie siècle6. Entre le xiie et le xve
siècle, les verres à soude végétale caractérisent les régions du littoral méditerranéen. Ces
fondants sodiques seront ensuite progressivement adoptés dans toute l’Europe.

La période carolingienne se situe donc à une époque de transitions et de mutations de l’in-


dustrie verrière européenne. La quantité de mobilier en verre retrouvé pour cette période
est relativement faible et les galets de verre ou «lissoirs» peuvent être considérés, à ce titre,
comme l’un des objets emblématiques des productions verrières de la fin de la période
carolingienne7. Les premières études menées sur leur composition au début des années
20008, ont montré que ces objets ont été élaborés à partir de deux compositions principales
très différentes : d’une part des galets en verre calco-potassique, que l’on pourrait qualifier
de traditionnels, et d’autre part des galets fabriqués à partir d’un verre silico-alumino-cal-
cique au plomb. Cette composition était, jusqu’à la découverte d’un fragment de gobelet
à Bressuire (Deux-Sèvres)9, totalement inédite pour les autres objets en verre de cette pé-
riode. A ce jour, mis à part ce verre particulier, la quasi-totalité des objets pour lesquels cette
composition a été observée sont d’autres galets de verre carolingiens retrouvés en France10,
en Allemagne11, dans les îles Britanniques12, en Norvège13, en Russie14, et en Belgique15.
Suite aux résultats d’analyses élémentaires et isotopiques effectuées au début des années
200016, l’hypothèse d’une filiation entre les galets en verre plombifère et les scories issues

2 Dekowna, M., 1981.


3 Bayley, J., 2009.
4 James Lankton, Torben Sode et Bernard Gratuze, résultats non publiés.
5 Velde, B., Gratuze, B., 2009.
6 Wedepohl, K. H., Krueger, I., Hartmann, G., 1995.
7 Si certains galets proviennent de contextes datés du ixe siècle, la majorité semble plutôt provenir de
contextes datés de la seconde moitié du xe siècle à la fin du xie siècle.
8 Gratuze, B. et al., 2003.
9 Villaverde, L., Gratuze, B., Guérit, M., à paraître.
10 Gratuze et al. 2003, 13 galets.
11 Wedepohl, K. H., 2001, 2 galets.
12 Bayley 2009, op. cit., 6 galets.
13 Gaut, B., Henderson, J., 2006, 3 galets.
14 Scapova, J. L., 1992, un galet.
15 Vrielynck, O., Mathis, F., à paraître.
16 Gratuze et al. 2003 ; Téreygeol, F. et al., 2004.

213
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

des mines de Melle avait été avancée pour expliquer cette composition particulière. Les
résultats présentés ici, obtenus dans le cadre du projet ANR FAHMA à partir d’un corpus
beaucoup plus important, permettent de confirmer et de préciser cette première hypothèse.

1. Le corpus étudié

Nombre de sites étudiés Nombre de ga- Nombre de galets


Région/Pays
ayant livré des galets lets analysés apparentés aux scories
Aquitaine 1 5 1
Bourgogne 6 18 1
Bretagne 2 3 2
Centre 11 51 19
Champagne-Ardenne 4 7 0
Île-de-France 2 83 10
Languedoc-Roussillon 4 5 1
Midi-Pyrénées 3 5 0
Nord-Pas-de-Calais 1 23 5
Provence-Alpes-Côte-
4 27 2
d’Azur
Pays de la Loire 1 7 4
Poitou-Charentes 4 17 3
Rhône-Alpes 3 8 0
Total France 46 259 48

Allemagne 2 5 – (59)* 2 – (10)*


Bulgarie 1 1 0
Danemark 1 3 2
Belgique 9 10 2
Espagne 1 1 0
Irlande 1 9 1
Norvège 1 3 3
Royaume-Uni 1 15 5
Russie 2 2 1
Total 19 49 17
* Etude en cours, résultats donnés sur la base d’observations visuelles

Figure 01 : Corpus des galets de verre pris en compte dans cette étude.

Deux corpus d’objets ont été étudiés et analysés : le premier est constitué de plus de trois-
cents galets de verres retrouvés dans différents pays d’Europe (Fig. 01), le second com-
prend différents échantillons de scories provenant de six sites mellois différents et de cinq
autres sites miniers situés en France (Cévennes, Pyrénées), au Yémen (Jabali) et en Suisse
(une scorie retrouvée à Augst), (Fig. 02). Comme nous ne disposons pas, à ce jour, d’un

214
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

autre corpus de scories provenant d’un site contemporain de Melle, les scories vitreuses
plombifères d’autres sites ont été étudiées à titre comparatif afin de vérifier la probabili-
té qu’un autre site minier produise des scories de compositions identiques à celles retrou-
vées à Melle.

Pour la France, deux-cent-cinquante-neuf galets sur plus de quatre-cents recensés à ce


jour ont pu être étudiés et analysés, soit plus de la moitié des exemplaires connus. Pour les
autres pays européens, sur plus de cent-soixante galets inventoriés, seuls quarante-neuf
ont été analysés, dont quatre dans le cadre de ce travail.

Des analyses isotopiques qui concernent les galets mais aussi les scories retrouvés sur des
sites français (Melle et Bressuire, Deux-Sèvres ; Distré, Maine-et-Loire ; Saint-Denis, Seine-
Saint-Denis ; Nevers, Nièvre) et étrangers (Kaupang, Norvège ; York, Royaume-Uni ; Dublin,
Irlande et Ribe, Danemark) ont été effectuées ou sont en cours.

Nombre d’exemplaires
Pays Région / Mine Site
analysés
France Poitou / Melle Bois Morin 3
France Poitou / Melle Fontaine-du-Triangle 23
France Poitou / Melle La Fragnée 5
France Cévennes / Mont-Lozère Site no 3 2
France Cévennes / Mont-Lozère Site no 8 2
France Pyrénées / Aulus Aulus 3
Suisse Kaiser Augst 1
Yémen Jabali Jabali 8

Figure 02 : Corpus des scories métallurgiques prises en compte dans cette étude.

2. Les méthodes d’analyses


Trois méthodes d’analyse chimique multi-élémentaire ont été utilisées : l’activation avec les
neutrons rapides de cyclotron (ANRC) a été employée pour la partie du corpus étudié avant
2001 et publiée en 200317. Les objets étudiés après cette date ont été analysés par spectro-
métrie de fluorescence X et par spectrométrie de masse couplée à un plasma inductif avec
prélèvement par ablation laser au Centre Ernest-Babelon de l’IRAMAT à Orléans (LA-ICP-
MS)18. La spectrométrie de fluorescence X est essentiellement utilisée, en laboratoire ou sur
site (musées, chantiers de fouille), en mode qualitatif et permet de rapidement différencier
les galets en verre calco-potassique de ceux en verre plombifère. Seuls ces derniers, sou-
vent nettement moins corrodés que les galets en verre calco-potassique, ont été systéma-

17 Gratuze, B. et al., 1992 ; Gratuze, B. et al. 2003.


18 Gratuze, B., 2013 ; Gratuze, B., Soulier, I., Barrandon, J.-N., 1997 ; Gratuze, B., Blet-Lemarquand,
M., Barrandon, J.-N., 2001.

215
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

tiquement analysés en laboratoire par LA-ICP-MS, lorsque leur emprunt a été possible. Les
galets en verre calco-potassique, dont la phase vitreuse peut être parfois altérée dans sa
totalité, ne sont étudiés par LA-ICP-MS que lorsque leur état de conservation le permet, et
que le verre sain est accessible à partir de la surface de l’objet. Les scories des différents
sites ont aussi été analysées par LA-ICP-MS.

L’analyse isotopique du plomb a aussi été utilisée pour vérifier la probabilité d’une origine
commune entre les galets de verre provenant de différents sites français et étrangers, le go-
belet de Bressuire et les scories de Melle. Les mesures présentées ici ont été effectuées
au Service Métrologie, Monitoring, Analyse du BRGM à Orléans (Unité MMA-ISO). Les rap-
ports isotopiques du plomb ont été mesurés par spectrométrie de masse à source solide
(TIMS) après purification chimique19. L’erreur individuelle sur tous les rapports est meilleure
que 0,01 % (2σm), tandis que la reproductibilité externe (2σ) est de 0,12 % pour le rapport
206
Pb/204Pb, 0,16 % pour le rapport 207Pb/204Pb et 0,22 % pour le rapport 208Pb/204Pb. Les rap-
ports isotopiques des lissoirs ont été comparés à ceux obtenus sur des galènes de Melle et
des pièces en argent carolingiennes issues de cet atelier monétaire.

3. Résultats

3.1. Analyse des galets


D’une manière générale, si l’on compare l’aspect du verre des galets à celui de la verrerie
domestique ou architecturale, on observe que, à l’exception de quelques rares exemplaires,
quelle que soit sa composition, le verre des galets est de moindre qualité et ne semble pas
avoir été affiné. Ce verre est en effet souvent hétérogène, il renferme de nombreuses inclu-
sions et bulles d’air. Il apparaît en général noir, et ressemble plus à une roche fondue comme
l’obsidienne ou à de la scorie métallurgique qu’à un verre classique. Si l’on ne peut pas
prétendre que la couleur et l’aspect de l’objet, dus à l’épaisseur du verre et aux nombreux
défauts (bulles, inclusions) présents à l’intérieur de ce dernier, était recherché, cet aspect
ne devait cependant pas nuire à la fonction de l’objet car on sait que les artisans de cette
époque pouvaient produire du verre transparent, même s’il était toujours légèrement colo-
ré. On notera aussi que l’on observe, sur la face concave de l’objet, des sillons laissés par
la rotation du ferret (ou pontil) ainsi que la marque de séparation de ce dernier (Fig. 03). Ces
traces semblent indiquer que l’objet a été élaboré à partir d’un verre assez visqueux, donc
peut-être insuffisamment chauffé20.

Pour les exemplaires issus de sites français, l’analyse élémentaire a révélé que quarante-huit
des deux-cent-cinquante-neuf galets étudiés sont constitués d’un verre plombifère. A ce
corpus il faut rajouter le fragment de gobelet en verre vert découvert en contexte carolingien
à Bressuire. De nouveaux galets en verre plombifère ont aussi été identifiés pour les autres
pays européens : deux au Danemark (Ribe), une dizaine en Allemagne (Dorsten, Holste-
rhausen et Haithabu) et deux en Belgique (Gesves et Huy)21.

19 Negrel, P., 2010.


20 Macquet, C., 1990 ; Gratuze, B., 1997.
21 Vrielynck, O., Mathis, F., à paraître.

216
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

Encatades de Martis (Espagne)


1 cm
Pithiviers-le-Vieil : sans n°

1 cm
Beaugency : n° 1251 Bressuire : n° 1744

Figure 03 : Exemple de galets en verre sur lesquels on observe les traces de rotation et d’arrachement
du ferret utilisé lors de leur fabrication, et fragment du gobelet en verre retrouvé àBressuire.

Plusieurs critères permettent de distinguer les objets en verre au plomb de ceux en verre
aux cendres :
– le verre de ces objets résiste mieux à la corrosion que le verre potassique, donc les ob-
jets sont nettement mieux conservés que les autres galets,

– on y observe fréquemment la présence d’inclusions et le verre a généralement une teinte


verdâtre (dans un cas, une couleur brune a aussi été observée)

– la présence de plomb augmente la densité du verre, qui est environ une fois et demie
plus élevée que celle du verre des autres galets,

– on notera cependant la présence à Saint-Denis et à Distré de deux objets totalement dé-


vitrifiés qui se présentent sous la forme d’un amas de grumeaux verdâtres pulvérulents.
La forme de quelques fragments situés à la périphérie de ces objets permet cependant
de les identifier sans aucun doute possible comme des galets de verre. Leur composi-
tion s’est révélée identique à celle des autres objets de ce type en verre plombifère.

D’un point de vue chimique, le verre qui compose ces objets est un verre plombifère sili-
co-alumino-calcique (Fig. 13). Les autres constituants principaux sont par ordre d’impor-
tance moyenne décroissante : la potasse, les oxydes de fer, la magnésie, le pentoxyde de

217
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

phosphore, la soude, les oxydes de baryum et d’antimoine. Si l’on compare ce type de com-
position à celles d’autres verres au plomb du haut Moyen Age, publiées par M.A. Bezbero-
dov22 ou K.H. Wedepohl23, on observe deux différences majeures :

– premièrement, si l’on exclut les verres plombifères stricto sensu, c’est-à-dire ceux dont la
teneur en plomb dépasse les 60 %, on constate que les verres au plomb médiévaux sont
habituellement obtenus à partir d’un mélange ternaire silice/oxydes de plomb/oxydes
d’éléments alcalins, ces derniers étant principalement la potasse et la soude. Les verres
plombifères pour lesquels la chaux intervient en tant que composant principal semblent
très rares et ne figurent pas parmi les 80 résultats d’analyses publiés par M.A. Bezboro-
dov et K.H. Wedepohl (Fig. 04),

– deuxièmement, on observe que le verre utilisé pour fabriquer les galets est très riche en
alumine et en oxyde de fer (Fig. 05), contrairement à celui utilisé pour fabriquer les autres
objets médiévaux en verre plombifère.

Cette composition plombifère a longtemps semblé être spécifique à ces galets. La décou-
verte en 2012 à Bressuire (Deux-Sèvres, située à environ soixante-quinze kilomètres au nord
de Melle) d’un fragment de gobelet en verre de cette composition remet en cause l’hypo-
thèse d’un recyclage exclusif des scories pour la production de lissoirs. Ce verre, dont la ty-
pologie s’inscrit bien au sein des productions de la période carolingienne, présente comme
les lissoirs au plomb la particularité d’être dans un état de conservation plutôt exceptionnel.
La composition de ce gobelet à filet blanc est ainsi sans aucun doute possible associable à
celles des productions verrières qui utilisent les scories issues du traitement de la galène ar-
gentifère de la mine de Melle. On notera avec intérêt que, sur cette pièce, ce n’est pas seule-
ment le corps du verre (le verre vert) qui est issu du recyclage des scories, mais aussi le dé-
cor de fils en verre opaque blanc. On peut donc émettre l’hypothèse que le verre qui a servi
à faire le fil blanc a été probablement fabriqué au sein même de l’atelier à partir de scories
auxquelles on a ajouté l’opacifiant, ici de l’oxyde d’étain et probablement aussi de l’oxyde
de plomb. A la vue de cette pièce, il semble donc qu’un artisanat verrier original, qui utilisait
les scories plombifères comme matière première pour la production de verre, se soit déve-
loppé dans les environs de Melle à la période carolingienne. La présence systématique d’un
excès de soude dans ce type de verre plombifère par rapport aux scories, qui implique le re-
cyclage de verres sodiques probablement antiques, situe bien, en effet, cette activité dans
le domaine de la verrerie plutôt que dans celui de la métallurgie.

