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Qui était Alphonse Tournier?

Martin Gladu

(…) horriblement modeste, habile négociateur,


n’élevant jamais la voix,
sortant rarement de son bureau
Jeanine Tournier

Pour lui, tout avait été dit par Beaumarchais


Jeanine Tournier

(…) vieux radical-socialiste n’ayant aucune


tendresse pour le nouveau régime allemand
Michel Tournier

(…) il est indispensable d'adopter


une règle internationale uniforme
Alphonse Tournier en 1962

Homme de l’ombre,
Alphonse Tournier a aussi été
un homme d’influence
Irène Inchauspé & Rémi Godeau

- pionnier de la gestion collective du droit de reproduction mécanique et l’un des


fondateurs de la Revue internationale du droit d’auteur. Il a aussi traduit quelques
ouvrages de l’allemand au français
- né à Cognac le 11 décembre 1890, d’Ambroise (verrier, de Lalinde en Dordogne) et
d’Émilie Renoulet, mariés en cette ville le 15 février 1891
- surnommé Ralph
- mari de Marie-Madeleine Fournier, surnommée Ralphine, qu’il a épousée le 24 avril
1921 à Bligny-sur-Ouche. Tous les deux germanistes, ils s’étaient connus à la Sorbonne
en 1910. Ils louaient, durant les étés, le presbytère désaffecté de Lusigny-sur-Ouche
- père de Jean-Loup (haut dirigeant à la SACEM, à la SDRM, à la CISAC, au BIEM, etc.),
de Michel (romancier), de Gérard (éditeur de musique, il détenait les droits français
des Beatles et de Dick James Music), et de Jeanine (a travaillé au BIEM jusqu’à la mort
de son père)
- était détenteur d’une licence ès lettres et d’un diplôme d’études supérieures
d’allemand de la Sorbonne (août 1914)
- blessé au visage au tout début de la Première Guerre mondiale
- intéressé par la politique, il commentait avec sarcasme les discours du Führer
- décédé à Paris le 14 mai 1966

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Après la Première Guerre mondiale

- Georges Delavenne l’engage au sein de la Société générale internationale de l'édition


phonographique et cinématographique (EDIFO) en juin 1921. Ils participèrent
étroitement à la création de plusieurs agences de perception du « droit d’édition
musico-mécanique », dont MECOLICO à Londres, une succursale EDIFO à Turin,
AMMRE à Berlin, une agence EDIFO à Buenos Aires, un bureau EDIFO à New York,
MECHANLIZENZ à Berne, NCB à Copenhague, USMA à Belgrade, SOBEDA à Bruxelles,
etc. EDIFO chargeait une commission de 40%. « Un mouvement d'opposition à I'EDIFO
naquit au sein de l'Union syndicale de défense professionnelle des auteurs,
compositeurs et éditeurs, USACE, qui entreprit d'organiser un département de
perception des droits mécaniques pour le compte des auteurs avec pour objet de
prouver que cette perception était possible moyennant une commission de 10% »
Philippe Parès
- alors qu’il est chez EDIFO, il est nommé, en janvier 1929, premier directeur général du
BIEM, qu’il a cofondé avec le propriétaire des éditions Durand, René Dommange, qui
en assumera la présidence jusqu’en 1968
- a signé, en 1929, le premier accord cadre entre le BIEM et l’IFPI
- a cofondé, en 1932, la British Copyright Protection Co. Ltd, qui sera transformée, en
1962, en la British Copyright Protection Association Ltd.
- a participé étroitement à la création, le 21 juillet 1935, de la SDRM, qu’il a ensuite
dirigée. « La SDRM est une société créée en 1935 par d’autres sociétés. C’est une
société de sociétés. Les premiers associés étaient l’ACE (Auteurs compositeurs et
éditeurs de musique), avec à leur tête le compositeur Philippe Parès, la SACEM, la
SACD, le BIEM, dirigé à l’époque par Alphonse Tournier, père de Jean-Loup Tournier,
et le groupe des éditions Salabert. Ils seront rejoints plus tard par l’Association des
adhérents de la SDRM et par la SGDL. La SDRM n’était donc pas un simple
démembrement de la SACEM. Dotée d’un personnel et d’un appareil administratif
propres, sa mission initiale était de gérer les droits détenus par l’ACE et la SACD, la
SACEM étant associée en raison de sa contribution financière pour permettre à la
SDRM de fonctionner et notamment pour racheter les éléments de documentation
d’EDIFO (ancêtre de la SDRM) » Jean-Marie Salhani
- résidait au 80, rue Taitbout à Paris, communément appelé la cité des Trois-Frères, un
phalanstère d’artistes. Cette adresse était également celle d’EDIFO, du BIEM, de la
Société des droits d’auteurs aux artistes et de la SDRM

