Vous êtes sur la page 1sur 669

INVENTAIRE DESCRIPTIF

DES

MONUMENTS CAMS
DE L'ANNA~i
PAil

H. PARMENTIER
Al\CHITECTE DIPLÙlIÉ PAR LE GOL~'·ER:'iE'Œ:ST

CHEP' DU SERYICE ARCnf:oJ.OGIQUE DEL'i:cOLE FRA,"Ç.USE J)'EXTRLhm-OHIEST

TOME II
ÉTUDE DE L'ART èA.\(

PA RIS
ÉDITIONS ERNEST LEH.OUX
28, RUE BO:'lAPARTE, VI"

1918
r~TnODUCTION

Dnlllilé (le la 1I1(;lhod ... ; la mélhotl .. c1assiqlle. - ~éccssité (l'IIIIC anll'c métho(le. -
Emploi !l'un postulllt. - Cc po~lulat. - ~a justification; réscrvcs dans son
Plllploi. - L'illustratioll. - Ahl'l;yilltiolls et cOllYl'ntions.

La méthode que nOlis avons employée dans cette secondo partie


ne présente pas l'unité qui nous eùt séduit; en matière archéolo-
gique il n'est qu'un seul système pour offrir toutes garanties: déter-
miner avec la précision la plus complète un certain nombre· de
jalons, monuments aux caractères francs, datés d'une façon' indu-
bitable, puis rapporter par comparaison à ces termes précis tous
les éléments de date incertaine ou de caractères plus vagues. L'his-
toire came, iL plus forte raison l'histoire de l'art cam, sont trop peu
connues, offrent trop pen de dates hien fixées ou qui se rapportent
à des événements d'un caractère général, pour qu'on puisse s'appuyer
uniquement sur cette assise.
Nous avons, comme de juste, utilisé les moindres éléments con-
nus pour donner (L cette base toute l'étendue et toute la solidité pos-
sibles; elle reste insuffisante et, pour une honne part de l'archéologie
èame, tout l'art du Binh Dinh en particulier, elle fait complètement
défaut. Il nous a donc fallu recourir à une autre méthode; celle-ci
est d'une nature trop spéciale pour que nous ne la décrivions pas
avec précision, car il nous serait désagréable qu'elle passât pour
une naïveté, pénible qu'on la prît pour une adresse. Elle consiste à
procéder uniquement par hypothèses successives, chacune d'elles
prenant une valeur de probabilité de plus en plus grande, il mesure
que les hypothèses parallèles qu'elle implique ou les conséquences
qu'elle entrai ne, se confirment pleinement.
VUI INTlWDUCTION

Cc mode de raisonnement n'est rien moins que rassurant, mais la


science la plus certaine, celle des mathématiques, n'est pas construite
autrement: elle exige toujours quelque postulat au point de départ.
A vrai dire, il n'est pas d'histoire artistique qui n'implique un tel
système: tout fait en ce genre peut être présenté de plusieurs ma-
nières et c'est seulement la concordance finale qui prouve le bien-
fondé du point de départ. Un exemple frappant montre l'incertitude
de telles études: qu'un artiste de génie ne fasse autre chose que
donner leur forme définitive aux tendances de son siècle, est une
idée aujourd'hui universellement acceptée; mais quel brillant il leur
donne et quelle impulsion il leur imprime! Or, dans les époques d'arl
anonyme, comme notre art français du moyen-âge, un tel artiste
peut, d'un saut, faire franchir à son siècle la longue suite des transi-
tions nécessaires d'un point tl un autre; dans le doute, osera-t-on
supposer sa venue ct l'influence qu'il put avoir? Supprimée la bio-
graphie des artistes de la Renaissance, qui donc, pour soutenir une
thèse, vraie d'ailleurs, oserait avancer l'existence d'un être universel
comme Léonard de Vinci? Et pourtant il fut.
Dans l'histoire ordinaire, si l'on suppose connues - par impos-
sible - toutes les circonstances, comme les tendances, l'esprit, les
besoins de chacun des antagonistes ou des comparses, le fait est
complètement déterminé ; seul le libre arbitre de chacun - s'il
existe - apporte un élément hypothétique tt la solution. En art, rien
ne s'enchaîne d'une façon nécessaire, et la fantaisie, même passa-
gère, d'un médiocre bien appliqué et bien sage peut être le point de
d épart du développement de formes le plus inattendu.
Combien sera plus complexe le problème s'il s'agit d'époques
que nous connaissons il peine - de races dont l'esprit nous est tota-
lement étranger - d'arts qui ne nous apparaissent que par une
seule de leurs manifestations, l'architecture religieuse! Ajoutons à
ces difficultés, dans le cas présent, que le peuple, père de l'art étu-
dié, a disparu, ou presque - que rien de sa littérature ne s'est
consenù - que son histoire enfin se réduit à quelques dates.
INTHODUCTION IX

Il ne nous sCl'a (lonc jamais permis de passel' d'lm fait sùr il un


fail égalcmcnt sùr pal' IIT1C simple déduction logique, Chaque hase
cssayéc est floLtanle el rell(1 chancelant lout rédiliœ qui s'y appuie,
Forcc nous cst done (rCn choisir une, et de fairo fonds sur elle, tant
que quclquc iudice ccl'lain Ile nous avcl'lit pas de sa faiblessc :
Tlolre étude de dix ans ne fuL ainsi que rahandon d'hypothèses
successives; nous en ferons gl'tlce au lccleur : sculs lcs résultats, non
certains mais probables, auxquels nous croyons être arrivé, méri-
tent, ù'ètrc soumis il sa crili(lue.
Nous aùmettroIls donc, saIlS POll\'oit'l'affirmcr, qu'ici, entre denx
(ormes d'art non datéc$, la plus par/(ÛlC est la Jlllls al1Cieline. Un postulat,
pal' sa nature, ne sc dÔlllOnl.l'e pas, mais il n'est pas interdit (l'cn faire
sentir la possibililô. 01', c'est un pcu lit l'histoire de tont l'art cn
Extrèmc-Ol'ient. A Java, 'rien n'égale les tcmpl es llc ])icng, du Kalas-
san et le IllcI'\'eillüllx llùl'ùlmdul', (lui parai ssent être dans nie les pre-
mièrcs manifestations artistiques. En Chine, les' sculptures les pIns
ancicnncs sont aussi cdles qui présentent le plus de vcrdeur ct, sans
nicr l'ùtonnante lIHlÎll'ise tIcs adist(!s japonais (les derniers siècles, la.:.
quelle de lems WUHes li la puissanre tIc leurs sculptures houddhiqucs
au ml e ct au IX· sièclcs? Est-il nécessairc (I"opposer la cOlllplexitlJ et
Je mani(!risllw Iles temples (le nnde au Inoyen-flge et tIans les der-
niers sil!c1es h la simplicité gmudiose des « caves» 1 .Tc laisse voJon-
tai remcn t de cùlé l'at't ldllnèl', dont la (li \'ision en périoùcs succes-
sivcs n'a pas encorc I~té misc au jour (1); disons seulemcnt que le
splendide épanouissement architectural de l'art d'Aùkor niasquc hien .
imparfaitemcnt la Lléchéance incroyahle (le la sculpturc .
. Dc lcllcs circonstances doiycnt s·cxpliquer. L'hcure n'cst pas yenue
pour nous !l'en cherchel' la c1cf: cc serait tentet' dans son enscmblc
l'histoire des arts d'Extrèmc-Oricnt.Notonsplutùtqlle lc fait, au Campa,

(1) L'art khmèr I)\'ésen le deux périodes }lièces, un e remm'(IUahle sculpture. La se-
bien tranchées, l'une llui YU du n " au . conde correspond au merveilleux épa-
aer,iècle; l'autre ([IIi est poslérieure ail x·, noui ssement IL\ilkor, avec ses Îmmellscs
La première périollc offre llc ]ldit8 élli~ édifices tIc grès, mais sa ml~ ,lio cre sta-
lices en briques ct lUontl'C, en qnell{llCs tnail'e, YoÎl' pOUl' pIns de llélails, p, '{7!J,
x INTHODUCTJON

se comprend sans peine: les plus anciens monuments ne paraissent


pas remonter plus haut que le VII" siècle: le pays est déjil, à cette
époque, en rivalité avec un ennemi puissant, l'empire khmèr. Dès le
xe, commence, avec les Annamites, ceUe guerre inexpiable qui, cinq
siècles après, condui t le peuple èam ~l un asservissement complet:
de telles conditions impliquent une décadence continue. Enfin l'obser-
vation même le certifie et les deux monuments les plus intéressants
sont datés presque sùrement des époques les plus lointaines, 1\1i
SO'n Ai du VIle, Dong Duo-ng ,lu rx.C siècle.
Aussi bien n'aurons-nous recours il ce postulat que si tout autre
moyen nous manque: ce sera plutôt pour nous un contrôle qu'une
aide directe.
Nous avons indiqué dans la première partie de cet ouvrage
(p. XIII) comment était conçue son illustration. Nous n'y re"jcndrons
pas. D'après ce système, cette seconde série doit réunir les él(!menls
de détails qui complètent et précisent les planehes de la première.
Nous nous sommes attaché plutôt h publier tous les fragments qui, tt
quelque point de vue, méritent d'être connus, qu'à donner pour cha-
que objet tIes suites cOIl1plètes, mais qui, nécessairement, présente-
raient des répétitions inutiles. Une table générale, il la fin de ce vo-
lume, permet de l'I~unir sans peine les éléments de chaque petite
monographie, disséminés pour les besoins de l'exposition dans les
illustrations des volumes et les planches des deux albums.
Quelques abréviations et quelques conventions précises nous
ont paru être nécessaires. Nous renvoyons il la première partie de
ce travail par les lettres 1. C., l, Inventaire Cam, 1r" partie, en
opposition avec /.K, II, Inventaire Khmèr, tome II, qui représente
l'Inventaire descriptif des monuments du Caml)Qdge de L. de Lajon-
quière (publications de l'École française d'Extrême-Orient); B.C.
A .1. désigne le Bulletin de la Commission archéologique de l'Indochine.
Nous donnons sous la rubrique « BEllGAIGNE, I/lsc. S((1/S". de Call1pÜ)),
avec l'indication de la page, les l'envois tl la publication et à la
traduction donnée par Bergaigne des « /lISC1'I1JtioJ/s sans/,'fileS de
INTRODUCTION XI

Cali/Jill », noLices cl extraits des 1I1i1llnserits de la BiblioLhèque


Nationale, tome XXYU, prell1i(~l'(~ l'adio ; in-i, avec un album de
pla'nehes in-folio, Pal'is, Impl'imeric Nationalc, HW:L - Sous eelle
« MASPEIIO, llu!J(l/lIltc de ChalJlpa », avec l'indieationdll volllrnè ct de
la page, li~s l'envois au llo!J((/tl/wde ClwlJlpa qüe M. G, Maspel'o a pu-
hli{J dans le '!"oung Pao, passim, ,le Mars 1!)J 0, p. 12:i, il Mai 191 :.L
Quelques autres abl'éviatiol)s se rapporLant il des lextes chinois
utilisés soulement dans une partie de cet ouvrage seront donnôes en
leur place dans l'inLroduetion tin livre Il ,le cc tome, p. 298, note 1.
Nous adoptons pour la dôsignation des inscriptions les numéros
du catalogue ,le M. Cœdès (B.E.F.li.-O., VIH, p. 37 ct sqq.) qui en
fournit un rôperloire définitif. Une liste dans l'Appendice de cc
volume établit la concordance entre notre propre Inventaire ct celui
de noti'c collègue.
Disons, une fois pour loutes, que seule l'ère chrétienne sera
utilisée ici ct que toute date d'ère différente sera suivie de l'indice
correspondant. Une liste des rois cams, établie suivant les dernièl'es
découverles jusqu'en fin 19 J3, est ajoutée également il l'Appendice.
Tous les noms de rois mentionnés dans cc lome y correspondent; il
n'en est pas de môme de ceux du premier volume qui suivent la.
demiôre liste puhliùe avant son impression, celle de M. Finot, (B. E.F.
E.-O., IV, p. 908). Happclons enfin que quelques autres conventions
générales sont fixées h la fin de l'intl'Oduction et du chapitre II du
tome 1.

Annam (1!WO-HH5).
INVENTAIHE DESCRIPTIF
DES
v

CAMS
DE L'ANNAJ\lI

LIVRE PREMIER
LES FORMES DE L'ART èAlU

CHAPITRE PREMIER
GRANDES DIVISIONS ET REPÈRES CHRONOLOGIQUES

Nécessité d'un Ol't!t'e chronologique. - Ses matél'iallx. - Inscriptions; mode de leur


ulilisation; lll'écautions nécessaires dans leur emploi. - Autres modes de datation.
-Dates proposées. - Dates acceptées. - Tableau qui les résume. - Division en
grandes périodes.

Nous avons, dans la première partie de cet ouvrage, suivi avec


rigueur un ordre géographique; avantageux pour l'inventaire métho-
dique des restes d'un art éteint, ce système serait insuffisant, yoire
dangereux, dans leur étude : pour maigres que soient les don-
nées fournies par l'histoire de l'art cam, un ordre chronologique est
préférable; la suite ùe cet essai permettra d'enfermer entre ùes
repères, rares mais sùrs, la série des éléments dont la position
rc1ali\'e ne peut être arrètée avec une précision aussi grande.
Où trouverons-nous ces jalons indispensables'l Écartons tout
ANNAll. - 11.
1
2 GRANDES DIVISIONS

J 'ahord les Annales eltinoi:;es Oll allnamites , les rares textes éams
qui ont survécu: tous sont muets sur l'hi stoire de l'art (1) ; seules, les
inscriptions datées (2) nous apportent quelques données précises.
Encore demandent-clIcs il ètre so umiscs il une critique sé vère.
Par leur nature ces .inscriptions sc divisent en deux groupes:
ce sont ou des ades de consôcration ou bien de simples rappels
de faits. Dans le premÎf)r cas, la formule est constante: tel person-
nage érige telle divinité ct lui consacre des dons . Par le premier
terme il faut compren(lre, c·cst un fait connu, que le donateur
construit un temple, y place l'idole du dieu, en organise ]e culte, le
dote il, perpétuité. Le LùtimeJlt lui-lllème n'est jamais spécifié, ct cc
n'est que dans le cas où plusieurs divinités sont énumérées qu'il y a
lieu de supposer l'érection lIe plusieurs kalaJL Ainsi l'inscription
31 C 2° il Nha Trang: trois d jvinités y sont nommées ensemble, et
trois sanctuaires, dont la distinction es t garantie par trois nouvelles
inscriptions, y furent élevés en mème temps (3). En revanche, les
constructions accessoires ne sont jamais mentionnées (4); il semble
que la formule les implique comme dépendances.
Dans l'utilisation de ces inscriptions datées, deux cas sont il con-
sidérer, suivant qu'elles sont gravées 1° sur le monument ou 2° sur
une stèle voisine. Dans le premier cas, une nouvelle suIJtlivision est
nécessaire.

(1) Ce n'est pas llue ces documents lie contraire sc vérifier l'un 11ar l'autre,
fourni ssent souyent des renseignements (2) 11 est bien entendu qne pal' (( da-
très intéressunts sur la civilisation came tées )), nous n'entendons pas uniquement
que nous serons amené ici même il.faire qu'elles )Irésenterit une année précise; un
connaitre cn partie, d'après sa traducti on simple nom de roi, eonnu par ailleurs, 011
sculptée; mai s seule l'élude ré<luile aux la forme caracléristilluc d'une i~c l'itUl'c,
éléments arti stiques est de notre reS80rt, IH)llvent fournir un renseignement ines-
et nous ne ferons appel aux r enseigne- timable.
ments fo umi s par les textes qne eo mme (3) Tour.principale : iuse. 31 C 2°; foUi'
contrôle. Ainsi cet essai et Je traŒil Ile N.-O .: insc. 37; élliculeS .-E.: inscripti on
M. G. Maspéro sur l'histoire des èams, le nouyelle.
Royaume dL! Champa, dressé d'apl'üs ,les (i) Exception doit êtr'c faife pour l'i ll-
llocuments il lin point de yue plus net- scl'iption!H il l\Ii 80'n. Cf. I.' I:\ OT, n.E.C.
tement bistori(lue, ne ris(lueront ,pas E.-O., IV, p. !.l43.
de faire llouble emploi ct pourront aIl
ET REPÈRES · Clll\ONOLOGIQUES 3

i 0 a) L'inscription est une formule de ~onsécration : le renseigne-


IIlcnt n'cst pas douteux; encore faut-il qtl'il ne s'agisse pas d'un
réemploi, ce qlli d'ordinaire est faeile à vérifier.
1° b) Sans dre une formule de eonsécration, l'inscription com-
porte une ou plusieurs dates: eIlnpcut être contemporaine, anté-
rieure ou post{'l'Îeure h l'édifice; il est rare qu'on puisse déterminer
d'une façon Cl' l'laine la relation CI Il i existe entre l'inscription et le
monument: IOI'squ'il en existe plllsieursde dates différentes, celle
'lui est gravée la première sur le pi{~ dl'oit S. a les plus grandes chan-
ces d'être le pills voisine de l'époque de la construction, cette position
ayant paru toujours être préférée. Mais il n'y a pas lil de certitude
absolue (1). Parfois il s'agit d'un réemploi; c'est le cas, ft 1\1i SO'n Bi'
de 75 (fin du Ville ou début du IX"), qui fut incorporée dans un monu-
ment daté par 82 de l'année 1114 (W:Wç.). Contemporaines, comme
le sont ~elles de Nha Trang, tour principale, 30 ct 31, elles peuvent
fournir un renseignement précis, si quelque autre considération per-
met d'établir leur rapport avec l'édifice en question, comme c'cst
le cas ici par la présence des. inscriptions des tours N.-O. ct S.-E.
Postérieures, ou rappel d'événements antérieurs, elles ne pourront
être d'aucune utilité.
2° Quand l'ins<':l'iption est gravée SUl' une stèle, elle ne peut
nous servir que dans un cas: si elle présente une date (le consé<.:ra-
tion. Encore son usage demande-t-il la plus grande prudence, ct le
sancluaire voisin qu'elle semble viser peut être forl bien reconslruit
SIU' la place d'un bfttiment plus anci~n auquel sc rapportait la dédi-

cace. Le meilleur exemple en est donné par lalour S. tl Pô Nagar ùe


l\'ha Tra.ng, que nous avons longtemps confoIlllue avec l'édifice élevé,
il la fin ùu vme siècle (2), par le roi Satyilvurman et dont mention est
faite en A et B de la stèle 32, dressée autrefois dans Faxe do cette

(1) En Ull cas au moins, Mi SO'Il BI (2) BEIIG ,UGIŒ, Illse. sans". de Campcï,
XXV (86), l'inscription sll}lérieure est de donne, page %3, la date de 706 ç. que
quelques années plus ancienne que l'in- 1\1. Barth, (lans la note 3, rectifie cn
férieure. 703 ç.
GRAN DES DIVISIONS

tour. Son étude plus complète nous a conduit ~L reconnaitre qu'elle


était beaucoup plus récente (il.
Sommes-nous réduits tl ces seules données, si pauvres cn somme,
puisqll'iln'est guère plus d'une vingtaine de ces inscriptions? Deux
groupes de renseignements moins précis sont encore utilisables. Les
premiers consistent dans les rapports de sujétion des édifices entre
eux.
Un édifice B, dont l'axe passe au N. d'un édifice A régulier, a sa
partie S. réduite: il est vraisemblable que l'axe de B fut imposé, et
que, manquant de place pour étendre sa construction au S., comme son

Fig. 1. - Croquis schllmatique d'édifices qui sc commandent.

plan le comportait, l'architecte s'est YU obligé à la réduire en ce sens;


le bùtiment dominant, A, est antérieur au sanctuaire servant, B, qui
fut gèné dans son édification par la présence du premier, A (fig. f).
Le second ordre de faits se rapporte au postulat fixé précédem-
ment et verlllet il l'occasion de contrôler, voire de rectifier les ren-
seignements précédents. Il peut arriver, en effet, qu'un édifice qui
paraît avoir été gèné dans sa construction par le yoisinage d'un autre,
lui soit néanmoins antérieur; il suffit qu'un bâtiment plus jeune se
soit ,substitué au plus ancien après la construction du deuxième,
fait fort naturel si l'on pense que Je plus vénôraùle devait atteindre
plus tôt les limites de la vétusté.
NOliS avons des deux cas deux exemples intéressants II Mi Son.

(1) Cf. B.E.P.E.-O., Vi, p. 297, et L\:, p. 347.


ET BEPtBES CHRONOLOGIQUES 5

Le sanctuaire Bi sc montre nettement postérieur au kalan B4' car ce


dernier a ses côtés complets, tandis que la. fausse porte S. de Bi' con-
tiguë à B.t, n'a pas de perron et montre son soubassement arrêté par
une face nue. Bi est daté, B4 ne l'est pas; la perfection relative de B4
accuse seulement sa réelle antériorité que d'autres observations con-
firment.
Par contre, dans le temple A, l'édifice A6' annexe de la grande
tour, a sa face voisine de Aw inachevée: est-ce la présence du kalan
A10 qui rendit inutile le ravalement de cette paroi masquée? A10 est-
il, par suite, antérieur h Ai? Il n'en est rien: l'étude des soubasse-
ments prouve que le temple A10 est venu s'accoler il l'ensemble
AI _7 • Au temps où Ai et A6 se sont élevés il existait donc déjà un
édifice contre lequel A6 fut presque collé (Il, et qui fut remplacé
depuis par le sanctuaire plus moderne A1O" On voit l'utilité de ce
critère. Sur ces rapports de situation une autre observation est h con-
signer: les termes dans lesquels sont formulées les inscriptions ne
permettent pas de supposer que jamais un édifice, même chancelant,
ait été abattu pour faire place [1 un édifice plus somptueux, fût-il
consacré il la môme divinité; seuls, ruine ou incendie laissent le ter-
rain libre 11 une reconstruction qui devient alors œuvre pie.
Ainsi prévenus, cherchons dans la liste des inscriptions traduites
celles qui peuvent nous fournir une date utile : nous obtenons le
tableau suivant:

(1) Il est en outre très vraisembla- permettre le ravalement, et cette face la-
ble que la forme allongée de A6' quand térale étant aujourd'hui visible, elle eût
.les autres templions sont carrés. est due été certainement achevée si A6 se fût
au manque de place; la distance étant élevé après AIO.
(l'ailleurs suffisante entre AG et AIO pour
GRANDES DIVISIONS

NATURE N° del'insc. 1:;nlFICE nl~G:\'E DATE DATE


du docum ent cal&l. Cœlés auquel cli c se rapporte il d{:faut de dale Çaka A . D,

2° 72 Mî San A IJrirnilif Bhadravnrmun 1


20 73 - A 1-7 ? Ç!l~nhhllYni'rnan
20 96 - El '1
579 61n
1D a 80 - piédes tal A Vikr:ïntavarman 1ou Il
10 a 97 - - E -
20 99 - F1 ? -
20 38 A Nha Trang étlif. pdm , 703 781
,1° b 71> Mî SO'Il édifice X 713(faux)
10, a 37 P<lNagar de Nha Trang
TOUl' N.-O. 735 813
ID a PÔ Nagar de Nha Trang
:É(lifico S,-E. - ~

10 a 31 C 20 Pô Nagm' de Nha Trang


1'0111' I)!'incipale. 739 817
2° 38 C Pô Nagar de Nha Trang
TOUl'O· Vikriintavarman III
20 66 !}i)ng DuO'ug gr. leml)l. 797 875
20 - llûllg Au Bha(lravnrmall II (1) ,"crs vers
824, 832 902, 9H
20 113 lIù Tnwg salle '! 838 916
20 93-95 Mî SO'Il E 4 '1 Hariyarman IV
10 a 82 - BI 1036 1114
10 28 Pô Naga l' de Nha Tl'aug
TOUl' S, 1065 1143
20 100 Mî SO'I\ G 1079 Wî7
10 84 - BI Jaya Ilarivarman 1
10 a 85 - - lU8iS 1163
10 a 86 - - -1152-6 1230-4
[0 ou 20 :i 1 A 10 Pô Nagal' do Nha Trang
:Édifice S, -O. '! 1178 1256
ID a 8--11 l'ô I{lauù Gal'lli Jaya SiillJavarman III
{o a H6 Yait l'l'on -
ID a 4::l Drait l.ai, Çi\'a t3:H 1409
iD a 1 Biê n 1I0ù, Vil?Q.1l 1343 1421
iD a Hl Pô Home Pô Homë

(') Ce Bhadrayarman remp lace lIarÎ\'arman (voir Appendice B) c t a une im cription ùe


82! ç, ; il a fini de régn e r en 833 ç.
ET REPI;~RES CHHONOLOGIQUES 7

Nous avons écarté de ce tahleau toutes les dates douteuses; pas-


sons en revue celles qui subsistent, afin d'en retrancher encore l'inu-
tilisable.
Nos 72-73. - L'inscription 72 (stèle 1 de Mi SO'n) révèle qu'un
temple fut fondé à Mi SO'n par le roi Bhadravarman 1 et l'on sait par
ailleurs (1) que ce roi régnait vers 400 de notre ère. D'autre part, la
stèle 73 (II de Mi SO'n) nous apprend que ce temple hrùla en 4xx ç.
sous Rudravarman et fut reconstruit par Çaqlbhuvarman: le sanc-
tuaire Ai avec ses annexes A2-7 est pour nous l'objet de cette réédi-
fication. Voici sur quelles raisons nous appuyons cette thèse.
Les deux stèles 72 ct 73 ont été trouvées dans l'enceinte du
temple A. C'est donc à ce temple et tt aucun autre du groupe
qu'elles se rapportent. Dans le temple A il n'existe que deux kalan, Al
et AlO ; tout le reste n'est que bfttiments de service. L'inscription 73,
par sa teneur même, ne peut se rapporter qu'au plus ancien des
deux sanctuaires; la tour.A lO est postérieure, ainsi que le montre
nettement le raccord de son soubassement avec celui de At. C'est
donc nécessairement Al-7 que reconstruisit Çaqlbhuvarman.
Une objection pourrait être faite. Nous avons signalé l'état d'é-
pannelage présenté par la face extérieure de A6 du côté de A1O' et
nous l'avons expliqué par la présence de quelque édifice antérieur
it A1-7' disparu ct remplacé par le ka[an Ato ; ne serait-ce pas celle
construction éphémère que concernerait la stèle 73? La conséquence
est d'importance, puisque la tour At serait, dans ce cas, d'antiquité
hien moindre.
Une telle hypothèse présente de grafl(les difficultés. La première
consiste dans le fait que nous n'aurions gardé dans ce groupe, si
fécond en inscriptions, nulle allusion ft la ruine d'un hâtiment aussi
précieux que la construction de Çaqlhllllvarman, nulle trace de l'édi-
fication d'un monument aussi énorme que la tour At. La seconde est
dans la position qu'occupe le dernier sanctuaire A1O" Élevé sur l'em-

(1) Cf. FINOT, Noies d'épigraphie, B.E.F.E.-O., II, p. 186.


GRANDES DIVISIONS

placement de rœuYrc de Çaf!lbhuntrman ct de Bhadravarman, il eùt


hérité dc la vénération attachée il cette fondation ct qu'attestent les
inscriptions; hien qne colossal, Ai fîtt resté une annexe. Or, il n'cD
est rien, ct c'est hien At qni forme ]e centre du temple A. Enfin le
liltlan Ai n'cst pas sc ni de son art tt.Mi San, ct toute une s.é rie de bâti-
menls en reproduisent ]es décors charmants; ces monuments, par
leur position soit centrale, commc Ct, soit spéciale, comme B3' Dt, C2 ,
accusent unc grande ancienneté : on voit quelles consôquences
enlrainerait cette hypothèse toute gratuite. Nous ne flOUS y arrète-
l'ons pas davantage.
Do la date où fut exécutée la rMection de Çarpbhuvarman nOlis
ne savons rien; seul est connu ]e nombre des cenlaines de l'année
ça]nL où l'incendie dôtruisit l'édifice primitif. Il n'est cependant pas
impossihle de fixer approximalivement l'époque où fut construit At.
En effet, Hndravarman l, monté sur le trône vers 529, règne encore
en :141. Son fils, Çaf!lhhuvarman, meurt vers 629 (1). Il n'y a donc pas
gmnde chance fi' erreur il reporterla construction du groupe AI -7 il la fin
(ln V)" si(\cIe A. D. ct, pour plus de prudence, au dôhut du VIle siècle (2)

(1) Cf. MASI'EIIO, Royaume du Champa, ÇafTIhhuvarman la construction colossale


1910, p. 510 S'lq. · qu'estAI' le pIns grandiose et. le plus riche
(2) La tratlllciion parlit'lIe dounée pur (les monuments l'ams, oll ·ne peut conce-
feu IInIJer (lU:./o'.E.-O., XI, p. 265 sq(I.) voir comment il aurait installé daus ce
!le la stèle 74 (X Ile Mi SO"n) semhle ap- monument nn autel assez mesquin pour
porter une confirmation à notre thèse. qu'uu roi suivant en plIl'le nvec Ull sem-
Nous n'en ferons pas (oint cepenllant, . hlahle mépris et pOUl' un simple rem-
parce que l'aUrihut.ionlle celte inscription placement d'autel se vante d'avoit· fait
à AI nous parait erronée~ Elle s'appuie une œuvre telle que ses pl'édéeesseurs
seulement sur le fait qne cette stèle a été n'avaient pu l'exécuter. Qu'est-cc (lue la
trouvée Ilm'unl AI, mais pOlll' lions son rééllification (l'un l)iéllestal de l)il\rre,
contenu même indique qu'elle ne s'y rap- même richement orné, il coté de la dé-
porte pas. Il nous parait CIL erret ahsolu- pense fOl'midahlc quo représente une
ment impossible que, dans la fondation . eonstrnelion comme celle Ile A,'! En ontre
même consacrée au ÇafTIhhubhadreçvRl'iI, l'hypothèse suppo:,e qne le piédestal
le roi fonrlatenr ait dOnné la place d'hon- aduel aLlI'ait l'e~'n des applications de
neur à nne image de Lak~ml, alors que métal précieux, et cette opération, pns plus
lieux siècles plus tard Imlra\'arman Il (lue l'arrachement de ces revNements, ne
(stèle 1 de Bong DIlO"ng) sc vante d'ayoiI' }leut se faire sans laisser Iles tracrs fort
érigé à nouveau ce linga et (le l'avoir "rn- apparentes sur la ]lierl'e. Il suffit pour
. tifié cl'un l\Oça d'or. Si l'on attribt7e à s'en convaincre d'examiner le groupe des
ET REPl;:RES CHIWNOLOGIQUES 9

N° 96. -:- La stt'l~e 96 (Ill de Mi San) mentionne l'érection d'une


idole de Çiva sous le nom de Prabhaseç\'ara. Le temple E de Mi SaIl
où elle fut trouvée ne contient (Ille deux sanctuaires importants, El'
E4 ; les autres édifices ne sont que des hùtiments de senice et deux
petits sanetuaires, E:;, E(\, qui, par leurs (limensions minillles ct lell!'
sitllation (lépendante, ne semhlent pas flxoir mérité une (lédicacn
aussi importante. Encore E;; abr'ile-t-il IIne figure de GaI)cça, tandis
qu'EQ' d'une exécution très infôriellrc, ne peut ètre que (rune basse
i~ poque. La discussion n'est donc possihle qu'entre Et ct le sanctuaire
El' 01', ce dernier parait nettement datô par les inscriptions 93 tl 9:) ;
les formes Ile cc ka/an accllsent Ir ailleurs, par Jeur dô callcnce, leur
copie maladroite de cl'lIl's dl' At, une ôpoqlle moins lointain e. Enfin la
prc"pont1{'rance ct par suitn l'antérioritô de Et est marquée par sa
position centrale. Ajoutons encore que cc dernier sanctuaire contient
un liri!/a dont le piédcstnJ fut l'ohjet Il'Iln rhahillage Ilui est un des
JIloreeaux les plus partaits de l'art cam (tf. Nous n'hôsiterons donc
pas II rapporter il la construction du sanctuaire El' la stèle voisine 96.
Elle nous donne pour cet ôdifice, par malheur presque complètement
rllinô, notre prnmière date précise, 657 (579 ç.).
S·l·pt li/if!'! (le Mi So-n (pl. CLXXXlII-F). Or étonnamment les renseignements de la
le piMes tal ne présente rien rIe semblahle. stèleX,puisque, seulele tous l es pié(lestaux
En derni('J' lieu, la cu,·e à ahllltions ([IIi Ilécollverls au Campa, il présent.e des
couvrait ce piélles tal SuppoJ'lait JlIIe idole h'aces ne Ues (l'applications (B.E.F.E.-O.,
à hase eirculaire (pl. CLXXII-l?), et celte IV, p. 832). La divinité (\e re temple ne
illllication concord e mal avec les repré- serai t pas alors le linga que nous avions
sentations (\e Lak ::;mî que 1I0US possé(lons, troU\"é 1I0U loin et que, pour cette Pl'oxi-
au lieu qu'elle est toute naturelle pour le mité, nOli s avions s upposé e n Nre l'idole,.
linga (leÇaqJ.hhubhmlreç.vara ou celui qui hien <[ue son diaml!tre ne coneordàt pas
l'a remplacé. avec Je vaste évidement de cette cuve à
Mais à (IUoi se raPllod e alol's celle ahllltiolls (O m. 44 et Il m. :>6 resprcli ve-
stèle X·? SuÏ\"ant le plan (\e C. Paris qui la ment), et cc monument aumi t. étécollsacl'é
décoU\Tit, elle semble provenir de la tour- à Lakl)mï. Qu'il etH été un peu sacrifié par
porle .\ 2 où était rassl'mblée lino série (le Çaqlhhuvarman, dont toules les ressources
statues Pl'ovenan t. (l'autl'CS monuments . .Iurent .!tre ahsol'hées IJllr l'é(lificalion (\e
Elle prut(loue avoÎl' été transportée là, du At> cela parait tout naturel, et la jactance
groupe immédiat.ement voisin, pour y Nre de SOli successeur n'a plus alors rien
conservée comme ces slalues. Or nous d'extraordinaire.
I\vons dégagé justement dans les ruines de (1) B.B.f?E.-O., IV, p. 8i l, fig. 34 ct 35
A' i' un piédestal auquel correspondent et pl. CXX.
fO GRANDES DIVISIONS

N° 99. - L'inscription 90 (IX de ;\1ï San) fut trouvée dans le


temple F; elle est d'un des rois Vikrantavarman 1 ou Il, donc
du VII" ou du VIlle siècle. Le temple F ne contient que deux sanc-
tuaires; l'un, F3' ajouté postérieurement, présente d'une façon
typique les formes d'art d'un monument daté avec précision de
l'année 875, le grand temple de Dông Duang. Il est donc presque
évident que la stèle doit ètre rapportée tll'édifice Fi' Les stèles 96 et
87 ne mentionnent it Mi San que trois divinités, soit trois temples,
la stèle 81 en mentionne quatre: 87 est datée de 601 ç.: 81 de 63x;
la construction de F't s'enferme donc entre les années 601 ct 639 ç.,
670 et 717 de l'ère chrétienne, ct peut, pour plus de süreté, n'ètre
comptée que du début du Ville siècle A. D. (1).

(1) L'état do ruino du sanctuaire E, ct port de El et de la stèle 96 trouvée dans


la cou fusion (lui régnait de 5ï5 à 635 ç. son voisinage, a déterminé une certaine
entre le roi unique oules rois qui port(~rent confusion qui s'est répercutée dans la ré-
les noms de Prakiiçarlharma ct Vikriinla· partition faite par M. Finot(id., IV, p. 9U)
varman, la llifIiculté de tirer pat'ti sûre- des temples aux (livet'ses divinitt'is. Si
ment de la présence ct (le la forme des hà- l'on ilistingue dans la longue pél'iode
timents E2 , E3 , E7 qui,rest6s en épanne- de 60 ans (1Jï1l ç. à 635 ç.) deux règnes,
lage, pouvaient être aussi hien l'éhauche - M, Finot le Pl'opose(B.E,F. E.-O., IV,
,l'érlifices anciens que la préparation d'une p. 903) et la lecture des nouvelles ins-
('opie moderne comme E.l'est de AI' la criptions par fcu Huher (fJ.E.F.E.-O., XI,
présence des sanctuaires E,; ct E6 bien p. 265) le confirme, - il paraît vraisem-
qu'accessoires, enfin ct surtout l'hésita- hlahle (le rapporter la construction de Et
Iion toute naturelle où nous nous Irou- au l))'emiet', celle de }<'j au deuxième, car
vions en l'élat de nos étud es à rapporler cc dernier édifice est marqué nettement.
entre tant d'édifices la stèle 96 (llI de Mi postérieur par ce fait qu'on dut entailler
San) à un édifice déterminé,surtout dans la collinc pour en trouver la place, tra·
Un tel état de ruine ct d'un caractère si vail qu'on eùt facilement évité, si F avait
Insolite, nous avaient amené à établir la été I)révu en même temps que E, en re-
date de ce sanctuaire imlirectement(B.E. portant E un ' peu an S. La répartition
F.E.-O., IV, p. !l(3) par l'intermédiaire du devient alors pins aisée, même toute natu-
temple I~ oille dou te n'élai t guère possihle. l'elle: il suffit d'interchanger E, et F,. La
L'ancienneté du gl'oupe Et, E3 , E7 s'est stèle 96 (III) donne Pmbhiiseçvara = Et>
affirmée par J'observation de l'allonge- Carl1bhuhha(lre~',vara = A" Içiineçvara
ment en plan de la tour-porte E2' ,lispo- = Dl primitif. La stèle 87 (IV), antérieure
sition qui n'est 1)llls pratiquée au temps à la construclion de F" ne compte encore
où prédominc la Corme archaïsante (Lui que trois temples. Le second roi consacre
donna E4 , ct, cc doute résolu, l'antiquité d'ahord un sanctuaire annexe en cons-
du temple E devient indiscutable. Mais truction légère dans le temple E au dieu
l'hésitalion que nous avons monlrée il Viimeçvara(llié,lesfal VJIl, inscription 97),
adopter franchement l'hypothèse du rap- Imis élèye il cette divinité, pour laquelle il
ET R,EPÈHÈS CHHONOLOGIQUES H

No, 80 ct 97. - Nous n'insisterons pas snI' ces deux inscriptions


qui nous donnent une date large, bien suffisante pour l'étude spéciale
(lu piédestal, fin VIle siècle ou déhut du VIlle, mais sans utilité pour
celle de l'architecture en général.
No, :38 A, 37, nouvelle, :31 Cy , 38 C, 28, :31 A. - Les inscriùtions
tl'Ouvées iL Pà NagardeNha Trang permet.tent d'en dater les édifices
debout avec certitude. Pour la tour principale, celle que M. Aymo-
nier et il sa suite llergaigne et Cœdès désignent sous lel!0m de tour N.,
la date de consécration est 817 (73g <,,',.). Les sanctuaires N.-O. ct
l'édicule S.-E. furent achevés plus tôt, en 813 (73;j ç.).
La question est un peu plus délicate pour la tour S. La stèle 38
nous fait connaitre qu'un sanctuaire fut élevé sur cc point en 781
(703 ç.) (ll, et rien ne nous apprend qu'il ait disparu. Antérieur aux
édifices de 817 et 813, il ne peut ètre en seconde ligne: en première,
le problème ne sc pose que pour la tour S. ; celle-eÏ occupe la place
centrale sur le plateau, etla tour principale, de masse bien plus impo-
sante, est cependant rejetée il son côté. La stèle de consécration (38)
était placée en avant de cefle tour S. et ' l'inscription du linteau (28)
rappelle l'œuvre de Satyavarman à une époque où depuis long-
temps le souvenir en paraIt presque perdu. De tels faits semblent
militer en faveur d'un rapport précis entre cette fondation ct cette
tour.
Mais d'autre part la tour S. porte sur le linteau de sa baie d'entrée
une date qui peut ètrede consécration en 1143 (10G~j ç.), sur son
piédroit N. une inscription du XIIe siècle (2!)); sa construction est
des plus défectueuses et très inférieure à celle des tours principale
ct N .-0. Elle est aussi négligée que celle des édifices datés de cette
époque (Bi et G de Mi San); sa forme de couverture, assez rare,
caractérise un genre d'édifices dont le seul daté, Yan Pron, l'est du
XIV· siècle. Enfin le linteau où fut gravée l'inscription est un réem-

semble avoir une pt'édilcction particulièrc, monumcnt vicllt alors Cil quatrièmc dans
le grand temple F sous le nom un peu l'inscription 81 (Mt Sü"n VI),
différent de Viimabutbe~vat'a: ce demiel' (1) cr. p. 3, note 2,
12 GRANDES DIVISIONS

ploi d'un morceau qui parait, pour son pl'ofil caché il, l'intérieur,
être du VIle ou du VIII siècle. Il y aurait donc tout lieu de penser
C

qne cette tour fut bien construite en.1143.


La solution de cette dirficultô est celle-ci: la tour S., hil,tie cn
1143, s'élève sur l'emplacement de celle que construisit Satyavarman.
Et cc n'est point une simple hypothèse. Aux obsenations déjit signa-
lées et qui , toutes, peuvent s'interprôter en ce sens, s'ajoute la
remarque suivante: <les deux pi(ldroits de rentr{~e, l\m est la copie de
l'autre, ct l'original présente une forme très élégante qui n'existe que
dans r art de Mi San:\1 (début du VII e siècle). Cette anomalie ne peut
s'expliquer f{llepal' le r(~emploi d'un piédroit bien consené du
monument primitif(l) et la copie du symétriquehrisé, copie exécutée
h une basse époque par une main très inexpérimentée. Mais la
preuve la plus concluante fut la découverte en f 909, sous les fonda-
tions grossières de la tour actuelle, d'un massif construit avec le soin
antérieur (2).
Les deux dernières mentions s'appliquent aux constructions rui-
nées: le bfttiment S.-O. est le temple de Bhagavatï J\liitrliùgeçval'Ï
dont la position est nettement indiquée par rapport au sanctuaire de
la grande déesse, la tour principale: cet édifice n'a dù laisser que
quelques traces en fondations et quelques débris qui seraient dOllc
de 1256 (1 i 78 ç.): les grossières maçonneries retrouvées iL cette place
semblent les restes d'un bamun élevé sur son emplacement, ces mo-
numents de basse époque se ruinant en effet avec la plus grande

(i) Il Y a liell de supposer, YU la rnine <les trois sancluàires que semblait Ï1uli-
rapide du sanctuaire de Satyayarman, quel' la description du Icoça tombe !l'ellc-
qu'il était en cons truction légère ct que même ayec la valenr nonvrllc fixée pour
sa porte seule était en pierre, mais la nou- cc mot (cf. note précédente). D'autre part,
yelle interprétation donnée par M. Finot l'argument tiré !le l'absence d'nn soma-
(B.E.F.E.-O., IV, p. 912) du mot Icoça ne sûfra, contrait'e à notre première thèse,
llermct plus d'appliqner il cette baie le favorable il la seconde, est il négliger, une
lermed' (( entrée splendide )l, comme nous sorte de conlluit analogue ayant été dé·
l'avions fait précédemment (B.E.F.E.-O., couvert en 1909 dans la partie O. des
Il, p . 44). fondations de la nouyelle tour S. (cf.
(2) Cf. B.E.F.E.-O., IX, p. 347, II, p. 44, B.E.F.E.-O., IX, p. 347).
et VI, p. 297. Notre discussion au sujet
ET REPÈRES CHHONOLOGIQUES 13

facilité; le grand temple Bl de ~Ii SO'n en fournit un exemple.


Enfin, par voie d'élimination, le sanctuaire de Çri l'IIahadcva doit ètrc
reconnu dans la base de tour O. Élevé par Vikrantavarrnan III qui
régnait en 751 ç. et en 776 ç., l'époque de sa constnlction peut, sans
grand risque, être rapportée au troisième quart du IX" siècle A. D.
N° 75. - L'inscription 7~i, dont la date est d'ailleurs fausse. ne
peut nous ètre d'aucune utilité, car nous ignorons tout dn monu-
ment qui la poda.
N° ü6. - L'inscription 66 nous lUet près de la fin du a" siècle;
elle est gravée sur line stèle qui fut remontée hors de sa place pri-
mitive, Hlal orientée et posée de travers par rapport tt l'axe du
monument auquel elle se rapporte (1). Cette stèle, étant une véritable
charte de fondation, donne une date précise, 875 (797 ç.), qui concerne
les premières constructions du groupe, c'est-à-dire les kalan qui
entourent le sanctuaire central dans l'enceinte I, ct le porche II (2).
La présence d'une inscription du XI" siècle (68) sur le piédroit S. de
l'une de ces tours, la tour S.-O., ne fait que confirmer cette
donnée (3).
Nouvelle. BângAn. - Le monument est d'une Il1ème venuo, rien
ne parait indiquer que la stèle ne doive pas concerner sa fondation;
il n'y a donc aucune difficultéit lui appliquer cette date, début du
x· siècle.
N° i 13. - L'inscription suivante, 113, gravée à Hà Tnmg sur les
quatre faces d'un hloc rectangulail'C énorme, fragment de pilier de
grande salle, sans doute, ne nous fournit aucune donnée utile, l'édifice
ancien dont elle faisait partie ayant complètement disparu.
N°s 93-95. - Le groupe 93 il 95 fixe indirectement la date du

(1) Cf. ]<'I1iOT, n.E.p.B.-O. , III, p. 83, montre qne ces tonrs sont alltél'ieurcs à
Ilote 3. cette date et, d'autre part, lc sanctuaire
(2) Cf. n.E.F.E.-a., Ill, p. 84. ékvé par Vikriinluyarman III à Nha Trang
('3) Bien que la date ne soit pas por- (premiè['e moitié du IX· siècle) offre
tée sur le monument même, il semLle (ians ses faiLles restes des formes Î11ell-
qu'aucun doule nc soit poss ible. En effet, tiques à celles de Bong DUO'llg.
lu présence (le l'in~cription du XIe 8iècle
GRANDES DIVISIONS

sanctuaire E4 de Mi SO'n. Les trois inscriptions ont été en effet gra-


vées sur trois ou qualre piliers d'un édicule, abri probable J 'uu
Nandin retrouvé auprès. Un aussi petitLàtiment ne pouvait comporter
une dédicace de cette importance ; nous avons montré d'autre part
que, des sanctuaires de E, le doute n'est guère possiùle qu'entre
Et ct E" Et est, par les caractères de son piédestal, certainement
plus ancien. Reste seulement E4 denl.llL qui s'élevait cet abri: le mo-
Hument est donc du règne de Hurivarrnan III llui mourut en 1081 (1) :
on ne peut guère se tromper en le rapportant au troisième quart du
~l " siècle.
N°'7 5, 82, 84-86. - L'inscription 82 gravée sur le vestibule de Mi
SO'n Bt semble dater cet édifice du règne de Harivarman 1V en 1 J 14
(1036 ç.); une autre inscription de Jaya Harivarman l, qui règne
en 1145, 1 i 70, indique une reconstruction. D'autr:es donnent sur les
piôdroits intérieurs les dates 1163, 1230 et 1234. Enfin près du
vestibule fut trouvée, au cours des fouilles, la pierre qui porte l'in-
scription 75(2) ct qui paraît avoir fait partie des maçonneries de cette
tour. A laquelle de ces dates faut-il rapporter l'édifice?
~~cartons tout d'aùord 75 qui est visiblement un réemploi; la
tour Bi est d'une exécution trop grossière pour qu'on puisse la faire
remonter ù cette belle époque du IX" siècle qui nous laissa en deux
formes différentes le temple de Po Nagar ct le monument considé-
rable de Dong DuO'ng. Nous ne croyons pas d'autre part, à l'encontre
de la pensée de M. Finot (3), qu'il s'agisse dans l'inscription de Jaya
Harivarman d'une recons truction complète. Le texte parle Lien d'une
« réédification» , maisil y II saHS doute exagération de la part de

l'auteur de l'inscription, qui J'ailleurs avait àssez de travail avec

(1) Cf. FL';OT, B.E.P.E.-O., IV, p. !lO,t de Al que fut trouvée cette pi erre. Il
(~) Une faute ù'impression au cata- suffit !l'ailleu rs de sc r eporter il la page 84
logue des inscriptions (le Ml So-ll, donné (In tomo IV pour s'eu convaincre. Voir
par M. Finot il la fin de ~on ilrt.icle ,(lu ('galement le JOLlrnal des fOLlilles ma-
B.E.F.E.-U., IV, SUI" MlSan, il égaré par la l1uscrit, déposé à l'Écol e.
suite M. Cœdès !lan~ son CatalogLle des (3) B.E.F.E.-O., IV, Il. 911.
illscriptiolls cames. C'est près de BI et non
ET REPtRES CHRONOLOGIQUES 15

l'érection ùe tout un temple, le tOlIl1'le G, pu ur ne pouvoir faire face


encore [lIa construction formidable et spécialement coùteuse de Bi·
Les énormes piédroits octogonaux appartiendraient lIe toute façon it
la première cunstruction : celle-ci eut llunc dé colossale autant que
l'actuelle; de telles masses pal'aissent il peu pl'ès impossibles il ren-
verser avec les moyens dont pouvaient (lisposer les envahisseurs: on
comprendrait mal (l'ailleurs pOUl"llllOi, dans leur rage de démolition,
ils n'eussent pas mis également par terre les édifices voisins, plus
faciles il démolir: pour nous, la destruction li' un éditlce en maçon-
nerie ne peut ètre jamais (lue l'œuvre des temps: faire un beau feu
est une joie aisée que ne sc reruserajamais un conquérant; s'imposer
la fatigue énorme d'ulle ruine systématique. et y gaspiller les b(~ né_
fices de toute une campagne ne s'expliquerait que par un fanatislne
religieux dont nous n'avons ici aucune espèce d'indice . .Jaya I1nri-
varman 1 trouva l'édifice debout, mais soigneusement pillé de tout ce
qu'il contenait de précieux, l'iùole sans doute culbutée: il la releva,
I"encudra du luxe hauituel que l'on jugeait nécessaire et, en toute
bonnefoi,dialors qu'il la réédifia.
Les autres inscriptions n'ajoutent rien.
Nous assignerons donc à Bi la date de 1114 (1036 ç.), en notant
le fait d'une restauration partielle quelque cinquante ans plus
tard (i) •
. N° 100.-Bienqueladatede 1157 (1079 ç.)ne soit gravée que sur
une stèle, nous n'hésiterons pas il rapporter il cette date la construction
du temple G, parce que les divers élliflces en sont de même style et
(1) On serait tenté ilc voir dans le semhlable, parce que la difficulté de lu
changemenl tIc malièl'e qui sc marque construction Cil pierre consistant seule
tlan~ les restes de BI' la Ir'ace tl'uIle dans r alJIlL'oyisionnemcn t tic celtc matière
reprise postét'ieure : toute la partie illfé- rare, les blocs eussent été réemployés,
,·iClll'e de la tour csl construite en pierre, après retaille nu b csoin, (lnns l'édifice
et cc n'e~l qu'au-tlessus de la busc du nOIlYCIIIl. Nous n'insisterons pas d'ail-
corps principal que la !Jricpte vient hrus- leurs sur celte qnestioll, puisque, de toule
quement la remplact'r : la piel'1'e semil les façon, la seule partie intéressante pour
restes de l'édifice tIc I1ariyarmanlV, la nos éludes, cellc qui subsiste, conserve la
brique de celui de Jaya Ilurivurman I. même date, -1143.
~ous ne croyons pas cette hypothèse vrai-
16 GRANDES DIVISIONS

qu'une seconde inscription, celle de la stèle 101 (Mi SO'n XI), vient
confirmer la pl'emière, 100 (Mi SO'n XX).
Nos 8-11 el! t G.-Les dernièl·es dalaLions sont ragues, muis peu dou-
teuses; les inscriptions Hil 11, et 1113, nous apprennent fpte le temple
de Pô Klauù Garai ct le kalan de l'ail Prurl furent construits par
.raya Siùhavanntln Ill, prince lI<1l·iji l (1). Pout" fixer approximative-
ment la daLe de ces édifices, il nous fuwlmil connailre celle de son
règne. Nous sayons seulemenl qu'il monta sur le trône entre 1280
et 1298, qu'il réguait cne ure en 1aoû ; mais nous ignorons la date de
sa mort. En 1280 le roi régnant ne peut ètre Harijit, cal' Marco Polo
. (lui vit le souverain iL cette date le dOlllle tOlllme de « grand ùge » ct
(lui « depuis longtemps a teHu son rôgllc en paix. » (2) ; et cette yieil-
lesse mème annonce la Hu de son règne. Fils d'lin yieillanl, il est yrai-
semblable que Harijit n'était plus un jeune hOUlllle quand il parvint
au pouyoir; il avait eu un1ils en 1274 ct Cil 1282-1284 .menait réso-
lument la campagne contre les troupes chinoises, puisqu'il ohligea
les soldats de Khouhilaï Khan tL se retirer; en 1306 il peut donc avoir
au grand minimum cinquante ans et plus probaulement il dépasse
la soixantaine; il est tL présumer que son règne ne peut durer long-
temps encore. 1\""os motmmcnts doivent donc s'enfermel' entre 1280
ct 1320 ct 110US He courrons guère le risque de les yieillir en les
comptant du déhut du XIY" sièeIe.
No' 42 et 1. - Les inscriptions 42 et 1 ne présentenl pas de diffi-
cultés, mais ne sc rapportent (IU'à des sculptures.
Nu 16. - Enfin la l)l't~senced'inscriptions relalivement modernes
sur les piédruits de ln tOlU" tic Po Homé confirme la tradition (lui
fait de cc mOlHlIllent le mausolée de cc roi dOIlLla ChroniqucHoyale
donne les dates de règne (11327-1 üii 1) (3) .
Les renseignements ainsi obtenus permettent de constituer le
tableau suiyanl qui nous servira de hase.

(1) Cf. }'l''OT, lJ.E./" .E.-O., III , p. 641. (3) Cf. E.-M. DUlIA"n, B.E.F.E.-O., V ,
(2) Cf. Marco Polo, PAUTllIEII, II, ill-4. p. 3i8. Ces (lates Ile sont, d'ailleurs, rien
l'ari,;, F. Didot, ·1865, pp. 55ti et 555. . moins Illle certain('s.
ET REPBRES CURONOLOGIQUES 17

S I~:CLE MOl'\U~1ENTS DATÉS


P<'iODE 1

Vile siècle 600 Mi SO'n A i-, '


625
650 Mi SO'II E l (651).
675
\"Ille sii\cJe 700 :\H SO'Il l,' l'
723
750
i75
IX· si(~eJe 800 PÔ Nagat· tic Nha Traug, tOll r N.-O . ct S.-E. (813), t. pl'. (8 1i).
825
850 Pô Nagar de Nha Trang, tou r O.
S75 Boug Dl1O'ng, parties les plus anciennes (87:)).
x. e siècle 900 llâllg An, ,"crs 902-910.
925
950
975
Xl' siècle -1000 Transfert de la capitale au Dinh Dinh, 1000 (1).
1025
1050
1075
Mi SO'n E 4'
XII" siècle HOO
Mi SO'Il BI (1114).
1125
1150 PÔ Nagar de Nha Trang, tour S. (H45):
Mi SO'Il G (H57).
1115
XI Ile siècle 1200
1225
1250
Pô Nagar de Nha Tran g, édifice S.-O. ruiné (1256).
1275
XlV' siècle 1300
1325 PÔ IHallli Garai, Yan Pron.
1350
1375
Xv e - X VIIl" 1400
. siècles 1650 PÔ Ilomë, aeuxième quart du xvu" siècle .

Pour les sculptures, outre les renseignements implicitement

(1) Nous ajoutolls à cette liste la date tics constructions dans cette province
du transfert de la capitale au Dinh Dinh, (MAsPI\no, Royaume dll Cha mpa, 19 H .
c1ate qui fixe sans doute le déh ut cie l'ère p . i7).
"~,"A\(. - Il.
:l
18 GRANDES DIVISIONS

compris par la date des édifices qui peuvent en contenir, nous


avons encore:

Mt SÛ'n A, piédestal circulaire.


Début du VIlle.
E
PÔ Nagar de Nha Trang, granlle déesse et petite. Milieu du XIe (i).
Çi"a de DrUli. Lai 1409
Vi!?l)u de Biên Hoà 142t

Ce tahleau suggère dès l'abord quelques remarques. Au' point


de vue chronologique, il présente deux lacunes importantes: la pre-
mière s'{ltend sur presque tout le YJI1 C siècle; l'mitre sur le xe et la
première moi lié du Xie, époques qui sont d'ailleurs assez mal repré-
sentées dans les inscriptions, et dont la seconde au .moins fut une pé-
riode de revers. Au point tIc vue géographique, il existe de même
une lacune: la province lIe Hinh Dinh, si riche en monuments, n'y
figure pas: il est vrai que les inscriptions y sont rares, soit pour J
avoir particulièrement sou/I'ert, soit pour avoir fait partie de l'envoi
perdu du docteur Morice (2).
l\Ialgré ces diverses lacunes, nous pourrons cependant, par le
simple examen des édifices éams et leur comparaison avec les monu-
ments datés, établir dans ses grandes lignes une division suffisante
pour permettre l'élude des éléments tle l'art cam, étude qui nous
donnera peu iL peu le moyen de serro1' de plus près l'otdre cln;ono-
logique.
Il n'est pas besoin d'un long examen des planches .de notre Atlas
pour reconnaitt'e que les (luclque cent vingt hùtiments qui constituent
les vingt ou vingt-cinq ensemhles en partie dehout, se rattachent il
deux groupes hien nels. Deux types peuvent les caractériser: la granJe
tour Je Pù Nagar de Nha Trang d'une part, et J 'autre part, se com-
plétant l'une l'autre, les tours cenlrale et S. de Hoà Lai. Les édifices

(iT cr. B.E.F.E.-O., II, p. 4i.


(~) Cf. I.e., 1, p. 582.
ET REPÈRES CHRONOLOGIQUES 19

ùe la première série tirent leur silhouette caractéristique de l'im-


portance du corps principal; dans ceux de la seconde, c'est au
contraire la superposition des étages qui écrase le corps infé-
rieur.
Dans la première série, certains édifices présentent une forme
très détaillée et très variée, cornIlle Mi SO'n Ai et la tour S. de
KllIlO'ng .My; les autres, par contre, oll'rent des formes presque stéréo-
typées; les molifs y sont pauvres et s'y répètent à satiété: ces
monuments donnent une impression de sécheresse, d'application
froide de formules. Le kalan principlli des Tours d'argent en fournit
un spécimen très honorable.
Un autre groupe montre les mêmes éléments transformés et d'or-
dinaire maladroitement simplifiés. Po mauri. Garai nous en apporte
dans sa grande tour un exemple très net.
Il existe enfin un petit nombre de kalan dont la terminaison est
une voûte en pyramide curviligne, comme la tour S. de Pô Nagar lL
Nha Trang.
Pour simplifier l'étude, fixons des noms il ces divers grou-
pes. L'art caractérisé par les tours de Hoù Lai montre son' corps
principal enfermé dans une masse qui est un cube et parfois
même a sa hauteur moindre que le côté . de son carré de base:
nous le désignerons sous le nom d'm'Ï cubique (1) par opposi-
tion aux trois autres. Nous réserverons le nom d'art primi-
tif (2) à celui qui, comme Mi S(m Ai et KhuO'ug My, montre une
verdeur, une vivacité de composition réelles ;. nous appelle-
rons classique (3) rart qui semble s'enfermer dans des for-
mules toutes faites, dérivé (4) celui qui les dénature, et nous
tirerons de leur voûte le nom d'art pyramidal (5) pour les édi-
fices analogues il la tour S. de Pô Nagar. Il est enfin un certain
nombre d'édifices qui allient aux décors propres tl l'art cubique les

(1) Type lIoà Lai , pl. XVI à XVI1I. (4) Type Po IOauù Garai, pl. XIII ..
\2) Type Mî SCYllA" pl. LXXl ctLXXII. (5) Type PÔ Nagar de Nha Trang
(3) Type Tour d'ul'gent, pl. XXXV. tour S., pl. XXiV.
20 GRANDES DIVISIONS

proportions de l'art primitif; nous les réunirons sous le nom d'art


mixte (1).
Voyons mairüenant comment se répartissent dans ces six groupes
les édifices de notre rùpertoire.
L'art primitif est reprùsenté par Mi San Ai' début du VIle siècle,
la tour N.-O. de Po Nagar (le Nha Trang ct sa grande tour, malheu-
reusement restée en. ùpannelagc (813 .et 8i7). .
Dans l'art cubique peuvent se ranger Mi San F p début dU:
Ville siècle, la tour O. de Po Nagar · de Nha Trang (troisième .quart
e
ÙU IX siècle), les parties les plus anciennes de Dông Duang (875).

La forme classique ne figure que par l'édifice archaïsant Mi San


E4' milieu du XIe siècle.
L'art dérivé possède plusieurs témoins: Mi San Bt (If 14) ;
G (1107); Pô Klau/t Garai (ùébut ÙU XIVe siècl(~) cf Pô Bomë (deu-
xième quart ùu XYll C) .
Enfin la forme il terminaison pyramidale offre tl'ois spécilnens,
la lour de Bâng An (vors 900, 910), la tour S. de Po Nagar de
Nha Trang CI 145) et le sanctuaire de Yan Pron (début du ' XIV'
siècle).
Dans cette série, l'art classique est donc à peine et . lUal
représenté, l'art lUixte pas du tout. Il ne nous est cepenùant pas
impossible de fixer leur époque, au moins d'une manièreappl'o-
xinialive. La répartition des édifices dans . le grand temple de
Dông Duang (2) marque nettement la postérioritù de l'art mixte,
par rapport il l'art cubique. Ce n'est donc pas de lui que l'art
cubique s'est ùégagé: l'art mixte est au contraire une transi-
. tion , un retour à la forme vraiment viable de l'art cam, l'art pri-
mitif et ses déri,·és. Il n'est pas possible d'affirmer que l'art mixte
n'ait pas coexisté ayec les arts qui continuèrent l'art primitif;
mais cela n'a rien de vraisemhlahlc, puisqu'on n'en trouve jamais
trace aupl'ès(les édifices datés de basse époque et, en particu-
(Il Type Bong DuÜ"ng tour centrale, pl. ClIo
(~) Cr. B.E.P.E.-O., III, p. 84 . .
ET REP~RES CHRONOLOGIQUES 21

lier, qu'il n'en existe aucun exemple au Binh Dinh ct dans le S. de


l'Annam.
Les monumerits du Binh Dinh sont, par contre, tous de l'art
classique ou des formes voisines, tl l'exception de la tour de
Binh Làm, et nous sayons que c'est en 1000 (t) que la capitale
came fut transportée dans cette région. Il y a de forles vraisem-
hlances pour (lue le plus grand nomhre des édifices durahles
de cette province corresponde tl l'étahlissemen·t de la capitale en
ce pays; nous prendrons donc cette date comme division natu-
relle, et puisqlùmcun édifice de l'art mixte ne se rencontre au-
dessous de cette latitude, que le dernier type de l'art primitif, Pô
Nagar de Nha Trang, est de 817, la dernière date de l'art cu-
hique 87:), nous réunirons ces trois formes, primitive, cubique
et mixte , dans une première période que nous qualifierons (l'art
primaire.
Leur champ commun s'étendra donc du. Vile , siècle au xo; une
période secondaire commencera avec le XIe siècle pour finir avec
l'a!'t call'l, nt enfermera, l'art classique, l'art dérivé, suite directe de
l'art primitif, et l'art pyramidal dont le premier exemple est mème
antérieur au XIe siècle (il est en réalité du début du xe) (2). Il disparaît
avec son dernier exemple daté des premières années du XIY·, la
tour de Yaù Proù.
Les limites de l'art classique ne peuvent s'obtenir que par celles des
arts entre lesquels il sert de transition. Faute de savoir il quelle date
précise terminer l'art primitif (la tour principale de Nha Trang est
déjà plus près de l'art . classique que de l'art de Mi San At), nous
ferons débuter l'art classique avec le commencement de la seconde
période, les premières années du XIe siècle, et l'arrêterons aux pre-
mières manifestations de l'art dérivé, Mi San Bt, premier quart du

Cf. note f, Il. o.


(1) division claire, mais il reste entendu que la
Malgré l'ancienneté ,le cc monu-
(2) forme très spéeialeet qui ,en somme, nous
ment unique, il nous parait plus avanta- est maIc.onnue, de l'art pyramidal, put fod
geux pour l'exposition d'adopter ceUe bien être à cheval sur les deux périodes.
22 GRANDES DIVISIONS ET REPÈRES CHRONOLOGIQUES

XIIesiècle. Nous résumerons cep données, pour plus ùe clarté, ùans le


tableau suivant:
Art primitif : Art cubique :
vue_xe. VUe-iX e •

Ml p,;m,'", \ 1
1
Art mixte :
XC
1
Art seoondairc :
, 1
Art classiquc :
1
Art pyramidal :
Xe-XIVe .
1
1
Art dérivé :
1
CHAPITRE II

L'ARCHITECTURE. - DISPOSITIONS GÉNÉRALES D'UN TEMPLE CAM;


FORMES, RÔLE ET RÉPARTITION DES ÉDIFICES QU'IL COMPORTE ..-

~Iélho(le. - Nom. - Situation. - Orientation. - Énumération des di vers bâtiments;


leur répartition et leur rÔle. - Étu(le des diverses parties; composition il. sanc-
tuaire triple. - Composition il. sanc tuaires annexes. - Étude des divers bâti-
. m ents : le sanctuaire; plan; forme. - Ka/an complet ct réduit. - Enceinte.-
Porteries. - Rampes et escaliers. - Grande salle. - Édifice Sud. - lltltimenls
(l'habitation. - Tours d'abri. - Édifices commémoratifs. - Proporlions et dimen-
sions : leur constllnce. - En lllan. - En élévation.

Nous allons reprendre ici, en suivant le plan adopté pour les no-
tices et le chapitre Il du tome l, le détail de tous les éléments qui
constituent un monument cam, en appliquant l'ordre chronologique
esquissé dans le chapitre précédent: nous pourrons ainsi suivre la
filiation des diverses parties; mais nous n'en étudierons l'origine que
plus tarù, nous contentant ici de prendre comme point (le départ les
formes· présen tées par les premiers édifices de l'art primaire.
Nous n'avons que peu de chose il signaler su r le nom môme du
sanctuaire, et cela se conçoit, un temple n'étant guère connu aujour-
J'hui que par l'appellation du village annamite sur les terrains duquel
se trouvent ses ruines ; mais pour les habitants mêmes, l'édifice est
la Tour ou peut-être plus exactement, le Monum ent ou le Tomheau,
Thap. Parfois quelque surnom tiré de sa silhouette le caractérise :
L'A H C Ir IT E C T U H E

nous avons ainsi TJuip Gay (1),~ la tour hrisée; Thap IMi (2), Tarn
Thap (3), les deux, les trois tours :~C0 Thap (4), la vieille tour; o.u encore
Banh Il (5), qui est un gùteau pyramidal, Canh Tiôn (6), une patate
hérissée de tuhercules; les ka/an sont désignés aussi par les Anna-
mi tes sous le nom de tour cambodgienne, Thap Môn (7), Thôc Lôc (8).
Quand le nom se rapporte aux divinit(\s que le sanctuaire abritait,
celles-ci sont invariablement nommées Buddha ou Déesse, Phi,lt ou
Bà (9). ct le nom spécial par lequel les vainqueurs d,Ssignent les Cams.
Lôi, est souvent ajouté alors pour distinguer l'édifice des pagodes
annamites: Chùa Ph~t Loi (10), Bit Lôi (11). Parfois, seule l'iMe de di-

vinité est exprimée, mais elle prend une valeur particulière, souligne
Ult souvenir èam, Ilu fait que le mot annamite n'est que la transçrip-

tion exacte d'un vieux mot èarn qu'on retrouve encore chez les sau-
vages. l.je premier terme dans les TlOms Yait Proù (12), YaÏ! Mum (13), a
la môme prononciation que le second dans Côn Dimg (14), tùm Dimg(15),
et indique sans doute le sens qu'il faut attribuer ~l cc terme qui, en
annamite, n'en présente aucun. Les citadelles sontplussouvent carac-
térisées par leur ancienneté, C,)Lfty(iG), « yi eux rempart», oule nom de
leurs constructeurs, soit sous sa forme normale, Th~mh Lôi (17), soit sous
sa forme péjorative, les barbares, Th~mh Hô (18). Nous ne connais-
sons qu'un nom propre de monument, ct il est annamite, Ducmg
Long (19), qui peut-être veut dire « dragon céleste, supérieur».
Aucun des noms èams du Sud n'a de valeur réelle; abusés par des
légendes locales, les Cams considèrent les édifices comme des bàti-
ments funéraires ct leur donnent les noms de leurs derniers ou de
(1) Cf. I.e., l, p. 214. (Il) Cf. I.e., l, p. 516.
(f) Id.,p. H6. (12) Id., p. 557.
(3) Id.,p. 157. (13) Id., p. 559.
(4) Id.,p. 157.
(14) L'éminence des génies, id., p. 530.
(S) Id.,p.157.
(1.5)Le hois des génies, id., p. 526. Cf.
(6) Id.,p. 204.
L. CAIJlÈIIE, B.E.F.E.-O., V, p. 194.
(7) Id.,p. 72.
(16) Cf. I.e., l, p. 235.
(8) Id.,p. 214.
(17) Id., pp. 2~2, 548.
. (9) Thâp Bà Màu Thiên: tours de la
(18) Id., p. 137.
Dame de grande vertu, id., p. 157. (19) Id., p. i85.
(10) Id., pp. 526, 53!.
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE" CAM 25

leurs plus fabuleux rois (1). Enfin les.. inscriptions ne révèlent aucune
appellation de temple, ct la chose n'a rien d'extraordinaire puisque
le fondateur ne mentionne jamais que la divinité; les r(~parations
mümcs ne sont pas autrement indiquées, et les rois sc vantent seule-
ment d'avoil' relevé les « liliga (2)dll NOl'd ct dn Sud (3) ».
Les Camssemblent avoir recherché avec grand soin toutes les
. occasions (r(~lever leurs temples sur des mamelons au-dessus des
campagnes cnvir~nnantcs. Pourtant, près des deux tiers sont cons-
truits on plaine. L'explication dn fait est aisée: elle git dans la
difficulté de trouver réunies toutes les conditions nl~cessaircs. Il
fallait que le mamelon fùt de petite hauteur: un seul monument,
l..in11 Thai, s'élève sur une colline yéritahle, de près de 150 mètl'I!s,
je crois; les autres ont leur assise inférieure à :30, f)Q mèh'es
au-dessus de ]a plaine. Il fallait aussi qu'il fùt d'un accès facile,
dùt-il ne pas t'ltre normal: c'est le cas pour Po JOauù Garai, où
la tour d'entrée n'est précédée d'aucun emmarchemeilt et dont
l'arrivée dnt être nécessairemerit au N.; de Po Borné, qui paraît
hi en a voir possédé un escalier fort raide il l'E., mais (lui semble
desservi au S. par une pente naturelle. Il fallait que l'assiette supé-
l'leme offrît une surrace suffisante, hien qu'il l'occasion, si l'emplace-
ment était par ailleurs parfait ct les matériaux de rcmhlai h peu de
distance, les Cams. n'aient pas hésité il augmenter l'assiette supé-
rieure artificiellement: e'est cc qu'ils firent il Pô l'agar de Nha
Trang avec les madrépores de la lagune voisine. :\litis il Po Klauù
Garai, de denx collines presque contiguës ils préférèrent la plus hasse
il l'autre, encomhrée de rocs énormes. Cc dernier exemple montre
que les èams n'attachaient pas Hne grande importance au filit que le
temple pùt ütre dominé; parfois l'édifice s'élève au flanc d'une col-·
line, sur une terrasse ou un échelon natllrel (4). 1\Ii SÛ'n Ai est non
(1) PôRomë , I.e., l, p.61; PÔ J{]auùGa- fran~ais comme « Toul' d'or », simples
rai, id., p. 81. fantaisies absolument inconnues <les in-
(2) Inse. 86 (Mi So-n XXV). Cf. B~E.F. digènes.
E-')., IV, p, 976. (4) So-n Trièu, PÔ Dam.
(3) Nous négligeons les quelques noms
26 L'ARCHITECTURE

seulement au-dessous des 'monta~nes du cirqùe, mais des mamelons


voisins qui reçurent les temples postérieurs GetH. Les èams ne sem-
blent pas s'être inquiétés non plus que la colline et le monument
soient masqués à quelque distance par un autre mouvement de ter-
rain (1), même si, plus haut, celui-ci bouche complètement la vue (2).
Ce goût pour les hauteurs présentait un inconvénient; souvent la
plate-forme était trop réduite pourle développement complet du mo-
nument: elle fut alors réservée au seul sanctuaire et à l'édifice S.,
son annexe immédiate; la grande salle s'étendit au-dessous; plus bas
encoré, la tour d'entrée (3).
Les monuments ainsi relevés ou dominant la plaine de leur pro-
pre hauteur sc voient souvent de l'un à l'autre, et nous avions cru
un instant que des lois d'orientation réciproque avaient influencé,
sinon régi, le choix de leurs emplacements: des relevés très précis
n'ont rien montré de semhlable, et toute étude de cette nature est
d'ailleurs rendue impossihle par la disparition des temples en con-
struction légè:e qui eussent fourni une partie des mailles du réseau.
Il est inutile, il, pIns forte raison, de discuter le rôle de postes vigies
ou de tours de défense qu'on a attribué aux kalan, puisque leurs
étages furent de tout temps inaccessibles. Que leur parvis ait, comme
le sommet d'autres mamelons, servi d'aire il, signaux, que les tours
yoisines de la tôte aient joué le rôle d'amers (4), . cela n'a rien d'im-
possible; mais il ne semble pas qu'aucune idée de cette nature ait
déterminé leur situation. Le voisinage des cours d'eau ne parait pas
avoir influé davantage sur ce choix, et . la jonction de quelques
sanctuai~es (5) aux fleuves par des chaussées montre seulement que,
. comme partout, les rivières étaient des chemins naturels fort goùtés
des pôlerins.
La question de l'orientation parait seule avoir été prépondérante,

(1) Pho IIùi, l'ô nomë. (t) Les textes chinois indiquent cc
(2) An Kién. dernierrôle. cr. pt:LLIOT,n.E.F.E.-O. , IV, .
(3) Pô Nagar de Nha Trang, Tonrs d'ar- pp. 208 et 412.
gent. (5) Phông Lç, Bi~i IIjlu, Tours d'argent.
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE CAl\I 27

et il est rare, si l'on rencontre quelque mamelon allongé de l'E. il


l'O., qu'on n'y découvre pas quelques traces J'un sanctuaire cam:
ainsi avons-nous pu retrouver un certain nombre J'emplacements
sans l'intervention ou contre les renseignements des indigènes. Même
pour les constructions le plus nettement utilitaires, comme les cita-
delles, l'orientation prime tout, et la meilleure position militairo ne
fut jugée bonne que si les défenses naturelles assuraient la con-
struction des murs suivant les Jirections cardinales. Chose curieuse,
la rigueur est moins grande pour les temples. Ceux-ci montrent,
surtout dans la première période, un écart assez fort, J'un côté comme
de l'autre de l'axe E.-O., écart allant jusqu'il 2,1 0 (1), mais qui sou-
vent n'atteint pas 20 0 (2) et dans la plupart des· cas reste au-dessous
de iOo (3). Il diminue Jans l'art secondaire: maximum à la Tour de
cuivre avec une quinzaine de degrés vers le N., il est d'ordinaire
moindre que 5" (1), fréquemment insigniHant ou nul (5).•
Quelle est la raison Je ces différences? Il est probable que les
éams n'ont pas déterminé leur orientation par une méthode astrono-
mique: même grossière, elle n'eût pas permis de telles divergences.
Il ne s'agit pas non plus de l'erreur constante apportée dans nos
observations par la d(Sclinaison magnétique, puisque l'écart n'est ni
régulier ni dans le même sens; la déclinaison fut d'ailleurs à peu
près nulle pour les régions moyennes et méridionales de l'Annalll .
durant les années i 901 à H)04 où nous ftmes nos opérations. Faut-
il supposer que le monument n'est pas tracé suivant la ligne E.-O.,
mais dirigé vers le point où le soleil se lève soit il une date spéciale,
date de fête ou d'événement dont on commémorait la mémoire ,
soit simplement au jour où l'on a fait la plantation de l'édifice? Ce
n'est là qu'une simple hypothèse qui trouve pourtant une légère
confirmation dans la fréquence plus grande des écarts vers le S.
(1)Mi San CI vers le S. (3) Mi SaIl FI> 3°30' N.; I10à Lai, 4° S.;
(2)Khmmg My, 19° N., Ml San BI pri- Bong DIlO'ng, l à 2° N.
mitif, indiqué par l'orientation dcs murs (4) Dllang Long, :3°30' S. ; Chièn Bàllg,
construits poslél'iclll'cmcnt autour de TI '!o30' N.
ct de C, 16° S. (5) Chanh Le).
28 L'AHCHITECTURE

Il semble qu'h l'origine l' obligat~(m de tourner les sanctuaires vers


l"E. était moins sévère. Le monument primitif de 1\Ii San A, d'im-
portance religIeuse si grande, n'est guère concevable autrement que
face il l'O. ; en tout cas cellliqui le remplaça est dirigé dans ce sens.
U en est de même des édifices presflue contemporains El> Fi' ct ceux-
ci ne présentent même plus le suhterfuge d'une porte orientale sup-
plé~llentaire. Un autre temple également de la pTemière période, Pü
Dam, s'ouvre vers le S. avec lIll ,écart JeJ!)o et demi il l'O., alors
qu'il eùt été hien plus aisl~ Je le tourner vers l'E. De mème le monu-
ment auquel fut ajoutée dans une hasse époque la tour-porte K, il 1\11
San, était orienté an S.-E. Notons encore qu'un texte chinois ancien
qui sc rapporte il K'iu-sou y met tout au S. (il. Le S. parait d'ailleurs
ayoir gardé jusqu'aux derniers jours une prépondlSrance au Campa.
C'est au N. que se fait l'()conlement des caux rejetées loin de la
divinité; c'est toujours par le piédroit S. qu'on commence rI graver
les inscriptions quand elles figurent sur la porte d'entrée, fait
(lui pourrait s'expliquer dans une certaine mesure par le sens
de la pradak~itta. C'est au S. que s'élève l'ànnexe principale du sanc-
tuaire. C'es t par le N, que les groupes ternaires de kalan se com-
plètent.
A la dernière .
époque de l'art èam, nous vovons . les bal/wÎt du .
Binh Thu~n orientés, les uns normalement (2l, d'autres au N.-E. (3) ou
an N. . un peu E. (4l. Les Ca ms nous ont fourni de cette anomalie
l'explication suivante, qui parait bien subtile: le balllwi de Po Nraup
est orienté au N. comme une tombe ordinaire, parce que cc roi,
simplement intronisé par les Annamites, n'aurait pas le caractère
divin de ses prédécesseurs (5l.
Parmi les temples qui sc sont conservés, les uns, et non des
moins anciens, se réduisent à leur seul kalan (6). D'autres semblent
ètre passés par cet état de grande simplicité avant de recevoir

(1) Cf. PELLIOT, fl,E.P.E.-O.,IV, p.191. (.) Po Nraup.


(f) Tô Ly.
(:;) Cf. I.C., l, p. 47, Ilote 1.
(3) Thu~n Dông.
(6) Chim San, Thü Thiçn.
VISPOSIT IONS V'UN TE~IPLE CAM 29

l'accompagnement d'annexes en briques, nettement pos térieul'es (11.


