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LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE :

UN SECTEUR EN REORIENTATION

Juillet - Août 2014

« La mer est salée parce qu'il y a des morues dedans. Et si elle ne déborde pas, c'est parce que la providence,
dans sa sagesse, y a placé aussi des éponges » — Alphonse Allais

Rédacteur
AZZI Elias

Relecture et direction
BOUCHET Bertrand,
Conseiller pour la Science et la Technologie

Relecture
ARENE Mathilde,
Chargée de mission scientifique
REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier les personnes qui ont accepté de répondre à nos questions au cours du
mois de juillet 2014. Ces échanges auront permis de mieux cerner les enjeux de l’industrie espagnole
du dessalement et du secteur de l’eau en général.

Parmi eux :

- Monsieur Domingo Zarzo, directeur technique de Sacyr* et Valoriza Agua*,

- l’Association Espagnole du Dessalement et de la Réutilisation de l’eau (AEDyR*) par l’intermédiaire de


Madame Luz Nogales et Madame Susana Lopez Fuentes,

- le directeur du centre IMDEA Agua* de la communauté de Madrid, Monsieur Eloy García Calvo,

- ainsi que la coordinatrice des programmes de ce centre, Madame Juana Sanz.

Une présentation des entités auxquelles ils appartiennent est faite dans l’annexe A, avec la
présentation d’autres principaux acteurs du secteur espagnol. Au fil du texte, une étoile (*) indique la
présence du groupe ou de l’entreprise dans cette annexe.

1 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


INTRODUCTION
L’eau est une ressource indispensable, et malgré les 71% d’eau qui constituent le globe, à peine 2,5%
sont potables. Disposer de réserves d’eau douce ou disposer de moyens de produire sur demande de
l’eau potable représente donc un intérêt stratégique.

Malgré des sécheresses et des alertes durant la saison estivale, la France a jusqu’à présent été
globalement épargnée par le manque cruel d’eau, en comparaison avec l’Espagne. En effet, le climat
espagnol est plus aride et la répartition des ressources hydrologiques est déséquilibrée entre les
régions. De plus, les iles Baléares et Canaries constituent des zones isolées, souvent en manque d’eau
et pour lesquelles l’approvisionnement en eaux continentales est couteux. En évoquant également,
les épisodes de sécheresses des années 1980-83 et 1990-94 qui ont gravement touché l’agriculture
espagnole, on comprend le fort ancrage des problématiques d’eau dans l’industrie, l’enseignement
supérieur et la recherche en Espagne.

Face à ce besoin en eau, d’abord dans les iles puis sur le continent, les usines de dessalement d’eau
de mer ont commencé à apparaitre en Espagne dès les années 1970, en l’absence de législation
nationale. En 2004, le programme national A.G.U.A. a fait du dessalement une priorité. A ce titre,
l’analyse du secteur espagnol du dessalement peut fournir un éclairage utile sur un thème qui fait
partie des sept « ambitions » identifiées pour la France par la commission Innovation 2030 présidée
par Anne Lauvergeon.

L’Espagne dispose aujourd’hui de plus de 900 usines de traitement et de dessalement des eaux,
toutes catégories et toutes tailles confondues, et près de 380 usines de dessalement d’eau de mer en
cours d’exploitation en 2014. En comparaison, la France exploite moins d’une centaine d’usines et on
dénombre plus de 17 000 usines dans le monde (Source IDA/DesalData.com).

Cela dit, en raison d’une politique du prix de l’eau quelque peu ancienne, de nombreuses
installations ne fonctionnent pas au maximum de leurs capacités. En manque de contrats nationaux,
les entreprises espagnoles du secteur exportent aujourd’hui leurs technologies, et cherchent à se
diversifier en tentant de résoudre les nouvelles problématiques liées à la production d’eau potable
loin des régions côtières. Bien que l’industrie du dessalement soit mature, des besoins en R&D
existent encore en matière d’optimisation et de réduction des coûts comme en termes d’analyse de
l’impact environnemental. Très pluridisciplinaire, la recherche espagnole se répartit sur l’ensemble
du territoire et s’effectue en étroite collaboration avec les grandes entreprises du secteur. Malgré la
crise économique de ces dernières années, qui a affecté le budget de la recherche, l’Espagne reste un
des pays les plus compétitifs en la matière.

Outre une présentation et un bilan de la politique ambitieuse de l’Espagne en matière de


dessalement au cours de la décennie 2004-2014, ce rapport vise à présenter les principales pistes de
R&D et d’innovation en développement de l’autre côté de la chaîne pyrénéenne. Toutefois, il faut
rappeler que le dessalement n’est qu’un des multiples aspects du secteur de l’eau en Espagne : la
qualité de l’eau, son acheminement sans pertes, sa consommation raisonnée sont quelques autres
aspects que l’Espagne cherche à améliorer.

REMARQUE : Le lecteur initié pourra survoler la première partie posant les bases du dessalement.

2 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


SOMMAIRE
REMERCIEMENTS ------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 1
INTRODUCTION --------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 2
SOMMAIRE --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 3
1. GENERALITES TECHNIQUES SUR LE DESSALEMENT----------------------------------------------------------- 4
1.1. Les méthodes de séparation ---------------------------------------------------------------------------------- 4
1.1.1. MED – Multiple-Effect Distillation -------------------------------------------------------------------- 4
1.1.2. MSF – Multi Stage Flash Distillation ------------------------------------------------------------------ 5
1.1.3. RO –Reverse Osmosis ------------------------------------------------------------------------------------ 5
1.1.4. ED & EDI – Electrodialyse et Electrodeionization ------------------------------------------------- 6
1.1.5. Autres technologies et récapitulatif ------------------------------------------------------------------ 7
1.2. Le processus industriel ----------------------------------------------------------------------------------------- 7
1.2.1. Captation de l’eau de mer ou des eaux salubres -------------------------------------------------- 7
1.2.2. Prétraitement ---------------------------------------------------------------------------------------------- 8
1.2.3. Dessalement------------------------------------------------------------------------------------------------ 9
1.2.4. Post-traitement et traitement des déchets--------------------------------------------------------- 9
1.3. Deux exemples d’osmose inverse en Espagne : les usines d’Adeje-Arona et de Llobregat - 11
2. ETAT DU SECTEUR ESPAGNOL DU DESSALEMENT ---------------------------------------------------------- 12
2.1. Rappel historique : de l’isolement insulaire au plan national -------------------------------------- 12
2.1.1. 1960 – 1990 : Développement embryonnaire du secteur ------------------------------------ 12
2.1.2. 1990 – 2005 : Quinze années de gestation d’un Plan Hydrologique National ----------- 12
2.1.3. 2005 – 2013 : Application du programme A.G.U.A en matière de dessalement -------- 14
2.1.4. Effet de la politique espagnole sur les capacités de dessalement -------------------------- 16
2.2. Situation en 2014 ---------------------------------------------------------------------------------------------- 17
2.2.1. Les chiffres : nombre, taille et financement des usines --------------------------------------- 17
2.2.2. Spécificité espagnole : 22% de consommation agricole --------------------------------------- 18
2.2.3. Surcapacité et prix de l’eau --------------------------------------------------------------------------- 19
2.3. Les orientations actuelles du secteur --------------------------------------------------------------------- 20
2.3.1. A l’international : faire fructifier l’investissement ---------------------------------------------- 20
2.3.2. Au niveau national : les terres intérieures & la maintenance -------------------------------- 21
3. RECHERCHE ET INNOVATION EN 2014 ------------------------------------------------------------------------- 22
3.1. Durabilité des installations ---------------------------------------------------------------------------------- 22
3.2. Réduction du coût énergétique ---------------------------------------------------------------------------- 24
3.3. Valorisation des déchets ------------------------------------------------------------------------------------- 25
3.4. L’innovation de rupture -------------------------------------------------------------------------------------- 26
CONCLUSION ET PROCHAINS RENDEZ-VOUS ----------------------------------------------------------------------- 28
REFERENCES & BIBLIOGRAPHIE ---------------------------------------------------------------------------------------- 29
ANNEXES---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 30

3 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


1. GENERALITES TECHNIQUES SUR LE DESSALEMENT

Le dessalement de l’eau de mer consiste à séparer les différents sels dissouts du solvant. Les
premières technologies utilisées industriellement furent des méthodes, dites « thermiques », de
distillation. Aujourd’hui, elles restent utilisées au Moyen-Orient principalement. Dans les années
1980, se sont développées les méthodes dites à « membranes » telles que l’osmose inverse et
l’électrodialyse, présentant un coût énergétique plus faible, aujourd’hui de 3,5 kWh/m3 d’eau
produite en moyenne.

Il existe d’autres techniques plus marginales qui seront rapidement évoquées.

1.1. Les méthodes de séparation


Toutes les méthodes présentent les 4 flux suivants : une entrée d’eau salée, une sortie d’eau pure,
une sortie d’eau concentrée en sel (la saumure, principal sous-produit), un flux d’énergie extérieur.

1.1.1. MED – Multiple-Effect Distillation


Un module de distillation à effets multiples est constitué d’une suite de chambres de pression
décroissante. La première peut avoir une pression typique de 0,5 bar (ce qui implique une
température d’ébullition de l’eau aux alentours de 70-80°C) ; la dernière peut descendre en dessous
de 0,2 bar.

L’eau de mer entrant dans la première chambre est chauffée (via le flux d’énergie) : une partie est
vaporisée, c’est de l’eau pure. Le reste se condense au bas de la chambre, c’est le sous-produit
concentré en sel : la saumure. Tandis que la saumure est transportée vers la chambre suivante où
elle se mélange avec la saumure qui y est présente, la vapeur d’eau est quant à elle acheminée à
travers une conduite de chauffage vers la deuxième chambre.

