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JACQUES BREL Une valse à mille temps

1959 Offre seule aux amants


LA VALSE À MILLE TEMPS Trois cent trente-trois fois le temps
De bâtir un roman
Au premier temps de la valse
Toute seule tu souris déjà Au deuxième temps de la valse
Au premier temps de la valse On est deux tu es dans mes bras
Je suis seul mais je t'aperçois Au deuxième temps de la valse
Et Paris qui bat la mesure Nous comptons tous les deux une deux trois
Paris qui mesure notre émoi Et Paris qui bat la mesure
Et Paris qui bat la mesure Paris qui mesure notre émoi
Me murmure murmure tout bas Et Paris qui bat la mesure
Nous fredonne fredonne déjà
REFRAIN
Une valse à trois temps REFRAIN
Qui s'offre encore le temps
Qui s'offre encore le temps Au troisième temps de la valse
De s'offrir des détours Nous valsons enfin tous les trois
Du côté de l'amour Au troisième temps de la valse
Comme c'est charmant Il y a toi y'a l'amour et y'a moi
Une valse à quatre temps Et Paris qui bat la mesure
C'est beaucoup moins dansant Paris qui mesure notre émoi
C'est beaucoup moins dansant Et Paris qui bat la mesure
Mais tout aussi charmant Laisse enfin éclater sa joie.
Qu'une valse à trois temps
Une valse à quatre temps REFRAIN
Une valse à vingt ans
C'est beaucoup plus troublant
C'est beaucoup plus troublant
Mais beaucoup plus charmant 1964
Qu'une valse à trois temps LES BONBONS
Une valse à vingt ans
Une valse à cent temps Je vous ai apporté des bonbons
Une valse à cent ans Parce que les fleurs c'est périssable
Une valse ça s'entend Puis les bonbons c'est tellement bon
A chaque carrefour Bien que les fleurs soient plus présentables
Dans Paris que l'amour Surtout quand elles sont en boutons
Rafraîchit au printemps Mais je vous ai apporté des bonbons
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps J'espère qu'on pourra se promener
Une valse a mis le temps Que Madame votre mère ne dira rien
De patienter vingt ans On ira voir passer les trains
Pour que tu aies vingt ans A huit heures moi je vous ramènerai
Et pour que j'aie vingt ans Quel beau dimanche allez pour la saison
Une valse à mille temps Je vous ai apporté des bonbons
Une valse à mille temps
Si vous saviez ce que je suis fier Elles processionnent à petits pas
De vous voir pendue à mon bras De bénitier en bénitier
Les gens me regardent de travers Les bigotes
Y en a même qui rient derrière moi Et patati et patata
Le monde est plein de polissons Mes oreilles commencent à siffler
Je vous ai apporté des bonbons Les bigotes
Vêtues de noir comme Monsieur le Curé
Oh! oui! Germaine est moins bien que vous Qui est trop bon avec les créatures
Oh oui! Germaine elle est moins belle Elles s'embigotent les yeux baissés
C'est vrai que Germaine a des cheveux roux Comme si Dieu dormait sous leurs chaussures
C'est vrai que Germaine elle est cruelle De bigotes
Ça vous avez mille fois raison
Je vous ai apporté des bonbons Le samedi soir après le turbin
On voit l'ouvrier parisien
Et nous voilà sur la grande place Mais pas de bigotes
Sur le kiosque on joue Mozart Car c'est au fond de leur maison
Mais dites-moi que c'est par hasard Qu'elles se préservent des garçons
Qu'il y a là votre ami Léon Les bigotes
Si vous voulez que je cède la place Qui préfèrent se ratatiner
J'avais apporté des bonbons... De vêpres en vêpres, de messe en messe
Toutes fières d'avoir pu conserver
Mais bonjour Mademoiselle Germaine Le diamant qui dort entre leurs f...
De bigotes
Je vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs c'est périssable Puis elles meurent à petits pas
Puis les bonbons c'est tellement bon A petit feu, en petits tas
Bien que les fleurs soient plus présentables Les bigotes
Surtout quand elles sont en boutons Qui cimetièrent à petits pas
Allez je vous ai apporté des bonbons Au petit jour d'un petit froid
De bigotes
Et dans le ciel qui n'existe pas
Les anges font vite un paradis pour elles
1962 Une auréole et deux bouts d'ailes
LES BIGOTES Et elles s'envolent... à petits pas
De bigotes.
Elles vieillissent à petits pas
De petits chiens en petits chats
Les bigotes
Elles vieillissent d'autant plus vite
Qu'elles confondent l'amour et l'eau bénite
Comme toutes les bigotes
Ah si j'étais diable en les voyant parfois
Je crois que je me ferais châtrer
Si j'étais Dieu en les voyant prier
Je crois que je perdrais la foi
Par les bigotes
LA FANETTE Qu'ils ont nagé si bien
1963 Qu'on ne les revit pas
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas...
Nous étions deux amis et Fanette m'aimait Mais parlons d'autre chose
La plage était déserte et dormait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront Nous étions deux amis et Fanette l'aimait
Combien pour la Fanette j'ai chanté de chansons La plage est déserte et pleure sous juillet
Et le soir quelquefois
Faut dire Quand les vagues s'arrêtent
Faut dire qu'elle était belle J'entends comme une voix
Comme une perle d'eau J'entends... c'est la Fanette.
Faut dire qu'elle était belle
Et je ne suis pas beau
Faut dire
Faut dire qu'elle était brune
Tant la dune était blonde
Et tenant l'autre et l'une
Moi je tenais le monde
Faut dire
Faut dire que j'étais fou
De croire à tout cela
Je le croyais à nous
Je la croyais à moi
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas
A se méfier de tout