Si l’on compare les données obtenues dans le cadre de ce travail à celles publiées par J.L.
Scapova pour le galet de Novgorod, K.H. Wedepolh pour ceux d’Haithabu, B. Gaut et J.
Henderson pour ceux de Kaupang et J. Bayley pour ceux de York et Dublin, on observe que
la composition de ces objets présente les mêmes singularités que celles des galets retrou-
vés en France et à Ribe au Danemark. L’ensemble de ces objets a donc été fabriqué à partir
d’un même type de verre. Les données issues de l’analyse chimique nous conduisent donc
à faire l’hypothèse que ces objets ont fort probablement une origine commune.

22 Bezborodov, M. A., 1975.


23 Wedepohl 1995.

218
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

35 Verres au plomb 8e - 14e s.


Verres plombo-alcalins 11e - 13e s.
30 Verres plombo-alcalins 8e - 10e s.
Galets en verre au plomb
25 Gobelet de Bressuire
Scories de Melle
20 Scories cévenoles
% CaO

Scories d'Aulus
15 Scorie d'Augst
Scories de Jabali
10

0
0 5 10 15 20 25
% Na2O+K2O+MgO

Figure 04 : Diagramme binaire Na2O+K2O+MgO-CaO pour les verres plombifères, les galets en verre au
plomb et les scories de Melle et des Cévennes.

21 Verres au plomb 8e - 14e s.

Verres plombo-alcalins 11e - 13e s.


18
Verres plombo-alcalins 8e - 10e s.

15 Galets en verre au plomb

Gobelet de Bressuire
12 Scories de Melle
% Fe2O3

Scories cévenoles
9
Scories d'Aulus

Scorie d'Augst
6
Scories de Jabali

0
0 4 8 12
% Al2O3

Figure 05 : Diagramme binaire Al2O3-Fe2O3 pour les verres plombifères, les galets en verre au plomb et
les scories de Melle et des Cévennes.

219
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

3.2. Analyse des scories


Les trente-et-une scories melloises et les seize scories provenant d’autres sites miniers ont
des compositions à la fois similaires et très variables (Fig. 13). Ce sont des verres dont les
constituants principaux sont l’oxyde de plomb, la silice, la chaux, l’alumine, les oxydes de
fer (Fig. 04 et 05) et de baryum, ainsi que la potasse et la magnésie. On y observe aussi la
présence systématique d’oxydes d’antimoine et de zinc.

Si l’on compare les compositions des scories des différents sites miniers étudiés, on ob-
serve des différences significatives entre sites mais aussi une grande variabilité intra-site
pour les teneurs en oxydes de fer, zinc, cuivre, arsenic, antimoine, baryum, bismuth et terres
rares (Fig. 06, 09 et 13). En raison de cette forte variabilité et à l’exception de quelques sites
particuliers, l’analyse chimique seule ne semble pas être à même de permettre une différen-
tiation pertinente entre les différentes mines étudiées.

100,00%

10,00%
Galets en verre au plomb

Gobelet de Bressuire

Scories de Melle
% ZnO

1,00%
Scories cévenoles

Scories d'Aulus

Scorie d'Augst
0,10%
Scories de Jabali

0,01%
10 100 1 000 10 000
CuO ppm

Figure 06 : Diagramme binaire CuO-ZnO pour les galets en verre au plomb et les scories de Melle et
des Cévennes. Echelles logarithmiques.

Si les résultats obtenus mettent en évidence le fait que les scories, issues de la chaîne opé-
ratoire de production du plomb pour des sites miniers éloignés tant géographiquement que
chronologiquement, ont des compositions similaires en éléments majeurs, il apparaît tou-
tefois que les teneurs en éléments mineurs et traces peuvent permettre de les distinguer.

Les résultats des analyses mettent aussi en évidence une forte analogie de composition
entre le verre des objets et celui des scories. On est, dans les deux cas, en présence d’un

220
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

verre silico-alumino-calcique au plomb, à fortes teneurs en oxydes de fer dont les princi-
pales impuretés sont les oxydes de baryum, d’antimoine et de zinc. Sur les diagrammes ter-
naires des figures 07 et 08, nous avons reporté les résultats d’analyses :

– de l’ensemble des galets en verre plombifère retrouvés en France et en Europe,

– des scories retrouvées sur les sites de Melle et sur les autres sites étudiés,

– de l’ensemble des verres au plomb étudiés et publiés par M. A. Bezberodov et K. H. We-
depohl,

– des galets en verre calco-potassique dont l’étude a été possible.

Ces diagrammes mettent en évidence la forte identité de composition des galets en verre
au plomb, du gobelet de Bressuire et des scories issues du traitement de la galène. On peut
donc faire l’hypothèse que ces dernières ont été utilisées comme matière première pour la
fabrication des galets.

Des différences mineures existent cependant entre la composition de ce verre et celle des
scories. C’est ainsi que l’on note la présence de quantités plus importantes de soude, de
potasse et d’alumine (Fig. 04 et 05) dans le verre des galets et du gobelet par rapport à ce-
lui des scories. On notera aussi que les teneurs en oxydes de fer et de baryum de ce verre
(Fig. 13) sont inférieures à celles des scories.

Il semble donc que les galets et le gobelet n’aient pas été fabriqués seulement à partir de
scories. Un ou plusieurs autres ingrédients, apportant de la soude, de la potasse et de
l’alumine, ont été employés lors de leur fabrication. Deux sources de matières premières
peuvent potentiellement expliquer ces apports. L’utilisation de groisil (verre recyclé) peut, à
cette époque, à la fois expliquer la présence de soude (verre au natron) et de potasse (verre
aux cendres de plantes forestières). Un ajout de l’ordre de 5 à 10 % de groisil de verres
sodiques et/ou potassiques permet ainsi d’expliquer les différences de concentrations ob-
servées pour ces éléments entre les galets et les scories. L’alumine, pourrait, elle, provenir
de l’argile des creusets utilisés pour la fusion du mélange scories – groisil lors de la fabrica-
tion des galets. Les verres plombifères sont en effet très corrosifs et une partie du creuset
peut être dissoute par la masse de verre en fusion.

D’autres différences de composition ne peuvent cependant être imputées à l’ajout de groi-


sil ou à la dissolution partielle du creuset : les teneurs moyennes en oxydes de fer et de ba-
ryum apparaissent nettement plus élevées au sein des scories que des galets, et ne peuvent
s’expliquer par une simple dilution par 5 à 10 % de groisil. On remarquera toutefois que les
teneurs de ces oxydes au sein des scories comme des galets sont très variables, et que les
valeurs moyennes enregistrées pour les galets sont de l’ordre de grandeur des teneurs mini-
males mesurées pour les scories (Fig. 09). Deux hypothèses pourraient alors être avancées :

– On peut premièrement considérer que la faible quantité de scories retrouvées sur le site
de Melle implique que le corpus dont on dispose ne soit pas représentatif de la compo-
sition moyenne réelle des scories produites sur l’ensemble du site minier. D’un point de

221
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

100

90 10

80 20
Galets en verre au plomb
Gobelet de Bressuire
70 30
Galets en verre calco-potassique
60 40 Verres plombo-alcalins 8e - 10e s.
Na2O+K2O+MgO
PbO Verres plombo-alcalins 10e - 13e s.
50 50
Verres au plomb antérieurs au 10e s.

40 60 Verres au plomb postérieurs au 10e s.


Scories de Melle
30 70 Scories cévenoles
Scories d'Aulus
20 80
Scorie d'Augst

10 90 Scories de Jabali

100
100 90 80 70 60 50 40 30 20 10

CaO

Figure 07 : Diagramme ternaire PbO-Na2O+K2O+MgO-CaO pour les verres plombifères, les galets en
verre au plomb et les scories de Melle et des Cévennes.

100

90 10

Galets en verre au plomb


80 20
Gobelet de Bressuire
70 30 Galets en verre calco-potassique

60 40 Verres plombo-alcalin 8e - 10e s.

SiO2 Al2O3 Verres plombo-alcalin 11e - 13e s.


50 50
Verres au plomb antérieurs au 10e s.
40 60 Verres au plomb postérieurs au 10e s.

30 70 Scories de Melle

Scories Cévenoles
20 80
Scories d'Aulus
10 90 Scorie d'Augst

100 Scories de Jabali


100 90 80 70 60 50 40 30 20 10
PbO

Figure 08 : Diagramme ternaire PbO-Al2O3-CaO pour les verres plombifères, les galets en verre au
plomb et les scories de Melle et des Cévennes.

222
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

vue géologique, si la présence de calcium et de magnésium peut être expliquée par la


présence de roche encaissante au sein des scories, rien ne vient par contre, pour le site
de Melle, justifier la présence de fortes concentrations en baryum au sein de celles-ci.
De même, il semble que les poches de minerais riches en oxydes de fer n’aient pas été
systématiquement exploitées à l’époque médiévale. Il se pourrait donc que la présence
de scories à fortes teneurs en oxydes de fer et de baryum soit accidentelle, et que leur
importance soit surdimensionnée au sein de notre corpus.

– Alternativement, une sélection des scories utilisées pour la production de ce verre parti-
culier pourrait aussi avoir été effectuée sur le site par les verriers. Cette sélection pour-
rait être liée soit aux propriétés mécaniques et thermiques des scories, soit à leur lieu de
production (utilisation sélective des scories de certaines zones de traitement). Dans ces
deux cas de figure, le corpus étudié peut ne pas refléter la composition de la scorie em-
ployée. Cette sélection pourrait aussi expliquer les teneurs plus importantes en alumine
observée pour les galets. Les analyses réalisées sur les scories cévenoles montrent en
effet la forte variabilité mesurée, tant pour l’alumine que pour l’oxyde de baryum, au sein
de ces dernières (Fig. 05 et 09).

La composition des galets pourrait ainsi refléter la composition moyenne de la majeure par-
tie des scories produites sur le site de Melle.

16%
Galets en verre au plomb
14% Gobelet de Bressuire

12% Scories de Melle

Scories cévenoles
10%
Scories d'Aulus
% BaO

8% Scorie d'Augst

Scories de Jabali
6%

4%

2%

0%
0% 5% 10% 15% 20% 25%
% Fe2O3

Figure 09 : Diagramme binaire Fe2O3-BaO pour les galets en verre au plomb et les scories de Melle et
des Cévennes.

223
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

3.3. Analyse isotopique des galets et des scories


L’analyse de la composition isotopique du plomb des galets a été entreprise afin de valider
sans ambiguïté les hypothèses d’une origine commune de l’ensemble de ces objets, et celle
de leur filiation à la chaîne opératoire métallurgique de la mine de Melle. Les résultats des
rapports isotopiques pour les galets ont été comparés à ceux obtenus à partir d’un corpus
d’objets représentatifs des différents produits et sous-produits de la chaîne opératoire iden-
tifiée sur le district minier mellois : galène, plomb, scories et monnaies en argent issues de
l’atelier monétaire de Melle.

Les résultats obtenus montrent que l’ensemble des galets étudiés a une signature isoto-
pique homogène identique à celle du corpus mellois de référence (Fig. 14). On observe, de
plus, que les valeurs obtenues sur les galets retrouvés en France, à Kaupang (Norvège), à
Ribe (Danemark), à York (Royaume-Uni) et Dublin (Irelande) sont similaires à celles trouvées
pour les galets de Haithabu24, ce qui va dans le sens d’une origine commune de ces objets.

Si l’on compare maintenant les valeurs des rapports isotopiques obtenues pour le district
mellois à celles qui concernent les scories cévenoles, celle retrouvée à Augst et celles pu-
bliées pour différents districts miniers d’Allemagne25, et d’Angleterre (région de York26), on
observe que l’on peut sans ambiguïté distinguer les plombs issus de ces différentes aires
de production (Fig. 10). Les rapports isotopiques mesurés sur les galets et le gobelet n’infir-
ment donc pas l’hypothèse d’une origine melloise du plomb qu’ils renferment.

38,70
Galène de Melle
38,65
208Pb/204Pb

Nord Eifel Plomb de Melle


38,7
38,60

38,55 Monnaies carolingiennes en


argent de Melle
38,6 38,50
18,44 18,49 18,54
Scories de Melle
206Pb/204Pb
Galets de verre retrouvés en
38,5 France
Galets de verre (Kaupang, Ribe,
Pb/204Pb

38,4 Harz York, Dublin)


Galets de verre (Allemagne,
Haithabu)
Zechstein
38,3 Gobelet de Bressuire
208

Rammelsberg Plomb de York


38,2
Scories cévenoles
38,1 Scorie d'Augst

38,0
18,1 18,2 18,3 18,4 18,5 18,6 18,7
206 Pb/204Pb

Figure 10 : Diagramme 206Pb/204Pb-208Pb/204Pb pour les galets au plomb d’Europe occidentale (Haithabu
et districts miniers allemands, Wedepolh 1993 et communication personnelle), les scories de Melle,
d’Augst et des Cévennes, la galène de Melle et des monnaies carolingiennes frappées à Melle.

24 Communication personnelle de K.H. Wedepohl.


25 Wedepohl, K. H., 1993.
26 Hudson-Edwards, K. A. et al., 1999.

224
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

La confrontation des résultats des analyses élémentaires et isotopiques confirme ainsi la


forte probabilité d’une origine commune pour l’ensemble des objets connus fabriquées
avec ce type de verre, et valide l’hypothèse de l’emploi des scories issues de la chaîne opé-
ratoire de production du plomb des mines de Melle en tant que matière première pour leur
fabrication.

Conclusion
Les résultats obtenus au cours de cette étude établissent de façon certaine la filiation sco-
rie plombifère/objets élaborés avec ce verre silico-alumino-calcique au plomb, et montrent
qu’il est fort probable que ces derniers ont été fabriqués à partir des scories plombifères is-
sues de la chaîne opératoire mise en œuvre sur le site minier de Melle.

