Vous êtes sur la page 1sur 26

La pre m iè re é d itio n d e

Sexe, race et pratique du pouvoir. L'id é e d e natu re


a été publiée en 1992 a u x É d itio n s c ô t é - fe m m e s ,
dans la collection « R e c h e rc h e s » a lo r s d ir ig é e p a r
Marie-Laure A rrip e , O r is t e lle B o n is ,
Dominique F o u g e y ro lla s e t H é lè n e R o u c h .

© Éditions iXe, 2 0 1 6 • IS B N 9 7 9 - 1 0 - 9 0 0 6 2 - 3 1 - 3

Éditions iXe. 28, bd. du Nord. 77520 D o nne m arie -D o ntilly


Scanned by CamScanner
SEXE, RACE ET PRATIQUE DU POUVOIR
L 'ID É E D E N A TU R E


Le corps construit1

INTRODUCTION

Il va de soi, et il est pourtant nécessaire de le rappeler, que le corps


est l'indicateur premier du sexe. C'est l'une de ses fonctions sociales que
d'actualiser, de rendre visible ce qui est considéré comme la division fon­
damentale de l'espèce humaine: le sexe; division fondatrice du système
social et supposée im plicitem ent devoir l'être de toute société possible.

«The category of sex is the political category that founds society as hetero-
sexual As such it does not concern being but relationship (for women and
men are the resuit of relationships) [...! The category of sex is one that rules
as -natural "the relation that is at the base of (heterosexual) society [...] » •

Autour de l'appareil reproducteur externe, femelle ou mâle une


nstruction matérielle et symbolique est élaborée, dest ineea expr^
er d'abord, à mettre en valeur ensuite, a séparer enfin, e •
nstruction double un rapport social matériel q u in *■ '“ T.6" * ut|on
ilique: celui de la division socio-sexuelle du travail et
I.
------ 1---- ---------- i , - n ïhrenrëKb(d\r)Readingthesocial
1. "The Constructed Body", in C. B. Burroughs et J. D. Crowder), p. 40-57.
body (1993, University of lowa Press, lowa City. Traduit par |a société en tant
2. «La catégorie de sexe est une catégorie politique qu ^ re|atjons (car les
qu'hétérosexuelle. En cela, elle n'est pas une affaire e r . ^ sexe est la
"femmes" et les "hommes" sont le résultat de relations. dg |a société (hétéro-
catégorie qui établit comme "naturelle" la relation qui es a
sexuelle) [...]» (Monique W ittig, 2001 [1982], p. 46).
iale du pouvoir. Une te lle c o n s tru c tio n fa it apparaître comme hétéro-
sociIdltr
uu k ___ oc hnm m oc of lo<-
' es l'un à l'autre, d'essences d ifférentes, les hom m es et les femmes
gènes
rp ci im plique une in te rv e n tio n c o n sta n te des institutions sociales
w au long de la vie des ind ivid u s, in te rv e n tio n q u i comm ence à la nais-
°n re et probablem ent avant ce tte naissance elle-m êm e, puisque depuis
nuelaue temps il est désorm ais possible de co nn aître le sexe d'un enfant
avant qu'il ne voie le jour. Et cette c o n s tru c tio n sociale est inscrite dans le
corps lui-même. Le corps est c o n s tru it corps sexue. ^
Les remarques qui suivent co n ce rn e n t des form es sociales propres aux
sociétés industrielles, mais celles-ci reposent sur un mécanisme de diffé­
renciation physique qui, lui, est de plus vaste é tendue et concerne Ien­
semble des sociétés actuellem ent connues. En d'autres termes si le corps
sexué ne l'est pas de la même façon, il n'en est pas m oins construit (et non
pas donné) dans les sociétés que nous connaissons aujourdhui. Il nest
guère besoin de rappeler Margaret Mead qui, dès les années 1930, insistait
sur la diversité des impératifs, et même leurs contradictions, qu imposent
les sociétés à chaque groupe de sexe, alors m êm e que toutes interviennent
dans le sens d'une différenciation entre les fem m es et les hommes. Et plus
récemment, dans une perspective différente, Erving Goffman s'est attaché
à l'analyse de la codification des signes sexuels d iffé re n tie ls '. Ce ne sont
pas partout les mêmes hommes et les mêmes femmes, cependant tou­
jours il y a des «femmes» et des «hom m es». Et non pas simplement des
femelles et des mâles.

CORPS ET CONSCIENCE

Lhypothèse paraît admise dans toute société - où elle fonctionne


comme fondement idéologique de la division sexuelle (qu'elle soit ce
du travail, de l'espace, des droits et obligations, de l'accès aux moyef1*
dexistence...) - que le corps humain ne peut être que sexué. Qul e
sexue. Mais surtout qu'il ne peut pas ne pas être sexué, en vertu de qu
i convient d intervenir dans ce sens. Car cette sexuation ne doit PaS
de le
évidente quon le proclame puisque le travail de le rendre sexué,

1■Cf. Margaret M ead, 1 963 (éd. orig. 1 935) ; Erving G offman, 2002 (éd. originale I 97
\

fabriquer tel, est une entreprise de longue haleine „


à dire vrai des les premières secondes de la vie e t' ..... . tfès tôt
vée car chaque acte de l'existence est concerné « rh n’est jamais ache-
introduit un chapitre nouveau de cette form ation co r * êge de la vie
choses acquises: réflexes, habitudes, goûts et p ré fè re n t E‘ quet°utes
maintenues soigneusem ent, entretenues méthodi ' d° 'Vent ètre
ronnement matériel aussi bien que par le contrôle ^ ement par ■'envi-
acteurs sociaux. Cette «fabrication» - - l i m i t e pas r r ^ I 1! 5 ^
purement anatomiques qui concernent la seule a n n v J , l' tlon!
t _it^nr rvi/-i+i’-i/-a<- rvvcjîr I» ®UU COfpS et SGS
réactions motrices mais, par le biais de ces pressions et incitations phy-
siques, elle construit égalem ent une forme particulière de
La conscience individuelle, plus exactement la ^ COnscience'
individu, celle de ses possibilités personnelles, de s ^ e " io n 7 m o n d e
bref la conscience de sa propre vie, est déterminée par, et dépendante
de, ces interventions physiques et mentales que pratique sa société La
continuité entre les conditions matérielles et les formes de la conscience
est particulièrement marquée dans les appartenances de sexe. «Quand
céder n'est pas consentir. Des déterm inants matériels et psychiques de la
conscience dom inée des femmes, et de quelques-unes de leurs interpréta­
tions en ethnologie» est le titre, explicite, de l'étude que consacre Nicole-
Claude Mathieu (1985a) à cette corrélation.
De même, les effets en retour de ces pratiques sur l'idéologie d'une
société, sur son m ode de pensée et son système d'appréhension du
monde sont capitaux. Et si les femmes sont des objets dans la pensée et
I idéologie, c'est que d'abord elles le sont dans les rapports sociaux, dans
une réalité quo tidie nn e d o n t l'intervention sur le corps est l'un des élé­
ments clefs1. Ces mêmes interventions jouent pour les hommes dans le
$sn$ de la construction d 'u n sujet, sujet de décision et d'intervention sur
'e rn°nde, et tels ils sont donc dans la perception des choses propres à
cette société.

les ' analyse de la corrélation entre relations sociales matérielles . jr pr0i


^ PPorts de domination (et particulièrement dans les rapports de sexe) vo p

lciue du pouvoir et idée de nature », p. 16-78.

