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Dossier ❘ CREVETTES

CREVETTES
La consommation faiblit en France
Star du rayon marée, la crevette a perdu du terrain l’an dernier. Phénomène conjoncturel
ou structurel ? La question se pose d’autant plus que les ventes baissent aussi au rayon surgelés.
Les opérateurs spécialisés misent sur des produits plus élaborés.

Dossier : Anne-Caroline RENARD

Forte sensibilité Le vrac en déclin Production croissante Pêche et élevage,


aux prix en 2019 la référence malgache

F aut-il s’en alarmer ? Les volumes de


crevettes vendus en France, frais et
surgelé confondus, étaient au plus
bas l’an dernier  : 39  000 tonnes
seulement contre 41 000 tonnes les deux
années précédentes (1). «  La légère aug-
mentation des cours a toutefois soutenu
expliquer en partie ce phénomène, l’im-
pact des reportages télévisés dénonçant
certaines dérives sociales ou environne-
mentales joue également.
Jean-Philippe Moreau évoque aussi le rôle
de produit d’appel joué par la crevette au
rayon marée traditionnelle. « Environ 80 %
4,8  %
en volumes, la baisse
de la consommation
en France en 2017.
la parole dans les grands médias. L’enjeu :
implanter durablement au rayon marée de
la tigrée, de la sauvage, de la bio… Élargir
l’éventail des origines, des calibres, des pré-
sentations, en montrant qu’il n’existe pas
une mais des crevettes, adaptées à toutes
les occasions de consommation. « Tous nos
le marché en valeur  », commente Jean- des volumes de crevettes sont vendus sous clients ont envie de le faire. Mais il est dif-
Philippe Moreau, directeur marketing promotion, ce qui génère du trafic mais ficile pour les chefs de rayon de faire de la
France de Nueva Pescanova. Mais impos- peu de rentabilité. Et surtout, pas de fidéli- pédagogie. »
sible de le nier : la diminution des volumes sation. » Pour le directeur marketing, il faut Le groupe, qui cuit environ 10 000 tonnes
est presque totalement imputable à la segmenter l’offre et faire comprendre au de crevettes en France dans ses usines de
crevette cuite réfrigérée vendue en vrac. consommateur toute sa diversité, au-delà Lorient et Boulogne, dispose d’une vraie
Produit sur lequel on observe une perte de la seule P.  vannamei. Selon une étude capacité de production. Ses propres élevages
d’acheteurs accompagnée d’une baisse de la Commission européenne (2), cette en Équateur et au Nicaragua produisent
de la fréquence d’achat. Parallèlement, la espèce représente 90 % du marché de la quelque 37  000  tonnes de P.  vannamei
majorité des cibles diminue leur consom- crevette cuite en France. Nueva Pescanova par an. Il possède également un armement
mation. Si la hausse du prix moyen peut entend faire évoluer les choses en prenant qui pêche dans le canal du Mozambique

Surgelés : la recette d’Escal

E n France, les crevettes sont surtout consommées froides.


« Mais il existe bien d’autres modes de consommation
possibles  : au barbecue, à la poêle, en garniture… Nous
en décortiquée cuite ou crue, marinée à la provençale ou
encore en queues Easy Peel crues, que leur carapace pro-
tège du dessèchement lors de la cuisson à la poêle ou au
proposons des crevettes surgelées pour toutes les occa- gril. Il en va de même pour les queues de crevettes sau-
sions, en mettant l’accent sur la praticité, la gourman- vages crues d’Argentine, qui séduisent par leur couleur et
dise, mais aussi la traçabilité et nos engagements dans par leur goût. Escal joue aussi la carte du bio, avec des
le développement durable, via nos certifications  », sou- queues de gambas décortiquées cuites, crues ou marinées.
ligne Alexia Muller, directrice marketing d’Escal. Origine Sans oublier des black tigers ASC ou des crevettes sauvages
phare de la marque, la crevette ASC d’Équateur se décline de l’océan Indien.