Les résultats obtenus mettent aussi en évidence l’ajout mineur d’autres matières premières
aux scories pour fabriquer ces objets (groisil de verres sodiques et/ou potassiques). Une sé-
lection des scories employées ainsi qu’une pollution due à l’argile des creusets utilisés lors
de leur fabrication n’est pas non plus à exclure. Cet apport de groisil et cette sélection de
la matière première indiquent que la fabrication des galets est effectuée dans des officines
de verriers en dehors du site minier, plutôt que sur celui-ci, lors d’opérations de retraitement
des scories pour récupérer une partie du plomb. La découverte à Bressuire du fragment de
gobelet fabriqué à partir des scories valide pleinement cette hypothèse.

Comme nous l’avions établi précédemment, cette filiation met en évidence l’existence, à
l’époque carolingienne, d’une «valorisation» des sous-produits issus de la métallurgie du
plomb et de l’argent, pour produire des objets nécessitant des quantités importantes de
matière vitreuse. Cet emploi direct de scories plombifères reste à ce jour sans autre équiva-
lent pour cette période. Cette affirmation est corroborée par la fouille d’un atelier de traite-
ment de la scorie en lien avec une fonderie dont sont issues les scories analysées. A l’instar
des unités de lavage, il se compose d’une série de fosses et canaux permettant le lavage
de la scorie vitreuse après son broyage. L’objectif pour les métallurgistes est de récupérer
les billes de plomb argentifères piégées dans le verre lors de la fonte. La conséquence de
cette activité est l’obtention d’un sable de scorie lavé et dépourvu de la fraction métallique
des billes de plomb supérieure à 0,006 g. Unique en son genre et attestant d’une volonté de
maximisation des rendements, cet atelier offre aux verriers un matériau prêt à fondre27. Ainsi
la mise en sable des scories et leur réemploi pourraient expliquer la rareté des découvertes
de ces déchets pourtant caractéristiques et habituellement pléthoriques.

La mise en place de cette valorisation d’un sous produit issu de la métallurgie présente par
ailleurs deux principaux avantages pour les verriers mellois. Elle leur offre dans un premier
temps un produit de substitution pour faire face à la pénurie de verre sodique rencontrée à
cette époque dans l’ensemble de l’Europe occidentale. Dans un deuxième temps, elle leur
permet aussi de faire une économie importante de combustible. La fabrication du verre est
en effet une industrie très gourmande en énergie. La fabrication du verre potassique, dé-

27 Tereygeol et al., 2004.

225
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

veloppée à cette époque en Europe occidentale, requiert une grande quantité de bois ou
d’autres végétaux. Ceux-ci sont nécessaires d’une part comme matière première pour l’éla-
boration des cendres qui servent de fondant, et d’autre part comme combustible pour éla-
borer le verre par la fusion du sable et des cendres. L’emploi de la scorie réduit donc forte-
ment les besoins en combustible de cette industrie, qui se limitent alors à la refonte de la
scorie et à la mise en forme des objets. L’utilisation de la scorie pourrait donc être considé-
rée comme la réponse apportée par les verriers mellois à deux défis auxquels ils devaient
faire face : la pénurie de verre à l’échelle européenne et la forte concurrence locale pour l’ex-
ploitation des matières combustibles due aux activités minières et métallurgiques, elles aus-
si grandes consommatrices de bois (abattage au feu, grillage et réduction des minerais, fa-
brication monétaire).

Les premiers résultats publiés en 200328 mettaient en évidence une forte représentation des
objets fabriqués avec ce type de verre dans le Centre-Ouest de la France. L’ensemble des
résultats obtenus à ce jour confirme cette tendance (Fig. 11). Alors que les galets en verre
au plomb représentent 19 % de l’ensemble des galets analysés pour la France, leur propor-
tion s’élève à plus de 30 % pour les régions Centre, Pays de la Loire et Bretagne. Celle-ci
n’est toutefois que de 18 % aux alentours de Melle (région Poitou-Charentes). Les premiers
résultats de l’étude en cours des galets de verres retrouvés à Haithabu29 montrent que pour
ce site la proportion de galets en verres au plomb est comprise entre 12 et 19 %. Une pro-
portion similaire (20 %) a été mise en évidence en Belgique par Vrielynck et Mathis, pro-
portion proche de celle relevée pour le site de Douai (21,7 %).

Les résultats obtenus démontrent enfin que les galets de verre, de composition plombifère,
retrouvés à York, Dublin et Ribe, comme ceux retrouvés en France, à Haithabu et à Kau-
pang, ont été fabriqués à partir des scories de la mine de Melle. Dans ce contexte, il est fort
probable que le lissoir découvert à Novgorod ait aussi la même origine. Si la fonction de cet
objet emblématique des communautés carolingiennes et nordiques reste encore sujet à dé-
bats, cette étude met en évidence l’importance des ateliers de la région de Melle pour leur
production ainsi que la possibilité, offerte par l’analyse isotopique, de suivre leur diffusion et
ainsi identifier leurs voies de commercialisation (Fig. 12).

Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier tout particulièrement B. Gaut, J. Henderson, K.H. Wede-
pohl, V. Hilberg et T. Sode pour les informations relatives aux galets d’Haithabu et Ribe ainsi
qu’à S. Baron et F. Cattin pour les échantillons de scories des Cévennes et d’Augst. Nos re-
merciements s’adressent aussi à l’ensemble des archéologues qui nous ont permis d’avoir
accès au matériel archéologique étudié ici.

28 Gratuze et al. 2003.


29 Plus de 120 galets répertoriés à ce jour, communication personnelle de Volker Hilberg.

226
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

20 %
22 %

12 %

12 %

0%
57 %
33 %
6%
57 %

33 %

13 % 6%

18 %

0%

20 %

7%
20 %

20 %
7%
20 %
0%

Figure 11 : Proportion de galets de verre au plomb pour les régions de France où plus de cinq exem-
plaires ont été analysés.

227
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

Kaupang 3 Novgorod 1

Dublin 1 Ribe 2
York 5
Haithabu 9
2

Gesves 1
Douai 5 Huy
Wandi 1
1 Dorsten Holsterhausen 1
Dorsten Holsterhausen 1
Montours 1
Saint Denis 10
Vannes 1 Orléans & Loiret 10
Distré 4 Blois 4, Tours 5
Bressuire 1
Nevers 1
Melle 2

Bordeaux 1

Aniane 1 Arles 2

Figure 12 : Distribution des galets de verre au plomb en Europe occidentale.

228
Majeurs et mineurs Galets Gobelet de Bressuire Scories de Melle Scories des Cévennes Scories d’Aulus Scorie d’Augst Scories de Jabali
% oxyde moyenne écart type min max Verre Décor moyenne écart type min max n°3a n°3b n°8a n°8b n°1 n°2 n°3   moyenne écart type min max
Na2 O 1,32 0,33 0,68 2,36 1,68 1,56 0,26 0,08 0,13 0,42 0,49 0,35 0,25 0,31 0,66 0,2 0,18 0,37 0,55 0,18 0,22 0,85
Mg O 2,26 0,46 1,55 3,4 1,53 1,42 3,07 1,08 0,87 4,92 1,38 1,06 1,32 1,18 6,47 3,85 3,38 2,63 2,14 0,56 1,13 2,95
Al2 O3 7,27 1,09 5,58 10,13 10,15 8,93 4,64 0,73 3,18 6,13 7,95 5,71 4,50 5,43 8,91 4,49 3,81 6,29 6,49 0,87 5,21 7,94
Si O2 44,2 3,2 37 52,3 55,5 49,0 41,6 4,3 30,8 52,3 47,1 40,8 37,5 44,8 37,7 44,3 47,9 45,6 30,1 1,88 27,6 32,5
P2 O5 1,87 0,42 1,02 3 1,22 1,06 2,28 0,67 1,11 3,81 0,70 0,57 0,81 0,75 0,92 2,35 1,77 1,06 0,19 0,05 0,12 0,26
K2 O 4,02 0,46 3,03 5,45 4,24 3,59 2,51 1,04 0,89 4,57 2,26 1,99 1,72 2,39 2,29 2,35 1,83 1,49 1,17 0,43 0,45 1,59
Ca O 15,5 1,8 12,3 19,8 14,1 11,7 16,5 6 6,4 28,4 8,3 6,9 10,5 8,3 31,7 18,3 14,6 14,1 16,0 7,70 10,2 33,1
Mn O 0,29 0,08 0,11 0,55 0,22 0,21 0,47 0,12 0,23 0,77 0,22 0,20 0,30 0,30 0,49 0,49 0,43 0,11 0,29 0,07 0,21 0,42
Fe2 O3 3,43 0,73 1,69 4,66 2,12 2,03 10,43 4,18 5,73 20,22 3,99 7,01 3,94 5,29 5,85 7,66 9,23 2,23 10,5 3,79 4,57 16,46
Ti O2 0,25 0,05 0,18 0,42 0,19 0,15 0,28 0,04 0,21 0,37 0,30 0,23 0,14 0,18 0,44 0,28 0,27 0,26 0,36 0,15 0,17 0,61
Zn O 0,21 0,12 0,04 0,55 0,26 0,33 0,24 0,19 0,04 0,74 3,29 16,55 5,50 6,29 0,53 0,21 0,53 0,015 26,1 7,86 9,46 36,89
Sr O 0,09 0,03 0,06 0,16 0,06 0,05 0,12 0,04 0,05 0,2 0,05 0,13 0,11 0,15 0,049 0,16 0,17 0,36 0,09 0,03 0,07 0,17
Sb2 O3 0,51 0,11 0,3 0,8 0,28 0,33 0,31 0,11 0,11 0,51 0,58 0,42 0,83 0,26 0,71 0,25 0,19 0,038 0,0001 0,0001 0,000001 0,0003
Ba O 1,35 0,66 0,41 3,11 1,19 0,92 4,46 3,52 0,32 12,74 1,63 6,99 6,56 10,8 0,71 7,66 9,39 14,9 0,10 0,22 0,01 0,64
Pb O 17,8 3,7 8,1 26,1 7,10 13,1 12,7 7,6 3,5 37 21,2 10,8 25,6 13,3 2,83 7,16 6,11 9,2 5,67 3,30 0,13 10,4
Trace en ppm                                            
Li2 O 98   54 178 71 52 100   56 148 108 81 118 145 124 102 126 121 27   12 66
B2 O3 368   186 497 273 224 339   172 739 500 251 322 305 257 253 239 137 106   50 141
Cl 731   175 2781 785 732 422   206 614 558 579 547 626 857 1100 1000 1281 1586   893 2102
V2 O5 91   62 132 56 46 221   117 399 67 59 38 55 154 211 172 99 98   78 130
Cr2 O3 64   25 97 39 33 177   77 347 43 24 23 29 89 135 139 74 58   25 109
Co O 58   7 455 8 9 28   18 54 38 17 13 15 14 19 23 8 11   9 16
Ni O 26   7 120 12 21 45   23 77 82 14 42 14 14 26 31 9 27   15 42
Cu O 328   86 870 166 207 522   203 1738 3282 1501 1416 655 1500 491 283 270 83   36 121
As2 O3 48   22 118 14 20 55   22 123 434 420 578 226 18 50 49 853 5   2 7
Rb2 O 155   102 276 174 149 54   30 91 193 187 151 220 69 47 35 58 37   14 58
Y2 O3 28   - 121 23 22 37   29 49 14 12 12 15 26 38 38 32 34   16 47
Zr O2 168   96 251 136 122 223   157 291 156 66 69 78 129 232 217 152 194   109 238
Nb2 O3 11   7 27 10 8 10   7 12 12 7 6 7 10 9 8 7 27   10 51
Ag 11   0,6 59 3 7 22   1 138 5 7 2 5 20 9 9 4 24   0,2 124
Sn O2 58   - 284 538 54700 38   4 178 36 42 44 26 21 27 30 16 16   12 25
Cs2 O 8   4 20 8 7 3   1,8 5,3         2 2 2 3 1   0,3 1
La2 O3 37   24 59 27 23 54   48 69 23 19 25 35 44 55 58 27 31   25 39
Ce O2 51   25 79 42 34 76   62 102 44 34 30 41 93 77 80 45 54   42 67
Pr O2 8   5 9 5 4 11   9 15 5 4 5 7 10 11 11 6 7   5 8
Nd2 O3 29   23 35 21 18 43   38 58 19 15 19 25 34 40 42 25 27   20 31
Sm2 O3 5   4 7 4 3 8   7 10 4 3 3 5 7 7 8 5 6   4 7
Eu2 O3 3   0,9 21 0,8 0,7 2   2 2 1 1 1 2 2 2 3 3 1   1 1
Gd2 O3 5   3 10 3 3 6   5 8 4 4 5 8 5 9 10 42 5   3 6
Tb2 O3 0,8   0,5 3 0,5 0,4 1   0,8 2 0 0 0 0 1 1 1 1 1   0,5 1
Dy2 O3 4   3 4 3 3 6   4,4 7 2 2 2 2 4 5 5 4 5   3 7
Ho2 O3 0,7   0,5 0,9 0,6 0,6 1   0,9 2 0 0 0 0 1 1 1 1 1   1 2
Er2 O3 2   2 5 2 2 3   2,3 4 1 1 1 1 2 3 2 2 3   1 4
Tm2 O3 0,3   0,1 0,3 0,2 0,2 0,4   0,3 0,6 0,1 0,2 0,1 0,2 0,3 0,3 0,4 0,2 0,4   0,2 1
Yb2 O3 2   1 2 2 2 3   2 4 1 1 1 1 2 2 2 2 3   1 4
Lu2 O3 0,3   0 0,5 0,3 0,2 0,4   0,3 0,6 0,2 0,1 0,1 0,2 0,3 0,3 0,3 0,2 0,4   0,2 1
Hf O2 4   3 6 3 3 6   4 8 4 2 2 2 3 5 5 4 5   3 6
Ta2 O3 0,8   0,5 1 1,2 1,0 0,7   0,5 0,9 2 1 1 1 1 1 1 1 1   1 2
Au 0,9   - 8 0 1 5   0,009 64 0,01 0,00 0,11 0,04 0,1     0,5 0,03   0,02 0,04
Bi 2   0,06 6 1 2 0,4   0,005 3 3,2 1,7 4,2 14,5 0,2 0,5 0,5 2 0,3   0,002 0,4
Th O2 8   5 11 6 5 9   7 15 9 6 4 6 9 9 9 10 7   4 11
U O2 9   3 18 5 4 14   9 21 22 8 14 16 3 13 12 129 4   2 7