115
INTERVENTIONS directes sur le corps

Nous ne ferons que m e n tio n n e r d eux m odes d'intervention majeurs


dans la fabrication du corps sexué, car a b o rd e r la question par leur unique
biais tendrait à dissim uler des p ra tiqu e s beaucoup moins visibles, on
pourrait même dire largem ent in-visibles dans leur quotidienneté, de la
formation d'un corps co rrectem en t inséré dans sa société comme corps
de femme et corps d'hom m e. Et c'est à ces pratiques que nous nous atta­
cherons. Néanmoins:

Interventions mécaniques (matérielles physiques)

D'une part nous rappellerons que les in te rv e n tio n s mécaniques sur le


corps, le plus souvent m utilantes, visent g én éra le m en t le corps femelle, ou
l'affectent de façon plus profonde. Il s'agit des m odifications du corps par
chirurgie, par usage d'outils, ou d'objets, m o d ifica tio n s propres à induire
et à maintenir certaines transform ations corporelles. C'est le cas des muti­
lations sexuelles mais aussi des ouvertures d'orifices (oreille, nez, lèvres...)
de la réduction de membres (pied) ou de leur ru p tu re (main, jambe, che­
ville...), des transformations de parties du corps: cou par élongation, taille
par constriction, tête par compression, etc. Ce sont pour la majeure partie
d entre elles des interventions que l'on p e u t appeler ultimes, et en tout cas
définitives. Elles sont le révélateur spectaculaire (et pour la majorité d entre
elles, déchirant) d'une m anipulation et d 'u n contrôle social du corps. Sa
orme majeure est, comme le m ontre Paola Tabet (1985), la m anipulation
ae ta reproduction elle-même \
Cependant ces m anipulation et co ntrô le sont plus d iv e rs ifié s *'15
e xte rn ^? 6" 5 d’aCt' ° n ®n ce qu'ils Peuvent inclure des objets amovibles.
chaussurPqUI lnterviennent sur la m o tric ité ou la liberté du corps tel5

Î Ï Ï S C° rSetS- C6S PratiqUe$ SOnt C0nnU6S' S0USUne


5 une autre, dans tous les groupes hum ains.

ode, la présentation de soi-même et la m orphologie .

superficiel
'Perficiel dans
dansées616' 0 ns" 5 *°as non P*us
PaS.n0n plus 3
à un phénomène,
phénom ène, lui, au con^
toi che
----- -------?6S m an'Pulations du corps et qui, au demeurant,
dans la
Perspective' d'unTamnn ^ .'n,teryentions sur l'anatomie sexuelle elle-meme
0cia 'é g alitaire, cf. Sylvie Fainzang , 1985.
les deux sexes à peu près également, enjoignant des présentations diffé­
rentielles du corps selon que l'on est femelle ou mâle: celui de la mode.
Non pas seulement m principalem ent les modes vestimentaires, qui sont
les premières à venir à l'esprit à l'énoncé du terme « mode ».
Pas davantage les maquillages ni les interventions superficielles diverses
que sont les rajouts de couleur sur la peau, les modifications de la chevelure
et du poil (épilations, rasages, perruques, teintures, défrisages et frisages...),
le privilège et la mise en valeur de telle partie du corps (le torse, les fesses,
l'œil, la main...), bref, les manières de présentation de sa personne.
On sait que le corps hum ain est extrêm em ent varié dans son allure, sa
corpulence, son aspect anatom ique, sa couleur, son grain de peau, ses che­
veux, etc. et que les préférences d'une époque, d'un groupe social, d'un
moment, élisent, choisissent une allure physique, un type musculaire, une
couleur des yeux, de peau, une corpulence, comme étant le canon de la
beauté et du souhaitable ta n t dans le type femelle que dans le type mâle,
toujours soigneusem ent distingués et différenciés, et que l'on considère
comme la réussite de leur état respectif.
Ces formes d 'in terve ntio n sur le corps, destinées à actualiser et mettre
en scène le sexe, l'une étant superficielle et modifiable et en effet destinée
à l'être: la mode, l'autre au contraire profonde et irréversible qui modifie le
corps à jamais, fo n t bien partie de la construction sociale du corps sexué
et nous devons les garder sans cesse présentes à l'esprit. Car leur brutalité
lorsqu'il s'agit de m utilations, leur banalité lorsqu'il s'agit de modes sont
l'expression et l'em blèm e de la sexuation sociale du corps. Mais elles ne
sont qu'une partie, généralem ent reconnue et que personne ne met en
doute, d'un fait social plus profond encore et dont la mise en oeuvre est
ininterrompue et dépasse in fin im e n t ces deux formes d actualisation.

La nourriture
La quantité et la qualité de la nourriture sont bien évidemment défi ^
nantes dans la construction corporelle et l'état de santé on jou
vidu. Or quantité et qualité ne sont pas identiquem ent is n .gs
■es deux sexes. Si, d'abord, ces quantités et qualités sont eP variables
ressources dont dispose une société; si elles sont egalement vanaWes
selon les classes sociales à l'intérieur d'une meme societ , sexes
Pas moins en dernier ressort inégalem ent réparties en re

117

à
Un certain nom bre d'études se so nt attachées à décrire les f
nourrir l'enfant nouveau-né selon son sexe, to u t co m m e le t y p e ^ '^ de
riture consommé par les adultes selon le u r sexe. On sait, et d e p ^ ^
temps, que lorsque les enfants sont n ou rris au sein, les petits q a ^
sont plus longtem ps que les p e tite s filles et ce dans un rapport^0" * le
du simple au double: trois mois p o u r les unes, six m ois pour le s ^ ' Va
(Lezine, 1965)1. Chez les enfants co m m e chez les adultes la consom
de viande est plus élevée chez les hom m es que chez les femmes Et ^
porte qui peut noter que le boucher ta ille des b iftecks « pour les h o m m ^
plus gros que ceux des fem m es et des enfants, les « ménagères » en fo
demande explicite si ce n'est pas le b o u ch e r q u i le leur propose. " 3
C est un constat d'expérience courante et discernable quotidiennement
avec un peu d'attention que, dans les restaurants populaires où les parts
sont préparées d'avance, s'il y a une p o rtio n plus grosse de quoi que ce
soit (viande, fromage, dessert...) cette p a rt sera, à une table mixte, ser­
vie a un homme. Dans les sociétés rurales tra d itio n n e lle s de l'Europe les

? Z emenet 0Ut S6rVaient ^ h ° mmeS' assis' ' « — x les meneurs


une intervic.1" 1 ° IT"T'e p o lltlq u e français de p re m ie r plan regrettait dans
Z Lol r 1 S0Ciété 0Ù les fem m es é ta ie n t ce q u 'e lL devaient
hommes re r f 0 t 't 3 c^ a n tit® viande est faible, elle va en priorité aux
“ cae l n " de fa m ille i * * ^
C om m ? U qUe" e ? Ue SOit leur société - « v e n t très bien,
chasseurs les f e r n ^ 00* 6 CaS ^ Europe' dans certaines civilisations de
Æ K i r mangent ies abats (,es viscères de |,animai) ai° rs
tout considérés c o m m e t ^ dU 9 ' bier’ LGS abatS sont presclue par‘
domestiques, femm ^ e n o u rriture réservée aux subalternes: esclaves,
même craints, car c o ^ v i a*'ment s sont généralem ent méprisés ou
Qui les consomment ry COmme rna'sains, hors des couches sociales
est considéré comme Une a^01^ générale, ne plus, ne pas en consommer
*es goûts. Un Sl^ ne d ascension sociale, ou de délicatesse dans

Pourriture: celle de \ * r ^ m ém oire ur>e autre fo rm e d'usage sexué de la


_______________ onsornm ation des excédents ou celle des nourri

bibl’0'
graphiques de Nicole-C llude M at^ eu' îg g s ^ d é v e lo PPe m e n t et les références