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L.F.
DR
Crevettes transformées riment avec valeur ajoutée et clients gagnés.

et d’une flotte en Argentine débarquant


chaque année environ 15  000  tonnes de
Pleoticus muelleri congelées bord.
Si les Français achètent 23  000 tonnes
kg au LS, tous rayons confondus, contre
13,20 euros/kg pour le vrac (1). Une étude
shopper commanditée par Delpierre décèle
certaines faiblesses de la marée LS. Le rayon
36  %
Le taux de pénétration
à tremper dans une sauce puis dans une
préparation croustillante.
Au rayon surgelés, les crevettes, tou-
jours plus valorisées, continuent à perdre
de crevettes par an sur le seul rayon marée se cache parfois dans les allées en l’absence des crevettes en des acheteurs (1). Ce segment étroit
traditionnel des GMS, on ne saurait miser de banc marée. Les crevettes sont difficiles barquettes au LS est – 4 900 tonnes pour 92 millions d’euros –
aujourd’hui sur ce seul segment. «  La à repérer. «  Nous allons travailler avec les en hausse au détriment enregistre un fort recul en volumes (- 8 %)
du vrac
concurrence entre les acteurs est forte sur enseignes afin d’améliorer la mise en avant et dans une moindre mesure en valeur
ce cœur de marché globalement peu dif- favorable à l’achat d’impulsion et au recru- (- 4 %). « Une tendance en partie liée aux
férencié », rappelle une étude réalisée pour tement », précise Sophie Bourrut Lacouture. performances moyennes des MDD et pro-
FranceAgriMer (3). Toutefois, «  on assiste Les études montrent la dimension duits sans marque, qui totalisent 60 % des
au développement de gammes plus éla- consensuelle et plaisir de la crevette et la ventes  », explique Alexia Muller, respon-
borées qui pourraient constituer un relais multiplicité de ses modes de consomma- sable marketing d’Escal. Cette entreprise
de croissance pour la filière ». De fait, « les tion : individuelle ou familiale, quotidienne strasbourgeoise gagne du terrain, avec
crevettes cuites préemballées recrutent ou festive, entière ou décortiquée, à froid une très large gamme majoritairement cer-
continuellement depuis trois ans, malgré en apéritif et en entrée, et de façon crois- tifiée ASC ou bio, sur un marché où peu
la hausse des prix à court terme », constate sante en aide culinaire, plat chaud, wok… de marques émergent. Même si l’offre se
Kantar Worldpanel. Sans oublier son image saine et naturelle, diversifie. Nueva Pescanova, qui propose
Entières et décortiquées confondues, les même pour les produits élaborés en bar- des crevettes d’Argentine et de la P. vanna-
ventes de crevettes au LS ont progressé de quette. «  Nous avons basculé l’ensemble mei, a récemment lancé une P. vannamei
3  % l’an dernier, totalisant 8  120  tonnes de nos approvisionnements sur le bio et bio, des crevettes panées présentées sur
pour 174  millions d’euros de chiffre d’af- l’ASC », reprend Sophie Bourrut Lacouture. un pic pour l’apéritif et un ceviche de cre-
faires. «  Leurs cibles diffèrent  », com- Un sourcing responsable qui participe à vettes. Et Gel-Pêche mise sur des crevettes
mente Sophie Bourrut Lacouture, directrice la réassurance du consommateur et à la sauvages de Madagascar et d’Inde. n
marketing de Delpierre. Moins experts, variété des origines. Delpierre lance ainsi
les consommateurs du rayon marée LS une crevette décortiquée de Madagascar (1) Source : Kantar Worldpanel
recherchent de la praticité et de la variété, label Rouge et ASC, qui pourra porter le pour FranceAgriMer
(2) La crevette cuite en France – Structure
en même temps qu’une garantie de conser- logo du label l’an prochain. La marque
des prix dans la filière – Observatoire euro-
vation apportée par une DLC plus longue. propose aussi une crevette sauvage de péen des marchés des produits de la pêche
Ils sont sans doute un peu plus jeunes. mer froide Pandalus borealis entière cuite. et de l’aquaculture – juillet 2017
Et, vraisemblablement, prêts à payer plus Et elle innove pour l’apéritif avec un pla- (3) Le marché de la crevette en France –
cher, au vu des prix moyens : 18,20 euros/ teau de crevettes décortiquées double dip, GEM et 2 F Conseil – septembre 2017

PRODUITS DE LA MER N°186 OCTOBRE 2018 ❘  41 ❘


Dossier ❘ CREVETTES

La production mondiale
en croissance
Amorcée l’an dernier,
la croissance des volumes
mondiaux de crevettes
d’élevage se confirme.
Mais l’augmentation
concomitante
de la demande
laisse planer
l’incertitude sur les prix
pour les mois à venir.

