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Université A.

Mira – Bejaia
Faculté de teeeccchnologie
Département d´Hydraulique

ATMANE ALLOUACHE

Compilation
des cours d´ouvrages hydrauliques

2013
1. Généralités sur les barrages

1.1 Les barrages

Le dictionnaire Larousse définit le mot barrage comme „ ouvrage

artificiel coupant le lit d´un cours d´eau et servant à en assurer la régulation, à

pourvoir à l´alimentation des villes en eau ou à l´irrigation des cultures, ou à

produire de l´énergie“.

La définition ne précise aucune hauteur minimale pour les barrages.

Mais il est d´usage de réserver le terme de grands barrages pour les barrages

dépassant 15 m de hauteur et celui de petits barrages aux autres. Seul le

premier groupe dispose d´une commission, la Commission Internationale des

Grands Barrages (CIGB) dont une de ses missions est de recenser les barrages

existants, en cours de construction ou en avant projet .

Le recensement de 1996 indique 25 400 barrages environ construits

dans le monde dont 85% a été construit depuis la deuxieme moitié du 20eme

siecle. Le volume d´eau retnu dans les barrages est estimé à 60 000 m3 soit

1/3 environ du volume des eaux de surface des continents.

1.2 Histoire de la construction des barrages

Les premières références sur les barrages, si on pouvait appeler ainsi, les

premiers ouvrages hydrauliques, datent approximativement de 3000 ans avant

Jésus Christ. Saad-El-Kafara (dénommé ainsi bien après sa construction) est

le premier barrage construit en Egypte au temps des Pharaons. Il avait une

hauteur de 14 m, une longueur de 113 m et retenait un volume de 500 000 m3

environ selon Patrick Le Delliou (Les barrages: Conception et maintenance.


ENTPE-Presses universitaires de Lyon, 2003). En Grèce antique, le premier

barrage construit et rapporté par les écrits historiques, date de 1260 ans avant

J.C. L´ouvrage, une digue en remblai, est toujours en activité. Au Moyen

Orient, en Turquie les Hittites ont construit de nombreux ouvrages

hydrauliques dans l´Antiquité. On situe le barrage le plus ancien au monde en

Jordanie, autour de Jawa. Le barrage qui date de 3000 ans avant J-C est un

des premiers barrages techniquement et relativement bien élaboré (une

structure interne complexe – avec plusieurs zones de remblai entourés de

murs en maçonnerie). En Extrême Orient c ´est surtout la Chine qui se

distingue par le nombre de barrages construits depuis l´Antiquité à nos jours.

En Europe, à Banská Stianica – Slovaquie centrale, il y´a lieu de citer le

système de plus 30 retenues construites en cascade vers la fin du 15ème

siècle. Le système, judicieux pour son époque, était construit pour les besoins

de l´exploitation minière, du traitement superficiel des métaux extraits et les

besoins sidérurgiques. Parmi ces retenues, la retenue Rozgrund d´une

profondeur de 22,3 m, construite au 18eme siècle était considérée du point de

vue technique, comme unique en son genre dans le monde. Les digues

Rozgrund, Veľké Rychnavské Jazero et Počuvadlo de Banská Stianica ont

longtemps été répertoriées commei les plus audacieuses dans le monde à cette

époque par leur construction.

En Afrique du Nord, les anciens Amazigh se distinguèrent aussi par la

construction de nombreux ouvrages hydrauliques: les foggaras qui sont de véritables

prouesses techniques, les Igulmimen qui sont de petits barrages artificiels construits par les

villageois et destinés à l´irrigation de leurs jardins. Les règles des distribution et de gestion

modernes de l´eau peut être à juste titre attribué aux Amazighs. Mais le grand „boom“ dans la
construction de barrages en Algérie date de la période de la Colonisation (par ex. Le barrage

de Meurad- Wilaya de Tipaza construit au 19eme.siecle et le barrage de Tlelat –Wilaya de

Sidi Bel Abbas). De la deuxieme moitié à la fin du 19eme siecle, de nombreux barrages ont

été construits en Algérie. C´étaient surtout des barrages en terre. De part sa situation

géographique (région semi-aride) et l´accroissement rapide de sa population de

l´Indépendance à nos jours, l´Algérie a soutenu sans relâche un programme de développement

et de construction d´ouvrages hydrauliques (surtout de barrages).

