Vous êtes sur la page 1sur 611

PUBLICATIONS

DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT

=0

INVENTAIRE

DESCRIPTIF

DP.S .

v

MONUMENTS ···CAMS

DE L'ANNAM

CHEF

DU

rAR

.

H.

PAllMENTIER

!RCHITECTK

DIPLÔMÉ . PAR

LE

SERVICE

ARCHÉOLOGIQUE

DE

UÉCOLE

GOUVERNEUENT

FRANÇAISE

D'EXTRÊME-ORIENT

TOME PREMIER

DESCRIPTION DES ~r()~U~JENTS

TOME PREMIER DESCRIPTION DES ~r()~U~JENTS PARIS IMPRIMERIE NATION ALE ERXEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE

PARIS

IMPRIMERIE NATION ALE

ERXEST LEROUX,

ÉDITEUR,

RUE BONAPARTE,

MDCCCCIX

28

PUBLICATIONS

DE

L'ÉCOLE

FRANÇAISE

D'EXTRÊME-ORIENT

VOLUME XI

.

INVENTAIRE

ARCHÉOLOGIQUE

II

DE

L'INDOCHINE

MONUMENTS CAMS

DE L'ANNAM

TOME

PREMIER

INVENTAIRE

DESCRIPTIF

DES

MONUMENTS êAMS

DE L'ANNAM:

CHEF

PAR

IL PARMENTIER

DU

ARCHITECTE

DIPLÔ1IÉ

SERVICE

ARCHÉOLOGIQUE

DE

PAR

LE

GOUVERNEMENT FRANÇAISE -D'EXTRÊlIE-ORIENT

L'ÉGOLE

TOME

PREMIER

DESCRIPTION DES 1I1ONUlIIENTS

PARIS

IMPRIMERIE

NATIONALE

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE BONAPARTE,

l\IDCCCCIX

28

À LA MÉMOIRE

DE

MON

,

PÈRE,

DE L'AUTISTE SINCEUE

DONT

11\ BELLE ILLUSTRATION

DE CE VOLUME

EST

UN DES

DEUNIEIlS 'fIlA VA UX.

H. P.

INTRODUCTION.

Le présent volume est, dans l'ordre des dates, le troisième de la série consacrée, dans les publications de l'École française d'Extrême-Orient, à l'inventaire archéologique de l'Indochine. Nous avons moditié pour lui le plan de ses aînés en raison des notables divergences que présente le sujet. La vallée inférieure du Mékhong, dont le Cambodge n'oc- cupe aujourd'hui qu'une partie et qu'il semble avoir possédée autrefois presque en entier, au moins jusqu'~V~engChan, forme un ensemble indépendant, bien protégé par ses frontières natu- relles. Quoique l'empire ait fréquemment souffert d'incursions ennemies, qu'il ait vu sa puissance décroître et son autonomie compromise, il ne paraît pas avoir subi de conquête totale; mais en eût-il subi, que la configuration du pays aurait assuré la sécurité relative des régions éloignées de la capitale. Au contraire, le Campa, étroite bande de vallées isolées et peu profondes, enfermées entre la montagne et la mer, leur moyen de communication le plus aisé, endura les attaques in- cessantes des Khmers et des Annamites et fut totalement con- quis par ces derniers après une suite ininterrompue de luttes et de campagnes. Les provinces du Nord, champ de bataille séculaire, furent anéanties; population et langue même·y disparurent. Les pro- vinces du Sud, restes d'un État abâtardi par ses revers, ont seules conservé quelques vestiges de la race primitive, réduite, sous le joug des vainqueurs, à une extrême misère. Aussi la vallée du Mékhong nous offre-t-elle une série con- sidérable d'édifices, témoignages d'un art puissant, que la

x

INTRODUCTION.

guerre épargna; ils n'eurent à supporter que les causes habi- tuelles de ruine aux tropiques : vétusté rapide et envahisse- ment d'une végétation formidable. Au Campa, victime des horreurs et des dévastations systéma- tiques d'une conquête féroce, lorsque les monuments échap- pèrent aux premiers ravages, ils furent ensuite, au cours des siècles, la proie des chercheurs de trésors. En outre, leur propre mode de construction devait les aider à disparaître. Si les vices d'exécution sont les mêmes dans les deux arts, la ma- tière est généralement différente: la pierre domine au Cam- bodge; la brique est d'un emploi presque exclusif au Campa; il s'ensuit que, si les édifices cambodgiens se sont disloqués ou sont tombés en ruines, ils peuvent être néanmoins étudiés: re- constituer l'un d'eux n'est qu'un jeu de patience toujours pos- sible. En Annam, nous rencontrons d'informes tertres de briques, recouverts d'un épineux manteau de broussailles, d'où sortent parfois des pierres sculptées, seuls vestiges décoratifs d'un en- semble disparu. . De tout ceci résulte une première différence ': les monu- ments cambodgiens sont légion, et chaque type présente de nombreux spécimens, qui montrent jusqu'à de doubles et de triples répliques. Même si l'arl du Cambodge avait subi de notables modifications d'une époque à l'autre, l'histoire n'en serait pas plus difficile à établir que celle de n'importe quel art européen. Mais, à une observation que je confesse rapide et peut- être insufIisamment avertie, il se montre en un bloc unique, complet dès; le début (Vile siècle), et qui jusqu'à' son extinction rapide (XIIIe) s'est peu transformé. Entrer dans ud grand nombre de détails au sujet de chaque édifice eût nécessité un inventaire énorme et de maniement pénible; d'autre part des redites con- tinuelles s'y fussent produites. Cet inconvénient n'est pas à

INTRODUCTION.

XI

craindre avec l'art cam, dont les vestiges sont fort rares, où les types ne présentent souvent qu'un ou deux spécimens, et qui, enfin, s'est modifié et déformé graduellement dans toute la longue période qui va du ~Ie siècle çaka à la fin du XVIe, voire davantage. Il était donc possible de donner plus d'im- portance à chaque description; disons mieux: c'était une tâche necessaue. L'art cambodgien est relativement connu: l'admirable étude de Doudart de Lagrée, chef-d'œuvre de précision et de clarté; les travaux tres complets de M. Delaporte; les relevés joints à la belle série de photographies de Fournereau, el surtout la riche collection de pièces et de moulages réunis au Troca- déro, ont répandu en France sur cette civilisation des lumières

,

.

dont certaines

périodes

obscures de nos propres arts sont

dépourvues (Il.

Il n'est pas de grand édifice qui n'ait été l'objet de relevés plus ou moins sérieux, de restitutions plus ou moins sûres. De nouvelles monographies eussent fait, par conséquent, double emploi avec les travaux antérieurs; l'œuvre utile consis- tait à réunir des notes sommaires sur les innombrables con- structions reléguées au second plan par leur moindre grandeur, et le seul obstacle à redouter dans un ouvrage aussi succinct, était un manque de coordination. L'auteur de l'inventaire des monuments du Cambodge a évité cet écueil en réunissant dans une intéressante introduction les caractères généraux des mo-

numents(2l.

Rien de pareil pour l'art cam, perdu dans le rayonnement

(1) Voyage d'exploration en Jlldo-Chine,

Paris, 1873, t. l, p. 25 el suiv. -L. DE-

LA PORTE , Voyage au Cambodge, Paris, 1880.- L. FOURNEREAU, Les ruinesd'Ang- kor et Les ruines khmères, Paris, 1890'

(')

L UNET

DE

LAJONQUlÈRE,

Inventaire

descriptif des monuments

du

Cambodge.

Tomes 1 et II, ral'is, 19°2-19°7. (Publi-

cations

de

l'Ecole française d'Extréme-

Orient. )

XII

INTRODUCTION.

de son puissant rival (Ll. Nous pouvons dire qu'il ya quelques annéès encore, il était à peu près inconnu en France: aujour- J'hui même on en, trouve à peine trace dans nos musées, et il est rare qu'un sancluaire cam soit représenté sans être affublé

(Il Si la bibliographie du Campa n'est pas très considérable au point de vue ethnologique ct linguistique (cf. CABATO:'i ,

Nouvelles recherches sur les Cham~. Publi-

cations de l'École fl'ançaise d'Extrême- Orient, t. Il, Paris, Leroux, t 891 ), elle se réduit à presque rien quand il s'agit de l'archéologie pure. 1\1. Aymoniel', ùont les intéressantes études dans le Journal

asiatique et dans les Excursions et Recon·

naissances ont presque révélé .l'existence de r.e peuple en voie de (lisparition, n'a pu donner que quelques lignes à

l'examen de son art (Les Tchames et leurs

religions, Pat'is, Leroux, 1891, in-8°, p. 16 ct suiv.).M. Lemire, ancien rési- ùent de France en Annam, a consacré à cette architecture une série d'articles qui, malheureusement, se repètent pour la plupart et ne portent que sur une partie de la question, l'art cam nu Blnh Dinh et au QullDg Nam, accidentellement au Quâng Dinh. Un des meilleurs, docu- , menté d'une intéressante illustration, et non signalé par M. Cabaton, a été publié dans le TOUl' du monde, n° du 24 dé-

cembre 1894 : Aux monuments ancims

des Kiams; il se . complète d'un second :

Les anciens monuments des Kiams en

Annam et au Tonkin, dans l'Anthropo-

p. 133-136. 1\1. C. Paris,

qui fut chargé d'une mission pour re- chercher les traces de la civilisation Came

au Tonkin et en Annam, en publia les

résultats dans un Rapport sur une missioll archéologique en A nllam (Bulletin de géo-

logie, t. Ill,

graphie historique et descriptive, t. XII, p. ~50 et suiv.) et dans divers articles

parus dans l'A nthropologie : Les ruines

(james de la

p. 137 -14 4; Les ruines tjames

pro vince de Quallg Nam, t. Il l,

Tra

de

Keou, t. II, p. 28 2-288. - On trouve

encore quelques détails sur les monu- ments èams dans l'étude de W' GRAND-

JEAN : Un p eup le moùrallt dans l'A mwm, les Chams et leurs supers/itio1ls (Jourl/al tles Missions catltoliques, t. XXVIII, p. 5

et t 0 ), comme dans plusieurs ouvrages écrits dans une intention différente, par

exemple: De Tltil/ai au Bla , par M. NA-

VRI. LE

(Excursions

et

Reconnaissances,

t. XlII, n O' ~9 ct 30), etc. Ce s pag es ne fournissent qu'une documentation très mince; elles ont favorisé ou n'ont pu em- pêcher l'éclosion d'hypothèses étranges:

M. C. PARIS (Les f'uines tJames de Tra K eou,

p. 287) vit, ct' d'autres, malheureuse-

. ment, virent après lui dans ces édifices exclusivement religieux, des blockhaus, sans s'inquiéter de savoir si l'on pouvait les défendre; on y chercba aussi des con- structions à signaux, sans remarquer que leur ascension rut de tout temps impos- sible. On est allé même jusqu'à supposer, sur la foi de folles traditions annamites, que ces monuments étaient élevés dans leur ensemble en briques crues, puis ra- valés et ciselés dans toute leur hauteur et "cuits. ensuite dans de formidables bû- chers, sans se demander comment des briques seulement séchées pourraient sup- porter la 'charge énorme de 20 et parfois 40 mètres de terre à cuire. Nous signalons ici ces naïvetés une fois pour toutes, avec l'espoir d'en faire bonne justice, mais elles nous furent si souvent répétées que nous n'espérons guère en avoir raison, tant les idées fausses ont la vic résistante.

INTRODUCTION.

XIII

de l'épithète (( khmer". - Ici, de breves descriptions n'eussent éveillé dans l'esprit du lecteur aucun souvenir de formes connues: elles eussent été inintelligibles. Chaque édifice demandait donc une étude spéciale et dé- taillée, sans risque de redites; d'autre part, l'établissement d'une introduction analogue à celle de l'ouvrage précité était impossible, à cause de l'extension énorme que nous eussions été forcé de lui donner; en conséquence, nous avons adopté le parti de diviser notrelravail en deux sections, la première con- tenant l'inventaire proprement dit, la seconde, une étude

de l'art cam.

L'inventaire contient la liste . complète des (( monuments" :

édifices, statues, inscriptions, débris de toute sort.e laissés par cette civilisation. Ils sont classés dans un ordre purement géo- graphique, du Sud au Nord, avec tous les éléments nécessaires pour en fixer la situation et tous les renseignements propres à en donner une notion exacte. Nous consacrerons nos premieres pages à une description sommaire, mais précise, des éléments communs aux construc- tions des diverses époques. Cet exposé nous permettra de réduire les multiples formes à quelques types simples; nous pourrons ainsi diminuer la lon- gueur de nos chapitres, en signalant seulement les divergences avec le type commun, au lieu de nous astreindre à des redites perpétuelles, lorsque les données de plusieurs édifices seront pareilles. Mais pour arriver à une connaissance exacte des vestiges de l'art èam, le texte le plus complet et le plus détaillé serait in- suffisant s'il n'était éclairé d'une importante illustration. Les édifices entiers y paraîtront donc dans leurs ensembles, a une échelle permettant d'y reconnaître toutes 'l~s grandes lignes;

XIV

INTRODUCTION.

statues et pièces isolées seront reproduites chaque fois que nous l'aurons jugé nécessaire à la parfaite intelligence du sens. La deuxième partie exigera une étude plus approfondie des éléments de chaque ensemble ou de chaque fragment conservé, leur comparaison entre eux ou avec des éléments d'art étran- ger; il nous faudra rechercher ce qu'était cet art cam, quelles sont ses origines, comment il se forma et comment il s'abâtar- dit, quelle place il tient dans la généalogie si complexe, et à cette heure encore si obscure, des formes dérivées de l'art hindou. Ici l'illustration devra être aussi considérable: les mots ne peuvent suffire; une description s'applique fort bien à deux sculptures identiques par le détail, dissemblables par le carac- tère; ainsi d'une figure et de sa copie; seules des reproduc- tions des deux pièces montrent clairement leur rapport de filiation, comme leurs différences de facture. Pour ces raisons, l'illustration de cette seconde partie por- tera sur une série d'éléments de construction, à des échelles plus grandes, qui en laisseront voir tous les détails. Nous y reporterons aussi les fragments isolés susceptibles de compa- raison avec un autre art, afin d'éviter que celle-ci soit faite à longue distance. Ainsi les édifices seront représentés d'une façon complète: l'ensemble dans la première partie, les détails dans la seconde. De même toutes les sculptures ou pièces sé- parées intéressantes se trouveront entièrement publiées, soit à titre de documents dans l'inventaire, soit à titre de parallèles dans l'étude de l'art cam. Quelle doit être la nature de cette illustration générale? Pour les sculptures, à la photographie qui donne la masse brutale et exagère le détail dans les endroits éclairés, en brouil- lant les régions obscures dans un magma pâteux, nous préfé-

INTRODUCTION.

xv

rons le dessin, qui, s'il est exécuté par des artistes consciencieux et dévoués, offre les mêmes garanties d'exactitude, en y ajoutant ses propres qualités de clarté et de précision. Pour les monu- ments, nul renseignement sérieux ne peut être fourni ici sur leurs plans et leurs intérieurs par la photographie; quant aux proportions des façades, elles sont faussées par la perspective, surtout en un pays où l'abondance de la végétation rend tout recul impossible. Nous avons dû, par suite, employer pour eux le dessin géométral. Quelle échelle devait être adoptée? Devait-elle être unique? Les monuments cams, ainsi qu'on le verra dans la seconde partie, paraissent avoir rapidement décru d'importance; il semble que ce soit aux temps anciens qu'ils aient été le plus parfaits d'exécution et le plus imposants de volume. Valeur d'art, masse et ancienneté suivent une décroissance parallèle. La dimension est donc, là plus qu'ailleurs, un facteur impor- tant à considérer. D'autre part, un édifice énorme est composé en général des mêmes éléments, souvent en même nombre, qu'une construc- tion infime, et leur écart de taille va parfois du simple au sep- tuple. Un dessin du premier à une petite échelle, qui ramène- rait sa représentation aux dimensions de celle du second à une grande échelle, risquerait d'amener entre eux une confusion

Ces considérations nous ont fait adopter une échelle unique, assez réduite pour que les planches restent maniables, assez grande pour que la lecture en soit sûre: trois quarts de centi-

me re par me re. Mais certaines planches dépassaient encore beaucoup le tirage de nos publications; de plus; la multiplicité des figures, hachant le ' texte en tronçons informes, eût transformé notre

,t

'

t

XVI

INTRODUCTION.