229
matière première de l’industrie verrière
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme

Figure 13 : Comparaison chimique élémentaire entre les galets, les scories et la gobeleterie de Bressuire.
Gratuze et al. – Melle : mise en évidence de l’utilisation des scories vitreuses issues de la chaîne opératoire de production de l’argent comme
matière première de l’industrie verrière

Référence objet \ rapport 206/204 207/204 208/204


Galets de verre
Distré 565 18,484 15,680 38,592
Distré 893 18,488 15,686 38,611
Melle 292 18,488 15,680 38,596
Nevers 303.02 18,480 15,668 38,555
Saint-Denis 1712 18,490 15,676 38,581
Saint-Denis URS 220.5 18,484 15,671 38,565
Arles 1* 18,465 15,656 38,528
Blois 1* 18,484 15,674 38,586
Bordeaux 1* 18,499 15,699 38,668
Kaupang 19/9621 18,490 15,682 38,600
Kaupang 19/9817 18,512 15,706 38,684
Kaupang 19/27397 18,491 15,684 38,606
Ribe ASR8 X209 18,482 15,676 38,583
Ribe ASR 1265 X48 18,488 15,675 38,582
York 1487 18,487 15,675 38,582
York 3556 18,489 15,673 38,577
York 6360 18,482 15,673 38,577
York 6757 18,482 15,675 38,582
Dublin E122 17159 18,499 15,675 38,590
Gobelet de verre
Bressuire 18,484 15,672 38,573
Scories de Melle (sauf Augst)
Bois Morin 1 18,491 15,682 38,603
Bois Morin 2 18,497 15,692 38,630
Etang La Fragnée 3 18,476 15,668 38,551
Etang La Fragnée 4 18,473 15,666 38,546
La Fragnée 2 8 18,483 15,671 38,564
La Fragnée 2 11 18,490 15,677 38,585
Fontaine du Triangle 1* 18,453 15,651 38,753
Fontaine du Triangle 2* 18,461 15,656 38,771
Fontaine du Triangle 6 18,474 15,668 38,549
Fontaine du Triangle 7 18,482 15,673 38,570
Augst 785760 18,660 15,628 38,608

Figure 14 : Rapports isotopiques du plomb pour les galets en verre au plomb et les scories de Melle
(*Gratuze et al. 2003).

230
Une nouvelle production ou une réminis-
cence du haut Moyen Age : l’artisanat de
l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Florian Téreygeol*

* UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M LAPA,
CEA, Saclay

Résumé
Les creusets usagés réemployés en vases funéraires aux XIIIe-XIVe siècles et découverts
dans des tombes de différentes villes poitevines ont fait l’objet de nombreuses études de-
puis le XIXe siècle. Celle-ci est la première à prendre en compte le corpus dans son en-
semble. L’observation typomorphologique permet un classement en deux groupes selon la
taille. La majorité des creusets sont tournés et ont été lutés pour améliorer la résistance des
parois. Huit pièces (soit 20 % du corpus disponible) présentant des dépôts métalliques ont
été sélectionnées. Les dépôts ont été analysés par EDS et MEB, afin de qualifier et quanti-
fier leur composition chimique. Dans tous les cas est caractérisé un alliage cuivre-argent, à
teneurs variables. Une seule famille se distingue : les creusets découverts lors des fouilles
de sépultures de l’église Saint-Pierre de Melle sont les seuls à présenter un alliage identique.
Ils pourraient être le témoin d’une tradition métallurgique locale. D’un point de vue global,
cette étude remet en cause nombre d’hypothèses plus ou moins anciennes attribuant sans
preuve formelle ces creusets à une métallurgie du laiton ou du bronze. Le travail d’alliages
précieux est ainsi démontré, sans que les produits ne soient connus. Les découvertes ar-
chéologiques et la toponymie permettent de penser à de petits objets, tel des épingles. Dès
lors, l’hypothèse d’une survivance économique ou d’une mémoire sociale pour expliquer le
travail de l’argent à Melle, trois siècles après l’arrêt des mines, en contexte résolument ru-
ral, peut se poser.

Introduction
Dans le courant du Xe siècle, le gisement de Melle cesse d’être exploité. La raison de cet
abandon n’est pas l’épuisement de la ressource puisque 1400 tonnes d’argent restent en-
core disponibles de nos jours. Il semble plutôt que la difficulté d’approvisionnement en
combustible et, peut-être, une trop forte pression démographique soient à l’origine de l’ar-
rêt de l’activité. Une chose est certaine : l’activité minière est stoppée puis n’a jamais été re-
prise. Commence alors pour Melle ce que nous pourrions qualifier d’une notion moderne :

231
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

l’après mine. Les puits qui parsèment le territoire sont rebouchés et les activités paysannes
reprennent leurs droits. Pour autant, la métallurgie a continué de marquer l’économie de la
petite cité poitevine comme en témoigne la découverte de nombreux creusets. Ils ont tous
été trouvés en tombe tant dans la nécropole de Saint-Pierre que dans celle de Saint-Hilaire
de Melle. Dans cette position de réemploi, il s’agit de vases funéraires. Cette pratique est
en usage en France dès le XIe siècle et perdure jusqu’au XVIIe siècle1. Les contenants utili-
sés sont souvent nommés par le terme générique « vases funéraires ». Dans l’ensemble de
son travail, l’abbé Cochet ne mentionne jamais le réemploi de creusets dans ce contexte
bien qu’au moment où il réalise son inventaire, des découvertes semblables ont déjà eu lieu
à Melle. Loin de vouloir pointer un manque dans ce travail, cet oubli indiquerait le caractère
tout à fait exceptionnel de ces découvertes. L’usage des creusets comme vases funéraires
pourrait être circonscrit au pays poitevin puisqu’il s’en rencontre également à Souché, Niort
et Poitiers, Melle étant l’épicentre de cette pratique singulière (Fig. 01).

Jusqu’à présent, la datation de ce type de dépôt repose sur la typochronologie des sépul-
tures ainsi que sur le matériel céramique habituellement retrouvé dans ces contextes. Sur
la seule base de ces données, la période chronologique reste relativement large, s’inscri-
vant entre les XIIe et XVe siècles. Dans le cadre de cette étude, nous avons eu la possibili-
té de dater par radiocarbone les charbons contenus dans un des creusets (St-Pierre-1992-
cr2). L’intervalle a pu être ainsi réduit aux XIIIe et XIVe siècles2. Cette date recoupe également
les mentions données par A. Liège dans son mémoire reprenant les travaux de B. Vequaud :
« Parmi les quelques exemples de notre corpus, un seul creuset a fait l’objet d’une datation,
il s’agit de celui découvert à Poitiers au cimetière des Cordeliers et attribué par B. Vequaud
au XIIIe siècle. »3.

En réalisant l’inventaire bibliographique de ce matériel, il est possible de compter le nombre


de creusets mis au jour. Les aléas de la conservation du mobilier depuis le XIXe siècle font
que le chiffre obtenu (51) est bien supérieur au corpus réellement disponible dans les col-
lections (37).

Les découvertes réalisées dans la ville de Melle sont les mieux documentées. La plus an-
cienne mention date de 18234.Dans les années 1830, de Cressac et Manès mentionnent ce
type de dépôt dans un cimetière situé près de l’ancien monastère de Saint-Hilaire5. Quant à
Meillet dans son Excursion minéralogique en Limousin, il indique la présence de ces creu-
sets qui, selon lui et sans plus de précision, se trouvent dans beaucoup de tombeaux6. Il
faut attendre la fin du XIXe siècle et les travaux de l’abbé Largeault pour voir apparaître les
premières descriptions et représentations7. Il s’ensuit une absence de découverte qui ne re-
prend qu’avec le développement de l’archéologie, notamment préventive, dans les années

1 Cochet, 1856.
2 Datation ETH-31611, Age 14C AMS conventionnel : 745 +/- 45 BP (δ13C mesuré de -24,00 +/- 1,2 ‰
vs PDB). Date 14C calibrée : 1192 cal AD – 1384 cal AD (courbe de calibration « IntCal98 », Stuiver et al,
1998, Radiocarbon, 40).
3 Site 103, tombe 103/A/145 ; Liège, 2002, vol. 3, fig. 122, p. 113.
4 Bonnard (de), 1823.
5 Cressac (de), Manès, 1830.
6 Meillet, 1858.
7 Largeault, 1884.

232
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 01 : Carte de localisation : Melle et les cimetières de Saint-Hilaire et de Saint-Pierre, Niort et
Souché.

233
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

19708. Le corpus s’étoffe au gré des travaux d’aménagement autour des églises Saint-Pierre
et Saint-Hilaire de Melle. Treize exemplaires ont été mis au jour entre 1980 et 1990. Malheu-
reusement ces découvertes n’ont fait l’objet d’aucune publication. Enfin, la fouille de sau-
vetage dirigée par B. Farago en 1992 a conduit à la découverte de huit creusets en tombe.
Pour la première fois, ils se trouvent dans un contexte archéologique bien défini9. Plus ré-
cemment encore, cinq nouveaux exemplaires sont apparus suite aux travaux d’embellisse-
ment de la place Saint-Pierre.

1. Présentation du corpus
Une rapide observation permet de classer le corpus en deux groupes :les petits et les
grands creusets. Cette dichotomie simple ne repose que sur une appréciation visuelle. Il
faut pourtant noter qu’aucun des petits creusets n’est enduit de lut. Les données typolo-
giques et bibliographiques des creusets sont réunies dans un tableau (Fig. 02). Nous avons
tenu compte de plusieurs données morphologiques intégrant au mieux le lut dans la me-
sure (Fig. 03).

Le calcul du volume est fondamental pour comprendre la finalité de ces objets. Pour évi-
ter toutes pollutions de l’objet, cette donnée a été acquise à l’aide de microbilles de verre
de diamètre compris entre 800 et 1200 µm10. Pour chaque creuset, le volume donné corres-
pond à la moyenne de trois mesures. Les parties manquantes de certains creusets abimés
ont été remplacées par du papier afin d’obtenir un remplissage correct. Seuls trois exem-
plaires, beaucoup trop incomplets, n’ont pas pu recevoir les microbilles.

L’étude morphologique ne porte que sur 34 creusets, trois étant trop incomplets pour inté-
grer notre réflexion. Sans surprise, nous retrouvons avec la comparaison du volume sur le
ratio hauteur intérieure sur diamètre B intérieur, les deux groupes formés par simple obser-
vation (Fig. 04). Le groupe 1 (19 grands creusets) a une majorité d’individus (11) ayant un
volume autour de 400 ml. Les petits creusets, quant à eux, présentent un ensemble majori-
taire (12 individus) ayant un volume autour de 200 ml. Les volumes, autour de 200 ml pour
les petits et le double pour les grands creusets, sont directement liés aux besoins des mé-
tallurgistes. Pour des périodes plus récentes, des séries de creusets de même forme mais
de volumes différents sont connus. Il s’agit de jeux de creusets permettant aux métallur-
gistes de choisir le contenant en fonction de la masse à fondre11. Pour Melle, le corpus n’est
pas suffisamment étoffé pour démontrer une même volonté de la part des métallurgistes.
Il est certain en revanche que les groupes des creusets de Niort et de Souché sont des
mêmes gammes que ceux de Melle. Les volumes constatés sont donc bien une constante
recherchée pour les besoins de petites fontes. Dernière observation concernant les creusets
Niort-731, Niort-732 et St-Pierre-1992-cr2 : leur morphologie, similaire pour les trois objets,
est très différente de celle des autres creusets. Ils présentent une épaisseur de pâte supé-

8 Bailleul, 1986.
9 Farago-Szekeres, 1992 ; Farago-Szekeres, 1993.
10 Les microbilles de verre (réf. Starlitebead 1000) nous ont été fournies par la société Potters Ballotini,
Saint-Pourçain-sur-Sioule, France.
11 Osten (von), 1998.

