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résultats définitifs, Jair Bolsonaro recueille 46,06


% des voix, Fernando Haddad 29,24 %. Comme
Brésil: l’extrême droite largement en tête
toujours depuis 1989, l’élection va se jouer autour du
de la présidentielle clivage PT-anti-PT. Mais, cette fois, la polarisation
PAR JEAN-MATHIEU ALBERTINI
ARTICLE PUBLIÉ LE LUNDI 8 OCTOBRE 2018 est bien plus forte et l’adversaire a changé : l’extrême
droite peut accéder au pouvoir. Devant la maison de
Bolsonaro, l’atmosphère est toujours festive, mais la
déception est palpable. Sur les réseaux sociaux, on
dénonce une fraude à grande échelle qui aurait soutiré
les 4 % de votes nécessaires à la victoire de leur
candidat.
Chauffés à blanc par les déclarations de leur candidat,
Dimanche 7 octobre 2018. Banderoles pro- qui a remis en cause la fiabilité des urnes électroniques
Bolsonaro, à Brasilia. © Adriano Machado / Reuters
avant le scrutin, certains partisans se sentent lésés,
Jair Bolsonaro (Parti social libéral) recueille 46,06 %
malgré l’énorme victoire, impensable quelques mois
des voix et Fernando Haddad (Parti des travailleurs)
plus tôt. Le camp d’extrême droite a entretenu ce
29,24 %, à l’issue du premier tour de la présidentielle
doute, malgré des sondages très favorables pour
au Brésil. Le parti de Bolsonaro fait aussi un carton à
« mobiliser un maximum de son électorat dès le soir
l’Assemblée, où il engrange 51 députés.
des résultats, si la victoire lui échappait au premier
Rio de Janeiro (Brésil), de notre correspondant.- tour. Ça s’intègre parfaitement dans le discours d’un
Devant la maison de Bolsonaro, ses partisans font système pourri que Bolsonaro viendrait supposément
déjà la fête, avant même la sortie des résultats officiels. renverser », assure Adriano Codato, professeur à
Une succession de bonnes nouvelles annonçant une l’université du Parána (UFPR).
vague pro-Bolsonaro dans tout le pays les rend
Le premier tour à peine terminé, le ton est donné :
euphoriques. La musique couvre mal les cris de guerre
la campagne à venir s’annonce déjà extrêmement
hurlés à l’unisson et la bière coule à flots. Au centre
violente. « Bolsonaro va amener le débat sur le
de la ville, un petit groupe anti-Bolsonaro retient
plan des mœurs et va réciter son discours anti-
son souffle, tendu. Les quelques bières décapsulées
corruption, anti-système. Il ne veut pas discuter de
servent plus de palliatifs anti-stress que d’auxiliaires à
propositions mais cherche à transformer le second
la célébration. Tous craignent une victoire au premier
tour en plébiscite anti-PT », souligne-t-il.
tour de l’ancien capitaine de l’armée dans une élection
sans précédent, déjà marquée par l’incarcération de « Le message des électeurs est clair : ils ont
Lula et l’attaque au poignard contre Bolsonaro. la rage et veulent changer les choses », analyse
Mauricio Santoro, professeur à l’université d’État de
Rio de Janeiro (UERJ), en énumérant les succès de
l’extrême droite dans les élections législatives et des
gouverneurs d’États.
Bolsonaro n’est pas un phénomène isolé : le parti
qu’il a rejoint quelques mois avant l’élection comptait
seulement 8 députés en 2014. Cinquante et un ont
Dimanche 7 octobre 2018. Banderoles pro- été élus hier, faisant du PSL (Parti social libéral) le
Bolsonaro, à Brasilia. © Adriano Machado / Reuters
deuxième bloc parlementaire de l’Assemblée, juste
Finalement, la pression retombe vers 20 heures : il
derrière le PT. « Ils ont réussi à se présenter comme
y aura bien un second tour pour Fernando Haddad,
des rebelles contre le système et ont su parfaitement
le candidat du Parti des travailleurs (PT). Selon les