Ainsi : cette vapeur d’eau, chauffée par un apport extérieur d’énergie à 80°C, va à son tour permettre
de générer de la vapeur d’eau à une température légèrement plus faible (la pression étant plus faible
dans cette nouvelle chambre). La nouvelle vapeur d’eau passe dans la troisième chambre ; la vapeur
d’eau de la première chambre, elle, est alors évacuée vers le flux de sortie d’eau pure.

NOTE : consommation électrique équivalente : 8-12 KWh/m3

4 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


1.1.2. MSF – Multi Stage Flash Distillation
Cette autre méthode thermique est assez différente de la MED au sens où la vapeur d’eau produite
ne sert qu’à préchauffer l’eau de mer du flux entrant avant que celle-ci ne traverse la chaudière où
elle est chauffée à 120°C.

La distillation est dite « flash » car l’eau chauffée à 120°C dans la chaudière est subitement libérée
dans le premier étage où règne une faible pression : il y a vaporisation d’eau pure. Le reste d’eau
salée, plus concentrée, est ensuite libéré dans le deuxième étage où règne une pression plus faible
encore, et une nouvelle fraction d’eau est vaporisée.

Le nombre moyen d’étages est de 40 pour cette technologie.

NOTE : consommation électrique équivalente : 15-20 KWh/m3

1.1.3. RO –Reverse Osmosis


L’osmose inverse (OI), ou reverse osmosis (RO), est une méthode
à membrane qui a beaucoup fait parler d’elle. Pour la
comprendre, il faut nécessairement parler du phénomène
d’osmose « directe ».

L’osmose est le nom donné au phénomène de diffusion du


solvant à travers une membrane semi-perméable séparant deux
solutions de concentrations en soluté différentes. Le moteur de
ce phénomène est la différence de concentrations, ou potentiel
chimique, entre les deux compartiments. A l’équilibre, on obtient
deux compartiments de même concentration mais de volumes différents. Cette différence de volume
est une manière de définir la pression osmotique π qui correspond à la différence de pression
hydrostatique entre les deux compartiments ( ) Elle s’interprète comme la pression à
exercer pour « empêcher » le passage du solvant à travers la membrane.

5 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Si l’on applique une pression P supérieure à la
pression osmotique π (dont la valeur peut se
calculer en connaissant la concentration des
espèces dissoutes), on observe l’osmose inverse,
c’est-à-dire la diffusion du solvant en sens inverse :
la concentration augmente dans le compartiment
où on applique la pression P, la concentration
diminue dans l’autre. C’est ainsi que l’on peut
produire de l’eau pure en extrayant de l’eau à une
solution d’eau salée que l’on comprime fortement.

Les pressions typiques à exercer pour vaincre la


pression osmotique sont de l’ordre de 70 bars. C’est
là que réside la dépense énergétique du procédé d’osmose inverse.

NOTE : Les membranes aujourd’hui utilisées dans l’industrie pour réaliser l’osmose inverse sont
appelés des modules en spirale. Leur fonctionnement est expliqué dans diverses vidéos en ligne,
notamment ici. Leur durée de vie est estimée à une vingtaine d’années.

NOTE : consommation électrique équivalente : 2-6 KWh/m3 (en 2014)

1.1.4. ED & EDI – Electrodialyse et Electrodeionization


Electrodialyse

Les ions d’un sel dissous dans l’eau, comme le chlorure de sodium par exemple, se déplacent sous
l’action d’un champ électrique créé par deux électrodes trempant dans le liquide. Les cations sont
attirés par l’électrode négative tandis que les anions
sont attirés par l’électrode positive.

Dans l’électrodialyse, on intercale alternativement


des membranes filtrantes soit imperméables aux
anions et perméables aux cations, soit
imperméables aux cations et perméables aux
anions.

On obtient ainsi une série de compartiments à forte


concentration de sels et d’autres à faible
concentration.

Electrodéionisation

L’électrodéionisation est une variante de l’électrodialyse. Elle inclue entre les membranes filtrantes
précédentes des membranes échangeuses d’ions qui permettent d’augmenter la conductivité
électrique de la solution et facilite ainsi le transport des impuretés.

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Ce procédé sert en particulier à la fabrication d’eau « ultra pure » pour l’industrie. (Source : CNRS)

1.1.5. Autres technologies et récapitulatif


Extraction d’eau Extraction d’ions
via Changement d’état Mixte via Membrane via Membrane
MED MD (Membrane RO ED
MSF Distillation) FO (Forward Osmosis) EDI
SD (Solar Distillation) MF (µ-filtration) EDR (Electrodialyse
VC (Vapour Compression) NF (ν-filtration) Réversible)
Congélation UF (ultra-filtration)
Tableau 1 – Récapitulatif des abréviations et classement des méthodes
en gras, les techniques présentées précédemment

Les méthodes de dessalement sont nombreuses, mais l’industrie a naturellement privilégié celles aux
coûts les plus faibles. Ainsi, les procédés de congélation ou de compression de vapeur ne sont guère
plus utilisés. A l’inverse, l’osmose directe (FO) ou la distillation par membrane (MD) sont des
technologies en cours de développement dans les laboratoires du monde. Celles-ci seront abordées
dans la dernière partie du rapport, relative à la recherche.

REMARQUE : Quand on parle de dessalement, il s’agit en réalité plus souvent d’une extraction des
molécules d’eau et non d’une extraction des sels contenus dans le mélange de départ.

1.2. Le processus industriel


A l’échelle industrielle, plusieurs étapes complémentaires sont nécessaires pour convertir de l’eau
non potable en eau potable. Il faut d’abord prélever l’eau en toute sécurité, effectuer un
prétraitement notamment pour préserver l’usine et les modules de dessalement, dessaler l’eau, puis
la reminéraliser pour la rendre potable. Enfin, il faut aussi s’assurer du relargage des sous-produits,
saumure et produits chimiques.

1.2.1. Captation de l’eau de mer ou des eaux salubres


Les eaux du globe peuvent être classées en fonction de leur quantité de solides dissouts (TDS). Les
eaux sujettes au dessalement sont bien évidement l’eau de mer (SW) mais aussi les eaux saumâtres
(BW) et les eaux dites résiduelles. Le tableau ci-dessous donne les TDS typiques de chaque classe
d’eau, exprimé en ppm (partie par million, soit 1mg de solide dissout par kg d’eau).

Type d’eau TDS (en ppm)


Eau potable TDS < 500 ppm
Eaux de rivière 500 ppm < TDS < 3 000 ppm
Eaux saumâtres (Brackish Water) 3 000 ppm < TDS < 20 000 ppm
Eaux de mer (Sea Water) 20 000 ppm < TDS < 50 000 ppm
Saumure (Brine) 50 000 ppm < TDS l
Tableau 2 - Classification des eaux en fonction du total de solides dissouts (Total
Dissolved Solids)
Source : IDA – DesalData.com

7 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Dans le cas de l’eau de mer, le principal sel dissout est
le chlorure de sodium. Aussi, il faut savoir que la
salinité de l’eau de mer dépend du lieu et de la
profondeur de captation de l’eau, et que cela a une
influence directe sur le prix de l’eau en sortie de
l’usine. Une usine de dessalement doit donc être
construite et dimensionnée pour un type d’eau
particulier.

L’eau est captée soit directement dans la mer soit par


l’intermédiaire de puits artificiels installés dans le fond marin.
Elle est ensuite acheminée par des tuyaux jusqu’à une citerne
de stockage à parfois plusieurs kilomètres du point de
prélèvement (plus de 3km dans le cas de l’usine de Llobregat,
près de Barcelone).

1.2.2. Prétraitement

L’eau de mer prélevée ne peux être injectée


directement dans les modules d’osmose
inverse : en effet celle-ci contient une variété de
particules de taille supérieure à celle des sels qui
boucheraient les pores des membranes de
dessalement ou endommageraient les
canalisations.

Le sable, les matières en suspension, certaines


bactéries et virus sont éliminés en faisant passer
l’eau de mer dans des unités de filtration,
d’abord grossières puis de plus en plus
sélectives.

La figure ci-contre précise la correspondance


entre procédés de solvo-transfert et taille des
particules éliminées.

Source : Document Technique FNDAE N°14, 2002


[1]

8 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Par ailleurs, des composés chimiques sont ajoutés à l’eau de mer durant la phase de prétraitement :

- Des coagulants avant les différentes filtrations, des dispersants après les filtrations grossières
- Du chlore pour éliminer les organismes vivant et éviter leur prolifération dans l’usine
- Des acides pour contrôler le pH et solubiliser certains sels

Source : Institut Espagnol Commerce Extérieur (ICEX), 2007 [2]

1.2.3. Dessalement
L’étape de dessalement est la plus couteuse en énergie, quelle que soit la méthode de séparation
utilisée. C’est pourquoi les méthodes vues en 1.1 cherchent à réutiliser toute l’énergie disponible.

- Dans le cas de l’osmose inverse, la saumure encore à haute pression en sortie des modules
est dirigée vers des turbines, dite Pelton, ou bien vers des échangeurs de pression avec le
flux d’eau entrant
- Dans le cas des procédés thermiques, la multiplicité des étages fonctionnant à des
températures et pression différentes, permet d’utiliser l’énergie d’un compartiment pour
chauffer le suivant par exemple

Cela dit, à l’issue de cette étape, l’eau « pure » est obtenue : au sens où le TDS est alors au moins
inférieur à 500 ppm. A noter que la qualité de l’eau est à ce stade indépendante en théorie du
processus utilisé mais aussi indépendante de l’usage prévu de cette eau. Autrement dit, on ne
dessale pas moins pour l’agriculture que pour la consommation humaine ou l’industrie.

