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La Cour de Cassation,en sa première chambre civile,rend un arrêt le 25 juin 2014 traitant de l’offre de

contracter.

Un homme a déclaré vendre à son frère,par acte sous seing privé,la moitié indivise d’immeubles
qu’ils ont recueillie dans la succession de leur père.Cet homme décède en novembre 2005 en laissant
sa succession à ses deux enfants.Des difficultés se sont élévées quant au sort des biens litigeux entre
les enfants et leur oncle.Ce dernier a prétendu être l’entier propriétaire de ses biens en ayant acquis
la part indivise de son frère.

Dans un premier arrêt rendu par la Cour d’appel,cette dernière a énoncé que cet acte constituait une
offre de vente qui n’avait pas été acceptée avant le décès de l’offrant.La Cour d’appel a estimé que
l’offre de vente de juillet 2005 était caduque au décès du pollicitant et que les biens litigeux faisaient
partis de l’actif de la succession du frère décédé.La Cour d’appel déboute l’oncle de sa demande
d’attribution préférentielle car la valeur de l’immeuble n’est pas connue,ce qui ne permet pas
d’estimer le paiement de la soulte.De plus,le demandeur ne fournit aucun justificatif relatif à ses
revenus et ses disposibilités financières.Il n’est pas certain qu’il sera en mesure de régler cette soulte.

Le frère du pollicitant va ainsi former un pourvoi en cassation.

Il va énoncer deux moyens.

Sur le premier moyen,divisé en deux branches,il est précisé qu’une offre de vente ne peut être
considéré comme caduque du fait du décès de l’offrant.La Cour d’appel aurait violé les articles
1101,1103 et 1134 du Code Civil en jugeant que l’offre devenait caduque à cause du décès de son
frère.De plus,le décès de l’offrant s’était engagé dans des pourparlers ne rend pas l’offre caduque,or
la Cour d’appel n’a pas cherché à savoir si les parties s’étaient rapprochées après l’émission de l’offre
ni si des pourparlers avaient eu lieu.Elle a ainsi privé sa décision de base légale selon les articles
1101,1134 et 1103 du Code Civil.

Sur le second moyen énoncé,il s’agit d’une question de procédure civile ;

La question posée à la Cour de Cassation est de savoir si l’offre de vente est caduque lors du décès du
promettant alors que celui-ci était engagé pour des pourparlers et que l’offre n’avait pas été
acceptée par le bénéficiaire avant le décès.

La Cour de Cassation répond à l’affirmative.En effet,l’offre non assortie d’un délai est caduque par le
décès de celui dont elle émane avant qu’elle ait été acceptée.La Cour d’appel n’a fixé aucun de délai
de validité de l’offre,a déduit de bon droit que l’offre était caduque par le décès de l’offrant.Le
moyen n’est donc pas fondé.De plus, l'arrêt de la cour d'appel a fait l'objet d'une cassation partielle
au visa de l'article 16 du code de procédure civile motif pris que les juges du fond ont rejeté la
demande d'attribution préférentielle sur un moyen relevé d'office « sans avoir au préalable invité les
parties à présenter leurs observations ».

La Cour de Cassation casse et l’arrêt du 30 mai 2012 en ce qui concerne la demande d’attribution
préférentielle formée par l’homme et renvoie l’affaire vers la Cour d’appel de Dijon.

La mort de l’offrant va ainsi conduire à la caducité de l’offre de vente (I) mais la solution posée par la
Cour de Cassation va susciter des questionnements (II).
I)La caducité de l’offre par la mort de l’offrant

L’offre est nécessairement assortie d’un délai (A) et une acceptation est nécessaire avant le décès
du pollicitant (B).

A)Une offre nécessairement assortie d’un délai

La Cour de Cassation,dans l’arrêt rendu le 25 juin 2014 énonce qu’une offre « non assortie d’un délai
est caduque par le décès de celui dont elle émane avant qu’elle ait été acceptée. » En effet ,la Cour
de Cassation pose le principe que l’absence de délai de l’offre entraîne la caducité de celle-ci.