L a production mondiale de crevettes


d’élevage reste difficile à estimer,
en particulier pour la zone Asie -
Pacifique, qui représente 70 à 80 %
du total. Selon la FAO, les volumes atteints
auraient dépassé de 6 % ceux de l’année
précédente. Quant aux échanges mon-
diaux, de l’ordre de 2,3 millions de tonnes,
ils auraient augmenté de 15  %. L’Inde,
premier exportateur mondial, a enregis-
tré un boom de ses exportations de plus
de 30 %, le Vietnam de 25 % et l’Équa-
teur de 18 %. Au Vietnam, avec plus de
3,25 milliards d’euros de crevettes expor-

DR
tées, on a frôlé le record de 2014, « grâce
La crevetticulture, source de richesse dans les pays en développement ? Pas toujours.
aux efforts de l’industrie pour se concen-
trer sur les produits transformés à forte
valeur ajoutée  », commente le Vasep
(Vietnam association of seafood expor- vettes a augmenté de 123 % entre 2005 La crevetticulture Parallèlement, le Vietnam réexporterait 60
ters and processors). L’Inde, quant à elle, et 2015, atteignant 1,6 million de tonnes mondiale produit à 70 % de ses importations vers la Chine
a vu ses exportations exploser l’an der-
nier aux États-Unis, où elle a écoulé plus
par an. Dans le même temps, la produc-
tion de crevettes d’élevage du pays, tou- 2,9
entre
sans nouvelle transformation. L’an dernier,
d’après la FAO, près de 270 000 tonnes de

 3,5
du tiers de sa production, à la faveur de la chée par l’early mortality syndrom (EMS), crevettes auraient transité vers la Chine via
réduction des mesures antidumping. Face continue à baisser. Même ajoutée à et  Mt le Vietnam sans documents douaniers.
à cette concurrence, l’Équateur a perdu du d’énormes captures de crevettes sauvages, par an. Autant de flux ont un impact élevé lors
terrain sur le marché américain. Mais il en elle ne suffit pas à couvrir la demande inté- de pics de demande saisonniers. «  Les
a gagné en Asie, zone qui a représenté en rieure. Certes, la Chine continue à expor- importateurs chinois ont trop acheté pour
2017 plus de la moitié de ses débouchés ter quelque 200  000  tonnes de crevettes le nouvel an chinois. L’importance des
en volumes. par an. Mais, en contrepartie, elle en a stocks les a conduits à arrêter brutalement
Le développement des échanges mon- importé 375  000  tonnes en 2017. En leurs achats  », rapporte un trader. Avec
diaux réside surtout dans la forte demande période de pénurie, les acheteurs chinois pour résultat une baisse des prix sur les pre-
de l’Asie et de la Chine. Selon les don- n’hésitent pas à démarcher directement miers mois de 2018, encore accentuée par
nées de l’organisation Global aquaculture des éleveurs ou de petites usines dans les le ralentissement de la demande aux États-
alliance, la consommation chinoise de cre- pays voisins, comme l’Inde ou la Thaïlande. Unis. En Inde, The Economic Times, prin-

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Dossier ❘ CREVETTES

cipal quotidien économique, faisait même


état d’une chute des prix de la P. vannamei
de 20 à 30 %. Pour Gaëtan Mercier, direc-
teur commercial de Gel-Pêche, elle serait
En prise à l’international
plus proche de 10 %.
L’ampleur de la baisse diffère selon les SN Trading : spécialiste de l’Amérique latine
origines et les calibres. Mais Stéphane
Nguyen, dirigeant de SN Trading, spécia- L’entreprise de négoce SN Trading a établi des partenariats en Amérique latine, parfois
liste de la crevette d’Amérique du Sud, exclusifs, avec plus de vingt producteurs, parmi lesquels Camalago au Venezuela, Granjas
constatait en juillet : « Les prix ont arrêté de Marinas au Honduras ou Accion Aquicola au Mexique. « Si le Venezuela totalise toujours
baisser. Ils devraient théoriquement aug- 60 % de nos volumes, la situation actuelle du pays nous conduit à élargir l’éventail de
menter à partir de septembre-octobre, nos fournisseurs au Honduras et au Nicaragua, mais aussi en Colombie et au Pérou, et
moment où chacun constitue des stocks bientôt en Équateur », souligne Stéphane Nguyen, le dirigeant. L’entreprise, qui traite
pour la fin d’année. Certains auront profité 12 000 tonnes de P. vannamei d’élevage par an, réalise 30 % de ses ventes en Europe,
des prix bas en juin-juillet. La demande sera en crevettes entières, exclusivement auprès des cuiseurs. Mais c’est la Chine qui, avec 70 %
donc peut-être moins forte que prévu. » de ses volumes, reste son premier débouché.

