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PUBLICATIONS

DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT


=0 __

INVENTAIRE DESCRIPTIF
DP.S .
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MONUMENTS · ·CAMS
DE L'ANNAM
rAR .

H. PAllMENTIER
!RCHITECTK DIPLÔMÉ . PAR LE GOUVERNEUENT
CHEF DU SERVICE ARCHÉOLOGIQUE DE UÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT

TOME PREMIER
DESCRIPTION DES ~r()~U~JENTS

PARIS
IMPRIMERIE NATION ALE

ERXEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE BONAPARTE, 28

MDCCCCIX
PUBLICATIONS
DE

L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT .

VOLUME XI

INVENTAIRE ARCHÉOLOGIQUE DE L'INDOCHINE

II

MONUMENTS CAMS
DE L'ANNAM

TOME PREMIER
INVENTAIRE DESCRIPTIF
DES

MONUMENTS êAMS
DE L'ANNAM:
PAR

IL PARMENTIER
ARCHITECTE DIPLÔ1IÉ PAR LE GOUVERNEMENT
CHEF DU SERVICE ARCHÉOLOGIQUE DE L'ÉGOLE FRANÇAISE -D'EXTRÊlIE-ORIENT

TOME PREMIER
DESCRIPTION DES 1I1ONUlIIENTS

PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE BONAPARTE, 28

l\IDCCCCIX
À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE,
,
DE L'AUTISTE SINCEUE

DONT 11\ BELLE ILLUSTRATION DE CE VOLUME

EST UN DES DEUNIEIlS 'fIlA VA UX.

H. P.
INTRODUCTION.
Le présent volume est, dans l'ordre des dates, le troisième
de la série consacrée, dans les publications de l'École française
d'Extrême-Orient, à l'inventaire archéologique de l'Indochine.
Nous avons moditié pour lui le plan de ses aînés en raison des
notables divergences que présente le sujet.
La vallée inférieure du Mékhong, dont le Cambodge n'oc-
cupe aujourd'hui qu'une partie et qu'il semble avoir possédée
autrefois presque en entier, au moins jusqu'~ V~eng Chan, forme
un ensemble indépendant, bien protégé par ses frontières natu-
relles. Quoique l'empire ait fréquemment souffert d'incursions
ennemies, qu'il ait vu sa puissance décroître et son autonomie
compromise, il ne paraît pas avoir subi de conquête totale;
mais en eût-il subi, que la configuration du pays aurait assuré
la sécurité relative des régions éloignées de la capitale.
Au contraire, le Campa, étroite bande de vallées isolées et
peu profondes, enfermées entre la montagne et la mer, leur
moyen de communication le plus aisé, endura les attaques in-
cessantes des Khmers et des Annamites et fut totalement con-
quis par ces derniers après une suite ininterrompue de luttes et
de campagnes.
Les provinces du Nord, champ de bataille séculaire, furent
anéanties; population et langue même·y disparurent. Les pro-
vinces du Sud, restes d'un État abâtardi par ses revers, ont
seules conservé quelques vestiges de la race primitive, réduite,
sous le joug des vainqueurs, à une extrême misère.
Aussi la vallée du Mékhong nous offre-t-elle une série con-
sidérable d'édifices, témoignages d'un art puissant, que la
x INTRODUCTION.

guerre épargna; ils n'eurent à supporter que les causes habi-


tuelles de ruine aux tropiques : vétusté rapide et envahisse-
ment d'une végétation formidable.
Au Campa, victime des horreurs et des dévastations systéma-
tiques d'une conquête féroce, lorsque les monuments échap-
pèrent aux premiers ravages, ils furent ensuite, au cours des
siècles, la proie des chercheurs de trésors. En outre, leur
propre mode de construction devait les aider à disparaître. Si
les vices d'exécution sont les mêmes dans les deux arts, la ma-
tière est généralement différente: la pierre domine au Cam-
bodge; la brique est d'un emploi presque exclusif au Campa; il
s'ensuit que, si les édifices cambodgiens se sont disloqués ou
sont tombés en ruines, ils peuvent être néanmoins étudiés: re-
constituer l'un d'eux n'est qu'un jeu de patience toujours pos-
sible. En Annam, nous rencontrons d'informes tertres de briques,
recouverts d'un épineux manteau de broussailles, d'où sortent
parfois des pierres sculptées, seuls vestiges décoratifs d'un en-
semble disparu .
. De tout ceci résulte une première différence ': les monu-
ments cambodgiens sont légion, et chaque type présente de
nombreux spécimens, qui montrent jusqu'à de doubles et
de triples répliques. Même si l'arl du Cambodge avait subi de
notables modifications d'une époque à l'autre, l'histoire n'en
serait pas plus difficile à établir que celle de n'importe quel art
européen. Mais, à une observation que je confesse rapide et peut-
être insufIisamment avertie, il se montre en un bloc unique,
complet dès; le début (Vile siècle), et qui jusqu'à' son extinction
rapide (XIIIe) s'est peu transformé. Entrer dans ud grand nombre
de détails au sujet de chaque édifice eût nécessité un inventaire
énorme et de maniement pénible; d'autre part des redites con-
tinuelles s'y fussent produites. Cet inconvénient n'est pas à
INTRODUCTION. XI

craindre avec l'art cam, dont les vestiges sont fort rares, où les
types ne présentent souvent qu'un ou deux spécimens, et qui,
enfin, s'est modifié et déformé graduellement dans toute la
longue période qui va du ~Ie siècle çaka à la fin du XVIe,
voire davantage. Il était donc possible de donner plus d'im-
portance à chaque description; disons mieux: c'était une tâche
, .
necessaue.
L'art cambodgien est relativement connu: l'admirable étude
de Doudart de Lagrée, chef-d'œuvre de précision et de clarté;
les travaux tres complets de M. Delaporte; les relevés joints
à la belle série de photographies de Fournereau, el surtout
la riche collection de pièces et de moulages réunis au Troca-
déro, ont répandu en France sur cette civilisation des lumières
dont certaines périodes obscures de nos propres arts sont
dépourvues (Il.
Il n'est pas de grand édifice qui n'ait été l'objet de relevés
plus ou moins sérieux, de restitutions plus ou moins sûres.
De nouvelles monographies eussent fait, par conséquent,
double emploi avec les travaux antérieurs; l'œuvre utile consis-
tait à réunir des notes sommaires sur les innombrables con-
structions reléguées au second plan par leur moindre grandeur,
et le seul obstacle à redouter dans un ouvrage aussi succinct,
était un manque de coordination. L'auteur de l'inventaire des
monuments du Cambodge a évité cet écueil en réunissant dans
une intéressante introduction les caractères généraux des mo-
numents(2l.
Rien de pareil pour l'art cam, perdu dans le rayonnement
(1) Voyage d'exploration en Jlldo-Chine, (') L UNET DE LAJONQUlÈRE, Inventaire
Paris, 1873, t. l, p. 25 el suiv. -L. DE- descriptif des monuments du Cambodge.
LA PORTE , Voyage au Cambodge, Paris, Tomes 1 et II, ral'is, 19°2-19°7. (Publi-
1880.- L. FOURNEREAU, Les ruinesd'Ang- cations de l'Ecole française d'Extréme-
kor et Les ruines khmères, Paris, 1890' Orient. )
XII INTRODUCTION.

de son puissant rival (Ll. Nous pouvons dire qu'il ya quelques


annéès encore, il était à peu près inconnu en France: aujour-
J'hui même on en, trouve à peine trace dans nos musées, et il
est rare qu'un sancluaire cam soit représenté sans être affublé

(Il Si la bibliographie du Campa n'est (james de la province de Quallg Nam, t. Il l,


pas très considérable au point de vue p. 137 -14 4; Les ruines tjames de Tra
ethnologique ct linguistique ( cf. CABATO:'i , Keou, t. II, p. 28 2-288. - On trouve
Nouvelles recherches sur les Cham~. Publi- encore quelques détails sur les monu-
cations de l'École fl'ançaise d'Extrême- ments èams dans l'étude de W' GRAND-
Orient, t. Il, Paris, Leroux, t 891 ), elle JEAN : Un peuple moùrallt dans l'A mwm,

se réduit à presque rien quand il s'agit les Chams et leurs supers/itio1ls (Jourl/al
de l'archéologie pure. 1\1. Aymoniel', ùont tles Missions catltoliques, t. XXVIII, p. 5
les intéressantes études dans le Journal et t 0 ), comme dans plusieurs ouvrages
asiatique et dans les Excursions et Recon· écrits dans une intention différente, par
naissances ont presque révélé .l'existence exemple: De Tltil/ai au Bla , par M. NA-
de r.e peuple en voie de (lisparition, VRI. LE (Excursions et Reconnaissances,

n'a pu donner que quelques lignes à t. XlII, nO' ~9 ct 30), etc. Ces pages ne
l'examen de son art (Les Tchames et leurs fournissent qu'une documentation très
religions, Pat'is, Leroux, 1891, in-8°, mince; elles ont favorisé ou n'ont pu em-
p. 16 ct suiv.).M. Lemire, ancien rési- pêcher l'éclosion d'hypothèses étranges:
ùent de France en Annam, a consacré à M. C. PARIS (Les f'uines tJames de Tra Keou,
cette architecture une série d'articles qui, p. 287) vit, ct' d'autres, malheureuse-
malheureusement, se repètent pour la . ment, virent après lui dans ces édifices
plupart et ne portent que sur une partie exclusivement religieux, des blockhaus,
de la question, l'art cam nu Blnh Dinh sans s'inquiéter de savoir si l'on pouvait
et au QullDg Nam, accidentellement au les défendre; on y chercba aussi des con-
Quâng Dinh. Un des meilleurs, docu- , structions à signaux, sans remarquer que
menté d'une intéressante illustration, et leur ascension rut de tout temps impos-
non signalé par M. Cabaton, a été publié sible. On est allé même jusqu'à supposer,
dans le TOUl' du monde, n° du 24 dé- sur la foi de folles traditions annamites,
cembre 1894 : Aux monuments ancims que ces monuments étaient élevés dans
des Kiams; il se . complète d'un second : leur ensemble en briques crues, puis ra-
Les anciens monuments des Kiams en valés et ciselés dans toute leur hauteur et
Annam et au Tonkin, dans l'Anthropo- "cuits. ensuite dans de formidables bû-
logie, t. Ill, p. 133-136. 1\1. C. Paris, chers, sans se demander comment des
qui fut chargé d'une mission pour re- briques seulement séchées pourraient sup-
chercher les traces de la civilisation Came porter la 'charge énorme de 20 et parfois
au Tonkin et en Annam, en publia les 40 mètres de terre à cuire. Nous signalons
résultats dans un Rapport sur une missioll ici ces naïvetés une fois pour toutes, avec
archéologique en A nllam (Bulletin de géo- l'espoir d'en faire bonne justice, mais
graphie historique et descriptive, t. XII, elles nous furent si souvent répétées que
p. ~50 et suiv.) et dans divers articles nous n'espérons guère en avoir raison,
parus dans l'A nthropologie : Les ruines tant les idées fausses ont la vic résistante.
INTRODUCTION. XIII

de l'épithète (( khmer". - Ici, de breves descriptions n'eussent


éveillé dans l'esprit du lecteur aucun souvenir de formes
connues: elles eussent été inintelligibles.
Chaque édifice demandait donc une étude spéciale et dé-
taillée, sans risque de redites; d'autre part, l'établissement
d'une introduction analogue à celle de l'ouvrage précité était
impossible, à cause de l'extension énorme que nous eussions
été forcé de lui donner; en conséquence, nous avons adopté le
parti de diviser notrelravail en deux sections, la première con-
tenant l'inventaire proprement dit, la seconde, une étude
de l'art cam.
L'inventaire contient la liste . complète des (( monuments" :
édifices, statues, inscriptions, débris de toute sort.e laissés par
cette civilisation. Ils sont classés dans un ordre purement géo-
graphique, du Sud au Nord, avec tous les éléments nécessaires
pour en fixer la situation et tous les renseignements propres à
en donner une notion exacte.
Nous consacrerons nos premieres pages à une description
sommaire, mais précise, des éléments communs aux construc-
tions des diverses époques.
Cet exposé nous permettra de réduire les multiples formes à
quelques types simples; nous pourrons ainsi diminuer la lon-
gueur de nos chapitres, en signalant seulement les divergences
avec le type commun, au lieu de nous astreindre à des redites
perpétuelles, lorsque les données de plusieurs édifices seront
pareilles.
Mais pour arriver à une connaissance exacte des vestiges de
l'art èam, le texte le plus complet et le plus détaillé serait in-
suffisant s'il n'était éclairé d'une importante illustration. Les
édifices entiers y paraîtront donc dans leurs ensembles, unea
échelle permettant d'y reconnaître toutes ' l~s grandes lignes;
XIV INTRODUCTION.

statues et pièces isolées seront reproduites chaque fois que nous


l'aurons jugé nécessaire à la parfaite intelligence du sens.
La deuxième partie exigera une étude plus approfondie des
éléments de chaque ensemble ou de chaque fragment conservé,
leur comparaison entre eux ou avec des éléments d'art étran-
ger; il nous faudra rechercher ce qu'était cet art cam, quelles
sont ses origines, comment il se forma et comment il s'abâtar-
dit, quelle place il tient dans la généalogie si complexe, et à
cette heure encore si obscure, des formes dérivées de l'art
hindou.
Ici l'illustration devra être aussi considérable: les mots ne
peuvent suffire; une description s'applique fort bien à deux
sculptures identiques par le détail, dissemblables par le carac-
tère; ainsi d'une figure et de sa copie; seules des reproduc-
tions des deux pièces montrent clairement leur rapport de
filiation, comme leurs différences de facture.
Pour ces raisons, l'illustration de cette seconde partie por-
tera sur une série d'éléments de construction, à des échelles
plus grandes, qui en laisseront voir tous les détails. Nous y
reporterons aussi les fragments isolés susceptibles de compa-
raison avec un autre art, afin d'éviter que celle-ci soit faite
à longue distance. Ainsi les édifices seront représentés d'une
façon complète: l'ensemble dans la première partie, les détails
dans la seconde. De même toutes les sculptures ou pièces sé-
parées intéressantes se trouveront entièrement publiées, soit à
titre de documents dans l'inventaire, soit à titre de parallèles
dans l'étude de l'art cam.
Quelle doit être la nature de cette illustration générale?
Pour les sculptures, à la photographie qui donne la masse
brutale et exagère le détail dans les endroits éclairés, en brouil-
lant les régions obscures dans un magma pâteux, nous préfé-
INTRODUCTION. xv

rons le dessin, qui, s'il est exécuté par des artistes consciencieux
et dévoués, offre les mêmes garanties d'exactitude, en y ajoutant
ses propres qualités de clarté et de précision. Pour les monu-
ments, nul renseignement sérieux ne peut être fourni ici sur
leurs plans et leurs intérieurs par la photographie; quant aux
proportions des façades, elles sont faussées par la perspective,
surtout en un pays où l'abondance de la végétation rend tout
recul impossible. Nous avons dû, par suite, employer pour eux
le dessin géométral.
Quelle échelle devait être adoptée? Devait-elle être unique?
Les monuments cams, ainsi qu'on le verra dans la seconde
partie, paraissent avoir rapidement décru d'importance; il
semble que ce soit aux temps anciens qu'ils aient été le plus
parfaits d'exécution et le plus imposants de volume. Valeur
d'art, masse et ancienneté suivent une décroissance parallèle.
La dimension est donc, là plus qu'ailleurs, un facteur impor-
tant à considérer.
D'autre part, un édifice énorme est composé en général des
mêmes éléments, souvent en même nombre, qu'une construc-
tion infime, et leur écart de taille va parfois du simple au sep-
tuple. Un dessin du premier à une petite échelle, qui ramène-
rait sa représentation aux dimensions de celle du second à une
grande échelle, risquerait d'amener entre eux une confusion
absolue . .
Ces considérations nous ont fait adopter une échelle unique,
assez réduite pour que les planches restent maniables, assez
grande pour que la lecture en soit sûre: trois quarts de centi-
me, t re par me' t re.
Mais certaines planches dépassaient encore beaucoup le
tirage de nos publications; de plus; la multiplicité des figures,
hachant le ' texte en tronçons informes, eût transformé notre
XVI INTRODUCTION.

étude en un véritable album et condamné le lecteur à des


feuilleUements continuels. Pour obvier à ces inconvénients,
nous réunissons tous les ensembles d'édifices sur planches,
simples ou pliées, en un portefeuille de même format: Atlas
des édifices cams, qui doublera notre inventaire; celui-ci,
grâce à une illustration photographique des monuments dans
leur état actuel - illustration qui sera, en outre, un moyen
de contrôle, -restera de lecture indépendante et suffisamment
compréhensible sans son annexe.
Sculptures et objets divers 'seront représentés dans l'une et
l'autre partie du texte, d'après le principe déjà énoncé, par des
dessins très serrés; les détails d'édifices seront figurés par la pho-
tographie ou le dessin, en géométral le plus souvent; car il est
rare qu'une partie d'édifice se soit conservée assez bien pour être
lisible sans comparaison avec les autres, plus ruinées, mais por-
tant parfois des éléments qu'elle a perdus. Cette dernière obser-
vation s'applique à plus forte raison aux façades. Faire un
relevé précis de trois faces identiques parce qu'elles sont diver-
sement ruinées, eût entraîné des redites inutiles; ne donner
que la moins dégradée, c'était s'exposer à perdre le bénéfice
des indications recueillies ailleurs. Nous avons donc décidé de
compléter dans l'Atlas la face choisie avec les fragments mieux
conservés pri_s sur les autres, et de répéter à gauche les parties
que montre la droite, lorsque cette face est symétrique. Nous
nous imposons seulement, malgré toute conviction person-
nelle établie, de ne jamais représenter un seul élément qui
ne figure encore à cette place sur un point quelconque de
l'édifice.
Nous devons à ce procédé d'avoir pu offrir des plans précis
el donner fréquemment pour les façades une impression de
l'édifice avant sa ruine sans qu'aucun détail en soit hypothé-
INTRODUCTION. XVII

tique. L'application sincère de notre système est garantie par


les ensembles photographiques dans le premier volume et
par la riche collection de clichés d'édifices cams que possède à
cette heure l'École française d'Extrême-Orient," collection dont
un certain nombre d'épreuves figurent dans les albums du
Trocadéro.
Quant au géométral, il a été exécuté de la façon suivante:
pour le relevé des plans, le seul obstacle était l'état de ruine
presque totale des parties basses; l'aplomb des verticales con-
servées plus haut, l'étude serrée des éléments de base subsistant
en quelques points, nous ont toujours permis d'établir nos tracés
avec une grande exactitude. Les coupes présentaient plus de
difficultés a cause de la hauteur parfois énorme des intérieurs
et de l'obscurité des voûtes. Partout ou nous n'avons pu at-
teindre avec des échelles ordinaires ou des perches, les cotes
ont été établies approximativement d'après le nombre de rangs
de briques, jaugées sur une moyenne considérable.
Des risques d'éboulement compliquaient encore le métré
dans l'étude des façades et ce n'est que pour quelques édifices,
Pô Romé, Hoa Lai, Binh Lâm, la Tour de cuivre (dont nous avons
atteint le sommet), la Tour d'or, Chiên Bàng, Khu'o'ng My,
que nous avons pu nous élever, et encore sans circuler, jusqu'au
premier ou au deuxième étage; des mensurations exactes étant
donc impossibles, nous avons procédé par restitution perspective;
des séries complètes de photographies prises sur chaque édifice
et pour toutes les faces, chaque fois qu~ cela fut possible, ont
été ramenées au géométral par les méthodes habituelles sur la
base très précise qUe fournit le dessin minutieux du plan. Un
procédé personnel nous a même permis de rétablir le géo-
métral avec autant de sûreté, lorsque le cliché était déformé
par l'inclinaison de l'appareil, en raison du manque de recul,
XVIII INTRODUCTION.
cas fréquent pour ces édifices souvent élevés sur des collines à
sommet exigu.
Mais quelque minutie que nous eussions apportée dans ce
travail, il exigeait une vérification; l'établissement des écha-
faudages pour la consolidation de PÔ Nagar de Nha Trang l'a
permise; l'écart entre le géométral ainsi obtenu et la réalité ne
s'est trouvé que de 0 m. 28 pour une hauteur de 2~ m. 48,
soit une erreur en dessin à notre écheHe de moins d'un milli-
mètre par 10 mètres de hauteur réeHe; encore, à l'époque où
nous avons exécuté notre restitution, n'avions-nous pas trouvé
le moyen de corriger dans le tracé la légère convergence des
verticales d'une photographie à peine déformée.
Nous avons renoncé à porter des cotes sur les coupes et les
façades, toutes étant incomplètes ou approximatives; l'échelle
constante et souvent une figure humaine permettront suffisam-
ment de se rendre compte des hauteurs. Nous avons indiqué en
revanche sur les plans toutes les mesures que l'état de ruine a
laissé prendre exactement, alors même qu'elles se rapportaient
plusieurs fois aux élé~lents identiques. On remarquera entre
elles des différences fréquentes; l'indication de ces malfaçons
nous a paru utile à signaler; mais nos dessins sont établis sur
les moyennes, car, invisibles en exécution, ces écarts sont d'un
effet criant en plan, et accusent les erreurs avec une intensité
qui rend l'impression du dessin absolument. fausse.
L'objection principale qu'on pourrait faire à notre mode
d'illustration est son inGohérence : un index général publié à la
fin de la seconde partie facilitera la réunion de tous les élé-
ments d'un même ensemble, tandis que cet index, venant après
notre essai de chronologie de l'art cam, permettra de se rendre
compte aisémen't des rapports de transformation d'un édifice, ou
d'un motif, à l'autre.
INTRODUCTION. XIX

Les difficultés de figuration exacte des bâtiments nous ont


obligé à doubler notre inventaire d'un atlas; il nous permettra
par l'insertion de cartes d'échelle suffisante de fixer avec préci-
sion l'emplacement des points archéologiques; le mouvement
général des hauteurs y sera indiqué sommairement, malgré la
faiblesse des informations actuelles sur cette partie de la carLo-
graphie indochinoise, car il est indispensable à l'intelligence
des groupements cams.
Nous avons cherché dans le cours de cet ouvrage, texte,
planches et cartes, à apporter la plusgrande précision dans les
terqles employés. Les désignations architecturales ont leur si-
gnification arrêtée et au besoin limitée artificiellement dans le
chapitre II; ce sens ainsi fixé prendra une valeur immuable
pour toute la suite de ce travail. Bien que nous ayons évité le
plus possible l'introduction des mots étrangers, un assez grand
nombre de termes cams, sanskrits ou annamites ont dû être
employés ici, car ils n'ont pas leur équivalent exact en français
et exigent pour être rendus avec netteté de longues périphrases;
un lexique complet les réunira il la fin de cette introduction
et leur donnera leur valeur précise.
L'orthographe employée est pour le cam celle du Dt"ction-
naire camjrançais de MM. Aymonier et Cabaton (Publications
de l'École française d'Extrême-Orient, voL VII). Les mots
annamites sont transcrits suivant le qu6c ngü' ordinaire. Bien
que certaines de ses conventions exigent clairement des rema-
niements, il nous a paru que la question n'était pas assez mûre
pour que nous puissions adopter telle ou telle modification. La
difficulté était particulière ici où les noms proviennent de dia-
lectes employés dans des régions éloignées et parfois très diffé-
rents dans le détail. Quelques noms annamites ont pris dans
l'usage courant une forme tellement abâtardie que leur resti-
xx INTRODUCTION.

tution exacte est devenue très difficile et les rendrait incompré..,


hensibles. D'autre part un certain nombre de mots cams nous
sont parvenus à travers une transcription annamite approchée
et leur réduction à l'orthographe adoptée pour la langue d'ori-
gine leur donnerait une apparence insolite. Nous avons accepté
pour ces deux derniers groupes la forme la plus usuelle, nous
réservant d'indiquer dans les tables par un signe spécial les
mots qui ne répondent à aucune orthographe normale.
Qu'il nous soit permis avant de clore cette longue introduc-
tion d'adresser nos remerciements à notre ancien directeur et
ami, M. Finot, directeur adjoint à l'École des hautes étu~es,
qui a bien voulu nous confier ce long travail, il y a près de huit
ans, qui ra toujours aidé de ses conseils, et qui s'est chargé,
en particulier, de revoir la transcription des mots sanskrits; aux
RR. PP. L. Cadière et E.-M. Durand qui nous ont rendu ce même
service pour la partie annamite et qui de plus nous ont apporté
leur concours précieux dans l'étude des provinces, - l'un du
Nord -l'autre du Sud; à tous ceux qui par leur aide ou par
les renseignements qu'ils nous Ont apportés ont facilité ce tra-
vail, administrateurs et commis des services civils, mission-
naires, colons. - Je dois une gratitude toute particulière en-
core à M. Finot, et à mon frère A. Parmentier, professeur agrégé
d'histoire au collège Chaptal, qui ont accepté la tâche fastidieuse
de la correction délicate des épreuves de cet ouvrage.
Enfin je tiens tout spécialement à rappeler ici la mémoire
de mon ami regretté, Ch. Carpeaux, qui pendant deux ans
( t 902-1903) apporta à ces recherches une aide assidue et dont

la collaboration dévouée rendit moins pénible la tâche ardue,


mais si féconde, des fouilles de Mi So'n et de BAng Du'O'ng.

Annam, t 9°0-1908.
INVENTAIRE DESCRIPTIF
DES
y

MONUlVIENTS CAMS
DE L'ANNAM
----------------------~>~q-------------------------

CHAPITRE PREMIER.
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA.
COUP D'OEIL GÉNÉRAL
SUR LA RÉPARTITION DES ÉDIFICES ,CAl\IS.

Sans vouloir faire ici son histoire, qui d'ailleurs est encore loin
d'être entièrement établie et que les découvertes nouvelles mo-
difient chaque jour; il est nécessa'ire de dire en quelques mots ce
que fut le Campa, jusqu'où il s'étendit, comment il se réduisit
au cours des siècles : ainsi se tracera nettement le cadre géogra-
phique de notre étude.
Le Campa parait avoir couvert au temps de sa splendeur la plus
grande partie de l'Annam moderne.
Dès le Ille siècle de l'ère chrétienne et sans doute avant, celte
région était occupée par une population de race malayo-polyné-
sienne et de culture hindoue, les Cams; le pays est dénommé
Campa (1) par ses habitants, et est appelé par les Chinois, au cours
de ses r§ductions successi~es, ALin-yi et Tchen-tching, caractères
que les Annamites lisent L1m-Ap et Chiêm Thành.

(Il éampa dan~ les inseriptions en tion d'AngChumnik(6t 0 ç.) et en Annam


langne vulgaire, Campa dans les inscrip- dans celle de Yan Tiku~ (7 '21 ç.). Cf.
tions sanscrites. Ce nom se trouve pour la FINOT, Notes d'épigr., B. E. F. E.-O., II,
première fois ail Cambodge dans l'inscrip- 185, Il.1. - Prononcer l'iampa, l'iam.
A~SU[. - 1.
2 CARACTÈRES GÉOGRAPIIlQUES DU (;AMPA.
Ce long rivage, que des éperons montagneux divisent en sections
marquées, ne présente pas cependant à ses extrémités de frontières
bien nettes. Celle du N. est géographiquement à une demi-journée
de marche du SÔng Gianh, dans le haut du Quang Binh actuel,
près du cap Bung Chùa, point d'attache de la grande bande ~ôtière
avec le bassin du Fleuve Rouge. Longtemps limite entre le Campa
et ses adversaires du Nord, elle le redevint au cours des lutles entre
le Tonkin et l'Annam. Bien que la convention du 6 juin 189ft
ait augmenté ce dernier des provinces de Thanh Hoà, Nghç An
et Hà Tinh, l'ancienne limite sera celle de notre étude, car nulle
lI'ace came n'a été signalée jusqu'à ce jour dans les trois provinces
septentrionales (1).
Les derniers kilomètres de la côte au S. sont formés de dunes
presque inhabitées qui séparent l'Annam de notre Cochinchine;
cette frontière naturelle paraît avoir été franchie par les Cams à
l'époque où les progrès des Annamites les rejetèrent vers le S., mais
ils ne semblent point avoir fait dan.s ces contrées d'établissement fixe.
A l'E., la mer de Chine borne le pays; mais plutilt que de le
resh'eindre, eHe lui donne, comme nous le verrons plus loin, ses
meilleurs moyens d'expansion. Al'O., la montagne élève UIie barrière
abrupte et souvent infranchissable. La chaîne qui va en s'abaissant
du N.auS. possède encore une altitude de 2500 mètres parlctravi:l!'S
de Huê et du Quang Ngâi, 2000 mètres derrière Nha Trang: Trois
cols aisément praticables sont les uniques passes entre la côte et la
vallée du Mékhong(2); le col de Ha Trai au niveau de Villh est hors du
territoire qui nous occupe; celui d'An Khê, le plus méridional, à
la hauteur de Qui Nho'l1 paraît seul des deux autres avoit' été utilisé
par les Cams.
(ll M. C. Paris a spécialement purcouru de géographie historique et descriptive,
les provinces du S. du Tonkiu et dn N. 18g8, p. 250 et suiv.)
de ,'Annam à la recherche des l'estes ('l La passe d'Ai Lao ne présente aucune
éams et n'a rencontré aucune trace nette trace de l'expansion éame et M. C. Paris
avant le Quâng Blnh. (Rapport sur une n'y a rien reconnu de celle origine. (C. PA-
mission archéologique en AIIlIalll, Bulletin RIS, rapportcilé, p. 266.)
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA. 3
La zone habitable, enfermée entre la mer et la montagne; se
réduit parfois à rien quand l'éperon rocheux s'avance dans les eaux;
elle n'atteint pas cent kilomètres aux plus profondes vallées. Du
côté occidental, le massif fort épais s'abaisse en longues ondulations
ct en vallées enchevMrées jusqu'au Mékhong, tandis qu'à l'E., la
pente tombe d'un mouvement continu, déterminant par sa con-
vexité la forme circulaire de la côte. Quand la montagne domine
le rivage, elle y pousse des ramifications presque à pic qui y. des-
sinent une série de petites vallées et de ports naturels. Ces derniers
sont tous formés d'une manière identique: un éperon de roches ou
une flèche de sable appuyée sur d'anciens ilots délimite un long
cul-de-sac, d'ordinaire assez profond pour fournir un bon ,mouillage
aux grands bateaux, mais dont l'entrée est généralement obstruée
par une barre de sable, lorsqu'une rivière un peu impol'tante s'y
jette. En effet, par suite de la pente rapide du versant oriental, les
eaux y coulent en torrents et broient les roches de granit dont le
massif est constitué; les plus minces cours d'eau 'font alors de tels
apports de sable que leur lit d'été se réduit àun sinueux chenal au
milieu d'un désert aride. Aussi, bien que la plaine ne foi'ine au pied
de la chaine qu'une simple banquette avant la fuite rjlpide du fond
marin, la côte est-elle bordée sur toute son étendue de sables qui se
relèvent en interminables dunes, obstacle au débouché des ri-
vières; celles-ci se mêlent en un lacis inextricable de canaux ou
s'étendent en lagunes sans fin aux rares issues; une haute barre en
interdit l'accès aux navires de fort tonnage.
De celte formation un peu spéciale, le pays prend un caractèl'c
très particulier' et son histoire parait s'en être ressentie nettement.
Si les lagunes donnent un moyen de communication excellent dans
toute l'ouverture de deux caps montagneux, si les nombreux ports
et les passes naturelles accessibles aux petites barques rendent les
rapports maritimes aisés entre vallées, - courtes traversées que
favorise encore la régularité des vents de mousson, - en revanche
les voyages par terre sont des plus difficiles. La route mandarine
CARACTÈRES GÉOGHAJlIIIQUES DU éAMPA.

actuelle se transforme en véritables escaliers aux gradins géants


quand elle doit franchir les éperons montagneux, entrave aux
transports . commerciaux, obstacle presque infranchissable aux
marches de guer.ré : ailleurs, si elle reste moins ardue, elle ne
traverse d'une vallée à une autre que forêts sauvages ou plages
incultes; de rares villages la jalonnent alors, mais leur existence est
tout artificielle; le gouvernement annamite ne les a établis ct né les
y maintient que par force, pour Je service des relais. Les commu-
nications, aujourd'hui fort pénibles, étaient sans doute impossibles
à J'époque des Cams; car cette voie semble être une œuvre pure-
ment annamite; nuls travaux d'art anciens ne s'y trouvent et, hors
des riches vallées qu'elle réunit, pas un souvenir cam ne s'y ren-
contre. L~ tempérament du peuple le portait d'ailleurs à préférer
la voie maritime; les Cams sc sont montrés en efret hardis marins
et pirates infatigables, et souvent ils eurent l'avantage sur les
flottes annamites.
D'autre part ce peuple a toUjOUl's fait preuve d'une aptitude spé-
ciale à la culture du riz, et ceBe-ci demande de grandes surfaces
. planes; son établissement en montagne n'est possible qu'au prix
de difficultés sans nombre et exige une population très dense. Le
peuple cam fut trop vite décimé par les guerres pour pouvoir sc
livrer à ces travaux difficiles; aussi dut-il abandonnel' les régions
accidentées, même côtières, aux sauvages, avec qui, tout montre
- histoire, inscriptions, langues, - qu'à l'inverse des Annamites,
il avait d'excellents rapports.
Ainsi s'explique l'étrange répartition des monuments cams, qui se
massent en plusieurs accumulations touffues, largement écartées les
unes des autres et sans le moindre jalon qui les réunisse. La confi-
guration du pays appelait en effet la nation à se diviser en arou-
• b
pements mdépendants, et son histoire témoigne d'une continuelle
séri~ de. morcellements dus à des usurpatems; de tout temps en -
pa rtI~uher, ~es régions au S. du cap VareBa, séparées de 1'ensemble
pal'llmprabcable col du Beô Ca, paraissent s'être isolées et avoir
CARACTÈRES GÉOGRAllHIQUES DU éAMPA. 5
constitué sous le nom de Pal).~lurailga un état presque indépendant,
foyer perpétuel de rébellions contre le souverain légitime, comme
aussi dernier refuge des patriotes irréductibles . .
. Remarquons en outre qU'en tout pays les édifices principaux se
groupent près des capitales; or celle du Campane fut pas unique;
àla suite de cessions successives aux Annamites, elle futdépla-
cée et reportée chaque fois plus au S., en des contrées moins
exposées, amenant ainsi , la construction d'autant de groupes
nouveaux.
Cette répartition spéciale ainsi expliquée, voyons à quelle corn,.
binaison d'étude elle nous conduit. La conquMe annamite a dft né-
cessairement respecter les grandes divisions na~urelIes, mais c~aque
région importante fut partagée 'en provinces, parfois d'une façon
un peu arbitraire; rien ne prouve d'ailleurs que les circonscriptions
annamites correspondent à celles du Campa. Nous avons encore
compliqué le problème en subdivisant à l'occasion les anciens ter-
ritoil'es et nos besoins différents nous amèneront sans doute à de
nouvelles répartitions. Nous pensons donc être plus près de la vé-
rité en nous laissant guider seulement par les frontières natu-
relles; nous éviterons ainsi le contraste incompréhensible ' de
provinces toutes dépourvues de . souvenirs cams à côté d'autres
où ils abondent : ainsi du Binh' Binhetdu Phu y ên.
, Considéré de cette façon, l'ancien Campa peut être divisé en
cinq parties, les quatre premières, en partant du S., ayant un déve-
loppement de côtes sensiblement égal, environ 200 kilomètres, la
dernière au N. un peu plus longue. Nous aHons jeter sur chacune
d'elles un rapide coup d'œil en signalant les points actuelleinent
importants et les principales richesses du pays, les uns et les autres
n'ayant guère dû varier depuis le temps des Cams, tant le pays
impose par sa forme même le choix des lieux et des cultures; nous
indiquerons en outre, pour rendre l'étude archéologique plus facile,
l'époque où chaque province est entrée dans l'empire cam ou en
est sortie.
li CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA.

I. Si nous partons du cap Ba Kê qui sépare l'Annam de notre


Co~hinchine, nous étendrons la première section jusqu'au cap
Padaran. La direction de la côte est alors S. O.-N. E. Les derniers
contreforts de la chaine viennent affieurer le rivage à la pointe
Kega que domine le mont Ta Cù (500 mètres). Tout ce pays n'est
qu'une étroite bande de sables et de dunes, parfois couverte de
maigres forêts, à peine peuplée. L'embouchure d'une petite rivière,
dans une zone un peu moins pauvre, fOI'me un POI't médiocre,
Phantiet, qu'abritent des dunes et des plantations de cocotiers. Une
population dense vit en ce point: commerçants chinois ou anna-
mites qui préparent le poisson salé et l'inévitable condiment de
tous les repas du pays, le nu'(h; ml1m, produit de la fermentation
du poisson et des crevettes, pêcheurs et sauniers qui fournissent
les éléments de cette industrie. Plus au N., sur ulle seconde baie
est un gros bourg, Phanri, où viennent à la bonne saison travaillel'
des marins du Quâng Binh. Tout auprès, au centre de dunes aux
blanc.heUl's aveuglantes, Duong ofl'ré un petit port assez sûr. Tous
ces villages se livrent à la même industrie. En arrière s'ouvre une
plaine plus importante qui semble avoir été assez riche autrefois;
elle est aujourd'hui en partie déserte . .
Cette province, le Binh Thu~n, de son nom annamite, est la
dernière contrée du Campa qui avec la vallée de Phanrang, plus
au N., ait conservé son indépendance. Au milieu du XVIIe siècle,
l'ancien empire ëam: était réduit à ces deux seules régions, et la
capitale paraît êh'e descendue près de Phanri; c'est en ce point en
effet qu'en 17 20, les officiers de la Galathée vinrent saluer l'uu
des derniers rois du pays {Il. Ces faibles souverains cessèrent d'être
héréditaires pour devenir de véritables fonctionnaires de la cour
de Huê en 1 7 35 et dispamren t en 1822. Mais si ce telTitoire est
l~dernier ~u~ ~oit l'esté ëam, il ne semble pas avoir fait partie du
Campa primitif : nulle inscription antique n'y a été tl'ouvée,

(Il E.-M. DURAND, Notes SUl· les ChalUS , B. E . Ji. E .-0. ,. t . V,p. 38'·1 Cl .
SillY.
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA. 7
tandis qu'elles sont nombreuses dans la vallée de Phanrang voisine,
et, sauf le temple de Po Dam, que ses formes peuvent rapporter
au lX ou au xe siècle de l'èl'e chrétienne', aucun édifice ancien ne
C

s'y rencontre. Les monuments y sont modernes, pagodes funéraires


des derniers rois ou maigre~ bamuit. La province est cependant inté-
ressante à étudier, car c'est le seul point où l'on puisse recueillir
encore de vieux souvenirs ou des renseignements sur la vie anté-
rieure des Cams; encore beaucoup paraissent-ils être forgés après
coup.
II. .Du cap Padaran au cap Varella, s'étend la deuxième section:
elle comprend l'ancien Khanh Hoà et se compose de trois vallées
réunies par des passes faciles. Ce groupe est lui-même ouvert sur
le précédent par la vallée de Cà Na, mais il en est séparé par les
collines du S. qui, sur une étendue assez longue, baignent leurs
pentes abruptes dans la mer, ne ' laissant à leur pied qu'un étroit
et difficile sentier, parfois la plage seule pour tout passage. Le
cap Padaran semble être une He atterrie depuis des siècles; il est
soudé à la côte par la vallée dessus dite, large brèche boisée entre
la baie de Cà Na - bon refuge pour les barques de pêche, et, par
suite, centre actif de contrebande - et la baie de Phanrang. Celle-ci
n'offre qu'une rade médiocre aux grands navires, mais fournit
derrière la barre, dans la profonde lagune de Nai, un excellent abri
aux jonques de mer. Le cap est un des points les plus dangereux
à franchir pour la navigation à voiles, car la côte, jusqu'alors
parallèle aux moussons, se redresse brusquement vers le N.
Dans toute cette partie, les montagnes dominent la mer, mais
diverses vallées s'ouvrent entre leurs ramifications. C'est d'abord,
immédiatement après le cap Padaran, la riche plaine de Phan-
rang qu'arrose un torrent abondant : entièrement cultivée par
les Cams, elle se dessécha après l'abandon de leurs canaux
et elle présente aujourd'hui l'aspect des grandes plaines bi-Mées
de l'Inde, mais l'elror! des colons et des missionnaires lui rendra
bientôt sa prospérité ancienne. Cette vallée est la plus septentrio-
8 CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAl\IPA.
nale qu'habitent encore les Cams. Une stèle, celle de Yail 'l'iklll~l,
. près de la colline de Ba Trling, les y montre installés longtemps
avant 709 çaka; un grand nonibre de monuments et d'inscriptions
s'y rencontrent, s'échelomiant sur toute la durée de l'histoire came.
C'est sans doute en ce lieu que fut bâtieune des dernières capitales,
après la cession définitive des provinces au-dessus du col des Nuages
(t 307 A. D.). Le pays se nommait Pal)~urailga. Les derniers
survivants de ce malheureux peuple s'y rencontrent, comme au
Binh Thuàn, mêlés aux Annamites; mais les deux populations
ne fraient guère et habitent des villages différents : ceux des
Annamites, verdoyants, entourés de haies touffues de bambous;
ceux des Cams désolés, enclos de palissades en branches tordues
et desséchées.
Une passe resserrée et sauvage, quoique d'un accès très aisé,
encombrée d'une végétation intense et infestée de tigres, mène
derrière le faux cap Varella à la baie de Cam Ranh, havre excel-
lent et for1, poissonneux. Cette région est aujourd'hui presque
déserte, et les recherches v.. sont de ce fait assez ardues; la forêt
y cacherait une ancienne citadelle; nous n'avons pu encore fa re-
connaître.
Un peu plus au N., un dédale de petites îles et la grande île Tre
au large défendent la baie de Nha Trang et y abritent à chaque
mousson un mouillage différent. De hautes -montagnes enferment
une étroite mais fertile vallée, arrosée par une petite rivière;
la plus vieille inscription de l'Indochine, la pierre de Vô C~nh,
me siècle (1), Y fut trouvée. Là se voit un sanctuaire, vénéré entre
tous, le temple de Pô Nagar de Nha Trang, constl'Uit sur l'empla-
cement d'un édifice déjà honoré pour son ancienneté vers la fin du
Ville siècle; la région porta, au moins aux temps anciens, le nom de
Kauthâra.
, ~nfin une troisième baie, · celle de Hon KMi, que côtoient les
reglOns productives de Ninh Hoà, est dominée de près par des
montagnes supérieures à 800 mètres, de loin par une cime élevée
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAl\1PA. .9

( 2, t 00 mètres) que terminent deux roches immenses: des légendes


annamites les ont fait nommer (( La Mère 9t l'Enfant 11. Cette baie
est fermée au N. par la pointe escarpée du cap Varella.
Comme on le voit, dans toute cette zone, la vie .came senible
s'être concentrée dans la large vallée de Phanrang, etseuls des
points très anciens et très révérés se rencontrent isolément dans
les autres coupées de la chaine annamitique.
III. Nous limiterons la troisième section entre le cap Val'ella et
la pointe Sahoi, c'est-à-dire entre les extrémités des deux systèmes
montagneux qui encadrent au N. et au S. la plaine du Bînh Dinh.
Chacun de ces massifs est coupé ' à son tour d'une dépression im-
portante, mais d'un caractère fort différent. Le Sông Da Rang, ou
Sông Bà, le principal fleuve de l'Annam, étendue d'eau tOiTen-
tueuse à la saison des pluies, rivière paresseuse entre d'immenses
plaines de sable à la saison sèche" divise le massif S., et sa .vallér,
largement ouverte vers la mer s'enfonce profondément dans la
montagne de l'O. pour se retourner ensuite au N., enfermant
entre eHe et la côte les cours d'cau plus septentrionaux. Le mas-
sif duN. au contraire ne contient qu'une vallée sinueuse mais
courte, où coule une rivière aux berges encaissées, le Sông Lai
Giang.
Du cap Varella jusqu'à la pointe Sahoi, la côte continue à monter
franchement vers le N. Deux passages permettent de franchir
l'éperon du Varella: un col rapide, le Dèo Ca où surplombe une
montagne couronnée ·d'une pierre énorme, le Da Bia (750 mètres),
et une vallée marécageuse et malsaine, seul passage accessible aux
convois de chevaux de bât; l'unet l'autre conduisent dans la vallée
du Sông Da Rang. Celui-ci se jette à la mer au pied d'une faiaise
aLi'upte qui porte des ruines cames; un grand marché, 'fuy Hoù,
s'est fixé près de cette embouchure. Le fleuve; par son apport con-
sidérable de sables, a couvert la côte voisine de dunes éclatantes.
Parfois elles s'éc"lrtent; alors jusqu'à la mer, descendent des bois
épais de cocotiers où s'abritent des villages prospères. Plus auN.,
10 CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU (~A~lPA.
au milieu d'une vaste plaine, entourée de collines élevées, se trouve
l'ancien chef-lieu de la province, Phù Yên. Le pays est fort cultivé
et, chose rare en Annam, les cultures montent jusqu'au faîte
des' versants, les rayant des mille stries des terrasses jusqu'à
la crète qui, fait particuliel', s'étend toujours ici horizontalement.
De belles plantations d'aréquiers occupent les bassesvaHées que.
sillonne un dédale de rivières. La route mandarine ne franchit pas
moins de cinq bacs en deux heures de chemin, pour atteindre la
baie de Xuân Bay; profonde, entourée de montagnes e! toute
ceinte de cocotiers, elle offre un excellent mouillage. SUl' la rive se
voit, à l'ombre de riches lliantations de palmiers, le village de
SÔng Cau, nouveau centre administratif de la province. Cette ré-
gion, le Phù Yên, fournit les bœufs et les chevaux les plus estimés
de l'Annam.
Un col d'accès facile, une étroite vallée fertile aux grasses rizièl'es,
aux villages perdus dans les aréquiers et les cocotiers, un noo.veau
col plus rude, le col de Cù MÔng, conduisent dans la superbe plaine
du Binh Binh. C'est la première vallée étendue qu'on rencontre
depuis le S.; les sommets s'écartent jusqu'à 70 kilomètres de la
côte; la plaine s'étend sur une longueur égale du N. au S.; ses
multiples cours d'eau alimentent l'importante lagune de Thi Nai,
sur le bord de laquelle se trouve Qui Nho'n. Cette ville, de forma-
tion récente, étend ses nouvelles constructions sur les sables entre
la mer et la lagune. Deux éperons de hautes collines bordent
rentrée de cette dernière; profonde, mais interdite aux grands
navires par une barre difficile, elle fournissait un abri parfait aux
jonques de commerce et de guerre; près de la pointe orientale,
un groupe d'îlots rocheux, aux parois fi pic, pleins de grottes
obscures, sert de refuge fi des milliers de salanganes, dont les nids
comestibles, fort recherchés des Chinois, sont l'objet d'un négoce
avantageux.
Le fond de la plaine se relève par une série de mouvements de
telTain qui viennent mOUl'il' sur la côte, enfermant des vallées
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAl\fPA. 11

remplies de beHes plantations de cocotiers, les derniers que l'on


trouve en montant vers le N. La rivière abondante de BÔng So'n
arrose cette contrée; puis le fond de la vallée s'appauvrit en
s'élevant; un col assez facile mène du Binh Binh au Quâng
Ngiii en franchissant l'éperon montagneux qui finit dans la mer à
la pointe Sahoi.
Ces provinces du Phu Y~n et du Binh Binh furent très irréguliè-
rement peuplées par les èams. Les régions du N. et du S. ne
montrent que peu de souvenirs de cette civilisation et seulement
dans les deux vaHées; la plaine centrale offre en revanche un en-
semble d'édifices imposant.
La vallée du S., celle du SÔng Bà, fut colonisée par les èams à
plus de 100 kilomètres à l'intérieur. Le fait parait étrange , si,
comme il semble, ils n'ont pas pénétré dans la passe d'Ai Lao, à la
hauteur de Huê: il pourrait s'expliquer cependant par la position
de ce col et la date relativement récente des monuments découverts
dans la vallée du SÔng Ba Rang; sans doute cette expansion vers l'O.
est-eHe la conséquence de la perte définitive des provinces au N.
du col des Nuages: les populations cames refoulées ou fuyant la
cruelle domination des Annamites durent, pour trouver de nouvelles
terres, s'enfoncer dans la montagne; et le parallélisme de la haute
vallée du fleuve avec la mer leur permettait d'atteindre aisément
les endroits cultivables par la passe d'An KM sans faire le grand
détour au S. par le cours du fleuve.
Le massif côtier qui s'élève au N. de l'embouchure du Sông Ba
Rang ne se prête pas à la culture du riz, mais est couvert de
riches plantations; malgré sa fertilité, il ne présente aucune trace
came. Nous n'avons jamais eu, il est vrai, l'occasion d'étudier à
fond cette région, et moins heureux qu'ailleurs, nous n'avons pu
trouver sur place une collaboration efficace. Toute cette partie
avait cessé d'être came dès le commencement du XVIe siècle ct
peut-être fut-elle abandonnée avec le Binh Binh.
La plaine fertile qui s'ouvre au N. sur la baie de Thi Nai ful
12 CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA.

pàrmiles plus prospèl'es ùu Campa; elle est semée de sanctuaires


de l'époque moyenne; il s'y trouveqllelques-uns des édifices les
plus imposants dus à cet art. Non loin de la citadelle annamite
de Binh Binh .qui est toute récente (fin du xvme siècle) se voient
les ruines de la ville forte de Caban. C'est sans doute le Vijaya
des inscriptions (1), le Fa-che des Chinois (2), la capitale après la
remise forcée des territoires du N. au milieu du Xie siècle. Elle
tomba elle-même avec le pays environnant au pouvoir des Anna-
mites en 1471 A. D.
Le massif du N. montre à nouveau peu de vestiges cams, sauf
la vallée de BÔng So'n qui contient un assez grand nombl'e de
traces ù' édifices, mais tous entièrement ruinés.
IV. De la pointe Sahoi au cap Batangan, la côte reste S.-N.; à ce
dernier cap, elle s'infléchit nettement vers le N. O., puis garde
jusqu'au Tonkin cette direction que ne modifie pas l'éperon formi-
dable franchi par le col des Nuages. Noire quatrième section va
de la pointe Sahoi à cet éperon et comprend deux provinces anna-
mites, le Quang Ngai et le Quang Nam. Toute cette contrée offre
un caractère très particulier. Près du rivage s'étend une zone de
sables relevés en dunes sur le bord, morne étendue que divise dans
toute sa longueur une interminable lagune; puis, moins étendue
peut-être que celle du Biuh Binh, vient une . plaine fertile : qui
pénètre en vallées profondes dans le labyrinthe des montagnes
voisines. Celles-ci assez élo,ignées de la côte la bordent seulement de
quelques mamelons à la hauteur du cap Bantam, divisant naturel-
lement le Qu;\ng Ngai el le Quang Nam. Plusieurs cours d'eau
larges mais de maigre débit naissent au fond de l'enchevètrementdes
vallées. Le Sông Tra Kuk et le Sông Tra Bôngarrosent le Quang
Ngai. Le Sông, cours principal qui prenddilTérents noms, se réu-
nit .à d'autres affiuenis pour former le grand fleuve qui couvre la
plame du Quang Nam du dédale de ses mille bras; il passe d'abord
(1) FIXOT, Notes d'épi{Jraphie; B. E. P. (2) PELLIOT, Deux itinérai,> es de Chine'en
E.-O., 1. IV, go(j, note 1.
Inde à la fin du VlII" siecle, iù., t. IV, 'log.
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU éAMPA. 13
à côté des mines d'or de BÔng Miêu que les Cams exploitèrent,
et coule ensuite non loin d'une" sorte de ville sainte qu'abrite le
cirque de Mi So'n. Les diverses branches aboutissent aux lagunes
côtières en formant un vaste estuaire de faible profondeur sur le-
quel est bâti Fuifo, qui passe pour avoir été autrefois le port prin-
cipal du Campa; c'est aujourd'hui un entrepôt considérable du com-
merce chinois. Un dernier bl'as se jette dans la rade de Tourane;
celle-ci est enfermée sur plus d'un demi-cercle par de hautes
montagnes et une ancienne ile rocheuse, réunie à la terre par une
bande de sables qui s'appuient sur d'autres îlots atterris~ les MOTl:-
tagnes de Marbre. Ces roches sont constituées pa l'un mélange
singulier de marbres et de schistes;" cette contexture y détermine
de longues fissures et d'étranges grottes. L'une a servi au culte
cam, et l'autre; consacrée parles Annamites au culte bouddhique,
est une des curiosités de l'Indochine. La baie n'ouvre sur la mer
que par un goulet assez court mais contourné, dont lafol'me brise
l'action des tempêtes.
Au large de la côte se trouvent deux Hes assez impol'tantes. Cù
Lao Rily, à la hauteur du cap Bantam, posséderait des vestiges que
nous n'avons pu encore inventorier. Au large de Faifo, Cù Lao
Cham contient des villages d'une populaLion très différente de la
race annamite; elle offre à la navigation un sérieux point de re-
père et quelques bons mouillages.
Toute la plaine du Quang Ngâi et du Quâng Nam est remplie de
souvenirs cams, et si au Quang Ngâi aucun édifice n'est resté debout,
en revanche les traces en sont nombreuses. Le Quang Nam est semé
de monuments et de tertres de décombres qui rappellent l'existence
de véritables villes. On pourrait voir dans la grande citadelle de Tril
Kiçu~ tout à fait ruinée malheureusement, les restes d'une ancienne
capitale, peut être SiIihapura(I) qu'accompagna comme ville sainte
çivaïte le groupe de temples de Mi So'n à 15 kilomètres à l'O. La

(Il FI:\OT, B. E. F. E.-O., t. IV. 9 15 .


1/1 CAIlACTÈIlES GÉOGIlAPHIQUES DU (~AMPA.
région portait sans doute le nom d'Amaràvatï ({ Une autre capI-
tale s'y élevait au IXC siècle, la ville aux monuments bouddhiques
d'Indrapura (= B6ng Du'O'ng) à 20 kilomètres au S. (2). La capitale
brûlée au milieu du XIe siècle paraît avoir été abandonnée fi cette
date et reportée au Binh Binh. Le pays lui-même fut cédé aux
Annamites au commencement du XV C siècle.
V. Au N. du col des Nuages la montagne revient tout d'abord
serrer la côte de près, puis elle s'écarte: dunes et lagunes règnent
à nouveau. Trois provinces annamites s'échelonnent du S. au N. :
ThU'à Thiên, Quâng Tri et Quâng Binh. Le massif qui ferme le
Quâng Nam au N. présente des sommets de belle altitude (Portes de
fer, 1200 mètres; Sommet Triple, 1350 mètres, etc.). Cc système
se termine en mer par un éperon saillant qui ne laisse pour passage
entre le Quâng Nam et le ThU'à Thiên qu'un col peu élevé mais
aux pentes rapides. Il finit au N. par le cap Chu May. Immédia-
tement au-dessus commence la première des lagunes qui bordent
toute la côte du ThU'à Thiên ct du Quâng Tri et que sépare de
la mer une ligne de dunes basses. Derrière cette bande stérile le
pays légèrement accidenté est fertile; un cours d'eau d'assez fort
débit, la rivière de Huê, l'arrose. Elle pi-end sa source dans les
monts que l'on voit en arrière de cette ville; le plus important, le
Double-Pic a 1770 mètres; après avoir contourné la citadelle de
Huê et une place forte came antérieure, elle se déverse dans les
lagunes, n'ouvrant sur la mer qu'une embouchure obstruée d'une
barre infranchissable l'hiver; elle ne livre passage en été qu'aux
Mtiments de faible tonnage; la passe s'ensable encore tous les
jours et il est probable qu'au temps des Cams elle était d'un accès
infiniment plus aisé.
Le Thu'à Thiên et le Quâng Tri sont d'un seul tenant; mais le
dernier, arrosé également d'une assez forte rivière, embarrassée
aussi d'une barre à son embouchure, est plus pauvre; c'est"pourtant

(1) Fl~OT, B. E. F. E.-O., t. Ill, 639, note 5. - (') FINOT, ibid., t. IV, 112.
CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU CAMPA. 15

là, dans la région de Do Linh, que se récolte l'espèce la plus estimée


d'une des plus riches épices de l'Annam, le poivre.
Un nouvel éperon, le cap Lay, qu'accompagne une montagne
élevée, le Grand Sommet (1660 mètres), vient séparer le Quang
Tri du Quung Binh plus prospère. Le rivage continue bas et couvert
de dunes; un petit cours d'eau l'interrompt et son estuaire forme
le port de HÔng H6'i, dont la situation particulière faisait un point
stratégique remarquable. La citadelle s'appuie sur une muraille na-
tmelle, le Nuî Ba Reng, qui aboutit à la mer; au N. de la ville, un
contrefort de falaises, ne laissant qu'un étroit passage, fait de ce
lieu de véritables Thermopyles. Puis la cÔte reprend monotone
jusqù'au SÔng Gianh qui est un des grands fleuves de l'Annam. Il
coule près de curieuses grottes, garnies d'inscriptions indéchif-
frables. Ces grottes consacrées au culte bouddhique par les Cams
sont un des plus intéressants souvenirs laissés par eux dans le N.
Enfin quelques kilomètres plus loin est le cap Bung Chùa où finit
pour nous l'ancien Campa.
Toute la contrée àu N. du col des Nuages jusqu'à ce cap montre
peu de vestiges de cetLe civilisation. La chaine montagneuse qui
sépare le Quallg Nam du ThU'u Thiên n'en présente aucun; les
villages annamites y sont fort ral'es et l'on peut se demander si
cette zone ingrate n'était pas complètement déserte. Au pied de ce
massif se voit la tour de Linh Thâi, l'édifice le plus septentrional,
dernière manifestation d'un art déchu, s'il n'est plutôt une grossière
restauration annamite. Tous les autres monuments ont disparu du
ThU'a Thiên et leurs matériaux même ont dû être utilisés : seule
la citadelle voisine de Huê marque un point capital; peut-être
faut-il y voir les restes de la citadelle appelée K'iu-sou par les
Chinois (i).
Au Quaug Tri et au Quang Binh les vestiges ont un peu plus
d'importance; quelques-uns, comme ceux de Hà Trung, témoignent

(Il PELLIOT, n.E.F.E.-O., t. IV, 202.


16 CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES DU (~Al\tPA.
de constructions grandioses. Mais le pays a été tellement dévasté
par les guerres, perdu et repris incessamment par les Ca ms et par
les Annamites, qu'il n'y subsiste que des décombres; l'absence en
ce point d'un centre comme Huê a au moins préservé ceux-ci d'un
pillage systématique. Le ThU'a Thiên paraît avoir toujours fait
partie de l'empire cam; peut-être cependant fut-il conquis avec le
Quang Tri et le QuarigBinh sur la Chine au IVe siècle; les rensei-
gnements fournis à ce sujet par les annales annamites sontdiffi-
ciles à interpréter en raison des changements continuels qui se
sont produits dans l'appellation des lieux.
C'est avec une égale réserve qu'on doit parler de la cession du
ThU'a Thiên et du Qu<Îng Tri aux Annamites. Mais si ces provinces
purent être cédées eil même temps que la région la plus septen-
trionale, il est probable que l'abandon ne s'étendit pas davantage
au S.; il faBait une nouvelle frontière et la division marquée
du massif du col des Nuages était indiquée. D'ailleurs la cession
ne paraît pas avoir été effective: les Cams ont continuellement
lutté pour rentrer en possession de leurs provinces du N. Il semble
que ce ne soit qu'en 1307 que leur annexion àit été définitive;
encore refusent-elles de s'y soumettre. Huê devient néanmoins
citadelle annamite et ce n'est plus au Ngh~ An, comme on le vit au
début du XIIIe siècle, que les Cams vont porter la guerre, mais
dans cette région même de Huê; accidentellement, vers la fin du
XIVe siècle, ils atteignent derechef le Ngh~ An et montent jusqu'au

Tonkin; mais leur elfort bl'isé, les Annamites réorganisent so]ide-


ment le ThU'a Thiên( t 393) qui sc transforme en . un boulevard
inexpugnable.
Quant au Quang Blnh, il est probable que dès 1069, ct à
~lus forte raison 1307, il cessa de faire effectivement partie dù
Campa. . .
Le petit nombre d'inscriptions trouvées dans ces dernières pro-
vinces et le fait qu'elles sont encore inédites ne permettent pas plus
de précision.
CHAPITRE II.
CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE èAI\L
TEHI\IlNOLOGIE (l'. PLAN DES DESCRIPTIONS.

Parmi les monuments ca ms conservés, ne se rencontI'ent guère


que des temples, et ceux-ci, bien que variés dans le détail, ren-
. trent pour l'ensemble dans un type unique susceptible seulement
de redoublement ou de réduction. Ils s'élèvent d'habitude sur de
légères éminences, situation choisie sans doùte pour les rendre
visibles à grande distance. Leur orientation à peu près constante
est E., avec d'ordinaire un léger écart vers l'un ou l'autre côté.
Le centre de la composition est toujours un édifice en pyramide
à ba~e carrée dont le noyau creux constitue l'étroite cella, demeure
du dieu; les Cams donÎlent · à ce b~timent le nom de kalan; ce
terme correspond au pràsàt khmer, sanskrit prasiida; l'babi:"
tude est prise chez les Français de désigner ces constmcLÏons sous
le nom de tours en raison de leur dimension plus grande en
hauteur; il ne faut voir dans cette appellation aucune acception
militaire. Le ka/an principal est parfois accompagné de deux autres
placés sur un même axe N.-S. ; il semble que ce soit le plus sou-
vent des adjonctiolls successives. Un mur détermine autour du
groupe central une enceinte probablement sacrée; elle est inter-
rompue à l'E. et rien qu'à l'E. par une porterie, de forme analogue
en général aux kalan, mais (lui n'en est pas un, n'étant pas un

. . ('). Quelques-uns de~ termes ernployés du cirque de il!ï SO'I! (ibid., IV, 807, n. 1),
ICI diffèrent de cenx que nous avions pro- une connaissance plus sûre de cet arl
posés au début de nos travaux, dans notre nous a forcé de reconnaltre que certaines
étude intitulée : Caractéristiques de l'art de nos ancienn!!S appellations n'avaient
cham (8. E.F.E.-O., t. 1,245 et suiv. ). qu'une valeur trop approximative. La
Comme nous l'avons irH]j([ué flans IIne raison du choix délinitif est ici donnée
note de notre article SUI' Lcs monumcnts cbaque fois ~vec la définition du terme.
A!(~ .UI. _ 1. ~

11116'11110111:11.11: ".ATIOIU.LL,
18 CAHACTÉRISTlQU'ES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE l:AM.

sanctuaire; deux portes opposées sur l'axe E.-O. et relevées de


hauts perrons donnent à dessein un accès difficile à la cour sacrée.
Il n'est pas rare que cet enclos enferme un bâtiment allongé dans
le sens E.-O., placé en avant du noyau principal: il contient deux
salles qui se commandent; seule, celle de l'O. possède une porte
vers l'axe général, au N. ; des fenêtres les éclait~ent. L'invariabilité
de sa situation au S. nous a décidé à désigner cette construction
sous le nom d'édifice Sud. Il arrive que d'autres kalan accom-
pagnent le premier ou le groupe central; petits, ils sont souvent
appuyés à la face interne du mur de clôture. Tous ces bâtiments ·
sont en briques et couverts par des voûtes épaisses à encorbellement
qui forment pyramides creuses.
Hors de cette enceinte et en avant, orientée de même, s'allonge
d'habitude une salle constituée par des murs minces ou des piliers
qui supportent une toiture de tuiles. Nous l'appelons grande
salle. Des murs forment parfois une nouvelle enceinte; elle englobe
le tout et une tour l'ouvre alors à l'E.; mais en de nombreux cas
rien de semblable n'apparait, et il est probable que si clôture et
porterie ont existé, elles étaient en construction légère et n'ont pas
laissé de traces. En divers points de l'ensemble se voient à l'occa-
sion des tours à quatre baies, élevées en briques et voûtées; il
semble qu'elles aient d'ordinaire servi d'abri à des stèles, chartes
de fondation des édifices, d'où le nom choisi: tour d'abri.
Nous décl;irons ici une fois pour toutes un halan en le compo-
sant des éléments les plus habituels, et, insistons sur ce point, ail
cours de l'Inventaire, nous nous reporterons strictement et dans
cet ordre à ce type classique, nous contentant seulement de signa-
ler par queUes différences l'édifice étudié s'en sépare; mais nous
ne décri t'ons que le ~·alan, les autres bâtiments se composant des
m~mes éléments. Nous y distinguerons deux types, le type complet
et le type réduit.
Examinons d'abord le kalan de type complet. A l'intérieur,
la cella ou salle de culte est carrée; ses parois sont verticales, nues
CARACTÉHISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE è.UI. 19
et lisses. Une voüte encorbellée, à rangs d'assises successives et
régulières, s'élève d'un seul jet jusqu'au sommet. : nous l'avons vu
quelquefois se continuer en une large cheminée qui paraît avoir
été ouverte sur l'extérieur; la ruine des sommeLs et l'obscurité des
parties hautes fait d'une règle peut-être courante une exception
rare et difficile à observer; nous la signalerons chaque fois que le
hasard nous aura permis de la constater. De même toutes traces
de plafond seront indiquées, ainsi que les pierres de suspen-
sion; elles consistent en dalles fichées dans les angles à mi-hau-
teur des tours, et percées d'un trou, sortes de poulies fixes , permel-
tant la manœuvre d'un velum au-dessus du dieu. Des niches à
luminaire creusent les pa rois de la salle sur les axes : ce
sont des alvéoles de forme et de dimensions très variables, dont
la tablette inférieure était au niveau du piédestal de la statue,
et qui devaient l'ecevoir les ustensiles d'éclairage pour ces salles
obscures. Le rôle: que nous leur attribuons est, comme celui
prêté aux pierres de suspension, hypothétique, mais des plus
probables.
Au centre de la cella est installée l'idole; elle repose sur un
dé mouluré terminé par une cuve à ablutions, terme qui est
la traduction exacte du mot sanskrit snânadro1'}i; celle-ci recueille
les eaux dont on arrosé la divinité et les rejette à la gauche du
dieu, soit le plus souvent au N., par un bec saillant, pel'cé
d'une rigole. Parfois un somasütra, conduit à fleur de terre
ou suspendu, reportait les eaux à l'extérieur; son existence
n'est plus attestée dans la plupart des cas que par un canal
percé dans le mur; nous mentionnerons la présence de cet orifice
t?utes les fois qu'il sera reconnu. Idole et piédestal ne seront
sl~nalés ici qu'autant qu'ils seront restés in situ, et ils seront dé-
CrIts plus loin. .
Cette salle s'ouvre vers l'extérieur par un couloir à parois nues,
sous voÔte en berceau, du même genre et sans traces de plafond.
Il se termine par une porte dite intérieure, qui fut munie de
~ .
20 CAllACTÉnISTIQUES GÉNÉllALES D'UN TEMPLE CAM.
vantaux: des crapaudines au seuil et au linteau accusent seules
l'existence de ces derniers; elle était constituée par un encadre-
llIent de pierre simple, uni, et le seuil qui repose sur.le sol forme
marche en avant, double marche en arrière, la feuillure fort large
se retournant tout autour du chï1ssis de pierre. L'unique linteau
porte unedoison de briques qui sert de tympan et, quand nous
n'attirerons pas l'attention sur cette murette, elle sera restée sans
décor. Cette porte est au ras du parement extérieur de la tour cl
les parties qui suivent constituent le vestibule.
Un nouveau couloir à parois lisses mène dans une autre petite
sane, il. voüte spéciale, mais beaucoup moins élevée que celle du
sanctuaire. Seule la porte d'entrée l'éclaire. Celle-ci diffère de la
précédente en ce que son encadrement de pierre n'est pas complet,
car il ne comporte jamais de seuil saillant. Les piédroits et le lin-
teau sont parfois l'objet d'une décoration particulière: nous ne
les décrirons qu'en façade et par suite plus loin. Salles ct couloirs
sont au même niveau qui est celui de la cimaise du soubassement
général.
Extérieurement l'édifice entier, partie principale et vestihule, est
porté par ce soubassement général, seul élément commun entre
eux. Il se décroche suivant les saillies principales et ne s'interrompt
que devant la porte d'entrée pour faire place à un perron qu'en-
cadrent deux échiffres, houts de murs ou pierres verticales
taillées en volutes et qui enferment les abouts des marches. (Cf.
B.E.F.E.-O., t . IV, p. 870, fig. 34 et p. 872, fig. 35.)
Sur ce soubassement s'élèvent les façades mêmes du corps cen-
tral et du vestibule. Nous nous occuperons d'abord du corps
centraL Il comporte plusieurs étages, qui vont en diminuant d'im-
portance de has en haut Le premier, qui forme l'enveloppe même
de la cella, présente, à l'extérieur, des parements ornés cntee deux
corps de moulures; ces parements ne sont pas toujours verticaux;
seule leur inclinaison sera signalée. Ils ne sont pas lisses, mais
comme gaufrés en une série de longues saillies plates, que sé-
GARA CTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE CAM. 21
parent des faces creuses de largeur analogue; les arêtes ainsi déter..,
minées sc continuent dans les moulures hautes et basses par des
angles saillants et rentrants. (Cf. B.E.F.E.-O., t. l,p. 256,
fig. M.J.) Pour leur similitude d'as1?ectavec le pilastre antique, nous
leur avons ·donné ce nom de pilastre, bien qu'ils ne portent rien
et n'aient ni base ni chapiteau spéciaux; la partie rentrante intermé-
diaire a reçu naturellement celui d'entrepilastre. Dans le type le
plus fréquent que nous envisàgeons ici, les pilastres sont au nombre
de cinq, mais le pilastre central disparah derrière les fausses portes
qui décorent les axes et n'est reconnaissable d'ordinaire que par le
mouvement qu'il détermine dans le corps de moulures supérieur.
Égaux et de même saillie, ils sont recoupés en deux par une sai-
gnée : le parti d'ornementation dans ces édifices semble avoir tou-
jours comporté la sculpture de ces bandes ou de l'ensemble même
du pilastre; mais l'inachèvement _presque habituel de ces sanc~
tuaires nous force à porter les pilastres nus et recoupés dans le
type général; de même les entrepilastres seront-ils comptés
comme étant seulement décorés de saillies et de retraites succes-
sives dans Iabrique, formant cadres concentriques, sans moulure~
ni décors, quoique ces saillies paraissent., dans la plupart des cas,
n'être que des épannelages.
Pilastres et entrepilastres s'unissent aux corps de moulures termi-
naux par un mouvement symétrique, congé en bas, cavet en haut.
Nous désignons le cours de profils inférieur et supérieur. par les
noms de base et de corniche, bien que ce ne soit que de simples
décors; la base, lorsqu'eHe est traitée en pierre, ne 1'est jamais
qu'en revêtement et n'ajoute nuHe force à la construction, et la
corniche n'en est pas une, car eHe ne forme jamais larmier.
Quelque impropres que soient ces termes, mais par des raisons de
brièveté et de clarté, nous les adopterons en prévenant le lecteur
qu'ils n'entreront en aucun cas dans cette étude sous une autre
valeur que ce sens spécial. Base et corniche sont d'ordinaire symé-
triques et nous ne signalerons que les exemples de dissymétrie;
22 CARACTÉIUSTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE CAM.
nous indiquerons ces profils sous le nom de type à cavet
et type à doucine suivant la moulure principale des profils
constants sous lesquels ils sont tracés, sans nous inquiéter
d'ailleurs si dans le cas d'une corniche la doucine est renversée,
ou dans le cas d'une base, que le cavet y doive porter normale-
ment le nom de congé.
La base porte souvent un ornement spécial qui n'a son pendant
en nul autre art; parfois exécuté en pierre, lorsque la base l'est en
briques, il n'est nullement lié au reste de sa composition; cette
raison nous fit lui donner le nom d'applique. (Cf. B. E. F. E.-O.,
t. l, p. 256, fig. [14.)
La corniche se complète en bas d'un décor de sculpture formé
d'une sorte de guirlande serrée, motif classique dans l'art hindou
et que nous dénommerons ici: frise à guirlandes pendantes.
A l'instar des pilastres, ce motif est fréquemment resté à l'état
d'épannelage, et c'est seulement alors que nous le considérons
comme du type général. Les angles sont renforcés par des
dalles d'arête et des pierres de coin. Nous désignons par
les premières des dalles minces fichées verticalement suivant le
plan diagonal et qui consolident l'arête (cf.B. E. F. E.-O., t. l,
p. 255, fig. 43); les secondes soutiennent à plat l'angle de la
grande face qui termine la corniche. Cette face est considérée de
même comme nue dans le type général; elle ressaute aux angles
que le pilastre du coin détermine dans la corniche, et non aux
pilastres intermédiaires, où la corniche est tenue à dessein moins
saillante.
En ce point se place un des décors les plus heureux et les plus
caractéristiques de l'art cam: des dalles minces, découpées souvent
à jour, se détachent hardiment dans le plan diagonal et accusent la
silhouette de la corniche dont l'angle exagère déjà le mouvement;
il n'est pas rare qu'elles soient remplacées aux saillies intérieures
de la .grande face par des figures de ma/cara ou d'apsaras. (Cf. B. E .
. F. E.-O., t. l, p. 251, fig. 40 et p. 255, fig. 43.) Leur rôle a fixé le
CAHACTÉRISTIQUES GÉNÉHALES D'UN TEMPLE éAM. 23

choix de leur nom: nous les appelons pièces ou pierres d'ac-


cent; leur position diagonale rendait. cassants les demi-angles de la
corniche; deux renfol'ts de briques en forme d'ailes viennent en
augmenter la résistance. (Cf. même figure li 3.)
Sur la grande face de corniche s'élève ' un bahut de mOlllures',
parfois identique à lui même dans toute la largeur de la façade,
parfois différent à l'angle. Sa face supérieure constitue un terras-
son en doucine, mais la végétation a détruit presque partout cet
élément trop exposé. Aux quatre angles de la corniche un motif
vertical vient encadrer d'une quadruple pointe l'étage suivant plus
étroit. Ces amortissements d'angle peuvent être considéres
comme de véritables petites tours, leur étage inférieur très réduit
correspondant au bahut dans la partie qui se superpose au pilastre
de coin; la situation de cet élément en compromettait beaucoup
la conservation, aussi n'en rencontre-t-on qu'un petit nombre;
nous les décrirons en détail toutes les fois qu'il en aura subsisté
quelqu'un.
Pilastres et entre pilastres , corniche et base, ne sont pas les seuls
décors ,des parois de la tour. Sur trois faces - la quatrième est
occupée par le vestibule qui sera décrit plus loin - trois fausses
portes forment des motifs imposants; Ce sont en réalité de minces
édifices en saillie, réductions de vraies tours accolées et comme
projetées sur les faces latérales. Peut-être n'y eut-il pas en des édi-
fices différents deux fausses portes pareilles, aussi leur description
complète sera faite chaque fois. Quelques-unes montrent dans lem'
partie antérieure une imitation de vantaux en menuiserie,unique
cause du nom choisi; cette indication qui parait le souvenir de la
disposition primiLive fait place souvent à une figure d'orant. Leurs
frontons multiples sont ornés, dans les derniers temps, de dalles
ciselées, en terre cuite, modelées et gravées avant cuisson: c'est
ce que nous appelons feuilles rampantes.
Sur le corps central de la tour s'élèvent plusieurs étages qui
Vont en se réduisant; ils sont généralement au nombre de
26. CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D' UN TEMPLE éAM.
quatre; les deux premiers semblables entre eux ne sont que la ré-
duction du corps principal et, proportions à part, la composition
en est exactement la même (1). Notons seulement deux faits: la dis-
parition presque constante de la base, alors que les appliques con-
tinuent à orner le pied des pilastres; l'apparition des métopes:
nous classons sous ce mot, détourné de son sens propre, un décor
spécial, parfois dalle sculptée incrustée dans le mur, parfois motif
taillé dans la brique au centre d'un entrepilastre; le même élément
est à l'occasion fiché en avant de la
paroi dans l'extrados du
terrasson. Les fausses portes sont remplacées par des fausses
niches; nous avons adopté ce terme 'pour éviter des confusions,
mais ce ne sont en réalité que la réduction des fausses portes :
elles encadrent en certains cas dans une sorte de niche, qui forme
le corps antérieur, une figure de divinité ou d'orant: d'où le nom
choisi.
Le plus souvent le premier étage présente quatre pilastres, le
second trois, le troisième deux ou aucun. Celui-ci se différencie des
autres par l'absence d'amortissements. Sur le terrasson qui le
couvre s'élève un motif de couronnement rarement consel'vé,
à section carrée ou polygonale et terminé dans la même section en
forme de pyramide curviligne : nous désignons cette pièce par le
nom de pierre de couronnement. .
Le vestibule est une réduction de la tour même; sur les faces
latérales peuvent se voir des fausses portes simplifiées et le nombre
des étages diminue. Les différences de cette partie du temple avec
le corps même du kalan seront signalées.
Enfin nous arrivons à la porte d'entrée par où s'ouvre l'édi-
fice. Ses piédroits sont simples, à bague et octogonaux,
à contre-courbes, c'est-à-dire en forme de double balustre.

('l L'.or.dre de 1a deSCl"'"ptlon sera Je


les amortissements du COl'PS principal et
nlt~me; l~slsl~ns-y, car une confusion peut les fausses niches du premier étage qu'ils
se prodUIre aIsément entre les détails des encadrent, les amortissements du deu-
divers étages: au m~me niveau se trouvent xième et les fausses niches du troisième.
CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE éAl\1. 25
(Cf. B. E. F. E.-O., IV, p. 85 1 ~ fig. 29') Presque toules ces portes ont
disparu et nous en décrirons les moindres restes,
Le kalan de type réduit se distingue dupréèédent par la
modification en plim ét en façade du vestibule. En plan, la salle
antérieure disparait et, de la porte intérieure, un simple couloir
mène à la porte extérieure. En façade, le vestibule est traité comme
l'arrière-corps exagéré'd'une fausse porte et non comme la réduc-
tion d'une tour isolée: il n'a pas de fausses portes, se couvre d'une
voûte ~n berceau et se termine par un pignon.
Les autres types d'édifice seront décrits dans leurs grandes lignes
et même leurs détails, chaque fois que ceux-ci différeront des élé-
ments connus dans les kalan ordinaires.
Il est rare que ces divers bâtiments donnent lieu à d'intéressantes
observations de construction : ils sont presque entièrement en
briques; seules sont faites en pierre les parties inexécutables en
petits matériaux : linteaux, encadrements ' de portes, pièces
d'accent, etc.; celles dont l'effet serait insuffisant dans une matière
aussi ingrate: tympans, métopes; celles dont la position trop ex-
posée rendait la conservation précaire: pierres de couronnement,
marches, etc. Si quelque observation de construction mérite d'être
consignée, elle le sera à cette place.
La décoration d'un édifice de ce genre comporte des parties de
sculpture ornementale, animale, figurée (1) : elles seront

(1) Arrêtons une fois pour toules, ait quentes et si gênantes en ces matières, nous
sujet de la description des sculptures, les emploierons le possessif toutes les fois qu'il
Conventions qui nous régleront: nous sera possible, disant "à la droite du
Les mols "droite" ou "ganche" se rap- dieu" ou "à sa droite", et, pour les mo-
portent toujours à la figure représentée, numents, . nous nous restreindrons aux
el non au spectateur: si l'image tourne le orientations.
~os: la droite el la gauche changel"on t; s'il Nous désignerons par les mots Ir haut
~ agl1 d'un objet aulre qu'une inscription, relief" et "bas-relief" toutes figures at-
Il sera considéré comme un être qui ferait tachées à un fond, mais nous réserverons
f~ce au spectatem', Ainsi un objet à dmite le mot Ir bas-relief" à celles qui sont dé-
d un sujet sera à portée de sa main droite. formées en épaisseul', sans aUacher d'im-
Pour éviter d'ailleurs les confusions si fré- porlance àla saillie même des sculptures,
26 CARACTÉRISTIQtlES Gl~NI~nALES D'UN TEMPLE (~AM.
examinées dans cet ordre, ct tout naturellement après l'étude des
figures se placera ceBe de l'idole du temple et de son piédestal,
qu'ils soient in situ ou non. Nous dirons le piédestal ordinaire
lorsqu'il soutiendra la divinité par l'intermédiaire d'une cuve à
ablutions, plus saillante que lui; à emboîtement, dans le cas
contraire, alors même que la cuve ne serait pas indépendante. La
cuve présente d'habitude une forme carrée; une dépression de
même tracé reçoit les eaux d'ablutions landis qu'une rigole percée
dans un becsaiHant les rejette au dehors. Une mortaise centrale
reçoit le tenon qui fixe la divinité. Il arrive que de minces rigoles
taillées sur les faces de la mortaise rejettent les eaux dans un canal
central qui traverse tout le piédestal. Nous nommerons alors la
cuve ou le piédestal, à écoulement central. Enfin nous ne
signalerons pour la cuve ou le piédestal que les formes différentes
du carré.
Souvent ces édifices offrent des parties inscrites ou des graffiti.
Inscriptions et stèles seront décrites en ce point, en caractères
plus fins, et les indications principales que nous aurons pu réunir
seront mentionnées dans l'ordre suivant: nature, matière et dimen-
sions de la pièce ou mieux de la partie inscrite, - lieu où elle sc
trouve ou lieu où elle a été transportée, -- répartition et nombre

de sorte qu'un bas-relief peut ~tre ainsi J'oreille, -- collier rigide et collier souple,
pIns saillant qu'un haut relief. Le mot - ceinture rigide, qui forme corselet
~ronde bOSSh s'appliquera aux sculp- entre les seins, - ceinture molle , qui
tUl'es détachées; ~idoles~ à celles qui accompagne le sarong ou le sampot,-
furent préparées pour ~tre reçues par bracelets de bras, près des aisselles,-
une cuve à ablutions, ou que nous sau- d'avant-bras, aux poignets, - et brace-
rons, ponr toute cause, avoir été sculp- lets de chevilles. Nous ne considérerons
tées pOUl' ~tre l'objet d'un culte. pas le cordon brahmanique comme un
Enfin, pour abréger la description dé- bijou, bien qu'il soit souvent richement
taillée des figures, nous mentionnerons traité.
parfois la parure en bloc sous la forme Nous désignons par ~ assis à l'indienne"
~ tous les bijoux'" ou nous n'indiquerons la pose aux jambes cl'oisées; ~à la java-
que ceux qui font défaut. La série com- naise" , les pieds unis, mais une jambe
piète, rarement réuuie sur la m~me sta- vcrticale et une couchée; ~à l'euro-
tue, consiste en boucles ou boutons . péennc" , les jambcs comme pend3ntcs.
CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES D'UN TEMPLE {~AM. 27
des lignes, langue et nature du texte: prose ou vers, - renseigne-
ments principaux qu'il fournit: nom du roi auteur ou régnant, date
de l'inscription ou dates extrêmes qu'elle contient, sens général.
Enfin nous terminerons par les détails accessoires relevés au
coms de l'étude sur le mobilier du temple, objets du culte, etc.,
qui auraient pu y être trouvés, et les traditions l'ecueillies à
son sujet. .
CHAPITRE III.
DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN (1).

Groupe de Phô Hài : tOUI' principale; petit sancluaire; tour Nord; inscriptions: -
Traces d'une briquetm'ie came à Trlnh Tù'O'ng. - Citadelle de Sông Lüy. - Pagode
de Thu ~n Dông. - Kut de Pô Panl"aUil Ka mal'. - Vestiges voisins du huy~n Cam
de Phanri. -BamuÏl de T~Ly. -Sculptures de Thanh Hiêu. - BaU/un de Pô Nraup.-
Groupe de Pô Dam: tour Sud-Ouest; tour Sud-Est; tour Sud; tour centrale; tours
Nord; légendes. - Bamun de Pô Nagar Tawait; de Pô KabraJ:!; de J?ô Nagar Taha
Cak; kut de Pô Pan.

. GROUPE DE l'nÔ I1ll.

Ce groupe, assez hi en conservé, couronne une colline qui domine


le village de Thiçn Chanh, canton de L<}.i An, phu de Ham Thu~n,
dont eUe dépend, et plus à l'Ü.le bourg de Phantiet.
D'une cinquantaine de mètres de hauteur, l'éminence, orientée
du N. au S., pousse vers la mer un prolongement rocheux un peu
plus élevé; à 300 mètres, une autre toute semblable se continue
par un zi1ouveme~t analogue; il -vient en écran devant le premier.
le masque èt empêche de voir de loin la fa çade principale.
Les to~rs au nombre de trois sont réparties sur deux étages de
terrain. L'orientation générale est E. avec un écart de quelques
degrés vers le N. Le !calan ie plus important s'élève sur une ter-
rasse supérieure reCtangulaire entourée par un mur de pierres
sèches. Il est accompagné au N. E: d'un at~tre petit édifice très
t'uillé, tandis qu'au S. un tertre' recouvre les débris d'une construc-
tion à murs minces, ~alle longue couverte en tuiles. Au N., en
contre-bas de deux mètres, se voit la troisième tour qui paraît
co~temporaine des premières (pl. 1).
Ces kalan diffèrent du type ordinaire par l'absence d'amortisse-

(1) Carte , planche CIX.


30 DU CAP BA KÈ AU CAP PADARAN.
ments et de pièces d'accent et par leur sensible similitude avec le
type cambodgien. Les portes surtout montrent une combinaison
analogue à celle de l'art voisin.

Tour principale. - Le kalan principal est du type ordinaire


réduit, profilé dans le système à cavet (pl. 1). La salle abrite un
linga qui fait corps avec sa cuve. Il a été dérangé puis replacé
ensuite tant bien que mal, mais sur une partie seulement de son
piédestal. Il était éclairé par des niches à luminaire fort grandes
(pl. II).
La voûte intérieure très raide présente d~ns le haut un curieux
système d'évents. Il consiste . en une sorte de lanterne à quatre
meurtrières ouvertes sans doute par des fentes dans chaque fausse
niche du deuxième étage. Il est impossible de les distinguer d'en
bas ni à l'intérieur ni à l'extérieur; leur rayonnement seulles in-
dique dans l'obscurité du sommet. A une faible hauteur, quatre
morceaux de bois percés d'un trou sont scellés dans les angles et
durent porter un velum. La voûte de la porte se redresse à ce niveau
sur deux rangs de briques. Le couloir est couvert par un plafond
de madriers grossièrement ajustés. Une large rainure qui corres-
pondait à un encadrement de pierl'e est occupée maintenant par
l'encadrement de bois d'une porte. Un vantail en subsiste; il est
plein, d'une seule pièce et orné des cadres habituels. La baie d'en-
trée S'ouvl"e entre deux colonnes de briques en façade.
Tout cct ensemble intérieur repose, contre l'habitude, sur un
plan inférieur à celui de la cimaise du soubassement général. Ce
dernier (pl. III et fig. 1) est donc interrompu par la porte, il ne
l'est pas par les fausses portes. Il est constitué, dans le système à
cavet, par un cours de moulures symétriques dont les ressauts
forment de petites piles à double plan. Il portait sans doute sur un
bahut ou. sur une terrasse générale, CaI' la petite tour voisine
semble hlen enterrée à l'heure actuelle et le niveau de l'esplanade
tout autour est plus bas que l'entourage immédiat de l'édifice. Les
.\ ,
GROUPE DE PHO HAl. 31

parements du corps inférieur font saillie derrière les portes et les


fausses portes comme dans les édifices cambodgiens; ce n'est pas fa
seule particularité qu'ils présentent, car ils paraissent légèrement
obliques et en surplomb; mais toutes les arHes d'une m~me face
convergeraient alors vers un centre inférieur très éloigné.

Fig. t. - Phô IIài.


Tour prineipule, face E.

Les différentes parois sont ornées aux angles de pilastres à double


plan; ils offrent un large champ, enfermé entre deux bandes de
même largeur, de fort mince épaisseur. Les entrepilastres pré-
sentent un faible cadre rectangulaire.
32 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

La base est d'un type spécial qui rappelle la corniche sans son
cavet. EHè est sans appliques, bien que l'étage paraisse en montrer.
La corniche est du type ft cavet, sans pièces d'accent et sans amor-
tissement d'angle.

. Fi{j.~. - ·PhÔ Hài.


Tour centrale, fausse porte O.

. Fausses portes (fig. 2) et porte principale semblent identiques;


la f3:usse porte O. et la porte E. sc complètent mutuellement et
notre description est faile des · éléments pris à l'une et J'autre.
~
GHOUPE DE PHO UAI. 33
Ces portes ont deux corps, car on ne peut considérer comme un
troisième la saillie postérieure, ornée comme la masse de l'édifice
et couronnée de la même corniche. Le corps postérieur est dé-
coré dans le système de la tour mais en plus petit. Il est plus
saillant à la vraie porte. Le corps antérieur est formé de deux
colonnes de briques qui soutiennent un linteau de même matière
sculptée; elles descendent devant le soubassement inférieur et
enferment aux fausses portes un champ traité en imitation de
menuiserie. Le deuxième corps est couvert par une voûte en
bel'ceau en coupe de cloche dont le pignon saillant, soutenu par
l'avancée de la corniche, vient en avant du fronton porté par le corps
antérieur. Ce fronton fait alors tympim et se décore d'une fausse
niche, sans profondeur, nettement visible sur la porte et qu'en-
cadrent les volutes du fronton du deuxième corp~.Un double
système de poitrails, en bois à la porte, interprétés en briques aux
fausses portes, soutient les linteaux de brique; n'étant pas mono-
lithes, ceux-ci n'ont qu'une faible consistance et se sont brisés à
la porle. L'un d'eux termine le plafond du vestibule; rauh-e, plus
élevé et eri avant, vient s'encastrer dans les colonnes et raidit le
linteau qu'elles portent.
Au-dessus de cette composition s'élèvent deuX: étages; un troi-
sième, au moins, complètement ruiné, les surmontait. L'arran-
gement en est exactement pareil, mais réduit en hauteur. Contre
l'habitude, chaque étage présente une base analogue à celle du
corps inférieur; elle se décore, ainsi que les faces latérales des
fausses niches, d'appliques de base d'une forme spéciale. Les niches
sont à deux corps comme les fausses portes. Un fronton en arc
décoré de trois feuilles iarges y est supporté par deux colonnes;
elles enferment au premier étage un épannelage carré que
flanquent deux profondes rainures. On serait tenté d'y voir les
évents précités; l'écart des hauteurs rend l'hypothèse inadmissible,
malgré l'erreur possible dans l'appréciation difficile des dimensions
de la voûte. Ces meurtrières sembleut justement disparaître au
A~N.HI. - 1. 3
U1 1'1I11lr.1I1E "ATlO~"Lr;.
34 DU CAP BA KÈ AU CAP PADARAN.
deuxième étage, à l'endroit même où le rayonnement intérieur'
indique la présence des évents (1).
Le vestibule de la tour n'est que le second corps des fausses portes,
rendu plus important, et la porte leur est identique. Elle est
l'estée en épannelage, tandis que les éléments correspondants de
la fausse porte O. sont sèulptés.

Petit sanctuaire. - Cet édifice (pl. 1 et II) semble avoir eu un


étage inférieur et deux ou tI'ois étages supérieurs; son état de
ruine est complet. A l'intérieur, une salle carrée sous voftte aiguë
s'ouvre par un couloir très court, où se voient la rainure de l'enca-
drement d'une porte et ceBe d'un plafond. A l'extérieur, trois pi-
lastres par face, sans fausses portes, un départ de corniche au corps
central, l'arrachement de la corniche du corps postérieur de la porte,
dans le système général des profils de l'édifice, sont seuls à peu
près reconnaissables.

Tour Nord. -- La tour Nord présente dans les grandes lignes


les m~mes dispositions que la tour principale. Nous n'en signalerons
donc que les différences (pl. l, II, III, et
fig. 3),
La salle est rectangulaire dans le sens E,-O. ct sa voûte
extrêmement aiguë est faite de l'infléchissement des murs. Deux
indications de plafond, vestiges probables de remaniements, sc
superposent à un mètre de distance ct l'une des niches à lumi-
naire les dépasse toutes deux. Deux groupes de deux trous sc
font face dans les parois N. et S., les supérieurs dans la vofite
même; ils sont peu faciles à interpréter; peut-être n'est-ce que
le trou d'une sorte de chaînage .· intérieur, peut-~tJ'e faut":il y voir
des évents qui joueraient ici le rôle du lanternon de la tour prin-
cipale. Les renfoncements qui tiennent la place des niches à
luminaire ont trop peu d~ profondeur pour ce rôle, et semblent
plutôt par leurs grandes dimensions être la tradition de plans
en croix.
~

GROUPE DE PIIO HAL 35


Sur un soubassement entièrement rongé (fig. 3) s'élève un corps
à parois peut-être obliques, peut-être verticales, à pilastres doubles,
sans champ intérieur, à base et corniche analogues, si l'on en juge
par celles de l'étage.

Fig. 3. - Phô Hài.


Tour Nord, face S.

Le corps intermédiaire des fausses portes a son départ de fron-


ton plus haut que le corps antérieur et le tympan antérieur est
évidé. Au niveau du soubassement inférieur une sorte d'applique
?r ne la face des fausses portes qui présentent au-dessus la même
Indication de vantaux.
3.
36 DU CAP BA KÈ AU CAP PADAIl.AN.

La tour possède deux étages encore visibles; auxquels peut


s'appliquer la description de la grande toU!'. Notons seulement qu'il
n'y a pas d'appliques aux deux étages, que les fausses niches ont
des pilastres au lieu de colonnes et portent une corniche sem-
blable à la corniche principale de l'étage, et qu'au deuxième, les
pilastres des fausses niches paraissent unis en un seul corps.
Ce groupe d'édifices serait, d'après NI. Cabaton (Nouvelles rec!wrches
sur les Chams, p. 17)' ie sanctuaire dePo Bia Tikul}., la (t reine Souris 1);
la grande tour seraitle kalan de Po çal}. Anail}., ('( ça1:t la mineure 1),
fille de Po Yan Ino No'gar, la grande déesse adorée encore à Nha
Trang, et la pierre, un lùiga cependant, représenterait Çal~ Anai}).
Inscriptions de PhÔ Hài. - De!Hf- inscriptions sont à signaler sur la tra-
verse médiane et la traverse immédiatement supérieure du vantail de la porte,
à la Lour principale; elles sont gravées en caractères qui paraissent modernes;
elles sont inédites.

TRACES D'UNE BRIQUETERIE éA~IE 1 TRINIl TÙ'O'NG.

Dans les salines de Trinh Tù'o'ng, à 2 kilomètres environ de la


résidence de Phantiet, on trouve de nombreux débris de briques
donnés par les indigènes comme restes des briqueteries qui four-
nirent les matériaux des tours de PhÔ Hài. Il semble qu'en effet on
soit bien en présence d'une ancienne briqueterie came, d'après
l'échantillon des briques. Nous y avons reconnu une sorte de canal
de tirage de 0 m. b 5 de large SUl' 0 m. 50 de haut environ et
d'une longueur de près de 3 mètres, eu terre cuite en partie vi-
trifiée. La position exacte de ce point se détermine ainsi: on voit
de là la résidence de Phalltip,t au S. avec un écart de 2!t b l' E. et
le tr<;lm au S. avec un angle de 23° 25' O.

CITADELLE DI; SÔ:\G LÙY.