Nous étions deux amis et Fanette m'aimait


La plage était déserte et mentait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront
Comment pour la Fanette s'arrêta la chanson

Faut dire
Faut dire qu'en sortant
D'une vague mourante
Je les vis s'en allant
Comme amant et amante
Faut dire
Faut dire qu'ils ont ri
Quand ils m'ont vu pleurer
Faut dire qu'ils ont chanté
Quand je les ai maudits
Faut dire
Que c'est bien ce jour-là
Qu'ils ont nagé si loin
GEORGES BRASSENS
Oncle Archibald (1957) " Si tu te couches dans mes bras
Alors la vie te semblera
O vous, les arracheurs de dents Plus facile
Tous les cafards, les charlatans Tu y seras hors de portée
Les prophètes Des chiens, des loups, des homm's et des
Comptez plus sur oncle Archibald Imbéciles
Pour payer les violons du bal
A vos fêtes " Nul n'y contestera tes droits
Tu pourras crier "Vive le roi!"
En courant sus à un voleur Sans intrigue
Qui venait de lui chiper l'heure Si l'envi' te prend de changer
A sa montre Tu pourras crier sans danger
Oncle Archibald, coquin de sort ! "Vive la Ligue!"
Fit, de Sa Majesté la Mort
La rencontre " Ton temps de dupe est révolu
Personne ne se paiera plus
Telle un' femm' de petit' vertu Sur ta bête
Elle arpentait le trottoir du Les "Plaît-il, maître?" auront plus cours
Cimetière Plus jamais tu n'auras à cour-
Aguichant les hommes en troussant ber la tête"
Un peu plus haut qu'il n'est décent
Son suaire Et mon oncle emboîta le pas
De la belle, qui ne semblait pas
Oncle Archibald, d'un ton gouailleur Si féroce
Lui dit : " Va-t'en fair' pendre ailleurs Et les voilà, bras d'ssus, bras d'ssous,
Ton squelette Les voilà partis je n' sais où
Fi ! des femelles décharnees ! Fair' leurs noces
Vive les belles un tantinet
Rondelettes ! " O vous, les arracheurs de dents
Tous les cafards, les charlatans
Lors, montant sur ses grands chevaux Les prophètes
La Mort brandit la longue faux Comptez plus sur oncle Archibald
D'agronome Pour payer les violons du bal
Qu'elle serrait dans son linceul A vos fêtes
Et faucha d'un seul coup, d'un seul
Le bonhomme