1.2.4. Post-traitement et traitement des déchets


En fonction de l’utilisation future de l’eau dessalée, le post-traitement est différent :

- Quand il s’agit d’un usage industriel, elle est souvent utilisée « pure » voire « ultra-pure »

- Pour l’agriculture ou la consommation humaine, elle doit être reminéralisée et à nouveau


désinfectée. La désinfection qui s’effectue en dernier passe toujours par l’ajout de chlore.
C’est ce chlore que l’on peut parfois sentir dans l’eau du robinet (qu’elle vienne d’une usine
de dessalement ou d’une station d’épuration). La re-minéralisation, quant à elle, peut
s’effectuer de diverses méthodes. Elles consistent en l’ajout de différents mélanges de

9 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


réactifs plus ou moins couteux, donnant des eaux de plus ou moins bonne qualité. Ci-
dessous, quatre procédés types.

Procédé Description Minéraux (en mg.L-1) Investissement / Qualité


1 Mélange avec 1% d'eau de mer 15 Mg, 5 Ca, 125 Na, 220 Cl, 25 SO4
Très faible / Moyenne
clarifiée + neutralisation pH pH 7-7.5
2 Ajout de CO2 + percolation de 80 CaCO3
Elevé / Bonne
calcite (CaCO3, MgO) + Na2CO3 pH 7-7.5
3 Ajout de CO2 + percolation de 80 CaCO3, MgCO3
dolomite (CaCO3, MgCO3) + pH 7-7.5 Elevé / Très bonne
Na2CO
4 Ajout de CaCl2 + NaHCO3 100 CaCO3, 100 Na, 50 Cl
Très faible / Moyenne
pH 7-7.5
Tableau 3 – Exemples de procédés de re-minéralisation de l’eau dessalée
Source : www.lenntech.fr

La saumure, de par le volume qu’elle représente, ne peut être stockée : en effet, pour 100L d’eau de
mer, l’osmose inverse permet d’obtenir 45L d’eau pure et 55L de saumure en moyenne. Elle doit
donc être évacuée, en prenant soin de ne pas mettre en danger l’environnement.

Pour cela, la saumure est en général traitée pour en extraire les produits chimiques qui ont été
introduits au cours de la production. Ceux-ci peuvent être valorisés. Puis, la saumure restante est en
général reconduite vers la mer où elle est relarguée dans des zones où sa dilution sera favorisée.

NOTE : Le graphique ci-dessous donne à titre informatif une répartition des coûts dans le processus
industriel de dessalement par osmose inverse.

Figure 1 – Répartition des coûts de production d’eau dessalée


Source : Institut Espagnol Commerce Extérieur (ICEX), 2007 [2]

10 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


1.3. Deux exemples d’osmose inverse en Espagne : les
usines d’Adeje-Arona et de Llobregat
Le tableau ci-dessous résume les caractéristiques principales et fait l’inventaire d’une partie du
matériel nécessaire à la production d’eau dessalée, dans le cas de deux usines espagnoles. L’usine
d’Adeje-Arona est un exemple d’usine de taille moyenne, dont le nombre est important en Espagne.
Celle de Llobregat, dans les environs de Barcelone, est une des plus grandes installations d’Espagne
(et donc d’Europe). Elle illustre le fonctionnement de la petite dizaine d’usines dont la capacité
dépasse les 100 000 m3/jour.

USINE D’ A DEJE -ARONA (TENERIFE ) USINE DE LLOBREGAT


CARACTERISTIQUES GENERALES
Construction Population 2001 2009
touchée 50 000 habitants 4,5 millions d’habitants
Procédé Osmose inverse Osmose inverse
3 3
Production 22 000 m /jour 200 000 m /jour
Salinité de l’eau de mer 35 000 mg/L 39 700 mg/L
Salinité de l’eau produite < 400 mg/L 110 mg/L
PRETRAITEMENT
Flottation - 10 bassins de flottation (+ chlorure de fer III)
Filtration 6 filtres horizontaux, Ø = 2.8m 20 filtres verticaux, à 1 bar
- 20 filtres sous pression, Ø = 4m, L = 18m
Microfiltration 6 filtres à cartouches 20 filtres à cartouches-
OSMOSE INVERSE
Pompe haute pression 3 turbines (950 KW)
?

Module d’osmose 4 châssis 10 châssis


inverse de 82 tubes pressurisés, à 7 membranes de 188 tubes pressurisés, à 7 membranes
soit, 2041 membranes spirales soit, 13 160 membranes spirales

Récupération d’énergie 1 turbine Pelton (950 KW) Echangeurs de pression


POST-TRAITEMENT
Réactifs Hypochlorite de sodium Hypochlorite de sodium
Acide sulfurique Carbonate de calcium
Bisulfite de sodium Dioxyde de carbone
Hydroxyde de calcium

Source : www.atll.cat/es - Site du concessionnaire de l’usine de Llobregat,


www.aqualia-infraestructuras.es – Site du fabricant de l’usine de Adeje-Arona

ADEJE-ARONA LLOBREGAT LLOBREGAT

11 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


2. ETAT DU SECTEUR ESPAGNOL DU DESSALEMENT
2.1. Rappel historique : de l’isolement insulaire au plan
national
D’une manière générale, il faut savoir que l’eau est un bien public dont le prix a toujours été en
Espagne l’un des plus bas d’Europe : 1,59€/m3 en moyenne. Par ailleurs, la gestion des ressources
hydriques et la distribution de l’eau se fait à l’échelle locale : village, ville, voire région.

2.1.1. 1960 – 1990 : Développement embryonnaire du secteur


Les premiers besoins en eau se sont fait ressentir sur les îles Canaries et Baléares pour des raisons
évidentes : ces îles n’ont que peu de ressources propres en eau douce, leurs besoins sont en
augmentation constante à cause de l’augmentation de la population, du tourisme et de la qualité de
vie, et l’acheminement d’eau douce par bateau depuis le continent est un procédé très couteux qui
ne peut s’envisager que ponctuellement.

Le tableau ci-dessous, tiré du site hispagua.cedex.es, montre les 9 premières usines de dessalement
implantées sur les îles espagnoles, sur une période de 25 ans. On remarque que les technologies
utilisées sont encore variées. La capacité totale disponible en 1990 dépassait les 100 000 m3/jour.

Année Lieux Technologie Capacité (m3/jour)


1964 Lanzarote MSF ?
1970 Las Palmas I MSF 20 000
1972 Lanzarote CV ?
1976 Fuerteventura BW RO ?
1980 Las Palmas II MSF 18 000
1984 Lanzarote I SW RO 500
1986 Lanzarote II SW RO 7 500
1986 Maspalomas EDR 20 000
1990 Las Palmas III SW RO 36 000
Tableau 4 – Premières installations espagnoles de dessalement (grande
taille) : implantation insulaire exclusive jusqu’aux années 1990

2.1.2. 1990 – 2005 : Quinze années de gestation d’un Plan Hydrologique


National
La première usine de la péninsule ibérique est installée en 1993, à Cabo de Gata, en Andalousie.
L’osmose inverse devient alors la technologie majoritairement utilisée.

Année Lieux Technologie Capacité (m3/jour)


1993 Cabo de Gata RO ?
1996 Costa del Sol RO 45 000
1996 Sureste RO 25 000
1998 Adeje-Arona RO 20 000
1999 Bahia de Palma RO 45 000
2000 Las Palmas-Telde MED 37 000
Tableau 5 – Liste partielle des installations espagnoles

12 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Parallèlement à l’apparition des premières usines sur le continent et aux sécheresses des années
1990-94, l’Espagne, alors sous le gouvernement socialiste (PSOE) minoritaire de Felipe Gonzalez,
commence ses réflexions sur une politique nationale d’eau.

En avril 1993, un avant-projet de Plan Hydrologique1 National (PHN) est rédigé. Dans ce texte, le
transvasement d’eau entre les régions est fortement présent. Le Décret Royal 1327/1995, du 28
juillet 1995 [3], admet que les usines de dessalement d’eau de mer et saumâtre connaitront un
développement certain dans le futur, et fixe alors des mesures relatives aux règles d’exploitation des
installations, règles qui étaient vagues jusqu’alors. C’est la première loi nationale au sujet du
dessalement.

Toutefois, en décembre 1998, le Livre Blanc sur l’eau publié par le ministère espagnol de
l’environnement, évoque, parmi de multiples aspects, les transvasements d’eau possibles pour le
PHN mais ne fait que mentionner l’existence en Espagne de technologies de dessalement encore
couteuses bien que nécessaires dans certaines régions.

En 2000, est enfin proposé un premier PHN. Celui-ci est adopté en février 2001 [4], sous le
gouvernement de José Maria Aznar et son ministre de l’environnement Miguel Arias Canete, du Parti
Populaire (PP).

Objectifs du PHN de 2001 :


- Ne prévoit pas l’augmentation de l’offre et de la demande en eau, mais prévoit un
rééquilibrage entre zones excédentaires et déficitaires d’eau quel que soit l’usage (urbain,
agricole, industriel)
- Mettre un terme à la surexploitation des aquifères, vrai problème écologique sur le long
terme, encouragée par le bas prix de cette ressource.

Principales mesures :
- Réorganisation des bassins hydrologiques pour une
meilleure gestion
- Transvasement de l’Ebre : pour faire face aux
problèmes d’eau sur le littoral méditerranéen, le
projet prévoyait la construction d’un gigantesque
canal de transvasement de l’eau de l’Ebre2 sur tout le
pourtour méditerranéen, capable de transporter 1050
hm3 d’eau par an. A noter que l’Espagne dispose
d’une dizaine d’autres canaux de transvasement.