234
avec lut (si présent) mesure sans lut
Ø ext Ø int ØA ext ØB ext
Masse Volume Ht int Ht ext Ep my Ep bord
Numéro d'inventaire Provenance Lieu de conservation Luté (cm) (cm) (cm) (cm) Commentaire
(g) (ml) (cm) (cm) lèvr (mm) (mm)
fond fond orifice orifice
n°733 ou 735 Cim. Nte-Dame-la-Grande (Niort) Musée D'agesci 481 709 0 11,2 12,2 9 6 4,8 4 12,6 10
N°734 Cim. Nte-Dame-la-Grande (Niort) Musée D'agesci 497 698 0 12,4 12,6 10 7 6,4 5,2 12,4 11,2
n°731 Cim. Nte-Dame-la-Grande (Niort) Musée D'agesci 530 546 1 12 13,1 10 lut lut 4 11,5 9 n°7, Largeault 1884
n°732 Cim. Nte-Dame-la-Grande (Niort) Musée D'agesci 470 330 0 10,5 11,4 9 9 5,2 3 11 8,5 n°9, Largeault 1884
n°740 Cim. De Souché Musée D'agesci 250 210 0 6,1 6,8 8 7 4,8 4,2 12,2 9,8
n°743 Cim. De Souché Musée D'agesci 155 174 0 5,5 6,1 7 6 4,3 3,6 9,8 8,9
n°739 Cim. De Souché Musée D'agesci 174 289 0 7 7,4 8 4 5 4,2 9,8 8,2 n°2, Largeault 1884
n°742 Cim. De Souché Musée D'agesci 162 176 0 6,1 6,4 6 6 4,2 3,6 8,8 8,4 n°3, Largeault 1884
Sans numéro Cim. De Souché Musée D'agesci 240 179 0 5,5 6 7 6 4,8 4,2 10,8 9,4 n°1, Largeault 1884
St Hil 1984-cr1 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 652 412 1 8,8 10,9 7 lut lut 3 13,3 10,5
St Hil 1984-cr2 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 235 234 0 7,1 7,9 6 8 3,7 3,2 10,2 9,8 Incomplet
St Hil 1984-cr3 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 712 610 1 12,5 14,4 9 lut lut 3,8 11,2 9,5 Incomplet
St Hil 1984-cr4 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 847 541 1 11,3 13,2 7 4 lut 3,4 11,5 9,4 Incomplet
St Hil 1989-cr1 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 233 207 0 7,5 7 8 7 5 4,2 10,1 8,8
St Hil 1989-cr2 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 199 253 0 8,1 8,5 7 6 3,8 3 10,4 8,6
St Hil 1989-cr3 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 200 267 0 7 7,6 7 7 5 4,6 10,8 9
St Hil 1989-cr4 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 218 228 0 7 7,5 6 7 5 4 10,2 9
St Hil 1989-cr5 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 372 384 0 9,4 10,4 7 7 5 4 11,4 9,4
St Hil 1989-cr6 Cim. St-Hilaire de Melle Dépôt archéologique de Melle 191 151 0 6,8 7,4 7 8 3,8 3,4 8,7 8
St Hilaire 730 Cim. St-Hilaire de Melle Musée D'agesci 615 388 1 10,5 12,7 6 lut lut 3,6 10,5 8,5 luté
St Pierre 1985-cr1 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 445 352 1 9,4 11,1 7 lut lut 3,6 9,5 8,5 luté
St Pierre 1985-cr2 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 475 316 1 8,6 10,6 6 lut lut 4,4 11,3 10,3 luté
St Pierre 1985-cr3 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 148 frgts 1 > 11,4 lut lut > 9,6 8 frgts, incomplet
St Pierre 1992-cr10 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 485 393 1 10,9 12,1 9 lut lut 4,6 11,5 8,8 Farago 1992
St Pierre 1992-cr11 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 275 237 0 7,4 8,1 7 6 5 3,6 10,4 9,5 Farago 1992
St Pierre 1992-cr12 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 756 381 1 9,8 12,4 9 lut lut 4,6 12,1 11 Farago 1992
St Pierre 1992-cr13 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 332 325 0 9,3 10,1 9 11 5,3 0,8 10,4 8,4 Farago 1992
St Pierre 1992-cr2 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 324 263 0 9,2 10,2 11 7 5 4 11,3 8 Farago 1992
St Pierre 1992-cr4 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 234 269 0 8 7,4 7 6 5 4,2 11,1 8,3 Farago 1992
St Pierre 1992-cr8 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 322 393 0 9 9,5 7 7 5 4,4 11 10 Farago 1992
St Pierre 1992-cr9 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 241 422 0 9,6 10 7 3 5 4,6 11,6 9,1 Farago 1992
St Pierre 2000/s.n. Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 51 frgts 1 Fond
St Pierre 2000-01 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 435 frgts 1 > 9,3 > 11,3 3 lut 3,7 Incomplet
St Pierre 2000-cr1 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 715 364 1 10,3 12,7 7,5 lut lut 4,6 11,1 8,2
St Pierre 2000-cr2 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 583 388 1 9,9 11,4 9 lut lut 3,4 10,8 9,4
St Pierre 2000-cr3 Cim. St-Pierre de Melle Dépôt archéologique de Melle 823 415 1 9,4 13,4 7 lut lut 5,2 11,1 8,6
St Pierre 741 Cim. St-Pierre de Melle Musée D'agesci 220 238 0 6,8 7,1 9 7 5,4 4,6 10,4 8,5

Figure 02 : Tableau des creusets poitevins trouvés en contexte funéraire.

235
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 02 : Tableau des creusets poitevins trouvés en contexte funéraire.


F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 03 : Schéma représentant le type de mesures prises sur les creusets lutés et non lutés.

rieure à la moyenne, leur ouverture semble écrasée dans le sens de la largeur. S’agit-il d’une
fabrication différente de celle réalisée pour les autres creusets ? Est-ce dû à un changement
de fournisseur ?

Une des distinctions majeures dans les familles des creusets reste l’ajout d’un lut pour les
grands formats. Sur quel critère repose l’ajout de cette couche ? Pour répondre à cette
question, il faut connaître les volumes de métal qu’ils devaient fondre, ainsi que la résistance
du matériau (céramique) non seulement à la masse contenue mais aussi au feu. D’après les
observations visuelles réalisées sur l’ensemble du mobilier, de nombreuses fissures appa-
raissent au niveau des parois et du fond de plusieurs creusets (Fig. 05). Ces fissures sont
dues aux nombreux chocs thermiques que subissent les pièces céramiques pendant les dif-
férentes opérations de chauffe. Tous les creusets montrent des ondulations sur les parois
internes comme externes (lorsqu’elles sont visibles) (Fig. 06). Ce sont les marques laissées
par le potier lors de la fabrication au tour. Cette technique, la plus courante, induit des ten-
sions dans la pâte qui fragilise le creuset. Les anciens traités de métallurgie conseillent d’uti-
liser des creusets moulés et non tournés12. La spécialisation de l’objet trouve ici une limite

12 Ercker, 1574.

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F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

800
volume en ml

700
Niort

600 Souché
St-Hilaire

500 St-Pierre

Grands creusets
400

300 Domaine de contenance similaire

200

Petits creusets
100

Ht int/diamB int en cm
0
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6

Figure 04 : Diagramme représentant la dispersion de l’ensemble du corpus en fonction du volume et


du rapport hauteur intérieure sur le diamètre B intérieur.

que les métallurgistes, usagers de ces pièces, n’ont pas su dépasser, ou imposer à leurs po-
tiers. La méthode de fabrication employée et la faible épaisseur des parois (autour de 6 mm
± 2 mm) ont pu générer l’utilisation du lut sur certains creusets afin d’augmenter la durée
d’utilisation de ces pièces.

Le dernier paramètre jouant sur le besoin de renforcer les parois des creusets est la masse
contenue par ces derniers. Pour des raisons techniques, les fondeurs remplissent leur creu-
set entre les deux tiers et les trois-quarts du volume total possible. Les plus grands creu-
sets peuvent contenir un volume de métal compris entre 350 et 550 ml. En deçà, deux fa-
milles se distinguent : le groupe ayant une contenance entre 150 et 200 ml et ceux pouvant
accueillir entre 250 et 300 ml. Connaissant les volumes, il est possible de risquer une esti-
mation des masses mises à fondre. Suivant les découvertes sur la nature des alliages fon-
dus dans ces céramiques (alliages à base de cuivre et d’argent)13, il est possible de calcu-
ler la masse que pouvait contenir les différents groupes. Pour englober les différents types
d’alliages à base de cuivre utilisés, une fourchette de densités comprises entre 8 g/cm3 et
11 g/cm3est prise en compte dans un calcul visant systématiquement à associer la plus pe-
tite contenance avec la densité la plus faible, et inversement (Fig. 07). Les densités extrêmes
retenues pour cette étude correspondent à celle d’un laiton (8 g/cm3) et à celle d’un alliage
cuivre-argent-plomb (11 g/cm3). La densité du cuivre est de 9 g/cm3.Ainsi le groupe de

13 Cf infra.

237
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 05 : Cliché de fissure.

Figure 06 : Traces de tournassage.

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F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

moindre contenance pouvait recevoir de 792 g à 2,2 kg d’alliage. Le second groupe pouvait
servir à fondre entre 2 et 3,3 kg. Enfin les plus gros creusets auraient eu une capacité com-
prise entre 2,8 kg et 5,8 kg. Il y a pour les trois classes un recouvrement qui semble assez
naturel et qui traduit le caractère artisanal de cette production tendant vers une standardi-
sation sans encore y parvenir.

Capacité de fonte des creusets en volume


10

7
Nombre d'individus

5
Remplissage aux deux tiers
4
Remplissage aux trois-quarts
3

0
moins de 100 à de 150 à de 200 à de 250 à de 300 à de 350 à de 400 à de 450 à de 500 à
de 100 150 200 250 300 350 400 450 500 550
Contenance en ml

Figure 07 : Graphique représentant la capacité de fonte en volume selon le niveau de remplissage du
creuset.

Le rôle du lut ne semble pas seulement devoir être mis en relation avec les températures
auxquelles sont soumis les creusets. L’apposition de ce revêtement tient également à la
quantité de métal mis à fondre. En deçà de 237/208 ml utiles (St-Pierre-1985-cr2), les mé-
tallurgistes n’éprouvent plus le besoin d’appliquer cette surcouche. Au-delà, le lut n’est pas
systématique. Ce n’est donc pas tant la température que la masse qui inquiète le métallur-
giste puisqu’en l’absence de lut, les creusets ont des épaisseurs de pâte plus importantes.

L’épaisseur du lut est très variable d’un spécimen à l’autre. Tous montrent un aspect vitreux
dû à un passage à haute température. Pour les individus non lutés, leur aspect, comme le
mentionne le Baron de Cressac14, laisserait supposer que « quelques-uns de ces creusets
étaient neufs […] ».Il n’en est rien. Mis à part l’exemplaire St-Pierre-1992-cr13, l’ensemble
du corpus, luté ou non, a bien été utilisé.

Si la qualification de ces objets ne fait aucun doute, il n’est pas possible en l’état de sa-
voir à quel type de métallurgie ils se rattachent. Depuis le redécouverte du passé minier de

14 Cressac (de), Manès, 1830.

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F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Melle, différents auteurs se sont appliqués à proposer des hypothèses quant à l’usage de
ces creusets. Allant de pair avec l’évolution des connaissances sur ces mines, les théo-
ries formées sur la fonction de ces objets ont évolué sans être toujours bien démontrées.
Dans un premier temps, on note une association directe entre ces céramiques métallur-
giques et les mines. Parmi plusieurs hypothèses, de Cressac et Manès privilégiaient une
utilisation des creusets pour la fonte du minerai extrait du sous-sol mellois15. Nous pou-
vons constater qu’ils ont été particulièrement influencés par le contexte archéologique sans
omettre d’autres possibilités comme la fabrication d’épingles en laiton. En progressant dans
le temps, une nouvelle hypothèse apparaît alors qu’a été établie par G. Lecointre-Dupont la
relation entre le monnayage carolingien au type de Metallum et la cité poitevine16. A. Meil-
let, chimiste, a été le premier, en 1858, à positionner correctement ces creusets dans une
chaîne opératoire. Pour lui, ils n’étaient plus en lien avec la phase extractive de la métallurgie
mais bien avec une métallurgie secondaire déconnectée de la production monétaire17. Mais
les vieilles idées ont du mal à disparaître. En 1869, G. Lévrier voyait dans la découverte de
creusets accompagnés de marteaux, dans deux tombes du cimetière de Saint-Hilaire, les
« insignes professionnels » des monnayeurs carolingiens18. Ce n’est qu’en 1884 que l’abbé
Largeault, suite à des analyses faites précédemment par A. Meillet, caractérisait pour la pre-
mière fois les matières métalliques présentes dans ces objets. Il en ressortait « des parties
très réelles d’argent ». A ce stade et renforçant l’idée de G. Lévrier, l’abbé Largeault n’hési-
tait pas à associer ces creusets à la chaîne opératoire de production des monnaies19. Cette
hypothèse a été évacuée 50 ans plus tard par E. Traver qui, pour la première fois, donnait
une bonne approximation chronologique mais s’égarait dans le choix de la chaîne opéra-
toire à laquelle rattacher ces céramiques20. En effet, influencé par une découverte archéo-
logique (un lot d’épingles) et un nom de rue (celle des Epingliers), il associait les creusets
à la confection de ces petits objets pensant même que les quelques épingles d’argent té-
moignaient d’une survivance de l’exploitation minière. Enfin plus récemment, des travaux
menés par N. Thomas sur un seul fragment de creuset ont conduit l’auteur à émettre diffé-
rentes hypothèses pour l’usage de ces creusets. Parmi toutes celles avancées, il privilégie
une métallurgie de production du laiton par cémentation et peine à expliquer les particules
d’argent présentes sur la paroi interne du fragment de creuset analysé21. Il rejoint en cela les
premières idées données par de Cressac et Manès dès 1830 sur l’usage du minerai pour la
cémentation, mais il ne démontre rien.

A ce stade, nous ne pouvons que constater une absence de preuves fermes et définitives
permettant d’attribuer un métal ou un alliage à ces creusets. Depuis leurs découvertes, les
auteurs oscillent entre une métallurgie du cuivre ou une métallurgie de l’argent sans apporter
d’éléments réellement probants. Il apparaissait donc intéressant de poursuivre les études
entamées lors des recherches sur les mines de Melle et d’essayer de définir la nature des
alliages réellement utilisés dans ces céramiques.

15 Id.
16 Lecointre-Dupont, 1840.
17 Meillet, 1858.
18 Lévrier, 1869.
19 Largeault, 1884.
20 Traver, 1938.
21 Thomas, 2001 ; Thomas, 2006.

240
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

2. Choix du corpus pour les analyses


Huit creusets ont été sélectionnés à partir de l’étude typomorphologique qui précède. Ce
choix repose sur la présence pour certains des exemplaires de particules métalliques pour
offrir une première définition de la nature des alliages fabriqués, ou fondus, dans ces céra-
miques. Il s’agit de six creusets de Melle (quatre provenant du cimetière Saint-Pierre, deux
du cimetière Saint-Hilaire), un issu du cimetière Saint-Maixent de Souché et le dernier pro-
venant du cimetière de Notre-Dame de Niort. (Fig. 08, 09 et10).

Retrouvé lors des travaux réalisés au XIXe siècle autour de Notre-Dame de Niort, le creuset
n°731 est un grand exemplaire complet de 13,1 cm de haut. Sa pâte est de couleur rose
claire. Le dégraissant, très présent, se compose principalement de gros grains de quartz. Ce
creuset présente une épaisseur de pâte légèrement supérieure aux autres pièces du même
type, 1 cm pour 0,8 cm en moyenne. Il se différencie également par son ouverture du col
asymétrique. Il est couvert d’un enduit vitreux (lut), allant du rouge au noir. Alors que le fond
du creuset est plat, l’ajout du lut lui donne un fond extérieur arrondi. Des traces de tournas-
sage sont visibles à l’intérieur du creuset.

