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Envoyé par Carole.

« La nuit »

de Guy de MAUPASSANT

Idées générales pour un commentaire composé


ou une explication de texte :

( Durant mon année de licence de lettres modernes (Université de LILLE III), j’ai rendu un
commentaire composé d’un extrait de la nouvelle de MAUPASSANT, La nuit, dans le cadre de
l’UE de littérature comparée intitulée « la représentation de la ville à la fin du XIX. En voici les
grandes lignes…(note reçue : 14/20.)

*INTRODUCTION :

-Extrait de la nouvelle La Nuit de MAUPASSANT, le texte paraît en 1887, en pleine mouvance


« fin de siècle », incarnée par des artistes et écrivains qui se détournent du réalisme et dont certains
aspirent à un nouvel idéal pessimiste, voire nihiliste.
A l’époque des premiers grands travaux psychiatriques, la littérature se tourne volontiers vers les
« démons intérieurs » et les fantasmes, et les cours publics de CHARCOTattirent nombre
d’écrivains parmi lesquels figure MAUPASSANT, dont les nouvelles fantastiques explorent
souvent ces troubles intérieurs (cf La peur, Le Horla.)
- La Nuit dépeint l’errance du personnage-narrateur dans un Paris devenu méconnaissable sous le
manteau nocturne, où le héros finit par « se perdre ». Mais le cadre fantastique de la nouvelle, sous-
titrée « cauchemar », place le texte à la frontière du rêve et du surnaturel, obligeant le lecteur à
s’interroger sur l’ « effectivité » du phénomène décrit : rêve ou réalité ? Et au-delà de cette simple
question, l’errance est-elle due à une « réelle » altération des sens (explication rationnelle) ou à une
illusion forcée, voire surnaturelle (domaine de l’irréel) ? Ou encore la force obscure qui pousse le
héros au-delà des limites de la vie n’est-elle pas son propre inconscient cherchant à se délivrer du
joug de la raison ?
- Plan possible : 3 axes d’analyse : aspect descriptif : « l’errance du personnage-narrateur à
travers la ville et la nuit, errance caractérisée par la perte des repères spatio-temporels signalant la
rupture avec le quotidien »
 aspect narratif : « mise en lumière de la stratégie narrative
propre au genre fantastique, axée sur le traitement de l’angoisse, notamment à travers un jeu
d’oppositions jour/nuit, et une évolution ou transformation (voire métamorphose)concomitante de
la ville et du héros. »
 approfondissement : « dégager comment l’angoisse du héros
se fait finalement « existentielle », le discours fantastique évoluant vers un « fantastique intérieur. »