étude en un véritable album et condamné le lecteur à des feuilleUements continuels. Pour obvier à ces inconvénients, nous réunissons tous les ensembles d'édifices sur planches, simples ou pliées, en un portefeuille de même format: Atlas des édifices cams, qui doublera notre inventaire; celui-ci, grâce à une illustration photographique des monuments dans leur état actuel - illustration qui sera, en outre, un moyen de contrôle, -restera de lecture indépendante et suffisamment

compréhensible sans son annexe. Sculptures et objets divers 'seront représentés dans l'une et l'autre partie du texte, d'après le principe déjà énoncé, par des dessins très serrés; les détails d'édifices seront figurés par la pho- tographie ou le dessin, en géométral le plus souvent; car il est rare qu'une partie d'édifice se soit conservée assez bien pour être lisible sans comparaison avec les autres, plus ruinées, mais por- tant parfois des éléments qu'elle a perdus. Cette dernière obser- vation s'applique à plus forte raison aux façades. Faire un relevé précis de trois faces identiques parce qu'elles sont diver- sement ruinées, eût entraîné des redites inutiles; ne donner que la moins dégradée, c'était s'exposer à perdre le bénéfice des indications recueillies ailleurs. Nous avons donc décidé de compléter dans l'Atlas la face choisie avec les fragments mieux conservés pri_s sur les autres, et de répéter à gauche les parties que montre la droite, lorsque cette face est symétrique. Nous nous imposons seulement, malgré toute conviction person- nelle établie, de ne jamais représenter un seul élément qui

de

l'édifice. Nous devons à ce procédé d'avoir pu offrir des plans précis el donner fréquemment pour les façades une impression de l'édifice avant sa ruine sans qu'aucun détail en soit hypothé-

ne figure encore à cette place sur un

point quelconque

INTRODUCTION.

XVII

tique. L'application sincère de notre système est garantie par les ensembles photographiques dans le premier volume et par la riche collection de clichés d'édifices cams que possède à cette heure l'École française d'Extrême-Orient," collection dont un certain nombre d'épreuves figurent dans les albums du Trocadéro. Quant au géométral, il a été exécuté de la façon suivante:

pour le relevé des plans, le seul obstacle était l'état de ruine presque totale des parties basses; l'aplomb des verticales con- servées plus haut, l'étude serrée des éléments de base subsistant en quelques points, nous ont toujours permis d'établir nos tracés avec une grande exactitude. Les coupes présentaient plus de difficultés a cause de la hauteur parfois énorme des intérieurs et de l'obscurité des voûtes. Partout ou nous n'avons pu at- teindre avec des échelles ordinaires ou des perches, les cotes ont été établies approximativement d'après le nombre de rangs de briques, jaugées sur une moyenne considérable. Des risques d'éboulement compliquaient encore le métré dans l'étude des façades et ce n'est que pour quelques édifices, Pô Romé, Hoa Lai, Binh Lâm, la Tour de cuivre (dont nous avons atteint le sommet), la Tour d'or, Chiên Bàng, Khu'o'ng My, que nous avons pu nous élever, et encore sans circuler, jusqu'au premier ou au deuxième étage; des mensurations exactes étant donc impossibles, nous avons procédé par restitution perspective; des séries complètes de photographies prises sur chaque édifice et pour toutes les faces, chaque fois qu~ cela fut possible, ont été ramenées au géométral par les méthodes habituelles sur la base très précise qUe fournit le dessin minutieux du plan. Un procédé personnel nous a même permis de rétablir le géo- métral avec autant de sûreté, lorsque le cliché était déformé par l'inclinaison de l'appareil, en raison du manque de recul,

XVIII

INTRODUCTION.

cas fréquent pour ces édifices souvent élevés sur des collines à sommet exigu. Mais quelque minutie que nous eussions apportée dans ce travail, il exigeait une vérification; l'établissement des écha- faudages pour la consolidation de PÔ Nagar de Nha Trang l'a permise; l'écart entre le géométral ainsi obtenu et la réalité ne s'est trouvé que de 0 m. 28 pour une hauteur de 2~ m. 48, soit une erreur en dessin à notre écheHe de moins d'un milli- mètre par 10 mètres de hauteur réeHe; encore, à l'époque où nous avons exécuté notre restitution, n'avions-nous pas trouvé le moyen de corriger dans le tracé la légère convergence des verticales d'une photographie à peine déformée. Nous avons renoncé à porter des cotes sur les coupes et les façades, toutes étant incomplètes ou approximatives; l'échelle constante et souvent une figure humaine permettront suffisam- ment de se rendre compte des hauteurs. Nous avons indiqué en revanche sur les plans toutes les mesures que l'état de ruine a laissé prendre exactement, alors même qu'elles se rapportaient plusieurs fois aux élé~lents identiques. On remarquera entre elles des différences fréquentes; l'indication de ces malfaçons nous a paru utile à signaler; mais nos dessins sont établis sur les moyennes, car, invisibles en exécution, ces écarts sont d'un effet criant en plan, et accusent les erreurs avec une intensité qui rend l'impression du dessin absolument. fausse. L'objection principale qu'on pourrait faire à notre mode d'illustration est son inGohérence : un index général publié à la fin de la seconde partie facilitera la réunion de tous les élé- ments d'un même ensemble, tandis que cet index, venant après notre essai de chronologie de l'art cam, permettra de se rendre compte aisémen't des rapports de transformation d'un édifice, ou d'un motif, à l'autre.

INTRODUCTION.

XIX

Les difficultés de figuration exacte des bâtiments nous ont obligé à doubler notre inventaire d'un atlas; il nous permettra par l'insertion de cartes d'échelle suffisante de fixer avec préci- sion l'emplacement des points archéologiques; le mouvement général des hauteurs y sera indiqué sommairement, malgré la faiblesse des informations actuelles sur cette partie de la carLo- graphie indochinoise, car il est indispensable à l'intelligence des groupements cams. Nous avons cherché dans le cours de cet ouvrage, texte, planches et cartes, à apporter la plusgrande précision dans les terqles employés. Les désignations architecturales ont leur si- gnification arrêtée et au besoin limitée artificiellement dans le chapitre II; ce sens ainsi fixé prendra une val eur immuable pour toute la suite de ce travail. Bien que nous ayons évité le plus possible l'introduction des mots étrangers, un assez grand nombre de termes cams, sanskrits ou annamites ont dû être employés ici, car ils n'ont pas leur équivalent exact en français et exigent pour être rendus avec netteté de longues périphrases; un lexique complet les réunira il la fin de cette introduction et leur donnera leur valeur précise. L'orthographe employée est pour le cam celle du Dt"ction- naire camjrançais de MM. Aymonier et Cabaton (Publications de l'École française d'Extrême-Orient, voL VII). Les mots annamites sont transcrits suivant le qu6c ngü' ordinaire. Bien que certaines de ses conventions exigent clairement des rema- niements, il nous a paru que la question n'était pas assez mûre pour que nous puissions adopter telle ou telle modification. La difficulté était particulière ici où les noms proviennent de dia- lectes employés dans des régions éloignées et parfois très diffé- rents dans le détail. Quelques noms annamites ont pris dans l'usage courant une forme tellement abâtardie que leur resti-

xx

INTRODUCTION.

tution exacte est devenue très difficile et les rendrait incompré , hensibles. D'autre part un certain nombre de mots cams nous sont parvenus à travers une transcription annamite approchée et leur réduction à l'orthographe adoptée pour la langue d'ori- gine leur donnerait une apparence insolite. Nous avons accepté pour ces deux derniers groupes la forme la plus usuelle, nous réservant d'indiquer dans les tables par un signe spécial les mots qui ne répondent à aucune orthographe normale. Qu'il nous soit permis avant de clore cette longue introduc- tion d'adresser nos remerciements à notre ancien directeur et ami, M. Finot, directeur adjoint à l'École des hautes étu~es, qui a bien voulu nous confier ce long travail, il y a près de huit ans, qui ra toujours aidé de ses conseils, et qui s'est chargé, en particulier, de revoir la transcription des mots sanskrits; aux RR. PP. L. Cadière et E.-M. Durand qui nous ont rendu ce même service pour la partie annamite et qui de plus nous ont apporté leur concours précieux dans l'étude des provinces, - l'un du Nord -l'autre du Sud; à tous ceux qui par leur aide ou par les renseignements qu'ils nous Ont apportés ont facilité ce tra- vail, administrateurs et commis des services civils, mission- naires, colons. - Je dois une gratitude toute particulière en- core à M. Finot, et à mon frère A. Parmentier, professeur agrégé d'histoire au collège Chaptal, qui ont accepté la tâche fastidieuse de la correction délicate des épreuves de cet ouvrage. Enfin je tiens tout spécialement à rappeler ici la mémoire de mon ami regretté, Ch. Carpeaux, qui pendant deux ans ( t 902-1903) apporta à ces recherches une aide assidue et dont la collaboration dévouée rendit moins pénible la tâche ardue, mais si féconde, des fouilles de Mi So'n et de BAng Du'O'ng.

Annam, t 9°0-1908.

INVENTAIRE

DESCRIPTIF

DES

MONUlVIENTS

y

CAMS

DE L'ANNAM

----------------------~>~q-------------------------

CHAPITRE PREMIER.

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA. COUP D'OEIL GÉNÉRAL

SUR

LA

RÉPARTITION

DES

ÉDIFICES ,CAl\IS.

Sans vouloir faire ici son histoire, qui d'ailleurs est encore loin d'être entièrement établie et que les découvertes nouvelles mo- difient chaque jour; il est nécessa'ire de dire en quelques mots ce que fut le Campa, jusqu'où il s'étendit, comment il se réduisit au cours des siècles : ainsi se tracera nettement le cadre géogra- phique de notre étude. Le Campa parait avoir couvert au temps de sa splendeur la plus grande partie de l'Annam moderne. Dès le Ille siècle de l'ère chrétienne et sans doute avant, celte région était occupée par une population de race malayo-polyné- sienne et de culture hindoue, les Cams; le pays est dénommé Campa (1) par ses habitants, et est appelé par les Chinois, au cours de ses r§ductions successi~es, ALin-yi et Tchen-tching, caractères que les Annamites lisent L1m-Ap et Chiêm Thành.

(Il éampa dan~ les inseriptions en langne vulgaire, Campa dans les inscrip- tions sanscrites. Ce nom se trouve pour la première fois ail Cambodge dans l'inscrip-

tion d'AngChumnik(6t 0 ç.) et en Annam

Cf.

dans

celle

de

Yan

Tiku~ (7 '21

ç.).

FINOT, Notes d'épigr., B. E. F. E.-O., II,

185, Il.1. -

Prononcer l'iampa, l'iam.

2

CARACTÈRES GÉOGRAPIIlQUES DU (;AMPA.

Ce long rivage, que des éperons montagneux divisent en sections marquées, ne présente pas cependant à ses extrémités de frontières bien nettes. Celle du N. est géographiquement à une demi-journée de marche du SÔng Gianh, dans le haut du Quang Binh actuel, près du cap Bung Chùa, point d'attache de la grande bande ~ôtière avec le bassin du Fleuve Rouge. Longtemps limite entre le Campa et ses adversaires du Nord, elle le redevint au cours des lutles entre le Tonkin et l'Annam. Bien que la convention du 6 juin 189ft ait augmenté ce dernier des provinces de Thanh Hoà, Nghç An et Hà Tinh, l'ancienne limite sera celle de notre étude, car nulle lI'ace came n'a été signalée jusqu'à ce jour dans les trois provinces septentrionales (1). Les derniers kilomètres de la côte au S. sont formés de dunes presque inhabitées qui séparent l'Annam de notre Cochinchine; cette frontière naturelle paraît avoir été franchie par les Cams à l'époque où les progrès des Annamites les rejetèrent vers le S., mais ils ne semblent point avoir fait dan.s ces contrées d'établissement fixe. A l'E., la mer de Chine borne le pays; mais plutilt que de le resh'eindre, eHe lui donne, comme nous le verrons plus loin, ses meilleurs moyens d'expansion. Al'O., la montagne élève UIie barrière abrupte et souvent infranchissable. La chaîne qui va en s'abaissant du N.auS. possède encore une altitude de 2500 mètres parlctravi:l!'S de Huê et du Quang Ngâi, 2000 mètres derrière Nha Trang: Trois cols aisément praticables sont les uniques passes entre la côte et la vallée du Mékhong(2); le col de Ha Trai au niveau de Villh est hors du territoire qui nous occupe; celui d'An Khê, le plus méridional, à la hauteur de Qui Nho'l1 paraît seul des deux autres avoit' été utilisé par les Cams.

(ll M. C. Paris a spécialement purcouru les provinces du S. du Tonkiu et dn N. de ,'Annam à la recherche des l'estes éams et n'a rencontré aucune trace nette avant le Quâng Blnh. (Rapport sur une mission archéologique en AIIlIalll, Bulletin

de géographie historique et descriptive, 18g8, p. 250 et suiv.) ('l La passe d'Ai Lao ne présente aucune trace de l'expansion éame et M. C. Paris n'y a rien reconnu de celle origine. (C. PA- RIS, rapportcilé, p. 266.)

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA.

3

La zone habitable, enfermée entre la mer et la montagne; se réduit parfois à rien quand l'éperon rocheux s'avance dans les eaux; elle n'atteint pas cent kilomètres aux plus profondes vallées. Du côté occidental, le massif fort épais s'abaisse en longues ondulations ct en vallées enchevMrées jusqu'au Mékhong, tandis qu'à l'E., la pente tombe d'un mouvement continu, déterminant par sa con- vexité la forme circulaire de la côte. Quand la montagne domine le rivage, elle y pousse des ramifications presque à pic qui y. des- sinent une série de petites vallées et de ports naturels. Ces derniers sont tous formés d'une manière identique: un éperon de roches ou une flèche de sable appuyée sur d'anciens ilots délimite un long cul-de-sac, d'ordinaire assez profond pour fournir un bon ,mouillage aux grands bateaux, mais dont l'entrée est généralement obstruée par une barre de sable, lorsqu'une rivière un peu impol'tante s'y jette. En effet, par suite de la pente rapide du versant oriental, les eaux y coulent en torrents et broient les roches de granit dont le massif est constitué; les plus minces cours d'eau 'font alors de tels apports de sable que leur lit d'été se réduit àun sinueux chenal au milieu d'un désert aride. Aussi, bien que la plaine ne foi'ine au pied de la chaine qu'une simple banquette avant la fuite rjlpide du fond marin, la côte est-elle bordée sur toute son étendue de sables qui se relèvent en interminables dunes, obstacle au débouché des ri- vières; celles-ci se mêlent en un lacis inextricable de canaux ou s'étendent en lagunes sans fin aux rares issues; une haute barre en interdit l'accès aux navires de fort tonnage. De celte formation un peu spéciale, le pays prend un caractèl'c très particulier' et son histoire parait s'en être ressentie nettement. Si les lagunes donnent un moyen de communication excellent dans toute l'ouverture de deux caps montagneux, si les nombreux ports et les passes naturelles accessibles aux petites barques rendent les rapports maritimes aisés entre vallées, - courtes traversées que favorise encore la régularité des vents de mousson, - en revanche les voyages par terre sont des plus difficiles. La route mandarine

CARACTÈRES GÉOGHAJlIIIQUES DU éAMPA.

actuelle se transforme en véritables escaliers aux gradins géants quand elle doit franchir les éperons montagneux, entrave aux transports . commerciaux, obstacle presque infranchissable aux marches de guer.ré : ailleurs, si elle reste moins ardue, elle ne traverse d'une vallée à une autre que forêts sauvages ou plages incultes; de rares villages la jalonnent alors, mais leur existence est tout artificielle; le gouvernement annamite ne les a établis ct né les y maintient que par force, pour Je service des relais. Les commu- nications, aujourd'hui fort pénibles, étaient sans doute impossibles à J'époque des Cams; car cette voie semble être une œuvre pure- ment annamite; nuls travaux d'art anciens ne s'y trouvent et, hors des riches vallées qu'elle réunit, pas un souvenir cam ne s'y ren- contre. L~ tempérament du peuple le portait d'ailleurs à préférer la voie maritime; les Cams sc sont montrés en efret hardis marins et pirates infatigables, et souvent ils eurent l'avantage sur les flottes annamites. D'autre part ce peuple a toUjOUl's fait preuve d'une aptitude spé- ciale à la culture du riz, et ceBe-ci demande de grandes surfaces . planes; son établissement en montagne n'est possible qu'au prix de difficultés sans nombre et exige une population très dense. Le peuple cam fut trop vite décimé par les guerres pour pouvoir sc livrer à ces travaux difficiles; aussi dut-il abandonnel' les régions accidentées, même côtières, aux sauvages, avec qui, tout montre

- histoire, inscriptions, langues, - qu'à l'inverse des Annamites,

il avait d'excellents rapports. Ainsi s'explique l'étrange répartition des monuments cams, qui se

massent en plusieurs accumulations touffues, largement écartées les unes des autres et sans le moindre jalon qui les réunisse. La confi-

guration du pays appelait

en effet la nation à se diviser en arou-

b

pements mdépendants, et son histoire témoigne d'une continuelle

séri~ de. morcellements dus à

pa rtI~uher,~esrégions au S. du cap VareBa, séparées de 1'ensemble pal'llmprabcable col du Beô Ca, paraissent s'être isolées et avoir

des usurpatems;

de tout temps en -

CARACTÈRES GÉOGRAllHIQUES DU éAMPA.