118
. • u , . . c°ws CONSTRUIT
tures les moins saines. Il s agit incontestablement h ■<
domination des hommes sur les femmes, bien Blus U" des effets de la
currence précédente, car plus que de privation ou T * * ? que dans l'oc­
de contrainte. Et elle n'est pas sans effets non n|us P' , nce " s'agit
corporelle. Pour citer un exemple extrême, le lait excéd*' * COnstructio"
dans certaines civilisations d'éleveurs en zone désertia ^ ^ Saisonnier
consommé par les femmes, bien au-delà de leurs b e s o i ^ n T ' 6" ’6" 1
elles subissent ainsi une obésité saisonnière réculière ot h. e“ rfaim:
variations de poids, répétées dans un laps de temps ^ 5 “

La taille et la corpulence

Plus un pays a un niveau de vie élevé plus la taille se différencie entre


les hommes et les femmes. Ou, si I on préfère, moins un groupe dispose
de nourriture, moins les femmes et les hommes se différencient et sont
proches en taille et en poids. L'égalité se fait en quelque sorte par la rareté,
et contrairement à ce qu'on pourrait attendre c'est dans les pays où il n'y a
pas de pénurie alim entaire que les femmes sont moins bien nourries que
les hommes et non pas dans les pays de relative rareté. Dans les sociétés
«abondantes», les individus mâles disposent d'une part protéique plus
élevée qui leur assure une croissance plus marquée. Bien entendu tous
les individus sont dans ces sociétés plus grands et plus lourds qu'ils ne le
sont dans les sociétés pauvres, mais l'écart entre les sexes y est également
beaucoup plus net. Déjà la classe sociale influence la taille: au cours de la
première m oitié du xxe siècle, pour prendre un exemple, dans Paris intra
muros l'écart de taille était de quelques centimètres entre les conscrits
qui venaient des arrondissements populaires de l'Est et ceux nés dans les
quartiers bourgeois de l'Ouest. L'écart entre les sexes est plus important
encore.
Dans les sociétés riches plus encore que dans les autres, les
sont plus petites que les hommes, et leur corpulence com™eDoidSet de
'oppement musculaire est moindre. Les normes en matie[e. ^ D0Ur |e voir.
il suffit parfois de traverser une ron
taille sont variables et r |es

Dans les pays latins, les balances des pharmacies, es in . jdéal pour
clients qui le désirent, affichent des tableaux indiquan e

1•Je remercie Paola Tabet d'avoir attiré mon attention sur ce fait.

119
une taille donnée, et bien entendu selon le sexe. Ces tableau
pas les mêmes selon que l'on est en France ou au Portugal n ^ X 06 S°nt
Ainsi le poids idéal d'une Portugaise est égalem ent celui d'un
mais la Française d oit peser dix kilos de m oins que le Français
attendu...), mais par le m êm e effet égalem ent dix kilos de mnin qU‘ est
Portugaise, ce qui est plus surprenant. (Quoique à to u t prendre le re
moyen étant plus élevé en France, les femm es en effet y doivent ê t r e ^
légères que les hommes de façon plus m arquée...) Il n'en reste pas moins
que, quelles que soient ces variations, cet écart est considéré comme à
la fois naturel, normal et souhaitable, faisant partie de l'ordre des choses
Par ailleurs l'écart d'âge au m ariage est généralem ent pratiqué, la plus
grande jeunesse de la femme, de deux à quatre années si l'on en croit les
statistiques, étant requise et allant de soi. Donc, dons un couple la femme
doit être plus petite, plus légère et plus jeune que l'homme. Ceci nous apprend
une chose d'im portance: à savoir que les caractéristiques physiques
requises d'un homme et d'une fem m e vo nt par définition vers la diffé­
renciation. Plus encore, l'hétérogénéité de chaque couple particulier, elle
aussi requise, redouble ainsi les im pératifs sociaux statistiquement appré-
hendables qui im posent un corps différent aux hommes et aux femmes.

LE CORPS POUR SOI. LA MOTRICITÉ PERSONNELLE .

La construction du corps repose sur des techniques diverses. Les


injonctions verbales en sont l'une des composantes, mais importante.Des
ordres («Fais ceci») sont donnés constam m ent, durant l'enfance et la ®
escence, de se conduire d'une m anière déterm inée propre au sexe aUCllJ
on appartient. Mais les interdictions (« Ne fais pas cela ») également, v|9
euses ou répétées, ponctuent la conduite des enfants ou des adolesc ^
aHi esaPPr° b a ti° ns (plus nuancées ou voilées) perdurent à trave^
e' e* ^aÇ°n particulièrem ent marquée à l'encontre des fern

î del enfance, usage de l'espace, usage du temps ^^

tenir sorf°nctionsou interdictions concernent en premier lieu la \ erwfr


Il ne s'aait0^PS, r^ ' e par un coc*e *a bonne et de la rTiaLJVa diffus0
39,1 Pas clés règles de politesse que d'une forme plus *
plus profonde, un im p é ra tif de conform ité à l'être des individus r B •
et
ncerne les «façons» propres a chaque sexe de tenir son corps et dï n
mouvoir
user, ae -------- ; dans
^ la marche nu He. lo y„luc, ____
dU repo d M. aen
en rapport avec les autres. Il y a des façons spécifiques de marcheTpo r
les hommes et pour les femmes, to u t comme il y a des façons spécifique
de s'asseoir, de tenir les jambes une fois que l'on est assis, une façon soé-
cifique de saisir les objets au repos ou de les attraper au vol \ Attraper et
saisir les choses est l'objet d'un apprentissage qui se fait à travers les jeux
de l'enfance, les jeux de balle par exem ple: ceux des garçons font inter­
venir les pieds et les jam bes plus que les mains; les filles dans leurs jeux
propres ne font pratiquem ent jamais intervenir leurs pieds comme moyen
de propulsion.
Ces jeux sont probablem ent l'un des premiers moyens, et l'un des
principaux, de transm ettre et d'im poser une tenue du corps particulière
à chacun des sexes. Les jeux spécifiques que pratique l'un des sexes à
l'exclusion de l'autre y co n trib u e n t (bien que certains jeux tout de même
sont communs aux deux sexes, plus d'ailleurs dans le domaine mental
que dans celui de l'exercice corporel). Ces jeux physiques aboutissent par
exemple au fait qu'une fille ne donne pas de coups de pied, ni d'ailleurs
de coups de poing, au contraire des garçons, et comme il est également
requis des deux sexes de ne pas mordre ni tirer les cheveux, les filles se
retrouvent sans défense cohérente dans les bagarres d'enfants auxquelles,
au demeurant, elles sont supposées ne pas participer. Mais plus encore
que ces jeux spécifiques, le jeu en soi, ses circonstances, ses conditions sont
déterminantes dans cette form ation.
Jouer n'est pas une activité égalem ent répartie entre les deux sexes, et
cédés l'enfance. Si les filles et les garçons o nt des jeux propres, cependant
les uns jouent davantage que les autres. Par exemple le temps dont dis­
posent les garçons pou r se livrer au jeu est plus im portant que celui dont
disposent les filles. Et de surcroît /'espace qui leur est ouvert, et dont ils
usent librement, est considérablem ent plus vaste, sujet à moins de fron­
tières et de lim itations. Toutes choses qui o nt des effets sur la tenue du
COrPs, son aisance, son audace, l'a m p litu d e des mouvements spontanés.

LSande Z eig, 1985, où l'auteur décrit et analyse cette imposition différentielle de


gestuelle et en montre la possible reconstruction (et reconquête). Et ega em
Marianne W ex, 1979.

