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Les redresseurs

Les redresseurs à diodes et à thyristors assurent une conversion alternatif-continu. Alimentés à partir du réseau
monophasé ou triphasé, ils fournissent à leur sortie une tension continue de valeur fixe ou variable, soit pour
alimenter directement un récepteur, soit pour alimenter un autre convertisseur. _ Lorsqu’on n’a pas à faire varier
le rapport de transformation entre les tensions d’entrée et de sortie, on peut se contenter de redresseurs à diodes.
Lorsqu’on veut faire varier ce rapport, on utilise des redresseurs à thyristors. Ce chapitre est donc divisé en deux
parties, la plus longue étant consacrée aux redresseurs à diodes car les propriétés des redresseurs à thyristors se
déduisent directement de celles des redresseurs à diodes.
Nous nous limiterons à l’étude des montages où les interrupteurs sont alimentés par un système polyphasé
équilibré de tensions sinusoïdales. En monophasé, on peut considérer deux tensions par rapport à un point milieu,
réel ou fictif, de la source (1). Tant en monophasé qu’en triphasé, le redresseur proprement dit est le plus souvent
alimenté par un transformateur qui isole galvaniquement le côté continu du réseau alternatif. Il permet d’obtenir
la tension voulue à la sortie d’un redresseur à diodes, la plage des tensions désirées à la sortie d’un redresseur à
thyristors. Souvent par redresseur on entend l’ensemble formé par les interrupteurs et le transformateur
d’alimentation.
Le transformateur permet la multiplication du nombre de tensions secondaires : passage de 1 à 2 en monophasé,
de 3 à 6 ou 9 ou 12… en triphasé. En triphasé, pour que la réalisation du transformateur soit facile et que les
courants pris au réseau soient équilibrés, on se limite à un nombre de phases multiple de 3.
Le transformateur contribue à limiter les courants de court-circuit principalement par l’intermédiaire de ses
inductances de fuites.
6.1 REDRESSEURS À DIODES : INTRODUCTION
Pour comprendre comment fonctionne un redresseur à diodes, il suffit de regarder :
• les assemblages de diodes, qui constituent les sélecteurs de tension ou les commutateurs de courant, que nous
appellerons les commutateurs ;
• la façon dont sont groupés les enroulements sièges des tensions alternatives à redresser, qui définit le type de
montage.
6.1.1 Les commutateurs
Pour redresser q tensions alternatives v1 , v2, ..., vq on utilise un ou deux groupes de q diodes qui peuvent être à
cathodes réunies ou à anodes réunies.
a) Les commutateurs « plus positif » Un commutateur « plus positif » (figure 6.1) est formé par un groupe de
diodes à cathodes équipotentielles ; à chaque instant, la tension de sortie ud est égale à la plus positive des
tensions d’entrée.
En effet, pendant l’intervalle où v1 est plus grand que v2, v3, ..., vq la diode D1 conduit :
• rendant ud égale à v1 ,
• bloquant, par là, toutes les autres diodes

Un peu après, quand v2 sera la plus grande des q tensions, la diode D2 sera seule passante car, rendant la tension
ud égale à v2 , elle bloquera de ce fait toutes les autres.
Ainsi, à chaque instant, la diode passante est celle qui est reliée à l’entrée la plus positive.
b) Les commutateurs « plus négatif »
Un commutateur « plus négatif » est formé par un groupe de diodes à anodes réunies (figure 6.2). Grâce au débit
de la diode correspondante, la tension de sortie est, à chaque instant, égale à la plus négative des tensions
d’entrée.
Pendant l’intervalle où v2 , par exemple, est plus négative que les q − 1 autres tensions d’entrées, D_2 conduit,
rendant ud égale à v2 et bloquant ainsi les autres diodes

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Introduction au redressement monophasé : cas élémentaire
III.1. Structure
On envisage une structure comportant une source sinusoïdale et une diode pour alimenter une charge résistive. On
distingue les trois blocs précédemment définis : une source, un commutateur et la charge (Figure 3).