Les temples debasse époque se présentent enfin en des plans relati-
vement complexes, d'une seule venue i 21. Autour du sanctuaire court
une muraille qu'ouvre une tour-porte précédée d'une salle; qiverses
annexes, tant au dedans qu'au dehors de cette enceinte, complètent
le temple: toutes sont en hriques et du mème temps. Il semble, il
première vue, que le temple se soit développé, tandis que sa va-
leUl' d'art sc perd. Ce dé,"eloppeIllent est-il réel ?Nous n'en croyons
rIen.
En réalité le monllnwnt primitif dul ètl'e aussi complexe, mais,
pour des raisons que nous étudierons plus tard; seul le sanctuaire y
fut construit en briques. Les annexes, peut-ètre forlriches, restaient,
comme les temples qui ne nous sont connus que par la mention de
leur incendie, en matériaux légers: la vétusté ou le feu les firent dis-
paraitre ({uand le sanctuaire durait encore: elles furent relevées ,
mais, suivant l'hahitude nouvelle, en construction robuste, en édi-
fices voùtés. Ainsi les temples les plus 'anciens montrent des annexes
modernes ct les plus récents au contraire sont homogènes, la con-
struction en maçonnerie des htltiments de service, exceptionnelle à
l'origine i 3 1, étant devenue la règle générale.
Aussi, hien que nous soyons loin de rencontrer toujours' dans les
temples cams l'enceinleet la grande salle, n'hésiterons.,.nous pas il. les
considérer comme des parties essentielles du plan: enceinte qui
sépare le sanctuaire des simples fidèles ct protège les richesses que
la terreur du lieu saint ne défendrait pas assez des malandrins, por-
terie qui permell'llccès du parvis sacré aux privilégiés, grande salle
commune extérieure, abri des festins rituels, disent les Cams mo-
dernes, lieux all'ectés iL divers usages, réunions, repas, processions
(f

ct danses sacrées ... », suggère la comparaison avec l'Inde (4). Cette


grande salle est, il l'origine, toujours en dehors de l'enceinte

(1):Mi Sail Al' llllll'S 1\, C, D à Mi SOIl ; salIe Il, éllificc


(2) Pô KlallÎl Garai, Mi Sail G, Il. S. à Dong Duallg.
(3) Salle 1\ ; Il;;'6; l'II1I'él) C2, ~aJle Ca ; III Cf. BAHTII , lJ ."'.F.E.-O. , J, p . 44 .
30 L'A nc I1I'rECTU n E

intérieure li) nt jus4ue uans lu plus g l'UII de part LIe la seconde


période (2) . Elle cs t même parfois ft un niveau inférieur. Ainsi, il Po
Nagar de Nha Trang un mur de hriques circonscrit le plateau supé-
rieur; ~Ile simple porte permit de le franchir en haut de l'escalier
principal, lIlais sans porterie, salis doute en raison du peu d'espace
(lui séparait la marche termir:ale de cc degré ct le perrou du lemple.
La grande salle ct la tour d'entrée sont il mi hauteur de la lagune.
Furent-elles enfermées d'une clôture propre? Il est a.ujourd'hui
impossible de le savuir. Aux Tours d'argcnt le kalwi principal
s'uuvre devant la. grandc salle Cil haut dc la rampe d'arrivée, mais il
n 'cst pas facile de distinguer si une enceinte particulière entoura le
plateau supérieur. Ce n'est qu'à la fin dc la scconde période que
nous voyons la salle s'enfermer dans un enclos unique (3).
Parmi les annexes qui semblent presque indispensables au temple
èam, l'une des plus curieuses est l'édifice Sud. Les exemples con-
sCl'vés -les seuls construits en ])riqucs - s'échelonnent sur toute
la durée de l'art èam, montrant ainsi qu'ils répondaient à un besoin
permanent; par bonheur une inscription khmère (4) nous apprend
quel était ce besoin: la conservation des livres sacrés. Ces curieux
édifices, que la tradition èame donne comme des logis royaux,seraient
donc en réalité, ainsi que la tradition s'en est conservée au Cam-
Lodge ct au Laos, des bihliothèques (5).
Les tours à quatre portes figurent également dans les premiers

(1) Mi SO"n DI pour Dt primitif ; E, pOUl' au èampa ell (Ieux salles, qui, dans UII
Et ; Pô Nagat· (le Nha Trang, lIoà Lai, logis de roi gardé par ses femmes était
Hong DuO"ng. si naturelle, ni la présence de décor s spé-
\2) Mi SO"n G, Cballh Le), Dl1O"ng Long. ciaux (roi massé par deux reines, Hong
(3) Mi SO"n II, 1'0 IOauÎl Gurai. Dl1O"ng 1; bas-relief inlél'icUl' à ras de
\~) Prùsà t Khnà, édifice (le l'angle terre, Mi SO'Il A13 ; tympans aux lions
S.-E. de la cour. Cf. CœDl~;s, /J.E.F.I!.'.- qui semblent d'uu carac tère plus civil
O., XI, p . 405. qn c l'eligieux, ;\12-13; lit <le massage (?)
(5) La découycrte de cettn ill ~crjpli oll dans l'édifice dépendant 116' à Mi Sail
si eUl·ieuse Ile lève el'IWndant IJas tOIiS ('ucore, clc.). Aussi, et d'ailleurs égale-
les doutes, IIU moins pour les édifices m ent pour ne pas chan gcr de (lénomina-
('ams. L'usage indiqué par cc nom n'ex- tion au cours d'un même ouvragc, gar-
plique pas leur division presqueconstan le derons-nous ici le nom d 'édifice Sud.
DISPOSITIONS D 'UN TE~lPLE CAM 31

monuments (1) COlllllle parmi les .derniers (~), ct leur l'ole n'est pas
douteux, car à Mi SO'n l'une d'elles, G5 , et encore une autre, D3' plus
ruinée, contenaient, renversées, les stèles qu'elles avaient abritées. La
position de la tour centrale de fMng Duo'ng sur l'axe même rend à
nos yeux européens celte attrihution étrange, puisque la stèle vient
ainsi couper l'axe général: cette disposition n'est pas plus bizarre
que la présence constante du mur-écran dans les pagodes et les
maisons lL la mode chinoise.
L'ensemble du temple ne fut développé que dans un cas unique,
uu grand monument houddhique de Bông DuO'ng, par la multiplica-
tion des enceintes, des porteries et des salles; mais le plus souvent,
le plan ne s'augmenta que par l'addition successive de nouveaux
sanctuaires (3) ou la reconstruction en briques des annexes rui-
nées (4) • .
Le sanctuaire principal n'est cepeIH]ant pas toujours simple: c'est
là une disposition curieuse, commune aux pays d'Extrême-Orient où
l'art hindou fnt transporté, ct qui ne paraît cependant pas appartenir
il co del'ltier. Java, le Cambodge et le Campa présentent souvent
dans le môme temple un groupe de sanctuaires presque identiques
ct disposés snimnt un plan régulier. A Java (5), au Cambodge (6) ce
plan est parfois en quinconce; au Campa, et bien plus souvent encore
au pays hhmèr, trois sanctuaires s'alignent sur un même axeN.-S. En
cette dernière .contrée, la composition triple ne parait pas le résultat
d'une conception primitive, mais le fait d'adjonctions successives. Ce-
pendant l'existence, à l'apogée de l'art khmèr, de groupes importants
d'une seule yenue, comme Loley ct Bakô, atteste la possibilité, à
cette époCJue au moins, dos groupes ternaires plus simples. Ce n'est
au Campa que dans l'art secondaire llue nons voyons des trinités do

(1) ~Ii SÛ'1l D4' Bon~ Dtrrl'llg tour hiilll'VU, lllilÎl~u dUl"O ; rééllilïcalion (I(lla
S.-S.-O ., tonf central(l. lour S. pour Çiva encore, 1145 ; sunc-
(2) Toul'S !l'argent, l\lï SÛ'1l G~ et D3' tlluil'l~ lie Miilçliùgeçvul'l, 1256.
(3) Ex . : PÙ î\'ugUI' tle Nha Tl'ung.: sallc- (il Mi Sali AS_9 l'l '\11_1 3'
luaire pl'Ïmitif Ile Çiva, ï8·1 ; tic Bhaga\'ll- \:,) 1'l'amltalltlU, pat' exelllllle.
li, 817; de Gm:tl'~'a ct Skundu,813 j cie 1\[a- (6) Loley; pat' exemple.
32 L'A R CHI TEe T URE
~
kalan construi tcs d'un j ct. ExaminYons succcssi ,'cment chacun dc ccs
groupcs (1).

rad primilif, le plus bcl cxcmple quc nous cn ayons cst le


DUliS

groupe dc Klmang My; il cst illùuLitahlcUlcnt formé ù'élémcnts suc-


cessifs. Alors quc cc sont partout, ct rexcmplc dc Mi SO'n lc montre
avcc clarl/!, lcs I~J ili ces les plus allcicns lcs mieux conservés, les t"ois
tours de Kllltaug "Iy otrrcnt ùcs états de ruine tout il fait difJ"érents,
La tourS. cst presquc complètc, tanùis '"lu'il ne rcste, pour ainsi dire,
que lc squelettc dc la tour N., En outre, la tour ccntrale s'ôlève SUl'
le souLasscmcnt d'un édifice disparu qui n'a pas hrùlé; l'état des
partics consenées le montre. Ses détails ne permettent pas de le sup-
poser bicn antéricur il la tour S. S'il fallut qu'il tombùt en ruines pour
que la tour cenli'ale s'ôlevùt, il dut s'ôcoulcr un leinps appréciahle
cntre la construction des deux halan. Le sccond ne possèùe plus
J'ailleurs lc plan si spécial dc la tour S. ni son parti franc ùe ycsti-
oule. Quant il la tour N., ses nichcs intérieurcs oll'ront l'orncmen-
tation caracléristi<l'lC de l'art classique, et la présence ùe la niche
d'angle, insolite il cette époque, marque ncttement un cssai ÙC
copie qui trahit l'intcntion d'archaÏsmc dc la périodc d' Harivarman
(déout du XIe sièclc).
Les tours ùe lIoù' tai sont égalcmcnt dc dates tl'ès divcrscs:
l'incohéreuce de lcurs orientations, le yice de leur aligncment le
prouvcnt salis peine. ta tour N. n'cst qu'une copic .hàlardc de la
tour centrale: il suffit, pour S'Cil rcndre compte, (['oosc1'\'c1' l'infério-
rité dcs dcürapüla aux fausses portes, gauchement présentés dcface
comme lcs orants .
d· autres tours, ct la silllI,lification b.rrossière ùcs
appliques de hase. Plus aucieunc dul ètre r exécutioll de la tour S.,
mais lc fait qu'elle est rcstée en épannelage alors que tOlltc Ulie série
dc cOlls lrucliollS élaien t (·lcyées dans l'axe de la tour ccntrale, si com-

(1) NOliS ne faisons (IUC signaler les


. enseignement ; elles sont d'aillclIl's de
troi s tom·s Ilc Dong DIlO"ug ; t'Iles SOllt constrüction si mauvaise qu'clIcs parais-
restées l'Il épannelage ct dans un tcl étal sent UII travail négligé et par suite de
qll'il n'est guèrc possihlc d'l'Il til·CI· grauII bas;;e époque.
,
DI SPOSITIONS D'UN TEMPLE CA:\l 33

pIète, semhle indiquer qu'elle ne fut pas conçue en même temps,


puisqu'il était si aisé alors de la terminer.
Dans la seconde période, les. tOUfS de Chièn ftùng montrent par
leurs sujé.tions de plan lellrs rappods de postél'iol'jté. Le kalal! cen-
tl'al a la saillie de sa fausse porte S. réduite par suite du voisinage
Ilu sanctuaire S., ct le même fait se pl'Oduit pOlir la tour N. par rap-
port il l'édifice centl'Ul. La tOUI' lIou\'l~llc est plus illlpo1'lante que la
première, lIlais lorsque plus lard, dans une illtention de symétrie
cette fois évidellte, car les axes sont équidistants, on voudm élever
lIli troisième edifice, on lui donnera les proportiuns lires(lue exades

(lu sanctuaire le plus aucien; hien que ces trois kalan ne paraissent
pas de date très éloignée, le dernier constl'llit Ile présente plus les
'luel'illes sages précautions encore en usage daIis les deux précé-
dents pour le soulagement des linteaux continus, ct son état de ruine
pllls amllcé indique une constnlCtion bien inférieul'e.
Celle inteutioll de symétrie est du plus haut intérèt, car elle date
l'épullllC où l'on s'iwisa, au Campa au moins, de ren'et heuréux de
ecs trinités accidentelles de IlUtal!. IIung Tlu,tuh, incomplet aujour-
d'hui , nous IllOllt1'O un gl'oupe triple conçu d'un seul jet: il n'existe
pas dedilr.~rellces d'al'l enh'c les motifs des deux tours encore debout
et les débris de la troisième.
Plus gl'ande est la silllilitLule entre les lt'~is tours de "àn Tllang,
exact~ment écartées et aliglu)es. Fussent-elles 1t moitié d'origine
étrangèl'e, ces tours n'en montrent pas moins 'lue ce parti multiple '
du sanctuaire élait désormais connu au Campa: il semble qu'on en
retl'Ouve une tI'ace fort nette dans la composition ternaire des ba-
mlIIi du llinh Thu~n.
Dans ce petit nomhl'e de cas seulement nous voyons les sanc>-
tuaires lIou"eaux s'aligner a\'ec le ka/an principal: le plus souvent
les temples accessoires vinrent se groupel' un peu au petit bonheur
Ilans l'ellceinte du stlnetuaire originel, utilisant sans doute les moin-
dres places qu'y laissait l'entassement des constl'llctions légères
uujoUl'd'hui disparues. Ainsi s'explique l'édification de CG à Mi San
.\S~All .. - u.
34 L'ABClIl TECTU 1l~

, entre les sanctuaires C5 d'art primitif et C7 d'art cubique, alol's qu'un


large espace apparaît aujourd'hui vide au S, dc Ci: il fallait vraiment
qu'aucune autre place ne fût plus disponihlc pour qu'on ait sacrifié
l'cnh'ée dc C7 et celle du nouveau sanctuaire,eondamné pal' l'étroi-
tesse des passages à n'être jamais ravalé. Prodigieux est déjit l'en-
tassement des édifices en briques dans le plan de Bi il Mi San, dans
la coud de Dong DuO'ng, ct l'on peut se demander quelle circula-
tion restait disponible, quand des pavillons légers, que la présence de
divinités isolées (1) indique, venaient encorc la l'(~ duire.

Le sanctuaire, - Silllple ou triple, cet édifice s'élèvc (l'ordi-


naire sur l'axe principal, ct lc plus souvent l'm1ceinte détermine un
'parvis plus large en avant. 11 Il'est pas très rare cependant, surtout
dans la seconde période, tle voir le sanctuaire occuper le centre de
l'cnclos (~) , - c'est déjà le cas de Ei il Mi SO'l1, - lIloins encore de le
trouve nejeté un peu au N:, dislJosiLion nOl'male si l'on IlC vOlllai t avoir
une enceinte énorme, puisqu'un ht'ttilllcut important s'élèvc le plus
souvent au S. (3). Édifice priucipal ou aUl1exe, le sanctuairc afl'ecte
toujours, dans la seconde période et le plus sou "en t dans la première,
la formc du A'olan; dans lcs l'arcs exceptiolls (lllC montre l'art pri-
maire, il olfl'C la cOllll~osition d'ullc sallc Jougne lUuuie (l'un étage
terminé par deux pignons (4).
C'est lit ulle disposition ' très particulièrc ct qui n'a rien à voir
avec l'allongemcnt en plan du carré de JJasc dccertains ka/an, étire-
ment qui n'empl!che pas l'établisscment de la pyramidc d'étages (5),
L'emploi du hùlimcnt en longueur pour le sanctuairc disparatt com-
plètement dans la scconde période: nous verrons d'ailleurs plus loin
(1) Grand linga suppo~é, SkaIula en
probables : ~li S()'Il Fi, C7 , tours S.,N. ct
Mi Sll'n Il. ; gl'oupes de 2, 5, 7 linga, pié. , N.-O . de Bong Dmmg.
,des laI inscrit, etc., en Mi Mn A.
(5) ~li SO'I1 HJ, toms S, et centrale d~
(2) Tours d'or, de cuiVl'e, Bang An,
]{hlJ()'Ug My, tOI1l' IJl'ineip1l1e Il e 1'6 Dam,
Cluinh L(I.
Tour d 'or, PÔ Itomë, raù Mum, Mï SOli
(a) Tours ù'argent.
A'2 ' Ced crnier, rectangulaire li l'ex téri eu!',
(~) Certaincs : Mi SO'n CI> B._ IJ , loul'
cst ca rré ii l'inlérie ul'; c'cs t l'inverse
N.-O. il Nha Trang et édicule S.-E.;- pOUl" Al:i voisin ;, '
bISPOSITJONS D'UN "
TEMPLE CAM 35

que la terminaison en étages multiples est alors préférée, même pour


des hàtiments de service qui jusqu'alors avaient toujours priSsenté des
pignons. A plus forte raison ne trouvons-nous quo dans la première
période des sanctuaires non voùtés (II.

Kalancomplet et kalan réduit. -Nous avons déjà distingué dans


la forme la plus commune, le kalan, deux types, le type complet et
le type réduit (~) : le type complet caractérisé par la présence d'un
vestilmle, réduction lui-même du kalan qu'il précède, ne sc ren-
contre que dans les sanctuaires principaux. Les sanctuaires annexes,
plus petits d'ordinaire, sont toujours (3) du type réduit, c'est-à-dire
que leur porte principale se détache seulement du kalan par un simple
arrière-corps qui peut n'ètre pas plus important que celui des faus-
ses portes.
Si le type complet parait réservé au sanctuaire central, ou plus
exactement aux granùs sanctuaires, il n'est pas obligatoire: quel-
ques ka/an principaux de la première période sont sur plan ré-
duit (4), à plus forte raison s'ils sont petits (5),
. Dans la seconde, le type réduit devient presque général, mais avec
un moyen terme pour les grands sanctuaires; le couloir d'accès
garde quelque importance, et,si le vestibule n'est plus un petit kalan,
il devient un édifice long: il présente mèrne parfois, et cela le dis-
tingue nettement de l'allongement pur et simple de l'arrière-corps.
un petit étage, soit rectangulaire comme l'étage inférieur (6), soit
carré (7),
Passons les principaux édifices en revue, afin de les classer sui-
vant cette division, car il n'est pas toujours facile de reconnaître il
quel type ils appartiennent.
Dans lu première p~riode, l'art primitif nous donne avec Mi
(1) ~li SO'n El> A'I' Ft. (~) Mî SO'n NI' A'4' tour principale de
. (:) Cf. I.e., l, p. :!a. Dong DuO'ng.
(3) Exceptés A,o ct E~, d'ailleurs pres- (5) Pô Dam.
qu'aussi ou plus importants que le sanc- (6) Tours DuO'ng Long à Vün Tmrng.
tuaire principal. (7) Kalall principal desTour~d'argcnt.
36 L'AI!CHITECTURE

San Al un bel exemple du type complet, plus que complet même,


puisqu'il possède deux vestibules. Ce mode est marqué d'une façon
particulièrement franche 11 la tour S. de Khuang.MY, moins nette aux
tours centrale et N. (lui la copient. La tour de Binh LÙJll dut être
conçue de cette mallière, cal' une padie ilnportante de sa façade est
restée lisse, indice patent que celle-ci était cachée par la pyramide
d'étages du vestibule. On se rend compte en elfet il, la tour principale
de Po Nagar, seul édifice complet où le vestibule soit entièrement
détaché, que sa superstructure masquait la plus grande padie de la
façade.
Dans l'art cubique, les tours de Hott Lai étaient également du
type complet (1), cal' elles ont un vestibule qui dut être traité en petite
tour il étage; elle n'est guère plus engagée daus la grande que les
,'es tibules de AI à Mi SaJl ct de la tour S. il Klllwng My.
La tour N. de IIoit Lai nous met dans l'art mixte; nous y tt'ou-
vons également ~H San A1O' qui, de mème, est dn type complet.
Nous ne rencoutrons dans la seconde période que Mi Sim E4'
copie de AI' qui montre le même parti, ct, par extraordinaire, d'unc
lllanière plus frauche que son modèle. Des autres édifices, ou bien
les éléments alltérieul's ont disparu, ou le vestibule est transformé
ell porche. Quelques-uns au moins durent présenter des vestibules
détachés: l'arrachement laissé sur la façade est trop bas pour con-
venir à une porte d'entrée, ridiculement petite alors · 11 côté des
fausses portcs consenées. ~[ais la ruine complète du ycstibule.
quand la tour a relativement peu sou/l'cd, est étrange; il fallait une
cause spéciale afraihlissallt le petit kalan antérieur qui, par ses
dimensions réduites, offrait plus de garanties de durée: il est done ·
vraisemblable que le système des porches fut hien plus répandu que
les rares exemples (2) conservés ne l'indiquent: la multiplicité dcs
hautes baies qui les hachaient leur enlevait toute cohésion. Ce serait
le cas pour tous les édifices qui se montrent ainsi privés des disposi-
(1) Trolllpé par l 'étut. de ruine d e lenrs quel' (1. C., 1, p. 99) comme (lu type réduit.
entrées, nO\l8 avons en le tort !le les indi- (2) Mi So-Il Gl! Mng An.
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE (:AM 37

tions antérieures (1). Les autres tours munies d'un vestibule traité
en édifice long n'avaient pas les mèmes chances de ruine ct, pour
la plupart; ont leur entrée dans l'état de la tour (2). Deux !.-alan seuls
sont franchement du type réduit, la tour de Thu Thiên ct celle de
YaÎl Mum.
Le kalan de type complet est rarement conçu de telle sorte que
son plan réponde exadement il celui qu'indiquent ses façades: deux
salles carrées qui se suivent, d'importance différente, et correspon-
dant. la l'lus gmnde au l((llalt proprement dit, la plus petite au !ralan
en réduction que forme le vestibule. Un éditice comme Cl à Mi S<Yn
est parfaitement traité à ce point de vue. Mais, parmi les kalan, il
n' existe que la tour S. de IOm<Yng My qui soit rigoureusement com-
posée snr ce parti si franc: dans celle-ci, comme on peut le voir sur
la planche LVI, la petite salle qui forme entrée est axée sur les faus-
ses portes du vestibule; partout ailleurs la première salle intérieure
n'a pas ses parois concentriques à l'extérieur et à l'intérieur. La tour
principale de Pô Nagar, une des mieux tracées cependant, présente
en cc point dans une enveloppe carrée une salle rectangulaire. A la
tour centrale de Klnwng My, le parti de la tour S. n'est déjtt plus res-
pecté, et, s'il cxis te une première salle, son axe transversal ne concorde
pas avec l'axe des façades latérales. C'est encore le système que nous
retl'OllYOTlS en Mi S<YTl E4' copie de Ai' mieux comprise en cela que l'ori-
ginal, ear rien n'est plus illogique en plan que Ai' A1O' les to~rs de lIoà
Lai, où de véritables petits kalan écrasent d'étroits couloirs. A ce
point de vue le type réduit est bien plus natu:r:el, soit que la porte
n'ait guère plus de saillie qu'une fausse porte, soit mème que le couloir
intérieur vienne se traduire it l'extérieur par un bâtiment allongé.
De ces observations résulte cette constatation intéressante que, si
la salle antérieure ne se rencontre qu'une fois dans l'art primaire et

(1) Tours de cuivre, d'or, Chiên Bàng, Trang, tour centrale D\mng Long, Po
Ihrng Thl.mh. KlauÏl Garai, YaÏl ProÏl où le vestibule
(t) ·1{n/nn principal des Tours d'argent, se perce de fenêtres comme un porche de
B, à Mt SÜ'n, tour S. de PÔ Nagar à Nha portes.
38 L'AHCHI'1'ECTUItE

dans des dimensions telles quon n'y peut voir qu'un lieu de passage,
et si, dans là presque totalité des cas, elle cède la place à un simple
couloir, c'est qu'au début de l'art que nous étudions elle n'était déjà
plus qu'une simple survivance, alors que' dans 'l'Inde elle s'est main-
tenue jusqu'à nos jours.
Cependànt ce parti donnait lieu ù. l1n imposant motif de façade:
il dut sans doute lt sa valeur décorative de se conserver jusqu'au
moment où la ttansformation du vestibule en porche llli rendit une
raison d'être.
Terminons l'indication des données générales concernant le
!talan en signalant les quelques formes octogonales qui paraissent au
cours de la seconde période et qni n'eussent guère été possibles
avant la création Ilu type pyramidal (Bâng An, Chành LQ).

Enceinte. - Si du sanctnaire nous passons à ses annexes, nous


devons d'abord donner les quelques renseignements que l'art èarn ··
nous a laissés sur l'enceinte qui le protégeait. Nous n'avons aucune
indication sm les palissades ct les porteries en construction légère,
qui durent êtl'e les plus noinbreuses, et ce n'est guère que par les
bas-reliefs deJavaquenouspouvonsnous en faire quelque idée. Aussi
bien leur intérêt llû parait-il pas grand, et rien ne semble avoir été
comparable aux merveilleux « rails » de l'Inde, car aucun détail n'a
passé de l~urforme enhois dans lem traduction en maçonnerie de
hriques: ou les murs sont nm;(1), ou ils montrent un décor analogue
aux parements des tQurs (2) (pl. CXV-A, D), ou, et c' o.st de beaucoup le
motif le plus intéresstmt,:ils sont traités comme d'importants sou-
bassements (fig. 20t m. pl..E). Le mur est bas et son chaperon
parait, dans tons les caS, tracé en double doucine (3); parfois il semble
s'être orné, comme au Cambodge, d'une crète d'épis (4) (m. pl.-B).
Une suite de bornes décoratives précède les murs à ftông DuO"ng.
En quelques éaS l'édifice s'élève sur une terrasse dont les murs
(1) Ml SaIl A, B, C, IL (3) Hông DuO'ug 1 et II.
(2) Mi SO'Il D, E, F. (4) Mf S(Jll A.
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE CAM 39

de soutènement seuls se sont conservés. La hauteur à franchir


était-elle eonsidérée comme une défense suffisante? Malgré le res-
pect du lieu saint, cela parait peu probahle, surtout dans un cas
comme Yan Mum où elle n'atteint pas un mètre : faut-il supposer
alors qu 'une palissade compl était la fermeture? L'obstacle eùt été
plus SÜriCIlX il Pô J(Jaun Garai, mais sur le côté N. le terrain du

Fig. 2. - Doug Dm1llg.


~Iurs d'cn ceintc.

temple est de pluiu-pietl : un mUI' ilppuy(~ 5111' les tourelles d'angle


semble s'imposer; cependant il est inexplicable qu'il n 'ait laissé
aucune trace sur les parois de la tour d'entrée.

Porteries. - Un seul oxemple de porterie sous toitures nous


e~t donné par les vestiges qui précèdent le groupe des trois tours
de Hoà Lai; .celle-ci était divisée en deuxsalles J ct tout ce que l'on
peut en dire est qu'on ne pouvait pénétrer dansl'enclos :du temple
sans franchir au moins trois portes.
L'AHCHITECTURE

Le plus beau type de portei'ie voûtée nous est roumi il trois exem-
plaires - un (luatl'ième n'a pas encore été dégagé - par le grand
temple houddhique de Dông Duang. Nous avons déjà indiqué (1) que,
si leurs caractéristiques les montrent d'époques . différentes, c'est
qu'elles ont dù seulement remplacer les porteries en matériaux
légers que comportait le plan primitif et ses enceintes multiples. Le
troisième porche dut être exécuté ainsi il uue liasse époque, tant la
constl'llction ct les matériaux y sont défectueux. Le porche II seul
pal'ait faire partie du plan initial. Quant à la porterie l, elle doit dater
d'un des premiers re-
manieinents, sans doüte
dans la période de l'art
mixte. Bien que le por-
che 1 et surtout le porche
III montrent dans l'exé-
cution des parties bas-
ses, l'un de légères fau-
tes, l'autre de grossières
erreurs, les masses gé-
némles sont trop pa-
reilles pour que le parti
d'ensemble n'ait pas été
unique. Nous l'étudie-
rons sur le meilleur
exemple (fig. 3 et 4).
liig. 3. - IMng Duo'ng JI.
Porche: schéma du plan. Echelle: 0 m. on llar m ètre n. L'entrée est triple (2),
mais la porte centrale
donne seule réellement passage; les deux autres ri'ouvrent que des
logettes, qui enferment d'admirables avârapâla. L'épaisseur bien plus
forte des murs indique partout au centre la présence d'une tour

(.) Partie supérieure, plan au-dessus de (i) I.e., l, p. 4U.


l'édillce restitué; partie inlérieure, coupe (2) Cf. pl. XCIX.
horizontale de l'édifice sous les ,"oûtes.
42 L'ARCHITECTURE

sur laquelle les quatre ailes f,ppuyaient leurs yoùtes en berceau.


Deux pylônes il. chaque porte yènaient se composer avec cette pointe
centrale et d'avant cn arrière former sur l'axe une progression
continue de {lèches.
Ces porches siremarqllables ne sont que le développement du
.type habituel de la porterie; peut-être serait-il même plus juste de
. dire que la forme constante des entrées dans l'art primaire n'en est
que la réduction, car elles sont toujours, 11 l'origine, conçues comme
une petite salle II un étage qui domine de ses deux pignons les murs
interrompus par elle.
A.Mi San la tour-porte Cz nous en donne un fort Don exemple
ancien, ct nous rayons pour cette raison détaillée dans la plan-
che LXXXIII. Les plans d'E 2, de 1"2' de la cour d'entrée de Qua Giàng
sont neUemeilt rectangulaires. Il rie reste pas assez des trois tours-
portes intermédiaires h HOll Lai pour (!u'on puisse dire quelles formes
elles all'celaient. A\'ec ?IIi SO'n Rt, nous voyons l'édifice en longueur s~
transformer entour h étages; le plan continue à ètre harlong, mais
les pignons disparaissen t. La porlerie E. aux Tours d'argent, ?Iii San
As, sont cUITécs. Par contI'c G2, Ha et K restent rectangulaires.
Ill/lis en Hala salle disparaît, eUe pas·sage, interrompu en son milieu
par une porte, y coupe un massif plein. En 1(, le rectangle s'est
reLourné, modification logique, puisque la présence des logettes de
deiimpiila ne justifie plus depuis longtemps la position anormale d'un
hàtiment dressé au trayers de l'entrée qu'il doit au contraire indiquer.
Ce parti plus heureux semhle avoir été snivi à Clliinh L~ ; il est aban-
donné 11 Po I\lallll Garai pour une tonr (1 deux portes; clle ne donne
d'ailleurs aucun accès. de l'extérieur, n'ayant pas de perron antérieur.
Les porteries montrent une disposition curieuse: clIcs n'ont sou-
yent de fermeture que sur le dehors. Cette comhinaison est fréquente,
surtout ü la basse époque, et il "'Ii San les édifices R~ et G2 nous en
oll'rent des exemples caractéristifl'les.

Rampes et escaliers. - En raison des différences fréquentes de


DISPOSITIONS D'UN TEMPLE t.UI 43

niyCau dans les diverses padies d'un plan èam, des rampcs ou des
escaliers sont SOllYent nécessai~cs. 11 n'cIl l'cstcpl'esque rien. A Pô
Nagal' Ile Nha Trang, l'escalier, aux marches très hautes, suit une

. Fig. ;i. - PÔ Romë.


Lion. H auteur : 1 m. 5ô.

courbe ingénieuse pOli r échapper à la rive de la toiture qUI


pourtourne sur la nef basse la grande salle et s'appuie sur les .
murs d'échiffre(t). Latéralement arrive au N.-O. une rampe dallée de
briques, qui, insensiblement, se transforme en un degré fOl'traide. Aux

(i) cr. pl. XXI.


L'ARCHITECTURE

Tours d'argent, une dispositiO'l analogue permct de passer de la tour


basse il la tour d'entrée du temple (1). Tout en est ruiné, et seule la
partie lisse protégée par cette dernière tour s'est conservée intacte.
Elle aboutissait immédiatement il un nouvel escalier, cette fois très
rapide, qui menait àlagrande salle; au fond Ile celle-ci, d'autres, aussi
raides, conduisaient au plan supérieur. Quant il Po Klauit Garai (21,
si rampes ou escaliers orientaux y furent jamais prévus, ils n'y
furent en tout cas jamais exécutés, ct l'accès dut sc faire toujours par
les pentes moins dures du N. Po Romé (3) possède de même un degré
long et rapide en ayant et un accès naturel en arrière: l'escalier était
gardé au sommet par deux heaux lions, dont l'un a roulé au bas de la
pente, tandis que l'autre était reporté en arrière (fig. 5).

Grande salle. - La grande .salle nous retiendra moins longtemps.


Il est très probable qu'elle dut souyent être construite en charpente;
ses grandes dimensions y interdisaient la yoùte en maçonnerie.
Le problème de la construction de cette salle en matériaux plus
durahles reçut deux solutions: l'espace à couvrir fut enfcl'mé enh'e
deux murs et clos par une toiture en tuiles ou peut-être en terre.
Des haies sans vantaux aux extrémités en permirent la libr'e eir'cula-
lion; des fenêtres percées dans les parois des murs obvièrent au prin-
cipal inconyénient de cette solution, la fermeture des côlés. Un
exemple, qui date sans doute de la période archaïsante du XI" siècle,
D2 il Mi San, nous donne une indication précicuse sur le mode de
couverture de ces salles, car le pignon O. s'en est conservé presque
entier. La toiture (d'une· matière inconnue, aucun débris de tuiles
n'ayant été mis il jour en ce lieu) était un berceau en tiers point,
dont l'arc avait une ouverture double de la hauteur. A 1\Ii San, les
salles Dl' E3 , parmi les constructions primitives, sont conçues dê cette
façon; il en est de même de la salle centrale de Hoà Lai, dont nous

(i) cr. pl. XXXII.


(2) cr. pl. XI.
(3) cr..pl. VIII.
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE èAM 45

n'avons retrouvéquelebasdesmurs, la salleIl de Bông Duang; puis


il Mi Sail encore, A9' Dl!' G3, lIt , ct il Po JOauri Garai la salle centrale,
réduite il bien P?1l de chose. Cc parti a donné lieu ~l d'heureuses
compositiolls dc fa..:ades longues (1).
L'autre système se rapPI'ochait bien plus de la composition d'un
pendoJlo ct en présentait tous les avantages. La salle possède alors
trois nefs, et lescharpcntes sont soutenues IHU' des piliers; la petite
nef COlu"l aussi biclI sUl'les peti ts côtés 'luC sur les grands, ct la nef
cClIlmlc sc tCl"llline nuiselllhlablemeut pur des pignons: c'est la
silhouellc mème, aux évidcments près. d' un édilice en longueur
comllle ClOU B:; tic Mi Sau. Nous a\'ous essayé de donner lIne l'es-
li lutinll d'uue de ces salles dans 1I0S premières études SUI' les Cams (2),
celle tic 1'6 Nagar de Nha Traug.
Les salles de celle nature nC sont pas très nombreuses . Nous en
étYOIIS trouvé tles ycstigcs il ml Tnrng, où les piliers devaient être en

piel'l"e, ct carrés; il L<}c Thünlt, tic même; aux Touts d'argent ct à


Vi'lU Tuaug, oil seules les fouilles régulières qui ont permis aux
Anuamites d'anaclter les dernières hriques de chaque support en
décèlent la place; . il Binh B~nh peut-être, dans nombre de lamboUl's
de pierre aux angles anolldis, entrés dans la construction de la
citadelle; 11 Chanh LI) où les piliers octogonaux étaient cu brilJùes
aux extrémités et de bois dans les tL'ltvées centl'Ules. Chose assez
curieuse, cette dernière salle parait s'ètre close de pignons de
maçonnerie, car les colonnes terminales sont redoublées et les
fouilles ont dégagé aux extrémités de cette salle deux tympans de
pierre. La ùisposition générale du plan semble indiquer la présence
d'une salle ùe celte nature il Hung TJlI~nh ; elle eù~ été tout en bois,
(1) Cf. Iton'g DuO'ng Il, pl. CIV. avant, ct sa toilul'e posait S Ul' le lIl1U' de
(t) Cf. 8.1::.1-'.1::.-0., II, fig. 9, ct p. 33 soutènement cOlllme sur les piliers lalé-
sqq. 1\"os iiludcs postérieures ont confirmé l'aux. Celte · dispùsition plus simple est
lIolrc hypothèse ct lcs fouilles ont fuit c1airemcnt marquée par la courbe spéciale
dispuraitre la seule difficulté, l'urrangc- suivalü laquclle est tracé l'escalier et qlli
ment de la pat'lie poslérieure qui ne pa- pcrm<,t d 'échapper aisément à la rive du
raissait pas li'ès nature\. La pelile 11er IlClil toiL Cf. pl. XXI.
lalél'al(' sc relournai! en alTièl'C cÙlllnie l'n
46 L'ARCHITECTURE

car il n'en est rien resté. Un';petit abri qui sert de porche à Po Romê
peut la rappeler, et un souvenir s'en retrouve sans doute dans le bras
vertical du plan en T des bamun du Binlt Thu;.in.

Édifice Sud. -Ilestpeu de bfttiments dont la forme soit plus con-


stante, et si le système d'aération qu'ils présentent ft l'origine, à Mi
San, s'était conservé ensuite, iln'y aurait de différent entre les pre-
miers et les derniers que leur décor extérieur. Les uns et les autres
consistent toujours en un bàtiment long, divisé en deux salles éclai-
rées; la première seule s'ouvre, soit par coté, soit, plus rarement (1),
dans le mur-pignon. AMi San B5' 1'(Sdifice n'est pas divisé, mais la porte
est dans la partie O. comme dans les autrcÏs, et il estfort possible qu'une
cloison légère l'ait séparé en deux. AMi SaIl C3 , E7' itItông Duaug l, aux
Tours d'argent, il Mi San G4 , H4' à Po Iüauit Garai, nous le retrouvons
presque pareil. Seul le dernier, Po Homë, est d'un parti un peu dif-
férent ct n'est pas couvert. Nous en avons conservé le souvenir ou
la trace sur trois points encore, à Chim San, à Hung Th~nh, à Van
Tuang.

Bâtiments d'habitation. - D'autres édifices purent servir de bâti-


ments d'habitation. Ainsi la salle B6 il Mi San, où fut trouvée une
dalle qui ne peut guère s'expliquer que comme lit de massage; la
salle C4 , qui dut jouer par rapport iL C3 le même rôle que B6 par rap-
port ft B5 ; Es peut être pourE 7' mais Es reconstruit bien plus tard.
Tous ces petits édifices présentent la même composition, salle longue
dans un hàtiment iL faux étage, muni de pignons, fenêtres dans les
murs étroits et porte non axée daus un lIes murs longs. D6' indépen-:-
dant et plus grand, a sa porte axée. Aw moins ancien, a de~ baies plus
petites, mais dans chaque face; hi en que placée di{réremme.~t des
autr(~s, cette salle semhle en relation avec les tours AI2 et A13 , qui
tiendraient ici la place d'un édifice S. Hien dans ces salles n'indique
(i) Édifice S. tle IMng DllO'ng.
(2) De même à Mi Sali r, •.
bISPOSITlONSD'UN TEMPLE

CAM 47

que ce fussent des sanctuaires, et le soin de leur aération y marque


lIlle intention diffél'cnte. Dong . DuO'ng 1 1I0US 1I10ntro un petit
édifice. qui semble une véritable maison avec sa vérandah, ct nous
renvoyons il cc sujet au chapitre de l'architecture civile, car cc petit
h,Uimen t ne pami t pas avoir, comme les autres. suhi une sorte d'adap-
talion religieuse.

Tours d'abri. - Les derniers édifices que nous ayons à considé-


rer sont les tours d'abri. Leur parti est constant; c'est celui qui, du
reste, s'est consoné chez les Annamites. La stèle, raison de l'édifice,
t

est abritée sous une tOlll' carrée, pcr'cée de quatre haies sans yan taux,
de plain-pied ou llIuuie de perrOIls. A Mi SO'Il D., la plus ancienne
construction de ce type, une seule des quatre haies est précédée d'un
escalier. A Dông DuO'ng, au contrail'e, Hn'est qu'une seule ouverture
dépourvue de penon, celle du N., S~lIS (lU' on voie duiremeut la rai-
SOIl de cette hizarre disposition. Dong DuO'ng, Cil son enceinte 1, pos-

sède encore deux tours semblables: l'une, à l'US de telTC et (lU' on fut
obligé de murer postérieurement, la tOut' S.-S.-O., abrita peut-être la
stèle dédicatoire (stèle 1 de Dong DuO'ug); l'autre s'élève devant la
tour N., comllle la tO.U1' ceutrale dèvant la tour principale. Les Tours
d'argent nous Cil montront encore un bon exemple, lu tour S., dont les
pcrroIls uc sont plus reconnaissables. A Mi SO'n, Gs ne fut pas cou-
vert d'une voûte, et Da eside la dernière décadence.

Edifices commémoratifs. - Enfin, pas plus que le Cambodge, ou


Java, à la réscrve du H6rô)mdllr, le Campa ne nous a laissé de stupa.
Toul au plus peut-on voir dans les homes (fig. 6) et les pylônes
qui décOl'cnt les IllurS et les porteries de Dong Dll()'llg (1), monument
houddhique, un souvenir de cc genre d' (~difices; ces derniers éléments
.sont analogues aux stupa qui figurcnt aux cotés du Huddha sur cer-
taines pièces de terre cuite (2) (fig. 7).
(1) Cf. plus haut, fig. 4. p. 25, fig. 9 j Duddha de Phu<Yc Tinh, de
(2) Phong Nhà. Cr. H.E .f.' .E.-U., 1, IHlIinh Th9 TAy.
4-8 L'A ItCIIIT ECTUHE

Nous venons de donner dans leurs grandes lignes les dispositions


d'un temple cam; elles semblent être restées presque immuables au
cours de~ temps; leurs proportions varièrent-elles davantage? Hé-

Fig. G. - BJllg Ihro-ug Ill.


Hauteur: 3 mètres cmiron,

duisons notre examen ~t l'édifice essentiel, le lialan; ni en plan ni en


élévation ses dimensions n'ont beaucoup changé (il, sauf dans l'excep-

(1) Nous laissons de côté dans cet geur ulteiIit presque H mètrl's ct leur
eXam('ll gt;nél'al les énormes tOUl'S DmJllg hauteur approche de 40, quand les pIns
Long, il Vùn TuO"ng, qni diffèrent autant hautes tours vraimcnt ('alUes n'url'ivcnt
par la Illusse q ne par la composition des pas à 30 mètres.
vraies tours bllnes; leur plus grande lal'-
DISPOSITIONS D'UN TEMPLE
.
CA~1 49

tion cUl'ir.use de l'art cuuitiue; mais une réserve est il faire: les
ohservations précédentes ont mis en opposition le sanctuaire prin-
cipal ct les sanctuaires annexes, en y mal'quant une dilfé,rence de
masse. En réalité, les !.-a/an se divisent en deux groupes hi en tran-
chés, gl'Unds ct petits, avec une série mal dMinic d'intermédiaires;
mais il s'en faudrait de heaucoup que tous les
grands soient principaux, tous les petits, an-
nexes, En plan, 24 des é(lifices représentent le
, grand !.-a{an : 7 y oscillent autour de 10 mètres,
17 autour de 8 m. 30, avec comme minimum les
7 m. 50 de la tonl' principale de itông DuO'ng
cl comme maxilllum les tOm. 45 du grand lia-
lan des Tours d·,u'gent. De 7 Ill. ,2 0à 4 m. 90 ,
9 édifices s'écheloJlllellt, ut nous l'etl'O\1VOllS un
nouyeall groupe d'lIlle quinzaine, constituant
celui des petits sanctuaires; 9 oscillent antolll' Fig. 7. - I{hunh ThQ .
de 4 m. Hi; 8 alltour de :! Hl. 40, le plus Bong. Slupa aux cô-
. tés du Dmldha.
grand et le plus petit étant ~t Mi San, Bi avec Demi-grandeur.

4 m. 30 et C" avec 3 mètres, la plupart (13


sur 17) de l'art cubique ct mixte, où les bâtiments sont en général
plus petits en largeur et surtout en hauteur. .
Dans cette dernière dimension verticale l'étude est plus déli cate
parce que les édifices ne sont jamais complets ; la plupart sont mé-
connaissables au-dessus du deuxième étage. Force nous est ùonc
d'arrèter nos comparaisons à ce niveau; par chance les étages qui
sont au-dessus varient peu d'nn art il un autre, et les r ésultats
obtenus par l'examen des hauteurs du deuxième étage peuvent être
étendus, sans grande chance d'erreur, à la hauteur totale elle-même;
ces résultats sont frappants. Prenons comme unité le côté du carré
de base: on voit que l'art primitif et tous les arts de la seconde pé~
l'iode qui en dérivent montrent ;l peu près la même proportion, 2 (1) ;

(l) Moyenne exacle des moyennes des (livel's arts, primitif, classique el dérivé,
2,0!i1.
.\S.,AM. -- II.
L'ARCHITECTURE

la hauteur moyenne dans l'~rt primitif n'est que 1,94; elle croit avec
l'art classique et l'art dérivé pOUl' atteindre respectivement 2,04
et 2,08; mais tel édifice particulièrement élancé de l'art primitif dé-
passe déjà les dernières moyennes (B3 : 2,20), n'étant pas loin des maxi-
mums derniers (Tour d'or: 2,37; N1Wn Tluip, 2,30). L'art cubique
s'oppose nettement avec une proportion qui n'atteint pas 1,5 (1), et
Jans sa fusion avec l'art primitif, l'arl mixte dépasse il peine cette
valeur: 1,65. A quoi tiennent ces ditrérences si grandes dans les pro-
portions verticales, au corps même ou à la combinaison des étages?
Examinons tout d'abord les proportions du corps même; eUes ne
sont dans les arts opposés nullement uniformes et dans les extrêmes
l'écart va jusqu'à renverser la proportion: l'art cubique y montre le
minimum avec 0,65 en Mi SaIl C7, tandis que l'art classique donne
1,32 à la tour N. de Chiên :ltàng, et l'art pyramidal 1,57 à la tour S.
de Rung Th<.tn. L'art primitif présente pour les hauteurs du corps
. des proportions qui sont très voisines de la moyenne générale dans
l'art èam: 1,18 par rapport à 1,08; l'art cubique reste très au-des-
sous: 0,87 ; l'art mixte, comme on doit s'y attendre, sc l'approche de
la moyenne: 0,93. Toute la seconde période reste dans les données de
l'art primitif avec une tendance marquée vers plus de hauteur, ten-
dance qui s'accentue encore dans l'art pyramidal pour fléchir seule-
ment il la fin de l'art dér~vé L'importance de-l'espace entre les cours
de moulures haut et bas suit assez régulièrement ces variations pour
ne se réduire d'une façon sènsible qu'à la fin de l'art dérivé, par suite
de l'exagération d'importance donnée à ces cours de moulures.
Les rapports des étages avec le corps sont, à peu de chose près,
les mêmes dans l'art cubique et l'art primitif, au moins pour le pre-
mier étage; c'est, dans les deux cas, environ le 1/3; l'art cubique ·
regagne cependant un peu de hauteur par le fait que les étages s'y
réduisent beaucoup moins vite, et furent peut-être d'une unité plus
nombreux. Par contre, les arts de la seconde période s'étirent en

(1) Exaclcment 1,454.


DISPOSITIONS D'UN TEMPLE CAM 5t

hauteur, plutôt par l'exagération des masses supérieures que par


l'étirement du corps même. C'était déjà par ce moyen que l'art mixte
se rapprocha des dimensions de l'art primitif. Le premier étage atteint
ou dépasse, dans l'art secondaire, la moitié du corps inférieur, et le
deuxième en d(;passe le tiers, de telle sorte que les derniers monu-
ments donnent une impression pénible avec leur énorme superstruc-
ture, impression qui ne fait que s'accentuer, quand, dans la décadence
finale, le corps principal lui-même vient au contraire à se réduire,
CHAPITRE III

L'ARCIIITECTURE. - L'INTf:RIEUR DU SANCTUAIRE

La cella: son plau. - Parois . - Sol. - Décor. - Dispositions spéciales. - Grandes


niches. - La voûte. - Forme générale. - Surface. - Valeur ùù tracé. -
Évents. - PlaComl. - Dais ct velum. - Picrres dc suspension. - l'liches il
luminairc. - Nichcsspéciales. - L'idole, centrc architectural du kalan. - Corn·
munications de la cella avec l'extérieur: couloir, vestibule. - Clôture, porte. -
Vantaux.

Bien que le kalan èam ne soit en aucune façon conçu pour le


sanctuaire qu'il abrite et qui est son unique raison d'ètre, la logique
nous oblige il étudier la cella avant soIi enveloppe, cette masse
énorme de matériaux qui s'élève en une silhouette hardie au-dessus,
et dans laquelle la salle est assez naïvement réservée pour y pal'ailre
presque creusée après coup. C'est un cube évidé surmonté d'une
pyramide creuse constituée par le surplomb des parties supérieures.
Le kalan étant, par définition, carré, le plan de la cella l'est aussi (1).
Cependant le monument est pàl'fois assez irrégulier et tient plus
du rectangle, à l'extérieur comme il l'intérieur (2), mais rallongement
de la salle ne semble pas, il quelques exceptions (3) près, volontaire-
ment cherché.

(i) Il existe cependant au moins une (2) Ml SO'H Bi' lour principalc de Po
cella en longueur, cell e de Mi SO'n Ci' mauÎl Garai.
mais lc bâtiment quila r enfermc est traité (3) Ml SO'n Alo, par exemple.
en édifice long, non cn lw/ail à étage.
L'INTf;RIEUR DU SANCTUAIRE 53

Les parois, d'ordinaire nues et percées seulement de niches


à luminaire, sont verticales; en un seul. cas, à. Hoà Lai, elles
s'inclinent vers l'intérieur. Mais cette disposition peut avoir été
adoptée au cours de la construction pour équilibrer le dévers opposé
que présentent les parois extérieures. Dans quelques édifices de la
seconde période, les parois cessent d'être verticales et ne sont plus
soigneusement parementées: c'est en réalité la voûte de briques qui
commence dès le has avec une inclinaison générale très faible (1),
Le sol de la cella est au niveau où s'arase le soubassement, à
ras de terre comme la base si celle-ci est seule; il est constitué par
plusieurs rangs de briques exactement jointoyés qui recouvrent la
cuve centrale déterminée par les quatre murs de fondation. Cette
cuve, qui semble d'ordinaire avoir reçu un dépôt sacré, resta toujours
sans communication réelle avec la salle; bien que remblayée avec
soin, elle put cependant recueillir une partie des liquides sacrificiels,
soit par infiltration, soit par écoulement dans un canal central (2).
Rarement le dallage est en pierre (31, ct nous n'en avons qu'un
seul exemple orné (4): encore ne vient-il pas d'un kalan (pl. CXVI-G).
La cella n'est jamais décorée, même du moindre profil: la raison
en est sans doute dans l'inutilité de tout ornement, puisque la salle
est obscure; il est même exceptionnel que les niches it luminaire
soient découpées suivant un profil cherché. Deux tours cames seules
présentent un décor intérieur; encore l'une d'elles, Mi San A13 , parait
être un bâtiment d'habitation: la paroi du fond encadre à l'as de
terre une dalle de pierre sculptée de neuf figures debout; r autre, la
tour de Thfi Thi~n, offre sur la même face les restes d'un retable
devant lequel la divinité devait se détacher.
Un seul édifice montre une forme spéciale de cella: c'est la tour
S. de Khuang My (5). Pour en trace~l e plan, le constructeur a divisé

(1) Yail Mum , IhrngTh1.lnlt, par exemple. (1) Briques trouvées dans le dallage de
(2) Cf. plus loin l'étude (lu piédestal. la galerie Bu à Mi Srrn.
(3) Dong DuO'ng tour principale, ~Ii (5) Pl. LVI ct LVII.
SO'n Al> nt.
L'AHCIIITECTURE

le carré ordinaire de base e~ deux parties égales par un axe trans-


versai; puis il a reculé les petits côtés du rectangle postérieur, élar-
gissant ainsi d'autant le fond de la cella. De simples piliers garni-
l'en t les raccords et le milieu de la paroi O., tandis que des encorbel-
lements permettaient sur les côtés de regagner le carré normal pour
donner it la voùte une base naturelle. Pour rendre plus agréable
cette étrange disposition, les piles ne furent pas dans leur entier
construites en briques, mais dans la partie hasse reçurent un pilier
de pierre sculpté: aucun d'cux n'est rcsté en place, et seules les
alvéoles où ils s'encastraient attesterai ent leur existence si l'un d'eux
ne s'était conservé en partie comme support d'une niche annamite
au mur de l'enceinte moderne (1). De ce système la tour de KlmO'ng
My est le seul exemple l'esté debout, mais nous avons conservé le
souvenir de quelques autres, grâce aux restes de leurs piliers: ceux-
ci sont nettement reconnaissables et leur longueur serait franche-
ment exagérée pour une simple porte (2). Trit I{i~u (3) , Châu Sa (4),
Phông L~, nous en montrent de tous les types, et nOllS en retrou':
vons encore des fragments dans le jardin de Tourane (5). Quelle étuit
la raison de cette hizarre disposition ? Sans doute l'intention de don-
ner plus de largeur il la cella .sans tl'opl'éduire la résistance des
murs; elle dut ètre abandonnée rapidement pour les difficultés d'exé-
cution qu'elle présentait.
Une autre disposition parait résulter du même besoin d'agran-
dissement; peut-ètre est-elle le souvenir de l'existence hypothétique
des portes ouvrant sur chaque face et qui ne se seraient conservées
que dans l'art khmèr: de hautes niches partent du sol et se terminent
en voùtes parallèles aux axes; elles semhlent des entrées de couloirs
allant vers l'extérieur et murés presque il leur point de départ. Spé-

(1)Cf. 1.C., 1, p. 249, fig. 47. chacun de ces piliers était double.
(2)Une seule porte, à la tour principale (3) Entré au musée de l'École sous le
de Bong DuO'ng, présente des piédroits . nO S. 26, fig. 44.
aussi allongés j mais cet édifice semble, (4) Pl. CL-B, F.
d'après les proportions de ses bases, (5) N°'1î4, 48 et 98 j cf. I.C., l, pp. 327
avoir été étiré en hauteur, et d'ailleurs el 325.
L'INTÉHIEUR DU SANCTUAIHF: 55

cia]es ft l'art cuhique(i), elles paraissent accidentellement dans l'art


primitif (2), ct cc n'est plus qu'une tradition dans l'art secondaire (2).
A quelques exceptions près, et toutes dc la première période, les
sanctuaires cams furent toujours voùtés. Nous rechercherons "ail-
leurs (4) quels purent être les modes de couverture différents et quel
est le système de la const.ruction de la voùte : nous n'avons h exa-
miner ici que ses différentes formes; il suffit dc rappeler que toute
voùte came connue est du type it encorbellement, c'est-il-dire que le
vide y est franchi par la saillie de chaque assise sur la précédente,
placée elle-même en pOI·te il faux.
11 n'est guère possihle de déterminm' sùrement (5) si la hauteur
de la voûte s'est allongée ou réduite avec]e temps, si son angle a
diminué ou grandi: le seul fait certain, c'est qU'~t l'origine la voûte
suit dans ses grandes lignes le contour extérieur du bàtiment, s'in-
clinant quand]e profil se rapproche de l'horizontale, se redressant s 'j]
devient vertical; ainsi la saillie des assises augmente sous les terras-
sons, se réduit en face des parois d'étage. La coupé transversale de
Ct (pl. LXXXII) donne un exemple très clair de celte disposition.
Plus tard ce parti logique et économique, mais tFailleurs infiniment
moins stable, est abandonné (6) ; la coupe de l'édifice S. des Tours d'ar-
gent (pl. XXXVI) donne une solution plus brutale, mais mieux appro-
priée à la médiocriltS nouvelle des matériaux et de la main-d'œuvre.

(1) Hoà Lai, Pô Dam. Art mixte: Dong longue et dispendieuse d'échafaudages,
DuO'ng tour pl'incipale. nous avons dû nous contenter de cotes
(2) Mi SÜ'n A'., Cl où ellcs sont sans obtenues par le calcul du nombre des
profondeur. rangs de briques et de leurs moyennes,
(3) Tour d'entrée aux Tours d'argent,à prises dans les parties lJasses ; or, il n'est
Pô Klaun Garai; simple mouvement de la pas absolument sûr qu'elles aient tou-
paroi aux tours DuÜ'ng Long. jours le même calibre, et quand il en
(4) Chapitre IX. serait ainsi, la lecture de joints de bri-
(5) L'étude des formes de la voûte est la ques, même à la lorgnette, est sujette à
partie de notre travail qui présente le caution qUI\IlfI elle se fait à (les distances
moins de garanties, car l'examen dcs de 30 mètres comme aux tours DUÜ'llg
assises supérieures, perdues dans une Lon~.
obscurité presque complète, fut toujours (6)Par exception, le vestibule du {fa-
. très délicat; les mensurations directes lallprincipal des Tours d'argent est voûté
étant impossibles sans la construction suiyant ce système.
56 L'ARCHITECTURE

L'économie seule fit reprendre le système primitif dans l'art secon-


daire(!) : elle s'était tradu~te une fois dans l'arl cubique à la tOUl'
S. de Hoit Lai par l'élargissement hrnsque ùe la pyramide (pl. XVII),
système défectueux d'ailleurs, parce qu'il enlève à la voùte à encor-
bellement un des éléments pratiques de sa résistance, sa conti-
nuité.
Dans la première période, la yoùte est toujours parfaite, les as-
sises bien réglées et parementées avec soin. Au XIe siècle, ùans cette
époque étrange où un souci intelligent de l'aspect s'allie il une négli-
gence extrême dans le choix des matériaux et dans l'exécution des
formes, les yoùtes, très apparentes, sont parementées suivant des
courbes régulières, comme au Cambodge. Il en est de même il V{lIl
TuO'ng : la voùie des vestihules y est tracée en carène renversée;
à Chiên Düng, la section y donne une suite d'arcs recoupés, tandis que
les grandes niches intérieures sont parementées suivant de régu-
lières ogives (2). C'estlà d'ailleurs un système plus àncien, carla yoù(e
élevée au x· siècle snI' la tour de Bâng :\ n présente déjà ce profil.
Un tel souci ne dlmi qu'uri temps; la réaction amène des concep-
tions bâtardes, mais faciles; tonte distindion cesse entre les parois
et la voùte, et jusqu'au sommet le mur s'infléchit, chaque brique
saillant irrégulièremenl sur l'inférieure jusqu'au point où l'inclinai-
son, faible mais continue, fait se toucher les quatre faces (3).
Il n'y a rien Ih de semhlable au suhterfuge ingénieux que les
artistes anciens employèrent pour dissimuler le départ réel de la
voùte. A Mi SO'n B5 (pl. LXXXI), le profil général de l'édifice exigeait
que la yotite commençât très bas, mettant près du regard et du corps
la brutalité de ses arêtes: celles-ci furent alors abattues, et la paroi,
bien qu'oblique, devint au moins lisse, la saillie des rangs de briques
ne reparaissant, pour se continuer jusqu'au sommet, qu'il une cer-
taine hauteur; ainsi l'œil est trompé," il première vue, et l'impression
d'écrasement diminue d'auté}nt. Le même systè~e a été employé
Nh~n Thap, cf. pl. XXVIIJ.
(1)
(3) Yail Mum ; Hllng Th~nh ; Po Nagar
(2) Cf. pl. LXI et LXIII. (le Nha Trang tour S.
L'INTÉRIEUR DU SANCTUAIRE 57

partout à 1\1i San, même en Al où le départ réel de la voùte se fait


déjà à une grande hauteur; seul le dl)sir de reculer pour l'œil le début
de l'encorbellement peut expliquer ce dispositif: voulu ou non, un
p,ffet de fausse perspecti\'e donne alors l'illusion d'une hauteur Lien
plus considérahle.
Ces remarques suggèrent l'impression que la voùte fut toujours
considérée comme une nécessité désagréable; elle ne montre jamais
aucun essai d'utilisation décorative avant les tentatives éphémères
du XI" siècle; tout au plus peut-on citer vers cette date l'ébauche de
corniche intérieure que présente la tour N. de KlmO'ng My, formée
par ]e mouvement des premières assises.
Cependant les Cams se sont montrés experts dans le maniement
de cette voùte; elle est simple, d'ailletus, et ne présente que des péné-
trations droites, mais elle exige pourtant un tracé complet avant le
montage de la construction: les Cams y marquèrent une réelle maî-
trise, ct les voùtes des vestihules de Mi San A1' de la tour S. de
IOIUO'ng ~ly, surtout celle, si compliquée, de la tour-porte Mi San C2
(fig. 8) sont parfaitement conçues. Nous voyons même l'artiste
s'attacher il certaines suhtilités: ne pas couvrir une salle carrée qui
fait suite il une salle longue par une pyramide, mais, pour mettre plus
d'unité entm les deux yoùtes, réser\'erdans cette dernière une courte
. arête horil.Ontale (1). Nous le voyo,ns de même interrompre ingénieu-
sement la yoùte sur une face pour faire communiquer deux salles
par leur sommet: elles profitent ainsi toutes deux d'une aération
continue (2), qui ne serait possible autrement que basse, avec l'obliga-
tion gênante de laisser ouverte la porte de communication (3).
Une disposition curieuse ct presque générale des yoùtes éames
est la présence au sommet, quand elles sont pyramidales, d'une

(1) Édifice S. des Tours d'ar"ent Dâtiment C3 de Mi SO'n pl. LXXXIII.


(2)
pl. XXXVI. Nous avons indiqué ~ett; Nous laissons de côté ici les voûtes
(3)
arête un peu trop courte dans cette de ,décharge, llrocédé de construction
planche; les voûtes y ont en réalité une peu usité en cet art et que nous étudie-
pente plus raide, ce qui augmente la lon- rons au chapitr'e correspondant, le cha-
gueur des deux arêtes terminales. pitre IX.
A

Coupe .sur
l'AxeA-B
A liryieatP:. ,lés
Ec~e.lle chljta!,J

A------

Fig. 8. - Mi SO'n C2 •
La voûte.
L'INTj.~RIEUR DU SANCTUAIRE 59

véritable cheminée (il, et si elles ont la forme d'un dièdre, d'une


haute faille (2) qui en prolonge le vide dans les parties supérieures.
La cheminée n'a guère plus de 25 centimètres de côté; la faille, 8 à
iOde largeur; il n'est donc pas possible d'y voir une trémie pour le
montage des matériaux. Nousn'avons eu l'explication de cette bizarre
disposition qu'au cours des travaux de Pô Nagar de Nha Trang.
Quatre trous régulièrement placés il la même hauteur, sur les axes
de l'étage, à la tour N.-O., révélèrent l'existence de canaux de 5 à
6 centimètres, qui traversaient la maçonnerie de part en part et se
croisaient à l'extrémité de cette haute· cheminée (pl. XXV). Dès
lors la présence de celle-ci s'expliquait: l'ensemble du conduit et des
canaux donnait le tirage nécessaire à la combustion des lampes. La
même disposition existe à la tour principale voisine et se reconnait
dans un grand nombre d'autres édifices (3). A la tour S. de Nha
Trang un autre système fut employé: une ouverture unique, obte-
nue par le logement dans la maçonnerie d'un tube de bronze creux
qui donnait aux gaz surchauffés un mince échappement (son dia-
mètre est de O,Of5 à peine) (4). L'appel fut plus fort il Po J(lauri
Garai, car la cheminée vient finir sous la pierre de couronnement
qui n'est portée que par les quatre angles (fig. 2f).
Quand les bâtiments étaient munis de fenêtres au 1er étage, cette
disposition devenait inutile; c'est pourquoi les fausses niches de cer-
tains édifices, comme à 1\11 San C3 , le vestibule de Cp sont percés de
meurtrières; parfois, comme en B7' la cheminée se désaxe pour gagner

(1) Tour de cuivre, tour S. de Pô Nagar pied de l'applique S. de la' face O. au Ille
de Nha Trang, pl. LI et XXIII. étage; à B1' dans le fronton des fausses ni-
(2) Mi SO'n Cl' pl. LXXXII. ches du Ile; à la même place en Al l et en
(3) Tous nos relevés étaient faits A13 ; il semble en exister un à la base des
depuis longtemps et bon nombre de nos pignons en B6' Ceux de la grandetourdePô
planches dessinées quand nous eûmes la NagardeNha Trangsontau centrecles fron-
bonne fortune de découvrir ce curieux tons antérieurs des fausses niches aulne
système. Nous avons pu reconnaitre les étage (pl. XXI), à Hoà Lai au même point,
mêmes modes d'aération en place à Hoà mais au 1er • Enfin il ya nue trémie étroite
Lai et à PÔ Klaml. Garai, sur photographies sur le vestibule de l\li SO'n A11' et sans
en divers édifices de Ml SO'11. On distingue doute elle correspondait au même système.
un orifice d'aération à Ml SO'n Al dans le (') Cf. B.E.F.E.-O., VI, p. 296.
60 L'ARCHITECTURE

une de ces ouvertures (p1. LXXXI). Ailleurs des fentes spéciales


sont réservées à cet effet(l).
La yoùte fut longtemps assez soignée pour être laissée apparente
sans eITet désagréahle, et quand son exécution fut négligée, l'incurie
était devenue trop grande pour qu'on se prt'occupùt de l'impression
pénihle qu'elle eùt pu produire. Le plafond, d'un usage fréquent au
Cambodge, fait ici défaut; seul le monument, à moitié khmèr, de
Duaug Long put en rec(woir; il fallait bien intelTompre la hauteur
prodigieuse de la salle intérieure, véritahle puits de 15 mètres de
haut, de 30 avec la voùle.
Des plafonds se rencontrent plus soùvent aux couloirs d'entrée (2);
ils ont_suhsisté lorsqu'ils étaient en pierre (3): ils étaient alors formés
de lourdes dalles sans décors; en bois (4), ils ont disparu et ne sont plus
accusés aujourd'hui que par la rainure qui les a reçus. Cette dis-
. position spéciale ne pami t d'ailleurs nullement obligatoire, et le soin
apporté dans l'exécution des voùtes au-dessus des entrées~ le décor
porté sur la murette qui s'élève au-dessus dn linteau (5), montrent
que le plus souvent tous ces éléments durent rester apparents (6).
Il ne semble pas cependant que la divinité ait jamais été laissée
sans abri sous le vide de la voùte. La raison en est facile II trouver
dans un pays où abondent les cham"es-souris et dans des monuments
dont les dispositions rendaient ù peu près impossible tout essai
d'entretien. Deux systèmes, dais (7) et velum (8), furent em ployés pour
abriter la divinité; aucun des deux ne paraît avoir été préféré, et ils

(1)PhoHài, Bàng An . . sans doute à l'époque où ces éIlifices, com-


(J)Phu lIài, PÔ Romë. mençant à se ruiner, s'ouvraient partiel-
(3) Chièn Bàng, :Mi SO'n Et" lement à la pluie et aux chauves-souris.
(4) IIoà Lai. Il en fuL ainsi à Hoà Lai, à lIung Th~nh,
(a) Mi SO'n AI' KhllO'ng My tour S., à Phô I1ài.
l'ô Nagar de Nha Trang tour principale, (7) Ml SO'n AI : (Je dais y parait posté·
kalan principal des Tours d'argenL rieur au piéllestal qui lui-même est pos-
(6) La présence dans un certain nombrc térieur au monument), B3 ?, Alo , C7 , El'
d'édifices ([c trous de boulins en rangéc Pô Nagar de Nha Trang, PO KlauÏl Garai
horizontalc ou dans deux plans angulaires el PÔ Homë, ces trois derniers modernes.
semble indiqucr quc l'emploi d'un toil (8) KhuO'ug l\ly, l\1i SO'nB~ et E~, Chiên
intérieur ful souvent reconnu nécessaire, , Dàng, PhO Hai Lour principale.
L'INTÉRIEUR DU SANCTUAIRE 6t

furent parfois utilisés ensemble (i). Nous donnerons avec les acces-
soires du culte les quelqucs renscignements que nous possédons à ce
sujet; il n'est lieu ici d'étudicr ces deux moyens de pl'Otection que
dans leurs rapports avec l'édificc mème. Les dais paraissent avoir
porté directement sur le sol, et C7 de .Mi San montre, encastrées dans
son dallage aux quatre coins du piédestal, les pierres qui devaient
porter les colonncs de l'abri . .H3 • dans le même lieu, n'en montre
qu'une et serrée dans un angle de la tour, sans qu'on puisse savoir
exactement si les trois autres angles étaient arrangés de même: le
dais eùt, dans ce cas, tcnu prcsque toute la largcur de la cella, dis-
position qui n'a ricn d'impossible si l'on remarque que dans cette di-
mension extrême il est encorc plus petit que les dais de Ai ou de AiQ'
Quant au velum, sa présence n'est indiquée que par lcs picrrcs
de suspension (2) ou les crampons (3) métalliques qui servaicnt à le
tendre. Les premières sont de IJctites dalles plates, fichécs dans le
mur et pcrcées d'un trou pour le passage d'une corde; clles sont
horizontales d'ordinaire, parfois vcrticales (4) (pl. CXXVlI-ll).
Les niches à luminaire ont, comme la voilte et dans le même temps,
un caractère ncttement utilitairc, et prenncnt avec ellc, dans la période
secondaire, une certaine valeur décorativc. Lc rôle que nous leur
attribuons cst, comme celui assigné aux pierrcs dc suspension, hypo-
thétique: il est confirmé par l'habitude actuelle des Cams de mettre
un lumignon dans chaque niche au cours de leurs dernières céré-
momes.
Les tout petits sanctuaires(5) cn sont dépourvus, quoiqu'ils possè-
dent il l'occasion une cheminée d'aération (6). Nous n'en voyons pas
davantage dans les sanctuaires intermédiaires (7), bien que parfois ils
en aient une seule (8). Par couh'e clles semblent n'avoir jamais

(1) Mi San E4' (4)Ml Son B4'


(t) Chiên Dàng, Ml SaIl E~ . (5)Ml San A 2- 7 , 8 7 - 13 , templions de
(3) j{hllang My. La tour K présen te Dong Dlfang I.
ùes pierres de suspension Ilon percées et (6) Mi Sail 8 ,
7
au-dessus <le chacune un crampon mé- Pl Mi San 8 3 , Cj , A'4' A'2'
tallique. (8) Dong Dllong tours S.-O. et N.-D.
62 t:AllCHlTECTURE

manqué dans les grandef; cellas (1), mais elles y ont mainte fois
disparu dans l'afTouillemen~ général des parois, tenté par les cher-
cheurs de trésors. Leur nombre classique est de trois; il n'est pa~
rare qu'un désir plus grand d'éclairage it) ou des dispositions spé-
ciales de plan (3) amènent leur multiplication. Placées sur les axes
quand ils sont libres, elles se dé.saxent parfois dans la seconde
période, salls que la raison en apparaisse clairement(4).
Leur forme, très simple à l'origine, est une cavité rectangulaire
couverte par un dièdre de minces assises encorbellées (pl. CXVI-D).
Elles montrent un aspect plus riche (5) dans l'art secondaire (m.
pl.-E), mais prennent parfois alors la simple valeur d'un pur dé-
cor (6). Elles furent toujours prévues dans la construction, et nous
ne les rencontrons qu'une fois taillées après coup (7).
Parfois sur les axes elles reçoivent des dimensions telles (8) qu'on
se demande s'il n'y a pas eu confusion entre la nidw à luminaire et
les grandes niches partant de fond, indiquées plus haut. Une autre
niche est l'estée un mystère pour nous; on ne la rencontre que dans
de rares exemples de la première période (9) ou dans leur copie de la
seconde (10), alors décorée. C'est une retraite peu profonde, un peu
moins haute que large, réservée à ras du sol dans l'écoinçon S. de
la paroi O. du sanctuaire (m. pl.-F).
En tant que (;Culre architectural du ka/an, l'idole ne donne lieu à
aucune observation intéressante; les temples qui ont conservé leur
divinité eIl place sont d'ailleurs bien rares (11) ; par contre le nombre

(1) Ml San CI seul fait exception. e) 1\1i San GI •


(2) 5 il l'ô l'\agal· de l'\ha Trang tour (8) 1\1i San FI' PM Hài.
principale; 1:1. à -"\ de Mi San; 1.2 à Hoà (9) Ml San CI' Khuang "Iy tour S.
Lai toùr centrale; 4 à AI~ de l\lî Sail et (iD) Khuang My tour N.
à la tour N. de lloà Lai; 6 à la tour prin- (Il) Ils se réduisent à Irois dont un seul
cipale de Dong Duang; 1:1. à ~lî San ancien, Pùl'\agar de l'\ha Trang tour
ni" principale; les deux autres sont 1'0 KlauÏl
(3) Mi oon AI, 6 ; Hhuang My LOUf Gami etPo Rome,auxquels il faut ajouter
S., 6; C~ de Mi San, 4. les uamuli du llinh ThU1~n. Bâng An et
(.) Khuang ~Iy [OUI· N., Mi San ili. l'ho Hùi 011 t encore leurs linga, mais rUll
1") Chiên Dàng, l'\ha Trang tour S. et l'autre oul été redœssés après un bou·
I~) Vestibule ],11 San E~. . leversement complet.
L'lNTÉRIEUn DU SANCTUAIRE:

des idoles et des piédestaux retrouvés est assez grand pour permettre
sans difficulté de recomposer leur ensemble: nous lui consacrerons
plus loin un chapitre spécial pour ne pas interrompre ici l'étude des
dispositions générales du sanctuaire.
Les dernières ne nous retiendront guère: elles se rapportent uni-
quement aux communications de la cella avec l'extérieur. A l'excep-
tion unique de Mi San Ai' le sanctuaire n'est jamais ouvert que sur
une face, par un passage étroit opposé il la divinité. Parfois ce cou-
loir trave~se l'épaisseur des maçonneries de la tour et du motif
d'entrée, quel qu'il soit, sans modification; mais toujours, en un
point de sa longueur, qui, le plus souvent, est en avant de l'aplomb
extérieur du kalan, se trouve un encadrement robuste de pierre, sus-
ceptible d'ètre fermé. Dans l'art cubique, cette porte se trouve près
de l'entrée (1); il n'est pas de porche, ou, s'il en existe un, il est minus-
cule; tout le couloir devient ainsi une annexe du sanctuaire. Dans
les autres formes d'art, le couloir s'élargit fréquemment en avant de
la porte pour constituer parfois une petite salle (i), rarement, et dans
. l'art primitif seul, un véritable vestibule (3), souvent peut-ètre, dans
l'art secondaire, un porche il plusieurs entrées (4).
Entre la porte et la cella, le couloir est toujours fort simple:
parfois il l'entrée dans le sanctuaire, il a les angles abaUus (<i); rare-
ment il montre un décor, soit de simples pilastres (6), soit de colon-
nes (7) ; il peut, comme nous l'avons vu plus haut, recevoir un pla-
fond. En avant de la pode, il est, suivant son importance, couvert
par une voùte en berceau ou par une pyramide.
Son décor ne consiste guère que dans le motif du tympan de la
porte (8), motif qui ne foumit qu'une fois l'occasion d'une composi_

(1) Mi SO'Il A't, FI' Hoà Lai, l'ô i'iagar (4) Mi San GI> Bang AIl; Yaù l'roù
de ~ha Trang tour O., l'ii Dam. fenêtres seulement.
(2) l\hllO'ng My tour centrale, l'à l'iagar (:i) l\Ii SaIl A' 10 etc.
tuurs principale et S., Tours d'argent (") Chièn :l:tàllg tOUl' S.
I.alall principal, Pli Klauit Garai, l'li (') MI ::lan Ai' entrée O.; C2 •
Rume. (8) l'ô i'iagar de i'iha Trang tours S. et
(3) KhllO'ng My tour ::l., ~Ii ::lan Ci' pl'ineipale; Tours d'argent ka/ail principal.
64 L'AnCHITECTURE

tion importante (1); elle est dp l'art primitif. Dans l'art secondaire, un
certain efl'et esttiré de l'asp~ct même de la voûte (2), qui souvent ne
présente plus un simple encorbellement avec suite d'arêtes brutales,
mais offre des surfaces lisses soigneusement parementées sui~ant
une courbe particulière; on le voit en outre muni de niches à lumi-
naire (3), dont le l'ole ne peut être que décoratif, puis(IUe ce couloir
est en communication directe avec l'extérieur; elles aU'ectent alors une
forme spéciale et qui accuse nettement leur rôle ornemental. Couloir,
porche ou vestibule s'ouvrent directement sur l'extérieur par Ull\)
baie encadrée de piédroits qu'unit un linteau. Sa composition est
traitée pour le dehors; aussi l'étudierons-nous dans l'examen des
façades extérieures.
La clôture du sanctuaire sc fait pal' la porte qui interrompt le
couloir ou sl!pare celui-ci du vestibule. Sa forme est immuable:
c'est un cadre énorme de pierre; la traverse supérieure constitue le
linteau et supporte la murette qui clôt la voùte; la tt'ayerse infé-
rieure repose sur le sol ct forme un seuil relevé; des deux côtés ulle
petite marche de pierre (4) permet souvent d'en gravir la forte saillie.
Seuil et linteau débordent largement les piédroits ct portent ulle
large feuillure percée de crapaudines énormes, où d'ordinaire (5) les
vantaux furent encastrés au cours du montage.
Cet encadrement de porte est toujours en pierre dans la première
période. Dans l'art classique, nous voyons parfois les montants exé-
cutés en briques (6). Le cadre tout entier peut même être constitué de
bois assemblés (7)~ ct c'est de cette sorte (!uesonl exécut<les toutes les
ouvertures, sans distinction, du monument de Po Klaun Garai, à la
réservé du sanctuaire principal.
En avant parfois, et souvent en arrière, un nouveau linteau vienl
compléter l'ensemble, étrésillon d'ailleurs plutôt qu'arrière-linteau,
(1) KhuÜ'ug My tour S. (5) DuÜ'ng Long, lIung Th~nh.
(2) Chièn Dàllg, DUÜ'lIg Long. (6) Tours d'al'gent /calan principal.
(3) Mi So-n E•. (7) Tours !l'argent étiHice S., tour
(') 1\It SO'n Al, l'ô Nagar Ile Nha Trallg tl'entrée.
tour principal!).
L'INTÉHIEUR DU SANCTUAIHE (Hi

car il ne porte rien et ne sc superpose pas au premierpourle soulager.


Cette porte est .d'ordinaire, dans la première période, un peu en avant
du nu extérieur du kalan, dont le mu l' de façade est supporté par la
voùte du couIoit, au-dessus du passage. Cette disposition est trop
fréquente (1) pOlit' n'ètre pas calculée: ainsi le linteau ne risque pas
d'ètrcurisé par le poids énorme des superstructures. Cette sage pré-
caulion ne fut plus comprise dans la seconde période ct la porte est
le plus souvent ('ngagée sous la lourde mac:onnerie (2); pnr bonheur
sa section est tpllement forte qu'elle a toujours résisté, se disloquant
parfois, mais ne sc rompant pas complètement (3).
Le sanctuaire, sauf lorsqü'il était (le dimensions par trop exiguës (4),
fut toujours clos; un seul des Yantaux modernes (5) a subsisté en place,
ct nous ne pouvons guère los connaître que par leur traduction
dans le décor des fausses porles. En quelle matière étaient-ils? La
dimension parfois énorme des crapaudines suggère l'idée de la
pierre (6), ct d'ailleurs deux valltaux de cette matière sc sont conservés
en partie aux deux extrémités de l'art cam. L 'un, Iton douteux, se
trouve, brisé, duns le dallage de l'abri qui précède la tour de Pô
!tomé : ses dimensions se rapportent exactement il la demi-porte
(pl. CLIX-E). Il est relativement mince, 5 il 6 centimètres, ct sc
montre percé des trous où l'Oll atta'chait le cadenas (ï). L'autre, plus
problématique, eùt été énorme: c'est une large dalle qu'on coupa
pour faim le tympan de la porte postérieure de Mi San At; il est re-'
connaissahle au décor caractéristique de rectangles qui occupe sa
face cachée dans le réemploi. L'utilisatior~ de la pierre dans cc rôle
dut cepenùant être assez rare, car, en raison des nomureuses aven-
tUl'es subies par les sanctuaires cams, quelque vantail brisé eùt sans

(1) KhuÛ'ug My tour S. (6) DIlO'ng Long.


(21 ~Iî 80'11 GI , Il,, Ihrng Th •.mb, PÔ (7) Les èams anciens possédaient ce
1\lauÏl Gurai, l'ô Romc. moyen de fermeture, car nous avons re-
(3) l'ô l'agar tle Nha Trang tour S. trou yé dans les fouilles de Dong DIlÛ'ng
(41 ~Ii 8Û'n A Zr., ll;_13; templiOllS de un joli cadenas cylindri({ue en bronze, du
Itông Dm.rug , 1. type des cadenas dits chinois, fai ts de deux
(5) l'ho lIài.
pièces ql1ientrent l'une dans l'autre .
.,~.s.-\M. - JI.
66 L' ARC HITEGTURE

doute laissé un fragment detlourillon de pierre dans ([uel(Iue crapau-


dine de seuil ct nous n'cil avons jamais rencontré. Mais, de pierre
ou de bois, les vantaux durent toujours présenter le même aspect
(pl. CLIX-E), et, malgré leur composition par rectangles, ne durent
jamais être constitués par unassemhlage de menuiserie: il est bon
d'y insister, car, il nos yeux d'Européens, cette combinaison de rec-
tangles suggèr'e à première " .llC l'idée de montants et de traverses:
Un seul subsiste en place, à Phô Hài; il est pris, comme ceux que
nous avons signalés, dans
un seul morceau, simple
plateau de bois qui porte
encore sur une fausse tra-
verse quelques mots èams;
et les vantaux des pagodes
c laotieunes, comme ceux
:Fig. 9. - Coupe théorique d'une menuiserie qu'Annamites, Cams et
supposée de porte came.
Cambodgiens ont substi-
tués aux panneaux disparus, sont toujours aussi d'une seule pièce.
L'énorme hattement A des portes figurées indique l'emploi d'une
dalle ou d'un plateau de hois compact (fig. 9). Il faut, en effet, dans
une matière cassante comme la pierre ou le bois pris de fil, augmen-
. .
ter fortement l'épaisseur et la largenr de la partie qui forme recou-
Yrement pour éviter qu'elle se brise au moindre choc. Les saillies
carrées B qui viennent augmenter ces énormes battements, saillies
qui sc rencontrent plus fortes encore au Cambodge, peuvent ètre les
renforts nécessités par le percement des trous où passaient les pièces
de fermCture. Ce système de clôture ne parait pas le seul qui ait été
employé, et "il est possible qu'une traverse extérieure, glissant dans
des anneaux fixés sur des plaques de bronze et scellés au plateau,
soit venue fermer les portes il l'extçl'ieur (1 ).

(1) cr. B.E.F.E. -O., Xl, p. 200, fig . 13.


CHAPITRE IV

L'ARCHITECTURE. - MOBILIER DU SANCTUAIHE; •


Plf:DESTAL DE LA DIVINITÉ ET ACCESSOIRES DU CULTE (1)

Introlluction. - Piédestal: cOll(litions auxquclles il doit répondre. - Parties. -


Origine. - Uôle (le support: matière. - Indices. - Piédestaux IIlulliplcs. - '
Hôle ,le culte; cuve à ahlutions avec bec. - Sens de l'écoulement. - ' Somosülro.
- l'iéllestal à écoulement intél"Ïeur. - Modifications à la cuve. - l'orme carrée
et ronde, - élancée, - à emboîtement. - Décor. - Décors spéciaux. - Dé infé-
rieur. - Modifications au 113rli primitif. - Chevet. - Piéllestanx spéciaux lIe-
Dong Dll<J'llg. - Ma/mm de chevet. - Dais. - Accessoires du culte.

Il est difficile aujourd'hui :dc sc faire une idée exacte de


l'inl(~l'ieurd'un sanctuaire cam. Les !calan anciens ont été pillés ct
lellrs lIlurs éventr(~s par les chercheurs de trésors. Les temples les
plus modernes mêmes n'ont gardé aucune trace de leur richesse
passée; leur idole le plus souvent a· disparu et son piédestal, rejeté
cn (luelque coin, atteste seul sa présence ancienne. Nous étudierons
au chapitl'e de la sculpture, la représentation de la divinité; nous ne
110llS aUacherons ici qu'à l'examen des éléments qui la portaient ou

(lui raccompagnaient à l'intérieur du sanctuaire.