1
Hydrologie : science de la terre qui s'intéresse au cycle de l'eau, c'est-à-dire aux échanges entre l'atmosphère,
la surface terrestre et son sous-sol. Hydraulique : branche de la physique qui étudie la circulation des liquides
sous pression.
2
Ebre : fleuve espagnol, 928 km de long, au sud des Pyrénées, débouchant dans la mer méditerranée au niveau
de la Catalogne.

13 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Critique du PHN de 2001 :
La critique, concernant essentiellement le transvasement de l’Ebre, est émise depuis la Catalogne et
l’Aragon. Les arguments sont multiples : débit de l’Ebre insuffisant et sujet au changement
climatique, solution inefficace lors des périodes de sécheresse du fleuve, mise en danger des
écosystèmes de la région et du delta du fleuve, forte consommation énergétique du projet avec une
dizaine de stations de pompage, et coût élevé du projet (4,3 milliards d’euros). Par ailleurs, l’Union
Européenne s’était opposée au projet et à son financement.

Nouvelle version du PHN :


Le projet prend donc du retard, et en 2004, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero (PSOE)
nouvellement élu fait amender le PHN : la construction du canal est abrogée, et une autre solution
est mise en avant pour l’apport d’eau sur le littoral, la construction d’usines de dessalement d’eau de
mer.

Les actions concrètes de cette loi ont été menées dans le cadre du programme A.G.U.A (Actions pour
la Gestion et l’Utilisation de l’Eau). Elles comprennent :

- Des actions pour l’augmentation des ressources en eau (politique d’offre) : dessalement
- Des actions pour une meilleure gestion de ces ressources : modernisation de l’irrigation et
installations de réutilisation de l’eau
- Des actions pour une meilleure qualité de l’eau, la prévention des inondations et la protection
de l’environnement

Le programme stipule clairement que sa portée est nationale, même si les actions qualifiées
d’urgentes concernent les bassins hydrologiques méditerranéens. Naturellement, ce nouveau plan a
également essuyé la critique du camp politique adverse et le rejet populaire par les provinces du
Levant espagnol (voir Tableau 6). Mais l’Union Européenne est favorable au projet qui s’inscrit dans
la Directive-Cadre sur l’Eau (DCE1) d’octobre 2000.

2.1.3. 2005 – 2013 : Application du programme A.G.U.A en matière de


dessalement

Objectifs initiaux :
En termes de dessalement, ce programme qui fut appliqué malgré les critiques, prévoyait le
financement et la construction de 51 usines de dessalement dans les régions méditerranéennes. La
capacité de production de ces usines était estimée à 1063 hm3 par an, soit autant que le projet de
transvasement. Le budget prévu initialement était de 3,8 milliards d’euros.

1
La DCE établit un cadre pour une politique globale communautaire dans le domaine de l'eau. Elle vise à
prévenir et réduire la pollution de l'eau et les effets des inondations et des sécheresses, promouvoir son
utilisation durable, protéger l'environnement, améliorer l'état des écosystèmes.

14 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Le tableau ci-dessous résume la répartition les moyens et les objectifs initiaux du programme de
dessalement, pour les actions urgentes.

Bassins Capacité
Investissement
hydrauliques supplémentaire
du Sud 312 Hm3/an 554 millions d’€
de Segura 336 Hm3/an 1 336 millions d’€
de Jucar 270 Hm3/an 798 millions d’€
de l’Ebre et de
145 Hm3/an 1 110 millions d’€
Catalogne
3 798 millions d’€
Total : 1063 Hm3/an
(33% de fonds européens)

Tableau 6 - Plan prévisionnel des actions urgentes du programme A.G.U.A par bassins
Source : Ministerio de Medio Ambiente, feuillet de présentation du programme [5]

Mode opératoire du programme :


Acuamed*, l’entreprise d’état chargée de mener le programme A.G.U.A., a mis progressivement en
licitation les différents projets d’initiative publique. Deux types de contrats ont été utilisés : les
contrats EPC, de financement et de construction, et les contrats O&M, d’exploitation et de
maintenance. Les principales entreprises décrochant les contrats sont les filiales « eau » des grands
groupes de BTP espagnol : FCC, Acciona, Ferrovial & Sacyr.

REMARQUE : Les entreprises privées peuvent aussi opter pour un schéma d’exploitation de type
concession : l’entreprise construit l’usine sur investissement personnel et subventions puis l’exploite.
Le temps d’amortissement des usines d’osmose inverse est estimé à 25 ans. C’est le cas de
nombreuses usines de petite et moyenne taille, qui n’entrent pas dans le cadre du programme.

Abandon du programme en 2008 :


En 2008, la fusion du ministère de l’environnement et de celui de l’agriculture, de la pêche et de
l’alimentation contribue à donner d’avantage de poids à l’agriculture dans les politiques d’eau. Un
certain scepticisme vis-à-vis du dessalement croît alors. Le retard pris dans certains projets, la sous-
estimation du coût réel de l’eau comme les débuts de la crise économique conduisent à l’abandon du
programme, au sens où il est remplacé par un ensemble de plans qui se donnèrent jusqu’à 2015 pour
finir les ouvrages en cours. L’annexe B, du ministère de l’environnement, cartographie les objectifs
finaux qui seront prochainement atteints.

Ainsi : des 51 usines programmées, seules 32 seront construites. Elles représentent une capacité de
production d’eau de 713 hm3 par an, soit 67% de l’objectif initial. Selon Angel Cajigas, président
patronal de l’Association Technique pour le Traitement de l’Eau (ATTA), l’effort aura été centré sur
les usines de grande et moyenne taille.

15 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


2.1.4. Effet de la politique espagnole sur les capacités de dessalement

Figure 2 – Nouvelle capacité de production en m3/jour en fonction de


l’année de signature du contrat
Le graphique ci-dessus montre l’évolution des capacités de production contractées en Espagne.

Dans une première phase, de 1995 à 2002, le secteur prend de l’importance. L’augmentation
sensible centrée autour de l’an 2000, s’explique par la bonne santé de l’économie espagnole, la
volonté de développer le tourisme et les premières mesures en matière d’eau. A cette époque,
l’Espagne bénéficie déjà de fonds européens pour le développement du secteur : une des usines
d’Alicante, 50 000 m3/jour mise en ligne en 2002, a ainsi été financée à 85% par l’Europe. [6]

Le creux de la vague, entre les années 2002 et 2004, est simultané aux discussions politiques et
scientifiques du PHN dans sa version où le transvasement de l’Ebre était plus important que le
dessalement.

Le vote du PHN seconde version en 2004, et l’application du programme AGUA, font ensuite
littéralement exploser la capacité journalière. Puis progressivement, avec les effets croissants de la
crise, et finalement l’abandon du projet, l’Etat espagnol met de moins en moins de projets en
licitation. L’année 2012 est l’année noire pour les professionnels du secteur. En 2013, a lieu une
légère relance due à l’utilisation de fonds européens qui arrivaient à échéance (non visible ci-dessus).
[7]

1990 2000 2004 2006 2014


0,1 hm3/jour 0,7 hm3/jour 1,4 hm3/jour 2,0 hm3/jour + de 3,9 hm3/jour
Tableau 7 – Capacité de dessalement installée en Espagne (cumulée)
Source : CEDEX, hispagua.cedex.es

16 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


2.2. Situation en 2014
Alors que les derniers projets du programme AGUA s’achèvent aujourd’hui, cette section fait le point
sur les installations actuelles, publiques et privées, leur nature et leur financement. L’essentiel des
données est tiré de la base de données internationale (DesalData.com) de l’International
Desalination Association.

2.2.1. Les chiffres : nombre, taille et financement des usines


Au sujet du nombre d’usines, les principaux chiffres sont regroupés dans le tableau ci-dessous :

Type d'eau Technologie de


Statut d'exploitation de l'usine Nb d'usines
utilisée dessalement
Tous Toutes Quelconque 964
Tous Toutes En ligne / Présumé en ligne 613

Eau de mer Toutes En ligne / Présumé en ligne / Construction 380


Eau de mer Osmose inverse En ligne / Présumé en ligne / Construction 310

Comme dit en introduction, sur le millier d’usines de traitement des eaux en Espagne, seulement
deux tiers sont en exploitation. Le tiers restant fait soit partie du parc des anciennes usines (retirées
du service) et usines pilotes, soit n’est pas exploité.

Lorsque l’on s’intéresse au dessalement d’eau de mer spécifiquement (c’est-à-dire 62% des usines de
traitement de l’eau), le bon chiffre est de 380 usines en exploitation. On constate alors l’hégémonie
de la technologie d’osmose inverse : 310 usines l’utilisent, soit plus de 81%.

Toutefois, la capacité de production de ces usines est très disparate. Les quelques dizaines d’usines
les plus grandes produisent l’essentiel de l’eau dessalée. C’est ce que montre le graphique suivant :

17 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


A la vue des objectifs réalisés du programme AGUA, partie 2.1.3, il convient de rappeler que ce sont
les quelques usines de grandes tailles qui ont été financées par l’argent public. Ce qui conduit aux
faits suivants :

- 80% de la capacité de dessalement d’eau de mer est d’origine publique


- 50% de la capacité de dessalement d’eau de mer est issue du programme AGUA (32 usines)
- le reste est d’origine privée

Le tableau ci-dessous précise également l’usage fait en fonction de la taille des usines.

Taille d’usine Financement Usage


Grande Majoritairement d’initiative publique Urbain
Moyenne D’initiative publique et privée Agriculture / Golf
Petite Majoritairement d’initiative privée Industrie / Tourisme

Tableau 8 - Relation entre taille, financement et usage des usines

2.2.2. Spécificité espagnole : 22% de consommation agricole


La politique espagnole prévoyait un usage massif de
l’eau dessalée dans le secteur agricole. Cela faisait
partie des justifications du PHN de 2004. Le résultat
est mitigé :

D’une part, en comparaison avec les 10% d’eau


dessalée utilisés pour l’agriculture à l’échelle du
monde, les 22% espagnols sont bien au-dessus de la
moyenne.