L'offre crée la demade

Chez les producteurs, les feux sont


L’Argentine au sommet
au vert. Les experts prédisent une année
L’année 2017 a été celle de tous les records pour la P. muelleri d’Argentine,
record, dépassant les 3,5  millions de
avec 243 000 tonnes débarquées selon le ministère de l’agro-
tonnes de crevettes d’élevage au niveau
industrie argentin. Les exportations ont atteint un niveau
mondial. Mais les incertitudes demeurent.
jamais égalé : 183 000 tonnes, dont 65 % en entière. Sans
Si la Chine a diminué ses droits de douane
surprise, l’Espagne se classe en tête des importateurs,
sur près de 1 500 biens de consommation
suivie de la Chine, du Japon, de l’Italie et du Vietnam,
courante le 1er juillet, la baisse atteignant
devant les États-Unis et la Thaïlande. La France en a
50  % sur les produits aquatiques, à l’in-
importé moins de 1 400 tonnes en direct. Deux plans
verse, les mesures prises par les États-Unis
d’amélioration de la pêcherie, coordonnés par l’ONG
pour réduire son déficit commercial avec la
CeDePesca, sont en cours, visant la certification MSC :
Chine peuvent modifier la donne.
l’un pour la pêche côtière, l’autre pour la pêche
L’an dernier, les importations de crevettes
offshore, qui représente 70 à 80 % des débarquements,
de l’Union européenne, dominées par
en congelé bord. « La demande reste très forte et
l’Équateur, l’Argentine et l’Inde, sont restées
les prix sont à la hausse », note Cécilia Bongiorno,
quasiment stables à 785 000 tonnes, selon
présidente d’Eurotrade Fish. À près de 6 euros/kg au premier
Eurostat. Même phénomène en France qui DR
semestre, ils affichaient 10 % d’augmentation par rapport à la
en a importé 111  000  tonnes, Équateur
même période de l’année précédente.
et Inde en tête, suivis du Venezuela, de
Madagascar et du Vietnam.
Toutes les origines n’ont pas la même
destination. La vannamei d’Équateur L’Inde veut relancer la monodon
s’adapte à la cuisson. La Pleoticus muel-
leri pêchée en Argentine, en revanche, Avant les épidémies de white spot des années 1990, la monodon dominait la
s’avère trop fragile une fois cuite. «  Les crevetticulture indienne. Introduite en 2009, la P. vannamei représente aujourd’hui plus de
crevettes d’Inde et du Vietnam arrivent 90 % des volumes. Mais le pays entend relancer l’élevage de P. monodon, afin de limiter
surtout en décortiqué, ajoute Frédérique les risques pour la filière crevetticole tout en diversifiant l’offre à l’exportation. La MPEDA
Nerambourg, responsable des achats de (Marine products exports development authority) annonçait, en juin, l’inauguration
Crusta  C. La production bio est irrégu- prochaine d’une écloserie pouvant fournir chaque année 20 millions d’alevins de crevettes
lière et relativement faible en Amérique tigrées de haute qualité sanitaire, exempts de maladie. « La crevette tigrée est l’objet
du Sud. Et une grande part des disponi- d’une forte demande sur les marchés internationaux, en particulier au Japon et dans
bilités au Costa Rica, par exemple, se des- l’Union européenne, et permet de dégager des revenus supérieurs », justifie la MPEDA.
tine à l’Allemagne. » Crusta C fait place Autre raison sous-jacente : une fois entré en vigueur, l’accord de libre-échange conclu
à la crevette sauvage de Madagascar par le Vietnam avec l’UE réduira l’avantage concurrentiel de l’Inde, qui bénéficie de
et P. monodon d’élevage de Malaisie. droits de douane réduits grâce à son statut SPG (système de préférences généralisées).
Mais le prix de la monodon, de l’ordre Parallèlement, confrontée aux politiques de tolérance zéro face aux résidus d’antibiotiques
de 8,5 euros/kg à l’achat pour une 40/50 des États-Unis et de l’UE, l’Inde va lancer une vaste campagne de sensibilisation auprès des
contre 5,12 euros/kg pour une vannamei éleveurs. Pour l’heure, les contrôles renforcés à l’entrée de l’UE demeurent. Ils pourraient
de même calibre, la réserve à des mar- prochainement s’étendre aux crevettes en provenance du Vietnam.
chés de niche. n