Numéro Masse Volume


Provenance Lieu de dépôt Luté
d'inventaire (g) (ml)

n°731 Cim. de Notre-Dame (Niort) M usée d'Agesci (Niort) 530 546 oui
n°739 Cim. de Souché M usée d'Agesci (Niort) 174 289 non
n° St-Hil 1984-cr2 Cim. de Saint-Hilaire (M elle) Dépôt archéologique (M elle) 235 234 non
n° 730 Cim. de Saint-Hilaire (M elle) M usée d'Agesci (Niort) 615 388 oui
n° St-Pierre 1985-cr1 Cim. de Saint-Pierre (M elle) Dépôt archéologique (M elle) 445 352 oui
n° St-Pierre 1985-cr3 Cim. de Saint-Pierre (M elle) Dépôt archéologique (M elle) 148 frgts oui
n° St-Pierre 2000-cr1 Cim. de Saint-Pierre (M elle) Dépôt archéologique (M elle) 715 364 oui
n° St-Pierre 2000-cr3 Cim. de Saint-Pierre (M elle) Dépôt archéologique (M elle) 823 415 oui
Figure 08 : Tableau typomorphologique des huit creusets de métallurgiste étudiés.
Figure 08 : Tableau typomorphologique des 8 creusets de métallurgiste étudiés.

L’individu n°739 est un petit creuset complet de 7,4 cm de haut retrouvé dans le cimetière
de Saint-Maixent à Souché. Sa paroi extérieure présente des colorations verdâtres ainsi
Localisation
que des zones fondues dues au contactN° inventaire
des cendresMatière
et auxanalysée Emplacement subies. Le
hautes températures
creuset montre de nombreuses fissures témoignant de son bille1utilisationextérieur
répétée. Sa pâte est
Saint-Maixent (Souché) n° 739
de couleur rose claire. Il est de forme tronconique avec un bille2
bec et un intérieur
fond plat. Des traces
de modelage Notre-Dame (Niort)sont visibles
au tour de potier n° 731 bille à l’extérieur.
à l’intérieur comme extérieurIl n’est pas luté,
et son état doit le faire considérer comme une pièce ne pouvant bille1 plus servir pour un travail à
intérieur
n° St-Hil 1984-cr2
haute température au risque
St Hilaire (Melle)de rompre. bille2 intérieur
n° 730 bille intérieur
Le creuset St-Hil-1984-cr2 a subi n° de nombreuses
St-Pierre 1985-cr1 cassures bille lors de sa découverte. Il a pu
intérieur
être remonté mais certaines parties restent 1985-cr3
n° St-Pierre manquantes. Avec bille une hauteur de 7,9 cm, il ap-
intérieur
St Pierre
partient à la famille des(Melle)
creusets n°
deSt-Pierre
petite taille. Il est de forme tronconique
2000-cr1 bille intérieur avec un bec et
n° St-Pierre 2000-cr3 bille intérieur

Figure 11 : Liste des creusets ayant fait l’objet de prélèvement pour analyse des résidus métalliques. 241
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 09 : Planche des quatre creusets étudiés provenant du cimetière Saint-Pierre de Melle.

242
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Figure 10 : Planche des quatre creusets étudiés provenant du cimetière de Saint-Hilaire de Melle, de
Notre-Dame de Niort et de Saint-Maixent de Souché.

243
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

un fond plat. Sa pâte de couleur rose claire montre l’utilisation de dégraissant comme du
sable (grains de silice et de quartz). Les vestiges de fonte se caractérisent par quelques par-
ticules verdâtres qui se retrouvent principalement à l’intérieur du creuset. Le creuset a été
monté au tour comme en témoignent les traces visibles sur sa panse.

L’exemplaire n°730 est un grand creuset complet de 12,7 cm de haut retrouvé dans le cime-
tière de Saint-Hilaire à Melle au XIXe siècle. Il présente un enduit vitrifié hétérogène rouge à
noire sur toute sa partie externe. Alors que le fond du creuset est plat, l’ajout du lut lui donne
un fond extérieur arrondi. A l’intérieur, nous pouvons voir les fortes traces d’ondulations lais-
sées par le potier lors de la fabrication au tour.

Le creuset St-Pierre-1985-cr1 fait partie des grands spécimens avec une hauteur de
11,1 cm. Il a été retrouvé dans le cimetière de Saint-Pierre à Melle. Il présente un enduit vi-
trifié hétérogène de couleur brune à noire sur toute sa partie externe. Il possède un fond ex-
terne arrondi dû à la présence du lut, son fond interne étant plat. Des traces de façonnage
au tour sont visibles à l’intérieur du creuset.

L’exemplaire St-Pierre-1985-cr3 est fragmentaire. Sa hauteur peut être estimée à un mini-


mum de 11,4 cm. Il provient également du cimetière de Saint-Pierre à Melle. Seules des par-
ties du bec et de la panse ont été conservées. Il présente un enduit vitrifié hétérogène de
couleur rouge à noir sur la face externe des parties conservées. Le dépôt du lut varie se-
lon l’endroit qu’il recouvre. Plus on se rapproche du fond, plus l’épaisseur est importante. Il
est difficile de définir s’il s’agit d’une volonté du métallurgiste ou si cette accumulation à la
base du récipient tient à la fonte progressive du lut lors de l’usage du creuset. Sa pâte cé-
ramique est de couleur rose claire. Elle contient un dégraissant composé principalement de
gros grains de quartz.

Provenant du même lieu que les deux précédents, le creuset St-Pierre-2000-cr1 est com-
plet. Avec une hauteur de 12,7 cm, il appartient au type de grande taille. Il présente un en-
duit vitrifié hétérogène de couleur rouge à noire sur toute sa surface externe. A certains
endroits, des fragments indéterminés semblent avoir été pris au piège dans le lut encore vis-
queux. Alors que le fond du creuset est plat, l’ajout du lut, lui donne un fond extérieur arron-
di. Les traces de tournassage sont visibles à l’intérieur de la pièce.

Enfin, le creuset St-Pierre-2000-cr3 est un grand spécimen complet de 13,4 cm de haut,


également issu d’une sépulture du cimetière de Saint-Pierre à Melle. Il fait partie des creu-
sets les plus hauts. Or si nous comparons les hauteurs intérieure et extérieure, nous consta-
tons qu’il présente simplement une épaisseur de lut plus importante que les autres creusets
lutés (3,5 cm pour 1 à 2 cm en moyenne). Cet enduit vitrifié hétérogène apposé sur toute
la surface externe est brun à noir. De nombreuses fissures sont visibles au niveau du lut.
L’ajout de ce dernier donne un fond arrondi alors que le creuset a un fond plat. Comme dans
le cas précédent, le creuset a été monté au tour.

Parmi ces huit creusets, des restes métalliques de couleur verdâtre ont pu être prélevés soit
à l’intérieur, soit à l’extérieur (Fig. 11).

244
Figure 08 : Tableau typomorphologique des huit creusets de métallurgiste étudiés.

F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Localisation N° inventaire Matière analysée Emplacement


bille1 extérieur
Saint-Maixent (Souché) n° 739
bille2 intérieur
Notre-Dame (Niort) n° 731 bille extérieur
bille1 intérieur
n° St-Hil 1984-cr2
St Hilaire (Melle) bille2 intérieur
n° 730 bille intérieur
n° St-Pierre 1985-cr1 bille intérieur Figure 11 : Liste des
n° St-Pierre 1985-cr3 bille intérieur creusets ayant fait
St Pierre (Melle) l’objet de prélèvement
n° St-Pierre 2000-cr1 bille intérieur
pour analyse des
n° St-Pierre 2000-cr3 bille intérieur résidus métalliques.
Figure 11 : Liste des creusets ayant fait l’objet de prélèvement pour analyse des résidus métalliques.

3. Le protocole d’analyse

Localisation Les techniques


N° inventaire de caractérisation
Matière
utiliséesCufournissent
Ag Znune Snanalyse
Pb chimique
Fe Auà la fois
Cl
Emplacement % mass % mass % mass % mass % mass % mass % mass % mass
quali-
tative et quantitative. D’une bille manièreext plus générale,
71,3 27,3 l’analyse
nd 1,5chimique
nd de
nd la composition
nd nd de
nt-Maixent (Souché)
l’alliagen°a739été effectuée bille
par un dispositif int de1,9spectrométrie
98,1 nd en
nd dispersion
nd nd d’énergie
nd nd(abrévia-
bille à un microscope
ext 79,2 électronique
19,3 nd à0,7balayage
0,8 nd ndL’appareillage
nd
otre-Dame (Niort) tion anglaise :
n° 731 EDS) couplé (MEB).
inclusion ext 10,9 88,7 nd nd nd nd tr. nd
utilisé est un Stereoscan de type LEO120
bille1 int
de Cambridge
47,8 50,2 nd
Instrument.
nd 2
Les
nd
électrons
nd nd
sont ac-
célérés par une tension inclusionde 15 kV. int
(bille1) 98,9 1,2 nd nd nd nd nd nd
n° St-Hil 1984-cr2
St Hilaire (Melle) bille2 int 43,2 56,8 nd nd nd nd nd nd
inclusion (bille2) int 98 2 nd nd
Le temps de comptage pour les analyses quantitatives doit êtrend toujours
nd nd
le nd
même si l’on
n° 730 bille int 16,8 83,2 nd nd nd nd nd nd
veut être reproductible
n° St-Pierre 1985-cr1 par
bille rapport à
int la totalité
57,3 des
40,3 dosages.
nd nd La durée
nd qui
nd a été
nd définie
2,4 pour
St Pierre (Melle)
toutes les 1985-cr3
n° St-Pierre analyses est bille
de 200 secondes.int 68,1 27,9 nd nd 1 3,1 nd nd
n° St-Pierre 2000-cr1 bille int 67,6 24,4 4,8 1,6 1,7 nd nd nd
n° St-Pierre 2000-cr3 bille int 66,8 32 nd nd 1,2 nd nd nd
La concentration massique minimum qu’il est possible d’obtenir avec le détecteur EDS uti-
Figure 12 : Moyennes
lisé estdesde
compositions
0,5 %mass. des principaux
En dessous constituants
de cette desvaleur,
billes retrouvées sur les détectés
les éléments parois de différents
ne peuvent être
creusets, résultats en pourcentage massique, analyses par EDS-MEB. (nd : non déterminé).
quantifiés, ils sont indiqués par l’abréviation « tr. » (traces). La précision de la donnée quan-
titative est de l’ordre de 0,05 % pour les teneurs comprises entre 0,5 et 1 %mass. Elle est
de 0,5 % pour celles supérieures à 1 %mass.

4. Résultats
Les analyses chimiques ont été effectuées sur chacune des coupes métallographiques. Les
résultats (Fig. 12) sont donnés en pourcentage massique et correspondent à la moyenne
de trois à quatre mesures réalisées sur chaque échantillon, à des endroits différents. Le fait
de préparer les billes en vue d’une observation métallographique conduit à être en mesure
de choisir de façon pertinente la localisation de l’analyse par EDS-MEB. De ce fait, les ré-
sultats présentés ci-dessous portent uniquement sur des dosages faits dans la partie mé-
tallique de l’objet (à l’exception de l’échantillon St Pierre-1985-cr1 pour lequel la présence
de chlore indique une surface altérée et induit un surdosage de l’argent par départ préfé-
rentiel du cuivre).

245
Figure 11 : Liste des creusets ayant fait l’objet de prélèvement pour analyse des résidus métalliques.

F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Cu Ag Zn Sn Pb Fe Au Cl
Localisation N° inventaire Matière Emplacement % mass % mass % mass % mass % mass % mass % mass % mass
bille ext 71,3 27,3 nd 1,5 nd nd nd nd
Saint-Maixent (Souché) n° 739
bille int 1,9 98,1 nd nd nd nd nd nd
bille ext 79,2 19,3 nd 0,7 0,8 nd nd nd
Notre-Dame (Niort) n° 731
inclusion ext 10,9 88,7 nd nd nd nd tr. nd
bille1 int 47,8 50,2 nd nd 2 nd nd nd
inclusion (bille1) int 98,9 1,2 nd nd nd nd nd nd
n° St-Hil 1984-cr2
St Hilaire (Melle) bille2 int 43,2 56,8 nd nd nd nd nd nd
inclusion (bille2) int 98 2 nd nd nd nd nd nd
n° 730 bille int 16,8 83,2 nd nd nd nd nd nd
n° St-Pierre 1985-cr1 bille int 57,3 40,3 nd nd nd nd nd 2,4
n° St-Pierre 1985-cr3 bille int 68,1 27,9 nd nd 1 3,1 nd nd
St Pierre (Melle)
n° St-Pierre 2000-cr1 bille int 67,6 24,4 4,8 1,6 1,7 nd nd nd
n° St-Pierre 2000-cr3 bille int 66,8 32 nd nd 1,2 nd nd nd

Figure 12 : Moyennes des compositions des principaux constituants des billes retrouvées sur les parois de différents
Figure 12 : Moyennes des compositions
creusets, résultats en pourcentage des principaux
massique, analysesconstituants
par EDS-MEB.des
(nd :billes retrouvées sur les pa-
non déterminé).
rois de différents creusets, résultats en pourcentage massique, analyses par EDS-MEB. (nd : non dé-
terminé).

La première conclusion qui s’impose d’elle-même est que nous sommes en présence de
creusets ayant servi à la fonte d’alliage à base d’argent et de cuivre, que ces creusets pro-
viennent de Melle, Niort ou Souché. Dans le cas du creuset du cimetière de Saint-Maixent
de Souché n°739, on note la présence de deux métaux (argent et cuivre). En approfondis-
sant l’interprétation, il est possible d’émettre l’hypothèse de la fabrication directe de l’alliage
et de non de la fonte d’un lingot prêt à l’emploi. En effet, dans le creuset, nous avons ana-
lysé une bille d’argent presque pur (98,1 %mass Ag) prélevée à l’intérieur du creuset. Cette
dernière peut être considérée comme une relique de la masse des métaux ajoutés. En ex-
térieur, le métal provient de la coulée après fusion de l’alliage. Sa composition est alors de
71,3 %mass Cu et 27,3 %mass Ag. La présence non négligeable d’étain est à mettre en re-
lation avec le cuivre puisqu’il n’est pas présent dans la bille d’argent. Cette proportion par
rapport au cuivre n’excède pas 2,1 %mass. Il ne s’agit donc pas d’un bronze selon la no-
menclature actuelle. En revanche, il est possible que le fondeur ait ajouté pour faire « bon
poids », en plus du cuivre et de l’argent, des fragments de bronze lors de la réalisation de
l’alliage. L’absence d’autres éléments, notamment le zinc et le plomb, traduit l’usage d’un
cuivre propre à défaut d’être pur. Quant à l’argent de cet alliage, il est déjà d’un très bon titre
sans que soit recherchée une pureté absolue. En tout état de cause, il s’agit d’un creuset
ayant servi à l’élaboration d’un alliage et non uniquement à sa fonte.