1.3 Fonction d´un barrage

La premiere fonction d´un barrage est de stocker un certain volume

d´eau pendant la saison des pluies (dans nos contrées) pour pouvoir le

distibuer pour la population par exemple pendant la saison seche sous forme

d´eau potable. C´était probablement la fonction primordiale des anciens

barrages.

On confond souvent les notions de barrage et retenue. Une distinction

s´impose: Un barrage est un ouvrage de travaux publics construit en béton,

maçonnerie ou en remblai faisant obstruction au passage de l´eau d´un cours

d´eau. La retenue est un domaine d´espace naturel incliné (cuvette) sur lequel

coule un cours d´eau, qui se rempli au fur et à mesure du fait de la présence

du barrage faisant obstacle à l´écoulement dans le cours d´eau et de ses

affluents.

Sur la base de la confrontation des besoins et des ressources en eau par exemple, on

décide de l´opportunité ou non de la création d´une retenue dans un bassin versant si d´autres

conditions encore (géologiques, géotechniques, hydrologiques,...etc.) sont réunies. Une


retenue peut être une exigence de différents utilisateurs potentiels. En Algérie, une retenue

sert principalement à:

 Alimentation en eau potable de la population

 Irrigation des terres agricoles en période sèche,

 Production d´énergie hydroélectrique,

 Ecrêtement des crues dans le but de protéger les biens et les

personnes à l´aval.

Soient QE=f1(t) et QS=f2(t) deux fonctions du temps représentant les débits

d´entrée et de sortie de la retenue, autrement dit QE les débits d´apport dans la retenue

et QS les débits représentant les besoins, donc les débits de sortie de la retenue. La

fonction fondamentale de la retenue est représentée par la fonction QE – QS = R,

Oú R est le débit retenu à l´instant t ( c´est la retention). Plusieurs cas peuvent se

présenter:

- QE > QS R est positif – La retenue se remplit, le niveau d´eau augmente

- QE < QS R est négatif – La retenue se vide, le niveau d´eau diminue

- QE =QS R = 0 - état stationnaire, le niveau d´eau reste inchangé.

Crête

PHE

RN

RP

VM
PHE – côte des plus hautes eaux

RN – côte de la retenue normale correspondant à la capacité utile

RP – côte de la reserve permanente

VM – côte correspondant au volume mort

PE – prise d´eau

VF – vidange de fond

La revanche est l´espace compris entre la crête du barrage et la côte des PHE.

La capacité ou volume utile est un volume garanti d´exploitation, qui se trouve en

général au-dessus de la prise d´eau et de la réserve permanente

La réserve permanente correspond au volume d´eau de la retenue auquel on fait

appel lors des sécheresse exceptionnelles.

La Tranche morte ou volume mort est un espace situé à la partie basse du barrage,

sous les conduites de vidange de fond. Cet espace est réservé aux dépôts solides,

produits de l´érosion dans le bassin versant.

Les barrages disposent de certains ouvrages qui constituent leur partie intégrante.

On distingue:

a) Les ouvrages apparents

 La digue (c´est le corps du barrage)

 L´évcuateur de crues

 Les prises d´eau d´exploitation

 La vidange de fond

Les prises d´eau sont soit intégrées dans la digue du barrage, soit

situées sur la retenue;


b) Les ouvrages non apparents

 Toutes les galeries d´amenée et d´évacuation des eaux

 Un ensemble de galeries servant aux visites et contrôles du barrage

 Réseau de drains

 Et des éléments de contrôle et d´auscultation du barrage

1.4 Classification des barrages

Les barrages sont classés selon différents critères:

a) La hauteur

- Petits barrages

- Grands barrages

b) Élasticité

- Barrages rigides

- Barrages souples

c) Matériaux utilisé pour la construction

- Barrages en béton (BCR,BCV)

- Barrages en maçonnerie

- Barrages en remblai

o barrages en terre

o barrages en enrochement

o homogènes

o avec écran interne

o avec noyau amont

o avec noyau central

o avec noyau incliné


o avec parafouille

d) Forme

- Barrages rectilignes

- Barrages curvilignes

e) Résistance à la force de pousée de l´eau

- Barrages –poids massifs

- Barrages voûte

o barrages multi-voûtes

- Barrages à contreforts

Les barrages – poids massifs ont la caractéristique de résister à la poussée de l´eau

grâce à leur poids. Les barrages- voûtes quant à eaux repartissent les pressions de

l´eau sur les rives.