. Celle citadelle est située en plaine, dans un terrain sans autres


accidents que les ravinements causés par les eaux, région maigre
CITADELLE DE SÔNG LÛY. 37
où la pierre afficl1l'e et qui est couverte aujourd'hui d'une forêt peu
épaisse. Dépendance du village de Giang Tay; caon tonde Vinh An,
huy~n de Hoa Ba, l'cnceinte se trouve sur la rive droite du SÔng
Lüy qui défend sa face N. et tire son nom annamite de cette cir-
constance (sô1Ig lüy ~ fleuve du rempart 11). Cette rivière, simple
ruisseau qu'encaissent de hautes berges ct que divisent plusieurs
barrages naturels de roches à la saison sèche, est aux hautes eaux
un fort cours d'eau et seulement alors une défense efficace. La
citadelle (pl. IV) se compose d'un quadrilatère peu régulier; les
faces E. et O. sont à peu près orientées, les faces N~ et S. dévient
fortement, sans qu'il soit bien aisé d'en voir les raisons; de l'autre
côté de l'cau, d'autres murailles enferment de vastes espaces;
peut-être ont-ils joué le même rôle que la baille dans le chùteau
féodal.
Les remparts de la forteresse sont constitués aujourd'hui par des
talus de terre mNée de galets; leur hautcur atteint encore en cel'-
tains endroits (l'angle S. O. par ex.) près de six à huit mètres.
De nombreux blocs de limonite montrent que les revêtements
devaient être faits de cette matière. Les galets proviennent du
fleuve; la limonite du sol même, en avant de )a face O. en par-
ticulier.
Cette citadelle, que diverses légendcs pounaient d'aiBeurs faire
cl'oire assez récente, montre un progrès sur toutes les autres: l'on
voit ici un essai de flanquement et une tentative de défense des
portes;
, Sur les faces non protégées par le fleuve, trois saillants
s avancent; ils pal'aissent plus bas que le rempart et sont ouverts
à, la gorge; leur plan est un angle aigu très allongé. Quelques-uns
rI e,ntre eux protègent les portes qui s'y ouvrent sur l'une des faces
pres du rempart, de telle sorte qu'on passe par le saillant pour
entrer dans la citadelle. Il semblc avoir existé deux ou peut"':Mre
trois portes; deux auraicnt été utilisées et ruinées paI' le chemin
de Ca Dung à Sun Nhum; une seule restée intacte est visible dans
l'angle S. O. près du point où le tracé du chemin de fer coupc la
38 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.
muraille. C'est d'ailleurs avec le saillant de l'angle S. O. la partie
la mieux conservée de l'ensemble.
Notons encore, et bien qu'ils ne soient plus guère intelligibles:
vers le centre, mais plus près du fleuve, une sorte de tertre fait de
main d'homme, vestiges d'un réduit intérieur (1); puis au dehors, à
deux cents mètres environ de la face O., un terrassement en lon-
gueur; enfin une sorte de banquette, le long et en avant de ce rem-
part dans une partie de son étendue.
Les défenses de la rive gauche, quoique fort élevées, paraissent
une construction hâtive exécutée en s'appuyant sur des monticules
rocheux isolés, dont toute cette rive est hérissée. La direction du
rempart est par suite une ligne sinueuse qui tend à se refermer aux
Jeux bouts vers les murs de la citadelle. Il semble qu'il y ait de
petites divisions intérieures. A l'angle N. E., la muraille se continue
vers l'E. sans qu'on 'voie son retour vers le fleuve. Peut-être est-ce
une fortification inachevée. Elle est constituée par un entassement
de blocs de roche · roulés qui parsèrnent la plaine et ont été
enlevés au sol des parties abritéès; l'encombrement formé par
les blocs extérieurs augmentait la défense, coupant l'élan des
assaillants. . .
Cette citadelle parait être celle qui est désignée sous les noms
de Bal Bauhinoll ou Bal Hano'll, Bal Çrï Bano'y et Bal Canal' (1).

PAGODE DE TIIU~N DÔNG.

Cette pagode se trouve à deux ou trois cents mètres à l'E. de la


route mandarine, à 2 ou 3 kilomètres environ du tram de Thu~n
Lu'o'ng, dans un lieu qui dépend du viHage de Lu'o'ng So'n,
canton de Vinh An, huv~n de Hoa Ba. .
Celte construction sert de sépulture au roi Pô Klaull Mo'~ Nai 011
Pô Mo'~ Tahâ (le vieux) et à sa femme Pô Biu So'm. L'édifice est

(1) E.-M. DURAND, Notes sur les Chams, B. E. F. E.-O., 1. V, p. 37 2 et 37 3.


PAGODE DE THU~N B-6NG. 39

sur une hauteur boisée. Bien· qu'il soit très ruiné, il est complet.
L'orientation en est N. E.-S. O.
Le monument (pl. V) se composait de cinq salles placées en T
et réunies sur une terrasse; eUe a trois gradins sous la barre du T,
deux sous son trait vertical. Une enceinte générale ouverte à l'E.
et au N. enferme le tout. Les deux premières salles étaient à jour et
supportées 'par de lourdes colonnes; les trois autres, barre du T, sont
trois pavillons de maçonnerie légère, à minces cloisons de briques
moins épaisses que l'ancienne brique èame et jointoyées d'un
grossier mortier de chaux. Les murs encastraient dans les angles
les poteaux qui sont l'âme même de la construction, car les murs,
simple"s remplissages, ne portent rien. Ces poteaux soutiennent par
des charpentes d'un caractère spécial des toitures en tuiles anna-
mites qui ont remplacé l'ancienne tuile èame, et les solins qui en
recouvrent les arêtes sont traités de même à la chinoise; seul le
pavillon central a conservé ses étag&'s et sa décoration de cornes et
d'épis en bois qui rappellent le système spécial des pièces d'accent.
Les saHes sont entourées par des vérandahs propres qu'unissent
des chéneaux communs, et l'on peut circuler à couvert de l'une
à l'autre; des portes ouvrent les salles dans les parois E.; une enfi-
lade de quatre autres qui se font face dans les parois S. et N.
unissent 1'ensemble. Celles de l'E. ont un encadrement sculpté où
se contournent des malcara serpentiformes qui se rapprochent
du dragon annamite. Des trois pavillons, celui du S. a été complète-
ment détruit par un incendie; il semble n'avoir jamais contenu
de statues Iii dekut et parait ainsi avoir brûlé du vivant même de
la reine dont il devait recevoir l'image funéraire.
Le pavillon central abrite la statue du roi divinisé; celui du N.,
celle d'une de ses femmes.
Roi et reine sont figurés en buste devant une dalle en forme de
kut, les mains à plat sur la place des cuisses, dont un décor à vo-
lutes indique seul la masse réduite. Le roi a les yeux en amande, les
moustaches relevées, la barbiche ondulée. Sa tête est coiffée d'une
40 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

tiare cylindrique à plan supérieur oblique; letol'se' est vêtu d'un


maillot collant ou reste nu. Les oreilles ont des traces de boucles,
les avant-bras des bracelets, la poitrine un collier de perles, la
taille une ceinture large à décor de rosaces quadrifoliées.

Fig. /J. - Thu~n Bông.


Statue de la reine Pô Bia So'm; hauteur, socle compris, 0 m. 85.

La reine a les yeux bridés (fig. 4); les seins forts, un peu tom-
bants, se touchent. La tête aux traits lourds porte le diadème des
reines (voir Trésor des 1'ois chams; B.E.F.E.-O., t. V, p. 44, fig. 27
et '28). Le vêtement €st un maillot collant dont l'échancrure est
visible au cou; cependant il dessine les seins et leurs pointes comme
si la figure était nue. Les oreilles sont percées de trous pour rece-
voir des bijoux mobiles et les avant-bras montrent des bracelets.
Le piédestal de ces statues est réduit à un simple stylobate orné,
sans cuve à ablutions ni rigole d' écoulement. Deux kut ornés les
accompagnent. Derrière le pavillon du roi est un tombeau d'enfant.
HUY~:N DE PHANRI. 41
Deux bathuk se voient encore dans le pavillon central; l'un est en
forme de fleur, l'autre est muni d'une rigole. Près de l'entrée à
gauche, se trouve un lapoU'.

KUT DE PO PANRAUN KAMAR.

A enviroü 3 kilomètres au N. E. du huy~n cam de Phanri, sur


un petit tertre, dépendant du village annamite de TÔn Thành,
canton de Ninh Hà, huy~n de Hoa Ba, et du village cam de Marok,
même canton, huyçn de Phanri, se voient trois kut intél'essants,
alignés face au Nord.
Le kut central serait celui du panrauù Kamar, les deux
autres ceux de sa femme et d'un parent, dont les noms se-
raient encore connus des descendants de cette famille qui habitent
au village voisin Xôm Soi. Ces lcul sont, par exception, ornés de
figures. Sur un fond un peu en retrait, entouré d'une bande
de décor, se détachent en faible relief la tête et le buste sans bras,
ceux- ci étant supposés masqués comme le bas du corps par le
décor d'entourage; la tiare seule se profile sur celui-ci. En arrière
le kut est arrondi avec une légère nervure. Devant, une dalle brute
servait probablement de cuve à ablutions, car eHe porte le même
nom cam, canarvar; au bas du lcut un trou rond correspond, pa-
rait-il, à l'endroit où est enterrée la cassette à ossements, klawi.

VESTIGES· CA~IS VOISINS DU I1UY~N (;AM DE PIIANRI.

Dans un rayon de quelques kilomètres autour du huy~n cam


de Phanri se voient un certain nombre de cimetières cams ou de
restes de monuments.
Le plus éloigné des cimetières, par lequel nous commencerons
à cause de la clarté de ses dispositions, se trouve sur la route
mandarine, à 6 kilomètres environ du huyçn cam vers Phantiet, et
dépend du village de Tri Th6'i, canton de Tudn Giao, même huy~n.
DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

Il contient le kut de Po Panrami Thut Paghvo'Q. qui lui donne


son nom. Il présente une enceinte en deux rectangles, en pierres
sèches, et renferme, dans sa partie postérieure, un pagodon de
bois entièrement ruiné qui abritait cinq lmt, rangés sur une
seule ligne, face au N. Un bathuJ. les accompagne. Dans l'axe en
avant de la première enceinte se trouve un lapolv.
Un autre groupe de kut est situé à 800 mètres N. E. du huy~n
cam et se trouve sur un tertre rectangulaire de 5 mètres sur 1 5 ,
fait de main d'homme et dominant de 5 à 6 mètres les rizières envi-
ronnantes. Il est appelé kilt de Po Panrami Laban.
Ce point dépend du village annamite de H~u An, canton de
Ninh Hà, huy~n de Hoa Ba, et du village cam Palei Thok Padau ,
même canton, huy~n de Phanri. Il est orientéN. N. O. Trois kut
y sont alignés, le plus important du côté E. Le leut principal, de
o m. 75 environ de hauteur, a reçu une ornementation compli-
quée, mais la dalle dans laquelle il est fixé est dépourvue d'orne-
ments(l).
Plus au N. du huy~n, à 1 kilomètre, les indigènes montrent la
tombe de la mère et du père de Po Romë. Cinq kut sont rangés en
une seule ligne sur un petit tertre, dépendance du village annamite
de Hoà Thuàn, canton de Ba Phu'o'c, huy~n de Hoa Ba, et du vil-
lage cam Palei Marok, même canton, huy~n de Phanri.
A 1 kilomètre plus loin, au N. N. O. du huy~n, est un autre
cimetière cam ~ppartenant aux mêmes villages. Les habitants le
désignent sous le nom de kut de Po Yan Thok. Il est situé au mi-
lieu d'une rizière, dans un petit bois rectangulaire li~ité par l'an-
cienne enceinte en pierres sèches; violé par les Annamites, il resta
dans l'état de ruine où ils le laissèrent, aucun Cam n'osant y
toucher. Là se trouvent huit l;ut qui étaient rangés sur' une seule
ligne, face au N. Ils possèdent des bases carrées dans lesquelles

(1) Le panraun enterré là est mienx nn prêtre baçai{1 qne ses talents hOl'S
connu sous le nom épithète de Pô Pan- ligne fil'ent choisi l' par lm roi ponr lui
rami Baçail}. C'était, parait-il:. en effet servir de "panrauùn.
BHfUN DE TÔ LY.
ils sont maintenus par un léger creux et un fort tenon. L'un d'eux,
qui occupe la 'place assignée à celui de la première fenime dans les
sépultures royales du Binh Thuàn, est curieux par ce fait qu'il pos-
sède comme des trous dfl boucles d'oreilles et qu'il est coiffé d'unc
sorte ' de .petit diadème analogue à ceux des reines.
Dans la même région, quoique un peu plus loin, se trouvent les
singuliers kut de Pô Panrauri Kamar, qui ont fait l'objet d'une note
spéciale. A 1 kilomètre du village de Tinh My déjà éloigné lui-
même de 3 à lJ kilomètres nu hUy~1J èam de Phanri, au S. de
la route mandarine et bordés par elle, se voient les trois murs
rectangulaires d'une construction donnée comme la maison de
la sœ~r de Pô Klauri Gahul, roi dont les derniers descendants
habitent ce village de Tinh My. Celle construction dut être
couverte par une toiture légère et semble avoir été traitée entière-
ment à l'annamite,
Enfin le chemin dirigé vers l'E. qui sort du village de LÔng
Dœo'ng, rive du Sông Lfiy opposée à la route mandarine, traverse,
au bout d'un ou deux kilomètres, un lal'ge terrain rempli de bl'iques
cames qui sont certainement les vestiges informes d'un groupe
d'édifices très important.

BA~IUN DE TÔ d.

La pagode de TÔ Ly s'élève sur la grande dune de Phanri. Ce


point dépend du village annamite de ·TÔ ' Ly, canton de Tuân
Giao, huyçn de Hoa Ba, et du hameau cam de Takai GuI, même
canton, huyçndePhanri,
C'est un barntin (pl. VII) d'origine came mais décoré de pein-
tures annainites. Le monument, semblable dans tous ses détails à
la pagode de Thuàn Bông, se composait comme elle de cinq salles
placées en T et réunies sur une terrasse garnie d'un double gradin.
La première est complètement ruinéc, la seconde a sa toiture mo-
difiée à l'annamite, les tr~is autres ont conservé leurs dispositions
4f. DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

anciennes d'étages (fig. 5) avec cornes d'accent, mais sont cou-


vertes de même en tuiles chinoises; seul le pavillon ceritral montre
encore quelques pans formés de la tuile, à pureau en losange,
chère aux Cams. Les colonnes sont peintes en rouge, sauf aux
angles où elles sont noires, mais cela peut n'être qu'un simple
décor annamite.

Fig. 5. - 'l'Ô LY.


Ensemble E.

Les trois salles closes abritent la statue du roi Po Klami Gahul


et de ses deux femmes; à sa gauche sa première femme, à sa droite
la seconde (i).
Roi et reines sont représentés comme à Thu~n BÔng. Le maillot
du roi a l'échancrure du cou ornée d'une broderie. Les reines (lig; 6)
ont aux doigts des bagues figurées par un trait d'or, addition mo-
derne, et non première apparition de ce bijou dans la sculpture came.
Quatre hut accompagnent la reine du pavillon 'N., deux celle du
pavillon S.; enfin un lapow en avant de la terrasse garde l'escalier
d'accès.

(1) Pô Klami Gahul serait gendre de royale, après 1627' Ce fuL, parait-il, le
Pô Klauù 1\10,1.1 Nai et son successeur; gl'and canalisa leur de Pham'i, comme Pô
il régnerait (lime, d'après la Chronique Klauù Garai de Phanrang.
,
SCULPTURES DE TIIANII HIÊU.
Dans la vérandah" centrale, en àrrière, un petit espace est en-
fermé entre quatre balustres et quatre traverses. Cesei'ait la tombe
d'un fils du roi mort en bas .1ge. En arrière dans le voisinage, un

f.

Fig. G. - TÔ Li'.
Statue d'une des femmes du roi Pü KlauÏl Gahul; hauteur, socle compris, 1 mètre.

aull'e rectangle de dimensions ordinaires, entomé de même, paraît


êlre également une tombe et cOllfit'merait cette tradition.

SCULPTURES DE TIL\NlIlIl~U.

Le bamllli de Thanh Hiéu, complètement détruit, s'élevait sur


la même dune, vers l'extrémité orientale, à 2 kilomètres environ
au S, de la route mandarine, à une heure à l'E. de celui de
Tb Ly. Ses restes dépendent du village annamite de Thanh Hiéu,
canton de Tuûn Giao, huyçn de Hoa Bil. S'il comporta plusieurs
constt'uctions, les seuls vestiges visibles seraient ceux de la salle
DU CAP BA KÈ AU CAP PADARAN.

antérieure. Une statue de roi divinisé y est entourée de figures de


reines et de nombl'eux kut. Ils sont rangés et orientés à l'E.
sous un grossier abri de planches et accompagnés en avant et à
Bauche d'un lapow. La tradition reconnaît dans la statue princi-
pale le roi Pô Nit que la Chronique royale citée parM. Aymo-
nier date de 1603-1613 A. D.

1 x.~
Fig. 7. - Thanh Hieu.
Statue du roi Pô Nit; hauteur, piédestal compris, 1 lU. 60.

La statue du roi (fig. 7) est identique à celle du roi Pô Klau il


Mo'Q. Nai à Thu~n Bông, à la réserve de la main gauche qui
semble tenir un boulon de lotus. Broderie du maillot et ceinture
sont ornées de rosaces quadrilobées. Stèle et statue en pierre
grIse poserit sur une cuve à simple rigole d'écoulement festonnée.
BAMUN DE PO NRAUP. 6,7

La première et la seconde reine, en pierre bleue, sont re-


présentées comme à Thu~n Bông, mais la première · seule
porte sur un stylobate très bas, qui forme cuve à ablutions avec
rigole à bords festonnés. La seconde n'a même plus la grossière
indication de cuisses, et son buste sort brutalement de la dalle
horizontale. Les yeux sont bridés et relevés, les seins peu volumi-
neux. La tête est coiffée d'une mitre conique et inclinée en avant,
le maillot est orné d'une broderie à l'échancrure. La seconde a
les oreilles percées pour recevoir des bijoux et tient un bout.on de
lotus. .
Les trois statues sont accompagnées de kut fort curieux, dont
quelques-uns ont une silhouette humaine, bien que traités tout
entiers en déco l'.
BAMUN DE PÔ l'iR AUP.

A 800 mètres environ à l'E. un peu S. du village de BaJ:t Plom


et sur un maigre terrain broussailleux qui domine les rizières,
s'élève un tertre en partie naturel, fait de deux terrasses successives
soutenues par de grossiers murs de pierre sèche. Sur la terrasse
supérieure se voit le barnUli de Pô Nraup. Le lieu dépend du village
èam de Ba~ Plom, canton de Tuy l'inh, huy~n cam de Phanri. 11
est enclavé dans les terrains du village annamite qui donne le
nom au canton, huy~n annamite de Hoa Ba.
L'ensemble du monument est orienté vers le N. un peu E. (l).
Le bamun (pl. IV) est une constl'Uction carrée formée de quatre
murs de brique de faible hauteur, terminés par une moulure
simple qui rappelle les corniches de la tour de Pô Romë.
Sur la face principale s'ouvre un petit vestibule qui y donnait
accès par une porte à large encadrement de bois; son nu intérieur

(1) Les Cams donnent de celle anoma- nam; il n'est, par suite, pas d'origine
li~ d'orientation l'explication suivante: divine, et sa tombe est alors orientée au
~o Nraup aurait reçn, le premier des rois N. comme celle des particuliers, non à
tams, son investilure des empereurs d'An- l'E. comme l'est un temple.
[,8 DU CAP BA KÊ AU CAP PADAIlAN.
continue la paroi intérieure de l'édifice. Tout cet ouvrage est
exécuté dans la grosse brique came habituelle, liée par un
mortier de chaux peu apparent. Aux quatre angles intérieur~
s'élèvent des poteaux qui soutenaierit la toiture de chaume ou de
tuiles.
Le bam1l1i abritait l'image du roi Pô Nraup et les kut de divers
membres de sa famille. Pô Nraup est, d'après là Chronique, le
frère de Pô Romë, à qui il aurait succédé, régnant seulement de
1651 à IG5~ A.D.

Fig- 8. - Pü Nraup.
Statue du roi.

Lastatue( fig. 8) est du type habituel, dont nous avons rencontré le


premier exemple à Thuan B&ng. La dalle verticale devant laquelle
eHe est figurée est ornée sur le bord d'une bande de festons SUI'
la tranche d'une file' de rosaces quadrifoliées. Cette pierre a pre~que
l~ ~orme d'u~ /rut ordinaire et porte arête derrière. Une particula-
rite fort CurIeuse de cette statue est qu'elle tient devant elle, dans
BAMUN DE PO NRAUP. 49

son giron, un autre buste plus petit, mais dont la tête est identique:
c'est, disent les èams, la représentation de son fils. Toute la pièce
est, à ce détail près, semblable à la statue de Thu~n :SÔng. "Le
décor du maillot, de la ceinture et de la gaine de~ jambes est à
rosaces quadrilobées. Les oreilles portent des pendants à écailles
et sont stylisées. La tiare présente une sorte d'aigrette ciselée sur
la face antérieure. La petite figure, dans les parties traitées, n'est
que l'exacte réduction de la grande, à la réserve de la barbiche et
de l'aigrette, qui font défaut.
L'ensemble des deux personnages est posé sur un piédestal dissy-
métrique dont la face supérieure, ornée en dessous de rinceaux
d'une forme assez heureuse, est creusée en dessus d'une rigole
rectangulaire concentrique à la statue mais non au piédestal; les
eaux étaient rejetées à l'extérieur par un bec d'écoulement. Sur le
devant de cette dalle, enh'e la statue et la rigole, est un trou des-
tiné à recevoir la bougie allumée que la coutume came, au moins
actuelle, place devant la divinité au cours du sacrifice.
L'image du roi est accompagnée de trois kut. Un seul, à l'E.,
est un kilt à figure, qui rappelle un peu ceux de Po Panrami
Kamar et passe pour celui de la mère de Po Nraup. Ici les bras
ont également disparu, les seins sont confondus avec le décor. Le
seul détail de costume visible, avec un bonnet cylindrique un peu
rentré, est le bord supérieur du maillot et la ceinture; ces derniers
portent le décor habitueL Derrière la statue principale, deux
ou trois galets sont fichés en terre. Un autre kut très grossier se
voit à l'extérieur abrité sous un petit bamwi qui parait fait en
partie des débris du grand. Ce serait celui de la femme bani du
roi tandis que ledenxième kut intérieur serait celui de sa femme
kaphir.
Le bam1l1i possède encore un curieux bat/utk orné d'un double
fang de feuilles de lotus opposées autour d'une bague de perles. lln
petit crochet de pierre, traversé d'un canal vertical, semble fait pour
tenir la bougie rituelle.
ANNur. - J. "4
IMP1\UU;an: !C4TI)l'Il'.r..
50 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

GnOUrE DE l'Ô DAU.

Ce groupe de tours est situé à 3 kilomètres au N. de la partie an-


namite du village mixte de Phu Dién ou Câu Hau. Cette partie est
marquée (i Cauhau" sur la carte au 1 0 0.00 OC (feuille de Phan-
rang). Elle dépend du village de Trang Hoà, canton de Tuy Tinh,
huyçn de Tuy Phong. Pour les Cams le même village porte le nom
de Palei la Blan et dépend du huyçn cam de Phanri.
Ce groupe s'élève à une dizaiue de mètres de hauteur sur
le premier échelon d'une colline; celle-ci, élevée elle-m~mc
d'une centaine, n'est à son tour qu'un gradin d'une montagne
appelée Ông Siem, de 600 mètres ou plus et qui domine toute la
région (1).
La colline se couronne de plusieurs rochers bizarres; mais, bien
qu'un vieux sentiet' y conduise et que le sol soit tout jonché de
prismes d'une pierre rouge qui donne à première vue l'illusion
de briques, son somnle! n'offre aucun vestige de construction. La
ligne de plus grande pente du versant où se trouvent les tours est
à peu près perpendiculaire à l'axe du monument.
L'ensemble se compose de six édifices répartis en deux groupes
de trois sur deux axes parallèles dirigés vers le S. 15° 30' O.
(pl. VI).
Cette anomalie d'orientation est d'autant plus étrange que, diri-
gés vers l'E., les sanctuaires se fussent mieux ouverts sur la plaine
en tournant le dos à la montagne; le fait peut s'expliquer en partie
par la forme en fuseau N.-S. de la terrasse naturelle sur laquelle
ils s'élèvent. Mais ceHe-ci s'allongeant plutôt vers le S., on ne
conçoit pas la raison du supplément d'écart vers l'O. Sans lui, eIl
effet, les axes pourraient coïncider. Il y eut donc sans doute des
motifs spéciaux pour diriger l'édifice vers un point aujourd'hui in-
(1) Le .fu 1.11 l' cllCmin ~e fcr, si le tracé acLllel d~vient . définitif, passera au pied des
tours, les lmssanl à ,h'Oile en se dirigeant S\ll' Phalll'i.

~\
GROUPE DE PO DAM. 51
connu et dont la valeur religieuse a disparu. Peut-être le groupe S.
est-il postérieur à la tour centrale; son rejet hors de l'axe trouve
alors une explication toute naturelle dans la 'saillie de roches qui
rétrécit la terl'asse en ce point. .
Il est peu probable qu'il ait existé d'autres constructions, et le
monument doit être complet. Deux tours en avant s'ouvrent au S.,
une autre derrière à l'E. Toutes trois, petites et très simples,
forment le premier groupe. Le second contient le "a Zan principal
plus orné, réduction des tours de Hoà Lai; deux au tres édifices en
arrière paraissent avoir été fort simples. Nous désignons ces divers
bâtiments par tour S. E., S. O., S., centrale, N. E. etN. O., dans
l'ordre de l'énumération précédente.

Firr· 9. - l'ô Dam.


Tours s. O., S. E. et S. Face postérieure.

Tour Sud-Ouest. - La tour S. O. (pl. VI et VIl, et fig. 9) est du


type réduit, très simplifié; ses étages supérieurs ont une disposition
~oute spéciale qui la fait ressembler beaucoup aux petits sanctuaires
Javanais figurés au BÔrôbudur (cf. 11. E. F. E.-O., t. VJI, p. 26,
4.
52 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

élément 19 de la pL J) et à celui que donne le tympan de la tour


FI de Mi So'n (cf. B. E. F. E.- O., t. IV, p. 881, fig. 39)'
Nous n'avons à signaler à l'intérieur que la présence d'un galet
en guise d'idole. Il est probable qu'il n'y a pas eu de porte intérieure;
il ne reste rien de la baie d'entrée .
. Les pilastres sont au nombre de trois et nus. La base est
du type à cavet, sans appliques; la corniche de même, elle ne
ressaute pas et se b'ouve dépourvue de pièces d'accent et d'amor-
tissement.
Il n'y a pas de fausses portes.
Deux étages s'élèvent au-dessus de la grande face rigide de la
corniche; ils présentent chacun trois petits pilastres et une cor-
niche réduite du même type, visible au moins au deuxième étage.
Celui-ci montre de curieuses antéfixes d'angle analogues à celles
des appliques de base de Hoà Lai; nous les retrouvons réduites
et modifiées sur la grande face des corniches de PÔ Nagar de Nha
Trang; mais elles ont ici un caractère javanais et cambodgien
frappant.
Le troisième étage, conservé par miracle, est une sorte d'amor-
tissement carré aux formes arrondies; sur la bande saillante, au
milieu, se voient les mêmes disques et demi-disques qu'aux ap-
pliques de Hoà Lài.
Le vestibule possède une base et nne corniche identiques, mais
un peu réduites; la dernière supporte un extrados en forme de coupé
de cloche à pente raide.

Tour Sud-Est. - Elle est, ft quelques détails près, pareille à la


précédente mais ruinée davantage (pl. VI et fig. 9)'

Tour Sud. - La tour S., dont la corniche toucherait la tour S. O.,


estpresque entièrement détruite; seules subsistent la base des murs
et les faces S. et O., dans la partie du corps p[·incipaI. Le plan en
est un peu plus long que large.
GnOUPE DE PO DAM. 53

A l'inté1'Îeur, signalons seulement que la divinité est remplacée


par huit petits galets. Extérieurement, l'édifice présente trois
. pilastres, celui du centre beaucoup plus large.
La fausse porte est à double corps, le corps postérieur très plat;
le corps antérieur, fait de deux petits pilastres, se termine par une .
partie arrondie décorée, à l'angle, d'uné' pièce d'accent de terre
cuite, de forme simple.La fausse porte postérieure O.. s'ome au bas
d'une large applique qui est comme une nouvelle petite fausse
porte.
Il est à présumer que cette construction dont l'ouverture est
tournée vers l'E., orientation qui semble, dans la suite des temps,
~tre devenue rigoureusement obligatoire, et qui montre des ap-
pliques et des pièces d'accent, est postérieure aux autres édifices
avec lesquels d'ailleurs elle s'assemble mal.

Tour centrale. - L'édifice central (pl. VI et VII) est un lcalan de


petite taille mais aussi richement décoré que les tours de Hoà Lai.
n est du type réduit, est profilé dans le système à cavet et, par
une fortune rare, complet au rez-de-chaussée, bien que la fausse
porte E. écroulée y ouvre une large brèche. Il a les mêmes ca-
ractéristiques que les tours de Hoà Lai, mais les appliques de
hase, en raison de leurs-faibles dimensions, y sont beaucoup plus
simples.
La salle intérieure ne présente rien de spécial que deux trous
percés dans les parois latérales et qui semblent destinés à recevoir
une traverse pour suspendre un vélum derrière le dieu (1). L'existence
~e celui-ci n'est attestée que par la présence d'une cuvette à ablu-:-
bons à double mortaise et écoulement intérieur.
Un couloir, qui s'élargit près de la sortie, mène au dehors; il
était couvert par un plafond. Peut-être des vantaux le fermaient-ils
près de la haie d'entrée; c'est ce que ferait supposel' la présence
en ce point d'une large rainure et l'absence de toute indication de
porte près de la salle.
54 DU CAP BA KÈ AU CAP PADARAN.

rirr. 10. - Pi; Dam.


Tour principale. fausse porle roce N.

- ..
GROUPE DEPÜ DAM. 55
Les parois semblent légèrement penchées en surplomb et les
pil~stres au nombre de trois s'évasent en hliut comme ceux de Hoà
Lai; celui du milieu beaucoup plus large sert de fond à la fausse
porte. Ils sont décorés d'un large champ orné, et les entrepilastres
d'un cadre sculpté.
Les fausses portes (fig. 10) élevées sur lé bahut commun sont à
. simple corps. Deux pilastres, ornés sur leur face extérieure, enfer-
ment un champ nu; leur base est garnie de deux demi-appliques
à section brutale; elle semble fort simple et par suite différente de
la corniche correspondante, réduction de la corniche principale; la

Fig. 11. - Pô Dam.


Tour, face E. et vestibule.

section en est franche à l'intérieur comme celle des appliques. Sa


face terminale supporte un fronton à crosses saillantes sur l'extérieur
~t Sur le vide intérieur. Le haut de ce qui reste se termine par une
hg ne horizontale, base probable d'un cadre semblable à ceux de
Hoà Lai. La voÛte même de la fausse porte en arrière de ce fronton
paraît en forme de cloche et le dos du fronton touche à la grande
face de la corniche.
n ne subsiste absolument rien des étages.
Le vestibule (fig. 1 1) présente SUl' ses faces latérales deux pi-
56 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.
lastres. Base et corniche sont celles de latour réduites en hauteur.
Un petit ressaut dans la saignée sous le cavet eri détermine un
autre dans la corniche. La partie ainsi mise en valeur est décorée
d'une tête de lion aux yeux cornus. Il dut y avoir un double étage
au vestibule; il est complètement ruiné.
La porte était encadrée de pilastres plus étroits portant à la
base des demi-appliques coupéès net. Il n'est rien demeuré du
fronton sans doute analogue à éeux des fausses portes.

Tours Nord. - Les deux derniers édifices (pl. VI), tout petits,
sont dérasés à fleur de terre; ils étaient ouverts au S. La tour N. E.
renfermait, parait-il, un petit linga de grès gris bleuté qui gît au-
jourd'hui à cÔlé; il faisait corps .avec sa cuve et comme d'habitude
le bec est à la gauche du filet vertical.
La tour N. O. contient un galet qui correspond fort bien au trou
rond percé dans une cuvette à ablutions ordinaire qui gît là; cette
pierre a pu être façonnée en forme de linga,. mais la différence des
matières entre la cuve et ce bloc, la forme légèrement aplatie de
ce dernier, feraient supposer plutôt une curiosité naturelle pour
laquelle on aurait retaillé une ancienne cuve.

Légendes. - A ce sanctuaire ont trait plusieurs récits popu-


laires. L'un d'eux rapporte un concours de vitesse dans la con-
struction de ces tours et celle de Po KlaUIi Garai, au bénéfice
d'ailleurs de cette dernière. Cette légende n'est pas unique dans le
pays cam, et nous en connaissons plusieurs versions qui donnent
toujours comme l'un des antagonistes le constructeur de Po Klaun
Garai, soit qu'il ait affaire à d'autres Cams, soit à un général cam-
bodgien. Il est permis de se demander s'il n'y a pas là, d'après le
peu de distance qui sépare les tours de Hoà Lai de celle de po
Klaun Garai et l'immense l'éputation du nom de ce dernier roi en
pays cam; l'indication d'une relation de parenté entre les tours si-
milaires de Hoà Lai et de Po Dam, le nom de Hoà Lai s'étant
GROUPE DE PO DAM. 57

perdu dans la légende sous l'éclat du nom plus glorieux d'une


tour voisine bien plus réèente. Il serait intéressant alors de con-
stater l'antériorité donnée à Hoà Lai sur Pô Dam, antériorité que les
caractères architectoniques des deux édifices nous feraient croire
réelle.
Ces tours passent pour la sépulture de Pô Dam, la tour centrale
et la tour N. E. de parents inconnus aujourd'hui, la tour N. O. de
sa mèl'e Pô Bia Dhan. Enfin un kilt hmt dressé près de la tour
S. E. et face à l'E. serait le lcut de son Pô Ganl!O'r Mantrï, c'esl-
à-dire de son astrologue en chef.
Pô Dam aurait reçu, après sa mort, des titres d'investiture céleste
d'un des derniers empet'eurs d'Annam; ils seraient déposés avec
ses vêtements royaux chez les sauvages. Ce roi divinisé semble s'être
confondu avec quelque divinité malfaisante. La fahle veut qu'à sa
mort il ait transformé ses bumes en souris qui viennent dévorer
les récoltes. Les souris semblent un symbole de sécheresse, et
quelque temps qu'il fasse, sec ou pluvieux, Pô Dam est l'objet, au
septième mois annamite, quatrième, parait-il, de l'année èame,
de sacrifices qui ont pour hut d'oh tenir ou de conserver les pluies
favorables à fa poussée du riz. A cette occasion les sauvages de
cr Luba ", possesseurs des vêtements, viennent les disposer dans la
tour où, suivant la pensée èame, ils suffisent à personnifier le dieu (1).
A cette légende des bumes-souris se rattachent plusieurs détails.
Sur une petite colline à droite de la route qui va de Tri Tinh à
Phu Dién se voit une pierre brute sous un bamun ruiné: c'est le
kut du gardien des hullles du roi, divinisé sous le nom de Po
Paghub. Enfin vers le S. des tours de Pô Dam, à 100 mètres en-
viron de la terrasse naturelle, est une enceinte de pierres sèches
munie d'une porte au S. : eHe représente l'enclos des humes-souris;
chacun en passant y jette une pierre. Tl conviendrait probablement

(1) Le P. Durand, qui, sur noIre de- détenteurs du trésor des .rois cams ·( cf.
mande, a recherché si ces sauvages de R. E. F. E.-O., t. V, p. 7)' a reconnu
~Lahh n'étaient pas ceux de "Lavaù" , qu'il n'en était rien.
58 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

d'établir une relation entI'e cet amas de pierres et deux autres qui
se trouvent sur la route à mi-chemin entre Phanri et Tri Tinh,
route de Hoc Trom; ces derniers sont, parait-il, de ces lano'h
yali signalés par M. Cabaton (Nouvelles recherches sur les Chams,
p. 21). Tout à côté de ces tasse voie?t deux puits creusés, l'un
par les Kaphir, l'autre par les Bani, ce qui tendrait à faire croire
que cette route aujourd'hui à peu près . abandonnée était autre-
fois un lieu de grand passage.

I1AlIlUN DE PÔ NAGAR TAWAIT.

Ce bamuit orienté à l'E. contient seulement sept galets. Il est


situé environ à 1500 mètres du village de Phu Dién et dépend du
village de L<,tc Tri, canton de Tuy Tinh, huy~n de Tuy Phong.

BHIUN DE PÔ KABRAl.l.

Le bamwi de Pô Kahral}. est situé au N. O. ùu village de Vinh


H~nh, à 500 mètres à peine de la maison commune. Le terrain sur
lequel il se trouve dépend du village annamite de Vinh H~llh, can-
ton de Tuy Tinh, huyçn de Tuy Phong et du village cam Palei
KaraIi, même canton, huyçn de Phanri.
. Il est orienté au N. et abrite un grand l.ut brut de granit avec
son èana1'Val', trois éaba~t et un bathul.:.
A droite et à gauche du bamlll't, deux cimetièl'es cams qui ne
font avec lui qu'un seul ensemble contiennent plus de vingt kilt bruts
avec leurs éanarvar: ils sont enfermés dans une enceinte rectan-
gulaire de daBes non laillées et tout le sol ainsi enclos est jonché
de galets.

n ,IlIU," Uf: 1'0 NAGAn TAllA (;,\K ET KUT OE l'Ü P,\N.

Ce bamurt est lm pet.it édicule situé snI' la dune qui borne la


cÔte, à 2 kilomètres au N. du village de Lang Phu'o'c, à 1 kilo-
KUT DE PO PAN. 59
mètre à l'E. 20 0 S. du village de Châu Vn'o'ng et sur les terrains
de ce village; il dépend du canton de Tuy Tinh et du huy~n de
Tuy Phong.
Il est orienté à l'E. et par suite tourne le dos à la mer cachée
par le sommet de la dune de. sable blanc. Cet abri grossier renferme
six petites pierres allongées de forme vaguement prismatique. Peut-
être, et c'est là son unique intérêt, s'élève-t-il sur l'emplace-
ment d'un sanctuaire envahi peu à peu par les sables; car, à
10 mètres au S. et adossé à la dune au même niveau, se voit une

figure d'Umâ donnée par les indigènes comme le kut de Po Pan.


C'est une idole et non une figure de tympan: la présence d'un
tenon vertical en dessous en fait foi. On conçoit alors aisément que,
suivant le progrès de l'ensevelissement du sanctuaire par les apports
continuels de sable, l'idole ait été relevée à côté sur des autels de
plus en plus grossiers. Mais ce n'est là qu'une simple hypothèse
qu'une fouille d'ailleurs assez délicate, ce sable étant très fluide ,
permettrait seule de vérifier.
La figul'e traitée en bas-relief se détache d'une dalle rectangulaire
à terminaison ogivale. Elle est debout, les pieds sur la tête de Nan-
din; elle est courte de proportions et ses seins sont fortement accusés .
. Le bras droit se replie, le coude au èorps; la main à la hauteur de
l'épaule semble tenir un disque; le bras gauche de même, le coude
écarté, la main sous les seins, paraît maintenir une épée pendante,
ou mieux s'appuyer sur une massue.
La tête est coiffée d'une tiare cylindrique qui porte sur
la chevel ure arrondie suivant la forme de la tête; un filet
de perles l'en détache. Le tronc doit être nu, car le nombril
est apparent; les jambes sont vêtues d'un sarong maintenu par
une écharpe dont le bout flotte à droite. Comme bijoux on voit
seulement des boucles aux oreilles très distendues et un collier
de perles.
La tête de Nandin est grossièrement indiquée, les oreilles mar-
qUé-es au-dessus des cornes. Devant cette statue un fragment de
60 DU CAP BA KÊ AU CAP PADARAN.

Nandin agenouillé avait été utilisé par les Cams comme canarvar.
La statue en grès bleu a 0 m. 30 de large, 0 m. 70 de haut;
le NandinagenouiHé en gl'anit roux aurait, complet, environ
o m. 30 sur 0 m, 60. [Pour Po Pan, cf. CABATON, Nouvelles re-
cherches sur les Chams, p. 110, et pour Po Nagal~ Taba Cak (J),
ibid., p. 1 6. ]
CHAPITRE IV.
DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA (1).

S1. NINH THU~N ('). - Groupe de Pô Romë : tour principale; édifice Sud; décoration,
peintures et sculptures; traditions et date; inscriptions. - Vestiges d'une tour au
tr\lm de Hoà Trinh. - Stèle de Glai Klami Ano'k et vestiges d'nn monument. -
Roche inscrite de B-a Né ou Baliiu Tablal).. - Vestiges près du tertre de Pandarang.
- Yaù Kur. - Pô Nagar de MÔng B-u,c. - Pô Sag. - Glai Lamau. - B-a Trâng ou Yan
Tikug. - Résidence de Phanrang.- Vestiges d'un groupe cam à Phanrang.-Groupe
de Pô Klauù Garai : tour centrale; sculptures; salle; tOUI' Est; édifice Sud; mur
de soutènement et tourelles d'angle; mobilier; date et traditions; roches inscrites. -
Statue trouvée à la gare de Phan rang. - Pierre de Thûy Tri~u. - Roche inscrite de
Thanh Hièu. - Groupe de Hoà Lai: les trois kalan; tour centrale; tour Sud; tour
Nord. - Débris-cams dans la plai~e de Hoà Lai. - Vestiges d'un monument au village
de Lu>o'ng Tri. - Stèle du mont Co,k YaIL
SIl. KHANH HoÀ. - Vestiges à Ba Ngoi. - PM Vinh. - Inscription de Phu Vinh dite de
Vb C<).nh. - Vestiges de Ch!.>, M6,i. - Groupe de PÔ Nagar à Nha Trang; tour pt'in-
cipale; tour Sud; édicule Sud-Est; tour Nord-Ouest; tour Ouest; édifice Su,I-Ouest;
salle d'entrée; édifice Nord-Est et abri Sud-Ouest; grande salle; escalier et tour d'en-
trée; sculptures; dales et traditions; inscriptions. - Vestiges divers.

s1. B~O DE NINH THU i~ N.


GROUPE DE l'Ô ROME.

Une double élévation rocheuse aux flancs abrupts dépend du


village de H~u Sanh, ou Palei Tll1;Wn, canton de Hil'll Bu'c, huy~n
de An Phu'o'c; les sommets s'écartent à peine de 50 mètres et le
moins élevé domine la plaine environnante d'une vingtaine de
mètres. Bien que masqué par l'autre du côté E., ce dernier sup-
porte un temple éam. Un ravin aux pentes rapides sépare ces ma-
melons. Peut-Mre un escalier, d'une raideur qui n'aurait rien
d'anormal dans cet art, conduisait-il du fond de ce vallon aux monu-
ments. Suivant la tradition, deux lions en auraient encadré l'arrivée;
(1) Carte, planche CX. _ (2) Le â~o de Ninh Thu~n a été démembré de la province
de Khânh Hoà.
G2 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
l'un, transporté en ce point depuis la ruine de l'escalier, se dresse
à l'angle S. O. de la tour principale; l'autre a roulé au fond du
ravin, où nous n'en avons retrouvé qu'une partie. Cependant une
longue croupe en pente douce qui aboutit près de l'angle S. O.,
. pouvait aussi donner accès au temple. Le sentier actuel, vrai chemin
. de chèvres, amène à l'angle N, E.
Le groupe (pl. VIII) se compose seulement d'un kalan ct d'un
édifice Sud. Il est accompagné de diverses pièces fichées dans le
sol. C'est d'abord au S. O., sous un petit abri, une figure de femme;
une inscription court sur son buste; puis au N. E., également sou:;
un abri, se trouve une élégante stèle carrée; à l'angle S. O., le
lion susdit; enfin au N., différents kut plus ou moins ornés.

Tour principale. - Le sanctuaü'e est un édifice d'une grande


pauvreté que ne rachète nullement l'élégance des proportions ou
des formes. Sa composition tient le milieu entre le kalan de Pô Klami
Garai et la tour de Linh Thaï.
La salle intérieure (pl. VIII, IX, X, et fig. 12), est allongée
dans le sens E.-O. Vers le milieu et plus près de la paroi O., se
voit une curieuse idole in situ, abritée par un dais. Le premier
petit couloir est couvert d'un plafond de bois peint. La porte a des
vantaux de cette matière; ils étaient jadis en pierre, car une grande
dalle mince qui parait. avoi\' rempli ce rôle et dont les dimensions
s'accordent exactement à celles de la baie, est encastrée, brisée en
deux, dans le dallage grossier qui cou vre la terrasse. Deux, Nandin
de facture médiocre, tournés vers le dieu, meublent le vestibule;
celui-ci s'ouvre sur l'extérieur par une baie aux piédroits inscrits.
L'aspect ext~rieur de l'édifice est des plus simples. Il est Mti sur
des rochers qm forment en partie le soubassement. Ailleurs, ce
n'est qu'un bahu.t sans ,profils. Une espèce de terrasse, plus récente
sans d~ute, e~talnée d un perron d'accès, s'élève devant la porte;
un pelIt escahCl' détourné en descend au Nord.
Aux angles seulement se voient des pilastres; ils sont à triple
GROUPE DE PO ROMË. 63
plall. La base est une plinthe, les appliques manquent. La cor-
niche, d'un profil bâtard et lourd, montre des dalles d'arête, mais
pas de pierre d'angle; la grande face, le bahut et le terrasson sont
fondus avec la corniche; la pièce d'accent amoindrie a pris ~'aspect

Fig. 12. - :Piï Romë.


Tour principale, ensemble S. O.

. d'une sorte de flamme. Les amortissements sont les simplifications


de ceux déjà assez réduits de Po KlauD Garai. Ils sont seulement
formés d'un bahut et d'un corps en pyramide courbe fondus en-
64 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
semble; des feuilles en haut et en bas la décorent; une nouvelle
petite pyramide en pierre termine le tout.
Les fausses portes sont à trois corps qui sont nus. Deux faces, se
superposant, formeut imposte et supportent trois frontons. Le
fronton antérieur se recreuse et s'évide pour recevoir un person-
nage. Chaque fronton s'orne de feuilles rampantes enterre cuite,
analogues aux pièces d'accent. Deux s'unissent au sommet pour
constituer une antéfixe.
Deux étages élevés au-dessus répètent exactement les disposi-
tions du corps principal. Le troisième ne s'en distingue que par la
suppression des amortissements d'angle, le remplacement des
pièces d'accent en forme de larme par des nandin à mi-corps et,
dans les fausses niches, celui de la statue par une pierre gravée
qui montre un disque enfermé daus un croissant.
La pierre terminale, pyramide quadrangulaire curviligne, s'orne
également de traits gravés (1).
Le petit vestibule est fort simple extérieurement. L'arête de
la voûte est formée d'une sorte de crête pleine brisée dont la
silhouette est, sans doute par cas fortuit, celle d'un bœuf couché.
La porte paraît avoir présenté trois corps minces et par suite
trois frontons; un seul était décoré de feuilles rampantes; son tym-
pan enfermait, dans une frise légère de décors, une figure aujour-
d'hui complètement effritée; la silhouette du cadre est celle de la
coupe d'une cloche dont le sommet serait conique.
En avant de cette porte surla terrasse, analogue à celle dePô Klaun
Garai, se voit une construction en bois et en chaume moderne, mais
qui en remplace une plus ancienne brûlée par les Annamites vers
1831-1835. Nous ne savons si elle faisait partie du plan primitif.

Édifice Sud. - Au S. de ce sanctuaire s'élève un édifice


(pl. VIII et IX) très simple, ouvert d'une porte au N., dans la par-
(Il Le P. Durand y voit l'ol!ll.àra, répété sur chaque face (B E F E-O t III
p.59 8 ). . . . . .,. ,
GROUPE DE PO ROME. 65
tie O., percé sur les quatre faces de baies en quatre feuilles. Quatre
piles carrées ont été ajoutées dans les angles à l'intérieur. Ene~
semblent avoir joué le rôle des poteaux qui soutiennent les char-
pentes cames (salle de Po KI am'! Garai, bamuri de Po Nraup,
par exemple). Les murs d'angle fort épais auraient pu cependant
recevoir une vollte. Peut-être était-elle prévue, mais d'une forme
spéciale, et serait-ce la crête qu'elle aurait portée qui gît brisée
devant la face E. de l'édifice?

Décoration peinte et sculptures. - 'Ce monument montre le


seul exemple que nous ayons rencontré jusqu'ici !Je peinture déco-
rative came. Il est fait pour donner le regret que toutes autres
traces en aient disparu.
Le plafond du couloir intérieur de la tour laqué rouge est semé
de jolies rosaces d'or quadrifoliées. La porte intérieure est laquée
également en noir et rouge. Le linteau montre une décoration en
longues dents de scies; le piédroit, des croix grecques liées et ornées,
l'un et l'autre motif d'une composition très heureuse.
Nous n'avons à signaler comme sculptures que les deux Nandin
à collier du vestibule et les lions debout, ceux-ci tout à fait pareils
aux lions cambodgiens; ils n'ont pas d'ailleurs pom' nous d'auU'e
origine.
Le personnage des fausses portes et fausse niche a les jambes
cachées dans une masse ornementale trop petite pOUl' contenir
tout le bas du corps. La figure porte moustache et barbiche; les
mains sont jointes sur la poitrine que traverse le cordon brah-
manique.
La divinité du sanctuaire (fig. 13) est représentée en bas-relief
de.vant une sorte de lmt à section ogivale orné d'un petit décor
salBant en arrière.
Le dieu est à mi-corps; il possède huit bras; les mains principales
pOsent à plat sur le ventre; les autres bras relevés sont maladroite-
ment soudés aux épaules.
ANXHI. - J . ri
66 DU CAlI PADARAN AU CAP VARELLA.
J'adopte pour l'interprétation des attributs celle du P. Durand, qui
a l'avantage de s'appuyer sur les noms m~mes que leur donnent les
Cams actuels (cf. loc. cit., p. 599)' Les mains inférieures tiennent,

FiG" 13. - Po Rome.


StaLue lIu roi; IlauLeur, 1 m. 20.

la. droite
. un poignard ' la gauche un t rI'd ent; 1es mallls
. .mtermc~ 1

dlalres un bouto~ de lotu~ à longue tige et un petit sabre à fame


décorée; les mams supérIeures un peigne et une tasse à huile
de coco.
GROUPE DE PO ROMË. 67

Les yeux, rapprochés, sont légèrement relevés vers les tempes;


le nez est épaté; les moustaches sont retroussées; la barbe en pointe
s'accompagne d'une mouche sous la lèvre infér'ieure.
La tête est coiffée d'une tiare cylindrique avec un rang de fleu-
rons quadrilobés à la base. Un petit décor où l'on pourrait chercher
un souvenir du triçüla s'élève sur l'axe au-dessus. Du vêtement on
ne voit rien; l'élégant décor qui se trouve sous la ceinture paraît
êtt'e une indication conventionnelle analogue à celle que nous voyons
aux statues des bamllù funérHires du Binh Thuan. Les bijoux con-
sistent en un collier en pointe à fleurons quadrilobés entre deux petit.s
rangs de perles, de lourds pendants d'oreilles en poire, la pointe
en bas, des bracelets aux poignets et une ceinture à quadrilobes.
Le dieu occupe le bas et le milieu de la stèle; à droite et à
. gauche sont accroupis deux nal/din à collier. Derrière la tiare du
dieu, deux ornements en sorte de volutes s'élèvent au-dessus des bras
supériems. Ils montrent deux têtes. Trois autres se superposent
à celle du dieu. La première se complète d'épaules. Toutes portent
un diadème d'où s'échappent des rayons élargis au bout, peut-être
des plumes de paon, au nombre de cinq; le rayon central est sup-
primé quand il passerait devant une autre tête; toutes aussi ont des
houcles d'oreilles', les t1'ois du rang inférieur un collier; leurs bijoux
sont semblables à ceux du dieu. Entre les rinceaux et Pô Romë deux
Ileurons quadrilobés occupent le vide; deux rinceaux du même type
q~e les premiers mais indépendants accompagnent ceux-ci. Les
VIdes entre cette composition et la bordure sculptée sont remplis
par des ornements d'un (l'enre identique et des rosaces quadrifoliées.
Tout cet ensemble est peint. Le fond est rouge, la pierre qui
~orme dossier a ses parties courbes garnies de grands motifs au-
Jourd'hui indiscernables. Le décor est en noir, le masque en· blanc,
les lèvres rouges, les traits et les yeux soulignés de noir; les attri-
huts J'ouges et dorés. Toùs les détails du costume et des bijoux
so~t l'Ouges. Les petites têtes rouges et dorées sont soulignées de
nOir, les ornements du fond sont d'or.
5.
68 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
Le piédestal enferme un rang de perles entre deux doucines.
La cuve à ablutions est une dalle munie d'une rigole qui pour-
tourne la statue et son dossier, et qui se prolonge par le bec
ordinaire jusqu'au-dessus d'un petit éléphant de pierre couché en
tI'avers, près du piédestal. Au devant du dieu, un trou dans cette

Fia· 1 b. - l'ô Romë.


Statue de la reine Suéil).; hauteur, environ 0 m. 7 5 .

da~le par.ait d,esti~é ~ recevoir le flambeau ou les bougies de cire


qu on bruie d ordInaIre devant lui au cours des sacrifices .
. Une autre fi~ure, de femme cette fois (fig. 14), est assise sur uO
pIédestal fort SImple et adossée à une sorte de stèle dont la face
postérieure est plate. Le bas du corps disparait dans un contour
GROUPE DE ra nOME. 69

insuffisant pour le contenir. Le bras droit a la main étendue 8ur la


cuisse, le gauche de même a la main repliée. La coiffure rappelle
en plus grand le diadème des reines du trésor des rois cams (cl'.
B. E. F. E.-O., t. V, p. 44, fig. 27 et 28). Le sac qui tient lieu du
sarong est orné de rectangles fleuronnés. Elle n'a pas de boucles
d'Oi'eilIes mais des trous pour en suspendre. ' Ses seuls bijoux figurés
sont des bracelets aux poignets. Le piédestal est muni en avant
d'un trou à ficher un luminaire.
Une statue presque semblable est abritée extérieurement sous
un pagodon. Les mains sont réunies sur le ventre et semblent avoir
tenu des boutons de lotus à longue tige (1). La tête est couverte
de la même coiffure recourbée en avant. Le sarong est décoré de
même; ses oreilles sont percées et elle a les mêmes bracelets. Elle
n'a plus que sa cuve à ablutions aux angles arrondis et à simple
rigole. Une inscription est gravée sur sa poitrine.
Au N. E., sous un abri, est une élégante stèle carrée posée sur
un piédest.al d'un profil t~'ès ferme. EUe est d~corée de fleurons
Sur les arêtes, d'une rosace au sommet. Les caractères y sont telle-
ment effacés que seule la dépression des lignes est sensible au
doigt.
La tour principale nous montre un exemple de dais de statue
fort bien conservé. Il est soutenu sur les poteaux tournés et laqués
en rouge et or. La charpente, d'un type simple, du système par
flexion et compression habituel à la charpente orientale, se termine
au-dessus par un motif de bois ou de chaux d'une silhouette inté-
l':ssante, mais que nous n'avons pu malheureusement ni atteindre
ni dessiner dans le tourbillon de chauves-souris qui masquaient ou
éteignaiént nos lumières.
(Il Le P. Durand (loc. cÎt., p. 60 t) cl'Oit m'a rien révélé de semblable. Le fait se-
y reconnailre les picds d'un en fa nt qui rait unique dans l'art cam, la pose tt'ès
aUrait '(' , ,
1 e e porle dans les hl'as de sa mcre. mauvaise et presque impossible, et nul
e n'a~ pu l'evoir la pièce depuis que j'ai fait dans la légende ne vient soutenir
connaIssance de c'etle opinion, mais l'ex- d'autre part celte hypothèse qui soulève
amen alle nIque
l'f J.,(1\ 111. laIt
r . f •
aulrciols nc déjà tant d'objections.
70 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
On y trouve en outre un raswi batau avec son rouleau. Enfin
le cimetière voisin offre des formes de kilt très élégantes et très
curieuses et d'un type assez spécJal.

Traditions et date. - La tradition veut que ce monument soit la


pagode funéraire du roi Po Romë que la Chronique fait régner de
1627 à 1651 A. D. La pierre sur laquelle la fig?re est sculptée a
beaucoup de ressemblances avec certains kut, et dans ses grandes
lignes la représentation est analogue aux statues funéraires du
Binh Thuan. Enfin le nom même de Po Romë est mentionné dans
l'inscription (1). Il Y aurait mauvaise grâce dans ces conditions à re-
fuser d'ajouter foi à la tradition.
Les deux statues de femme seraient l'une, celle du temple, la
reine Po Bia Sancan, d'après le P. Durand qui consigne aussi le
nom de Po Bia AkaraIi; quant à l'autre, · c'est bien cellé d'une
femme du roi, la reine Sucih : l'inscription qu'elle porte ne laisse
pas de doute à c~t égard. Est-elle hors du temple pour ne pas
avoir voulu monter sur le bûcher de son mari, et l'inscription
qui mentionne ce fait a-t-elle été gravée dans une intention réelle-
ment infamante? C'est ce qui nous paraît moins sÔr. Il faudrait
supposer que la statue divinisée de la reine avait été faite avant
son crime et l'inscription placée ensuite. Nous avons relevé une
autre tradition, qui nous semble d'ailleurs être une de ces eX-
plications après coup habituelles aux Cams. Eile pourrait cepen-
dant à la rigueur s'accorder avec la précédente. La statue du pa-
godon serait celle de la vraie reine et l'autre celle d'une maîtresse
favorite qui aurait fait exiler la première de la tour comme eHe
le fit de la maison même du roi. Peut-être faut-il voir seule-
ment dans ces deux représentations les deux femmes qui aC-
compagnent toujours les statues funéraires des rois dans les bamtlit
du Binh Thu~n, et qui sont données par les uns comme la pre-
. (1) L,a presence
' du nom populaire du
fois en épigraphie qu'u~ roi est désigné
roi est a remat'quer; c'est je crois l'unique
par un nom de la Chrollique.
TOU R DE II 0 À TRIN II. 71
mière et la deuxième femme, par les autres comme la femme
"aphir et la femme bani.
La figure qui décorait la porte rongée par le feu, était ceBe du
Pô Gam;l-Q'r Mantrï, grand astrologue du roi. Enfin les têtes qui
entourent la figure de Pô Romè seraient celles de ses serviteurs.
Si la tradition était exacte, on trouverait là une curieuse indication
de costume dans ces coiffures étranges à plumes de paon. Enfin le
porche serait une salle de festins, l'édifice Sud un lieu de repos.
L'attribution du monument comme pagode funéraire de Pô Romè
paraît acceptable; il n'y a pas de raisons spéciales pour rejeter les
dates que fixe la Chronique. On peut donc considérer le monument
comme du milieu du XVll siècle. C

La tour semble s'êtl'e élevée sur les restes d'un édifice plus
ancien sans doute, construit par les Cambodgiens, à l'une des nom-
breuses époques où ils furent momentanément les maîtres du pays.
Cette origine étrangère se reconnaît dans la facture des lions,
dans le dessin de la stèle inusité au èampa et fréquent au Cam-
bodge (1), enfin dans le tracé des fenêtres de l'édifice Sud, forme
également inconnue au èampa et fréquente au Cambodge.
Inscriptions. - Ce groupe contient plusieurs inscriptions. Les piédroits
de la porte d'entrée portent, celui de gauche b 1 lignes dont 3 seulement
sont intactes; l'autre 15 lignes également en mauvais état. L'interprétation
~n, est par suite à peu près impossible. Une autre inscription en 5 lignes
Inegales est gravée sur la poitrine de la reine extérieure: elle donne son nom,
l~ reine Suèi~, et révèle qu'eUe ne s'est pas brt'tlée avec son mari. L'une et
lautre sont en èam (E.-M. DURAND, loc. cil. p. 601 et suiv.).
~nfin rien n'est reconnaissable sur la stèle ca~rée signalée plus haut.

VESTlGES D'UNE TOUR CA~IE AU TR~~I DE HOA. TRINIl.

Sur la route mandarine qui l'entame du côté E., à 25 mètres


au N. du tram de Hoà Trinh se voit un monticule de 3 ou 4 mètres
de hauteu~ sur une quinzaine de mètres de diamètre. Ce n'est
qu'un amas confus de briques cames, reste évident d'un lmlan
(1) LAJO:'lQUIÈRE. Inventail'e des monuments du Cambodge, t. 1, p. XCIX et fig. 65.
72 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
qui s'élevait en plaine. Il n'a pas été fouillé pour en extraire les
matériaux.

STÈLE ilE GLU KLAUN ANO'K ET VESTIGES D'UN MONUAIENT CUI.

Dans un terrain inculte à 1200 mètres au S. du tr,!m de Hoà


Trinh et à 250 mètres de la route mandarine à l'E. est un cime-
tière cam; il dépend du village de Nhu Làm, canton de Nghia
L~p, huy~n d'An PhU'o'c; il est orienté vers le N.; le kut au centre
de la pa rtie postérieure est accompagné à l'O. de trois galets, à
l'E. de deux.
A 100 mètres environ plus au S. encore et toujours dans les
terrains du même village, se voient des amoncellements de briques
que les Cams donnent comme des fours à briques: rien ne justi-
fie cette hypothèse, d'ailleurs habituelle chez eux. Il semble que
ces décombres soient la trace d'un édifice cam. Son nom annamite
Thap Mên, dour kmèl'en, vient confirmer notre opinion.
Inscriptions de Glai KlaUli Ano>k. - Une pierre inscrite faisait pa~tie de
l'enceinte du cimetière, elle s'appelle Glai KlauÎl Ano,k pour les Cams,
Giang CÔ pour les Annamites; triangulaire et plate, elle est cassee en quatre
morceaux qui portent dix: lignes assez frustes sur une face, rien sur l'autre.
Inscription du seniipati Par, sous le règne de Harivarman 1er en çaka 7 i?
(les deux derniers chiffres sont effaces). En cam. Elle est aujourd'hui il la
Residence de Phanrang. (Cf. FINOT, Notes d'épigraphie, Pâ!l{jurmiga, B. E. F.
E.-O., t. III, p. 633.)

ROCHE INSCRITE DE DA NÉ OU BATAU TABLAI.I.

C'est une masse de granit blanc rosé (fig. 15) qui se trouve d;lfis
les rizières à 2 kilomètres à peu près au N. du tr,!m de Hoà Trinh et
à 200 ou 300 mètt'es à l'E. de la route dans un terrain dépendant du
village annamite de Van Làm, canton de Nghia-Lôp, huy~n d'An
PhU'o,c.
Cette roche de 6 mètres environ de hauteur sur une douzaine
de mètres de longueur est fort mince; une fissure la divise de haut
en bas en deux parties presque égales.
TERTRE DE PANDARANG. 73
La face E. du fragment S. porte deux inscriptions superposées. Celle du bas
est la plus ancienne. Elle se développe sur une hauteur de 3 mètres par 17
lignes de 3 m. 75 de long en grands caractères de 0 m. 075 avec interlignes
de 0 Ill. 07. En èam. Donation du roi Jaya Harivarman au dieu Jaya Hari-
liÎlgeçvara. Dates: 1067-1°92 ç. (11ft5-1170 A. D.).

Fig. 15. - Roche de Da Né.

L'inscription supérieure, mesurant 3 m. 20 de long sur 1 Ill. 10 de haut,


comprend ft lignes en èam : le roi Jaya SiIJlbavarman II ou Indravarm:m JI[
rappelle son avènement en 1187 ç. (1 265 A. D.) et divers faits de sa \'ie, de
1181 à 1199 ç. (1259-1277 J\. D.), daLe présumée du document. (Cf. Anro-
l'iIER, Premiere étude . •. , p. 39 et 57')

VESTIGES, INSCUIPTIONS ET TIlACES PRÈS DU TERTRE DE PANDAIUNG.

Non loin du village de Chu'o'ng My, canton de Nghiti L~p, huy!)n


d'An Phu'6'c, se trouve, si l'on en c~oit les indigènes, l'emplace-
lUent d'une ancienne capitale du pary(Juranga. Le village porte en
cam, d'après les renseignements recueillis sur place, le nom de
Palei Bacon; il répond aussi à celui de èaklin, èoklin; c'est sous
cette dernière désignatioll que M. Aymonier le classe. Le terrain
DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
spécialement indiqué par les habitants comme ayant contenu l'an-
cienne capitale s'étend entre des ruines de tours et une grosse
pierre inscrite d'un mot. (Cf. pour cette pierre, FINOT., Notes d'(pigra-
pitie, Pâtt(lurailga, B.E.F.E.-O., t. III, p. 635, XIV bis.) Au dire des
Cams, quatre de leurs rois mentionnés par la Chronique auraient
jadis habité successivement ce lieu; des amas de briques et des
vestiges de demeures s'y seraient t.rouvés encore avant ces dernières
années; il n'en reste rien aujourd'hui, si ce n'est un tertre circu-
laire de deux mètres de hauteur environ qui peut être formé des
décombres d'un petit sanctuaire.
Quant aux ruines de tours, eUes sont devenues c6mplètement
informes. Cependant elles étaient, paraa-il, encore debout il y a
une quinzaine d'années. Nos fouilles nous ont permis de reconnaitre
les fondations d'une tour centrale et d'une tour postérieure sur le
même axe à l'O.; une autre au S. n'est reconnaissable qu'aux faces
verticales orientées laissées dans le tertre par l'arrachemeut des
briques. Enfin une grande salle ou un autre sanctuaire s'élevait en
avant. Un grand linteau de pierre dans la tour centrale, un frag-
ment de granit de même origine, un morceau de pièce d'accent en
terre cuite, sont les seuls éléments qui se détachent du tas de
briques, exploité comme carrière depuis longtemps d'ailleurs; les .
pieds d'une statue trouvés sans doute aux environs furent rapportés
sur ce point. A 600 mètres au N. O., dans un champ dépendant
du village annamite de Mông Bu'c, canton de Hü'u Bu'c: huy~n de
An Phu'6'c, se voit une pierre inscrite, assez mal équarrie; son
nom annamite est Ba Chü', son nom cam Yan Kur; à terre, à côté
de cette pierre, est un couronnement d'amortissement ou mieux de
petite tour, bloc octogonal à arêtes en petit boudin saillant. Il est
muni d'un ten~n circulaire au-dessous. Derrière la pierre inscrite
semblent se vOIr les traces vagues d'une ancienne construction:
elles sont beaucoup trop indistinctes pour qu'on puisse bâtir
sur. la présence de ces mouvements de terrain aucune hypothèse
sérIeuse.
PD NAGAR DE MÔNG B-U'C. 75
Inscription de Yan Kur. - Aussi nommée stèle du tcrfl'e de Plltlarall;
1 m. 20 de haut, 0 m. 60 de côté; 16 lignes nettes sur une face, 7 frustes
sur l'autre. Conservée à la Résidence de Phanranrr.
Objet de l'inscription: la princesse Süryalak~mï érige une slalue de divinité
à Bhümivijaya, sous le règne d'Indravarman IV en 1200çaka (1278 A.D.).
(Cf. FINOT, Notes d'épigraphie, Pâ!l{lurmiga, B.E. F. E-O, t. III, p. 635.)

VÜ NAGAIl DE MÔNG IHJ'C.

Cette pagode est sur la limite des villages de HÎl'u Du'c et de


Mông Bu'c, canton de Hu'u IUl'c, huyçn de An Phu'o,c. Ses deux
bâtiments contiennent diverses pierres cames dont nous ignorons
l'origine. Dans l'un se voit une figure de femme assise devant une
stèle, les mains sur les genoux. Son vêtement, un sarong à décors
fleuronnés et bandes verticales, présente un pan antérieur retourné
en volute à droite. La tête est coiffée d'une tiare qui revient en
avant comme aux apsaras de Po Klami Garai. Les bijoux consistent
en boucles d'oreilles et doubles bracelets aux poignets.
La statue a été recouverte d'une couche de chaux, les traits du
visage et les bouts des seins sont soulignés en noir. Elle semble en
pierre; mais cet enduit empêche de se rendre compte exactement
des réparations qu'elle a subies. Son nom est Pü Bia Attakan.
D'après le P. Durand (B.E. F.E.-O, t. VI, p. 281), ce serait la statue
de Po Anail} ~ la petite déesse')), la septième fille de Po Nagar.
Dans le biltiment annamite qui fait face sont deux petites figm>es
et divers objets. La première est adossée à une stèle nue: femme
assise à l'indienne, les mains étendues à plat sur les genoux; elle a
d'énormes seins. Son vêtement consiste en un sarong à fleurons
quadrifoliés pointus. Elle est coiffée d'une curieuse tiare qui re-
VIent aussi en avant. Comme bijoux : boucles d'oreilles, double
ou triple collier, bracelets de bras composés d'une altemance de
quatre-feuilles grands ct petits. Son nom est Po Dara ou Dahra
(cf. E.-M. DURAND, loc. cit., p. 280), Po Nagar, Po No'gar Dara
(Tara?) d'après M. CADATON, Nouvelles rec/wr(J/ws sur les Chams, p. 17.
La seconde, de dimensions moindres, est dans la même position;
76 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
son costume est pareil, sa coi ffu l'e , un chignon rond ou un petit
diadème. Elle a un double ou un triple coUiel', des boucles d'oreilles,
des bracelets aux poignets. Ce serait Po To'h, autre fille de Po Na-
gal' (cf. E.-M. DURA.ND, loc. cil. , p. 280). L'une et l'autre sont en-
duites de chaux, leurs traits et feurs seins lourds accusés de noir.
Une cuve à ablutions porte quatre galets de granit et de por-
phyre; d'aut~'es, de taines variées, s'alignent à la suite ou sont
l'angés dans un coin. En avant du réduit de la pagode se voient
deux animaux de petites dimensions: l'un en granit bleu est un
Nandin qui parait n'avoil' pas eu de collier à grelots (0 m. 30 de
long environ). L'autre fl'agment, resté une énigme pour nous,
passe pour ~tre un éléphant. A quelque distance, à 50 mètl'es en-
viron de la stèle dont il sera parlé plus loin, se voit encore la base
d'un bamun dont proviennent vraisemblablement ces sculptures.
(Cf. E.-M. DURA.ND, loc. cil., p. 280.)
Inscription de Pô Nagar de Mông Bü,c. - L'inscription est gravée sur
les deux faces d'une pierre grossière déposée non loin de là au pied d'un
arbre. L'écriture penchée èn est bonne; elle est très ornée. 16 lignes t/6. en
sanskrit, prose et vers. OLjet : le roi Vikrantavarman II donne au dieu Vikranla-
rudreçval'a le champ Rl1drak~etra entouré de sauvages montagnards appelés
Vrlns. Date 776 ç. (856. A. D.). (Cf. FINOT, Notes d'épigraphie, Pii~uJurail{Ja,
B.E.F.E.-O., t. III, p. 633.)

po S.qI.

Dans la brousse qui dépend du village de Vlnh Thu~n, canton


de Hll'U Bu'c, huy~n d'An Phu'o'c, non loin d'un hameau et à
3 kilomètres et demi au S. O. de la chrétienté de Binh Qui, sont
les traces d'un sanctuaire èam. Il s'élevait en plaine et dut compor-
ter plusieurs édifices, car plusieurs tertres se laissent deviner SUI'
une surface d'un quart d'hectare. Ces ruines ne paraissent pas
avoir servi de caI'rière aux Annamites. Sur le tertre principal trois
nüga à tête unique, crêtée, qui ont dii tenir lieu de pièces d'accent
et sont finement sculptés, entourent une stèle; cene~ci en grès gris
très fin forme un pentagone long. Elle est appelée par les Cams
GLAI LA~IAU. 77

Pô Sal}, et par les Annamites Bà Xa par opposition à une autre


située à peu de distance à l'O. qu'ils nomment Bà Ong et qui n'a
pas d'inscription. Nous tenons ces renseignements du regretté
Odend'hal et n'avons pu retrouver la seconde pierre.
Inscription de Fa Sal,1. -- L'inscription est très nette bien qu'elle pl'é-
sente peu de creux. En éam; 22 lignes sur la première face, 9 sur la seconde.
La partie déchiffrée contient le Ct cursus honorum" du prince Harijilâlmaja,
fils du roi Jaya Siqthavarman III, prince Harijit. Dates extrêmes contenues:
1196-1228 ç. (1274-1306 A. D.). (Cf. FIl\'OT, Notes d'épigraphie, Piit)qul'aJi{Ja,
B.E.F.E-O, t. III, p. 636.)

GL .\ I LAMAU.

La pagode qui contient ces restes, et fut érigée sur l'emplace-


ment d'un sanctuaire en briques, dépend du vinage de Vinh 'l'hu~n,
canton de Hu'u Bu'c, huyçn de
An PhU'6'c. L'édifice s'élevait en
plaine; on ne retrouve plus sur
ce point, outre un fort tas de
briques, qu'un Nandin, un ou
deux lùiga, des galets et une
belle stèle.
Le Nandin de 0 m. go de lon-
gueur, lourd et aplati, est d'une
facture très mauvaise. Sa tête a
été cassée et son collier, s'il en
eut un, a disparu dans la rup ture.
Peut-être, mais c'est sans doute
une mauvaise indication de plis,
a-t-il eu des bracelets aux pattes.
Le li1iga fait COl'pS avec sa
cuve; il a 0 m. 24, la cuve Fig. 16. - Glai Lamau.
Liliga et détail de ses peintures.
o m. 7 o. Il porte le filet habituel
et la saillie circulaire de base. On y a peint (fig. 16) une tête dont
la présence et la forme sont assez curieuses, car l'une rappelle
78 DU CAP PADAllAN AU CAP VAUELLA.
l'idée du mukhalinga (cf. FINOT, B: E. F. E.-O., t. IV, p. 9 dl) et
l'autre les traits des figures de Po Klami Garai et de Po Romë.
Les oreilles ne sont pas déformées. Le lùiga est peint du rouge
traditionnel de Çiva, la face est blanche. La figure pour les èams
est Po Klami èan. Une pierre à section ovale et terminaison
ovoïde, donnée comme la femme du précédent et fichée dans
un socle de plâtre, est accompagnée d'une autre plus petite qui
parait comme elle un simple galet.

Inscription de Glai Lamau. - Stèle de granit gris bleuté, inscrite sur


ses deux faces d'une vingtaine de lignes finement gravées (hauteur, 1 m. 1 ft;
largeur, 0 m. 82 et 0 m. 68; épaisseur, 0 m. 125). Deux inscriptions d'Indra-
varman 1er : A. Érection d'un Indraparameçvara en 723 ç. (801 A. D.); B. Do-
nation à ÇalflkaranarayaI].a. En sanskrit. Conservée à la Résidence de Phanrauff.
(Cf. FI~OT, Notes d'épifP'apltie, PÜ(!l,lurmica, B. E. F. E.-O., 1. III, p. 633.)

J),{ TIIÂNfi ou YAN TIKUI.I.

Cette stèle est- un des derniers restes d'un monument qui


s'élevait en plaine. Elle se trouve dans une petite clairière dans la
brousse appartenant au village de Binh Chu', canton de Hü'u Du'c,
l}uy~n de An Phu'o,c. Ce point est au pied de la colline de Da Trang
lJui prend son nom ((( pierre blanche 11)" d'un grand rocher blanc à
son sommet. Elle est à 6 kilomètres environ au N. O. de Vinh-Thu~n
et à 1 ou 2 kilomètres de Binh Chu', à 800 mètres environ au S.
exact des roches blanches.
Deux tertres semblent indiquer l'existence de deux halan. Tout
autour se voient les traces d'une enceinte en grosses pierres brutes;
elle est irrégulière et ce n'est -prohablement qu'un ouvrage de dé-
fense hâtif et récent.

Inscription de Da Trâng ou Yan TikuJ.!. - Les dimensions de la stèle


sont : ha~teur, 0 m. 69; largeur, 0 m. 50 et 0 m. 4. 2; épaisseur, o. m. 15.
Elle est d un calcaire gris, fin et dur; elle se termine en haut en accolade,
e.st doublem~nt convexe et son socle suit cette double courbure. L'inscrip-
tIon est grnvce en caractères
" ' elle comporte 18 II' u[In es sur caque
fins' h ~
Jace.
PIIANHANG. 79

Objet : restauration par Indravarman 1er en 721 ç. (799 A. D.) d'un


temple de Bhadradhipatïçvara, qui avait été brûlé en 709 ç. (787 A. D.)
par des armées de Java venues sur des navires. En sanskrit. (Cf. FUiOT, Notes
d'epicraphie, Pii~t1Itrai1lJa, B. E. F. E.- O., t. III, p. 633.)

RÉSIDENCE DE PIIANRANG.

Diverses pièces, dont la plupart inscrites, sont déposées à Jd


résidence de Phanrang. Le plus grand nombre provient d'un sanc-
tuaire dont l'emplacement se trouvait dans les rizières de la Mis-
sion; une statue provient des fouilles faites pour exécuter les fon-
dations de la gare de Phanrang. Une pierre inscrite, Glai Klauil
Ano'k, a été apportée d'un cimetière voisin du tr<;lm de Hoà Trinh.
Ces trois points sont étudiés dans ce chapitre. Enfin la pierre in-
scrite appelée Bakul a été trouvée à ft kilomètre~ O. du village
de ChU'o'ng My, sur un point que nous n'avons pas reconnu.
Inscription de la pierre Bakul. - Celle pierre porte 9 lianes en sans-
krit plus 7 lignes en cam. San&krit : poème du sthavira lluddhanirvâq.a, com-
f!1émorant les donations faites par son père Samanta, en 751 ç. (829 A. D.).
Cam: donation au dieu du mont Mandara et au dieu Praq.aveçvara. (Cf.
FIl~OT, Notes d'épigraphie , PÛIJ4uranga, B. E. F. E.-O., t. III, p. 633.)

VESTIGES D'UN GROUPE è .Hl .\ l'IIANIIANG.

Uu sanctuaire se trouvait dans les terrains mis en rizières par Ja


Mission, en un point qui forme le ~ommet d'un angle droit ainsi
déterminé: les côt(~S passent par la résidence et la façade de l'église
et de cene-ci on voit ce point dans une direction N. 20 E. 0

Le monument, en plaine, semble avoir été orienté à l'E. Il dut


comporter au moins deux kalan et un autre édifice en maçonnerie;
en effet, parmi les débris qui en subsistent se voient trois lintea lIX,
dont deux inscrits, et il est fort rare que des illscriptions soient
gl'avées sur d'autres bâtiments que des sanctuaires. De cet ensemble
assez important il ne subsiste qu'un tertre informe que la culture
des rizières réduit chaque jour.
80 DU CAP PADARAN AU CAP VAR ELLA.

De ce point proviennent un certain nombre de pièces, dont quel-


ques-ulles inscrites. Les f"~gments non inscrits sont:
À la Mission: une dalle d'arête du type à doucine, de 0 m. 50
de haut sur 0 m. 96 de large; une pierre de couronnement de
tour, en pyt'amide courbe, à base octogonale ( 0 m. 55 sur 0 m. 85);
une autre plus fine et plu~ conique de mêmes dimensions à peu
près; un linteau de granit de 1 m. 75 indiquant une ouverlure de
o m. 97.
À la Résidence: un piédestal à emboîtement présentant un décor
dissymétriq ue; la cuve fort épaisse d'un tenant avec le piédestal a
son bec orné d'un fleuron cam. Enfin , un tympan fut transporté
à Thuy Triçu (1) où il sera décrit.
Inscriptions des piédroits de Phanrang et stéle de Lomngô. - Les
inscriptions déposées à la Résidence sont:
1 ° Un piédroit de porte inscrit sur deux faces en cam: victoires et fon-
dalions pieuses du roi Jaya-Parameçvaravarman II. Dates: 1142-1149 ç.
(1220-1227 A. D.). Dimensions: 1 m. 66,0 m. 30,0 m. 35. (Cf. pour cette
inscription et les suivantes FINOT, Notes d'épigraphie, Pii~14urailga, B. E. F.
E.-O., t. III, p. 634 et suiv.) .
2° Le piédroit sans doute correspondant (1 m. 60, 0 m. 30, 0 m. 32),
inscrit sur une face seulement de 20 lignes en cam. Donation d'esclaves el
d'objets précieux faite par le même roi et par le yuvariija au dieu Svayamut-
panna.
3° Autre piédroit, dit !r stèle de Lomngih, trouvé à l'embouchure de la
rivière de Phanrang, où il servait de borne entre deux villages annamites;
l'inscription came a été mutilée par des caractères chinois la 17" année de
Minh-Mang (1836). Deux inscriptions d'époques différentes: 1° lignes 1-4 :
inscrirtion rognée. Objets et esclaves chinois, siamois et puküm ( . Pagan),
donne.s au temple; 2° henes 5-15 : donation du roi Jaya Parameçvaravarman JI
aux dlCux. Campeçvara et Svayamutpanna. Dimensions: 1 m. 50, 0 m. 53,
o m. ho.
4° An,cien piéd.:oit inscrit de grands caractères sur deux faces, qui a été
remploye comme linteau dans le monument en question et rrratté de ce chef
P our.
" " à.une
laisser place . l'ns Crlp IOn h
. t' '
oflzonta 1e et par sUIte
. perpelldlcu
. l' aire
a 1•anCIenne.

L lDscnplIon long't d' l ') l' d '
1 U ma e a il Ignes e 1 metre envIron;
. l" lll-
scnphon ,transversale (celle de l'ancien piédroit) offre les restes de 6 lignes
en caracter~s plus gros. L'inscription du linteau a pour objet l'érection d'une
statue du dIeu Sva"amutpanna J P
J par aya arameçvaravarman II et une dona-
GROUPE DE PO KLAUN GARAI. 81
tion d'esclaves. Date: 1155 ç. (1233 A. D.). Dimensions :longueur, 2 mètres;
épaisseur, 0 m. 26.
5° LÎnteau de 2 mètres de long sur 0 m. t 5 d'épaisseur et 0 m. 50 de
profondeur. La largeur de la porte indiquée par la trace des impostes est
de 1 m. 75 environ. 4 lignes, formant deux inscriptions: 1° lignes 1-2 :
donation faite au dieu Svayamutpanna par le prince Pankaja Abhimanyudeva,
gouverneur de Phanrang pour le roi Jaya ParalI!eçvaravarman n. Date: 1166
ç. (1244 A. D.); 2° (lignes 3-4 dans une écriture beaucoup plus négligée) :
donation du roi Jaya Indravarman IV à la même divinité. Date: 1176 ç.
(1254 A. D.).

GROUPE DE PO KLAUN GARAI.

Ce sanctuaire est situé sur un monticule qui, d'après M. Aymo-


.nier (Ex. et Rec., t. XIV, n° 32; p. 162, note 2), porte le nom de
Co'k Halâ cr mont du bétel Olt mont de la feuille,,; d~pendance du
village de Phu Niên, canton de Van Phu'o'c, d<;lo de Ninh Thu~n,
ce point se trouve à 300 ou 400 mètres au N. de la route de Phan-
rang au Lang-Biang, et en face de la concession Pérignon.
Bien qu'élevée de moins d'une centaine de mètres, cette col-
line rocheuse domine toute la grande plaine de Phan rang. Vers l'O.
se trouve une autre colline un peu plus haute, mais dont le som-
met tout hérissé de blocs énormes n'a pas fourni sans doute un
plateau suffisant pour la construction d'un édifice important. Celle
qui fut choisie fut elle-même régularisée par une sorte de terrasse
maintenue sur les faces E., S. et O. par des murs de soutènement
en hriques, peu élevés et décorés. La face N. est contiguë au sommet
de la colline qui s'allonge et descend de ce côté en pente beaucoup
plus douce. C'est par là que semble s'être fait autrefois l'accès du
~onument, aucun endroit ne présentant de trace d'escaliers exté-
fleurs.
L'orientation générale de cette tel'l'asse (pL Xl) est E. avec une
déviation de 6° 1 l' vers le S. Elle est cantonnée aux angles de tou-
reHes pleines et po.rtait quatre édifices encore debout, et deux
~avilIons qui sont complètement ruinés; enfin un abri dans la par-
he O. coune des débris de pierre, mais rien n'autorise à y voir la
A~NAM. - J. 6
IMl'nUIf:JlU: JU,TIOIU.LE,
82 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
tracé d'un septième édifice. Une roche en avant porte une inscrip-
tion antérieure au temple actuel; une autre pierre taillée en forme
de stèle au S. n'a reçu aucune gravure.
Les six biltiments se répartissaient le long etaux cÔtés d'un
axe E.-O. Bien qu'elle n'ait aucun,accès sur la face princilJale E.
et surplombe la pente la plus rapide de la colline, une tour en
briques, votitée, à deux portes, simule une entrée. Elle est suivie
d'une salle à murs en briques, couverte autrefois en tuiles, et lui
est unie par un perron commun, accès réel de l'une et de l'autre.
Cette seconde constl'uction précède la tour principale, mais elle
n'y conduisait pas, car elle n'avait pas de penon sur sa face O . .
La grande tour, centre deIa composition, voiÎtée et en briques,
s'élève sur une haute terrasse que coupe un escalier à l'E.
Au S., à la hauteur de la salle, se place un édifice en briques
ol'ienté E.-O. et formé de deux salles vOiÎtées; au S. O., un pavillon
carré en construction légère ouvrait à l'E., tandis qu'un autre,
analogue avec porte à l'O., occupait l'angle N. E.

Tour centrale. - La tour centrale est du type réduit (pl. XI, XII,
et XIII, fig. 17 et 18). Elle est fort bien conservée et donne par suite
des indications précieuses sur les éditicespills vieux et plus inté-
ressants, mais aussi plus maltraités. La sculpture y est fort mé-
diocre, si l'on excepte l'idole et Je tympan principal.
Elle présente comme particularités: sa haute terrasse, l'étroi-
tesse de sesfausses portes, la simplification générale de ses formes,
en particulier aux appliques et aux amortissements d'angle.
La salle intérieure est un rectangle dans le sens E.-O. Il n'existe
aucune trace de plafond, mais un dais sans doute ancien abrite la
di:inité.; des ~ichesà luminaire en forme de demi-pyramides éclai'
~'alen.t celle-Cl, u~ beau mulchalinga encore en place. La porte
mtérleure a des pIédroits de pierre inscrits. Le vestibule couvert
par une voûte en berceau se resscrre deI'l'ière la baic extérieure,
qu'enferment également cl es ple . 'drOI'ts d e pIerre
. ' . Son sO1,
mscrIts.
GROUPE DE pO KLAUN GAI1AI. \1"
o.)

Fig. 17, - Po Klaun Garai.


Tour principale. partie de la façade.

Il.
8t. DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
inférieur d'une marche à celui de la salle, est relevé d'une autre
sur la terrasse qui précède le sanctuaire. On y voit un Nandin de
grès tourné vers la divinité.
Le soubassement généml, qui par son prolongement en avant
forme la terrasse, est constithé par un grand corps de moulures
du profil à doucine opposées symétriquement, et arrêtées près des
angles saillants et rentrants par des dés verticaux. Un contre-mur
a élé ajouté au N., pour épauler sans doute un déversement. est n
négligé dans nos dessins. Un escalier de quelques marches fort
raides semble avoir été coupé brutalement dans cette terrasse;
cet endroit est très ruiné.
Des cinq pilastres ceux des angles sont plus saillants; ils sont
nus. Le profil de base est du type à doucine réduit. II se décol'e
d'appliques fort saillantes à simple corps et couronnées d'une sorte
de pyramide curviligne achevée en section horizontale.
La corniche est du type à doucine complet. La doucine est
ornée dans la partie correspondante aux pilastres de palmettes
disposées symétriquement autour d'un motif centraL La frise à
guirlandes pendantes est remplacée par deux grandes faces nues
inégales. Les pièces d'accent d'angle extérieur se rapprochent fie
la forme malwm par leur contour. La dalle est pleine, un serpent la
tête en bas dessine la nervure centrale. Celles des angles intérieurs
sont des figures d'apsaras.
Le bahut n'existe que sur le pilastre d'arigle; il est fait de deuX
doucines opposées garnies des mêmes palmettes. Dans l'intervalle, 1

un plan vertical s'y substitue, uni à la grande face par un quart de.
rond. Cinqap~liques occupent le retrait que laisse ce bahut. !

L'amortisser.n ent d'angle se compose d'abord d'un corps à deuX


d~ucin~s . o~posées qui répète le bahut en montrant deux piles il
faIble smlhe; puis d'une pyramide curviligne terminée par une
nouvelle forme analogue en pierre. Cette pyramide de briques pré-
sent~ tro:s feuilles de lotus superposées sur cbaque angle. Une
applIque a double plan, à peine visible, occupe le centre de chaque
GROUPE DE PO KLAUN GARAI. 85
face et suit la face courbe dans son mouvement. En haut un rang
de feuilles de lotus renversé correspond à un semblable rang deoit
à la base de la terminaison en pierre.
Les fausses portes sont très détachées de la masse même de la
tour. Elles ne forment qu'un motif unique. On peut cependant
pour la clarté de l'étude y reconnaitre trois corps. Le plus Im-

1
,1
1

": 1
"" '
,
i

Fir,. t 8. - l'il Klauil Garai.


Tour prillcipale , ensemhle N. E.

portant est le corps intel'luédiaü'e, et le corps postérieur n'est à


proprement parler qu'un e jonction. Ces trois parties offrent la
composition de pilastres de la tour, mais la base, réduite dans le
corps postérieur, n'est plus qu'une plinthe dans les deux autres,
pour reprendre quelque importance entre les pilastres du corps
86 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.

antérieur; eHe n'a pas d'appliques; quant à la corniche, une large


face qui unit les impostes des pilastres, mais ressaute avec les
divisions du corps, en tient lieu. Sur le COI'pS postél'ieur elle sup-
porte, par l'intermédiaire d'un bahut, un extrados en berceau
surmonté d'un dé couronné par une pyramide; il rappelle celui qui
s'élève sur le vestibule de l'édifice principal des 'rours d'argent.
Les pilastres du corps intermédiaire soutiennent un fronton peu
saillant, décoré de feuilles rampantes ordinaires en terre cuitc fichées
dans la brique; une antéfixe de pierre en fer de lance le terminait.
Le corps antérieur enferme enh'e ses deux pilastres un simple
cadre d'entrepilastre. Mais son fronton qui se dessine devant le
précédent s'orne de feuilles rampantes retournées, de la même
antéfixe de pierre, et encadre profondément un tympan de picJ'l'c
gal'lli d'une figure. .
Le premier étage de la tour ne présente plus que trois pilastres,
ou quatre, si l'on compte pour deux le large pilastre du centrc. La
corniche se simplifie en perdant une de ses doucines opposées el
une des faces inférieurcs. Le bahut est identique et son décor sem-
blable consiste en ~rois appliques. L'amortissement d'angle se
silhouette comme celui du corps principal, quoique l'applique
descende entre les deux piles du corps horizontal, ce qui diminue
d'autant l'ensemble.
Lcs fausses niches possèdent deux corps de pilastres et entre-
pilastres sans corniche et de même niveau. Des deux frontons, le
premier seul est décoré dans le système des fausses porles . .
Le second étage montre la même composition génél'ale, mais
avec deux pilastres seulement. Le bahut à deux doucines court
sur la corniche entière comme sous les amortissements et ne SC
décore plus d'appliques. Ces derniers perdent aussi les leurs.
. En.fin le troisième étage répète ces dispositions réduites en les
s~mphfiant encore par la transformation des pièces d'accent en
SImples cornes plates, la suppression du bahut et des amortisse~
ments, et la disparition du tympan de pierre en fausse niche.
GROUPE DE PO KLAUN GARAI. 87
L'étage de couronnemcnt peut être exactement reconstitué. Il
consistait en un dé carré à double doucine orné aux angles de
pièces d'accent en pierre en forme de nandin à mi-corps. Sur cette
hase de briques s'élève la pierre terminale, pyramide carrée cUl'vi-
ligne qui pose sur un double coussin de lotus (1).
Le vestibule se présente comme un petit édifice en longueur à
pignon qui s'ouvre par une porte à trois corps. Il montre quatre
pilastres soutenus par une base simplifiée sans appliq ues. Base et cor-
niche sont ici identiques et répètent en plus petit la base du corps prin-
cipal. Un bahut décoré d'une suite de petites piles se superpose à la
grande face et, par l'intermédiaire d'une nouvelle grande face, vient
recevoir la voûte en berceau garnie à la base d'une rangée d'appliques.
Le pignon (pl. XIV) se détache de l'extrados de la voûte par
une légère épaisseur et s'y orne d'une série de feuilles rampantes
ct sans doute au sommet d'une antéfixe ou de tout autl'e motif
aujourd'hui tombé.
Des trois corps de la porte, les deux postérieurs sont semblables,
ils sont en briques. Leur base est celle du vestibule. Ils ont un cha-
piteau et une corniche réduite à une face. Deux frontons à feuilles
rampantes et antéfixe s'y recouvrent. Le corps antérieur est formé
de deux piédroits de pierre inscrits avec plinthe et imposte. Un
linteau de pierre soutient un fronton évidé en son centre et orné
sur J'extrados de feuiHes rampantes. Le tympan est occupé par
une figure en pierre de Çiva dansant.

Sculptures de la tour centrale. - La tour contient diverses pièccR


de sculpture intéressantes. Le Nandin du vestibule est une grossière
ligure rangée du côté S. ct tournée vers l'O., c'est-à-dire vers l'idole.
II est agenouillé dans la pose babituelle, porte une marque au
front et un collier de grelots.

'1 (Il Les nanclin ne sont plus en place, leUl's tl'aces aux angles et le monument
; s ont été réunis tous les quatre, après voisin. Pô llomë, ne lais,e aucun douLe
eUr ChuLe }wès de la Lour. Mais on voit SUI' leur place réelle.
88 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
Les tympans des fausses portes et fausses niches ont un motif
analogue sous des dimensions différentes. C'est une représen-
tation de roi barbu, les mains jointes, assis à l'indienne sur un
petit piédestal. La tête est coiffée d'une tiare ovoïde légèrement
recourbée en avant et bordée de perles; il est muni dn cordon
brahmanique, a des boucles d'ol'eille et des bracelets de perles
aux bras.
Les pièces d'accent intérieures sont de cur'ieuses figures d'Ap-
SU1'as. Les mains jointes sur la poitrine peuvent tenir un bouton
de lotus. La tiare pointue se recourbe en avant.
Mais la figure la plus remarquable est celle qui orne le tympan
de l'entrée; Çiva est debout sur un petit socle mouluré, les jambes
ployées, surtout la gauche. La tête penchée à droite a l'œil frontal.
Les six bras sont relevés autour du corps; la paire supérieure est
unie au-dessus de la tête. Les mains ont les index joints, allongés
l'un contre l'autre et passant à travers un disque évidé que tien-
draient les pouces (1).
Les bras moyens tiennent: le dl'oit, un couteau, le gauche,
une ou plusieurs tasses; les bras inférieurs: le droit, un trident,
le gauche, un bouton de lotus à longue tige. La tête est coiffée
d'une tial'e conique qui revient en avant et montre six ou sept rangs
de décor. Le sampot a trois pans, deux postérieurs ,un antérieur,
le tou\: richement brodé. Le dieu porte le cordon brahmanique et
la série complète des bijoux moins la ceinture et les colliers. Sur le
cou de pied un rang de perles parait avoir décoré la patte de cuir
d'une sandale. Ce n'est pas en effet le bord d'une pantoufle car les
doigts du pied sont dessinés séparément (2).
L'idole est un beau mul.haliit{fa dans un état de conservation
(1) Ce mouvement sommairement indi-
porte avaient été détachés pour être
qué pourrait être interprété autrement à envoyés à l'Exposition de 1889; ail a
lu rigueur, et on pourrait admettre que renoncé ensuite à cette idée devant
ce ~ont les deux pouces appuyés du hout les protestations des Cams, et ils furen~
qUi forment le disque postérieur.
rescellés. On voit encore aujourd'huI
(') Cette statue et les piliers de la
les traces de cette opération.
GROUPE DE PO KLAUN GARAI. 89
parfaite. Sur. le lii/ga de grandes dimensions se détachent la tête et
le cou du dieu. La figure a les traits fins, une légère moustache, la
barbe pointue, les yeux un peu relevés vers les tempes. Elle
est coiffée d'une tiare cylindrique à diadème circulaire un peu
plus large au centre et omé de fleurs à quatre pétales. Ce dia-
dème ne comporte pas de frontal, une indication très nette de
cheveux le remplace ici. Le haut de la poitrine offre un gorgerin
décoré de même. Les oreilles aux lobes très distendus ont des pen-
deloques en forme d' œuf pointu.
Le piédestal est orné de ·deux doucines qui s'opposent autour
d'un rang de perles. La cuve beaucoup plus épaisse que d'habitude
est du type ordinaire.

Salle. - C'est un édifice rectangulaire (pl. XI et XIV) percé de


~eux ouvertures dans le sens E.-O., de deux autres dans la faée S.
Seule celle de l'E. servait de porte, cal' seule elle est précédée
d'un perron, commun d'ailleurs avec la tour E. Devant la baie O.,
employée actuellement en guise de porte, le soubassement général
se continue nettement sans interruption de perron.
Les murs en partie anciens se recreusaient pour loger six poteaux;
ils étaient de bois, car ils ont disparu, tandis que les alvéoles
d'angle trop étroites pour les laisser ressortir entiers sont restées
intactes. Les poteaux poriaient une charpente et une cou verture
en tuiles.
Le soubassement continu était formé d'un corps de moulures
à deux quarts de rond et se décorait de cinq dés dans les faces
longues, de quatre dans les étroites. Le perron commun, d'une
marche en dessous du niveau de la salle, descendait par quelques
degrés au Nord et au Sud.
Les murs étaient nus. Portes et fenêtres ont des encadrements
de bois analogues aux encadl'ements de pierre des portes intérieures
des tours. Ils sont soulagés par un lillteau de bois antérieur et en-
gagés dans une rainure ménagée dans les piédroits de briques. Les
90 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
bois sont assemblés d'équerre avec un fort tenon et une cheville.
Cinq barreaux fermaient les fenêtres du S.; la mortaise supérieure
soigneusement exécutée en carré peut faire supposer des balustres
ornés. Les ouvertures E. O. étaient munies de deux vantaux ·bien
que celle de l'O. ne paraisse pas avoir pu être autre chose qu'une
fenêtre.