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surfer sur le mécontentement issu des scandales de le développement d’offres mobiles permettant d’avoir
corruption », poursuit Mauricio Santoro. Le score accès à l’application sans Internet rend impossible la
de l’adversaire traditionnel du PT, le PSDB, qui vérification des informations par ses utilisateurs, qui
ne dépasse pas les 5 %, est symptomatique du ne peuvent cliquer sur les liens. « Et puis, le sentiment
rejet de la classe politique traditionnelle. Marina de défiance et de rage à l’égard du système s’applique
Silva, l’éternelle troisième voie, s’est elle totalement aussi à la presse. Du coup, les électeurs s’informent
effondrée (1 % des voix). par ce biais, jugé plus indépendant », ajoute Mauricio
Parmi les 40 millions de Brésiliens qui soutiennent Santoro. Après l’annonce des résultats, Bolsonaro ne
Bolsonaro, tous ne sont pas des partisans de la s’est d’ailleurs pas exprimé face à des journalistes : il
dictature ni favorables à ses discours racistes, s’est contenté d’un « live » sur sa page Facebook.
homophobes ou sexistes. Certains ont peur de perdre L’écrivaine Eliane Brum parle à ce sujet d’une
leurs privilèges, d’autres veulent défendre des valeurs nouvelle ère : celle de l’« auto-vérité », où en disant
morales supposées en danger ou ne supportent plus tout et n’importe quoi, même violemment, Bolsonaro
la violence qui ravage le pays. Le candidat séduit et ses partisans sont considérés comme plus honnêtes
aussi les jeunes, qui n’ont pas vécu la dictature et que les autres politiciens estampillés « menteurs
sont désemparés face aux difficultés économiques professionnels ». Après la mobilisation historique
actuelles, eux qui n’ont jamais connu les crises des femmes à travers tout le pays le 29 septembre, les
systémiques que traversait régulièrement le pays avant réseaux de Bolsonaro ont fait preuve de leur efficacité :
la parenthèse de prospérité pétiste… quelques fausses nouvelles et la diffusion de photos
Interrogé sur Radio Piauí, Miguel Lago parle d’un de manifestantes seins nus ont suffi à décrédibiliser
candidat d’« extrême droite moitié-clown, moitié- le mouvement entier auprès du public conservateur.
fasciste », qui s’inscrit parfaitement dans l’air du Après la manifestation, Bolsonaro a même grimpé
temps. Mais, à l’inverse d’autres leaders populistes, légèrement dans les intentions de vote des femmes.
lui « n’a fait aucune concession dans son discours Du côté du PT, le défi est énorme. Même si après
radical pour rassembler au centre. Et maintenant l’incarcération de Lula, il a réussi le tour de force
que l’adversaire désigné est un pétiste, il ne devrait de se poser comme un parti anti-système après 14
en faire aucune ». Bolsonaro va donc amplifier ses ans de pouvoir, il doit convaincre au-delà de sa base
attaques et la polarisation qui déchire déjà le pays d’irréductibles militants. Si Ciro Gomes (12 % des
devrait s’aggraver. voix) a déjà annoncé qu’il « se battrait pour la
Les défis de Haddad démocratie », déclarant implicitement son soutien à
Haddad, les électeurs des autres candidats s’annoncent
Pour ce faire, il peut compter sur un réseau de plus compliqués à convaincre. Malgré une place au
communicants très bien structuré, moteur de son deuxième tour, le parti est extrêmement fragilisé.
succès. Si les fausses nouvelles ne sont pas l’apanage
de l’extrême droite, ce camp en fait un usage Pour l’emporter, Haddad doit se comporter comme un
décomplexé, tout particulièrement sur WhatsApp. homme d’État qui veut gouverner pour tout le pays,
La semaine précédant le premier tour, un message plus comme « le lampadaire de Lula ». « Il faut surtout
alarmiste a été envoyé à des parents sur une supposée convaincre un centre divisé et en miettes ; le reste de
distribution de biberons aux tétines en forme de la gauche devrait l’appuyer en se pinçant le nez »,
sexe masculin censés « faire accepter l’homosexualité analyse Maurício Santoro. Plutôt conciliateur, Haddad
aux enfants dès leur plus jeune âge ». Ce fut l’un n’est pour le moment pas aidé par une aile plus extrême
des plus partagés sur l’application de messagerie du PT qui a multiplié les déclarations tendancieuses
instantanée qui sert de principale source d’information pendant la campagne. Un soutien indéfectible au
pour les deux tiers des Brésiliens. Et ce, alors que Venezuela ou l’annonce de la libération prochaine de

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Lula passent très mal chez les électeurs du centre, En débat en tête à tête, il peut espérer montrer
qui perçoivent les deux candidats comme des dangers les contradictions de son adversaire pour tenter de
équivalents. grappiller de nouveaux électeurs ou attirer une partie
« Haddad doit prendre les rênes de son parti sans se des 29 % de Brésiliens qui ont voté nul, blanc ou se
préoccuper de Lula. Il n’a plus de temps à perdre, sont abstenus. « D'un autre côté, même s’il parvient
il doit proposer un plan pour la sécurité, pour à former une alliance avec tous les anti-Bolsonaro
l'économie… Sa plus grande difficulté, ce n’est pas au nom de la défense de la démocratie, par exemple,
tant l’antipétisme que la nécessité de modifier l’axe des indécis peuvent pencher vers l’autre camp en
du débat que va proposer Bolsonaro, qui cherche la l’interprétant comme une alliance du système contre
surenchère », explique Adriano Codato. « Il est plus la supposée rénovation », souligne Maurício Santoro.
facile de bombarder un ennemi que de convaincre les Fernando Haddad n’a de toute façon pas le
électeurs avec des propositions fortes. Il faut pour ça choix : à défaut de convaincre, il a désormais trois
que le parti gagne la confiance de l’électeur, et on semaines pour rassembler. Bolsonaro en a autant pour
ne peut pas dire que ce soit le point fort du PT en ce consolider son écrasante victoire du premier tour.
moment », ajoute le chercheur.

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