5

constitué sous le nom de Pal).~lurailga un état presque indépendant, foyer perpétuel de rébellions contre le souverain légitime, comme aussi dernier refuge des patriotes . Remarquons en outre qU'en tout pays les édifices principaux se groupent près des capitales; or celle du Campane fut pas unique; àla suite de cessions successives aux Annamites, elle futdépla- cée et reportée chaque fois plus au S., en des contrées moins exposées, amenant ainsi ,la construction d'autant de groupes nouveaux. Cette répartition spéciale ainsi expliquée, voyons à quelle corn,. binaison d'étude elle nous conduit. La conquMe annamite a dft né- cessairement respecter les grandes divisions na~urelIes,mais c~aque région importante fut partagée 'en provinces, parfois d'une façon

un peu arbitraire; rien ne prouve d'ailleurs que les circonscriptions annamites correspondent à celles du Campa. Nous avons encore compliqué le problème en subdivisant à l'occasion les anciens ter- ritoil'es et nos besoins différents nous amèneront sans doute à de nouvelles répartitions. Nous pensons donc être plus près de la vé- rité en nous laissant guider seulement par les frontières natu-

relles; nous éviterons ainsi le

contraste incompréhensible ' de

provinces toutes dépourvues de . souvenirs cams à côté d'autres où ils abondent : ainsi du Binh' Binhetdu Phu y ên. , Considéré de cette façon, l'ancien Campa peut être divisé en cinq parties, les quatre premières, en partant du S., ayant un déve- loppement de côtes sensiblement égal, environ 200 kilomètres, la dernière au N. un peu plus longue. Nous aHons jeter sur chacune d'elles un rapide coup d'œil en signalant les points actuelleinent importants et les principales richesses du pays, les uns et les autres n'ayant guère dû varier depuis le temps des Cams, tant le pays impose par sa forme même le choix des lieux et des cultures; nous

indiquerons en outre, pour rendre l'étude archéologique plus facile, l'époque où chaque province est entrée dans l'empire cam ou en est sortie.

li

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA.

I. Si nous partons du cap Ba Kê qui sépare l'Annam de notre Co~hinchine, nous étendrons la première section jusqu'au cap Padaran. La direction de la côte est alors S. O.-N. E. Les derniers contreforts de la chaine viennent affieurer le rivage à la pointe Kega que domine le mont Ta Cù (500 mètres). Tout ce pays n'est qu'une étroite bande de sables et de dunes, parfois couverte de maigres forêts, à peine peuplée. L'embouchure d'une petite rivière, dans une zone un peu moins pauvre, fOI'me un POI't médiocre, Phantiet, qu'abritent des dunes et des plantations de cocotiers. Une population dense vit en ce point: commerçants chinois ou anna- mites qui préparent le poisson salé et l'inévitable condiment de tous les repas du pays, le nu'(h; ml1m, produit de la fermentation du poisson et des crevettes, pêcheurs et sauniers qui fournissent les éléments de cette industrie. Plus au N., sur ulle seconde baie est un gros bourg, Phanri, où viennent à la bonne saison travaillel' des marins du Quâng Binh. Tout auprès, au centre de dunes aux blanc.heUl's aveuglantes, Duong ofl'ré un petit port assez sûr. Tous ces villages se livrent à la même industrie. En arrière s'ouvre une plaine plus importante qui semble avoir été assez riche autrefois; elle est aujourd'hui en partie

Cette province, le Binh Thu~n, de son nom annamite, est la dernière contrée du Campa qui avec la vallée de Phanrang, plus au N., ait conservé son indépendance. Au milieu du XVIIe siècle, l'ancien empire ëam: était réduit à ces deux seules régions, et la capitale paraît êh'e descendue près de Phanri; c'est en ce point en effet qu'en 17 20, les officiers de la Galathée vinrent saluer l'uu des derniers rois du pays {Il. Ces faibles souverains cessèrent d'être héréditaires pour devenir de véritables fonctionnaires de la cour

de Huê en 1 7 35 et dispamren t en 1822. Mais si ce telTitoire

l~dernier~u~~oitl'esté ëam, il ne semble pas avoir fait partie du Campa primitif : nulle inscription antique n'y a été tl'ouvée,

est

(Il E.-M. DURAND, Notes SUl· les ChalUS

B

E

Ji

E -0

t

V

 

,

.

.

.

.

,p.

38'

·1 C

l

.

SillY.

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA.

7

tandis qu'elles sont nombreuses dans la vallée de Phanrang voisine, et, sauf le temple de Po Dam, que ses formes peuvent rapporter au lX C ou au xe siècle de l'èl'e chrétienne' , aucun édifice ancien ne s'y rencontre. Les monuments y sont modernes, pagodes funéraires des derniers rois ou maigre~bamuit. La province est cependant inté- ressante à étudier, car c'est le seul point où l'on puisse recueillir encore de vieux souvenirs ou des renseignements sur la vie anté- rieure des Cams; encore beaucoup paraissent-ils être forgés après coup.

II.

.Du cap Padaran au cap Varella, s'étend la deuxième section:

elle comprend l'ancien Khanh Hoà et se compose de trois vallées réunies par des passes faciles. Ce groupe est lui-même ouvert sur

le précédent par la vallée de Cà Na, mais il en est séparé par les collines du S. qui, sur une étendue assez longue, baignent leurs

pentes abruptes dans la mer,

ne ' laissant à leur pied qu'un étroit

et difficile sentier, parfois la plage seule pour tout passage. Le cap Padaran semble être une He atterrie depuis des siècles; il est soudé à la côte par la vallée dessus dite, large brèche boisée entre la baie de Cà Na - bon refuge pour les barques de pêche, et, par suite, centre actif de contrebande - et la baie de Phanrang. Celle-ci n'offre qu'une rade médiocre aux grands navires, mais fournit derrière la barre, dans la profonde lagune de Nai, un excellent abri aux jonques de mer. Le cap est un des points les plus dangereux à franchir pour la navigation à voiles, car la côte, jusqu'alors parallèle aux moussons, se redresse brusquement vers le N.

Dans toute cette partie, les montagnes dominent la mer, mais diverses vallées s'ouvrent entre leurs ramifications. C'est d'abord, immédiatement après le cap Padaran, la riche plaine de Phan- rang qu'arrose un torrent abondant : entièrement cultivée par les Cams, elle se dessécha après l'abandon de leurs canaux et elle présente aujourd'hui l'aspect des grandes plaines bi-Mées de l'Inde, mais l'elror! des colons et des missionnaires lui rendra bientôt sa prospérité ancienne. Cette vallée est la plus septentrio-

8

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAl\IPA.

nale qu'habitent encore les Cams. Une stèle, celle de Yail 'l'iklll~l,

de la colline de Ba Trling, les y montre installés longtemps

avant 709 çaka; un grand nonibre de monuments et d'inscriptions s'y rencontrent, s'échelomiant sur toute la durée de l'histoire came.

C'est sans doute en ce lieu que fut bâtieune des dernières capitales, après la cession définitive des provinces au-dessus du col des Nuages (t 307 A. D.). Le pays se nommait Pal)~urailga. Les derniers survivants de ce malheureux peuple s'y rencontrent, comme au Binh Thuàn, mêlés aux Annamites; mais les deux populations ne fraient guère et habitent des villages différents : ceux des Annamites, verdoyants, entourés de haies touffues de bambous; ceux des Cams désolés, enclos de palissades en branches tordues et desséchées. Une passe resserrée et sauvage, quoique d'un accès très aisé, encombrée d'une végétation intense et infestée de tigres, mène derrière le faux cap Varella à la baie de Cam Ranh, havre excel- lent et for1, poissonneux. Cette région est aujourd'hui presque déserte, et les recherches v sont de ce fait assez ardues; la forêt y cacherait une ancienne citadelle; nous n'avons pu encore fa re- connaître.

Un peu plus au N., un dédale de petites îles et la grande île Tre au large défendent la baie de Nha Trang et y abritent à chaque mousson un mouillage différent. De hautes -montagnes enferment une étroite mais fertile vallée, arrosée par une petite rivière; la plus vieille inscription de l'Indochine, la pierre de Vô C~nh, me siècle (1), Y fut trouvée. Là se voit un sanctuaire, vénéré entre tous, le temple de Pô Nagar de Nha Trang, constl'Uit sur l'empla- cement d'un édifice déjà honoré pour son ancienneté vers la fin du Ville siècle; la région porta, au moins aux temps anciens, le nom de Kauthâra.

. près

, ~nfin une troisième baie, ·celle de Hon KMi, que côtoient les

reglOns productives de Ninh Hoà, est dominée de près par des montagnes supérieures à 800 mètres, de loin par une cime élevée

CARACTÈRES

GÉOGRAPHIQUES DU

éAl\1PA.

.9

( 2, t 00 mètres) que terminent deux roches immenses: des légendes annamites les ont fait nommer (( La Mère 9t l'Enfant 11. Cette baie est fermée au N. par la pointe escarpée du cap Varella. Comme on le voit, dans toute cette zone, la vie .came senible s'être concentrée dans la large vallée de Phanrang, etseuls des points très anciens et très révérés se rencontrent isolément dans les autres coupées de la chaine annamitique. III. Nous limiterons la troisième section entre le cap Val'ella et la pointe Sahoi, c'est-à-dire entre les extrémités des deux systèmes montagneux qui encadrent au N. et au S. la plaine du Bînh Dinh.

Chacun de ces massifs est coupé 'à son

portante, mais d'un caractère fort différent. Le Sông Da Rang, ou Sông Bà, le principal fleuve de l'Annam, étendue d'eau tOiTen- tueuse à la saison des pluies, rivière paresseuse entre d'immenses plaines de sable à la saison sèche" divise le massif S., et sa .vallér, largement ouverte vers la mer s'enfonce profondément dans la montagne de l'O. pour se retourner ensuite au N., enfermant entre eHe et la côte les cours d'cau plus septentrionaux. Le mas- sif duN. au contraire ne contient qu'une vallée sinueuse mais

courte, où coule une rivière aux berges

Giang. Du cap Varella jusqu'à la pointe Sahoi, la côte continue à monter franchement vers le N. Deux passages permettent de franchir l'éperon du Varella: un col rapide, le Dèo Ca où surplombe une montagne couronnée ·d'une pierre énorme, le Da Bia (750 mètres), et une vallée marécageuse et malsaine, seul passage accessible aux convois de chevaux de bât; l'unet l'autre conduisent dans la vallée du Sông Da Rang. Celui-ci se jette à la mer au pied d'une faiaise aLi'upte qui porte des ruines cames; un grand marché, 'fuy Hoù, s'est fixé près de cette embouchure. Le fleuve; par son apport con- sidérable de sables, a couvert la côte voisine de dunes éclatantes. Parfois elles s'éc"lrtent; alors jusqu'à la mer, descendent des bois épais de cocotiers où s'abritent des villages prospères. Plus auN.,

encaissées, le Sông Lai

tour d'une dépression im-

10

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU (~A~lPA.

au milieu d'une vaste plaine, entourée de collines élevées, se trouve l'ancien chef-lieu de la province, Phù Yên. Le pays est fort cultivé et, chose rare en Annam, les cultures montent jusqu'au faîte des' versants, les rayant des mille stries des terrasses jusqu'à la crète qui, fait particuliel', s'étend toujours ici horizontalement. De belles plantations d'aréquiers occupent les bassesvaHées que. sillonne un dédale de rivières. La route mandarine ne franchit pas moins de cinq bacs en deux heures de chemin, pour atteindre la baie de Xuân Bay; profonde, entourée de montagnes e! toute ceinte de cocotiers, elle offre un excellent mouillage. SUl' la rive se voit, à l'ombre de riches lliantations de palmiers, le village de SÔng Cau, nouveau centre administratif de la province. Cette ré- gion, le Phù Yên, fournit les bœufs et les chevaux les plus estimés de l'Annam. Un col d'accès facile, une étroite vallée fertile aux grasses rizièl'es, aux villages perdus dans les aréquiers et les cocotiers, un noo.veau col plus rude, le col de Cù MÔng, conduisent dans la superbe plaine du Binh Binh. C'est la première vallée étendue qu'on rencontre depuis le S.; les sommets s'écartent jusqu'à 70 kilomètres de la côte; la plaine s'étend sur une longueur égale du N. au S.; ses multiples cours d'eau alimentent l'importante lagune de Thi Nai, sur le bord de laquelle se trouve Qui Nho'n. Cette ville, de forma- tion récente, étend ses nouvelles constructions sur les sables entre la mer et la lagune. Deux éperons de hautes collines bordent rentrée de cette dernière; profonde, mais interdite aux grands navires par une barre difficile, elle fournissait un abri parfait aux jonques de commerce et de guerre; près de la pointe orientale, un groupe d'îlots rocheux, aux parois fi pic, pleins de grottes obscures, sert de refuge fi des milliers de salanganes, dont les nids comestibles, fort recherchés des Chinois, sont l'objet d'un négoce avantageux.

Le fond de la plaine se relève par une série de mouvements de telTain qui viennent mOUl'il' sur la côte, enfermant des vallées

CARACTÈRES

GÉOGRAPHIQUES DU

éAl\fPA.

11

remplies de beHes plantations de cocotiers, les derniers que l'on trouve en montant vers le N. La rivière abondante de BÔng So'n arrose cette contrée; puis le fond de la vallée s'appauvrit en s'élevant; un col assez facile mène du Binh Binh au Quâng Ngiii en franchissant l'éperon montagneux qui finit dans la mer à la pointe Sahoi. Ces provinces du Phu Y~n et du Binh Binh furent très irréguliè-

et du S. ne

montrent que peu de souvenirs de cette civilisation et seulement dans les deux vaHées; la plaine centrale offre en revanche un en- semble d'édifices imposant. La vallée du S., celle du SÔng Bà, fut colonisée par les èams à plus de 100 kilomètres à l'intérieur. Le fait parait étrange , si, comme il semble, ils n'ont pas pénétré dans la passe d'Ai Lao, à la hauteur de Huê: il pourrait s'expliquer cependant par la position de ce col et la date relativement récente des monuments découverts dans la vallée du SÔng Ba Rang; sans doute cette expansion vers l'O. est-eHe la conséquence de la perte définitive des provinces au N. du col des Nuages: les populations cames refoulées ou fuyant la cruelle domination des Annamites durent, pour trouver de nouvelles terres, s'enfoncer dans la montagne; et le parallélisme de la haute vallée du fleuve avec la mer leur permettait d'atteindre aisément les endroits cultivables par la passe d'An KM sans faire le grand détour au S. par le cours du fleuve. Le massif côtier qui s'élève au N. de l'embouchure du Sông Ba Rang ne se prête pas à la culture du riz, mais est couvert de riches plantations; malgré sa fertilité, il ne présente aucune trace came. Nous n'avons jamais eu, il est vrai, l'occasion d'étudier à fond cette région, et moins heureux qu'ailleurs, nous n'avons pu trouver sur place une collaboration efficace. Toute cette partie avait cessé d'être came dès le commencement du XVIe siècle ct peut-être fut-elle abandonnée avec le Binh Binh.

rement peuplées par les èams.

Les régions du N.

La plaine fertile qui s'ouvre au N. sur la baie de Thi Nai ful

12

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA.

pàrmiles plus prospèl'es ùu Campa; elle est semée de sanctuaires de l'époque moyenne; il s'y trouveqllelques-uns des édifices les plus imposants dus à cet art. Non loin de la citadelle annamite de Binh Binh .qui est toute récente (fin du xvm e siècle) se voient les ruines de la ville forte de Caban. C'est sans doute le Vijaya des inscriptions (1), le Fa-che des Chinois (2), la capitale après la remise forcée des territoires du N. au milieu du Xie siècle. Elle tomba elle-même avec le pays environnant au pouvoir des Anna- mites en 1471 A. D. Le massif du N. montre à nouveau peu de vestiges cams, sauf la vallée de BÔng So'n qui contient un assez grand nombl'e de traces ù'édifices, mais tous entièrement ruinés.

IV. De la pointe Sahoi au cap Batangan, la côte reste S.-N.; à ce

dernier cap, elle s'infléchit nettement vers le N. O., puis garde jusqu'au Tonkin cette direction que ne modifie pas l'éperon formi-

dable franchi par le col des Nuages. Noire quatrième section va

de la pointe Sahoi à cet éperon et comprend deux provinces anna- mites, le Quang Ngai et le Quang Nam. Toute cette contrée offre un caractère très particulier. Près du rivage s'étend une zone de sables relevés en dunes sur le bord, morne étendue que divise dans toute sa longueur une interminable lagune; puis, moins étendue

Binh, vient une . plaine fertile : qui

pénètre en vallées profondes dans le labyrinthe des montagnes voisines. Celles-ci assez élo,ignées de la côte la bordent seulement de

quelques mamelons à la hauteur du cap Bantam, divisant naturel- lement le Qu;\ng Ngai el le Quang Nam. Plusieurs cours d'eau larges mais de maigre débit naissent au fond de l'enchevètrementdes vallées. Le Sông Tra Kuk et le Sông Tra Bôngarrosent le Quang Ngai. Le Sông, cours principal qui prenddilTérents noms, se réu- nit .à d'autres affiuenis pour former le grand fleuve qui couvre la plame du Quang Nam du dédale de ses mille bras; il passe d'abord

peut-être que celle du Biuh

(1) FIXOT, Notes d'épi{Jraphie; B. E. P.