121
j: • tinnps différentielles sont fra p p a n te s q uand on voit côte à
Ces caractérisé ^ ^ fem m es adultes, l'utilisation qu'ils font de |'es

CÔte deS- , ^ meuvent, qu'il s'agisse de la surface au sol ou du volume


PaC6, r a on et en am plitude. Les unes o c cu p e n t un espace moindre que
60 T o ; moins librem ent, et m a rq u e n t une propension à s'effacer, à
l6St ndré le déplacement de leurs jam bes, de leurs bras. Les autres au
æ trlire tendent à accroître, de leurs g e n o u x larg em en t ouverts, de leurs
h oosés sur les dossiers des sièges alentour, de fleurs mouvements
raoides l'espace occupé. Ceci au repos. Il en est de m êm e dans la marche
où les hommes occupent le centre des espaces disponibles, repoussant
les femmes à la périphérie, où d'ailleurs elles v o n t de leur propre automa­
tisme (si ce n'est vraim ent de leur volonté).
Bien entendu ces caractéristiques différe ntie lle s sont d'autant plus
marquées chez les hommes qu'ils sont de classe plus populaire, chez les
femmes qu'elles sont de classe plus aisée. Car les hom m es des classes bour­
geoises sont un peu plus proches des fem m es par une sorte de réserve et
de repli sur soi, en même temps que les fem m es des classes populaires
sont un peu plus proches des hommes dans leur relative liberté de mou­
vement. Ces variations existent aussi en fo n c tio n du type de civilisation
matérielle d'une société car ces traits sont plus visibles et symbolisés plus
fortement dans les sociétés les moins riches.
Ces différences dans l'emploi du corps que pratique chaque sexe ne
relèvent pas de la volition, ni de la conscience claire, mais par contre elles
ne sont pas sans effet sur cette conscience: restreindre son corps ou au
contraire l'étendre, l'am plifier sont un rap po rt au m onde en acte, une
vision des choses agie.
( À quelques semaines de distance, circulant dans les rues d'un quartier
d'habitation, une fois à Montréal l'autre fois dans la banlieue de Paris, une
ois a 5 heures de l'après-midi l'autre fois à la fin de la matinée, j'ai remar­
que eux scènes très ordinaires, fréquentes et finalem ent identiques,
deux ° 'S'*Sagissait d ü n adolescent mâle, seul. Et qui jouait. Dans e
la mode r I / CT 6 p,anche à roulettes, objet d o n t après une longue éc ip
tous deux était à* UJf0urdhui parmi les jeunes mâles. Leur façon d e j° u
de monter que|J,* f° 'Snonchalante et acharnée, et leur but, commun, é
*Pété, ™ ^ X SnmarChe5 avec leur Jouet Échec à peu près cons ^
cause incessamment sans manifestations de
^fré q u e m m e n t de jeunes garçons sexercer au jeu de la planche comme
V .très et hier encore j'ai vu des jeunes hommes de dix-sept, dix-neuf
3 “ franchir sur patins à roulettes des barrages assez élevés de cageots à
anS mes vides (trois à cinq cageots) à l'aide d'un tremplin improvisé formé
t e porte posée à terre sur des cales, dans une pratique renouvelée, pro-
d ctrice de bien plus d'échecs que de réussites car il s'agit de techniques
difficiles, mais dont la liberté d'espace et de temps est la condition sine qua
' <je leur exercice et l'aisance corporelle le résultat à tous coups.
j e n'ai vu qu'une seule fois en quelques années une enfant femelle par­
ticiper à ces sortes de jeu x (et l'observation de ces enfants et adolescents
montrait qu'elle était davantage avec eux qu'elle ne faisait partie de leur
groupe). Et par ailleurs depuis de longues années je n'ai pas vu dans des
rues urbaines fréquentées des enfants femelles jouer à quelque jeu que ce
soit. Les jeux de corde et les je u x de balle au mur d'il y a quelques décen­
nies, s'ils se jouent encore dans les villages et les petites villes, ou dans des
quartiers très tranquilles, o n t disparu des rues du centre. Ces jeux de filles
qui consistaient à sauter sur place pour éviter une corde en un mouve
ment vif mais im m o bile qui m a in tie n t le corps sur le même lieu Pr®cis' °
à lancer contre un m ur e t ra ttra p e r selon diverses modalités une a e
b h i i u j - _____________ ^ ...s ™ ^ w r * on a u ta n t sur un pied les cases
ac Hp ieur fam ille ou am ies, exposées à un contrôle non j.

d
meaisPp X it e m en t exercé. Ces je u x sont d o n c caractérisés par une
« t on de l'espace et une lim ita tio n du te m p s m ais eg a le m e n t par Une
imitation de la liberté m e n ta le qui résulte des d e u x précédentes et que
de toute façon la surveillance exercee re n d ra it d éjà impossible. P|us, ces
ieux impliquent une p ratiq ue du corps o rie n té e vers un espace corporel
réduit; sans doute dévelop p en t-ils l'éq u ilib re e t l'h a b ile té manuelle mais
ils réduisent en m êm e tem ps l'extension possible d u corps et de ses mou­
vements, car ils m etten t en œ uvre sans cesse un reto u r sur son propre
espace, et de surcroît un espace restreint.
La disposition de tem ps e t d'espace, outils d e fo rm a tio n de la maîtrise
corporelle, est spécifique aux enfants e t adolescents d e sexe mâle, et elle
ne cesse nullement par la suite.
Ce matin encore je voyais un h o m m e je u n e (il avait vingt-quatre ou
vingt-cinq ans) s'exercer, à côté de la station d 'au tob us où j'attendais, à
se tenir en équilibre sur le bord d'un banc public, sans y accorder plus
qu'une attention distraite, se livrant à un pur exercice physique dont il
paraissait quasi absent m en talem en t, sans d o u te absorbé par d'autres
soucis que celui de se tenir en équilibre sur ce banc. Activités que ne pra­
tiquent pas les femmes d o n t au contraire les im positions de la société, à
la fois de dissuasion et d'injonction, les é lo ig n en t systém atiquem ent alors
même qu'elles y invitent et y aident les hom m es constam m ent. De la pour­
suite des boîtes de conserve rencontrées sur leur parcours à coups de pied
footballeurs - poursuite souvent co llectivem en t m en ée - jusqu'à l'équi­
libre sur les murs d'enceinte ou la course derrière les bus, trams ou divers
camions, les activités de maîtrise de so i-m êm e et de maîtrise du milieu
ambiant, d'occupation large de l'espace public, sont le fait des garçons.
,es en son^ sPec^a^^loirem ent absentes. Et cette absence signifie que,
ce apprentissage-là, elles sont privées. Et sans d o u te m êm e exclues.

M o b il is a t io n d e s f e m m e s

situatio^ExDlîcit dentendre des interprétations naturalistes d'u[]e ^


soi et l'expressio ^ ° U ,mplicites elles sont considérées comme alla
C e s s io n meme du bon sens.

