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PROJET DE THESE de HAMZATOU GUEYE

Sous la direction de Pr Mouhamed El Bachir Wade

Laboratoire Finance Organisation Comptabilité Contrôle et Stratégie

Sujet de thèse : GESTION DU RISQUE EN MICROFINANCE ISLAMIQUE : CAS DE


PAMECAS

CONTEXTE

Dans un contexte de mondialisation accrue, de libéralisation financière et déréglementation


à la chaîne, il se pose de plus la question de la stabilisation du système financier
international. C’est dans ce sens que la consolidation entre les banques, la compétition et
l’innovation continue afin de fournir des services financiers contribuent à accroître l’intérêt
manifesté envers le système financier Islamique.

En effet, la Finance Islamique a suscité un intérêt sans cesse croissant durant les quarante
dernières années et a connu, en termes de la valeur de ses actifs, une expansion
remarquable.

Le total des actifs financiers islamiques est estimé à 1,8 milliards de dollars à la fin de l’année
2013. Les activités bancaires restent dominantes avec environ 80% des actifs. Le secteur a
connu un taux de croissance annuel de 17,04% entre 2009 et 2013.

La finance islamique a pour fondement principal la prohibition du Riba (appelé intérêt) par
l’Islam. Elle se rencontre majoritairement au Proche orient et en Malaisie. Cependant elle
s’exporte désormais en Etat Unis, Europe, en Suisse et aussi en France.

Les banques Islamiques restent cependant faiblement représentées en Afrique au Sud du


Sahara malgré un énorme potentiel du fait de sa structure démographique et de sa forte
population musulmane (43%1). A la fin de l’année 2012, environ 38 institutions financières
islamiques (comprenant les banques commerciales, les banques d’investissement, les

1
IFSB Islamic financial services industry Stability report 2014
sociétés d’assurance Takafull) opéraient en Afrique2. Parmi eux, 21 opéraient en Afrique du
nord, Mauritanie et Soudan et 17 en Afrique au Sud du Sahara3.

Concernant le Sénégal, il a été l’un des premier pays en Afrique, et même dans le monde, à
abriter une banque islamique (la Banque Islamique du Sénégal), ceci dès l’année 1983.
Comme activité bancaire islamique on compte aussi deux autres expériences en
Microfinance islamique : la MICIS ET DEFI PAMECAS.

La réalisation d’un développement inclusive en Afrique nécessite d’importantes quantités de


ressources financières et d’investissements aussi bien pour les PME que pour le secteur des
infrastructures. Pour combler ce gap, la finance islamique peut jouer un double rôle 4.
D’abord au niveau Macro, elle peut fournir une source alternative de financement des
infrastructures ; ce qui constitue un préalable à tout développement économique. Ensuite
au niveau micro, la Finance Islamique a le potentiel de favoriser l’inclusion financière pour
un grand nombre de musulmans qui se sont auto-exclu du système bancaire conventionnel
pour des raisons liées à leurs convictions religieuses.

Cette inclusion financière, définie comme le pourcentage d’individus et d’entreprises ayant


accès aux services financiers a suscité un intérêt considérable auprès des décideurs
politiques, des chercheurs et des autres parties prenantes. Ceci, étant donnée qu’une plus
grande disponibilité des services financiers permet aux individus et aux entreprises de tirer
avantage des opportunités d’affaire, d’investir dans l’éducation, d’épargner pour l’avenir et
de s’assurer contre d’éventuels risques.

Favoriser l’inclusion financière est la mission principale des institutions de Microfinance.

La microfinance a connu un développement sans précédent dans les marchés émergents et a


bénéficié d’une reconnaissance internationale en tant qu’outil de développement 5. La
performance globale du secteur a été impressionnante avec une solide qualité des actifs et
un rendement des actifs relativement stable6.

2
Dow Jones Islamic Market Indexes, Quarterly Newsletter, July 2012
3
Estimates based on Bankscope and Zawya, April 18, 2012
4
IFSB Islamic financial services stability report 2014
5
CGAP, Chen Greg, Rasmussen Stephan and Reille Xavier (2010) Growth and Vulnerabilities in Microfinance,
Focus Note
6
CGAP, Chen Greg, Rasmussen Stephan and Reille Xavier (2010) Growth and Vulnerabilities in Microfinance,
Focus Note
Le secteur de la Microfinance fait cependant face à de nombreux défis à relever pour
atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté visés par la Microfinance. Ils sont
relatives, entre autres, aux taux d’intérêt jugés élevés (Khan, 2015 ; Iqbal et Mirakhor, 2013)
aux compétences et capacités entrepreneuriales des clients, au détournement des fonds
prêtés à des fins non productives et à l’adéquation des produits proposés aux besoins des
populations ciblés (Iqbal et Mirakhor, 2013).