D’autre part, ce pourcentage est inférieur aux


estimations gouvernementales initiales, qui étaient de
l’ordre de 50%. La raison à cela est une question de
prix : sauf dans les cultures à haute valeur ajoutée, comme dans la région de Murcia, la majorité des
agriculteurs ne peut payer plus de 0,30€/m3 pour l’irrigation. Or il s’est avéré que le coût réel de l’eau
dessalée dépassait les estimations initiales (0,3-0,7€/m3) pour atteindre la valeur de 1,1€/m3. [8]

REMARQUE : il existe toutefois en Espagne une usine de production d’eau (du groupe Sacyr*)
consacrée à l’agriculture et produisant de l’eau sur commande, qui sert de complément aux autres
sources d’eau.

18 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


2.2.3. Surcapacité et prix de l’eau

Surcapacité ou sous-exploitation : les faits


Ce n’est pas un secret en Espagne : les grandes usines de dessalement d’eau de mer ne tournent pas
en permanence au maximum de leur capacité. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elles
tournent même en partie à de faibles pourcentages, compris entre 10% et 20% de leurs capacités.
Certaines seraient même fermées. Cette fourchette est assez imprécise car les chiffres relatifs à
l’exploitation des usines sont rares ou difficilement accessibles.

Les professionnels du secteur interrogés, qu’ils soient chercheurs ou industriels, avancent le fait que
cette surcapacité est un point positif, donnant une marge de sécurité, une assurance vie, pour
l’approvisionnement en eau potable. Ponctuellement, en cas de sécheresse accrue, il suffirait
d’ouvrir les vannes. Et, à plus long terme, avec l’augmentation des besoins en eau (liée à une reprise
de l’économie), les pourcentages d’exploitation des usines vont finir par augmenter. A ce moment-là,
seulement, on saura si l’Espagne dispose de suffisamment de ressources en eau.

Néanmoins, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre ce phénomène de surcapacité et les


autres « frénésies » de construction dont ont fait preuves les constructeurs espagnols : autoroutes
privées inexploitées et routes neuves, aéroports fermés depuis leur construction, … Roque Gistau,
président de l’Association Espagnole d’Approvisionnement en Eau (AEAS), a déclaré en 2013 : « A la
différence des autres infrastructures comme les routes ou les aéroports, il n’y aucun risque que les
usines de dessalement ne soient pas utilisées ». Mais il faut rajouter qu’avec les temps, les
installations se dégradent et que les coûts de maintenance, comme le prix de l’eau, augmentent.

Les estimations de croissance de l’urbanisation et du tourisme en 2004, qui ne se sont pas réalisées
par la suite, ont aussi joué un rôle dans le mauvais dimensionnement des installations. Certaines
municipalités ont par exemple rompu leur contrat d’installation d’usines en conséquence de la crise
de 2008. [9]

Le prix de l’eau en Espagne : un facteur aggravant de la sous-exploitation


Cela dit, pour comprendre cette problématique, il faut faire le lien avec le prix de l’eau en Espagne.
L’eau dessalée est chère car l’eau des aquifères et autres sources est à l’inverse beaucoup plus
accessible, au point que le prix de l’eau que paye le consommateur ne permet de recouvrir les frais
(d’approvisionnement et d’assainissement) qu’à hauteur de 80% [10]. On comprend alors pourquoi
les agriculteurs, mais aussi les municipalités, préfèrent l’eau conventionnelle à l’eau dessalée.

D’ailleurs, l’Union Européenne a mis en garde l’Espagne sur deux points :

- Le fait que les installations de dessalement soient si peu utilisées est inadmissible, étant
donnée la très large part de financement européen [9]

- Le risque à la fois économique et environnemental que représente le bas prix de l’eau en


Espagne : c’est à la fois une source d’endettement et un facteur favorisant la surexploitation
des aquifères, aux conséquences environnementales importantes.

19 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Ainsi, les industriels du secteur du dessalement n’espèrent qu’une chose : une réforme nationale sur
le prix de l’eau qui permettrait de rééquilibrer les coûts et d’augmenter la production d’eau dessalée.

Roque Gistau, encore, évoque la possibilité de calquer le système de facturation de l’eau sur celui de
l’énergie : « Les autorités des bassins (Confederaciones Hidrográficas) pourraient considérer l’eau
dessalée comme une ressource supplémentaire, équivalente aux eaux de sources et régénérées, et
ainsi établir un prix moyen global, à l’image de ce qui se fait dans le secteur de l’énergie, où il n’y a
pas de différence entre les différentes sources d’électricité ». (solaire, nucléaire, thermique,
hydraulique)

2.3. Les orientations actuelles du secteur


Des problématiques de surcapacité et d’impact environnemental mal évalué découlent les deux axes
d’avenir du secteur espagnol du dessalement et du traitement de l’eau.

2.3.1. A l’international : faire fructifier l’investissement


Grâce à l’expérience gagnée, les nombreuses références techniques et les preuves de leur capacité à
construire des usines opérationnelles, les entreprises espagnoles ont su conquérir le marché
international et gagner des concessions dans tous les pays.

On en veut notamment pour preuve le fait que 5 des 20 entreprises ayant signé le plus de contrats
d’exploitation (en m3/jour) sur la période 2006-2013 sont espagnoles.

Figure 3 – Classement des 20 meilleures sociétés ayant signé le plus de contrats d’exploitation
Source : IDA - Yearbook 2014

REMARQUE : On notera la présence dans le classement des groupes Veolia et Suez Environnement.
En particulier, la filiale Degrémont de Suez Environnement est fortement implantée en Espagne.

20 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


En termes de chiffre d’affaire, 80% est réalisé à l’international par les filiales eau des grands
constructeurs comme Acciona Agua*, FCC*, Abengoa*, Ferrovial* et Sacyr*. Cette tendance est
d’ailleurs à la hausse étant donnée la sécheresse des contrats en Espagne.

Les pays cibles sont nombreux : Algérie, Maroc, Chili, Venezuela, Chypre, Australie, Angleterre… Les
entreprises espagnoles signent même des contrats dans les grands pays producteurs d’eau dessalée
que sont l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et Israël.

Par ailleurs, même si les entreprises espagnoles construisent à l’étranger, des entreprises étrangères
construisent aussi des usines en Espagne. C’est par exemple le cas de la France, dont les deux
groupes Veolia et Suez Environnement construisent quasiment exclusivement des usines en dehors
du territoire français. [11] La filiale Degrémont de Suez Environnement a par exemple participé dans
la construction de l’usine de Barcelone-Llobregat (200 000 m3/jour) et celle de El Atabal en
Andalousie (165 000 m3/jour). [12]

2.3.2. Au niveau national : les terres intérieures & la maintenance


Même si le programme AGUA est arrivé à son terme, d’autres activités restent à entreprendre en
Espagne.

D’une part, le parc espagnol d’usines a commencé à se construire il y a plus de 30 ans. Les premières
usines sont donc vieilles. Leur rénovation, mise aux normes, voire leur démantèlement sont des
activités qui pourraient bien être menées par les mêmes acteurs qui ont construit ces usines.

D’autre part, si les usines de dessalement d’eau de mer ont fini de coloniser le littoral espagnol, ce
sont les terres intérieures qui pourraient dans quelques années ressentir le stress hydrique. C’est,
selon Domingo Zarzo, directeur technique de Sacyr, un des marchés d’avenir : la production d’eau
potable à partir des eaux continentales et des eaux usées. A ce sujet, les problèmes sont nombreux :
le rejet de saumure n’est pas possible loin des côtes, et leur acheminement est bien trop couteux,
l’enfouissement est lui un sujet mal connu.

Aussi, la production d’eau dessalée qui augmente les ressources en eau douce du pays doit être
complémentaire d’un bon système de recyclage des eaux. Ce recyclage des eaux, via des installations
qui utilisent les mêmes technologies que celles du dessalement, doit pouvoir se faire idéalement en
cycle fermé : il faut accepter que les eaux usées deviennent notre eau potable après passage dans
des usines sophistiquées de purification.

C’est notamment pourquoi, l’effort de recherche se poursuit dans le domaine du dessalement, qui
est étroitement lié à celui du traitement et de la purification de l’eau.

21 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


3. RECHERCHE ET INNOVATION EN 2014

Le secteur du dessalement a connu de nombreuses améliorations au cours des trente dernières


années, ce qui le rend aujourd’hui compétitif. Toutefois, en Espagne et plus généralement dans le
monde, des défis technologiques restent à surmonter :

- de durabilité des installations : les grandes usines construites ces dernières années ne sont
pas éternelles. Le colmatage1 et compactage2 des membranes, l’usure et la corrosion des
canalisations sont des points d’études important pour les exploitants d’usines.

- en matière de réduction des coûts énergétique : dans le cas de l’osmose inverse, la


compression de l’eau de mer est l’étape la plus couteuse. Bien que le procédé ait été
largement optimisé avec l’utilisation de turbines Pelton pour la régénération d’énergie par
exemple, on cherche encore à diminuer ce coût. L’utilisation hybride d’énergie renouvelable
est une autre solution envisagée. En génie des matériaux, le développement de membranes
d’osmose inverse fonctionnant à des pressions inférieures est un objectif important.

- de valorisation des déchets : la saumure est le principal sous-produit des usines de


dessalement. Son relargage en mer est à l’heure actuelle la solution qui satisfait les
industriels peinant à trouver des alternatives plus écologiques. Mais, il existe d’autres
déchets : les produits chimiques utilisées, les filtres et les membranes d’osmose inverse
usagés.