Le principal est cc piédestal; son étude est assez complexe ct
assez simple, complexe parce que le nombre des exemples qui sc sont
conservés est considérable et que le rôle du piédestal est multiple,
simple parce que les formes s'en répètent presque pareilles d'âge
en ~ge, et sans variation d'une divinité à une autre.
(1) Planches CXVll à CXXVll . .
L'ARCHITECTURE

Il ne scmlJle pas qu'aucune idole sc soit présentée nulle part sans


être relevée par un piédestal~ ct c'est tout naturellement le premier
l'ole tle celui-ci: fournir il l'image sainte une assiette honorable, la
mettre, quelles que soient ses dimensions, tl une hauteur propice à
l'adoration. Il tloit cn outrc pouvoir, en cas de nécessité, contribuer à
la personnification de l'image, soit par la présence de son viihana, soit
par l'inscription d'une dédicace commémorant les intentions du fon-
dateur. Enfin il tloi t servir aux besoins du culte. Quels étaient-ils
autrefois? Les cérémonies actuelles ne permettent pas de s'en rendre
un compte exact; elles comportent de modestes ablutions sur la divi-
nité; de plus légères libations encore lui sont offertes. Ces dernières
. sont versées dans un grand bol placé devant le dieu ou jetées sur le
peti t hrasier où sc consumeot, aux pieds de l'idole, quelques brins de
bois d'aigle. Les dispositions du piédcstal sembleraient indiquer que
. jadis les ablutions furent plus importantcs ct que peut-ètt·c les liba-
tions furent faites sur la table même qui supportait le dieu. Enfin il
faut naturellcment que lc piédestal soit tlc matière riche, durable,
pour répondre il la puissance, i.l la pérennité du dieu.
Un piédestal dans sa forme classique comprendra donc deux
groupes de parties répondant il ces deux ordres d'idées: Iole piédes-
tal proprement dit, simple dé qui relève la divinité ct qui souvent
est remonté lui7même par 2" un degré nu ou richement sculpté,
d'une part, ct d'autre part 3 une dalle spéciale qui porte en sans-
0

krit le nom de snanad/'o~û, qui indique nettement son rôle: « cuvette


il ablutions» (1). Sa placc naturellc l'interpose donc par obligation
entre la statue elle dé de support (pl. CXVllI).
De ces trois élérnCl~ts, l'un, le degré inférieur, se supprime chaque
fois que la divinité est de petites dimensions. L'intermédiaire, le dé,
ne fait jamais défaut. Parfois même il se redouble, et un dé plus petit
sert de transition entre la statue et la cuvette (2). Celle-ci manque
dans un certain nombre de cas. Ainsi les idoles de Trà IG~u et celles
(1) cr.B.E.P.E.-O., l, p. 161. principale. Cf. B.E.P.E.-O., II, P~ 38,
(t\ Pô Nagar de Nha Trang rlh'inité fig. 10 f't pl. CXXTTT.
~I 0 B 1L 1:E R DUS A NeT U A 1fi E 69

de Mî San A ct H, enfin les petits Çiva des templions (le Dông Duang,
ces derniers tl'Ouyés en place, en sont dépourvus. Peut-ètre ces pe-
tites statues ne sont-elles que lGs images d'autres dieux venant envers
le dieu principal ajouter leur tribut d'adoration il celui des fidèles;
peut-être plus simplement la raison de cette suppression est-elle dans
l'exiguïté de leurs cellules où le prèb'e n'mH pu entrer debout: on
sc contentait sans doute alors d'un simple hommage verbal jeté de
l'extérieur.
Il est intéressant de constater que le piédestal, lorsqu'il est ainsi
réduit par la suppression de la cuve it un simple dé, est exactement
semblahle au trône sur lequel s'asseoient (ou marchent) les divinités
dans les has-reliefs, mais encore et surtout les rois et les reines dans
toutes leurs figurations. Il est vrai qu'il Dông Duang cet élément se
décore d'antéfixes qu'on ne voit jamais sur les piédestaux des idoles,
mais l'antéfixe est un motif courant dans cette forme d'art et par
suite négligeable; il semble donc bien qu'on ait attribué au dieu le
siège honorifique que sur terre on réservait aux grands person-
nages.
Le piédestal est toujours exécuté en pierre; nous n'en possédons
qu'un exemple en briques et de basse époque, dernier reste du sanc-
tuaire de Mât~lingeçvarî à Nha Trang et daté ainsi de 1256 (1). Il sem-
ble cependant qu'une matière aussi peu luxueuse ait été acceptée
aisément, au moins à l'origine, car un des sanctuaires des temples A
(1) Il est enrobé dans un massif de maire construction ni dans aucun des
ma~onnerie au c.entre des ruines d'nn édifices conservés à Nha TI'ang. Nous
bàtiment très grossier qui s'élevait dans avions' attribué faussement les pièces
rangle N.-O. du temple de PÔ Nagar à d'accent (B.E.F.E.-O., II, p. :lO) il la
Nha Trang, sur l'emplacement même du tour S. ; les travaux de c.onsolidation de
sanctuaire de l\Iiitrliùgeçvari (cf. B.E.F. cet édifice ont montré qu'il en était dé-
B.-O., II, p. 48). Ces ruines ne peuvent pourvu. Construit à une basse époque,
être celles (lu sanctuaire même, carl'exis- le sanctuaire de Miitrlirigeçvari n'a pas
tence de celui-ci dans une forme diffé- plus duré que beaucoup d'autres de cette
rente est attestée par la pr,'sence d'Un période et s'est écroulé comme déjà Bi à
grand nombre (le Ceuilles rampantes en Mi San, ct les débris de son piédestal
terre cuite et de grandes pièc.es d'aec.ent ont été dérasés jusqu'au nh'eau du dal-
analogues à celles de HI il Mî San, qui ne lage nouveau, bien supérieur à celui de
trouvent leur place ni dans cctte som- l'ancienne construction.
iO L'ARCHITECTURE

ou A' II Mi Sdn aurait reç.u un piédestal de briques; rey(~ tll , il est vrai,
d'argent, avant d'avoir son pi(~destal définitif en pierl'e (1). Il n'en
,
existe pas non plus de spécimen complet en matière plus précieuse
que cette dernière, mais il esC vraisemhlable que la richesse de la
statue devait entraîner celle du piédestal. Ainsi dans ]e trésor de
Mi San les petits li1iga d'or sont fix6s sur des cuyes il ahlutions d'ar-
gent (fig. 88). Le métal parait avoir été utilisé en applications pour
rehausser la valeur du piédestal. ' Nous en ayons un exemple dans
celui trouvé en débris dans A'p mais les plaqiles métalliques ont
naturellement disparu, et ]eur existence ne nous est connue que par
une double mention dans les inscriptions (2).
La mat.ière employée le plus souvent ' est un gt'ès blanc 011
gris, parfois une pierre dure h grain très fin , susceptible d'être
polie, et presque noire. Elle est généralement de même nature que
celle où est sculptée la divinité. Le piédestal est formlS parfois d'nn
seul morceau, surtout quand il est petit (3) ;'il peut être même mono-
lithe avec la statue, mais pour des figures assises ct minuscules (4)
d'ordinaire il est composé de pièces qui s'emholtent légèrement. La
cuve est toujours prise dans une seule dalle; le dé, parfois divisé
dans sa hauteur par des lits horizontaux, rarement dans la largeur
par des joints verticaux (5); dans des cas exceptionnels et qui indi-
quent une reprise postérieure; il présente quatre faces indépen-
dantes (6). La grande dalle de base est, en raison de ses dimensions
considérables. divisée presque régulièrement en deux pièces; il plus
forte raison se décompose-t-elle en de nombreux éléments quand
elle forme un yaste degré orné (7). Mais en ' aucun cas le piédestal
dans son ensemhle n'est constitué d'nIt l'emplissage grossier revètu
(i) Cf. lIunEII, B.E.F.E.-O., Xl, p. 261>, (3) Piédestal de l'l'à ]{j~u, à la Mission;
et plus haut p. 8, note 2, inse. H ,stèle X de Phumang, à la Résidence.
de Ml Son. (~) Divinités de Trà l\i~II , des templions
(2) Inse. 74 (voir note i); l'autre men- de Mi Son et rie Dong DIlO'ng.
tion est celle du revête~ent en ar"ent o (;)Mi Sm\ AI'
d'une rigole qui dut être celle du piédestal (G ) Mi Sm\ El' FI'
dans la tour S primitive de Nha Trang, (7) ~H · SO"n E, .'\10' '\1'
stèle de Nha Trang, 88 D.
MOBILIER DU SANCTUAIRE 7t

de pierre, et si des matériaux inférieurs y entrent, ce n'est que dans


le cas particulier d'un rhabillage postérieur par "un auh'e décor plus
riche (1).
Le t'ahana qui précisait la personnalité du dieu, tout en mettant à
sa portée la monture dont il pouvait avoir besoin, est souvent figuré
sur le dé qui supporte diree1ement la statue (2) (pl. CXIX-G,I); il ne l'est
jamais sur le dé principal, séparé de celle-ci par la cuve ft ablutions.
Par contre, lorsqu'une dédicace était considérée comme néces-
saire, c'est sur le piédestal qu'elle fut inscrite il l'origine, soit, le
plus soment, sur le dé central (3) (pl. CLXXXI-L), soit sur une dalle
qui fut sans doute interposée entre la divinité et ]a cuve (4), soit,
très rarement, sur la cuve mêmeY) ."A la fin de ]a seconde période,
des inscripliolls plus importantes furent gravées sur le chevet où
s'appuyait la divinité (6),. voire sur la statue elle-même (7).
Une dernière ohsenation n}(~l'ite d'être consignée, lorsqu'on étu-
die ]e piédestal dans son rôle de support: c'est qu'il est fort rare que
plusieUrs idoles soient réunies sur un piédestal unique. Le fait n'est
cependant pas impossible, et il ne put en être autrement pour le
groupe des neuf divinités de 'l'l'il I(i~u ct celui des sept lùifJa de .Mi
San. Nous ne possédons aucun spécimen de ces piédestaux communs.'
Seules quelques cuves it ahlutions de cette nature subsistent: l'une,
ancienne, il Phông L~, reçut deux idoles de taille dilfürente, la plus
grande au S. (pl. CXVIII-P); l'ault'e, qui semble de basse époque,
porte les cinq linga de Mi San.
11 faudrait, avant de passer il l'étude du piédestal dans ses rap-
ports avec le culte, examiner comment s'y fixait l'idole, mais cette
question est trop liüc avec les fonctions religieuses pour que nous ne
la traitions pas avec celles-ci.

(1) Mi SaD El' FI' (6) Phuoc Tjnh, Yi!?l)u de Biên Hoà,
(2) ~Iî San, statues de tem)1lions; T"à i nse. 44, 45 et 1, etc.
J\içu. (7) Petite rléesse de Pli Nagar de Nha
(3) Mi San A et E, inse. 80 et 97. Trang, reine Suèih à Pô Itomë, inse. 39
(4) Mi San A et D, inse. 79 et 91. et n;
(5) Hà Lam, insc. 65.
L'A nCHITECTUHE

La pièce importante dans le piédestal, à cc point de vue. est la


cuve à ablutions. C'est une dalle d'épaisseul' assez forle (pl. CXYIH),
creusée en cuvette en son milifu par une légère dépression dont les
bords sont obliques. Le fond plat de la cuvette est mis en communi-
cation avec l'extérieurparun canal creusé dans le rehord. Une saillie
de la dalle, que nous appelons le bec, conduit ce canal hors de
l'aplomb du piédestal. Sa surface supérieure sc retourne it l'extré-
mité suivant un quart de corcle (m. pl. - J), elle canal suit cette courbe
en se réduisant. Il s'arrète sur une légère saillie et les liquides
s'échappent. Pour plus de précautions, un coupe-larmes est réservé il
l'extrémité du bec aux dépens, travail considérahle, de toute la sur-
face inférieure de la pièce (m. pl. -A, F).
Cc système d' écoulemell t est de beaucoup le plus fréquen t Un
simple trou dans le rebord joue le môme rôle dans la vieille cuve
inscrite de Hà Lam (pl. CLXXXII-D), tandis que la dalle aux cinq linga
de l\1i San, sans doute de la période secondaire, est munie, en plus
du trou, d'un bec peu saillant (pl. CXVIII-.J).
Cc dernier est toujours tourné au N., alors même que la divinité
fait face ù l'O. (1), ct par suite il passeà 'la gauche ou tl la droite de
'celle-ci suivant que son orientation est normale ou anormale. Dans
un des derniers édifices élevés par les Cams, le ba1llurt de Po Nraup
orienté au N., le bec reste il gauche de la divinité, c'est-Il-dire il
l'O. : exceptionnellement il a tourné avec elle d'un qu'a rt de
cercle (2).
Le bec de' la cuve était en général assez saillant pOUl' qu'aucune
goutte des liquides versés ne tombàt sur le piédestal ou même sur
le large gradin qui le supportait. Ces eaux ne devaient pas, hl'origine,
s'écouler sur le dallage de la tour, sol il peu près imperméable ct par
suite peu capable de les recueillir. Elles devaient être conduites il
(') !\lî SÛ'fi A" Ft' E•. Le piédestal de G, O(leml'hal, lors du nettoyage de la tour
seul fait exception; faisant face à l'O., il a de Yan Pron, que nous y voyons le bec
son bec Ile cuve au S .. de la eU\'e en avant du nwkhaliJÏga, c'est-
(2) C'est par IIne erreur sans doute à-dil'C à l'E.
des coulis de notre malheureux ami
MOBILIEn DU SANCTUAIRE 73

l'extérieur pour être bues sans doute par la terre. Nous avons con-
servé dans les inscriptions l'indication du canal nécessaire, le soma-
siitra, et dans les monuments l'orifice où il aboutissait. Cette dispo-
sition ne sc reconnaît que dans les édifices de l'art primaire ou leur
copie dans l'art secondaire (1). L'orifice d'évacuation est d'ordinaire
au milieu de la fausse porte (2), parfois il côté de celle-ci (3), au ras
tlu sol (4) ou au niyean de la cuve (5). A terre, il deyait ètre constitué
par un canal de pierre dont nous avons retrouvé quelques fragments
près de Et il 1\Ii San et dont il existe un spécimen presque complet
au musée de Phnorp Péii, avec la cuvette nécessaire il recevoir l'épa-
nouissement inévitahle du jet au point où. il tombe dans ce canal.
Relevé, il devait être mobile pour ne pas empêcher la circulation
autour du dieu et par suite la pradak~i~ta. Une des inscriptions de
Nha Trang (6) nous apprend que ces rigoles pouvaient donner lieu il
do riches motifs, car elle mentionne pour l'une d'elles un recouvre-
ment d'argent (7).
A l'extérieur de la tour, une gargouille simple (8) ou dans la forIlle
classique dù 1I1akara (9) rejetait les eaux en dehors (fig . . 10). Où al-
laient-elles ensuite? Nous n'avons rencontré qu'unefois, il Chièn B-àng
tour S., un canal extérieur; broyé sous la chute d'une énorme mé-
tope, il nous fut impossible de le suivre plus loin qu'un mètre ou
deux de la tour. A Nha Trang, des fouilles assez profondes en face de
l'o['ifice n'ont rien révélé de spécial; cette partie de la colline est, il
est vrai; en remblai, et les eaux pouvaient s'y perdre aisément dans
les interstices des madrépores.
Un autre système parait avoir été utilisé pour faire disparaître,
sans qu'ils soient pollués, les liquides qui ont touché ~ la divinité.
(t) Ml SO'n At, Fi; tour S. primitive de (5) Ml SO'Il At, Fi' etc.
Pô Nagar à Nha Trang, tOUt· pl'ineipale du (6) Inse. 38 Ù. 10 •
même groupe; Ml SO'n C7 , d'une part; (7) A moins que cette· couverture ne
- Ml SO'n Et ; t{)ur S. de Chiên :Dàn a de doive être rapportée direcLement au pié-
l'autre. 0'
destal, comme IIuber semble le sup-
(Z) PÔ Nagar de Nha Trang, eLc. poser. B.E.F.E.-O., XI, p. 265.
(3) Chiên :Dàng Lour S. (8) Ml So-n Ai'
(4) Exemples précédents des notes::! et 3. (9) Ml SQ'n Bi'
L'ARCHITECTURE

Un certain nomhre de piédestaux ont toutes leurs pièces percées


d'un évidement central; une communication est fréquemment éta-
hlie entre la cuve il ahlution~ et ce grossier canal. La lllortaiseoù

.. s'engage le tenon d'assemblage de
la slatue n'est jamais lutt~e, et les
a faces en SOllt entaillées de petites
rigoles ohliques qui conduisent les
oaux dans l'intérieur mème du pit~­
tlestal. Se rendai ent-elles ensuite
tians la cuve centrale des fonda-
lioris? Nous n'avons trouYl~ nulle
part, en cc point d'ailleurs presque
toujours défoncé, la trace d'une
disposition de cette nature, et les
seuls cas où nous avons pu faire
cette recherche utilement, à. Nha
Trang, nous ont montré le recou-
nement de la cuve parfaitement
étanche il la surface.
Ces cuvettes il écoulement in-.
térieur sont toutes de la première
période; elles comportent d'ordi-
Fig. 10. - Gargouilles tIe somasulra. naire quatre rigoles sur les axes
a: :\Ii So'n E. ; b: :\[ï So'n A. ; h auteurs principaux(1) (pl. CXVJlI-H,l\I), une
rcspccliycs: 0 m. 36 clO m. 48 n.
fois trois, celle de l'E. manquant (2),
une autre fois deux seulement aux extrémités d' nne diagonale (3) (m·
pl.-E). Si la cuve est il double profondeur, ses rigoles sont répétées à
chaque niveau (4) ou passent sans s'interrompre d'nn Mage h l'autre (5)

(.) Poura, lahautcurest priseseulernent (2) Autre trouvée dans CG'


du sommet tic l'ornement terminal au- (3) Piédestal circulaire près de E7'
dessous de la gorge; pour b, elle est prise (4) Piédestal du Ga~er:A'\ de E.:;.
Ilu sommet de l'ogive Hu-dessous du ber. . . (5) Cuvette trouvée tlalis la tour prin·
(1) Cu yette rlu Çiva A' 4 à Ml SCl'fi, aulre cilla)e rle l'ô Ilam. -
trouvée dans C7 •
MOBILIER DU SANCTUAIRE 75

(m. pl.-D). Cet écoulement intérieur se trouve même sur un pié-


destal sans cuve découvert h Mi San près de El (pl. CXIX-E).
De telles précautions ne cadraient plus avec la ntSgligence des
temps secondaires, et la communication ne se fait alors que par les
défauts de raccord entre le tcnon de la statue et la mortaise de la"
cuve. Cet écoulement n'était d'ailleurs pas obligatoire, car les cuves
il ablutions, monolithes avec le liJi!]a qu'elles portent (i), sont néces-
sail·Clllcnt étanches, et il en est de mème pour celle qui semble avoir
reçu le Gal}.eça de Mi San B3 ; il Yrepose et ne s'y encastre pas.
D'autres modifications de détail se produisirent il la fin de la pé-
riode secondaire. La cuvette disparut de la dalle il laquelle elle avait
donné son nom et fut remplacée par une simple rigole (2) (pl. CXXI-
B), hientôt concentrique il la section inférieure de la statue (3) ou
même fcstonnée (4) (pl. CXXII-B, E). La dalle s'épaissit(5) (pl. CXXI-
n, D), tandis que le Lec s'arrondit en plan (6) (pl. CXVIII-J, N). En
même temps la sa.illie de celui-ci s'exa.gère, ou au contraire il dispa-
rait alol·s que la rigole subsisLe (i) (pl. CXXII-E). Certaines des der-
nièrcs statucs du Binh Thn~n reposent sur des piédestaux sans rigole
ni bec.
Par conLre,de nouvelles dispositions apparaissent: un trou est
creusé dans la dalle, en avant de la divinité, pour recevoir le cierge
rituel qui prend tant d'importance dans les dernières cérémonies
éarnes (8) (pl. CXXII-B, A), et la. divinité est reculée au fond de la
dalle, afin de ménager en avant une sorte d'autel (9) (m. pl.-E).
Avec l'étude de la cuve il ablutions et du mode d'écoulement Ges
caux lustrales nous avons examinè tout ce que nous pouvons suppo-
scr du rôle cultuel du piédcstal. Heste il reconnaltre qucllesformcs
divcrses cet élément adopta.
Dans son cnscmblc, le piédestal nc présente guère tIue deux sec-
(1) Mi SO"n Alo, Fa; Cu !Joan, etc. (6) Fragmcnt tle cuvc trouvé près de
(!) Mi Mil GI • Yan Mum. AI' à Mi 80"11, cuve aux cinq litiga.
"(3) Po Ror;në. (7) Tô Ly.
(.) Thauh I1i~u. (8) Po Nraup, Po Romë.
(5) Ph\l'Q.c Tinh. (9) Pô Nraup, Tô Ly.
76 L'ARCHITECTURE

tions: carrée, et c'est de heaucoup la plus fréquente, on l'ollde. Cetle


seconde forme, traitée parfois avec une grande richesse, semble ré-
servée d'une façon pIns spéciale,
. ,
mais non exclusive (1), au linga
qu'elle circonscrit exactemenCPar malheur la di"init(S fait toujours
défaut et notre attrihution n'est qu'une hypothèse; deux faits la con-
th'ment dans une certaine mesure, la présence d'un filet circulaire
au fond de la euye il ablutions du piédestal de cette forme trouYé
près de Mi San E5(pl. CXVII-B), et une assiette octogonale de même.
au piédestal de Htrng TIll.mh.
Les exemples les plus nombreux de cette forme figurent dans la
première période (2) (pl. CXIX-D), mais il en existe aussi de fort heaux
dans la seconde, surtout au Binh Itinh (3) (pl. CXXI-A). Tous com-
portaient de grands dés carrés, qui, dans les spécimens les plus an-
ciens, sont richement ornés (pl. CXVII-A t ).
Enfin trois exemples, il Th~p Thap, il D~i Hîm et tt Thû Thi~n,
nous révèlent l'existence plus rare de pilSdestaux de forme octogonale.
Le dernier est cantonné de lions par malheur brisés (4) (pl. CXXI-F).
Carré on circulaire en plan, le piédestal se montre, dans les
types cOlirants, de proportions assez trapues et très voisines du
cube. Il semhle cependant qu'à l'origine certains spécimens aienl
présenté une silhouette beaucoup plus élancée. Cette forme spé-
ciale parait propre au linga il intermédiaires, qui, du carré initial;
passe il la forme supérieure circulaire par une section octogonale:
il est nécessairement beaucoup plus fin que le linga ordinaire. Nous
n'aYons, il est vrai, qu'un seul exemple de ce piédestal étiré,
encore est-il incomplet et sa restitution est-elle hypothétique (Mi
San Et) (5) (pl. CXX-C). Peut-être enretrouve-t-on un souvenir dans
le piédestal en colonne moulurée monolithe de la tour de Bâng An

(1) Piédestal rond du Skanda trouvé Trà l{j~u un, ce dernicr aujourd'hui au
près ll3 à ~H SO'n (mais le l'apport des deux Jardin dc Tourane.
pièces n'cst pas absolumcnt certain). (3) Hung Thl.lnh. Tour d'or, Bl.Ii Huu.
(2) Mî SO'n n'en préscnte pas moins (4) Découvert depuis la publication du
de cinq, dont un approximath·cment daté tome I.
du VIII" siècle; lIà Trtmg en avait deux, (5) Cf. B.E.F.E.-O., IV, p. 870, fig. 34.
MOBILIER DU SANCTUAIRE 77

, ~pl.CLXXXIlI-D} et dans la colonne octogonale, à tambours sé-


parés, de Mi San Bi (1) (pl. CXXI-H).
Une observation d'ordl'e général peut confirmer dans une cer-
taine mesure l'hypothèse de cette forme spl)ciale : si de nombreux
linga il transformation se sont conservés, tous ont perdu leur piédes-
tal; les 1iti!la ordinaires se rencontrent au contraire rarement isolés
ou avec leur cuve seulement. Ceux-ci n'auraient-ils pas dù la conser-
vation de leur piédestal au fait qu'étant plus trapu, il était plus fa-
cilement taillé dans une seule pierre, de conservation plus durable
que .la composition en éléments détachés des piédestaux étirés en
hauteur?
Dans les cas ordinaires, la cuve déborde les moulures du dé qui
la porte; un certain nombre de piédestaux montrent au contraire
la cuve plus petite que son support, soit qu'indépendante elle J
soit cncash'ée (2) (pl. CXIX-K). soit qu'elle forme corps avcè lui (3)
(m. pl.-J, l\l). C'est ce que nous appelons piédestal à emboîtement.
Ce piédestal est propre à la première période, et c'est celui qui fut
rencontré le plus au N. près de l'inscription de Bac H<,t (4).
A Cu Hoannous avons trouvé une disposition plus curieuse
encore, la cuve il ablutions étant redoublée jusque dans son bec. Mais
l'éloignement des pièces concordantes lors de leur découverte ne
permet pas une affirmation absolue (m. pl.-il).
Un seul exemple depiédestal il emboîtement se retrouve dans la
période secondaire: c'est le piédestal monolithe du sanctuaire de
SvayaIllUtpanna il Phanrang (1233) déposé il la Résidence (pl. CXXII-
C). Cc n'est pas un réemploi, mais plutât une simple copie posté-
rieure, car son profil bùtard, l'épaisseul' de la cuve, indiquent une
basse époque; il montre, détail unique, un fleuron au bout du bec
de sa cuve (pl. CXVlII-K).

(1) Une partie de colonne semblalJle fût (1) Ce lüédestal n'cst pas mentionné
trouvée près de MI SO'n E•. dans le tome 1; je n'en ai eu connaissance
(2) Nha Trang tour N.-O. qu 'npI'ès ln pllblieatioll de ce volume, pnl'
(J) Piédestal !le Tril 1\i(~11 il la ~[issiun. un excellent el'oquis (l(~ M. CIL-B. Mayhon.
78 L'ARCHITECTURE

Le décor des piédestaux les range sous deux aspects différents.


Le plus souvent, dans la premijlre période, le dé central est orné en
haut et en bas d'un filet carré ;' parfois le fond reste nu (1) (pl. CXIX-
A), mais d'ordinaire chaque face est cantonnée de deux bandes peu
saillantes; elles dl~terIllinent au centre, an~c les filels, un champ
hiseauté SUl' les hords (2) (m. pl.-C, Il). Les handes verticales sont
rayées Ile haut en has d'un cel'lain nombre de plans obliques; parfois
ellcs sont ciselées de décors en rinceaux touHüs (3). Par exception il
~li SO'n A'!, ces motifs d'angle dMel'minent un mouvement dans les
moulures ct s'ornent de décol's rapportés, sans doute en métal.
A la résel'ye de ces quelques motifs, la masse générale du dé est
celle d'un silllple prisme rectullgulaire: cc type s'oppose il, une
forlllc plus complexe qui paraît dès l'art pl'imitif de Mi SO'n, mais qui
n'y fig.lIre pas ailleurs qu'aux dés sans cuves ou aux piédestaux com-
plets mais circulaires (4), Ceux-ci présentent une opposition de deux
profils vigoureux dont la l'encontre fuyantc étranglc le support Cil
son milieu (m. pl.-G, 1), système qui n'est pas choquant pour de
petites pièces, mais qui serait pénible pour des grandes. Comme aux
soubassements que ce type de piédestal rappelle de près, une moulure
centralc vient diminuer bientùt cct efret d'étranglement(::;) (m. pl. -D),
Ce Illotif l'l'eIllI toute la voguc duns la scconde périodc, saTlS ccpcn-
dant étoufl'el't:omplètementlc premier. Le bcl ensemhle de la diYinitl~
de Po Nagal' il Nha Trang (milieu du XI" siècle) (pLCXXII-I) présente
encore celui-ci, et il en est de mème du débris retrouvé du sanc-
tuaire de Miit~·liùgeç\'arï.
Dans la sel'onde période, le motif central du deuxième type s'orne
d'un décor nOllyean dans l'art cam, une rangée de demi-sphères,
l'm'les ou mamelles (pl. CXXI-C, G) : il CIHlnh L(>, une fine bande de
décors enferme leur contour circulaire comme un sertissage de bijou
(1) Çiya obèse Ile Mi SOIl n. Il;], piédestaux circulaires de A et de E à
. (t) Mi San A'4' Cf. RE.F.E.-O., IV, Mi Sail.
p. 831, fig. 23. (:') Dés de soubassement ne D à 1\lï Sail
(3) Mi SaIl FI' et piédestal de My l'h~nh . .
\4) lIà l'mng, l'l'à l{i~u. - Skanda
MOBILIER DU SANCTUAIRE 79

(pl. CLXVII-K); cependant, lit co mIlle partout ailleurs, les deux sphères
s'orncnt d'un boulon qui n' est pas ccntral. mais placé un peu au-
dessous du centre réel, ce qui leur donne exactement le profil d'un
sein de femme. L'ensemble du piédestal ainsi composé devient le
motif classique ct duI'C en s'abàtardissant jusqu'aux derniers jours
de l'ad bun (1). Ces motifs s'y réunissent en une simple moulure
continue; les moulures s'y défol'ment encore, les ornements spé-
ciaux il l'ad de la dernière période ,'iennent parfois s'y sculpter: ainsi
est outenu uudes demiers exemples, celui de Po Nraup, d'une cu-
rieuse silhouette dyssymétrique (pl. CXXII-A).
Dans les piédestaux circulaires, ce motif tic perles (2) ne fut pas
employé, mais les diverses moulures y reçurent de heaux décors
de feuilles de lotus, qui, simples dans l'art primitif (3) (pl. CLXIX),
deviennent d'UllC richesse inouïe il IIung Thl,Ulh, pour se simplifier
de nou\'eau ailleurs (pl. CLX).
Quelques piédestaux présentent des formes ou des décors parti-
culiers, soit qu' ils s'ornent d'appliques élégantes comme le pié-
destal de My TIH~nh (qui parait de l'art primitif), ou de figures
comme les dés il trois faces ornées d'atlantes, trouvés dans la
cour D h Mi San (4), ou le gl'and piédestal de Klmaug My (5) : celui-
ci présente SUI' une face une belle pousse de lotus, SUI' deux
autres la projection maladroite d'un chal' avec son cavalier monté;
sur la dernière, qui parait avoir été adossée, une simple tète de
cheval, en haut. Thil Thi~1l montre un piédestal composé d'un lion
humanisé accroupi ct qui forme cari,ttide sous un plateau circulaire.
Une pagode ,"oisine, ruil\ée, montre un élégant piédestal octogonal
décoré de perles et tic liolls ùressés (pl. CXXI-F). Disons toutefois
que le classement de ces diverses pièces. dans la série ùes piédes-
taux est hypothétique; nul n'ayant gardé de cuve il abluLions.

(1) Mi SO'n Gl , Pô I{!anil Garai, l'aù (3) Tour d'or, Mi SO'n Hl' B\IÏ Hlm.
Mum, l'hu6'c 1'11111., Pô Home. (4) Cf. I.e., l, p. 398, fig. 38. .
(Yi ~lî Sm}; piédestaux: A, H, E; Trà (5) Cf. id., p. 2(j5, fig. 51 ou ici fig. 96
Kiçu, ml Trung. et 135.
80 L'ARCHITECTURE

Le degré inférieur peuL être fort simple; il peut aussi recevoir


une riche. ornementation: I\tais quelque détail qu'il présente, il
reste toujours tracé suivanL m{ plan carré, alors même que les autres
parties du piédestal sont circulaires (i). Lorsque le degré est nu, le
piédestal pent s'augmenter d'une doucine basse complémentaire (2)
qui donne plus d'assiette au dé. Si le degré est sculpté, il ne semble
pas qu'aucune règle préside il son ornementation. Nous n'en avons
que peu d'exemples; ils sont tous différents. Hà Tl'l1ng, dans l'un,
montre des lions et des éléphants (pl. CXIX-L), beau motif presque
identique à celui de l'étage sup(~rieur du soubassement de Ai à Mi
San (pl. CXXIX); de l'autre, un simple fragment semble indiquer
qu'il comportait des scènes religieuses. Le grand piédestal de Trù
l{i~u oll're tout le développement d'une légende ct une gracieuse file
de danseuses qui constituaient sans douLe le panneau principal, ho-
norant ainsi par leurs danses le dieu que l'ensemble supportait (3)
(pl. CXVII-A1). L'embellissement du piédestal de Ei tl?lli San donna
lieu ü la composition d'un admirable degré; il pr0';.'_'l\te, en plus al-
longé, le parti des moulures des dés, coupé de distance en distance
par des pilastres sur qui les profils ressautent. Chaque face s'orne
d'une nidte très riche; celle de l'E. en présente deux, autour d'un
élégant perron. Dans les espaces libres, d'intéressants bas-reliefs ra-
content des scènes de la vie ascétique. Les degrés, aux deux piédes-
taux de Mi SO'n Ai ct de A10' semblent, en plus simple, inspirés de
celte composition (4).
Itông DuO'ug présente, dans les parties l et III de l'enceinte, des
comhinaisons de piédesLaux si riches et si spéciales que nous leur
consacrerons un examen il part.
(i) lIà Trung, Trà Iii~u, tour N. de plier les personnages pour obtenir le
HungTh~nh. même résultat.
Mi SO'n E4'
(2)
(4) Le piédestal de Mi SO'n Ai est daté
(3)C'est la senle hypothèse plausible, par la mention faite par Inllravarman,
car ce motif de danseuses ne peut avoir tIans la stèle 1 de lhing DuO'ng, du relè-
été adopté comme bouche-trou llour com- vement de cc /iliga qu'il gratifia d'Ull
pléter l'espace que la légende n'eùt pn ho ça d'or; il est donc, comme sa forme
remplir; il t'ùt été pins simplp rie multi. l'indiquait, de l'art cubique.
MOBILIER DU SANCTUAIRE 81

La période secondaire HOUS o(l're peut-être encore des fragments


lie degrés décorés, mais par lIIalheur ces fragments sont peu impor-
tunts, ct cet arl présente, si SO ll\'CII ' ,les frises qui tiennent unc place
considérable dans les édifices qu'oa Ile sait trop si ces fragments ne
s'y rapportent pas. C'es t iL Thi~p Thàp un élégant motif de rosaces
(pl. CLXVllI-.J), aux: Tours d'argellt doux: registrcs de fC1I1IllCS age-
nouillées (fig. 82), ct le "repos d' ull roi il Hi}.i H(m (fig. 93).
Certains pit'destaux furent l' objct ,le tranSfOl'llHltiollS, et il est inté-
ressant de se demander pOUl'tlllOi ct COllllllent de teUes modifications
furent exécutées. Il nous CIL cst i'csté deux exemples. Le plus inté-
ressant, et qui nous a "aln un e suite de has-relicfs remarquables, est
l'enrouement du piédestal primitif de El iL Mi SO'Il par uu autre plus
ample (1). La persllccLive (pl. CXX) fait toucher du doigt, sans
plus d'explications, les états successifs du piédestal. Un fait analogue
parait s'êtrc passé iL Mi SO'nF l ' Le piédestal, dont HOUS n'avons
retrouvé qu' ult côté, était constitué par des dalles minces qui ne
pouvaient supporter la lourde masse de la cuve à ablutions ni sou-
tenir au milieu le pesant liriga iL transformation. Les dalles sont
lI'ailleurs entaillées SUI' la face supérieure pOUl' enfermer l'arMe
inférieurc de la cuve, et ce détail il lui seul semule indiquer une
modification postéI·ieure.
De quelle raison naquit la préférence ainsi donnée au piédestal
la.rge, c'est lil une question qui, dans l'état actuel de nos connais-
sances, est impossible il résoudre. Tout au plus peut-oll faire l'hypo-
thèse suivante. Si le liJiglt tl transformation ct le piédes tal mince
furent pl'éférùs iL l'ol'jgj~ e, au temps des constructions lùgères, il
est nuiselllhlable que ceux pris dans les incendies fréquents des
sanctuaires durent ètre aisément culbutés ct minés par la chute
des charpentes enflammées, tandis que les autres, pluS trapus et

(IJ Nous n'avons décrit dans la pre- tique, mais nous ayons, ùans notre article
mière partie de cetInventaire que les par- SHr « les MOllumculs dn cirque (le Mi
lies extérieures du piédestal final , afin SlYll n, étahli le rait très curie ux Ile cette
ùe n'introduire dàlls celte section de mOllification. Cr. B.E .F.E.-O., IV, p . 869
llotre traYail aucun élément hypothé- sqq. et fig. 34, p. RiO .
.\~~AlI. - Il. (;
L'AHCIIITECTUHE

bieu assis, durent infiniment mieux résister. Qu'un besoin crée une
préférence pour une forme et 'lue celte forme reste appliquée alors
qu'elle n'a plus de raison d'e1re, c'est-à-dire, ici, sous un temple
. incombustible, c'est uu fait si fréquent dans l'histoire de l'tu·t qu'il
n'y a pas lieu de s'en étonner. Mais tout ccci n'est qu'hypolhèse ct
nous n'y insisterons pas.
Les deux piédestaux de:&ong DI1O'ng vont nous révéler une
disposition spéciale, parce qu'ils se rapportent h une représentation
honorée ct non adorée; ils nous permettront en outre de nOlis
rendre compte d'llll élément particulier qui a disparuparlout, il une
exception près, des sanctuaires, dans son type grandiose, le retable,
ct ne s'est conservé lIue dans les petites idoles, où il figure sous sa
forme réduite, le chevet.
Souvent simple (1), parfois très riche (2) ou très découpé (3), il
n'cst guère que les figures de GaJ.lcça et les rares statues debout
qui n'ell préscntent point. Nous n'en avons, conservé en place dans
un sanctuaire, qu'un seul exemple ct de la deuxième période, le
retable de ThCl ThiOn (pl. CXXIV).
Les deux piédestaux de fMng DI1O'ng se complètent; tous deux
sont ruinés il est vrai, mais par honheur ils le sont cIe façon dif-
férente. Dans la tour prillcipale de l'enceinte l, le gradin inférieur du
piédestal est resté en plaee ainsi que la base du retableadosstl au
mur du fond. Nous anms retrouvé une cles quatre dalles qui côu-
vr~ient ce degl'l~ et masquaicn t le remplissage de briques, elle dé
central qui s',Slevait au-dessus. Il est orné de quatre perrons et ne
laisse au milieu qu'une assiette exiguë. La place de ces éléments
est hypothétique, mais leur décor est tellement identique il celui du
degré général que leur rattachement est illliisculable; ils ont d'ail-
leurs été dégagés dans cette tour el immédiatement à cùté, COlllllle
les pièces du chevet; nous possédons tmis de ces dernières qui cor-

(1) Cf. J.C., I, p. 3ï9, fig. 84; diyi- Id. il droite. Umiî de "ha Tl'ang.
(2)
nités tics tcmpliOIls de)!i San A. Cr. I.C., (3)Divinité h'ouyée dans la cour D
l, p. 31>5, fig. 76, fI gauche. de .m San (fig. 12j.
~IOBILlEH DU SANCTUAIRE 83

respondent entre elles ct avec les parties restées en place. Ce chevet


se composait d'un étagement de dés ornés d'appliques, tous de hau-
teurs dil1'érentes et qui étaient creusés lie mortaises pour recevoir
des statues: nous n'ayons retrom'é de celles-ci que quelques frag-
ments (pl. CXXV). Des makara d'où sOl'lent des guerriers, ct lies mor-
ceanx d'une gloire devaient faire partiedn mème ensemhle; le se-
cond piédestal IIOUS dOllIle quelques illdications sur leur l'ole . .
Quelle était la destination de cet ensemble important? i\"ous
savons, par la stèle de fondation et par la présence des lluddha de
pierre, que ce sanctuaire prillcipal denli t èlre consacré au houd-
dhisme. L'hypothèse la plus naturelle est que cc piédestal était le sup-
port d'lIlle statue lie Blldtlha. Mais le. dé central présente une assiette
si réduile «ue cette statue eùt dù être de loutes petites dimensions,
le carré de hase disponible, dalls Ull ensc;mhle (lui a près de 4 mè-
tres de long, n'Iitallt que de 0 m, 40 de cOLé. Était-il (lllcstion alol's
de recevoir une de ces figures en matière précieuse qui ne sont pas
rares dans le lwuddhislIlc? Cela est peu probaùle, CUl' la présellce des
quatre perl'ons dn dé central appelle un motif il quatre faces et non
\lne statue unicJllC. Elle eùt été, au surplus, bien peu relevée. 11 nous
parait plus Yl'aisemhlable de supposer que cet immcuse ensemhle
avait été conçu pOUl' honorer UIl objet llIilluscule, mais profondé-
mcnt vénérable, quelque l'clique yraie ou fausse du Buddha : une
chàsse précieuse l'mU renfermée, châsse qui, selon les habiludes re-
ligicuses ùe tous les peuples, put recevoir la forllle d'nn minuscule
sanètuaire (1), ou, sui vanl les moùes JJOuddhi(I11CS, d' Ull stujJa pré-
cicux, étiré COIllIlle ceux des figurations èarnes (fig. 7). Nous obte-
nons alors la planche CXXYI.
Dans la salle 111, la pile qui ferme la nef principale, pile posté-
ri(!urc it l'ensemble, porte sin un soubassement qui sc prolonge cn
avunt et constitue une platefonne de briques, l\1l~léc tIe quelques par-

(1) Cf.lliuell Tsallg (Vie et Voyages), tra. l'étage supérieur d'un pavillon, une pe-
duction STA:-ilS~AS JUJ,LIE:-i. Paris, 1853, lile tour formée de mlltières précieuses
Imp.lmpél'., in-S. P. 77 , il mentionne, dans qui contient une rcli<!ue.
84 L'ARCHITECTURE

tics de pierre. Deux petits perrons de grès venaient s'ajuster sur les
cotés, tandis qu'en avant un degré plus important n'est indiqué que
par l'existence de deux éléph~nts de pierre, semblables il ceux qui,
dans le piédestal t flanquent le p(lrron principal. Deux autres, dont
l'un est encore en place, debout ct la trompe en l.'air, étaient dressés
en avant, derrière une llHtI'che finement cisel(~e qui traversait toute la
nef (fig. 13). Sur la plateforme s'élevait un degrlS presque identique il
celui de la tour principale, mais sans doute tl deux étages, car les pièces
s'y rapportent à deux types tin peu diH'ércnts. L'un des étages devait
être couvert par une série de dalles longues t10nt la tranche est pro-
fil'Je en doucine renversée. Le groupe supérieur correspond au dé
central du piédestal 1; mais il est ici fort large et recevait une statue
de Buddha, assis sur un siège creux, qui portait un coussin de pierre.
Derrière la statue sc dressait un chevet analogue il celui de la tour
prin cipale ct traité tout entier décorativement. Au-dessus semble
s'êlre élevé un bloc orné de lotus et portant deux culs-de-lampe
saillanls (lui purent recevoir des slatues. Huit figures ornaient celte
composition, moines dehout on agenouillés, ces derniers présentant
un hrùle-parfulll réellement utilisable, Çiva dressés ou assis, tous
par paires. Une petite figure en pIns en suppose peut-êlre une symé-
trique. Cet ensemble, déjiL compliqué, s'augmentait encore d'une
gloire importante; elle dut reposer sur un faux linteau muni dans les
deux sens de mortaises et terminé par deux makara sous lesquels
viennent s'assembler des tèles de pilastres, dont le Las, il peine dé-
grossi, l'CS la certainement inyisible derrière la statue.
Cette dernièrc disposition, qui termine l'ensemble du piédcstal
de la salle lit n'est pas hypothétique, car le retable de Thu Thi~n
(pl. CXXIV) montre clairement qu'il en était ainsi; le décor de la
gloire y est seulement remplacé par un ()tagement d'apsaras.
Nous avons, de cette façon, l'indication d'un motif curieux de
cheyet, dont quelques traces sc sont conservées dans les plus anciens
édiHccs. A Doug D11'0'11 g, et forcément il Thil Thi/)Il, les 1IIakara
sont sculptés sur \lIle face seulement. Or, on rencontre il Kllll'O'ug
~lOBILIEB DU SA:XCTUAIIΠ85

~ly(I), au J~rdin de Tourane(2l , il Chanh L9 (3), d'énormes


makara traités
sur
les deux faces, dont le l'ole est introu\'tlblc dans un monument
cam, ct qui présentent, sur les lits supérieurs ct inférieurs, des mor-
taises d'assemblage. Si l'on suppose que nombr~ d'édifices cams
furent il l'origine construits en matériaux légers, ct la mention fré-
quente d'incendies dans les plus vieilles inscriptions prouve ce fait,
la disposition de ces sculptures s'explique fOl't aisément. La paroi
était, par sa matière, trop faible pour qu'on pùt y appuyer un chevet
considérable; celui-ci devait donc pouvoir sc maintenir seul debout,
et pour cela être constitué d'un mur d'épaisseur suffisante; aussi
les makara prennent-ils une large assiette, mais, pouvant être vus de
derrière, ils se décorent sur les deux faces. Dans nombre de cas -
et les coupes des ma!;:ara de KhuO'ng My semhlent l'indiquer -l'en-
semble fut peut-être conçu dans le motif cher aux Cains, de la tête de
lion et des makara. Le chevet de la statue d'Uma à Po Nagar de Nha
Trang n'en serait alors qu'une réduction plus moderne (pl. CXXIIl).
)Iais cc décor put aussi subir des variantes, ct nO\1S ne craignons pas
lÎeaucoup de nous tromper en assignant le même role aux garwJ,a (4)
du Jardin de Tourane, qui autrement sont tout iL fait inexplicables
(pl. CLXXIV-A).
Lorsque la statue ne sc détache pas devant un chevet de cette
colossale importance, elle dut être abritée d'un dais, ce qui n'empê-
chait pas, d'ailleurs, l'emploi d'un velum au-dessus de cet ensemble (5).
Ce sout enCOl'e les fécondes fouilles de Mi SO'It qui ItOUS donnent
quelcplCs renseignements à ce sujet. A ?Ili SO'n Ai' en AfOl E4' nons
avons trouvé des fragments de minces colonnes octogonales et dés

(I)Cr. I.C., I, p. 268,lettresV, V', V". Nous avions P['oposé ponr tontes ces
. (2) cr. id., p. 329, nOS 64, 67, 68, 73 . lJièees le rôle de bouts de balustrades .
Yoir note 4. ou celui d'échiffres de perrons. L'e déve-
(3) Cr. id., p. 229 et p. 231, fig. 44. Ces loppement. rl.e nos études nous a permis
pièces, ponr les détails et les costumes des 'de reconnaître l'uniformHé absolue des
personnages, pal'aissent plus anciennes échiffreS dans 1111 type tout différent, et la
. que le reste dn monument et n 'y euh'\), rareté, sillon l'ahsencc complète, des ba·
rent peut-être qu'en réemploi. . Instmdes.
(4) Cf. I.C., I, p. 330, nOS 29 et 32. (5) MïSo-n E4'
86 L'A He IIITECTUHE

de base entaillés sur un angle, sans doute pour enyelopper exactement


celui dn piédestal; ils forment parfois (E4) un motif des plus heu-
reux (pl. CXXYII-G). Ailleud (13 3 , C7 ) n'existent que les dalles qui
reçurent les supports du dais. Nous n'ayons d'autl'es donntSes à ce
snjet que la mention, dans une inscription de 7I1î San, d'nn « édicule
intérieur )) en Lois de santal, dans unc autre. d'nnc tour en argent (1)
qui dut jouer le mème rôle.
Les dais modernes qui sc sont conserYés il Nha Trang, à Po
Klami Garai ct il Pô !lomé (m. pl.-F,II), sont trôs simples ct portent
ulle toiture de planches, il deux ou il quatre pans, qui, il 11ô !lomë
seulement, se terminait par un motif dt'coralif de chaux.
La cuye aux cinq lùiga de "li SO'n nous montre peut-ètre les traces
d'un aul!'c systôme; ellc prtSsentc en efl'et sur les hords quatre trous
également tlt'~saxt;s qui pem'ent avoir rcçu les quatre tiges IIHStal-
liques d'un dais trôs l(\gnr (pl. CXVIII-J).
Quant au yeluIll que semblent indiquer les pIerres dc suspen-
sion, il n'est reprtSsenté qu'une fois, au piédestal de Mi San El (2).
Enfin, derriôre l'itlole. dans la lour principale de Po Dam, deux trous
petlYent cOlTespondre il la suspensiun verticale d'uue Mofre somp-
tueuse devant laquelle se fùt détachée la diyinihS.
Nous ne parlerons pas ici, dans les accessoires du culte, du ko{'a
qui se rapporte plus spécialement au liliga ct qui semble surtout
avoir contribut~ il fixer la personnalité de l'idole (3); mais il nOlIS reste
à signaler les quelques objets religieux que les derniers lieux du
culte nous ont conservés et qui furent peut-être autrefois d'nft usage
général.
Au silnice fictif de la diyinilé il faut noter d'abord la présence

(1) Cf. Fll'lOT, B.E.P.E.-O., IV, p. 9t2. (3) 1\1. Finot, n.E.F.E.-O., IV, fig. 43, 44,
Le Cambodge nous offre dans son art pri- p.913, en donne lieux exemples. Le Musée
mitif, à Sambor l'rei lüik S2' un exemple Guimet en possède deux fort intéres-
parfait <le cette intéressante disposition, sants, nOS 5[193 et 6000, d'origine hindoue,
mais en pierre. Le musée indochinois du et le South Kensington (musée indien)
Tl'Ocadéro en possède une repro(!ucLion. un autre plus important sous la cote
(2) Cf. I.e .,;1, p. 412, fig. !) 1 au centre. W. 1-53, 1884.
~IOBILIEH DU SANCTU AIlÙ: 87

des statues de l'andin, montures qui aUendaiont le bon plaisir de


Çiva. On en rencontre 'düns tous les monuments anciens, ct les tours
pIns modernes de Po J(laUll Garai ct de Po Romé montrent la place
qui leur était assignée. Ils occupent, seuls ou par paire, le vestibule
du temple ct sont tournés vers le dieu (1). Les éams actuels les con-
sidèrent comme doués d'une vie réelle, ct dans les cérémonies ne

l~ig, -I L - PO NagUl' do Nha Trang,


1:;léph1lnt de hois ; hautcur: 0 m, 4fi cll\'iron,

manquent pas de leur oll'rir des noix d'arec; il est de règle, cri toute
autre visite, de mettre au moins nne poignée d'herbe devant eux,
niais ils ne sont, en aucun cas, honorés d'un véritable sacrifice. Des
éléphants de pierre ou de hois, tout harnachés (2) (fig. JI), rangés

(1) Les coulis qui ont. fouillé, pour en qui est entré depuis au Jardin de Tou-
èxtr'aire les briques, les ruinl's (le la lour ranc sous le nO83. Ils IlC paraissaient pas
de PhtÎng Lç, m'ont affirmé qn'nn uulre d'ailleurs l'ayoir YU, ct il s'agit p eut-être
~nnllin . ou, comme il s (li so nt, IIU /lutre Iii d'un e (le ces s uppositions har(lies dont
cheval, était resté dans la 10l1r ; il se trou- ils sont coutumiers.
vait en face de celui qui en fut retiré et (2) En pierre il YaùMum, aujOlIrll'hui au
88 L'A nCHITECTURE

(lans le sanduaire, sont placés là comme d 'a~ltres montures fictives


an serYice de la divinité , ousont des figures votives, lointain rappel
des dons précieux d'éléphanh dont les inscriptions nous ont gardé le
témoignage. Énfin l'exemple de l'Inde actuelle ot des chevaux de
maçonnerie dressés dans ses champs pour les pr'omenados nocturnes
des divinités semble nous permettre d'attribuer le même rôle aux
énigmatiques gajasi'f!lha du Jardin de Tourane, de Chiên fHmg et de
BûngAn.
A des besoins plus réels correspond le rasnn battitt qui sert à

Fig. 12. - Instrumcnt scmblable au rasUli uafdu ('.um,


provenant du Tinnevelly (Inde).

préparer la pâte dont on enduit le visage des divinités (pl. CXXVII-


A, t, E, L). L'usage de cet ustensile remonte il une haute antiquité,
car il faut sans doute le reconnaître dans les « sandal grinding
lab » (fig. 12) trouvés dans les fouilles du Tinnevelly (1). Ceux du

musée de Hanoï; Cil hois à PÔ IClauù Garai, il n'y aurait plus là qu'une rencontre qui
l'ô Borné, Pho Uài , PÔ l'iagar de Nha Trang. serait intéressante, cnr elle montrerait
(1) Cf. Archœological Survey of ln dia, l'origine très vraisemblable des rasU/i
AnIlUal Report, 1902-1903, p. 139, fi g .t25 uatau, dont l'emploi, d'ubor(l domestique,
et 126. La similitude de forme et de di- serait devenu ensuite essenti ellement re-
mensions entre ces objets et les rasUli ligieux. au moins au Campa. LeR. P.
ua/au, comme la présence d'une marque Durand a déjà signalé (B. E.F.E .-O ., VII,
spéciale, anormale sur un objet d'usage p. 353) cet intéressant rapprochement. Un
commun (croix entourée d'un cercle sous autre rasu n ba/au est mentionné dans l'Ar-
la pièce), nous font écarter l'hypothèse chœological Survey, 1908-1909, pl. XXXIII,
proposée d'un ustensile domestique : ' n° 23, sous la désignation de « black granite
tout mortier mit d'ailleurs été préférable grinder with four legs, 181/ x 101/ X 7" »,
pour broyer du santal ou du curry. Si et est considéré comme préhis torique éga-
cette opinion cependant était appuyée sur lement, malgré la découverte voisine d'une
une pratique encore en usage dans l'Inde, image deGane~a.
MOBILIEllDU SANCTUAIRE 89

Campa semblent assez modernes, il la réserve tic .la pièce élé-


gamment décorée (1) trouvée au Quàng Binh par le R. P. Cadière.
Quelques-uns de ces objets, ct notamment ce dernier, ont con-
servé l'indication tradilionnelle des pieds de petite table, mais
presqu'aucun ne les montre dégagés de la masse totale. Le rouleau
le plus souvent fait défaut. Un autre fut rencontré complet au cours
'des fouilles de Cluinh L<) (2) ; un exemple inscrit en existe (3) ; ils sont
encore en usage chez les derniers Cams (4) .
Le bathuk est un brasero (m. pl.-D, l, K,M), simple pierre évidée
qui prend à Pô Nraup une forme spéciale pour receyoir le cierge
cultuel (m. pl.-J).
Le éaba~ est un plateau de pierre destiné il la présentation des
offrandes. Nous n'en axons aucun spécimen ancien ou intéressant.
Les autres pièces du mohilier religieux sont légères, vases à
offrandes, petites tables qui reçoivent les plats de victuailles que
Mnit le prètre, etc. Les plus im.porlants tic ces objets sont les balii (5),
dont quelques-uns figurent tl l'Inventaire du trésor des rois cams.
Nous y renvoyons, ainsi qu'aux NOll1:cllcs recherches sur les Chams
de M. Cabaton, CUl' notre sujet, déjil yaste, nous interdit de nous
occuper de ces objets contemporains qui ne peuvent s'enfermer sous
lu rubrique des « monuments » cums, même an sens le plus ancien
du mot.

(1) cr. B.E.F.E.-O., VII, p. 352, fig. 32 rencontré plusieurs, à l'encontre ùe l'ob-
et 33, et App('nùice, p. 589. servationdeM. L. ùe Lajollquière(B.C.A.l.,
(1) cr. B .E.F.E.-O., IV, p. 679, fig. 5 . . 1!l09, p. 2Hi), complets ou ne présentant
(3) Inse. 117, id. loc. que la table ou le rouleau, au Camliodge,
(.) Un auh'C il été déposé devallt le <iu eOlH'S Il 'une d e nos dCl'nières tournées,
linga de llûng An depuis notre élude rIe 19B.
ce sanctuaire. Il en fut trouvé un autre (5) Cf. B.E.F.E.-O., V, pp. 20 ct 21,
non inscrit au Dat'Iae, ct nous en avons fig. 10 ct H.
CHAPITRE V

L'ARCHITECTURE. - SOUBASSEMENT DU KALAN(l).

Introduction. - Le soubassement dans l'art primaire : art cubique; - llans l'art


pl'imilif; soubassement à ressauts : grands, - petits, -:i llalllstres, - :i guir-
lanlles, - il dés. - Le sOlluasscmcntdans fart secondaire; - de ph'rrc; - à
appliques; - sa couverture. - PCl'fons, mm'chcs; - éclliHrcs.

NOLIS ayons dit plus haut qu'a1lcun lien n'existait entl·û la fonne
extérieure du kalan ct le tmcé de la cella qu'il enfermait. Un éll~­
ment .Schappe par sa position II ce tte remarque: c'est le soubasse-
ment qui s'étend sous toutes les parties ùe l'édifice.
Sa présence n'es t du reste pas ohligatoire, ct 1l0mtH'e de monu-
ments l':ams, Cil tout temps, g ' élevèrent sur un simple hahut (2) , quand
ils ne furent pas cOllstl'Uits il ras de terre. Mais cc ne fnt pas le sys-
tème préféré, ni à l'origine où l'architede se plaît il tirer llll mo-
tif heureux du soubassement, ni dans l'ad sccondairn qui manifeste
une tendance continue ü l'exagération des constructions en hauteur
et profite de cet éMlllent pour les relever tll's la hase: s'il Il'est pas
rare alors de rencontrer des édifices élevés SUl' un simple hahut,
IHù' contre celui-ci prend une hauteur considérahle (3).

Planches CXXVIII il CXXXIlI .


(1) Son C" CG ; - classique: kalan principal
(2)Art pdmitif: Il:lmo"ng ~Iy, lIinll aux Tours d'm'gent. Chièn Bàng, lllllYUg
Làm, tour N.-O. tle l'iha Trang; - cu- Long; - dérivé: :'\hQn ThuIl, PÔ Romé.
bique: tour O. même temple, l'Ci Dam, ~Iî (3) Bàng An.
SOUBASSE;\lENT DU KALAN 9i

La forme la plus simple du soubassement nous est donnée par


l'art cubique (1) ; c'est une véritable réduction du corps même du
sanctuaire, élargi aux dimensions nécessaires. Que voyons-nous aux
façades de ~li SO'n Fi' un des pIns anciens t~difices lIe cet art? Chaque
paroi, de faihle haute\ll', présente comme éltSments décoratifs, en
pIns des fausses portes, de larges pilastres divisés qui en occupent
les angles; 1111 profil tr·t~S peu saillant forme hase ct corniche, ct le
nlste nu cnfenn(~ cntre ces divcrs t~lt~mcnts est rccr'ensé d'un cadre
(~norme. D'importantes appliques CIL forme de réductions d'édifice
. il (Ieux plans garnissent le has (lu large pilastre.
Considl~l'ons son soubassement (pl. CXXVIII). TOlls les motifs,
sauf, himl entellllu, les fausses portes, s'y retrouvent, ct pIns dt)-
taillés, parce que le l'anilelllent y fut poussé plus loin. Cette nou-
relie composition possüt!e elle-même son souIJasselllent, petit Dahut
mouluré, comme celui que nous voyons il Hoà Lai, ct, comme ceilli-
lit même, coupé de perrons; les réductions d'édifice y sont relevées
pour remplacer les appliques ct, comme elles, offrent un douhle plan.
Au-dessus de cc hahut, c'est la composition onlinait'e de pilastres
trapus divisés ct de monlures simples qui orne la façade, qu'on
retrouve au degré inftSrieur des piédeslaux ct souvent môrne SUl' leur
dé (2). Cette composition pourra se réduire en hauteur, se simplifier
tians le détail des larges pilastl'Cs ou des ressauts qui garnissent le
fontl; ceux-ci peuvent perdre leurs divisions pOUl' ne plus recevoir,
comme les mêmes éléments aux piédestaux, que de simples rayures
verticales; les élégantes niches peuyent dcvenir de lourdes appliques:
le principe même ne change pas, ct quand l'art mixte sc crée de la
fllsionde l'art cuhique et de l'art primitif, il n'emprunte rien au:riche
sOIlLasseIllent de cc dernier ct troque seulement l'applique propre
il l'art cubique contre celle de l'art primitif qu'il couyre alors de ses

III Ce n'est point que le souhas~emellt (2) Comparer au souùassement tic Fi le


~I'y reçoive tic riches ornements: métopes, (!cgt'é du piédestal de Et et le piédestal
Il ~Ioà Lai; niches en FI' A'1 de ~li SO'n; ap- (le, la statue tic A'4' B.E.F.E.-O., IV, p. 8iO
pllques,édifices primitifs de Bong Dlwng. ct fig. 34 et p. 83!, fig. 23.
92 L'ARCHITECTURE

décors spéciaux (1). Mais cette forme périt anc lui, et seul le soubas-
sement de l'art primitif dure jt~fqu'allx derniers joursd~l Campa.
Par un parallélisme significatif, la forme du soubassement dans
l'art primitif (2) correspond il l'autre type du piédestal, celui qui,
propre au même art, enfanta la forme vraiment viable. Si l'on ne
tient pas compte des appliques de C2 (3) à 1\Ii SaIl ct des ressauts ùu
profil, il est facile de voir que ce soubassement (pl. CXXX-O) est
identique, dans le principe, aux dés des petites divinités de A et de
B (4) (pl. CXIX-I); il en est de même des beaux motifs de travée et
d'angle d'un soubassement sans doute contemporain (5) (pl. CXXX-C)
qui entourait le groupe BCD comparé au piédestal de 1\Iy Tll<.mh (6).
Un simple corps de moulures courant en ligne droite sous tout
l'édifice eùt semblé nu ct froid au Cam, qui sc plaisait, comme son
maître l'Hindou, à une luxuriance folle{?') de décors. Aussi cette
ligne fut-elle mouvementée comme les parois par une série d'avan-

(1) l\li San AI2 _13 , 8' Bong Duang tours trOll bien au mouvement des façades qui
centrale et principale. amène cette vive composition de pilastres
(2) Il existe cependant dans ['art pri- et d'entrepilastres, et parce que l'on peut
mitif un soubassement qui semble sc rap- dire qu'il est l'àme même de la constitu-
procher beaucoup de ceux de l'art cu- tion des soubassements dans tout l'art
bique ct qui, comme ceux-ci, tire son prin- cam.
cipal décor de l'emploi d'appliques. C'est (4) Cf. I.C., l, p. 335, fig. 76.
ù l\li Scm celui du sanctuaire A' 4; les ap- (5) Nous avons cru longtemps et dit
pliques n'y sont d'ailleurs qu'en épanne- (I.C., l, p. 398) ces piioces moins an-
lage, ct leur masse spéciale correspond ciennes, à cause de leur profil identique à
peut-être à des niches analogues, mais celui de base ct de corniche de l'art clas·
simplifiées, à celles de AI' sique j mais cc profil sc rcncontre déjà
(3) i\OllS ayons IH"is comme exemple le dans les monuments de la première pé·
soubassement de C2, parce qu'il est com- riode, Nha Trang, Blnh Làm, Bang An, et
plet ; nous lui eussions préféré celui l'étude des appliques montrera plus loin
de El' si la partie baute, symétrique aux qu'on ne pent datcr celles de ces dés que
moulures !Jasses, s'était conservée, mais des premiers temps de l'art primitif.
il n'est pas possible de savoir si les mou- (6) Cf. I.C., l, p. 185, fig. 34.
lures s'opposèt-ent autour du dernier filet (1) L'état d'épannclage où sont restés
ou si elles laissèrent un nu de quelques tous ces édifices la masque en partie,
!Jriques. Il n'est pas davantage possible mais il suffit de voir un bâtiment achevé,
de savoÎl' sûrement si les moulurcs y comme Al à Mi Son, pour sc rendre
filèrent rigides ou si elles se mouvcmen. compte que, complètement terminés, pas
tèrent en plans successifs. Ce dernier un point de leur surface n'aurait dû
parti est vraisemblable, car il corœspond rester salls ornementation.
SOUBASSEMENT DU KALAN 93

cées et de retraites, simples ou multiples, qui créaient, autant de


ressauts dans le profil. Cc n'é tait pas assez encore, ct l'archi-
tecte s'ingénia à varie!' l'effet de place en place en traitant le
groupe de ressauts saillants alternatiY(~ment avec le profil courant
ct un profil différent(I); il fit plus: divisant dans la hauteur la com-
position en deux, il alterna de ressaut en ressaut, sur la trame
continue, le motif de moulures. Le soubassement de Dl il Mi SO'n
nous dOIlBe un exemple intéressant de cette ingénieuse composition (2)
(pl. CLXIl).
Le fond de l'arrangement sur lequel sc détachent les alterna-
tiYl~s de ressauts est un profil tt double étage, ct la division centrale,
bande ornée de minuscules appliques, aura son répondant dans
chulJue ressaut, donnant ainsi une unité parfaite h cet ensemble
pourtant si lI~inutieusement détaillé. Dans le motif général de fond,
au-dessus de cette bande, un profil symétrique tt double doucine
forme un groupe complet qui se décore en son centre d' une file de
dés minuscules. La partie inférieure qui sert de base est conçue
dans cc système de la doucine l'ellversée qui donne à tout élément
une assise si ferme. Sur celte trame continue se détachent des l'es.,.
sauts à triple plan, ornés dans l'axe d'un important fleuron décoratif
qui retombe.
De ces ressauts JUIl est plus intimement lié. à la composition
générale et la partie basse répète trois fois en avant la par·tie basse
du fond; 'au-dessus de la bande médiane commune, le motif change
et présente une opposition de deux cavets, appuyés de leur quart de
rond, qui forment le décor. Dans l'autre groupe de ressauts, ce motif
descend sous la lmnde médiane, tandis qu'en haut un profil il dou-
cine vient rappeler en le détaillant le motif inférieur du ressaut pré-
cédent et ,du fond; en mème temps, pour apporter une variété nou':'

(1) Partie supérieure tlu soubassement extrêmement pénible dans l'état de déla-
«le MI 80'u A•. brement où se tl'ouve celle IJarlie de l'édi-
(!) Dien que la lecture eu soit 'des pIns fice, nous pouvons garantir entièrement
délicates et que la reslHu tion en ai tété l'exactitnde de cc relevé.
9 ,i, L'ARCHITECTURE

velle sans nnire il l'équilibre général, la Lande d'axe sc divise en deux


quarts de rond opposés ct perd par suite ses minuscules appliques,
La composition si sédllisalt~e que nous yenOIlS de décrire est
purement architecturale; nOllS la retrouvons, l'chaussée , tIc sculp-
tures, dans la partie basse tlu soubassement de Mi Sun Ai (pl. CXXIX).
Celui-ci sc divise ell ell'et dans la hauteur en deux éléments
d'importance inégale, cal' l'ensemble devait se composel' il la fois
pOUl' la dimension exiguë des templions et pour la grandeur colos-
sale de la tour celltrale. Cette partie hasse reçoit de la }lrôsence tic
celte ahondante sculpture ml aspect un peu touffu; le parti en est
cependant plus simple qu'en Di' h:i, en effet, chacun des groupe,s de
ressauts prend au fond une partie de sa forme. Le profil, que le
pilier d'angle répète trois fois, est une composition halancée mais
non symétrique; elle est dans le système il doucine ct présente au
milieu de la hauteur un groupe de quarts de rond opposés: la face
pl'incipale se divise en deux sur l'axe vertical ct forme comme deux
minuscules pilastres qui soutiennent un petit fronton. En cc point,
le fond, semhlahle pour le reste, devient au contraire plan ct
s'orne simplement de cadres. C'est pal' cette partie droite que le
pilier central s'unit il cc fond; au-dessus et au-dessous il est garni
de profils iL cavet qui se répondent symétriquement. Le décor qui
vient compliquer ces éléments est, sur le ressaut central, Hue niche
importante qui le masque presque entièrement, et, sur les fonds laté-
raux, deux éléphants de face, porteurs de figurines.
La partie supérieure du soubassement tolal est une opposition,
sur un fond presque lisse, de ressauts doubles, alternés, dn profil à
doucine ct du profil il cavet. Des lions ct des éléphants, d'un Jl1ouYe~
ment très heureux, viennent enlever il ce cours de moul\ll'es ce
qu'il aurait de sec et de froid il côté de la luxuriante composition
inférieure. .
Ces deux exemples, ?\li Sun Di ct Ai' sont très complexes parcc
que, faisant partie d'édifices importants, ils sont eux-mèmes de forte
hauteur. Dans le plus grand nombre des cas, l'espace dont dispo-
SOUUASSEMENT DU KALAN 95

sait le décorateur ne lui permit pas de donner ainsi liiJre cours à sa


savante fantaisie.
Le plus souvent, COIllIlle eu .'Il'i Sail Ct, comllle ·ail soubasselllcnt
intel'médiaire de Dv un seul profil est cmployé, mais, sui"lJlt la
silhouette de ce profil, les ressauts gal'delltl'allurc tic silllples ll10U-
vements de moulures (1) ou prennent l'aspect de véritahles petits
l,iliers (2) (pl. CXXX-.J) ct sc varient dans le mèmc ensemble par
1(1 nomhre de leursarètes (3) . Nous ayons vu pal' l'exemple de At
que le fond pouyait être, en partie, lisse; il l'est parfois complè-
tement. Le silnduail'e CI nous en fournit un exemple in téressan t
(m. pl.-.'II); lit les petits piliers, il douhle ct triple plan ct traités
dans le système il cavet , s'ornent, les UliS de petites appliques, lcs
autres d'un épanuelage vertical ct pointu flui correspond salis doute
il 1111 orant IlIih·é. Le fond lisse est, comme en Ai' orné de cadres, res-
source cOllstallte du décorateur éam ({lHtlld il n'a pas mieux il mettre.
Dans tous ces soulmsseIllcllts, appliques, figures, animaux ornent
couramment ces ressauts: les petits piliers au soubassement infé-
rieur de la fenètl'e de Dt offreut des lions debout, tandis lIue les sail-
lies de profils sur fond continu qui constituent le motif supérieur
de la fenêtre de Dt; possèdent des figures en prière debout et de
profil.
Un certain nombre de ces souiJassements montrent l'introduc-
tion tl'un balustre (4) analogue it ceux des fenètres ct dont la pré-
sence en ce point est assez insolite: il prend parfois la prépon-
dérance (5), et le corps de moulures ayec ses ressauts ne lui sert plus
flue de fond (m. pl.-.J). Il devient l'unique décor (6) ct s'aligne
en files continues sur un fond lisse, quanù le soubassement n'a
plus qu'une hauteur minime (m. pl.-B); parfois des dés termi-
nés pal' des quarts ùe rond (7) en tiennent lieu. C'est lit d'ailleurs

(1) Mi SO'n c2• (5) Souhassemcllt inférieur tic "liSO'II D4'


(!) ~Ii SO'II D4- (6) Souhassemcllt illférieur de Mi SO'Il
(3) Fenêtres de ~li SOli II G, ulle ct deux. C2 , d e Mi SO'II n.- l :3 '
(1) Fellètt·cs ùe JI:., Ile C3 Ù Mi SO'II. (7) Soulm~~cmcllt Ilc ~li SO'n Il:,_
96 L'ARCHITECTURE

un motif constant daw; l'art primitif ct ces rangées d'éléments minus-


cules viennent, d'une façon fort riche ct fort heureuse, garnir les plus
minces écarts de moulul'es(l).dl no fawlrait pas croire cependant que
le manque de hauteur amène' seul remploi de ces balustres dans le
décor des soubassements, car parfois leur file n'en garni t qu'une partie,
tandis que le reste est occupé par un large profil (2) (pl. CXXX-I).
L'introduction du balustre dans le décor des soubassements
permit une des plus heureuses combinaisons de l'art primitif. C'est
une hahitude fréquente tl Mi Suu de décorer la panse d'un profil
par une feuille dont le pied y est comme appliqué sous la pression
du listel suivant. Cc motif, qui forme le point de départ du décor si
heureux des piédroits à contre-courhe, s'est allié d'une façon très
originale avec ces fleurons importants que nous rencontrons par-
fois dans la composition des souhassements. Le balustre s'enve-
loppe d'uno feuille qui s'allonge en sc recourbant sur les côtés
pour rencontrer le prolongement de la feuille du balustre suivant,
ct de leur jonction nait un fleuron vertical qui repose sur un petit
support (3) (pl. CLXI ct CLXIl).
Un autre parti tuut dilréreul esl encore employé. Le décor est
alors demandé à une série de petits éléments rectangulaires, profilés
cn haut et en bas ct omés de feuilles au milieu ct aux angles Je
leur profil supérieur; ils sont détachés devant un cours de moulures
ùu type il doucine. Ces dés spéciaux paraissent autant de petits pié-
destaux étirés en hauteur; ils rappellent de près par leurs propor-
tions et leur silhouette les dés énigmatiques ornés d'atlantes dé-
couverts dans la cour D il Mi Sun (1); Ils sont d'ailleurs décorés

(1) PeLits balustres aux fenêtres de Mi (3) Souùassement de l'étage de Cl'


San DI' petits ornements presque ell X au de son vestibule, à Mi So-n, - supérieur
soubassement de Mi So-II Fl,pclils lIés ù de la fenêtre de Di' - de la fenêtre
la comiche de lIli Scm 13~ ct ù la base de D6' En Dl il est sans fond, ailleurs le
de CI ' profil du balustre court sur toute la sur-
(2) :\11 San A2- 7 ; I)Cut~tl'e le rôle spé- face. Cc motif fut maladroitement copié
cial de ces souhassemellts, voir p. 458, ell D2 ; c'es t la senle fois quïl l'epal'ail
a-t-il contribué ù laire adopter cette com- après l'art primitif.
binaison partirulière. (~ ) Cf. I.C., l, p. 398 , fig . !l8.
SOUBASSEMENT DU K.\.LAN 9ï

ainsi quand ils fOI'ment le soubassement d'amortissements('), tandis


(l'l'ailleurs ils ne reçoivent que de simples appliques (2) 011, en un
motif très original, des têtes de nafJa uniques (3) (m. pl.-K, N). Quel
est le poinl de départ de cc décor? Il est assez difficile tic s'en rendre
compte. Peut-être l'élément important consiste-t-il dans les atlantes
elle motif postérieur ne leur sen'il-il que tIc chevet, avant d'ètre
seul COl1scrru t L'étage de Mi San C3 HOllS lllolltre un système
encorcplus simple, suite de petits cadres qui sc supcrposellt ct dont
sc détachent de minuscules appliques (m. pl.-II).
Nous nous sommes un peu {~tcn(lu sur la question des soubas-
llH'nts de la première période ct sp(~cialeIllent de l'art primitif, car
c'esl un des points sur lesquels on peut le mieux apprécier la yene
l'éeHe de cet art; nous ne trou \'erons rien de semhlahle dans la.
suite, ct presqu'aucun de ces motifs charmanls ne reparaîtra. Les
autres édifices de l'art primitif ne: nous donIlent il cet ègard rien de
plllS que Mi San (4), soit qu'ils n'aient présenté que des hahuts (5), soit
'Ille ]l'S motifs y soient restés en épannelagc (6).
Nous retrouvons cependant, dans la période archaïsante de l'art
classique, des compositions analogues; elles montrent seulement
comhien une copie peut être inférieure il son modèle. Le soubasse-
ment de E4 il Mi San (pl. CXXXI-ll) est bien composé dans le type nor-
mal à ressauts, mais pour un motif si l'Cil détaillé l'espace est trop
grand, l'ell'et est mou ct lùchc ; l'architecte a bien Illultiplié les mé-
topes dans la partie centrale, mais la cli\'ersité cherchée ne donne pas
. il l'ensemble la yuriété qui naissait si heureusement du parti même
clans les beaux exemples antérieurs, En Mi San 1)z' le copisle étai t plus.
à SOli aise; il pouvait répéter exactement son modèle, car les condi-
tions de sa cOlllposition ne changeaient pas comme dans le passage

(1) ~(( SO'n fi3' fi:;. Cl' My n'est à cet égar(1 d'aucune utilité :
If) Soubassement de l'étage de Mi San c'est une base ct non Ilil souba ssement.,
8;. C!, puisqu'il est dépourvu d'assiette supé-
(3) Id •• de 11 , rieure.
6
(1) Le fragment (l'Mifice antérieur (~) !ÜlUO'llg My, llinh Làlll.
trouvé sous la tour centrale de KhuO"ug (6) Pô Nagar (le Nha Trang.
4XNAll. - ]J. 1
\)8 L' ARCHITECTU nE

de Ai' entomé de templions) à E4' unique; il ne fut pus capablll


(pl. CLXIJ) de répéter les for!nes trait pour trait, et l'arrangement
charmant du sOllbassement dé Di' brutalement simplifié, fut encore
dénaturé par l'introduction do halustres démesurés .que de fins
décors ne viennent pas, comme en D4' remettre ù l'échelle géné-
rale.
Dans cette seconde période de l'art cam, c'est, dans le soubasse-
mont, les motifs de sculpture qui prennent toute l'importance aux
dépens du parti architectural. Nous venons de voir quelle place les
métopos tiennent en E4' A Chiinh LQ, le parti architectural montre
une composition tl grande échelle de prolils heaucoup trop rentrants
pour fournir une assiette forme. Ce défaut est un peu alténué par la
présence d'une énorme hande médiane, prétexte ù cariatides mouve-
mentées, lions et gal'luj.a (lui se superposent (pl. CXXXI-G) . .l\ous
n'avons pu voir les ga~wçlt qne 1\1. Lemire indique à la Tour d'or (1).
mais de cmieux allantes, dans lesquels un œil, de longtemps prévenu,
peul reconnaître des lions, garnissent le soubassement de l'édifice S.
des Tours d'argent (m. pl.-C).
L'importance donnée il la sculpture amène une conséquence
inattendue. Dans le soubassement de G1 à Mi San (pl. CXXXII-B), la
composition est er\core celle de E4' mais les métopes, plus impor-
tantes, viennent sépat'er ncttement les ressauts les uns des autrcs. A
Chành Le) (pl. CXXXI-F, Il), Llans les sOllbasSClncnts des IIlIU'S) ces
ressauts si détachés sont uc\'cnus de yéritables pilastres et s'ornent
d'appliques, mais ils participent encore au profil général. Cepen·
dant, dalls les ueux cas, des lions formaient, dans toute la hauteur,
cariatides aux angles. Dlle telle combinaiso~l habituait l'œil il voir le
soubassement interrompu de distance en uislancû par des parties
lisses, et c'est la forme (lui fillil par ètre adoptée. Mi SO'Jl Hi nous
en monlre lUI exemple où les dés sont en pierre aux angles et les
moulures assez peu pl'Orontles. A Po Klauù Garai, . le tout est en

(1) Cf. U: ., l, p. 216.


SOUDASSE)lENT DU KAL\.N .99

bri1llles, et le profil s'accuse fortement · en crellX entrü les dés


(pl. CXXXll-E,A).
Avant d'arriver iL cette décadellce finale, l'art classique avait
tenté de donner une grande richesse aux soubassements en les exé-
cutant en pierre. Nous en avons gal'déquelques fragments (1) ornés
de larges feuilles . de lotus. La difficulté plus grande de la taille fit
abandonner le parti des ressauts, ~t le heau soubassement de Hung
Th~nh, qui seul s'est conservé, mOlllt'e les moulures filant en ligne
droite; deux torps puissants, richement sculptés, encadrent une
hande couverte ({'une frise amusante demonslres comhatlauls(2).
Quelques rares édifices montrent, pur l'emploi de l'ariplique, un
sOllvenir dn soubassement de l'arl cubique etde l'art mixte. L'édi-
fice S. tles Tours d'argent nous ell offre un eXCIilple illtl~ressant
(pl. CXXXI-E) et indique, comme B1 de 1\11 SO'n~ que ce système
n'avait pas complètement disparu dans l'art secondaire; mais il pa-
rait avoir eu peu de vogue malgré sa simplicité : tl ulle époque
de fausse richesse ce décor devait paraître trop pauvre, ehl était
plus simple alors de supprimer tout le soubassement.
Cet élément montra cependant dans l'art secolldaire un pCl{CC-
tionneIllent Ilu'il serail injuste de ne pas signaler. C'est nu'cment
tians l'art primaire que la forte saillie du souhnsseinent est pare-
mentée suinll1t une pente qui permette l'écoulement rapide des
eaux (3). Les architectes de la seconde période durent ètre iL mème,
sllr lès monumenls laissés par leurs ainés, de constater les dégùts
que cette uégligellce d 'ex(~clltion amenai ldans cc pays de pluiestor-
l'enticlles. A JIll Sun E4' en n~, ils modilièrculle type qu'ils copiaient
en y ajoutuul Ull lerrasson, ou, Comme en G1 ct lI., ils couvrirent le
dessus du souhai'l"Sement d'uIle matière plus résistante que la brique,
piene ou latérite.

(') Us sont pen nombreux, car le reconnaissables sur quelques blocs de


grès étant rare au èampa, les parlies pierre dugr'oupc tic PÙ :\"agar tle i'ihnTrang
tic pierre des monumenls ont été débi- et SUI' ceux flui snhsislèl'enl àChanh L(>.
tées par dcs Annull1i(es comme pierre (2) Cf. B.EY.E.-O., I, p. 253, fig. 41.
ù aiguiser; les traces Ile ce tmyuil sont (:1) )[i Sail Ds, surtonl F1 •
100 L'ARCHITECTURE

Cette pal'lie importante de l'édifice, qui ajoute tant de valeur il


son elfet en 10 reloyant üu-J.fssns du sol environnant, exigeait pOlir
être franchie l'établissement oc perrons. l\ous n'en reJlcontrons dans
tout l'art carn aucun de libre, formé (le quelques marches que rien
n'arrète sur les cotés (1) ; elles sont au contmire toujours enfermées
soit cntre les faces de la maçonnerie que l'escalier interrompt de sa
coupure (2) , suit entre de grandes pierres posées de champ ct taillées
suintnt HII profil en ,"oIntes conslmll(3) (pl. CXXXIlI-F), soit entre ùe

Fig. 1:{. - Dong DlfO"lIg III.


Grallde sa lle, march e ùu chœur.

petits Illnrs (le pierrc on de In·j(lucS afl'ec1ùnt une forme identique('),


'lui les uns comme los autres répolldent pour nons au nom (}'échifl'res,
Seule la mardw de départ est libre; elle est le plus souvent taillée
suivant la forme d'ulle accolade (5) (pl.CXXXIII-C,E), parfois SUl' une
douhle üpaissellr(6); ct, hien que fouléedes pieds - uus, il est vrai-
reçoit parfois un décor assez riche (7). Les antres marches n'ont pas la
hauteur Mmcslln~e qu'ellcs · pl'ellll(~lIt dans l'ullique escalier 'lui se
soit consel'\'é(8) ou dans lllte part des IllOlllllllcnts khmèl's (H) ; clics
sont au contraire pal'fuis redoublées , l:omme pour diminuer leur

(1) Signalons ccpcndant la préscncc (1) Bong DIfI)'[[g tour prillcillalc, tour
possiblc (l 'nll pC ITon de cc gcnrc ù ;'Ilî centrc-~.
Scm B4, mais Ic fait Il'est pas ccl'lain et (5 ) "Il Sail D4'
serait si anormal 111I'il esL bien dou- (6) l\hmJllg )Iy , tlébris.
teux. (7) ;'Ill SaIl El! FI, piéllestal de El'
(2) Terrasse Ile"Iî SO"n El' (~) Pô Xagar d e ~ha Trang.
(3) "Il San D.I' (V) Aùkor Yat, par exemple.
SOUBASSE;\rENT DU KALAN Hl!

hauteur(i), ct, dans certains cas, un travail compliqué fut exécuté dans
les assises de pierre pour lem donner des dimensions normales (2)
(m. pl.-D). La contremarche semhlait appeMe il. recevoir une orne-
mentation (3); le perron de E i h Mi San (4) et le gradin continu qui
relevait le « chœur » de la salle III il Dông Duang, montrent h quelle

Fig. 14. - Bong Dl1rrng L


Tour principale, perron.

richesse cette ornementation pouvait aUeinche (fig. t 3). C'est dans ce


dernier exemple une sorte de motif de pi~cleslal rnillllscule~ prodi-
gieusement étiré dans le sens de la longueur ct qui s'orne de cadres
cis('lc~s ou d'appliques trapues.
Lorsque la hauleur il franchir est considérable, le système de
l'entaille est préft!r(;. C'est le parti dn grand esealier de Nha Trang

(1) BOng Duo-ng tour principale. \3\ Bong DI1O'lIg tour principale.
(2) ~It So-n BI. . (4 ) Cf. I.C., l, p. 409, fig. 90 C.
102 . L'ARCIIITECTUIŒ

comme de la haute terrasse de Ml SO'n Et, plus tard de celle de E4'


Ce système,Jacile à exécuter, prévaudra it la fin, même pour les fai-
bles hauteurs; nous le voyons ~éjrt utilise il l'entrée de l'ISdifice S. il
fi6ng DuO'ng; tout naturellement il s'appliquera aux sonbassements
de Mi SO'n IIi' de Po J(laun Garai, que des dés divisent en tranches.
~rais le plus sO\l\'ent, Jans ]a première p<'ll'iol!e, (:'est le illOde des
échiffres qui tient la place principale. Tout le perron est saillant,

l"ig .• Hi. - Hong lhro-ng l.


