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EX LIBRIS

The Cooper Union


THE GIFT OF

George A. Hearn
LE

COSTUME HISTOEIQUE
Tome IL

PLANCHES ET NOTICES

1 à lOO.
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PREMIERE PARTIE.

L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE,

DEPUIS LES TEMPS PRIMITIFS JUSQU'A LA CHUTE DE L'eMPIRE ROMAIN d'OCCIDENT,


AU V'' SIÈCLE DE L'ÈEE CHRÉTIENNE ; Y COMPRIS LES BARBARES DE LA GRANDE
INVASION.

PLANCHES 1 à 59 INGLUS.

DIVISION :

Planches.

Égyptien là 9

Assyrien et Hébraïque 10 à 13
Phrygien, Perse, Parthe 14
Grec 15 à 28
Étrusque et Gréco-Romain 29 à 33
Romain 34 à 46
Type.s généraux (chaussures) 47
Celte ou Gaulois, Slave ou Sarmate, Germain ou Teuton, etc., jus-
qu'au Franc-Salieu et depuis les fossiles de l'âge du bronze et de la pierre.
;
48 à 59

1o\\3Z,
EGYPTIAN EGYPTIE AEGYPTISCH

Valleu lith. Imp. Fi'rmiji Didot C* Pans


ÉGYPTIEN

EQUIPEMENTS MILITAIRES. — COIFFURES ET COSTUMES DIVERS.

4
2.3 5

8 9 10 11

Les fragments de scènes gnerrières que nous donnons sont tirés des peintures de la

Thébaïde, l'Egypte supérieure des anciens. Le roi combattant sur son char est Ramsès le

Grand, surnommé Meïamoun, qu'on connaît aussi dans l'histoire sous le nom de Sésostris
(XIV^ siècle avant notre ère). Il appartient à la XIX" dynastie.
Les rois guerriers commandaient eux-mêmes les expéditions, parfois lointaines. Montés
sur un char de guerre, escortés par leur garde et par leurs principaux officiers, armés de
pied en cap, ils lançaient des flèches contre l'ennemi ou le frappaient de la hache
de bataille. Un lion apprivoisé et dressé pour les combats , suivait ordinairement ou
précédait le char du roi. Ramsès porte un casque orné de l'urœus et d'incrustations
en métaux ou en matières précieuses, d'où pendent par derrière de larges bandelettes;
il est couvert d'une longue cuirasse formée d'écaillés de bronze superposées et cousues
sur un justaucorps de cuir. Son poignet gauche est enveloppé du gantelet métallique
pour le tir de l'arc; il est paré d'un riche collier à six rangs et d'un pectoral suspen-
du en bijouterie émaillée. L'arc des Pharaons et des troupes d'élite paraît avoir été de
bronze, dit M. Prisse d'Avesnes ; les Hébreux emportèrent de l'Egypte l'usage de cette
sorte d'arme, et le livre de Job prouve qu'elle était aussi employée par les Arabes de la

même époque. L'armature de la flèche était en bronze et en fer.

Le char de guerre à deux roues, ouvert par le fond, attelé de deux chevaux, est
typique. Les parois latérales de la caisse ne sont cependant pas pleines, comme cela a lieu

plus fréquemment, mr.is elles sont garnies de fortes courroies. L'usage du bronze étant alors

général pour les ustensiles et les armes, il est vraisemblable que ce char au fin profil et ses
roues aux jautes espacées étaient de ce métal. Les riches mines de cuivre d'EI-Magara,
en Arabie, et de Sabout et Kadin étaient alors en pleine exploitation. Aux côtés du char,

sont attachés le carquois et les gaines pour l'arc, pour les fouets et les cravaches de combat.

Les chevaux lancés au grand galop sont de la belle race qui existe encore dans le Don-
golah. Salomou tirait ses chevaux des riches haras de l'Egypte. D'ordinaire, le com-

battant avait à côté de lui, à gauche, un cocher chargé de gouverner l'attelage : ici,

le souverain est seul, les rênes sont nouées à son corps, comme on le vit plus tard,

dans les luttes périlleuses du cù-que romain, pour mener les quadriges. L'attelage est

vigoureusement maintenu par le frein et par la tension des rênes, dont l'appareil
en forme de disque fixé sur le garrot assure le jeu et la division. Ces chevaux sont
garnis d'une têtière frangée, avec passage pour les oreilles, descendant à la moitié du
cou; et d'une housse à glands, nouée au poitrail sans le couvi'ir, habillant l'animal jus-
qu'à la croupe, housse tissée en couleurs dans le goût babylonien, ou même peinte avec

l'aiguille, comme disaient les anciens. Ces chevaux portent une légère parure en forme
de bracelet à la naissance de leur queue à tous crins, et point de sousventrière.
Malgré certains dénombrements des forces égyptiennes en de lointaines expéditions,
l'absence constante de la représentation en corps de la cavalerie dans les peintures et les
bas-reliefs où tout est figuré, depuis les combats maritimes jusqu'aux actions les plus ordi-

naires de la vie, a fait conclure que dans la constitution d'une armée égyptienne, il n'en-

trait pas de cavalerie proprement dite. Le gros de l'armée était composé de fantassins
armés pesamment ou à la légère. Les marches étaient protégées par un grand nombre de
chars rapides montés par les chefs, postés à l'avant, sur les flancs et à l'arrière. Les ânes
servaient de bêtes de charge.
Nous n'avons point à faire la description du char et de l'attelage n" 2. Ce char est sem-
blable à celui de Eamsès, avec cette différence que la caisse est pleine ;
il est garni de même
du carquois pour les longues flèches et de la gaîne pour les autres armes. Les chevaux sont

couverts pareillement, et leur tête est luxueusement empanachée; les rênes glissent dans
des anneaux latéraux. Ce char de guerre porte une enseigne. Chaque corps avait la sienne,
placée à l'extrémité d'une hampe qui, par son élévation, la rendait visible à tous les yeux.
L'emblème en était emprunté à la religion. Il consistait dans la coiffm-e même et les insi-

gnes caractéristiques de la Divinité représentée sous forme humaine ; on substituait aussi aiix

traits humains la tête de l'animal qui était son emblème vivant, tel que l'épervier, le lion,

et quelquefois même la figure complète de ce symbole, comme l'ibis et le chacal. L'ensei-

gne qui surmonte notre char est probablement un étendard royal; elle porte, sur fond blanc,
un vautour tenant les palmes de la victoire. Le vautour et l'épervier étaient en effet l'emblème
du pouvoir souverain dans toutes les représentations des combats, le roi, sur son char ou à

pied, est accompagné de vautours victorieux, planant au-dessus de sa tête. De cet étendard

en demi -cercle, pend à la traverse une rangée de dents d'étotfe colorées symétriquement.
M. Lanci a cru deviner dans le choix des couleurs adoptées par les Égyptiens pour leurs pa-

villons un symbole de la relation de l'homme, désigné par le rouge, avec le ciel et la terre in-

diqués par les deux autres couleurs. Les. soldats qui accompagnent le char (n° 3), sont de ceux
qui étaient pesamment armés; ils portent un bouclier qui couvre leur corps de la ceinture à
la tête, une lance dans la main droite et une courte hache dans la gauche leur blanche tmii-
;

que est serrée à la taille par mie ceinture nouée, aux bouts flottants ; la tête est nue, les pieds
sont chaussés de sandales dont la pointe avancée protège l'orteil, espèce d'espadrilles nom-
mées taltels que l'on confectionnait en tressant des feuilles de palmier et qui s'attachaient
avec des cordons. Le bouclier a cela de particulier qu'il est pourvu d'une œillère, procurant
au soldat sous les armes l'avantage de voir sans se découvrir. Ces fantassins, marchant en
colonne serrée et formant le gros de l'armée, se mouvaient régulièrement au son du tam-
bour ou de la trompette. On sait que l'état militaire était héréditaire et dévolu à une caste
à laquelle toute autre profession était interdite. La présence d'un noir parmi ces troupes d'é-
lite montre qu'aucun esprit d'exclusion n'avait présidé à la composition de cette caste, partie

considérable de la nation à laquelle de nombreux avantages étaient assurés.

N" 1. — Egyptien brûlant de l'encens.

N°" 5 — —7—8—9—
6 10 — 11. — Coiffures diverses en cheveux libres ou
tressés, en métal, en cuir, en étoffes. Quelques-unes portent l'urœus royal.

N» 1. N" 4.

Fragment du combat de Ramsès Meïamoun contre les


Bas-relief provenant du péristyle du palais de Medi-
Khétas (les Scheto , les Bactriens ), sur les bords de
net -Habou ( Thèbes }.
rOronte. Provient du Ramesseion ( Thèbes J.

N" 6, 6, 7, 8, 9, 10, 11.


N<" 2, 3.
Détails tirés des bas-reliefs de divers édifices de Ear-
Bas-relief militaire d'Abo-chek , de la XIS' dynastie. nak (Thèbes).

Documents empruntés à la grande publication de la Commission d'Egypte (^Description de l'Egypte, etc., Paîris,

1809-28, 22 vol. in-fol,), à celle de M. Prisse d'Avesnes (Histoire de l'art égyptien, d'après les monuments; Paris,
1858 et suiv., in-fol.), et à l'Egypte ancienne, par ChampoUion-Figeao {L'Univers pittoresque).
I
ÉGYPTIEN

CHARIOTS DE GUERRE EGYPTIENS ET ASIATIQUES.


— ARMES. — RACES DIVERSES.

Le char ég'yptien était attelé de deux chevaux et monté par deux hommes : un guerrier d'é-

lite, maniant l'arc, les javelots, la hache, et une espèce de servant d'armes, chargé tout à la
fois, pendant l'action, des rênes et du bouclier, unique pour les deux hommes. C'est ainsi que
sont représentés les chars égyptiens lancés en hgne sur les champs de bataille de Kadesh, où
Ramsès II eut à combattre un nombre considérable de Syriens du nord, les Hittites, Chana-
néens connus des Egyptiens sous le nom de Khétas , la pïaù de Schéto auxquels
, s'étaient joints

les gens d'Arad, de Mysie, de Pédase, ce qui faisait de ces confédérés une armée syrienne,
troyenne, bactrienne, dont tous les chars, au nombre de deux mille cinq cents, étaient
montés par trois hommes, le cocher et deux combattants, dont l'un chargé du bouclier.
Les types des chars asiatiques, ouverts par le fond comme les égyptiens, varient dans leur
forme; la caisse en est plus simple, plus rustique, et n'est point chargée de gaines ni de car-
quois. Les uns, qui présentent la figure d'une tour carrée, sont de la famille du char assy-
rien, que l'on voit dans les bas-reliefs de Ninive ; les autres ont la forme d'un tablier circu-
laire, aux côtés descendants, peu protecteurs, contrairement à ceux du char égyptien; il en
est d'inclinés en avant dont, pour plus de vélocité, le plancher est établi entre l'essieu et l'at-

telage, de façon que, penchés au-dessus d'un tel char lancé, les combattants devaient presque

sembler montés sur leurs chevaux. L'habillement de guerre du cheval asiatique est du même
genre, et non moins luxueux que celui du cheval égyptien; toutefois, outre la grande housse
et la têtière, les chevaux syi-iens portent une large garniture de poitrail, qui semble être un
collier défensif. (N°" 1, 2, 4, 5, 8, 9 et 10, asiatiques. N»" 3, 6, 7 et 11, égyptiens.)
L'homme d'armes monté sur le char égyptien, n° 6, porte une cuirasse de lin, liée sur le

côté et soutenue par des bretelles. Toute la partie postérieure de sa tête est rasée, le reste de
la chevelure est réuni et tombe sur un côté. C'était la coiffure ordinaire des simples princes
royaux, une grosse tresse recourbée et pendante; quoique tous les Égyptiens eussent la tête
et le menton rasés, peut-être les gens de chars, soldats d'élite, jouissaient-ils dn privilège de
conserver une partie de leur chevelure en offrant aux dieux, en or ou en argent, l'équivalent
du poids des cheveux coupés, selon la coutume existante, au dire d'Hérodote et de Diodore,
pour les enfants convalescents.
Les anciens Égyptiens partageaient les hommes en quatre familles distinctes, représentées
dans les peintures d'Ibsamboul. Les Égyptiens (Reiou) les hommes par excellence, les Nègres
{Nahsi), les Asiatiques {Aâmou), et les peuples du Nord, à peau blanche; on voit dans ces
tableaux Ramsès II, n° 20, frappant de sa hache d'armes un Nègre éthiopien vaincu (la
mauvaise race de Kousch), et n° 13, Eamsès III, de proportions colossales, exterminant un
groupe de captifs dont les mains sont liées, groupe dans lequel figurent les différentes races

étrangères. Ramsès II, pendant la première partie de son existence royale, était associé à son
père, et tout eu jouissant des prérogatives suprêmes, ne portait pas toujours les insignes pha-
raoniques. Il est reijrésenté ici coiffé seulement du dafl et vêtu de la calasiris rayée, le vête-

ment miUtaire national; Ynrœus seul, insigne de la souveraineté, brille à son fi'ont. Eamsès III,
n° 13, porte le casque d'airain; la cuirasse qui lui couvre les épaules, la naissance des bras,

la poitrine, est décorée des ailes de l'épervier victorieux. Ses reins sont ceints de la calasiris
rayée. Les cordons de suspension du carquois, agrafés par devant, embrassent son corps ; il est
armé de l'arc coudé et de la hache , et son poignet est garni du gantelet métallique du tireur
d'arc.

L'ancien Egyptien, qui appartenait à une race d'hommes tout à fait semblables aux habitants
actuels de la Nubie, était, en général, grand, maigre, élancé; les épaules sont larges et pleines,

les pectoraux saillants, le bras nerveux, terminé par une main fine et longue; la hanche est peu
développée, la jambe sèche; les pieds sont longs, minces, aplatis k l'extrémité par l'habitude
d'aller sans chaussure; la tête est souvent trop forte pour le corps. Le front, un peu bas, est

carré, le nez court et rond, les yeux grands et bien ouverts, les joues arrondies, les lèvres

épaisses, mais non renversées. Tel est toujours le fellah, dit M. Maspero, en concluant que
les Égyptiens, venus d'Asie par l'isthme de Suez, appartenaient aux races proto-sémitiques.
Parmi les types qui se rencontrent ici, n° 12, on remarque le Nègre aux grosses lèvres, aux
cheveux teints en rouge éclatant, portant une plume de chef, un large baudrier, de grands an-
neaux d'oreilles; c'est le même que celui que rencontrent les explorateurs modernes.
N*"* — Haches d'armes dont
14 et 15. la partie métallique était engagée dans une mortaise
pratiquée à l'extrémité du manche. — De fines lanières en nerfs de bœuf, ou simplement en cuir,

servaient à fixer solidement le tranchant de bronze, dont le talon large adhérait au manche. —
C'est la monture la plus ordinaire des haches de pierre, qui étaient encore en usage sur tant
de points du vieux monde.
N° IG. — Casse-tête en bois d'acacia courbé, semblable à ceux que portent encore les

Abasdehs et les Bycliarys qui le nomment îissan. — Dans l'ancienne Egypte, cette arme con-
tondante était surtout aux mains de l'infanterie; les archers en étaient pourvus aussi Ijien que
les troupes légères. Cette massue est ornée d'une légende hiéroglyphique contenant le nom
d'une reine : Hok-Amou, la serrante d'Amou.
N°'* 17 et 18. — Canne et fragment de canne eu bois dur, portant des légendes hiérogly-
phiques. — La canne entière a environ l^jOO de longueur; elle est armée à son extrémité supé-
rieure d'une petite saillie pour servir d'appui au pouce; cet appendice est souvent taillé en

forme de corne. « Ces sortes de cannes, dit Prisse d'Avesnes, paraissent avoir été un insigne
de fonctions ou une marque de commandement; Moïse qui avait tant emprunté aux usages
égyptiens, donne une canne à chaque tribu, et sur cette canne devait être inscrit le nom de
chacune des divisions du peuple juif. »

N° 24. —
Poignard, dont la lame est cannelée dans le genre des damas d'Orient. Le —
manche en corne et ivoire forme un double anneau pour recevoir le pouce et l'index, de ma-
nière que l'arme ne puisse être arrachée de la main. La lame de bronze de ce poignard est

d'une trempe si sèche que la lime y mord à peine.


N"'' 21, 22, 23, 25 et 26. — Pointes métalKques de flèches et de javelines en bois. — On y
employait le bronze, et aussi l'os. Les armes de chasse, en jonc, étaient armées en silex.

N° 19. — Type asiatique.

{Documents rcciieiUis par GhampolUon jeune et Prisse d'Avesnes, cl puHiés dans


les Monuments de l'Egypte et de la Nubie, Paris, Didot- 1835-1847.)
EGYPTIAN EGYPTIEN AEGYPTISCH

OialaT^non lith Imp, F:rrrnnX*iàoT. C^^ Pans


EGYPTIEN

COSTUMES DE LA HAUTE ANTIQUITE.

6
12 7
8 9
3 4

10
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17 18
19 20 21 22

Les monuments de l'art qui représentent l'Egypte antique ne racontent pas son histoire;
mais la clironologie de ses rois établit que la civilisation dont ils sont les précieux témoigna-
ges remonte au plus lointain des âges; nous savons en effet, que, 2054 ans avant J.-C' Abra-
ham et Sara allaient dans la basse Egypte, alors en pleine civilisation. Quant aux monuments
existants, leur époque ne fixe pas sur la date de l'origine des costumes et usages représentés.

Que pouvaient être les Egyptiens avant Thotmès I*^'', qui fonda la brillante XVIIP dynas-
tie de leurs rois ? Si, mille ans après Sésostris (Eamsès II), on les retrouve semblables à eux-
mêmes, ne peut-on pas supposer qu'ils avaient été les mêmes mille ans avant lui ? Et, s'il en
a été ainsi, à quelle époque remontent ces lois immuables qui s'opposaient à tout changement ?

Par exemple, la figure de joueuse de mandore que nous donnons doit précéder de 16 ou
17 siècles l'ère chrétienne ; mais faut-il en conclure que longtemps avant on ne nattait pas
ainsi les cheveux, ou qu'on ne portait pas de bracelets? Qui oserait tirer cette conclusion?
et n'en est-il pas de même pour bien d'autres sujets ?

La convention, la brièveté de l'art hiéroglyphique des bas-reliefs et des peintures de


l'Egypte, est souvent une gêne considérable pour l'étude du costume dans le mouvement de
la vie ; la netteté du procédé obvie; à cet inconvénient pour bien des détails des parties du
costume ou de la parure, que d'ailleurs l'œil scrutateur des voyageurs érudits pai-vient souvent
à retrouver encore en usage dans la pratique locale.
Les coiffures égyptiennes sont celles d'un pays chaud où l'ardeur du soleil cause des maux
de tête incurables; c'est un objet de nécessité devenu un élément de parm'e et parfois d'unique

parure. Les exemples abondent où les femmes n'ont pour habillement que l'ample coiffure or-

dinaire, le daft, et une ceinture simple, très-étroite. Cette coiffure, portée par les deux sexes,
consistait, en général, en un bonnet d'une étoffe épaisse couvrant la tête, ceinte sur le front,

retombant en arrière et sur les épaules, tantôt cachant les oreilles, tantôt les laissant à dé-

couvert (n°^ 1, 2, 3, 4, 5, 8, 17, 21). On se servait aussi de bonnets plus simples, mais très-

épais, affectant en arrière la forme de la résille des Espagnols (n"" 9, 11, 12); on les portait

avec ou sans cordons. D'autres (n°' 13, 14, 16, 18) étaient des bonnets ajustés sur la forme de
la tête, et descendant jusque sur le fi'ont; ces i^remières coiffures cachaient entièrement la

chevelure. Le n° 15 offre l'exemple d'une petite calotte dont l'étoffe cache seulement l'avant

de la tête ; mais les cheveux sont probablement postiches et font partie de la coiffure elle-

même. Dans la figure n° 20, le fin bonnet retombant en pointe de capuchon est réellement

indépendant de la chevelure nattée.

Les Egyptiens prenaient un grand soin do leur chevelure ; ils la divisaient en une multitude
de mèches roulées en spirales, ou en nattes très-fines (n° 17); ils la disposaient en tresses éta-

gées formant plusieurs rangs très-serrés et très-réguliers ;


ou encore en grosses nattes (n°' 10,
12) obtenues avec des cheveux d'emprunt ou l'adjonction d'autres matières. De pareilles

coiffures demandaient un temps considérable ; aussi recourut-on aux chevelures artificielles

que l'on mit comme des chapeaux. Ces perruques furent d'un usage presque général. Les
pauvres confectionnaient la leur avec de la laine ; les cheveux naturels étaient réservés aux
riches. Le Musée britannique et celui de Berlin en possèdent d'originales.

Le n" 19, où la chevelure est lisse et tombante, montre que les Egyptiennes, dont les
cheveux étaient peu longs, les coupaient carrément. Le n° 22 offre une de ces coiffures élé-
gantes dont on trouve des exemples variés on en portait ainsi à l'épervier, à la pintade
; , etc.,

etc.

Les Egyptiens s'oignaient tout le corps pour conserver aux membres toute leur élasticité ;
cette coutume est encore observée en Nubie et dans presque toute l'AfTique. Les femmes se

teignaient les paupières pour faire paraître les yeux plus grands; il y avait pour cet usage
deux nuances de collyi'e : le vert et le noir. Chez les Romains ce fût le stiUum.; c'est encore le
Icohl chez les Orientaux. La toilette était d'ailleurs compliquée d'autres soins : après que l'ai-

guille d'ébène ou d'ivoire avait tracé autour des yeux le cercle noir, on mettait du blanc et du
rouge sur la joue ; du bleu, pour dessiner les veines sur le front; du carmin aux lèvres et, en-
fin, aux doigts, le henné qui les teignait en rouge orangé, connue on le retrouve plus tard
aux mains des dames mogoles. .,_ „: ;
Le blanc était la couleuv la plus habituelle des vêtements; il y en avait de tous les

tons, depuis le plus terne jusqu'au plus éclatant. Les habillements de couleur étaient en
usage dès les temps les plus reculés. Les bonnets étaient d'étoffes rayées ou brodés. On se

servait de coton, de lin et de laine. Quant aux anneaux des bras et des jambes, dont le

goût a toujours été répandu dans l'Orient et dont l'usage, comme on le voit, remonte si

haut, ils furent chez les Egyptiens, aimant l'élégance et habitués à avoir les jambes nues,
l'objet d'un véritable luxe, ainsi que les colliers. On y employait l'or, le corail, les perles, les

agathes, les calcédoines, les onyx, les cornalines. Il y en avait en acier damasquiné d'or;
un grand nombre étaient enrichis d'émaux cloisonnés, de pierres gravées, etc., etc.

Le n" 7 représente une joueuse de mandore, un de ces tanboiirs à longs manches que l'on

fait résonner avec un plectre. Elle a un collier à six rangs en perles de verre, deux bracelets à
chaque avant-bras sa robe unique, qui descend jusqu'à terre
; et voile si légèrement le corps,
est faite d'une de ces mousselines dont la transparence est semblable à celles que fabri-
quaient les Indiens dès la plus haute antiquité. Les Égyptiens en fabriquaient-ils aussi ou
venaient-elles d'Asie ? Les deux hypothèses sont admissibles. Cette figure du temps de la

xviii'' dynastie provient de la nécropole de Thèbes.

Le n° 10 offre un portrait de Eamsès II Méïamoun,roi de la xix'' dynastie ; sa couronne


ornée de Yurcms est l'insigne de la souveraineté. Le serpent est la vipère ou aspic, hadjieli

des Egyptiens modernes. Le collier disposé comme une pèlerine est l'osJch. (Thèbes.)

Les n"^ 1, 2, 3, 4, 5, proviennent des bas-reliefs des gTottes d'El-kab (Eilithyia). La colora-

tion est un essai de restauration, ainsi que dans les figures suivantes.

Les n°= 6 et 12, j^oviennent d'Esneh (Latopolis); les n"'* 8, 9, 11, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 21, 22,

de l'île de Philœ; les n"' 19 et 20, de Thèbes.

Les exemples 7 et 10 sont tirés de ^'Histoire de l'art égyptien de M. Prisse di' Avenues; Paris,
1863 et suivantes, in-fol. Ouvrage pullié sous les auspices du gouvernement français. {Axtus,
Bertrand.)

Tous les autres proviennent de la publication de la commission W Egypte.


H

ÉGYPTIEN

PEINTURES HIERATIQUES DE L'EGYPTE ET DE LA NUBIE


DIEUX ET DÉESSES. — PHARAONS ET REINES.

LES PARURES DIVINES.

Il n'est point de renseignements authentiques sur le costume et la parure qui remontent


aussi loin dans le passé que ceux fournis par les sculptmes et peintures de la vieille Egypte,

où la dogmatique de l'image était réglée par la loi, tout au moins par l'usage, de manière à ne
laisser aucun arbitraire à l'artiste. L'uniformité constante des reproductions, dans lesquelles
tous les détails sont immuables; est une affirmation de la haute antiquité des choses représen-
tées en même temps que l'on s'est aperçu, en observant les dieux de forme humaine pure de
l'olympe égyptien, que leur image se présentait, non seulement comme celle de l'homme qui
a conçu ces di-vinités, mais aussi comme le portrait ty^^ique des hommes qui les ont successi-
vement adorées. La race svelte et élancée qui nous est surtout connue par les monuments des
Rammessides avait été précédée par un Égyptien trapu, de forme plus ronde, et de type com-
plètement sémitique, ainsi que le montrent les photographies insérées dans l'album de Ma-
riette, qui a reconnu dans ces portraitures un Égyptien antérieur à la IIP dynastie, c'est-à-

dire à la véritable fondation du royaume d'Egypte, dont les débuts remontent, selon les listes

de Manéthon, à 5318 ans avant J.-C.


L'histoire de ces mempliUes, constructeurs des grandes pyramides, est encore presque toute

légendaire ; leur ancienneté, déjà si haute, n'est cependant que relative, puisque la période de
formation du sol et de la nation, qui aurait duré des myriades d'années au dire des anciens
eux-mêmes (Platon parlait de dix mille ans) est évaluée aujourd'hui, d'après les calculs les

plus modérés de la plupart des savants contemporains, à trois ou quatre mille années.
Les shesou-Tiar, serviteurs d'Horus, étaient des proto-sèmiies qui s'établirent sur les rives du
Nil, en en chassant les Noirs à des époques préhistoriques. Les nombreuses tribus de ces Asiati-
ques demi- sauvages se fixèrent en fondant simultanément des petits Etats indépendants dont
chacun avait son culte et ses lois. On attribue à ces générations la création de la plupart des
noms divins et de presque tous les dogmes. C'est à elles que l'on fait aussi remonter l'é-

tabhssement des premières lois civiles, la découverte des arts utiles à la vie et au plaisii- de
l'homme, l'invention du papier et de l'écriture, enfin, le mérite d'avoir fondé presque toutes
les institutions de l'Egypte historique. Il faut indiquer ces lointaines origines, car l'ancienneté
du caractère de ces documents ajoute puissamment à l'intérêt qu'ils excitent.

Eappelons que les êtres divins se reproduisaient sous trois formes, chacun ayant un type
triple :
1° la forme humaine pure, avec les attributs spéciaux; 2° le corps humain avec
la tête de l'animal spécialement consacré au dieu ;
3° cet animal même avec les attributs spé-
ciaux au dieu qu'il représentait. Dans les images des dieux à figure humaine, les signes carac-

,
téristiques de chaque divinité se voient sur leur tête dont elles forment la coiffure.

Le visage et le nez sont parfois teints d'une couleur consacrée pour chaque divinité. En
considérant sons sa parure divine une reine comme la Cléopâtre, n° 2, on peut inférer que la

teinture de la peau entrait dans les toilettes des chefs qui, dans les cérémonies, portaient les

insignes d'un dieu parfcicuher^ local. L'Égyptienne teinte en jaune, aurait ainsi usé du safran
dont les Malaises de Java, Batavia, etc., se couvi'ent toujours le visage, le buste tout entier,
et toutes les parties du corps qui sont en vue. L'usage du Iwiné se serait étendu à tout le

corps, au lieu de s'arrêter aux pieds et aux mains, comme chez les Persanes, les ludieimes et
les Mauresques, ainsi qu'on en peut juger par les deux Pharaons, n*"* 1 et 3, qui sont des Grecs.
La teintm-e d'indigo, et le vert, qui sont également des couleurs de divinités indiennes, auraient
été appliqués de même sur la peau humaiue.
Pharaon, _/?/« du soleil, incarnation de Dieu sur la terre, rouge ici (n™ 1 et 3), comme le disque
du soleil, n'est point toujours représenté en 7iorMS,ou soleil levant. Et lorsqu'on voit que chaque
iiôme ou province de rÉgjqjte était spécialement consacré à l'une de ces tiiades diviùes, triades
diversifiées sans être isolées qui formaient toute une série liiérarchique, dont chacune aVait un
temple qui lui était particulièrement affecté, on peut croire que, dans les tournées faites du nord
au midi, et de l'orient à l'ouest par le souverain du royaume d'Egy]^)te, il pouvait être de
bonne politique d'empreindre sa peau même de la couleur des divinités locales. Cette teinture
indiquée par le rite religieux serait une conséquence de la parure divine sous laquelle les sou'

verains affectaient de se montrer dans les cérémonies publiques. Ammon-Ra régnait partout.
Cnouphis et Saté trônaient à Eléphalrtine, à Syène et à Bcghi, étendant leur juridiction sur
la Nubie entière avec l'aide de Thotli, leur surintendant, dont les fiefs principaux étaient Ghebel-
Adheh et Dakkek. Chaque ville avait son patron. Osiris était seigneur de Dandour ; Isis,

reine à Philœ ; Hathor était le dieu d'Ibsaniboul ; MaloiUi, le dieu de Kalabschi. Toum
régnait sur Héliopolis ; Ammon possédait Thèbes, et Phtah était venu dans les temps histo'-
riques s'établir à Memphis. Les triades s'enchaiuaient les unes aux autres par des alliances col-

latérales ; les dieux se dounaient une hospitalité réciproque dans leurs sanctuaires particuliers ;

enfin, il y avait de grands tenaples consacrés à deux triades,

N» 1. — Ptolémée Philadelphe. (Temple d'Athor pas seulement l'insigne de la royauté, mais qui est
Évergète II, île de Philaî.) encore l'ornement habituel de la coiffure divine.
Dans le langage des hiéroglyphes, l'urœus sert h
Ce pharaon est coiffé du casque d'airain ou haute mi-
écrire le mot déesse.
tre portant l'urœus royal, et ayant par derrière, le
Les deux plumes, longues et droites, de la famille de
long cordon descendant jusqu'aux pieds qui pend ha-
celles que l'on voit sur la tête d'Ammon-Ka, sont
bituellement à la couronne d'Ammon-Ra — , le dieu
l'insigne caractéristique de la plus haute souverai-
suprême. Le vêtement pagne bridé sur les
est le
neté. Le globe solaire, et les cornes du bélier rappe-
hanches, le scJienti. La parure consiste en im large
lant l'ardeur génératrice, complètent cette parure de
collier, des bracelets aux arriùre-bras, et une sorte
la tête dont les éléments hiéroglyphiques sont au-
de tablier, qui paraît être de cuir, et s'avance de façon
tant de symboles, et forment une des coiffures dites
à former de profil un angle aigu par le bas. Cet ap-
sacrées, divines. Le vêtement est xme jupe fixée â
pendice, lié à la taille par des cordelettes dont les
la taille par une ceinture, soutenue elle-même par
bouts retombent sur le tablier même, devait être
une piaire de bretelles passant sur le buste nu.
soutenu, soit par une cage de joncs, analogue aux
Cette jupe est si étroitement serrée depuis la taille
paniers du dix-huitième siècle, soit par des bandes bas des cuisses, qu'il semble qu'elle ait
jusqu'au
de métal, comme on en usait avec les crinolines. Le
plutôt pour but de faire valoir les formes du corps
collier est l'insigne de la virilité au cou d'Ammon gé- que de les cacher. L'évolution de l'étoffe, indiquée par
nérateur. Ce tablier, qui appartient exclusivement un stratagème pro-
le sens des rayures, révèle ici
au rang des rois, a peut-être une signification en rap-
duisant l'effet de ces cordons que les dames mo-
port avec le sens du collier.
dernes emploient pour ramener la partie supérieure
Rien ne prouve plus éloquemment la ténacité im-
de leur jupe, serrée seulement à la hauteur du cor-
perturbable des choses de la vieille Egypte que les
don, ce qui se concilie avec l'emploi des postiches,
portraits de ce pharaon étranger, dont la dynastie ne
dont, en voyant ce stratagème, on peut soupçonner
commence que 305 ans avant l'ère chrétienne, et
dames égyptiennes avaient connaissance.
que les
qui, bien loin de rien modifier aux institutions na-
(Voir l'ajustement de même sorte, n" 5.)
tionales, se montre revêtu des insignes royaux tradi-
Un large collier, des bracelets aux arrière-bras et
tionnels dans le pays ; y exerçant son autorité sous
aux poignets, des anneavrx aux chevilles, complètent
l'égide des vieilles lois, des vieilles coutumes, sous la
la parure. Le Tau sacré, la croix ansée, est le signe
protection des mêmes dieux.
de la vie divine.
Les Ptolémées, successeurs immédiats d'Alexandre
au trône de l'Egypte, qui forment la XXXII" dynas- No 3. — Ptolémée Philadelphe. (Grand temple
tie souveraine, étaient des Grecs, originaires de la d'Isis, île de Philœ.)

Macédoine. elle se compose du


Sacoiffure est le pschent complet :

casque de guerre et de la mitre ornée de plumes


N'i 2. — Cléopâtre en parure divine.
d'autruche ; elle est de prérogative royale. L'enroule-
(Même provenance.)
ment en S qui s'avance sur le devant, le litims, est

Cette Cléopâtre est l'une des six qui ont été reines l'insigne particulier de la domination sur le nord.
dans la famille royale des Lagides , depuis l'épouse L'urœus brille au front du souverain; le long cordon

de Ptolémée T jusqu'à Cléopâtre YI, la dernière et descendant de la coiffure du chef suprême pend par
la plus célèbre, l'amie de César et d'Antoine , co-ré- deiTière. L'unique vêtement est le sckenti rayé.

gente avec ses deux frères, Ptolémée XIT et XV, Large coUier ; bracelets à l'arrière et à l'avant-bras.
puis avec son fils Ptolémée XVI, Césarion. La croix ansée est tenue par la main gauche. La
Coiffure en cheveux nattés, peut-être une perru- droite est armée du nehhekh, le flagellum ou fouet à

que, ceinte par un ruban portant l'urœus, qui n'est deux lanières, insigne de, souveraineté et de protec-
tion dans l<i main royale, et du pcdiim, nne sorte N» 6. — Anotilcc, avec les coulem-s consacrées et le
de houlette ou crosse, insigne du commandement. sceptre de la déesse. (Grand temple. Ile de PhUse.)
Ainsi que le n" 1, ce Ptolémée est teint en rouge.
Cette divinité appartient à une triade nubienne, com-
Noum, Sati et Auouké. Dans un cartouche
H" 4. — Osiris. (Cette figure provient d'un tem-
posée de
qui accompagne son image, cette dernière se donne
ple élevé par Aménophis 11 [1720 ans environ
elle-même comme étant a la dame d' Eléphantine ».
avant J.-C], ville de Ealabschi, en Nubie.)
Elle est tantôt coifiée d'une sorte de bouquet de

Osiris, roi de l'Amenthi ou enfer égyptien, était le plumes, tantôt de la couronne blanche. Champol-
plus populaire des, dieux rois, Ounnovré, l'être bon lion, qui l'identifie avec Testa, la montre étendant les
par excellence, dont le meurtrier. Set, le maudit, est ailes comme une déesse protectrice.

le type du mal. La légende faisait d'Osiris le divin La parure est ici toute rustique, et il ne semble
symbole de toute mort, comme celle
celle de l'homme point qu'il y ait aucune orfèvrerie dans le collier et

du soleil, c'est-à-dire sa disparition momentanée. On les bracelets de cette divinité habillée de plumes.
le représentait le corps en gaîne, enveloppé comme
N» 7. — Figure de déesse, portrait divin. (Grand
celui de la momie. Ses mains, libres, tiennent le pe-
temple d'Isis, île de Philœ.)
dum et La peau est verte, parfois noire sa
le fléau. ;

coifirure est l'atew, la haute mitre flanquée de deux La coiffure est la haute mitre, présentant à l'avant et

plumes d'autruche. à l'arrière la paire de cornes du bélier; une seule


bretelle, en sautoir, soutient la ceinture de la jupe.
N" 5, — Mouth, figure divine (même provenance N" 8. — Buste de la reine Nowré-Aià, la bienfai-
nubienne).
sante An, épouse de Eamsès II, Ramsès Meïamoun,
Dans le Dieu.
la triade supérieure égyptienne, Mouth, la femelle
et la mère, est l'épouse d'Ammon-Ea, le mâle et le Le titre de royale épouse et de royale mire, qui lui est
père. Khons est leur unique enfant. donné dans le petit temple d'Ibsamtoul qu'elle a fait
Mouth porte ici le pscheut, composé du casque, construire, signifie, dit M. Perret, qu'elle a été la
de la mitre et du lituiis. Elle est coifEée du capuchon mère d'une fille épousée par l'mcestueux Ramsès.
égyptien, h klaft, paré du plumage d'une pintade, Cette figure est le fragment d'une parure divine. Le
et porte l'urœus en ferrounière. embrassé par un plumage d'oiseau
klaft, agile, porte
Sa jupe n'a point les bretelles qui soutiennent la l'urœus couronnée du globe solaire entre deux les
ceinture de Cléopâtre, mais elle est encore plus cornes du bélier. Nowro-Ari qui apportait à une
étroitement et surtout plus longuement serrée. Ce dynastie nouvelle les droits héréditaires qu'elle tenait
vêtement collant le serait au point d'entraver la de la souche royale qui précéda les Eamessides, et
marche, si les dames égyptiennes n'avaient point consolida ainsi le trône de ces derniers, offre le
usé de ce stratagème que nous avons indiqué comme type égyptien dans sa plus grande finesse ; son
se rapprochant des usages modernes. Si l'on admet oreille placée haut est une marque de la race. L'œil
cette probabilité, la jupe de la divine Mouth donne selon l'usage général, est largement agrandi par le
ici une des plus charmantes expressions du genre, kohl ; la boucle d'oreille est un simple anneau ; le
à une articulation des grandes
puisqix'il faut attribuer collier est de ceux qui formaient des gorgerins l'i plu-
ailes dont la jupe est embrassée, l'élasticité néces- sieurs rangs, dont ou assurait la demeure eu place
saire pour la marche, même i, petits pas, de la dame par un contrepoids, le menai, qui les retenait sur l'é-

égyptienne s'avançant la canne à la main. paule. Le torse paraît couvert par un de ces célè-
La canne est ici le sceptre h fieur de lotus qui est bres tissus transparents qui auraieut égalé les plus
particulieraux déesses. Il n'y avait point de sceptre fines'mousselines de l'Inde.
royal proprement dit. Les cannes égyptiennes, insi-
gnes de commandement et de distinction, n'avaient
N" 9. — Étendard de Eamsès III, fondateur do la

guère moins de cinq pieds de haut. Leur pommeau était


XX" dynastie, cent ans après Eamsès II, 1270 ans
avant J,-C.
souvent en forme de fleur ;
plus fréquemment encore,
elles étaient tout simplement unies. On les faisait eu Ce drapeau a cette importance historique que, entre les
bois d'acacia, et le nom du possesseur y était gravé. mains de Eamsès III, qui s'est opposé victorieuse-
ment aux envahissements et aux déprédations des buts de la puissance thébaine, ii762 avant J.-C.
Asiatiques, lesquels avaient pris, depuis plus d'un siècle que la dénomination d'Ammon-Ea fut adoptée à
et demi, l'habitude de débarquer en masse sur les côtes Thèbes. Les Grecs l'ont assimilé à leur Zens.
d'Afrique, il fut l'étendard de guerre, le signe de ral- La couronne surmontée d'un disque et de deux
liement de ceux qui s'opposaut énergiquement à l'é- longues plumes droites est l'insigne caractéristique
migration orientale tournée contre la vallée du Nil, de ce dieu. Sou corps est peint en bleu sur tous les
obligèrent les migrations à reprendre la route médi- monuments. Son sceptre à tête de levier est le si-
terranéenne vers l'ouest, où ce courant rétabli les fit gne de la vie, la croix ansée est le symbole de la
arriver à la suite des colonies phéniciennes : les vie divine. Son buste est ici serré dans un corselet
Tyrséni&iiSj au nord de l'embouchure du Tibre ; les formant comme une cuirasse imbriquée. Ainsi qu'on
Sardanes, dans l'île qui porte leur nom, la Sardaigue, le voit aux dieux mâles n"* 10, 11 et 14, on trouve

taudis que, d'un autre côté, les Philisti, arrêtés, à son menton un appendice eu forme de barbe tressée
demeurèrent eu Syrie. que l'on tient pour être postiche. Le schenti rayé
Dans cette personnification de l'Egypte qui forme complète le costume.
la tête de l'étendard, on observe que le capuchon
rayé est fixé par un cordon en jugulaire. Les deux
N° 13. — Buste de Malouli. (Temple de Kalabschi.)

bras levés qui surmontent le klaft, signifient dans


Ce Dieu formait avec Horus son père, et Isis, mère et
les hiéroglyphes, la hauteur, l'exaltation, la joie. Cet femme d'Horus, la triade finale du sj'stème religieux
étendard accompagne Eamsès III dans la suite des dont Ammon, Mouth et Khons composaient la triade
tableaux de ses victoires qui se trouvent dans le initiale. Ce souverain divin de Kalabschi réunissait
temple d'Ibsamboul, et il est aussi auprès de ce ou du moins les principaux in-
eu lui les caractères
Pharaon lorsqu'il massacre de sa hache d'armes un signes des deux grandes divinités de l'Egypte Am- :

groupe de prisonniers asiatiques. mon-Ra, Amon-Soleil et Phé ou Phri, le Dieu soleil.

N° 10. — Buste d'Horus. (Temple de Kalabschi.)


Ce seigneur de Talmis, du nom donné à Kalabschi
par les Grecs, est le Mandou-U des Proscynéma grecs.
Ce Dieu était adoré dans plusieurs nomes de la basse Il est coiffé du klaft rayé et de la haute mitre
Egypte; il symbolise l'éternel renouvellement delà rouge son disque est jaune, et le dieu teint lui-même
;

divinité, et même, sous le nom de Eorœris, il re- de cette couleur apparaît comme dans le rayonne-
Ijrésente la préexistence divine. Le soleil meurt, mais ment même de la lumière du disque.
il renaît sous la forme d'Horus, fils d'Osh-is, et soleil
levant il est le vengeur de l'être bon. L'avènement N° 11. — Cneph, Chnouphis, Chnoumis, Noirm ou
d'un pharaon était un lever d'Horus, un lever de Khnoum. Pronaos du grand temple de Philœ.
soleil.
Ce dernier est encore un dieu solaire, avec ses cou-
N» 11. — Buste de Moui. (Grand temple, leurs consacrées et sous la forme d' Ammon adorée en
ile de Philœ.) Nirbie, et particulièrement aux cataractes. Son titre
le plirs fréquent est celui de fahricateur des dieux et
'

Moui ou Meus, la pensée, la raison, est une des nom-


des hommes. Dans ce rôle, il façonne sur un tour à
breuses transformations de Thoth, l'Hermès égyptien
auquel on donnait la tête de l'ibis, comme symbole potier une figure d'homme ou plutôt lœuf mysté-
rieux d'où la légende faisait sortir le genre humain
du cœur et de l'intelligence. La plume que Moui
porte droite sur le Idaft rayé doit appartenir à cet et la nature entière. Il est simplement coiffé du
animal. klaft rayé, vêtu du corselet serré soutenu par
deux bretelles, et du schenti à raies. Il a le cordon du
N" 12. — Ammon-Ra. (Grand temple de Philœ.) chef suprême, le collier et les bracelets. Il tient la

Ammon, qui veut dire caché, mystérieux, est le créateur croix ansée et la coupe de la vie.
du monde et le générateur Ka est le nom du ;
soleil, de Ces dieux trônent sur des sièges garnis d'une ta-
toute antiquité le dieu national de l'Egypte entière. pisserie et accompagnés du marchepied qui consti-

C'est à partir de la XI'= dynastie, c'est-à-dire aux dé- tue véritablement le trône.

Documents tirés du grand ouvrage de ChampoUion jeuhe sur les Monuments di l'Èffi/pie ci de t'a Nxilie.

PI
Voir pour le texte: ChampolUoti jeune ^ Panthéon égyptien, Paris; 182oj — ChampoUion Fiyeao, l'Egypte an-
cienne, Univers pittoresque; — M. G, Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 1876, Hachette, édit.;
— il/. Paul Perret, Dictionnaire d'archéologie égyptienne, Paris, 1875 ;
— J, G. WiUdtiso», The Manners and
custums of the ancients, édition revue par Samuel Birch, Londres, 1878, J. Murray, édit.; — M. René Ménard,
La Vie privée des anciens, 1880, Paris, Morel, édit.

V
$
^I
EGYPTIAN EGYPTIEN AEGYPTISCH

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SSSSSSS¥ER
Val] et lith. ïrap. "FirnuD Didot.eT, C^^. Paris

H
I
EGYPTIEN

MOBILIER

LITS, DIVANS ET TKONES

Les spécimens du mobilier égyptien contemporain de constructions qui remontent à


trois et quatre mille ans ne se peuvent retrouver, dans un pays où l'habitation particu-
lière n'a laissé aucune trace, sauf dans les peintures conservées sur les murs de certains
édifices. Celles de ces peintures que nous reproduisons proviennent de Tlièbes, où elles ornent
le tombeau de Eamsès IV, l'un des rois de la XX" dynastie, commencée en 1279, et ter-

minée en 1101 avant l'ère chrétienne.

Les Egyptiens avaient des lits pour la nuit et des lits de repos pour le jour, espèces
de divans ou canapés de dimensions variées ; ils ne se servaient pas de lits pour les repas :

c'était un usage asiatique qu'ils n'avaient pas adopté. La couchette de nuit est clairement
indiquée dans nos peintures par le chevet mobile que l'on voit aux n"" 5 et 7. Elle est
droite, parfois légèrement courbe, se prêtant à la flexion du corps, et montée sur quatre
pieds figurant les pattes d'un quadrupède ; elle est assez élevée pour nécessiter l'emploi d'un
marchepied à plusieurs degrés. La charpente est de bois ou de métal ; le fond du lit

estun réseau de cordelettes attachées au châssis réseau épais, serré, légèrement élastique,
;

dont on voit un fragment antique au musée du Louvre, et qui est encore en usage. La
construction comporte, en outre, un battant de pied plus ou moins haut arrêtant le

matelas dont la couche est garnie. Ce matelas peu épais, relevé légèrement du côté de la
tête, est couvert d'une housse dont l'extrémité passe par-dessus le battant. Quant au che-
vet mobile servant d'oreiller, appelé ouol, dont on trouve une représentation pittoresque
dans notr<i planche ayant pour signe le Pantalon, c'était un appui dur en usage dans toutes
les classesles riches y employaient des matières précieuses finement travaillées
; Yoiiol ;

dont nous venons de parler, appartenant au Musée du Louvre, est en ivoire. Il y en avait
,

en albâtre oriental, avec un pied cannelé ou de forme simple orné d'hiéroglyphes gravés,
parfois peints en bleu, portant le nom et les qualités de leur propriétaire ; d'autres étaient

d'un bois rare. On se servait, pour ceux d'un genre plus ordinaire, de tous les bois du pays,

le sycomore, l'acacia, le tamarix, etc. — Les plus pauvres, couchant simplement sur la

natte, se contentaient de l'ouol de pierre ou de terre cuite. Le climat explique l'usage de

ce genre d'oreiller dur, soutenant la tête du dormeur autour de laquelle l'air circulait libre-

ment, et lui évitant tout contact échauffant, insupportable dans les contrées à haute tem-
pérature. On retrouve encore aujourd'hui le chevet égyptien en Nubie et en Abyssinie,
et des oreillers de même genre au Japon, en Chine, en Amérique et sur quelques points
de rOcéanie. La forme demi-circulaire, large, s'explique par la coutume des Egyptiens de gar-
der leurs coiffures compliquées le plus longtemps possible ; on ne pouvait recommencer
tous les jours tant de boucles et tant de tresses ; l'ouol, d'où la tête du dormeur ne pouvait
glisser, était nécessaire pour conserver la chevelure intacte. Les Egyptiens, au rapport
d'Hérodote, s'abritaient sous le moustiquaire, indispensable dans les pays chauds ; il est pro-

bable que le battant de pied de la couchette, beaucoup plus haut qu'il n'est utile pour rete-
nir un matelas posé d'ailleurs sur un plan horizontal, était élevé pour servir de soutien à ce

moustiquaire.
Les lits de repos pour le jour paraissent désignés par la présence du disque solaire
monté comme un miroir de métal. Les n"' 3, 4 et 6 font voir que ces hts de jour étaient garnis
d'un grand coussin ou matelas plus épais que celui de la couchette ; ils étaient inclinés

disposés en accotoirs, non housses. Le quadrupède debout, faiblement ébauché dans le lit

pour la nuit, se complète ici de toutes ses parties principales : outre les quatre pieds,

il a la tête et la queue ; le matelas épais figure le corps. C'est, en somme, l'animal qui fait

le meuble et lui donne sa physionomie particulière, selon qu'il s'agit du hou, du bélier, du
chacal, de l'hyène, du singe, du bœuf, du sphinx, etc.

Le choix de ces figures n'était pas indilférent chez un peuple où les croyances et le culte
étaient mêlés à la vie intime de l'homme ; où, du temps des empereurs, il était encore
en usage de mettre les diverses parties de son corps sous l'influence et la protection de
planètes, désignées par l'astrologie, sans compter les dieux consacrés par le culte. Les pré-
cautions à prendre étaient singulièrement étendues chez des gens qui admettaient, par
exemple, ainsi que l'ont révélé les tables des constellations, que, à l'heure XI°, la tête ou
couronnement du lion influe sur le cœur ; à l'heure X°, le quadrupède Menié, le lion marin,

sur l'œil gauche ; à l'heure IX", les serviteurs du Mente, sur le bras gauche, etc., etc., ainsi

pour chaque heure de la journée. Lorsqu'on sait que par leurs figm-es hiéroglyphiques les

Égyptiens exprimaient jusqu'à des idées métaphysiques : le lion, la force ; l'abeille, la royau-

té, etc., et que la foule, déjà si considérable, des dieux de leur panthéon, êtres et choses,

animal ou plante, s'augmentait encore des trois formes hiératiques propres à chacun d'eux ;

telle, par exemple, que la forme humaine pure avec les attributs spéciaux au dieu ; le corps
humain avec la tête de l'animal si:>écialement consacré à ce dieu ; l'animal lui-même avec

les attributs spéciaux du dieu qu'il représentait, les signes caractéristiques formant la coif-
fure suffisant pour préciser la divinité, on se rend compte de l'immense domaine dont dispo-
saient les artisans égyptiens pour varier la physionomie de leurs meubles, quel que fût
d'ailleiu-s le choix d'un chent que ses craintes comme sa dévotion rendaient si attentif. Rien
de plus favorable ne pouvait se rencontrer pour le développement des arts que ce poly-
théisnie symbolique à trois thèmes. L'ingéniosité des Egyptiens en a tiré ce parti merveilleux
qu'il est rare de rencontrer même parmi des choses identiques à première vue, deux

objets absolument semblables. Le symbole d'un dieu sous la forme animale, adoptée par
eux pour leurs lits, donne aux meubles de ce genre une tournure toute particulière, très

caractéristique, absolument étrangère au décor architectonique employé chez tant d'au-


tres peuples de toutes les époques. Parmi nos spécimens, le n° 3 offre l'exemple d'une di-
vinité d'ordre supérieur coiu'onnée de son symbole spécial ; la vache avec le disque et deux
plumes recourbées entre les cornes : c'est la déesse Hathôr, la Vénus égyptienne, l'Aphro-
dite des Grecs. Tous les hts n'offraient pas cette franche unité de signification; parfois,
les pieds de devant et ceux de derrière du Ut ne sont point de même genre ; au devant ce
sont ceux d'un lion, à l'arrière ceux d'une gazelle : anomalie apparente dont l'explication
reste dans le domaine de la conjectm-e. Il y a encore tel de ces lits qui semble tout à la fois

dédié à trois divinités, ayant la tête et la queue du lion, à l'arrière des pieds de gazelle, à
l'avant des jambes humaines dans leur entier. Celui que nous citons et qui a été donné par
Champollion, figure dans ime scène oîi l'appareil funéraire est presque complet ; on y voit
les quatre vases canopes ; la momie est étendue sm- le châssis horizontal dont le matelas est

enlevé. Le lit funèbre ne différait pas des autres. Les n™ 1 et 2 montrent que, jusque dans
leurs meubles les plus simples, les Égy^stiens trouvaient encore le moyen de rappeler quel-

qu'une de leurs divinités par la forme des supports; quoique les pieds de ce ht et de ce divan,
tournés les uns vers les autres, semblent exclure l'idée de la représentation figurative d'un
quadrupède, on voit par ces derniers exemples qu'il leui suffisait de peu, au besoin, pour
en évoquer le souvenir.
Les meubles étaient en bois communs, en bois rares et exotiques, en métaux ornés de
dorures ou ciselés. On fabriquait avec le même soin les marchepieds, les lits, les divans,
les armoires à deux portes, les buffets, les tablettes, cassettes et coffrets. On incrustait le

bois d'ivoire et d'ébène. Les chaises, les fauteuils à bras étaient garnis, recouverts de ri-

ches étoffes, unies, brochées, brodées, teintes et peintes, en lin, en coton ou en soie. Le
tabouret était semblable pour l'étoffe au siège dont il était l'accessoire. La chaise égyp-

tienne ordinaire, dont on se servait sans marchepied, était un siège bas, profond, à dossier

renversé peu élevé, à fond canné (voir notre planche ayant pour signe le Tonneau). Les
n"' 8, 9, 10 et 11, sont sensiblement différents du siège domestique. Ces quatre chaises sur-
haussées, sont de véritables trônes, de la famille de ceux que l'on donnait aux dieux, et sur
lesquels figurent les Pharaons dans des marches triomphales, sous le dais du palanquin ou
sur son plancher nu; l'un est un fauteuil à^-br-as, l'autre est un pliant. Le lion, le vautour
victorieux, des vaincus au3r"Bras liés, etc., montrent la nature des emblèmes dont on
décorait les meubles de ce genre, pour lesquels il n'était pas de trop grand luxe.