Face à tous ceux maux dont souffre la Microfinance conventionnelle et qui semblent
l’écarter des objectifs visés par son initiateur Mouhamed Yunuss, prix Nobel de la Paix en
2006 et Fondateur de la Grameen Bank, la combinaison entre la Microfinance et la finance
Islamique pourrait être une panacée : c’est la Microfinance Islamique.

La Microfinance Islamique est, en effet, le point de convergence entre deux industries à


croissance rapide : la microfinance et la Finance Islamique.

La Microfinance Islamique a été créée pour répondre à la demande des secteurs les moins
favorisés de la société et se propose de fournir deux catégories de produis : les contrats
financiers islamiques à but lucratif et les mécanismes à but non lucratifs (sadaqa, zakah,
awqaf and qard-hasan …..). Ceci l’oppose au système bancaire classique dont l’unique
objectif est la maximisation des profits et la minimisation des risques.

Selon Obaidullah (2008), il y a rien dans le modèle de la microfinance qui le rend


incompatible avec les valeurs islamiques. Il a été plutôt démontré (Obaidullah, 2008) qu’il
existe plusieurs points de convergence entre l’approche islamique et les « best practices » de
la Microfinance. Ils visent tous les deux le bien de la société dans son ensemble. Ils
défendent l’entrepreneuriat et le partage des risques. Ils insistent sur le développement et
l’atteinte des objectifs sociaux des entités concernés. Et finalement les deux promeuvent
l’inclusion financière.

Cependant, la part de la Microfinance au sein de l’industrie financière islamique demeure


assez faible. De plus, 80% de l’offre mondiale de la Microfinance Islamique reste concentrée
dans 3 pays : l’Indonésie, le Bangladesh et l’Afghanistan (Mohieldin et all, 2011).

Plusieurs facteurs sont énoncés comme étant une entrave au développement de la


Microfinance Islamique. Il s’agit, selon Abdul Rahman (2007), de: l’absence d’harmonisation
de l’environnement institutionnel et de la régulation, du coût élevé de la mise en œuvre des
contrats qui décourage les emprunteurs et l’absence d’un personnel formé et capable de
maîtriser les concepts et produits de la Finance Islamique.

PROBLEMATIQUE

L’offre de produits financiers sans but lucratifs oppose principalement la Microfinance


Islamique à celle conventionnelle dont l’unique objectif est la maximisation des profits et la
minimisation des risques. Ce dernier élément semble particulièrement important dans le
cadre des institutions financières islamiques. En effet, la gestion du risque est devenue une
fonction centrale et transversale dans les institutions financières y compris islamiques. Ces
risques sont plus divers, plus complexes et plus interdépendants que jamais; les crises sont
plus soudaines, plus nombreuses, et plus intenses7.

Les Banques Islamiques se trouvent sujettes aux mêmes catégories de risques que leurs
consœurs conventionnelles en plus d’une série de risques spécifiques à leur nature.
Cependant, en raison de son appréhension particulière des différents risques, de sa nature
liée aux actifs réels et de l’attachement de sa clientèle aux valeurs islamiques, le concept de
finance islamique contient des caractéristiques propres qui renforcent la discipline de
marché et la stabilité financière (Ahmed et Khan, 2002). Les banques islamiques sont aussi
limites dans l’usage de certains instruments d’atténuation du risque utilisés par les banques
conventionnelles en raison de leur non-conformité à la Charia (Ahmed, 2011).

La gestion du risque demeure aussi un enjeu majeur au sein des institutions de


Microfinance. En effet, la majeure partie des institutions de Microfinance sont de petite
taille et non rentables et elles opèrent sans un système pouvant adéquatement réduire leurs
risques. Le client n’a pas toujours de garanti. Quand bien même, il en dispose, elles ne sont
pas suffisantes et il n’est toujours facile de les exécuter.