Étude
L’étude du montage conduit à discuter l’existence du courant i(t) dans la charge en fonction de
l’état de la diode. La tension n’apparaît aux bornes de la charge que si la tension de la source est
positive entraînant une tension positive en sortie. Dès que la tension réseau est négative, la diode est
bloquée : la tension aux bornes de la charge et le courant sont nuls.
Ce fonctionnement est illustré par les chronogrammes de la Figure 4.

Tension et courant moyens


Les valeurs moyennes de la tension aux bornes de la charge et du courant sont :

Tension et courant efficaces

Le courant efficace est porté par la puissance moyenne, donc


Facteur de puissance
Le facteur de puissance k est le rapport de la puissance active (moyenne) à la puissance apparente.

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Vu de la source :, donc
Conclusion
Ce dispositif rudimentaire assure l’augmentation de la tension moyenne puisqu’elle n’est plus
nulle. Il demande à être amélioré afin d’atteindre une valeur proche de la tension crête avec un
facteur de puissance bien meilleur que 0,71.
Cet objectif pourra être atteint en adaptant tantôt la source, le commutateur ou la charge ou
plusieurs d’entre–eux.
III.3. Les éléments d’étude des redresseurs

En observant les différents résultats de la partie précédente, de l’étude d’un redresseur, on peut
dégager les informations suivantes :
• la tension et le courant moyens du côté de la charge (à partir des formes d’ondes) ;
• la puissance moyenne délivrée à la charge ;
• Les contraintes imposées aux commutateurs (à partir de l’étude des formes d’ondes) ;
• le comportement global en puissance du redresseur (l’efficacité) par l’étude du facteur de
puissance.

Mais au-delà de ces considérations et comme cela a été mentionné précédemment, cette
conversion d’énergie est influencée par la nature de la charge, du commutateur ou de la source.
L’exemple précédent va progressivement être modifié pour mettre en évidence les différentes
propriétés.
IV. Modification de la nature de la charge
IV.1. Structure
En électrotechnique les charges sont souvent combinées : inductive et résistive. Les électroaimants ou les
machines à courant continu en sont des exemples. Le schéma permettant la nouvelle étude est celui de la Figure 5.

IV.2. Étude
La diode conduit dès que la tension v1 est positive si bien que la tension v2 reste identique à v1. Pour le courant
i(t), on assiste à un régime transitoire régit par l’équation différentielle suivante :

Pour des raisons de commodité, on effectue le changement de variable θω=t, ce qui conduit à :

La résolution (dont le détail n’est pas présenté) conduit à :

On remarque la superposition du régime transitoire (terme exponentiel) et du régime permanent


faisant apparaître le déphasage ϕ du courant sur la tension.
Le courant ne s’annule pas pour θ = π, mais un peu au-delà en θ0. La diode est alors en
conduction forcée si bien que la tension v2 devient négative jusqu’à l’annulation de i.
Ces déterminations permettent les tracés de la Figure 6.
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De cette étude, on peut immédiatement envisager le comportement des grandeurs si la charge est
complétée par une force contre-électromotrice (celle d’une MCC par exemple) symbolisée par une
source de tension E en série avec les autres éléments.
Dans ces conditions la conduction de la diode D n’apparaît qu’une fois que la tension de cathode est supérieure à
celle de l’anode, c’est à dire v1(t) ≥ E. Cette condition correspond aux angles θa d’allumage et θe d’extinction. Le
courant respecte les mêmes règles d’existence précédentes : croissance dès θa et annulation au-delà de θe en θ0.
C’est entre ces deux angles que la diode est en conduction forcée qui se traduit par l’apparition d’une portion
négative de la tension v2 (Figure 7).

Adaptation du commutateur
V.1. Structure
Après la charge, on peut s’interroger sur le moyen de modifier le commutateur de manière à éviter
l’influence de la charge sur la tension (toujours dans le cas d’une charge inductive).
La nouvelle structure (Figure 8) assure une phase de roue-libre qui s’inspire de démagnétisation du circuit
magnétique d’un transformateur en régime impulsionnels, d’un enroulement de moteur pas à pas ou les bobines
de relais à courant continu.