Tour Est. - La salle (pl. XI, XII et XIV) est rectangulaire


dans le sens transversal. La votlte en pyramide se continue par
une haute cheminée. Les portes, sous linteau de bois très en retrait
de l'aplomb extérieUl' des murs, s'ouVl'aient au nu intérieur entre
des piédroits de briques. Elles étaient munies de vantaux.
Un petit couloir sous linteaux de pierre mène, à l'E. et à l'O., à
une porte extérieure sans vantaux encadrée de piédroits de briques
et d'un linteau de bois. .
En raison de sa pente spéciale cet édifice a, en avant, un double
soubassement. Le soubassement inférieur formant terrasse fait suite
aux murs qui soutiennent l'assiette dli temple. Le vrai soubassement
général élevé au-dessus semble avoir eu cinq dés.
Les parois ne présentent que trois pilastres, quatre si l'on veut
compter pour deux le pilastre central extrêmement large; les pi-
lastres d'angles sont plus saillants; tous sont nus. La base est du
type à doucine réduit et sans appliques. La corniche est complète
dans le type à doucine; la frise à guirlandes pendantes y est rem-
placée par plusieurs faces. Les pièces d'accent sont toutes décora-
tives et en terre cuite. Le. bahut à doucines opposées, à gl'andes
faces ct pièces d'accent, n'existe que sous les amol,tisseinents; il sc
réduit à un mur nu pour former la face du tel'l'asson et est orné
alors de trois appliques.
Les amortissements ne rappellent ceux de la grande tour que
par l~ masse. ~ur le premier bahut, que l'on peut considérel' comme
en faIsant ?arbe ~'élève un seconù bahut à doucines opposées, grande
face et pIèces d accent. Puis en vient un autre très réduit et sans
GROUPE DE PO KLAUN GABAI. !)1

pièces d'accent, et enfin une pYl'amide cUl'viligne dont la terminai-


son manque.
Du large pilastre se détachent les fausses portes à double corps,
composition de pilastres à plinthe et imposte, et entrepilastres ,sur
la seule face antérieure. Ces deux corps portent un double fronton,
recreusé au corps antériem et décoré de feuilles rampantes.
L'étage n'a que deux pilastres, la corniche est réduite de la même
façon qu'à ~a grande tour. Les pièces d'accent sont décoratives et
en terre cuite. Le bahut à double doucine, grande face et pièces
d'accent, se retrouve sous les amortissements, se simplifie sUl' le
reste de la corniche et n'y montre plus d'appliques. Le bahut in-
termédiaire supprimé, les amortissements de cet étage sont pareils
aux précédents; les fausses niches également. Le deuxième étage
est la répétition du premier à la réserve de la suppression du ba-
hut sous les amortissements et sur le reste de la corniche. Le der-
niel' étage est trop indistinct poui' que nous puissions le décrire.
Notons seulement que nous avons retrouvé non loin la pierre de
Couronnement semblable à celle de la grande tour. Les portes, bien
que plus hautes, son t analogues aux fausses portes.

Édifice Sud. - Ce bâtiment, allongé de l'E. à l'O. (pl. XI et


XIV, et fig. 19)' simule deux étages et contient deux salles. Celle
de l'O., rectangulaire dans le sens E.-O., possède une porte d'entl'ée
et une fenêtre; celle de l'E. n'a qu'une fenêtre. Elles ont des voôtes
correspondant à leurs plans. Une porte de communication SOIIS mince
linteau de pierre les unit ct parait être restée libre.
Quant aux fenêtres et il la porte d'accès, elles s'ouvrent sous de
semblables linteaux que soulagent à l'extrémité des poitrails de bois
aujoul'd'hui d~lI1s un état très précaire. Les fenêtres ont dans le
premier tiers extérieur de leurs piédroits la rainure nécessail'e
à l'encastrement d'un cadre de bois massif. La porte avait des
vantaux de bois dont l'un semble s'être conservé; ils étaient alors
inégaux, le plus grand du côté E.
92 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
Le soubassement génél'al est un profil à doucines opposées qu'in-
terrompenUrois piles sur les petites faces, cinq sur les grandes; il
dut se retourner pour fournil' les échitfres du perron qui y était
coupé sans doute brutalement.
Le décor était fait de pilastres nus, cinq visibles sur les grandes
faces, trois dont un double en largeur sur les petites faces, ceux
des angles plus saillants. La base est du type à doucine simplifié sans
appliques. La corniche, semblable, a perdu tout~~ ses pièces
d'accent.

}<'if,. Ig. - Pô Kl auÏl Garai.


Édifice allonr,é, face S. O. !

Le bahut à double doucine, grande face et pièces d'accent, forme


la base des am?rtissements; il se l'éduit à une simple face sur le
re~te de la cornIche et y est interrompu pal' onze ou trois appliques,
SUivant les co té s. L' al~orllssement
A . se compose au-dessus du pl'emier
rang de doubles doucmes, qui constituent le bahut, de deux autres
,'angs analogues décorés de même et d' une pyraml'de .
. Sur le terrasson s'élève comme un nouvel édifice: on y voit cinq
. pilastres nus et sans cadre sur les grandes faces, deux sur les petites,
GROUPE DE PO KLAUN GAllA!. 93

les pilastres d'angle plus saillants. Ils posent sur une simple
plinthe continue. La corniche est semblable à cene du corps prin-
cipal et a presque plus d'importance. Il n'existait que quatre pièces
d'accent à la base des deux pignons. Le bahut se décore d'une ligne
de dents de scie retournée sur l'extrados, le long des pignons. La
voûte est en ogive incurvée en son centre et les pignons nus sont
inclinés en surplomb. Un léger ressaut les indique sur la voûte; ils
s'y décorent de feuilles rampantes en terre cuite fichées dans leur
extrados, tandis que deux grandes cornes de pierre venaient ter-
miner la ligne de faite à leur sommet.
La porte a trois corps, le corps intermédiaire est très mince;
ils sont identiques, montrent plinthe et imposte et supportent
trois frontons. Le dernier se perd dans la corniche, les deux
premiers sont décorés de feuilles rampantes, et sans doute d'an-
téfixes, le premier est recreusé, mais n'enferme pas de tympan
de pierre.
Les fenêtres et fausses fenêtres sont plus petites et à deux corps
seulement. EUes sont traitées de même. Le premier fronton S'OI'llC
de feuilles rampantes de terre cuite et d'antéfixes de pierre; il
encadr'e un tympan de pierre analogue à ceux des fausses portes
et des fausses niches de la tour. Le seul détail qui différencie la
fausse baie, c'est que la base rcprend en pat·tie,. mais légèl'ement.
modifiée, entre les piédroits.

Mur de soutènement et tourelles d'angle. - Le mur de soutène-


ment (pl. XIV) présente un large profil, dans le système à double
doucine, interrompu pal' de nombreux dés. Son pied s'abaisse et
son profil s'allonge lorsqu'il forme la terrasse devant la toUl' E.
Quant aux ·tourelles carrées, elles s'enferment dans une ligue
hp.aucoup pius simple. Il est impossible de savoir aujourd'hui si
un mur de clôture s'élevait sur ce mur de soutènement, ni quellc
était la terminaison des tourelles qui dominaient le sol général
du groupe.
9ft DU CAP PADAnAN AU CAP VAIŒLLA.
Mobilier. - Un élément intéressant est la curieuse chal'pente
qui s'élève au-dessus du dieu et devait supporter son abri. EUe
paraît nettement due aux Cams et procure desindicatiolls pré-
cieuses sur leur mode de charpenterie.
Enfin les fouilles ont mis à découvert une partie des vases sacrés,
bata, en or et en argent, deux bagues et un klawn grossier. (Cf. B.
E. F. E.-O., t. l, p. "og et suiv., fig. 72 et 73.)

Date et traditions. - Les inscriptions fixent, sinon la date, au


moins le règne sous lequel le monument fut él'igé : celui de Jaya
Sill1havarman III, dont on connaît deux dates 1220 et 1228 ç.
(1298 et 1306 A. D.). Ce groupe peut donc être considéré comme
de la fin du XIIIe siècle de notre èr'e.
Les Cams actuels en font le temple de Po Klauit Garai, dont le
Nandin désigné par le nom de ~ bœuf Kapil n serait la monture.
Il est de règle de déposer devant lui, quand on fait visite an
sanctuaire, de l'herbe et, les joul's de cérémonie, des noix d'arec.
Le bas-relief qui décore la porte (l'enb'ée représenterait Po Klaun
Tri, gardien de l'édifice.
La salle· est donnée et, semble-t-il, à juste titre, pour une salle
de festins; eHe sert encoré à cet objet malgré son état de délabre-
ment. La tour E.était, dit-on, réservée aux ablutions rituelles; on
y voyait encore en 1901 un grand vase de terre cuite destiné à
contenir l'eau lustrale. .
Inscriptions de PÔ KlauÏl. Garai. - Les piédroits de la porte extérieure
s?nt inscI:ilS sur trois faces, ceux de la porte intérieure sur une. Ces inscI'ip-
hons en cam, finement gravées, rappellent un don de terres et d'esclaves fait
par le roi Jaya Si'1lhavarman JII, prince Harijit, au dieu Jaya SiJllhaliilgeç-
vara.
Une petite pi~rre,. d~nt nous ignorons l'origine et qui est déposée dans la
r
s~lIe, orte une l~scrll).tlOn en cam, incomplètement déchiffrée où il est ques-
tIOn d une donatIOn faIte par une jeune fille.
La roche
. qui est devant la ter'lasse rrenera
.• 1e est ' . SUI' ses lrols
Illscnte . faces.
A. 5 lIgnes, dont 4 t/4 en sansk't t 1 d .,
. ' ' . rI e a ermere en ëam' B 7 lifrnes en
cam; C. 6 lIgnes en cam Oh·et·' f d' Z" . ,' u '
. ~ . erec IOn un lII{Ja par le yuvartt,ia, exerçant
GllOUPE DE PO KLAUN GAllA!. 95
les fonctions de m~'uïsenapiiti, ' après une révolte des haLitanLs de PhanraulI
coutre le roi de Campa Parameçvaravarman le, Dharmaraja. Date: 872 ç.
(950 A. D.).
Voir pour ces inscriptions: FINOT; Notes d'épigraphie, Pâ~l{lul'ali{Ja, B. E. F.
8:-0., 1. m, p. 63ft, 635, 6lt3.

HOCHES INSCIIlTES VOISINES DE 1'0 KLAUN GARAI.

Outrc l'inscl'iption gravée sur les trois faces de la roche en trièdre


qui précède le sanctuaire de Po Klami Garai, il en existe dcux
autres SUl' le premier et le second mamelon de ce groupe de
collines en venant de Phanrang. Elles ont été découvertes en
19 08 .
La premièrc de ces roches inscrites est voisinc du sommet de
l'émincnce, qui n'a guère qu'une vingtaine de mètr'cs de hauteUl'.
De 1 m. 60 de haut environ, elle présente deux faces un peu in-
clinées en arrière et qui forment un angle presque exactement droit.
Sa bissectrice est orientée juste SUI' le N., et c'est peut-être à cette
. particularité qu'est dû le choix de cette roche pOUl' porter l'inscrip-
tion, car ses faces ne sont pas très régulières et elle~même est bien
moins visible de loin que d'autres roches voisines. La face supé-
rieure, à peu près horizontale, est nue; la face postérieme est fort
irrégulière. L'inscription est gravée sur les faces A (Nord-Est) et B
(Nord-Ouest). .
SUl' le deuxième mamelon, c'est-à-dire SUl' celui qui se trouve
à l'O. du précédent et le domine, est, dans la même situation, une
autre i~scription rupestre, qui me fut signalée par M. Prieur,
comptable aux Travaux publics. La roche, haute d'environ 2 mè-
tres, est très irrégulière. Ses faces verticales forment un angle ob-
tus; la face principale est tournée au S.; l'autre au S. E. est con-
cave; des failles antérieures à l'inscription déchirent la pierre. La
paroi S. atm. 50 de large, l'autre 1 m. 10. L'inscription en oc-
cupe les 70 centimètres supérieurs et se déroulc d'un seul tenant,
:lllalgré saillies, Cl;eux et fissurcs de la pierre. Au-dessus, une plaque
96 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
horizontale a reçu quelques lignes dont le haut et le bas sont à
l'inverse de la précédente inscription.
Inscriptions. - 1 La paroi A présente dans sa partie inscrite, c'est-
0

à-dire dans la presque totalité de sa surface (2 m. 65 de large sur 1 m. 30 de


haut), 7 lignes de beaux caractères de ft centimètres de corps, bien conservés.
La face n porte 5 lignes occupant une surface de.2 mètres sur 0 m. 80.
20 L'inscription sur les parois verticales a, en suivant les sinuosités, 2 m. 80
de long sur 0 m. 70 de haut. Elle se compose de 6 lignes; la dernière s'arrête
à l'angle. L'inscription supérieure a 3 lignes, la plus longue de 1 m. 70; la
hauteur totale est de 0 m. 35. Le corps des caractères de ces deux inscriptions
a 3 centimètres de haut. Elles sont en bon état. Dale: 972 ç. (1050 iL D.).

STATUB TROUVÉE À J,A GARE DE PIIANRANG.

Cette statue fut mise à jour en ùeusant les fondations de la gare,


mais aucun fragment de briques cames n'a été vu auprès; ceux
qu'on trouve dans les déblais voisins ont été apportés de la tour
prochaine comme argument de discussion.
La figure qui rappelle celles de Trâ Ki~u et de Mi 80'n A est une
représentation d'homme assis à l'indienne devant un chevet. Tête
et haut du chevet font défaut. En voici les dimensions dans ces
conditions: hauteur, 0 m. 68; largeur~ 0 m. 5lt; épaisseur, 0 m. 36.
Les mains sont étendues à plat sur les cuisses. Le vêtement
consiste en un sampot. Le torse resté nu est traversé d'un cordon
brahmanique qui parait traité en serpent. Cette divinité porte
divers bijoux: collier à trois rangs, bracelets de bras et d'avant-
bras, ceinture plate sous les seins. Elle doit être à cette heure
déposée à la résidence de Phanrang.

l'IEIIIIE DE THUY TRl~U.

Cette pierre se trouve ~ cassée, usée et ensablée sur le bord de


l~. lagu~e de. Thuy Tri~u, sur les terrains dudit village, canton de
Kmh Dmh, rIve N. E., au pied des rochers qui sont à l'E. du bac et
à 20 mètres à peu près de la pagode voisine de ces rochers. Elle
l
ROCHE INSCRITE DE THANH HlEU. 97
provient sans doute de la tour de Phanrang (p. 79) et aurait été
jadis amenée de ce point par les soins du P. Villaume, sur la
demande de M. Brière, résident, pour être embarquée vers Saïgon.
Le seul fragment encore visible est la partie la plus importante
d'un tympan qui fut cassé en deux. Dimensions de la pièce com-
plète ;'1 m. 60 de large sur 1 m.30de hauteur 'au moins. Au
centre cL en haut est une tête saillante coiffée d'une mitre cylindro-
conique; les lobes des oreilles sont déformés et paraissent avoir
eu des boucles. Il est probable qu'elle représente Vi~f.lu. A sa
gauche une petite figure de Çiva est assise sur un sanglier. Elfe a
quatre bras, deux unis sur la poitrine, deux élevant en l'air des
attributs effacés dans l'usure générale. On ne distingue de même
aucun détail de sa coiffure conique.
L'autre fragment, aujourd'hui disparu ou ensablé, représentait
unefiBure de Brahma à trois têtes, les mains jointes, le genou
gauche relevé et le droit plié; au-dessus, un ornement peu distinct
rappelait vaguement le triçüla.
Nous tenons ces renseignements de M. FinoL qui vit la pierre
complète, bien que brisée, en 1899.
~
nOCIIE I~SCntTE DE THANIl IIIEU.

Au milieu d'une plaine anciennement cultivée, inondée à la


saison des pluies et qui s'étend au N. de la baie de Nai, se voit un
groupe de rochers isolés. Au sommet, deux pierres arc-boutées abri-
tent une petite grotte, d'où leur nom annamite Ba Chong ~ pierre
qui supporte 11. La pierre qui forme plafond montre sur une face tour-
née auN. O., inclinée de 34 0 sur l'horizontale et fissurée, une inscrip-
tion. La plaine a gardé le nom annamite de DÔng Vua ~ plaine du
roi 11, traduction probahle d'un nom cam. Le lieu dépend du village
de Thanh Biêu, canton de My Thu'Q'Ilg, d<.to de Ninh Thu~n. Cette
roche a été découverte pm' le P. Durand en 1908.
Inscription de Thanh Hiêu. - Elle comporte deux lignes i''rélJulières
de 4 m. 10 el 4 m. 30 en caractères de 7 centimètres, corps de leUre. '
ANNAM. - 1. 7
98 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.

GROUPE DE IIOÀ LAI.

Ces tours, d'après M. E. Aymonier, portent le nom de Yan


Bakran (I).
Elles sont situées sur le territoire du village de Nho'n So'n ~ canton
de Kïnh Dinh, Ù"'O de Ninh Thu~n.
Ce groupe (pl. XV), que les fouilles ont révélé considérable, est
situé sur le point culminant de la longue plaine qui s'étend auN.
de Phanrang. Il est orienté à l'E. avec un écart de 4 degrés vers
le S. :Les tl'ois kalan ne sont ni pat'allèles ni S\lr le même niveau, ni
éGalement écartés. La ligne d'axe commune à plusieurs édifices est
courbe; toutes ces irrégularités paraissent involontaires.
Le terrain occupé par les diverses èonstructions s'étend de l'E. à
l'O. sur une longueur de 200 mètres environ, et du N. tlU S. sur
une hu'geur de 125 mètres à peu près (2) .
L'ensemble se compose de trois séries d'édifices alignés su.ivant
trois axes E.-O; il se complète à l'angle N. E. pal' un bassin de
50 illètres environ sur 10 mètres, aux parois revêtues de briques,

aujourd'hui presque entièrement ruinées. Il n'est pas possible de


savoir s'il était enfermé dans l'enceinte ou s'il lui était seulement
contigu. La composition n'était complète que sur l'axe central; les
groupes latéraux ne doublent réellement celui du centre que dans
le voisinage des sancluail'es.
Sur la face E. on pénétrait dans l'enceinte, circonscrite par un muf
de briques dont il reste là des traces très nettes, par une porterie
d'un plan spécial. On n'y reconna~t à cette heure qu'un carré de
murs légel's, bordé sur trois cÔtés d'une étroite cour rectangulaire.
Il y a lieu de supposer que le carré central supportait les quatre

III Légendes historiques des Chams


Ct) II est traversé actuellement à l'O.
(Exc. ,ct ReconD., l. XIV, UO 32, p. t 02).
pal' la roule mandarine; l'ancien tracé
Les Cams les donnent pOU'l' cambod-
giennes. l'avait respecté, le lI'acé actuel coupe
l'angle N. O.
GROUPE DE HOÀ LAI. 99
poteaux d'une salle dont les parois extérieures recevaient la char-
pente. De là on entrait dans une cour très allongée enfermée entre
des clôtures, probablement peu élevées si l'on en juge par leur
minceur (1).
A partir du fond de cette cour, le plan se divise en trois groupes
qui semblent pareils. Sur l'axe central, une salle allongée, forte-
ment relevée, et décorée sur ses façades de pilastres, était couverte
de tuiles; nOlis en avons tJ'ouvé quelques échantillons simplement
ornés. Derrière s'ouvrait une tour de petites dimensions à deux
entrées. Sur les deux axes latéraux s'élevaient, semble-t-il, des
groupes identiques (2).
Les trois tours d'entrée donnaient accès, en face de chaque
/;alan, à une terrasse commune de toute la largeur du terrain et
que mainlenaient de forts murs de soutènement. Il se peut qu'il
ait existé, en plus des tours, diverses constructions légères, mais les
fondations que nous avons relevées n'mdiquent aucun pat'ti bien
clair. Peut-être chaque sanctuaire possédait-il une petite enceinte
p.ropre, peut-être sommes-nous en présence de substructions anté-
rIeures.