Les centres de recherches espagnols mènent des recherches dans ces domaines à moyen et court
termes. En ce qui concerne l’innovation de rupture, comme le développement de nouvelles
méthodes de dessalement, l’Espagne est aussi dans la course même si le budget alloué à la recherche
a nécessairement été revu à la baisse en raison de la crise économique.

Une liste exhaustive ne pouvant être établie, les paragraphes suivants présenteront quelques projets
majeurs récents voire encore en cours en Espagne. Les acteurs de recherches, qui figurent également
dans l’annexe A, seront cités.

3.1. Durabilité des installations

Cette thématique relève principalement de la recherche en entreprise, au sens où les exploitants


d’usines cherchent à optimiser leurs installations et investissent dans des études de ce genre.

1
On parle de colmatage des membranes pour désigner l’obstruction des ports de ces dernières par des
impuretés de grande taille.
2
Le compactage des membranes est un autre phénomène destructif dû à l’utilisation d’eau sous haute
pression.

22 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Cependant, dans le cadre du programme national Innpacto 2011, lancé par le Ministère des Sciences
et de l’Innovation, un des projets ayant remportés le financement avait pour objectif l’amélioration
de la gestion des usines de dessalement d’eau de mer. L’encadré ci-dessous en fait le résumé.

Projet : Osmosis Invesa, Innpacto 2010-2012


Intitulé : Outils et méthodologie avancés pour l’optimisation de la conception, de
l’exploitation et du contrôle des installations de dessalement d’eau de mer par
osmose inverse
Description : L’étude porte sur l’élaboration de modèles hydro-chimiques dans le
but de prévoir la formation de précipités inorganiques et de sous-
produits de chloration, dans des zones spécifiques des usines
d’osmose inverse. Une meilleure connaissance de la formation de ces
produits peut aider à la compréhension de l’usure des canalisations
et l’obstruction progressive des membranes d’osmose inverse,
réduisant leur durée de vie.

Un autre modèle développé étudie l’utilisation du dioxyde de


carbone comme double agent : à la fois pour la pré-acidification du
milieu en amont des membranes d’osmose inverse et pour vérifier la
reminéralisation obtenue après percolation sur calcite. Cela
permettra une comparaison avec les autres acides utilisés dans les
procédés conventionnels.
Acteurs : - Antonio Garralón, responsable du projet au niveau du CIEMAT*
(Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y
Tecnológicas)
http://ciemat.academia.edu/AntonioGarralonLafuente
- CADAGUA, S.A., partenaire industriel
http://www.cadagua.es/optimizacion-de-tecnologias
Financement : 1 106 107 € en 2010 Par : le Ministère des Sciences et de
82 700€ en 2011 l’Innovation & le Fond européen de
37 605€ en 2012 développement régional.

23 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


3.2. Réduction du coût énergétique
Autre projet primé par la commission Innpacto 2011, Wind Osmosis avait pour objectif d’étudier la
faisabilité de l’utilisation de l’énergie éolienne pour faire fonctionner des modules d’osmose inverse.
Ce projet s’inscrit dans la thématique de réduction du coût de production de l’eau dessalée par
couplage des énergies utilisées.

Projet : Wind Osmosis, Innpacto


2010-2013
www.windosmosis.com
Intitulé : Diminution du coût énergétique du dessalement de l’eau de mer grâce à
l’énergie éolienne
Description :

L’objectif est l’analyse de la viabilité technique des différentes manières d’utiliser


l’énergie éolienne mécanique d’un générateur éolien pour faire fonctionner des
pompes de compression d’une installation d’osmose inverse.
Plus précisément, ce sont les moyens de transmission par engrenages et système
hydraulique qui sont étudiés.

Aussi, la récupération d’énergie électrique via injection des saumures dans une
turbine Pelton est étudiée.

Résultat :

Le projet aura conduit à la


construction d’un prototype
d’usine de petite taille dans
un des centres du CIEMAT à
Madrid.

Acteurs : - Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y


Tecnológicas (CIEMAT)
- Generación de Agua, S.A. (GASA) www.generaciondeagua.com
- GRUPOTEC Ingenieria de Servicios, S.L.
- Azahar Energy, S.A
- Instituto del Agua-Universidad de Granada
Financement : 2 300 000 € sur la période Par : le Ministère de l’Economie, le
2010-2013 (sous forme de FEDER & le CIEMAT
subventions, prêts, avance
remboursable)

Cette thématique est très présente en Espagne étant donné l’importance du prix de l’eau dessalée
sur son utilisation. CADAGUA, qui a participé au projet Osmosis Inversa, a également investi dans
d’autres projets pour l’optimisation de l’efficacité énergétique des usines de traitement des eaux

24 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


usagées (installations de type EDAR) et ses recherches l’amène à collaborer avec le célèbre
Massachusetts Institute of Technology (MIT).

3.3. Valorisation des déchets


Le devenir du principal déchet des usines de dessalement, la saumure, a fait l’objet de nombreuses
recherches. L’entité Valoriza Agua*, du groupe Sacyr, a par exemple investit près de six millions
d’euros dans ce secteur. Pour autant, aucune solution viable ne se présente à l’horizon en Espagne.

En revanche, concernant le recyclage des autres déchets que constituent les membranes d’osmose
inverse usagées, divers projets sont déjà bien avancés. L’un d’eux, cofinancé par le programme
européen Life+1, est géré par l’Institut Madrilène d’Etudes Avancées de l’Eau (IMDEA Agua*) et
s’avère prometteur :

Projet : TRANSFOMEM, Life+


2014-2018
www.agua.imdea.org
Intitulé : Transformation de membranes d’osmose inverse usagées en membranes de d’ultra
et nanofiltration
Description :
Très utilisé en Espagne, le dessalement par osmose inverse utilise de très nombreuses
membranes dont la durée de vie est comprise entre 5 et 10 ans. Jusqu’à présent les
membranes usagées étaient envoyées dans des décharges. S’inscrivant dans une démarche de
valorisation des sous-produits du dessalement, mais aussi la réduction du coût économique
(puisque le remplacement des membranes représente 5% du coût de fabrication) de
l’industrie, ce projet cherche à transformer par des moyens chimiques écologiques les
membranes d’OI en membranes de filtration.

Les membranes obtenues peuvent alors être utilisées pour différentes application, relevant du
traitement de l’eau ou d’autres domaines.

Résultat :
Le projet, bien qu’entamé récemment en serait déjà au lancement prochain d’une usine pilote
à petite échelle.

Acteurs : - IMDEA Agua


- Sadyt
Financement : 956 077€ dont 477 488€ de Par : Life+ (Europe) & IMDEA Agua
fonds européen

Dans ce même créneau, il convient de mentionner le projet Remembrane, un peu plus ancien
(commencé en 2012, se terminant en juin 2015) qui étudie le recyclage des membranes dans une

1
Life, acronyme de l'instrument financier pour l'environnement, est un fonds de l'Union européenne pour le
financement de sa politique environnementale. Life+ correspond à ce fonds pour la période 2007-2013.

25 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


problématique légèrement plus large incluant la réutilisation pour osmose inverse et non
simplement pour de la filtration. Ce projet dans lequel participent cinq entreprises espagnoles.

Pour plus d’information : life-remembrane.eu

3.4. L’innovation de rupture


Enfin, concernant l’innovation à plus long terme, bien souvent dite de rupture, l’Espagne n’est pas en
reste. Bien qu’à l’international, on parle davantage de membranes en nanotubes de carbone ou
encore de l’invention biomimétique danoise Aquaporin, les Espagnols se concentrent sur d’autres
sujets :

La Distillation Membranaire par voie solaire :


Cette technologie, étudiée dans divers laboratoires internationaux mais uniquement développée à
échelle réelle sur la Plateforme Solaire d’Almeria (PSA) du CIEMAT*, combine procédés thermique et
membranaire : les membranes ne fonctionnent pas grâce à la pression appliquée (comme pour
l’osmose inverse) mais sont des membranes hydrophobes au sens où elles ne permettent pas le
passage de l’eau liquide et laissent passer la vapeur. La formation de vapeur nécessite un apport
d’énergie : une des spécificités des recherches faites à PSA est d’utiliser pour cela l’énergie thermique
solaire. Le gradient naturel de température qui se crée à travers la membrane, induit une légère
différence de pression entre les compartiments, ce qui permet à la vapeur de circuler et de
s’échapper vers une zone où elle est condensée.

La distillation membranaire semble prometteuse aujourd’hui pour diverses raisons :


- Un coût inférieur à celui de l’osmose inverse, d’autant plus avec le couplage solaire
- Un champ d’applications plus large : les eaux de forte salinité peuvent par exemple être
traitées par ce processus (ce qui ouvre l’espoir d’une solution pour les rejets de saumure)
- L’eau ne nécessite pas de prétraitement chimique comme dans le cas de l’osmose inverse
- Les membranes seraient plus résistantes à l’usure du temps

Projet : Membrane Distillation (MD) 2013-en cours


Intitulé : Comparaison de différents prototypes de membranes de distillation fonctionnant à
l’énergie solaire
Acteurs : - Guillermo Zaragoza, pour le CIEMAT
- Alba Ruiz-Aguirre, pour le CIESOL*
- Plateforme Solaire d’Almeria
Prix : Octobre 2013, à l’IDA World Congress : meilleure présentation de résultats,
5 000 $
Publication : Revue futurENVIRO, Janvier-Février 2014, pages 99-102
futurenviro.es/sites/futurenviro.es/files/digital-versions (Anglais & Espagnol)

L’Espagne, par l’intermédiaire du CIEMAT est aujourd’hui considérée comme « référent mondial » en
matière de distillation membranaire par voie solaire.