Fig. 1.4 Barrage- voûtes


2. Les barrages en béton

2.1 Les barrages en béton

Sont des barrages dont la digue est construite en béton. Différents types

de béton peuvent être utilisés ( béton compacté au rouleau BCR, béton

conventionnel vibré BCV, béton bitumineux,..etc.). De par leur masse

volumique considérable, les barrages en béton sont des barrages-poids qui

résistent à la poussée de l´eau qu´il retiennent grâce à leur poids.

2.2 Dimensionnement

2.2.1 Forme du barrage

Les barrages-poids en béton peuvent avoir un profil en

travers soit rectiligne, soit curviligne ou bien une

combinaison de ces deux formes (profil mi

A1 B1 C1 D

Barrage Barrage Barrage

Rectiligne curviligne C2 mixte

A2 B2 C

Fig. 2.2.1 Tracé des formes de barrages-poids


2.2.2 Stabilité des barrages

Dimensionner un barrage revient à déterminer ses dimensions sur la base des

calculs des forces qui s‘ exercent sur lui. Ces forces sont elles-mêmes

fonction des dimensions du barrage. En d‘ autres termes, sur la base de la

connaissance des forces qui agissent sur le barrage, on s‘ efforcera de

déterminer les dimensions du barrage afin que celui-ci reste stable sur son

assise. Mais le dimensionnement de la retenue doit précéder celui de la digue,

donc du barrage proprement dit. On distingue trois types de stabilité:

1) Stabilité au renversement

2) Stabilité au glissement

3) Stabilité au poinçonnement (affaissement des barrages)

Seuls les deux premiers seront étudiés ici.

Les barrages sont étudiés en considérant des tranches verticales

d‘épaisseur b=1m ( communément appelées plots).

1) Stabilité au renversement

Considérons, pour simplifier un barrage-poids en béton de forme d‘

un triangle-rectangle OAB, de sommet O et de base AB. Supposons

qu’une fissure horizontale a sectionné le barrage de M en N (du

parement amont au parement aval (Fig.2.2.2).


Fig. 2.2.2 Barrage-poids avec fissure horizontale MN

Pour simplifier, nous allons étudier la portion du barrage OMN de

hauteur h et de fruit m=tgα=MN/OM (MN=m x h). C‘ est cette

tranche qui risque de basculer autour du point N.

Fig.2.2.3 Forces agissant sur la portion du barrage OMN

Ainsi les forces qui agissent sur le solide OMN sont:


 La force de poussée de l´eau Q (résultante des forces de
pressions élémentaires qdh) qui agit sur le parement amont du

barrage est égale, en vertu de la loi hydrostatique, à

Q = ρ x g x b x h2/2

Où ρ est la masse volumique de l’eau ( = 1000 kg.m-3 à 3,98°C)

g accélération de la gravitation terrestre (=9,81 m.s-2)

x signe de multiplication !

Cette force passe par le centre de gravité G du triangle OMN, lequel est situé au

h/3 au dessus de l‘ arête MN.

 La force du poids de la portion OMN du barrage, P


Celle-ci passe par le centre de gravité K, lequel est situé au 1/3

de de la médiane OK au dessus de la face MN. Elle est

proportionnelle à l‘ aire du triangle OMN. Son

Expression mathématique est

P = Δ x g x b x (mh x h)/2 = Δ x g x m x h2/2

Où Δ est la masse volumique du béton (ou maçonnerie)

 La force des sous-pressions (SP) de l’eau V


L‘ eau en s‘ introduisant dans la fissure MN, crée des forces

élémentaires de sous-pressions, dirigées de bas en haut entre

M et N et dont la loi de répartition est plus ou moins

complexe. Pour simplifier, nous allons faire quelques

hypothèses de répartition de ces sous-pressions:

 Première hypothèse: Répartition uniforme

(maximale) des sous-pressions (Fig.2.2.4)


Fig.2.2.4 Répartition uniforme(maximale) des sous-pressions

Les sous-pressions élémentaires sont uniformément réparties en tout point

de MN et décrivent un rectangle MNDC dont l’aire est égale à mh2. Leur

force résultante V = ρ x g x b x mh2

Cette force passe par le milieu G de MN et dirigée de bas en haut. Les

sous-pressions ont tendance à alléger le barrage et le rendre ainsi instable.