j
l'abstention des filles est supposée denver d'un éloignement «ins,inc
S î ces activés, sans q u o n songe semble-t-il à prendre en con id
tif ” deux facteurs d'im portance d on t I action conjuguée rend imP0J l
ti0naenre d'exercices. La canalisation d'abord de leur propre corps dans u
CeS a n « réservée et une im m obilité idéale à laquelle elles doiven
L ce qui ne suffirait peut-etre pas a garantir leur manque de maîtrise
‘^espace comme de leur propre corps si en même temps la limitation
trême de leur déplacement dans I espace et la limitation de leur usage du
n'en assuraient la réalisation.
Emploi du temps des individus femelles est beaucoup plus stricte­
ment surveillé que celui des individus mâles. Mais, plus encore, cette sur­
veillance en ce qui concerne les individus femelles perdure tout au long
de |a vie, le mari prenant le relais des parents. Et, de surcroît, ce qui est
peu noté, les enfants sont d'efficaces contrôleurs de leur mère, toujours
en poste, à la fois volontairem ent - on connaît les réactions de ceux-ci
aux allées et venues et absences de leur mère, leur attention jalouse (oui)
à sa présence - et involontairement en ce que leur charge, leur soin, leur
surveillance reposent entièrement sur la mère dès qu'ils ne sont pas en
main des institutions diverses auxquelles ils sont confiés quelques heures,
que ce soit l'école, les sports, les mouvements de jeunesse, les groupes
religieux ou les familles amies (où d'ailleurs une autre mère...). Le lien aux
enfants, cette chaîne imbrisable sauf à encourir l'ostracisme et le mépris
tranchant de l'entourage et de la société, est l'un des impératifs sociaux
les mieux appliqués et les moins remis en cause. Lefficace de ce clou e
contrôle, volontaire et involontaire, sur les possibles maîtrises de I espace
et du temps par une femme est redoutable.
Or celles-ci sont au moins corrélatives et probablement cons rue
de l'autonomie et de la maîtrise de son propre corps. Ces ermere■ ^
tour conditionnent l'indépendance d'esprit et l'audace m e ® de )a
cest bien en vue d'une telle limitation mentale, de I aPPre" SDOSjtions
soumission et de l'acceptation de « l'état des choses », que c aisées
s°nt prises et maintenues. Que ce soient les enfants es
eiJropéennes, au xvme siècle:
h elles les prin-
(<T°ute l'enfance des filles est employée à réprimer c ez et souvent
c,Pes d action contre la nature, à modérer, à borner s
mêr*e à l'étouffer.»
125
«Toujours assise sous les yeux de sa mère, dans une chambre bien cu
[elle] n'ose se lever, ni marcher, ni parler, ni souffler, et n'a pas un moJ nI
de liberté pour jouer, sauter, courir, crier, se livrer à la pétulance naturel"'
à son âge»1,

que ce soit, aujourd'hui, envers toutes les fem m es dans une société expli­
citement fondée sur la soumission des fem m es :

«Toutes les activités et actions [des femmes] doivent être programmées en


fonction de ce principe. Ne vous éloignez pas de la maison et ne vous en
séparez pas.»
«Lors des tous premiers jours de la république, ce fu t le corps des femmes
qui fut l'objet de la première tentative de prise de pouvoir. [...] Le port
du voile, obligatoire pour les femmes et ce, au nom de la "lutte contre la
prostitution" constitue l'image la plus frappante de cette domination [...]
mentionnons ici un slogan qui fut assez significatif dans ces circonstances:
"Ya rusasri yo tusari", ce qui veut dire le voile ou les coups sur la tête. On
recourait d'ailleurs ouvertement à la violence [...] on remit à l'honneur les
principes dits"de la modestie", par lesquels on détermine la façon de regar­
der, de rire, de parler et de faire des mouvements en public2»,

ou que ce soit dans une ville d'une m étropole industrielle où elles viennent
entraver le travail salarié lui-même :

[Le] déplacement territorial de la serveuse est non seulement le s'9ne


! 6 6,S mâles dominent et, par conséquent, que les femmes n'ont pas
la serveusentr° 'er ' eSf3ace ^ ar' ma‘s complique en outre le travai

d'envahTl'I T ' 5' 6 Un tabou très fort q ui empêche les clientes-feu1'1^


pouvoir très i e’! 't0'teS mascul'ns les plus importants, aucun tabou. '
poste.» edUlt de la serveuse n'empêche les hommes d'enva 1

P" X n ? 65 S° m deS remarques des Pédagogues du xwift ils sont cités pat ph'"ppe

,US POimSde' nesti sur lesd,femmes»,


at i ° nS “ *Zon-e-rouze,
eXtrai' e Parlna237
2
. à répondre posément aux injures, aux invitations et aux vio-
«Elle a apPris ^ $on espace intime. Elle sourit, rit, repousse les mains
lations physiq ^ tjgnt pa$ compte des questions qu'on lui pose et se met
* * ^atteintesans faire d'histoires » (Bradley et Mann, 1979).

limitations physiques et spatiales ne cessent jamais leur pression.

r „ conditions, la relation physique qu'entretiennent les hommes


r i Z e s e s t factuellem ent une relation de confrontation dissyme-
e‘ f v m ettent en œuvre les apprentissages de leur enfance s, metho-
trique.ilsym et pratiqués. Dans les espaces communs, quils
diqueme blic la rue les commerces, les cafés, les lieux de divertissement,
soient publi ( ' } ou prjVés(la maison, l'automobile, lesdomi-
et encore e t t o u o u " ^ J] ] sfeL e s restreignent sons cesse leur usage de
ciles des amis et parents...) les jambes de ces
l'espace, les hommes le leurs gestes
derniers qui s'étendent argem ^p la c e m e n ts . Au contraire, voyez les
ouverts et parfois brusques an . des rapprochés, le déplacement
jambes jointes, les pieds para e , devrait fonctionner très
mesuré des femmes, le m inim um d'espace de l'un
bien et c'est le plus souvent c q œ d'aucuns nom-
répondant au m axim um despace’ ® comme une utilisation «har-
ment «com plém entarité» ou considèrent comm concret
monieuse» des disponibilités. Plus sim p lem en ■™ de fe p a c e
d'une fabrication corporelle qui a appris a |g (j sur son propre
et l'extension du corps vers I extérieur, au . et |-attention
espace corporel, l'évitem ent de la confrontation physique... e
aux autres, comme nous le verrons.

MANIFESTATIONS DE L'IMPATIENCE PHYSIQUE ET OCCUPATION

Si vous êtes dans un café, un bar, ou un lieu vous enten-


trouvent des tables, des comptoirs, des surfaces p a des rythmes
dez parfois (souvent) tam bouriner sur ces sur aces, ^ musicaux
du bout des doigts, rapides en général, réguliers ou du bout des
°u simplement rythmiques. Si vous regardez qui rap
127

j
7
doigts, ébranlant le plus souvent to u t le co m p to ir, ou la table •
d'autres personnes, ou le dossier du siège occupé par un a u t r e ^ n - 0'*
sans y prêter d 'a tte n tio n , vous rem arquerez que toujours 0u 'ndlvicH
c'est un hom m e (un h om m e jeu n e, un je u n e hom m e, un a d o le s c e ^ 6
pianote de cette façon rêveuse ou se m i-atten tive, absorbé dans s a ^ qU'
m otricité sans aucun souci des effets q ue p e u ve n t avoir ses gestes
environnem ent m atériel. 0n
De même dans la rue, aux co m p to irs des cafés, aux stations d'auto
bus les mêmes jeunes hom m es - et non les jeunes femmes sauf de façon
exceptionnelle (en fa it rarissime) - a g ite n t en cadence la partie de la
jam be qui va du genou au pied dans un très rapide mouvement régulier
qui marque, lui, franchem ent l'im patience. Im patience purement motrice
d'ailleurs, car elle ne semble pas du to u t les affecter mentalement.
Ces gestes fo n t partie de la sociabilité m u e tte des hommes, ils commu­
niquent à leur entourage à la fois leur présence ET leur désintérêt de la
situation présente. Et parfois ces ta p o te m e n ts de doigts accompagnent
une conversation avec une fem m e, ce qui sem ble un bien sombre pronos­
tic sur la relation qui se déroule sous de tels auspices. Ils manifestent ainsi
le poids de leur personne dans une sorte de mise en scène de sa propre
im portance que ne p ra tiqu e nt pas les fem m es, du m oins sous cette forme
musculaire, im m édiatem ent corporelle.
La rue, les cafés, les espaces publics sont des espaces bruyants. Ils le
sont par les activités qui s'y déroulent, circulations, travaux, mais ils sont
par ailleurs le lieu du d é p lo ie m e n t vo lo n ta ire de bruits déclenchés ou émis
par les individus mâles. L'usage des sirènes professionnelles par exemple
(police, services de secours, voitures gouvernem entales...) n'est pas tou­
jours d absolue nécessité, et le plaisir visible que prennent leurs déclen
C eurf a ce clu' manifeste non seulem ent leur d ro it prioritaire à lespac^
mais egalement leur présence (et certes pas m uette) fa it partie de la du0'
J. Iei] net® urbaine. Les interpe llatio ns à voix puissante, les sifflernen
y ? !" cat’ons diverses (amicales, dragueuses ou de simple signal) PeU^ u,
ra n t^K SOn° re d es *ieux de plein air. Dans les lieux fermés (cafés,re
les cnn\^rS* * •* Se*on *es m °d u la tio n s q u'im p ose n t les habitudes eC
volume T e T 1005 masculines ^ n d e n t im possibles le plus souvent P ^
d'âge mûr p C° nVerSati0nS voisines' qu'il s'agisse de tablées t0 u
96 mUr en reeas ^'affaires, de simples camarades qui se retrouvent