Les trois kalan . .- Ces édifices présentent dans leurs grandes


lignes le type ordinaire réduit, mais avec des. formes très spéciales.
Bien que le vestibule n'y soit que la saillie exagérée de la porte
d'entt'ée, il est accompagné de fausses portes. La salle intérieure
possède de grandes niches. Les étages sont plus courts que d'hahi-
(Il D
. ans toute celte partie ,le sol e5t.ro- avons été arrMé au groupe S. par des
cadleux, compact; les fondations n'onl difficultés matérielles considérables, en
pas de profondeur el les fouilles n'ont particulier par la pl'ésence d'al'bres plus
pu donner que des renseignements assez importants dont les racines ont tout sac-
vagues. cagé. Nous ne pouvons donc étrc ici aussi
1 (~l Nos efforts se sonl Jil'igés principa- affirmatif, ma is la similitude des tertres
elIIenl sur le groupe central, qui nous a laissés intacts avec ceux que nOlis
paru le mieux conservé. Des études plus pûmes éventrer nous fait croire à la
~~~id:s menées sude groupe N. nous ont similitude des édifices dont ils sont les
ml des données semblables; nous traces.

100 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
tude, mais il semble qu'il y en ait un de plus. Ils sc réduisent peu
cn largeur, moins encore en hauteur.
Les tours entièrement en briques sauf d'énormes linteaux pour
la plupart disparus ne présentent nulle trace de pièces d'accent ni
d'amortissements d'angles, tandis qu'au contraire leurs corniches
sont ornées de figures en relief. Les fausses portes ont un décor
spécial aux tours centrale et Nord.
Enfin, chose curieuse, les murs ne sont pas verticaux mais
rentrent vers le has; de sorte que les appliques de base, bien que
très saillantes, sont à l'aplomb du haut des pilastres. L'ar~te du
pilastre d'angle en par'ticulier est donc rentrante. L'architecte a
donné une inclinaison symétrique à l'ar~te intérieure du m~me
pilastre ainsi qu'à celle des autres. Il en résulte que les pilastres
vont en s'évasant et les entrepilastres en se rétrécissant de bas
en haut. Cette disposition bizarre se retrouve encore aux fausses
portes. En outre, et suivant le m~me système, les figures qui les
ornent à la tour centrale sont obtenues en relief en recreusant le
fond (1).

Tour centrale (pl. XVI, XVII et XVIII). - Ce lwlan est du type


ordinaire réduit; sauf une partie du premier étage, le haut manque (2).
Ce sanctuaire est un peu plus petit que les autres, mais d'une
exécution beaucoup plus soignée.
Une série de trous circulaires à la base des votItes des niches et
vers le milieu de celle dn vestibule, semblent indiquer un ancien
plafond grossièrement exécuté. Douze niches à luminaire sont ré~
(1) Ce smgu
. l'1er arrangement rappelle
(') Le monument a fourni des maté~
la forme souvent indiquée sur les bas- riaux aux réparations de la roule manda-
reliefs du BÔrôbudUJ' dans les construc- rine voisine. Ce serait, paraît-il, sUf
ti~ns légères (B. E. F. E.-O., t. VII, p. 36, l'ordre d'un résident de Ja province, il Y
élement~ 60 et 63 de la planche III ) , forme a quelque quinze ans. Nous aurions voU-
conservee à Java pour les magasins à riz, lu doulerd'un vandalisme si inintelligent;
au Laos pour les bibliotlJèques de temples la présence !l'nn fCl' de pioche européenne
( LAJONQUIÈlIE, Viel/e-chall, n.E. F.. E.-O.,
oublié sur les murs a dissipé nos deI'~
t. I, p. 103 el fig. 18).
nières illusions.
GUOUPE DE HoA LAI. 101
parties sur les trois faces O., N. et S., dans les grandes niches
comme dans les parois. De la salle se détache un long couloir. Sa
voûte était cachée par un plafond en bois; il ne reste naturelle-
ment de ce dernier que sa trace dans les "murs. Rien ne subsiste de
la porte d'entrée.
Le soubassement général se lie intimement avec la base. Il se
compose de deux larges faces plates décorées, que sépare un creux
profond. Les pilastres sont au nombre de quatre, les deux intérieurs
à peine plus écartés. Ils portent en leur milieu une large bande de
décor. Peut-être eussent~ils dû. être entièrement moulurés, car, près
d'une au moins des appliques, on y voit des ébauche~ de moulures.
L'entrepilastre présente un vaste champ trapézoïdal qu'entoure un
cadre ornementé.
La base, du type à cavet, d'un profil un peu spécial et très orné,
est garnie d'appliques fort intéressantes. Elles sont à deux corps;
chacun figure un édifice à étage et à pignon; le plus petit joue le
rôle d'une porte pour le plus grand et peut exister seul, car c'est
lui uniquement qui constitue les appliques des fausses po~tes. Un
hnton bordé de rinceaux ondulés qui s'échappent d'une tête de
monstre, termine l'étage inférieur; celui-ci encadre un orant dont
les pieds posent sur une sorte de tapis, pendant en avant entre deux
g~irlandes. La corniche du corps postérieur de l'applique est au
filveau de la cimaise qui arrête la base du temple; elle lie ainsi
heureusement à la composition de cette dernière, celle de l'applique.
La corniche du kalan est semblable à la base retournée; elle est
~onc du système à cavet. De grandes figures de {faruqa, les ailes
eployées, la décorent dans toute sa hauteur. La frise à double étage
de. gUIr. 1andes pendantes y est élégamment sculptée; la grande face,
rIchement ornée, ressaute à chaque pilastre. Elle parait avoir porté
un hahut mais il est peu visible: on reconnaît seulement une anté-
fixe qui devait le décorel', au droit d'un pilastre.
S'il y eut des amortissements d'angle, des antéfixes d'angle
(comme en montrent les petits édifices formés par les appliques) ou
102 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
des sortes d'appliques sur plan carré que la silhouette générale
semble appeler, il ne subsiste rien qui permetle d'en juger.
Les fausses portes sont à double corps d'importance voisine. Les
éléments du corps postérieur répètent, en les réduisant, ceux du
sanctuaire. Les.appliques de la base sont pareilles au corps antérieur
de celles de la tour. Sur la corniche, les garu(la sont remplacés par
des apsaras à mi~corps. La grande face est décorée de rosaces en
losange; au-dessus un tore form e la base du fronton, encadré de
rinceaux ondulés, dont le départ supérieur manque.
Les deux pilastres du corps antérieur possèdent une base et une
corni.che réduites. La première montre les m~mes appliques, la
seconde n'a pas de figure~ décoratives. L'une et l'autre comme les
appliques et leurs antéfixes sont coupées bl'utalement vers l'inté-
rIeur par une section verticale; ces pilastres supportent un fl'onton
de rinceaux compliqués qui partent d'un cadre contenant un per-
sonnage les mains jointes, assis sur les talons. Tournant leurs
crosses saillantes vers t'intérieur, ils enferment un espace en forme
de corps de violon, continué en dessous par le rectangle que déli-
mitent les sections de cÔté. Le champ circonscl'it de la sorte est
occupé entre les crosses et le bas par un nouveau cadre rectangu-
laire orné, terminé par un fronton de rinceaux (1). Une grande
figure d'homme, hanché, richement vêtu, en occupe l'extrémité
inférieure, tandis que dans l'espace en forme de violon se voit une
petite figure assise sur un tigre.
Le fronton postérieur fait saillie sur l'extrados de la voûte. Des
éléphants sculptés en bas-relief dans un plan parallèle à l'axe de la
fausse porte, marchent sur la grande face de corniche et calent le
fronton de leur croupe.
Des étages de la tour il ne reste qu'une partie du premier, fort
bas; nous ne savons si les parois étaient obliques. Les appliques sont

<'l Ce ,sys~ème de cadres rectangulaires de Java, de même que la coupure brul31~


couronnes d un fronton de rinceaux rap-
du vide intél'ieur se voit constamment ,1
pelle un motif analogue fréguent dans l'art
Bali, répétant un moùe plus ancien.
· GROUPE DE HOÀ LAI. 103
presque aussi importantes que les pilastres. Au centre de chaque
face se détache une fausse niche à double corps et double fronton.
Elle se décore en avant d'un cadre orné peut- être d'un personn'age;
Au haut du fronton un autre cadl'e plus petit enferme une figure
aSSIse.
Le vestibule présente la même combinaison de base, pilastres et
corniche que le corps postérieur des fausses portes. La base s'orne
des mêmes appliques. Elles sont coupées aussi brutalement devant
la fausse porte, qui n'est peut-être qu'un simple cadre décoré à fron-
tons superposés. Ce vestibule parait avoir eu au moins un premier
étage; il n'en reste que des traces.

Tour Sud (pl. XVI, XVII, XVIII, et fig. 20). - Ce ludan, resté
presque entièrement en épannelage, semble contemporain de la
tour centrale. Les parties hautes, heureusement achevées, corn ~
piètent les renseignements fournis par l'édifice précédent. Ses
caractéristiques sont les mêmes, sauf pour le décor de figures aux
fausses portes.
La salle présente trois grandes niches à parois obliques, cou-
vertes de berceaux à encorbellement, qui partent d'un niveau supé-
rieur à l'amorce de la voÜte au vestibule.
La voÜte fort allongée n'est pas d'une seule venue et présente
une retraite vers le milieu de sa hauteur. Entre les départs des
voûtes du vestibule et des niches se voient aux faces E. ct O. deux
groupes de trous symétriques, traces vraisemblables d'un plafond.
Les niches à luminaire paraissent manquer.
Les pilastres sont plus rapprochés qu'à la tour centrale et les
entrepilastres plus étroits; la fausse porte est plus large, pas assez
ce~endant pour que les appliques des pilastres du milieu ne soient
pOlllt entières, tandis qu'eUes sont coupées à la tour centrale.
Les appliques diffèrent légèrement de celles de la tour précé-
dente; la partie supérieure du corps postérieur s'élève davantage
et se sépare du reste par un COI'pS de moulures. ,
10ft DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
Les fausses portes, à part la suppression des figures, seraient
semblables, si elles étaient moins larges et si la même préoccupation
ne s'y lisait de présenter des appliques entières, au lieu des demi-
appliques harharement coupées de la tour centrale. Les espaces
entre les pilastres ùu corps antérieur sont ici occupés par une
~"." ..

Fig. 20. - I10à LaI.


Tour Sud, face N.

imita~ion d.e ~ant~ux surmontés d'un vase. Elles offrent une parti-
cularIté qUI temOlgne d'un souci de la construction rare dans l'art
cam et fréquent à Java. Leur masse supérieure était alléaée
'h 0
p~r ~ne me e, invisible sans doute, couverte d'une voû te à pente
algue.
Le décor du premier étage a complètement disparu avecla chute
'"
de ses parements . Le d eUXIeme .
ctage offre cinq pilastres, bi1 se
GROUPE DE . HOÀ LAI. 105
très réduite, appliques au devant des pilastres, corniche réduite
qui paraît montrer des apsaras analogues à celles des fausses pOl'les
de la tour centrale. Au centre se voient des fausses niches à double
corps avec cadre en avant; elles se couronnent au corps antérieur
d'un fronton ondulé terminé à son tour par un cadre; les deux
cadres contiennent des figures assises.
Le troisième étage répète les mêmes dispositions; mais une tête
de monstre, substituée au cadre supérieur de la fausse niche, sert
d'origine aux rinceaux.
Sur les axes, chaque fronton se terminant par un cadre et ce
cadre se plaçant devant celui de la fausse niche de l'étage suivant,
il en résulte une dégradatiOn successive qui semble s'enfermer
dans un contour d'ensemble ogival.
Le vestibule se détache de l'édifice par un arrière-corps
considérable. Il est décoré latéralement de pilastres, d'appliques
aussi importantes que celles de la tour et de fausses portes.
Il semble qu'un étage et une fausse niche aient existé au-dessus.

Tour Nord. -- La Tour N. (pl. XIX et fig. 21) présente les mêmes
dispositions que la tour centrale, et les éléments caractéristiques
de l'une se retrouvent dans l'autre, mais traités d'une manière bien
plus maladroite. La raison en est douteuse, soit qu'un certain
temps se ftH écoulé entre ces deux constructions. soit que la main-
d'œuvre ait été différente.
La tour est plus grande en plan et ses proportions en hauteur
ont été fort allongées. Au lieu que la paroi s'enferme, de la grande
face du soubassement général à celle de la corniche, dans un rec-
tangle horizontal, c'est ici un carré qui l'inscrit.
La salle contient des niches analogues à celle de la tour S. mais
moins profondes. Il existe une niche à luminaire au fond de
chaque grande niche et une supplémentaire dans l'écoinçon de la
paroi Nord.
Les murs du couloir, près de l'entrée, semblent montrer les
106 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
traces d'un encastrement de piédroits de pierre, quoique nos
fouilles n'en aient révélé aucun fragment.

Firr· 21. - Hoà Lai.


Tour Nord, face S.

A l'extérietir, un premier bahut de pt'ès d'un mètre de hant fut


peut-êtt'e enterré. Puis vient un soubassement semblable à celui de
GROUPE DE HOÀ LAI. 107
la tom' centrale. Comme lui, il est interrompu par des médaillons
carrés, l'un se décore d'une t~te d'éléphant de face, l'autre d'un
fJaJasùJlha passant la trompe dressée.
Les appliques de base sont un peu plus allongées, les t~tes de
monstres d'où sortent les guirlandes sont remplacées ainsi que les
orants par des décors plus faciles à exécuter. La cornichè porte un
bahut assez simple, décoré au dl'oit des pilastres par des antéfixes
ou des appliques en porte-à-faux. Ce sont peut-être les restes d'ap-
pliques à quatre faces élevées au-dessus des pilastres. En effet, nous
trouvons au-dessus d'un des pilastres du corps principal sur la
face O. une sorte de dé orné d'un cadre vide. Un semblable élé-
ment a pu prendre place sur l'angle et se couronner d'un petit
motif (1).
Les fausses portes sont mieux conservées qu'à la tour centrale.
Elles sont composées de deux corps. Le corps postérieur possède
pilastres, cadres d' entl'epilastre', base, appliques, corniche. Au
cavet de cette dernière, des bandes de décor font console dans
l'axe du pilastre. Au-dessus, un petit bahut supporte, par l'inler-
médiail'e d'un tel'1'asson, un second étage très petit. Celui-ci s'orne
aux angles d'un motif à deux faces fort analogue à l'antéfixe
khmère. Une nouvelle ' corniche vient soutenir un grand fronton
de rinceaux saillants des deux côtés en crosses; ils semblent partir
d'un cadre et limitent un espace nu.
Le COl'pS antérieur présente deux pilastres qui portent sur une
hase réduite ornée de demi-appliques, coupée" aussi brutalement
qU'à la tour centrale. Ils soutiennent une corniche réduite, à un
niveau inférieur à celui du corps postérieur. Au-dessus un fronton
est formé de rinceaux qui paraissent s'échapper d'un cadre; ils
circonscrivent un vide, suite de celui qu'enferment les pilastres;
il est occupé en haut par le même pùsonnage assis sur le
tigre (fausse porte O.), coiffé ici d'une haute mitre, tandis qu'au-
dessous un cadre à fronton contient une grossière figure en haut
relief. L'une de celles-ci paraît tenir une fleur dans sa main relevée.
108 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
L'étage est décoré de quatre pilastres, mais ceux du milieu sont
si espacés qu'on pourrait trouver entre eux la place d'un · cin-
quième. Les espaces entre les pilastres, par suite de la grande lar-
geu·r de ceux-ci, sont allongés dans le sens vertical. Les appliques
simples sont à fronton orné. Comiche et bahut appellent les mêmes
observations qu'au corps principal.
De fausses niches sur les axes présentent trois corps; les deux
corps postérieurs, seuls moulurés, portent des frontons à volutes.
Le corps antérieur, presque un carré, forme un cadre nu. Il est ter-
miné par un décor horizontal qui est comme une sorte d'antéfixe;
cette disposition ruinée au deuxième étage est clairement indiquée
au premier et au troisième.
Les trois étages suivants répètent en plus ou moins clair les dis-
positions du premier.
Le vestibule se détache sans arrière-corps. Une ornementation
identique à celle de la tour se voit aux parements. La corniche a
les mêmes consoles que celle des fausses portes. Le vestibule
offre sur ses faces latérales de minces fausses portes à deux
plans et deux étages. Le corps postérieur est une composition
complète, et pol'te un fronton à rinceaux du genre de ceux du
sanctuaire. Le corps antérieur n'est qu'un simple cadl'e à fronton
simpJe.
Au-dessus du vestibule s'élève un étage avec pilastres, appliques,
fausses niches à deux COI'pS composées comme les fausses portes.
Peut-être y en eut-il un second .
. Il. fut trouvé dans le voisinage du mur N. de la terrasse une
a~gUlère de terre à quatre godrons et une bague formée d'un fil
d 0,1' rou~e. On ne peut d'ailleurs pas aUirmer que l'origine de ces
objets SOIt came.

DÉBRIS CAMS DANS LA l'LAINE DF. 1I0À LAI.

A 7 00 ou 800 mètres envIron


. dle a route mandarme ' et à peu
près à l'E. du groupe des to lU'se
d" 1"·10,.). 1"... al. se trouve un pagodon
LU'ü'NG TRI. 109
annnmite. Ce point dépend du village de BàLap, canton de Kinh
Dinh, Û\lO de Ninh Thu~n.
Aucune trace aux environs ne permet d'y supposer l'existence
d'un !.alan et, si les objets déposés dans le pagodon proviennent de
cet endroit, ils n'ont sans doute pu se trouver que dans un bam'llli.
Ce sont une cuve à ablutions, un li1'lga, un fragment de raswi
balalt et divers galets honorés comme divinités.
La cuve en pierre dure et polie paraît avoir le départ du hec
rentré dans l'intérieur, mais c'est peut-être simplement le résultat
d'une restauration malheureuse. _
Le lii'{fa, tout petit avec le filet habituel, est fiché dans
le trou central de la cuve. Il ne mesure guère qu'une dizaine
de centimètres de hauteur. Il est fait d'une pierre très dure et
noirâtre.
A cÔté se voit un galet rond d'une matière analogue; derrière
celte cuve, une grosse pierre arrondie qui semble de granit brun;
trois galets de granit gris, qui vont en décroissant, à sa droite;
deux autres de même nature, vont en diminuant à sa gauche,
et sont suivis de six morceaux de pierre de petite taille ou six
petits galets.
En avant, un prisme de matière très compacte, et d'un poids
extrême malgré ses petites dimensions (0 m. lJ 0, 0 m. 25,
o ffi. 15), a dû, sans doute, à celte circonstance d' Nre honoré
d'un cuite.

VESTIGES D'UN ~IONUUENT AU VILLAGE DE LU'O'NG Till.

Cet emplacement se trouve à 5 kilomètres au N. du village de


LU'o'ng Tri, canton de ce nom, huyçn d'An Phu'o,c. Il est situé
sur la rivière de Phanrang, à 11 kilomètres de la résidence, au
pied de la Nui Giai ou Dèo Bô Caio
On y voit un soubassement rectangulaire de 3 mètres de côté.
Des débris de briques l'entourent, mais nulles pierr~s taillées ne
110 DU CAPPADARAN AU CAP VARELLA.
l'avoisinent. Les indigènes expliquent ·ces faits par l'intervention
des génies qui se seraient opposés à la construction.
Il est probable, croyons-nous, que ce sont là les restes d'un
simple banuât. Ces "renseignements sont dus à l'obligeance de
M. Basé, colon à Lu'o'ng Cang.
STÈLE DU MONT èO'K YAN.

M. Aymonier a signalé dans une grotte du mont Co'k Yail, au


N. E. de la vallée de Phanrang, une petite stèle, dont l'emplace-
ment n'a pu depuis être retrouvé.
Stèle perdue de Co'k Yan. - Elle comprenait 7 lignes, 3 en sanskrit
contenant une invocation à Çiva, et 4 en èam, commémorant la restauration
de la grolle par cinq seigneurs, en 1 185 li: (1263 A. D.). Cf. FINOT, Notes
d'épi[Jraphie, Pii~14urail[Ja, B. E. F. E.-O., t. III, p. 635.

VESTIG~;S À llA NGOI.

Au mont Nui HÔng, le mont du Dragon, à l'O. de Ba Ngol,


M. Aymonier signale sur renseignements (1) les statues. cames du
roi Ta lang et de la reine Ta lë. Nous n'avons pu jusqu'à ce jour
obtenir de données plus précises à ce sujet.
En outre il existerait, d'après des indications fournies pal' le
marquis de Barthélemy, au fond de la vallée de Ba Ngoi les tl'aces
d'une citadelle actuellement perdue dans la forêt marécageuse.
Nous n'avons pu encore reconnaître ce point.

VESTIGES DE l'HU VINII.

~ u~e centai~e de ~ètres au N. de la route de Nhatrang à KhUnh


Hoa et a 300 metr~s à lE.. de la bome kilométrique n0 5, se trouve
un emplacement cam qUI dépend du village de Ph6 Vân ou pM
(Il AnloNIER, NoIes sur l'Annam Klu:inl R ' E fi . 8
' 1 oa. 'xc. el econn.,t.XI,U o 26,p.l 9'
GROUPE DE PÔ NAGAR À NHA TRANG. 111
Vinh, canton de Xu'o'ng Hà, huy~n de Vinh XU'O'ng. Un grand
nombre de briques en furent extraites pour réparer la: route après
une inondation en 1901. Elles étaient encore en place, d'après les
renseignements que nous avons pu recueillir, et formaient les fon-
dations régulières d'une construction ruinée élevée en plaine. Il est
probable qu'il s'agissait d'une tour isolée, cal' on ne trouve pas
d'autres débris dans le voisinage. C'est sans doute de ce point
que provient la pierre inscrite d~ Vô C~nh déposée à la résidence
de Nha Trang; les indigènes s'accordent en effet à dil'e que cette
pierre était non sur le territoire du village limitrophe de Vô C~nh,
mais bien sur les terrains du village de Phu Vinh.
Inscription de Phil Vinh, dite de Vô C~nh. - Hauteur de l'inscription
sur la face A, 1 m. 30, et largeur, 0 m. 70; sur la face B, 0 m. 75 cL
o m. 40. De la face A, qui comporte 14 lignes, ct de la face B, 10, il ne reste
de lisible que les sept inférieures; elles rappellent une donation par un roi
Çrï Mura ou fils de Çri Mura, et cette inscription ne paraît pas postérieure
au Ille siècle de notre ère. Cf. BERGAIGNE, Inscriptions sanscrites de Campâ,
Notices eL extraits des manuscrits, t. XXVII, 1 re partie, 2 e fascicule, p. 191.

VJ<;STIGES m; CUQ' ~Hh ..

Sur un mamelon aride, aux pentes assez rapides et qui s'allonge


N.-S. auprès du marché de ChQ' :Mo'i, village de NgQc HQi, canton
de XU'o'ng Hà, huy~n de Vinh XU'o'ng, se re~onnaissent sur la partie
S.les traces d'un édifice cam. Les quelques décotnbres qui en subsi-
stent ne permettent aucune hypothèse d'orientation. La pauode an-
namite qui a remplacé lé monument cam est tournée vers le Sud.

GROUPE DE l'Ô NAGAII .\ NIU TIIANG.

Le temple de PÔ Nagar, ou Yan Pô Nagar ct la dame de la cité 11 ,


est situé près de Nha Trang, au village de Cu Lao, canton de XU'o'ng
Hà, huy~n de Vinh XU'O'I1g, province de Khânh Hoà (I).
(Il V' olr sur cet important monument eL no~ Nourellcs notes sur le sanctuaire de
~tre monographie : Le sanctuaire de Pô PÔ Nagm' à Nlia Trang, ibid., t. VI,
llfJar, B.E.F.E.-O., t.U,P.17 etsuiv., p. 291 et suiv.
112 DU CAP PADAfiAN AU CAP VAfiELLA.
Ce monument fut un des principaux sanctuaires des Cams, qui
le vendirent aux Annamites, quand ces derniers les chassèrent du
pays: la transaction donna lieu à un acte régulier, que M. Sestier,
administrateur, a eu entre les mains. Après cette vente, les Cams
transportèrent le culte de cette déesse à la pagode de Pô Nagar de
Mong Bu'c d;ms la vallée de Phanrang.
Le groupe (pL XX) s'élève au bord de la lagune sur'un mamelon
dont le sommet s'allonge de l'E. à l'O. La partie E., qui a été ter-
rassée au moyen de madrépores, est occupée par les monuments.
La partIe O. est tout encombrée de blocs de granit; les dernières
roches occupent l'angle S. O. de l'enceinte; les murs sont venus
s'appuyer dessus sans les joindre entre elles.
L'ensemble, orienté à l'E. avec un écart de 7° vers le N.,
présente deux étages de bâtiments; il en possédait trois autre-
fois.
Au niveau supérieur deux rangées de tours sont enfermées dans
une clôture dont il reste des !t'aces bien nettes, surtout à l'O. et
au S. Le premier rang comporte du N. au S. la tour principale, la
toU!' S. moins importante et l'édicule S. E. En second rang, dans
le même ordre, un sanctuaire d'une forme spéciale, la tour N. O.,
deux autres complètement ruinés, la tour O. et l'édifice S. O., ce
dernier de dispositions particulières aussi.
Devant la tour principale, entre la porte et r escalier fort raide
qui descend à la terrasse inférieure , s'étendait un bâtiment trans-
versai en construction légère. Un bammi ouvert à l'O. l'accom·
pagnait dans l'angle N. E. Enfin des fonùations de murs ou de
salles appartenant à des constructions antérieures et postérieul'es
ont été découvertes au cours des travaux de 19 06 .
Au tiers environ de la hauteur du mamelon se trouve une ter~
rasse réunie à l'étage supérieur par un escalier d'une raiùeur ex:-
trême. Une grande salle à piliers s'y allonae de l'Est à l'Ouest.
Enfin le terrain inférieur, au niveau deola lagune semble avoir
porté une tour d'entrée CeU t' . ' .
. e par le est pl'lse dans le Cimetière etl~
GROUPE DE PÔ NAGAR À NHA ,TRANG. 113

ropéen et c'est le hasard d'une fosse qui à permis d'y reconnaître


l'existence de substructions cames.
En outre il existe au N. E., à quelques centaines de mètres,
une vaste dépression rectangulaire de 100 mètres de côté envi-
ron, encore marécageuse, qui peut ~tre les restes d'un bassin non
orienté; la route mandarine en contourne la face Est.
L'accès primitif de l'édifice se faisait normalement par Je grand
axe E.-O.; mais une rampe fort raide terminée par d'étroits gradins
amenait de la plaine du N. devant la tour N. O.

Tour principale. - C'est un kalan du type ordinaire com-


plet, profilé dans le système à doucines (pl. XX à XXII, et fig. 22
à 24).
L'intérieur n'a de spécial qu'une niche à luminaire dans chaque
écoinçon de la partie E., un somasfttra qui rejette les eaux à travers
la paroi N. et un curieux système d'évents au sommet de la tour.
La voûte se termine par une longue cheminée d'où se détachent
au point terminal, à la hauteur des impostes des fausses niches
du troisième étage, deux canaux de section carrée, de 0 m. 06
à 0 m. 08 de côté, qui traversent en croix tout le sommet de
l'édifice. La m~me disposition d'évents existe à la voûte du
vestibule.
La salle abrite in situ une belle figure d'Uma en très bon état.
L,~s parois du vestibule et. les piédroits extérieurs sont couverts
dInscriptions.
A l'extérieur le soubassement présente un profil dissymétrique
du système à doucine; il forme piles par doubles ressauts. Au
droit des piles et sur les angles une bande de briques unit plinthe
et cimaise; entre les groupes de piles descend une petite masse
de briques; masse, piles et bande paraissent des motifs restés en
épannelage.
fi Les appliques de la base sont à double COl'pS avec double fronton
ammé; elles sont, pOUl' la plupart, inachevées et, en avant, une
AS ~ .\II . - 1. 8
U'PJlllIfEJU!; IUTI OM.u.r;.
114 _DU CAP PADARAN AU CAP VAUELLA.

masse brute correspond à ùne antéfixe de forme spéciale. Le bahut


sur la corniche est de composition analogue au soubassement,
mais à simplespiles, ou montre une suite d'appliques dont les
frontons seraient tombés; il s'intèrrompt au droit des amortisse-
ments.

Fig- 22. - Po
.
Na""ar
U
de Nha TraD""{J'
TOllr 11I"Îneipale, 1" etarre, face S.

?eux-ci offre~t à ce ~iveau deux doucines opposées, ornées de


feUines
, de lotus.
. Ce pebt. bahut se décore , a auxn g1es, d' an téfilxes
.
d angle plemes,
. . en brIques ' dispOSI'tl'OII ' . 1
a SIgna er, car elle
semble aVOIr dIsparu dans tous les autt'es monumen t s. Le res te de
l'amortisse~~nt, assez bien conservé dans l'angle S. O., révèle
la supcrpositlOn
. . de moulures ' q
d'appll' " ces d' acce Ilt
u e s e t d·e pIC
ordmau'cs. . .
GHOUPE DE PÔ NAGAH À NHA TH ANG. 115
Les fausses portes n'ont que deùx corps; le corps interniédiaire
manque; le corps postérieur présente une base et une corniche du
type à doucine respectivement plus petites que les éléments corres-
pondants de la tour; la base 'est décorée d'appliques SUI' les côté::;
comme en avant; la corniche n'a ni pièces d'accent ' ni pierres

Fig. 23 . - Pô Nagar de Nha Tranrr.


Tour principale, ." étage, face O., ancle S. O. (pendant les travanx. de restauration).

d'angle. Dessus s'élève un fronton nu avec renfort à l'extJ'ados: il


es~ détaché du mur. Au corps antérieur deux pilastres, à simple
pl~Iithe et double imposte continue, portent un fronton de briques
taillé légèrement en as de pique, à double ar~te et recreusé en coupe
!e.cloche. Entre les piliers est un cadre qui enferme une statue de
rlques à tête de pierre ornée du 1nuku{a. Cette figure, qUI a les
8.
116 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
mains jointes, est debout sous un léger dais; eUe est partout restée
en épannelage.
Les étages sont au nombre de quatre. L'avant-dernier étage est
un prisme à huit pans. La pierre de couronnement fait défaut.
Les amortissements qui, sur le premier étage, sont la réduction
des amortissements principaux, présentent une forme spéciale sur

Fig. 24. - PÔ Nagar de Nha TranG.


Tour principale, 1" étage, face S., angle s. o.

le deuxième : ils sont composés là d'un corp sap, 1· USleUl'S re dents


sur les angles; ce corps supporte une surface courbe terminée
par un tambour octogonal de briques. . en
•• • A nous ne savons comU1 t
'

celUl~cl devaIt etre terminé, car par 'une l d d po'


.. -· 1 · l' ma a resse e com
slhonl arrIve sous angle de la grande lace. C . SI · ·'me
ur e trolS le
GROUPE DE PÔ NAGAR À NJiA TRANG. 117

étage les amortissements font défaut; quatre éléphants métopes


posés d'angle les remplacent (1).
Les fausses niches, à :la différence des fausses portes, ont trois
corps. Le fronton antérieur, circonscrit du motif habituel de la tête
de lion et des têtes de makara, est recreusé en forme de coupe de
cloche.
Mais la disposition la plus caractéristique est la présence sur le
terrasson du corps principal et sur celui du deuxième étaGe, de
grands oiseaux qui jouent le rôle de métopes: ce sont des oies, les
ailes éployées, un collier de grelots au cou. Sur le terrasson du
premier étage, elles cèdent la place à des biches, ornées de même,
qui marchent la tête retournée en arrière; des éléphants passant,
fa tête de face, les remplacent enfin au troisième, comme il est dit
plus haut.
Le vestibule est lui-même une petite tour dont le couronnement
étajt au niveau de la corniche du corps même du monument.
Ce nouvel édifice est simplement accolé au précédent; il n'y est
rattaché que par un pan de muraille nue et par le soubassement
commun.
Ses dimensions réduites ne lui permettent d'avoir que trois pi-
lastres nus. Tous ses éléments répètent "ceùx du corps à ces excep-
tions près : les appliques font défaut et les pièces d'accent dés
angles du corps inférieUl', tourné vers le corps principal de l'édifice,
ont été remplacées, faute de place, par des apsaras. Quant aux
fausses portes, elles se distinguent des précédentes par l'absenèe de
grandes figures en prière.
Les étages, réduits à trois, reproduisent dans leurs dispositions
générales, comme dans le "détail spécial des amortissements, les
parties correspondantes du corps principal; mais les animaux déco-
ratifs font défaut.
(1) C'
. . "est par erreur que nous avons Llisscment des échafaudages nous a per-
~dlqUé des amorlissemenls à cettc place mis depuis de nous rcndrc comple «Ic
ns nolre élude cilée plus haut; l'éla- celte mauvaisc lecturc de la ruine.
118 DU CAP ~ADARAN AU CAP VARELLA.
La porte se détache de ce nouvel édifice en un avant-corps arrêté
par deux pilastres de briques sur lesquels vient mouril' la base du
vestibule. L'entrée même est encadrée de deux piédroits de pierre
rectangulail'es et couverts d'inscriptions. Ils supportent un linteau
de pielTe nu. Un double fronton de briques vient au-dessus enrel'-
mer une dalle ogivale de pie~re, sculptée d'une figure de Çivadan-
sant entre deux petits musiciens.
Le dieu est debout, le pied posé sur la tête de Nandin. Il a
quatre ' bras; une main est ramenée sur la poitl'ine, les autres
tiennent le foudre, un disque percé ol'llé de pointes, et un bouton
de lotus. Il porte sampot, mtllmta et bijoux habituels, à la réserve
du collier et de la ceinture rigides. Les musiciens jouent des
cymbales et de la Otite; ils sont tête nue et n'ont presque pas de
bijoux .

. Tour Sud. - Le type de cette tour, quoique se rapprochant du


type habituel réduit, en diffère beaucoup à l'extérieur (pl. XXIII,
XXIV, el fig. 25). La composition en étages disparaît, et c'est l'ex-
trados seul de la voûte, traité en p-yramide curviligne pour la tour,
en berceau ogival pour le vestibule, qui surmonte les parties basses
de l'édifice. Enfin les fausses portes et les appliques accusent un
caractère différent des formes ordinaires. Lès profils sont du type
à doucine.
A l'intérieur, notons que l'idole a dispam, remplacée sUr son
piédestal par une pierre terminale d'amortissement. La voûte, très
él~vée, se ,ter~ine par une cheminée qui avait, sous le bulbe ter-
mI~al de 1 édIfice.' un évent ouvert au N. et formé par un tube de
CUlvre de 1 centnnètre environ de diamètre. La cheminée eHe-
l~ême ét~it couve~'le par un disque de fer qui portait les lits supé-
l'leurs; dIverses pIèces en cuivre , e n argen t e t en .or l' acco""'pa-
..,
t VI , P.. 29 u(~ . )
gnaient. (Cf. B. E. F. E .-0 ',.
' A. l'extérieur,
. le soubassement co n t'mu . es t.1'
u un type un peu
spéCIal. Les pIlastres sont seulement au nom b re d ' cel'
e troIs, 01
du
GROUPE DE PÔ NAGAR À NHA TRANG. H9
milieu beaucoup plus large que les autres. Ils _sont à double plan
et non recoupés. La cOl'niche s'ol'Ilait~elle de pièces d'accent aux
angles? Cela est peu probable, cm: le travail de consolidation de

Fig. ~5. - Po Narrar de Nha Tranrr.


Tour Sud, angle S. O.

cet édifice n'a fait npparaitl'e aucun débris de Lenon, aucune trace
nette du cl'eUx. profond qui l'aurait l'eçu (1). - _ -

- Les fausses pOl'tes sont traitées d'une façon toute spéciale. Elles

III La pt'è ce -l'


( accent (l'un type h'è5 rapport avec les ault'cs édifices semhle
~Pécial que nons avons trouvée dans les devoit' ~Ire altl'ihllée à quelrl'le hâtiment
écomhl'es cie celte tOIll' el (pli n'a aucnn antérieur.
120 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
sont à double corps. Le corps postérieur est orné de pilastres et
d'entrepilastres avec base et appliques, corniche sans pièces d'ac-
cent :le fronton en ogive outrepassée à double plan est bulbé ; une
voftte du même profil l'appuie en arrièl'c. Le corps antérieur cst
formé de deux pilastres étroits, très minces, appliqués sur les
larges pilastres du corps postérieur. Ils se profilent dans la base de
celui-ci, sans appliques sur cette face, et leur propre corniche est
à un niveau inférieur à la sienne.
L'une et l'autre supportent par l'intermédiaire d'un faux linteau
de briques un fronton à plusieurs plans très bulbé. (Cf. mon ar-
ticle, loc. cil., p. 30, fig. 8.)
Nous avons dit que l'étage était constitué du simple extrados de
la voÔte. Il se terminait en haut par un double bulbe à quah'c lobes
sous un linga. Quatre têtes de bœuf saillantes pel'mettaient le pas-
sage de la forme carrée à la forme circulaire.
Le vestibule n'est que l'allongement démesul'é du corps posté-
rieur de la porte. Sauf un nombre de quatre pilastres, au lieu de
trois, la descl'iption de la tour s'applique, proportions gardées, au
vestibule.
La porte, face du vestibule, accuse trois corps. Le corps
postérieur est le vestibule lui-même; il présente en façade ·
un pilastre d'angle très étroit, retour SUl' la façade du large pi-
lastre de la face latérale du vestibule. Le frouton otTre un double
plan et la voûte montre, derrière, une surépaisseur qui en forIlle
un troisième. Le second corps est simple et répéte le corps an-
térieur; il porte un fl'onton unique. Enfin le corps antérieur pos-
sède deux piédroits de ?ierre du type de Mi So'n simplifié; celui
du S. est ~ne .m~uvalse réparation postérieure, celui du N.
porle des . mscl'lphons. Un linteau de pierre inscrit supporte
un fronton hulbé à double plan, recreusé ·trois fois vers son
milieu et ~ui ne semble pas avoir eu d'autre décor. On compte
donc sur 1 ensemble de ces frontons huit arêtes saillantes ou ren-
trantes.
GROUPE DE PÔ NAGAR À NHA TRANG. 121

Édicule Sud-Est. - C'est un bMiment hors sé ..ie (pl. XXVI);


sa silhouette est d'un édifice Sud et c'est cependant un sanc-
tuaire. La forme en · cst tt'ès simple et ses mUl'S sont nus. LeR
profils simplifiés sont du type il doucine.
La salle, fort petite et rectangulaire, munie d'un système d'évents
analogue à celui de la grande tOUl', abrite un linga qui n'a plus de
piédestal. La paroi S. du couloir d'accès est inscrite. Un bahut forme
le soubassement général; un mur nu, entre des profils de base et
de corniche presque entièrement disparus, constitue la paroi du
corps inférieur. On ne voit ni appliques, ni pièces d'accent, ni
amortissements.
Un petit étage modeste se détache du terrasson, qui couvre le
corps inférieur, par une simple frise de briques à saillies alternées.
Une même corniche supporte un extrados en berceau ogival à arête
incurvée. Deux pignons en ogive outrepassée, à deux plans et incli-
nés légèrement en avant, terminent cette voûte.
L'avant-corps de la porte présente la même base réduite, une
comiche peu distincte et un angle de son fronton ruiné : le reste
est restauration annamite. .
La paroi S. du vestibule porte une insc ..iption gravée dans la
brique.

Tour Nord-Ouest. - Cette tom (pl. XXV et fig. 26) diffè .. e com-
plètement du type ordinaire. EUe tient du /,alan classique par son
plan, de l'édifice Sud par sa couverture; mais eHe se diffé .. encie
du premier par la présence des décors qui remplacent les fausses
portes et du second par l'orientation transversale de l'étage. Le
bâtiment est profilé dans le système à doucine. .
La salle présente un plan barlong dans le sens N.-S.; des diffé-
rences dans l'épaisseur des murs augmentent encore cet allonge-
ment à l'extérieur. Elle est couverte par une voûte qui, normale
~our Un sanctuaire ordinaire, n'est nullement en rapport avec la
SIlhouette d'un étage à l'extél'ieur. Celle-ci est terminée par une
122 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
cheminée dans laquelle s'oune le même système d'évents qu'à la
grande tour; les deux canaux, en croix, débouchent sur les axes
au-dessus de la grande facc de la cOl'Oiche supérieure. La s'aIle
s'ouvt'e directement sous un porche étroit par un cncadrement de
bois qui paraît une restauration came. L'idole a disparu; son pié-
destal subsiste.

Fir:. 26. - Pô Naga!' de Nha Trang.


Tour N. O. (pendant les lraraux <le restauration).

Le s~llbasscment général est un simple bahut. Lcs piJaslt·cs non


recoupes sont au. nombre d e quat re,, . en d cux groupes.
repartis
, " les'pièces d'accent sont en fOl'm e d' apsaras; ce Il es d
Toutes esIanges
exteneurs en pIerre, celles des angI . t' . 1 . 1
. cs III Cl'lcurs en )l'Iqucs. Je
b a1lUt Pl' ésente une SUlte d'ap l' " . .
pIques et s lIItcl'l'ompL un drOit des
GROUPE DE PÔ NAGAR À NHA TRANG. 123

amortissements; ils rappellent ceux qui sont sur le deuxième étage


de la grande tour et mieux enéore ceux du premier étage au ves-
tibule. Mais le couronnement y prend toute l'importance aux dépens
du corps. Celui-ci se dresse sur un soubassement de la hauteur du
bahut et formé de deux doucines opposées; chaque angle présente
quatre redentS et se décore, sur chaque axe, d'une applique à
double plan. Au-dessus s'élève un bulbe en tore; un autre s'en
détache en quart de rond et s'amortit par une large scotie; l'en-
semble de ces profils prend ainsi un peu "la forme d'une cloche.
Ces deux éléments ont tt'ois redents. La terminaison se compose
d'un double rang de feuilles de lotu_s opposées, surmonté d'une
courte pyramide à quatre faces.
Les sculptures substituées "aux fausses portes sont juchées sul'
une sorte de piédestal qui interrompt la base ordinaÎL'e. Au S. c'est
un fJa1'u4a traité dans le type de l'oiseau pouda tête, de la forme
humaine pour le reste du corps; au N. un fion le remplace; il est
dans la même position d'attaque, les grifl"es rapprochées du busle
comme les poings fermés d'un boxeur. A l'O. nous voyons un
éléphant qui porte sur la tête une petite figUl'e, dont la mam
dl'oite est armée d'une lance, l'autre d'un .croc à éléphant.
Ces divers détails caractérisent le corps inférieur, qui pour
le reste ne sort pas des dispositions constantes d'un kalan carré;
l'appat'ence devient complètement ensuite celle d'un édifice Sud.
L'étage est constitué par un corps de maçonnerie très allongé
dans le sens N.-S: Un petit soubassement assez simple le sépare
du terrasson. Les petites faces sont ornées de deux pilastres nus,
les gl'andes de trois, Bien qu'il n'existe pas de base, ils sont dé-
corés d'appliques. SUl' ces pilastres, la corniche qui ne ressaute
pas aux angles n'a pas par suite de pièces d'accent. Au-dessus, cinq
appliques garnissent le bas de l'extrados en berceau à arête incur-
vée qui termine la tour et tiennent la place d'un bahut. Chaque
face de l'étage montl'e une petite fausse niche.
Les pignons du berceau terminal présentaient deux doubles fron-
12A DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
tons ogivaux; celui du S. seul est encore debout. La face intérieure
est entourée d'une série de volutes, la crosse en haut; chaque crosse
sert de départ à une feuille rampante taillée dans la maçonnerie de
briques. Dans ce tympan, des traces confuses semblent les restes
d'une figure; elles correspondent à une divinité à cinq ou six
paires de bras rayonnants, ou mieux à un dieu assis sous un dais
de niiga.
Nous n'avons aucune donnée au sujet de la terminaison des pi-
gnous. L'arête de la voûte se relève pour venir appuyer la saillie
du fronton, elle finit nettement pal' un plan horizontal; de grandes
cornes analogues à celles ~e l'édifice Sud de Po Klauil Garai ne
purent donc ici trouver leur place.
Par un court avant-corps couvert en berceau ogival et arrêté
par un double fronton, la porte se détache de la face E. du
corps inférieur; eHe a des piédroits de briques et un linteau
de pierre. Il supporte un fronton double, orné d'un tympan
ogival en saillie ~ masse réservée sans doute pour l'exécution d'une
figure.
Les fondations de cet édifice contenaient un dépôt sacré. (Cf.
B.E.F.E.-O., t. VI, p. 294.) La paroi intérieure S. du vestibule
portait des inscriptions.

Tour Ouest. - Les quatre édifices qui suivent, l'abri S. O. et


l'escalier déc,rits ici, ont été dégagés dans les fouilles de 19 06 . Le
lwlan 0: paraît avoir été du type réduit ordinaire (pl. XXVI); Je
peu qm reste des moulures inférieures montre qu'il fut profilé
dans ~e systèm~ à cavet, et les fouilles ont révélé que les pilastres
portaIent des dec,ors analogues à ceux de l'artde BÔng Dœo'ng.
La sa~le. carree .paraît n'avoir pas eu de niche à luminaire.
Elle abrl:alt un ltnga assez grossier; il n'était plus en place
et son pl~destal avait disparu. Un dépôt sacré a été trouvé dans
lesLfondatblOns de cet édi~ce. (Cf. B. E. F. E.-O., t. VI, p. 29 2 .)
e sou assemeut géneral compol'tait un slInp . 1e b a1lUt; 1e d'cco l'
GROUPE DE' PÔ NAGAR À NHA TRANG. 125

des parois, trois pilastres, indiqués par les ressauts du profil de


base, ce dernier dépourvu d'appliques. La corniche s'ornait sans
doute de cariatides semblables à celles de Mi So'n AlI - 13 • Les fausses
portes étaient constituées par deux pilastres de faible épaisseur,
profilés dans la base générale. Le vestibule semble n'avoir consisté
qu'en l'arrière.::corps de la porte; elle put avoir des piédroits de
pierre, et Je bloc inscrit qui sert de marche à la grande tour en pro-
vient peut-être.

Édifice Sud-Ouest. - Ce bâtiment (pl. XXVI) est encore plus mal


conservé. Le profil de bas~, très sim pie, ne rentre dans aucun des
systèmes habituels; la salle était carrée, avec au centre un pié-
destal de briques mouluré, enrobé ensuite dans un dé de briques
nues. Quatre murs épais percés d'une porte à l'E. supportaient
une couverture en tuiles ornée de petites cornes faitières, les unes
et les autres retrou vées en gl'Und nombre aux environs. Il semble que
toule la construction ait porté sur une terrasse continue qui for-
mait peut-être véranda en avant. Enfin les quatre murs étaient
décorés, à l'extérieur, de pilastres à mince saillie, aux angles au
moins.

Salle d'entrée. - Elle dut être élevée à une date très posté-
l'ieure, car, placée devant la tour principale, elle en masquait
l'entrée. D'ailleurs, le tiers supérieur du grand escalier a été dé-
moli pour la recevoir et un soutènement grossier, monté sur le
reste, est venu maintenir les terres en avant de son propre mur
antérieur. EUe était allongée du N. au S., sans doute entièrement
à jour et couverte en tuiles. L'étroitesse des murs de fondation
n'autorise aucune hypothèse de vo11te. Nous présumons que la rai-
deur de l'escalier l'a fait abandonner, peut-être par superstition à
lu suite de quelque accident; un nouvel abri, analogùe à la salle
à piliers décrite plus Join, serait alors devenu nécessaire. Il est
possible que deux ou trois grosses pierres sur le versant oriental
12û DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.

de la colline et presque en face de l'entrée de la tour S. indiquent


l'aboutissement de l'ancien chemin (1).

Édicule Nord-Est et abri Sud-Ouest. - II reste dans l'angle N. Kles


fondations d'un bmnuit carré, qu'un pagodon annamite recouvrait.
Les vestiges d'un perron indiquent qu'à l'inverse des autres édi-
fices il s'ouvrait à l'Ouest.
Enfin, en arrière, près des rochers qui occupent l'angle S. O .• la
base d'un pilier et des traces de murs semblent rappéler l'existence
d'un ou plusieurs abris légers; l'un d'entre eux au moins paraît
s'être appuyé sur le mur d'enceinte Sud.

Grande salle, escalier et tour d'entrée. - Cette s(llle (pl. XXI


et fig. 27) présente une nef centrale et deux nefs pourlournantes.
La nef centrale était faite d'une double file de grands piliers ·octo-
gonaux avec plinthe et imposte, en briques; ils sont au nombl'e de
dix et forment quah'e travées; deux travées étroites, de la largeur
de la nef, la mettent en communication à l'O. aveë l'escalier, ft l'E.
avec un perron d'accès. Quatorze petits piliers semblnhles aux pré-
cédents les entourent, et portaient, avec les grands, une couver-
ture en tuiles avec cornes faîtières ( cf. mon article, loc. cit., p. 35-
36 et fig. 9). Toute cette colonnade repose sur une terrasse en
briques de plus d'un mètre de hauteur, aux parois décorées de
caissons simples, quand les rochel's qui affleurent ne les inter-
rompent point; le perron oriental, entièrement ruiné permettait
l'accès de cette terrasse (2).
(Il Le sentier anDamile qni meltait
par la fondation de la stèle de Phan-
Cu Lao en communication avec les tours thanh-Giang, qu'abritait ce pavillon et
venait de la lagune et arrivait par un
que nous avons reportée en arrière. Celle
escalier abrupt un peu plus au S., près
de la face E. a été nécessitée pal' OOS
des rampes llomelles. Les traces de celte
fouilles; le mur a été reconstruit plus
salle d'entrée étaient cachées par le pa.
solidement eusuite dans la partie éven-
villon annamite construit du N. an S. en trée.
avant de la grande lour et de la lour S.; (') l ' perron du S. a élé )11-
.
,e grossier
il en avait en pa die adopté les contoUl'S.
stallé par nous pour le service de cette
La brèche de l'angle S. O. fut pt'oduite salle.
GHOUPE DE PÔ NAGAH il NHA THANG. 127

L'escalier, d'une seule venue, est fort raide; les marches, de


ln'iques, y ont en hauteur près de deux fois leur largmil·. Deux
murs de briques l'enferment et maintiennent les terres de la col-
line. Ils sont arrêtés sur la face supérieure par une courbe lrès
tendue qui finit en bas sur les parois du fond de la saHe, murs qui
ont la hauteur des petits piliers.

Fig. 27, - PÔ N~ll'ar de Nha Trang.


Grande salle.

Nous n'avons aucun renseignement sur la tour d'entr~e anté-


rieure .

. Sculptures. - La grande tour possède comme idole une bene


figure d'Uma assise ù l'indiennr. devant un haut chevet sculpté sur
128 DU CAP PADARAN AU CAP VAnELL~

les deux faces. La déesse (cf. B. E. F. E.-O., t. l, p. 15, fig. 1) a dix


bras; huit tiennent de sa droite à sa gauche et du bas en haut les
attributs suivants: un poignard, un disque à poignée (?), une flèche,
un croc à éléphant, un disque évidé, une conque (1), une lance
et un arc; les bras principaux allongés sur les genoux font les
gestes du don et de l'absence de crainte. La divinité, vêtue d'un
sarong et coiffée d'un muku{a, est couverte de bijoux.
Placée sur le même piédestal, une figurine de femme est age-
nouiBée: elle n'a pas de mttlmfa et présente cette particularité
qu'une inscription court sur la poitrine et les seins.
Une statue d'homme très fruste, assise à l'indienne, ornée d'un
simple sampot et de divers bijoux occupait dans l'angle N. E. un
mi6u annamite que nous avons dû démolir.
Dans l'édicule S. E., deux figures à terre accompagnent le Iii/ua:
l'une est un Vi~1)u à quatre bras, debout, détaché d'un fond évidé
et en mauvais état: visage et bras, sauf un qui tient la conque,
manquent; le dieu ne porte pas de bijoux. L'autre, nue ct sans
bijoux, est assise à l'indi enne. Enfin, une tête de Ga1)eça mitrée
et les pieds d'une statue s'y voient également.
Il n'y a rien qu'un piédestal dans la tour N. O., unlùiga dans la
tour Ouest.
Une petite statue, placée près de la tour N. O., a été amenée
dans le jardin, ainsi que la face postérieure d' ulle tête de Ga1)eça,
trouvée dans les fouilles de 1906, et des fragments d'apsaras de
pierre. De nombreux morceaux de feuilles rampantes et une
grande pièce d'accent de pierre de forme curieuse, provenant des
fouilles de 190 1, ont été rangés sur le soubassement O. du poste.
Avec deux éléphants de bois fort curieux, deux oiseaux et trois
éléphants de ~a grande ~our, les restes d'un énorme lùiga déposé
devantceHe-cl et une pIerre octogonale porte-hampe transportée
dans le jardin, l'énumération est complète.
Les fouilles · ont produit, en dehors des fragments retirés
des divers dépôts, une coupelle d'argent , èav an ala.,
/.. e t un
GROUPE DE PÔ NAGAR .\ NHA TRANG. 129
vase en bronze inscrit à la base, déposés au musée de l'École, à
Hanoï.

Dates et traditions. - La présence de nombreuses inscription~


permet de dater les principaux éléments de ce groupe.
Un premier sanctuaire en bois a existé en ce lieu avant le
Ville siècle. De nombreuses substructions peuvent y correspondre;

elles n'étaient pas orientées à l'E., mais plutôt au S. E.; c'est tout
ce qu'elles peuvent nous apprendre. Brûlé en 696 ç. (774A.' D.),
il fut réédifié sans doute en bois à la place de la tour S. en 706 ç.
(7 84 A.D.). La tour N. O. et l'édicule S. sont de 735 ç. (813
A.D.), la grande tour de 739 ç. (817 A. D.), la tour O. sans
doute du milieu du IXe siècle de notre ère; la statue de la tour cen-
trale est probablement de 887 ç. (965 A. D.); la petite statue
voisine date du règne de Jaya Indravarman 1er , elle est donc con-
temporaine de la précédente. La tour S. paraît avoir été recon-
stl'uite à la place du sanctuaire de 7 06 ç. en 1065 ç. (1143 A. D.).
Enfin il y a lieu de supposer que l'édifice S. O. est le sanctuaire
de Bhagavatï Matrlingeçvarï, élevé en 117 8 ç. (1256 A. D.)
[cf. mon article, loc. cit., p. 49. et suiv., et B. E. F. E.-O., t. VI,
p. 297 et suiv. J.
Une curieuse légende a cours en pays annamite sur la déesse
du lieu. Nous renvoyons à ce sujet au même article, p. 5 1.
Inscriptions. -- Devant les· tours principales, sous un hangar annamite
que nous avons démoli, et non loin peut-être de sa place ancienne, se dressait
~~e _belle stèle, qui ru t enlevée, il Y a fort longtemps, et qui est aujour-
",hUI ent ' d
,ree ans 1es collections . '
de l'Ecole.
Dautres inscl'iptions sont gravées sur les diveI's édifices. Elles ont été pOUl'
I
oa plupa 't d"
'. r l eu . ,
lees pal' Bel'gaigne et M. Aymonier (1). Les inscriptions sans k-ri'tes
1nl et~ transcrites el tl'Uduites pal' Bergaigne elpuhliées apl'ès sa mort pal'
es SOlDs de M. Barth (2).

(1) B
Cam - ERGAIGNE, L'ancien royaul/lc de inscriptions tchames, ibid., t. XVlI, 18~ 1.
pa, Journal asiatique ,8'
t 888, A -s, 1' XI , , (') Notices et extmits des lIIanWlcrrts,
, YIIONIER, Premiere étude SUI' lcs t. XXII (1893).
11l)(!11 __ 1.

.MPII1 • .IB.Il1 IU.TIO.U.••


130 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA.
Voici la liste de ces inscriptions dans l'ordre chronologique adopté par
Bergaigne :
407, XXVI. Stèle. Cette stèle présente 6 parties inscrites.
Face A. Hauteur 0 ID. 8b, largeur 0 m. Et5; syllabe O/fI, plus 18 lignes;
vers;
Face fi. Hauteur 0 m. 79, largeur 0 m. Et5; 22 lignes; vers;
Uase C. Hauteur 0 m. ob, largeur 0 m. 56; l ligne; prose;
Côté D. Hauteur 0 m. 60, largeur 0 m. 15; 12 lignes; prose cL vers;
Côté E. Hauteur 0 m. 79, largeur 0 m. lEt; 13 lignes; vers.
Elle contient six inscriptions différentes en sanskrit.
L'inscription 1, sur la face A, du roi Satyavarman, fait l'historique du
temple brûlé en 696 çaka et relate la fondation du Çrï Satya Mukhaliilga en
7 06 ç.
L'inscription 2, de Vikrantavarman, occupe la face B. Elle rappelle la fon-
dation de son prédécesseur et l'érection d'un Çrï Mahüdeva.
Les inscriptions 3 et Et, sur les faces C et D, du même auteur, relatent di-
verses donations aux deux divinités précitées.
L'inscription 5, sur la face E, indique l'érection, en 8Eto ç., d'une sta-
tue de BhagavaU en or, par Indravarman II.
L'inscription 6, qui suit Et sur la face D, rappelle le remplacement, en
887 '1., de cette statue volée par les Cambodgiens par une autre en pierre;
le roi donateur est Çrï Jaya ,Indravarman.
408 C, 2, XXVUr. Tour principale, porte d'entrée, piédroit N. : hau-
teur, 1 m. 6Et; largeur, 0 m. b8; 31 lignes, vers et prose, sanskrit. Érection
en 739 ç. d'une image de pierre de Bhagavatï ct dons à cette déesse par
le ministre de Harivarman 1er , gouverneur de son fils, un Senüpati Piir; il
éleva en outre des idoles de $al)(Jhaka, Gal)eça et Malada Kuthüra.
!J 10. Tour N. O., vestibule paroi S.; 7 lignes en éam. Donation du même ,
personnage en 735 ç.
!J06, XXVII. Tour principale, vestibule paroi S. : hauteur, 0 m. Eto; lar~
geur,o m. 55; 5 lignes de vers sanskrits, en mauvais état.
!J03. Tour principale, vestibule paroi N., plusieurs lignes à peu près iIli~
sibles, en èam.
!JOO. Six li?,nes ~ames, ~~esque illisibles, contournant la poitrine et le sa-
l'ong de la petite deesse VOIsme de la statue de PÔ Nagar.
!J09 B.. 2 , e~ 409 B, 3, XXIX. Tour principale, porte d'entrée, piédroit S.
B, 2, 5 hg~es cames; B, 3 : hauteur, 0 m. 7 2 ; largeur, 0 m. 45; 13 li/rnes e?
vers sanskrits, rapportant, la première une donation de champs et d'esclaves a
la déesse; la seconde une autre donation par le ·ro·1 Jaya P arameç varavar- ,
man le. en 97 2 ç. de vases ct ustensiles en métal précieux
!J08 A, 2, X~X. Tou~ principale, porte d'entrée, piédroi;N.: hauleUl', 0 III 60;
largeur, 0 m. !l8; 12 lignes, vers el prose , en sanskrl't . Le 1'01. fi li d ravafl n~ldn
"
GBOUPE DE PÔ NAGAR À NHA TRANG. 131
rait en 986 ç. un don d'objets précieux à la déesse et fait modifip.f l'entourage
de la statue (1).
409 A. Tour principale, porte d'entrée, piédroit S.; éam.Dons faits, en
1006 ç., par Çrl Paramabodhisatva à la grande el à la petite déesse.
40t. Tour S., linteau. 3 lignes en éam. Dons à Çiva et dates du règne
de Jaya Indravarman III, de 1 o~ 1 à 1065 ç. Date de l'inscription, 1065 ç. (1).
408 A, 3, XXXI. Tour principale, porte d'entrée, piédroit N. : hau-
teur,o m. 37; largeur, 0 m. li9; 7 lignes de vers sanskrits. Invocation à la
divinité du temple.
408 A, li. Même poin t; en éam.
409 A, ~, XXXU. Tour principale, piédroit S.: h~uteur, 0 m. 30; lar-
geur, 0 m. li9; 8 lignes, ~ en vers sanskrits~ 6 en prose éame. Jaya Hari-
varman 1er fait hommage à Yan Pu Nagara et rappelle ses victoires; 1092 ç.
409 A, 3. Même point; 7 lignes en éam. Dons de l'usurpateur Jaya Indra-
varman III, en 11 05 ç., (l Dliaal\vatî KauplareçvarL
409 A, li. Même point; deux mots éams seulement, le rang de date de celte
inscription est hypothétique.
409 D, 4, Même point; 13 lignes éames. Rappel des événements du règne
de Jaya Parameçvaravarman II, de 1112 à t14li ç.; date de l'inscription,
1144 ç. (1) •
•409 R, 1. Même point; 6 lianes en éarll. Dons de champs et d'esclaves à
Po Naffar; dates, de 1148àl155ç.
408 A, 1 . Tour principale, piédroit N. Fondation en 1178 ç. d'un temple
~e Bhagavalï Matrliùgeçvarï au S. O. de la grande dées~e et dons correspon- .
ants, champs, esclaves, elc.... au nom de la prmcesse Ratnavah, en
"7 8 ç. '
,408 B. et C. Même point; 7 lignes et li lignes en éam. Dons faits par la
meme prlDce~se aux dl'ùX déesses Bhagavatt.
40.2 A, B. Tour S., piédroit N. A, li lignes frustes plus anciennes; B, in-
~ocat~on+ 6 lignes; une troisième est Mchée. Condamnation et confiscation
es hlens d'un calomniateur du roi (fin du XII" siècle çaka).
41?5. Tour principale, piédroit servant de marche, 2 faces de 25 et
l\~gnes en éam. Dons aux divinités du temple (début du XIIIe siècle çaka).
k ~'. XXXIV. Tour principale, porte intérieure, piédroit N.; deux mots
U s qu'11 est impossible de dater.
sans rIt .
n mot gravé sur le linteau de la porte intérieure de PÔ Naffar a échappé
aux recherches.
pUne . inse·np t'IOn de 3 lIgnes,
. et peut-être li, n,a pas été signalée sur 1a
a~l S. de la tour N. O., elle parait d'ailleurs illisible.
dansnie, 'do
autre, cachée sous un enduit annamite, a été découverte en 1908
.
la d e leule S. parOI S.; elle a 5 lignes, en éam. La lecture du P. Durand
onne comme presque semblahle à celle de la tour N. O. .

132 DU CAP PADARAN AU CAP VARELLA . .
Les fouilles ont mis à juur un petit vase de bronze inscrit, don d'un aven-
turier en 1187 ç. (1265 A. D.). Cf. B.E. F. E.-O., t. VI, p. 291, noto 2.

VESTIGES DlVEllS.

M. Aymonier (1) signale une stèle brisée en trois fragments sur une
colline, près du village de Phong Thanh, entre Nha Trang et
Ninh Hoà. Le village interrogé a répondu à M. Finot que cette
pierre avait été enlevée vers .1887 par un mandarin.. et. transpor--
tée sur un bateau. Nous n'avons pu depuis en retrouver aucune
trace; ,
Enfin un fragment de piédestal sculpté nous a été .signalé au
marché de Ninh Hoà par le P. Durand, et il y aurait quelques
traces de ruines cames dans les vallées voisines. Nous n'avons pu
encore recueillir de données précises à ce sujet.

(1) AnIO:'iIER, Notes sm' l'Annam: Khaith lIoti, Exc. et Rcconn., t. XI, n· 26, l" 'l5.
CHAPITRE V.
DU CAP VAREU.. A À LA POINTE SAHOI (I I.

SI. PUU Yh. - IH Bia. - Phu,6,c Tinh : vestiges, sculptures et inscriptions. -


Citadelle de Thành Hô. - Groupe ùe Nhl,lU Thap. - Inscription de ChQ' Binh. -
Vestiges dans l'lie Hon Chùa. - Long Ruch: tympan sculpté.
S Il. B1Nu D!NU. - Sculptures déposées à Qui Nlwn. - Groupe de Hu'ng Thl,lllh : tour
Nord, tour Sud. - Débris sur la route de Qui Nho'n à Blnh Dinh. - Quan Tinlt :
vestiges. - So'n Tri~u : vestiges, statue. - Xutm My : vestiges, statue. - Groupe des
Tours d'argent: tour centrale; édifice Suù; tour Est; tour Sud; sculptures. - Tour
et citadelle de Blnh Lâm. - Bas-relief de Nu'o'c M~ng. - Vestiges de Khanh L~. -
DépÔt de sculptures à Blnh Dinh. - Inscriptions de la citadelle. - Gal)eça de Du'o'ng
Lang. - Tour de TM Thiçu. - Piédestal de My Th~nh. - Tours Du'o:nlr Long
ou Tours d'ivoire: tour centmle' tour Sud' tour Nord. - Citadelle de Caban. -
Tour Canh Tiên ou Tour de cuivre. - Th4p Thâp: vestiges, sculptures. - Nhan
Thar: vestiges, sculptures. - Vestiges et inscriptions de D~i Hü,u. - Vestiges
de ~hAu Thành. - Tour Thôc Lôc ou Tour d'or. - Vestiges dans le huyçn de
P~u Mi. - Vestiges et grotte du village de Phu Du'o,c. - Buddha de bronze de
~~I Th~tDh. - Vestiges de Cânh Thién. - Rocher inscrit de Th~nh So'n. - Inscriptions
(hverses non l'cLl'Ouvées. .

S I. PHU YÊN.

I},{ iliA.

Le massif même du cap Varella porte, à son sommet, une


roche colossale à qui les Annamites ont donné le nom de rr roche
stèle." .. Dû B'la. Nos renseIgnements
. dent avec ceux reCUeI'11'IS
s'accor
pr~cédemment par M. Aymonier (2) sur la valeur purement figu-
~h~e du ~lOm, dû simplement à la forme spéciale de la roche :
n y aurait en ce lieu aucune inscription; ce point est d'ailleurs
presque inaccessible et "hors de toute route naturelle.
(1) C
arte
p. !l09. , planche CXI. - (') No!es sur l'AnI/am, Exc. ct Reconn., 1. XI, n° 26,
13lt DU CAP VAR ELLA À LA POINTE SAIIOI.

PIIU'O'C T!NIT.

Vestiges. - En face de la citadelle de Thành Hô, qui sera dé-


crite plus loin, de l'autre côté du S&ng Ba Rang qui la borde, à 800
mètres environ de la butte qui termine le mur O. de cette citadelle,
se voit un mamelon boisé de 50 à 60 mètres de hauteur. Il dépend
d'une pagode appelée Chùa Bà (temple de la déesse) et fait pal,tie
du village de Phœo'c Tinh, canton de Hoà Binh, phu de Tuy Hoà.
Ce coteau porte à son sommet les traces d'un temple cam, ori-
gine probable du nom de la pagode. De cet édifice d'assez basse
époque il ne reste que des amas confus de briques et, réunies
dans une enceinte annamite faite des mêmes matériaux, les pierres
décoratives et les divinités du temple. Ces pierres seuleg pré-
sentent de l'intérêt; les ruines en arl'ière et au S. sont informes.

Sculptures. - En partant de l'axe de l'enclos et en faisant le


tour par le c&té E. de l'autel annamite, centre des sculptul'es, on
trouve successivement:
A. Une petite dalle de terre cuite, de 0 m. 28 sur 0 m. 21
(hauteur et largeur) envil'on, cassée en morceaux mais complète;
l'épaisseur en est de 0 m, olt à 0 m. 05. La face principale pI'é-
sente un Buddha assis sur un siège de lotus, devant un dais de
naga, et encadré de deux stüpa minces qui s'élèvent sur des
animaux confus. La figure a les jambes croisées à l'indienne, les
mains dans le giron; la tête a le crâne pointu, soit que l'u$tlï~a, soit
qu'une coiffure bizarre l'allonge; elle n'a aucun bijou; au dos e~t
une inscription.
B. Une pierre de tympan de fausse niche (0 m. 47, 0 m. 7 5 ,
o m. 1 3), tête de lion grossière en faible relief qui possède les
grands Cl'OCS et les yeux cornus, caractéristiques de l'interprétation
came.
. C. Une statue debout sur une stèle ornée, couverte d'une inscrip-
tion sur la face IJostérieul'e; dimensions de la statue: 0 m. bo,
PHU'Ù'C T~NH. 135
1 m. 30, 0 m. 25. La figure est debout, les jambes placées symé-
triquement, les bras ramenés sur la poitrine; les mains opposées
sur la verticale el présentées par le pouce ou l'annulaire ont les
doigts étendus, Je pouce et l'i ndex joints.
Le costume consiste en un sampot à mouchetures, un maillot
à bandes horizontales, un muku!a très orné, ' des sandales. Le torse
est traversé du cordon brahmanique et toute la statue est ornée de
nombreux bijoux.
D. Dans l'axe du dépÔt, est une figure de tympan de 0 m. 65
de large sur 0 m. 85 de haut; l'épaisseur de la dalle est de
o m. 16 etfait 0 m. 23 avec la sculpture. C'est une représentation
de Lak~mï à quatre bras, assise à l'indienne sur un coussin de
feuilles de lotus opposées. Les seins sont fortement accusés, la taille
est mince et longue. Les bras de la paire antérieure, parallèles
aux cuisses, tiennent des boutons de lotus (?); ceux de la paire pos-
térieure, relevés près des épaules, portent, le gauche la conque,
le droit un disque évidé. Un haut muku!a conique coiffe la tête; le
torse est vêtu d'un maillot collant qui dessine la pointe des seins,
les jambes, d'un sarong à pan antérieur plissé; de nombreux bijoux
o~nent cette figure; on y remarque, semble-t-il, des chapelets
d anneaux sur les deux cordons du lobe distendu de l'oreille.
, E. ~n retour, de l'autre cÔté, est une figure appuyée à une dalle,
ou se ht également une inscription (0 m. bo, 0 m. 85; épaisseur
de l~daBe, 0 m. 06, du tout, 0 m.2b).
Cest une idole de Çiva, assis sur Nandin, la jambe gauche pen-
dante
. ,a 1 Jam
. be d'rOlte
' replIée
. par dessus. Des bras pl'lés, 1e droIt.
hent ~n glaive, le gauche, écarté de la poitrine, un trident. Les
SourcIls sont sinueux, et sur le front une marque verticale en
a~ande parait un troisième œil. Un cordon brahmanique formé
d un serpent traverS'e la poitrine.
La tête porte un muli:1l!a à deux étages avec un -frontal décoré
de perles (?). Un maillot brodé à l'échancrure du col et un sampot à
grand pan antérieur forment le costume. Les bijoux nombreux et
136 DU CAP VARELLA A LA POINTE SAHOI.
riches consistent en grands pendants d'oreilles, boutons ornés
passés dans les lobes, large ceinture à pendeloques de quatre
perles, et toute la série des bracelets.
Le nalldin gl'ossièrement indiqué a son collier de grelots or(1i-
naires; la queue est ramenée en avant sur la cuisse.
Enfin, on voit au dos de la dalle et tout au travers de l'inscrip-
tion, trois trous (l'assez forte dimension qui ont pu servir à
sceller la pièce contre une l)aroi verticale.
F. La statue suivante est encore une idole, quoiqu'elic soit
adossée à une dalle relevée derrière son corps. C'est une figure
de Ga1).eça, dont la tête brisée a été raccordée au hasard; elle
semble cependant lui appartenir (longueur, 0 m. 45; hauteur,
o m. 80; épaisseur, 0 m. 35). Le dieu est assis à l'indienne, les
mains sur les genoux; la gauche est trop brisée pour qu'on puisse
voir si eHe recevait comme d'habitude dans une écuelle le hout
de la trompe. La tête, assez heureusement modelée, est ornée
d'un mu/m{n conique à quatre ou cinq rangs d'écailles: il semble
qu'un cordon brahmanique passe sur le torse venh'll. Les seuls
bijoux encore reconnaissables, sont auprès des aisselles et aux
poignets, des bracelets en peries entre minces filets.
Les autres fragments offrent moins d'intérêt. C'est d'abord, devant
cette statue, une main présentée par la paume et qui se détache
d'une sorte d'aile; elle porte un bracelet de deux rangs de perles
autour d'un anneau simple. Puis en arrière de l'autel un grand
tympan (longueur, 0 m. go; hauteur, 1 m. 20), où semble se voir
trace de figure humaine, tête et torse seulement, la tête coiffée d'un
haut muku{a. Enfin, en face de ce tympan, une petite tête très frus le
avec une c~iffure à deux étages, l'étage supérieur enfermé dans un
rang ~e pett~s godrons et .terminé en pointe. A côté, une énorIlle
cuve a ablutIOns correspond à un piédestal déposé en avant, orné
d~ lotus et de rangées de perles en forme de seins. Sous D est la
pIerre à lotus qui forme l'intermédiaire ordinaire entre le cou-
ronnement et la tour (1 mètre et 0 m. 35), et sous B une partie
, .'
CITADELLE DE THANH lIO. 137
de pierre terminale d'amortissement. Enfin sur les murs de l'enclos
se voient toute une série de pièces d'accent, deux importantes, du
type malwl'a, des grandes et des petites à décor de feuilles dont
souvent un serpent vient former l'arête. Nous en trouvons d'autres
avec des terminaisons d'amortissement en avant, autour du pié-
destal. Plus loin une autre partie de couronnement de tour, au S.
diverses pièces d'accent, un nandin de couronnement en deux
morceaux, au N. d'autres pièces d'accent encore et un décor élé-
gant qui pourrait être le haut d'une tête de lion d'angle ou de
fronton de fausse niche.
Inscriptions. - Quelques.unes de ces pièces portent des inscriptions au dos.
D'abord le petit Buddha de terre cuite A: sur la dalle se lit la formule
bouddhique rt ye dharma" , etc. (0 m. 17 sur 0 m. 19); 4 lignes , Vie siècle çaka (?).
La stèle de la pièce C (longueur, 0 m. 45 et 0 m. 32; hauteur, 1 111. 45;
épaisseur, omo o!); partie inscrite: longueur, 0 Ill. 40 et 0 m. 30; hallt~U1.,
t m. 2 t), est gravée de 34 lignes plus l'invocation, en ca ractères de 0 m. 0 t 2
de hauteur, en cam.
Sur la pièce E, une inscription en caractères de 0 m. 0 t 6 présente t 2 lignes
en Cam; hautelll', 0 m. 46; longueur, 0 m~ 38.

CITADELLE DE TnÀNII IIC,.

Cette citadelle occupe un terrain qui dépend du village de Thành


Nghiçp, canton de So'n Tu'o'ng, huyçn de So'n Hoà. Elle est située
envil'on à t 5 kilomètres de l'elllbouchure du SÔng Da Rang, entre
la rive gauche du fleuve et la montagne dont les prolongements
viennent former un peu en amont quelques rapides, visibles seu-
lement à la saison sèche. Une seule de ses faces, la face S., a dis-
paru en partie, par suite de l'affouillemen~ du fleuve. Les autres
se reconnaissent à un talus continu, accompagné de tertres, restes
de tours et de brèches, marques de portes. A l'intérieur, quelques
traces d~ divisions se voient encore. .
L'enceinte (pl. XXVII), carré de 700 mètres de c.ûté environ,
est exactement orientée. Le triangle compris entre la montagne,
la cit.adeHe et le fleuve est protégé par une muraille oblique le
138 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
long d'un éperon de lacoBine. Un fossé d'une trentaine de
mètres défend les divers murs; ceux-ci devaient présenter une
hauteur assez grande, car le talus fort large est encore très élevé
(3, 6. et 5 mètres). Seul le front défendu par la montagne n'était
pas surmonté de tours. La face N. en présentait.six, la face E. sept,
y compris celles d'angle: un véritable réduit s'élevait au centJ'e de
cette dernière; c'est un rectangle de 17 m. 50 dans le sens trans-
versai, de plus de 10 mètres, probablement de t 3 , dans le sens du
rempart; il est formé de maçonneries énormes, 1 m. 70 au moins
d'épaisseur. La face S. ruinée a conservé dans sa partie O.deux
autres buttes, dont rune assez importante, à l'angle du carré, peut
avoir servi de vigie sur le fleuve.
Enfin un certain nombre de portes semblent reconnaissables. Il
paraît y en avoir eu une sur la face E., près de la brèche par
laquelle on entre, deux sur la face N., une à chaque bout de la face
O. du carré principal, une et peut-être deux dans la cl&ture O. ex-
térieure, près de l'angle S. O. La dernière semble avoir été défen-
due par un petit ouvrage latét'al, mais on n'y distingue plus rien ..
Les briques employées à la construction de l'enceinte sont d'un
écha~tillon énorme; elles dépassent 0 m. 10 d'épaisseur, elles sont
d'un rouge intense et parfois violettes.
Il est possihle que cet ensemble se soit complété par le monu-
ment de Phu'o'c Tinh sur l'axe N.-S. de l'autre c&té du SÔng Ba
Rang, et sur l'axe E.-O. par une tour élevée sur la colline que
suit le mur ohlique; cet emplacement n'est reconnaissable qu'à de
nombl'eux déhris de bl'iques; un arbre qui seùétache sur le fond
et une roche verticale au sommet de la coUine' en marquent la
place. .

GnOUI'E DE NIL~N THAl'.

Sur une co~line iso~ée dé~endant du village de Nh',lll 'rhap, can-


ton .de. Hoà Blllh, phu de 'I uy Hoà ' qUi' ùomme
. ù. e t ous co• té s les
enVIrons, la campagne par une pente r apI'd e, 1a cote• b asse et~ la L
GROUPE DE NH4N THAp. 139

mer par une falaise en surplomb au-dessus de l'embouchure du


Sông Ba Rang, se voit un lralan, seul l'este d'un groupe de deux
édifices. La tOUl'ruinée, ]a plus importante, s'élevait SUl' le sommet
de la colline; l'autre a sa base sur un plan de 5 ou 6 mètt'es infé-
rieur, Toutes deux étaient rangées sur un \lxe N.-S.; la gl'ande
s'ouvrait sans doute, comme lapetÎte, face il la mer.
La tour conservée (pl. XXVII, XXVIII et XX IX) a perdu
toutes ses parties antérieures. Elle n'a de caractéristique que l'exi-
guïté de ses fausses portes, l'élancement des étages, le curieux
arrangement des fausses niches.
La vofite a sa pyramide interrompue par un tambour prisma-
tique et se termine par une sorte de cheminée. Une brèche in-
forme marque seule l'entrée.
Il n'y a pas trace de soubàssement généml ou bien il se trouve
complètement enterré. Les pilastres ne sont pas recoupés, celui
du centre est plus large, celui d'angle plus saillant. La base est du
profil à doucine simplifié, sans appliques. La corniche du m~me
type et les amortissements d'angle ne se lisent bien qu'aux étages.
Des fausses portes il ne reste que le C01'pS postérieur orné de
cadres saillants.
Les étages excèdent les dimensions ordinaires. Le premier pré-
s~nte trois pilastres nus, celui du milieu beaucoup plus large que
les autres.
Les pièces d'accent font défaut, néanmoins les renforts habituels
de briques existent; ils forment en plus un motif nouveau en se
répétant sur l'axe du pilastre.
L'amortissement de l'angle N. O. assez bien conservé montre une
sUperposition de quatre faces que séparent les unes des autres
deux listels en · retrait. Chacune d'elles reproduit le décor de la
grande face et sans pièces d'accent offre comme elle des renforts
de briques au centre comme aux angles.
Les fausses niches sont d'un modèle très intéressant. Elles ont
trois corps; les deux premicrs portcnt un tympan il double face: la
1110 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAlIOI.
silhouette d'ensemble rappelle la tête de monstre qui dévore des
serpents. Le décor, qui parait ici pmement ornemental, descend
comme les corps de reptiles, aux deux côtés du motif central pour
remonter ensuite aux angles.
Sur le corps postérieur, une corniche spéciale supporte, en son
milieu, un petit corps à terminaison sans doute bulbée et, aux côtés,
deux bulbes qu'achève une piene en pyramide curviligne.
Les dispositions du deuxième étage sont identiques à celles du
premier étage, mais la hauteur en est bien moindre.
Quoique le troisième soit fort ruiné, la fausse niche s'y lit avec
facilité : elle répète celle du premier, mais l'arrière-plan disparaît
et la saillie n'est obtenue que par l'importance plus grande du
second corps.
Un fragment de tympan (1) d'un fini remarquable, relevé contre.
l'entrée, montre la poitrine et les pieds d'un Çiva (1) dansant. Le
dieu paraît n'avoir eu que deux bras. Il est vêtu d'un sampot orné
de pedes et porte de nomhreux bijoux. Le seul détail spécial à
signaler est la chaussme', sorte de pantoufle ornée d'un fil de
perles au bord Supél·ieur.

I~SCmPTJON DE ClU!, DINH.

Une inscription est gravée sur la paroi de la falaise, au-dessous de ces


tours, mais tout en bas de l'escarpement. Le rochcr est sur le territoirc du
villagc de N1wn Thap .. Cette inscription ne contient qu'une invocation à
Bhadreç\'al'a, en deux lIgnes , de grands caractèl'es (environ lwo A. D.). Elle
Cgt accompagnée d'un graffita peu intelligible.
Cf. BERGAIGNE, [nscrir,ti~llS sa~scrites du Campâ et du Cambodge, t. XX, p. 191,
19 8 ; et FI NOT , Notes d eplIJraphw, B. E. F. E.-O., t. II, p. 186-.87'

VESTlGES DA~S L'ÎLE I10l'l CnÙA.

Sur un îlot élevé et allongé dans le sens N. N. O.-S. S. E., dépen-


dant du village de M~r Quang, canton d'An Ph,], phù de Tuy An
et appelé Hon Chùa (He de la pagode), est un emplacement de
temple cam, reconnaissable seulement aux traces d' ex t racron t' et

LONG BUCH. 14.1
aux amonceHementsde briques qui s'y voient encore. Il est ·situé
près d'une valleuse dirigée vers l'E., c'est-à-dire vers la haute mer,
et qui coupe l'îlot au premier tiers de sa longueur. Ces vestiges
indiquent une tour unique d'assez grandes dimensions; elle se
trouvait exactement au N. de celles de NhQ.n Thap, à 8 kilo-
mètres environ à vol d'oiseau, au point où la ligne S.-N. coupe
la ligne médiane de l'îlot, du côté qui leur correspond. Il est à

Fill' :l8. - UnIT nue!..


Tympan; hauleur, environ 0 m. 60.

présumer que, comme elles, celle-ci était orientée vers l'E. et que
sa porte principale domillait à peu de distance la pente abrupte
du rivage.
LONG lIuell.

Tympan sculpté. - Une petite sculpture est déposée dans un


groupe de rochers, sur le bord de la route mandarine, à 2 kilo-
mètres en viroll au N. de la résidence de Sông Cau (fig. 28). Ce
1f.2 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
point dépend du village de Long Buch ou Long Binh, canton de
Xuân Binh, huyçn de BÔng Xuân. Le fl'agment paraît être un
tympan de fausse porte ou de fausse niche. Nous n'avons pu re;"
cueillir aucun renseignement ni trouver aucun détail qui puisse
en faire connaître l'origine.

§ II. niNH :3~NH.


SCULPTURES DÉPOSÉES À QUI NIIO'N.

Diverses statues, pièces de tympan, décors, sont déposés dans


le jardin de la Résidence de Qui Nho'n et dans certains édifices de
cettc ville.
A. A la Résidence nous trouvons une figure debout en adoration ,
les mains jointes sur la poitrine. Elle se détache d'une sorte d'au-
réole dont le bas est décoré de volut.es. Elle est vêtue d'un sarong
tombant à double pan antérieur, porte une sorte de mitre peu
élcvée et s' ornc de boucles d'oreilles. Cette figure paraît être une
antéfixe d'angle. Elle est sans doute originaire des Tours d'ivoire
(DU'O'ng Long), car ce groupe est le seul de la région de Binh
Dinh où des motifs de ce genre existent. · Les notables du lieu se
souviennent d'ailleurs du transport d'un certain nombre de pièces
à Qui Nho'n : statues de femme, au moins une, et parties de
décor (voir infra, p. l 9 8 ).
B. Figure de tympan assise les jambes croisées, les bras éten-
dus sur les genoux, le gauche tenant un fleuron {?) verticaL Le
caractère de la tête ~st. très grossicr, le nez épaté; les yeux,
sous une arcade sourcIlllère fortement indiquée, se relèvent sur
les tempes, la bouche très large suit le même mouvflment.
Le peu de proéminence des seins, nettement indiqués toutefois,
ré ..
empêche d'affirmer que cette figure SOI't . mmme. 1Je cos t 11 ""e
.. ,
paraît
.
cependant un saron!Y
u u
!Y3rni d'UI1C sore {e CCillure; la(
t l . . t
COIffure est un haut bonnet·, les biJ'oux consls .t ' en 1arges
ent
DÉI'ÔT DE QUI NHO'N. llc3

fleurons aux oreilles et un gorgerin qui descend eu pointe cntrc


les seins (Il.
C. Partie de tympan à figure de femme, assise les jambes repliées,
les coudes sur les cuisses, les avant-bras relevés; les mains tiennent
des boutons de lotus à longue tige. EUe a comme · vêtement une
sorte de courte jupe décorée, comme coiffure une mitre pointue,
comme bijoux: aux oreilles de lourds ornements, un collier, uu
gorgerin qui descend enh'e les seins, des bracelets aux bras et aux
avant-bras.
Des renseignements fournis par le huyçn de Phù Cat en 190 t, il
résulte qu'une figure de femme, désignée par les Annamites sous
le nom de Bà Chàng (diablesse) aurait été transportée de la Tour
d'or à la Résidence, et l'élimination des autres pièces ferait sup-
poser que c'est celle-ci.
D. Sous la pièce B se trouve une pierre semblable à la pierre A,
avec décor d'entourage identique; il n'en reste que le buste et les
jambes, vêtus d'une espèce de jupe. Cette pièce en raison de sa
similitude avec A parait avoit· la même origine, les tours Du'o'ng
Long.
E, F. Sous A et C se voient E, F: E, corps de moulures de
pierre formant angle, se compose d'un talon avec son listel et d'une
frise saillante de fleurons losangiques; F, fragment analogue mais
à décor de frise différent, porte des rosaces séparées par des fleu-
rons. Il y a lieu de croire que tous deux représentent la partie
haute et basse d'un même ~oubassement. Nous ignorons leur pro-
venance; mais, seules des tours qui en eurent en pierre, celles
de Vân Tu'O'ng n'en ont gardé aucun fragment reconnaissable.
D'autre part ces éléments correspondent exactement au style de

~I) Celte sculpture porte au dos l'indi- Nho'n, l'autre aurait été envoyé Il Hanoï
~hon suivante: "N°, un chiffre indis- où il nous a été impossible d'en trou-
hnct_ Hanoï, résident. ~ C'est sans doute ver aucune trace. Peut-être l'expédition
Un des deux tympans de IJ.l'nr, Th;~lIh est-elle restée Il l'éLat de projet. Pc 111-
dont {lade M. Lemire (voir ci-(]essolls, être est-cc la pièce C (Ill musée Guimet.
p. 153); l'un d'eux serait l'esté à Qui (Cf. chap. x.)
1ltlJ DU CAP VARELLA À LA POI NTE SAHOI.

ces édifices et il est sûr que des morceaux de décor ont été empor-
tés de ces tours à Qui NhO'n. Il y a donc tout lieu de croire que
telle est bien l'origine de ces sculptures. La preuve n'en est cepen-
dant pas assez certaine pour que nous nous croyions en droit de
les décrire au chapitre de ces tours.
G. On intéressant bas-relief à deux rangées de femmes à genoux
a été rapporté des Tours d'argent: il y est décrit.
H, 1 sont deux fragments sans grand intérêt; ils n'ont pas été
classés; l'un est une figure d'angle, l'autre un fragment de tympan
ou de métope.
J, K, L. Trois fragments de piédestal circulaire qui proviennent
des fouilles (t 90 1) des ruines de HU'ng Th~nh ont été trans-
portés à la Hésidence en t 90 t ou 1902. (Voir ci-dessous, p. t 5:2.)
M. Ullefigure d'un type analogue à A, mais à mi-corps seule-
ment, est entrée par nos soins à la Résidence en 1902; ene gisait
abandonnée au bord de la lagune; elle a sans doute la même ori-
gine (DU'o'ng Long). -
N. Dans le même jardin a été déposée, par les soins du P. Du-
rand et de M. Saint-Chaffray, alors résident à Qui Nho'n (1906),
une curieuse divinité extraite des ruines de Xuiin My. (Voir p. 156.)
De plus, à cette heure, si nos instructions ont été suivies, un
certain nombre de pièces intéressantes provenant, comme l'alfirme.
unc citation de M. Lemirc, des tours de HU'ng T1wnh ont été dé-
posées au même lieu (1).
O. Groupe de danseuses; fragment de frise. Elles portent bra-
celets aux poignets et aux chevilles et, comme d'ordinaire, ont le
sampot ~ascuIin .à p~n. recourbé au lieu du sarong plutôt féminin.
Leur cOlfl~rc ~st mdlstmcte, milt,c ou haut chignon.
P. Motif d angle rcntrant tIe soubassement; ne pourrait Huère

(Il Voici le passage en question: "Les


gasill royal ~ de Qui Nho'n, aujourd'hui
débris sculptés ùe l'une (des tours de
ùémoli (LEmRI!, Aux' anciells mQIIUmellts
Qui .Nho,n, en réalité Hn>ng Th ..mh) ont
des Kiams, Tour du monde, n' du 25 dé-
servI aux soubassements de l'ancien rna-
cembre 189li, P.1107,col. 2).
DÉPÔT DE QUI NHO'N. 145
provenir que de la tour S., la tour N. centrale ayant le sien, et
l'ancienne tour N. paraissant être l'estée en épannelage po~r cette
partie.
Q. Nouvelle frise de danseuses. La position du bouton de lotus
qui n'cst pas tenu par la danseuse montre bien que ce motif n'est
plus compris ici.
M~mes observations pOUl' le costume.
R. Frise: deux singes brandissant des sabres. La fin d'un troi-
sième vu de dos. Entre eux un arbre, ou une lame verticale.
S. Frise de monstres à queue et tMe de lion luttant contre des
lions; pieds d'un lion d'angle à droite.
T. Grandes doucines ornées d'oves éames très chargées.
U. Tête et bras levés d'un Cal'uqa d'angle.
V. Suite de la frise des combats de lions et de monstres, mais
non alternés (même motif que S.).
X. Frise de monstres mi-humains, mi-léonins; les deux pre-
miers affrontés se tiennent parla queue, le troisième, dans le mou-
vement du deuxième, saisit le bras levé du précédent qui tient un
s~~re, et cette même attitude se répète sans discontinuer jusqu'au
sIxIème, le septième tenaut le bras du huitième et non du sixième .
. Un élégant décor enferme cette frise.
Y. Doucine de soubassement, grands décors d'oves èames, ana-
logue à T. .
~. Autre fragment de doucine de cimaise, angle rentrant. Il est .
vraIsemblable que la plupart de ces pièces proviennent de la tour
.N. détruite à HlI'ng TI1<).nh, car elles ne trouvent pas leur place,
sauf P, dansles tours subsistantes.
En plus des pièces réuIlies à la Résidence, se voient chez M. Ri-
d ,co1on pl'ès de Bông So'n,
deau . dans sa maison
. de Q.ut' NI 10'n •
eux morceaux :
a. L'un qui paraît provenir de HU'ng Th~nh, nâga d'angle sans
grand intérêt.
b. L'autre.' qui est un beau fragment de piédestal carré et dont
!~lI!!I. - 1. 10
UG DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.

l'ornementation rappelle celles des piédestaux de Hu'ng 1'lwnh. li


pl'ovién~ sans doute de Cabàn, cal' il a été retiré du trQ.m voisin
où il servait de pierre à affuter les couteaux.
Sur un point de Qui Nho'n plus éloigné nous trouvons encore
deux fragments dans la maison que le tông dôc de Binh Binh a
fait construire, en 1902, près et aux dépens de l'ancien magasin
à riz. Ils furent d'ailleurs extraits des soubassements de ce del'l1ier.
c. L'un est une partie de soubassement de pierre de la tour N.
(ancienne tour centrale) de HU'ng ThQ.nh.
d. L'autre est un lion de grès de 0 m. 55 de large environ et de
o 111. 65 de haut, déposé sur la base du mât de pavillon. C'est un
bas-relief qui se détache d'un prisme brut sans tenon.

GROUPE DE nU'NG TII~NII.

Ces tours dépendent du village de HU'ng ThQ..nh, canton de


. Duong An, phu de Tri Phu'o,c.
Elles ont pour nom annamite Thap BÔi (paire de tours), nom
récent, car la chute d'une troisième n'est pas très ancienne.
Ce groupe, orienté à l'E., se trouve en terrain plat, au pied d'une
coUine, près de la route de Binh Binh à Qui NhO'n et à 3 kilo-
mètres environ de cette dernière ville. Ce sont les restes d'un mO-
nument plus important composé de trois kalan, d'un édifice Sud,
probablement d'une grande salle avec ses annexes, le tout enclos
dans une enceinte qui aux angles de la face E. enfermait deu~
bassins (pl. XXX).
De tout ce.t ensemble il ne subsiste que la tour S. et lato.ur
centrale, déSignée dans cette étude sous le nom de tOlIr N. L'eXIS-
tence de la dernière et de l'édifice Sud est attestée par les tradi-
tions recueillies par MM. Navelle (I) et Lemire.
Ces traditions sont confit'mées pour le troisième kalan par la

(1) NoWELLE, De Tltilllli ait Hia, Exc. et Reconn l XIII 0 1."


',. , n 29, p. 1 [J i).
GROUPE DE HU'NG THJ}.NH. 1lt7

présence des pierres de son soubassement, restées en épannelage,


et par cene d'un {faru(la d'angle qui ne trouve pas sa place dans les
deux ault'es; pour l'édifice Sud, par' un tertre de briques allongé
reconnaissable sous la brousse épaisse. La grande salle avec ses
annexes semble indiquée ·par l'étendue de l'enceinte; les bassins
par deux rizières profondes ct rectangulaires, semblables, symé-
tl'iques à l'axe, et dont la présence étonne au milieu de l'étendue
sablonneuse.
Il ne reste rien de l'enceinte primitive, des vestiges seulement
de la pagode qui succéda en son milieu au temple cam, et enfin les
piliers de la porte d'entrée annamite, posés sur les fondations de
l'ancien enclos.
Les briques qui permettent de suivre cette muraille ne pro-
viennent pas d'une clôture annamite détruite, car les pilastres de la
porte se dressaient isolés: leurs quatre faces sont en effet enduites
de chaux.
Près de l'endroit où aurait dlÎ se trouver la grande saHe, se voit
un l~rge puits qui pourrait être d'origine came, et un ~onolithe de
?ranrt blanc dont les faces latérales, abattues obliquement, tendent
a converger. Ce bloc mesure plus de 3 mètres sur 1 m. 50 et
o ~. 60; son poids doit dépasser cinq tonnes; son transport en ce
'1
pOint reste un véritable mystère.
En' plus des fragments de pie~re gisant entre les tours, il s'en
edst co~servé un certain nombre aujourd'hui déposés à la Résidence
e QUI Nho'n.
t Les deux kalan subsistants ont de notables différences avec le
ype ordinaire surtout dans la composition des parties hautes.

XX~ur Nord (ancienne tour centrale). - A l'intérieur (pl. XXX et


'. l, et fig, 29), on ne peut dire au juste où commence la voûte
qUI
B' consiste seu 1ement en un mflechissement
. " . é l' d .
11'1' gu 1er es parOIS.
leu' qu'elles soient dégradées elles ne le sont pas assez cependant
Pour q u ' o n ' ' , d' h
ne pUisse reconna~tre qu'il n y a pas eu e mc es à
10.
U8 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.

luminaire. Le couloir d'accès assez court se détache d'une niche


sous voûte, de 0 m. 40 environ de profondem; il est couvert par
un véritable plafond de pierr~ formé d'une suite d'arrière-linteaux
sous voûte ordinaire.
Il existe une partie du soubassement composé de cinq énormes
assises de pierre; deux assises supérieures paraissent nues ; la sui-
vante, en forme de grand quart de cercle recoupé en deux bandes
par des listels, présente deux frises de décors ornementaux
inclinés dans le même sens. La cinquième de pareille disposition a
un décor identique mais retourné. Enfin, sur l'assise intermédiaire
qui est la quatrième, la frise est composée de figurés de monstres,
opposés dos à dos. Des {JajasÏJ!,ha d'un mouvement très contourné
alternent avec des lions dressés, mi-humains, mi-animaux, bras en
l'air, jambes étendues, queue retournée. Entre eux se voit un petit
animal qui paraît avoir des cornes de cerf. (Cf. B. E. F. E.-O., t. J,
p. 253, fig. 41.)
Les pilastres sont nus, celui du milieu beaucoup plus large. La
base est d'un type . un peu spécial qui peut correspondre cepen-
dant à l'épannelage du système habituel à doucine. Il ne semble
pas y avoir d'appliques.
La corniche est du type à doucine. Un grand gal'uqa occupe
tout l'angle et porte un petit personnage les bras étendus. La
grande face est ornée d'une série de monstres aux membres
déployés.
Une suite de métopes tiennent lieu de bahut. Elles sont aU
nombre de sept: celle du centre est une figure assise ou dausant;
aux côtés et aux extrémités, des gajasÏl!lha; entre euX d'autres
figures assises. Sur la façade O., l'image centrale est un petit per-
sonnageà six ou huit bras. .
Les trois fausses portes paraissent semblables; celle du S. presque
c?mplète en montre les dispositions: elles ont quatre plans sucees- '
sIfs, couronnés par quatre ogives un peu accoladées avec archivoltes
richement ornées. Les deux faces les plus voisines du mur portent une
GROUPE DE IIU'NG TH~NII. 1l.9

Fir:. 2!). - Hu'ng Thilnh.


Lr.s deu\ Lour~. r~ce o.
150 DU CAP VARELLA A LA POINTE SAlIOl.
corniche réduite. De même les deux faces postérjeures ont un profil
de base réduit par rapport à la base générale, tandis que les deux
suivants n'en ont aucun. Le décor ornemental occupe tout le tym-
pan, sauf une niche centrale intérieurement garnie d'une dalle de
pierre, sculptée en bas-relief et dont le décor affieurait au plan du
décor de briques. Entre les pilastres centraux, peut-être bulbés
dans le bas, le plan de la fausse porte montre un décor à double
cadre long qui peut simuler une menuiserie.
La masse générale des parties supérieures du lcalan est enfermée
dans une pyramide curviligne, au lieu de se silhouetter en suc-
cession de ressauts. Il n'y a donc aucun des éléments ordinaires,
La voÜte s'orne d'une série de -doucines dont six sont encore en
place. Elles déterminent des bandes occupées sur chaque face
par cinq niches très simples qui vont en se réduisant; la niche
centrale est accompagnée de deux motifs latéraux. Au premier
rang, eHe contient une figure de pierre, assise, les mains jointes,
entourée d'une double auréole flammée et flanquée à droite et à
gauche de deux niiga de pierre en haut relief. Un fragment de ces
niiga g1t non loin de l'angle N. O. Il porte deux têtes grossières
enfermées dans un décor ornemental. Aux angles, un groupe de
cinq grands niiga vient occuper l'arMe de la bande. Ils forment
:motif avec une courbe tracée dans la brique tandis que .la doucine
se profile au-dessus, Les rangs se superposent en répétant les
mêmes dispositions, mais simplifiées; la niche centrale est accoIJ1~
pagnée seulement d'un renfOl't de hriques sans décor ni sculpture
de piel'l'e.

Tour; Sud. - L'intérieur de la tour (pl. XXX .et';: XXXI, et


e
fig. 29) est assez mal parementé et s'infléchit pour former votlt
continue comme à la tour N.; les angles ont des trous de scellement
au niveau supérieur de la niche dans laquelle s'ouvre la porte. Les
niches à luminaire manquent. La sorlie de la salle présente les
mêmes dispositions; la senle difl'é,'enee est dans J'cncol'bcllenlellt
GROUPE DE HU'NG TII~NH, 151

droit qui remplace la voûte pour la terminaison haute de la niche E.


Le plafond du couloir constitue arrière.:..liQteau. Les crapaudines
sont énormes ( 0 m. 15) et conviendraient mieux à des vantaux de
. " • .. A •
pierre qu a une menUISerIe meme maSSIve.
Une entaille parallèle à l'axe conduit, dans le seuil, à chaque trou
de tourillon, disposition qui existe dans l'arrière-linteau et ne se
présente pas dans le linteau 1ui':"même. Cette bizarrerie ne peut
s'expliquer que par un changement de parti dans l'exécution: il ya
lieu de penser que le constructeur cam, craignant la rupture du
linteau très chargé et déjà affaibli par les trous de tourillons, re-
nonça à poursuivre, sur sa face inférieure, les rainures déjà prati-
quées dans l'al'l'ière-linteau et préféra les creuser dans le seuil où
elles ne présentaient aucun risque. Ce dernier était, qu'a nd nous
l'avons vu, complètement dégagé par en dessous et en porte-à-faux;
1I0US l'avons consolidé par un empilement de matériaux. .
Le soubassement est détruit presque en totalité; dans l'angle S.O, .
une grande bande de pierre encore en place indique qu'il se com-
posait sans doute d'un parement de pierre. Son ensemble se
retourne autour des fausses portes et en suit le mouvement. Les
pilastres sont nus; le pilastre central un peu plus large que les
autres " , ]
" s epanoUlt encore à droite et à gauche par une )rusque
sallhe au-dessus du couloir d'accès. La base est d'un type un
peu spécial qui peut d'ailleurs correspondre à l'épannelage du
système ' d " L '
h a OUCUle. a corniche, de même profil, se termme en
aut par une frise de pierre qui représente, au milieu, une figurc
combattant b ' .
' ,e, ras et Jambes allongés, et, de chaque côté, une SUIt,C
de SIl am
maux : 1'1 s ont quatre pattes et tournent en arrière
' un
museau
, pom ' tu. 'A 1a face S. cette frIse
.subit
' une légère mo d'fi 1 1-
cahon' l ' , ,
,1 n y a pas de motIf central et les allimaux sont affrontés;
SUr les a t f
Ures aces elle est tombée. La corniche est occupée aux
angles pa A
de 1 l'un garu{la penché en avant. Il a les bras relevés aux cotés
A ' sur.ses al'1 es qUI. lOrment
a tête r une sorte d' aur é'0 1e au t our
' de lUl.
'
ux faUsses pOI'tes, très ruinées, le décor est constitué par trois
H>2 DU CAP VAnELLA À LA POINTE SAIIOI.
ou quatre corps qui vont en se réduisant de largeur du parement
du mur à l'extérieur. Sur chaque corps un ft'onlon ogival est
richement sculpté; le tympan central présente un creux où dut
êtt'e inct'Ustée une figure de pierre.
Le sanctuaire offre aujomd'bui une couverture en coupole ogi-
vale à quatre pans suivant le système des constructions de Bâng An.
C'est un arrachement très grossier: aussi semble-t-il qu'une suc-
cession de profils horizontaux cachât cette maçonnerie. Au-dessus
de la frise face N. en effet., un bloc de pierre présente d'abord une
doucine, puis une frise; à l'angle se voit une tête de monstre,
ensuite une figure les bras étendus et les jambes ployées, enfin UIl
de ces animaux indiqués plus haut.

Nous avons sur ces tours quelques renseignements qui leursont


communs. Toutes deux ont perdu leur idole. Nous n'avons retrouvé
dans les fouilles faites en avant de ces édifices pour dégager les fon-
dalions des vestibules présumés que des morceaux de piédestaux
circulait'es et une grande dalle carrée qui dul servit' de base au
piédestal de la tour Nord.
Celui-ci est recreusé sur sa surface supérieure d'une cuvett.e octo-
gonale peu profonde, qui semble indiquer la présence d'un lÏliga.
Ces piédestaux portent diverses moulures en tore vrai ou aplati,
richement ornées. Un fragment circulaire aux décors presque senl -
blables gisait dans un chemin à quelque distance du monumellt;
nous l'avons fait amener sur le terrain de celui-ci; peut-être appa l'·
tient-il au piédestal de la tour S. Ces pièces transportées à la fin
de 1901 à Qui Nho'n, en dehors de notre volonté, sont actuel-
lement dans le jardin de la Résidence (lettres J, K, L de notre
étude de ce dépôt).
Dans les pièces déposées en ce point est peut-être l'un des
tympans des fausses portes. Un certain nombre de sculptures pl'O-
venant de ces ~;alan ont été en effet transportés à la Résidence
quand M. Lemire était administrateur de cette province. Il donne
GROUPE DE HU'NG TIIJ).NH. 153
à ce sujet les renseignements suivants(l) : cr Une niche ogivale se
trouye au-dessus de chaque porte ... (2). Elle renfermait à demi-
relief un buste nu de femme portant une riche coifTureet tenant à
la main une (leur de nénuphar. L'un de ces bustes est ici, l'autre
à Hanoï; tous deux sont destinés à la France.'" Ce passage ne peul
s'applique,' aux portes extérieures dont le décor est en génél'al
beaucoup plus important. De ces bustes, l'un, celui de Hanoï, est
pcut-êh'e la pièce C du Musée Guimet (voir chap. XI); l'autre est
vl'aisemblablement la pièce TI de notre étude du dépôt de Qui
Nho'n. Enfin, au sujet du couronnement de ces tours, nous avons
deux données contradictoires. D'une part une tradition, recueillie
par M. Lemire, veut que ces tours aient été surmontées d'une
boule et d'une flèche dOl'ée; ladite boule aurait été emportée par
l'équipage d' un navire eUl'o!léen il y a plus de deux cents ans (:\).
D'autre part, il semble qu'on puisse reconnaHre la hase du COUl'OIl-
nemellt d'un des kalan dans une pierre qui sert d'autel à un pagodon
annnmite voisin des tours, à leur midi. Cette pièce est carrée
ct prf~sente, au-dessus d'un quart de rond, une ogive centrale cL
deu~ ~emi-ogives d'angle; elle indique la terminaison en pyramide
curvlhgne ordinaire et ne se prête guère à servir de support à
une hampe ni à un porte-hampe, Nous verrons à Du'o'ng Long
que cette h'adition devrait plutôt être rapportée à ce dernier
gl·oupe.
Enfin sur les deux halan, le peu de surface occupé par l'arl'ache-
tn nt
: de la voûte de la porte, par rapport à la hauteur des fausses
ales latéTales, ferait supposer que cette entrée lut précédée d'nne
s~rte de vestibule. Une fouille rapide faite en avant de chacune
1\ a don n ~ ). .
e il ce sUjet aucun renseignement.
Les' . ,.
,,'lames (Ill mll/, l)ill/, Exc
. (1)
et Il econ oursXl " •
au dedans de ces édifices; cela constitue-
l') N n., V, n° 32, Il. 211. rait d'ailleurs un fait absolument anormal
Ous avo .
par d . ns suppmné et remplacé dans l'arl cam. .
qu1 Sont certa' les mots ~ à l'intérieur ~
o es pOlOt~, (3) Loc. ciro et Aux anciens monuments

'a nnU 1 mement un lapsus, car il n'y des Kiams, Tour du monde, n° du 25 dé-
e p ace pOUt' une telle disposition cembre t 894, p. 408, col. 1.
1511 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOJ.
Il ne reste rien des po J'tes d'entrée (1).
Un certain nombre de sculptures qui semblent provenir de ces
tours, frises et soubassements, sont réunies dans le jardin de la
Ilésidence de Qui Nho'n; ce sont les pièces 0 à Z, a, cet d de notre
étude sur ce dép6t. La plupart, comme nous l'avons indiqué en
ce point, doivent ~tre rapportées à la tour N. ancienne, mais le
fait n'est pas assez évident pour que nous pensions devoir les
décrire dans le présent chapitre.

DÉfims èAMS SUR LA ROUTE DE QUI NIIO'N À BINH D!NII.

Sur cette route, non loin des tours de HU'ng Th~nh, se trouve une
trentaine de longues daBes de granit, de ft à 5 nlètres de longueur,
non classées. Ces pierres, dont un certain nombre fut employé
pour former le pont voisin, il Y a quelques années, sont. données
par les Annamites comme des pièces cames. La tradition voudrait
qu'elles aient été apportées en ce point pour servir à l'érection
d'un édifice, projet que des guerres auraient fait abandonner.
Il est plus probable qu'eHes ont retrouvé à cette heure leUl'
ancienne destination. Cette tradition nous a été rapportée par
M. de Blainville qui, en qualité de chancelier de résidence à
Qui Nho'll, dirigea l'exécution du pont.

QUAN TINII.

Vestiges. - A une lieue environ des ToUl's d'argent, vers le


S. 10° O., est une colline d'une médiocre hauteur et de forme com-
pliquée portant le nom peu caractéristique de Nîti MOt (colline
(1) M. Navelle (lac. cit.) donne à ce que la ruine du vestibule a faite exté-
sujet les l'enseignements suivants : rr La rieure, Les dimensions concordent exacte-
baie ùe la granùe tolU' mesure 2 m. 25 de ment: le fronton surplombant était indi-
hautem' sm' 1 m, 15 de largeur; elle est qué à M, Navelle par l'avancée de la pier're
surmontée d'uu fronton qui s'avance en (lui formait plafond au couloir antérieur"
smplomb et dont le tympan était orné el l'imparfait "était" montre que la pré-
d'un bas-relief." Mais ces indications pa- sence d'un has-relief n'est qu'une hypo-
raissent se rapporter à la pOI'le intér'ieurc tlrèse.
.XUÂN MY. 155
isolée). Une trace de mur en piene sèche qui suit le contour su-
périeur de son sommet et quelques fragments de briques très ron-
gées et décolorées, pal' conséquent d'une tt'ès grande ancienneté,
pourraient faire supposer qu'il a jadis existé en cet endroit une
construction came. Ce point dépend du viHage de Quan Tinh,
canton de Nho'Il An ,phu de Tri PhU'6'c.

SO'N TRI~U.

Vestiges. - Sur le sommet d'une coUine voisine de Binh Lâm


et détachées de J'ensemble de la colline de Ky So'n, presque exac-
tement dans l'axe de l'édifice principal des Tours d'argent et au
S. 20° E. de l'emplacement signalé plus loin à Xuàn My, les traces
d'un autre édifice se reconnaissent à un double nivellement et à
un tertre de décombres qui occupe le centre du plateau ainsi ob-
tenu. Des déhris de briques cames confirment l'hypothèse. L'orien-
tation ne paraît pas régulière, car la face postérieure du plateau est
N. N. E.-S. S. O. Ce point dépend du village de PhVng So'n,
canton de Quang Nghi~p, phù de Tri PhU'ô'c.
Statue. -- Notre hypothèse s'est trouvée vérifiée par la décou-
verte SUI' ce point en 1908 d'une statue analogue à celle de Xuân
My qui sera décrite plus loin. Nous devons au P. Dubulle, qui l'a
déterrée, les renseignements suivants: sa hauteUl~ est de ~ mètre
environ; elle est assise à l'indienne devant un chevet, les bras'
allongés sur les cuisses; sa coifl'ure est un mllku!a à étages. Elle
était culbutée près de la face O. des fondations de l'édifice.
Une pierre qui sert de base au mât de pavillon du marché de
Ph\ll1g So'n , proviendrait é/{alement de co point.

XUÂN MY.

Vestiges. - A 3 kilomètres environ au S. de la tour de Binh


Lâm, dans des terrains pauvres qui dépendent du village de Xm\n
My, canton de QIHing Nghiçp, phl' de Tri Phu'ô'c, se voient les
15G DU CAP VARELLA À LA POINTE SAIIO!.

traces vagues d'un sanctuaire démoli vers 1893 ou 1894, au pro-


fit, parait-il, de la Résidence ou de la Mission voisine. C'est le
temple que M. Lemire désigne sous le nom de tour de Keson (1).
Le monument se composait d'un kalan orienté à l'E. et de deux
~difices au N., l'un très voisin, l'autre plus éloigné. Les notables du
village, de qui nous tenons ces renseignements, nous ont affirmé
que les constructions étaient, lors de leur démolition, dans l'état
où se trouve à cette heure la tour de Hinh L~m; d'après leurs dires
confus, les décors en étaient analogues. Il n'en reste plus rien au-
jourd'hui. D'après une tradition recueillie sur place, et qui nous
fut communiquée par le P. Durand, il s'y trouverait encore deux
stèles enterrées.

Statue. - Une statue intéressante a été extl'aite du sol pal' les soins
du P. Salomez, sur les indications du P. Durand, et transportée
à la Résidence de Qui Nho'n où nous l'avons inventoriée sous la
lettre N. C'est une petite déesse assise à l'indienne devant un chevet
tet'miné en accolade. La divinité a les deux mains fermées posées
. sur les genoux; la droite tient un objet en forme de c6ne curvi-
ligne; la gauche un objet spiralique, une conque (?). L'animal figuré
sur le socle est un oiseau éployé, dont la t~te de cMé porte une
aigrette. La figure est souriante; les oreilles sont stylisées, les seins
forts et rapprochés. Le ventre montre les plis de la maternité; le