Comme il n'avait pas l'air content


Elle lui dit : " Ça fait longtemps
Que je t'aime
Et notre hymen à tous les deux
Etait prévu depuis le jour de
Ton baptême
L'orage (1960) Son bonhomm' de mari avait tant fait d'affair's
Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer
Qu'il était dev'nu millionnaire
Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps Et l'avait emmenée vers des cieux toujours bleus
Le beau temps me dégoute et m'fait grincer les Des pays imbécil's où jamais il ne pleut
dents Où l'on ne sait rien du tonnerre
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terr' Dieu fass' que ma complainte aille, tambour battant
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Il me tomba d'un ciel d'orage Auxquels on a t'nu tête ensemble
Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin
Par un soir de novembre, à cheval sur les toits Dans le mill' de mon cœur a laissé le dessin
Un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d'putois D'un' petit' fleur qui lui ressemble
Allumait ses feux d'artifice
Bondissant de sa couche en costume de nuit
Ma voisine affolée vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices
La guerre de 14-18 (1962)
" Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié
Mon époux vient d'partir faire son dur métier Depuis que l'homme écrit l'Histoire
Pauvre malheureux mercenaire Depuis qu'il bataille à cœur joie
Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais Entre mille et une guerr' notoires
temps Si j'étais t'nu de faire un choix
Pour la bonne raison qu'il est représentant A l'encontre du vieil Homère
D'un' maison de paratonnerres " Je déclarerais tout de suite:
"Moi, mon colon, cell' que j'préfère,
En bénissant le nom de Benjamin Franklin C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit!"
Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins
Et puis l'amour a fait le reste Est-ce à dire que je méprise
Toi qui sèmes des paratonnerr's à foison Les nobles guerres de jadis
Que n'en as-tu planté sur ta propre maison Que je m'soucie comm' d'un'cerise
Erreur on ne peut plus funeste De celle de soixante-dix?
Au contrair', je la révère
Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs Et lui donne un satisfecit
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur Mais, mon colon, celle que j'préfère
Et recouvré tout son courage C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit
Rentra dans ses foyers fair' sécher son mari
En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie Je sais que les guerriers de Sparte
Rendez-vous au prochain orage Plantaient pas leurs epées dans l'eau
Que les grognards de Bonaparte
A partir de ce jour j'n'ai plus baissé les yeux Tiraient pas leur poudre aux moineaux
J'ai consacré mon temps à contempler les cieux Leurs faits d'armes sont légendaires
A regarder passer les nues Au garde-à-vous, je les félicite
A guetter les stratus, à lorgner les nimbus Mais, mon colon, celle que j'préfère
A faire les yeux doux aux moindres cumulus C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit
Mais elle n'est pas revenue
Bien sûr, celle de l'an quarante J'était dur à cuire, ell' m'a converti
Ne m'as pas tout à fait déçu La fine bouche
Elle fut longue et massacrante Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Et je ne crache pas dessus Contre sa bouche
Mais à mon sens, elle ne vaut guère Qui a des dents de lait quand elle sourit
Guèr' plus qu'un premier accessit Quand elle chante
Moi, mon colon, celle que j' préfère Et des dents de loup quand elle est furie
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Qu'elle est méchante

Mon but n'est pas de chercher noise Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Au guérillas, non, fichtre, non Qui ferm' les yeux quand on la couche
Guerres saintes, guerres sournoises Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui n'osent pas dire leur nom, Qui fait Maman quand on la touche
Chacune a quelque chos' pour plaire
Chacune a son petit mérite Je subis sa loi, je file tout doux
Mais, mon colon, celle que j'préfère Sous son empire
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Bien qu'ell' soit jalouse au-delà de tout
Et même pire
Du fond de son sac à malices Un' jolie pervenche qui m'avait paru
Mars va sans doute, à l'occasion, Plus jolie qu'elle
En sortir une, un vrai délice Un' jolie pervenche un jour en mourut
Qui me fera grosse impression A coup d'ombrelle
En attendant je persévère
A dir' que ma guerr' favorite Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Cell', mon colon, que j'voudrais faire Qui ferm' les yeux quand on la couche
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait Maman quand on la touche