h
C0RPS co n stru it
À a rouP d
s 'adolescents rassemblés autour de flten
e
d* 9mêmes bruyants) p ra tiq u é s par eux dans les ip 5 et autres jeux (B
C o n t r ô l e du v o lu m e d e la voix est im p os

Cette longue restrictio n rend la prise de parole p u b ? 61 tôt' a“ *


' de travail, d'assem blee de q u e lq u e nature que ce (de "e e -
majorité des fem m es d o n t la voix, hab itué e de longue da? à la
faible volume sonore en p u b lic e t à un d é b it précipité J * 3 a fois à un
“ r f p * De m êm e. c . „ , le , C '
voix des femmes ne d e v ie n t fo rte e t ne s'impose qu'en situât ™ h ^ 5 la
ou de danger. A l'inverse de ce lle des hom mes, elle n'est r j Ur9ence
constamment, présente. p aisement, ni

Les outils corporels

Au contraire des êtres h u m ain s de sexe fem elle dont la construc


tion de la résistance p h y siq u e est o rie n té e vers le soutien d'autres êtres
humains et le m a in tien d e leu r existence, les êtres humains de sexe mâle
construisent leur résistance dans e t sur un m onde d'objets, et par l'usage
d'outils et d'instrum ents extérieu rs au corps ils visent à la transformation
du monde m a té rie l2.
L'usage ludique du corps q ui jo u e un si grand rôle dans la formation et
la viedes hom m es p ré s e n te un caractère particulier dont sont dépourvues
les activités des fem m e s. Les h o m m es usent dans un très grand nombre
de cas d'un p ro lo n g e m e n t m a té rie l d e leur corps, d'un objet rajouté dans
lequel se projette le m o u v e m e n t d e la m achine corporelle, à travers lequel
'a m°tricité, les m uscles d é p lo ie n t leur potentialité. L'exercice physique

fait,|,occuPat'on de l'espace sonore par les hommes, les diverses actualisations de ce


/ importance de cette libre disposition des espaces publics dans la maîtrise e soi
sentie h* monde environnant m'ont été rappelées par Nicole-Claude Mat ieu.
2 la remarc^ues Qui figurent ici à ce propos sont en fait les siennes. ... - Dar
^oia i l ef ° n SUr W d e s outils techniquement les plus avances a ^
techniqUpTH 9?9' Le re9ard, totalement neuf, porté sur le rapport en re (eur$ mais
d°nt|a p 6 'uutiHage employé, ceci dans les sociétés de chaS^ n ce domaine qui
était Ptirem66 dépasse cette aire, a changé la perspective dassiq ||e a dévoilée
' Usage etd,dlStributive (tel objet/tel sexe d'usager); L',n?p° r Jironnement que sont
outils p. i u non"usage de ces médiations matérielles a individus, a
armes' l « conséquences qui en découlent dans la vie
ble une réflexion qui n'aurait pas été envisageable sans c ■
SEXE, RACE ET PRATIQUE DU POUVOIR

«fait corps » avec, au sens propre de I expression, une sorte de suppléa


matériel qui accroît les possibilités du corps. De la planche à roulette «*
boîte de conserve poussée du b ou t du pied, du ballon projeté habiler^ *a
ou puissamment au couteau de poche, la liste de ces prothèses masT
lines est vaste.

Les ormes
Avec ce même couteau de poche nous entrons dans un domaine spé­
cifique du prolongem ent corporel. Il présente la caractéristique notable
d'être à peu près totalem ent l'exclusivité des hommes et d'être de surcroît
pratiquement interdit aux femmes. Car si les ballons et les planches à rou­
lettes ne sont pas pratiqués par les femmes, elles n'en sont pas cepen­
dant explicitement et form ellem ent empêchées. Le cas des armes est plus
complexe en ce que leur interdiction aux femmes, si elle n'est pas dite,
est néanmoins rigoureusement appliquée à travers diverses sanctions
auxquelles s'exposent celles qui touchent et m anipulent les armes, et par
un réseau de précautions qui en conserve la disposition, le maniement et
l'usage aux acteurs mâles de nos sociétés.
Les armes sont un prolongem ent corporel d'une efficacité particulière:
elles transforment le monde à distance. Nous ne faisons pas allusion ici à
l'agressivité (supposée naturelle) mais plus sim plem ent et immédiate­
ment au rapport que les armes instaurent au corps propre de celui qui les
manipule, d'une part, et à l'espace qu'elles intègrent d'autre part. Bref, à
leur caractère de médiation entre m otricité et m ilieu matériel \ Plus encore
que de la possession des armes il s'agit de leur usage, et précisément de
(expérience de la m odification du m onde à distance qu'elles entraînent»
du prolongement de l'action corporelle bien au-delà des frontières u
corps. Là où les hommes expérim entent leur corps à distance, le projetten
ou e prolongent à l'aide d'objets divers ou d'armes, et cela depuis I^J®
e eur enfance, les femmes ont, elles, l'expérience de la limitation a

ont é ï l h a t h é a ita V 3 n t|,a tte n ta td e M ontréal (décembre 1989) ou


nrawitA ■»:___ eS par un hom m e armé d'un fusil sem i-autom atique de ca i ^ornnle
ntiféministeo^»?06, politique de ces meurtres (explicitement revendiqués à ces
remarques qui v i s e n t ^ à la‘SSe! telles quelles' à ne rien changer n! ^ a d iffé r e ^ '3'
tion corporelle rie re n tre r l'importance de l'usage des armes dans
P e"e de se* e- Voir infra, « Folie et norme sociale », p. 137-143.
' w'•wùi HUIT
nre espace corporel. Les jeux qu'elles pratiouai«nf r
fermer le corps, à le tourner vers lui-même, à lim iter m ê m e " fe tlte" dent à
ible de celui-ci par un contrôle des gestes, une contrainte1 a ? ^ P° S'
bras et des jambes, une restriction des déplacements et la dél m ^ “T
zones à éviter. a aellm|tation de
Dans les sociétés rurales de la Méditerranée et de I T „ r„ ,
chasse est un fait normal, intégré dans la quotidienneté Et dans fe ^
tésurbaines, bien que non quotidienne elle reste, avec la pos « lon'dè
fusils toujours a portée de la marn, une réalité. Réalité répand. » ?
à une importante fraction de la population masculine ou la ' f " ère
méme si elle ne la pratique pas. De plus, la chasse est souvènt e " a ~
remplacée par la prat.que des armes en salle de tir ou en terrain d ï * l
cice, le ball-trap est un divertissem ent pratiqué par les hommes ruraux on
urbains. Dans ces pays les armes sont un fait concret.