7
Moody’s Investors service ; Les fonds propres des banques islamiques face aux exigences réglementaires
Des mécanismes classiques et spécifiques aux IMF sont mis places pour gérer les asymétries
d’information (Ambassa et al, 2013)8. Il s’agit de l’exigence des garanties matérielles, les prêts
de groupe, les cautions solidaires et les avals.

Dans la Microfinance Islamique les instruments de gestion des risques sont basés sur le
concept de Mutual garantie (Kafalah) utilisé pour les prêts de groupe et Collatéral (Daman)
utilisé dans le cas des financements individuels (Obaidullah et Khan, 2008). Les mécanismes
mises en place par la Microfinance conventionnelle tels que la pression par les pairs et une
discipline stricte dans la collecte alternativement à la prise de garanties peuvent aussi être
adaptés pour être conformes aux principes de partage des risques et d’interdiction de
l’intérêt prônés par la Finance Islamique (CGAP, 2008)

Selon Ali et Izhar (2015), plusieurs études ont montré que les banquiers et les régulateurs
perçoivent le risque de crédit comme l’élément le plus important et sur lequel des mesures
d’orientations sont nécessaires. Ambassa et al (2013) confirment que les principaux travaux
théoriques et empiriques sur la gestion des risques en microfinance se sont centrés
principalement sur le risque de crédit et sur l’importance du design des contrats de crédit
comme instrument de gestion de risque de signature.

Toutes ces questionnements autour de la gestion du risque dans les banques islamiques,
dans les institutions de Microfinance et particulièrement dans les institutions de
Microfinance Islamique nous a conduit à ce sujet sur : Gestion du risque en Microfinance
Islamique : cas de PAMECAS.

En effet, la question centrale autour de laquelle tourne notre thèse est la suivante :

Comment les institutions de Microfinance Islamique gèrent leurs risques ?

Les questions auxquels cette recherche tente de répondre spécifiquement sont les
suivantes :

8
Ambassa, C. Essomba, Nocheh, D. Ns et Teuguia, G. (2013) Risque de credit et gouvernance par la proximité :
cas des microdcrédits octroyés aux TPE Camérounaises, Ve Colloque International en Microfinance Douala 12-
13 Septembre 2013
- Comment les institutions de Microfinance perçoivent ils les risques liés à leurs
activités financières conventionnelles et de finance Islamique ?

- Comment les acteurs de ces institutions de Microfinance évaluent-ils les risques


auxquels ils sont confrontés dans leurs activités de Finance Islamique et de finance
conventionnelle?

- Quels sont les mesures d’atténuation (de couverture) des risques?

OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

Objectif général

Effectuer une comparaison entre les activités classiques de gestion du risque et les activités
islamiques dans les Institutions de Microfinance.

Objectifs spécifiques

- Analyser la perception par les IMF des risques liés à leurs activités islamiques et
conventionnelles ;

- Identifier les pratiques d’évaluation des risques liées aux activités islamiques et
conventionnelles ;

- Analyser les mesures prises par les institutions de microfinance pour atténuer les
risques induits par les activités classiques et islamiques.

INTERET DE LA RECHERCHE

Cette recherche comporte un intérêt à la fois théorique et pratique

- Intérêt théorique

Cette recherche enrichira la littérature sur la Microfinance et ce qui la distingue de la finance


traditionnelle. Elle contribuera aussi à doter la communauté scientifique d’un apport
théorique sur la Finance Islamique à travers les facteurs qui la distinguent de la finance
conventionnelle. De même, elle permettra de combler le gap existant concernant les travaux
portant sur la Microfinance Islamique. La théorie sur le fonctionnement des institutions
financières islamiques dans le contexte des pays en développement sera aussi développée.
Elle contribuera enfin à enrichir la littérature sur la gestion du risque dans les institutions de
Microfinance et surtout de Microfinance Islamique.

- Intérêt pratique

Sur le plan pratique, cette recherche permettra de fournir aux praticiens des éléments de
réponse sur l’adaptabilité des instruments de gestion du risque utilisés par les institutions
financières classiques au sein des institutions de Microfinance.

Elle leur permettra aussi de comprendre les défis liés à la Charia dans le cadre de la gestion
du risque.

Les autorités réglementaires pourront aussi disposer d’une référence pour mieux
comprendre les pratiques de gestion du risque dans un environnement Charia compatible en
vue d’une meilleure réglementation du secteur de la Finance Islamique et plus
particulièrement de la Microfinance Islamique.