Documents recueillis par Ghampollion jeune : Monuments de l'Egypte et de la Nubie,


Firmin-Didot.

Voir pour le texte : Ghampollion aine, l'Egypte ancienne ; Univers pittoresque. —


Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians. — John Hungerjord Pollen,
Catalogue du South Kensington Muséum.
EGYPTIAN EGYPTIEN AEGYPiriSCH

Vallet, lith. Imp Firmin Çidoi. cl C^^. Paris


W^\

-M
EGYPTIEN

USTENSILES DOMESTIQUES. — COSTUME SACERDOTAL.


LA GRANDE HARPE.

N" 1. sente aucune inscription hiéroglyphique , il paraît


remonter à l'époque des anciens Egyptiens. Il a été
Boîte à parfums , dont le contenant est un vase porté
trouvé à Memphis parmi d'autres antiquités. La par-
par une esclave le soutenant d'une main, et tenant
tie supérieure devait porter une virole de peau et
un sac de l'autre (allusion fréquente aux tributs
avoir une petite soupape de cuir pour fermer l'ins-
d'aromates prélevés par l'Egypte sur certaines na-
tions vaincues). — Le vase saillant s'ouvrait en évo-
trument après avoir
encore aux ventouses
fait le vide, ainsi

employées aujourd'hui par


qu'on le voit

luant sur un axe situé à sa base, ainsi qu'on en voit


les barbiers arabes.
des exemples dans la planche dont le signe est une
Idole. Cette boîte est en bois de sandal peint et doré. N" 7.

N° 2. Vase sous les deux aspects de la statuette accrou-

Offertoire en cartouche régulier. — La décoration de


pie dont il est formé. — C'est un petit récipient ser-
vant à contenir le stîbîum, l'antimoine en poudre
cet ustensile montre la nature de sa destination :

ou toute autre préparation analogue du surnié des


c'est une cuiller pour la présentation de parfums li-
Orientaux. On y trouve encore le style pour l'applica-
quides. On y voit des poissons dans de l'eau courante,
tion du collyre sur le prolongement habituel de
des plantes aquatiques. Le manche est formé d'une
l'angle externe des yeux.
branche de lotus, s'épauouissaut en fleurs d'un côté,
de l'autre se terminant par une tête de cygne. Cet N" 3.
objet est marqué de noms royaux contenus dans
l'encadrement ordinaire ; cette inscription avoisine Offertoire ou cuiller à parfum, eu albâtre;

l'objet représenté dans notre planche.


N" 4.

N» 18.
Offertoire en ébène. — Ce clief-d'œuvi'e de goût et d'élé-
Fragment de boîte à parfums , du système évoluant gance représente une Éthiopienne au corps nu, pa-
décrit dans la planche au signe de l'Idole. rée seulement d'une coiffure édifiée avec soin, d'un
large collier et d'une étroite ceinture , bijoux autre-
N" 17.
fois dorés. C'est encore aujourd'hui, toute sembla-
Petites pièces émaillées paraissant avoir appartenu à ble, fabriquée en cuir et en verroterie, la ceinture des
divers jeux; car elles sont figurées de même forme danseuses d'Egypte, des Nubiennes et des noires.
et de même grandeur, et seulement de couleurs diffé- Cette statuette au corps horizontalement étendu,
rentes, dans les représentations peintes ou sculptées. en une des poses de la natation, soutient sur ses bras
le récipient destiné au cosmétique. Il est fermé par
N» 8.
un couvercle et offre la figure d'un poisson. Cet élé-

Ventouse en corne. — Bien que cet instrument ne pi'é- gant ustensile, qui porte la légende royale d'un Pha-
raon de la XVIII' dynastie égyptienne, est de dix 14, destinées à im cordonnet de suspension, que l'on
hnit cents ans environ antérieur à l'ère chrétienne. portait sur soi ces flacons de petite dimension, conte-
nant des essences subtiles ou même des sels volatils.
N» 27.
N°» 26 et 27.
Fragment d'une statuette du même genre; cette coif-
fure caractéristique est intéressante.
Prêtres jouant de la harpe. — Ces prêtres étaient rasés
et épilés par suite d'ime prescription générale. Il
N" 10. leur était enjoint, suivant Hérodote de prendre ce
soin tons les trois jours. Il entrait, dit-on, dans cette
ilirolr en métal poli, à manche d'ivoire. prescription une idée de pm-eté, de propreté corporelle,
que paraissait exiger le commerce des prêtres avec
n'^ 13 et 22. les dieux et l'administration des choses sacrées. Le
choix du tissu pour le vêtement était wne consé-
Boîte de toilette à compartiments avec son couvercle ;

celui-ci glisse sur deux rainures


quence directe du même Les prêtres égyp-
principe.
et devait être fixé
tiens ne devaient être habillés que de robes de lin
par une espèce de loquet jouant sous la pression du j

ces tissus procuraient des vêtements très fins, très lé-


bouton saillant.
gers, d'une blancheur éclatante ,
propres à toutes les
N° 2.3. saisons sous un climat doux, facilitant poirr les gens

du sacerdoce l'entretien de la propreté prescrite, qui


Boîte minuscule en sapin. — Elle renfermait une bague exigeait des soins méticuleux car il en était pour le
;
en or portant le nom d'Amaunoph II, qualifié de fils
prêtre égyptien comme pour le prêtre juif, qu'un in-
d'Amon-Ra, l'être suprême, simple titre honorique.
secte mort sur la peau ou trouvé dans les habillements

N» 20. exposait à des peines sévères. Il n'y avait guère d'au-


tre diversité dans le costume de ces prêtres que quel-
Chevet appelé oitol. — Ces chevets en bois , destinés à ques insignes caractéristiques selon le rang ou le cul-

supporter la tête pendant le sommeil, sont encore te desservi, car on portait suspendues au cou des
en usage sur les bords du Nil. Plusieurs peuples figures de dieux ou de déesses ou de& images symbo-
anciens employaient des chevets semblables ; on en liques. Le sckenti, la courte tunique, était le vêtement
trouve au Japon, en Amérique et dans quelques îles habituel, vraisemblablement pour l'intérieur. La ccr/cf-
de l'Océanie. siris, plus longue et plus ample, couvrait le scbenti.
— Les magnifiques instruments maniés par ces deux
N° 5.
prêtres diffèrent des harpes modernes eu ce qu'ils

n'ont point de soutien antérieur, on ne doute point


Peigne simple.
ce pendant que la tension des cordes n'y fût parfaite.
On les appelait buni. Les plus grandes hai-pes égyp-
N°' C, 9, 11, l?, 14, 15, 16, 19, 21 et 24.
tiennes connues ont sis pieds et demi de hauteur.
Vases de matières diverses et de formes différentes Le nombre des cordes de celles représentées ici, est

servant à la toilette. — Ces petits objets sont, en de onze pour l'une, de treize pour l'autre. Il existe

général, des onguentaires ou des récipients propres une harpe triangulaire au musée du Louvre, en par-
à la manipulation dos cosmétiques. fait état de conservation, qui possède vmgt et une
cordes. Ces beaux spécimens de l'art égyptien parlent
N" 9.
d'eux-mêmes et n'ont pas besoin de commentaire; on
Ce numéro offre un exemple de la fermeture em- voit qu'on les faisait résonner avec la main, sans le
ployée avec la disposition à plat de certains cols plectre, les doigts pinçant les cordes. Ces harpes sont
de vases. Elle paraît être absolument du même représentées dans les peintures du tombeau de Eham-
principe que la fermeture dite à l'émeri employée sès IV, le premier roi de la XIX"^ dynastie, com-
par les modernes. On voit par les anses des n™ 9, 12, mençant 1474 ans avant J.-C.

Tous ces documents prmiennent des Monuments de l'Egypte et de la Nubie, par ÇliampolUon Jeune, et des
Monuments égyptiens ^jn»' Prisse d'Avesties, qui leur font suite. [Firmin-Didot.)
EGYPTIAN EGYPTIEN AEGYPTISCH

Massiaslith. Imp
.

"Finniii Didot, et G".Parii


ÉGYPTIEN

USTENSILES DOMESTIQUES.

N»' 1, 7, 21, 27 et 28. qui précèdent de plus de mille ans leurs plus belles
productions. Ce sont encore des onguentaires, des
Vases figiirant dans une peinture représentant l'inté-
flacons à, odeurs, servant à contenir des eaux parfu-
rieur d'un cellier. On trouve de nombreux exemples
ou de
mées ou des huiles. Ils étaient faits d'albâtre,
de vases en grès de ces formes diverses au musée du
pierres fines ou de verre; c'est de cette dernière subs-
Louvre. Ils mesurent de 0'"12 à 0'°20 centimètres.
tance que sont les originaux conservés au musée de

N" 7, 25, 27 et 28. Naples. (Le n° 9 semble plutôt unbouchon qu'un vase;
il se trouveau musée du Louvre un exemple de
Tases de la famille des ampoules, terme générique
figure analogue qui esten os et mesure 0™04cent. de
qui s'appliquait à des vases de petite dimension dont
hauteur.) Les albâtres employés pour ces petits
le corps était gonflé comme une vessie. C'étaient des
objets, d'un grain fin susceptible d'un beau poli,
onguentaires où l'on mettait surtout les huiles par-
étaient fort variés. Les Égyptiens tiraient l'albâtre
fumées et les pommades. calcaire et l'albâtre gypseux des environs de ïhèbes

N"' 3 et 16.
et de la ville d'Alabastron, dans la même contrée.
L'albâtre veiné ou rubané, présentant des zones plus
Comestibles dans des corbeilles, comme celles portées
ou moins foncées, était utilisé en même temps que les
par les canéphores figurant au milieu de tributs dont
,
albâtres en pâte homogène plus ou moins transpa-
un scribe dresse la liste. rente. L'albâtre onyx, le marbre agathe et l'albâtre

fleuri étaient tirés des montagnes de l'Arabie.


N» 15.

Tases en .verre émaillé (ampoules). Ceux de même na- N" 34.

ture air Louvre ont en hauteur 0"'20 cent. Petit vase,ou boîte à parfum, avec son couvercle, re-
présenté dans une offrande faite par un chef asiati-
N" 2, 9, 13, 14, 21 et 33.
que au roi Thoutmosis IT, mort en 1C87, avant l'ère
Tases de formes variées des plus élégantes remontant , chrétienne.
ainsi que les exemples précédents au XTII" siècle
N°' 23 et 38.
avant l'ère chrétienne. Les Grecs, ainsi que le fait
remarquer ChampoUiou, durent connaître ces formes Amphores bouchées de terre émaillée.

Les Vcases formaient chez les anciens la plus belle et la plus riche partie de leur ameuble-
ment. Ces deux spécimens sont de magnifiques exemples du goût que les Egyptiens appor-
taient dans la conception et la décoration de cette partie du mobilier.
Len" 38 qui, sur son trépied, retrace encore aujourd'hui la forme du hardach, le vase d'eau
de terre spongieuse servant de temps immémorial à clarifier l'eau du Nil et à la rendre fraîche,
représente par excellence l'ampliore non sessile, celle qui ne peut s'asseoir d'elle-même, se re-
poser. Ce vase, disposé en hauteur afin de contcuir beaucoup de liquide tout eu tenant peu
de place, était fiché la pointe dans le sahle de la cave on du cellier, ou posé sur un trépied
garni d'un cercle. L'ampliore, expression grecque, la chose à porter des deux côtés, c'est-à-dire
que l'on peut saisir par deux anses, était souvent d'une dimension qui exigeait pour son trans-
port le concours de deux hommes ; les deux oreilles, diota, étaient employées en ce cas pour le

passage d'une courroie de suspension soulevée par une traverse dont le bois reposait sur l'é-

paule de chacun des porteurs. Dans le principe les amphores étaient en terre cuite. Puis il
y
en eut de bronze, de marbre et de différentes matières. Elles servaient à contenir des liqui-
des, du vin, de l'huile et même du miel. On les transportait dans les salles de festin, on les y
posait sur leur trépied. Les Egyptiens eux-mêmes tirèrent parti de la forme élégante de cette

jarre en y ajoutant un pied, comme le montrent surabondamment les petits flacons bouchés
ou non, n°^ 2, 13, 14, 18, 22. C'est cette dernière forme qui fat adoptée par les Athéniens
pour les amphores ornées de peintures contenant l'huile des oliviers sacrés qui se donnaient
en pris aux vainqueurs des Panathénées.
Le n° 23 est une amphore dont le bas tronqué droit fait une amphore sessile. Le col court

du vase se trouve largement pris entre deux encolures de chevaux dis])osés en bifrons. C'est
l'attelage d'un bige égyptien, richement housse et harnaché comme on le voit aux chars
d'apparat avec son panache en plumes d'autruche. Il est à croire que ces plumes, dont la
courbure empêcherait la sortie du haut et large bouchon du vase clos, devaient pivoter sur
elles-mêmes. Ce vase, avec son ample fermeture a tous les caractères d'un vase balsamaire.

Ces deux modèles proviennent des peintures des tombeaux de Kourna, à Thèbcs, qui sont du
XVI° siècle avant l'ère chrétienne.

N" 8. Ce .vase à panse opulente, à large ouverture pour le passage de la cuiller profonde
qui servait à remplir les coupes des convives, avec les tigres qui lui servent d'anses, est le
vase bachique par excellence. Il était primitivement de terre, puis on le fit de bronze on de
l'un des métaux précieux. Il nous semble que le vase de poterie, appelé lagcna, décrit par
Apulée comme ayant un corps plein qui s'enfle ainsi qu'une gourde, un col court et un pied
pour le tenir, vase qui était surtout destiné à contenir du vin, mais que l'on employait aussi
à d'autres fins, comme de garder des fruits, etc., devait beaucoup se ra]3procher de cette
forme.
N" 32. Sac de poudre d'or, en usage pour les transactions commerciales.
Tous les objets qui i^récèdent ont été recueillis sur des peintures de Tlièbes, d'Klethya, etc.
Ceux qui suivent, et dont la plupart se trom-ent an musée du Loiivrc, sont en nature. Nous
donnons la dimension de ceux que nous avons ]iu mesurer sur les originaux.

Il y en a de deux sortes : les offertoirs ou cuillers à ]>ai'riuiis, et les boîtes à iiarfums. Les
premiers sont : N""" 4, 12, face et revers, long. 0™25 ; 6,10, face et revers ; 17, long. 0'"12 ; 19,

long. 0'"18; 20, long. O'^lô; 26, long. O-^IO ; 29, long. 0'"20 ; 31, long. 0™15 ; 35, long. 0™22 ;

37, long. 0'"18 ; 40, long. 0™20 ; ils sont tous en bois, et ont été principalement trouvés dans
les tombeans de Konrna.
Pendant longtemps les aromates ne furent employés que pour les cérémonies religieuses et
les embaumements, mais les Égyptiens cherchèrent avec le temps à rendre plus agréables, plus
salutaires, les fréquentes ablutions auxquelles les obligeait leur climat, et, pour obtenir
les onctions parfumées, ils commencèrent par s'adresser aux prêtres qui leur vendirent les
parfums confectionnés dans les laboratoires des temples. La toilette, qui était pour les ri-

ches Égyptiennes une affaire de grande importance, exigea dès lors de nombreux objets,

car les parfums, les opiats, les électuaires de toute sorte étaient fort variés, et les artisans s'in-
génièrent k trouver des combinaisons nouvelles eii rapjiort avec la nature particulière de cha-

que espèce. Ils disposaient pour ces ustensiles domestiques d'une liberté qui leur était inter-

dite dans les choses du culte; leur aimable et ingénieuse fantaisie nous a valu des objets
mobiliers dont le style élégant reflète toujours les principes les plus élevés de l'art. Disons,
en passant, que^ lorsque l'on faisait usage de ces patères de bois pour y brûler quelque par-
fum, c'était en y posant un petit récipient de matière résistante, comme on le voit dans les

sacrifices.

Les formes de cet ustensile sont variées, et affectent souvent celle d'un cartouche réguher
au bout d'un manche dont le lotus des deux espèces, en boutons et en fleurs ouvertes, avec
Ees tiges ajourées, est pour ainsi dire le fond. C'était d'ailleurs bien la place de cette fleur
élégante, car les Égyptiens qui en aimaient l'odeur devaient se plaire à en retrouver l'image.

Parfois quelque figure de serviteur découpait sa silhouette dans les tiges de la fleur. —
Dans le n° 26, c'est une joueuse de mandore. —
Dans le n" 31, la figure d'un esclave portant
un plateau chargé et monté sur un esquif semble faire allusion à la lu'ovenance éloignée
des parfums qui venaient de l'Arabie et des Indes. Quant au n° 40, c'est une servante —
revenant du marché rapportant des comestibles et des fleurs épanouies du lotus aimé.
Les boîtes à parfums étaient fermées jiour empêcher l'évaporation. Les unes étaient des
cassolettes, comme lesn"*^ 5, 11, ce dernier donné par M. Prisse d'Avesnes, comme un de ces
bouquets a;rtificiels dont chaque fleur contenait un flacon d'essence. Celui-ci est un bijou de
suspension, ainsi que le démontre l'anneau formé ingénieusement jsar les tiges. Parmi les

autres boîtes on en trouve comme les n"'' 36, 39, 41, dont le contenant, sous forme d'un
vase porté par une figure humaine, s'ouvrait en évoluant sur un axe que l'on remarque à la
base et se fermait avec un bouton que l'on voit n° 41. Ces trois figures, toutes de carac-
tère asiatique, représentant des peuples vaincus, courbés sous le poids du service qui leur est

imposé, sont une allusion directe aux tributs d'aromates que les Égyptiens imposaient
aux nations conquises, ainsi que les prêtres l'expliquèrent à Germanicus lorsqu'il visita
les ruines de Thèbes (Tacite, Annales).
Ces boîtes sont en bois comme les offertoivs. On y employait le plus souvent le bois de

sandal, à la teinte rougeâtre, et aussi le sanclal jaune et le sandal hlanc qui ont l'iin et l'autre

une odeur fort agréable. On se servait également des diverses variétés de l'ébène. Ces bois
étaient peints et dorés.

{Documents recueillis 2Mr Ghampollion jeune : Monuments de l'Egypte et de la Nubie,


Firmin-Diclot.)
EGYPTIAN EGYPTIE AEGYPTISCH

Msssias dti
EGYPTIEN

MOYENS DE TRANSPORT.
PALANQUINS ROYAUX. — BATEAUX.

1 2

3 4

5 6

Le jour solennel du triomphe d'un roi vainqueur n'était point celui de son retour dans
la capitale. Le souverain , après s'en être approché, monté sur son char, sui^i des colonnes
des prisonniers pi-is parmi les diverses peuplades vaincues, rentrait à pied dans la ville
royale, et s'en allait d'abord au temple rendre grâces aux dieux et leur faire hommage de
ses captifs. Le triomphe était l'olîjet d'une cérémonie ultérieure. Ce jour-là, le souverain se
rendait de son palais au temple, assisté par tous les grands de l'Etat. Un corps de musique
ouvrait la marche ; les parents, les familiers du roi, les pontifes, les fonctionnaires publics

de divers ordres, formaient la première partie du cortège; venait ensuite, seul, le fils aîné
du roi, ou l'héritier présomptif de la couronne, brûlant de l'encens devant le vainqueur;
celui-ci était porté dans un naos, ou châsse richement décorée ,
par douze chefs militaires
dont la tête était ornée de plumes d'autruche. Le monarque , décoré de toutes les marques
de son autorité supérieure, était assis dans la châsse, sur un trône élégant, que couvraient
de leurs ailes des images d'or de la Justice et de la Vérité. Un sphinx à face humaine, sym-
bole de la sagesse unie à la force, et un lion, emblème du courage, étaient figurés auprès

du trône. Des officiers, à pied, élevaient autour de la châsse les flalwlla et les éventails
ordinaires. De jeunes enfants de la caste sacerdotale marchaient auprès durci, portant son
sceptre , l'étui de son arc , et ses autres armes et insignes. A la suite , venaient les autres
princes de la famille royale , les hauts fonctionnaires du sacerdoce, et les principaux chefs
militaires rangés sur deux lignes. Des mihtaires portaient les socles et les gradins de la
châsse ; un peloton de soldats fermait la marche ; la foule était partout.
,

Nons réunissons ici trois exemples du palanquin royal, n"' 1, 5 et 6 ; l'un comporte le dais,

le baldaquin, le naos on petit temple ; un autre est surmonté de Yumhella, le parasol ; le

troisième n'est qu'un plancher nu. C'est la chaise qui en était la partie la plus essentielle;

les dieux, les ancêtres, les rois, toutes les personnes vénérables, sont représentés assis :

c'est leur figure hiéroglyphique. Le siège surhaussé, le marche-pied , constituent le trône ;

la chaise ,
portée à dos d'hommes en nombre défini, tient à la i^rérogatiTe ;
quant à la forme
même du palanquin du triomphateur, on voit qu'elle n'avait rien de régulier. Ces palan-
quins ne se posaient point à terre ; loi'sque celui que l'on portait avait à en descendi'e , la

chaise, avec ses brancards, était posée sur un socle dont étaient chargés les gens de la

suite, connue on l'a vu plus haut, ainsi que du gradin portatif que l'on mettait devant
entre les brancards (ce socle, en charpente légère, figure dans notre n° 6).
La haute taille donnée aux souverains était le symbole de la puissance. Les trois souverains

représentés portent le casque militaire ; les n°° 1 et 6 avec le pschent, emblème du pouvoir
royal ; le n° 1 tient d'une main le fouet dont le manche a la forme du pedum, houlette : c'est

le double symbole de la direction et de la modération ; de l'autre main, il tient la croix

ansée , la clé du Nil , le signe idéographique de la vie. Le n° 5 a le pedum seul ; le n° 6, le

sceptre simple. La justice , Tmei, la vérité, Satë, reconnaissables à la plume qui surmonte
leur tête, niarques de la prééminence dans le tribunal, étendent autour du souverain des
bras protecteurs; le vautour, dont ces bras figui-ent l'aile, était l'emblème de la protection
divine, etc., etc. On aj^pelait œris les officiers militaires qui portaient le palanquin royal.
'L'anischir, l'encensoir en bronze dans lequel étaient brûlés les parfums offerts aux dieux
et a,ux rois, était formé d'une tige de lotus ; une tête d'épervier, ou d'un autre animal
sacré, terminait la poignée qui était quelquefois en bois sculpté, hes fahcUifères marchaient
à la droite et à la gauche du souverain. L'appareil en forme de bouclier, appendu à la cein-
ture des porteurs du palanquin, n° 5, ne doit pas arrêter l'attention. C'est un cartouche
dont usaient parfois les peintres égyptiens pour y inscrire le nom et la qualité des personnages.

Enfin, on remarque que dans le groupe n° 1 , le souverain, ainsi que ses porteurs, sont char-
gés des tabtehs, la sandale à bout relevé en feuille de palmier, que ces porteurs ont de lon-
gues robes et ime double plume sur la tête, tandis qne ceux du roi Horus, n° 5, ont les pieds

nus , comme ceux de leur chef , une seule i^lume sur \e,m- tête , et ne sont vêtus que de la

courte calasiris. Cette différence exprime-t-elle un cérémonial de moindre importance, ou


n'est-ce qu'une question de temps, Horos appartenant aux âges légendaires ?

Le palanquin w" 2, de beaucoup moins d'apparat que ceux qu'on ^'ient de voir, a, an ca-

ractère usuel qui en rend le type au moins aussi intéressant que le grand naos. C'est une boite
peu profonde, affectant à son arrière la figure d'une chaise basse îi dossier, ayant les bras d'un
fauteuil. On y était assis, les jambes allongées , ce qui convient parfaitement au voyage ;

quatre porteurs, dont l'agilité est indiquée , suffisaient pour ce siège suspendu; les brancards
courts en excluent un pins grand noml ire. Un appareil d'assez grande dimension, ayant la
forme d'un van à base horizontale , assurément léger, puisque d'une seule main un homme
suffisait pour le maintenir, par sa traverse, à la hauteur uécessaire, mettait le chef assis
dans sa chaise à l'abri des rayons du soleil.

Les n"" 3 et 4 offrent des variétés du cange antique, conçu pour voguer avec la plus lé-
gère prise possible d'une eau si souvent ensablée, marchant, soit à l'aviron seul, soit avec la
voile et les avirons ; l'un est une barque aménagée pour le transport des dames, que l'on
voit regardant aux fenêtres ; l'autre est un bateau ponté, ayant la grande vergue conservée
par la dahieh moderne ; son naos en fait une des variétés de la lari sacrée. Nous rap-
procherons ces deux exemples de nos documents nautiques sur l'ancienne Egypte.

Nos fragments froviennmt de Thèles ou de ses environs ,-


le n" 1 dit palais de Ramses IV, à
Bledinet-Halou; les n"" 2 et 3 du tombeau des Beni-Hassan ; le n" 4, de Bilan-el-llolouclc, le

n° 5 , de Djelel-Sdseleh {Silcilis), le n° 6, d^s peintures de Gournach ; ils sont tirés des Mo-
numents de rÉgy]Dte et de la Nubie par Champollion jeune et des Lettres écrites d'Egypte,
par le même; Paris-Didot.
ÉGYPTIEN

INTÉEIEUR D'UNE RICHE HABITATION DE LA HAUTC ANTIQUITÉ.


S A. —
Vestibule dont le sol en terre battue
permet l'entrée et la circulation des chars ;
les esclaves portiers y couchent la nuit.

B. —
Remise pour les chars et passage des
cheyaux.
C. — Écurie desservie par les palefreniers
qui prennent l'eau à donner aux chevaux
dans la fontaine de la pièce 0.
D. — Portique ou galerie de communi-
cation.
E B. — Pièces d'habitation usuelle ,
gar-
nies de nattes et de divans avec coussins,
servant de salles à manger ordinaû-es et
de chambres poiur la sieste.

F. —
Grande pièce pour la réception des
étrangers ou pour les grandes réunions
d'affaires. Là , le patron recevait ses
intendants et les esclaves gérants de ses
propriétés rurales.
— Grande pièce d'honneur où se don-
naient les festiûs et les grandes fêtes de
famille; elle servait de tablinitm et con-
tenait les statues des ancêtres renfermées
dans des niches creusées dans le mur et
closes par des portes.
.
— Communication entre le vestibule et
les communs le long du mur, on plaçait
;

les jarres d'huile et de vin.


L. — Cuisine.
M. — Dépendances de la cuisine.
N. — Pièce où se tenaient les esclaves
pour le service des appartements.
0. — Salle avec fontaine pour les ablu-
tions.
P. — Cour intérieure servant de patio ;

le plancher ajouré était garni de feuil-


lages et de rameaux de palmiers.

Q Q. — Cours des dépendances.

(iV. 5.) — Nous donnerons, dans


le texte général, la description de
toute cette maison reconstruite sur
le vu des dispositions intérieures
que l'on trouve à chaque pas dans
l'Egypte moderne, malgré les pré-
somptions du savant égyptologue
Plan.
M. Mariette-bey, G-uidé par les testes
anciens et appuyé sur l'immutabilité du peuple égyptien, nous n'avons pas plus hésité à aborder un sujet d'étude
aussi intéressant, que ne l'a fait M. Hermann "Weiss, Kostmnhunde, {&itiittga.vt, 1855-72, 3 vol. gr. in-S^, fig.)
. ,

Le plan d'ensemble et la vue pittoresque de la cour intérieure sont une restitution de


l'habitation égyptienne, telle qu'elle nous apparaît au temps de Menéphtab (que l'on ideu-

tenfie quelquefois avec le Pharaon de la Bible) , XIV*^ siècle avant l'ère chrétienne.

Il ne reste en Égjqjte aucun vestige de l'habitation privée antique. Là où les fondations


des nécropoles sont assises sous terre, sur le roc de granit ou d'albâtre, et restent intactes,
tout ce qui fut construit sur le sable mobile du désert, détrempé par le limon du Nil, a tota-
lement disparu.

La vue de la cour intérieure est prise du côté de l'entrée, à l'angle des portiques de gau-
che et de droite; celui de gauche, où sont suspendus les tapis, mène à la salle des ablutions;

derrière celui du fond, sont les pièces d'habitation usuelle. L'avant-corps, sans portique, est
celui de la grande pièce d'honneur pour les festins où aboutissent le portique du fond et ce-
lui de droite; enfin, ce dernier longe la salle de réception pour les étrangers (voir le plan
annexé). Au premier étage, sont les chambres d'habitation et de travail des femmes, non sé-
questrées comme chez les modernes, mais occupant toujours avec leurs enfants des apparte-
ments séparés.

^Tout est disposé dans cette cour pour la soustraire aux ardeurs du soleil et lui procurer de
l'ombre. Les encorbellements du premier étage, du genre des moucharabys modernes , sont
placés aux expositions sud, est et ouest, en laissant libre l'accès du vent du nord ; ils rétré-

cissent l'ouverture supérieure du côté où l'on peut avoir à souffrir de la chaleur. Les poutres
transversales, placées sur la terrasse et formant un plancher ajouré, sont destinées à recevoir
des veljims, des nattes, ou simplement des branches de palmiers. — Enfin, aux piliers sont
fixés des crochets de bronze pour suspendre des tapis on des étoffes de laine ou de poils de
chameau. — Un jardinet de trois ou quatre palmiers et de quelques fleurs, orné d'une statue
occupe le milieu de cette cour.

Le portique est dallé en grandes pierres blanches que dans le pays on nomme la balaite ;

les piliers, comme toute la construction du rez-de-chaussée, sont en briques crues recouver- ,

tes d'un enduit. — Le bois ne fait son apparition qu'au premier étage ; il sert aux planchers
des portiques, aux encorbellements et an treillage supérieur qui tamise le jour. — Le plafond
des portiques est fait de caissons formés par deux lastres d'albâtre en pierre, posés en fron-
ton et s'appujant sur des poutres en bois enduites de plâtre d'albâtre — Toute la décoration
est peinte sur l'enduit.

La philosophie religieuse n'attribuant à l'habitation privée qu'un caractère éphémère ,


les

matières précieuses n'entraient point dans sa construction


'
{Restauratwn par M. Paul Béiiard, arcAitecte, jmnle par M. Hoffbaiier.)
ASSYRIEN

COSTUMES, MEUBLES ET OBJETS DIYEES.

7 10

La civilisation asiatique, née snrles bords du Tigre et de l'Euphrate, qui eut Irait d'éclat

avec les empires de Ninive et de Babylone, et dont les monuments, si longtemps inconnus,
inexplorés, parlent aujourd'hui si haut, parait s'être étendue beaucoup plus au loin que celle
des Egyptiens. — Outre qu'à l'époque antérieure aux colonies grecques elle fut celle des Phé-
niciens et de toute l'Asie Mineure, elle fut aussi celle des Hébreux, et il devient chaque jour plus
évident que c'est à elle que remonte la civilisation de l'Europe entière. — L'empreinte pro-
fonde du vieil art assyrien , reconnaissable sur- tous les vieux monuments de la Grèce et de
l'Étrurie, dans les scupltm-es comme dans la peixrture des vases, a confirmé aujourd'hui à
tous la véritable origine de l'art des Hellènes, et déterminé le point de départ de la grande
route de la civihsation européenne.

Nous croyons utile d'insister de suite sur un de ces faits généraux dont la connaissance
importe aux artistes : tout fait présumer que la civilisation assyrienne, rivale en antiquité et
en durée de celle des Égyptiens, a servi de type au peuple hébraïque ;
les savants modernes
en ont trouvé la preuve en mille endroits des livres bibliques, d'un sens obscur, incompré-
hensible, jusqu'à la vue des objets rapportés de Ninive. — Les Hébreux, en contact avec la

Phénicie et l'Assyrie, ont la même origine et presque la même langue que les Assyriens ; ils

possédaient les mêmes institutions ;


— ces tiibutaires habituels de
• leurs voisins, longtemps
en servitude à Babylone, qu'Hérodote retrouve plus tard dans l'armée de Xerxès, emprun-
tèrent tout à leurs vainqueurs et particulièrement ce qui est du domaine des arts , dont l'exer-

cice leur est interdit par Moïse non moins iconoclaste que Mahomet. C'est ainsi que Hiram en-
voie à Salomon des Phéniciens pour la sculpture des lions, des taureaux, des Iceroulim placés
dans le temple de Jérusalem ;
non-seulement ces sculpteurs apportent leur ciseau, mais les

figures qu'ils laissent ne sont que des copies dont les originaux appartiennent à la symbo-
lique assyrienne. — Ces communications, ces affinités, autorisent donc ceux qui ont à traiter

de quelque scène biblique à rechercher ce qui concerne le costume et le mobilier dans les mo-
numents assyriens, et à les tenir comme propres aux Hébreux. — (Voir, à ce sujet, la lumi-

neuse notice de M. Adrien de Longpérier.)

Le n" 1 est un fragment de bas-relief représentant ^ssoMr-«M-&«Z, le Sardanapale des Grecs,

couché à demi sur un lit de repas, et la reine assise sur un trône composé d'un fauteuil
élevé, peu profond, garni de nattes ainsi que le haut tabouret servant de marchepied. — Le
roi est vêtu d'une tunique à manches courtes, étroite comme un justaucorps. La tête nue est

ceinte d'un bandeau en joaillerie ; de longues bandelettes frangées en descendent dans le

dos; il a des bracelets et des pendants d'oreilles; une couverture, avec un gland aux angles,
dont l'envers paraît garni de fourrure, couvre la partie inférieure du corps étendu. —
La chevelure et la barbe sont divisées avec ce soin méticuleux que les nations asiatiques y ap-
portaient alors et qui faisait dire au prophète Daniel parlant de Nabuchodonosor : « La che-

velure de sa tête est comme de la laine mondée. » — Les Assyriens, évidemment fiers de leur
chevelure et de leur barbe, les parfumaient, et, pour en égayer le noir de jais, y tissaient des

fils d'or, ou les recouvraient de poudre d'or. — Le souverain efféminé était peint et fardé.

Doris, cité par Athénée, raconte qu'Arbace, un de ses généraux, le trouva un jour fort

occupé à se peindre les sourcils. — Sardanapale élève une coupe qui peut être de métal,
d'albâtre , de porcelaine, ou même de cristal car
;
il existe des spécimens en verre transparent
portant le nom du souverain représenté ici, ce qui les reporte à environ 2,500 ans. Ce sont
les plus anciens connus.

Des esclaves aux longues robes frangées, à la tète ceinte aussi d'un bandeau, mais sans
bandelettes, agitent des chasse-mouches avec un mouvement rhythmique. — Le costume de
la reine sera décrit sur un exemple plus développé ; elle porte un bandeau de joaillerie, comme
celui du roi , mais dépourvu de bandelettes, comme celui des esclaves. Les chevelures des
femmes sont disposées comme celle des hommes, mais moins volumineuses. Leurs souliers

sont fermés.

Les coupes, à la hauteur de la bouche, semblent élevées pour une libation sacrée. La table

est d'ailleurs un de ces trépieds en forme de cuvette, dans lesquels on mettait l'eau et le vin

pour les repas et les sacrifices, et que l'on retrouve plus tard chez les Grecs et les Eomains.
— En avant, est le brûle-parfums que l'on allumait pour les souverains comme aux pieds
N ASSYRIAN S-SYRIEN ASSYRISCH

G-o-atz-willer litti Imp, PirininX'idot, C* Fans


des autels. Ces voluptueux Assyriens faisaient une grande consommation des aromat g les

plus précieux; ils se parfumaient le corps entier, et, dans leurs festins, l'agitation des casso-
lettes d'or emplissait l'atmosphère de nuages odorants, pendant qu'on arrosait les vêtements
des convives avec de l'eau de senteur. — Il y eut dans une de ces circonstances quinze sortes
d'onguents, au safran, au ciunamome, au nard, au fenugrec, au lis, etc., offerts au choix
dans des vases d'or, et les invités furent renvoyés chez eux, couronnés de fleurs. (Athénée.)

Les exemples 5, 6, 7 montrent que les simples soldats portaient la chevelure et la barbe
comme leurs chefs; on les coupait parfois aux vaincus, ce qui était un suprême affront. Chefs

et soldats avaient des tatouages : « Tous ils portaient, dit Lucien, à la tête et aux poignets

des stigmates en l'honneur de la déesse syrienne. » — Faut-il ajouter que les Assyriens, pro-
diguant tant de soins à leur chevelure et y attachant tant d'importance, connurent comme les

Égj'ptiens la fabrication des perruques et qu'ils en faisaient un large usage?

Le caractère du mobilier est dû aux principes de l'architecture assyrienne ;


— le lit de
repas, au dossier recourbé formant table, mérite l'attention ;
il est finement sculpté et orné
de ces animaux où la haute valeur des artisans assyi'iens se révèle. Ce meuble, comme le siège
de la reine, comme la table d'offrande, devait être incrusté d'ivoire, de nacre, de métaux ri-

ches, etc., ainsi qu'on les vit plus tard chez les Romains lorsqu'ils s'éprirent du luxe asia-

tique. — On se plaçait sur ce lit élevé, appuyé sur le coude gauche, et on mangeait de la main
droite, comme le firent les Grecs et les Romains.

Le n° 2 est une table d'offrande comme celle décrite ci-dessus. Les autres meubles 11°" 8
et 9 représentent une table basse et un siège en forme d'escabeau garni d'un coussin et de

franges pendantes avec son marchepied monté sur des pattes de lion. C'est aussi un siège royal.

Une épèe longue et droite (n° 3), que l'on portait ainsi que le carquois (n" 4), sur le côté
gauche, et le poignard droit (n° 10) qui se mettait dans la ceinture, appartiennent au costume
militaire, ainsi que les hauts boucliers des fantassins, dont l'un est une véritable barrière mo-
bile. — Les anciens dépeignent généralement ces boucliers (n"" 5, 6, 7) comme étant des tissus

d'osier recouverts de cuir.

( Ces fragments proviennent du palais de Nimroud, et de celui de Koyoundjih , construit sur


l'emjjlacement de Ninive, et que Ton croit être celui de SennacMrib ; — ils sont tirés des nom-
breuses sculptures d'albâtre que les fouilles de M. Layard et de son continuateur, M. Ormuzd
Rassam, ont mises au jour et qui sont aujourd'hui au Musée britannique. — Voir aussi les

ouvrages suivants : P.-E. Botta, Monument de Ninive; Paris, 1849-50, 5 vol. gr. in-fol. —
A.-H. Layard, The Monuments of Nineveh; London, 1849-53, 2 vol. in-fol. et Discoveries
in the Ruins of Nineveh and Babylon ; London, 1853, m-8. — F. Place, Ninive et l'Assyrie ;

Paris, 1867-70, 3 vol. gr. in-fol.)


•I
ASSYRÎAN SSYRIEN ASSYRISCH

Goutzev/illep, del. Imp, Firmin-Didot, C-' Pans


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ASSYRIE

COSTUMES ET ARMES. — POMPES ET CHASSES ROYALES.

L'haltère. Le sac.

1 4 6 6 7 8

3 9 10

Les sujets traités par les sculptures assyriennes ne comportent pas la représentation des
diverses classes de la société. Les Egyptiens ont montré dans leurs reliefs et dans leurs
peintures toutes leurs castes ; chaque classe, entourée de ses attributs, s'y présente dans l'ac-

tivité de sa vie habituelle. Ces renseignements précis font défliut pour la vieille Assyrie.
Des scènes de guerre, de chasse, de religion, dont la principale figure est toujours celle
du roi, voilà l'ordinaire.

Les monuments d'où sont tirés les sujets représentés, attestent que les Perses, après avoir

soumis les Mèdes, qui avaient déjà absorbé les Assyriens, s'approprièrent les usages mé-
diques. Hérodote, comme Strabou, les montre habillés des mêmes tuniques, laissant croître
leurs cheveux parfumés, coiffés de mitres, portant chacun un anneau et un bâton travaillé
artistemont, terminé à son sommet par quelque insigne, une pomme, une rose, un lys,

un aigle, etc....

La tiare droite entourée d'un diadème, appelée hjriasie, était chez les Perses l'insigne de
la souveraineté. Seuls, selon Plutarque, les rois de Perse portaient la tiare droite; les gé-
néraux, suivant Suidas, la portaient inclinée. La tiare royale était un cône tronqué au
sommet et surmonté d'une pointe rigide, droite. Dans le bonnet conique ordinaire des Perses,
qui était d'étoffe de laine probablement, la pointe s'inclinait en avant ou en arrière.
La robe médo-persique , allant jusqu'aux pieds, est la candys, /«vSui;. Cyrus l'avait em-
pruntée aux Mèdes. Elle était en lin ou en coton (hi/ssiis). La stole royale était teinte de pour-
pre, brodée d'or, garnie de pierres précieuses. Elien compare les plumes du paon à l'habil-
lement chamarré des Mèdes et des Perses. Le roi, ses cousins, ses principaux officiers, ses

eunuques, remplissant les fonctions de cliambellans, de conseillers et d'aides de camp, avaient


seuls le droit de porter la canchjs. Celle du roi était teinte de pourpre marine, celle des autres

de rouge commun, végétal ; le bas en était frangé ou plus justement orné de glands dont la
rangée avait la figure d'une frange. Les rois donnaient la candys en présent. Par- dessus
la longue robe on mettait une tunique plus courte, en laine, et sur celle-ci une chemi-

sette : c'est l'habillement que portaient les Perses à l'époque où Hérodote visita Babylone.
Le surtout à franges que l'on voit ici, n°' 2 et 3, recouvrant la stole, est selon toute ap-
parence la caunace dont parle Aristophane ; on l'appelait aussi la fersane. La ceinture était

une partie indispensable de ce costume. Le roi portait une ceinture d'or.

IjCS Grecs donnaient le nom de persique à la sandale à quartier dont la plupart de nos
figures sont chaussées ; ils lui reprochaient son aspect mesquin, sa miser aile apparence, con-
trastant avec la richesse du reste du costume. Hérodote ni Xénophon ne parlent des pendants
d'oreilles que l'on voit à presque tous nos personnages, et dont plusieurs se composent de
grosses perles ; c'est une mode regardée comme d'origine indienne. Quant aux colliers et bra-

celets, c'étaient des ornements des plus estimés chez les Perses, servant démarques distinc-

tives aux personnes les plus honorables; ils faisaient aussi partie des présents roj-aux.

Les Assyriens ont les cheveux étages dont parle Xénophon, et le nom de chevelus qu'Hé- ,

rodote donne aux Perses, leur convient parfaitement. (Voir à ce sujet la pi. assyrienne, ayant

pour signe le Berceau.) La taille haute, bien faite de ces personnages, leur chevelure épaisse,

leur barbe fournie, leur tête plus souvent ronde qu'ovale, une expression générale de bonho-
mie et de mâle vigueur, tout caractérise le type perso-germanique de la race caucasienne.

N» 1. N»-' 9 et 10.

Chasse !\, courre. — Le souverain est suivi de deux pa- Chariots, sur lesquels le souverain se livre à une chasse

ges dont l'un tient à sa portée les flèches empennées ;


plus dangereuse de lions et de tigres. Le n" 10, à
l'autre la lance, en menant un cheval de remonte. Tous roues beaucoup plus fortes , ressemble cependant an
trois xDortent la bottine lacée. Le roi a le diadème char de guerre égjTptieu ; aménagé de la même
il est

en bandeau orfèvre d'où pendent les longues bande- façon , les carquois y sont .appendus au dehors et il
lettes ; son costume ne diffère de celui de ses suivants ne contient que le combattant et le cocher. Mais
que par la richesse ; tous trois ont la double ceiuturei outre qu'il est fermé à l'arrière par le bouclier garni
une en courroie étroite sur une large zona. à l'avant d'une r.ingcie en dents de scie, ce char as-

La bride des chevaux est en deux parties : celle qui syrien est d'une construction plus épaisse et plus ré-
tient au mors énergique est double et fine ;
elle abou- sistante; sou plancher est entièrement porté en avant

tit une corde épaisse et ronde, offrant des arrêts


ù, de l'essieu. Le timon carré et fort ne parait pas non
pour la main comme une corde à, nœuds. Le cheval plus porter le joug comme chez les Grecs ; le soutien

royal a un anneau de queue auquel est attaché eu de ce joug semble partir du haut de la caisse du
prolongement un long gland effiloché. Il n'y a jDas véhicule et être housse au-dessus des chev.aux. Le
de selle un taisis riche, épais, en tient lien pour le
;
roi, paré d'un simple diadème est vêtu de la cau-
roi ; ses pages sont sur des idéaux d'animaux. On nace en justaucorps" entourée d'une large ceinture;
chasse des fauves de petite taille. dans sa seconde et étroite ceinture sont passés les
couteaux de chasse ; il a l'épée au côté, et sa lance un Uon don le front est profondément pénétré d'une
est debout derrière lui ; on lui voit des bracelets mé- flèche, et qui se retourne contre le char en désespéré.
talliquesauz arrière-bras nus et aux poignets , et U Le cocher rend la main à ses chevaux qui passent
paraît pourvu du gantelet de tir. Pour plus de rapi- sur un lion mort; en arrière, un tigre, criblé de flè-
dité, tout en lançant une flèche, il en tient en main ches, se tord dans les demières convulsions de l'a-

une seconde. Les carquois sont plats ; chacun d'eux gonie.


contient une petite hache d'un seul tranchant, de Les palais environnés de paradisi à l'usage des
forme très primitive dont la monture n'est pas
, éloi- souverains perses qui en possédaient dans tontes les
gnée de celle des haches de pierre. Le haruois des provinces de leur empire, étaient de type assyrien. Le
chevaux, très beau, comporte un fort anneau latéral 2>aradisi était un parc rempli de bêces sauvages où

où passa le rêne, ce qui en assure le jeu en la main- le roi prenait le plaisir de la chasse. Xénophou vit
tenant en place. Cet anneau est soutenu par un col- im de ces châteaux dans le parc duquel Cji'us le

lier de poitrail largement ouvert sur le garrot. Le jeune chassait à cheval.


mouvement de la queue de l'animal montre ce qui
est dit plus haut, que c'est im appendice en forme Ne 2.

de gland qui la prolonge.


Char attelé en triga, en tout semblable à notre n° 10.
Le n" 9 représente un chariot d'une construction
Le cocher s'y trouve seul les chevaux menés à la;
encore plus massive que le précédent; il est d'ail-
main ont la tête surmontée d'un empanaohement en
leurs de plus grande dimension et contient quatre
éventail, qui semble la parure d'un léger joug de tête.
personnes. La caisse a son cadre renforcé , elle est
Le roi à pied, coiflEé de la tiare droite et du dia-
close II l'arrière par un tablier de liauteur qui fait
dème tient d'une main un arc coudé, et de l'antre
,

de ce chariot une tour carrée dans laquelle on com-


des flèches les deux sheptuques cx/iutoù/oi porte-
bat de tous les côtés. Ce tablier de clôture est même ; ,

sceptre eunuques, qui le suivent et que les sculpteurs


prolongé assez bas, de façon à, empêcher que l'im
ninivites ont toujours soin de rendre reconnaissables,
des animaux puissants que l'on chasse ne se p)uisse
non seulement par l'absence de la barbe, mais en leur
introduire entre les roues, ce qui exposerait le char
donnant des traits arrondis, un visage efféminé, por-
à, être soulevé et renversé. La roue, de grand dia-
tent les carquois et, en outre, l'un le sceptre ou
mètre, est des plus fortes, le bois de son cercle épais
le bâton court du roi, l'autre le parasol, procurant
est lié par des plaques métalliques ; elle a huit jan-
l'ombre faite mécaniquement, comme en parle Séuo-
tes fourrées de métal du côté de l'essieu. Cette roue
phon. Cet emblème du pouvoir se rattachait encore
est assujettie par des. clous sur son cercle roulant,
chez les Perses à leur culte du soleil. Il est vrai-
et tout annonce que l'essieu de ce char n'est pas
semblable qu'il en avait été de même chez les As-
tournant. Le plancher est en avant comme l'autre.
syriens; on pense que les rosaces, les disques rayon
L'attelage n'est que de deux chevaux, dont la queue
nauts qui brillaient à leur diadème, étaient une
se termine en une nattefaisant retour dans l'anneau
image du soleil, et qu'elles étaient pour eux comme
en formant une boucle. Le carquois, contenant de
une armoirie personnelle. Le roi, chez les Assyriens,
longues flèches, n'est point appendu au char. Ce car-
était honoré à l'égal d'une divinité l'adoration était ;

quois est debout, et maintenu solidement en place


exigée de tous ceux qui étaient admis à son au-
par une courroie bouclée, horizontale, faisant re-
dience on le saluait dans l'attitude de la posterna-
;
tour sur la paroi de la caisse.
tion, à genoux, les mains jointes par devant; les
Le souverain porte la tiare divisée en zones, comme
suppliants avaient les mains jointes derrière le dos.
en parle Hérodote. Son vêtement, de caractère défen-
On voit ici le salut ordinaire. Au second plan de
sif, paraît plutôt un justaucorps piqué qu'une cui-
cette scène, figure un soldat coiffé du 2iileus, por-
rasse. Son long poignard, ou courte épée, soutenu
tant sur son dos le bouclier avec sa défense en dents
par un baudrier, est passé dans sa ceinture pour ne
de scie ; il est armé de la pique et du carquois sa ;

pas entraver les mouvements. Les bracelets d'arrière-


tunique est courte, et ses pieds sans chaussures.
bras sont des serpentins, ceux de poignet des an-
neaux, riches pom- le roi et simples pour les autres. N" 3.
On voit dans le monument complet que les deux
combattants "de l'arrière repoussent de leurs piques Le roi suivi de trois eunuques, l'un portant le parasol
,

les autres les carquois et le petit bâton, s'appuie d'ivne sont point semblables à ceux des Assyriens, et la
main sur son arc, de l'autre élève une coupe ; il frange n'y est point formée de glands. Les traces de
semble oflh-ir en holocauste le taureau affaissé à ses couleur noire, qu'on a trouvées sur la face de celui
pieds. « On offrait en sacriiice des taureaux à Jupiter qui conduit les singes, si elles ne sont pas un acci-
et à diverses divinités, les chevaux au soleil, etc. K dent causé par l'eau de pluie entraînant la teinture .

dit Xénophon ; c'étaient les mages qui faisaient la dé- des cheveux font penser que cet homme est un nègre,
signation du Dieu, et c'est probablement selon ce venant d'une contrée lointaine acquitter un tribut.

chois que la libation va être faite ; iin eunuque agite


un émouchet pour éloigner de la coupe les' insectes No 6.

qui pourraient eu troubler le liquide, et de son autre


main il tient la corde de l'entrave du taureau. On Ptoi portant la tiare et le diadème. Le pectoral en
peut toutefois se demander si c'est là une offrande forme de croix byzantine porté par ce souverain ^

pour le sacrifice et si c'est un mage qui joue là le est inexpliqué. Le bâton court, orné de la pomme,
principal personnage devant le roi. Cette scène évo- offre ime telle ressemblance avec la masse d'armes du
que aussi le souvenir d'un passage de Xénophon moyen âge qu'il est diiEcile de n'en pas faire le rap-

parlant des Perses qui avaient tant emprunté aux prochement. Ici on voit un gland au bout opposé à
Assyriens, a II ordonna, dit-il en parlant de Cyrus la boule ; mais dans l'exemple suivant, n^ 6, c'est un
ime course de chars, après laquelle il distribua des cordon en dragonne qui termine cet instrument. Ce
bœufs et des coupes aux vainqueurs. La personne cordon, proijre à assurer l'arme dans la main, comme
qui suit le principal personnage se tenant devant le aussi à l'accrocher à l'arçon de la selle, a tout le

roi, et qui, les mains l'une dans l'autre a la même at- caractère de la masse d'armes du moyen âge, qui
titude, pourrait bien être une femme. Cette personne était venue d'Orient, apportée par les croisés.

n'a aucune arme et est coiffée d'une espèce de ca-


lotte,ou plutôt d'un morceau d'étoffe lié autour de la ^ N"^* 7 et S.
tête,que Strabon désigne un « morceau de toile lié au-
tour de la tête, » qui ressemble de fort près à un Eunuque portant les armes du roi et sou bâton court,
léger turban. Deux, musiciens, qui font résonner leurs dont le sommet est un disque rayonnant. La figure
psaltérions avec le plectre, complètent cette scène. ailée qui l'accompagne est une divinité que l'on ren-

contre fréquemment dans les sculptmes assyriennes •

N»s 4 et 6. Ce Dieu tient d'une main un petit panier carré à


anse, de l'autre une pomme de pin, que M. Layard
Ces figures d'hommes paraissent appartenir à des étran- dit être des bourgeons, symbole du réveil de la na-
gers venant offrir des présents. Leurs bottes rele-
, ture. Le bonnet est rm pileus rond les cornes qui ;

vées aux orteils ressemblent à celles qui sont encore adjointes sont probablement
y sont des attributs
en usage en Turquie et en Perse. Le bonnet du pre- dont le sens n'est pas connu.
mier est probablement en feutre, mais il peut être Ces monuments sont de sept à neuf siècles anté-
aussi en lin, quoique conique; les vêtements ne rieurs au christianisme.