Le cas de répartition uniforme des sous-pressions est le cas le plus

défavorable (répartition maximale) c-à-d le cas où on suppose qu‘ une

fissure nette MN a complètement coupé le barrage de M en N.

 Deuxième hypothèse : Répartition linéaire

(triangulaire) des sous-pressions

Les sous-pressions décrivent dans ce cas une aire triangulaire égale à

mh2/2 (Fig. 2.2.5)


Fig. 2.2.5 Répartition linéaire des sous-pressions

Dans ce cas, les forces élémentaires des sous-pressions engendrées par

l’infiltration des eaux par la fissure MN suivraient la droite NC (minimale en N, maximale en

C). La résultante de ces forces est égale à V = ρ x g x b x mh2/2

Cette résultante passe ( comme pour les forces Q et P) par le centre de gravité G, situé à

distance de 2/3 aval de MN à partir de N. V est opposée au poids P.

 Troisième hypothèse : Sous-pressions nulles

Il est possible d’ éliminer les sous-pressions si on

applique un enduit parfaitement étanche sur le

parement amont du barrage. Cela empêcherait toute

pénétration d’ eau dans le barrage :

V = 0.
Le mouvement de renversement possible du barrage autour du point N de la face MN est

décrit par les moments des forces (Q, P, V) appliquées par rapport à cette face.

Les bras de levier de ces forces respectives dans système YOX (OX axe horizontal, OY axe

vertical dirigé vers le bas) sont :

- Pour Q : h/3

- Pour P : 2mh/3

- Pour V : 2mh/3

Le moment total de ces forces doit être supérieur ou au moins égal à 0.

Algébriquement ceci équivaut à :

MP – MQ – MV >= 0 (1)

Où MP est le moment de P égal à MP = P x 2mh/3 = Δ x g x b x m x h2/2 x (2mh/3)

MP = gΔbm2h3/3

MQ ~ moment de la poussée Q : MQ = Q x h/3 = ρ x g x b x h2/2 x h/3

MQ = gρbh3/6

MV ~ moment de la force des sous-pressions de l’ eau : MV = V x (2mh/3)

o Cas de sous-pressions nulles (V=0) MV = 0

o Répartition linéaire des SP : MV = gρbmh2/2 x (2mh/3)

MV = gρbm2h3/3

o Répartition uniforme des SP: MV = V x mh/2

MV = gρbmh2 x mh/2

MV = gρbm2h3/2

En récapitulant, on a en applicant l‘ inéquation (1) et en simplifiant

 Avec V=0 h3/3 ( m2 Δ – ρ/2 ) >= 0

𝜌
Soit m ≥ √2𝛥
Pour une eau chargée (eau des crues), on peut prendre ρ=1250 kg.m-3 et

pour Δ=2400 kg.m-3 , alors m ≥ 0,51 , la règle empirique recommande de prendre

m = 0,7 et/ou 0,8 (α:35° et/ou 38°) et plus. Dans ce cas la stabilité au renversement est

assurée pour les 2 valeurs,

 Cas des sous-pressions linéaires

gΔm2h3/3 - gρh3/6 - gρm2h3/3 ≥ 0

𝜌
m2 (2Δ - 2ρ) ≥ ρ m≥ √2(𝛥−𝜌)

pour les mêmes valeurs de ρ et Δ on obtient : m ≥ 0,74 ici le critère de stabilité

recommandant de prendre m=0,7 n´est pas satisfait, mais pas celui de prendre m=0,8 l´est

 Cas des sous-pressions uniformes (maximales)


gΔm2h3/3 - gρh3/6 - = gρm2h3/2 ≥ 0

𝜌
Cette inéquation donne m ≥ √
2𝛥−3𝜌

Avec pour les mêmes valeurs de ρ et Δ, on arrive à m ≥ 1,09, soit α ≥ 47,5° la règle de

stabilité recommandant de prendre m=0,7 et/ou 0,8 (α:35° et/ou 38°) n´est pas satisfaite.
Exercice d’application : 1 : Soit un barrage en béton de forme triangulaire OAB dont le
parement amont est vertical, de hauteur 35 m et dont le niveau d’eau atteint son couronnement
(voir Figure).