CADRE CONCEPTUEL

Le risque
Selon Ahmed et Khan(2002), le risque se manifeste lorsqu’il y a possibilité à plus d’une issue et
que l’issue finale n’est pas connue. Le risque peut être défini comme la variabilité ou la
volatilité d’une issue imprévue. Il est souvent mesuré par l’écart type des résultats
enregistrés dans le passé. Bien que toutes les entreprises s’exposent à des situations
d’incertitude, les institutions financières font face à certains types de risques un peu
spéciaux en raison de la nature spécifique de leurs activités.

L’objectif des institutions financières est de maximiser le profit ainsi que la valeur ajoutée
des actionnaires en offrant des services financiers variés en sachant principalement gérer les
risques.

Jorion et Khoury (1996) définissent le risque comme la variabilité ou la volatilité d’une issue
imprévue.
Gestion du risque
Selon Hassouane (2010)9, gérer les risques, c’est à fois les définir, les identifier, les mesurer,
les tarifer, et in fine, tantôt les assumer, tantôt les réduire avec des outils adéquats, mais
c’est aussi une culture organisationnelle et un instrument de différentiation stratégique.

Pour comprendre les principes sous-jacents à la gestion des risques, on peut utiliser la
classification des risques proposée par Oldfield et Santomero (1997, cité par Khan et Ahmed,
2002). Conformément à cette classification, les institutions financières font face à trois types
de risques : les risques qui peuvent être éliminé, ceux qui peuvent être transférés à d’autres,
et enfin les risques qui peuvent être gérés par l’institution. Les intermédiaires financiers
peuvent éviter certains risques par de simples pratiques commerciales en s’abstenant de
s’engager dans des activités qui leur imposent des risques indésirables. La pratique des
institutions financières est d’entreprendre des activités aux risques gérables et de se
départir des risques qui peuvent faire l’objet de transfert. Selon Greuning et Iqbal (2008), les
composantes centrales de la Gestion du risque sont l’identification, la quantification et la
surveillance des profils de risques

REVUE DE LA LITTERATURE

Risques et gestion du risques dans les banques traditionnelles

Les stratégies et processus moderne de gestion des risques ont adopté les caractéristiques
d’un certain nombre de théories modernes de gestion de portefeuille et ont développé
plusieurs instruments pour analyser les risques.

Concernant ces théories et modèles fondateurs, nous avons d’abord l’article séminal de
Markovitch en 1959 qui a montré que la sélection d’un portefeuille était un problème de
maximisation des gains (anticipés) et de minimisation des risques. Les meilleurs gains
résultent d’une prise de risque conséquente. Ainsi le problème de l’investisseur est de
trouver une combinaison optimale des gains par rapport aux risques. Son analyse a aussi
montré les composantes systématiques et non systématiques (diversifiables) du risque mais

9
Hassoune, Anouar (2010) « Les fonds propres dans banques islamiques face aux exigences
réglementaires », Janvier 2010, Moody’s Investor Service
elle a souffert des problèmes d’ordre opérationnels lorsqu’on a affaire à un nombre assez
large d’avoirs dans le portefeuille.

Le modèle d’évaluation des actifs financiers (MEDAF) de Sharpe (1964) a introduit les
concepts de risque systématique et de risque résiduel. Des améliorations de ce modèle
comprennent l’estimation de Beta d’un actif donné par des modèles de risques à facteur
unique (Single-Factor Models of Risks). Alors que le risque résiduel (spécifique à l’entreprise)
peut être diversifié, Beta mesure la sensibilité du portefeuille aux cycles des affaires (un
index global). La dépendance du MEDAF sur un index unique pour expliquer les risques
inhérents aux différents éléments d’actifs est trop simpliste.

La théorie de l’arbitrage (Arbitrage Pricing Theory) proposée par Ross (1976) suggère qu’une
multitude de facteurs affectent les gains anticipés d’un actif.

Plusieurs techniques sont utilisés par les banques afin de mesurer et d’atténuer leurs
risques. Ahmed et Khan (2002) ont identifié : l’analyse différentielle, l’analyse de la Duration-
GAP, la méthode de la valeur de marché sous risque ou Value at Risk (VaR), le RAROC (Risk
Ajusted Rate of Return) et la titrisation.