26 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


La Désionisation Capacitive : purification spécifique et génération d’électricité
La première étape de la désionisation capacitive (ou CDI - Capacitive Deionization) se rapproche de
l’électrodialyse : une différence de potentiel est appliquée entre deux électrodes pour séparer les
ions de l’eau. Les électrodes adsorbent respectivement les ions positifs et négatifs, le flux d’eau
sortant est lui dessalé. Simultanément, on a donc « dessalement » et « stockage d’énergie » sous
forme électrique.

Les électrodes n’ayant pas une capacité d’absorption infinie, une phase de traitement de l’eau est
suivie d’une phase de régénération des électrodes : la différence de potentiel est annulée, ou
inversée. Les électrodes se déchargent à l’image d’un condensateur. Les ions sont libérés dans une
solution qui devient l’équivalent de la saumure.

Tout l’intérêt de cette méthode consiste à pouvoir récupérer l’énergie de la décharge des électrodes
pour faire fonctionner d’autres cellules de CDI mises en parallèle. C’est un thème de recherche à
l’université d’Oviedo (Asturies). A Madrid, les IMDEA Agua et Energia essayent d’évaluer le potentiel
de récupération de cette énergie et les paramètres qui influent sur la charge et les décharge des
électrodes.

Les spécificités de la CDI sont :


- Son efficacité énergétique supérieure à celle de l’osmose inverse dans le cas des eaux à basse
salinité
- Sa capacité à l’élimination d’espèces spécifiques (nitrates, bore) en utilisant des électrodes
particulières

Projet : Désionisation Capacitive


Acteurs : - Julio José Lado Garrido, IMDEA Agua et IMDEA Energia
- Université d’Oviedo*
Publication : [1] New testing procedures of a capacitive deionization reactor, E. Garcia-
Quismondo, R. Gomez, F. Vaquero, A.L. Cudero, J. Palma, M. Anderson,
Physical Chemistry Chemical Physics, 15 (2013) 7648-7656.

[2] Up-Down Converter for Energy Recovery in a CDI Desalination System,


A.M. Pernia, J.G. Norniella, J.A. Martin-Ramos, J. Diaz, J.A. Martinez, Ieee
Transactions on Power Electronics, 27 (2012) 3257-3265.

[3] Optimizing the Energy Efficiency of Capacitive Deionization Reactors


Working under Real-World Conditions, E. Garcia-Quismondo, C. Santos, J.
Lado, J. Palma, M.A. Anderson, Environmental Science & Technology, 47
(2013) 11866-11872

Ces exemples de projets illustrent ce qui se fait actuellement dans les centres de recherches
espagnols. En Annexe A figure une liste plus complète d’instituts de recherche sur l’eau. Aussi, si l’on
en croit les propos d’Eloy Garcia, directeur de l’IMDEA Agua, de nombreux projets de recherches sont
en train de naître, dans cette période « d’après crise » : SmartWetland, Itaca, …

27 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


CONCLUSION ET PROCHAINS RENDEZ-VOUS

Le dessalement de l’eau de mer est une industrie très développée en Espagne, qui vient d’achever,
non sans difficultés, une étape de sa politique d’eau : la construction d’un grand nombre d’usines de
dessalement d’eau de mer par osmose inverse. Et, les entreprises à l’origine de ces installations sont
depuis quelques années parties à la conquête des marchés internationaux, tout en maintenant un
niveau soutenu de recherche industrielle. Ces entreprises sont aussi soucieuses de rester
compétitives en Espagne dans les secteurs de l’eau de demain : amélioration de la qualité de l’eau,
maintenance d’un parc d’usines qui va nécessairement vieillir et prévisions de stress hydrique dans
les terres intérieures.

Toutefois, les ambitions politiques, basées sur une situation économique prospère des années 2000,
ont conduit à une situation particulière : la sous-exploitation des usines de dessalement. Les
professionnels du secteur n’espèrent qu’une chose : un épisode de sécheresse qui démontrera la
nécessité de leurs usines. Ce « test » permettra de savoir si l’Espagne est bel et bien en état de
surcapacité d’eau, et si la répartition des usines répond correctement aux besoins. En ce sens,
l’industrie nationale est dans une phase d’attente.

Dans les années à venir, et avec une reprise économique, le secteur de l’eau espagnol aura besoin
d’une réforme de sa tarification, conduisant à une augmentation du prix de l’eau. Si cette politique
est bien menée, elle pourra permettre à l’eau dessalée un plus haut taux d’utilisation, en particulier
dans l’agriculture.

L’avenir de l’Espagne sera aussi surement marqué par d’autres plans hydrologiques qui mettront en
application les innovations issues des nombreux centres de recherches sur l’eau. Il s’agira autant des
améliorations du dessalement de l’eau de mer, que du développement d’un transport et d’une
réutilisation efficaces de l’eau.

Parmi les prochains grands rendez-vous, on citera les journées techniques de l’AEDyR (à Madrid, les
17 et 18 septembre 2014) au sujet des technologies à membranes, ainsi que son congrès
international (à Séville, du 26 au 28 novembre 2014) où une série de rencontres internationales sont
prévues. L’été prochain se tiendra aux Etats-Unis, le congrès international de l’IDA. Tous les
événements peuvent être trouvés ici : http://idadesal.org/events/

28 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


REFERENCES & BIBLIOGRAPHIE
[1] Les procédés membranaires pour le traitement de l’eau, J-M. Berland, C. Juery, FNDAE, 2002
[2] La desalinización en España, ICEX, 2002
[3] Décret Royal 1327/1995 : www.boe.es/diario_boe/txt.php?id=BOE-A-1995-19001
[4] Ley 10/2001 - PHN : https://www.boe.es/diario_boe/txt.php?id=BOE-A-2001-13042
[5] Feuillet de présentation du programme AGUA, Ministère de l’Environnement :
[6] La situación actual de las desaladoras en el sudeste mediterráneo, A. Iñiguez López, Université
d’Alicante, 2007, http://web.ua.es/es/giecryal/documentos/desaladoras.pdf
[7] Interview de Ángel Cajigas par Cincodias :
http://cincodias.com/cincodias/2014/03/21/empresas/1395425360_680038.html
[8] Déclarations de Cañete, ministre de l’environnement jusqu’en 2014, 4 avril 2014
www.laopiniondemurcia.es/comunidad/2014/04/04/canete-dice-precio-agua-desalada/
[9] Article d’El Pais, 18 février 2012
http://sociedad.elpais.com/sociedad/2012/03/18/actualidad/1332100392_925364.html
[10] Etude économique de l’Espagne, (partie sur l’eau), OCDE, 2010
http://www.oecd.org/fr/espagne/etudeseconomiquedelespagne2010.htm
[11] L’expertise française dans le domaine du dessalement d’eau de mer, avril 2013
http://www.ambafrance-at.org/IMG/pdf/Dessalement.pdf
[12] Référence d’installations françaises en Espagne, par Degrémont
http://www.degremont.fr/fr/activites/references/references/?reference_id=79
http://www.degremont.fr/fr/activites/references/references/?reference_id=21

PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES
Membrane distillation to obtain freshwater from salt water, G. Zaragoza, 2014
Project for the development of innovative solutions for brines from desalination plants, D. Zarzo, E.
Campos, 2012
Spanish experience in desalination for agriculture, D. Zarzo, E. Campos, P. Terrero, 2012

RAPPORTS
La desalación como alternativa al PHN, Université de Zaragoza, 2001
La desalación en España, Fondation Cajamar, 2009
Régimen jurídico de la desalación en España, C. Jiménez Shaw, 2008
La mer à boire, Cité de la Mer de Cherbourg, 2012

SITES OFFICIELS :
hispagua.cedex.es : Page du CEDEX regroupant de nombreuses statistiques sur l’eau en Espagne
www.boe.es : Bulletin Officiel de l’Etat espagnol

29 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


ANNEXES
ANNEXE A : Annuaire des acteurs espagnols du secteur de l’eau et
du dessalement

AEDyR – Association Espagnole de Dessalement et de Réutilisation


www.aedyr.com

Cette association, crée en 1998 suite au congrès international de l’IDA qui


s’est tenu à Madrid, regroupe tous les industriels du secteur, qu’ils soient
fabricants spécialisés de module ou constructeurs d’usines clés en mains,
mais aussi les organismes publics et les centres de recherche.
Elle organise différents congrès, journées techniques, et convie
généralement des entités étrangères à sa session internationale.
Elle est le pendant national de ce qu’est l’IDA au niveau international.

 Le secteur industriel
AcuaMED – Aguas de las Cuencas Mediterráneas
www.acuamed.es

AcuaMED est la société d’état, dépendant depuis 2005 du Ministère de


l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement. Son capital social
s’élève à 1,53 milliards d’euros. Elle est chargée de la construction, de
l’acquisition et de l’exploitation de tout type de système hydraulique dans
les bassins versants du littoral espagnol.
Bénéficiant notamment de fonds européens, elle a investi 1,7 milliards
d’euros dans 12 projets d’usines, dont les dernières sont en cours de
finalisation (en 2014).