Tour ce nlre-Nord , perron.

et le nu supérieur de l'échill're, (lui forme rampe hasse, part hori-


zontal ement au niveau de la marche supérieure, s'avance ainsi
presque jusqu'au-dessus de la dernière ct plonge verticalement
suivant une conrhc régulière pour sc relever, soit en une volute très
détuC:hée (1) (pl. CXXXUI-A), soit en un motif de niiga (2) qui s'épa-
nouit en plusieurs têtes, soit enfin cn une combinaison de ces deux
éléments (3) (fig. 14). L'échilTre peut donner lieu ft une composi-
tion architecturale particulièrement recherchée (4) (m. pl.-G), mais le
plus souvent elle est simple; de délicats rinceaux viennent en recou-
(i) Trà I{j~u, perron de l'église. (3) Phù IIun g, }Chu(J'llg My.
(2) Dong DUO'ng tour principale, Chliuh (4) lIà Tmng.
L~.
SOUBASSEMENT DU KALAN 103

nir toute la surface antérieure ct la face latérale extérieure (1)


(fig. 15); des motifs également floraux (2) (pl. CLXVII-l\I), ou géomé-
lriques(3), voire des animaux(4) ou des figures (5), peuvent en orner les
plats. Dans UB cas enfin, comme il Java" les rampes sortent de têtes de
lion (6). Parfois des éléphants debout viennent compléter la COIll-
position, soit qu'ils forment eux-mêmes l'échiffre (7), soit qu'ils s'y
superposent (8); peut-être purent-ils, dans le premier cas, porter
lIne petite ligure sur leur tète. Les mêmes échilfres sc redressent il
l'occasion pl'esque verticalement (9); par contre, elles ne prennent
jamais la forme rampante qu'on leur "oit parfois il .laya. Enfin, dans
de rares cas, elles sont remplacées par des pilastres droits couverts
d'orn~ments (10) ou ornés d'une figure (11). Mais de toutes fa~'olls elles
Ilonnent aU perron, ayec le secours fréquent de la marche de (lûpart,
un aspect de richesse qui devait tenter le goùt Iles èams pour la
somptuosité du dt'!cor; ils n'en ahusèrent cependant pas, ct le nomhre
est assez rMuit des édifices munis de fausses portes où celles-ci
sont précI)dées de perrons alors purement décoratifs (12).

(1) Dong DuO'ng, tour centrc-N. par (7) Dong Du:O'ng tour lll'incipale, partie
exemple. supéricure ruinée du perron.
(~) Chlinh L<), mltréc 1. (8) Chunh L<}, entrées 1 ct JI. .
(3) ChUnh L<}, perron de la tour prin- (9) 1\[i SO'n A 2- 7 , Dong Dtro-ng toUt'
cipale. centre-N., centrale. .
(4) IIà Tru:ng. (10) Dong DllO'ng, porche II.
(5) KhllO'ng My. Cf.1.e., l, p . 266, fig. 52, (li) Dong DllO'ng, templion O.
perron du piéclestal de Mî SO'n El' Id., (12) Dong DllO'ng tour N., Mi SO'Il "-2_"
p. 409, fig. 90, A, D. A'l •• ·
(6) Piédestal de 1\[i SO'n El'
CHAPITRE VI

L'ARCHITECTURE. LES' CORPS DU J(ALAlV (1)

Corps du kalan. - Parements, obliquité rare. - Décor: pilàstres et entrepilastres.


_ Double système dans l'art èam. - Nombre dans l'art primitif et secolHlaire. -
Dimensions dans l'art primitif. - Décors dans l'art primitif; - secondaire. -
Saillie tians l'un et l'autre. - Le pilastre dans l'art cubique; son décor.-
Répartition et décor dans J'art mixte. - Saillie, art cubique et mixte. - Ano·
malie. - Corniche et base. - Profils à !Ion cine ; - à cayet; - irréguliers; -
enrichissements; décors. - Dispositions spéciales: fl'ise à guirlandes pendantes;
-- ses formes; - dalles d'arête, pierœs de coin; -:- grande face de corniche; -
bahut et terrasson. - Étages. - Métopes. - Couronnements.

Le kalal! ému est, comme on l'a YU au chapitre Il de la première


partie, composé d'un corps principal ct d'une série d'étages: le corps
principal repose sur le soubassement étudié précéJemment ct s'ac-
compagne d'une ,porte, détachée souvent par un vestibule plus ou
moins important, et de trois fausses porles. Si la porte ne peut éri-
demment faire défaut, fausses portes du corps ct fausses niches des
étages ne sc rencontrent pas toujours: elles ne sont, par suite, l'as
absolument nécessaires 1l1'ensemble. D'antre pal't, les étages ne font
que répéter, en la réduisant, la masse llu corps inférieur. Enfin, (lans
la composition du corps comme des étages, entrent des éléments tI-ès
spéciaux il l'art ému ct qui demandent un dévcloppement (l'étude
particulier. Nous diviserons donc l'examen de l'aspect extérieur

(i) Planches CXXXIV il CXLII.


LES CORPS DU KALAN 105

du kalon cn trois parties: le corps principal ct les étages - sans les


portes, les fausscs portes ct les fausses niches--': constitueront un pre-
Illier chapitre; l'étude des él(~ments spéciaux, appliques, pièces d'ac-
cent ct amortissements d'angle, en formera un second; enfill un troi-
sième sera eOllsacré aux haies CIl génél'Ul, vl'aies oU: fausses.
C0l'lIS principal Olt étagos ont toujours lours parois planes, tt la
rl~sel'\'e tle hl saillie, puissante parfois, ùes fausses portes, ct du mou-
yement des pilastres. II n'est tl cette règle que denx exceptions: les
lOIll's de VltU TIl(Yng ct celles de Phô Wli; leur composition, comme
de nomhl'cux ddails Ile leur décor, y marque une influence ou une
origine camhodgienne très nette; aussi n'es t-il pas étonnant de ren-
eontrcl' dans les prc)lI1i(~l'es lc plan il rcdents succcssifs qui caracté-
rise les monuments Idunèrs, dans les secondes un parti analogue,
mais moins franc, qui dMache les fausses portes du eorps par une
an\llcée de cc même corps (1).
;\[ais, l'OUI' èll'e plan, le paremcnt n'est pas foreément yertieal, ct
tout un groupe d ' I~difices qui, exclusivement, appartiennent aux arts
cuhique ellllixte, ont leurs parois inclinées de has en haut vers l'exté-
rieur: chaquo I~tage présente ainsi la forme d'une corbeille carrée,
d'un tronc de pyramide qlladl'Ullgulaire qui repose par sa hase la plus
étroite. Nous re\'ienlll'Ons plus tard sur cette disposition hizarre;
elle est trop peu représentée dans l'art èam pOUl' qu'il ne sull'ise ici
de la signaler vriènHllent.
Examinons maintenant la nntUl'e ct la répartition des pilastres.
POlir simplifior la question, nous n'~gligerons les pilastres des étages
qui no font que répéter en proportions plus lourdes ceux du corps, ct
nous titudierol1s ll'ahord les pilastre!'> dans l'art primitif ct ses d6ri-
vés, puis dans ]es arts cubique ct mixte. Cette di vision ne présente
aucun inconv6nient, car les deux systèllles n'ont pas réagi l'un sur
rauh'e. Ils sont même, d'ailleurs, complètoment difIérents, ct nous
ne sorions pas étonné qu'il n'y ait qu'un rappoet de hasard entre le

(1) Cf. pl. XLIII et I.


106 L' A1tGII ITECTU HE

pilastro si mince ct si nettement partagé de l'art primitif ct le large


pilastre de l'art cuhique, où la division prend hien plutot l'aspect
d'une simple ornementation. C'J.st Ht une question qui ne pourrait
guère so résoudre sans étudier les origines de l'ull ct de l'autre, et
ce n'est pas le lieu en ce chapitre.
Cette dW'érence se traduit d'une façon très nette dans 10 modo
de division dos façades: il est généralement quadruple et on rec~
(angles allong(~s dans l'art primitif. tt'iple et en rectangles lm'ges
dans l'art cuhiquo. S'il n'était dans cet art des édiflces qui pré-
sentent qllnl1'e pilastres, alors qu'ils sont sans fausses portes (1), on
pourrait même croire que co pm'li réel est une division hinaire, com-
portant trois pilastres, celui du milieu démesnrément élargi pour
recevoir la fausse porte. Ce serait alors pl'esque exactement le sys-
lème de Jaxu, il la réserye de la dimension du pilastre d'angle, boau-
coup plus faible dans l'lie. Uu fait oppose clairement les tendances des
deux formes éames. Si l'édiflce est sensiblement plus long que large,
l'art primitif multiplie les pilastres dans la face longue, mais traite
la face courte comme une façade basse de kalan (2); l'art cuhiqllC au
contraire, 1\ moins que l'écart ne soit excessif (3), donne aux façades
diverses le même nomhre triple de divisions (4).
La différence entre les deux systèmes no sc réduit pas à cette
simple question de nombre. Nous la retrouyerons dans lu forme
même du pilastre comme de l'entrepilastre.
Dans l'urt primitif, on peut comparer la disposition des pilastres
et des I.mirepilastres sur la paroi d'un édifice cam aux rayures paral-
lèles d'une étoffe finement plissée verticalement; c'est un simple
d.é cor et qui n'a aucun rôle ni comme support ni comme renforce-
ment. Un des plus anciens sanctuaires cams, .Mi San E1 • en offre un
exemple typique; il est malheureusement réduit à sa ba.se : aussi
n'est-ce que par les arêtes que les pilastres y déterminaient et sur

(1) Po Dam tours S.-E. ct S.-O. par (3) Salle de Hoà Lai, de Bong
exemple. Duang II. etc.
(2) Tous les édifices longs de !IIi Sau. (4) 1\1i San, FI' Fa, C7 •
LES CORPS DU KALAN t07

une faible longueur 'Ille l'on pellt se rendre eompte de lem' nombre
et de 10 lU' liu'gem' : avancées ct retraites sont égales ct tlo faiblo
saillie. Dans cet exomplo !t'ès spécial ct qui, s'il n'est pas le plus an-
cien on date, nous a consenù peut-ôtl'e un sounmir du type le plus
reculé, le recoupement Cil travées est sans nombre.
Dans l'art primitif ct la l)()riode secondaire au contraire, la divi-
sion on cillq pilastres Ilt quatre enlt'epilastres est génlSl'nle (1). Le
pilastl'o du milieu disllaraH sous la fausse porte ct le plus souvent no
se mUllifeste que par le mouyement déterniiné tIans la corniehe ; il
s'élargit ou se réduit suiYil11t les hesoins de la composition, que déter-
minent lI'ès visiblement lestleuxécoinçons laissés par lafuusse porte.
Quand elle fait défaut, cc qui n'al'ri\'eguère que pour de pet.its édi-
fices, le nomhre tIcs pilastres s'ahaisse IL (Iuatre (t),parfois mème 10
ll1U!' l'este nu (3), mais c'est lil un cas exceptionnel, ct le plus sou"ent

les pilllsh'es s'alignent en mème quantité ou en plus gl'lll1(l nombre


suiranl la fOl'llle du }lllllneaU (\).
Pilaslt'es et enll'epilash'es sont en général il pen près égaux: c'est
dire qu'ils ont cuviron le 1/9 du côté de hase; l'égalité parfaite ne
somble pas avoir été cherchée et no sc l'encontre quo rarement(5) ;
d'ordinairo l'entrepilastre est prépondérant ot le pilastre n'occupo
que le 1/10 de la baso; la largeur de l'entrepilastre uugmente encore
quand il se décore eu has d'un orant sous une niche (6).
Nous ne voyons cette proportion se renverser que dans la seconde
pél'Ïode, mais sans qu'aUClll1 des deux partis soit exclusif: ce sont
tous deux des solutions du même proùlème. Le pilastre perdant ses
décors dans la seconde période comme nous allons le voir, parait trop
lourd: on l'amincit et dans ce cas l'entrepilastre augmente d'aulant(7),

(1) Il Y a cependant une exception: la (2) Po Nagar deNba Trang tour N.-O.
tour S. de I(ll\l'Ü'ng My ne possède que (3) Id. édicule S.-E.
quatre pilastres, mais ils sont tellement (4) Mi SÜ'n AZ-7' B7 - 13 •
semblables à ceux de l'ar~ cubique qu'il (5) Pô Nagar de Nha Tl'ang tour prin-
y a certainement là emprunt et que cipale.
nous les étudierons avec ceux de cette (6) Mi SÜ'n B3' CI' etc.
classe. (7) Tour d'or, TM Thi~n.
108 L'ARCHITECTURE

ou bien on multiplie le nomhre des travées ct l'un ct l'autre se ré-


duisent plus ou moins également(1). Cc même effet est encore obtenu
par le redoublement CIl épaisseurhles pilastres (2), système qui n'est
pas une innovation, car nous le rencontrons déjà dans un des plus
aégants déhris de l'art primitif ù Mi So'n, la salle DG (pl. CLXI).
Vcrs la fin de l'art cam, les p~lastres disparaissen t (Je tous les
édifices (3) qui ne sont point des kaZan ct, sur ceux-ci, sc réduisent
en largeur il n'êtro presque plus rien (4) ou ne so maintiennent plus
qu'aux angles. mais alors en sc tri plan t (5).
Si le nombre des pilastres est II peu près constant, il n'en fut pus
de même de leur décor. Dans la forme heureuse où nous voyons le
pilastre figurer en de nomhreux exemples dans la première série de
l'art de .Mi Scm (pl. CXXXIV -C, E et CXXXV), il est divisé en deux
bandes verticales par une rainure profonde, souvent il deux plans,
ct chaque banlle est ornée d'élégants rinceaux. Quand le pilastre
n'est pas ciselé (pl. CXXXIV-B), il est facile de voir qu'il est
resté en I~pallllelage (G) : plus rarement même, l'épannelage a été
poussé moins loin encore ct ]e pilastre n'a pas été recoupé (i). Il est
cependant des exemples, assez peu nombreux d'ailleurs, de pilastres
d'une pièce ornés des mêmes fins rinceaux (8) ou nus (9); l'un des plus
intéressants est fourni par les déhris recueillis il lIit Trung : les pi-
lastres y étaient en pierre ct couverts de très élégants décors.
l:entrepilastre est orné de deux façons: ou il est occupé par
un cadre de moulures à profil curviligne (10) (m. pl.-il) ou plates,
mais alors ciselées (11) (m. pl.-C), ou le champ cenlral reste nu ct est

(1) 6 pilastres aux tours S. et N., 7 à la (8) Comme les piédroits des fausses
tour centrale de Chièn Dùng. portes de Mi Sail Al'
(2) Tours d'argent é,lificc S" - ~Iî San
(n) Mi Sail E" ; ils sont rcst,~s en épan-
Gi> -Nha Trang tour S" - Thmg Th:,mh. nelage, mais il est probable qu'ils
(3) ~Iî San G4 , 5; JIN; ~ane de Po
n'eussent pas dû ètre recoupés, car l'ap-
Klauù Garai.
plique ne monte pas assez haut pour
(1) Yaù ~lum.
masquer comme ailleurs la lerminaison
(,,) PO Rome,
de la rainure,
(6) ~Iî San CI'
(10) lIH San CI'
(7) ~lî Son E,.
(11) lIli San Es.
LES CORPS DU KALAN 109

défoncé par rapport il un ou ùeux caùres sculptés qui l'entourent (1)


(Ill. l'l.-E). Dans le premier cas, le panneau de moulures se masque
en has le pIns souvent sous une nidtc élôgallte qui enferme un orant;
dans le second. qui eOl'respond anx Plltrnpilaslres moins larges,
. il Il' est pas de figure inf,\rit'ul'e, ou la niche disparaît et le person-
Ililge l't'llnit est assis sUl' la tète d'uu él,~phant de face (il.
La l1i,·is1011 du pi.\astre eu deux parties égall's se maintient dans
tout l'art primilif, mais sauf il Mi Safi, il Chim Sali et itla tour cen-
trale Ile Khtfallg "'15', les l'illl:eaux de décor ne fUl'ent jamais exé-
cutés (pl. CXXXIV et CXXXY). Dans l'art classique, les pilastres
restent divisés mais d'~garnis (:1); il est facile de se rendre compte
que la raisoll qui motinl le reconpement s'est alors complütement
perdue; le sens Ile la rainure, incollnu pour nous. est de môme ignoré
tIes cOllstructeurs. A Mi San en en'el, la coupure se poursuit dans la
frise il guirlandes pendanles et la corniehe présenle également une
tlivisioIl, celle fois triple (i). A Dinh LÙII1, il la tour principale de ~ha
Trang, la rainure s'an'ôte dans le cayet qui termine ln pilastre et
adopte sa eourbe, mais sallS cou pel' le listel et di viser la frise ü guir-
landes pendantes. Au sancluaire ~.-O. d(\jà, elle disparaît complète-
ment, alors que, même dans les plus petits édifices de Mi SO'n, comme
El' elle était exécutée. A la principale des Tours d'argent (pl. CXXXVI-
D), à Chièn Ditng, elle n'atteint plus le cayet terminal du pilas 1re et s' ar-
rèle comme un petit cadre dôcoratif. AMi San E4' elle s'élargit et perd
toute profondeur, et les deux at'ôtes s'oment de ,·olutes terminales
inattendues (m. pl. -.J); enlin elle disparaittle padout et le souvenir
s'en est si bien perdu que, pour rendre 'lucl(lIJC int"rèt au pilastre, 1111
système tout dift'pront eslutilisé itla Tour de cuivre: le pilastre d'angle
ason nu couyert de fines bandes de dôeor et, l'our leur donner plus de
finesse, une face tle pierre est incrustée prüs de l'arôte pour les receyoir.

(1) ~li S(m Al' et ici, fig. 18. Nous Ile sa'·OIlS si, dans
(2) Mi SO'n ll6' D4' la pensée du décorateur, la hasc était
(3) TOUl'S d'Ill'gent; Mi SO'n D2' E,; également en plusieurs sections verti-
Chiêll Bàng. cales, cette partie étant toujours masquée
(4) Cf. n.E.F.E.-O., IV, p. 816, fig. 20, par une applique.
tlO L'ARCHITECTURE

Des deux formes d'ornementation que reçut l'entrepilastre, celle


des cadres longs de moulures subsista seule, mais elle ne tarda pas
it sc modifier: si toutd'ahord~ il Binh Làm, nous retrouvons encore
de vraies moulures, elles y sont tellement resserrées que le parti
devient tout différent; cc n'est plus un ca(ll'e, mais un faisceau de
moulures, réunies il angles droits aux extrémités. Dans l'ad secon-
daire, Chiên Situg, en Lonne copie, nous montre encore le même
système, mais pour la dernière fois. Partout ailleurs ct dès la grande
tour de Nha Trang même, les monlures sont remplacées par leur
épannelage, suite de cadres de Imndes plates capables de les contenir.
A Pô l\'"agar, un nouyeau pm'li sc dessine, une bande plus saillante
forme le centre, ct tIans toute la pôriode sccon~laire le décor IlC
consistera plus qu'en rainures plus ou moins profondes mais
concentriqucs, détachant au milieu une bande saillante, motif fort
heureux d'aiUeurs dans sa soLre simplicité.
Le sens mème de cc décor sc perd tt son tour; le cadre extérieur
s'arrondit aux angles tl Mi San Hi (pl. CXXXVI-F). La tour S. de
IInng Th{lnh montre \ln curieux exemple de ces déformations. Au
pilastre central les callres prennent simplement la valeur de redouble-
ment du pilastre, ct peu s'en faut (IU'ils ne se profilent dans la frise il
guir'landes pendantcs (m. pl.-l) . A NJU.H1 TIuip ensuite, les canaux
latéraux constitués par la présence du motif saillant dans le ·cadre
général (lu panneau ne sont plus réunis au sommet de celui-ci. Enfin
il Mi San Hp l'entrepilastre n'est plus orné que d'une simple .rainure
qui y dessine un rcctangle concentrique, tandis qu' en Bi l'cntrepi-
lastre disparaît presque complètement, le pilastre prenallt une lar-
geur démesurée.
Très saillant il l'origine, Sll1'toul quand l'eulrepilustre coIilient
une niche, le pilastre, dalls tonte la llurée de l'art bun, perd de plus
en plus de son épaisseur; il 1\1i SO"11 Al' il a le quart de sa largeur; à
n5 , Cp etc., il atteint a~x deux tiers. Binlt Lâm ct Pô Nagar montrent
. déjà une réduction scnsiLlc. A la Tour d'argent, la proportion est il
peu près celle qn'il gardera dUits la pI\l'iode sccollllaire. A la TOUl'
LES CORPS DU KALAN tlt

d'or, à I1ung Th~nh, la saillie devient de plus en plus faible; elle est
nulle ou tt pen près à YaÏ! Mum, à PÔ Romë, malgré le redoublement
tlu pilastre dans le dernier cas. Seul le pilastre extrème, support de
l'amortissement d'angle, ne peut se réduire CIl saillie, car l'élément
supporté ne pourrait pas sc détacher de l'angle de l'étage supérieur:
il en résulte que, dans la seconde période, ce pilastre semble pœndre
chaque jour une importance plus grande par rapport aux autres;
cette supériorité de saillie, il peine sensible il la Tour d'argent, s'ac-
centue jusqu'à la fin (1). Ce l'ole de support avait amené, dès l'âge
. tic ~Ii San Ai' une augmentation Je la largeur de ce pilastre (2); 1I0US
la retrouvons parfois dans la seconde période (3).
A la différence dans le nornbre des pilastl'Cs entre l'art primitif ct
l'art cuhique, correspond une différence ellcoreplus grande dans la
forllle. Le pilastre est ici hien plus large; il atteint en A'2 de Mi Sail
près du quart llu côté: O,22ï. Il sem hie il l'origine présenter deux
types, L'un A, voisin du type de l'art primitif, offre deux handes 01'-
né'cs sépaI't~es par une rainure; il sc dilférencie du type de l'arl pri-
mitif par l'importanco donnée tt cette rainure, qui semble compter
pInto! comme un motif que comme une simple coupure; elle est
peu profonde et peut s'orner d'un cadre long (1). CetLe tendance il
uno division en trois est nettement marquée dans le type B qui
comporte tl'Ois bandes, celle du centre généralement bombée, mais
sans sortir du plan des deux autres (5) (pl. CXXXVII-A).
Le type A ne se modifie que par l'élargissement plus gl'and de la
rainure centrale, qui pent deYenir un champ plat entre deux faces
ornées (6).
Le type B sc varie davantage par la position des sculptures. Il
est possihle que, dans la première pensée des décorateurs, aucune
des trois bandes n'ait dù rester nue. Ce système complet ne nous est

(1) Mêmegroupe tour d'enlréeE., Tour (3) ' ThU Thiçll, Tour d'or, Chièn
lle cuivre, Tour d'Ol', tour principale et Bàllg.
tour d'cnl!'(;!) à l'ô T\)auù (iarai, ~hl:ln (4 ) MI &Yn B4'
TMp, MI SO'II li,. (:i) Dong DuO"ng tour S.
(2) Mi SO'n CI' LI;;. (n) :\Ii Sail A' 2'
lt2 L'ARCHITECTUHE

cependant olrert que par un é(lifice de l'art primitif où il s'est égaré,


la tour S, de KlnrO'ng ~ly (pl. CXXXIV-A), De même au kahm cenh'nl
de Hoit Lai; une ébauche dc !Jl1oulul'es yertiealcs auprès des appli-
ques semhlerait. indiquer què lcs handcs latérales des pilastres de-
vaient être ornées de moulures, A Mi Sun 1"3 même, ces dcux faces
répètent le champ bombé (lu centre, Cepelldant le système dominnnt
laisse lIne opposition hemeuse entre faces nnes et faces ciselées,
soit quela hande m('lliane hombée l'l'I..'oi\e seule la sculpturc (1), soit,
cas bien plus fré(llwnt, que cclle-ci reste nue ou sünplement mOll-
ycmentée par un léger e1mngement lIe plan (2),
L'enlrepilaslre, lrl'S simple dans l'art cubique, est décoré seul(~­
ment d'ulle face rectallgulail'e ciselée qui entoure le champ, bien plus
large d'habitude que dans l'art primitif.
Lorsque, dans l'art mixte, l'art cubi<}llC tend il se fondre aTCC l'art
primitif, ce sOlltles deux formes-typcs plulùt que leurs yuriantes (illi
sunt préférées; elles sont CIl effet plus voisines de l'art primitif. Le
type A. sc resserre pOUl' diminller l'importance de la rainure (3) ; 'le
type B, qui sc retrouve presque identique il ~li So'n Ail mais sans cise-
lures, arriyc par la contraction de la hande ccntrale it ne préscnter
l'lus qu'une diyision dOllhle,slSpnréc pnr une raillure de forme spé-
ciale (1),
Le nombre de di \'isions adoptlS est celui de l'art primitif, cinq
pilastres ct quatre entrepilastres, Parfois mème, comme dans les
tOUl'S centrale et principale dc Dông lhwng, le nomhre des pilastres
atteint six ct sept ct l'entrepilastre se réduit alors it l'l'CS/lue rien.
Dans l'art cubique, la saillie du pilastre est moindre ("); elle est
mème parfois presque nulle (u), ct ce n'est que dans l'urt mixte qu'elle
reprcnd un peu d'importance, presque celle que montrera l'urt clas-
si/lue, Enfilll'ubscnce, ou mieux le pell d'imporlance, des amortisse-
(1) Po Dam. encore large, mais qui eslle seul spécimen
(2) Bong Duo-ng tonr S, orné que nOlis ayons.
('\) TOlll's eentmle cl principale «le Bong (5) IIoi'! Lai, 1'0 Dam.
Dlro-ng, (ti) Édifices anciens de. Bong Dllo-ng,
(4) !In So-n AiO' olt la hanlle centrale l'st Cl' A'2, .F3 à !IIi So-u,
LES CORPS Du KALAN H3

mcnts dans l'art cubique, fail que le pilash'e d'angle n'est jamais pIns
large qlle les autres. Par contre, art cubique ct art mixte montrent
aussi des pilastres ~t double plan (1).
Y a-t-il eu parfois, dès les premiers temps, mélange youlu des
deux types? ou la présence. dans de rares édifices de l'arl primitif, du
parti tle pilastres del'al't cubique est-elle un simple accident? NOliS
Ile saxons. La tour S. de KlmO'ng My offre une composition de pilas-
tres nettement tI'arl Gubique: Ghaque face montre en effet quatre pi-
lastres. (SIlOI'Il)(~S, di visés eu trois parties, celle du centre bombée;
les déGors y sont ceux des deux arts, avec prédominance de l'art pl'i-
mitif (III. pl.-A). Un fait prouve Hettement comLien celle composi-
lion est anormale dans ce dernier art, c'est qu'elle ne s'y est pas
mainlenue ct que ln tour Genlrale postérieure montre ses cinq pi-
lastres recoupés il la façon tle Mi Sml.
C'est seulement pour les hesoins de l'étude que nous ayons sé-
paré ici les pilastres ct entrepilastl'es de leur ensemhle : nous allons
encore èlre forcé d'employer celte diyisioll ndJilraire pOUl' l'examen
des moulures de corniche ct de hase. Mais ilfaut nettement conce-
voir que l'ensemhle des pilastres et de ces corps de moulures n'est
pas en réalité plus d(~composable que les corps tic moulures d'un
soubassement ct les ressauts qui l'intéressent dans toute sa hau-
teur, ou, llOur reprendre notre première comparaison, ne pas
croire ces moulures de base ct tIc cornidw plus faciles il séparer llu
parement que les handes horizontales d' une étoffe plissl'e ycrticale-
ment ne le sont de ceUe étoll'e mème. Nous ne sépat'erons pIns ici,
par contre, l'étude de la lJase de celle de la cOl'llicllO (mème dans
l'art primaire, elles sont souvent identiques), mai:; nons ferons passer
la comiche en premier, patTe que, si la ruine des édifices en fait les
exemples plus rares, elle a tenu cependant une place prépondé-
rante: par sa position mème en elfet, elle contrihue il l'impression
générale plus que la hase.

(1) Dong DIIO"llg tum' S.-8.-0. et. tour X.


114 L' ARCIlITECTU HE

Corniche et base èames présentent chacune deux types; si ces


quatre systèmes de profils apparaissent dès l'origine, ils eurent dans
la suite des fortunes diversqs. Ils s'apparient entre eux en deux
couples, mais qui ne sont pas dès l'abord unis dans les mêmes édi-
fices : pour plus de clarté, nous
désignerons chaque couple par la
même lettre, tlistinguant la base
par l'indice prime, avec cette ré-
serve seulement qu'il une base
d'une lettre peut fort bien corres-
}'ig. t6. - Schéma des profils de base
eL de corniche *. pondre il l'occasion une corniche
(le l'autre lettre.
Dans le type de hase et de corniche a, l'élément essentiel est une
doucine qui, droite ou renversée, termine le profil et lui donne son
accent spécial; dans le type b, c'est en même place un large évide-
ment en quart de cerck. cavet il la corniche, congé il la hase (fig. 16)
Ce sont les deux systèmes que nous avons désignés sous les noms de
type il doucine etde type il cavet. Nous ne nous arrêtons ici qu'aux
éléments communs il tous les profils; ils sont loin d'y avoir tenu une
place aussi exclusive et nous allons voir qu'il leur faut souvent
s'adjoindre quelque autre élément pour de\'enir la carae1éristique
d'une des formes de détail.
Prenons chacun des types et examinons-en les variations princi-
pales (fig. 17). En corniche, le typea est défini par un profil plus étendu
qu'une simple doucine. C'est l'accord de cette doucine et d'un cavet
qüi la soutient, le tout supporté par un groupe de deux profils sail-
lants identiques: Ce type est représenté (pl. CXXXVIll) d'abord dans
l'art primitif pat' une forme ao un peu plus compliquée que celle al'
qui prévaudra ensuite. Elle ne paraît que dans les édifices de la
sérieAi il Mi SO'n, mais elle y est employée presque exclusivement l !)

(') ;\"OIlS Ile dessillons, hien entelltlu, cernure l'oùcé dans les exemples choisis.
que les élônents constants de chaque (i) La réllarLition de ces profils ayant
t.ype, et lIOUS les soulignons d'un trait de une grande importance pour le classement
LES CORPS DU KALA~ ll:>
(fig. 18). La corniche de Ba en donne un ùon exemple débarrassé des
multiples détails qui en compliquent ailleurs la lecture (m. pl.-l) .
. Comme on le yoit, la doucine supérieure repose par l'intermédiaire

[2J ... ..: ...

.. . . @-@
.
"
'.. 1
1
1
1
1

(') Les cercles


représenten t l'a r t AR.,.1'
primitif et les déri- "PR,.IM.AI R.E
vés; les carrés, l'urt
cubique; les octogones,
l'art mixte; la dimension
(llJS cadres est en raison (IIi A~T
role que joue la forme incli- .-5.rCONDAIR.E
quée dans la pél·iolle considérée.
- Les pointillés marquent 1Il
dérivation, les traits noirs l'union
de deux motifs, l'un en base l'autre
en corniche.

Fig. '1j. - Tableau des rapports entre les divers profils de base et de corniche'.

de deux quarts de rond opposés sur le cavet et l'ensemùle est relié


il la paroi par deux quarts de rond détachés.
Le sanctuaire de Binh Ltlffi (m. pl..5) nous montro déjiL dans l'arl

des Mifices, nouS donnons chaque fois correspond ailleurs aux deux quarts tIc
les listes complètes des bâtiments qui rond opposés. Les copies Dz ct. g4 mOIl-
montrent chaque type. Ici pour Ill> nous kent cc profil ai' mais E4 avec le rcmpla-
arons : Mi SCYIl AI ; Il3 , 5' 6; CI ••1 ; Di. Les ·cement des deux quarts rIe rond par !les
templlons A 2.:" 7 offrent cc lirofll Un doucines opposées, qui est de,'enu cons-
peu modifié dans la IJÙrtie inférieure qui taut à cette époque.
116 L'AHCllITECTURE

primitif le type ai ,complètcment arrêté ct dès cette époque il est,


jusqu'aux demiers jonrs dc l'aI'!. bUll, fixlS d'une manière complète,
Le groupe des deux quarls Ùé; rond supérieurs a fai t place il un
simple listel ct les quarts de rond inférieurs il deux doucines (i),
A la fin seuleIlwut les dellx doucines tendent il sc placer suivant
lin plan ohliqtie, a 2 (il, ct la doucine supérieure du groupe des ùeux
doucines Lasses finit par rester seule, a3 (3), Celte simplification, qui
n'était qu'un rappel d'une forme ancienne (nous la voyons dôjit à
Binh Làm dlJcorerdivers élémeilts accessoires du kalan), paraît avoir
été adoptée dans l'art classique pour rendre plus aisé un plus grand
développement de sculptures, tandis que, dans le reste de la IHSl'iode
secondaire, cc ne semlJle plus être qu'un simple ahùtanlissomont.
A ce type ai de la corniche correspond comme forme le type
ait de la hase (pl. CXXXVIII), mais, malgré la similitude des pro-

fils, 011 sc trolllperait si l'on yoyait seulement dans (lit l'inverse de


ai; les forilles sc sont rencontrées ct sc SOllt opposées, tout en étant
parties d 'origines difr(~ rentes, Nous ayons· YU comlllent le type de
corniche a apparait sous une forme pllls complexe al); le type de
hase a' .. au contraire, nait d' ulle forme JJeaucoup plus simple a ' o, 'lui
fut commun{mlCnt employ{~ e IJans l'art primitif pour le d(~cor de
petits éllJlllents, piédestaux ou parties accessoires d'édifices; nons
ne le roncon lI'ons guèi'e qu' une fois utilisé dans la composi Lion d'un
sanctuaire eHlier; il est "mi que c'est un de ceux, Mi SO'11 El' qui
nOlis rapproche le mieux des formes les plus anciennes P), Il con-
siste en une si~nple doucine entre ses listels ct montre parfois
l'adjonction d'un tore au-dessus,
Le profil ail apparaît déjit sous sa forme complète sur cerlains
(1) Art primitif: Binh Lâm, PÔ l'Iagar Autrcs : Yiin TuO'ng, avec qucl(IUeS mo-
de ~ha Trang tours llrincipale ct :\".-0.- difications.
Art classique : Tours d'argcnt kalall (2) Hung Thl)nh tour l'l,
principal ct édifice S.; Tour tic cuinc ; (3) Chiên l}ùng ; NhZlIl Thàp; Yan
Tour d'or; Thü Thiçll. - Art pyra- l'l'oÏl, tout à fait déformé.
midal: nâng Ali, Jhrng Tlu:mh tom' (~) OIlle trouve encore en E3 à :m So-II,
~, ; Nha Trang tour S. - Art dérivé: etàla base del'écliflceantéricul' de l\huO'ug
:\Ii So-n (1l> Jl j , 1\ : l'ô Tnanù t;ami. - ~[S', sons la 10uI' ccntl'ale.
L.ES CORPS DU KALAN Hi

l?ig. 18. -:m Sall B;;.


Corniche, pièces d 'accent e t res tes d 'a mortissement de l'anS"le N.-O ..
ifS L'XRCIIITECTURE

piédestaux (1) et est adopté il Ml San At et il Binh Lâm avec des


forines voisines du type définitif: en Mi San At il s'oppose sous
cette forme approchée à 00' t:tndis qu'il Binh Lâm c'est déjh ft 0t
qu'il fait pendant. Il n'est pas douteux que le principe de symétrie
dont nous parlerons au livre III n'ait influé, dans la grande liberté de
cette époque, sur le choix de ce profil a't: et cette circonstance même
que les deux profils de corniche ct de hase furent ensuite rendus iden-
tiques prouve clairement 10 fait. Cette haso a't est constituée d'une
façon complète ft Pô Nagar de Nha Trang dans la forme exacte, mais
inverse, de la corniche a t ; c'est le premier temple où les deux profils
de base et de corniche s'opposent avec une symétrie parfaite. Cette
nouvelle base aura presque la même importance que le type de cor-
niche correspondant (2). Elle ne se modifiera que par appauvrisse-
ments successifs ou inexécution deses divers détails élémentaires. Un
seul fait dans la marche de cette déformation est intéressant il
signaler, c'est l'importance chaque jour plus grande de la doucine
inférieure, Alors que dans la corniche la grande doucine reste tou-
jours fine et ne s'alourdit guère qu'à Van TuO'ng duus les détails des
fausses portes, cello de la base tend, il forco de s'amplifier dans le
cadrc restreint qui la limite, il prondre la forme d'un quart dc rond,
a'~(3), ou même, devenant dévorante dans l'ensemble, finit par rame-
ner presque le profil au type primitif, donnant a'3(4 l , où le petit congé
qui détachait la doucine disparalt parfois tout il fait.
La filiation des deux types a n'est pas douteuse; il est au con-
traire très délicat de déterminer celle des motifs b. Pour le type a
en ell'et, tout s'est passé dans l'art primitif ct ses dérivés, .Mais le
type b n'appartient pas exclusivement à l'art cubique: si celui-ci ne
montre jamais de profil à doucine, l'art primitif au contraire fit un

(1) Dés do SOUlllll!80ment Mt S(1I\ !leD, l'OUI' llc cuivre; l'bu Thi9Il; Jhrng
. (3)
piédestal de MS: Th~lIh. T111~nh ; Po Ii:Jaun Garai; Nhl;\n TlHip.
(2) Pô ~agar d e Nha TI'ang Loms lll'Ïn- (4) Tours d',irgent édirice S.; Chiên
cipule et N.-O.; Tonrs d 'argent klllan Dàug tours S. et centrale; Yan Pron; ~[i
prillciIlUI et Min ce S.; Bung An; i\"ha Scm III' e ct D3'
Trang tour S. ; Ml SO'u Gt .
LES CORPS DU KALAN H9

emploi considérable du profil tt cavet: il lui emprunta même sa hase


principale.
Nous avons vu que, dans le cas de a, si les deux profils se sont
composés un jour dans un groupement symétrique, ils n'cn sont pas
moins partis de deux types différents et ne possédant qu'un seul élé-
ment commun. La question est bien plus complexe pour le type il
cavet. Deux éléments essentiels doivent y ôtre distingués dès le
début, mais aussi bien dans la série des corniches que dans celle des
bases. L'un, le type b;l ct b'2' offre l'ensemble d' un cavet et d'un
quart de rOlid ; l'autre, b i ct b'p soutient le mème cavet fondamen-
. tal par un groupe de deux quarts de rond opposés (fig. 16).
Le type de base b'2 (pl. CXXXIX) est constant dans l'art primitif(i)
ct s'y oppose soit h la corniche ((0 dans le corps principal, soit ù la
corniche semhlable b2 aux parties accessoires. On conçoitfort bien
l'union de deux motifs ((0 et V~ qui opposent leurs doubles quarts de
rond symétriques. Le mème type dans l'art cubique tient une place
moins importante et s'oppose il la corniche ûi (2). La corniche et la
base bi et b'i au contraire n'apparaissent que dans qaehlues parties
accessoires des btltiments lIe l'art primi tif (3) ; nous ne les rencontrons
sur un grand ôdificc qu'à la tour S. de KhuO'ng ~ly (4). En revanche,
leur ensemble figure régulièrement et comme le système principal
dans l'art cubique (5).
Le type Û2 en corniche ne semble avoir servi dans l'art primitif
que comme variante du type ao, dont il possédait le douhle quart de
rond. L'art cubique ne paraît pas en avoir tiré parti, mais le type bi ,
d'un usage si courant, ne différait guère; la base Û'2' très fréquente
dans l'art primi tif, avait été employée assez souvent parl'artcubique.

(1) Avec fil ell\lî SÜ'n A'4; 133 , 5' G; CI; (4) Phông Lç, Phu Thll~ll paraissent
Dl ; D.; E2 ; IOl11Ü'ng My tour centrale avoir eu la même corniche l)l' ~Ii SO'n
où il s'oppose à la corniche b, ; - sans D6' Ea' eurent la Illême hase b'l'
met Mi SÜ'1l A2- 7 avec corniche bj ; llH3 ; (5) l\li SO'u A' 1-2 ; Boug DUÜ'I1g tours
CH· S., S.-O ., porche JI ont gardé la même
(2) l\1î SO'Il CG' FI' F3 ; Bong DuO'ng Imso; I10à Lai, PÔ Dam, Bong DuÜ'ng
édifice S., tour N .-0. tours S.-O., S., piliers salle Ill, la même
(3) Mi SÜ'n Al ' C~ , A', . base et la même corniche.
120 L'ARCHITECTUHE

Il était tout Iwlul'Cl alors, quand l'art cubique se fondit dans l'art
prini.itif, qu'il adoptùt uniquement ce profil commun. Ainsi l'art
mixte présente-t-il d' une faQOn presque constante, cn base comme
en corniche, la forme "2
(1).

11 faudrait, pour ôlre complet, ôllldier encore quelques corniches


ct quelques hases de'formes anormales: nOlis nous contenterons seu-
lelllent de les signalm' pour ne pas embrouiller cette question complexe
(pl.CXXXYIlI ct CXXXIX). Ce sont ]a corniche ct la base tl'ès irrégu-
lières de l'éllifice E. des Tours (l'argent, du type il cayet dans un des
arls dérivés de l'art primitif, arts où cette forme Ile se rencontre ja-
mais; des combinaisons de décadence en K il ~li San, ü l'ail Mllm ct il
Yaô Proù, les deux demiers pr{~selltant une élrange confusion entre la
eorniche ct le hahut; les hases de ~li So·n E1 eL de Yan ~[mn qui sont .
un redonhlmllent hùlal'll, l'une d'un ctl\'et, loinlain sou\·ellil' des bases
1/2 dc l'art primi tif, l'au tre li 'une doucine; la hase de Mi San TC confu-
sion eette fois de la hase et dn souhassement lléri\'{~s llu type il dou-
cine. Toul cela n'a, d'ailleurs, qu'un intt~rèt bien médiocre, etil n'est
guère ulile de suivre l'art èam jusqlle dans ses derniers ra(lotages.
Nous tenons par contre h indiquer les dispositions spôcia]es des
corniches seules conservées (2' dans l'étrange groupe de Yan Tuaug
(pl. CXL-A, D). Les tours Duaug Long présentent en effet des cor-
niches en grande partie en pierre qui sont de très heureuses Ya-
rianles du type a. A la tour S., le groupe des deux doucines infé-
rieures enferme lIne série de perles d'un effet charmant; ce groupe
est au contmire remplacé d'une façon très alllusante il la tour N.
par une frise de lions afl'rontés. Enfin un original motif de corniche
a été obtenu au vestibule de ]a tour N. par la succession d'une ran-
-
(1\Il.'ing Dml"ng, PY]ÔUl'S 1, Il, III , pi- cadres d'ent.repilastres ct le sol est trop
lier ccu/ral salle lll, tour pl"Ïncipale, petite pOUl' qu'oll puisse supposer l"cxis-
tour ~ ., salle Il , ~li SO"u Ail pl·ésentent tenœ d'un souhassemeul, mai s ]('s pierres
ccLte IJase b'z; llâug Dml"ug porche J, moulIn'ées et transport{oes il la ltésitlcncc
tour ccntrale; Mï Sau AR' 10' 12' I ~; 11 2 , .\ cle Qui ~hIYu ('1 qui se mhk~lIt bil'II pro-
ont également la corniche cOl"respolF veuiL· Ile Yan TUIYng ne sont pas forcl!-
danlc. ment. des parties de bases et semhlent
(2 ) La hautcur vi,le entre le bus des plutôt provenir des hahuts sculptés.
LES CORPS DU KALAN 121

"I\e de tètes de lions (full dessin assez déformé, mais très accentué,
/'
Quelqucs pn rticnlal'i tés sont eucore il signaler ailleurs, Dans la pre-
miùre période, où tant de formes di verses sont réunics, nous rencon-
Irons deux exemples de base redoublée; l'une dans l'tU't primitif à
~li San D4 (pl. CXXX-.T), l'autre dans l'al't cuhique en A't; (Jans les
dcux cas, la hase inférieure est traitée en souhasseIllent supplémen-
taire; mais c'est cependantune hase, car elle est interrompue pal'la
coupure des portes (t)
La base donne licu parfois il d'antres cnrichisscmcnt.s : ainsi tout
l'ad de Dong OUO'llg lIIonh'e un l'edo.ulJlcmenl de la plinthe infé-
ricure, détail sans grande impol'tance tians la composition du profil,
mais qui fournit uu clfet l,'ès helli'cux, Enfin. dans la période secon-
daire, où remploi de la piene scmhle avoir eu tant de vogue, nOIll-
hm debases sont, comme le souhassement, traitées en cctte matièrc;
ainsi que lui. elles ont dispal'll et po Ill' les mèmcs raisons. II en
{"lait de mèlllc il Mi Sail BI' {~lJifice (lui parait d'ailleurs ayoil' été
pl'é\'11 tOllt Cil piene ct qui, il peine flu-dessus de la hase, dnt ètrc
conlinul) en briques, Cette base monh'e un curieux exemple d'ar-
chaïsme; elle répète la forme I/'!., courante li MiSo'n il la helle épo-
qne ct perdne complùtement dcpuis ; par contre la corniche, comme
le montrent les dalles d'arète, y était du type ordinairc (tt.
EII outre des appliques et dcs pièccs d'accent qui scront étudiées
dans le chapitre suinml, hase ct corniche re\;ul'cnt de riches décors,
dans l'art primitif tout d'abord, et surtout dans les arts cubique ct
mixte, Deux (J'entre ccs décOl'S méritent seuls d'èlre examin(~s, parce
qu'ils sout propres il ces élôments. La corniche ((0' qui ne sc rencon-
lm qu'il Mi SO'n, a SO!! groupe supérieur, doucine et cavet, comme
découpé à jour d'échancrures en forme de fleurons, Jllolif étrange
dont le sens échappe ù première yue (2),

(1) J:état du mOllumcnt nc pcrmel pas loUl' ccntrale dc DJng Dlfang, oilllcs l'ni-
<l'arlirmcr compli'lcmcnllc fait ponr NI; sons spécialcs néecssitèrcnt l'emploi de
il sc peut alors (IU'il JI'y ait là qll'Ult sou- ct'lle combinaisoll.
IJussemclll supph~mentairc comIllC Ù la (2 ; Lc mêmc décor se rclrouye, mais
t22 L'ARCHITECTURE

Dans la corniche à cavet, qu'elle vienne dans l'art primitif en


variante de la corniche à doucine {lo ou qu'elle soit employée à peu
près seule comme dans l'art:cubique, c'est au contraire sur l'im-
pression de robustesse qu'insiste le décor; presque toujours une
ciselure près des arè tes y forme comme un cadre elaccuse le plein:
parfois l'addition de métopes, même de cariatides saillantes, vient
en augmenter la masse. Les tours de JOllwng My sont seules it
nous montrer de ces métopes; elles sont en pierre ct se décorent
de guerriers combattant. à pied ou montés (pl. CXL-C). Les ca-
riatides sont plus fréquentes. Aux trois tours de Hall Lai elles
furent traitées à la corniche principale en forme de garlllja tenant
Iles serpents, aux étages et aux fausses portes en forme d'apsaras (1).
La tour O. de Nha Trang s'ornait de ces dernières ILIa corniche princi-
pale. Le vestibule de la tour de Pô Dam présente une tête de lion; une
tète d'homme la remplace au même point dans la tour S.-O. de B-ong
Duang, tandis que la tour N, de Hoh Lai, édifice d'art mixte sans
doute, n'y montre que de simples consoles. Les cons tructions du même
art ont il Mi San des apsaras II la corniche principale, 1t B-ông Duang
de simples épannelages qui semblent y correspondre.
La corniche présente quelques éléments qui n'ont pas dans la
base leurs correspondants. C'est d'abord, immédiatement au-dessous
d'elle, un décor qui lui est commun avec les piliers et les piédroits;
sa présence montre ainsi le rapport de ces moulures de base ct de
corniche avec les profils qui terminent en haut et en bas ce genre
de supports. Nous avons désigné cet éllSment, pour son décor cons-
tant, par le nom de frise 1t guirlandes pendantes. Ce motif très spé-
cial (pl. CXLI), qui semble le rappel lointain d'un décor réel sus-
pendu tl l'astragale d'un chapiteau, autour du fùt qui le supporte, se
retrouve, h cette place même, dans de vieux édifices hindous où il

avec une moindre impression de décou- la corniche du corps pt"incipal la tour


pure, sur la doucine des soubassements ancicnne centrale et celle plus récente N.,
de ~Ii SÜ'n AI et DI' pour les étages, ce que la tour S. ancienne
(1) C'est uu moin~ ce qu'indique !lOur semùle moult'cr.
LES CORPS DU KALAN 123

semble d'ailleurs le souvenir d'arts encore plus anciens (1). Nous le


rOllcontrons en cc point aux colonnes des portes dans l'art de la pre-
mière période (2). Souvent même il sc répète sous chaque bague de
IIlOUllll'es que le s piédroits peuvent porter (3). Nous ne trouvons la
frise il guirlandes pendantes ailleurs qu'en ces deux endroits, sous
la corniche ct sur les supports, qu'en trois cas: autour du dessus du
sièg~qu'occupait le Duddhade la salle III iL Dông Duang : elle y peut
ètre interprétée comme les franges du tapis qui recouvrirait co
siège; olle est utilisée sans aucun sens ct seulement à cause de sa va-
lour décorative pour occuper le vide d'une des niches au piédestal de
Mt San Et; enfin, fai t plus bizarre, elle constitue le décor de la grande
face qui termine en haut le vieux piédroit tt contrecourbes de Trit
I{i4)u (fig. 44).
Qu'elle orne des supports ou qu'elle accompagne des corniches,
son principe de décor ne change pas. A de petites rosaces qui peu-
rent être l'expression de tèles de clous, sc suspendent des bandes
d'étoffes ou des tresses, les unes formant anses, les autres tombant
droites (4). L'espace circonscrit par l'anse est occupé soit par une
chute de fleurons (5), soit par un rin ceau (6); parf?is la guirlande ne
. vient pas sc rattacher exactement (7). Les rosaces qui forment points
tic départ peuvent être remplacées par des tètes de lion (B); les guil'-
"landes se recourbent ct s'e:i1trecroisent(9), sc triplent{iO); l'art s.i nu·i(S
tle Mi Safi y encadre, tlla grande tour Ai' des apsaras saillantes, de
face ou de profil (m. pl.-G).
La frise il guirlandes pendantes se complique, dans la seconde
(1) cr. : entre autres }<'EI\GUSSO:'\" et. riches ceintures donnent la Jl1lolTIe forme,
lIul\GEss, Cave Temples of lndia, cave l, divinité lIU San E4par eXt'mple (fig. 103
.\junta, pl. XLI. et pl. CLXXXVII-P).
(2) Mt SO'n FI' A'I; en épannelage C _ ; (5) llinh Làm, lIli Sail A1O'
23
édifices anciens et nouveaux de Bong (6) Pilastres de la fausse porle S. de
Iltro>ng. lIU San A'I' elc.
(3) JIù Trung , l\hllO'ug My tour S., (7) lIli Sail Fa.
pilit'r intérieur ?, piétlroits porte dela tour (8) Colollues tic l'Ii Sali FI'
principale à Bong lJllO'ng. (9) IIoùLai toU!' cellh'ule.
(t) Certains décors de chatncs, de {lOI Colonnes de l\H San A'I'
perles et de pendeloques tombant de
124 L' ,\RCHITECTU RE

période, non seulement de tMes de monstres servant de point de dé-


part (1), mais d'animaux enfermés dans l'anse des guirlandes (2). A Mi
San El' des Ilécors spéciaux viennm!t la remplacer: sans doute le
sculpteur ne la reconnut-il pas dans la forme un peu particulière
qu'elle afl'ecte sur le mOllèle qui le guidait, Mi San Al; nous le voyons
alOl's y suhstituer de simples rosaces, ou bien un décor qui rappelle
l'élôgante ehaÎlle de rinceaux des allèges de Dl' quelquefois un' per-
sonnage entre Ilenx gajasÏl!lha ou des animaux qui occupent la combe
de la guirlande. Son sens réel s'est déjà si bien perdu qu'elle vient
jouer le rôle d'imposte sous le fronton des fausses portes du vesti-
Imle. Elle ne dépasse pas les tours de Chièn B-àng. Dans la première
période, où elle l'lit toujours prévue, elle était l'estée souvent en
épannclage (3); le sens de cet épannelage se perdit dès les premicl'S
temps de la secolllle pÔl'i()(le et cette face nue parut froide: aussi la
"oit-on hi en tôt llouh\('e (1), in terrolllpue par une sui te de peti ts trous
rectangulaires d'un heureux effet (G) (pl. CXL-D), coupôe d'une frise de
singes ((i), harrée de rayures horizontales (i), OU même divisée en
quatre handes deux pal' deux (8). Elle disparaît même de quelques
ôdifiees eneore d'assez honne époque et s'éclipse complètement il la
fin de l'art èarn (Il).
Les dalles Il'arête ne sont pas un décor, Inais un simple moyen
de construction (pl. CXLll), d'ailleurs des pIns dangereux et qui
amena juste les résultats contraires aux senices qu'on dut en aUen-
dre :. loin de renfoI'cer l'angle, qui, dans un édifice en briques est si
CXPOs(~, elles contrilmèrent il le ruiner en diyisullt sa masse. Par
contre elles pUI'ClIt parfois soutenir et maintenir en place la pièce
d'acccnt(IO). Pcut-ülre est-ce il quelque raison de ce geme qu'on doit
(1) Éllifice S. Iles Tours d'argenl. Long, PÔ IOanù Gami lonr ccnlrllle.
(2) Kalall principal aux TOlII's !l'ar- (:i)Ihro-ng Long 10lH' S.
gent, Chiên Bàng, fragment provenant (G) \'eslibule Ile la tOl\r pl'incipale des
Ile l'l'à liÎI}u HU musée Ilc lu Société Iles Toul's tl'ar·gent.
Éludes ·Indochinoise5, il Saïgon. Fi Mî San IIi'
(3) ~li San B6' CI' 2, elc. ; PÔ l'Iagar de (8) Nhl.111 'l'hap.
Nha Trang. \9) Dung An; ~ Yaù Proù, Pô Romé,
(i) Tour de cui \Te, Thü Thiçu, DuÛ'ug (10) Phu Thu*n,
LES CORPS DU KALA~
125

leur épaississement dans la période secondaire (1), cc qui leur permit


à Ihrng Th~nh de sc transformer en décor, figure de Garuc.la sup-
pOl.tant Vi~l,lu. Ailleurs, le sens s'en perd, comme des autres élé-
ments de l'architecture, ct nous les voyons il 1\1i Sun Gj rec/woir un
Pl'om UIl peu différent de la corniche mème qu'elles devaient con-
solider (m. pl.-F). Elles ne paraissent guùre avoir fai t défaut que
tians l'art cuhique ct nous les trouvons dans tout l'urt èam; elles
occupent parfois mème les arètes intérieures (t) de la cOl'lliche sur
le pilastre d'angle; enfin nous les retrouvons jusque dans les der-
niers édifices: on les rencontre encore il Po Rome dans une cor-
niche hàtarde qui ne mérite vraiment pas cc soin.
Quant aux pierres de coin, c'est un autre détail de construction
plus heureux, mais qui ne s'est guùre conservé hors de l'art pri-
mitif;- nous en avons cependant trouvé une qui jouait le rôle de sup-
llort de pièce d'accent, dans les décombres du monument de hasse
épo/lue, BI' de Mi San; il est possible d'ailleurs que ce fut surtout
pour cc second rôle qu'elle ait été installée.
La grande face de corniche possùde hien, elle, sa réplique llans
la hase: c'est la plinlhe finale, souvent importanle ct parfois re-
doublée; mais la grande face prend un caractùre spécial de cc fait
qu'à l'inverse de la plinthe elle ne suit pas tous les ressauts des
profils; dans la plupart des cas, elle ne sc décroche qu'aux arètes
correspondantes au pilastre d'angle, ct file rigidement au-dessous de
tous les autres. Elle a d'ailleurs des rôles Illultiples, plus complexes
que ceux de la plinthe: par la place qu'elle occupe elle compte
beaucoup dans l'effet de la corniche ct Ou monument, elle sert
de hase à l'amortissement d'angle, elle reçoit les pièces d'accent.
Très en vue, elle eut Où ètre toujours ornée. Nous la voyons
en effet parfois couverte de riches rinceaux (3), d'une frise de guer-
riers en selle sur des chevaux au galop (4), d'animaux afl'ron-

(I, DIlO'ng Long. (3) Mi SO'n AI' Bj ; Hoà Lai; Bong


(21 Kalan principal des Tours d'al'- Ihro-ng ; Mi So-n E•.
gent. (1) l\lmo-ng MS' tour S.
126 L' .-\ HCIIITECTUHE

tés (1), de singes (2), de gajasi1]ÛUl (3), parfois d'ascètes enfermés dans
des ogives décoralives (1) (fig. 19). Elle est il l'occasion traitée en
pierre. il l'époque où cette matière jbne un si grand r61e (5),
C'est pou).' mieux soutenir l'amortissement qu'elle ressaute sur
le pilastre d'angle (6); si l'amortissement est multiplié, ou au con~

Fig. Hl. - Dml'llg Long.


Tour N., grande face de corniche. Hauteur: 0 m. 45.

traire supprimé, elle ressaute il chaque pilastre (7), cas fort rare, ou
ne ressaute sur aucun (8).
Enfin , comme support de pièces d'accent, elle s'accompagne, aux
angles, de renforts que nous étudierons avec la pièce d'accent qui en
est la raison d'ètre. Notons seulement ici que leur sens se perdit it
l'occasion et que nous voyons ces renforls employés comme orne-
ments dans l'axe dn pilastre d'angle ct snI' les amortissements il Thil
Thi(jn, tandis qu'ils figurent mème aux angles de la corniche de
Nlw.n Thap qui ne possède pas de pièces d'accent.
La grande face de corniche ne sert pas, comme on pourrait s'y
attendre, de départ au terras:on qui recouvre sur un corps l'espace
lq,issé lihre par le corps immédiatement suivant. Un bahut, qui
trouve Illal sa raison d'èlre dans un édifice en briques, s'interpose.
Parfois, il est vrai, il est réduit dans l'art primilif 11 très peu de
(1) Tours d'argent ka/an principal, (6) Elle est rigide snr la tour centrale
t or étage j Ihrng T1wnh. de .1'0 Dam, sur celle de Bong Du()"ng, il
(2 ) DllO'llg Long tour centrale. l\U S()"n .E~ et à Po Rome.
(3 ) Id. tour N. (7) lIoà Lai; la multiplicaliondes amor-
(~) DUO'llg Long tour S. tissement.s Il'e~t ici qu'une hYrothè~e.
r') Tour d'or ; Tour de cuiVl'e j tOlll' cen- (R) Tour S. des Tours (l'argcnt, ]hmg
lrule de Chièll Billlg. Thl.mh, Yaù )(1II11.
LES CORPS DU KALAN 127
chose (1), mais par contre il est souvent assez important (2), Le décor
en est obtenu par de peLits personnages ou dcs atlalltes (:1), des ani-
maux dcvant des chevcts (i) , des figures ùans dcs nichcs ajourécs (5),
ou des orants dans dcsniches pleines (fi) , Plus fréqucmment la petiLe
ligure, (lui autrefois nécessita la présence duche"et, ~ disparu, ct il nc
reste que le fond ùevant lequel elle sc détachait; c'est ou un simple
dé Illoulul'é ct orné lle petites feuilles aux angles, analogue it ccux
(lui ol'ilent le soubassemellt Ile l'étage it ~Ii S(J1l ila (7), ou de simples
a ppliqucs (S) ,
A ces appliques se réduit pad'ois tout le hahut apparent dans la
seconde période et, si le tCl'1'asson ne vient pas mourir ù leur pieù, il
s'arrête en arrière SUl' une simple face verticale (9), Ces mêmes appli-
ques garnissent encorc lc bas dcs voûtes raidcs qui ne comportcnt pas
de bahut (iO). Mais le plus souvcnt tout décor manque, ct scul subsisle
le fond sur lequel se détal!haiellL souvent les motifs décoratifs, un
simple cours de doucines opposées:(tI), Alors le bahut qui, ù l'origine,
était interrompu pal' le soubassement proprc des amortissements
d'anglc, filc sur toutc la longueur de la l!ornidlC, jusqu'au jour où,
comme il fallait s'y attendrc, il se confond avec celle-ci (L~),
Cet élémcnt dans l'art cubiquc s'accusc a,'cc moins de netteté j
cependant la présence d'antéfixes au-dessus de la grande facc de cor-
niche dans les édifices dc Boù Lai indique son existence d'une façon

(1) Mï SÛ'n ils, 6; c2• (8) Vestibule de 1\11 SÛ'1l Bs, terras son
(l) Ml San AI> Pô Xagar tic Nha Trang des appuis de fenêtres de l\Ii San Bs, 6 ;
tours principale ct No-O. tour centrale de Iihl1O'ng My, où trois
, (3) Mï SÜ'1l B,:;, 6' OÙ ces détails sont appliques correspondellt à un pilastre;
malheureusement ruinés et il peine re- tour N.-O. de Nha Trang, où une seule a
connaissables. gardé une ou deux briques de SOIl fronton;
(1) Mï SÛ'n CI' véritables métopes de (') PO I\laull Garai.
pierre dont le rôle n'est ({u'hypothétique. (10 ) Tour N.-O. de PÔ Nagar rie Nha-

Cf. I.e., I, p. 385, fig. 85. Ce motif se Trang, étage, édifice S.-E. ; vestibule du
retrouve dans l'art secondaire, à Hl1ng . "alall principal aux Tours d'argent, il PO
Thlmh. Klaull Garai, Bang An, etc.
(5) Ml SÛ'll Cl' (U) Kalan princlpal des Tours d'argent,
(S) Mi SÛ'n AI' llinh Làm. avec appliques; Tours tic cuh're, tl'or;
• (1) l'ô l'iagar de Nha Trang t.our prin- Thu Thi~Il.
Cipale. pt) Yaù Mum; 1'0 Home.
128 L' AHCHlTECTU RE

peu douteuse, ct l'art mixte présente les rangées d'appliques que


nous avons signalées précédemment (1).
Quant au terrasson en (!oncine molle de l'art de ~li Sali ct dePô
Nagar, il est remplacé ensuite par uTle sllrfacc·horizontalo; c'est la dis-
position, très yicieuse d'ailleurs, que nous indiquent les derniers édi-
fices (2). Dans l'intervalle cOllsillérahle (lui les sépare des premiers, la
ruiue générale de cette partie dans les monuments Ile permet guère
de déterminer avec exacti tude quelles furent les dispositions adop-
tées; la Tour de cuivre seule nous fournit un jalon: bahut et terrassOIl
s'y présentent sous la forme de gradins irréguliers qui se prètent aux
saillies diverses du corps, des fausses niches cl des amortissements (:1),
Avec le terrasson finit l'étude du noyau élémentaire de la tour;
bien que peu différents, dans le principe, du corps principal, les étagos
S'Cil écartent copendant, au moins par lespropol'lions (fig. 20); les

divergences ne sont pas, comme nous l'avons vu au chapitre Il, uni-


formos dans les difl'lSrorites sections de l'arl cam: dans l'art cnlJi.'1uc,
la hauleur est pIns basse ct la largeur plus forle pal' rapport aux
éléments correspondants (lu corps principal que dans l'ad primi-
tif ; les dispositioris de la toui' N. lIe IIolt Lai montrent d' une façon
curieuse le relèYClllenl des étages entre l'art cuhi(l'le et l'art mixte
qui tc"nd il rapprocher ce dernier de l'il!'t prirnilif.La comparaison,
ilést vrai, ne portepas sUl'les mèmes étages, mais, en tenant
compte de leurs variations lôgèl'es de proportion, il n'en est pas
moins cUl'ieux de constater (lue la fausse niche au le, étage de la
tour centrale est ornée d'un cadre rectangulaire horizontal, d'un
carf(~ au Ile étage de la tour S., ct d'un nouveau rectangle au 1er Je
la tour N., mais cette fois en hauteur.
Dans la période secondaire, la hauteur des étages continuera de
s'accentuer, pour de\'enir il la fin de l'art cam complètement dispro-
portionll(~c par rapport aux heaux exemples anciens.

(1) Mi SO'II A12_13'


(2) l)ô l()auù Garai cl l)ô Home.
\:1) Cr. pl. LI.
LES CORPS DU KALAN
129
Examinons successivement chacun des éléments (Ille nous avons
passés en revue au corps principal. Décors de pilastres, d'mltrepilas-
tres, de cornidlC, avec leurs divers détails, sont tOlljOUl'S truités de
Il)(~lIle. Par suite de la réduction de hauteur, la proportion change

Fig. 20. - Pu KJauù Garai.


Tour d'entrée, étages, angle S.-O.

pour devenir extrèmement trapue, et la composition de chaque


étage CIl fait, non un étage complet, mais la section supé-
"ieure d'uu étage semblable au corps principal, pour la plus grande
part enfoncé dans celui-ci; si la largeur de l'étage n'est que les 4/5
de celle du corps principal, sa corniche sera très voisine des 4/5 de
celle générale, mais la hauteur totale pourra très bien ne pas
atteindre le 1/4 de la han tem dn corps: la -corniche nouvelle paraîtra
.\:'i:S.\~I. - II.
130 L'A He Il [ T Jo: Cl' ü Il F:

prendre alors uue illlportance exagérée. Est-ce l'our celte raison et


par un réel sentiment des proporti~ns que les Cums n'ont jamais
donné de base il l'étage (1)? La pl'ésetlce des niches ou dos appliques
n'y contredirait pas, SI l'on admet; suivant l'hypothèse que nous
proposerons plus loin, que leur origine ne les rend nullement soli-
daires de la base et qu'elles peuvent, salis sOl,tir de leur rôle véri-
table, servir il décorer n'importe quoI élément. Peut~ètrc la seule
raison est-elle le souci de garder au pilastre d'angle qui doit, par
l'élargissement de la corniche, portel' l'amorlissement, ulle hauteur
qui ne soit pas ridicule . par rapl)ort ù, sa largeur nécessaire. La
même intention expliquerai t pourquoi le nombre des pilastres sc
réduit généralement il quatre au 1er étage ct il trois au Ile, les fausses
niches, proportionnellement plus importantes que les fausses portes,
cachant le ou les deux pilaslres centraux; au 1Iie étage~ il n'est
généralement plus de divisioll en pilastres et d'ailleurs, si nous en
croyons l'exemple de la tour principale ù, Pô Nagar de Nha Trang,
il n'est plus' sur cet étage d'amortissements. L'art cubique, moins
gènépar cette sujétion, montre un plus grand Hombre de pilastres:
ainsi la tour centrale de HoiL Lai, dans son étage très bas, peut-ètre
muni d'une base, possède quàlre pilastres, si écartés au centre que l'en-
semble serait aisément compté comme en représeutant six par face.
A la tour centrale de Dôug DuO'ug, art mixte, où l'amortisse-
ment, s'il exista, fut très petit, le pilastre central est si large qu'on
peut en compter cinq en tout.
I.e décor ordiuttÎro des pilastres il l'étage est iL l'origine formé
par ùes niches (t) qui en cachont le pied, plus tard par des appli-
ques (3); elles soutsouvent fort importantes et parfois entament la
coruiche(4). L'entrepilastre s'orne d'orants simples (5) ou enfermés
dalls des niches (G) ou encore montés sur un éléphant(7).
(1) Exception l'aile pour la tour S. de (3) Tours ù'urgent, ùe cuivre, etc.
Hoù Lai, monument d'art cubique où la (4) Mi SO'lI AU_I3.
composition du panneuu en long rend (5) Mi SO'n IlJ.
plus normale la presence d'ulle base. (6) Ml SO'lI Al.
(f) Mi So-Il At. (7 ) I{hml'ng MS, tour S.
LES CORPS DU KALAN tU

Un autro décor, qui eut une vogue I1SS0Z grande dans l'art primitif
pour être seul copié dans les répliques postérieures, est le motif que
nous avons désigné du terme approché de métopes; elles sont soit
taillées dans la hrique même ùe la paroi, soit en pierre et détachées
en avant. La tour de BinhLûrn BOUS montre un bel exelllple du pre~
mier systèmè, lions dressés de prolil au 1er étage, apsaras au second,
lion ou petite figure qui de ses_bras ékndus étreint des serpents au lU·.
Pô Nagar de Nha Trahg, dans sa tOUI' principale, offre en ce rôle oies,
biches ct éléphants; Chièn Bàng re:nplace les biches par des lions.
Un des édifices deTrit Ki~u compoi·tait le même décor, car une oie,
métope, n° 69 du Jardin de Tourane, paraît en provenir. Les petits
gajasù?ûw de terre cuite trouvés près de G1 iL Mi Sail avaient sans doute
le même rôle (pl. CLXXIV-D). Peut-être cc motif si curieux n'est-
il point spécial il l'art cam et le retrouverait-on i.t Java: ~l est diffi-
cile d'interpréter autrement les oiseaux qui figurent dans une des
représentations d'édifice (1) que nous y avons rencontrées, à moins,
chose d'ailleurs peu probable, que cc ne soit l'image d'oiseaux véri-
tables. Au premier système se rapportent peut-être les tètes ùe Phu
Ninh, de Qua Giàng: c'est au moins cc que semblcnt indiquer la
petite représentation de kalan du tympan de Fi i.t Mi San (2), ct à Java
encorc le Candi Bima de Dieng (3).
D'étage en étage tous les éléments sc répètent en se réduisant
et Cilse simplifiant, jusqu'au Ille étage, rarcIncnt conservé, ct
qui cst traité différcmmcnt dans lcs quelques excmples où il il
subsisté. Le SOllllllCt de la tour est octogonal( i) ou carré (5); il est
ronù il Yiin TllO'ug, mais cettc disposition pumlt, comme les trois
tours, exccptionnelle. 11 est vraisemblahle que les deux prcmières
. formes furent iL l'origine employées COIlCUITCIllIllClIt, pcut-ètre uvee
une certaine prépondérance de la forme octogonale pour les grands'

(1) Gunang Gansir. Cf. B./i.P.B.-O., (4) Pô Nagar de Nha Trang tour prin-
VII, pl. Il, nO 39. cipale.
(2) Cf. I.G., l, p. 425, fig. 95. (5) Mî San D~.
(a) Cf. B.E.F.S.-O., VlI,p. 13,fig.97.
t32 L'AHCHITECTURE

édifices, du plan carré pour les petits, où le moindre nombre de


détails rendait plus délicate la transition entre la forme initiale,
carrée, et une terminaison octogonale ou ronde. Celle-ci, de pierre,
parait avoir sui"i la forme adopt.ée pour le dernier étage. Octogomi.le,
elle prend, si nous en croyons un fragment trouvé au pied de Mi San
Al' l'aspect d'une pyramide cuniligne (pl. CXLlI-'V); carrée, elle
all'ecte celui d'une pyramide très allongé~, étranglée au tiers infé-
rieur si J'on s'en rapporte il l'exemple de la, pierre tel'lllinale tOIll-

Fig. 21. - l'ô 1\lanil C;araÎ.


Tour .principal c, courollll clllelll.

hée au pied de ila (Ill. pl.-il). Dans les deux cas elle sort d'une
espèce de calice de lotus. Mème alors que la pierre est carrée,
ce support se rapproche du plan octogonal par la saillie plus
grande que présentent les feuilles des axes (m. pl.-A2), de telle
sorte qu'une pierre terminale carrée pouvait fort bien trouver
. place sur une terminaison à huit pans. Cc même support, intermé-
diaire comme masse, existe au contraire à Phti Hung sous une ter-
minaison circulaire, dont il ne reste d'ailleurs que le contour de
base (m. pl.-O).
Nous avons rencontré en plusieurs points des sortes d'antéfixes en
LES CORPS DU KALAN t33

forme de feuille étranglée près de la pointe inférieure (1), silhouette


très fréquente dans le décor de l'art primitif (m. pl.-N); · elles
semblent avoir garni les angles du dé octogonal qui constitue
la partie enbriques du couronnement de ce type; dans l'art secon-
daire au moins, ce décor est parfois uni à la pierre terminale (2).
Nous n'avons qu'un exemple de couronnement circulaire dans
l'art primitif, encore n'est-il plus en place et son attrihution est-
elle problématique; la pierre terminale n'en a pas été retrouvée.
C'est le couronnement de D4 de Mi SO'n (m. pl.-L): Cette forme
ronde, ou la forme octogonale, paraissent avoir été préférées dans
la seconde période, sauf tl la fin (3). Noùs avons ~ème un exemple
de liùga (4) constituant le motif final. Il semble que la forme octogo-
nale ou cii:culaire, que nous voyons côtelée aux beaux couronne-
ments de DI1O'ng Long, ait influé sur le d6cor de pierres terminales
earrées, car nous ne rencontrons plus celles-ci nues, mais ornées
sur chaque face de côtes peu saillantes(5) (m. pl.-M, R). Celles-ci ne
figurent pas cependant sur les derniers couronnements conservés
à Po I\lami Garai ct il Po Romé; par contre, sur ce dernier exemple
sc voient des dessins dont le sens nous échappe (6) (m. Pl.-Z3)' .
Enfin, suivant une tradition recueillie par M. Lemire (7), certaine
tour du Binh Dinh aurait porté une terminaison métallique. Bien
que fourni à l'occasion des tours de IIl1ng Th~nh, ce souvenir ne
paraît pas les concerner, car le couronnement de l'une d'elles nous
est connu: nous en possédons le support, et sa forme carrée appelle
l'habituelle pierre finale en pyramide curviligne à quatre faces.
Celle terminaison en épi métallique, qui semblerait assez naturelle
au Cambodge, viendrait plus aisément achever les tours à moitié

(1) ~Ii 80'11 AI' Pli Nugal' de Nha Trallg (5) TMp Thâp, Linh Th(tÏ, Ymi PI·OÙ.
tour pl'Încipale ;~li San E~; Nhan mh. (6) Le R. P. Durand li cru y voir )'01/1-
(2) 1)~li Il ïm . küra quatre fois répété. Cf. n.E.F.E.-O.,
(3) Chânh Le}, B~IÏ Hïrn, Mission tle III, p. 591!.
Phanrang, tertre de Padaran; Mi San GI> (7) Les Tours kiames du Binh Dinh.
couronnement trouvé ù MiSanellh'eD etH. Exc. et Rccom. T. XIV, nO 32, p. 'HO.
(4) Pô Nagar de Nha Trang tour S. Cf. I.e., l, p. 196.
13i L'ABCIIITECTURE

khmères de Van TuO'ng. Elle ne serait possiùle que sur la haute tour
centrale, car l'une de celles de côté, la tour S., a son couronne-
ment presque complet en pierre! Le fait serait encore, ainsi, assez
exceptioniwl: tou'tefois il conviênt de signaler dans les f~agments
cons errés 11 Pô Nagar de Nha Trang la présçnce d'une belle pierre
porte-hampe d'exécution certainement ancienne (1) (fig. 45, 46).
'Nous n'avons aucune donnée sur les termina.isons d'édifices dans
l'art cubique et mixte. L'extrême fin de la tour S.-O. de Po Dam fait
défaut et ce détail n'es t pas lisible sur la. reproduction d'édifice du
tympan de Ft à Mi Sem.

(1) Si celle pierre appartient bien il la au sommet de la tour et Je vestibule


grande tOUl', il reste un doute sur sa po- aurait r eçu la pierre de couronnement
sition,; nous avons adopté l'une des solu- adorée dans la tour S., qui ne trouve
tions tians notre planche XXLl; l~ilulre est de place nulle parl. Cf. B.E.F.E.·O.; 11,
aussi acceptable : la hampe serait alors p. 40.
CHAPITRE VJl

L'ARCHITECTURE. - ÉLÉMENTS SPÉCIAUX A L'ART CAM.

Introduction, - Appliques (1), origine et transformations: pét'Ïode pl'imail·e, . art pri-


mitif,- art cubique, - arl mixle; - période secondaire. - Pièces œaccent (2) :
- form es diverses à l'origine, - leur impol·tance relative; - la pièce d'accent
ornementale; - en makara, - en apsaras et autres' motifs; ~ dans l'art cubique,
- mixte; - renlorts. - Amortissements d'angle; - leur rôle; - l'amortis-
sement <lans l'art cubique; - dans l'art primitif et secondaire, répartition; -
assiette; - les trois périodes de son histoire; - amortissements indiqués seule-
ment par leur couronnement; - amortissements spéciaux; - amorl.issemenls
des fausses portes et des fausses niches (3).

Nous abordons dans ce chapitre une des études les plus intéres-
santes qu'offre l'art cam: celle des éléments qui lui sont propres,
qu'on ne retrouve dans aucun art voisin, ni même, ü notre connais-
sance du moins, dans aucun autre art. Faut-il supposer que cette ori-
ginalité fut cherchée des Cams? Ce serait mal connaître le tradition-
nnlisme et les habitudes d'anonymat de l'artiste oriental. Ces formes
ont dù naître naturellement des lJesoins divers ct si, pour la plupart,
elles sont déj~t constituées lors de l'apparition brusque, au Vile siècle,
dc.l'art cam dans sa perfection, il ne parait pas cependant impossible
d'en reconstituer la genèse. II est. rare en tout art qu'après ]e passage
(1) Planches CXLIlI il CXLVJ. éléments que nous avions appelés dans
(2) Planches CXLVII il CXJ,JX. nos Caraclérisliques de l'art èam, B.E.F.
(3) ltappelons (VOil'llOtC'l, p.n, J.C ., 1) E.-O., J, p. 2M) ct suiv., respectivement
que les mots ({ applique », « pièce <l'ac- « pileUe ù ogive n, « acrotère» cl « pi-
cenl l) cl (, amol'Iis~cmellt n désignent les nacle l),
136 L'A nCHITECTU nE

O"raduel d'une forme il Ulle autre les intermédiaires · disparaissent


o
entièrement: ils restent à l'état de variantes, se répl~tent souvent
ainsi jusqu'aux derniers jours et$ parfois reparaissent brusquement
comme des motifs censés neufs aux derniers temps de la déca-
dence (1). C'est en ce sens seulement qu'il faut interpréter les séries
que nous présenterons : les exemples choisis d'états antérieurs
pourront être parfois, dans la réalité, postérieurs en eux-mêmes
aux exemples des types qu'ils ont amen6s: ils ne seront dans cc cas
cités que comme rappels de formes ant6rieures hypothétiques. Le
procédé est dangereux; mais l'étude de l'art éam se présente dans
des conditions tellement spéciales, comme nous l'avons dit au déhut
de ce livre, qu'il faut nous permettre l'emploi de méthodes inac-
coutumées.
La base came présente un (~lément décoratif très particulier ct
très caractéristique (2)que nous avons désign6, faute de mieux, sous
le terme un peu Yngue d'apIJliqne. Ce décor si spécial est de tous
les temps et de toutes les formes de l'art cam. Nous allons passer
en revue rapidement ses différents aspects.
Dans l'art primitif, l'applique sc pr{~sente plus volontiers sous la
forme d'un petit corps peu saillant, mouluré, qui s'élève sur la plin the
et que termine un fronton ogival: celui-ci est orné de feuilles atta-
chées à un rameauondul6 qui descend du sommet de l'ogive; elles
se relèvent toutes vers le liaut, ct domient h l'ensemble un certain
aspect do flammes. Une bande verticale, et parfois une petite figure
d'orant debout, occupe souvent le devant de l'applique (3). L'art cu-
hique y montre une terminaison toute diff6rente. La double chute de
fleurons s'étale et au . lieu de s'enfermer dans un contour ogival
affecte plutôt la forme d'un U très large renversé (4) (fig. 22). Dans

(1) ~ous en ayons un exemple typique . l'art primitif du Cambodge ( Vile-X' siècles)
dans l'art de Jaya: Cf. B.E.F.E.-O., et dans certaines constructions de l'art
VII, p . 50 en bas. médiéyal dans l'Inde.
(2) L'appliqne n'est Ilas rigoureuse- (3) ~n San D4 par exemple.
ment propre à l'art cam; on la trouye (4 ) 1\Ii San 1-'3' par exemple.
sous une forme un peu spéciale dans
f:LÉMENTS SPf:CIAUX A L'ART CAM l3i

l'art mixte, la silhouette redeYÎcnt exademcnt celle de l'applique


dans l'art primitif (1) : par contre, chaque motif correspondant à une
ancienne fcuille sc transforme en tme large plaque de rinceaux du
style de l'art cubique. La seconde période montrc une forme plus·
constante, ùérivée direetement de celle de l'art primitif, mais le
.. déeor du frollton semhle le plus SOll\'cnt n'èb'c plus compris (2) ct
bientôt disparaît, tandis qlle les plans sc multiplient (3), sc hombent(4)
pour finir par une forme g,~nérale de prisme surlIlont{~ d'une pyra-
mide curviligne troùquée (;,).
Comme on le voit, l'histoire de l'applique est eomplexe; la pré-
senee presque simultanée ùe deux types différents dans l'art primitif
ct l'art eu bique ohlige il lui reeonnaître une douhle origine. Occu-
pons-nous d'abord de l'applique dans l'art primitif: ici encore nous
allons être obligé de constater un double point de départ.
Un des dôeors courants de l'art cam consiste iL représenter dans
les parties en vue ct qui, nues, paraîtraient froides, des figures en
pl'i,~re; elles sont sou yen t sous des niches (6), mais l'abri n'est qu'un
supplément, l'int(~rôt est dans la petite figure et l'hommage qu'elle
reml au dieu; un fait le prouve: elle est souvent représentée seule
ct c'est ainsi qu'elle eonstitue le décor constant des étages iL Mi Sem;
les petits personnages sont debout deYant les pilastres ou les entre-
pilastres, qui restent lisses pour leur fournir lIll fond commode (7).
Le même décor vient tout naturellement orner la base, mais le
profil de celle-ci était trop accentué, il devenait nécessaire d'y éta-
hlir une surface plane où plit s'appuyer l'orant: c'est cc qui fut fait
sur les petits édifices comme A2- 7 , B7- 13 (pl. CXLIII-A). Ce renfort
lisse, qui permet à la petite statue de se dresser contre la hase, est
UIlC des origines de l'applique.