Documents j)liot.ogrŒp7iiques d'après les sculptures du palais de Nimroud qui se troiirent

au British-Museum.

{Voir iwur h texte : P. E. Botta, Monuments de Ninive; i/. A. H. Layard, tlic Monu-
ments of Niniveli; F. Place, Ninive et l'Assyrie; E. Flanârin, Voyage archéologiqne à
Ninivc, Revue des Deux-Mondes, 1845; Vivien de Saiiil-Alartin, Tour du JMonde, 18t)S;
M. H. Ha-fer, Clialdée ( Univers pittoresque ) ; et le Catalogue du British-Museum.)
GK

Hébraïque

LES VETEMENTS SACERDOTAUX.

PAKALLÉLISME DES PIÈCES DU COSTUME SACEEDOTAL DES HÉBREUX AVEC LE COSTUME


DE l'ancienne Egypte.

Le monde des arts ,


qui en a eu si souvent .besoin pour la peinture et le théâtre , a reçu des

commentateurs des textes de Moïse la formule des costumes sacerdotaux des Hébreux. Malheureu-
sement le commentaire des textes et leur interprétation par des gens étrangers à la connaissance
des anciens monuments de cette Egypte dont le législateur biblique était sorti, ne pouvaient

donner lieu qu'à la reconstitution de choses supposées , ne résultant point de la confrontation


des types, offrant par lem- caractère de l'analogie avec ce qu'il s'agissait de reconstituer ; de
sorte que, en l'absence de documents autrement précis, et l'habitude devenant chez nous une
espèce de tradition à son tour, le type des costumes sacerdotaux des Hébreux n'a que très

peu varié, depuis la physionomie qu'on lui donnait au seizième siècle. Au dix-huitième siècle,

de Troy était obligé de s'y conformer pour les cartons de ses tapisseries, comme Poussin l'avait
fait au dix-septième siècle dans ses sujets bibliques. Enfin, aujourd'hui encore, Joad et Mardo-

chée s'aifublent sur la scène, selon ces mêmes modes, c'est-à-dire avec des costumes dont la
tournure générale ainsi que les détails sont assurément restés sujets à revision. En somme,
le costume sacerdotal des Hébreux demeure une question pendante. C'est pour aider à la ré-

soudi-e que l'abbé Victor Ancessi a publié, en 1875, un très intéressant opuscule sur ce sujet ;

et c'est de la première partie de ce travail, malheureusement interrompu par la mort de l'au-

teur, que proviennent nos documents égyptiens. Quant aux figures de grands prêtres et de
lévites, n°^ 8, 9, 10, 18, 20 et 21, la première datant de la fin du seizième siècle, les dernières

de 1845, elles sont de la catégorie des restitutions faites sur les seuls textes, sur ce qu'eu dit
l'Exode, et ceux qui, après Josèphe, se sont appliqués à obvier à son laconisme. Le cours des
siècles, les longues interruptions dans le culte qu'amenèrent la captivité de Babylone, et les

malhem-s de Jérusalem, la nouvelle éducation des ouvriers et des artistes juifs dans les ateliers
de l'Asie, sous les influences assyriennes, puis grecques, ont-ils occasionné dans la forme des
costumes sacerdotaux des Hébreux des modifications jjlus ou moins profondes ? Les renseigne-
ments font défaut à cet égard. Aussi, comme il est au moins certain que l'établissement du
sacerdoce remonte jusqu'à Moïse, qui seul a pu y mêler tant d'éléments égyptiens , c'est tou-

jours en remontant à l'Exode que l'on paraît suivre la voie la plus sûre.
On sait que Moïse choisit exclusivement dans la tribu de Lévi, et en raison de la conduite de
cette tribu dans l'affaire du veau d'or, les serviteurs du sanctuaire. Il di™a les enfants de
cette tribu en deux classes : les cohanim ou prêtres, et les simples lévites. Les premiers étaient
de la famille d'Aaron, qui fut le premier grand-prêtre, et dont la dignité resta héréditaire.

Le grand prêtre, qu'on appelait aussi leprêtre oint, parce qu'il avait reçu l'huile sainte sur
sa tête, était chargé de l'administration générale du sanctuaire et du culte; un vicaire, dont
parle le Thalmud, l'assistait comme coaâjuteur, et le remplaçait au besoin. La tradition rabbi-
nique parle même d'un autre grand prêtre, d'une dignité égale, et qui, en temps de guerre,
faisait la proclamation prescrite dans le Deutéronoim. Celui-ci était également oint de l'huile
sacrée. C'était Voint de la guerre. Quant aux autres prêtres, divisés en vingt-quatre classes
ayant chacune un chef, et fonctionnant à tour de rôle dans l'intérieur du sanctuaire et pour le

service des autels; allumant les parfums, versant l'huile dans les lampes; entretenant dans le

parvis le feu perpétuel sur l'autel des holocaustes ; sonnant des trompettes aux époques solen-
nelles ; bénissant le peuple à la fin des sacrifices publics ; s'occupant, en dehors du temple, de la

police sanitaire ;
visitant les lépreux, et allant jusqu'à prononcer dans les cas difficiles, des déci-
sions juridiques, ou comprend qu'a^-ec une teUe variété d'attributions ils devaient avoir des
tenues différentes , soit qu'ils eussent à s'occuper des aspersions du sang prescrites pour les

différents sacrifices, soit qu'ils nettoyassent, comme ils le faisaient chaque matin, y étant
obligés, le candélabre d'or, soit qu'ils enlevassent les cendres de l'autel des holocaustes, ou
qu'enfin, comme il était d'usage de le faire chaque semaine, ils vinssent poser les pains de
proposition sur la table sacrée. Enfin que l'on ajoute à ces prêtres les simples lévites, c'est-à-
dire, les serviteurs des autres, porteurs du tabernacle et de ses ustensiles dans le désert; puis
gardiens du temple, chargés de l'ouvrir et de le fermer, d'avoir soin de sa propreté et de celle
des vases sacrés, confectionnant les pâtisseries pour les sacrifices, pourvoyeurs de la farine, du
vin, de l'huile, de l'encens, etc., et chargés, sous David, de la musique du temple ; et que, alors

qu'on a quelque souci à prendre du costume que pouvaient avoir ces derniers serviteurs dn
sanctuaire, on a pour toute ressource d'apprendre que la loi est muette sur ce sujet et ne leur
prescrit pas de costume particulier (ce ne fut que bien tard, selou Josèphe, sous le roi Agrip-
pa II, que les lévites musiciens obtinrent de porter le costume des prêtres), et l'on sera à même
d'apprécier l'étendue et la difficulté du problème à résoudre.
Les meilleurs hébraïsauts constatent que les règlements qui concernent les prêtres hébreux,
leur sacre, leur discipline, offrent de nombreuses analogies avec ceux des prêtres païens, surtout

des Egyptiens. Dans le costume, l'analogie avec celui de ces derniers , est de toute évidence,
disait en 1S45 S. Munk, le savant professeur du collège de France j du moins pour ce qui cou-
cerne l'étoffe et la couleur, il ne peut y aroir de doute que Moïse n'ait suivi, sous ce rapport
comme sous beaucoup d'autres, les usages des prêtres égyptiens.

Le costume des simples prêtres se composait de quatre pièces : des caleçons , une tunique,
une ceintm-e, un haut bonnet. Les caleçons (miclmasaïm) devaient aller des reins jusqu'aux
cuisses. On y faisait entrer les pieds, on les tirait jusqu'aux reins où on les serrait.

La tunique {cheiJwneth) d'une texture particulière, probablement faite à petits carreaux,


avait des manches ; très serrée et presque collée sur le corps, elle allait jusqu'aux pieds. Elle
était d'une seule pièce, on la passait par une ouverture large pratiquée dans le haut, et l'on fer-

mait cette ouverture sur les deux épaules avec des cordons sortant de l'ourlet des deux côtés
de la poitrine et du dos. Certains rabbins pensent que les manches étaient tissées à part et

cousues sur la tunique. La ceinture (ainet), ouvrage de broderie de différentes couleurs, dont
la largeur était, soit de trois doigts, soit de quatre. Sa longueur aurait été de trente-deux cou-
dées, et elle entourait le corps deux ou trois fois. Les bouts, formant un nœud sur le devant,
descendaient jusqu'aux pieds ; le prêtre rejetait ces bouts sur l'épaule gauche lorsqu'il faisait

des sacriiices. Le bonnet Qnigbaah) tmlMii ou , plutôt haut bonnet pointu attaché à la tête,
selon les étymologistes.

A ces vêtements le grand prêtre ajoutait :

1° Une tunique supérieure (meil) plus large que la chethoneth, et sans manches; eUe était de
couleur violette. Fermée de tous les côtés, elle avait des ouvertures pour passer les bras et la
tête ; en bas elle avait une bordure dans laquelle variaient des grenades de différentes couleurs,
et des clochettes d'or par le son desquelles le grand prêtre s'annonçait lorsqu'il entrait dans le

sanctuaire, et lorsqu'il en sortait.


2° Un vêtement plus court appelé éphod, tissu de lin retors entremêlé de fils d'or et de fils

teints en pourpre, violet et cramoisi. L'éphod se serait composé de deux pièces, l'une suspen-
due sm' la poitrine, l'autre sur le dos ; elles étaient jointes sur les épaules par deux agrafes ou
épaulettes, surmontées chacune d'une pierre précieuse sur ; les deux pierres étaient gravés les

noms des douze tribus, rangés par ordre de naissance, six à droite, et six à gauche. Les bords des
deux pièces de l'éphod se joignaient par des cordons et étaient resserrés par une ceinture du
même tissu.

3" Le pectoral ou rational (hoschen), ornement du même tissu, appliqué sur le devant de l'é-

phod. Il était double et carré, d'un palme en long et en large, et formait une espèce de bourse
attachée à l'éphod par des anneaux d'or et des cordons violets. Sur le pectoral brillaient douze
pierres précieuses, de différentes espèces, enchâssées dans de l'or ; elles étaient rangées trois par
trois, et les noms des dou^e tribus y étaient gravés. Moïse appelle le pectoral hoschen hammis-
chpat (ornement de la justice), ce qui semble indiquer un ornement analogue à celui que portait
le grand juge chez les Égy^^tiens, et dont parlent Diodore et Élien.
4" Une autre coiffure que le migbaah, la misnépheth, un turban, toujours selon Josèphe , tel
qu'en portaient les rois et les autres grands i^ersonnages ;
il était de lin, comme l'autre, mais
s'en distinguait par la forme, et aussi par la plaque d'or (Gic) attachée par des fils ^^olets au
turban, et sur laquelle était gravée une inscription sacramentelle mmi U1D, saint à Jehovah,
c'est l'ornement appelé par Moïse ce le diadème saint-».
Josèphe parle d'un triple diadème tout en or, dans lequel se trouvaient de petits calices

d'or, comme on en voit, dit-il, dans l'herbe appelée hyosciame on jusquiame ,- mais cette cou-
ronne d'or ne fut probablement adoptée que par les grands prêtres de la famille royale des

Machabées.
Outre ce costume brillant, le grand prêtre avait un costume plus simple, de lin blanc, et

dans lequel il fonctionnait au jour des exjnations dans le saint des saints.

Chez les prêtres hébreux il n'est jamais question de sandales ; on aifirme qu'ils n'en portaient

pas dans ce temple, parce que c'eût été profaner le lieu saint. Hérodote donne cependant des
sandales aux prêtres égyptiens ; elles étaient faites de l'écorce de papyrus. Toutefois les monu-
ments les représentent nu-pieds, comme s'ils n'avaient point porté ces sandales pendant

l'office.

Les Hébreux portaient les cheveux longs, comme ils venaient naturellement ; Moïse leur
avait défendu d'imiter les Arabes, les Ammonites et les Moabites qui coupaient les leurs

en rond. Il leur interdit aussi de faire la^sa^ espèce de touffe formée sur le front, ou de tresser

leurs cheveux à la mode égyptienne, ces diverses façons se rattachant aux cultes idolâtriques.

Les prêtres se coupaient les cheveux tous les quinze jours pour rester dignes du service des
autels. Les lévites se rasaient entièrement le jour de leur consécration.

Telles sont les données générales sur lesquelles sont appuyées les restitutions n°^ 8, 9, 10, 18,

20 et 21. œ Pénétrés, dit Victor Ancessi, par les idées, les goûts, les habitudes de l'âge où nous
vivons, l'esprit hanté par les formes des objets que nous avons sans cesse sous les yeux, quand

nous cherchons à nous représenter les choses d'un passé lointain, nous ne savons pas oublier

celles d'un présent qui nous obsède. La diflFérence des civilisations, des idées et des goûts, a

laissé les paroles de Moïse en proie aux commentaires les plus discordants, sans qu'il parût

possible de mettre un terme à ces discussions, en plaçant sous les yeux des parties un dessin ou
une peinture, dont le seul témoignage aurait vidé le diff'ércnd. La loi mosaïque défendait de
graver sur la pierre ou le bronze une forme humaine ; aucun monument de ce genre ne se

trouve dans les ruines de l'ancien temple; et les fouilles de tous les jours ne démontrent que
trop combien sur ce point la loi fut fidèlement obéie. Mais ce que les débris du mont Moriah
ne peuvent nous donner, il ne serait peut-être pas impossible de le trouver ailleurs. » Et c'est

ainsi que le studieux abbé, après avoir comparé bien des rites mosaïques aux cérémonies égyp-
tiennes, s'est convaincu de plus en pins que l'influence de l'Egypte, indiquée par ]\Tunk, avait

profondément pénétré les moeurs, les idées, les rites, la vie tout entière des Hébreux, en laissant

les traces de cette influence jusque dans le costume d'Aaron et des lévites. Nous n'uA'ous point
à suivi'e dans tous leurs développements les explications fournies par l'auteur du parallélisme

que nous résumons. C'est à la brochure originale qu'il faut s'adresser pour sa justiiication très
étudiée. (L'Egyjjte et Moïse, par l'abbé Victor Ancessi, 1875 ; Paris, Ernest Leroux, éditeur.)

On vient de voir l'ensemble des renseignements rabbiniques sur chacune des pièces des cos-
tumes sacerdotaux ; il est facile d'y recourir, et il serait fastidieux de les répéter à chaque
occasion particulière. La matière est d'ailleurs ardue sur bien des points, le texte du législa-

teur étant plein de lacunes ; car alors que Moïse s'étend longuement sur la manière dont le

pectoral était attaché à l'éphod, il omet de décrire l'éphod même et les autres vêtements du
grand prêtre et des lévites; c'est parce que le pectoral s'éloignait des formes communes,
tandis que l'éphod et les tuniques étaient de ces vêtements consacrés par l'usage, dont les

formes étaient connues de tous, résultant de données traditionnelles dont les ouvriers et les

artistes ne s'écartaient jamais.


La recherche de l'abbé Ancessi a eu pour but de retrouver les types dans leur véritable
caractère ; et son travail, si malheureusement interrompu, marque un très grand progrès dans ce
sens, que l'on peut appeler celui de l'harmonie historique, telle que l'explique saint Jean Chry-
sostome. « Dieu, selon ce grand docteur, en introduisant dans son temple ce que les Égyptiens
avaient de plus riche dans leurs vêtements, de plus beau dans leurs sanctuaires, de plus élevé
dans leurs symboles, de plus touchant dans leurs cérémonies, Dieu voulait que les Hébreux ne
pussent jamais éprouver de regret, ou constater de lacune dans le culte de Jehovah, quand
plus tard, devant les cérémonies nouvelles, ils repasseraient, dans leur mémoire, les souvenirs

de ce qu'ils avaient vu en Egypte : la pompe des sacrifices, la majesté des temples, la splendeur
du culte égyptien, s

Ce que le législateur voulut, en satisfaisant aux besoins d'un peuple grossier, de manière à
ce que le culte de Jehovah ne parût point inférieur à celui des idoles, c'est en même temps
l'abolition complète de tout signe idolâtrique. Pour Moïse, aucun être créé ne pouvait repré-
senter ni même symboliser Jehovah, celui qui est, un esprit pur n'ayant point de forme, et

qui, par sa nature, échappe à tous les sens. Le seul symbolisme qu'il admit, pour tenir la place
de l'ureus égyptien, c'est l'inscription : « Sainteté de Jehovah s gravée sur la bande d'or
ceinte en diadème sur le front d'Aaron, au bas de la tiare, afin de rendre sen^ble la présence
et l'action de Dieu. En réalité, c'était une concession. Sans cette sage précaution, le culte

aurait pu devenir un sujet de scandale aux yeux du vulgaire.

TYPES ÉGYPTIENS.

L'éphod du grand prêtre — n°^ 1.3 et 14.

Selon la Vulgate, l'éphod était fait d'une riche étofTe de lin, brochée de lamelles d'or ; elle

était composée de fils d'hyacinthe, de pourpre, d'écarlate. Deux pièces séparées « qui semblent
s'attacher à ce vêtement » passaient sur les épaules, où elles étaient jointes ; c'est à cette jonc-
tion des épaulières que Moïse ordonne de placer deux gemmes sur un disque d'or.

L'éphod était un corselet, serré par une ceinture, et maintenu par deux bandelettes ou épau-
lières. Ce corselet, qui laissait la poitrine à découvert, ainsi que le constatent les « Antiquités

judaïques » avait besoin des bretelles qui le soutenaient ; il ne remontait pas au-dessus des
aisselles, ne descendait pas au-dessous de la ceinture; enfin la ceinture serrée autom' des reins
par-dessus l'éphod, était de même étoffe et de même couleur que celui-ci.
Les bandelettes de soutien n'étaient point tissées avec l'éphod, mais cousues sur ses bords,
et les gemmes fixées aux bandelettes, servant d'agrafe et de motif de décoration, ayant des

inscriptions, ne se trouvaient point au haut de l'épaule, mais se trou.vaient exposées un peu


au-dessous, en avant, ainsi que le démontrent les deux exemples.

L'éphod des Hébreux a son prototype en Egypte ; il rappelle les fameux corselets que le

roi Amosis envoya à quelques sanctuaires de la Grèce. L'antiquité classique est pleine du sou-

venir de ces chefs-d'œuvre tissés de mille couleurs. Hérodote parle de « VadmiraUe corselet de
lin y> offert par Pharaon à la Minerve de Linde, dans l'île de Ehodes ; et le corselet semblable

qu'il avait envoyé à Lacédémone, y était conservé comme un des plus rares trésors de la cité.
« C'était, dit Hérodote, un corselet, une cuirasse ornée de dessins formés par le tissu d'or et

de lin ; ce qu'il y avait de plus curieux dans cet ouvrage, c'est que chaque fil, quoique très
fin lui-même, contenait 360 bouts que l'on pouvait facilement compter. » En Egypte, ce cor-
selet précieux était réservé aux dieux principaux et aux grands personnages.
L'éphod, qui marche avec le rationa], servait pour interroger Jéhovah et obtenir les oracles.

Le pectoral ou rational, n" 14.

Ce qui donnait à l'éphod un incomparable prestige c'était le pectoral, mystérieux organe


des oracles divins, Yurim et le tummin, par lesquels Dieu manifestait sa sollicitude pour sou
peuple dans un miracle continuel.
Le pectoral du jugement était un ornement carré, grand d'une palme, enrichi de pierres
précieuses, que le grand prêtre portait sur la poitrine.

ic Le chef des juges égyptiens portait autour du cou, suspendu à une chaîne d'or, un sym-
bole fait de pierres précieuses appelé vérité. »
Les personnages égyptiens, revêtus du costume dont Moïse fit l'éphod dn grand prêtre,

portent d'ordinaire sur la poitrine une plaque carrée ornée de pierreries. Elle est placée entre
les deux bandelettes qui remontent sur les épaules, et repose sur le bord supérieur du corselet,
qui est l'éphod.
Les bas-reliefs et les peintures n'ont pas reproduit dans tons leurs détails les ornements du
pectoral, indiqués seulement par quelques traits ; mais il existe, en nature, des parures de ce
genre. Les musées du Louwe et de Boulaq possèdent des pectoraux d'une rare beauté et,

entre autres, un chef-d'œuvre d'orfèvrerie en émaux cloisonnés d'une date certaine, remontant

à une époque antérieure à Moïse, et faisant partie des bijoux de la reine Aa-Hotep, la mère
d'Amosis, et qui a été exposé à Paris, dans les vitrines de la galerie égyptienne en 1867. Ce
pectoral a le caractère religieux ; le roi Amosis y est debout sur une barque de lapis et d'émail,

tandis que deux divinités versent sur sa tête l'eau des purifications.
La seule différence entre ce pectoral et celui d'Aaron serait matérielle. Les pierres fines du
rational hébreu, serties dans des chatons d'or, étaient fixées sur un fond d'étoffe tissée des

riches couleurs de l'éphod, au lieu d'être maintenues dans des lamelles d'or, comme les pier-

reries du pectoral de Boulaq. Les Egyptiens pratiquaient d'ailleurs les deux modes, et ne

fixaient point toujours sur un fond de métal les diverses pièces d'un pectoral, d'un collier ou
d'un bracelet. L'idée du pectoral est tout égyptienne, et la manière des Hébreux, pour l'exé-

cuter, l'est aussi.

Tel collier égyptien se trouve parfois composé de motifs dont chacun est une pièce à part,
et que l'on réunissait en les cousant sur une étoffe au moyen de petits anneaux cachés derrière
chaque pièce. Ce fut sans doute par le même procédé que furent attachées, sur des lignes
parallèles, les'douze pierres précieuses du pectoral d'Aaron. L'expression même du texte ori-

ginal de l'Exode, indiquerait, paraît-il, que l'artiste Israélite eut à fixer les douze pierres du
pectoral, en piquant leurs chatons dans l'étoffe ; c'était s'inspirer du procédé égyptien.
Le moyen de suspension du pectoral, et de son maintien en place sur la poitrine, est nette-

ment indiqué par ces exemples. En parlant des deux gemmes qui ornaient le sommet des
épaulières, « tmpeic en avant, du côté de la poitrine », dit le texte, Moïse avait ordonné de
les sertir dans des montures d'or, et d'attacher à ces montures deux chaînettes de même
métal, lesquelles chaînettes s'attachaient aux anneaux qui sont aux extrémités du pectoral.
En même temps. Moïse ordonne de placer deux attaches pour fixer le bas du pectoral sur le

bord du corselet. C'était la logique même, ces quatre liens d'angle remplaçant avec avan-

tage la chaîne de cou qui soutient ordinairement le pectoral égyptien , le plus souvent fait de
métal efc de pierreries, c'est-à-dire rigide. Le fond de celui d'Aaron étant en étoffe, par con-
séquent souple, avait autant besoin d'être tendu que d'être soutenu, et c'était l'oifice des
quatre chaînettes soutenant le haut de ce carré d'étoffe chargé du poids des pierres et de
leur monture d'or, tandis que les liens du bas, agissant chacun eu sens contraire comme ceux
du haut, empêchaient le pectoral de se voiler ou se déplacer sur la poitrine du grand prêtre
pendant les cérémonies du sacrifice.

Ces quatre liens étaient de deux longueurs différentes, et peut-être même de deux sortes
distinctes, ceux du bas n'étant que de simples cordons. La forme des bretelles qui montent
en se rétrécissant explique la différence de longueur. Quant aux chaînettes, dès ces époques
reculées, on savait faire des chaînes d'or souples et fortes. Quelquefois, celles que l'on ren-
contre, sont tressées comme des cordes, d'autres sont composées de mailles et d'anneaux. La
plupart de ces chaînes qui sont arrivées jusqu'à nous, étaient destinées à soutenir les magni-
fiques pectoraux; quelques-unes sont encore attachées à ces ornements.

Une question restée obscure jusqu'à présent, c'est celle qui concerne les oracles rendus
par le pectoral. « Tu placeras, dit V Exode, sur le pectoral du jugement Vurim et le tummin,
qui seront sur le cœur d'Aaron, lorsqu'il viendra devant l'Eternel. » — De Saulcy s'appuyant
sur le motîi7-im qui, à l'origine, a dû signifier la ?«mère^ et dont le radical serait dans lenotn
même d'Horus, le briUant, le soleil du matin, et d'un autre côté, le radical tmn jjrécédé de
l'S causatif dans les langues sémitiques, prenant le sens de fermer, voiler, obscur, ténébreux,

a émis la supposition que le tunimin était le disque du soleil, et l'Urim, les urcei dont il

est accosté chez les Égyptiens. L'abbé Ancessi n'admet point que, quelque frappantes que
soient les ressemblances des vêtements du grand prêtre et des ornements égyijtiens, l'imita-

tion ait pu aller jusque-là, et cependant lui-même indique le langage de saint Jean Chrysos-
tome. « Dieu, pour le salut des égarés souffrit dans son culte des choses qui avaient servi
auparavant au culte des démons, en les modifiant quelque peu en un meilleur usage, afin
de ramener doucement les égarés de leurs habitudes, et de les conduire à une philosophie
plus élevée. » Ces égarés, qui, du temps de Moïse, se faisaient un veau d'or semblable à

l'Apis adoré sur ces bords du Nil qu'ils venaient seulement de quitter, ce peuple qui regret-
tait l'Egypte et aimait ses symboles, et qui, pendant sa captivité, s'était adonné au culte
idolâtrique, avait peut-être encore besoin de voir sur la poitrine de son grand prêtre l'image
de ce soleil, si resplendissant dans tous les monuments égyptiens. Mais enfin l'objection qui
nous intéresse à ce propos, c'est que sur le pectoral d'Aaron, dont l'ornementation est complète

avec les douze pierres, on ne sait où trouver place pour le disque accosté des deux serpents,
et que, si ce décor était placé sur un second pectoral, le texte de Moïse n'en fait aucune
mention. Cependant c'est lui-même qui commande de graver sur le rational du jugement
tt Doctrine et vérité » et cette gravure était peut-être symbolique ! Mais enfin, ce ne serait

point en consultant le disque solaire que les oracles auraient été rendus ; ce serait sur les

jeux de la lumière dans les inscriptions qu'ils auraient été prononcés. Les pierres du pectoral
étaient gravées des noms des tribus d'Israël, et leurs couleurs de rubis, de topazes, d'amé-
thystes et de grenats, restaient inégalement obscures et voilées ; selon l'angle d'incidence des
faisceaux de lumière, les lettres s'illuminaient alors capricieusement. Ce seraient ces signes

lumineux, rapprochés et groupés par le grand prêtre, d'après un système dent la clef donnait
l'interprétation des volontés de Jéhovah, qui auraient fourni la réponse à faire. Le peuple
ignora toujours ces secrets réservés aux gi-ands prêtres, qui, du l'cste, les ont emportés dans la
tombe. Ancessi conclut que Moïse pouvait bien appeler les douze pierres précieuses, les urim
et les turmnin, puisque, avec leurs lettres gravées, elles étaient de nature à remplir le rôle

mystérieux d'organes des oracles divins, auxquels le pectoral dut la grande place qu'il oc-
cupe dans l'histoire d'Lsraël.
.

La coiffure du grand i^rêtre, n"' 1, 2, 11 et 12.

La coiffure, que Moïse appelle le minezopTiet, étant alors parfaitement connue de tous, elle est

une de ces choses dont la description lui a semblé inutile, de sorte que les modernes cherchent
encore à en déterminer la forme. Ancessi n'ose le tenter, et s'applique seulement à démon-
trer que les ornements qui s'attachaient à cette coiffure furent inspirés par des souvenirs dont
l'Egypte fut encore Ou sent bien
la source. que, dans son idée, le minezophet, qu'il donne
comme une tiare, et non comme un bonnet, devait plus ou moins se rapprocher des hautes
coiffures égyptiennes où il rencontre le bandeau de l'urœus attaché, mais , en somme, il s'ar-

rête, et nous devons suivre cette circonspection


Le serpent urœus qui présente sa large poitrine sur le front des Pharaons y était l'in-
signe de l'autorité royale. C'était un ornement d'or, de pierreries, de brillants émaux, que
les chefs du sacerdoce égyptien portaient de même, sur le front, ainsi que les divinités. Ce
qu'il importe de reconnaître ici, c'est la façon dont l'urœus y était présenté.
Au temps où les Hébreux habitaient la terre d'Egypte , s'était déjà faite la transformation
toute graphique de ce symbole, qui a donné la. fleur de Us gravée sur le front des rois et des

sphinx, n°' 1 et 2, laquelle fleur s'y trouve être l'ornement du bandeau du klaft égyptien. De
toutes les parures, 'et de tous les ornements de gloire, comme on les désignait alors, qui don-
naient du prestige, en ceignant à la base la haute coiffure, tiare ou mitre, le bandeau étince-
lant se trouvait le plus en vue. Moïse en supprima l'urœus, y inscrivit en place le nom de
et

JéMvah, mais la disposition du bandeau resta la même, c'est-à-dire conforme au bandeau


posé sur la coiffure royale des Pharaons , et que le texte primitif indique : Tu placeras la lame
d'or sur le bord de la face de la tiare,... elle sera placée sur le front d'Aaron, et y restera con-
tinuellement. Que dans la suite ce bandeau frontal ait formé le cercle d'une couronne , comme
le dit Josèphe, il n'y aurait là qu'une modification du diadème primitif, la lame d'or n'embras-
sant d'abord que la face de la tiare , et Jarchi dit expressément que ce bandeau allait seule-

ment de l'une à l'autre oreille, comme on le voit aux n"" 11 et 12. La largeur de cette bande
répond même à celle donnée par les vieux textes, « elle était large de deux doigts ».
Quant à la forme même de la coiffure , elle reste un sujet d'embarras. Qu'elle fût haute , cela

est certain , mais dans quelle mesure , et cette tiare dont on a fait un bonnet à cause de la

garniture de fin lin, ce qui a amené à la présenter comme un turban, était-elle vraiment de
ce dernier genre , il est difficile de l'admettre. Avec tout ce que l'on voit des imitations égyp-
tiennes dans le costume du grand prêtre des temps mosaïques , on est porté à induire que ce
sont les hautes mitres des souverains et des divinités qui durent fournir le type primitif, et
que le lin de la tiare y devait être disposé dans le genre des enroulements fixés sur le kulah
des Orientaux ; on retrouve encore des turbans de ce caractère dans les costumes sacerdotaux
de l'Abyssinie (voir cette planche, les deux assesseurs de l'évêque, n° 6) et dans cette même
réunion , la forme de la tiare grecque, à l'époque byzantine.
Le méhildn grand prêtre, n° 19 ; ses grenades et clochettes d'or, n"' 3, 4, 5, 6 et 7.

Aaron portait sous l'éphod une longue tunique appelée en hébreu méhil. Moïse ne donne
pas la mesure de cette tunique longue, qui serait du genre du n" 19. Il dit que l'ouverture de
ce vêtement était bordée autour du cou d'un ourlet, tissé comme le col des cuirasses, afin que
ees bords ne se déchirassent pas, et toutes les tuniques égyptiennes sont généralement munies
de ce large ourlet ; mais ce qui donnait à ce vêtement un caractère tout à fait original , c'était

une frange composée de clochettes d'or et de grenades de couleur. « On entendra leur voix,
dit le texte, quand Aaron entrera dans le lieu saint devant l'Eternel, et quand il en sortira. »

Les bordures des longues toges du costume royal sont souvent frangées de glands, qui parais-
sent être de fils dans les peintures , et de petites pièces d'orfèvrerie. Mais ce que les représen-

tations peintes donnent avec indécision , on l'a retrouvé en nature dans les tombeaux de la

vieille Egypte. Le Louvre possède des grenades en terre émaillée, munies d'un anneau pour
les suspendre et qui ont évidemment servi de bordure à un vêtement ou à un énorme collier.

Elles sont bleues, jaunes, rouges, blanches, et rappellent toutes les couleurs de la frange du
méhil. Ni trop grandes ni trop petites pour orner les bords d'une longue tunique , elles sem-
blent coulées dans le moule de ces grenades qui décoraient le vêtement d' Aaron. La clochette

d'or s'y retrouve de même, n" 7. Enfin, toute indécision doit cesser à propos de la nature des
grenades, si elles étaient en fil ou en émail. 1\ fallait qu'elles fussent en une matière dure pour
frapper les clochettes auxquelles elles étaient mêlées et leur faire rendre le son qui devait
être entendu par l'assemblée rangée autour du tabernacle.
L'olive en or, enlacée dans un léger réseau de fil est de cette même famille, et c'est proba-

blement par l'entourage de ce léger treillis de fil aux diverses couleurs qu'il convient de com-
pléter la grenade en matière dure.

Les autres vêtements du grand prêtre énumérés encore par Moïse, faisaient partie du cos-
tume des lévites, et il ne paraît pas qu'aucun ornement particulier les distinguât.

Costume des lévites.

Les caleçons de lin, n"' 13, 14, 16 et 37.

C'était le premier vêtement que le lévite prenait en se revêtant du costume sacré. Dans les

bas-reliefs et les peintures des Egyptiens le caleçon, descendant de la ceinture aux genoux,

se trouve seul, ou apparaît souvent sous la transparence de la tunique longue. Le type du


caleçon égyptien est trop connn pour insister. C'était le vêtement le plus ordinaire, souvent
même le seul que gardent les ouvriers, les princes et les rois, dans le travail des champs, les

cérémonies du temple ou les loisirs du ]ialais. Toulernis les Sémites, aussi bien sur les nionn-
ments de Ninive et de Babylone,' que dans les peintures égyptiennes, sont la pkiparfc du temps
vêtus de la longue tunique, et le caleçon que quelques-uns portent est d'un type qui diifère
de l'égyptien. Celui-ci répond surtout, par sa longueur, à ce que l'on sait du caleçon des lé-

vites. Ce serait en raison de l'exiguité de ce vêtement que Moïse y aurait ajouté la longue
tunique.

Les koutoncfs ou les tuniques, n" 19.

Moïse ne donne aucun détail sur leur forme. Saint Jérôme a écrit à ce sujet : « La tunique
adhère au corps; elle est si étroite et ses manches sont si justes qu'elle ne forme aucun pli.

Elle descend jusqu'aux genoux. Les soldats portent d'ordinaire un vêtement de lin appelé cami-
sia qui s'applique sur le corps comme cette tunique et leur laisse les mouvements libres pour
la course et les combats. Les prêtres dans le service du temple, portent cette tunique afin de

conserver sous un élégant costume, l'agilité de ceux qui vont nus. » (Lettre à Fabiola.)
Cette tunique courte explique le pluriel par lequel Moïse désigne les koutonets, et ne con-
tredit pas autrement la définition fournie par Josèphe. La tunique descend jusqu'aux pieds,

et s'applique sur le corps ; elle a des manches étroites qui serrent les bras ; enfin, elle ne forme
aucun pli. »

'Uahnet on la ceinture, n"' 15, 16 et 17.

L'abnet est la troisième partie du costume des lévites. Moïse ne dit point clairement si

cette ceinture devait être ornée de diverses couleurs, comme celle du grand prêtre, ou si elle

devait être toute blanche. On infère de son silence qu'elle était blanche et unie, quoique

saint Jérôme, Josèphe et les rabbins aient dit que la ceinture des enfants d'Aaron était,

comme celle de leur père, tissée des quatre couleurs symboliques de l'éphod. Cette ceinture,
à peu près large de quatre doigts, et faite d'un tissu tout particuher, « un tissu en boyau, »
dit Josèphe, était extrêmement longue. Après avoir serré les reins dans plusieurs tours,

ses bouts retombaient encore sur les jambes, et formaient un des plus gracieux ornements
du costume des lévites. Pendant le sacrifice, pour ne point souiller ces longues bandelettes
flottantes dans le sang des victimes, les prêtres les rejetaient sur l'épaule ; mais après le sa-

crifice ils les laissaient retomber sur la tunique. On trouve sur les monuments égyptiens des
prêtres dont les ceintures ressemblent d'une manière frappante à celle-ci, et offrant l'aspect

du tissu en boyau « en gaines de serpent » dont parle Josèphe. Le n° 17 appartient à une


figure de prêtre, et ses bandelettes montant et remontant avec grâce, dit M. Aucessi, sem-
blent répondre exactement à la description citée. La longueur de ces bandes qui se jouent

sur la tunique atteint les proportions invraisemblables que les rabbins attribuent aux cein-
tures des lévites. Le docteur Lévi parle de 32 aunes de long, et Maimonides qui donne ce
même chiffre pour la longueur, ne croit qu'à trois doigts de largeur.
Les n°^ 15 et 16 sont des exemples paraissant représenter le tissu en gaines de serpent de
certaines ceintures des prêtres égyptiens, tissées de couleurs variées, et qui au lieu de rester
plates, s'arrondissent comme une gaîne de serpent et se terminent en pointe comme la queue
de ces reptiles. "Wilkinson a copié sur les murs de Thèbes le dessin d'un ouvi'ier tissant une
de ces ceintures en boyau. C'était un des emprunts si nombreux faits par Moïse aux arts et

aux goûts de ses contemporains. Peut-être même les Hébreux achetaient-ils ces ceintures

toutes faites.
Ce qui a été dit au sujet de la coiffure du grand prêtre s'applique aux coiffures des lévi-

tes, et il faut, pour éclairer cette question, rencontrer des documents nouveaux.

A chaque page du Lévitique, Moïse rappelle que les vêtements des prêtres doivent être
faits de lin. Aaron revêtira des caleçons de lin, la tunique de lin, il se ceindra d'une ceinture

de lin, et portera sur sa tête une tiare de lin.

Les collèges sacerdotaux de la vieille Egypte étaient vêtus de lin, et il était défendu, par

les lois et les traditions des temples, de pénétrer dans les enceintes sacrées avec des vêtements

de laine. Chez les Grecs on appelle les prêtres d'Ammon et d'Isis les linigeri. Et lorsque le

voyant de Babylone, Ezéchiel, contemple de loin le temple mystérieux que Jehovah doit
bâtir dans la Jérusalem nouvelle, les prêtres de ce mirage sont encore vêtus de lin, aucune

étoffe de laine ne souille les sacrificateurs dans l'enceinte du temple pendant le service divin.

La blancheur du lin était le symbole de la candeur et de la pureté, et l'on regardait la cou-


leur blanche comme étant la plus agréable aux dieux ce qui n'empêchait pas d'ailleurs de
;

teindre le lin, comme on l'a vu, de différentes couleurs également symboliques. Seuls, dans ces
civilisations primitives, les prêtres, le père de famille, le chef de tribu, le roi de la nation,
apparaissent avec des vêtements de laine, que l'on réservait sans doute pour les circonstances
les plus solennelles de la vie, auxquelles se mêlaient toujours les rites et les cérémonies du
culte.

Les M°' 1, 2, 4, .5, 6 et 12 proviennent du Musée du Louvre.

Les n°^ 3, 7 et 14, de l'Art égyptien de Prisse d'Avesnes.

Les n°^ 13, 17 et 19, des Denkmaoler de Lepsius.

Les documents modernes sont empruntés : n" 8, à 2cne Biblia sacra d'Anvers, édition de 1583 ;

w"" 9 et 10, à une Bible de Royaumont, 1694; les n"" 18, 20 et 21, à l'Univers pittoresque,
la Palestine, par S. Munk.

Voir, pour le texte, ce dernier auteur, et la hrochurc de l'allé Anccssi, l'Egypte et Moïse.
-

ASIE ANCIENNE

COSTUMES DE LA PERSE ET DE L'ASIE MINEURE. — MEUBLES.


LE BONNET PHRYGIEN. — LES AMAZONES, ETC.

N° 26 Jeune
. homme palmyrénien. — Costume composé luxe des Mèdes et des Perses. La tiare recourbée est
d'une tunique coui'te, portée avec une fine ceinture, de mode phrygien. (Cabinet des médailles, biblio-
d'un manteau léger à manches étroites et courtes, thèque nationale.)
probablement la candys des Perses ;
A'cmaxi/rides ou N° 20. Parthamaspare , roi des Parthes, tiré de l'arc
culotte étroite descendant presque aux cheTiUes; de de Constantin. — deux tuniques que
Il porte les
bottines. — Cette figure est tirée d'un bas-relief oi'i
Strabon donne aux Perses (on les voit par les deux
elle est accompagnée d'une inscription palmyré- manches). Le manteau frangé de trois côtés, parais-
nienne. sant de forme rectangulah-e serait celui qui convient
,

N° 27. Bacchus indien, publié par Winckelmann. — aux rois de Perse et de Lydie du moins Diodore de
;

(Avant-bras restaurés.) Sicile dit que ces rois le portaient de cette forme.

N '
3. Fragment de costume féminin. N" 14. Tiare et armes ordinaires des Parthes, l'arc et

le carquois, recueillis sur une médaille. (Cabinet des


N"* 10 et 19. Perses. — Bonnet, mitre ou tiare ; large
antiques.)
timique retroussée par deux côtés avec une ceinture ;

N" 12. Tigrane, roi d'Arménie. (Même source.)


manches larges en forme d'entonuoir, laissant voir
celles de dessous, très étroites. N° 9. yiare arménienne avec l'arc et les flèches ;
travail
Même
N" 17. Roi de Perse au temps du Bas-Empire. — Tiare romain. ( source. )

brodée de perles ; couronne rayonnante de style ar-


N° 22. Figure de l'Arménie captive, implorant. — Tu-

chitectm-al, fixée sur le front par un diadème. (Ca- nique longue et à manches. La tiare posée par-dessus
binet des antiques, la mitre est à remarquer. ( Tirée d'une médaille ro-
)
maine.)
N° 15. Chaussui-e.
N° 16. Tiare de caractère analogue, j)rovenaut aussi
Nos 4 et 13. Sièges ou trônes.
d'une médaille.
Chasse-mouches.
N'' 2.
N"' 1 , 23 et 24. Amazones (voir plus bas). — Ces guer-
Ces dis premiers numéros se rattachent à la Perse ceux ;
rièresne sont pas toujours représentées armées de la
dont l'origine n'est pas indiquée, c'est-à-dire les n^^ 2,
hache à deux tranchants et la mamelle droite décou-
3, 4, 10, 13, 15 et 19, proviennent des bas-reliefs de
verte; elles n'ont pas non plus toujours la tête armée
Persépolis ou des tombeaux de Naxi-Rustan qui se
Ces trois exemples par
du casque de cuir. , recueillis
trouvent dans sa banlieue. peintures de vases,
Tischbein et Passeri, dans les

N"^ 5 et 6. Parthes. — Coiffures efféminées imitant le sont publiés pour faire ressortir ces différences.
,

N° 18. Cette belle coiffure du mode phrygien, assujet- N" 8. Paris, d'après une peinture d'Herculanum. — Il

tie par une bandelette fort ornée , nouée avec grâce porte deux ceintures, l'une se trouve cachée par le
provient d'une médaille du cabinet des antiques qui ,
vêtement, l'autre est bleu turquin. La tunique est
paraît représenter la Phrygie ou la Phénicie. rouge; la clilaène, bleu-clair. La mitre est d'un jaune

N°' 11 et 15. Mitres, véritables bonnets phrygiens, doré couleur de safran. Les anasyrides sont de
, même
garnis des bandelettes appelées redimicula^ servant couleur, mais plus claires.

à nouer la mitre sous le menton. N" 7. Phrygien ou plutôt Arménien. — Grande tunique
TS° 21. Berger phrygien. — Statue d'Atys ou Attys, le longue, à manches, et par-dessus tunique com'te, sans
beau pasteur aimé de Cybèle provient d'un
;
bas-relief manches, semblable à celle des femmes; publié par
publié à Venise. Guattaui.

Les poètes latins du siècle d'Auguste se serrent indifféremment des noms de Partlies,
Perses, Mèdes, jjour désigner des groupes qui, tour à tour conquérants et conquis, semblent
n'avoir offert à leurs yeux qu'un seul peuple formé par l'adoption successive des mêmes
usages. Strabon, confirmant Xénophon, avait certifié que « les mœurs des Mèdes et des

(c Perses se rapprochent en beaucoup de choses. » « Les Parthes, maîtres de la Perse, selon


« Justin, d'après Trogue Pompée, se vêtirent de la robe transparente et flottante des Mèdes;
« avec l'opulence, leurs habits furent longs, amples, rayés, enrichis d'or. » Le petit nombre
de monuments concernant ces populations ne permet pas de préciser ce qui pouvait apparte-
nir en propre aux unes ou aux autres. En principe, tout ce qui, parmi elles, tient au faste,

comme les tiares, les mitres, les iufiiles, les longues robes, les manteaux amples, les joyaux,
les meubles finement travaillés, en matières précieuses, indiqués comme étant d'origiue mé-
dique par les latins de l'empire, semble devoir être reporté aux Assyriens, à l'antique royaume
qui, le premier, comprit tous ces peuples dans son orbe immense. — En regard des peuples de
l'Asie antérieure, la Phrygie dont les limites varièrent aussi selon les époques, mais à laquelle
sa position géographique, en dehors du grand courant des migrations, permettait de rester

relativement isolée, de se concentrer sur un terrain réduit en y conservant son unité, la Phry-
gie, déjà mentionnée par Homère, peuplée par une race laborieuse, énergique, attachée au
sol, gouvernée longtemps par des rois nationaux, quoique devant faire un jour aussi partie
des empires perse, macédonien, tyro-grec, semble avoir gardé plus longtemps que les autres
son originalité particulière, et le fait a son imjjortance, puisque les poètes latins se servent
toujours de l'épithète de Phrygien, comme synonyme de Troyen. (N. Theil, Did. do Bhgra-
pli'k, MyfJwloijie, Géographie anciennes.)
La tunique simple, sous la ceinture, ou sous deux ceintures, n° S, avec ou sans manches,
n°' 1, 8, 21, 24 et 26; la tunique superposée, avec manches courtes ou sans manches, n™ 7
et 20; la robe longue, n™ 7, 22 et 27, à larges manches, u" 10, demi-longue, n" 19; le par-
dessus ou manteau léger, ouvert par devant, demi-long, à manches courtes, étroites, n" 26;
le manteau court, sans manches, n" 21; le manteau demi-long, également sans manches,
n" 8; le manteau royal, long, frangé, drapé, dégageant le bras droit, n" 20; le haut de chausses
ou pantalon, descendant de la ceinture aux pieds; les auaxyrides et aussi sarubares, expression
qui paraît s'appliquer à ceux qui étaient fermés par en bas à l'aide d'une coulisse, les autres
plus ou moins étroits étant pris dans le soulier ou la bottine; le bonnet, la mitre, la tiare, et

aussi la couronneet le bandeau, portés seuls, n™ 1, 6, 7, 8, 10, 19, 21, 23 et 26, ou la tiare
posée sur la mitre, n°^ 9, 12 et 22, la mitre fixée par un bandeau, n" 18, la couronne ajustée
par dessus la mitre, n° 17 : telles sont les diverses pièces de ce costume asiatique, ne laissant
complètement nus que le visage et les mains, ainsi qu'il est toujours d'usage dans l'Asie cen-
trale, comme en Chine. Strabon parle de la double tunique, de la triple anaxyride usitées dans
la saison lîroide; Xénophon révèle l'existence des étuis où les Perses étaient dans l'usage de
mettre leurs doigts pendant l'hiver, ce qui indique des gants; en même temps, là où Strabon
certifie que les mœurs des Mèdes et des Arméniens se rapijrochent infiniment, il relève tou-
tefois ce fait que les tiares, les tuniques à manches, les anaxyrides propres aux contrées froides,
« ne sont pas en usage dans les régions plus chaudes. »

La mitre, le bonnet des Phrygiens, est un des trois types du bonnet en feutre, le pileus,
porté exclusivement par les hommes, en opposition avec celui des femmes. Ce bonnet variait
de forme chez les différents peuples de l'antiquité, tout en conservant son caractère général
de bonnet sans bords, collant, ou à peu près, à la tête. Il était soit conique, en forme d'œuf,
bonnet d'Ulysse et des Gémeaux : c'est celui des Grecs; soit droit, en forme de cylindre ter-
miné par un fond plat : celui-ci était le bonnet d'affranchi chez les Eomains, selon une mé-
daille de Brutus. Le bonnet en pointe recourbée en avant, c'est le phrygien. Le pileus était la
coiffure ordinaire des marins, des. pêcheurs, des artisans. Chez les Grecs et les Eomains on le

portait d'ordinaire sans cordons, disposé de manière à laisser passer tout autour de la tête

l'extrémité des cheveux. Pileata Rmna, 2nleata pleis , jHleata turla, sont les expressions dont
on se servait pour désigner à Rome les fêtes des saturnales, parce que tout le monde portait

de ces bonnets, comme emblème de la grande liberté qui régnait partout, et dont tous jouis-
saient pendant ces jours de festins et de réjouissances. C'était une allusion à l'usage où l'on
était de présenter un pileus à l'esclave que l'on affranchissait (Mart., IX, 6; Suet., Nero, 57;
Sen., Épist., 18). Aulu-Gelle dit que l'on couvrait d'un pileus la tête de l'esclave que l'on
mettait en vente, lorsque l'on voulait indiquer qu'on ne pouvait garantir sa fidélité (VII, 4).
Le bonnet phrygien est la mitre que Virgile appelle méonienne : « Ce Paris, la tête humide
« de parfums et parée d'une mitre méonienne attachée sous son menton. » Celle-là n'était
pas de feutre, ainsi que le montre ce passage de l'Ane d'or, d'Apulée : <( Tel on représente
« Paris avec une chlamyde brodée de couleurs différentes, et ayant sur la tête un bonnet
a d'étoffe d'or. » On lit encore dans Virgile, à propos du costume phrygien : « Pour vous,
« ô Troyens, qui, sous des vêtements où éclatent le safran et la pourpre, portez des cœurs
ce sans courage, vous que ravissent les danses, vous dont les tuniques sont garnies de manches,
« et les mitres attachées avec des bandelettes;, véritables Phrygiennes, car vous n'êtes pas
a même des Phrygiens »
Peut-être est-il permis d'inférer de ce passage qu'en Phrygie, où le loonnet n'était pas tou-
jours le pileus de feutre, à l'usage exclusif des hommes en Grèce et cliez les Latins, la mitre

phrygienne était aussi portée par les femmes. Les Amazones, n"'' 1 et 24, en sont coiffées.
L'Amazone, n° 24, paraît porter le bonnet orné de perles, avec les bandelettes d'attache et le

couvre-nuque du n° 25, par-dessus son casque; il serait employé là sans nécessité, et peut-être

déjà comme un symbole de l'indépendance affectée par la nation. Cette élégante guerrière,
tombant dans le combat, est peut-être la belle reine Penthésilée, qui vint au secours des
Troyens après la mort d'Hector, et fut tuée par Achille, qui pleura sur la reine mourante, à
cause de sa beauté, de sa jeunesse et de sa valeur. Les Amazones, race fabuleuse de femmes
guerrières, étaient venues, dit-on,. du Caucase s'établir dans l'Asie Mineure, aux environs de
la terre du Thermodon, où elles fondèrent la ville de Thémiscyre. Sous le règne de Thésée,
elles envahirent l'Attique. On les rencontre partout dans la mythologie des Grecs, mais sans
trouver de détails sur leur constitution sociale; on ne sait pas ce que faisaient les maris de
ces abeilles. L'habit des Amazones couvrait tout leur corps, à l'exception du côté gauche
qu'elles laissaient nu jusqu'au sein. Leur robe, dont le bas ne passait pas les genoux, était

retroussée avec un nœud. Elles gardaient une mamelle pour nourrir leurs filles, et se brûlaient

la droite pour avoir plus de facilité à bander l'arc; elles portaient deux lances. Strabon, en
confirmant ce sacrifice de la mamelle droite, brûlée dès l'enfance, ajoute qu'il permettait
au bras droit de manier plus aisément la jiache. Leur bouclier, appelé pelta, était semblable,

pour la forme, à la feuille de lierre. Elles étaient dans l'usage de faire elles-mêmes leurs
casques et les courroies qui servaient à les attacher sous le menton; leurs autres vêtements de
guerre étaient formés de la dépouille des bêtes sauvages.