35 m

EAU bb barrage

x Q

A B

P 30 m

Si la densité volumique du béton est de Δ =2400 kg/m3, vérifier :

-la stabilité du barrage vis-à-vis du renversement en cas d’absence des sous-pressions

G ---- Centre de gravité du barrage

B--- Point de renversement du barrage sous l’action de Q

x = h/3 ---- bras de levier de Q

y = 2AB/3 ---bras de levier de P

g=9,81 m.s-2 accélération de la gravitation terrestre

ρ = 1000 kg.m-3 masse volumique de l’eau en kg.m-3

Solution:

Les forces qui agissent sur le barrage sont:

- La poussée hydrostatique : Q= ρ*g*h2/2


- Le poids du barrage : P= Δ*g*SOAB
pour une épaisseur b=1m

Comme tout mouvement de rotation, le renversement du barrage est déterminé par les
moments des forces qui agissent sur lui :

- Moment de la poussée hydrostatique MQ = Q * x


- Moment du poids du barrage MP = P * y

Le barrage est stable si MP ≥ MQ ou MP/MQ ≥1


Mais pour des raisons de plus grande sécurité, on considère MP/MQ ≥2

Application:

Q= 1000*9,81*352/2 = 6008625 N ( N=Newton)

P = 2400 *9,81*(35*30/2) = 12360600 N

MQ = 6008625 * 35/3 = 70100625 N.m

MP = 12360600 *(2*30/3) = 247212000 N.m

MP/MQ = 247212000/70100625 = 3,52 (≥2)

Donc le barrage est stable !!!

Stabilité au glissement

L´eau de la retenue exerce sur le barrage une force de poussée dirigée

horizontalement. Sous l´effet de cette force le barrage tend à glisser

sur sa base. Les forces qui s´opposent à cet effet de glissement sont le

poids du barrage et son ancrage. Ceci dit, décrivons les forces

appliquées sur le barrage de forme triangulaire pour simplifier

(Fig.2.2.6). Soit OAB la forme du barrage, de sommet O, de base AB

et de fruit aval m.

Fig. 2.2.6 Les forces appliquées au centre de gravité G du barrage


Les forces qui agissent sur le barrage au point G, centre de gravité, sont le poids P du barrage,

la force des sous-pressions V de sens contraire à P et la force de poussée de l´eau Q. Les

expressions respectives de ces force sont les mêmes que celles données au pararaphe 1 (cf.

stabilité au renversement). P – V est la force résultante des forces P et V. Nous avons donc:

- Une composante horizontale Q- poussée de l´eau

- Une composante verticale P –V

La force résultante R de ces deux composantes fait un angle γ avec la verticale, un angle tel:

tg(γ) = Q/(P –V) .

La force des sous-pressions V a tendance à alléger le poids du barrage et le rendre instable vis

à vis du glissement. Pour empêcher celui-ci il faudrait qu´il y ait des forces de frottement dont

la résultante serait supérieure à la force de poussée Q de l´eau.

Soit f = tg(φ), Le coefficient de frottement représentant la résultante de toutes les forces de

frottement crées sur la base AB du barrage. La condition pour que le barrage ne glisse pas sur

son arête AB est : f > Q/ (P- V) ou tg(φ) > tg(γ)

Il faut donc que l´angle de frottement φ soit supérieur à l´angle γ que fait la résultante R avec

la verticale. La valeur généralement admise pour f=tg(φ) dans le dimensionnement des

barrages-poids est 0,75. Donc φ=37°.

Etudions maintenant les différentes conditions de glissement selon les hypothèses faites sur

les sous-pressions V. Nous n´allons pas les réécrire mais nous donnerons uniquement les

résultats finaux:

Cas 1. Les sous-pressions V sont maximales


P – V = (Δ - 2ρ) mh2/2 -------> Q/(P –V) = ρ / [m(Δ - 2ρ)]

Donc f > ρ / [m(Δ - 2ρ)] --------------------> m > ρ / [f(Δ - 2ρ)]

Avec Δ=2400 kg.m-3 , ρ=1000 kg.m-3 , f = 0,75 : m > 3,33

Valeur exagéremment grande, jamais réalisée pratiquement. Mais si elle survenait la

ruine du barrage que provoqueraient ce type de sous-pressions serait réelle.