PRODUITS DE LA MER N°186 OCTOBRE 2018 ❘  45 ❘


Dossier ❘ CREVETTES

Madagascar :
Unima multiplie les certifications
Le modèle d’élevage du groupe se base
À Madagascar, Unima
sur des densités cinq à dix fois plus faibles
a développé un modèle qu’en élevage intensif, avec une gestion
d’élevage basé sur maîtrisée de l’environnement garantis-
le développement durable. sant le bien-être animal. L’alimentation
Après le label Rouge, des crevettes provient en partie de la
production naturelle des bassins d’éle-
le groupe, plus récemment
vage, implantés dans d’immenses zones
tourné vers le bio, a aussi en arrière de mangroves et dessinés
obtenu la certification ASC. de façon à préserver les palétuviers. Le
complément nutritionnel apporté, issu

L
de l’usine du groupe à La  Réunion, est
garanti sans OGM (<  0,9 %), sans pro-
eader de la crevetticulture à duits d’animaux terrestres et sans addi-
Madagascar, le groupe Unima est tifs médicamenteux. Unima domestique
le seul producteur de crevettes avec succès l’espèce P.  monodon. Ses
label Rouge au monde. Obtenu en fermes, qui disposent de géniteurs sains,
2005, ce signe officiel de qualité, gage de sont préservées des risques de contami-
propriétés organoleptiques supérieures, nations extérieures. Le groupe s’affran-
bénéficie d’un fort taux de notoriété en chit aussi de la nécessité de les prélever
France. Quelque 3  500  tonnes de cre- dans le milieu naturel.
vettes label Rouge sortiront cette année Ce modèle permet de produire de
de son site historique, certifié ASC depuis manière durable des volumes importants

DR
2016. Son second site, en cours de certifi- de crevettes de très grandes tailles. Bio
cation ASC, en produira 500 tonnes, aux- ou label Rouge, elles sont vendues sous
quelles s’ajouteront 1 000 tonnes de cre- En 2017, Madagascar tion, en 2005. Mais pour Unima, engagé les marques Nossi-Bé et Royalmar, en
vettes bio. Certes, son concurrent Oso est le 4e fournisseur depuis toujours dans le développement boîtes surgelées et en crevettes entières
(groupe R  &  O), qui produit aujourd’hui de la France avec durable, la certification biologique, décro- cuites réfrigérées, issues de l’usine de
1 500 tonnes de crevettes de Madagascar
bio, fut le premier à obtenir cette certifica- 6 760  t
chée l’an dernier, apparaissait comme un
prolongement naturel de sa démarche.
cuisson Unima Frais, implantée à Isques
(Pas-de-Calais). n

Crevette indienne, Gel-Pêche : Madagascar


le jardin de Gelfish et le reste du monde

D epuis 35 ans, l’importateur Gelfish Exploitation est spécialiste de


l’Inde, avec une prédilection pour la crevette sauvage. Sa large
gamme s’adresse aux grossistes et, surtout, aux industriels de l’agroa-
A vec 1 200 à 1 500 tonnes de crevettes congelées bord par an, Gel-Pêche domine la
pêcherie avec son armement Réfrigépêche, au coude à coude avec Somapêche.
Suivent Pêche Export et Unima, avec environ 600 tonnes chacun. Au total, les cap-
limentaire. « Ces derniers privilégient de façon croissante la natura- tures de crevettes sauvages de Madagascar ne dépassent pas 4 000 tonnes. Le gou-
lité de la crevette sauvage, dont l’absence de traitement est un gage vernement malgache attribue les licences et délimite les zones de pêche, en concer-
de qualité  », commente sa dirigeante Ingrid Maquinghen. Même tation avec les professionnels. « Certifiées Friend of the Sea, nos crevettes sont
s’ils achètent aussi de la crevette d’élevage porteuse de certifica- principalement vendues en surgelé en GMS et en freezer-center », précise Gaëtan
tions. « Il existe déjà des fermes certifiées ASC en Inde, où l’on peut Mercier, directeur commercial. L’entreprise s’est diversifiée dans l’importation de
également trouver de la crevette bio. On observe une lente conver- crevettes tropicales sauvages, à l’instar des P. semisulcatus pêchées en océan Indien
sion vers des pratiques plus responsables. » Les alertes aux antibio- ou flower prawn. Elle aussi a créé sa propre filière en Inde, sur une P. semisulcatus
tiques et les destructions de mangroves ont sonné le glas de l’élevage géante. Plus récemment, elle a développé un partenariat au Gabon sur une P. duo-
intensif, développé pour compléter les apports limités de la pêche. rarum congelée bord.

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