E.-O., 1. IV, go(j, note 1.

(2) PELLIOT, Deux itinérai,>es Inde à la fin du VlII " siecle, iù.,

de Chine 'en

t. IV, 'log.

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA.

13

à côté des mines d'or de BÔng Miêu que les Cams exploitèrent, et coule ensuite non loin d'une" sorte de ville sainte qu'abrite le cirque de Mi So'n. Les diverses branches aboutissent aux lagunes côtières en formant un vaste estuaire de faible profondeur sur le- quel est bâti Fuifo, qui passe pour avoir été autrefois le port prin- cipal du Campa; c'est aujourd'hui un entrepôt considérable du com- merce chinois. Un dernier bl'as se jette dans la rade de Tourane; celle-ci est enfermée sur plus d'un demi-cercle par de hautes montagnes et une ancienne ile rocheuse, réunie à la terre par une

bande de sables qui s'appuient sur d'autres îlots atterris~ les MOTl:-

tagnes de Marbre. Ces roches sont

singulier de marbres et de schistes;" cette contexture y détermine de longues fissures et d'étranges grottes. L'une a servi au culte

cam, et l'autre; consacrée parles Annamites au culte bouddhique, est une des curiosités de l'Indochine. La baie n'ouvre sur la mer que par un goulet assez court mais contourné, dont lafol'me brise l'action des tempêtes. Au large de la côte se trouvent deux Hes assez impol'tantes. Cù

Lao Rily, à la hauteur du

constituées pa l'un mélange

cap Bantam, posséderait des vestiges que

nous n'avons pu encore inventorier. Au large de Faifo, Cù Lao Cham contient des villages d'une populaLion très différente de la race annamite; elle offre à la navigation un sérieux point de re- père et quelques bons mouillages. Toute la plaine du Quang Ngâi et du Quâng Nam est remplie de souvenirs cams, et si au Quang Ngâi aucun édifice n'est resté debout, en revanche les traces en sont nombreuses. Le Quang Nam est semé de monuments et de tertres de décombres qui rappellent l'existence de véritables villes. On pourrait voir dans la grande citadelle de Tril Kiçu~tout à fait ruinée malheureusement, les restes d'une ancienne capitale, peut être SiIihapura(I) qu'accompagna comme ville sainte çivaïte le groupe de temples de Mi So'n à 15 kilomètres à l'O. La

(Il

FI:\OT, B. E. F. E.-O., t.

IV.

9 15 .

1/1

CAIlACTÈIlES GÉOGIlAPHIQUES DU (~AMPA.

région portait sans doute le nom d'Amaràvatï ({ Une autre capI- tale s'y élevait au IX C siècle, la ville aux monuments bouddhiques d'Indrapura (= B6ng Du'O'ng) à 20 kilomètres au S. (2). La capitale brûlée au milieu du XIe siècle paraît avoir été abandonnée fi cette date et reportée au Binh Binh. Le pays lui-même fut cédé aux Annamites au commencement du XV C siècle.

V. Au N. du col des Nuages la montagne revient tout d'abord

serrer la côte de près, puis elle s'écarte: dunes et lagunes règnent à nouveau. Trois provinces annamites s'échelonnent du S. au N. :

ThU'à Thiên, Quâng Tri et Quâng Binh. Le massif qui ferme le Quâng Nam au N. présente des sommets de belle altitude (Portes de fer, 1200 mètres; Sommet Triple, 1350 mètres, etc.). Cc système se termine en mer par un éperon saillant qui ne laisse pour passage entre le Quâng Nam et le ThU'à Thiên qu'un col peu élevé mais aux pentes rapides. Il finit au N. par le cap Chu May. Immédia- tement au-dessus commence la première des lagunes qui bordent toute la côte du ThU'à Thiên ct du Quâng Tri et que sépare de la mer une ligne de dunes basses. Derrière cette bande stérile le pays légèrement accidenté est fertile; un cours d'eau d'assez fort débit, la rivière de Huê, l'arrose. Elle pi-end sa source dans les monts que l'on voit en arrière de cette ville; le plus important, le Double-Pic a 1770 mètres; après avoir contourné la citadelle de Huê et une place forte came antérieure, elle se déverse dans les lagunes, n'ouvrant sur la mer qu'une embouchure obstruée d'une barre infranchissable l'hiver; elle ne livre passage en été qu'aux Mtiments de faible tonnage; la passe s'ensable encore tous les jours et il est probable qu'au temps des Cams elle était d'un accès infiniment plus aisé.

Le Thu'à Thiên et le Quâng Tri sont d'un seul tenant; mais le dernier, arrosé également d'une assez forte rivière, embarrassée aussi d'une barre à son embouchure, est plus pauvre; c'est"pourtant

(1)

Fl~OT, B. E. F. E.-O.,

t. Ill, 639, note 5. -

(' ) FINOT, ibid., t. IV,

112.

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA.

15

là, dans la région de Do Linh, que se récolte l'espèce la plus estimée d'une des plus riches épices de l'Annam, le poivre. Un nouvel éperon, le cap Lay, qu'accompagne une montagne élevée, le Grand Sommet (1660 mètres), vient séparer le Quang Tri du Quung Binh plus prospère. Le rivage continue bas et couvert de dunes; un petit cours d'eau l'interrompt et son estuaire forme le port de HÔng H6'i, dont la situation particulière faisait un point stratégique remarquable. La citadelle s'appuie sur une muraille na- tmelle, le Nuî Ba Reng, qui aboutit à la mer; au N. de la ville, un contrefort de falaises, ne laissant qu'un étroit passage, fait de ce lieu de véritables Thermopyles. Puis la cÔte reprend monotone jusqù'au SÔng Gianh qui est un des grands fleuves de l'Annam. Il coule près de curieuses grottes, garnies d'inscriptions indéchif- frables. Ces grottes consacrées au culte bouddhique par les Cams sont un des plus intéressants souvenirs laissés par eux dans le N. Enfin quelques kilomètres plus loin est le cap Bung Chùa où finit pour nous l'ancien Campa. Toute la contrée àu N. du col des Nuages jusqu'à ce cap montre peu de vestiges de cetLe civilisation. La chaine montagneuse qui sépare le Quallg Nam du ThU'u Thiên n'en présente aucun; les villages annamites y sont fort ral'es et l'on peut se demander si cette zone ingrate n'était pas complètement déserte. Au pied de ce massif se voit la tour de Linh Thâi, l'édifice le plus septentrional, dernière manifestation d'un art déchu, s'il n'est plutôt une grossière restauration annamite. Tous les autres monuments ont disparu du ThU'a Thiên et leurs matériaux même ont dû être utilisés : seule la citadelle voisine de Huê marque un point capital; peut-être faut-il y voir les restes de la citadelle appelée K'iu-sou par les Chinois (i). Au Quaug Tri et au Quang Binh les vestiges ont un peu plus d'importance; quelques-uns, comme ceux de Hà Trung, témoignent

(I l

PELLIOT, n.E.F.E.-O., t. IV, 202.

16

CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU (~Al\tPA.

de constructions grandioses. Mais le pays a été tellement dévasté par les guerres, perdu et repris incessamment par les Ca ms et par les Annamites, qu'il n'y subsiste que des décombres; l'absence en ce point d'un centre comme Huê a au moins préservé ceux-ci d'un pillage systématique. Le ThU'a Thiên paraît avoir toujours fait partie de l'empire cam; peut-être cependant fut-il conquis avec le Quang Tri et le QuarigBinh sur la Chine au IVe siècle; les rensei- gnements fournis à ce sujet par les annales annamites sontdiffi- ciles à interpréter en raison des changements continuels qui se sont produits dans l'appellation des lieux. C'est avec une égale réserve qu'on doit parler de la cession du ThU'a Thiên et du Qu<Îng Tri aux Annamites. Mais si ces provinces purent être cédées eil même temps que la région la plus septen- trionale, il est probable que l'abandon ne s'étendit pas davantage au S.; il faBait une nouvelle frontière et la division marquée du massif du col des Nuages était indiquée. D'ailleurs la cession ne paraît pas avoir été effective: les Cams ont continuellement lutté pour rentrer en possession de leurs provinces du N. Il semble que ce ne soit qu'en 1307 que leur annexion àit été définitive; encore refusent-elles de s'y soumettre. Huê devient néanmoins citadelle annamite et ce n'est plus au Ngh~ An, comme on le vit au début du XIIIe siècle, que les Cams vont porter la guerre, mais dans cette région même de Huê; accidentellement, vers la fin du XIVe siècle, ils atteignent derechef le Ngh~ An et montent jusqu'au Tonkin; mais leur elfort bl'isé, les Annamites réorganisent so]ide- ment le ThU'a Thiên( t 393) qui sc transforme en .un boulevard inexpugnable.

Quant au Quang Blnh, il est probable que dès 1069, ct à

~lus forte raison 1307, il cessa de faire effectivement partie dù

Campa.

Le petit nombre d'inscriptions trouvées dans ces dernières pro- vinces et le fait qu'elles sont encore inédites ne permettent pas plus de précision.

.

.

CHAPITRE

II.

CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE èAI\L

TEHI\IlNOLOGIE (l'.

PLAN DES DESCRIPTIONS.

Parmi les monuments ca ms conservés, ne se rencontI 'e nt guère que des temples, et ceux-ci, bien que variés dans le détail, ren-

.trent pour l'ensemble dans un type unique susceptible seulement de redoublement ou de réduction. Ils s'élèvent d'habitude sur de légères éminences, situation choisie sans doùte pour les rendre visibles à grande distance. Leur orientation à peu près constante est E., avec d'ordinaire un léger écart vers l'un ou l'autre côté. Le centre de la composition est toujours un édifice en pyramide à ba~e carrée dont le noyau creux constitue l'étroite cella, demeure

le nom de kalan; ce

terme correspond au pràsàt khmer, sanskrit prasiida; l'babi:" tude est prise chez les Français de désigner ces constmcLÏons sous le nom de tours en raison de leur dimension plus grande en hauteur; il ne faut voir dans cette appellation aucune acception militaire. Le ka/an principal est parfois accompagné de deux autres placés sur un même axe N. -S. ; il semble que ce soit le plus sou- vent des adjonctiolls successives. Un mur détermine autour du groupe central une enceinte probablement sacrée; elle est inter- rompue à l'E. et rien qu'à l'E. par une porterie, de forme analogue en général aux kalan, mais (lui n'en est pas un, n'étant pas un

du dieu; les Cams donÎlent · à ce b~timent

. ('). Quelques-uns de~ termes ernploy és

ICI diffèrent de cenx que nous avions pro-

posés au début de nos travaux, dans notre

étude intitulé e : Caract éristiqu es de l'art

et suiv. ). flans IIne

note de notre art icl e SUI' Lcs monumcnts

Comme nous

cham (8. E.F.E.-O., t. 1,245

.

l'avons irH]j([ué

1.

du cirque de il!ï SO'I! (ibid., IV, 807, n. 1),

une connaissance plus sûre de cet arl nous a forcé de reconnaltre que certaines de nos ancienn!!S appellations n'avaient qu'une valeur trop approximative. La raison du choix délinitif est ici donnée

cbaque fois ~vec la définition

du terme.

11116'11110111:11.11:

".ATIOIU.LL,

18 CAHACTÉRISTlQU'ES GÉNÉRALES D'UN

TEMPLE

l:AM.

sanctuaire; deux portes opposées sur l'axe E.-O. et relevées de hauts perrons donnent à dessein un accès difficile à la cour sacrée. Il n'est pas rare que cet enclos enferme un bâtiment allongé dans le sens E.-O., placé en avant du noyau principal: il contient deux salles qui se commandent; seule, celle de l'O. possède une porte vers l'axe général, au N. ; des fenêtres les éclait~ent. L'invariabilité de sa situation au S. nous a décidé à désigner cette construction sous le nom d'édifice Sud. Il arrive que d'autres kalan accom- pagnent le premier ou le groupe central; petits, ils sont souvent appuyés à la face interne du mur de clôture. Tous ces bâtiments · sont en briques et couverts par des voûtes épaisses à encorbellement qui forment pyramides creuses. Hors de cette enceinte et en avant, orientée de même, s'allonge d'habitude une salle constituée par des murs minces ou des piliers qui supportent une toiture de tuiles. Nous l'appelons grande salle. Des murs forment parfois une nouvelle enceinte; elle englobe le tout et une tour l'ouvre alors à l'E.; mais en de nombreux cas rien de semblable n'apparait, et il est probable que si clôture et porterie ont existé, elles étaient en construction légère et n'ont pas laissé de traces. En divers points de l'ensemble se voient à l'occa- sion des tours à quatre baies, élevées en briques et voûtées; il semble qu'elles aient d'ordinaire servi d'abri à des stèles, chartes de fondation des édifices, d'où le nom choisi: tour d'abri. Nous décl;irons ici une fois pour toutes un halan en le compo- sant des éléments les plus habituels, et, insistons sur ce point, ail cours de l'Inventaire, nous nous reporterons strictement et dans cet ordre à ce type classique, nous contentant seulement de signa- ler par queUes différences l'édifice étudié s'en sépare; mais nous ne décri t'ons que le ~·alan, les autres bâtiments se composant des m~mes éléments. Nous y distinguerons deux types, le type complet et le type réduit.

Examinons d'abord le kalan de type complet. A l'intérieur, la cella ou salle de culte est carrée; ses parois sont verticales, nues

CARACTÉHISTIQUES GÉNÉRALES D'UN

TEMPLE

è.UI.

19

et lisses. Une voüte encorbellée, à rangs d'assises successives et régulières, s'élève d'un seul jet jusqu'au sommet. : nous l'avons vu

quelquefois se continuer en une large cheminée qui paraît avoir été ouverte sur l'extérieur; la ruine des sommeLs et l'obscurité des parties hautes fait d'une règle peut-être courante une exception rare et difficile à observer; nous la signalerons chaque fois que le hasard nous aura permis de la constater. De même toutes traces de plafond seront indiquées, ainsi que les pierres de suspen- sion; elles consistent en dalles fichées dans les angles à mi-hau- teur des tours, et percées d'un trou, sortes de poulies fixes , permel- tant la manœuvre d'un velum au-dessus du dieu. Des niches à luminaire creusent les pa rois de la salle sur les axes : ce sont des alvéoles de forme et de dimensions très variables, dont la tablette inférieure était au niveau du piédestal de la statue, et qui devaient l'ecevoir les ustensiles d'éclairage pour ces salles obscures. Le rôle: que nous leur attribuons est, comme celui

plus

prêté

probables.

Au centre de la cella est installée l'idole; elle repose sur un dé mouluré terminé par une cuve à ablutions, terme qui est la traduction exacte du mot sanskrit snânadro1'}i; celle-ci recueille les eaux dont on arrosé la divinité et les rejette à la gauche du dieu, soit le plus souvent au N., par un bec saillant, pel'cé d'une rigole. Parfois un somasütra, conduit à fleur de terre ou suspendu, reportait les eaux à l'extérieur; son existence

aux

pierres

de

suspension,

hypothétique,

mais des

n'est plus attestée dans

percé dans le mur; nous mentionnerons la présence de cet orifice

t?utes les fois qu'il sera reconnu. Idole et piédestal ne seront

sl~nalés ici qu'autant qu'ils seront restés in situ, et ils seront dé-

CrIts plus loin.

Cette salle s'ouvre vers l'extérieur par un couloir à parois nues, sous voÔte en berceau, du même genre et sans traces de plafond. Il se termine par une porte dite intérieure, qui fut munie de

la plupart des cas que par un canal

.

~.

20

CAllACTÉnISTIQUES GÉNÉllALES D'UN TEMPLE CAM.

vantaux: des crapaudines au seuil et au linteau accusent seules l'existence de ces derniers; elle était constituée par un encadre- llIent de pierre simple, uni, et le seuil qui repose sur.le sol forme marche en avant, double marche en arrière, la feuillure fort large se retournant tout autour du chï1ssis de pierre. L'unique linteau porte unedoison de briques qui sert de tympan et, quand nous n'attirerons pas l'attention sur cette murette, elle sera restée sans décor. Cette porte est au ras du parement extérieur de la tour cl les parties qui suivent constituent le vestibule. Un nouveau couloir à parois lisses mène dans une autre petite sane, il. voüte spéciale, mais beaucoup moins élevée que celle du sanctuaire. Seule la porte d'entrée l'éclaire. Celle-ci diffère de la précédente en ce que son encadrement de pierre n'est pas complet, car il ne comporte jamais de seuil saillant. Les piédroits et le lin- teau sont parfois l'objet d'une décoration particulière: nous ne les décrirons qu'en façade et par suite plus loin. Salles ct couloirs sont au même niveau qui est celui de la cimaise du soubassement général.