La stabilité au glissement n´est pas assurée !

Cas 2. Sous pressions V linéaires

P – V = (Δ - ρ) mh2 -------> Q/(P –V) = ρ / [m(Δ - ρ)]

Donc f > ρ / [m(Δ - ρ)] --------------------> m > ρ / [f(Δ - ρ)]

Avec Δ=2400 kg.m-3 , ρ=1000 kg.m-3 , f = 0,75 : m > 0,95

Même ici la stabilité au glissement n´est pas assurée !

Cas 3. Sous-pressions V=0

P = Δ g mh2 /2 -------> Q/P = ρ / (mΔ)

Donc f > ρ /(mΔ) --------------------> m > ρ / (fΔ)

Avec Δ=2400 kg.m-3 , ρ=1000 kg.m-3 , f = 0,75 : m > 0,55

Dans ce cas la stabilité au glissement est assurée !

2.3 Dispositions constructives


Les éléments constitutifs d´un barrage-poids conventionnel en béton peuvent être des joints,
des galeries amont-aval, le béton, et autres.

Les joints

Les joints ont plusieurs fonctions dans un barrage en béton. Ils servent à joindre les
différentes parties du barrage (plots) les unes aux autres. Ces joints servent également à
absorber les différents effets liés au retrait hydraulique du béton et aux variations thermiques
annuelles. L´espacement des joints peut différer selon le type de barrage. Il est de 15 à 20 m
pour les barrages en BCV et de 20 à 50 m pour les barrages en BCR. Le positionnement des
joints a aussi son importance. En effet, on doit positionner un joint à chaque discontinuité
dans le profil rive à rive de la fondation. Il est utile de veiller également à ce que chaque plot
soit le plus homogène possible par rapport à son niveau d´assise et à son profil.

Les bétons

Les bétons utilisés dans la construction des barrages poids en béton conventionnel sont des
bétons non armés avec un dosage de 250 kg de liant. Les eaux agressives attaquent le béton.
En cas d´agressivité des eaux, il est recommandé d´utiliser des ciments adaptés, c´est à dire
riches en laitier ou contenant des cendres volantes.

La galerie amont-aval

La réalisation d´une galerie est considérée comme une contrainte de chantier pour les barrages
en BCR. Si un tel ouvrage ne peut être évité, il est alors indispensable de prévoir dans le
projet de barrage un regroupement de tous les ouvrages en béton conventionnel (vidange,
prise d´eau, galerie) à la base d´un même plot.

Evacuateur de crue

Un évacuateur de crue accompagne très souvent les barrages poids en BCV ou en BCR. Il
peut s´agir d´un évacuateur de surface (vanné ou non), situé en partie centrale du barrage.
Dans le but de dissiper une grande partie d´énergie, un coursier en marche d´escalier, en béton
conventionnel peut être construit sur le parement aval.
3. Les barrages en terre

3.1 Défintion

Les barrages en terre sont des barrages dont la digue est construite en

terre. Différents types de matériaux peuvent être utilisés; la seule

exigence est l´imperméabilité du matériau - plus c´est imperméable, plus

c´est mieux.

3.2 Différents types de barrages en terre

On classe couramment les barrages en terre en 3 grands groupes:

 Barrages homogènes

 Barrages zonés

 Barrages à masque ou à écran échanche

a) Barrages homogènes
Les barrages homogènes sont des barrages dont la digue est

construite avec un seul type de matériau. On utilise un

matériau de bonne imperméabilité afin de rendre impossible la

pénétration de l´eau dans le corps de la digue. Mais les espaces

vides entre les grains du matériau peuvent se rempir d´eau et

une charge amont peut avoir lieu et une circulation de l´eau

vers l´aval s´ensuit. Cette circulation d´eau est limitée dans le

massif par une ligne dite de „saturation“ (Fig.3.2.1).