tOl'se est nu, car le nombril est apparent. Le costume se compose
donc uniquement d'un sarong rayé. Il est indiqué si maladroite-
ment qu'il passe sur la jambe droite comme un sac qui l'enfermerait.
Son décol' consisle en bandes min~es et nues, alternant avec des
bandes plus larges ornées de losanges. Il n'y a pas de pan central;
mais on voit en ce point un décor différent. La coiffure paraH com-
posée des cheveux seuls montés en fOl'me de 1nulmta; ils constituent
même fJ'oulal et décor en ailes del'l'ière les oreilles. Il v avait sans ~

(1) LEMIRE, Aux nnciciis mOlllllncnl.ç dc.ç I\ïmns', TOllr .lu mondp., n° du 9.5 dé-
cemlJl'c 189~. p. ~1{1, col. 1.
GROUPE DES TOURS D'ARGENT. 157

doute trois étages de chignon séparés par des rangs de perles; les
deux supérieurs manquent.
Outre les rangs de perles de la chevelure et un autre à sa base,
on voit encore comme bijoux : un grand collier plat à deux rangs
qui selTe le cou et vient en pointe entre les seins; des boucles an-
nulaires dans le plan du lobe; des bracelets de bras en perles à
plaque simple, d'autres de même, sans plaque aux avant-bras.

GROUPE DES TOURS D'ARGENT.

Ce gl'oupe se trouve sur le territoire du village de Dai LQc,


canton de Nho'n An, phu de Tri PhU'6'c. Il est appelé par les
Annamites Bank ft ou Tkdp Bà .Mdu Thiên ou Tant ndp et par
les Français rr Tours d'argeIlb (I); il s'élève (pl. XXXII) sur une
coUine au-dessus du chemin qui conduit de Qui Nho'Il à la route
mandarine et à 500 mètres environ de la rencontre de ces deux
voies. Cette c~Binepousse un prolongement vers l'E., et vers le S.
un autre qui se relève en .un petit mamelon. Le sommet pl'incipal
est régularisé suivant les quatre faces d'une pyramide tronquée
rectangulaire et recoupé en trois gradins successifs qui paraissent
avoir été soutenus par autant de murs de briques. Cinq tours,
un édifice Sud et une grande saHe au moins constituaient le
groupe.
Le temple était annoncé par une tour à laquelle semble avoir
conduit une chaussée N.-S. venant de la rivière. Cet édifice com-
plètement détruit est indiqué seulement par un tertre rectangulaire
à centre déprimé et de nombreux débris de briques. De là partait
l~ne autre chaussée très peu élevée, mais encore parfaitement dis-
tIncte, longue de 250 mètres environ; elle conduisait à un emrnar-
l'l B'
anltl '!t est 1e nom d" un galeall qm. par mon interprète lors de l'étude !fue
a la forme d'une pyramide rectan(Tulaire' j'ai raite de ce sancluaire en 1901; les
Th' . 1 i l '
ap Ba Malt Tltiên "tours de la mère ver- deux autres sont donnés par M. Navelle
tueuse~: Tam TI,d,) -les trois tours~. (De Tltinai mt Ela, Exc. et rec., t. xm,
Le premiel' de ces noms a été recueilli n° !19,P. 147)'
158 DU CAP VARELLA ,\ LA POINTE SAHOI.
chement d'une centaine de mètres de longueur, qui menait à l'en-
trée d'une seconde tour à deux portes. -Le chemin d'accès traverse
celle-ci en suivant une pente assez rapide, puis l'emmarchement
reprend pendant quelques mètres pour aboutir à une première
terrasse, qui n'est que le prolongement E. de la colline: Une salle
à trois nefs, du type de la salle inférieure de PÔ Nagar de Nha Trang
et de la salle aux piliers à B611g Du'o'ng, doit y avoir existé, mais
les fondations mêm~s des murs ou des piles ne s'y reconnaissent
plus que par la trace des fouilles faites pour en extraire les ma-
tériaux.
Derrière ces vestiges d'édifice, d'une trentaine de mètres de
long, reprend un peu plus loin l'emmarchement; il conduit à la
terrasse supérieure occupée par le kalan central et l'édifice Sud,
orientés tous deux vers l'E. avec un écart de 12 0 N.
Ce groupe central s'accompagne au S. d'ùne tour d'abri au
niveau de la grande salle; on y descendait ault'efois par un emmar-
chement; il n'est plus reconnaissable qu'aux fouilles qu'il a causées.
En avant, toujours vers le S., l'éperon de la colline est nivelé sur
une vingtaine de mètres à la hauteur de la terrasse de la grande
salle; le terrain subit ensuite une décfivité de près de bû mètre~
sans trace d'emmarchement, reste plan sur une longueur égale,
descend encore pendant une centaine de mètres et se relève sur
60 mètres environ pOUl' former un mamelon dont le sommet nivelé,
occupé aujourd'hui par un tombeau annamite, a dll porter jadis un
balltllli; il n'en reste que des traces assez peu distinctes qui ne
consistent guère qu'en fragments de briques.

Tour centrale (pl. XXXII, XXXIII, XXXIV, XXXV, et fig. 30).


- La tour centrale est du type réduit, elle est profilée comme
tout le groupe dans le système à doucine. L'intérieur en est très
ruiné; il s'éclaire non seulement par la baie d'entrée mais encore
par deux ouvertures pratiquées dans le mm' O.; ce percement mal-
heureux date du temps où ces sanctuaires furent le centre d'un
GnOUPE DES TOURS D'ARGENT. 159
poste militaire. Il est impossible, dans l'état de dégradation où sont
les parois, de savoir si des niches à luminaire ont existé. Cette salle
abritait, d'après M. NaveHe (Exc. et rec., t. XIII, n° 29, p. 144), Ulle
st.atue de Çiva. La porte d'entrée a complètement disparu, sauf
un linteau de pierre; elle ne paraH pas avoir eu de piédl'oits en
cette matière; leur chute ou leur arrachement eût sans doute

FiG" 30. - Tours d'al'w;nl,


Tour Pl'incipnle ct édifice Sud, anr,le N. E.

laissé des traces ou entraîné la ruine du linteau. Quant au seuil


dont l'absence serait un fait unique dans l'art cam, il y a tout lieu
de ci'oire que sa disparition est due aux besoins du poste militaire.
Sur le linteau s'élève un tympan de briques légèl'ement recreusé
. en un arc de cinq segments ù. faible com'bm'e. .
Le vestibule, simple couloi,,, est couvert par une voûte à encor-
160 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
bellement en coupe de cloche qui se relève en son milieu en une
haute cheminée.
Extérieurement le soubassement général est un bahut de 0 m. 80.
Les pilastres d'angle ont une saillie plus forte que les autres. La
base est ordinaire et les appliques sont à double face. La comiche
offre dans l'arrangement de la frise à guirlandes pendantes un
curieux détail de construction et dé composition. Cette frise, ici
sculptée, l'est partie dans la brique, partie dans une bande de
pierre, sans doute en placage.
Les fausses portes ont un triple corps à fronton indépendant.
Le corps postériem présente une base à appliques, analogue en ré-
duction à celle de la tour, et une corni~he de briques décOl'ée de
petits personnages accroupis. Son fronton avait cinq faces, quatre
sculptées et une nue derrière un rang de feuilles rampantes fichées
dans ia précédente. Au centl'e du tympan se voit un nouveau
petit fronton également décoré. A la fausse porte O., le fronton de
l'arrière - corps semble être occupé par deux monstres aux côtés
d'une ogive en saillie. Corps intermédiaire et corps antérieur sont
au même plan. Le corps intermédiaire soutient sur corniche et ba-
hut un groupe de trois frontons, le dernier servant de fond à une
rangée de feuilles rampantes fichée dans l'extrados du deuxième.
Le corps antérieur très ruiné est reconnaissable en partie à la
face O. Un personnage de briques, dont la tête en pierre a disparu,
enfermé dans une niche, garnissait l'espace laissé vide.par deux pié-
droits. Au-dessus s'élevait sUl' un probable linteau de piel're, pM'-
tout tombé, un fronton à quatre faces ri~hement ornementées. Un.e
tête de monstre décore le sommet de l'ogive aux deuxième et trOi-
sième faces en partant du centre.
Au premier étage, la corniche paraît d'un type un peu spécial:
elle présente une frise à guirlandes pendantes d'un décor particU-
lier: de têtes de monstres sortent des guirlandes et des rinceau~;
dans l'espace enfermé par ceux-ci se voient des animaux à pattes
courtes et à longues oreilles, des lapins sans doute. La frise de
GROUPE DES TOURS D'ARGENT. 161
grande face montre dès quadrupèdes agenouillés qui s'affrontent et
dont la t~te pointue, en bec de cigogne, se retourne en arrière.
Un amortissement d'angle est assez bien conservé à l'angle N. E.
Sa base, le bahut continu sans doute, est ruinée. Au-dessus s'élèvent
cinq étages de moulures ornées aux angles de pièces d'accent, au
centre d'appliques richement sculptées, mais où toute l'importance
est donnée au fronton aux dépens du corps. Le profil de ces mou-
lures semble être un groupe de deux doucines opposées. .
La niche de la face E. est à double corps. Le fronton est double,
la partie antérieure est très saillante et très décorée; elle se ter-
mine en haut pal' une tête de monstre et enferme un tympan de
pierre. C'est une figure humaine, presque entièrement brisée,
assise il califourchon sur un bœuf agenouillé, de bonne facture.
La corniche du deuxième étage répète la précédente et s'orne
d'une frise d'animaux. La f<lusse niche est à double face et ne
parait pas avoir présenté de sculptures. Le troisième étage n'a que
deux pilastres, renfermant une niche réduite à un seul corps.
Au vestibule, pas de dispositions très spéciales. Le même sou-
bassement en bahut le supporte. La base manque, la corniche est
du type h<lbituel. Elle présente une frise de singes assis de côté qui
port~nt des bracelets aux poignets et· aux pieds. Au-dessus de la
corllIche le bahut est formé d'une série d'appliques à deux faces;
la première près du fronton du vestibule est remplacée par une
~ét~pe en pierre portant une figure assise de biais dans la place
Ou 1on voit à Hoù Lùi un éléphant.
d' ,L'extrados de la voùte légèrement en coupe de cloche tient lieu
etage. Au milieu de l' extrados s'élève une sorte de petit édicule
1 ., dél'a
cané ' par ma l eur,
. se, h 'a sa pat'tIe
. superIeure.
, . Il es t perce' d e
a chenllné e SIgna
. lé'
e a 1" mterleUI'.
"
La façade du vestibule (pl. XXXII) présente quelque analogie
avec les [ 1 .
h ausses portes. Les parties basses manquent, es partIes
eautes mo n t rent d eux groupes de frontons qUI. sem bl ent m
. d'lquel'
n dessus au t ant d e corps. Le corps alltéI'leur
. If'"
0 raIt amSI quatre
ANNAl!. - 1. 11

IMJ'I:HlnIlE ffArlO!ULI:.
1G2 DU CAP VAHELLA i\ LA POiNTE SAHOI.
faces superposées; les trois premières couvertes de sculptures, la
dernière formant fond à un rang de feuilles rampantes en terre
cuite fichées dans t'extrados. Au-dessus le deuxième corps se ter-
minaÏl par un grand fronton richement orné. Son décor sc retourne
à droite et à gauche en volutes et vient portel' un fleuron à l'inté-
rieur du tympan en U renversé qu'eUes encadrent. Au centre de
ce nu se voit une petite niche également décorée.

Édifice Sud (pl. XXXHI, XXXVI, et fig. 30). -- L'édifice Sud


est, comme la plupart des bâtiments de cette sorte, divisé en deux
salles. La première, celle de l'O., a deux portes au N. et au S.; la
seconde montre à l'E. une grande brèche, trace d'une porte ou,
si l'on en croit l'exemple des édifices similaires, d'une fenêtI'e élargie
lors de l'occupation militaire. Une porte intérieure met les salles
en communication. La salle occidentale est carrée, l'orientale rec-
tangulaire; leurs parois, par une retraite de quelques centimètres,
s'élargissent dans leurs deux tiers inférieurs. La voÛte de chaque
salle a la forme d'un dièdre pyramidal, sans doute par raison
d'unité, car cette forme naturelle sur le rectangle de la salle orien-
tale ne l'est plus sur le carré de la saUe occidentale. La pOl'te
intérieure seule est sans linteau; eUe s'ouvre sous une voûte ordi-
naire dont le sommet n'atteint pas le départ de la volÎte principale.
Toutes trois ont leurs piédroits recoupés sur la face interne pal'
une large rainure. La salle longue de Pô Klaun Garai explique cette
disposition; la même saignée s'y montre aux baies extérieures,
destinée à encastrer le lourd châssis de bois des fenêtres et des
portes.
A l'extét'ieur le ~oubassement génél'al, fort curieux, est décoré
de petites figUl'es mi-humaines, mi-léonines, vêtues d'un sampot,
les bras en l'air et les jambes écartées. Il était interrompu aU
devant des portes latérales par un emmarchement qui, à la face N.,
vient frôler la troisième figure de cette face en partant de l'angle
N. O. La face E. compOI'tcl'ait ncuf IIRllrcs.
GROUPE DES TOURS D'ARGENT. 163
Les pilastres sont régùliers, les èntrepilastt'es offrent un champ
omemanisé. La base est du type à doucine avec appliques; la cor-
niche, incomplète, était sans doute du même système. La frise à
guirlandes pendantes II/ontre des têtes grimaçantes.
L'étage présente sept pilastres sur les côtés et trois en façade,
avec champs rectangulaires garnis de doubles rosaces carrées.
La voûte présente un extrados à génératrices incurvées; elle
s'arrête en avant et en arrière pal' un fronton penché. Le décor
qui l'entoure se retourne en bas en vol,utes vers l'extérieul', en
avant de deux faces, à feuilles rampantes en terre cuite. Le tout
est terminé en pointe par un garUiJa dont les ailes éployées forment
auréole. On n'en voit 'que le bas et le torse sculpté dans la masse
de la brique. Le nu du tympan enfermé par les décors et sous ce
garuqa est occupé par une ogive de briques qui a dû contenir un
tympan de piel'l'e.

Tour Est (pl. XXXIII et XXXVIl). - La tour E. est une simple


tour d'entrée à deux portes, E. et O. Elle est traversée pal' le
passage d'accès, très en pente, constitué par un bétonnage de frag-
~ents de briques. Les faces latérales intérieures portent l'indication
d une niche sans profondeUr et sans arc qui s'élève jusqu'au départ
de la voûte sans y déterminei' d'arête.
, La .face E. extérieure présente' un soubassement général orné
da~pl,ques; il vient mourir au dl'oit des fausses. portes sur une
assISe de limonite. Les pilastres sont nus. La corniche est du type à
cavet. Une rangée d'appliques tient lieu de bahut; portes et fausses
porLes sont décorées de frontons nus mais doubles; leurs profils
Sont à cavet.
l'é Deux étages répètent des dispo~itions analogues à celles de
Lage principal.

Tour Sud (pl. XXXIII et XXXVII). - Le Mtiment S. est une


tOUt' d' b .
a rI à quatre portes; elle est entièrement en hriques ct
li.
16ft DU CAP VAllELLA À LA POINTE SAHOI.

profilée dans le système à doucine. Chaque ou verture consiste seule-


ment en une baie-couloir dont la volÎte très haute atteint le départ
de la voûte principale. Les parois montrent deux pilastres sans
aucun encadrement de porte.
Une simple doucine forme le soubassement général. Le décor
des parois est constitué par sept pilastres nus; sur la base, disposi-
tion assez rare, deux larges feuilles opposées tiennent lieu d'ap-
pliques et recouvrent les moulures au bas de chaque pilastre. La
corniche et les amortissements sont en partie ruinés. Les étages en
donnent les dispositions.
Le premier est décoré de cinq pilastres à double épaisseur el
porte une file de cinq amortissements par face, en double bulbe
et à double plan sur chaque côté. Le deuxième étage ne présente
plus que quatre pilastres et autant d'amortissements; le troisièllle,
que trois pilastres; le haut est ruiné.
Les quatre portes sont ornées de frontons simples sans linteauX
et l'ogive a d-û continuer la face intél'Ïeure du piédroit; la porte S.
9l-0ntre une partie de décol' ébauché.

Sculptures. - La divinité principale de ce temple manque ; 011


la retrouve certainement dans la belle figure de Çiva conservée ail
Trocadéro, sous cette désignation insufIisante : rr Çiva provenant
d'une tour de Qui Nho'n, province de Binh Dinh, don de M. Na-
veHe, administl'ateur. n Aucun doute n'est possible, car la descrip-
tion que donne de la divinité principale M. Navelle lui-même
(Exc. et Rec., t. XIII, n° 29, p. j 44 et f 47)' s'applique exacte~
ment à cette figul'e qui, d'après M. Lemil'e, a été transportée en
France en 1884 ou 1886 (1). Une bonne photogmphie en a été
publiée par M. Fournereau (2). C'est une belle idole de grandes
dimensions, en grès fin, gris, de 1 m.• 5 environ de largeur, pIuS

(1) L Emla: , Au,,/;, I/Ilciells 1Il0l/lll/IClltS des mll/, l}jlllt, Ex. et nec. , 1. XIV. n' 39.
KÙIIIIS, ToUl' du monde, ~5 décem- p. 214.
bre 18\J4, p. 410; Les Tours I,iames dit (') Les Ruilles !dtlllereS, pl. 10 6.
GROUPE DES TOURS D'ARGENT. 165
de 1 m. 50 de hauteur dans sa dimension actuelle et 0 m. 60
d'épaisseUl'; elle montre des traces de peinture, rouge aux chairs,
noire pour les étoffes et les bijoux.
Une applique en ogive qui présente un double plan sur la face
postérieure forme chevet. Le dé offre une base et une comiche
légèt'ement dissymétriques du t)'pe à cavet; l'ogive est en amande
et décorée seulement d'un filet.
La figUl'e est assise à l'indienne sur un coussin de lotus; la t~te
imberbe porte un œil vertical au milieu du front. Cette statue avait
dix bras; la paire de bras antéro-inférieure reposait sur les cuisses;
la main droite seule s'est conservée, elle est posée à plat, la gauche
disparue tenait sans doute un attribut. Les autres bras ont beaucoup
souffert; tous ceux du côté droit de la divinité manquent; le bras
gauche postéro-supérieur élève dans la paume une écuelle hémi-
Sphérique; le suivant parait avoir tenu une arme allongée; les
autres attributs sont brisés.
Le décor du costume et des bijoux est extr~mement délicat. Le
mû/cllta conique élève sur un fin rang de perles et de décors cinq
bandes d'ornements; il devait en exister au moins dix. Le sampot
a deux épaisseurs, chacune terminée en bas par une fine bande de
broderies; une autre bande analogue ornait la pièce près des
hanches. Il est retenu à la taille par une large ceinture lisse, à
perles et doubles pendeloques. Les oreilles portent un gros bouton
dans le lobe distendu; il est sculpté en forme de fine t~te de lion
aux crocs saillants, aux sourcils cornus. Des perles forment un
collier au cou; une ceinture sur le torse est enrichie d'une plaque
à quadrilobes pointus qui remonte sous les pectoraux. La poitrine
est traversée du cordon brahmanique, serpent dont la tMe se
r~lèv~ vers le menton. La figure possède un bracelet de plus que
dordlnaire; placé au coude, il porte comme celui du bras une
ilaque qui forme fleuron au-dessus et au-dessous; celui de l'avant-
ras est seulement orné de perles.
Outre cette belle statue, différentes pièces intéressantes ont été
166 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
trouvées en ce point et transportées soit à la Résidence de Qui
Nho'n, soit en France.
C'est d'abord la pierre à double rang de figul'es qu'on voit à la
Résidence de Qui Nho'n (Lemire, Exc. et Rec., t. XIV, n° 32,
p. 214). Lettre G de notre étude de ce dépÔt.
Ce bas-relief est à deux registres. Le premier sous un dais con-
tinu, décoré de losanges, est soutenu par un pilastre carré; il
montre une suite de trois figures de femmes agenouillées, les jambes
de biais, la poitrine de face, portant une jupe plissée; toutes trois
sont munies de boucles d'oreilles, ont les cheveux relevés de côté
en un lourd chignon en volute, et portent des bracelets; une qua-
trième figure est indiquée par les pieds. Le second présente des
figures agenouillées qui paraissent également féminines et qui ont
des positions un peu différentes. Une bande de décors sépare ces
deux registres.
Un autre bloc non décrit (Lemire, art. cité du Toul' du Monde,
p. 410) aurait été porté au même endroit.
Près des tours furent trouvéesd'auh'es sculptures : rr des sta-
tuettes de bronze, un Ganeça à tête d'éléphant, une déesse UOla,
femme de Siva, du plus pur type aryen, un Brahma à cinq têtes
et à dix bras, quatre têtes regardent les l)oints cardinaux et la
cinquième domine les quatre autres. Ce Brahma en bl'onze vert
est de la plus haute antiquité eL pourrait remonte!' au IVe siècle."
M. Lemire ignore ce qu'est devenue cette statue - non de Bralllllâ ,
mais de Çiva - vendue avec le reste de sa collection.

TOUR ET CITAnELLE nE /lhm d~r.

Cet ensemble dépend du village de Hinh L<1m, canton de


Quâng Nghiçp, phu de Tri PJlU'O'C.
La tour s'élève en terrain plat, s'oriente à l'E. et occupe l'angle
N. E. de l'enceinte. La rivière qui passe auprès a mis à nu par seS
affouillements les restes. d'un . mur .assez long, face N. bien
TOUIt DE niNII Lhl. 1G7

ol'ientée d'une citadelle qui paraît avoir été assez considérable. Il


ne subsiste nuls vestiges d'édifices voisins de la tour ni d'enceinte
particulière. Le sanctuaire est entièrement construit en briques
et il ne paraît y être entré que quelques rares parties de pierre.
Le système des profils est le tracé à doucine (pl. XXXVIII, XXXIX,
et fig. 31).
L'intérieur est trop dégradé pour qu'on puisse savoir si la salle
a présenté des niches à luminaire. Un liitga curieusement décoré
gît à la porte d'une pagode voisine à côté d'un lion dressé; ce Zii/fIa
est sans doute l'ancienne divinité du lieu. On ne trouve aucun in-
dice d'une porte intérieure en pierre. La baie était-elle encadrée
de montants de bois 1 La fermeture était- eHe en avant de la paroi 1
Rien n'en est plus reconnaissable.
Le décor extérieur est habituel; mais il n'existe pour tout sou-
bassement qu'un grand bahut de briques. Les cadres des entrepi-
lastres sont moulurés. La base est ornée d'appliques à double face;
leurs corps sont décorés de profils du type à cavet tout à fait rédui t;
elles montrent une bande nue sur le corps antérieur et ont un
double fronton flammé (cf. B. E. F. E.-O., t. l, p. '256, fig. bb).
On ne peut dire s'il y eut ou non des pièces d'accent. La corniche
~e semble pas avoir porté le bahut habituel; une applique, peüt-
e~re avec figurine, s'élève au ras de la grande face, devant la fausse
ntche. Il n'y a point trace d'amortissements, et nous ne croyons
pas cette absence fortuite, en raison du bon état de conservation
de la tour et de la présence des métopes au premier étage.
Les fausses portes, richement ornées, se composent de trois
corps; ils posent sur le bahut général qui se détache du carré cen-
trallJour
, 1es receVOIr
. par l'·mtermé
J d··
lUIre d es d·ISpositIOns
. . .
sUlvan t es.
L angle formé par l'avant-corps et le corps intermédiaire est
Occupé
. pal' une fiIgure rumee
. ,qlll
. paraIt
• etre
A
un J.IOn d l'esse.
' Les
ptlastres d l · h . é
e a mc e cenh'ale, premIer corps ou corps ant rlCur, .
portent, par leur plinthe sur un double rang de feuilles de lotus
opp , '
osees. Ceux du corps intermédiaire rC(Jal1nent
'IJ Il
le même nu au
168 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
moyen d'une base décorée d'une applique placée en avant. Le tout
ainsi ramené au même plan 's'appuie sur un soubassement orné de
trois niches et quatre appliques; niches et appliques sont entl'ès
faible relief; elles soutiennent un fronton qu'achève un amortisse-
ment carré en moulures. L'ensemble repose enfin sur le bahut
général par un système de deux plinthes.
1. Le C01'pS antérieur est une grande niche vide enfermée entre
deux piliers terminés par une petite corniche du type à doucine ré-
duit. Son fronton a la forme d'un U renversé. Le décol' flammé qui
l'entoure se retourne en pas en deux têtes de makara. Le tympan de
briques montt'e une figure assise sur un double rang de feuilles
dé lotus. EUe semble avoir été buchée; on peut y reconnaitre
cepelldant les traits suivants: la tête porte une Li are et des boucles
d'oreilles; les mains sont allongées vers l'extrémité des genoux et
parllissent tenir des rameaux de fleurs. '
Il et HI. La corniche des deuxième et troisième corps est du
type à. doucine avec épannelage de frise à guirlandes pendantes,
Elle passe delTière le fronton du corps antérieur et sa grande face
se décore, aux points où eUe est interrompue par lui, d'apsaras
volàntes en pierre.
, II. Le deuxième corps porte sur cette corniche un étagement de
niches et d'amortissements et, à chaque ni veau, le décor se retraite,
suivant le dessin habituel des frontons de porte came. On peut dé-
composer le fronton de ce deuxième corps en deux étages qui
répètent la composition générale de la fausse pOl'te.
A. L'inférieur est un étage de soubassement. Il comporte d'abord
une frise d'animaux passants de 0 m. 10 à 0 m. 15 de haut, fine'
ment sculptés dans la brique. Sur cette base continue se montre
une suite 'd'appliques et de pilastres. Les pilastres impairs sont les
plus larges: ils sont décorés, en avant, 'de lJajasÎI!lha qui se voient
également sur les faces latérales; les pairs, plus étroits, semblent
porter une figure assise les mains sur les genoux. Au-dessus court
une corniche art'~tée, comme à l'auLl'e fronton, pat' des apsar(/s.
· TOUR DE BINH LÂM. 169

Fig. 3 1. - IIlnh Lâm.


Tour, face O.
170 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHO!.
B. L'étage suivant, dans cetle répétition de la fausse porte
totale, correspond à la fausse poete eUe-même; c'est-à-dire que,
d'avant en arrière, il présente une série de corps, de bas en haut,
une série d'étages.
a. Au niveàu inférieur se voit un double corps; le corps posh{-
rieur est décoré; le corps antérieur consiste dans une niche à
double fil ce et à double fronton.
b. Deux corps s'élèvent ensemble sur le corps postérieur du
premiel' niveau. Le nouveau corps postérieur est rectangulaire; il
se termine par une corniche ornée de fines pièces d'accent, en pierre
peut-être. Le corps antérieur est formé d'une petite niche à pilastees
ventrus.
c. Un corps unique s'élève au-dessus. Il s'appuie par un soubas-
sement mouluré qui paraît décoré de minces pilastres à couronne-
ment de moulures. Il consiste en une petite niche à piliers carrés,
moulurés, couverle par un fl'onton orné et achevée par un amor-
tissement mouluré.
III. Tout le décor compliqué de ce second fronton se délache
du fronton qui porte sur la corniche du troisième corps. Les bords
seuls de ce dernier sont visibles. Hs sont décorés d'un étagement
de gajasÎI!lha posés sur de petits piédestaux. L'animal qui formerait
la clef supérieure de cet arrangement est remplacé par une figu ri ne
assise sur un double rang de feuilles de lotus; elle a les bras écartés.
Ce dernier fronton est détaché du mur el vient finir devant la
grande face de la corniche principale.
Le premier étage de la tour présente quelques dispositions in-
tél'essanles. Entee les quatl'e pilastt'es ordinaires, les entl'epilastt'e~
sont décorés d'une métope de briques en bas-relief. C'est une sortc
de lion passant, la tête en alTière, les pattes de devant en l'ail', le~
jambes arquées, le sexe [ol'Iement marqué. Le poitrail offre unc
abondante crinière.
La fausse niche a trois corps et trois frontons. Les trois plans ont
la même base il doucine; ils ont trois corniches dn même type,
NU'O'C MÂNG. 1it

proportionnelles et à des niveaux 'différents. Les trois frontons sont


fortement ornés; le fronton central se retourne sur les côtés en
. têtes de makara. Le corps antérieur montre entre ses deux pi-
lastres une figure debout; dans le tympan correspondant uni!
figure assise sur un double rang de feuilles de lotus. La· fausse
niche de l'E. enferme un personnage effacé. Dans le tympan, la
figure a disparu également; on peut reconnaitre seulement qu'à
sa gauche s'élevait une fleur de lotus 'sur une tige ondulée.
Au deuxième étage, les métopes sont des Apsaras volantes. Les
fausses niches sont à double 011 triple corps. Aux faces E., O. et N.,
le tympan pl'ésente un naga à cinq têtes. Entre les piédroits du
premiel' corps est une figure debout à la face E.
Au troisième étage, on ne distingue guère qu'une petite fausse
niche à colonnettes circulaires, presque complète à la face N. Elle
l'enfermait une figure assise à l'indienne à la face O. et N.
Enfin, il ne ·reste qu'une amorce du vestibule. Un grand tym-
pan nu sur la paroi E. peut indiquer la hauteur des parties
auxquelles il servait de fond (1).

BAS-RELIE.' DE NU'O'C M~NG.

Le marché de Nu'o'c M<:tng, canton de Quâng Nghiçp, phIl de


Tri PhU'6'c, est situé à 1 kilomètre à vol d'oiseau au N. de la tO\1t'
de Blnh Lâm. Le P. DOI'and nous a signalé, déposé dans un pago-
don au N. E. de ce marché, un curieux petit tympan de fausse
porte ou une métope que décore une grossière figure d'apsaras. Sm'
la photographie qu'il nous en a envoyée on distingue une figure
accroupie sur les jarrets dans une position de danse. Derrière ses
bras qu'elle élève, se dessinent parallèlement les ailes. Elle parait
tenir des attributs dans ses mains. Le costume semble consistel' en
un sampot, la coiffure en une mitre pointue un peu recourbée
en avant, les bijoux en bracelets de bras et peut-êtJ·c en anneaux
d'oreilles. L'ol;igine de 'cette pièce est inconnue.
172 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAIIOI.

VESTIGES DE KHANH L~.

Au viJIage de Khanh Lç, canton de An Nghia , phu d'An NhO'H, Ù


quelques kilomètres de la citadelle de Binh Binh, sont les l'estes
d'une tour d'où fut extrait et transporté au bord de la route, à
300 mètres plus loin, un animal debout, les bras levés, comme
s'ils supportaient un élément d'architecture; il mesure environ
o m. 94 sur 0 m. 40. Entre ses pieds est un éléphant couché; l'un
el l'autre portent diadème.
Des restes d'une autre tour aux environs, une fouille annamite a
fait sortir une bague de manche de palanquin en bronze orné de
niiga polycéphales. L'une et l'autre information nous sont commu-
niquées pal' le P. Durand. Dans l'un de ces deux points fm'ent trou-
vées deux petites statuettes polychromes, de 0 m. 08 et 0 m. 13,
figurant, l'une un porteur d'insigne, l'autre une suivante. Elles
sont entrées au musée de l'École. (Cr. B. E. F. E.-O., t. VIl, p. 1 5U.)

, A. , ,
DEPOT DE SCULPTURES A IHNII D!NII.

La citadelle de Binh Binh contenait épars un certain nombre


de fragments sculptés; nous les avons rassemblés sous la porte dite
Royale.
En dehors des pièces déposées, il en existe une foule d'antres,
simples pierl'es de construction, que nous avons laissées aux endroits
où elles se trouvaient. C'est principalement sous les pOl'tes qu'on
les rencontl'C. La plupart des dallages en pierre bleue ont cette
origine; il ne serait pas impossible qu'une quantité de dalles carrées
de même dimension, dont les ar~tes verticales . sont arrondies,
soient les tambours dont furent faits les piliers d'une grande salle.
Une partie de ces sculptures étaient prises dans les murettes
qui constituaient les soubassements des deux magasins à riz e~
partie démolis pOUl' construire la Résidence· et dont le reste a serVl
DÉPÔT DE BiNH DJNH. 173
de casernements à l'infanterie de marine. Les blocs qui nous pa:'"
fut'ent d'origine came, ont été retournés et regardés sur toutes leurs
faces, puis marqués d'une croix bleue pour les distinguer de c~ux
auxquels nous n'avons pu faire subir encore cet examen. Il est pro-
hahle qu'il y en a d'autres dans les murettes du magasin à riz
encore debout et sous les faces inférieUres des dallages précités;
cependant un certain nombre de ceux que nous etîmes l'occasion
d'examiner ne nous présentèrent que des faces brisées. Nous n'avons
trouvé ainsi qu'une ou deux pièces de quelque intérêt au cours des
travaux faits par nous en 1902 pour extraire des murs de la porte
Royale les morceaux signalés plus loin. Nous avons en ce point
déplacé tout le carrelage de la porte du dehors à l'aplomb de la
voûte, soit environ 20 mètres carrés.
Nous ignorons l'origine de ces fragments. Une part vient sans
doute de la citadelle de Caban voisine. Voici la description des
morceaux les plus intéressants.
4. Paraît être une métope ou un petit tympan de niche; figurine
ailée dans une position de danse, les bras relevés en courbe autour
de la tête. Elle a les deux jambes ployées dans le même mouve·
ment, et semble vêtue d'un sampot ft court pan antérieur; les seins
sont petits mais nettement indiqués. Comme coiffure, une sorte de
miLre; aucun bijou.
6. Cimaise probable de soubassement; pl'ésente ulle face plane,
un beau décor de rinceaux largement composé, et, sur une espèce
dedouci Ile, un second en sorte de flammes très allongées.
12. Morceau de sculpture ornementale à décors obliques qui
semble avoir appartenu à une partie de soubassement; on dis-
tingue encore la plinthe et le congé d'un pilastre à double plall
qui l'eposaÏt dessus. (Cf. B. E. F. E.-O., t. l, p. 257, fig. ft 5, n° 3 (1).)
14. Fragment d'un grand tympan mesurant 0 m. 85 de large,
o m. 80 de haut (brisé) et probablement 1 m. 20 (complet). Fi-

(Il Cc molif est ùans ce dessin représenté à tort verticalement.


' 171. DU CAP VARELLA À LA POINTE SAlIOI.
gureassise, les jambes croisées, d'un travail très grossier; elle tienl
de sa main droite, ramenée sur la poitrine, une sorte d'anneau. La
main gauche placée sous l'autre, semble la soutenir. Le vMement,
peu distinct, est une sorte de sampot à large pan de milieu; de-
vant ce pan, se voit un pied, très mal dessiné, ou un pli d'étoffe.
,La t~te, qui est brisée, portait des boucles d'oreilles; les membres
ont des bracelets de bras et d'avant-bras; le torse, un cordon brah-
manique en sautoir.
15. Fragment de pilastre (1); épaisselll' du décol', 0 Ill. 07.
,(Cf. B. E.F. E.-O., t. 1, p. 257, fig. 65, n° 2.)
16. Tympan en assez bon état, qui représente une figure assise
sur les jarrets; ce personnage, dont la tMe â disparu, dut posséder
une barbe très allongée. -, - Dimensions primitives: environ 0 m. 60
sur 0 m. 85. Son v~tement consiste en une sorte de sampot in-
diqué seulement par un pli autour du ventre et par un pan anté-
l'ieUl' à double plan. Les oreilles aux lobes prodigieusement dis~
tendus ne montrent pas de boucles. Les mains sont ramenées sur
la poitrine, dans une position de prière; il a des bracelets de perles
aux avant-bras et aux bras; ces derniers présentent un fleuron
simple de trois perles verticales.
19. Garuqa d'angle, à qui on rendait une espèce de culte
près de la porte O.; il tient dans ses mains élevées en l'air des
objets filiformes, sans doute des serpents; t~te et torse subsistent
seuls.
20. Éléphant passant, la trompe relevée; la queue, beaucoup
plus grande que nature, est dressée; l'oreille est réduite à un
simple feston. Une sorte de doùble collier enserre le cou; des bra~
celets, les pattes; des bagues, les défenses. Ces divers décors
peuvent n'~tre d'ailleurs qu'une fausse indication des plis de la
peau.
21. Petit personnage de tympan, assis, les jambes croisées, les
mains sur la poitrine dans une posture d'adoration; la t~te levée
montre encore des moustaches et une barbe en pointe. Son costume
DI~PÔT DE llINH D!NH. :175

est un sampot à pan antérieur pendant; ses bijoux, des boucles


d'oreilles, un collier de perles ,des bracelets doubles de perles
aux bras et aux avant-bras. Dimensions : environ 0 m. [!O sur
om.50.
22. Pièce dont le rôle n'cst pas facile à déterminer dans un
monument cam; peul-être a-t-elle décoré la partie infét'ieurc d'ullc
niche ou est-ce une métope. Personnage deo m. !t8 sur 0 m. 58
assis devant une dalle rectangulaire. Les mains sont rapprochées
sur la poitrine. La droite tient un bracelet de perles que reçoit la
paume de la gauche, geste que nous avons rencontl'é souvent. Le
costume est un sampot, ou mieux un grand pan d'étoffe attaché
aux hanches par une ceinture; il ne paraît pas former pantalon
autour des cuisses. Tête coiffée d'un bonnet cylindrique, mous-
tache à la lèvre sUI,érieüre, au menton coul'te barbe en poin te,
oreilles pendantes à lobes très allongés; p~s de hijoux. (Cf. B. E. F.
E.-O., t. l, p.!t12, fig. 75.)
23. Morceau de tympan, de 0 m. 50 à peu près de large, sur
une hauteur probable de 0 m. 65. Partie supérieure d'un person-
nage assis, les jambes croisées, et les mains réunies dans la pose
ordinaire. Il semble vêtu d'un sampot; la tête coiffée du bonnet
cylindrique, orné au départ d'un rang de perles. 11 a la barbe en
pointe; les oreilles aux lobes distendus portent de larges anneaux;
bras et avant-bras ont des bracelets de perles. Un collier de perles
passe en sautoir sur l'épauledroite et sur le ventre.
26. Fragment de scène de guerre; trois chars attelés chacun de
deux chevaux; sur le premier est un guerrier mort habillé d'un
sampot dont le pan se retourne sur la jambe gauche. Notons que
. les rouesdti char présentent de vérit.ables rayons et non pas des
faces pleines, Derrièl'e est un al'bre sur lequel se détache une tête
sans mitre et à grand chignon, elle peut représenter un person-
nage caché ou mieux la divinité de l'arbre; puis vient le second
char dont la silhouette, relev{>e par des cornes en arrière et en
aVant entre les chevaux, l'appelle la forlne oes charrettes cames et
176 DU CAP VAHELLA À LA POINTE SAIIOI.
cambodgiennes, encore employées aujourd'hui. Dessus, un pel'son-
nage debout ployé sur le jarret droit, la jambe gauche étendue,
vient de tirer une flèche; il porte pour tout costume une espèce
de ceinture; il est coiffé d'un mu/mla à plusieurs rangs. Enfin un
troisième char est indiqué seulement par deux chevaux.
29. Figure intéressante, en haut relief, d'un des avatars de
Vit,.:m(1); le dieu à quatre bras, ployé sur les jarrets, éventre un
homme renversé devant lui. On ne voit que l'amorce des bras pos-
térieurs; des deux bras antérieurs, le droit tient une épée en tra-
vers du corps de la victime que le bras gauche en partie levé main-
tient peut-être pm'leR cheveux: bras gauche et jambes sont brisés;
de la victime il ne reste que le torse et les hanches. La divinité
semble portel' le sampot ordinaire; elle est coiffée d'une sorte de
casque à temporal qui n'a rien de spécial et pl'ésente seulement
deux rangs -de décors à sa base; la -coiffe en est probablemenl
conique et étroite. Les bijoux sont aux oreilles de simples boutons
serrés dans les lobes très allongés; aux bras eL avant-bras, des
bracelets doubles; une ceinture ornée de perles passe sous les
seins et un 1arge et gracieux collier de perles et de pendeloques
orne la poitrine.
30. Morceau de frise d'une composition curieuse. Il était pris
dans la plinthe de la porte Royale partie O. arête N. O. Nous avons
dù, pour ne pas choquel' les coutumes annamites, le laisser en
place en 1901, nous contentant, pour le dégager, d'enlever le
dallage en avant; en 1902, avec l'autorisation de la Cour, noliS
l'avons extrait. On y voit, au centre, une tête de lion du type ordi-
daire maiscorllu : il étreint dans ses griffes deux rinceaux qu'il
dévore. Dans ces rinceaux sont pris d'abord deux gajasù/lha ailés,
debout et de face; les ailes remplacent les pattes antérieures:
Puis viennent des figures debout, jarrets ployés, bras en l'air qUI
paraissent des singes quoique la tête soit d'allure un peu féline. Le
déco l' reprend ensuite par d'autres gajm,ù/I!ta.
31. Fragment d'archivolte de porte ou de fausse porte à trois
Dl~PÔ'f DE IÜNH DlNII. 177
rangs de décors. Le dernier est formé de fleurons flammés. (Cf.
B.E.F.E.-O., 1. l, p. 257, fig. 45 n° 1.)
38. Partie de tympan où se voit le torse d'une figurc en piert'e,
les mains sur la poitrine; entoUl'ée de lleurons cams, elle est coiffée
d'une mitre haute et ornée d'un collier.
42. Fragment dc balustre de fenêtre trouvé près de la citadcHe
de (~aban, non loin de la chapelle catholique du village de Phù
Thành.

Fig. 32. - Dépôt de Binh Dinh.


Baluslmde de p01l1 (?),

44. Partie dc fl'ise à boutons prise dans le dallage de la porte


E., trop fruste pOUl' que nous l'en ayons retirée.
45. Morceau de balustrade dc pierre ornée (fig. 32), ü'ouvé par
nous dans un ruisseau de Caban et depuis rapporté à Binh Binh
par les soins de M. Dufl'esnil, résident de la province; 1 m. 50
environ de longucur; de section courbe, scs extrémités se relèvent
comme des corps de nâga khmer. Il porte au milieu une grande
!~~HI. - J. 1 ~

UfrIlUII:IIU "-'TIONU.&;.
178 DU CAP VABELLA À LA POINTE SAIIOI.
bague de décor, élargie sur le dessus autour d'une rosace, percée
elle-même d'un trou qui traverse la pierre de part en part. Les
faces verticales des extrémités pl'ésentent un tenon qui leur per-
mettait de s'assembler avec d'autres sculptures malheureusement
disparues.
48. Partie d'applique remployée dans un monument postérielll'
et qui semble, d'après une des faces non sculptées, avoir servi pri-
mitivement de plinthe. Sur le fronton de l'applique est figuré le
haut d'une tour (~ame : on y voit un étage complet: fausse niche à
trois plans et amortissements d'angle, entre la corniche supérieure
de cet étage et la corniche de l'étage inférieur; au-dessous le haut
d'un amortissement et d'une fausse niche; au-dessus le couronne-
ment qui parait sur la corniche une pyramide courbe à très large
base : la pièce est par malheur coupée en ce point; 0 m. 35
sur 0 m. 35.

Inscriptions de la citadelle de Binh Djnh. - 40. Insc"iption prise


ilUtrefois dans le dallage de la niche ù la porte O. j aux trois-quarts bl'iséc;
hauteur, 0 m. 52 j largeur, 0 m. 2 ~ j 13 lignes en grande partie ellacées (es-
tampage 'q 5 de la collection de l'Ecole).
41. Inscription extraite en 1902 de la plinthe de la porte Royale partie E.,
pied de l'arête N. E.; elle s'est révélée très nette; hauteUl', 0 m. 95; lal'{reur,
o m. 33; 19 lignes en èam. Objet : donation religieuse; date t 323 ç.
(estampage 264 de l'École).
43. Autre inscription jadis encastrée dans la plintllC de la }lorte 0"
l'l'ès de l'arête S. O.; hauteur, 0 Ill. 46; longueur, 0 Ill. 38 j restes de 10 lit;lle5
(estampage 276 de l'École).

En outre de ce dépôt et il Binh Binh même existait, cl existe


peut-èb'e encore, une petite statue ùe 0 m. 50 envÎl'on de hantent'
ùebout (?) ct qui semble avoir été appuyée sur un tYlllpan. Vue en
1902 par M. Nelet, alors employé aux Travaux publics, elle ne l'il
pu être par nous, soit, comme le prétendent les Annamites, qu'elle
ait été volée deux mois avant notre nouveau passage, soit, comllle
il est beaucoup pIns probable, qu'elle ait été cachée dans la craint.e
vaine que nOlis ne )a fissions porter à la citadelle. Elle se trouv~lIt
TOUll DE THÙ THItN. 179
(nous avons vu sa trace) appuyée à un tombeau à 50 mètres
derrière le marché. c'est-à-dü;e à l'Est.

GA~JlÇA m; DU'O'NG LXNG.

Sur l'autel principal de la pagode de HU'ug Long, village de


DU'o'ng Lang, canton de An Nghîa,pht'hle AIl Nho'n, se voit uue
slatue de Gal)eça, complète, mais par malhem entièrement cou-
verte de multicolores enduits annamites. Elle est posée sur un
siège de cette origine. Ses dimensions sont environ : hauteur,
o m. 60; largem, 0 m. 40; épaisseur, 0 m. 45.
Le dieu est dans la position classique, assis à l'indienne, le bont
de la trompe reposant dans l'écuelle de la main droite.
La trompe tient un cylindre vertical, la main gauche un autre
horizontal. Contre l'habitude, les oreilles sont traitées d'une façon
presque humaine.
Les vêtements, méconnaissables sous les resta mations et les
peintures nouvelles, ne présentent plus d'intérêt; seul le 1nll!.Il!a est
hi en distinct.
Les bijoux sont des bracelets de perles enfermées entre deux filets,
en haut et en bas des bras. Un cordon brahmanique en façon de
serpent, dont la tête et la queue forment crochet etboucle, traverse
diagonalement le torse et le ventre replet.

TOUR DE THO THI~N.

T Cette tour dépend du village de Thil Thi~n, canton de Nho'n

Nghia, phù de An Nho'Il; eHe s'élève au milieu d'une plaine et


parah placée en alignement avec les toms de Vân Tu'o'ng situées
de l'autre c6té de la rivière de An Nho'n. Dans le prolongement de
c~t alignement, à 4 ou 5 kilomètres, une petite colline, au pied
d une montagne, semble avoir été remaniée au sommet par un
terras semen t;' I . l'leu d' exammer
1 Y auraIt, . SI. e Il e ne presente
' pas .
12.
180 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOl.
quelques traces d'une construction èame. Enfin la pagode du vil-
lage contiendrait, d'après un renseignement qui nous est parvenu
depuis nos observations, une ou plusieurs statues du même art.

Fig. 33. - ThU Thi~n.

Face O. et face N. fuyante de la tour.

Le monument semble s'être composé d'un /wlan unique, orienté


oxactement à l'E.; il n'y a nulle trace d'enceinte; il est possible
d'ailleurs que des édifices légers et une simple clÔture en bois, dis-
parus de longue date, l'aient accompagné. La tour elle même e~t
entièrement construite en briques; la pierre ne vient y fournIr
comme d'habitude qu'un cedain nombre de motifs décoratifs (pl.
XXXVIII, XL et XLI, et fig. 33). Ses di~positions sont curieuses.
Toun DE TIIÛ THIl~N, 181
A l'intérieur SUI' la paroi O. elle montre une sorte de haut l'étable
qui donne l'explication des sculptures trouvées dans la salle aux
piliers et la tour principale de BÔng-DU'o'ng. Remarquable en plan
par le peu de saillie de la porte d'entrée , )a silhouette élancée de
cette porte et des fausses portes, elle présente en outre des amor-
tissements bien conservés et un singulier piédestal en forme de
figure agenouillée y subsiste.
Le l'étable signalé entoure et décore une niche allongée, de
quelques centimètres de profondeur, qui fait pendant à la porte.
Cette composition débute, au niveau du bas de l'ogive, par deux
énormes têtes de makara d'un beau caractère. Du type du malcarn
des pièces d'accent, ils portent comme lui la grande corne termi-
nale et non la trompe.
De chacun d'eux s'échappe un petit personnage; il tient un .
sabre de la main droite et a le bras gauche et la jambe gauche
encore pris dans la gueule du monstre. Cette petite figure est
mitrée, et parait vêtue d'un sampot.
Sur le faux linteau que terminent horizontalement les mahara,
el qui sert d'imposte àla niche, se voit, de chaque côté, un person-
nage dont les bras pendent le long des cuisses, légèrement ployées.
~ette figure porte un sampot à grand pli en avant et une tiare à
CInq ou six rangs de fleurons, Elle a des boucles d'oreille, un
gros collier, des bracelets de bras et d'avant-bras . . La tête se dé-
tache sur une sorte de double auréole à ogive aiguë.
Sur le bord extérieur de l'ogive, neuf figures en pierre, des
apsara sans doute, sortent à mi-corps du fond de la muraille; elles
forment un premier rang de décor, trois autres viennent le doubler
en haut. Toutes montrent les mains jointes entre les seins, elles
ont, Un costume à peu près semblable; les mêmes bijoux aux
oreilles et aux bras, et sont coiffées d'une tiare. Une gradation
semhle exister entre ces diverses figures; car ceBe d'en haut seule
s~ détache d'une dalle ogivale; les autres ont derrière elles une
pierre d1'01'te à termmalson
" ' 1aIre;
clrcu . ceIl eS-Cl. se d'18 t'mguen t a'
182 DU CAP VAllELLA À LA POINTE SABOI.
leur tour entre elles, par ce fait que les trois premières en dessous
de la figure supérieure possèdent une sorte d'améole à plusieurs
rangs elliptiques, tandis que les deux dernières en bas n'ont qu'une
petite tiare ou une simple coiffure de cheveux. Nous croyons que
sous les deux mah'ara descendaient deux grands pilastres de briqties.
La voÛte de cette salle paraît s'infléchir à l'intérieur pour se
continuer ensuite par une véritable cheminée.
L'idole a disparu, mais son piédestal (?) a subsisté; il présente lin
plateau circulaire: peut-être est-ce une présomption que la divi-
nité était un linga.
La voûte de la porte s'élève à une grande hauteur et presque
jusqu'à la naissance de celle de la salle.
Le soubassement continu, tout à fait ruiné, dut être en briques.
Les pilastres sont pIns allongés que d'ordinair'e; ils sont nus, CCliX
des angles sont plus saillants et plus larges. Le hahut consiste en
une grande doucine sur la corniche, avec face; il est décoré d'une
applique au droit du pilastre d'angle.
Les amortissements sont en très bon état. Ils sont cOl11posé~
de plusieurs étages identiques; chacun est constitué par nn corps
rectangulaire comonné d'une doucine avec son listel et d'une face
nue. Cette face est ornée aux angles de pièces d'accent munies de
leurs reriforts de briques. Au milieu de chaque corps, sur chafPle
face, se voit une applique à double ogive bombée. Tout cet en-
semble, moulures, pièces d'accent et appliques, va en se réduisant
de la hase au sommet de l'amortissement. La première applique
devant le bahut suit le nu de la face supérieme de la corniche; son
tympan vient masquer en partie la face continue du premier
corps de moulures; au-dessus de ce premier niveau, an contl'aire.
la face de corniche de chaque étage s'interrompt et se retourne
pour dégager le tympan de l'applique; il s'encadre de deux renforts
en briques en demi-ogive qui garnissent la face.
Les fausses portes oll'rent, un peu réduites, les dispositions de
la porle. Nous renvoyons donc .à la desàiption de celle-ci.
TOUR DE THÛ THl~N. 183

A l'étage, la wande niche est à trois faces à ogive huIbée; la


face antérieure est décorée eri avant par deux pilastres recreùsés
(l'nn double champ; ils supportent une ogive à profil qui tend vers
l'intérieur et semble un épannelage de sculpture; elle se termine
en haut par une sorte de masse, ébauche de la tête habituelle
de monstre. Le tympan recl'eusé enferme une petite applique de
l)ierre à ti'ois faces: la face centrale présente deux pilastres et au-
dessus un petit personnage, les jambes croisées, les bras unis sur la
poitrine. Il est assis sur un coussinet de feuilles de lotus; son vête-
ment est le sampot; sa coiffure, le mulm{a; les oreilles sont très al-
longées, mais sans boucles, et il ne porte de bracelets de perles
qu'aux poignels.
Il est difficile de voir les détails dés étages supérieurs dans
l'immense hanian qui a poussé sur la tour; pent-être en a-t-elle ell
un de moins qu'à l"ordinaire.
La porte présente une disposition intéressante; la composition
olTre trois étages superposés. L'étage inférieur peut avoir été il
plusieurs corps; il ne reste que la corniche du COl'pS postérieur.
Plus haut que cette cOl'niche se voit un linteau qui est sans douLe
un arrière-linteau. Il ne subsiste. donc rien de la porte pro-
prement dite qui peut s'être profilée plus en avant. La partie cor-
respondante est ruinée aux fausses portes et ne peut, par suite ,
donner aucun renseignement à ce sujet.
L'étage suivant présente, devant un corps qui a sa corniche,
Une .grande niche à ·triple · face et sur les côtés deitx petites· niches
cachées à moitié par la face du pilastre. Le corps suivant n'est plus
qu'une grande niche à quatre fronlons dont deux ou trois sont
décorées de feuilles rampantes; elle parait avoir eu, en son centre,
u~ tympan de pierre sculpté.
Les fausses portes présentent la même disposition, mais sur lUI
modèle réduit; ainsi la niche du dernier étage n'est-elle presque
plus rien et se termine-t-elle sous la corniche, alors que ·la porte
au coritraire finit sous la grande face de celle-ci.
1811 DU CAP VARELLA A LA POINTE SABOI.
M. Lemire a vu au pied de la toue quelques statues sur· lesquelles
il donne seulement la note suivante (Monuments kl·ams de la pro-
vince de Binh Dinh, Exc. et Reconn., t. XIV, n° 52, p. 221):
cr Il reste à la porte une pierre ogivale avec un personnage ac-
croupi. J'ai pu sauver de la destruction deux statues de Brahma
ayant la tiare, la barbe et le type des Hindous; mais tous ces per-
sonnages ont toujours le nez et souvent les oreilles mutilés." Les
renseignements :r:te s'appliquent à aucune des figures actuellement
à Qui Nho'n. Celles dont il est question ici ont peut-être été trans-
portées en France et vendues avec la collection Lemire. Ce seraient
sans doute les pièces achetées par le Musée Guimet, a et b de notee
notice (cf. chap. x).
La figure agenouillée signalée par M. Lemire et que nous avons
fait relever dans la tour paraît être un piédestal d'une fOl'me
spéciale. Dela tête et des mains, cette figure porte une dallecircu-
laire. La tête brisée semble être celle d'un lion, mais sans détails ca-
ractéristiques. Tout le corps est humain, néanmoins les mains ont
plutÔt l'air de pattes à sept ou huit griffes. Cet être bizarre est vêtu
d'un caleçon collant · couvert de bandes horizontales à fleurettes.
Par-dessus, une sorte de ceinture vient faire pli de sampot en
avant. La figure est ornée d'un grand collier pointu et de bracelets
aux chevilles.
PI~OESTAr. 01, BlY TII~NII.

Ce piédestal (fig. 34) est déposé au milieu d'une placette devant


la pagode de Ngu Ban du village de My Th~nh, canton de An
Nghïa, phu de An NllO'n. C'est sans doute un support de cuve à
ablutions. Celle-ci manque. Il est constitué par un groupe de
moulures du type à doucine et orné sur chaque face d'appliquQs
à corps mouluré, bande nue, fronton flammé.
Nous n'avons pu recueillir, lorsque nous l'avons découvert en
t 902, en traversant rapideme·nt ce village, a ucun renseignement
sur son origine, ni sur la présence d'autres traces cames voisines.
TOURS DU'O'NG LONG. 185
Son faible volume peut en avoir permis le transport soit de Vân
Tu'o'ng, soit de tout autre point des environs.

Fig. 34. - My Th\lnh.


Piédestal. Échelle, 10 centimètres par mètre.

, TOURS DU'O'NG LONG OU TOURS D'IVOIIIE.

Ces tours, ·appelées pal' les Français Tours d'ivoire, et par les
Annamites Du'o'ng Long, dépendent du village de Vân Tu'o'ng,
canton de My Thu~n, phu de An Nho'n.
Ce groupe de trois sanctuaires s'élève sur une légère éminence
qui domine les rizières environnantes; il tourne le dos à une col-
line de faible hauteur dont il n'est écarté que de quelques cen-
taines de mètres. Ouvert à l'E. avec une déviation vers le S. de
3 degrés et demi, il semble en relation d'orientation avec la tour
de Thù Thii)il édifiée en plaine de l'autre cÔté de la rivièœ de
An Nho'n.
. Les Tours d'ivoire paraissent avoir fait partie d'un ensemble
Important (pl. XLII) dont certains vestiges sont fort visibles. Le
plan général aurait comporté un vaste espace presque cané dont
elles eussent occupé le centre; il est précédé d'un autre rectangle
qui s'y accole par le côté long, moindre d'ailleurs que le côté du
18û DU CA P VARELLA À LA POINT E SAHOJ.
carré. Ces diverses pat,ties sont indiquées par des traces de mur
très distinctes.
En outre des tO\ll'S, l'enceinte pt'incipale semble avoir contenll
un édifice en longueur au S. dont il ne reste qu'un amas de briques.
Peut-être y eut-il aussi deux ou trois petites constructions en
arrière des tours; mais le sol fuL tant remué dans cette partie que
toute affirmation para~trait imprudenle . . Une salle à piliers du

1l' ..'

Fig. 35. - Yân 'l'u'o'nrr.


Les trois IOllr~ Du'o'n&, Lon&" face E.

type de celle de BÔng Ou'O'ng paraît avoir uni les deux enceintes.
Elle n'est plus reconnaissable qu'aux emplacements fouillés pal'
les chercheurs de briques. Dans cette enceinte au S., se voient les
traces d'un ' nouveau bâtiment long dont il ne reste que des dé-
combres. Nous y avons trouvé une figure d'angle t,'ansportée en-
suite sous le vestibule de la toUl' Sud.
Enfin, en avant de cette enceinte antérieure, il est possible que
les mouvemenls de terrain figllrent quelque ancienne tCl'ras se ,
tanrlis qu'un puits profond, près de la peli te pagode voisine, p0 11l'-
TOURS DU'O'NG LONG. 187

l'ait être également rapporté aux Cams enraison de l'âge fabuleux


qu'on lui attribue.
Ces trois tOl1rs colossales (fig. ~ 5) sortent du type courant;
contre l'ordinaire,' elles paraissent avoir été élevées simultanément.;
en effet, les tours extérieures, presque identiques dans leurs di-
mensions, sont également écartées de la tour centrale et sur un axe
commun, quelques détails seulement dé décoration dist.inguent
ces tI'ois édifices. Construites en briques avec d'importantes parties
de pierre, il semble qu'tine tenasse continue les ait portées. Les
tours centrale et N. montl'ent qu'eUes sc rapportent clairement
au type réduit, mais le vestibule a sous la forme spéciale de ce
type une grande importa née. Ce qui les différencie du plan habi-
tuel, c'èst d'abord la présence à l'intérieUl' de trois hautes niches
peu profondes ; c'est aussi et . SUl'tout, à l'extél'ieul', Je principe
d'avancée de chaque pilaslt'e au fUI' et à mesure qu'ils sc l'ap-
pt'ochent du centt'e; ce système les l'amène au carré curviligne,
et continué dans les parties hautes permet de passet' aisément à la
fOl'me r6~de qui les termine. C'est là un tl'acé tout. cambodgien ct
le principe même suivant lequel sont élevés la ' plupart des prmwl.
De nombreux détails dé décoration du l'este rappt'ocltent encore
cet art spécial de J'art cambodgien, en particulier l'absence si rarc
de pièces d'accent et d'amortissements d'angle.

Tour centrale (pl. XLIII, XLIV, XLV, et fie. 36). - La tOUl'


centrale est un peu plus considérable que les aUÎl'es, bien qu'clio
ne soit pas phis orn~e. Ses niches intérieures sont pt'ofondes seule-
ment de quelques centimèb'es; elles sont à deux plans; leur largeur
est à peu près celle de la porte. Une moulure leur sert d'imposte
etpourtourne la salle. La porte s'accompagne de quatre énormes
linteaux d'un grès très compact. Ils semblent avoir joué, ici comme
à Mi So'n, le rôle d'étrésillons. Arrière-seuil, seuil et al'rière-lill-
teau ont de larges crapaudines; leur dimension anormale semble
indiquer des vantaux de pierre. Le vestibule étaitcollvel' t par une
188 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAROI.
vot1te de briques; détail intél'es'sant, une sorte .de chambre sans
ouverture extérieure paraît avoir été ménagée au-dessus de ce
vestIbule pour soulager la voûte.
Il ne reste rien à cette tour, comme aux deux autres, du soubas-
sement général ni de la base: nous inùiquerons plus loin les données
communes que nous possédons sur cette partie des trois édifices.
Les pilastres, au nombre de sept, sont larges et nus, les entre-
pilastres sont ornés de cadres de moulures simples. La base ,elle
aussi, a tout à fait disparu; nous en déduirons qu'elle présentait
un revêtement de pierre; rien n'indique qu'elle possédât des ap-
pliques.
La corniche, du type à doucine, en pierre, a dans sa grande face
une frise de petits personnages, jarrets ployés et bras étendus,
sans doute des singes. Nous en avons rangé au dépôt un fragment.
tombé à tene. Le bahut est un corps de moulures d'une ou deux
doucines; il est terminé par une face de pierre ornée de losanges.
Les fausses portes fort ruinées étaient constituées par un placage
de pierre resté aux trois quarts en épannelage. En combinant les
renseignements fournis par les restes des trois faces, on peut
conclure que la fausse porte, à cette tour~ était analogue à la fausse
porte N. de la tour S., mais avec des proportions un peu plus
élancées.
Les parties supérieures de l'édifice consistent en quatt'e étages
carrés à corniches et bahut avec faces de pielTe sculptée etun
étage circulaire à plusieurs rangs dedécol', soit au moins un étage
de plus que la composition ordinaire; chacun des étages carrés
présente comme le corps huit arêtes et une niche centrale. Les
. profils des diverses corniches et bahuts sont semblables à ceux du
COl'pS principal, mais en briques, avec deux grandes faces de
pIerre.
Les fausses niches sont à simple corps, composé de deux piliers,
un linteau et un tympan de pierre, ce dernier entouré par des
corps de serpents qui se relèvent aux extrémités en rui{fa triples.
Touns DU'O'NG LONG. 189

Fig. 3G . .- Vàn Tu'o>og.


Tours Du'o'ng Long. Tours centrale et Nord, faces E. et S.
190 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
L'une des niches dn premier étage paraît enfermer un personnage
assis à l'indienne (face N.); celles de la troisième et peut-~tre de la
qualt'ième montrent une figure dansante. L'étagc rond supérieur
oUre un rang d'énormes feuilles de lotus, doubles, puis un autre
plus petit; chaque groupe vertical de deux feuilles est terminé par
une sorte de bouton ogival. Un second rang de houtons se superpose
au premier. Le nombre de ces groupes paraît êtI'c de seize, chiUre
qui correspond au point de départ de la composition, le calTé.
La saillie de porte qui forme vestibule présente une comiche à
doucine très réduite; eHe en supporte en guise de hahut une autre
de hriques, presque complète, avec grande face de pierre. Au-dessus
s'élève une voûte dont l'extrados est à double étage: 1'étage inférieur
est en carène de navire renversé, l'étage supérieur en ogive; deux
grandes faces de pierre les séparent.

Tour Sud (pl. XLIII, XLV, XLVI et XLVII). -La tour S. est, des
h'ois, celle qui se trouve dans le meillem' état, bien que 1'011 puisse
crailldre à href délai la chute de l'encadrément de la porte inté-
rieure; elle conserve uue fausse porte presque entière, celle du
Nord.
L'intérieur présente les mêmes niches à double plan qui montent
fort haut, jusqu'à une retraite où elles s'arrêtent. Celle-ci passait
au-dessus de l'ogive de la porte; elle était sans doute destinée
à porter un plafond. La voûte du couloil' illtél'ieur a la section d'une
carène renversée.
Les parements SOIlI. traités comme à la tour celltrale, mais sans
pilastres ni entrcpilastres. Lacol'lliche en pierre est du type à
doucine légèrement modiJié. Entre les deux doucines habituelles
ellc offre un rang de perles tI'ès décoratif. L'épannelage d'une
frise à guirlandes pendantes est ici traité comme une simplë frise
de deux faces enfermant une ligne de petits trous dans la brique.
Cette disposition, qui produit heaucoup d'effet, rraI'aît ~tre ana-
logue aux rangées de petits balustres des édifices anciens de Mi
Tauns DU'O'NG LONG. l!H

So'n. La grande face présente une frise amusante de gajasÏlJlha


affrontés. Le bahut est formé d'une simple doucinè ornée de rais
de cœur et d'une grande face décorée de rosaces.
La fausse porte N. presque complète se compose de trois corps
qui portent des entablements proportionnels, à des niveaux diffé-
rents. Elle n'est pas complètement achevée;
Le COl'pS central et antérieur est constitué par une sorte de liichc
de deux grands pilastres, couronnés par un chapiteau très simple,
un quart de rond un peu déformé en doucine. Sur ces chapi-
teaux, un petit linteau est décoré d'une frise dout le départ au
centre est une tête de monstre qui mOl'd des rinceaux. Presque
tout le tympan de cette niche est resté à l'état d'ébauche. On dis-
tingue seulement SUI' le contour deux corps de serpents qui descen·
dent chacun entre deux rangs d'oves cames, pour se ['elever en bas
en têtes de malwra.
Le corps suivant est constitué, au·dessus de chapiteaux sem-
hlables, pal' un~ sorte de bahut à très grandes plinthes et à cor- .
niche très simple. Il supporte un tympan en fort mauvais état qui
reproduisait les dispositions du précédent et dont le centre est à
peine dégrossi. Ce corps se poursuivait dans le couronnement du
troisième par une saillie de chaque étage d'entablement, si l'on
en juge par ce qui reste des parties hautes des autres pOl'tes. En
eIret, le troisième corps n'est du haut en bas qu'une sé,'ie de divi-
sions horizontales qu'unissent les deux motifs précédents. Elles
fOl'fIlent comme les étages de couronnement d'une tour dont le
COI1)S IH'iucipal descendrait en al'rièl'e des deux autres.
Sur les chapiteaux décorés d'oves carnes, s'élèvent ciJl(! étages
avec bahut et corniche; nous croyons qu'il y en eut six. Leur corn-
I~osition est identique, bien qu'elle aille en se réduisant de pl'opoi:-
hons. La corniche commune est un quart de rond d'oves cames
SoUs UIlC frise ornée. C'est, an pl'cmiei' en parlant d'en bas, Ulle
série de monstres; ils se disputent pal' couples une biche que chacun
soulève d'une main, tandis que l'autre main brandit un sahre. Ce
1V2 DU CAP VARELLA À LA I)OINTE SAHOI.
sont probablement des lions; ployés sur les genoux, ils ont les
jambes et les bras écartés. Les frises des deux étages suivants re-
présentent de petits animaux, des biches semble-t-il, agenouillées
sur les pattes de devant,un rameau dans la bouche, et tournant
alternativement la tête en avant ou en arrière. Le quatrième étage
et le cinquième ont une frise à décors en losanges.
L'angle du bahut est formé au premier étage par un lion resté
en partie en épannelage, aux trois suivants au moins par des niiga.
d'un beau caractère et d'une fine sculpture; leurs cinq têtes se dé-
tachent d'un fond de fleurons. L'espace compris entre les naga et
le motif central saillant qui devait continuer le deuxième corps en
hauteur, est vide au premier étage; au deuxième, il est occupé,
vu l'étroitesse du champ, par un animal' qui semble grimper le
loug du tympan; peut-être la bête du troisième, mais dressée.
Celle-ci passante, rappellè le lion du Cambodge; le quatrième
étage la montre également, mais couchée. Cette partie a malheu-
reusement di~paru mi cinquième.
A la porte S., au-dessus du lion d'angle, la fri se est une suite
de singes en lutte avec des oiseaux à long cou, qui leur mangent
le bras, comme l'indiqué un fragment recueilli à terre. Le bahut
du deuxième étage est occupé par trois petits personnages; deux
vêtus se tiennent par la main, un autre nu et qui para~t un singe
semble s'en aller en leur parlant. Il ne reste rien de la porte
Ouest.
La tour S. a ses parties hautes en assez mauvais état; par
bonheur l'étage circulaire est presque complet. Les étages carrés,
de même disposition qu'à la Lour centrale, répètent comme plan et
moulures l'étage principal. La grande face de la cOl'lliche du pre-
mier étage est décorée d'une série d'ogives fleuronnées, dans les-
quelles un petit personnage mitré, les mains jointes, est assis à
l'indienne. La fausse niche de la face E., nettement visible, montre
entre deux pilastres un champ de briques à deux divisions sous un
linteau à décor eu losanges.
TOURS DU'O'N G LONG. 193
L'étage de couronnement est ici plus complet. II se compose
en partant du bas d'un premier rang octogonal de feuilles de lotus
en pierre, porté par des colonnes jointives de même plan, en
briques, qui posent à leur tour sur le dernier étage carré. Circu-
laire à la tour N., ce motif manque à la tour centrale. Le rang su-
périeUl' semble porter une file de boutons et au-dessus d'eux la
piel'l'e terminale dont il ne reste malheureusement qu'un tamboul'
complet; elle dut avoir la forme d'un obus à grosses côtes rondes
orné d'une ligne de feuilles de lotus à la base.

Tour Nord (pl. XLIII, XLV, XLVII et XLVIII, et fig, 36), - La


tour N., la plus ruinée dans ses diverses parties, possède par contre
la fausse porte la mieux conservée. EUe est d'ailleurs d'uu type
différent des autres.
L'intérieur réunit les éléments spéciaux des salles précédentes,
grandes niches, imposte et retraite; mais l'imposte est au niveau
d'où part la voûte du couloir intérieur et la retraite est à mi-hauteur
de celle-ci. Toutes deux font le tour de la salle.
La composition des parements est semblable à ceUe de )a tour S,
La corniche au-dessus est une nouvelle version du' profil ordi-
naire, mais presque aussi heureuse qu'à la tour S. La double
doucine est remplacée ici par une frise d'un modèle très simple,
de lions dressés et affrontés, parfois de petits personnage&; d'autres
êtres accroupis, les bras en l'ail', occupent les angles, La face
Supérieure présente une sél'ie d'ogives, formées chacune de deux
serpents, dont les Mtes viennent, en bas, se retrousser sous un
petit personnage assis à l'indienne.
Des fausses portes, deux. sont complètement détruites; la porte
S. au contraire est admirablement conservée, rien n'y manque;
s~ulle tympan paraît avoir été huché ou écrasé pal' la chute des
pierres de la tOUl'centrale. Elle se compose de trois corps, mais le
c?rps intermédiaire n'est guère que l'accessoire du corps anté-
rieur, En revanche. le corps postérieur se divise à son tour en trois
A~NUI. - 1. 13
1 III l'r.I l,(r.Jillf! l('TlO~'LE.
parties dans le sens de la largeur, les corps latéraux ainsi obtclluS
s'élevant moins haut que le corps central.
Lc corps antérieur est une niche il. deux {{l'allds pilastl'es dont
les chapiteaux sont pris dans une seule pierre, conllne si le bloc
qui les réunit ri'avait pas - pour quelque raison que nous ignol'ons,
désir de stabilité ou arrêt dans les travaux - été complèlement
défoncé. Ces chapiteaux portent eux-mêmes UII linteau décoré de
el la l'mantes petites figures dansantes; mais il n'en reste qu'une. La
pose et le costume rappellent ceux des danseuses du piédestal de
'l'l'à Ki~u. Le tympan est constitué par une ogive bulbée tl'ès allon-
gée qui présente en haut . une énorme tête de monslre; peul-êtrc
portait-eHe une figure; de la gueule s'échappent deux serpents
qui, par des têtes de rnal.ara, clonllent issue à de t,'iples niiga. A
l'extérieur comme il. l'intél'ieur, des fleurons cams obliques suivent
le corps de cesserpents d'entoUl'age. Au ceu tI'e, la (j gure pl'inci-
pale, bien qu'entièrement broyée, est reconnaissable à son arrache-
ment. C'était une figure dansante, eHe avait les jambes égalemeut
ployées, le bras gauche levé en l'air. La tête coiffée d'une mitl'e
tI'ès allongée avait les lobes distendus chargés de boucles.
Le corps intermédiaire double en tout celui-ci; il pOlte une cor-
niche élégamment composée des formes ordinaires, mais où la
doucine basse, opposée à la supérieure dans le groupe des deux
doucines, est remplacée par Ull rang de perles. La grande doucine
est décorée de fleurons obliques, occupés eux-mêmes pal' des fi-
gures d'allure humaine à queue, sans doute des singes. La face
supérieure .présente une frise formée de rosaces enfermant des
figures . La faible bande supél'ieUl'c de fronton, que le corps anté-
rieur laisse voil' sUl' celui-ci, est garnie tout autoUl' de fleurons ranIS,
en haut d'une sorte d'antéfixe, en bas d'un lIii{fll simple sur la face,
double sur le cÔté.
Le corps postérieur, dans ses parties latérales, montre deuX
petites corniehes du même genre, tet'minées par deux faces ornées
Je frises; à la frise inférieure des disques très riches contienu ent ,
TOURS DIJ'O'NG LONG. 105

celui d'angle, une tête de monstre, le suivant, un personnage age-


) nouillé les bras en l'air. La frise supérieure S. E. présente des
l,' têtes de monst,l'es continuées au-dessus pal' U11e ogive de feuillages,
tandis Iju'entre elles se voient de petits lions qui s'opposent. SUl' le
côté symétrique sont des petites figures dansantes.
SUI' ces entablements se voient deux beaux niiga à trois têtes;
Jeux volutes latérales de feuillages tiennent lieu des quatrième et
cinquième têtes. Ifs porlent une ,rosace SUl' chaque corps el une
sur le corps commun. Ils sortent de la gueule de serpents-makam.
Une indication de pattes assez maladroite ferait crOIre que ces
derniers descendaient le long du corps central.
Celui-ci se couronne d'une corniche camardée, surLout dans {11
partie de la gl'ande doucine; cette dernière est mnée de fleurons,
là gl'ande face, de rosaces inachevées. Cet entablement soutient le
tympan, vaste ogive outre passée, formée par des corps de serpents,
entourés d'un rang de feuilles cames, qui sortent d'une énorme tête
de monslre. Ces sel'penls à leur tOUl' sc terminent en bas Pal' des
tèles de makara d'où s'échappent en retoul'llant cette fois vers l'int(~­
l'ieul' des nàlJa à trois têtes. Au milieu d'eux une figure brisée, assise
il l'indiellne sur un socle llIouluré, élevait le beas gauche en l'ai ...
Sur la tête de monstre un petit personnage est assis de mê~e, les
Coudes sur les genoux, les mains relevées en l'ail" la gauche tenant
un petit bàLollnet. Son costume est une sode de sampot, sa coif-
flll'e un mt/kltta pointu; il est paré de bracelets doubles et d'uu
colIiel" peut-être dc boucles d'ol'eilles.
Le COuronnement de la tour présente (luall'e (Hages carrés el IlIl
élage circulaire .. Les premiers sont la répétition de l'étage princi-
pal. Les fausses niches ont des parois de bl'ique à double cadl'e qui
rappellcnt des va ntaux; leurs tympans ont dô porter des figures
dansantes entre les ulilJn, si l'on en jU{Je par la fausse ' niche du
Ill'emiel' étage, face S. On y voit un danseur elltre deux petits ado-
ratellrs acc,'oupis, les hras en l'air; ù la face O. le pp,rsoOlt:lHe pa-
l'ait'd' . • , .
1 entJque llHIIS ses acolytes sont l'emplaces pal' des alllmaux.
13.
196 DU CAP VAllELLA À LA POINTE SAHOI.
Au-dessus s'élève un éiage supérieur circulaire qui semble avoir
vingt feuilles et être compoeé de même qu'à la tour centrale.
De la porte principale il ne reste que l'amorce du vestibule,
COI'pS postérieur; cette amorce donne les dispositions de couverture
dans cette partie. C'était au centre un extrados en forme de
cloche et sur les côtés deux demi-voûtes en forme de carène. Cha-
cune d'elles est décorée d'une série de monstres qui se détachent
en buste du fond. Les têtes qui sont de lions, tiennent beaucoup
de celles des ndga.
On peut tirer de divers faits quelques indications communes à
ces trois tours. Nous avons dit qu'il ne restait pl'esque rien de leurs
soubassements généraux et de leurs bases. Quel qu'il fût, le sou-
bassement était coupé par les portes et les fausses portes, et peut-
être la fausse porte N. de la tour S. nous en a-t-elle conservé une
amorce; de cette faible indication on devrait conclure qu'il était
formé d'un placage de piel'l'e. Cette donnée est confirmée par la pré-
sence d'un grand nombre de blocs qui jonchent le sol aux environs(I),
et qui ne peuvent avoir d'autre origine. On s'expliquet'ait mal
d'ailleurs, si le soubassement avait été exécuté en briques, que
cette partie seule se fût ruinée à ce point dans des édifices pOUl' le
reste si bien conservés. Nous en nurions peut-être alors quelques
pièces parmi les sculptures déposées à la résidence de Qui Nlw'lI
(E. F. de notre étude), car les notables du villnge nous ont aflirlllé
en 1 900 que des pierres sculptées, sans figures, y avaient été trans-
portées, et il n'yen avait, à cette époque, pas d'autres que celles-là.
Une tradition recueillie par ~J. Lemire (2), au sujet des tours de
Qui Nho'Il (sans doute celles de Hu'ng Th~nh), et qui s'appliqlle
très mal à ces dernières, donnerait une indication intéressante

(1) Nous avons fnit réunir en tas Lous plus voisine du poinL où ils ont été
les fragments disséminés cl, nprès un trouvés: un ou deux seulement à cause
examen qui a porté SUI' près d'un milli(·,· de leur' trop grand poids ont dÎl êlre
de morceaux, nous avons fail (Iéposcl' laissés en place. .
tous CCliX qui présentaient une partie (2) Les tOllrs killlllCS (Z,l ml/ft li il/ft, br.
sculptée dans le vestibule de la tour la (~L Heconll ., 1. XIV, n° il 2, p. 210.
TOURS DU'O'NG LONG. 197
pour le couronnement de celles qui nous occupent, si l'on osait la
leur rapporte l'; elle paraîtrait alol's toute nallll'elIe, el l'on connaît
assez la confusion des souvenirs annamites pour qu'une telle trans-
position n'ait rien d'~xtraordinaire. Les tOUl'S auraient été achevées
par une boule el une flèche dorées. Cette tel'minaison impossible à
HU'ng ThQ.nh (voir notre étude sur ces tours) est tout indiquée ici
et compléterait encore leur ressemblance a vec les priislÏl du Cam-
bodge que finissaient des aiguilles, si l'on en croit certaines tradi-
tions d'Angkor recueillies llar M. Foul'llereau (Il, ou des triçüla ai-
gus, comme en montrent les nombreuses représentations de temples
dans les bas-reliefs anciens du Bayon et comme en mentionne une
des inscriptions model'lles d'Angkor (1693 A. D.) (2).
Nous finirons la description de ces monuments par quatre re-
marquables lions debout, restes des fausses portes des tours cen-
lrale et S., où deux sont encore en place et forment cariatides à
l'arrière-corps de la fausse pOI'te N.; on les a transportés après leur
chute aux angles du groupe des tl'ois tours, pour orner peut-être
une terrasse génél'ale.
Les plus intéressants sont ceux des angles N. O. et S. E. Ce der-
nier est dans l'ensemble le mieux conservé. Il piétine un double
serpent qui se redresse devant lui en un petit nii{Ja à trois têtes;
ses deux corps sont extrêmement ornés. Le lion porte un sampot
très décoré à pan ordinaire; il a UII grand collier ou mieux une
broderie à tl'ois rangs de pendeloques, traduction possible des
mèches d'une crinière; aux saignées des membres antérieurs,
des bracelets de perles à trois rangs de pendeloques jouent peul-
être le même rôle; d'autres aux poignets n'en ont qu'un rang; enfin,
ses genoux sont ornés sur le devant d'une rosace. Denière lui,
Une double queue se retourne en rinceaux traités plutôt en corps
de serpents.
Celui du N. O. est dressé sur une sorte de décor à double courbe,

(1) T.es milles d'AII/f!.·or. - <'J AnlONIER, C(llllbo{~'Je, t. III, p.308.


198 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAIiOI.
partie d'un autl'e sans doute, les pattes de devant en l'ail'. Desdeux
côtés sa queue se relève en fleurons. Vêtu d'un sampot à gmnd pan
multiple et très décol'é, il a collier et doubles grands bracelets 011
bl'oderies de maillot. La tête est d'un caractère puissant, le détail
des multiples ornements excellent. Derrièl'e la figure se voit \In
double enl'oulement de rinceaux. Ces deux pièces peuvent comptel'
parmi ce que l'art cam a fait de mieux comme sculptures d' êtres
fantastiques;
Celui de l'angle S. O., debout dans la même position, est d'une
moins bonne facture; sa quelle se relève en décors; costumes ct
bijoux sont semblables mais avec peu de fini. If tient dans ses
griffes un petit niiga à cinq têtes, dont les deux corps remontent
aux côtés.
Le derniel', celui de l'angle N. E., est presque complètement as-
sis; il est grossièrement taillé et sans intérêt.
Ces quatre lions sont exactement de la même hauteur qui est
juste un mètre; il faut les supposer dans lelll' place ancienne ,
enfermés entre deux autres pielTes dont il ne reste par malhelH'
aucune traee à notre connaissance.
Enfin, il convient de rappelel' ici que les figures A, D, .M du
dépôt de Qui Nho'n sont probablement des antéfixes d'angle des
fausses portes.

SUl' la route mandal'ine, à une dizaine de kilomètt'es de la cita-


deHe de Hinh Binh, se voient les restes d'une enceinte came que
ses dimensions classent au pl'emie,' rang parmi les constructioJl~
militaires de ce peuple. Elle est occupée aujourd'hui pal' trois vil-
lages : Bit Canh, Nam An, 'l'hu(tn Chânh, dépendant tous tl'ois du
callton de An Nghia, ph!, de An Nho'n. Ce point pa l'ait avoir foemi:
le centre d'un ensemble dont il l'este eneorc divers~s t1'aces. C'est
fI'abol'd au N. , Ull groupe considérable cie sculptures réllnie~
dans la pagode de 'l'hOp Thap, l'CS les (l'UI1 gl'aml sallctuail'C qUI
CITADELLE DE f;AnAN. 1!)!)

s'élevait salis doute sur l'emplacement du monticule, centre du


jardin de cette pagode. Ensuite au S., deux collines paraissent
présentel' quelques vestiges d'un autre monument et sont en-
ferm ées à la base par un retranchement hâtif et grossier: pres-
que un pied se voient, dalis la petite pagode annamite de Nhan
Thap, deux énol'Illes dviirapâla. Enfin, la citadelle elle-m~mc
contient un cCl'lain nombre de tertres, .témoins probables d'édi-
lices disparus, et quelques sculptUl'es importantes.
L'enceinte s'étend dans une plaine peu accidentée (pl. XLIX).
C'est un rectangle de 1 ,flOO mètres à peu près dans le sens N.-S.,
de 1,100 mètrcs dans le sens E.-O.; il est exactcment oricnté. La
route mandarine passe sur les talus de l'angle N. E., atteint obli-
quement la face E. vers le centl'e et quitte la face N. perpendicu-
lairement vers le premiel' tiers. Un bras de la rivière de Binl!
Binh pl'otégeait le front N. La défense, assez faible, consistait en
une forte muraille sans aucun flanquement. Elle est de terre revê-
lue de limonite tirée des environs où on la tl'ouve Ù fleUl' du sol.
Quand le terrain s'élève, comme dans l'angle O., le rempart a été
~implcment réservé par le creusement de dcux fossés, ex tél'ieur
et intérieur; parfois le fossé extérieur seul existe. Du mur ancicn
il ne reste plus guère qu'un remblai ù peu près continu 01\ se
voient de place en place des fl'agments du parement; il est
constitué par des moellons réglés, de petites dimensions et régu-
lihement placés. Des tunnels de limonite exécutés avec soin étaient
pel'cés en certains points du mur pour l'entrée et la sortie d'un
ruisseau. En divers endroits s'élèvent des tertres, qui cachent peut-
être des tours ou des portes, ou peu vent avoir ,Hé de simples bu ttes
al,tificielles d'observation, Deux d'entre eux se voient aux (lnglcs
S. E. ct N. E.; un autre à la face O. est couronné de deux pielTcs
verticales "ù peine équarries et, nous apprend M, Navelle (De 11tinrû
ait nta, Ex. et Rec.,XIII, n° 29, p. 153) , placées pat'les AlllW-
mites rom' maintenir le recul de leùrs canons.
La citadelle "ne montre plus que les (l'aces ,l'lIl1e pOl'le LI"~s
200 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOJ.
visible, mais envahie par les eaux. Elle se trouve au premier tiers
environ de la face E. en partant de l'angle S. E. La notice an-
cienne qui accompagne le portulan annamite publié par G. Du-
moutier{'} signale quatre portes; le plan du portulan (fig. 37 et 38)

)11Ih- A3.

d--

Fic:. 3ï. - La citadelle de èaban.


D'après le portulan annamite publié par G. Dumoutier.

indiquc trois renfoncemcnts sur les faces N., S. et O. et un massif


sur la face E. Il faut considérel' sans doute ce massif comme la dé-
fense même de la porte la plus importante, les trois autres n'étant
alors que des poternes. La position à l'E. de cette ouverture prin-

<Il nulle/in de géogr. hist. et descl·., probablement du XVI'. Cf. PELLIOT, DeuX
1 H96, p. t 96 et suiv. Ce pOI'lulan seraitdll itillémires de Chille en II/de li la Jill d"
xv' sièele, suivant Dumoutiel'; il est plus vII/' siècle, n.E.F.E.-O., IV,P·199. Jl • lJ •
CITADELLE DE CAllAN. 201

cipale, bien que la route dût être N.-S., est assez dans )e génie
cam, puisque avant toute question de défense, l'orientation exacte
de l'enceinte est obligatoire (1). L'intérieur de la citadelle est occupé
aujourd'hui par des rizières d'où se dégagent les traces d'une chaus-
sée; elle semble joindre le milieu de la face E. à un tertre centrall'ec-
tangulaii'e; là s'élève une tOUl', la Tour de cuivre qui fera l'objet d'une
étude spéciale. Le travail des l'izièl'es a l'endu cette chaussée tl'ès
,." ,.

... ".

Fig. 38. -- Partie de la carte d'Annam ail 1/750. 000' correspondant à la fig. 37'

ilTégulièœ; elle est coupée par un ruisseau dans lequel se tl'ouvait


noyé un fragment, qui parait provenir d'une balustrade de pont,
Nous l'en avons fait extraire. Il fut depuis, en 1902, transporté pal'
les soins de M. Dufl'csnil, alors résident de Qui Nho'n, au dépÔt
de sculptures de Hinh Dinh (n° 45), Le centre et la partie O. de
la citadelle se relèvent léuèrement. Le sol en est constitué par
un affieurement compact de limonite, où l'on n'a pu établir de
cultures. Vers le N. du centre une élévation de terre recouvre cel'-
tainement les restes d'un édifice; de nombl'eux débris de briques
en font foi. Une pierre sculptée rectangulaire y a été trouvée,
!lit-on; elle semble avoil' disparu aujourd'hui.
Toute la partie O. de l'enceinte est occupée par la pagode et le
tombeau de Vü Thanh où furent remployées des sculptures cames.

(1) Il est pen vraisemblahle, au reste, étaient voisines du chemin principal,


que l'indication du portulau soit exacte mais non traversées par lui. D'ailleurs
et il est probable que les citadelles cames, le Irait dans le pol'llllan peut n'avoil' 'lue
Comme les citallelles annamites actuelles, la valclII' stricte d'un tracé tf'Îtinérnir'c.
202 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAlIOl.
Tont. à fait dans J'angle S. O. est un tertre à double étage; Je
plateau supérieur est un carréol'ienté, d'une trentaine de mètt'es
de côté; un léger exhaussement de terrain et de nombl'eux débl'is
indiquent la ruine d'une construction assez vaste. Les dimensions
étroites ct le parallélisme des h'aces de murs ne paraissent pas se
l'apFOI'ter au système d'un ' sanctuaire. Ce fut peut-être le palais
principal et la résidence du roi. Le sol est si compact, qu'il n'y eut
pour ainsi dire point de fondations; aussi est-il à craindre que des
fouilles en ce lieu soient à peu près sans résultat.
Enfin, dans la rizière, à droite et à ga uche dc la chaussée, se
dégagent des îlots, qui sont occupés par des maisons et des pagodes
et peuvent avoir été l'emplacement d'édifices disparus.
Une sorte de bassin se voit encore sur la face O. Une chaussée
parait s'être détachée de ceUe face au dehors; deux autres sont
très visibles à la face N.; l'une aurait été adoptée ensuite pour ln
route mandarine; une dernière paraît avoit, laissé quelques traces
SUl' la face S. enlt'e l'axe et l'angle Sud-Ouest.

La citadelle contient diverses sculptures qui ne paraissent pas


dans leUl' place ancienne. Devant le tombeau de Vb Thanh,
deux lions de grandes dimensions semblent avoir été composés
pour faire la paire et rappellent comme position et comme allure
-les lions khmèrs. Ils sont debout sur leurs quatre palles. La
queue probablement en l'air est indiquée par une mortaise;
les pattes, armées d'ergots, portent des espèces de bracelets dé-
corés d'une feuille de lotus. La tête présente . des yeux tl'ès
saillants avec la déformation habituelle du sourcil en [orme de
corne. La gueule, en plus des dents, montl'e des crocs re-
trollssés en défenses. Les OI'eilles sont courtes ct relevées; des
comes semblent s'em'ouler en alTièl'e; peut-~lt'e cependant n'est-cc
là que des mèches.
Dans le jardin du m~me lombeau, le P. Durand nous signale
un Ulfll,'((J'n (0 m. fifi SIU' 0 m. (0) qne nons n'avons pas vu. Plus
loin, ft 100011 'wo mèt.res en avant et espacés d'uue cinquantaine
CITADELLE DE CABAN. 20ll

de mètres, sur l'axe du tombeau, sont deux énormes éléphants qui


ne faisaient pas partie du même ensemble.
Celui de droite, d'un intérêt supérieur, est debout, en marche.
Il tient dans sa trompe un houquet de lotus; i\ côté, une espèce de
fleuron i\ écailles et à feuilles de lotus ,peut former fa fin de ce
rameau. La bouche est accompagnée de deux défenses; l'une d'eIles
a dû être reposée, il n'en reste plus que la mortaise. La lèvre infé-
rieure est rentrée et ce mouvement détermine un gonflement des
.loues.
Il porte un hamachement compliqué: diadème double, avec
clochettes ou glands, poitt'ail ù double rangs de gt'elots, ventrière
et cl'oupière.
Cette sculpture, d'une exécution excellente et d'un mouvement
très naturel, est de dimensions considémbles. Des pieds ft la tête,
l'éléphant mesure 1. m. 70, et 2 m. 20 de la croupe au départ de la
tl'ompe .
. L'autre est d'une faclure moins bonne, bien qu'encore remar-
(Iuable. Ii est dans une position analogue, mais semble tirer avec
sa trompe uu objet sur lequel il met le pied; les oreilles sont
étendues; il n'a pour tout harnachement qu'une SOl'te de colliel'. Les
dimensions correspondantes sont de près de 2 mètres et 2 m. 30.
Pour en finir avec la citadelle de Caban, l'appelons que ce fut
sans doute le Vijaya des inscriptions, le Fo-che des Chinois (voir
chapitre I C
').

Les dru x éléphants décrits plus haut y auraient été amenés du


QUl'tng Nam par les Cams, fuyant devant les envahisseurs (1). La
perfection de ces sculptures révèle leU!' antiquité et rend Vl'ai-
semhlable ce souvenir. Le transport devrait alors Hre rapporté aux
envil'ons de l'année 106 t A. D., date de la cession forcée des pl'O-
vinees septentt'ionales. Nous retrouvons la citadelle dans le portlilan
mentiolllll~ pIns haut sons le nom de Do Ban " qu'elle porte encore

(Il Tradition recueillie pm' M. Ch. Le- ToUl' (ln monde, n° (lu 25 décemhre 189ft,
mil"l~, AU,1' anciens l/101/1/llle/lls des Kirtlils. p.ftI2, col. 2.
20~ DU CAP VAfiELLA À LA POINTE SAIIOI.
à l'occasion.· La notice y signale, en outre des restes de la tour,
Ctdes vestiges de palais, mais tout à fait ruinés 11 . Peu ùe temps snns
doute après ou avant l'établissement de ce portulan, elle serait
tombée au pouvoir des Annamites (t t.71 A. n.). Défendue paI' les
Tay So'n qui y apportèrent de l'artillerie, eUe fut reprise par
Gialong à la fin du xvm siècle de notre èl'e; il l'abandonna alors el
C

l'exploita au profit de celle de Binh Dinh qu'il éleva à quelques


kilomètres plus au S. : ainsi s'explique dans cette dernière la pré-
sence d'un grand nombre de fragments cams dont l'origine paraît
être la citadelle de Caban. Une pièce, partie de piédestal, qui
vient sans doute de ce point, est déposée à la Résidence de Qui
Nho'n (lettre T de notre étude).

TOUR CANII TIÊN (1) OU TOUR ilE CUIVRE.

Élevée SUl' un léger tertre au centre de la citadelle de Caban,


et dans les tenains du village de Nam An, phu de An Nho'n, elle
est orientée à l'E. avec un écart d'une quinzaine de deg,'és vers
le N. Le monument (pL L, LI, LII, et fig. 39)' paraît n'avoil'
consisté qu'en un seul/mlan; il n'y a même pas trace de murs SUl'
les côtés du tertre qui est rectangulaire. Profilée dans le système
à doucine, cette tour en briques, ùans la plus grande partie,
montre un curieux exemple de remploi de la pierre dans le corps
de la construction. Mais ce n'est encore, malgré l'apparence, qu'un
simple placage.
A l'intérieur, la voûte se termine par un long conduit qui semble
a voit- 2 ou 3 mètres de hauteur sur 0 m. 25 de côté. Les mUl'S
sont trop profondément dégradés pOUl' qu'on puisse savoir si des
niches à luminaire ont existé.
A l'extérieur, le haut soubassement présentait un revêtement de
pierre dont il ne rest.e qu'une cimaise nue. Des tenons à double
(1) Canh tiên est le nom d'une espèce celle tour: car elle a conservé la plupart
de patate hérissée de velTnes, et c'cst cn dc RCS arnol'lissemcnls et ceux-ci un grand
efTet la silhoneLLe llll !lf'1l Iléchiqllctée de nomhl'C de Icurs pièces d'accent.
TOUR DE CUIVRE. 20!)

tête le fixaient à la· maçonnerie; ils étaient apparents et par suite


sans doute en pierre. Lems alvéoles seules se voient encore.

Fig. 39. - Tour de cuivre.


Anrr1e s. O.

.
Les pilastres sont nus, celui du milieu plus large. Ceux des
angles, plus saillants, sont en partie faits de pierre, par assises
carrées incrustées dans l'angle et maintenues par des tenons de
même nature. C'est un grès violet qui perd malheureusement à l'air
sa couleur admil'able pour prendre en peu de temps une patine
gl'ise. Chacune des faces de la partie en pierre est déeorée de
handes verticales de volutes d'un type -très spécial enfermées entre
206 DU CAP VAHELLA A LA POINTE SAlIOl.
deux sél'ies de trois bandes de décor, Fait curieux, il n'a été nulle-
mellt tenu compte de la difl'érence de matière dans Je décor, et
celui-ci est mi-partie l'ouge ct mi-partie violet.
La basc, du type à doucine simplifiée, est Cil pieI'l'c. Ce pat'ement
cst cramponné à la construction de briques comme le soubassement.
Les appliques étaient aussi en pierre; il ne reste plus que le fron-
ton de l'une d'elles à la face O. Elle est en ogive et montre, SUl'
tl'ois ('egistres superposés, de petites ogives quadl'jJlées réparties de
bas en haut, trois, trois et une, interprétation naïve d'un couron-
nement de tour. Ce morceau est semblable à la pièce u8 du dépôt
de Binh Dinh, d'une lecture plus facile, Cette del'llière peut
d'ailleurs fort bien provenir d'ici.
La corniche est faite aussi entièrement de pierre aux quatre
angles, sans souci de l'incohérence des matières, dans le décor. La
grande face est traitée en grès. Les pièces d'accent, aux angles
extérieurs, sont décoratives; aux angles intérieurs, elles sont sculp-
tées en t~tes de makara, mais sur la face bien visible seulement;
l'autre est nue.
Le bahut est continu et sert de base aux fausses niches comllle
aux amol'lissements; formé de deux doucines opposées, il soutien t un
corps de moulures simples et non un terrasson en doucine renversée.
Les amortissements d'angles sont admirablement conservés; ils
élèvent au-dessus du bahut une dizaine d'étages; chawn est com-
posé d'une double moulUl'e qui supporte une grande face, Une
applique décore chaque étage Slll' chaque côté, des pièces d'accent
décoratives mUllies de leurs renforts se détachent également de
chaque angle.
Les fausses portes sont très ruinées, leur double corps porte
trois niches étagées. On peut reconllaÎtre, dans le champ central
du corps inférieur, la trace d'une olJ'ive de grès qui est salis doute
Je sommet d'une applique. Les tl'ois frontons superposés out Jù
comporte!' rles tympans de pierre; les tympans Supél'ielll's existent
en quelques points, mais ils sont nus ou la sculpture en est devenue
.. 'l'HAp.
VESTIGES DE TUÂr 207

indistincte. Au milieu de la maçonnerie du soubassemellt de ces


fausses portes, existe un rang de briqucs verticales dout il nous esl
impossible d'expliquer la raison.
Le prcmier étage présente seulement trois pilastres nus d'égale
largeUl'; les entrepilastres sont nus(?). Les appliques sont fort simples
ù corps et fronton uniques. Les amortissements d'angle montrent
peul-être ~ept bandes de décor, y compris le bahut général. Les
fausses niches ont quatre corps et quatre fl'onlons. Les trois pre-
miers sont ornés de feuilles rampantes en terre cuite; le dernier
rang se détache sur le front de la quatrième face qui est mouhll'l~e
sur l'arête. Au deuxième étage, les fausses niches offrent trois corps
et trois frontons. Il n'y a que deux pilastres (?).
Nous trouvons les renseignements suivants dans la notice qui
accompagne le portulan annamite cité plus haut: Cf Dans la cita-
neUe de Do Ban se voient encore des vestiges .. , de la t~ur, mais
tout à fait ruinés; il 'ne reste à la tour que douze étages: on
l'appelle la Tour de la Fille." L'inscription portée dans le carré qui
représeute la citadelle donne l'indication suivante dont je dois la tra-
ductionà mon collègue E. Huber: Cf Au milieu de la Tour de la Fille
sont conservés les douze sièges." Enfin, d'aprèsM. Dumoutier, Cf lIlI
géogl'aphe annamite du siècle dernier disait que la ville contenait
jadis une tour de 35 étages n. Ces différents renseignements ajoutent
peu il ce que nous connaissons de visu de la tOUI; ils sont cepen-
clallt utiles pour faire voir queUe faible foi il faut accordel' aux ren-
seignements architectUl'aux de sourcn chinoise ou anllal\: ile. Pcul-
êh'e le sens semil-il moins loin de la vél'ité, si l'on admet (lue
le géographe a compté chaque raug de décor des amol'tissements,
Comme un étage.

VESTIGES ET SCUI.I'TUIIES DE TJI~I' TIIAI'.

Un certain nombre de sculptures sont déposées dans le jardin


dela pagode de Th~p Th.,p ou Thap Mu'ô'i, Cf les dix tours" on Cf les
dix tombeaux il, ainsi appelée des sép"lltll'es des supérieurs de cette
208 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.
bonzel'ie. Elle dépend du village de Tuan Chanh, canton de An
NGhia, phû de An Nho'n et se trouve dans l'angle formé parla route
mandarine et la face N. de la citadelle de Caban; un fossé réguliè-
rement creusé et parementé les sépare. Si l'on en juge pal' les
dimensions des pièces conservées, l'édifice devait être considérable.
Il s'élevait sans doute au milieu du petit bois sacré qui s'étend
derrière la pagode et, forme un large tertre abrité de grands
arbres. On trouve parm,i ces nombreux débris;
IoDes parties de constructions en pierre, simples ou déeorées;
2
0
des fragments d'idoles, piédestaux et divinités; 3 0 des parties
de décor sculpté.

t 0Dans la première série, nous avons à signaler:


A. Une très gmnde l)yramide curviligne à quatre faces, COUl'on-
, nement de tour.
B. La pierre terminale d'un amortissement, pyramide cUl'viligne
à quatl'e faces, décorée sur chacune de trois feuilles de lotus; elle
se trouve dans 'une des cours de la pagode.
C, C', Cff. Série de pièces J'accent ou de feuilles rampantes,
en terre cuite ou en pierre, têtes de makara, pour la plupart. Une
pièce d'accent, Cff' en terl'e cuite, est une figurine à genoux, les
mains jointes. Un autre fragment de grande pièce d'accent en
pierre, à tête de serpent détachée et une dalle d'arête égalelllCllt
en pierre, sont incrustés dans le sol près des étables de la bonzel'ie.

2° Les parties de piédestaux et de divinités sont:


D. Une large dalle de base de piédestal, utilisée par les Anna-
mites comme paravent d'entrée ct Bl'avée de caractères chinois,
siGnalée par le P. Dm'and.
E. Dans une cour de la pagode, la moitié d'u'n piédestal octo-
gonal, de grès bleu, très grossier. '
F, G. Deux piédestaux moulurés qui sel'vent de support à des
stèles annamites, l'une au tombeau du dernier chef des bonzes
209
mort à Th~p 'rhap avant 1902; l'ault'e sous le joli pavillon anna-
mite de la COut' centrale,
H. Une partie ornée présente, si notL'e attribution est exacte,
un angle du corps centeal d'un grand piédestal. C'est un beau
décor de rosaces à huit pétales enfermées entre deux rangs d'oves
cames. La pierre, d'un grès bleu très compact, servait de sol dans
un passage de la bonzerie. Nous l'avolls fait t1'anspoder dans le
jarùin à côté ùes autres restes.
1. Une cuve à ablutions carrée, ell grès gris, dans une cour de
la pagode.
J. Au jardin, un fragment de 1nllkhalùiga de petite taille,
( 0 m. 35 à la base, 0 m. 38 de hauteu l'), brisé; il ne reste de là tète
--
que le cou décoré d'une sorte de gorgerin à perles et guirlandes
pendantes, une oreille avec sa boucle et la trace d'un muku{a . .

3° Les sculptures qui subsistent sont un Nandin d'assez grandes


dimensions, des fragments de tympans et neuf têtes de person-
liages.
K. Le Naudin, passablement mutilé, offre quelques dispositiolls
intéressantes, surtout un curieux parti d'ornementation géomé-
trique soulignant toutes les formes du corps. Quoique brisée, la
tête offre un décor sur le front, un autre entre les cornes; l'animal
port.e un large collier de six cordons, en deux rubans; au troisième
corùonde la buude supérieure, une quinzaine de grelots.
L. Un tympan montre en haut de l'ogive la tète ornemanisée
d'un lion; il étreint de ses gl'iffes deux corps de serpents, qui
forment l'entourage de la pièce; le bas de celle-ci manque et, en
même temps, les têtes des reptiles. Le dieu enfermé dans cette
composition paraît avoir été assis; il tient de sa main gauche un
Ileuron, de la droite, une sorte d'épée ou de poiguard sans garde
dont la lame va en s'élarp,issant, peut-être une ma~sue, A droite et
à gauche, s'élèvcnt dcux plantes épanouies en une lal'ge flelll' d'un
type spécial. La divinité est vêtue d'un costume très orné, arrêté
.\N:'iHI. - 1 .
210 DU CAP VAHELLA 1 LA POlNTE SAHOI.
aux coudes; la coilTure est le lIutku!a ordinaire; les oreill~s sont
chargées de lourdes boucles, les poif{llcts dc bl'acclets.
M.Une autre figure est accroupie, les pieds joinls, lcs genoux
en dehors; elle tient de ses deux mains ramenées SUl' la poitrine
'Ill chapelet de perles, qui pend SUl' le ventre saillant. Les mains

ont une disposition spéciale. La gauche est placée à plat, la paume


en dessus; la droite est posée dessus, la paume en dehors, les doigts
réunis en avant.
Le vêtement, bizarre, tombe devant les pieds; des bracelets de
perles aux poignets et aux aisselles composent la parure.
N. Un autre fragment de statue, en bas-relief, présente la partie
inférieùre d'une figure somptueusement vêtue. EI/e porte sur SOli
sampot une sorte de tunique à pendeloques et frise de perles et
de ferrets pendants. Le pan lui- même esL richern ent orné.
O. Il existe encore une figure à peu près complète dans le pa-
godon voisin; elle est agenouillée, les mains jointes, et parait
habillée d'un sampot; la peinture dont elle a été recouverte par
les Annamites en rend l'étude presque impossible.
P. Neuf têtes, généralement en grès bleu ou r,l'is, toutes mi-
trées et finement exécutées.

:'iJl;\N TILI.p.

Vestiges. - Du côté S. de l'enceinte de Caban se voient, à un


ou deux kilomètres environ, des collines rocheuses en aliguement
E. S. E.-O. N. O.
Une muraille hâtivement exécutée en divers moellons, et pré-
cédée généralement d'un petit fossé, enferme leur base et la
contourne par une série de faces orientées suivant les points car-
dinaux et les points intermédiaires. Ces travaux, dont l'origine est
oubliée, peu vent avoir constitué un fOl'lin provisoire de défense
pOli\' les (;ams ou de blocus pOlll' les Annalllites, élll moment. d'un

Iles sièlres de Caban.


D.I,\l HO'U. 211

La colline S. E. présente à son sommet, au-dessus d'une plate-


forme taillée dans la roche, deux petits tertres placés dans l'orien-
talion générale et quelques rares débris de briques. Il ne parait
pas impossible qu'il y ait eu là une construction came, problème
insoluble d'aillèurs, car des fouilles ne donneraient aucun rensei-
gnement en raison de la nature rocheuse du terrain.
Le sommet et les pentes de l'autre colline sont jonchés de
fragments de briques. Il semble même qu'il y ait encore des angles
de maçonnerie enterrée, traces d'un bmnuli cam ou peut-êtl'e d'un
simple tombeau annamite; la présence d'un tigre en chaux de fac-
ture moderne rend cette dernière opinion plus vraisemblable.

Statues. - L'hypothèse d'une construction came trouve cepen-


dant une confirmation dans l'existence à l'E. et au pied de la
colline, dont la pente facile en ce point a pu recevoit· une rampe,
de deux énormes dt'iirapiila qui ornent la pagode de Nhan So'n TI!',
du village de Nhan Thâp, canton de An Nghla, phu de An Nho'n.
Ces statues, qui ont plus de deux mètres de haut, accompagnent
l'autel principal. Les géants sont debout, légèrement cambrés SUl'
une jambe; un bras en l'air tient une épée; l'autre est relevé au
m~Iieu de la poitrine. Le costume est un sampot étroit à pli
volant; de nombreuses restaurations annamites les dénatment.

Vestiges. - Deux petites collines à pente rapide reliées par un


dos d'âne de 200 mètres portent, au village de B~i Hrl'u, canton
de Xuân y ên, huyen de Phù Cât, des traces de deux édifices cams :
l'un s'élevait sur la colline N.; il était enfermé d'une levée formant
Uu carré de 24 mètres; en contre-bas s'en trouvait un autre, sans
doute une tour d'entrée, qui par des gradins ruinés prenait accès
Sil t' une chaussée de 100 mètl'es; celle-ci aboutissait à \lll empla-

cement rectangulaire voisin d'un bassin de même forme.


1 't.
212 DU CAP VARELLA 1 LA POINTE SAHOI.
Sculptures. - Les fragments qui out été trouvés en ce point el
transportés à l'église de DQ.i An consistent en :
A. Un fragment de corniche de soubassement à feuiHes (le lotus
à trois épaisseurs.
B. Une pierre terminale d'amortissement ù feuilles lancéolées;
la base a été postérieurement recreusée en dessous pour en faire
nue sorte de mortier.
C. De nombreuses feuilles rampantes en terre cuite, du type
ordinaire, ainsi que beaücoup de tuiles ù fort talon qui proviennent
de l'édicule inférieur.
D, E. Deux tympansdefausse porte ou de fausse niche décorés
d'une figure humaine. L'un d'eux représente un homme assis ù l'in-
dienne, les mains jointes; il porte un sampot à deva ntier rond ct
une haute mitre cylindro-conique; les orcilles sont ornées d'un
boulon, les bras de bracelets de bl'as et d'avant-bras; un fil de
perles tombe du cou jusqu'au nombril. Le second a les jambes
repliées, écartées comme celles d'un danseur. Il porte le même
costume.
F. Deux têtes de statues de petites dimensions: l'une, 0 m. 13,
a les traits écrasés; la coiffure conique mais peu élevée entoure la
tète d'un temporal; les oreilles aux lobes déformés out des tl'qus