L'installation de ce fond n'était pas d'ailleurs un fait excep-


(1) Ex. : Bong Dml"llg tOUI' pl'Ïllcipalc, (51 1'0 IHauÏl Garai.
(2) Kalan des · Tours d'argent, Chiên (6)Ilas (Ics clltrepilastres (le ~Li So-u Il..;
Bàllg, Chlillh L(). par exemple.
(3) Mi So-Il Gl' (7) Mi So-n IIJ; Ct, 2; Dt; .
(~) PÔ Nagar de Nha Trang tour S.
1~8 L' :\ R C III TEe T URE

tionnel; c'était l'habitude il cette époque, et ce devint une règle


générale pour tout l'art cam, :de ne pas représenter les figures
isolées: presque toutes les st<ttues se détachent devant un chevet.
Celui-ci peut recevoir n'importe quelle forme, comme le montrent
les petites statues de l\1î Son (i); mais il parut sans doute plus
naturel de le composer suivant la forme de tout pignon, qu'il
fasse partie d'un édifice, d'une fausse porte ou d'une simple niche
d'entrepilastre (pl. CXLUI-D, E) . Ainsi sont exécutés les chevets des
métopes de Cl il Mi Son (2). Deyant la base, un petit corps se dresse et
se termine par unmotif de feuilles descendant d'un décor central su-
périeur; elles s'enferment dans un contour il peu près ogival. Nous
obtenons ainsi toute la série des appliques très caractéristiques de
l'art de Mi Son Ai (3), avec leur petite figure debout en avant. On
peut dire que dès ce moment l'applique dans sa forme simple est
constituée. Nous allons la voir se développer par suite de la ren-
contre d'une autre forme née d'une autre origine.
Nous avons dit qu'une des façons dont est présentée la figure
d'orant consiste à l'enfermer dans une niche, et un exemple intéres-
sant en est donné par certaines métopes de l'art primitif: ainsi
dans celles présumées de Mi Son Ci' la petite figure se détache
devant une niche, d'autant plus compréhensible qu'elle est à jour
(pl. CirE). Cet encadrement du personnage constituait un parti très
heureux: il fut couramment employé dans le décor des parements
et constitua par la fausse niche l'élément principal de l'ornementa-
tion des étages,
On l'employa de même tt l'ornementation des soubassements:
il était tout indiqué qu'il concollrÎlt à celle de la hase. Dans les
(1) Cf. I.C., J, p. 355, fig . 76, et ici (3) Mi So-n AI étage du yestihnle, le che-
fig. 72, 71. yet y dessine une ligne déchiquetée; E6 , C3 •
(2) Cf. I.C ., J, p. 385, fig. 85. C'est sui- Dt, il s'enferme dans nn contour ogival
vant Je même principe, mais en beaucoup (pl. CXXXIV -E); E3 , un nouveau chevet
plus grand, qu'est exécuté le chevet d'nne li sse s'interpose entre la figure et le che-
des petites statues de A et que seront faits vet profilé (pl. CXLlII-G); B5 ,. C4 , D6 , ce
pIns tard cenx des granrtes figures d'Uma chevet intermédiaire est remplacé pllr nne
à Nha Trang et de Çiva aux Tours d'argent. simple hande d'appui (m. pl.-B, II).
ÉLÉMENTS SPf:CIA UX A L'ART CA i\1 139

petits édifices, la combinaison était facile, et la niche prit ainsi la


mèmevaleur de fond, hien que montrant ses colonnettes de
support (i) (pl. CL-A). Il est fort possible que la présence de
la niche dans ce rôle ait contribué tl faire adopter la forme du
chèvet ogival pour le plan interposé entre l'orant et la base ; ce
qui est certain, c'est que les deux systèmes se fondirent et qu'un
certain . nombre d'appliques forment ù la fois chevet et niche (2)
(pl. CXXK-C). Si l'édifice était important, la hase était trop saillante,
la niche eût été trop hiUlte : comme pour les fausses niches, le déco-
rateu~ la composa de plusieurs plans; par exemple dans la partie
principale de la tour Ai il 1\11 San, l'applique est semblable à une
petite fausse niche à trois corps (pl. CXXXV); elle n'en a plus que
deux devant les vestibules,. et les corps postérieurs ont naturelle-
ment la forme de chevet qu'ils ont dans les fausses niches. Ainsi
l'applique se développe et nous voyons pour la première fois
11 la tour S. de Khuang My, le système mixte indiqué plus haut,
niche et chevet en corps multiples; pour plus de richesse, le plan
antérieur, la demi-niche, est ici en pierre (pl. CXLIII-F).
Dans ces exemples, l'applique ne prend pas encore un caractère
indépendant, parce que, bien que comptant déjà plus pour la masse
totale que pour la petite figure, celle-ci en est encore le motif cen-
tral.
Le passage se fit aisément par voie d'épannelage : faute de temps
ou de main:..d'œuvre spéciale, la masse longue où devait être sculptée
la figure, ne fut pas ciselée en nomhre de points (3); aussi elle ne
tarda pas il n'être plus comprise, perdit alors son épaisseur et se
. réduisit rapidement il une simple face nue, interrompant tous les
profils: c'était là, dans sasini.plicité, un motif agréable, et il est
très compréhensible qu'on l'ait utilisé sans chercher plus loin. A Mf

(1) Métopes de PhU Hung, de C à Mt {31 Édirices restés en partie en épan-


San, surtout petite figure du pignon de Av. nclage 1\1i So'U E2' 3' 7 ou achevés l)our le
(2) Appliques aux dés du soubasse- reste CI' 2' 5' Pô Nagal' (le · Nha Trang
ment B C D, appliques de D•. tour principale.
uo L'A nCHITECTURE

San ce système es t encore exceptionnel (1) et n'est guère adopté que


lorsquo les appliques sont trèspetites: ailleurs il devient courant(2)
(pl. CXLlII-I, L).
'lais cette hande nue. malgré son elfet heureux, dut paraître
froiùe en un art si surchargé; il est possible aussi qu'on l'ait
prise .comme 1'attente (l' une hande de sculptures: nous la voyons
alors s'orner d'nne suite de rinceaux(3) (fig. 23); détail curieux, la
l)etite applique de la hase enterrée sous la tour centrale de Khuang
'Iy, par suite des plus anciennes, montre déjit cc motif (4), preuve
claire que tout cc processus s'était accompli avant l'apparition des
édifices f[ue nous avons conservés ct que les exemples que . nous
en donnons ne sont que des survivances des états successifs de
l'applique.
Duns la genèse ainsi exposée, le point de départ est l'orant dehout
devant la hase; la niche ne fuit qu'aider it constituel' la forme du
chevet ct donner la multiplication des plans de l'applique. Dans
l'art cubique, au contraire, c'est la niche l'élément initial, ct c'est
à une raison très différente qu'est due la multiplication des plans,
d'un caractère d'ailleurs tout auit'e .
La niche utilisée comme décor nous est donnée en type par le
heau piMp-stal de Mi San El (5); nous la voyons constituée par un arc
surbaiss6 qui montre il ses extrémités le détail, caractéristique pour
son origine, de deux tètes de ma/mm, et par deux colonnes, ou mieux
deux petit.s piliers rectangulaires, finement profilés ct ciselés. Elle
est présentée on dans son rôle naturel de niche enfermant un ascète,
ou comme simplement décorative. Co second fait montre clairement
qu'elle offre cn elle-même. tout l'int.~rèt ct qu'elle ne prend pas sa
valeur de la .figure même qu'elle enferme; un détail confirme cette
impression: c'est elle qui, tout entière, repose sur un soubassement,
(1) Mi SO'n n, éLage B:l , amorlissemellt (3) KhllO'ug My Lour centrale ct fausse
d'angle. porte tour S.
(2) Mi SO'II.\'~, E ., Ql1ll Giimg , pir-ùeslal (~) Cr. I.C., l, p. 247, fig. 45.
Ile My TlWnll. Cf. J.(':., l, p. Hl;;, fig . 34. (r,) Cf. i.e., l, p. 410, fig. 90 bis.
lIinhLâm. Cf. B.E.F.E.·O., l,p. 256, fig. 44.
ÉLÉMENTS SPÉCIAUX. A L'ART CAM 141

et non la figure seule, ce . qui était la règle dans les niches précé-
dentes. Mais ce soubassement formait une surface nue; celle-ci
dcmandait une ornementation: elle fut obtcnue soit par la chute
d'un tapis SUl' lequel est assis le personnage abrité, soit pal' un
animal, éléphant ou lion; cc dernier est vu de ÎJrofil ou (le face,

Fig. 22. - :Mi Scm AIO'


Partie du gradin inféricur du piédcs tal. lIauteur: 0 111. 43.

assis SUl' l'arrière-train. ])e là salis ùoute est née l'antéfixe d'applique,
propre à la série ùe l'art cubique.
Nous retrouvons la mème niche au piédestal de AiO' il 1\[i San
encore (fig . 22), mais ici la figure est presque placée devant ct deux
petites bandes latérales viennent interrompre les profils pour déter-
miner l'espace vide où se dresse le petit personnage. Cette dispo-
sition marque nettement la tendance à traiter d'une seule masse
tOllte cette niche en détaillant seulement l'arc supérieur, ou mieux
en le transformant en un fronton de rinceaux. L'évidement central
H2 L'ARCHIT!ECTURE

est conservé encore pendant quelque tcm.l)S (i) (pl. CXXX-D), mais il
finit par se perdre, ct nous nou~trouvons, il Po Dam ct dans les édi-
fices primitifs de Dong JhfO'ug,' on présence d'un corps plein sur-
monté d'un fronton de décOl's fod bas (m. pl.-G). Nous avons alors un
nouveau type d'api)lique qui ne sc tlifl'érencie de celui Je l'art primitif
que par la forl11e spéciale de ce fronton, la proportion générale néces-
sairement plus lourde ct l'emploi de l'antéfixe; en outre, détail inté-
ressant pareo qu'il permet de fixer l'àge Je certaines appliques, les
profils dérivant des moulures toutes simples des petits piliers n'y
consistent qu'en quelques filets, tandis que le corps mème se raie de
cannelures, décor fréquent dcs piliers initiaux. Cette simple orne-
mentation dut sans doute paraitre insuffisante, car nous voyons une
série d'appliques des édifices primitifs de Dong DuO'ng s'orner dans
le plein du corps de toute espèce de motifs, rinceaux, lions assis,
animaux divers (fig. 64 et (5).
L'art primitif avait décuplé l'hommage rendu h la divinité par la
présence de toute une foule d'orants fictifs aux flancs du temple: l'art
cubique chercha le même résultat, connne le bouddhisme avec ses
milliers de réductions de stupa, par l'exécution, aux côtés de ce
lIlèm ~ temple, d'images minuscules de sanctuaires: c'est le sens
des appliques Je Ft à Mi SaD, qui, si on les examine de près, se
lisent très clairement comme des représentations de monumenls à
étage et à pignon, tel que fut sans doute le bùtiment dont elles ve-
naient omor la hase. Un vestibule précède. le petit édiflce fictif ct
par la porte entr'ouverte, d'où descend un perron, on aperçoit le
prètre en prière au foud du temple (pl. CXLlV-A). Les granùes appli-
ques du soubassement sont aussi il deux corps, mais dans la fonne
de niches, la première seule coutenant un persolluage agenouillé
(I?l. CXXVlIl). A la tour centrale de Hott Lai la composition est in-
termédiaire entre ces ùeux motifs: le second plan est d'un édifice

(f) "li San, piédestal Ei' AIO ; soubas- sement ct hase de F3 avec piédestal et anté-
sement et base de A'i avec soulJassement fixe, souhassement et hase A' 2' hase C;
et lion ou éléphant Cil antéfixe, souuas. salls soubassement.
ÉLÉMENTS SPÉCIAUX A L'AIn' CAM 143

détaillé, mais le premier est une véritable niche qu'il faut considérer
sans doute comme le porche ou la porte du faux sanctuaire qui
s'élèvc cn arrière (pl. CXLlV-B). Nous rctrouverons encore des appli-
ques à deux plans; mais, landis que dans l'art primitif ces plans se
suivent, en quelquc sortc concentriquement, les deux éléments sont
ici de dimensions toutes ditrérentes (i). 11 est vrai, d'ailleurs, que la
simplicité des bases dans l'art cubique ne nécessite pas une saillie
considérable d'appliques: de même, la similitude des profils de sou-
bassement et de base dans cet art permet l'utilisation des mêmes
appliques dans les deux cas, chose rare dans l'art primitif.
. Nous avons amené les deux systèmes d'appliques, parties d'ori-
gines diil'érentes, à des masses analogues il la fiu de l'art primitif et
de l'arl cubique. L'art mixte, en fondant les formes de ces deux arts,
devait unifier les appliques. Eu end, celle que nous y trouvons a
bien tous les caractère's de l'applique CIl art primitif, profils impor-
tants de moulures qui sont coupés par une bande plate, fronLon
ogival orné de la chute de feuilles, mais tous ces éléments sont
couverts de décors caractéristiques de l'arl cubique et souvent une
antéfixe ou une applique minuscule se détache en avant. Dans la
fusion de ces formes la bande verticale, restée d'ordinaire nlJ.c
dans l'art primitif, se couvre presque régulièrement de décors et
parfois, par un retour curieux qui trouve sa raison dans la propor-
tion même de cette bande, s'orne à nouveau d'une figure d'orant
cn très bas relief (2). La fin de l'art mixte à B-ông DuO"ug montre dans
ce système des appliques d'une silhouette plus élancée que les
plus minces de l'art primitif (fig. 23). 11 est vrai qu'avec la bande
décorative formant molif principal, rien ne retenait l'étirement de
l'applique, si quelque raison de composition l'exigeait, et c'est le
cas à la tour principale de :Sông DuO"ng, traitée avec une recherche

(i) Nous n'en avons d'exemple qu'à la cette bande ainsi occupée une lois, au
tour centre-Nord et la tour N. de Boug milieu d'appliques normales: c'est au
DuO'ng, qui sont d'arl mixte. soubassement tle la tour S. à Bong
(2) L'art cubique nous montre déjà DuO'ng.
J4.4 L'A RCHliTECTUn'E

d'allongement vertical évidente; la figure humaine, au contraire,


maintenait l'applique dans Ull(1 1'I'Opodion constante, sauf au cas
exceptionnel où elle était enfermée dans un cadrc spécial, comme
il fut fait aux murs 1 du môme templc (pl. eXY).

}<'ig . 23. ~ Bong DtfO'ng l. ,


Tour centrale, applique de base.

11 est inutile de suivre rapplique dans l'art secondaire; ses


transformations n'y ont rien de particuliei' et sont analogues il celles
que subit tout l'art cam dans ce tte période. Les quelques exemples
que nous en donnons (pl. CXLVI) suffisent il IllOllh'er que le décor
dn fronton n'est pIns compris ct que les corps se multiplient en s'ur-
l'ètant tOIlS sur un profil maigre unique. Nons verrons pIns loin
I~LE:\I E,NT,S SyECIA.UX A L'A.U:r èA;\I J45

comment cette multiplication d'arètes l'amena, comme d'autres


éléments, d'abord à la forme bombée (m. pl.-II), puis, au XIIIe siècle,
II la terminaison pyramidale (m. pl.-C). D'ailleurs. alors que l'ab-

Fig. 2i. - PÔ Nagar (le Nha Trang.


Tour principale, partie de pièce d'acccnl. Hauteur du fragment: emiron 0 m. 55.

sellce de l'applique est un fait l'Ure dans l'art primaire en raison de.
l'hommage qu'apportait l'orant ou la réduction dn sanctuaire, dé-
pourvue ensuite de tout élément qui lui donnùt un sens religieux,
elle téndit il, se perdre (lans l'art secondaire, ct nombre de monu-
ments qui ne sont pas parfois des moins importants en sont dépour-
10
146 L' ARCIIltECfU lU~

vus (1). Par contre on voit l'applique, simple moyen d'ornementation


facile, apparaître en des points ÏI~ttendus et.où rien ne la motivait: au
fronton des fausses porles de la tour centrale II Dông Duang (fig. i 67),
d'ans celui des fausses niches de Thl[ Thi~n; une véritable niche avait
occupé cette place au fronlon de Mi SO'n B6' ct c'est peut-êh'e d'une
disposition analogue qu'est né l'emploi de l'applique en ce point.
L'art secondaire ne montre que deux ou trois combinaisons spé-
ciales dignes d'être retenues. Aux Tours d'argent, la tour S. n'a pas
d'appliques ct leur place est tenue par une sorte de feuille qui se
contolll'Ile autour des moulures de base (pl. CXXXI-E). A la Toul' de
cuine, un fronton d'applique en pierre, seul reste de celle-ci,
montre, gravés, les étages d'une tour(:.!); le corps de l'applique devait
sans doute représenter celui du kalan: peut-être est-cc nne réplique
lointaine des appliques en réduction d'édifice de l'ad cubique
(pl. CXLYI-D). Enfin un fronlon d'applique à Chanh L9 montre un
décor inattendu, tète de monsh'e dont il ne resle malheureusement
que la mùchoire inférieure (m. pl.-E 2).
Comme on vient de le voir, l'applique est un élément nouveau
dans l'architecture, mais qui ne constitue pas un parti décoratif bien
spécial; il n'en ' est pas de même de la pièce d'accent ;d'ilUtre part
si sa position en silhouette la l'approche un peu des gargouilles de
lIolre Moyen Age, elle n'exprime pas comme elles un besoin réel ct
garde le caractère d' un pur ornement. A la différence de l'applique,
dont on peut reconstituer ,toute l'histoire par les survivances des
élats qu'e lle a tl'ayel'sés, la pièee (l'accent appamît toute constituée
au yu" siècle sans qu'aucun de ses inlel'mé(liaires ai t laissé de traces.
Force nous sera donc de la prendre telle qu'elle parait, avec les
premiers monuments conservés de l'art èam, ct d'en étudier seule-
ment les variations successiyes.

(1) Art mixte, Mi SÛ'n Cs; - classique, (2) 11 existe au dépôt de Bl.nh Dinh un
Thii. Thiçn; - pyramidal, BAng An, HUllg (l'onlon analogue qui pourrait d'ailleurs
Th~nh; - dérivé, annexes de 1)0 "Iauit ayoÏ!' la même origine (fig . 59).
Garai. Nh~n Thap, PO Romë.
ÊLÊMENTS SPÊCIAUX A L'ART CAM 147

Elle appartient presque en propre à l'art primitif, et, si l'art


cubique en fit usage, ce ne fut que d'une façon restreinte ou excep-
tionnelle. Elle paraît, en effet, intimement liée it la présence de
l'amortissement d'angle qui tient Ulln place si importante dans l'art
primitif; elle en accompagne admimblement la silhouette hardie et
semble ne disparaître absolument qll'avec lui lorsqu'il ne trouve
plus sa place dans les dispositions nouvelles de l'art pyramidal (1).
Outre l'obscurité que présente son origine, un fait vient encore
compliquer SOli étude. Cet élémen t décoratif. si intéressant comme
silhouette, était, il faut bien le recollnattre, d'un usage déplorable en
construction, car il contribuait avec la dalle d'arête il supprimer
toute homogénéité dans cet angle de briques déjà si exposé à la ruine
par la petitesse de son appareil. Aussi, büm peu se sont conservés
en place. D'autre part, la constitution mème de ce motif le rendait
des plus fragiles, ct toute pièce d'accent tombée, surtout lorsqn'elle
affectait la forme d'une dalle découpée, était une pièce brisée (2).
Cette observation a son importance parce qu'elle va nous permettre
de juger plus équitahlement de l'importance diverse des premiers
types, le nO~llhre des 'p ièces conservées n'é tant plus alors l'unique
indication. .
La pièce d'accent apparaît à l'origine sous deux types principaux
seulement, mince dalle découpée (pl. CXLVII-A) d'undécor(3) ana-
logue à celui des antéfixes, ou buste d'apsaras en haut relief (1)
(pl. CXLIX-I). Un troisième type, dont nous n'avons pas trace au

(1) C'est par erreur que nOllS aVons pièce, sculement glissée de la corniche d'u Il
dessiné IleS pièces d'Ilcccnt aux angles Ile' élagc lin tcrrasson immélliatcment infé-
la grande face (le corniche à YaÏl l'l'OÙ; rieur, ponr que la tour AI3 de Ml Scm nous
les pièces tl'accent en tête de bœuf qui en ait conservé un spécimen complet.
furent retrouvées /lu pied de ce monu· (3) Ml SO'n Ai ct série corl'cspondante,
ment devaient sans doute oruer, comme l'hông Lç. Gf. B.E.F.E.-O., l, pp. 253 et
à la tour S. de Nha Trang et à PO Rome, 255, fig. 43, PÔ Xagar de Nha Trang, etc.
Un motif supérieur. (4) Nhan mêu. Cf. B.E.F.E.-O., l,
(2) Ainsi la totalité des pièces d'accent p. 251, fig. 40; Mi Scm Ai; PÔ Nagar de
de Bong Dmmg, tours principale et cen- Nha Trang tours l)rincipale et N.-O. Il en
Irale, d'un type pIns robuste, se sont bri- existe encore au Jarùin de Tourane un
sées, et il Il fallu l'heureux hasard d'une spécimen qui doit venir Ile Trà Ki~u.
14·8 L' ,\.HCHITECT.UHE

début, devient d'un usage courant dans l'art secondaire et figure une
tète de lIIaka/'{f. Un quatrième; qùi n'eut qu'une courte forlune ail
temps de l':Ù't mixte . tl'ouYepeut-ètl'e son origille dans l'art cubique.

Fig. 25. - Pi) IOallÏl Garai.


T our principale, pièces d'accent, hahut ct amortissement de l'angle X.-E. du premier étage.

Enfin nous ne citerons que pour mémoire une pièce d'accent ol'llée
d'une scène, rencontrée il. Phông L~ .
Si l'on s'en tenait seulement au nombre des spécimens retrouvés,
ce serait la pièce d'accent en buste d'apsaras (fig. 25) qui dominerait:
en fut-il ainsi dans la réalité? Observons tout d'abord que sa robus-
tesse relative la préservait en partie d'une rupture inéyituble pour
tLf:)IE~TS SPf:CIAUX A L'ART CA)[ 149

la pièce d'accent ornementale ct que son aspect de (li,'inité la ren-


dait sacrée aux yeux des Annamites: il y a donc grande chance pour
que peu de ces pièces aient disparu. Or~ nous n 'cn ayons conservé
trace que dans un petit nombre d'édifices (1), Sur deux d'entre eux
clIcs tinrent OH durent tenir le rôle .principal, · la tour N ,-0 , il
~ha Trang et l'édifice disparu de Nhan Bieu; mais ailleurs elles
Il'occupent qu"tmc place accessoire .: l'angle extérieur reçoit une
.pi(~ce d'accent ornementale et seuls les angles intérieurs présentent
(les aps(lms; c'est ainsi qu'elles figurent il la tour principale de Pô
.;Xagar; peut-être en fut-il de môme il Mi SO'Il Ai' car les angles inté-
rieurs n'y montrent aucune trace de pièce d'accent ct nous sayons,
par l'exemple de la tour N .-0, de Nha Trang, que les apsaras étaient
facilement exécutées en hriques dans cc rôle, .l'IIais leur présence
:cn cc point n'est pas obligatoire; C2 ct Bo h Mi SO'H. ct sans doute
B3' y présentent des pièces ornementales, L'apsaras vient eneore se
substituer tt ces dernières, lorsque la place fait défaut: il en est ainsi
il la rencontre des vestibules ct ducorps principal il la grande tour de
Po Nagar ct il Mi SO'n At. En résumé, ni leur nomhre ni leur rôle ne
les rend prépondérantes; d'autre part l'éclipse presll'le complète de
ce type dans l'art secondaire (2) semblel;ait indiquer quïl n'était pas
d'un usage très courant dans l'art primitif : cependant il reparaît
bizarrement dans les derniers jours de l'art èam, il Po Klallù Gar'ai, ct
cc fait semhle montrer que la tradition. ne s'en perdit jamais. com-
pIètement.
La piôce d'uecent en lIlakara n'apparaît guère (lue dans l'art clas-
sique. Est-cc une innovation de ce temps? Cela sCl'ai t bien contraire
il toutes les habitlldes de l'art carn et de l'art oriental en général.
Il est plus prohahle que cc système avait dû figurer déjit dans l'art
primitif: aussi hien les exemples de cet art restés tlelJOut sont
rares (3), ct nous ne pouyons nous flalter que toutes les forIlles origi-:

(1) Voir note 4, p. H7. ne pent guère pro\l~nir que (l'une pièce
(2) Nous ayons cepenrlant retl'ouyé à d'accent.
Th~p ' Thâp nn petit buste d'apsaras qui (3) Six en tout , en comptant po Ill' un
150 L'ARCHITECTURE

nules y soient représentées. Nous avons bien trouvé 11 Trà I{i~u


une pièce de cette nature et etui est traitée dans la forme grasse.
ancienne, mais la présence en ce point d'édifices de basse époque,
marquée par le caractère médiocre de certains des tympans ct des
décors qui y furent rencontrés, enlève toute valeur démonstrative à
cette dernière découverte (1).
Les spécirr. "''1S assez nombreux de pièces d'accent ornementales
de l'art primitif (2) trouvées en place (3) ou dans les fouilles({) présen-
tent une similitude d'aspect presque complète (pl. CXLVII). Cepen-
dant, celles de Pô Nagar 11 Nha Trang paraissent déjit tendre à réunir
en une seule grande feuille dentelée les rameaux multiples des
plus anciens modèles (m. pl.-E et fig. 24). Ce système s'accentue
dans l'art classique. : tandis que le nombre des évidements dimi-
nue , les motifs supérieurs se ramassent en une corne unique (5)
(pl. CXLVIU-E). Redécoupée à l'intérieur de ce contour général
il Thil Thi~n, la pièce d'accent se rapproche d'assez près du type
de Pô Nagar. Pleine, sa surface se couyre d'ornements saillants,
spirales en relief qui .ne sont autre chose que le développement en
épaisseur des petites volutes terminales des feuilles plates originelles;
une nervure centrale . sê dessine, s'accuse par une forte côte (6)
(m. pl.-D), finalement se transforme en serpent la tète en bas (7).

les édifices de la série A. tIe l\li San: les les pièces d'accent ornementales de l'art
autres sont Chim Sem, Hinh Lùm, ]{huang primitif cam la transposition Cil décor
l\ly,Nba Trang ct lIiing An; encore Chim .d'un groupe de na[la; la présence cons-
San est-il si ruiné que nous n'avons pu tanle de ceux-ci comme antéfixe d'angle
en donner de relevé, et oucune pièce d'o(}- au Cambodgo et la vogue du type nu
cent, s'il y en eut aux corniches, ne s'est makam, à moitié confondu au èampa
conservée à Binh I.àm et il I{huO"ng My. avec le lIaga, semblent confirmer celle
(1) Plus probante est la présence, ùans hypothèse.
le groupe de sculptures au caractère si (3) Mi SO'n A., D3' ~ , C2 ; Pô Nagar de
ancien de Phu Hung, (l'nne crête de ma- 'Nha Trang tour principale, DAng An.
"ara qni semble hien provenir d'uno (4) Mi SO'n, diverses; Phông L~; Nha
pièce d'accent.. Trang.
(2) Feu le docteur Brandès , dont les (5) Tours d'argent, de cuivre.
idées si intéressantes snr la tl'Unsforma- (6) Mi San Il., Cluinh L9
tion continue des décors hindous ont (1) Th*p Thûp, Phuo-c Tjnh, PÔ IUauü
péri en grande partie avec lui, voyait dans Garai.
ÉLÉ:\IENTS SPÉCIAUX A L'ART CAM f5t

Malgré tout, cette silhouette pleine a perdu son esprit; pour lUI rendre
du caractère, le décorateur relève les feuilles basses en crochets
circulaires au-dessus et au-dessous de la queue droite (t) (m. pl.-A),
tandis que, pour varier l'effet, il couche les feuilles supérieures sur
un contour lisse (m. pl.-G), détache celles d'en-dessous en saillies
aiguës (2). On voit encore la corne sc retourner en arrière (3) (m. pl. -1\1),
la masse se décorer d'ornements floraux en spirales plates qui rap-
pellent les crosses de fougères (4.), l'ensemble s'{lVider à nouveau sur
l'axe (5) (m. pl.:E). Leplus curieux n'est pas cependant cette variété
de transformations, mais bien la persistance du type initial: on le
retron ve presque identique, soit en pierre, soit en terre cuite, dans
toute l'époque classique et jusque dans les édifiecs de date avan-
cée (6). Il est tout naturel que nous rencontrions le type primitif ft
Ml San E4 (pl. CXL VlI-l) au milieu de motifs très différenciés,
mais il est plus curieux de le revoir à Chiên IHmg, plus découpé
encore qu'il Ml SaIl. Cette survie n'empêcha pas. cependant, cet élé-
ment de se transformer finalement en une masse presque informe
que le dernier goût éam, celui qui inspira les sculpteurs du Binh
Thu~n, mua à Pô Homë en sortes de larmes (pl. CXLVIII-D) et
maintint sous un aspect de cornes grossières jusque dans les
modernes bamll1i de Phanri (m. pl.-.1).
La pièce d'accent en forme de makara paraît avoir été réservée
presque exclusivement pour le. décor des arêtes intérieures de la cor-
niche sur le pilastre d'angle: elle est sculptée en has-relief et non
en ronde bosse ct sur une seule face; l'autre, tournée du côté du mur,
était presque invisible ct resta nue. En un seul cas, daris une pièce
assez petite, autrefois conservée ft la banque de Tourane, les deux
faces sont sculptées, et il est probable que cette piècé d'accent ornait
un angle extérieur. Dans les exemples en pierre, le modelé est assez

(1) !\li SO'n HI' sanctuaire de MatrliIi- (4) Chanh LQ.


geçvarï à Nha Trang. (5) Mt SO'n G10 CMnh LQ.
(2) 1\1i So'n Gj , terre cuite. (6) Chanh LI}.
(3) Id.
152 T/.\nCIIITECTUHE

gras, tout en restant . très ferm n (pl. CXLlX-C. D) ; dan s ('eux cn


terro cuite au contraire, il esCdésespérément sec (m. pl.-A, F, E et
pl. CLXXIY-F. JI) . Baroment le makam d'accent laisse sortit· de sa
gueule quelqu e figure ; le fait se présente pourtant il :\li SO'n E1 ct
tIans la pièce de 'romane: du premi er s'échappe un guerrier, tIn
second un naga. La trompe ne se détache jamais sur le ciel: elle eM
donné une ligne trop molle ; une corne, analogue h celle qui finit les
pièces d'accent ornementales de hasse époque, l'nchèye et sert tle
fontl ;1 l 'enroulement terminal.
Le (lécor de la pièce d'accent en aps((ras n'a jamais yarié et nous
n'y insisterons pas. La figure y montre les traits ct le costume hahi-
tuels; les mains unies SOllS les seins tiennent immanquahlement un
houton de lotus (pl. CXLIX-l). Les ailes ne semhlcnt pas 11yoir
été sculptées dans la {lil'ce; les l'enforts dn la gmude face sans doute
en tenaient lieu. Les apsaras de Po Klami Garai sont d'une exécution
maladroite ct prennent un Cal'aetèl'C particulier de la coiffure hizarre
du temps (m. pl.-M ct fig. 2:;).
Pour en finir lLyeC la pit~ce d'accent dans l'art primitif et les arts qui
en dérivent, il faut encom en signaler quelques-unes en forme d'ani-
maux, paon il Mi SO'n E4 et Chanh 1.<) (pl. CXLYIII-K)., tête de bœuf an
co uronnement de divnrses tours tle hasse époque. Ces dernières sont
taillées dans la hrique au sommet de la tOUI' S. il l'ha Trang, dans
la pierre am: autres (t) ; clle ne sont restées en place qu'il. Pô Bomé.
:\. Po Sal).. dans un édifice qu'une stèle indique comme assez récent
( 1306). de curieux lIaga d' une fa cture trt'~S sèchè, mais d' un caractère
assez franc, paraissent avoir joué un rôle analogue (pl. CLXXIV.,.G) .
A Ilung TllI.mh, dans la même place angulaire, un éventail de nCÎ[la
"ient se coller aux parois, rappelant pent-ütre une origine commune
(m. pl.-E).
Enfin il est un système de décors saillants, il section ronde, que
nous avons trouvé ;l Mi San E4 ct ;l Chanh L<) dans les fouilles, concur-

(i) Po KlaUli GIll'ai, l'ail l'l'OÙ, l'llIllrC 'l!lIh.


}<~LÉl\IENTS SP}<~CIAUX A L'ART CAM 153

l'emment il de nomIu'euses pièces d'aceeilt ordinaires (pl. CXLYIlI-


1, N). Peut-ètre s'agit-il de l'exécution en pierre d'un élément spé-
cial de décor que l'état de ruine des monuments ne nous a permis de
reconnaître qu'une fois: les amortissements d'angle il Nha Trang
reposent sur un soubassement relevé aux angles en feuilles grasses,
tt'ès analogues comme mouvement aux motifs en question (fig. 26
il droite ct :30, id.). Le hasard de nouvelles découvertes permettra
seul de résouùre la question.
L'art cubique semble n'avoir fait qu'un usage nul ou très. res-
h'eint de la pièce (l'accent: elle présente d'ailleurs une maigreur.
donne une impression de déchiqueté qui va très bien avec la finesse
de l'art primitif, mais cadrerait mal avec le caractère de lourdeur
rohuste de l'art cuhique. C'est cette raison sans doute qui n'en per-
mit l'as l'emploi, plutôt que la forme il cavet de la corniche, car il
ne semble pas y avoir incompatibilité entre ce profil et la pièce
d'accent. Une daUe d'arète nous indique pour Phông L~ ce type de
cOl'lliche, ct c'est ce monument ruiné qui nous a donné un des plus
heaux exemples de pièces (l'accent ornementales. Nous !le rencontrons
dans tout l'art cuhique qu'un spécimen de ce motif; encore pro-
vient-il des 11écomhres Ile l'énigmaliqlleMi San Af i (pl. CXI..lX-J).
Cette pièce, en terre cuite, d'une forme toute différente de celle
de l'art primitif montre un contour arrondi et massif. Peut-être, s'il
exista des pièces d'accent dans cette forme d'art, vinrent-el1es sim-
plement en antéfixes d'angles dans le décor des terrassons comme à
.lava ct au Cambodge - comme il est indiqué aux réductions d'édi-
fices que sont les appliques de IIoà Lai - comme enfin en possède
la tour S.-O. de Pi) Dam (m. pl.-G). La forme de celle découverte
en Mi San Aft conviendrait très bien il ce rôle.
Lorsque l'art mixte semhle s'l'ltre constitué d'un rapprochement
de l'art ,cubique avec l'art primitif, la pièce d'accent était un élément
tellement caractéristique qu'il devait figurer dans le nouvel art (i).
(1) Un détail montre combien celle le nouyel art' sa présence est réduite au
forme est opposée ù l'art cubique: dans minimum, les pièces (l'accent des angles
IH L'ARCHITECTURE

Nous voyons alors naitre une. forme qui paraît dérivée d'éléments
analogues il la petite pièce d~ Mî San A f i ; elle s'empàte au départ
dans une masse curviligne très originale; et celle-ci lui donne la
robustesse qui manquait iL la pièce d'accent de l'art primitif (i)
(pl. CXLIX-K). Elle disparut avec l'art mixte et ne laissa aucune
trace dans l'art secondaire.
A quelque type qu'elles appartinssent, les pièces d'accent étaient
fixées diagonalement dans la maçonnerie par une longue queue de
pierre: cette disposition présentait l'inconvénient signalé de dé-
couper l'angle droit en deux autres angles de 45° dont la pointe, en
matériaux aussi petits que la brique, était de conservation précaire.
Les Cums s'en étaient rendu compte et cherchèrent par divers
moyens à diminuer les chances de rnine. L'un des plus fréquemment
employés consiste iL augmenter la masse oe chaque languette de
briques par un renfort: il affecte une forme courhe qui le rapproche
du dessin d'une aile; aussi peut-on se demander si l'origine n'en est
pas dans celles des apsaras, pièces d'accent qui. eomme nous l'avons
vu, en sont toujours dépourvues dans leur partie de pierre. Un fait
confirme cette maniôre de voir: c'est la présence d'ailes finement
taillées dans la brique aux apsaras des fausses portes de Binh Lûm.
Un autre semble à première vue y contredire :à Ml SO'n B5 1es mêmes
renforts sont couverts d'élégants rinceaux; la difficulté n'estpeut...;être
qu'apparente, car, ornementales, ces pièces ne pouvaient être accom-
pagnées d'ailes véritables (pl. CXLVII-D 3).
Dans d'autres cas, la qüeue de la pièce d'accent s'engage dans
une rainure ménagée dans une pierre de coin (2) (pl. CXLII-D) ou
même dans un véritable canal de pierre (3). Malgré ces précautions,

intérieurs font Iléraut" dans les l'arcs élli- primitif, a fourni une pièce d'accent qui
lices debout: Bong Dl1Cmg tour centrale, pourrait, dans une certaine meS\lre, servir
l'U SonA 12 , 13' et tontes manquent dans d'intermédiaire entro la pièce d'accent de
d'autres, l'U SO'u Alo , B~. l'li San A' 1 et celle-ci (pl. CXLIX-L).
(1) Bong DI1Ü'ng tours. principale et (2) Mi SÜ'n BI ,Phli ThU1~n.
centrale, Mi SÜ'n A12 , 13' La tour A'4 de (3) Mi SÜ'n At.
Mi SÜ'u, qui parait cependant plutât d'arl
ÉLÉMENTS SPÉCIAUX A L'ART CAM tà!S

la chute de ces pièces se produisit très fréquemment et entraina


avec elle la ruine de la corniche, du bahut et de l'amortissement
qui s'appuyaient sur l'angle de la maçonnerie.
Aussi l'amortissement d'angle n'est-il guère mieux représenté
que la pièce d'accent, ct c'est parce point que les monuments cams
accusent le plus leur ruine. C'était encore un des éléments très
caractéristiques de l'art cam, Lien qU'il un degré moindre que l'ap-
plique et surtout la pièce d'accent; nombre de motifs en effet le rap-
pellent dans l'ad de Juva, dans tout le groupe des monuments de
l'art primitif au CamLolIge ct mème dans les premiers édifices lIe
l'art ll'Ankor, comme aux pràsàt lIu Phnoql 1(rom, par exemple. Le
. rôle de l'amortissement lIans la composition came est facile tl saisir.
Lorsque les étages se retraitent rapidement, la fausse niche répétant
la fausse porte ou la fausse niche immédiatement inférieure présente
une transition aisée sur l'axe ct tout le détail s'enferme dans une
harmonieuse ogiye (cf. pl. LI). Il n'en est pas de même SUl' l'angle,
où l'allongement diagonal exagère encore la saillie tIc chaque
étage. Il fallait un motif pour occuper cet angle et donner au contour
angulaire le même enveloppement curviligne. Par un hasard heu~
l'eux, l'artiste cam fut amené à l'attacher nettement ce motif au
corps inférieur; il en fait alors comme le prolongement du pilastre
d'angle, de sorte qu'à la rencontre de deux étages, les deux niveaux
se liGnt intimement, s'étreignent comme des doigts entrelacés, les
. saillies du plan de l'étage supérieur que constituent les fausses niches
pénétmnt dans les échancrures laissées p~r les amortissements qui
prolongent le corps inférieur (cf. plan des étages lIe Pô Nagar de
Nha Trang tour principale, pl. XX.)
L'art cam n'adopta pas d'une façon complète l'amortissement
d'angle. L'art cubique semble ne pas en avoir possédé, ou, s'il en
eut, ils n'y furent qu'exigus. La raison paraît en ètre justement
dans la réduction bien moindre des largeurs d'étage. Peut-ètre de
simples antéflxesd'angle purent-elles en tenir lieu, comme celles
que montrent les édicules appliques de Hoà Lai et la tour S.-O. de
:156 L'A R C Il 1TEe T URE

Pô Dam. Si l'art cuhique a possédé de réels amortissements, ils


devaient plutôt correspondre li, chaque pilastre; c'est ce que paraît
indiquer la tour N. de I10à Lâi: au-dessus d'un pilastre voisin du
centre, se dresse un dé rectangulaire orné d'un cadre; il est com-
parable h nn motif qui s'élève sur une des fausses portes de cette
tour S. de Klmang My (pl. CLV), si apparentée par certains détails
à l'art cubique : dé rectangulaire terminé par un couronnement
Imlhé, cette pièce est analogue aux éléments intermédiaires du sou-
bassement II la fausse porte de Binh Lüm. Peut-être peut-on retrou-
ver une nouvelle preuve de l'existence d'un motif de ce genre dans
la forme d'amortissements des édifices d'art mixte. Mi San A12 etA 13 •
L'amortissement n'y adopte pas le type classique de l'art primitif,
mais est constitué par une sorte de grosse applique h quatre faces.
L'emploi de l'amortissement est, par contre, constant dans l'art
primitif. Les monuments de Mi San qui peuvent en preSsenter en
montr~nt presque tous des traces (t) ; ils sont indiqués aux autres
par la largeur plus grande du pilastre d'angle (2) ; seuls les petits
édifices paraissent en avoir été plus facilement dépourvus (3). Aux
tours de Klnwng My, les angles sont dans un tel état que toute en-
quête est impossible; par chance nous avons découvert un cou-
ronnement d'amortissement culbuté sur le premier terrasson de la
tour centrale. Faute d'une semhlable trouvaille, nous avions conclu
pour la tour de Binh Lüm par la négative (4). La similitude presque
complète que nous avons reconnue depuis entre cette tour et l'art de
Mi San At nous fait croire aujourd'hui qu'elle ditt plutôt en présen-
ter également (5). Quant II Pô Nagar de Nha Trang, c'est le monument
qui nous en fournit les exemples les mieux conservés.

(1) Mi San AI' B3' 5' C2 • qu'ils ont duré dans (les édifices moins
(2) Mi San Cl' 3' hien conservés.
(3) Mi San '\2-7' B;-13' 11 6 , lissez impor- (4) Cf.).C., 1, p. IGi.
tant cependant, fait. exception ct dut en (5) La ruine absolue des angles laisse
être dépourvu, cal' il est. peu vraisem- toute liberté à.la discussion, et le seul ar-
blable, dans l'état où sc trouvent sa cor- gument qui nous décidait avant l'exécu-
niche etson terrusson, que les amortisse- tion des planches,la présence de métopes,
ments aient totalement. (lisparu, alors que les amortissements eussent cachées,
f~LÉI\I.ENTS SPÉCIAUX A L'AHT CAM {57

L'art sccondairc nous a conscrvé la plus grandc part de ses


amortisscments ; lc pI'ohll~mc dc leur cxistencc nc sc posc quc pOUl'
Mi Scm Bi' Chièn :Situg, 1\1i SO'n G1 ; il cst résolu affil'mativcmcnt poui'
tOliS lcs trois l'al' la préscnce dans les d~c.;ombrcs dc lcurs couron-
nements; il l'cst dc mèmc pOUl' lcs éllific.:cs complètcmcnt .l'uinés,
cOlllmc Mi SO'uBl' :S<.lÎ Hfm, PlnrÛ'c l'jnll, n n'y a dc doùtc quc pOUl'
la tour d'entréc au groupe (lcs Toul's d'argcnt. Un scul cnscmblc
IlC présentc pas d'amortissemcnts, ce sont les tours si cambodgiennes

dc Y[tn TuO'ng,
L'amortisscmcnt d'anglc rcposc, soit pal' son soubassement
propre, soit pal' l'intcrm{!diaÎl'c du bahut g<Snéral, sur la gl'amlc fac.:c
dc cornichc, L'assicttc nécessairc est obtenuc pal' une saillie plus
grandc ùe la cOl'niche au droit du pilastre d'angle; pcut-ètro sel'ait-il
mème plus juste dc dit'c que c'est le seul point où la cOl'lliche ait son
yérilablc profil et que padout ailleurs elle cst c.;amiu'(lée pOlll' donner
au lMcrochcUlent (le la gl'andc fac.:c une saillie plus forte. Aillsi
. le départ (le l'amortissemcnt est netlCllWllt mal'(llllJ ct les pi(~l'cS
d'acCIlnt aux angles int<'~l'ieu['s viennent eileore l'aeeuscl', Malgl'll la
l'éduction de l'étage en lal'gelll'" l'amo1'lissement est souvent g(~llé et
tuuche l'arète du corps {lu'il cnferme : it la lOlU' principale tIc ~ha
T,'ang, lc constructeur n'a pu exéeutcI'le couronnement de celui du
H" étagc, enl' il se flH rcncontré a\'ec la pièce ù'accent del'ullgle
du Ille, pal' bonheur rcstéc en place.
L'histoit'c dc l'aIllodisscmcnt d'anglc est des plus curieuses, cl,
à la dill'él'cllec ùe celle de l'appli(Iue, toutes les transformations s' y
sont suc,c édé dans le temps mème où les monuments conscrv(~s
. nous permettent de connaître sùrell1ent l'ad du Campa. On peut y
distingucr trois périodes bien tranchées. Dans unc premièl'eépoquc,
qui correspond it l'établissemcnt des édifices dc la série Mi San Ai'
l'amodisscment est tl'aité en véritable petite tOUl'éley(lc h l'angle
de l'étage immédiatemcnt inférieur, Dans urw seconde période, qui

tombe de lui-même: la planche marque nettement qu'elles fussent restées en tout


C, IS apparentes,
faR L'ARCHITECTURE

comprend la fin de l'art primitif ct presque l'art classique, nous


voyons l'amortissement parti Ide cette forme donnée, évoluer de
deg-ré en degré jusqu'à sa forme caractéristique ct sc liel' d'une
façon plus intime il la par?i inférieure qu'il complète; en dernier
lieu, il sc réduit à une masse en pyramide curviligne.
L'origine même de l'amortissement n'a rien d'extraordinaire.
Lorsque, dans la composition de l'édifice cam, il s'est agi de garnir
les angles qui paraissaient vides, l'architecte, comme tous les
architectes éleyés iL l'école de l'Inde, ne s'embarrassa guère, ct,
comme pour meubler la grande terrasse de Mi SO'n At il éleyait aux
angles des templions qui ne sont que de minuscules kalan, il dressa
sur les coins du terrasson à vide d'autres réductions de tours plus
petites encore. Kous ,n'avons aucun exemple complet d'amortisse-
ment d'angle dans la série de Mi SO'n Ai (fig. 18 ct pl. CXXXIV -Ci)'
Presque partout ils sont brisés au-dessus du corps, élément principal
du minuscule kalan. Cette partie, ornée de pilastres ct d'une corniche
saillante, munie aux angles de pièces d'accent, cantonnée de quatre
fausses niches, repose sur un soubassement qui règne ayec le bahut
ou le domine. A Mi SO'n Au le soubassement est une composition il
multiples arêtes ornée en son centre d'un beau gar1l~a les ailes M-
ployées (i). Aux autres édifices, c'est une suite de petits dés ornés
d'atlantes (2) ou d'appliques nues (3). Les fausses niches qui, en Ai'
encadrent des orants, ailleurs sont yides. Ces réductions de halan
curent-elles le même nombre d'étages que leur modèle? Il est dif-
ficile de le savoir; cependant les templions de Mi SO'n Ai' déjit moins
réduits, semblent fournir une indication qui a fortiori vaudrait pour
les amortissements. Nous possédons sans doute la pierre de couron-
nement d'un des templions A2-7 (Pl. CXLIl-J) ; elle serait trop grande

(i) Les planches LXXI et LXXII, qui se petit nous avait échappé. Aussi avions·
rapportent à la tour Mi SOIl At, sont nous indiqué à tort ce garw/a comme
fausses sur ce point. ~ous n'avons pu éta- servant seulement de support à la figure
blir cette lecture définitive, que nom ga- centrale du petit corps de /calan.
rantissons, que .sur l'agrandissement d'uIl (2) Mî SCfIl il.:;, (;2'
cliché où cc détail de soubassement trop (3) Mî SOIl n ,
J
É L É i\1 EN T S S P É ClAU X A 1: A ln CA 1\1 1!,9

l'our la réduction normale d'étages: car elle n'est pas II l'échelle de


celle de la grande tour. Il est donc probable que les Cams n'ont pas
poussé la copie jusqu'il l'absmtle et que sur ces petits ensembles ils
ont réduit le nombre des élémenls horizontaux. Les amortissements

Fig. 26. - Pô Xagnr cIe "ha Tmng.


Tour· principale, pièce d'accent, amortissement de l'angl e N,·0. ,lu Ile' étage .

d'angle si merveilleusement conservés II la tout' principale ùe Nha


Trang viennent 'confirmer cette manière ùe voir: ils ne comportent
en effet que trois étages, soit un de moins que le kalan (fig. 26).
Dans l'amortissement ainsi conçu ct placé à cette hauteur, les
seuls détails qui comptaient réellement étaient les diverses corni-
ches, soulignées encore par le rapprochement des pièces d'accent
160 L'ARCHITECTURE

displ'oportionnées, Aussi l'un des courants qui yont transformer


lcrnotif de petit édifice, poin'! de départ, sel'a le développement
continu dc cct effct. Cette tcmlance sc monti'e déjil nettcment dans
les amortisscments de,la grandc tOUl' à Pô Nagar (pl. XXII), Dans
ccux-ci, le corps, plus haut encore que le soubassemcnt, est déjü
hicn moins important qu'à ?\Ii San; il commcncc tl nc compter
tlue comme le premier terme de ' la rédtiction proportionnelle des
étages, Il repose :ici SUI' un souhassemcllt en douhle doucine dont
1I0US verrous eIlsuite lu fortune rapide, Corps ct étages comportent
chacun fausses nidles ct pi,~ecs d'accent e\:téricUl'cs, ct lc passagc de
l'lin il l'antre sc fait l'al' UII petit tCl'l'Hsson garni d'antdixes d'angle,
Le soubassement Il'a CO/llllle de juste pas de piôtcs d'accent, mais
sc rell~ve .aux <lllgles par cc motif de feuille tl'ÔS franc flue 1I01lS
avons signalé ct (l'IÏ fait la tnlllsiti.on elltl'C la gmndc piôce d'accent
de corniche cl les piôccs d'acccnt plus pctitcs de l'amol'lis5c/llcnt.
La terminaisoll est ici Cil hriques ct assez simple: c'est lInc pctite
pyramide cur" 'ilignc qui sc détache d' ull plateau carré ol'llé d'antl'-
fixes aux angles et SUI' les axes, Cellc eomposition Mait plus COIII-
pliquée ct plus suhtileaux amortissemellts dispal'Ils ùe la tour cell-
traIe il KlnwlIg ?ilS' (pl. CXLlI-Q),
Avcc le kalan pl'incipal des '!'Olll'S d'ar'gent (pl. XXXV), 1I0US
'lI'1'i,'ons peut-ètrc, d'ailleurs apl'ôs tIIl espace de temps apP,'éciable,
sans doute lU'ôS de llcux siôc1es, à un motif déjil hie/1 transfol'mé. Il
est impossiblc ici de llistillguer un corps principal , et lc soubas-
sement de l'amortissement Il cessé d'ètrc spécial; il continue
seulement le bahut général ct peut-ètl'c . s'orne comme lui d'ap-
pliques; en outre, les étages sc sont déjà multipliés ct dépassent le
nombre de quah'c du petit kalan fictif de Po Nagm',
Bicn plus considérable est leur nombre tl la ToUl' de cuivre (pl. LU).
Une nom'elle modifieation s'accusc :it la Tour d'rlrgent, les étages
avaient adopté la forme simplc de deux doucines opposées; ici cette
forme descend au soubasscment de l'amol'lissement, et, détail parti-
culièrement intéressant, le même profil est adopté par le bahut, de
161

sorte que l'amortissement perd encore un des éléments qui le différen-


ciaient de l'ensemhle. Bien plus, alors que le hahut cesse de s'orner
Li"appliques, ,d alls la parLie où il court entre les Hmorlissmnenls il en

Fig. 2ï" - Pu lllanù Garai.


Tour principale, amortissement ùe l'angte S.-O. du lI< éLage.

reçoit une au droit de ceux-ci et s'oruo, à ses angles extérieurs comme


intérieurs, ùe pièces d'acecnt. Alors l'anlOrtissemellt se lie complè-
toment à la façade qu'il surmonte; son pied pose Ilirectell1cnt sur
la corniche; sa rangée de pièces d'accent répète les pièces d'accenl
de celle-ci, et lcbahut commun le ratlache plus frandwIllent encore à
11
162 L'ARC HITECTURE

la corniche sur laquelle ce del'Iüer court seul entre les motifs d'an-
gles, A ce moment l'amortissl1ment a complètement changé de sens
et il a pris définitivement son caractère d'union d'un étage iL l'autre.
La façon dont les rangs de moulures s'interrompent devant les fron-
tons d'applique (1) montrent bien il Thil ThiOn (pl. XLI) que tout
souvenir du sens primitif est perdu; les renforts tIc pièces d'accent
prennent une importance prépondérante et viennent, d'une façon fort
inattendue, garnir les façades moulurées en leur milieu. Ainsi s'ac-
cuse la modification qui va donner il l'amortissement un troisième
aspect. Nous retrouvons le mème système iL Nhl}-n Thap (pl. XXIX),
mais alors que les renforts d'angle subsistent, les pièces d'accent ont
disparu. Sans doute quelque intermédiaire nous manque, quelque
édifice où des retards dans l'exécution ou l'approvisionnement des
pieri'es firent laisser iL vide les angles qui attendaient leur éner-
gique décor. En cet état de Nh<;tIl Thap il suffisait de quelque nou-
velamortissement resté en épannelage pour amener la naissance
d'une forme analogue iL celle de Po mauÏl_Garai, ct nous la voyons
déjil réalisée aux amortissements des fausses niches de cet édifice
même de Nhl}-n Thap. C'est qu'en effet, l'amortissement dans la
multiplication continue de ses rangées de moulures, de ses anciens
étages si l'on veut, s'était rapproché de plus en plus de la forme
d'une pyramide curviligne; que la nécessité d'y incruster des
pièces d'accent se perdit, ct il était tout naturel de constituer cette
partie de l'édifice dans l'épannelage qui indique sa forme, pour le
ravaler ensuite d'après ses plans de moulures, suivant la méthode
constante employée pal' les Cams, Le passagene dut pas cependant
être immédiat entre l'épannelnge inachevé ct la forme nouvelle, car
l'amortissement de Po mauit Garai (fig, 25 et 27) présente certains
décors spéciaux qui le rattachent iL la composition de l'art pyra-
midal, où la voùte extérieure naquit peut-être d'un processus ana-
logue. Hien, dans l'amortissement çle Thü Thi~n et de N1Wn Thap,

(1) Cf. I.e., 1, p. i8:t


ÉLÉMENTS SPf~CIAUX A L'ART CAM 163

n'appelle et n'explique la présence ici des deux hahuts superposés,


le décor des faces et la garniture de lotus aux angles. Ces motifs,
au contraire, o{fn~nt la plus grande analogie avec les ornements de
la yoûte au sanctuaire de Yaù lIIU1lJ (pl. CVII), contemporain de
PO Klauù Garai. Le passage est bicl: plus aisé entre les amortisse-
ments de ce dernier monument (pl. XIII) et ceux de Po Romé (pl. X~ .
il ne s'agit ici que d'une simplification maladroite et sans doute
involontaire.
L'existence de leurs pierres tel'!Ilinales ne nous apprend pas
grand'chose sur les amortissements dont il ne nous est resté que ce
seul témoin. Carrés, ils semblent indiquer il Chi~n Bimg ct iL 1\Ii SO'n
.Gi des amortissements nOl'Inaux dans la forme de quelqu'un de ceux
que nous venons de décrire. Si notre attribution est exacte, ceux de
B<;Li Hfm, octogonaux, et ceux de 1\Ii San Bi' circulaires, correspon-
dent peut-être il des formes spéciales.
Il existe, en eIret, un petit nomhre d'amortissements d'angle
qui ne rentrent pas dans le type général inditJué. Nous ne les ren-
controns guère qu'iL Nha Trang, sur le Ile étage de la tour prin-
cipale et sur le 1er du vestibule, ainsi que SUl' le corps du sanc-
tuaire N.-O. Nous en avons donné une description trop détaillée
dans la première partie de ce travail, p. f 23, pour y revenir ici :
une photographie en fera mieux revivre l'image (fig. 30). Nous
ignorons si cette forme fut représentée dans l'art primitif de
Mi San: elle a des rapports évidents avec les motifs qui ornent les
fausses portes de Binh Làm en bas ct au premier niveau du fronton
du corps postérieur (i), bien que la silhouette de ces derniers soit
plus simple; il en est de même des amortissements de la fausse
porte de la tour S. de Klmang 1\Iy (pl. CLIV et CLV).
Nous ne trouyons qu'un exemple de ces formes spéciales dans
l'art secondaire: encore le dé inférieur, déjà bien réduit iL Nha Trang.
y a-t-il complètement disparu; c'est il la tour S. du groupe des

(1) Planche XXXIX et I.e., l, p. 169, fig. 31.


164· L'ARCHITECTURE

Tours d'argent, construction sans doute de basse époque et qui unit


peut-être dans sa décadence des éléments pris aux arts antérieurs:
forme d'amortissement il l'~rt primitif, parti d'alignement sur la
corniche à l'art cubique.
L'amortissement d'angle ne se rencontra pas uniquement dans
la décoration des étages; il tint une place importante dans celle
des fausses portes et des fausses niches. Nous en avons signalé un
~l la fausse porte S. ,de Klll10ng My tour S. : il n'est pas angulaire;
à Mi Son Ai' fausse porte S., leur existence a,ncienne est attestée
par l'inachèvement de la paroi qu'ils masquaient; il n'en reste
qu'une faible hauteur il la porte de Mi S<Jn Bo' Un exemple cn
pierre provient peut-èb'e de B3 (pl. CXLII-G), et les pièces analogues
'IUC nous avons renconh'ées ~l Qua Giâng (m. pl.-S) eurent peut-ètre
la mèmc raison d'ètre. Les fausses niches en présentent aussi; ils
sont rcconImissables il ~li SaIl Al' B3' il I{huoug My tour centrale.
Ils disparurent de l'un et l'auh'c points quand l'emploi des gmIlds
frontons les rendit inutiles. On les retroU\'e cependant encore il
Nh~n Thap, en un des rares exemples relativement modernes où le
parti ancien se soit conservé (pl. XXIX).
CHAPITRE VIII

L'ARCHITECTURE . - LES BAIES E\.TÉRIEURES (1)

Contenu du chapitre. - États divers de conservation des éléments étudiés ici. -


- Diyision de l'étude des baies. - Composition décorative d'une baie en arc (2);_
étude de ses éléments: l'arc'; - supports de l'arc: piliers et colonnes; - leurs
profils (3) . - Chevet; - linteau; - linteau mixte; - tympan; - corps du
chevet; - fronton en as de pique et bombé. - Corps postérieur; - en kalan;
- en édifice à étage et à pignon; - à frontons successifs; - concentriques. -
Baie en coupure et fausse porte en aile. - Les portes (4). - Les fausses portes (5).
- Les fausses niches (6). - Fenêtres (7). - Pignons; - décors de pignon (8); -
antéfixe, corne faitière . - Garurja et feuilles rampantes . - Voûte à extrados
apparent.

Dans ce cadre vaste, nous ferons tout d'abord entrer ce qui est
réellement baies dans les édifices ca ms : portes et fenêtres; - puis
des éléments qui s'y rattachent de très près: fausses portes, ou de
plus loin: fausses niches. A vrai dire, certaines des fausses portes ne
peuvent guère être considérées comme des copies d'ouvertures:
quelques-unes, dans l'art cubique, semblent plutôt des annexes
pleines accolées aux parois; mais nous compliquerions cette étude
inutilement si nous les séparions des simples fausses portes dont
elles occupent la place. Les fausses niches ne sont rattachées à ce
chapitre que par un lien plus subtil encore: elles tiennent aux étages

(1) Planches CL à CLXIV. (S) Planches CLIII à CLVll .


(2) Planche CL. (6) Planche CLXIII.
(3) Planche CLIs et CLlI. (7) Planches CLX à CLXIII.
(~) Planches CLVIII et CLIX . (8) Planche CLXIV.
t56 L'ARCHITECTURE

le rôle qu'occupent les fausses portes au corps inférieur; peut:-être,


il est vrai, sont-elles. la tradition d'anciennes ouvertures, comme
semble l'indiquer la traduction ùe vantaux qu'elles montrent par-
fois (1) , Nous ajouterons également ici tous les éléments qui à l'oc-
casion entrent dans la composition ùes baies et qui, hors d'elles, ne
tiennent pas une place assez importante pour mériter une étude spé-
ciale; cc sont: les piliers et les colonnes, dont le rôle principal est de
forl11er piédroits aux porles; - les pignons en général, qui ne difl'è-
rent pas lorsqu'ils sont terminaisons d'édifice ou frontons de porle,
avec leurs éléments spéciaux de décors, feüilles rampantes ct anté-
fixes terminales; - enfin, le& voùles en berceau que closent ces
pignons, aux portes comme sur les édifices, avec l'ornement qui leuI'
est propre, les cornes faîtières.
Dans la série des éléments principaux, les porles , fausses porles.
fausses niches et fenètrcs ne sont pas représentées également: les
portes ont presque partout disparu, 8l1ems dispositions étaient un
mystère pour nousjusqu'ill'ex(SclltioIl des fouilles de Mi So·n. Celles-
. ci ont révélé leur silllilitude complète, d'ailleurs attendue, avec les
fausses portes, et aulorisent ainsi il sc servir de l'exemple de ces der-
nières, qui ne font presque jamais défaut, pour restituerl'enlrée du
sanctuaire; les fausses portes ne manquent guère, en effet, que dans
les petits édifices : parfois l'art primitif les remplace pal' une repré-
sentation humaine, voire animale (3). Les fausses niches sont, aux
otages, l'élément le mieux conservé. ct les fen êtres, fréquentes dans
~es monuments anciens, rares dans les modernes, sont l'estées, gràce
à leur place inférieure, toujours en bon état.
Ce .premier groupe gagnera il être étudié d'ensemble, car telle
partie qui, comme la porte extérieure, est réduite it de très rares

(1)Tour d'ol" Van TuO'ng. (3) Mi SO'n A G' figure sur éléphant et
(2)Art primitH : D7 -13 à :Mi Scm, . édi- devan t chcvet ; C;;, figure en élJanllelage;
fice S.-E. cIe P Ô· Kàgar cIe Kha Trimg; PÔ Kagar de Nha Trang tour K.-O.,figure
art cubique: édifices S.-o. et S.-E. de Pii sur éléphant, lion .et yarwta.
Dam. représentation d'édifice au tympan
deMi SO'n FI'
LES BAIES 'EXTÉRIEURES t67

exemples, devient d'une étude féconJe lorsqu'elle s'éclaire de la


masse des renseignements fourni s pal' les éléments mieux repré-
sentés. La porte que nous examinons ici est la seule qui apparaisse
en façad e; c'est en réalité une simple haie d'entrée, ce n'est pas la
vraie ouverture du sanctuaire: celle-ci se trouve au fond du porche
ou du vestibule et'seule reçoit des vantaux qui la closent (1); elle
Sl.lppode tout on partie des maçonneries supérieures; au contraire
la haie d'entrée n'a aucune charge; elle n'a donc pas besoin du lourd
encadrement de l'autre ct peut être traitée presque comme un frrc
léger : dans un nombre de cas beaucoup plus restreint, elle ne
consiste qu'en une simple coupure Jans le mllr pignon du vestibule.
En fait, quand la baie est réelle, c'est-tt-dire pOUl' les portes et les
fenêtres, la coupure de la paroi existe toujours, mais dans ce cas
c'est une simple nécessité: elle n'est pas accusée it l'extérieur ; dans
l'autre cas, la coupure est nettement apparente et ne s'encadre J 'au-
cun motif. Pour éviter toute confusion nous donnerons deux exem-
ples typiques de l'un et l'autre systèmes, tous deux de l'art primitif
où le premier mode est constant (pl. CL-B) et le deuxième si excep-
tionnel que l'exemple fourni . y est unique (fig. 28). Le système en
coupure correspond à la présence des fausses portes traitées en
ailes et à l'introduction dans le décor des fausses niches, de cadres
antérieurs qui enlèvent toute idée d'ouverture possible: ces modes
particuliers caractérisent l'art cubique. Nous divisons donc cette
étude générale de la baie vraie ou fausse en deux.parties : l'une, cor-
l'espondant il sa composition en arc, s'éten,] sllr tout l'art cam à
l'exclusion de l'art cubique; l'autre, qui se rapporte au mode en cou-
pure, comprend seulement l'art cubique et l'art mixte.
Dans le système en arc, toute baie sc compose d'un premier en-
semble formé pal' un arc de moulures qui repose sur deux piédroits.
Réduite 11 cette stricte comhinaison, la baie présenterait un état d 'équi~

(1) Exception doit ètre faite pour qucl- qu'il s'agit là d'un système spécial dans
ques portes de l'art cubique, PÔ Dam en l'art cam.
particulier, mais nOlis verrons plus loiu
168 L'A RCHITECTURE

libre instable; aussi, immédiatement en alTièrc ct lui servant de


fond, s'élève I1n ehcvct com pos(~ d'un COl'pS plcin, muni de base et de
CO I'niche. porcé de l'ouyerLlll'e:néccssaire et surmonté d'un pignon
ogiyal. :':;'il s'agit d'Ilne porte d ~!ntl'é e ou d'une fau sse porte de vcsli-

fig. 28. - 1'0 Nagar de Xha Trang.


(:ùincc S.-E. arr,,, dég"gcment c t ayant conso lid ation.

bule, de certaines faus ses niches, la haie se réduit parfois iL ce douhle


élément. ?\lais dans le plus grand nomhre de cas et spécialement
pour les fausses portes, il existe nn arrière-corps qui peut prendre
une importancc considérable. C'est qu'cn efTet la fausse porte est
visibleincnt conçuc pOllr rappclel' sur les faces latérales et posté-
rieure de l'édifice, la façade principale. Or. la porte ne se détache
LES BAIES EXTf;RIEURES

pas directement de cette façade; entre cllc et l ' ('~difice s'interpose nn


\'cstihule, réduction du ka/an principal ou d'un édifice en longueur:
la superposition de ses étages ou la face de son pignon forme un
fond intermédiaire entre la pode ct la tour. Cet élément très déco-
ratif, cc fond important mallquemit aux fausses portes si elles répé-
tai ent slr'ictemcnt l'entrée. Le coI1)s postérieur vient donc interpo-
ser sa silhoueUe en projection d'édifice entre la fausse haie et la
paroI.
Ccci n'est pas \lIle pure hypolhi"se. une explication plus ou moins
sulJlile d'un fait réel. Lorsque les yestihules sont munis de fausses
portes, celles-ci n'ont pas besoin d'atTii'Jre-corps puisqu'elles sc M-
tachent, COlllme la porte, SUl' le vestilmle; en effet, elles n'en reçoi-
yent jamais (1). Si ce dernier n'existe pas, la porte qui se silhouette
de\'anl la hante façade de l'édifi ce eùt paru mesquine; l'aàièrc-
corps s'illterpose alors. comme si le yestihule s'était aplati sur la
tour (t). Au gl'Oupe de KlmO"ng ;\[y, où le vestibule, très haut, a l'im-
portan ce d'un kalan, les fausses po l'les montrent un arrière-corps.
Mais il en est de mème alors pour la pode, tandis que sur de petits
édifices comme MI San A2- 7 , B7-13' ni la porte, ni les fausses portes
n'en possèdent. Il est donc clair que c'est seulement la nécessité de
fomnir un trait d'union entre deux éléments trop différents. porte
ou fausse porte et paroi principale, qui amène l'édification de cet
arriè l'e-corps.
La haie.èame sc compose donc de lIeux groupes d'éléments hi en
distiricts : l'arc ct son chevet, qui forment à eux deux la padie anté-
rieure; un arrière-corps (3) en silhouette d'édifice, qui constitue un
fond à la première partie. Nous allons étudier en détail chacun de
ces éléments.

(1) ~li Scm Ci' ÂI> A1O' E~, ctc. (3) Il est généralcmfnt désigné dans la
\2) ~Iï So-Il Rh n~, Thü Thi~n. Mi So-n pl'cmière pal'tic Ile l'Inventaire sous le
D2 • olt l'al'riùre-corps, de style différent nom de troisième corps, parce que, à cette
du rcste, semble avoir été ajouté au mo- étape de notre étude. nous n'avions pas
dèle Di qui ne parait pas en avoir com- encore senti la dualité que nOlis expo-
porté; voir p. HI5. sons ici.
170 L'ARCHITECTURE

L'arc èam ne se rencontre guère qu'en composition et nous


l'avons longtemps confondu avec le pignon sur lequel il s'appuie:
seules les métopes de Ci à ?IIi San en montrent un spécimen ancien
et d'autant plus typique qu'il est ü deux plans (1) (pl. CL-E). Il en
existe encore un exemple d'époque bien plus basse ;il est consti-
tué par les portes de la tour S. au groupe des Tours d'argent
(pl. XXXYII). Un autre, aux fausses portes de Mi SO'n B3' accuse l'ex-
pression d'indépendance de l'arc par l'élégant fleuron suspendu
Il la clef; ce motif se balance dans le vide , remplacé ici par le
tympan.
La forme immuable de l'arc est il l'origine tracée suivant une
courbe très spéciale, celle d'un U renversé, ou mieux d'une « porte »
d'agrafe dont la panse serait en haut et les œilletons en bas. Quelle
est l'origine réeHe de cette forme ? Ce n'est point ici le li.eu d'une
telle enquète ; il suffit d'indiquer sa similitude avec l'al'c d'entrée du
porche jayanais (2), pour faire sentir que sa recherche sortirait des
limites actuelles de notre travail. Comme ~l Jaya, d'ailleurs, le groupe
de 'moulures qu~ constitue les deux hranches descendantes de l'arc
l)art toujours d'un motif initial, placé au sommet sur l'axe, tandis
que les deux branches se retroussent en bas sous une forme aiguë.
De cette disposition nous avons deux types, l'un souvenir de la forme
qui nous parait être l'originelle, simple impression d'ailleurs:
groupe de trois tètes, de lion en haut, de 1/Ulkamaux chutes de l'arc (3) ;
l'autre, traitée entièrement en décors ayec une grande feuille en
amande au sommet et deux feuilles relevées en pointe aux retours
inférieurs (4). Des types intermédiaires montrent la tète à la clef de
l'arc et le reste en fleurons (5), oule motif en amande au sommet avec

(i) L'art du Laos, qui semble nous (2) Cf. B.E.F E.-O., VII, pl. l, fig. H .
avoir conservé dans ses répétitions per- rJ ) Niches du soubassement général
péluelles en matériaux sans durée des de Ai à Mi SO'Il, corps antérieur tIcs
formes extrêmement anciennes, donne de fausses niches de la tour principale à PÔ
nombreux exemples de portes réelles Nagar de Nha Trang.
cons tituées d'arcs aussi légers dépourvus (4) Mi SO'Il B3 , Ci' AI' ele.
de tirants enlre leurs sommiers; That (5) Appliques de IIoà Lai tour cen-
Panom, etc. trale.
LES BAIES EXTERIEURES 17t

cn bas les tètes Je lIwkarct (1); ces dernières sont alors parfois rem-
placées par les mêmes feuilles redressées, mais ornées en ce cas
d'une métope d'arc (2), Le motif le plus fréquent est le gajasi1!lha la
trompe en l'ail', au galop, monté par un cavalier (pl. CLVI) (3); ailleurs
c'est un 'é léphant qui porte sur sa tètè une figure assise (4), ou bien
encore on voit des démons volants (5), Jes lions dehout de trois
quarts (6), souvent un motif en épannclage (7), parfois rien (8):
Une autre forme, - plus proche ou pIns éloignée du motif initial,
nous Ile savons, - ·se rencontre encorè·'dans le fronton de certaines
appliques de l'art primitif(9). Ièi la ligne d'arc n'est plus continue, ou
mieux disparaît sous une suite de feuilles qui sc redressent, produisant
un contour ondulé il l'intérieur, mais qui peut s'enfermer aisément dans
une ogive it l'extérieUl' (10). La porte d'entrée de la tour S. tt Khuang
My rappelle peut-être l'origine de cette combinaison; chaque crosse y
représente une tète de nii.1(l (pl. CLIX); ce motif se reproduit dans l'art
cubique en Mi San A1O' Un décor intermédiaire fort heureux sc voit
au pignon de la tour 1".-0. il Nha Trang (fig. 30) ct en copie dans un
des pignons de la porte de Dz il Mi San. Dans ces deux cas, les vo-
lutes servent d'origine il une feuill e ample, d'un dessin très élégant.
Le décor de l'arc sc complète, dès qu'il prend une certaine im- .
portance et tend ù s'enfermer dans une ogive, par une série de
feuilles décoratives qui continuent le mouvement des feuilles ter-

(i) Dinh Lâm. (lirigé vers le centre, aux linteaux du


m Série Mi Sail Ai' Ces métopes ne type 1, si fréquents dans l'art khmèr Pl'i-
paraissent pas présenter un seU3 spécial, mitif.
ou, si elles en offrent un, il nous échappe; ( ~) Mi San Cz.
la seule remarque à faire est que les êtres (5) Mi San Il,;, fellètre.
représentés sont tournés vers l'intérieur, (6) Mi San n7-i 3'
alors que le mouvement général de la (1) 1\H San nû ' lJOrte.
composition les appellerait plutôt dans (8) Mi SÛ'll DJ, fau sses portes.
l'aut.re sens. (~) Mi San Ci' dés de souùassement
(3) l\li San Ait Ci> fausses pOI'tes (lu n C D, tour S. de KhuO'llg My, Pô ~agar de
corps et du vestibule ; Az-, , fau sses portes. ~ha Trang tour principale, Dinh Làm, etc.
Il est assez curieux de constater la simi- (10) C'est le type dqnl nous avons padé
litud e qui semble exister entre ces gaja- page 136 Cl que nous' avons désigné dans
sif!lha montés, tournés vers l'intérieur, et le cours du lor volume sous le nom de
le maka"ra également mouté ct de même ( fronton fiammé )).
172 L'ARCHITECTURE

minales. Peut-être ont-elles pris leur origine dans les motifs précé-
dents; peut-être plutot répètent-elles autour de l'arc, pour le ra-
mener au contour ogival, le d~cor constant de feuiHes qui orne la
bande concentrique visible du éhevet où il s'appuie.
A la fin de l'art primitif, le décor d'arc constitué par la suite de
feuilles, indiqué plus haut, tend (l sc simplifier, la ligne onduleuse
intérieure (1 sc r~dresser (1) : il donne encore le motif d'un certain
nombre d'arcs simples de l'art mixte (2), mais les feuilles sont trans-
formées en plaques de rinceaux d'art cubique. Avant la période
secondaire, l'arc même disparaît au profit du chevet devant lequel
il se détachait, ct la composition du décor des baies prend un carac-
tère tout spécial; toute idée d'évidement disparaît, et le linteau n'est
. plus appelé qu'à soutenir une superposition de pignons courbes
n'ayant plus rien (L voir avec l'expression d'une entrée: la porte de
la tour principale à Pô Nagar de Nha Trang montre déjà un exemple
complet de cette forme inférieure.
La composition des supports de l'arc yarie. En gélllSral, lorsqu'il
s'agit de petites ouvertures, uaies ou fausses, cc sont de fines colon-
nettes circulaires profilées dans le système à cavet. Pour des ouyer-
turcs plus grandes, niches plus importantes ou fausses portes, le
pilastre est préféré, soit droit et orné seulement de la frise à guir-
landes pendantes qui lui sert de chapiteau (3), soit muni d'une base
et d'une corniche d'un beau profil tl doucine (4) ; il est généralement,
dans ce cas, agrémenté de riches rinceaux (5) et parfois redenté (6).
Quand l'ouverture est une porte, ce sont d'ordinaire des piliers
redentés de pierre (7) qui en constituent les piédroits; ils sont profilés
en haut ct en bas ct parfois ornés de larges feuilles aux extrémités
du fût (8); quelquefois droits (9), ils présentent plus souyent une

(1) Binh Lâm, PÔ ~agar de Nha Trang (5) Mi San AI> toutes fausses portes.
tour principale. (6) Mi San C,.
(2) Appliques de Bong Duang. (7) Phông L~·.
(3) Mi San AI' fausses portes. (8) Mi San Ba, 5. 6' CI' etc.
(4) Mi San AI' fausses portes du vesti- (9) Mi San Bù'
bule; Ba. CI'
LES BAIES EXTÉRIEURES 173

forme spéciale, très curieuse, que nous appelons « à contrecour-


bes» (1) (pl. CLI-D, F).Dans cette séric dc Mi San AI' ils ticnncntla place
prépondérante ct ne sont que rarement relU placés par dcs pilicrs à
section octogonale (2); ceux-ci sont moins rares aillcurs (3), et l'on en
rencontre parfois de ronds(4). La formc générale, dans l'art cubique
et mixtc, dès lcs origines (5), cst cclle octogonale (6) (m. pl.-A, 1).
Lc piédroit rectangulairc simple, en pierres ou en briques, apparaît
dès l'art primitif (i), niais ne devient la forme normale que dans l'art
sccondaÎl'e. Il sc couvre alors fréquemment d'inscriptions: cette
coutumc, qui sc rencontre M's 817 ft Nha Trang, ne deyient constantc
quc ycrs le Xli" siècle.
Qu'ils appartienncnt il des portcs, il des fausscs portes, qu'ils
soient supports de voùteou colonnes isolées, lcs piliers nc s'orncnt
que dc dcux types de profils, l'un il doucine, l'autre il cavet,mais
différents de ceux des parements. Tandis que la dyssymétric fut dc
r/\glc il l'origine pour lcs parcments, au moins dansl'al't primitif, les
sUPl)Ol'ls ont toujours leurs profils opposés identiqucs : le type à
doucine domine dans l'art primitif, l'auh'e dans l'art cubique ct
mixte.
Il cst asscz difficile de détcrmincr lcs profils types dc pilicrs, car
1I0S rcnseignements ne provicnnent quc des éléments décoratifs qui

purcnt aisément êtrc modifiés pour les bcsoins de la composition,


piédroits de porte qui n'ont à soutenir qu'une bien faible charge,
piédroits de fausses portes qui ne soutiennent rien du tout.
Prenons pour point de départ du type à doucinc les bases en
pierre des gros poteaux en bois de El à Mi San : il cst rare de ren-
contrer un profil aussi simple. Cependant, nous le voyons se ré-
duire encore aux fenêtres de C4 , se transformer dans l'élégant motif
n° 48 du Jardin de Tourane, s'enrichir aux fenêtres de D6' B6' Cz et

(1) Mi SÛ'n 11 3 , 5' CI' D~. (5) Mi SÛ'n FI' A'I; Dong DllOUg.
(2) Mi C 2, portes.
:50'1l (GI Dong DllltUg, ~Ii SÛ'n .\ JO' IIz.
(3) Hà T1'lrllg, V'n Diêm. \') Ml San AI'
(4) lIà Tmllg.
L'ARCHITECTURE

dans les belles colonnes BH ; la doucine se redouble par opposition


et forme un ensemble spécial li chaque exLrémité du pilier, au vesti-
bule de Ai. Billh Lâm montre un essai d'ulliHcation de l'ensemble
des profils des piliers et des parements, et cette solution trop facile
est déjà adoptée à Po Nagar de Nha Trang. Le type i'l cavet n'est pas
plus propl·c à l'arl cuhique pour le pilier que pour le décor des pare-
ments, et nous rencontrons ce prolil assez souvent, mais hors de Mi .
Son (1): le tracé à qual'l de rond unique est plutôt employé dans l'art
cubique, ct celui à double quart de rond daus l'art mixte. Les types
Ol'llés disparaissent avec la première période ct sout l'Clnplacés alors
par de lourdes masses rectangulaires.
Le secontlélément lIe la partie anlérieure de la baie, le cheyet,
est un corps plein, percé seulelllent en has de l'ouyel'lure nécessaire
au passage: il présenle une épaisseur plus ou moins forte. Nous
aurons à examiner 1Osa face principale qui apparaît au travers de
l'arc et autour de lui, l'encadrant, et 2° ses faces latérales. La face
principale se compose de deux parties: c'est d'abord, à l'intérieur
de l'arc, le tympan qu'il enferme et que supporte le linleau ; c'est en-
suite la bande qui enloure l'arc et qui déborde le long de ses sup-
ports.• seules parties visibles - en haut - du fronton , - en bas -
du corps de cc chevet. Quant à ses piédroils inlérieurs, nous n'aurons
pas lieu de nous en occuper, - car ils se confond ent d'ordinaire avec
ceux de l'arc. Examinons douc successivement linteau et tympan,
corps du chevet et fronton.
Il · n'est pas douteux que dans la pensée de l'm'Lisle cam l'arc
repose directement sur les piédroilssans l'intermédiaire d'un lin-
teau : ce qu'on voit dans l'espace encadré par l'arc, c'est la surface
du chevel SUI' lequel il se détache. Toutes les fois, en effet, que la
baie est fictive, on n'y rencontre ni linteau, ni tirant pour maintenir
l' écartement virtuel de l'al'c (2), même lorsque l'ensemble est consi-
dérahle, comme les niches de B3 ,5 ,l Mi SO'u(pl. CXXXIV-C), surtout

(1) Hù Tl"Ung, l\lmo-ug My, l'hong ~~.


(2) Voir note 1, p. 170.
LES BAIES EXTf~RIEUREg t75

les fausses portes de A2-1 (pl. CL) ou les encaJrements de fenêtres


de Bo' C3 (pl. LXXX[ ct LXXXIII). Si la nécessité J ' un linteau est
reconnue pour porter le tympan qui fel'me le vide de l'arc, ce linteau
et le tympan sont rejetés en arrière pour que l'arc dessine son
contour par une ombre ferme : un peLit bahut, d'ordinaire orné
de dés, passe devant los exLrémilés du linteau e t vient en avant
supporter les retombées (le l'arc (pl. CLVIlI). Ces linteaux n'ont
pus donné lieu, COlllme dans l'art khmèr, il de riches compositions;
leur rôle est tI'oJ..l effacé, et c'eslle tympan qui, le plus souvent, reçoit

Fig. 29. - Mi San AI.