Les produits financiers dérivés sont aussi utilisés afin de se couvrir contre un certain nombre
de risque. Hull (2004, cité par Abou Hamdan, 2013) définit un produit financier dérivé
comme un produit qui dérive sa valeur de celle d’un ou plusieurs actif(s) sous jacent(s). Les
produits dérivés les plus connu sont les swaps, les futures, les forward et les options. Ces
instruments dérivés sont cependant accusés de jouer un rôle dans l’instabilité et les crises
(voir : Stulz, 2004 ; Birch, 2009 cités par Abou Hamdan, 2013).

Selon les recommandations du CBCB, un système performant de gestion des risques doit
comprendre les trois éléments suivants :

- L’instauration d’un environnement approprié de gestion des risques, de politiques et


de procédures viables ;

- Le maintien d’une mesure appropriée de risque, l’atténuation et le processus de


surveillance des risques ;
- Des contrôles internes adéquats ;

Selon Khan et Ahmed (2002), les risques encourus par les banques peuvent être partagés en
risques financiers et risques non financiers. Les risques financiers peuvent être davantage
partagés en risques de marché et risques de crédit. Les risques non financiers comprennent,
entre autres, les risques opérationnels, les risques de régulation et les risques d’ordre
juridique.

Greuning et Bratanovic (2009) intègrent les risques bancaires dans 3 catégories : les risques
financiers (crédit, liquidité, marché, taux d’intérêt...), les risques opérationnels et les risques
environnementaux.

Selon Greuning et Iqbal (2008), les composantes centrales de la Gestion du risque sont
l’identification, la quantification et la surveillance des profils de risques. Par contre, suivant
Rosman (2009), les aspects les plus importants du processus de gestion du risque sont : la
compréhension des risques et de la gestion des risques, l'identification du risque, l'analyse et
évaluation du risque et la surveillance du risque.

L'étude de Kumah et Sare (2013) sur les pratiques de gestion du risque au sein des banques
commerciales au Ghana a révélé les pratiques majeures suivantes : la compréhension du
risque, l'identification du risque, l'analyse et évaluation du risque, la surveillance du risque et
le contrôle.

Risques et gestion des risques en Finance Islamique


Guéranger (2009) a opéré une distinction entre les risques spécifiques aux banques
islamiques (risque de rentabilité, sur le stock, d’investissement et de concentration) et les
risques partagés avec les banques conventionnelles (risque de crédit, de taux, de marché,
opérationnel, juridique, de liquidité et de solvabilité).

Il a aussi distingué le seul type de risque présent dans la banque conventionnelle et absente
dans celle islamique (le risque de taux d’intérêt). Il l’explique par le fait que la banque
islamique qui refuse le principe même de l’intérêt n’est pas soumise directement au risque
correspondant.

Ahmed et Khan (2002) ont aussi trouvé dans leurs résultats ces deux types de risques. En
effet, ils ont identifié dans un premier temps les risques partagés avec les banques
traditionnelles en tant qu’intermédiaires financiers. Il s’agit des risques de crédit, risques de
marché, risque d’illiquidité, risques d’exploitation ou opérationnels. Ils précisent qu’à cause
de la règle de conformité à la Charia la nature de ces risques change. La seconde catégorie
concerne les risques uniques et nouveaux auxquels les banques islamiques auront à faire
face à cause de leur structure d’actif et de passif atypique. La rémunération des dépôts
d’investissement par une ponction des bénéfices de la banque induit un risque de retrait, un
risque fiduciaire et des risques commerciaux déplacés.

Le risque fiduciaire est lié au taux de rendement faible qui peut être interprété par les
déposants/investisseurs comme un manquement au contrat d’investissement ou comme un
signe d’une mauvaise gestion des fonds par la banque (OCAIFI, 1999).

Le risque commercial déplacé concerne le transfert de risque associé aux dépôts vers les
actionnaires de la banque. Cela se passe lorsque les banques, sous la pression de
l’environnement, se trouvent contraintes de se délaisser d’une partie de leurs bénéfices
pour rémunérer les déposants afin de prévenir des retraits massifs causés par des taux de
rendement faibles (OCAIFI, 1999)

Selon Hassan (2009) les trois risques les plus importants auxquels les banques islamiques
font face sont : le risque de change suivi par le risque de crédit et le risque opérationnel. Et
selon eux les pratiques de gestion du risque les plus importants sont l'identification du
risque et l'analyse et évaluation du risque.