Les véhicules

Lusage de I autom obile, prolongem ent utilisé par les deux sexes au
contraire des autres objets corporels, confirme la différenciation sexuelle
de l'appropriation de l'espace. L'usage de l'autom obile est pour les femmes
une pratique a peu près uniquem ent utilitaire, et sur des distances courtes
ou moyennes peu éloignées du domicile, les déplacements des enfants
et les courses y occupent une place prépondérante. Les hommes en ont
aussi un usage utilitaire, professionnel le plus souvent, mais s'ils circulent
egalement sur des distances courtes et moyennes ils parcourent aussi de
longues distances d o n t en pratique les femmes sont absentes. Si elles
s y aventurent c'est à titre exceptionnel et non régulièrement. Les longs
parcours, les grandes distances entre villes, la «route» enfin est occupée
par les conducteurs mâles en écrasante majorité. Alors que les abords
es villes, I entrée dans les banlieues m on tren t un nombre de conduc­
teurs femmes qui approche celui des conducteurs hommes. Par ailleurs
^usage sportif de l'a u to m o b ile est un fie f masculin, à l'exception du type
compétition particulie r qu'est le rallye que pratiquent - parcimonieu-
plusent ~ *es femmes. Les hom m es o n t enfin, pour certains d'entre eux, le
Poin-SOUVen* jeunes, et qui ne sont pas des conducteurs professionnels
quente^31^ Une *3rat'c' ue lu d iq u e de leur autom obile. Pratique peu fré-
e chez les fem m es p o u r ne pas dire exceptionnelle.

131
LE CORPS POUR LES AUTRES. LA PROXIMITÉ PHYSIQUE

Les deux sexes font l'apprentissage de la proxim ité physique. Et |


deux sexes l'apprennent égalem ent dans le corps à corps. Mais ce n'est pas
du même corps à corps qu'il s'agit. Et sans doute est-ce là l'un des points
clés de l'apprentissage corporel sexué, de ce qui fait un corps de femme et
de ce qui fait un corps d'hom m e et conditionne leur réaction immédiate
au monde environnant et aux autres êtres humains.
C'est là que se construisent leur a ttitu d e sociale et les pratiques de rela­
tion à ceux qui les entourent.

L'apprentissage de la coopération entre pairs, les hommes

Les enfants garçons apprennent à lutter. Certains l'acceptent mal,


d'autres le font dans la crainte, la plupart s'y livrent avec délices, mais
quelle que soit leur attitude ils doivent presque tous s'y plier. Des bagarres
de petits garçons à la mêlée de rugby, des confrontations d'adolescents
à la pratique des sports de combat, de la lutte à la boxe, les hommes
apprennent à confronter d'autres corps au plus près. À ne pas craindre ce
contact et à le sentir spontané et naturel. Dans la sphère publique (la rue,
le café, les espaces de réunion et de sport) le corps des hommes est proche
du corps des autres hommes, depuis le simple côtoiement, détendu et plus
ou moins intime selon les classes sociales et les sociétés, jusqu'au contact
physique d'empoignement dans certaines activités (lutte, rugby, f°ot‘
bail, boxe... ’). Les lieux de détente (bordels, saunas, salles de sports...)y
contribuent.

s o o r tV a ta r T / deS hommes à Entrée des femmes dans la pratique et l'uni^ 5^


vive. Lefooth 'm?™ 601. quand s#a9>t de sports populaires et collectifs/ est P jse-
ment emoêrh*' 6 cy,clisme sont d'une pratique difficile et ouvertement ou . Le
rugby reste le ea!mes ^la c0nciuête du cyclisme de compétition est re fent
savoir, qu'il |e t s t e T ^ Viri‘.ité Sacrée et ses Pratiquants entendent bie ^ |g boxe
française où on hîck b°^e est interdite de compétition aux femmes, e dernier
est interdit aux femmÜc * ^ UX tyP6S de praticlue' •'« assaut * et le (<cornba w'(CeS préci­
sions concernant la hov’ C* St 3USSi Celui 0Ù 11 est Permis de Porter leS C0UP déveloPPe'
ment sur les imolicatin 6 ^ ° nt été données Par Brigitte Lhomond.) Pour u ^
voir Helen S ! , ! SP° rt et de la compétition en ce qui concerne les î

132

h
r

. nlus! l£ corps m asculin Gst Gn nnGmG tcm nç * .


nément solidaire du corps des autres hommes' l? ^ “ biais'
5p.°"ue de la rue que p ra tiq u e n t les enfants et adolescents r™ ,°Perati° n
IUd‘ forme utilitaire dans l'âge adulte. La rue et tous les lieux n , L T S° US
raWf d'exercice de la co op éra tion spontanée et immédiate d « h o i T " *
ns concertation préalable ni échange verbal, des hommes inconn u e s
ns des autres soulèvent ensem ble une voiture pour la déplacer trais
firent un matériau lo u rd d un e n d ro it à l'autre, coordonnent leurs m o lv T
ments pour parer à un im p ré vu où ils interviennent spontanément. Bref, ils
mettent en œuvre une prise en charge comm une, et coordonnée, d'événe­
ments imprévus dans les m ille d ifficulté s de la vie quotidienne publique.
Ainsi le corps à corps des hom m es est une confrontation avec des pairs.
Tout antagonistes qu ils soient dans I enfance, I adolescence ou le sport de
l'âge adulte, ces com bats - car il s'agit bien de Combats - introduisent à
la solidarité et à la co o p é ra tio n . La coordination matérielle entre les indi­
vidus s'y forme. Les hom m es o n t une connaissance expérimentale de la
parité, qu'ils m e tte n t en œ uvre à chaque m om ent dans les lieux publics.
Car en effet le corps à corps des hom m es est une affaire d'espace public.
Espace qui est le leur, celui de leur activité et de leur maîtrise, et dont les
femmes sont exclues, d o n t ils excluent les femmes.

L'apprentissage de la dissym étrie, les femmes

Dans cet espace p u b lic q u i n'est pas le leur, la fabrication du corps des
femmes repose sur l'é v ite m e n t e t non pas sur la confrontation. Les enfants
filles ont appris à é v ite r le c o m b a t et la lu tte physique que les adultes
veillent à leur in te rd ire dès l'enfance. Adultes, les femmes sont condition­
nées à éviter le c o n ta c t ou m ê m e la sim ple proxim ité. Pas de rugby pour
les femmes, mais pas non plus de flânerie semi-attentive dans un lieu libre,
Parmi des pairs potentiels, s e u le m e n t une m arche surveillée parmi es pre
dateurs potentiels. Le corps des fem m es est construit coupé e* J ^ des
.corps pairs, isolé e t e nclavé dans un espace de restriction. Le uca ^
emmes vise à la p riv a tio n de leurs p o te n tia lité s physiques, ou
Ur»e large re s tric tio n de celles-ci. . autres des
Cest dans l'espace p riv é q u e se c o n s tru it le corps pou bjen djffé-
emmes. C'est là qu'elles fo n t l'expérience d 'u n corpS 3 ^ dra tout aussi
ent ^ celui des h om m e s. La p ro x im ité physique leur dev
133
m o u p °^

tanée» et «naturelle». Mais elle sera d'aide et de soutien et „ 0n


,<SP°r?anM onism e et de coopération Leurs jeux memes sont l'apprenti,
P Aus i à donner aux autres, de l'atten tio n a porter.Tenir des enfants
539 au nés dans les bras, les conforter, les n o u rrir leur est demandé
T ! “ s les faits et pas seulem ent dans le jeu. Elles auront à soutenir
d'autres êtres humains, malades ou affaiblis ou vieillis. À les laver, à les
nourrir, à les entourer de soins matériels.
Toutes ces choses com posent un long processus. Car si les hommes
cessent plus ou moins tô t dans l'âge adulte le com bat ludique et sportif,
les femmes, elles, ne cessent jam ais, m êm e dans leur vieillesse, de s'oc­
cuper du corps des autres et de le soutenir, hommes, femmes, enfants.
Et la proximité qu'elles apprennent ne d o it pas être antagonique, jamais.
Même si elles sont réticentes, même si elles refusent ces contacts, elles
ne pourront pas les transform er en com bat. Mais elles ne pourront pas
non plus les transformer en coopération. Car leur corps à corps nest pas
égalitaire.
On a fabriqué aux humains femelles un corps «proche»: proche aux
enfants, aux malades, aux invalides, aux humains âgés, à la sexualité des
hommes \ La fréquence de l'inceste ne s'explique peut-être pas autrement
que par cette disponibilité exigée des femmes mais plus encore, et mieux,
apprise, par la soumission inquestionnée, intériorisée, aux personnes e
«famille» et de l'entourage. L'éducation de surcroît leur fabrique un corps
résistant aux charges écoeurantes, à la maladie, au nettoyage des autre^
humains quel que soit leur état, aux excréments (et pas seulement ce1