Extérieurement l'édifice entier, partie principale et vestihule, est porté par ce soubassement général, seul élément commun entre eux. Il se décroche suivant les saillies principales et ne s'interrompt que devant la porte d'entrée pour faire place à un perron qu'en- cadrent deux échiffres, houts de murs ou pierres verticales taillées en volutes et qui enferment les abouts des marches. (Cf.

B.E.F.E.-O., t . IV, p. 870, fig. 34 et p. 872, fig.

35.)

Sur ce soubassement s'élèvent les façades mêmes du corps cen- tral et du vestibule. Nous nous occuperons d'abord du corps centraL Il comporte plusieurs étages, qui vont en diminuant d'im- portance de has en haut Le premier, qui forme l'enveloppe même de la cella, présente, à l'extérieur, des parements ornés cntee deux

corps de moulures; ces parements ne sont pas toujours verticaux; seule leur inclinaison sera signalée. Ils ne sont pas lisses, mais comme gaufrés en une série de longues saillies plates, que sé-

GARA CTÉRISTIQUES

GÉNÉRALES D'UN

TEMPLE CAM.

21

largeur analogue; les arêtes ainsi déter ,

minées sc continuent dans les moulures hautes et basses par des

angles saillants et rentrants. (Cf. B.E.F.E.-O., t. l,p. 256,

fig. M.J.) Pour leur similitude d'as1?ectavec le pilastre antique, nous

pilastre, bien qu'ils ne portent rien

et n'aient ni base ni chapiteau spéciaux; la partie rentrante intermé- diaire a reçu naturellement celui d'entrepilastre. Dans le type le

plus fréquent que nous envisàgeons ici, les pilastres sont au nombre de cinq, mais le pilastre central disparah derrière les fausses portes qui décorent les axes et n'est reconnaissable d'ordinaire que par le mouvement qu'il détermine dans le corps de moulures supérieur. Égaux et de même saillie, ils sont recoupés en deux par une sai- gnée : le parti d'ornementation dans ces édifices semble avoir tou- jours comporté la sculpture de ces bandes ou de l'ensemble même du pilastre; mais l'inachèvement _presque habituel de ces sanc~ tuaires nous force à porter les pilastres nus et recoupés dans le type général; de même les entrepilastres seront-ils comptés comme étant seulement décorés de saillies et de retraites succes- sives dans Iabrique, formant cadres concentriques, sans moulure~ ni décors, quoique ces saillies paraissent., dans la plupart des cas, n'être que des épannelages. Pilastres et entrepilastres s'unissent aux corps de moulures termi- naux par un mouvement symétrique, congé en bas, cavet en haut. Nous désignons le cours de profils inférieur et supérieur. par les noms de base et de corniche, bien que ce ne soit que de simples décors; la base, lorsqu'eHe est traitée en pierre, ne 1'est jamais qu'en revêtement et n'ajoute nuHe force à la construction, et la corniche n'en est pas une, car eHe ne forme jamais larmier. Quelque impropres que soient ces termes, mais par des raisons de brièveté et de clarté, nous les adopterons en prévenant le lecteur qu'ils n'entreront en aucun cas dans cette étude sous une autre valeur que ce sens spécial. Base et corniche sont d'ordinaire symé- triques et nous ne signalerons que les exemples de dissymétrie;

parent des faces creuses de

leur avons ·donné ce nom de

22

CARACTÉIUSTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE CAM.

nous indiquerons ces profils sous le nom de type à cavet

et type à doucine suivant la moulure principale des profils

constants sous lesquels ils sont tracés,

d'ailleurs si dans le cas d'une corniche la doucine est renversée, ou dans le cas d'une base, que le cavet y doive porter normale- ment le nom de congé. La base porte souvent un ornement spécial qui n'a son pendant en nul autre art; parfois exécuté en pierre, lorsque la base l'est en briques, il n'est nullement lié au reste de sa composition; cette raison nous fit lui donner le nom d'applique. (Cf. B. E. F. E.-O.,

sans nous inquiéter

t.

l,

p.

256, fig. [14.)

La corniche se complète en bas d'un décor de sculpture formé d'une sorte de guirlande serrée, motif classique dans l'art hindou et que nous dénommerons ici: frise à guirlandes pendantes.

A l'instar des pilastres, ce motif est fréquemment resté à l'état d'épannelage, et c'est seulement alors que nous le considérons comme du type général. Les angles sont renforcés par des dalles d'arête et des pierres de coin. Nous désignons par les premières des dalles minces fichées verticalement suivant le plan diagonal et qui consolident l'arête (cf.B. E. F. E.-O., t. l, p. 255, fig. 43); les secondes soutiennent à plat l'angle de la grande face qui termine la corniche. Cette face est considérée de même comme nue dans le type général; elle ressaute aux angles que le pilastre du coin détermine dans la corniche, et non aux pilastres intermédiaires, où la corniche est tenue à dessein moins saillante.

En ce point se place un des décors les plus heureux et les plus caractéristiques de l'art cam: des dalles minces, découpées souvent à jour, se détachent hardiment dans le plan diagonal et accusent la silhouette de la corniche dont l'angle exagère déjà le mouvement; il n'est pas rare qu'elles soient remplacées aux saillies intérieures de la .grande face par des figures de ma/cara ou d'apsaras. (Cf. B. E . . F. E.-O., t. l, p. 251, fig. 40 et p. 255, fig. 43.) Leur rôle a fixé le

CAHACTÉRISTIQUES GÉNÉHALES D'UN TEMPLE éAM.

23

choix de leur nom: nous les appelons pièces ou pierres d'ac-

cent; leur position diagonale rendait. cassants les demi-angles de la corniche; deux renfol'ts de briques en forme d'ailes viennent en augmenter la résistance. (Cf. même figure li 3.)

face de corniche s'élève ' un bahut de mOlllures',

Sur la grande

parfois identique à lui même dans toute la largeur de la façade, parfois différent à l'angle. Sa face supérieure constitue un terras- son en doucine, mais la végétation a détruit presque partout cet élément trop exposé. Aux quatre angles de la corniche un motif vertical vient encadrer d'une quadruple pointe l'étage suivant plus étroit. Ces amortissements d'angle peuvent être considéres comme de véritables petites tours, leur étage inférieur très réduit

correspondant au bahut dans la partie qui se superpose au pilastre de coin; la situation de cet élément en compromettait beaucoup la conservation, aussi n'en rencontre-t-on qu'un petit nombre; nous les décrirons en détail toutes les fois qu'il en aura subsisté quelqu'un.

corniche et base, ne sont pas les seuls

décors ,des parois de la tour. Sur trois faces - la quatrième est occupée par le vestibule qui sera décrit plus loin - trois fausses portes forment des motifs imposants; Ce sont en réalité de minces édifices en saillie, réductions de vraies tours accolées et comme projetées sur les faces latérales. Peut-être n'y eut-il pas en des édi- fices différents deux fausses portes pareilles, aussi leur description complète sera faite chaque fois. Quelques-unes montrent dans lem' partie antérieure une imitation de vantaux en menuiserie,unique cause du nom choisi; cette indication qui parait le souvenir de la disposition primiLive fait place souvent à une figure d'orant. Leurs frontons multiples sont ornés, dans les derniers temps, de dalles ciselées, en terre cuite, modelées et gravées avant cuisson: c'est

ce que nous appelons feuilles rampantes.

Sur le corps central de la tour s'élèvent plusieurs étages qui Vont en se réduisant; ils sont généralement au nombre de

Pilastres et entrepilastres ,

26.

CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D' UN TEMPLE éAM.

quatre; les deux premiers semblables entre eux ne sont que la ré- duction du corps principal et, proportions à part, la composition en est exactement la même (1). Notons seulement deux faits: la dis- parition presque constante de la base, alors que les appliques con- tinuent à orner le pied des pilastres; l'apparition des métopes:

nous classons sous ce mot, détourné de son sens propre, un décor spécial, parfois dalle sculptée incrustée dans le mur, parfois motif taillé dans la brique au centre d'un entrepilastre; le même élément est à l'occasion fiché en avant de la paroi dans l'extrados du terrasson. Les fausses portes sont remplacées par des fausses niches; nous avons adopté ce terme 'pour éviter des confusions, mais ce ne sont en réalité que la réduction des fausses portes :

elles encadrent en certains cas dans une sorte de niche, qui forme le corps antérieur, une figure de divinité ou d'orant: d'où le nom choisi.

Le plus souvent le premier étage présente quatre pilastres, le second trois, le troisième deux ou aucun. Celui-ci se différencie des autres par l'absence d'amortissements. Sur le terrasson qui le couvre s'élève un motif de couronnement rarement consel'vé, à section carrée ou polygonale et terminé dans la même section en forme de pyramide curviligne : nous désignons cette pièce par le

nom de pierre de couronnement.

.

Le vestibule est une réduction de la tour même; sur les faces latérales peuvent se voir des fausses portes simplifiées et le nombre des étages diminue. Les différences de cette partie du temple avec le corps même du kalan seront signalées.

Enfin nous arrivons à la porte d'entrée par où s'ouvre l'édi-

fice. Ses piédroits sont simples, à bague et octogonaux,

c'est-à-dire en forme de double balustre.

à

contre-courbes,

"

e a eSCl"' ptlon sera Je

nlt~me;l~slsl~ns-y,car une confusion peut se prodUIre aIsément entre les détails des divers étages: au m~meniveau se trouvent

('l

L'

d

.or. re

d

1

d

les amortissements du COl'PS principal et les fausses niches du premier étage qu'ils encadrent, les amortissements du deu- xième et les fausses niches du troisième.

CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE éAl\1.

25

(Cf. B. E. F. E.-O., IV, p. 85 1 ~ fig. 29') Presque toules ces portes ont disparu et nous en décrirons les moindres restes, Le kalan de type réduit se distingue dupréèédent par la modification en plim ét en façade du vestibule. En plan, la salle antérieure disparait et, de la porte intérieure, un simple couloir mène à la porte extérieure. En façade, le vestibule est traité comme l'arrière-corps exagéré'd'une fausse porte et non comme la réduc- tion d'une tour isolée: il n'a pas de fausses portes, se couvre d'une

voûte ~n berceau et se

Les autres types d'édifice seront décrits dans leurs grandes lignes et même leurs détails, chaque fois que ceux-ci différeront des élé- ments connus dans les kalan ordinaires. Il est rare que ces divers bâtiments donnent lieu à d'intéressantes observations de construction : ils sont presque entièrement en briques; seules sont faites en pierre les parties inexécutables en petits matériaux : linteaux, encadrements ' de portes, pièces d'accent, etc.; celles dont l'effet serait insuffisant dans une matière

aussi ingrate: tympans, métopes; celles dont la position trop ex- posée rendait la conservation précaire: pierres de couronnement, marches, etc. Si quelque observation de construction mérite d'être consignée, elle le sera à cette place. La décoration d'un édifice de ce genre comporte des parties de sculpture ornementale, animale, figurée (1) : elles seront

termine par un pignon.

(1) Arrêtons une fois pour toules, ait sujet de la description des sculptures, les Conventions qui nous régleront:

Les mols "droite" ou "ganche" se rap- portent toujours à la figure représentée, el non au spectateur: si l'image tourne le

~os:la droite el la gauche changel"on t; s'il ~agl1 d'un objet aulre qu'une inscription,

Il sera considéré comme un être qui ferait

f~ceau spectatem', Ainsi un objet àdmite

d un sujet sera à portée de sa main droite.

Pour éviter d'ailleurs les confusions si fré-

quentes et si gênantes en ces matières, nous emploierons le possessif toutes les fois qu'il nous sera possible, disant "à la droite du dieu" ou sa droite", et, pour les mo- numents, . nous nous restreindrons aux orientations. Nous désignerons par les mots Irhaut relief" et "bas-relief" toutes figures at- tachées à un fond, mais nous réserverons le mot Ir bas-relief" à celles qui sont dé- formées en épaisseul', sans aUacher d'im- porlance àla saillie même des sculptures,

26 CARACTÉRISTIQtlES Gl~NI~nALES D'UN

TEMPLE

(~AM.

examinées dans cet ordre, ct tout naturellement après l'étude des figures se placera ceBe de l'idole du temple et de son piédestal, qu'ils soient in situ ou non. Nous dirons le piédestal ordinaire lorsqu'il soutiendra la divinité par l'intermédiaire d'une cuve à ablutions, plus saillante que lui; à emboîtement, dans le cas contraire, alors même que la cuve ne serait pas indépendante . La cuve présente d'habitude une forme carrée; une dépression de même tracé reçoit les eaux d'ablutions landis qu'une rigole percée dans un becsaiHant les rejette au dehors. Une mortaise centrale reçoit le tenon qui fixe la divinité. Il arrive que de minces rigoles taillées sur les faces de la mortaise rejettent les eaux dans un canal central qui traverse tout le piédestal. Nous nommerons alors la cuve ou le piédestal, à écoulement central. Enfin nous ne signalerons pour la cuve ou le piédestal que les formes différentes du carré. Souvent ces édifices offrent des parties inscrites ou des graffiti. Inscriptions et stèles seront décrites en ce point, en caractères plus fins, et les indications principales que nous aurons pu réunir seront mentionnées dans l'ordre suivant: nature, matière et dimen- sions de la pièce ou mieux de la partie inscrite, - lieu où elle sc trouve ou lieu où elle a été transportée, -- répartition et nombre

de sorte qu'un bas-relief peut ~tre ainsi pIns saillant qu'un haut relief. Le mot ~ronde bOSSh s'appliquera aux sculp- tUl'es détachées; ~idoles~ à celles qui furent préparées pour ~tre reçues par une cuve à ablutions, ou que nous sau- rons, ponr toute cause, avoir été sculp- tées pOUl' ~trel'objet d'un culte. Enfin, pour abréger la description dé- taillée des figures, nous mentionnerons parfois la parure en bloc sous la forme ~tous les bijoux'" ou nous n'indiquerons que ceux qui font défaut. La série com- piète, rarement réuuie sur la m~me sta- tue, consiste en boucles ou boutons

J'oreille, -- collier rigide et collier souple,

- ceinture rigide, qui forme corselet

entre les seins, - ceinture molle , qui accompagne le sarong ou le sampot,- bracelets de bras, près des aisselles,- d'avant-bras, aux poignets, - et brace- lets de chevilles. Nous ne considérerons pas le cordon brahmanique comme un bijou, bien qu'il soit souvent richement traité. Nous désignons par ~assis à l'indienne" la pose aux jambes cl'oisées; la java- naise" , les pieds unis, mais une jambe vcrticale et une couchée; l'euro- . péennc" , les jambcs comme pend3ntcs.

CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE {~AM.

27

des lignes, langue et nature du texte: prose ou vers, - renseigne- ments principaux qu'il fournit: nom du roi auteur ou régnant, date de l'inscription ou dates extrêmes qu'elle contient, sens général. Enfin nous terminerons par les détails accessoires relevés au coms de l'étude sur le mobilier du temple, objets du culte, etc., qui auraient pu y être trouvés, et les traditions l'ecueillies à son

CHAPITRE III.

DU CAP

BA KÊ

AU CAP PADARAN (1).

Groupe de Phô Hài : tOUI' principale;

petit sancluaire; tour Nord; in scriptions : -

Traces d'une briquetm'ie came à Trlnh Tù'O'ng. - Citadelle de Sông Lüy . - Pagode

de

de Phanri. -BamuÏl de T~Ly.-S culpture s de Thanh Hiêu. - BaU/un de Nraup.-

Groupe de

Nord; légendes. - Bamun de Nagar Tawait; de KabraJ:!; de J?ô Nagar Taha Cak; kut de Pan.

Sud; tour centrale; tours

voi sin s du huy~n Cam

Thu~n Dông. - Kut de Panl"aUil Ka mal'. - Vestiges

Dam: tour Sud-Ou est; tour Sud-Est; tour

. GROUPE

DE

l'nÔ I1ll.

Ce groupe, assez hien conservé, couronne une colline qui domine le village de Thiçn Chanh, canton de L<}.i An, phu de Ham Thu~n, dont eUe dépend, et plus à l'Ü.le bourg de Phantiet. D'une cinquantaine de mètres de hauteur, l'éminence, orientée du N. au S., pousse vers la mer un prolongement rocheux un peu plus élevé; à 300 mètres, une autre toute semblable se continue

premier.

par un zi1ouveme~tanalogue; il -vi ent en écran devant le

le masque èt empêche de voir de loin la fa çade principale.