{Documenls empruntés cm Choix de costumes civils et militaires des peuples.de l'antiquité,


paj- X. Willemm, PaiHs, 1798-1802, 2 vol. gr. in-folio.)
GREC

COSTUMES ET USAGES MILITAIRES.

L'étude dn costume militaire des Grecs oifre cet incoriTénient que les vases où on les ren-
contre dépeints avec beaucoup de précision, représentent presque toujours des divinités et
des héros; ce sont des armures de chefs, et encore presque toujours incomplètes, parce que
les artistes grecs, avec leur goût constant pour le nu de la figure humaine , laissaient généra-
lement à découvert des parties que dans , la réalité , l'armement complet aurait cachées. Néan-
moins, comme les formes les plus anciennes des diverses pièces de l'armure subsistèrent
longtemps avec leurs principaux caractères, et, qu'en somme, les armes des chefs, plus ou
moins luxueuses et confectionnées avec soin, sont au fond du même mode que celles portées

par le soldat, on peut, malgré le manque de précision absolue, entrevoir assez clairement la
physionomie originale d'une armée grecque, selon, les époques, en tenant compte : de la na-
ture des matériaux employés pour les armes aux différents âges, des progrès de la fabrica-
tion, du caractère des guerres en ce qui concerne la puissance de l'armement et de la tactique,

et enfin des mœurs ou usages militaires eux-mêmes.


S'il est vrai que les Grecs d'Homère avaient déjà des armes d'une merveilleuse orfèvrerie
dans laquelle le bronze était un savant alliage du cuivre et de l'étain, et qu'ils commençaient
à employer, pour quelques armes seulement, il est vrai, et dans une mesure extrêmement
restreinte, le fer (qu'Homère, qui le nomme rarement, ne désigne jamais sans Fépithète :

difficile à travailler), néanmoins, ces Grecs, quasi-fabuleux, n'étaient pas encore bien loin de
l'état sauvage où, pour armure et i^arure de guerre, l'homme s'affublait d'une peau de bête,
pour sa défense, et attaquait avec la massue. Même dans les rangs de leurs tribus confédé-
rées se trouvaient certains combattants qui refusaient encore de se servir de toute autre arme
que la massue, la préférant aux armes pénétrantes, et qui terrassaient l'ennemi en l'écrasant dans
son armure brisée. Ces guerriers primitifs, qui avaient débuté par être couverts de peaux
d'animaux féroces, à cornes, de carnivores de toutes sortes, parmi lesquelles celles des grands
fauves, comme le lion, étaient particulièrement honorables pour celui qui les portait j la tête

couverte par le mufle de l'animal, les pattes nouées sur la poitrine, le surplus de la dépouille
flottant dans le dos, ces guerriers primitifs, avaient un aspect fantastique, que la longue et
lourde massue rendait formidable, terrible. Ce fut comme une tradition suivie, donnant en
quelque sorte le ton militaire ; tout en perfectionnant les moyens de défense et d'attaque per-

sonnels, on tenait à ce que l'équipement de guerre fût propre à inspirer la terreur, et à jeter,
dès l'abord, l'épouvante dans le cœur de l'ennemi.
Le haut casque était conçu dans ce sens, outre qu'il était disposé pour qge les coups portés
à la tète y fussent moins dommageables. Il était surmonté de hautes crinîlres hérissées, mo-
biles, teintes de couleur intense comme le rouge flamboyant, le noir luisant, ou la teinte
dorée qui faisait resplendir la crinière à longue queue du casque d'Achille. A cette ruse de

guerre, s'en ajoutait, ce nous semble, encore une autre tendant à abuser l'adversaire sur la
véritable stature de l'homme qu'il avait en face de lui, ramassé sous le bouclier. Ce haut de
visage simulé, avec son regard percé dans le métal, qui se trouve à l'avant de beaucoup de cas-
ques, nous paraît ressembler fort au stratagème des Néo-Calédoniens qui superposent ainsi
un visage humain sur leur tête, et noient leur figure et leur regard réels dans les flots des
longs poils noirs qui pendent de leur coiffure.
En général, dans les espèces de combats singuliers que se livraient, an milieu de la

mêlée, ceux qui portaient des armes équivalentes, sur des chars ou à pied, on recourait à
toutes les ruses pour lasser et atteindre son adversaire. Les luttes étaient farouches ; la géné-
rosité rare ; on combattait pour tuer, ne faisant de prisonniers que pour l'esclavage ou la ran-

çon. .Toutefois on avait le respect des morts; le cadavre d'Hector traîné, le refus même de
rendre son corps mutilé, est im cas exceptionnel; en général on suspendait les hostilités pour
que chaque camp prît soin de reconnaître les siens et de les inhumer. Les Grecs afiichaient, en
outre, dès ces premiers temps, l'horreur des armes empoisonnées que maniaient certains bar-
bares, et paraissent s'être constamment refusés à leur usage; néanmoins, comme dans VO-
dyssée, on voit Ilus refuser à Ulysse le poison que celui-ci lui avait demandé pour en fi-otter

la pointe de ses flèches, il faut bien croire que sous ce rapport il y eut aussi des exceptions.
Le soldat n'avait pas de traitement. Il dépouillait les morts et pillait. Une ville prise était

détruite par l'incendie. Le butin, qui était remis au chef de l'armée, et dans lequel étaient
compris, le surplus étant tué, ceux réservés pour l'esclavage, était réparti par lui. On cam-
pait, non sous des tentes, mais sous des cabanes de pieux entremêlés de branchages. Si le

campement devait se prolonger, les baraques étaient revêtues de terre en dehors et couvertes
en jonc.
C'est avec des guerriers armés de toutes pièces, de grand poids et montés sur des chars;
c'est avec des piétons ayant des armes analogues, moins lourdes, que les Grecs constituèrent
d'abord la priuci])ale force de leurs armées ; aux temps héroïques, les cavaliers ne semblent
guère avoir été que ceux qui étaient montés sur des chars. On faisait certainement usage du
cheval de main, mais il n'est pas fait mention de corps de cavalerie proprement dite avant

la guerre de Messène, 743 ans avant l'ère vulgaire. Ce ne serait que très tard, et à l'exemple

des Romains, que la cavalerie aurait été divisée en pesante et légère. Il est fort probable que
ces armées composées, dans le genre de celles de l'Egypte, d'infanterie et de chars, devaient
avoir à peu près le même ordre de bataille. Les chars de guerre à l'avant, à l'arrière et sur
les flancs ; au centre, les fantassins pesamment armés ; les troupes légères à l'avant-garde

pour entamer l'action, se replier et se porter sur tous les points menacés.
Le commandenient se faisait à haute vois, au son de la trompette, au bruit d'un bouclier,
-OU par la mimique du corps, de la main, en se servant de l'épée ou d'une pique. Dans le dé-
sordre et le bruit de la mêlée, dans l'éloignement, on recourait au feu de matières ligneuses
ou bitumineuses, véritable télégraphie formant un langage de convention que l'on employait
aussi pour la communication des nouvelles à de grandes distances et qui, selon Polybe, ne
laissait rien de vague ni d'incertain.
Les enseignes levées (bouclier, casque ou cuirasse, fixés au haut d'une lance) étaient le

signal du combat; baissées, celui de la retraite. Au commandement de marche, le bois des


lances tenues debout api^uyées à l'épaule droite, étant alors couché, tous entonnaient l'hymne
de Pan, le Pœan, pour régler le pas, et l'on marchait à l'ennemi au son des flûtes, auxquelles

Pausanias joint la lyre et la cithare. Les trompettes, tambours et timbales qu'Homère ne


nomme même pas ne vinrent qite plus tard, à des époques indéterminées. La lance levée,
tenue verticale, et comme immobile, était le signal pour parlementer.
On évitait les combats de nuit, et il semble qu'à cette convention, au moins tacite, de-

vaient se rattacher des craintes superstitieuses, car elle fut longtemps rigoureusement obser-
vée par les pirates eux-mêmes.
Terminons cet aperçu sur les mœurs militaires en disant que le soldat portait ses vivres pour
plusieurs jours, dans une espèce de carnassière en osier, ayant la forme d'un vase long, très
étroit aux deux bouts : ils se composaient de viande salée, fromage, olives, oignons et autres
choses semblables. Les Grecs ne portaient les armes, même l'épée, que dans les camps ;
les

armes des trophées consacrées dans les temples, et celles que le vieux guerrier, rentré à son
foyer y appendait en souvenir de ses exploits, étaient mises hors de service. La massue pri-

mitive restait aux mains des esclaves, et c'est la seule arme qu'il leur fût permis de porter.

Il n'existait pas chez les Grecs, avant l'intervention romaine, de règlement ou d'ordon-
nance pour la tenue des gens de guerre, ayant un caractère général. Etant donnée l'aflPecta-

tion de l'indépendance que chacune des souverainetés ou républiques gardait pour soi, il ne
put y avoir que des uniformités locales, ordonnées par un chef de troupe, ou, plus largement,
par les magistrats de la cité. On n'a qu'un petit nombre de renseignements à ce sujet ; ainsi

l'on sait que l'habillement du soldat lacédémonien était d'un rouge violet, tirant sur le sang
pour dissimuler celui des blessures, et l'on sait encore que le casque lacédémonien qui, dans
son premier état, aurait été simplement de feutre et de la forme du bonnet des Dioscures
et d'Ulysse, celle d'un œuf coupé par le milieu, ne garantissant pas suffisamment la tête

contre les flèches, fat réformé par une mesure publique; on voit aussi que les Macédoniens,
quoique pesamment armés, n'abandonnèrent point leur casque en cuir, bien qu'il fût peu ca-
pable de résister aux coups; mais on ne saurait dire au juste jusqu'où s'étendaient les pres-
criptions obligatoires, et surtout les différences existant entre les unes et les autres. Le
renseignement le plus utile sous ce rapport, à défaut des enseignes, dont Homère ne parle

même pas, est fourni par le signe employé par les soldats pour se distinguer entre eux.
Chacun portait sur ses armes, en dehors de l'emblème personnel, véritable blason, qu'il lui

était loisible d'y faire figurer, Temblême de son pays. Ceux d'Athènes avaient sur leur

bouclier une choueUe;ceux de My cènes, un lion; ceux d'Argos, un loiqj ; les Macédoniens,
les Thessaliens, un cheval; les Siciliens y portaient la TriquÉtra, figure composée de trois

jambes représentant les trois caps ou in-omontoires de la Sicile; ceux de Corinthe, le Péyase
ailé; et les Ioniens dn pied du mont Cynthùs y mettaient souvent, au lieu de la lyre d'A-
pollon, le serpent de Délos. Tous les boucliers de Sparte étaient marqués en haut du lamMa

(A), l'initiale du nom de la ville AaxsSaîijiMv et en bas du kappa, la seconde consonne


: ;

du mot. En général, on trouvait ainsi sur tous les boucliers, combinés ou non avec des
emblèmes, la première lettre du nom de la cité pour laquelle le soldat combattait. Pour
les chefs supérieurs, il est certain qu'ils s'arrangeaient à leur guise; Xénophon avait un

bouclier d'Argos, une cuirasse d'Athènes, un casque travaillé en Béotie, etc., etc. Ce qui se

rattache à la hiérarchie était à peu près de même partout ; l'importance du chef semble
augmenter avec le nombre des aigrettes de son casque. Agamemnon porte au sien quatre

cônes pour les crinières fiottantes. Ceux des simples soldats étaient sans crête ni crinière,
terminés par un bouton ou une pointe, ou même en surface lisse; et ceux des jeunes gens,
également sans cimier, n'ayant point de frontal, étaient simplement en cuir de taureau.
Les armes défensives étaient : le casque, la cuirasse, le ceinturon, le baudrier, les oiêmides

ou jambières, les genouillères, les talonnières, à l'usage des cavaliers, avec l'armure du pied
et. les éperons, les brassards, le bouclier, et aussi la chlamyde ; car, lorsqu'on était surpris

sans bouclier, on couvrait son bras gauche du manteau enroulé pour s'en parer en combat-
tant.

Les armes offensives étaient : la massue, la lance, l'épée longue ou courte, la dague ou
couteau de ceinture, la harpe, sorte d'épée qui, suivant les auteurs grecs, portait un crochet
tranchant qui faisait sailHe sur le taillant de la lame comme une serpe ; la hache, le marteau,
l'un et l'autre double ou simple; enfin l'arc, les javelots, la fronde avec les balles de plomb,
et jusqu'aux pierres lourdes ou aiguisées rencontrées sur le champ de lutte, et lancées à la

main. Le bouclier doit figurer aussi parmi les armes offensives; on se servait de Viiniho, fort

et saillant, pour presser et frapper reuuemi.


Les casques étaient de métal ou de jDeau ; ceux de métal conservèrent longtemps des oreil-

lettes rappelant par tradition les têtes d'animaux dont on s'était coiffé jadis, en s'habillant
de la dépouille entière; on fit même un large usage des casques de têtes d'animaux concur-

remment avec ceux de métal, et lorsque ceux-ci étaient déjà fort répandus. Les casques de
métal étaient garnis à l'intérieur de cuir ou de toile rembourrée formant ourlet, ou se po-

saient sur une calotte de feutre. Les soldats ornaient de peintures le cuir de leur casque,

comme celui de leur bouclier, ainsi qu'on le voit aux n"" 10, 12, 13 et 15. Le casque béotien,
à nasal et à grandes jugulaires fixes, couvrant le visage en entier (n" 18), est le plus fi'é-

quemment porté par les guerriers représentés sur des vases grecs ;
le changement de cimier
lui donne des physionomies fort différentes. L'emploi des plumes dans la parure des cas-
ques, dont il n'est point question dans Homère, est regardé comme moins ancien que celui
du panache et de la queue flottante en crins de cheval. L'articulation des pièces du casque se

rattache au progrès de l'industrie ; la visière mobile paraît avoir été inconnue aux temps hé-
roïques. Le casque était attaché avec une courroie passant sous le menton.
La cuirasse était aussi de métal ou de peau, ou bien de lin à plusieurs doublures ; cette der-

nière semble peu capable de résister aux coups, et cependant les Athéniens y revinrent après
l'avoir portée de fer ou de bronze. Elle est fort ancienne, et les Macédoniens en conservaient
encore l'usage du temps d'Alexandre qui la portait lui-même. La fig. 5 représente un héros
ayant la cuirasse de lin piquée, renforcée de plaques de métal ; les épaulières en lames articulées
sont fixées par des cordelettes tendues et nouées en bas du thorax, qui rappellent de fort près

les procédés emjDloyés par les Japonais en semblable occurrence. Cet exemple montre, en outre,
les lambrequins de cuir taillés carrément, quelquefois mis en double, avec lesquels on prolon-
geait la défense de la cuirasse arrêtée à la ceinture. La cuirasse de métal plein, qui semble
coulée d'un seul morceau, est d'une construction assez diiRcile à comprendre. L'ouverture du
col étant trop étroite , elle ne pouvait se mettre que par le côté : elle s'y ouvrait en effet en
roulant sur des charnières. Cette cuirasse si caractéristique conservait dans sa forme les di-
visions du corps humain, et on l'ornait de dessins à la pointe, en harmonie avec les linéa-

ments de ces divisions. La cuirasse se mettait par-dessus la tunique; celle-ci couvrant le


ventre était plus ou moins prolongée sur les cuisses, par un arrangement qui varie beaucoup.
Lorsque la tunique était supprimée, on la remplaçait par une jupe attachée à la hauteur
des reins, très courte en général, pour plus de liberté. Homère parle de cette courte jupe
que notre n" 18 semble représenter. La cuirasse de peau couvrant le ventre et passée par-
dessus une de ces tuniques de mailles que les Grecs excellaient à faire (voir n° 2) constitue
une défense très usitée; celle-ci est en réalité une tunique courte mise sur une autre plus
longue, dont l'adhérence est assurée par une assez large ceinture. Cette ceinture qui pro-
cure la solidarité des deux pièces de l'armure, en passant par-dessus les deux tuniques de
peau et de mailles, n'est pas le ceinturon de bronze du soldat, ceinturon garni en peau ou
en toile, qui se mettait sous la cuirasse et comptait dans l'armement définitif. Un assez
large baudrier qui passait sur l'épaule et soutenait la longue épée portée horizontalement du
côté gauche, baudrier qui était d'or ou d'argent pour les chefs, contribuait aussi à la défense,
car il était assez fort pou.r repousser les traits.

Les cnémides ou jambières étaient moulées sur les jambes de chaque guerrier et coulées en
bronze, adhérant à la jambe et ne portant pas d'agrafes (voir n° 18), ce qui se comprend
difficilement ;
elles couvraient le genou et étaient fixées à la chaussure au moyen de bande-
lettes enroulées. Il y en eut de formées de plaques de métal , ne couvi'ant que le devant de la

jambe, depuis le genou jusqu'au cou-de-pied ; on les attachait par derrière avec des cour-
roies. Homère dit en plusieurs endroits que de son temps elles étaient en étain, et que l'on

se servait de boucles d'or ou d'agrafes en or et en argent pour les attacher. Sous l'armement,
les jambes étaient garnies de feutre. Les cnémides étaient de deux sortes, les unes pour le

cavalier, d'autres pour le piéton. Celles qui vers le bas prennent la forme du cou-de-pied,
sont les jambières de la cavalerie; elles ne pouvaient convenir aux fantassins dont elles au-
raient entravé la marche.

Le bouclier était l'arme défensive par excellence. Il était généralement circulaire et con-
vexe. Les énarmes, ou courroies nécessaires pour le tenir, étaient placées, l'une près du
bord, pour la main; l'autre vers le centre, pour le bras; une guiffe servait à le porter au cou,
derrière soi, ou sur l'épaule; sa concavité avait l'avantage, tout en logeant à l'aise le bras, de

permettre de s'en couvrir au plus près, et sa convexité de faire facilement diverger les coups.
Dans les premiers temps, le bouclier fut fait de petites branches d'osier entrelacées, puis
de petites planches de figuier, de saule, de hêtre, ou de quelque autre bois léger. Enfin, on
en fabriqua de cuir de bœuf, en mettant les unes sur les antres plusieurs de ces peaux ;

celui d' Ajax avait neuf peaux de taureau superposées ; on entremêlait ces peaux de pla-
ques de métal , et parfois même des plaques recouvraient les peaux. Le bouclier rond ou
ovale avait deux parties principales : le cotitour eu métal qui en était le bâti, et le centre
rendu saillant, l'umio, dont la résistance était la plus forte, et qui servait à heurter l'ennemi;

les peaux étaient fixées an cercle par des clous, o\\ prises dans les lames superposées du con-
tour. Les boucliers décrits par Homère et Hésiode, entièrement en métal, dont l'étude est
utile pour reconnaître l'avancement des arts de l'époque, sont d'une dimension telle, et au-
raient été d'un poids si considérable, qu'ils sont considérés comme étant d'un emploi invraisem-
blable. Le bouclier d'Hector qui pendait sur son dos, lui battant la tête et les talons, n'est pas
tenu pour réellement historique; ces armes n'auraient été inventées par le poète que pour
donner l'idée de la force prodigieuse qu'il attribue à ses héros. Les boucliers des chefs por-
taient ordinairement en relief des figures d'aigles, de lions, et antres animaux emblématiques
ou l'image de quelque divinité ; ceux qui n'y pouvaient avoir de ces reliefs de métal ou d'i-

voire, l'ornaient de peintures. La tête de Méduse, sous laquelle on se croyait à l'abri de


tout événement sinistre, était de l'usage le plus fréquent. Le bouclier d'osier à la forme
écl"iancrée,la j?e//a, était celui d'une grande partie de l'infanterie légère, qui en reçut le nom
de peltastes. Il est, avec le bouclier circulaire et l'ovale, l'un des plus anciens et dont l'usage
persista longtemps.

Nous ne pouvons entrer ici dans la description, même sommaire, des armes offensives qui
seront d'aillem-s l'objet d'autres représentations. Dans notre planche, on peut regarder le
n" 18 comme offrant le type de V hoplite, le soldat de ligne armé pesamment, qui fut la iDrin-
cipale force des armées grecques, et avec lequel fut formée la terrible phalange; l'hoplite de
la phalange, ayant à porter une lance de douze à quinze pieds, l'épée, le boucher fort, n'avait

pas l'armure métallique, qui eût excédé ses forces ; et avec le casque dont la visière lui cachait

le visage, le grand bouclier et les jambières, il se trouvait complètement à l'abri. Il faut donc
voir dans celui-ci, portant l'aigrette et la cuirasse de métal, le type d'un officier d'ho^Dlites,
car les chefs seuls étaient ainsi armés. Ce guerrier combat, et, après le bris ou le jet de sa pique,
il saisit la courte épée dont les Grecs étaient si glorieux, parce qu'il fallait s'aborder de près.
L'archer n°4 serait, selon Willemin, ïepsile, l'un de ces jeunes gens appartenant à une in-
fanterie encore plus légère que les peltastes, défendus seulement par leur casque et leur léger
bouclier, et qui, en maniant exclusivement des armes de jet de peu de poids, le javelot, l'arc,

la fronde, jusqu'aux pierres aiguës lancées à la main, faisaient l'office de troupes volantes,
harcelant l'ennemi. L'arc porté par ce jeune homme est l'arc apollonien, que l'on bandait

en tenant la main droite à la hauteur de l'oreille.

Le n° 2 représente un cavalier armé à la légère ; il porte un casque surmonté d'un cimier


de plumes, le manteau militaire, la chlamyde, des culottes collantes descendant à mi-jambes,
et des chaussettes, ttoSecov, que l'on mettait avec des souliers; cette chaussette adhérente et
tenant bien, devait être faite d'une matière élastique. Le cheval est nu, ayant à peine un har-
nais de tête, et monté à poil ; on n'usait alors ni de la selle ni des étriers. Les pieds ne sont
pas ferrés; on n'employa d'abord ce dernier procédé que pour les mulets, dont on enfermait
les pieds dans une espèce de sabot ; on montait à cheval sans l'aide de personne, soit en
s'élançant avec agilité, ou en montant sur une pierre, soit avec le secours de certaines lances
ayant pour cet usage, un court échelon de fer. Il y avait même des chevaux dressés à se
mettre à genoux pour aider le cavalier à les monter.
La figure n° 3, portant la tunique étoilée et sans manches, donnée ordinairement aux héros,
est un Oreste. Son ealeçon descendant au-dessous du genou était peut-être d'un usage beau-
coup plus général et plus ancien que les monuments ne le font supposer, et il rappelle ce
vêtement de dessous de Thersite, qu'Ulysse menace celm-ci de découvrir aux yeux de l'armée.
Le bonnet est digne d'attention; sa forme, plus élevée que le bonnet marin des Dioscures,
ressemble d'autant plus à la tiare catholique qu'il est étage comme elle. Le bas des jambes
est entouré de bandelettes prises dans la chaussure.
Pour s'armer, les héros d'Homère commencent par se chausser ; les cnémides, la cuirasse
l'épée et son baudrier par-dessus l'épaule, le casque, le bouclier, la lance et les javelots, tel

est l'ordre toujours suivi. Les Grecs de l'Iliade vivaient à l'époque de transition de l'âge du
,

bronze à celui du fer. On ne trouve encore ce dernier métal employé que pour quelques haches
et pour quelques pointes de flèches. La matière diffidlc à b-availler est déjà regardée comme
si j)récieuse, que des morceaux de fer brut sont donnés en récompense dans les jeux du camp ;

mais, en somme, Homère en parle peu (trente-deux fois; on les a comptées). Armures et
armes, tout à ce moment est de cuivre et d'étain. En regard des jambières d'étain d'Homère,
Hésiode parle de cnémides faites de cuivre resplendissant, et, en effet, c'est surtout de
bronze qu'elles furent faites dans la suite des temps.

On doit donc, en traitant du costume militaire des Grecs, tenir compte des époques diverses,
selon que l'on s'éloigne des temps dits héroïques, et que l'usage du fer, appliqué naturellement
d'abord aux armes pénétrantes, sera supposé avoir fait plus ou moins de progrès. Quoique
déjà dans Homère on voie Euryale donner à Ulysse une épée d'un acier très fin, à poignée
d'argent, à fourreau d'ivoire, il est probable que pour le vulgaire la plus grande partie des
armes resta longtemps de bronze, et peut-être fallait-il être un chef illustre, comme
Alexandre de Macédoine, pour avoir, d'après Plutarque, sept ou huit siècles après la prise de
Troie, un peu plus de trois siècles avant J.-C, a un casque de fer brillant comme de l'argent
«. pur, un collier de même métal, orné de pierreries, s'adapiant au casque, et une épée d'une
a trempe et d'une légèreté admirables, présent d'un roi des Citiens, » c'est-à-dire venant de
l'île de Chypre. Cimon, fils de MOtiade, ne trouva que des armes d'airain dans le tombeau de
son père, à Saros. Le bronze antique avait d'ailleurs le ton et l'éclat de l'or.

Les Grecs prenaient le plus grand soin de leurs armes, et les mettaient à l'abri dans des
fourreaux.

N° 1. No 7.

Casque avec nasal et oreillettes, couvrant presque en- Casque de la forme dite phrygienne.
tièrement le visage.
N"' 9 et 11.

N»s 6 et 17. Épée et son fourreau de forme ancienne. Les épées et


les fourreaux étaient faits de bois , comme le lotos
Casques dont les oreillettes sont relevées; ces pièces
ou d'ivoire.
qui étaient attachées par une charnière , et qui ser-
N" 16.
vaient de jugulaires , se rencontrent plus fréquem-
ment dans les casques à timbre rond que sur ceux
,
Chasseur revêtu de la clilœne; la forme triangulaire de
qui sont profonds et élevés. cette chlamyde se voit rarement sur les monuments.

{Documents recueillis par Willem.ln : Costumes des peuples de l'antiquité.)


lâû
CxREG

COSTUMES MILITAIRES. — ARMES DIVERSES.


CHARIOTS DE GUERRE ET AUTRES. — HARNAIS DE CHEVAL.

N"^ 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 12. — Variétés du casque grec. — Tous ces casques portent la cri-

nière, saus parures de plumes; tous aussi ont le couvre-nuque. Les n"" 1, 4, 5, 6 et 11 sont

des types de la calotte ajustée au plus près. Les n'" 2 et 3 offrent des exemples du casque
haut à Tisière immobile, de la famille béotienne, comme on le portait hors du combat,
renversé en arrière, la visière presque horizontale; le n" 6 est de ceux que leur calotte des-
sinée en volute fait ranger parmi les phrygiens. Les crinières sont simples ou triples. Le
n" 2 porte de chaque côté un cône de petite dimension d'où s'épanouissent des crinières

latérales.

N° 15. — Chef avec son armement complet. — La crinière de son casque est fixée dans un
cône qui s'avance jusque sur le front et prend toute la tête ; il a la cuirasse, les cnémides, la
pique, l'épée et le bouclier circulaire armorié. Ce bouclier, avec son pavillon pendant, est
regardé comme un des types de ceux que l'on élevait au haut d'une pique pour donner le

signal du combat. L'attitude de ce guerrier montre que l'on n'en est encore qu'au prélude ;

il ne lance son javelot, ni ne tire son épée; la piierre qu'il va jeter est de trop peu de
.poids pour que son agression soit redoutable; ce n'est qu'une provocation, une insulte, et
l'on sait combien les Grecs en étaient prodigues avant d'en venir aux mains. Homère
est plein des longs discours que les guerriers s'adressaient à ce moment là.

N° 17. — Soldat grec, donné par Willemin comme im hophte. — Il a le bouclier béotien,
qui était ovale et échancré à chacun des deux grands côtés, en dedans de la bordure à
peine interrompue. Son casque, également du genre béotien, est surmonté d'un haut cimier
recourbé de la famille des étrusques; cette analogie offre un de ces rapprochements qui
font donner aux Etrusques et à certains Grecs une origine commune.
N" 14. — Soldat grec en costume de voyage. — Il porte le pallium ajusté de la façon
la plus simple, attaché au devant du cou avec une broche; il est coiffé du pétase et

a les jambes entourées de la jambière en bandes à l'usage des gens qui se précautionnaient
contre la fatigue et voulaient être alertes; ces jambières s'arrêtaient à la cheville, d'où leur
nom àe fascia cruralis, donné par les Komains qui les pratiquèrent. Ses chaussures sont
tressées.

N" 1(3. — Pelta. — Bouclier elliptique tronqué, fait de bois ou d'un treillis d'osier, mais
sans cercle d'airain au pourtour ; il était à l'usage des troupes plus légèrement armées que
les hoplites, et auxquelles leur bouclier fit donner le nom de peltastes. La peîta-lunafa était
une autre espèce de bouclier de même nature, dont la forme générique était celle du crois-

sant : c'est le petit bouclier que l'on voit aux mains des amazones et de certains autres asia-

tiques. La pelta thrace, faite aussi de uiatières légères, était carrée et imbriquée comme le

sciitum romain, mais de moindre dimension.

N"' 7, 8, 9 et 10. — Chariots de guerre, de course et de triomphe. — Le n" 7 a tous


les caractères du char rapide, à essieu tournant, monté par un seul homme, avec lequel
on disputait le prix de la course dans les jeux du cirque, et parfois même sur un champ
plus vaste que ne l'était la carrière de l'hii^podrome. C'est un de ceux « qu'un écuyer
habile, menant quatre chevaux des plus vigoureux et des plus vites, fait voler à toute
bride par un chemin public, en présence de tout un peuple qui regarde avec admiration,
jusqu'à une grande ville où on a limité la course » {Iliade, livi-e 2V ). Le timon de ce
char tenant à l'essieu se relève en courbe et porte le joug avec courroies qui pesait sur
les garrots des deux chevaux du milieu du quadrige, les autres étant attelés à la volée.
li'auriga, -^ivîoxoç, conduisait ce char en passant les rênes derrière son dos ; il en était
enveloppé, de manière qu'en se penchant en arrière, il pesait des reins sur ces rênes avec
tout son poids, guidant d'une main, maniant le fouet à lanière, ou la longue houssiue de
l'autre; l'auriga qui était exposé, en cas de heurt et de chute, a être traîné par les cour-
roies dans lesquelles il se trouvait pris, portait un couteau recourbé pour couper rapide-
ment les guides, au besoin. La course des chars figurait dans les jeux des fastueuses funé-
railles ; un beau trépied ou une belle femme y était ordinairement le ijrix du vainqueur.
{Iliade, livre XXII.) — Le n° 9 est une de ces luxueuses voitures de transport que les artistes

prêtaient aux dieux et sur lesquelles on voit souvent figurer les héros des marches triom-
phales. Ce véhicule pouvait contenir plusieurs personnes debout; mais, quoique les divi-
nités qui montent des chars analogues soient souvent représentées emportées vivement par
leur attelage « poussant vigoureusement les rapides chevaux qui volent entre la terre et
le ciel parsemé d'étoiles (Homère) », ce char pompeux, à roues basses, sans essieu tour-
nant, décrit fréquemment comme étant fait de bois recouvert de plaques de métal, et dont
la construction épaisse ne semble conçue que pour une rapidité relative, ce char semble
surtout propre aux marches lentes, mesurées, des défilés processionnels.
Les n°^ 8 et 10 représentent le char de guerre des Grecs de l'époque héroïque. L'à'pf/.a

était une voiture à deux roues, ouverte à l'arrière, dont l'essieu, d'où partait le timon,
était tournant; le timon se relevait en courbe, comme on le voit au n° 7, pour soutenir le joug
légèrement concave qui portait sur le garrot des chevaux. L'attelage ordinaire était de deux
coursiers ;
quand il y en avait trois ou quatre, les chevaux latéraux étaient attelés eu volée.
A l'intérieur le char avait un degré aidant à assurer le pied ; il n'y avait place que pour
deux hommes debout, le conducteur et le guerrier ; le devant de la caisse était surmonté
d'une espèce d'anse où l'on attachait les rênes; cette anse élevée, étant divisée en deux
parties facilitait le jeu des guides; de grandes poignées dépassant en arrière le cercle des

roues à quatre rayons servaient à l'ascension et à la descente de ce char qui avait peu de
hauteur, le tablier excédant à peine celle des chevaux. Les fouets étaient appendus à la caisse.
Les côtés de cette caisse n'étaient pas des panneaux : ils étaient faits en treillis pour plus

de légèreté.
Ce chariot n'ajoutait pas grand'chose aux armes défensives dont les combattants
étaient couverts. Construit pour la vélocité, attelé de chevaux rapides, c'est une voi-

ture de transport plutôt qu'une arme de combat, et, quoique ceux qui étaient montés sur
des chars s'assaillissent, en général , en profitant de l'égalité du niveau pour se lancer le

javelot, ou dirigeassent ce javelot contre les gens de pied en usant de l'avantage d'une position
dominante, il fallait, pour se voir de près, mettre pied à terre, et c'est ce qui a lieu à chaque
instant dans Homère. Comme moyen de transport, le char était indispensable à des
soldats aussi lourdement armés que l'étaient les Grecs; le casque épais, le bouclier

grand et fort, la cuirasse et les cnémides, ne leur auraient pas permis d'arriver avec
la célérité nécessaire sur les points faiblissant d'une bataille engagée. Dans la lutte, le

guerrier descend de son char et y remonte sans cesse ;


il saute à terre pour reprendre son
javelot, pour ramasser une lourde pierre, pour assaillir même un adversaire monté; d'autres
fois, on voit les deux ennemis quittant chacun le leur pour continuer un combat singulier.

On en voit encore sautant du char pour atteindre un ennemi agile, comme l'était Polydore,
fils de Priam, bravant Achille, « heureux d'une occasion de faire paraître la vitesse et la
légèreté de ses pieds, » mais bientôt renversé par le terrible héros, « non moins léger que
lui, » « plus léger qu'un aigle, » dit encore Homère. Le guerrier est-il à terre, combattant
dans la mêlée, son char le suit au plus près possible, toujours prêt à lui donner assistance,
selon l'habileté de l'écuyer, tantôt pour recevoir ou donner un nouvel assaut, tantôt pour
fuir l'approche d'un ennemi terrifiant, enfin pour lui procurer un refuge, s'il est blessé.

Le conducteur du char était non seulement un adroit cocher, mais c'était encore un
soldat d'éhte; parfois même, Vagitator eqiwrum, 'fi^tw/n^, était un second de i3remier ordre.
Automédon, avide de carnage après la mort de Patrocle, confie la conduite du char à un
tiers et, en combattant redoutable, se jette dans la mêlée; on apprend en outre par lui

que Patrocle conduisait souvent lui-même le char d'Achille, et remplissait ainsi les fonctions
,

de cocher du héros. « Il avait , dit Automédon reçu du , ciel la force et l'adresse nécessaires

pour conduire ce char et pour rendre ses chevaux obéissants et souples. » « Les chevaux
d'Achille pleurent Patrocle qui avait accoutumé de les conduire. » Les cochers empiloyaient
le fouet à lanières de cuir, ou la longue cravache mince et flexible, faite d'une branche
droite coupée à l'arbre, sans lanière au bout, véritable houssine cinglante.

Parmi les faits relatés par Homère, il faut signaler, quoique difficile à bien comprendre,
l'assaut du camp des Grecs par les Troyens armés de piques et montés sur des chars; ces
chars lancés à la volée fi-anchissent le fossé comblé par Apollon, renversent les murailles et
ne s'arrêtent qu'en vue de la flotte grecque.

Les chars étaient l'objet de soins particuliers ; on les enveloppait d'une couverte et ils

étaient abrités sous des remises. Les Thessaliens gardaient leurs chevaux sous leur tente
près des chars bien couverts. De préférence, ou paraît avoir surtout employé les cavales
p)our l'attelage des chars. « Eumélus, roi de Phares, se vantait d'avoir les plus belles ca-

vales de toute l'armée ; elles étaient vites comme des oiseaux , toutes deux de même poil,

de même âge et de même taille. »

Les n°^ 11, 13 et 18, sont des exemples du harnais de tête et même de poitrail à l'usage
des chevaux. — Le bridon, aussi bien pour les chevaux de selle que pour ceux de trait, était

court; le mors était construit avec de grands ménagements pour la bouche de l'animal; il

était articulé vers son milieu; son épaisseur, son roulement dans la bouche obligeaient l'ani-

mal à tenir toujours sa langue en mouvement on y employait ; le bronze blanc qui ne s'oxyde
pas. Le harnais de tête était enrichi de bossettes à la jonction des courroies.

Viollet-le-Duc prétend, non sans vraisemblance, que les artistes grecs ont supprimé les
pièces défensives dont le cheval de guerre était armé ( Dictionnaire raisonné du mobilier
français; Armes de guerre). Pour appuyer son dire, il a reproduit une têtière-chanfrein de
cheval, en bronze repoussé, disposée pour recevoir une doublure de peau d'étofife, à laquelle
il assigne une date ancienne, 600 ans avant notre ère. Cette têtière grecque se trouve au
musée de Naples, mais ne figure sur aucun cheval de l'art antique. En même temps il a
donné une plaque de poitrail décorée de la tête de Méduse comme celle de notre planche
mais beaucoup plus large, et qu'il tient pour contemporaine de la têtière-chanfrein. Il a
conclu de l'existence de ces pièces défensives à la très grande probabilité d'un système gé-
néral de préservation des parties exposées du cheval de guerre. Cette hypothèse expliquerait
cette phrase d'Homère : « La plaine brille de l'éclat de l'airain qui couvre les hommes
et les chevaux, et retentit de leur marche. » {Iliade, livre XX.)

(Nos exemples sont tirés de Willemin ; Costumes des peuples de l'antiquité.)


,,

GREC

VÊTEMENTS DIVERS. — CASQUES.

N°' 1 et 6. montant à mi-jambe, Vimpilia, £(jiitcXia ; l'autre, qui

tientun caducée, l'insigne du messager, n'a que des


Grecs vêtus de la chlunvjs ou chlaène, manteau léger et
jambières étroitement fixées ,
propres aux marcheurs
court qui paraît avoir été d'abord porté en Thessalie
alertes, semblables à celles qui se portent encore ac-
et en Macédoine avant d'être adopté par tous les
tuellement dans la Kabylie.
Grecs. — Il était le vêtement ordinaire des jeunes
gens d'Athènes. Nous donnerons la coupe de ce carré
N" 2.
oblong d'étoiïe, additionné des deux côtés d'un mor-
ceau triangulaire rectangle, parfois obtusangle. On y Femme enveloppée du léger pallium.
mettait ordinairement des glands d'un certain poids
aux quatre coins pour en assurer la tension. Ce man- N" 3.

teau s'ajustait de différentes manières. Tantôt, comme Homme vêtu de lapodèi'e, 7coor,û'/i:, la robe tombant
au n" ], la chlaène était agrafée au devant de l'épaule jusqu'aux pieds , et, par dessus, du paUium.
droite, enveloppant le bras gauche, laissant à décou-
vert le côté et le bras droit, ayant les quatre coins N" 4.
pendants, deits à l'avant, deux par derrière, les deux
Femme ayant les deux ceintures extérieures : le stfo-
pans de longueur égale ou inégale, selon qu'ils étaient
phion et la zona.
plus ou moins ramenés; tantôt la chlamys était agra-
fée au haut de la poitrine , presque à la base du cou
N° 5.
et était entièrement rejetée en arrière par-dessus les
épaules qu'elle couvrait en dégageant les deux bras,
Femme vêtue du catnstlctos ou znd'wte. — «Il paraît,
<r dit de Clarac, que c'était une robe de différentes
(voir n» 6 ) ; ou bien encore le manteau attaché
comme ce couleurs et qui était mouchetée comme la peau de
il se trouve n° 1, on ramenait sur le devant
pan de « la panthère. Aussi l'appelait-on encore zôotes ou
le l'arrière et on le jetait sur l'épaule gauche
soit eu conservant ce zôdîofes, ce qui indique que l'on avait imité la bi-
le bras droit dégagé
soit en le ,

couvrant ef garrure du pelage de quelque animal, sôon en grec. »


deux mains se faisant our par le bas
, les j

(Z>es Costumes antiques.}


du manteau rendu court par le croisement lorsque ,

les deux pans étaient deux parts. Cette


rejetés des
disposition était surtout adoptée pour aller à cheval,
comme le montrent les frises des Tanathénées. Ces Homme portant le palIIum, le grand manteau qu'Ho-
deux Grecs portent tous deux le chapeau thessalien mère donne aux divinités et aux héros, qui faisait
suspendu dans le dos , ce qui indique le voyageur partie des costumes les plus riches, et quil nomme
;

l'un est un héros qui porte la chaussure de feutre le pharos. — Dans ses poèmes , le pharos est tantôt
d'une blancheur éclatante, tantôt brillant des pins Pompéi, où l'on en a découvert plusieurs de forme et
vives couleurs. On s'en enveloppait par-dessus la tu- de caractère semblables. Le casque des légionnaires
nique. C'était un carré, ou un carré long, fait de laine romains laissait le visage découvert ; il n'en était
et attaché autour du cou ou sur l'épaule par une pas de même des armures de tête de certains corps,
broche. Quelquefois on portait ce manteau comme surtout parmi les gladiateurs. Les coiffures adoptées
unique vêtement. On le drapait de façons fort diffé- par les combattants du cirque paraissent avoir été
rentes et chaque disposition du pallium avait, parmi luie importation (M. VioUet le Duc, Dîct. raisonné du
les Grecs, sa désignation particulière. Quand il était moàiliei' Ji'ançais. Armes de guerre offensives et dé-
porté comme dans l'exemple présent, jeté par-dessus fensives). Leur variété fait supposer qu'elles prove-
l'épaule gauche de manière à pendre sur le dos, à naient de peuples d'origines différentes. On croit
peu près ajusté comme la toge romaine, on le disait d'ailleurs que les Eomains firent combattre les vain-

à'/a6o),Ti, ce qui veut dire : rejeté en haut. En ce cas, cus sous le costume militaire et avec les armes qu'ils

on ne se servait pas de broche. portaient. Il en fut au moins ainsi pendant un cer-

tain temps. C'est ainsi que se seraient conservées des


N<" 8, 10, 12, m, IG et 18.
armures étrangères admises depuis, , et particulière-

Ces numéros désignent, parmi les casques représentés- ment pour combats de gladiateurs. C'est en sui-
les
ici, les plus anciens et les plus conformes aux des- vant l'opinion de "Willemin que nous donnons ici ces
criptions données par Homère. Le n° 8 provient du casques avec les casques grecs. Le haut cimier de
cabinet des médailles de la Bibl. nat. de Paris ; le cette coiffure de combat servait à attacher une ai-

n° 10, du musée du Vatican. grette de plumes ou une crinière de cheval. On y voit


les trous pratiqués pour cet usage. La saillie en avant
N" 20. et en arrière protégeait le front et la nuque. Ces

Casque , dit de Ménélas , trouvé à Tivoli dans la villa casques ont des mentonnières par lesquelles l'arme

d'Adrien. — Il est à visière mobile. On y voit l'at- était attachée sous le menton, et une visière cou-

tache de la jugulaire. vrant la figure comme le ferait un masque, percée


de trous pour la visée. La visière est légèrement sé-
N» 15.
parée dans le bas pour aider à la respiration. Le petit
Casque faisant partie d'un trophée d'Auguste, au Ca- ornement latéral qui se ti-ouve sur la calotte était

pitule. —
Ces exemples 20 et 15 sont avec le n" 0, destiné à tenir une plume.
tiré d'un vase, au nombre des casques considérés
N°s 14, 17, 19 et 21.
comme ayant la forme phr5^gienne.

Ces numéros offrent des variantes du casque grec ; cer-


N" 11 et 22.
ces pièces rabattues
tains sont à oreillettes relevées ;

Ces armes, au timbre arrondi, sont conformes aux cas- sur les joues servaient à les défendre et \ attacher le
ques figurés sur les médailles grecques les plus an- casque sous le menton. C'est un agencement qui se
ciennes , à l'exception de l'avant-toit qui protège rencontre plus fréquemment sur les casques de forme
la visière. Ce sont des armes de bronze trouvées à ronde que sur ceux qui sont profonds et élevés.

(Documents recueillis par Willemin, Costumes des peuples de l'antiquité.)


GREC

OBJETS A L'USAGE DES FEMMES. — TOILETTE DU CORPS.

On ne saurait parler de la toilette des femmes grecques sans s'occuper des apprêts de cette
toilette, c'est-à-dire des soins du corps. En dehors de l'usage journalier du bain, considéré par
les anciens comme le moyen d'hygiène le plus approprié à leur organisation, les femmes
avaient l'habitude de s'oindre le corps entier avec des parfums denses ou liquides, des
pommades ou des huiles.
Cette hygiène cosmétique, difficile à concilier avec l'extrême propreté des Grecs, exigeait
les plus grands soins. Quoique ce fût là l'objet d'une toilette seci'ète, s'effectuant en un en-
droit retiré de la maison, où l'époux lui-même n'était pas admis, « les Dieux ne pouvaient
assister à cette partie de la toilette des Déesses » (Homère), il est indispensable d'en parler;

car cette coutume du bain suivi de l'onction dura longtemps et entrait dans l'attirail com-
pliqué de cette toilette, appelé munclus muUeiris par les Latins, dont Lucien a laissé une si

élégante description dans son Dialogue des amours.


Le véritable apprêt de la toilette consistait en ablutions puisées dans la cuve sur pied,

comme on la voit dans nos n°' 1, 2 et 16; c'est dans ce bassin typique, d'une forme con-
sacrée, où se versait l'eau pure, que se faisaient les mélanges procurant les eaux de senteur, et
les liquides aux vertus ambrosiaques , électuaires plus ou moins puissants auxquels succé-
daient les onguents tirés de vases de toutes sortes , alabastron. , leci/thus, phyale, récipients d'al-
bâtre, de métal, de verre, de porphyre, d'albâtre doré, etc., etc.

L'énumération fournie par Apollonius d'Hérophile, dans son 'fraité des parfums, cité par
Athénée, montre que la cosmétique des Grecs était déjà fort étendue, et que la fabrication

s'en faisait sur des points très divers. On y trouve l'iris d'Élis ou de Cyzique; l'extrait de
roses de Phaséhs, de Naples et de Capoue; celui de safran, de Soli en Cilicie et de Rhodes ;

l'essence de nard de Tarse, et l'extrait de feuilles de vigne provenant de l'île de Chypre et


d'Adramyttium; le parfum de marjolaine et de pomme tiré de Cos; l'essence de Chypre,
faite en Egypte ; celles de Phénicie et de Sidon ; le panathèndicon ,
qui ne se fabriquait qu'à

/ »«
Athènes; l'onguent métopien , extrait d'amandes amères, dont les Égyptiens entendaient le

mieux la préparation, etc., etc.

C'était, suivant Lucien, presqu'au sortir du lit et avant d'avoir été vues par personne, que
les femmes procédaient à leur toilette secrète. Lorsqu'elle était achevée, l'édifice de la che-
velure était complet, les yeux étaient agrandis par le koM, la joue était enluminée par le

vermillon, pour ohvier, dit-il encore, à la pâleur excessive de la peau. Les pieds étaient

chaussés, soit du fin et riche cothurne, étroitement ajusté, soit du souUer, ayant jusqu'à
quatre semelles que l'on mettait pour paraître plus gi-ande , soit de la sandale ou pantoufle
à légère semelle d'un usage général dans l'intérieur de la maison. Les seins, que l'on voulait
proéminents, étaient soutenus par le mastodeton , bandeau mamillaire. Quanta la ceinture

placée sur la peau à la hauteur des hanches, et qu'Anacréon appelle kenia, elle était réservée
aux jeunes filles.

Les figures 16, 1 et 2, 19 et 20, représentent trois des phases de cette toilette. La pre-
mière, debout, lave elle-même sa chevelure pour en enlever la teinture ou la poudre de la
veille : teinture en noir d'ébène, ou en couleurs mobiles, aux reflets changeants comme ceux
du cou de la colombe, ou azurée comme les deux et les ondes, ou blonde comme le miel de
l'Attique ou de la Sicile, dit Apulée: ou bien poudre d'or, de blanc, de rouge ; alhées dans
tous les cas, teintures ou poudres, aux sourcils noirs naturels ou peints, car sans eux pour
les femmes grecques il n'était point de beauté.

A part la coquetterie naturelle, une des raisons originelles des soins prodigués à la
chevelure provenait de l'opinion très répandue chez les anciens que dans les cheveiTx il
y
y avait une espèce de sort ;
qu'ils étaient une force atteignant parfois au pouvoir magique.
Il suffit de rappeler l'histoire de Samson. Les juges faisaient couper les cheveux aux magi-
ciennes. On en usa de même avec les martyrs chrétiens pour leur retirer le pouvoir de faire
des mii'acles. Les Grrecs estimaient la chevelure de leurs épouses au p»oint de jurer par elle;
chez eux, une tresse de cheveux donnée pour gage d'amour et de fidélité par la femme aimée
était gardée jusqu'à la mort. Seules les vieilles femmes renfermaient leur cheveux poirr se
montrer en j^ublic; aussi les maris jaloux coupaient-ils la chevelure de leurs femmes afin de
les empêcher de sortir de la maison. A Athènes, un certain nombre de courtisanes ne con-
servaient pas la leur et leurs cheveux étaient même coupés très courts ; mais c'était pour
faciliter l'emploi des chevelures postiches en les variant, comme l'usage s'en établit en Eu-
rope pendant les deux derniers siècles.

Les Grecques qui, sauf dans l'affliction, conservaient leur chevelure, aimaient à la faire
valoir, à s'en parer, et lui consacraient de minutieux soins : « elles y épuisaient leur savoir,
dit Lucien, rendant leurs cheveux aussi brillants que le soleil dans son midi, les teignant
comme de la laine, employant pour les parfumer toutes les odeurs de l'Arabie. » Parmi les

moyens dont on usait pour se procurer le faux Idond, le plus usité du temps de cet auteur.
était de laver les cheveux avec de l'eau de lessive; on les frottait ensuite avec une espèce de
pommade faite avec des fleurs jaunes, puis on les faisait sécher. Les nombreuses statuettes
antiques du musée rétrospectif de l'Exposition universelle de 1878, dont une bonne partie
conserve des traces de coloration, témoignent que c'est le rouge saturnin qui était habituel-
lement préféré, pour la couleur factice imprimée aux cheveux féminins.
Les n°* 1 et 2 offrent l'exemple de la toilette au moment où les cheveux asséchés , rendus à
leur ondulation natm-elle, sont prêts pour la frisure au fer chaud. La servante ajoute à l'eau
d'ablution un nouvel électuaire , tandis que la dame dont le bras droit est orné de stigmates
gravés ou peints tient à la main un objet qui est, ou un miroir convexe , ou un morceau de
cette composition argileuse, le sapo, dont on se frottait le corps et qui remplaçait le savon,
d'invention gauloise ignorée des Grecs, ou, ce que ce nom indique plutôt, une de ces compo-
sitions compactes avec lesquelles on donne du lustre aux cheveux « pour en faire jaillir de
brillants reflets, lorsque leurs tresses sont opposées aux rayons du soleil » (Apulée). Le dia-

jKisma , la poudre fine dont on se frottait le corps comme d'un parfiim, au dire de Pline et de
Martial, est figuré ici par les herbes et les baies de fleurs avec lesquelles on le faisait.

Le groupe n°' 19 et 20 représente l'ablution huileuse qui suivait l'édification de la coiffure.


On prenait ensuite l'habillement du jour, conservant à peu près la même forme que celui

des temps héroïques. Le luxe et la richesse des vêtements devinrent surtout sensibles après

le contact avec l'Asie à la suite de l'invasion de Xerxès. Quant aux tissus fins et légers,

tissus transparents auxquels, dit Lucien, on donne vainement le nom de vêtement, et que
l'on n'emploie que pour ne pas paraître nue , quoiqu'ils fussent usités en Egypte bien anté-
rieurement, et connus des Grecs depuis longtenij^s , ce ne fut qu'à la suite du relâchement
des mœurs que l'on en vit s'étendre l'usage pour les tuniques. C'est à Athènes, sous l'in-

fluence de Périclès et d'Aspasie, et aussi à Syracuse, son émule, que se fit sentir d'abord

ce relâchement de mœurs, dont les Spartiates eux-mêmes furent atteints après la prise
d'Athènes. Ces tissus légers semblent surtout avoir été affectés auparavant aux pièces sup-
plémentaires du costume, aux voiles, dont on se couvrait la tête, aux écharpes, que l'on
nouait sur la poitrine, et dont, profitant de leur souplesse, on entortillait quelquefois ses che-
veux, ou qui servaient aussi, coutume familière aux Grecques de bonnes mœurs, à se couvrir

le visage. Ces pièces détachées n'étaient pas toujours d'étoffe légère. Le voile était parfois de
lin cru, semblable au linge avec lequel les gens riches essuyaient leurs mains, d'où vint le

nom de ce voile, dit Mongez, essuie-main, en grec. Le voile, de forme rectangulaire, était
généralement blanc. Clément d'Alexandrie dit que de son temps les femmes avaient coutume
de le porter couleur de pourpre. Parmi nos exemples, aux n°'' 3 et 4, se trouve la large ban-
delette ou voile fiottant, le hrêdemno7i, offert par la servante à sa maîtresse qui retire son
bonnet pour s'en affubler.
Les autres bandelettes, n°" 9, 11, 12, 13 et 22, ainsi que celle offerte par la servante, n° 18,
sont de celles qui se mettaient par-dessus les vêtements ou dans la coiffure. Il y en avait de
,,

trois sortes pour l'habit : le strophion, différent du diadème , était, selon Isidore, une ceinture
d'or garnie de pierreries, mise au-dessous des mamelles; la zona, large et plate, était la

ceinture du ventre ; enfin , il y avait aussi une ceinture qui se mettait sous les aisselles, pas-

sant par-dessus l'épaule, d'un usage moins fréquent, que PoUux appelle YanamasJchalister.

