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BESSIBES Mehdi 4ème A

Journal de bord d’un mineur

Le 16 octobre 1840
A 9 ans à peine, je viens de signer mon premier contrat avec le directeur de la
fosse. En effet tout comme mon père et mon grand-père je vais travailler à la
compagnie des Mines d’Anzin. Je me sens bien préparé psychologiquement de
descendre dans les galeries ne serait-ce que pour ma mère, mes quatre petits frères
et moi puissions continuer à vivre dans le coron que louait la mine, à mon père décédé
il y a deux semaines.

Source : saint-etienne.fr/sites/default/files.pdf

D’autres projets se bousculent dans ma tête et je ne sais comment classer mes


priorités mais il me faudra patienter encore un mois. En effet mon salaire journalier est
versé au mois.

Je précise juste que tout comme son père, mon père est décédé des suites de la
tuberculose à l’âge de 38 ans

Le 18 octobre 1840

Ma première journée au fond.

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Il est quatre heures du matin, en prenant soin de ne pas faire de bruit au coron
pour ne pas réveiller les quatre personnes qui s’entassaient dans un même lit. Le
logement est insalubre et humide. Les deux uniques pièces que nous partageons sont
noyées dans le froid et le noir. Le coron était, vous vous en doutez, trop peu meublé,
rudimentaire et sans confort.

Je me barbote le visage avec l’eau du sceau qui a presque gelé car le coron n’est
pas chauffé et est dépourvu d’addiction d’eau, mais bientôt, le charbon me sera fourni
par la compagnie après qu’elle ait tout arrêté depuis deux semaines.

Ma musette garnie d’un morceau de pain à l’épaule, je me hâte le pas dans le


noir. Je traverse le chantier de la voie de chemin de fer. Au loin, la grande et belle
bâtisse du Directeur de la fosse se découpe dans le ciel.

Sur mon chemin, quelques mineurs hommes et femmes de toutes les catégories
d’âge se rendaient au travail déjà courbés et fatigués. Je finis par les suivre jusqu’à la
salle des pendus dont les murs sont sales et noircis par la poussière de charbon. Je
dois m’équiper avant de descendre dans les galeries. J’enfile une épaisse tenue en
jupon. Je pose la barrette en cuir sur ma tête et me déchausse. En fait, je suis un
galibot, un apprenti mineur, et dois donc travailler pieds nus. Je porterais le numéro
381. Ce chiffre qui constitue mon identité, restera ancré dans ma mémoire.

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Je monte dans le cuffat et, ma lampe à la main, je m’entasse avec les autres et
je descends vers les entrailles de la terre. Des coups résonnent entrecoupés par des
sifflets. Curieux, je regarde le monde de la mine que je découvre vraiment.

Ma première journée de travail a dépassé quatorze heures dans un dédale de


galeries et de dangers et je n’ai eu droit qu’à vingt minutes pour la pause du briquet à
côté du crassier.

13 décembre 1840
Deux mois après je commence à réaliser oh combien les conditions de mon
travail sont innommables et à la limite abjectes. La route entre le lieu de travail et le
coron est trop longue. Les conditions me semblent de plus en plus difficiles. La mine
est humide et trop obscure car éclairée uniquement à la benzine. Les passages sont
parfois si étroits que je me déplaçais à quatre pattes. Je me trainais souvent et rampais
sur mes genoux en m’aidant de mes coudes meurtries. J’ai appris à m'avancer avec
les mains et les pieds sur les chemins très raides, sur de la terre humide ou dans l'eau.
J’ai également appris à me tenir à une corde, ou à m’accrocher à tout ce que je pouvais
saisir.