pour recevoir des bijoux mobiles. L' auh'e, 0 m. 20, porte un haut
chignon à étages garni sur les deux cÔtés de mèches retombantes
du type de la statue de Mi So'n, A'~ (cf. B. E. F. E.-O., t. IV,
p. 832 et fig. 23). Sur le front, à la hauteur du chignon, une
petite figure de 0 m. 06 est assise sur une sorte de fleur de lotus.
G. Un fragment d'un piédestal circulaire, depuis longtemps à
l'église de DQ.i An, semble provenir de la même origine. Il est dé-
coré de feuilles cames très spéciales, mais de la même famille qlle
les décors du piédestal de HU'ng ThQ.nh et du fragment de cor-
niche cité plus haut. (( Sur sa partie supérieure il y avait, disent
les Annamites, un bup sen bouton de fotus. .. La partie infé-
rieure est également cassée, elle }Jode en dessous .des sculptures
lt!\I nÙ'[J. 213

une section ronde comme un fût de colonne" (Ieltl'e du P. Durand,


6 juin 1904). - On peut croire que la partie circulail'e est le
tambour intermédiaire entre les deux profils et, en raison du pen
de netteté des traditions annamites, voir dans le bup sen un linga.
C'est au moins la seule interprétation came que nous croyons
pouvoir donner de cette pièce que nous n'avons vue qu'en photo-
graphie.
G/~ Une cuve à ablutions octogonale, percée en son centre d'nn
h'ou, est restée sur place; 1 m. 25 sur 0 m. 30.
H. Dans un pagodon au bas de la coBine sc voient une statnc
et un bas-relief.
La première est assise à l'indienne devant une sorte de chevet
orné d'un dessin spécial; la main gauche dans le giron reçoit un
chapelet que so~tient le pouce de la d~oite, dont les quatre autres
doigts sont étendus. La tête a de forts sourcils, des moustaches
assez épaisses et une mouche. Le dieu porte le cordon brahma-
ntque.
Le vêtement consiste en un sampot à mille plis qui présente
lln large devantier orné d'un rinceau encadré de deux bandes de
crochets et d'S ca ms. La tHe porte une haute mitre cylindrique
qui a deux rangs de perles à la base et un troisième rang au
has du tiers supérieur; il coupe la partie verticale d'une in-
scription.
Les bijoux consistent en anneaux d'oreilles, double rang de
pedes qui, du cou, descend SUl' la poitrine, h'iple rang de perles
en bracelets de br(ls, simple rang d'avant-bras. .
1. Le bas-relief n'est malheureusement qu'un simple fragment.
Un roi vêtu du sampotet coiffé d'une mitre cylindrique repose SIlI'
lIn lit aux pieds tournés et sous un abri analogue aux pendopo dn
Java. Une servante agenouillée semble l'éventer. Deux animaux il
longuequeue, rats ou Iilangoustes, se voient sous le lit.
Le pel'sonnage principal p(lra~t a voir des boucles d' OI'eilles eL (h~s
h"acelels de ]was el d'avant-beas. La servante, pl'cmièl'e, semhle-l-il,
2U nu CAP VAR ELLA À LA POINTE SAllOl.
d'une série disparue, a des cheveux tombants SUl' la nuque et ne
porte aucun bijou (1).

Inscriptions. - La statue H présente la curieuse parti('.ularité d'al'oil' une


inscription sur sa mitre. Le P. Durand la lit : ~ OIJl namal.. Çivaya", tandis
que la formule ~ srasti" est écrite sur la face postérieure.
Un fragment d'inscription en cam, 0 m. 15 sur 0 m. 15 , brisé dans le sens
longitudinal et dans le corps de l'inscription, a été trouvé également sur cet
emplacement et transporté à l'église de It~i An. On ne peut en tirer aulre
l'hnse, nous apprend le P. Durand, que la mention d'une donation de riiières.

VESTIGES DECHÂU TIÙNH.

Au S. et à 20 degl'és vers l'E. de la Tour d'or et au N. E. de la


Tour de cuivre se voient, sur un monticule, les traces informes d'un
édifice considél'able accusées par un gI'and nombre de briques ct
que!c{ues fragments de pierre. Le monticule dépend du vilJag-e de
Châu Thành, canton de Xuân Yên, huyen de Phù Cat et l'épond
an nom de Thap Ga y (tollr brisée).

TOUR TIIÔC U\C OU TOUR D'on.

Cette tOllr, appelée par les Annamites Thôc LÔc ~ tOUl' cambod-
gienne", et pal' les Français ~ Tour d'or", est sur le territoire des
villarres de PhIl Thànhet de Ch,\u Tành, canton de Xuân Y~-n
huyen de Phù Cill (pL L, LTIJ, et fig. llo).
Elle s'élève sllr une colline nivelée qui pl'ésente deux {{radins
artificiels. Il semble qu'il ait existé un mur sur chacun de ces gra-
dins et un emmarchement dans l'axe de l'édifice. Celni-ci paraît
avoir été constitué uniquement par un htlan entouré d'nne ou deuX
enceintes. 11 dut êtJ'e dn type ordinaire complet, cal' il ne reste
rien du vestibule, et l'ollve/'ture de la baie d'entrée est si basse
i
(1) Cette deseription est ' faite sur les P. Durand a bien voulu nous conll Oull -
renseignements et les clichés que le quer.
TOUR D'Olt 215

qu'elle ne put correspondl'e à une porte de l'importance considé-


rable des fausses portes~ Le monument constl'uit sur plan un peu
plus long que large, était en briques avec des parties impol't.anLes
de revêtement en pierre; la plus grande part de ce del'llier a dis-
paru. Les profils sont du système à doucine.

Fit;. Ao. - ToUl' d'm'.


Angle S, 0,

L'intérieUl' pI'ésente les dispositions courantes. Nous avons re-


trouvé un débris .In piédestal, qui était circulaire cL déco~é de
larges feuilles de lotus. Celte fOl'me semble fail'e supposel' nn
litiffu pour divinité.
La tom' s'élevait sllr un hant souhassement dont il ne reste rien;
celte disparition complète laisse croil'e qu'jl exista ici cOlllme à
Hu-ng Th<,lnh Illl plucaffe de )liCITe enli(~rr.nwllt. a\'l'ach(~ pal' )a suit.e.
216 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAllOI.

M. Lemire y vit encore des ga1]eça rr portant la tiare et des col-


liers, tenant en inain un sceptre et dont la trompe reposait
dans l'autre main" (Tour du Monde, 25 décembre 1894, p. 408
et Ex. et Rec., t. XlV, n° 32, p. 212); peut-être une photo-
graphie donnée par le Tour du Monde se rapporte-t-elle à ces
figures.
Les cinq pilaetres sont nus; les impairs sont légèrement pins
larges, et les extrêmes un peu plus saillants. JI parait avoir exist(~
des appliques de pierre; les tenons dans les angles à la face N. sont
les seuls témoins de l'existence de ces décors. La grande face est
e.n pierre; eHe est maintenue dans la construction, car ce n'est
qu'un simple placage, par une queue continue, disposition bizarre
qui s'explique fort mal, puisque" non retaillée, cette pierre aurait
fait corps aussi bien avec le reste de l'édifice. Le bahut, fonné de
deux doucines opposées, constitue la base des fausses niches et des
amortissements. Ceux-ci, très ruinés, étaient. tout hérissés de pièces
d'accent.
Les fausses portes ont trois corps et tl'ois étages; l'étage infé-
rieur est presque indistinct; peut-êtl'e a-t-:-il possédé. en son
centœ une stat.ue de briques, à tête en pierre ; :un tenon au niveau
probable de cette tête en serait le seul témoin. Les tympans pré-
sentaient sans doute des figures; l'un d'eux serait à la Résidence
de Qui NllO'n, lettre Cde notre étude. L'étage intermédiaire montre
une niche à trois fronts ornés de deux rangs de feuilles ram-
pantes; le tympan central en pierre est nu. Le demie.' étage se
compose d'une niche à triple plan, à deux rangs de feuilles ram-
pantes qui passent devant un tympan double également à double
plan. Enfin le tout se termine par une antéfixe cn feuille lancéo-
lée à double plan.
Les deux étages de la tour répètent les mêmès dispositions. La
fausse niche a quatre plans. Le corps antériellr présente entre
deux pilastres l'interprétation de vantaux moulurés; les lI'ois autre~
plans reposent SUI' une quadruple plinthe.
217

VESTIGES DANS LE IIUYÇN DE PHÙ Mi.

Le N. de la plaine du Binh Dinh ne montre pluR d'édifices en-


cOl'e debout; mais un grand nombre de monuments cams y ont.
laissé des traces fort nettes. Nous tenons du P. Hamon (leUre du
7 mai 1908) l'indication des vestiges suivants que nous ne pouvons
encore classel' exactement dans leur ordre géographique:
Huyçn de Phù Mi; canton de Trung Thành : villages de Mfi
HQi, Trung Thu~n, Chanh Tl'U'c, Vinh Nho'n, Vinh L(!'i; canton
( de Trullg Binh : villages de Phû Thiçn, Tû Giang, An Trinh,
HU'u LQc. L'emplacement de Phù Thiçn aurait été à peine creusé;
celui de Vinh LQ'i aurait au contraire été exploité complètement
au profit des travaux du port de Dé Gi, et des pierres rectangll-
. laires portant des inscriptions y auraient été trouvées et déposées
sur la dune voisine.
Enfin au marché de Go Dông, même huyçn, se trouvait uoe
]lierre de couronnement octogonal d'une tour dont l'emplacement
n'a pu êh'e retrouvé. Cette pièce a été transportée à l'église de
B~iAn.
VESTiGES ET GROTTE À PHU DU'O'C.

Cet emplacement est, situé sur la rive gauche du fleuve à


~2 kilom. fioo envjron de BÔna So'o au S. O. S. et à 500 ou
Go 0 mètres de la ,'ivière, SUt' un tel'l'ain qui dépend cl u village de
Phu Bu'ô'c, appelé aussi Trung l...u'o'ng, canton de Tt'unf{ Yên,
huyçn de BÔng So'n.
Les ruines se trouvent sur une légère éminence. On y reconnaît
les traces d'un mur d'enceinte rectangulaire d'importance considé-
rable; de 50 cl 60 mètres de côt(~, il enferme, au centre, le tettre
et 1eR débris d'une tour principale qui s'accompagne au S. E. du
tertre d'une seconde toUl' ou d'un édicule, au N. O. de celui d'une
tt'oisièllle; devant celle-ei HIle BTanoc fl'H1ntit~ de moellons énor'mp,s
218 DU CAP VARELLA À LA POINTE SAHOI.

de limonite rangés en 10nguclll' semble indiquer une vaste salle; il


n'y a en . revanche nulle trace d'un e tour en avant.

~.50

. ."
.
~- -- I.sa - -- _1_ 50-:1
Fil{. (II. - Plui Hu,o,c.
Plan tle la grotte. ~:ch elle : 15 millimètres par mètre.

A l'O. 20" S. et à 400 mètres, sur la fa ce S. E. d'une falaise


de limonite, rongée et disloquée, s'ouvre une excavation touJ'llée
vers l'E. (fig. ft 1). La tradition annamite en fait un ermitage cam.
La voûte arrondie, circulaire, n'a B"uère plus de 1 m. 10 de
haut. Au fond règne une petite banquette; deux et peut-être trois
niches, dont l'une est nettement ogivale, s'ouvrent dans les pa-
rois. La dernière montre une petite cuvette circulaire, celle de la
face opposée une cuvette rectangulaire. Il semble qu'une autre salle
ait doublé celle-ci en avant, mais que la partie antérieure s'en soit
écroulée; le fond de la voûte et une niche en subsisteraient seuls.
Des trous l'omIs, profonds et minces. échelonnés régulièrement
SUI' la paroi de la falaise, peuvent avoil' servi à ficher des cram-

pons de bois.
nUDDIL\ DE Mi. TlL~NH.

C'est une petite statue de brollze trouvée en terre au village de


Mi Th,.mh, canton de Hoài DtI'c, ll\ly~n de Boni Chûu. Elle me-
sure 0 m. t ft de haut avec un socle de 0 m. 0 t 5. Le sommet de
ROCHER INSCRIT DE TIIJ.\NH SO'N. 219

la tête présente une caviLé, où devait s'insérer la pointe caraclé-


I;istique des Buddh~s cambodgiens et thaï. Cette origine est d'ail-
leurs confirmée pad'inscription du socle: If BraI) Budha Gotamo. "
La figure est assise à l'indienne, bras et maindl'oits appuyés sur
le genou droit, main gauche ouverte posée sur la l)lante du pied
droit. Les yeux sont baissés; elle a les cheveux crêpelés. Une
écharpe pliée étroitement qui tombe en avant jusqu'à la ceinture,
en afl'ière jusqu'aux reins, couvre l'épaule gauche. De simples
traits de gravure, un en travers du buste, deux autour des poi-
gnets et trois autour des chevilles indiquent le vêtement.
Nous tenons ces renseignements du P. Durand qui recueillit cette
statuette pour le musée de l'École. (Cf. B. E. F. E.-O., t. VII, p. 15[,.)

VESTIGES À tANH THIÊN.

Cet emplacement, indiqué par la tradition que confirme la pré-


sence de briques cames et d'un miiu annamite, est situé sons un
grand arbre au milieu des rizières, à quelques centaines de mètres
dn fleuve et à 2 ou 3 kilomètres à l'I!:. de BÔng So'n. Il n'y reste
rien de bien. reconnaissable et seule l'élévation du tertre an-dessus
du niveau des cultures le marque. Le lieu dépend du village de
Canh Thiên, canton de Trnng Yên, phil de BÔng So'n. '

Roem:n INSCRIT DE TII.~NII SO'N.

Cette inscl'Îption se ll'ouve au lit du Lonent dc Ho Giilll à pell


près au qual't du vel'sanl oe la montagne et, chose curieuse, sous
la nappe tombante d'unc cascade. Le lieu est voisin de la pagode
de Ho Gian el dépend dn village de Th:.lI1h SO'II, canton de Van
SO'II, hlly~n de Hoài An. L'inscription occupe la paroi N. N. E.
d'un l'ochel' de 3 m. 50 de long et de 2 mèlt'cs de haut; cclui-ci
const.itue, avec la face surplombante d'un autre bloc, les parois
du bassin qui recueille les eaux de la chute. Une longue pierre
220 DU CAP VARELLA ,\ LA POINTE SAlIOI.
forme paliet, devant la roche, une autre plus basse constitue le fond
du bassin; elle est creusée, en avant de l'insc~'iption, d'un puits
circulaire, sans fond, disent les Annamites, de moins de 2 mètres
au sondage. Les hautes eaux doivent produire une chute admil'able
en ce point. et finscription y est toute noyée. A l'époque des basses
eaux, eHe n'est mouillée que par une mince nappe qui a sum à la
couvrir d'une moisissure tenace, Nous n'avons pu déterminer si les
lieux présentaient les mêmes caractères à l'époque où l'inscl'iption
l'nt gravée ou si l'irruption des eaux est un hasard postérieur.

Inscription. - L'inscription comporte 1~ lignes en caractères de 0 m. o~


de haut, corps des leltres, d'écriture presque carrée et qui ne semble pas trl~s
ancienne.

Inscriptions diverses non retrouvées. - MM. Aymonier et Bel'gaigne


citent un certain nombre d'inscriptions trouvées au Blnh Dinh et depuis dis-
parues.Deux proviennent. de An Thu~n: la première (~22 et XXXIII du COI'-
pus) est un fragment de stèle, la face A (hauteur, 0 m. 18; largeul', 0 m. 22),
en vers sanskrits, contient l'invocation plus 2 lignes; la face B (0 m. 20
SIII' omo 31) montre 3 lignes de prose èame; sujet: confiscation des biens
d'un particulier au profit de Yan Pu Nagar, sans doute en punition d'un
cl'ime (commencement du xue siècle ç.).
La seconde (~2 ~) porte sur une face A 13 lignes, sur l'autre B 7 lignes en
èam. Serment de fidélité fait au roi par trois seigneurs. Même époque.
Une autre (~11) a été trouvée dans la pagode de Kim Chùaj c'est une
inscription èame qui rappelle des donations à des divinités houddhiques
( XII" siècle ç. ).
Une autre (~23) est un fragment de stèle en èam, tl'ouvé il Lang Kiêm
Ng9 C , qui porte un hommage au Buddha ct contient la dale 1187 ç.
La cinquième (Q 13) est la stèle à 3 race~ trouvée sllr le Nui Ben Lang, en
mauvais état, datée de 1358 ç.
Les deux autres sont des fragments sans orirrine précise, l'un de la pl'O-
vince même (~19), l'autre de la citadelle (Q t 2), l'un ct l'autre cn éam, à
peu près indéchiffrables; ils paraissen t être de hasse époque (XIVe siècle ç.).
A Phu 80'11 ont été trouvés dcux pctits vases en bl'onze doré, donl chacun
(ou dont l'un seulement?) pOl'tait une inscription men tionnanl h~ don du
vase en 1 1 9 1 ç. (1).

(1) E. NAVELLE, De Thillai au Bla, Exr. NIER, P,'emi/>,.e étude . ..• J. A., janvirl'-
et.Rer., t. XIII, n° 9.9, p. 1'.5; AnlO- févl'icl' 18~J1, JI. 5H.
CHAPITRE VI.
DE LA POINTE SAHOI · AU CAP TOUHANE (l'.

SI. QuÂNr; NGÀI. - Digue de Câll J}li. - Vestiges à ChI Truug, Van Trll'<vng Tây, An
Ninh, Van Bting, B~ D~ .•- Statue de An J}~tÏ. - Ruines de Chlinh L~; inscription. -
Vestiges à An H~i, Nui Ong, PhU ThQ. - Restes de la citadelle de Cl! Luy. - Cita-
delle et stèle de CMu Sa. - Vestiges à Phwo'c wm et An My, PM Hoà, Khrtnh
Vttn, Diên Phwô'c, Long Giang. - Vestiges et statues à J}5ng PluIc. - Vestiges à
Gino Thûy, Tiên J}ào, Phti LQc, Tri Hloh, CÙ Lao RAy. - Vestiges li Bên Van et
Long Hlnh.
S Il. QUANG Nul. - Vestiges et sculptures à PM Ninh. - Vestiges à Trung Dàn. -
Vestiges et sculptures à Tru'o'ng An. - Vestiges à Tân An" Khânh ThQ Tay. -
Vestiges, Buddha et inscription à Khânh Th/.! J}ong. - Ruines de PM Hll'ng. -
Groupe de Khu'o'ng My: tour Sud; tOUl' centrale; tour No:d; sculptures diverses;
inscription. - Vestiges à Tân LQp An So'n. - Vestiges à ThQ So'n. - Tours de
Chiêo Dimg; tOUl' Sud; tour centrale; tolU' Nord; sculptures diverses; inscription.
- Vestiges à L~c So'n J}Ông, Xuân My, Phu>o'c Thành, Tuân Du'o'ng, Xuân Thoi.
- Groupe de D5ng Dn'O'ng; inscription. - Vestiges à Xuân So'n, TAn Th:~nh. 1I0à
Chi, Xuân Phti Nam, Xuân PM J}ông. - Vestiges et lilign inscrit à Hà Lnm. -
Groupe de Mi So'n. - Vestiges à Tinh Yên. - Graffiti et sculptures à Th~nh My. -
Carrières et inscriptions li An Thinh. - Sculptures li Thu B5n. - Tour de Chim
So'n. - Citadelle et vestiges à Trit Ki~u. - Vestiges à Phu Thu~n. · - Vestiges et
roche inscrite li Di~m So'n, Hon Cuc. - Stèle de Bitn Ltinh. - Sculptures à la
Résidence de Fairo,' - Vestiges et stèle li L~c Thàllh. - Sancluairede BrlOg An.
- Vestiges à Hoà Duang. - Tympan de Thi Hô. - Tour de Qua Giâng. - Vestiges
et stèle à Bô Mung. - Montagnes de marbre. - Vestiges et scnlptures il Phônrr L~.
- Sculptul'es du Jardin de Tour31ne. - SClllptUl'CS déposées 11 la Banque de l'Indo-
chine i. TOUl'ane. - Vestiges divers non reconnus.

S I. QUA.NG NGAJ.
l •
DIGUE DE CAU DA.

A :1 kilomètres au S. dn tl''.llll de Nghia Quallg se Jélaehe (le la


l'Oute mandarine un chemin qui file au S, E.; il aboutit, après
5 kilomèt.res, à lin lac de petites flimcnsions, séparé de la mer pH
(Il Carte, planche eXIl.
222 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOUHAN E.
de hautes dune:;. Le bassin actuel est formé de la fusion d'une petite
baie et d'uu lac anciens que divisait un barrage. L'ouverture de
l'ancienne baie a été obstruée par les sables; la digne s'est rompue;
aujourd'hui l'eau est douce partout. Un bas-fond marque seul la
place de l'ancienne levée; les Annamites y voient les restes d'nn pont
cam et l'appellent Càu Da li 110nt de pierre n. Ils ont constrllit tout
auprès un pagodon, à cause des nombreux accidents qui se pro-
duisent en ce point au moment des inondations. .
Le seul détail curieux de ce barrage, construit en gl'OS bloes in-
formes, consiste en son orientation exactement E.-O.
Ce lieu dépend du village de Phu Khu'o'ng, canton de Triêm Bu'c,
huyçn de 1\1Q Du'c.
, .
VESTIGES \ CIII THUi\G.

A mi-chemin entre la route mandarine et Càu Dâ, se voit, au


bou t du chemin qui conduit en ce demier point, une colline boisée
et. rocheuse d'environ 50 mètres de hauteur appelée Nui
l\1Qt li colline isolée,.,. Elle porte en son sommet les traces visibl(~s
mais confuses d'un monument important qui semble ruiné depuis
fOI't longtemps ct n'est plus reconnaissable qu'aux milliers de frag-
ments de briques décolorées qui s'y trouvent.
La colline dépend du village de Chi Trung, canlon de Triêm
Bù'c, huy~n de ~lô Dù'c.

VESTIGES À V,I N TJ\U'()'~(j T ,iL

Nous n'avons pas vu un Nandin signalé par J'lt C. Paris (1) au


livillage de Van Trm'l'llg Tày, canton de Ca Bu'c, ù 3 kilom. 700
du huyçn de MO Du'c, SUI' lm tertre entouré de bambousl'. .
.M. Paris le croyait taillé grossièremellt dans un bloc de Wès, puis
r,omplété en stuc auqllel on eM donné le grain du grès. Biel! 'lue
(I l !i"/Jpm'/ S//1' ulle missioll archéologique ell AIII/alil. (flullclin dc /réolJl'. t.ist. cl

dcscl'., t8l)8, p. ;>. 50 el slIiv.)


lld DE. 223
1I0US n'ayons \Jas examiné cette pièce, 1I0US n'hésitons pas à contre-
dire celt.e dernière hypothèse, le même auteur la faisant également
pour la stèle ~ de B6ngDU'o'ng, qui est.d'un grès très compact
mais qui se délite en plaques minces sur les surfaces exposées aux
intempéries, action naturelle qui n'a rien à voir avec le stuca{~e
supposé.
VESTIGES .\ AN NINII.

JI Ile l'este de cc mOllument, qui semble avoir cOllsisté en une


tour et une enceinte, que des tas de briques. Il s'élevait Cil plaine.
Ce lieu dépend du village de An Ninh, canton de Ph6 Cam, bl1y~n
ùe Bù'c Phô.
M. C. Paris a signalé an mème village une tour came que nous
n'avons pas eu l'occasion de reconnaître. Il faudrait, pOUf la
trouver, descendre la route mandarine sur deux kilomètres vers
le S. en partant du village de Van Tru'{)'flg, canton de Ca Bù'c,
huy~n de MQ Bl'l'c, puis prendre un sentier qui s'écarte de 3 kilo-
llIètres à l'O.
llia décrit comme un édifice ruiné, de 12 mètres de hant, dOllt
il ne subsiste rr que le blocage intérieur, formé de briques plus
grossières" que celles du parement et rr de terre glaise 11. Nous igno-
rons si ce n'est pas la même tom vue dans un état de ruine moins
avallcé.
VESTIGES À· VA:\ GANG.

C'est un petit tertre de hriques cames sous de grands arhres,


à 500 mètres et au S. O. d'une colline hoisée, terminée par des
roches blanches; il dépend du village de Vitn Bang, canton de Ca
Bù'c huvên de Mô Bu'c.
, toi" . •

VESTIGES ET SCULI'TUlŒS À nÔ D~.

Deux emplacements d'édificcs se U'ollvent snr le telTit.oÎI'C (In


\illar:e de Hô B~, canton de L.li D{I'C, hnyt:n de M(I Dl'l'c. Le prc-
mier, situé il 500 ou 600 mètres de Jaroute mandarine, il quelqll(~
22" DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
200 mètres du SÔllg V,:, comprend quatre tertres échelonnés
de l'E. à l'O. sur ulle longueur de 30 mètres envit'oIl; ils Ollt près de
ft mètres ùe hau~; le premier à l'E. est plus écarté des aut.res. Nous
y avons trouvé une brique came, sculptée des décOl's ordinaires.
Le deuxième emplacement, moins important mais plus intéres-
sant,:se compose d'un tertre unique ombragé d'arbres splendides
et précédé d'un pagodon. Il est situé à300 mètres à l'E. de la
route mandarine, non loin de la maison commune du village.
Une dalle de base de piédestal a été utilisée comme paravent.
Un lùiga, qui fait corps avec sa cuve, gît à côté.
Le miitt contie~t une figure de Ga~eça debout, de 0111. 70 cIlvi- ·
l'on de hauteur: les Annamites l'ont, suivant leur habitude, bariolé
de peintures. Sauf le bras droit qui aurait été refait, paraît-il, le
dieu semble inLact. Sa trompe repose dans la sébile qu'il tient de
la main gauche. Il porte le cordon brahmanique, est vMu d'un
sampot, coiffé d'un diadème et s'orne de bracelets en . serpents
aux bras et aux chevilles et peut-être aux avant-bras. Comme de
coutume, il n'a de défense qu'à gauche. Les indigènes racontent
sans trouble qu'enterré jadis à mi-corps, on le voyait chaque
année sortir de plus en plus; ils l'adorent et lui demandent les
pluies nécessaires à la culture du riz.

STATUE À AN D~I.

A 2 kilomètres environ au S. O. de la route malldarillc, :-iUl' le


chemin qui partdu hac situé entre le trQ.m de Nghia My et Quâng
Ngài, à quelques mètres de la rive gauche du SÔng Cài Bua, non
loin des maisons d'un hameau, et à 300 mètres au S. E. d'une
Hl'osse colline ronde, est une statue dc pierre fichée eu terre sous
des bambous. Elle est très grossière. 11 est dillicile de savoir si elle
est came ou annamite. Elle est assise à l'indienne; la face est lourde;
les mains sont réunies SUl' le ventre; un décor d'allure èame sou-
ligne la place des seins. Nulle trace d'édifice ne se voit aux alentours.
RUINES DE CHÂNH LQ. 225
Ce lieu dépend du village de AnBQ.i, canton de Nghia An, phû
de Tû' Nghia.
IIUlN};S \)}; CHANH L~.

Le village de Ch;inh LQ, canton de Nghia Bi~n, phtl de Tù'


Nghia, présen~e en plusieurs points des restes cams.

Fig. Il!!. - Chanll L<).


Soubassement et perrons de la toUI' celltrale.

Les ruines les plus importantes étaient entièrement cachées sous


un groupe de tertres, voisins du chemin de An HQi, à un peu plus
de 2 kilomt-lres de la route mandarine. Des fouilles hâtives y furent
exécutées en 1903 lors de leur, découverte; l'École y fit en 19 0 ~
des fouilles plus méthodiques ' qui ont dégagé un ensembleinté-
ressant décrit plus loin.
A 1 kilomètre au N. O. se voit un' autre emplacement; il n'y sub-
siste qu'un maigre tas de briques qui recouvre en partie une dalle
basse de piédestal.
Un autre se trouve sur le Nüi Bl,lt. C'est une colline isolée qui se
AliNUI. - J. 15
IMI'I\Unall!: 'ft'I.TlQlf.u.!.
226 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
dresse à 3 kilomètres environ au S. de Qu~ng Ngâi, à 1 00 mètres
à l'O. de la route mandarine. Son sommet est couyert de briques
cames, mais rieu de précis n'y est reconnaissable.
Le groupe principal (pl. LIVet fig. II 2 ), qui s'élevait en plaine,
est orienté à l'E. avec un écart de 11 degrés et demi vers le N. Il
était étàbli sur le plan habituel. .
Une tour d'entrée donnait accès dans une cour II légèrement
surélevée et entourée de murs; plus longue que large, elle ren-
fermait une grande salle de plain-pied. Urie enceinte principale 1
d'un niveau plus élevé enfermait la partie importante du temple.
Cette partie comprenait une tour d'entrée, une tour centl'ale,
deux autres tours sur la diagonale N, E.-S. O.; toutes trois semblent
avoir présenté un plan octogonal; sur l'autre diagonale, à l'E. un
abri; à l'O. une petite salle en nef allongée dans le sens N.-S.;
deux tours accolées aux murs N. et S. complètent l'ensemble.
De tout cela il ne reste que des fondations et divers déhris que
nous allons décI'ire successivement.
Cet édifice est de proportions colossales~ la pierre y joue ulll'ôle
considérable; enfin la forme octogonale des sanctuaires est iuté-
ressante et double l'exemple, jusqu'ici unique, de Bâng An.

Cour II. - Il ne reste qu'une partie des murailles qui soute-


naient la terrasse de cette COUl'; elles étaient surmontées de murs
d'enceinte.
Le décor des murs du soubassement est un COl1lS de llloull1l'es
qui dut être interrompu de distance en distance par des pilastres
ornés de figures d'hommes ou de lions passants.
Une amorce au S. repart vers l'E., comme si l'entrée du temple
eùt été précédée d'une sorte de parvis.

Tour d'entrée II. - Son soubassement général semble analogue


à celui des murs de l'enceinte II. Les angles étaient sans doute
ornés de lions accroupis trouvés en ce point.
RUINES DE CHANH L<). 227

Deux perrons de pierre de grandes proportions, celui de l'E. plus


import.ant et plus haut que celui de l'O., permettaient d'accéder
à cette tour et d'en descendre dans l'enceinte II. Les échifl'l'es
étaient simples mais surmontées d'éléphants, debout, couronnés.
Des dvârapülll, presque doubles de grandeur humaine et dont. nous
n'avons retrouvé que les pieds posés sur une tortue, gardaient cette
pOl·te.

Salle II. - Cette salle, couverte en tuiles du gabarit cam ordi-


naire, était constituée pal' deux rangs de colonnes, probablement
en bois, car on n'en découvl'e aucune trace.
Aux extrémités seulement, des colonnes de briques octogonales
les remplaçaient, simples à l'avant-dernière travée, accolées par deux
sur les faces étroites. La nef unique s'appuyait sans doute aux ex-
trémités sur' deux énormes pignons de briques percés chacun d'une
porte que surmontait un tympan omé à J'E. d'un Çiva dansant,
à l'O. d'une lima de même.

Enceinte principale 1. - Murs. - Il ne l'este rien des murs dont


l'existence n'est accusée que par la présence d'une gargouille
d'écoulement.
Les soubassements n'cn ont même subsisté qu'en pal'tie. Hs
sônt formés d'un profil symétrique, dont il n'existe que la partie
inférieure, double qua!'t de rond opposé, orné de feuilles de
lotus, et grand congé. Entre ces profils, le décor était obtenu par
des pilastres à triple plan, traités difl'érernment suivant les diverses
faces .
. Aux quatre angles une énorme pierre se décore sur chaque côté
d'un grand lion passant. Le même motif se repète en plus petit SUI'
chaque pilastre de la face E., tandis que les entrepilastres montrent
des rinceaux d'un large mouvement. Aux trois autres faces le décor
ries .pilastres consiste en unt> simple applique; celui des entre-
pilastres se réduit, à la face N., à des rosaces; ailleurs il disparaît.
15.
228 DE LA I10INTE SAHOI AU CAP TOURANE.
Lions et appliques sont tt'aités respectivement avec une certaine
recherche de variété. -

Tour d'entrée 1. - Il n'en l'CS le rien que les TOlldat.iolls coufuses


et le perron, qui possédait des échifi'res énormes d'un décor heu-
l'eux, ornées en avant de niiga. Elles portaient des éléphants debout
ct couronnés, harnachés d'un large poitrail suspendu sur le dos et
attaché à la couronne par des liens.

Tour principale. - Des constructions de celle-ci, il ne demeure


que le soubassement. Il est plus riche qu'habilement traité; son
plan est un carré redenté; une assise de grès en forme l'assiette.
Les angles sont faits de pierres mal appareillées. Celui du N. O.
peut-être reconstitué et donne la forme de l'ensemble. Il se compo-
sait d'un corps de moulures à saillies et retraits alternés que di-
vise, en deux parties symétriques, une bande ornée de losanges.
Les angles de pierre montrent au-dessous de cette bande des lions
debout qui semblent la soutenir tandis qu'au-dessus des garurJa
agenouiHés sur elle supportent le poids de la cimaise.
Ce soubassement s'étend davantage vers l'E. et présente en ce
point un perron à échifi'res de briques, ornées sur les côtés d'une
grande rosace. Là encore devaient se voir d'énormes dviirapiila.
Nous n'en avons retrouvé que les pieds sur une tortue, divers frag-
ments et deux mains armées du court glaive ordinaire.
Nous n'avons aucun · renseignement au sujet de la tour même.
Seule l'étude de l'appareil qui est rayonnant peut faire supposer
qu'elle était circulaire ou polygonale. Une indication plus précise
est foul'llie par une disposition spéciale à ce biitiment. Sur la dia-
gonale N. E.-S .0., du côté 0 ., un puits est ménagé dans la hau-
teur de la fondation et tracé en carré suivant cette diagonale comme
axe. Un lit debriques l'arrête ~n bas. Est-cc le lieu d'un dépôt sacré
analogue à ceux de PÔ Nagar de Nha Trang (B. E. F. E.-O., 1. VI,
p. 29 t et sniv.) 1 Est-cc un puits destiné à recueillir les caux des
RUINES DE CHANU L0. 229

ablutions? Dans ce demier èas sa position serait anormale, car


le bec des cuves à ablutions est toujours toumé vel'S le N. dans les
sanctuaires à orientation régulière.
La divinité du lieu était un lùigfl.

tdifices annexes. - L'édifice S. O. montre en fondation les


supports de quatre fausses portes ou portes; ce détail de plan n'est
pas rèconnaissable dans le peu qui subsiste des fondations de l'édi-
fice N. E. Les tours S. O. et N. E. étaient sans doute rondes ou octo-
gonales. Il ne reste presque rien des constructions accolées aux murs
N. et S~ li semble que toutes devaient s'ouvrir vers l'axe central.
L'abri E.était appuyé <lu mur et terminé sans doute par des
pignons; celui de l'O. formait une nef de huit piliers, ouverte de
toutes parts. Peut-~tre faut-il voir dans ces abris la traduction en
maçonnerie solide, des constructions légères qui parai~sent avoir
occupé les cours des temples anciens.

Sculptures. - Signalons des têtes de ma/cam qui doivent pro-


venir de la gt'ande salle, sans qu'on puisse bien se rendre compte
de leut' rôle. L'une, transportée à la Résidence, est une vraie pièce
de musée qui ne le cède en rien à l'art de Java (fig. 44). Les
oreilles sont traitées décorativement, les yeux m~mes et les dents
sont ornemanisés. De la gueule sortent deux figures, un homme
et une femme; l'homme tient peut-~tre un bouton de lotus de la
main gauche ramenée sur la poitrine.
La sculpture figurée présente quelques belles pièces décoratives.
Les fausses portes de la tour principale possédaient des tympans
de pierre montrant diverses di vinités, ébauchées seulement. On peut
dans trois reconnaltre Çiva et Brahma . . La grande salle avait deux
tympans curieux. Celui de l'E., incomplet et inachevé, figure
Çiva dansant. Des quatre bras qu'il possédait, un seul subsiste; il
agiteunesonnette; la t~temanqrie. Le costume consiste en un sampot
Ol'né de rosaces qui forme double pan antérieur. Pour hijollx,
230 DE LA POINTE SAlIOl AU CAP TOURANE.
il porte des bracelets à l'avant-bras, doubles au lu'as et une ceinture
à pendeloques. Une Apsal'as, à droite et en bas, élève vers le dieu
un objet allongé. O,n a tl'ouvé aupl'ès de ce tympan une pierre
longue en fl'agments, ornée de feuilles de lotus, qui peut avoir
formé le linteau qui le soutenait.
Le tympan de l'O. a.été retrouvé dans un état de conservation par-
faite. C'est une représentation d'Uma (fig. 43) dans la même pose
que Çiva. La déesse a égale-
ment quatre bras. Les attri-
buts qu'ils montrent sont pour
la paire de bras postérieure
et basse, à droite le 't'ajra, à
gauche un vase à parfums sans
doule, en forme d'aiguière. Le
bras droit antérieUI' élève un
bouton dé lotus; le bras gauche
est replié, la main près de la
hanche, dans le geste fl'équent
qui unit le pouce et le ma-
JCUI', les autres doigts restant
Firr. 43. - Chanh tq.
allongés. Elle porte le costume
Figure d'Uma .
masculin des danseuses, le
sampot. Sa coiffure est le 1nu!w!a, ses bijoux des anneaux mul-
tiples d' ol'eilles, un double gorgerin plat, une ceinture à pen-
deloques, des bracelets. Deux fidèles agenouillés om'ent, à sa
droite, un vase couvert, à sa gauche, un bouquet(?). La compo-
sition est d'une bonne facture ct la tête très jolie. Ces deux pièces
sont traitées en haut relief SUl' la dalle du fond, réduite presque à
rien; par places même elle fnt percée de trous dans l'il1tention
p,'obable de l'allégel' et de donner meilleure p,'ise aux manœuvres
de montage.
Sur un tympan qui fut transporté à la Résidence avant lesfouilles
sérieuses et dont nous n'avons pu retrouver le lieu de découverte,
RUINES DE CHANU LQ. 231

est une figure de fe-mme dansant entre deux oies qm élèvent vers
elle des fleurs de lotus; la main gauche est sur la hanche; la droite
présentée-par la paume unit le pouce au dernier doigt. Elle porte
le sampot des danseuses. Elle a une haute coiffure avec, à la base,
diadème à feuilles lancéolées; comme bijoux, de multiples anneaux
kl' oreilles.

Fig. 44. -'- Cluinh L,!.


lIIakara el sculptures.

Deux linteaux offrent un réel intérêt; l'un provient de la tour


principale et répète trait pour trait celui de la tour E4 de Mi So'n,
transporté au musée de l'École et inscrit sous le n° S. 14 (cr.
chap. VII).
Le linteau trouvé près de la porte O. de la gt'ande salle est d'une
exécution heureuse; mais taillé dans un grès schisteux, il s'est dé-
lité pal' larges plaques. li en reste assez pour le reconstituer. Au
centre, un dieu à quatre bras est assis à l'indienne sur une figure
232 DE LA POINTE SAHOl AU CAP TOURANE.
étendue qui parait morte, ou mieux, endormie, appuyée sur un
coude et le ventre à terre. Les bras inf~rieurs du dieu allongés sur
les jambes tiennent .des objets verticaux cassés, sàns doute des
boutons de lotus; les bras postérieurs relevés tiennent à sa droite
un objet confus; à sa gauche ,une conque; muku{a et sampot sont
indistincts; les seuls bijoux consistent en bracelets d'avant-bras. Au-
tour, quatre danseuses d'un joli mouvement, bien que forcé pour
des yeux d'occidental, exécutent une danse guerrière que rythment
des musiciens: ployées sur leurs jambes croisées, elle se cambrent
en arrière, élevant près de la tMe un bouclier carré qu'elles fl'appent
de l'autre main avec un sabre. Elles portent un sampot double. La
coiffure, un peu en hauteur, est simple; elles ont des anneaux
multiples d'oreilles. Deux musiciens superposés à droite et à gauche
sont munis de tambourins simples; ceux du haut sont soutenus
par des lotus. Hssont tous agenouillés, paraissent sans bijoux et
ont le chignon de côté.
Cette série de pièces se complète de quelques autres portées
avant nos travaux à la Résidence; une Apsaras, une petite figure
assise à l'indienne, qui tient des lotus; ullefigurine de femme de-
bout, un peu ployée sur les genoux, les mains sur les cuisses, la
paume en dehors. Elle èst vêtue , d'un sampot double et coiffée d'un
mukll!a à étages. Un double cordon fait l'X entre les seins; elle
n'a pour tous bijoux que des bracelets aux poignets.
Enfin une quinzaine de têtes, trouvées aux cours des fouilles,
proviennent sans doute de statuettes mutilées; elles portent {~éné­
ralement le mul.ufa conique. Deux, particulièrement jolies, ont été
mises au musée de l'École; les autres furent déposées à la Résidence.
La seule idole complète trouvée en ce point est le liliga de la · _
grande tour. C'était une pièce de grande taille, dépourvue du filet
habituel. Une légère arête détermine la face supérieure; plusieurs
filets l'ornent à la base. La cuve à ablutions a disparu. Le corps du
piédestal est garni d'un rang de perles qui sont des seins de
femme, mais sertis d'un décor très fin. Il est cané, bien qu'on se
AN HQI. 233

fût attendu dans une tour, sans doute octogonale, à un piédestal


circulaire ou octogonal.
En dehors de · ces diverses pièces, les fouilles de Chanh L9 ont
encore donné quelques objets anciens. Un bathulc avec son rouleau
a été trouvé près de la tour centrale; deux morceaux de garde de
lance en argent doré, dans une cachette de l'angle S. O. de la ter-
rasse princ~pale; une jarre qui semble avoir servi d'urne funéraire
au même point. Cette jarre contenait cinq petits vases qui reçurent
sans doute le viatique du mort,deux à col, dont l'un évasé et très
conrt, trois autres en forme de boîte, l'une presque sphérique, en-
duits d'une couverte grise ou verte. La jalTe a été déposée à la Ré-
sidence et les petits vases transportés au musée de l'École. S'il y eut
des klallit de métal précieux, ils ont disparu.
Le monument a été entièrement pillé apl'ès sa ruine, sans doute
rapide, par les Annamites qui ont pratiqué des tranèhées pour
extraire les briques de fondation des murs extérieurs après avoir
enlevé la plus gl'allde partie des briques en décombres.
Même, fait rare, ils ont débité la plupart des pierres sculptées
ou gravées et les traces de ce travail se voient un peu partout.
C'est ainsi qu'il ne reste plus qu'un tronçon d'un des piédroits in-
scrits de ]a tOUI' d'entrée II. Cette pièce avait été découverte et trans-
portée à la Résidence avant les fouilles sérieuses; on ne put nous in-
diquer le lieu de la trouvaille; quelques éclats portant des lettres,
mis à jour au cours de nos travaux près de la tour d'entrée Il, sont
les seuls indices qui en indiquent l'origine probable.
Inscription de- Chânh LQ. - Cet unique morceau d'inscription présente
une dizaine de linnes tronquées sur une face, peut-être lisibles; l'autt'e face
qui seinble en avoir comporté le même nombre est presque entièl'ement
broyée.
VESTHlES À AN JU)I.

Ces vestiges consistent en plusieurs terlt'es recouverts d'herbe;


Us s'allongent dans le sens E.-O. sur une cinquantaine de mètr'es.
Trois tertres dans la partie O., qui s'étendent dn N. an S., cor-
'23lt DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
respondent peut-~tre aux restes d'un front de trois tours. Nous
n'avons retrouvé en ce point qu'une dalle d'angle de corniche.
Le lieu est situé à 200 mèlres du SÔng Tm K6k; on voit de ce
point le Ntli Ông au S. 20° E. et le Nùi Bl,lt nu S. 16°0. Ce village
dépend dn canton de Nghia Biên, phu de Tu' Nghïa.

VESTIGES SUIl I.E NUI Ô:W;.

A
Le Nui Ong ou Nui DO'i, appelé par les Européens ct mont des
Vampires~" du grand nombre de 'roussettes qui s'y suspendent aux
arbres, détermine un coude du SÔngTra K6k. La colline dépend du
village de Thu PhQ, canton de Nghïa Biên, phu de Tu' Nghla. Un
gl'and nombre de bl'iqlles affieurent le sol ' sous les grands arbres
du sommet, mais nulles lignes de plan ne sont reconnaissables.

VESTIGES .\ PIIU TIIQ.

Sur un mamelon qui s'élève au-dessus de la citadelle de Cl, Lîiy,


à l'O. et en face de la colline de Bàn Co', se trouvent les ruines
informes d'un édifice de petites dimensions dont l'enceinte se com-
posait peut-être avec les défenses de la citadelle et du Bàn CO'. On
y voit un linteau sculpté et un Nandin. Le linteau, analogue à celui
de la tour El de Mi So'n, représente Vi~l)u, couché à peu près
dans la même pose qu'à MI So'n. Derrière sa tête se trouvent un
nimbe et un dais de sept nilga; le corps de ceux-ci lui forme comme
un matelas et ~e continue sous les jambes. Son ondulation sert de
génératt'ice à tl'Ois traits. qui pourraient être des vagues et qui se
voient au-dessus des jambes. Le dieu est vêtu d'un sampot à nom-
bl'eux plis; il porte un muf,u!a il étage unique, collier, ceinture sous
les seins, ceinture ordinaire, bracelets aux poignets, boud es d'oreilles
ou mieux, gl'os boulons. La tige du lotus qui sert ordinairement
de support à Brahmâ sort de dessous le bras gauche antérieur ct .
lion du nombril. Deux figures volantes coiffées du muk/l{a la main-
CITADELLE DE CHÂ USA. 235

tiennent. L'image de Brahma, dans une pierre rapportée, manque:


la mortaise seule témoigne de son existence. Un petit Nandin au
museau cassé a été trouvé récemment au même point; il n'a pas de
collier. Les Annamites ont l'habitude de sacrifier un chien jaune
quand ils viennent chercher des briques en ce point.
Le lieu dépend du village de Phu ThQ, canton de Nghia H<;l,pldl
de Tu' Nghia. '
RESTES DE LA CITADELLE DE cô LOy.

Ce gI'and fort (Cô Lüy = vieux remparts) semble avoir Mé une


protection avancée de la citadelle de Châu Sa : il défend en effet
l'entrée du SÔng l'ra' Kuk qui passe près de cette dernière. C'est
un carré de 150 mètres de côté envü'on, ol'ienté à l'E. avec un
écart de 10 degrés vers le S. , enfermé et dominé par deux mamelons,
l'un à l'O. où subsistent des traces de temple cam (vestiges de Ph (1
ThQ), l'autre au S. E., le Bàn Co' (( plateau du jeu d'échecs il, ter-
miné par une plate-forme horizontale carrée de 4 0 mètres à pen
près de côté, qui fut défendue de mUl'S et paraît avoir servi de
réduit au fort. Elle est presque exactement orientée', et vers le
centre se voit un fragment de linteau cam. De la petite citadelle il
ne reste que les talus de décombres de briques qui constituaient les
remparts et s'appuyaient sur d'énormes roches dont toute cette
vanée est jonchée. Il n'est pas absurde de supposer qu'au temps
desCams, la bande de sable qui forme la lagune de Cô Lüy n'existait
pas et que les murs de la citadelle baignaient dans la mer. Elle etH
alors occupé une situation très forte eu égard à la faiblesse des
anciens moyens d'attaque.
Ce point dépend du village (le Cô Lily, callton de Nl{hïa Il:.t, pldl
de 'l'lp Nghia.
CITAnELLJ~
, .
J<;T STELE DE CHAU SA.

Cette citadelle dépend du village de Chilu Sa, canton de Binh


ChlÎIl, hlly~n de Binh SO'n (pl. LV), Plus importante CIue celle de
236 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
Cl> Luy, elle occupe une surface assez considérable, ètforme un
carré exactement orienté d'environ 400 mètres de côté.
La défense consiste en un rempart: qui dut être de briques,
ou au moins revêtu de cette matière. Un fossé sans profon-
deur le défend en avant et laisse une berme au pied du mur.
Chaque muraille paraît avoir été percée d'une porte, mais non en
son milieu, et il semble que des poternes obliques aient ouvert
les angles. sauf l'angle N. O. La face S. a son mur prolongé vers
l'E. et l'O., et ce mur protégé par un fossé immédiat se retournait
encore à son extrémité O. vers le S. Nulles traces de cette en-
ceinte accessoire ne se rencontrent plus ensuite, soit qu'eUe n'ait
pas été achevée, soit qu 'elle ait été détruite.
La citadelle ne présente aucuns vestiges de bâtiments anciens.
On ne trouve qu'un demi-piédroit de porte, à contre-coUl'bes, dans
un pagodon près et hors de la face O.
La pagode principale du village, possède quatre tuniques à
grandes manches larges données conime des vêtements royaux cams.
Leur attribution est peut-être exacte; mais ils n'offrent au point
de vue archéologique aucun intérêt, étant nettement de matière
et de facture annamite.
Stèle de Châu Sa. - Une stèle très endommagée y li été découverte ct
transportée d'abord au village de Qufmg Nglii, ensuite à la Résidence, où elle
git dans une plate-bande. C'est elle qui est classée comme inscription de
Qullllg Nglii, B. E. F.E.-O., 1. l, p. 30, n° 58; hauteUl', 1 mètre; largeur,
o m. 40;épaisseUI" 0 m. 20; 3 faces: A, antérieure, 24 lignes; n, gauche,
22 lignes; C, droite, 22 lignes: à peu près illisible. Sanskrit (?).

VESTIGES AUX VILLAGES DE PIIU'Ô'C LÜI ET DE AN MY.

Ces emplacements sont voisins de la Mission de Cu Va. Ils m'ont


été signalés par le P. Sudre, mais je n'ai pu les visiter. Ils ne con-
sisteraient qu'en tertres de hriques recouverts de hrousse. Ils dé-
pendent des villages de Phll'ô'c Ldm et .~ n My, canton de Ng!JJa
Biên, pldl de Til' Nghîa.
~
fWNG PHUC. 237

,VESTIGES À pm; HoL


Ce village qui fait partie du canton de Binh Hoà, htly~Jl rIe Binh
So'n, ne présente pour tous vestiges que quelques bt'jques cames
ùans la haie d'mie maison particulière.

VESTIGES À I\JL\NII VÂN.

Une petite colline, dépendant du village de Khanh Vân, canton


ùe 1'inh Trung, huy~n de So'n Tinh, qui s'étend du N. an S., à
quelques centaines de mètres à l'O. de la route mandal'ine, porte
à son sommet de nombreuses briques cames, traces informes
d'un édifice assez .important.

VESTIGES À DIÊN l'IIU'<I'c.

Quelques briques cames près d'un ruisseau, au fond d'une vallée,


semblent marquel' la place d'une pet.ite construction; sur une
mUine voisine, les Annamif.es montrent une trac~ assez vague de
route qu'ils désignent sous le nom Bu'o'ng Xe Lôi ou H()'i (= che-
min de voitures cam). Ce village est inscl'jt dans le canton de Binh
Ho ù , huy~n de Binh So'n.

VESTIGES .\ LONG GIAN(j.

11 se trouvait sur plusieurs points, dans ce vjJlage, call1on de


Binh H;~, huyçn de Binh SO'I1, des tertres de bl'~ques cames,
d'après le témoignage des notables du lieu; il n'en reste rien à
cette heure.
VESTIGES ET STATUES À DONG PIIUC.

Deux tertres de briques cames existaient au village de BÔlIg


Phûc, canton de Binh Diên, hUy~1l de Binh So'n. Ils ont (~té éven-
trés et exploités autrefois pour la constmction de la Mission voi-
sine. Dans l'un, assez important, à 2 kilomètres environ an S. E.
238 DE LA POINTE SAROI AU CAP TOURANE.
de la Mission, deux statues furent tt'ouvées. Le second, de moindre
grandeur, situé à 300 mètrefl au S. 20° E. du précédent, donJla
de grandes briques carrées de 0 m.30 de côté.
L't1I;e des statues a vait été tt'ansportée en fragments à la Mission,
l'autre laissée dans les décombres, où nous avons pu la retrouver,
avec l'aide du P. Tissier.
La première a pu être reconstituée en partie avec son piédestal.
C'est une figure ventrue, assise à l'indiènne; les bras manquent.
Les indigènes affirment que lors de sa découverte les mains étaient
SUl' les genoux, le dos en dehors. La t~te porte un œil au milieu

du fl·ont. Le torse est nu, Je sampot est rayé de bandes obliques


à décor alterné. Les cheveux sont relevés en un petit chignon
d'arrière; une curieuse indication de cheveux et de barbe entome
le masque, avec les formes arrêtées du temporal qu'on voit aux
figures coiffées du muku!a. Les bijoux consistent en pendants d'o-
reines en losanges, grand collier qui descend en pointe entre les
pedol'aux et s'orne du décol' habituel dans l'art de BÔng Du'o'ng,
large ceinture, bracelet de bras avec grande plaque ogivale, bra-
celet d'avant-bras, enfin anneau qui unit. au moins les trois derniers
doigts et peut-être l'index, brisé. Ce bijou spécial, et nouveau, est
formé de perles entre deux filets; nous ne croyons pas qu'on doive
y reconnaître un chapelet enlacé dans la main (1). Le décor se com-
plétait sans doute d'une aif{retle mobile, cal' on voit un trou Cil
avant de la masse du chignon.
L'autre stat.ue est debout, les jambes joint.es; les bms et les pieds
manquent. Elle paraît androgyne, car, si le torse nu montre des
seins énormes et les plis de la maternité, en revanche les lèvres
semblent avoir de petites moustaches. La tète, d'un bon caractère,
porte un œil au milieu du front.; le nez large est un peu rctroussé;
]a bouche est spirituelle. Les yeux légèrement hridés ont leurs
pl'unelles indiquées.
(I l Peul~!h'e fmll-il y voir' nn bijou ['i- (Nouvelles l·cc!tr,.r.lIC.~ sur fe.ç C!tams, p. 39)
tnel, dont le kiwI. mali nolé pal' CAIlATO'l serait le deI'nier souvrnir.
PHU LQC. 239

Le cos Lu me est rormé d'un sarong d'étoffe très riche et de com-


position assez curieuse.
La coin'ure consiste en un chignoll à deux étages. Les bijoux
étaient mobiles; des trous aux lobes allongés et un trou dcvant le
chignon devaient recevoir des pendants et une aigrette; ce qui
reste du corps montre seulement un grand collier en pointe entre
les seins.
VESTIGES À G1AO TIlÛY.

Dans un terrain inculte, au milieu des rizières du village de


Giao Thûy, canton de Binh H<;t, huy~n de Binh So'n, des briques
d'un fort échantillon sont données comme les restes d'un édifice
cam; si j'attribution est exacte, il n'y aurait eu sans doute en ce
point qu'un simple bamuil.
A quelque distance un vase fut trouvé dans un petit puits rec-
tangulaire couvert par un morceau de limonite. Nous n'avons pu
recueillir à ce sujet de renseignernents plus précis: l'aUirmatioll
même que ce vase était en or est sujette à caution, en raison de
l'imagination des indigènes. Dans ce cas cependant, la trouvaille
pourrait être un '.laun funéraire.

VESTIGES À TIÊN DÀO.

Ce village, canLon de Binh HQ., huyçll de Binh So'n, montre eu


son centre, ft 100 mètres du Sông Tra BÔng, au N.• ct à 300 mètres
de la l'oute mandarine, à l'E.; llll tertre et des JJ/'iques, l'es Les
informes d'une construction came.

VESTIGES .\ l'IIU u)c.

Un IcrLre de décombres, recouvert de brousse, mar(lue un em-


placement au village de Phu LQc, canton de Binh H\l, huyçn de
Binh So'n, à 200 mètres ;l l'O. de 1:1 l'oute manilaJ'ine, et ;l
30 0 mètres de ]a rive N. du Sông Tra Bông.
2ltO DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.

VESTIGES .\. 'flli lIiNII.

Quelques briques cames au milieu des rizières, à boo mètres


du tr:)m de NghiiïBinh auS., ct à 200 mètres de la route à l'O.,
sont données comme les l'estes d'un fOllr à hl'iques et sont . sans
doute la t,l'ace d'un édifice cam.
Ce point dépend du village de Tri ,Binh, can ton de Binh Hft,
huyçn de Binh So'n.
VESTIGES À CÙ LAO nÂY.

Il existerait dans l'île Cù Lao Rây ou Poulo Canton une groUe


nommée Chùa Hang, submergée du troisième au septième mois
annamite ;. elI~ ~ontiend.r~ait d~ ~ombr~uses sta.tues cam:~s en pierre.
Dans la memé Ile, le Gleng TIen sermt un pUIts cam tres profond,
creusé directement dans le roc. Nous n'avons pu vérifier ces ren-
seignements indigènes. La grotte dépendrait du village de Ly So'n,
canton du même nom, huyçn de Binh SO'Jl. '

VESTIGES À n~N V'\'N ET LONG BINII.

Près du village de Bên Van, canton de Binh H:), huy~n de Binl!


So'n, se trouvent quelques vestiges que la tradition donne comme
cams et sur lesquels le P. Seller a bien voulu nous envoyer les
renseignements suivants. Un réservoit' carré et assez profond sc
voit ft environ 5 kilomètres au S. de Bên Van, au bord m~me,
côté O., de la route mandarine, près d'un contrefort qui descend
jusqu'à ceHe-ci et l'oblige à faire un détour. Au-dessous de B~n
Van, à 50 mètres seulement, s'en trouve un second, carré éga-
lement, moins profond. Au milieu de ce réservoit' et relié au bord
septentrional par un ensablement, se trouve un petit tertre jonché
de débris de briques cames. Les gens du village voisin, Long Binb.
dont il dépend (mêmes canton et huy~n) en ont extrait de grosses
pierres sans décor.
l'HU NINH. 2lJt

·511. QUA.NG NAM.


VESTIGES ET SCULPTUIIES À PHU NIN/[.

Le point où se trouvent les traces de cette tour et ces sculptures


dépend du village de Phu Ninh, canton de Phu'o'c Lôi, huy~n
de Hà Bông. En amont de cet endroit, la rivière forme un petit
rapide et affouille profondément la rive gauche. Il ne reste plus
en place qu'un débris des fondations constituées par une grossière
construction de bl'iques portant directement sur un lit de galets.
La tom en s'abattant projeta la plus grande partie de ses sculptures
de l'autre côté de l'eau; les gens du village les rapportèrent sur
l'emplacement ancien. L'une d'elles, entraînée par le courant à une
centaine de mètres de là, a été ramenée au même lieu pal' nos
soins (1901).
Ces pièces sont d'un caractère tout particùliei' et d'une factm'c
spéciale. Ce sont d'abord deux GaJ).eça de dimensiolls difl'érentes.
L'un, de près d'un mètre, est assis, vêtu d'une sorte de sampot
dont le bord tombe sur ses pieds joillls. L'extrémité de sa trompe
pose sur une écuelle qu'il tient dans la paume de la main gauche;
il a dans la main droite un attribut illdistinct, ovoïde dans la
paltie visible. Le second, de petite taille mais d'une facture bien
supérieure, est posé de même. Sa trompe, cassée au bout, se diri-
geait vers la main gauche, bl'isée; la main droite tient un attribut
analogue à celui de la statue précédente.
Les autres sculptures sont des têtes un peu plus gl'andes que
nature; elles portent de lourdes tresses qui retombent sur les côtés
du visage et cetle coiffure leur donne un caractère tout particulier,
presque occidental. Les oreilles cachées par ces natte~, semblent
ornées de lourds pendants, ou bien leU!' lobe inférieUl' est dis-
tendu. La poitrine paraît nue; parfois le cou montre un gros collier
rond.
ANUII. - 1.

1\lI" UMUIII l'IArtuN ,U .••


2112 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.
Ces figures sont au nombre de dix, mais l'une a perdu complè-
tement son masque. Elles sont placées devant une sorte d'auréole
(plÎ devait servir de fond d'encastrement. Nons ne pouvons déter-
miner la place exacte qu'eUes occupaient dans la tour, car c'est,
avec celles de Qua Giang, le seul exemple que nous ayons rencontré
jusqu'ici de figures semblables, mais nous serions portés à croire
qu'elles jouaient le rôle de métopes dans la corniche ou dans les
étages supérieurs d'un sanctuaire. Cependant ni les GaJ).eça ni ces
bustes ne possèdent de tenon derrière.

VESTIGES "~ TIIUNG DÀN.

A 300 mèh·cs ù l'E. de la route de BÔng Miéu est UIIC e.llceillie


appelée Thành Lôi Ci citadelle came" sur une colline qui domine
la rivière, au S. O. de Phu Ninh. Elle consiste en un fortin de
blocs de pierre dont il est impossible de reconnallre les dimellsions
primitives et l'orientation. Le point est à plus de 100 mètres de
hauteur, bien que la carte au 1/100000" ne l'indique pas dans
ses courbes de niveau. Le nom seul garantit l'origine de ces ves-
tiges, car rien d'autre ne prouve l'e'xactitude de la tradition. Le
lieu dépend du village de Trung Dàn, canton de Phu'o'c Lôi,
huy~n de Hà DÔng.

, ,
VESTIGES ET SCULI'TUIIES A THU'O'NG AN.

A côté de la pagode de ce village, et au sOlllmet d'un tertre


qui domine la rivière, s'élevait un monument cam qui fut rcmplacé
par une pagode annamite; celle-ci même a disparu, et son exis-
tence n'est illdiquée que par des fragments de statues de ce derlliel'
ait, en terre cuite, trouvées en ce point. La par,ode de Trll'ô'lIg Au,
canton de Hoà Bù'c, huyçn de Hù BÔng, contient huit sculptures
que les indigènes ont extraites des décombres il y a fort long-
temps.
TRU'O'NG AN. 243

A. Lion volant, métope; hautem, 0 m. 35; largeur, 0 m. 30.


B. Petit singe accroupi, les mains relevées devant les épaules,
pa ume en dehors; très fl'Uste, tenon del'l'ière; ha utcur, 0 m. 30.
C. Figure devant une applique de base, les pieds d'équerre,
les bras tombant, mains fermées, les doigts en dehors.
D. Autl'e petite figure devant une applique; les mains en
dehors, près des épaules, semblent tenil' deux boutons de lotus;
hauteur, 0 m. 35.
E. Masque en pierre, au nez large, moins en triangle que le
nez cam, bouche plus petite, menton mince et rond. Rappell e
I~s figul'es de Phu Ninh; hauteUl', 0 m. 2 o.
F. Orant, les mains jointes; sampot avec grand pail vertical
et gl'oupe de plis à gauche, diadème de feuilles lancéolées;
gros pendants d'oreilles; métope; hauteur, 0 m. 45; les pieds
manquent.
G. DViirapüht en bas-relief SUl' une dalle qui lui fait auréole
ogivale derrière la tête. Repeint autrefois pal' les Annamites. Hanché
SUI' la jambe droite, la jambe gauche ployée; la main gauche

appuyée sllr la cuisse tient un chapelet, la droite élève SUI'


l'épaule des foudres (?) dénaturés pal' les Annamites. Cordon
hrahmanique qui descend de l'épaule · gauche et vient passel'
devant le vêtement. Sampot à grand pan antérieur et plis sur le
côté droit. .MI/kl/fa à étages, avec diadème à feuilles lancéolées.
Boucles d'oreilles ell chapelet d'anlleaux de lobes ("?). Doubles
hracelets de perles aux avant-bras, bracelets à plaque ciselée aux
bras; ceintme. Simple bracelet pendant sur les pieds; hauteur,
1 m.to.

H. Autre dvüm}Jrïllt de même dimension, analogue au précédeul


et placé dans le même sens. La description est identique: il porte
en plus un collier simple et plat. Les oreilles ont de gros pendants·
en losange. Derrièt-e, déterminant le contom ondulé de la dalle de
fond, un ou deux pans recourbés suivent plus ou moins le mouve-
Illent des hanches.
16.
244 DE LA POINTE SAHOI AU CAP 'i'OURANE.

VJo;STIGES À T.\N .\N.

C'est un petit emplacemelll, à 400 mètres au S. O. de cèlui de


KIJanh ThQ Tay (voir plus loin) sur les mouvements de tel'l'ain
qui annoncent la colline voisine. Celieu dépend du village deTân
An, canton de Chièn Bàng, huyçn de Hà BÔng.

VESTIGES .~ KlIANII TIIQ TÂY.

A près de 2 kilomètres au S. O. du petit marché de Khunb ThQ,


se voit . un emplacement assez considérable, sous les arbres et les
ananas, au village de Khanh TbQ Tây, canton de Chiên Bàng,
huyçn de Hà Bông.
KIfANII THQ DONG.

Vestiges. ·- A2 kilomèb'es euviron au N. E: du marché Je


Khanh ThQ, au hameau de Khanh Bu'o'ng, village de Khanh TbQ
Bong, canton de Chiên Bàng, huyçn de Hà BÔng, se voient, dans
un petit bois, quelques traces de briques.

Buddha. - Au même endroit, un pagodon annamite, voûté,


contient une petite figure de Buddha, de 21 centimètres de haut,
assise à la mode européenne, sur des lotus peu distincts. Le Cl'llne
pointu, le front large, la tête rasée, peuvent être interprétés
tomme une masse de coiffure non ciselée; les oreilles déformées
n'ont point de boucles. Une espèce de nimbe euferme la tête.
Il paraît vêtu d'une robe, non reconnaissable sur le torse; la
main droite a les doigts en haut, l'autre est tournée en bas; les
paumes sont en dehors. A droite et à gauche sont deux sortes de
stûpa, SUI' base carrée; neuf renflements figurent- neuf parasols (?).
Inscription de Khành ThQ Dong. - Le dossier fort incliné en arrière
porle la formule Illl(ldhique '!Je dfzm'llIu grossii~rement gI'aVI!c.
RUINES DE PHÛ HU'NG.

IlUINES DE PHU I1U'NG.

Ce groupe de débris très divers, autour des restes d'un édifice


important, dépend du village de Phu HU'ng, canton de Phu Qui Hà,
huy~n de Hà BÔng. Le temple s'élevait sur un léger mouvement
de terrain et s'orientait à l'E. Il n'en subsiste qu'une tour centrale
de petites dimensions, dont la partie N. est seule visible. Des tertres
confus dans les angles S. O. et S. E. semblent les restes d'édifices
disparus. Des fouilles, exécutées par les miliciens pour chercher
les briques dont ils construisirent le poste de Tarn Ky, marquent
seules les limites de l'enceinte. Elle paraît s'~tre étendue à
30 mètres à l'O. et à 50 mètres au N. des axes principaux.
Vers le S. se voient une série de mouvements qui semblent des
traces de constructions; plus loin un bassin carré, très profond
et jamais à sec, le lac de Bau Giang, contient vers son milieu un
ndga de pierre. Je n'ai pu, avec M. Carpeaux, le reconnaître qu'an
loucher à travers l'eau boueuse. C'est de ce groupe ruiné, croyons-
nous, plutôt que du sanctuaire m~me de Phù HU'ng,' que pro-
viendrait l'ensemble des sculptures réunies près de ce derniel" Ce
sont: 1 ° des parties de construction; 2° des sculptures à décor
animé.
t Des pierres qui seraient l'imitation de tuiles rondes avec
0

antéfixe; un fragment qui pourrait ~tre une partie de couronne-


ment; une base de pilier; divers fragments de pièces d'accent;
Une corne de bâtiment d'un bel effet décoratif; un autre fragment
de corne de bâtiment; une pierre qui peut être uue antéfixe, iuais
est plus probablement une marche; une belle échiffre de perron ù
volute et à llii{fa; une autre à volute,' d'un poids considérable ," est
laissée dans l'angle S. O. . .
2° Une série de t~tes de monstres; une antre série de monstres
au rictus très accentué, formant frise et séparés par d'élégants
houql1ets; lin 1naTmra passant, la queue formée d'Ilne énorme Oelll'
246 DE LA POINTE SAlIOl AU CAP TOURANE.
ronde, métope probable; un lion passant, dressé, d'un assez beau
cal'actère; une grosse tête de lion; la partie supérieure d'un autre;
le bas d'un troisième; le corps d'un quatrième; la partie inférieure
d'un singe dont les pieds sont remarquables d'exécution: il porte
une ceinture avec des grelots; une figure sous un dais; la moitié
d'une figure en prière; une petite figure à genoux devant une au-
réole, avec des boucles d'oreilles, très petites; une antéfixe repré-
sentant un personnage assis sur des feuilles de lotus: il tient, de la
main gauche une sorte de bâton dont l'extrémité repose sur ses
pieds, de la droite un chapelet à grains ovoïdes; il est vêtu d'uu
sampot et porte des bracelets aux bras, aux avant-bras et aux
chevilles.

GROlll'E DE "I/lI'O'NG MY.

A 600 mètres à peine à l'O . de la route mandarine, qu'on quitte


sur la l'ive S. du bac de Tam Ky, non loin du tr~nn de Nam Ky et
dans des terrains qui dépendent du viHage de KhU'o'ng My, canton
de Hoà Bu'c, huy~n de Hà BÔng, sont trois tours, restes principaux
d'un gl'and monument. Il y a tout lieu de croire qu'il y avait là un
ensemble considérable d'édifices dont faisaient partie le temple de
Phu Hll'llg, à 500 mètres S. O.; les nombreuses tt'aces voisines
de ce dernier, traces qui couvraient une surface énorme vers le S.;
les masses impol'tantes, pierres de taille sans décor, qu'on voit entre
KhU'o'ng My et Phu Hu'ng; enfin les pierres sculptées trouvées pl'ès
du sanctuaire de Khu'o'ng M)' et qui ne peuvent s'y rapporter.
Ce fut là sans doute, avec la citadelle de Trà Kiçu, la cité de Hông
DU'D'ng et la ville sainte de Mi So'n, l'un des points capitaux du
Quang Nam aux temps p,'ospères du Campa.
Le groupe de Khu'o'ng My s'élève en plaine et s'oriente à l'E. avec
une déviation de près de 19 degrés vers le N. 11 se composait de
trois ka/an, de dimensions inégales, rangés du S. au N., décroissant
dans cc sens, el paraissant avoir entre eux le même écartement
GnOUPE DE KHU'O'NG MY.
• 247

d'axes; un mur d'enceinte en briques dont nous avons dégagé une


partie de fondations au N. E., entourait le tout ..
En avant et en arrière des tours, divers mouvements de terrain
semblent indiquer la présence de constructions entièrement ruinées;
malgl'é quelques fouilles rapides, il nous a été impossible d'y rien
reconnaitre de clair.

Plus loin encore vers l'E. , un certain nombre de pierres sculptées,


décrites plus loin, peuvent provenir d'un édifice en grande partie
ou totalement en pierre. Nous ne croyons pas qu'elles puissent.
être rapportées au gl'oupe des tours. Enfin, au cours des travaux,
nous avons reconnu que le temple central reposnit sur les sou-
bassements d'une construction antérieure. Nous les décrivons
d'abord en raison de leur ancienneté probable (fig. ft 5 ).
C'est là une base de peu de hauteur et qui parait correspondre
à un assez petit biltiment. Le profil en est du type à doucine; mais
le groupe des doucines est remplacé par deux qual'ts de rond op-
posés, ornés de feuilles de lotus, comme il!' est aux trois toms dans
le système à cavet. De petites appliques à fronton fleUJ'oHlH~, du
2t.8 DE LA POINTE SAHO! AU CAP TOURA NE.
type à bande décorative, ornent les saillies énergiques de cette base.
Entre eUes, la partie en retrait est garnie par un épannelage, demi-
circulaire en plan, qui repose sur une plinthe carrée. Il en reste
tt'op peu pour que le sens en soit reconnaissable.

Fig. 46. - Khu,ong Mi.


Les trois tours , face O.

La fouille a dégagé en plus dans le remblai cam un fragment de


gar1u!a d'un beau. caractère, quelques débris de sculptures orne-
mentales, tous déposés à cette heure sous l'entrée de la tour cen-
trale avec au d~s la lettre F, abréviation du mot (douilles,.,.
Les trois tours de Khu'o'ng My
(pl. LVI et fig. lt6) présentent
avec le système de profils à cavet que noùs rencontrons constam-
ment dans l'art de BÔng Du'o'ng, toute une composition de décors
très analogue à l'art primitif de Mi SO'n. Elles offrent
. / le type complet
et leut' conservation est heureusement assez bonne , surtout pOUl'

GROUPE DE KIIU'O'NG MY. 2~9

la tour S, la plus intéressante. La b,'ique y joue le rôle principal


et a été presque partout finement sculptée; la pierre vient seule-
ment offrir une matièl'e résistante aux points les plus exposés.
Ces kalan reposent tous trois SUI' des massifs de briques soi-
gneusement exécutés, qui, à la tour centrale, couvrent les tl'aces
de l'édifice disparu.

Tour Sud (pl. LVI, LVII, LVIII, et fig. ft 6). - Cette tour pré-
sente à l'intérieur une disposition très curieuse, qui éclaire hypo-
thétiquement la fonction des pilie,'s de Hà Trung, et peut-être
de l'élégant pilier à contre-courbes
qui, de Trà Ki~u sans doute, vint
au musée de l'École sous le n° S 26,
en passant par le jardin de Tou-
rane. Le plan intérieur forme une
sorte de T tt'apu, dont le pied est
E.-O., car ce sanctuaire est plus
large dans le sens transversal
et dans la partie O.; deux encor-
bellements latél'aux compensent
le recul des parois et ramènent
le plan supérieur au carré. Hs sont
maintenus par de véritables contre-
forts en briques qui montent jus-
qu'à la naissance de la voûte et
Fig. 67. - Khll'o'ng My.
franchissent les huit briques du
Pilier présumé <le la tour Snd.
premier redent, pour venir se
perdre dans le suivant, départ des autres. Dans ces contreforts est
ménagé, en bas, un encastrement correspondant exactement aux
dimensions d'un pilier de pierre sculptée (fig. 47), appuyé au
Olur d'enceinte E. de la pagode annamite qui succéda an temple
cam.
Les angles montrent la LI'ace de crampons qui remplacent sans
250 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.
doute ici les pierres de suspension. Les niches à luminaire, moins
importantes, sont, par suite de la présence des piliel's, doublées
dans la paroi O., rejetées des faces latérales à la face E. aux côtés
de la baie. Dalls la partie S. de la face O. se voit en outre, près du
sol, une autre niche sans profondeur dont le rôle nous échappe.
Un couloir voûté a&sez COUI't menait à J'aplomb de la pal'oi extt';-
l'ieure où devait se trouver la porte: il n'en reste plus que le tym-
pan gami d'un motif analogue à celui des portes et des fausses
portes et malheureusement laissé en épanneIage. Cette sculpture
décorait le fond d'un vestibule spacieux; il est voûté très haut et
mOlllre, sur les côtés, des niches correspondant à des fausses
portes extérieures. La baie d'entrée elle-même, très vaste, a perdu
ses piédroits en pierre, son linteau et la base de l'élégant décor dll
fronton.
Les pilastres, au nombre de quatre seulement, sont fort larges,
avec d'étroits entrepilastres; divisés en deux larges bandes omées
de grands rinceaux semblables à ceux de Mi SO'I1, ils enferment un
double champ dont le centre se bombe légèrement et se décore d'un
autre motif à éléments en losanges. Entre eux, le champ à trois
plans porte sur les deux cadres des rinceaux qui rappellent l'art
de BÔng Du'O'nr,.
La base est du type à cavet; les deux bandes horizontales supé-
rieures sont sculptées, le quart de rond a une double hauteur de
feuilles de lotus, le grand congé a ses décors, en cadres ordinaires,
la fp'alHle plinthe est couvel'te de rinceaux. De riches appliques à
dOllble plan décoraient ce souhassement déjà si compliqué; une seule
subsiste à la fa ce N. Il ne reste pl'esque rien du plan postérieur en
briques; il semble avoir présenté un fronton détaillé dans le motif
habituel. Le COl'pS antél'ielll', en pierre, montre la disposition cou-
rante de cet élément à BÔng DU'o'ng, La bande décorative y est
remplacée pal' une niche sans importrmce contenant un orant
debout Une pièce analogue, qlli pt'ovient sans doule (l'ici, se voit
au jat'dill de Tourane (n" 6~!).

GROUPE DE KHU'O'NG MY, 251

La corniche est aussi du type à cavet, richement sculptée; elle


est accompagnée d'une frise à guirlandes pendantes, redoublée par
une bande en dessous et son cavet s'orne d'une métope de pierre ou
de briques: celle du pilastre N., en pierre, représente un guerrier
tirant de l'arc, assis en équilibre sur le dos d'un cheval au galop.
Trois autres, déposées au jardin de Tourane sous les nOS 8., 6 et
18, doivent avoir cette tour pour origine, ou l'une des deux autres;
les premières de ces pièces montrent un guerrier brandissant un
sabre, la dernièl'e une danseuse.
Si nous en jugeons par les étages suivants, il exista sur cette
corniche un bahut et un terrasson devenus méconnaissables, 11 ne
reste rien des amortissements dont la présence est attestée d'une
façon formelle pour la tour centrale au moins.
Les fausses portes sont d'un arrangement tt'ès illtéressant dont
la lecture, déjà difliciIe, est rendue plus délicate encore par la
ruine des parties inférieures. Mais l'étagement des frontons s'est
assez bien conservé sur la face N. protégée par la tour centrale.
Nous allons essayer d'en faire comprendre la disposition.
L'ensemble parait s'être composé de deux corps. Le corps postl~­
rieur présente une succession d'étages; devant eux passe le corps an-
tél'ieur. Il ne reste rien de celui-ci jusqu'à la grande face de sa cor'-
niche; mais à partir de cet endroit la lecture en est aisée: un bahut
mouluré de bandes verticales décoratives supporte au centre une
vaste applique à bande verticale tandis que deux amol'lissemenl.s
de forme spéciale occupent les angles.
Le corps postérieur mieux conservé est traité pour la base comme
le corps même de la tour, décor des parois et profils. Pent-être les
appliques' manquent-elles; les métopes font défaut. Sm' l'étage
infér'ieur s'élève un bahut mouluré ù bandes décoratives qui
sert de base, aux angles, à des amortisscments ornés d'appliques
et terminés par un motif qui paraît bulbé. Ils cllcadr'ent un
premier étage dont le COI'pS est masqué par l'applique centrale
qui formo front.on au corps anMrieur; il porle cOl'J1iche silll-
252 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.
plifiée et, devant cette corniche, rehaussée pour n'être pas mas-
quée par le COl'pS antérieur, se voit une élégante applique, qui
vient répéter le motif du corps antérieur. Cet étage soutient par un
bahut, aux angles, des antéfixes sans doute, ou peut-être de petits
amortissements ruinés; au centre, un amortissement à trois étages;
l'étage inférieur s'orne d'une nouvelle applique centrale qui fait
suite aux précédentes, et se couronne d'un terl'asson cantonné
d'antéfixes d'angle. Les deux étages supérieurs paraissent la répéti-
tion des amortissements de l'étage inférieur.
Le premier étage de la tour est décoré de trois 'pilastres, celui
du centre d'une largeur triple des ault'es. Les entrepilastres sont
ornés d'un motif qui tient lieu de métope, éléphant debout portant
une figurine assise, les mains jointes SUl' la poitrine au côté E., tom-
bantes au côté O. Une applique formant niche autour d'une figure
assise occupe le pilastre d'angle.
La cOl'lliche est décorée de métopes de briques dans le cavet; et
la grande face montre une frise de guerriers en selle sur des che-
vaux au galop. Un léger bahut mouluré, coupé de bandes décOl'a-
ti ves, supporte au-dessus un telTasson indistinct. .
Les fausses niches, de grande importance, sont traitées ici plutôt
comme une composition spéciale que suivant le type ordinail'e.
C'est en réalité un groupe de trois niches, celle du milieu plus sail-
lante et plus haute à double fronton; devant chacune de ses voi-
sines se dresse une colonnetle cylind,'ique posée sur un naga, le
tout en briques.
Le deuxième étage est de composition semblable mais réduite.
La fausse niche se simplifie, cHe présente un premier corps orné
de deux colonnes circulaires, deux autres les cantonnent en
arrière. Le reste n'est plus discernable. Il est à remarquer que
les étages sont fort has, surtout pour l'importance que gardenL
les corniches, et que les motifs des fausses niches devaient se com-
posel' de bas en haut ensemble comme dans te système des fausses
portes.
GROUPE DE KHU'O'NG MY. 253
Le vestibule constitue comme d'habitude un nouvel édifice à
peu près pareil au grand. Nous y retrouvons un décol' analogue de
pilastres et d'entrepilastres, une base réduite semblable à celle
de la tour et des arrières-corps aux fausses portes, des applique~
en pierre, qui viennent, coupées aux deux tiers, accompagner
l'élément postérieur de la porte principale. La corniche, à quelques
décors près, répète en petit le modèle de la grande.
La fausse porte est un long motif vertical à deux corps minces,
réduction des fausses portes. Le corps postérieur présente pilastres
ornés, base et corniche à cavet classique avec grande frise à guir--
landes pendantes finement sculptées. Un bahut, garni salIS doute
d'amortissements aux angles, supporte un étage plus étroit, très
bas sous un grand fronton à décors flammés qui passe devant la
corniche du vestibule. Le corps antérieur est nne niche plate de
deux pilastres ornés. Ils présentent, au niveau de la frise à guir-
landes pendantes du corps postérieur, une imposte tl'aitée de même.
Une bande décorée les réunit et sert de base à un nouveau fronton
à décor flammé. Une applique, comlJosée de façon identique, s'y
superpose et occupe le centre du fronton de l'arrière-cOl'ps sans
qu'il soit aisé de déterminer à qui le motif dût appartenit- dans
la pensée de l'artiste, Le champ entre les pilastres est décoré, et
IIll motif en amande également ciselé surmonle le creux qui ter-
mine le haut de la niche.
L'arrangement des étages au vestibule n'est pas moins ricIJe qu'à
la tour, mais il est encore plus difficile à lire. Ils sout aUll10ins au
nomhre de deux, sans compter le couronnement. Ce ne sont
d'ailleurs que d'exactes réductions de ceux de la tOUI', mai~ les
motifs spéciaux qui rendent ces derniers si curieux y disparaissent
pOUl' la plupart.

Le premier étage possède, aux angles, des pilastres ornés d'ap-


pliclues traitées en niches et une cOl-niche à cavet complète, avec
ses grandes dalles d'angle. Les fausses niches y forment deux corps
hien distincl.s : le corps postérieur, ol'né de pilash'es, est rectangu-
25ft DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOUHANE.
laire; le corps antérieur enferme un motif entre deux colonnes
circulaires.
Nous nous bornerons à dire de l'étage suivant (IU'il présente
pilastres et appliques aux angles et que sa cOl'lliche s'élevait jus-
qu'au niveau de la corniche du · premier étage de la tour; enfin
que la fausse niche paraît seulement la réduction de la précé-
dente.
De la façade de ce vestibule se détache presque sans saillie la
porte d'entrée de l'édifice. D'une composition fort intéressante elle
est par malheur ruinée dans le bas, et l'arrangement déjà très
compliqué du haut est rendu encore plus indéchiffrable pal' l'en-
chevêtrement des racines et des branches qui ont poussé dessus.
Il semble, sans qu'on puisse l'affirmer, que cette porte ait pré-
senté en profondeur trois corps. Le corps intermédiaire en briques,
et le corps antérieur, probablement en pierre, auraient disparu
dans" les parties basses et ne seraient accusés que par les dispositions
snpérieures.
Le corps postérieur à pilastres sculptés, base et corniche il grande
frise de guirlandes pendantes, supportait deux étages. Il ne reste
presque rien du bahut que portait la corniche ni des amortisse-
ments d'angle; leur existence paraît attestée par l'absence de dé-
cors dans les parties qu'ils devaient cacher. Le premier étage a
conservé bahut et amortissements; le second ne montre plus que
sa corniche. Il dut sans doute élever un amortissement terminal
ùevant la fausse niche du premier étage du vestibule.
Le corps intermédiaire ne se révèle à nous que par les disposi-
tions qu'appelait la combinaison de ses frontons; il s'accuse par la
trace vague tiune première corniche tout à fait ruinée, à un niveau
un peu illférieur à la corniche principale du corps postérieur, puis
par la corniche d'un étage plus étroit qui soutient directement un
élégant fronton. Le bord extérieur en est seul visible: la moulure
d'entourage s'arrête, à l'intérieur, sur une ligne redentée d'une suite
d'arc~, tandis qu'à l'extérieur une série de têtes de nâga donne

GHOUPE DE KIIU'O'NG !\IY. 255

une silhouette déchiquetée en sens inverse. Le lltï{j'rt du bas a plu-


sieurs têtes.
En quoi consistait le premicl' corps ct commellt des piédroits
probables et du linteau nécessaire passait-on au double frontoll que
nous avons encore à décrire? A l'hypothèse seule il faudrait le
tlemnnder ct nous n'osons pas le tenter. Reprenons donc la compo-
sition au niveau du grand cavet du corps intermédiaire; nous trou-
vons ici un amortissement formé d'un corps rectangulaire ol'Oé, et
J'une terminaison analogue à celle des amortissements de la fausse
porté. Derrière, part l'encadrement compliqué qui entoure un se-
cond fronton; il soutient, à mi-hauteur, de nouveaux amortisse-
ments, en haut, un amortissement terminal. Cet ensemble enferme
une sorte d'applique à frouton recreusé, devant laquelle finit
l'amortissement principal du motif douteux qui formait le centre
de la composition.

Tour centrale (pl. LVI, LIX , et fig. lJ 6). - Celle tOlll" tout en
gardant la disposition générale ell'asped de la précédente, n'a pas
les mêmes particularités intérieures. EUe est aussi plus large dans
le sens transversal. La salle intérieure a ses faces entièrement dé-
gradées. Des crampons ont laissé leur trace au niveau 01'1 l'on voit
ailleurs des pierres de suspensioll. Le vestibule présentait un fort
élargissement; sa haute voûte était presque une cheminée. Une
sculpture en forme d'édifice garnissait le tympan sur la pOl·te inté-
rieul'e disparue.
A l'extérieur, le décor est peu différent; les pilastres montrent
une simple rainure à deux plans entre deux longues bandes ornées
de rinceaux genre Mi SO'Il, et l'entrepilnst.re, des cadres en partie
saillants. La base est à peu pl'ès semblable. Entre les plinthes de
chaque pilastre, le creux de la plinthe générale porte une applique
minuscule. Il ne l'este en revanche rien des grandes appliques,
quoique leur existence paraisse probable. La corniche est pareille.
Nous retrouvons les mêmes métopes, au cavet, avec les mêmes
256 DE LA l'OINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
figures; la seule modification importante est dans la présence, au
bas du profil, d'une frise de petits dés analogues au motif spécial
de Mi S'on, les files d'imperceptibles balustres. Comme à Nha Trang
une suite d'appliques garnit le bahut.
Il ne reste des amortissements d'angle que des masses confuses
et la pierre terminale d'un d'entre eux, trouvée par bonne fortune
sur la première terrasse de )a tour et déposée ensuite dans l'entrée
de ce monument: elle all'ecte une forme curieuse qui dénote un
art assez subtil.
Les fausses portes sont très ruinées, eUes durent être un peu
plus simples; on ne distingue -que l'arrière-corps et ses deux ou
trois corniches successives. La fausse porte N. montrait dans sa face
antérieure une imitation de vantaux finement ciselés.
Le premier étage de l'édifice est moins détaillé que celui du
!.'a/an S. Si les pilastres d'angle, les appliques et là corniche s'y
répètent, par contre les métopes entre pilastres font défaut. Les
fausses niches, composées de trois corps, présentent un arrière-corps
cantonné de deux colonllettes circulaires, un corps moyen rectan-
guI aire , un corps antérieur orné de deux autres colonnetLes rondes
enfermant une indication analogue de vantaux. Il semble que Je
corps postérieur ait supporté un petit étage qu'eussent accompaUné
des amortissements élevés au-dessus des colonnes, tandis que le
corps antérieur aUl'ait soutenu directement un fronton; mais tout
ecla se perd dans l'enchevêtrement des feuillages,
Nous retrouvons ces dispositions au deuxième étage avec des
frontons flammés sm' les deux premiers corps de la fausse niche.
Au troisième, le même élément se réduit à deux corps; le premier,
constitué pal' deux colonnes, montre un fr'onton flammé; le corps
postérieur, cantonné aussi par deux colonnettes, porte avec elles un
corps de moulures qui devait soutenir llll fronton.
La terminaison de la tour est indistincte. La largeur de ce qui
l'este ferait supposel' l'existence d'un quatrième étage avant le
motif inconnu de COlll'onnemenL
GROUPE DE KHU'O'NG MY.
• 257

Le vestibule qui se détache du bâtiment est moins franc de plan


qu'au sanctuaire S., car les fausses portes n'y correspondent point
. à l'axe intérieur.
Nous y retrouvons réduite la même composition de pilastres et
d'enll'epilastres, mais, fait curieux , c'est ici le profil de pilastre
du kalan S. qui est employé. L'entrepilastre présente un cadre à
feuilles de lotus. La base simplifiée offre encore, sur la plinthe, les
curieuses IJeLites appliques, tandis que les appliques Ol'dinaires
la décorent. La nouvelle corniche est d'une propol'lion énorme et ne
dut guère le céder eh dimensions à la corniche Pl'incipale; il n'y
manque que les métopes.
La fausse porte est à deux corps; le corps postérieur à pilastres
ol'llés a une base un peu réduite et une corniche simplifiée très
diminuée. Elle supporte directement un fronton à décor d'entou-
rage flammé. Le corps antérieur contient deux pilastres ciselés, avec
hase plus petite encore, coupée carrément vers l'intél'ieur, et COI'-
lIiche très réduite au lieu d'imposte. Elle porte un tympan traité
de même qui, d'abord moins recreusé que la niche, vient pal' un
second mouvement s'unifier avec son décor d'entourage. Le champ
enfermé est nu.
Sur ce corps principal du vestibule s'élève un étage de composi-
tion analogue; des pilastres, ornés de minces appliques, soutiennent
une corniche démesurée à peu près complète que vient masquer
en partie une fausse niche composée de deux colonnettes circu-
laires sous frollton flammé. Le motif encadré est Unltf/ca unique.
La grande face de la comicbe arrive mi niveau de la frise à guir-
landes pendalltes du monument; c'est dire que le deuxième étage
dépassait fortement cette corniche. On n'y reconllait qu'une fausse
niche, réduction de la précédente.
Il n'a ricn subsisté de la porte d'entrée.

Tour Nord (pl. LVI ct fig.u6). - Le latlanN. cst beaucoup plus


ruiné que les précédents, mais tous ses éléments semblent rappe-
A~~HI. - 1.

U''''\lJlI:,n& .... TIOI'I.Lr..


258 DE LA POINTE SAIIOl AU CAP TOURANE.
1er exactement l'édifice central. Nous n'insisterons donc pas sur sa
description.
Disons seulement pour l'intérieur que les llÎches à luminaire .
forment d'élégantes ogives à redenLI;); une niche basse d'un décor
analogue occupe l'angle S. de la pnroi E.; comme à la tour S., nous
en ignorons et le sens et le rôle; enfin le vestihule était couvert
par une haute voûte en forme de cheminée. A l'extérieur, la com-
binaison de décol' se rapproche, pour les pilastres, de celle du snnc-
tlwire S.; pour les entrepilastres, de celle de la tour centrale.
Tout le reste paraît identique à cette dernièl'e.

Sculptures diverses. - Il HOUS reste à fnÎl'e connaître les nom-


breux fragments sculptés trouvés en ce lieu ct dont quelques-uns
seuls sont restés sur place.
Nous décrivons d'abord: 1 ° ceux qui nous semblent avoir fait
partie de ce groupe; 2° ceux dont l'origine est douteuse; 3° les
pièces qui, à notre avis, proviennent très probablement d'un autt'c
édifice à cette heure disparu.

° A. Le long du mur E. d'enceinte modernc et tIans le VOISI-


1

nage de l'axe, un pilier sculpté (fig. ft?) soutient une niche anIla-
mite: morceau, pensons-nous, d'un des curieux pilicrs de la LOUf
Sud.
B. Partie antérieure d'une des appliques en pierre tIe la même
tour, transportée au Jardin de Tourane et inscrite pal' nous sous le
n° 62.
C. Une métope de cavet de grande corniche' originaire saliS
doute de la tour Sud. M. C. Paris la signale à KhU'o'ng My où eUe
n'existe plus et nous la retrouvons à Phong L~ d'abord, puis aU
Jardin de Tourane sous notre n° 81.
C'est un petit guerrier qui fait de la voltige à cheval. Il est
accroupi sur les reins de la bête et étend les bras. La tête est coif-
fée d'un diadème peu élevé à rang de feuilles lancéolées, le corps
GROUPE DE KHU'O'NG MY. 259

vêtu d'un sampot à grand pan antérieur. Le cheval au galop n'a


pour tout harnais qu'un collier de grelots. Hauteur, 0 m. 50; lon-
gueur, ù m. b5.

Fig. 48. - KIIU'o'fig My.


Tympan.

D. Enfin nous avons eu la bonne chance de relever dans l'angle


N. E. un tympan fOl't intéressant (fig. b8) qui paraît avoir échappé
à toutes les investigations. Çiva, dansant, est vêtll d'lm sampot
de forme particulière et dont les plis en écharpes tombent très
bas par devant. Il porte une coiffure fi. double étage, de grosses
boucles d'oreilles, un collier, des bracelets aux poignets et aux
chevilles et des sortes de brassards près des épaules. Il est soutellu
pal' un piédestal Olt se voient deux têtes de bœufs.
A la droite du dieu se distingue tout un groupe; c'est d'abord
en bas, deux bœufs couchés; au-dessus de leurs croupes s'étagent
les têtes de six autres; derrière eux et visible jusqu'à mi-corps, un
pel'sonnage en adoration vêtu d'un sampot et paré de boucles
d'ol'eilles tient dans ses .mains jointes un objet en forme de fau-
cille. Derrière lui et dominant les Mtes de bœufs, trois autres per-
17·
2GO DE LA POINTE SAIlOI AU CAP TOURANE.
sonnages indistincts peuvent être également en adoration. L'un
brandit un objet confus ; l'autre se retourne en arrière, les mains
jointes.
A gauche du dieu, c'est d'abord le même groupe de huit bœufs
ct au-dessus deux personnages; du premier en arrièl'e, on ne voit
que la tête; le second en avant tient entre ses mains, dans la po-
sition de la prière, un objet qui paral! un énorme épi ou une torche.
Tout autour du personnage principal et lui faisant · comme un
dais, est un arc; il montre quatre cerfs dans une forêt grossière-
ment représentée, et en bas, des deux côtés, une figure agenouillée
qui semble en adoration.

~~o E, E'. Dans la seconde série, nous classerons d'abord à l'E.


deux marches, l'une simple, l'autre à peine décorée, toutes deux
en accolade.
F. Une belle cuve à ablutions au N. E., avec écoulement inté-
rieur, grès bleu très compact.
G. Une autre pièce très grossière ol'llée en dessous de feuilles
de lotus.
Comme sculptures :
lin Nandin, d'un mouvement plus naturel que d'habitudp. II
porte une marque au front et n'a pas le classique collier de grelots
des montures.
1. Enfin, près de lui, la 'moitié postérieure d'un lion.
Comme sculptures humaines:
J. Un dvarapiila, signalé à KhU'o'ng ~ly par C. Paris, au Jardin
de Tourane comme transporté de ce point par M. Lemire, enfill
reconnu par nous en ce dernier endroit et inscrit sous notre n° 28.
Il est debout dans une position de combat. Hanché sur la jambe
gauche, la main appuyée sur la cuisse, il br'andit de la droite UII
sabre au-dessus de sa tête. La face aux yeux ronds, au rictus
féroce sous une fine moustache ondulée. qui forme un contraste
bizarre, .montre les dents. Les cheveux, indiqués en mèches, des-
GROUPE DE KHU'O'NG MY. 2G1
cendent dans le dos comme une crinièl'e. La coilfure consiste en un
diadème de feuilles lancéolées; le vêtement en un sampot à grand
pan tombant devant ct derrière, accompagné par devant de plis
relevés à droite; le baudrier du sabre est suspendu à la cuisse
droite; un cordon brahmanique, qui semble formé d'un serpent,
h'averse la poitrine; ses seuls bijoux sont des boutons d'oreilles en
amande pris dans les lobes, la pointe en haut.
K. Un autre, qui a même histoire, fut classé par nous sous le
n° 33. C'est une statue exactement symétrique au n° 28, mais en
moins bon état de conservation. Socle et pieds manquent.
L. Enfin un troisième, de même inscrit sous le n° 45, a subi
des réparations annamites malheureuses qui en ont altéré le carac-
tèl'e puissant mais vulgaire; la tête est presque entièrement refaite.
Il est debout, de côté; la main gauche pendante tient un chapelet
à gros gl'ains; la droite repliée près de; l'épaule semble brandir un
court poignard. Il porte en sautoir, en travers de la poitrine et du
dos, le serpent dont la tête et la queue forment attaches. La tête
était coifl'ée d'une sOI'te de diadème à rang ,de feuilles lancéolées il
la base. Le vêtement est un sampot à gl'and pan antérieur ct pos-
térieur en forme de carquois, retenu par une ceinture. Il porte un
baudrier sur la cuisse droite. Ses bijoux sont des boutons ronds
aux lohes des oreilles, des bracelets simples ou en serpents à plu-
sieurs têtes aux bras et aux èhevilIes, simples aùx avan t-bras. Ce
pourraient être d'ailleurs de simples additions annamites.
Des danseurs que M. Lemire signale dans son article ct Aux mo-
numents anciens des Kiams" (Tour du monde, 25 décemhre 1894,
p. 402) comme transportés de Trà Kiçu au Jardin de Tourane, et
qu'il désigne sous le nom de chanuelirs de sel'pents, proviennent
en réalité, d'après des renseignements qu'il nous a fournis depuis,
de Khu-o-ng My où ils SOllt apparentés d'ailleurs par l'allure ct le
fail'c aux dvtïrapüla décrits plus haut. Ils sont maintenant dépos.~s
au musée de la Société des études indochinoises ù Saïgon. Nous
Ignorons leur rôle.
262 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

M. Danseur, grès gl'is; 0 m. 25, 0 m. 25, 0 m. 77 (fig. 4g), en


haut relief. Debout sur la jambe gauche qu'il porte en avant, sou-
levant en arrière la droite, dont la cuisse
est horizontale, il agite des écharpes. La
tête a les traits assez lourds. Grand sampot
à pan antérieur très long, partie triangu-
laire plissée à gauche, le tout noué derrière.
Coiffure en turban, pendants d'oreilles,
bracelets aux bras près des épaules ,avec
plaque fleUl'onnée, et près des poignets.
N. Autre danseur, haut relief à tenon
postél'ieur, grès gl'is, 0 m. 30, 0 m. 30,
o m. 80, figure agitant deux écharpes, ana-
logue à Q dont elle a les divers détails de
rostume et la position du bras tordu en de-
dans. La coiffure est semblable à celle de la
figure suivante O. Gros pendants d'oreilles.
Ajoutons ici, avant de conti-
nuer, deux pièces du même
musée, qu'une indication spé-
ciale de costume montre sœurs
Fig. 49. - Khu'o'ng My. des précédentes, et une troi-
. Danseur à banderolles; hauteur, 0 m. 80. sième identique au Jardin de
(Musée de la Société des études indochinoises.)
Tourane, n° 52.
O. Apsaras en bas-relief muni d'un tenon en arrière, grès gris,
o m. 25, 0 m. 30, 0 m.lt5, enfermée dans un épannelage carré;
métope. Dans une position de vol, une jambe relevée en avant,
l'autre tendue en arrière; clle brandit un sabre de la main gauche
ct s'abrite d'un bouclier avec la droite. Les dents supérieures sont
découvertes par le l'ictus de la bouche. Elle a pour costume un sam-
pot pareil à celui de C; pOUl' coiffure un diadème à feuilles lan-
céolées sans cÔne; pour bijoux, des pendants d'oreilles en disques
ct des bracelets aux poignets.
GROUPE DE KIIU'O'NG MY. 263

P. Statue à quatre bl'as, grès gl'is, 0 m. 37, 0 Hl. 35,1 m.05


(fig. 50). La figure est debout. la jambe gauche verticale, la droite
soulevée. Le bras antérieur gauche est ramené SUI' la poitrine ; le

Fig. 50. - Khu.oonll' My


Fir,ure il quatre bras; hauteur, 1 m. 05.
pru,ée de la Société des études indochinoise,.)

pouce, l'index et le petit doigt sont relevés, le médium et l'annu-


laire selTent un objet indistinct dans le cl'eux de la main. Le droit
antérieul' tient sUl'la cuisse un objet également infol'Ille. Le gauche
postérieur, relevé près de la tète, porte Il n houlon de lotus; le droit,
26" DE LA POINTE SAlIOl AU CAP TOURANE.

un disque évidé. La tête a des moustaches horizontales; elle e~t


coiffée d'un mulw!lJ, à deux ou quatre étaues de feuilles lancéolées.
Les bijoux consistent en un grand collier à pendeloques, de gros
pendants d'oreilles; les pieds pat'aissent chaussés d'une espèce de
soulier.
Q. N° 52 du Jardin de Tourane. Danseur, haut relief très fruste.
Petite figUl'e dansante, posée sur la jambe droite; eHe élève du
bms gauche une écharpe dont elle tient le bas par le bras droit,
infléchi inversement, dans la pose des danseuses cambodgiennes.
Le bout de l'écharpe flotte devant la jambe gauche relevée. La
tête est coiffée d'une sorte de diadème à feuilles lancéolées. Les
oreilles semblent posséder des anneaux de lobes, les poignets de
doubles bracelets.
R. Nouvelle figure assez curieuse et de même histoire que C;
inscrite au Jardin de Tourane sous le n° 97. Personnage sur che-
vaux couplés; hauteur sans oreilles, 0 Ill. 65; longueur sans mu-
seaux, 0 m. 78, largeur, 0 m. 32; grès.
Ce petit être, beaucoup trop petit pour ses montUl'es, est posé
SUl' elles et cramponné à leur bride. Derrière lui traîne le pan de
son sampot, ce qui a pu le fail'e confondre avec un singe. Les
chevaux ont une selle simple et ronde et des colliers il grelots
comme les nuudin.

a
O
Nous rangerons dans la sél'ie suivante:
S. Ci Socle sculpté en bas-relief SUI' trois côtés; face antérieure,
lotus; faces latérales, chars, 0 m. 95 X 1 m. 15 X 1 m. 35. Prove-
nance : Khu'o'ng M~' .:l Inscrit au musée de l'École sous le n° S 12 et
sous cette légende (fig. 51).
C'est probablement le support d'un piédestal carré, dont on
voit la trace; celui-ci, par l'intermédiaire d'une cuve à ablutions.
devait soutenÎt' une idole. 1.a face postéricUl'e est nue. Cependant,
elle présente dans le haut ulle fine sculpture coup~e au milieu pal'
une tête Ul'ossièl'e de chcval (1).
GROUPE DE KHU'O'NG ML
• 265

Le socle tout entier est la représentation d'un char par des ra-
battements naïfs. Sur chaque face latérale le char est porté par
Jeux roues et traîné par un cheval monté. Bête et roues sont ra-
battues de profil. Le cheval est pris en partie derrière une roue. Il
est monté, sans selle, par un cavalier qui semble faire claquer un
fouet. Le harnachement consiste en un simple bridon. Le per-

Fig. 51. - Klm'Q,ng My.


Piédestal; hauteur, 0 m. !J5. (Musée de l'École, S 1 ~.)

sonnage, vêtu d'un sampot à pli pendant, a une haute coiffure à


temporal, un gros chignon rond sur le côté. Il possède boucles
d'oreilles et collier. Les flancs du char sont garnis, en guise de
ridelles (?), de balustres unis pal> le même profil continu. Entre les
balustres extrêmes se détachent des fleurons qui ont un peu la
forme de vajra.
Sur la face antérieure est un beau motif de lolus avec feuilles
et fleurs, en bas deux petites tortues. Faut-il supposer que le char
est dans l'cau ou <Iu'il est le support d'une divinité marine?
266 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
T. Cf Luttems, bas-relief; provenance: Khu'O'ng M)'; 1 m. 40 X
1 m. 10 Xl m. 50, 1 m. 50 au sommet. n Inscrit au musée de

l'École sous le n° S 11 et cette légende.

,: ~~~~7;" Y'\', ~\'= '7. " ' " "'~{I:': "H >,::"~~~::!
" ..::::;:~:,:,:;..."..\~,<,,:'\': \
l "fi ' , il ;'
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Fig. 52 . - KllU'o~ng l\lY.


~:ehiffre; hauteur, 1 m. 40. (Mu,ée de l'École, S 11.)

Ce fragment étaitlen avant des tours. C'est une pat,tie d'échitfre


de perron (fig. 52); des marches sont indiquées sur la face inté-
rieure ornée d'un champ recreusé. Le dessus paraît avoir été
recouvert par une autre pierre. La marche donne environ 0 m. t 5
X 0 m. 30, hauteur et largeur. Sur la tranche la comhe se relève
en une volute décorée d'un nrifJn à quatre ou cinq têtes.
La face extérieure présente deux lutteurs opposés symétri-
quement et non comme deux escrimeurs. Pliés sur les genoux, ils
s'empoignent sous la cuisse tandis qu'ils bl'Undiesent une lanièl'c de
l'auh'c main. Peut-Hre est-ce plutôt la représentation d'une danse
que d'une lutte vél'itable, CUl' il n'y a pas de raison, agissant ainsi ,
pOlIl' que l'un tombe l'aul.re, ct nous avons plus haut (M , N) des
GROUPE DE KHU'O'NG MY.
• 267

personnages dansant, agitant ces m~llles lanières qui paraissellt


alors des écharpes. Ceux-ci portent pour tout costume le sampot
à pan tombant postérieur. Leur coiffure enferme leur tête d'une
façon bizarre. Celui de droite montre, pal'-dessus, une sorte de

Fir,. 53. - Khu'Q,nt; My.


Tympan : Garu~la el I\iit:a. Hauleur, 1 ID. 58. (Musée de l'École, S 13.)

31'os chignon ou de turban; celui de gauche, des ornements en


amande. Les deux lutteurs ont des boucles d'oreilles, nouvelle
pl'euve, semhle-t-il, que leur lutte est fictive .
U. cr Garu(Ja entouré de nlÏfJa, provenant de Khu'o'ng My; 1 m. 58
>< 1 m. 15. La pierre est b,'isée à gauche; la largeur totale était de
1 m. 70; épaisseur maxima, omo 55.11 Inscrit au nlusée de l'École
SOll8 le n° S 13 et sous cette légende (fig. 53).

C'est un grand tympan (1) qui présente l'évidement habiluel pos-


térieur; il a été tl'ouvé en avant des tours et assez loin. Gal'u~a
~(i8 DEL A POl NTES AII OJ Aue APT 0 II Pt ANE.
sort à mi-corps dans la position d'attaque ordinaire. Les mains
sont de véritables serres à cinq griffes. Il possède deux ailes; une
espèce d'auréole de plumes derrière la tête pourrait en être une
seconde paire. Son nwl.u!a a deux étages de fleurons, lancéolés;
il a pour bijoux colliers et pendants d'oreilles. Les lIIïga sont forl
laids eL maladroitement espacés.

Enfin V, V', V" et d'autres fragments sculptés représentent une


tête de nwkara d'où sort un corps de nandin; tOI1S se trou vent
hOl's de l'enceinte de la pagode, vers l'E., l'un tout près du mm,
les deux autres à une cinquantaine de mètres. X, X', divers débris
de linteau, et Y, d'énormes pierres de taille, se rencon 1rent à plus
de 150 mètres dans la plaine, vers le S. E. Le rôle de ces divers
éléments nous échappe.
Nous ignorons quelle pièce il faut voir dans le ~ B.-ahma Çiva
tenant un tridenb, de M. C. Paris, et le ~ Siva debout tenant un
lotus, transporté à Tourane", de M. Lemire (loc. cit., p. 403, col. 1),
peut-être le n° 47 (?), bien que cette ath'ibution pm'aisse douteuse en
raison de sa similitude avec Je Çiva de Trà Kiçu, classl~ à l'École
sous le n° S '24.
Enfin il ne reste qu'une des inscriptions signalées par M. C. Pa-
ris, la seule qu'il ait retrouvée d'ailleurs à son second passage.
Inscription de Khu'o'ng My. - C'est la pierre amenée d'abord près dll
pont de Qua My et entrée ensuite au musée de l'École sous Je n° 1 t 2. Hau-
teur, 0 111. 40; la"ffem' : 0 m. 1 t haut, et 0 m. 40 Las; 8 parties de lianes, en
èalll.

VEsrJr.Es À rÂl\' L:; P A~ SO'N.

Ce n'est qu'un tas de briqurs èames; nous ne l'avons pas vu


nous-même, mais son existence nous a été certifiée par le notable
fIn village qui a, dans ses fondions, le culte du génie de ce lieu.
TLÎI1 L~p An SO'11 dépend du canton de Vinh Qnôi 'l'rm1lr, lllly~fl Ile
Hà Sông.
TOURS DE CHIÈN IHNG. 269

VESTIGES DE Till) SO'N.

Nous tenons du P. Durand les renseignements suivants sm'.


c}lLelques vestiges curieux qui se rencontrent au viJlagc de Th!)
So'n: canton de Châu Bu'c Trung, pht't de Thang Binh, Sur la
montagne où se trouve ce village on rencontre un puits en
ht'iques cames. Ce puits se déverse dans un petit canal nommé
Clmu'o'ng vàngn le canal d'or. C'est sans doute un ancien canal de
lavage; il aboutissait à un résel'voir rectangulaire où l'on recueillait
l'or dégagé de ses scories. Toute cette région fourmille d'ailleurs
d'allciennes mines dites chinoises ou annamites, abandonnées,
paraît-il, depuis Minh M<.lng et dont l'origine probable est came.

Touns DE CJllÊ~ DÀNG.

Ces ruines sc tt'ouvent SUl' un telTaill limitl'Opile oes villal~es oc


Chiên Bàng et de Qua M~T, canton de Chién Bàng, huyçn de llà
Bông, mais qui appartient encore à Chiên Bàng; ellessollt voisines
de la route et du village, à 100 mètres à l'E. de la première. Ces
édifices s'élevaient en plaine et s'orientaient à rI!:. avec un écart de
20° 30' vers le N.

Le groupe se compose de trois tours (pl. LX), placées exac··


Lemont sur un même axe presque N.-S., éualement espacées,
bion que de dimensions différentes et rapprochées à se loucher;
un édifice les accompagnait au S. E., il n'en reste qu'une vague
trace. Dne enceinte marquée pat' les fouilles des chercheurs de
hriques enfermait cet ensemble. Elle paraît avoir été symétrique
aux deux axes, axe des centres des tours et axe perpendiculaire
passaut par la tour centrale. Cette régularité est assez rare pour
être signalée, bien que nos mesures ne soient qu'àpproximatives,
pOltant sur une fouille grossière et à moitié comblée par le temp:;.
La Lour centrale a sa fausse porte S. réduite, pour ne pas tou-
270 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

cher à la tOUl' S.; il en est de même entre les suivantes. Les trois
constructions ne sont donc pas contemporaines ct décroissent d'an-
cienneté du S. au N. Néanmoins les décors semblent assez ana-
logues pour que les écarts de dates ne soiellt pas considérables.
Ces tours paraissent avoir été du type réduit. Elles montrent
certaines dispositions spéciales, voûtes lisses aux couloirs, pienes
de suspension à l'intérieur.

Tour Sud (pl. LX, LXI, LXIIl). - C'est la plus ancienne et la


plus mutilée; hien peu de son décor est reconnaissable; il semble
d'ailleurs avoir été en grande partie répété à la tOllr centrale. La
saHe, beaucoup plus haute que de coutume, a par contre une
voûte beaucoup plus courte. La pointe de l'angle obtus qu'elle for-
mait est aujourd'hui effondl'ée et son sommet est à jour. Une série
de pierres plates incrustées dans la maçonnerie garnissent les
angles des parois et les unissent solidement. Aux angles et au mi-
lieu des murs se voient des pierres de suspension. Trois niches à
luminaire en ogive éclairaient J'idole qui a disparu. Un somasû[ra
conduisait les eaux d'aspersion au dehors. Il consiste en un canal
(lui perce la muraille N. au-dessous du sol et se continue à l'ex té-
ri eUl', sous le dallage .CIl briques, par un conduit rectangulaire
obliqué vers l'E. Nous n'avons pu malheureusement trouver la
su ite de cette canalisation, soit qu'elle Il' allât pas plus loin, soit
qu'elle ait été complètement détruite.
Par un dispositif tOut particulier, le couloir qui sortait de ta salle
passe carrément sous la maçonnerie. Un plafonnage d'énormes lin-
teaux, quc déchargent deux ogives superposées, portait le mur.
L'ogive la plus haute constitue une Biche profonde dont la voûte
soutient toute la construction supérieure. La baie de sortie a, fait
unique, un encadremcnt de pilastres à l'intérieur de la tour. II est
difficile de savoir où et comment était faite la porle illtérieurc;
elle semble s'être trouvée au hout du couloi,', ct par suit.e fort en
avant de la façade du corps central.
TOURS DE CHIÊN DÀNG. 271
A l'extérieur les parois sont ornées de pilastres, celui de l'angle
plus large; ils portent une rainure à deux pans et enferment des
clltrepilastres à cadres ordinaires. Le profil de base, dans le sys-
tème à doucine, ne présente pas le type classique. Le congé, qui