Comme on peut le remarquer à la fig. 17, la tunique formant jupe était liée en dessous par
des cordons à la hauteur de la taille. La ceinture principale ne se serrait donc pas, et cela
explique l'usage qu'en faisaient les femmes grecques auxquelles ces ceintures servaient de
poches. C'est là, en effet, que l'on enserrait les choses intimes, les tablettes, les missives, les
souvenirs, etc.
Le miroir et la cassette à bijoux tiennent le premier rang parmi les autres objets. Il y
avait des miroirs planes , il y en avait de concaves, de circulaires et d'elliptiques. Les plus
anciens furent en cuivre; nous en rej^arlerous ailleurs. Faisons seulement remarquer ici que
les n°^ 4, 5 et 21 montrent que les miroirs à la main étaient souvent conçus non seulement
pour être suspendus, mais aussi pom- pivoter sur deux axes, comme on le pratique encore sur
nos tables de toilette. Quant à la pyxis, la petite boîte en buis, servant originairement d'écrin
pour les bijoux, et qui conserva ce nom lorsqu'on lafit en bois précieux, en ivoire, etc., et même
en or et en argent ciselé, elle était ordinairement en carré long, avec un couvercle ouvrant
dans le sens de la longueur, et pourvue parfois d'une attache servant à la porter (voir n" 21).
L'éventail, le flalellum des dames grecques et romaines, n°^ 6, 7, 8, 10, 14, 15 et 23, ne
. se fermait pas ; il était raide et pourvu d'un manche plus ou moins long, selon qu'il était des-

tiné à l'usage personnel, ou destiné à éventer une autre personne. On le faisait souvent de
plumes de paon disposées en dessin rayonnant, peintes de brillantes couleurs; certains affec-

taient la -forme légèrement capricieuse de la feuille du lotus, et d'autres contenaient peut-


être à leur centre un petit miroir, comme semble l'indiquer le n° 23. h'umieUa, le parasol
s'ouvrait et se fermait comme les nôtres. Il était formé d'une pièce ronde tendue sur un cer-

tain nombre de baguettes convergentes. Une esclave le tenait ordinah'ement au-dessus de la


tête de sa maîtresse. Ainsi porté, c'était un signe de distinction, une enseigne d'honneur,
ayant aussi un caractère hiératique. Il a été le principal ornement du trône des rois de Perse,

et son usage subsiste encore en Chine aux Indes, au Maroc: on y peut voir aussi l'origine des
dais de nos rois ou de nos évoques.

Une des fêtes traditionnelles de la Grèce , la fête renommée des parasols, qui se célébrait
en l'honneur de Minerve, avait lieu au mois de chiroforion, appelé ainsi du nom même de l'ins-
trument. Les jeunes filles, dans les Panathénées, portaient des parasols. On les faisait de di-
verses étoffes ;
Apulée parle du parasol de soie. Quant à celui que tient en main notre figure 1 7
il indique que la toilette ;i laquelle il est procédé, est une toilette de jour, et non de nuit.

{Documcnla provnianf des peintures de vases antiques puhtiês par Witlemii)


dans son l/et ouvrage : Costumes des peuples de l'autiqiiité.)
GREC

COSTUMES DES FEMMES.

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Les Grecques iDortaient des vêtements qui ne s'ouvraient pas sur le devant comme les nô-
tres, ne s'ap pli quant au corps et n'en marquant les formes que lorsqu'ils en étaient rappro-
chés par une ceinture ou que la souplesse de l'étoffe leur en faisait suivre les contours ;
la

coupe n'y avait nulle part. Pour couvrir la partie inférioure du corps, on n'avait pas d'abord

de vêtement distinct comme le jupon ce ne fut qu'assez tard que


;
la castula, qui prenait au-

dessous du sein , fut mise en usage, remi^laçant la seconde tunique. La base du costume était

le chitôn, tunique de lin ou de laine , selon sa destination.

Après la toilette du coi-ps et l'édification de la chevelure et, dit Antiphane dans ses Thori-

ciennes, après s'être parfumé les pieds et les mains avec du parâim d'Egypte, les cheveux avec
de la marjolaine, les genoux et le cou avec du serpolet, la première pièce du vêtement que
prenait une dame grecque, soucieuse de sa beauté, était une ceinture placée sous le sein

(voir n°^ 1-2 ). C'était un des soins particuliers dont il était l'objet ;
car, outre le blanc et le

rouge pour le visage, le noir pour les yeux, la poudre pour les cheveux, on se servait, selon
Nomachius, du pinceau pour donner du lustre au sein, en nuançant sa blancheur avec le pour-
pre de l'hyacinthe, avec le beau vert ou jaspe de l'Inde. Cette bandelette était aj)pelée«pofl'es»î«
du temps d'Aristote; depuis on la nomma siêthodemne, lien du sein. — En général, on mettait
cette ceinture par-dessus la tunique, c'est le stropMon. Dans ce dernier cas, la première pièce
du costume était la tunique intime, mise sur la peau, tenant lieu de chemise ; elle était courte
et étroite, c'est Y esojjhorkmi ; on se couchait avec (n°^ 3-4).

Les tuniques étaient de plusieurs sortes :

La tunique longue , à manches étroites descendant jusqu'aux poignets, portée sans cein-
tnre par la fig. n" 5, est Vmiienne, d'origine asiatique. C'est une véritable robe ; entièrement
close, elle n'avait d'ouverture que pour le passage de la tête et se mettait comme une blouse ;

les manches furent plus ou moins larges et plus ou moins longues. On la portait avec ou sans
ceinture ;
plus large en bas qu'en haut, cette tunique traînait à terre. La robe de la figure re-

présentée est bordée largement en bas et aussi aux poignets. Ces tuniques de lin n'exigeaient
aucune agrafe. Il y en aval" en étoffestransparentes.

La seconde classe de ce genre de vêtements comporte la tunique courte. Elle se passait


aussi comme une blouse , ayant une ouverture pour le passage de la tête ; elle est sans man-
ches, couvrant plus ou moins l'épaule et même la naissance du bras. On la portait avec ou
sans ceinture (voir n'"' 6-7-8). Hésychius dit que l'on a'p-pelait 23e}itectènes les vêtements diver-
sifiés tout autour en forme de dents de scie (n° 6), et catastidos la tunique ornée d'animaux
ou de fleurs entrelacées (n° 7). On la nommait aussi zoote ou zodiote.

Le troisième genre comporte les tuniques drapées, s'attachant avec des broches sur les épau-
les. Les types en sont très-divers et s'étendent depuis la tunique di'oite, d'un seul morceau
coupé carrément, tombant à terre, jusqu'aux légères tuniques couvrant à peine la ceintm-e.

hapalla est ime grande tunique de cérémonie tombant jusqu'aux pieds, composée d'une
pièce d'étoffe rectangulaire dont la partie supérieure était repliée en partie, et dont on s'enve-
loppait en reliant l'avant à l'arrière sur les deux épaules, à l'aide de broches. Ce vêtement est

de la famille de la chlamyde, mais d'apparence plus régulière, puisqu'au lieu de couvrir une
épaule et un bras, et de se reUer ou d'être rejeté sur l'autre épaule, il contourne en dessous le

bras nu et s'accroche aux deux épaules, retombant sur la poitrine en plis également répartis.
Les n°'9-10 représentent sous deux aspects une femme accrochant lapaUa; c'est le repli de
l'unique pièce d'étoffe qui double le vêtement sur le buste.

La figure n" 12 porte une réduction do la palla, ne couvi'ant que la partie supérieure du
corps ; la manœuvi'e en était semblable. Lorsque cet ânabole replié sur lui-même est double,
comme celui de cette figure, c'est Vanaboh dvploïdion lorsqu'il est simple , ne se doublant pas
;

o'Gst Y héjnidipMdion (fig. 11).

Le n" 13 a un vêtement du même genre, plus long et retenu par une ceinture. C'est une
réduction delà tunique dorienne, toute en laine, dont la ceinture était à la hauteur des
hanches, et qui descendait jusqu'aux genoux.

{Eïempks empruntés à la statuaire et à la peinture des vases, recueillis par Villemin, Costumes
des peuples de l'antiquité. )
GREC

COSTUMES DES FEMMES.

Avant de parler des vêtements qui se mettaient par-dessus le chiim ou tunique, des man-
teaux comme la cManiys, la chimie, le -pallium, il est utile de compléter la description de lapaîla,
longtemps confondue avec le pallium sous une appellation commune, le péplon. Les latins ont

composé l'expression de tunico-palUum pour désigner la palla, parce qu'en effet ce vêtement
réunit le double caractère de la tunique et du manteau. Cependant, c'est un manteau incom-
plet, et en certains cas on voit la palla recouverte par le pallium qui, lui, n'a qu'un caractère
franc d'enveloppe supérieure, et est véritablement l'amictus de toutes les pièces du costume.
D'après les exemples et la description de la planche sur le costume féminin qui précède celle-

ci, on a vu que la palla, agrafée sur l'épaule droite et sur la gauche, laisse les bras à nu,
torhbe droit et n'est pas close du côté par lequel les deux parties du vêtement se rencontrent.

Pour obvier à cet inconvénient on eut recours à la ceinture attachée autour de la taille,

sous le repli supérieur de la palla ; ce qui donna alors au bas du vêtement l'aspect d'une tu-

nique. Puis, on compléta encore ce système en cousant les deux parties rapprochées jusqu'à
la hauteur des hanches, ce qui acheva de lui donner la tournure d'une tunique ou au moins
d'une casiula liée par une ceinture au-dessous des seins. C'est la palîa succinda dont parle
Horace, et qui à première vue ressemble à une, ou plutôt à deux tuniques, car les plis de la
partie inférieure ne répondent pas aux plis supérieurs. La grande palla est le type de vêtements
plus réduits tels que : la pallula prêtée par Valérius Flaccus aux nymphes de Diane et à
Diane elle-même, se terminant au-dessus des genoux. y avait des palluke qui s'arrêtaient à
Il

la hauteur de la ceinture ('voir les n"^ 1, 4, 6, 14, offi-ant des variantes). Quoique la palla ait
été portée sur la scène par les musiciens et les acteurs, quoiqu'on la prêtât à des dieux, c'est

un costume resté éminemment féminin, tandis que le pallium était un manteau, une enve-
loppe , une couverture commune aux deux sexes.

Notre fig. n" 8, de haute antiquité, porte le chlamydion, chlamyde réduite; les grandes chla-
mydes traînaient à terre, et ce sont celles-ci, qui, par les Étrusques, devinrent le pakcda-
mentum des Romains. Le patron offre la figure d'un carré long, additionné aux deux bouts
de côtés en pointe. On croit ce vêtement, devenu manteau militaire, originaire de la Macé-
doine ou de la Thessalie. On le i^ortait de beaucoup de manières , en s'attachant à lui donner
une bonne tournure et de la grâce. On peut remarquer comment celui-ci est élégamment at-

taché sur l'épaule et le bras, par des agrafes réunissant les deux extrémités, et comment les

plis réguliers sont distribués et fixés par un coulisseau sur lequel retombe le bord supérieur
également plissé. Ces plis formés et arrêtés sont un des caractères essentiels de ce vêtement.
La tunique sur laquelle est passé le manteau est d'une étoffe crêpée ou gaufrée remar-
quable. C'est peut-être l'un de ces tricots sans couture, n'ayant d'ouverture que pour le pas-
sage de la tête, dont les Romains firent la tunique royale, la regilla, qu'ils portaient pour leur
mariage. La jupe est ornée d'un méandre.
Les n™ 7 et 11 représentent des femmes portant la cMcme, de dimension restreinte. C'est

le manteau dont il est le plus question dans Homère. Il est d'une simplicité primitive ; c'est

un morceau carré d'étoffe cliaude. A une certaine distance des coins supérieurs on plaçait

des agrafes pour l'attacher sur l'épaule ; aux quatre coins on mettait un gland en métal pour
l'assujettir et lui faire faire de beaux plis. La chlœne était parfois fort grande. On reten-
dait pour se coucher dessus; on s'en servait comme d'une couverture pour le lit; on s'en

enveloppait pour se défendre du froid, de la pluie ou du vent.


Les figures 2, 7, 11 portent la hmica falaris, commune en Grèce aux deux sexes. Elle avait

des manches plus ou moins longues, flottant autour des bras, quelquefois fort larges; elle

était de lin, se portait avec une ceinture et descendait jusqu'aux pieds. Venue, dit-on, de
l'Ionie elle fut introduite à Athènes et portée jusqu'au siècle de Périclès. Les Romains la re-
gardaient comme indigne d'un homme et ne l'adoptèrent jamais. — La fig. n° 9 porte la
tunique podere dorienne. Cet habit orné d'étoiles brodées est de ceux qu'à cause de ces bro-
deries on appelait paryphès; le tissu en est transparent. La femme qui en est revêtue porte
un collier de perles, et ses poignets sont ornés de lames élastiques figurant un sei-pent et
formant un bracelet. Les pèriscéUdcs qui se trouvent an bas de la jambe, sont de même figure
et de même métal. Le léger manteau, brodé comme la tiuiique, est le pharos : c'était un vê-
tement riche dont les couleurs étaient éclatantes ; en général, on l'attachait avec une fibule.

Il était à l'usage des femmes et des enfants, selon Homère. — La n° met une espèce
fig. 6

de mantelet qui, semble être de la même famille. — Len° 12 porte une tunique longue, avec
ceinture que l'absence de manches rapproche du caractère dorien; elle est ouverte sur le côté
au-dessus de la ceinture. — Le n" 15 porte une chitônique de même caractère, mais plus
simple, fermée tout autour et assujettie aussi par ime ceinture.

Exemples fournis par Willemin : Costumes dp Tanliqvifé, et par Mongez : Encyclopédie mé-
thodique.
GREC

COIFFURES DE L'ANTIQUITÉ

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17 18 19 20 21 22 23

24 25 26 27 28

Les femmes grecques mirent beaucoup de variété dans l'arrangement de leur chevelure ; si

les hommes coupaient la leur, elles la conservaient abondante (excepté dans le chagrin et le

deuil, cas où les deux sexes la coupaient très-court) et ne négligèrent rien pour relever cette
parure naturelle.
«

Les voiles d'étoffes riches ou légères, les '


bandelettes de différentes couleurs, l'or,

les pierres fines, les fleurs et les parfums furent tour à tour ou à la fois mis en usage ; on
frisait, on teignait les chevelures. — « Elle était blonde, dit Lucien (Dialogue, des courtisa-
nes); ses cheveux devaient cette couleur à la nature, non à l'art ni aux drogues dont les fem-
mes savent faire usage pour se la procurer. » On portait aussi des perruques : Entrichon,
pênikê et proconiion étaient les noms des coiffures en faux cheveux portées par les hommes
et les femmes; \a pênikê était la partie la plus avancée du tour de cheveux ou procomion, et
Ventrichon consistait en des parties de cheveux, en mouches que l'on plaçait aux endroits
dépourvus. (PoUux.)

Les jeunes gens des deux sexes laissaient croître leur chevelure jusqu'à leur adolescence ;

ils la consacraient alors aux dieux. — Les jeunes filles, en général, séparaient leurs cheveux
sur le front, les rassemblaient et les nouaient sur le haut de la tête. — Les femmes les sépa-

raient également et formaient sur le derrière de la tête une touffe ou un nœud, parfois assu-
jetti par des nattes. — Les figures d'ancien style montrent que, dès les premiers temps, on
n'y mettait qu'une simplicité apparente; — la cheyelure était, comme au fronton du temple
d'JÈgine, divisée en petites boucles d'une grande régularité, allongées tout autour de la tête.
— Elle était maintenue par une bandelette étroite et tombait en pointe dans le dos; mais,
pour obtenir ce résultat elle avait été passée au fer. (Voir n° 2.) — On donnait en général le

3iom d'anadêmata, anadesmè à toutes les bandelettes ou à tous les liens qui servaient à con-
tenir et à orner la chevelure; celui de mitre leur fut donné aussi plus tard, sans que l'on en
sache bien la raison.

heninihuè était une bande de lin, ornée de broderies d'or, que les femmes portaient autour
du front pour le rétrécir et se rajeunir dans Pétrone, /rows minima est donné comme une
;

marque de beauté le front élevé est un attribut de la vieillesse qui dénude les tempes.
;

La sphmdonî est un bandeau pour contenir les cheveux large au milieu, il va en se ré- :

trécissant comme la fronde, d'où son nom. —


La partie large se mettait d'abord en avant et les
extrémités étroites se liaient derrière la tête ; mais, lorsque avec le temps on plaça la partie

large en arrière, oii elle contint et soutint les cheveux comme un réseau ou cécrypliale, on lui

donna le nom d'opisthosphendonê. — On portait souvent les deux ensemble (voir les n°^ 4, 6,

8, 17, 21, 22, 23); le n° 14 offre un exemple dans le sens primitif. — Le filet ou réseau ser-

vant à contenir la masse des cheveux sur le derrière de la tête, n°' 6, 17, 21, était appelé cé-

cryphah par les Athéniens ; ce fat le reticulum des Romains. — Les femmes se servaient de
la vesica (vessie) et avaient l'habitude de s'en couvrir toute la tête pour conserver leurs che-
veux propres et en ordre, en attendant qu'elles se coiffassent (voir n°M3, 26 et aussi le

n" 25, qui, en ayant la forme des deux autres coiffes, a, de plus qu'elles, un air de parure).

Le n° 10 représente un bonnet ayant un certain rapport avec ces dernières coiffures; mais
la femme qui le porte est parée, elle a un collier de perles et aux oreilles les triglbms que les
Athéniens appelaient les triottides, ce qui s'o^Dpcse à l'assimilation de cette coiffure klavesica;
on y reconnaîtrait plutôt la mitella (|)etite mitre), cette coiffe en forme de pointe portée aussi
par les hommes dans l'intérieur de la maison et à table, que Cicérou racontait avoir vu por-
ter à Naples, en pleine rue, par des jeunes gens et des vieillards de la première qualité.

Le n° 16 représente un jeune Grec portant à la fois un réseau qm renferme les cheveux


comme en une bourse, et un capuchon serré, prolongé et retombant; c'est une coiffure que l'on
retrouve encore en Italie, et Mongez dit en connaître plusieurs exemples sur des vases étrus-
ques.

Le n° 9 porte le chapeau de feutre appelé pétasc, si utile contre le soleil et la pluie. — On ne


le portait pas à la main, on le nouait sous lo col ou on eu lâchait les cordons pour qu'il se
tînt derrière la tête.
Le n" 5 a une coiffure dont une partie est nattée, enroulée, et capricieusement ramenée
sur uu côté où un nœud la termine le reste est à l'aventure, et ce serait, d'après Pollux, un
;

de ces nœuds appelés hypospeimn et s^eira, qui avaient un caractère bachique.

Le n° 24 est le type d'une parare conservée encore aujourd'hui dans la campagne grecque,
où les paysannes, n'y pouvant mettre l'or des sequins, se couvrent toujours le front avec des
drachmes. — Athénée dit que les Athéniennes portaient dans leurs cheveux des cigales d'or et
qu'elles en suspendaient aux anneaux qui tombaient sur leur front.

La couronne pleine, terminée en radiale, du n" 12, est intéressante. — Cette sorte de parure
n'était pas toujours métallique, non plus que le diadème ou strojMon. — Les sculpteurs an-
tiques ont parfois indiqué, par des i^lis larges et peu saillants, l'emploi d'une étoffe épaisse,
cintrée pour prendi-e la forme de la tête; la Diane à la biche du musée du Louvre fournit l'un

de ces exemples.

Les Grecques portaient des voiles flottants, n° 27 ; elles en entortillaient quelquefois leurs
cheveux, n° 28. — Pour voyager ou aller longtemps au soleil elles prenaient le pétase thessa-
lien (voir n" 9), qui avait très-peu de fond et était ordinairement blanc.

( Ces fragments proviennent des 2Mintures de vases grecs recueillies par Gerhard (Monuments
antiques inédits) et Plongez (Encyclopédie méthodique). — Renseignements d'après Witickel-

tnann, Ferrari, le comte de Glarac, etc., etc.)


GREC

INSTRUMENTS DE MUSIQUE. — LA LYRE, LE LUTH, LES FLUTES.

Quoique la fable attribuât à Apollon l'invention du luth, et à Mercure celle de la lyre,

les noms des instruments à cordes des Grecs dérivant presque tous du phénicien, du syria-
que, du thrace et de l'hébreu, indiquent qu'ils venaient de l'étranger. Dès la plus haute
antiquité , chez toutes les nations , ces instruments furent employés pour accompagner les

hymnes aux Dieux; chez les Grecs, considérés comme nobles par excellence, ils figurent tou-

jours dans les danses et les chants sacrés. On les retrouve dans les fêtes publiques, aux fes-

tins d'apparat et, avec le temps, dans toutes les occasions d'allégresse publique et privée.
Platon, qui bannit les flûtes de sa république et n'y permet que l'usage de la lyre, dit que
c'était un instrument grave, utile , et propre à inspirer l'amour de la vertu. Son accompagne-
ment faisait éprouver au moins aux Grecs des sensations de sérénité ;
un chant qui en était

dépourvu leur semblait empreint de tristesse : il citante un hymne- sans lyre, dit Eschyle, pour
exprimer un chant plaintif.
La lyi-e est un instrument à cordes que l'on touchait des deux mains par les deux côtés à
la fois, la main droite armée d'un plectre, la gauche pinçant les cordes. A l'origine, elle était

sans table d'harmonie, et la partie inférieure, concave, affectait la forme d'une carapace de
tortue, en souvenir, disait-on, de Mercure qui, rencontrant sur les sables de l'Egypte une tortue
desséchée, aux membranes durcis, tendus, résonnants, en avait conçu l'idée de son instru-
ment ; on en faisait alors les montants avec les cornes de certains animaux, notamment de
l'antilope sauvage l'expression de cornes de
; la lyre on était restée, même plus tard, lorsqu'on
les fit de toute autre matière. Les deux cornes étaient reliées par une traverse sur laquelle on
tendait les cordes ; en somme, ainsi que l'a remarqué Scaliger, la lyre ressemblait à l'espèce de
Scarabée qu'on appelle cerf- volant. Les latins l'appelaient dans un sens général, teshido, tortue.
Les cordes étaient ordinairement faites de boyaux de mouton, et aussi de fil de lin, au dire
d'un ancien scoliaste ; avec le temps on en fit de métal ; le nombre en varia beaucoup. Le
joueur posait sa lyre sur ses genoux, quand il jouait assis; debout, il la portait suspendue
par une courroie portée en sautoir, ou même simplement suspendue à son cou. Lorsqu'elle
était de trop grande taille et d'un poids trop excessif, comme le Mrbifos ou barMfon aux
fortes cordes, qui, par la sonorité et la dimension était à la lyi'e ordinaire ce que le violon-
celle est au violon, elle avait au-dessous de sa base un bouton d'isolement pour reposer, sans
que le corps de résonnance fût affaibli. On voit que les proportions de l'instrument ne variè-
rent pas moins que le nombre des cordes. Si la, forminga ou pliorminga , de l'Apollon citha-
rède ou musagète, est haute comme la moitié de la figure entière, il y a des exemples de lyres
qui en atteignent les deiix tiers. Quant au nombre des cordes, il y en eut jusqu'à vingt et
même jusqu'à quarante ; le magadis, nom d'origine hébraïque ( ineged, megedin , chose pré-
cieuse) dont parle Anacréon, avait vingt cordes. Quand leur nombre s'élevait ainsi, elles

étaient couplées à l'unisson, le magadis ne rendant que dix sons, la lyi'e de quarante cordes
en produisant vingt. On jouait de ces instruments comjDliqués avec les doigts seuls , sans le

plectre; c'était la perfection de l'art. La triple lyre, qui aurait été plus compliquée encore,
et serait le plus étendu des instruments à cordes des anciens, inventée dit-on par Pythagore
de Zacinthe et disparue avec lui , ne semble avoir jamais pu être en usage. Athénée, qui en
a donné la descrijDtion dit qu'elle était construite de manière à rappeler
, le trépied du temple
de Delphes.
Le plectre, dans son sens primitif : ce qui sert à frapper, faisait de la lyre un instrument
de percussion; c'était un bâton court, rond, souvent légèrement arqué, affilé à l'un de ses
bouts, arrondi de l'autre , variant d'ailleurs dans le détail selon la diversité des instruments
et la main du musicien. Le plectre, selon Pollux, fut d'abord l'ongle ou la corne de quelque ani-
mal, généralement de la chèvre; on le fit ensuite de matières précieuses et surtout d'ivoire. Il

devait, à l'origine, être assez lourd; puisque Hercule tua avec le sien le poète Linus qui lui

enseignait la musique. Le plectre courait d'une corde à l'autre : on l'insérait entre elles, ou on
les en frappait.
La lyre fut l'objet de nombreux perfectionnements; on se servit de chevilles pour la tension

des cordes, et la simple concavité inférieure aboutit, avec le temps, à l'établissement d'un
corps de résonnance, ajouré, portant un chevalet pour tendre les cordes comme on le voit

dans la basse de viole.

Le luth primitif aurait été de bois, et non composé de matières osseuses ; il n'avait pas à

sa base la concavité procurée par la carapace de la tortue ou le crâne de quelque animal.


Cette matière était remplacée par une traverse creuse, rectangulaire , véritable premier corps
de résonnance, sur laquelle les cordes étaient montées en sens contraire des cordes de la
lyre, c'est-à-dire qu'elles étaient rapprochées par le haut et s'espaçaient sur la base creuse,
produisant évidemment des sons plus puissants que ceux de la lyre osseuse ; deux montants
et une traverse supérieure de jonc lui donnaient aussi une apparence plus simple, mais ce
système, décrit en entier par Hésychius , semble avoir abouti à la fusion des deux principes ;

fusion dont les cordes verticales des instruments les plus avancés seraient la résultante di-
,

recte. Pollux et Homère, tont en employant l'expression de lyre et de luth, ne semblent d'ail-

leurs les considérer que comme un seul et même instrument.


On fit de la lyi-e un objet de luxe à toutes les époques. On voit dans l'Iliade que les envoyés
d'Agamemnon pénétrant sous la tente d'Achille, trouvèrent le héros occupé à relever son
.âme agitée avec les sons d'une lyre (Tiin leau travail, ornée d'un joug cTargeiU. Avec le temps
ou rendit les lyres précieuses par la matière et par le travail ; un seul exemple suffira pour
montrer jusqu'où jDut aller ce genre de luxe. Lucien raconte qu'un certain Evangelus de
Tarente, se jDrésentant aux jeux pythiques, avait une lyre en or le plus fin, enrichie d'an-
neaux, de pierreries, et de belles sculptures représentant Apollon , les Muses et Orphée. Or,
ce concurrent, dont le jeu fut bafoué, n'était qu'un simple citoyen.
Les modernes sont d'accord pour reconnaître dans la cithare la mandore égyptienne ; les

poètes grecs l'ont nommée dans un sens indéterminé : on en retrouve le nom dans la guitare
à laquelle l'instrument ressemble ; on en jouait en la portant en bandouUère, et en employant
souvent le plectre de roseau ou de plume.

L'usage des flûtes était si commun en Grèce, qu'il rentrait dans toutes les cérémonies
sacrées ou profanes ,
publiques ou privés. Le nombre, la variété en était considérable (voir

PI. au signe du violon, sous la rubrique romaine, les n°" 1-3-4-7-8-9-10, et aussi n" 19, la mu-
sette, tous instruments grecs.) Les flûtes les plus remarquables sont les doubles, disposées de
manière à être jouées ensemble par la même personne; elles étaient ou jiarfaitement égales,
résonnant à l'unisson, ou différaient en longueur et en grosseur, rendant alors deux sons
différents, l'un grave, l'autre aigu. On les fit de bronze, de fer, d'os, d'or, d'argent, de laiton,
de cuivre, d'ivoire, de bois rares et précieux. On avait longtemps fait de préférence les flûtes
doubles d'une seule pièce divisée, avec le jonc sans nœuds du lac Orcomène, en Béotie la :

f)artie supérieure, la plus grosse, était pour la main gauche; la supérieure, plus fine', était
pour la droite.

N" 2. et danseiu' rhythmait la poésie en s'accompagnant,

Portant la lyre, jouant de la double flûte à embouchure et, comme les bacohants dansant le sicinnimn, dan-

unique , et cheminant accompagné de sou chien sait en jouant lui-même de son instrument. La liberté
c'est un de ces musiciens et danseurs ambulants qui du costume, l'aUure faunesque du personnage, son
apportaient dans les petites bourgades, les villages, chien, dénonçant ou annonçant le cynique, disent

la gaieté des banquets. C'étaient les descendants de assez ce que ces aventuriers étaient devenus sur le

ces anciens musiciens errants comparables aux sol hellénique, où ils finirent par être aussi déconsi-

bardes des Celtes, aux scaldes de l'Irlande et de la dérés que le cinœdus et le sahator le furent à Rome.
Scandinavie, aux troubadours du moyen âge, qui
N» 13.
étaient eux-mêmes les auteurs des compositions mu-
sicales et poétiques qu'ils récitaient en s'accompa- Femme accordant sa l3^"e, l'éprouvant d'une main , de
gnant de la lyre. Les G-recs qui accordaient tant de l'autre tenant une corde de rechange. Cette musi-
puissance à la musique, qu'ils lui attribuaient le poix- cienne est rme psahria^ de celles dont la profession ,

Toir de guérir certaines maladies, accueillirent long- en G-rèce, était d'aller avec leur instrument danser
temps avec plaisir ce passant annonçant sa venue avec et chanter dans les festins. Bile porte une de ces ro-
sa flCite aiguë, éveillée comme un fifre; ce chanteur bes qui faisaient reconnaître les courtisanes à Athè-
.

nés , où elles étaient obligées par la loi de porter des d'Herculanum, où elle se trouve entre les mains de
étoffes à fleurs et de diverses couleurs ; ces robes Chiron ; elle a onze cordes verticales dont lea bouts
étaient souvent en coton (il n'y avait que les femmes sont flottants au bas de l'instrurnent, et, sur la tra-
et les enfants qui en fissent usage); parfois elles verse supérieure, onze tuyaux couchés horizontale-
étaient transparentes comme la Tarentine, si célèbre ment j le p)lectre est à côté.
dans l'antiquité. L'habitude de l'admission des psal- NO 10.
iriœ dans les réunions des maisons particulières ne
Lyre avec cordes montées sur chevalet. Celui-ci manque,
fut contractée à Rome qu'après les défaite d'Antio-
mais la direction des cordes l'indique.
chus. C'est l'armée revenant d'Asie qui en introduisit
l'usage. N° H.
N" 1. Lyre à deux cordes très-fortes.

Lyre avec table d'harmonie. N» 12.

N» 3.
Femme serrant les chevilles du haut de sa Ij-re.

Cithare. N» 13.

Psahria accordant une lyre dont les cordes sont mon-


N"' 4 et 6.
tées sur cheville , par en bas.

Syrinx, la flûte champêtre inventée par Pan, est com- N» 14.


posée d'ordinaire de sept tiges creuses de. roseau de
Lyre, avec son cordon de suspension.
longueur inégale ; ces deux exemples, provenant
d'Herculanum, en offrent un plus grand nombre, car N» 15.

on compte huit tuyaux, d'une part, et onze de l'autre. Lyre d'un système complet où l'on peut voir comment
se posait le plectre , lorsque l'instrument était au
N» 5.
repos.
L'instrument tenu par cette figure, dont malheureuse- N" 16 et 17.
ment on ne voit pas la partie inférieure , a été con-
Lyres avec leur plectre.
sidéré à cause de la disposition des cordes, contraire
à, celles de la lyre, comme offrant l'image du luth N" 18.
primitif.
Cette femme tient une lyre du genre de celles qu'Hé-
N" 7.
syohius appelle parce que leur plénitude
2jAor»i!H(7es,

Lyre. et leur forme avaient quelque rapport avec la poitrine


humaine (les n"* 10, 13, 15, 20 se rapprochent plus ou
N" 8.
moins de ce type)
Tiigone ou harpe ,
que des cordes, de longueur inégale,
N°' 19, 20 et 21.
rangent dans la famille des Sambuques.
L^i'es de diverses formes ; on retrouve au n" 21 la par-
N»9.
ticularité signalée au n" 9, des cordes à bouts flot-

Lyre d'une forme particulière, provenant d'une peinture tants.

Exemples fournis par Willemin : Costumes de V Antiquités — Texte d'après Ferrari et Mougez.
GREC

EEPAS ET BANQUETS. — MOBILIER ET USTENSILES.

Le repas, proprement dit, avait lieu, chez les Grecs, le soir seulement; il était toujours

précédé de libations et de l'offrande aux dieux d'une jDartie de la viande et de la boisson. La


première libation se faisait en l'honneur de Vesta. Les convives furent d'abord assis autour de
la table, sur des sièges de deux sortes, les uns riches, avec dossier et marchepied pour les gens
de distinction; les autres simples, moins élevés, sans marchepied. La table était un carré
long, à quatre pieds, d'un bois lisse, sans nappe. La place d'honneur était à l'un des bouts; la
décence ne permettait d'y prcndi'e filace qu'après l'ablution des mains et du visage. Les
coupes des personnages de considération étaient plus grandes que les autres; souvent elles

passaient de main en main eu commençant par la droite, et chacun y buvait à son tour. Les
aliments n'étant pas liquides, on ne se servait pas de cuillers ; on prenait les viandes avec
la main. Il n'y avait qu'une cuiller profonde, avec laquelle on versait la sauce sur les mets, et
celle servant à prendre le vin dans le cratère et à le verser dans les coupes. A l'époque où, au
sortir du bain, on venait s'étendre sur le lit pour prendre part au repas, la manière de vivre
s'était considérablement modifiée. Si le souper restait le vrai repas, le seul qui fût prolongé

et se fît avec appareil, la composition de ce repas était beaucoup plus étendue, plus variée
et l'on y comptait trois services 1° légumes, choux-fleurs (particulièrement chers aux Athé-
:

niens), huîtres, œufs à la coque, mets liquide fait de vin et de miel; 2° volaille, gibier, poisson;
3° pâtisserie, sucreries, fruits.

C'est de l'orient que vint l'usage du lit de repas, mais on ignore le moment de son introduc-
tion en Grèce. Ce qui est certain, c'est que l'on s'en servait pour les repas publics au temps
d'Aristote. Dans la maison ils étaient, en général, au nombre de trois, faisant face à trois des
côtés de la table à quatre pieds ; sur chacun d'eux il y avait place pour trois ou cinq personnes.
C'est cette disposition qui fit donner le nom de triclinium à la salle à manger. Les convives à
demi couchés, appuyés sur le bras gauche, étaient séparés entr'eus par un coussin. Quelques-

uns préféraient s'asseoir sur des chaises ou même rester debout.


Les femmes n'étaient pas toujours admises dans les banquets. Lorsqu'elles y prenaient place,
elles s'asseyaient au bout du lit sur lequel était leur mari, ou même sur une chaise ;
ce n'était
que dans les soupers d'apparat et de fête, ceux en Thouneur de Bacchus particulièrement, qu'elles
s'y couchaient comme les hommes. Nous parlerons de la synthèse, vêtement affecté au re-

pas; car la nudité est une convention artistique. Tous s'habillaient de blanc, regardé comme
la couleur de la gaieté et de l'allégresse. C'était aussi l'usage dans ces festins, qui avaient heu
à la lumière des lampes et des torches, de se mettre autour du corps, sur la poitrine, des herbes
odoriférantes et des fleurs. Si la saison était contraire , on en employait d'artificielles. La table
et le pavé étaient jonchés de même. On se couronnait de laurier, considéré comme un spéci-
fique contre les fumées du vin.

C'est au moment du troisième service, ce que nous appelons le dessert, qu'avait heu l'intro-

duction des musiciens. Dans ce divertissement, appelé acromna par les Grecs comme par les

Romains, on voyait paraître des joueuses de flûte, des citharistes, des danseuses, et aussi des
bouffons venant égayer les intermèdes.

N° 1. — Cratère, grand vase pour mettre l'eau avec le N" 10. — Lit, orné d'étoffes riches et de coussins à des-
vin. sins variés.

K'' 2. — Kantharos, gobelet à deux anses. iSr°' 11, 12, 13, 14. — Rhytons de diiïérentes figures et
de capacités diverses. Souvent ils étaient percés par
N° 3. —
Convive couronné de lierre, tenant d'une main le bas, et le buveur recevait dans sa bouche le jet
une grande coupe et de l'autre un l'hytou en forme de liquide, en tenant le vase élevé au devant de lui.
corne. Les premiers rhytons étaient de véritables
cornes d'animaux, dont par la suite on reproduisit la
N°* 15 et 16. — Attitude différente des deux sexes sur
le lit de repas. L'homme est couché, la femme assise.
forme en matières diverses. Ces vases en forme de
corne étaient appelés par les G-recs : keras. N° 17. — Acroama, festin de ceux où femmes étaient
les

couchées sur le lit comme les hommes. La joueuse de


N° 4. — Grecque loortant sur un plateau un ra3'on de
flûte accomi^agne une danseuse. La table basse,
miel et un vase à boire j karhhêsion ou kantharos, La
carrée, est à tiroirs. La colombe indique probablement
forme du plateau semble carrée : c'est celle qu'Homère
que le banquet est eu l'honneur de Vénus.
donne à tous les plats de sou temps.
iSΰ 18. — Vase bouché, étiqueté , comme il convient à
jS[° 5. — Vase à boire, dont la main qui le tient donne un vase pour les conserves.
la proportion.
N" 19. — Sac ou bourse, également étiqueté.
N° 6. — Kylix, gobelet peu profond, circulaire, à deux
N"'' 20 et — Vases de verre, contenant des
21. fruits.
anses, sur pied.
On en décorait la table, et il n'est pas inutile de

N° 7. — Capk, pot à vin avec anse. savoù' qu'à défaut de naturels, on en faisait en cire,
d'artificiels pour figurer. Bœtiger dit que les Grecs
N" 8. — Hydria, vase à eau. ,

produisaient ainsi des ouvrages merveilleux occupant

N" 9. — Coupe. Les noms variaient avec les formes. toute une classe d'artisans appelés faiseurs de mar-
môitsets.
Celles qui étaient évasées étaient appelées : pliialé,

kratanîon, kyathos, kylix, etc., etc. TS° 22. — Panier pour servh le pain.

Ces documents provenant en grande partie de momwients ccramogrophiques ont été fournis par Willemin; Costumes
des peuples de l'antiquité. C'est aux textes de Ferrari, Moni/ez et an Dictionnaire de l'.'Vcadémie des Be.aux-arts
(Paris, Firmiri-Didot), que sont dus les divers renseignements.
EE

GRÈGE

LE8 DAMES,
SELON LES FIGURINES DE TANAGRA ET D'ASIE MINEURE.

Nota. — Nous iiTOiis reprcseuté, daus nue suite de peintures des vases , les pièces diverses du costume fémiuiu depuis )a cein-

ture du sein jusqu'au majestueux peplos ; nous renvoyons donc pour ces détails aux plauches ayant pour signes la Fontaine,
la Plume et l'Ecritoire,

N" 1. — Jeune femme se drapant d.ans un peplos ou La manière d'attacher la ceinture en varie aussi
himaiion bien. — Longs chevens bouclés formant un l'eft'et ; les courtisanes la remontaient aussi haut
hrohjle au-dessus du front j chitûn blanc ou tunique que possible, de manière à faire valoir la proémi-
talaire, sans manches, dont l'épaulette glisse le long nence de la gorge.
du bras droit. Cette tunique était le seul vêtement de la femme
Les terres cuites du pai/s des Tanagréens sont dans l'intérieur de la maison. Pour sortir, la dame
toutes empruntées à la vie journalière, et la plupart grecque y ajoutait Vhimation ([[iàtto'/), nom géné-
du temps à la vie féminine. Avec ces figitrines, ori- rique sous lequel on comprenait le peplos ('7r£Tt),oç)
ginairement destinées, sans aucun doute, à embellir et aussi la oalyptra (xaXÙTtxpa) qui ne paraît diffé-

les habitations, puis à être mises dans la tombe rer du peplos que par la légèreté du tissu et par la
avec le défunt, on a en réalité l'expression la plus petitesse relative de ses dimensions. Les petits

vivante de la société antique. Il serait difficile, ainsi plis de la calyptra font supposer qu'elle était en
que le dit M. 0. Eayet, d'imaginer documents plus lin.

authentiques et plus iustnictifs pour l'histoire du Toutes les variétés de l'himation sont des pièces
costume et de la vie familière des anciens Grecs. d'étoffe rectangulaires. A Thèbes à l'époque de Di-
,

La partie fondamentale du costume qire l'on voit céarque, cette pièce d'étoffe était toujours blanche;
sur les terres cuites de Tanagra, est le chitûn ou à Tanagra, au contraire, ville riche et luxueuse,
tunique talaire (yi-cwv TtoSvipT);) ; c'est une robe in- on la voit presque toujours rose ; elle est quelque
time, une chemise longue. Tantôt cette chemise fois , en outre , brodée sur tout son pourtour d'une
n'aque de petites manches couvrant la naissance couleur différente, jaune, pourpre ou noire.
du bras; tantôt elle est ouverte par en haut sur Lorsqu'il faisait chaud, la dame grecque, pour
les deux côtés et s'attache siu' les épaules au moyen se mettre à l'aise , laissait la calyptra flotter par
d'agrafes. D'une maiestueuse ampleur chez les derrière à la hauteur de sa taille en la soutenant
femmes mariées, la tunique talahe, chez les jeunes seulement sur les deux bras à demi repliés et lais-
filles, était assez étroite pour dessiner les formes. sant les bouts pendre de chaque côté; ou bien en-
,

core elle rassemblait un de ces bouts et le rejetait sur la hanche. Cheveux peints en rouge et noués
négligemment sur son épaule gauche. eu chignon.
Par les temps froids, ou lorsque la dame voulait
se vêtir d'une manière plus majestueuse, elle por- N" 4. — Jeune fille de Tanagra. — Les mains se
tait un des bords de la calyptra à peu près au mi- , tiennent sous l'ample draperie. Souliers jaunes à se-
lieu de sa longueur, sur le sommet de la tête de melles rouges.
manière que ses cheveux et une partie du front L'himation sert de voile et le chapeau à larges
fussent couverts. Lorsque l'extrémité de la calyptra bords galonnés est jiosé par-dessus. Cette coiffure
avait été préalablement bien étalée sur la poitrine pointue est la causîa thessalienne ; les dames grec-

et l'extrémité droite entièrement rejetée sur l'é- ques la portaient pour sortir ou pour voyager ; sur

paule gauche, l'intersection des bords supérieurs la scène, ainsi qu'on le voit par un passage de
de ces deux parties se faisait sm' la bouche ; on ue Sophocle, le chapeau thessalien, qualifié de r,),ioc7TSf r];

voyait plus du visage que les yeux et le nez. Cet (héhostérès') caractérisait aux yeux des spectateurs
arrangement était surtout eu usage chez les Thé- une femme venant de faire une route longue et pé-
baines, nible. L'immense chapeau de paille de jonc que les
paysans de la Thessalie portent encore sous le nom
N° 2. — Tanagréenne enveloppée dans un himation de axiaSi (schiacll), dont ils font usage pour les
rose et tenant de la main gauche , cachée sous la travaux des champs et qu'ils suspendent derrière
draperie, un éventail en forme de f euUle de lotus. — leur dos, comme les anciens, est toujours l'antique
L'ajustement du manteau qui recouvre le bas du causia nationale.

visage est un chef-d'œuvre d'art et de goût.


Les figurines de terre cuite dont on a recueilli K» 5. — Jeune fille portant à la main gauche une
des quantités considérables et qui ont souvent le boîte à miroir ouverte et peinte en rouge. Son
mérite d'être des œuvres authentiques des époques peplos forme voile et un large bandeau entoure le
les plus bellesde l'art, ainsi qu'en témoigne M. L. front.

Heuzey, offrent l'avantage précieux, au point de


vue du costume de représenter celui-ci porté avec
, N» 6 . — Jeune Tanagréenne dont la chevelure rouge
la tournure que, selon le goût le besoin la mode
, , est couronnée de lierre et de korimbes. — La main
les femmes savaient lui donner. Que le peplos ou un éventail de même type que les pré-
droite tient
l'himation prenne ou non l'appellation de calyptra, cédents. Manteau bleu tendre drapé de manière à
qu'U soit ou non une variété du châle des dames n'envelopper que la moitié du corps. Souliers jaunes
grecques, qu'il ait avant tout un caractère nuptial, à semelles rouges.
qu'il soit particulièrement l'emblème de la pudeur
des femmes mariées et qu'il serve b, les distinguer N" — Jeune
7. de Tauagra portant un diadème.
fille

des jeunes filles, ce qu'il importe surtout d'observer, — Le corps est majestueusement drapé dans un chi-
ce sont les mille façons de draper ce vêtement, de- ton et un himation. Lèvres rouges. Cheveux bruns.
venu dans quelques villes de la Grèce un voile
presque aussi sévère pour les femmes que le feredjé N" — Groupe de deux jeunes
8. se tenant enlacées. filles
l'est encore dans la vie orientale. Les statuettes des — Celle de gauche la tête enveloppée d'un himation
,

corojylasles ou modeleurs de poupées montrent avec rose qu'elle retient sous le menton, a les yeux tournés
plénitude que sous le voUe du manteau le plus pu- vers sa compagne ; celle-ci, drapée dans im himation
dique, les dames grecques savaient conserver une bleu qui laisse la gorge à, découvert, tient une
tournure personnelle, malgré l'incognito que sem- balle de la main gauche. Ses cheveux sont nattés
blait assurer ce manteau lorsque la plus grande et disposés en couronne autour du chignon. Toutes
partie du visage en était couverte, deux ont les lèvres peiutes en rouge.

N» 3. ^ Jeune fille de Tauagra portant également N'^ 9. — Jeune fille assise sur un siège à dossier
l'éventail. — Le peplos rose, avec une large bor- (sans accoudoirs) récouvert d'un coussin bleu do
dure bleue, pittoresquement ajusté , laisse le bras ciel. — Ses bras cachés sous l'himation, rcposeut
,

droit à découvert et couvre le bras gauche posé sur le coussin; le pied droit repose sur un [letit
taboui-et, l'autre sur la traverse qui relie les deux à jouets. L'himation, rose tendre, recouvre les jam-
montants du fauteuil. Cheveux et lèvres rouges. bes et passe sur l'épaule et le bras gauche. Cheveux
bruns.
N" 10. — Jeune fille coiffée d'un bonnet, drapée dans
un chitôn et un himation qui recouvre les deux bras N° 13. — Jeune fille de la Béotie. — Chitôn sans man-
l'unpendant l'autre replié et retenant la draperie
, ches, himation rose tendre enveloppant le bas du
sur la poitrine. Souliers jaunes à semelles rouges. corps. Les yeux sont colorés de blanc et de noir;
Cheveux roux. cheveux bruns.

N° 11. — Déesse chypriote coifBée d'un diadème Dans ces teiTes cuites, les cheveux sont souvent
énorme. — Cette parure, travaillée à jour, se com- peints eu rouge brun ,
plus souvent encore en rouge
pose de quatre rangs étages de feuilles, de disques ardent ou en jaune ;
parfois même ils sont poudrés
et de perles, entremêlés de fruits rappelant par d'or. Le châtain serait la couleur naturelle de la
leur nature les pâtes vitreuses serties d'or. chevelure des Béotiennes, que Dicéarque appelle un
La déesse a des cheveux ondes qui semblent pré- châtain brillant et doré, chevelure encore aujour-
parés par le fer ; les oreilles sont percées pour re- d'hui si fréquente dans les parties de la Grèce où
cevoir des boucles d'or; un collier à pendeloque la race a conservé sa pureté.
tombe des épaules. Agrafé sur l'épaule gauche, le Les pieds sont toujours finement chaussés. Les
chitôn est échancré sur la poitrine et retenu au- femmes de Thèbes portaient des bottines minces,
dessous du sein par une ceinture ornée de gros basses et étroites , de couleur rouge ; des bottines,
boutons. si a bien lacées que le pied semblait presque nu »,
Ce fragment a tous les caractères d'un jouet dit encore Dicéarque. Dans les figurines de Tanagra
auquel manquent les bras mobiles de la poupée an- la mode est un peu différente : la semelle seule est
tique. rouge, la chaussure toujours jaune, comme le sont
encore aujourd'hui les babouches des Turques.
N" 12. — Jeune fille assise sur un rocher. — Sa poi- Les yeux peints de ces statuettes révèlent l'usage
trine est nue ; couronne de fleurs et de fruits : sa général du kohl et l'emploi non moins général du
main droite, posée sur le genou, tient un petit sac carmin posé au pinceau sur les lèvres.

Les ten-es cuites antiques qite nous reproduisons d'après les photor/rapliies publiées par M. Camille Lécuyer, conser-
vaient des traces de coloration que le collectionneur indique d'ailleurs dans son intéressant reciteil. Ce ffuide direct
et nos souvenirs personnels de l'exposition du Trocadèro sur la teintïire ardente si générale et même sur la poudre
d'or de cei'taines chevelures (jin mode assyrien^ j nous Xiermettent de donner ici ce qui n'est plus dans les originaux
qdà un état de faible indice.

Voir, pour le texte : M. L. Heuzey, Recherches sur les figures de femmes dans
voilées, grec — M. 0. l'art . Raijet,
les Figurines de Tanagra (Gazette des Beaux- Arts 1875). , — Terres cuites de Tanagra et d'Asie mineure catalo- ,

gue de la collection de M. Camille Lécuyer, Pans, 1883.


& R B B, e E
GRIECHENLAND

Imp. Fî'rimji -Dido-, C'* Paris


GRBBCE

Novdmann liti^
EB

GREGE

GUEEEIERS DE L'EPOQUE HEROÏQUE ET DES TEMPS HISTORIQUES. —


CHEFS ET SOLDATS. — L'HOPLITE, LE PELTASTE, LE CAVALIER, LE
PHALANGITE, LE SOLDAT VICTORIEUX, L'ARCHER. - LES GRANDES
DÉESSES DE LA GUERRE ET DE LA CHASSE, MINERVE ET DIANE. —
LES POURPRES. — PARURES CIVILES DU TEMPS DES PTOLÉMÉES.

PLANCHE DOUBLE.

Les difficultés que l'on rencontre dans l'étude du costume de guerre des Grecs se compli-
quent de la distinction qu'il importe de faire, selon les âges, sinon de la nature, au moins de
la dimension des armes , telles que le bouclier, la pique , l'épée.

Le grand bouclier argien, la pique n'ayant que la longueur du javelot, la courte épée,

sont des temps dits héroïques.


La réduction du bouclier et son allégement, la pique allongée au moins dn double,
ainsi que l'épée, marquent ce que l'on peut vi'aiment appeler l'armement des temps historiques.
h& distinction est de sérieuse importance, puisque ces réformes devaient enfanter toute
une tactique militaire nouvelle pour les Grecs. Les gros bataillons des phalangites intervin-
rent sur des champs de bataille qui, jusqu'alors, n'avaient guère vu que des séries de combats
singuliers ; on comprend le changement total qui dut s'ensuivre dans le calcul des généraux.

De pareils changements sont de ceux qui modifient l'histoire.