* PASSAGES DU COMMENTAIRE :
( …)
-« Le texte de Maupassant bénéficie d’emblée d’un double ancrage spatio-temporel ; les premières
lignes du passage évoquent l’Arc de triomphe et la ville qui s’endort. Le lecteur est « installé »
dans le cadre « réaliste » de la ville de Paris à la tombée de la nuit. »
-« Mais bientôt, la promenade se transforme en une errance quasi ordonnée par une « force
obscure » qui pousse le personnage à marcher encore et encore, jusqu’à se perdre. »(…) « les
verbes de déplacement se succèdent pour rythmer l’avancée du personnage, le « je narrateur »
s’enfonce dans la ville et dans la nuit ; la question posée « où étais-je ? » indique la perte totale des
repères spatiaux, signalant par là même la rupture avec le familier. »
-« Ses appels restent sans réponse et le personnage s’affole ; le rythme du texte s’accélère en même
temps que le héros s’agite, les phrases sont plus brèves et évoquent la course saccadée du héros.
(…) « L’errance se termine sur les quais, les verbes de mouvement disparaissent pour laisser place
au verbe d’état « être » : « J’étais sur les quais. . »
-« L’ancrage spatial du texte se double d’un ancrage temporel, mais rapidement, le texte se déroule
au fil des interrogations du personnage sur l’heure qu’il est et le temps qui s’écoule. Les
occurrences sont nombreuses et de plus en plus rapprochées dans le texte, la simple interrogation
initiale se mue en un questionnement quasi obsessionnel et le dernière occurrence témoigne de
l’emportement extrême du personnage par la triple répétition du mot « heure » . Le lecteur a
l’impression que le héros perd pied dans un délire obsessionnel. »
-« Le temps semble « se soustraire » au héros ; l’allongement de la durée ou le « suspens » du
temps est perceptible à plusieurs reprises dans le texte : « je marchai longtemps, longtemps » (…)
« depuis un temps infini » …etc ». « Par cette transformation du temps et de l’espace, une stratégie
narrative fantastique s’amorce, les données du réel sont mises à mal, l’angoisse du personnage (et
du lecteur) s’installe(nt). »
-« Le vocabulaire employé participe également au sentiment d’ « étrangeté » qui est distillé dans le
texte ; les adjectifs qualificatifs choisis, par exemple, tous à connotation négative, instaurent un
climat malsain. » « L’angoisse est directement palpable grâce au compte-rendu subjectif du
personnage-narrateur. »
-« Rendue par le « je narrateur », l’angoisse est contextuelle ; mais travaillée au niveau de l’auteur
au-delà de l’intrigue et du point de vue du « Je », elle émane également de la structure même du
texte : Ainsi, il y a manipulation du discours pour produire le sentiment d’angoisse et
d’ « étrangeté. »
-« La ville se transforme en un gouffre noir et désert, vide de toute vie, de toute trace humaine
exceptée celle du « Je narrateur » ; le lecteur a l’impression de voir décrite une ville –fantôme ; le
héros ressent alors une joie « inconnue et bizarre », comme s’il n’était plus lui-même… ou comme
s’il n’était plus que l’ombre de lui-même. »
- « Dès le début du texte, des détails préparent le lecteur à la crise finale, et du point de vue
narratif, ces détails forment une parfaite gradation respectant une stratégie narrative propre au
fantastique. Au fil du texte, le lecteur s’aperçoit ainsi que l’égarement du personnage dans le dédale
obscur des rues parisiennes se double, en définitive, d’une perte de son propre Moi. »(…) « Autour
du héros s’est crée une atmosphère du vide ; les lieux traversés sont désespérément déserts, les
répétitions des négations « pas un » et l’utilisation de la préposition restrictive « sans » marquent et
soulignent l’absence ou la disparition des objets et des êtres. La fin du texte est totalement
empreinte de cette atmosphère du néant … Le héros s’est perdu, effrayé et fasciné par le néant
rencontré au bout de son errance, qui correspond en fait au néant de son moi. »
-« La ville renvoie au personnage l’image de sa propre dispersion ; le héros est en quelque sorte
entré dans une sorte de monde parallèle où surgissent son inconscient et ses obsessions. »
- « Dédoublement, dépossession de soi, sont les thèmes principaux qui structurent ce « fantastique
intérieur » ; la mort intérieure du personnage est alors symbolisée par la mort de la ville. »

* ELARGISSEMENT/ CONCLUSION :
Cette thématique de l’angoisse du néant évoquée par le texte reflète à la perfection l’atmosphère
« fin de siècle » évoquée en introduction. La littérature des quinze-vingt dernières années du XIX s
se colore d’un pessimisme exacerbé, qui se mue souvent en nihilisme ; une crise générale des
valeurs fait voler en éclat l’espoir désespérément poursuivi par les romantiques – celui de retrouver
l’équilibre et l’harmonie perdus- Déçus de leur société moderne rationnalisante, les artistes « fin de
siècle » tournent le dos au réel et au réalisme pour se réfugier dans un monde artificiel et factice
qui supplante la décevante réalité. Certains se détournent du quotidien pour mieux explorer leur vie
intérieure et pénétrer leur inconscient : La Nuit livre un exemple de cette volonté de sonder de
nouvelles régions de l’âme et de mettre au jour les angoisses de l’époque ; Maupassant exploite
ainsi les ressorts du fantastique pour révéler par le biais d’un envers inquiétant de la ville, la face
inconnue et inquiétante de l’Homme : Là réside sa modernité.