Linteau présumé. Longueur de la partie ciselée : 1 m. 52.

tout le décor. Cependant les fouilles de Mi San en ont fourni trois


exemples (i) élégamment décorés, identiques en des arts différents
dans la période primaire (fig. 29). Nous ne retrouvons le linteau
que longtemps après, dans Fart secondaire. mais celte fois sculpté
de scènes importantes (~) (fig. 90) : rien n'annonce et ne pr(3pare cette
mode éphémère, et nous ne saVons mème pas exactement comment
il sc composait dans la porte de cette époque. Partout ailleurs le lin-
Leau reste nu, et si quelquefois il reçut une inscription (3), c'est faute
de place sur les piédroits.
Une forme intermédiaire entre le linteau ol\linaire et le tympan
paraît avoir été employée quelque temps il l'origine et se perd en-
suite. En réalité c'est l'arc lui-mèm e ct son remplissnge (4), mais
'arc bas, étiré horizontalement, des niches du soubussementde
Mi San Et. Cette forme Joit ètre rapprochée ûu faux linteau khmèr

(1)Mî So-n CI en place, Al?' Ft. (3) Pù Nagar de Nha Trang tour S.
(t: ~Iî
8Ù"p E , elChùllh LI) , l'oi en touré <le « ) ~lî San El. Cf. I.e., l, p. 411>,
ses femmes ; Chùllh LI), (lallses guel'rières. fig. 93.
Ho L'ARCHITECTURE

dont les motifs, au décor près (1), ne sont que des variantes d'un
arc surbaissé. Cc système ~dans l'art éam donna les linteaux-tym-
pans de ?IIi San El (2) ct tIc Phu 'l'hg (fig. 126) ct les linteaux
décoratifs de Bong nl1allg tour N .-0. , ct tic i\IiSan B4 (pl. CLIII) ,
ces demiers en particulier neLlement apparenlés avec le type II
ldlmèr.
Quant aux tyml'alls qui d'abord occupent le vide ùe l'arc, puis le
centre tlu fronlon lorsque celui-ci s'est substitué à l'arc, il est assez
rare qu'ils soient laiss(\s en briques , s'ils doivent ètre sculptés. Nous
elt ayons cependant à Mi Sun deux excmples inl'~l'cssaItLs, l'lin petit,
orllé tic J'inceaux éléganls, à la porle de B7' l'autre de graudes ,li-
mcnsions a yet: des (~léphants qllisecouent un adll'e, à la fenètt'e 0,
tle ll". En g'~Il(Sl'tl1 ils sout tai1lés dans lIne dalle tic pierre encastrée
dans la llHH;Ollnel'ie ; tians le plus grillHI nOIllhre de cas ils por-
lenl l'illlage du dieu tl(lol'l~ dalls le telllple ou se rattaehent à lui par
C}uel'lue lien naturel.
Duns les fausses Hieltes OH les l'odes très pelites, le tympan pent
être occupé pal' 1111 sinlple dlScOt, (3), UIIO tète dc lion dont sortent
doux tètes de lItakara (~), IlIl niiga lIIultiple (;;) on sinlpl e (G). Si les tètes
de Phu Ninh (pl. CLXXYIII-C) ct de Qua Giàng ne sont pas tics mé-
topes, elles purent jouer cc rôle; c'est sùrement celui des apsaras
de Phong Lê, de Long lluch (7). Quelques rares exemples, analogues
à certains motifs pI'illlitifs llu Cambodge, montrent le tympan occupé
pat' une rédudion t1 't!dificc (S), forme qui, dans l'art mixte ct la plS-
l'iode secondaire, sc tmduisit peut-ètl'e par l'introduction d'une
applique fort inattendue (9).
Dans les tylupans de pierre, la dalle est, jusqu'à la basse époque,

(1) Types 1, Il et Ill. Cf. I.K., l, p. J.XXIX (fi) KhUO'lIg ~ly.


et sqq. et fig, diverses . (7) Cf. I.e., l,
p. 141. fig. 28.
(2) Voir p . 17!J, note 4. (8) l\lmO'ng My tour S., porle d'en-
fl) ~ri SO'n Il,. " 'éc clllol·te intérieure .
(1) Jardin rIe 'l'ourune, no 25. Cf. I.e., (9) Bong DuO'ug, porle tour centrale
l, p. 326, fig. 70. (fig. 167 ), Thil Thi~lI, fauss(' niche.
(5) Ilinh LIÎIl1.
LES BAIES EXTf:UIEUnES 177

faite d'un Is eul morceau, et ce n'est que dans les derniers édifices
qu'elle est exécutée en plusieurs pièces (1).
Le corps m6me du chevet, percé seulement en bas de l'ouvert.lll'c
nécessaire au passage, est parfois muni de pilastres (2) , redentés il
l'occasion (3), gal'nis d' une base et d'une cornidwcomplètes; il sup-
porle un fronlon dont lc LOt'd extérieur lIC COlllpOl'te jamais d'autres
décors qu'un rang d'élégantcs feuilles. Ce corps ne · cOllsen'e pas
IOllgtelllps une division de pilash'es; ses prolils, à l'origine, sont,
comllle tous ceux des détails clans les édilices cIe l'art primitif, du
type à cayet; ils Ile tarùent pas il ètre tt'acés tians ce style à clollcine
qui ennthit et unifie tout l' Milice dans lIne triste monotonie. La
silhouette lIn frontoll varie davantage; au début, qualld son contour
circonscrit l'arc renversé et ses décors, il peut être tracé suivant
une ogi "c trapue, Ull arc en tiers-point outrepassé, ea.r le motif en-
ferllltl n'cs t pa.s très étit'é en hauteur. Cette pl'Opodion reste la
moyenne dans tout le cours de l'arl èUIll; on voit souvent aux
fausses lIiches l'arc s'élargir de la hase, mais le plus souvent, èt dès
Nha Trang (8 li), il tend il s'étirer en hautem, surtout aux fausses
pOl'les; les deux segments d'are au-dessus de la ligne des centres
se rapprochenl de ùeux droites et forment un arc ùe plus en plus
aigu (4), lundis qne les segments inférieurs prennent un rayon chaque
jour moins long, une courbure qui va sans cesse en s'accentuant.
Enlin les côtés ùe la pointe de l'arc s'infléchissenl en dedans et don-
nent ainsi au fronton une forme voisine de celle d'un as de pique
très aigu (5) • .
En mème temps le fronton se modifie autrement: les faces s'y
multiplient, et il adopte même bientôt une forme bombée très carac-
lél'istique (6).
Le corps postérieur affecte, à l'origine, deux aspects: la projec-

(1) Th.!p Thàp, Mi So-n II,. (5) lIung Thl)lIh, ~li So-n HI'
(2) Fausse porte ùe ~1i So-n Ai' (6)Pô Nagar de Nha Trang tour S.
(3) Fatl~se lIich(! de ~[i SO'lI .\ l' Cf. /J.E.F.B.-O., n , p. :'10, fig. 8.
(') Pô :"iagal'o(! ~haTl"an~, rau~se~ pori es.
,\N~A:\l . - Il.
liS L'ARCHITECTURE

tion d'un kalan de petites dimensions, la façade d'un édiflce à étage


et pignon,
Pour nous qui, à cette heme, ne pouvons connaître l'art èam que
par les constructions en briques, seules conservées, nous devrions
nous attendre il voir plutôt en cet arrière-corps la forme qui nous
est familière, la pyramide d'étages, réduction du kalan. Il n'en
est pas ainsi, et plus souvent la masse de l'arrière-corps est celle de
l'édiflce à pignon, Cc genre de temple dont nous n'avons qu'un seul
exemple certain, Ci à Mi SO'n, et qui pour nous disparaît complète-
ment avant la fin de la première période, avait-il à l'origine une
importance religieuse supérieure? ou simplement la réduction de
sa forme se composait-elle mieux en arrière-corps? Ce sont là des
prohlèmes dont la solution nous échappe à cette heure, De ces deux
formes c'est la première, la moins utilisée à l'origine, qui se conserve
le plus longtemps et avec le plus de pureté; la seconde, celle de
l'étage à pignon, survit à l'art primitif, mais en se transformant de
telle sorte qu'elle devient presque méconnaissable: elle sc fond
avec la forme simple du chevet pour ne devenir souvent qu'un
chevet plus important ct plus haut que celui du corps antérieur, Le
sens s'en perd de jour en jour et l'art secondaire nous montre une
nouvelle forme ù frontons successifs, longtemps de départs ditrérents,
mais qui deviennent un jour concentriques, s'élevant tous d'un rang
unique de moulures. 'l'ouLes ces formes se sont mêlées dans la déca-
dence de l'art èam, et la division adoptée est, de ce chef, un peu
arbitraire,
Un exemple très caractérisLique du type en réduction de kalan nous
est donné par la fausse porte de Binh L<1m (pl. CLIV). Ce n'est cepen-
dant pas le plus riche, et néanmoins la lecture n'en est pas aisée; la
composition en effet y est encore très libre et suit avec moins de ri-
gueur que dans la suite le parti d'un sommet de tour. Il est forl pos-
sible d'ailleurs que les différences entre ce motif et le type ordinaire
du kalan que nous connaissons proviennent seulement de ce fait que
la copie se rapporte à un type perdu pour nous, car il est peu vrai-
LES BAIES EXTÉRIEURES

semblable que le petit nombre des édifices conscrvés nous aient gardé
la totalité des formes primitives. Nous n'insisterons pas ici sur le
détail de cette composition dont nOlis aVOlls donné une lecturc M-
taillée dans l'Inventaire pro~rement dit (1); remarquons seulement,
ct ceci vient il l'appui de l'idée émise quelques lignes plus haut,
que la silhouette évoquée par cette réduction de tour n'est pas
celle d'un kalan ordinaire : elle montre des fausses niches, mais
pas d'amortissement d'angle, ct, dalls son ensemble, éveille plu-
tôt l'image d'une construction dont la tour S. du gr-oupe des Tours
J'argent serait ulle réplique postérieure. Cette fausse porte de Binh
Lâlll montre en outre une disposition spéciale ct qui vient il l'appui
de notre système de rapports entre la fausse porte ct le yeslihule
précédé de la porte: derrière elle sc dresse un grand fronlon ogival
richement orné, et le vestibule se détachait sur un frouton de même
forme, mais nu, accolé il la muraille.
A la tour S. de Klllwng My, le corps postérieur des fausses portes
constitue une véritable réduction de kalan il, trois étages,ayec fausses
niches ct amortissements d'angle, peut-être même pièces d'accent
(pl. CLV). Le sanctuaire central nous montre un exemple plus fruste
de la même composition; la fausse porle est, dans ces deux derniers
cas, très étirée en hauteur.
Ces seuls exemples sont tout . cc qui reste, en .art primitif, de
ce type: nous le retrouvons jusqu'aux derniers jours de l'art cam,
en beaucoup plus simple et avec un intérêt artistique hien moindre.
Dans l'art classique, les étages ct les fausses niches sont nettement
marqués, mais en nombre réduit: deux; les amortissements, ruinés,
sont clairement indiqués par le vide qu'ils ont laissé (~). La fausse
niche supérieure prend à ThfI Thiên une importance dévorante et
vient il, compter plutôt comme un pignon terminal. Le corps posté-
rieur, peu saillant, offre dans ces divers exemples une hauteur dé-
mesurée: il est vrai que, dans l'art classique la largeur des fausses

(1) Cf. I.e., l, p. 167, fig. :H el pl. XXXIX.


(2) Tours de cuivre, d'or.
i8D L'ARCHITECTURE

portes est sensiblement plus petite · que dans l'art primitif, et, la
hauteur moyenne du corps principal du kalan ne variant pas, l'ar-
rière-corps qui doit toujours at.teindre la corniche s'étire .
La tour S. de Van Tuang 'montre un remarquable exemple de
cette composition, mais ici, naturellement, les amortissements des
étages sont remplacés, comme dans l'art khmèr que ces tours rap-
pellent, par des antéfixes d'angle en niiga (pl. XLVII) .
Cette combinaison d'étages se rencontre également .aux fausses
uiches d'un monument de Lasse époque, Nh~n Thap, mais à l'état de
rémiuiscence (pl. XXIX) ; des amortissements bulbés se dessinent
aux angles, tandis qu'au centre un autre amortissement plus impor-
tant correspond à la pyramide d'étages.
Le mode de composition du corps postérieur en pignon d'édifice
a été appliqué dans l'arl primitif au plus grand nombre des fausses
portes et des portes, toutes très voisines de formes. Sur l'arrière-
corps s'élève, au centre, un étage qui supporte un pignon (fig. 160),
taudis que les angles laisses libres sont occupés par des amortisse-
ments. Bien que les exemples de portes (1 ) ne manquent pas, aucune
n'est suftlsamment consenée pour pel'meLtl'c l'étudc du type; pal'
contre, les fausses porLes (2) nous en fournissent des spécimens d'une
composition charmante et d'unc consenation remarquable. Le pi-
gnon supérieur est traité comme un arc (pl. CLVI), ct Mi San B3
en donne un hon exemple (fig. 1(2). Aussi fréquentes et d'un effet
moins heureux, sont les fausses niches traitées de cette manière,
comme à Mi San B3' au vestibule de Al'
Ce système complet ne se montre plus aux fausses porles que
dans la copie de Mi San Al exécutée en E4' mais l'étranglement du
corps inférieur rend la proportion aussi maigre qu'elle est ample
dans le modèle (pl. XCI).
Comme nous avons retrouyé l'arrière-corps en kalan, nous voyons
reparaîlt'e l'arrière-corps en pignon sur étage il Duang Long tour N.,

(1) Mi Son /13 , 5' Ca'


(2) ~\H Son AI> lI,Jo Cl'
LES BAIES E:\TrmmURES \81

et ici encore de riches lIiiga d'angle tiennent lieu des amortisse-


ments de l'art èam ou des demi-p~gnons de l'art khmèr qui devraient
encadrer]e corps d'étage d'où s'élève le pignon supérieur (pl. XLVII).
L'art secondaire offre un système qui a de très grands rapports
avec celui-ci, mais avec une différence: l'arrière-corps ne possède
pas d'étage ct se termine directement par le fronton. Ce nouveau
type, que nous désignons par le nom de type à frontons successifs,
est-il une réduction, une simplification dn premier? L'hypothèse est
séduisante et semble confirmée par la disparition complète du type
il. pignon sur étage. Cependant la nouvelle combinaison semble déjà
représentée dans l'art de Mi San, et il est fort possihle que la porte de
B6 ait été conçue suivant ce parti. j\lalheureusement, son arrière-
corps est tellement ruiné qu'il est difficile d'en reconnaître les dis-
positions supérieures; le bahut qui s'élève au droit du pilastre
d'angle peut aussi bien avoir reçu un amortissement, ce qui est la
forme habituelle, ou le pignon, qui, fait anormal à cette époque,
aurait cu alors toute la largeur du corps postérieur.
Ce dernier arrangement n'a rien d'impossible, car nous voyons
les fausses porles du vestibule à la tour centrale de Khuang My
(pl. CLVII) conçues dans ce sens (1) ; c'est aussi le parti des fausses
niches à Pô Nagar de Nha Trang et, comme nous le verrons plus
loin, c'est le mode constant des fausses portes de l'art cubique, à ]a
réserve cependant, dans ces divers exemples, de J'absence du bahut
intermédiaire.
Quelle qu'en soit l'origine, ce système tient une certaine place
dans la période secondaire. Nous le rencontrons d'abord au kalan
des Tours d'argent, soit en pignon . de vestibule derrière la porte
d'entrée (pl. XXXII), soit aux fausses portes. A Chiên Jtàng, l'ar-
rière-corps de celles-ci à la tour cen traIe et surtout à la tour N.
semble conserver le souvenir d'un étage (pl. LXII). Plus tard, le
dernier corps perd avec la fausse porte toute composition précise et

(i) Ainsi que les fausses niches de Khml'ng My tour S., Dinh Làm.
182 L' AnCHITECTUn E

alllène aux incohéren ces ridi cules de Qi' Hp K de l\Ii SO'Il (pl. XCVI
e t XCVII).
Ces diverses form es ne sont,{ dans l'art secondaire, que des sur-
yivan ces; la disposition propre~ cette période est celle iL fronlons
concentriques; elle sc différ en cie de la combinaison précédente iL
frontons successifs pai' le fait suivant: dans lé cas des frontons su c-
cessifs, l'arrière-corps cessant tIc dominer, le conlour de son fronton
est parallèle, au moins dans le haut, au bord du dOl'nier fronton du
corps antérieur; mais le dép art des différenls arcs es t ù des niveaux
différents, ou, s'ils sc font SUl' un e imposte unique, les corps so nt
cependant d e composilion différenle. Dans le cas des frontons con-
centriques, tous les arcs partent d' un seul niveau ct les corps sont
identiques . Les fausses portes du kalan principal aux Tours d 'argent,
donnent un bon exe mple de fronlons successifs (pl. XXXIV), les
faus ses niches de la Tour de cuivre de frontons concentriques
(pl. LU), La division n 'est pas d'ailleurs très tran chée c t les deux
forlll es paraissent avoir existé parallèlernent. Il semble bien, néan-
moins, que la forme iL fronlons concentriques soit l' ultime simpli-
fic ation du système il pignon avec, comm e intermédiaire, le type à
pignons successifs. Aussi ne la ren controns-nous que dans les élé-
m ents accessoires aux premiers édific es de l'art secondaiœ (1 ) ; elle
n'occup e la place prépolldéranle qu e dans l'art d';,l'i vé (2). Le dernier
terme d e cette série est donné rai' la tour de Yan Mum, où portes ct
fau sses porles sont couvertes par une petite vo ùLe, analogue à celle
de l'édifice , mais qui n 'a plus rien il voir avec l'idée d ' une entrée
(pl. CVlI) .
Nous avons systémaliquementlaissé de côté l'art cubique ct son
dérivé l'art mixte ; nous n'aurons guère affaire il d'autres arts en nous
occupant de labaie en coupure c t de la fausse porte en aile. P ourquoi
cette dernière es t-elle conslilu<Se ici comllle une avancée plus basse

( 1) Mi San E4' vcs lilm}P, fau ss l' ~ po r- (") )11 San (;1' Pi) l,lauIt Garai, Po
t es; Toul' .Ic cuh-rc, Toul' d'or, fau sses ni- Homë, où elle llevient 11lLique.
chcs ; I3ling An édifi ce S.-O ., fa usses port(!s.
LES BAIES EXTf:RIEURES 183

du corps principal? A-t-on voulu répétel' sur les faces latérales, non
la porte même, mais tout le vestibule, parce que la porte, simple
coupure, ne comptait pas aussi fortement que la riche combinaison
d'entrée de l'art primitif? Cette opinion parait vraisemblable, et la
présence de vantaux simulés à la fausse porte de la tour S. de Hoà
Lai écarte toute idée d'aile véritable au bénéfice de l'hypothèse
d'une réplique du vestibule.
En coupure la porte était tI'ès simple: si on voulait l'effet moins
brutal, il suffisait d'encadrer le vide entre deux pilastres, ceux-ci
supportant, par l'intermédiaire du linteau, le pignon de façade du
vestibule. Il est fort possible que, dans l'art cubique, les vantaux de
fermeture se soient trouvés parfois immédiatement en arrière de
ces pilastres (1 ); la porte cxtérieni'c était alors tout il la fois l'entrée
du temple et la clôture de la cella. Aucune disposition de ce genre
n'a subsisté intacte; par contre, nous voyons, en des exemples bien
conservés, la porte réelle du sanctuaire, si elle n'cst pas contiguë cl
l'entrée, du moins très cn avant de la cella (2) . Dans ce dcrnicr cas,
la baie extérieure s'ouvrait-elle sous un arc ou sons un simple lin-
teau? Nous n'avons àce sujet aucun renseignement. Le cadre creux
des fausses portes, que termine souycnt en haut un décor analogue
à celui du linteau 1chmèr, rappelle-t-il nn système spécial d'entrée
dont les fausscs portes du yes tihule de Hoà Lai, tour centrale, nous
donneraient alors une idée ?Cela n'est rien moins que st'tr, et tant que
quelquc découverte nouvelle, si jamais elle se produit, ne confir-
mera pas une semblabl e hypothèse, il conviendra de rester dans
l'expectativc, d'autant qu'un motif très analogue ct couronné de
. même figure dans la composition des fausses niches, où il serait
alors assez déconcertant. Faute d'un exemple complet de porte dans
l'art cubique, nous serons obligé de laisser ce problème en suspens .
Si nous examinons les fausses portes dans ces arts, nous sommes
. amené cl les ranger dans deux classes : celles qui sont simplement
(1) l'ô Dam, Hoà Lai, surtout Mi (2) Mi So·n Ft> premières tours de
SO"n A'l ' B(ing Dmrng, ~H San AI 0>I%,13'
t84 L' ARCHITECTURE

traitées en corps plein, ct l'on rellHlrquealors combien elles sont peu


saillantes(1), et celles qui peuvent être interprétées en copie de porte.
Dans la première,des moulures hautes et basses courent1e plus souvent
d'un pilastre il l'autre, ct le pignon pose sur la dernière assise de la cor-
niche. Dans l'autre (2), la composition est à simple ou double plan, et
le corps antérieur montre une coupure nette qui, dans les deux cas,
correspondrait il une porte haute cl maigre. Les fausses niches ne
nous sont malheureusement cOnnues que par de trop rares exem-
pIes; en rapport avec les fausses portes indiquées, elles présentent
comme elles deux corps à pignon qui se superposent et qui, de mème,
ont leurs rinceaux descendant d'un cadre. La présence de hauts
frontons à puissantes volutes, retournées à l'extérieur ct il l'inté-
rieur avec, pour origine, uil cadre sculplé placé en haut, est en
effet la caractéristiqne de ce type (3) : cette forme très particulière
n'existe pas dans l'art primitif et semble le développement de l'arc
spécial que montrent les niches au piédestal de Mi San Et> niches
qui, comme nous l'ayons YU, semblent déjà. l'origine de l'applique de
l'art cubique.
L'art mixte présente pour les portes et les fausses portes un
système qui parait tenir plus de l'arl primitif que de l'art cubique:
la composition de la porle est il corps successifs et l'arc est porté par
des colonnes octogonales qui, assel'. rares dans l'art primitif'(4), pren-
nent ici une vogue considérable (5). Les pignons offrent nettement le
contour ogiyal de l'artprimilif final, connne nOlls les Yoyons il Nha
Trang: la tour centrale de Itôug Duallg en donne un hon exemple
(fig. 1(37), comme celles de Mi San A1H3 • Qnant aux fausses niches.
elles paraissent toutes renlrer dans le systl~ll1e il fron Lons successifs,
qui ne les écartait pas, du resle, du type présenté par celles de l'art
cubique.
:Mi San C,. A' 2' etc.
(1) (5) L'art cubique en monlre déjà des
l'ô Dam, Boit Lai.
(2) exemples.l\li San F 2 • Ni et Boug Dm:lllg,
(3) 1I0ù Lai, :m San C" PÔ Dam, ctc. portes principales du )lOl·che 11, tour S.,
(4) Mi SaIl C2 , première fa ç.on des pié- tour S.-S.-O .
droi ts retaillés cie D2 •
LES BAIES EXT~RIEURES 185

Nous risquerions de laisser de côté des dt~tails fort intéressants


si nous ne reprenions, pour chaque ordre d'éléments,l'étude des états
par lesquels il a passé ; l 'incorIYt~ nient serait grand surtout pour les
portes, qui ne nous sont, en hien des cas, connues que par leur plan
et qui pal' suite échappent SOllverü en élévation iL l'étude précédente.
Si nous résumons les renseignements déjà recueillis dans l'exa-
men des portes encore dehout dans l'art primilif, nous obtenons les
indications suivantes: le plus souvent elles sout constituées seule-
ment par le corps double anlél'ieur (1 ), maïs daus des condi tions spé-
ciales possètlent un arrière-corps à étage sous pignon (2) on en riche
kalan (3); un petit nombre des dernières adoptent déjà la forme
à frontons successifs (4). Passons toutes ces portes en reyue, sans
négliger celles qui sont dérasées près de terre ou dont les débris
sont épars.
Il semble que les portes de Mi San Ai aient été simplement
composées de deux corps formant le groupe antérieur comme les
portes de A2 -7 et de Bi -13 , comme aussi les fausses porles du vesli-
bule, qui en donnent sans donte une image vraie; elles possédaient
lIes piédroits rectangulaires de pierre qui, d'abord nus, reçurent plus
tard une inscription huchée postérieurement: ils attendaient sans
doute à l'origine une ciselure de rinceaux qui ne fut jamais exé-
cutée. Nous ayons trouvé un linteau orné qui se rapportait proba-
hlement à la principale de ces deux portes (fig. 29) et le tympan de
pierre nue de la porte postérieure. Les piédroits étaient !naintenus
à l'intérieur, dans l'entrée principale, par des colonnes engagées cir-
culaires, que de simples pilastres remplacent à l'entrée de la baie
supplémentaire.
La porte de Mi Scm Ci semble avoir présenté une composition un
peu anormale. Nous en possédons les piédroits à contrecourbes et le
linteau orné, en place ct culbuté en avant, le beau tympan plus qu'à

(1) Mi SO"n A 2 - ï • B3 •7 • 13 • c2 • (~ ) PÔ Nagar de Nha Trang tours prin-


(Z) Mi SO"n B3. cipale et N.-O. Une seule est en coupure;
(3) KhuÛ'ng My tour S. elle est dans ee monument à l'édicule S.-E.
l86 L'ARCHITECTURE

demi circulaire. Il semble ici que pour donner plus d'importance à


ce tympan, l'arc ne sc soit pas détaché sur un chevet postérieur (1)
(pl. CLVIII).
La tour S. de Khuang My possédait une porte d'entrée très riche
dont malheureuseme~t il ne reste que les parties hautes: la compo-
sition en était plus classique,bienque plus complexe encore (pl.LVIII).
Elle se divisait en trois corps: le corps antérieur portait un fronton
qui encadrait, d'une suite d'arcs se recoupant, une élégante réduction
d'édifice, en briques; un deuxième supportait, entre deux amortis-
sements, un fronton orné d'une série continue de l1iiga constituant
ainsi un chevet plus riche qu'à l'ordinaire. Le corps postérieur était
une vér-itable réduction de kaZan à trois étages avec faus ses niches et
amortissements d'angle.
La porte de Mi San E5' édifice d'art primitif où des décors accu-
sent une certaine influence de l'art cubique, présente le système pré-
féré dans ce dernier art. La baie d'entrée dllt s'ouvrir en coupure
dans le mur de façade, entre ùeux pilastres dont la base s'orne d'ap-
pliques. Les fausses portes, traitées de mème, montrent un beau spé-
cimen de vantaux fictifs, plus riche que celui d'Al",(pl. CLIX-D).
Dans l'art primitif, nous avons rencontré suffisamment de portes
en partie dehout pour nous faire une idée vraiscmblahledes autres;
le problème est plus délicat pour l'art cubiquc, ùont presque toutes ·
les baies d'entree sont ruinées. Ali So'n E1 montre UDe porte qui
rentre plutôt dans cet art; elle oUre une combinaison particulière de
linteau ty'mpan ; avec les colonnettes qui s'y engageaient nous avons
l'encadrement complet de la baie à l'extérieur: il n'était pas seul à
constituer le corps antorieur, car des pilastres assez imporlants l'en-
fermaient; nous ne savons, par malheur, rien du pignon qu'ils durent
porter (pl. CLI-E).

(1) C'es t suivant ce système que non! teau et non descendre jusque sur le dé
avions Ilessiné notre restitution erronée qui termine Je piédroit. Le linteau, non
cependant surunpoinl: l'arc (pl. LXXXII) axé, paraît un réemploi et sC/'ait alors
dutrencon trer un pe Lit hahut de\"ant le Iin- la plus vieille scnlpturo èame.
LES BAIES EXTERIEURES 18i

Pour Mi Sun Fi et Ali' la porte de fermeture vient très en avant,


au bout d'un long couloir et .presque derrière la baie d'entrée dont
nous possédons les colonnes, un linteau (1'\) et les tympans. Malheu-
reusement il ne reste presque rien de Ali' et pour Fi' fort ruiné, ce
n'est pas l'examen des fausses portes qui nous ~clairera, car si elles
pl'(~sentent les mêmes colonnes, cette fois circulaires entre minces
pilastres, l'ensemble sc détache sur un corps dont le départ de pi-
gnon est plus bas que leur chapiteau et se trouve complètement
ruiné. Quant ù la porte de Ni' était-elle enfermée entre des pilastres
comme celle de Fi' ou non, comme celles de l'art mixte qui suivirent?
Il est impossible de le savoir exactement (i).
IIoù Lai nous donne encore moins de renseignements; tout ce
que nous en connaissons est que les portes intérieures étaient situées
très près de la baie d'entrée, si la porte intérieure ne faisait pas elle-
même ouverture extérieure : la présence d'un fort élargissement
pour loger sans doute les vantaux semble indiquer une telle disposi-.
tion à la tour centrale. Qutlnt it la haie d'entrée de Pô Dam, elle
est en coupure ct il semble que le cadre de fermeture était con-
tigu; il aurait alors disparu ne laissant que sa rainure d'encas-
trement.
La tour B" ù ]\Ii San mérite d'être signalée, cal' le couloir s'arrête
ù la porte intérieure; en avant d'elle s'ouvre un porche bien plus
large, mais peu profond, et deux colonnes octogonales viennent entre
les piédroits rectangulaires en réduire l'entrée. Ici encore, tout ren-
seignement nous manque sur les parties hautes. et il ne nous est pas
possible de voir si, comme aux fausses portes, une certaine simili-
tude avec la porlekhmère sc serait accentuée.
Enfin, dans les édifices les plus anciens de Hông Duung, le s)'s-
tôme de coupure paraît employé d'ordinaire, entre pilastres section-

(1) NOlIS avons dû, dans la planche n'est qn 'une hypothèse pour l'endl'C plus
LXXVI, trancher arhitrairement la ques- aisée la lecture des parties du plan COIl-
tion, mais comme l'indique le trait léger servées, parois intérieurcs indiquées par
nOIl renforcé de cernnfC, notre contour le trait plein et sonbllssemcnt.
188 L'ARCHITECTURE

nés brutalement, (lui sont parfois (tours S., S.-S.-O.) remplacés par
une colonne octogonale saillante.
C'est le parti généralement rulopté dans l'art mixte ct les colonnes
y sont de briques ou de pierres'. Le seul motif complel qlle nous en
ayons existe à la tour centrale de B-ông Duang (fig. Hi7); les portes
y sont à deux plans ne formant qu ·un corps antérieur unique, et les
colonnes octogonales supportent, en ayant du dlCvet, un are resté
en épannelage ct qui peut avoir attemln un décor de serpents
analogue à celui des fausses portes de ;\11 San AiO" La baie d'entrée
de la tom principale devait être différente de la baie d'entrée de
la tour annexe. Les piédroits, extrêmement amincis, élaient doublés.
Bien que leur trace sur le sol permette tl'ell fixer exactement la
position, il n'est pas possible de reconstituer sùrement cette baie
donl nous possédons cependant encore le tympan (i).
Les porles de Mî SO"n Ai2 ct A13 présentent les frontons successifs
du dernier art primitif ct n'ont de curieux que lems étranges tym-
pans décorés de lions (2).
Dans l'art secondaire, une seule des portes est intéressante: celle
de l'iii SO"n BI' parce qu'elle pl'ésente,à une date où cette forme paraît
perdue depuis longtemps, les coloIlnes octogonales d'entrée. Les
autres manquent d'intérêt; le parti le plus fréquemment employé
d'abol'd est celui des frontons successifs, même lorsque le réemploi
de piédroits de l'art primitif a pu appeler un essai de renaissance
de l'arc ct des dispositifs an'ciens (3i; finalement les fl'Ontons concen-
triques prennent toute l'importance, ct les piédroits sont, comme
ils l'étaient déjà à Pô Nagar de Nha Trang au début dù IX e siècle,
constitués par de simples piliers rectangulaires.
Si nous reprenons dans ses grandes lignes l'histoire des fausses
porles, un fait se dessine clairement: dans toute la durée de l'art
éam, la fausse porte ne cesse de deyenir plus saillante et moins large.

(I ) cr. I.C.,I, p. 46i,fig. 103.


~2) Cf.. I.C., J, p. 353, fig. 75.
(3) Pô Nagar de Nha Trang tour S.
LES I3AlES EX.Tl::RIEURES iS9

Dans l'art primitif, elle a, en moyenne, plus du tiers du côté de la


tour ct le septième en saillie. La largeur en est moins importante
dans l'ad cubique et la saillie s'y réduit souvent il presque rien.
L'art mixte la rapproche des proportions de l'art primitif et les
dépasse parfois, comme il la lour principale de Bông DuO'ng où la
fausse porte atteillt les deux tiers du corps: c'est mème ici une véri-
table aile accol(~e il la tour; la proportion générale de saillie reste
cependant plus faible, car le rapport de cette saillie au côté de la
tour est le même à peu près.
L'art secondaire marque une tendance trt~S nette, sans dciutepar
raison d'économie de matière, il l'édnit'e la fausse porte en largeur;
par contre, pour obtenir le même ell'et d'importance, illa détache de
la paroi, l'élargit en façade, quille à l'étrangler à son point de
suture; le système d'arrière-corps il étage couvert d'un pignon est
forcément abandonné pour l'arrière-corps à simple pignon qui tient
moins de largeur, jusqu'à ce qu'il se réduise aux fl'onlons successifs,
puis concentriques.
Les fausses portes dans l'art primitif se composent, comme nous
l'avons YU, dans la forme d'une véritable porte appuyée à un arrière-
corps qui s'inspire soit de la silhouette du Tialan, soit cIc celle d'un
édifice à étage et à pignon; un seul exemple la montre, à Nha
Trang, dans le type à frontons successifs; elle n'apparaît jamais du
système à coupure. L'art cubique, au contraire, admet celte forme
quand la fausse porte est à deux corps; cn un corps unique, elle est
plus volontiers traitée en aile pleine à plusieurs plans. 1..1'\ dernier ·
. se confond le plus souvent avec le corps antérieur de la fausse niche
du 1er étage et, de proche en proche, fausses portes et fausses niches
d'une mème ,face finissent par ne plus faire qu'uu motif unique.
Dans la fausse porte de Mi SO'Il Aw traitée dans un système mixte
entre le type il pignon sur étage et le type à frontons suecessifs, un
fronton supplémentaire est interposé pour donner plus d'unité; il
est porlé par la corniche ct soutenu au-dessous par deux caria-
tides (pl. LXXI V).
190 L'ARCHITECtURE

L'art mixte fait semblables la fausse porte et la porte, mais avec


colonnes et sans fronton s successifs.
L'art secondaire abandonne presque complètement le type à
corps postéri.eur en kalan (1) ou eu étage avec pignon (2) au profit du
pignon silllple (3), ou tend ,'L foudre cè système avec celui du kalan
qu'il simplifie (4); mais les partis qui semblent le plus caractéristiques
de cette période fureut le type il pignons successifs, qu'on rencontre
dans les diverses sections de cet art(5) , et le type ft frontons concen-
triqiles, qui marque surtout l'art dérivé (6). Les fausses portes ruinées
de NIH),n Thâp ct de la tour E. des Tours d'argent sont il signaler
pour leur peu de largem et leur peu de hauteur: seule une com-
position analogue il celle des fausses portes qui garnissent les parois
de la tour principale il Pô IOauÎl Garai peut expliquer leur arrache-
ment. Celles-ci sont en effet remarquables pOUl' leur étroi.tesse CIl
plan ct leur saillie cOllsidérable (pl. Xl). En outre, elles présentent
une disposition très curieuse qui ne peut s'expliquer que par la copie
irraisonnée d'un motif de couronnement analogue à celui qui s'élève
sur leTestibule du kalan des Tours d'argeut (pl. XL"XV): c'est, semble-
t-il en cet édifice, une cheminée d'aération ruinée ;' à Pô KlauÎl Garai, le
motif est devenu purement décoratif (pl. XIII). Bien que d'une date
avancée, elles sont cependant d'une composition bien plus franche et
plus heureuse que celle des derniers bllliments de Mi Sali. En Gl' les
deux corps s'élèvent en étroites masses reclu.ugulu.ires qui ne ré-
pondent plus à rien (pl. XCVI); eu IIi' les frontons se superposent de la
façon la plus incohérente (pl. XCVII), ct enfin en K (m. pl.), un large
arrière-corps élève un énorme pignon à fronton en U renversé, au-des-
sus d'un maigre corps antérieur, qui compte sans doute dans la pensée
confuse du constructeur comme étant il lui seul toute 1;1 fausse porle.

\1) Il , existe cependant : Tours de (5i Art classique, Tours d'argent ka/an
cuivre et d'or; Ducl'llg Long Lour S. principal; dérivé, ~li San Hi; pyramidal,
(2) De mème ~H SCl'll'E4 , Duang Long, Hung Th1.lnh, Nha Trang tour S.
tour :Ii. (6) Art pyramidal, llimg An; dérivé,
(3) Chièn Bùng. Mi San G, Pô Klaun Garai, PÔ ltomê.
(4) Thû Thi~lI.
LES BAIES EXTÉRIEURES t9!

S'il ne fallait compter que sur le décor figuré entre les piédroits
du , corps antérieur des fausses portes pour savoir ' exactement il.
quelle idée il faul rapporter ces éléments, souycnirs de vieilles
portes ou niches colussalcs, on serait fort elllbarrassé, cal', en nombre
il peu près égal, les unes montrent le parti d'imitation de vantaux
(pl. CLIX-Ai' B1' B) et les aulres enfel'IllCn t un orant (fig. 01), yoire un
dviimpiila. Ce dernier parti semble avoir la prépondérance, et Mi SaIl
dans ses édifices anciens (1) montrc plutôt l'orant; il,cn est de même
il Nha Trang, aux Tours d'argent ka/an principul, à Chièn f)àng, à Mi
San E~ d'une purt, et de l'autre ù Hoù Lai tours centrale et N. et dans
plusieurs édifices anciens dc Dong DuO'ug ; dUIlS tous ces divers cas
la figure se dresse seule, et si petite parfois' qu'il est difficile d'y
\'oir autre chose qu'un décor pour parer un mur: la fausse porte
peut d'autant moins être considérée comllle Ulle nichc que l'orant cst,
tll\Ii San, le plus souvent placé dans uIl encadrement propre. Lc sys-
tème intermédiaire qui montre une surface nue derrière l'orant est
plusrai'c dans l'art prilllitif (2), fréquent dans l'arl cubique el dcvicnt
la règle il la fiu de l'art secondaire (3). Un exemple est particuliè-
rement curieux, parce qu'il vient uppuycr l'idée de portc accusée
ailleurs pur l'indication de vautaux (4). C'est la tour de Phu Hung,
où une niche profonde semble rappeler un véritable passage
(pl. CLXIlI -E). L 'indicalion de vanlaux, qui paraît de l'àge primitif,
se prolonge fort avant dans lu suile. L'uu el l'uutrc modes de décor
disparaissent aux derniers temps de l'art cam avec les pilastres du
corps antérieur, et ce n'est plus qu' une face lisse que présentent
certains édifices de l'art dernier (;).
Quant aux fausses niches, leur histoire est simple. Elles n'offrent
que deux formes: pignons du type à étage au début, puis frontons
successifs et concentriques. Elles affectent cependant il. l'origine

(1) Orant: Mi SÛ'n Ai> ll3' Cl. Van- (4) KhuÜ'ng My, IIoà Lai tour S., 1\Ii
taux: Az_.,sauf Ac, A'4' E;,. SO'Il AIO' Hung Th/.lllh, Mi SÛ'n BI'
i2 ) llinll Liim, Phu lIung . (:;) ~1I SÜ'n G, l'li Romê.
(3) Pli J\lauù (jurai, Yaù ~lllln, etc.
11:)2 L'AllCIII TECTUHE

une composition compliquée. fort heureuse d'ailleurs, du type à


corps postérieur il pignon SUI' é1aife (1).
La tour B3 à ~Ii SO'n nous en dorme un spécimen absolument clas-
sique, ainsi que le yes tibule de .\. L'IHage de la gl'ande Lour montre
au contraire des complicatiolls supplémentaires (pl. CLXIII-D). La
fausse niche s'y compose d' un corps uuL(!rieur triple devant un corps
postérieur du type indiqué et simple. Le corps antérieur présente
d'abord une niche entre colollneltes avec fronton en tète de lion ct
makara; le detlxième plan est le cheœt ordinaire; le troisième
forme un nouyeau fond e t encadre le précl~dent, comme il la fa,usse
porte de Blnh Lâm, d'une suite de petits gradins. Un détail est il, re-
marquer dans la fausse niche du 1er étage, car il explique des
dispositions que nous allons retL'ouvOI' aillenrs: les pilash'cs reden-
tés aux angles du corps postérieur son t si tlélachés qu'il faut exami-
ner longtemps cette fausse niche avant de se rendrc compte qu'ils
sont seulement les extrémilés dc son dernier corps; ils pamisscnt
des éléments nouycaux, indépendants, et les amortissements qu'ils
portcnt contribuent encore il, les détacher de l'ensemble. Au Ile étage,
le corps poslt~l'iellr se resserre, et le pilastre touchunt le eorps an"'
térieur, cet elret étrange ne se produit plus. Au Hl" enfin, le corps
postérieur est tellement contracté qu'il semhle seulement être un
quatrième plan du corps antérieur.
C'est d' une confusion qui se serait produite au sujet des pilas-
tres d'angle que uaql1il'eut, pour nous, dans les fausses niches de
1a tour centrale de KhuO'ng My, les curieuses colonnes circulaires,
surmontées d'amortissements qui encadrent ici le corps posté-
rieur de fausses niches par ailleurs semblables aux exemples pré-
cédents.
Chose assez curieuse, nous retrouvons ce s)'stème de composition
dans un édifice d'une très basse époque. alors que, dès l'art primitif,les
fausses niches ont plutôt adopté le systùmc des frontons successifs (2)

(1) Ml Scrn AI, B:l' Kllllcrng ~ly, sou- (2 ) Binh Lâm , PÔ l'Iagar tour princi-

venir à :\'h~1lI 'l'Juill' pale; puis Tours d'argent kalan prin-


LES B .... IES EXTf':RIEURES 193

. qui sc sont ensuite transformés enfl'ontons concentriques (1). C'est


lu tour de Nh<.tn Thap qui nous ofrre cette curieuse survivance. Le
corps antérieur forme niche ct présente cette particularité que SOli
fronton porte il son sommet une tète de lion très nettement indiquée,
tandis (lue les côtés de l'arc sc retroussent en crosses, sans souve-
nir apparent des décors anciens en tète de makara. L'arrière-corps
Ile 1110ntre pIns une composition exacle d'étage, mais en est certai-
nement une réminiscence: des amortissements Imlhés occupent les
angles, un amortissement eentml pins Mev('\ eonespond ü l'étage-
Illont du milieu.
Les fausses niehes ofl'rent une forme un peu particulière dans l'art
cilhique par la présence d'une sorte LIe cadre antérieur (~). Leur sens
se perdit dans l'art mixte, ct nous leur voyons SOUYClll prendre la
forme d'une simple, mais énorme applique (3).
Affcctées parfois dans l'art prilllitif il l'aération, et dans cc cas
percées d' unc llleurtri(~l'C, elles cessonlle plus souvent dans l'art se-
condaire d'abriter une figure, et ü l'occasion (est-cc nn retour t1 une
forme ancienne, ou sinlple ornemenlation d'une face nue ?), mon-
trent un déco!' de vantaux COlllme de véritables haies (4).
Les fenêtres ne nous ont occupé jusqu'ici que par leur enlou-
l'age, (lui constitue souvent autour (l'elles une sorte d'arc, posé sur
deux piédroits reCtangulaires. Le syslème le plus réduit consist.e
dans une simple meurtrière ou un groupe de meurtrières. Isolée,
celle-ci ne devait ètl'e qu' un exp(~dient et se dissimule alors le plus
so uvent dans une fausse lIieh~ (f». En gl'oupe, l'ensemble est traité
cOlilme une composition j'L pilastres, où les meurtrières correspon-
dent aux entrepilasll'es (6) (Ill. pl.-C) on seulement à leur creux
central (i) (pl. CLXI). Celle forme assez simple, qui donna des
motifs très heureux dans l'urt primitif ct. l'art cubique, se rédni-

cipal, Thil Thi~n, Mi San E4' Chiên (3) Boug DllO'11g tour cenll'alc.
Dàng. (1) TOUl' d'or, Y,in TllO'ng.
(1) Tours de cuivre, d'or; l'ô I\lamY (5) ~H San B". C;j'
Garai, 1'0 Romë. (G) ~1î Sail EJ, épalluclagc.
(2) IIoù Lai tour S. (7) l\1î SO'11 D".
A:\"~A'l1. - IJ~ 1l!
19.4 L' ARCH ITE CT URE

sit dans l'art mixte pOUl' s'enferme r tIans le cadrc d 'une fausse
portc ou d 'une composiLioll a nalogu c diviséc pal' des meneaux vcr-
tica ux (i) cl parfois un croisillon horizon lai (2). Cc sys tèm c subsista
longlclllps (3) , ct sans doute pOlll' micux aércr les tlorrn curs élentlus
à terre, cc genre de fenê tres, déjà basscs par clles-mêmcs, finit pur
s'ouni!" au ras du sol (1) . La co mbinaison la plus hClll'cuse, qui fut
aussila plus éphémère,. cOll sista dans l'étahlissement d'un cadre r ec-
tangulaire plus large 'Ille haut, tli,-isü pal' trois halust rcs d(~ pierre
assemblés au cours de la co nstru ction. Ulloyoùl.e de déchargc sou-
tieul le mur en arrière Llu lintea u: nous aVOllS ·ce m otif <l, l'étal
simple aux étages de 135 , C3 à JIi SO'I1, en imitatioll <l, ce lui de Ci;
SOli exislence esl imliquée ùilleurs par la (11~couY e rte de Jmluslres
isoles, ronds (J) ou carrés (Iii. Le plus sou ,'ent, la haie rectangulaire
cs t enfermée Qulre des motifs d ' am~ ge, de fri se ct de lympan dans
l' encmlre1l1 enl d'uu arc (i); fait cUl'ieux, lorsqu'il s'agit d ' une paroi
d'édifice CIL longuem où celte cU lldl.Înaisull es tpllls dil1icil elll erll de
luise, elle es l cepelldant eJllplo yée (pl. CLXIl). Mais l'are dispaealt,
le tympan sc t.ransforlllc CIL faux linleau ou cn fri se sup érI e ure ct les
m étopes seu les subsistont au SOllllne t des piédroits laléraux qui
ne porlent plus l'Îell <lu'elles (~) . 11 wllvieut de signaler, pour être
cO/uplet, la pülite haie Cil losalJge de l'édifice S. de !)6 Home
(pl. CLXUI-13) (lui paraît si pou éallle, les haies simples d c celui de
l)ü Klauù Garai trait(~ es CIl portes basses, cl les fenêtres du vestibule
de YaùProit qui, sculcs d e loull'al'l éam, s'ouvrent à l'extérieul' sous
une "oùle il encorhel1clllclll apparenle . Ces di" el'ses fenùtl'es, au
JIIoill s d ans l't~difÎl:o eu hl'i(lUCS, Ile paraissent pas avuir reç u de fer-

(l1)LI So'u Ail' E~ , Bung ])mmg pa- \ 1) ,'LI SOll G." 11 2' 4'
vill on ~, t:,) l'lllr lItrug, l'hÙllg LI), Dùug ))mrIlg
(2),'II Sou .\12' 13 ' étlilïce S.
(3) On le rell'ouye, agl'<tudi eL [l'a i lti P'l l'hàùg L~ , l;alJil Il . Cr. l.e. ,J, [1 . li7,
Cil hoi ~ , it la s all e rlc 1'0 l\J a llil (;umi, n ° 4:l.
olt les lJ al ll ~ ll'cs <Ic lIois qui f(, l'muic nt (l) Mî SO'n U;" 6; C3, 4; El '
·les fcnê(n's ont Jllalh e lll' c n~clIl e llL fl b - (S ; :\li Sfm DI '
pal'II e t ne s oul pIn s indh{ués filW IHll' .
ICl1r mortube d'encas trcmen t.
LES fi A lE S E :\ T l~ HIE U Il E S I!);j

meture, ct le décor ne nons donne pas ici, ù, l'enconll'C du Call;hoùgc,


(l os intcqH'étations (l e stores; pal' contre. Mi Sun C3 lions llIonlre de
faux volets, les \Taies fen ôtrcs Il 'indi((llHlIl point d'aill curs CO llllllent
ces volels, s'ils cOlTespolltlaicnl il, UllP l'éalil:Ll, pouvaient s'ylixer.
Nous ayons parlé incidenull cnt dll pignon en HOIIS uL:ClIpant. ùu
fronton (les fau sscs pOl'tes ct des clll~. \- ets de slaLues : CP II·CSt. pour
la i.el'lnillaison d't~di1iees, (lue cc :rl"Ollloll agnmtli. Lo,'s'pl'il s'agit
tl 'alTôll'I' ù ses l':dl'élllités 1lIi e yoùll' lon guc , qu'eHc soiL petite ou
gl'iliide. et hien'llle sa seeliol1 soil, ail i:tilieu, l'lus \'oisiite d'tul cinLre
sUI·haussé ({lIC d'un arc Cil ti crs-poilil. le pignon pl'l~sc lll c }lI'OStlUC
inyal'iablclllenlia fOl'lll e (l ' un e ogive trapue, ct si pad'ois so n contour
se rnpproehe d'ullc dOilli-ellipse posée sur SOIl petit axe, toujours un
IllOtif tel'lllllJal y aceuse UlIC pointe au SOli Il Il et el la ram('m e aill si il
l'impression (1'UIl arc brisé.
Lo pignon est appelé plus géllL~ralelllCllt ù lOl'llIill er UIlC nef CCIl-
traI e releyéc; lIOlIS ( ~ II pussùdolls copcwlanl. Ull oxe lllpl e fort hicll
conson é fel'llHUlt lll(( ~ salle ha sse, Dl! ù ,\lî SUIl; il es!. d'épo(lllO
sÜl:o ndaire et selon loutes prohabilités, illl'ùtait pas du parti pri-
mitif Dt que copio ce hfLtilll ellt ; celui-ci sallS douLc était dos par
lUI. ytSrilahle pan de huis, ou, si l'on préfl-l'e, par le garnissage tl 'Illlü
fenlle terminal e (1). Lc pignoli es t ici verlical (2 ); parfois il semble
légùl'Cnl ellt pell chtS en ayanL (3) ; cL c'es t in fmllle des pignons d'édi-
fi ccs S. postérieurs (1) , 'pIn! llung 1I0US indique pal' ulle ;u1Léfixe
(pl. CLXl V-E) truelle pouv aiL dl'C l'inclillaisoll tin frolllon cn e(~ r-

(1 ) .\insi seulement lleut s'expliIPll'['la "P illeS cOllse tTéelS : mnis s lIr cc pnl'Ii
lli spal'ilion complète du pignon O. d e la tl ' lIll art hi en tIélïJlI se greffe lin décOl'
sall e Il. qUllud le pignon O. Ile D2 s'es l (Lili vi enl oentpcr lout. Je pi gnon e t qtli
parfailement co nservé et qu'il l'l's le a~ sez es t tl'ilu cal'aclèl'e co mpl è leme nl ,Iiff(!-
tlu pignon E. rlc \)2 ' pins cxpos0 i't l'éJJl':m- reùt ; il montre 10 sys t(\me de rl'onlom;
lemen t causé par le rayage des ca ux, pour co nct'nirilllll's il faihl e (~paiSS c llr que nOlis
qll 'o n pui sse a ffirm ct' SOli existencr,. Vn lW l'encoull'ons pal' aill e lll's IJlI t: dan s la
fait vienl tl'ailleurs eonfirm er ecl lu hy- ~l'eo llllc [lét·iotle. (Cf. !JI. LXXXVl-:2.)
p o tb è~e: la porte ll 'cnlré e Il e ]) 2 s llitnl'i- \" i De 1I1 l: IIW il ~Iî SO'1l n.; .
tement rad de la série ~1I SO"n '\1 c t floit . l'I) .\li S(m Bil' l'ô :'\ag;u' de .\ha 1'1'11111;

ôtre une copie exacte Ile celle de ])\1 d onl ,~ tlifice ~ .-0.
elle répè le Irai lieurs les parties Lasses (4) 'l'OUI'" tl 'argen t, !'li I\Jault Uarai .
HW L'AnCHIT~C'ru RE

tains cas àl'ol'igine, cal' si notre releyé est exact, le profil répond
à une acuité d'angle extrèlll~; quel que soit le relôvemeut qu'ou
suppose à l'al'ôteou faile, le pignon l'esle lrès écarlé lIe la verticale.
L'étude ou vestibule du kllfan desToul's d'argent montrera commeut
le relôvement de celte courbe pouvait s'ohtellir; le teuOu inf(:l'ieul'
de la corne posttSrieure ,'t Phù Iltrng (pl. Cl.l~JV-E) indique de son
côté par quel procédé, au cours de la pose, la pièœ était retenue
dans les maçonueries encore fraîehes.
Couverture en voùte !~ourbe et pignon incliIHS . semblent la tl'a-
ductioll en hri(lues d'une toitmc Mgl~l'ü, et il n'est pas jusqu'au décor
des frontons extrêmes qui n'accenlue eclle ressemhlance, ear ils
sont terminés au sommet, COlllllle la plupart des toitures l(\.gèrcs en
Extrôllle-Orienl, pal' des motifs aigus qui pl'olongent eH avant laliglle
inclll'Yéü du faite. A l'origiile ces lllotifs paraissent avoir alfecl(:\
plut6t la fOl'lllC d'uue antéfixe iudinée (1), mais dès Mi Sail nous
tl'oumlls dôjà une de ces cornes précédée d'un I/üga(t) (pl. CLXXII-I).
La ruine générale de (;Cs pignons el, dans les rares ~as où ils ont
duré, leu!' état d'épallllclage, ne perrnul pas de sc renllre hicn compte
de leur décor. Aux t'onnes d'anlélîxes en f1emons détaill(~s corres-
pOllllait-il, tOut In long tic la courhe (lu pignou, des feuilles ram-
pantes ciselées (Ialls la hrique, motif identiflue alors an décor (Ics
petits al'~S de ni~hes ct tics frontons d 'appliques primitives? L'UIlté-
fixe y tenait-elle ainsi la place dn décor en ,amande qui termine ces
petits ôléments? Bien quo le fait paraisse fml pro]mble, nous ne pou-
vons l'affirmer, car le seul pigllOll Ol'I\(J, celui de l'étage au sanc-
tuaire N.-O. de Pù Nagar, est justement llllpOUl'VU d 'antéfixe supé-
rieure (fIg. 30). C'est un aœ aux ridws feuilles rampalltes qui se
dllveloppent autour lIe crosses et encadrent un tytupan ruiné dont
les restes ;,informes semblent indiquer ulle figlll'e Ù liras multiples

(1) Mi SO'n Ca on ves tilnile CI' 11:" sommet. des fau sses portrs dn yestibllie
Phông LI); avec corne: Mi So-n FI' l'hù \lue sOL'le Ile' tMc de mOllslt·{· (pli parail
Ihrng . anssi anormale, et il faut sc l'nppclt'l' qlle
(2) ~li 8lrU C,. l'ellt ..(:tre n'est-ce li, la recherche de la val'iélé est ellcore cous ..
li Il 'une fantaisie, cal' 1101lS IrouyollS au lante il celle épolj ne.
LES ILUES ESTÉRIEU,R E'S J9ï

ou cutourée du dais des tètcs de niiga. Ailleul's de simples arcs


concentriques forment le déco!', allx rares points (1) où ces élément.s
si exposés se sont conservés.
Ces divers motifs de décor, antéfixe et corne qui la sou-

Fig. 30. - P6 ~agar de Nha Trallg.


(:ùili ce :\'.-0. Amortisseme nts du corps inférieur ct pignon S. '.

ticnt, d'une part, fcuilles rampantes eiscl(~es dans la paroi , de


l'autre . Qnt tons subsisté jusqu'aux demiel's j6ùrs, mais en se sépa-
rant. L'antéfixe est devenue le fer de lance qui tflrmine les fron-

(i) Mt Sem B:" par exemple.


1\)8 L'A H CIIITECTUHE

tons sueccssifs des portes cl fausses pol'les des derniers édi-


fices (1) (pl. CLXIY-I), en pas."iant pal' ulle forme triangulaire qui
s'est perdue (2) (m. pl.-j\'). Larfois elle sc tl'ansforme en oiseau
les ailes lh\ployées ctdeùml un ellCyet (Ill. pl.-II). 11 est possible
(3)

que la eorl1e faîli(\re sc soit dtlgngée de l'antéfixe par l'inter-


médiaire d'un support en f/({rll(ht. Le prcl\liel' rôle tic celte corne,
au moins en construction rohuste, avait dù ètl'e do fournir en
al'rÎ(\re un appui suffisant il l'antéfixe terminale (4). D'autre part
le pignon paraît iL l'occasion avoit' été terminé par un garuçla
saillant: c'est le seul rôle qu'on puisse attribuer au gal'll(lll dé-
couvert devant le veslilmle de la tOUI' principale iL ftông Dll'ung
(fig. 8:»; il explique les figures analogues cl si franches de mou-
vement en avant, de Nhall lliGu (pl. CLXXtY-C) ct du Jardin de
Tourane. Une figme de cc grmre en hriques termine d 'ailleurs le
pignon E. de l'édifice S. des Tours d 'argent (pl. XXXYl). L'intermé-
diaire est fourni par un !Jw:llçla, corne faitièl'e du Jardin de Tourane,
dont le style disparaît sous les grossiùres restaurations annamites,
mais qui est. Yraiselllhlahlell1ent d 'assez hasse (Jpoque; peut-être
n 'es t-cc qu'une variante dn I/üf}a de COl'ne faitiôre de Mi Sun Ci'
Ou cOI1(;oit qu' un molif de ecLte dernière nature, laissant la corne
sc délacher llettelllOnt sm le ciel. lui ait acqnis toute l'impor-
lant..:e. Quoi li u'il en soit, el la (1 lLesliou est de minime importance.
la t..:Ol'ne seule apparaH il 110 l\lauÏt Garai Ù l'(SdiJice S. dont el1e tOl'-
'mine les pignons (;"») (pl. XIY). Un Il ernier I1Iodèle, q ni sem hIe d'aillelll's
n'a\'oir pas {~t(S lIIis (~ f1 place, Huit il l'r"difiee S. de Pt. Homë, Cil urie
sode de (;l'ôle, les GOl'HCS lel'lllinales el un motif central nom"eau:
cet enscllIhlo, (l'Ii 110 pouvait (;Olll'Ollllcr qu 'une yoùle longue il quatre
pans, doyillL ilJutile pal' suite de la préfl\l'enCe dOIlIll'\ü. pOUL' couyrir
cet édiliee, iL Hile luilHI'Ü lég(\I'ü (pl. CLXIY-T). Quallt aux feui11es (G)

(1) 'l'OUI' ll'or, 1)0 Ii:lauù Garai. (1) Voil' celle de l'hù HUllg, pl. CLXIY -E.
(2 1~H Srm El, Cltil~1l Hitng, )1i .so·un" l") Yoir' .\ppen<li ce, p.57;-; .
G1• l';) ~lï SOIt ,\ i, faus se !lOr!e S., exemple
\3nli ::3o·n E4, Chùnh L(l. enll'e mille . .
LES BAIES E~Tl:; RIEUnES 19û

rampanles longte mps prises dans la 1I1l1SSe, ell es t'ment e ll cor e


sculpt ées dans la hrique en III 1 eedain Hombre d 'édifi ces de la p é-
riode secondaire(1\, et cc n'es t g nl\ re qu e dans l'art dérivé qu 'on les
voit exécutées exclusive ment en tel'l'e enile (2) (m. pl.-B , ~) : les
cons trucle urs y trounlÏelll l'ina ppréeialJl e 'LYantage de pa rfaire llu
môm e coup gros omne et orn em enla ti on e l (l'éyiter ain si l'inaeht~! Ye­
lll r.ot si fr équent des parti es importallt es . Elles finire nt p al' dc \'cnir
le prin cipal dt~c ol' des fau sses ni ch es et d es fausses portes; pal' dt~sir
de varj(;r un p eu cet insipide mo tif, les Callls les re to urnent il l'occa-
sion , iL P6 KlauÎl Garai Cm. pl.-O), Oll , les opposant deux p ar deu x il
Pi) Hom ë, en cons titu ent ain si d'ori ginal es antt~ fixe s ( m. pl.-V, P ) .
Comment expliquer la naissan ee lIe cc mode de dô eor 1 Fa Il t-il su ppo-
sel' qu e les arcs oit ces f enilles eussent tlù ètl'n taillôes, reslés hruts,
ai ent paru d'une stS ch ere sse choqlllllrte c t qu'on ait voulu a Lt(~nn e r cel
cl1'et déplaisa nt en y rapportant npr(\s coup ces motifs? Il s é tai ent
en eife t analog ues aux pe tiles pit'ces d 'aeecnt des am ortisse ments,
qui depuis lon glemps (3) étaient au ssi e Xt~c ul(~ e s en teri'e cnite.
Nous devons, pOlU' eo rnpl éter l'exa men des élürn cnls qui se rat-
tach e nt il la baie, dire quelques mots do la yoMo en hcreeau qui
co uvre l'arrière-corps <les [Iod es e t des fausses portes, mais aussi les
tSdifices cn IOllgueur. La yoùtC) est lonj onrs lisse ct se mbl e il section
. en ellipse ou en U renvel'stS, voire e n toup e <le eloel1e, plutùl <ln'ogi-
yale; cepend ant lIn houdin plus OH moins gros en mar<J1Le le faîle .
Le décor co nsiste p arfois · en un e ra ng(!e (rappliques i\ la . hase;
des m élopes s'y montr(~l' e nl p enl-N l'o ,'l Wî Sun Ci' A Pô Klalla Gami ,
une ligne de dents d e se ie s uit la base d'appui e l se r e lourn e SUl' .

l'extrados derriôre le fronlo n. Enfin (l'wlques é difi ces co mme ~Ii


SO'n Cp C3 , ITlOutrcnt les tra ces d'Ilno sorte de faus se niche sans
épaisseur e Lqui somhle suine l e mouyem ent do la courhe : ee qu'il
cn j'os le cs l si ruint'l qu 'on n e p eut ê lrl! il ee propos plus a ffil'lllütif.
(1) HUllg Tlu)nb , Tours (l'arge n t halaI! utlllg Ail , sallctuairc de :\IalrJiùge,;.Yari il
pri nc ilJal qui IH'ése nte les deux sys- ?\ha Trang, e tc.
tèm cs. \~) l'ù ~aga r de Nha Tra ng gra nde
(2) Chiên Biln g, Mi Son G, Tour <l'or, t our, déhut du lX" siècle.
,1

CHAPITRE IX

L'ARCHITECTURE. - LA CO~STRUCTION

Introduction. - ~rat(oriaux. - Lc bois, mutièrc uniquc,- acccssoire. - La brique; -


sa pel'feclion. - La pierre, matière I.Illil[Ue; - originc ; - matièrc accessoire.
- La terre euHe. - Le métal. - Agglom(;rés. - )[jse cu œnne générale: l'ap-
pareil; - la pose; - liaison des hl'iqlles; - ùes piel'l'es ; - Laille ; - enduits:
montage. - Dispositions s péeiale~ : fondations. - Toitures, (le terre?; - de
tuiles. '-- Yoùtc Cil cneol'bellement; - ses ineollvénient s ; - eausc fl'(>queutc de
sa ruine; - arcs dc décharge. - Entretien. - Écoulement dcs caux. - Aire.

Bien que visiblement les èams n'aient jamais attaché une gl'antle
importance à, la construelion, nons ne pouvons tl'aitel' la question
avec la même tlt'lsinvollllrc, ct notre tltude drs formes architcc-
hu·ales serait incomplNe si nous ne chel'chions à, nous rendre
compte des moyens par lesquels dlcs ont été réalisées. Nous allons
donc examiner les divers matériaux employés, la façon dont ils
ont été mis en œuvre, les précautions adoptées pour leur conser-
vation. Dans les procétlés tIc construdion nous envisagel'ons tout
d'abord les dispositions. communes, appareil, ravalement, mon-
tage, et l'esprit même qui les dirige, puis les arrangements par-
ticuliers à certains points de l'édifice: la question si importante
des fondations, celle si délicate des couyertures. Les procédés
d'entretien que HOUS devons examiner en demier ne nous retien-
dront guère, car ils furent à, peu près nuls.
Si nous passons en revue les matériaux utilisés, en adoptant
LA CONSTRUCTION 201

l'ordre chronologique de leur cm ploi plntôt que l'importance même


de leur mise en œuvre, le bois vient en premier rang. Il n'est pas
douteux, en raison des inscriptions anciennes (1) qui relatent l'in-
cemlie tics temples les plus réyérl~s, que ceux-ci fnssenL au déùut
presque enti(~rement construits en bois. 11 en fut de mèrne, surtout
il l'origine, ponr les édifices annexes des l'lus vieux sanctuaires,
ct la hriqne ne vint s'y subslitnel' (IIlO Ilalls la seconde période.
-'lais nul de ces antiques hùtilllellts n'a laissll ]a moindre truce, ct
nous ne ponvons rechercher si le hois (~taiL apparent ou s'il sc recou-
nait ll'enduils sans entrer dans le domaine de l'hypothl~se : nous
examinerons cette première architecture dans la dernière partie.
En dehors des eas cilés précéllelHmcnt. lions n'ayons eonnais-
sance rIe l'emploi lolal (lu bois qne pour Ile petits édifices intérieurs,
chùsses ou dais salis doute (2), dont les inscriptions nous rérèlcnt
l'existence: des bois précieux, connue le santal, en faisaient la
luxueuse llHltil!l'e. De ces ,lispositions les derniers temples nous ont
laiss6 quelques témoins (3) ; ils seraient tic maigre inlél'ôt s'ils n'ac-
cusaient le mode de ellal'pente flui semhle de tout temps avoir été
préfél'é pal' les tams. Les J'estes des gmndcs salles aneiennes nous
. donnent ellt':OI'e quc1llues inllicalions ù cet l~gaI'd (4); les gaIJal'its
des pi,~ces y sont l~nOl'llICS, cl. cependant il Ile s'agit Hl que des poutees
lalémles (lont la pOl'll~O est insignifiante; Ile telles sedions ne se
justifient guère, même dans remploi de lounles couverlures en terre
ùattue, ct suggèrent lïmpression nette que toute celte charpente
dut être exécutée pal' simple résistance ù la flexion ct non comme
toutes les nôtres par triangulation (5).

(i ) Stèles de Nha Trang, Glai Lamau, (4) Pô Nagar de Nha Trang, Ilcing
~Ii8o-n II, et.e. DLro-ng III, Hà TrLlLlg.
(2) Inse. 92 , Mî 80"n XXl\T. L'm't primitif (0) Le système par flexion consiste
dn Camhodge lions cn ,10nne Iles spéci- (lans l'emploi pl'épondérant des pontres
mensen piene; l'lin , edui ,lelatolll'S! de horizontales sur lesqnelles toutes les
Sambor l'l'ci IŒk, a été r eproduit en mou- pièces de la ferme, soutenant latoilure,
lage au musée du Trocadéro. posent comme sur un sol résistanl(fig. 31,
( ~) Dais Ile Pli Nagar de Nha Trang, gauche) ; dans le système par triangula-
de Pô KlauÏl Garai, tours principales, tion au contraire, ce sont les deux cotés
202 L'A Il C II ITEC TU HE

Nons n'ayons gardé qne ln, tracc des plafonds et des vantaux qui
1
durcnt èlre eXtScutés cn bois :i lOmlriel's l~pais ct lourds, plateaux
tra\'aillés comme ulle matière ~ompaele, semblent en ayoil' foumi la
lIIasse, ct rieu Ile réyNe l'utilisation tl 'assemhlages. Plus sages que
les Khmèrs ct d'ailleurs moins günés pal' les problèmes à résoudre,
les Cam!; n'out l'ail que rarcment usagc du hois pOUl' soulager des
portées !t'op longues. 11s n'y reCOlll'Ul'ClIt qu'allx derniers temps, ct
sculmueIlt ù Po KIauù Garai, pOUl' des encadrements de haies ou le

Fig. 31. - Types divers de charpentes par ll'iulIgulalion cl par fl ex ion.

soulagemellL des maigres linteaux de pierre. Encore eurent-ils ln,


. sagesse, qui, manquant aux l.-ttotiens. causa la ruille générale de
leurs charmantes pagodes, d'employer en cc cas des bois excel-
lents (1).
Celui des ll1at(~l'iaIlX qlli, historiquement, "ient ensuite est la
brique; c'est aussi cdui fJui fut de heaucoup le plus employé par
les Cants : on peut mème dire que, sauf aux origines qui nous sont

supérieurs (In triangle qui pOl'l ent 100ites même pal' une chaine si l'on voulait.
les charges (fig. 3 1, droite); il s SOllt (1) Q(land nOlis entreprîmcs la consoli-
retenus dans leur position par l'cntrait, tlalioll des tours de l)ô K1ami. Garai, les
pièce horizontale qui corl'cspon!j il la poutres, vi eilles <l e six sièclcs,étaient
poutre précé(jcntc, mais qlli JW so utient cncore assez résistantes pOlll' qu'aüeun
rien elle-mênw et jone sculcmcnt le accidcntue se fût produit; il était temps,
l'ole de tell(jcllL'; aussi pCllt-clIe êlre il est vrai, qù'elles fusscn t renouve-
rcmplacée pal' \llle simple tringle, voire lées.
LA CONSTTIUCTIO:\' 203

mal connues, ils l'utilist~rcllt ext.:!usiycl1lcnt, au moins pOUl' le gros


mU'Te. Son emploi n 'est cependant pas, comme on tend trop sou-
Yt~nt à le croire, la Ci1ract(~l'istiq\le môme de leur art, et les Khlllèrs
de l'époque pi·illlilive en firent un usage aussi considérable; bieu
plus , alors BLême qu'au tClllpS dc lcur splendcur, ils semillent ayoil'
{lL"Méré le grc's COllLllLe matière précieusc, la latérite tOllllllema-
tière eOlLllLlUIIO, la brique panLit avoir l'ris un rang intermédiaire,
et c'esL clle qui constitue gros œuvrc et décor des inllombrables
sanctuaires provinciaux.
Luhriquc èame sc llLontre toujours d 'e '\cellcnle qualité, et, bien
que dans les édiflees de la pt~riode secondaire elle ne prt~sente plus
la perfection do malaxage et de cuisson de l'époque primaire, elle
l'este toujours hien sU[lt:'rieure à la briqlLe aluHunile ou ehinoise
moderne . .'Ilôllle lorsqu'clIc atteint les dimelLsions iUYraisclllblables
des premières épOtlllCS (1 ), clIc l'CS te ahsolulllcnt pUl"c, sans traccs
de chaux ni moindres gr,niers, ct pr(~scllLe la même finesse de
grain, la mônlC égalité de cuisson en son ceutre comme il la sur-
faee. Sa conleu!' est d' un rouge t~ clatallt, et grùce à la régularité du
ehauffage suhi, elle put dl"e taill(~e eL dresst~e sans que ce trayail
alténlt sa couleut' ou sa cornpaeité.
Quanti clIo n'est pas deslint~o à fOmlOl' des parements soignés et
sans douLe alors, fi uallJ elle fu t préparée CH gntlLlle q uUlltiLé, elle
tire parfois sur 10 yiolcl, mais jamais ne se montre cassante ou
vitrifi ée . Cetle cohmtlion sp(~eiale SI' r(~ lllal"tllLe parliclllit~relllent
dans les ruines de Th,lnh 116 , Yaste citadelle dont la (late nous
6chappe ct qui nécessita un approvisioJllwmellt fOl"midable de ma-
tériaux (~).
Les briques de sedions les l'lus fodc's pa missent cot'respondre
aux temps les plus anciens. Sous l'édifice S.-E. de Nha Trang, daté
de 83:J, sc yoit le soubassement d'uu btHilllent sans donte hien anlé-

(l) Dépôts sacrés de PÔ Xa ga r (le Xha ou G millions (l e !Jriqllos èames; il en mU


Trang-42 x 21 x !), :H. x l!) x JI. faillI plus do 40 millions (les nôtrcs.
(2) 50.000 mèlt'cs culles au minimum
20.{. L'ATICIIITECTUTIE

rleur; les briques (1)y sont plus considérables que celles des plus
vieux édifices conservés. J!CS hriques ptill1itives retrouvées au
même lieu. matériaux d'ant;ques substructions, JJlontrent de gros-
sières tlgurcs géométri(Illes tmeées SlIt' le l'lat; 1I0US n'ayons pu en
tirer aucune donnée précise.
Avec le temps, les dimensions s'ahaissent ; nous les trouyons au
dlSbut de la p,)riode secondaire, à la Tour de cuine, d'un gaharit
encore respectable (:1G Xl 0 X 8) . .A la tour S. de Pô Xagur de l'ha
Trang (114;~), elles ont ù nOlIveau dill1illu(~ . toul ell restallt encore à
peu près dOlihles des nùtres, mais leur malaxage et leur cuiss·on ont
bien perdu de leurs qualités; en parement la surface exposlSe aux
intempéries s'érode, surtout aprt!s la faille; le cœur apparait noif' et
se creuse rapidement, et seules les surfaces de joint lJien cuites et
non retaillées conservent à la maçonnerie son inttSgrité.
Lorsqu'il en fut hesoin, les èams n 'ht!sitôrent pas à exécuter des
briques de modèles très spéeiaux ; de cette façon la construction pou-
nit être grandement facilitée. JI en fut ainsi pour les piliers oetogo-
naux de la grande salle il Pô Nagar (le Nha Trang; les lI1at(Sriaux en
sont des hriques trapl!zoïdales d'un gahal'Ît unique. D'autres hl'iqnes
paraissent ayoir ret~u une forme splSeiale pOIll' constituer sans doute
los carrelages: un certain nombre en fut retrouylS dans un tertre
voisin de la mission de fMng PlllIe (Quàng Ngai); elles él.aient car-
rées .et de plus de 30 centimètres de côté ; leur (Spaisseur était forte
et sans doute voisine de 0 m. 10.
La pierre vient apl'(\s la hrique, aussi hien par ordre de temps
que par ordre d'importance, dans la eOllstmctioll. A nai dire, eUe ne
serrit presque jamais de matière . unique, et les Cams ne semhlent
guère ayoir tenté plus de deux fois, ct dans la basse époque, l'édifi-
cation d' un bâtiment tout en pierre; les deux fois d'ailleurs ils
l'ul'aissent y avoir reIlO!lCIS bien avant l'aeltèvelllent. De ces essais
infmetucux l'un cst un édifice en longueur qui devait s'élevel' près

(1)41x22 x 9.
LA. CONSTRUCTION 205

de la tour Ai ù Mi SO'u : les débris en sout informes; l'autre, dans


le même groupe, est le sanctuaire principal BI du temple B. Celui-ci
fut réellement achevé, mais, quelques centimètres au-dessus de la
hase la matière change, et la hrique ordinaire se substitue il la
plOrre.
Poudant toute une calTil~re parait avoir ét6 ouverte quelques
lieues plus loin, à An Thinli, afin de fournir l'approvisionnement
nécessaÎL'e. De nombreux blocs y sont encore il moitié détachés ct
porlent de grossières indications, par malheur indéchifl'rahles; il
ne s'agit pas là d'une carl'iùre nonnale, mais de l'exploitation de
lIombreux rochers qui couvrent la colline. Quant aux pierres qui
entrent dans la constl'llction des autres monullleitts, d'ordinaire d'un
heau grès fin, nous n'avons pu déterminer leurs pro'renances exactes;
le grès est l'are en Annani, ct les blocs isolés, mais si fréquents
([u'on y rencontre;sollt de granit: aussi cette matière fut-elle em-
ployée également, mais seulement pour les plus gros ouvrages.
Dans 'les édifices hahituels en hriques, la pierre ne tient qu'une
place restreinte et son einploi est très spécialisé; elle se substitue
il la hrique dans tous les cas où celle-ci serait insuffisante, mais
dans ces cas seuleÎnellt, soit pour son manque de cohésion, soit
pour son maùque de l'ésistance; elle fournit ainsi, et souvent en
masses énormes, les encadrements de portes, piédroits, seuils et
linteaux, quel(IUes plafonds supportant directement des maçonne-
ries (1), - les antéllxes et les pièces d'accent, les dalles d'arête et
les piel'res d'angle, - les couronnements de tours et d'amortisse-
mcnts, les dallages (2) , les perrons et les marches (3). La sculpture,
délicate iL exécuter dans la brique et qui ne peut y garder longtemps
sa fermeté, exigea d'ordinaire l'emploi de la pierre incrustée dans
le l'este de la ma\;onnel'ie : ainsi les tètes d'orallls anx niches infé-
rienres dcs parois sont souvent, il la belle époque, rapportées dans

(1) Chiên Bàng. (3) Marches de ~lï S(ru El' InllrO'ng


(2)Bong DuO'ug Lour principale, sanc- ~[y, perron de Bong Huang tonr princi':
tuaire de ~Iï SO'n Al, Bl" pale.
206 L'AllCJI ITE C TURE

un p e lit morceau d e g rôs (1 ) ; fI cs 1,y 111 PüT.1S furen t, sauf en quelques


cas, c iselés (lans un e dall e (t 'u uc seule pièce nu d é lJllt, tli yisée en
ù enx ou lt'ois pat' d cs joinl s lH;ri zo llla llx <iu\: Le mp s (l e ù écad c nce (2) ;
il sO lllhl e (JlIC cc so ionl: l os diff1 Clll!(IS de mOlltage (lui aieut <tlll cTté
ce lt e solution l'lkhellsc, en)', <lait s la lI1 èm e pél'iod e . nous rc nconlrons
d 'autros tympan s J 'un /,loc e t d 'éga le iluporlall cc; lIIai s ils so nt
alors é vid és cl percés ù jour: ou ;t\'ait d Oli C vo uln so it les renclre
plus l()go l's, so it y créor d es pri sos pOUl' on fa c ililer 10 m ontage (3i .
La fHit'Î od o socondaiœ monll'o HU empl oi Il O U\' OUU de la pierre ;
ell e parait alors pl'C'ltdJ'c la yaleur (rUne ltIatiàe plus luxu e use et
qu 'on r ech er ch e, non p our scs aY<llllages propres, m ais po ur sa ri -
chesse w Ül11 e . OH CIt fait alot's des rCYÜLe m ellts parliols, le plus SO ll-
yont fort m al liés au g ros œ UYl'e lIe JJl'iques; les points lcs plus appa-
rents, soi t p OUl' l our proximil é de l'cciI, soit pour l e ur placo marq uante,
so n t ain si e nri c hi s : so ulmsso lll oltl (1) "el ha se (~), gmnd e faG e de C0 1'-
!licite (ô ) , ft-i sc il gllirla1ldes p elldantes(ï), Yoit'C angle ù e pila s lt'es ( '),
Chose cltl' i( ~ lI se, cette r ecrud esce ncc dalt s l' cmploi dc · la pi erre
correspo nd ju s tem cnt il une m a ln(lrcssc toujours pills gt'altdo dans
sa mi se elt œ uvre . Quell e p out ê tre la miso n d c cctte hizarl'eri e?
Les émus ù l'ori gine n 'é tai eJlt-ils l'il S llHtîtrcs d e la montagn o où,
sans d ou te, sont les gis ellt enl.s d o g r(~s? Ou bien l es tlJOd es d e tran s-
port étaient-ils alors tt'Ol' Îltsu fli silll ls ! Y Cil t-iI am:: d e mi e rs t e mps
(lllClqu e inlltt cue e du c ù la dominali o n 1lIOIllf'ntulu'le d es Khm è rs,
p Olir qui l e g rès parait lo nj ours ôlyoit' éhS la matiôt'e la plus dign e
d es di e ux 1 Il faut sc r éso udre il n'e u rien sayoir.
Pal' co utre, Ù, 1'0l'p ostJ dll Call1llOd gc, la ]al!\l'il(!(Ü) qlli y j ouc lln

(li '.\Ii SO'II Cl ' Br" ct. dall s la période lS) TOUl' ti c cuiyre .
archaïsant e l'III Srrn E 4 , Chi':'11 nùn g . ('1 La la léri te est 1I11 e roch e arg il o-
(~, Th(tp Thiip (l onx pièces, :\Ii SO'II HI fc rru g in e uso, dont l'aspec t, 10r Sfjll 'ell e est
i:l pi èces. utili sah le Cil co nslru clioll, es t asse;.: \' oi ~ in
('l) Chünh J.() sall c', Lilllt Thüi. pi erre L , de celui Ile la l11e uli è!ro. Ell e es t très fr é-
i" ,"[[11 TlrO'lI g , TOIll's tI 'or, !l ee uin·e. qurnl o r\:lx pay~ l l"Op icaux , n o lanUll c llt
l"l 111m g Th'.1Il1t. Cil J Il (10 ('] IÏ Il C, e l !-;l'éc iakmoll t Cil Cochi 11-
('" 1'0 111' ù ·or . chin e, ,cc qui lui valut le n om d e pi erre
ej Tours (l'argc llt k aloll prilH:ipal. d e Bi èn 11011. On la CO liroll11 trop so uvent
LA CONSTRUCTION 207

si grand rôle ne fut employée Îl.:i que pOUL' quelques travaux utili-
taires, notamment l'exécution de murailles de villes (1); sa résis-
tance aux inlmnpéries, plus grande llue celle des mauvaises briques
de la deuxième période, la fit utiliser CIl l'evêtement pour la protec-
tion d es surfaces directement exposées à la pluie (2).
La pierl'e ne fut pas seule à fournir une matière plus continue
que la brique pour l'exécution des scu1lltures, et dôs l'origine la
terre cuite fut utilisée dans cc rôle; cependant son usage ne se
généralisa qu'à la hasse époque. Au début elle ne foumit guère que
quelques peLites pil~ces d'accent (3) cl llalurellelllenl les décors de
toitures en tuiles(~). Dans l'art secondaire, le remplacement des
feuilles rani pan tes, dil'ectCluent sculptées dans la brique, pal' de pe-
tites piôces indépendantes fichées dans l'extrudos, donne une nou-
yelle illlpuision à l'emploi de la terl'e cuite. Bienlôt on exécuta cn
celle matière la plu part (les Mémonls qui précéllomment élaioùl
faits de pierre, pU~cüs (l'accelll(:J) IlIÔllHl de gl'allde Laille, métopes
fixes ou délachées ((;), pi(~ ces lel'luinalos (l"alllol'lisseuwllls (i), voiœ
lympans euliers (~), de pelite taille, il osl vrai. Le dessin y est tou-
jours modelé ct HOIl moulé, sculpté et môme laillé avant la cuisson,
et grâce à la franchi se de pl'océdé ces pièces gardent un esprit
t.:C

réel que Ile présenle plus la sculpture sur pierre à celte époque.
Le grès vernissé, enfin, il fourni ùans la seconde période, outre la
matière des seules poteries ({l1O nous ayons découvertes (Clliinh LO,
IIoà Lai) , celle dedeux belles figures de dvürapiûa polychromes trou-
vées Cil délH'is il raù Arum et llOllt l'une fut rcmontée en partie au
musée de Hanoï (D 21-1), <lYCC (luelques fragmenls d'ull pendant.
Quant au mélal, il ne Illtl'ail avoir scrvi qu'cil de Lrl~S rares cas,

avec la limonite, plus métallique ct qui (4) InllombralJks cornes faitières des
ne sc cons titu e pas en bancs exploitables grandes salles i't l'iha Trang, Dong nmmg
pour la !Jàtisse, li ct ltl, ct tètes terminales du del'lli el'
(1) èaban. exemple (fig, ;jO),
( 2) Mî So-n Gi , Ci) TI1(lp Thiip, 1'6 Klauil Garai.
(31 ~lî So·n.\'1> amortissement de la (G ) ~11 SO'n fi:, .
tour IH'ÎIlI'ipa!t· il l'à ~agar dü ' :\lIa (7) hl.
Traug . (8 ) hl.
208 L'ARCHITECTURE

parfois en application (I), voire en enduit (2), jamais en cram-


1
pons (3) ni en support. Une tl'ililition yeut que le métal ait fourni la
matière des flèches ou épis terlllinant ce1'laines toms (1), ct nous
avons retrouyé nOlis-même il Pù Nagal' une pierre terminale (,,) dont
les entailles supérieures Ile paraissent pouvoir sc rapporter qu'au
scellement d'unc tige métallique (fig. 45, 46).
Connne matériaux agglomérés, nous ne rencontrons guère qu'une
sorte de héton de galets cl de terre rouge employé souvent dans les
fondations (n). Cette même terre rouge senle fournit ù la basse époque
le remplissage de constructions (lui n',n-aient que deux parements (7)
ct cc pl'océd(S sauvage fut même èmployé pour l' exécution de
yoùles entières (8), on sc doute avec quel succès. Qu'est-cc que
celte terre rouge exactement 7 Il nous a été impossible de nous en
remlre compte, ct nOlIS supposons seulemenl qu'il s'agit de terre il
hriques cuite, pilée soiglleusement et agglomérée par un simple
mouillage ou remploi de qu'c!'lue agglutinant spécial alHluel nous
reviendrons plus loin.
Après cette reyue des divers matériaux qlle les éalus employè-
rent, il convient d'examiner de quelle manière ils les mirent en
œuvre. Un fait général édail'e cette qucstion d'un jOlll'spécial : les
éaIns, comme tous leurs voisins d'Extrême-Oricllt, scmblent n'avoir

(1) Insc. 74 , stèle X de lIli SO'Il. Cf. IIIJ- a\'1l1lt sa ruine; nous n'Il\-ons cn c[(et
BER, B.EY.E.-O., XI, p. 265. llaS trouvé trace d'argent dans les fouilles
(2)Inse. 92, stèle XXIV de Mî Suu. Cr. et les quelqucs gramllles d'or rencontrés
FlIiOT , B.E.F. E.-O., IV, Il. 974. Çl'! Jaya devaient provenir du dépôt supérieur (lui
IndravaI'man dépense plus de 1.470 kilo- aurait facilcment échappé aux spoliateurs.
grammes d'argent (je néglige les 1) !.'Ii/'; !lI' (3) Exception faite cependant pour
valenr inconnue, mais qui Ile doiyenl pas (IUl'l(I'ICS atlaches métalliques de dais
représen ter eu raison de leu ['place u Il granll dans les lours de l\)lltO'Ilg lIly.
poids) et 3 kgr. 034 d'or il la décoralion . (1) Hung Th(llIh ou YClIl l'UUllg (voir
de Bi de lIlî SO'Il. ]~n raison de la quan- Il . 133).
tité, on peut supposel' le premier utilisé (j ) Il n'est cependant pas certain que
ell pla(IneS de r evêtement, le second en celte pièce ait servi !le couronnement, car
applications de feuilles minces sur les nous Ile l'avons pas trouvée en place.
mnorti ssemenl s . Si cette interprétation est (6 ) FOlldatious de lIlî SO'Il AI' Fi'
exa cte, il faut constater qlie le monument (1) lIlî SO'n H2' 11:,.
avait élé hien soigueus('ment dépouillé (8 ) Pô Nagar <le ;\"ha Tmug tour S.
LA CONSTRUCTION 209

jamais conçu un monument de pierre ou de briques que comme


un bloc compact, d'une pièce, où l'on taille_la forme voulue; faute
du bloc rêvé, ils le réalisent en empilant des matériaux avec la
seule préoccupation de faire disparaître complètement toutes traces
des raccords inévitables; ils s'inquiètent peu alors de ce que de-
viendra ce bloc fallacieux au cours du temps (1); aussi n'ont-ils
jamais étudié le placement d'un élément par rapport à un autre;
ils arrivent ainsi à des raccords d'assises souvent extraordinaires,
offrant des lits biais, des surfaces ù ressaut, au petit bonhem; des
pièces présentées (2). ?lIais, et c'est le vice le plus grave, ils n'ont
jamais cu la moindre idée du chevauchelllent si nécessaire des joints,
ct l'Oll voit des tranches entières de maçonnerie s'élever SUI' une
britlue de base jUS(!U'Ù des mNres tIc hauteur, pans entiers qu'une
poussée légère fait osciller et qui sont ù la merci de la première
racine glissée dans la ligne ù peine sinueuse des joints superposés.
Un fait etrangc quand on constate cette maladresse des super-
positions verticales, est la perfection apportée dans les superpo-
sitions horizontales : elle s'explique aisément du reste, puisque
l'architecte çherchait surtout il, faire disparaltre tout cc qui tra-
hissait la non-hoHlOgénéité du bloc. Les surfaces qui doivent
entrer en contact sout polies par frottement, et les Khmèrs pous-
sèrent ce soin jusque (Ians l'exécution des constmcLions de pierre (3)

(1) Ainsi à Mi San Bt, l'inscription 82 a in-folio, Leroux, -1910, pal'tie de la pl. 66
sa ligne centrale gravée à la fois sur deux des galel'Ïes intérieures (fig. 32) . La même
pierres, de telle sorte que le moindr'e scène s'y répète deux fois ct exige chaque
mouvement des maçonneries l'eût rendne fois quatre ouvriers, ou bien les appareils
illisible. sont couplés. Dans cbaque éqnipe deux
(~) Voir à cc point de vue les joints des hommes sont accroupis et tiennent cha-
planches de notre article sur l'archilec- cun à deux mains un .b<Hon horizon lai
turc représeutée dans les bas-reliefs de avec lequel ils impriment il la piene
Java. B.E.F.E.-O., VII,p.'l ct sqq. : pl. l , un mouvemenl de va-el-vient. (Suivant
nOS 2 et 3; U, n° 34; Ill, nOS 50 et 58; IV, une convention fréqueute dans ces bas-
n° 99, et surtont IV., n° 69. reliefs l'horizontale fuyante est tradnite
(3) Bayon d'AIlUlcor Thom, bas-reliefs. llar une yerticale et . le bàton apparaît
Mission Il. DUFouu avec la collaboration debout.) Le poids corisidérable de la
de C. CARPEAUX; publié par la Commis- pierre est soulagé par un levier, elle est.
sion Archéologique de l'Indochine. l'aI'is , rattachée à sa tête ct, sur l'extrémité oppo-
A~:'iA~l. - II. H
210 L'ARCHITECTURE

(fig. 32). L'opération, plus facile avec la brique, s'accuse chez les
Cams par l'absence complète d'épaisseur aux joints; ceux-ci se tra-
duisent seulement par une lig,~e presque théorique et souvent invi-
sible : quand les briqués sont sl~parées, on retrouve entre elles la
trace de la boue sèche produite par leur frottement.
D'aulres délails de pose ré"èlent encore chez les Cams un senti-
ment délicat des difficultés propres ù l'emploi de la matière imposée
ct qui contraste encore avec leurs fùcheuses superpositions. Ainsi
dans la construction des extrados curvilignes qui se relèvent aux
extrémilés(l), il était difficile d'exécuter, et surtout de conserver après
le ravalement, les languettes aiguës que produisait la taille, quand

sée, 11Il homme pèse à volonté, (liminuant la ligature, précaution uliJe pour empê-
d'autant le coefficient de frollement qui, cher lellr rupture. Mais le sculpteur, dans
surtout au début de l'opération, empêche- cetle opération déjà bien complexe à re-
l'nit le mouvement de la pierre ou exige:'" présenter pour lui, l'aurait-il encombrée
rait un pel'sonnel bien plus important. encore de ce personnage supplémentaire,
Mais il lui seul il ne peut suffil'e à cet d'un rôle alors si modeste? Et comment
effet. Ce kvier est attaché lui-mème à n'aurait-il pas indiqué le récipient d'où
une pièce horizont.ale qui semble (groupe s'écoulerait l'cau?
de gauche) fixée seulement d'un côté. Au On pent sc demander si la lecture dè
bont opposé et libre est lin personnage cc bas-relief ne pourrai t pas être pIns
accroupi. Cette pièce, ({n'il fant supposer simple et s'il ne s'agit pas seulemont
maintenue latéralement, fornle ressort de de la mise en place des pierres : dans ce
has Cil hant, ct le personnage supérieur, cas, le couli debout laisserait doucement
en sc déplaçant légèrement (l'arrière en descendre la pierre, dont les personnages
avant, allénue pl'ogressivement sa réac- accroupis régleraient la ycrticalité et
tion ct permet ail frottement de sc faire l'aplomb avec des guides verticales. Cette
(le 111us CIl plus serré. Les deux groulles interprétaLion ne nous parait pas accep-
semblent indiquer deux temps de la même table, parce qu'il n'est l)as douteux que
opération. A tiroi te, le travail est en pleine les monu menls khmèrs aien t été construits
lIIarche, le persollllage supérieur recule en IJlocs grossièrement laillés dont le ré-
1\n bout du ressort, l'aide d'en bas pèse glage vertical n 'était par conséqu~nt pas
slIr le levier. A ~auche, l'opératiou est nécessaire, au moins avec celte minutie. Il
fiuie; les polisseurs quittent leurs barres suffit d'examiner l'appareil des blocs ct les
de traction, J'aide lâche son levier ct le languettes impossihles àobtenir dans une
travailleur d'en haut <lui s'est rapproché taille antérieure à la pose pour s'en con-
de la ligature s'occupe à la défaire. vaincre. D'ailleurs un certain nombre
M. de Mf'cquenem (/J.E.F.E.-O., xm, 2, d'édHices, ct non des moindres, comme le
p. 20, note 1) présente une lecture réduite, l'l'ùsùt Takèo d'Aùkor, sont restés à ce
mais analogue (le la même scène j il in- stade de leur exécution.
terprète le personnage supérieur comme (1) Vestibules, voûtes d'édifices longs.
un couli chargé !l'arroser les rotins de
LA CONSTRUCTION 2lt

la courbe venait sc fondre avec l'horizontale (fig. 33-b). Pour éviter


cette grosse difficulté, les èams sc sont astreints il tailler oblique-
ment les briques avant la pose, en les polissant suivant le biais
obtenu (fig. 33-a) : ainsi les lits plongent de plus en plus en arrière
en même temps qu'ils s'élèvent, et leur plan de pose reste, comme
pOUl'ia terminaison d' une surface horizontale, parallèle à cette sur-
face, c'est-à-dire ici au plan tangent (1) à la courbe.
Le même système est employé pour les murs à. crête curviligne

Fig. 3:2. - Polissage des joints, bas-reliefs !lu nayo~ !l'Aùkor, galeries intérieures.
I_argeur totale: environ 0 m. 85 (').

qui enferment l'escalier de Pô Nagar il Nha Trang (fig. 33-c);


mais ce sont naturellement ici les joints les plus inférienrs qui sont
les plus obliques pour éyiter la difficulté de taille ct s'opposer plus
efficacement à un glissement possible.
Une autre subtilité amusante est reconnaissable dans un édifice
relativement moderne, la tour principale de Po IOauù Garai. Les
briques supérieures (J), formant terrasse au soubassement, n'étant
près des bords mainlenues par rien, pouvaient sous une charge
médiocre basculer en ayant; aussi leur face poslérieure de joint est-
cHe taillée en oblique (fig. 33-d) ; clIc s'insinuc ainsi sous la face

(') Voir noie 3 de la page 209.