Pendant la Seconde Guerre mondiale

- son manoir de Saint-Germain-en-Laye étant réquisitionnée par les Allemands, il


déménagea, au printemps 1941, à Neuilly-sur-Seine (5, rue Berteaux Dumas)
- nommé directeur de la Fédération des sociétés d’auteurs en 1941
- nommé secrétaire général du Comité professionnel des auteurs dramatiques,
compositeurs et éditeurs de musique par Henri Rabaud le 26 avril 1942. Louis Vannois,

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avocat à la cour de Paris, écrivit en février 1943, dans la revue Le Droit d'auteur: « Ce
Comité nouveau ‘’se superpose aux sociétés existantes, mais il n'est pas un organisme
d'État. Il est unique, il est, si l'on veut, national; il n'est pas étatisé (bien qu'il soit
contrôlé, par le ministre des Finances et le ministère de l'Éducation nationale).’’ Ce
Comité est aussi un tribunal. ‘’Il sera un conseil de discipline’’. »
- nommé par arrêté ministériel, le 29 octobre 1942, directeur du Service central de
perception des droits d'auteur, élément majeur du Comité professionnel. Il prit des
mesures drastiques pour réduire les frais de gestion, dont celle de réduire le nombre
d’agents régionaux. Il avait donc « la mainmise sur l'argent des droits de toutes les
sociétés d'auteurs existantes en France, » selon Libération
- a assisté, le 28 octobre, 1942, au congrès fondateur de l’Union européenne des
sociétés d’auteurs et de compositeurs tenu à Berlin
- a rencontré Joseph Goebbels en 1942 pour le dissuader de transférer la
documentation mondiale sur les auteurs et leurs œuvres du BIEM à Berlin
- a placé un Français du nom de Pierre Crétin - qui était contrôleur général du BIEM
depuis 1935 et représentant de la SACEM en Allemagne depuis 1918 - à la tête de la
Stagma à Berlin en 1945, « un acte qui frisait la provocation, » a dit Michel Tournier

Après la Seconde Guerre mondiale

- nommé membre de la Commission de la propriété intellectuelle mise en place à la


Libération
- a participé à la Conférence diplomatique de Bruxelles en 1948
- nommé conseiller technique du conseil d’administration de la SACEM en 1949. Il y
intégra son fils Jean-Loup en novembre 1950, qui se rapportait alors au chef du
contentieux, Jean-Jacques Lemoine, « l’héritier de Ravel », avant d’être promu délégué
général aux États-Unis, au Canada et au Mexique, puis plus tard directeur général
- a écrit quelques articles de la loi sur le droit d’auteur de 1957
- nommé rapporteur général de la Commission Consultative Auteurs, créée auprès des
BIRPI en 1962 dans le cadre de la préparation de la révision de Stockholm
- a contribué aux travaux préparatoires de la Conférence diplomatique de Stockholm
(1967)
- auteur de plusieurs rapports pour la CISAC et pour l’Association Littéraire et Artistique
Internationale
- a été visé dans la Mission Mattéoli (1997) sur l’attitude de la SACEM pendant
l’Occupation :

J’ai soulevé des questions sur le rôle de la Sacem pendant l’Occupation sur la base de
documents qui semblent établir que la Sacem, en novembre 1941, a agi de sa propre
initiative. Je n’ai pas encore pu savoir quelle a été la teneur de l’accord sur les droits
d’auteur conclu à Berlin pendant la guerre entre Alphonse Tournier [le père de
l’actuel président du directoire de la Sacem, alors dirigeant du Bureau international
des éditions musicales (Biem)] et Goebbels, ministre de la culture et de la