A la suite de la catégorisation des risques en types, Ahmed et Khan (2002) ont aussi classé
les techniques d’identification et de gestion des risques en deux catégories :

- Des techniques standards qui ne sont cependant pas en contradiction avec les
principes de la finance islamique tels que les comptes rendus de risques, l’audit
interne et externe, l’analyse différentielle, RAROC, le rating interne.

- Des techniques nouvelles ou adaptés aux exigences particulières des institutions


financières islamiques ;

L'IFSB ( Islamic Financial Services Board) a publié un document intitulé “Guiding principles of

Risk Management” qui fournit des lignes directrices pour la gestion du risque dans les
institutions offrant des services financiers islamiques. Le processus de gestion des risques
selon l'IFSB inclut l'identification, la mesure, la surveillance et le contrôle des différentes
catégories de risques en plus de la détention de fonds propres suffisants.

Les risques en Microfinance

Le cadre d’évaluation intégré des risques pour les IMF, qui analyse le développement
institutionnel et les questions de santé financière, est organisé autour de quatre catégories
de risques (Churchill et Coster, 2001):

- Les risques institutionnels : mission social, mission commercial, dépendance ;


- Les risques opérationnels : crédit, fraude, sécurité ;
- Les risques de gestion financière : actif et passif, inefficacité, intégrité du système ;
- Les risques externes : régulation, compétition, démographie, environnement
physique, macroéconomie ;
Churchill et Coster (2001) ont aussi mis en évidence l'importance de la gouvernance et de la
qualité des ressources humaines

Selon Goldberg et Palladini (2010) les risques les plus fréquents pour le secteur de la
Microfinance entrent dans 3 catégories : les risques financiers (crédit, marché, liquidité), les
risques opérationnelles (transaction, fraude, technologique, ressources humaines, juridiques
et environnementaux) et les risques stratégiques (performance, affaire externe, réputation,
gouvernance, pays).

L’étude de Haq et Khalid (2001) a montré que les acteurs de la Microfinance au Pakistan
perçoivent les enjeux nationaux comme constituant un risque plus important pour le secteur
comparés aux menaces provenant de l’extérieur. Leur étude a révélé que les tendances
macroéconomiques sont considérées comme étant la plus grande menace suivi par la
sécurité et le risque de crédit. Le risque de réputation se range loin derrière.

Ces résultats sont assez proches de ceux d’Arshad et Basharat en 2014 qui positionnent
toujours les tendances macroéconomiques comme étant le risque le plus important. Les
menaces provenant de la compétition viennent en seconde place suivi par la sécurité.

Selon l' «Enquête Microfinance Peaux de Banane 2014 », les risques les plus pressants
auxquels doit faire face l'industrie sont ceux de la gestion quotidienne de l'entreprise, c'est à
dire le contrôle du crédit, la qualité des dirigeants et de la gouvernance et le traitement de la
concurrence. Les risques à long terme tels que les changements technologiques,
l'élaboration de produits et le financement associé à la survie et à l'évolution de l'industrie
sont considérés comme moins urgent et sont moins bien défini.

Dans le processus d'évaluation du risque au sein des IMF, l'identification du risque et son
évaluation apparaissent comme les étapes les plus importants selon Pandey (2012).

Beaucoup d’auteurs se sont intéressés aux mécanismes de gestion de certains risques


spécifiques comme le risque de crédit qui apparait comme étant le plus important selon les
auteurs. Selon Ibtissem et Bouri (2013) les mécanismes les plus utilisés par les IMF pour
gérer le risque de crédit sont : les crédits groupés, les incitations dynamiques ou prêts
progressifs, le substituts aux garanties, un calendrier de remboursement régulier et la
fournitures de services non financiers. Armendariz et Morduch (2000) ont aussi proposé ces
mêmes mécanismes mais sans y inclure, ni le crédit groupé que beaucoup d’institutions de
Microfinance n’utilisent pas du fait de sa lourdeur, ni le recours à une garantie.