Le cas de la bille du creuset n°731 trouvé dans le cimetière de Notre-Dame de Niort appa-
raît plus simple. Ce résidu présente un caractère très hétérogène que vient confirmer l’ana-
lyse. Dans sa masse, il s’agit d’un alliage bas titre, à base de cuivre et d’argent (80 %mass
Cu, 20 %mass Ag). Cette bille a été trouvée sur l’extérieur du creuset. Faute de particule
métallique à l’intérieur du creuset, nous devons limiter l’interprétation à un creuset de fonte
d’alliage préexistant.

Une bille a été dosée dans le creuset St-Hil-1984-cr2. Elle est bien différente de celle du
creuset précédent. Il s’agit d’une matrice cuivreuse à l’intérieur de laquelle se trouvent des
nodules d’argent. Cette bille se localise cette fois à l’intérieur du creuset. La présence de
cette inclusion montre que l’ajout d’argent s’est fait alors même que l’intégralité du cuivre
n’était pas fondue. Si le travail semble moins soigné, l’alliage recherché est d’un meilleur
titre que celui observé dans le creuset de Notre-Dame de Niort.

246
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Une bille a pu être observée et analysée dans le creuset n°730. Elle se compose de 83
%mass d’argent et de 17 %mass de cuivre. A la vue des résultats obtenus sur les autres
pièces étudiées, ce creuset semble avoir également servi à la fabrication d’alliages argent-
cuivre ayant un titre élevé.

Enfin, les quatre creusets de Saint-Pierre de Melle pourraient former une famille qui, outre
le lieu de découverte, se caractérise par la recherche d’un alliage dont le titre en argent
peut être moyenné aux alentours de 30 %mass d’argent. Le cas du creuset St-Pierre-1985-
cr1 pour lequel l’argent est plus fortement dosé ne remet pas
en cause cette interprétation. La présence de chlore trahit un
métal corrodé suite à l’enfouissement et corrélative d’une dé-
cuprification de la partie métallique22. Dans cette famille de
quatre creusets contenant des résidus métalliques, le cas du
St-Pierre-2000-cr1 doit nous arrêter. Le métal prélevé sur ce
spécimen était un nodule non adhérent à la paroi mais pri-
sonnier d’une anfractuosité de la pâte. A notre sens, il ne té-
moigne pas de la masse fondue mais d’un stockage de gra-
Figure 13 : Bille métallique
nules. L’information est d’importance puisque il représente à base de cuivre et d’argent
mieux que les autres échantillons la nature du métal précieux trouvée dans une anfractuo-
mis à fondre avant l’ajout d’autres éléments (Fig. 13). sité du creuset n° St-Pierre.

D’une manière générale, les métallurgistes mellois n’ont pas cherché à utiliser un cuivre pur.
Leur source d’approvisionnement est variable puisque ces alliages présentent, selon les
creusets, du plomb, du fer, de l’étain ou du zinc en faibles quantités mais non négligeables.
En effet, par cette présence, l’alliage formé verra ces propriétés thermiques et mécaniques
modifiées (durcissement, abaissement du point de fusion, etc.).

Comme le résultat d’analyse obtenue par Meillet à la demande de l’abbé Largeault, nous
avons observé « des particules très réelles d’argent » dans ces creusets. Mais à la différence
de ces premiers résultats dont les affirmations ne reposent que sur une analyse, l’étude
de 20 % du corpus disponible offre une réelle représentativité des données analytiques.
D’autre part, les progrès de la quantification ont permis, bien évidemment, de mieux carac-
tériser l’alliage.

Pour les creusets de Saint-Pierre, il est remarquable que les alliages dosés donnent tous le
même type : un alliage à 70 %mass de cuivre et 30 %mass d’argent. Rappelons que ces
creusets n’ont pas été trouvés dans la même sépulture. Avons-nous défini une famille ?
Peut-on parler d’une « tradition » métallurgique pour cette composition ? Le fait que les
billes de deux exemplaires provenant de Saint-Hilaire donnent des compositions différentes
entre elles, mais également différentes des exemples de Saint-Pierre, pourrait caractériser
une autre nature d’alliage. L’hypothèse d’une tradition métallurgique, sans être confirmée,
s’en trouve renforcée, d’autant plus que les églises Saint-Pierre et Saint-Hilaire desservent
deux paroisses qui sont rattachées à deux monastères distincts.

22 Robbiola et al., 1998.

247
F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

Contrairement aux différentes études entreprises sur ce matériel depuis le XIXe siècle, ces
données nouvelles se basent sur la nature même de l’alliage contenu dans les creusets et
non sur des hypothèses plus ou moins étayées ou encore sur une simple analyse de pâte
céramique. On voit d’ailleurs la limite de celle-ci lorsqu’elle est utilisée sans recul et en fai-
sant l’économie d’une étude globale du phénomène : des creusets ayant servi à fondre des
alliages d’argent et de cuivre se retrouvent qualifiés de creusets de cémentation du cuivre
pour la production de laiton. A la différence de ces derniers postulats qui, étrangement, re-
joignent ceux proposés dès le début du XIXe siècle, nous changeons totalement de métallur-
gie quittant les bases cuivre pour aborder à Melle, comme à Niort et Souché, des questions
liés à la production des métaux précieux. Questions qui sont d’actualité depuis la décou-
verte du gisement d’argent ayant fait la renommée de la ville de Melle.

5. Conclusion et perspectives
Jusqu’à présent les creusets de Melle ont posé problème car d’une part, ils ont longtemps
été associés à l’exploitation minière et, d’autre part, leur âge semblait sinon mal assuré, du
moins inscrit dans une fourchette large allant du XIIe siècle jusqu’au XVe siècle. Une simple
datation effectuée sur des charbons trouvés dans l’un des creusets de Saint-Hilaire a cor-
roboré les données établies par B. Vequaud. La phase d’enfouissement de ces objets re-
monte au XIIIe siècle, date à laquelle les mines de Melle ont depuis longtemps cessé d’être
exploitées.

Pour le cas spécifique des creusets de Melle, la présence d’oxydes de cuivre a fait dire
à différents anciens auteurs qu’ils avaient servi à des fontes de bronze ou de laiton, hy-
pothèse suivie, même après analyse, par d’autres. Il ressort de ce travail qu’à l’évidence
ces objets s’inscrivent dans une chaîne opératoire de production des métaux précieux à
base d’argent. Une question reste en suspens pour laquelle nous ne pouvons que propo-
ser quelques pistes. Y a-t-il une communauté se cachant derrière ce choix de mobilier pour
accompagner le défunt dans sa dernière demeure ? Les récents travaux conduits par L.
Bourgeois n’ont rien révélé de semblable23. Un temps, nous avons pu croire qu’un lien pou-
vait exister entre ces creusets et un hypothétique artisanat lié à la production d’épingles.
Jusqu’au XIXe siècle, il existait à Melle une rue des Epingliers, disparue aujourd’hui. Des dé-
couvertes fortuites anciennes et des fouilles récentes ont conduit à la mise au jour de lots
importants de ces petits objets. Les études archéométriques que nous avons menées sur
ce mobilier infirme l’hypothèse : sur 108 épingles analysées aucune n’est en argent. Il s’agit
systématiquement d’un laiton.

Il reste ainsi à expliquer pourquoi, à Melle au XIIIe siècle, se développe un artisanat repo-
sant sur ce métal précieux qu’est l’argent. Artisanat suffisamment important pour marquer
les mentalités et pour que les objets liés à la métallurgie se retrouvent en contexte funéraire.
Est-ce une survivance économique liée à l’ancienne exploitation minière qui s’achève au Xe
siècle ? Ce phénomène est connu pour la monnaie avec la production de deniers de Melle
au type immobilisé qui inonde le Poitou jusqu’en 1187. Sans que les deux phénomènes

23 Bourgeois, Téreygeol, 2005.

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F. Téreygeol – Une nouvelle production ou une réminiscence du haut Moyen Age : l’artisanat de l’argent à Melle aux XIIIe et XIVe siècles

s’excluent, s’agirait-il plutôt d’une survivance sociale ? La pratique de cette métallurgie


dans un espace à vocation résolument rurale, pourrait-elle être le reflet de la mémoire col-
lective sur le travail de l’argent au haut Moyen Age ? Ou n’est-ce qu’une des conséquences
de la position de Melle comme ville étape sur la route de Compostelle ? Il sera sûrement très
délicat de répondre à ces questions faute de sources historiques comme archéologiques.

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Mines anciennes : entre valorisation éco-
nomique et recherche archéologique
Florian Téreygeol

UMR 5060 IRAMAT, Laboratoire Métallurgies et Cultures, Belfort / UMR 3299 SIS2M
LAPA, CEA, Saclay

Introduction
La relation entre les exploitants du sous-sol et les archéologues est une histoire complexe et
déjà ancienne. Cette relation n’a pas été toujours des plus faciles mais il faut bien admettre
qu’elle a donné lieu à un bel exemple d’une approche intégrée de l’archéologie en France.
En effet, c’est en 1974 qu’a été mis en place l’un des premiers programmes d’archéologie
préventive. Il portait sur l’étude diachronique des sites de la vallée de l’Aisne. Ces derniers
se trouvaient en majorité sur les emplacements des carrières de la vallée1. Après 30 ans de
recherches menées en concertation avec les exploitants, il subsiste moins d’un tiers de la
plaine alluviale de l’Aisne qui concentrait 80% des sites. Cet exemple des gravières s’inscrit
dans une approche classique de l’archéologie préventive associant une entreprise à une ac-
tivité de recherche archéologique sans qu’il n’y ait de recoupement entre les objets des dif-
férents intervenants : les sables et graviers d’une part et le site archéologique installé sur ces
zones d’autre part. Le cas des mines est encore plus au cœur de la question puisque l’ob-
jet de l’étude se confond avec la nature même de l’entreprise. Bien sûr, la finalité n’est pas
identique puisque dans un cas il s’agit d’exploiter une ressource minérale et, dans l’autre,
« d’exploiter » le résultat de l’extraction, c’est-à-dire la mine et ses vestiges annexes. Cette
archéologie résolument tournée vers la mine et la métallurgie s’est développée en France
dès les années soixante-dix autour de trois pôles universitaires distincts : Paris, Toulouse et
Besançon. Il faut bien reconnaitre que les interactions possibles avec les exploitants actuels
sont restées relativement rares du fait du déclin de cette activité industrielle en France. Elles
existent néanmoins comme ce fut le cas pour l’exploitation des gisements aurifères du Li-
mousin, ou encore pour l’étude de la mine de Jabali que nous évoquerons plus loin. Du point
de vue de l’archéologue minier, ce n’est pas de la relation avec les exploitants du sous-sol
qu’a surgi la plus forte inquiétude quant à la conservation et à l’étude du patrimoine minier
mais bien du programme de mise en sécurité établi par la sous-direction de la sécurité in-
dustrielle. L’objectif de ce programme était clair et visait par des fermetures irréversibles à
protéger le public de ces zones dangereuses, ou supposées telles. Le problème a principa-
lement porté sur la gestion des concessions orphelines. Derrière ce terme ont également été
associées les mines anciennes. La communauté des archéologues miniers réunie au sein

1 P. Brun, J.-P. Demoule, Vingt-cinq ans de sauvetage archéologique dans la vallée de l’Aisne, in Recherche
et Archéologie préventive, CNRS Info Hors Série, 2000, p. 16-17.

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

de la Société Française d’Etude des Mines et de la Métallurgie a donc entamé un dialogue


fructueux avec les différents partenaires permettant plusieurs études de site avant ferme-
ture. C’est à l’occasion de ce programme qu’est apparu clairement aux yeux de différents
partenaires institutionnels que l’étude des sites miniers pouvait déboucher sur des projets
de valorisation s’inscrivant dans le tissu économique locale. Le fait n’était pourtant pas nou-
veau. Les exemples des mines de Brandes (Isère) et de Melle (Deux-Sèvres) avaient déjà pu
attester de la pertinence d’une telle mise en valeur. Les deux exemples qui se trouvent dé-
veloppés ici recoupent deux constructions en termes de valorisation : étude en amont de la
muséographie pour Melle, en accompagnement d’un projet pour Jabali. Dans les deux cas,
il semble possible de dégager une approche différente sur la question de l’archéologie mi-
nière et de son interaction avec l’économie locale.

Tourisme et Patrimoine minier : l’exemple de Melle


Melle est un site majeur en termes d’histoire des mines. Située dans le département des
Deux-Sèvres (Poitou-Charentes), ce gisement est la plus importante exploitation d’argent
de l’Empire carolingien. L’exploitation s’est développée du VIIe siècle à la fin du Xe siècle.
Cette activité a marqué l’espace jusque dans le nom même de la localité : Melle dont la ver-
sion latine est METALLUM. L’exploitation du gisement de Melle est d’autant plus intéres-
sante que se rattache à ces activités minière et métallurgique la production monétaire. Melle
tient pendant la période carolingienne (VIIIe-Xe siècles) la place du plus important pourvoyeur
d’argent neuf de l’Empire. D’autre part, l’abandon brutal et définitif de l’extraction à la fin
du Xe siècle permet à l’archéologue de pouvoir observer une exploitation minière du haut
Moyen Age sans que viennent en sur-imposition les traces d’exploitations ultérieures.