Les to~rsau nombre de trois sont réparties sur deux étages de terrain. L'orientation générale est E. avec un écart de quelques

important s'élève sur une ter-

degrés vers le N. Le !calan i e plus

rasse supérieure reCtangulaire entourée par un mur de pierres sèches. Il est accompagné au N. E: d'un at~tre petit édifice très t'uillé, tandis qu'au S. un tertre' recouvre les débris d'une construc-

tion à murs minces, ~alle longue couverte en tuiles. Au N., en contre-bas de deux mètres, se voit la troisième tour qui paraît co~temporaine des premières (pl. 1). Ces kalan diffèrent du type ordinaire par l'absence d'amortisse-

30 DU CAP

BA

AU CAP

PADARAN.

ments et de pièces d'accent et par leur sensible similitude avec le type cambodgien. Les portes surtout montrent une combinaison analogue à celle de l'art voisin.

Tour principale. - Le kalan principal est du type ordinaire réduit, profilé dans le système à cavet (pl. 1). La salle abrite un linga qui fait corps avec sa cuve. Il a été dérangé puis replacé ensuite tant bien que mal, mais sur une partie seulement de son piédestal. Il était éclairé par des niches à luminaire fort grandes (pl. II). La voûte intérieure très raide présente d~ns le haut un curieux système d'évents. Il consiste . en une sorte de lanterne à quatre meurtrières ouvertes sans doute par des fentes dans chaque fausse niche du deuxième étage. Il est impossible de les distinguer d'en bas ni à l'intérieur ni à l'extérieur; leur rayonnement seulles in- dique dans l'obscurité du sommet. A une faible hauteur, quatre morceaux de bois percés d'un trou sont scellés dans les angles et durent porter un velum. La voûte de la porte se redresse à ce niveau sur deux rangs de briques. Le couloir est couvert par un plafond de madriers grossièrement ajustés. Une large rainure qui corres- pondait à un encadrement de pierl'e est occupée maintenant par l'encadrement de bois d'une porte. Un vantail en subsiste; il est plein, d'une seule pièce et orné des cadres habituels. La baie d'en- trée S'ouvl"e entre deux colonnes de briques en façade. Tout cct ensemble intérieur repose, contre l'habitude, sur un plan inférieur à celui de la cimaise du soubassement général. Ce dernier (pl. III et fig. 1) est donc interrompu par la porte, il ne l'est pas par les fausses portes. Il est constitué, dans le système à cavet, par un cours de moulures symétriques dont les ressauts forment de petites piles à double plan. Il portait sans doute sur un bahut ou. sur une terrasse générale, CaI' la petite tour voisine semble hlen enterrée à l'heure actuelle et le niveau de l'esplanade tout autour est plus bas que l'entourage immédiat de l'édifice. Les

.\

GROUPE DE PHO HAl.

,

31

parements du corps inférieur font saillie derrière les portes et les fausses portes comme dans les édifices cambodgiens; ce n'est pas fa seule particularité qu'ils présentent, car ils paraissent légèrement obliques et en surplomb; mais toutes les arHes d'une m~me face convergeraient alors vers un centre inférieur très éloigné.

Fig. t.

-

Phô IIài.

Tour prineipule,

face E.

Les différentes parois sont ornées aux angles de pilastres à double

plan; ils offrent un large champ,

même largeur, de fort mince épaisseur. Les entrepilastres pré- sentent un faible cadre rectangulaire.

enfermé entre deux bandes de

32 DU

CAP

BA KÊ

AU CAP PADARAN.

La base est d'un type spécial qui rappelle la corniche sans son cavet. EHè est sans appliques, bien que l'étage paraisse en montrer. La corniche est du type ft cavet, sans pièces d'accent et sans amor- tissement d'angle.

. Fi{j.~. -

·PhÔ Hài.

Tour centrale, fausse porte O.

Fausses portes (fig. 2) et porte principale semblent identiques; la f3:usse porte O. et la porte E. sc complètent mutuellement et notre description est faile des ·éléments pris à l'une et J'autre.

GHOUPE DE PHO UAI.

~

33

Ces portes ont deux corps, car on ne peut considérer comme un troisième la saillie postérieure, ornée comme la masse de l'édifice et couronnée de la même corniche. Le corps postérieur est dé- coré dans le système de la tour mais en plus petit. Il est plus saillant à la vraie porte. Le corps antérieur est formé de deux colonnes de briques qui soutiennent un linteau de même matière sculptée; elles descendent devant le soubassement inférieur et enferment aux fausses portes un champ traité en imitation de menuiserie. Le deuxième corps est couvert par une voûte en bel'ceau en coupe de cloche dont le pignon saillant, soutenu par l'avancée de la corniche, vient en avant du fronton porté par le corps antérieur. Ce fronton fait alors tympim et se décore d'une fausse niche, sans profondeur, nettement visible sur la porte et qu'en- cadrent les volutes du fronton du deuxième corp~.Un double système de poitrails, en bois à la porte, interprétés en briques aux fausses portes, soutient les linteaux de brique; n'étant pas mono- lithes, ceux-ci n'ont qu'une faible consistance et se sont brisés à la porle. L'un d'eux termine le plafond du vestibule; rauh-e, plus élevé et eri avant, vient s'encastrer dans les colonnes et raidit le linteau qu'elles portent. Au-dessus de cette composition s'élèvent deuX: étages; un troi- sième, au moins, complètement ruiné, les surmontait. L'arran- gement en est exactement pareil, mais réduit en hauteur. Contre l'habitude, chaque étage présente une base analogue à celle du corps inférieur; elle se décore, ainsi que les faces latérales des fausses niches, d'appliques de base d'une forme spéciale. Les niches sont à deux corps comme les fausses portes. Un fronton en arc décoré de trois feuilles iarges y est supporté par deux colonnes; elles enferment au premier étage un épannelage carré que flanquent deux profondes rainures. On serait tenté d'y voir les évents précités; l'écart des hauteurs rend l'hypothèse inadmissible, malgré l'erreur possible dans l'appréciation difficile des dimensions de la voûte. Ces meurtrières sembleut justement disparaître au

A~N.HI. -

1.

3

34 DU CAP

BA KÈ

AU CAP

PADARAN.

deuxième étage, à l'endroit même où le rayonnement intérieur' indique la présence des évents (1). Le vestibule de la tour n'est que le second corps des fausses portes, rendu plus important, et la porte leur est identique. Elle est l'estée en épannelage, tandis que les éléments correspondants de la fausse porte O. sont sèulptés.

Petit sanctuaire. - Cet édifice (pl. 1 et II) semble avoir eu un étage inférieur et deux ou tI'ois étages supérieurs; son état de ruine est complet. A l'intérieur, une salle carrée sous voftte aiguë s'ouvre par un couloir très court, où se voient la rainure de l'enca- drement d'une porte et ceBe d'un plafond. A l'extérieur, trois pi- lastres par face, sans fausses portes, un départ de corniche au corps central, l'arrachement de la corniche du corps postérieur de la porte, dans le système général des profils de l'édifice, sont seuls à peu près reconnaissables.

Tour Nord. -- La tour Nord présente dans les grandes lignes

les m~mesdispositions que la tour principale. Nous n'en signalerons

donc que les différences

La salle est rectangulaire dans le sens E,-O. ct sa voûte extrêmement aiguë est faite de l'infléchissement des murs. Deux indications de plafond, vestiges probables de remaniements, sc superposent à un mètre de distance ct l'une des niches à lumi- naire les dépasse toutes deux. Deux groupes de deux trous sc font face dans les parois N. et S., les supérieurs dans la vofite

même; ils sont peu faciles à interpréter; peut-être n'est-ce que le trou d'une sorte de chaînage .·intérieur, peut-~tJ'e faut":il y voir des évents qui joueraient ici le rôle du lanternon de la tour prin- cipale. Les renfoncements qui tiennent la place des niches à luminaire ont trop peu d~ profondeur pour ce rôle, et semblent

plans

plutôt

et fig.

(pl. l, II, III,

3),

par

leurs

grandes dimensions être la tradition

de

en croix.

GROUPE DE PIIO HAL

~

35

Sur un soubassement entièrement rongé (fig. 3) s'élève un corps à parois peut-être obliques, peut-être verticales, à pilastres doubles, sans champ intérieur, à base et corniche analogues, si l'on en juge par celles de l'étage.

analogues, si l'on en juge par celles de l'étage. Fig. 3. - Phô Hài. Tour Nord,

Fig.

3. -

Phô Hài.

Tour Nord, face S.

Le corps intermédiaire des fausses portes a son départ de fron- ton plus haut que le corps antérieur et le tympan antérieur est évidé. Au niveau du soubassement inférieur une sorte d'applique ?r ne la face des fausses portes qui présentent au-dessus la même Indication de vantaux.

36 DU CAP

BA KÈ AU CAP PADAIl.AN.

La tour possède deux étages encore visibles; auxquels peut s'appliquer la description de la grande toU!'. Notons seulement qu'il n'y a pas d'appliques aux deux étages, que les fausses niches ont des pilastres au lieu de colonnes et portent une corniche sem- blable à la corniche principale de l'étage, et qu'au deuxième, les pilastres des fausses niches paraissent unis en un seul corps. Ce groupe d'édifices serait, d'après NI. Cabaton (Nouvelles rec!wrches sur les Chams, p. 17)' ie sanctuaire dePo Bia Tikul}., la (t reine Souris 1); la grande tour seraitle kalan de Po çal}. Anail}., ('( ça1:t la mineure 1), fille de Po Yan Ino No'gar, la grande déesse adorée encore à Nha Trang, et la pierre, un lùiga cependant, représenterait Çal~ Anai}).

Inscriptions de PhÔ Hài. - De!Hf- inscriptions sont à signaler sur la tra- verse médiane et la traverse immédiatement supérieure du vantail de la porte, à la Lour principale; elles sont gravées en caractères qui paraissent modernes; elles sont inédites.

TRACES D'UNE BRIQUETERIE éA~IE 1 TRINIl

TÙ'O'NG.

Dans les salines de Trinh Tù'o'ng, à 2 kilomètres environ de la résidence de Phantiet, on trouve de nombreux débris de briques donnés par les indigènes comme restes des briqueteries qui four- nirent les matériaux des tours de PhÔ Hài. Il semble qu'en effet on soit bien en présence d'une ancienne briqueterie came, d'après l'échantillon des briques. Nous y avons reconnu une sorte de canal de tirage de 0 m. b 5 de large SUl' 0 m. 50 de haut environ et d'une longueur de près de 3 mètres, eu terre cuite en partie vi- trifiée. La position exacte de ce point se détermine ainsi: on voit

de là la résidence de Phalltip,t au S. avec un écart de 2!t b l' E. et

le tr<;lm au S. avec un angle de

23° 25' O.

CITADELLE

DI;

SÔ:\G

LÙY.

CITADELLE DE SÔNG LÛY.

37

où la pierre afficl1l'e et qui est couverte aujourd'hui d'une forêt peu épaisse. Dépendance du village de Giang Tay; caontonde Vinh An, huy~n de Hoa Ba, l'cnceinte se trouve sur la rive droite du SÔng Lüy qui défend sa face N. et tire son nom annamite de cette cir- constance (sô1Ig lüy ~fleuve du rempart 11). Cette rivière, simple ruisseau qu'encaissent de hautes berges ct que divisent plusieurs barrages naturels de roches à la saison sèche, est aux hautes eaux un fort cours d'eau et seulement alors une défense efficace. La citadelle (pl. IV) se compose d'un quadrilatère peu régulier; les faces E. et O. sont à peu près orientées, les faces N~ et S. dévient fortement, sans qu'il soit bien aisé d'en voir les raisons; de l'autre côté de l'cau, d'autres murailles enferment de vastes espaces; peut-être ont-ils joué le même rôle que la baille dans le chùteau féodal. Les remparts de la forteresse sont constitués aujourd'hui par des talus de terre mNée de galets; leur hautcur atteint encore en cel'- tains endroits (l'angle S. O. par ex.) près de six à huit mètres. De nombreux blocs de limonite montrent que les revêtements devaient être faits de cette matière. Les galets proviennent du fleuve; la limonite du sol même, en avant de )a face O. en par- ticulier. Cette citadelle, que diverses légendcs pounaient d'aiBeurs faire cl'oire assez récente, montre un progrès sur toutes les autres: l'on voit ici un essai de flanquement et une tentative de défense des portes; , Sur les faces non protégées par le fleuve, trois saillants savancent; ils pal'aissent plus bas que le rempart et sont ouverts

à, la gorge;

rI e,ntre eux protègent les portes qui s'y ouvrent sur l'une des faces pres du rempart, de telle sorte qu'on passe par le saillant pour entrer dans la citadelle. Il semblc avoir existé deux ou peut"':Mre

trois portes; deux auraicnt été utilisées et ruinées paI' le chemin de Ca Dung à Sun Nhum; une seule restée intacte est visible dans l'angle S. O. près du point où le tracé du chemin de fer coupc la

leur plan est un angle aigu très allongé. Quelques-uns

38 DU CAP

BA KÊ

AU CAP

PADARAN.

muraille. C'est d'ailleurs avec le saillant de l'angle S. O. la partie la mieux conservée de l'ensemble. Notons encore, et bien qu'ils ne soient plus guère intelligibles:

vers le centre, mais plus près du fleuve, une sorte de tertre fait de main d'homme, vestiges d'un réduit intérieur (1); puis au dehors, à deux cents mètres environ de la face O., un terrassement en lon- gueur; enfin une sorte de banquette, le long et en avant de ce rem- part dans une partie de son étendue. Les défenses de la rive gauche, quoique fort élevées, paraissent une construction hâtive exécutée en s'appuyant sur des monticules rocheux isolés, dont toute cette rive est hérissée. La direction du

rempart est par suite une ligne sinueuse qui tend à se refermer aux Jeux bouts vers les murs de la citadelle. Il semble qu'il y ait de petites divisions intérieures. A l'angle N. E., la muraille se continue vers l'E. sans qu'on 'voie son retour vers le fleuve. Peut-être est-ce une fortification inachevée. Elle est constituée par un entassement de blocs de roche · roulés qui parsèrnent la plaine et ont été enlevés au sol des parties abritéès; l'encombrement formé par

les blocs extérieurs augmentait

la

défense,

coupant l'élan des

assaillants.

.

.

Cette citadelle parait être celle qui est désignée sous les noms de Bal Bauhinoll ou Bal Hano'll, Bal Çrï Bano'y et Bal Canal' (1).

PAGODE

DE

TIIU~N DÔNG.

Cette pagode se trouve à deux ou trois cents mètres à l'E. de la route mandarine, à 2 ou 3 kilomètres environ du tram de Thu~n

Lu'o'ng,

dans

un

lieu

qui dépend

du

viHage

de Lu'o'ng

So'n,

canton de Vinh An, huv~n de Hoa Ba.

 

.

Celte construction sert de sépulture au roi Pô Klaull Mo'~Nai 011 Mo'~Tahâ (le vieux) et à sa femme Pô Biu So'm. L'édifice est

PAGODE DE THU~N B-6NG.

39

sur une hauteur boisée. Bien· qu'il soit très ruiné, il est complet. L'orientation en est N. E.-S. O. Le monument (pl. V) se composait de cinq salles placées en T et réunies sur une terrasse; eUe a trois gradins sous la barre du T, deux sous son trait vertical. Une enceinte générale ouverte à l'E. et au N. enferme le tout. Les deux premières salles étaient à jour et supportées'par de lourdes colonnes; les trois autres, barre du T, sont trois pavillons de maçonnerie légère, à minces cloisons de briques moins épaisses que l'ancienne brique èame et jointoyées d'un grossier mortier de chaux. Les murs encastraient dans les angles les poteaux qui sont l'âme même de la construction, car les murs, simple"s remplissages, ne portent rien. Ces poteaux soutiennent par des charpentes d'un caractère spécial des toitures en tuiles anna- mites qui ont remplacé l'ancienne tuile èame, et les solins qui en recouvrent les arêtes sont traités de même à la chinoise; seul le pavillon central a conservé ses étag&'s et sa décoration de cornes et d'épis en bois qui rappellent le système spécial des pièces d'accent. Les saHes sont entourées par des vérandahs propres qu'unissent des chéneaux communs, et l'on peut circuler à couvert de l'une à l'autre; des portes ouvrent les salles dans les parois E.; une enfi- lade de quatre autres qui se font face dans les parois S. et N. unissent 1'ensemble. Celles de l'E. ont un encadrement sculpté où se contournent des malcara serpentiformes qui se rapprochent du dragon annamite. Des trois pavillons, celui du S. a été complète- ment détruit par un incendie; il semble n'avoir jamais contenu de statues Iii dekut et parait ainsi avoir brûlé du vivant même de la reine dont il devait recevoir l'image funéraire. Le pavillon central abrite la statue du roi divinisé; celui du N., celle d'une de ses femmes.