Beaucoup d’auteurs se sont intéressés aux facteurs explicatifs de la performance de


remboursement. Ces facteurs peuvent être considérés comme autant de mécanismes de
gestion du risque de crédit. Selon Stiglitz et Weiss (1981) des taux de remboursement élevés
sont obtenus à travers la demande de garantie et par un mécanisme de rationnement du
crédit. Les résultats de Noglo et Androuais (sd) ont révélé que les résultats de la
performance de remboursement des groupes de crédit au Togo sont : la surveillance
mutuelle entre membres du groupe, le capital social, l’absence de sélection, l’assistance
financière et les sources informelles de crédit. Ambassa et all (2013) ont Identifié la
gouvernance par la proximité comme étant un mécanisme important pour réduire
l’asymétrie d’information et atténuer le risque de crédit. Honlonkou et al (2006) ont étudié
les déterminants de la performance de remboursement dans les IMF du Bénin. Leurs
résultats révèlent que les facteurs liés à l'expertise, à la confiance de l'emprunteur dans son
projet, à son intégration dans sa communauté (garantie immatérielle) d’une part et les
facteurs liés à l'expertise des gestionnaires des IMF d'autre part sont déterminants dans le
dénouement heureux des crédits.
Plusieurs approches sont proposées pour évaluer le risque de crédit au sein des institutions
de Microfinance : les méthodes qualitatives basées sur le jugement et les méthodes
statistiques.

Les méthodes qualitatives apparaissent comme étant adaptés aux IMF selon quelques
auteurs. En effet, elles permettent de faire face aux problèmes d’opacité de l’information
(Bunn and Wright, 1991 cités par Ibtissem et Bouri, 2013) et de collecter une foule de
renseignements à l’étape de la présélection (Armendáriz and Morduch (2000). Cependant
cette méthode est couteuse en termes de temps et d’argent (Ibtissem et Bouri, 2013).

Ainsi beaucoup d’IMF à l’instar des banques utilisent plutôt les méthodes statistiques pour
évaluer les risques. Selon Schreiner (2000), le scoring a sa place en Microfinance. Cependant
certains IMF mettent en évidence la difficulté d’adapter et incorporer cette technique dans
le contexte des IMF car les informations sont le plus souvent qualitatives et informelles.
Schreiner (2003) précise que le scoring n'est pas adapté à tous les IMF mais plutôt à celle
disposant d'une technologie de prêt individuel solide et d'une large base de données avec
l'historique des prêts. Dans un pays comme le Sénégal, la pratique du scoring pourra
permettre de diversifier les outils utilisés par les SFD ainsi qu'une modernisation de leurs
instruments de gestion selon Ndiaye (2012).

Tchuigoua et Lamarque (2009) se sont intéressés à la gestion d'un autre risque qui est tout
aussi important que le risque de crédit, c'est à dire le risque opérationnel. Comme
mécanismes de gestion de ce risque, ils ont proposé la régulation des comportements. Ils
ont aussi mis en évidence le rôle du degré d'intégration des IMF dans les réseaux dans les
différences observés au niveau des pratiques de gestion du risque opérationnel.

METHODOLOGIE
Approche

Une méthodologie à la fois quantitative et qualitative sera utilisée pour répondre à nos
questions de recherche. Notre s’intègre dans le paradigme interprétativiste.

Échantillonnage
Pour identifier la perception des risques au niveau de PAMECAS dans le cadre des activités
islamiques et traditionnelles, des entretiens semi directifs seront menés avec les agents de
crédit.

Pour identifier les pratiques d’évaluation et d’atténuation des risques une analyse
systématique des dossiers de crédit sera effectuée.

HYPOTHESE

H1a : les tendances macroéconomiques constituent le risque le plus important auquel doit
faire face PAMECAS dans le cadre de ses activités conventionnelles.

H1b : les risques spécifiques à l’activité financière islamique (risque de retrait massif, risque
fiduciaire et risque commercial translaté) sont les risques les plus importants auxquels doit
faire face PAMECAS dans le cadre de son activité islamique.

H2 : Pour évaluer les risques induit par les activités conventionnelles et islamiques les
méthodes qualitatives et les méthodes statistiques sont combinées au niveau de PAMECAS

H3 : Les incitations dynamiques ou prêts progressifs, le substituts aux garanties, un


calendrier de remboursement régulier et la fournitures de services non financiers sont les
instruments utilisés au niveau de PAMECAS pour atténuer les risques lié aux activités
traditionnelles et islamiques.

BIBLIOGRAPHIE

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