Les réformes qui devaient avoir des conséquences si importantes s'étaient sans doute pré-
sentées à plus d'un esprit supérieur avant de pouvoir être accomplies. On pressent quelques
tentatives en ce sens dans les récits de Xénophon, qui dut recourir à tant d'expédients pen-
dant la retraite des dix-mille. — Par le fait, c'est peu d'années après que les réformes cou-
cernant l'armement du soldat furent réalisées par Iphicrate, général athénien des plus expé-
rimentés qui, à la tête de ses nouveaux peltastes, démontra les avantages de son système
d'allégement des armes défensives et d'augmentation de la portée des armes offensives, en
défaisant les Spartiates dans une brillante journée, vers 370 avant l'ère vulgaire. Iphicrate,
dont les soucis de réformateur s'étendirent jusqu'à s'occuper de la chaussure du soldat, paraît
avoir imaginé la phalange, ainsi qu'on peut le reconnaître ci-dessous, à l'article concernant
le phalangite.
Les soldats grecs restitués par M. le colonel Leclercq qui, étant directeur du Musée d'artil-

lerie de Paris, a consacré tant de remarquables travaux aux restitutions historiques, appuyées
sur les bous documents formant la belle collection ethnographique et guerrière du musée
d'artillerie, les soldats grecs de M. Leclercq sont au nombre de sept, nos n"' 18, 20, 23, 39,

41, 46 et 50. Ces types comblent heureusement une lacune dont les artistes avaient jusqu'a-
lors ressenti les inconvénients. Ces soldats appartiennent surtout aux époques qui ont suivi
les réformes d' Iphicrate ; ce sont au plus des contemporains de ce réformateur. Si parfois on
sent encore dans leur accoutrement quelques traits qui les rapprocheraient des combattants de
Marathon, d'une bataille livrée en 490 avant J.-C, on ne saurait s'en étonner en songeant
combien cette action si glorieuse pour les Athéniens, et d'une mémoire si durable parmi eux,
dut laisser longtemps de ces souvenirs qui entretiennent les vieilles routines. Au surplus , les

vieilles formes restées chères aux Grecs se maintinrent avec une curieuse persistance dans
toutes les parties de l'armement qu'il ne fut pas nécessaire de modifier.
Iphicrate mourut vers 348 avant J.-C, et, d'après les dates certaines de ses réformes, on
peut raisonnablement déterminer l'époque où l'on abandonna l'armement des temps héroï-
ques, pour employer des armes nouvelles qui, dès leur origine appartiennent aux temps
que les écrits des contemporains rendent véritablement historiques.

En rapprochant ici des armes de la première et de la seconde période , nous avons pour but
de faciliter l'étude de nos principaux spécimens du guerrier grec , de rendre d'autant plus
sensible le caractère des réformes apportées à l'armement, et même, par plus d'un exemple
fragmentaire, d'aider à la compréhension du maniement de certaines armes, montré dans les

peintures des vases et sur les médailles. Les grandes divinités de la guerre et de la chasse
que nous faisons figurer parmi nos soldats, sont des fictions qui, sous plus d'un rapport im-
portent à la réahté. L'Athéné des Grecs est le guerrier des anciens âges qui voulait avoir un
aspect terrifiant ; la tête coupée de l'horrible Gorgone révèle des mœurs guerrières im-
placables, et la hideuse exhibitiou de ce trophée indique une sauvagerie fort rapprochée de
celle du guerrier des Sandwich pourvu de son filet pour rapporter la tête conquise sur le
champ de bataille. N'était-ce là qu'un idéal pour le vieux soldat grec ? Le lourd bouclier de
bronze au bras d'uue femme ludique encore que la principale force du guerrier des temps
héroïques consistait surtout dans la résistance de ses armes.
,

La chasse était l'école de la guerre ; la jeunesse s'y formait aux combats et à la fatigue ;

— avec les luttes gymniques elle était la base de toute éducation guerrière. — L'Artémis des
Grecs a d'ailleurs une double signification très directe ; car la chasse était un des exercices
des vierges, et de ceux recommandés pour que les femmes fussent en état d'enfanter des

hommes forts.

N" 18. — Le guerrier.


N"^ G et 25. — Détails de son armement.
Ce soldat est un chef, dTpatviYo;, celui qui a le pas sur les autres, qui exerce un commande-
ment sur des subordonnés.
Ce costume de guerre est restitué d'après la statue de Mars du Vatican. L'armure se com-
pose de plaquettes de bronze maintenues les unes sur les autres par des cordes recouvertes
de cuir ; elle se prolonge par un double jeu de lambrequins de cuir. Les épaulières sont de
même sorte que le corps de la cuirasse, et s'y relient en la soutenant conmie de fortes, bretelles.

— Cette espèce de brigandine est posée sur une tunique de laine à manches écourtées, de
manière à ne point gêner l'action du bras armé, ni l'usage du bouclier. — Casque à timbre
arrondi, à crête basse, dont la \'isière est relevée ainsi que les jugulaires doublées de cuir. —
Crinière s'écartant en éventail. — Baudrier en cuir travaillé (voir l'épée à poignée d'ivoire,

n° 25) ;
cnémides en bronze ;
— crépides à lanières, amentum et semelles rouges. — Hache en
fer dont le talon est en pointe (voir son profil, n" 6). Le bras qui tient cette hache a un
bracelet de bronze. Le manche de l'arme est garni de cuir à l'arrière-poignée. — Le bouclier
rond, et dont la convexité forme un umbo, est fait d'un bois double recouvert d'une mince
plaque de bronze ornementé. — Ce bouclier a sa guige pour le porter ; la grande énarme, ap-
pelée l'anse, pour le passage du bras ; la poignée pour la main près du bord. — On aperçoit
à l'intérieur un certain nombre de glands rouges dont l'exemple n° 48 fournit ici l'exphca-
tion. — Dansée fragment, provenant d'une peinture de vase, on voit le bras du combattant,
et comment illui était loisible dans l'action de faire évoluer son bouclier en passant la main
de l'une à l'autre des poignées dont le bouclier était garni tout autour, les glands y mar-
quant les divisions.

Le n° 32 montre l'une des façons dont on portait le bouclier lorsqu'on était sous les armes
mais non au combat, et alors que le bouclier n'avait pas encore sa guige. Le n" 12, em-
prunté à la statuaire, offre aussi un exemple d'une autre façon, le bouclier étant de petite
dimension. — Ce serait aux Carions que les G-recs auraient emprunté l'usage de la guige.

Les similaires du casque de ce chef se rencontrent parmi les armes du caractère héroïque. —
Le n° 5 offre l'exemple des jugulaires relevées, formant oreillettes, de la calotte de guerre
se terminant en couvre-nuque, de la crête basse épousant étroitement le timbre du casque,
enfin de la crinière s'élargissant en éventail et se terminant en queue flottante. Le casque
du n° 55 est également du même genre, et il est à croire que sa jugulaire abaissée était mo-
bile. Ce seraient encore les Cariens, selon Hérodote, qui auraient les premiers peint des fi-

gures sur leurs boucliers.

N" 10. — 'L'hoplite, c'est-à-dire lourdement armé, soldat d'infanterie de ligne.

Casque en bronze avec une large et forte jugulaire en même matière, articulée et passée sous

le menton. Ce casque est une assez haute calotte unie que surmonte une crête de métal soute-
nue en ajouré, et d'où s'épanouit le cimier en crins qui le termine en flottant librement à l'ar-

rière. Cuirasse, cuissards, ouémides et bouclier également en bronze. La cuirasse est passée sur

la tunique, laquelle est relevée des deux côtés, vers les hanches, de manière à ne jamais entra-
ver le mouvement des jambes. Le plastron et la dossière sont modelés sur la forme humaine,
affirmée en outre par le dessin des grandes divisions du torse. Cette cuù'asse à charnières se la-

çait sur le côté, et de plus était liée par une ceinture de cuir. Des épaulières, et un prolonge-
ment de la cuirasse, consistant en lambrequins de cuii-, taillés carrément, ici mis en double,
complétaient la défense de la partie supérieure du corps, à laquelle s'ajoute encore, pour la pro-
tection de l'arrière-bras de l'homme d'épée, une demi-manche de petites lames articulées en
écrevisse. Les cnémides, coulées eu bronze, se moulaient sur les jambes de chaque guerrier ;

elles ne portaient point d'agrafes et adhéraient à la jambe par leur forme et l'élasticité du mé-
tal. Le bouclier rond, très légèrement bombé, sans umbo ni insigne, est pourvu de ses énarmes
et de sa guige. La chaussure est la forte crépide militaire.

L'arme offensive est l'épée grecque à poignée de bronze, dont la lame en fer a deux tran-
chants ; elle est légèrement renflée avant de former la pointe. Sou fourreau en bois, recouvert de
cuir et renforcé d'armatures en bronze, est suspendu par un baudrier de cuir passé sous la

ceinture pour en assurer la fixité dans une position presque horizontale. Le manteau léger et

court que conservait le combattant était rejeté en arrière pour l'action. Celui-ci est en toile
blanche. Lorsque par une circonstance fortuite, le guerrier se trouvait sans bouclier, ce man-
teau lui était utile pour sa défense ; il l'enroulait autour de son bras gauche pour parer les

coups. D'après certains passages de Xénophon, les simples soldats parmi les hoplites ne por-
taient point la cuirasse. Les cavaliers et les chefs seuls en auraient été armés. L'hoplite avec

son casque fort, le plus souvent le casque béotien à joues fixes et nasal, son bouclier garni d'ai-
rain d'un poids considérable, son vêtement de peau, sa ceinture de bronze et les cnémides était
déjà lourdement chargé et suffisamment défendu. Il con\'ient donc de voir dans le soldat re-

présenté un officier d'hoplites.

Le casque à timbre arrondi, à crête haute, sans visière et avec des joues, mobiles ou non, et
formant un couvre-nuque peu prolongé a ici des similaires plus ou moins proches dans les

n°^ 5, 10, 29 et 55, dont le caractère est héroïque. Le n° 29 a sa crête enlevée, en signe de
défaite ; il se trouve sur la tête d'Ajax, fils de Télamon, se donnant la mort en vaincu, sous
les yeux d'Ulysse, n° 10, et de Diomède, n" 55, lesquels conservent au contraire leur cimier

triomphant.

Diodore de Sicile dit que c'est à Iphicrate que fut due la réduction de Vaspès, le grand bou-
clier dont les Grecs auraient fait usage jusqu'à lui. Quant à la pique et à l'épée dont l'hoplite
était armé, il les fit, au contraire, prolonger presque du double.
Les n°'^ 1 et 16, peints à la manière héroïque, confirment ce qui a été dit au sujet du man-
teau couvrant le bras gauche, lorsque, sans boucher, on combattait avec l'épée. Dans les premiers
temps de la civilisation, ainsi que l'attestent plusieurs monuments, c'était une peau entortillée

autour du bras qui remplissait l'office du bouclier, le manteau étant à la fois protecteur et

abusif, comme le savent très bien les combattants espagnols qui en ont conservé l'usage dans
le duel à la navaja. C'est armé de cette façon contre les géants que Jupiter paraît sur une belle
intaille gravée par Nisus. Ulysse et Diomède qui, dans la scène à laquelle nous les emprun-
tons, ont tù'é l'épée pour assaillir et tuer Dolon, l'espion d'Hector, n'auraient point une autre
attitude s'ils combattaient l'un contre l'autre. Pour le soldat grec, cette ressource extrême
'

était une tradition.

Les petites figures, n"^ 21 et 22, fournissent des exemples précieux du pas militaire du sol-

dat pesamment armé, tel qu'il se trouve représenté sur un vase de Vulci. Le pas allongé et sans
flexion de la jambe était obligé par la crépide à semelle de bois fortement cloutée. Dans la

suite des guerriers marchant uniformément de cette manière, il s'en trouve quelques-uns qui

sautent à la fois des deux pieds, sans en être empêchés par le poids de leurs armes. Les La-
cédémoniens voulaient que les gymnastes sussent aussi la tactique; leur concours était une
préparation aux stratagèmes de guerre. Il faut voir dans l'homme sautant à la fois des deux
pieds l'un de ces stratagèmes qui permettait au guerrier sous les armes, et ne se découvrant
pas, de franchir rapidement les obstacles sur le champ de bataille, et même d'user de tout le

poids de son corps et de ses armes pour en accabler d'un coup l'adversaire renversé, les lour-
des chaussures ferrées étant elles-mêmes une arme redoutable.

Dans son histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydides donne aux officiers commandant
les hoplites le nom de Taxiarques, xa^'ap/oi; ils étaient au nombre de dix, un par tribu, et

subordonnés aux généraux ou stratèges.

N° 50. — Le peïiasfe ,Tzel-:a<j-:r\i;. Détails, n"^ 34 et 49. Soldat d'infanterie légère.

Peltse était une ancienne et florissante ville du nord de la Phrygie ; le nom de Pelta donné
au petit bouclier des amazones indique l'origine de cette arme défensive, faite de bois ou d'un
treillage d'osier couvert de cuir, et sans qu'un cercle d'airain l'entourât. Chez les Grecs, ce nom
prit un sens générique ; on ajDpelaifc peltastes tous ceux qui portaient le bouclier léger, quelle

que fût d'ailleurs sa forme. Dans leurs armées, le nom de peltastes fut particulièrement donné

aux soldats de certains corps pourvus du bouclier léger, et qui furent d'abord des mercenaires

thraces. C'est sous Ipliicrate que les peltastes commencèrent à faire partie des troupes régu-

lières d'Athènes. Ils y tenaient le milieu entre les soldats pesamment armés et ceux qui

étaient complètement dépourvus d'armes défensives.

Le peltaste n'avait point d'autre cuirasse qu'une cotte d'armes faite de tissus croisés, dou-

blés et feutrés. Les Grecs avaient si bien reconnu la forte résistance des cottes de ce genre
que l'usage paraît s'en être très étendu, puisque Thucydides, parlant des j;i7«, les feutres, les

vêtements en laine foulée, les appelle « les petites cuirasses dont nous nous revêtons. »

Le soldat représenté porte une cotte d'armes en laine et cuir, dont le type est emprunté à

une fresque de Florence (on en trouve un autre exemple en notre pi. ayant pour signe la Pou-

pée, n° 5). Cette cotte est soutenue par de puissantes bretelles, et elle se termine en lanières ;

une ceinture en bronze martelé la fait adhérer à la taille (voir la double agrafe de cette cein-

ture, n° 49). La cotte d'armes est posée par-dessus la tunique qui est drapée en petits plis pour
en faciliter l'élasticité, plis semblables à ceux du bas-relief connu sous le nom du guerrier de

Marathon. Les cnémides en étain épousent la forme de la jambe et sont lacées sur des jambières

en laine. Au poignet, un bracelet de bronze. Le bouclier rond, en bois, est très légèrement cin-

tré (voir son profil montrant l'anse, au-dessous de l'arme) ; il est peint ; le poisson servant d'in-

signe est en argent. Le casque en bronze, à larges joues fixes et à nasal immobile est du gem-e
dit léotien; il est surmonté du haut cimier droit terminé en crosse qui portait la crinière flot-

tante. L'épée, soutenue par un étroit et court baudrier passé eu sautoir, est en fer, ainsi que
la pointe des javelots ; les armes de jet sont pourvues du lien de cuir, Yamentum, que l'on fixait

au bois des lances et des javelines vers leur centre de gravité, et dans lequel on engageait les

deux doigts de la main droite au moment de lancer l'arme, de manière à augmenter la force

d'impulsion, en même temps qu'on assurait la justesse du tir. La chaussure est une sandale à
lanières de cuir, maintenues par cet autre amentum de la crépide, la Ngula, soutenant les

liens entrecroisés dans un sohde ajustement ; langue de cuir ou agrafe dont la présence sur le

cou-de-pied indiquait l'homme libre, l'usage en étant interdit à l'esclave. (Voir pi. B A, les

chaussures antiques.)
Le haut cimier du casque à crinière flottante de ce guerrier (en voir le profil, n" 34) a plu-

sieurs similaires dans notre planche ; les n™ 52, 57 et 50, qui proviennent des peintures des vases.

Le haut cimier de ce caractère se rencontre souvent sur le casque de Minerve, l'Athena des Grecs,

la Menerta des Étrusques. Le n" 52 est une Athena, que Diomède et Ulysse, les deux autres, as-

sociés pour l'enlèvement du Palladium, supplient de se laisser transporter dans le camp des

Grecs. En voyant sur le casque de ces héros le haut cimier de la déesse, qui leur donne une

physionomie exceptionnelle, il semble que l'on puisse en inférer que, selon les circonstances,
les Grecs variaient le cimier mobile de leur coiffure de guerre, et qu'ils savaient en user, en
certains pas, pour faire leur cour. On rencontre surtout les cimiers de ce genre sur les vases consi-
dérés comme étrusques (voir nos pi. ayant pour signes le Bec de gaz et le Scorpion, n"' 17 et 20
de la première, n" 17 de la seconde, où il se trouve avec le bouclier éohancré, une des variétés

de la pelta).

N" 23. — Le cavalier, ÎTnreùç. — Détails de son armement, n°° 35 et 36.

Restitution d'après un vase grec. L'armure originale est au musée de Naples.


Les Grecs montaient sans étriers et à poil. Ils ne paraissent guère avoir recouru à la cou-

verture dont usait Veqzies romain qui, parfois, se montre même avec un coussin tenu sous la

pièce d'étoffe. En tous cas, le Grec antique n'a jamais une selle régulière faite de bois ; cette

invention paraît contemporaine de la décadence de l'empire romain.


La cuirasse se compose d'un justaucorps en cuir, se terminant en un double et court lambre-
quin, et serré fortement à la taille par une large ceinture en bronze à double agrafe. Les
épaulières, également en cuir, recouvrent la naissance du bras à l'extérieur, et ne peuvent
contrarier les mouvements. Le renfort de cette cuirasse de peau consiste en une série de lar-

ges disques en bronze formant un poitrinal très résistant ; la forme bombée de ces disques avait
pour effet de faire dériver le coup porté, s'il n'était pas très droit; dans tous les cas, le disque
offrait l'avantage de répartir le choc du coup contondant, si dangereux lorsqu'il est immédiat.
La tunique de laine sur laquelle est passé le justaucorps se trouve ici massée en plis réguliers

et nombreux ayant pour effet de procurer de l'élasticité au vêtement, dans le genre de la tuni-

que du soldat de Marathon, n" 50. La manche courte de notre cavalier est aussi disposée sur ce

principe; l'arrière en est ramené en avant, et de façon à dégager entièrement l'action du bras.
La coiffure est le casque éti'usque à grandes antennes, souvenir de ces coiffures de guerre
faites avec des têtes d'animaux dont on conservait les cornes. Le haut cimier de cette arme
porte la grande crinière blanche et flottante en retombée. Ce casque en bronze, de forme coni-
que et avec jugulaires, est tout à fait du genre du n" 15 qui l'avoisine, que l'on voit au Musée
du Louvre, et qui est en bronze vert. L'un et l'autre sont ornés d'une couronne de laurier
d'or. A en juger par l'original du Louvi'e, cette haute coiffure militaire qui n'est point un cas-
que fort, a surtout le caractère d'une arme de parade.
Ce cavalier n'a pas les cnémides d'airain, mais des jambières de cuir ; son petit bouclier a sa
guige ; sa crépide est additionnée d'un éperon (voir ce détail, n° 36). Cet éperon, dont il

existe plusieurs types au musée d'artillerie de Paris, entre autres quelques-uns avec une pointe
et un crochet en forme d'hameçon à l'extrémité d'une longue tige, notre cavalier ne le porte
qu'au pied droit.
Ce soldat est armé de l'épée (en voir la poignée, n" 36) et il tient une masse d'armes de bronze,
en rainures à têtes de clous. Le bras est orné d'un bracelet. Selon le temps, l'armement de ce
cavalier deyi-ait se compléter par les deux javelots dont l'un était lancé comme arme de trait,

l'autre conservé comme arme d'hast ; ou bien ce serait la longue pique qui remplaça les deux ja-

velots, et à laquelle ses dimensions firent donner le nom de contus, la longue perche.
Le contus, sans toutefois être aussi long que la sarisse macédonienne, était l'arme nationale

des Sarmates, lorsqueles G-recs l'adoptèrent. La sarisse était propre à l'infanterie ; le conhis était

la lance de la cavalerie. C'est cette dernière arme que l'on voit aux mains d'Alexandre à la

bataille d'Issus, dans la grande mosaïque de Pompéï ; cet exemple en donne les proportions.
On ne voit le cavalier grec apparaître sûrement que dans les récits de Xénophon, 400 ans avant
notre ère, lorsque les Grecs après la bataille oîi ils venaient de donner inutilement la victoire à
Cyrus eurent à organiser leur retraite, et sans auxiliaires. Ils créèrent alors un corps de frondeurs
avec des Ehodiens, habiles à se servir de pierres et de balles de plomb, et qui tissèrent eux-mêmes
leurs frondes. Ceux qui furent" choisis pour la cavalerie reçurent un équipement de peau et

des cuirasses.
Il paraît que du temps d'Homère il n'y avait point encore de terme pour désigner l'action de
monter à cheval, et qu'il faut entendre des chevaux, dont il parle toujours au pluriel, même
lorsqu'ils sont au service d'un seul homme, l'attelage du char. Ce serait la seule cavalerie de

combat des âges antiques.

N° 39. — Lephalangite, -faX«YYÎfi=;-

N'"" 28 et 38. — Détails de son armement. Restitution d'après un tombeau à Florence.

Ce soldat porte le casque dit de Minerve, dont la visière, ici relevée, représentant la partie
supérieure d'un visage humain, se rabattait pour couvrir la figure au moment du combat. Le
guerrier voyait par les yeux percés. Ce casque est posé sur une coifiure de cuir, se pro-

longeant en un large couvre-nuque divisé en lambrequins. (Voir ce détail, n° 38.)


La cuirasse, du genre dit imbriqué, est formée d'écaillés en bronze, posées à recouvrement,
et cousues sur un vêtement de peau. Cette cuirasse, d'une seule pièce, se passait comme une
chemise sur la tunique de laine; elle est serrée à la taille par une ceinture en bronze à double
agrafe (détail n° 28), et elle a des épaulières également imbriquées, ne tenant au corps de
l'armure que par le haut. De larges bretelles de cuir soutiennent le tout.
Cnémides en bronze. Crépides à lanières de cuir. Baudrier de même nature, mais dont le
cuir est teint et travaillé, portant l'épée à poiguée de bois, à fourreau de cuir. G-raud bouclier

à surface de bronze, de forme ronde, légèrement convexe, sans umbo, et dont la guige est
passée au cou du soldat.
La pique, munie d'un long fer de lance à douille et d'un talon en pointe, également en
fer, pour ficher l'arme en terre, n'a point la dimension de la sarisse macédouienne, dont la lou-
gueiir n'avait pas moins de cinq à six mètres, et qui fut la plus longue et la plus lourde des
lances en usage chez les anciens.
Le nom de phalange avait été appUqué à l'arme même, et venait delà dimension de la hampe
et aussi de la façon dont les fantassins en partageaient le poids, plmlangœ, ou palangce, était

la longue perche qu'on employait pour porter plus aisément les fardeaux, les deux bouts de
cette perche reposant sur les épaules des porteurs, qui se partageaient ainsi la charge suspen-

due entre eux. Dans la phalange macédonienne, d'une épaisseur de seize files, selon Polybe,

les cinq premières entrecroisaient en avant leurs piques de quatorze coudées. Les onze autres
appuyaient la leur sur l'épaule de l'homme rangé devant.
Dans cet ordre, cinq pointes de pique sortaient en avant du premier rang; la première de
dix coudées, et les autres, en retraite chacune de deux coudées, jusqu'à la cinquième, dépas-
sant l'alignement seulement de deux coudées. Les onze autres piques, par leur disposition,

arrêtaient les traits de l'ennemi ; et les onze iiles dans leur mouvement, augmentaient la force

d'impulsion de la phalange.
On formait la phalange en bataillon carré, et l'ordre donné est celui qui valut à Philippe
et à Alexandre tant d'avantages. Outre le carré, on appelait phalange de biais, ou phalange
en écharpe, celle oix l'une des ailes, fortifiée des meilleures troupes, s'avançait obliquement
vers l'ennemi, dit Plutarque, dans la vie de Pélopidas.
L'origine de la phalange remonte véritablement aux réformes de l'armement du soldat,

faites par Iphicrate, général athénien qui, le premier, fit allonger la pique grecque. Le pre-

mier avantage marqué de la tactique nouvelle que cette réforme devait enfanter fut rem-
porté en 378 par Chabrias, un des lieutenants d'Iphicrate, qui, envoyé au secours de Thèbes
contre Agésilas, fit mettre un genou en terre à ses soldats, appuyant fortement leur
lance l'un sur l'autre, en couvrant leur corps avec leur bouclier, pour recevoir l'assaut de
l'ennemi. Cette manœuvi-e rendit Chabrias si célèbre de son temps, qu'à Athènes on lui éleva

une statue dans la posture de combat qu'il avait imaginée.


La victoire de Chabrias fut remportée 378 ans avant J.-C. Philippe, qui organisa son ar-
mée sur le plan de la phalange, était né en 282 Alexandre, son fils, naquit en 356. Les ori-
;

gines de la tactique nouvelle sont donc très clairement indiquées par ces dates. Seulement
Philippe, en défaisant les Athéniens, alliés aux Thébains à Chéronée, en 338, bataille si dé-

cisive qu'elle mit fin à l'indépendance de la Grèce, a en quelque sorte confisqué la gloire de
l'arme pour le phalangite macédonien, le triomphant soldat qu'Alexandre devait mener vic-
torieusement jusque dans l'Inde. Le défaut de la phalange était sa lourdeur, la difficulté de
la faire manœuvrer, et de rétablir son alignement quand une fois il était rompu. C'est ce
qu'observèrent très judicieusement les Romains, ainsi que le constate Polybe, et après lui

Tite-Live. Pour vaincre la phalange, qui ne pouvait se mouvoir que tout d'une pièce, ils divisè-

rent leurs armées en petits corps, ^slus prompts et plus disposés à toutes sortes de mouvements.
Le phalangite représenté paraît surtout être un soldat de Chabrias. Son casque, dit de Mi-
nerve, convient particulièrement à un Atliénien : c'est celui que l'on trouve à côté, n" 27,
sur la tête de Péri clés, du musée du Vatican. Le soldat macédonien avait pour coiffure de

combat le bonnet national ou casque simple, la caiisia, ainsi que le constatent un grand nom-
bre de médailles.
A propos du casque dit de Minerve, dont la visière simule une figure humaine, et dont les

analogues, plus ou moins proches, se rencontrent dans les fragments n°' 2, 4, 8, 9, 11, 14,

et aussi au n" 33, sur le casque phrygien d'un Ajax du musée de Florence, nous croyons utile

de rappeler l'observation consignée dans la notice de la planche ayant pour signe la Poupée.
Si, selon les exemples, il est sensible qu'un certain nombre des visières simulant un visage hu-

main étaient mobiles et qu'on les pouvait abaisser en les faisant évoluer sur pivots (tels sont

les n"'' 8,9 et 33, en outre du casque du phalangite et de Périclès), il est non moins sensible

que cette évolution ne pouvait s'accomplir avec le grand heaume fortement incliné en arrière

des n"' 4, 11 et 14, heaumes de la famille du fameux casque à bombe, dont la forme élégante
a été si souvent adoptée dans les arts pour caractériser le casque grec, quoique en réalité,

cette forme ne soit point plus grecque que celle du casque rond , avec ou sans cimier, dont les

Romains ont fait leur cassis.

Le grand heaume, portant à son avant une visière simulée, immobile, ayant figure de visage
humain, paraît surtout une arme propre à l'ancienne tactique , alors que le champ de bataille

oflfi'ait une série de duels. La ruse était licite, dans des luttes où l'on ne s'abordait que pour tuer.
Le grand heaume avec sa fausse visière paraît avoir été conçu dans ce sens. L'homme étant

ramassé sous le grand bouclier argien, ne montrant du grand heaume que la partie supérieiu'e

répondant à la hauteur normale d'un casque en calotte dont la visière serait abaissée , il de-

vait être assez facile de se méprendre aux yeux percés sous lesquels l'adversaire, au moins in-
décis, cherchait le regard réel, tandis qu'à la faveur du mouvement du bouclier le guerrier

découvrait tout à coup ce regard qui avait choisi la place pour porter les coups.

Cette fausse visière à visage humain, on peut la voir encore ici dans le fragment n" 2,
sur la tête d'un assyrien provenant de Sélinonte ;
peut-être faut-il inférer de cet exemple que

la ruse de combat dont il est question remonte aux Asiatiques. Quant aux Grecs, qui ont orné
le casque de leur Athéna de la visière à visage humain, ils considéraient probablement les res-

sources de la ruse aidant à l'erreur mortelle, comme un fruit de la sagesse.

N" 46. — Le soldat victorieux. — Détail de son armement, n" 48.

Guerrier restitué d'après une fresque trouvée à Pœstnm.


Casque à couvre-nuque, dont la visière relevée est dessinée par des saillies repoussccs dans

le bronze. Petits cônes porte-aigrettes dans chacun desquels est fichée une plume droite.

Généralement, le nombre des cônes semble augmenter avec l'importance du chef. Agamemnon
met uu casque à quatre cônes et à crinière flottaiitc. Les porte-plumets, qui se retrouvent à
une époque de beaucoup postérieure, sembleut avoir conservé leur signification. Ils sont ici au
nombre de quatre, placés à droite et à gauche du timbre qui forme une crête légère. Les

jugulaires sont reliées au casque par des charnières à goupille. Cette coiffure de guerre, d'une
belle élégance de forme, est un type des plus caractéristiques du casque grec, et le musée
d'artillerie de Paris en possède plusieurs spécimens d'un véritable mérite artistique. Celui-ci
est d'ailleurs l'un d'eux.

La cuirasse se compose d'un i^lastron en bronze serré plus haut que la taille par une étroite

ceinture en cuii- sur un fort buflietin affectant par en bas la figure d'un tabher circulaire
soutaché ou brodé d'ornements en bordure. Cette forme arrondie convient à l'équitation , et
le casque au cavalier grec; enfin l'armement de la jambe détermine le caractère de ce
soldat. Cet armement consiste en une jambière de cuir teint en rouge, montant jusqu'au-
dessus du genou, et recouverte elle-même eu grande partie par le bronze d'une demi-cnémide,
et par celui d'une talonnière qui ne pouvait convenir à un fantassin dont elle aurait brisé

la marche. (Voir la demi-cnémide de face, n° 48.) Les courtes épaulières de la cuirasse sont

en cuir.

La tunique sur laquelle le buffletin est passé se trouve massée en petits plis, dans le genre

de ceux du soldat de Marathon, mais avec cette différence qu'un seul mouvement la ramène
en avant, et de façon à en dégager si complètement les hanches du cavalier, qu'on y aperçoit
le caleçon de cuir qui protégeait cette partie du corps.

Le bouclier est d'un assez grand format, mais il est en bois et peu épais ; des rosettes en

fer, disposées en semis, et formant autant de croisillons, lui servent de renfort. L'homme a

la main passée dans la guige de l'arme.


Le manteau mihtaire est la chlamyde que, pour combattre, le cavalier rejetait en arrière,

de manière à dégager complètement le bras di'oit.

Parmi les réformes d'Iphicrate, on compte ceUe de la chaussure du soldat. Il rendit les ,

crépides plus faciles à dénouer et plus légères. L'allégement de la crépide dut être surtout
agréable au cavaUer, dont les pieds pendants étaient exposés à soufîi-ir rapidement d'un poids
trop lourd. La simplification des lanières de la crépide de ce cavalier permet de voir dans

cette chaussure militaire l'un des types de la sandale que, du temps de Diodore de Sicile, on
appelait encore des ipMcratides.
Les armes offensives sont l'épée longue et la pique haute. L'épée est suspendue à un
baudrier court, en cuir travaillé, et la poignée de l'arme, très en avant, est facile à saisir. Son
fom'reau en cuir est solidement maintenu par une succession d'anneaux de bronze.
Ce soldat porte en signe de triomphe, attachées au haut de sa lance, la cuirasse et la

ceinture de l'ennemi qu'il a vaincu. La cuirasse est en cuir peint, avec quelques parties de

bronze ; la ceinture en cuir naturel.


Le casque à timbre arrondi en calotte ajustée de plus ou moins près , avec ou sans crête
avec ou sans visière, avec ou sans jugulaires, et se terminant en nu couvre-nuque, se rencontre
ici clans les exemples de tous les âges, n"' 5, 7, 13, 31, 47, 53 et 58, et l'on y doit comprendre
les n"" 10, 29 et 55, déjà signalés, ainsi que les n°' 52, 57 et 59, auxquels le haut cimier
en crosse domie une physionomie si particulière.

Les n"*' 5 et 7, proviennent des sculptures du temple de Jupiter Panhellénien, à Egine. Le


n" 10 coiffe un Ulysse et le n° 13, l'un des compagnons de Nestor, dans des peintures de vases.

Le n" 31, qui est un marbre du Vatican, est, par excellence, un casque de cavalerie; avec sa

crête faite pour recevoir le haut cimier, et les chevaux en haut relief sur son timbre, il convient
au guerrier monté sur le char de guerre ou à cheval. Ce casque, qui attend la triple aigrette
est une iriphaleia du plus grand luxe, dont le timbre et la visière sont des plus richement
ornés. Les épithètes d'hippouris, à'hippocomos {hippos, cheval, oura, queue) convenaient à ces
casques dont les crêtes étaient quelquefois au nombre de deux ou trois, ce qui les faisait alors
appeler amphiphalos, triphaleia au frisphaleia, à deux outrais pMIoi, ou crêtes. Les crêtes qui
accompagnaient celle du milieu étaient courtes, dressées et raides. Quelquefois elles étaient

faites de fils en or, enfin souvent lesjpauaches étaient soutenus par des figures en rehef comme
on en voit ici, des chevaux, des sphinx, des scyllœ, rappelant le phare de Messine, des griffons,
des serpents, etc. Au luxe de ces reliefs s'ajoutait celui des ciselures, des repoussés, l'emploi
de divers métaux. Le cimier était fait de crins de cheval de plusieurs couleurs, sui'tout blancs
ou couleur pourpre. Enfin on ornait aussi les casques avec des ailes ou des plumes élevées qui
s'adaptaient de chaque côté dans des coulisses, comme aujourd'hui nos plumets elles étaient ;

de diverses couleurs et jusqu'au nombre de quatre, comme il s'en trouve au musée de Naples,
ces exemples provenant des peintures des tombeaux découverts à Pœstum.
Le n° 47 est un guerrier de l'époque héroïque. Le n" 53 se trouve sur une pièce de monnaie
macédonienne représentant Athéné. Le n" 55 estun Diomède le n" 58, une tête d'Alexandi'e
;

sur une monnaie macédonienne. Enfin la très jolie calotte en pointe, n" 56, dont l'original fait

,
partie de la collection du Louvre, et qui est décorée de filigranes d'or, est un casque étrusque.
Le principe de la calotte se terminant en couvre-nuque découle si nettement de la première
coiffure de guerre, faite avec la peau d'une tête d'animal, que l'on retrouve assez fréquemment
la figure de la tête du fauve conservée dans le bronze du casque. Tel est le n° 30, coiffant un
archer grec sur le fronton du temple d'Egine.
Le voisin de notre soldat victorieux, le n° 47, provenant d'une peinture de vase, et de
caractère héroïque, est un cavalier dont l'accoutrement se rapproche sensiblement de celui qui

a été décrit. Ce guerrier antique n'a aussi qu'un plastron en bronze, une ceinture placée haut,
et la forme arrondie donnée au bas du buffletin ou de la tunique, commode pour l'équitation,
est de même principe. Ce guerrier à pied, armé seulement d'un javelot, est d'ailleurs un cavalier
assurément; les avances prononcées sur le cou-de-pi cd, que n'aurait pu supporter le fantassin,

indiquent toujours les cnémides du cavalier.


N" 41. — L'archer, Toi^EUT/iç. — Détails de son armement, n"' 43 et 44.

Cette fignre est restituée d'après les renseignements fournis par le fronton du temple
d'Egine.
Coiffure en ouir avec long couvi'e-nuque (voir le détail n° 43). Brigandine en cuir ceinte
par dessus la tunique de laine. Jambière de cuir en deux parties fortement reliées et prises dans
les lanières de la sandale. L'arc, h shiuosus, se compose de deux branches en corne qui res-
tent courbées eu sens inverse de la flexion lorsque l'arme est détendue. Un brassard en bronze
sert à éviter le choc de la corde de l'arc sur le bras. Le carquois en cuir est suspendu

BUT le côté et attaché en arrière. La pointe des flèches, légèrement empennées, est en fer. Ce
tireur d'arc porte l'épée et se trouve de plus muni de la hache de fer, qui était donnée en prix
aux archers.
Les arcs des G-recs avaient deux formes différentes, celle que l'on voit ici ; l'autre offrait la

figure d'i;n C quand


;
ce dernier était tendu, le bois se renversait en arrière dans le sens inverse

de sa courbe, ce qui devait lui donner la force terrible qui lui valut l'épithète homérique,
uaXi'vTovov.

On portait le carquois de trois manières : 1" suspendu presque horizontalement sur le dos,

entre les deux épaules ; on retirait la flèche du carquois par dessus l'épaule droite. 2° suspendu
au bas du dos, de manière que le bout ouvert fût au niveau de la hanche gauche, de sorte qu'on
retirait la flèche en faisant passer la main droite devant le ventre. 3° suspendu en travers

du dos, le haut tourné vers le coude droit ; dans ce cas, on retirait les flèches en passant la
main di-oite derrière le dos.

.
En outre du brassard protégeant l'avant-bras gauche, l'archer se servait de doigtiers en bronze
pour le tir de son arme.
L'arc et les flèches jouent un rôle imj)ortant dans V Iliade et V Odyssée. Le Lycien Pandaros
porte un arc formé des cornes d'une chèvre sauvage, et deux étuis, l'un pour cet ai'c, l'autre

pour les flèches. Celles-ci ont la pointe en fer (c'est la seule fois où le fer y est mentionné pour
les armes); la flèche est barbelée et liée au bois par des nerfs. Teucer se montre le p)lus habile
des archers argiens. Dans les funérailles de Patrocle, il y a un prix pour les archers. Avec le

temps, l'usage de l'arc fut généralement restreint aux plaisirs de la chasse et aux luttes d'a-
dresse. Le plus souvent, dans les armées, l'arc ne se trouvait plus qu'aux mains des auxiliaires.
Les Lacédémoniens, qui n'estimaient que le combat corps à corps, méprisaient l'arc qu'ils te-
naient pour une arme indigne d'un Spartiate. Thucydides assure que dans toute la guerre du
Péloponnèse on ne vit point figurer d'archers parmi eux. Après le combat de Sphactérie où, au
nombre de sept cents contre de très nombreux Athéniens, les Spartiates eurent tant à souffrir
des coups portés de loin, dans l'aveuglement causé par la poussière et la cendre, ils désignent
leurs adversaires sous le nom de aTtopiôxaToi, mot qui signifie aussi bien les miser ailes, que ceux
qui n'attaquent que de loin, par des traits, des javelots, des pierres et des frondes.
Le 11° 42 montre l'arc tendu dans un combat par un Phrygien du fronton du temple
d'Égine,

N" 19. — Pallas Athéné, sculpture de Dresde. Restauration.


Pour les anciens, cette déesse, protégeant les empires contre les ennemis du dehors, était sur-

tout une divinité guerrière. Vierge inaccessible à l'amour, elle était la patronne spéciale d'Athè-
nes et de l'Attique. Sous ce caractère Athéné paraît toujours armée, portant l'égide et une
lance d'or. Au centre de son pectoral ou sur son bouclier, apparaît la tête terrifiante de la Gor-

gone.
Nous ne nous arrêterons point sur l'habillement de cette guerrière fabuleuse, dont l'attitude

est celle du combat. Ce n'est qu'à propos de son égide, faite de la peau de la chèvre Amalthée,
qu'il est utile de rappeler que, seloii Hérodote, c'est de l'habillement des femmes lybiennes
que les G-reos ont emprunté l'égide, mais avec cette différence que chez les Lybiennes, ce vê-
tement était de peau, et non de cuir fort, et que les franges qui pendaient de l'égide lybienne
consistaient en simples courroies, et n'étaient point façonnées eu serpents. « D'ailleurs tout

est semblable ; Végèe de la Lybie, que toutes les femmes de cette contrée portent par-dessus

leurs vêtements, estime peau de chèvre unie, ornée de franges et colorée en rouge. C'est du nom
de Yégée que les Grecs ont tiré celui de Végide.
Malgré la fiction, on peut certainement considérer l'égide d' Athéné comme une sorte de cui-

rasse qui a àù être en usage. Les capuces de mailles de notre moyen âge ne formaient point une
défense aussi étendue que cette cuirasse de peau d'une seule pièce couvrant les seins et descen-
dant si bas daus le dos où elle est serrée par une ceinture comme le cuir d'un mineur.

Le casque d' Athéné paraît avoir varié selon les localités. Selon la peinture étrusque, n" 52,
le casque en calotte et à haut cimier en crosse serait celui du Palladium enlevé par Ulysse et
Diomède. Mais, selon la version relatant qu'Euée aurait apporté en Itahe une seconde Palladia,
on peut supposer que le haut et beau casque à forme phrygienne, n" 54, aurait été la coif-

fure guerrière de cette seconde Palladia, la véritable pour les Troyens. Ce dernier fragment
provient d'une peinture de vase représentant la victoire de Béllérophon sur la Chimère, à la-

quelle assiste Pallas.

Le lourd et profond bouclier d'airain a ici des analogues, soit comme dimension, soit pour la

forme. Ulysse, n" 10, porte le plus grand d'entre eux; son décor, en hélice très voyante, est de
ceux qui, par le mouvement imprimé dans le combat, devaient troubler l'adversaire. L'ingé-
nieuse triquetra, que les Grecs de la Sicile mettaient sur leur bouclier et t\a\ rappelait la forme

triangulaire de leur pays, semble avoir été conçue pour ce même but ; les trois jambes y étaient
disposées eu liélicc. On voit que le bronze de ces boucliers était recouvert de cuir, les peaux y

étant même en plusieurs doubles, et clouées sur le cercle de l'arme.

Les formats du bouclier d'airain étaient d'ailleurs fort dilîérents, et ou eu peut juger par le
n° 12, qui se trouve au bras de l'uu des compagnons de Nestor, dans une scène où le rôle de

ce guerrier paraît celui d'uue sentinelle. Enfin, c'est encore un de ces boucliers de dimension
réduite que montre le n° 24, glorieux bouclier portant un insigne peint et dont l'airain défor-
mé prouve qu'il a figuré dans les batailles. C'est celui dont sont armés Ulysse et Diomède,
n'" 52 et 59.

N" 17. — Artémis, dite la Diane d'Herculanura.

La Diana des Romains est l' Artémis des Grecs. Sœur jumelle d'Apollon, efc comme lui armée
d'un arc, d'un carquois et de flèches, cette autre vierge est la chasseresse par excellence.
Cette sculpture est un exemple complet de la pratique de dorer, de peindre et de vernir les

statues, pratique qui remonte à la haute antiquité grecque. Winckelmann, qui la vit avec une
fraîcheur aujourd'hui bien affaiblie, en a laissé une description très détaillée, des plus utiles
dans un ouvrage sur le costume.
Chevelure dorée, large bandeau blanc en diadème, orné de rosettes dorées. Tunique bordée
d'une bande de couleur rose. Peplus dont la bordure se compose d'un mince filet de couleur d'or,
et d'une large bande de couleur rouge, pourpre ou écarlate, et où étaient peintes des palmestes
blanches figurant des broderies. Les courroies de la chaussure, celle qui retient le carquois, sont
peintes en rose et en pourpre ; la bretelle du carquois avec des points blancs, imitant les clous

d'argent. Selon Eaoul Rochette, cette figure de marbre, avec ses broderies peintes sur les

bords, représente toute une pratique grecque, qui dut être dérivée de l'usage de revêtir d'habil-

lements d'étoffes réelles les simulacres sacrés : usage qui, né avec la société grecque, se conti-
nua à travers toutes les formes qu'elle avait prises, et sans doute jusqu'à son dernier âge.
La chasse étant une image de la guerre, on y faisait exercer les jeunes gens, en considérant
ce prélude comme utile pour former l'éducation du guerrier. Les filles furent d'autant plus
encouragées à se livrer aussi à cet exercice que, selon les visées du Spartiate Lycurgue, des
vierges habituées à la vivacité de poursuites souvent longues, parfois dangereuses, devaient
faire des fe mm es vigoureuses, capables de fournir Lacédémone d'athlètes propres à la guerre.
Les filles chassaient donc, comme elles étaient exercées à courir en public, afin, dit Philos-

trate dans son Traité de Gymnastique, qu'elles aient des enfants bien faits, et qu'elles mettent

au monde une progéniture d'autant meilleure que leur propre corps sera fort. Après le mariage,
elles n'éprouveront point de répugnance à porter de l'eau ou à moudre. Si, de plus, leurs
maris sont également jeunes et habitués aux exercices, le résultat sera parfait. Les enfants
auront une taille élancée, ils seront robustes et exempts de maladies. C'est en observant ces
règles pour le mariage que Lacédémone devint si puissante dans la guerre.
Telles étaient ces mères qui, fût-il mort, ne voulaient point revoir leur enfant sans son
bouclier, et tels étaient ces fils qui portaient à la guerre des tuniques rouges pour que le
sang y parût moins. Le Lacédémonien mettait la tunique nismta la veille du combat, dont
elle était l'annonce.

N° iO, — Main année du cœstus, viAm:, ,


(^.ûpi7.-o<;.

Cet armement consiste en courroies de cuir attachées autour de la main et du poignet, de


manière à former une espèce de gantelet pour la lutte. Les courroies montaient quelquefois
jusqu'au coude, et parfois elles étaient garnies de plomb ou de clous de métal.

La lutte avec le cœstus, et \e pancrace, le pugilat à main nue, étaient des combats gymni-
ques inventés à cause de leur utilité pour la guerre ; utilité démontrée, dit Pliilostrate, par le

combat des Thermopyles, dans lequel les Lacédémoniens, voyant leurs épées et leurs lances

brisées, luttèrent cependant longtemps encore avec leurs mains désarmées.

Le blanc était chez les anciens, en général, la couleur la plus habituelle des vêtements ;

il y en avait de plusieurs nuances, depuis l'ordinaire jusqu'au blanc le plus éclatant comparé

par Homère « à la splendeur du soleil ». Des diverses colorations de l'étoffe ou du cuir de

nos divers harnais de guerre, nous croyons qu'il n'est guère utile de s'arrêter ici que sur ce
qui concerne le rouge, si fréquent sur les grandes crinières des casques, et dont on teignait
jusqu'aux lanières et les côtés de la semelle de la crépide.

M. Dubois Maisonneuve dit que les peuples civihsés teignent ordinairement en rouge les

objets qu'ils veulent rendre effrayants, parce que c'est la couleur da sang. Sans examiner
autrement cette assertion, et notamment sans considérer si la pourpre des rois n'avait point
surtout le caractère pompeux, il est intéressant de distinguer la nature des rouges du harnais
militaire, selon les époques.

La pourpre, qui était du nombre des couleurs les plus riches et les plus précieuses, avait,

chez les Grecs et les Eomains, un caractère sacré. Il n'était pas permis à tout le monde d'en
porter. On la réservait aux dieux, aux rois, aux magistrats. Il y eut des époques où il ne fut
pas permis aux femmes, même d'un haut rang, de la faire entrer dans leur parure.
Il y en avait de deux espèces, la pourpre marine et la pourpre végétale. La première, la pins

estimée, était d'un rouge violet, la seconde était écarlate.


Il semble que c'est cette seconde, la pourpre végétale, qui ait été la première employée.
L'écarlate était la couleur de la phœnicis, la robe d'un rouge vif,, dont Homère parle souvent
comme étant celle des chloènes et d'autres parties de l'habillement des héros.
La pourpre végétale, xo'xxoç, coccos, mots qui signifient proprement une graine, ainsi qu'en

parle Pline, disant du cocci's qu'il était la baie d'un arbrisseau (ce serait la graine du nopal,
nommée graine d'écarlate) paraît plutôt avoir été fournie par un insecte, la cochenille, qui

sert toujours à teindre en cramoisi et en écarlate. C'est du moins l'opinion le plus générale-

ment adoptée. Pline compare la couleur du beau coccus au vermillon et à la peau d'un rouge
vif qui entoure les yeux du coq de bruyère, ce qui convient très bien à l'écarlate que produit
la cochenille.

Le nom de la phœnicis indique très clairement l'origine des teintures rouges. Hérodote
confirme que les Phéniciens, qui ont commercé de toute antiquité avec la Grèce, y ont été les

premiers importateurs des étoffes teintes en rouge. Les Grecs, qui appelaient les Phéniciens

« hommes rouges », désignaient ainsi ceux qui, non seulement leur apportaient des étoffes
rouges, mais encore ceux qui en faisaient usage dans leurs propres vêtements. Pollux nomme
tunique phénicienne, ma7iteau iMnicien, les tuniques et les manteaux rouges. Toutefois on
doit consigner ici que la pourpre pélagienne, dont le quahficatif indique la haute antiquité,

n'était point du ton de l'écarlate. Sa pourpre n'était point la végétale ; et les rapports de sa

couleur aui-aient été ceux qui existent entre la laque, ou l'amaranthe et le vermillon.
La forphyra était pêchée sur les côtes d'Afrique, de la Laconie, et surtout dans la mer
qui baignait l'antique ville de Tyr, dont les teintures furent de tout temps très célèbres.

La 'purpura pelagia était la plus belle pourpre marine, la plus intense de couleur, et la plus
solide.

La tœniensis était plus claire ; son nom semble indiquer qu'elle servait principalement à
teindi'e les bandelettes ou tceniœ.

La pourpre caîcuïensis {calcul, cailloux), pêchée dans les fonds de mer caillouteux, était
comptée parmi celles de bonne qualité. Celles dont on faisait le moins de cas, étaient la pom'-

pre lutensis et Vaiffensis, dont on péchait le coquillage dans la vase et dans les algues marines.

La pourpre marine la plus foncée avait une couleur qui, vue de face, approchait de celle du
sang caillé ; les reflets étaient d'un rouge violet brillant.

Le buccin, coquillage plus petit que la pourpre pélagienne, fournissait un rouge plus

clair; en le mélangeant avec la pourpre foncée, on obtenait une couleur très brUlante, Vincarnat
ou le rouge de cerise.

En teignant avec la pourpre de Tyr une étoffe déjà teinte en coccus, on obtenait la couleur
nommée hysyinus, qui devait être une sorte de ponceau.
La pourpre noire, ou nielamporphyron, était la couleur de la tunique que portaient les

vieillards dans la comédie. On appelait coccolaphès les étoffes teintes avec le coccus et on
désignait sous les noms de JiyclrobcqMs et psychrobaphès , l'étoffe teinte à froid, selon la

méthode encore employée aux Indes pour les plus belles teintures.

La robe à bandes de pourpre se nommait porphyrosétnos, et la tunique mesoporphyra était


celle qui était ornée sur le devant, du haut en bas, d'une bande de pourpre. La x-aXX-ô, la belle

par excellence, était une robe de pourpre.

N'" 2.5 et 32. — Parures civiles. — Grecs du temps des Ptolémées,


momifiés à l'égyptienne.

En plaçant ces deux précieuses figures en tête du remarquable livre de G. Becker, conte-
nant la représentation et la description des monuments antiques qui se trouvent à Dresde, l'é-

diteur en a judicieusement fait ressortir toute l'importance. Ces deux momies sont celles

rapportées par Piétro délia Valla ,


qui les trouva en Egypte.
Les rois Lagides, les Ptolémées, d'origine macédonienne, restèrent des G-recs qui, comme
Ptolémée Pliilopator, le plus distingué d'entre eux, demeurèrent tout à la fois fidèles à la reli-

gion de leur patrie originelle et à celle du pays qu'ils gouvernaient.

On les momifiait donc en Egypte, comme on y momifiait d'ailleurs tout étranger qui y mou-
rait; la momification des corps, institution à la fois politique et religieuse, était surtout un
principe d'hygiène publique.
Nous n'avons point à nous occuper autrement de la momification que pour faire remarquer
que la magnificence des personnages qui figurent ici permet de croire qu'ils ont été embau-
més selon le mode le plus cher en usage à leur époque, que l'on fixe à peu près au temps de
Diodore de Sicile, contemporain de Jules César et d'Auguste.
Cet homme et cette femme étaient des personnages de haut rang. La robe de coton, de
byssus, n'est point une contradiction du luxe qui les entoure. L'Egyptien vêtu de lin, et qui
n'entrait point dans les temples avec son manteau de laine blanche, ne voulait point
non plus être enterré dans la laine. Ce dernier usage se retrouvait dans les mystères orphiques
ou bachiques qui, dit Hérodote, sont les mêmes que ceux des Egyptiens et des Pythagori-
ciens, où il est défendu d'ensevehr les initiés dans un linceul de laine, et l'on donne de cette
défense une raison religieuse.
L'homme, jeune encore, a sa chevelure frisée, un collier de barbe et des moustaches. Sa
tête repose sur un coussin orné d'une bordure élégante. Un diadème formé par un cordon
d'orfèvrerie descend de chaque côté jusqu'à la hauteur des oreilles ; il est garni de pierres pré-
cieuses.