détache la doucine basse,' manque et un corps de moulures rec-
tangulaire à bande garnie de rosaces surmonte le groupe des dou-
cines opposées. Des appliques à triple corps et à triple fronton
sculpté ornent cette base. La corniche, complètement tombée,
semble avoir été analogue à ceBe des autres tours.
Les fausses portes, très ruinées, paraissent semblables à celles
de la tour centrale. On distingue dans la niche, corps antérieur de
la fausse- porte N. protégée par la tour centrale, l'épannelage d'une
ogure dont la têtp, en pietTc a été seule sculptée; ellc est frustc.
A ces quelq ues détails nous Ile pouvons rien ajouter. Les poll,ties
hautes sont presque entièrernen t écroulées, et lc peu qui reste est
masqué et salis doute dévasté par une épaisse végétation.

Tour centrale (pl. LX, LXI, LXII et LXIII) . .- La Lour centrale


est beaucoup mieux conservée et une partie de l'étage, Ot1. nous
avons pu atteindre, peut Mre décrite.
La salle est fort haute, avec voûte ordinaire. Aux angles, au mi-
lieu des parois et aux cÔtés du linteau du couloir se voient les
mêmes pierres de suspension. La dégradation des murs a dû faire
disparaître les niches à luminaire. De cette salle part un couloir
qui s'élargit au nu de la façade E.; une niche très creuse soulage
son plafond de pierre au niveau des pierres de suspensiou. Il est à
présumer que la porte se trouvait il 1 mètre environ .le là, car le
plafond cesse subitement pOUl' faire place à une voûte courbe,
sorte d'ogive trilobée exécutée avec soin. Le tympan est orné d'un
décor en creux du même genre.
A l'extérieur les parois sont garnies de pilastres portant une large
rainure simple, les entrepilastres ayant un cadre de moulures ar-
rondies. La base, un peu moinsriche que celle de la tour S., montre
272 DE LA POINTE SABO! AU CAP TOUHANE.

des appliques à double corps et double fronton orné. La corniche


à doucine est pareille à celle dela Lour N. Des pièces d'accent très
découpées et d'uB type analogue à celles de Mi 80'n ont décoré les
angles; l'une d'elles avec ses renforts subsiste à l'angle N. E. Au-
dessus se voit un bahut à double doucine. Y eut-il des amortisse-
ments d'angle 1 Le fait est probable, car nous avons tl'ouvé dans
la fouille entee la tour 8. et la toue centeale uue pierre conicIue à
quatre faces, terminaison habituelle des amortissements dalls l'ad
primitif de Mï 80'n.
La fausse porte N., protégée par le voisinage de la tour N., est
assez bien conset'vée. Elle est à double COl'pS.
Le corps postérieur se compose de deux étages. L'illfél'ieut', rui-
né dans les parties basses, se termine par la corniche classique; sllr
celle-ci un bahut à deux doucines reçoit l'ensemble d'un fl'onton
double en épaisseur. Il est occupé par trois appliques traitées
en niches et qui enferment des orants; elles sont à double plan
et possèdent deux plinthes superposées; la niche médiane comporte
de plus, en piédestal, un bahut à doucines opposées couvert par le
terrasson habituel; deux petits lions debout y cantonnent la double
plinthe. De chaque côté du motif principal une apsaras volante
garnit le vide que laissent les frontons, tandis cIu'une élégante
antéfixe couronne la composition.
Le corps antél'ieur est plus simple. 011 pOUlTait le considérer
comme douhle en profondeur. C'est en arrière un corps terminé
l'al' une frise de monstl'(l,S sous une cOl'lliche. Cette partie supporte
l'extrados de l'avant-corps. En avant se détache à peine une
haute niche il double creux et double fronton. Celui-ci, qui de-
vait sans doute posséder les crosses ordinaires, est resté nu; ufte
rangée de feuilles rampantes décol'e son arête extérieure.
Le premier étage de la tour est, à part la ruine de son encadre-
ment d'amortissements, assez bien conservé. Trois petits pilastres
HUS, celui du centre de largeUl' exagérée, omen! les parois. Les

entrepilastl'cs sont nus, mais une ajlsaras s'encadre en métope dans


TOURS DECHIÈN DÀNG. 273

le bas de la corniche: En .outre, devant l' entrepilastre, des oies


étaient fichéès .dans le terrasson à la face E., des éléphants peut-
être aux auti'es, aiBeUI;s peut-être des lions passants; ces dei'niers
animaux, auxquels un rôle différent ne peut guère être assigné,
étaient tombés entre les tours S. et centrale, d'où ]a fouille les a
dégagés. Devant les pilastres d'angle se détachent des appliques
à double plan qui enferment un orant. La corniche à doucine est
un peu simplifiée. Les parties supérieures de cet étage sont mécon-
naissables ,en particulier en ce qui correspond aux amOl,tissements
d'angle . . Une fausse niche à double ou triple plan paraît n'avoir
reçu aucun décor.
Le deuxième étage semble traité de même. Le troisième et le
couronnement sont indistincts.
La porte d'entt'ée doit avoir' eu ici plus d'importance qu'aux deux
autres tours.

Tour Nord (pl. LX, LXI, LXn). - Si le lmlan N. ne possède


pas, en ded.ans, les particularités de ~es voisins, il a cependatit des
pierres ' de suspension, et ses niches à luminaire ont une forme
un peu spéciale. Le couloir est fort long et la porte intérieure était
très écartée de la façade. La voûte du couloir extérieur est fine-
ment ravalée en courbe dans une disposition analogue à ceBe de
cette partie dans la tour centrale, mais en plus étroit.
A l'extérieur IGs parements sont décorés de pilastres recoupés
d'une simple rainure, tandis que les entrepilastres présentent un
cadre à profil de doucines plates.
La base est complètemeùt ruinée; la corniche est en revanche
très bien conservée. Elle est ornée, entre la frise il guirlandes pen-
dantes délicatement sculptée et le groupe des doucines opposées,
de trois bandes décoratives il des plans différents; d'abord un
quart de rond, garni de têtes de monstres au rictus accusé; puis
Une frise en pierre avec sur un champ recreusé une série de motifs
affrontés, monstres à queue fleuronnée, danseurs, cerfs, etc.; enfin
ANNAM. - 1.

IMPIIIVr;I\IZ "ATIO,.. ... ' .


27/l DE LA POINTE SAIIOl AU CAP TOURANE;

une fL'ise supérieure au décor géométrique de fleurons. La grande


doucine elle-même est sculptée; elle présente au droit du pilastl'C
des oiseaux affrontés devant un rameau; le décor s'achève aUI
angles par une feuille de lotus.
La composition de la fausse porte S., bien conservée, est ana-
logue à celle du N. de la tour centrale, quoique moins heureuse.
Le corps postérieur il double plan a sa partie supérieure couronnée
par la corniche habituelle qu'ornent des pièces d'uccent; elle sup-
porte un premier bahut il doucines, Au-dessus, un petit étage ter-
miné en bas par une doucine formant terrasson, en haut par une
corniche très simplifiée, présente deux plans: le plan postérieUl'
soutient le fronton terminal; le plan antérieur, presque aussi large,
supporte le dé étroit d'une applique .à double corps; elle enferme
une figure de femme en briques et son sommet termine l'ogive
du fronton; deux niches à double épaisseUI' descendent au-
dessous: l'une décore la face du grand dé de la précédente, l'autre
la face de l'étage; les angles du fronton restent vides.
Le· corps antérieur à simple plan contient une mche à termi-
naison en carène renversée. Une imposte couronne la partie basse
et, passant au-dessus de cette niche, .vient porter un fronton il
double plan recreusé triangulairement en son centre et garni de
feuilles rampantes entre les deux plans.
La fausse porte N. extérieure a reçu un décor plus riche. Il est
malheureusement très ruiné. Sur un corps postérieur achevé par
corniche et double bahut s'élève une superposition de trois étages
au moins, sans saillie, ornés chacun d'une niche centrale à orant,
accompagnée peut-être de figurines latérales, monstres ou apsaras.
Tout cet ensemble occupe un tympan presque triangulaire qui
fOI'me fond. Cette composition a certains rapports avec le corpS
postérieur des fausses portes à la tour de Dinh Lt1m.
Le corps antérieur, fort ruiné, présente une disposition spéciale
et unique. Dominant les pilastres et flanquant la volÎle terminale
de la niche, deux gL'oupes de trois nrïca font saillie. Au-dessus un
Touns DE CHIÈN DÀNG. 275

petit linteau vient soutenir le tympan en pierre d'un fronton


recreusé. Il est décoré d'une figure assise devant sept Ilaga; elle
parait entièrement nue (1) et tient dans la main droite un attribut
composé d'une double poire; de la main gauche, un bouton de lotus.

l:/A~"1Em':l._
Fig. 54. - Chiên Dàng.
Tympan. Hauteur, 0 m. 67. (Musée de l'Écule, SIl.)

. La porte principale montre à l'arrière corps un frontoll supé-


fleUr à tympan creux en briques sans sculptures.
Les étages de la tour sont tout à fait ruinés.

Sculptures diverses. - Quelques débrIs de sculptures ont été


recueillis aux environs de ce groupe ou dans les fouilles som-
~aires exécutées en 1901 pour reconnaître les dispositions infé-
rIeures enterrées. L'un (fig. 54) est un tympan trouvé en dehors
18.
276 DE LA POINTE SAlIOl AU CAP TOUHANE.

de l'enceinte des tours et qui fut transporté au musée de l'École,


où il est inscrit sous le n° S 6 (l{I'ès; 0 m. 67 sur 0 m. 62).
C'est une figure de femme à six bras dont deux sont élevés au-
dessus de la tête, trois pliés les mains à la hauteur des oreilles;
le sixième, antérieur gauche, allongé, tient un arc; le droit anté-
rieur paraît porter un disque (1), l'intermédiaire droit une llèche
empennée. Posée sur un nandin, reconnaissable à sa bosse, elle
est agen_ouillée, la jambe gauche étendue, le pied relevé. Les seins
sont forts. La divinité est vêtue d'un sarong peu distinct,
coiffée d'un muku{a à deux é~ilges de feuilles lancéolées, et ornée
ùe bracelets aux poignets.
Une autre pièce, transportée à Hanoï, fut donnée à l'École par
M. Brien. Cette figure, qui paraît une métope, est assise de côté ct
tient une fl,lte des deux mains. Elle semble féminine, bien que le
costume soit indistinct et les: s."eins rudimentaires. EUe porte une
haute coiffure avec diadème; au-dessus les cheveux sont relevés
en trois spil'ales superposées; hauteur totale, environ ° m. 60;
largeur, environ 0 m. 40.
Les fouilles ont en outre dégagé deux éléphants métopes dans
l'attitude de la marche" un rameau de lotus dans la trompe, et dont
l'un cst d'une facture '~raiment remarquable; différents fragments
de figures; une mairJ tenant un disque, une apsaras, un lion passant
qui dut être une métope ou un tympan, une pierre terminale
d'amortissement. Sur l'emplacement du mur d'enceinte a été
trouvé un fragment de corne sculptée, pierre terminale d'uu
fronton d'édifice long probablement, et une gargouille en forme
de tête de makara, voisine sans doute de sa place primitive. Tous
ces débris, sauf le lion métope, ont été rangés sous l'entrée de
la tour centrale. Signalons encore une marche en écusson sans
décor.
En dehors du groupe se voient, plus ou moins éloignées, des
pièces qù'il est possible d'y rattacher.
C'est d'abord, sur le sentier qui mène à la route, un énorme
TOURS DE CHIÊN ItÀNG. '277
bloc inscrit, hrisé en trois morceaux. L'un d'entre eux fut trans-
porté par M. C. Paris à PhÔng L ~ et de là déposé au .Jardin de
Tourane sous le n° 1 05.
Du même côté de la route mandarine, à dix mètres d'elle à
peine, à moins de 300 mètres des tours, dans une rizière, se
dresse un gaja.çùJtha (fig. 55). La tête est nettement d'un éléphant,

Fig. 55. - Chièn Bàng.


Gnja'Ï1)lha. Hauteur, environ ° m. 80.

le corps complètement d'un lion trapu. L'unique transition consiste


dans la présence d'une crinière ornemanisée, sur la tête et entre les
oreilles stylisées. Tout le poitrail est orné de la même interpré-
tation de mèches sous un colliel' de grelots. Nulle trace de chaussée
n'est apparue dans la fouille, d'ailleurs très rapide, faite un soir
de Voyage en f 9° 4 , dans l'unique occasion où il nous fut donné de
Voir cette rizière à sec. Cette pièce curieuse a environ m. 8 de ° °
haUleuI', 0 m. 70 de longueur, ° m. l,o (le Im'genr, si noLI'e SO\)-
278 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

venir est exact; la tête seule a, du crâne au garrot, plus de la moitié


de la hauteur. La trompe qui, paratt-il, était dressée, est brisée
et s'est perdue depuis peu.
Plus loin sur la route et vers le S., à côté du pont de Qua My,
se trouve dans un pagodon une sculpture qui proviendrait de ces
tours, bien qu'une autre version recueillie par
MM. FillOt et de Lajonquière la donne comme
trouvée dans le fond d'une rivière. C'est une
figure de dieu, les mains écartées du COI'pS,
portant une haute coiffure; elle est vêtue d'un
sampot et monte un garu4a (fig. 56). Sa main
droite tient une sorte de hachette; sa main
gauclJe un attt'ibut difficile à déterminer eL
qui pourrait être un bouton de lotus sans
FiEr' 56 • .- Chi~n Bàng. queue. - Un fragment d'inscI'iption de
Divinité sur Garu\la. Khu'O'ng My gisait près du pont; il est entré
Hauteur, environ 0 m. 110. '
ail musée de l'Ecole sous le n° 1 12. - Enfill
de l'autre côté au N., près du pont de La Mac, une figure came,
abritée pal' un petit pagodon, est honorée d'un culte par les Anna-
mites. C'est probablement une des statues enfermées dans une
petite niche aux fausses portes. ElIe est d'ailleurs fruste et sans
grand intérêt. La figllre semble avoir porté une baute coiffure
actuellement cassée. Les cheveux retombent à droite et à gauche
du visage et l'encadrent. Les mains sont jointes devant la poi-
trine. La statue est vêtue d'llll sarong; elle est brisée au-dessouS
des hanches. Originaire de Chiên Bàng, ellc fut insLallée sous cet
abri il y a une dizaine d'années.
Inscription de' Chiên Dàng. - Roche port.ant une inscription de
2 m. 40 de lonlJueur et 0 m. 80 de hauteur. Elle a été brisée en trois ïrag-
u "
ments, dont deux sont l'estés sur place et le troisième a été transporte a
Phông L~, puis au dépôt de Tourane. L'inscription, en beaux caractères ~e
o m. 03 de hauleur, corps de la lettre, est en . èarn ct émane du roi Harl-
varman (fin du XI" siècle çaka), Voit' AnrOi'iIf:R, .Tourn. liS. , 1896, t. J, p. 1"6,
cl Bull. dl' fJé(lfJl", hisi. et llescl'., 1896, p. 93.
VESTIGES À XUÂN MY. 2ï9

'A A
VESTIGES A L9C SO'N DONG.

Près du chemin de Hà Lam, à Viçt An, à main droite en venant


de Hà Lam, à 100 mètres du chemin et a une heme de marche
de BÔng Du'o'ng, se trouve un emplacement de moyenne impor-
tance, tellement couvert d'arbres qu'on ne peut le distinguer nette-
ment. Il dépend du village de LQc So'n BÔng, canton de Viçt An,
phu de Thiing Binh. Au N. et plus proche du sentier, un pagodon
abrite une énorme jarre, d'apparence récente, bien que donnée
comme ayant plusieurs siècles; eHe est en terre blanche et haute
d'environ un mètre; elle n'a rien de spécial; cinq petites anses du
type habituel y sont réunies par une ligne ondulée; peut-être a-t-elle
remplacé une poterie plus ancienne, d'origine éame. La légende
veut qu'elle ait été trouvée en terre, à la limite de deux villages;
tandis que les habitants s'en disputaient la propriété, elle aurait
dansé et roulé, pom venil' se rendre près des gens de LQc So'n,
lorsque les deux partis, séparés, se seraient mis en prière en
attendant son choix. Les mandal'ins viennent lui demander la
pluie, en temps de sécheresse, et la vénération qu'on lui porte est
teHe que le pagodon qui l'abrite devait êtl'e (1902) bientÔt remplacé
par un édifice plus impol'tant.

VESTIGES À XU.tN MY.

Au milieu d'une plaine rocailleuse, à 2 kil. 500 des vestiges de


Phu'o'c Thành, et dans les terrains'du village de XutÎn My, canton
de Phu My, phtl de Thang Binh, sc voient, sur une surface à peu
près plane, de nombl'euses briques et un peLit linteau tailM pour
Une Ollvcrtme de 0 m. 55.
A quelques centaines de mèLt'cs est un (as de briques plus im-
. pOltant mais dépourvu d'intérêt ,car il est fOl'lné des briqll.es resti-
tuées par un village voisin, effrayé des venlfeanees que les espl'its
du lieu tiraient de ses dépl'édations. .
280 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.

VESTIGES À l'llu'6'c TIlÀNTI.

Ces traces d'un groupe peu important dépendent du village de


Phu'o'c Thành, canton de Phu My, phu de Thang Binh. Elles sont
marquées pal' une statuette de femme de 0 m. 20 à peine, assise
.levant un chevet au contour ondulé, posée au pied des bambous,
au bord du chemin à environ 20 mètres du ruisseau appelé NgQc
Khô et sur sa rive gauche. A 50 mètres à l'O. est le tertl'e d'une
tour. Une partie des parois intérieures enCOl'e visible montre que
l'édifice bien que tourné vel'S l'E. était assez mal orienté. Un tout
petit linteau avec mortaise de piédl'oit et crapaudines indique une
ouverture de 0 m. 52 seulement. Ce linteau pourrait, il est vrai,
venir d'un templion que révèle un autre tel'tre au N.

, A ,

VESTIGES A TIJAN DU'O'NG.

Ce sont les traces d'un groupe peu important que cache un


petit bois à 3 kilomètres environ à l'E. de la route mandal'ine, et
à mi-chemin entre le tr~m de Nam NgQc et le pont de. Qua My.
On y voit des débris de briques, des blocs de limonite. Le seul frag-
ment intéressant rencontré pal' nous est une partie de sta-
tuette de femme; il n'en reste que les reins et les jambes jus-
qu'aux pieds, qui sont brisés.

VESTIGES À XUÂN THOl.

A 700 mètres au S. de la tour principale de DÔng Du'o'ng, sc


trouvent les traces d'un sanctuaire qui faisait sans doute partie de
la même ville. On Y voit un grand nombre de briques et deux
pierres: l'une est une partie basse de piédestal, l'auh'e un morceau·
de linteau. Ce point dépen.l du village de Xut1n Thoi, eanton de
CI.t1u Btl'c, phù de Thang Binh.
GROUPE DE DONG DU'O'NG. 281

GROUPE DE 9Ô~G J)U'O'NG.

Le village de BÔng DU'o'ng présente un ensemble de ruines


important. C'est d'abord un vaste temple à enceintes concentriques
qui fera l'objet d'un chapitre spécial; il est accompagné d'une
longue chaussée et d'une enceinte quadrangulaire dont le rôle est
hypothétique. Une colonne de forme très spéciale, et qui est unique
à notre connaissance dans l'art cam, gît dans les rizières auprès de
cette chaussée. Bien que l'enceinte et 'la colonne soient dans les
terrains du village de Xuàn So'n, elles sel'ont décrites avec le
temple principal de BÔng Du'O'ng, dont on ne peut guère les séparer.
En plus du grand sanctuaire, qui contient une belle stèle,
existent, dans les teri'ains de BÔng Du'o'ng, deux autres groupes de
vestiges. L'un, qui semble présenter les traces de deux kalan, se
trou ve exactement au N. du sanctuaire principal; quelques maçon-
neries apparaissent encore à fleur de terre; les 'deux tours sont
rangées sur un axe E.-O.
L'autre est à 500 mètres environ des ruines principales et
presque exactement au N.; il est ainsi au N. E. du précédent. Il
se compose d'un tertre important, couvert d'arbres encore jeunes.
Tout à côté à l'E. un peu S. du tertre, se voit une belle stèle,
sur un socle simple. Il est à présumer qu'eHe est en place.
Au même groupe enfin doivent sc rapporter toute une série de
vestiges reconnus dans les villages d'alentour ct qui y sont décrits.
Xuân Thoi, Xuân So'n, Tân T1wnh, et peut-être, 'au moins comme
dépendances lointaines, Hoà Chi, Xuân Phu Nam ct Xuân Ph(.
Bông.
Cet ensemble paraa celui des temples d'une ville disparue,
Indrapura ,qui dut être à une certaine épOf{Ue (xc siècle) la capitale
du Campa (1).

(Il Fn.,oT, Inscriptiolls dlt QUlll/{f N1l1ll, RE.F.E.-O., t. IV, p. t t 2.


282 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
Inscription (Stèle 2 de B-Ônff Du'o'nEI)' - Stèle en grès; hauteur, 1 m. 3o;
° °
largeur, m. 69; épaisseur, JU. 42. Face A, côté E.: invocation et '7 liffnes
en sanskrit. B, côté O. : invocation et 151iffnes en sanskrit. C, côté N. : invo-
cation et 14 lignes en èam. D, côté S. : èam. Fondations d'une dame Haradevï,
princesse Po ku Iyan Çl'ï Râjaknla, veuve Pl'obable du roi précédent Indra-
val'man Il et tante du roi réffnant Jaya SiI]1havarman 1er , qui était SUl' le trône
en 820 çaka. (Cf. FINOT, Inscriptions dit Quàn{J Nam, B. E. F. E.-O., t. IV,
p. 105 et sui v.)
VESTIGES ET COLONNE À XUÂN SO'X.

A 1 kilomètre N. E. de la tour principale de BÔng Du'o'ng sc


voit un tertre assez fort; il recouvrirait, para1t-il, avec les restes
d'un monument, une stèle. Il est à 200 mètres environ au N. du
chemin qui mène à la route mandarine et dans un petit bois qui
le çache entièrement, derrière une pauvre pagode.
A 10 mètl'es au N. de la chaussée de BÔng DU'O'ng, une colonne
curieuse est culbutée; on en trouvera la description au chapitre
consacré à l'important sanctuaire de ce nom.
Ces deux point.s dépendent du village de xuan So'n, canton dc
Chau Btl>c, phu de Thang Binh.

VESTfGES À T.\N TIli).NH.

A l'E. 10° N. du monument de BÔng DU'O'Ilg, à 1,500 mètrcs


environ, se trouvent les restes d'un véritable monument qui COlU-
porte un tertre considérable et une enceinte rectangulaÏl'e assez
vaste. Ce point dépend duvillaae de Tân Tlwnh, canton de Phu
M~r Trunl{, phtl de Thang Binh.

VESTIGES À JJoÀ cm.

Traces d'une construction de bl'iques qui s'allonae vers l'E. et


semble Il'avoir comporté qu'un petit ensemble. La tour principale
est indif}uée par un tertre de 4 ou 5 mètl'es de hauteUl' que sut'~
monte un énorme jacquier presque réduit à son écot'ce.
LINGA DE HÀ LAM. 283

Ce point se trouve à 6. ou 5 kilomètres des ruines de BÔng


DU'o'ng au N. E. 10° N. Il dépend du village de Hoà Chi, canton
de Phu My Tnmg, phil de Thang Binh.

VESTIGES ,\ XU ,~N PHU N.U r.

Ce sont les traces, dépourvues de tout intél'êl, d'une tOUl'unique


qui s'élevait en plaine, à 300 mètres à l'E. de Xu11n Phu Trung.
Ce nouveau point dépend du village de XU1111 Phu Nam, canton de
xuao Phu Trllng, huy~n de Quê 80'11.

VF.sTlm;s À XUÂN PHU SÔNG.

Ce petit emplacement d'une seule tour, qui s'élevait en plaine,


oe présente plus aucun intérêt. Il dépend du village de Xuan Phu
SÔng, canton de Xu;1n Phu Trung, huy~n de Qllê 80'0.

VESTIGES ET LINGA INSCRIT DE. nÀ LA~r.

Ces traces d'un monument assez important occupent un petit


bois à 200 mètres à l'O. de la route mandarine et à 1 kilom. 500
environ du chemin qui s'en détache pOUl' conduire au phu de
Thang Binh; ce lieu dépend du village de Hà Lam, canton de Phu
My Trung, phil de Thang Hinh.
De cet ensemble, qui comportait an moins trois édifices, il ne
l'este que de ' maigl'es tas de briques inforil1es. Le lil'tCa semble
avoir été relevé à son ancienne place. Il consiste en une partie
carrée, tel'lllÏnée par une partie ovoïde, et s'incl'Uste daus une
cu velle à ablutions percée d'un trou; celle-ci porte une inscription
SUI' l'une de ses faces. Ce liilga est encore l'objet d'un culte, comme ·

déesse de l'agriculture. .
Inscription du linga de Hà Lam. -.L'inscription consiste cn une liune
de 0 m. 50 de lonu, en &anskrit : invocation à Çi\'a. '
28h DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

GROUPE DE Mi SO'N.

Le village de Ml So'n contient, outre la série d'édifices dits du


cirque de .Mi So'n, ruines d'une véritable ville sainte, les tt'aces de
cinq autI'es édifices cams, ensemble que complètent encore les
restes de six emplacements dans les t,ert'ains des villages de' An
Chanh, Phu Nhut\n, Tinh Yên, Th~nhMy,PhU L~c et ThuBÔn;
on peut même reconnaitre au village ' de An' Thirih les carrières
dont semblent avoir été extraits une partie des matériaux du
groupe principal.
Les autres emplacements cams dans le domaine du village de Mi
So'n sont, l'un sur le chemin qui conduit du village au cirque, avant
le g~lé, un autre à 1 kilomètre àl'O. dumême chemin, un troisième
. à 500 mètres au N. du lieu où ce chemin sortdu village pour gravir
la pl'emière pente, un quatrième à2 kilomètres vers le S. du point
précédent, le dernier un peu à gauche du chemin qui mène à Tlm
BÔn; celui-ci n'est qu'un tas de briques que les Annamites donnent
comme un tombeau cam et que je n'ai pu voir; les autres ne se
reconnaissent qu;aux débris de briques cames dont le sol est jonché.
Les vestiges qui dépendent du village de An Chanh se trouvent
à 800 mètres à l'O. de la maison commune de Mi So'n; ceux du
village de Phu Nhut\n sont à 500 mètres envil'on au N. de la cha-
pelle catholique, à 300 mètres du marché de Thu BÔn; ceux de
Phù L~c, traces informes d'un monument assez vaste, se trouvent
à 100 mètres du chemin de Thu BÔn à Trà Kiçu, sur un léger
mouvement de terrain et dans une maison particulière.
Les villages de Mi So'n, An Chanh, Phu Nhwin et Phu L~c font
partie du canton de M~u Hoà Trung et dépendent du ImytPn de
Duy Xuyên.
Les édifices du cirque de Mi So'n font l'objet d'un chapitre spé-
cial; les vestiges de Tinh Yên, rh~nh My, Thu B6n et les cal'l'ière!'
de An Chanh méritent une note )laJ,ticulière.
AN THINH. 285

VESTIGES À TiNII VIÎN.

Cet emplacement est situé sur une éminence de quelques mètres


reconnaissable à des fragments de briques cames, un morceau de
Nandin, la cuve à ablutions d'un linga qui faisait corps avec elle,
mais ,a été brisé, un linteau ouseuil et, devant la petite pngodc
très venérée et très crainte qui s'y élève, une dalle carrée à Centrc
orné de lotus. Aucune donnée pom l'orientation qui pouvait être
E. sans difficulté.
Ce point dépend du village de Tînh Yèn, appelé aussi An Hoà,
èallton de Phu My Trung, huyçn de Duy Xuyên.

GRAFFITI ET :.SCULI'TUIIES À TlL~NII Air.

Sur des roches à fleur d'eau de la l'ive droite du Sông nlU


BÔn, village de Th~nh My, canton de Phu My Trung, huyçn de
Duy Xuyên, serait une figure de
femme gravée, plus loin un élé-
d
~. ·tiJ
phant sculpté, au' moins une tête
d'éléphant. Je n'ai pu, vu la hauteur
des eaux, reconnaitre qu'une rosace
gl'avée sur une roche, eL, sur une Fig. ;'7' - Th~nh My.
. l '
pierre un peu p us avancce, nette- Graffiti.

ment marqués, le calera et le triçüla (fig. 57)' Il n'y aurait cn ce


point aucune inscription.

CAumÈUES CAMES ET INSClIll'TIONS À AN TIIINII.

Une colline allongée de l'E. à l'O. dans les terrains du village de


An Thinh, canton de An Lê, huy~n de Duy Xuyên, est couverte
de blocs de grès arrondis. On voit qu'un grand nombre en fment
débités sous forme parallélipipédique. Des faces entières de roches
286 DE LA POINTE SABOI AU CAP TOUHANE.

montrent les rectangles des entailles; d'autres sont préparées pour


être décollées et ne l'ont pas été.

Fig. 58. - Thu BÔn.


Sculptures. (Le dviirapiila a 1 ID. 22 de haul.)

Inscriptions de An Thinh. - Diverses pièces portent des mols gravrs


grossièrement qui se rapportent peut-être au travail de la carrière. L'une,
pierre ronde, à l'E. d'une énOl'nlC roche qui domine toutes celles de la partie
orientale, porte deux inscriptions importantes d'écriture peu soignée. Unau tre
bloc voisin, dont toute la surface a été débitée, porte un graffito de barque.

SCULI'TUIIIlS .\ TIIU n6N.

Le point où les inscriptions ont été trouvées est à peu près au


milieu des terrains occupés par le village de Thu BÔn, canton de
M~u Hoù Trung, huy~n de Duy Xuyên, à ~oo mètres environ du
fleuve et à gauche du sentier qui s'en éloigne. Sept figures trouvées
dans les champs voisins ont été déposées dans une haie d'où
M. Carpeaux les a extraites le 25 décembre 1903 (fin. 58). Ce sont:
A, n, C. Trois dVlÏ1'llpüla, le plus grand, de taille humaine, à
~
THU nON. 287
peine ébauché, la tête seule un peu poussée; il est dans la pose de
ceux de Khu'o'ng My au Jardin de Tourane. Les deux autres plus
petits sont fort intéressants, car ils présentent la singularité d'avoir
servi de porte-hampe. Ils tiennent en eO'et devant eux un large an-
neau de pierre évidée et une mortaise circulaire y correspond entre
leurs pieds. L'anneau est brisé et séparé de la statue, mais M. Car-
peaux a pu le raccorder et photogt'aphier ainsi la pièce complète.
Ces dvarapala ont les yeux c·ornus et la bouche "garnie de crocs; ils
sont vêtus du sampot à pan antérieur et postérieUl', et plis symé-
triques de l'un à l'autre. Ils portent diadème ct boucles d'oreilles.
D. Petite métope montrant une femme agenouillée tenant de
la main droite un bouton de lotus.
E. Tympan. Çiva dansant, le pied gauche sur Nandin agenouillé
sur des lotus, le pied droit derrière la tète du bœuf. JI a quatre
bras,deux antérieurs ont les mains appuyées SUl' les hanches, le
bout des doigts en haut; le bras droit postérieur tient un glaive (1),
le bras gauche un arc (1). Il est vêtu d'un sampot à grand pan
volant passant sous la jambe gauche. Il porte un collier, une
ceinture à pendeloques, des bracelets aux poignets. Le bœuf a
un colliC(' de grelots. La tête du dieu et le haut de la dalle ogivale
manquent.
F. Un autre tympan représente Vi~~u sur Garu(Ja. Le dieu
marche de cÔté vers la droite. Il a quatL'e br·as. De la paire alllé-
l'ieurc, le bms droit en bas tient un arc, le gauche,. relevé sur la
poitrine, un lotus à longue tige, ou mieux, un sceptre. Les bras
postérieUl's élèvent, le droit la conque, le gauche le disque. La
tète du dieu manque et son costume est indistinct. GaruçJ.a porte
mU/CUla et boucles d'oreilles; il a les paltes en attaque, les ailes
éployées. La dalle est entoUl'ée de rais de cœur cams.
o G. Buste de {fltrll(llt, antéfixe dont la tête est brisée; le bras
droit ct une partie de l'aile droite SOllt seuls visibles. Un collier
orne le cou.
Quelques autres blocs sont informes. Le monument avait son
288 DE LA POINTE SAllOI AU CAP TOURANE.
emplacement dans un champ en face; toutes les briques en ont été
extraites pour recharger la route de Faifo, pal'aît-il.

TOUll [)E CIIIM SO'N.

Cette tour dépend du village de · Chim . SO'II, canton de M~u


Hoà Trung, huy~n de Duy Xuyên; Elle s'élève en plaine au S.
de l'église de Trà Ki~u et est orientée" vers l'E. avec un écart de
20 degrés vers le N.

L'édifice fort ruiné est enfermé dans une vaste enceinte de


briques anciennes, mur de 0 m. 70 de large sur 2 ou 3 mètres
de haut environ et qui n'eu! d'ouverture qu'à l'E. Cette entrée a
disparu dans une reconstruction annamite. Peut-être la tour se dres-
sait-cHe sur une légère terrasse qui se continuait sans doute en avant
sous la pagode annamite actuelle. Au S. E., une excavation d'où l'on
a extrait des briques est peut-être la trace d'un édifice S. Au N.E.,
Ull abri en bois entouré de murs de briques cames rappelle la srille
<Intérieure de Pô Klami Garai et peut, comme eHe, avoir tenu le
rôle des salles à piliers.
L'intérieur manque de niches à luminaÏl·e. L'extérieur, orné de
fausses portes, présente des pilastres et entrepilastres . finement
sculptés dans le genre de :Mr So'n A. La végétation a ruiné et envahi
l'édifice de telle façon que rien n'y est discernable; aucun relevé n'en
est possible.
CITADELLE ET VESTIGES À T1Ù KI~U.

Il existe au village de Trà Ki~u, canton de Mau Hoà Tnmg, hUyÇll


de Duy Xuyên, les traces d'une citadelle dont les murs en briques ont
servi de carrière et ont par suite presque complètement disparu;
il ne subsiste guère qu'un remblai, tt'ace d'une des faces. La ville,
que les mUl'S enfermaient, fut peut-être au XIe siècle çaka une des
capitales du Campa, SiIphapura. (Cf. FINOT, CÙ'qllede Ali So'n, B.E.
F. E.-O., t. IV, p. 915.) Un temple s'élevait sur la colline de BU'1l
TllÀ Klt~U.

Chau, à l'intérieur de cette enceinte qu'il dominait; à quelque


deux cents mètres plus loin à l'E., sllr un terre-plein, se voyaieut
encore, il y a unc dizaine d'années, quelques pierres sculpt.ées. Ces
pièces, qui oruaient le sanctuaire de Eu'u Chan ou quelque autrc
édifice disparu, ont été transportées au Jardin de Tourane et con-
stitueront la padie la plus intéressante du futur musée èam; les

Fin· 59. - La région de 'frà Kiçu


dans le portulan publié par G. Dumoulicr.

dernières furent débitées pour former les marches de l'escalier


qui conduit par le côté O. à la chapelle chrétiellne, élevée à la
place de l'ancien sanct.uaire èam (il.
{Il La citadelle semble indiquée sur le pas douteux pOUl' nous que M. Dl1moll-
portulau annamite publié par G. Du- tier, qui ne connaissait cette région que
lIJoutier (cf. ,çupra, p. 200). Ce serait par ouï-dire, ne se soit trompé dans son
pour nous (fi,} 59 et 60) le rectangle attribution du n° 5. o. Il est difficile de
sans indication qui se voit sur la route, voir dans cette haute montagne, à l'in-
a~-dessus des montagnes marquées du térieur des terres, à l'O. de la route,
n 51 9 , dans le voisinage des deux aull'e cho~e qu'un des pics du fond de la
postes militaires n" 512 et 513. Il n'est vallée qui donnent une silhouette si ca-
!N~UI. - 1. l!)
l"t'1\"U:1I.1I: II'ATIO:'U.U: .
2UO DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOUHANE.
A Tl'à Kiçu même il ne subsiste à cette heure que deux échiifl'cs
de ·pierre, ornements du perron de l'église, une cuve à ablutions

-!"",:r ".

;;x
, 0 "

Fil:' Go. - Partie de la carle d'Annam, au '/750000' c'orrrspondanl il la lir;ure ri!).

sur la place qui la précède, et, dans le jardin de la Mission, lin


piédestal à emboîtement. Un fragment sculpté de piédestal a été

ractéristique à cette partie du paysage de séparés par la note Tiêu-Thâm , "profond,


Tourane, et sOn nom même, Nhuê So'n pen profond", que M. Dumoutier inter-
"la montagne pointue", indique claire- prète comme" partie découverte aux basses
ment qu'il s'agit du Ran Mèo "la dent eaux", mais qu'il l'apporte à notre srus
de chat.., l'un des sommets qui dominent à tort à l'iloL voisin du Col des Nuages.
le cirque rie Mi So'n. II ne peut en au- Cette note, qui ne correspondl'3it a\ljou~'­
cune façon être question, comme le croyait d'hui à rien sur toute cette côte, peul avOU'
M. Dumoutier, des Montagnes de morbre, eu tonte sa valeur, il y a l{uelqnes siècles,
simples roches qui n'atteignent pas 100 pour les Montagnes de marbre, si ]'011
mètres et qui sont. situées entre la mer et songe au marais salé qui n'a pas encore
la lagu ne, par suite fort à l'E. de toute achevé de se dessécher enlre les divers
route possible. Bien que cette pOl'lie du massifs de ces rochers. De toute façon , il
portulan soit très faible et ne permette n'y a pas lieu de discuter l'interprétatioll
aucune attribution précise, il srmble proposée autrefois que ce rectangle ell
beaucoup plus rationnel de chercher les plaine représente le groupe de Mi 50'"'
Montagnes de marbre dans l'indication, enfermé pal' lin cercle de montagnes
très correcte alors comme forme et comme et de collines où nulle roule ne pen t
nombl'e, marquée du n' 523 ·, rochers passel'.
TRA Klt~U. 291

trouvé par nous dans le sol du chemin qui mène du port à l'église,
à l'embranchement qui conduit obliquement. au perron de la
chapelle; il a été déterré et dressé pal' nos soins sur le Lord de
la roule.
Une pierre à double volute serl aussi de marche dans un esca-
lier grossier, qui va du chemin à la rivière, près de l'embrail-
-chement du sentier qui passe devant la colline.
Différents blocs un peu ornés se voient encore dans l'emmar-
chement de la chapelle. En outre un Nandin, défiguré par les
Annamites, est à un angle du chemin qui mène de Trà Kiçu à
Thu Blm, et une pièce d'accent à tête de makllra faisait partie d'un
puits à la sortie du village; nous l'avons fait ranger dans une
maison voisine.
Des indications de M. C. Paris dans ses notes, de celles de
M. Lemire (Aux anciens monuments des Kiams, Tour du monde,
n° du :2 5 décembre 18 9lt, p. ltO'2, col. 1 et '2) et des rensei:'
gnements reçus de lui verbalement, des dires recueillis sur place
par nous de la Louche des coulies qui ont effectué le transport, il
résulte qu'il se tt'ouvait en ce point: des animaux (( sphinx (ou plu-
tôt makara) , lions et éléphants ~; ce sont très probablement les
pièces de ce genre déposées au Jardin de Tourane; - un Nandin, le
n° 2'2 du Jardin de Tourane; - un bloc qui (( représente des théo-
ries de bayadères ~ , n° '2 1; - un autre, (( un cortège royal, com-
posé d'un personnage à cheval, d'un autre assis, avec une suite de
guerriers et de femmes; les angles soutenus par des sphinx (kr/ils) ~,
en réalité des lions, n° lt '2 ; - (( une grande figured'Uma, de 1 m. 30
de haut 11, en réalité Lak~mï, n° lt 3 (( transportée à Tourane, ainsi
que deux socles ronds en grès fin, de 1 m. 30 de diamètre, sculptés
avec arb, nOS 19 et:2 3; - (( un médaillon ogival ~, où l'Ir on voit
Vichnou couronné et dansant tenant une fleur de lotus ~, le Çiva
n° 27 de Tourane; - ((Siva entouré de 13 serpents nâgas~, trans-
porté à Tourane et ensuite au musée de l'École sous le n° S '2:3; - -
des (( sphinx debout ~, d'autres Ir lions ~ encore, (( des linteaux à filets
19,
292 DE LA l'OINTE SAIIOI AU CAP TOUfiANE.
grecs", au Jardin de Tourane, rr ou au feuillage entrelacé", saus
doute le grand piédroit à contI'e-courbes qui, du Jardin de Tou-
rane, passa au musée de l'École sous le n° S ~ 6 ; - ct des femmes en
pierre", au musée de la Société des études indochinoises; - ct nn
grand linteau composé de neuf femmes SUI' des socles flanqués
chacun d'un animal difTérentn, au même m usée. Enfin le grand
tympan de Çiva, S 24 du musée de l'École, qui n'est pas mentionné .
ici, nous a .été indiqué par M. Paris comme étant de provenance
identique. En revanche, des ct charmeurs de serpents, agitant d'une
main une banderole et de l'autre un serpenh, au musée de la So-
ciété des études indochinoises, signalés dans cet article comme de
Trà Ki~u, nous ont été indiqués depuis par M. Ch. Lemire comme
provenant en réalité de Khu'o'ug My; leur forme et certains détails
de décor analogues à ceux des dviirapâla de ce dernier point per-
mettent en effet d'y voir les ct statues plus petites, caractérisées les
unes et les autres par d'énormes oreilles (I)" qu'il vit à Khu'o'lIff
My et que, dit-il dans un rapport postérieur, ct M. Charles Lemire,
résident de la provincc, a fait transporter depuis au Jardin de Tou-
rane". Ces figures, -qui ont en efTet disparu de KhU'o'ng My, et ne
se retrouveill plus au Jardin de Tourane, firent partie d'un envoi
au musée de la Société des études indochinoises où nous les avons
inventoriées.
Nous décrirons ici les pièces dont l'origine est ainsi établie, lais-
sant celles dont la provenance n'est pas absolument sûre à la des-
cl'iption du dépôt de Tourane: d'après M. Lemire en efTet, un grand
nombre des animaux ou des monstres qui furent déposés daus ce
jardin, proviennent de Trà Kiçu, mais aucun document écrit, ne
pCI'met d'être sur ce point absolument affirmatif.
A. Les quatre fragments inscrits sous les nOS 19, 2 1, ~ 3 ct [1 'J
firent, de toute évidence, partie d\m même ensembk Les dimen-
sions des deux pièces 2 1 et 42 correspondent aussi exactement que

(1) Anthropologie, mars-avrilt8g\l, Lcs ",tilles ljal/lcs dc laprovince de Qlla/lgN(/I/I·


,
293
les détails (Il. Elles portent de plus un léger creux circulaire dont
le diamètre est celui des pièces 19 et 23. Cette dernièl'e est munie
d'un bec et de la rigole ordinaire des cuves à ablutions. Nous sommes
donc en présence d'un piédestal de linga sans doute, qui par mer-
veille, malgré le transport de ces divers éléments en des temps diffé-
rents, est resté presque complet; seuls manquent le tambour inter-
médiaire que les exemples de piédestaux circulaires trouvés à
Mi So'n permettent sans peine de reconsLituer, et la divinité même.
Nous réunissons les deux morceaux 21 et 42 afin de rétablir
les files de personnages qui, dans la position actuelle, ont leur
ol'dre renversé.
Entre deux fins profils qu'unissent aux angles des lions dl'essés,
se déroule une suite de figures qui, sur trois faces au moins, re-
tracent, croyons-nous, les différentes phases d'une légende; nous
laissons à d'autres le soin de la déchiffrer, nous contentant d'en
décrire les scènes. La quatrième face parait indépendante ou ne
se rattache que par un lien ténu: c'est la face donnée au Jardin
comme principale, peut-être alors en réalité postérieure. En l'ab-
sence de toute indication qui nous guide, nous contournerons l'en-
semble rétabli en partant d'une des extrémités de ce panneau.
Les attitudes de ces figures très petites (une quinzaine de centi-
mètres) sont assez difficiles à distinguer; notre interprétation donnée
sous une (oJ'[lle précise pour éviter des modes dubitatifs répétés,
n'a qu'une valeur hypothétique; enfin toute figure dont la pose
n'est pas indiquée doit être supposée debout (fig. 61 à 64).
A. 1. Homme hanché à gauche, la main gauche appuyée SI\1'
la hanche, le bras droit pendant; il écoute le suivant.
, 2. Celui-ci, les deux pieds réunis (une jambe est bl'isée), lève
lavant-bras gauche en l'ail', le coude au corps; sur le bras droit il
, (1) Une de ces pièces a été évidée gros- considérable. Ces pièces, dont le l'apport
Sl~l'~ment au-dessous; ce tL'avai! qui n'était pas soupçonné, ont été amenées
n eXIste pas sur l'autre bloc avait été à deux époques dilfél'entes et le même
~'écuté lors du transport au Jardin de travail d'allègement n'aura pns été exé-
ouranf', pOUl' en diminuer' le poids rllté allx ~lellx voyages.
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l'if:. 63. - Trà Ki ~u. - Piédestal, fa ce C. Echelle: 10 centimètres par mètre.

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:I UUt !4û" I\.i, , \I ~ l tl . ~" !',,,l'IIÔ''!' 111 ' tl ' IIi'l/ ' lll\ jll jl\II!!111 l'II;\III ' V~IU!'h~ 1t!
;~u~i~,~.lj!!;I'i\):it~n1t\ ·ffil;lt:~'iMN;II~"f'/l;iM~i 'i!IJ:':' :'i,\;;I;:; I,iil;I:;;f!!\!;~l\~I'.~I~;, ,~·:·,,~J~:r'\"'
,,~~ , r,· I· =-! ::I'~, ,', ;,, r'i', r, 1WlU'i 1 1I"!~ 1 \11I:flj , l" ' l" " II 1 1 ~\rJ~lt , ltft lll ::,: ",:",1 T,\r
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Firr. 64. - Trà Kiçu. - Piédestal, face D. Échelle: 10 centimètres par mètre.
296 DE LA POINTE SABOl AU CAP TOURANE.

tient un éventail de plumes. La simplicité de ses bijoux ferait cI'oire


que c'est un serviteur, et son attitude qu'il rappol'te un fait, ou
cherche à insinuer un désir à son maib'e.
A côté, deux pel'sonnages ou t.rois constituent une autl'e scène,
3 avec le costume de 1, mais un seul bracelet, a la même pose.
4 élève un arc de la main gauche; le bl'as droit relevé a l~ché
la flèche.
5 tient de la main droite un chasse-mouches qui retombe der-
rière son dos; la main gauche soutient la droite.
6, 7, 8, 9 et 1. o. Ces figures porLent un objet long, peu t-être
l'arc. G, 7 et 8 paraissent des figures d'hommes; 9 est une femme;
10 est bl'isé aujourd'hui. Ils vont dans le sens inverse de la des-
cription.
Si nous prenons la suite de celte composition sur l'autre pièce,
le bloc 42, nous rencontrons d'abord le bout du sampot du person-
nage 10 et l'extrémité de l'objet potté. Puis nous trouvons la
figure 1 1 de côté, les pieds joints, les deux mains relevées dans
un geste de prière.
12 en, marche, le bras gauche replié, la main en l'aÎl', indique

quelque chose dans le sens inverse de la descI'iption.


13 et 14. Ces deux figUl'es à peine vêtues sont, si l'on en juge
par la coiffure, de sexe différent; leurs mains sont réunies sur la
poit.rine dans un geste de soumission. Leur absence de costume
peut les fail'e prendre pour des esclaves ou des sauvages.
t 5 et t 6. li'igures volantes, les mains relevées en avant sur la

poitrine, la jambe dl'oite ployée en bas, la jambe gauche repliée


en l'air. La dernière au moins tient un bouton de lolus. Volent dans
le sens inverse de la description.
B. Ici la composition change de sens ct la descl'iption la suit.
Les personnaGes de cette face, au nombre de 16, sont en pm'tie
brouillés par un lichen blanc.
1, 2, 3 . Les trois premiel's, servantes ou suivants, hanchés à

gauche, coiffés de forts chiunons, ont la main droite ft la hauteur


TRÀ KIBu. 297

de l'épau!e et tiennent trois objets allongés, éventail fermé (?) ct


chasse-mouches pour les deux derniers.
6 a les mains jointes sur la poitrine.
5 analogue à 1, 3 de la face A, est assis sur un siège, la main
appuyée sur la hanche gauche; la main dl'oite pend sur la jambe
qui se relève.
6, 7 portent des présents sudeur tête.
8 tient des deux mains un coffret (?) sur sa poitrine.
g. Un second groupe se dirige vers l'autre angle; il comprend
d'abord unè neuvième figure; de son bras droit, soutenu en l'air
dans le creux de sa main gauche, il montre quelque chose.
10 donne un ordre; il a la main gauche sur la hanche, le

hras d,'oit pend; la main énorme redressée joint le pouce et


l'index.
Il,12,13 et 14 suivent le cavalier 15; 11 et 12 ont la main
droite sur la cuisse et portent de la main gauche: Il, un chasse-
mouches; 12 , un cimeterre (?); 13, de la droite, une massue; 14, de
la gauche, un ohjet qu'il supporte de la dl'oite; 1 fi est à cheval, le
bl'as droit aux oreilles du cheval, la main gauche pend sur la cuisse;
16 a le bras droit pendant; la main gauche relevée près de l'oreille
du cheval indique la direction au cavalier.
C. Cette face, dont le sens est inverse de la descl'iption, com-
prend en deux pièces 1 8 figures : .
1 à l'écal't ct découragé est penché à gauche, la main {{1HlChe

sur Je ventre, la droite pendante. Il est richement hahillé.


2 et 3 dans la même attitude, mais tournés vers la dl'oite, ne se
distinguent de 1 que par la coiffure sans diadème.
6 (tête tomhée), dans une pose analogue, mais la main sur la
hanche gauche, sc penche vers une femme assise.
5. Celle-ci vue de dos, a les mains jointes ou attachées snr la
poitrine; elle écoute ft ou lui parle.
6 a un bras relevé SUI' la poitl'Îne, l'antre en l'air dans l'attitude
de la III éd ila tion.
298 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
7. Le même personnage (?), dans la pose des t~ois premiers,
converse avec 8.
8. Celui-ci vêtu comme lui, à la réserve du diadème semblable
à celui de 1 de cette face, a la main gauche l'elevée sur l'estomac;
la droite ramenée sur la poitrine, la paume en dehors, les quatt'e
doigts passés dans un bracelet qui pourrait être un insigne de
commandement.
9 (tHe brisée) a la pose de 7.
10 est penché en avant, la main gau~he sUl'la hanche, la droite
pendante. .
1 1. Femme prosternée, les mains à terre; elle a les seins pro-

éminents; ses bras sont courbés en dehors dans la position disgra-


cieuse des danseuses cambodgiennes.
Au-dessus d'elle, un petit décor occupe le vide que sa pose laisse
dans l'ensemble.
12. Cette figure est dans une attitude cIe prièl'e : inclinée en

avant., les mains jointes, elle implore de même 10 (?).


13. Femme debout donLles seins et. la main gauche sont brisés.
Cette main était appuyée SUl' la hanche; le b,'as droit pend.
14 semble pareil à 1. Il est un peu penché en avant, la main droite
sUl'la cuisse, la gauche appuyée surun bâton recourbé en crosse simple
ou double, épée ou sceptre de commandement (?). Il semble écou-
ter le rapport d'un individu presque nu analogue à 13 et 16 de A.
15, le bras gauche allongé verticalement, la main ouverte, les
doigts fermés; tient des deux doigts un petit objet dans la paume;
l'autre bras ramené sur la poitrine porte le manche d'un éven-
tail (1) brisé.
16 a Ulle main SUI' la poitrine, l'autre repliée sur le ventre.
.. 17 laisse tomber le bras droit dans une attitude de démonstra-
tion, la main gauche ramenée sur la poitrine.
18. Le dernier personnage, la t~tetournée dans Talltl'e sens, a
le bras gauche ramrné sur la poitrine, le hras dl'oit étendu, dans
un geste semblable ail précédent.
TRÀ KIBu. 299
D. La dernière face porte onze danseuses, les jambes à demi
ployées, les mains dans des positions maniérées; eUes -sont vêtues
d'un riche sampot et couvertes de bijoux. L'ensemble en est réel-
lement joli comme mouvement, comme variété d'attitudes et comme
balancement général de motif.

Fig. 65. - Trà Ki~u .

Nandin . (Jardin de Tourane, n' 22.)

Les deux éléments cil'culaires 19 et 23 sont décOl'és d'éMgantes


feuilles de lotus.
B. Le Nandin (fig. 65) signalé par MM. Lemire et Paris esl,
inscrit au dépôt de Tourane sous le n° 22. Il est d'une exé-
cution assez médiocre, dans la pose ordinaire, avec le collier de
grelots traditionnel très finement exécuté. En outre l'animal pOl'Le
Hne espèce de couronne faite d'une tresse qui enferme la base
des cornes, et supporle en avant ct en arrière de gmcieuses pen-
deloques.
C. La figure de Lak~mï (n° 63 du dépôt de Tourane) est munie
300 DE LA POINTE SAHOT AU CAP TOURANE.

d'un fod tenon derrière; cHe ne se détache pas d'un fond de pierre
continu mais d'une auréole allongée. Si donc, comme il parait pro-
bable, c'est une figure de tympan, elle devait êtl'e en partie en-
castrée dans les rangs de briques. La déesse est assise à l'indienne;
les bras étendus sur les cuisses tiennent des boutons de lotus à
longue tige. Les seins sont volumineux. La tête fort simple et d'un
assez heureux caractère est coiffée d'un mu/cu!a conique à étages
orné à la base d'un raug saillant de feuilles lancéolées. Le vêtement
consiste en un sarong peu indiqué; les bijoux sont de longues
boucles pendant des oreilles, un collier à deux rangs, le deuxième
formé de larges pendeloques en fleurons, une ceinture sous les seins
avec grande plaque fleuronnée, de doubles bracelets aux avant-bras,
d'autres bl'acelets larges et omés de fleurons aux bras.
D. Le tympan décoré d'une figure de Çiva (n° 9. 7 du dépôt de
Tourane) est une pièce de sculptme, en partie brisée, mais d'une
certaine valeur artistique. Sur le sol omé de lotus, le dieu est
debout entre deux petits assistants. Il est posé sur la jambe gauche,
la jambe droite soulevée. Derrière la tête se voit une sorte d'auréole
Jongue. Le dieu a quatre bras: )e bras gauche principal, à moitié
relevé, tient en l'air un bouton de lotus à tige ondulée; le bras
droit a la main presque ramenée sur la hanche; il devait tenir le
même attribut, si l'on en juge par l'arrachement de la sculptme,
encore perceptible sous une mauvaise restamation; le bras gauche
postérieur, qui sc dégage an-dessous du bras antérieur, semble
serrel' dans la main une petite fiole dont il verserait le contenu; le
bras droit, qui se dégage au-dessus du bras antérieur, paraît avoir
(Iuatre doigts passés dans un disque et refermés sur lui; ce disque
fut peut-être à trois pointes. Sauf pour le premier attribut, l'in-
t.erprétation n'est que Pl'obable.
Le dieu est coiffé du 1nUhll!a à trois étages, les deux premiers
ornés de feuilles lancéolées. Il porte un sampot à deux pans. Les bouts
de deux écharpes posent sur les cuisses ct nottent en arrière à
gauche. Le torse semble vêtu d'un maillol. Les pieds sont peut-
TRA KI t: U. 301
être protégés par une espèce de semelle fixée pal' une bande
ornée de perles.
Comme bijoux, le dieu a, aux ol'eilles, les filets dliJobe tout
garni d'anneaux, et un grand collier à plusieurs /'Ullgs de décon;
fixé SUI' les épaules par deux plaques ciselées. Il possède eu outre
bracelets simples à grand fleuron aux bras, bracelets de perles
doubles aux avant-bras. Sur le pan intérieur du sampot passe une
sorte de ceinture lâche; il en descend, d'une bande oruée, une
série de rangs de perles et de pendeloques analogues à ceux qu'on
retrouve dans les frises à guirlandes pendantes.
Des deux suivants, dont il ne reste que les pieds, ou peut
supposer seulement qu'ils dansaient. Le tout porte de mauvaises
restaurations anllamitefl.
E. C'est encore un tympan qui montre la représentation de
Lak$mï entre les têtes de niiga (École, S 23). Là déesse est assise il
l'indienne sur le nii[Ja dont le corps forme des replis verticaux et
dont les têtes à crâne pointu, d'un caractère très médiocre, n'ont
l'ieu du beau motif cambodgien. L'idole a quatre bras, les inférieurs
allongés sur les cuisses et les supérieurs relevés près des épaules.
Le bras droit inférieur porte une massue verticale, le bras gauche
a la main fermée, l'index étendu. Le bras droit postérieur tient le
disque à trois pointes, le bras gauche correspondant, la conque
dans la paume, l'index allongé.
La déesse est vêtue d'un sarong qui se retrousse en un pli il
peine ondulé pl'ès des chevilles; le torse nu montre le nombril.
La tête est coiffée d'un haut mU/CIlla conique, avec pointes rayon-
nantes ornées à la base ct non jointives. Double collier auquel
se rattachent des sortes d'aiguillettes qui viennent rejoindre la
ceinture de taille,' le lout en cordons de perles; la ceinture est
décorée au milieu d'un fleuron triangulaire. Les bras portent
bracelets près des aisselles et pl'ès des poignets; ceux d'en haut
ont une large plaque fleuronnée. On voit aux oreilles un an-
neau et un objet allongé qui pose sur les épaules, tandis qu'un
302 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
hizarre pendant relevé est attaché près du déhut de la fente
ùu lohe.
F. Bien que son attribution soiL plus hypothétique, nous dou-
11er0I1S encore ici la description du tympan S 2 b de l'École. CeLLe
figure, très fruste malheureusement, est posée dans un mouve-
ment de marche rapide, et Je corps, penché en avant et tordu
sur lui-même, montre les fesses et la poitrine. Le dieu a au moins
vingt-huit bras, six sont dégagés de l'auréole formée par les autres;
les deux principaux tiennent une lance croisée; deux sont relevés
au-dessus des épaules, le droit parait tenir un houton de lotus à
. longue queue; deux sont ramenés sur la poitrine sous les hras por-
teurs de lance; celui de droite tient une houle (1); celui de gauche
un lazzo ou une f['onde, si ce n'est un serpent.
Les bras qui forment l'auréole portent, en partant du has et ell
prenant chaque paire à la suite:
1. Droit, un objet pendu par une anse; gauche, une sorte de
vase pendu de même.
2. Dr. (?); G., une sorte d'aumônière pendue de même.

3. Dr., une ilèche la pointe euhas; g., une sorle de petite


corne (1) .
. b. Dr., rien(?);g., un arc.
5. Dr., une coupe; g., une sonnette qu'il aGite en l'air, une
lIeur (?).
6. Dr., un hdtonnet(?); g., un croc à éléphant.
7. Dr., un disque évidé; g., une pique.
8. Dr. (1); g. (1).
9. Dr., le dais du dieu.
10. Dr., un chapelet, un lazzo (?).
1 1. Dl'. et g. semblent unis sur la tête par ie hout des dOIgts.

9 et Iode droite manquent; il est difficile de distinguer dans


les paires 7 et 8 quels sont les hras qui tiennent les objets indi-
qués. 9 de gauche devait supporter, comme 9 de droite, l'espèce de
handerole qui forme dais au dieu; c'est une Guirlande qui se re-
TnA KI(:U. 303

trousse en apsaras et est traitée comme un corps cl e serpent, peut-


être une l1iigi; elle est couronnée par un fleuron à plusieurs rangs
de feuilles qui termine la composition en haut, tandis qu'un 1Ullt-
din la termine en bas; ce qu'on voit de celui-ci est ordinaire. Fai-
sant pendant à la tHe du nandin est un fleuron ëam de remplis-
sage. Le dieu était vêtu d'un sampot sans pan postérieur. La tHe,
disparue, était coiffée d'une ha~te mitre. Les oreilles portent des
pendants obliquement relevés. On voit à l'épaule gauche une
espèce de rondache fixée près de l'aisselle. Tous les bras ont des
bracelets au poignet.
G. Le curieux piédroit porté au catalogue de l'École sous le
n° S 26 est une pièce à peu près unique. Il est entièrement cou vert
de rinceaux délicats dans lesquels se jouent de petits personnages.
Les ct figures de femmes en piene" ont été déposées au musée
de la Société des études indochinoises.
H. Divinité assise; grès lin gris, 0 m. 35Xo m. 35xom.37.
Cette élégante petite statue, dont la tête fait malheureusement
ùéfaut, comme pour toutes les aub'es de cette origine, est assise à
l'indienne sur un piédestal à fins .profils symétriques, orné, au
devant, d'un éléphant agenouillé d'une pose très naturelle. La
figul'e se détache devant une dalle profilée, sur le haut de laquelle
se voit un nimbe circulaire~ Les mains sont étendues sur les ge-
BOUX, la gauche posée dessus, la droite renversée avec, dans la
paume, un attribut mal indiqué, peut-être un vajra ou un simple
Ileuron. Le costume consiste en un sampot simple.
1. Divinité assise. C'est le pendant de H; même matière etmèmes
dimensions, même pose. La main droite tient un attribut incom-
préhensible; le cou, brisé aujourd'hui, portait un petit collier.
Devant le piédestal l'être attribut change; c'est ici une Apsaras
volante, passant à droite, les bras étendus, la jambe dl'oite repliée
SUI' la gauche relevée en l'ail'.

J. Divinité assise; grès bleuté, 0 m. 45 X 0 m. 45xo m. 53.


Figure assise à l'inùienne, le corps redressé, posée sur un piédestal
3011 DE LA POINTE SAHOI AU CAP 'l'OUUANE.
à lotus et adossée à une dalle ornée. C'est une divinité (fig. 66)
masculine si l'on s'en rappol'te à l'indication, que semble donner
la tèLe, d'une fine barhiche brisée, en contradiction avec celle des
seins, qui~ semblent d'une femme. Les bras devaient être uniques;
ils sont en grande partie rompus. Le corps est vêtu du sampot; un

. )l'A~'1''NT/Et_
Fig. 66. - Trà Kiçu.
Figure assise. Hauleur, 0 ill. 53. (Musée de la Sociélé des éludes indochinoises.)

cordon brahmanique traverse la poitrine; il porte un gland à la


hauteur des seins. Pour hijoux, on trouve un grand collier de
perles en cordon, des bracelets de même avec plaque ornée aux
bras et aux chevilles; les poignets manquent.
Bien que nous n'ayons pas de données certaines sur l'origine de
cette statue, son faire et sa parenté de caractère avec les fragments
Il, 1 et K nons permettent, sans grande chance d'erreur, de lui
attribue.' l'orirrine
u Trà Kiêu.
.
K. Enfin le beau groupe K, malheureusement mutilé, est un haut
305
relief de neuf divinités, en grès gris, 0 m. 35 X 1 m. G8 x o m.llO.
Nous les numérotons en partant de leur droite (fig. 67)'
Ces figures sont assises à l'indienne sur des piédestaux décOl'és
en avant de leur viihana, sauf pour 2 où il fait déraut. Toutes les
têtes sont brisées; elles se détachaient en avant d'auréoles simples
ou doubles, en partie conservées, sauf aux figures extrêmes. La
première et la deu xième avaient le grand chignon rond de cÔté, à
gauche; les autres paraissent avoir porté la coiffure ordinaire. Elles
sont vêtues du sampot et leut' torse, l'esté nu, indique il peine lem'
sexe par la forme des seins. Toutes portent des bijoux : des boucles
d'oreilles, reconnaissables seulement sur 2, 3, ft , 5, 6 (?); un col-
lier rendant, simple sur la plupart, double ou triple sur 3, double
sur 6, indiscernable sur 8 et 9; une ceinture à plaque fleuronnée
entre les seins et qui parait plutôt ici un attribut féminin manque
SUl' 5, 7, 8 et 9, et existe sur les autres, en particulier sur lt, que

son vühana semblerait cependant caractériser en Brahma; des bra-


celets à fleuron aux bras font défaut à 1 et 8, et sont indiscemables
SUI' 9; 2 a des bracelets aux avant-bras; les poignets de 1 et 5 brisés

n'indiquent rien en ce sens; 7 et 8 ont des bracelets aux chevilles;


un pan de sampot qui revient en avant des pieds les cache sur 6.
Voici quels SOllt les attributs:
1. Le piédestal est un char tl'a1né l'al' sept chevaux. Chaque

main lenait des objets filiformes, peut-ê tl'e des tiges de lotus.
2. Piédestal moului'é, mais nu; les mains tiennent dans les

poings fermés des sortes de marguerites à courte tige.


3. ValUtlllt: un chat ou plutôt une mangouste; attributs : la
main gauche est posée sur les genoux, la droite tenait un bouton
de lotus entre le pouce et l'index.
6. Une oie, les ailes éployées. La main ·gauche tient eHtre le
pouce et l'index un objet qui repose Slll' le pied ('?); la droite, un
objet plus indistinct encore.
5. Un éléphant agenouillé.
6. Un cheval (?). La main gauche a le pouce et l'index joints,
ANNAM. - 1. 20
I!III' IU " U IIJ: l'ATlO:Ul!
DIÊM SO'N. 307

les doigts étendus, la main posée sur les genoux, le pouce en des-
sous. La droite tient un objet filiforme dont la longue queue pend
SUl' le genou; c'est probablement un bouton de lotus.

7. Un chien ou un tigre; la main gauche comme celle de la


figure b; la droite tient dans la paume un objet allongé.
S. Un bœuf. La main gauche est en pal,tie brisée; la droite tient
un objet filiforme qui retombe sur la cuisse.
9. Devant le piédestal, un lion ou un gafasÙJIha ; entre les fi-
gures S et 9, au niveau des épaules, se voit un décor en spirale.
L. De Trà Ki~u provient aussi, d'après M. Ch. Lemire, un fragment
intéressant de frise à guirlandes pendantes déposé au musée de la
Société des études indochinoises à Saïgon (grès gris, 0 m. 25 X
o m. S 5 X 0 m. b0). Les guirlandes sortent de têtes de monstres aux
yeux cornus. Des animaux sont enfermés dans l'espace que circon-
scrivent les guirlandes. Celui du centre, seul reconnaissable, est
... un gaiasùplw; il n'a presque pas de trompe et sa queue se transforme
en fleuron.
, • A
VESTIGES A l'HU TIIU,)N.

Ce terrain, qui présente des tracesfort nettes d'un vaste monument


cam, se trouve un peu au-dessus des champs, de l'autre côté de la
rivière, à 300 mètres en face du marché de Thu BÔn et dépend du
village de Phu Thu~n, canton de Quang D<.li, huy~n de Quê So'n.
On y rencontre diverses pierres taillées, parties de piédestal, cuve
à ablutions percée d'un trou un peu en amande avec saillie tout au-
tour, et dalle d'arête épaisse. Un seuil cam se voit dans le paravent
d'une des pagodes qui se trouvent sur ce point.

VESTIGES .~ DIÊ~I SO'N ET nOCHE INSCIIITE DE nON CUC.

La chaille de collines qui ferme le cirque de Mi SO'Il à l'O. est


précédée d'une chaîne parallèle; eHe vient mourir près de la ri-
vière, sur les terrains du village de Diêm So'n, canton de :Sông
20.
308 DE LA POINTE SAllOI AU CAP TOUHANE.

Yên, huy~n de Duy Xuyên. Un banc de roche la prolonge jusque


dans les eaux; quelques mètres plus loin à l'E., un grand plan
oblique qui forme la berge et fait face au N. porte une inscription,
qui ne paraît pas rigoureusement horizontale: c'est la roche iu-
scrite de Hôn Cuc; elle est recouverte aux hautes eaux.
A 100 mètres à l'E., un mamelon qui se rattache aux collines
voisines porte de nombreux fragments de briques éames. L'édifice,
temple ou fortin dont rien ne peut être reconnu, dominait la roule
actuelle à quelques mètres de distance , la rivière à une quinzaine.
Inscription de Hon Cuc. - L'inscription, d'une ligne et demie en carac-
tères de 0 m. 11 profondément gravés, présente une longueur de 2 m.lo.
C'est une invocation faite à Çiva par le roi nhadmval'man au IV" siècle çaka.
(Cr. FINOT, Deux nouvelles illscriptions de Blwdravarlllan J", B. E. F. E.-O., t. II,
p. 186 et 187')

STÈLE IlE BÀN LANII.

A l'E. des maisons du village de Bàn Lânh, callton de Ba


Hoà, huy~n de Duy Xuyên, une stèle, en très bon état, était ren-
versée sous une haie de bambous; elle a dû servil' de borne, cal'
elle porte sur la tranche supérieure trois caractères chinois. Aucun
débris ni tertre ne se voit dans tous les e~virons; il semble par
suite probable qu'eHe ait été transportée d'un point, malheureuse-
ment incoÎll1u, en ce lieu. Les emplacements les plus voisins cL
d'où le transport est le plus facile par eau sont, je crois, les traces
d'édifice peu éloignées de la roche de Hôn Cuc, et surtout le point
important de Trà Ki~u. Nous avons fait dt~gageJ" et relever celte
stèle devant une pagode voisine.
Inscription. - La stèle a pOUl' dimensions : ha uteur, 1 m. 50; la r{fcu J',
o Ill. 70 et 0 m. 60; épaisseur 0 m. 24. La grande face A porte l'invocation et
15 lignes, sanskrit et éam; la {frande face n, 18 lignes, de même; la petite
face , 11 lignes en éam.
C'est une charte de protection et d'imllluni té accol'dée sansdoute en 820 ç.
par le roi Sirphavarman à deux temples d'Ïçvara qui paraissent désignés assez
curieusement par leur rapport d'.îge, le ~ vieu"",, et le ~ moyen". (Cf. FINOT,
JIISCl'ipliollSdu QU/U/{J Nam,B.E.F.E.-O.,t. IV, p. 99 etsuiv.)
L~C TIIÀNH. 309

SCULPTURES TROUVÉES .\ LA RÉSIDENCE DE FAIFO.

Deux pièces trouvées sous les arbres du parc de la Résidence, à


Faifo, nous ont été signalées en ce point par M. Moulié, alors rési-
dent au Quâng Nam. Elles n'indiquent sans doute pas un ancien
emplacement, car elles ont été remployées par les Annamites,
comme bases enterrées de colonnes; on voit encore sur chaque
fragment la place où la colonne posait.
L'une des pièces parait un débris de piédestal: elle représente
une figure de femme à demi étendue sur un siège architectural,
peut-être un lit. et dans une assez jolie pose. La pièce est mal-
heureusement t1'ès fruste. (Dimensions: 0 m. 58 X 0 m. 65 X
om.35.)
Le second morceau est un fragment de soubassement de mo-
nument; il porte une grande frise d'un dessin élégant, sur le
plat, ct une moulure ornée de fleuronscams d'un dessin particuliel·.
(Dimensions: 0 m. 44xom. 6oxo m. 75.)

VESTIGES ET STÈLE DE L~C TIIÀNII.

Vestiges. .- Ces vestiges marquent la place d'un sanctuaire


important, mais complètement ruiné; ils dépendent du \rillage de
L~c Thành, canton de An Thai ThU'O'ng, huy~n de Dii)n PhU'6'c.
Sur ce point de la plaine se trouvent différents tertres et débris de
briques de grand calibre avec lesquelles ont été construites les pa-
godes ùes environs. En avant, à l'O., un pagodon abrite une stèle
de fortes dimensions. Son importance paraît indiquer l'existence
d'un grand édifice; il semble avoir présenté une enceinle de
4'), mètres de longueur sur 36 mètres, avec prolongement vers
l'E. de 50 mètres et tertre final.
Ulle base de pilier carré pour pile de 0 m. 45, avec mortaise
centrale canée, rappelle pellt-êtI'e l'existence d'nne grande salle.
310 DE LA POINTE SAIJOI AU CAP TOURANE. '

On trouve encore la partie basse d'une statue obèse aSSIse à


l'indienne. .

Inscription. - La stèle, qui paraît à peu près illisible, est inscrite sur trois
faces; la dernière face collée contre le mur est nue, d'après un témoin ocu-
laire; face principale: hauteur, !l mètres; largeur, 1 mètre; épaisseur, 0 m. 50
(cotes exactes). Face principale, 21 lignes; caractères, corps 1 centimètre;
face S., 16 liffnes; face N., 2 t liffnes.


TEMPLE DE BANG AN.

Le temple est situé sur la rive gauche du Vinh Diêng, à 4 kilo-


mètres environ au S. O. de la citadelle de Quang Nam, à trois ou
quatre cents mètres de la haute berge. Il dépend du village de
Bàng An, canton de Ha Nong, phu de Diçn Bàn.
Il s'élève en plaine et est orienté à l'Est.
L'ensemble se compose: 1 0 d'une grande tour octogonale, pré-
cédée d'un vestibule; 2 0 de deux édicules, l'un au S. O., l'autre
au N. E. Dans l'axe et devant la tOUl' principale, se trouvaient deux
{fajasÏl!lha; l'un a été restauré en tigre annamite. En avant et
formant un angle aigu ouvert à l'O., existe encore un remblai;
peut-être est-ce la trace d'un ancien mur (pl. LXlV, LXV, LXVI).

Tour principale. - Elle est caractérisée par cette forme octogo- .


nale, dont nous n'avons trouvé qu'un autre exemple, le lmlan de
Chanh Li), et par son vestibule très ouvert. Elle est du type complet
et ses profils sont du système à doucine. La pierre n'y entre que
pour les ornements rapportés.
Les murs intéI·ieurs nus et dégradés formaient une salle, peut- .
être ronde, plutÔt octogonale. La voûte octogonale lisse présente
dans le pan N. E. un orifice d'aération et se termine par une sorte
de lanterne. Cette salle ne parait pas avoir possédé de niches à
luminaire. Vers le centre se voit encore un lùiga dressé sur une
colonne; il est adoré par les Annamites.
Le vestibule ne consiste qu'en un élargissement du couloil' géné-
~

TE~IPLE DE BANG AN. 311

l'al; il est percé de deux hautes portes latérales. Il semble que ce


soit un peu en arrière d'elles, et par suite presque au milieu du
vestibule, qu'ait existé la porte d'accès de la ceBa; mais l'état de
ruine de ces diverses parties empêche de garantir cette bizarre
disposition. La baie d'entrée a des montants en briques.

Fig. 68. - Bàng An.


Tour principale , face S. du vestibule.

A l'extérieur, un bahut génél'al assez élevé reçoit toute la con-


struction. Les parements verticaux sont lisses, sans indication de
pilastres, ou plutôt tout le corps est tt'aité comme un unique pi-
lastre avec plinthe et imposte. La base est dépourvue d'appliques.
La corniche a ses angles gUl'Ois de pierres d'arête, sinon de dalles
de coin. Elle s'orne de hautes pièces d'accent. Un hahut continu
312 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
garni d'une rangée d'appliques forme le soutien de la votîte; sa
face supérieure paraît avoir été décorée de pièces d'accent. Le
haut de l'édifice est constitué uniquement par l'extrados lisse de la
voûte octogonale, dont la seelion est une ogive aiguë. Chaque face
est recreusée de denx plans enfermant un large champ encadl'é
par la saillie des arêtes; une suite ascendante de pièces d'accent
fichées dans la maçonnerie orne ces dernières. La terminaison fait
défaut.
De ce corps principal, que n'accompagne aucune fausse porte, se
détache en avant le vestibule, petit édifice presque indépendant et
qui, en carré, répète extérieurement le corps principal, y compris le
décor de la voûte. La seule différ~nce à noter est, au bahut, l'absence
d'appliques et, au corps même, la présence des deux portes latérales
et de la porte J'entrée. Toutes trois, de largeur différente, mais
d'égale hauteur, paraissent avoir été traitées exactement de même.
Elles sont à double plan et le plan extériem' semble n'être constitué
que par deux minces pilastres qui sans doute portaient IIII linteau
partout tombé (fig. 68).
Le lùiga conservé dans la tour présente en haut une arHe cir-
culaire. L'absence de cuve à ablutions et la forme du piédestal
en colonne monolithe moulurée constituent un fait unique à notre
connaIssance.

Édifice Sud-Ouest. - Cet édifice paraH être un petit sanctuaire;


il rappelle, avec des fausses portes en plus, les formes de la tou l'
principale.
Bien que le plan soit carré, la voÜte est rectangulaire dans le
sens transversal. La' salle ne contient qu'un buste de statue très
fl'Uste, reste douteux de l'ancienne idole. Le couloir ouvre directe-
ment au dehors et il est dillicile de savoir où et comment était faite
la fCl'meture.
A l'exlél'ieur, le décor répète celui de la tour principale, mais il
semble qne les pièces d'accent fassent défaut. Le hahut sc fond avec
HOÀ DUANG. 313

la vot! te et celle-ci ne se trou ve séparée de la corniche que par une


saignée sans appliques. La voô.te curviligne, dépourvue de tout
décor, répète la disposition intérieure, et se termine en haut par
nne arête allongée dans le sens N.-S.; l'extrados SUl' les faces
latét'ales est par suite en ·pente plus rapide qu'aux autres côtés.
Portes et fausses portes semblent à double plan, le plan antérieur
constitué par deux minces pilastres. L'un et l'autre montrent
même profil d'imposte. Le fmnton est double, celui d'avant
se recreuse et enferme un motif central en amande à peine
saillant.

Edifice Nord-Est. Celui-ci s'ouvre vers l'O. par une porte


entièrement dégradée. La voô.te parait intél'ieurement et exté-
rieurement s'enfermer dans une forme en pyramide, curviligrie
sans doute au dehors; toules. autres dispositions de cet édifice,
analogue d'ailleurs au précédent, sont trop ruinées poU\' êtee
décrites.
Signalons enfin une marche en écusson sans décor, et le fIaia-
sÏt!tha de l'entrée. Il est debout sur ses quatre pattes. La queue et
la trompe rapportées, l'une et l'autre relevées. Il a des oreilles
d'éléphant, des défenses, mais pas de dents; ses pattes sont armées
de cinq ou six ongles et d'un ou deux ergots. Une sorte de cri-
nière forme comme une huppe sur la tête. Cette c['inière couvre
la poitl'ine de l'animal et passe sous un . colliCl' de grelots avec
sonnelle au centre.
VESTIGES À 110\ DUANG.

Il existerait au village de Hoà Duang, canton de B(l'c HOll


Thu'O'ng, huyçn de D<).i LOc, deux emplacements de monuments,
l'un près d'uue pagode, l'autre un peu plus loin. Ces points pa-
raissent Hee au N. O. du marché de Quang Hu6, à 2 kilomètres en-
vil'on; ledit marché, appelé aussi Giao Thlly, est près du confluenl
du Sông Thu BÔn et du Sông Vu Gia.
314 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

TYMPAN OE TIll nô.

Ce tympan se lrouve dans un pagodon sur le sentiel' qui mène


du village de Thi Bô, canton de Btl'c Hoà Thu'O'Ilg-, huyçn de
B~i Lqc, à la route mandarine, près du sentier de Qua Giang, à
deux heures de marelle de la route, soit' 10 kilomètres par les
détours et 6 à 8 au maximum à vol d'oiseau. Le tympan en forme
d'amande, de 0 m. 90 sur 0 m. 90, enferme une figure de Vi~l)u
sur GarUfJa. Le dieu à quatre bras est assis à l'indienne sur le
vaut.our. Ses attributs sont douteux. La paire supérieure de bras
relevée tient peut-être le disque avec l'index dedans; l'ensemble en
est transformé en boule à tige; à droite et à gauche la conque. Le
dieu pOl'te mu/m{a conique ft étages, sampot à pans découpés en
queue d'écrevisse. Il a de multiples anneaux d'oreilles, triples
bracelets d'avant-bras et bracelets de bras à fleurons aux bras
antél'ieurs, bracelet si;m ple et double aux bras postérieurs près du
poignet et un peu plus haut, enfin ceinture à fleurons sous les seins.
Le gal'uqlt dans la position d'attaque a la tNe de côté vers
sadl'oite; ses ailes se retournent et se redressent derrière le dieu.
Deux niiga à tête unique sortent à droite et à gauche des nuages (1)
qui cachent son ventre. Il porte nwku{a, collier et boucles d'oreilles.
Contre l'habitude le bec crochu est neltement indiqué; ce nc semble
point être une des nom~reuses restaurations annamites crue montre
cette pièce, bal'ioléc d'enduits déjà anciens.

, 1
TOUR DE QUA GlANG.

Celte tour de peu d'intérêt dépend du villagc de Qua Giang,


canton de Thanh Quit Trung, huyçn de Diçn Phu'D'c.
Le temple s'élève en plaine et son orientation est E. avec une
trentaine de degl'és d'écart vers le N. Un terlt'e marque l'emplace-
ment du sanctlluil'c principal, el, de l'édifice primitif il nesllbsistc,
TOUR DE QUA GL\NG. 315
outre quelques sculptures, qu'une tour d'accès à deux portes. II
semble avoir existé un petit bâtiment au S. Sur l'axe se trouve un
fragment de linteau qui provient sans doute d'une des tours. Ces
diverses constructions paraissent avoir été soutenues par une vaste
te1'rasse, peut-être autrefois enclose d'un mur.
Le seul édifice debout est fort ruiné. La salle intérieure est rec-
tangulaire dans le sens transversal; les portes, dont les tympans
de fermeture, s'il y en eut, font défaut, ont leurs votites en pénétra-
tion dans celle de la salle. On ne distingue des parties hautes
qu'une applique à fronton décoré, dans l'angle S. E.
Des fouilles faites en mars et juin 1903, malgré notre inter-
diction, en vue d'y chercher des briques pour réparer la route
mandarine, ont mis à jour diverses sculptures, une pierre termi-
nae d'amortissement d'une forme spéciale élégante, de petites
pièces d'accent, genre BÔng DU'o'ng, et des têtes qui se détachent
d'une dalle; elles ont pu garnir le tympan de fausses niches. Elles
n'ont pas de boucles d'oreilles, leur chevelure semble porter la
chaîne de mèches latérales fréquente à Mi So'n. L'une d'entre e1les
possède l'œil frontal. Enfin une petite statue d'homme replet, assis
à l'indienne, les mains sur les genoux, un œil au milieu du front (1),
est vêtue d'un sampot, coiffé d'un diadème et orné de boucles
d'oreilles.
Dans un mifu annamite, devant le te1'tre principal, sont trois
statues cames ou faites de pièces cames, mais très anuamitisées.
Celle du milieu, de 0 m. 80 de hauteur environ, est assise à l'in-
dienne, une main ù plat sur les genoux, l'autre ouverte étendue SUl'
le pied; au devant du piédestal le vilhana paratt avoir été un rhi-
nocéros dont les Annamites ont fait un éléphant. La tHe sc détache
d'une sorte d'au1'éole ct pourrait être une pièce analogue aux pré-
cédentes rapportée sur un corps décapité. Elle porte un 1nll!.ll!rt,
mais n'a pas de boucles d'oreilles. On ne peut rien dire du reste de
la statue. Celle de droite est assise ù la javanaise; rien de caracté-
ristique n'y est plus distinct. L'autre assise ù l'indienne a les mains
316 DE LA POINTE SAlIOI AU CAP TOURANE.

jointes, restauration annamite, semble-t-il. Elle a un diadème orné


de feuilles lancéolées, et derrière la tête est la plaque en mar-
guerites fréquente à SÔng DU'O'ng.

VESTIGES ET STJ~LF; À nô MU'NG.

Cet emplacement d'édifice ne m'est connu jusqu'à ce jour que


par la stèle dite de Bô MU'ng, h>ansportée à Phông Lç par M. C. Paris
et entrée aujourd'hui au dépôt du Jardin de Tourane sous le nu-
méro 79.
Inscription de Bô Mu>ng.- La stèle a pour dimensions: largeur, 0 m. 60;
hauteur, 0 m. 80, et épaisseur, 0 m. 15; elfe est faite d'un grès fin de cou-
leur chaude presque rousse. Faces et tranches sont inscrites, celles-ci dans les
deux sens: les arandes faces comportent 13 lianes. D'après M. Aymonier
(Bull. de {féo{fr. hist. etdescr., année 1896, p. 93), celte inscription en sanskrit
et en éam qui porte les noms des rois Jaya Indravarman ct .Jaya Si'11havarman
devrait par suite ètr'e rappol,tée aux environs de 1062 ç. (1140 A. [).).

MONTAGNES DE MARcnE.

Ce point dépend du village de Hoa Quê, canton de Hinh Thai


H~, huyçn de Hoà Yang (1).
A l'E. de la montagne qui contient la pagode principale et la
gt'ande grotte se trouvent, dans le versant qui domine la mer, un
système d'autres grottes; simples failles du rocher, elles rayonnent
autour d'une salle plus spacieuse dont le sommet est à jour. L'une
d'elles (fig. 69) présente, vers l'entrée, une sorte de balustrade
massive en pierre sculptée, composée de deux groupes de blocs
qui laissent entre eux un étroit escalier. Les deux blocs inférieurs
ont un décor architectural qui en fait une sorte de soubassement
moul uré; en avant de ce piédestal se détache une applique à
ogive flammée ordinaire. Les deux blocs supérieurs montrent

(1) La grande grotte porLe le nom de menls cams, s'appelle IIlly~n Không
Tùng Cho'n BÔng, pagolle de (fng Cho'n Bông, el la pagode est Msignée sons le
TI~'; l'autt'e, celle qui contient des frag- 110111 de 'l'am Thai TI!"
MONTAGNES DE MAHBRE. 317

chacun, devant une partie de décor aux lignes simples, une sorte
de niche carrée fleuronnée. Ces deux niches contiennent deux guer-
riers ou deux dViimptïla en assez bas relief; ils sont presque pareil~;
celui de gauche est fruste et rongé par la mousse, celui de droite
au contraire est en fort hon état.. Il est debout dans une attitude

Fjt:. 69 · - Grottc èamc des Montagnes de marLl'c.

de combat; dela main gauche, il bralldit une massue; de la droite,


il tient un sabre qui semble dans son fourreau. peut-être est-il
suspendu aux hanches. Celle figure est fortement modelée; les
seins sont presque féminins; son costume est un sampot de forme
compliquée; sa coiffure, le mulw!a conique; ses bijoux, de grosses
houcles d'oreilles et un collier.
318 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
Les blocs supérieurs sont actuellement en retrait; ils ont dû
être reculés par les bonzes qui se servent de la tablette ainsi
dégagée comme d'autel. Derrière la balustrade, le l'OC a été entailJé
presque circulairement, puis l'excavation continue avec ses parois
dans leul' état naturel; eHe se termine en haut par une véritable
cheminée qui est la suite de la faille.
NOliS nous trouvons sans doute ici non, comme on l'a cru,
devant une grotte quelconque où auraient été déposées des sculp-
tures trouvées ailleurs , mais devant un lieu sacré, révéré pour
lui-même par les Cams et dont ils ont encadré l'entrée par les
gardiens habituels. Le fait vaut d'être signalé ct discuté, car il est,
à notre connaissance, unique.
Remarquons d'abord que l'hypothèse d'un apport est ·toule
gratuite : les bonzes n'en conservent liul souvenir, et les quatre
blocs, dont la composition est très spéciale et parfaitement adaptée
au r&le qu'ils jouent, ne trouvent pas aisément leur place dans la
forme habituelle des édifices èams.
D'autre part, c'est aux guerriers et non à une divinité enfermée
dans la grotte que les bonzes rendellt un culte. 01', le choix du
point où les figures eussent été transportées ne s'explique que si
cet endroit était révéré des bonzes, auteurs du transport. Ce ne
peut être à une superstition purement annamite que le point ail
dû leur respect, car leur première idée dans ce cas eût été d'y
installer une de leurs divinités qui, de bois ou de mortier laqué,
durent éternellement, car elles se remplacent aussi facilement
qu'elles se détruisent; or la grotte est vide. Serait-ce quelque idole
èame, disparue aujourd'hui, qui aurait donné au lieu sa sainteté?
Il n'en est rien, car aucun nivellement, aucun vestige de piédestal,
aucune trace d'aménagement autre que l'élargissement de la faille
ne se remarquent en arrière de la balustrade; ilfaut donc bien que
la crypte ait été vraiment révérée pour elle-même, qu'elle ait mérité
ainsi cc décor, et exigé la protection des dVlÏrapiila sur lesquels
s'égara ensuite l'hommage ignorant des bonzes.
319

Cette constatation amène, en outre, à supposer qu'à l'époque des


Camsla grande grotte n'était pas encore ouverte; il esl Cil effet peu
vraisemblable qu'ils eussent préféré il cette immense salle naturelle
ce boyau étroit; d'autre part, s'ils eussent découvert et ol'llé la
grande, il serait fort étrange que pas une de leurs sculptures, si
révérées des Annamites, ne s'y soit conservée.
La grotte sacrée ne semble pas au reste le seul point qui ait été
occupé par les·éams aux Montagnes de marbre, car on retrouve
dans tous les emmarchemenls· et les seuils annamites des hriq ues
cames reconnaissables à leur consistance spéciale et à leurs dimen-
sions énOl'mes. Nous avons eu la bonne fortune, en examinant les
travaux de la carrière, d'en voir extraire un grand no'mbre qui pa-
raissaient être encore en place et avoir constitué les fondalions d'un
monument disparu. Son emplacement est situé entre la montagne
presque ronde et celle très déchiquetée qu'on exploite, plus près
de cette del'llière et sur la face qui regarde diagonalement le grand
. escalier de la pagode principale.

VESTIGES ET SCULI'TUIŒS DE l'IlÙNG L~.

Cet emplacement dépend du village de Phông L~, canlon de


Binh Thai H;;t, huyçn de Hoà Yang (ancien domaine Paris). Il est
situé à 9 kilomètres environ de Tourane il l'O. et par le travers des
Montagnes de marbre.
Il ne reste de la tour qu'un tertre revêtu d'herbes sur une
légère éminence. Une trace visible de ·mur s'étend exactement
du N. au S. Il paraît, d'après les renseignements recueillis, que
plusieurs constructions, groupées sur l'éminence, ont existé en ce
point. Des débris de balustres indiquent qu'il s'y trouvait des édifices
à fenêtres. L'extraction des briques, matériaux de la villa du domaine
et de ses annexes, a mis à jour divers dallages de briques, dont l'lm
formait chaussée dans la direction de la rivière, et quelques frag-
ments de sculptures. D'après les coufies qui fouillèrent ainsi la tour,
320 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOURANE.
il Y existerait d'autres sculptures, en particulier un Nandin, pen-
dant de celui qui y fut découvert; les coulies parlent en effet d'uB
crcheval de pierl'e ", et c'est ainsi le plus souvent qu'ils désignent
les llandin conservés,
Nous décrivons la série des débris mis à jour, pour la plupart
transportés aujourd'hui au Jardin de Tourane sous les numéros où
HOllS les y avons inscrits,

Comme éléments de construction':


No, 86 à 91. Deux piliers en trois pièces; dimensions totales:
hauteur, 2 m. 66; largeur, 0 m. 47; épaissem', 0 m. 40; grès,
Ces piliers' sont inachevés, les faces nues sous les profils atten-
daient peut-être des frises comme on en voit à ceux de Hà Trung, etc.
Cc sont évidemment des piédroits de porte d'entrée analogues à
ceux de la tour principale de Bbng DU'o'ng.
N° 92, Angle de corniche grès: 0 m, 80 X 1 mètre X 0 Ill. 15
envu'on,
N° 82. Antéfixe, bas-relief; dalle : 0 m. 48 X 0 m, 35 X
o m. 06.
N° 96. Antéfixe, grès: 0 m. 65 X 0 m 37'
N° 99. Partie de pièce d'accent (1), bas-relief grès: 0 m. 65 X
o m. ho.
On y distingue dans le bas cl le côté deux figures dOBt la tête
est disproportionnée; elles semblent assises sur le même animal
dont on devine seulement les pattes postérieures et la queue. La
figure vers le bord avait les bras ramenés sur la poitrine; ils sont
tombés au transport, étant déjà délités; celle de derrière paraît
tenir entre ses bras le manche d'un parasol ou le bas d'un dais
courbe. En l'air semble voler une apsaras dont on distingue vague-
ment les jambes; cHe est dans la pose habituelle.
N° 95. Pierre terminale d'amortissement d'angle, grès: 0 m. 30
Xom.25.
N°'9 3 et94. Balush'esde fenêtres, gl'ès: 0 m. 16de carré environ.
PHÔNG L~~. 321
Ces deux pièces sont: l'une carrée, l'autre ronde.

Comme sculptures :
N° 83. Nandin; sculptul'eisolée, ronde Losse; longueur, l 111.05,
largeur, 0 m. 67, hauteur, 0 m. 73.
Nandin d'une exécution assez grossière. Il porte la marque ha-
bituelle au front. Par extraordinaire il n'a pas de collier de
grelots.
N° 86. Vi~~u (?); bas-relief carré, de rôle inconnu, peut-être
partie de piédestal(?); grès; dimensions, 0 m. go X 0 m. go en-
VIt'on.

C'est entre deux bandes architecturales hautes et basses, la re-


présentation d'un dieu assis à la javanaise, la jambe droite pliée
verticalement. Il a quatre bras. Le bras antérieur gauche, la main
près d~ la hanche, tient vertical un sceptre ou un sabre; le bras
antérieur droit pend près du genou et tient dans la main un attri-
but en forme de boule. Le bras postérieur gauche élève la conque,
le bras postérieur droit, le disque évidé. Le dieu porte un mllkuta
à étages ornés de feuilles lancéolées, un sampot ordinaire et de
grosses boucles d'oreilles. Il est assis sur un socle qui se décore
en avant d'un niiga à cinq têtes accompagné sur les côtés de deux
autrcs à trois têtes. Des parasols en forme de plumeau l'abritent et
passcnt derrière les lul[J'a.
N° 85. Çiva dansant entouré des llü[J't; tympan, bas-relief:
partie sculptée, 0 m. l, 0 X 1 mètre environ; grès.
Le dieu, les jambes ployées, est hanché à droite; il possède
seize bras. Le bras droit antérieur a la main posée à plat sur la
hanche; les autres ont la main étendue, l'index replié sur la paume.
La tête est coifl'ée d'un mlll.u!a à étages dont le frontal à encoches
enferme toute la figure et passe presque sous le menton. Le mllkll!a
est accompagné, sur le côté, de petits décors qui forment comme
deux espèces de boucles ou d'attaches latérales. Le visage a les
yeux allongés en amande et retroussés, ainsi que les soureils vers
!~NAM. - 1. 21
1.\I1'l\llf1:IUI: N.lrJO:'.lU:.
322 DE LA l'OlNTE SAHOl AU CAP TOURAN E.
les tempes. La boucbe, large, est surmontée d'une moustache. Le
dieu paraît avoir un maillot collant qui dessine les bouts des seins;
il porte un sampot. Une longue écharpe se détache des deux cô-
tés. Comme bijoux, il a de lourds pendants d'oreilles en forme de
grappes; au cou, un collier auquel sont. suspendues des perles.
Une première ceinture à grand fleuron central serre la taille, une
deuxième s'accroche aux hanches, une troisième garnie de cinq
pendeloques en forme de feuilles pend en avant. Les multiples
poignets montrent des bl'acelets ordinaires; ses avant-bras (au
moins le droit) et ses chevilles" des serpents ondulés.
Des figures qui l'entourent et s'échelonnent sur deux rangs, les
six premières en haut paraissent des figures en adoration réparties
en deux groupes de trois; les mains sur la poitrine, elles volent
et semblent sortil' du fond. Elles sont coiffées du muku!a à trois
étages ornés de feuilles lancéolées, et portent de grosses boucles
d'oreilles. Le rang inférieur présente à droite du dieu trois figures, à .
gauche une seule. A droite, la plus voisine de la divinité est assise
sur ses talons, les mains appuyées à terre; cette pose est répétée
par la troisième; la seconde joue de la harpe. A droite, une figure
assise frappe deux tambourins. Ces quatre dernières n'ont pas de
mllk1tta, mais un simple diadème de feuilles lancéolées qui entoure
les cheveux. Elle ont un grand chignon de côté traversé d'ull
peigne ou d'une aiguille. L'une, la première de droite, a les che-
veux pendants, peut-~tre en tresse (1). Elles portent des boucles
d'oreilles.
N° j 0 1. Vi~l)u; tympan, bas-relief, grès: 0 m. 55 X 0 m; 35.
Petite figure d'un tympan dont le fond, au lieu d'être ogival,
suit le mouvement de la statue. Celle -ci est assise à l'indienne;
elle a quatre bras, deux étendus SUl' les cuisses, deux relevés près
des épaules. Le bras gauche inférieur tieut une boule dans la
paume de la main tournée en haut, le bras droit une sorte de
glaive vertical; le bras gauche supérieur, un attribut brisll qui
semble avoir été la conque; le bras droit, le disque I!vidé dans
pnÙN(; Lt:. 323
lequel quatre doigts sont passés. La tête finement dessinée a les
sourcils et les yeux obliques, le nez gros et court. La bouche large
sous une fine moustache a les coins retroussés par un sourire. Le
ml/kll!a, fort élevé et joliment composé, est il deux étages et orné
de feuilles lancéolées. Le vêtement consiste en un sampot à pan
antérieur; le torse modelé avec vérité peut être ~lU. La figure
porte comme bijoux de très longs pendants d'oreilles, et aux bras,
près des épaules, des bt'acelets qui paraissent ornés d'une haute
plaque cisel~e.
N° 102. Vi~l)U SUI' Garu~la; tympan, bas-relief, grès: 0 m. 50 X
o m. 35.
Le dieu, placé de même que dans la figure précédente, offre
les mêmes attributs et les mêmes détails de costume. Le garuga
est dans la position d'attaque ordinaire. La tête montre un bec for-
tement bossué en bec d'aigle. Les ailes partent par deux arrondies
au-dessous des bras et remontent en pointe sous les bras postérieurs
du dieu. Coiffé d'un 1nn/wta il double étage de feuilles lancéolées,
il porte une sorte de gorgerin et les lobes distendus de ses oreilles
enferment des disques.
N° 10ft. Vi~l)U; tympan, bas-relief, grès: 0 m. 55 X 0 m. ft o.
Cette divinité, très fruste, paraît en tous points identique à
celle du n° 101; les attributs confus semblent analogues bien qu'in-
tervertis. Elle n'a pas de bracelets. La partie haute de la statue se
détache d'un motif en fOl'me d'auréole en amande. La face posté-
rieure est retaillée en dents pour s'incruster dans la brique.
N° 103. Apsaras; tympan (1), haut-relief: 0 m. 70 X 0 m.ft5,
saillie du motif sur le fond, 0 m. :1 5 à 0 m. 30, grès.
Cette figure est dans la position ordinaire; elle tient de ses deux
mains un bouton de lotus. Les ailes partent du dessous du corps
et remontent plus haut que les épaules; elles en sont détachées par
deux profonds évidements il jour qui isolent la tête. Celle-ci, sou-
riante, est coiffée d'un 'I1mkllta à triple étage dont le rang inférieur
est orné de feuilles lancéolées. L'apsarm; est vêtue d'un maillot dont
!lI.
32" DE LA l'OINTE SAI-IOI AU CAP TOURANE.
l'échancrure est visible près du col. Les oreilles à lobes distend us
ne portent pas de bijoux. La forme triangulaire du motif est
complétée par une sode de feuille nervée dcvant laquelle sc
détache la tête. L'envel's du tympan cst muni à sa base d'un fort
tenon.
N° 80. Lùiga; idole, ronde bosse, grès: hauteurtolale, 0 m. 73;
diamètre du carré, 0 m. 30, du linga; 0 m. 25.
Lùiga circulaire dont le support continu passe au carré pm' l'in-
termédiaire d'une base octogonale. Le décor d'axe est ~rès curieu-
sement détaillé.
Deux grandes pièces d'accent en grès gris de 1 mètre de hau-
teur, d'un beau dessin, ont été transportées en 1901 au musée
de la Soci.Hé des éludes indochinoises (B. E. F. E.-O., t. l, p. 253 et
255, fig. 43).
Nous avons laissé à Ph6ng L~ quelques fragments-sans impor-
lance: à l'entrée, de grands piliers nus; près dc la rivièl'c, une
belle cuve à ablutions fortement rectangulaire, présentant deux
mortaises, à écoulement intérieur, destinées à recevoir deux idoles,
celle près du déversoir de plus petite dimension.
Enfin M. Paris avait amené à Ph6ng Lç diverses pièces d'autre
origine. Elles ont été depuis transportées au Jardin de Tourane.
Nous les mentionnons dans l'étude de ce dépôt et les décrivons à
lem'lieu d'origine.

SCULI'TUIIES IlU HUlliN Ill, TOUl\ANE.

Ces sculptures, de diverses provenances, ont été réunies en cet


clldroit pat' M. Lemire, résident du Quang Nam et par quelques-
uns de ses successcurs. Un premier apport a été fait en décembre
1891-janvier 1892; un second, qui contenait en particulier la
belle pièce 2 t , est d'nne date postél'ieure.
Ces fragments ne portent aucune indication d'origine; aussi
n'est-ce qu'avec peine et pour un certain nombre seulement, que
SCULPTURES DU JARDIN DE TOURANE. 325
nous avons pu en déterminer la provenance; quelques-uns furent
transportés au musée de l'École française d'Extrême-Orient lorsque
son siège était à Saïgon, ou au musée de la Société des études indo-
chinoises; ils sont décrits, soit dans l'inventaire de ces musées, soit au
chapitre concernant leur fieu d'origine, lorsque celui-ci est connu.
Nous conserverons la même distinction dans.la description des pièces
restées au Jardin, adoptant un ordre méthodique indépendant des
numéros que nous leur avons donnés. Ce numérotage correspond
en effet à un simple ordre local. De · nouveaux apports effectués
depuis de Phông Li) ou d'autres lieux ont reçu des numéros à la
suite; les uns et les autres sont marqués en chiffres arabes au ripolin
bleu clair ou blanc sur les faces brutes des blocs sculptés.
Éliminons d'abord les fragments dont nous avons reconnu 1'00'i-
gine: Trà Kii)u, Khu'o'ng My, etc.
Les nOS 19,21,22,23,27,42,43 proviennent de Trà Kiçu';
28,33,45,52,62, 8t, 97, de KhU'O'ng My; 80,82 à 96 , 99,
101 à 104 de Phông Li); 79 de Bô MU'ng; 105 de Chiên Bàng. On
en trou vera la description à chacun de ces poin ts.
La plupart des autres pièces ont l'une ou l'aulre des deux pre-
rnières origines; animaux et monstres en particulier sont probable-
ment venus de Trà Kiçu; mais faute de données sulIisamment pré-
cises, nous n'avons pu faire le départ avec exactitude et, pOlir éviter
toute erreur, nous préférons les décrire ici.

Éléments décoratifs. - N° 48. Fragment de pilier orné de frises


à rinceaux; il peut provenir de Khu'o'ng My où il en existe un
analogue; cependant M. Lemire en citait également à Trà Kiçu.
N° 16. Tympan de .fausse · niche (1); petit prisme décoré d'un
Mga du lype ordinaire, à tète unique, sous une mince fl'ise
décorative. L'origine en est probablement KhU'O'ng My, selll
point JuQu{.ng Nam où nous ayom vu les fausses niches ainsi
OCcupées.
N° 98. Partie de pilie,', sans doute de ll1~me provenance. Le
326 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
champ courbe est décoré de fleurons cams comme la face sous la
frise supérieure: coupée à lui-hauteur, celle-ci montre seulement
le bas d'un siège à 'pieds tournés, sur lequel une figure est assise,
deux autres lui font lace', l'une proche, l'autre éloignée.
, N° 25. Tympan de fausse 'niche. Tête de lion posée sur deux
têtes de 1iwk({i~a 'qui relèvent leurs trompes autour d'elle (fig. 70).

Fi". 70. - Dépôt du Jal',lin dl! Tourane, n° 2:1.


Tète de lion avec deux makara.

N° 38. Fragment ' architectural d'un grand piédestal (?)~ bas-


relief.
Un pilastre à deux corps à puissantes bases s'orne en avant d'un
motif fort original, mais d'une lecture très délicate; c'est une tête
de lion, aux dents saillantes, aux yeux cornus, flanquée de deux
têtes dé makara à trompes relevées, qui lui font comme deux cornes.
De leurs gueules sortent des animaux dont ou n'aperçoit que la
partie antérieure: des bœufs ou des daims, semble-t-iL Cette triple
composition euCel'mé nn double coussin de lotus SUI' lequel pa-
SCULPTURES DU JARDIN DE TOURANE. 327
raissent s'appuyer les pattes inférieures d'un animal, singe ou
garuqa. Sur le corps postérieur du pilastre se voient à droite et à
gauche des lignes descendantes qui pourraient ~tre des membres
d'animaux. A droite et à gauche du pilastre, deu·x petits lions à
queue fleuronnée élèvent les pattes à la hauteur des oreilles dans
la position d'attaque. Ils posent sur un menu motif de feuilles de
lotus.
N° 61. Partie de piédestal, bas-relief.
Ce fragment semble provenir d'un piédestal. Entre deux
pilastres qui supportent une frise ornée, se voit un petit person-
nage, ascète assis sur les talons. Les jambes sont attachées par
une corde qui fait le tour des reins; les mains sont ramenées en
pose de prière sur la poitrine. La tête est surmontée d'un haut
chignon rond, énorme, à rayures horizontales. Le pel'solmage est
dépourvu de bijoux.
N° 54. Partie de piédestal ou de pilastre.
Sur un petit corps de moulures simples s'allonge une frise élé-
gante de rinceaux qui en supporte à son tour une seconde, animée
de minuscules personnages; on ne distingue malheureusement que
les jambes d'un cheval, peut-être celles d'un autre, peut-être enfin
une petite figure accroupie qui semblerait donner des soins à llll
individu étendu par terre et coiffé d'un haut mllku{a.
N° 66. Fragment de piédestal (?), haut relief.
On y voit, devant une rangée de petits pilastres, une sél'ie de
figurines debout. Ce sont des singes dont les bras levés soutiennent.
les éléments supérieurs. 'fous ont la poitrine · de face, les fesses de
cÔté, et une longue queue pendante.
Dans la sculpture animale nous classons d'abord:
N° 69. Oie, qui joua sans doute le rôle de métope comme celles
de Pô Nagar de Nha 'frang.
Puis toute une série de lions: ils ont les yeux ornés des protu-
hél'ances cornues qui caractél'isent le lion cam, les oreilles pointues,
Une sorte de cOl'selet, parfois finement traitl~ en Loison bonclée, tous
328 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.

en général très spirituellement sculptés. Les uns en ronde bosse


sont debout et de face dressés dans la position d'attaque (fig. 71). Ce
sont les nOS t, 2,7, 12; 71; les nOS 1 et 2 portentdiadèine. D'auh'es,
en bas relief, métopes probables, sont représentés debout passants:
nOS «, J 1, 15, 39, 41. Un autre du m~me genre est en haut

Fig. 71. - Dépôt du Jardin de Tourane.


Lion n° 7.

relief, 1«; le n° 1 7 couché est traité de m~me. Le 11°' 6. 0, tympan


de ·fausse niche (1), montre la tête d'un lion, avec collier de perles
et boulons en amande aux oreilles; il est en ronde bosse et semble
proche parent du garu(ln 35. Une tête seule se voit SUl' le n° 9.,
le reste est sans doute brisé.
Les éléphants sont représentés })ar trois pièces d'une exécution
charmante. Ils sont figurés passallLs, les oreilles ornemanisées, la
tête cOUl'onnée. Le n° 9. 6. porte un frontal orné (1), le n° 9. 0 est en
partie harnaché, le n° 13 est nu. Ce sont sans doute des métopes.
SCULPTURES DU JARDIN DE TOURANE. 329

L'être bizarre qui sert de trait d'union à ces deux groupes d'ani-
maux, le gajasÏJlt/W, se rencontre ici deux fois. Le 11° 8 petit ne parait
être qu'une métope. Le n° 65 est en revanche une pièce consi-
dérable, mais incomplète. C'est un animal à corps de lion, dehout
sur ses jambes de devant, presque assis sur celles de derrière.
Sa trompe est cassée et ses oreilles d'éléphant sont ornemanisées.
Il possède une sorte de crinière ou de plastron de mèches avec
une espèce de rosace sculptée sur la tête. Il porte, comme toutes
'les montures, un grand collier de grelots. Sur son dos est assis un
petit personnage dont il ne subsist.e que le bas du corps. ·Une piel're
analogue, mais d'origine cambodgienne, se voit au musée de
l'École. '
En dehors des deux Nandin de Trà Ki~u et de Phông L~, nous
n'en trouvons ici que deux petits exemples, métopes probables en
ronde bosse: ils sont accroupis et ornés du collier traditionnel.
Il lI'existe qu'un seul exemple de niign, n° 3 ; il est à plusieurs
corps et paraît le reste du dais abl'itant une statue.
Le makara est beaucoup mieux représenté, nos64, 67, 68,73.
Tous quatre sont deséchiffres de penon.
N° 67' De sa gueule sort un petit garuqa ou un lioncoiITéd'un
rnUkll!n dont le sommet atteint le haut de la mâchoire supérieure.
Il tient dans ses pattes, relevées comme d'habitude, deux serpent.s
pendants dont les têtes se retroussent au bas, près de ses pieds;
deux autres serpents, qui se redressent de même, sortent des coins
de la bouche du ma/cam. Le garuqa paraît un homme véritable
dans la pal,tie inférieure du corps; le bec ou le mufle est bl'isé;
outre son mule,,!n à deux étages de feuilles lancéolées, il possède
des boucles d'oreilles.
N° 68. Pendant du précédent dont il ne sc distingue que par de
faibles différences.
N° 73. Afakara; de sa gueule sort un 1Uïget (?) qui vient se rc-
dresser en avant. Entre eux vole une apsams dans la position ordi-
naire, tandis qu'cntl'e la trompc ct le front du 1//akara s'élèvc une
330 DE LA POINTE SAHOI AU CAP TOURANE.
palmette. Sur la face antérieul'e de la volute mi du nâga se voit un
petit personnage hanché, le bras droit appuyé sur la cuisse; le bras
gauche probablement pendant; il porte un sampot avec grand pari
en carquOIs.
Nous trouvons encore un certain nombre degaruga; leur bec
peu accusé tient plutÔt du museau des singes inférieurs; ils sont
toujours coiffés du muku{a et ornés d'une riche série de bijoux.
Leurs ailes quadruples leur forment auréole. Leur origine commune
est sans doute Trà Ki~u, car la piècè 31 fiB'ure dans une des iHustra- .
tions de l'article de M. Lemire (Aux monuments anciens des Kimns,
Tour du Monde, n° du 25 décembre 1894) avec cette indication
d'origine.
l"es pièces 30 et 31 sont. des ornements de tympan.
2 9 et 3 2 peuvent êtl'e des échiffres ou des bouts de balustrades.

Le n° 29 montre le ga/'uga debout'; entre ses jambes se dresse


un nfÏga tricéphale; deux des têtes sont sur le plan des ailes, une
s'avance entre les cuisses. Le garuga a la patte droite dans la posi-
tion d'attaque habituelle, la gauche seulement levée; le bec est
refait. Son vêtement consiste ell un sam pot; la tête est coiffée du
mnkuta à étages de feuilles lancéolées. Les oreilles ont dl) larges
boutons en fOl'me de rosaces, les avant-bras des bracelets . .
N° 32. Figure analogue à 29, mieux conservée. Mêmes détails
pour le naga, qui se complète de deux autres têtes redressées en
arrière. La patte droite du garuga est l)Osée sur la hanche. Il porte
un riche collier. Entre ce bijou et la mâchoire inférieure un rang
de perles.
Les nOS 3 fi et 76 montrent la tête seule devant l'auréole des
ailes.
Le n° 100 est une simple tête d'lin beau caractère.
Enfin le n° 49, bien. que brisé en partie et restauré par les
Annamites, est une pièce très curieuse, car eHe sert de transition
ent"e la corne qui décore l'édifice Sud de Po KlaUli Garai et le bas du
corps de garu(lci seul conservé ft l'édifice Sud des Tours d'argent.
SCULPTURES DU JARDIN DE TOURANE. 331

La sculpture humaine fournit toute une collection.


Comme éléments de construction :
Le n° 74 est une pièce d'accent, apsams dans la forme cou-
l'ante, mais de dimensions énormes. Il -est regrettable que nous
n'en connaissions pas la provenance, car il y aurait de ce chef uu
intéressant renseignement sur l'importance de l'édifice constl'uit
au lieu d'où elle vient.
Les nOS 6, 18, 4U sont des métopes de corniche. 6 et 18 ont
pour origine extrêmement probable Khu'o'og -M5',
N° 6. Guerrier combattant dans une position de course; le bras
droit élevé en l'air brandit une sorte de cimeterre, le bras gauche,