Source : saint-etienne.fr/sites/default/files.pdf

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Lorsque la température, au fond, montait, l'air ne circulait plus et l’atmosphère
devenait poussiéreuse et irrespirable. Il me faut en plus être attentif aux grisous, à
l’oxyde de carbone, aux éboulements et aux infiltrations d'eau. Les conditions
sanitaires étaient inexistantes engendrant toutes sortes de maladies. Le salaire sur
lequel je fondais mes projets était très dérisoire et nous permettait à peine, ma mère
mes frères et moi, de subvenir à nos besoins. Je n’avais pas de congés payés et pas
de sécurité sociale.

Pour joindre les deux bouts, ma mère et deux de mes petits frères ont donc fini
par me rejoindre à la mine pour tirer les wagonnets de charbon, et ils travaillaient 12
heures par jour.

J’ai toutefois, une bonne nouvelle à vous annoncer au milieu de cette misère :
Aujourd’hui, on me donna des sabots de bois! Inconfortables certes, mais ils
soulageaient mes pieds nus et pleins d’ecchymoses à cause du sol inégal er rugueux
des galeries.

1841

Les compagnies décident que la différence de salaires soit en fonction du


nombre de berlines et donc que les ouvriers n’aient pas la même rémunération. Nos
salaires de misère sont toujours payés en partie avec de l'argent et en partie avec du
charbon. Les mineurs déjà pauvres, se remettent à se serrer le ventre.

L’introduction de la loi dans la vallée du Gier suscita une grève sans précédent.

La police et l’armée répriment et font usage des armes, laissant des morts dans
de nombreux bassins. Les condamnations en justice sont lourdes.

Vote de la loi interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans et limitant à 8h


la journée de travail pour les moins de 12 ans.

1848
Vote de la loi fixant la journée de travail à 12h pour les adultes.

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1880

Les luttes se structurent mieux et les revendications portent plus loin. De février
à avril 1884 par exemple, 11.000 mineurs d’Anzin ont fait 56 jours de grève contre le
licenciement des boiseurs. Des bataillons entiers sont postés, en nombre tout aussi
important. 2.000 ouvriers sont renvoyés, les mineurs n’obtiennent rien.

Nous continuons le combat.

Octobre 1889
Malgré nos revendications, les conditions de travail demeurent inhumaines, et je
dus résister à toutes ces contraintes et faire preuve d'un courage aussi bien moral que
physique pour accéder au métier de mineur.

Je continue, cependant à être atteint par la souffrance pendant toute ma


misérable journée. Ma santé se dégrade. Le travail me demande beaucoup d’effort
physique. A cela s’ajoutent des positions inconfortables pour pouvoir travailler. Je suis
toujours courbé. Je me retrouve parfois coincé entre deux pierres dans des tailles de
trente centimètres et même moins. Les bruits du fond me donnaient des vertiges, des
nausées, ainsi qu’un début de surdité.

3 Janvier 1906
Le travail dans la mine présente plusieurs menaces d’accidents malgré que les
équipements ultramodernes aient fait leur entrée au fond. Les poches de gaz
explosaient à tout moment et nous étions obligés de trouver de nos propres moyens
l’issue. Seuls les chanceux qui accédaient à l’ascenseur, qui a remplacé le Cuffat,
avaient la vie sauve. Ainsi, beaucoup de mes collègues périrent dans de telles
circonstances.

Quelquefois, les câbles des cages d’ascenseurs cassent. Alors elles vont
s’écraser avec les occupants dans le fond de la fosse.

Le samedi 10 Mars, l’explosion de la mine de Courtières a causé la mort de 1099


mineurs. Plusieurs jeunes de 13 ans font encore partie des victimes. Nous sortons
dans la rue pour exiger l’obtention de conditions plus humaines. Le mouvement prend
de l’ampleur et dépasse les frontières.

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Désormais, le mouvement ouvrier est symbolisé par un drapeau rouge.

Source : André Paillart : http://andredemarles.skyrock.com/

1914

L’industrie est en difficulté, les ateliers ferment les uns après les autres. Le
chômage me guette. A 23 ans, je ne peux espérer trouver un autre emploi.