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Étude
Durant l’alternance positive de la tension v1, la diode D est passante, si bien que D’ est bloquée. Le
comportement du montage est connu (§IV). Dès que v1 s’annule la diode D peut se bloquer car la diode D’ prend
le relais de la conduction du courant iC dans la charge. D’ conduisant, la tension à ses bornes v2 est nulle.
L’énergie emmagasinée dans l’inductance est dissipée dans la résistance R et le courant iC décroît pour s’annuler
en θ0. L’annulation du courant caractérise un fonctionnement en conduction discontinue. Si l’énergie est
suffisante, le courant ne s’annule pas, c’est la conduction continue . Les chronogrammes de la Figure 6 illustrent
ce fonctionnement.

2/Redresseur double alternance à pont:


Le signal d’entrée Ve est sinusoïdal d’amplitude Vmax et fréquence f (généralement f=50Hz) : Ve= Vmax sin
(2Лft).
D1 D3

Vs
R

Ve D2 D4

R: Charge résistive

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Pendant l’alternance positive les diodes D1 et D4 conduisent et Vs=Ve. Pendant l’alternance négative les
diode D3 et D2 conduisent et Vs=-Ve (charge résistive). Le signal obtenu possède une valeur moyenne Vmoy=
1/T ∫ Vs(t) dt = 2Vmax /Л et une valeur efficace Veff= Vmax/√2 .
Vs

Vmax

Vmoy

Choix de la diode : Les diodes doivent conduire un courant redressé moyen de valeur Vmax/RЛ. Elles doivent
également supporter une tension inverse de valeur Vmax.
3/Redresseur double alternance type parallèle P2:
Ce montage nécessite un transformateur à point milieu. On obtient deux tensions V1 et V2 d’amplitudes
identiques et phases opposées : V1=-V2=Vmax sin(wt).
D1 Is

V1 VD1
220V-50Hz

R Vs
V2
D2

Pendant l’alternance positive, la diode D1 conduit et la diode D2 reste bloquée et Vs=V1. Pendant l’alternance
négative, la diode D1 se bloque et D2 conduit et Vs=V2=-V1 (charge résistive). La diode D1 se trouve soumise à
la tension VD1=V1-Vs=2V1.

Vs
V1 VD1
V2

Vmax Vs

VD1

Le fonctionnement d’un tel montage repose sur le principe du commutateur « plus positif » : les diodes D1 et
D2 sont montées à cathodes équipotentielles ; à chaque instant la tension de sortie Vs est égale à la plus positive
des tension d’entrée V1 et V2. Le courant de sortie est commuté alternativement par D1 ou D2.
Choix de la diode : Les diodes doivent conduire un courant redressé moyen de valeur Vmax/Л et doivent
supporter une tension inverse double : 2Vmax.
Facteur de forme
La valeur du facteur de forme caractérise la tension redressée. Plus cette valeur est proche de l'unité, plus la
tension obtenue est voisine d'une grandeur continue.
Ce coefficient sert à comparer des montages redresseurs différents entre eux.
Par définition, on nomme facteur de forme le rapport :

Le taux d’ondulation

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La valeur du taux d'ondulation de crête est égal au rapport de la valeur efficace de la composante alternative d'une
grandeur ondulée par la valeur efficace de la grandeur elle-même et se calcule avec la relation suivante :

B/ Redresseurs à diodes triphasés:


1/Considérations générales :
Les charges industrielles connectées aux redresseurs sont généralement des récepteurs inductifs (moteurs à
courant continu ….). On pourra généralement adopter les considérations suivantes :
 Le courant circule en permanence dans le récepteur.
 Ce courant est presque constant.
Cette situation correspond au cas le plus fréquent des redresseurs industriels qui sont connectés généralement à
un réseau triphasé.
2/Redresseur type parallèle P3:
V1
1 D1
Réseau triphesé

V2
2 D2 Is

V3
3 D3

Vs

Chaque phase du secondaire du transformateur triphasé est mise en série avec une diode. Les diodes sont
montées en cathodes équipotentielles. C’est la diode qui voit la tension la plus positive qui conduit.
Le système de tensions V1, V2, V3 est triphasé équilibré : V1(t)= Vmax sin(wt) ; V2(t)= Vmax
sin(wt-120°) ; V3(t)= Vmax sin(wt-240°) .