au geste semblable, a la main brisée. Le vêtement est un simple
sampot, la coiffure un haut chignon, les bijoux de gros bl'acelets
aux bras et des boutons d'oreilles. Des deux côtés de la tête se l'e-
lève un décor de grandes dimeilsions qui semble une échat'pe
nottant sur les épaules et contournant le bl'us gauche.
N° 18. Guerrier dansant: le bras droit élevé est brisé; le bras
gauche étendu tient une massue; le vêtement est indistinct; la
coiffure consiste en une tiare conique, les bijoux en boucles
d'oreilles, bracelets d'avant-bras et collier. Un décor en ogive
derrière la tête peut Hre l'indication d'un éventail à long manche.
N° uu. Petit tympan de fausse niche ou métope; apsaras grossiè-
rement sculptée dans la position ordinaire; elle a le grand chignon
de côté.
Les Il?S 34 et 58 sont des figures debout, en haut relief, décor
-de fausses portes ou de fausses niches (?). La preinière( 0 m. 80) a
les mains jointes sur la poitrine et semble tenir un bouton de
lotus; elle est coiffée d'un mukllta conique à base saillante ol'llée
de feuilles lancéolées. Elle paraît portel' comme vêtement une
sorte de sarong à pan antérieur vertical, et comme bijoux des
anneaux d'oreilles, des colliers, des bracelets aux avant-bras. La
seconde, presque infol'me, a les pieds sur un animal indistinct
garni d'lin colliel"
332 DE LA POINTE SAIIOI AU CAP TOUlUNE,
Le n° 36 n'est qu'une tête, à fines moustaches, à oreilles dé-
fonnées. Les cheveux réunis en haut chignon formaient des an-
neaux concentriques.
N° 55. De cette statuette, il ne reste qu'un corps sans bras qui
repose sur un coussin de feuilles de lotus et se détache 'd'une 801'te
d'auréole en ' forme de stèle. La tête est coiffée d'un mulm{a à
deux étages orné de feuilles lancéolées. Les oreilles aux lobes tom-
bants sont dépourvues de boucles.
N° 71. Autre statuette en deux morceaux: les seins sont pro-
éminents; les mains, étendues SUl' les cuisses, semblent tenir des
objets verticaux.
N° 63. Petite figure qui se détachc d'une applique à fleurons
flammés. Son- mnlwra à étages séparés par une gorge profonde,
fOl'me un joli motif de coiffure.
Le n° 37 est encore une petite statue, mais complète. Elle est
assise à l'indienne; le bras dl'oit allongé SUI' la cuisse laisse pendre
un chapelet, le bms gauche tient vertical une sorte de sceptre.
Elle a pour coifrure un ?tutlm!a à étages très orné, pour costume
un sampot; pour bijoux: aux oreilles des anneaux, aux avant-~ras
des bracelets étroits, aux bras, d'autl'es bracelets larges et ornés de
plaques ciselées, sur la poitrine un collier. La statuette s'appuie
à un double fond ogival.
Le'n° 56 est une figure debout, plus importante, mais très fruste
et sans tête. EUe est dressée en fOI'me de gaine, ct ses bras, aux
cÔtés d'une gorge volumineuse, pendent le long du corps.
N° 5. GaI)eça, idole, très rongée. Il est assis daOs la posi tion
Ol'dilluireet n'a que deux bras.
Les trois derniers numéros sont dcux figures de tympan et une
scène.
Le n° 60 cst unc représentation de Lak~mï, assez petite, assise à
l'indienne; ses mains, étendues sur les cuisses, tiennelltcles boulons
de lotus (1). Lc ventre nu rnontl'c, sous des scins énormes, les plis de
la matcl'nilt~. La ùivinité est coiffée d'un haut 1Ilul:u!a conique,
SCULPTURES DU JAUDIN DE TOUllANE. 333

décoré il la base de deux rangs de feuilles lancéolées; elle pa-


raît vêtuc d'un r:;arong à plis multiples. Les oreilles portcnt -des
anncaux, les poigncts des bracelets; un collier lair:;se pendre r:;a
pointe entre les seins.
N° 47' Grand tympan presque triangulairc qui présente une
grande analogie avec le tympanS 24 du musée de l'Écolc, dont
l'origine est 'frà Ki~u. Il est malheureusement d'un grès encore plus
fruste.
Le dieu debout, combattant, vu de facc pour la poitrine, vu de
dos pour le bas du corps, tient une lance de ses deux bras anté-
rieurs, tandis qu'une foule d'autres s'agitent autour de lui. Il cn
a 13 droits ct 14 gauches. Les deux derniers sont réunir:; au-desslŒ
de la tête; les autres ont des attributr:; peu distincts. On reconnaît
à droite: le disque évidé tenu entre le pouce ct l'index, les auLt'cs
doiGts passés à l'intériem, une flèche, un grelot; à gauche un
serpent, une sonnette, un arc tendu par plusiems mains. Les deux
hras avant-derniers soutiennent une sorte d'écharpe au-dessus de
la tête. Aux côtés une ou deux figures volantes adorent le dieu.
L'extrême pointe du tympàn est décorée" d'un fleuron de lotus.
Aucun détail de costume n'est visible: la tête était coiffée d'un
muku!a élevé; les oreilles paraissent avoi., eu des anneaux.
Enfin le fragment 26 peut n'être qu'une partie de piédestal.
Nous l'avons néanmoins mis .à part il cause de son grand intérêt,
car les rcp,'ésentations de B.'ahma sont rares ct se rapportellt d'or-
dinaire à sa seule naissance.
N° 26. Le dieu a quatre têtes dont trois r:;culcmcnt sont visibles;
il a huit bras. Il est debout, hanché; le hras gauche ramené sur la
poitr'iue et les doigts accrochés à son collicr; le hras droit il moitié
étendu de côté a la main sur un va sc quc soulève une auorante à
genoux. Parmi les attributs tenus par les diverses mains, un seul er:;t
vaguement discernable, celui du deuxième bras droit; c'est une
sorte de long bilton terminé par une volute. Il est pos~ible que le
troisième bras gauche ~ienne lIne pointe de flèche~ Le dieu porte
:13lt DE LA POiNTE SAHOI AU CAIl TOUHANE.

un vêlement qui lui serre les cuisses et dont un grand pli floUe en
arrière; il a un objet passé à la ceinture sur ]a cuisse droite. La
tête est coiffée d'un mukuta à étages de feuilles lancéolées; les
oreilles pendent peut-êtt'e à vide. Outre le coHier,:il possède encore
(les bracelets aux poignets des hras principaux.
Les suivants du dieu s'étagent à ses côtés; le premier à sa droite
est à genoux, il présente un vase; les deux autres au-dessus agitent
des éventails. Il ne reste presque plus rien du dernier. A gauche,
le premier est un petit personnage accroupi élevant dans la paume
de sa main, au-dessus de sa tête, un objet qui s'évase; peut-être
interprétation maladroite d'une partie de parasol ou d'une trom-
pette verticale. Il subsiste peu de chose du personnage suivant qui
paraît avoir soumé dans une corne. Ces diverses figures n'ont ni ·
bijoux ni mukuf,a. -
L'énumération sera complète si nous ajoutons les n'IS [,6, 50,
51,53,57,59, 7°,75, 77 et 78, qui sont des fragments d'uu
portique annamite en pierre; bien qu'intéressants par leur sobriété
élégante et le fini de leur exécution, ces pièces ne peuvent entrer que
pour mémoire dans cet inventaire spécial.

SCULPTURES DÉPOSÉES À LA BANQUE DE L'INDOCIIINE À TOURANE,

L'origine de ces sculptures m'est inconnue.


A. Petite pièce d'accent cassée; tête de makara Jont semble
sortir une tête de nii{fa.
B. Fragment de pièce d'accellt; hauteur, 0 m. 40.
C. Tête de femme avec muku{a à triple étage de feuilles lan-
céolées, décor de fausse porte (1); 0 m. 30 environ.
D. Autre tête analogue à C très fruste; 0 m. 25.
E. Figure, à poitrine rentrant sous une pierre ogivale (lui fOl'lue
fond, sans doute tympan de· fausse niche; dimensions: enviroll
o m. 60 X 0 m. 35; 1nu!;;u/a 011 coiffUl'e, le diadème formant plutôt
des boucles; peudants d'oreilles et colliers . .
VESTiGES DIVERS. 335

F. Morceau confus; une apsaras volante, un pied en l'air, avec


pan de sampot qui floUe derrière, est d'un mouvement croisé avec
un gajasir!lha; métope; 0 m. 40 et plus de 0 m. 35.
G. Figure d'homme, antéfixe de fausse porte, du genre de celles
de Chiên Bàng; les jambes font défaut. Les mains sur la poitrille
sont prises dans un anneau. Sampot à. grand pan et plis à droite;
'tnllku{a à étages et diadème de feuilles lancéolées, anneaux mul-
tiples aux oreilles. CoHier pendant sur la poitl'Îne. S'appuie sur une
dalle à tenon.
H. Fragment d'un curiem, Ga~eça assis à l'indienne. Il n'a que
deux bras: celui de droite, cassé, tient dans la main une sorte de
bouquet renversé (voir MI So'n, B); le gauche, disparu, recevait
sans doute le bout de la trompe dans la sébile ordinaire. Défense
gauche cassée. Cordon hl'ahmaniqlle en sautoir, petite ceintlll'e sous
les seins, sampot à pans verticaux, ceinture d'étoffe; hauteur: en-
viron 0 m. 75.
Enfin on y trouve aussi une petite stèle annamite assez jolie,
om.5o sur 0 m. 30.

VESTIGES DIVJo;ns NO:'l I\ECO:'l~US.

D'autres vestiges nous ont été ~ignalés en outre ell divel's points
du Quang Nam par un indigène, Nguyên Viên, notable du village
de MI So'n, qui fut un de nos plus sérieux indicateurs: quelques-
uns de ces renseignements ont été publiés dans le B. E. F. E.-O.,
t. IV, p. 78:L Nous ' inscrivons ici les seules données nouvelles;
celles que nous omettons se rappol'tent aux emplacemellts déjà
reconnus et signalés pal' suite dans le cours de ce chapitre.
Huyt$n de Dui Xuyên, village de Tho So'n, près d'un bac: ulle
stèle enfouie montre deux lignes.
Huyt$n de Quê So'n, village de Nhu' SO'n : auh'e' stèle enfouie dont
trois lignes sont visibles.
Huyçn de B'.li L6i, vill()t~e de PllU' SO'I1, cailLou de Yên Phu'o'c :
336 DE LA POINTE SAlIOl AU CAP TOUHANE.
un Nandin et une inscription importante; de plus il y aurait encore
deux groupes de vestiges.
Huyçn de Diçn PhU'o'c, canton de Y~n Thoi, près tlu village de
Ll).c TIHlnh, où nous avons décrit des vestiges cams et mentionné
une stèle, le tri phil en faisant remblayer une route aurait fait
mettre à jour une seconde stèle rr très vieille 11 et un vase allcien.
Phô de Di~n Bàng, village d'An Quan : trois ou quatre pièces
sculptées.
D'autres vestiges nous sont signalés par le même, mais sans in-
dication de canton et de huy~n, aux villages de Chu Bai et à Bonfl'
Giàp.
CHAPITRE VII.
GROUPE DU CIRQUE DE Mi SO'N,

Dispositions générales. - TE!IPLE A. .::: Sanctuaire Al' - Templions A._,. - Édicule A•.
- Cour de A. - Tour d'entrée As' - Bâtiment Ag. - Sanctuaire Alo' - Bâtiment Ail'
- Tours Al~ et Al,' - Traces d'un édifice inachevé. - Sculptures, - Inscriptions. -
GROUPE A'.-Sanctuaire A',. - Tour A'•. - TOUl' A'•. - Sanctuaire A'•. - Sculpture.;.
- GROUPE B-C-D : TEIIPLE B. - Sanctuaire BI' - Tour d'entrée B•. - Édifice Bo'
- Édifice B•. - Sanctuaire B•. - Sanctuaire B•. - Templions B7- 13 • - ColonnadeB'I'
: Sculptures. - Inscriptions. - TEMPLE C. - Sanctuaire Cl' - Tour d'entrée C•. -
Edifice C3. - Édifice CI' -; Sanctuaire C•. - Sanctuaire C7 • - Sanctuaire Co' - Sculp-
tures. - GROUPE D. - Edifices DI_2 • - Tour D3' - Bâtiments D., D•. - TOUl' DI'
- Murs. - Sculptures. - Inscriptions. - GROUPE E-F: TEMPLE E. - Sanctnaire El'
- Tour d'entrée E,. - Bâtiment E3' - Bâtiment E,. - Sanctuaire Eo' - SanctuaÎl'e E•.
- Sanctuaire El' - Bâtiment Es' - Trace d'un édifice Eg. - Restes d'un abri El,'
- Sculptures. - Inscriptions. - TE~[PLE F. - Sanctuaire FI' - Tour F•. - Sanc-
tuaire F•. - Sculptures. - Inscription. - TEMPLE G. - Sanctuaire GI • - Tour
Il'entrée G,. - Bâtiments G. et GI. - Tour G•. - Sculptures. - Inscriptions. -
TEMPLE H. - Sanctuaire HI' - Bâtiment H•. - Édifices H3 et HI' - Sculptures. -
. GROIJPE K. - Salle L. - Traces d'édifices M, N.

DISPOSITIONS GÉNÉllALES (1).

Cette importante agglomération d'édifices désignée comme ruines


du cirque de Mi So'n est située dans une vallée enfermée entre
les contreforts du Béo Lè, à environ 33 kilomètres à vol d'oiseau
au S. S. E. de Tourane; la vallée, à peu près circulaire, a cl e
1,50 0 à 1,800 mètres d'une crête à l'autre; elle s'ouvre au N. par

le défilé d'une petite rivière qui en draine les eaux et va se jeter


dans le SÔng Thu BÔu, en amont du marché de ce nom et presque
exactement à l'O. du cirque, près du village de Tinh Yên ou An Hoà.
Les édifices répal'tis en huit. temples au moins (pl. LXVII) oc-
CUpent le fond disponible de la vallée dans sa partie la plus large
ainsi que le sommet de quelques faibles éminences. Le temple A
est Sur la rive droite du ruisseau, qu'enjambe une annexe de
(1) Cf. R.E.F./I-U, 1. IV, p. 8o!i-!I77'
!N~All. - J.
:338 GROUPE DU CInQUE DE MI SO;N.
quatre tours, A'. A et A' dominent de près de 2 mètres le gt'oupe
de deux temples B-C-D, qui leur fait face sur la rive gauche.
L'orientation de ces deux ensembles est inverse; elle est nonnale
pour B-C-D. Sur la rive droite, en aval, le sanctuaire G construit
sur un mamelon s'élève au-dessus des précédents et du · double
temple E-F. Plus loin, à 400 mètres à peu près de ce dernier, est
une tour K ouverte au S. E., qui servait d'entrée à un monument
disparu. Sur la' rive gauche, en aval de B-C-D, se voit le groupe H,
tandis qu'en amont, à mi-côte d'une colline boisée ,se trouve une
petite salle L : tous deux rigoureusement orientés. Des décombres
indiquent des emplacements de constructions ruinées, au S. ct au
N., en M ct en N.
TEMPLE A.

Il semble ne subsister des constructions les plus anciennes de


ce groupe que l'admirable ensemble formé par la tour Al ct ses
annexes, les templions A2-7, réunis sur une terrasse commune. Le
lia/an Ai occupe, sur l'axe, le fond d'une cour carrée entourée de
murs de briques, sans doute postérieurs au monument ct peut-être
même aux édifices qui les interrompent. Une tour à deux portes,
As, plus récente, dans l'axe de Al, donnait accès dans cette eu-
ceinte; une salle longue dont il ne reste presque rien ,Ag, la pré-
cédait. Un second sanctuaire, AIO' fort important, mais d'un style
dilI'érent, s'élevait au N. et très près de la tour principale. Des bâ-
timents de service, Ail, Au, AIS, sans doute contemporains de AIO'
s'adossent à la muraille ou l'interrompent (pl. LXVIII).

Sanctuaire Al' - La tour Al s'ouvre à l'E. et à l'O. mais sa vraie


façade est au couchant (pl. LXXII et fig. 72)(1). C'est ,un halan du
(Il L'anomalie d'une double ouverture tecte a-t-il été contraint par le l'Îte à ouvrir
dans A, s'expliclue peut-être pat· la posi- uue baie accessoire à l'E., orientation
tion de ce sanctuaire: appuyé aux pentes habituelle des sanctuaires. L'accè~ par ce
occidentales d'un mamelon qui masquait côté était peut-être plus difficile encore
sa façade orientale, il ne pouvait guère autrefois, car il semble que le .cours d'eaU
a,oi.' d'accès de ce côté; peut-être l'archi- y avait son lit au temps des Cams.
TEMPLE A.

Firr. 72. - Mi So'n A.


Tour AI' race-No

2!l.
3(/1) GROUPE DU CIHQUE DE Ml SO'N,
type complet, d'une exécution très soignée et d'un décor très élé-
gant, et que singularise sa double entrée. Les deux vestibules, ap-
parents seulement au dehors, ne forment point salle antérieurc,
comme dans la forme classique.
La salle cst carrée et fort élevée. Ses murs s'infléchissent à partit'
du dernier cinquième de la hauteur et leur inclinaison prend celle de
la VOltte à encorbellement qu'ils supportent. S'ix niches à luminail'C se
voient au milieu des faces N. et S. et dans les ~coinçons des autres
parois. L'idole était un linga, brisé, dont la cuve à ablutions ren-
versée correspondait à un somasiilm relevé dans la fausse porle N.
Il est impossible de savoit, si le liitga était tourné à l'O. ou à l'E.
Sur le grand axe de l'édifice, deux larges couloirs identiques
correspondent aux deux portes qui s'ouvrent sous des porches. Ils
s'allongent, partie sous les murs mêmes de la tour, partie sous les
superstructuL'Cs des vestibules. Sous les murs, ils sont couveÎ'ts par
une vo~te à encorbellement, dont l'ouverture est maintenue dans
son écartement, pour plus de précaution, par des étrésillons de
pierre. Une voûte en pyramide, qui part d'un niveau plus élevé,
soutient les parties hautes des vestibules. Elle pose, des côtés sur
les parois latérales, d'une face sur la vofite précédente, de l'autre
SUl' l'encadrement rigide de la porte ,ensemble d'ailleurs puissant.

ct d'une résistance énorme. Cependant une disposition ingénieuse


soulage le linteau. Le pan de voûte qui reporterait toute sa charge
SUl· ce dernier est prolongé en demi-pyramide et va reposer sur
l'arc d'ouverture et sur les murs du porche, déchargeant d'ulilant
le système de la porte. (Cf. !J. E. F. E.-O., t. IV, p. 81 5, fig. 1 9, )
La baie d'entrée occidentale est doublée en arrière de deux co-
lonnes en briques à profils symétriques; à l'E. elles sont remplacées
par des murailles nues. Deux piédroits de pierre, simples, et lin
linteau, sans doute sculpté, sous tympan de pierre, encadraient
les baies à l'extérieur.
Le soubassement général constitue la vaste terrasse qui reçut
t0111' et templions. Elle se décl·oche suivant le plan compliqué de '
TE~IPLE A. 341
cet etisemble et présente deux étages de disposition différente.
Celui d'en haut s'interrompt pour laisser place au soubassement
ùes édicules. Dans l'étage inférieur, chaque panneau est formé de
cinq motifs. Le cours de moulures ornées, dissymétrique, profil
même du soubassement, fait saillie aux angles en un petit pilier à
. triple plan. Celui-ci forme aussi motif central et se décore d'une
niche curieuse que porte un soubassement orné d'un lion assis.
Le fronton recreusé, est composé d'une tête de monstre à larges
crocs; de ses lèvres pendent des guirlandes; deux têtes de ma/mm
s'échappent de sa gueule et soutiennent d'autres guirlandes du bout
de leur trompe. La figure qu'enferme cette niche est vêtue d'un
sarong à grand pan latéral. Les vides, enfin, sont occupés par des
personnages montés sur des éléphants.
L'étage supérieur est un petit soubassement à profils symé-
triques, à doubles ressauts, ornés alternativement d'éléphants pas-
sant ou de lions issant.
Cette terrasse relevait l'ensemhle des constructions de Al à près
de deux mètres au-dessus du sol de la cour. On y accédait à l'O.,
et à l'O. seulement, par un perron Ùont il ne reste ({ue les deux
échifl'res de pierre, qui sont énormes.
Le corps même de la tour est garni de pilastres et entrepilastres
aux rinceaux élégants. Base et corniche ne sont pas identiques. La
hase est du type à congé et doucine, qui deviendra plus tard le
motif classique des hases comme des corniches. Elle est ornée d'ap-
pliques à trois plans, dont il ne suhsiste malheureusement presque
plus rien; le premier corps était formé d'une niche à colonnes et
sous fronton, enfermant une figure en prière. La corniche est du
type à doucine, mais d'une comhinaison spéciale que nous désigne-
rons partout sous le nom : Cl type de Mi So'n'll. Elle débute en bas
par un filet; sur lui, une rangée d'imperceptibles petits balustres
vient soutenir deux quarts de rond opposés; un cavet s'en détache,
qui vient se terminel' par un petit quart de rond; un autre s'y op-
pose et de son assiette se détache la doucine terminale qu'un filet
GROUPE DU CInQUE DE Mf SO'N.
sépare de la grande face. Détail curieux, la division des pilastres
en deux bandes se continue dans la frise à guirlandes pendantes,
parfois dans le double qual'L de rond opposé; tandis que Je système
du cavet et de la doucine est à son tour partagé en trois parties
par de profondes entailles enJermant des champs où sont sculptées
des feuilles cames, au droit des entre pilastres comme au droit des
pilastres. Grande face et moulures sont également décorées .
De chacun des deux panneaux de la frise à guirlandes pendantes
sur les pilash'es et du panneau de cette frise sur l'entl'epilast"c
sort ici un buste d'apsaras; la grande face sculptée de rinceaux porle
au droit du pilastre une figure de garuqa saillante, les ailes éployées.
Sur cette face s'élève un bahut orné d'une succession de niches qui
abritent des orants; de l'arête part la doucine plate du tert'asson.
La frise soutient aux ang'les des amortissements, fort ruinés, mais
pas assez cependant pour qu'on ne puisse les l'econnaHre analogues
à ceux des édifices mieux conservés pour ce détail, B5 et C2 •
Les fausses portes latérales sont tt'aitées comme les projections,
sur les parois latérales de la tOI1l" de façades I~troites d'édifices à pi-
gnons. Leur composition n'est pas identique. La fansse porte N. se
rapproche davantage du système des vesLibules; la fausse porte
S. est plus Ol'iginale. Elle est constituée par deux corps, mais le
corps antérieur est double. Le corps postérieur est traité suivant.
la forme de l'édifice même figUl'é et présente à l'étage principal des
pilastres à base avec appliques et corniche, l'une et l'autre du type
à cavet. De hauts amortissements s'élevaient aux angles de ce COI'ps
inférieur; bien qu'il n'en reste rien, leur existence est nettement
accusée par le fait que les pilash'es n'ont pas été sculptés dans les
parties que ces amortissements cachaient. Les pilastres, sans divi-
sion, sont ornés des mêmes beaux rinceaux. Sur cet étage s'en élève
nn second à simple COI'pS, traité de même; il est orné au centre
d'une niche à double plan, accompagnée surIes côtés de deux
niches plus petites. Sans doute un fronton décoré s' élevait au-dcs~
sus, mais il n'en reste plus rien de reconnaissable. Le corps anté-
TEMPLE A. 3lt3

rieur à double plan simulait une porte. Le bas en était masqué


par les édicules A5 et AG, et les pilastres qui forment le premiel'
plan ne sont décorés que dans le haut. Le plan postérieur, plus
élevé, est muni d'une base et d'une corniche, et porte un fronton
dont les bords extérieurs, seuls visibles, sont formés d'une suite de
feuilles rampantes. Les piédroits du plan antérieur n'ont que des
plinthes et des impostes simples, accompagnées de la frise à guir-
landes pendantes et réunies par un linteau de pierre; ils portaient
un fronton recreusé en coupe de cloche, et à tympan décoré. Les
moulures qui lui faisaient une archivolte s'encadraient de feuilles
rampantes et se terminaient en bas sous deux cavaliers vus de
profil, montés sur des gajasÏl.nha.
Le premier étage de la tour ne montre que trois pilastres,
celui ou milieu plus large; l'entre pilastre est marqué comme les
pilastres par des niches appliques d'où se détachent des figures
d'orants. Le fronton recreusé est orné d'une tête de monstre et de
profils décorés de feuilles rampantes et terminés en tête de ma!cara.
La corniche et tous ses éléments répètent ceux du corps principal.
Les fausses portes sont remplacées par des fausses niches de grande
importance, en deux corps divisés à leur tour. Le corps postérieur,
simple en plan, est double en élévation, car au-dessus de sa cor-
niche s'élève un corps plus étroit flanqué d'amortissements et
couronné d'un fronton ondulé, qui dépasse la corniche corres-
pondante de la tour, liant ainsi d'une façon très heureuse la
composition d'un étage à celle de l'autre. Le corps antérieur se
partage horizontalement en trois plans que surmontent trois fron-
tons. Le premier motif est constitué par une niche à colonnes; elle
enferme une figure d'orant.
Le deuxième et le troisième étage de la tOllr répètent exacte-
ment avec moins de largeur ce premier étage.
Nous n'avons aucune donnée pour le corps du quatrième, mais
nous croyons que la pierre terminale était un cÔne curviligne octo-
gonal; c'est du moins ce (lu'indiquent une partic de la pielTc (le
344 GROUPE DU CIRQUE DE l\lÎ SO'N.
base trouvée au pied de la tour et la comparaison avec la pierre
terminale d'une tour de la m~me série, B3'
Les vestibules sont traités comme de petites toms, non dé-
gagées, il est vrai, de la paroi; de même que dans le sanc1uail'e
Cl' ils constituent une véritable réduction de Hédifice principal. Le
corps présente la même composition de pifastrès et d'entrepilastres,
de base et de corniche, ,Mais les pilastres ne sont pas recoupés, la
base est du système à cavet, les appliques sont à double plan seu-
lement; la corniche est du type de Mi So'u; une figlll'e d'accent,
taillée dans la brique, masque la rencontre de la graude face de
corniche avec la paroi, Les fausses portes sont à triple corps el à
quadruple fronton : le corps postérieur est à corniche et base du
même type, à cavet; le corps intermédiail'c ne fait que doublet'le
corps postérieur, en avant, dans le bas; le corps antérieur est con-
stitué pal' des pilastt'es ornés qui ont même profil de base et d'im-
poste, un haut motif de doucines opposées. lis enferment \lne
grande niche d'orant à pilastres et à fronton recl'eusé, monlée SU/'
un soubassement important. Ils soutiennent un linteau de piefJ'e,
support d'un fronton ,'ecl'ensé, dont le tympan montre la masse
d'un décor resté par malheur en épannelage, La composition
de ce fl'onton et des frontons postérieurs, accusés pal' des rangs de
feuilles rampantes, est analogue à celle des frontons de la fausse
porte de la tour. Elle donne un élément de plus : le motif en
amande qui masque le départ des moulures d'archivolte. Aux étages,
réduction de ceux de la tour, les fausses niches sont constituées pal'
trois corps, Le dernier est surmonté d'un second étage, accosté
de deux petits amortissements et complété par un fl'onton ondulé;
l'intermédiaire porte un tympan en ogive, et le premier est une
petite niche à orant dont le couronnement est traité dans le motif
de la face de monstre qui dévore des serpents à tête de rnakara.
Des portes, il ne reste que des fragments: l'arrachement du
corps postérieur, des parties de piédroits ou des piédroits entiers,
peut-être un linteau orné et un tympan nn.
TEMPLE A. 3lt5

Templions A 2-7' - Autour de ce l.alan important et sur ,~ ter-


rasse commune existaient six petits sanctuaires (pl. LXIX à LXXII).
La terrasse seule donnait accès à ces édicules; ils s'y ouvraient par
des portes sans vantaux et dans des sens très divers (i). Quatre sont
identiques dans leurs formes; d'un cinquième A2' sans doute pareil,
il ne reste rien;.le sixième mérite une mention spéciale. La salle
que contenaient ces six templions n'a pas un mètre de surface et
l'on ne pouvait s'y tenir debont. Nous n'y avons retrouvé UIlClllJC
idole en place (2).
Chacun de ces édicules A3-5 et A7 (fig. 73) s'élève sur un petit
soubassement à balustres qui met son sol au niveau de la terrassc.
Les parements sont ornés de pilastres recoupés (lui se profilent
dans unebase du type à cavet; eHe s'accompagne de figUl'es d'orants
dl'essées devant une masse de briques qui les dégage du profil. Les
fausses pOI'tes et les portes sont à double fl'onton, orné d'une
façon analogue à ccux de la tour même. Les pilastres du corps
antérieur enferment, aux fausses pOI'tes, des imitations de vantaux,
flue précèdent de raides pel'rons qui tombent dans le vide. Ces
templions comportaient un étage au moins, il n'en reste rien que
la masse.

Édicule AG' - En pendant à A3' s'élève un édicule d'une forme


différente (3). Il n'a qu'un étage et ses rnUJ's O. et E. seterminent par
(1) La (li~position semble telle que les re dernier monument quelques-unes cie
entrées aient été normales au pèlerin ou cés fignres son t encore en place.
au pI-être 'l"i faisait le tOllr du ffrand (') Cet édicule rappelle la silhollclle
sanctuaire, en laissant tOltiours à droite tles édificesSud qlli setrollvent dans une
les divinités enfermées dans ces pagodons, même position relative dans les temples
disposition qui correspond peul-être au orientés exactement (voir ici B. pOlir BI'
sens du pr(l(lnk~ilJa. C3 pour CI' H6 pour Hl)' Il semble ce-
(1) Il semble probable qne la série des pendant que l'emploi de cette forme ait
figlll-ines assise-; devant des c11e\'els, décou- \lne autre raison ; en effet la face N. de
vertes aux environs de Al' proviennent A., extérielll'e et tournée dn côlé du
de ces templions, hypothèse que confirme sanctuaire voisin et postérieur Al,' Il'a
la présence d'une série semblable de pa- pas été sculptée. sans doute parce qu'elle
godons et de statuettes dans le temple B était avant la construction de AI, invi-
etdans l'p./lrcinte 1 rie 1)(1ng- DlPo'ng; dans sihle, ('omme elle l'est devenue après
346 GROUPE DU CIRQUE DE Mf SO'N.

un pignon courbe. Il ouvee au S. pal' une petite porte. Les parements


longs sont ornés de pilastres, les pignons sont occupés par une

Fir,. 73. - Mi SO'n A.


Templions A, et parois sculptées de AI'

petite figure assIse sur un éléphant debout; elle se détache d'une


sorte de dossier orné.
l'elle édification : il est à présumer pat' il cel incendie el eût été assez respecté p:!\'
suite ou que la constl'Uction de AI. fut le fen pour qll'on ait cru devoÏt' Je consCl'-
pl'évue dès celle de AI' ce qui est peu ver: sa ruine postérieure alll'ail seule pe l'-
Vl'aisemhlalJle, ou, ce qui paraît plus pro- mis alors l'édification de A1.' Gêné pal' la
hable, que AI. a remplacé un monument proximité d'un atltre é(lilice, l'architecte
anlérieur soit en construction légère el aurait ainsi été obligé (le traiter AG sui-
édifié en même temps que AI' apl'ès l'in- vant IIne composition en Jonffueur qui en
cendie du lem pie primitif, soit un bttti- réduisait l'assiette el en pel'meLlait ainsi
menl en IIWr:ülllH'l'ic qui 'lIIt'ait édlllppé la COlIsll'Uction (Jans un ('space exirrn.
TEMPLE A. 347
Cour de A. - L'ensemble A.-A7 se dressait dans la partie pos-
térieure d'une cour (pl. LXVIII) enfermée de murs, que les eaux
ont renversés, arrachant en bien des points jusqu'aux fondations
mêmes. Cette enceinte n'avait qu'une seule entrée à l'O., relevée
comme d'ordinaire par les .deux perrons d'une tOUl'. Fait assez
curieux, il ne semble pas que la muraille ait été poussée jusqu'à Al3
et construite entre Al3 et A12 : aucune amorce n'existe sur les pare:-
ments de ces tours. On est donc tenté de conclure que ces murs
mêmes sont postérieurs aux édifices et qu'ils remplacèrent peut-
H,'e une simple palissade.

Tour d'entrée As. -- Cette tom d'entrée (pl. LXXV) est presque
entièrement ruinée. Elle . s'élève sur un soubassement orné
d'appliques pleines. Le corps présente des pilastres nus qui
se profilent dans une base décorée de lourdes appliques et
dans ulle corniche simple, toutes deux tmcées dans le système il
cavet.
Les fausses portes ont deux plans; un mt~me corps de moulures
se contournant SUI' leurs arêtes leur sert de base; leur double fron-
ton paraît présenter les volutes et l'évidement de tympan en coupe
de cloche que l'on rencontre généralementdans les monuments de
l'art de BÔng Du'o'ng. Il ne subsiste rien des portes que l'une
rie lelll's colonnes octogonales.

Bâtiment Ag. - En avant de cette entrée s'ouvrait une saHe


longue, Ag (pl. LXXV), dont il ne reste guère que la base du côté
ol'iental. Tout le surplus a été emporté par le ruisseau, dont le lit
est à cette heure à près de trois mètres au-dessous de la sur-
face inférieme des fondations. Le peu qui subsiste du décor de
base, profil à cavet. et lourdes appliques, ferait supposer que
cette constl'llction est contemporaine de la précédente. La porte
O., qui paraît avoir été très simple, était munie de crapau-
dines.
M8 GROUPE DU CIRQUE DE Mf SO'N.

Sanctuaire AIO (1). -- Le ka/an Alo (pl. LXXIII, LXXIV, et fig. 76),
bien que de dimensions plus modestes que l'édifice Al, est encore
fort- important. Malgré son ol'ientation irrégulière, il présente le
plan classique complet. Mais le vestibule extérieur ne correspond
non plus à aucune salle à l'intérieur. Cette tour, qui montre un

Fil:' 'j'" - ~Ii SU'II A.


Tour AIO' face O.

système de déco l' tOllt diffél'ent de Al, est forlruinée et il n'en reste
guère debout que la face S.; ce qui subsiste suffit heureusement
à indiquer toutes les dispositions du corps principal.
La cella, en plus des trois niches habituelles, en possède une
autre dans l'écoinçon S. La divinité était un énorme /iti{j'({ qui fail
corps avec sa cuve et qui reposait sur -un piédestal à deux étages.
L'édifice s'élève SUl' un soubassement à ressaut, de profil peu
eompliqué, orné d'appliques h'apues, à frontonimpol'tant et anté-
(1) L'examen de la rencontre !ln sou- clairement que A•• fut élcvé pogtérienre-
!tassemcnt Je AIO avec celui de Al monlre ment à A•.
TEMPLE A.
fixes superposées. Ce système fait place en avant à deux énormes
échiffres, en briques sculptées, entre lesquelles se voit un perron
de quelques marches.
Le corps principal présente cinq pilastres divisés et décorés, el
les deux bandes ainsi déterminées enferment un petit cadre de
moulures également omées. Comiche et base sont du type à cavet.
Les appliques sont à simple corps et à double antéfixe superposée.
De chaque face se détachaient d'importantes fausses portes, qui
nous sont connues par celle du S. Elles sont à deux corps. Le corps
antérieur est constitué par des colonnes octogonales engagées. La
face supérieure du chapiteau est sculptée et forme imposte continue
à ce premier corps. Elle enferme avec les colonnes uil espace rcc-
tangulaire traité en imitation de menuiserie à battement eiselé.
Ce premier corps supporte un fronton sculpté, recreusé Cil son
centre, et dont le haut manque. Chaque partie de ce décol' est
divisée en deux zones par uri serpent, qui sortait sans doute d'une
tête de monstre placée au somm et du fronton; d'autres corps de
serpents fondus avec des rinceaux forment une série de crosses
dans la zone extérieure, qui ne parait pas d'ailleurs concentrique
à celle de l'intérieur. Le frontou est enlolll'é ainsi d'une ligne
ondulée, qui lui donne une certaine ressemblance avec les frontons
du Cambodge.
Le corps postérieur est nlle composition de pilastr'es, à base,
appliqùes, corniche analor,ues, bien que réduites, à celles du corps
[lt'incipal de la tour, à cetLedifl'érence près que le pilastre est sim-
plement divisé sans cadre intérieur. Sur la corniche s'élève un
nouveau motif du même genre, flanqué de deux riche~ appliques.
Des amortissements p;raissent avoir surmonté les angles de ces
deux étages. Au-dessus s'élevait uu gt'and fronton ondulé avec des /
serpents-makara, dont la tHe forlllait le noyau Je chaque crosse orne-
mentale. Le décor qui occùpait le tympan n'est pas reconnaissable .
. Quelque complexe que soit ' déjà cette compositiol!, elle était
encol'e enrichie d'ulle sorle de 'troisième COl'pS sOlltenu SOIIS la co/'-
350 GHOUPE DU CInQUE DE Ml SO'N.

niche par deux espèces de cariatides à mi-corps. Elles supportaient


un nouveau fronton, qui posait SUl' la gt'ande face de corniche et
devait occuper une bonne pal't de l'étage. Peul-être n'y avait-il
pas de fausses niches, mais une succession de frontons dépendant
ùe la fausse porle et allant toujours en diminuant.
Le vestibule présente le même arrangement que le corps posté-
rieur des fausses portes. Il en possédait lui-même: elles enfermaient
une imitation de menuiserie entre des pilastres sculptés. Leur
fronton recreusé est limité · pal-deux zones de décor à crosses
de rinceaux.
La porte de la tour s'ouvrait entre deux colonnes octogonales
pour le premier corps et entre deux pilastres, complets mais saIlS
appliques, pour le second.

Des trois ault-es édifices de celle même enceinte , tous éclairés


par trois fenêtres, deux sont presque identiques et sont composés
comme des tours: ce sont les édifices A)2 et Al3 qui occupent l'angle
S. E.; un a utre AlI est traité plutôt en édifice long. Ils ne
contiennent chacun qu' une salle et sont orientés suivant les axes
de la cour.

Bâtiment AIl' - A l'intérieur (pl. LXXV) la salle rectangulaire


percée de trois fenêtres s'ouvre pal' un couloir très court et · une
pOl'te dont il ne reste que le seuil à crapaudines. Au dehors la
construction s'élève sur un soubassement qui paraît n'a voir été
qu'un simple bahut. Le décor extérieur - base et corniche à cavet,
appliques simples, pilastres divisés, au nombre de quatre -
n'a rien de spécial. Un granù fragment culbuté montre seulement
que la corniche présentait de lourdes figures de gal'll(la ou d'ap-
sams, motifs saillants que nous retrouverons en place aux tours Al2
et A13' Les fenêtres sont traitées à l'extérieur en fausses portes à
double corps. Le corps extérieur est formé de deux pilastres qui se
profilent dans la base commune et s'ornent d'appliques; ils portent
TEMPLE A. 351
un linteau et un ft·onton. Le corps postériem répète ces disposi-
tiolls. Il ne reste que peu de chose de cette tour, et les maçonneries
subsistantes ne s'élèvent pas pills haut que la corniche.

Tours AI2 et A 13' - Les tours A12 et AIl sont en revanche


pl'Psque complètes mais du type réduit (pl. LXXIII et LXXIV). La
tour A12 est entièrement rejetée hors de l'enceinte ct sa face N.
continue la face intérieure du mur N.; la Lour AIl au contraire est
tout entière dans l'enceinte, et c'est la face extérieure du mm E.
qui vient au droit de sa face E. rntérieurement, ce sont des salles
can'ées ou légèrement rectangulaires, couvertes par des voûtes à
encorbellement, qui partent d'assez bas. Les fenêtres s'y présentent
CIl baies étroites et profondes, recoupées encore par un meneau et

un croisillon de pierre, qui réduisent la baie à quatre meurtrières


de l'épaisseur du meneau. Cette disposition curieuse, qui ne laisse
passer que très peu .d'ail' et de lumière, parait avoir été adoptée
pOUl' ne rien enle\'er rie sa solidité à la const,'uelion. L'intérieur

de All offre la particularité d'avoir un panneau de décor d'une


espèce forl rare dans l'art cam: c'est une longue dalle divisée en
neuf parties qui montrent chacune. une figure debout; malheureu-
sement ces figures sont si fI'ustes qu'on ne peut les reconnaitre.
ExtérieUl'ement nous tt'ouvons un soubassement à lourdes ap-
pliques; cinq larges pilastt'es recoupés et cadres d'entrepilastres
simples; base du type à cavet avec appliques à antéfixes; corniche
du même profil ornée de grossières apsaras qui forment cariatides
sous la grande face, curieuses pièces d'accent à corps l'enflé, qui
expliquent celles de BÔna DU'o'ng. Les amortissements sont en
forme d'appliques à quatrc faces.
Les fenêtres s'ouvrent dans des fausses portes à triple corps, Le
corps antérieur est constitué par deux pilastres nus qui enfcrment
un grand champ ainsi divisé en trois parties : en bas, un espace
nu, occupé par une applique plus longue que les autres, puis l'en-
cadrement et les meneaux de pierre .de la baie, enfin un tympan
352 GHOUPE DU CinQUE DE ~Ir SO'N.
légèrement bombé, décoré de cinq larges feuilles flammées. La
base de la tour se continue sur les deux corps postérieurs, mais
sans appliques. Le corps postérieur a, contre l'ordinaire, le départ
de sa corniche plus bas qu'au corps intermédiaire, mais, étant pius
importante, eHe s'élève néanmoins au-dessus de la précédente.
Chaque corps supporte un frontoll indépendant.
Aux étages les murs sont nus, sousnne corniche analogue ù
celle de la tour même et décorée pareillement. Les fausses niches
sont à trois corps qui vont en décroissant vers l'extérieur, et le
corps antérieur est une véritable applique. Le couronnement fait
défaut.
La porte avait un triple corps. Le COl'pS postérieur', formalll,
vestibule, est orné d'une base et d'une corniche légèrement plus
petites que celles de la tour, mais traitées de même. Une ft'ise
de 'petites appliques couronne la grande face de la corniche. Le
second corps est pl'esque entièrement ruiné. Le troisième était
formé de deux colonnes octogonales inachevées; elles posaient SUl'
un socle carré orné de comtes appliques et soutenaient de cUl'jeux
tympans semblables dans les deux tours, mais de dimensions dif-
férentes. 'l'rois êtres bizarres (fig. 75) qui paraissent des lions,
les occupent, l'un debout, les autres accroupis; dans l'un comme
dans J'autre, les sculptUl'es ne sont qu'épannelées.

Traces d'un édifice inachevé.~· Non loin de ces toms (pl. LX VIII)
mais plus près de la tour Al, se voit un amas rectangulaire de
pierres grossièrement taillées qui reposent sur une fondation
de briques. Il semble que ce soit là l'ébauche d'une salle analogue
aux édifices Sud classiques (I).

Sculptures du temple A. - La tour Al a perdu sa divinité; il ne


l'este que le piédestal qui la portait. Sur la cuve à abblutions, une
(1) Nous n'avuns pas jugé utile, en placement de ces blocs, d'entreprendre
raison des frais con sidérables et de la ce travail, qui ne nous e"'t donné proba-
pel'le de temps qu'mu'ail entraînéS te. rlé- htelllenl aucun résultat.
TEMPLE A. 353

. légère saillie circulaire forme une petiteplate~forme percée de


nen f trous disposés en quinconce, larges de 0 rn.07 et profonds
d'autant. Ces trous semblent correspondre au scellement d'une
pièce circulaire - sans doute un linga ---- qui n'a malheureu-
sement pas été retrouvée. Le piédestal, fort simple de lignes, est

Firr. 75. - Mi SO'n A.


Tympan; lal1reur, · ~ m. 40.

évidé à l'intérieur et maladroitement appareillé. Il porte SUl' un large


soubassement à ressauts orné d'appliques qui servent de niches
il de petits orants. Le décor, bien que moins riche, est analogue à
celui du piédestal du linga de AlO' Il est caractérisé par la forme
de la petite niche, que nous trouvons encore, mais avec un bien
plus beau développement, dans le degré inférieur du piédestal
de El.
H semble qu'il n'y ait pas trop de témérité à vouloir reconnaitre
les divinités des six petits sanctuaires annexes de la tour Al dans
six petites ~tatues qui furent trouvées en divers points du groupe A,
soit abritées dans les tours, en dépôt, soit mêlées aux décombres.
(Voit, plus haut, p. 3 ~ 5; note 2.) Quelques-unes de ces figures sont
A~~ ,\\I. - 1. !l3
354 GROUPE DU CIRQUE DE Mi SO'N.

reconnaissables à leurs attributs; l'identification des autres deman-


dera une certaine étude. Elles sont généralement assises sur un
piédestal il profil peu compliqué, derrière lequel se l'elève comme
fond un motif décoratif parfois fort simple, parfois très découpé.
Ces statues, pas plus que celle de B6ng-DU'o'ng, n'ont de cuve il
ablutions. Aussi bien ces sanctuaires sont-ils si petits qu'un prêtre
n'côt pas eu la place nécessaire pour y faire des oblations. La
divinité est assise à l'indienne, les mains étendues sur les genoux.
Le torse paraît généralement nu; les reins sont ceints de la grande
pièce d'"étoIre, qui se porte en sarong ou ensampot, suivantlesexe;
la tHe est surmontée d'un haut chignon, divisé en plusieul's étages,
d'olt retombent deux mèches de cheveux à chaque niveau de la
coilTure dans le plan des oreilles. Celles-ci portent ulle série d'an-
"neaux brisés enveloppant chacun des filets des lobes distendus,
qu'un gros bouton allonge encore. Parmi ces figures, Brahma
et Sürya se reconnaissent il leurs animaux emblématirrues, oie et
cheval galopant; une autre a comme và/uma un rhinocél'Os; une
quatrième divinité est une déesse sans aucun attribut; deux autres
des dieux de même (fig. 7G).
Dans ce groupe nous avons également trouvé une figure de
" Skanda, assise les pieds cl'oisés sur un paon dressé, dont la queue
lui fait un dossiel' rectangulaire. La main droite tient un glaive. La
coiffure est curieuse: elle forme Hne sorte de petit bonnet il quatre
cornes, Le dieu n'a pas de bijoux représentés, mais des trous sont
percés pour permeltL'e de fixer des joyaux vrais aux poignets et auX
oreilles,
Il existe encore une petite statue de femme aux seins puissants,
le torse nu; tête, bras et jambes lui font défaut.
La tour Alo a conservé sa divinité, qui est un lùi{fa; il fait corps
avec sa cuve, dont le bec est tourné au N. La composition du
piédestal est exactement celle que nous avons décrite poUl' celui
de Al; elle est aussi très voisine du second état du piédestal de El'
Les petites figures en pierre des niches sont spirituellement traitées;
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35G GnOUPE DU CInQUE DE Mi SO'N.

ce sont des hommes vêtus du sarong à long pan latéral, coiffés du


1/tlllw{a ct couverts de bijoux; un seul est sans joyaux, n'a qu'un
pagne, l'orLe harbiche et semhle être un ascète. SUI' ce degré et
aux angles du piédestal, se plaçaient sans doute quatre socles mou-
hll'és, carrés, entaillés SUI' l'arête pour envelopper la plinthe, et
vraisemblablement destinés à porter un dais au-dessus de la divi- .
nité. Nous avons un exemple moderne de cette disposition à Po
Klaun Garai et surtout à Po Romë. II dut exister un al'rangement
semblable. autour du piédestal de Al, car nous avons retrouvé,
dans le voisinage, des dés moulurés de même forme et de minces
colonnes octogonales.
Quelques pièces découvertes avant les fouilles ont été portées au
musée de l'École et inscrites sous les nOS S 6 et S 5. L'une (S 6)
présente une file de sept lii'fIa qui portaient des attributs découpés
dans des lames de métal: il ne reste aujourd'hui que ·1' entaille des-
tillée à les recevoir et les points d'attache qui les fixaieut. Il semble
qu'on puisse y reconnaître du N. au S., en supposant la pièce
ol'ientée à l'O. : 1 ° un disque à pied ou un vase; 2° un trident; 3°
une lance ou une flèche; 4° un disque à rayons; 5° une corne ou
un cor; 6° une conque (~); 7° des foudres (~). Un autre groupe
(S 5) de cinq lÙlfIa posés sur une cuve à bec et à trou d'écou-
lement, où le linga central n'a laissé qu'une faible trace, montre
encore quatre trous de scellement qui semblent avoir porté les
tiges métalliques d'un dais. Nous avons dégagé également des frag-
ments d'un autre gro~pe de lùiga qui en comportait au moins
deux. Toutes ces divinités durent être enfermées dans les sanc-
tuaires en constructions légères qui meublaient la vaste COUl' du
temple A.·
Enfin, deux mauvais Nandin de petite taille sans collier et Hon
symétriques ont été trouvés avec un linga sans cuve sur une gros-
sière terrasse faite après coup devant Al'
Inscriptions du temple A. - Le groupe A a donné un certain nombre
d'inscl'iptions, mais presque aucune n'était en place.
GROUPE A'. 357
Il semble que ce soit sur la terragse postérieUl'e O. qu'aient été tmuvées les
trois stèles, l, II et X, aujourd'hui conservées au musée de l'École; les blocs
V et VII ont été découverts, l'un sur les mal'ches de AJO' l'autre devant le
même édifice. Le piédroit antérieur N. de la porte O. de Al portait une in-
scription qui a été grattée. Eufin on areclleiBi plusiems fragments paraissant
provenir des piédl'Oits extérieurs du porche O. de Al et une grande stèle com-
plètement Mchée.
La stèle J, tmnsportée au musée de l'École sous la cote 1 l, est une dallc brute
en grès gris de 2 mètres de haut sur 1 mètre de lal'ffe, arrondie à la partie
supérieure et inscrite sur deux faces, de 1 i liffnes sur la face principale, et de
10 lignes sur la face postérieure. L'inscription, en prose sanskrite, a pour au·
teur le roi Bhadravarman 1er (v· siècle çaka) et pour objet l'érection du temple
de Bhadreçvara (cr. B.B.F.E.-O., t. II, p. 187 etsuiv.).
La stèle II, gravée sur une pierre d'une nature schisteuse, qui en a com-
promis la conservation, est très mutilée; elle figure au musée de l'Ecole sous
la cote 1 8-9' - EUe montre deux inscriptions. La première comporte 24 lignes
. sanskrites. Elle est du roi régnant ÇaQlbhuvarman (VI" siècle çaka) et rappelle
l'érection du ÇaQlbhu bhadreçvara; la seconde face, due à Prakaçadharma ou
Vikrantavarman, en sanskrit, est illisible (cf. B. E. F. B.-O., t. II[, p. 206-211).
L'inscription V ffravée sur la tranche d'une dalle reclangulaire de pierre
blanche qui fut trOUl'f)C au perron de Alo , ne comporte que deux lignes en Vet'S
sanskrits. Le roi Prakaçadharma (Vi" siècle çaka) y mentionne l'érection d'un
sanctuaire à Kuvera ( cf. B. E. F. E.-O., 1. IV, p. 928 ). Elle est au dépôt dc Ml So'n.
L'inscription VII, d'une liffne en sanskrit, gravée sur le tambour médian
d'un piédestal circulaire dont nous ignorons l'oriffine précise, mais qui était
culhuté devant A\O' commémore l'érection d'une statue d'or de Parameçvara
par Vikrantavarman If<.
L'inscription X est ffravée sur les deux. faces d'une petite stèle (0 m. 80 X
o m. 40 X 0 m. 44) conservée à l'École sous la cote 1 7. La face A contient
l'invocation 1;lus 1 t lignes; la face B, 12 lignes en caractères penchés et en
sanskrit. Elle est en grande partie illisible (cf. B. E.F. E.-O., t. VI, p. 932).
Les piédroits du porche O. de Al' retrouvés en débris, portaient unc
inscription ),,1chée, ct une autre, de Jaya Harivarman 1er (XIIe siècle çaka),
~iffnalée par M. FINOT, H.E.F.E.. O., t. VI, p. 97i.

1
(mOupF. A.

Au S. du groupe A se trouve un front de quatre ka/an placés


par rapport au groupe A, ouvet't à l'O., dans la même relation
de position (l'Je les t.rois t.ours l' qui arcompagnent le sa"nctnaire
358 GROUPE DU CIRQUE DE MÏ SO'N.

de BÔng DU'O'ng, ouvert à l'E. Peut-être y en eut-il cinq, car un


espace insolite sépare le sanctuaire A's de la tour A'~, et le ruis-
seau qui passe entre eux peut très bien, après a voi r brisé la paroi
de roches qui le rejetait à l'E., avoir balayé jusqu'aux dernières
traces d'un édifice intermédiaire; son lit est, nous l'avons dit, de
près de trois mètres en dessous du plan inférielll' des fondations
de ces t.ours. Mais il est peut-être plus vraisemblable de supposer
que A'r a été le sanctuaire principal d'un temple complété par A'2
et A's, tandis que A"n qu'il vaudrait mieux appelel' alors Ali, aurait
été le kalan unique d'un autœ temple. Le, passage du ruisseau
eût été en ce cas très facile, puisque aucun édifice ne lui aurait
barré la route.
JI n'existe aucune trace de murs d'enceinte ni SUl' l'une ni SUl'
l'autre rive du ruisseau et aucune amorce sur les murs A. Si ce on
ces temples eurent, comme il est probable, une clôture, elle dut
rester à l'état de palissade, et les édifices annexes qui paraissent
nécessaires à l'existence d'un temple ne furent sans doute que des
constructions Jégèl'es.

Sanctuaire A'r. - La tour A'r est construite sur le plan réduit


classique et orientée à l'O. (pl. LXXVI). Ce n'était, quand nous
l'avons découverte, qu'ull tertre de décombres recouvel't d'arbustes.
Elle abl'itait un lùi{fa monté SUI' un piédestal peu compliqué. Un cou-
loir long qui se détache de cette salle avait ses angles largement
abaLtus; il menait à une porte extérieure simple que précédait un
riche encadrement de colonnes el d'lin lint.eau au sommet d'nn
penon très ruiné.
Des parties extérieures il ne reste qU'ull double soubassement el
la base du corps principal, le tout en mauvais état. On reconnat!.
le pl'ofil à cavet, des apIJliques de forme analogue ù celles de Aro
omées d'antéfixes ou d'animaux, éléphants ou lions, les ])l'emiers
passant! les seconds issant ou accroupis. Au droit des fausses
portes étaient de 8l'ands perrons à échiffrcs sculptées.
GROUPE A'. 359

Pour la porte, nous avons quelques renseignements: nous en


avons retrouvé en effet les colonnes culbutées près du ruisse au
ct des fragments de tympan. Les morceaux des colonnes ont é'té
raboutés dans l'angle S. O. de l'enceinte A, le tympan relevé
dans Ag. Les colonnes étaient octogonales, engagées, ornées de
pl'ofils symétriques, en haut et en bas de bagues, garnies de frises
à guirlandes pelldantes et de rinceaux sculptés sur chaque côté de
l'octogone.

Tour A'2' - La tour A'2 (pL LXXVII), au N. de la précédente,


est mieux conservée, bien que ses restes ne s'élèvent que jusqu'à
l'entablement du corps principaL La disposition générale parait
être le plan réduit, mais les fausses portes n'ont presque pa" Je
saiIli'e; ce détail, ainsi du reste que le caractère des décol's, rap-
proche beaucoup cet édifice des sanctuaires CG, C1 et F 3'
C'est il l'intérieur une petite salle rectangulaire, sans niches à
luminai,'e, ouverte à l'O. par une porte rejetée, comme en A'H au
ho ut d'un couloir. Ce kalan s'élève sur un soubassement à lourdes
appliques. Chaque face du corps présentait seulement un pilastre
il l'angle; il était divisé en deux bandes qui limitaient un champ
nu. La base est du type à cavet. Les fausses portes sont constituées
par un simple corps fait de deux pilastres de même forme que
ceux de la salle, mais plus ornés: ils enferment un champ vide
que franchissent, en haut, la corniche en guise d'imposte, dans la
]'égion inférieure, la base. Il ne reste du corps de la porte que
la partie du soubassement qui y correspondait.

Tour A'3' - La tour A'a (pl. LXXVII) est ruinée: il n'en subsiste
que des fondations qui montrent qu'elle était de petites dimen-
sions. Elle s'ouvrait à l'O. Aucune partie de son décor extérieur
ne s'est conservée.

Sanctuaire A'II' .- Le sanctuaire A'4 (pL LXXVII), le demiel'


édifice et le plus méridional, étnit dissimulé dans lin tertre de
360 GROUPE DU CIRQUE DE MÏ SO'N.

décombres tout. couvert de grands arbl'es. Il est également tourné


vel's l'O. C'est à l'intérieur une salle carrée cantonnée de trois
grandes retraites étt'oites et profondes, et sans niches à luminaire.
Elle abritait une intéressante statue que nous avons, sauf un dé-
bris d'avant-bras, pu retrouver entièrement.
Un souhassement à ressauts, presque en épannelage, règne sous
toule la conslruction et n'a d'intéressant que la silhouette un peu
spéciale de ses appliques. Le corps principal pl'ésente une compo-
sition de cinq pilastres simples; pilastres et entrepilastl'es sont
recoupés de rainures et se profilent dans une base du type à cavet,
probablement ornée d'appliques. Les fausses pOl'tes sont à double
corps: le corps postérieUl' est traité en pilastres, le corps antérieur
enferme entre deux piédroits simples une fausse menuiserie. Au-
devant descend un perron à échiffres de briques. Quant à l'arrière-
corps de la porte, il nous sutlira de dire qu'il n'est que la réduc-
tion du corps principal.

Sculptures du groupe A'. - Comme sculptures décoratives nous


trouvons dans ce groupe le'très intéressant tympan de A'l (fig. 77)
qui, malheureusement, est en fragments. Au centre est un Çiva à
douze hras, dont une partie et les aUt'ibuts manquent. Le dieu
danse sur la t~te d'un homme renversé, aux traits grimaçants,
dont les fesses et un pied relevé supportent à droite du dieu un
piédestal sur lequel est agenouillée une femme en prière. Devant
elle, un enfant couvert de bijoux est debout, nu, les bras croisés,
teHant de la main dl'oite un Mton court dont le bout est brisé. A
la gauche du dieu et faisant pendant à l'enfant, danse Bhpigi,
l'assistant déclJarné de Çiva; Cil pendant il la femme se dresse
Ga1).eça, la trompe levée vers le dieu. Flanquant cet ensemble, aux ..
deux côtés, deux gllerriel's sont debout. 'foutes ces figlll'es sont
posées Slll' des dés. Un motif incompt'éhensible forme dais autour
du dieu et s'arrête au-dessus de la tête des personnages latéraux.
Les seuls éléments de costume à signalm', si nous ne voulons pas
GROUPE A'. 361
.ent.l'el' dans h'op: de détails, sont ceux-ci : le dieu a une haute
coiffure dont se détachent des mèches qui volent autour de la tête; .
son sampot est un peu différent de la forme habituelle et semble
plutôt une sorte de jupe courte. Le personnage que le dieu piétine
a les cheveux flottants; tout son costume ne consiste qu'en une
conlelette. Quant à Bhpigi, il n'a qu'un simple pagne.

Fig. 77. - Mi So'n A'.


Tympan rie A',; hnuteur maxima des restes, environ t mètre.

La divinité de la tour A'l est sans donte un énorme lùiga à hase


canée et à intermédiaire octogonal qui sc fichait dans la cuve à
ablutions trouvée dans cette tour. Cc lir'iga a été relevé par nous
pl'ès du mur S. de l'enceinte A, non loin du point où il a été dé-
Couvert. Le piédestal était simple; la senle disposition curieuse
qu'il présente est qu'il était orné d'éléments rapportés qui en
interrompaient les moulures.
La divinité de A'~ est un Çiva dehout (lig. 78), les jambes paral-
362 GRO UPE DU CIRQUE DE Mi SO'N.

lèles, unies par le sampot et un


renfort postérieur. Les bras, légè-
rement séparés du corps, sont
ployés et portés en avant. La main
gauche tient une fiole, la droite
un chapelet, qui enveloppe la base
des quatre doigts. La tête est sou-
riante sous sa fine moustache; elle
porte un œil vertical au milieu du
front. La coiffure est un haut édi-
fice de cheveux; elle est analogue
à celle que nous avons décrite pour
les statuettes du temple A. Un petit
croissant s'élève sur le dernier étage
de la coiffure; un déco l' qui sc re-
ploie en avant comme une épingle de
métal la termine. Le torse est nu. Le
sampot est à pan antérieur peu im-
portant et à petits plis latéraux qui
descendent SUl' les cuisses. La divi-
nité ne porte aucun bijou sculpté,
mais les lobes distendus des oreilles
sont percés pour fixer un ornement
vrai. Le piédestal est simple; la cuveà
ahlutions est à écoulement intérieur.
Aucune inscription n'a été trou-
vée dans le groupe A'.

GROUPE fi-Co-Do

Sur la rive gauche du courS


Fig. 78. - Mi So>n A'4' actuel du ruisseau s'élève un
Çiva; hauteur, enriron 1 Ill. ho. Ul'oupe de monuments disposés
TE~JPLE il. 363

sur un plan assez compliqué et orienté


vers l'E. (pl. LXXVHI). On y reconnait
deux temples B et C réunis postérieure-
ment en un seul ensemble qui en-
ferme en outre une cour D occupée
par divers bâtiments. L'un d'entre eux,
la tour D., pourrait avoir fait partie
d'un autre groupement, dont l'édifice
principal, en construction légère, au-
rait disparu depuis. Ces différentes COll-
structions semblent avoir presque touché
à l'ensemble A-A' avant les modifica-
tions du cours des eaux.

TEMPLH n.
C'est le plus méridional. Il consiste
en une enceinte à peu près carrée qui
contenait en son centre un kalan, BI,
en gl'ande partie en pierre, de dimen-
sions disproportionnées avec son cadre,
et fort mal construit. Un édifice il deux
porles B2 , qui menace rnine, donne
accès dans la cour. Deux bâtiments
de service, B5 et Bô, occupent les
angles S. E. et N. E. Ce parvis con-
. tient encore deux kalans , l'un dans
l'angle S.O., Bs, l'autre en avant de
ce dernier, B., et une série de sept
petits templions, B, à B13' accolés aux
murs d'enceinte. Enfin une colonnade Firr· 79. - :Mi S~'n C.
Divinité présumée de C,;
RH, qui semble un remploi, s'élevait hauteur, environ 1 m. 75.
de\'ant BJ'
364 GROUPE DU CIRQUE DE Mi SO'N.
Sanctuaire BI' -- Ce kalan, qui paraît une construction de basse
époque, fut commencé en pierre et achevé en briques. Il est du
type réduit, de dimensions énormes, presque celles de Al' L'es-
pace étroit dont on a disposé pour le construire a motivé sans
doute sa forme rectangulai,'e (pl. LXXIX).
La saHe est d'une proportion plus allongée encore que ne le
comporte le dessin extérieur de la tour; elle avait un daHage de
pierre qui reposait sur la brique des fondations. Elle p,'ésente sur
chaque face autre que celle de la porte deux niches placées de
telle sorte que l'une est voisine de l'axe et que la ligne médiane
de l'autre fait symétrie avec l'arête de l'angle opposé de la paroi;
cette composition bizarre et dont la signification nous échappe se
reproduit dans le même sens pour chaque paroi, si bien qu'aucune
niche n'est sur un axe de la tour ni en face d'une autre. Deux
aub'es alvéoles occupent les écoinçons de la paroi E. L'une de ces
onze niches est rectangulaire, les dix autres sont ogivales. De la
salle se dégage un couloir long et étroit, qui aboutit à une porte à
encadrement de pierre. Le couloir s'élargit en arrière pour laissel'
la place du logement des vantaux. La porte est précédée d'un
porche qui a exactement cette nouvelle largeur et qui s'ouvrait.
entre deux grosses colonnes octogonales en partie engagées. Un
vaste perron donnait accès au porche; il est précédé d'une large
marche en accolade.
Nous trouvons extérieurement un soubassement qui allonge son
pi'ofil brutal en suivant les masses du vestibule et des fausses
portes; il est interrompu de distance en distance pal' de gl'ossières
appliques et au droit de la porte et des fausses portes par des .
perrons à IOUl'des échiffI'es, sauf au S., où le voisinage immédiat
de la tour B" n'en a pas laissé la place.
Les pilastres et entt'epilastres étaient simples , bien que recoupés,
en pierre dans le bas ,en briques dans la plus grande partie. La
base est aussi peu élégante que le soubassement et d'un profil à
cavet réduit., coupé des mêmes appliques grossières. La comichc
TEMPLE il. 365

est du type à doucine ordinaire, non du type dit de Mi SO'I1; elle


montre dalles d'arête et pierres d'angle, ces dernières recreusées pour
cllfcrmer les tenons des pièces d'accent, dont nous n'avons plus
que des exemples réduits; ils présentent une forme de feuille den-
telée avec nervure saillante.
Les fausses portes montrent seulement deux piédroits saillants
qui enfel'ment une sobre indication de menuiserie. Des antéfixes
lt'iangulaires en feuille divisée les ornaient sans doute. Mention-
nons devant les socles des colonnes d'entrée, deux trous pro-
fonds de quelques centimètres, qui peuvent avoir servi de porte-
hampe.
Cette tour portait diverses inscriptions sur les piédroits de la
porte intérieure, le mur S. du porche et les colonnes octogonnles.

Tour d'entrée B2 • - Cet édifice qui sert d'entrée à l'enceinte B


pat'aH contemporain du ka/an précédent; il est aussi mal construit
et sa ruine est imminente (pl. LXXIX).
Le plan est le plan général des tours d'entrée : salle calTée à
deux portes sur l'axe pl'incipal. La voûte est en pyramide. Les cou-
loirs sont fort courts. Les portes ont leurs encadrements complets;
la porte E. seule avait des vantaux. Les porches au devant des port.es
sont réduits à presque rien; ils s'ouvraient entre des · colon/les
octogonales, sans bague SUl' l'une des faces, Tous ces piédroits
étaient couverts d'inscriptions aujourd'hui bûchées.
Un soubassement très simple, dont la hauteur varie suivant qu'il
se trouve à l'intérieur ou à l'extérieur de la cour, paraît avoir été
décoré d'appliques au moins du côté extérieur. Le corps est orné
de pilnstl'es recoupés pal' une double rainur'e enfermant des entre-
pilastres à cadres simples. La base, du type à cavet, s'orne d'ap-
pliques dont il ne reste que des traces. La cOl'niche ruinée était du
même profil, si l'on en juge pal' l'étage. Un amortissement termine
Un angle et ne montre plus que deux corps de moulures étagés,
ornés SUI' chaque face d'une applique trapue.
36G GIlOUPE DU CIIlQUE DE l\lÏ SO'N.
Les fausses portes sont à double corps; le corps antérieur pré-
sente deux piédroits qui enferment une fausse menuiserie, sur
laquelle vient bute!' l'extrémité du mur; ils portent une base el
une corniche du même Lype, mais inégalement réduites. Ces deux
corps supportent chacun un fronton; le premier, l'ecreusé en son
centre, montre des épannelages de feuilles et de crosses.
L'étage est d'tine proportion plus haùte que d'habitude. Sur une
petite base, au moins une plinthe, se voient de gI'os pilastres courts
non recoupés, ornés d'appliques aux angles. La corniche, à cavet,
est réduite dans le nombre des moulures. Les fausses niches ont
trois corps. Les deux COI'pS postérieurs offrent en plus pelit le même
IJl'ofil de couronnement que l'étage et une base symétrique; ils
portent deux frontons, le plus saillant décoré des feuilles rampantes
habituelles. Le corps antériem est constitué par deux pilastres
simples qui s'accusent, d'une façon assez rat'e, par un décor de
tt'ois feuilles (Jans le tympan.
Les atTachements des murs SUl' les fausses portes, montrent
que ces murs étaient fort larges et se terminaient sans doute par
un chaperon en forme de coupe de cloche.

Édifice B5" - Le bâtiment B5 joue pOUt' le temple B le rôle habi-


tuel des édifices Sud. Il est ici un peu en avant de sa place orditHlire
ct Il'enferme qu'une seule salle. Le caractère de ses formes ne per-
mel pas de douter qu'il soit contemporain (Je la tour Al (pl. LXXXI).
C'est, à l'intérieur, une salle longue, ouverte latéralement dans sa
partie O. du côté du N., par um; porte à encadrement de pierre ct
crapaudines, précédée d'un petit porche, et dans les parois des
extrémités, par deux fenêtres à trois balustres. Les parois sont incli-
nées pOUl' restreindre la surface à couvrir par la voûte. Cene-ci se
relève verticalement en un long boyau où s'ouvrent les fenêtres
J'un étage simulé; elle reprend ensùite sa direction oblique pOUl'
fermer la pyramide longue qui constitue l'ensemble de la voûte.
L'aération se faisait lJatnrellemen t par les fellêtres de l'étage qui
TEMPLE TI. 3G7
cl'éaient un puissant appel d'air, tandis que les fenêtres basses
devaient servir plutôt à l'éclairage.

Fig, 80, - Mi So'n B,


~:.tince Il,, pign on O.

La composilion extérieure Ile répond nullement aux dispositions


intérieures: elle indiquc cn l'éalité llll bâtiment à deux étages ou
mieux une construction à nef centrale haute, à nef pOUl'tournante
hasse. La cOllvel'tul'e de la fausse nef inférieure est traitée en
doucine renversée fort longue, tandis que 1'extrados de la nef haute
arrêté pal' deux pignons est nn berceau ogival à dit'ectrices incur-
vées vel'S le centre (fil~' 80).
3G8 . GIlO UPE D II CInQ UE DE ~II SO'N.

Le soubassement, fort ruiné, parait présente!' dans un cours de


lIIoulures, tl'ès simple, une alternance de balustres et de ressauts à
tTiple plan. Le corps principal est une succession de pilastres
recoupés, ou, pour mieux dire, traités comme une couple Je
pilastres: car les deux éléments se profilent individuellement dans
les corps de moulures. Ils sont décorés de beaux rinceaux. Les
entrepilastres montrent un cadre de moulures sculptées. Leur par-
tie inférieure est occupée par une grande niche à colonnettes, qui
s'élève sur un soubassement orné de petits dés; il repose lui-
même sur la cimaise de la base. Cette niche enferme une figure
debout, en prière, les pieds sur un coussin de lotus placé sur la
tête d'un éléphant que soutient une double console.
La base est traitée dans le système à cavet et s'orne d'élégantes
appliques qui forment niche et enferment des orants. La corniche
est du type de Mi So'n. Sur la grande face, toute sculptée et garnie
aux angles de pierres d'accent très découpées, court un bahut, que
termine la doucine de couverture de la fausse nef pourtournante.
Ce bahut semble avoir été décoré de figures d'hommes ou d'ani-
maux. La grande face de corniche fait saillie au droit des pilastres
d'angle et supporte les restes d'un amortissement dont nous trou-
verons un exemple mieux conservé à la tour C2 •
Le motif d'encadrement des fenêtres, traité comme une fausse
porte, présente un corps unique. Deux pilastres saillants, munis
en haut et en bas de profils à doucine, soutiennent, par l'inteI'lné-
diaire d'uue frise de petits dés, un fronton recreusé et entouré de
moulur'es qui partent du sommet d'un décor en amande pour
fillir en volutes sous des démons volants. Tout le long de la courbe
règne une garniture de feuilles rampantes taillées en plein dans la
brique. Pilastres et fronton enferment un plan postérieur divisé dans
la hauteur en trois parties distinctes. Au centre est la fenêtre de
pierre, close de ses trois balustres tournés, qui furent placés au
cours m~me de la construction. Au-dessous rèHne un soubassement
orné alternativement de ressauts à double plan et de balustres
TEMPLE H. 369

sculptés qui se détachent sur un dé uni. Ce soubassement est rac-


cordé à la fenêtre SUl' laquelle il fait saillie par une doucine ornée
de petites appliques. Au-dessus de la fenêtre se voit un tympan
curieux: deux éléphants enlacent leurs trompes devant un arbre
au feuillage touffu où l'on distingue des oiseaux, ou bien ébranlent
le tronc de leurs trompes unies.
La porte à trois corps vient en saillie sur la · façade latérale. Le
COl'pS postérieur, qui forme un court vestibule, est orné de pilastres
doubles en épaisseur et non recoupés, profilés dans une base du
système à cavet. SUl' la corniche du type de Mi So'n s'élevaient
peut-être des amortissements; ils accompagnaient un petit étage
qui s'élève au-dessus, orné de pilastres et d'une applique centrale,
et terminé sans doute par une simple corniche du même type, sallS
fronton. Le corps intermédiaire a disparu. Quant au plan antérieur,
il est constitué par deux piédroits à contre-courbes.
L'étage supérieur est traité en petit bâtiment long, arrêté aux
extrémités par des pignons. Sur la doucine de couverture s'élève un
soubassement peu élevé mais fort compliqué, orné d'nne série de
petits piédestaux décorés d'appliques. La face supérieure se découpe
suivant le profil de chaque piédestal et est ornée d'une feuille au
centre, de demi-feuilles aux angles. Le corps même de l'étage est
composé d'une série de pilastres recou pés, doublés aux angles, pro-
filés dans une corniche complète du type de Mi So'n. Ces pilastres
enferment sur les faces longues sept panneaux, occupés soit par
une fenêtre à trois balustres, soit par un sililplc cadre. Devant
chaque pilastre et devant chaque cadre est ulle petite figUl'e debout.
Ces figures se composent Pal' groupes et celles des cadl'es forment
centre. Les f(!çades des pignons sont divisées en trois panneaux :
Ceux des angles sont occupés par de fausses fenêtres à balustres,
celui du milieu est masqué par une fausse niche, qui en réalité
forme meurtrièl'e; elle vient en saillie, et son premier plan est
formé d'une petite niche à colonnettes et à fronton orné. Le pignon
même, cn ogive, est constitué par quatre plans fuyant vers l'inté-
.\~~.\M . - 1.
370 GROUPE DU CIRQUE DE l,fI SO'N.
rieur; lis enferment au centre une ogive aiguë. La voüte qui suit le
même profil, mais en se réduisant progressivement vers le milieu,
part d'un petit bahut en retraite légère sur la grande face de la
corniche. Les angles de celle-ci sont. munis de dalles d'arête, qui
ne sont pas décorées de pierres d'accent.

Édifice Bû' - L'édifice B6' réduction du précédent, s'élève en


face; son rôle reste hypothétique (pL LXXX). Il présente à l'inté-
rieur une salle rectangulaire, percée, dans les petits côtés, de deux
fenêtres à balustres, dans la grande face S., d'une porte. Il est cou-
vert d'une voûte en dièdre pyramidal.
Un très petit couloirinlérieur conduit à la porte, qui dOline
sous un porche peu profond ouvert par une baie à piédroits simples.
La salle contenait une dalle longue et creuse où l'on pourrait voir
un lit de massage (?).
Le bâtiment s'élève sur un soubassement général qui présente
une alternance de ressauts simples et doubles, et se termine par
une petite doucine de couverture.
Cette tom, qui occupe l'angle des murs N. et E. et qui n'en est
séparée que par d'étroits passages, a, par suite, celles de ses faces
voisines de ces murs traitées en épannelage dans les parties basses.
Les pilastres recoupés enferment des champs nus qui sont occupés
par des éléphants debout sur un double coussin de lotus, tenant
un rameau dans leur trompe et portant sur leur tête une petite
figure assise à l'indienne sous un parasol. La base, du type à cavet,
est ornée d'appliques à petits personnages, et la corniche est du
type de Mi So'n. Les fenêtres sont traitées d'une façon analogue
à celle de Bs, mais les tympans n'y sont pas sculptés. La porte ne
se détache pas du milieu de la face S., mais se rapproche de la
paroi O.; elle est composée d'un b'iple corps. Le corps postérieur
forme vestibule. Il est décoré de pilastres simples et d'entre-
pilastres à double cadre. Base et corniche sont du type à cavet,
la base ornée d'appliques à figures, la corniche de pierres d'ac-
TEMPLE B. 37:1

cent; eHe ressaute sur le pilastre d'angle pour porter un amor-


tissement, tandis qu'une file d'appliques décore Je bahut de la
voûte. Le corps intermédiaire est une mince construction de
hriques qui forme fond aux piédroits. Ceux-ci constituent le corps
antérieur; ils sont ornés aux extrémités comme les piliers à contre·
courbes, mais leur ffit est rigide, - simplification heureuse, dont
nous retrouvons un exemple au sanctuaire S. de PÔ Nagar de Nha
Trang. Ces t.rois corps portent un double fronton d'u'ne composition
assez compliquée. Le plan postérieur enferme au nu du linteau et
un peu en retrait du nu des piédroits, un tympan de pierre lisse.
Le deuxième plan est formé de larges moulures qui dessinent un
arc en coupe de cloche et viennent se tel'miner sous deux épanne-
lages, lesquels attendaient sans doute des guerriers montés ou tout
autre motif analogue. Cet arc de moulures supporte, par l'inter-
médiaire d'un piédestal, une niche encadrant une figure assise à
l'indienne, dans une pose de prière. Entre cette niche, dont le
haut manque, et les motifs en épannelage, deux apsaras adressent
lems hommages à la petite figure de la niche. Deux rangs de
feuilles rampantes accompagnaient ces deux plans de fronton d'une
ligne heureusement festonnée.
Au-dessus du terrasson en doucine qui couvre cet étage, s'en
allonge un autre dans le même sens. Il est orné sur ses parois de
pilastres groupés par deux et porte sur chaque face un grand mo-
tif sculptural. Cet ensemble repose sur un soubassement qui fait
saillie seulement au droit de ces motifs. Le fond de ce soubasse-
, ment est le même que celui de l'étage de B5' mais devant chaque
ressaut se détache une tête de naga, dont le cou élargi, presque
divisé en deux, repose sur un petit coussin double. Les motifs dé-
Coratifs du centre des faces représentent Vi~J]u sur Garu~a. Les
ailes de ce dernier forment auréole autour du dieu, dont les quatre
bras se détachent sur ce fond, portant des attributs parmi lesquels
On reconnait pal'fois le disque et Ja conque. Vi~J]u et sa monture
portent 1ntlkuta et boucles d'oreilles. Entre les cuisses de Garu\la
û,.
372 GHOUPE DU CIllQUE DE MI SO'N.
sort un nIÎ{fa; deux autres se dressent près de ses jalllbes, et ses
ailes sont encadrées de neuf ou onze autres têtes: Devant cha(jllc
pilastre se voient des orants; sauf ceux des angles, qui sont de
face, ils sont tournés vers la figure de Vi~l).u.
Cet étage est couronné par une corniche du type deMi So'n,
. mais non décorée. Au-dessus de la grande face se distinguent les
traces vagues d'une ornementation de bahut. La voûte qu'il portait
paraît avoir été en coupe de cloche et légèrement incurvée vers le
centre; il ne reste malheureusement presque l~ien des pignons,
penchés en avant; eHe semble les avoir appuyés par trois saiflics
successives. Ils étaient sans doute en ogive et paraissent inachevél'.
Au milieu de l'extr'ados sur chaque face s'élevait un motif de sculp-
ture devenu incompréhensible, une niche probablement où seul
un soubassement est encore visible et qui semble être resté en
épannelage.
Le porche de cet édifice porte quelques graffiti -indéchiffrables.

Sanctuaire BJ' - Le groupe B contenait, outre BI' deux autres


sanctuaires, B3 et B4' Le plus ancien, B3' occupe l'angle S. O. C'est
un halan carré, de plan ordinaire, et dont tous les détails répètent
les formes d'art de Al (pl. LXXX). L'intérieul', sans niches à lumi-
naire et sans plafond, n'a rien de spécial qu'une dalle carrée mar-
quée d'une large entaiHe circulaire, dans l'angle S. O. Peut-être
indique-t-eBe la portée d'une colonne de dais ou de sa base, Dans
ce sanctuaiee ont' été trouvés deux piédestaux circulaires, une
figure de Gal).eça et une portion de l'aile du paon d'un fort beau
Skanda dégagé en avant de la tour.
Bien qu'il menaee ruine, cet édifice est encore presque complet
à l'extérieur et possède deux étages élevés au-dessus de son corps
principal. Celui-ci pose Slll' un soubassement à petits balustres qui
ressaute avec les saillies du plan. Le décor des parements est en
tout semblable à celui de B" et de Cl' Les fausses portes sont, à des
détails près, semblables. Nous renvoyons donc pOUl' leu!' descrip-

l
TEMPLE TI. 373

tion à celles des fausses portes de Cl' Signalons seulement qu'à


l'étage du corps postérieur le fronton a son tympan en coupe de
cloche occupé par une grande feuille pendant verticalement. La
. porte se détache de la face E. par un court vestibule traité dans
le même sens que les parois de la tour, mais sans niche à figures
et avec pilastres non recoupés. Un second corps, simple pilastre
sculpté, forme transition avec le troisième corps constitué par deux
piédroits à contre-cotH'bes. Les parties supérieures de la porte
mnnquent.
Aux étages, les pilastres se couronnent d'une corniche semblable
à la principale et presque aussi importante; elleélait ol'llée, aux
angles, de pierres d'accent, dont il ne reste plus que les tenons.
Sur la grande face s'élève un bahut sculpté, dont le décor est ana-
logue à celui du soubassemenl de l'étage Bs. Aux angles, il serl de
base à des amortissements traités comme ceux de C2 • Au premier
étage, les pilastres sont ornés d'appliques et les entrepilastres
d'orants; au deuxième, les pilastres n'ont qu'une bande ornée, les
entrepilastres rien. Les fausses niches sont formées de trois COl'pS.
Le plan postérieur présente, aux angles, des piliers rectangulnires
redentés qui supportent une corniche. Un petit étage s'élève au-
. dessus, entre deux amortissements à trois rangs de profils, en pae-
fait état; au-dessus de l'étage s'élève encore un fronton. Le COI'pS
intermédiaire, plus bas et simple, supporte un nouveau fronton.
Enfin le COl'pS antérieur est tI'aité en niche à colonnettes rondes
et enferme un épannelage de statuc.
Bien que les derniel's rangs de briques manquent, nous avons
sans doute le couronnement extrême de la tour dans une pyra-
mide de pierre, étmnglée, ornée dc lotus il la base, découvertc au
pied de cet édifice.

Sanctuaire B4' - L'autre sanctuaire, B4' du svstèmc réduit, infi-


niment moins bien conservé, présente une rorm"e d'art toutc diffé-
rente (pl. LXXIX). L'inl,éricllI' cst muni dc trois niches à luminaire ·
374 GROUPE DU CIRQUE DE MÎ SO'N.

et couvert par la voûte ordinaire. Aux angles sont des pierres de


suspension horizontales.
Extérieurement, un soubassement peu élevé est rev~tu d'ap-
pliques gr·ossières. Le corps est orné de pilastres à double bande
décorative, garnis des rinceaux spéciaux à l'art de SÔng DU'O'ng;
ils enferment des champs étroits à cadre simple. Base et corniche
sont du type à cavet; la base est ornée de lourdes appliques,
la corniche, de grossières cariatides à mi-corps .
De chaque face se détache une fausse porte à trois plans. Ce-
lui d'arrière est orné de rinceaux sur les parties visibles, comme
un pilastre saillant; il montre une base et une corniche réduites
sans les éléments décoratifs dont nous venons. de parler; il sup-
porte un fronton. Le corps intermédiaire est traité de m~me, mais
réduit et orné de demi-appliques; son fronton est richement sculpté.
Le corps antérieUl' est formé de deux piédroits simples, ornés de
rinceaux, qui enferment une grande figure en pl'ihe somptueu-
sement vêtue. Ils portent un petit linteau décoré de motifs de
médaillons analogues au décor de linteau du type 1 du Cam-
bodge (1).
De la face E. se détache le vestibule, qui possède une base et
une corniche réduites et des pilastres traités de même, mais aux
bandes plus écartées, de larges appliques au devant des pilastres,
une corniche sans cariatides. La porte se détache de ce vestibule,
qui forme arrière-plan, par un deuxième corps traité de même,
mais moins élevé. Le premier corps enfin est formé de deux co-
lonnes octogonales à bague, qu'encadrent des pilastres de briques
sculptés, disposition exactement analogue à la composition en plan
des portes du Cambodge (2). Deux marches simples et une en écuS-
son se détachent en avant sans échiIfres.
NOliS n'avolls aucune donnée au sujet de la composition des
étages.
(1) Cf. L. DE LAJONQ lJ lhE, Inventaire p:Jgcs LXXIX-LXXXI ct figures 194 et 19 5.
desc''Îptif des mOllumellts du Cambodge, (t) Ibid., p. LXXVI-LXXVII et fiff. 32 et 33.
TEMPLE B. 375

Templions B, à B13' . - Restent sept templions, ol'ientés dans


tous les sens et adossés au mur d'enceinte, qu'ils dominaient en
partie (pl. LXXXI). Un seul, BIO, moins décoré que les autres,
paraît plus récent. Tous sont traités en petits édifices longs, à étage
et à pignons et sans fausses portes; leur axe longitudinal est per-
pendiculaire au mur sur lequel ils s'appuient. L'intérieur constitue
une logette où l'on ne peut se tenir debout. La voÜte est terminée,
au moins dans le sanctuaire B" par une sorte de cheminée qui se
rejette en arrière et qui aboutissait sans doute dans la meurtrière
du pignon postérieur. Une porte sans vantaux donne vue dans la
salle. . .
Tous ces édifices, sauf BIO, présentent les formes d'art et la
richesse décorative de Al (fig. 81). Ils s'élèvent sur un soubassement
à balustres, qui est même le seul témoin de l'existence de B13. Le
corps est orné de pilastres, six sur les faces lo~ues, quatt'e sur les
petites; ils sont recoupés, ont base à cavet et corniche du type de
Mi So'n flanquée de pierres d'accent aux angles. Au droit des pi-
lastres, de petites figures d'orants se dressent au devant d'un fonù
qui les détache du profil de base. Les derniers pilastres et la face
postérieure se perdent théoriquement dans le mur: en réalité, les
deux constructions se touchent par une surface lisse.
La porte est à double corps et à triple fronton. Le corps posté-
rieur est orné de profils à doucine; le corps antérieur est con-
stitué par deux pilastres de briques à rinceaux. Les frontons
se distinguent par des rangs de feuilles rampantes. Le fronton
antérieur est formé de moulures, qui, se détachant d'un motif
en amande, encadrent un tympan en coupe de cloche, orné
~'un élégant rinceau, et vont finir sous des figures de lions
Issant.
Au-dessus de ce corps, un terrasson en doucine s'orne d'un rang
d'appliques au bahut. Sur ce terrasson s'élève un petit étage à sou-
bassement, pilastres, entrepilastres et corniche, analogue à ceux
des édifices plus important.s. Le pignon présente une fausse niche
37G GROUPE DU CIRQUE DE Mf SO'N.

à meurtrière aveugle en avant, sans doute réelle en arrière; mais


il ne reste rien de ce dernier pignon.
Ces divers édifices sont inégalement ruinés; B7' B9 et Bll sont
seuls encore en partie debout.

Fig. 81. - MiSo'n B.


Templion Bp face O.

Colonnade Bw - Outre ces divel'ses coristructions, il existe en-


COl'e les colonnes d'un abri qui s'élevait en avant de BI et qui IIC
paraît pas, d'ailleurs, occuper sa place ancienne (pL LXXVlIJ). La
composition de ccs éléments est fort élégante; le m.t est octogonal,
cannelé, orné de décors aux deux bouts, sauf dans deux colonnes,
qui sont restées en épannelage. Le chapiteau et la base sont exécu-
TEMPLE n. 3ii
tées avec une rare perfection dans une ou Jeux pierres J'accordées
entre elles et au rôt par des tenons mobiles; ils présentent un

Fir,. 82. - !\fi SO'11 B.


Colonne Il,,; hauteur du d es~us de l'abaque an fùt, 0 m. 7:: .

pl'ofil analogue, qui de l'octogone passe au carré par l'intenné-


diaire d'une gracieuse corbeille ronde. Le chapiteau (fig. 82) dif-
fère de la base par la présence sur les diagonales du tailloir de
quatre petites figures (lui sodent ù mi-col'ps de l'astragale et bran-
dissent des sahres de forme curieuse.

Sculptures du temple B. - La divinité du sanctuaire BI était


sans doute une figure assise (fig. 83) SUI' un piédestal fort simple,
378 GROUPE DU CIRQUE DE Mi SO'N.
qui a été trouvée culbutée et sans t~te au milieu des fragments de
son piédestal, entre les tours B2 et B5' ou un peu en avant.
Il semble que cette figure, qui est d'une bonne facture, soit une
divinité ancienne, conservée dans un temple nouveau, car son
piédestal a des formes très simples que nous ne trouvons plus em-
ployées lors de la construction de BI' La figure est assise à la
javanaise; la main gauche est allongée sur le genou correspondant
qui touche terre; la main droite, posée sur l'autre genou. a son

Fig. 83. - Mi SO'n B.


Statue présumée de BI primitif; hauteur, environ 0 m. 80.

attribut cassé. Le dieu porte en sautoir le cordon brahmanique,


qui est formé d'un serpent. Des boucles d'oreilles, des bracelets
aux bras, aux avant-bras, aux chevilles, les premiers en serpents,
les derniers en cordons simples de perles, constituent sa pal'ure;
un double sampot, son v~tement.
La divinité de la tour B3 était un GaIJeça d'une excellente facture
et d'une conservation parfaite; il y était enterré la tête en bas.
Le dieu est assis dans sa pose habituelle; le bout de sa trompe,
ornemanisé, repose dans une sorte d'écuelle ol'llée de feuilles
TEMPLE B. 379

Fig. 84. - Mi So'n D"


Skanda; hauteur totale. eA viron 0 ID. 80.
380 GROUPE DU CIRQUE DE MÎ SO'N.

de lotus qu'il tient de la main gauche; un petit objet cylindro-


sphérique se voit dans sa-main droite. li porte un œil au milieu
du front. Son cordon brahmanique est un serpent dont la queue
se noue à la tête. Le dieu est vêtu d'un sampot et ne porte pas de
bijoux.
La statue de Skanda (fig. 84) que nous avons découverte devant
ce /;;alan fut sans doute déposée à l'intérieur à une certaine époque,
cal' on a retrouvé un morceau de l'aile du paon dans les décombres
qu'il contenait : peut-être cette élégante pièce était-elle installée
dans un sanctuaire en bois qui a moins duré qu'elle. C'est une des
rares œuvres d'art tout à fait réussies que nous devions aux èams.
Le dieu est debout au-devant d'une sorte de fond simplement
mouluré, qui le sépare de la queue du paon. Celui-ci est accl'oupi
faisant la roue; toutes les plumes sont finement indiquées jusqu'au
revers de la queue. La statuette a le bras gauche pendant le long
du corps; le bras droit, relevé sur la poitrine, tient le vaJra. Le
torse est nu, les jambes sont sans doute enveloppées d'un sampot.
La figure est couverte de bijoux: une sorte de diadème, orné en
avant de cinq fleurons, entoure la tête que surmonte une haute
'coiffure divisée en trois étages de quatre cÔnes réunis par des élé-
ments circulaires. Les oreilles, aux lobe:; distendus, portent des
boutons fort riches, et les filets des lobes sont entièrement garnis
d'anneaux. La poitrine est barrée d'un double collier réuni par un
riche motif central, auquel se suspend, comme au collier supérieur,
une série de pendentifs en forme de flammes. Aux bras sont attachés
des bracelets ornés d'un grand fleuron; les poignets et les chevilles
ont des bracelets simples.
Il semble qu'on doive rapporter aux petits sanctuail'es B7 à Bl3
tout nn panthéon, de statuettes qui, comme celles du groupe A,
font corps avec leur base. Ces figures, tontes assises à l'indienne,
n'ont guèl'e de caractéristique que leur coiffure curieuse, déjà dé-
cl'Île pour leurs similaires de A~ Elles ont le plus souvent les mains
étendues Sil l' les genoux; eUes portent le sampot, et n'ont pas
'l'EMlILE li, ;~81

de bijoux, On y reconnaît Brahma à l'oie sculptée au piédestal; il


lienL un chapelet; Indra, à l'éléphant, qui est Vil de face. Deux
antres figures peuvent être cOllsidél'écs comme représentant Çiva;
l'une a devant elle un bœuf dont la tête est de face, l'autre, un
liaI/clin couché; cette dernière figure semble tenir un pelit [t'riga.
Sl1rya, caractérisé par un cheval, tienl de sa main droite une épée
l'abattue horizontalement par convelltion SUl' l'avant-bras. Un pié-
destal sans statue cnontre comme emblème un rhinocéros. Une
autre figure, d'une exécution meiHeUI'e que les précédentes, était
assise devant un dossier découpé, d'une très heUI'euse compo-
sition.
Rappelons, pour terminer celte énumél'ation, qu'un petit liliga
sans cuve a été trouvé dans ce groupe, ct que près de la tour B,.
s'élève une sorte de colonne cylindr'o-conique, à large empâtement
octogonal, qu'une pierre en cÔne curviligne termine. Peut-être
est-ce encore un énol'me lùiga. Il paraît n'avoir même pas eu un abri
cn construction légère, car il n'a vraisemblablement pas été beau-
coup déplacé, et l'espace où on l'a trouvé est trop exigu pour qu'on
ail pu y élever une construction, même trèE petite.

Inscriptions du temple B. - BI a donné six groupes d'inscriptions. Le


pi(;dI'oit S. de la porte intérieure en offre une (XXHI), le piédroit inté-
l'jeur N., deux (XXV). Le mur S. du '-estibule en monlre une autre SUI' deux
grandes pierres (X VII). Les piédroits extérienrs octogonaux étaient aussi cou-
verts de caradèl'es (XVIII, XXII). Une pierre qui fut remployée dans la
construction de BI' sans qu'on puis,e affirmer que la face intéressllnte y soit
restée visil)le, a donné XI. Une petite stèle (VI) a été trouvée sur les rn-arches
du perron de BI' Une autre a été découverte près de la face O. de B6 ; elle
était, semble-t-il, à sa place ancienne, car elle avait son socle tout à côté (IV).
L'inscription IV est une petite stèle de gl'ès vert de 0 m. 82, 0 m. 55 ct
o 11\. 5~; elle est gardée au dépôt de B; elle présente deux faces inscrites:
A. Invocation, plus 12 lignes; B. 11 lignes; très endommarlée dans le bas;
cn sanskrit, gravée en 601 ç. pal' Prakaçadhal'llla; indication de dons à
Bhadreçvara et Ïçaneçvara. (Cf. B. E. F. E.-O., t. IV, p. 925.)
L'inscriplion VI occupe une stèle de grès vert de 0 m. 85 de haut, u m. 50
de large, 0 Ill. 14 d'épaissellr, au dépôt de B; elle est répm'tie sllr le,; trois
faces: A. Invocation, pIns I~? liglles; H. 15 lignes; C. 13 lignes; en sanskrit;
382 CROUPE DU CInQUE DE Mi SO'N.
en général illisible; gravée en 63 x ç. (le chiffre des unités manque) sous Vikràn-
tavarman 1er ; donations à Çrïçaneçvara età d'autres dieux. (Cf. ibid., p. 928.)
L'inscription XI, 3 lignes et demie en èam, de Hariva.·man ler,à la date
fausse de 713 ç., rapporte l'érection d'Ïçanabhadreçvara (1). (Cf. ibid., p. 113-
115 et 933.) moc de 0 m. 90 sur 0 m.110 environ déposé dans la cour· D.
L'inscription XVII en 8 lignes èames a pour objet une donation de Hari-
varman III en 1036 ç. à çrlçanabhadreçvara; elle fut gravée après montage
du mur sur deux pierres de la paroi S. du vestibule . de BI' te joint coupant
une des lignes. Les deux parties réunies donnent une surface de 0 m. 55 de
haut, de 1 m. 10 de large; elles sont déposées dans la cour D, séparément.
(Cf. ibid., P' -951.)
L'inscription XVIII est quadruple: A. 6 lignes en èam; est l'œuvre du roi
Jaya Indravarman III et contient les dates 1028-1062 ç.; B. 13 lignes en
sanskrit; est du pandit de ce roi; C. 10 lignes en èam; est une donation
au même dieu par le roi Jaya Indravarman IV; D. I l lignes illisibles. (Cf.
ibid., p. 952.) Ce groupe d'inscriptions était gravé surie piédroit extérieur N.
de la tour BI; il est déposé à cette heure dans la cour D.
XXIl est également en deux parties: A. 5 lignes en sanskrit et b. lignes
en èam; est due au roi Jaya Harivarman 1er et rappelle l'érection d'un pràsàda;
11. 10 lignes, en sanskrit; due à Jaya Indravarman IV, petit-fils du précédent;
à peu près illisible. (Cf. ibid., p. 966.) Portée sur le pilier extérieur S. de la
tour BI' cette inscription est déposée dans la cour D.
L'inscription XXIIl, sur le' piédroit intérieur S. de BI resté en place, est
de 19 lignes en vers sanskrits dus au roi usurpateur Jaya Indravarman. C'est
une donation à çrïçanabhadreçvara, en 1085 ç. (Cf. ibid., p. 96H')
L'inscription XXV, sur le piédroit N. resté en place pour le bas, est en
deux parties: A. 10 lignes en èam rapportent une donation de Jaya Para-
meçvaravarman II en 1156 ç. à la même divinité; B. 8 lignes en èam; une
aulre donation à la même par un des sujets du roi en 1152 ç. Bien que
datée d'une date antérieure, cette inscription est au-dessous de l'au Ire. La
partie supérieure A,qui menaçait de tomber, a été couchée sur le mur N. du
vestibule. (Cf. ibid., p. n6.)

TIDIPLE C.

Le temple C (pl. LXXVIII) consel've son sanctuaire ancieu Cl


qui est d'une orientation différente de celle du gl'oupe B. Il est
enfermé par une enceinte aux murs de moindre épaisseur, mais
(1) Au tableau des inscriptions, dans la porte comme trouvée au S. du vesti-
l'article de M. Finot (B. E. F. E.-O., bule (le A,; elle le fut en réalité au S.
t. IV, l" 936). une faule d'impression de B,.
TE~lPLE C. 383

parallèles aux . murs de B, si bien que la cour et le sanctuaire


qu'elle enferme n'ont point la même orientation. Aussi l'entrée C2
est-elle placée obliquement par rapport au mur qu'elle coupe, moins
cependant qu'il ne serait nécessaire pour que son axe prolongeéH
l'axe de Cl' On sent que le constructeur a tenté de courber l'axe
général Cl' C2 , D2' pour le ramener au parallélisme avec l'axe BI,
B2' Dl' Les cinq autres édifiées C, deux bâtiments de service et trois
sanctuaires annexes, prennent l'orientation des murs et par suite
. celle de B.

Sanctuaire Cl' -La tour CI,d'une certaine importance, esttrai-


tée bien plutôt comme un bâtiment long accompagné d\m vestibule
de même nature que com me un kalan (pl. LXXXII). La salle très rec-
tangulaire présente deux grandes niches sans profondeur. La voûte
n'y est pas en pyramide régulière, mais les murs s'infléchissent
d'abord pour servir de point de départ à la voûte qui suit alors le
mouvement extérieur des parois. Il n'existe pas de niches à lumi-
naire, mais dans la face O. se voit du côté S. une petite niche
salls profondeur. Le sol de cette salle a été profondément fouillé;
il n'y reste que des fragments d'un piédestal. Il semble que la di-
vinité de ce lieu fut une statue de Çiva dont nous avons retrouvé
les morceaux un peu partout aux environs; la figure de A'~ en
paraît une réplique mieux conservée (1).
Un couloir ouvre cette sane; une série .de linteaux de pierre
forment, au-dessus, en même temps étrésillons et linteaux. Devant
la porte intérÎeUl'e, il s'élargit légèrement pour former vestibule.
Il est couvert alors par une voûte allongée de l'E. à l'O. qui se
termine en une sorte de cheminée; deux meurtrières cOI'res-
pondant aux fausses niches des pignons s'y ouvrent. Un nouveau
petit couloir se dégage à l'extérieur entl'e les piéd roits à contre-
courbes d'une porte curieuse que précède une marche circulaire
Sur une terrasse coupée par un plan vertical.
Extérieurement la composition accuse avec fl'anchise une
38'1 GROUPE DU CilIQUE DE MÎ SO'N".

division en deux édifices: le sanctuaire et le vestibule" séparés pa l'


une partie nue. Un soubassement compliqué suit les sinuosités de
plan de ces deuxpal'ties.
Le décor du bâtiment principal est identique à celni de B5 , sous
la réserve que les pilastres, les cadres d'entrepilastt'es et certaines
parties de la corniche n'ont pas reçu leUl' riche décor. Les fausses
portes sont composées de trois corps, un corps postél;ieUl' 10l,t im-
portant el deux avant-corps qui n'en font guère qu'un. Le corps
postériem' est divisé en deux dans la hallleur; la partie inférieure '
présente 'des pilastres, une base et une comiche à cavet, le profil
inférieur orné d'appliques; l'étage est décol'é de pilastres et d'uue
cOl'lliche du même système, qui supporte un fronton à tympan re-
creusé et à feuille pendante, comme aux fausses portes de B3 ;
entre les pilastres se voit une petite niche applique du type habi-
tuel. Le corps antérieur est constitué par deux pilastres saillants à
profil de base et d'imposte en doucines opposées; ils portent un
fronton orné de feuilles rampantes, complété du motif en amande:
en haut et en bas sont des cavaliers montés sur des gajasÎI}tha; les
piédroits enferment une niche qui abrite eHe-même un orant.
L'étage repose sur un soubassement continu analogue à celui
des fenêtres de Dl; il présente une alternance de petits piliers unis
par ' une guirlande de feuilles décoratives, d'un effet tl'ès original.
Au-dessus s'élève un décor iùentique à celui de l'étage de B5' à la
différence près que les pilastres sont groupés par deux aux exh'é-
mités, pat' trois entre les petites fenêtres, qui sont fausses bien
(Pl' ornées <le balustres de pierre tOUl'nés. Un certain nombre de
curieuses métopes, gajasilJtha passants, figures dans des niches à
joUI', trouvées aux environs de ce sanctuaire, paraissent en pro-
venir, et le seul rôle qu'on puisse leur assigner est le décor du
bahut d'où partait la voûte supérieure (fig. 85). Celle-ci avait ses
pignons penchés en avant. Un motif ruiné occupait comme dans B/j
le milieu de chaque face d'extrados.
La description du vestibule sCl'a faite aisément, quand nous au-
TEMPLE C. 385

rons dit que ce n'est qu'une réduction' du bâliment principal. Seu-


lement les figures d'entrepilastre y sont supprimées; la fausse
porte est réduite à son corps antérieur, dont le fronton se termine
par une tête de monstre; l'orant qui la décol'e n'est pas enfel'mé
dans une niche.

l<'irr. 85. - Mi SO'n CI'


Antéfixes; hauteur, U lll. 40 et u lU. 45.

La partie nue qui réunit tour et vestibule interrompt les deux


bases et les corniches mêmes, mais non le soubassement général.
Un extrados courbc la tCl'minc el, scmble-t-il, sans l'intermédiaire
d'aucun pl'ofil de départ.
De ce vestibule se détache une porte à triple corps, dont il ne
reste que le corps postérieur, le bas du corps intermédiaire et les
piédl'oits qui formaient le corps antérieUl'. Le corps postérieur el
le COl'pS intel'médiail'e paraissent avoil' été de simples pilastrcs
droits il plinthc; le corps postérieUl' possédait une corniche un
peu réduite. Le corps antéricUl' montre deux piédroits trapus à
Coutre-courbes et un joli linteau; il portait un tympan, dont il
reste une bonne partie.

Tour d'entrée C:!. - La cour qui contenait le 'calan Cl avaitpoul'


entrée la tour C2 (pl. LXXXIII), dont nous avons indiqué les rap-
port d'axe avcc C et B. Les murs qui veuaient buter sur Cl y trou-
vaient deux bouts de muraille d'attente non symétriques: ce qui
UJonÙ'e de toutc évidence que ces murs sont contempol'ains de
!~UII. - 1.

'''l'IUMEJU.t: !f.t.TI U.1U t. E.


386 GROUPE DU CInQUE DE Mi SO'N.

l'édifice. Celui-ci, bien que d'un plan à peine allongé dans le sens
N.-S., a été traité comme un bâtiment en longueur, rappelant
ainsi en réduction le parti monumental de porte employé à D6ug
DU'o'ng. Le sol des cours C et D n'est pas au même niveau, cc qui
amène une certaine différence dans la façon dout sont traités les
soubassements des deux faces opposées O. et E.
La tou l' a deux portes ouvertes sur ses faces longues et deux '
fausses portes SUl' les faces étroites. Des niches peu profondes cor-
respondent en dedans à la saillie des fausses portes. Les portes
sont encadrées à l'intérieur de colonnes circulaires sans profil, au
dehors de colonnes'octogonales parfout culbutées. Portes extérieures
et fausses portes ont un linteau au niveau de l'arrière-linteau des
portes réelles, lesquelles fermaient des deux côtés. Sm' cc plan
assez compliqué s'élève une voûte qui l'est encore davantage; elle
se termine par une cheminée rectangulaire sans ouverture appa-
rente.
Extérieurement, les parois s'élèvent sur deux soubassements de
hauteur différente et diversement ornés. A la face E., le principe
de décor est analogue à celui du soubassement de Cl; à la face O.,
il est semblable à celui de Bl) et de Bô. C'est une suite de balustres
trapus, que nous retrouvons dans ce rôle à d'autres édifices du
groupe. Les parements sont traités comme ceux du vestibule de
Cl pour l'étage principal, comme ceux de l'étage supérieur de B5
pour le premier étage; les niches des pignons de Bs se répètent en
plus ici sur les faces longues. Seules les fausses porles et les portes
sont spéciales et un amortissement assez bien conservé noUS
apporte des éléments nouveaux. Il est constitué comme une petite
tour à soubassement orné d'atlantes. Le corps principal présente
des pilastres et une corniche à pierre d'accent, du profil à cavet
ct de petites niches qui tiennent lieu de portes. Les restes de ce
motif s'arrNent malheureusement au niveau de sa grande face Je
corniche.
Les fausses portes sont à double corps. Le corps postérjeu~ est
TEMPLE C. 3~7

simple et mouluré dans le type à cavet. Il supporte un fronton garm


de feuilles rampantes. Le corps antérieur est formé de deux pi-
lastres redentés, il profil de .base et d'imposte il doucines, qui sup-
portent un fronton il triple plan recreusé en son centre. L'enca-
drement de ce fronton est fo'rmé d'un cours de moulures, qui part
du motif en amande entouré de feuilles rampantes; il vient finir
en deux volutes sous deux éléphants passant, qui portent sur leur
tête une petite figure. Le tympan est occupé par un fleuron des-
cendant, comme dans B3 et dans Cl'
Les portes sont ruinées. Elles possédaient un corps postérieur
identique à celui des fausses portes; Je corps antérieur était con-
stitué par deux colonnes de pierre il section octogonale, à profils
de hase et d'imposte identiques, dans le système à cavet avec bague
au milieu du fût.

Édifice C3 • - Des deux bâtiments qui paraissent contemporains


de Cl et de C2 , l'un, C3 , est analogue à Bs comme disposition gé-
nél'ale, mais réalise le type classique des édifices Sud par sa divi-
sion en deux salles qui se commandent et n'ont d'entrée que dans
la paroi N. de la salle O. (pl. LXXXIII).
La salle intérieure s'ouvrait en dedans. Les murs s'inclinent
pOur diminuer la portée de la voûte qui est en pyramide tronquée
AU-dessus de la section qui reste à vide en haut de ces pyramides,
s'étend une sorte de couloir aux parois verticales; il règne dans
toute la longueur de l'édifice et les fenêtres de l'étage s'y ouvrent;
ce couloir, qui s'15tend sur les deux salles, est couvert à son tour
d'une voûte en pyramide longue.
Extérieurement le soubassement tient le milieu entre les deux
de C2 : les parois sont décorées comme au vestibule de Cl; mais sur
la face S., en partie masquée par le mur de séparation et surtout
par l'édifice B6' tous les pilastres sont engagés dans une maçon-
nerie continue, qui n'en laisse sortir que les têtes. L'étage est sem-
blable à celui de B5. Les fausses niches des pignons sont des niches
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388 GHOUPE DU CIRQUE DE MI SO'N.

à meurtrière; elles sont accompagnées de fenêtres aveugles à ba-


lustres ùe pierre sur la face E., traitées en briques et portant une
indication de panneaux qu'on pourrait interpréter en volets exté-
rieurs, sur la face O.

Édifice C4 • - L'autre bâtiment C4 , sans doute contemporain,


pa mi! jouer ici le même rÔle inconnu que l'édifice Bû pour le
groupe B (pl. LXXXIV). Il présente le même plan allongé, avec
une salle longue percée de fenêtres aux deux extrémités et d'une
porte au S. Le peu qui en reste permet de reconnaître un soubas-
sement à balustres, des décors de parement semblables à ceux du
vestibule de Cl stir les faces N., E. et O., et à ceux de Bû sur la
face S., enfin un arrangement de fenêtre analogue à celui de Bû,
mais où manquent la doucine de l'allège et les appliques qui la
décorent. Nous n'avons guère de données pour les parties supé-
rieures : seul a subsisté un fragment du soubassement de l'étage,
orné de balustres, qui indique une composition analogue à celle
de cette partie dans les édifices déjà décrits.

Sanctuaire C5 • --- Un petit sanctuail'e annexe, Cs, en graml e


partie resté en épannelage, est peut-être contemporain, . rm tous
cas de peu postérieur à l'édification de C2 (pl. LXXXIV). C'est un
lcalan carré sans fausses portes et à mUl'S minces, qui cependant
ont supporté une voûte. La salle intérielll'e, sans niches à lumi-
naire, abritait un lùiglt.
Extérieurement le soubassement ct le décor des parois sout selJ/-
blables respectivement à ceux deC 2 et du vestibule de Cl' Quatre
pilastres ornent les faces; ceux du centre, plus écartés, enferment
un épannelage ~ qui semble correspondre à l'éléphant tIes pare-
ments de Bû,<