Le travail à la mine m’a ruiné physiquement. J’ai beaucoup de maladies


spécifiques à cause des poussières dans la mine. Je réalise que tout comme mon
père et mon grand-père, mon espérance de vie est limitée.

Hélas je me rends compte que le métier de mineur est métier dur, inconfortable,
dangereux et récompensé par un salaire de misère. Je fais partie des milliers
d’ouvriers esclaves exploités par des patrons pour qui, seul le profit compte, bien
souvent, même, au mépris des plus élémentaires règles de sécurité.

Je n’avais toujours pas de mutuelle, pas d'assurance, pas d'allocation de


chômage, pas de couverture sociale. Si je m’absentais même pour maladie, je ne
recevrais pas mon salaire. Je n’avais pas de congés payés. Je fais toujours 12 à 16
h de travail par jour.

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1916

La grogne monte chez les mineurs et la révolte se prépare exigeant la liberté des
travailleurs des jougs du capitalisme et l'obtention d'avantages sociaux.

L’asservissement total va commencer à changer.

1918

La compagnie décide de payer à part le boisage, ce qui constituait une baisse de


nos salaires déjà trop faibles. La situation des mineurs ne fait que se détériorer.
Quelques grèves s’organisent, les mineurs et leurs organisations syndicales ont mis
en cause l’insuffisance des équipements miniers.

Les grèves sont réprimées par des briseurs de grève engagés par le patron ou
même par l'armée qui n’hésite pas à tirer sur la foule.

Source : André Paillart : http://andredemarles.skyrock.com/

1930

Des mouvements sociaux d’envergure tels que les “marches de la faim” sur
Paris se multiplient un peu partout. Les mineurs impulsent des grèves patriotiques et
le drapeau rouge est toujours présent.

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1941

Nous avons fourni d'importants efforts pour retrouver et dépasser les niveaux
de production d'avant-guerre, et nous avons le sentiment de ne pas voir ces efforts
récompensés, ne serait-ce que par un salaire suffisant.

L’activité syndicale ouvrière est intense et couronnée de succès. Des


catégories nouvelles rejoignent les luttes, comme les ingénieurs des mines dont le sort
se rapproche de celui des autres catégories. Nous participons également à la
résistance à l'occupant. Nous avons organisé les grèves de mai-juin 1941.

1948

Le contexte socio-économique est particulièrement difficile : le rationnement,


l'inflation et la production alimentaire qui est déficitaire. Les rations individuelles de
pain sont encore réduites. Le personnel des mines est fragilisé et le syndicat appelle
à une nouvelle grève sans précédent. Le gouvernement prépare un important dispositif
répressif. L'armée et des blindés sont déployés partout. Un seul mot d’ordre nous est
donné: répondre par la violence cette fois-ci.

La date est fixée pour demain, le 04 Novembre. J’ai préparé mon drapeau
rouge et je serais dans la rue encore une nouvelle fois. Mais je ne sais si je pourrais
survivre pour vous raconter ma journée.

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Source : André Paillart : http://andredemarles.skyrock.com/
Bibliographie

Liogier G., Le travail des enfants dans la seconde moitié du XIXème siècle, Service
éducatif des A.D.L.1970.

Mines et mineurs entre réalité et imaginaire. Deux siècles d’archives privées et


publiques de l’Ancien Régime à Charbonnages de France Centre des Archives du
Monde du Travail (Archives nationales).

Mon cours d’histoire.

Webographie

- https://patrimoine.mines-paristech.fr/scripto/transcribe/211/58421

-http://mineurdefond.fr/articles.php?lng=fr&pg=786&mnuid=445&tconfig=0

-https://patrimoine.mines-paristech.fr/viewer/show/211#page/Image+216/mode/1up

-http://dossiers.memoireetactualite.org/catastrophes-minieres/1871-et-1876-les-
martyrs-du-puits-jabin/
- http://andredemarles.skyrock.com/

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