Le vêtement est une robe longue se prolongeant jusqu'à la hauteur des chevilles du pied ;

elle est rayée de rouge, de gris et de blanc — et bordée à l'encolure et en bas par une bande
étroite divisée régulièrement. A la hauteur du sternum figure une couronne de lauriers, indi-
quée par la rencontre des feuilles, et qui semble une broderie.
La ceinture large, formant une espèce de tablier, entrait dans le costume des Egyptiens.
Les Grecs des deux sexes en portaient aussi sur leur tunique, et la position que l'on voit ici

donnée à la ceinture vi'aie ou figurée se rapporte assez à celle du cingulam, que l'on portait bas,
sur les reins, et de façon à dégager le diaphragme.
La ceinture, dont la'forme de tablier est nettement accusée dans le costume de la femme,
est, dans l'habillement de l'homme, décorée par une scène emblématique qui occupe toute la

largeur du corps. Au centre, le buste d'Osiris, le souverain du monde visible et invisible;

à droite et à gauche, les ailes éployées d'une Iris dont le profil, tourné en dehors de
chaque côté, annonce que la déesse, souveraine de la nature, symbole de la force puissante
et active, veut défendre le mort conti'e Typhon, le mauvais génie. Toute cette scène est,
en outre, i^euplée des symboles ordinaires d'Harpocrate , d'Anubis, etc., génies de la sa-
gesse et de la fécondité. S'il est vrai, comme l'aifinne Hérodote, que les croyances des Égyp-
tiens eussent tant de rapports avec celles des pythagoriciens, ces détails ne sont point in-
différents sur le linceul d'un Grec.
La traverse dans laquelle on plaçait l'inscription ne doit pas être confondue avec la cein-
ture. Cet espace, réservé pour l'inscription, était de règle. On le laissait d'ordinaire sans
ornements. On a cherché, sous l'altération des caractères incomplets, le nom du mort, mais
Becker dit que si l'on avait pu déchiffrer cette inscription, on y aurait vu l'expression des
vœux adressés au mort : « Sois heureux, ne crains rien. »

La tunique supérieure , celle qui est passée sur la robe blanche et ceinte du tablier, est un
vêtement des plus luxueux, enveloppant l'homme depuis le bas des épaules et descendant pres-
que aussi bas que la robe. Cette tunique, ouverte sans doute sur le côté pour le passage
des bras, paraît être de la famille des dalmatiques. Son décor offre une série de com-
partiments rectangulaires, ayant uniformément la forme allongée en travers. Les divisions
sont formées par des bandes d'orfèvrerie cousues sur le tissu, à l'aide de fils de couleur passés
dans les trous du métal ,
procédé très apparent , les liens de fil se montrant de chaque côté
du relief central de la bande métallique, enrichie à son milieu par des perles, aux angles de
rencontre par une pierre de couleur. Les compartiments couvrent toute la tunique supérieure ;

chacun d'eux contient quelque figure symbolique du panthéon égyptien : un oiseau, le globe

terrestre, des figures ailées, une branche d'arbre une plante, , etc.

Les pieds sont ce qu'on appelait nus; les liens de la chaussure sont des fibres végétales ;

la sandale est en pajjyrus, conformément aux recommandations de Pythagore qui éprouvait


le même scrupule que les prêtres égyptiens ne voulant point se chausser de cuir, dans la ci-ainte
de se souiller au contact des dépouilles d'un animal.
La joaillerie, en outre du cordon d'orfèvrerie en diadème, consiste en colliers et en bagues :

la main droite n'a point de bagues , mais la main gauche en a deux : un anneau d'or à la pre-
mière phalange de l'index, le second en même position, passé au, petit doigt. Des deux colliers

l'un est un torquis, le ctpetitôç des Perses, régulièrement divisé par des articulations en or ;

celui-là fait le tour du cou ; le second est en réalité un grand croissant d'or dont chaque ex-
trémité est attachée à l'épaule , et qui porte à son centre , sous forme d'écusson , l'épervier
sacré.

La main di'oite tient un vase d'or entr'ouvert, auquel son couvercle carré, à demi levé, donne
les apparences d'une boîte à parfumer, d'uue sorte d'encensoir, c'est le XiêavoKpU des Grecs,
Vacerra des Eomains.
La main gauche présente, paraît-il, un phallus dans la position verticale.
Cet homme a cinq pieds trois pouces de longueur, la femme a trois pouces et demi de moins.

Cette femme a la tête posée sur un coussin orné de perles. Sa chevelure peu abondante est
,

travaillée au petit fer. Le cordon d'orfèvrerie, dont la tête est entourée jusqu'à la hauteur des

oreilles, accuse encore plus le caractère du diadème que celui de l'homme. Ce diadème fémi-
nin porte à son sommet une pierre de couleur, au centre d'un écusson en forme de fleur de
lotus , écusson d'où tombent en pendentifs sur la chevelure, trois autres pierres à jeu libre, in-

dépendantes les unes des autres, répondant à ces triopis, triottis et triottmm, les noms divers

par lesquels, selon Pollux, les Athéniens désignaient la triglhne, ou la boucle d'oreille de gléné,

la pupille de l'œil, et faite de trois de ces yeux, en or brillant ou en pierres fines.

Les boucles d'oreille sont des pendants qui paraissent de la famille des elencM et tutulati,

perles longues ayant la forme des vases nommés alahastra, très allongés et comme il s'en

trouve beaucoup parmi les vases égyptiens en albâtre oriental ou en verre coloré. Parmi les

pendants d'oreille du genre des eïenchi, que l'on voit sur les médailles de la Grande-Grèce et de

la Sicile, on voit souvent ces perles réunies par deux ou trois.

La robe à manches est ici posée sur une tunique intime, dont on voit l'encolure. Cette espèce

de chemisette est blanche. La robe est d'une couleur pourprée et plissée régulièrement. Sur
chacun de ses côtés se trouve une bande verte dans le sens vertical qui semble devoir faire

rentrer cette robe dans le genre des vêtements dits paraMirgîs et paryphès, robe bordée des

deux côtés d'une bande de couleur. L'ouverture de la robe est plus grande et dégage mieux le

cou que dans l'exemple précédent.


Les colliers portés par cette femme sont nombreux ; ils recevaient, outre le nom à^hormos
dont se sert Homère en les désignant généralement, plusieurs autres dénominations indépen-
dantes de la matière dont ils étaient faits , et qui indiquaient la partie du corps qu'ils occu-

paient.

Les' deraia ornaient la partie supérieure ; les hypoderaia, les hypodarides , l'inférieure ; les

pm'ideraia, \q& peritrachelia , entouraient le cou; les isihmia et ha maschalistères se plaçaient

sur le haut de la poitrine; enfin, selon Pollux, il y avait des colliers d'orfèvrerie, probable-

ment très grands, auxquels les femmes qui s'en paraient donnèrent le nom d'égides, par une
analogie sur laquelle il n'est point nécessaire d'insister.

Les colliers portant sur la peau sont ici au nombre de trois. Le premier est un cordon
d'or assez épais, dont le centre est orné de quelque grenat. Le second se compose d'une double
et légère rangée de perles, alternativement longues et rondes, dont la pierre centrale est une
émeraude; le troisième collier, à la hauteur du bord de la chemisette, et ea. partie recouvert

par elle, est fait d'une suite de petite plaquettes d'or rectangulaires , d'où descendent à la par-

tie centrale, et s'étalant sur la blancheur du lin, trois pendeloques, celle du milieu ornée d'un
grenat, celles des côtés, d'émeraudes.
Le grand colher si riche et se présentant si largement sur le devant de la poitrine, paraît

devoir être, entre tons, l'égide dont il vient d'être parlé. C'est une parure du plus grand luxe
ciselée, bordée de perles, et dont les pierres en cabochons sont on relief, montées à griftcs.
Enfin, au-dessous de ce giuad collier se trouve encore un cordon d'or qui semble un cin-
quième collier, et dont la partie centrale est un Horus enfant, un soleil rayonnant.
Les poignets portent chacun deux bracelets de modèles différents, posés à nu. Ils sont
semblables aux deux bras, et sont par conséquent en paires, ce qui ne se rencontre pas
toujours.

La main droite n'a que deux bagues au doigt annulaire, un anneau simple, une bague avec
un chaton de pierre. Mais la main gauche, sauf le pouce, a des bagues à tous les doigts, et
même l'indicateur en a deux pour lui seul, l'une à sa base, l'autre à sa dernière phalange.
La main droite tient un petit vase à anse, servant aux sacrifices, et tel que les Grecs les

employaient pour les libations. La feuille verte et tachetée que l'on voit dans la main gauche
provient de quelque plante sacrée dont le petit fruit apparaît entre le pouce et l'index.

La ceinture en tablier est ici d'une forme décisive. Son décor est de même sens que l'autre,
les figures symboliques tournées de chaque côté vers le dehors, le sont dans la même inten-
tion, la défense du mort. La tunique supérieure est divisée, comme l'autre, en compartiments
réguliers couvrant tout le vêtement. La chaussure consiste en une sandale dont les liens en-
veloppent le pied d'un double contour. Il semble y avoir, outre ces liens, un de ces anneaux
de jambe en tortil, se rapprochant du genre de ceux que nombre de femmes indiennes portent
encore sur le cou-de-pied.

Les n^ 18, 20, 23, 39, 41, 46, 50, et les détaUs qui s'y M. Charles Garnier, comme aussi la Palla Athéné
rattachent immédiatement, n<" 3, 25, 28, 34, 35, 30, n° 19, qui a tant de rapports avec celle d'Égine.
38, 43, 44, 48 et 49, provenant de la collection du
Le n" 2 est un fragment de sculpture du temple de Sé-
musée d'artillerie de Paris, sont des documents pho-
linonte.
tographiques coloriés en regard des originaus.

Les n°n 17, 27, 31 et 33 sont également reproduits d'a-


Les n"! 1, 4, 10, 13, 16, 21, 22, 24, 29, 32, 45, 62, 54,

près des photographies. 55 et 59 sont des fragments de la peinture des vases


dans de bons ouvrages comme le Musée
recueillis
Les n"" 8, 12, 19, 25 et 37 sont empruntés au bel ou- Napoléon lîl , d'Adrien de Longpérier les Moiiu~ ,

vrage sur les monuments antiques de Dresde, pu- ments inédits d'antiquité grecque, par Raoul-Eochette;
blié à Leipzig. ou encore sont puisés dans les gravures des Wil-
Les n"" 15 et 56, sont dessinés d'après les originaux lemin, des 0. Muller, et de leur continuateur Wie-
qui se trouvent au musée du Louvre, seler, etc.

Les n°° 5, 7, 11, 14, 30 et 42, sculptures du temple Les n"s 3, 9, 40, 63 et 5S sont empruntés à des mé-
d'Egine, sont coloriés d'après la restauration de dailles reproduites dans ces mêmes recueils.

Voir, ]]our le texte, les écrivains de l'antiquité, particulièrement: Philostrate, Traité sur la Gym-
nastique. — Plutarque, la Vie des hommes illustres. — Thucyclides, Histoire de la guerre

du Péloponèse ; traduction de M. Ambroise Didot, 1868-1879.


GRBECE C^F

NurdincUili liLli,
(i-RIfcCHhlNLANU
GRBR^ P^ aRECK GRIKPHRMLAMD

rirnujiI)ide-.!lC" Paris
Noi-dmcoin lilh
GREC

PIECE PKINCIPALE D'UNE PJCHE MAISON ATHENIENNE.


RESTAURATION.

t= siecle avant l'ère chrétienne.

(planche double.)

Il ne s'agit point ici de l'antique habitation grecque telle qu'Homère l'a décrite en parlant,

entre autres, du palais d'Alcinoûs, roi des Phéaciens. Malgré les points de ressemblance
qui existent entre cette description et les vues cavalières d'un palais égyptien trouvées dans
les hypogées d'El-Amarna : même avant-cour, même enceinte plantée d'arbres entourant le

palais, arrosée par de l'eau vive, le manque de précision de ce récit poétique ne permet pas
d'essayer de reconstituer le palais qui en est l'objet; quant aux murailles d'airain, c'est-à-dire .

ce semble, à un revêtement de fortes plaques d'airain, dont le soubassement de l'habitation et


les murailles de son enceinte auraient été blindés, elles donnent à cette demeure luxueuse, aux
portes d'or, aux linteaux d'argent, à ce palais inélranlahle, dépeint plusieurs fois par Homère
comme l'habitation des rois grecs, le double aspect d'une maison de plaisance et d'un château
fort, conçu pour résister aux efforts du bélier d'airain, la seule machine de siège employée
par les anciens pour battre les murailles.
En avançant beaucoup plus près dans le temps , il faut encore, pour établir la distribution
du plan d'une habitation grecque, se contenter de le baser sur des analogies. La maison elle-

même n'a laissé que des traces insuffisantes dans des fondations creusées dans le roc, à l'a-

cropole d'Athènes; les quelques caniveaux d'eau que l'on y trouve ne peuvent servir à la
constitution d'un plan. Les restes de construction ne sont d'aucun secoiu's pour montrer ce
que pouvait être l'élévation des bâtiments.
L'importance et le luxe des maisons des particuliers furent tardifs en Grèce; la vie de
ses peuples primitifs, la vie cyclopéenne, qu'Homère a fait connaître, a plus d'un rapport
avec celle des sauvages de l'Amérique. Divisés en tribus se disputant la suprématie, ils n'ont

d'abord ni villes, ni gouvernement. Parmi les diverses colonies qui apportèrent là les premiers
germes de civilisation, la seule colonie certaine est celle de Pélops, venue de l'Asie Mineure,
donnant son nom au Péloponèse. Les premières villes fondées le furent au sommet des mon-
tagnes ; c'étaient des forteresses entourées d'épaisses murailles, formées de blocs énormes de
pierres ajustées à la manière dite cj'clopéeune ou pélasgique; mais ce n'est qu'aux temples,

aux citadelles, aux trésors enfermés sous des voiites, que l'on semble avoir longtemps employé
les divers appareils de la construction en pierre. Les premières habitations des peuplades
grecques consistaient en cavernes, ou en de simples cabanes de chaume on de briques séchécs
au soleil. (Voir Batissier, Histoire de l'art monumental.)
Pendant les quatre ou cinq siècles qui suivirent la guerre de Troie, les monuments cons-
truits dans les divers pays occupés par les Grecs paraissent avoir été en bois. Ils employaient
au moins simultanément les arbres de leurs forêts et les pierres de leurs riches carrières; c'est
de cette simultanéité qu'est né le système générateur de leur architecture, ainsi que Vitruve
en a le premier fait la remarque. L'ordre dorique, l'ordre par excellence des Grecs, est une
imitation exacte de toutes les parties de charpente qui avaient servi dans les édifices en
bois dès les premiers temps. La colonne est l'arbre enfoncé en terre, diminuant de grosseur
de bas en haut, couronné d'un ou plusieurs jjlateaux pour donner plus d'assise aux poutres
transversales, de là le chapiteau, simple tailloir d'abord qui, avec une échine, devient le
dorique, etc., etc. C'est ainsi que le toit en charpente à double inclinaison indique la forme
du fronton. L'analyse du temple grec a son origine dans le squelette de la cabane. L'architec-
ture dorique et celle des Ioniens d'Asie se développèrent parallèlement et ne différaient que
dans les proportions et la décoration des parties dont se compose un édifice.

Notre restauration appartient à l'époque qui suivit la victoire des Grecs sur les Perses, et

précéda la soumission de la Hellade à la domination macédonienne. C'est le moment où la

Grèce plus puissante et plus prospère que jamais produisit dans les sciences, les lettres, les

arts, la philosophie, ses œuvres les plus admirables. Athènes obtint alors la prééminence et
s'enrichit sous Périclès des plus parfaits édifices que l'on puisse citer; cependant comme la

culture des arts conservait encore son caractère traditionnel qui était en Grèce tout politique,
comme leurs productions étaient principalement consacrées à la religion, à la cité, les mai-

sons d'habitation restaient relativement modestes en regard de l'agora, des palestres, des
gymnases, de tous les bâtiments publics; à l'extérieur, la maison de ville la plus riche n'of-
frait pas l'aspect d'un palais, le luxe était tout intérieur comme on le voit encore en beaucoup
de villes orientales; c'est pourquoi l'on trouve maintenues ici, comme à Pompéï, les boutiques
qui se trouvaient sur la rue et lui donnaient l'animation, ne laissant entre elles qu'un passage
sans apparat servant à pénétrer dans la maison. Par sa décoration d'ordre dorique, cette
restauration se rattache aux temps les plus purs de l'art perfectionné des Grecs, à ce moment
où les ordres dorique et ioui(pic recevaient l'un et l'autre, leurs plus élégautes proportions. A
une époque plus reculée, le dorique est beaucoup ^ilus trapu, et les plus anciennes colonnes
doriques connues, celles du sanctuaire de Minerve à Syracuse, celles des deux temples à
Corinthe et à Ségeste, ont une hauteur égale à un peu plus de quatre fois la longueur de
leur diamètre inférieur. Nous donnons ce renseignement parce qu'il peut être utile à ceux

qui auraient à faire usage de notre restauration, en l'appliquant à des époques antérieures
à celle désignée; à ce moment précis plusieui's ordres étaient en vigueur, tels que le persique
et le cariatide, dans lesquels les colonnes sont remplacées par des statues de barbares ou de
femmes, enfin l'ordre corinthien commençait aussi à être en honneur; on peut donc varier
considérablement la décoration arcliitectonique de l'intérieur représenté en avançant dans le

temps, surtout à partir de la domination macédonienne, époque où le goût se modifie, oîi le

relâchement du lien social suivant l'affaibliBsement de la cité laisse prédominer le luxe des
particuliers.

Ce que Vitruve dit de la maison grecque, des grandes dispositions de son intérieur et des
divers usages des salles, offre de frappantes analogies avec les palais musulmans; toutefois

sa description ne peut s'appliquer à la véritable maison de ville, mais convient à l'habitation


de plaisance située en pleine campagne ou dans des faubourgs élégants. « Les Grecs, dit
« l'architecte latin, bâtissent autrement que nous, car ils n'ont pas de vestibule; mais de la
œ première porte on entre dans un passage qui n'est pas fort large, oîi, d'un côté, il y a des
« écuries, de l'autre la loge du portier. Au bout de ce passage que l'on appelle tliijrorion,

« il y a une autre porte d'où l'on entre dans le péristyle ayant des portiques de trois côtés :

t au côté qui regarde le midi, il y a deux antes fort éloignées l'une de l'autre qui soutiennent

« un poitrail... Elle est appelée par quelques-uns prosfas, par d'autres parastas. Au dedans
« de ce lieu il y a de grandes salles où les mères de famille filent avec leurs servantes. Dans
« le passage qui s'appelle prostas il y a, à droite et à gauche, des chambres dont l'une est

« nommée thalamus, l'autre anUthalamus. (Pline, parlant de son antichambre, placée près de
« sa chambre, l'appelle jjroc«;'io«.) Autour des portiques il y a des salles à manger, des cham-
<r bres, des garde-robes, et cette partie de la maison s'appelle gijneconilis : il y est joint une
« portion plus grande, plus ample, qui a des péristyles plus larges... » C'est dans cette der-
nière partie que Vitruve place les appartements de réception des hommes, les bibliothèques,

pinacothèques, les salles à manger d'apparat, nommées cyzicènes et, à proprement parler Yan-
dron, «vSpwv, partie réservée aux hommes. Il parle également de passages, mésallies, qui
séparaient les appartements du maître de la maison des logements destinés à loger les hôtes
connus ou recommandés; car les autres étrangers, tout en étant logés gratis, l'étaient dans
un bâtiment à part.

L'archéologue Becker émet une opinion différente sur la disposition générale de l'habitation
grecque, se basant sur les habitations des Pompéiens, qui, par suite de l'analogie d'exis-
tence des anciens Italiens et des Grecs, devaient avoir emprunté les dispositions générales
de leurs demeures à la Grèce; il place la partie destinée aux hommes, Vandron, avant celle

destinée aux femmes. Tout semble militer en faveur de cette opinion, à laquelle nous nous
sommes rangés.
Voici maintenant la description du plan de la maison reconstituée, avec la désignation et
l'usage des pièces.

a. — AuÀEioç — Porche ouvert servant d'entrée principale à maison.


ûùp«. la

A. — UpôOupov. — Vestibule ou plutôt passage d'entrée après première la porte.

B B B B B B. — Oixviao(T« — Boutiques,
, ÈpYaiTïi'pia. ateliers.

C C C C. — Cours intérieures servant à l'aération et à la ventilation.

c c c. — Cabinets d'aisance.

d. — Pièce près des cabinets, avec une fontaine.


D. — Portique sur les trois côtés de la cour intérieure principale, formant le péristj'le.

C'est la vue perspective de cette cour intérieure dont nous donnons la représentation ;
la

vue est prise du vestibule d'entrée.

E. — AùXvi'. — Cour. Espace découvert entre les bâtiments.


e. — Escalier du maître et de la maîtresse de la maison, pour monter à l'étage supérieur
où se trouvaient leurs chambres à coucher, adossées à l'étage des esclaves ;
le premier étage à
cet endroit ayant la forme d'un 1 | .

F. — Pièce destinée à renfermer les archives ou papiers de la famille, la bibliothèque, les

objets précieux, les divinités protectrices, correspondant au sacrarium des Romains.


G. — Salle de bains avec piscine. Cette pièce doit être considérée comme un luxe chez les

Grecs et particulièrement à Athènes, où les puits et les citernes de l'acropole étaient néces-
saires pour l'alimeutation des maisons du bas de la ville, la fontaine Callirhoé, située à mi-
côte du rocher, ne fournissant qu'une eau insuffisante.

I. — Chambre de repos ou de sieste. Le maître de la maison se tenait dans cette pièce


pendant le jour. Il y pouvait lire, s'y faire servir les repas habituels, y faire la sieste, selon
les us et coutumes de l'Orient moderne où, en dehors des repas priés, le maître comme la

maîtresse de la maison se font servir leurs repas sur des tables portatives, dans la pièce où ils

se trouvent installés, sans se déranger pour aller dans la salle à manger proprement dite.

J. — npoXr,|<i;, ûixTiaot. — Antichambre et chambre servant aux réceptions des hôtes. Dans
la première, on faisait la cérémonie du lavement des pieds avant d'introduire l'hôte dans la
grande salle voisine, où il était reçu solennellement; c'était la pièce de la famille; c'est là que
se donnaient les festins, ainsi que dans la salle voisine L. Cette salle L, que sa configuration
très ouverte permet de considérer comme une salle à manger d'été, servait comme l'autre aux
repas conviés et à la réception des hôtes. Elle occupe le fond de notre vue perspective : les

chambres I et J s'y trouvent également, à droite et à gauche.


K. — Pièce où se tenait l'esclave servant de poi'tier; c'est lui que l'on voit adossé sur le

seuil. Cette pièce donnait passage aux autres esclaves de la maison pour se rendre, par la cour
de service C et le passage B, à la partie des cuisines et des différents services. C'est le long
des murs de ce passage qu'étaient rangées les jarres d'huile et de vin.
M. N. — Pièces où les femmes travaillent au métier.
e'. ^- Escalier de service montant au logement des femmes esclaves, situé à l'étage supérieur.

f. — Dépôt.
0. — Portique de communication entre les deux parties réservées aux femmes et aux
esclaves, formant le gynécée et donnant sur le jardin potager P.
Q. E. — Cuisine et ses dépendances, avec four pour la cuisson du pain,
e". — Escalier pour monter à l'habitation des esclaves,

e'". — Petit escalier pour monter au grenier à provisions.


S. — Salle à manger des esclaves.
T. — Puits ou citerne.

Les maisons furent d'abord construites sur le roc, sans régularité, sans alignement; ce
n'est que plus' tard qu'aux rues étroites, tortueuses et montantes, comme on en voit encore en

Italie, succédèrent des rues tirées au cordeau, jdIus larges que les anciennes. On dit que c'est

à Hippodamus, fils d'Euryplion, architecte de Milet, que fut due cette amélioration. Au
siècle de Pisistrate (mort en 527 avant J.-C), on s'en tenait encore au vieux système, qui
offrait des avantages pour la défense en cas de guerre et offrait une protection efficace contre

les ardeurs du soleil. Dès le temps de Périclès, la prosj)érité publique, la pais, permirent la
recherche de la régularité et celle du confort.

En somme, ainsi que l'a judicieusement constaté M. Beulé, <r les anciens ne demandaient
<£ à leurs demeures qu'un abri pour la nuit, pour la sieste et le repas du soir; la vie se passait

« en plein air, dans l'agora, sous les portiques; on mangeait au tribunal ou au théâtre, et

« pendant tant d'admirables nuits d'été, le peuple dormait au seuil de sa porte ou sur sa
« petite terrasse, ainsi que le font les Grecs d'aujourd'hui. Plus tard les Ioniens, gagnés à
« leur tour par la mollesse asiatique, entraînés par leur rapide prospérité, inventèrent des
« maisons spacieuses, élégantes, richement décorées; aussi disait-on : bâtir une maison à la

« mode ionienne! Les Alexandrins ajoutèrent encore de nouveaux raffinements; mais au siècle
« de Pisistrate, la demeure privée est encore pauvre et la demeure commune restreinte. Ainsi

« qu'il arrive dans les places fortifiées, le terrain est compté à chacun. Si la population aug-
« mente, les maisons doublent de hauteur. Le rez-de-chaussée est habité par l'homme, le prê-

te mier étage par la femme, c'est le gynécée. L'un des discours de Démosthène fait clairement
« comprendre que cette disposition existait déjà de son temps. »

Notre salle à manger est meublée en tricUnhim, Tpi'xXivov, c'est-à-dire par la réunion de trois
lits de table disposés de manière à former trois côtés d'un carré, avec un espace au milieu
occupé par la table. En général, le triclinium était destiné à la réception de neuf personnes,
trois sur chaque lit. On ne devait pas être moins nombreux que les trois Grâces, ni plus nom-
breux que les neuf Muses. Cet usage de manger à demi-couché, qui vint de l'Asie, était passé

en Grèce plus de six cents ans avant l'ère vulgaire. Les places d'honneur étaient le lit du
milieu, ensuite le ht de la gauche; le maître se plaçait sur celui de la droite.
Il y avait des colombes dans toutes les maisons grecques. L'oiseau de Vénus était chéri

par tous, et sa présence toujours considérée comme de bon augure. Les paons jouissaient du
même privilège de circuler partout.

Les psaUriœ, joueuses d'un instrument à cordes, étaient de toutes les réceptions oîi il fallait

amuser les convives. Elles dansaient et chantaient dans les festins.

{Restauration par 31. Paul Béiiard, architecte. — Aquaretlc par 31. Sabaticr.)
feST*

ÉTRUSQUE

COSTUMES DE GUERRE ET AUTRES, — CHARIOTS DIVERS.


N"'' 1 et 5. îs^" 10.

Amazones se retirant d'un combat. — Elles pointent des Mercure. —Ce messager portant la barbe est vêtu
tuniques plissées et festonnées , à larges manches d'une tunique à ceinture, son manteau est un pallio-
tombantes ; l'une est coiffée d'un casque empenné, lum disposé de manière à ne pas entraver la marche.
l'autre du casque à double cimier. Son chaj^eau n'est pas le thessalienj U est chaussé
de bottines.
N<>4.
N° 13.
Persée, coiffé du casque aUé de Hadès (Pluton) qui
rendait invisible celui qui le portait ; son arc a le Gymuasiarque assistant à une lutte,

caractère scythique. N° 14.

N" 2 et 3.
Guerrier coiffé d'un casque à pointe comme on le por-

Achille; son char de guerre conduit par Automédon, tait chez les Thraces. — Cette arme défensive dont
et sur lequel monte Patrocle. — Cette peinture est la physionomie rappelle celle du casque mongol ou
conforme au récit de l'Iliade ; nous renvoyons ,
poiu' circassien, semble recouverte du bonnet de feutre,
ce qui concerne le char des temps héroïques, à ce souvent en usage, en dehors du combat. Ce soldat
que nous en disons dans le teste de la planche porte la chaussm'e lacée, la tijrrhénienne, célèbre dans
grecque , au signe du Scorpion ; nous ferons seule- l'antiquité et qui fut donnée à la muse tragique.
ment remarquer combien ce char était de petite di-
N» 15.
mension. Celui d'AchUle , à ce moment de l'action
antique, était attelé en triga; le cheval de volée
Quadrige. — Cette voiture est conduite par un Phrygien,
et sa roue épaisse, au cercle clouté, à huit jantes, est
était Pédasus qui fut tué dans la bataille.
exactement celle du char assyrien que l'on voit dans
N" fi.
les sculptm'es de Ninive. La scène d'enlèvement de
Iris, messagère des dieux. — EUe porte le caducée, In- cette jeuue fille jetant son regard en arrière est
signe de sa fonction. souvent figurée sur les monuments de l'antiquité ; on
^""7,9, 11 et 12. lui donne un sens funéraire.

Ménélas Hélène poursuivie par lui jeunes


; ;
filles faisant N°» 16 et 18.
partie de la scène. — Les costumes de ces figures
Modes de la chevelure masculine.
sont complètement grecs ; les mouvements, vigoureu-
sement accentués, sont de goût étrusque. N»17.

N" Casque à haut cimier ondoyant.


8.

Musicien jouant de la double flûte. — Ce sont les N» 19.

Etrusques qui avaient, de la Lydie, apporté cet ins- Personnage revêtu de la tunique et du manteau ; il

trument en Italie, en même temps que la trompette est coiffé du pétase et ses jambes, jusqu'à mi-hauteur,
d'airain. sont entourées de la jambière en bandes. C'est un
véritable type de paysan ; il tient en main le bâton le cimier élevé et eu crosse donne son caractère par-
fourcliu, le Mdens rudimentaire du laboureur. ticulier.

N» 20. N" 21.

Guerrier étrusque. — Son casque est le béotien auquel Casque ou bonnet.

Aux yeux de tous les historiens de l'antiquité, à commencer par Hérodote, les Étrusques
étaient d'origine asiatique , si l'on en excepte Denys d'Halicarnasse ,
qui les Toulait autochto-

nes, mais ne l'a rien moins que prouvé. Les Etrusques eux-mêmes n'avaient qu'une voix sur
ce sujet, et, à l'époque où ils possédaient encore leurs annales, ils se disaient venus de la

Lydie. Sénèque affirmait que « l'Asie revendique les Toscans. » Une opinion moderne qui a
soutenu que les Étrusques étaient un peuple de Rhésie, nommé Rasénia, descendu des Alpes
par la vallée du Pô, ne paraît pas avoir obtenu grande créance. — Tous les témoignages
fournis par l'archéologie abondent, selon des Vergers, dans le sens de l'origine asiatique, et

M. le baron de Witte dit qu'il suffit de visiter le musée Grégorien pour être convaincu que
les arts des peuples italiotes ont une origine purement orientale. En somme, selon les der-

nières données, cette origine remonterait en propre aux Perso-Assyriens ;


et ceux qui sont
partis de la Lydie, comme l'aifirme Hérodote et comme le répétaient les Étrusques, n'auraient

occupé cette contrée que comme un sol transitoire où leur marche fut suspendue pendant
un temps qui n'est pas mesuré. Quant au chemin suivi, non seulement par les Tyrrhéniens,
mais encore par ceux de même souche qui traversèrent l'Asie mineure, quoique de nombreux
jalons marquent dans les îles de la Méditerranée leur route maritime, on pense qu'ils ont
dû passer aussi, en l'occupant pendant un certain temps, par le sol grec.

Les monuments laissés en Toscane par les Étrusques consistent en nécropoles, peintures,
sculptures, vases, meubles, bijoux et instruments de toutes sortes. Des analogies frappantes
sont signalées, particulièrement entre les nécroi)oles, avec ce que l'on trouve en Lydie et,

dans les contrées qui l'avoisinent. Malgré la part immense que le génie des Hellènes
devait prendre dans la civilisation étrusque, en marquant à son coin la plupart des pro-

ductions de ses voisins de l'Adriatique, que Schlegel tient pour des congénères, les archéo-
logues discernent assez facilement aujourd'hui des différences longtemps inaperçues qui
se rattachent, en général, à la haute origine asiatique du groupe étrusque.

{Tous nos exemples sont tirés de la belle jncitication l'Étrurie et les Étrusques,^;»/ A. Noël
des Vergers; Paris, Didot, 1862-64. C'est à l'èrudiUoii de l'auteur de ce livre que nous
devons aussi la plupart de nos renseignements.)
,

GREGO-ROM/VIN

ETRURIE

N" 1. plus grand nombre. ( Cette ten-e-cuite est en Angle-


terre. )

Un quadrige. Le costume du conducteur est phrygien


N° 2.
le sujet étant l'enlèvement d'Hélène. Cette voiture
est uu de ces chars de guerre dont se servaient les L'une des Muses d'un bas-relief de l'ancienne coEection
Grecs de l'époqne héroïque , construit légèrement et Piranesi.
destiné à contenir deux personnes seulement. Les
N"' S, 4, 5, 6, 7.
côtés, an lieu d'être des panneaux pleins, étaient
souvent en treillage. L'attelage était tantôt de deux, Junon, Yulcain, Vénus, Mars, Diane. (Sculptures du
trois et quatre chevaux et parfois même d'rm musée du Capitole.)

(Ces exemples sont tirés de l'ouvrage de Lovenzo Roccheggiani ; Kaccolta di cento tavole rappresentanti i cos-
tumi religiosi, civili e militari degli antiohi Egizziani, Etruschi, Greci e Romani, tratti di antichi bassirilievi.
Roma, 1804, in-4''. )
GREEK-- ROMAN GRECO^ ROMAIN griechish-romisch
,

§^

GRÉCO-ROMAIN

OEFÈVRERIE- JOAILLERIE.

PARURES.

CotJROHNES, Colliers, Pendants d'oreilles, Bagues, Bracelets, Fidules, etc. (1).

Nota. — Les bijoux composant cette planche sont réduits au tiers de leur grandeur en nature, sauf la couronne qui l'est

au sixième.

Les bijoux individuels étaient considérés, dans l'antiquité, comme unis à la personne;

on avait soin qu'ils fussent à la fois des ornements et des amulettes.

La plupart des bijoux antiques possédés par nos musées sont dus à l'usage qu'avaient les

anciens d'environner leurs morts de tout ce qui leur avait été cher pendant la vie, et de
tout ce qui avait pu servir à les distinguer. Beaucoup de ces objets, formés de minces

feuilles de métal , creux par conséquent , parfois même en terre cuite dorée , n'ont pas la

consistance nécessaire pour l'usage ; c'était par économie que l'on fabriquait ainsi ces orne-
ments funèbres.

mune, à des guerriers ou à des citoyens illustres. Des


monnaies de la Sicile et de la Grande Grèce, un
Couronne funéraire étrusque en or.
casque de bronze très bien conservé, montrent que
La couronne de feuillages en or était une des coiffures sous les armes , on portait la couronne d'or. Il y avait
des femmes de rang élevé, chez les Grecs et les Ro- aussi des couronnes de feuillage en or poiu- les
mains; elle était aussi une récompense militaire enfants. Les feuilles de fève, d'oli™r, de vigne, de
décernée par leur ville natale , ou par la patrie com- lierre, de laurier, avec ou sans fruit, sont les plus

(1) Dans l'Ornement polychrome, sous la rubrique ; Etrusque, nous avons réuni une quarantaine de bijoux ou
fi-agments, la plupart coloriés, reproduits dans leur grandeur originale ; nous engageons à les consulter poiu-
embrasser dans leiu' ensemble les caractères généraux du genre. — Ces quarante motifs joints au soixante-dix-huit
qui figurent ici, font entrevoir la richesse et la variété de l'éciiu antique.
fréquemment employées; quelquefois les couronnes Chez les Romains, la bulle d'or était la marque
sont des guirlandes composées d'une suite très serrée distinctive des jeunes i^atriciens, qui la portaient
de feuilles entremêlées de grains d'or, portant à leur jusqu'à l'âge où ils quittaient la prœtexta pour
milieu une rosace eu or. Le motif du milieu n'existe prendre la toya, vers treize ou quatorze ans. Les
pas toujours ; l'ornement en est fort, varié c'est : enfants des classes inférieures et ceux des affranchis
souvent un masque de Gorgone ,
parfois un bas-relief portaient une bulle en cirir. L'usage en existait chez
où se voient deux ou trois figures. les Étrusques, auxquels les Romains l'ont peut-être
Notre couronne funéraire est, dans sou dévelop- empruntée. Le père la donnait à son fils en bas âge,
pement, d'une longueur de 46 centimètres. Sa à l'anniversaire de sa naissance.
branche de laurier est garnie de feuilles estampées, Le torques, ou collier d'homme, forme une classe
si minces qu'on a dû les fixer sur une bande de particulière et bien distincte. Le torques romain est
carton; la tête barbue à cornes de taureau est un cercle d'or massif, d'une épaisseur variable, ciselé
traitée en bas-relief. On regarde comme étant mo- en torsade (voir les bracelets de ce mode, n°^ 57 et 68),
derne l'adjouction des feuilles de lierre qui courent et terminé par deux bouts qui se croisent en formant
sur la branche et de celles qui couronnent la figure agrafe. C'était mie récompense militaire. Il y en avait
centrale. de fort légers pour les enfants. Ce collier était en
usage en Etrurie,- comme il parmi les Gau-
l'était

N°= lois et les Perses. Il y a, au Musée du Louvre, \m


9, 10, 11, 16, 20, 21, 25, 26, 34.
grand torques en or massif qui pèse 248 gram-
CoUiers. mes. — Le radié est de forme particulièrement
collier

étrusque. — Notre n° 10 un grand mor-


est collier
Les colliers se composaient de simples fils d'or, tressés tuaire étrusque en or; il se compose, 1" de deux
ou contom-nés, en nœuds ou en agrafes, soit d'une chevairx ailés placés aux extrémités; 2° de quatre
série de grains d'ambre, de grenats, ou d'émeraudes têtes de chevaux, chacune ornée d'une boule sus-
(auxquels on supposait des vertus particulières); pendue en pendant j'o^ de deux bas-reliefs repré-
soit de perles fines, de pâtes de verre, ou d'émaux sentant un vieillard couché et au-dessus une figure
,

entremêlés par groupe, ou encore alternant avec des ailée; i" de deux rectangles, ornés de deux têtes
boules, des amphores, des glands, des coquilles, des humaines placées aux angles supérieurs, et d'une
têtes d'hommes ou d'animaux, en or ciselé ou es- figure de femme occupant la surface. Le pendant du
tampé. Quelquefois cette première série est accompa- milieu est formé par une grosse bulle, ornée de la
gnée d'une seconde rangée (voir n" 20) et même de copie d'un bas-relief représentant Pelée luttant avec
deux qui descendent jusqu'à la poitrine mais plus ;
Thétis, eu présence de deux autres personnages. On
fréquemment, c'est un nombre variable de chaînettes croit cette bulle moderne. Toutes les autres pièces de
qui viennent se suspendre à la chaîne principale, ou ce collier mortuaire sont estampées en feuilles telle-
s'y attacher en festons. Le milieu du collier porte ment minces, qu'on les a doublées de nacre avant de
généralement un pendant de dimensions plus gran- les réuniren im seul collier. Le n" 20, est un —
des tantôt une fleur, une tête d'animal un scarabée
: , fragment de grand collier étrusque en or, genre radié
;

parfois un morceau de silex taillé en pohite de flèche à double rangée; première série : demi-olives séparées
ou de foudre. Ces sortes de jjierres étaient des amu- les unes des autres par des boules et par des beUères
lettes ayant une signification particulière dans la cordelées qui portent des vases de forme très arron-
céraunoscopie , c'est-à-dire dans la science f ulgnrale die ; seconde série : têtes ciselées mimies de petites
des augures étrusques. Souvent le pendant du milieu cornes (peut-être lo) séparées et reliées cutre elles par
est formé par une bulle d'or ornée de bas-reliefs des boules et une rosette à pétales en fila cordelés,
ciselés ou estampés. Ce nom de iuUe s'applique k d'où pend une sorte 'de pomme
une autre de pin ;

un ornement de forme ronde, plat ou lenticulaire, rosette plus simple, pendant au-dessous de chaque
dont l'intérieur creux renfermait ordinairement figure, supporte un gland qui alterne avec les pom-
quelque amulette; la bulle, suspendue au collier, mes de pin. —
Le collier d'or, n° 21, se compose de
était toujourssurmontée d'une large belière lui disques estampés, à surface radiée, ornés à leur centre
permettant de glisser le long de la chaîne princi- d'uue pierre (lue ou d'uu émail, et alternant arec des
pale, tandis que les autres pendants restaient fixes. demi-boules surmontées d'un petit disque plat, en
spirale oordelée, orné de cinq grains ; à chacun des romains sont moins variés de forme, moins soignés,
disques principaux est suspendu un ornement en moins délicats, que ceux des Étrusques. La profusion
forme de lyre, terminé par une demi-boule. — Le de pierres, de perles, de pâtes de verre, y masque la
n° 26 est aussi un collier étrusque en or, formé pauvreté du travail et le manque d'élégance. Les
d'une série de boules alternant avec des demi-cylin- pendants d'oreiUes funéraires se distinguent par
dres. La demi-boule du milieu supj)orte un pendant leurs très grandes dimensions; ils ne sont jamais
en forme d'ancre renversée et terminé par un mor- massifs, et sont formés de lames d'or excessivement
ceau de silex en pointe de flèche ; presque toutes les minces.
pièces sont couvertes de cordelé et de granulé. — Le Ce n'est cependant pas un bijou mortuaire que ce
n» Si est un collier grec en or : de petites amphores grand pendant d'oreUle, n° 48, qui ne mesure pas
avec belière alternant avec de petites boules unies ;
moins de onze centimètres dans sa hauteur. Celui-ci
le milieu est une amphore plus grande et d'un modèle est un modèle d'ancien style étrusque, dont l'anneau
différent. — Le n° 9 est la partie centrale d'un collier principal est couvert, à sa surface antérieure, de
de même genre , où alternent des boules allongées dessins estampés et ciselés, et bordé de deux petits
eu pierre ; le pendant du milieu est un scarabée. tubes creux en fil uni et en astragale ; à sa base,
une fleur à six pétales en relief porte un petit
anneau formé de deux agrafes en fil d'or entre-
N™ 27, 33, 38, 40, 43, 46, 47, '48, 49, 50, 51, 54.
lacées; un anneau plus grand, passe dans l'inté-
Pendants d'oreilles.
rieur du premier, et porte à, son tour un petit
vase à anses surmonté de deux belières et orné
Il y a peu d'objets naturels ou artificiels, animés ou de grains d'or, de godrons en fil plat, et, à sa face
inanimés que les ouvriers de l'Italie centrale n'aient
,
antérieure, de six petites fieurs eu relief. Ces pendants
mis à contribution pour l'ornement de ces bijoux d'oreilles ont été portés ; le bord des petits anneaux
leur triomphe. Des fleurs, des fruits, des animaux et des belières est usé par le frottement du grand
réels ou fantastiques des amphores , et autres vases cercle qui passe dans leur intérieur. Parmi nos
de toutes formes, des disques, des cornes d'abondance exemples, on peut remarquer le n" 27, représentant
en spirale, s'entremêlent à des rosaces, à des chaî- l'enlèvement de Ganymède par l'aigle aux ailes
nettes de tout travail et de toute grosseur. Le déployées ; le n° 33, de style gréco-étrusque, où, au-
chapiteau y joue aussi son rôle. D'autres fois, ce dessous de la pelta des amazones, brille une pyramide
sont des têtes d'hommes ou d'animaux, des amours triangulaire renversée, terminée par une petite
des génies, assis, debout, couchés, sur un cygne, un pomme ; le n» 38, dont la forme fut le plus à la mode
dauphin, une colombe. On y voit le cygne, le coqi parmi les dames de Pompéï, où on le rencontre fré-
la tête de lion, la grappe de raisin, des ileurs émaillées ;
quemment avec le type, n° 54, dont le n° 49 est une
le paon en verre bleu transparent, la queue et les variante. Les n"" 60 et 51 sont de même prove-
ailes ornées d'émaux là, c'est une colombe sur la-
;
nance et de types analogues. Quant au n» 40, —
quelle un enfant joue de la syrinx; ici, c'est im il semble qu'il soit de goût oriental, quoiqu'il puisse

amour ailé à cheval sur une colombe qu'il tient en aussi n'être qu'une des variantes de la triglène que
bride. Parfois c'est un disque concave, une rosace en les Athéniennes se plaisaient à porter ; elles aimaient
fil cordelé, un simple anneau en fil d'or à surface le petit cliquetis résultant du frottement des petites
unie, une corne d'abondance terminée en tête de perles suspendues, comme on les voit, n"> 54, ou plus
loup , ou encore le disque garni de mamelons, l'an- nombreuses encore, au bout du pendant en forme de
neau couvert de grains d'or. Des grenats, des topazes fleur de fuchsia, n° 47.
montées, des émeraudes opaques, de l'ambre, des
perles fines, des boules de pâte de verre, des émaux
N"" 8, 32, 37, 42, 44, 63, 59, 60, 67.
relèvent encore ces bijoux, où les fils d'or sont
souvent en astragales où le métal reçoit, fréquem-
,
Bagues,
ment aussi, la forme prismatique. Ceux de l'époque
carlovingierme se composent assez généralement En Egypte et en Orient, soit comme cachet, soit comme
d'une petite corbeille hémisphérique façonnée à jour, simple ornement, l'usage des bagues remonte à une
suspendue à un grand anneau. Les pendants d'oreilles haiite antiquité. Pline assure cejDendant que les
bagues étaientencore inconnues en Grèce du temps les intailles et les camées avec des pâtes de verre
d'Homère ; il n'en est fait mention ni dans VIliade ni il s'en faisait de cette manière un nombre considé-
dans V Odyssée. Leur usage dut pénétrer de bonne rable. Les bagues ornées de deux mains jointes, de

heure en Étrurie. A
Eome, les bagues d'or étaient figures de l'Amour et Psyché, etc., étaient probable-
réservées, dans l'origine, aux sénateurs, aux premiers ment des bagues nuptiales (à Eome, cependant, le

magistrats et aux ctievaliers. ( Dans les premiers fiancé n'envoyait à sa future épouse qu'une simple
siècles, les clievaliers et les sénateurs ne portaient bague en fer sans ornement c'était encore l'usage ;

habituellement que des anneaux de fer, et ne mettaient dn temps de Pline). Celles où l'on voit des chars, des
des bagues d'or que lorsqu'ils étaient en mission à, cavaliers, des animaux féroces, passent pour être des

l'étranger. Marins, dans son triomphe sur Jugurtha, bagues d'athlètes, mais ce n'est qu'une hypothèse.
portait encore avec affectation l'antique bague de On prêtait souvent aux bagues des vertus magiques
fer.) Les bagues d'or étaient massives, lourdes, de et miraculeuses, à cause des pierres qui les ornaient,
forme très simple, et se portaient au doigt annulaire ou de la manière dont elles étaient faites. L'origine

de la main gauche. A
mesure que le luxe augmenta, de ces superstitions était orientale, égyptienne. Les
la mode s'en répandit, surtout parmi les femmes. Abraxas qu'on y gravait (voir notre planche Jîomain^ :

Leurs formes, lery: ornementation, devinrent plus ayant pour signe le Dé et d'autres pierres servant
: )

riches et plus variées. Sous les empereurs, on finit de talisman, sont souvent ornés d'une étoile. Lucien
par porter une ou plusieurs bagues aux divers doigts cite une bague magique faite avec un morceau de fer
des deux mains, excepté au doigt du milieu. Les arraché d'une potence, c'est-à-dire, d'une croix. Il
dames, et quelques hommes efféminés, avaient des semble, à moins qu'elles n'aient été portées à des
garnitures de bagues, toutes différentes, suivant la petits doigts de femmes très fluets, qu'il y eût des
saison (chez les Étrusques, les bagues sont portées à bagues d'enfant. En raison de leur élasticité, les
lamain gauche). Généralement, chez les hommes, bagues en forme de bracelet non fermé pouvaient se
sont en évidence au petit doigt, et chez les
elles porter à des doigts de grosseurs diverses. Le chaton
femmes au quatrième, mais on en voit souvent aux en forme d'œil est un des plus typiques. Ou portait
autres doigts, et quelquefois à toutes les phalanges. des bagues de bronze, de plomb, d'ivoire, en outre de
A une époque où l'usage des petites serrures était l'or, de l'argent et du fer on gravait; le grenat, l'onyx,
encore très peu répandu, on cachetait généralement l'agate blanche et noire, la cornaline brûlée ou non,
les cassettes et les coffres qui renfermaient des objets la pâte de verre, le jaspe vert ou rouge ; on en faisait
IDrécieux. Les bagues, avec des initiales ou des noms des scarabées, sculptés par dessus, gravés en dessous ;

complets ,
gravés en creux en sens inverse, servaient mais les gravures de cette dernière partie plate
de cachet ; ime foule d'autres bagues gravées, sans n'étaient point des hiéroglyphes égyptiens : c'étaient,

inscription, remplissaient le même but; certaines chez les Étrusques, des animaux, des objets inanimés,
bagues étaient la clé de la serrure. Dans les familles ou l'oiseau à tête humaine qui jouait un si grand
romaines, la femme semble avoir été le dépositaire rôle dans les représentations symboliques de l'Egypte
du cachet particulier de la maison. Saint .Clément et de l'Étriu-ie; le plus souvent on y voit des guer-
d'Alexandrie, qui défend aux chrétiens l'usage des riers, des sujets de mythologie ou de l'histoire héroï-
bijoux d'or, leur permet cependant celui des bagues que des Grecs. Jj' ateuchus étrusque a moins de relief
k cachet. que l'égyptien. Les bagues étaient quelquefois ornées
Les Grecs, aux belles époques de leur art, avaient avec une figurine en haut-relief.
une prédilection marquée pour les intaUhs;\es figures Notre n° 8 est un anneau massif ciselé terminé de ,

humaines qu'ils y gravaient sont généralement nues. chaque côté par une tête de serpent ; le reste de l'an-

Les Eomains se servaient d'intailles et de camées; neau figure le corps écaillé du reptile ; c'est un bijou
ces derniers semblent avoir été apportés de l'Orient romain. — Le n» 32 est un anneau de la famUle des
t, l'époque des Séleucides. Les figures des intailles bagues dont le chaton était en clé. — Le n° 37 est
romaines sont presque toujours drapées. Dans l'orne- une bague d'or étrusque ciselée en forme de serpent
,

mentation de leurs bijoux, les Étrusques faisaient enroulé. —


Le n" 44 est de même un serpent, mais
peu usage des camées ils conservaient aux jjierres
; replié en triple spirale et levant la tète comme pour
précieuses, et même aux opales et aux agates, leur se détacher du doigt. — Le u° 42 est un type massif
forme brute, ou du moins une surface unie. On imitait de la bague à cachet, et le u° 53 de la bague à chaton
,

en forme d'œil contenant nn grenat. Le n° 59 est — inférieurs, jusque et y compris les centurions; en ce
un bijou étrusco-romain en or; l'anneau en grosse cas , on les plaçait soit au-dessus des deux poignets
torsade se termine par un nœud herculéen formé de , soit sur la poitrine; ils n'étaient souvent formés que
deux gros fils, omé de grains d'or. Le n" 60 est — d'un cercle unique en bronze ou en argent. Ils se

encore une bague à cachet, mais d'un léger modèle ;


composent généralement d'un simple anneau massif
l'anneau est assez fin, l'intaille est un lion. Enfin de profil rond, triangulaire ou rhomboïdal complè- ,

le n° 67, de la famille des bagues élastiques que l'on tement fermé ou à, peine ouvert parfois d'une bande ;

mettait indifféremment à des doigts de différentes plate ou d'un gros fil roulé en sph'ale faisant deux
,

grosseurs, est un anneau de gros fil contourné en ou un plus grand nombre de tours. Quelle que soit

noeud, terminé sur le devant par deux bustes de leur forme, la surface est généralement unie ou
femmes, l'une coiffée du tiiodius, l'autre de deux façonnée aux extrémités seulement.
feuilles ou de deux plumes dressées : probablement Le nom de bracelet, iJjéXXiov, imchiale, si impropre
'
Cérèa et Proserpine. lorsqu'il s'agit de l'anneau de jambe, ne pouvait suf-
fire aux anciens on appelait ; les bracelets selon leur

destination : brachionies, ppa^tôvtaj perîbraçktonies,


NOS 35_ 39^ 57^ 64, 65, 68, 71, 76.
Tispiépaj^tovta, en latin hrachialia et armillœ; pour le

Bracelets. poignet, ^jerïcaï7j/es, TiEpixàpirta; pour la jambe, ^er/s-


celtdes j irepiffxsÀtôe; ;
pour la cheville, péripezides,

Les bracelets antiques sont en général , , d'un travail nEpiitEi^iÔEÇ, îtEpméÇia, TréSai, aiy^ai, TtEpiacpôpia, et

assez simple; ils sont formés soit d'un fil en or, en latin, compedes.
en argent ou en bronze , soit de bandes ou de pla- En ce qui touche les bracelets de femme, les péri-

ques réunies ,
plus ou moins ornées de fils appliqués ,
caipes des Grecs se portaient généralement aux deux
de cordelés ou de granulé , terminées de diverses ma- poignets le dextrale^ ordinairement formé d'un
;
fil, ou
nières, sm-tout eu têtes de serpents. Ces objets ne d'une bande de métal faisant un seul tour, se mettait
portent presque jamais, ni les pâtes de verre, ni au bras droit, entre le poignet et le coude ; le spinther

les émaux qui entrent fréquemment dans les col-


si entourait le bras gauche entre le coude et l'épaule ;

liers, pendants d'oreilles et anneaux le travail du ; il était composé de plusieurs fils d'or tellement élas-

métal fait tous les frais de leur ornementation. On tiques qu'il n'avait pas de fermoir, la pression qu'il
ne rencontre pas un très grand nombre de bracelets exerçait suifisant pour le faire rester en place ; le

sur les vases peints et les monuments sculptés. pèriscélis, anneau massif d'or ou d'argent, dont les