La sécurité du barrage peut être sérieusement affectée si cette

ligne de saturation traverse son parement aval. Pour empêcher

que cette ligne coupe le parement aval, on place des drains afin

de la rabattre à l´intérieur de la digue et la diriger vers les

drains (Fig. 3.2.2 )

Fig.3.2.1 Ligne de saturation d´un barrage en terre


Fig.3.2.2 Emplacement des drains

3.3 Étude d´un barrage en terre

3.3.1 Conditions à respecter

Lors de l´élaboration des études de barrages en terre, on doit veiller au respect

scrupuleux de certaines conditions :

- Garantir à ce que le massif ne soit pas submergé

- Veiller à ce que la ligne de saturation ne coupe pas le parement aval et

à ce qu´elle se dirige vers l´intérieur du massif

- La face amont doit faire l´objet d´une bonne résistance à une vidange

potentielle totale ou partielle de la retenue

- Les contraintes dues aux efforts et charges doivent être absorbées

par les terrains de fondation

- Eviter absolument, par le contrôle systématique du barrage, l´érosion

interne qui pourrait être engendrée par les fuites à travers le massif et

les fondations
- Eviter dans la mesure du possible l´entrainement vers l´aval de

matériaux plus fins qui pourraient résulter du passage de l´eau à

travers le massif ou les terrains de fondation à des vitesses assez

grandes

- Proteger la face amont des vagues et des corps flottants et la face aval

de l´érosion par les précipitations

3.3.2 Profil général du barrage en terre

Le profil général du barrage dépend des paramètres suivants:

 Hauteur de la digue

H = PHE + R + T1 + T2

Où H – hauteur de la digue

PHE – niveau des plus hautes eaux

R – hauteur de la revanche due aux vagues

T1 – hauteur du tassement des sols de fondation après la fin de la

construction de la digue

T2 – hauteur du tassement du corps du remblai

- La revanche est fonction de la vitesse et de la hauteur des vagues et se

détermine comme R=0,75 h + v2/2g

h – hauteur des vagues [m]

v – vitesse des vagues [m/s]


g – accélération terrestre [m/s2 ]

La hauteur des vagues est déterminée empiriquement,

STEVENSON propose la formule suivante:

𝟒
h = 0,76 + 0,032 √𝑼𝑳 - 0,27 √𝑳

U – vitesse du vent en km/h

Mallet, quant à lui, propose : h = 0,5 + 0,33 √𝑳

L – Fetch en Km

La vitesse des vagues est donnée par la formule de Gaillard:

v = 1,5 + 2h

v – en m/s

h – en m

 Tassement

Le tassement est calculé pour chaque des fondations, la somme des

tassements pour toutes les couches détermine le tassement des

fondations. Le tassement du corps de la digue est pris égal à 2% de

la hauteur de la digue.

 Largeur de la crête

Afin d´ éviter une plus grande circulation d´eau près du

couronnement du barrage lorsque la retenue est pleine, il est

important de bien dimensionner la largeur de la crête. Il faut

également veiller à ce que la crête soit suffisamment large pour


permettre la circulation des engins en vue de son entretien

éventuel. On admet une largeur supérieure à 3 m. Quelques

formules sont également proposées pour son calcul:

Formule de T.T. KNAPPEN : b = 1,65√𝐻 avec H en m

Formule de E.F.PREECE : b = 1,1√𝐻 + 1 avec H en m

 Pente des talus

La stabilité des barrages, donc leur sécurité dépend entre autres

aussi de l´inclinaison de ses parements. Pour cela on se donne des

pentes qui paraissent optimales compte tenu de la nature des

matériaux utilisés. Ces pentes indiquées dans le tableau suivant

dépendent de la hauteur et du type de barrage:

Hauteur Type du barrage Pentes des parements

du
Amont Aval
Barrage

(m)

3à5 - Homogène 1/2,5 1/2

- A zones ½ 1/2

5 à 10 -Homogène, granulométrie étendue 1/2 1/2

1/2,5 1/2,5
- Homogènes, a fort pourcentage d´argile
1/2 1/2,5
-A zones

10 à 20 -Homogène, granulométrie étendue 1/2,5 1/2,5

- Homogènes, a fort pourcentage d´argile


1/3 1/2,5
-A zones ½ 1/3

20 et plus Homogène, granulométrie étendue 1/3 1/2,5

1/3,5 1/2,5
- Homogènes, a fort pourcentage d´argile
1/3 1/3
-A zones

TD2 – Ouvrages hydrauliques


Exercice 1 : Soit un barrage en béton de forme triangulaire de hauteur de 50 m et dont le
niveau d´eau atteint le sommet. Si la densité volumique du béton est db =2400 kg/m3 et la
densité de l´eau est de =1000 kg/m3, alors :
Verifier la stabilité du barrage au renversement