1. On aura bien sûr remarqué que ce texte n'aborde pas la sexualité. c'es* y
a première chose qui vient à la réflexion lorsqu'on parle de corps sexue. tion,
vient trop facilement, et ce n'est qu'elle seule qui vient: elle occupe toute corps
rnmmUa'ité 6St sans aucun doute dépendante de, et soumise à, la fabrication chose
Qu'un^n0? 5 de ^emme>> et «corps d'homme», mais le corps sexué es xualité.
Cette ï f PlaîSir 6t de rePr°duction, beaucoup plus que l'exercice delà ^ |e5
formes soril?0’ Certes' est de toute première importance. Et ce d'autan t qu'e|le
occupe uni n|ment imp° Sées de la sexualité construisent à leur tour le ce) P adoptée
ici est celle du Ce.ntrale dans les rapports sociaux. Toutefois la Pers^ e raractère d'S'
cre,; quw in i ™ ai' Sodal corps humain, de sa quotidiennetév du
fortement invesSpH ® S6S interventio"s. L'abord de la sexualité, conduit P |ibertè
est l'obiet d™„ de Sens' à la fois extrême delà contrainte et extrenre de
article.
,c) à la m ort. Le traitem ent de la nourriture ettr*n *
— «Msiumnation
de!r e fsont pas ^ «P_rf Pl “ I qUe ''im aqi" e" ‘ « « qui
qui ne
ne le sPratiquent
^Zueni
qui , également partie.
P35' 6", cette sphère dite privée les hommes, inversement à ce qui
S€
Zpoureux dans reSpaCe PUbhC' ° m a,Ppris |,év'tement, ceci aux côtésté:
palm rn e s qui V Pratiquent au contra,re 1extrê™ Proximité. En effet le le;
d r nis ont accès pratiquem ent libre au corps de leur mère, il leur est dis-
iis
6 ihie par définition pour s'y jeter, s'y abandonner, s'y agrippe,, le frap-
ap
^| | |^a i«
P même. Il - est de même p0ur répoux ou le “ mpagnon. , w __ — -valu Cet
Dans
n . ! I. H o q h n m m p 1; n'p<:t l lli a r r o c c i k l n _____I
Pe fermé le corps des hommes n est, lui, accessible que sur demande,
nu^ur incitation de sa part.
Les corps à corps des femmes sont inégalitaires. Elles sont confron-
, QU £ |a faiblesse physique, au chantage affectif, à la pression psycho-
M e q u au contraire elles le sont à la force, à la contrainte face à des
humains qui sont plus forts qu'elles, soit socialement, soit physiquement.
Les femmes n'ont pas libre accès alors qu'elles mêmes sont d'accès libre à tout
un chacun. Leurs confrontations physiques ne sont pas des contacts avec
des pairs (entre pairs). Les femmes sont éloignées physiquement de leurs
égaux possibles par le m anque d'un espace public commun. Elles sont pri­
vées de la connaissance expérim entale de la parité. ^
C'est bien de parité d o n t il est question, et non de solidarité. Lexercice
de la solidarité entre femmes, réelle, constante, est une expérience per­
sonnelle, particularisée. Ce sont ses amies, ses sœurs, ses voisines, des
femmes de sa fam ille, bref, des proches, qui lui donneront un coup de
main ou à qui elle donnera un coup de main. Plus, ce coup e mal1^'
pliquera à des tâches personnalisées, concernant des êtres uma
seulement connus mais fam iliers. Si les femmes sont so i aires
sont à un haut degré - elles ne sont « p e n d a n t les « paires»
Elles ne rencontreront pas, dans un espace public, Ç-,rtenaires d'une
et régulière, des hum ains inconnus, potentielle™ 60 P ,jnconnus, à
éventualité im prévisible, en quelque sorte comp ices 1 ^ e||es sont
la fois présents et étrangers, ni dépendants, ni om l" à ja fois d'im-
construites physiquem ent dans un réseau de depen
Plication violente et de coupure radicale.

135
sae, ^ r m n o ^ o u P O U v m

CONCLUSION

/-nndiire je souhaiterais faire u ne re m a rq u e à prem ière vue para.


H0LTer 'entreprise de fabriquer aux fe m m e s un co rp s à la fois fermésur
ni même et librem ent accessible (ce q u i n e s t pas co ntra dicto ire mais
«en complémentaire), de l'éloigner du c o n ta c t avec des pairs et d'en bri­
ser l'audace (ou du moins de ne pas la c o n s tru ire ...) a des conséquences
mentales comme je l'ai souligné à plusieurs reprises dans ce texte.
Mais c'est une entreprise qui n'est pas g a g n é e à to u t coup, et qui de
toute façon est longue à m ener à bien. On sait q u e ce n'est pas avant dix-
sept ans que les performances sportives des fille s m a rq u e n t un fléchisse­
ment, ce qu'on pourrait dire sous une autre fo rm e : l'in té g ra tio n des impé­
ratifs du genre «femme» et de son idéal c o rp o re l n 'est pas réalisée, ache­
vée, dans l'enfance et dans l'adolescence. Il y a q u e lq u e s mois, une enfant
de onze ans, séquestrée, a réussi à s'évader du c in q u iè m e étage d'un
immeuble en descendant par la façade e xtérieure, de balcon en balcon,
avec une audace, un sang-froid et un courage q u i v a u d ra ie n t à n'importe
quel être humain adulte de sexe mâle le té m o ig n a g e de la plus vive admi­
ration, et qui, curieusement, ne sem blent pas a vo ir fra p p é outre mesure
I opinion. Angélique, de surcroît, a accom pli cet e x p lo it après une journée
et une nuit où elle avait été confrontée à la peur, à la co n tra in te sexuelle,
epoui ement de ses vêtements, elle a vait m êm e été a tta ch é e 1.
ticulier^T^Î3 *e coura9 e m oral d e c e tte e n fa n t qui lui sont par-
par ailleurs an* qu ind'v idu' car ils sont éto n n a n ts , rares, laissent penser
entreprise d p i ^ reserve et 1a<=cessibilité physiqu e des fem m es sont une
Potentialités s u H ^ ^ e *n.e' reP ° sent sur un em pêchem ent des
corps spécifique m isation de é n e r g ie d e l'in d iv id u fem elle dans un
ressort sur une censu ^ ^ répression d e c e tte én e rg ie et en dernier
incertaine et exolin. ^ S° ‘' Ce qui rend la s ta b ilité d e ce corps construit
6 caractère jam ais te rm in é de ce tte construction.

1•En août 193g x , »


’ ° Chelle «^ance); zf. Libération, 3 août 1989.

Centres d'intérêt liés