Roi et reine sont figurés en buste devant une dalle en forme de kut, les mains à plat sur la place des cuisses, dont un décor à vo- lutes indique seul la masse réduite. Le roi a les yeux en amande, les moustaches relevées, la barbiche ondulée. Sa tête est coiffée d'une

40 DU

CAP BA KÊ

AU CAP PADARAN.

tiare cylindrique à plan supérieur oblique; letol'se' est vêtu d'un maillot collant ou reste nu. Les oreilles ont des traces de boucles, les avant-bras des bracelets, la poitrine un collier de perles, la taille une ceinture large à décor de rosaces quadrifoliées.

Fig.

/J. -

Thu~n Bông.

Statue de la reine Bia So'm; hauteur, socle compris, 0 m. 85 .

La reine a les yeux bridés (fig. 4); les seins forts, un peu tom- bants, se touchent. La tête aux traits lourds porte le diadème des

reines (voir Trésor des 1'ois chams; B.E.F.E.-O., t. V, p. 44, fig. 27

et '28). Le vêtement €st un maillot collant dont l'échancrure est visible au cou; cependant il dessine les seins et leurs pointes comme si la figure était nue. Les oreilles sont percées de trous pour rece- voir des bijoux mobiles et les avant-bras montrent des bracelets. Le piédestal de ces statues est réduit à un simple stylobate orné, sans cuve à ablutions ni rigole d'écoulement. Deux kut ornés les accompagnent. Derrière le pavillon du roi est un tombeau d'enfant.

HUY~:N DE PHANRI.

41

Deux bathuk se voient encore dans le pavillon central; l'un est en forme de fleur, l'autre est muni d'une rigole. Près de l'entrée à gauche, se trouve un lapoU'.

KUT DE PO PANRAUN KAMAR.

A enviroü 3 kilomètres au N. E. du huy~n cam de Phanri, sur un petit tertre, dépendant du village annamite de TÔn Thành, canton de Ninh Hà, huy~n de Hoa Ba, et du village cam de Marok, même canton, huyçn de Phanri, se voient trois kut intél'essants, alignés face au Nord.

Le kut central serait celui du panrauù Kamar, les deux autres ceux de sa femme et d'un parent, dont les noms se- raient encore connus des descendants de cette famille qui habitent au village voisin Xôm Soi. Ces lcul sont, par exception, ornés de figures. Sur un fond un peu en retrait, entouré d'une bande de décor, se détachent en faible relief la tête et le buste sans bras,

ceux- ci étant supposés masqués comme le

décor d'entourage; la tiare seule se profile sur celui-ci. En arrière le kut est arrondi avec une légère nervure. Devant, une dalle brute servait probablement de cuve à ablutions, car eHe porte le même nom cam, canarvar; au bas du lcut un trou rond correspond, pa- rait-il, à l'endroit où est enterrée la cassette à ossements, klawi.

bas du corps par le

VESTIGES· CA~IS VOISINS

DU I1UY~N (;AM DE

PIIANRI.

Dans un rayon de quelques kilomètres autour du huy~n cam de Phanri se voient un certain nombre de cimetières cams ou de restes de monuments. Le plus éloigné des cimetières, par lequel nous commencerons à cause de la clarté de ses dispositions, se trouve sur la route mandarine, à 6 kilomètres environ du huyçn cam vers Phantiet, et dépend du village de Tri Th6'i, canton de Tudn Giao, même huy~n.

DU

CAP

BA

AU

CAP

PADARAN.

Il contient le kut de Po Panrami Thut Paghvo'Q. qui lui donne son nom. Il présente une enceinte en deux rectangles, en pierres sèches, et renferme, dans sa partie postérieure, un pagodon de bois entièrement ruiné qui abritait cinq lmt, rangés sur une seule ligne, face au N. Un bathuJ. les accompagne. Dans l'axe en avant de la première enceinte se trouve un lapolv. Un autre groupe de kut est situé à 800 mètres N. E. du huy~n cam et se trouve sur un tertre rectangulaire de 5 mètres sur 1 5 , fait de main d'homme et dominant de 5 à 6 mètres les rizières envi- ronnantes. Il est appelé kilt de Po Panrami Laban. Ce point dépend du village annamite de H~u An, canton de Ninh Hà, huy~n de Hoa Ba, et du village cam Palei Thok Padau , même canton, huy~n de Phanri. Il est orientéN. N. O. Trois kut

y

sont alignés, le plus important du côté E. Le leut principal, de

o

m. 75 environ de hauteur, a reçu une ornementation compli-

quée, mais la dalle dans laquelle il est fixé est dépourvue d'orne- ments(l). Plus au N. du huy~n, à 1 kilomètre, les indigènes montrent la tombe de la mère et du père de Po Romë. Cinq kut sont rangés en une seule ligne sur un petit tertre, dépendance du village annamite de Hoà Thuàn, canton de Ba Phu'o'c, huy~n de Hoa Ba, et du vil- lage cam Palei Marok, même canton, huy~n de Phanri. A 1 kilomètre plus loin, au N. N. O. du huy~n, est un autre cimetière cam ~ppartenant aux mêmes villages. Les habitants le désignent sous le nom de kut de Po Yan Thok. Il est situé au mi- lieu d'une rizière, dans un petit bois rectangulaire li~itépar l'an- cienne enceinte en pierres sèches; violé par les Annamites, il resta dans l'état de ruine où ils le laissèrent, aucun Cam n'osant y

toucher. Là se trouvent huit l;ut qui étaient rangés sur' une seule ligne, face au N. Ils possèdent des bases carrées dans lesquelles

(1) Le panraun enterré là est mienx connu sous le nom épithète de Pô Pan- rami Baçail}. C'était, parait-il:. en effet

nn prêtre baçai{1 qne ses talents hOl'S ligne fil'ent choisi l' par lm roi ponr lui servir de "panrauùn.

BHfUN DE TÔ L Y.

ils sont maintenus par un léger creux et un fort tenon. L'un d'eux,

qui occupe la ' place assignée à celui

sépultures royales du Binh Thuàn, est curieux par ce fait qu'il pos- sède comme des trous dfl boucles d'oreilles et qu'il est coiffé d'unc

sorte ' de .petit diadème analogue à ceux des reines. Dans la même région, quoique un peu plus loin, se trouvent les singuliers kut de Panrauri Kamar, qui ont fait l'objet d'une note spéciale. A 1 kilomètre du village de Tinh My déjà éloigné lui- même de 3 à lJ kilomètres nu hUy~1J èam de Phanri, au S. de la route mandarine et bordés par elle, se voient les trois murs rectangulaires d'une construction donnée comme la maison de la sœ~r de Klauri Gahul, roi dont les derniers descendants habitent ce village de Tinh My. Celle construction dut être couverte par une toiture légère et semble avoir été traitée entière- ment à l'annamite, Enfin le chemin dirigé vers l'E. qui sort du village de LÔng

Dœo'ng, rive du Sông Lfiy opposée à la route mandarine,

au bout d'un ou deux kilomètres, un lal'ge terrain rempli de bl'iques

cames qui sont certainement les vestiges informes d'un groupe d'édifices très important.

de la première fenime dans les

traverse,

BA~IUN DE TÔ d.

La pagode de TÔ Ly s'élève sur la grande dune de Phanri. Ce

dépend du village annamite de ·TÔ ' Ly, canton de Tuân

Giao, huyçn de Hoa Ba, et du hameau cam de Takai GuI, même canton, huyçndePhanri, C'est un barntin (pl. VII) d'origine came mais décoré de pein- tures annainites. Le monument, semblable dans tous ses détails à la pagode de Thuàn Bông, se composait comme elle de cinq salles placées en T et réunies sur une terrasse garnie d'un double gradin. La première est complètement ruinéc, la seconde a sa toiture mo- difiée à l'annamite, les tr~isautres ont conservé leurs dispositions

point

4f.

DU

CAP BA

AU CAP PADARAN.

anciennes d'étages (fig. 5) avec cornes d'accent, mais sont cou- vertes de même en tuiles chinoises; seul le pavillon ceritral montre encore quelques pans formés de la tuile, à pureau en losange, chère aux Cams. Les colonnes sont peintes en rouge, sauf aux angles où elles sont noires, mais cela peut n'être qu'un simple

décor annamite.

Fig. 5.

-

'l'Ô LY.

Ensemble E.

Les trois salles closes abritent la statue du roi Po Klami Gahul et de ses deux femmes; à sa gauche sa première femme, à sa droite la seconde (i). Roi et reines sont représentés comme à Thu~n BÔng. Le maillot du roi a l'échancrure du cou ornée d'une broderie. Les reines (lig; 6) ont aux doigts des bagues figurées par un trait d'or, addition mo- derne, et non première apparition de ce bijou dans la sculpture came. Quatre hut accompagnent la reine du pavillon 'N., deux celle du pavillon S.; enfin un lapow en avant de la terrasse garde l'escalier d'accès.

(1) Pô Klami Gahul serait gendre de Pô Klauù 1\10,1.1 Nai et son successeur; il régnerait (lime, d'après la Chronique

royale, après 1627' Ce fuL, parait-il, le gl'and canalisa leur de Pham'i, comme Pô Klauù Garai de Phanrang.

,

SCULPTURES DE TIIANII HIÊU.

Dans la vérandah" centrale, en àrrière, un petit espace est en- fermé entre quatre balustres et quatre traverses. Cesei'ait la tombe d'un fils du roi mort en bas .1ge. En arrière dans le voisinage, un

du roi mort en bas .1ge. En arrière dans le voisinage, un Fig. G. - TÔ

Fig.

G.

-

TÔ Li'.

f.

Statue d'une des femmes du roi Pü KlauÏl Gahul; hauteur, socle compris, 1 mètre.

aull'e rectangle de dimensions ordinaires, entomé de même, paraît êlre également une tombe et cOllfit'merait cette tradition.

SCULPTURES DE TIL\NlIlIl~U.

Le bamllli de Thanh Hiéu, complètement détruit, s'élevait sur la même dune, vers l'extrémité orientale, à 2 kilomètres environ

à l'E. de celui de

Tb Ly. Ses restes dépendent du village annamite de Thanh Hiéu, canton de Tuûn Giao, huyçn de Hoa Bil. S'il comporta plusieurs constt'uctions, les seuls vestiges visibles seraient ceux de la salle

au S, de la route mandarine, à une heure

DU CAP

BA KÈ

AU CAP PADARAN.

antérieure. Une statue de roi divinisé y est entourée de figures de reines et de nombl'eux kut. Ils sont rangés et orientés à l'E. sous un grossier abri de planches et accompagnés en avant et à Bauche d'un lapow. La tradition reconnaît dans la statue princi- pale le roi Nit que la Chronique royale citée parM. Aymo- nier date de 1603-1613 A. D.

F

ig.

7. -

1

x.~

Thanh Hi eu.

Statue du roi Pô Nit; hauteur, piédestal compris, 1 lU. 60.

La statue du roi (fig. 7) est identique à celle du roi Klau il Mo'Q. Nai à Thu~n Bông, à la réserve de la main gauche qui semble tenir un boulon de lotus. Broderie du maillot et ceinture sont ornées de rosaces quadrilobées. Stèle et statue en pierre grIse poserit sur une cuve à simple rigole d'écoulement festonnée.

BAMUN DE PO NRAUP.

6,7

La première et la seconde reine, en pierre bleue, sont re- présentées comme à Thu~n Bông, mais la première · seule porte sur un stylobate très bas, qui forme cuve à ablutions avec rigole à bords festonnés. La seconde n'a même plus la grossière indication de cuisses, et son buste sort brutalement de la dalle horizontale. Les yeux sont bridés et relevés, les seins peu volumi- neux. La tête est coiffée d'une mitre conique et inclinée en avant, le maillot est orné d'une broderie à l'échancrure. La seconde a

les oreilles percées pour recevoir des bijoux et tient un bout.on de

lotus.

Les trois statues sont accompagnées de kut fort curieux, dont quelques-uns ont une silhouette humaine, bien que traités tout entiers en déco l'.

.

BAMUN DE PÔ l'iR AUP.

A 800 mètres environ à l'E. un peu S. du village de BaJ:t Plom et sur un maigre terrain broussailleux qui domine les rizières, s'élève un tertre en partie naturel, fait de deux terrasses successives soutenues par de grossiers murs de pierre sèche. Sur la terrasse supérieure se voit le barnUli de Nraup. Le lieu dépend du village èam de Ba~ Plom, canton de Tuy l'inh, huy~n cam de Phanri. 11 est enclavé dans les terrains du village annamite qui donne le nom au canton, huy~n annamite de Hoa Ba. L'ensemble du monument est orienté vers le N. un peu E. (l). Le bamun (pl. IV) est une constl'Uction carrée formée de quatre murs de brique de faible hauteur, terminés par une moulure simple qui rappelle les corniches de la tour de Pô Romë. Sur la face principale s'ouvre un petit vestibule qui y donnait accès par une porte à large encadrement de bois; son nu intérieur

(1) Les Cams donnent de celle anoma- li~d'orientation l'explication suivante:

~o Nraup aurait reçn, le premier des rois tams, son investilure des empereurs d'An-

nam; il n'est, par suite, pas d'origine divine, et sa tombe est alors orientée au N. comme celle des particuliers, non à l'E. comme l'est un temple.

[,8

DU CAP

BA KÊ

AU CAP

PADAIlAN.

continue la paroi intérieure de l'édifice. Tout cet ouvrage est exécuté dans la grosse brique came habituelle, liée par un mortier de chaux peu apparent. Aux quatre angles intérieur~ s'élèvent des poteaux qui soutenaierit la toiture de chaume ou de tuiles. Le bam1l1i abritait l'image du roi Pô Nraup et les kut de divers membres de sa famille. Pô Nraup est, d'après là Chronique, le frère de Pô Romë, à qui il aurait succédé, régnant seulement de

1651 à IG5~ A.D.

Fig- 8. -

Pü Nraup.

Statue du roi.

Lastatue( fig. 8) est du type habituel, dont nous avons rencontré le premier exemple à Thuan B&ng. La dalle verticale devant laquelle eHe est figurée est ornée sur le bord d'une bande de festons SUI' la tranche d'une file' de rosaces quadrifoliées. Cette pierre a pre~que

l~ ~orme d'u~ /rut ordinaire et porte

rite fort CurIeuse de cette statue est qu'elle tient devant elle, dans

arête derrière. Une particula-

BAMUN DE PO NRAUP.

49

son giron, un autre buste plus petit, mais dont la tête est identique:

c'est, disent les èams, la représentation de son fils. Toute la pièce est, à ce détail près, semblable à la statue de Thu~n :SÔng. "Le

décor du maillot, de la ceinture et de la gaine

rosaces quadrilobées. Les oreilles portent des pendants à écailles et sont stylisées. La tiare présente une sorte d'aigrette ciselée sur la face antérieure. La petite figure, dans les parties traitées, n'est

que l'exacte réduction de la grande, à la réserve de la barbiche et de l'aigrette, qui font défaut. L'ensemble des deux personnages est posé sur un piédestal dissy- métrique dont la face supérieure, ornée en dessous de rinceaux d'une forme assez heureuse, est creusée en dessus d'une rigole rectangulaire concentrique à la statue mais non au piédestal; les eaux étaient rejetées à l'extérieur par un bec d'écoulement. Sur le devant de cette dalle, enh'e la statue et la rigole, est un trou des- tiné à recevoir la bougie allumée que la coutume came, au moins actuelle, place devant la divinité au cours du sacrifice. L'image du roi est accompagnée de trois kut. Un seul, à l'E., est un kilt à figure, qui rappelle un peu ceux de Po Panrami Kamar et passe pour celui de la mère de Po Nraup. Ici les bras ont également disparu, les seins sont confondus avec le décor. Le seul détail de costume visible, avec un bonnet cylindrique un peu rentré, est le bord supérieur du maillot et la ceinture; ces derniers portent le décor habitueL Derrière la statue principale, deux ou trois galets sont fichés en terre. Un autre kut très grossier se voit à l'extérieur abrité sous un petit bamwi qui parait fait en partie des débris du grand. Ce serait celui de la femme bani du roi tandis que ledenxième kut intérieur serait celui de sa femme

kaphir.

de~ jambes est à

Le bam1l1i possède encore un curieux bat/utk orné d'un double fang de feuilles de lotus opposées autour d'une bague de perles. lln petit crochet de pierre, traversé d'un canal vertical, semble fait pour tenir la bougie rituelle.

ANNur. -

J.

"4

IMP1\UU;an:

!C4TI)l'Il'.r

50 DU

CAP

BA KÊ

GnOUrE

AU CAP PADARAN.

DE l'Ô

DAU.