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propagande nazie. Mais la note interne de la Sacem du 7 novembre 1941 a édicté le
fichage des auteurs non « aryens », décidé du blocage de leurs droits et menacé
d’internement en « camp de concentration » tout signataire d’une fausse déclaration
d’« aryenneté. » Daniel Vangarde

Quelques observations à propos d’EDIFO et du BIEM

En 1927, la direction d'EDIFO s'avisa de répondre à la concentration opérée par


l'industrie phonographique européenne par la constitution d'un organisme
international auquel les principaux titulaires de droits de reproduction mécanique
confieraient le soin de traiter en leur nom avec la puissante organisation des
fabricants. En effet, à l'époque, plusieurs centaines de fabriques, disséminées dans
tous pays, furent achetées par un même capital. Ce véritable trust ... constituait pour
les auteurs un danger extrêmement grave ... La formidable puissance d'argent que
représentait tout à coup le trust phonographique pouvait alors emporter comme un
fétu de paille les résistances locales que l'auteur pouvait opposer à ses débiteurs. De
cet état de chose naquit, le 21 janvier 1929, le BIEM, à seule fin de stopper toute
velléité d'offensive de la part de l'industrie; de soumettre l'industrie dans le monde
entier à un régime d'exploitation favorable pour l'auteur; de donner à la France
l'initiative dans cette action de défense des auteurs. Philippe Parès

En avril 1935, EDIFO était dans l'obligation d'accepter de se mettre en liquidation


amiable. Comment EDIFO avait-elle pu en arriver là? Tout simplement par suite d'une
gestion à la fois de plus en plus familiale, imprudente et dispendieuse, qui ne pouvait
que mener au désastre ... La crise générale des affaires qui sévit en France et dans le
monde entre 1930 et 1935 toucha particulièrement le commerce des disques; il
s’ensuivit des baisses de recettes considérables ... Une gestion prudente aurait pu
surmonter aisément ces difficultés passagères, mais il n'en fut pas ainsi. EDIFO se
trouva dans la nécessité de passer la main. L'occasion se présentait donc pour les
auteurs de profiter de la déconfiture d'EDIFO pour ressaisir l'administration générale
d'un droit que l'imprévoyance et la pusillanimité des éditeurs avait laissé accaparer
par une société commerciale pendant vingt-cinq ans. Philippe Parès

Les aspirations du BIEM « en faveur d'un empire international de gestion collective,


comme contrepoids à l'industrie phonographique, se heurtaient à la conviction des
auteurs qui considéraient que leurs droits étaient mieux sauvegardés dans leurs
sociétés nationales qui répondaient nettement mieux à leurs désirs. Le "déficit
d'influence des auteurs" qui se transplantait de I'EDIFO au BIEM constitua un
inconvénient considérable. Le BIEM ne se développait pas en tant que foyer des
auteurs (…) le BIEM s'est toujours catégoriquement refusé à accepter une déduction
quelconque destinée à la prévoyance sociale des auteurs ou à la promotion
culturelle. » Dr. Ulrich Uchtenhagen

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(…) les droits de reproduction mécanique du physique ont été négociés au niveau
mondial par un accord historique dénommé Biem-IFPI, du nom des entités
représentant respectivement les sociétés de gestion collective et les producteurs
phonographiques. Exceptés quelques aspects négociés localement (notamment le
minimum par support), les principales conditions, qui s’appliquent à tout le monde,
sont fixées dans cet accord. En outre, chaque société de gestion collective était
habilitée à représenter 100% des répertoires présents sur son territoire. Cécile Rap-
Veber

80, rue Taitbout, bureaux d’EDIFO, du BIEM, de la SDRM, de la Société des droits d’auteurs
aux artistes et d’Alphonse Tournier

Timbres mobiles du BIEM, d’EDIFO, de MECOLICO, de l’AMMRE et de la NCB