(1) Vestibule du kalan principal aux Tours d'argent.
212 L'A R CHI TEe T URE

antérieUl'e de la brique suiYa~te (2) qui la maintient en place par ]a


queue. j
Nous ayons vu déjà que l~s briques étaient parfois faites à la
demande, comme dans le cas des piliers octogones. Une disposition
analogue fut adoptée pour la construction des parties hautes très
exposées, et à la Tour de cuivre,
dont nous avons pu étudier la
construction· supérieure, l'appa-
reil devient diagonal. L'angle,
partie la plus exposée, offre alors
aux intempéries ses briques par
leur tôte; celles-ci, démesuré-
ment allongées, profitent ainsi de
la résistance de toute leur pro-
fondeur.
c De même encore nous Yoyons
que les ruines d'édifices, chaque ·
jour plus nombreuses (1) en rai-
son de l'infériorité des matériaux,
firent prendre certaines précau-
Fig. 33. - Détails de construction. tions nouvelles. Ainsi à Chièn
Dàng les angles inlérieul's, pour
éviter une disjonction fréquente (2) (pl. CXXVlI-B). ont leurs parois
liées J'une à l'autre par des pierres plates échelonnées dans la hau-
teur et qui se chevauchent.
Ces matériaux si imprudemment superposés, les constructeurs
ont-ils songé au moins à les assembler solidement? Oui, pour les uns
et les autres, mais s'ils y ont réussi d'une façon extraordinaire pour
la brique, ils n'obtinrent jamais une jonction sérieuse pour la pierre.

(i) Ruines du sanctuaire de Mat~liÏl- angles, au point que sur toute la hauteur
geçvari, par exemple. Ile l'arête S.-O. l'arête intérieure s'ou-
(2) A Nha Trang la tour S. était ainsi vrait à ·jour sur l'extérieur.
complètemf'nt disloquée par les quatre
LA ÇONSTRUCTION 213

Pour. la brique. les Cams ont employé deux modes ùe liaison,


selon qu'elle était cachée dans l'intérieur des maçonneries ou appa-
rente en parement. A l'intérieur des murs les briques sont empilées
à bain de mortier de cette même terre rouge déjà signalée (1), telles
qu'elles sortaient du four, et sans régner le plus souvent ni entre elles
ni il plus forte raison avec celles des parements. L'adhérence deceUe
terre rouge est telle que le tout ne forme qu'un bloc tant qu'ill}'est pas
attaqué par la végétation; mais la moindre graine y germe aisément
et les racines l'etransforment rapidement cet ét~'ange mortier en véri-
table terreau. Le parement est aussi soigné que la construction inté-
rieure est grossière. Lits et joints finement polis ne présentent aucune
épaisseur, et les surfaces de contact adhèrent avec une telle puissance
que deux briques ainsi jointes et proj etées cl terre de haut s~ brisent en
.travers, sans que les tronçons se décomposent en leurs deux éléments(2).
Par quel système les Cams obtenaient-ils cette adhérence par-
faite? Je ne pense pas qu'il soit utile de faire une fois de plus jus~
tice de la curieuse tradition qui donne les monuments cams comme
des empilages de briques crues, ciselées dans la terre encore molle
et cuites ensuite en masse, au moyen de brasiers colossaux. Cette
théorie fantaisiste, trop facilement acceptée d'abord, repose sur un
fait vraisemblable auquel nous r eviendrons plus loin, mais il n'y a
pas lieu d'insister au sujet de l'écrasement inévitable des assises infé-
rieures sous la charge effrayante des maçonneries supérieures, ni sur
l'insuffisance du brasier le plus formidable cl cuire les briques au centre
de murs qui parfois atteignent une ~paisseur considérable: celles
de la surface n'eussent pas manqué de se vitrifier et les pierres de
la construction de se calciner complètement avant que les briques
intérieures eussent seulement commencé à s'échauffer. La vérité est
tout autre, bien qu'encore assez mystérieuse.

(1) Nous avons pu étudier spécialement (2) Expérience faite du haut de la Tour
cette disposition au cours des réparations de cuivre, soit de 25 mèt.rcs environ, et
des édifices N .-0. et S.-E. à Nha Trang l'édifice n'est déjà pIns du temps des
(8f3). meilleures exécutIons.
214 L'AHCHITECTUHE

D'après des renseignempnts indigènes, certains villages voisins


de la forêt emploieraient uh procédé
. . curieux qui peut nous mettre
sur la voie. Les habitants utilisent dans la construction en briques
une eau additionnée d'un suc végétal, d'une résine soluble qui four-
nit en séchant une véritable colle extrêmement adhésive (1). Peut-être
les Cams mêlaient-ils ft l'cau qui servait au polissage des briques
quelque matière de ce ' genre qui, avec la boue du frottement, four-
nissait ce joint invisible et si puissamment adhérent (2).
Les pierres ne sont unies entre elles, et parfois avec la maçon-
nerie de briques, que par de curieux tenons de pierre à double
tête '(Tour de cuivre). Mais entre la maçonnerie et la pierre la liaison
est demandée d'ordinaire :au poids des briques qui reposent et en-
serrent la longue queue, prolongement habituel des pièces incrustées.
Les dalles d'arête sont parfois l;ecoupées en échelons pour mieux
s'associer à la construction de briques (Phông Lê) (pl. CXLII-C i ).
Les tympans eux-mêmes ont un fort talon inférieur, dont la profon-
deur égale parfois presque leur hauteur, de sorte que leur ensemble
paraît constituer comme une carte pliée à angle droit: ce dispo-
sitif entraîne une dépense énorme de matière; néanmoins, ce système
'est si constant que les grandes faces de corniche (Tour d'or) sont
évidées ainsi en forme d'L couché, alors que le travail de refouille-
ment n'apporte ici aucun avantage. Nulle adhérence réelle n'existant
entre ces divers matériaux, on voit combien pour la pierre les pro-
cédés de liaison sont insuffisants, et c'est ainsi que ces éléments qui,
dans la pen~ée des constructeurs, devaient assurer la durée des édi-
fices, ont été pour ceux-ci une cause fréquente de ruine.

(1) M. Aymonier(Cambodge, 1, p.104) si- (2) On n;ignore pas, à ce sujet, que les
gnale un système analogue pour l'ancienne Annamites obtiennent par la macération
construction en briques en ce pays, etl\!. de et la fermentation du papier dans une eau
llarthélemy (Jlupays Moï,in-Bo ,Paris, Plon, additionnée de chaux et de sucre, un en-
1904, p.18:l) indique l'emploi de l'écorce duit, le voimal, tellement résistant qu'il
du bdng loch pour un usage probablement acquiert avec le temps la dureté de la
semblable. Ennnie R. P.lI. de Pirey nous meilleure pierre. (Cr. POUVOURVILLE, Art
signale au même titre le bai loi nhat (te- Indochinois, Enseignement des Bcaux-
thrantera laurifolia, d'après Génibrel). Arts, Quentin, p: 117.)
LA CONSTRUCTION 215

La taille ne nous retiendra guère. Moulures et sculptures sont


ciselées à même la brique sans aucun respect du petit élément
appelé à les recevoir ct qui souvent est réduit ft la plus mince et
plus fragile languette. Toutes les parties de pierre semblent toujours
avoir été taillées à pied d'œuvre. Alors qu'il existe un nombre con-
sidérable d'édifices, et de la plus belle époque, à peine ébauchés,
il n'est, à notre connaissance, aucune partie de pierre mise en place
qui ne soit achevée, à la réserve seule de la dernière ciselure (1).
Par contre, les maçonneries de briques sont très rarement finies(2)
et le plus souvent se limitent en formes simples provisoires; cc
n'est llUS seulement la cisehlre finale qui fait défaut, mais souvent
la préparation même des profils (3) • Nous n'avons que trois renseigne-
ments SUl' le mode même du ravalement que ce système exigeait.
A Mi SO'I1 E7' une dalle d'arête en place, soigneusement taillée sui-
vant le profil définitif, montre que le ravalemmÙ de la corniche était
exécuté dans la brique en suivant le guide ainsi tracé. Un fil tendu
d'un point symétrique de chaque dalled'arêtepermeUait de s'assurer
de l'exécution parfaite des moulures. D'autre part, la tour S.~ de IIoà
Lai, entièrement achevée dans le haut tandis que les parties basses
ne sont qu'épannelées, donne à penser que le ravalement était com-
mencé par le sommet, système naturel d'ailleurs . qui réduisait au
minimum le besoin des échafaudages si peu durables sous ce climat.
Enfin, aux piliers de Phông L~, de pierre restée en épannelage, on
voit que, suivant la méthode la plus simple, le travail était mené de
la litasse des plans aux détails, cc qui explique l'exactitude parfaite
des rapports de saillie symétriques autour d'une rainure, dans un art
où la précision d'exécution est si rare: les plans généraux étaient ob-
tenus tout d'abord, et les rainures concentriques qui constituaient
le profil y étaient traitées successivement.

(1) Sous
cettcréserve,piédroits dePhôllg (2) Série de Mi SO"n Al' tour centrale
L~, colonnes de porte à Bong Dmmg 1 ùe IIoà Lai.
tour principale, lions des tympans de Mi (3) Pô Nagar de Nha Trang.
80"n Al2 et Aw
216 . L'ARCHITECTURE

Bien que le travail de ravalement, dans les rares cas où il fut con-
, 1
duit jusqu'an bout, ait toujours i~té efTectué avec la pIns grande minu-
tje, il fut sysMmatiqucment évit'é dans toutes les parties masquées (1).
Il semble difficile, avec un ravalement soigné et un parti de
ciselure complet, que les Cams aient jamais caché un parement
aussi fini (2): nous n'ayons d'ailleurs retrouvé aucune trace
d'enduits. Et cep'endant nous devons constater parfois d'étranges
comhinaisons de mat(Sriaux de couleur différente, dont le bariolage
en un même motif ne peut gnè.re rester apparent. Ainsi, au halan des
Tours d'argent, la frise il guirlandes pendantes, motif important de la
corniche an corps principal, est coupée dans sa hmiteur par la subs-
titution de la pierre il la brique: son ô l é~ant décor est ainsi blanc
dans le haut, rouge dans le bas. De même le pilastre d'angle de la
Tour de cuivre, constitué, aux trois quarts en surface, de pierre vio-
lette qui se décolore aux intempéries, est pour le'reste en hriques.
Il est vrai que le discor souligne plntot ici le changem ent de matière.
Faut-il supposer que certaines surfaces reçurent des applications de
métaux précieux, or ou argent, comme diverses inscriptions le fe-
raient supposer (3)? L'emploi d'un enduit ou mieux d'tin badigeon
exh'êmement fin après le polissage des surfaces est reconnaissable
à l'intérieur ' de cCI'Laines tonrs (4): il put très bien recevoir des
peintures en poudres môtalliques itl'cxtérieur. Tous ces raffinements
se perdentaycc les dernières constructions, ct cell es-ci, loin de re-
cevoir à l'extérieur comme à l'intérieur un véritable poli, finissent
par montrer en parement de légers joints au mortier de chaux (5).
Nous n'avons aucune donnée sur les méthodes de montage; la
disposition même des voûtes permettait, dans la plus grande partie

(1) ~H Sail il;;, C3 an voisinage du mur : été appliqués sur la lJrique même, sculp-
séparatiC, :Mi San AI, llinh Lâm, parties tée des mêmes motifs,
cachées par les templions, le ycsti- (3) Voir Ilote 2, p. 208,
lmle, etc , (4) Quclques linéaments, d'ailleurs . in.
(t) Ceci Il'est pas lIlle preuYe, car lin ,formes , sont encore reconnaissables aux
Cambodge, en tout temps, des enduits de parois intérieures de]a tour Mi San C2 ,
chaux à peine plus finement traités ont (5) Mi Sail II2' bamuri. de Po Nraup,
LA CONSTRUCTION 2t7

du gros œuvre, de hisser les matériaux, surtout les pièces lourdes,


avec aisance, tandis que la large surface des murs ou des voùtés
donnaitun champ aisé il toutes les manœuvres. Les petits matériaux
purent môme être élevés jusqu'au sommet par la trémie supérieure
d'aération. Il n'en reste pas moins que le montage de la pierre ter-
minale, sapose et le ravalement des surfaces extérieures exigèrent
l'emploi d'échafaudages; le bambou ct le rotin, d'un usage si courant
dans ces régions, durent de tout temps en fournir la parfaite matière.
Deux points dans la construction appellent toujours des dis-
positions spéciales ct particulièrement soignées: les fondations et
la couverture. Les premières sont toujours difficiles il, examiner, et
le plus souvent on ne peut juger de leur valeur que par la manière
dont l'édifice s'est comporté au cours du temps. Ce critère semble
indiquer que la fondation came fut d'ordinaire insuffisante. La
ruine presque complète de tous les édifices en plaine, Ht où le roc
ne venait pas fournir il l'édifice une ;J,ssieUe suffisante, en paraît
. une preuve presque certaine. Dans la tour N .-0. de Pô Nagar de
Nha 'l~rang, les roches sur lesquelles repose l'énorme base des
murs n'ont pas été retaillées ct la maçonnet'Ïe vient seülement en
boucher les angles ouverts par le haut. L'édiculé S.-E. est élevé mi-
partie sur une substruction antérieure, mi-partie sur le sol, ct, mal-
gré sa masse insignifiantè, a basculé sur l'ancienne assise, plus
résistante que la fondation nouvelle: le dévers est appr(Seiable. La
fondation de la grande tour n'est pas meilleure; l'édiflce a tassé
sous toutes les parties où lepoids est plus lourd, ct les éléments
nloins chargés, fausses portes, vestibules, ct même les quatre angles
du corps inférieur, se sont séparés du noyau central, accusant partout
une dislocation de bas en haut de près d'un décimètre.
Nous voyons cependant, dans les monuments d'ailleurs plus an-
ciens, une disposition qui révèlerait un' véritable sens du risque des
tassements, si ce n'est plutôt une heureuse économie. A Mi San Ai'
A'1' 1'\ où de larges soubassements encadrent la base des édifices.
la maçonnerie ~es murs ne s'y prolonge pas; la paroi extérieure de'
218 L'ARCHITECTURE

la terrasse et les substructions mêmes de la tour sont construites en


1
briques, mais indépendante~; entre elles existe un étroit espace,
simplement rempli de galets 'ct de terre rouge bien pilonnée. Ainsi
les parties diversement chargées furent laissées indépendantes.
A part les défauts signalés, la combinaison des fondations, lorsque
l'édifice est construit surun sol ordinaire, paraît assez heureuse. Voici
comment celles de la tour O. de Nha Trang (milieu du lX." siècle)
sont exécutées. Sur le sol vierge, de bonne consistance ct soigneuse-
ment arasé, est posé un rang de grosses briques (41 X 22 X 9) re-
couvertes par une couche de 2 ou 3 centimètres de terre rouge qui
parait cuite sur place ct qui a la dureté J'une poterie grossière. La
masse des murs s'élève sur celte sorte de terrasse, laissant au centre
une cuve où un dépôt sacré était enfermé. Elle fut, apr,~s achèvement
des substructions, remplie ùe sable, avec quelques cailloux et frag-
ments de briques; le remblai hien tassé, on · étendit sur la surface
supérieure une nouvelle couche Je terre rouge de 8 à iO centi-
mètres d'épaisseur, extrêmement dure, ct sans doute aussi cuite de
la même façon. Sur celle-ci enfin fut posé le dallage de la tour en
plusieurs épaisseurs de briques mises tL plat, tandis que les murs
prenaient leur assiette sur le cadre Jéterminé par les substructions.
Les autres fondations qu'il nous a été ùonné d'examiner ont tou-
jours présenté le même parti: parfois les suhstructions sur les faces
intérieures de la cuve sont obliques(!) ou tL redent(2), mais la présence
de celle-ci est constante; elle semble d'ailleurs répondre plutôt ù un
besoin religieux qu'à un système d'économie, car dans certains édi-
fices elle n'est pas concentrique à la salle (3) ou est beaucoup plus
petite(4) qu'il ne serait nécessaire pour la solidité de l'ensemble.
Il va sans dire qu'à la basse (~po'lue les fondations sont com-
plètement nl~gligées : si le bàtiment S.-O. de Nha Trang ne repose
déjà que sur un grossier lit Je galets dont le niveau n'est même pas
descendu à la hauteur du sol extérieur des constructions anciennes,
(1) Mi SO'Il AIO. (3) Mi SO'Il FI.
(2) Mi SO'Il Gt • (~) Mi SO'Il A'i' Ft.
LA CONSTRUCTION 219

à Mi Son D3 les briques des murs sont placées directement à fleur


ùe terre et sans aucune préparation ùu fond.
Les èams ont utilisé plusieurs modes de couverture. Celui qui
paraît le plus ancien comporlait l'emploi de charpentes qui sou-
tenaient au-dessus du vide la toiture même. De quoi celle-ci était-
clIc faite? A côté de la tuile, 'qui fut employée sans doute dès l'ori-
gine (1), il semble qu'aux temps tlllciens un procédé différent ait été
utilisé; certains édifices (2) en
effet, commel\lî Son Afp Fi' qui
n'ont pas éM voûtés, n'ont l'Ü-
vélé à la fouille aucune tmce
de tuiles. Ce n'est pas la pre-
mière fois que nous nous trou-
vons en présence de cc pro-
blème (3) et la même solution
à notre sens s'impose, l'emploi
de quelque aggloméré de terre
ct de paille hachée, modelé sur
la courbure des pans de toiture Fig. 3·{. - Tuiles éames.
A: Po l'Îagar de Nha Trang, grande salle; B :
basse, matière relativement lé- lIoà Lai, salle centralo (au 1/10' environ).
gère et qui, comme nous le
voyons chez les Arabes, reste parfaitement étanche si on l'entretient
avec som.
Après 1\11 Son EpNha Trang et Hoà Lai nous donnent des
exemples d'emploi des tuiles comme couverture; celles-ci sont
d'une forme spéciale, plates, longues, avec tenon d'accrochage
(fig. 34). Elles sont terminées par un triangle, ce qui, posées, leur
(1)Mi SO'n El' furent installées, et la couverture en
(2)J,a forme creuse et le peu d'impor- chaume ou en bardeaux ne parait guère
tance du tertre de !lécombres inrliqucll t net- probable. D'ailleurs .Ma Touan-lin (Méri-
tement qu'il n'est pas composé des débris dio,'laux, p. 44) mentionne, plus lard il
d'unc voùl.e cn briques qui se présentent esl Yrai,,-qu.e « les maisons sont toules
toujours en un cône considérable; on ne surmontées d'une plate-forme Cil ter-
peut d'autre part taire l'hypothèse d'un rasse )l.
inachévement, puisque les divinités y (3) Cf. n.E.F.E.-O., VII, p. 32. en bas.
220 L'lA Re II rTE C T URE

donnait un pureau, une surface dé.couycrte, en forme de losange.


Parfois elles sont légèremcqt pliées sur l'axe ou même ornées
d'un cadre sail1ant (1). Petitcs'à Hoà Lai, elles sont de dimension
plus grande II Nha Trang, plus forte encore il Po Klauù Garai.
Elles couvrent encore quelques parties des toitures dans les bamuit
du Binh Thu~n (2). Partout ailleurs elles sont remplacées par la tuile
chinoise ct annamite \3); celle-ci ne paraît guère ayoir été employée
par les Cams. Cependant, nous avons trouvé à Nha Trang, dans
un remhlai qui paraissait très ancien, II l'O. des tours, des abouts

l'ig. 35. - PhU IItrng.


Inte rprétation en pi erre d'abouts ùe tuiles. Hauteur: enyiron 0 m. 30.
t?. . . "~"
L , ..; ~
· L' :(' ';,
1 ' · ' '-..- .1

circulaires de tuiles de recouvrement sculptés de divers décors,


en particulier d'une tête grossière en has-relief (fig. 45). De
même ù Phu IIl1ng un curieux motif de pierre semble le rappel
d'unecouverture analogue (4) (fig. ;35). Ces couvertures' reçurent par-
fois d'intéressantes faltières (5) (fig. 36).
Nous nous sommes contenté, dans l'examen de la voûte au cha-
pitre III de ce livre, d'en indiquer en quelques mots le système et
d'en décrire les formes principales. Il est nécessaire, maintenant,
d'en étudier le principe même et ·de yoir comment les èams surent
l'employer. Il ne semble pas douteux qu'elle ait été pour eux uu
début une nécessité franchement désagréable (6) ; aussi, nous le mon-

(1) Ces deux formes furent rencontrées turcs en picrre semblent la . traduction
à IJoà Lai, dans les décombres bien en- d'un système analogue.
tendu. (5) Bông DuÜ'ng III grande salle.
(2) Notamment dans celui de Tù Ly . (6) Une supposition de cc genre parait
(3) A canal et à rccom'rerllcnt, celle aujourd'hui toute gratuite, parce qu'à
qu 'cn France nous appelons romaine. notre époque de truquages nous sommes
(4) Au Cambodge, toutcs . les couver- toujours libres d'adopter telle forme qu'il
LA CONSTRUCTION 22t

trerons ailleurs, n'eut-elle aucune part dans la conception des édi-


fices; elle n'inspira à l'origine qu'une médiocré confiance et l'on
chercha longtemps 11 la dissimuler.
Il n'y a ùonc pas lieu d'invoquer pour justifier l'emploi de cette
voûte le dicton hiilùou : les voûtes appareillées n'ont pas de repos,
seules les voûtes encorbellées « dorment » (I). '

Aussi hien cc sommeil est-il ilhisoire: nombre d'ôdifices ainsi

Fig. ;;6. - Dong Dtrong lIl,


'fèlesfailières du toit de la grande salle, (Cliché J. de ~le cC]lIcn e ll1,)

voûtés se sont ruinés, alors que nos vieilles églises, souvent plus
anCIennes que ces édifices orientaux, ont suhsisté presque toutes
jusqu'à nos jours, quand elles ont échappé il la pioche des démolis-
seul's. Nos voûtes, en effet, sont en quelque sorte élastiques, surtout
celles de l'art gothique,et nombre, dans celles de nos cathédrales,

nous plaît ou, à son défaut, son appa- bleaux Iles voùtcs l'arc brisé, celui-ci est
rence. Il n'en était pas de même lorsque soigneuscmcnt évité dans tous les points
le jeu des matériaux était réduit à son plus apparents, arcs de portes et de le-
minimum. Rappelons qu'un lait sem- nêtres et spécialement dans les arcatures,
blable à celui que llOUSSupposons s'es t nettement décoratives.
produit Cil France aux débuts de l'art du (1) Cr. LF.llo:'i, les Jlollumenls de l'inde.
moyen âge, quand des nécessités de Firmiu Didot, Paris, i893, in·4, p, 35.
construction imposant dans les dou-
222 L'ARCHITECTURE

se sont déformées sans se rompre. La conservation de la voûte en en-


corbellementimplique une staQilité absolue ùes maçonneries de sup-
port, et, si j'en juge par celle! de leurs éll~ves, celles des maîtres
les Hindous ne doiyent que hien rarement présenter une résistance
complète. Il est impossible, ùans l('s eonstmctions importantes les
mieux exécutées, d'(Sviter fl'IClqlles tassements et le moindre d'entre
ellx tltStmit l'inertie de ces Yoùtes. Ccci exige
quelques éclaircissements. Qu'un des sup-
ports s'abaisse de quelques centimètres de
plus que l'autre, et l'élPlÏlibre cesse. En effet,
lié ou non il. la clef, le sommet de la voûte
chargé par les maçonneries supérieures ne

l \1-_
..:
.. peut se disloquer. Le côté qui a le moins
S tassé est ··()bligé de houder vers l'extérieur;
tous les jointsbàillent à l'extrados, détermi-
nant une sériede poussées normales aux in-
clinaisons prises, et la résultante totale de-
vient oblique (fig~ 37). Or rien n'est conçu
Fig. 37 . - bchéma mon- pour résister il une composante horizontale
trantla déformation des
voùtes encorbeIlées et l!édificctend à s'ouvrir. Un exemple ty-
apr(!s tassement irrégu- .
lier.
pique de ce mode de dislocation est fourni
par la nef du Pràsùt Top 1'110111 (1) (fig. 38) au
Cambodge. Suivant l'hahitude dlSplorable des Khmèrs, aucune clef
n'unit le sommet de la yoùte, mais toute une tour élevée au-dessus
charge l'arc.l~difice et voûte se sont fendus, et les maçonneries supé-
rieures tendent ù descendre dans le vide de l'arc en faisant boucler
les assises des voûtes qui, il leur tour, écartent lems piédroits. La
voùte qui devrait avoir la forme A a pris la forme B, et la ruine est
imminente.
S'il est 11 peu près impossible que cette voûte dorme réellement,
elle est par contre des moins avantageuses comme rendement. Ré-

(1) Cf. I.K., l, p. 296.


LA CONSTRU.CjTION 223

duisonsà son schéma la coupe d'une tour d'Extrême-Orient (fig. 39):


on voit que même en ne tenant compte que du parallélogramme
abc d, voire du triangle abc, l'équilibre théorique ne peut subsis-
ter que si la médiane a est verticale, puisque c'est la limite où le
centre de gravité tombe sur le plan de support. Alors ab = cd =cw
nécessairement, et le vide de la tour ne peut dépasser le quart de
la surface. On voit donc que, pour une stabilité que son poids
énorme rend chanceuse en raison des tassements inévitables, une

A
Fig. 38. - Croquis schématique de la ruine du Pràsàl Top Thorp.

telle voûte ne donne qu'une faible surface abritée au prix d'une dé-
pense de matériaux effrayante.
Bien exécutée, cette voûte peut cependant rendre de réels services~
et si la construction en est parfaite, elle permet d'élever à une grande
hauteur des matériaux lourds sur ùes murs relativement minces;
mais il faut alors compter pour la plus grande part sur l'adhérence
ùes lits, et la construction s'écroule dès que cette adhéren'ce cesse.
La ruine de Bi à Mi San ne doit pas avoir d'autre cause; celle de B2
est imminente, alors que d'anciens édifices, même d'une hardiesse
étonnante, comme B3 (pl. LXXX), ont pu résister jusqu'à nos jours,
et avec un peu d'entretien dureraient longtemps encore.
Si l'on s' en rapporte il la figure 39, le rapport théorique du vide
à la surface couverte par une voûte normale dut donc être du
224 L'AltCHITECTURE

quart: 0,25, le côté du cal'1'(~ intél'ielll' devant ètre exactement la


moitié du côté de celui extqrieur. La moyenne générale des con-
s tl'UC t·
IOns•cames est un peu . , .
ilupeneure, ° . t· 'a d·1re
, 30 , cc qUl.reVIeIl
que le coté intérieur est lUI peu plus que la moitié du côté extérieur,
exactement 0,548 .
Comme il faut s'y attendre, l'art primitif, avec la perfection de
ses matériaux, montre les vides les plus
forts. Sa moyenne est de 0,385. Fait il
remarquer et qui semble indiquer de véri-
tahles tâtonriements dans l'emploi de cc
système de construction, il montre des
écarts extraordinaires flui ne sc retrou-
yeront plus dans la suit~. C'es t ainsi (lue
le vide dépasse la moitié de la surface in-
férieure il Mi Suu C;;: 0,534: il est ·n ai
que le Illollulllent, bien flUl' de pelites
dimensions, s'est ruiné; mais il n'en 11
pas moins duré de longs siècles, car ses
Fig , il!). - Croquis schémati- déhris ne montrent · aucun essai de con-
que des masscs nécessail'cs sulidation. Dans la proportion juste de la
dans une constmctioll YOÙ-
téc CIl encorbellement. moitié (0)i04), la tour B~, très élancée puis-
qu'elle a près de trois fois sa base dans sa
hauteur (2,80), a duré jusqu'à nos jours dans lin état de consena-
tion remarquaHle malgré l'e1l'royable ébranlemcnt que dut causer la
chute de l'énot'me tour Bt ct l' effort continu des eaux qui out raviné
tuul le groupe BCD.
Par cuntre il KIuwug My tout' S., le rapport du vide à l'ensemble
'est de moins du cinquième (les surfaces des deux carrés sont dans
le l'apport 0; 17, en négligeant bien entendu le surplus d'évidement
artificiel) .
L'art cubique donne un l'apport aussi craintif il, la tour S. de Hoà
Lai: 0,1705, mais- il faut tenir compte ici de la présence des niches
importantes et du parli aussi hizar~'e que dangereux de l'épaississe-
LA CONSTRUCTION

ment des murs dé bas en haut. Les niches viennent ramener le vide
total à 0,227;), entre le quart elle cinquième. Le maximum l'le har-
diesse est donné dans cet art par la tour O. de l\'ha Trang: le vide
y était des deux cinquièmes; il faut dire d'ailleurs que la construc-
tion n'a pas duré jusqu'à nos jours. La moyenne est voisine de la
moyenne gélH~ralc 0,29.
L'art classique se l'approche de l'arl prilllitif salis atteindre sa
hardiesse: 0,34; il ne montre pas les mèmes éCiu'tS. Plus tard la
crainte des constructeurs semble s'augmenter sans cesse, ct elle est
parfaiLemenljustifiée, la réduction des vides ne compensant lJaS lcs
défauts de fabrication des briques : cc sont les l~difices les plus
anciens qui, de beaucoup, sonl les mieux conservés. Certains hàti-
ments de Vart çlassique témoignent encore d'une grande hardiesse,
comllle l'édifice S. des Tours d'argent: bien que percé de quatre
baies énormes, il présente, sans les compter; un ville voisin de
la moitié, 0,46. Par contre d'autres sanctuaircs, comIlle Thù Thiên,
montrent la plus grande timidité; elle a d'ailleurs sauvé celui-ci,
envahi par un banian gigantcslplC. Le vide n'y atteint pas le quart,
0,21.
Enfin, Hon contents de réduire l'espace libre, les derniers con-
structeurs descendcnt la voùte jusqu'au so], et dans ces conditions
mème Yan J\lum montre un vide de moins du cinquième, 0,19. ,'lais
la moyenne générale reste au-dessus du IIuart, 0,279 ou 0,273, sui-
yant que l'on réunit tont l'art secondaire ou (lue l'on tient compte
seulement de l'art déri ,"é, La dernière construction Yoùtéc, Po Bomé,
donne cependant un chiffre un peu supérieur, 0,28, bien que net-
tcment infüieur il la moyenne générale.
Cette Yoùte, comme toute autre, IH'éselltc. des garantics absolues
si elle est pratiquée dans un pan de muraille; aussi les C:ams s'en
servirent-ils pour constituer d'excellents arcs de décharge: ce fut
d'ailleurs, dans ]a plupart des cas, silllple question d'économie (il.

\1) Évidement dans les fausses l'orles de lIoit Lai, de lhwllg Long.
.\"~.'\~I. - Il. 15
226 L'ARCHITECTURE

L'intention neUe de soulagement apparaît cependant il Chiên


ltàng (pl. LXIII) et s'accenlup il nos yeux pal' la coul'hul'e que la
taille a donnée à la yoùte de ~écharge.
Construire un édillce, Illême splendide, n'est pas tout; il faut en
assurer la conservation. Bien qu'ils prétendissent élever des monu-
ments éternels, les éaJus ne paraissent jamais avoir songé il lem
entretien. La pensée religieuse est-elle cause lIe cette insouciance 't
Dépenser ses ressources à consener l'œuvre d'un prédécesseur,
c'est se priver des moyens d'acquérir par la construction d'un édifice
nouveau de pl'opres mérites. La raison d'ailleurs est peut-être plus
simple; elle résulterait alors de la conception fausse du bloc initial
qui au début paraît éternel.
Dans un pays où l'adion des iutempéries ct de la végétation est
si puissante, aucune mesure Ile fut prise pour lutter contre elle. Il
n'existe aucun accès aux étages permettant l'entretien de leurs sur-
faces plus directement exposées à la pluie et au vol des graines;
une simple doucine en pente trop faible les recouvre il la meilleure
époque ct fait ensuite place à des plans hrutalement horizontaux (1).
De pénibles expériences alllen(~rent cependant dans la seconde PIl-
l'iode il protéger ces surfaœs, soit par des dalles de pierre (2), soit
pal' un reyètclllent de latl~l'ite (3).
Les eaux s'écoulent directeIllenl à terre ct l'enceinte ou temple
forme une cu velte étanche avec ses issues relevées deperrons: un
orifice, traité parfois en tète ùe makara (4), mais toujours de section
bien insuffisante. est pen:é dans un des murs (5). L'eau séjourna
Jonc longtemps Jans ces espaces clos: aussi la cour principale l de
Dông Duo'ng est-elle sillonnée de chemins qui vont de bâtiment il bà":
timent, étroites chaussées relevées d'une brique ou deux sur le sol
environnant ou exactement de niveau avec lui? il est difficile de

(1) Tour de enivre, PÔ l{)anu Garai. c·) ~Ii SÛ'n E, IMng Duo'ng cour 1 j
(2) :IIi SÛ'n IIi' pOUl'les besoins <lu chantier nous avons
(3) :m SÛ'n G. dû créer Ul'Li [iciell('ment nu égout <le sec-
f i Chipu Hàn~, Cluillh LI). Lion MeuIllée qui Ile pamil vas exagéré.
LA CONSTRUCTION 227

s'en rendre compte. A Mi San Be D, l'absence de tout emmarche-


ment devant les édifices anciens fait supposer l'existence de pas-
sages pleins ou ajourés permettant d'aller directement de l'un à
l'autre (1).
La seule précaution que les Cams semblent avoir prise pour
s'éviter un entretien constant et difficile fut de constituer autour
des édifices une aire de terre à hl"iflues qui s'opposât il la germina-
tion des graines poussées par le Yrnt. Il n'est pas l'arc de rencontrer
des ft·aces de celte aire, ct c'est à sa cuisson sans doute que se réduit
le fait qui donna naissance il, la l'lgende des brasiers gigantesques
où les tours éames eussent pris leur consistance remarquable.

(1) Les caux torrentueuses qui ont passages relevés sans en laisser aucune
raviné tout ce groupe ont emporté ees trace.
CHAPITRE X

LA SCULPTURE. - L'ORNEMENT (1)

Introduction. - Profils. - Caractère conventionnel du décor cam. - Caracléris-


tiques du décor dans l'art primitif; - cubique. - Double courant de l'art secon-
daire ; - décor perlé; - caractère géomé trique de cette sculpture, - Décor en s
manuscrites; - décor dernier. - ,Hécors des pilaslres dans 1"8I't· primitif: rin-
ceaux à lige centralc; - rinceaux à tige latérale; - à motifs symélriques; -
dans l'art cubique. - Décor des moulures: rosaces; - lotus j - l'ormes spé-
ciales; - autres décors de moulures convexes; - de rainures; - motifs cou-
chés. - Grandes rosaces. - Décors peints.

Nous avons vu incidemment quelIe place importante l'édifice


èam réserve à la sculpture: nous allons chercher dans les chapitres
suivants à fixer clairement les formes de celle-ci; nous tenterons
plus loin (livre III) d'en dégager l'esprit.
Disons tout d'abord que dans toutes les expressions, architecturale,
ornementale, animée, figurée, elle il marqué le mème mouvement
de décadence continue; d'un . art parfois exquis à l'origine, elle
montre aux derniers jours un ilbàlardissement invraisemblable.
C'est peut-être pour la sculpture architecturale (2) que la distinc-
lion est le plus difficile,), faire entre le décor et l'élément orné;
l'union peut y être plus forte que partout ailleurs, et par exemple le

(1)Planchrs CLXV à CLXX. muis affecte une forme rlécorative qui


l\'ous entendons par ce ICI'me les élé-
(2) ne s'impose pus: ainsi en opposition aux
nwnls tlont le flt'ssin n'cst pas soumis ri- {liel'fcsde taille, dont le IJaremenl est sim-
goul'ellst'mellt anxc.xigellct's dt' la lIlutièl'e, ple, Il's mOlllnrt's, chapiteaux, l,uses, elc.
L'ORNEMENT 229

piédroit à contrecourbes (p\. CLI-D) est aussi inséparable de son dé-


cor de grandes feuilles que le chapiteau corinthien de ses volutes et
de ses acanthes ou le chapiteau gothique de ses crochets; supprimer
le décor, c'est supprimer l'objet même; le squelette est incapable de
tenir fe rôle de l'1~MmeIlt complet. Nous tâcherons cepemlant, pour
ohtenir plus de clal'té, de séparCl' les éléments toutes les fois que la
JI~composition ne sera pas impossible.
JI n'y a pas lieu, je crois, aprl~s l'(!tude que nous avons faite du
profil éam Jans sa manifestation principale, la base et la corniche
des kalan, lIe l'e"enil' en délail SUl' cette part si importante cepen-
dant du décor architectural. Les nombreux exemples déjà donnés
permettent de se rendre compte tIe hl variété initiale du profil tians
cet art et de la répétition perpétuelle ensuite des motifs qui prévalu-
rent. Celte répétition malheureuse amena l'abandon des multiples
formes primitives dont quelques-unes étaient si charmantes: profils
de lll4' des pi(~droits de fausse porte à Mi San Ai' ou Ci' de la base du
Jardin de Tourane (pl. CLII-2:l, 6, 3 ct pl. CXXXVIII-28). Tous, va-
riés ou monotones, montrent en dehors du parti général de répétition
en symétrie verticale sur lequel nous reviendrons plus loin, un détail
spécial à cet art, l'opposition franche de moulures semblables ct yoi-
sines (doubles quarts de ronll, dOllllles dO\lcines), système qui amena
parfois il des combinaisons fort curieuses: profil des piédl'oits redentés
de la porte d'entrée à la tour principale de Dông-Duang(pl. CLII-2l)
ct profil du dé suplSrieur du pit~destal 1 du même temple (pl. CXXV).
Peut-être faut-il signaler encore l'habitude ùe détaillel' à l'excès les
profils, habitude qui semble correspondre à une absence complète
d'esprit fl'échelle(1). Les piédroits ùéjà indiqués, le soubassement de
(1) L'échelle, en composition architec- présrnee donne alors Je sentiment de la
turale, est le rapport qu'orfI'ent IcsIHverses hauteur tolale drs gradins iunomlJl'ahles
parties de J'édifice aYec la taille hu- l)ar rapport il l'homme. De même deux
maine ou les élémenls de la composition lllitimel1ts cie même dimension produiront
qui. peuvent la ruppt'ler. Les Pyramides une impression de hauteur diHérentc au
par exemple IIC pm'uissent r(;ellement co- bénéfice de l'un d'eux, si cc demier com-
lossales que si l'on yoit des Arabes se porte dans son ordonnance des parties
hisser sur leurs degl'és, parce que leur telles que des balustrades par exemple,
230 LA SCULPTURE

Mi San Di' en donnent de bons exemplQs . .Mais on doit reconnaître


cependanl que, rare parmi le, arts d'origine hindoue, l'iu'l cam a su
apprécier la valeur des nus, 'ou du moins, car les suffaces restées
lisses eussent dû le plus souyent recevoir une ciselure minutieuse,
le calme des larges plans opposés au mOIlYCIl1CIÜ des moullircs ct
dûs sculplures à fort relief.
Si l'on consÎl1t'·l'c le décor ornemcntal (lu Campa dans SOIl ell-
sernhll', 011 est fl'appé tout d'ahord du Cal'llctùrc eOIlYcntiOllncl qu'il
IllOlllrn dils l'origine et de la persistance avec laquelle cc caracLère
cOllventionnel s'accentue ayce le Lemps, Ce n'est pas qu'à l'origine
l'artiste ne soit très capable d'interprétcI' spiriluellementla plante, et
tel motif de ce genre (fig. 135) présente un véritable eharmc. ~lais
dès le ddmt le décor est déjà arrêté dans une forme si spéciale qu'il
est impossihle tle déterminer quelle plante a hien pu l'inspil'er : cn
somme le rapport avec la nature ne consiste guère qne llans le fait
de l'attache des éléments SUl' une tige centrale.
Le décor de l'ad primitif, pal' sa légèreté. rappelle un peu les ca-
IH'icieuses arabesques sorties tlu pinceau d'un ornemaniste; les motifs
sc recourbent cependant en épaissrmr, Bien que ce genre (l'études soit
toujours extrèmement délicat, il ll 'est peut~ètl'C pas impossible de
caractériser la forme du décor cam à l'origine; mais il faut pI'O-
céder par comparaison. Une bonne part du décor dans l'art europücll
dérive de l'emploi de la volute, mais la spi mie y est généralement
finie; il sernhle que l'artiste bun ait plutôt conçu la décoration dans
l'emploi de formes ondulées s'achevant en pointes: la volute n 'y
est (IU'UIl élément acecssoire, prétexte à inflexions successives ;
quand une volute se trouve vers la fin du motif, une pointe la suit
encore et. s'unit il elle pal'une courbe cOlllilllle. La terminaison d'un

donlla Ilimensioll connue rappelle Il l'mil qu'ils traitent de manière identique dellx
l'idéc de la taille humaine cl fait ainsi Mifices de ùimensions très différentes.
sentil' la lIallt:!nl' l'éellc dl' l'é:li!ice. Ulln l'un !l'nne tl'entaine de m;}l!'os, l'aull'c
eom\mraison rupide des édilïce,; éams ' Il'lIlIe dizaine, COIllUW il ~H Slrn la tOlll' AI
montre quc lelll's ailleurs n'ont jamais eu et Jo sallctuail'C Ba. (Cf. pl. LXXii el
Je moindre ;;cnlimelll cie l'échelle, puis- LXXX,)
L'ORNEMENT 231

des molifs du beau pi(Sdroit de Trà J(i~u (fig. 40), (l essilléu à grande
échelle, donne assez nettemenlle caracti~rc de cc d,~c or. Cn tel motif
pourrai t sc continuer indéfinim ent: il est d 'aill e Ul'~ surprenant par-
fois de yoit' le nombre d'ondulations que subit " !"

une m ème feuille pour remplir l'espace qu' rlll'


est tl eslinée à occuper.
Ce n'est pas seu] ement dans le plan m'\ IlH~
de la slll'facc (l'le le 11101.11' s'inlll~ehit, ct si dans
Homllt,ü de cas ]e d,; co l' resté plat, c'est 'Ille Ip
plus souycnt il n'est (IIlC la pl'oj edion en plan
de fOl'les fl exions (1) (pl. CLXY-N, 1). DI·s que le
scu lpteur a toule liberté de eOlllpositioll, on yoil
]e décor sc tordre en sailli cs puissantes d'un Fi g. 40. - l'ril KiYu .
Exlrémit" ù'un rinceau du
elfet admirablc dans le mourernent lll/\rnr qu'in- pi Ii"r à conlrecol1rbc ,
diquent les motifs en jms-rnli ef (pl. C.\lX-L) (2),
, et ee padi est tellement conforllle au génie cam qu'il sc maintient
au milieu de la décad ence du r es te, ct sc retrouye ainsi au dl~ pùt de
Binh Bjnh, il cùté de rnotifs cO lllpl(~ t e rnent tl,Sgônérés (3).
Lors'Iu'a n contraire le mouvement ré el n'es t plus possihle hors
,ln plan, cornille dans les dalles déco upées qui forment les pièces
(l'accent ou les antéfixes, ]a yolute n e peut plus être indiquée qu e
pal' un silllple trait qui, il distance, deyient inyisihle ; l'œil ne per-
~:oit alors, dans le découpage de la silhouette, que les contours ex té-
l'i em s qui dessinent sur le ciel ti cs motifs en s manuscrites; et
peut-être ces déeors qui se Lrollyaient plae(~s en un des points les
plus apparen ts des 1l10nUmeltts anciens ont-ils profondôrnent influé
sur le développement de l'art postérieur. Dès l'art primitif même,
certains molifs à plat prennent déjà cet aspect aigu qui s'accentuera
ensuite (4) .

(1) Cnrll'es d'entrepilastre de Hoù Lai (3) Dépôt de BinhBinh. Cf. B.E.F.E. O.,
tour centrale . . l , p. 25i , fig. 45, 3.
(2) Dalle inférieure du piédestal circu- (1) Mi Scm, détails dans les s oubasse~
laire de lIà l'mng. mentsdel'élage àC t , desfenêtresdeDI' etc.
232 LA SCULPTURE

Dalls l"s I~Ji1Îl:es tIc l'art cubique, J 'un caractère si spl~cial et si


distinct du reste de l'art cami le principe de décor semble différent.
L'ensemble donne l'impression d'une tapisserie murale et, par l'intro-
duction de certaines combinaisons très simples, marque une tendance
nette il, nne stylisation, à une géométrisation plus grandes. Les
motifs Ol'nementallx perdent leur H~esse et sc décomposent en petits
éléments où les masses sont . détermin{~es par de simples rainures
(Hg. 41). Le parti si gl!nél'al de terminaison par des pointes dispa-
rait, et c'est toujours pal' des courhes que les motifs, du plus gmnd
au plus petit, s'achlwenl.
Cet aI't spécial co,'respond à. un mode de travail également spé-
cial, et nous ayons gardé en plusieurs points, notamment à la tour
centrale lIe Dông DUCYClg, l'übauchetle l'('.xécution. Le sculpteur com-
mençait par creuse" les rainures qui découpent le panne~ll en
motifs alors très apparents (pl. CLVI-A). Il ciselait ensuite les mille
petits éléments d'aspect presque pareil qui composaient chaque mo-
tif ct son travail 6tait complNement acheyé . .Le système fut déjà em-
ployé pour l'exécution du linteau de Mi San Fi' l'un des plus anciens
monuments qui, par certains côtés, sc rattachent il, l 'a!'t cuhique
(m. pl.-U). Cc linteau montre divers états d 'achèvement; fini dans
la partie gauche, il n'est qu'ébauché dans la partie droite --:- les
mêmes rainures y sont tracées, mais pour parachever le décor elles
ont été agrandies ensuite en dimensions différentes suivant l'effet à
obtenir pOUl' dégager des champs analogues à ceux de l'att primitif.
Peut-être est-ce seulcrrient dans la g!'ossièreté ' de cc procédé, au
jour où l'on cessa d'élargir les rainures, que se trouve l'ol'igine tIes
modifieations générales dans l'aspect du dlScor, CIl particulier la
disparition des pointes qui ne tt'ouyent plus leur pIllee dans cc sys-
tème.
AYCc l 'art secondaire, le décor tend encore il s'IScarter davantage
de la nature: le nouvel art présente deux courants, assez mal définis
d'ailleurs, l'un qui semble plus natUl'ellement découlm' de l'art pri-
mitif et qu'on peut suivre jusqu'à la fin de l'art èam, l'autre qui
o
234 LA SCULPTURE

paraît encore rattaché à l'art primitif, mais semhle il\'oit' (Sté forte-
1 · ,
ment influencé par l'art cuhiqut. Malhellrellsernentles,exemples sont
trop rares, ft cette époque où la: surface décorée se rédùit de plus en
plus. pOUt' qu'on puisse parler Ile cette division aveec'e rtitude. Nous
allons cependant essayer de la marquer avec qu?lqùe prl~cision,
Examinons tont Il'allorll la forme illterm{~(liail'e : le. chevet de
Pt) Nagal' (pl. CXXlII) nous en donne un exemi,lc' trt'·s rmnal'quahlc

qui uuit les qualités des deux at'ts en (Svitaut.la . Hwigrcur un peu
sèelw du premiet', la confusion et la 1t101Iolollic du second. Nous
y l'etrou \'0 ilS cucore les suites de feuilles, Il 'lm effet si heUt'eux, qui
se contournent SUl' el1es-Jll(~mcs.
D'autres exemples, assez rares il est vrai. nous montrent comme
dans l'art primitif des l'inccaux il hampe continue. Mais par suite de
l'abandon des pointes dans l'art cuhique, l'importance passe il la
petite volute !Jui leur servait do Mpart dans l'arL p!'imitif. La tnul-
til'lication de ces pelites l'olutes lraittJes pt'esque en: houles (pl.
CLX\'IlI-A) donne Ull aspect tl'(~S cal'llcl(~l'istique de lleco[' perlé il l'en-
sem hl o. C'est là ce qui fait l'originalité des pignons orien ta ux du gntlld
kaZal! et (10 l'(~(liflce S. aux TOl1l's ll'al'gcnt(l) (pl. XXXII). Ce parti s'ac-
cuse tIe plus en plus (2), aussi hièn dans des décors importants comme
anx f['onlons tIcs fausses niches de Nlu;Ul Tluip, quo dans de petits
dMails d'al'l'iUlgemcllt, COIllIllO au chevet du bodhisattva de Plmac
Tinh (Ill. l'l.-D), ou de costume, comme il en est au lJtllk1t!a du Çiyu
de B~lÏ IIlm (l'L CLXXIV-E), Il n'est pas jusqu'aux pièces d,'accent,
élémellts (llW cc d(~cor spécial ne semblait pas pouvoir atteindre
facilelltPltt, (lui ne le montrent. En effet, faute d 'adl'ésse peut-être
dans la taille de ces dalles, ' ou négligence, celles-ci ne présentent
plus les ajours anciens qui leur donnaient sur le ciel une si hardie
silhouette. Lisses, elles deviendraient trop pauvres; aussi les cro-

(1 ) 11 Cil est tIc mème sur un rinceau Cf. B.E.F.E .-O . , 1, p. 257, fig , 45,3.
Illat de Blnh llinh (pl. CLXVU-L), slIr (2) Sur un des lions de Vtin Tucrng ce
le beau l'illl:,call aux yajasil?!ha ailés parti est très apparent (pl. CLXXIII-B).
(fig. 59), même sur la suite des crosses.
...
o
!:j) :::.
~ C)
236 LA SCULPTURE

chets y sont alors soutellus et marqués il distance par l'importance


donnée il, la spirale de l's qfi devient saillante (i) (pl. CXLYIII-C, D).
Avant d'aborder l'examan. de l'autre courant, qui doit nous mener
jusqu'à la fin de l'art cam, notons encore la tendance spéciale de ce ·
nouvc} art il la simplification géonllltrique du décor. Déjù, dans l'art
cuùitlue existent certains motifs très heureux dont la gént'n'alrice est
une ligne en dents de scie (2i ,Nous retrouvons un décol' assez ana-
logue, mais où les losanges successifs remplacent les tl'iangles tic
l'exemple prtScétlent dans l'art secomlaire (3) .En outre, tanùis que
l'art primitif utilise il peine les rosaces, celles-ci semblent pi'endre
dans ce nouvel art une place assez importante (4) (m.pl.-B, J).
Faut-ilvoir dans l'introduction de la figure ou de l'animal au
milieu du décor flor.:ill'influence du rôle important de cette décora-
tion animée clans l'art primitif? Prohable pour l'ornementation
figurée qui envahit les corniches de Chiün Dùng (pl. CXL-B) et le
soubasselllent de i\ti San E4' cette hypotht~~se parait plus hasardée
aux Tours d'argent, à vrm Tuang, à Ihmg Thry,nh, qui semblent ·
indépendants de cette tentative de renaissance. La raison en est-
elle dans une simple décadence du sentiment décoratif dans les mo-
tifs floraux? Peut-être n'y a-t-il tout simplement qu'une recherche
malheureuse de variété.
Nous avons vu que dans le décor de l'art primitif unc des carac-
ttSristiques étaitla terminaison des motifs en pointe et qu'en certains
éléments' particulièrcment importants, comme les pièces d'accent,
ces pointes affectaient la forme d's manuscrites. Ce décor spécial

(') Sur le coiTre, coiffe el tiares royales, (1) Ml Sail RI' Phl1cfc Tjnh, Pô I\IauÎl
n, cavan alah, boutons d'oreilles et
k lrlll Garai.
bracelet. Accroché à l'anglll (lu coffl'e, (2) Plinthes dans les éllifires des deux
dia(lème religieux, Sur la l)Oite deux pério(les à Itong Duang, yoÎreallres, fig. 2.
mitres de rcines ct boutons d'oreilles. (3) Y,in Tuang et !Jièccs qui en !H'oyj"n-
Al)puyées à la boite, coiffes à jonr central I]('nl pent -êt re, à la lIésidcnce (leQlIi Nhall.
qui recoyaient les diadèmes de reine. Sur (Ii Piédestal de Th'~Jl Thap, suite de ro-
la table bal'l, diadèmes de rcine, boutons saces au dépôt de lJinh Itjnh, entrepi-
d'oreilles, bracelets, poignard. La boîte, lastres il l'édifice S. des Tours d'argent,
le coffre ct la natte qui forme fond sont an mur extérieur de Chanh L(l, aux lin-
d'art annamitp· teaux et impostes de Van TuÛ'ng.
L'ORNEMENT 237 ,

prenù toute l'importance ùans un des deux courants de l'art secon-


daire, et si parfois, COUlme dans une des belles échiffres de Chanh LQ ,
le rinceau tient encore une place prépondérunte (pl. CLXYII-~I), il est
d'autres motifs de la même époque (1) qui ne
sont composés presque uniquement que de ces
feuilles spéciales. Ces éléments tiennent une
telle place dans le décor qu'ils sont bientôt con-
sidérés. en eux seuls, cc que facilitaienL et ap-
pelaient dans une certaine mesure les maigres
espaces où l'ornement était encore utilisé:
anssi le décor, au lieu J 'êLre composé J'un
parti d'ensemble dont les crochets IlC seraient
que les détails, se transforme en une suite de
petits motifs, combinaisolls de ces nH~mes
crochets ou même suites silllples lIe ces cro-
chets (~).
La tin de l'art èam montre un décor très
particulier, Cil lanières enroulées el terminées
pat· des crochets, qui n'a son équivalent en au-
cun art ct qui, s'il rappelait quelque chose, éyo-
querait plutôt le souyonil' des eIllrelaès de cor-
tains manuscrits anglo-saxons pour le corps, ct
les motifs des rinceaux arabes pOUl" les pointes
(pl. CLXVlIl-F, Il, eL fig. 42 , miLre centrale). Fig. 43. -Mi Sail Al .
C'est là d'ailleurs ullcsilllple rcncoutre de ha- Hillcea ux des pilastres
de faus se porle.
sard, cur l'art islamique Ile semble avoir eu Large ur: 0 m. 60.
aucune influence sur la fin de l'al'tèarn, bien
que la religion de .:\IahomeL ait ôté introduite au Campa ayant la
décadence finale. La forme allongée de oes moLifs amène à les
traiter parfois en serpents ou sous l'aspect du dragon spécial au

(1) )(êmc monument, Ilécor d'entrcpi- (21 ~lotifs


d'archivolte Ilc Yun Tmmg,
laslrcs du mur extérieur (pl. CLXVII- fig. fil, ÙUIlépôt Ile Hinh Dinh. Cf.
F). lJ.E.F.E.-U., l, p. 257, fig.{5, '1.
238 LA SCULPTURE

Campa, l''Ïnügarai (1) (pl. CLXVIH-D). C'est, avec quelques motifs trôs
simples, le décor final de l'~lrt cam. .
Aprôs cette vue d'ensel~hle SUl' l'ornementation de cet art, repre-
nons partie par partie les surfaces décorées ct les motifs qui plus
spécialenlCnt y sont utilisés.
L'élément qui tient le plus de place à l'origine est la suite de
rinceaux qui décore le pilastre. Or que cc pilastre soit long ou court,
une de ses dimellsiolls excède tellemellt l'autre que la donnée géné- .
raIe reste toujours .'t peu près la même. Aussi le décor n'y cbange-t-il
guère.
Le motif initial est un rinceau il courbes régulières oscillant
autoUl' d'un même axe ct dont chaque sinuosité est occupée par une
sorte de large feuille trôs découpée qui sc redresse dans le sens du
mou\'elllent montant. Ce mutif est particulièrement apparent dans
la série Mi SUIl A~ el plus spécialCluent sur celte tour même (fig. 4<1
et pl. CLXV-N, G, 0). Lorsque la bande à décorer devient trop étroite,
en pal'ticulie[' dans l'encadrement des pilastres, le nombre des folioles
ù chaque feuille se réduit ct peut finir par n'être que de trois pe-
tites(2); si au contraire l'espace s'élargit, le nombre des él(~ments se
modifie. Les folioles sont gl~néralelllent très fines ct trl~s lIé tachées
les unes des autres (m. pl.-G); certains exemples cependant les
montrent plus serrées et plus nourries (3) (m. 1'1.-.1). Ce décor est
apparenté d'une façon remarquable, et surtout dans ce dernier cas,
avec le d(~cor des pilastres d'un des plus beaux monuments de Jaya,
d'un siècle ou deux postérieur au plus sans doute, le éandi Kalassan.
Cependant l'esprit même de la composition, la façon dont les motifs
su~cessifs se détachent de la hampe sinusoïdale,primitive, sellllJlent
indiquer qu'il n'existe pas de parenté dircde entre ces deux heaux
motifs.
Le même rinceau vient en double orner le tympan de briques de
Mi Sun B7 ; on le voit aussi entrer en eOlllpositiolt dalls un cadre .de
(1) Cf. )J.EY.B.-O., Ill, p. 4,;0 et V. (2) PiJuslt'cs tic pierre ù Hil Trlrng.
p.20. (:J) J\lItTO'ug :\Iy tour ~.
L'ORNEMENT 239

forme plus complexe, sur le heau piédroit


;\ eontrecourhes de Tl'à Ki~u; fait unique, je
crois, de petites figures so môlent aux rin-
ceaux (fig. 44).
Hors des Imn(lcs d e pilastres, cc motif con-
tinu sc l'etroll vo sous une forme plus accen-
tuée et qui moutl'c, fodem ent marqu(~ Cil
(lpaisseur, le mouvement traduit en has-relief
dans les décors de pilastres. Ainsi est ornée
sur la tranche une autre (Ialle de pi(l(lestitl
circulaire de II,t Tnrng.
De par la composi tion m êm e de ce motif,
chaque feuille, hien que dirigé e vers le haut.
a son mouvement tourné alLernati veIllent il
droite ct à gaucho. A Mi SO'n At, dans les
cadres d'entrepilastres (pl. CLXV-L), le ra-
meau générateut' cesse sa marche sinusoïdale
pour se ranget' sur un soul coté, ct toutes les
feuill es se détachent alors dans le même
sens. Elles y gagnent ainsi plus d 'aisance,
n'étant pas obligées d e paSSÜl' sous la hampe
continue. Cc parti sc retrouve en plus riche
sur la première dalle cil'eulaire de IIttTrung
(pl. CXIX-L).
Enfin un troisième motif es t prllsenté ,'t:Mi
SO'Il par quelques linteaux qui paraissent ap-
partenir aussi hien à l'art primilif qu'aux pre-
mièr es apparitions de l'art cuhique. J'ignore
l'origine primitive de cette composition qui
se montre dès le début dans une form e trop
détaillée et sous des aspects trop différents llig. H. - Trà 1\i ~ 1I.
pour ne pas avoir fourni déjà une longue Pilier il conlrccourhcs.
Hauteur : cm iron 2 .m . ·
carrière avant le moment où elle nous appa- (Cliché Je J. Comlllaillc.)
240 LA SCULPTUIŒ

mît. Dans son type le pIns riche ct le pIns franc, au linteau présumé
de 1\1i SO'n Ai (fig. 29 ct pl~ CLXV-Q), elle est constituée par des l'in;..
ceaux opposés sortant d' Ul~motif de feuillage dont une rosace occupe
le centre. Les motifs doubles se rencontrent et sc joignent sur une
sorte de cartouche èntoLlrl~ également de feuillage. Le même motif
réduit sc présente aux pilastres du piMestalde MI SO'n 1'\ (pl. CLXVI-
F), et les masses sur lesquelles yenaient se joiiulre les rinceaux op-
posés sont remplacées par des cartouches triangulaires. Au lin-
teau Ci le motif est plus cOlllpad, et le raccord se fait autour d' uu
losange ~leuri qui ne laisse riell subsister du blanc heureux de la
première composition. Celle..:ci du l'este, dans l'ensemble même du
linteau de Mi SO'Il Ai' Ile nous est donnée que par un des motifs .
occupé seulement CIl son centr(~ par une toute pelite ' rosace : aux
autres une rosace aussi Ïlnportante (PIC celle du centre est nSpélée
cl fail perdre tl l'ensClnble la Ilellelé .de sa composition (fig. 29).
Ce décor, qui par sa richesse peut se prèler ù l'ornementation
de surfaces considérables, peut aussi se réduire à presque rien, ct
nous le voyons ainsi orner la cimaise du piédestal de ?\H SO'n Ei ct
le devaut de ses échiil"res (i) (pl. CLXV-A, C) .
. L'arl cubique 1100S présente sur les pilastres lIeux motifs: l'un
paraît sortir de la même Ol'igine lointaine que le <lécor en rinceaux
de l'art primitif (pl. Cl.,xVI-O, J3) ; l'autre semhle au contraire
parent du décor, ornement des linteaux dessus dits, mais rétluil
alors aux seuls éléments montants (m.pl.-G, H, .Ji). Enfin un troi-
sième système montre les suites de feuilles dans le mêmc sens,
parlant d'uu côté unique du panneau ù décorer (m. pl.-D).
De ces trois éléments le premier motif (2) semble parliculii!-
rement dominer, le second est encore fréquent, le troisième est
rare . . 11 est remplacé parfois, dans les bandes étroites ct surtout
dans les décors horizontaux, par la série de motifs en dcmi losange
déjà sigllall~s ; /lons les YOYOllS dt-Ft aIL sOllhassenlr.nt primitif de
(Il cr. I.e., l , p. 409 , fig. 90 C. J 3 exceptionnl'lIe, l"excmple tlOllllé est
(t, La ful'IlI(' 0 e:<t [rl~'lUent e , la forme unique.
L'ORNEMENT 241

l{huO'ng My. Leur dessin était facile, puisqu'une simple ligne en


dents de scie le déterminait.
A cette richesse de décors presque constante dans l'art cubique,
de tous le plus l'(\ gnlil'rnm cnt o l'n,S . s'opposent en cette place 1'art

Fig. 4:;. - Pô Xagal' !le :'iha TI'Hug.


Pierre à scellcment e t fragm cnts divers. Hauteur ùe la pierre: 0 m. 32 l' J.

mixte, où le décor f~it souvent défaut , ell'art secondaire, oit le pilastre


reste toujours nu. Nons avons dit ailleurs comment, dans un seul

(') Sur la pierre, tête d'apsa ras pièce about de tuile ronde. A la réserve du ra-
d'accent; face postérieure d'une tête rie swi balau qui fut trouvé à Ban Matl'uot
Gar:tec:a ct frag ment d'épi de crète en (Darlac), ces divCl·S objets proviennent des
terre cuile. En bas, TYlsUli ')Ql au, el riessus terrains de PÔ Nagar.
A~XA'\{. - Il. 16
242 LA SCULPTURE

cas, une tentative a été faite pour le décorer (t); elle n'ajoute rien à
l'étude de l'art ol'neulental-
Si du plan des pilastres nous passons au décor des moulures . les
deux motifs COlllmuns dans la première période sont, pour les filets,
des suites de petites rosaces plus ou moins écartées qu 'unissent de

Fig. 46. - PÔ Nagar <le Nha Trang.


Pierre à scelleme nt. A, en Iwut, plan du scellcmen t; Cil bas, coupe perspccli\'c
Suivant la ligne A 0 Il G D.

petits rectangles, tandis . CJue les parties courbes s'ornent des lo-
tus en diverses formes.
Tout l'art de Mi SO'n At nous montre des exemples des petites
rosaces (pl. CLXVI-I, E). Plus tard elles sc simplitIcnt, le Mcor sé-
paratif sc réduit~ ct le motif disparaît, comme Lant de décors, avec
l'art primaire. Momentanément, à Chiên Bàng, des rosaces à quatre
feuilles tentent de les rappeler, mais disparaissent à leur tour
(pl. CLXVIII-L).

(i) Tour de cuivre, infra, p. fOf.J.


L'ORNEMENT 24.3

Quant aux lotus, ils se montrent sous deux formes bien différentes,
suivant qu'ils viennent orner des tores et des quarts de rond ou bien
des doucines plates.
Sur les quarls de rond, ils se prJsentent il l'origine, il Mi San et
à I{huang My, en feuilles -bifides convexes, plutôt allongtles et
très souvent sur deux rangs en hauteur (pl. CLXIX-F, 1). Il est plus
rare qu'elles affectent la forme de rais de cœur plus habituelle ail-
leurs (m. pl.-E. J). Le porte-hampn. de Pô Nagar de Nha Trang
montre nettement opposés les deux Iypes en question (fig. 43 et 40
et m. pl.-D) , Parfois la forme est iIl-
termédiaire, comme on le voit sur l'é-
nigmatique dalle de Tinlt Yün (Hg. 47).
Sur les tores, les lotus de type bi-
fide s'opposent par leurs extrémités ct
parfois laissent entre leurs groupes
des sphères nues (1) (m. pl.-G). Ces deux
systèmes disparaissent avec l'art pri-
maIre.
Sur les dOll cines et plus spéciale-
ment sur celles des piédestaux, les
lotus sont toujours sous la forllle géné-
rale des rais de cœur cl le plus sou- Fig. 4ï. - Tinh Yên.
PieTro à lotus .
vent Cil deux ran.gs. Le piédestal de Echelle: 0 m. 05 par mètre (").
Trâ. Kiêu, les deux dalles circulaires
de lIit Trang, le piédestal trouvé près de Mî SO'Il E(\, les colonnes B14
dans le même groupe, en donnent de fort beaux et fort riches
exemples (m. pl.-H, A, C, E). Ni l'art cubique ni l'art mixte par
contre n'utilisèrent ce décor en ce point. Nous le retrouvons en
revanche dans l'art secondaire en deux formes curieuses. Sur
(') Peut-être cette pierre. dont le rôle tecture dl! Sud de l'Inde, p. 1;;;;, fi g. 60.
nous est inconnu en arl cam, a-t-elle quel- Annales !In musÎ'e (il1imct , lome XX"I?
que rapport avec le balipidam, sorte d'au- ill-4°, Paris, (jeuthnt"r,W14.) ,
tel cxtérieul' des temples aeluels du Sud (1) lIoà Lai tour centmle.
de l'Jnde. (Cf. Joun:.w-DuIIIIEUIL, L'archi-
LA SCULPTURE

un seul rang les feuilles de lotus viennent orner les piédestaux


carrés; elles perdent leur~erticalité ct s'inclinent en s'écartant ' de
l'axe pour fournir aisémeÎIt le décor de l'angle (1) (pl. CLXX-I).
Partout ailleurs, restées droites, elles prennent un aspect de plus en
plus spécial. Tout d'abord, même en se multipliant jnSfl'l'à trois
rangs, cnes cessent de se CheYilUcher (2) (m. pl.-J, L). L'accolade
de tCl'minaison so modifie; le point celltml s'(~paissit et sc d(~laehe,
ct les eo lés se transforment CIt volutes (3) (m. pl.-F, L et fig. 48).

Fig . .1.8. - Ihrng T1wnll.


Partie ùe piéùes tal ù·ulle ùes tours. Lon g ue ur du fra gme nt: 0 Ill. 88.

L'espace cnh'e les feuilles, d'abord occupô par une simple côte,se
couvre finalement de chevrons (1) (m. pl.-L , F, A et fig. 40). Des
fragments qlli pro,'icnncnt sans doute tl ' ul1e d'os loms de Ihrng
-rJw,nh montront ce système de lotus tout en vahi de petits crochets
en oS (m. pl.-L), mais la plus belle cxpl'ession de celle eomlJi-
nalson nouvelle est dOnllée par les remarquables pit~destaux circu-
laires du müme monument (m. pl.-B, K ct fig. 48).
Les lotus reprennent leur forme classique lorsqu'ils sel'\'ont de
départ aux voùtes (5) (pl. CVIl); mais plus tant on ne les retrouve

(1) Pô Nagar de Nha Trang piédes tal de Ile la Tour d'ol', corniche de Bai Hlm.
l'idole principale (pL CXXIlI), piédestaux (1) Corniche de la tour S. de Yün
de )lï Scm E4' Cf i , lie Chunh LI) (pl. CXXl- Tucrn g et [r'agments conse rvés à la llési-
G, n, C) . t!CIlC(' (ln Qui NhO'Il.
(2) Dépôt de Qui Nhcrn. l") Yaù ~IUln,
(3) Piédestaux ùe Mi So-n UI , HI, el
L'ORNEMENT 245

plus que l't~dllits à do très secs (~léments sur t{llClques kut du llinh
Thu~n (i) (pl. CLXXX-L, II).

Le lotus entre ral'elllent en composition avec d'autres éléments;


il est cependant un exemple heureux de son opposition il des feuilles
ornées dans le soubassement de Mi San Fi (pl. CLXIX-J, J(). Il semble
aVOIr (!té parfois, dans l'art classiqyc, entièrement interprété en

Fig. 49.r- Qui ~h(y1l l.


Fragmellt rom ors," d e cornicho. IIautou r du décor: 0 m. 20 n.

crochets ct prend alors un peu l'aspect de véritables rais de cœur (2).


Deux autres motifs décorent les moulures conv~xes. L'un, d'un
elTet tr(~s heureux, n'est représenté que par un seul exemple, au
piédestal de Mi San Ei ; il sc compose d'une alternance de feuilles
tordues ct de bagues ventrues (pl. CLXVI-V). L'autre, d'un usage

(') Trouvé dans les soubassements de (1) n~ï Sû"rn à


KIlt à côté de la reine l'il
l'ancien magasin à riz et provenant sans Thu~n Bông.
doute des tours de Ihrng Th~nh. (2) "Fragment proYenant (l'une lour de
Hllng Th~nh.
246 LA SCULPTURE

plus courant, semble réservé presque uniquement au décor du


tore central des pilSdestafx dans le type à doucines opposées. Il
consiste en une série de 'demi-sphôres (1), perles ? avec parfois un
gracieux sertissage (2) ou seins? avec leur pointe légère non cen-
trée (pL CLXVIII-I, K). On retrouve ces éléments réduits sur les der-
niers piédestaux ct jusqu'aux derniers jours il la base de certains lmt.
Un autre .mode de décor qui produit un effet trôs original s'ap-
plique seulement à,l'ornementation des rainures minces qui déta-
dlCnt des profils l'un de l'autre. Est-ce une réduction il très petite
échelle des balush;es courts que l'on voit dans certains soubasse-
ments de MI San? Ils en semhlent parfois l'épanne1age (3), mais aussi
peuvent prendre un turactère plus spécial (4) (pl. CLXVI-H, S. N). On
ne les retrouve plus en dehors de l'art primaire et spétialement de
Mi San (5). Dans l'art secondaire, un seul élément les rappelle pout-
être, il la corniche de la tour S. de Vun Tuong (pl. CXL-D).
Nous avons vu pour les feuilles de 10Lus qu'elles ont parfois une
tendance il se coucher obliquement. Ces motifs inclinés Ile sont pas
très rares. Le premier et le plus heau de tous est" tout d'abord, le
motif de rinceaux d()lachés d'un seul côté que nous avons signalé au
sujet des cadres d'enlrepilastres, ct qui prend aisément une forme
oblique, comme ]e large motif de feuilles eontonrnées en spirales et
qui sc poursuivent sur l'une des dalles circulaires au piédestal de
ml Trun"0' ct plus tard la bande de décor ana1orrueconseI'\'~e
. 0
au
dépôt de Dinh :Sinh (G). Le même parti sc l'encontre en archivolte au
chevcl de la ùéesse Pô Nagar à Nha Trang, mais ici l~s volutes se
réduisent il presqu<: rien (pl. CXXIIl). Des motifs analogues sc mon-
trent encore en divers points, sur un fragment conservé il la Rési-
dence de Fuifo (pl. CLXVlI-N), sur d'autres pièces aux dépôts de
Dinh .:Sjnh (m. pl.-G, K), de Qui Nhan, sur la poitrine du gajasirflJw
(i) Cf. supra, p. 78. lage dans le lleli t soubassemen t de l'étage
(2) Piédestal deChlinh LQ. à l'édicule S.-E. de PÔ Nagar de Nha
(3) llase de lIH San Ci' Trang, 813.
(4) Soubassement de Mî SO'n Fi. (6) Cf. n.E.F.E.-O., I, p. 257, fig. 45,
(5 ) Peut·être sont-ils r es tés en épannc- 3.
L'ORNEMENT 247

de Chiên Dàng (m. pl.-I), en une forme curIeuse de trident au


piédestal de la salle III il Itông Dmmg (pl. CLXVI-C). On retrouve
encore des motifs de fleurons obliques dans les soubassements à
l'époque secondaire, en particulier à Rang Th~nh; ils paraissent
d'ailleurs dériver d'autres môtifsque nous allons examiner.
Pendant toute la période primaire, un des plus riches décors
d'archivolte consiste en une série de feuilles obliques, taillées à
même la brique, ct qui remontent èn s'inclinant tout le long de
l'extrados de l'arc. Nous avons vu cc motif se traduire dans
l'art secondaire par des feuilles r,nnpantes analogues aux pièces
d'accent décoratives de l'époque ct exécutées en dalles de terre
cuite. Dans les éléments traités en pierre au Dinh Dinh nous retrou-
vons. une nouvelle interprétation du même motif, mais composée
alors des crochets de l'époque qui, suivant le cas, semblent partir
plutôt d'une nervure centrale invisible ou sc détacher des bords en
laissant au milieu un vide plus ou moins accentué (1); ces éléments
se réduisent parfois à de simples crochets (2),
Une forme plus éloignée encore de la nature par son caractère
nettement géométrique, la rosace, ne fut guère utilisée dans l'art
primitif, sauf parfois en compcisitionavec d'autres éléments (3).
C'est cependant le plus ancien motif qui nous soit révélé de l'art
èam. Il existe en effet dans les pièces utilisées en réemploi il. J\H San,
parmi les édifices du VIle siècle, la trace d'un décor par suite bien
antérieur sans doute à cette date, ct qui était obtenu par l'applica-
tion, sur la face visible des pierres, de disques de métal d'une ving-
taine de centimètres de diamètre. Nous n'avons pu par malheur en
retrouver aucun spécimen, ct leur existence n'est attestée que par le
cercle légèrement défoncé où ils s'incrustaient et le trou central
profond où se fixait la tige de scellement.
. Nous ne trouvons la rosace employée seule dans l'art primitif

(i) Fausses portes de Vân Tuo-ng, dépùt (2) Id., même figure.
de Binh Binh. Cf. B.E.F.E.-O., l, p. 257, . (3) Linteaux de Mi San.
fig. 45, 1.
24R LA SCULPTURE

même que dans une antéfixe de Phàng L~ (pl. CLXIV-L), mais c'est
encore un enchevêtrement qe cCI'cles qui forme le seul décor de car-
relage que les Camsnous a~llt laissé (1) (pl. C.\YI-C).