La solution s'inscrit dans la lignée de la jurisprudence de la Haute juridiction qui distingue selon que
l'offre adressée à une personne déterminée est faite avec ou sans stipulation de délai : si elle est
assortie d'un délai, le décès du pollicitant ne rend pas l'offre caduque .En effet, Le décès du
promettant n'a pas pour effet de rendre caduque l'offre de vente tant que le terme de l'offre n'a pas
été atteint.Cela a été constaté dans un arrêt rendu le 15 décembre 1993 par la 3ème Chambre civile de
la Cour

Si aucun délai exprès d'acceptation n'est stipulé, l'offre est caduque par le décès du pollicitant ;

En effet,l'arrêt du 10 mai 1989, revenant sur la solution qu'avait adoptée la même Chambre civile
dans un précédent arrêt (Civ. 3e, 9 nov. 1983) réaffirme la règle de la caducité de l'offre dont l'auteur
vient à décéder.L'offre repose exclusivement sur la volonté de son auteur, de telle sorte que lorsque
celui-ci décède, l'offre ne peut subsister, faute de support. *La notion de délai doit être clairement
explicitée. La Cour de cassation a cependant déjà eu l'occasion de décider qu'un délai de quatre mois
excédait le raisonnable (Civ. 3e, 24 janv. 2012 ). À l'inverse, elle a validé un arrêt d'appel ayant retenu
une durée de trois mois comme étant raisonnable s'agissant d'une vente de fonds de commerce
(Com. 27 avr. 2011, no 10-17.177 ). Le délai raisonnable implique pouvoir du juge ainsi que son
pouvoir d’appréciation.

Étant précisé que la durée de ce délai relève du pouvoir souverain d'appréciation des juges du fond
(Civ. 3e, 25 mai 2005).

B)Une exigence d’acceptation de l’offre avant le décès du pollicitant

La Cour de Cassation constate que le frère du défunt a eu un temps suffisant pour examiner l’offre
avant le décès de l’offrant,mais il ne l’a pas acceptée avant le décès de son frère.

Tant qu'une offre n'a pas été acceptée, elle demeure révocable. Le principe de libre révocation
conduit à décider que l'offre ne survit pas au décès du pollicitant. C'est seulement dans le cas où
l'offre est assortie d'un élai destiné à permettre au bénéficiaire de prendre parti qu'elle doit être
maintenue jusqu'à son terme. Le pollicitant et ses héritiers se trouvent alors personnellement obligés
au maintien de l'offre.

L’offre devient caduque par le décès de celui qui l'a faite ; une acceptation donnée à l’une des parties
(par exemple,dans le cas de l’arrêt rendu le 9 novembre 1983), postérieurement à ce décès, ne peut
obliger les héritiers du pollicitant.
Un arrêt a été rendu le 9 nov. 1983 . Une offre de vente formulée par deux époux avait été acceptée
par une entreprise après le décès du mari. Deux ans après, la veuve et les héritiers présentèrent une
nouvelle offre comportant un prix plus élevé. L’entreprise refusa alors d'en tenir compte et prétendit
que la vente avait été définitivement formée par son acceptation de la première offre. Sur le pourvoi
formé contre la décision des juges du fond qui avaient rejeté la prétention de l’entreprise, la 3e
Chambre civile décidait que l'offre de vente, qui n'avait pas été rétractée par le mari, ne pouvait être
considérée comme caduque ou inopposable à ses héritiers du seul fait de son décès. L'arrêt divisait
les auteurs. Les uns l'approuvaient en invoquant soit la nécessité de reconnaître la force obligatoire
de l'offre en tant qu'engagement unilatéral, soit l'obligation de maintenir l'offre pendant le délai de
deux mois imposé à l’entreprise pour préempter lorsque le pollicitant est lié à l'acquéreur par une
promesse unilatérale de vente accordée sous la condition qu'il n'y ait pas préemption Les autres
manifestaient leur hostilité à la solution retenue et rappelaient les arguments traditionnellement
invoqués pour justifier la caducité de l'offre au décès du pollicitant