Les recherches archéologiques conduites pour une part à l’initiative de la municipalité mel-
loise soucieuse de son patrimoine ont conduit à la reconstitution de cette chaîne opératoire.
Celle-ci fait aujourd’hui l’objet d’une valorisation touristique. En effet, l’ouverture au public
d’une partie du réseau minier à la fin des années 80 a entrainé la mise en place d’un véritable
musée de site (Fig. 01). Rapidement, le succès de l’entreprise s’est affirmé. Le comité de di-
rection de ce site a fait alors le choix d’un partenariat avec les acteurs de la recherche scien-
tifique afin d’améliorer l’offre à destination d’un public toujours plus exigeant. C’est dans ce
cadre, et alors que la mine était déjà une entité touristique constituée accueillant plus de
15000 visiteurs par an, qu’un premier volet de recherche archéologique a pu être conduit.
L’objectif était double et bien compris par chacun des partenaires. Il s’agissait d’une part
d’accomplir un travail scientifique permettant de définir la nature de la chaîne opératoire de
la production de l’argent à Melle à la période carolingienne, et, dans le même temps, de vul-
gariser cette recherche afin de pouvoir communiquer rapidement au public ces nouveaux
acquis. Le résultat s’est traduit par la réalisation d’une thèse d’Archéologie à l’Université
de la Sorbonne et, en parallèle, par une refondation de la muséographie du site des Mines
d’Argent des Rois Francs. Durant ce travail qui s’est échelonné de 1997 à 2001, une expé-
rience nouvelle a été menée sur le site des Mines d’Argent : la paléométallurgie expérimen-
tale. Ici encore, il est apparu que les informations scientifiques qu’il était possible d’en reti-
rer étaient loin d’être négligeables. D’autre part, les expérimentations prenant place au sein
même du site touristique, il devient possible de vulgariser la recherche en contact direct
avec le public (Fig. 02). Si l’expérimentation en archéologie est souvent spectaculaire no-

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

Figure 01 : Vue du site des mines d’argent des rois francs.

Figure 02 : La nouvelle plate-forme expérimentale des mines d’argent de Melle.

tamment lorsqu’elle touche aux arts du feu, elle souffre encore d’un manque de reconnais-
sance institutionnelle. Or quand elle est menée avec toute la rigueur qui s’impose comme
dans n’importe quelle recherche, elle permet des avancées notables qui complètent avan-
tageusement les sources historiques comme archéologiques. Il ne s’agit bien sûr que d’une
méthode mais elle est parfois fois la seule voie possible pour vérifier les hypothèses que
forme l’archéologue sur le terrain. En cela, il s’agit d’une démarche scientifique classique de
progression par l’expérience. On ne peut plus la négliger et encore moins la ranger au rang
du folklore. C’est donc en partant de ce constat simple qu’après plusieurs années de test in
situ, une plate-forme a été mise en place sur le site. Là encore, le choix d’une collaboration
entre un site à vocation touristique et un organisme de recherche comme le CNRS repose
sur la volonté de valoriser la recherche en la rendant accessible au plus grand nombre. Ces
expérimentations sont organisées sous l’égide du CNRS soutenues par le Service Régional
de l’Archéologie Poitou-Charentes et le Conseil Général des Deux-Sèvres. En prise directe

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

avec le public, elles permettent aux chercheurs de présenter leurs travaux en cours. Plus
qu’une porte ouverte, c’est un accès libre à la recherche en cours d’élaboration. A chaque
moment, un dialogue peut s’instaurer entre le visiteur et le chercheur au travail.

Actuellement, la plate-forme expérimentale de Melle est le seul lieu où il soit possible d’ex-
périmenter la totalité de la chaîne opératoire de production de l’argent y compris la coupel-
lation de grands volumes, opération la plus spectaculaire puisqu’elle conduit à la révélation
de l’argent. Entre recherche et valorisation, tourisme et études scientifiques, l’expérimenta-
tion archéologique est en train de gagner sa place en tant que véritable outil de validation
des hypothèses scientifiques tout en donnant un beau moyen de montrer une recherche vi-
vante et active autour des arts du feu au Moyen Age.

Exploitation minière actuelle et archéologie


L’exemple de Jabali s’inscrit dans une coopération internationale entre une équipe d’ar-
chéologues2, les services géologiques publics et une compagnie minière privée. Dans un
récent article sur la possibilité de l’élaboration d’une archéologie préventive au Yémen, les
auteurs notaient qu’« avec la bonne volonté des entreprises étatiques et privés concernées,
[l’archéologie préventive] peut se montrer efficace scientifiquement et particulièrement bé-
néfique à la société toute entière. »3. L’exemple de Jabali éclaire ce point de vue. La dé-
couverte de ce site archéologique témoigne du lien nécessairement étroit qui doit exister
entre les différents acteurs du domaine minier que sont les géologues, les exploitants des
ressources minérales et les archéologues s’intéressant à cet univers. En effet, la caracté-
risation de cette mine doit beaucoup, en premier lieu, au travail de recherche mené par le
BRGM dans les années 80. Au cours d’une série de prospections, les traces d’une ancienne
exploitation minière ont été mises en évidence par les membres de l’équipe en charge de
la première prospection géologique stratégique du Yémen du Nord. Loin de taire l’infor-
mation, nos collègues géologues ont pris contact avec les archéologues du Centre fran-
çais d’études yéménites. Il est d’ailleurs symptomatique que l’article résumant le résultat
des trois années de prospections géologiques au Yémen intègre un descriptif détaillé des
anciennes mines de Jabali doublé d’une série de datations radiocarbones4. Ce site minier
bénéficie d’une aura qui a traversé les siècles. Il s’agit en effet de la plus importante mine
d’argent de la péninsule arabique durant les premiers siècles de la période islamique. Elle
connait une première phase d’exploitation au IXe siècle. Située en bordure du wadi Jawf à
60 km à l’Est de Sanaa, la mine de Jabali a été identifiée par Ch. Robin comme étant celle
dont al Hamdani fait mention dans son kitab al-jawharatayn al-‘atiqatayn al-mâ’i’atayn min

2 Il s’agit d’une mission mise en place dans le cadre des programmes archéologiques du Ministère des
Affaires Etrangères. La responsabilité de l’exécution en incombe au CNRS mais elle regroupe à la fois des
étudiants, des universitaires français et des membres du Deutsches Bergbau-museum.
3 M. Arbach, R. Crassard, H. Hitgen, L. Khalidî, Vers une archéologie préventive au Yémen, Chroniques
Yéménites, n°13, Sanaa, 2006.
4 CHRISTMANN (P.), LAGNY (P.), LESCUYER (J.-L.) SHARAF AD DIN (A.), Résultats de trios années de
prospection en République arabe du Yémen. Découverte du gisement de Jabali (Zn-Pb-Ag) dans la cou-
verture jurassique, Chron. Rech. Min., n°473, 6 fig., 2 tabl. 1 photo, Paris, 1983, p. 25-38.

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

al-safrâ’ wa-l-baydâ’5. Eu égard à la période concernée, il s’agit d’un cas exceptionnel où


des vestiges miniers peuvent être éclairés par des sources écrites dont la qualité est parti-
culièrement remarquable.

Al Hamdani relate ainsi « qu’il n’y a pas au Khurâsân ni ailleurs, de mine semblable à celle
du Yémen, à savoir celle d’al-Radrâd. Elle est située à la limite du Nihm et de la région de
Yâm, en territoire Hamdân. Elle est détruite depuis 270/883-4. […]Le village de la mine était
un grand village, dans une vallée arrosée (ghayl) avec des palmiers. Provisions et équi-
pements y étaient apportés de Basra. Les caravanes s’y rendaient et en retournaient par
la route d’al-‘Aqîq, al-Falaj, al-Yamâma et Bahrayn jusqu’à Basra. […] Quant à ceux qui
étaient dans la mine, ils obtenaient à partir de leurs fours une grande quantité d’argent […]
Ils obtenaient en une semaine la charge d’un chameau, ce qui équivalait à 20 000 dirhams,
soit environ 1 000 000 de dirhams par an. […] les Banû al-Ashraf travaillaient dans la mine
et il y avait 400 fours. Si un oiseau passait près du village minier, il tombait mort à cause du
feu des fours. »6

La première mission d’archéologie minière menée en 2004 a permis de qualifier l’importance


du site tant sur le plan de l’histoire des techniques que sur celui de l’histoire économique et
sociale du Yémen médiéval. Le texte d’al Hamdani s’est trouvé confirmé. Des doutes pou-
vaient être émis quant au nombre de fours. Une certaine emphase était sensible dans l’im-
pact écologique de l’exploitation. Pourtant la mesure de la surface couverte par l’activité
métallurgique avoisine les 70 hectares ! Jamais encore nous n’avions pu voir une telle accu-
mulation de scories issues d’une chaîne opératoire de production du plomb et de l’argent.
S’il doit être pris avec prudence et à la lumière de nos prospections, le nombre annoncé de
400 fours traduit une activité indépendante, voire artisanale, de la production d’argent. En
effet, les nombreux bâtiments anciens que nous avons localisés, sont toujours associés à
un crassier de scories (Fig. 03). Il y a donc bien eu multiplicité des lieux de métallurgie ex-
tractive. En revanche, nous ne pouvons pas nous prononcer sur l’organisation de la métal-
lurgie secondaire et de sa phase essentielle qu’est la coupellation. Fort de ces constats, la
seconde intervention conduite en 2006 s’est inscrite dans une réflexion pluridisciplinaire
(histoire, archéologie, archéométrie, géologie, géophysique) donnant la possibilité de cou-
vrir la totalité du site en vue de la mise en place d’une fouille touchant à la fois les instal-
lations minières, minéralurgiques et métallurgiques. La mise en évidence d’une reprise de
l’activité minière et minéralurgique entre le XIe et le XIVe siècle de notre ère a enrichi les pro-
blématiques touchant à la production et à la circulation du métal blanc dans le sud de la pé-
ninsule arabique.

Cette exploitation minière et les installations qui lui sont associées s’inscrivaient dans un
programme de sauvetage. En effet, la ZincOx Plt, consortium minier anglais, avait obtenu
une concession et souhaitait rapidement entamer l’exploitation des ressources en zinc de
ce gisement (type Mississipi valley) mais également des déchets minéralurgiques qui lui sont
associés. Ces derniers sont pauvres en plomb et argent, mais riches en oxyde de zinc car

5 Robin (Chr.), “The mine of ar-Radrâd : Al-Hamdânî and the silver of the Yemen”, in Yemen, 3000 year of
Art and Civilisation in Arabia Felix, ed. DAUM (W.) Insbruck-Frankfurt/Main, 1987, p. 123-124.
6 Al-HamdÂnÎ, Kitâb al-Jawharatain al-‘Atiqatain al-mâ’i‘atain al-sufrâ’ wa l-baidâ’, éd. trad. en allemand,
Toll (Chr.), Die beiden Edelmetalle Gold und Silber, Upsala, 1968.

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

Figure 03 : Les amas de scories (en noir) au contact systématique des habitats ruinés.

ce minerai a été délaissé par les anciens mineurs qui ne savaient pas le traiter (Fig. 04). En
terme industriel, des stocks de minerai de zinc extraits par les anciens mineurs sont suscep-
tibles d’être emportés directement à la fonderie. Ces amas constituent les vestiges bien vi-
sibles de l’ensemble du processus de préparation minérale avant le stade de la fonte. Leur
disparition s’apparente ainsi à la destruction irrémédiable d’un site archéologique majeur.
Parallèlement, le mode moderne d’exploitation du gisement est naturellement une mine à
ciel ouvert (MCO). C’est dire qu’au terme de l’exploitation, il ne subsistera qu’un vide béant
en lieu et place de l’ancienne mine. Les objectifs de fouilles ont été définis en étroite colla-
boration avec les représentants de la compagnie minière. Bien mieux, l’intérêt suscité par ce
projet auprès de cette compagnie a conduit à l’obtention d’un fort soutien logistique en fa-
veur de l’opération archéologique. Parallèlement, cette mission de recherche étant interdis-
ciplinaire, les informations recueillies sont gracieusement transmises à l’ensemble des par-
tenaires. Un des objectifs avoués de notre intervention est de conduire à une valorisation
du site et, au travers de lui, de l’histoire des mines au Yémen. Cette valorisation ne peut se
faire sur le site même. D’une part, l’implantation d’une unité de traitement des minerais de
zinc ne le permet pas. D’autre part, le site se trouve en bord du désert dans une zone pour le
moins assez peu fréquentée (le premier village est à 1h30 de piste). En revanche, la constitu-
tion d’une salle d’exposition au sein même du bureau géologique yéménite est un projet qui
devrait entrainer l’approbation des différents partenaires (fig. 5). Cette mise en valeur vien-
dra compléter les données déjà proposées au public. La localisation de cette salle d’expo-
sition au sein même du geological survey and mineral resources board, sur une artère prin-
cipale de la capitale, assurera une bonne lisibilité de cette mise en valeur qui devrait profiter
aux trois partenaires.

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

Figure 04 : Au premier plan de l’image s’étendent les déchets minéralurgiques anciens.

Figure 05 : Vue de la salle d’exposition sur Jabali à Sanaa.

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F. Téreygeol – Mines anciennes : entre valorisation économique et recherche archéologique

Conclusion
La mise en perspective de Melle et de Jabali montre deux exemples bien différents de valo-
risation du patrimoine minier. Ils traduisent la variabilité des sites, les nuances dans les po-
tentiels de mise en valeur et les possibilités d’interactions selon les partenaires. Le premier
trouve son origine dans une volonté d’amélioration d’une structure touristique déjà exis-
tante. Il prend appui sur un passé fructueux de collaboration entre une municipalité et le
CNRS. Ce développement conjoint du potentiel touristique et de la recherche se poursuit
et a pris la forme d’une plate-forme d’archéologie expérimentale permettant d’une part des
démonstrations au public et d’autre part une ouverture du site à l’ensemble de la métallur-
gie ancienne. Le second reste peut être plus classique, l’archéologue intervenant en amont
d’une destruction suite à une remise en exploitation. Sa particularité réside pourtant dans le
modus vivendi établi avec les différents partenaires sans qu’une réglementation ne s’impose
en arrière-plan. Il traduit l’existence d’une culture minière dont on ne peut que se réjouir et
que nous aurions pu croire disparue. Le succès de ces entreprises tient à la recherche des
intérêts mutuels et à la manière de les faire fructifier sans toutefois que ces négociations
n’entravent la recherche. A chaque fois, l’archéologue intervient non comme un prestataire
de service mais bien comme un chercheur ayant ses propres contraintes au même titre
qu’un entrepreneur. C’est bien là toute la difficulté de la relation entre industrie et recherche
en sciences humaines.

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