Cependant les fresques de Pompéi en présentent une peintures de Pompéi offrent de nombreux exemples,
assez notable quantité. L'usage en serait devenu s'attachait à la jambe au-dessus de la cheville les ;

fréquent en Italie à une époque relativement mo- femmes grecques le portaient, mais surtout les cour-

derne. tisanes et les danseuses; il paraît avoir été emprunté


Les anciens distinguaient plusieurs sortes de brace- à l'Orient.
lets, et chacune d'elles avait son usage déterminé; Chez les Étrusques, les femmes portaient très gé-
ceux de ces bijoux qui se mettaient au-dessus du poi- néralement une sorte de dextrale, formé d'rme lame
gnet étaient, de beaucoup , les moins nombreux. — contournée en hélice, et, presque toujours,terminée par
L'armiUa et le torques brachtalis, en général formés de deux têtes de serpents ; il a souvent plusieurs tours ;

fils, ou de lames d'or ou d'argent tordus eu hélice, on le trouve quelquefois placé à gauche, et aussi aux
paraissent avoir été d'abord portés par les Perses et deux bras il en est de même pour le spinther.
;

par les Gaulois ; chez ces peuples, ils marquaient le Le n° 76, est un bracelet en or de style grec, compo-
rang de la personne, qui s'en parait comme d'une sé d'une bande plate tournée en spirale, se terminant
sorte d'insigne ou de décoration ; on les mettait au d'une part en queue, de l'autre en corps et en tête de
bras gauche, entre le poignet et le coude, et souvent serpent ciselés les écailles de la tête sont en fils d'or ;
;

leurs dimensions étaient assez grandes pour couvrir deux rubis étincelants formaient souvent la tête du
une partie considérable de l'avant-bras. (L'histoire reptile, et une petite lame de métal, fixée dans la

de Tarpeïa prouve que ce bracelet était en usage chez gueule, imitait la langue vibrante. Le corps était
les Sabius.) Les Romains les donnaient aux soldats travaillé au marteau, c'était le seul moyen de rendre
qui s'étaient distingués, ainsi qu'à des chefs de grades le bracelet élastique et dilatable à volonté. Un grand
nombre de statues montrent que les Greos
et les Latins employait pour la fibule l'or massif, le fil d'or, l'or
adaptaient ces ornements aux bras, aux jambes, et estampé et ciselé, l'argent, l'argent plaqué, le bronze,
même au-dessus du poignet ; cette dernière manière les émaux cloisonnés,, etc., etc.
signalait particulièrement les adorateurs de la For- Parmi nos exemples , les fibules en arc avec fer-
tune, la déesse d'Antium. — Le n° G4, en forme de moir types variés on y voit, n"* 4 et 15, la
ofiirent des ;

croissant presque fermé, semble im bracelet d'entant, corne d'abondance, n° 13, le croissant, qui se retrouve
— Quant au n° G2, divisé en huit panneaux rectan- avec la même forme renflée, ornée de grains d'or ou de
gulaires, le style en est oriental, et on trouve dans ciselures aux n" 17, 18, 23, 29. —
Le n" 31, un des
son voisinage, au Musée du Louvre, les fragments grands types du genre, d'une longueur de quatorze
d'une ceinture en or, façonnée à jour en feuUles et centimètres, provenant de Pompéi, oflrre cette paiii-
en fleurs avec quelques restes d'émail, attribuée aux cularité intéressante que cette fibule porte en suspen-
Arabes d'Espagne, dont la disposition est fort proche sion une grosse bulle sans belière. — Les n°* 36 et
de ceUe de ce bracelet. — Les n"" 67 et 68 sont des 41 montrent l'extension que les anciens ont donnée
torques brachiales, de caractère militaire. au principe de la fibule en arc. Le fermoir du
n° 36, orné de palmettes à sa surface supérieure,
représente un char à quatre roues, muni de son timon.
N°=^ 3, 4, 13, 14, 15, 17, 18, 23, 24, 28, 29, 31. Les roues sont ornées de disques estampés, à face
humaine. L'arc est formé par un lion au repos qui
pose ses pattes de devant sur les deux roues anté-
Filiules,
rieures du char. Au n" 41, l'étui n'est pas nu char :

il porte un petit sphinx, et le lion est ailé ; le a" 24


Les fibules sont des espèces de broches ou d'agrafes est une courte agrafe. — Quant au n° 28, elle est con-
servant aux hommes à retenir, soit, sm' le haut de la sidérée comme celtique. — Enfin la fibule avec étui
poitrine les extrémités de la chjamyde ou
, du pallium en pointe, n" 14, est un de ces arcs que l'on appelle
grecs, soit, sur l'épaule droite, un coin du manteau en S. •

italien ou gaulois (paludavientuvi ou sagum), partie


principale et caractéristique du costume primitif des
Etrusques et des Eomains, qui, propre d'abord N"» 5, 12, 19, 22, près de celui-ci et du n° 41,
aux militaires, finit par remplacer complètement l'exemple dont le numéro est omis, 63, G9, 72, 74.

l'ancienne toga. Dans la toilette féminine, les


fibules, quoique généralement plus petites, jouaient Epingles à cheveux.
aussi un rôle très important ; on s'en servait pour
attacher sm- la poitrine les extrémités du long voile, Ces épingles servaient à retenir les tresses et les or-
surtout pour retenir sur chaque épaule le bord supé- nements de la chevelure ; elles préservaient aussi"
rieur da ou de la, palla. Souvent ou eu pla-
2}ej)lum suivant Martial, les étoffes précieuses qui en-
çait le long des manches fendues de la tunique. touraient le cou des dames du contact des cheveux
,

Les fibules se composent d'une épingle plus ou fraîchement parfumés d'essences. Lem* forme, leurs
moins longue, fixée par une charnière à une pièce dont dimensions, la matière dont elles se composaient,
la forme et la grandeur variaient beaucoup. Les mo- variaient suivant le rang, l'âge, le costume, les cir-
numents antiques peints ou sculptés, ne présentent
,
constances particulières du moment, le goût ou le
guère que des fibules rondes ou ovales , mais il est caprice. L'extrémité supérieure de ces épingles était
certain qu'à une époque indéterminée on leur donnait, quelquefois percée d'un trou, où se passait le lacet
de préférence, la forme d'un arc renflé vers son milieu ;
destiné à séparer les cheveux de derrière arrangés
l'éiiingle est alors recouverte, en plus ou moins grande en tresses, de ceirx de devant ordinairement frisés et
partie, par une sorte d'étui à surface rectangulaire accommodés au moyen du fer chaud. D'autres fois,
qui aboutit à l'une des extrémités de l'arc, auquel on elles servaient à retenir sur le sommet de la tête
donne le nom de fermoir. La fibule la plus simple l'échafaudage plus ou moins élevé de la coilïure ;

et la plus généralement employée se composait d'une plus rarement enfin, elles s'attachaient d'avant eu
forte épingle qu'on entrait dans un crochet d'arrêt arrière, de manière à séparer les cheveux en deux
après avoir piqué l'étoffe du vêtement. (Voir n" 3.) On bandeaux semblables. La tête de ces épingles était
formée tantôt par nn simple bouton de métal N°s 1, 2, 58, 62, C6, 73.

estampé ou ciselé, tantôt par un gland, une grenade,


une fleur, une tête d'animal, un buste humain, sou-
Jffrqfes, boucles de courroie.
vent par un chapiteau qui supporte un génie, un
amour, une figure quelconque, ou même un groupe
Le n" 2 est en fer argenté; le n° 62 est ime agrafe
complet. La tige des épingles à cheveux est souvent
simple j une agrafe double complète. Le
le n" 73,
creuse j dans ce cas, elle renfermait des parfums, et
n° G6 qui est en bronze, représente un des côtés de la
,

quelquefois du poison. Suivant Dion Cassius, Cléo-


forte boucle, composée d'une plaque solidement fixée
pâtre se serait donné la mort, au moyen du poison
par des rivnres à l'un des bouts de par sou
qu'elle conservait dans une de ses épingles. — Parfois crochet à la plaque en regard, avec une ouverture
cuir, reliée

l'épingle était en crochet ; souvent la tige était con-


ou porte établie pour le recevoir. Notre exemple réunit
tournée en spirale. — Nous ne donnons que les
tous les caractères de l'agrafe du ceinturon militaire
exemples d'épingles métalliques, mais l'épingle à
romain ; c'est la forte boucle du cingnlum qui s'at-
cheveux était fréquemment en ivoire dans son entier.
tachait sur les reins , comme celui de Ménélaa. Les
On teignait cette matière de diverses couleurs. Les
clous, dont on a fait ici une décoration, étaient
Grecques affectionnaient la main de Ténus tenant la
rivés sur le cuir. La plaque du cinguhnn des chefs
pomme, la pomme seule, le thyrse, type très répandu,
militaires était ornée plus richement on y voit
, et
la fleur de lotus à tige cannelée. Une épingle à che-
souvent de fins bas-reliefs de figures humaines cette ;
veux, de style romain, a pour tête un chapiteau sur-
boucle est le grand type des boucles de courroie dont le
monté d'une Ténus nue, arrangeant sa chevelure de la
module variait, et dont on se servait pour les diverses
main droite, appuyant le bras gauche sur un hermès
pièces d'une cuirasse, comme pour toutes les parties
ithyphaUique. D'autres représentent la main ouverte, :

d'un vêtement civil ou militaire qui, par leur nature


une poupe de vaisseau, une boule ornée de fils cordelés^
et la place qu'elles occupaient, exigeaient dans l'at-
ime figurine d'Harpocrate, assez fréquente, un petit
tache une gi-ande force de résistance.
coq. C'est encore sur une épingle romaine en or
que l'on voit un chapiteau sur lequel im amour ailé
oire de la flûte de Pau et sur un autre, en argent, N"'
i ;
7, 30,55, 5C, Gl, 70, 75, 77.
une Ténus nue avec une draperie qui flotte au-dessus
de sa tête, la main gauche s'appuyant sur un sceptre, Pièces détachées.
le bras droit s' étendant au-dessus d'un amour ailé qui
tient d'une main un miroir, de l'autre une patère en Parmi ces pièces détachées, on trouve, n° 75, une tortue
forme de feuille. Le thyrse en forme de balustre est de près de dix centimètres de longueur, dont la ca-
gréco-romain. Chez les Étrusques, on voit la tige d'or rapace est ornée de rinceaux en fiUgi-ane, et de grains
avec une tête en terre cuite dorée. Ces habiles ma- d'or posés en quinconce dans ses bandes verticales.
nieurs de métaux savaient obtenir de brillantes L'usage de ce bijou n'est Jjas signalé. La tortue était
décorations avec des moyens simples témoin cette : consacrée à l'Hermès grec. Est-ce une de ces figures
tête d'épingle en argent, u° 12, dont le disque de que la dévotion suspendait dans les temples? est-ce
trois centimètres de diamètre, ayant à sou milieu une de ces parures spéciales dout il a été parlé
un gland unique en saillie, devait fah-e un si large plus haut, et cette tortue a-t-elle figuré dans l'une
effet lorsque le disque se présentait de face ; ou encore de ces fêtes de Mercure que l'on appelait les hermea ?

le n° 19, dont le disque moindre, bordé d'un astragale, — Le u" 55, rosace radiée à la grecque, dont la tête

estsurmonté d'une base sur laquelle sont fixés quatre d' Apollon occupe le centre, s'il n'est pas une partie
glands en or estampé, formant un groupe de lumière détachée d'un autre objet, pourrait bien appartenir
irradiante. Les belles filles de l'Ombrie, avec leur fière aux bijoux de la nature des ferrets d'orfèvrerie des ,

tournure, particulière à la race ombrienne ,


portent boutons dont on égayait les vêtements. Il en est de
,

encore dans leur noire chevelure l'épingle antique, et même, et sous la même réserve, des n^* 56, 70, 77*
aussi les longues boucles d'oreilles qu'elles appellent — Les n"" 7 et 30, en feuilles d'or estampé, paraissent
naviceUa. La tradition de l'art lui-même, et celle de être des joujoux d'enfant.
l'usage, se sont conservées dans ce coin perdu de l'I- Le n° 61, conçu pour la suspension, est composé d'u-
talie, éloigné des routes suivies parles invasions. ne boule ovale d'ambre strié, surmontée d'une belière
en argent. Par luxe, les dames romaines remplaçaient bagues, entraient dans la composition de toutes les
quelquefois par des boules d'ambre on succin les sortes de bijoux ; il y en avait de toutes les dimen-

boules de cristal de roche ou de pâtes de verre dont sions, depuis quelques millimètres jusqu'à huit et dix

on se servait pour se rafraîchir les mains durant les centimètres et on en ornait les vêtements, les usten-
chaleurs de l'été ; Martial parle de la bonne odeur siles; selon Plutarque, les guerriers en garnissaient la

que répand, suivant lui, l'ambre ainsi chauffé. Les poignée de leur épée. C'étaient aussi des amulettes
anciens attribuaient de grandes vertus médicales au et des emblèmes consacrés au culte religieux, sur-
seul contact de cette substance. Les mères faisaient tout au culte des morts. Nous avons indiqué la va-
porter à leurs petits enfants des coUiers d'ambre, dans riété des pierres dont on les faisait; on y employait
l'idée qu'ils facilitaient la dentition et préservaient aussi l'argile blanche ou grisâtre, légèrement cuite

des accidents qui l'accompagnent souvent ; c'était un ou même simplement séchée au soleil, l'ivoire, et
iTsage assez commun du temps de Pline. même le bois, sans compter une foule de pierres in-
Les scarabées, dont nous avons parlé à propos des déterminées.

Nos documents proviennent :

Les n°'^ 31, 35, 38, 39, 41, 43, 50, 51, de la Description générale de Pompéi,^)»!' Nicolini.

Les n"' 8, 54, 76, tZ'Herculanum et Pompéï, par Roux aine; Paris, Didot.
Les n""* 1, 2, 7, 24, 28, 30, 56, 57, 58, 66, 68, du Musée de Chmy.
Les cinquante-six autres sont tirés du Musée du Louvre.
C'est à un reniarqiiahh ojniscule, sans nom de l'auteur, qui est M, Ch. Clément, publié en 1862 sous le titre de Cata-

logue des bijoux du Musée Napoléon III (Par'is, Didot) que nous avons emprunté la majeure partie de nos

renseignements. Nous en devons le surplus au Dictionnaire de l'Académie des beaux-arts, et à l'Btrurie et les

Étrusques, par v4. iVoéï rfes Vergers; Paris, Didot.


GREEK-ROMAN GRECO^ROMAIN &RIRCHISH-ROMISeH

Kàssias hth. Imp, FirminDidct. C" Paris


GRÉCO-ROMAIN

MOBILIER. SIEGES DIVEES.

NO!» 4 et 12. pellent souvent du nom de trônes des chaises simples


comme comme
Trônes. — Le mot signifie un siège magnifique ; c'était
n°^ 1 et 6
nos n°=
,
9, 10, 11, et

lorsqu'ils sont
des tabourets,
accompag-nés de l'escabeau.
les

un fauteuil de cérémonie de forme carrée , ayant un


dossier et des bras, et dont la hauteur variait selon le
N» 1.
marcliepied posé devant. Il était fait de matières pré-
cieuses, garni d'un coussin et couvert de liclies drape- Bisellium, siège sans dossier ni bras, avec coussin et
i-ies. Homère semble eu avoir réservé la magnificence draperie, employé chez les Romains pour les personnes
aux dieux seuls ce n'est que tard, postérieurement
; de marque, particulièrement les Augustales, dans les
aux conquêtes d'Alexandre, qu'il devint un attribut provinces, au théâtre, et dans les autres lieux publics,
de la royauté. Le trône, chez les Grecs, n'était pas de la même façon que la chaise cui-ule à Rome. Il est

propre seulement aux rois, mais encore à toutes les habituellement accompagné d'un marchepied. Il fi-

personnes distinguées par leur naissance ou leurs ri- gure avec son nom latin, dans les peintures de Pom-
chesses. péï , mais il était certainement d'origine grecque.
Les anciens rois de la Grèce écoutaient leur peuple et
rendaient la justice, assis sur un banc de pierre qui N<>5.
portait également le nom de trône. Il y avait de
Siège en forme de banquette, avec dossier et bras; c'est
ces sièges à. la porte des princes et des grands. Les ims
le type d'un, de ces bancs de bois rangés autour de
étaient de la plus grande simplicité , le marbre des
la pièce de réception où s'eiïeetuait l'ablution des
autres était omé de sculptures; chez les premiers Ro-
pieds des hôtes et des voyageurs ; on sait que c'était
mains le fauteuil royal, le solium, contient sous sa
la première manifestation de l'hospitaUté grecque.
forme abrupte, semblant taUlée à, même un bloc de
Les femmes apportaient avant toute chose le deinos,
bois , tout ce qui constitue le trône des dieux mêmes :

oudelnos contenant l'eau limpide, avec le linge pour


le Le marchepied,
siège caiTé, le dossier, les bras.
essuyer. Le bassin large et plat, dans lequel le
ilirênys selon Athénée suppedaneum
, chez les Ro-
, ,

pied fatigué peut poser à, l'aise, semble des plus heu-


mains se montre toujours comme im attribut de
,

reusement entendus.
dignité. Il y en avait à, deux degrés, et Suidas
rapporte que parfois le marchepied des femmes était
]Sr'>'2, 3, 7, 9, 10 et 11.
percé de plusieirrs trous et qu'on l'employait comme
une chaniïerette (Mongez). En réalité, il semble que Klhmos ou clismos, siège à, dossier. — Le n° 2 est la

la présence du marchepied, dètermmautl'élévation du chaise basse, au siège profond, au dos peu élevé, très-
siégei au-dessus de la moyenne, faisait donner la renversé, que les philosophes grecs, les maîtres de rhé-
qualification de trône à tout siège dont l'emploi torique avaient adoptée poiu- faire leurs leçons ; c'é-

était lié à celui du marchepied. Les poètes grecs ap- tait aussi la chaise du professeur chez les Romains,
la cathedra strata. — On la garnissait souvent d'un oriental, et aussi de la sévérité du costume de la

coussin, comme on le voit n^^^ 3, 7. vierge grecque.

N°6. N" 13.

Tabouret à quatre pieds garni de draperies. La figure Diphros, pliant, siège simple, sans ornements, aux pieds
,

droits et non courbés que l'on ouvrait et fermait.


assise représente Junon habillée à l'ionienne et le ,

sceptre en main. Ce î\x.t\s. sella caetrensis des Romains. Les Athéniens


allant au dehors se faisaient accompagner d'escla-
NOS.
ves portant ce pliant, pour n'être pas obligés de s'as-

Groupe dans lequel on remarque un siège de même seoir à l'aventure.


genre que le précédent mais plus léger et sans dra-
,

N» 14.
perie, sur lequel est assise une femme voilée à demi
et une autre femme assise plus bas, sur un tabouret Siège avec dossier droit, sans bras, dont le marchepied
dont le tracé est absent, mais dont il est aisé de re- paraît faire partiedu meuble. La coiffure de la figure
connaître le peu de hauteur. Ces sièges bas, sans dos- assise sur ce siège est peu commune. C'est un com-
sier ni bras,du genre tabouret, étaient ceux dont se promis du jtileus, la coiffure ordinaire des marias
sei*vaîent les femmes et les artisans
habituellement des pêcheurs, des ai-tisans, portée sans cordons,
qui avaient des occupations sédentaires. Ce groupe disposée de manière à laisser passer tout autour de
appartient à la haute antiquité et tout y retrace les la tête l'extrémité des cheveux. Le bonnet de feu-
anciens usages des Grecs orientaux. La chevelure cou- tre que portaient exclusivement les hommes variait
pée indique la qualité de l'esclave agitant l'éventaU de forme chez les différentes nations de l'antiquité,
de plumes sa robe
; close, sans ceinture, aux manches tout en conservant le même caractère général de
étroites, fermées au poignet est l'ionienne dans la bonnet sans bord. Le bonnet phrygien et le boimet
pureté de son origine asiatique. Quant an grand voile grec en forme d'œuf sont de ce genre, auquel appar-
dont s'enveloppe le personnage principal, voile cou- tient également le bonnet d'affranchi romain dont la
vrant presque entièrement les traits du visage, il offre forme est celle q,m se trouve représentée ici. Le voile
une preuve de plus de l'ancienneté de cet usage ajoute encore de l'intérêt à cet exemple.

Les ra™ 1, 4, 12, sont tirés de bas-reliefs provenant dii, palais Matlei à Rome, de Vérone, et du musée dti Louvre. Les
autres exemples sont des peintures, presque toutes céram^ographiques, recueillies par Willemin (Costumes des peuples de
l'antiquité).
GRECO-ROMAIN

LA MAISON POMPEIENNE.

L'ATRIUM. — (RESTAURATION DE JULES BOUCHET.)


PLAN ET PROFIL DE LA MAISON DE PANSA.

La Domus, l'habitation particulière, la demeure du Romain, était une maison disposée


d'ordinaire sur un plan invariable ; les diflérences ne consistaient que dans la grandeur, le

nombre et la distribution des appartements. Le principe de cette maison est la division en


deux parties principales -.l' atrium on cavœdium, entouré de ses dépendances, avant-corps
du logis, endroit public, en quelque sorte, que l'étranger ne devait pas dépasser, et le

peristylium, arrière-corps, répondant au gytiœcomik de la maison grecque, affecté à la vie

privée de la famille. Le tcMùium, pièce intermédiaire et ouverte, ayant vue sur les deux
parties de l'habitation, reliait l'ensemble et en était, pour ainsi dire, le noyau.
On donnait le nom à'insula.k la maison construite pour recevoir un certain nombre de
familles différentes c[ui se la partageaient. Elle était louée, dans ce cas, en chambres, en
appartements ou en étages. Soit que cette maison ainsi divisée fût une construction unique,
ou une agglomération de constructions formant un corps, le bâtiment, entouré de rues
autant que possible pour multiplier les façades, prenait une figure d'îlot, d'où le nom d'in-

sula affecté à la maison de rapport.


A Pompéi, les maisons mêmes de la classe supérieure réunissent, en général, le double
caractère de la domus et de Yinsula. Ce qu'était cette ville explique le fait. Pompéi, mi-
niature de Rome sous le rapport politique, dont les bourgeois, citoyens romains, nommaient
eux-mêmes leurs gouvernants, consuls, édiles, questeur, etc., Pompéi, qui avait son sénat et
ses chevaliers y formant une aristocratie peu nombreuse, n'était, en définitive, qu'une ville
de province , habitée surtout par des gens de petit état. Au moment de son dramatique
enfouissement, cette cité prospère, ancienne place forte déclassée, comptait de trente à qua-
raiite mille habitants, à l'étroit dans le mur des fortiiicatious qui l'enserraient, excepté du
côté du port. Entrepôt de Nola, de Nocera et d'Atella et plage de bains de mer, Pompéi
était, tout à la fois, une ville de négoce et un lieu de plaisance; son double caractère reste
empreint dans ses maisons. La plus riche qu'on y ait découverte jusqu'à présent était celle

d'un marchand de vin, et pour les Romains de haute volée qui y avaient des propriétés,

leur maison n'avait que l'importance de ces villas où l'on passe la belle saison. Dans cette

ville de négociants, quelque opulent que l'on fût, il était d'usage général de tirer de cer-
tains produits de la propriété même que l'on habitait. C'est pour lui assurer cet avantage

mercantile que la maison pompéienne est aménagée de façon à avoir des tavernœ ou bou-
tiques sur la rue, et aussi quelques appartements occupés par des locataires, inqiciUni,
qui, pas plus que les boutiquiers, n'avaient de correspondance avec l'intérieur de la de-
meure principale. Dans les parties centrales de la ville, il n'y avait peut-être pas une seule mai-

son conçue différemment ; le revenu des îles, le mer ces insularum, ainsi que l'appelle Cicéron

dans une lettre à Atticus, séduisait tout le monde, y compris le grand orateur lui-même que
Catihna, le raillant de ce métier, qualifie de loueur en garni, civis inquilinus. Le résultat

de cette combinaison était de resserrer le propriétaire d'une façon telle, que l'étroitesse

de l'espace qui lui était réservé est l'une des choses qui fi'appent d'abord les visiteurs de
Pompéi ; les boutiques, ouvertes pour la plupart, et il en était entouré, c'était en quelque
sorte la rue dont le bruit pénétrait jusqu'à lui; Pline se plaint d'en être troublé; et quel

bruit que celui de la rue pompéienne où le marchand ne se contentait pas de V ocuUfarium,

de la montre, de l'étalage de sa marchandise mais la prônait à haute voix en provoquant


,

le passant ! Chaque vendeur avait son cri, et c'était à qui hurlerait le plus fort avec cette
ardeur méridionale que l'on connaît au sang napolitain.
Telle qu'elle est, cependant, cette maison pompéienne, avec ses mesquineries et malgi'é ses
inégalités de style, on ne saurait trop l'étudier dans sa merveilleuse exhumation. Pom'
en compléter l'examen sommaire, il est même indispensable, avant d'y pénétrer, d'en si-

gnaler le caractère extérieur et de reconstituer le milieu dans lequel elle a vécu ; car tout

se lie, et si l'on veut savoir, par exemple, pourquoi l'on ne trouve pas de traces d'écuries
et de remises dans une riche demeure, comme l'était celle dite de Pansa et aussi celle de
Paratus, il faut, pour s'en rendre compte, considérer ce qu'étaient les voies publiques dans

Pompéi. Les rues de cette y\\\e, généralement étroites (leur plus grande largeur ne dépasse
pas sept mètres, et il en est qui n'ont que deux mètres et demi), étaient bordées de trot-
toirs exigus, de soixante à soixante-cinq centimètres; entre ces margines élevées, la chaussée

dallée de lave était comme un sentier enfoncé; l'élévation des trottoirs teua,it à ce que,

malgré les rigoles installées tout au long, et les trous percés de distance en distance pour l'ab-
sorption des eaux pluviales dans des égouts qui la portaient jusqu'à la mer, lorsque la pluie
gi'ossissait, son écoulement dc\'euait insuffisant, au point de changer la voie en torrent, et
cela si fréquemment i[ue pour tra\crser ce torrent et passer d'un trottoir à l'autre, on laissait
à demeure sur la voie des pierres de niveau y faisant ofSee de passerelles. Il faut ajouter
à cet encombrement permanent les bornes qui bordaient les trottoirs, bornes parfois percées
pour permettre aux paysans qui, chaque matin, apportaient le lait et les paniers de légumes,
d'y attacher leur âne ou leur vache. Des voies sans ampleur et de cette nature n'étaient
pas faites pour une locomotion active; en fait d'attelages, on ne voyait guère circuler dans
les plus larges que les chariots lentement traînés par quatre bœufs. Les anciens con-
sidéraient l'étroitesse des rues comme une cause de salubrité ; ils y voulaient de l'ombre
et pom' soustraire aux vivacités du soleil méridional celles que leur position y exposait le

plus, ils y tendaient des toiles, d'une maison à l'autre. Le Pompéien allait à pied dans sa
"^ille et ne se faisait voiturer que dans la campagne ; il n'y avait donc réellement lieu d'établir

des écuries et des remises que dans les habitations du faubourg ou de la banlieue.
Les trottoirs étaient de matières diverses, selon l'opulence du propriétaire : tantôt en

belles dalles, tantôt en asphalte et même en simple terre battue, et parfois aussi en mosaïque
rudimentaire, Vopiis signinum. Quant aux boutiques, c'étaient pour la plupart des dépôts ou des
débits de denrées alimentaires : tJiennojMles, œ?iopoles, jjopinœ ; dans les premiers, cabarets d'un
certain ordre qu'on assimile à nos cafés, on vendait des boissons chaudes, du ^•in cuit et par-
fumé ; les seconds étaient des débits de vins de qualité inférieure ; les troisièmes étaient des gar-

gotes où l'on mangeait les restes des sacrifices dont les valets des prêtres, les pojm, faisaient le

trafic, ce qui fit donner leur nom à ces tavernes à bas-prix. Les pressoirs et les moulins (il n'y
eu avait pas d'autres à Pompéi) étaient dans les boutiques, dont un certain nombre, conver-

ties en laboratoires ou en ateliers, servaient aux chimistes, aux orfèvres et à ceux qu'on ap-
pelait les faiseurs de dieux, les statuaires, etc., etc.

Toute l'animation extérieure de la maison était au rez-de-chaussée, quoique cette maison


eût ordinairement deux étages, rarement trois. Les façades avaient, en général, peu de bril-

lant, les fenêtres de l'habitation étant communément tournées vers la cour et les jardins; à
l'exception près de quelques ouvertures aux étages supérieurs donnant discrètement sur la rue
et de quelques balcons suspendus, les mœniana, consistant en longs corridors couverts
'

construits en encorbellement, et percés de croisées d'où la Pompéienne' pouvait prendre


quelque part à la vie du dehors, on ne voyait rien à l'extérieur de la maison que le haut
des quelques treilles de verdure procurant de l'ombre au solarium ou terrasse, sur laquelle on
tendait aussi des courtines teintes en rouge. Les terrasses remplaçaient habituellement les
toitures. Le propriétaire réservait la richesse du décor pour l'mtérieur de sa maison.

Les matériaux employés étaient surtout la lave, le tuf, les briques, de plus de surface et
de moins d'épaisseur que les nôtres, excellemment préparées, le péperin, la pierre de Sarno,
quelquefois le travertin, même le marbre dans les ornements ; le solide mortier romain était le

lien, et le stuc, à la croûte unie et polie, servait de revêtement bariolé à la ville entière, car on le

mettait partout, le peignant de tons variés, parfois intenses. L'art à Pompéi, au moment de
la catastrophe de cette ville, y était en pleine décadence; la peinture se substituait à la
sculpture décorative dans tous les endroits où elle pouvait la remplacer, non seulement
dans les constructions privées, mais encore sur les édifices publics ;
les colonnes cannelées

du temple d'Isis, revêtues de stuc, étaient peintes.


Si les conditions dans lesquelles étaient établies les habitations de Pompéi donnent à
toutes ses maisons un air de ressemblance, il n'en faut pas inférer qu'il y eût un style

pompéien, empreint d'une originalité locale; un éclectisme facile adoptant toutes les for- ,

allié à un penchant marqué pour le luxe à bon marché, voilà pour


mes, sans unité de mode,
le fond, qui est celui d'une époque de décadence et de stérilité. La cité, dont Venus physica
était la patronne , n'était après tout qu'une ville de province aux mains de négociants sa-
crifiant d'habitude à Mercure, pour que le dieu des voleurs les aidât à tromper leurs prati-

ques. La population y était mélangée on y parlait l'osque, le grec et le samnite les goûts
; ;

étaient fort divers, et dans ce lieu de plaisirs et d'argent le niveau en était généralement
,

peu relevé. L'architecte, pour satisfaire le bourgeois de Pompeï, devait agir avec de petits

moyens et de faibles ressom-ces; il avait à tailler les pièces par vingtaine dans un espace
où nous ne saurions les concevoir (une chambre à coucher ne servait qu'à y dormir, et ne
contenait strictement que le lit) ; le constructeur tirait parti de tout, profitant des inéga-

lités, des accidents du terrain pour étager les maisons en amphithéâtre, comme on le voit

sur nos côtes balnéaires, et, semblables encore en ceci aux modernes qui s'embarrassent peu
d'y entremêler les chalets suisses aux maisons persanes et aux donjons gothiques, les Pom-
péiens décoraient leur maison avec le caprice qui semble de tradition pour la villa. Elle

était à l'égyptienne, à l'étrusque, à la grecque, avec un goût souvent peu châtié, où les

grotesques, les caricatures, figurent dans le cadre d'un style parfois singulièrement proche
du genre auquel reste attaché le nom de rococo. Plus d'une fontaine en petites roeailles
et enjolivée de coquillages faisait à Pompéi le bonheur de bien des propriétaires, admirant
ces chinoiseries avec l'œil ravi que leur conservent encore certaines gens.
C'est cependant à travers le mélange de ces maisons capricieuses, reflet le plus certain

des choses de l'antiquité, que le type de l'habitation romaine disposée à la grecque, de


beaucoup le plus intéressant, et heureusement aussi le plus fi'équent, a été dégagé net-

tement. La décoration intérieure des maisons de ce genre, dans 'le goût considéré comme
athénien, d'une contagion facile à expliquer sur les rives orientales de l'Italie, reste l'exemple

le plus authentique de ce qui concerne bien des usages communs aux Hellènes et aux Latins.
La maison de Pansa, découverte de 1811 à ISl-l, est généralement indiquée joar les anti-
quaires comme le type de l'habitation romaine. Son importance et sa régularité ont décidé
ce choix; quoiqu'elle ne soit pas la plus luxueuse des maisons exhumées à Pompéi, tout y
indique l'opulence, et elle était assui'ément la demeure de l'un des premiers citoyens de la

ville. L'îlot formé par cette seule maison donnait sur (juatre rnes (notre plan s'arrètaut an

commencement du jardin n'en montre que trois). Ija façade principale donnait sur la rue

de la Fortune, l'une des voies centrales les plus larges et les plus actives de la ville.
T;a façade principale présente six boutiques entre les-

quelles l'entrée de la maison, proprement dite, ne con-

siste que dans la réserve d'un passage nécessaire pour

5
'ci

sa

PLAN DE LA. MAISON DE PANSA.

des piétons ; on y accédait d'ailleurs par deux marches.


Parmi les six boutiques, celle portant le n° 25, près
de la porte, offre cette particularité d'être seule en %
correspondance avec l'intérieur de la maison. Selon
lE~:r
toute apparence, c'était l'endroit où le propriétaire
faisait débiter le vin et l'iinile récoltés dans ses domaines; cet usage existe encore en
Italie, principalement à Florence, où les plus somptueux palais conservent toujours un
petit guichet où se vendent au détail les vins du propriétaire. Chez le Romain, le dis-
pensator, l'esclave chargé de cette vente, couchait dans l'arrière-boutique en correspon-
dance avec la maison dont il. faisait partie. La porte de la demeure de Pansa n'existe
plus, mais de nombreux exemples fournis par les peintures montrent ce qu'elle était :

un objet de luxe, solide, en chêne, à deux battants dont les maigres panneaux étaient
ornés de clous dorés, parfois de sculptures; cette porte avait son marteau et sa son-
nette ; son imposte haute et ajourée éclairait l'allée ; elle s'ouvrait en dedans, et on la

fermait au moyen d'un verrou vertical s'enfonçant dans le sol. On illuminait et on enguir-
landait la porte, les jours de fête ;
quatre divinités la protégeaient : Janus gardait Vew-
semhle janua ; Foculus
,
les battants; /ores; Cardea les gonds, carâines; et Limentinus le

seuil, linien. Ce seuil où le salve cordial est souvent inscrit, n'annonça pas toujours au
visiteirr l'accueil passé dans les mœurs adoucies par la suite des temps. Le care caneni,
gare au chien, dont on riait au temps de Pétrone et qui s'inscrivait aussi en mosaïque, avec
ou sans la figure du chien enchaîné, était un souvenir des époques où il était d'iiabitude

chez les Latins de placer à la porte du logis un portier fort incommode, c'est-à-direun
véritable chien dont la férocité naturelle était, dit-on, entretenue avec soin. Le langage
du seuil était souvent employé ; on en trouve des exemples jusqu'aux entrées des bou-
tiques; à Pompéi, un marchand avait fait insci'ire sur le seuil de la sienne un salut

caractéristique : salve, lucru, salut, gain.

N" 1. — Ostiiim o\\ protliymm. demandait le portier au visiteur pour le faire annon-
cer.

Le protliymm est le vestibule de la maison romaine ;


N" 2. — Atrium,
ici, c'est im couloir allant de la porte de la rue à

la porte intérieure, Yosiîum, qui donnait dans On y arrivait directement du vestibule au passage d'en-
l'atrium. La porte extérieure restait probablement trée. C'était une grande pièce, une cour couverte d'un
ouverte pendant le jour, comme cela se fait encore toit qui, le plus souvent, avait une ouverture au
en Italie. La cdla ostiarii, la loge du portier, était centre, procurant de la lumière et de l'air ; un bassin,
dans le protlija'um, ou au plus proche, quand l'espace correspondant dans le parquet à l'ouverture du toit,

ne permettait pas de l'yChez Pansa, ce


disposer. servait à la réception de l'eau pluviale qui y tombait
devait être la chambre en regard de celle du dispen- en plus ou moins grande quantité, selon la disposi-

sator, n" 5. Le prothyrum


portier se tenait dans le ;
tion de la toiture. Dans Vatrium titscanicitm, le plus

il eut longtemps avec lui un de ces énormes chiens, simple et probablement le plus ancien en Italie, le

venus ordinairement d'Épire, que rappellent les mo- plafond était horizontal, sans colonnes de support ;

saïques; lui-même fut aussi enchaîné, pour l'empê- c'étaient des poutres ti-aversières qui la soutenaient,
cher, disait-on, de quitter la porte et d'aller faire et deux poutreUes mortaisées dans ces poutres for-
des commérages. Pétroue,sans indiquer cette captivité) maient l'ouverture du centre. Les Romains avaient
montre un portier habillé en vert, avec une ceinture emprunté le plafond toscan aux Etrusques ; on ne
d'un rouge cerise , écossant des pois dans un bassin continuait à l'employer- que dans les appartement?
d'argent , en compagnie d'une pie chantant dans une de petite dimension.
cage d'or suspendue \ l'entrée de la maison. Qiiii-lu ? Jj'niriiim lelrnsti/!iim tenait son nom des quatre
,

colonnes, une h chaque angle de Vimpliiviiim ou bas- la famille, puis elle servit de salle à manger; on
sin, qui supportaient la toiture. Les quatre côtés de l'ornait des portraits ou bustes des ancêtres illustres,

la couTerture s'inclinaient vers le centre, formant ce des imagines majontm ; ouverte des deux parts , le

qu'on appelle le compluvîuin. Jules Bouchet a choisi regard y pouvait parcourir les deux divisions princi-
l'atrium tetrastylum pour sa restauration, ainsi que pales de la maison, et c'était un des charmes de l'ha-

Leveil dans le profil ci-joint de la maison de Pansa. bitation romaine que cette pénétration du regard
Quelques architectes ont donné à l'atrium de cette allant dès L'entrée jusqu'aux limites extrêmes du
maison le plafond horizontal sans support n'ayant , péristyle, c'est-à-dire jusqu'à l'œcus servant en quel-
pas, paraît-il, trouvé de traces de l'existence des co- que sorte de décor de fond. Lorsqu'on le voulait,

lonnes. On a pu constater depuis quelques années que cette chambre était close au moyen de cloisons
les supports ne laissent souvent sur le sol aucune mobiles faisant office de paravents, ou encore on en
indication ; les colonnes étaient fréquemment posées fermait im côté arec des rideaux. Le tablinum était

simplement sur le parquet, sans aucune fondation. de niveau avec l'atrium j de cette pièce, pour aborder
Il en était ainsi dans la maison dite de Championnet, le péristyle, on montait deux ou trois marches. Ou
et même en de certains édifices publics, tels que à trouvait, longeant l'une des parois du tablinum un
Pompéi même, le petit temple d'Esculape, à, Pouz- passage, n° 7, qui permettait d'aller de l'atrium au
zoles, celui de Sérapis. Le tétrastyle est de genre péristyle sans traverser la pièce centrale. C'est ce
grec et c'est sur cette construction qu'est basée genre de corridors de dégagement dont , il se trouve

principalement la rubrique Greco-Romain, sous la- ici un second exemple, n" 17, allant du péristyle au
quelle nous produisons l'habitation romaine. jardin, que l'on appelait les fauces. On assigne la
Uairium displuviatum était celui dont le toit chambre n° 8, ayant une porte sur le passage n" 7,

avait une pente d'une direction opposée à celle du comme logement à Vaîriensis, l'esclave auquel le

compluvium au lieu d'incliner vers le centre, ce toit


; soin de l'atrium était spécialement confié. Il avait
en talus au milieu, tout en conservant l'ouverture, sous son contrôle les autres esclaves auxquels incom-
envoyait l'eau dans les gouttières du dehors. bait le soin de cette partie de la maison ; il veillait à
Enfin il y avait encore un atrium dit iestudinatum^ ce que tout y fût propre et en bon état.

en dôme, sans ouvei^ture, couvert entièrement. On IjatriensiSf une des variantes du vîcarius, le vi-

présume que les pièces de cette sorte avaient une caire de l'esclave, appartenant à la^Jamilia urbana,
hauteur de deux étages, et qu'elles recevaient existait dans toutes les grandes maisons romaines.
le jour par des fenêtres pratiquées à l'étage supé- La chambre n" 6, de l'autre côté du tablinum, était
rieur. la bibliothèque. Les livres étaient là rangés dans
Nous n'avons rien à dire ici de l'atrium corinthien, des buffets de cèdre, Varmarîum; chez Pansa on
le plus grand et le plus magnifique de tous ; ses en a retrouvé quelques-uns.
proportions et ses nombreuses colonnes appartiennent L'atrium, pièce d'arrivée et d'attente, se complé-
à un autre ordre d'habitations, et conviennent au tait par deux salons munis de sièges et fermés par
palais (voir notre planche ayant poiu- signe le Cha- des rideaux. Ces deux pièces étaient le lieu de ré-
piteau). ception des visiteurs ; c'étaient des salons de con-
L'atrium servait, dans l'origine, de lieu de réunion versation , et le maître y recevait chaque jour ses
à la famille ; les femmes y travaillaient à leurs mé- clients ; on les appelait alœ , les ailes ce sont les ;

tiers ; images des ancêtres y étaient exposées


les ;
deux n"' 4 dans notre plan.
cette pièce contenait en même temps les dieux do- Les chambres n°* 6, pratiquées de chaque côté
mestiques avec leur autel, ainsi que le foyer de la de l'atrium , étaient destinées , les deux piremières
cuisine. Puis, la vie privée s'étant transportée au près de la porte , au di^iensator et à Vostiarius ou
péristyle, l'atrium, partie publique de la maison, se portier. Les autres servaient au logement des étran-
trouva, tout en conservant le principe d'une certaine gers, hospitium, et à celui des esclaves, ergastulum ;

un certain nombre de compartiments,


unité, divisé en ce n'étaient guère que des cabines, des alcôves, zo-
pour ainsi dire réglementaires. Le tahîinum ou tabu- theca, n'ayant de place que pour un lit. Ces cubicula
linum, la grande pièce du fond, n» 3, appartient ne recevaient le jour et l'air que par la porte que
encore plus à l'atrium qu'au péristyle. Dans les pre- l'on devait laisser ouvertepour y dormir. Le lit n'é-
miers temps de Rome, elle contenait les archives de tait qu'un simple exhaussement en maçonnerie sur
lequel on étendait des matelas ou des peanx de mou- thiufij crgyptius et cijz'tcenus. Ce dernier était fré-
ton. Régulièi-ement , l'impluvium de l'atrium était quent eu Grèce, et fut une nouveauté en Italie du
un bassin rectangulaire mais non à côtés égaux sa ; temps de Titruve. Il était particulièrement fait pour
longueur était de unefols et demie sa largeur. Avant l'été,- son caractère propre était d'avoir des portes
de passer au péristyle, le véritable buen-retiro du ou fenêtres en verre descendant jusqu'à terre, de
Eomain, on doit signaler la communication, n° 10, manière que les personnes couchées à table pussent
ayant issue sur l'une des rues latérales. Le maître jouir de tous côtés de la vue qui s'étendait alen-
• se réservait la clef de cette porte dérobée qui lui tour. Du côté du jardin régnait, au devant de l'œ-
permettait de se soustraire aux importunités des cus, un portique, n" 10, occupant toute la largeur
clients. Elle lui garantissait aussi le secret de cer- du jardin , dont les plates-bandes ont été trouvées
taines sorties. sous la cendre. Le passage, n" 17, permettait, ainsi
qu'on l'a vu , d'aller du péristyle au jardin , sans
N*^ 1>. — Peristylium. passer par l'œcus qu'il desservait en même temps.
De l'autre côté de l'œcus , se trouve une pièce, n"
Le peristylium était formé d'un espace découvert, en-
1-1, désignée comme étant le hirarlum ou sacra-
touré de tous côtés d'une colonnade disposée en ga-
riuvi, la chapelle des dieux domestiques. Le n'' 18,
lerie couverte ; le milieu , à ciel ouvert , était quel-
contigu au lararium, est, on le suppose, une petite
quefois embelli d'un jardin, avec une fontaine et un
chambre, une espèce de boudoir ouvrant sur le por-
impluvium au centre. Les appartements, distribués
tique et servant à faire la sieste.
sur les côtés du péristyle, s'ouvraient sous la co-
La jnnacotheca, la galerie de tableaux, que com-
lonnade ou sur les terrasses soutenues par cette
prenaient habituellement les maisons des riches
colonnade ceux de l'étage supérieur étant le plus
,

G-recs et celles des Romains dont , la pratique cons-


généralement k l'usage des femmes. Ceux du rez-
tante fut celle des Grecs, après qu'ils eureat reçu de
de-chaiissée étaient les plus recherchés et les mieux "

ces derniers le goût des arts , existait assurément


habités.
dans la maison de Pansa. Chez les Romains, les
Le bassin ou j'iscina de la maison de Pansa est
portraits peints d'hommes célèbres, étrangers à,
d'environ deux mètres de profondeur; toute la
Rome dont on , formait des galeries , des pinacotJic-
paroi intérieure de ce bassin est décorée de pein-
rjues , et qui étaient des peintures sur bois, avaient
tures représentant des roseaux ; une espèce de pié-
leur véritable place dans la bibliothèque, dont elles
destal situé au centre supportait probablement une
étaient l'ornement ordinaire les manuscrits siir
vasque d'oii s'échappaient quelques filets d'eau. Les
;

peaux, iji memhra7iis y étaient accomi^agnés des


chambres, n°'^ 11, ne sont guère d'autre dimension ,

portraits peints des auteurs c'était aussi dans cette


que celles si exiguës, servant pour le coucher dans
;

partie de sa curie (la bibliothèque est une des piè-


l'atrium ; iln'y avait place que pour un lit, et on ne
ces appartenant à, l'atrium ) que le maître faisait
s'y tenait que pour dormir. Les parents et les amis
placer les images des triomphateurs , les tableaux
intimes avaient seuls l'accès du péristyle. La saUe
héroïques, peints sur bois ou sur toile et encastrés
à manger, le tnclinmm, où les trois lits étaient dis-
posés en fer k cheval autour de la table
dans le mur, avec des incriptions courtes et con-
, est le n"
cises, les tituli; mais il existait dans les maisons
13 de notre plan. Le n" 12 qui l'avoisine était
grecques et romaines une autre galerie de tableaux
l'office où on déposait les plats avant de les servir.
que ceux de la pinacothèque. On peut supposer que
N" 15 Œciis ou saUe cyzîcene. l'espèce de boudoir, n" 18, que l'on vient de voir,
était le rcHO'eiimoù étaient placées les peintures licen-
Cette salle d'origine et d'invention grecques fut adop- cieuces, lihidines, que l'on faisait surtout de petite
tée par les Romains avec des perfectionnements. dimension, et qu'il était de coutume d'avoir dans la
EUe ressemblait fort à l'atrium, saut que le toit qui partie la plus secrète de l'habitation.
le recouvrait entièrement était sans ouverture au Le complément de la .maison de Pansa se compose
milieu ; elle servait surtout aux festins , et dépas- des n"* 20 et 21.Le n" 21 est la salle où se tenaient
sait en hauteur, en largeur, en éclat le tricliniiuu les esclaves elle a une porte sur la rue
;
, et ce por-
.
ordinaire. Les différentes manières de le construire tiatm ou sortie de derrière était indispensable pour
font distinguer Vœcus ou œcos en tdrasti/Jos , coihi- que le service intérieur pût se faire sans traverser
les appartements. Le n» 20 comporte la cuisine et N»s 22 et 23. —Boutique avec une petite cour parti-
ses divisions ou dépendances : où l'on
Vhojretim, culière. Les traces de l'escalier prouvent qu'il existait
gardait les provisions d'hiver; Volearium, où était là un étage qu'habitait le marchand, probablement
l'huile dans des jarres déposées sur des bancs ; les un affranchi.
cellœ vinarîœj où ou laissait le vin vieillir ; le carna-
N" 24. — Cette importante boutique était une boulan-
riiim avec ses crocs de suspension pour la viande.
gerie avec toutes ses dépendances. Le débit du jjain
La déesse Fornax , de four, fournaise ,
présidait
.avait lieu à l'angle de la rue le four, les moulins
;

à la cuisine, et comme cette divinité n'était pas de


:Y farine, le pétrin, étaient dans la pièce du fond ;

mince importance à Pompéi, elle avait souvent son


dans l'intervalle se trouvaient les différents vases
aiitel dans la cuisine même de la maison.
de terre cuite contenant les grains.
Toutes les parties suivantes, sans correspondance
avec l'intérieur, sont des logements ou des boutiques
N»» 26, 27, 28 et 29. — Boutiques.
en location, ayant leur sortie particulière sur la rue. N"^ 19 et 30. — Logements sous-loués.

La restauration de l'atrium pompéien faite par Jules Boucliet et gravée de sa main est

d'une sincérité qui lui donne une valeur exceptionnelle. Cet atrium est exactement mesuré
sur celui de la maison de Pansa. Pour la décoration , l'architecte s'est appuyé sur la des-

cription que Pline a faite avec tant d'amour de son habitation.

Les dieux sur leurs piédestaux, les philosophes en liermœ disposés le long des murs, sont
du choix d'un homme de lettres, ou au moins d'un amateur de la littérature. Selon l'usage,
près de l'impluvium, se trouve l'autel où la famille sacrifiait aux Pénates (cette ara était
quelquefois sur l'impluvium même). La construction répond bien aux besoins du climat et
garantit contre les intempéries autrement qu'en Grèce où il ne pleut pas. Le plan direct
de la maison de Pansa, son élévation en profil , dont les combles ont été nécessairement
restaurés par Leveil, puisqu'ils sont tous détruits, forment un ensemble architectural
auquel il n'y a vraiment rien à reprendre. Il n'en est pas tout à fait de même pour le

choix des figures que l'on remarque dans cet intérieur. L'auteur ne les a placées là,

selon l'habitude, que pour établir leurs rapports avec les proportions de la construction ;

il eût été mieux inspiré, s'il avait poussé son étude si consciencieuse jusqu'à rechercher
le personnel que, de coutume , on rencontrait dans l'atrium. Ce n'étaient pas des femmes
qu'il y fallait mettre presque uniquement n'y eût-il montré que quelques valets, le scopa-
;

rius, armé de son balai de bouleau, cela aurait mieux valu. Il eût été plus naturel d'y
voir l'atriensis, des clients, quelqu'un de ces savants que la Grèce fournissait. La véritable
place des femmes était dans le gynœceum, et quoiqu'il fût défendu aux filles esclaves d'avoir
de la pudeur, selon Sénèque, il n'est pas vraisemblaljle que femmes et enfants se trouvassent
ainsi dans l'atrium.
A Pompéi, la mosaïque, composée de lave grise et de marbre formant les dessins les
plus simples, servait de pavé aux moindres maisons. Ce pavage avait d'abord consisté en
une pâte d'une sorte de mortier, saupoudrée de briques pilées ; cette composition durcie res-
semble à du granit rouge : c'est Yopus signinum. Dans cette croûte, on aligna d'abord de
petits cubes de marbre, de verre, de pierre calcaire, d'émaux colorés, et progressivement.
en compliquant les lignes et en y traçant des méandres, des arabesques et enfin des figures,
on finit par faire du pavage de véritables tapisseries de pierre.
Les peintures, ainsi qu'il a été dit, couvraient le stuc soigneusement préparé, enduit du
mortier le pins fin, saupoudré de poussière luisante, repoli, rebattu avec des rouleaux de
bois ; elles finissaient par imiter et valoir le marbre. Qu'elles aient été faites à fresque, à sec

ou à l'encaustique, elles étaient une fête pour les yeux. D'ordinaire, elles partageaient le

mur en trois ou cinq panneaux, se développant entre un socle et une frise. Le socle était

plus foncé, la frise plus claire, l'entre-deux plus vif (rouge et jaune, par exemple, la fi-ise

étant blanche et le socle noir). Dans les maisons simjoles, ces panneaux noirs étaient par-
tagés jDar de simples lignes ;
puis, peu à peu, la maison s' enrichissant, ces lignes devinrent

des cadres ornés, des guirlandes, des pilastres, bientôt des pavillons fantastiques où l'imagi-
nation du décorateur prend souvent un essor peu mesuré.