L'arrêt affirmait que l'offre de contracter n'est pas frappée de caducité du seul fait du décès de
l'offrant et il condamnait la décision des juges du fond. Les circonstances étaient, il est vrai, très
favorables au maintien de l'offre. La femme qui avait participé à la première pollicitation intervenait
à la seconde en la double qualité d'épouse survivante et d'héritière du mari. La seconde notification,
en outre, concernait la même vente dont le prix avait été modifié par un nouvel accord des vendeurs
et de l'acheteur. L'opération pouvait ainsi apparaître comme essentiellement destinée à augmenter
le prix notifié à l’entreprise.

Il s’agit maintenant d’étudier la solution de la Cour de Cassation qui soulève des questionnements(II)

II) Une solution innovante avec ses questionnements

La solution donnée par la Cour de Cassation permet de réfléchir sur l’impact de l’ordonnance du 10
février 2016 (A) et de constater la création d’un droit à l’égard du destinataire (B).

A)L’impact de l’ordonnance du 10 février 2016 sur l’offrant

Avant l'ordonnance du 10 février 2016, on pouvait raisonner en termes d'offre tout en évitant cette
caducité. Il suffisait de dire que l'offre était, ne serait-ce que tacitement, assortie d'un délai, ce dont il
résultait qu'elle survivait au décès de l'offrant.En effet l’arrêt a été rendu le 25 juin 2014 donc avant
la mise en place de la réforme du 10 février 2016 et l’offrant étant décédé ;l’offre devenait caduque
du fait du décès de ce dernier.

Or, cela n'est plus possible pour les contrats conclus après l'entrée en vigueur du nouveau droit des
contrats. L'article 1117, alinéa 2, du code civil prévoit que l'offre est caduque en cas de décès de son
auteur. La seule manière d'écarter cette solution est donc soit de contester la qualification d'offre
soit de déroger conventionnellement à l'article 1117, alinéa 2. En réalité, la jurisprudence ne semble
pas suivre le régime de l'offre dès lors que la question ne concerne pas la rencontre des volontés

B)La création d’un droit à l’égard du destinataire


Cela étant, l'article 1117 n'envisage que la mort du pollicitant, non celle du destinataire de l'offre.
Celle-ci emporte-t-elle caducité de l'offre ? Sur ce point, la jurisprudence est claire : le décès du
destinataire rend l'offre caduque, celle-ci n'ayant fait naître à son profit aucun droit de créance
transmissible à ses héritiers.En effet un arrêt rendu le 5 novembre 2008 va constater cela.

Y-a-t-il une vie de l'offre après la mort de son destinataire ? L'offre est-elle caduque en cas de décès
du destinataire initial ? Si la caducité de l'offre en cas de décès du pollicitant concentre toutes les
attentions et demeure encore aujourd'hui une question non résolue prend une position plus
marquée lorsque le défunt est le destinataire de cette offre.

En effet ,c’est le cas d’un arrêt rendu par la Cour de Cassation.

La jurisprudence semble parfois reconnaître la création d'un véritable « droit » au profit du


destinataire de l'offre au visa de l'article 1134 du code civil et ce même si un désaccord doctrinal
persiste sur les sanctions qui en découlent, exécution forcée ou simples dommages et intérêts (Civ.
3e, 7 mai 2008) .En effet,dans cet arrêt,l’offrante s’est engagé à respecter le délai et elle retire l’offre
avant l’expiration du délai.La Cour de Cassation défend ici les droits des bénéficiaires de l’offre.

L'ordonnance du 10 février 2016 n’a pas entérinée cette notion de décès du bénéficiaire de l’offre.

La ratification de cette ordonnance et la modification de cette ordonnance par la réforme de 2018 a


permis au législateur de l’étendre à l'hypothèse du décès du destinataire (C. civ., art. 1117).Le
destinataire va pouvoir bénéficier de la caducité de l’offre alors que ce n’était pas le cas dans la
jurisprudence antérieure.