Tous les somnambules, tous les mages m'ont


Dit sans malice
Je me suis fait tout petit (1955) Qu'en ses bras en croix, je subirais mon
Dernier supplice
Je n'avais jamais ôté mon chapeau Il en est de pir's il en est d'meilleures
Devant personne Mais à tout prendre
Maintenant je rampe et je fait le beau Qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs
Quand ell' me sonne S'il faut se pendre
J'étais chien méchant, ell' me fait manger
Dans sa menotte Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
J'avais des dents d'loup, je les ai changées Qui ferm' les yeux quand on la couche
Pour des quenottes Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait Maman quand on la touché.
Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui ferm' les yeux quand on la couche
Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée
Qui fait Maman quand on la touche
La tondue (1964) Comme de la patrie je ne mérite guère
Je ne mérite guère
J'ai pas la Croix d'honneur, j'ai pas la croix de
La belle qui couchait avec le roi de Prusse guerre
Avec le roi de Prusse J'ai pas la croix de guerre
A qui l'on a tondu le crâne rasibus
Le crâne rasibus Et je n'en souffre pas avec trop de rigueur
Avec trop de rigueur
Son penchant prononcé pour les " ich liebe dich ", J'ai ma rosette à moi: c'est un accroche-cœur
Pour les " ich liebe dich " C'est un accroche-cœur
Lui valut de porter quelques cheveux postich's
Quelques cheveux postich's

Les braves sans-culott's et les bonnets phrygiens


Et les bonnets phrygiens
Ont livre sa crinière à un tondeur de chiens
A un tondeur de chiens Les sabots d'Hélène (1954)

J'aurais dû prendre un peu parti pour sa toison


Parti pour sa toison Les sabots d'Hélène
J'aurais dû dire un mot pour sauver son chignon Etaient tout crottés
Pour sauver son chignon Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Mais je n'ai pas bougé du fond de ma torpeur Et la pauvre Hélène
Du fond de ma torpeur Etait comme une âme en peine
Les coupeurs de cheveux en quatre m'ont fait peur Ne cherche plus longtemps de fontaine
En quatre m'ont fait peur Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Quand, pire qu'une brosse, elle eut été tondue Va-t'en remplir ton seau
Elle eut été tondue
J'ai dit : " C'est malheureux, ces accroch'-cœur Moi j'ai pris la peine
perdus De les déchausser
Ces accroch'-cœur perdus " Les sabots d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et, ramassant l'un d'eux qui traînait dans l'ornière Et j'ai vu ma peine
Qui traînait dans l'ornière Bien récompensée
Je l'ai, comme une fleur, mis à ma boutonnière Dans les sabots de la pauvre Hélène
Mis à ma boutonnière Dans ses sabots crottés
Moi j'ai trouvé les pieds d'une reine
En me voyant partir arborant mon toupet Et je les ai gardés
Arborant mon toupet
Tous ces coupeurs de natt's m'ont pris pour un Son jupon de laine
suspect Etait tout mité
M'ont pris pour un suspect Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Etait comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine


De le retrousser
Le jupon d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée
Sous le jupon de la pauvre Hélène
Sous son jupon mité
Moi j'ai trouvé des jambes de reine
Et je les ai gardés

Et le cœur d'Hélène
N'savait pas chanter
Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Etait comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine


De m'y arrêter
Dans le cœur d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée
Et dans le cœur de la pauvre Hélène
Qu'avait jamais chanté
Moi j'ai trouvé l'amour d'une reine
Et moi je l'ai gardé