Valoriza Agua & Sadyt


www.valoriza-agua.com et www.sadyt.com

Sacyr Vallehermoso est une grande entreprise espagnole principalement de


construction d'infrastructure et de promotion immobilière. Elle dispose de
deux filiales spécialisées dans le cycle intégral de l’eau, et notamment le
dessalement et le traitement des eaux usées : Valoriza Agua et Sadyt.
Sadyt et Valoriza Agua gèrent la conception, la construction, l’exploitation
d’usines de traitement des eaux en Espagne et est également fortement
présente à l’international, tant pour l’exploitation (Chili, Algérie, Emirats
Arabes Unis) que pour la recherche (Australie). De nombreuses publications
scientifiques sont consultables sur leurs pages web.
Revenus 2013 : 730 M€

30 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Acciona Agua
www.acciona-agua.es

Compagnie du groupe Acciona, cette entreprise s’occupe de la conception, la


construction, l’exploitation et l’optimisation de ses usines via des projets de
recherches. Elle centre son activité sur le dessalement par osmose inverse et
est présente en Inde, en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Sud-est asiatique,
en Australie et en Amérique latine.
Revenus 2013 : 585 M€

Abengoa Water
www.abengoawater.com

Filiale eau du groupe Abengoa, cette entreprise s’occupe comme les


précédentes de la conception, la construction, l’exploitation d’usines de
traitement et de dessalement des eaux. Elle a reçu en 2009 le prix du
meilleur projet de l’année, décerné par Global Water Awards, pour son usine
de dessalement de Qingdao en Chine (100.000 m3/jour et exploitation
durant 25 ans, mise en ligne en 2013).

Aqualia
www.aqualia.es

Filiale eau du groupe FCC (Fomento de Construcciones y Contratas), cette


entreprise s’occupe principalement de la gestion des services municipaux de
l’eau et de l’approvisionnement en eaux des secteurs industriel, agricole et
urbain. Le dessalement est une de ses activités, pour laquelle elle investit
également en R&D. Le groupe est présent en Espagne et dans 17 pays
étrangers, notamment la République Tchèque, l’Algérie, la Chine, l’Egypte et
le Mexique.

Cadagua
www.cadagua.es

Filiale eau du groupe Ferrovial depuis 1985, Cadagua a été fondée en 1971.
Ses deux spécialités sont le traitement et l’épuration des eaux, ceci incluant
le dessalement des différents types d’eaux. Elle a construit plus de 235
usines, et gère une capacité de traitement de plus de 15.000.000 m³/jour.
Cadagua est présente une dizaine de pays.
Chiffre d’affaire 2012 : 125 M€

31 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


Adiquímica, S.A.
www.adiquimica.com

Adiquímica, S.A. élabore dans ses laboratoires puis produit dans son usine
des produits chimiques pour le traitement de l’eau. Au sujet de l’osmose
inverse, elle a mené des recherches sur la dégradation des membranes et
mis sur le marché des produits de nettoyage de membranes.

 Le secteur de la recherche
CIEMAT – Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y
Tecnológicas
http://www.ciemat.es s

Le CIEMAT est un des sept Organismes Publics de Recherche (OPI) espagnols


et est rattaché au ministère de l’économie et de la compétitivité. Ce centre
occupe une position intermédiaire dans la chaine de recherche au sens où il
développe à la fois des applications industrielles et accumule des savoirs plus
fondamentaux. Le CIEMAT est constitué de 1340 personnes, aux
compétences techniques différentes, réparties sur le territoire espagnol. De
ce fait, le CIEMAT travaille avec de nombreux centres de recherche,
universités et entreprises locales.

CIESOL –Centro de Investigación en Energía SOLar


www.ciesol.es

Implanté sur le campus de l’université d’Almeria, le centre est né de la


collaboration de cette université et de la Plateforme Solaire d’Almeria (PSA)
dépendant du CIEMAT, avec un financement du FEDER. Le CIESOL est un lieu
de recherche qui permet aussi le transfert de technologies liées à l’énergie
solaire : chimie verte, traitement de l’eau, analyse environnementale,
gestion des installations solaires et domotique, réfrigération solaires, …

IMDEA Agua – Instituto Madrileño de Estudios Avanzados


www.agua.imdea.org

Ce laboratoire sur l’eau fait partie d’un ensemble de sept autres instituts
créés par la communauté autonome de Madrid entre 2006 et 2008.
Ses recherches concernent entre autre le recyclage des membranes (projet
LIFE TRANSFOMEM), la bioélectricité, la desionisation capacitive. L’institut
développe aussi des modèles économiques de la gestion de l’eau grâce à une
équipe pluridisciplinaire.
Le financement des recherches provient au 2/3 de la communauté et au 1/3
de contrats avec des entreprises et de concours.

32 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


CENTA – Fundación Centro de las Nuevas Tecnologías del Agua, Sevilla
www.centa.es & Juan José Salas jjsalas@centa.es

Ce centre de recherche crée en 1994 par la communauté autonome


d’Andalousie a obtenu en 2008 le statut particulier de fondation. Ses centres
d’intérêts sont : les technologies de l’eau, la qualité de l’eau mais aussi la
gestion de l’eau à l’échelle de l’écosystème. Le CENTA travaille sur certains
projets avec l’IMDEA Agua.
La fondation mène aussi des missions éducatives et de sensibilisation aux
problèmes de l’eau.

CEDEX – Centro de Estudios y Experimentación de Obras Públicas


www.cedex.es

Le CEDEX se définit comme étant un centre d’assistance technique de haut


niveau dans l’ingénierie civile et les questions environnementales,
principalement mais pas exclusivement, au service des ministères et
institutions. Le centre réalise donc des études sur demande dans tous les
domaines, de l’ingénierie maritime à changement climatique en passant par
les études historiques.
Outre cette mission d’accumulation et d’organisation du savoir, le CEDEX
entreprend également des missions de diffusion du savoir (via des cours, des
journées techniques, des forums, …) et est parfois chargé de l’expertise
d’œuvres et l’élaboration de normes nationales.
Dans le volet diffusion du savoir et historique, le CEDEX est notamment
l’auteur du site Hispagua, référence en matière d’eau en Espagne.

Universidad de Oviedo – Principauté des Asturies


www.uniovi.es

Seule université de la région des Asturies, l’université d’Oviedo regroupe de


ce fait de nombreuses spécialités. Elle propose un master intitulé
Exploitation et maintenance d’usines de traitement des eaux et des groupes
de chercheurs de l’université travaillent sur des technologies comme la
désionisation capacitive.

CETAQUA – Centro Tecnológico del Agua


www.cetaqua.com

Implanté à Barcelone, en Galice, en Andalousie et au Chili, CETAQUA est une


fondation privée à but non lucratif qui entreprend des recherches afin de
proposer des solutions innovantes aux entreprises et de créer de la
connaissance dans le domaine de l’eau, en ville, pour l’industrie ou
l’agriculture. Les projets en cours sont consultables sur leur site, à la page ci-
après : http://www.cetaqua.com/es/sala-de-prensa/proyectos
Le budget du centre de Barcelone s’élevait à 6,6 millions d’euros en 2013.

33 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


IUACA –Instituto del agua y las ciencias ambientales, Universidad de
Alicante
iuaca.ua.es

Cet institut, crée en 1991 et dépendant de l’université d’Alicante, étudie les


questions d’eau liées au développement durable. Ses recherches vont de la
réduction des émissions d’odeurs lors de processus de filtration à l’étude
locale (dans la région de Murcia) du traitement et de la réutilisation des eaux
usées, en passant par la valorisation des saumures par des processus
biologiques. Les différents projets sont soit publics, financés par le ministère
des sciences et de l’innovation et l’Union Européenne, soit privés, mené en
partenariat avec des entreprises comme Sadyt, Acuamed ou Miraplas.

ITA – Instituto Tecnológico del Agua, Universidad Politécnica de Valencia


www.ita.upv.es

Ce groupe de recherche est un des plus vieux d’Espagne : il est né il y a plus


de 30 ans d’un regroupement de chercheurs en mécaniques des fluides
soucieux des questions d’eau en Espagne.
D’une part, l’ITA forme des spécialistes aux problématiques de l’eau via ses
cours. Depuis 2010, les formations sont disponibles en ligne.
D’autre part, l’ITA participe dans des projets de recherche, développement
et innovation en Espagne, au Philippines, au Mexique, en Ouganda, en
Croatie comme aux Etats-Unis. Les axes de recherche sont l’étude des
politiques d’eau, l’utilisation efficiente des ressources, la maintenance ou
encore l’exploitation des systèmes hydrauliques.

Instituto del Agua – Universidad de Granada


www.institutodelagua.es

Ce centre universitaire de recherche, crée en 1990, étudie l’eau à la fois


comme ressource pour l’homme, fluide géodynamique et élément de la
biosphère aquatique. Aujourd’hui, l’institut est composé de plus d’une
soixantaine de chercheurs. En 20 ans, ils ont réussis à obtenir 150
financements de projets via des concours nationaux et internationaux. De
nombreux de ses projets sont ainsi financés par l’Etat espagnol et l’Union
européenne (commission Life+, Innpacto, Retos de Sociedad).

34 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


ANNEXE B : Le programme AGUA finalement réalisé

Cette carte fait l’état des projets qui en 2007 étaient programmées et qui s’achèvent aujourd’hui.

35 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION


ANNEXE C : AUTRES GRAPHIQUES ET DONNES RELATIVES AU
DESSALEMENT, EN ESPAGNE ET EN FRANCE

Ce graphique met en évidence le


délai pris dans la construction des
usines, par rapport à la date de
signatures des contrats. En
particulier, le pic de commande de
2006, se répercute sur plusieurs
années. L’année 2012 est une année
singulière. Les années 2013 et 2014
doivent voir les dernières usines
commandées à cette époque se
mettre en marche.

Figure 1 - Capacité en fonction de l’année de mise en


fonctionnement, en Espagne

Figure 2 - Capacité en fonction de l’année de mise Figure 3 – Nombre d’usines en fonction de


en fonctionnement, en France l’année de mise en fonctionnement, en France

Les figures 2 et 3 concernent la France : autant en nombre qu’en capacité, les chiffres sont très
inférieurs à ceux de l’Espagne.

36 LE DESSALEMENT DE L’EAU DE MER EN ESPAGNE : UN SECTEUR EN REORIENTATION

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