Vs

Vmax

30° 150° 270° 390°

wt

V1 V2 V3

D1 D2 D3
Pendant que la tension V1 est la plus positive, la diode D1 conduit et Vs=V1(t). Lorsque la tension V2 devient
plus positive, la diode D1 voit à ses bornes une tension négative et se bloque donc. Le courant de sortie Is se
trouve ainsi commuté de D1 vers D2…et ainsi de suite.
a/ Valeur moyenne et efficace du signal de sortie :
Les angles de conduction :
 D1 : 30°…150°

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 D2 : 150°…270°
 D3 : 270°…390°
On démontre que

c/ Tension inverse maximale aux bornes des diodes :


Pendant que la diode D1 conduit, la diode D2 est soumise à la tension VD2=U21=V2-V1 qui atteint un
maximum de √3 Vmax. Ce maximum doit être supporté par la diode.

U12 U13

V1 V2 V3

wt

3 Vmax
VD1

d/ Courants dans les diodes :

Si le montage débite un courant continu (cas des charges industrielles) Is constant, chaque diode assure ce
courant pendant le tiers de la période T. Chaque diode sera le siège des valeurs de courant suivantes :
IDmax= Is ; IDmoy= Is/3 ; IDeff= Is/√3.
On représente ci dessous l’allure du courant traversant la diode D1, ID1 :

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Vs

wt

ID1
Is
wt

e/ Facteur de puissance au secondaire :


Si l’on néglige les chutes de tension dues aux diodes et réactances du secondaire, on pourra écrire que :
P= Vsmoy . Is , puissance active fournie par le secondaire du transformateur.
S= 3.V.IDeff , puissance apparente au niveau du secondaire ( le courant secondaire est le même qui traverse
chaque diode).
On déduit la valeur du facteur de puissance Fp = P/S = (3√3/2Л)Vmax / 3(Vmax/√2).Is/√3
Fp = 3 / (Л√2) = 0.675 AR
3/Redresseur type parallèle double PD3:

Par exemple, entre l’instant 30° et l’instant 90° V1 est plus positive tandis que V2 est plus négative. Il s’ensuit
que Vs= V1-V2 = U12 = √3 Vmax sin (wt + 30°).

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a/ Valeur moyenne et efficace :
On intégrant Vs= U12 = √3 Vmax sin (wt + 30°) dans l’intervalle 30° … 90°, on obtient :

On remarque que la valeur moyenne récupérée a doublée.

c/ Tension inverse appliquée aux diodes :


On s’intéressera à la diode D1 pour illustrer la tension à ses bornes, VD1 :

V1 V2 V3

wt

-Vmax

VD2
3 Vmax

On voit que la tension inverse appliquée à chaque diode est Vinv= √3 Vmax.
d/ Courants dans les diodes :
Chaque diode conduit pendant le tiers de la période du secteur et sera parcourue alors par la valeur Is.

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V1 V2 V3

wt

ID1

wt

ID5

wt

Chaque diode sera donc caractérisée par : IDmoy= Is/3 ; IDeff= Is/√3 ; IDmax= Is.
e/ Courants au secondaire du transformateur :
Chaque enroulement, étant réuni à deux diodes, est parcouru par un courant pendant deux intervalles de durée
T/3. Ainsi i1= + Is lorsque la diode D1 conduit et i1= -Is lorsque la diode D2 conduit.

V1 V2 V3

wt

i1

Is

wt

-Is

La valeur efficace d’un tel courant : I= Is √(2/3).


Facteur de puissance et facteur de forme

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La valeur de F calculée pour quelques valeurs de q soit
q 2 3 4 6 12 18
F 1,2716 1,02 1,01 1,009 1,001 1
Les valeurs de q augmentent, la valeur de forme s’améliore c'est-à-dire la tension redressée est presque continu.

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