Ce groupe de tours est situé à 3 kilomètres au N. de la partie an- namite du village mixte de Phu Dién ou Câu Hau. Cette partie est

marquée (i Cauhau" sur la carte au 1 0 0.00 OC (feuille

rang). Elle dépend du village de Trang Hoà, canton de Tuy Tinh, huyçn de Tuy Phong. Pour les Cams le même village porte le nom de Palei la Blan et dépend du huyçn cam de Phanri. Ce groupe s'élève à une dizaiue de mètres de hauteur sur le premier échelon d'une colline; celle-ci, élevée elle-m~mc d'une centaine, n'est à son tour qu'un gradin d'une montagne appelée Ông Siem, de 600 mètres ou plus et qui domine toute la région (1). La colline se couronne de plusieurs rochers bizarres; mais, bien qu'un vieux sentiet' y conduise et que le sol soit tout jonché de prismes d'une pierre rouge qui donne à première vue l'illusion de briques, son somnle! n'offre aucun vestige de construction. La ligne de plus grande pente du versant où se trouvent les tours est à peu près perpendiculaire à l'axe du monument. L'ensemble se compose de six édifices répartis en deux groupes de trois sur deux axes parallèles dirigés vers le S. 15° 30' O.

de Phan-

(pl. VI).

Cette anomalie d'orientation est d'autant plus étrange que, diri- gés vers l'E., les sanctuaires se fussent mieux ouverts sur la plaine en tournant le dos à la montagne; le fait peut s'expliquer en partie par la forme en fuseau N.-S. de la terrasse naturelle sur laquelle ils s'élèvent. Mais ceHe-ci s'allongeant plutôt vers le S., on ne conçoit pas la raison du supplément d'écart vers l'O. Sans lui, eIl effet, les axes pourraient coïncider. Il y eut donc sans doute des motifs spéciaux pour diriger l'édifice vers un point aujourd'hui in-

~\

(1) Le . fu 1.11 l ' cllCmin ~e fcr, si le tracé acLllel d~vient.définitif, tours , les lmssanl à ,h'Oile en se dirigeant S\ll' Phalll'i.

passera au pied d e s

GROUPE DE PO DAM.

51

connu et dont la valeur religieuse a disparu. Peut-être le groupe S. est-il postérieur à la tour centrale; son rejet hors de l'axe trouve alors une explication toute naturelle dans la 'saillie de roches qui rétrécit la terl'asse en ce point.

. Il est peu probable qu'il ait existé d'autres constructions, et le monument doit être complet. Deux tours en avant s'ouvrent au S., une autre derrière à l'E. Toutes trois, petites et très simples, forment le premier groupe. Le second contient le "aZan principal plus orné, réduction des tours de Hoà Lai; deux au tres édifices en arrière paraissent avoir été fort simples. Nous désignons ces divers bâtiments par tour S. E., S. O., S., centrale, N. E. etN. O., dans l'ordre de l'énumération précédente.

Firr· 9.

-

l'ô Dam.

Tours s. O.,

S. E. et S. Face postérieure.

Tour Sud-Ouest. - La tour S. O. (pl. VI et VIl, et fig. 9) est du type réduit, très simplifié; ses étages supérieurs ont une disposition ~outespéciale qui la fait ressembler beaucoup aux petits sanctuaires Javanais figurés au BÔrôbudur (cf. 11. E. F. E.-O., t. VJI, p. 26,

52 DU

CAP BA

AU CAP PADARAN.

élément 19 de la pL J) et à celui que donne le tympan de la tour

FI de Mi So'n (cf. B. E. F. E.- O., t.

IV, p.

881, fig.

39)'

Nous n'avons à signaler à l'intérieur que la présence d'un galet en guise d'idole. Il est probable qu'il n'y a pas eu de porte intérieure; il ne reste rien de la baie d'entrée. . Les pilastres sont au nombre de trois et nus. La base est du type à cavet, sans appliques; la corniche de même, elle ne ressaute pas et se b'ouve dépourvue de pièces d'accent et d'amor- tissement. Il n'y a pas de fausses portes. Deux étages s'élèvent au-dessus de la grande face rigide de la corniche; ils présentent chacun trois petits pilastres et une cor- niche réduite du même type, visible au moins au deuxième étage. Celui-ci montre de curieuses antéfixes d'angle analogues à celles des appliques de base de Hoà Lai; nous les retrouvons réduites et modifiées sur la grande face des corniches de Nagar de Nha Trang; mais elles ont ici un caractère javanais et cambodgien frappant. Le troisième étage, conservé par miracle, est une sorte d'amor- tissement carré aux formes arrondies; sur la bande saillante, au milieu, se voient les mêmes disques et demi-disques qu'aux ap- pliques de Hoà Lài. Le vestibule possède une base et nne corniche identiques, mais un peu réduites; la dernière supporte un extrados en forme de coupé de cloche à pente raide.

Tour Sud-Est. -

Elle est, ft quelques détails près, pareille à la

précédente mais ruinée davantage (pl. VI et fig. 9)'

Tour Sud. - La tour S., dont la corniche toucherait la tour S. O., estpresque entièrement détruite; seules subsistent la base des murs et les faces S. et O., dans la partie du corps p[·incipaI. Le plan en est un peu plus long que large.

GnOUPE DE PO DAM.

53

A l'inté1'Îeur, signalons seulement que la divinité est remplacée par huit petits galets. Extérieurement, l'édifice présente trois . pilastres, celui du centre beaucoup plus large. La fausse porte est à double corps, le corps postérieur très plat; le corps antérieur, fait de deux petits pilastres, se termine par une . partie arrondie décorée, à l'angle, d'uné' pièce d'accent de terre cuite, de forme simple.La fausse porte postérieure O s'ome au bas d'une large applique qui est comme une nouvelle petite fausse porte. Il est à présumer que cette construction dont l'ouverture est tournée vers l'E., orientation qui semble, dans la suite des temps, ~tre devenue rigoureusement obligatoire, et qui montre des ap- pliques et des pièces d'accent, est postérieure aux autres édifices avec lesquels d'ailleurs elle s'assemble mal.

Tour centrale. - L'édifice central (pl. VI et VII) est un lcalan de petite taille mais aussi richement décoré que les tours de Hoà Lai. n est du type réduit, est profilé dans le système à cavet et, par une fortune rare, complet au rez-de-chaussée, bien que la fausse porte E. écroulée y ouvre une large brèche. Il a les mêmes ca- ractéristiques que les tours de Hoà Lai, mais les appliques de hase, en raison de leurs-faibles dimensions, y sont beaucoup plus simples. La salle intérieure ne présente rien de spécial que deux trous percés dans les parois latérales et qui semblent destinés à recevoir une traverse pour suspendre un vélum derrière le dieu (1). L'existence ~e celui-ci n'est attestée que par la présence d'une cuvette à ablu-:- bons à double mortaise et écoulement intérieur. Un couloir, qui s'élargit près de la sortie, mène au dehors; il était couvert par un plafond. Peut-être des vantaux le fermaient-ils près de la haie d'entrée; c'est ce que ferait supposel' la présence en ce point d'une large rainure et l'absence de toute indication de porte près de la salle.

54 DU CAP

BA KÈ

AU CAP PADARAN.

5 4 DU CAP BA KÈ AU CAP PADARAN. rirr. 10. - Pi; Dam. Tour principale.

rirr. 10. -

Pi; Dam.

Tour principale. fausse porle roce N.

-

GROUPE DEPÜ DAM.

55

Les parois semblent légèrement penchées en surplomb et les pil~stresau nombre de trois s'évasent en hliut comme ceux de Hoà Lai; celui du milieu beaucoup plus large sert de fond à la fausse porte. Ils sont décorés d'un large champ orné, et les entrepilastres d'un cadre sculpté. Les fausses portes (fig. 10) élevées sur lé bahut commun sont à .simple corps. Deux pilastres, ornés sur leur face extérieure, enfer- ment un champ nu; leur base est garnie de deux demi-appliques à section brutale; elle semble fort simple et par suite différente de la corniche correspondante, réduction de la corniche principale; la

Fig.

11. -

Dam.

Tour, face E. et vestibule.

section en est franche à l'intérieur comme celle des appliques. Sa face terminale supporte un fronton à crosses saillantes sur l'extérieur ~t Sur le vide intérieur. Le haut de ce qui reste se termine par une

hg ne horizontale, base probable d'un cadre

Hoà Lai. La voÛte même de la fausse porte en arrière de ce fronton

semblable à ceux de

paraît en forme de cloche et le dos du fronton touche à la grande face de la corniche.

nne subsiste absolument rien des étages. Le vestibule (fig. 1 1) présente SUl' ses faces latérales deux pi-

56 DU CAP

BA KÊ

AU CAP

PADARAN.

lastres. Base et corniche sont celles de latour réduites en hauteur. Un petit ressaut dans la saignée sous le cavet eri détermine un autre dans la corniche. La partie ainsi mise en valeur est décorée d'une tête de lion aux yeux cornus. Il dut y avoir un double étage au vestibule; il est complètement ruiné. La porte était encadrée de pilastres plus étroits portant à la base des demi-appliques coupéès net. Il n'est rien demeuré du fronton sans doute analogue à éeux des fausses portes.

Tours Nord. - Les deux derniers édifices (pl. VI), tout petits, sont dérasés à fleur de terre; ils étaient ouverts au S. La tour N. E. renfermait, parait-il, un petit linga de grès gris bleuté qui gît au- jourd'hui à cÔlé; il faisait corps .avec sa cuve et comme d'habitude le bec est à la gauche du filet vertical. La tour N. O. contient un galet qui correspond fort bien au trou rond percé dans une cuvette à ablutions ordinaire qui gît là; cette pierre a pu être façonnée en forme de linga,. mais la différence des matières entre la cuve et ce bloc, la forme légèrement aplatie de ce dernier, feraient supposer plutôt une curiosité naturelle pour laquelle on aurait retaillé une ancienne cuve.

Légendes. - A ce sanctuaire ont trait plusieurs récits popu- laires. L'un d'eux rapporte un concours de vitesse dans la con- struction de ces tours et celle de Po KlaUIi Garai, au bénéfice d'ailleurs de cette dernière. Cette légende n'est pas unique dans le pays cam, et nous en connaissons plusieurs versions qui donnent toujours comme l'un des antagonistes le constructeur de Po Klaun Garai, soit qu'il ait affaire à d'autres Cams, soit à un général cam- bodgien. Il est permis de se demander s'il n'y a pas là, d'après le peu de distance qui sépare les tours de Hoà Lai de celle de po Klaun Garai et l'immense l'éputation du nom de ce dernier roi en pays cam; l'indication d'une relation de parenté entre les tours si- milaires de Hoà Lai et de Po Dam, le nom de Hoà Lai s'étant

GROUPE DE PO DAM.

57

perdu dans la légende sous l'éclat du nom plus glorieux d'une tour voisine bien plus réèente. Il serait intéressant alors de con- stater l'antériorité donnée à Hoà Lai sur Pô Dam, antériorité que les caractères architectoniques des deux édifices nous feraient croire réelle. Ces tours passent pour la sépulture de Dam, la tour centrale et la tour N. E. de parents inconnus aujourd'hui, la tour N. O. de sa mèl'e Pô Bia Dhan. Enfin un kilt hmt dressé près de la tour

S. E. et

à-dire de son astrologue en chef. Dam aurait reçu, après sa mort, des titres d'investiture céleste d'un des derniers empet'eurs d'Annam; ils seraient déposés avec ses vêtements royaux chez les sauvages. Ce roi divinisé semble s'être confondu avec quelque divinité malfaisante. La fahle veut qu'à sa mort il ait transformé ses bumes en souris qui viennent dévorer les récoltes. Les souris semblent un symbole de sécheresse, et quelque temps qu'il fasse, sec ou pluvieux, Pô Dam est l'objet, au septième mois annamite, quatrième, parait-il, de l'année èame, de sacrifices qui ont pour hut d'oh tenir ou de conserver les pluies favorables à fa poussée du riz. A cette occasion les sauvages de

face à l'E. serait le lcut de son Ganl!O'r Mantrï, c'esl-

cr Luba ", possesseurs des vêtements, viennent les disposer dans la tour où, suivant la pensée èame, ils suffisent à personnifier le dieu (1). A cette légende des bumes-souris se rattachent plusieurs détails.

Sur une petite colline à droite de la route qui va de Tri

Tinh à

Phu Dién se voit une pierre brute sous un bamun ruiné: c'est le kut du gardien des hullles du roi, divinisé sous le nom de Po Paghub. Enfin vers le S. des tours de Dam, à 100 mètres en- viron de la terrasse naturelle, est une enceinte de pierres sèches munie d'une porte au S. : eHe représente l'enclos des humes-souris;

chacun en passant y jette une pierre. Tl conviendrait probablement

(1) Le P. Durand, qui, sur noIre de- mande, a recherché si ces sauvages de ~Lahh n'étaient pas ceux de "Lavaù" ,

détenteurs du trésor des .rois cams ·(cf.

7)' a reconnu

qu'il n'en était rien.

R. E.

F. E.-O.,

t.

V,

p.

58 DU CAP

BA

KÊ AU CAP PADARAN.

d'établir une relation entI'e cet amas de pierres et deux autres qui se trouvent sur la route à mi-chemin entre Phanri et Tri Tinh, route de Hoc Trom; ces derniers sont, parait-il, de ces lano'h yali signalés par M. Cabaton (Nouvelles recherches sur les Chams, p. 21). Tout à côté de ces tasse voie?t deux puits creusés, l'un par les Kaphir, l'autre par les Bani, ce qui tendrait à faire croire

autre-

que cette route aujourd'hui à peu près . abandonnée était fois un lieu de grand passage.

I1AlIlUN DE PÔ NAGAR TAWAIT.

Ce bamuit orienté à l'E. contient seulement sept galets. Il est situé environ à 1500 mètres du village de Phu Dién et dépend du

village de L<,tc Tri,

canton de Tuy Tinh, huy~n de Tuy Phong.

Le bamwi de Pô

BHIUN

DE PÔ KABRAl.l.

Kahral}. est situé au N. O. ùu village de Vinh

H~nh, à 500 mètres à peine de la maison commune. Le terrain sur lequel il se trouve dépend du village annamite de Vinh H~llh, can- ton de Tuy Tinh, huyçn de Tuy Phong et du village cam Palei KaraIi, même canton, huyçn de Phanri.

. Il est orienté au N. et abrite un grand l.ut brut de granit avec

son èana1'Val', trois éaba~t et un bathul.:.

A droite et à gauche du bamlll't, deux cimetièl'es cams qui ne font avec lui qu'un seul ensemble contiennent plus de vingt kilt bruts avec leurs éanarvar: ils sont enfermés dans une enceinte rectan- gulaire de daBes non laillées et tout le sol ainsi enclos est jonché de galets.

n ,IlIU," Uf: 1'0 NAGAn TAllA (;,\K ET KUT OE l'Ü P,\N.

Ce bamurt est lm pet.it édicule situé snI' la dune

qui borne la

1 kilo-

cÔte, à 2 kilomètres au N. du village de Lang Phu'o'c,

à

KUT

DE PO

PAN.

59

mètre à l'E. 20 0 S. du village de Châu Vn'o'ng et sur les terrains de ce village; il dépend du canton de Tuy Tinh et du huy~n de Tuy Phong. Il est orienté à l'E. et par suite tourne le dos à la mer cachée par le sommet de la dune de. sable blanc. Cet abri grossier renferme six petites pierres allongées de forme vaguement prismatique. Peut- être, et c'est là son unique intérêt, s'élève-t-il sur l'emplace- ment d'un sanctuaire envahi peu à peu par les sables; car, à 10 mètres au S. et adossé à la dune au même niveau, se voit une figure d'Umâ donnée par les indigènes comme le kut de Po Pan. C'est une idole et non une figure de tympan: la présence d'un tenon vertical en dessous en fait foi. On conçoit alors aisément que, suivant le progrès de l'ensevelissement du sanctuaire par les apports continuels de sable, l'idole ait été relevée à côté sur des autels de plus en plus grossiers. Mais ce n'est là qu'une simple hypothèse qu'une fouille d'ailleurs assez délicate, ce sable étant très fluide , permettrait seule de vérifier. La figul'e traitée en bas-relief se détache d'une dalle rectangulaire à terminaison ogivale. Elle est debout, les pieds sur la tête de Nan- din; elle est courte de proportions et ses seins sont fortement accusés. . Le bras droit se replie, le coude au èorps; la main à la hauteur de l'épaule semble tenir un disque; le bras gauche de même, le coude écarté, la main sous les seins, paraît maintenir une épée pendante, ou mieux s'appuyer sur une massue. La tête est coiffée d'une tiare cylindrique qui porte sur la chevel ure arrondie suivant la forme de la tête; un filet de perles l'en détache. Le tronc doit être nu, car le nombril est apparent; les jambes sont vêtues d'un sarong maintenu par une écharpe dont le bout flotte à droite. Comme bijoux on voit seulement des boucles aux oreilles très distendues et un collier de perles.