Fig. 50. - PÔ Romë .


Hestes de peintures dans l'en trée de la tour principale n.

L'emploi des rosaces est un peu plus fréquent dans l'art secon-
daire, soit comme à Thi),p Thap en décor de piédestal, semble-t-il

(,) Légende: a, linteau; b, semis du l'autJ:e, 0 m. 14 ; e, 0 m. 075 par mètre;


plafond; c, piédroits de la porte inté- d, demi-grandeur.
rieure; d, haglles des colonnes cle l'ahl'i , {il Mi SO'n, galerie Hw deux briques
- Échelles: <l,Om . i5 par mètre; seulement retrouvées et qui peuvent être
b, demi-gramleur, distance d'un centre à en réemploi.
L'ORNE~IENT 249

(pl. CLXVIII-J), soit à Binh Dinh en décor de frises (m. pl.-B),


aux tours DuO'ng Long dans l'ornementation des linteaux ou parmi
les débris retirés des décombres, soit encore à l'édifice S. des
Tours d'argent et à Chânh LQ (pl. CXXXI-H) comme fond d'entre-
pilastres.
Avec ces derniers éléments nous avons parcouru le cycle de la
sculpture ornemenlale du Campa. Pour sa décoration peinte, nos
l'ünseigncmen ts sont à peu près nuls. Nous n'en possédons en effet
qu'un seul exemple et il est des derniers temps de rad (;am; les
motifs cn sont d'ailleurs fort heureux et rappellent en partie ceux
des bali.de Java (1) (fig. 50).

(1) Po Romë. Les (( hati Il sont des étoffes imprimées à la main pal' un proc6dé à
la cil'c très ingénieux.
f


CHAPITRE XI

LA SCULPTURE. - LA FIGURE ANIMALE (1)

La sculpture animée; réserve sur la da le des idoles. - Rôle de la sculpture animée


dans la décoration: art primitif; - arl cubique; - art secondaire. - L'animal.
- Le lion (2) ; - déformations typiques ; le lion aux diverses périodes; - ses
}Joses ; - la têt.e isolée ; - confusion. - L'éléphant. - Le gajasil!lha (3), - Le
makara (3), ~ Le /laya (3), il têt.e unique, il têtes multiples. - Le garur!a (3) . - Le
IJœuf; /lal/din. "- Animaux divel's.

Si la sculpture animée n'est pas souvent, comme il 'arrive en


d'autres arts, complètementornemanisée, il n'cn reste pasmoinsque
sa séparation d'avec le décor pur est assez arbitraire: parfois l'ani-
mal ou l'être humain compte bien plutôt pour son rôle de construc-
tion-ou d'embèllissement que pour le sens propre qu'il peut avoir:
ainsi les apsaras valent surtcfut pour leur silhouette ~eule et non pour
leur personnalité divine, puisqu'une tête de malrara ou un simple
découpage de pierre peut s:y substituer. Cette réserve faite, nous
examinerons d'abord la place que tient la représentation animée dans
le décor des édifices aux diverses périodes indiquées, et la valeur
générale qu'elle offre; nous examinerons ensuite avec plus de détail
le rôle et les aspects divers de l'animal, vrai ou imaginaire; la figure
humaine donnera lieu aux mêmes remarques dans le chapitre sui-
vant, ct les forme~ monstrueuses auxquelles a conduit la mythologie

(1)Planches CLXXIII il CLXXIV.


(!)Planche CLXXIlI.
P) Planche CLXXIV.
LA FIGURE ANIMALE 251

nous y occuperont en dernier. Notre examen comprendra les parties


d'édifice où la figure, être humain, animal oH être mixte,joue un rôle;
les bas-reliefs figurés qui décorent les édifices ou les piédestaux;
enfin les représentations divines en· dehors de leur sens religieux.
Dans cette revue générale nous ne nous contenterons pas seulement
des sculptures que portent les édifices encore debout, mais nous uti-
liserons égillement les fragments isolés. La date en sera indiquée
pour les premières par celle même du temple qu'clles ornent, avec
cette réserve que l'idole peut souvent être antérieure au monument
qui l'abrite; pour les secondes, clles seront réputées de la période
primaire lorsque, ct c'est le cas le plus fréquent, elles proviennent
d'édifices situés au N. du col des Nuages, région abandonnée trop
tôt par les éams pour qu'ils aient pu y construire des édifices dan:
la période secondaire.
Si l'on examine le rôle de la représentation animée dans la pé-
riode primaire, on est frappé du contraste que présentent à ce sujet
les deux courants d'art que nous avons signalés: autant l'art pri-
mitif utilise l'être animé, autant l'art cubique en réduit l'emploi.
Nous verrons au chapitre suivant quelle place énorme tient la
figure humaine dans l'art primitif; l'animal y joue également un
rôle important et surtout il y vaut pour son exécution parfaite. Lions,
lIlakara, éléphants, gajasirrtha entrent à Mi SO'n dans le décor du
soubassement de At ou des métopes (?) de Ct; des nii.1a viennent
orner d'une façon curieuse le soubassement de l'étage de B6' escorte
naturelle des heaux groupes de Vi~J.lu sur GarlHJa qui forment les
motifs principaux des façades hautes. A K1uwng :Uy (1), à Binh
Làm (2), des êtres divers se rangent en files minuscules dans le décor
aux points les plus inattendus; dans le dernier édifice les angles des
murailles et les métopes se décorent de lions dressés, lions qui ne
tiennent pas une place moindre à Trà Ki~u, à Phu Hung, où des
niiga, des garurja, des éléphants, des bœufs couchés les accompa-
(1) Fragments de piédroits au Jardin (2) Frise au Las des frontons de fausse
de Tourane. Cf. I.C., l, p. 325. porte. Cf. J.C., l, p. 168 et pl. CLIY.
252

gnent. Le cheval au galop, l'éléphant, l'oie, le nandin qui serven


vlÏhalia aux divinités {il, voire le rhinocéros, trop sauvage pour l
bien connu .• tout est obsené avec goùt et rendu avec franchise.
petit singe retrouvé près de Di à Mi San (fig. 51), mieux, le bas cl
corps de singe à Phu Hung, s
tIc petites merveilles de natur
telle tête de lion {2} (fig. 52)
d'une expression remarquable.
COIll posi Liou des aui rn aux HWI

trueux est si habile que makl


ou gajasÏ1!!lw semhlent copiés s
des êtres vivants.

Fig. 5:1. - Mî So-n ';>. Fig. 52. - Mî So-n Ii:.


Singe trouvé dans la cour des stèl es. Tète de li on décoll yc rle en
Hauteur sa ns la brique de support: avant de la tour·po rte K.
o ffi. GO. Hauteur : environ Omo 30.

Pô Nagar de Nha Trang, dernier terme de l'art primitif, annonce


déjà la réduction considérable que subira la sculpture animée tians
la période secondaire. Il est ,rrai qu'une honne part de la décoration
semble être restée en épannelage; mais les éléments exécutés sont
encore pleins de charme, éléphants, cerfs ct grands oiseaux de
pierre, figures médianes de la tour N.-O, qui pour n'être qu'ébau-
chées n'en sont pas moins d'un caractère puissant.

{Il lU San A et n. Cr. I.C., l, p. 355, de basse époque; elle parait bien pIns
fig. 16;TràKi0u.C U.C., J,p.306,fig.67. ancienne que cette ontrée, qui seule fut
i2} Trouvée près de Mî So-n K édifice . reconstruite.
LA FIGURE ANDIALE 253

La place que tient ce décor dans l'art cubique est bien moindre:
tout l'effet, pcut-êtrc plus riche qu'élégant, y cst d\1illcurs demandé
à une ornemcntation floralc d'un caractèl'c très· spécial. Cc· parti
n'est pas encore accusé ayec la même nettct6 en 1'\ à 1\li SO'n; la
figurc humaine ~' tient encore une certaine place; enfermée dans
tics niches importantes. elle forme les molifs principaux du souhas-
sement (pl. CXXVIII). 1\li SO'n A'p sauf en son tympan, ne paraît
glll~re pn;sentel' Il lie quelques lions; il est Hai qu'il cu reste hi en
pCll de chosc. La représcnlation animée lient plus dc placc à Hoà
Lai avec lcs intércssantcs figures des fausses portes; des (~léphants
d'un dessin amusant viennent appuyer de lcur croupe la saillie des
frontons; des ga/'lt(la en cariatides soulicnnent la cOl'l1iche.
Les prcmières constructions dc Bong DuO'ng montrent une rc-
cherche .spéciale de variélé dans le décor, ct celui-ci est générale-
ment emprunté aux êtrcs vivants, surtout dans les appliques: on y
voit même paraître, à côté d'animaux classiques, des bètes inatten-
dues (fig. 64, (5), cheval, sanglier, papillon (1\ même de petites
scèncs d'une applique à l'autre, chien qui guette un oiseau, etc.
Duus l'art mixte, la représcnlation figurée sc réduit à presque
,'ien : orants aux fausses portes de B., à ?Iii SO'n, cariatides de cor-
niches ct ga/'ll{lade pignon (?) aux tours centrale ct principale dc
Bong Dlwng, nc tienncnt qu'une maigl'e place dans un ensemblc qui.
prcsquc entièrcment, est ornemental. Cepenùant les piédestaux des
parties 1 et III offrent un granù développcment de scènes.· L'impor-
tance plus gl'ande dn décor y est marquée par un fait significatif: les
figUl'cS ne jouent plus lihrementdans l'espace que leur réservent lcs
moulures; elles sont enfcrmées dans des cadres richement ciselés;
clles n 'ont lcur libcrté entière que dans les parties dépourvues de
profils.
Avcc la seconùe période, nous ne voyons pas la représentation
animéc rcprendre clans la d(~coration l'impol'lance qu'clIc avait

(1) Bong Ummg tour S.


2~4 LA SCULPTURE

dans l'art primitif. La prépondérance de l'ornement dans l'art ,


cubique semble avoir amené deux conséquences importantes: une
tendance constante il la stylisation de l'animal (1) qui ne paraît plus
observé directement (2) ; l'abandon presque complet de la représen-
tation humaine dans le décor des bü.timents; elle n'y paraît plus
guère qu'en orant daus les fausses portes, qu'en image assise dans
les tympans. Même dans les édifices de Mi SO'n qui sont copiés de
constructions d'art primitif, on sen l que les personnages sont évités
comme difficiles à exécuter (3) : aussi es t-cc smtout à l'animal qu'on
demande le décor. Rares sont les figures dans les nombreuses
IlIétopes du soubassement de Mi So-nE4 •
Par contre, les frises (l 'animaux dont nous n'avons qu'un exem-
ple ancien il Binh Lârn se multiplient (4 ) . Le lion debout qui joua un
grand rôle dans l'art Vl'imitif (5) revien t ici orner les soubassements,
soit, rarement (6), CO/lIIlW il était le plus souvent figmé, debout de
profil ou de trois quarts (i ), soit dans la pose autl'efois moins fré-
quente (8) de face (9) : il se mble même, il l'édifice S. des Toms d'ar-
gent, se confondre avec l'atlante abandonné depuis longtemps : il
la Tour d'or, le même rôle fut tenu, d'après feu Lemire, pal' des
ga1Jcça (10) •

Ce décor disparaît dans les derni ers édifices (it); seule, la figure
hlllllaine pel'siste aux tympans ct r eparait une fois iL Po Klaun Garai
nn pièce d'accent.
Nous venons de passer en r evue dans ses gmndes li gnes le rôle
de la représelltation animée dans les diverses périou es de l'arl cam.
(1) Nandin de Tlulp Thàp , aujoul'fl'hui P) Tnt 1{j ~Il , au Jardin d e Tonl·ane.
dP.truit (cf. I. e" l, [1. 209 K). (lO) Chlinh LQ.
(2) É1éphanls du (lépOt (le Binh Bjllh, \7) Hà Tmn g , piédcslal.

fi g. 141. (S', Mi SO'n DI all èges, Bong Duo-ng,


('l) Cette inlr llli on est bie n man[uée sall e Ul. Cf. I .C., l, p. 497, fig . H4.
aux fenètres de Mi So-Il D2 ; ell e J'est plus (~ ) Mi So-n G.
encore Il l a tOUI' N. dc Hoà Lai , cop ie pos- (10) Cr. J.C" 1, p, 216.
l éri cu!'c (le la Lou!' ee nLl'Ill c. Cr. I.e., 1, ( Il ) Mi San H, li, Yan Pron, Yan
p. '107 ni. pl. eXLII. \lllIn , Po Klann Garai, PO Romë.
\~ ) Tour~ tl'argt' lll., IIlf11 g TII',lIIh , Vüu
Tu·o-ng.
LA FIGURE ANnlALE 255

Étudions maintenant la place et les aspects que prennent les divers


animaux, réels ou fantastiques, dans cc décor. Ils jouent un triple
rôle: ils concourent à la décoration, ct dans ce cas leur valeur sym-
bolique paraît ù. peu près nulle; - ils servent de vahana et tout leur
intérêt est ~ alors, pour nous du moins~ dans l'identification qu'ils
perIlwttent de la divinité; - enfin ils participent ù quelques scènes
figurées.
Nous voyons le premier rôle tenu par le lion, l'éléphant - etleur
hybride, le gajasirp,ha - par le rnakara et le- nëiga, qui ont une certaine
tendance ù sc confondre, ct l'ennemi juré du dernier le ganuj.,a;
enfin, accidentellement, par le cerf, l'oie, le singe, le lapin, etc.
Les vëihana les plus fréquents sont le bœuf Nandin, Garuga, l'élé-
phant, le cheval, l'oie, le paon, le tigre et le rhinocéros.
Le troisième cas, négligeable, est· celui des éléphants, chevaux,
en montures, du tigre qui sc précipite sur un sanglier au piédestal
de Mi SO'n Et-' etc.
Cc n'est pas pour la suzerainetlS de rencontre qu'ou reconnaît au
lion sur les autres animaux que nous lui donnons la première
place; ce n'est pas non plus pour le rôle prépondérant qu'il joue
dans la décoration, ou l'art réel avec lequel il est souvent exé-
cuté; c'est uniquement parce que sa représentation, toute conven-
tionnelle, a fourni par cela même les éléments principaux 'de la com-
position des êtres fictifs. Cc serail sortir du cadre de cette élude que
de chercher ù savoir comment cet animal, qui paraît n'avoir jamais
existé dans la péninsule indochinoise ct la Chine (1), figure dans la
totalité de leurs arts: il existe, traité assez mal d'ailleurs, dans la
faune artistique de l'inde ct nous n'avons pas ù remonter plus loin.
Tel que nous le voyons apparaître dans l'art primitif. il n'est pas,
bien que conventionnel, très éloigné de la nature. Il porte crinière,
mais eHe est plutôt traitée en mèches courtes. comme Ulle toison

(1) Cepenùant on trouve ùans les Mé- lecture, ou l'auteur chinois a t-il fait lui-
moires suries Chinois, t. Xl V, p. 1.1. et sqq., mème une confusion avec le tigre?
mf'ntiOll de lions. Est~cc uue mauvaise
256 LA se t: LP1TRE
fourni t' . suri r h aut ùu co rps. landi s que le rcs le J e l'anim al, sauf
Irs clli ss(· s. res te nu ; il a la qucue lun gue. lerlllin ée d'o l'Jin aire
pa r IIn e touffe de poil s. SO UYCllt styli sée . La tète pl'l~' s ('lIle scule
IIl1 e allure très spéc ialt' et par c ( ~ I' Laills trait s sl'carLe lIetLemenl
d(\ la tè Le du li on africaill : poillt illlpodallL. k s cara cl/'I'i stiqucs
( ' (~ SS(' lIt (r ètl'll k s IlI tlllf( ~S : cell(·, dll li on-tYIH' cUlIsi stn dilll S sun abon-

danle crilli èru; elle compl!' il pein(' clr!'l, ]t' liun b llll cL les Jé-
tilil s fr apJJallls SU llt auLl'c's : loill d'l'Ll'c pris ù Iii lIallll'l'. il s lui
sont op(lOS('·s . L' 1I11 esl IlIiI l'IJ 11(" d,'s l'ol'igill e 1'\, Sil li S dOlllf' pruyienl.
dll nll)(l ùll' ; ralltl'l'. peu a CC IIS( '· illl dl·llllt. s· aC(·(·llt.Ut' dl'. jOli l' en jour
jII Sqll ·illl\. df'l'lIi('l's klllpS de rad Gillll. LI' l'relllic'r l'l'sidn dall s ln
runll e Jes ~ e ux. Plu s saillallts qu l' lIature ell'llls rUlld s, ils [,('lIlolllenl
' 'l'I'S lf's lt'lIqws pill' un e filasse spirali(l'l L' allalu glu' Ù la Lerlllin aisoll
d 'ull e co m e d'abulldall ce (1 ) . L' uri gill l'. de ce motif bizltlT(\ es t l'roba-
bl('m ent dans ]( ~ s profond es inflex iull s de l'tm;ad e so ul'c ilil~ r e che/,
cel animal , illflexioll s (lui lui donn ent. so us le cadre de la crini ùrc.
ce cara cti'l'e de pensée et de lI olJlessn, canse rrulJa bl e de sa ficLi ve'
l'oyaut.l·,
L'antre trait se rapporte à la dislml sion ùe la gueule , Qnand Ir
lion lJàille ou cherche à mOl'dre, les màchoirE's s'écad r nL tt'llr. ll1 enl
(III 'un dom pLeur peut facilclfwllt illlrodni1'O la I.èt.t' rrllr(\ ell es . CeLLr

di slension énorm c es t indiqu ée d 'IIIII' fa.~:o n Lri's fl rlificir'lI t' pal'


le sc ul pLf'Lll': un l'i ctu s co nsiùérublf> retrousse les ba bin es jusque
SO II S les ol'eill cs. mais les crocs ('cs le nt. t' n conLac t. C'es L là lin mou-

Vl'lIl cnl. diffi cil n à réalisr r, elllUi co rres pond à pcu près à CC qu'on
appelle pour les clriens « monlrer les denLs » : l'importance prise'
pal' ce mouvemenL résulte san s doute dl' la gê nt' où se trouvèrent
les I))' (~ llli (' l'S arti stes, ail pays où na1lu i llf' mod èl(', q uanù il s 'ou-
IUI'cnt r(, pl'ése nler lin li on furi eux : il fallaiL le fi gurer la gueul e ou-
ve rtt' dan s 1.0 111.(\ S Oli anlpll'IIJ', mais le Inf'nlon. ('ela Li ve nwlIl min ce,
dl'\f'llilil illtll'S l'I'il g'il(· illl Il'iI\ilil dll (,iSI'illl : illlssi dlll'c'Irf-ils ro nsi-

l' I Cf' d é la il e,, 1 lI'ès "i s illll' ~ 1I1' la fi g . 70, p . 3:1li. e l la J'i g. 71 , p . :HH ri" l'J .C .. 1.
LA FIG U RE ANIMALE 2~ï

dérer comm e Ull expèdirnt lt',~:,; h eureux d'oble ni,' UII tenllll so lid, ~
joignant les l: I'Ol:S cxag,'~ rés, Ce l'ictus passa E' nsllil e l'hei', le Cali 1
l'II

de la courbe qui esl nalurelle il llil e fo l'li Il , a ll gulaire , illiposs iitie


ilnatomiquemrmt.
Enfill , mais ce lroisii'lIle lrait Il 'es t qu'accessoire nt IIl o in s cons-
tallt, les ureilles SR rappr'ol: hent sllLl\'ellt pI ns tin cell,'s dll l'ILlllinalit
que d' ull félin , ct sont padois mèlu ü J étadlées dc la lète pal' Illl CUI'-
rtet CO llim e cell es du c heval.
Ces défol'lllalillll s ne so nt pas jll'lIlJl'OS il l'art cam : l' ad kluu è r,
l'ad java llais 1li 1I Iill'e lil des lypes a llalogues, ct l:e d"l'ilier, ':OIlIl11 e
l'art IlilidOlI , oll'l'e les Ili èllle:,; l: lIri"ll s , ~S trunsformatioll s ql'i fewllt
du lioll aux derllif~ rs temps Ull è ll'C l:U rIlU,
Dalls l'art primitif, le liuJI , dall s sa silhuuette cOHv elitionJlelle , es t
très heure ux et ll'PS viva llt d' ail lires : il H' a pa s eJl('; Ol'C le l'ictus exa-
gél'é, Il es t ,l'ul'diJl uirc r epd'seulé deLout ct de troi s ljuarls (1)
(pl. CLXXIU-IJ), une foi s assis t , Les l'arcs exelliples uù il figure dans
l'al't cubillue SO lll d' ull dessin moius l'l'Gill: : il faut dire d'ailleurs
que Jans ce LtIl série on ne le reucontre guèr e qu'en bas-reli ef, assis
sur' son train de de l'l'ière, pose qui ne le m e tta it guèt'e eu valeur,
C'est ce pe ndallt da ll s ce t art, a u lympan de Fi' que II OUS le voyons
pOUL' une se ule foi s l' e pl' ésc ntl~ au nalurel ct assez adroilem ent. Ici il

possède une crinière e t Cil lllOnll'e un e égalem ent lorsqu 'il es t ass is
en chien (3) (m, pl.-F), L' a rt mixte il unf'. If' ndalll' e Ù 1( ~ (It'd'o rm el' :
nous n'insiskt'ons pas su l' les gross ii'res ,'. hallc Il ('S dl's tyllipa ns ('II

AI2 et de l\Li Safi, où nous le t1'OIlVOn8 les pal.les on attaqll o, de-


13

bout el assis, et la tèle délac hée dcya nl. unn sorte de ct'ini'~ re (4)?
A Dông Duan g, d(~ bollt aux angles du piédestal de la sall e Ill , il

(II Lions du piédes t.nl de (fà Tl'lrng , Snï go n , provenant san s doute . da n s ces
(pl. CX IX-L), dll so uhnsseuwnt ri e Al li df' lI x de mi pl's po inls, de l'l'à l\i ~ lI .
Mi Sau (pl. CXXIX) (ces dell x ex empl es (21 Pi éd cs ta l rlc Uu Hi èm ( pl. I:LXXIII -
don l lcs p Ins g ralld s l'appo r ts c t so nl lw i- F I.
de llllllenl dps r é pliqnes d'nn lIlolif 1'0 11 - (31 Mol if d e lIast' d c~ l' lIl'i ell ses Il ich p~ d Il
ralll), de l'hù Jllr ll g , du J a rdin de TOlll'ail e so uuassemcnl d e MI SO'1l F, (1'1. CXXV III ).
ctdu mu s.··.. d es Élud e~ llidur hill ()i s . ,~ il l'I I Gr. I .e. , 1, p . 353 , fig. 71).

.\ :'\:'\'\ \1 . - II. 17
258 LA'.L SC U L P T URE

montrc uéjà une com c l'l'OJllule ( 1) (pl. CLXXlll-E), landi s quc ]rs
faîtage' ue la gralldc salle répèlcnt en tcrre cuilc ('(' curieux molif
(fi g. 36) en l'accentuant en<.:orc. C'l' ·t ici. sa il pOUl' Ir li on enti r l'
assis (.~), soit 1IOIU' la lNr sr ulclllenl (:1) (ILlC nous Yoy ulls l'ullilllai sr
Il'ansforlTIr[' cO lllpH'le)mrnl rn rincrulI\.
Dalls la PUIl\ l'l'le'· lt ahillll'lli- dl' la 'cL'u lld c pél'iouc en repl'l'se n-
talions anill1 ~c , il n'esl pas éloll-
Ilant q Lle HallS nc ll'OLl \'ion guère
de lions à étudier: ell Gure son t-
ils parfois lellrlllclll hUlllani 'és
(luïl faut uuc <.:(' daill e fui [JUUl'
les l'e<.:onnaill'c ; ils [Jorlcnlll1('l1I o
Ir sumpot ou Ull Ill UillS UIl C su d c
uc calcçon pal'faitcllleul illui(IU('·.
Ainsi sont les atlanlc ' J c ll·ilificc
. des Tours Ù'lll'gPJlt (pl. CXX.\l-
C) : il ' n'ont du liul1 réel que lcs
pi eu ' et la gucule, LIll Jiun nou-
\ cau que la <':Ul'lJ C Ge lltmle. Lc
pi t; l\(>S ta 1J c 'l'hG. Thi ~ lI , où la fi-
glu'C c t agl' Il ouill ée, H' aL'CUSr sa
Fi~. J3. - DlrO'ng LOIIg.
mllurequc pal' la l'(Jl'I ur L1 rs paUrs
Tuur ce"trale ('n li"" : carialid e l'ulle " cs
rail . CS purle'. lIaule lll': 1 lit. pt dela L' l'illi(·l'c; Ja fa ce IIlUllqllt)
J'aill cur . 11 cs t parl'uis cO ll1pl èlc-
llI elll slyli se" t'l fULlrllit aillsi d'ad lllil'abJe mo lifs ~l Yall 'l'uO'n g (fig. 53
et pl. CLXXIH-C) ; niais le plLlS sourClll ilu'cst (lue dénatul'é. La posc
la plus fréq ucn le esl celle Je l'art pl'Îlllilif, deboul et de lrois quarts (4) .
mais OH JI' l'C'l1con ln' dl' profil IllillTlt anl sur ses C]ualrr pallps. il la
ressemblance san doul!' du gaja:;Î/!tha u\'('c Irq url il a de gran ds

(1)Cf. I.e., 1, p. 49i , fig. 114. la LOIII' S.-O., far e Il ., fig. Iii!), el piédes-
t21Boug DlrO'ng, CMpS d'app lique dc la Laux des lemp li on;: l, fi g. '109 el pl.
[our :\' .-0., fucl' ri . CLX \'1-1..
(3 ) Hong IhrO'ng. r.oe'p" d 'applique de (i l Cbi,'u I:làn g, Chành LQ .
LA FIG U B E .\ N 1~L·\L E 259

l'apports (1 ) ( Ill. pl.-L'l . Dl'hout, il garllit ll'~ 'lIIg"ll'<'; du <.;ollba<.;semf'nt


dl' .'Li ~o' n (Ii;.:-, :) }), l'lIa II~ II' y pal'aît l'II 1111"tUI'(':' dt' If'l'l'e ('l1it(, :
(;1

la 1'01'111' y 1':,1 dl" 1'11111' :,i 111"('I':,:,ail'l' qlll'. ~' I\llaldl' l'I'l'l'llIlall1 tlall:'

Fi C!, :;~ . - ~\[ ::;"'11 (; 1'

:-:' Ullha :-i", CIIl Cllt , li uli d · ~ II g- l c . 1-I ;l lIl c llr : 1 1I1.} I),

,'f'S mélopf':' au contoul' erl'Il(;, elll' y l'!'t ~(lignrllspmrllt indiqllPf'


1111. pL-lI ) . CrtLf' addilion hizal'l'f' Illl'I'ilf' lin f'xamrn spécial.
..J..Ul.:;it.Jlw.-J.a--t{~tC-tlH - liollf':'t i~oll ~ (' pl ~1Ir1.()IIL IO['~(]ll'pllp fOl'm e
molif arr c les lIIakam . l'rs pace cnll'r Ir':, ol'f'illp:-; saillanlrs dlf's yrllX
(' 1)1'1111:-; f'st ()(:c up", pal' dr:, 111 ('c hrs 011 tlf'S l'in cra llx qui eonslilllrnt
260 LA SCU LPT URE

la pointe du tl'iangle nécessaire (1 ) . Cc molif se perdit prcsque com-


plètelll enl daw; la second e périud e: au ss i, qu and l'arlisle , oulut re-
prése ll ler Ù JWU n'llU la ll' li ' d Il 1il III dda t:r. il fut uppe lé II s ï Il spi rer de
la lèle Iluïl dOlmait all li ull Ji' profil. _'lais, dall s l'art sl'co lldairC', Ir
lioll tend J e plus en plus tLse co nfondre ayrc le .QajaiiÎ,!ûw : c'élail' Ilt
tou s deux pour l'ar lisle éalll dcs êtrcs lIl ythif{U C' , pui 'qu' il nr P U II -
va il pas plus , oit' l'urigiJl al dr son liull qu e CC lui du !J((jcliiÎl!~ha.
C'étail J OllC lu lète du secu nd , plu s fr équent. quïl devait l'allI P-
ner dc face. 01', celle-ci ,, 'esl pas dill'érrllle dn celle du ma/ml'll.
Ce lle demi èl" a pris dall s la deuxièlli e llél'Îodc un c imporlalll' c
Irl's co nsid ém!Jle, tal' clic Hgurc fréquclnlllcllt , au poillt lc plus
IH'illalll du 1I1 0llUIlI C' IIl éa lll , la l,il,t:c d'aCtC IIl. Par suitc tif' Cf' l'Ille
spé t:iul elle s'ps tlllodilléc : la ll'lllilpe a perdu de so n irnlJo,'lalLt p Pl
Iillulelll cJll a dislHu'u au I"'o lil d'tuJC to rn e tcr illill ale mieux pru1i-
lée sUt' le t ic! (pl. CXLL\-D, C, A, E. F) . C'es t te lle derllière U'le
que le sc ulpl ur ralllt' nc dl' J'uer, et la co m c de sill LOucLte d p Yil ~ lrI,
un e CO I'll C ccn lrale au mili cu dc la lète. Bielllôt l'allonge11l rJLt spil'u-
litlue des cux cessa J 'èlre cO lllpris el)a tète en vint il, prés'"ler
trois com es (~) (pl. CLXXHI-H).
Le dernier lion que nous renco nlrons es t aussi dans le demicl'
11lOllUIll ent inrporlant ; il es t de grande allure et ne monll'e nulle-
IlH' IIl la même J écadence; il a tout l'aspcc t d'un lion khlll èr, el
nOli s cro yons d' aill eul" quïl a cr U(' Ol'iginc. Nous Je donnons ici, et
COIlIl111' IJa rtil' d'ull 1l1 0llUIII l' liI t al ll , rot ('O llllll C' lypC' de CO lllpal'aisl\ ll
r llll'l' Il's lIu ll'l'S i' "empll's bit 'Il Jll'lllJlIl l'IJt l;Llill S el le class ilJlle li on
kltlll l'l' (l ig. :.i) .
Suus ' eli Oli S dc pass('l' r l1 l'C\'lI(, l'hi sluire l'llpid r dps fOl'lnr.s qu e
(I I Cf. 1.(;,, 1, p, 326 , fi g. ,Il, ])lI'()"n ~ 1I1 donne nn sp.>cilllr n : la ('orne
(2) A Ja ya, oil Ir mème pt' O(,('S us ~'e8 l es t d'aiIl clll's ici toute ri iffr renle et Irai Lée
dél'ou l \ nous LrnUI'ons Ill L' llll' il ii è, l'a na- t' n spi rH Ir, U, I,r:. , l, p. '.!:li , fi g, '11 4. Enlïn
Laran ( XIIi e ou XI,· siècle) lin lion lra il l~ s i g n a l on s J' c xi~ten cp de li ons co mu s dan s
co mme natllrel. .. et CO I'IlU ( Prwalnrall , l' Ind e (,\ , il E_l , Palla va .\rchiledure, pl.
Hf/lrwiflfl sc h Gellolisr!wp , l'b ol. 4'1), Nll- Xll , XIII , LV ,r l(', ), a lors qll 'il IlOUS c, t ill1-
l o n ~ cepe lld a nlnll l' illflll l' lI f'l' [los,iiJll' d' lIll p u~:;i lJl c d'affirm er qll e Je ll1 è UlC j)I'UCt'5S II S
Iypp nnlél'i elll' dOll l l(' pi édrs lal df' IM ng ou qll r lqll P ilIIII'Can lliogup s'y rcnconll'r ,
L.\ PlU URE .\ \' [ M ,\ L E 261

pr'e nu la représe ntation du lion : l't't'ciso lls ell I[urlques Illoi s les
altiluù es pl'éféréf>s sous lpsqupllrs il ('st li gul'é pt qll elle. parlies de
ré difice il déco re plus ol'di ll ail'l'Illeill. CI' 1I·L's lqu ·e \.cl! l:ltiollll cllell1cn l
qu' il appül'aît couché ( 1) uu l'i1 ll1panl au Sl'ns lIalul'cl cln mot ( 2\ :
"l'bout Slll' srs qun.ll·e pallrs. il III' '-1' l'f' ll,'ulltrp iso]/· ([u'ulle roi s. en
r() lIdp lIossr . ré clIlployé dalls lIli \'il'IIX 101l1l'1'1I11 i1nnamil(' dl' la ciln-
dr ll e ùr Caban (3) (m, pl.-G). Il nI' prul ici IlIalh CllrPllsPlllrllt, par
slIil!' d, ) sun J'(· clllpl oi. ètre l'u pPod(' ~l IIn e ùalr ce l'laim': 1'l'\';(,lIlioli
Il 'l' 1l es l pas':d'nillrlll's. bicn l'Plnal'quable. P1IIs so uyrnl.mais, CO llll11 e
IIOIIS Ll\'ons YU. pl'csqur uniqnrll1PIII· clan s l'arL cubiquc. ·il esl u' sis
dl' ra!' (' SUI' so n train dc drl'ri,\ rp. l('s [Jaltrs dl' dl'null posuill SUI'
l" so l (, llIl'e ]ps pallps poslt' ripul'('s (III. piA'). :\[ai s la ]Jo l' \ l'lli-
1111'111 1I0rillaie du lion psl drllolil. slir 5PS pal!ps postt" rirul'f's : on
1(' \ oi l alors de profil [JOUI' le bas dll cor ps l'll cs jantbps l','ad,'' rs.
dl' facl' pUlIl'lf' hnllt ellps palll's anll"ri"III"'S l'llllll' IIt'·PS de\ anlla poi-
Iri li l' dalls la l'0si li ull d'allillill" (1) : IOI's([lI'i l dt',l'ol'P. 1111 éléln elll \ ('l'li-
n t! alloll gé, il ('sl d, · rae!' ('III's l'alles illf0rit'llrl's ulli C's. Dan s le [Jrl' llIi C' 1'
l'as . les sCll lplurl's du .I al'dill dr' T'Jlllïlllr (III. l'I.-D) , '[Iii olll llOllt' OI'i-
~· ill e prubablL' Trù ]\i r~lI. I,·s Sl'ldl'llll'I'S du pi,"dl'slnl dl' Hù T/'ltn g (pl.
<: .\1.\-1... ). du SU UI'(\SSû lll ent de Al' ù Mi ~O'n (pl. C.\X.IX). lrs belles
IIléloprs de :Blnh LÙI1l , 1I0US en ùonnent dc rClIlarquables exernples.
[)all s le sC'co lld cas, ils SO llt moins fréq \L('llls. Les a11('g(':; des fenûlt'es
de lu sulle Dl Ù .\11 ' o'JI puur l'a.d pl'illlilif. lrs anglrs du piédes lal dû
Boug DucYli g III pOUl' l'art cubique et llli.\.le. nous Pil rourni ssent des
spéci mens d'un dessin l'ranG (5) . Déjù ils pl'pnll enlIe L'Ô1(' de carialid es (6)

li) Une paire de lions couché, a u pose, mui s les jambes rep li él's e n arr ièr e,
Jardin de Toura ne prol'iennent sa ns figuré à Tr\f(Yng An yolant , comml' les
do ule de Tt'à l\i ~u. ftpSftf'(lS et co mme r 1l rs so nl le pll1 8 ,0 11 -

\2) Les faussf' s podes des (ours de' \'iin y enl , sa n,. ail es.
TI1O'Jlg rn monlrrnl que]qurs rXt'mp]rs, (;;) La LOllr dl" Blnh Lam IlI·ail ses an-
mais il est facilr de ,"oir qu e celle ulli- g les cil' rencontre des fall ssrs porl1'8 ul' ec
tilde le ur ful imposér par le cad re mêm e Ir. parois ga rlli s de m otifs analogurs e n
qu ' il s clécorrnl. IIri qurs; ils so nt complr lrmrul ruinés .
\3\ er. r.r:. , I , p. 202. ItH Graml Jli rrll'~ If\1 ci e Trà lii~u . Cr.
(41 11 est uno foi presqlle dan s cl'Ile I. C .. l, il '194, Iï~ . (i) !l 1;4, e t pl. CXIX-L.
262 LA SCULPTl.;RE

soutenant de lcurs pattes antéri eures l'arête qui lcs ùOlllin e : r t c'est
sous cettc fOl'm e pluLôt qu c nous lcs /'etrourCl'ons dall s la périod e
seco nd ai rc (1),
MoillS cmpl oyés ù ce tl e époque, nous rcncon Ll'O Il S cnco l'C lc.
lions, mai s tl'ès défol'Ill {'s . rll métopr il Chi èll: :l:tùng (pl. CL\\III-I )
et aux soubasscmen ts di\ ers dc Chanh Li), mèn le aux angles
(pl. C\.\XJ-F . G) . Il s fi gnl'r nt sOIl Yrn l. dan s cr Ltr pl ~ l'iodr. l'n

Fi ~. 51). - DlrO'ng L ong.


1'0 111' \ ., fl'i, c de 1" co rni che. ",,"lc"r : Il ,n. 40.

frises d'un dessin spil'itu el (fig. 55), opposés t'n luU t's illl.el'l11i -
"ables ou mêlés il d'autrcs animaux (2), cn particulicr rm'c r! rs ga-
jasÏ1!lha dont il dcvient diffi t.:il c tIr Irs di stin guer ; ils pl'eHn enL
alol's parfois un c allure hUilliIiiie très cal'ae Léri sée ct s'arnl r nt dc
sa IJres (3) (pl. CL\\lU-C, .r, ~l) .
.Enfin 10, lion rst rnLrl" so u\'rnt dan. la dl~coratio ll pOU l' la tètr sr ule:
ainsi un c tl'tf' de lion fOl'l1Ie. co mm e Ù J.,,'a. II' départ ti rs {'rhifTl'es
dc prrron au piédc LaI de' Et.' à -'Ii San (4\ . Dall s la srco llli r pt"/'i ode,
on voit la tètc dc lion fOl'IIl Cl' dcs fris es (:J) (m. pl.-1\:) ou ol'nrr
de métopes de sOllbassr /1l ent (3) (nI. pL-Tl) . -'lai s :;il pln t' t' TI 0 1'-
1I1alr ti ans Lout l'al·t ca m rst au sommrt drs HI'CS (i) . Dr sa. gll r ul e

(l) Piédcstal'? dr Thu Thi \'n (JlI . I:XX I-F), Cr. / .1..:., 1, p. 40!1, fi~ . !l0.
, 1)
so ubasscmPlll dr l'édifi er ~. dps Tours Ch i,\ " Iiùn g tOIlI' :'1 ., ro rllil'll l' ; 11-
1:')

d'argent (pl. CXXXI-C), antrles dll ~O lllJ a~­ prrif'ul'c dll " ps lilJlI l(' il la 10111' c,' ulrall'
sement de G, il ~Iï Sem (fig. 51,.). ri e Yün Ttrml f!.
(2) Frisl:l tour 1\" . de r /ln TlfCmg. (3) ~Ii ::-0'11 (;, .

(3) Débri s pro,'cnanL de Htrn g Th (ll1h , (7) Cc molj[ fIl' la tète de mOll stl'c qui
tour détruite .! dévorc des sCl'pe ul s ou dcs IItr1kara, si
LA FIG URE .-\~IMALE

s'échappent des sCl'penls (1) ct plus SOII\'r nt des makara ( t ), qu plqu e-


foi s des guil'Iandes de feuillage (3) (Ill. pL-A) :.pad'ois la tête es t ac-
co mpagnée de palles qui déc hirent les se l'penls ou les rincea ux (4 ) :
nous voyons un e fois ]e mèmr molif orll r1' Iln r f,.i se (~) , ' JI sc réduit
pal'fois j'L la tète. au so mm et dll fr'o nloll (G), qualldl 'al'c s'es t penlu,
Lal'cpl'l'o sentati on du li on a donn(o. li eu ù nombre ti r c.o nfusions ,
S ous aHlll S dit. rt nou s rn veJ'l'ons bi r nlùt ]es pl'Pil "es, qur les divers
II10n sll'l'S lllli entrcnt tian s la fÎ gm'a li ()]) l'; nlll(' ont tous cette même
lèle ù.qw' lqu rs détails p,.ès : aussi toute intel'no l'sion était-elle facile,
Il se llibl e ain si que, mal'c hant SUI' ses quall'e pnUrs, Ir lion ait été
compl.ètrllwnt supplanté pal'Ie gajasirrûlCt ; il es t pl'obable également
qu 'il y cul 1.1 ne co nfu sion prc.sql.l e compl ète en nombl'e de cas enLre
le lion ct le ganl~a, Cc derni er est, au détail du hec ou du mufle
près, ct souvent des ailes, lt'aité d'un e faço n analogue au li on debout:
aussi les opposc-t-on sans peine, et il faut un e cr d aine attenti on pour
fl'équ c nt à Java, au Cambodge e t da ns trC'pri se par la Balavirwsch Gellooschop,
l'Ind c, a dOIlné li e u ù des h ypothèses p hot. 206.) 11 es t vrai que cel édifice est
divel'ses: la simililude enlre lcs dive rses d 'é poque assel. basse ( X III e ou XI V· siècle,
I (~ lcs de monstre, y co mpl'Î s cell e rln g(l- je cl'ois) . JI es t à craindl'C d'aille urs q u'o n
rU «(I IO/'squ 'il es t "u de face, no ns parait n'lItt,'ibu e so urent Irop de pensée e t de
co nlïl'mer l'id ée qu e cetl e re ))J'ésenlation symboli sme, da ns les ar ts dél'ivés d'lin mo-
).Ieut ètl'e celle d' un gal'««(1 dé" oranl les (Iille loi nla i n,a ux diversé l(' men ts de l'ol'/le-
serpents: nn fait Pl'o pl'e à l'm't i:am POl/l'- mrnlali oll ; il est fOI'l poss ibl e que ce n 'ail
rait app uyel' cc l te thèse. r\ Yfl/l Tlra ng , la é té à prop,'emc nl pal'l PI'q ne des déco rs ; qu i
t01l1' N. mo n Ire au so mm et de la fa ll ~se sait si le sc ulplr lll' n'e liL pa" l'[(> lui -mt'Ille
pO/'le, S UI' lu lèle clu mo nstl'e, Il ne pe- bi e n r mbal.Tas sé ponl' 11' 111' donn er /In se ll s'!
lile ri gll/'e qui sC l'ait alol's l'ell e de Vi ~ - JI fai sai t ee ([u 'on fait de ton l (/" CO I', l'am-
1.1ll. II est vrai qu e le r1écol'a tcur a intro- plifiait, le r éd lli sait, le modifi a it mèm e à
dui t iei IIn e nourell e co mpliealion . Les ~a fanlaisie , "isan l scul r m,'nl rh e/lrl'uX
,,(jgn qui s','pan o u ÎSse nl en "re nLai! Il e r mpl oi dll cad re « /l 'il anlit il l'e mp lil'.
sod ellt pas dil'ec temrul LI e la g ur u le (lu I l) VÏl n Tlra ll g, fall sse porl e ::i, de la
mUlI s ll'e, cclIIi -c i ne monl qll e le CO l'pS 10 11/' N.; voi r not" précéde nl e.
IIniqlle d' un serpe nt do nl la !.t'te es t cell e (2) ~Iî San '\ l' so ubasse me nl ; fa usses
(["un /II rt/trl/'O, et c'est de la g ueul e de /li e hrs il Po l'iaga,. rlr Nha TJ'(ln g .
celui-ci qll e s'échappe le bouqu et des \,' I .\ pp liqu es de la Loul' cel/lra le de
Lêles dll /I nga. Un fail vi e nt en l'e"ancbC' Ho,'l Lai.
il ]"'IH'onll'c de celle thèse. Au è. Djago (1) Th i~p TlHip . Cr. I .C. , l, p. 209 L.
à JU" a , la lète de m o n ~ lre es t une lois P) Dépot de mnh Dinh . Cf. I .C. , l ,
accompagnée d' un co rp s doubl e el ce p. 176, nO30.
CO I'))S es t un co rps ri e li on. (Cr. Mo n . dll (6) Fausses portes du g rand /fa/ail a ux

Tj . Djago dan s la grande coll ec li o n ell- Tours d 'a r gent.


264 I. A SCUl.PTURf.

I, ·s disli lJ guor alors (1 ) , Plus lard JlOU:-; \ 0)"011::; il Dlrallg' Long le lion
d"'chircl' de ses pall,'s inréricl1l'o ' des llii(ja, talldi s qu e drs l'ill t.:ea ux
hizill'I'C ou ull e Jüuble qu eue se lldd"lll l,· :-;uufcnil' dcs ailes
qd, CLXXTII -B ). Enlin il esl SU U\I 'ILl dilrl"ill', slIrluul au cU llrs de}u
SI"'Olltll' pél'i odl ', dl' sa\ oil' si rOll il ,,1)';lil'" ;'t 1111 lioll 1111 il Uil t" ll'I'
l!llm ai ll rl si l,· d{'COI' qlli Ir ('011. \ l'l' cs l 1111 li sS II 1111 1I1l f' toiso n (21,
],'d('p halll, dOlll l',,rli slr n\ail ('ÙIlSI""III1'lIl l" IlIlIdi·I,' SII IIS Irs

Fi ~. :j'Î . - 'l'I'il l\i (' II .


1~ l é p l l,,"l III1Jlo pe cl parli,· u c pi l' d cs ' a l l' irl' lIlaire . lI alltellr d e l'é lé p llalll : 1) "' . 52.

yellx, es l ,'Il !ji' ll l·ral d' IIIl" r.xét.: lltioll 1' \ (;I' [l l' lIt r; d' ull Ilalurei pm,rail
da Il :-; l'url pl'ilililil'. il <a lourdil 1' 1 SI' slylisf' IIlalildruitellH' lIt dans la
l'('l'i odr S l'colldair,~ : U'l épllôllil ('Jl lOlll telllpS l'st SO ILYf'llt représl'nlr
harll tlc hl', CO Il1'O IIiIl" d' lin liU/kI/fa qui de\ ail rairl' parlie du h al'llilChe-
IIl elll de lu).. !' et, ('0 1111111' loute III0ntnre, POUI' \'U du coUi er de grelots,
L'arl prilllilif nou:-; lc IlI ÙlIll'C rn Ù('IIX po:-;cs - passan t. la tèle

(1) Tour ~ . -O . de Pô l'iagar dr :"iha tnre~ co nl1lw drux (JOl'lI(ln 0101'5 qu 'il n'Cil
Tran g : nOli s y l'limes pl'i s au début de est qu' un seul m.E.r.H .-O., H, 31),
nos études ct (laDS la desCI'i pl ion ri c cell e (2) Li on? de Thü Thi ~ lI .

to ur nou s a\'o ll ~ illrliqn p ces ri r nx scnlp-


LA FI GU RE AN iMAL E 265

J'l'tourn ée (1); de face, portant une fi gure (2); - dans les deux cas,
niais plus so u\'ent dans 10 seco nd. il ti ent une branche dans l'en-,
ro ulement de lu ll'o mpe . Dans le pl'emi cr. il sert souvellt de métopé.
ddat: hée . eu pi elTC(3) (fi g. :-; (j ct pl. CL.\.\IV-L).
L'Méphant pamît pClI dall s l'a rt cnhi4IH' . A JTOt'l Lai, enln·il/u es .
il cale J e sa r l'oupe le fmnt on drs faussrs portl's ~ ur la eo miche df\

Fig. 5i. - DO ll g DllO'lIg 111.


Granù e sa ll e, pié,lcslal , élépha ll l du l'e rroll . I/ auleu ,' : 0 Ill. 90 e nyiron.

l'ani èl'e-corps. 11 ne tient une pl aee un peu impod ante que dans la
eo mposition des piédestaux, Slll'lout llall s l'clic dl' leul's petTOns (4)
(fi g. 57). L'('xécution en es t souvent moins bonne ct les Ol'cilles
so nt déjà génér alemeut stylisées (5) . Nous le rctl'O uvo ns dans l'al·t
secondaire h r ureusclIlcnl traité en métopes à Chièn :&àng; il es t
(1) P iédes tal de Tlà TWll g, so u lJllsse- ~J'and,' tOU I' il 1'(, :\"aga r de Kha Trang.
men t de Mt SO'I\ Al (pl. CXJX-L et CXXlX). (II Pi('d,'s la nx 1 cl III de Dong DlrÛ' ng.
(2) Soubassemen t de ~fi San A, (pl. Cf. I.Ç. , J, p . 4ïi , fi g. t05 ; il exi s le III
CXXIX ), par exem ple. tro mpe e n J'ail' ti a ns ce rle l'llier ; r PI'I'o n
(3) Jardin de To uran e. Cr. I .e., l, ri" la tnul' jll'in cipalc.
p. :128, nO' 24, 20 et 13 dont J' orig inr est (5) Cr. J.C., l, p. /.99 , fi g. H 6.

sans dou'te Trà Ki~u ; métopes de la


266 LA SCC LPT URE

ail co ntraire très défol'mé sm un has-relief du dépôt de Blnh Dinh


(fi g. 14t ). II est moins mauvai s ell déco l' ll'éc hilrre tl Chanh LI) ;
dans cette seconde péri ode, il semhl e. comm e le li on. cédel' la pl ace
au gajasù!ûla.
On ne rcnronlrr pa s SO Il\-elll r éléphant en sC111ptur'e clétach('r :
il n'en rst gUI' I'r qu e 1\('1JX (fi g. :)8 et 9:)) . Cr so nt (Ir g:ralltl es pi,\cps
de l'é('l1l' valpllr adi stiqne, ct celte raiso n semblerail jllsl:i fipl'la tra-

Fi g. a8. - Caban .
Éléphant. H au le ur:.2 m ètres _

dilion annamite qui les rait tmllsporlel' LIu Ql1àng Xam lors de l'in-
slallation de la nouvell p capital e èame : ils ne sont. en tout cas. pas
à leur place pl'imitiye, et leur nom-ell e position ne rim e plus il ri en.
Quel rôl e est censé jouer !"éléphant dan s la clécora,tion ? 11 pst
assez difficile de le délermill cl'. 011 le rell conlr'p !li en dans lrs Jel'-
niers lieux où un 1.:1111e est enco re l'eHdu. détaché pt co n~pl"tanl le
mohilier du tcmplr, soit en pierre (1), soit ell bois (2) , ct co mme s'il
pouvait, il l'égal de ~andin, servÎt' accidenlellrment de monlUl'e il
la divinill',. )·'aut-il J'appol'leL' il quelque id ée de ce genre CC liX qui
ornent les édifices ? Cependant, isolés, ils sont généralement harna-

II) Yuil Mum , auj ourd 'hui au musée de \2) l'ô ~a ga l" de' Nha Tl"an g (fi g. 11),
l'École à Hanoï. PÔ Klauù Garai , Pô Rome, Phô Hài.
.Q
:::1
-
iiio
"'"'-"
..c
:::1 ""
i:ëi "
CIl

1 .3"
268 LA SCU LPT URE

clIés; au contf'ail'e, dans le décor, ils sont plus souven t nus, même
quand ils portent un e fi gul'c sur la tête.
L'éléph ant ne paraît que rUI'enl enl dan s des poses spéciales : il
figure au naturel et liLr'e dans le tyll1palt de Mi San Ft (t); une fois,
sauvage et poursuivi à coups de fl èches, il entee dans la décol'ation
de Mi San D2 ; le piédestal de :Sông DuO'ng 1 le montre chargé d'une
tour de gucrre ; deux éléphants secouent de Jeues trompes enlacées
un arbl'C qui for'm e le centre du tympan à lafe nêtre O. de Ml San B5 :
une autre pait'e arrose Lak~mï sur un e applique de l'édifice S.
(fig. f 28) rt SUL' un hea u tympan de :Sông DLl"O'ng (2).
La tête srllJ c, nu e Oll cO II/'onnée, forme padois d(\col' d'antéfixe
ou de métope (l e so ubassement (3) .
Comme vâ,hana (l'Indr'a, nous le trouvons deux fois co uché et dans
une jolie posc, à Tr'à J(içu (4), un e foi s tl ?bout, i't Ml San B.La tète
se uJ e porte Indra S UI' un mauYais tympan de basse époque trouvé à
Ther ThiÔli (3) .
Ajouto lts pour finil' qu e jamuis au Campa l'élépliant ne fut le
lIIotif de grandes cOllll'0siLions déco r'u ti ms comm e ' on en voit au
Cam lJodge, où sa masse puissante es t utili sée dans la composition tles
parties hasses d'édific es ou au décol' cl es souJJassements de lerrass e(ô) .
Le gajasù!ûta, form e co mplexe des deux êtres précédents, est, je
crois, pl'es<.jue spécial iL l'ad carn. Il n'eut, en tout cas, dan s aucun
ad, fortun e pareille. La co mposition d'aill eurs ell est très heureuse.
JI es t toujours figuré co mm e un lion li, tête d'éléphant qui passe,
queue et trompe relevées, soit au pas, soit, plus rarement, au galop.
Dans ce dernier cas, il est monté et n'est utilisé qu 'en métope d'arc
dans les bàtiments de Mi San qui font partie de la série At. Il est

(1 ) Cf. T. C., I, p. 425, fi g. 95. chine. Extrait du Bulletin des ingénieurs


(2 ) cr.
f. C., 1, p. 483, fi g. 109. co loniaux , plaq. in-8 . ChallameJ, Pa ri s,
(31Hoà Lai lour N., Mî Son E.,80U- 1900 , p. 3. Celte pièce est aujourd'h ui
bassemelli. au mu sée de Berlin.
l·iJ CL I.e., 1, p. 306 ct fi g . 67. (G; Alikol' Tb 0 111 , pOI'les, t errasse du
(5) cr. LnIIIl E, Conféren ce sur les arts et Phimanacas , etc .
les cu lies anciens et modernes de l' In do-
LA FIGURE ANUULE ~69

J 'ailleul's spéc ial iL l'art pt'ill1itif el ù sos dérivé(e t n'ap pal'ailjama is


J ans l'al't cubiCflle et l'al't mi xtr.
Le pl.us so uvc'Ill il joun le l'Ole dl' Ill dope Jétachér, l'II pirl'/'C (1}
(pl. CL.\XIY-J) ou en tr1' l'C cuite ( ~ ) (m. pl.-D) ; il cll cadl'c J e sa
IllUltiple l'épütili otl le gl'lI lld frolltoll de faus se poele ù Blnh Lelili
(pl. CLlY) , et se l'ell'ouve Cil si mplc d"eo t' dan s la fri se ù guirland es
l'clldanl.('s (3) ou CIL fl 'isl's (4) (pl. CLXXJY-B), soit sr ul. soit I11Né à clrs
li olls P) (pl. CL\Xlll-M), dalls la périudl' SI'('Ollllairr: il y pl'rnd lIn c
pia GI' eO ll s idl~ l'u. bl c , CllltLll lliOlnllLps <[LL' il
lll'I'd Il' lI allll'd (!Il e le ' pI'l'llIi cl's arli sles
a \lIiclll su Illi donllt'!' lIlalg l'l ~ sa CllIlIPO-
silioll Il yl)l'idl', ll est unr. l'ui s l'cpn\sP lIlt',
ll\'Ce dl's ai ll's , Illais li \ CG IIll e sc ull' pai l'l'
de palles, dall s Ult 1)I'au IJas-l'r li of dé-
coun'I't Ù la t:iladrll e dc Blllit :&illil {fi) :
il porte alors 10 diad l' IIi C (li g, ,JO) .
EII l'o lld e bossp , il 5l' lltbl(' a\ oir lellll
tlall s UItCGcdaill r I1l CSlIl'r la plaGc qll'or-
cup r lc li on dall s ['art Icllnt(·!,: nous n' cIL
Fig, GO , - Bang .\ n,
avon s guùl'e ecpondallt (lue deux eXCIIl-
(J aj as ÎI,nlw . II Huleul' : 0 III . 90
pics otdc la seco lld e périod e . .A Hitli gA n, ell viron.

dell x gaja,çù!ûla pal'aisse llt avo ir r llcadrt'\


l'ave nue qui mr nait au tClIlpl f'. (fi g. 60) : à Chi,l'II B-ùn g, nOliS n'rn l'rn -
co ntrolts qu'uil se ul nt hol's dl' l'a)."r dl! monllmrnt. (7) . Tons dr u\
pOl'trnt Ir co Ui r r dc grelols. signr dislinclif tirs Illon III l'rs, pt 11 0 li S )r
voyon s IlII C fois dall s unr pi,'ce (8 ) dll ,Jardin ti r '1'Ol/ l'anr fJui sali S
dOlllr proricnt dc 'l'l'iL I\i ou, portellt' d'IIII C fi g'IIt'r llIillllscu]n jllGhéc

(I I ~Iî Sem CL ' l'hù IlttLL g. Cf. I. e., L, 1"1 Cr. 1. (;" L, p. 1i6, nO30.
p, 245 , derni ère li p:nc, où il ps i pli L' crl'CUf (' 1 CL I .e . , l, p, 2ï7 , fi g, ;)5; peu l-être
appel é malmra , Illrn ~ TlH)LLh 10LL r X, gard ait -il j 'IIYCLLLL e d' IILL tr mplp en COllS-
(2) Mi Scm (~ L' trllrli oll l égère ul1jollrcl'hlii di sparll ,
(31 t'Ill Scm EL ' Tl'ù lCi ~ II , Cf. I. e., l , 181 Cf. I. e. , J, p. 329 : lin grollJle anll-
p, 307 L , lop:uc prov ir nl du Cam horl p:r ; il e~ l r ntrE'
(-1 ) van T ml'Il g LOllr S. ail ml1 sée de Phn o'] l l'l' Ii ,O LL S l a co le S
(jl lllrtlg Tlt',ILLh t01l1' N .. SO LLhl\ s~e m !' nl. :H , ':l : c l. IU: ,"',I' ,-IJ. , XII, :-1 , p. 33.
270 LA SCUL PT URE

SUI' ses r ein s, Le gajasù?û/{t fui-il do nc comm e l'andin monture d'un e


di vinité spéc iale? .,rais Bàng A/I abrit" un liùy((, Y aurait-il cu alol's
CU llfll sion su('cessin' cnll'l' J(, 1i FI'(' qlli l'orl e (: in l. le li ull ct le
yuju:;Î/!t!/u qui sC' subsli lut' si SU Ul l' ll tÙ l'I' dl' l'lIi ('I' ?
Le makara t.:hez les Call1 s nI' sr pn's"ltto pl'r s(l" c jamais compl et ;
ct nous ne po uyons lil'r l' un l'r nsp ignc'Ill'n t Sll/' sa fOl'lrH' rérll e dan s
la pr nsée du sc ulpl cur 'Ille d'u/lI' s('ulc l'l' l'I" "SPIl la li on - anCiellll (' , il
es t \l'ai - le lII l/filt l'a qu e fUlll e aux lJÏrds LIll (lps driirapli/a de fhi ll g
DltO'ng : Ir mOll stl'!' (luss(' d(' ltll i' qW 'lI e de lJoisson JJi cli indiqu ée rt
JI 'a }Jas de mell1bres , Dans la S('('u lldl ' l'l'I'i udc, il sl' lIllJl r ll'llilt', r omlll C
lIli se qw ll t Illulli dc paU es (l) , lIl ais r rs('lIlplc ('s t peu tYl'ill'lI', cal' il

Sl' rt d'ol'i gill e Ù un ('\"Iltail de tN,'s de J/ üy(t f't la cO lIll'osili on ex i-


g,'ait cr tl r forll1 e,
La td l', pl'es(llle tuuj ulll'S sr ul e l'Cl'I'US('"l("I', Il 'es t (las diffél'cnte
dl' ce lle du yaja:;ÎI!tha : c'es t l'étl' I'lIl,1 CU IIII'us,', de la tèll' CU IlIiIiIIII ('
uuli on ct ~l tU IlS les 11 ('"SII'I'S d (1(' la 1rolllpc 1'1'1 01ut' : ('U /nlli e pU1l1'
le !/ajasÎ/!tha d'ailieurs, l'u1'1' iIl e l'st g,"lI éntl t' IIII' 1l1 \'1 ,11 (, dUllll ér ail li oll
ct II UIi (' l'Il e ,11,",11 1' dl' l'éI0l'hallt.
Sui n liit 'lu 'il s'agit dl' la 1"'l' nli ," l'o UII dl' la de llxil'ill" l)("l'i llde, le
IItll fia ra , tète seul e, dUlllill" dall s d,'ux l' il S diffél'l' lIts , Dall s la 1'1'(' -
mi è/'c, 1I 0US Il e le 1'j' II CO lltI'UIi S glll'rü 'lll 'a u IJas dl's bl'all r h,'s dc
J'aIT (2), so it CU lllpOS'" a\ l't.: la tète dr' monstl'e du sO lllm et (~) , soit
seuJ!4) (pl. CLXXIIJ-A), ;\u l,i édes tal de .'Il ~O' n El' i l e mue eH rin-
ceaux: (j) , Dans la sccoltde p"' l'iode, 1I 01lS le l'C IIClllltrull S un e fois dan,
CI' cas, el d' uII (' l'urllll' adillirabl,', au r ll r l rt dl' PùSagar àS ha Trang
(pl. CXXl\') , tandi s q U ' ~l Viin TUO'lI g il pst l'e ill placu pa l' le gruupe
d,'s I/ liVa d n'rx islr l'l us (lu e (' 0111/11(' ol'i giltc d,' (' 1'5 IIl l' III CS lI aga (6 ),

(1) To ul's DuO' ng Long, ù r [lI l TmJ'll g, (3) ~'ii (' il f'S
d U SO U ba~ SC lll c u lri e ~Ii SO'Il Al '
faus,;c l'o d e S" tO UI' N, \4I ,\ï cil l" 1'1 appliqul':; dl's 0Ia;ies ;1 ~Iï
\2 ) ~ O U ' al'OIl S él udié arec le rh ey c: 1 SO'II ' \ J' rall""I" p o l'l c~ c l J'a u s('~ ui cllt's
(p, Il:!) les gra udes I,\lcs dl' /11 (( 1>(11'11 de de /Iillil Li'lIn; rall "SI 'S lIi ches de la loul'
nlwa llg ,\15', cl .. ,; cli cs dn l'ell t, ('Oln ille pl'ill cipale ci e i\ ha Tran g,
celles du dossier de Pc) ;\'agal', fillir UII arc (51 Cr. I ,e" l, p , 4/0 , f ig, 90 bi.,
el l'ellll'elli aill si d it ll '; l" l'a, il lC li q u{o i.. i , (6) C'c 1 lù U IJ mol il' pli remeu 1 ca lll -
LA FIG RE Ar IMALE 27i

Dans la seco nde période, nous retrouvons la tète dan le rôle,


das iquc il Jaya, d'cxuloiJ'1' (1 ), IIlai ' c'e· t surlout CO ITlI1lC pil'c ù'ac-
cc nt qu'ell e domin e (pl. CLXXIY-F. JI, cl pl. CXLlX-A, B. C, D, E),
\"ous a, 011 ' illdiqué ( p. l30), cn nous oc llpant LIcs pi(\C' es d'a '('l' Ill,
pu Il l'quo i nous cl'oyo ns ce lt e 1'01'111' plus allci cllll e (lU la sccond e
pl'l'iode, mai ' elle y rut un c furlun e co nsid r l'able ct l'éao'il alors dan s
Irs aulrrs figurrs, ain i que Ul' la fOl'm lIes feuillcs rampantc libl'cS
dr ce tle périoùe,
On l'cul .'c demanùcl' l'OUt"luoi de la lète du makara sorl tou-
jour, un èlre que!coIHlur . ce l'f (~), l1alldin (31, lion (i), cheYal (5) er-
p(,IIt! 6), glll '1I~a (") , p Lit pet'so llllagr l ", crul'l'l'icl'al'mé (9 ), Crl'oupeenlac ,(lU),

JUSqU'illtll aull'C makam ( II ); la raison nous en cs t inco nnue( '2), rt nous


lI C sayoll s pas damnlage pOUl' qu 1 mulif. au tympan de Mi , 0'11 Hi'
dr makal'(( odenl ùe la mcr cl élè\'CIÜ dc guirlaJtùc vers le ùi eu
l.:i\'a,
LÎli slui t'C ùe la ll'te de makara n cl'a i t pa ault'ement in l '1' -
sanlc i le l'ùl e imporlantqu'ellc a lenu dan s ht . eco nde P "l'iod e n'nsait
amené un c IItoùificalion pl'Ofond dans la lèle co mmunc aux di" rs
animaux 1l10nstl'ltcuÀ de ' èall1s pal' lïnl1ucnce des tl'ltn 'fol'maüon
propl'cs qu'eH' a subics . Dan. tous lcs makara anciell , la trompe est
fOl'lem 'lit accusée ct parfois mèm elle lient un fleuron ( 13), co mme
il arriyc souvent à Ja\'a. Xou voyons ùéjà à B-6n tT Dl1O'ng la trompe
remplacée pnl' une sort ùe com de rinceaux et e molif parait
avoir cu vite ulle fortun e h eureu e, car, dans le rôle de pièce d'accent,
la l!'o nl[H', (lui cJ 'ahord s'y , npr('posl' . cj!,1 l'llsuite frmpla de pal' ('('Lle

bodgiclI , et la mème combinaition se re- (6) Pièce déposéc ù la banque de Tou


trouve UI' un linlean du lemple de l'a ne autrefois. Cr. I. C., J, p. 331, A.
Chan Sei TC"ada, près d'.\tlkoL' TholTl. (7) Janlin dc Touran c nO61 .
(l) )'\i 'O'TL E 4' Chanh L<), Chièn (8) Doug DuO'ug , rctablc III.
Dànn'. \9) Thii Thiçn . retable.
(2) Piéde lal de )11 O'u El ' Cr. I. C., 1, (lO) CMllh L<) . Cf. I. e. , l , p. 23 1, fig . 44 .
p. 41.0, Hg. 90 bis. (li ) Jardin de Touranc, nO64.
(3) KhuO'ng 1I1Y. (i2) Lc fait n'cst pas propL'c au Campa.
(1) Dong DL10'n", dalle inlermédiaiL'e du et e retruuve dan l'Ind ,
pïdes taL Cr. J.C., 1. p. 466 , :~o. (l~, l'iichc5 du ~ouba semcnl de )11
(0) Id, 50'n AI (pl. CLXXlIl-.\ J.
272 LA SCULPTURE
sorte de Cbl'n e. Cette modification s'explique d'ai]] eurs fort bien: la
trompe, par so n hout enroulé, se flit mollement détachée sur le ciol,
et l'œil était habitué, pal" l'acuité des pièces d'accent ol"dillaires, tl un
motif aigu. No us avo ns vu dans l'étud e du lion (p. 260) co mm ent
cette modification de détail avait fait ajout!'r peut-êtl"e à la tète ùe
celui-ci une CO l"ne fr·olltal e.
Le niiga est luill d'oCGujJC\r dan s ral'l {;alll la place prépond él'ante
qu'il tient au c.lIliuodge; il ('st I.uill SlIduut d'avoir sa valeur al·ti s-
tique. Ses cal'adl!r-i stiqll os sont il, lll'il l'l'I'S les mèmes : même éloi-
gnement de la têtc' Hai o du sOl'pent, nez l'etl'Uu ssé, l'ictu s anguleux
qui défonn e la gUf' ule, aUl'éole d'orn ements feuillus; cepend ant Je
ft'ont est plus saillallt et lui dOflJl e un aspect plus éloigné enco re de
la natUl'e. Aussi bion, pOUl' le se ul pteul' khrnèr ou cam, le naga n'était-
il pas, comm e le 1Ilakara, un anÏlllallll ythiq ue? On est h'appé du natu-
l'alisill e avec leq uel il représent e le S0'1)f' lIt quand le problèllle s'en
pI'ésenLe (1 ); si la tête en déGumtiuil s'éloigne tIc la HatUf'e (2), elle es t
c1in'érente cepelld allt s'il s'agit de l'ètl"e à tête uniqLLe (lui semhle
mieux correspond ee au serpent, ou du monstre à tètes multiples qui
serait alors le niiga fabuleux.
Bien qu'il n'ail jamais tenu une place impoetante dans la
déco!'ation, on reh'ouve le serpent à tète ullique dan s tout l'art
èam : il appal'ait C il décor d'édlifl'res (3), en métopes de soubasse-
menl d'étage (4), en déco !' de fa \l ssP~ niches (5) , en corn e faîtir re (6)
(pl. CLXX1V-l), en simples rinceaux (i ) dans l'art primitif, tandis que
dans l'art seco ndail'p il figure se ulemf'nt en pièces d'accent (8)
(m. pl.-G) et en ellcadremellts de poL'lC's (9) (pl. CLXVlll-D); dans cr
dernier exemple, il est muni de paltes, et c'est ainsi complété et cl

(l) Hà Tmn g, échiffre (pl. CXXXUI- " oir noie 2,


(61
O2 , ) NU Son El ' piédestal. Cf. I.e. , l ,
(71
(2 ) Corne laitière? Mi SO' n Cl ( pl. p. 410, fi g. 90 bis,
OLXXIV-I). ("1 p,) Sa l~ ,
l'II Voir 11 0 11' i . (9)Thll\lll 9 ông .r:f./ .C. ,I , p.il9, ofl nOli s
(I I Mî Scm 1\ :. l e~ a ,' o ll ~ d ':s i ){ ll é~ par' CI'/'P lIl' rOIllI1H' 1/111-
r 'l Kllllfrll g MS' 10111' :-1. Imra.
LA FiGURE ANIM ALE 273

demi transform é en rinceaux qu'il orne les obj ets du lrésor de Tinh
MY(!) . Ses têtes multiples peuvent èll'e indépenJantes comm c il la co-
lo nne deXuàn San (2), ou se redresscl' aulong d'un COl'pSuniquc(3). Sous
la forme de l'é vcntail dc tètes, il n'a pparaît guèee Jans la premitll'e
pél'iode qu'en décor d'échiffl'es(4), ou comme 1lI0tif de bijoux (1) (5) ;
dans la seconde, et peut-être sous une influence cambodgienne bien
III l:trquée, il prend momentanément une illll.lOrtance considérable (6)
(Iig. 61 et pl. CLXXIV-E), mais disparaît ensuite complètement.
So us la forme multiple, et dès l'Ol'igine, il acco mpagne cedaines
divinités soit en idoles, soit en tympans, qu'il leur ser ve de siège et
d'abri, comme pour le beau Bodhisattva de bl'onze du musée de
l'École (7) , qu'il les accompagne seulement, comme au bas-relief de
Phùng L~( 8), ou que, comme il Khuang My (9) et il, l'étage de Mi San
ll6 ( lU), il entoure Gal"UJ a comm e sa victime désignée. Lorsqu'il
fo rma si ège, il s'enroule horizontalement dans le plus grand nombre
des cas (11 ), mais parfois, mal compris à la basse époque, ses nœuds
se placent verticalement (12) .
Avec le gan t4a, nous at'rivons au dcm ier èh'c animal qui joue
un rùle considérable J ans la décoration éame. Celui-ci, l'oiseau-roi
des légend es hindoues, est le grand ennemi des scrpents; c'est aussi
la 11l0nture préférée de V i ~f.lu. Il Jevrait donc surtout être traité en
oiseau. et par le fait nous ne le voyons jamais ici l'epl'ésenté, comme
ill'est il, Java, en homme à tète de vautour, tenant Vi ~f.lu il, califour-
Ghon sur ses épaules . Le type éam est interm édiaire. Si la tôle es t

(1) l llogal'ai du lrésor (Les rois cams. (6) Vli n TuO' ng, décors des fa usses
Cr. B.EY .E.-O. , V, p. 20 ct fi g. 11. portes, Lo ur N. de Ulrn g Th(olDh .
(2 ) Cr. pl. CV. (i ) cr. I.e" l, p. 573, fi g. 133,cl lJ .E.F.
(1 ) li:lllfO'ng ~ I y loul' S., pOI'le d'en- E ,-O. , L, p. 24, fi g . !I.
trée ; Mï SO'll A 10' fausse porle; forme (S) Cf. I ,C ., L, p. 32i.
dé l'ivée aux ft'oulo ns d 'appliques de la (g) CI. I. e., l, p. 26i , fi g.53,

lour cen ll'Ille de Hoù Lai. (10) CI. I. C., l , p, 371 , el IJ,E. F.E.-O. ,
(4) Phu Huug, lUnrO'ng MS', 1.0111' prin- IV, p. 839, fi g, 25.
t ipale de Bo ng DlrO' ng. ( I I) Mï SO'Il GJ • Cr. I. C" l, p. 432, fi g.

(:') Duïil'aplila de Do ng DlrO'ng, lll 'iis 91l.


:;o ul-ee (Le H ai s bij oux'! r oil' plu " loill ( 12) Luk ~ m Î de l ' rù I\içu. CL 1.(; ., L,

p. 335. p, 30 1, E,
AS~ .\\I . - Il .
274 LA SCU LPT UjR:E

so uvent d'un oiseau. le corps et les membres so nt presque toujours


d'un 1ion. 11 doit ses ailes ù sa natur'e d'oiseau, tl son titre de roi le
7nuktt!a elles riches bijoux dont il est toujours paré (fig. 85), ù son

Fig. 61. - nlt\lIl g Long.


Tour N. , fau sse po rle S., .!VaUlt du corps pos té ri e ur.

rôle divin le cordon Jwahm aniqur que, se ul drs ètms animaux, il a


co utum e' dn rodel'. ~o n atlilucl e est IInique : il rst tOlljOIll'S rl'rsr nté
de face . Prlwl'l'· en anmt dans so n ,'·hm, ses palles so nt parfoi s dan s
des plans différents (1) (pl. CLXXIV-C) ; SO llvent elles sont au même

,Il Nhan UlGu.


LA F IGURE AN IMAL E 2ï5

plan. el r nse rrcnt plusi/'urs /Il/!Ja ( Il (nt. pl.-A) ; les palles anV'-
ril' lIrcs Sil Il 1 Oll dall s Ir grs lr d'a lliHI"r ( ~ I . l'l dall s ("1'\,1(, post' main-
li l'lllll'lIl lps jalnbps d l' \ï ~ 1)1I (:11 . (I ll (' II CO rl ' li cllll r nL dl'S S(' I"IWllb ("1.
~ llIlrPIl I. IIII 'il su it uu IIUII chargé dll (li r ll . ll's l/ it(JlI r('III (IIII'('III (51 (l ll
lu i flll"IIll'llt llii dais (Ü) . Il sr' IIlbl!' d'ailll'III'S fil/(' J"arlislr' ca lll II C

vo ir pa s dall s Il's sl' l"pl'nls Ltlilll('nl Italiil/l( 'l dll !J((r/t~/(l l'l IIllïl les
in diqlll' [lllllM romill e Ilii nu,:olllpagll elll('lIt ordillair!' de rd lr 1'1' -
l'rc"osc nlalion.
La U'Lr l'sL rarcmr nl nec lI s('c dan s la forll1 r Hair dr cr ll l' d'tlll
oisl'au pt I)/"('s(' nl<; SU Il\'crtl plul,ùt Uil IHllspali d(' sill gr (fi g. Oz ) (l1l ·lllt
lirc de YlIIlIUlIr ; il l'sL \rai qll e l'aefo is il offrr
Ir's IrOll s (' II virgilIo I]lIi, dans Ir bec, ('U I"-
rl's pOlldrll1 ail.\. llU ri Il es (7) (rn. pl. -.\ ) . 1\OIIS
nI' II"IIII\OIl S If' caracU're d'oisCilU lin l)('1l
miclI'I: 111 (1 rI] 11(; qu e dan s \ln e l'epn"s(' llla-
lion ill)('i ('1111 r. le linl l'a n-lympan de 1[i ~ O"I
El ( ~l ; l'lleUrl' la tNe, sauf les yf' II X r(Jll(l~.
l's l-l' ''I ~ l'1"('SIl"('
IltIlfl ain e el le !Jartl~a a- l-il l"ig . 62. - Pl1ông Lç.
Tèle ue yam~a .
dl's bra s: Illais les ex Lrémilés inf(;ril'ur!'s. " ,,"lc"r : 0 111 .2,; CII\iron.
fj llni(l'[(' ll"ailt',ps forl· malariroilplI1f'1I1. S('III -
blf'nL bi en des palles d' oisca u filLe Lr mlill cltI, tirs sel'l'I's.
Le fJaJ 'Il (lcl III' Lil'nL [Jas ull e Lrl's gralldl ' plll('r dallsla d{'col'al ifln (HI ;
il forill e plulùt JI10lir isolé (10) rl spéc ial elll(' lll lel"llIilll' les frontons
i/lljlorLaltls d l 'dili('ps (II I, l'al'rois ~11I11('lIill" la ('111'111' r"ili i' I"(' ( 121.

I I) ~1i S(m 136 , \0) Soubas:;eml'ilt des amol'li ,;;emenls


121 l'à l'iagm' de l'iha Tl'all g tuur l'i .-O. d (' AL à ,\ll SO li , ra l'i ali rl es de cO l'nkhe à
fHec ~ . lI oà Lai, d'allgle dl' eo miche à Iltrn g
rll \ï~ I~1I dc Phà ng L \\ J al'dill dc To u- Th •.wh . cie -0 11 "a s';I' lI1 l' ll 1 à Chünh 1.(1, oÎl ,
ra ne. 11° 1(1'2. ':O PJlo:,a nl il de, li oll ' , le Il l' ('a l'(\cll' I'(' d'oi-
III (;r( /' I/(lf! dC' cO l'lli che all\ tOlll'S ('(' 11- :.:ea ll c, [ IIli e llx lIlill'qW; ( [>1. CXXXI - G I.
ll'a l,' cl '. dc lI oilLai . 11111 .\LI SCYII Il,;, lilll rrtng .\I S· (lI o[e 6) ,
1:;1 ~Iï ~ (r ll Il,;. é ta gt'. Il "':W 11 32 c111 Janlill de 1'0 11 1'11 Il c.
\';) lih \rfrll~ .\1 5'. 1)" III)1all . cr. 1. (;., 1. t' II I:hi ll g J)lIïr ll ,~ Intlr [II'iIlCipal e·? i- ùi-
JI. '2ü7, ri ~. ;i8 . l'kt· s. l[P~ Ttllll'.' d'al'g"1I1.
1;1 N° 3'1 clll Jardill dt' 1' ()t ll' 1 1111~. 112 1 :'1 u 't!i dll .Ial'dill d" Toul'anr.
1" 1 Cr. 1.1:..1 , 1' . 415, fi g. 9:~.
2i6 LA SCULPTURE
Le bœuf, qu'il représente uu IIU1I ~allllin , 1I'eJltre vreslju e jalllais
dans J'ornemen tation : dan s la première période nous Il e co nllili s-
so ns d'exception à cette relll af'l[Ue que deux petits Lœufs eo udH\s du
Jardin de Tourall e, dont le rôle est peu dair' (1 ), ct dans la seco nd e
les pi èees d';u;cellt de co ul'onn ement ( ~) . Bœufs, zélms ou buffl es
fi gul'entparfois dans di verses scè ll es, soit que,comm eà Bông Dllcmg,
[' un de ces animaux so it vi étiné Vil r un drii1'Ctpiila (3), soit qu'à plu-
sieurs jls segl'Ouvellt ulle fois a'-ec leurs bergers auprè' J e !{n;na (4) .
En viiltana il est peu douteux l[ue fallil/lal représente ~anJ in , qu'il
soit debout (5) ou couché (6) devant le vi édestal de Çiva, qu'on le
yoie sous ses pieds (7) ' ou le p0rtant (8) , uu enfin galopant près de
lui (9) .
Très so uven t Nandin fit l'obj et d'une statue J étachée (fi g. 12:3,
1313, 1:38) ; il est fi gul'é co uché ct, d'ordinaire, muni llu collier Je
grelot des montures. Parfois tl'aité en zébu (101, ila fréquemill ent une
marque au front. Le exemples en so nt nombreux ct médiocres ;
un des p]u ' heul'eux es t ee lui Je Khllo'ng :\15' (fig . 1:36) ; un aull'e,
également de l'art primitif ct qui provient de Tt'<l l\i ~ u (11 ), montre
un curieux harn ach ement (fi g. 98) . Celui de TMp Thap (12) est re-
1IIG'.'gual») e pal' le curieux parti de stylisation. qui en souligne les
for III cs . 1\O Il S renroyons au chal'Ïlt'e y du hue JI pOUf' r exa men de
ces l'epl'Ijsenlations au point de 'Il e reli gieux .
Bi en d'aulrcs an imaux encorc cO l/ co urellt D'l ais pour un e part
lJi eli moindre, à la décoraliuli Jes édifices {;a rn s, cLun rensHigne1l1enL
chill uis (13) du ~\ c siècJl' /lUII S apprel/d l[UI' la porLe du palais du roi

( 1) 1\ OS 9 cliO du Jardin de 'l'uul'auc, (8) l'ours d'argent Icalan pl'ineipal ,


(2) Nha Tl'illi g Lour ::i.; raù 1'1'01·\ ; ~' ô fau sse nielle du prcmicl' étagc face E. ;
l\lauil Garai , Phllo'c 'l'juh , l'ü Rome, Drau Lai , Cr. I. C., I, p. 5(j1, fi g. BD.
(a) Cf. I. e. , l , p . 490, fi g, 111. (ll) :'Iii SO' Il FI' Iympan. Cr. I.e., J,
(4) J([lIlO'lIg My. cr. J,C., l , p. 259, p. 425 , fi g, !J5.
fi g. 48. (1°1 Phu ThQ , lihlrO'll g ~i5' .
PI Mi SO'n B. . (il ) cr. I. e. , 1, p _ :2911, fi g _ 65.
(G1 Trù 1ii ~\ u. cr. I ,C., l, p. 306, fi g, (j j ; (12 1 .\uj ourd 'hlli délrllil.
~Ii ::iO'll CI' cr. I.e., l , })_ 3V I , fig. 186. ('3 ) Si ya ll y /ch·uo /rUII!! licn lou, IJ. 323,
(') 'l'nI li.i(: u, I.ympa n f.
LA FIGURE ANIMALE 277

était ol'néc ri e Hgnrcs d'allimaux divlll'", ,,(' ulptées dan s un bois lrl'S
dm, mais ne nous donn c aucun aulrc détail à ce suj et.
Parmi les animaux qui paraissc nt acC'identellcment, signalons
d' abord crnx fl' l'o n l'Nll'Ollll'r rn ,-ëihfllW, nr parnssr nt-ils qn ' un p
rois'• lc chcval (1) , le paon (2) , l'oie (3) , Ic sanO'lier(4)
L'l , le l'hinocéros (5)

(Hg. (3), le tigl'C(6) ct la man-


~o ll slr (7) U) , Sépal'ons ccux
qui Il e jUlIl'nt qu' un rôlc Lout
i\ l'aill'pisudiquc dalls desscè-
III'S: